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- LA NATURE
- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
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- LA NATURE
- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L'INDUSTRIE
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ
- ABONNEMENTS
- Paris. Un an.. 20 fr. » I Départements. Un an.. . 25 i'r. » Union postai.e. Un an . .
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- LA. NATURE
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- QUARANTE-QUATRIÈME ANNÉE 1916 — PREMIER SEMESTRE
- MASSON ET C“, ÉDITEURS
- LIBRAIRES DE L’ACADÉMIE DE MÉDECINE
- PARIS, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN
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- 44 'ANNÉE. — N° 2205. —
- 1" JANVIER 1916.
- LA NATURE
- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
- LA BALTIQUE
- Depuis plusieurs mois, la Baltique est le théâtre d’importantes opérations navales. Rappelons l’heureux combat livré au début de l’été, près de Goth-land, par des croiseurs russes, et, plus récemment
- deux croiseurs allemands, le Prinz-Adalberl (90001. 600 hommes d’équipage) et YUndine (2700 t.), et un grand torpilleur; deplusellesont causé de grosses avaries au dreadnought Moltke. Enfin, depuis plu-
- Fig. i. — Suède. Exemple de fjærd sur la côte d’Angermanie. La baie de Bâggviken. (D’après une photographie de Picturesque Sweden.)
- la bataille du golle de Riga également terminée à l’avantage de nos alliés. En outre, en août et septembre, trompant la surveillance vigilante exercée par les Allemands devant les bouches méridionales des détroits danois, des sous-marins anglais ont réussi à pénétrer dans la Baltique, et depuis, avec le concours de submersibles russes, ils disputent avec succès à nos ennemis la maîtrise de cette mer dont ces derniers se croyaient assurés. En moins de trois mois ces unités ont envoyé au fond de l’eau |
- sieurs semaines, ces sous-marins travaillent énergi quement à paralyser le transport en Allemagne des minerais de fer suédois destinés à la fabrication des projectiles. Cette campagne a déjà obtenu d’importants résultats ; un grand nombre de vapeurs allemands ont été coulés, ou demeurent dans les ports suédois, retenus par la crainte de subir le sort de leurs camarades. Et ces pertes sont d’autant plus cruelles à l’ennemi qu’elles lui sont infligées par ses propres armes ... .......
- 44” Année. — 1" Semestre
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- La censure nous interdirait d’en dire plus long.
- Un intérêt d’actualité s’attache donc à la connais-. sance de .cette mer, d’autant que ses conditions océanographiques très spéciales exercent une influence que l’on ne saurait méconnaîlre sur la navigation, par suite sur les opérations militaires.
- Isolée du domaine océanique par les îles danoises qui ne laissent entre elles et le continent que les trois passages étroits du Sund et des Belts, la Baltique forme un bassin en quelque sorte fermé et constitue un lac beaucoup [dus qu’une mer. Sa profondeur moyenne est très faible, 60 à 70 m., alors que celle du lac de Genève s’élève à 152 m. — À la surface de l’écorce terrestre cette cuvette maritime dessine donc un creux moins accusé que le Léman ! Mais combien accidenté en revanche : partout des hauts fonds, des plateaux escarpés, entre de brusques dépressions pareilles à des trous, comme si la terre s’était brusquement effondrée; autant de témoignages des dislocations tectoniques qui ont affecté cette région et qui ont présidé à la création de ce bassin. La carte bathymétrique ci-jointe met en évidence cette allure tourmentée. Entre la pointe méridionale de la Suède et la côte allemande, au milieu de bancs recouverts seulement de 20 m. d’eau, on rencontre une prémière cavité de 50 m., la fosse d’Arcona, puis dans la Baltique centrale quatre autres, plus déprimées. La première de 105 m. s’observe à l’est de l’île danoise de Bornholm, l’autre de 113 ni. à l’ouvert du golfe de Danzig, enfin deux profondes rainures bordent le long plateau sous-marin jalonné par Gothland et qui s’élève au centre même de la Baltique. Le sillon situé à l’est de cette île descend à 249 m. (fosse de Gothland), et celui de l’ouest à 450 m. (fosse de Landsort), le plus grand creux de toute cette mer, très étroit et très accore, tel un ombilic. Ensuite au nord et à l’est de ces dépressions les fonds diminuent brusquement de 500 m. environ. Dans toute l’étendue du golfe de Finlande, nulle part ils ne sont supérieurs à 100 m , demeurant notablement au-dessus de la fosse du Ladoga où la sonde tombe à 250 mètres. A l’entrée du golfe de Bothnie le relèvement devient encore plus accentué; dans toute sa largeur, de la pointe sud-ouest de la Finlande à la côte suédoise, ce bras de mer se trouve barré par un seuil sur lequel il n’y a guère plus de 20 m. d’eau, 50 en quelques points. Puis subitement, au nord de cet isthme submergé, dans l’étranglement formé par l’archipel d’Aland, le passage le plus resserré de la Baltique, s’ouvre un creux de 501 m., le plus accusé delà Baltique, après celui de Landsort. Au delà, dans le golfe de Bothnie c’est la même succession de seuils et de cuvettes que dans le sud.
- Mais la caractéristique la plus remarquable de celte mer, celle qui accentue sa ressemblance avec un lac, c’est sa faible salinité. Si dans le voisinage des détroits danois, ses eaux renferment encore une certaine quantité de sels, elles tn contiennent de
- moins en moins à mesure que l’on avance vers le nord, et, dans les parties supérieures des golfes de Bothnie et de Finlande elles deviennent presque douces. Ainsi, alors qu’entre Rügen et la Suède, à proximité des Belts et du Sund, la salinité à la surface atteint encore 8 pour 1000, c’est-à-dire qu’un litre d’eau renferme 8 gr. de sels dissous, au nord de Gothland cette proportion descend à 6,5 et dans les régions extrêmes des golfes de Bothnie et de Finlande s’abaisse à 2 pour 1000. Comme terme de comparaison, rappelons que les eaux atlantiques possèdent une salinité de 35 à 56 pour 1000. Les nappes superficielles de la Baltique centrale tiennent donc en dissolution de cinq à six fois moins de sels et celles de ses digitations ultimes dix-huit fois moins. Les couches profondes sont également très peu salées, 10 pour 1000 au fond de la cuvette entre Stockholm et Riga et 5 seulement dans la partie la plus septentrionale du golfe de Bothnie.
- D’après les océanographes finlandais : depuis une quinzaine d’années, la salinité de la Baltique accusait une légère diminution progressive.
- « Cette remarquable composition chimique dérive de deux circonstances, l'une topographique, l’autre hydrographique. L’étroitesse et le. manque de profondeur des détroits danois empêchent l’entrée d’un volume d’eau considérable venant des mers extérieures, tandis que des masses énormes d’eau douce arrivent dans la Baltique. Ce bassin ne reçoit-il pas les fleuves de la plus grande partie de la Suède et de la Finlande, de toute la Russie occidentale, de la majeure étendue de la Pologne, et d’une portion considérable de la Prusse, et quels lleuves! la Néva, la Dvina, le Niémen, la Vistule, l’Oder. Le Dr Witting, le savant directeur du Service hydrographique de Finlande, a calculé que seulement dans les golfes de Finlande et de Bothnie, les rivières apportent annuellement, déduction faite de l’évaporation, 312 milliards de mètres cubes d’eau ! Et à ce nombre formidable, il faut ajouter 28 milliards de mètres cubes fournis par les chutes de neige et de pluie à la surface de ces bras de mer.
- De cette faible salinité découlent d’importantes conséquences pratiques. Les eaux baltiques possédant une densité inférieure à celle des eaux océaniques, sous-marins comme navires naviguant en surface y enfoncent davantage. Ainsi, tout bâtiment chargé se rendant d’un port de l’Atlantique, de la Manche ou de la mer du Nord à Kronstadt ou à llaparanda au fond du golfe de Bothnie, doit, à l’entrée de la Baltique, s’alléger de 30 tonneaux de charge par 1000 tonnes de déplacement, afin de garder le même enfoncement. Pour les sous-marins de petit échantillon qui ne disposent que d’une faible marge de flottabilité, cette circonstance rend la navigation singulièrement délicate, en raison de l’abondance des hauts fonds. Ce grave inconvénient se trouve, il est vrai, compensé par un avantage. Les eaux apportées par les fleuves étant très chargées de troubles, les nappes superfi-
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- cielles demeurent peu transparentes. Dans le’s golfes de Bothnie et de Finlande un disque blanc disparaît à une profondeur variant de 6 à 12 m., dans le bassin central à 15 m., tandis que dans la Méditerranée la limite de visibilité atteint 40, 50 et même 60 m.
- Découverts de peinture grise, les sous-marin s ont donc dans cette mer de grandes chances d’échapper aux attaques des zeppelins et des avions.
- D’autre part, ces eaux douces apportent un très sérieux obstacle à la navigation en raison de la facilité avec laquelle elles gèlent. Chaque hiver la Baltique devient une glacière et ses digitations septentrionales demeurent o bstruées plusieurs mois durant. D’une année à l’autre, suivant les conditions météorologiques régnantes, la date de la prise et l’extension des glaces sont soumises à de grandes variations. Ainsi il peut arriver, comme en 1914-1915, que la navigation entre les ports suédois et finlandais du bassin méridional du golfe de Bothnie ne soit interrompue que dans le courant de février. En général, en décembre, l’extrémité septentrionale du golfe de Bothnie est recouverte de banquises; de là progressivement leur domaine s’étend vers le sud Le plus fréquemment le maximum de glaciation
- survienten mars ; à cette époque, la glace occupe non seulement tout le fond du golfe de Bothnie, mais encore, en aval des. Kvarken,les deux rives de ce bras de mer, en en laissant libre le centre ; en même temps elle soude l’archipel d’Â-land au continent et recouvre la majeure partie du golfedeFinlande. En moyenne de novembre à avril, parfois même jusqu’en mai, Pé-trograd se trouve bloqué. A l’extrémité nord du golfe de Bothnie, souvent au début de juin, on rencontre encore des banquises.
- Plus au sud, le régime des glaces devient moins sévère. Ainsi durant la période de quatorze ans qui s’étend de 1891 à 1 904, l’entrée du golfe de Riga est demeurée libre quatre hivers, et, sauf en cas de froids particulièrement rigoureux, les ports de Prusse situés sur le bord même de la mer restent accessibles aux vapeurs. Depuis que l’emploi de brise-glaces est devenu général dans la Baltique la période de fermeture est beaucoup plus courte. Grâce à ces puissants vapeurs, il est aujourd’hui possible d’ouvrir aux navires un passage à travers des banquises qui autrefois les auraient arrêtés.
- Les énormes apports d’eau douce que reçoit cette mer fermée régissent, non seulement ses conditions
- Fig. 2. — Carte bathymétrique de la Baltique.
- Niveau deJaMep '
- ' tasse de tendso/f+27 •
- Fig. 3. — Coupe de la Baltique suivant la ligne A B.
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- physiques, mais encore, avec le concours des vents, la circulation de ses nappes superficielles. Ces couches liquides,- très légères, cherchent naturellement une issue vers les portes de sortie; de là, le long de la côte suédoise, un courant portant dans le sud; mais ne pouvant tout entière s’écouler par les détroits, cette masse liquide décrit devant les îles danoises un remous et file ensuite d’abord, vers l’est, puis vers le nord, le long des côtes allemandes et russes. Sur ce déplacement les vents exercent une influence considérable, tantôt le retardant, tantôt, au contraire, l’accélérant, suivant les directions d’où ils soufflent. En automne, alors que l’apport des fleuves diminue, les brises de sud-ouest acquérant une plus grande force eL une plus grande fréquence, le courant de retour devant les côtes orientales devient plus actif. Soit lans le bassin occidental, soit dans le bassin central, soit dans les deux grands golfes, les eaux décrivent ainsi un mouvement tourbillonnaire en sens inverse des aiguilles d’une montre.
- Bassin fermé, la Baltique se trouve presque complètement sou straite au phénomène des marées ; au fond des golfes de Bothnie et de Finlande il se traduit simplement par des oscillations ne dépassant pas 0 m. 05 ; encore des conditions météorologiques, particulièrement favorables, sont-elles nécessaires pour parvenir à les discerner. En revanche, d’un mois à l’autre, le niveau des eaux éprouve des variations pouvant atteindre 0 m. 50 dans le cours de l’année, enfin des variations annuelles. Ces manifestations sont en relation avec les vents régnant non seulement dans la Baltique, mais encore dans le Gattégat. Suivant la direction des brises dominantes, l’écoulement par les détroits danois se trouve ralenti ou accéléré, par suite, le volume des eaux enfermées dans la cuvette augmente ou diminue. Pour la même raison, les vents déterminent, accidentellement, de rapides élévations de niveau d’une grande amplitude revêtant le caractère de raz de marée. Qu’une violente tempête pousse la mer vers le fond d’un golfe, les nappes liquides s’accumulent contre ses rives et finissent par les submerger. Le 31 décembre 1904, les côtes du Mecklembourg et du Holstein,
- l’archipel danois et la Suède méridionale furent ainsi ravagés par une formidable inondation marine. Pareillement au fond du golfe de Finlande, de violents coups de vent d’ouest peuvent engendrer une élévation de niveau atteignant 4 m. et déterminer une submersion partielle de Pétrograd.
- Très plats, les rivages de la Baltique offrent cependant une grande variété d’aspects. Au milieu de cette diversité, on distingue trois formes littorales caractéristiques.
- Au nord et à l’est, sur tout le bord maritime du « bouclier » archéen, c’est-à-dire de la Finlande et de la Suède orientale, à part la Scanie, règne exclusivement le type de côtes à fjærd, suivant l’expression suédoise. Que l’on se représente un dédale inextricable d’îles, d’îlots et de fjords (fjærd) découpés dans une plate-forme rocheuse dont les saillies accentuées atteignent rarement 100 m. et toutes ces terres couvertes d’une forêt d’arbres verts. Depuis Pile d’Aland jusqu’à Pétrograd, en suivant les côtes, un navire peut tout le temps naviguer au milieu de ces futaies inondées. Paysage étrange donnant la vision d’un continent boisé en train d’émerger.
- En face, sur la rive méridionale du golfe de Finlande jusqu’à la baie de Narva et en contraste avec ces horizons extraordinaires, le talus du plateau silurien de l’Esthonie offre le spectacle familier de falaises.
- Ensuite, à l’est et au sud, en Esthonie, en Livonie et en Courlande, sauf dans quelques localités où le sous-sol apparaît au jour, c’est l’habituelle monotonie des côtes de pays plat. De Narva au golfe de Riga, les sables et les dépôts glaciaires alternent, découpés de nombreuses baies et bordés dé petits groupes d’îles, puis du golfe de Riga jusqu’au delà de la frontière allemande, jusqu’à l’île de Rügen, un long ruban de dunes avec son cortège habituel d’étangs, trace des sections de côtes rectilignes entre de grands golfes largement ouverts et peu infléchis, golfes de Danzig et de Poméranie.
- Au point de vue militaire les côtes à fjærd offrent
- Fig. 4. — Les grandes villes des bords de la Ballique avec les chiffres de leur population en içio. (D’après Steen de Geer.)
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- de grands avantages défensifs. D’abord leur réseau serré et épais d’îles et de « cailloux » en rend l’abord périlleux aux escadres ennemies. Tout le front maritime de la Finlande se trouve ainsi protégé par une large muraille naturelle. Pour cette raison les places fortifiées y sont rares, c’est Svea-borg, devant les entrées d’Helsingfors, puis en territoire russe proprement dit la base navale de Kronstadt.
- Le traité de Paris ayant interdit à la Russie le relèvement de Bomarsund et l’établissement d’ouvrages permanents sur les îles d’Aland, aucun fort ne défend plus cette importante position. Après la guerre de Crimée, déjà préoccupées de la sauvegarde des petites nationalités, la France et la Grande-Bretagne donnèrent cette satisfaction à la Suède hantée par la crainte moscovite. Devant la menace de l’Allemagne de s’installer sur ces îles, les autorités militaires russes ont construit dans ces derniers mois quelques ouvrages de campagne sur quatre
- naviguent à proximité de cet abri, afin de pouvoir s’y réfugier à la première menace.
- Outre ses archipels côtiers, la Baltique renferme de grandes îles, témoins d’aires continentales aujourd’hui affaissées. C’est, sur la côte de Poméranie, la pittoresque Rügen avec ses falaises de craie et ses hêtraies suspendues au-dessus de la mer, tête de ligne des bacs transbordeurs des trains entre Stockholm et Berlin; puis, au nord-est, F île danoise de Bornholm, de par sa constitution géologique fragment de la péninsule Scandinave; plus au nord Aland, longue esquille du même calcaire silurien que l’on observe sur la rive méridionale du golfe de Finlande et sur la côte suédoise située en face.
- Au milieu même de la cuvette centrale, précédé par l’îîot sablonneux de Gotska Sandô, surgit Gothland, autre morceau de silurien isolé. Possédant une superficie égale à celle de la moitié du département de l’Hérault, elle surpasse en étendue toutes
- Fig. 5. — Suède. Le Norrsund. Fjærd des environs de Qefle. Scierie et port de chargement de bois.
- points de la côte occidentale d’Aland, non sans avoir pris soin d’avertir le gouvernement de Stockholm du caractère temporaire de ces fortifications. Cette précaution n’a cependant pas calmé les bruyants « activistes » suédois.
- Un second avantage non moins précieux que présentent les côtes à fjærcl en temps de guerre, c’est de renfermer des lignes intérieures de communication soustraites aux entreprises de l’assaillant. Ainsi des navires d’un fort tirant d’eau peuvent se rendre par les canaux depuis l’archipel d’Aland jusqu’à Kronstadt, sans jamais passer en pleine mer.
- Pareillement, l’extrémité du golfe de Bothnie jusqu’à l’ouvert méridional du détroit de Kalmar, l’archipel côtier de Suède contient un réseau de canaux complètement protégés. Dans les circonstances actuelles très grands sont les services qu’il rend aux vapeurs allemands chargés de minerai de Laponie à destination de Stettin et de Lubeck. Pour échapper aux sous-marins anglais et russes, ces transports se tiennent le plus possible dans ces eaux neutres, et s’ils sont obligés d’en sortir, ils
- les autres îles de la Baltique ; par ses monuments du moyen âge, c’est le joyau artistique de la Suède et par la fertilité de son sol, un des plus riches terroirs de ce royaume. Enfin, à l’entrée nord du golfe de Riga se rencontrent les grandes îles de Dagô et d’Osel, entourées d'îlots et de bancs qui forment comme un large brise-lames à l’ouvert de cette profonde expansion d’eau.
- Au milieu des terres Scandinaves, finnoises et slaves relativement peu peuplées, la Baltique crée un centre d’attraction de population. Sur ses côtes sont bâties treize villes comptant de 50000 à 1 800000 habitants, dont les capitales de deux des quatre étals riverains, Pétrograd et Stockholm, et toutes accusent une croissance très rapide. En soixante ans la population de Pétrograd a plus que triplé, celle de Stockholm presque quadruplé et, depuis 1870, l’elfectif des habitants de Riga est monté de 100000 à 570 000. Cet accroissement est en relation avec la mise en valeur des richesses naturelles ,des arrière-pays et, par voie de conséquence, avec le développement de la navigation nécessaire à leur exportation.
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- Au premier rang des produits des régions bal-tiques se .placent les minerais de fer de Suède. Les deux principaux bassins ferrifères de ce pays sont celui dit de Bergslagen, au nord-est de Stocldiolm, entre le Yerier et la Dalécarlie, et celui de Laponie, sur le versant oriental des montagnes de la Scandinavie.
- Le premier possède comme débouché maritime Oxelosund, au sud de Stockholm, à l’entrée nord du large bras de mer qui sépare Gothland du continent ; le second a pour port expéditeur sur la Baltique, Luleâ au fond du golfe de Bothnie. Quel trafic considérable vers l’Allemagne a développé la guerre dans cette dernière ville, le Tidens Tegn de Kristiania en donne la preuve. D’après ce journal norvégien, depuis le début de 1915 jusqu’aux premiers jours d’octobre Luleâ n’a pas exporté moins de 2 millions de tonnes de minerai, à destination
- des ports allemands. Celte statistique fait ressortir l’importance que présentent pour le ravitaillement de l’ennemi les opérations des sous-marins dans la Baltique.
- Un autre commerce non moins considérable sur les rives des golfes de Bothnie et de Finlande, c’est celui des bois. La Suède septentrionale et le nord-ouest de l’empire russe sont les principaux fournisseurs de l’Europe occideniale en pins et sapins bruts ou .açonnés. D’autre part, Pétrograd, Libau et Riga exportent d’énormes quantités de beurres et d’œufs de Sibérie.
- En 1915, seulement à la Grande-Bretagne, la Russie a fourni 1 milliard 200 millions d’œufs et 35 000 tonnes de beurre et c’est à la fermeture des ports russes sur la Baltique qu’est due l’énorme augmentation subie par ces deux denrées sur notre marché. Charles Rabot.
- L’INDUSTRIE DU COKE ET DES BENZOLS
- I. Son importance; son évolution historique. — S’il est une industrie également précieuse pendant la guerre et pendant la paix, c’est bien certainement l’industrie des goudrons et des benzols. En temps de paix, elle permet à nos élégantes de revêtir des costumes aux couleurs brillantes et de s’en-tourre de parfums souvent délicats ; en temps de guerre, elle fournit à nos automobiles un subsis-tuant précieux des pétroles exotiques, et surtout elle sert de base à la fabrication des explosifs les plus puissants : mélinite (ou trinitrophénol), trotyl (trinitrotoluol), schneidérite (explosif à base de tri-nitronaphtaline), etc.
- L’industrie des goudrons et des benzols n’est d’ailleurs, en elle-même, qu’une annexe, qu’un complément d’une industrie encore plus importante : l’industrie du coke. Le coke est l’aliment par excellence du haut fourneau et de tous les fours métallurgiques. Il a servi à fondre nos rails, il sert aujourd’hui à fondre le métal de nos canons et de nos obus.
- L’évolution de l’industrie du coke et de ses innombrables sous-produits est donc en liaison intime avec le développement économique d’un peuple.
- Si les Allemands n’avaient pas à leur service des houillères puissantes, équipées des fours à coke les plus perfectionnés, nul doute que leur résistance militaire aurait dû depuis longtemps faiblir.
- Combien de fois nous a-t-on parlé de la merveilleuse industrie chimique d’outre-Rhin ! La comparaison certes n’était guère à notre avantage, les statistiques ci-jointes en font foi, et l’on comprend sans peine les difficultés rencontrées dès le début de cette guerre, quand il s’est agi aussi bien de pourvoir au chargement en mélinite de
- nos obus, qu’à la teinture des uniformes de nos soldats.
- Production annuelle des principaux pays du monde en millions de tonnes de coke.
- ANNÉE États-Unis. .. ' Allemagne Angleterre. j Russie. Belgique. France. Autriche.
- 1900 18,63 » 2,24 2,44 2,29 1,23
- 1901 19,77 9,16 » 1,92 1,85 1,85 1,28
- 1902 25,0-1 9,20 » 1,85 2,05 1,76 1,16
- 1903 22,93 11,51 » 1,65 2,20 2,05 1,17
- 1904 21,17 12; 55 » 2,40 2,21 2,02 1,23
- 1905 29,24 16,49 17,73 2,30 2,24 . 2,27 1,40
- 1906 35,02 20,27 19,61 2,26 2,41 2,28 1,68
- 1907 37,00 21,91 19,70 2,66 2,47 2,51 1,86
- 1908 25,62 21,18 18,77 2,57 2,63 2,26 1,88
- 1909 55,67 21,41 19,17 2,63 2,97 2,47 1,99
- 1910 37,81 25,60 * 2,75 » 2,69 2,00
- Pourtant cette industrie du coke et de ses sous-produits ne laissait pas que d’être une industrie française : comme de coutume, elle naquit en France, pour passer le Rhin bien vite, à la grande fortune des Germains !
- Le fèu de bois, bien longtemps, suffit à fabriquer le fer de nos outils et de nos armes. Ce n’est que Irès tard, vers la fin du xvie siècle, en Angle-lerre, que l’on essaya d’utiliser la houille dans les minuscules hauts fourneaux du temps, essais peu brillants du reste, qui montrèrent sans contredit la nécessité de soumettre la houille à un Lraitement thermique préalable, la nécessité de le transformer en coke.
- A la façon des charbonniers de toutes les forêts, on mit la houille en meules, et c’est ainsi que pendant très longtemps, on continua à fabriquer le coke : quelque surannée que fût la méthode, elle a duré presque jusqu’à nos jours et dure encore.
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- La fabrication du gaz de ville conduisit cependant à des procédés moins barbares, et l’on en arriva enfin à l’idée de cokéflcation en vase clos, cornue ou chambre. L’industrie dü coke était née, celle des goudrons et autres sous-produits allait naître.
- Ivnab, en 1856, construisit à Commentry une installation de plusieurs fours à chambres, dans lesquels il essaya pour la première fois la récupération des produits volatils.
- Les fours n’étaient chauffés que par la sole, ce qui malheureusement ne permettait pas l’obtention d’un coke métallurgique.
- En 1857, Carvès à Saint-Etienne obtint des résul-
- vernement lui-même qui s’approvisionnait de méli-nite en Allemagne! Pouvons-nous espérer en l’excellence de la leçon?
- II. Le four à coke. La récupération des sous-produits. — L’aspect actuel du four à coke est à peu près, au moins dans ses grandes lignes, celui que créa, après Carvès, le Belge Evence Coppée.
- Un four à coke se compose en principe d’une grande chambre d’environ 10 m. de long, 2 m. de haut, 50 cm de large, dont les parois latérales sont chauffées à l’aide de carneaux, le plus souvent verticaux.
- Trente à quarante de ces chambres sont accolées
- Fig. i. — Batteries de fours à coke avec récupération des sous-produits.
- tats notablement meilleurs, en chauffant non seulement la sole, mais encore les parois latérales de la chambre. Le four à coke moderne était créé : 55 de ces fours furent construits de 1865 à 1873, à Bessèges, 100 le furent de 1878 à 1879, à Terre-Noire ; ce furent les premiers fours à coke industriels, à récupération des sous-produits.
- L’industrie allemande comprit tout aussitôt le parti que l’on pouvait tirer de ces premiers essais : des fours du système Carvès furent construits à Bulmke, près Gelsenkirchen. Ces fours ne cessèrent d’être perfectionnés et leur développement servit de base solide à toute l’industrie allemande, aussi bien métallurgique que chimique; tant et si bien que depuis longtemps, nous achetions pour nos récoltes les engrais sulfatés allemands ; pour nos automobiles, les benzols allemands! jusqu’au gou-
- les unes aux autres, de façon à former un vaste block que l’on dénomme « batterie ».
- Le gaz de chauffage n’est autre que le gaz provenant de la distillation de la houille, et que l’on ramène dans les carneaux, après séparation des sous-produits.
- Les systèmes de fours à, coke sont multiples, et nous ne saurions entrer dans les détails infinis de leur construction. Leurs différences résident non seulement dans l’organisation et la disposition des carneaux, mais encore dans la façon dont l’air utilisé pour la combustion est convenablement réchauffé, avant son arrivée aux brûleurs.
- Il y a, en effet, un intérêt économique de premier ordre à éviter au maximum les pertes de chaleur, causées aussi bien par entraînement que par rayonnement. Chaleur perdue, argent perdu, disent
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- Batterie de fours à coke à récupération des sous-produits.
- Fig. 2.
- les métallurgistes, et l’on sait à quels perfectionnements, à quels progrès l’application de ce principe a déjà conduit ; lui seul a permis, par l’emploi de procédés de récupération spéciaux, l’obtention au four Martin de la température de fusion de l’acier.
- Bien que la température nécessaire à la' fabrication du coke ne doive atteindre en aucun cas les températures courantes en métallurgie pure, le principe précédent conserve cependant toute sa portée économique.
- C’est pourquoi tous les constructeurs avisés dirigent leurs efforts vers l’économie de chaleur maximum.
- Ce résultat est atteint le plus souvent par l’emploi de chambres de régénération, à empilages de briques, analogues à celles que l’on emploie dans les fours Martin. Chaque batterie comporte en principe deux de ces chambres, dans lesquelles on fait passer successivement les gaz de combustion, que l’on [désire., refroi-
- dir, puis l’air frais que l’on désire réchauffer. Supposons donc là houille fraîche placée dans cette espèce de grande cornue qui constitue la chambre d’un four à récupération moderne.
- Sous l’action de la chaleur, la houille se boursoufle : l’humidité s’échappe d’abord, puis vers 300° commence la distillation de la houille proprement dite. Une vapeur rougeâtre se dégage, formée d’un mélange de goudron en gouttelettes infiniment fines, de gaz ammoniac, de benzol, de naphtaline, de produits cya-nurés, d’hydrogène et de tous ces gaz carbu-rés, dont l’ensemble constitue le gaz d’éclairage, méthane, acétylène, etc., etc.
- Ce dégagement continue avec activité, jusqu’au moment où la température atteint environ 900°, et cesse brusquement dans ces parages. La cokéfication est alors terminée; elle a duré en moyenne 24 heures.
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- L’INDUSTRIE DU COKE ET DES BENZOLS
- Gomment est recueillie cette vapeur rougeâtre, comment elle se trouve ensuite séparée en ses éléments principaux, goudron, gaz ammoniac, benzol brut? Telle est la question que nous allons examiner maintenant.
- En principe, le goudron se dépose par simple refroidissement. La séparation de l’ammoniac s’effectue soit par lavage à l’eau, dans le procédé dit « indirect », soit par lavage à l’acide sulfurique dans le procédé dénommé direct. Quant au benzol brut, corps dont nous verrons l’utilisation ultérieure, on le sépare du gaz privé de son goudron et de son ammoniac par lavage à l’huile lourde. En réalité, il est évident que, malgré tous les efforts, ces séparations, ces fractionnements, comme disent les chimistes, ne s’effectuent pas d’une façon rigoureusement successive, mais qu’ils empiètent quelque peu les uns sur les autres. Le refroidissement du gaz, à la sortie des fours, entraîne non seulement le dépôt d’une assez forte proportion de goudron, mais encore la condensation de la vapeur d’eau provenant de l’humidité de la houille, eau condensée qui dissout à son tour une certaine quantité de gaz ammoniac.
- L’abaissement d e température ne suffit d’ailleurs pas à provoquer le dépôt
- intégral de toutes les gouttelettes de goudron : ce dépôt ne peut être obtenu que par un procédé tout spécial, un procédé par chocs dans un appareil assez particulier dénommé Pelouze.
- Suivons, si vous le voulez, le chemin que parcourent les produits gazeux depuis le moment où ils distillent de la houille, jusqu’au moment où, convenablement puritiés, ils reviennent sous forme de gaz de chauffage dans les carneaux des fours.
- Les vapeurs brutes sont aspirées à l’aide de machines spéciales, appelées extracteurs, dont l’objet est de créer, dans la chambre même du four à coke, une légère dépression. Ces vapeurs arrivent tout aussitôt dans un long tube collecteur en tôle, placé sur la batterie, que l’on appelle « barillet ». Un premier refroidissement se produit, avec dépôt corrélatif de goudrons et d’eau ammoniacale, Le gaz est encore refroidi, dans des réfrigérants spéciaux dits condenseurs, à une température plus ou moins élevée suivant les systèmes. Il passe dans un Pelouze qui lui retire ses dernières traces de goudron, et arrive dans le laveur à acide sulfurique, ou saturateur, si nous prenons le cas du procédé
- de récupération direct, le plus moderne assuré ment.
- x Le gaz ammoniac se sépare, sous forme de sulfate d’ammoniaque, sel d’une grosse valeur pour l’agriculture.
- Le gaz passe ensuite dans les laveurs à benzol, espèce de grandes colonnes en tôle, de 20 à 25 m. de hauteur, sur 5 à A de diamètre, à l’intérieur desquelles tombe une pluie ininterrompue et fine d’huile lourde de goudron. De même que l’eau de condensation absorbait précédemment le gaz ammoniac, de même cette huile lourde,. pourvu que les conditions soient favorables, absorbe par contact intime avec les molécules gazeuses les vapeurs de benzol que celles-ci contiennent en faible quantité.
- Pour obtenir 10 kg de benzols, il ne faut pas laver dans ces colonnes moins de 500 000 litres de gaz brut, correspondant à 1000 kg de houille.
- 11 suffit de distiller cette huile de lavage, pour
- obtenir un liquide jaune clair, appelé benzol brut, dont on extraira par rectifications et fractionnements successifs les diffère n t s benzols commerciaux.
- Nous voici donc en présence de sulfate d’ammoniaque, corps immédiate ment utilisable et de
- deux produits bruts : le goudron d’une part, le benzol brut de l’autre. La route à suivre est encore longue avant d’arriver aux produits commerciaux, aux innombrables dérivés des goudrons et du benzol.
- III. La distillation des goudrons. La rectification du benzol brut. — La distillation des goudrons a lieu dans d’énormes cornues, chauffées soit au gaz, soit à la houille, et dont la contenance atteint facilement 20 tonnes. Un chauffage méthodique produit la vaporisation successive de produits plus ou moins lourds, produits aqueux d’abord, puis huile à créosote, huile à naphtaline, huile à an-thracène.
- Ces vapeurs viennent se condenser dans un réfrigérant, à la sortie duquel se trouvent les récipients à huiles diverses.
- L’huile à créosote sert de base à la préparation de l’acide phénique ou phénol : le phénol, comme on sait, sert d’une façon immédiate à la fabrication de la mélinite ou trinitrophénol. L’huile à créosote, légèrement tiède, est mélangée à de la lessive de soude.
- L’acide phénique s’unit à la soude, dont il est
- Fig, 4. — Cornues de distillation des goudrons.
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- L’INDUSTRIE DU COKE ET DES BENZOLS
- séparé ensuite par simple traitement à l’acide sulfurique.
- L’huile à naphtaline contient la naphtaline en simple dissolution : il suffit de la laisser reposer et refroidir, dans de grands bacs en tôle, pour voir la naphtaline cristalliser bientôt.
- Un essorage à la turbine lui enlève en quelques minutes ses dernières traces d'huile.
- Avec la naphtaline, il n’est guère difficile d’obtenir par nitration la trinitronaphtaline, base de la schneidérite et des explosifs Faviers.
- On extrait l’anthracène de son huile par un procédé rigoureusement analogue : quant à son emploi
- Quant aux benzols commerciaux, résultant des rectifications et purifications successives de ce benzol brut, ils sont loin d’être eux-mêmes des produits chimiquement purs; ils constituent eux-mêmes des mélanges, que l’on définit par les limites de température entre lesquelles ils distillent.
- Le toluène, produit de base de la fabrication du trinitrotoluol, communément appelé trotyl ou tollite et substituant précieux de la mélinite, se trouve en particulier dans ce cas.
- Il ne résulte du benzol brut que par une série de rectifications effectuées dans l’une de ces immenses cornues que montrent nos photographies et par une série de lavages à l’acide, à l’eau et à la soude caustique, dans des laveurs à palettes.
- Nous n’en finirions point si nous voulions énumérer tous les produits et sous-produits que la science moderne extrait non seulement des éléments principaux, mais encore des
- Fig. 5. — Cornues de rectification du benzol brut.
- industriel, rappelons simplement que le rouge-garance des culottes de nos soldats n’élait autre qu’un dérivé de l’anthracène.
- Voyons ce que devient maintenant le benzol brut, que nous avons obfenu par la distillation à température convenable des huiles lourdes de lavage.
- D’abord qu’entend-on exactement par benzol brut?
- Au point de vue chimique, le benzol brut est un corps certainement aussi complexe, aussi mal défini - d’ailleurs que le goudron : un mélange en proportions incertaines, de benzène ou benzine et de ses succédanés, toluène, xylène, etc., ainsi que d’un grand nombre d’impuretés acides ou basiques, acide phénique, aniline, etc., etc.
- Au point de vue pratique, il est bien difficile de. le définir autrement que par sa qualité d’huile légère, obtenue par distillation à la colonne, des huiles ayant servi au lavage du gaz.
- Fig. 6. — Saturation pour la fabrication du sulfate d'ammoniaque.
- résidus de fabrication de ces éléments eux-mêmes : l’aniline n’est en somme qu’une impureté contenue dans les eaux acides de lavage des benzols : et pourtant son importance dans la chimie moderne est incalculable.
- La nécessité d’avoir à notre disposition des quantités importantes de benzol pour la fabrication des explosifs de guerre a conduit tout récemment à instituer un traitement spécial du gaz de la ville de Paris.
- L’industrie des goudrons et des benzols, c’est au fond la chimie, presque tout entière, et l’on comprend que sa prospérité suffise à définir la prospérité d’un peuple.
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- RECHERCHE DU LIN ET DU COTON DANS LES TOILES
- FABRIQUÉES PENDANT LA QUERRE
- Fig. i. —.Microscope préparé pour l’examen des fibres textiles.
- A l’heure actuelle la presque totalité des filatures de lin françaises se trouve entre les mains de l’ennemi, de sorte que les fabricants de toile sont obligés, pour tisser le linge nécessaire à l’approvisionnement de leur clientèle, d’épuiser les anciens stocks de fils de lin ou d’importer ces fils d’Angleterre. En outre, les quelques filatures du même textile, qui ne se trouvent pas ën pays envahi se procurent la matière première
- avec quelque difficulté, car le lin de Russie, qui forme la base de la consommation de la plupart, d’entre elles, ne leur parvient pas. Par contre, les filatures de coton, en raison de l'abondance de la production américaine et de la rareté du lin, marchent dans les conditions les plus satisfaisantes, au point que dans la région rouennaise notamment, certains établissements qui avaient fermé leurs portes, n’ont pas hésité à les ouvrir à nouveau au cours des hostilités.
- Il n’est pas étonnant, dans ces conditions, qu’au „
- lieu de vendre au public de la toile de lin proprement dite — la vraie toile — nombre de tisseurs fournissent à la consommation courante de la toile métis, c’est-à-dire des tissus dont la chaîne est en lin et la trame en coton.
- De cette situation doivent découler plusieurs conséquences. Tout d’abord, le colon étant sensiblement moins cher que le lin, les tissus de ce genre doivent être évidemment vendus meilleur marché que la toile de lin pur, de sorte que celui qui la vend comme toile de lin, et au prix de celle-ci, commet une fraude. En outre, les tissus métis ne se comportent pas à l’usage comme une toile de lin ou de coton pur; celle qui dure plus longtemps est la toile de lin, celle de coton est moins résistante, mais la durée de la toile de lin et de coton mélangés est inférieure le plus souvent à celle des deux autres et dépend
- Fig. 2. — Aspect sous l’objectif du coton placé entre deux lames de verre.
- du reste des manipulations qu’on lui fait subir : elle s’affaiblit notamment à la suite de lavages répétés et cela parce que le fil de lin, plus durable, use à la longue le fil de coton qui l’est moins et avec lequel il se trouve directement en contact; certains trous qui se produisent dans des draps de lit n’ont pas souvent d’autre origine. C’est vraisemblablement pour cette cause que les cahiers des charges pour fournitures militaires stipulent, généralement que la toile de lin doit être de lin pur, ou encore d’étoupe pure, sans mélange d’autre textile.
- Il nous a paru intéressant, dans ces conditions, de faire connaître les moyens, dont quelques-uns sont connus et d’autres absolument ignorés, permettant de distinguer si un tissu de lin acheté dans le commerce est ou non mélangé de fil de coton.
- Les procédés dont on peut faire usage sont de deux genres : les uns, que nous appellerons scientifiques, parce qu’ils exigent, pour être menés à bien, le service d’un laboratoire et l’emploi d’un microscope puissant; les autres, plus faciles et à la portée des moins expérimentés.
- Procédés scientifiques basés sur l’emploi du microscope. — Il y a longtemps que la distinction du lin et du coton au microscope a été établie et qu’on a observé que les fibres élémentaires du lin, vues en longueur, sont droites et pleines de rugosités, et que celles du coton sont partiellement tortillées. L’examen peut se faire directement et sans préparation pour la fibre blanchie, seules les fibres écrues doivent courte ébullition dans
- préalablement subir une une solution de soude à Mais celui qui n’a pas une certaine expérience de l’examen des fibres au microscope ne saurait se contenter de ces distinctions sommaires, car elles pourraient l’induire en erreur. L’état de maturité des plantes, certaines manipula-
- it)
- pour
- 100.
- Fig. 3. -sous le
- Coupe du lin microscope.
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- RECHERCHE DU LIN ET DU COTON DANS LES TOILES
- tions qu’on leur a fait subir, ont pu parfois en modifier l’aspect. Pour ne citer qu’un exemple, lorsque le coton est mercerisé, le tortillement caractéristique du filament disparaît en partie, et lorsqu’on a affaire à du coton mort, la paroi de la fibre est plus dure et la torsion également peu accentuée.
- L’examen d’une fibre en longueur au microscope ne peut être fait avec certitude que par un expérimentateur qui en a l’habitude et non par un observateur qui ne procède à ce genre d’étude qu’en passant. Il est à ce sujet, en effet, une foule de remarques qui retiennent peu à peu l’attention du chercheur, qu’il note et qui, dans un grand nombre de cas, peuvent lui servir de point de repère. Ainsi, par exemple, les fibres du lin rouies sur pré sont accompagnées de parties filiformes provenant d’un champignon, le cla-dosporium. herbarum, qu’on ne retrouve généralement pas dans le lin roui à l’eau; d’autre part, les fibres du bas de la tige ont plus de rugosités, sont plus aplaties et ont un canal central plus large que celles du sommet ; de plus, celles de
- de signaler, rendent également les prêchions plus faciles : le chlorure de zinc iodé, l’oxyde de cuivre ammoniacal, l’huile d’olive pure, etc. On peut aussi observer les fibres avec des appareils de polarisation : ni l’une ni l’autre ne se comportent de la même façon : c’est ainsi que le lin montre toujours une double réfraction spécifique très accentuée; la teinte dominante est le violet et les teintes vives de polarisation atteignent presque au jaune 2e raie, etc. Nous ne pouvons entrer dans ces détails.
- Il est cependant un examen qui ne saurait tromper, c’est celui de la coupe transversale des fibres. On observe alors très facilement que les filaments du lin sont à coupe nettement hexagonale, à cloison épaisse, toujours groupés ensemble, et que les fibres du coton ont généralement la forme d’un haricot (tout en élant parfois circulaires dans le coton mort), ne sont jamais groupées les unes autour des autres et que la légère cavité centrale, toujours indiquée par une ligne quelquefois un peu ouverte, suit parallèlement les contours du haricot, indiquant bien certainement un affaissement de
- Fig-. 4. — Toile métis traitée après dèfi-lage par une solution de fuchsine (montrant la différence des colorations entre les fils de coton et ceux de lin).
- Fig.. 5. — Aspect à la loupe de l’extrémité Fig. 6. — Aspect à la loupe
- des fils d’une toile de lin. après rupture. . des fils de coton.
- ces fibres qui sont blanchies sont souvent accompagnées de restes d’épiderme et de cuticule qui les recouvrent sous forme d?une mince pellicule. Ce sont là autant d’observations qui permettent de fixer les recherches. De même, une foule de réactifs dont on n’use que sous 'objectif et qu’il serait trop long
- la tige par dessiccation. De ce côté les observations sont bien nettes, claires, précises, et ne peuvent en aucune façon induire en erreur; mais la coupe d’une fibre est une opération qui exige d’infinies précautions, nécessitant l’emploi d’un instrument des plus délicats, le microtome, dont le maniement
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- RECHERCHE DU LIN ET DU COTON DANS LES TOILES : 13
- ne s’acquiert qu’avec une grande habitude. 11 nous a semblé que ces remarques avaient besoin d’être faites, car beaucoup s’illusionnent sur les facilités et les résultats de l’examen des fibres textiles au microscope.
- Procédés scientifiques basés sur l’emploi des réactifs chimiques et sur l'action de matières colorantes. — Quelques-unes des réactions permettant de distinguer le lin du coton sont connues. Telle est, par exemple, l’action de la potasse caustique à froid sur l’un et l’autre filament : le coton écru mis en contact avec une forte dissolution de cet alcali (1 partie de potasse contre 6 parties d’eau) se contracte de lui-même et se roule, mais il ne subit d’autre coloration que celle de passer un peu au gris ou au blanc sale; le lin écru subit aussi plus visiblement cette contraction de fibres, mais il prend une couleur jaune-orange, qui ne permet en aucun cas de le confondre avec le coton. On peut modifier cette expérience en plongeant les échantillons d’essai 10 minutes dans une solution bouil-
- tité extraite du tissu quels sont les fils en lin et quels sont ceux en coton, les uns ayant une couleur variant du blanc au jaune clair, les autres une nuance d’un jaune foncé très prononcé.
- Fig. 7• — Comparaison des extrémités des fils de lin et de coton après combustion.
- Parmi les méthodes moins connues, signalons celles qui sont basées sur les principes scientifiques suivants : 1° faculté' d’absorption d’un sel métallique par les fibres ; 2° précision des petites différences chimiques des filaments entre eux ; 3° propriété que possèdent certaines fibres de retenir avec une teinte déterminée certaines matières colorantes ; constituant en somme trois groupes bien déterminés. ’
- Dans le premier, la meilleure méthode à signaler est le traitement du tissu soumis à l’examen par le sulfate de cuivre et le ferro-cyanure. On désapprête l’échantillon par une ébullition préalable dans l’eau ou une lessive de soude, on le sèche, on en enlève les bords, on le fait baigner 10 minutes dans une solution de 10 pour 100 de sulfate de cuivre, puis, après l’avoir rincé sous un filet d’eau, on le trempe dans une solution de 10 pour 100 de ferrocyanure jaune : le lin prend une couleur rouge cuivrée, le coton reste à peu près blanc, et cette différence apparaît ensuitebien plus tranchée, si l’on trempe l’échantillon dans une huile grasse. Dans le second groupe, la méthode qui semble la plus caractéristique est celle au bleu de méthylène. L’échantillon est plongé dans une solution chaude de bleu, puis lavé à l’eau : le lin reste bleu,le coton est décoloré. Cette réaction est surtout nette sur les tissus bien blanchis, elle n’e,st pas aussi certaine sur ceux de ces tissus qui ont été plus ou moins transformés par un blanchiment défectueux et dont les fibres ont été partiellement ou totalement changées en oxycellulose.
- Enfin, dans le troisième groupe, il y a surtout lieu de retenir les variations d’aspect du lin et du coton traités par des solutions alcooliques de cochenille et de garance (1 de matière colorante contre 20 d’alcool à 0,847 de densité qu’on laisse reposer 24 heures dans un bain chaud après mélange) : on obtient pour le coton une coloration
- Fig. 8. — Fils de lin (à gauche) et fils de coton (à droite) détordus et vus à la loupe.
- lante de potasse caustique (2 d’alcali contre 1 d’eau) et en les exprimant ensuite entre deux feuilles de papier buvard : en tirant le fil sur l’un des côtés, chaîne ou trame, on distingue très vite sur la quan-
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- rouge clair avec la cochenille et pour le lin une coloration violette; avec la garance, jaune clair pour le coton, et jaune orangé, presque rouge, pour le lin. Ces solutions alcooliques peuvent être remplacées par une autre de fuchsine au centième qui ne soit pas acide; au sortir de là, un morceau de tissu lavé à l’eau couranie, puis placé 2 à 5 minutes dans l’ammoniaque, se décolore s’il est en coton et reste d’un beau rouge rosé s’il est en lin. La cyanine donne aussi de bons résultats : le tissu est trempé quelques minutes dans une solution tiède de ce corps jusqu’à ce qu’il ait pris la teinte voulue; rincé ensuite à l’eau, il est traité par l’acide sulfurique dilué; le lin est bleu, le coton décoloré; la coloration devient encore plus vive pour le lin sans influencer le coton par un nouveau rinçage à l’eau suivi d’un trempage dans l’ammoniaque.
- Procédés résultant de l’observation courante. — A côté des méthodes que nous venons d’examiner, il en est d’autres plus à la portée du public et d’une application plus facile. Chacun sait tout d’abord qu’un tissu de lin pur est toujours plus difficile à déchirer qu’un tissu de coton : c’est là une première indication. On a remarqué, en outre, que le bruit que rend la déchirure est plutôt sourd pour le lin et plus accentué pour le coton.
- On peut encore observer comment les extrémités des fils d’un tissu rompu se comportent à la rupture : les filaments du lin sont inégaux, brillants et à peu près parallèles, ceux des fils de coton sont de longueur à peu près égale, males et plutôt frisés, et cette différence est plus sensible lorsque la déchirure est un peu brusque.
- Un tissu soupçonné doit être , examiné par transparence et à la lumière. Étant donné que le lin se file beaucoup plus inégalement que le colon, la toile pure apparaît comme rayée en raison de ces inégalités techniques alors que le tissu de coton est toujours assez régulier.
- La combustion des fils donne aussi des indications à retenir : l’extrémité du fil de lin carbonisée reste ronde et lisse, celle du fil de coton dans les mêmes conditions présente des filaments parallèles qui s’écartent comme dans un pinceau. On peut encore
- modifier cet essai en imbibant le tissu expérimenté d’une dissolution de sucre et de chlorure de sodium, laissant sécher et mettant le feu aux fils mis à nu de la chaîne et de la trame : les fils de lin se carbonisent avec une couleur grise, ceux de coton prennent une couleur noire.
- L’aspect du tissu trempé dans l’huile et vu à la loupe est caractéristique. Si, après l’avoir désap-prêté et desséché, on l’imbibe d’huile en le plaçant entre deux plaques de verre pour en faire disparaître les bulles d’air et qu’on éponge le surplus d’huile qui s’échappe sur les bords, la fibre du lin examinée par transparence semble claire, mais elle paraît opaque au jour, tandis que la fibre de coton apparaît claire au jour et foncée par transparence. Ces différences ressortent parfaitement à la loupe et s’expliquent pour le lin par l’épaisseur des parois des cellules dont la puissance de réfraction se rapproche de celle de l’huile et pour le coton par le peu d’épaisseur des parois des cellules dans lesquelles l’air est retenu prisonnier.
- Mentionnons enfin l’action de l’acide sulfurique qui dissout les fils de coton bien avant ceux du lin. On plonge un morceau dépouillé de son apprêt pendant 1 ou 2 minutes au plus dans l’acide sulfurique concentré : le coton, attaqué le premier, prend une apparence diaphane et se dissout rapidement, tandis que le lin reste blanc et opaque. On lave rapidement le tissu dans l’eau, on neutralise l’excès d’acide par une petite quantité de potasse caustique; puis, après un nouveau lavage à l’eau pure, on sèche à nouveau le morceau et on voit quels sont les effets de l’opération : tous les fils de coton, s’il en existe, sont dissous, les fils de lin seuls restent. En comparant l’échantillon d’épreuve avec la pièce entière ou bien en comptant les fils, on peut s’assurer facilement dans quelle proportion le mélange de lin et de coton a été effectué.
- Ces divers procédés résultant de l’observation courante peuvent être contrôlés en cas d’expertise par les procédés scientifiques proprement dits, mais en beaucoup de cas ils sont très suffisants pour distinguer dans les tissus les mélanges de lin et de coton. Alfred Renouard.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 29 novembre 1915.
- La radioscopie en lumière rouge. — On sait que l’œil est particulièrement sensible aux radiations rouges. Une luminosité rouge, même de faible intensité intrinsèque, comme celle que donnent les lampes à vapeur d’argon, produit une sensation visuelle très intense sitôi que l'œil s’y est habitué. I. Bergonié a pensé à employer cette observation pour faciliter aux chirurgiens la radioscopie et les opérations. A cet effet, la salle d’opération èst éclairée uniquement à la lumière rouge. Quand on examine alors sur l’écran fluorescent vert de
- platinocyanure de baryum la radiographie du sujet, l’image que l’on voit aune netteté beaucoup plus grande que lorsque l’observateur était, avant l’examen radiographique, éclairé par de la lumière blanche. De plus, pendant l’opération elle-même, l’éclairage à la lumière rouge rend le travail du chirurgien plus facile et lui permet même d’être renseigné sur l’état général de l’opéré.
- En effet, le sang veineux apparaît presque noir, très différent du sang artériel, et le plus léger commen-
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- L’UTILISATION DE CORFOU r..... —-....—.. — 15
- cernent d’asphyxie chez l’anesthésié se traduit par une coloration noire de la plaie.
- La stérilisation de l’eau par l’acide carbonique sous pression. — C’est M. d’Arsonval qui le premier a indiqué l’acide carbonique sous pression comme moyen de stérilisation des liquides. M. Colin a étudié en détail les conditions dans lesquelles cette stérilisation peut être effectuée. Il a trouvé que sous 25 atmosphères et après quelques heures de traitement les cultures microbiennes sont détruites.
- Nécrologie : René Zeiller. — La mort de René Zeiller est une très grande perte pour la science française. Car il fut un véritable créateur et on peut voir en lui le représentant autorisé d’une science nouvelle (au moins dans les développements qu’il lui avait donnés) : la paléontologie végétale, science dont les applications pratiques furent particulièrement fécondes. Assurément, avant lui, on avait étudié déjà les plantes fossiles et fait, à leur
- sujet, de nombreux travaux. Mais c’est lui qui, en examinant avec une habileté consommée et une patience inlassable les dores houillères de tous nos bassins charbonneux de France, est arrivé à constituer des séries, grâce auxquelles on peut aujourd’hui reconnaître la position exacte d’un faisceau charbonneux et, par conséquent, déterminer dans un sondage ou dans un puits, s’il faut chercher au-dessous une richesse minérale utilisable. Les applications ont été nombreuses et quelquefois retentissantes. Il suffit de citer les derniers travaux de recherches lorrains, où René Zeiller a tant contribué au succès. Il laisse une œuvre considérable qui se traduit par les nombreux volumes et atlas de ses monographies de bassins houillers et par un Traité de paléontologie végétale, rapidement devenu classique. Inspecteur général des Mines et professeur à l’École des Mines, il a, en outre, marqué l’empreinte de son intelligence si lucide, dans les voies très diverses auxquelles son activité incessante s’est appliquée.
- L’UTILISATION DE CORFOU
- Des informations contradictoires ne cessent de paraître dans les quotidiens au sujet du ravitaillement des sous-marins austro-allemands de la Me'di-terrane'e par le domaine de l’empereur d’Allemagne ( l’Achilléion) dans.l’île de Corfou. Cette suggestion s'inspire à la fois de la situation géographique de l’île et du fait que, depuis 1907 , le Kaiser avait acheté la villa Achilléion, édifiée en 1890-91 pour l’impératrice Elisabeth d’Autriche, sur la côte orientale de l’île, à 6 Km au sud du chef-lieu. Disons tout de suite que, si le parc et les terrasses descendant jusqu’à la mer sont fort beaux, la construction elle-même ressemble tout uniment à un moderne palace-hôtel de style italo-grec (fig. 1). Récemment, on a annoncé, puis démenti sa destruction.
- Sans nous permettre aucune appréciation d’ordre stratégique, il semble que le golfe d’Arta, les autres îles Ioniennes et surtout le golfe de Corinthe et les baies de sa rive nord soient mieux disposés pour abriter les pirates ennemis, dans le cas où les
- Fig. i. — L’Achilléion.
- eaux grecques voudraient être accueillantes pour eux. Le canal de Corinthe, terminé depuis 1895 et qu’on a amélioré en 1907 pour l’ouvrir à la grande navigation, leur offrirait un couloir sournoisement
- ouvert vers le golfe d’Égine et le Pirée. Certainement l’amirauté anglaise a dû prendre ses précautions pour ce péril éventuel.
- Pour revenir à Corfou, rappelons seulement les brefs renseignements suivants : Corfou, l’ancienne Kor-kyra des Grecs, est la plus septentrionale et la deuxième en superficie (après Céphalonie) des îles Ioniennes (681 km2). Sa
- population atteint 100 000 habitants. Elle garde la route d’Italie en Grèce de Brindisi à Patras. Le détroit qui la sépare du continent, le canal de Corfou, a 2 km 1 /2 de largeur à son extrémité nord juste en dessous du fameux port épirote de Santi-Quaranta. La forme allongée de l’île figure grossièrement celle d’un marteau à manche irrégulier. Perpétuellement ses maîtres historiques changèrent, depuis les Phéaciens du légendaire
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- 16 .-..-... ~ L’UTILISATION DE CORFOU
- Àlcinoüs jusqu’aux Vénitiens, Français, Russes et Anglais qui la rendirent à la Grèce en 1865. Cependant les Turcs ne la prirent jamais : son héroïsme repoussa, entre autres, leurs assauts de 1557 et 1716.
- Elle est assez montueuse (914 m. au Mont San-Salvator), mais les collines basses de sa périphérie et l’abondance des eaux courantes lui assurent une remarquable fertilité (blé, oliviers.. vignes, orangers,etc.). On a exagéré l’agrément de son climat, trop chaud en été et sujet en hiver à des averses, à de fâcheuses variations de température et au vent du Sud-Est.
- Corfou, le chef-lieu, est un bon port de commerce
- Vido. Les Vénitiens avaient créé un grand arsenal à 7 km au Nord-Ouest, dans le petit golfe de Govino : l’arsenal est en ruines et le golfe ensablé. La Grèce avait songé à y installer de nouveau un grand port de guerre.
- Au1 sud de la ville, qui a conservé l’aspect italien et dont les rues étroites, bordées de hautes maisons, ne sont pas sans analogie avec Bastia, en Corse, la lagune de Kalikiopulo n’admet plus que des bateaux plats.
- Sur tout le surplus de la côte orientale l'eau manque de profondeur, mais le mouillage dans le canal reste assez bon. Quant au littoral de l’ouest,
- Rade et ville de Corfou.
- Fig. 2, —
- (d’environ. 50 000 hab.) particulièrement pour l’huile d’olive et les fruits. La pittoresque forteresse vénitienne n’a plus aucune valeur (fig. 2).
- Dans sa monographie de Corfou le professeur Partsch(1) a fait remarquer l’importance maritime de la côte orientale de Corfou. Sur 60 km d’étendue, en face du littoral inhospitalier del’Épire, la double courbure de cette côte, coupée en deux par le promontoire de la capitale, présente en réalité deux grands et assez brms bassins de refuge pour les flottes. A l’issue de la mer Adriatique, le canal de Corfou pourrait donc devenir une bonne base navale, pour surveiller la Grèce. Pendant l’occupation britannique de 1815 à 1863, les escadres anglaises séjournaient souvent dans l’excellente rade comprise entre la ville de Corfou et Pile de
- 1. Die Insel Korfu, Supplément n° 88, des Petermann’s Mitteilungen, Gotha, 1887.
- il est si exposé que les pêcheurs corfiotes l’appellent la mer sauvage.
- Les Anglais avaient créé dans Corfou tout un réseau d’excellentes routes à travers les splendides forêts d’oliviers.
- L’ile a été souvent secouée par des tremblements de terre. Les marais des lagunes du pourtour entretiennent la malaria.
- En 1880, l’amirauté anglaise a publié la carte marine de Corfou, n° 206-1450 avec texte dans Pilot 111, page 264-278.
- Les vapeurs de lignes de navigation mettent environ 18 heures de Brindisià Corfou et 14 heures de Corfou à Patras.
- L’emploi de Corfou, intelligemment combiné avec celui de Santi-Quaranta, Vallona et de la base navale italienne de Tarente, peut verrouiller l’Adriatique! E.-A. M.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahüre, rue de Fleuras, 9, à Pans.
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- LA NATURE. — N° 2206.
- 8 JANVIER 1916.
- LE TROUPEAU NATIONAL FRANÇAIS ET LA GUERRE
- L’une des préoccupations dominantes des administrations militaire et civile en temps de paix, et surtout en prévision d’une guerre, a toujours été celle d’un bon ravitaillement des armées et des populations civiles. La puissance des armements ne servirait à rien si, au cours des campagnes, les soldats d’une nation quelconque devaient souffrir de la faim; de même qu’une surabondance de vivres ne représenterait qu’un bien modeste facteur de résistance si un manque de moyens directs de combat devait faire sentir ses effets durant un temps trop prolongé.
- Le bon fonctionnement de ces deux éléments de lutte est une condition indispensable de succès,
- rétabli d’une façon quelconque, la vie du pays peut s’en trouver compromise.
- Au point de vue richesse en gros bétail (bêtes bovines), la France au début de la guerre 1914-1915 possédait plus de quatorze millions et demi de têtes (exactement 14 808 310, d’après la statistique de décembre 1913); pour une population globale de 40 millions d’habitants, abstraction faite des ressources des colonies et des effectifs magnifiques qu’elles entretiennent (Madagascar 6 millions de bovidés environ; Afrique occidentale 5 millions).
- Les empires de l’Europe centrale, Allemagne et Autriche, avaient à la même époque un chiffre d’environ 38 millions de têtes de gros bétail pour
- Fig. i. — Un parc à bétail du camp retranché de Paris.
- quelles que soient les autres circonstances d’une guerre ; l’histoire de tous les peuples est là pour le prouver.
- La France, en temps de paix, se trouve dans des conditions privilégiées; la richesse de son sol, la variété de ses produits, la diversité de ses récoltes, assure à sa population tout ce dont elle peut avoir besoin.
- En matière de vivres de première nécessité, et de viandes plus spécialement, le troupeau français se trouvait durant ces dernières années dans un état de prospérité remarquable, puisqu’il était possible d’exporter annuellement jusqu’à 100 000 têtes de gros bétail environ.
- Mais l’état de guerre modifie profondément et rapi-demei’ la situation économique d?un pays, parce que la consommation se trouve considérablement augmentée, alors que les puissances naturelles de production sont au contraire considérablement troublées et toujours diminuées.
- L’équilibre est dès lors rompu et s’il ne peut être
- 44' Année, — 1°' Semestre.
- une population globale de 120 millions d’habitants.
- Notre situation sous ce rapport était donc sensiblement plus favorable que la leur, et elle eût dû l’être infiniment plus si, dans ces dernières années, alors que la tension diplomatique faisait prévoir à chaque instant l’explosion du conflit, notre administration centrale avait su organiser l’exploitation de nos ressources coloniales. 11 y a eu, d’un autre côté, de bien malheureuses et inexactes appréciations relativement à la durée possible de résistance de nos ennemis, quand on a cru et voulu faire croire, presque dès l’origine des hostilités, qu’ils pourraient au bout de quelques mois ressentir rapidement les effets d’une disette précoce ou d’un appauvrissement accéléré de leurs ressources en vivres. On a tablé alors sur l’importance de la consommation de viande chez eux, laquelle est plus forte que chez nous,, et sur les chiffres de leurs récentes importations annuelles; en oubliant d’ajouter, comme je l’ai signalé à l’époque, que depuis 1910 l’augmen-
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- LE TROUPEAU NATIONAL FRANÇAIS ET LA GUERRE
- 18
- tation de ces importations en Allemagne avait pour but à peu près exclusif de constituer de très grosses réserves en vue de cette guerre qu’ils préméditaient depuis si longtemps.
- On a oublié d’autre part que si leurs ressources en gros bétail étaient légèrement plus faibles que les nôtres, ils possédaient par contre plus d’animaux de l’espèce porcine, et qu’il y avait là un appoint considérable pour l’alimentation de leurs armées ou de leur population civile.
- On a oublié enfin, dans ces appréciations, de tenir compte de leurs vols en bétail dans toute la Belgique et le nord de la France, et ces vols sont d’importance.
- Ces illusions sur l’abondance respective et comparative des ressources des pays ennemis, illusions qiii malheureusement existaient déjà chez nous dès le temps de paix, ont fait que nos administrations civile et militaire n’ont pas cru devoir constituer de très importantes réserves durant les périodes de tension d’avant-guerre; et c’est de cela particulièrement que nous souffrons aujourd’hui. Point n’était besoin d’aller dans cette voie jusqu’aux « Réserves kolossales ou immenses », que l’on se flattait encore tout récemment de posséder à Berlin; mais il eût fallu prévoir tout au moins des « Réserves suffisantes » ; nous n’aurions pu qu’y gagner. Il n’est pas toujours sage de se ~roire trop riche, le prix de la vie ne nous le démontre que trop actuellement; en matière de ressources, mieux vaut pécher par excès que par insuffisance.
- De tout cet état de choses, du fait même de notre imprévoyance, il en est résulté que dès août 1914, dans des conditions particulièrement difficiles, notre intendance s’est mise aussitôt à puiser largement dans notre troupeau national et à faire dans la suite des abatages considérables d’animaux durant une première période de cinq à six mois.
- Il a fallu d’un autre côté et parallèlement, constituer des réserves en bétail vivant dans les camps retranchés de certaines de nos places fortes ; de sorte que la brèche produite d’août 1914 à janvier 1915 a été énorme; 1676 000 têtes d’après les résultats de la statistique officielle de janvier 1915. Dans la réalité, et s’il était loisible d’en exposer ici les raisons, il faudrait encore augmenter ce chiffre.
- Si l’on veut bien tenir compte de cette autre donnée, que le chiffre moyen de gros bétail sacrifié chaque année, en temps normal, est d’environ 1 900000 têtes, on arrive- à cette constatation que la consommation durant la première période de temps de guerre a été à peu près doublée.
- C’est là une donnée qui paraîtra un peu extraordinaire, puisqu’en réalité la population et le nombre des consommateurs n’ont pas augmenté du fait de l’état de guerre, au contraire ; mais il ne faut pas oublier que la ration attribuée aux com(-s battants, 500 gr. de viande par jour, est très supérieure à la consommation moyenne d’une personne
- dans la vie civile, et que d’autre part il a fallu augmenter énormément aussi le stock de conserves destinées à une utilisation ultérieure.
- Le bien-être de nos soldats exigeait évidemment de pareils sacrifices, cependant si les abatages avaient dû continuer dans la même proportion durant longtemps, l’avenir de notre troupeau national eût été rapidement et irrémédiablement compromis, parce que le nombre de bêtes spécialement préparées pour la boucherie ne pouvant correspondre aux besoins dans un si court espace de temps, il avait bien fallu s’adresser aux bœufs de travail, aux vaches laitières ou aux vaches de reproduction.
- Les conséquences au point de vue de la répercussion sur les travaux agricoles et sur la puissance de renouvellement ou de reconstitution du troupeau national se devinent; de même que se mesure du même coup la grandeur de la faute commise du fait d’imprévoyance dans la constitution de réserves suffisantes ante bellum.
- Le péril a été si vivement ressenti à un moment donné, l’inquiétude pour l’avenir a été si grande dans le milieu parlementaire, que des essais divers d’importation de bétail étranger vivant (bétail canadien et bétail de Madagascar] ont été tentés, pour ménager notre bétail indigène. La liberté des mers nous étant restée, la solution semblait logique et toute trouvée.
- Ce fut une erreur de plus; non pas qu’il fût impossible d’obtenir par cette voie ce dont nous avions besoin pour épargner notre cheptel, mais parce que économiquement et financièrement ce ne pouvait être qu’une mauvaise entreprise. Ce n’est pas d'aujourd’hui seulement, que l’idée d’importation de bétail étranger vivant a pu naître dans les esprits ; l’expérience en a été tentée maintes fois à des heures de crises moins graves, jamais dans l’ensemble elle n’a donné de résultats satisfaisants au point de vue commercial.
- La tentative du temps de guerre n’aura pas été financièrement plus heureux que les autres, aussi a-t-elle été abandonnée presque aussitôt. On eût pu et dû l’éviter.
- Si avant la guerre la France administrative, civile et militaire, avait eu la sagesse et l’énergie de suivre les progrès scientifiques et économiques qui régissent le monde, pour les mettre à profit à son compte, elle eût évité bien des périls, en particulier celui de compromettre notre fortune agricole en courant le risque d’épuiser inconsidérément son troupeau national.-
- Elle pouvait y arriver en faisant construire durant le temps de paix des entrepôts frigorifiques assez spacieux pour y accumuler progressivement toutes les réserves de viandes françaises ou coloniales qu’un conflit armé d’une durée déterminée pouvait exiger. Cela nous eût évité d’entamer tout de suite notre capital bétail, dont la productivité d’avenir né pourra naturellement que baisser pro-
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- ======= LE TROUPEAU NATIONAL
- porlionnellement aux emprises qui seront faites.
- Fort heureusement le correctif connu a été mis à profit à temps, et si notre caisse nationale doit en souffrir, du moins la source de notre élevage n’en sera-t-elle qu’appauvrie, mais non épuisée. Le déficit bétail enregistré pour la période août 1914 à janvier 1915 s’est accentué depuis, certes, mais la progression de marche s’est ralentie pour différentes raisons.
- Tout d’abord les besoins pour la fabrication des conserves, si grands dès le début, sont devenus moindres au fur et à mesure de la constitution de stocks de réserves suffisants; puis la mise en consommation régulière de viandes congelées d’importation américaine ou australienne a diminué d’autant les fournitures de viandes fraîches indigènes; de telle sorte que le chiffre des abatages mensuels de bétail français s’est abaissé.
- La statistique officielle de recensement fin juin 1915, accuse un total de 12 286 849 têtes de gros bétail.
- Prenons-la telle quelle;bien qu’il soit très certain qu’elle ne corresponde pas à une exactitude mathé-matique, il en résulte que le trou creusé dans notre troupeau national estdel4808 310 — 12 286 849 =
- 2 521 461, Le nombre des abatages de bétail indigène, de janvier h juillet 1915, n’aurait donc guère été que de moitié de celui de la période août 1914, janvier 1915.
- C’est évidemment rassurant, et c’est une constatation qui ne pourra manquer de faire plaisir à tous nos grands éleveurs, mais cela ne doit pas nous faire oublier que notre troupeau national se trouve à l’heure actuelle diminué d’au moins 1/5, peut-être plus.
- Eh bien, c’est énorme sans que cela y paraisse trop, parce que si la destruction peut être rapide, la reconstitution est. soumise à des lois naturelles qu’il n’est donné à personne de bouleverser. On pourra bien les accélérer dans une certaine mesure en limitant l’abatage des femelles ou celui des jeunes, en augmentant la précocité ou la rapidité de croissance dans l’avenir, par une alimentation intensive appropriée; mais on ne fera jamais qu’un bœuf de 18 mois soit apte au travail comme un adulte, ni qu’une génisse de 15 mois
- FRANÇAIS ET LA GUERRE :: 19
- soit apte à la reproduction comme une vache de 3 ans, ni qu’une bête de boucherie ait à 2 ans le rendement en viande nette qu’elle pourrait fournir à 4 ou 5 ans.
- L’évolution des animaux comme l’évolution des êtres humains exige des durées minima desquelles on ne peut pas-s’écarter ; ce serait donc une grave illusion de croire que l’on pourra refaire à volonté en un temps donné un troupeau national de l’importance du nôtre.
- Ce n’est pas une année, ni deux ans, ni même trois ans qu’il faudra, toutes réserves faites dès maintenant sur ce qui peut se passer d’ici la fin des hostilités, mais bien cinq à six ans au moins; c’est-à-dire une période de temps égale à l’âge qu’il faut pour qu’une bête bovine devienne adulte.
- Ce sont là des réalités malheureusement incontestables, qu’il convient de mettre en opposition avec les approximations, plus ou moins fantaisistes de ceux qui, à l’œil ou sur de simples impressions de voyage, soutiennent avec quelque légèreté que notre troupeau est peu atteint.
- En pareille matière, il ne faut être ni optimiste à l’excès, ni pessimiste sans raison, il faut simplement apprécier les réalités du moment; c’est le seul moyen de ne pas se laisser bercer d’illusions excessives, ce à quoi nou& n’avons souvent déjà que trop de tendances.
- Les illusionnistes à outrance répètent àjtous les échos que la sagesse de nos éleveurs, qui auraient d’intuition conservé tous leurs jeunes animaux pour combler les vides des réquisitions militaires, a paré par avance au danger créé par ces réquisitions quelque peu inconsidérées.
- Si la chose était vraie, il n’y aurait qu’à s’en féliciter, mais la raison demande plus que des affirmations, et les preuves fournissent une note quelque peu discordante. Ces preuves les voici dans toute leur sévérité.
- En temps normal, les disparitions annuelles par abatages pour la boucherie sont compensées, et même dépassées par le nombre des élevages, puisque notre troupeau était en voie d’accroissement lent mais régulier.
- Durant cette première année de guerre il y a
- Fig. 2. — Zébus primés au concours de Tananarive.
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- eu des abatages en masse de sujets adultes, et l’on ’n’a pris aucune mesure compensatrice; la logique voulait dès lors que le remplacement en tant qu’unités ne pût être obtenu par le chiffre des élevages d’une année ordinaire.
- Pour établir une tendance à la compensation il eût fallu augmenter considérablement le chiffre des élevages, c’est-à-dire interdire l’abatage des veaux de boucherie; on ne l’a pas fait, le résultat est le suivant :
- En 1913,nous possédions 7 807 560 vaches aptes à la repro-d uction ; au 1er juillet 1915 ce chiffre n’était plus que de 6 346 496, d’où un déficit de 1 461 064 femelles adultes.
- Fin d’année 1913, nous possédions 2 855 780 jeunes bêtes bovines (élèves d’un an et au-dessus) et 2 013930 veaux de moins d’un an, ce qui donne un total de 4 869 710 sujets d’élevage.
- Fin juin 1915, après onze mois de guerre, les chiffres correspondants étaient respectivement de 2581 870 pour les sujets d’un an et plus et de 1 884 825 ' pour les veaux de moins d’un an.
- Total 4466 695 sujets d’élevage.
- D’où par comparais on avec l’année normale de 1913, un déficit de plus de 400 000 têtes dans le chiffre des élevages.
- C’est un total qui doit être suffisant pour inviter les illusionnistes à la réflexion, mais qui malheureusement n’est guère fait pour permettre dans un avenir rapproché de combler les vides creusés. Puisqu’on a abattu d’août 1914 à juin 1915 une très grande quantité de vaches adultes, cette décroissance d’élevage est très naturelle, il eût été possible de l’éviter ou de la réduire, partiellement tout au moins, en décrétant en temps opportun l’interdiction d’abatage des veaux de boucherie. La viande de veau est un aliment dont on peut et dont on devait se priver.
- En résumé, de tout cet ensemble il résulte qu’une
- brèche profonde a été creusée dans la masse de notre troupeau bovin français, que sa capacité de reproduction a été considérablement diminuée (près de 1 500000 femelles de moins), que notre élevage de rénovation en a subi déjà grandement les effets, et que par suite il serait fort dangereux de se forger des chimères sur l’avenir.
- Mieux vaut envisager la situation dans toute sa
- réalité et chercher à y porter remède avant que le mal ne soit trop grand.
- Dans le passé, nous ne possédons pas de données précises sur les effectifs de notre cheptel bovin année par année, mais son enseignement mérite cependant d’être médité : En 1840, l’effectif total des animaux de l’espèce bovine en France s’élevait à 11 761 538 têtes; en 1862 il était de 12 811 589 têtes.
- À cette époque il a donc fallu vingt-deux années pour une augmentation d’effectif légèrement supérieure à un million de têtes (exactement 1 050051),
- soit une moyenne _ - - annuelle infé-
- „i rieure à 50 000 par an (exactement 47 729).
- Quelles ont été les oscillations subies vers 1870 et durant les années suivantes? je ne pourrais les préciser faute de documents suffisamment authentiques, mais en appliquant à la période 1862-1870 la même progression annuelle que précédemment, c’est un maximum d'augmentation de 400 000 têtes qu’il faut admettre ; soit un effectif approximatif de treize millions de têtes (13211 589) en 1870.
- Or, en 1882, douze ans après l’année terrible, l’effectif certain, d’après la statistique officielle, ne comprenait que 12 997 054, chiffre assez voisin du précédent; il aurait donc fallu dix années d’efforts pour que notre élevage redevînt aussi prospère qu avant nos désastres.
- En réalité la réparation du dommage fut plus
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- LE TROUPEAU NATIONAL FRANÇAIS ET LA GUERRE
- rapide parce que le troupeau d’Alsace-Lorraine qui était de 443 258 têtes en 1862, et sûrement quelque peu supérieur en 1870, nous avait été enlevé ; ce qui forme un prélèvement d’une nature différente de ceux occasionnés par nos propres besoins durant la guerre, ou de ceux dns à l’invasion allemande d’alors.
- Mais quelles que soient les suppositions que l’on puisse faire sur l’importance de ces différents facteurs de pertes, un fait précis subsiste : en 1882 notre troupeau national d’animaux de l’espèce bovine n’était pas très sensiblement supérieur à ce qu’il était en 1870, défalcation faite du contingent bovin d’Alsace-Lorraine, ni même à ce qu’il était en 1862.
- Depuis 1882 la progression a été plus appréciable
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- momentanément, le travail et la prospérité ne pourront renaître instantanément, quelle que soit la vaillance des survivants.
- L’arrêté d'interdiction d’abatage des vaches en gestation, des génisses et des veaux femelles, pris récemment par le ministre de l’Agriculture, a donc été une mesure nécessaire et indispensable, un peu trop tardive sans doute, mais dont il y a lieu d’espérer les plus heureux résultats au point de vue de la sauvegarde de l’avenir du troupeau national. Il serait radicalement insuffisant si la volonté de faire un appel plus large aux importations de viandes abattues, coloniales ou étrangères, ne se traduisait à bref délai par des actes définitifs répondant aux besoins de l’armée et de la population civile.
- Et si l’on veut bien songer qu’après la guerre des
- Fig. 5. — Troupeau de zébus de Madagascar.
- puisqu’en 1914 nous avions 2 millions de têtes d’augmentation.
- Animaux de l’espèce bovine, effectif total :
- Années :
- 1840 I 1862 I 1882 1892 I 1913 ] 1915
- — — — — — ao l”r juillet.
- 11.761.338112.811.589112.997.054 13.708.997|U.807.380ll2.286 819
- Mais au 1er juillet 1915, notre richesse en bétail était de plus de 500 000 têtes inférieure à ce que nous possédions en 1862 !
- L’avenir de notre élevage est-il compromis gravement? Non certes, à la condition toutefois que l’on ne prête pas une oreille trop attentive aux affirmations de ceux que je qualifiais d’illusionnistes, parce qu’ils oublient encore ceux-là que nos habitations rurales sont creusées elles-mêmes de vides plus grands et plus irréparables que ceux pratiqués dans les étables, et que là où il n’y a plus rien
- besoins immenses de bétail de boucherie ou de reproduction se feront sentir dans l’Europe entière, dans les empires du Centre plus que partout ailleurs, on admettra sans peine que la France, mieux que tout autre pays d’Europe, se trouvera admirablement placée pour faire de l’exportation rémunératrice, source immédiate de richesse, pourvu qu’on sache lui conserver son troupeau national sans trop l’affaiblir.
- L’avenir de notre fortune agricole se trouve représenté à l’heure actuelle par l’abondance de nos importations de viandes abattues, si paradoxal que cela puisse paraître ; et je crois même que s’il y avait chez nous des commerçants pratiques et avisés, ils pourraient dans la période d’après guerre devenir des exportateurs de nos viandes coloniales vers les pays moins favorisés. Prof. ç Moussu,
- Docteur en médecine, docteur es sciences-
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- LES TRAINS SANITAIRES ANGLAIS SUR LE CONTINENT
- La mise en circulation, sur une grande échelle, de trains uniquement consacrés au transport des blessés est un des traits caractéristiques de l’organisation des services sanitaires dans la guerre actuelle.
- Le matériel roulant, mis à la disposition du service de santé, doit répondre à de nombreuses conditions de confort et d’hygiène dont la stricte observation est indispensable, notamment pour réduire au minimum le danger d’infection des plaies.
- Les wagons couverts à marchandises garnis de bancs de bois et de paille peuvent tout au plus servir au transport des hommes en état de bonne santé. Ces véhicules, montés sur des ressorts très courts et munis d’appareils de tamponnement imparfaits, exposent les blessés à des chocs et à des secousses qu’ils ne peuvent supporter. Le classique wagon K, muni de l’inscription « 32 hommes, 8 che-
- ventilé, chauffé, et bien suspendu le matériel à voyageurs ne peut donc être utilisé directement sans transformation au transport des hommes évacués du front, même pour des blessures légères. Un autre inconvénient grave résulte de la présence des nombreuses cloisons existant dans le matériel moderne à couloirs. Les corridors et les portes sont trop étroits pour permettre l’introduction facile des brancards, de sorte que" pour pouvoir utiliser pratiquement une voiture à inlercommunication il est indispensable d’en supprimer tout le cloisonnement intérieur.
- Il est cependant impossible de consacrer aux services sanitaires un matériel permanent qui ne serait pas utilisé en'temps de paix. On a cherché aussi à résoudre ce difficile problème en étudiant des fourgons spéciaux qui restaient garés dans des docks. Au début de la guerre il exis-
- Fig. i. — Vue d’un train ambulance.
- vaux en long », est construit en planches grossièrement assemblées dont les joints donnent abri à de nombreux germes de tous genres. De même les planchers, sans cesse piétinés par les bestiaux ou les chevaux, contaminés par leurs déjections, ne peuvent être qu’imparfaitement désinfectés ni même lavés, malgré toutes les précautions prises. L’emploi du matériel à marchandises ne peut donc être toléré étant donné le danger d’infection des plaies auquel les blessés sont exposés, même quand on les couche sur des brancards en fer isolés et superposés; on sait combien le tétanos se développe rapidement dans ces conditions, surtout lorsqu’il s’agit de wragons servant habituellement au transport des chevaux. Que dire du mode de chauffage à recommander pour rendre la température supportable en hiver dans des véhicules à portes roulantes dont l’aération est cependant défectueuse? Les fourgons à bagages ou à messageries ne présentent pas davantage les conditions requises pour être utilisés comme fourgons sanitaires sans subir des modifications importantes.
- Il en est d’ailleurs de même des voitures à voyageurs dont les garnitures en crin recouvert de drap servent d’asile à d’innombrables microbes. Quoique
- tait environ sept de ces trains, soit un par réseau.
- A l’Exposition de 1889 avaient figuré quelques véhici les d’un train sanitaire construit sur les plans dresses par M. de la Morandière, ingénieur des Etudes de l’ancienne Compagnie des chemins de fer de l’Ouest français.
- Plus tard, la Suisse et la Belgique mirent en circulation plusieurs trains d’ambulance qui servaient en temps de paix à transporter des malades à Lourdes. En Suisse et en Autriche-Hongrie il existe quelques voitures de luxe mises à la disposition des malades riches moyennant le paiement de taxes élevées ; mais les trains qui servent à faire traverser la Suisse aux grands blessés, échangés par la France et l’Allemagne, sont composés de voitures à couloir central avec fdes de couchettes superposées le long des parois.
- En 1899, un train d’ambulance composé de 7 voitures construites en Angleterre, à Smethwick, sur l’initiative de la princesse Christian, fut expédié dans l’Afrique du Sud, où il rendit de grands services. Cette expérience a fourni de précieux renseignements qui ont servi récemment aux constructeurs anglais pour l’étude du matériel actuellement utilisé sur le continent.
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- LES TRAINS SANITAIRES ANGLAIS SUR LE CONTINENT r—_23
- Comme la plupart des organisations militaires anglaises, celle des transports sanitaires s’est révélée insuffisante dès le début de la campagne, car les effectifs mis en ligne ont rapidement dépassé de beaucoup les prévisions et l’on peut dire que rien n’avait été préparé chez nos alliés en vue d’une grande guerre continentale.
- Il a donc fallu créer rapidement, et de toutes pièces, un matériel permettant d’évacuer vers l’arrière, et jusqu’en Angleterre, les nombreux blessés et malades du front britannique.
- L’initiative privée, aidée par la généreuse bonne
- Chaque rame, comprenant une quinzaine de grandes voitures à intercommunication montées sur boggies, mesure environ 290 m. de longueur et pèse 500 tonnes, ce qui n’est pas un grand inconvénient pour la vitesse réglementaire de 50 km. Le train de 16 voitures n° 24 du Lanccishire and Yorkshire R* pèse 447 t., soit 28 t. par voiture. Celui de la princesse Christian pèse 548 t. pour 12 véhicules, soit une moyenne de 29 t. On arrive ainsi à transporter d’un seul coup, dans d’excellentes conditions, 144 hommes couchés et 256 assis, tout en réservant 82 places, dont 18 couchées, pour
- volonté des Compagnies de chemins de fer et des constructeurs anglais, a fait vite et bien.
- Les ateliers de voitures du Great Western R*, à Svvindon (train n° 16), du Lancashire and Yorkshire Ry, à1 Newton Ileath (train n° 24), du London Briglhon and South Coast R*, à Lancing (train n° 14), de la Birmingham Railway Carriage and Wagon C°, à Smethwick, etc., ont livré une série de véhicules qui sont des modèles du genre au point de vue du confort et de la propreté; aucun détail n’a été négligé, bien qu’on ait utilisé en général, afin d’aller plus vite, un matériel à voyageurs déjà existant, retiré temporairement du service ordinaire anglais et transporté par bateaux sur le continent.
- les cas d’infection qu’il faut isoler à tout prix.
- Ce total de 482 blessés couchés et assis peut être porté au besoin à 590, en utilisant les fourgons de tête et de queue.
- Le personnel comprend 48 personnes, à savoir : quatre médecins et quatre infirmières, trente-deux infirmiers, six cuisiniers et deux gardes. Chaque train transporte ainsi de 550 à 658 personnes.
- Les véhicules employés mesurent en général de 15 m. 50 à 17 m. 'de longueur, de 2 m. 60 à 5 m. 70 de largeur, 2 m. 10 à 2 m. 25 de hauteur et sont munis de toitures de forme elliptique permettant un nettoyage facile aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur. Des dynamos Stone calées sur les essieux, avec batteries d’accumulateurs de réserve
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- 24 ::. LES TRAINS SANITAIRES ANGLAIS SUR LE CONTINENT
- pour les arrêts, fournissent l’éclairage électrique et actionnent les ventilateurs dont un certain nombre sont -portatifs et peuvent se fixer aux couchettes pour les cas d’asphyxie par les gaz. Ces dynamos cessent de fonctionner automatiquement dès que la vitesse décroît jusqu’à 15 km à l'heure; les batteries d’accumulateurs de réserve entrent alors en action pour assurer la continuité de l’éclairage.
- Le chauffage est assuré par la vapeur de la locomotive, mais certaines voitures, notamment celles qui sont réservées au personnel, peuvent être
- manière à pouvoir fournir constamment 250 litres d’eau chaude. D’autre part, le train est abondamment pourvu d’eau froide filtrée, car l’ensemble des réservoirs existant dans les voitures contient une réserve d’environ 10500 litres. Les trois cuisiniers et les stewards couchent dans deux compartiments attenant à la cuisine; au bout du véhicule, se trouve un petit magasin et un réservoir contenant 1550 litres d’eau froide.
- Viennent ensuite quatre fourgons contenant chacun trente-six places couchées, réparties en douze couchettes triples interchangeables et amo-
- Fig. 3. — L’agencement intérieur des banquettes. A gauche, pour le transport des blessés assis. A droite, pour le transport des blessés couchés.
- chauffées indépendamment des autres, au moyen de poêles à eau chaude. L’extérieur des voitures est de couleur khaki et une croix rouge est peinte au centre de chaque panneau. Les trains sont munis du frein automatique Westinghouse à air comprimé, du modèle français, et de tous les accouplements nécessaires pour permettre de les atteler aux locomotives françaises ou belges.
- En tête se trouve un fourgon servant à la fois de véhicule de choc et de magasin ; il est occupé par le conducteur chef chargé de veiller à la bonne marche du train et à sa sécurité. Le compartiment du frein à main est suivi d’un réfectoire et de deux magasins de matériel.
- Le wagon cuisine est muni de fourneaux du modèle adopté par l’armée française, combinés de
- vibles que l’on peut replier contre les parois quand elles ne servent pas. La couchette médiane peut en général être disposée de manière à constituer un dossier quand ou transporte des malades assis. Sept lampes électriques de plafond sont disposées le long du couloir ménagé entre les deux rangées de couchettes. Les malades de chaque voiture disposent d’un water-closet avec lavabo, d’un filtre réservoir contenant 25 litres d’eau potable et d’un réservoir d’eau froide de 675 litres. Le nombre des ventilateurs n’est pas moindre de vingt-six. Les couchettes amovibles du système Furley Fieldhouse servent de brancards pour évacuer sur l’hôpital les blessés atteints de fractures qui ne peuvent supporter d’autre genre de transport.
- Au centre de la rame sont placés deux fourgons
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- LES PRIX NOBEL DE PHYSIQUE —j25
- réservés l’un à la pharmacie et l’autre au personnel médical.
- La pharmacie renferme un magasin pour les médicaments, une salle d’opérations de 4 m. X 1 m. 65 avec installation pour la stérilisation de l’eau, un bureau pour le personnel, ainsi qu’un magasin à linge et à pansements.
- Le personnel médical dispose d’une voiture spéciale à couloir latéral à cinq compartiments, dont trois destinés aux médecins et deux aux infirmières; leur agencement comporte un lit, deux sièges et une table.
- Les extrémités de la vo’ture sont occupées par deux petites salles à manger dont une à six places pour les médecins et une à quatre places pour les nurses. Les sièges et les lits sont garnis en tissu épinglé.
- Suivent cinq voitures à couloir latéral à huit compàrtim e'nts de huit places assises munis chacun de deux ventilateurs et d’une lampe électrique. Dans le couloir sont disposés un water-closet avec lavabo, un filtre réservoir pour l’eau potable et six lampes électriques. La cinquième voiture est réservée à des malades considérés comme présentant des cas infectieux.
- Le quatorzième véhicule contient, outre une cuisine avec fourneau, réservoir d’eau chaude de 250 litres, dressoir, bac à charbon, évier, etc., un dortoir à trois lits pour les cuisiniers et un réfectoire de 4 m. 80 pour le personnel. Seize paires de couchettes doubles superposées sont disposées dans les huit compartiments d’une voiture à couloir laté-
- ral mise à la disposition du personnel infirmier. Le véhicule comporte également un water-closet avec lavabo, dix-sept ventilateurs, seize lampes électriques, un filtre réservoir à eau potable, un poêle, et un réservoir d'eau froide de 450 litres.
- Le fourgon de queue — sauf le compartiment frein et la salle des conducteurs — est aménagé en dortoirs pouvant recevoir des malades atteints de maladies infectieuses; un;de ces dortoirs contient deux séries de six lits, superposés trois par trois, avec xvater-closet, lavabo, tables, etc. ; le second dortoir renferme deux jeux de trois lits avec cabinets et lavatory.
- Quatre crochets, fixés par paires, sur chaque longeron, ont servi à soulever les fourgons au moyen de grues pour les embarquer dans les cales des navires qui les ont transportées à Dunkerque où
- elles ont été débarquées de la même manière.
- Telle est l’organisation très perfectionnée de ces convois dont le nombre est d’ailleurs assez restreint étant donné le front réduit qu’ils desservent et la faible distance qui sépare la ligne de feu anglaise des hôpitaux de base ou des ports d’embarquements. Ils font grand honneur aux techniciens anglais, notamment à MM. À. H. Panter, G. J. Churchward, À. Gobey, etc., respectivement, ingénieurs des compagnies anglaises du London Brighton and South Coast R?, du Great Western Ry et du Lancashire and Yorkskire Ry qui ont aménagé les trains nos 14, 16 et 24 et qui ont bien voulu nous0communiquer les renseignements techniques ainsi que les photographies ayant servi à illustrer et à documenter cet article.
- Fig-. 4. — La cuisine du train sanitaire.
- LES PRIX NOBEL DE PHYSIQUE
- Les prix Nobel de physique pour 1914 et 1915 ont été décernés, l’un à Laue, l’autre aux deux physiciens anglais Bragg qui tous trois ont étudié la même question : la diffraction des rayons X par* les cristaux. Cette décision du Comité de Physique du prix Nobel montre l’importance qui s’attache au sujet abordé par ces savants.
- Les résultats qu’ils ont trouvés sont de la plus haute importance. Ils marquent un nouveau pas vers la solution du problème final de la science qui
- est la connaissance de la nature et de la matière.
- Nous avons, ici même, à plusieurs reprisés (*) exposé le principe et les conséquences de la découverte de Laue et Bragg; il n’est pas inutile d’y revenir et d’indiquer rapidement l’état de la question au moment où la guerre est venue interrompre leurs travaux. Bragg et Moseley qui avec, eux, en Angleterre, s’y étaient consacrés, combattent, en effet, sur le front britannique.
- 1. Voy. La Nature, n° 2122 et 2145.
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- LES PRIX NOBEL DE PHYSIQUE
- Dans un récent article sur les réseaux de diffraction (*), nous avions indiqué que, pour arriver à séparer dès raies excessivement voisines, il était nécessaire d’augmenter le nombre des lignes du réseau. Cela est d’autant plus nécessaire, que la longueur d’onde de la radiation examinée est plus petite. Or, les rayons X, s’ils sont de nature ondulatoire, comme tout portait à le croire, ne pourraient donner de phénomènes de diffraction qu’avec des réseaux mille fois plus serrés que ceux de Mi-chelson. Comme on l’a vu, ces réseaux constituent déjà de tels tours de force mécaniques, que tout espoir d’arriver à en réaliser de suffisamment serrés pour pouvoir analyser les rayons X, devait être écarté.
- La question en était là, lorsque Laue en 1912, eut l’idée d’utiliser les réseaux naturels constitués, si la théorie de Bravais est exacte, par les substances cristallisées. Ces réseaux, s’ils existent, ont des espacements de l’ordre des distances moléculaires dans les corps solides, c’est-à-dire de l’ordre
- en centimètres 1.0 10 10 10 10 10
- Lorsqu’on examine, à l’aide de cette spectro-scopie nouvelle, les rayons X, on constate que les spectres obtenus ne sont pas tous les mêmes. Us varient suivant la nature de l’anticathode d’où ils émanent et ils peuvent servir à la caractériser.
- Chaque métal est ainsi défini par 2 séries de radiations appelées série K et série L.
- Moseley avait trouvé une loi remarquable exprimant la régularité avec laquelle les spectres des rayons X varient avec le poids atomique du métal de l’anticathode. Cette loi est de la forme
- f = A (N —B)2
- f étant la fréquence de la. radiation, A et B des constantes ét N un nombre entier qui représente le rang de l’élément dans la classification périodique des corps simples. Ce résultat est surprenant et, loin d’être accidentel, il doit représenter une propriété fondamentale de l’atome, commune à tous les corps, une de ces constantes universelles dont nous s
- O £
- L'échelle complète des longueurs d'onde.
- du millionième de millimètre et par suite ils peuvent servir à analyser les rayons X.
- La vérification était double : si l’expérience réussissait, elle justifiait d’une part l’hypothèse de Bravais et des cristallographes sur la structure des corps cristallisés et d’autre part elle permettait de mesurer la longueur d’onde des rayons X. C’est ce qui s’est produit et on peut admettre, avec Bragg, que la distance des plans parallèles aux faces du sel gemme est de 2,81 10~8 centimètre, c’est-à-dire de 0,281 millionième de millimètre, tandis que la longueur d’onde des rayons y extrême est de 0,07 10-8 centimètre.
- Les rayons X sont donc, grâce à ces expériences, situés dans l’échelle des radiations qui se complètent comme suit (fig. 1).
- Les zones hachurées correspondent à des régions inconnues de l’échelle des radiations. On remarque sur ce schéma combien. petite est la région du spectre visible.
- Si les expériences de Laue et Bragg n’avaient pas fourni d’autres renseignements que ceux que nous rappelons brièvement plus haut, elles seraient déjà fort importantes, mais elles ont donné des résultats bien plus imprévus et dmn intérêt d’autamt plus grand. • /
- t. Voy. La Nature, n°2204. !l
- connaissons déjà plusieurs exemples (le magnélon, l’électron, etc.). Dans le cas particulier, la loi Moseley s’interprète bien, par la théorie des quanta de Planck à laquelle par conséquent elle fournit de son côté un appui. Rappelons ce qu’est un quanta. D’après les résultats de certaines expériences sur le rayonnement des corps, Planck et Einstein ont été conduits à admettre que la radiation de l’énergie n’étant pas continue, mais se faisant par petits paquets, au lieu de s’échapper d’une source comme un liquide d’un robinet, l’émission se fait sous forme de boulets, de blocs infiniment petits, c’est-à-dire d’une façon discontinue. Or, la taille de ces blocs, la quantité élémentaire d’énergie que Planck a appelée quanta, est une j constante universelle, la même pour tous les corps (x).
- On voit, par ce rapide exposé, l’intérêt que présentent les recherches de Laue et Bragg. Elles ont déterminé dans tout le monde savant une orientation nouvelle et excessivement féconde. Puissent les jeunes savants qui s’étaient lancés dans l’étude de ces questions pouvoir reprendre après la guerre le cours de leurs travaux et n’avoir pas le sort de l’infortuné Moseley tué par les balles turques aux Dardanelles. X...
- 1. Pour plus de détails voy. La Nature, n° 2017.
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- L’INDUSTRIE DE LA CHOUCROUTE
- Pour les diverses branches de son activité nationale, et surtout pour ses industries, la France devra recueillir, comme conséquences de cette guerre qui lui a été imposée par le Germain spoliateur, de multiples enseignements, dans l’ordre économique comme à bien d’autres points de vue.
- Il se produira, infailliblement, dans l’esprit français, au grand dépit, à la confusion de nos tenaces, déloyaux et cyniques adversaires, cette réaction bienfaisante, qui doit détruire bien des légendes, des idées irraisonnées, et montrer que sur le terrain économique, la France, non seulement par sa puis-
- France était de la choucroute d’origine allemande, alors que, depuis bien des années, on ne cessait de combattre cette contre-vérité. S’il est vrai que l’industrie de la choucroute n’a pris naissance, en France, qu’après 1870, époque à laquelle quelques rares usines s’installèrent à des points extrêmes de la frontière, s’alimentant avec des choux achetés à très bas prix en Allemagne, ce qu’il y a de certain aussi, c’est que, en 1900, la production française de choucroute était évaluée à 7 millions de kg, nécessitant environ 10 millions de kg de choux, et que, depuis deux ans à deux ans et demi, 90 pour 100
- Fig. i. — L’épluchage des choux.
- sance militaire et son énergie, mais aussi, grâce à ses ressources industrielles, à ses forces productives, peut envisager, en toute sérénité, l’avenir. Cette réaction, déjà, se fait jour et c’est là une constatation réconfortante.
- Mais, pour que disparaissent complètement les croyances qui, chez nous, se sont accréditées avec le temps, et dont l’âme teutonne sut tirer parti si habilement, il ne suffit pas de proclamer la vérité, il importe de la prouver par des faits.
- Durant ces dernières années, la consommalion de la choucroute — cet aliment sain, agréable, économique — a augmenté considérablement en France. Les grandes villes en demandent de plus en plus. Paris est, pour les fabricants de choucroute, le.plus gros consommateur, le plus grand débouché. Ce qui n’empêche que, dans le public, et même encore à la veille de la guerre, on persistait à croire que la plus grande quantité de la choucroute consommée en
- environ de la choucroute consommée en France est de fabrication indigène. On peut dire que, depuis trente à trente-cinq ans, la choucroute, qui était un produit allemand, se fabrique entièrement en France, pour la consommation nationale, y compris les produits vendus sous l’étiquette « Choucroute de Strasbourg ». Il est, d’ailleurs, bien difficile d’admettre que l’on puisse vendre avantageusement en France, à 14 ou 15 francs les 100 kg — prix moyen — un produit grevé d’un droit de 12 francs par 100 kg, à son entrée sur le territoire français.
- Les Allemands s’étaient appliqués à répandre dans le monde — et surtout en France — l’idée qu’eux seuls sont capables de culLiver et de livrer des choux ayant les meilleures qualités pour la fabrication de la choucroute, et c’est pourquoi, jadis, les fabricants français achetaient annuellement, près de 15 millions de kg de choux à l’Allemagne, soit
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- L’INDUSTRIE DE LA CHOUCROUTE
- tère essentiel est d’avoir les feuilles fortement serrées les unes contre les autres et de former une tête ou « pomme » qui, selon les variétés, est arrondie, aplatie ou ovoïde. Ce sont les choux les plus savoureux, et qui, tous, se cultivent parfaitement en France. L’industrie emploie, principalement, les variétés suivantes : chou quintal d’Alsace, le plus gros mais le plus tardif ; chou de Brunsivick amé-lioré, demi-hâtif, à pomme très grosse, plate, et à pied court; chou quintal d’Auvergne, encore plus gros que celui d’Alsace, pomme dure, serrée, grande rusticité et fort rendement, chou de Hollande à pied court, pomme ferme, serrée, supporte bien le transport. Laissons aux Allemands le chou de Gluckstadt, et surtout celui dit de Schweinfurt dont la pomme, tout en paraissant plus grosse, est moins lourde que celle des variétés précédentes; elle est peu serrée, se conserve mal et se meurtrit beaucoup par le transport. D’ailleurs, s’il fallait d’autres variétés, on n’éprouverait pas la moindre difficulté à en trouver en France parmi les choux cabus à pomme’serrée, dure et blanche, car presque toutes les variétés de choux peuvent servir à la préparation de la choucroute, pourvu qu’elles soient bien pommées :
- choux gras à feuilles lisses, dits choux blancs (chou de Milan, chou cœur-de-hœuf, etc.)(1). Beaucoup de fabricants de choucroute passent, à l’avance, des traités avec les cultivateurs, fournissent la graine et prennent la récolte, soit à prix ferme, fixé d’avance, soit au cours, au moment de la livraison.
- La fabrication de la choucroute commence à l’automne ; de fin septembre à novembre, suivant les variétés et les années, et au fur et à mesure que les pommes sont bien formées et bien dures, les choux sont arrachés, entassés en lieu sec, plutôt obscur et à température peu élevée, par exemple dans des celliers exposés au nord. Cette mise en'tas rend les choux plus tendres et fait perdre aux feuilles leur coloration verte. On livre alors à l’usine où les choux sont d’abord épluchés afin d’éliminer les premières feuilles abîmées (fig. 1). Il y a deux méthodes de fabrication : l’une à l’instar de Strasbourg, l’autre à l’instar de Mayence, cette dernière employant presque exclusivement le chou Brunswick. Mais en
- pour une valeur de 500 000 à 600 OOO.francs. Or, il n’est pas douteux que les choux à choucroute récoltés en France donnent des produits au moins identiques à ceux provenant des choux récolLés en Allemagne ; on peut même dire que la comparaison est tout à l’avantage de la choucroute sortant de nos bonnes fabriques employant des choux indigènes. Il faut remarquer que si, pendant longtemps, les çhoucrouteries lyonnaises, et celles d’autres centres, firent venir, chaque année, de nombreux wagons de choux des bords du Rhin et de la Hollande, depuis bien des années, un revirement fort heureux s’est produit dans l’industrie ehoucroutière* française, à la faveur du développement de la culture des choux. Dans les Vosges, sur le territoire de Belfort, à Lyon (qui est un centre important de consommation) existent des fabriques ne travaillant que les choux récoltés aux environs ou dans la région et qui ont été cultivés par de petits agriculteurs qui trouvent là des débouchés avantageux.
- En fait, le chou est une plante rustique, dont la culture est facile et rémunératrice ; elle s’accommode fort bien des terrains argilo-siliceux qui constituent la majeure partie de notre sol national; nombreux sont les départements où le chou à choucroute est cultivé, notamment ceux de Meurthe-et-Moselle, Meuse, Vosges, Haute-Saône, Haute-Marne, Aube, Rhône, Loire, Puy-de-Dôme, etc. Bon an mal an, cette culture, pour un rendement moyen de 55 000 à 40 000 kg de choux vendus à raison de 5 francs les 100 kg, donne un produit brut variant de 900 à 1500 francs à l’hectare, aussi voit-on des agriculteurs — encore trop peu nombreux, il est vrai — installer des usines et les approvisionner avec des choux provenant de leurs récoltes. C’est par milliers de tonnes que la choucroute est produite dans les départements de l’Est, en Auvergne et même près de Paris, où d’importantes fabriques transforment les choux monstrueux récoltés dans la plaine de Gennevilliers.
- Les variétés de choux les plus appréciées pour la fabrication de la choucroute sont les choux cabus ou pommés (Brassica oleracea capitata), dont le carac-
- I. Depuis six ou sept ans, quelques choucrouteries françaises ont adopté une variété dite Chou gras de Saint-Symphorien, considérée comme nouvelle et très méritante. Ce chou ressemble un peu au chou quintal d’Auvergne, avec des feuilles plus lisses, une pomme bien serrée; il est d’un rendement élevé et de bonne conservation.
- Fig. 2. Machine à couper les choux
- ï\
- iUjfa.
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- L’INDUSTRIE DE LA CHOUCROUTE
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- réalité le mode de fabrication est identique dans les deux cas, avec cette seule différence que pour le procédé dit de Mayence, on n’emploie pas de matière première de qualité secondaire, et que la fabrication est plus soignée. Comme il est bien prouvé que l’on obtient en France une qualité de choucroute supérieure à celle des meilleures marques aile- yi, mandes, il va de soi que ' ‘
- les désignations des pro- - - ^
- cédés ne cont èrent nullement, aux villes précitées, le monopole industriel ou commercial.
- Les choux étant blanchis, c’est-à-dire débarrassés des feuilles vertes, pendantes, on les débite au moyen de la décou-peuse (fig. 2) en lanières extrêmement minces, mais après les avoir passés à la perceuse, qui met les trognons de choux en spirale.
- La perceuse est formée de lames ou tarières montées sur un axe horizontal ou vertical animé d’un mouvement de rotation rapide. Il suffit de présenter les choux à l’instrument pour que le trognon ou cœur, soit enlevé en un instant. La découpeuse comprend un disque horizontal en fonte portant une série de couteaux ajustables suivant la finesse à donner au produit. Ce disque est animé d’un rapidp ,
- mouvement de roi a- v* * /s 1
- Fig. 3. — Mise des choux découpés dans les cuviers.
- mouvement, ue roi a- -v . ^;»* f>) . ^ .
- tion. Les choux, . J g ' ?£ &Vff - ,
- comprimes ,• , ^. . . .-U ' \'C:\Ti :f • -• • :
- contre les couteaux, à l’aide d’une planchette, se divisent en lanières très minces, presque aussi étroites que celles du tabac à fumer. La largeur des cos-
- settes de choux varie suivant la qualité, soit l millimètre et demi à 2 millimètres pour la choucroute ordinaire, tandis que les Allemands font des cossettes de 1 millimètre pour la choucroute verte consommée rapidement, et de 3 millimètres en Bavière et dans quelques autres contrées, ce qui implique l’emploi de deux découpeuses de dimensions différentes : l’une pour les cossettes fines, l’autre pour les cos-
- Fig. 4. — Vue des cuves de fermentation chez un fabricant de choucroute.
- settes plus larges. Les choux ainsi coupés sont recueillis dans des paniers, ou bien, les machines étant installées au rez-de-chaussée, ils tombent directement, par une ouverture faite dans le sol, dans les cuviers placés en cave. Ces cuviers sont en bois ou en ciment (lig. 5) ; le bois est préférable, il résiste mieux à l’acidité de la choucroute que le \ -13$ l! ciment, sujet à être atta-
- Ài'ijgfc qué par les acides, par-
- fois au point que le fond et les parois des cuves deviennent poreux et qu’il en résulte des pertes considérables. Les cuves à re-vêtement de verre à l’intérieur conviennent très bien, surtout pour les grandes installations, bien que leur prix de revient soit encore assez élevé. Dans les cuviers, on entasse les choux par couches alternatives avec des couches de sel, soit 2 kg 500 à 3 kg de sel par 100 litres de capacité. Chaque couche de choux superposée est foulée avec soin pour ne point déchirer les fibres. Les ouvriers sont munis, à cet effet, de sabots très propres surmontés de guêtres venant au-dessus des genoux et emprisonnant ainsi complètement le pied et le bas de la jambe. Sur la dernière _ _ couche de sel, par laquelle
- ‘v-* on a(.|^,ve je rem_
- plissage du cuvier, on met un lit de feuilles vertes de choux, un linge de laine ou une toile humide, puis recouvre le tout avec des planches chargées ensuite de pierres lourdes, dont le poids est proportionné à la quantité de choux entassés. Il faut une pression aussi régulière que possible, mais faible au début et de plus en plus forte à mesure que la fermentation s’établit. Le liquide verdâtre, boueux qui surnage doit être évacué tous les cinq ou six jours par des trous munis de bondes, pratiqués à des hauteurs diverses du cuvier, ou à défaut par les. trous d’un couvercle perforé pressé sur
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- la masse à l’aide des pierres ou d’un pressoir à vis.
- Le résidu liquide étant rejeté, on le remplace par de la saumure nouvelle qui doit toujours recouvrir les choux sur 7 à 8 centimètres. La fermentation s’arrête au bout de 12 à 18 jours, mais on laisse séjourner les choux dans les cuviers jusqu’à 6 semaines ou 2 mois à partir de la mise en couches, laps de temps nécessaire pour que la choucroute soit bonne à consommer (fig. 4).
- Dès que ce moment est arrivé, la choucroute est arrimée dans des barils hermétiquement clos ; elle y est foulée avec soin et livrée, en cet état, au commerce.
- La méthode dite de Mayence diffère de celle que nous venons de décrire en ce sens que seules les feuilles sont employées ; on rejette les trognons ; en outre, on ajoute des assaisonnements et des aromates ; poivre en grains, baies de genièvre, carvi, vinaigre de fruits de bonne qualité (pour la choucroute verte), tranches de pommes, grains de raisin ou d’autres fruits aromatiques. Le rendement est moindre — soit 10 à 15 pour 100 correspondant aux
- trognons — mais la qualité est notablement supérieure. Plus la choucroute est blanche, plus elle est appréciée, surtout par le commerce, qui recherche la choucroute très fine et très longue, comme étant plus présentable. Le minimum des frais de fabrication serait d’environ 50 centimes par 100 kg de choucroute transformés. La déperdition de production ressort à un tiers : 500 kg de choux produisent 100 kg de choucroute.
- Ne nous lassons pas de répéter — car l’expérience l’a prouvé de façon péremptoire, indiscutable — que l’on peut, en France, faire de très bonne choucroute, meilleure que celle fabriquée en Allemagne, et avec des choux récoltés en France. Souhaitons que l’industrie française augmente ses moyens de production; qu’elle sache profiler des précieuses ressources que lui offre le système coopératif, et qu’indépen-damment de l’industrie urbaine, se multiplient les choucrouteries rurales coopératives, doublement utiles à l’agriculture ; ainsi, on apportera une nouvelle part contributive à l’accroissement des éléments de la fortune nationale, Henri Blin.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séances du 29 novembre au 20 décembre 1915.
- La contamination des eau c souterraines par suite de la guerre. — M. Martel montre, d’après ses observations personnelles dans le nord-est de la France, que le mécanisme de la décomposition cadavérique peut, dans les terrains humides, entraîner une contamination beaucoup plus prolongée qu’on ne le soupçonnait auparavant. Il avait déjà constaté précédemment, dans les abîmes des Causses, que des cadavres d’animaux peuvent y rester plusieurs années sans se décarniser. Les exhumations faites aux sources d la Dhuis, pour le compte de la ville de Paris, ont confirmé cette conclusion. D’autres analyses d’eaux ont prouvé que l’infection de l’eau souterraine peut persister au delà d’une année entière. Il y a là un grave danger contre lequel il importe de se tenir en garde.
- La migration de montée des saumons. — M. Roule montre que la direction de montée des saumons n’est pas indéterminée, mais que cette migration est réglée par la proportion 4e l’oxygène dissous dans les eaux courantes. En partant des estuaires, il constate que l’on a là des couches superposées par ordre de salinité décroissante et, en même temps, d’oxygénation croissante. Lé saumon, en remontant de la base de l’estuaire vers son sommet et des couches profondes vers les couches superficielles, se dirige avec continuité (selon le courant à marée montante dans l’estuaire, à contre-courant à marée descendante dans l’estuaire et en eau douce dans le fleuve), vers un milieu mieux pourvu en oxygène et plus apte à entretenir une respiration active. Les localités où il s’arrête pour établir ses frayères et pour pondre sont celles où il rencontre le maximum d’oxygénation. Ces observations peuvent entraîner des conséquences pratiques pour le choix des rivières à repeupler en saumons, qui devront toujours être des rivières pourvues d’une oxygénation suffisante.
- Le parasitisme. — MM. M. Caullery et F. Mesnil ont fait de curieuses observations sur un copépode parasite d’un Annélide, le Pohjcirrus aurantiacus, qui se présente comme un simple sac appendu latéralement à l’Annélide, sans bouche ni anus et si intimement soudé à lui qu’il est impossible de séparer les épidermes. Dans l’axe du crustacé, poussant des ramifications entre les organes dont elle épouse les contours, se trouve une cavité tapissée par un bel épithélium et qui n’est autre chose qu’une hernie du cœlome de l’Annélide. Le crustacé proprement dit a perdu tout vestige de sa morphologie extérieure primitive; il est littéralement embouti entre les parois de son hôte. On n’y rencontre plus aucune trace d’un tube digestif : la nutrition se faisant par endosmose. La masse du parasite est simplement formée par des organes, qui accusent en lui un caractère hermaphrodite, unique dans cet ordre de crustacés et résultat évident du parasitisme.
- Le sulfure de calcium phosphorescent. — M. Pierre Breteau montre que, contrairement à l’opinion dè Verneuil, pour préparer le sulfure de calcium phosphorescent, l’addition de bismuth est seule nécessaire, celle des sels de sodium, carbonate et chlorure, ne jouant aucun rôle. Il suffit de chauffer une heure au rouge sombre un mélange de 100 gr. de chlorure de calcium avec 50 gr. de soufre en canon et d’ajouter, après refroidissement, 1/10 000e du poids total de bismuth. Au bismuth, on peut, comme photogène, substituer le molybdène, mieux le tungstène et moins bien le vanadium.
- Conductibilité d’une mince couche d’air entre deux surfaces métalliques. — Ce problème présènte un intérêt particulier en radiotélégraphie, en particulier dans le cohéreur de Branly.
- Pour trouver la théorie de son appareil, M. Branly,
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- ALEXANDRETTE ET LE CHEMIN DE FER DE BAGDAD
- depuis 1894, étudie la conductibilité des lames d’air. Il est arrivé aux résultats suivants : quand la conductibilité produite n’est pas trop forte, un choc les supprime et rétablit la résistance. En second lieu, lorsque l’accroissement de conductibilité a été provoqué par une étincelle et qu’un choc approprié a réduit cet accroissement, la répétition de la même étincelle puis du même choc à intervalles réguliers reproduit les mêmes alternatives.
- Influence des facteurs météorologiques sur la méningite cérébro-spinale. — D’après M. Arthur Compton, les conditions atmosphériques qui semblent les plus
- favorables à l’apparition des cas de méningite cérébro-spinale sont une forte humidité relative de l’atmosphère combinée avec une grande égalité de température.
- Sur la trajectoire des projectiles lancés avec une grande vitesse initiale sous un angle de projection voisin de 45° et sur l’influence de la diminution de la densité de l’air. — Ce problème qu’a étudié M. de Sparre est celui du tir contre avions ou dirigeables. Il calcule la variation de portée qui peut atteindre 35 à 40 pour 100 en plus par suite du déplacement du projectile dans une région de l’atmosphère où la densité de l’air est très réduite.
- ALEXANDRETTE ET LE CHEMIN DE FER DE BAGDAD
- La menacé germano-turque contre l’Égypte a suscité l’idée d'un débarquement à Alexandrette, au fond du golfe qui sépare à angle droit l’Asie Mineure de la Syrie; on pourrait ainsi couper entre Àdana et Alep la voie ferrée (pas tout à fait achevée) qui ne tardera pas à conduire de Constantinople en Egypte, comme bifurcation du fameux chemin de fer de Bagdad.
- Sans nous permet tre d’exprimer une opinion sur cet éventuel projet, sans rechercher s’il est réalisable et opportun, nous pouvons du moins en exposer les éléments et les objectifs.
- La carte ci-jointe montre où en est l’état de la ligne entre Adana et Alep et nous fait lire un grand mot historique : Issus, dont les parages sont peut-être appelés à voir de nouveau se dérouler un événement capital pour la domination de l’Asie et les destinées de l’Europe.
- Quand Alexandre le Grand, maître de l’Asie Mineure, eut traversé leTaurus de Cilicie par les Pyles ciliciennes (aujourd’hui col de Gulek-Bogas), qui fut toujours une route d’armées (*), sans y trouver un seul défenseur perse, ilparvintdans la plaine de Cilicie. Au pied du mont Amanus,qui se dresse à l’est d’Alexan-drette, le conquérant macédonien se heurta, dans la plaine d’issus aux 500 000 hommes de Darius, qui voulaient défendre la Syrie; le29nov. 555 av. J.-C.,
- 1. Altitude 996 m. d'après Reclus et Vivien de Saint-Martin, 1161), d’après Bœdeker; 1360, d’après l'Annuaire du Bureau des Longitudes.
- le roi de Perse s’enfuit complètement vaincu, laissant 100 000 morts sur le terrain, son camp, sa famille et son trésor aux mains du vainqueur (Q. Cette journée conduisit Alexandre successivement au siège de Tyr, à la conquête de la Syrie et de l’Egypte, à la
- fondation d’Alexandrie et enfin à la suprême victoire d’Arbel-les (2 oct. 551) qui abattit définitivement l’empire perse.
- . Pour la pos-session de la Mésopotamie, comme pour la défense de l’Egypte, c’est bien dans les plaines d’issus que pourrait se retrouver, au bout de 22 siècles 1/2, un point critique de l’histoire du monde. La fameuse entreprise allemande du chemin de fer de Bagdad n’a pas été arrêtée par la guerre actuelle. Bien au contraire, le rail a été doublé en Anatolie et le surplus de la construction fiévreusement activé. D’après les plus récents renseignements, la seule lacune subsistante serait l’inachèvement des grands tunnels du Taurus cilicien vers Bozanti et Gulek. Une chaussée provisoire pour camions automobiles comble, dit-on, cette lacune. Le tunnel de Bagtché, long de 5 km sous l’extrémité nord de l’Amanus a été terminé au printemps de 1915. Un embranchement direct d’Alexandrette à Alep est en construction sous l’Amanus par,le col de Beïlan (Pyles syriennes).
- La descente du Taurus par Bozanti et Gulek aboutit à Yénidjé, d’où un petit embranchement joint Tarsus (Tarse) et le port de Mersina, tandis que la 1. Victor Durby. Histoire des Grecs, t. III, p. 263-271.
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- Fig. i. — La position Alexandrette.
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- 32 ...: ALEXANDRETTE ET LE CHEMIN DE FER DE BAGDAD
- ligne principale continue par Adana, Arstanié et Alep. D’Alep vers Bagdad, on est mal renseigné sur l’état des travaux; en novembre 1912 on avait déjà mis en service 80 km d’Alep vers l’Euphrate; la rapidité avec laquelle les Turcs ont reçu récemment des renforts à Bagdad donne à croire que, depuis trois ans, l’œuvre est considérablement avancée : Mossoul doit être atteint.
- D’autre part, le chemin de fer du Hedjaz dessert Médine(*) et les ingénieurs turco-allemands ont déjà allongé les rails vers l'Égypte par Jérusalem et Beersheba jusqu’à 100 km du canal de Suez. Il est bien clair que le projet allemand contre le Caire serait fort entravé si les Anglais coupaient la voie à l’est d’Adana et prenaient forte position dans le champ clos d’issus.
- Mersina et surtout Alexandrette, avec leurs deux
- De toute antiquité, la position d’Alexandrette (Iskanderoun), fut privilégiée au point de vue maritime.
- La chaîne de l’Amanus (Akma-Dagh) la domine à l’est de 1400 à 2000 m. de hauteur. Alexandrette est le meilleur mouillage de toute la Syrie, bien que, en hiver, les vents du nord agitent la mer ; les ancres mordent bien sur un excellent fond de 15 à 20 m. et les navires approchent tout près du rivage.
- Les premiers travaux du port actuel remontent à 1855-1834, sous le règne d’Ibrahim-pacha. L’ouverture du canal de Suez a grandement nui à son trafic, qui exportait jadis les produits du golfe per-sique et ceux de Mésopotamie, et importait les articles anglais pour Mossoul, Bagdad, etc. On estime sa population de 7000 à 12 000 h. Le mouvement du
- Fig. 2. — Alexandrette et le Mont Amanus.
- chemins de fer, seraient toutes désignées pour le débarquement nécessaire. L’île de Chypre assurerait la protection des opérations. Mais gardons-nous de faire ici de la stratégie politique.
- Et rappelons seulement qu’Alexandrette est très malsain de mai à octobre, à cause des marécages voisins et de la malaria; qu’en hiver les inondations et les orages sont fréquents (notre gravure montre l’immense cône de déjections formé par les torrents de l’Amanus) ; que le passage au nord-est vers Issus est très, resserré (ce sont les Piliers de Jonas, où le prophète aurait été vomi par la baleine; Justinien fit élargir le défilé pour les chars) ; et que c’est par crainte d’un bombardement depuis le golfe que les Allemands ont fait passer la ligne de Bagdad à 60 km dans le nord (2).
- 1. Voir l’article au n° 1922 du 26 mars 1910.
- 2. Voir notre article sur le Chemin de fer de Bagdad, n° 2009, 25 novembre 1911.
- port est d’environ 500 000 tonnes et son chiffre d’affaires d’environ 100 millions de francs : 1/3 pour l’exportation, 2/3 pour l’importation.
- Mersina avec 15 000 hab., et un moins bon mouillage, fait un commerce moitié moindre, bien que le tonnage de ses navires (voiliers surtout) soit égal à celui d’Alexandrette. Toute la contrée est insalubre.
- Il en est de même autour de Tarse, la patrie de saint Paul. Adana, au contraire, jouit d’un climat sain, quoique très chaud et d’un territoire très fertile. Elle était prospère, avec 75 000 à 80 000 hab., avant l’odieux massacre des Arméniens du 9 avril au 2 mai 1909 (v. n° 2009) ; sa position stratégique, capitale à l’heure actuelle, va peut-être l’ensanglanter encore à bref délai!
- On annonçait ces jours derniers que déjà des troupes turques occupent Bozanti !
- E.-A. M.
- Le Gérant P. Masson. — Imprimerie Lahdre, rue de Fleuras, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 2207.
- 15 JANVIER 1916.
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- DE LA LIGNE DE FEU
- L’évacuation des blessés de la ligne de feu à l'hôpital est un des problèmes les plus ardus et les plus complexes de ceux dont est chargé le Service de Santé.
- Celui-ci doit en effet tout d’abord relever au plus tôt tous les blessés du champ de bataille, leur assurer rapidement les soins nécessaires et les transporter loin de la ligne de feu, puis les répartir, suivant leurs blessures, dans les formations sanitaires les mieux appropriées à leur état.
- Ces diverses opérations doivent être faites, sur la ligne de feu, sans troubler en rien le combat ; dans la zone d’avant, sans gêner les mouvements des troupes, ni leur ravitaillement en hommes, munitions, vivres, etc., conditions souvent contradictoires et difficiles à réaliser. Les ambulances et hôpitaux de la zone des armées doivent, autant que possible, ne jamais être encombrés et conserver constamment le plus grand nombre de places libres en prévision des engagements futurs. De plus chaque blessé a droit aux soins les plus compétents et doit, pour cela, être évacué sur le’ centrehospitalier où il pourra être
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- le mieux traité. Enfin le Service de Santé doit aussi se préoccuper de rendre le plus rapidement possible à l’armée combattante les hommes pouvant reprendre leur service, afin d’éviter la fonte des effectifs.
- Que l’on réfléchisse à ces divers desiderata, et l’on comprendra que leur réalisation nécessite un service très complexe et très bien organisé.
- Le règlement qui régit l’organisation actuelle du Service de Santé en campagne date du 26 avril 1910. Mais son application ne commença qu’en 1912, après que le Parlement eut voté les premiers crédits nécessaires, et, au début de cette guerre, 11 corps d’armée, 8 divisions de cavalerie et 15 divisions isolées possédaient seuls le nouveau matériel sanitaire; 10 corps d’armée, 2 divisions de cavalerie et 11 divisions isolées n’avaient encore que l’ancien matériel. La répartition du personnel était aussi imparfaite et les feuillets de mobilisation n a-vaient pas été tous modifiés selon le plan de la nouvelle organisation, si bien que l’on vit des médecins affectés à des formations inexistantes, des ambulances sans chirurgiens, etc. Ajoutez à cela
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- Centre Chirurgical annan Nombreux Hôpitaux
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- L’EVACUATION DES BLESSES DE LA LIGNE DE FEU
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- qu’on ne prévoyait pas du tout la forme qu’a prise la guerre actuelle ; que les automobiles servant au transport des blessés n’existaient pour ainsi dire pas, que les trains sanitaires étaient mal installés et en nombre insuffisant, que l’on n’avait pu prévoir le nombre considérable de lits hospitaliers nécessaires et que les formations sanitaires prévues étaient trop peu nombreuses. D’autre part, on n’avait nullement songé à l’utilisation des compétences si bien que, suivant les hasards des ordres de mobilisation, tel chirurgien célèbre était en sous-ordre dans un hôpital de contagieux, tel aliéniste dans un train sanitaire, tel radiologue chef de brancardiers, etc,, etc.
- Le début de la campagne ne permit pas de remédier aux défauts que l’on constatait partout : la retraite précipitée en Belgique, puis dans le Nord de la France, les grands déplacements de froupes du front obligèrent le Service de Santé à fonctionner tant bien que mal avec les seuls éléments qui se trouvaient à sa disposition.
- Mais aussitôt après la victoire de la Marne, quand le front se fut stabilisé, de grands efforts furent faits pour améliorer l’évacuation et le traitement des blessés. Le règlement de 1910 fut partout appliqué ; on y introduisit les modifications dont l’expérience démontrait l’utilité, on chercha à mieux utiliser les techniciens en leur donnant un service de leur spécialité. Le matériel s’augmenta, les transports automobiles se multiplièrent; des centres hospitaliers nouveaux s’ouvrirent un peu partout.
- À la fin de l’hiver, le Service de Santé ne méritait plus aucun grave reproche; bien plus, on pouvait se féliciter hautement d’une transformation si complète et si rapide dans des conditions aussi difficiles.
- Aujourd’hui, l’évacuation et le traitement des blessés sont assurés d’une manière presque parfaite. Inutile de reparler du passé. Mieux vaut ne voir que le fonctionnement actuel tel qu’il est, de la ligne de feu à l’hôpital.
- Les principes qui régissent la matière sont clai-
- rement définis en quelques articles du règlement de 1910 :
- Art. 5. — Le service de l’avant assure le traitement immédiat, le relèvement et le transport des malades et blessés;
- Il comprend :
- 1° Le « service régimentaire » qui donne les premiers secours en marche, en station et sur le champ de bataille ;
- 2° Les formations' sanitaires ci-après :
- a) Les « ambulances » dont la mission consiste à : compléter l’action du service régimentaire; préparer l’évacuation des blessés, avec l’aide éventuelle des groupes de brancardiers ; assurer l’hospitalisation temporaire, sur place ou à proximité du champ de bataille
- b) Les « groupes de brancardiers » destinés
- à relever et à transporter les malades et blessés jusqu’aux ambulances et éventuellement jusqu’à d’autres formations sanitaires ;
- c) Les « sections d’hospitalisation » qui transportent du matériel de complément pour les ambulances et leur fournissent, en cas d’immobilisation les objets d’hospitalisation nécessaires.
- En principe, le corps d’armée dispose de 4 ambulances et de 3 sec-tions d’hospitalisation par divisionentrantdans sa composition. Chaque division est pourvue d’un groupe divisionnaire de brancardiers. En outre, chaque corps d’armée dispose d’un groupe de brancardiers de corps. A ce dernier élément est rattaché une « section d’hygiène et. de prophylaxie ».
- Art. 4. — Le service de l’arrière, dit aussi « service fle santé des étapes », assure : ,
- l/évacuation des malades et blessés sur les hôpitaux de l’arrière ou de l’intérieur ;
- L’hospitalisation sur place, temporaire ou permanente;
- Le remplacement du personnel et des formations sanitaires ainsi que le réapprovisionnement en matériel du service de santé de l’avant.
- Il comprend :
- Fig. i. — Poste d’abri pour les blessés de première ligne.
- Fig. 2. — Une tente « tortoise » dissimulée derrière un bouquet d’arbres et recouverte de feuillage pour échapper à la vue des avions.
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- 1° Les « hôpitaux d’évacuation » (en principe un par corps d’armée) destinés à trier, hospitaliser transitoirement et évacuer les malades et blessés.
- Des hôpitaux d’évacuation partent les « trains d’évacuation » (trains sanitaires improvisés ou permanents) et les « convois d’évacuation » par route ou par voie fluviale. Chaque hôpital d’évacuation est divisible en deux sections égales pouvant fonctionner séparément aux points les plus favorables à l’organisation et à l’exécution des évacuations. Il possède le personnel et le matériel nécessaires à l’organisation de 4 trains sanitaires improvisés.
- 2° Les « ambulances et sections d’hospitalisation d’armée » comprenant en-principe 8 ambulances et 6 sections d’hospitalisation par corps d’armée.
- Ces formations sont destinées à remplacer, auprès des troupes, les formations de même nature immobilisées.
- 5° Les «infirmeries de gare, de gite d’étapes et de port », établies sur le parcours des trains ou convois d’évacua-tion. biles donnent la nourriture, les soins et les médicaments aux malades et hlessésdepas-sage, recueillent ceux qui ne peuvent continuer leur route et les transportent dans un hôpital.
- 4° Les « ambulances immobilisées », dans la zone des étapes pour traiter sur place les malades et blessés dont l’évacuation n’a pas encore pu être effectuée et, exceptionnellement, les hommes atteints de maladies épidémiques et contagieuses ;
- 5° Les « hôpitaux et hospices temporaires ou permanents » existants ou créés près des lignes de communication et sur les territoires occupés ;
- 6° Les « hôpitaux auxiliaires » organisés par les Sociétés d’assistance ou les particuliers ;
- 7° Les « dépôts de convalescents et d’éclopés ».
- 8° La « réserve de personnel sanitaire d’armée » destinée à combler les vides survenus dans les cadres et effectifs du Service de Santé, et à fournir le personnel nécessaire aux organes sanitaires à créer dans la zone des étapes ;
- 9° Eventuellement, un « élément de convoi automobile » ;
- 10° La « réserve du matériel sanitaire d’armée », destinée à réapprovisionner le service ré-
- gimentaire et les différentes formations sanitaires ;
- 11° Les « stations-masasins », constituant des organes spéciaux de ravitaillement pour tout le service de santé de l’armée.
- Art. 103. — La répartition des malades et blessés à partir des hôpitaux d’évacuation est- faite d’après un plan d’ensemble établi par le Ministre.
- Le directeur des étapes et des services est constamment tenu au courant par les directeurs régionaux du Service de Santé du nombre de lits disponibles dans les régions d’hospitalisation affectées à l’armée correspondante.
- D’après ces renseignements, il fait connaître à la Commission régulatrice les gares points de répartition des malades et blessés sur lesquelles les trains d’évacuation doivent être dirigés.
- La commission régulatrice fixe, de concert avec
- le médecin-chef de l’hôpital d’évacuation, la composition et l’heure de départ des trains d’évacuation ; elle désigne la gare point de rép artition sur laquelle chacun de ces trains doit être acheminé.
- Art. 105. — À l’arrivée dans les gares points de répartition, les trains sont reçus par le directeur régional du Service de. Santé ou son délégué, qui fixe, d’après les instructions du général commandant la région de corps d’armée, la répartition des malades et blessés entre les divers établissements hospitaliers de la région, en évitant de changer la composition des wagons.
- La Commission de gare assure le transport jusqu’àla station définitive par les premiers trains disponibles.
- L’autorité militaire du point d’arrivée, télégraphiquement avisée de l’heure de débarquement et du nombre de blessés et malades évacués, prend les mesures nécessaires pour recevoir ces derniers et assurer leur transport à l’hôpital.
- Art. 150. —- A l’intérieur, le traitement des malades et blessés évacués est assuré dans les établissements suivants : les hôpitaux militaires et leurs annexes ; les hôpitaux militaires thermaux ; les hôpitaux temporaires ; les hôpitaux mixtes ou militarisés; les hospices civils, les hôpitaux auxiliaires du territoire.
- Maintenant que nous connaissons le schéma de l’or-
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- ganisation du service de santé en campagne, nous pourrons suivre facilement le blessé au cours des étapes qu’il parcourra de la ligne de feu à l’hôpital.
- Un homme est atteint, dans la tranchée par un projectile quelconque. Immédiatement, il a à sa disposition son paquet individuel de pansement, placé dans une poche de sa capote facilement acces-
- Fig. 4. — Les tentes d'une ambulance.
- sible. On lui a appris à l’utiliser et il peut immédiatement l’appliquer. Si le siège de la blessure ou un évanouissement immédiat l’empêche de se soigner lui-même, un camarade viendra à son secours. Aussitôt pansé, il se rend par les boyaux au poste de secours. Si celui-ci est trop éloigné ou la voie qui y mène dangereuse à ce moment : bombardement intense, tir d’enfilade, etc., il se réfugie en un point abrité déterminé d’avance, le nid de blessés.
- Je sais bien que j’envisage là le cas le plus favorable et qu’il en est d’autres — mais c’est celui-là le plus fréquent de beaucoup, le cas normal, pourrait-on dire.
- 11 est vrai que certaines blessures, surtout celles de la tête, les fractures compliquées, les commotions cérébrales, etc., ne permettent pas à l’homme de se rendre par ses propres moyens au poste de secours.
- Dans ce cas, les infirmiers régimentaires qui sont avec les compagnies viennent à son aide, lui font son pansement et le transportent au poste de secours. D’ailleurs, les premiers soins médicaux peuvent lui être donnés, à l’endroit même où il est tombé, par un médecin auxiliaire qui se tient généralement avec deux brancardiers au refuge pour blessés.
- Le seul cas plus fâcheux est la blessure survenue pendant une attaque, en avant de la tranchée. L’homme qui tombe là ne peut être immédiatement relevé, car tout ce qui bouge entre les deux lignes de front est immédiatement visé — et atteint. Son
- seul secours, c’est lui-même; c’est à lui de se panser et de s’abriter du mieux qu’il peut jusqu’à ce que la nuit permette aux brancardiers de l’approcher. Ces derniers sortent alors de la tranchée et, parmi les réseaux de fil de fer barbelé, les trous de marmite, avancent jusqu’à lui. Besogne périlleuse au possible, car les projecteurs, les fusées lumineuses fouillent constamment le terrain et la fusillade crépite dès qu’on aperçoit une ombre. Parfois une aide plus rapide vient de la tranchée, un camarade lance une corde, le blessé s’y agrippe et se laisse ainsi traîner jusqu’à nos lignes.
- Les brancardiers régimentaires viennent constamment chercher les blessés dans les refuges pour les conduire au poste de secours. Véritable voyage, car pour éviter les tirs d’enfilade et les éclats des projectiles d’artillerie, on a dû tracer des boyaux extrêmement sinueux, si contournés même que presque toujours le brancard ne peut passer aux tournants. On y a suppléé, suivant les endroits, par divers moyens de fortune souvent très ingénieux : chaises roulantes, brouettes, etc. Les blessés qui ne peuvent être assis sont transportés la nuit sur le terrain découvert.
- Au poste de secours, se tient un médecin-major.
- Fig. 5. — Salle de pansemenl.
- Les brancardiers et les musiciens (quand le régiment a une musique), lui amènent les blessés non valides; les autres arrivent seuls, guidés par des flèches qui leur indiquent le chemin. Le poste de secours est abrité des feux d’infanterie et même de ceux de l’artillerie moyenne. Suivant les points du front, c’est une cave ou une grande excavation. En terrain plat, c’est souvent une série de gros tuyaux alignés et recouverts de multiples sacs de terre. Dans cet antre, le médecin panse les plaies, place
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- les garrols et les appareils de fracture. Il renvoie les égratignés à leur unité; il groupe les blessés valides qui iront en détachement à l’ambulance; il confie les impotents aux brancardiers divisionnaires.
- Le premier tri s’effectue donc là.
- Les groupes de brancardiers viennent chercher les blessés au poste de secours et les transportent à l’ambulance. Suivant les lieux et les moments, le voyage s’effectue de jour, à découvert, et même dans des brouettes et des voilures ou seulement la nuit, par des voies défilées.
- L’ambulance de première ligne est déjà plus loin de la ligne de feu; les balles n’y arrivent jamais et les obus assez rarement.
- Elle est souvent dans le premier village à l’arrière, ou dans ce qu’il en reste, dans un château ou une ferme. Il s’y trouve un personnel chirurgical compétent : chirurgien et aides. On y panse les blessés qui arrivent directement sans être passés par le poste de secours, on y refait le pansement de ceux que le major du poste de secours avait signalés d’un trait de crayon rouge; on pose les appareils de façon que ceux qui ont une fracture puissent supporter dans de bonnes conditions leur transport ultérieur. Et surtout, on y pratique les opérations d’urgence, débridements, curettages, etc.
- Le plus souvent, dans le voisinage, est installée une ambulance chirurgicale automobile où l’on envoie certains grands blessés, ^notamment du crâne, de la poitrine ou de l’abdomen pour lesquels tout déplacement est dangereux. L’ambulance chirurgicale a toujours un chirurgien et un radiologue de carrière. Bien qu’essenbellement mobile, elle possède tout ce qui est nécessaire aux grandes opérations d’urgence. Le moteur d’une des voitures automobiles fournit l'électricité nécessaire aux rayons X et même souvent à l’éclairage. La salle d’opérations est chauffée, les instruments et objets de pansement sont stérilisés. L’organisation de ces services est aujourd’hui absolument parfaite.
- A l’ambulance, on accomplit toutes les formalités qui auraient pu être négligées au poste de secours en cas de presse. Chaque blessé en sort, son bulletin
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- d’hôpital régulièrement rempli, portant ostensiblement une fiche diagnostique dont la couleur indique les possibilités de transport plus ou moins loin, assis ou couché. Les malades s’en distinguent par une fiche de couleur différente.
- Le transport de l’ambulance vers Barrière se fait par les moyens dont on dispose, le plus souvent par automobiles aménagées spécialement, quelquefois en chemin de fer Decauville, etc.
- Les blessés arrivent ainsi à un premier hôpital d’évacuation, situé tout auprès d’une gare, souvent la première gare en service en arrière du front. Cet * hôpital comprend fréquemment un service chirurgical important : ambulance immobilisée ou ambulance chirurgicale automobile. On y retient les blessés dont l’état s’est aggravé en cours de route ; on y pratique les opérations d’urgence que n’a pu
- faire l’ambulance d’avant. On est là déjà à 10 ou 20 km de la ligne de feu, dans une sécurité beau-coup plus grande.
- Les petits et moyens blessés ne s’arrêtent pas à B hôpital d’évacua-tion, ils n’y passent que quelques heures. Ils y sont seulement réunis et chargés dans des trains sanitaires qui vont les conduire vers la gare régulatrice. Les grands blessés devenus transportables y sont également embarqués, à moins que des automobiles les conduisent dans un centre hospitalier voisin, pour leur éviter les fatigues du chemin.
- Suivant les points du front, les trains sanitaires vont directement à la gare régulatrice ou plus souvent à la gare d’une grande ville située à Barrière, un centre hospitalier. A l’hôpital d’évacuation de cette gare, on opère un nouveau tri, plus précis, d’autant plus que la ville a de plus grandes ressources hospitalières. Dans des services de chirurgie bien outillés, les blessés sérieux sont retenus, et même les grands blessés pendant la période d’activité où les blessés affluent. Les contagieux : typhiques, dysentériques, diphtériques, etc., sont groupés dans un hôpital spécial d’isolement; cer-
- Fig. 6. — Salle d'opération d'une ambulance chirurgicale automobile. En haut, salle de stérilisation. En bas, salle d'opération. (A noter que le chirurgien opère sous le contrôle d’un radiographe, l'ampoule étant sous la table d’opération et l’écran fixé à la-tête de l'opérateur.)
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- tains blessés des yeux, de la bouche, du nez ou des oreilles sont adressés à des spécialistes qui leur assurent des soins compétents.
- Dans certaines armées, un centre neurologique et psychiatrique réunit les hommes atteints d’aliénation mentale, de troubles nerveux de toutes sortes, etc.
- Ainsi, à une assez courte distance du front, toutes les victimes de la guerre sont assurées de trouver, dans un très bref délai, les soins particuliers que nécessite leur état.
- Dans les points où la gare régulatrice est assez proche de la ligne de feu, ou si aucune ville importante ne se trouve avant qu’on l’atteigne, c’est dans ce point que se fait la répartition des blessés.
- Les éclopés, qui n’ont besoin que de quelques jours de repos, sont conservés dans la zone des armées. On les groupe dans des dépôts spéciaux assez éloignés du front pour qu’ils y trouvent le repos, assez rapprochés pour qu’ils puissent être rendus à leurs unités facilement et rapidement.
- Les petits malades et blessés sont rassemblés de même dans des dépôts de convalescents installés de façon semblable.
- Les moyens blessés et les grands blessés déjà traités et améliorés dans la zone des armées sont évacués vers l’intérieur du territoire.
- L’hôpital d’évacuation de la gare régulatrice a une lourde charge. Il doit vérifier l’état de tous les blessés, conserver ceux qui peuvent reprendre bientôt leur service et ceux qui ne pourraient sans danger effectuer un long voyage. Il doit grouper les autres par catégories et les embarquer dans les trains sanitaires. Actuellement, aucun tétanos, aucune gangrène, aucune artère non liée, aucune plaie non débridée ne franchissent la limite qui sépare la zone des armées de la zone de l’intérieur, la gare
- régulatrice.
- Dans la zone des armées, on n’emploie normalement que les trains sanitaires organisés; ce n’est que dans les périodes de grands combats et par suite d’évacuations intensives qu’on utilise aussi les trains de ravitaillement retournant à vide pour transporter des blessés dans leurs wagons de marchandises sommairement aménagés.
- Dans la zone de l’intérieur, il ne circule plus que des trains de voyageurs installés spécialement, qu’ils soient permanents, semi-permanents ou improvisés. Leurs wagons communiquent presque toujours, tout au moins en partie, de manière que le personnel médical du train puisse circuler par les couloirs de communication, surveiller et au besoin soigner les blessés pendant la route.
- Chaque armée évacue sur une région déterminée de l’intérieur. On a beaucoup discuté la question de la répartition des blessés dans les hôpitaux du territoire. L’idéal serait que le train les conduisît directement à celui où ils trouveront les meilleurs soins. En pratique, la solution de cette question est difficile, et jusqu’à présent, on ne l’a pas complètement résolue. Il est vrai que le blessé qu’on évacue sur l’intérieur n’a plus' besoin de soins d’urgence et peut à la rigueur supporter, quelques jours, après son arrivée, un nouveau et court transport.
- Dans chaque région, un certain nombre d’hôpitaux sont spécialisés tel pour les yeux, tel pour la face, tel pour les nerfs, etc. Chacun de ces services
- a à sa tête un technicien compétent. Dans chaque grande ville, un chirurgien de métier a, outre son service d’hô-pital, la surveillance et l’inspection au point de vue opératoire, de tous les blessés d’un secteur, comprenant généralement un département.
- A l’arrivée à la première gare de
- Fig. 7. — Après avoir été pansé, le blessé est emporté vers une gare d'évacuation.
- Fig. 8. — Automobiles sanitaires à la gare d’évacuation.
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- LA GUERRE ET L’ÉLEVAGE DU RENNE EN LAPONIE ==39
- la région, dite gare répartitrice, le train sanitaire reçoit l’ordre de déposer tant de blessés dans telle ville, tant dans telle autre, jusqu’à ce qu’il soit vide. Cette distribution se fait suivant les ordres du directeur du Service de Santé de la région qui est tenu au courant des disponibilités hospitalières de chaque place. A l’arrivée à la gare où ils sont débarqués, les blessés sont reçus par le médecin-chef de la place qui les répartit entre les hôpitaux militaires, civils, mixtes, temporaires et auxiliaires qu’il dirige. Et voilà les blessés définitivement rendus à leur lieu de guérison.
- Ceux qui ont besoin de soins spéciaux sont ultérieurement transportés dans un centre de la spécialité dont ils dépendent. Ceux pour qui un séjour dans une station thermale est favorable peuvent également y être secondairement évacués.
- Les blessés restent dans l’hôpital du territoire aussi longtemps que des soins leur sont nécessaires. Au besoin, ils finissent leur traitement dans un centre de physicothérapie où on leur assure la
- rééducation des mouvements par le massage, la mécanothérapie. l’électrothérapie.
- A leur sortie des hôpitaux, ils sont dirigés sur un hôpital-dépôt de convalescents qui décide de leur destinée future : soit leur retour au dépôt après permission de 7 jours, soit leur retour après un congé de convalescence de durée variable, soit leur réforme avec allocation ou pension.
- Tel est le mécanisme très complexe qui conduit les blessés de la ligne de feu à l’hôpital, et leur permet très souvent aussi — heureusement — d’effectuer ensuite le chemin inverse.
- Dans ce tableau d’ensemble, je n’ai pu m’arrêter à mille details intéressants et dont beaucoup mériteraient à eux seuls un article. J’ai voulu seulement donner une vue générale d’un des rouages les plus complexes de notre armée, d’autant plus complexe que son rendement n’est pas régulier, les périodes do calme relatif et celles d’action très intense se succédant sans règle sur les divers points du front.
- LA GUERRE ET L’ÉLEVAGE DU RENNE EN LAPONIE
- La guerre exerce une répercussion jusque sur l’effectif des rennes en Laponie, et dès maintenant on peut prévoir que les événements actuels auront comme conséquence indirecte de hâter la fin des tribus de pasteurs de rennes, cette intéressante survivance des temps préhistoriques conservée dans la Scandinavie septentrionale.
- La disette de viande dont souffre l’Allemagne a provoqué en Suède une véritable hécatombe de ces cervidés domestiques. Chaque année, au début de l’hiver, les Lapons ont coutume d’abattre un certain nombre de têtes de leurs troupeaux pour s’en nourrir durant la saison froide et pour vendre une partie de cette provision aux autres habitants de la région afin de se procurer l’argent dont ils ont besoin. Connaissant jusque dans ses moindres détails la vie économique de la Suède, les agents chargés dans ce pays de ravitailler notre ennemi, n’ont pas négligé cette ressource: ils ont multiplié les démarches et finalement ont obtenu du gouvernement de Stockholm l’autorisation d’acquérir et d’envoyer en Allemagne pas moins de 43500 carcasses de rennes, un appoint qui n’est point à dédaigner ; 20 000 de ces animaux seront fournis par chacun des deux départements les plus septentrionaux du royaume, le Norbollen et le Yesterbotten, et 3500 par le Jemtland.
- L’ordonnance royale, réglant la vente de ce stock de viande, stipule que des deux premières circonscriptions qui doivent fournir à elles seules la presque totalité , de l’exportation autorisée, il ne sera expédié à l’étranger que des « rennes de bois ». Cette race, sensiblement plus forte que celle dite « des montagnes », présente des exemplaires pesant
- 100 kg, une’ fois saignés et vidés. Aussi, en adoptant 80 kg comme poids moyen de chaque animal, on ne doit pas être loin de la vérité; cela donne par suite pour les 43 500 carcasses un total de 3480 tonnes métriques de viande. Les Allemands, soumis à deux jours de jeûne par semaine, vont donc pouvoir se régaler d’une excellente venaison au moins pendant quelque temps. Mais ce n’est pas la seule saignée que vont éprouver les troupeaux de cervidés domestiques de la Scandinavie septentrionale. En Suède comme dans le reste de l’Europe belligérante se pose le problème de la vie chère, et le prix de la viande de boucherie y a subi une hausse considérable. Aussi bien, pour que les ventes consenties à l’étranger ne privent pas la po- , pulation indigène de ses ressources habituelles, le gouvernement suédois a prescrit aux commis-sinss locales de ravitaillement de garder une quantité de viande de renne égale à 15 pour 100 de celle qui sera exportée. Toujours en admettant 80 kg pour le poids moyen de chaque exemplaire, ces 15 pour 100 correspondent à un total approximatif de 7300 têtes. On peut donc évaluer à 50000 pour le moins le nombre des rennes abattus au début de cet hiver en Suède, par suite des exigences économiques résultant de la guerre européenne.
- En accordant ce ravitaillement en viande à l’Allemagne le gouvernement suédois a été guidé, non point par le désir detre agréable à nos ennemis, mais par le souci de résoudre, à la satisfaction de ses administrés, une épineuse question de politique lapone, qui depuis plusieurs années lui causait de sérieuses préoccupations et qui pour les ethnographes présente un intérêt particulier. Elle constitue, en effet, un
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- 40 : LA GUERRE ET L'ÉLEVAGE DU RENNE EN LAPONIE
- épisode de la lutte entre l’industrie pastorale et la colonisation, entre la civilisation d’un âge presque aboli de l’humanité et la civilisation moderne.
- Les Lapons se divisent, comme on sait, en pasteurs de rennes sédentaires et forestiers. Les premiers conduisent l’été leurs troupeaux sur les montagnes de la Norvège septentrionale, où ceux de ces nomades possédant la nationalité suédoise jouissent de droits de transhumance ; après quoi ils reviennent hiverner dans les forêts de la Suède septentrionale, à proximité des chef-lieux de paroisse les plus voisins du relief Scandinave. Les sédentaires ne quittent jamais cette même zone boisée où ils tirent leur subsistance de la chasse, de la pêche, et de la culture de quelques carrés d’orge et de pommes de terre. Ces indigènes possèdent également un petit nombre de rennes qu’ils gardent près de leurs habitations. Entre les sédentaires et les nomades la transition est formée par les Lapons forestiers. Comme
- ce département a gagné 44000 habitants, soit près de 36 pour 100. Ces immigrants se sont pour la plupart établis dans la forêt, l’ont défrichée et, au prix d’un labeur opiniâtre, y ont créé de petites fermes dans lesquelles ils pratiquent l’élevage des bêtes à cornes et la culture, toujours précaire, de quelques petits champs d’orge et de pommes de terre. Du fait de cette colonisation, l’étendue des terrains de parcours appartenant aux Lapons forestiers s’est trouvée réduite ; de là de nombreuses plaintes formulées par ces indigènes, qui, de par leur occupation exercée sans entraves depuis des siècles, se regardent comme les propriétaires du sol, puis une guerre sourde contre les. colons, qu’ils envisagent comme des intrus. Pour se venger de ce qu’ils considèrent comme un empiétement sur leur domaine, les Lapons forestiers se font un malin plaisir de pousser leurs rennes dans les champs des colons, d’où, de la part de ceux-ci, des réclamations
- son qualificatif l’indique, cette population est installée, elle aussi, dans la région forestière de la Suède septentrionale, où de même que les sédentaires, elle vit des produits de la chasse, de la pêche et parfois d’une agriculture primitive ; en même temps comme les pasteurs, elle se livre à l’élevage du renne, mais sans accomplir de longues migrations ; lés Lapons ne sortent jamais de la zone appartenant à cette catégorie boisée.
- En Suède, durant ces dernières années, l’effectif -des rennes a considérablement augmenté ; en six ans, de 1905 à 1911, il s’est accru de 51000 individus, passant de 225000 à 276000 têtes.
- D’autre part, depuis la fin du dix-neuvième siècle, la colonisation de la Laponie suédoise a fait de grands progrès. Vers les deux départements du nord s’est produit un remarquable afflux de population. Dans le Norbotten, la circonscription la plus septentrionale, en vingt-trois ans, de 1890 à 1913,1e nombre des habitants a augmenté de 61 pour 100, s’élevant de 104000 à 168 000; dans le Vesterbotten, l’accroissement, pour être moins considérable, reste cependant très sensible; durant la même période,
- non moins vives que celles que les Lapons élèvent contre eux. Bref, dans le nord de la Suède, comme dans tous les pays où l’industrie pastorale et l’agriculture se trouvent en contact, c’est la lutte âpre et constante entre les pasteurs et les agriculteurs, et, pour les autorités de la région, la question du renne était devenue un véritable casse-tête. Dans l’intérêt de la colonisation, la réduction des troupeaux de cervidés dans la zone boisée s’imposait, mais jusqu’ici toujours cette mesure radicale était différée de crainte d’éveiller le mécontentement d’une partie des habitants.
- Aussi bien, le gouvernement de Stockholm s’est-il empressé d’accueillir la requête des agents du ravitaillement allemand. Elle lui fournit, en effet, une solution élégante du conflit qui divise la population du nord; ne lui donne-t-elle pas les moyens de satisfaire- tout le monde, les Lapons comme les colons, sans compter les Allemands. Dans le Norbotten, où les deux populations en présence manifestent des sentiments particulièrement hostiles l’üne à l’égard de l’autre, l’ordonnance royale prescrit que le contingent de 20000 rennes, dont l’exportation est auto-
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- risée pour ce département, devra être entièrement pris parmi les « rennes de bois », c’est-à-dire parmi les animaux appartenant aux Lapons forestiers, précisément ceux qui exercent le plus de déprédations dans les défrichements. Les colons, à leur grande joie, vont donc se trouver débarrassés de leurs voisins malfaisants. De leur côté, les Lapons vendant leurs troupeaux à des prix qu’ils n’ont jamais connus auparavant, sont enchantés de l’opération. L’ordonnance réglant les conditions de l’exportation de la viande achetée en Laponie prévoit que son prix de vente pourra atteindre 1 fr. 40 le kg!
- Pour les propriétaires de rennes, c’est l’âge d’or.
- Toutes les pré-cautions ont d’ailleurs été prises en vue de la sauvegarde de leurs intérêts.
- Afin de les défendre contre les entreprises d’agents peu scrupuleux, dans chaque commune les transactions seront effectuées par deux experts nommés par badin inistrati on et qui seuls auront le droit de traiter au nom de la population.
- La décision prise par le gouvernement suédois favorisera la colonisation et la mise en valeur des régions septentrionales du royaume; mais, en même temps, elle marque un pas vers la suppression progressive de cette intéressante industrie primitive qu’est l’élevage du renne, d’autant que des mesures complémentaires défendent la reconstitution du cheptel entamé par les ventes consenties aux Allemands. Désormais, dans le Norbotten,la population sédentaire ne pourra plus posséder de rennes et devra, dans un délai de dix ans, se débarrasser de ceux dont elle est encore propriétaire. Ainsi, dans un avenir rapproché, ce cervidé se trouvera expulsé de toute la zone forestière de la Laponie suédoise, c’est-à-dire de la plus grande partie du pays ; seule la zone des montagnes lui restera ouverte.
- Cette restriction entraînera très certainement une diminution considérable du nombre des Lapons. C’est ainsi que la guerre mondiale aura amené cette conséquence singulière de préparer la disparition des derniers pasteurs de rennes de l’Europe.
- Signalons enfin que les événements actuels ont déjà exercé des effets désastreux sur une autre espèce de mammifères encore plus intéressante que le renne, sur les fameux aurochs de Lithuanie qui
- constituent une véritable curiosité zoologique. De ces survivants de la faune quaternaire il n’existe plus en Europe que trois petits groupes, deux dans la Russie occidentale, et un troisième sur le versa nt nord du Caucase; si ce dernier groupe demeure à l’abri des vicissitudes de la guerre, les deux autres se sont trouvés au contraire en plein dans la zone des opérations.
- Le principal troupeau de bisons de Lithuanie a pour habitat la forêt domaniale de Bie-lovieja, dans le gouvernement de Grodno, entre Bielostock et Brest-Litovsk, région où la lutte a été particulièrement vive; le second, beaucoup moins nombreux, est cantonné en Volhynie dans les domaines du comte Potocki, pays où également la bataille a fait rage. Jusqu’ici ces animaux n’ont pu subsister que grâce aux précautions dont ils étaient entourés par leurs nobles propriétaires. De nombreux gardes les défendaient non seulement contre les braconniers, mais encore contre les loups, et de plus assuraient en hiver leur nourriture par des distributions de foin. Bref les aurochs étaient traités comme le sont les faisans dans les bois aux environs de Paris. Ces mesures protectrices faisant défaut, la plupart de ces animaux ont succombé. La pitance régulière à la-
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- quelle ils étaient accoutumés ne leur étant plus distribuée, une partie sont morts de faim, tandis que de nombreux exemplaires ont été frappés par les obus allemands, au cours des rencontres sanglantes qui ont eu pour théâtre les environs de Bielovieja. Suivant toute vraisemblance, les derniers troupeaux d’aurochs de Lithuanie ont dù être exterminés ;
- seuls peut-être quelques exemplaires ont-ils pu fuir vers l’est; mais là, privés de tout soin, ils ne tarderont pas à leur tour à succomber. La guerre européenne de 1914 aura ainsi entraîné l’extinction d’une espèce qui, depuis les temps quaternaires, avait résisté à toutes les vicissitudes (I).
- Charles Rabot.
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- Le héros de la folle équipée pacifiste dont s’occupe toute la presse et que Roosevelt a justement qualifiée la « plus grotesque équipée du siècle » est une figure caractéristique de cette Amérique industrielle où tout revêt, pour les sages habitants de l’ancien continent, une allure paradoxale et fantastique.
- Ford représente, d’une façon typique, la ; race des grands Américains, de ces self-made-men dont Rockfeller, Morgan,
- Vanderbilt sont les plus connus en Europe. Comme eux, parti de rien, ses parents étaient de pauvres fermiers irlandais émigrés en 1847 dans le terroir de Détroit, il s’est élevé par sa seule valeur personnelle à la haute situation qu’il occupe actuellement dans le monde industriel. Il a toutes les qualités qui caractérisent les Anglo-Saxons, la puissance du travail, l’activité infatigable et aussi le fond de mysti cisme, qui les différencie si profondément des races latines.
- Né en 1865, H. Ford se sentit, dès sa plus tendre enfance, essentiellement attiré vers les. travaux mécaniques, et, dès lage de 16 ans, il s’était acquis une véritable célébrité par son habileté à réparer tout ce qui lui était confié, depuis les montres jusqu’aux instruments agricoles. Suivant ses goûts, que ses parents renoncent à combattre, il entre comme apprenti chez Flovver Brothers de Détroit, constructeur de machines à vapeur, tout en travaillant de nuit chez un bijoutier, Mac Gill. Neuf mois après, il se fait embaucher à la Dry Dock Engin. Cy. Se sentant maître de son métièr de mécanicien, après deux ans de travail, Ford passe à la Maison John Cheeny, agent de la Westinghouse où il reste encore deux ans, ne cessant, à ses heures de loisir, de travailler dans son petit atelier. En 1895, il se marie et construit lui-même sa maison. C’est à ce moment qu’il conçoit sa première automobile et il en continue l’étude pendant 7 ans, tout en assurant un service très fatigant à Y Edison Cy.
- C’est en 1901 que Ford lance sa voiture et crée la Société, dont il possède actuellement 58 1/2 pour 100 du capital de 2 millions de dollars. La fortune était acquise au tenace inventeur et les bénéfices de l’entre-
- Fig. i.
- Portrait de Ford.
- prises’élevaientenl915àprèsde75 millions defrancs.
- Mais cette rapide ascension vers la richesse ne s’est pas accompagnée chez Ford, pas plus que chez beaucoup des autres milliardaires américains, d’un développement intellectuel correspondant. Musique, littérature, arts, histoire, sciences, Ford ignore tout.
- Il est, avec le petit bagage de connaissances recueilli à l’école de Springwells, un homme d’action, tout le contraire d’un intellec-tuel.,Resté très ouvrier, c’est lui-même qui le reconnaît, il a, comme ceux dont il a partagé la vie, un besoin d’idéal mal défini, des idées simplistes sur la société, un amour des humbles qui lui a fait,enl914, et de sa propre initiative, doubler les salaires et réduire les heures de travail. Comme eux aussi, il a une , foi simple dans ce qu’il croit être la vérité et la justice et c’est ce qui peut servir à expliquer pourquoi Ford a entrepris vers l’Europe en sang sa croisade pacifique. L’œuvre de Ford mérite une attention particulière, car c’est un des plus remarquables exemples d’organisation industrielle en vue d’une production intensive. Si l’on songe qu’il sort par jour des usines Ford, plus de 1000 automobiles prêtes à rouler, munies de leur carrosserie et de leurs accessoires, soit une automobile environ toutes les demi-minutes, que la plus légère des voitures pèse 1450 livres, c’est donc plus de 800 tonnes de matériaux et des pièces diverses que doivent travailler et manutentionner, non pas une, mais plusieurs dizaines de fois, les 15 000 ouvriers qu’emploie l’usine.
- Un tel résultat ne peut être atteint qu’en appliquant des méthodes de travail particulières, en organisant d’une manière économique les diverses opérations, en les groupant de façon à éviter les manutentions et les transports d’atelier en atelier qui, on l’ignore trop, sont la source des pertes de temps les plus considérables. Actuellement, dans l’usine Ford, le bloc de fonte qui constitue le moteur ne parcourt, du moule où il est coulé au châssis sur lequel il est monté, qu’un chemin voisin de 100 mètres. Aussi est-il intéressant de montrer en détail l’organisation
- 1. Yoy. La Nature, n08 1653 (28 janvier 1905); 1723 (2 juin 1906); 1766 (30 mars 1907) ; 1831 (27 juin 1908).
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- de cette gigantesque production. Nous emprunterons les renseignements à T Engineering Magazine dans lequel, pendant plus d’un an, ont paru une série d’articles détaillés sur ce sujet.
- La fonderie, qui occupe 1450 ouvriers, est unique dans son genre. Au lieu de l’installation sale et inconfortable à laquelle on est trop habitué en Europe, c’est un bâtiment propre, où les poussières des moules sont aspirées mécaniquement, et où la manutention mécanique a simplifié le travail d’une façon incroyable. Les moules des blocs qui seront plus tard le moteur, le vilebrequin, etc., sont fabriqués à l’aide de machines spéciales auxquelles le sable est amené par un convoyeur marchant à une vitesse de 12 mètres à la minute. Ces moules sont ensuite placés sur des supports individuels, solidaires d’une chaîne sans fin qui, dans la salle de fonderie, dessert tous les fours. Les ouvriers, sans avoir besoin de changer de place, puisque la poche contenant la. fonte liquide dans laquelle ils puisent est elle-même amenée par un chemin de roule-ment aérien, voient défiler devant eux, à une vitesse d’environ 4 mètres par minute (fîg. 2), les moules dans lesquels ils versent le métal en fusion.
- À l’extrémité de ce chemin de roulement, les pièces coulées sont démoulées, débarrassées des crasses et des scories de la fusion et immédiatement essayées à la pression hydraulique pour éliminer celles d’entre elles qui présenteraient des pailles, des soufflures ou des défauts d’étanchéité. Grâce à la systématisation du travail, la perte n’atteint pas 1 pour 100 de la production.
- La fonderie de fer travaille par jour 192 tonnes de métal et 1906 tonnes de,sable. Depuis 1914 une fonderie de laiton fournit 2 tonnes de métal fondu par jour qui servent à la préparation des diverses pièces accessoires du moteur. Bientôt une installation analogue pour l’aluminium rendra l’usine Ford absolument autonome et indépendante des autres métallurgistes.
- Les pièces brutes de fonderie doivent être usinées ensuite. La voiture qu’il s’agit de construire étant avant tout une machine bon marché, son prix en Amérique n’excède pas 2000 francs, on ne peut demander le fini et le travail soigné des diverses pièces auxquelles les usines françaises ont habitué
- leurs clients. Ne sont donc usinées avec soin, dans la voiture Ford, que les pièces travaillant effectivement : tubes, coussinets, axes, pistons, etc., et seulement dans la partie utile ; tout le reste ne sera pas touché et demeurera brut de fonderie. Pour la même raison d’économie, le système même a été considérablement simplifié; le châssis, par exemple, a disparu, et si la voiture se présente disgracieuse, haute sur roues, avec ses deux ressorts transversaux sur lesquels la carrosserie semble posée en équilibre instable, du moins la simplification qui résulte de cette disposition est très considérable (fig. 5). La disposition de la magnéto et surtout le système très original du changement de vitesses méritent, d’être décrits en détail.
- Sur les essieux des roues avant et arrière, deux ressorts en lame servent à supporter le moteur et
- la carrosserie qui reposent sur ces ressorts par l’intermédiaire d’un bâti dont la largeur n’est que le tiers de l’empâtement total de la voiture.
- Pour donner de la rigidité à cet ensemble, Ford a cherché à créer des systèmes de triangles qui, on le sait, sont indé-formables. La figure qui montre la disposition générale de la partie mécanique de la voiture en offre deux exemples typiques : pour donner de la rigidité au châssis, le moteur s’y attache fortement en 3 points : deux sur les longerons latéraux, un sur le côté avant du châssis. Celui-ci est ainsi rendu indéformable. De même l’attache du pont arrière est triangulée grâce à deux tringles arrière qui réunissent les extrémités du pont arrière au joint du cardan. Grâce à cette disposition d’ailleurs tout l’essieu peut tourner autour de ce joint du cardan comme point d’articulation, ce qui permet à l’essieu de prendre toutes les positions sans déformer le cadre du châssis.
- En somme, Ford a cherché à laisser tous les organes jouer librement sans réaction les uns sur les autres, et en assurant la rigidité de chaque groupe par des systèmes triangulés. Tel qu’elles sont réalisées les voitures ont une tenue à la route et une suspension remarquable.
- Le moteur mériterait une étude détaillée pour indiquer toutes les simplifications originales qui y ont été apportées. Il est très souple, ce qui permet
- Fig. 2. — Un coin de la fonderie.
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- de n’avoir que deux vitesses : l’une très démultipliée servant au démarrage et à la marche au pas, l’autre servant constamment et constituant la vitesse normale.
- Pour que le moteur soit souple, Ford n’a demandé que 16 chevaux à un moteur de 95x102 construit d’une façon très robuste. La magnéto qui
- trois roues d’engrenage A, B, G. (Dans le schéma pour plus de clarté nous n’avons indiqué qu’un de ces ensembles.) Ces trois roues engrènent sur trois autres roues A'B'C'. A' est solidaire de l’arbre de transmission T; B' est fixé sur un manchon qui, à son autre extrémité, porte le frein E sur lequel est montée la partie femelle de l’embrayage F. Enfin C' est solidaire du frein D.
- Supposons que l’on marche en prise directe (grande vitesse), l’embrayage se fait en F. Par suite les pignons A' et B' sont solidaires de l’axe T. Comme ils n’ont pas le même nombre de dents que les pignons A et B, l’arbre S ne peut tourner et par suite l’ensemble forme un système rigide, il n’y a pas démultiplication et les deux axes M et T tournent à la même vitesse. Pour la petite vitesse au contraire, on débraye et on freine
- Fig. 3. — Vue d'une travée d’emboutisseuses.
- l’actionne en est une partie intégrante et consiste en deux pièces : l’une attachée au volant et tournant avec lui, l’autre attachée à la boîte du cylindre.
- Dans ces conditions, il n’y a ni brosses, ni distributeur, ni fils mobiles qui puissent se relâcher, et il n’y a pas de connexions compliquées. En tournant à la même vitesse que le moteur, les aimants qui sont montés sur le volant créent un courant alternatif à bas voltage dans les bobines de fil qui sont attachées à la partie fixe de la magnéto. Un transformateur en élève ensuite le voltage. Enfin, pour terminer la description succincte de la voiture, disons comment fonctionne le changement de vitesse. Comme nous l’avons dit, la voiture Ford n’a que deux vitesses et on passe de l’une à l’autre en agissant sur une pédale. Il n’y a donc pas de train baladeur ni de levier à actionner à la main.
- Le schéma figure 6 montre comment s’opère la transmission de la rotation de l’arbre du moteur M à l’arbre de transmission T actionnant les roues. Le volant Y, solidaire de l’arbre du moteur, porte trois axes secondaires S sur lesquels sont montées
- Fig. 4. — Une machine perçant 45 trous à la fois.
- en E, ce qui empêche le pignon B' de tourner. Le pignon B roule alors sur B', entraînant l’axe S et la roue A qui est démultipliée et engrène sur A' et par suite l’arbre de transmission T. Ce système de changement de vitesse très simple est très robuste et montre vers quel but de simplifications ont tendu tous les efforts de Ford. Quoi qu’il en soit, la voiture, même très simplifiée, comprend encore plus de deux mille pièces différentes.
- Comment le travail a-t-il été organisé en vue de l’exécution et du montage de cet ensemble de pièces?
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- Lorsqu’on parcourt l’usine, ce qui frappe à première vue, c’est le nombre considérable des tapis roulants, des chaînes sans fin, qui partout courent le long des travées des machines-outils, toutes grou-
- —'Premier point
- Moteur
- ^Deuxièmepoint 'Troisième point
- Cardan flexible -Premier point d’attache dupont arrière.
- Différentiel Essieu-arrière ns
- Tringles-arrière
- Troisième point d'attache du pont arrière
- Deuxième point d’attache du pont arrière
- fèssort
- Fig. 5. — Vue du châssis d'une voiture Ford.
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- Fig. 6.— Schéma de l’embrayage d'une Ford.
- pées par spécialité et par nature des pièces à usiner. La figure 3 représente une vue typique de ce mode d’installation presque inconnu en Europe où le petit chariot poussé par un apprenti qui muse le long de sa route est encore en service.
- Il s’agit de l’estampage d ’ un e pièce qui nécessite un grand nombre de « passes ». À l’origine du tapis roulant une première machine ébauche la plaque à travailler. L’ouvrier la place sur le tapis roulant, et arrivée devant le
- groupe d’emboutisseuses effectuant la seconde opération, elle est reprise par un ouvrier, passée à la machine et replacée sur le tapis. A la fin de la travée, la pièce est terminée et un aide la met dans un récipient que l’on ira décharger dans une trémie
- alimentant un autre chemin mobile longeant par exemple les travées de montage.
- Pour l’usinage des pièces, les machines ont été spécialement construites en vue de l’exécution simultanée du plus grand nombre d’opéraLions. C’est ainsi que dans une des 28 opérations mécaniques auxquelles sont soumis les moteurs, une machine fera, à la fois, 45 trous dans 4 directions différentes (lig. 4). On remarquera sur la partie gauche de la figure, le chemin de roulement sur lequel sera placé le moteur après cet usinage.
- Nous venons de dire que les cylindres du moteur faisaient l’objet de 28 opérations différentes avant de passer aux ateliers de montage. Ces opérations ne prennent que 45 minutes, non compris le temps de transport d’une machine à l'autre qui est très faible puisque,
- grâce au groupement des machines dans l’atelier, le chemin que parcourt le moteur n’est pas inférieur à 100 m. Quant au prix de revient de ces 28 opérations, il ne dépasse pas 7 francs! Ces nombres montrent clairement l’avantage que présente la fabrication en grosse série bien organisée.
- L’usinage de la boîte de l’arbre à manivelle qui forme le support du moteur est plus délicat et plus compliqué puisqu’il ne comprend pas moins de 02 opérations pour une pièce qui ne pèse que 10 kg. Pourtant, grâce à l’organisation méthodique du travail, le prix de revient n’excède pas 12 francs.
- Nous n’insisterons pas sur la fabrication des autres pièces, volants, tige de commande, etc. ; toutes établies suivant les mêmes principes. Il faut cependant signaler les méthodes de soudure mises en œuvre dans ces opérations. Dans tous les cas où cela est possible, la flamme du chalumeau qui est fixe, est dirigée vers le bas et un morceau de borax fondu est placé immédiatement sous le dard du chalumeau. La soudure est mise sous forme de fils; elle tombe fondue sur le bloc de borax et de là sur la pièce à souder.
- Fig. 7. — La mise en place des carrosseries.
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- Les diverses pièces qui constituent le moteur étant fabriquées, les pistons montés, les cylindres alésés, etc., toutes opérations effectuées à l’aide de machines spécialement conçues pour ces besognes et dans le détail desquelles nous n’entrerons pas ici, il faut maintenant les assembler entre elles pour ensuite placer l’ensemble du moteur sur le châssis qui ultérieurement sera muni de sa carrosserie et de ses roues.
- Pour le montage du moteur et de ses organes, le même principe de division du travail et l’économie
- d’un moteur entier, si on suppose qu’il n’y ait qu’un seul ouvrier, est de 594 minutes.
- Le moteur une fois monté va être essayé, puis placé sur le châssis que l’on a fabriqué simultanément et suivant les mêmes principes dans une autre série d’ateliers.
- En effet, il faut signaler que cette prodigieuse rapidité de travail, dont nous ne pouvons nous faire une idée, n’amène pas, comme on pourrait le croire, une mauvaise exécution et que les organes assemblés aussi vite, ne sont pas le moins du monde (t sabotés ». C’est qu’en effet chaque groupe d’opération est surveillé par un inspecteur, dans les mains duquel passent effectivement toutes les pièces. Chaque inspecteur n’effectue qu’une mesure, une vérification ; il peut donc la faire très vite et très complètement cependant, de sorte que lorsque le moteur arrive
- Fig. 8. — Le montage de la carrosserie sur le châssis.
- des mouvements, dont nous avons montré déjà de nombreux exemples dans les fabrications, a été appliqué; pour assembler les nombreuses pièces qui constituent le volant de la magnéto, par exemple, une série d’ouvriers est rangée
- Fig. ç.
- devant une table constituant un chemin de glissement.
- Chaque ouvrier dispose une
- vis ou une pièce bien déterminée sur le volant qui se trouve devant lui, et la passe ensuite à son voisin; de sorte qu’après avoir défilé devant un certain nombre d’ouvriers le volant est monté, sans erreur possible, et sans perte de temps si minime soit-elle.
- La durée totale de cette opération, prise comme exemple, est de 7 minutes. Le montage des pistons, qui se fait par équipes de 7 hommes dont un inspecteur, ne prend que 11 secondes environ, l’équipe en 8 heures pouvant fournir 2600 pistons munis de leurs tiges ; celui des magnétos ne prend que 21 secondes et l’équipe comprend 14 hommes, etc. — Sans multiplier les détails et pour donner le chiffre final auquel sont arrivées les usines Ford, après de multiples études, disons que le temps de montage
- Les châssis en cours d’usinage quittent les chemins de roulement pour rouler sur des rails.
- à la salle d’essais, toutes ses pièces et leur assemblage ont déjà été minutieusement examinés.
- Pour le montage du châssis, comme ici les pièces à manœuvrer sont plus lourdes et plus volumineuses que les pièces du moteur, elles sont disposées sur des chaînes sans fin ou des tapis roulants, dont la vitesse de translation, qui n’est pas la même pour chaque opération, est exactement calculée suivant la durée du travail à effectuer par chaque ouvrier. La figure 7 montre la vue caractéristique d’un des innombrables ateliers d’assemblage, que suit la voiture, plus complète à chaque nouveau parcours. La figure 9 montre les châssis munis de leurs roues quittant les rails sur lesquels ils reposaient par leurs essieux pour rouler sur leurs roues caout-
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- choutées dans des rainures qui les conduisent jusqu’à l’atelier de carrosserie.
- Celui-ci est aussi une des curiosités de l’usine ; toutes les opérations, et elles sont multiples, y sont faites par série : cintrage des bois, plaquage, peinture, vernissage, séchage, pose des coussins, des garnitures, etc., avec toujours le maximum de division du travail et le maximum de manutention et d’opérations mécaniques. La figure 7, par exemple, montre comment les capotes sont posées, dans un immense hall, où le long d’un quai, défdent, sur une voie mécanique, les carrosseries en achèvement.
- Pour les mettre ensuite en place, de l’étage de l’usine où elles ont été fabriquées, un plan incliné les descend vers la cour où s’alignent les châssis (fig. 8). Au bout du plan incliné, un palan mobile les saisit et, au commandement de l’ouvrier, les enlève et les dépose sur le châssis. Il n’y a plus qu’à visser quelques boulons, et la voiture complète, munie de ses accessoires, est prête à être livrée à l’acheteur.
- Toutes les opérations que nous venons de décrire si rapidement qu’il est à peine possible de se rendre compte des multiples détails qu’il a fallu mettre au point, ont nécessité, de la part de Ford,une ténacité et un génie de l’organisation peu communs. L’Amé-
- rique, il est vrai, est la patrie des organisateurs, tout autant et même plus que l’Allemagne qui, ici encore, n’a fait que copier. C’est Taylor qui a créé cette orientation nouvelle des esprits loin des sentiers combien profonds de la routine où tant d’industriels sommeillent encore. Rien n’est à négliger lorsqu’il s’agit d’augmenter le rendement d’un ouvrier, sans pour cela chercher à lui imposer un travail, une fatigue supplémentaires. Dans l’usine Ford, par exemple, les premiers chemins de glissement pour le montage des magnétos, dont nous avons dit incidemment quelques mots, avaient été établis trop haut ; en les baissant, les ouvriers, sans plus de fatigue, ont pu augmenter de moitié leur rendement. Le grand mérite de Ford a été de savoir s’attacher à tous ces détails infimes, à toutes ces petites imperfections dont sa carrière d’ouvrier lui avait permis de mesurer toute l’importance et d’avoir su les supprimer, créant des machines spéciales pour chaque sorte de travail, au lieu de chercher à adapter tant bien que mal celles qu’il aurait pu trouver toutes faites dans le commerce. Aussi les usines Ford ont-elles une physionomie particulière, une organisation originale qui portent l’empreinte bien personnelle de celui qui les a créées et amenées à cet incroyable développement. X...
- M. Edmond Perrier a prononcé un important discours dans lequel il montre nettement le rôle joué par l’Académie dans la défense nationale.
- « Dès le 5 août 1914 ses membres se répartissent en quatre grandes Commissions correspondant à leurs compétences particulières relativement aux divers aspects de la guerre. Une Commission de mécanique s’apprête à étudier les perfectionnements qui peuvent être apportés à l’aviation, à la traction électrique ou à vapeur, à la destruction des fils barbelés ou même à l’artillerie. Nombreux et particulièrement délicats sont les problèmes qui doivent occuper la Commission de physique. Celle de chimie se dispose à connaître de tout ce qui concerne les explosifs et ces gaz lacrymogènes, asphyxiants ou meutriers par l’emploi desquels les Allemands ont trouvé moyen d’avilir encore la barbarie de leur guerre..
- « L’Académie tout entière se lient à la disposition du général Galliéni, gouverneur de Paris, qui est son correspondant dans la section de géographie et navigation.
- « Nos Commissions se mettent à l’œuvre, et, le 30 novembre 1014, la Commission de santé, d’hygiène et d’alimentation signale aux Ministres intéressés tout un ensemble de prescriptions propres à assurer, sans risquer d’épuiser le troupeau national, l’approvisionnement de l’armée et l’alimentation de Paris ; elle indique les règles qui doivent être suivies pour donner aux soldats une ration suffisante, non seulement pour son entretien, mais aussi pour son réconfort. Elle recommande l’usage des viandes conservées, et surtout celui de la viande frigorifiée suivant la méthode de notre compatriote Charles Tellier, viande qui est depuis longtemps entrée dans l’alimentation aux Etats-Unis et à Londres.
- « Les autres Commissions travaillent, de leur côté, à la solution de questions qui doivent demeurer plus mystérieuses; mais les problèmes se multiplient, les chercheurs aussi. M. le général d’Armandy apporte du front des précisions, et s’emploie à établir des liens étroits entre le Ministère de la Guerre et l’Académie des Sciences. ))
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance publique annuelle du 27 décembre 1915.
- L’OBSTRUCTION DU CANAL DE PANAMA
- Depuis l’inauguration officielle du Canal de Panama, les éboulements de la trop fameuse tranchée de la Culebra étaient devenus si fréquenls que la presse américaine elle-même avait pris le parti de ne plus les mentionner.
- Il convient de remarquer, d’ailleurs, que ces accidents, prévus par les ingénieurs français et améri-
- cains, n’avaient pas revêtu un cai actère très alarmant. Chaque fois, l’enlèvement des déblais avait pu s’effectuer en quelques semaines. Les apports de terres et de roches n’avaient fait que gêner la navigation, sans l’interrompre complètement.
- Cette fois, le canal se trouve littéralement coupé par un isthme, langue de terre qui mesurait une
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- 48 :::: LOBSTRUCT] ON DU CANAL DE PANAMA
- centaine de mètres d’épaisseur à l’époque (fin novembre) où fut prise la photographie que nous reproduisons sur cette page.
- En ce temps de guerre, nous devons nous garder de prononcer le mot de catastrophe en parlant d’un phénomène quasi-naturel. Employons donc l’expression de « gros accident », et exposons les circonstances qui le précédèrent et l’accompagnèrent.
- Des entrepreneurs ont ouvert, dans les montagnes qui avoisinent le canal, des carrières d’où ils tirent des pierres employées à la construction des routes et d’autres travaux.
- Une hypothèse, avancée par un ingénieur améri-
- avait surgi près dé la première, et, le soir de la seconde journée, les deux îles s’étaient soudées au point de barrer complètement le canal.
- De puissantes dragues furent aussitôt mises en œuvre. Mais les fâcheux îlots surgissaient de plus belle, si bien que la barrière, ainsi que nous l’indiquions plus haut, finissait par atteindre une largeur minimum d’une centaine de mètres, sur une hauteur moyenne de 25 mètres.
- Dans les premiers jours de décembre, la presse américaine annonçait que les travaux de déblaiement ne seraient pas terminés avant deux mois. Depuis lors, accaparée sans doute par les événe-
- i:
- Vue générale de Vèboulement du canal de Panama.
- cain, veut que les fréquentes explosions de dynamite, provoquées par l’exploitation de ces chantiers, aient progressivement ébranlé et déséquilibré les stratifications rocheuses de ces collines.
- Ces énormes masses, privées de « point d’appui », ou du « point d’arrêt » que leur a enlevé la percée du canal, pèsent désormais sur les masses terreuses qui, sous leur pression, s’épandent dans le lit même du canal, s’y amassent, et finissent par affleurer en forme d’îles, qui se soudent bientôt les unes aux autres pour constituer un isthme.
- Quoi qu’il en soit, ce fut, dit-on, deux jours après une explosion particulièrement violente que, le 24 octobre, on vit lentement surgir de l’eau, au milieu même de la tranchée de la Culebra, un îlot de boue dont la hauteur et la superficie augmentèrent à vue d’œil.
- Dans les vingt-quatre heures, une deuxième île
- ments d’Europe, et aussi par la campagne d’incendies et de meurtres qu’ont organisée aux Etats-Unis les agents de l’Allemagne et de l’Autriche-Hongrie, elle a fait le silence sur ce sujet.
- Nous ignorons donc — qu’on veuille bien nous passer ce jeu de mois trop facile — à quelle date le canal interocéanique sera redevenu un canal, alors qu’il met une si mauvaise grâce à n’être plus un isthme. Après les premiers éboulements, le général Goethals, gouverneur de la zone, avait annoncé philosophiquement qu’il ne voyait pas d’autre remède que de laisser aux gigantesques talus de la; Culebra le temps de se tasser.
- Si les collines qui s’étagent derrière ces talus ne reprennent pas leur stabilité, ce ne sera pas notre génération qui verra se produire le « tassement définitif ».
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9, à Pans.
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- LA NATURE. — N° 2208.
- 22 JANVIER 1916.
- LES GRANDS TRAVAUX AU MAROC
- et l’Exposition de Casablanca.
- L’état actuel du Maroc français contraste singulièrement avec la situation terrible où se débat le continent européen. Non seulement toutes nos conquêtes antérieures ont été maintenues, malgré la réduction des effectifs, grâce à la vigilance militaire du général Lyautey, mais encore les travaux publics projetés ou entrepris y ont été poursuivis avec une vigueur méthodique qui montre cet homme de guerre sous le jour d’un incomparable organisateur.
- Nous avons donné dans les numéros 2105 et 2136, de La Nature, la description des travaux en pleine exécution de Fedahla et de la capitale naissante de Rabat. Depuis lors cette ville a été dotée, à côté du pauvre débarcadère étroit et difficilement accessible, dont on disposait il y a 2 ans encore, de trois quais qui s’étendent, le premier sur une longueur de 300 m. en amont de la pittoresque Kasbah des Oudaias ; le second, plus petit, à Sidi Maklouf,
- Fig. i. — Un coin de l’Exposition de Casablanca.
- Les plus importants de ces travaux s’appliquent aux ports de la côte atlantique. On sait que longtemps avant l’occiipation française certaines places maritimes étaient ouvertes au commerce européen, Rabat, Casablanca, Mazagan, Saffi et Mogador, auxquelles il fallait ajouter Arzila et Larache dans la zone espagnole et enfin Tanger, ville qui était et est restée internationale.
- Chacun de nos cinq ports a fait l’objet de travaux ou de projets spéciaux; de plus deux nouveaux exutoires ont été ouverts au Maroc, Ivenitra à l’embouchure du Sebou, le plus grand fleuve du pays, qui coule du sud au nord et arrose la région de Fez et Fedahla, située derrière Rabat et Casablanca, mais plus rapprochée de Rabat.
- au pied de la Tour Hassan; le troisième enfin, sur la rive droite, destiné au trafic de la ville de Salé. Il y aura lieu d’approfondir en outre, la dangereuse barre du Bouregreg.
- Tout au nord nous avons jeté la fondation d’une ville nouvelle, Kenitra, à laquelle on destine quelques millions, soit pour y créer des appontements, soit pour améliorer l’embouchure du Sebou. Dans les prévisions de notre administration, Kenitra est appelée à un avenir prospère comme débouché de la fertile et longue vallée du Sebou.
- Toutefois il est très opportun de remarquer que l’on a judicieusement renoncé à la chimère de faire du Sebou une voie d’eau navigable. Le Maroc est une colonie agricole qui se couvrira de récoltes
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- 44° Année.
- 1" Semestre.
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- Fig. 2. — Les visiteurs de l’Exposition.
- été, dès la première année, renversé et englouti. Et cependant Saffi est le port de la côte Atlantique qui, après Casablanca, atteint le plus fort tonnage, par suite de la remarquable fécondité du Doukalas qui forme son hinterland immédiat. Aussi a-t-on projeté un apponte-rnent nouveau, mieux placé et mieux armé, pour que les barcassés puissent l’accoster, en venant des navires mouillés au large sans avoir à traverser la ligne de brisants qui leur est si redoutable. Déjà des magasins et des entrepôts solides ont été élevés sur la
- régulières et magnifiques, le jour où un plan d’irrigation d’ensemble l’aura défendue contre la sécheresse. Ses rivières abondantes et intarissables parce qu’elles descendent des neiges éternelles du Grand Atlas, peuvent faire du Maroc une seconde Égypte, mais à la condition qu’on ne leur demande pas simultanément de produire de l’énergie électrique, d’arroser de vastes espaces et de porter des bateaux. Il faut choisir et, pour tout esprit sensé, l’utilisation la plus fructueuse des eaux courantes, dans ce pays, est d’assurer la fécondité du sol. Il sera nécessaire d’organiser cette irrigation non pas par petits canaux isolés, mais par de vastes plans d’ensemble mûrement étudiés pour chacune des trois grandes rivières, la Moulouïa, le Sebou et l’Oumel-Rhià.
- Mais revenons aux ports de la côte, dont je viens de citer ceux qui se trouvent au nord de Casablanca
- Au sud, on rencontre Mazagan, Saffi, Mogador et enfin Agadir qui n’est pas encore livré à la liberté commerciale.
- Mazagan et Mogador sont les deux points les moins inhospitaliers de la côte, le premier à cause d’une ligne de récifs, qui le protègent contre les lames du large, le second par suite des îlots qui défendent l’entrée de la rade foraine : on y creusera de petits bassins, où les remorqueurs et barcassés, condamnés aujourd’hui à l’échouage dès la mi-marée, pourront pénétrer à toute heure, et des quais munis d’engins de manutention.
- Par contre, Saffi est d’un accès terriblement difficile; il faut avoir été là un jour de tempête pour mesurer la puissance destructive de la mer en furie.
- Un wharf, que nous y avions construit en 1910, a
- terre ferme pour abriter les marchandises, naguère exposées aux intempéries et même aux atteintes des vagues des grandes marées. •
- Mais c’est sur Casablanca que sont concentrés les efforts puissants et les grandes dépenses d’installation : Casablanca, la ville nouvelle, née du hasard, qûi voulut que le massacre d’une équipe d’ouvriers européens, en 1907, y déterminât le débarquement de nos troupes. Les mercantis et les spéculateurs qui suivent partout les armées y créèrent sur l’heure un tel courant d’immigration et de capitaux, qu’elle se trouva automatiquement la métropole commerciale du Maroc français.
- Fig. 3. — Le sultan (à gauche) et le général Lyautey (à droite).
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- Beaucoup d’incohérences et d’erreurs y furent commises au début. Une administration plus éclairée et plus désintéressée s’efforce de les réparer. Depuis trois ans tout s’y améliore, tout s’y transforme comme par enchantement. Le Protectorat y a fait appel aux lumières d’un architecte français éminent, spécialisé dans les questions d’aménagements et d’organisation des villes, M. Prost, le même qui a dessiné et exécuté le remarquable plan d’extension de la ville d’Anvers.
- Au milieu des travaux de voirie en cours sur tous les points, on peut entrevoir qu’avant peu d’années, Casablanca, qui avait si mal débuté, sera une ville française, salubre, bien ordonnée et d’une confortable habitabilité.
- Mais la condition capitale à remplir est l’exécution de. son port, ouvrage d’une extraordinaire difficulté, pour lequel 50 millions ont été votés et confiés à MM. Schneider et Cie et Hersent.
- Il se composera d’une grande jetée partant de la hase des remparts sud de la ville arabe, d’abord perpendiculaire, puis parallèle à la côte, sur une longueur de 1900 mètres.
- Cette jetée abritera les navires contre les lames de l’ouest, les plus violentes et les plus dangereuses. Une seconde jetée, issue d’un point situé à 2 km au nord du pied de la première, ira à sa rencontre obliquement, et, longue de 1400 m., laissera entre leurs deux extrémités une passe de 250 m. de largeur franchissable par tous les navires.
- A l’intérieur de cette enceinte, deux jetées plus modestes, perpendiculaires aux premières, formeront une darse destinée aux petites embarcations et un terre-plein spécial réservé aux passagers. Tandis que la première grande jetée s’avance déjà de 500 m., le petit môle correspondant est déjà construit, et toutes les embarcations et remorqueurs du port, jadis le jouet des flots, trouvent là un abri sûr.
- Il serait téméraire de prédire quelle année verra s’achever le port de Casablanca; mais l’accès, déjà si amélioré, de la Chaouia y deviendra de plus en plus abrité des vents d’ouest, au fur et
- à mesure que la grande jetée s’avancera dans la mer.
- Avant de quitter les côtes, il faut dire un mot de leur éclairage. Aucun feu ne brille encore Sur la côte marocaine, au sud du phare du cap Spartel, qui éclaire l’entrée du détroit de Gibraltar à l’ouest de Tanger ; aussi rien n’est plus difficile que de naviguer dans ces parages.
- Chaque année, de nombreux navires se perdent à la côte ; d’autres, plus nombreux encore, se présentent devant une rade, se croyant aux abords d’une autre et sont obligés de rebrousser chemin.
- On ne s’explique pas pourquoi notre administration n’a point immédiatement procédé à la construction de phares, dont le coût serait certainement inférieur à celui des sinistres qu’ils eussent évités. Mais enfin trois phares à éclipse et à grande puis-sance sont en construction à Casablanca, àMa-zagan et au cap Cantin. Avant peu d’années les navires ne périront plus faute d’y voir clair.
- Toutefois le Maroc ne sera exploitable que lorsque des moyens de communication auront été créés entre l’Hinter-land et la côte.
- 11 n’y existait pas avant notre occupation un seul kilomètre de routes : des pistes à chameaux, déserts de sable et de poussière en été, océans de houe en hiver, voilà tout ce dont on disposait. Ainsi en fut-il, de 1907 à 1912, jusqu’au jour où le Protectorat se trouva confié aux mains de Lyautey. Ce dernier comprit aussitôt que le p'us urgent était, avant de créer des routes empierrées, d’améliorer les pistes pour les rendre, pendant la plus grande partie de l’année, carrossablesà l’automobile. Rapidement exécuté, ce travail de fortune permit à l’auto de prendre possession de presque tout le territoire pacifié.
- Simultanément on se mit à tracer et à construire des routes définitives. Une première grande route s’allonge de Kénitra à Mogador, parallèlement à la côte, desservant successivement Rabat, Fédahla, Casablanca, Mazagan, Saffi et les cercles plus ou moins productifs du Sebou, de la Chaouia, des Doukalas et des Abdas.
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- Marrakech
- Fig. 4. — Carte du Maroc,
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- En grande partie achevée, c’est cette route qui permet déjà de parcourir en une heure et demie la distance de 96 km qui sépare Rabat de Casablanca. En 1912 il fallait 15 heures !
- Deux autres grandes routes partiront de Fez, l’une vers la côte à Kenitra, l’autre vers Meknès, après quoi elle contournera le massif de Djebel-Kef, traversera le plateau du Haoud, les gorges du Hamma et rejoindra la première à Sislimane. De ces routes se détachent plusieurs embranchements sur des points intermédiaires.
- Marrakech, la grande capitale du Sud, sera reliée par trois routes, l’une (presque achevée] vers Casablanca (250 km), la seconde vers Saffi (100 km), la troisième vers Mogador.
- Fig-, 5.
- L’usine de la Société marocaine à Casablanca.
- C’est, au total, un réseau principal de 1400 km, qui sera prochainement terminé, auquel sont occupés, entre autres travailleurs, les 6 ou 7 mille prisonniers allemands que le général Lyautey a demandés à la Métropole. Il m’a été donné plusieurs fois de voir ce personnel à l’ouvrage. Je ne crois pas qu’il y ait au monde des ouvriers traités plus paternellement.
- Tout un réseau secondaire est également projeté, au travers duquel apparaissent deux amorces des plus intéressantes, l’une, vers la zone espagnole, par le pays encore peu sûr des Zaers, et par delà vers Tanger; l’autre, dans la direction de Fez au col de Taza, qui réunirait les deux Marocs occidental et oriental.
- Mais, avant l’exécution de ce second réseau, la mise en valeur du Maroc exige impérieusement des
- chemins de fer, l’outil indispensable à l’exploitation de n’importe quel pays. Jusqu’ici la question du chemin de fer se heurtait à maintes difficultés et incertitudes.
- Tout d’abord l’acte d’Algésiras imposait que leur exécution fût mise en adjudication internationale. De plus, il spécifiait que la ligne de Fez à Tanger fût commencée avant toutes les autres. Or, cette ligne circule, sur la majeure partie de son parcours, à travers la zone espagnole, imparfaitement pacifiée, et entraînerait marchandises et voyageurs hors du protectorat français, vers Tanger, où notre influence est nulle, ou tout au moins activement combattue, au détriment de nos ports franco-marocains. C’était bien là d’ailleurs ce que voulaient nos adversaires.
- Les événements actuels, en brisant les engagements d’Algésiras, nous ont rendu notre liberté sur ces deux points. Il importera que notre administration qui a étudié ce projet le laisse soigneusement dormir dans les cartons, jusqu’au jour où un programme moins défavorable à nos intérêts aura été exécuté.
- Un autre point assez vivement controversé est le type de voie à adopter : voie normale de' 1 m. 44 ou voie réduite à 1 m. Des ingénieurs civils d’une longue expérience ont préconisé cette dernière dans des rapports solidement documentés.
- Ils exposent que la voie d’un mètre est beaucoup plus économique, supporte des courbes plus accentuées, peut pénétrer par conséquent dans des vallées interdites à l’autre et qu’ainsi, avec une dépense moindre, elle drainera topographiquement mieux les produits du sol. Le débit reconnu d’une voie d’un mètre sera toujours suffisant à l’exploitation du Maroc, si intensive que l’on suppose son exploitation agricole.
- Enfin ce pays n’ayant pour confins que la région montagneuse ou désertique du Sud, là Méditerranée et l’Océan au Nord et à l’Ouest, et à l’Est l’Algérie sud-oranaise qui n’est pas, je crois, pourvue large, aucun motif de liaison ne
- de ligne à voie
- milite en faveur de lignes de 1 m. 44.
- Bien qu’on n’ait pu lire nulle part de réfutation à ces arguments, notre administration est décidée
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- pour la voie large. Les deniers publics en pâtiront et aussi les intérêts du Maroc, car il est certain qu’on construira moins de longueur de voie normale qu’on n’en eût établi à 1 mètre d’écartement.
- En dehors du Fez-Tanger les chemins de fer projetés sont la ligne de Petit-Jean (près de la frontière espagnole) à Kenitra, Rabat et Casablanca, avec dérivation sur Fez et Meknès, tandis qu’une autre ligne reliera Marrakech à Casablanca.
- C’est à ces quelques parcours que se limitent les projets actuels.
- Le coût d’installation, estimé à 260000 francs par kilomètre, en réduit forcément la longueur, ce qui justifie l’opinion de ceux qui eussent souhaité l’adoption de la voie étroite.
- Un dernier tracé est cependant sinon étudié, du moins entrevu, sans qu’on puisse encore en évaluer le prix et les possibilités d’exécution. C’est celui qui, franchissant le col de Taza, réunirait l’ouest à l’est du Protectorat, et relierait ainsi le Maroc à l’Algérie et à la Tunisie par une voie ferrée continue de plus de 1000 km.
- Si les événements actuels dressent un obstacle matériel à l’exécution de ces diverses entreprises, ils ont du moins apporté à nos elîorts, au Maroc, une liberté d’action qui leur manquait, en même temps qu’ils nous ont débarrassés de l’emprise allemande qui tentait, non sans réussite, de s’implanter au Maroc.
- C’est pour favoriser la substitution des produits français aux marchandises d’importation allemande, que le général Lyautey a eu l’idée, aussi opportunè qu’audacieuse, d’organiser, pendant l’été et l’automne de 1915, l’exposition franco-marocaine de Casablanca, dont, en dépit de quelques prédictions timorées ou pessimistes, le succès dépassa toutes les espérances.
- Cette, exposition, dont le souvenir restera gravé dans l’esprit de nos compatriotes et plus encore dans l’imagination subjuguée des indigènes, s’élevait dans un des terrains vagues les plus rapprochés du
- Fig. 6. — Tentes arabes en chaume.
- Fig. 7. — La cage où le sultan du Maroc fit enfermer le Rogui.
- Centre de la nouvelle ville. L’ensemble de ses palais arabes, de ses blancs minarets, de ses marabouts éblouissants et de ses jardins fleuris sortis de terre comme par enchantement, formait sous le beau ciel africain le plus séduisant spectacle.
- Près de 900 exposants français avaient répondu à l’appel du Résident général, et au-devant de leurs produits étaient venues de toutes les villes et
- tribus du Maroc pacifié les denrées qu’elles sont empressées à nous exporter. Français et indigènes se rencontrèrent là pendant deux mois dans une familiarité cordiale et pleine d’entrain.
- Ce fut vraiment le mélange spontané de deux peuples et de deux, civilisations dont le résultat politique, tout le monde l’a compris, fut incalculable.
- Mais l’illustre chef du Protectorat ne se tint pas pour satisfait d’avoir accompli une œuvre utile à l’influence française et agréable aux yeux de tous ; il voulut encore la rendre instructive pour la colonie et pour les fonctionnaires placés sous ses ordres.
- A cet effet, il convia les uns et les autres à un congrès d’études économiques et administratives, dont il ouvrit et présida plusieurs séances, expliquant aux uns et aux autres que son idée était de mettre en présence administrateurs et administrés, afin que chacun y pût apporter les raisons de ses actes et l’expression de ses desiderata.
- Au sortir de ce Congrès, bien des malentendus étaient dissipés; tandis que les nombreux membres du Jury que la métropole avait envoyés à l’Exposition y apprenaient avec un étonnement mêlé d’admiration que le Maroc français est dès à présent gouverné par des institutions .rationnelles et libérales ; et que les indigènes trouvent et apprécient, dans notre administration, la protection de leurs intérêts en même temps que la France y recueille le profit de sa bienfaisante . in-, fluence.
- > /:V|
- Victor Cambon. .
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- INDICATEURS ET CONTRÔLEURS DE CHAUFFE POUR NAVIRES
- Quand on veut pousser les feux d’une batterie de chaudières marines et lui faire atteindre son maximum de puissance sans produire de fumée, il est
- Fig. i. — Régulateur combiné pour indicateur de chauffe type Duplex.
- absolument indispensable que tous les foyers soient chargés simultanément et reçoivent, à des intervalles fréquemment répétés, une quantité régulière de combustible. Pour obtenir cette uniformité dans le
- Fig. 2. — Indicateur de chauffe type Duplex pour grandes chaufferies.
- chargement des foyers d’une manière sûre et infaillible, on a recours à des indicateurs mécaniques à sonnerie qui fonctionnent dès qu’une irrégularité se produit dans le service delà chauffe. Le personnel de quart dans chaque chaufferie est ainsi en communication constante avec le chef mécanicien
- qui conduit ses hommes sans avoir besoin de leur parler même par téléphone. Les navires de la Hotte anglaise sont munis, depuis 1905, d’appareils de ce genre qui ont été successivement perfectionnés et adoptés par un grand nombre d’Ami-rautés étrangères.
- Bien que les considérations qui justifient l’emploi des indicateurs de chauffe aient surtout de l’importance en matière de mariné militaire, certaines grandes Compagnies de navigation ont été amenées à utiliser ces appareils à bord de leurs grands paquebots transatlantiques. En Angleterre, notamment, les navires récemment construits par la Cunard Line et par la White Star Line en ont été munis et l’économie de combustible réalisée a largement compensé le supplément de dépense occasionné par cette mesure. Il est évident que l’on a intérêt à recourir à ce moyen de contrôle pour tous les navires comportant un nombre de foyers tel que la. régularité de la chauffe ne puisse être obtenue et vérifiée autrement que par des appareils mécaniques.
- Le système de contrôlé Kilroy, adopté par l’Amirauté britannique, consiste à munir chaque porte de foyer
- d’un numéro. Tous les numéros paraissent successivement à intervalles réguliers sur le cadran d’un indicateur placé dans chaque chaufferie, et un timbre retentit dès qu’un nouveau chargement commence (fig. 1). L’intervalle de temps qui sépare les chargements est réglé par le chef mécanicien au moyen d’un appareil contrôleur, ou régulateur, monté dans un des compartiments des machines ou dans le poste de commandement placé sur la dunette (fig. 2). Les chauffeurs ont l’ordre de lancer un certain nombre de pelletées de combustible dans chaque foyer dont le numéro est signalé. Souvent aussi on laisse à l’initiative du chauffeur le soin de ramener à l’épaisseur voulue, la couche de combustible qui couvre la grille du foyer en cause. On arrive ainsi à réaliser une chauffe régulière qui améliore les conditions d’emploi du charbon.
- Les divers appareils sont intercalés dans le circuit d’éclairage électrique du navire.
- Le contrôleur est accouplé à un interrupteur automatique à laps de temps commande électriquement (fig. 2) et n’exigeant par conséquent aucune surveillance ; les circuits électriques actionnant les
- Fig. 3. — Intérieur de Vindicateur de chauffe Duplex.
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- INDICATEURS ET CONTRÔLEURS DE CHAUFFE POUR NAVIRES =55
- indicateurs de chauffe sont ainsi fermés et ouverts à des intervalles réguliers. Grâce au mode de construction spécial de l’interrupteur, les divers indicateurs ne peuvent sonner tous simultanément et les numéros sont combinés de telle manière qu’on n’ait à ouvrir en même temps que le moins possible de portes de foyers.
- Le chef mécanicien fait varier la fréquence des rechargements au moyen d’un levier placé sur l’appareil contrôleur et dont l’extrémité se déplace le long d’une échelle divisée. La graduation indique, en nombre de minutes, l’intervalle de temps qui s’écoule entre les deux charges d’un même foyer, c’est-à-dire entre les deux apparitions successives du
- appareils sur un navire ayant 39 chaudières à quatre foyers chacune, soit en tout|56 -foyers répartis en cinq rues. Si les chambres de chauffe sont larges comme dans le cas considéré, il est préférable d’employer des indicateurs Duplex (fig. 1) qui font entendre un certain nombre de coups sur deux timbres dont la hauteur de son est différente. L’indicateur Simplex ne donne lieu qu’à une seule sonnerie et son efficacité est moindre que celle de l’appareil à deux timbres. Les indicateurs Duplex se montent dans le voisinage de l’axe des chambres de chauffe et peuvent ainsi être vus de l’extrémité de chaque rue.
- Supposons que chaque chaudière doive fournir
- Fig. 4. — Chambre du mécanicien principal de Z’Imperator.
- numéro de ce foyer sur le cadran de l’indicateur.
- Supposons, par exemple, que le contrôleur soit réglé pour un intervalle de rechargement de 12 minutes; le temps qui s’écoule entre deux apparitions successives du même numéro sur l’indicateur est donc de 42 minutes et, pendant ce laps de temps, tous les numéros des foyers correspondant à un indicateur donné doivent paraître sur son cadran.
- Si ce nombre de foyers est de quatre, un nouveau numéro apparaîtra toutes les trois minutes et la sonnerie fonctionnera de même. On peut d’ailleurs adopter tous les intervalles de rechargement que l’on veut, à condition que le nombre de secondes correspondant soit divisible exactement par le chiffre indiquant le nombre des foyers contrôlés par chaque appareil.
- La figure 3 donne le diagramme d’installation des
- 1000 chevaux avec une consommation de 750 gr. par cheval-heure ; la quantité de charbon brûlée par chaudière sera de 750 kg par heure, ce qui représente 150 pelletées de 5 kg en 60 minutes pour chaque chaudière. Si l’intervalle de rechargement adopté est de 12 minutes le nombre de pelletées correspondant à chaque intervalle sera pour une chaudière de :
- 450xi2_*n
- 60
- Pour une chaudière à trois foyers, chacun de ces foyers devra recevoir 10 pelletées chaque fois que son numéro d’ordre apparaîtra sur le cadran de l’indicateur.
- La figure 3 représente la disposition des connexions électriques employées pour l’indicateur à double cadran.
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- Les régulateurs Simplex et Duplex sont d’ailleurs identiques: Le premier est relié directement au régulateur et ne comporte qu’un seul groupe d’électro-aimants qui actionne à la fois l’aiguille du cadran et le marteau de la sonnerie.
- Dans le système Duplex les indicateurs ont deux électro-aimants distincts A (fig. 4), dont l’un, relié directement au régulateur, actionne les aiguilles au moyen d’un rochet E à déclic et d’un induit denté en fer doux C. Le bras courbe D sert à maintenir le déclic en place quand on veut donner aux aiguilles une certaine position fixe. S est un induit indépendant annulaire, concentrique à C, qui sert à agir sur le champ magnétique. L’autre électroaimant est connecté avec l’interrupteur ; ce dernier appareil, commandé par le régulateur, est disposé de telle manière qu’il produise à chaque changement de chiffre une série de contacts intermittents dan’s le circuit des électro-aimants actionnant.le mouvement de sonnerie. Donc, à chaque changement de chiffre, les deux timbres, qui ont un son différent, reçoivent du trembleur une série de coups. Le régulateur fonctionne comme suit. Deux électro-aimants agissent alternativement sur un induit de fer doux actionnant un train de roues dentées qui fait marcher l’échappement du régulateur; ce dernier est un appareil électro-magnétique très robuste exempt des organes délicats que l’on trouve dans les horloges ordinaires. On fait varier la fréquence de l’échappement au moyen d’un levier de contrôle extérieur.
- Sur l’axe de l’induit est monté un appareil inverseur qui, à chaque fin de course de l’induit, change les contacts; chacun des électro-aimants entre ainsi
- LE CANAL DE SUEZ — —
- tour à tour en action et le fonctionnement a lieu alternativement dans chaque sens.
- . Les indicateurs de chauffe sont reliés aux contacts du régulateur; dans le cas de l’appareil simple, le mouvement de l’aiguille et le mécanisme de la sonnerie sont montés sur le meme circuit mais dans les indicateurs Duplex les aiguilles seules sont connectées avec le disjoncteur.
- On place l’interrupteur principal et le plomb fusible près du régulateur ou du contrôleur, qui est lui-même monté dans la chambre des machines, de telle manière que ses organes soient facilement accessibles, sans être exposés à la chaleur ou aux vibrations tout en étant parfaitement éclairés. Si les cables sous plomb du type amirauté ne paraissent pas suffisants, on emploie un câble armé bien isolé et muni au besoin d’une enveloppe de plomb. Tous les appareils sont essayés à 5000 volts avant de quitter les ateliers de fabrication.
- Parmi les- navires munis des indicateurs Ivilroy figurent les transatlantiques anglais Britannic, Olympic de la White Star Line, YAquitania, le Transylvania et le Tuscania de la Compagnie Cunard, YAlsatian et le Calgarian de Y Allan Line ainsi que plus de 200 navires russes, japonais, italiens, américains, etc.
- La figure 5 donne une idée de la disposition intérieure de la salle réservée au chef mécanicien sur un grand paquebot. Sur un même panneau sont réunis les volants de manœuvre des soupapes d’admission de vapeur aux turbines, les indicateurs de tours des hélices, les indicateurs de chauffe, etc. On se croirait dans une grande centrale électrique.
- LES ATTAQUES CONTRE LE CANAL DE SUEZ
- Les bruits d’une expédition germano-turque contre l’Égypte continuant à préoccuper l’opinion publique, il ne semble pas inopportun d’en faire connaître les raisons, et de rappeler en ce moment comment la tentative de conquête de l’Égypte, entreprise par les Turcs l’hiver dernier, a été préparée et a échoué.
- Comme on ne peut être exactement documenté sur le projet actuel, il est bon de chercher un enseignement dans le passé et les précédents.
- Parmi les nombreuses provinces que le gouvernement turc a perdues, il n’y en a guère qu’il regrette plus que l’Égypte. Il lui a bien fallu se résigner à laisser la dynastie de Méhémet-Ali y régner pendant les trois premiers quarts du xixe siècle, et la Grande-Bretagne y dominer depuis 1882; mais, à Constantinople, on ne s’est jamais départi de l’espoir qu’un événement de la politique générale favoriserait la reprise d’un pays que l’on se complaisait toujours à considérer comme un vilayet de l’Empire.
- D’autre part, l’ambition de s’établir dans l’Afrique du Nord a été l’une des causes multiples pour
- lesquelles les Allemands ont fait la guerre. Leurs vues sur le Maroc ont été ouvertes; il en ont sur l’Egypte de moins avouées, mais de non moins résolues.
- Quel succès au surplus pour les Turco-Allemands s’ils pouvaient s’emparer du canal de Suez et forcer les navires des Alliés à reprendre, pour atteindre l’Inde et l’Extrême-Orient, l’ancienne voie du Cap de Bonne-Espérance.
- Ces motifs divers ont provoqué l’expédition turco-allemande qui partit en janviér-février 1915 à la conquête de l’Égypte, et dont un récent fascicule de The Times history of the war, intitulé The Turkish altack on Egypt, a donné un récit documenté.
- Que la traversée du désert qui sépare la Syrie de l’Égypte ne soit pas une opération de guerre impossible, c’est ce que prouvent plusieurs événements historiques. En 1517, le sultan Selim battit les Mamelouks à Ridanieh, après avoir traversé le désert avec de l’artillerie, et conquit l’Égypte. En février 1799, quand Bonaparte marcha sur les Turcs en Syrie, il franchit le désert en onze jours
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- et, après avoir échoué devant Saint-Jean-d’Acre, il ramena son armée en Egypte par la même voie. Sous le règne de Méhémet-Ali plusieurs de ses armées passèrent par le désert d’Égypte en Syrie et inversement.
- Trois pistes traversent ce désert. La plus septentrionale part d’El-Arish et aboutit à El Kantara, sur le canal de Suez, à l’extrémité sud-est du lac Menzaleh. De petites oasis, Bir el Aid, Qatieh, Bir el Duweidar en rompent la monotonie. Pendant la campagne d’Égypte, nous fortifiâmes cette route et notamment, construisîmes à Qatieh un fort carré et bastionné aux angles. La piste est, sauf à El Arish,
- désert syro-égyptien se dressent plusieurs montagnes, djebel Hellal, djebel Magbara, où les Pharaons exploitèrent les gisements de turquoises, djebel Yelleg, djebel Um Muksheib. Une piste passe au pied de ces hauteurs, jalonnée de quelques points d’eau roulante, et utilisable par l’artillerie et les automobiles. Elle possède encore un autre avantage : à une faible distance du canal de Suez elle traverse une dépression nommée Er Rigm, dont le fond est formé d’argile et qui est close à son extrémité nord par une digue naturelle en sable dur. Quand l’oued Um Muksheib, qui descend de la montagne du même nom, se met à couler, l’eau
- O
- Fig. i. — Cuirassés français et transports australiens à Port-Saïd.
- protégée dans une certaine mesure contre les projectiles des bâtiments de guerre par les dunes côtières et le lac Sirbon. On peut la suivre de nuit, sans crainte de faire fausse route, grâce aux poteaux de la ligne télégraphique qui la jalonnent.
- La piste la plus méridionale part d’Akaba et aboutit à Suez. Son sol résistant peut supporter les pièces d’artillerie lourde, mais elle est accidentée, s’élevant jusqu’à l’altitude de 600 m., et elle est dépourvue d’eau. Une armée, débouchant du sud de la Palestine, peut atteindre cette route à Nakhl, en traversant la région bien arrosée et même un peu cultivée de Kossaima, puis en suivant le lit de l’oued El Arish.
- Entre ces deux pistes du nord et du sud, il en court une troisième. Dans la partie médiane du
- s’accumule dans cette dépression, qui se transforme en un lac temporaire où toute une armée peut s’abreuver. Le fait se produit, rarement, tous les dix ou quinze ans; mais, justement, à la fin de 1914, l’oued Um Muksheib bénéficia de l’une de ces crues et Er Rigm se remplit. Cette circonstance météorologique, eut, on va le voir, des conséquences pour la campagne.
- Le désert fran'chi, un envahisseur de l’Égypte venant de l’est rencontre un autre obstacle à vaincre : le canal de Suez. La largeur du canal est de 65 à 80 mètres, sa profondeur de 9 mètres, sa longueur de 161 kilomètres. lise prête donc aux mouvements des bâtiments de guerre. Sur une partie de son parcours, il traverse des lacs, Menzaleh, Ballah, Timsah, Lacs Amers, qui forment autant
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- d’obstacles naturels et réduisent la longueur de la ligne à défendre.
- Enfin, le long de la rive occidentale du canal,
- femmes françaises et anglaises restées en Syrie fut repoussée avec mépris. Ce parvenu ignorait sans doute qu’on nous y connaît depuis les Croisades.
- Fig. 2. — Vue d'un camp australien aux confins du désert. On aperçoit au loin les collines
- du Mokalham.
- court une voie ferrée, qui, reliée, à Ismaïlia, au réseau des chemins de fer égyptiens, facilite le transport rapide des réserves sur les points menacés.
- Ce fut dans le courant de décembre 1914 que l’armée d’Egypte se concentra en Syrie. Les autorités turques et allemandes comptaient y provoquer un mouve-, ment xénophobe par la prédication de la guerre sainte. Mais les ulémas demandèrent quelle était cette guerre sainte, dans laquelle le sultan se trouvait allié avec deux souve-rains infidèles.
- L’infâme proposition d’un Allemand, qui, circonstance aggravante, avait été agent consulaire belge à Kaïfa, de distribuer comme esclaves, parmi les Arabes, les
- L’expédition fut commandée par Djemal pacha, membre en vue de la faction jeune-turc, vali d’A-dana, puis de Bagdad après la révolution de 1909
- qui renversa Abd-ul-Hamid, commandant d’une division pendant la guerre balkanique, l’un des conspirateurs qui le 25 janvier 1913 pénétrèrent dans la Sublime Porte et renversèrent Kiamil pacha, enfin en 1914 ministre de la Marine. Le chef d’état-major de Djemal fut un officier bavarois, le colonel Kress vonKressenstein.
- Informé par les Bédouins du désert de la crue du lac Er Rigm, Djemal résolut de profiter de cette circonstance, de faire passer ses forces principales par le milieu du désert et de tenter la tra-
- LES T! NE
- lsmaïjj
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- S U L E \ D U
- Fig. 3. — Carte des abords du canal de Suez montrant les pistes que les Turcs peuvent utiliser.
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- versée du canal dans la région d’Ismaïlia. Ces forces se composaient de trois divisions à trois régiments d’infanterie, d’artillerie de campagne, de deux pièces d’artillerie de 150 qui furent traînées dans le désert par des attelages de 36 bœufs.
- Cette armée comptait encore deux compagnies de mitrailleurs, deux compagnies du génie, quelques escadrons de cavalerie. ~
- Elle était pourvue, élément essentiel, d’un équipage de ponts, comprenant des bateaux en fer galvanisé de 7 m. 50 de long, et de pièces de radeaux. La première division était commandée par un Allemand, le colonel von Trommer, les deux autres par des officiers turcs. L’effectif de cette armée était évalué à 30 000 hommes. En outre deux autres colonnes étaient formées, fortes l’une dé 6000 hommes, l’autre de 3000, qui devaient s’avancer la première par la piste nord du désert, la seconde par la piste sud et opérer des diversions sur les extrémités du canal.
- Les forces rassemblées en Égypte pour sa défense représentaient les divers éléments de l’armée britannique : division territoriale et brigade de yeo-manry venues de la métropole, régiments de Rajpouts, de Pen-jabis et' de Gourkhas venus des Indes, corps de néo-Zélandais et d’Australiens. Ces derniers étaient physiquement des hommes de belle allure, mais très indépendants de caractère et encadrés par des officiers aussi novices qu’eux-rnêmes : des délais furent nécessaires pour les ranger sous la discipline indispensable. Cette armée fut soutenue par des navires de guerre anglais et français, qui croisèrent dans le canal de Suez. Les batiments français étaient le d'Entre-casteaux et le vieux et encore solide Requin, lequel joua au moment décisif un rôle de premier plan.
- L’armée turque s'ébranla dans la première quinzaine de janvier 1915. Les avant-gardes des colonnes
- approchèrent du canal vers le 26 janvier. On les signala à cette date, celle du nord à quelque distance d’El Kantara, celle du centre à Moia Harab, celle du sud à Bir Mabeink. La traversée du désert parait s’être effectuée avec ordre. Il avait été prescrit aux hommes de ménager leur eau, et ils semblent avoir souffert plus du froid que de la soif.
- Les premiers coups de feu furent échangés dans la matinée du 27 janvier. Pendant les trois jours suivants, il n’y eut que des escarmouches. Le 1er février, Djemal pacha établit son quartier général à Eatayib el Kheil, groupe de collines situées à 12 km à l’est du lac Timsah. L’attaque principale eut lieu sur la section du canal qui s’étend du lac Timsah aux Lacs amers et plus précisément entre les stations Toussoum et Serapeum. Si en ce point la berge du canal est assez abrupte, elle est percée d’ouvertures par lesquelles bateaux et radeaux peuvent être glissés et mis à flot.
- Le 2 février, à la nuit close, les pontonniers descendirent sur la rive avec leur matériel, et commencèrent la construction d’un ponton. L’obscurité était profonde, la rive occidentale du canal silencieuse. Les Turcs ne doutaient pas du succès, et, sur le corps d’un officier tué, on a trouvé ce fragment de lettre écrite sans doute dans la soirée du 2 février :
- « Assurément notre marche a été malaisée et laborieuse, mais toute difficulté a été surmontée grâce à notre excellente organisation ; demain nous aurons franchi le canal et nous marcherons sur le Caire. » Les Turcs réussirent à jeter un ponton sur le canal : un détachement le franchit, s’installa sur la rive occidentale et s’y maintint. A l’aurore le Requin découvrit le ponton et le démolit : le détachement fut fait prisonnier.
- Les engagements d’une rive à l’autre continuèrent pendant cette journée du 5 février et la matinée
- Fig. 4. — Type de soldat égyptien.
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- du 4 dans cette section Toussoum-Serapeum. Il y en eut également au nord d’Ismaïliah, au point où le canal pénètre dans le lac Timsah, à El Ferdan et à El Kantara. Une simple démonstration fut faite devant Suez.
- Au cours de ces combats les troupes britanniques perdirent 1J 5 tués ou blessés ; on compta environ 900 Turcs tués ou noyés dans le canal; 650 environ furent faits prisonniers. Presque tous le poids de l’attaque fut supporté par les troupes de l’Inde. Les navires de guerre jouèrent aussi un rôle important dans la défense.
- Le commandement britannique supposait que l’ennemi avait voulu seulement reconnaître ses dispositions défensives, et qu’à ce premier combat en succéderait un autre beaucoup plus sérieux. Mais, contre toute attente, le 7 février, l’armée turque
- commença à se diriger vers la Palesline. Retraite surprenante. Autant la traversée du désert avait été rapide et réussie, autant l’attaque fut molle et peu soutenue. Après avoir accompli l’effort nécessaire pour amener son armée jusqu’au bord du canal, Pjemal pacha se découragea bien vite. Mais peut-être avait-il dès lors des projets, sur lesquels l’avenir nous éclairera.
- On croit savoir que les Allemands ont fait, dans la Péninsule du Sinaï, établir diverses lignes ferrées à voie étroite, amener du matériel, creuser des puits, etc. ; mais, d’autre part, on n’ignore pas que les Anglais ont formidablement préparé la défense de leur canal par des tranchées, des travaux hydrauliques préparant des inondations, des surveillances d’avions, etc., et des ouvrages bien armés!
- Henri Dehérain.
- LES NOUVEAUX PAQUEBOTS FRANÇAIS
- « Notre avenir est sur l’eau », avait dit le Kaiser, le jour de l’inauguration du canal de Kiel. En attendant que s’accomplisse l’impériale prophétie, les flottes germaniques, de guerre ou de commerce, demeurent prudemment embossées dans leurs ports. Pour nous, au contraire, la mer est libre;
- les paquebots mixtes qui desservent 'actuellement la ligne d’Haïphong. Aussi leurs constructeurs ont-ils cherché à y réaliser un port en marchandises assez important, tout en assurant aux passagers de classes des logements confortables, et en donnant aux malades et aux convalescents, nombreux sur cette
- Fig. i. — Le paquebot Porthos.
- le monde presque tout entier nous reste ouvert, et, loin d’être effrayée par des actes de piraterie, d’ailleurs actuellement en voie de répression, notre marine marchande poursuit son développement. Tout récemment encore, elle s’est enrichie de nouvelles unités : la Compagnie générale Transatlantique a mis le Lafayeüe en service, sur sa ligne de New-York, et la Compagnie des Messageries maritimes vient d’ajouter à la liste déjà longue de ses somptueux paquebots YAthos, le Porthos, le Sphinx et Y André-Lebon.
- VAthos et le Porthos sont destinés à remplacer
- ligne, des installations qui ne laissent rien à désirer. Voici les principales caractéristiques de ces deux
- navires :
- Jauge brute. . ................. 12 800 tx.
- Longueur hors tout ...... 161 m.
- Largeur au fort. ....... 18 m. 82
- Creux au pont continu le plus élevé. 15 m. 75
- Déplacement en pleine charge. . 18 080 tx.
- Tirant cl’eau moyen correspondant. 8 m. 50
- Le volume des espaces disponibles pour les marchandises est de 12 000 m3. En outre, 1100 m3 sont affectés à des compartiments spéciaux (soutes à
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- bagages, soûles à dépêches, cambuses, lingeries, etc.).'
- La coque est entièrement construite en acier et partagée par 10 cloisons étanches, dont les portes se ferment à l’aide d’une manœuvre hydraulique, système « Stone Lloyd ». Elle est surmontée de 7 ponts, dont 4 complets de bout en bout, et 3 partiels constituant un château central. Le plus bas est le pont proprement dit; les autres sont désignés sous les noms de ponts A, B, C, D, E et F.
- Le pont F (le plus élevé) est celui des embarcations de sauvetage, au nombre de 18, dont 12 grands
- Enfin, sur le pont A sont la salle à manger des oes classes, les logements du personnel du restaurant et des entrepôts pour rationnaires.
- Les cabines peuvent loger 107 passagers de lre classe, 116 de 2e et 102 de 3e. Elles sont spacieuses, bien éclairées et très soigneusement meublées. Les lavabos sont à eau chaude et froide. Tous les appareils hygiéniques, baignoires et autres, sont des types les plus modernes.
- En dehors des trois classes de passagers, YAthos et 1 e Porlhos peuvent transporter 1310 militaires, logés sur les ponts A et B. Ils ont à leur disposition des salles de bains et une cuisine spéciale.
- L’aération est partout assurée par des ventilateurs électriques et par le système dit « Thermotank ». Le chauffage est effectué par la vapeur détendue.
- L’appareil de propulsion se compose de deux machines à triple expansion dé-
- ' « life-boats » de 8 m. 60.
- Sur ce pont sont également disposés la cabine de quart, le poste de télégraphie sans fil et la buanderie. .
- Sur le pont F se trouvent le salon de conversation et le fumoir des lres classes, ainsi que les appartements du commandant. Tout le reste du pont est réservé à la promenade des passagers de lre classe.
- Sur le pont D s’élèvent 37 cabines de lre classe et le logement des officiers. A l’avant, une promenade de 12 X 18 m est réservée aux 3es classes. A l’arrière est le fumoir des 2es classes.
- Sur le pont G, on trouve encore 24 cabines de lres, toutes les cabines de secondes et le groupe des hôpitaux qui occupe un espace de 850 m3.
- Le pont B renferme les cuisines, les salles à manger de lre et 2e classes, avec salles spéciales pour les enfants, et toutes les cabines de 3e classe. A l’avant et à l’arrière sont des entreponts pour logements des rationnaires.
- Fig;. 3. — La salle à manger.
- veloppant 9000 chev. et réalisant une vitesse de 14 nœuds à pleine charge. Les chaudières, au nombre de 9, sont timbrées à 15 kg et fonctionnent au tirage forcé, système Hovvden. La surface de grille est de 43 m2,20. Les soutes à charbon, d’une capacité totale de 2160 m5, permettront aux navires de s’approvisionner sur les points où le combustible est le meilleur marché et de parcourir sans char-bonner les longues traversées de Port-Saïd à Colombo et de Singapour à Djibouti.
- Le Sphinx avait été construit dans le but de desservir la ligne d’Alexandrie ; mais il a été réquisitionné, aussitôt ses essais officiels terminés, et transformé en navire-hôpital. Ses caractéristiques
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- diffèrent peu de celles des navires précédents. Quand il sera rendu à sa destination primitive, il pourra recevoir 211 passagers de lre classe, 100 de 2e, 105 de 3e et 500 émigrants. Le confort que l’on avait prévu pour eux profite en ce moment aux blessés et aux malades qui y sont soignés : locaux spacieux, baignoires, lavabos répandus à profusion, aération parfaite, chauffage à la vapeur, en un mot toutes les commodités qu’on trouve, de nos jours, dans les grands hôtels du continent.
- Les machines du Sphinx sont de même puissance que celles de YAlhos et du P orthos \ mais, en raison de son moindre déplacement, elles lui impriment une vitesse supérieure (plus de 15 nœuds), qui lui permettra de franchir en moins de 4 jours le trajet de Marseille à Alexandrie.
- U André-Lebon est un grand courrier destiné aux lignes d’Extrême-Orient. Les caractéristiques prin-
- J. JL
- cipales en sont les suivantes :
- Longueur hors tout ...... 161 m.
- Largeur......................... 18 m. 82
- Déplacement en charge...........18 100 tx.
- Tirant d’eau moyen correspondant. 8 m. 50
- Jauge brute................... . 15 100 tx.
- Yitesse prévue en route......... 15 nœuds.
- Comme les précédents, ce navire est surmonté de 7 ponts, dont 4 s’étendent sur toute sa longueur, tandis que les 5 autres en constituent les superstructures centrales. Il y a place pour 8 passagers de luxe, 202 de lre classe, 180 de 2e et 146 de 3e.
- lres classes. — La salle à manger,' située sur le pont A (1), est du style Louis XIV. Elle est surmontée d’ün dôme dans lequel s’ouvrent 3 larges baies avec balcon ayant accès sur le pont B; 141 passagers peuvent y prendre place, à des tables séparées de 2 à 6 couverts. Deux autres salles, séparées de la première par des glaces sans tain, sont destinées aux enfants et comprennent 16 couverts chacune. Sur le pont E, un hall de 9 X 11 m. est réuni par deux galeries à un salon de conversation de 10x12 m. Au milieu du pont, une salle de récréation est réservée pour les enfants. A l’arrière, un fumoir, de style flamand, contigu à un bar et à une terrasse de café. Les cabines sont installées sur les ponts B, C et D.
- 2ef classes. — La salle à manger, sur le pont A, peut recevoir 128 personnes. Celle des enfants, située à l’arrière, est prévue pour 24 couverts. Sur le pont C, un salon de conversation et un fumoir occupent un grand roof de 7 X 14 m. Les cabines sont sur les ponts B et C ; le promenoir, à l’arrière du pont D.
- 3es classes. — La salle à manger, à l’avant du pont A, peut recevoir 144 personnes. Les cabines sont sur le pont B; le promenoir, à l’avant du pont C. Un abri est ménagé, sur ce même pont, à l’avant du château central.
- Toutes les dispositions sont prévues pour garantir la sécurité des passagers. Les cloisons étanches sont munies de portes qui peuvent être immédiatement fermées de la passerelle, en cas de danger.
- Sur le pont E sont installées 18 embarcations. Les bouées de sauvetage peuvent être mises à la mer électriquement, par la simple manœuvre d’un commutateur placé sur la passerelle. Enfin, Y André-Lebon possède une installation complète de télégraphie sans fil.
- L'appxareil propulseur se compose de 2 machines à quadruple expansion actionnant 2 hélices et capables de développer 11 000 chevaux.. La pression est fournie par 12 chaudières cylindriques à 5 foyers, supportant une pression de 15 kg. La surface totale de chauffe est de 2711ra2. Des machines auxiliaires actionnent les pompes à air et d’alimentation, les pompes de circulation des condenseurs, les pompes d’épuisement des cales et des ballasts, les filtres d’eau d’alimentation, les éjec-teurs, etc.
- L’installation électrique comprend 4 dynamos de 100 kw assurant l’éclairage, ainsi que le fonctionnement de 10 grues de chargement, d’une puissance de 5 tonnes chacune, et d’un grand nombre de moteurs, notamment ceux des ventilateurs.
- L'André-Lebon est le « sister-ship » du Paul-Lecat, qui navigue depuis quelque temps déjà et qui a obtenu, en Extrême-Orient, un très vif succès. Le nouveau grand courrier y provoquera certainement la même admiration, qui a valu à son aîné la flatteuse appellation de « floating castle ».
- Ernest Coustet.
- LES RATS DANS LES TRANCHÉES
- Nos vaillants poilus ont rencontré dans les tranchées des ennemis auxquels on n’avait pas songé.
- Aux moustiques et aux poux sont venus s’adjoindre une véritable armée de rats, qui, chaque jour, s’accroît en nombre et en audace. Avec un cynisme déconcertant, ils s’attaquent à toutes les victuailles
- i. Les ponts sont désignés de la même manière que ceux de YAthos, c'est-à-dire, en suivant de bas en haut : pont, pont A, pont B, etc.
- des combattants, engloutissent la provende que l’État leur distribue, grignotent les friandises que leur envoie la marraine mystérieuse et secrètement aimée, attaquent les vêtements chauds que la maman a tricotés avec soin, dévorent le cuir des souliers, vont même jusqu’à attaquer les billets de 5 francs dans les goussets. On a beau mettre les objets convoitables dans les endroits les plus inaccessibles, les rats, avec des ruses diaboliques, arrivent à s’en emparer et à n’en faire qu’une bou-
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- LES RATS DANS LES TRANCHÉES
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- chée. Pendant le jour, ils se tiennent assez tranquilles ; mais, la nuit, c’est un véritable désastre, les « guitounes » sont mises à sac, et, parfois
- même, c’est le dormeur lui-même qui subit des morsures. Au réveil, nos soldats, avec leur belle insouciance, fredonnent le refrain connu j1).
- Mais cela n’arrange pas les affaires et ne rétablit pas les tablettes de chocolat disparues ou les boules de son entamées. Il est temps de penser sérieusement à faire aux rats une chasse acharnée et méthodique; au début, lorsqu’ils étaient encore peu nombreux, on aurait,
- Fig. r.— Préparation du virus sans doute, pu Danysz. en venir à bout
- assez facilement;
- mais, aujourd’hui qu’on les a laissés se multiplier à l’excès, la chose est devenue bien difficile.
- Que sont exactement, au point de vue zoologique, les rats qui fréquentent les tranchées? On manque de données précisés à cet égard, mais il est bien sûr qu’ils rentrent dans la catégorie des deux espèces que nous avons en France, le Rat noir et le Surmulot.
- Le Rat noir semble originaire de Perse et paraît s’être introduit en Europe au retour des armées qui avaient pris part aux Croisades. Cependant, depuis le xvuie siècle, le Surmulot est venu le supplanter à peu près partout, ou, du moins dans certaines localités ; il y a incompatibilité d’humeur entre les deux espèces et on les trouve rarement ensemble. La couleur du Rat noir est assez uniforme : dos et queue d’un brun noir foncé, passant progressivement à la teinte cendré foncé du ventre; pieds gris brun.
- La queue est plus longue que le corps et porte 250 à 260 écailles. La femelle a douze mamelles.
- Le Surmulot est arrivé chez nous, au commencement du xvme siècle, venant, croit-on, de la Chine ou de l’Inde. En 1750, on le signale en
- 1. Ce sont les rats qui font que vous ne dormez guère !
- Ce sont les rats qui font que vous ne dormez pas !
- C’est les rats! [bis)
- Angleterre; en 1750, dans la Prusse orientale (que n’y est-il resté!); en 1755, à Paris. Cette invasion des barbares s’étendait même dans d’autres directions et on la signalait en 1775 aux États-Unis et, en 1825, au Canada. C’est lui, qui, aujourd’hui, est installé partout et c’est probablement à ses descendants que nos défenseurs ont affaire.
- Le Surmulot a deux teintes : le dos est gris brun (avec le milieu plus foncé) et le dessous est gris pâle, les deux couleurs étant nettement tranchées sur les flancs. La queue (0 m. 19) est plus courte que le corps (0 m. 24) et ne porte que 210 écailles, ce qui permet de différencier nettement les deux espèces qui se partagent nos provisions; si le doute subsiste dans cette diagnose, il suffit d’examiner le palais de l’animal, dont les plis sont verruqueux chez le Surmulot et lisses chez le Rat noir.
- Rat noir et Surmulot ont les mêmes mœurs ; ceux qui vivent dans les champs se creusent des galeries souterraines, où ils se réfugient pendant le jour.
- Leur fécondité est extrême, surtout celle du Surmulot, dont la femelle met, parfois, au monde, jusqu’à douze et même quatorze petits. Ces jeunes croissent rapidement et, à peine arrivés à la moitié de leur taille, sont déjà capables de se reproduire, ce qui explique la pullulation que l’on constate dans la zone des armées, où les victuailles abondent. Les moyens de destruction des rats sont nombreux, mais leur multiplicité même montre qu’aucun d’eux n’a une valeur absolue. 11 serait difficile d’en recommander un plutôt qu’un autre pour les tranchées et cela d’autant plus que les ressources varient avec les localités , et que le « champ de bataille » dif-f è r e d’un point à un autre.
- Je me con-tenterai de les énumérer , laissant à chacun le loisir de prendre celui qui
- lui convien- Fig. a. — Le tableau de la chasse dra le mieux : nocturne.
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- LES RATS DANS LES TRANCHEES
- 1° Microbes. — L’emploi de bactéries communiquant aux rats une maladie mortelle et épidémique, est, évidemment, l’idéal pour détruire la gent ratière (*).
- M. Danysz, de l’Institut Pasteur, a découvert un virus de ce genre qui est déjà employé depuis plusieurs années.
- 2° Nasses. — La méthode des nasses en fils de fer est, en somme, excellente et les modèles que l’on emploie dans les habitations pourraient, semble-t-il, être employés dans les environs des lieux de repos de nos soldats, mais non des terriers, car cela met les rats rapidement en défiance. Ces « pièges perpétuels » peuvent prendre, chacun, dans une même nuit, jusqu’à dix rats “adultes et jusqu’à vingt-quatre rats encore inexpérimentés à la condition d’être bouillis après chaque usage, la] moindre * odeur d’homme éventant le piège.
- 3° Pièges. — Les pièges à rats sont nombreux et variés et chacun les connaît pour les avoir vus dans le commèrce, où l’on peut se les procurer. Il en est un bon nombre aussi que l’on 'peut confectionner soi-même. J’en citerai -un en particulier, qui, d’ailleurs, est classique et amusera, peut-être, nos poilus pendant les longues heures de repos. C’est l’assommoir.
- Sur la planche inclinée on place un appât tentateur. Lorsque le rat veut manger celui-ci, tout dégri ngole et l’écrase. Un autre modèle a été décrit, dernièrement, par le journal Le Matin : « On prend un baquet ou une cuvette qu’on remplit d’eau aux deux tiers. On place sur le bord une planchette allant sur le sol en plan incliné, on lui ajoute en haut une autre planchette formant bascule.
- A Uextrémité de celle-ci on fixe un morceau de lard. Attiré par l’odeur de ce régal, le rat suit la route du plan incliné, puis arrive ,sur la planche à bascule, qui l’envoie dans l’eau où il se noie ».
- 4° Poisons. — Les « tord-boyaux » que l’on peut acheter partout sont très efficaces contre les rats. On peut en fabriquer soi-même, à meilleur compte,
- à base de phosphore, de strychnine ou d’arsenic ; on en trouvera quelques formules sur la couverture de La Nature.
- Ces substances étant très toxiques pour l’homme, on pourra les remplacer par une pâte composée de viande, de fromage et de poudre de scille; cette dernière, qu’on trouve facilement chez les grainetiers, tue les rats sûrement : le Comité d’hygiène publique de France recommande de faire des boulettes avec un mélange de poudre de scille (15 gr.), d’axonge (60 gr.) et de farine (25 gr.).
- 5° Asphyxie. — Elle consiste à tuer les rats dans leur terrier en y injectant des liquides volatiles nuisibles (sulfure de carbone), ou des gaz asphyxiants.
- A ce dernier point de vue, l’acide sulfureux iMfefes est particulièrement recommandable.
- Si le gaz est produit par la combustion du soufre, il faut calculer avec 68 gr. 5. d’anhydride sulfureux par mètre cube, soit 34 gr. 26 de soufre; le gaz doit agir pendant environ 2 heures.
- 6° Chasse. — On peut enfin chasser les rats en les assommant à coups de bâton — ce dont, paraît-il, les poilus ne se privent pas — ou en les livrant aux crocs de « chiens ra-tiers » qui sont passés maîtres dans l’art de les a estour-bir » en un clin d’reil.
- En ce moment, l’autorité militaire se préoccupe de cette question des rats.
- Un certain nombre de majors de chaque armée viennent d’être réunis pour quelques jours dans le labora-Fig. 3. — La chasse toire de M. Danysz, à l’Institut Pas-au rat dans les boyaux teur.
- de communication. j|g sont retournés au front,
- emportant du précieux virus qui va être partout multiplié et répandu dans les tranchées.
- De plus, de nombreux chiens ratiers rejoignent en ce moment le front pour y tenir compagnie à nos poilus et défendre leurs biens.
- Espérons que chiens et microbes suffiront a nous débarrasser de cette nouvelle engeance.
- Hexri Coupin.
- 1. D’après le dernier « communiqué «relatif aux rats, la campagne en question va être ouverte à l’aide d'un virus communiquant aux rongeurs une entérite mortelle et très contagieuse.
- On estime qu’en vingt jours une équipe de quatre hommes, spécialement instruits dans ce hut, pourra traiter cinquante kilomètres de tranchées et cinquante formations (dépôts, campements, batteries, magasins, ambulances). Au virus, d’ailleurs, on adjoindra de l’extrait toxique de scille, qui tue un rat à la dose d’un dixième de milligramme. Le
- scille officinal est une plante de la famille des I.iliacées qui croît surtout dans les parages de la Méditerranée, surtout du côté du Maroc, mais s’étend aussi très loin en Afrique, allant même jusqu’au Cap. C’est une jolie plante vivace dont la hampe florale est garnie de ileurs blanches ou verdâtres analogues à celles des Ails ornementaux et qui possède un bulbe constitué par des écailles imbriquées. C’est de cé dernier — autrefois utilisé en médecine —que l'on extrait le produit vénéneux susceptible de faire mourir les rats en un rien de temps lorsqu’ils viennent à y goûter.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Laiiube, rue de Fleuras, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 2209.
- = 29 JANVIER 1916.
- L’ALBANIE
- Pour les géographes comme pour les politiciens, l’Albanie est un vrai nid de guêpes! Pas précisément aussi inconnu que le prétendent certaines relations de voyage, ce fâcheux pays aux mœurs âprement farouches demeure un des plus inextricables, perturbateurs et inhospitaliers du monde.
- Faute de place, je nommerai seulement les deux livres suivants : G.-L. Jaray (l'Albanie inconnue, 1915), tout en se bornant à traverser en 1909 d’Uskub à Scutari le villayet, alors turc, de Kossovo et la Mirditie (par Orosch), a fourni de fort bonnes données d’ensemble.
- Hugo Grothe (Dnrch Albanien und Monténégro, Munich, 1913 ) a visité le pays à la fin de 191 2, en pleine guerre, par Elbassan, au cœur même de l’Albanie.
- cessa de lutter contre toutes les attaques (barbares, byzantines, bulgares) jusqu’à l’épopée du héros national Georges Castriota de Scandérbeg (prince Alexan-,dre), 1414 à 1467. Mais, après la mort du héros, l’anarchie Albanaise livra le pays au joug ottoman ; joug généralement bien nominal,, et dont les agents turcs étaient souvent accueillis à coups de fusil.
- Venise réussit à occuper les ports jusqu’à 1478.
- La Turquie n’a jamais voulu admettre l’existence d’une nationalité albanaise.
- Depuis 1878, l’Autriche et l’Italie ont rivalisé pour implanter leur influence en Albanie. L’Autriche, devenue protectrice attitrée desMirdites catholiques, avait gagné une manche en 1913 en imposant le prince de Wied comme souverain (M’bret) au
- big. i. — Durazzo et la côte albanaise.
- Au début de 1914, il s’était fondé à Vienne une société pour l’exploration de l’Albanie. Cette entreprise, éloquent témoignage de l’action que l’Autriche prétend exercer sur le pays, avait été confiée à un explorateur de l’Afrique allemande du S.-O., Sand de Gratz ; il devait commencer une triangulation régulière de Durazzo à Ochrida.
- La topographie de l’Albanie se réduit en effet aux bonnes cartes côtières des marines anglaises et autrichiennes, et pour l’intérieur du pays à la sommaire carte autrichienne au 200000e de Turquie d’Europe t1).
- On fait remonter Torigine des Albanais où Ski-pétars (hommes des rochers) aüx Pélasges et à Pyrrhus, roi d’Epire, et l’on estime que leur pays correspond à l’ancienne Illyrie. Rome ne les soumit qu’incomplètement. Puis, Ta sauvagerie locale ne
- 1. Voy. aussi la carte au 1 000 000e des Balkans, du Service géographique de l’armée, feuilles de Belgrade et Salo-nique.
- 44° Année. — 1°' Semestre.
- moins nominal. Mais l’Italie avait, dans la moitié sud du littoral, créé des écoles italiennes et pris ses mesures pour s’adjuger Vallona et Santi-Quaranta.
- La complication perpétuellement renaissante du problème albanais provient dé ce que les Albanais proprement dits n’ont cessé de déborder au delà de leur territoire, en exerçant une poussée toute particulière du côté serbe. Ils ont grandement aidé (par leur proclamation du 15 juillet 1908 à Ferizovitch) aux Jeunes-Turcs à organiser la révolution de 1908. Ils comptaient, en échange, réaliser leur indépendance intégrale : leur espoir a été déçu parce qu’en 1913, à la conférence de Londres, l’Autriche imposait à l’Albanie un souverain allemand fort peu national. Elle empêchait ainsi, il est vrai, que la Serbie s’annexât l’Albanie ou du moins s’y créât un débouché sur l’Adriatique, mais elle perpétuait l’effervescence chez les Skipetars. Une autre conséquence de cet empiétement austro-allemand fut que le gouvernement de Belgrade, revendiqua tout au
- 5 — G5.
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- L’ALBANIE
- moins la vieille Serbie et cette vallée du Yardar que convoitait aussi la Bulgarie ; de là naquit, provoquée par cette dernière, la seconde guerre balkanique en juillet 1913. Et l’automne de 1915 a vu le navrant épilogue, provisoire du moins, des appétits si habilement surexcités; par l’écrasement momentané de la Serbie et du Monténégro l’intrigue autrichienne semble triomphante. Mais le M’bret de Wied n’est pas réintégré encore (*).
- Par une cruelle ironie du sort c’est un professeur de l’Université de Belgrade, le Dr Jean Cvijio qui, dans des études toutes récentes et fort instructives, a mis au point l’ethnographie des Balkans ; aux Petermanris Mitteilungen, il a publié en mars 1913 une carte des plus suggestives. On y constate que, dans l’Àlbanie centrale seulement, les Skipétars proprement dits forment un noyau compact ; dans l’Albanie du Sud ou Epire, la partie majeure de la population est grecque, mélangée d’Al-banais sur la côte et aux abords d’Argyrocastron et de Janina ; au Nord, la Mirditie et le pays de Scutari sont peuplés, par parties à peu près égales, d’Albanais et de Serbo-Croates ; à l’est, il y a beaucoup de flaques albanaises dans la vieille Serbie.
- C’est ainsi que le gouvernement provisoire antérieur à 1913 et surtout la fameuse ligue albanaise (grand Comité de l’indépendance) rêvaient d’une plus grande Albanie, atteignant jusqu’aux extrêmes tentacules ethnographiques et linguistiques projetés au loin par les Skipétars ; ils prétendaient absorber la haute plaine de Kossovo, la vieille Serbie et l’Epire (celle-ci ayant été dévolue à la Grèce),
- Fig. 2. — Paysanne albanaise.
- ce qui eût triplé lWlbanie du traité de Bucarest.
- Plus modestes le prince de Wied et l’Autriche-Hongrie ne revendiquaient que la moitié septentrionale de l’Epire, Koritza, le lac d’Ochrida et Dibra(2).
- Les puissances européennes ont réduit l’Albanie à la partie homogène de sa population, entre le lac de Scutari au nord et l’Epire au sud.
- Voilà comment l’indécision des frontières ethniques entre l’Albanie, les Serbes et les Grecs, est l’une des principales causes qui, depuis tant de siècles, bouleversent sans répit la péninsule balkanique. Entre eux-mêmes d’ailleurs les Albanais sont effroyablement subdivisés, ce qui donne beau jeu aux intrigues et luttes d’influences !
- On a pris l’habitude de les partager en deux grands groupes séparés par le petit fleuve Skumbi ; au nord les Ghègues, au sud les Tosques: Les Ghègues à leur tour comprennent les Ljoumites, Mirdites, Klementi, Hasi, Arnau-tes, Malissores, etc. Ces derniers sont les ennemis particuliers des Monténégrins. La Mirditie est la moins mal organisée de toutes les oligarchies albanaises. Elle reconnaît pour chef et prince le fameux Prenk-Pacha, dit Bibdoda. Elle est entièrement catholique, et son abbé-archevêque d’Orosch relève directement du Vatican.
- Les Tosques comprennent les Malakastres, Dangli, Souliotes, Acro-cérauniens et d’innom-, brables tribus, souvent' ennemies entre elles et parlant des dialectes assez différents. Les deux religions chrétienne et musulmane s’entremêlent partout avec leur désaccord habituel.
- L’organisation des Albanais demeure tout à fait féodale : des Begs ou seigneurs possèdent les terres
- 1. Au printemps de 1915 il servait dans les Carpathes et faisait savoir au Comité albanais de Bucarest qu’il comptait rentrer àDurazzo à bref délai! Dernièrement on le disait à Prizrend!
- 2. L’hellénisàtion de Koritza (Gortclia) au sud du lac Presba donna lieu à de spéciales difficultés. C’est une ville presque exclusivement albanaise, stratégiquement importante comme passage du versant Adriatique à celui de la mer Égée. C’est pourquoi elle a provoqué un incident bulgaro-grec. Le 19 janvier 1914 une Commission internationale s’y était réunie pour régler son sort.
- L’Épire également réclama son autonomie dès la fin de 1915.
- Chose curieuse, les émissions de timbres-poste de 1914-15 fournissent la preuve de toutes ces contestations; diverses
- séries ont vu le jour pour l’Épire, l’Epire autonome, du Nord, l’Épire hellénique, et les localités distinctes de Koritza, Moscopolis(?) Chimarra, etc.
- Les 4 timbres de Chimarra (Acrocéraunie) sont spécialement bizarres; ils ont été émis par des insurgés avec la légende : Autonomie grecque de l’Epire, liberté ou mort, défense de la Patrie. Grossiers et macabres ils figurent une tète de mort sur deux os croisés ! Parlant emblème de la mentalité albanaise. Toutes ces vignettes, dont plusieurs ont déjà atteint de hauts prix près des collectionneurs, montrent tout au moins qu’il n’y avait encore rien de définitif pour l’Épire, qui continuait à osciller entre les aspirations locales et l’occupation par l’armée grecque!
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- qu’ils font sommairement cultiver par les colons.
- L’Albanais est presque toujours armé.
- C’est par excellence le pays où les fusils partent tout seuls : la plupart des maisons sont des forteresses avec tours de guet (koulé) et murs percés de meurtrières. Et la vendetta est si développée que 70 pour 100 des Albanais, dit-on, meurent assassinés! Cet esprit batailleur, les rivalités de classes, les dissentiments religieux et les dispositions physiques du sol ont empêché la cohésion politique de s’établir, malgré le développement extrême des lois du patriarcat, de l’esprit familial et du fanatisme de la liberté ; car nulle population au monde ne s’est jamais montrée plus jalouse de son indépendance, de ses coutumes et de ses immunités (particulièrement le port des armes, l’usage de l’idiome, la contrebande et le service militaire selon les convenances individuelles).
- La race est grande, vigoureuse et belle ; mais pas travailleuse, ni instruite; c’est pourquoi, contraint par l’ignorance et la pauvreté, l’Albanais se rencontre si souvent, en tous les métiers mercenaires, depuis la garde du sultan, jusqu’au plus humble commissionnaire, en de fort lointains pays.
- Tous les ouvrages illustrés représentent les Albanais, vêtus de somptueux vêtements brodés d’or et de soie et chargés d’armes luxueuses.
- La masse des humbles ruraux dans les restreintes campagnes suburbaines est plus simplement habillée (v. fig. 2 et o) : la fustanelle ou jupe plissée, aux 122 morceaux de toile, reste la caractéristique nationale des costumes.
- Les plus durs travaux manuels et champêtres sont dévolus aux femmes, et l’Albanais a formulé et mis en pratique ce proverbe : « Qu’est-ce que la femme 7 Turque, une captive ; — Albanaise, esclave ; — Serbe, servante; — Bulgare, compagne; — Juive, associée; — Grecque, souveraine. »
- L’Albanais pratique la sobriété et la vie dure : il dort dans ses habits sur un tapis, une jonchée de feuilles ou la terre nue. On a dit de lui, « qu’il hait comme il aime, sans limites » ; enthousiaste, stoïque, déliant, dur de cœur, il apparaît en somme comme peu sympathique, malgré sa bravoure, et bien
- que les grands héros de l’indépendance grecque Miaoulis, Canaris, Botzaris aient été des Epirotes.
- La population de l’Albanie proprement dite, est évaluée de 1 200 000 à 2 000 000 d’habitants ; il faut y ajouter 1 600 000 habitants pour la vieille Serbie et la région monténégrine d’Ipek ef de Diakova.
- L’aspect général du pays peut se résumer ainsi : dans la région au nord du bas Drin et à l’est du lac de Scutari, les Alpes albanaises, 2000 à 2700 mètres (au Ljubotrin) s’enchevêtrent en puissantes murailles abruptes aux sommets déchiquetés. L’Albanie centrale est un chaotique labyrinthe de monts chauves et pelés, sans vie ni culture, encore plus accidentés et guère moins élevés (2500 m. et 2400 m. à l’est d’Elbas-san et de Berat). Les fleuves du Drin (né du lac d’Ochrida, profond de 285 m., d’après Cvi-jiè), du Skumbi, du Se-meni, de la Woyuza, du Kalamas, etc., et leurs affluents y mugissent au fond d’étroites gorges; d’exécrables sentiers y sont parfois mis hors de service pendant plusieurs semaines par les pluies qui interrompent tous transports.
- De l’Albanie du Nord et du Centre, les pistes venues de Scutari et de Mirditie convergent toutes au vieux et célèbre « Pont des Vizirs », sur la moyenne vallée du Drin, d’où le cours du Drin blanc conduit à Prizrend.
- L’Èpire ou Albanie du Sud n’est guère plus accueillante : elle s’adosse à l’Est à la chaîne duPinde (2574m.au Smolika), qui la sépare de laThessalie : c’est le pays mythologique de l’Achéron, du Cocyte, de l’oracle antique de Dodone et le berceau des Pélasges et Hellènes.
- La côte, de l’embouchure de la Boïana (frontière du Monténégro) au golfe de Yallona, est partout malsainement marécageuse ; mais, à partir du cap Glossa (Linguetta), où le canal d’Otrante ne mesure que 72 km de largeur, les superbes remparts de la Chimarra-Mala tombent à pic dans la mer, de 1200 à 2000 m. de hauteur et sur 70 km de longueur. Quand on navigue deBrindisi à Patras, avant d’arriver à Corfou, on longe ici, pendant trois heures, l’un des plus grandioses tableaux maritimes qui se puissent voir. La sauvage montagne est dénudée, presque inha-
- Fig. 3. — Paysans albanais.
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- bitée et son rivage déchiqueté fort dangereux ; les anciens en avaient fait les monts Acrocérauniens, d’où Jupiter lançait la foudre : leur imposante silhouette justifiait la superstition.
- La côte d’Epire n’est pas moins rébarbative ; derrière sa muraille se cache encore la rudesse sauvage du district des Souliotes, un des plus célèbres, parmi ces centaines de petits clans albanais, qui, séparés du monde par l’horizon horné de leurs montagnes, persistent dans le cours des siècles à repousser obstinément toute emprise de la civilisation européenne.
- Depuis qu’Àntivari et Dulcigno ont été attribués au Monténégro en 1878, le faible commerce maritime de l’Albanie s’effectue par les localités suivantes : Scutari (v. ci-après) à 1 km de son lac, communique plutôt mal que bien avec l’Adriatique par l’émissaire tortueux du lac, la Boïana, longue de 45 kilomètres, qui admet les petits navires; mais les eaux y sont souvent trop basses, et la barre de son |
- vents d’Ouest et du Sud-Ouest; en outre, ils ne sont pourvus d’aucune installation propre au trafic. On n’a encore réalisé aucun des nombreux projets envisagés pour leur mise eu œuvre, tels que la régularisation de la Boïana, le chemin de fer de Durazzo au Vardar, celui de Yallona à Salonique, etc.
- En Epire, les havres suivants sont meilleurs, et adjugés à la Grèce depuis 1915 :
- Santi-Quaranta, convoité par l’Italie, est relativement bien abrité et assez profond pour l’escale des vapeurs ; une enceinte du moyen âge y subsiste, et il en part une route pour Janina.
- Butrinto, petit port de pèche, fait face à Corfou et confine à une lagune (lac Yivari).
- Parga, dans une des plus pittoresques situations d’Albanie, dresse sa citadelle rocheuse sur la mer et sur d’immenses vergers de citronniers, en face de l’île de Paxos ; c’est, de là qu’on monte à Souli, aux ruines toutes rasées de Dodone et à Janina.
- Fig. 4. — Un orage sur la côte d’Èpire.
- embouchure en interdit l’accès aux grands vapeurs.
- A San-Giovanni-di-Medua, au nord de l’embouchure du Drin, le port, de 6 à 7 m. de profondeur, ne peut recevoir que quelques bâtiments légers; mais la rade a des fonds de 20 à 22 m. pour les grands navires, qui n'y trouvent encore que de sommaires ressources de débarquement.
- Alessio est à 12 kil. en amont de l’embouchure du Drin, dans des marais : les sables et envasements lui ont enlevé son importance maritime antique, comme à Ravenne et à Fréjus.
- Durazzo, la capitale du prince de Wied, commen-ç.ait à posséder quelque outillage.
- L’embouchure du Semeni pourrait se prêter au développement d’un commerce qui n’existe pas encore.
- Yallona (Avlona) a été occupée par les Italiens depuis le commencement de la guerre actuelle. Elle fait commerce de sel, et surtout de vallonnée (d’où vient son nom), produit du chêne Yelani (Qüercus œgÿlops), employé en teinture et tannerie.
- Le défaut général des ports albanais, Yallona excepté, est, d’une part, l’ensablement qui écarte les vapeurs de la côte, d’autre part, leur exposition aux
- Prevesa, l’ancienne Actium, dans une forêt de 100000 oliviers, avoisine les ruines importantes de Nicopolis, bâtie par Auguste, en mémoire de sa victoire du 2 septembre, 31 av. J.-C. Elle garde l’entrée du vaste golfe d’Arta ou d’Ambracie, qui serait un beau bassin maritime (fonds de 50 m.) si sa passe avait plus que ses 4 mètres de profondeur. Ambracie fut la capitale de Pyrrhus (507-272 av. J.-C.); ses pièces de monnaies antiques sont célèbres en numismatique.
- Quant aux villes de l’intérieur, Scutari, la plus fréquentée, est en même temps la plus importante ; ses fabriques d’armes sont réputées. La pittoresque citadelle de Rosapha la domine.
- On croyait que son lac marécageux (à l’altitude de 6 mètres) n’avait nulle part plus de 7 mètres de creux. Mais les sondages de Cvijic, en 1901, y ont révélé plusieurs fosses de 8 à 44 mètres de creux nommés Oka (yeux)(‘) ; au fond de ces fosses jaillissent des sources sous-lacustres, comme le Boubioz du lac d’Annecy et celles du lac d’Oclirida ; cès afflux d’eau, grossis après les pluies, contri-1. Atlas des lacs de Macédoine, Albanie et Épire.
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- L’ALBANIE
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- buent aux inondations souvent désastreuses du lac.
- Tirana, Elbassan (l’antique Àlbanon, d’où le nom du pays), Bérat, au cœur de l’Épire, vivent de la culture de leurs champs. Peu de voyageurs les ont visitées ; l’Autriche cherche à soulever la région contre l’Italie.
- Tépeleni fut la patrie d’Àli-Pacha, et Klisura une redoutable forteresse.:
- __En^Epire, les escarpements hardis
- d’Argyrokastron et de Delvinon dominent de belles vallées, chose rare en la région.
- Janina, capitale de l’Epire, est admirablement et haut située (500 m.) sur un beau lac encadré de montagnes ; au début du xixe siècle elle fut illustrée et rendue prospère (jusqu a 40 000 h.),
- par le sanguinaire Ali-Pacha -(1741-1822) ; ce tyran de génie réussit presque à réaliser une grande Albanie, nivela l’aristocratie des Skipétars, réduisit les femmes souliotes au suicide (avec leurs enfants) dans un torrent, se fit livrer l’infortunée Parga en 1819 par les Anglais, s’intitula lui-même « la torche ardente qui consume les hommes ) et ne finit, décapité par les Turcs, que grâce à une trahison.
- Le lac de Janina n’a point d’émissaire visible, toutes ses eaux se perdent dans plusieurs gouffres (katavothres ou ehoneutras) pour rejaillir par des sources, tributaires des petits fleuves coulant au S.-O. A 18 km au sud subsistent, dans la vallée de Tcharako-vista, quelques restes informes de
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- 70 - LES ANCÊTRES DE NOS
- Dodone (J) dont l’antique forêt sacrée a disparu.
- Arta (grecque)., assez distante du fond du golfe du même nom, conserve plusieurs belles églises byzantines du xme siècle, à mosaïques. Dans ses marécages et ceux de Scutari fourmillent les tortues et les sangsues.
- L’Epire possède par centaines les murs et enceintes mégalithiques, dits pélasgiques ou cyclo-péens. Elle comprenait le pays des Molosses antiques, avec Passaron pour capitale.
- L’industrie albanaise est rudimentaire : cuirs et dentelles de Janina, soieries de Elbassan et de Scutari, poteries, tapis et armes dans tout le pays.
- L’agriculture en est restée aux procédés les plus sommaires et ne se pratique guère qu’en Mirditie et autour des villes. Le tabac alimente la contrebande. Les forêts de chênes et hêtres sont étendues, et les platanes puissamment beaux (fig, 5.)
- Jusqu’en 1794 un agent spécial de la France résidait en Albanie, avec la charge d’acheter les chênes destinés à notre marine nationale.
- L’Epire possède des vignes; ses vergers (mûriers,
- LES ANCÊTRES DE NOS
- Tous les efforts des techniciens à l’heure présente tendent à perfectionner les moyens de. défense à couvert et les moyens d’attaque contre ce genre de résistance. L’art de la guerre progresse rapidement et presque exclusivement de ce côté, puisque tous les jours il est question de nouveaux produits, de nouveaux instruments, de nouvelles tactiques s’appliquant à cette guerre de siège. Or, — il est curieux de le constater — le progrès ne fait ainsique retourner à son point de départ : je veux dire et j’entends montrer que c’est de la guerre de siège elle-même, la guerre1 actuellement à la mode, que sont sortis anciennement les plus importants progrès de l’art militaire en général.
- Les matières incendiaires, le feu grégeois, la poudre. — Dans les bas-reliefs découverts à Ninive, on voit les guerriers Assyriens repousser un assaut avec des projectiles enflammés, torches résineuses,* éponges imbibées d’un liquide combuslible. Les sources de naphte ayant été exploitées depuis un temps immémorial sur les bords de la Caspienne et dans le centre de l’Asie, il ne faut pas s’étonner de voir les anciens peuples de l’Orient utiliser le pétrole dans des circonstances semblables. Pline nous dit expressément que les gens de Cyzique en projetaient du haut de leurs remparts sur les Romains de Lueullus. En 1871 on proposa d’arroser de pétrole enflammé les Prussiens qui tenteraient d’assaillir Paris; mais, assure Berthelot, qui fut chargé d’examiner cette proposition comme président du Comité scientifique de la défense, « cet agent, d’une utilité douteuse vis-à-vis des armes à longue portée, n’a été mis réellement à l’épreuve que par la Commune,
- 1. Yoy. C. Carapanos. Dodone et ses ruines. Paris, Hachette, 1878.
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- oliviers, orangers, citronniers, figuiers, etc.) rivalisent, par places, avec les plus riches de l’Orient.
- Le bétail ne se compose guère que de moutons et chèvres. Il y a de solides mulets et de bons petits chevaux; les abeilles donnent d’excellent miel et les vers à soie leurs fils. Les chiens molosses sont originaires de l’Epire.
- Le restreint commerce d’exportation se réduit à la vente des peaux, des cocons bruts et de la vallonnée. L’Autriche y importe, aux plus hauts prix, ses articles façonnés à Vienne.
- Concluons que l’Albanie ne vaut pas tout le sang qui y a déjà coulé et qui la rougira encore! Personne ne viendra à bout des Skipétars autrement que par la force : parmi les embuscades de leurs montagnes le coût des luttes restera toujours terriblement élevé ! Et on les trouvera toujours disposés à brouiller les cartes! Tel est, à mots hâtifs, ce détestable appendice des Balkans, où se déroule un nouvel acte atroce delà guerre des Nations!
- E.-A. Martel.
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- pour brûler nos palais ». Nos ennemis d’aujourd’hui semblent bien cependant l’avoir adopté pour la vraie guerre, profitant du peu de distance qui sépare parfois leurs tranchées des nôtres ; mais cette fois leur absence de scrupules les a mal servis,.
- Un manuscrit latin de la Bibliothèque de Munich donne une liste édifiante des matières incendiaires dont les Bavarois du xve siècle gratifiaient déjà leurs ennemis : « baume, ^camphre, soufre, soufre vif, huile d’olive filtrée, poix navale, térébenthine, poix grecque, peghola (autre variété de poix), vernis sec, huile de soufre, miel filtré, vin cuit, eau-de-vie, graisse de porc, huile de baleine, graisse de toutes sortes d’animaux terrestres et surtout de serpents, poudre à canon ».
- Le dernier produit énuméré, la poudre, était on le sait, connu des Chinois et des Hindous plus de mille ans avant l’ère chrétienne. Le salpêtre abonde en Orient, où de bonne heure on avait dû remarquer la propriété qu’il a d’activer le feu, en cédant son oxygène aux corps oxydables qui l’entourent.
- Il faut donc faire justice de la légende suivant laquelle Bertjiold Schwartz, au xive siècle, s aurait découvert la poudre à canon, dont il aurait été la première victimes Inutile de le dire, le panégyrique mensonger de ce moine allemand est parti d’Allemagne, d’où nous avons reçu ce saint tout... canonisé, $
- En réalité le secret des mélanges salpêtrés employés par les Orientaux nous a été transmis par les Grecs de Byzance, d’où le nom de feu grégeois, qui; les désignait au Moyen Age, puis par les Sarrasins, qui les utilisaient contre les Croisés au grand effroi du bon Joinville : ce moyen de lutte paraissait à nos ancêtres diabolique et contraire à la
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- chevalerie, c’est-à-dire à ce que nous appellerions aujourd’hui les lois de la guerre.
- Le matériel antique et moyenâgeux : type fala-rique et type fusée. — Comment utilisait-on le leu grégeois et autres compositions incendiaires? — La façon la plus simple était de les jeter au milieu des ennemis soit à la main, soit avec le secours de l’arc ou des grandes machines de siège.
- En 431 avant Jésus-Christ, les Spartiates assiégeant Platée envoient dans la ville des traits enflammés et cent ans plus tard, au siège de Tyr par Alexandre, les adversaires échangent toutes sortes de projectiles ignés. Le but des uns et des autres était non pas précisément de tuer beaucoup de soldats dans le camp opposé, mais plutôt d’y allumer des incendies : aussi le procédé était-il inapplicable dans les rencontres d’armées en rase campagne, où d’ailleurs les matières premières et le temps suffisant eussent manqué pour ces sortes de préparations.
- Tite-Live et Yégèce nous décrivent « les falariques « dont se servaient les Romains : c’étaient des flèches ou des javelots à la hampe desquels était fixé un treillis métallique en forme d’œuf rempli d’étoupe rendue très combustible. On les lançait avec un arc ou une baliste suivant les dimensions.
- Les « marmites » — le mot n’es t donc pas jeune dans ce sens extra-culinaire — étaient des vases ronds remplis de résine ou d’un mélange de poix, de bitume et de soufre d’où émergeait une mèche soufrée; on allumait celle-ci au moment de faire jouer la machine qui allait projeter le dangereux paquet dans les airs. Sur cette machine elle-même je ne donnerai ici aucun détail, car on ne lui trouve guère de descendants parmi les engins d’aujourd’hui, qui sont presque tous des engins à feu. Le fonctionnement de ces machines avait généralement pour principe l’élasticité des cordes de chanvre tressées avec effort et brusquement détendues, ou bien la pesanteur d’une masse quelconque hissée dans l’air et soudainement déclanchée.
- Les « flèches porte-feu » des anciens marquent un progrès réel sur leurs falariques. Ce sont des traits creux — roseaux ou tubes de cuivre — pleins d’une composition inflammable et qu’on allumait à leur extrémité postérieure au moment de les décocher. L’action propulsive du feu, sortant violemment
- et de façon continue par ce seul côté, s’ajoutait à la force de mouvement que lui avait imprimé l’arc, et voilà l’origine de la fusée qui part et progresse d'elle-même dès quelle brûle, sans qu’il soit nécessaire de la lancer.
- Un compilateur du haut Moyen Age, Marcus Græcus, ayant donné une recette du feu grégeois, ajoute : « Que cette composition soit placée dans un roseau ou dans un bâton creux, et qu’on y mette le feu : elle s’envolera aussitôt dans la direction qu’on voudra et réduira tout en cendres par l’incendie ». De même les Chinois, investis par les Mongols dans Caïfong-fou en 1232, avaient une espèce de javelot qu’ils appelaient feï-ho-lsiang, c’est-à-dire lance de feu qui vole. En 1428, à la défense d’Orléans par Jeanne d’Arc, les fusées réussirent à incendier les tours d’approche des Anglais. En 1465 au siège de Corbeil, on vit se distinguer un corps de « fuséens » ou « compagnie des Serpents » dont le capitaine, un certain Maître Jean, avait été pittoresquement surnommé Boutefeu. Mais au xvue siècle, la fusée incendiaire ou meurtrière n’est plus employée ; le mot de fusée a pris une signification dérivée et ne s’applique plus qu’aux amorces des bombes comme aujourd’hui à celle des obus. Il avait, il est vrai, conservé et conserve encore son sens primitif dans le sens de fusée éclairante ou de fusée de réjouissance.
- Les premières fusées durent être simplement tenues à la main au moment de leur allumage, mais ce procédé, outre qu’il offrait de réels dangers pour le tireur, ne permettait aucune précision dans le tir. On eut alors l’idée de les faire partir de l’extrémité d’une pique, puis de fabriquer pour ce lancement des tubes métalliques dont le diamètre était approprié à celui de la fusée. Les textes Byzantins et Arabes signalent à maintes reprises l’emploi efficace de ces engins dans la guerre obsidionale et dans la guerre maritime. Soit coquetterie, soit désir d’effrayer l’ennemi, on leur donnait souvent la forme d’animaux fantastiques, vomissant le feu par la gueule, d’où le nom très ancien de « bouches à feu » (fig. 1).
- Ces cylindres creux sont les ancêtres de nos tubes lance-torpilles et non pas, comme l’apparence l’a fait supposer, les premiers modèles de nos canons. En effet, ils sont ouverts aux deux bouts, les parois peuvent en être peu résistantes; le projectile, étant
- Fig. i. — Machine de siège arabe avec tubes à jeu grégeois. (D’après un dessin du xve siècle.)
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- auto-moteur, y est simplement soutenu avant son départ et guidé au début de sa course. Au contraire, les mortiers et bombardes qui apparaissent au début du xive siècle sont des tubes de métal très massifs et complètement aveugles à une de leurs extrémités. Le boulet de plomb, de marbre ou de pierre qu’on y introduit n’a par lui-même aucune vertu propulsive. C’est la charge de poudre qu’on emprisonne derrière lui, qui, allumée, augmente brusquement de volume, cherche à se frayer un chemin et s’échappe enfin du côté où la résistance est la moins forte en chassant violemment l’obstacle qui lui fermait l’unique issue. La découverte pourrait bien
- l’assaut du bourg de Saint-Julien, « espérant le gaigner, piller et bruller » : les assiégés, qui occupaient la citadelle à 22 km. de là, vinrent à la rescousse « avec serpantine et canon qu’il avoit... et liront plusieurs coptz d’artillerie, et en tuont beaucoup!,; de quoy le roy de Boheme, ' véant ainsy ses gens tuez et murdris, en fust si fort marris qu’il fist corner la retraicte. »
- Je ne puis esquisser ici, même rapidement, un historique du canon : un tel sujet manquerait d’originalité et m’entraînerait bien au delà des tranchées, puisque le canon proprement dit est un engin fort mobile et capable de suivre gaillardement nos fan-
- Fig. 2. — Mortiers en action dans la tranchée. (Gravure de l’époque Louis XIV.)
- provenir d’un accident de laboratoire dans lequel un chimiste quelconque, broyant quelques ingrédients dans son « mortier », les vit s’enflammer et lui arracher soudain le pilon qu’il maniait : du mortier de laboratoire au mortier de guerre, la distance fut vite franchie.
- Le matériel des temps modernes : type mortier. — La plupart des manuels d’histoire propagent l’idée erronée que l’on vit pour la première fois des canons à la bataille de Grécy en 1346 et que les Anglais durent leur victoire à la surprise causée par cette nouveauté dans les rangs des arbalétriers génois au service de la France. Or, seule l’application de ces engins à la guerre de plaine était nouvelle. Déjà en 1524, soit un demi-siècle plus tôt, l’archevêque de Trêves et le roi de Bohême, assiégeant Metz, avaient sans succès ordonné plusieurs fois
- tassins le jour où ils s’aviseront de reconduire l’ennemi au delà des frontières. Mais le mortier, gros et court, jette sous un angle élevé, à faible distance, des projectiles très lourds qui ont surtout un effet brisant et servent à pratiquer des brèches; il est donc l’ancêtre de l'obusier et du canon de tranchée ou Minnenwerfer.
- Les pièces de jadis se chargeaient par la gueule. Quand on eut l’idée de les utiliser pour envoyer sur l’adversaire des bombes qui devaient exploser en arrivant, le chargement et le tir devinrent des opérations assez compliquées. Regardez ces artilleurs manipulant un perdreau (c’est ainsi qu’ils ont baptisé leur mortier à bombes) (fîg. 2). Ils placent d’abord la mèche, puis ils entassent la charge de poudre au fond de l’âme; ils introduisent ensuite la bombe qu’ils calent soigneusement avec de la
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- terre pour remédier à l’imperfection du « calibrage ». Ce travail fini, il faut allumer la fusée de la grenade par la bouche de la pièce et, immédiatement après, mettre le feu à la poudre de la charge en enflammant la mèche de la culasse. C’était le tir à deux feux et l’on conçoit ses dangers, car si un ratage ou un retard survenait dans le'deuxième allumage, la grenade éclatait avant sa sortie de la pièce. Au milieu du xvme siècle, ce grave inconvénient fut supprimé par l’adoption du tir à un seul feu, les gaz de la charge embrasant automatiquement la fusée.
- Le calibre des mortiers a été parfois considérable : on se rappelle la légende qu’a présentée M. d’Esparbès dans sa Guerre en dentelles : un officier d’artillerie, ne pouvant supporter les reproches du maréchal Soubise sur la lenteur des opérations du siège d’Hom qu’il conduisait, jure qu’il entrera sur l’heure dans la place, se fait glisser dans la gueule d’un beau « mortier de parade » et « Boute feu, enfants ! », il accomplit sa promesse.
- Voici encore un engin pour les tranchées : ['orgue à serpentin ou orgue des morts, comme l’appellent les Impériaux de Charles-Quint et Maximilien, déjà amateurs des plaisanteries macabres. C’est, on le devine d’après le nom, un instrument à plusieurs tuyaux, je veux dire une pièce à plusieurs canons. On en fait de tous les calibres et de toutes les formes. Voici par exemple (fig. 3) un mortier de la fin du xvne siècle com-
- Fig. 4. — Artifices pour la lutte de tranchées. (Époque Louis XIV.)
- Fig. 3. — Mortier composite (xvne siècle).
- posé d’une bouche centrale de 8 pouces (environ 22 cm.) entourée de 13 bouches d’un diamètre bien inférieur. Voici, d’autre part (fig. 4), un type de mortier quadruple ou quintuple comportant quatre ou cinq bouches à feu accolées sur une même ligne : pour s’en servir « on dresse avec deux leviers la machine sur son afïust, on met dans chaque mortier la poudre, on y met après la‘ bombe, avec, une étou-pille autour de sa fusée, on donne à cette machine les degrez que l’on veut, on la pointe, amorce tout du long de l’auget, on met le feu au milieu, et tout part en mesme temps et du mesme feu; il ne faut que quatre hommes pour la servir ».
- D’autres orgues ont leurs canons de la dimension des canons de fusil ; on les juxtapose sur une table mobile qui est montée sur un trépied ; cela se démonte et se transporte à dos de mulet ou à dos d’homme comme nos modernes mitrailleuses.
- La guerre d’explosifs : sur terre, les grenades; sous terre, les mines. — Le langage militaire est fort imagé ; cela tient à ce que le soldat de jadis donnait tout naturellement aux nouveaux instruments de mort qu’on plaçait entre ses mains les noms des objets déjà existants auxquels ils ressemblaient le plus. Il ne créa pas de mot nouveau pour le mortier, il n’en créa pas pour l’orgue; en aurait-il eu besoin pour la grenade qu’il connut dès le début du xvie siècle? Non certes, puisque ce boulet creux rempli de poudre d’où émergeait un bout de mèche donnait absolument l’impression du fruit
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- bien connu. De même quand on réunissait autour d’une seule mèche un certain nombre de balles ainsi préparées, il baptisait grappe de raisin le nouveau .projectile. « C’est une mer d’inventions que les artifices », nous dit un auteur de l’époque Louis XIV, Surirey de Saint-Reu«v, et il nous décrit, à côté de la carcasse, qui est une grenade composite encerclée de fer, le he'risson foudroyant (À), le serpenteau (B), le baril flamboyant (C), le baril foudroyant (D), le baril de composition (E), enfin le classique pétard (F). On les garnit, dit-il, de « une li.yre de salpêtre, un quar-tron de fleur de soufre, deux onces de poussier broyé passé par le tamis de soie et humecté avec l’huile de pétrole ou huile de lin; il faut en faire de petites boules de la grosseur d’une balle, les percer quand elles seront humides et y mettre de la corde d’amorce au travers et les passer quatre à quatre ou deux à deux et les rouler dans le poussier vif ; après quoy cela prend feu ».
- Les grenades ont été jadis lancées sur l’ennemi au moyen de pelles. Plus tard on les mit dans les mortiers et les canons en guise de boulets ; mais on n’a jamais cessé de les jeter aussi de la main, puisqu’en 1667 fut créé un corps de grenadiers, qu’on choisissait de grande taille pour qu’ils pussent dominer les tranchées adverses.
- Quant à la guerre de mines, elle se pratiquait bien avant l’invention de la poudre. Tout au début de leur histoire, les Romains, assiégeant une ville Étrusque, y pénétrèrent par le moyen d’un souterrain. Quatre siècles avant Jésus-Christ, les Grecs
- utilisaient déjà un procédé beaucoup plus savant, qui devint classique. Il consistait à pousser une galerie jusque sous les remparts de la ville, à remplacer la maçonnerie des fondations par des étais de bois très combustibles; on se retirait en mettant le feu ; le mur tombait ; on se précipitait par la brèche. Naturellement les assiégés se défendaient par le percement de galeries en sens inverse ou contre-mines. Quand les adversaires se rencontraient guidés comme aujourd’hui par le bruit des pioches, ils refoulaient l’un vers l’autre des fumées asphyxiantes, des liquides ou du sable brûlant, et même des bêtes féroces ou des essaims d’abeilles....
- Vers 1500, la poudre a fait son apparition dans la guerre souterraine. Fourneau, bourrage, soufflet, camouflet, sont de vieux mots désignant de vieilles choses.
- Vieille elle-même la tactique de notre « guerre de taupes », puisque en 1749 un brigadier des armées du Roi, le chevalier de Clairac, publiait déjà un gros volume intitulé : /’Ingénieur de campagne ou la Fortification passagère, uniquement consacré à la guerre de tranchées, qu’il distingue de la guerre de siège. On peut y lire cette phrase, qui sans doute paraissait déjà banale : « Une armée retranchée avec intelligence produit à bien des égards les mêmes effets qu’une forteresse; elle couvre le pays et, suppléant au nombre, elle arrête un ennemi supérieur ou l’oblige à combattre avec désavantage. » Ah! si nous ouvrions un peu plus souvent les bons vieux livres! (*)
- E.-H. Guitabd.
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- Les besoins sans cesse croissants de nos armées, ont conduit à intensifier, dans des proportions incroyables, la fabrication du matériel de guerre. Il en est résulté un abaissement inévitable dans la qualité des produits fabriqués, tant par suite de la raréfaction des matières premières, ce qui a conduit à accepter des produits d’une qualité inférieure à celle exigée jusqu’à ce jour, que par suite de la désorganisation des usines et du recrutement plus incertain du personnel ouvrier.
- Mais si la tolérance est plus grande à l’heure actuelle, il est cependant des limites qu’elle ne doit pas dépasser sous peine de causer les plus graves accidents. C’est la tâche des services de contrôle, tâche fondamentale, et souvent très ingrate, de veiller à la bonne fabrication du matériel.
- Pour la métallurgie, les difficultés sont d’autant plus grandes que non seulement la production est énorme, mais encore que les méthodes ordinaires d’analyse sont inapplicables parce que trop délicates et trop longues. Aussi croyons-nous devoir signaler une méthode très rapide d’examen des métaux forgés préconisée il v a déjà longtemps par M. Frémont : c’est la corrosion superficielle.
- Lorsqu’on examine un peu attentivement les objets en fer forgé, manettes de leviers, poignées de voitures, mains courantes des rafnpes d’escaliers, on constate sur leur surface un grand nombre de lignes, analogues à des fibres, dont l’enlacement et la disposition, tout en suivant l’allure générale de la pièce, présentent souvent un véritable caractère arlistique.
- Ces dessins sont dus à l’attaque lente du fer par l’acide organique contenu dans la sueur des mains et ils montrent nettement les déformations subies par les fibres du fer lors du forgeage de la pièce. On a donc ainsi, tout à la fois, un moyen de décoration
- 1. Ouvrages utilisés : Ye'gèce, Frontin, Ælien, Modeste, édit, de Bude, 1532 ; R. Yaltukin, Discipline militaire, 1555; De Yille, Les fortifications, 1629; M. Dcegen, archi-tectura militaris moderna, 1647 ; Suribey de Saint-Re'my, Mémoires d’artillerie, 1697 ; Yacban, De l’attaque et de la défense des places, édit. 1737 ; Encyclopédie xvme s., planches, t. I ; Lacabane, Poudre à canon (Biblioth. de l’Éc. des Chartes, 1844) ; Reinaud et Favé, Du feu grégeois, 1845; Lalanne, idem, 1845 et Biblioth. de l’Éc. des Chartes, 1846; Sbsane, Hist. de l’artillerie, 1874; Ber-tiielot, Composit. incendiaires [Rev. des Deux Mondes, août 1891); Demmw, Guide des amateurs d’armes, s. d. ; Dictionn. militaire, 1898, 1910 ; de Varigny, Tranchées et mines (Rev. des Deux Mondes, juill. 1915).
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- et un procédé technique renseignant sur la fabrication même des objets. C’est la première application qui est la plus ancienne : les Orientaux l’ont employée pour décorer les armes blanches, profitant de la soudure du fer et de l’acier lors du for-geage des lames pour distribuer artistement les fibres du métal qu’une attaque ultérieure par un mordant approprié faisait ensuite apparaître. C’est principalement à Damas que cette industrie s’était développée, d’où le nom de ileurs de Damas donné aux dessins ainsi constitués.
- Il ne faut pas confondre le damassage de l’acier, dû, comme nous venons de le dire, à une attaque superficielle avec le damasquinage, décoration par
- Fig.
- celui
- de droite par compression à la machine
- dessins révélés par damassage sont liés à la structure interne de la pièce et lorsque celle-ci est forgée, on ne peut modifier la disposition ni les dimensions des fibres que l’attaque fait apparaître.
- Ce n’est guère que vers 1779 que le damassage fut préconisé par un coutelier deParis, J.-J. Perret, pour la décoration des aciers et du fer. De même Bergman signale que l’acier nitreux blanchit le fer tandis qu’il communique une teinte noire à l’acier. Mais ce n’est que beaucoup plus tard, vers 1847, que l’on pensa à utiliser les effets de la corrosion pour étudier les déformations produites dans le métal même par les diverses opérations du forgeage.
- C’est M. Frémont qui s’est fait en France l’apôtre
- i el 2. — Rivets de fer posés à chaud, de gauche par chocs au marteau; celui
- incrustation de métaux dans le métal et que Ben-venuto Cellini porta à son apogée, ni avec la nielle ou remplissage d’une gravure en creux par un alliage fusible, ni même avec la gravure à l’eau-forte obtenue par la morsure du métal en certains endroits non protégés par un vernis spécial. Les
- de ce moyen d’analyse « macroscopique », pourrait-on dire, et les résultats qu’il a obtenus méritent de retenir l’attention des ingénieurs
- Le procédé, en effet, est simple, ne nécessite ni manipulations préalables compliquées, ni emploi d’appareils coûteux et délicats, aussi présente-t-il un
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- intérêt particulier actuellement. Pour l’attaque, M. Frémont emploie l’acide chlorhydrique pur pour la corrosion rapide du fer et l’acide sulfurique dilué pour la corrosion lente. Enfin, pour les recherches de la « retassure » dans l’acier, le meilleur réactif est une solution de deux parties d’iodure de potassium pour une partie d’iode et dix d’eau.
- La pièce à étudier est placée sur un évier, la surface polie que l’on veut attaquer en dessus est bien horizontale. Un petit caoutchouc fixé au robinet d’eau permet de modérer ou de supprimer localement l’attaque si on le juge nécessaire. On commence par mouiller la surface à attaquer de façon qu’il reste une mince couche d’eau témoignant de l’absence de graisse et permettant d’étendre le réactif à l’aide d’un pinceau sur toute la surface en évitant les taches locales que donnerait une attaque inégale. On laisse alors l’action se produire tout en la surveillant, ajoutant du réactif là ou elle se ralentit, projetant de l’eau sur les parties qui se recouvrent de précipité. C’est un petit apprentissage à faire.
- Pour l’attaque lente, qui dure parfois plusieurs jours et qu’on emploie lorsqu’on a beaucoup d’échantillons à traiter ou qu’on désire une image à reliefs, la manœuvre est bien plus simple : il suffit de nettoyer deux ou trois fois par jour les surfaces attaquées en les brossant sous le robinet pour les débarrasser des dépôts qui pourraient y adhérer.
- Pour obtenir une bonne photographie d’une pièce attaquée rapidement, on opère avec l’appareil vertical, la pièce étant placée dans une cuvette à fond de verre à 10 ou 15 cm d’une feuille de papier blanc de façon à éviter les ombres portées et à saisir uniquement la silhouette. On remplit la cuvette d’eau de façon à recouvrir d’une mince couche d’eau la surface à photographier. On obtient ainsi des clichés vigoureux et très nets.
- Quelles sont les indications qu’on peut tirer de leur étude au point de vue de la constitution du métal et du travail préalable de la pièce? C’est ce que nous allons expliquer par quelques exemples empruntés à M. Frémont.
- Les figures 1 et 2 montrent les résultats de l’attaque de deux rivets de fer posés à chaud, l’un par chocs successifs à l’aide d’un marteau, l’autre par compression continue de la machine à river. On voit très nettement la différence d’arrangement des fibres que produisent les deux modes de tage.
- Les figures 3 et 4 sont relatives à des crochets de traction en fer forgé. On sait que dans un crochet de traction, la tête, c’est-à-dire la partie formant le crochet proprement dit, doit être étirée dans la barre de fer, puis cintrée et en-
- Fig. 5. — La retassure du lingot d’un rail mise en évidence par la corrosion.
- fin matricée. Ce n’est pas ce qui a eu lieu : dans le premier crochet (fig. 3) le petit talon situé à la partie extrême avant de la tête a été rapporté au lieu d’être venu de forge. Pour avoir la matière nécessaire pour produire ce talon, il faut réserver une bosse lors de l’étirage du bec, ce qui complique le travail d’étirage et exige plus de soin. L’analyse macroscopique montre nettement que l’ouvrier n’a pas procédé ainsi : après cintrage il a simplement introduit un coin de métal dans une entaille faite à chaud dans le plan médian du bec.
- Si ce procédé de fabrication ne porte pas préjudice à la résistance du crochet de traction puisque cette partie du bec travaille à la compression et se trouve en dehors de la région où s’exerce l’effort maximum, il n’en est pas de même dans le crochet représenté figure 4. Au lieu d’être étiré et cintré, il a été découpé. Ce procédé est très rapide, mais il donne des crochets dont la résistance vive est très faible, car lorsque sous l’effort de traction -le crochet tend à se redresser, les fibres parallèles du fer se disjoignent sous un effort moindre et avec un moindre allongement. Aussi ce mode de fabrication est-il absolument interdit.
- De même l’essai de corrosion permet de constater l’existence ou l’absence de la retassure dans un lingot d’acier. On sait, en effet, que le refroidissement de l’acier après fusion s’accompagne de phénomènes complexes. La solidification commençant à la périphérie et se propageant ensuite vers le centre, au fur et à mesure il se forme un vide dont le maximum est situé dans la partie centrale supérieure. Mais en même temps, il se forme une ségrégation, c’est-à-dire que les impuretés se concentrent dans la partie qui reste liquide, la dernière, qui par suite donne un métal de très mauvaise qualité. On donne parfois aussi le nom de relassure à cette partie.
- C’est à la retassure que l’on doit attribuer les ruptures brusques des rails, et presque tous les accidents arrivés aux arbres d’hélice des vaisseaux. La figure 5 montre la retassure dans un rail d’acier. Pour les forés dans des bancs pleins on a à faire très attention à la retassure qui donne des obus poreux éclatant au départ du coup dans le canon.
- On voit donc que l’essai de corrosion, bien que ne donnant que des résultats qualitatifs, fournit cependant des indications précises et utiles, aussi est-il à souhaiter, dans l’intérêt général et pour la sécurité de nos soldats, que celte méthode d’analyse se répande dans l’industrie.
- X...
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- LES PIEDS GELÉS
- Voici l’hiver revenu, et comme l’an dernier, il est jusqu’à présent doux, humide et pluvieux.
- Au point de vue de nos soldats, on ne sait ce qui serait préférable de ce temps-là ou d’un temps froid et sec.
- Un rude hiver, des gelées persistantes, ce serait — surtout avec cette guerre de tranchée, immobilisée — les gelures sans nombre. La campagne de Napoléon en Russie et, plus près de nous, celle de 1870 nous ont appris quels graves accidents on observe alors.
- Mais il ne faudrait pas croire que les temps doux et humides, les pluies continues n’ont pas, eux aussi, leurs maladies spéciales.
- L’hiver dernier, sans grands froids, avec quelques rares gelées, de nombreux soldats ont dû. être évacués pour des lésions, jusqu’alors mal connues et mal expliquées qu’on a appelées les « pieds gelés » ou plus exactement la « froidure des pieds », puisque on les observait le plus souvent au-dessus de 0°.
- Aussitôt, le corps médical s’est occupé de trouver et le meilleur traitement de ces accidents, et le meilleur moyen de les éviter. Peut-être n’est-il pas inutile de rappeler en ce moment ce que l’on sait aujourd’hui de ce sujet.
- 1° Les « pieds gelés ». — En quoi consiste ce mal particulier qu’on nomme gelure ou froidure des pieds, et qu’on a encore baptisé du nom de « maladie des tranchées? »
- Le plus souvent, un soldat qui est resté 3, 4 ou 5 jours dans la tranchée de première ligne, immobile,, les pieds dans'la boue liquide, sans rien sentir d’anormal, éprouve de vives douleurs, après la relève, pendant qu’il se dirige vers le cantonnement de repos. Il marche alors sur les talons tant ses orteils le font souffrir. Ces douleurs spontanées, violentes, peuvent même l’arrêter en route.
- Ou bien, arrivé au cantonnement sans difficultés, il s’aperçoit, dès qu’il s’est déchaussé, que ses pieds gonflent énormément. Ses orteils, et surtout le gros, enflent, deviennent boudinés, et prennent une teinte blanche ou même rougissent et puis noircissent.
- Fréquemment, les douleurs augmentent alors, deviennent même intolérables. La pression des doigts et des métatarsiens provoque de vives souffrances. Puis, dans les cas les plus sérieux, des phlyctènes apparaissent, souvent énormes, contenant un liquide clair comme les a cloques » des brûlures, ou' noires et remplies de sang. Des escarres se forment qui se détacheront en laissant la peau ulcérée. Enfin, dans les cas tout à fait graves, les orteils noircissent, se momifient, présentent une véritable gangrène sèche et finissent par se détacher.
- Suivant l’importance de la « gelure », le processus s’arrête aux douleurs, ou à l’oedème, ou aux phlyctènes et aux escarres ou va jusqu’à la gangrène et la chute des orteils.
- Ces lésions s’observent généralement aux deux pieds à la fois, mais souvent l’un des deux est plus atteint que l’autre.
- Les « gelés » évacués à l’ambulance ou vers l’intérieur, voient peu à peu leurs douleurs disparaître ; la sensibilité redevient normale, les œdèmes se résorbent, les phlyctènes sèchent, la peau desquame et tout redevient normal. Parfois, des infections secondaires, viennent compliquer le tableau que nous venons de tracer. Presque toujours, dans les formes graves, les orteils et même une partie du pied sont perdus, soit qu’ils se nécrosent et se détachent, soit qu’on soit amené à une amputation pour éviter les menaces de gangrène humide ou d’autres infections remontantes.
- L’an dernier, au début de l’hiver, ces « froidures » furent si fréquentes qu’elles donnèrent de grosses inquiétudes au commandement relativement au maintien des effectifs combattants.
- 2° Leur mécanisme. — Quel était ce nouveau maP quelle était sa nature? comment se produisait-il?
- On remarqua bientôt que les « pieds gelés » ne se produisaient pas partout, mais seulement dans les tranchées de première ligne. Les troupes de deuxième et troisième ligne, les sentinelles, les patrouilles, les hommes de liaison, les artilleurs,etc., vivant dans la même région n’étaient pas atteints. Toutes les tranchées de première ligne même n’étaient pas également touchées : la proportion de « pieds gelés » n’était élevée que dans les tranchées en contre-bas où l’eau et la boue s’accumulent. Presque jamais l’eau n’y gela. La principale cause devait donc revenir à l’eau froide, à l’humidité et à la boue persistantes. Les tranchées d’arrière, généralement mieux aménagées et où les hommes peuvent bouger sans trop de danger, n’ont fourni pour ainsi dire aucun cas. Mais dans les tranchées de première ligne, l’immobilité absolue est souvent nécessaire. De plus les hommes, pour s’y reposer, prennent parfois les positions les plus imprévues. On peut donc attribuer les « pieds gelés » à la station immobile et prolongée dans la boue froide.
- Qu’est-ce que cette « gelure » ?
- Sous l’influence de l’eau, le cuir de la chaussure se rétrécit lentement, serrant le pied de plus en plus. Les bandes molletières peuvent également se rétrécir et serrer la jambe. Les poilus eux-mêmes ont tendance à tirer sur leurs lacets de soulier, à serrer le bas des jambières pour empêcher l’entrée de l’eau. Ces constrictions ralentissent la circulation, produisent une stase veineuse qui diminue la vitalité des tissus du pied. En même temps la peau macérant longtemps dans l’eau s’altère. La « gelure » est la conséquence de ce ralentissement de la circulation sanguine dans' un membre placé dans de mauvaises conditions et qui par suite réagit mal.
- Les troubles observés font souvent penser à une
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- 78 LES PIEDS GELÉS
- névrite plus qu’à une lésion vasculaire. Seuls les cas graves peuvent s’expliquer par une altération artérielle. Il est probable qu’on assiste d’abord à une irritation des filets nerveux du pied ; puis à des troubles vaso-moteurs et seulement après à des lésions vasculaires.
- 5° Traitement. — Les « pieds gelés » étant connus, le mécanisme de leur production expliqué, il importe de savoir le meilleur traitement à leur appliquer.
- On ne s’est mis que peu à peu d’accord sur la méthode à suivre.
- Au début, le repos, couché, soulage le malade et amène une rapide amélioration. L’élévation des pieds au-dessus du niveau du lit semble très favorable. On peut le perfectionner encore en employant le traitement biokinétique de Jacquet, qui consiste à rester au repos au lit, les pieds surélevés, sans pansement; huit à dix fois par jour, le malade relève ses pieds le plus haut possible pendant cinq minutes et les remue autant qu’il peut, en flexion, en extension, en dedans et en dehors; il agite ses orteils; puis il reprend le repos, pieds élevés pour recommencer une heure environ après. Bien entendu, le plus tôt possible le pied est libéré de sa chaussure, la jambe de ses molletières et de tous les liens qui pourraient la serrer.
- On a préconisé encore les frictions, les massages. Les pansements humides, les bains chauds sont plus discutés. M. Àlglave a signalé les bons effets de l’huile goménolée et M. Thiéry a recommandé également les bains d’acide picrique en solution aqueuse saturée.
- Contre les douleurs aiguës, on a le secours des analgésiques, et parfois il faut aller jusqu’à employer la morphine.
- Dans les cas graves, les douches d’air chaud ont donné d’excellents résultats, en arrêtant la suppuration, en limitant la gangrène et en activant la formation du sillon d’élimination des tissus nécrosés. Il semble bien d’ailleurs que l’avis général des chirurgiens est de ne pas opérer trop tôt les cas graves, sauf quand il y a menace d’infection remontante tendant à se généraliser. Parfois, les parties qui semblent complètement mortes éliminent leurs couches superficielles et reprennent. Dans les cas de nécrose, le chirurgien se contente de séparer le mort du vif et de régulariser le moignon.
- 4° Prévention. — Il est toujours plus avantageux de prévenir que guérir. Aussi, les règles de prophylaxie méritent-elles d’être connues encore plus que celles de traitement. D’ailleurs elles intéressent tout le monde et peuvent être facilement appliquées.
- Au point de vue collectif, il importe de diminuer l’humidité des tranchées et la stagnation de l’eau au fond. L’hiver dernier, nous faisions notre apprentissage; les tranchées étaient toutes neuves et nous en essuyions les murs. Actuellement, elles sont beaucoup améliorées. Le fond en est souvent pavé ou
- couvert de madriers et de paille ; sur le côté est toujours une rigole de drainage; nombre d’abris peuvent être chauffés. Ce n’est donc plus qu’en quelques points exceptionnels que les hommes pataugent encore dans l’eau jusqu’à mi-jambe.
- Les tranchées, plus profondes, permettent aux hommes de ne pas rester constamment immobiles et le moindre mouvement suffit souvent à éviter la « froidure des pieds ».
- Autant qu’il le peut, le commandement ordonne des relèves plus fréquentes, mais il ne faut pas oublier que la relève en première ligne ne peut se faire que de nuit, qu’elle prive les hommes de sommeil et qu’on ne peut par conséquent la répéter trop souvent, en dehors même des autres considérations militaires qui peuvent s’y opposer.
- L’alimentation joue-t-elle un rôle dans la production des « froidures »? M. Maurice de Fleury l’a pensé, mais on ne peut guère modifier la ration du soldat, si ce n’est y ajouter des boissons chaudes.
- Bien entendu, les hommes ne peuvent être autorisés à se déchausser dans la tranchée. Ce serait un excellent moyen de prévention, mais auquel il ne faut pas songer quand on doit à tout instant êtïe prêt à une attaque. Ce qu’on peut faire, ce qu’on a fait, c’est de recommander aux hommes de retirer leurs chaussures en arrivant au cantonnement de repos et même de s’y livrer alors aux soins de propreté corporelle : bain de pieds tiède et savonneux suivi d’un graissage soigneux.
- Le graissage des pieds semble, en effet, très efficace. M. Piédallu a composé une graisse bon marché,
- sans vaseline, composée de :
- Suif............................. «0
- Huile de pied de bœuf épurée... 8
- Pétrole..............................2
- qui a fortement fait baisser le nombre des pieds gelés dans l’armée où il se trouve. M. Orticoni a également expérimenté avec succès la composition
- suivante :
- Lanoline anhydre.................. 20
- Eau.......................... 2
- Farine de moutarde déshuilée. . . 0,4
- Enfin, le graissage des chaussures a aussi son utilité.
- A chaque homme en particulier, il faut faire savoir les mêmes conseils : éviter de stagner dans l’eau autant que possible; ne pas rester immobile, debout; avoir les pieds propres, les graisser ; graisser ses chaussures ; ne pas serrer les lacets de souliers ni le bas des bandes molletières. Et en plus, ne pas se chauffer les pieds, surtout dès qu’ils sont atteints.
- L’hiver dernier, les « pieds gelés » furent trop nombreux. Cette année on n’en a encore vu que quelques cas très rares. C’est dire que toutes les précautions sont prises, bien prises, et que les poilus tiendront cet hiver, sans avoir plus froid aux pieds qu’aux yeux.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 3 janvier 1916.
- M. Jordan succède au fauteuil présidentiel à M. Edmond Perrier.
- Sur les lois de la dissolution. — M. Le Chàtelier répond aux diverses communications de M. Golson relatives à l’inexactitude d’une formule déduite des principes fondamentaux de la thermodynamique. Si, dit M. Le Châte-lier, l’expériénce sur laquelle se base M. Colson était exacte, on serait en présence d’un système chimique permettant de réaliser le mouvement perpétuel. Il montre par la discussion serrée des facteurs et des causes d’erreur, qu’il n’en est rien.
- La trajectoire des projectiles lancés avec une grande vitesse initiale sous un angle voisin de 45°. — Appliquant à la trajectoire du canon allemand de Dunkerque, un 381, une méthode de calcul qu’il expose, M. de Sparre montre qu’en tenant compte de la diminution de la densité de l’air lorsqu’on s’élève dans l’atmosphère, la portée est augmentée de près de 10 km, soit de 38 pour 100 environ. D’autre part, la vitesse après le sommet de la trajectoire passe d’abord par un minimum, puis par un maximum et arrive au point de chute en décroissant, fait déjà signalé par Charbonnier.
- Action des antiseptiques sur le pus. — Dans une précédente communication, M. P. Delbet a montré à quel point les antiseptiques troublent la défense cellulaire par la phagocytose. Dans une nouvelle série d’expériences par lesquelles il étudie l’action des antiseptiques sur le pus lui-même, il arrive à des conclusions d’apparence paradoxale : la prolifération des microbes dans des cultures soumises à l’action de divers antiseptiques, pendant une longue période, est parfois plus abondante que dans les cultures témoins. Pour M. Delbet, ce phénomène singulier peut s’interpréter par la formation de substances intermédiaires, par combinaison du pus et de l’antiseptique, favorables au développement des microbes qui, jointes à la suppression de la phagocytose, par altération des cellules, explique que dans certains cas les pansements antiseptiques troublent l’évolution des plaies, augmentent le nombre des microbes et sont plus nuisibles qu’utiles.
- La présence du platine en Espagne. — Actuellement tout le platine vient en pratique d’une petite région de
- l’Oural où les gisements s’épuisent très rapidement. Il en résulte des fluctuations sur le cours du métal qui font le désespoir des constructeurs. Les autres gisements connus, tels que Bornéo, ont une production insignifiante. Aussi l’annonce que d'importants gisements de platine auraient été découverts en Espagne présente-t-elle un intérêt sensationnel. Il est vrai que, jusqu’à présent, la démonstration industrielle de l’exploitabilité n’a pas encore été faite. Néanmoins on a été frappé de voir le gouvernement espagnol, entreprendre lui-même l’exploitation. La présence du platine avait déjà été signalée plusieurs fois en Espagne, soit dans les sables aurifères de certaines rivières, soit dans des minéraux comme le pyrargyrite, mais il s’agissait toujours de petites quantités. Au contraire, MM. de Oreceta et de Rubirs ont trouvé que le massif de Ronda entre Malaga et Gibraltar (province de Malaga), comprend une zone de 72 km de long sur 20 de. large, formée par des péridotites analogues à celles de gisements platinifères de l’Oural, surtout en ce qui concerne la dunite. Quelques sondages ont permis de déterminer la teneur en platine qui atteint 28 gr. par mètre cube dans les cas les plus favorables et 3 gr. en moyenne par mètre cube.
- Sur' la catoptrique des rayons X. — M. Gouy a cherché à produire, à l’aide de la réflexion cristalline, des foyers réels de rayons X, de façon à perfectionner la technique, notamment celle des photographies spectrales. A cet effet il a employé des lames de mica formant des surfaces courtes.
- La conservation frigorifique des dissolutions d’alu-minate de soude. — Les dissolutions d’aluminate de soude, abondonnées à elles-mêmes à la température ordinaire et en vase fermé, subissent rapidement en quelques jours des phénomènes de décomposition spontanée, par quoi la majeure partie de l’alumine se précipite à l’état solide, la soude restant dans la solution.
- Cette grande instabilité constitue un grave inconvénient pour maintenir en réserve ces dissolutions quand il y a lieu d’en constituer un fort stock en vue d’applications différées (imperméabilisation des vêtements et effets militaires).
- M. Le Roy retarde et même empêche cette décomposition spontanée et nuisible par l’emploi du froid utilisé à quelques degrés au-dessous de zéro.
- LOCOMOTRICE POUR FONDRE LA NEIGE DANS LES RUES
- Dans les grandes villes situées sous une latitude élevée ou dans les pays montagneux à climat continental, l’hiver vient souvent compliquer le nettoyage des rues. 11 ne suffit pas, comme en été, d’enlever les ordures ménagères, d’arroser et de balayer les voies urbaines, il faut encore y procéder à l’enlèvement de la neige. À Paris et dans les plus importantes cités de France, on répand sur le sol une certaine quantité de sel marin qui, en déterminant la fonte de l’amoncellement neigeux, facilite son
- élimination. Grâce à des équipes d’hommes armés de simples balais ou à des balayeuses automobiles, on fait ensuite écouler vers l’égout le liquide boueux résultant de la fusion et les chaussées se trouvent ainsi débarrassées de leur linceul immaculé mais gênant pour la circulation des piétons et des voitures à chevaùx, des automobiles comme des tramways.
- Toutefois dans notre pays, les chutes de neige étant rares et peu fortes, ces moyens permettent de résoudre aisément ce problème de voirie municipale.
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- LOCOMOTRICE POUR FONDRE LA NEIGE DANS LES RUES
- Mais aux États-Unis il n’en va pas de même. L’enlèi vement de la neige prend une importance .assez considérable et rien qu’à New-York cette opération nécessite une dépense annuelle de plus de 10 millions. Aussi les techniciens de l’autre côté de l'Atlantique s’efforcent de perfectionner les divers systèmes proposés pour le nettoyage rapide des rues couvertes de neige.
- L’an dernier, l’ingénieur J.-S. Doyle imagina un type de balayeuse sur rails qui enlève la couche neigeuse parallèlement à la ligne de tramways sur laquelle elle se déplace, sur une largeur d’environ 3 m. 75 en dehors de la voie. Cette nouvelle machine est formée de deux châssis sur boggies portant chacun une cabine et réunis à la partie supérieure par un pont en treillis. Un chariot roulant sur des galets se trouve suspendu aux poutres de ce dernier et à sa base s’articule un bras horizontal abritant pne brosse circulaire rotative qui, actionnée par un moteur spécial, constitue la balayeuse proprement dite. L’ensemble fonctionne comme un
- d’ime locomotrice spéciale. Comme l’indiquent nos photographies, on relie à un rouleau compresseur une espèce de traîneau plan formé de tuyaux dans lesquels on peut envoyer la vapeur de la machine. Alors la neige tassée, au fur et à mesure de l'avancement du tracteur, fond au contact des conduites chauffées et on n’a plus qu’à balayer l’eau boueuse.
- La nouvelle locomotrice fondeuse comprend une machine à vapeur avec sa chaudière dont les côtés du foyer prolongés forment deux longerons servant
- PH
- Fig. 2. — L’avant de la locomotrice.
- tramway électrique ordinaire. Après essais, on a vu qu’il fallait régler la rotation de la brosse suivant l’avancement du véhicule et qu’à raison de 800 tours par minute, correspondant à la vitesse moyenne des trams new-yorkais, on pouvait obtenir un balayage complet de la neige, en employant une machine par 6 km de voie. On lance la balayeuse dès l’apparition des premiers flocons, puis, sans gêner le trafic normal de la ligne, on la fait marcher d’une façon ininterrompue pendant la durée de la tourmente neigeuse et le sol devient propre après son passage.
- A Chicago, on a récemment tenté d’opérer la fusion de la neige, d’une façon pittoresque à l’aide
- Fig. i. — Vue du traîneau à vapeur fondant la neige.
- de bâti à l’ensemble du mécanisme. Une sellette en fonte supporte la cheminée et l’avant-train composé de roues pesantes, jointives mais indépendantes tournant folles sur un essieu. Ce dernier ensemble oscillant guide l’engin que le mécanicien manœuvre de sa plate-forme, grâce à un volant à manivelle calé sur l’axe d’unë vis sans fin, laquelle engrène avec une roue à denture hélicoïdale calée sur l’arbre de direction. En outre, un tambour en fonte disposé à l’avant et réuni à la chaudière par des barres rigides peut tasser la neige latéralement sur le sol ou se relever à volonté quand le radiateur travaille à l’arrière.
- Le correspondant qui nous envoie les vues ci-jointes ne nous fournit aucun chiffre sur le rendement de celte machine, beaucoup plus originale que pratique. Et si on juge à propos d’employer cette méthode physique de fusion de la neige dans les artères de la « Reine de l’Ouest », elle ne détrônera pas, croyons-nous, le commode et peu coûteux usage du sel marin dans les rues de la « Yille-Lumière » !
- Jacques Boyer.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 2210.
- 5 FÉVRIER 1916.
- LES FUSILS-MITRAILLEURS
- Les journaux ont annoncé récemment que les troupes russes avaient trouvé dans les tranchées allemandes des fusils automatiques et des fusils-mitrailleurs. Pour chaque tranchée, d’une longueur de 20 à 25 mètres, le règlement allemand prévoit, en effet, deux mitrailleuses au moins munies de 1000 cartouches chacune et une trentaine de fusils automatiques dits « à dix coups ». D’après les calculs, un secteur ainsi organisé peut arroser l’ennemi de 480 000 balles en 24 heures, soit 20 000 halles à l’heure et par 25 mètres de front.
- tion militaire arrêtée àgrand’peine devant Dwinsk, ne serait plus possible.
- Quoi qu’il en soit, l’Allemagne, manquant d’hommes et devant faire face sur un front sans cesse plus étendu, cherche à remédier à la pénurie de soldats par l’augmentation des moyens matériels. Si les alliés, au nombre de plusieurs millions, sont arrêtés sur le front français par 800 ou 900 000 Allemands au maximum, c’est que là où nous avons une compagnie, ceux-ci résistent avec une section et 10 mitrailleuses. Non seulement les Alle-
- Fig..i. — Soldais munis de
- Sur un front de 10 km à peine, c’est donc 5 mil- i lions de balles que l’ennemi essuiera par heure. C’est bien le mur d’acier matérialisé et infranchissable, tout au moins théoriquement. En effet, une telle dépense de projectiles est excessivement dangereuse si l’on ne dispose pas de moyens de ravitaillement extrêmement bien organisés et fonctionnant sans à-coup. Si l’avance des Allemands sur le front russe a été foudroyante, c’est grâce à l’alimentation constante des mitrailleuses de l’avant qui a pu être réalisée à un moment où les Russes ne disposaient pas de l’artillerie nécessaire pour perturber et empêcher ce ravitaillement. Automobiles, traîneaux, voitures attelées de chiens, tirées à bras, tout fut employé par les Allemands pour amener aux mitrailleuses les munitions nécessaires.
- Actuellement, grâce aux renforts d’artillerie dont disposent nos alliés, le renouvellement de l’opéra-
- 44' Année. — 1" Semestre.
- : fusils-mitrailleurs Madsen.
- i mands ont des mitrailleuses, instruments relativement encombrants, lourds et qui nécessitent au moins 5 soldats pour les servir, mais encore, depuis quelque temps, ils utilisent des mitrailleuses plus portatives, des armes individuelles à grand rendement, précieuses dans la défensive, mais encore plus utile dans l’offensive, puisque chaque soldat peut en transporter une avec ses munitions. Ces armes sont, soit des fusils à chargeur modifiés, de façon à tirer automatiquement un plus grand nombre dé cartouches par chargeur, soit des fusils-mitrailleurs légers, portatifs, assez semblables aux fusils Hotchkiss, dont sont armés nos avions et que nous avons décrits ici même (').
- La modification du fusil allemand est due à-Yisini et Fuchs, deux inventeurs autrichiens.
- Le mécanisme destiné à assurer le chargement
- 1. Voir La Nature, n° 2169.
- ' 6 — 81.
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- LES FUSILS-MITRAILLEURS:
- Fig. 2. — Le mitrailleur à cheval.
- automatique de l’arme se compose de deux tubes d’acier symétriques par rapport au courant communiquant avec lui par un canal. Dans chaque tube se meut un piston maintenu en position par un ressort.
- Au départ du coup, comme dans les mitrailleuses à emprunt de gaz, lorsque la balle a dépassé l’orifiee du canal, les gaz chassent les deu1? pistons en comprimant les ressorts. Ce mouvement entraîne l’ouverture de la culasse mobile. L’étui vide est éjecté et une nouvelle cartouche s’introduit dans le canon, comme dans le cas où la culasse est manœuvrée à la main par les soldats. Les deux ressorts à boudin à ce moment se détendent et ferment la culasse. Le soldat n’a plus qu’à presser sur la détente pour faire partir le coup. Tous ces mouvements s’exécutent sans qu’il ait à quitter la mise en joue et se renouvellent jusqu’à épuisement du chargeur. La vitesse de tir est d’environ 50 à 60 coups à la minute, le chargeur contenant 5 cartouches. L’augmentation de poids résultant de la modification de l'arme ne dépasse pas 500 gr. et la transformation peut être faite en quelques heures et coûte une dizaine de francs.
- Quant aux fusils dits « à dix coups », dont on signale la présence dans les corps de troupes allemands, ce sont sans doute des carabines automatiques, genre Browning, dont le chargeur renferme dix cartouches.
- Les fusils-mitrailleurs dont sont munies certaines troupes allemandes et que nos ennemis ont d’ailleurs copié sur les Danois, méritent une description plus détaillée. Ce sont des armes analogues aux .fusils-mitrailleurs Madsen. Elles peuvent tirer jusqu’à 250 coups à la minute.
- Le poids des mitrailleuses Madsen est de 7,5 kg et 400 cartouches pèsent 16 kg, y compris les chargeurs en forme de segments circulaires qui les renferment. L’arme fonctionne comme un grand nombre
- de mitrailleuses (Maxim, Schwartzlose, etc.), par recul du canon et de la boîte de culasse, mais elle se particularise par sa disposition intérieure.
- Le chien s’abat sur un marteau intermédiaire qui frappe à son tour sur la tige du percuteur. Celui-ci détermine l’inflammation de la cartouche. A ce moment, et sous l’effet du recul, le canon tout entier revient en arrière en bandant le levier de recul et le chien. Le transporteur, qui est la pièce maîtresse du mécanisme et qui lui donne d’ailleurs son originalité, est ramené en arrière, la première branche de la fourche faisant effort contre lé bloc A (fig. 4, 5, 6).
- Durant le mouvement rétrograde de la boîte do culasse, le tenon de la culasse reste d’abord horizontal; et la culasse reste fermée. Elle ne s’ouvre qu’au moment où le tenon vient buter contre la partie ascendante du bloc B. C’est alors que la partie antérieure de la culasse commence à s’ouvrir.
- Lorsque le mouvement ascensionnel a dégagé la chambre, le talon de l’extracteur bute entre la saillie C et l’étui vide est éjecté.
- Quand le mouvement rétrograde de la boîte de culasse est terminé, lè chien, retenu par le cran d’armement reste sur la gâchette, tandis que le levier de recul fait de nouveau avancer la boîte de culasse. Dans ce mouvement, le tenon de la boîte de culasse suit la rampe descendante du bloc B, le devant de la culasse est comprimé vers le bas de manière à dégager la chambre. A ce moment, le distributeur actionné par un ressort se ferme en introduisant une cartouche dans le logement de la culasse. La dernière branche de la fourche de manœuvre du transporteur presse alors sur le bloc A de bille soit que le transporteur s’avance et pousse la cartouche dans la chambre, puis, grâce à la partie ascendante du bloc de fermeture, la culasse se ferme tandis que le tenon de la boîte de culasse s’introduit dans son logement et verrouille l’arme qui est alors prête à tirer.
- Chaque fois que l’on parle de l’armement si per-
- Fig. 3. — Les chargeurs de rechange des Jusils-mitrailleurs.
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- LES FUSILS-MITRAILLEURS — 83
- fectionnéde nos ennemis, une question se présente naturellement à l’esprit : et nous? qu’avons-nous? Pourquoi nos soldats n’ont-ils pas des armes analogues à leur disposition? Question angoissante, et à laquelle il faut toujours répondre loyalement pour prévenir les découragements ou les récriminations injustifiées.
- Depuis de longues années, en présence des modifications de l’armement étranger, les techniciens militaires français se sont préoccupés de l’amélioration et même du remplacement du vieux Lebel « modèle 86, modifié 95 ». Nous ne rappellerons pas les interminables polémiques qui eurent lieu dans les revues militaires, à la tribune de la Chambre, dans les journaux quotidiens entre les partisans du tir coup par coup et ceux du tir automatique, si ce n’est pour constater qu’ils ne purent jamais se mettre d’accord. Il en
- résulta que les crédits énormes, qui étaient nécessaires pour rénover l’arme du fantassin, ne furent jamais volés. Les techniciens en furent pour leur travail et il fallut la guerre pour que l’on s’aperçût que l’on avait en portefeuille, mises au point et parfaitement étudiées, des armes excellentes ; mais la fabrication ne s’improvise pas en un jour surtout en face de l’ennemi et ce n’est que depuis peu, que nos troupes commencent à être munies d’armes supérieures à celles des Allemands.
- Les fusils-mitrailleurs sont particulièrement intéressants pour les aviateurs. En effet, non seulement ils sont plus légers' que les mitrailleuses, mais encore ils sont plus maniables. A bord d’un avion lorsqu’on est attaqué par un autre aéroplane, il faut pouvoir tirer sur l’assaillant sans interruption. Les deux appareils s’approchent, s’éloignent, se survolent mutuellement et cela à une vitesse de 150 km
- à l’heure. Il faut que l’observateur qui est chargé de la manœuvre des armes puisse saisir le court instant pendant lequel l’adversaire est en mauvaise position pour tirer efficacement sur lui. Il doit
- — La mitrailleuse armée prête à tirer.
- donc pouvoir tirer à droite, à gauche, en haut^en bas, en avant ou en arrière. Les mitrailleuses ordinaires, trop lourdes pour être tenues à bout de bras, sont disposées sur des supports fixes et par cela même, les directions dans lesquelles elles peuvent tirer sont très restreintes. De plus la mitrailleuse, conçue pour le service terrestre, n’est pas adaptée au tir aérien. Les enrayages sont difficiles à réparer dans une nacelle d’avion où tous les mouvements sont gênés; les bandes sont mal commodes à mettre, puisque le tireur est seul, et ces bandes, surtout les bandes souples, doivent être installées sur des dispositifs spéciaux qui alourdissent la mitrailleuse et la rendent d’un maniement encore moins maniable. Avec un fusil-mitrailleur ces gros inconvénients sont évités.
- L’expérience a donné raison à ceux qui pré-voyaient l’avenir réservé aux armes automatiques. Le grave reproche qu’on leur faisait était
- la consommation énorme des munitions qu’entraînera leur adoption. Mais il ne faut pas oublier que tous les soldats ne doivent pas être armés de ces armes rapides; il suffit par compagnie de
- Percuteur
- Cartouche
- Transporteur
- Chierr
- Tenon delà
- ôo/te de culasse
- Fourche de manœurre
- Détente
- Fig. 5. — L’éjection de l’étui après le tir.
- Fig. 6. —Schéma du fonctionnement de la mitrailleuse Madsen une nouvelle cartouche est introduite dans l’arme.
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- LA PHARMACIE CENTRALE MILITAIRE
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- c
- 2 mitrailleuses et d’une cinquantaine de fusils automatiques,pour augmenter considérablement la valeur défensive ou offensive de cetté unité. Quant au ravitaillement en munitions, l’expérience a montré le parti que l’on pouvait tirer des automobiles, des voitures de toute nature et cette objection n’arrêterait plus personne. Enfin il ne faut pas oublier que le tir est commandé et dirigé par l’officier qui le proportionne à l’importance de l’ob-
- jectif, au nombre de cartouches dont chaque homme dispose, au temps que doit durer l’attaque, aux approvisionnements en munitions sur lesquels il peut compter, etc. Une troupe qui gaspille ses munitions n’obéit plus à ses chefs et perd toute valeur combative. Nos poilus ont montré, à ceux qui craignaient la nervosité du Français, ce dont ils étaient capables : on peut leur donner des fusils-mitrailleurs, ils sauront s’en servir. X...
- LA PHARMACIE CENTRALE MILITAIRE
- La Pharmacie centrale militaire, qui est un service annexe de l’organisation sanitaire de l’armée, a vu croître fortement son importance depuis le début des hostilités. Auparavant, elle fabriquait déjà à peu près tous les produits nécessaires aux hôpitaux militaires ; mais les besoins énormes, insoupçonnés de l’armée en campagne, ont obligé le service de santé à augmenter la production en dotant la Pharmacie centrale d’un matériel permettant de réaliser une production intense.
- Cette manufacture de produits pharmaceutiques n’est pas d’origine récente. En 1792, le Conseil de santé des hôpitaux, sur la proposition de Bayen et de Parmentier, qui y représentaient la pharmacie, attirait l’attention du Ministre de la guerre sur les difficultés que l’on avait alors pour se procurer les médicaments nécessaires aux besoins des armées et proposait d’y remédier, par la création, à Paris, d’un Magasin général de médicaments. Cet établissement fut aussitôt organisé à « la Maison du Champs de Mars », dans les dépendances de l’ancienne Ecole militaire. Il fut maintenu par la loi du 3 ventôse an II et placé sous la direction de pharmaciens expérimentés. Transporté au Val-de-Grâce en 1809, puis à l’hôtel Saint-Joseph, rue Saint-Dominique (le Ministère de la guerre actuel), il en fut délogé en 1824 et émigra dans la rue du Cherche-Midi ; quelques années plus tard, il prenait le nom de Pharmacie centrale des hôpitaux militaires et s’installait rue de l’Université, dans les terrains militaires du Gros-Caillou. La vente de ces terrains obligea l’Administration de la guerre à lui construire un immeuble spécial dans les « potagers » des Invalides où elle fonctionne depuis l’année 1900.
- Une visite dans les ateliers de la Pharmacie centrale, dans ses réserves, révèle toute leur activité. C’est par milliers que se fabriquent les pansements (30000 par jour), c’est par tonnes que se chiffrent les quantités de certains produits et c’est par millions que s’estiment les valeurs de certaines denrées. M. le Pharmacien principal, qui a bien voulu nous permettre la visite de l’établissement, estime que le déménagement de tous les approvisionnements exigerait l’emploi de 300 à 400 wagons !
- Cela ne doit pas nous surprendre. Nous avons actuellement, sur le front, dans les dépôts et dans les hôpitaux, plus de 3 millions d’hommes dont un
- grand nombre usent des médicaments très variés et parfois en quantités importantes. D’autres ont besoin d’un reconstituant énergique qui les remettra sur pied, qui les rendra suffisamment résistants pour leur permettre de supporter une fatigue supplémentaire, lorsqu’ils viennent d’être blessés, par exemple. La Pharmacie centrale doit donc être prête à fournir, sur un point quelconque du front, tous les médicaments dont peuvent avoir besoin les médecins et en quantité illimitée. On doit pouvoir puiser à pleines mains dans les provisions et dans les dépôts.
- Nous établirons, pour la commodité du récit, une sorte de classification des services et dés ateliers ; tout autre procédé d’investigation nous conduirait infailliblement à une confusion à laquelle il serait impossible d’échapper. Cette classification s’impose d’ailleurs d’elle-même puisque la Pharmacie centrale fabrique tous les comprimés, toutes les ampoules, tous les pansements individuels nécessaires à l’armée ; sans compter les diverses préparations pharmaceutiques (pommades, teintures, extraits, etc.) dont s’est enrichie la pharmacopée depuis les temps les plus reculés.
- On met sous la forme de comprimés tous les produits solides dont on facilite ainsi le transport et l’approvisionnement, de plus, chaque pastille, généralement ronde, quelquefois rectangulaire comme un morceau de sucre, représente un poids déterminé du produit, de telle sorte que, dans bien des cas, le dosage par la pesée devient inutile. C’est là un avantage précieux pour les formations sanitaires ambulantes, qui ne possèdent souvent ni le temps ni les moyens de faire de grandes quantités de dosages.
- Les produits à comprimer sont réduits en poudre et versés dans le distributeur de la presse qui remplit automatiquement la petite cavité, ronde ou rectangulaire, dans laquelle pénètre le poinçon. Ces produits s’agglomèrent mieux lorsqu’ils se présentent sous la forme irrégulière de granulés, que chacun connaît. L’une de nos photographies montre le procédé de fabrication de ces granulés. L’appareillage, est très rudimentaire; il comporte un vulgaire tamis métallique à mailles serrées, sur lequel on dispose une certaine quantité du produit réduit en poudre et humidifié. L’ouvrier, armé
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- d’une sorte de raclette de bois, étale la pâte sur le tamis et la force à passer au travers. Les granulés tombent sur la table.
- Il serait oiseux de donner une nomenclature de tous les produits traités de cette manière. Citons seulement les fébrifuges, comme l’antipyrine, l’aspirine, la quinine, qui se présentent sous la forme de tablettes rondes de 50 centigr. ; l’iodure de potassium est également mis en tablettes de 50 centigr., tandis que le protoiodure de mercure est en tablettes de 25 milligr. seulement. Le bromure de potassium, qui est un calmant, s’administre par doses de 50 centigr. ainsi que le benzoate de soude qui intervient "
- dans les affections des bronches.
- L’opium, soporifique, est comprimé par quantités de 5 centigr. dosées à 1 centigr. de morphine. Des purgatifs comme la rhubarbe, des toniques comme le quinquina, sont également expédiés sous la même forme. Les tablettes de sulfate de soude pèsent 20 gr. et celles de perborate de soude qu’il suffit de jeter dans un verre d’eau pour obtenir instantanément de l’eau oxygénée, pèsent 10 gr.
- L’atelier de ces presses fonctionne sans arrêt : chaque jour fournit une moyenne de 40 kg. de comprimés.
- Soulignons en passant dans cet atelier, l’activité de malaxeurs mécaniques triturant les mélanges de mercure et d’axonge, mis en pots pour l’expédition.
- Voici un appareil destiné à la purification du chloroforme, produit livré à l’état pur mais qui ne tarde pas à s’altérer. Il comporte deux récipients verticaux que l’on fait tourner autour d’un axe horizontal après y avoir introduit les quantités voulues d’acide sulfurique et de chloroforme.
- Au bout de deux ou trois jours de rotation on soutire l’acide, on enlève les traces restantes à la soude et on procède à la distillation qui fournit du chloroforme absolument pur.
- La lâbrication des extraits se fait dans le vide à la température de 70° seulement, afin d’éviter l’altération des principes actifs des produits, altération qui se produirait si la température d’ébullition était portée normalement à 100° à l'air libre.
- On fabrique des extraits de quinquina, de belladone, d’opium, etc., et, à raison de 500 kg par
- jour, de l’eau distillée. La teinture d’iode est faite dans des récipients ayant la forme d’énormes obus; l’iode est versé dans une sorte de panier en céramique dont le fond, percé d’une grande quantité de trous, plonge dans l’alcool du récipient.
- La dissolution s’effectue lentement et tombe sans se mélanger à l’alcool de la partie supérieure qui reste constamment pur en présence de l’iode.
- Plus loin, des bassins supportent des fillres énormes sur lesquels on verse les teintures; d’autres servent à refroidir les pots pleins de pommades, etc. Chaque atelier, pris séparément, constitue ainsi une sorte d’usine indépendante comportant le matériel le plus original que l’on puisse imaginer, la réunion, sous un même toit, d’appareils empruntés à l’antique et au machinisme moderne, de flacons aux dimensions imposantes pleins de liquides à l’aspect rébarbatif, de pots au contenu onctueux et troublant.
- Voici, au premier étage, inondé de lumière, le laboratoire de chimie avec ses étuves à air chaud, ses bains de sable, ses réchauds alignés, le long de l’un des côtés de la pièce sous les hottes d’évacuation. -
- Dans un angle de la pièce, un mobilisé examine, l’un après l’autre, tous les thermomètres médicaux que l’on expédie par milliers dans les for-Fig. i. — La fabrication mations sanitaires, dans les hôpitaux. des comprimes. Autrefois l’Allemagne nous les fournissait, actuellement ils nous viennent d’Amérique et coûtent plus cher.
- Ne pourrait-on organiser un atelier dans lequel les prisonniers allemands connaissant cette fabrication façonneraient des ouvriers français ?
- Tous les produits achetés à l’industrie privée par la Pharmacie centrale passent au laboratoire et ne sont admis qu’après vérification, analyse quantitative de leurs composés.
- Fréquemment les industriels qui ont accepté une commande de l’Etat envoient un échantillon du produit avant d’en poursuivre la fabrication ; ils évitent ainsi les mécomptes de la dernière heure.
- Comme dans toutes les industries chimiques, le laboratoire constitue l’organe essentiel de la production; il est servi par des chimistes expérimentés dont la mission est des plus délicates, puisque de
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- leurs travaux dépend la qualité des produits et, par conséquent, la guérison des malades et des blessés. Tous Tes flacons qui garnissent les tables contiennent les réactifs utilisés pour les recherches.
- Nous voici maintenant au milieu des ampoules. C’est par milliers qu’elles sortent chaque jour de ces ateliers. Arrêtons-nous quelque peu à leur préparation. L’ampoule elle-même, le verre, est fourni à la Pharmacie centrale par l’industrie privée ; nous allons assister à leur remplissage et à la
- toute la France remédier aux désordres physiologiques causés par une trop longue campagne ou une blessure. La contenance de ces ampoules est de 125, 250 ou 500 grammes.
- Les petites ampoules renfermant de la morphine, de la cocaïne, du cacodylate de soude, du biiodure de mercure, de l’huile camphrée, de la caféine, de l’ergotine, de l’éther, etc., sont traitées de la même manière mais par grandes quantités à la fois en raison de leur faible volume. On connaît leur forme :
- ce sont des tubes de 3 à 4 cm de longueur terminés par deux pointes. L’une est fermée, l’autre demeure ouverte pour le remplissage. On les engage entre deux plateaux métalliques percés de trous dans lesquels passent les pointes, de manière que toutes les ouvertures soient placées du même côté. Le plateau est engagé sous la machine pneumatique, les pointes ouvertes plongeant dans
- Fig. 2. — Une salle de préparation des médicaments.
- fermeture. L’une de nos photographies montre ces deux opérations; elles sont assez intéressantes, la première surtout, pour les observer.
- Les ampoules, fermées à l’une de leurs extrémités, sont rassemblées, les pointes ouvertes en bas, dans un bocal en verre contenant le liquide à introduire (sérum physiologique). Le tout est placé sous une cloche pneumatique dans laquelle on fait le vide. Dès le début de l’opération, on voit des bulles traverser le liquide et venir mourir à la surface : ce sont les ampoules qui se vident d’air; le nombre des bulles diminue au fur et à mesure que baisse la pression atmosphérique. Quand celle-ci n’est plus que d’environ 5 cm de mercure, on ferme le robinet d’aspiration et on ouvre celui de la rentrée de l’air. Immédiatement le liquide monte dans les ampoules sous l’effet de la pression s’exerçant sur sa surface. Un instant après, elles sont presque entièrement pleines; on les retire et elles passent à l’ouvrier voisin qui les ferme au chalumeau. Convenablement emballées, elles iront par
- Fig. 3. — Confection des paquets de pansement.
- le liquide, et le remplissage s’effectue comme pour les précédents. Mais quand elles sont pleines, on retourne le plateau afin d’amener les pointes ouvertes vers le haut et on fait de nouveau le vide pour sécher en quelque sorte l’extrémité des tubes et éviter la formation de bulles d’air qui se trouveraient emprisonnées par des membranes liquides au-dessus de l’ampoule. On les ferme en promenant le chalumeau sur toutes les extrémités, l’une après l’autre, et sans sortir les ampoules des plateaux. Leur volume est de 1, 2 ou 5 cm3.
- La fabrication de ces petites ampoules est intense; de grandes caisses en contiennent chacune des milliers que des ouvrières ne cessent d’em-
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- baller, par douze, dans de petites boites de carton. Chacune d’elles porte une étiquette indiquant la nature du liquide;- les étiquettes sont rouges pour signaler les produits dangereux, vertes pour ceux dont l’emploi est à surveiller et enfin blanches pour ceux qui peuvent être administrés sans la présence d’un médecin.
- Le visiteur traverse d’autres ateliers, puis d’autres encore, et arrive à celui qui travaille pour les chirurgiens. C’est ici, en effet, que se préparent les ligatures : catgut, soies et crins, ainsi que les drains.
- Les uns et les autres sont fournis par l’industrie privée, mais leur préparation demande des soins attentifs. Ils subissent. une première stérilisation dans de l’eucalyptol, puis un passage dans de l’éther les débarrasse de leurs graisses.
- Enroulés ensuite sur de petits tubes de verre, on les enferme dans un autre plus grand fermé ensuite à la lampe eLstéri-lisé dans l’autoclave à 120°. Les crins et les soies, qui ne subissent pas les premières immersions, sont simplement passés à l’autoclave, mais toujours enroulés sur les petits tubes enfermés dans les grands. On les expédie ainsi dans toutes les formations "chirurgicales. Il sort chaque jour de cet atelier 2000 petits tubes, c’est-à-dire 2000 m. de ligatures.-
- Les drains sont des tubes de caoutchouc rouge vulcanisé, percés de trous latéraux. On les enferme chacun dans un tube de verre rempli ensuite d’eau distillée, fermés par un tampon d’ouate, stérilisés et fermés à la lampe.
- La promenade, à Iravers ces vastes salles-ateliers, peut durer une journée entière sans que le visiteur cesse d’assister à une nouvelle fabrication. Celle des pansements occupe plusieurs pièces, car la matière première, lè coton hydrophile et la gaze de pansement arrivent en pièces larges de 1 m. 50; des machines les débitent aux dimensions voulues.
- L’une d’elles met le coton en nappe, c’est-à-dire qu’elle le comprime entre deux cylindres et l’enroule sur lui-même. Ce rouleau passe à la machine à débiter qui le scie en largeurs de 15 cm, qui est celle des pansements. Une autre prend la gaze, la coupe en longueurs égales pour former des rouleaux de gaze qui, avec ceux de coton, passeront à l’atelier des confectionneuses. La gaze d’un pansement a 3 m. de longueur; on fixe la première
- Fig. 4. Fermeture des ampoules de sérum.
- compresse
- l’extrémité, puis une seconde qui peut coulisser sur la gaze; l’homme atteint ‘
- de deux blessures éloignées peut ainsi utiliser ses deux compresses avec la même bande.
- La confection terminée, les pansements individuels, pressés pour réduire leur volume, sont mis dans un petit sac de toile imperméable et envoyés à l’autoclave qui les soumet, pendant 45 minutes, à une température de 120°.
- D’autres ouvrières les enferment enfin dans un second petit sac en toile qu’elles cousent sommairement; ils sont prêts à être délivrés à chaque soldat.
- La visite que nous'avons faite à la Pharmacie
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- Centrale est réconfortante. Il y a là 250 à 500 ouvriers civils et militaires, et ouvrières, qui produisent avec abondance tout ce qui peut être nécessaire à notre armée. Deux officiers pharmaciens, deux officiers d’administration, placés sous l’autorité directe du pharmacien'principal, dirigent ce personnel. Les réserves de la Pharmacie centrale sont si abondantes que l’on a dû demander, pour elles, une large hospitalité à l’École pratique de la Faculté de Médecine, à l’École de Pharmacie, réquisitionner le magasin des décors de l’Opéra au boulevard Ber-thier ainsi que le marché couvert de Montrouge. Des alcools sont conservés dans les caves de la Halle-aux-Vins. Plusieurs milliers de kilogrammes d’iode, d’antipyrine, d’aspirine, sont en réserve; des centaines de mille d’ampoules sont prêtes à partir pour une destination quelconque, ainsi que des milliers de kilogrammes de comprimés. En réserve également plusieurs centaines de tonnes de désinfectant : crésyl, chlorure de phaux, sulfate de fer et sulfate de cuivre. Tout cela se chiffre par une valeur de plusieurs dizaines de millions de francs.
- La Pharmacie centrale est également chargée des achats de champagne pour nos soldats. C’est le seul produit pour lequel le laboratoire demeure incompétent! Les officiers se réunissent, dégustent les échantillons sans en connaître la provenance ni le prix, et cotent chacun d’eux. Les cotes supérieures sont rapprochées et on choisit entre ces échantillons celui dont le prix est le moins élevé.
- Cet aperçu sommaire des manipulations qui s’effectuent à la Pharmacie centrale montre le souci de l’administration militaire pour ce qui concerne la santé de nos soldats, blessés, malades ou même simplement fatigués par une trop dure épreuve. Il importe non seulement de les soigner très rapidement quand ils sont tombés au champ d’honneur, mais avant tout de les conserver dans les meilleures conditions physiques possibles, d’éloigner d’eux les maladies épidémiques, de réconforter immédiatement les affaiblis. Rien de ce qui intéresse la santé et l’hygiène du troupier ne doit être négligé puisque c’est de sa santé que dépendent son endurance, son entrain, son audace. Lucien Fournier.
- LA TOURBE ET SON TRAITEMENT EN RUSSIE
- Le combustible étant un des éléments essentiels de la vie de tout pays, et la condition indispensable de l’existence de son industrie, avait eu en tout temps une importance considérable. La guerre actuelle, en augmentant sa consommation, lui a communiqué un intérêt tout particulier.
- La Uussie n’a pu éviter le sort commun, d’autant plus qu’elle consommait déjà en temps habituel de grandes quantités de houille étrangère, pour la plupart anglaise, qui lui manque actuellement grâce à l’interruption des transports. Le tableau suivant
- bois 0,45, houille d’Oural 0,8, houille des environs de Moscou 0,5.
- On voit ainsi que le principal fournisseur du combustible est le bassin du Donetz qui donne plus de 40 pour 100 de tout le combustible. Viennent ensuite les mines de Dombrova dont le produit forme avec le combustible étranger 22 pour 100, le naphte 20 pour 100, le bois 15 pour 100, etc.
- La perte des mines de Dombrova, occupées par l’ennemi, l’arrêt de l’importation étrangère et la diminution, grâce à la mobilisation, de la production
- HOUILLE Résidus
- Combustible extrait de Bois. lourbc. Consommation
- eu tonnes. de des de TOTAL naphte. totale.
- Donetz. Dambma. étrangère. d'Oural. environs de Moscou. Caucase.
- environ.
- En 1913 25.200 000 7.698.600 6.552.000 655.200 147.420 40.950 40.294.170 13 595.400 9.828.000 819.000 64.536.570
- En 1914 | Estimé Données statis- 30.300.000 8.190.000 8.190.000 1.310.400 147.420 49.140 48.186.960 13.595.400 9.828.000 982.800 72.593.160
- tiques .... Estimé d’après 28.000.000 3.603.600 3.718.260 900.900 147.420 40.950 36.411.130 13.595 400 9.828.000 982.800 60.817.330
- la production 26.200.000
- En 1915 < du 1" semestre » ». 1.310.400 212.940 32.760 27.756.100 13.595.400 11.466.000 819.000 53.636.500
- 1 Production pos-
- 1 sible ..... 27 850 000 » » 1.638.000 327.600 49.140 29.864.740 14.712.000 14.742.000 819.000 60.167.740
- En 1916 | Production possible . . . . . 32.800.000 » -> 1.965.600 655.200 49.140 35.469.940 16.380.000 19.656.000 982.800 72.488.740
- que nous empruntons au Vestnik Ingenerov (Messager des Ingénieurs), donne une idée de l’approvisionnement de la Russie en combustibles. Ces chiffres sont rapportés à la houille du Donetz de bonne qualité (pouvoir calorifique par kilogramme sec en calories 7000), en prenant pour base les équivalents suivants : naphte 1,5, tourbe 0,5,
- du bassin du Donetz pendant les premiers mois de guerre firent que la production du combustible en 1914 fut de 11 775 830 t,. inférieure à ce qu’on attendait. À en juger d’après le premier semestre, il manquera, cette année, à moins' qu’on ne prenne dès à présent des mesures extraordinaires, 18 856 660 tonnes.
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- Or, cette lacune doit nécessairement être comblée d’autant plus qu’il est à prévoir que, même après la guerre, la houille étrangère ne pourra pas arriver en quantité suffisante, tandis que là consommation du combustible continuera à s’élever. On sait que la Russie possède d’immenses richesses naturelles. Voyons donc de quelle façon pourrait-elle parer à l’insuffisance des combustibles.
- Le combustible le plus anciennement connu, celui dont la Russie possède des quantités énormes, est le bois. Sa préparation est rapide et facile, de même que sa combustion.
- Mais il a un inconvénient qui le rend impropre à jouer un rôle important, celui de s’épuiser trop rapidement.
- En effet, quoique ce combustible ne soit que peu employé dans l’industrie, on en brûle, actuellement, en Russie, 340 millions de mètres cubes par an. c’est-à-dire des forêts couvrant une surface de 8 à 12 000 km2. Il est évident " que dans ces conditions même les réserves immenses*de'1 ce pays ne suffiraient pas pour longtemps.
- Vient ensuite la houille qu’on trouve dans différentes parties de la Russie, surtout au sud dans les bassins du Donetz et de Dombrova. Mais sa quantité n’est pas assez grande et son prix est beaucoup trop élevé à cause surtout des moyens de transport défectueux et très chers. On voit, en effet, la houille se vendre à Pétrograd à des prix exhorbitants atteignant 52 à 65 francs la tonne.
- Le naphte et ses produits tels que le mazout et les résidus du naphte, quoique très bons combustibles, sont aussi trop chers et trop éloignés des grands centres industriels pour qu’on puisse s’y arrêter.
- Ainsi les prix moyens du mazout à Bakou étaient de 30 fr. 40 en 1911, de 38 fr. 40 en en 1915 la tonne. Ils chaufferies spéciales souvent très coûteuses. On les emploie surtout dans les moteurs à combustion interne.
- Mais il existe en Russie un autre combustible connu sous le nom de la tourbe ou « houille grise », dont les réserves sont considérables et dont l’exploitation présente une très grande importance pour le
- Fig, i. — Tourbe bien décomposée vue au microscope. Les cellules sont remplies et entourées d’hydrocellulose.
- Fig. 2.— Tourbe de mousse (jeune).
- 1912 et de 69 fr. 50 exigent, en outre, des
- pays, car elle entraîne la transformation des vastes terrains marécageux en terrés propres à l’agriculture.
- C’est pourquoi dernièrement les ministres des Moyens de Communications et de l’Industrie, et du Commerce, répondirent à une délégation demandant certaines réformes de l’exploitation de la tourbe qu’ils feront tout leur possible pour élever cette exploitation à la hauteur qu’elle mérite.
- La tourbe est, comme on le sait, une masse compacte de couleur variant du gris clairau gris ou brun foncé, formée par des couches successives de végétaux qui ont jadis poussé sur les marais. Après' leur mort,, ces plantes .tombaient sur le .soi entraînant, souvent avec elles des substances animales et minérales et restaient ensuite pendant de longues années préservéès de l’air par l’eau „ ou par des couches suivantes de végétaux qui les recouvraient. Un lent procès s’y poursuivait cependant, transformant peu à peu ces plantes, augmentant leur contenance en carbone et leur donnant la teinte caractéristique de la tourbe.
- Au point de vue chimique la tourbe se compose, comme tous les végétaux, de carbone, d’hydrogène, d’oxygène, d’azote, de phosphore, de soufre, etc....
- Avec le temps Une partie de ces éléments disparaît soit sous forme de gaz tels que : CO2, AzII3, soit emportés par l’eau comme le potassium et le phosphore. Les substances organiques se décomposent, les albuminoïdes se transforment en amides, leu-cites, etc. Il se forme ensuite de l’hydrogène sulfuré et du méthane ou gaz de marais qui, plus lourd que l’air, resté à la surface des marais. Le carbone, l’azote et les substances qui forment les cendrés augmentent en quantité. Le tableau suivant donnant l’analyse des tourbes prises à différentes profondeurs et, par conséquent, d’âges différents en est la preuve :
- Tourbe séchée à 100°.
- Profondeurs. C H O Az. Cendres.
- 30 cm 53,40 5,95 34,75 1,30 4,50
- lm. 50 55,60 5,60 52,70 1,40 4,70
- 2 m. 50 59,10 5,50 2S,50 1,70 5-20
- Vue sous le microscope, la tourbe fraîche se
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- compose de cellules remplies et entourées d’une substance gélatineuse, nommée l’hydrocellulose (voirfig. 1) (*)', en quantité d’autant plus grande que la décomposition des végétaux est plus avancée, c’est-à-dire que la tourbe est plus ancienne. En se desséchant l’hydrocellulose colle entre elles les particules de la tourbe et retient énergiquement l’eau qui y est contenue.
- Il est donc très important de la détruire avant de procéder au séchage et à la compression de la tourbe.
- Cette destruction peut être faite soit par des moyens chimiques, tels que l’addition à la tourbe brute de la chaux, de la magnésie ou de l’acide sulfurique, ou physiques : congélation, échauffe-ment et passage du courant électrique. Les premiers n’ont aucune importance pratique, car en outre du prix élevé ils augmentent considérablement la teneur de la tourbe en cendres.Quant aux secondes, la congélation n'est utilisable que dans les pays du nord et encore lorsque ensuite on réchauffe rapidement la tourbe. On constate, en effet, que la tourbe qui se congèle naturellement chaque hiver et que le soleil réchauffe lentement en été contient autant d’hydrocellulose que celle des pays chauds. Le passage du courant électrique demeure encore à l’état d’expérience de laboratoire. Il reste réchauffement qui est quelquefois employé.
- On distingue les différentes qualités de tourbe. La classification se fait soit d’après sa contenance en cendres ou en substances minérales (tourbe à argile, à sable, à chaux, etc.). On sait, en effet, que la composition de la tourbe dépend des végétaux qui prédominaient sur le marais dont elle est extraite et si l’on regarde attentivement des échantillons de la tourbe pris dans les couches récemment formées, on aperçoit clairement la différence de formation (fig. 2).
- Toutes les qualités ne sont pas également bonnes au point de vue de la combustion, mais la différence n’est pas très grande surtout par comparaison aux autres sortes de combustibles, comme le montre
- 1. Nous empruntons les figures ainsi que certains renseignements au journal officiel de la Société technique Russe.
- le tableau des pouvoirs calorifiques ci-dessous :
- Tourbe rie qualité supérieure...............3,850
- Tourbe de qualité moyenne...................3,360
- Bois de bouleau.............................3,560
- Houille..................................7,200
- Résidus de naplite..........................9,876
- Le pouvoir calorifique delà tourbe étant égal à la moitié de celui de la houille, il faudrait en employer deux fois plus pour obtenir les mêmes résultats. Mais tous les pays possèdent de grandes réserves de ce combustible; celles de la Russie sont les plus considérables comme le montre le tableau suivant :
- Hectares. p. 100.
- Russie d’Europe. 38.400.000 7 de la surface totale du pays,
- Finlande .... 7.650.000 20 — —
- Allemagne . . . 2.500.000 4,24 — —
- Suède 5.600.000 12,5 - —
- Danemark. . . . 258.000 6,2 — —
- Irlande 520.000 5,8 - —
- Norvège 1.750.000 5 — —
- Autriche-Hongrie. 31.800 —- —
- (Sans compter la Galicie et le district de Saltzburg).
- Ces 58 400 000 hectares ne comprennent ni le Caucase, ni les immenses tourbières de la Sibérie.
- Le Comité central de statistique évalue à 18 600 000 hectares celles des 24 départements de la Russie du Nord. Si l’on prend 2 m. 85 comme épaisseur moyenne des couches de tourbe, ces 18 600 000 hectares doivent contenir 530 milliards de mètres cubes de tourbe brute qui pourront fournir (1 m3 produisant 126 kg de tourbe séchée), 67 milliards de tonnes de combustible. Étant donné qu’au point de vue de la puissance calorifique 2 t. de tourbe sèche équivalent à 1 t. de houille, les seules réserves de la Russie du Nord pourraient remplacer 33,5 milliards de tonnes de houille.
- Or, la consommation annuelle moyenne de la Russie pendant la période de 1908 à 1912 s’élève à 43 750 000 t. de combustibles liquides et solides rapportés à la houille. Elle atteignit 64536570 t. en 1913 et devait selon les prévisions s’accroître encore les années suivantes. Les tourbières existant dans les 24 départements du Nord pourraient donc suffire à elles seules à satisfaire toute la demande de combustible pendant plus de 500 ans.
- Malheureusement jusqu’à ces derniers temps les tourbières étaient considérées en Russie comme de mauvaises terres dont on ne peut tirer aucun parti. De modestes tentatives de leur exploitation furent, il est vrai, faites à la fin du xvme siècle et au com-
- Fig. 3. — Extraction de la tourbe par le procédé de la coupe.
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- = LA TOURBE ET SON TRAITEMENT EN RUSSIE ========= 91
- mencement du xixe, mais sans aucun résultat sé- I rieux. Trois autres les suivirent : celle du Ministère des domaines d’État vers 1840, celle d’un comité spécial en 1851, et la tentative des entreprises particulières vers 1860. Toutes échouèrent grâce à l’absence de débouchés, car la population n’étant pas familiarisée avec ce nouveau combustible, la tourbe ne trouvait pas d’acheteurs.
- Ce n’est que vers 1870 qu’on commença à s’en occuper sérieusement. En 1875 fut fondée auprès du Ministère des domaines d’État une administration spéciale ayant pour but d'explorer les tourbières et de les louer à des particuliers pour l’exploitation technique, ainsi qu’une école de techniciens pouvant diriger ces exploitations et préserver les tourbières des dégâts qu’aurait pu causer l’ignorance des exploitants. Le gouvernement y alïècta des crédits spéciaux qu’il augmenta sensiblement depuis 1910.
- Le prix de location est calculé d’après un mètre cube de tourbe extraite. Très bas (2,74 à 4,11 centimes par mètre cube), vers 1880, il s’est beaucoup accru depuis et atteint actuellement dans la région de Moscou dans les tourbières voisines des fabriques 19,2 centimes à 32,9 centimes par mètre cube et quelquefois même davantage. Le prix de vente de la tourbe sèche dépend de sa qualité, de la situation des tourbières au point de vue des moyens de communication, du prix des. autres combustibles existants dans cette région, etc.
- Or, comment ces tourbières sont-elles exploitées? On distingue deux sortes d’exploitation : 1° par des moyens primitifs et 2° à l’aide des machines. La première, employée par les paysans et de petits entrepreneurs l’est surtout dans des régions où les forêts sont presque détruites (au Sud par exemple) où le bois, combustible habituel des paysans,
- Fig. 4. — Machine électrique à extraire la tourbe.
- Ne s’élevant qu’à 40 000 fr. jusque-là, ils atteignirent 266 000 fr. en 1914 et 519 200 fr. en 1915.
- La nouvelle administration se mit énergiquement à l’œuvre. Elle explora jusqu’à 1909 les marais de 55 départements dont le nombre s’élève à 517, l’étendue totale à 167 000 hectares et dont elle évalua le contenu à 2850 millions de mètres cubes de tourbe. Elle explora également de 1900 à 1913, 115 000 hectares de tourbières appartenant à l’État et contenant, selon ses calculs, 2200 millions de mètres cubes de tourbe. Elle parvint à louer pour l’exploitation, aussi bien aux particuliers qu’aux fabriques et usines, 104 tourbières situées pour la plupart dans la région de Moscou-Vladimir, comme on le voit au tableau ci-dessous :
- Etendue Contenance en tourbe. Départements. Hectares, Mètres cubes; Tonnes.
- Vladimir (52 tourbières). 3.470
- Tver..................... 2370
- Moscou (27 tourbières). . 1.700
- Nijni-Novgorod.............. 470
- Pétrograd.................. 265
- Tamtov..................... 240
- Région occidentale . . . 227
- Sibérie.................... 157
- Pologne...................... 59
- Total . . . 8.958
- 71.000.000 9.950.000
- 25.600 000 3.440.000
- 40.000.000 5 650.000
- 6.700.000 955.000
- 7.550.000 1.065.000
- 4.200.000 590.000
- 765.000 106.500
- 155,815.000 21.731.500
- manque. Réduits à la nécessité de se chauffer avec de la paille, du jonc, etc., ces derniers commencent à brûler la tourbe qu’ils trouvent à leur portée dans les marais voisins.
- Cependant, ignorant les bons procédés de son extraction, ils gâtent souvent de vastes tourbières les rendant impropres à l’exploitation ultérieure et souvent même à l’agriculture. Il est donc de première importance d’enseigner aux exploitants des tourbières les procédés modernes. Plusieurs communes ont déjà demandé à l’Administration des tourbières de leur envoyer des techniciens capables de le faire. Le nombre de ces demandes, insignifiant au début (8 seulement en 1908), s’est tellement accru actuellement (105 demandes en 1913) que l’Administration est incapable de les satisfaire toutes, les techniciens étant encore rares dans ce domaine.
- Le plus répandu de ces procédés primitifs est celui de la coupe (fig. 3). La tourbe extraite est séchée à l’air et consommée le plus souvent par des paysans eux-mêmes. Cependant, dans les régions rapprochées des villes, les paysans commencent déjà à vendre la tourbe, évitant ainsi la construction des
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- 92 . ... lA TOURBE ET SON TRAITEMENT EN RUSSIE
- hangars pour la conserver pendant la mauvaise saison. Quoique le prix de vente ne dépasse pas 15 à 25 fr. par tonne, la vente stimule l’extraction de la tourbe qui cesse d’être limitée par l’usage personnel.
- L’exploitation des tourbières à l’aide des machines est employée le plus souvent par les fabriques et usines ou par les entreprises de quelque importance, car ce procédé exige d’assez grandes dépenses. Qn l’appliqua pour la première fois en Russie vers 1870, lorsque la région industrielle centrale commença à utiliser la tourbe. Le nombre de machines employées augirienta rapidement et atteignit, en 1900, 1500. L’inspection du travail signale, en 1912, 319 machines à tourbe dans le seul département de Moscou. En 1914, ce nombre s’élève déjà à 350. Une enquête sur l’extraction de la tourbe donne des chiffres suivants : 44 pour 100 environ de la quantité totale furent extraits dans le département de Moscou ; près de 55 pour 100 dans celui de Vladimir, 12 pour 100 environ dans celui de Nijni-Novgorod et le reste, c’est-à-dire 9 pour 100 dans les départements de Tver, Tambov, Riazan, Kostroma, etc...
- Les 73 grandes fabriques de la région centrale ont extrait 945 000 t. de tourbe en 1908 et 1 340 000 t. en 1913, ce qui prouve que l’extraction dans cette région, où la tourbe consommée forme 13 pour 100 de tout le combustible, a augmenté pendant ces six ans de 42 pour 100.
- Mais la plus grande partie de cette tourbe est utilisée sur place par les fabriques même qui l’extraient et une petite quantité seulement est destinée à la vente. Ainsi de 655 200 t. de tourbe sèche, extraite en 1896 de la région centrale de la Russie, 65 200 à 81 900 t. furent expédiées par chemin de fer et 163 800 t. seulement de 982 800 t. extraites en 1903. Des 34 maisons interrogées en 1915, 4 seulement vendaient une partie de la tourbe extraite, tandis que les 30 autres la consommaient entièrement.
- On employa au début des machines étrangères, le plus souvent allemandes, qui furent plus tard adaptées aux conditions locales, par des constructeurs russes. Les nouveaux-compresseurs fabriquent une tourbe compacte à poids spécifique de 0,75 — 0,90, dont chaque mètre cube pèse 372 à 440 kg. La productivité moyenne annuelle de chaque machine est égale à 4850 — 5820 m3 de tourbe sèche.
- Le prix de revient sur place d’une tonne ne dépasse pas 9 à 12 francs. Ce bas prix tenta déjà à plusieurs reprises l’Administration des chemins de fer russes qui essaya de remplacer la houille par la tourbe, mais les inconvénients de cette dernière, tels que le grand poids, l’humidité, la forte teneur en cendres et surtout l’ignorance par le personnel de la façon de s’en servir, la forcèrent à y renoncer, d’autant plus que les prix des autres combustibles n’étaient pas encore très élevés. Maintenant ces prix montant de plus en plus, l’Administration semble vouloir recommencer ses essais avec la tourbe.
- La compression est le procédé le plus fréquemment utilisé. Le séchage à l’air ne peut être em-
- ployé que pendant 55-65 jours par an dans les régions du Nord où est située la plupart des tourbières.
- Enfin le procédé relativement récent consiste à traiter la tourbe par des machines actionnées par des moteurs électriques (fig. 4). Le courant est fourni par la centrale, construite sur le bord du canal, creusé dans la tourbière. La tourbe, extraite par ces machines, est brûlée sous les chaudières de la centrale. L’énergie électrique produite est aussi envoyée aux villes et fabriques quelquefois assez éloignées, car ia transmission se faisant facilement à la distance de 150 km la centrale peut desservir une région de 70 000 km2. Tous les travaux d’exploitation des tourbières, tels que : le drainage des marais, la construction des routes et des canaux, l’extraction de la tourbe et même les premiers labourages du terrain rendu cultivable se font à l’aide de matériel électrique peu ooûteux, d’un maniement facile et d’un rendement élevé.
- Un exemple d’une pareille station est celle de la Société Eleclroperedatcha, construite sur le marais de Bogorodsk près de Moscou et destinée à fournir l’énergie électrique delà ville de Moscou et à ses environs.
- Cette station est installée d’après le modèle d’une centrale allemande, celle de Wiesemoor qui fonctionne depuis 1910. Les marais de Wiesemoor furent exploités depuis longtemps déjà par des fermiers sans que cette exploitation prenne des proportions plus larges, la consommation de la tourbe étant alors peu importante. Ce ne fut donc pas pour vendre la tourbe extraite qu’on construisit la station de Wiesemoor, mais pour rendre les marais cultivables et ce n’est que plus tard que cette centrale prit son aspect actuel.
- Certaines stations électriques telles que celle de Verkhneissetsk sur l’Oural brûlent la tourbe dans les générateurs et en tirent des produits secondaires dont le plus important est le bisulfate d’ammonium, employé commë engrais. Dans, les tourbières de prairie, riches en azote, ce produit peut être obtenu par la décomposition de la tourbe humide en gaz, employés par des moteurs à gaz et en produits goudronneux qui fournissent le bisulfate d’ammonium.
- L’exploitation des tourbières qui a déjà attiré l’attention du monde scientifique ainsi que celle des techniciens et des industriels continue à faire de grands progrès. L’ignorance par les exploitants des procédés modernes formant trop souvent un obstacle à la bonne exploitation, on se propose d’organiser : 1° des expositions régionales ; 2° des travaux d’enseignement pour les paysans; 5° d’introduire les cours du traitement de la tourbe dans les Écoles techniques supérieures et 4° d’installer une station centrale de recherches. D’autre part, on active les explorations dans de nouvelles régions. Ainsi, cette année on a trouvé près d’Arkhangel de la tourbe d’excellente qualité. Il n’est pas douteux qu’en mettant en œuvre toutes ses ressources, la Russie ne puisse facilement satisfaire ses exigences toujours croissantes de combustible. J- Vichniaic.
- Ingénieur E. S. E.
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- L’ŒUVRE DE LA “ SOCIETE DES AMIS
- La Société anglaise des Amis, The Friends, a délégué chez nous, après la bataille de la Marne, une Mission chargée de la reconstitution provisoire des foyers. Déjà, pendant la guerre de 1870-71, elle était venue au secours des villages ravagés par l’envahisseur; depuis le mois de novembre 1914 elle apporte de nouveau son concours désintéressé et particulièrement précieux aux populations des villes et surtout des villages les plus éprouvés.
- Installée d’abord à Esternay, dans le départe-
- -vM;* 'î - ryïy
- Fig. 2. — L’apport des matériaux.
- Fig. i. — Un village reconstruit par la -• Société des Amis »
- ment de la Marne, la mission, distribuant des secours, entreprit en même temps la réparation des maisons peu abîmées dans les cantons voisins. Un atelier de
- construction d’abris en bois fut installé ensuite, à titre définitif dans l’une des écoles de Yitry-le-François qui devint le centre d’organisation de la Société dans le département de la Marne. Peu à peu le rayon d’action s’est étendu et les départements de l’Aisne, de la Meuse, de Meurthe-et-Moselle, ont vu plusieurs de leurs villages particulièrement éprouvés se repeupler grâce aux travaux de réparation rapidement exécutés et aux constructions neuves en bois qui apportent un abri momentanément suffisant à ceux qui n’ont plus de foyer.
- Les maisons qui ont peu souffert, celles dont les murs restés debout peuvent encore supporter une charpente, reçurent une toiture faite de carton bitumé bientôt remplacé d’ailleurs par des tuiles. On utilisait lès matériaux de construction trouvés sur place : pierres et briques ; mais le principe de la reconstruction repose principalement sur le système des maisons démontables. Aux ateliers de Yitry-le-François, de Haussignemont, etc., alimentés en bois de construction par les soins des départements intéressés, des ouvriers anglais, aidés
- fréquemment par des ouvriers français mobilisés prêtés par l’Administration militaire, on procède à la fabrication des maisons, par panneaux; des voitures automobiles ou hippomobiles transportent les morceaux séparés n’excédant jamais la dimension de 3 m. vers les lieux de destination; l’assemblage se fait rapidement sur place. Toutes les constructions appartiennent au même type; elles n’en diffèrent les unes des autres que par le nombre des pièces, lequel varie de 1 à 4 selon les besoins des familles. Des écoles, des hôpitaux même, ont été construits de la même manière et rendent constamment les plus grands services.
- Le secours matériel apporté par la Mission n’a pas été limité à la reconstruction du logis : dans beaucoup de villages la vie agricole s’était trouvée complètement arrêtée par l’absence de bras et de matériel. Plusieurs sociétés philanthropiques françaises et étrangères, notamment le « Bon Gîte », « The Agricultural Relief ‘: of Allies Commitee » et
- « The American ’ Relief Clearing House » ont apporté leur concours à la « Société des Amis » pour faciliter, en même temps que les reconstructions
- Fig. 3. — Distribution des meubles.
- par les soins des paysans eux-mêmes, la distribution de mobiliers, de machines agricoles et de semences.
- C’est ainsi que, au printemps, 1250 paquets de semences potagères contenant chacun .14 variétés de légumes, étaient distribués dans le département de la Marne et 500 dans celui de la Meuse; on mettait également à la disposition des cultivateurs des semences fourragères : betteraves, sainfoin, trèfle, luzerne, carottes. .
- Les communes des environs de la Fère-Champe-noise reçurent également 5000 kilogrammes de pommes de terre et 8500 kilogrammes d’engrais. Plusde 800 machines agricoles étaient données ou prêtées aux villages plus particulièrement éprouvés;
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- à Sermaize, notamment, plusieurs hectares de terres furent même préparés pour la culture des choux, des pois et des haricots. Mais les besoins se multiplient au fur et à mesure que la saison avance : au moment de la fenaison 47 faucheuses furent distribuées dans le département de la Marne, 25 dans celui de la Meuse et on installa rapidement des ateliers de réparation pour ces machines et pour remettre en état celles qui pouvaient encore être utilisées.
- Puis intervinrent les lieuses et moissonneuses qui sont encore données ou prêtées aux cultivateurs et conduites le plus souvent par les membres de la Mission eux-mêmes. Enfin, à l’arrière-saison, eurent lieu des distributions de batteuses dans les mêmes régions.
- Pendant ce temps les dames attachées à la Mission parcouraientles villages, s’occupaient de distributions de linge, de vêtements, d’apporter des secours médicaux aux familles les plus nécessiteuses, aux réfugiés des départements envahis. Des garderies d’enfants, organisées sous la direction des médecins de la mission, furent installées à Villers-aux-Yents et à Louppy-le-Château, dans le département de la Meuse, où, depuis le mois de novembre 1914, il n’y avait plus d’écoles. L’activité des membres de la « Société des Amis » s’est d’ailleurs inspirée de tous les besoins.
- Des travaux d’assainissement ont été entrepris à l’établissement thermal de Sermaize qui, au mois de février 1915, était occupé par plus de 500 réfugiés : des maisons furent nettoyées et désinfectées; l’analyse de l’eau des puits a permis d’éviter les épidémies en supprimant les foyers d'infection.
- Lorsque, au mois de novembre 1914, la Mission entreprit la belle tâche humanitaire qu’elle a accomplie presque complètement avec ses ressources personnelles auxquelles se sont souvent ajoutées
- celles de la plupart de ses membres, elle se composait seulement de 32 personnes; depuis, ce noyau s’esl multiplié et actuellement 150 personnes attachées à cette œuvre répandent leur activité à l’arrière du front.
- Près de 500 maisons en planches, sans étage, abritant plus de 1000 personnes, ont été construites dans les seuls départements de la Marne et de la Meuse et une cinquantaine ont pu être réparées. Près de 20000 habitants ont reçu des secours, dans les quatre départements de la Marne, de l’Aisne, de la Meuse et de Meurthe-et-Moselle, en vêtements et mobilier; 700 familles ont touché des machines agricoles et des instruments de ménage.
- Le siège social de la « Société des Amis » a envoyé 125 000 vêtements de toute nature. Quant aux secours médicaux, c’est par centaines que se chiffrent les cas d’assistance à la Maternité de Châlons-sur-Marne et par milliers le nombre des visites domiciliaires gratuites dans les départements de la Meuse et de la Marne.
- La Mission s’est organisée en vue de combattre, dans la mesure du possible, les misères que l’hiver développe dans nos malheureuses campagnes ravagées ; une section va également se rendre en Serbie où la barbarie germano-bulgare s’est fait sentir plus atrocement encore que partout ailleurs.
- Puis, à l’heure de la délivrance, elle portera tous ses efforts sur la Belgique et les départements français encore sous le joug pour ranimer nos belles campagnes et les aider à relever leurs ruines.
- Nous devons citer avec gratitude les noms du président du Comité M. T. Edmund Harvey, membre du Parlement anglais, du trésorier en France M. Arnold Eliott et du représentant de la Mission à Paris, M. J. E. Bellows(1).
- ACADEMIE DES SCIENCES
- Séances du io au 17 janvier 1916.
- L'emploi des antiseptiques dans le traitement des plaies infectées. - Les observations bactériologiques et cliniques prises à l’hôpital de l’Ecole Polytechnique ont montré à M. Cazin et à Mlle Ivrongold qu’il n’est pas possible d’adopter une méthode unique pour la désinfection des plaies septiques. Celles-ci, en effet, présentent une flore très variable qui réagit différemment sous l’influence des antiseptiques et se montre plus ou moins réfractaire à certains d’entre eux.
- Seul l’examen bactériologique d’üne plaie infectée permet de déterminer la nature du sérum à employer.
- Le fluor dans le règne végétal. — MM. Armand Gautier et Paul Clausmann ont continué leurs études sur la présence du fluor dans la nature.
- Chez les êtres vivants ils ont, en particulier, constaté que le fluor existe dans tous les tissus, mais en proportion et sous deux formes au moins très différentes : dans les tissus annexiels de la peau (épiderme, ongles, poils), le fluor est abondant et peut dépasser 180 milligrammes par 100 gr. de tissu sec. Au contraire, dans les tissus à haute vitalité, on trouve à peine de 1 à 4 milligrammes de fluor par 100 gr. de matières sèches. Dans tous les cas, le fluor accompagne le phosphore et, sans lui être proportionnel, augmente ou diminue avec lui. A mesure que fonctionnent et se désassimilent les micelles des tissus à vie très spécialisée (muscles, glandes, etc.), le
- 1. Pour les personnes qui s’intéresseraient à cette œuvre si utile, nous donnons l’adresse de la Mission à Paris, 20, avenue Victoria.
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- fluor, qui d’abord y faisait partie d’édifices organisés, très complexes, se concentre peu à peu par rapport au phosphore et finalement passe sous la forme minérale désormais inutilisable par l’économie animale et, par conséquent, il est prêt à être rejeté au dehors.
- Ces remarques ont conduit les auteurs à faire les mêmes recherches sur les plantes. Us ont trouvé que chez les végétaux, les feuilles sont les organes les plus riches en fluor (138 milligr. par 100 gr. de feuilles calcinées sèches dans l’oseille). Les bourgeons sont moins riches, les tiges et les bois encore moins.-
- Comme conclusion pratique.de leurs recherches, MM. Gautier et Claussmann recherchent actuellement l’influence des engrais fluorés sur la’ -croissance des plantes.
- La culture de la betterave sucrière dans le sud-ouest de la France. — En 1914 et 1915, M. Bouyges a essayé la culture de la betterave dans les 4 départements du Lot, Lot-et-Garonne, Dordogne et Gironde.
- 11 résulte de l’examen des récoltes recueillies que la cùlture de la betterave promet d’être rémunératrice au moins pour les variétés sucrières, ce qui est de la plus haute importance à l’heure actuelle où nos pays sucriers sont encore aux mains de l’ennemi.
- Le traitement des plaies de guerre anciennes* — M. Bassuet, chirurgien du centre fistuleux de Beaugency, a traité ses blessés par le sérum de Leclainche et Vallée.
- Sous son influence on constate souvent un réveil de l’infection étéinte en apparence. Celle-ci se traduit par la formation d’un abcès qui permet l’élimination de débris vestimentaires, d’esquilles osseuses, de fragments et projectiles, etc.
- Un réveil violent du microbisme latent, entretenu par des corps étrangers ou quelque foyer infectieux profond, est donc provoqué par le traitement sérique. Loin d’être fâcheux, ce réveil aboutit à la libération hâtive et complète de blessés jusqu’alors immobilisés depuis de longs mois.
- NOUVELLE AUTOMOBILE DENTAIRE DE L’ARMEE FRANÇAISE
- La viande prédominant dans l’alimentation des j troupes en campagne, les soldats doivent posséder des dents solides ou des appareils de prothèse en I bon état pour mastiquer convenablement. Il faut [ donc, sur le front, des spécialistes capables d’assu- ! rer des soins dentaires à nos braves « poilus » afin de leur éviter les affections gastro-entériques, conséquences d’une dentition défectueuse. Un service de stomatologie fonctionne bien à barrière de chaque corps d’armée français, en des points situés à 30 ou 40 km des premières lignes, mais les intéressés parviennent difficilement jusqu’à lui.
- De leur côté, les majors possèdent des clefs de Garangeot pour extirper les molaires trop cariées ou les canines trop ébréchées. Cependant mieux vaut ne pas procéder de si radicale façon et s’adresser à la chirurgie conservatrice pour
- guérir fluxions, périostites ou autres affections buccales.
- En l’occurence, on ne saurait d’ailleurs y parvenir qu’en faisant suivre les régiments de marche par des cabinets dentaires ambulants, pourvus du
- matériel nécessaire.
- La nouvelle automobile que vient d’aménager le Dr M. Gaumerais, attaché comme aide-major à un hôpital complémentaire, solutionne le problème de manière complète et rend d’inappréciables services aux « éclopés de la bouche », depuis plusieurs mois. Cette voiture de stomatologie, pour la désigner par son nom officiel, est formée d’une caisse d’omnibus automobile, d’un modèle courant dans l’armée française, et d’une hauteur suffisante pour que l’opérateur s’y tienne debout. Le moteur toutefois a une force moindre que les types ordinaires vu le minime poids à transporter. À l’intérieur, se trouvent installés, sur les deux tiers de la
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- longueur du châssis, un cabinet dentaire proprement dit, un laboratoire ou atélier occupe le reste de l’espace disponible.
- La paroi oppose'e au moteur ferme la carrosserie en ordre de marche ; elle s’ouvre en deux parties égales dont l’une se relève pour former toiture et l’autre s’abat pour constituer une robuste assise que soutiennent deux piliers en fer quand la roulotte s’arrête pour fonctionner. Sur cette plate-forme, on amène alors le fauteuil où s’assied le patient et qu’on place ainsi presque entièrement en dehors de la carrosserie, en période de travail. D’aütre part, un escabeau facilite l’accès à l’intérieur de la voiture, tandis que des toiles tendues souslra:ent le
- et une petite table pour recevoir le vulcanisateur, qu’alimente également un réchaud à essence. Enfin trois lampes à acétylène assurent l’éclairage intérieur de la voiture.
- D’après des renseignements officiels, la roulotte dentaire a procédé pendant le mois d’octobre 1915 à plus de 1800 opérations diverses (extractions, obturations, pansements, nettoyages, traitements de gingivites ou de stomatites, etc.), sans compter l’établissement de 36 masticateurs et de 14 pièces nouvelles de prothèse, plus 13 réparations de dentiers.
- Le temps et la fatigue de son personnel, qui comprend seulement le D1 Gaumerais aidé d’un
- Fig. 2. — Vue extérieure de la voiture dentaire.
- dentiste et ses clients à la curiosité des passants. On voit encore dans le cabinet dentaire, qu’éclaire une baie vitrée, une tablette et un crachoir sis à proximité du fauteuil. Yis-à-vis s’amarrent un tour à pédale, un petit meuble à double rangée de tiroirs, des étagères à plusieurs rayons renfermant les instruments et le linge. Plus au fond, on a suspendu aux parois de l’automobile, un lavabo à pédales qu’alimente un récipient métallique renfermant dix litres d’eau ; un appareil à essence permet de faire bouillir ou de réchauffer cette dernière, suivant les besoins.
- Le laboratoire comporte un établi à deux places, pourvu d’un, brûleur à essence. Dans un pendoir médian, se trouvent les outils nécessaires à la confection et à la réparation des pièces prothétiques tandis qu’à proximité se dressent un tour d’atelier
- dentiste et d’un mécanicien spécialiste, limitent malheureusement le rendement de la nouvelle création. Aussi faudrait-il multiplier le nombre des automobiles stomaiologiques afin que le secteur parcouru par chacune d’elles ne dépasse pas 4 corps d’armée. De la sorte, cet utile service toucherait tous les intéressés dans les cantonnements de repos et porterait les soins dentaires jusqu’à proximité de la ligne de feu. Pendant que l’opérateur calme les douleurs lancinantes de la pulpite, guérit les caries ou incis'e les abcès, le mécanicien répare sur place et en quelques heures des crochets ou des dents cassées, agrandit ou remplace des pièces. Et les réparations d’appareils prolhétiques sont indispensables aux armées, depuis qu’à côté de jeunes gens combattent maintenant des « demi-vieillards » frisant presque la cinquantaine. Jacques Boyer.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahure, rue de Fleuras, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 2211.
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- 12 FÉVRIER 1916.
- De tout temps, les cours d’eau ont opposé à la marche des armées des obstacles qu’il a fallu vaincre, soit en jetant des ponts de toutes pièces en des points bien choisis, soit en réparant les ouvrages d’art rompus pour empêcher le passage.
- En dehors même des cours d’eau, une armée à la merci de la destruction des ponts qui assurent la continuité des routes et des voies ferrées, au-dessus des vallées profondes et des ravins. L’interruption d’une voie de communication peut avoir des conséquences considérables sur la
- LES PONTS MIUTfcBïES ♦
- sente aisément la somme de travail qu’exigèrent la lente et consciencieuse élaboration du projet, avec ses calculs et ses dessins, la savante organisation du chantier et, enfin, la prudente lenteur de la construction elle-même.
- Or, il suffit de bien peu de chose pour mettre à mal tout l’édifice. Un fourneau ménagé à l’avance ou rapidement creusé dans ses œuvres vives — le long des reins de la voûte ou dans la pile; — une forte charge d’explosifs;. une étincelle électrique déterminant l’explosion, et l’ouvrage s’effondre.
- Fig. i. — Destruction du pont de Pont-Sainte-Maxence sur l'Oise.
- marche des opérations, en raison même de l’importance de plus en plus grande que prend le lourd matériel de guerre que les troupes traînent avec elles. Il suffit de se rappeler qu’en Serbie, la destruction des tunnels et des ponts sur la voie ferrée de Nich a singulièrement retardé, non seulement l’avance des colonnes allemandes, mais le transit des munitions et du matériel destinés aux Bulgares et aux Turcs.
- Il faut dès lors rétablir le passage aussi rapidement que possible ; c’est cette rapidité dans l’exécution qui caractérise les méthodes mises en œuvre par l’ingénieur militaire et qui les distingue des méthodes du'temps de paix.
- A voir un de nos beaux viaducs permanents, qu’il soit en maçonnerie ou en irétal, on se repré-
- S’agit-il d’un pont jnétaljique, on entoure les poutres principales de chapelets de pétards qui, en explosant, les coupent.
- Devant la brèche, l’ennemi s’arrête impuissant. Il ne pourra reprendre sa marche que lorsqu’un ! pont de fortune franchira le vide. Les sapeurs du Génie s’empressent ; ils ont amené à la hâte le matériel de leur parc et rassemblent les matériaux du voisinage. Le moment est venu d’appliquer les méthodes qu’on leur enseigna dans les écoles du Génie, et d’y déployer l’art d’improviser les solutions par les moyens les plus simples : les plus rapides sont les meilleurs, et la rapidité résulte avant tout d’une organisation rationnelle du travail. C’est ainsi que quelques jours, quelques heures parfois, suffiront à suppléer par un ouvrage de
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- fortune un ouvrage dont l’érection savante avait I exigé de longs mois.
- Les problèmes qui se posent ainsi sont aussi variés que les circonstances qui les font surgir. Ils exigent du coup d’œil, .-une prompte décision, et, si dans une armée bien, pourvue, il existe un matériel nombreux et soigneusement étudié de ponts de bateaux et de ponts métalliques pour chemins de fer, c’est surtout la construction des ponts de circonstance et la réparation dés ouvrages détruits avec les seules ressources locales, qui réclament de 1’ingënieür militaire le plus d’ingénieuse, sagacité et de sens pratique. . .
- Depuis dix-huit mois que dure la guerre, les occasions n’ont pas manqué de semblables travaux exécutés à la hâte. Pendant la longue retraite de Charleroi, l’armée française a beaucoup détruit;
- Un équipage de pont comprend donc tout d’abord des bateaux ou pontons, à fond plat, assez légers pour être chargés et portés sur haquets, et d’un tonnage suffisant pour soutenir la charge du pont lorsqu’il est parcouru par deux files de lourds camions automobiles ou par les grosses pièces d’artillerie.
- Ces bateaux en tôle d’acier ne pèsent pas plus de 750 kg; ils mesurent 8 à 9 m. de longueur, 1 m. 60 de largeur et 0 m. 70 à 0 m. 80 de creux. Avec les accessoires, le haquet chargé pèse 2300 kg environ.
- Les matériaux du tablier comprennent essentiellement des poutrelles en sapin de 6 à 8 m. de long. On les dispose en 5, 7 ou 9 cours parallèles à l’axe du pont, s’appuyant à chaque bout sur les deux plats-bords de chaque bateau. Le tablier propre-
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- Fig. 2. — Pont de bateaux, construit par le génie f rançais, traversé par des troupes marocaines.
- un jour viendra où l’on pourra décrire les ouvrages de fortune que les troupes allemandes ont dû construire pour rétablir leurs communications compromises et assurer leur marche; mais, à notre tour, dès que nous avons fait tête et repris l’offensive, nous nous sommes trouvés en présence des mêmes problèmes et l’on n’a que l’embarras du choix parmi les travaux de nos sapeurs-pontonniers, pour en fournir des exemples.
- Les ponts sur supports flottants. — Pour le franchissement d’un cours d’eau, on peut recourir à, deux systèmes, suivant que le tablier du pout repose sur des supports flottants ou sur des supports fixes. ~
- Les premiers, indépendants de la profondeur de l’eau et de; la nature du fond* constituent assurément la solution militaire par excellence, parce qu’elle estegénérale ;-aussi les équipages réguliers. de pont sont-ils destinés avant tout à construire des ponts de bateaux.
- ment dit se compose de madriers de 4 cm d’épaisseur posés en travers sur les poutrelles. La largeur totale du pont est de 5 m. 90 ; mais on limite la voie charretière à 2 m. 60 environ, au moyen de deux longrines de guindage servant de chasse-roues, qui sont brêlées au moyen de cordes avec les poutrelles inférieures, ce qui assure la solidarité de tout l’ensemble.
- Des ancres, des cordages, quelques nacelles de manœuvre, des pièces de bois pour les culées sur les rives complètent ce matériel.
- Les méthodes de mise en place varient beaucoup suivant les circonstances. On peut opérer par bateaux successifs, le pont s’allongeant progressivement d’une travée à chaque opération. C’est le moyen: le plus long, mais la besogne est si bien répartie entre les diverses équipes, spécialisées, les unes amenant le bateau à sa place, les autres apportant les poutrelles, les madriers, les posant, fixant le guindage, que tout s’exécute avec ordre,
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- méthode et une simultanéité qui permet d’achever rapidement le passage.
- La méthode du lancement par conversion permet de dérober les préparatifs à l’ennemi et de brusquer la mise en place. On en trouve un exemple célèbre dans la construction, la veille de la bataille de Wa-gram, en 4809, du pont destiné à relier l’ile Lobau à la rive droite du Danube.
- L'armée française était maîtresse de la rive gauche où débouchait un petit bras du fleuve. C’est dans ce petit bras que le capitaine Eckmann, chargé de l’opération, construisit à loisir, le long de la rive, un pont de 162 m., formé de 4 tronçons articulés au moyen de cordages, afin qu’il piit descendre jusqu’au fleuve, malgré les sinuosités de l’étroit petit cours d’eau. Le moment venu, on l’amena sur le Danube, le long de la rive de départ. On serra les cordages d’articulations pour constituer un ensemble rigide sur toute la longueur. L’extrémité d’aval étant attachée à la culée, le pont, poussé au large, se met à pivoter autour de cette culée; les ancres se mouillent; les cordages se raidissent et le pont s’arrête quand il atteint l’emplacement déterminé d’avance, réunissant les deux berges. L’opération n’avait demandé que 4 minutes.
- Le matériel d’équipage se prête à bien d’autres manœuvres.
- En accouplant deux bateaux, on constituedes por-tières susceptibles d’être intercalées sur le trajet du pont, quand on veut ménager un per-tuis pour le passage de la navigation o u des. crues. Une portière de ce genre peut être aussi équipée en bac ou en iraille qu’un trolley maintient
- en courant sur un câble ou cin-quenelle tendue d’une rive à l ’autre ; il suffit d’incliner la portière sur le courant pour que l’aclion oblique de celui-ci détermine le mouvement par le travers du fleuve.
- Les équipages de pont qui font partie des parcs d’armée sont, avant tout, destinés aux passages rapides des noues d’eau devant l’ennemi. Il convient de les ménager et d’en réserver l’emploi pour les cas exceptionnels et, toutes les fois qu’on le peut, on a recourt à des bateaux de commerce et à des matériaux rassemblés sur place.
- C’est ainsi que dans la guerre actuelle, ont été jetés de nombreux ponts, notamment celui de Lagny, sur la Marne, et, sur l’Oise, ceux de Creil, Verberie, Pont-Sainte-Maxence. Il est toujours malaisé d’employer, pour un même pont, des bateaux de types et de tonnages très différents, qui nécessiteraient de multiples artifices pour réaliser l’horizontalité du tablier, et qui, alors même que cette condition serait remplie au moment du montage, s’enfonceraient- inégalement au passage dès lourdes charges, én sorte que le pont serait soumis à des déformations irrégulières, amenant une dislocation rapide du tablier.
- Fort heureusement, les nécessités de la navigation fluviale ont peu à peu conduit à l’uniformisation du matériel de batellerie et, ce matériel ayant été replié par nous devant l’invasion, il a toujours été possible de trouver, rassemblé à proximité de l’ouvragé à construire, un nombre suffisant de péniches de même taille.
- Ces péniches
- Fig. 3. — Pont de Trilporl détruit par le génie français au passage d’une automobile transportant des officiers allemands.
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- sont d’un tonnage beaucoup plus élevé que celui des pontons d’équipage, ce qui permettrait à la rigueur d’augmenter notablement la largeur totale des travées. Au pont de Lagny, cependant, le nombre de péniches dont on disposait était assez grand pour qu’on n’ait pas cru nécessaire de donner plus de
- 7 m. 50 d’écartement d’axe en axe, ce qui, en raison de la largeur de ces bateaux qui est de 5 m., laissait entre eux des vides de 2 m. 50 seulement.
- Lés poutrelles successives prenaient appui, non pas sur les plats-bords, ce qui peut fatiguer la membrure, mais sur les couples du fond, par l’intermédiaire d’un chevalet très simple dont les pieds reposaient sur des madriers longitudinaux répar-tissant ainsi la charge sur plusieurs couples de membrure.
- Dans une construction improvisée, il importe de n’employer que des échantillons courants de bois du commerce. Ceux qu’on est le plus assuré de trouver en grande
- quantité, sonl de v****-*™ ,
- bastings et des madriers.
- Les premiers permettent d’établir un solide plancher de 65 mm d’épaisseur; quant aux madriers de 23 cm de haut et
- 8 de large, ils seraient isolément un peu faibles pour servir de poutrelles de grande portée. On
- les a jumelés par trois en les serrant fortement au moyen de boulons.
- C’est le procédé appliqué au pont de Lagny qui fut construit pendant la bataille de la Marne. L’ordre de rechercher l’emplacement fut donné le
- 9 septembre, et, le 15, le pont était ouvert à la circulation. Or, il a fallu, non seulement rassembler les péniches, mais apporter les bois à pied-d œuvre, recruter des ouvriers civils, construire et préparer les accès. La longueur du pont atteignait 90 m. ; le cube des bois employés était de près de 90 m3, soit 1 m3 par mètre de longueur.
- Au pont de Creil, on a mis plus de diligence encore, car sa construction, commencée le 22 septembre, était terminée en 3 jours, malgré les difficultés rencontrées. On ne disposait que d’un petit nombre de gabarres d’entrepreneur, ce qui obligea à les écarter à 8 m. Dans ces conditions les poutrelles formées de trois madriers jumelés auraient été un peu faibles si elles avaient dû travailler isolément au passage de lourds camions automobiles ; on tourna la difficulté par un artifice ingénieux. Tout d’abord, les guides-roues furent placés
- Fig. 5. — Le pont de Lagny réparé.
- à 2 m. 36 seulement d’écartement ; c’est la largeur de voie jugée suffisante sous les guichets du Louvre, et l’on a intérêt à ne point donner davantage pour éviter aux autos la possibilité de vaguer sur leur route.
- Chacune des lignes de roulage étant ainsi bien déboutée, on a disposé à son aplomb une des poutrelles triples, et toutes les poutrelles sont solidarisées par un madrier placé en travers en dessous et au milieu de la portée, avec lequel elles sont réunies par des étriers et des boulons. La charge se répartit ainsi sur toutes les poutrelles qui travaillent à la lois.
- Les nécessités militaires ont entraîné la destruction dix célèbre pont de Pont-Sainte-Maxence, construit par Peronnet, l’auteur du pont de la Concorde. Ce magnifique ouvrage d’art est orné de pyramides monumentales, aux débouchés sur les rives ; notons, en passant, un curieux phénomène dû à
- l’explosion du t fourneau de mi-
- ne ; les deux'pyramides de la rive droite, les plus rapprochées du fourneau, ont subi une rotation sur leur massif de base, et c’est un phénomène tout à fait analogue à celui que l’on observe fréquemment sur des piliers, dans les tremble-ments de terre.
- Le pont de péniches jeté en amont de l’ouvrage détruit se trouvait dans des conditions particulièrement délicates. Les débris de la voûte obstruant le lit créaient un remous relevant le plan d’eau de plus de 1 m. à l’amont. On devait donc prévoir l’abaissement graduel du pont de bateaux à mesure de l’enlèvement des débris formant barrage, ce qui nécessitait de relier la partie flottante à chacune des rives par un dispositif articulé susceptible de suivre ce déplacement par une de ses extrémités.
- Dans ce but, la culée sur la rive a été tout d’abord reliée par une première travée de tablier fixe à une palée solide formée de deux pilots entretoisés par des tra\erses et des croix de Saint-André. A son tour, le chapeau de cette travée sert d’axe d’oscillation à une travée mobile qui s’appuie, d’autre part, sur le premier bateau du pont. Au moment de la construction, ce petit pont mobile présentait une rampe montante à près de 8,56 pour 100, donnant à son extrémité sur le bateau une surélévation de 0 m. 55. Quand l’écoulement de l’eau a été rétabli, cette rampe devait naturellement se changer en une pente descendante
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- de même inclinaison, corrigeant ainsi une dénivellation totale de 1 m. 10.
- La photographie donnée par la figure 1 a été prise alors que la baisse des eaux avait déjà commencé.
- Pour épuiser ce qui concerne les ponts sur supports flottants, il conviendrait d’indiquer comment on peut construire des radeaux au moyen de troncs d’arbre, ou de tonneaux vides hermétiquement clos. Sans qu’il soit nécessaire de nous étendre à ce sujet, le lecteur en trouvera des exemples dans nos gravures dont l’une (fig. 8) représente un pont de tonneaux sur l’Yser.
- Pont sur supports fixes. — Sur l’immense front
- exposées à chasser; le pont se disloque alors et s’en va à la dérive.
- Contre celte éventualité, rien ne vaut un bon ouvrage sur pilotis; mais on construit également, lorsque le cours d’eau est peu profond, des ponts sur des chevalets.
- Les parcs de pontonniers, en dehors du matériel de flotteurs, comprennent des chevalets très simples et très légers qu’on appelle des chevalets Birago Pt qui sont formés de deux pieds inclinés glissant dans les mortaises du chapeau, de telle sorte qu’on peut leur donner aisément la longueur qui convient quel que soit le profil du fond. Des poutrelles à grilles,
- Fig. 6. — Un pont de bateaux sur péniches. Établissement de la charpente de la passerelle.
- qu’occupent nos troupes et qui, pour une large part, se déroule le long de rivières importantes sur lesquelles il a fallu s’assurer de nombreux points de passage, aussi bien pour les colonnes d’attaque que pour les lignes.de retraite, les équipages de pont français ont fait d’utile besogne; mais il importe de ne pas immobiliser trop longtemps un matériel précieux, et l’on remplace, dès qu’on en a le loisir, les ponts d’équipage par des ouvrages établis le plus souvent sur supports fixes. Ceux-ci ont4’avantage, en outre, de n’èlre point à la merci d’une crue subite et violente qui, en soulevant les bateaux, peut compromettre un pont sur supports flottants. Ces derniers, en outre, rétrécissent le débouché et ont à supporter, de ce fait, une poussée considérable, sous l'effort de laquelle les ancres sont
- préparées d’avance, viennent coiffer le chapeau du chevalet, et si les poutrelles de la première et de la dernière travée sont fortement attachées sur les culées de rive, tout cet ensemble est suffisamment rigide pour résister au courant.
- Les chevalets ordinaires à quatre pieds sont construits sur place avec les bois du voisinage. Leur hauteur variant avec la profondeur de l’eau, il est nécessaire, au préalable, d’opérer des sondages sur leurs emplacements. C’est ainsi que furent construits les ponts de la Bérésina, en 1812.
- Quant aux pilotis, qui donnent les supports les plus solides, lorsqu’on peut craindre l’action des crues, les moyens sont connus qui permettent de les battre — de les enfoncer — en laissant tomber sur leur tête le lourd mouton d’une sonnette.
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- Un certain nombre de pieux ou pilots, battus parallèlement à la rive et réunis par un chapeau, constituent une pal-ée, et l’on établit autant de palées qu’il en faut pour décomposer le tablier du pont en travées de 4 m. environ. A la rigueur,
- chaque palée peut ne comporter que 2 pilots; mais il faut les entretoiser solidement au-dessus de l’eau au moyen de traverses et de croix de Saint-André, comme on l’a pratiqué — nous l’avons vu — à Pont-Sainte-Maxence. Vingt pieux suffiraient ainsi pour supporter un pont de 40 m. de long. On n’utilise pas assez souvent ce procédé très simple et rapide, et l’on a une tendance fâcheu se à multiplier inutilement les pilotis, si l’on songe qu’un pieu de 30 cm de diamètre peut porter aisément de 20000 à 25 000 kg de charge.
- Des réparations d’ouvrages détruits. — Les procédés que nous venons de décrire permettent, lorsqu’un ouvrage d’art est détruit, d’établir un pont dans le voisinage et tout à fait indépendant du premier ; mais, si la brèche n’est pas trop importante, on peut être tenté de la franchir en jetant un tablier sur les restes de l’ouvrage primitif, et c’est alors que les solutions sont le plus variées.
- On pourrait disposer, entre les points d’appui, deux poutres en treillis qu’il est très facile de construire rapidement, au moyen de planches et de madriers. On réunit ces deux poutres par des entre-
- toises transversales sur lesquelles s’appuie le tablier. La réparation du pont de Lagny, faite à loisir pour permettre la suppression du pont de péniches, en offre un exemple.
- Le plus souvent, lorsqu’une voûte est rompue aux reins, on répare la brèche au moyen d’une charpente arc-boutée sur des contrefiches, comme au pont de Trilport (fig. 4).
- Des estaeade^en charpente, comme on en a tant construit en Amérique, permettent de franchir de vastes portées et peuvent avoir une solidité convenable pour le passage d’une voie ferrée.
- Le pont sur l’Aisne à Choisv-au-Bac — qui, à la vérité, ne donne passage qu’à une route ordinaire — présente cette particularité qu’on y a ménagé une passe navigable, c’est-à-dire assez large et assez haute pour le passage des péniches matées.
- Voilà quelques exemples des ressources de l’art de l’Tngénieur ; mais il convient d’envisager d’une façon
- spécialè le rétablissement des plus importants viaducs des voies ferrées et de s’y préparer dès le temps de paix. On n’y a pas manqué, et toute armée bien organisée possède un matériel spécial susceptible de s’appliquer aux circonstances les plus difficiles et de franchir des brèches souvent très grandes.
- Ce qui distingue ce matériel des ponts construits
- Fig. 7. — Lancement d’un pont type Marcille.
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- dans les loisirs de la paix, c’est que ces derniers sont strictement calculés pour une portée déterminée, avec le minimum de métal qu’indique le calcul. Au contraire, un matériel préparé d’avance doit se prêter à toutes les situations. Il doit comprendre un nombre indéterminé de tronçons identiques qui s’ajoutent les uns aux autres, suivant qu’entre les appuis la portée est plus ou moins grande, et la force des éléments, calculée pour la plus grande portée, est nécessairement surabondante pour les plus petites. 11 y a donc toujours excès de métal ; la solution n’est pas économique, mais c’est une considération qui n’intervient pas clans les opérations militaires.
- Nous avons en France un matériel de deux systèmes, formés, l’un de poutres droites pleines : c’est le matériel Marcille; l’autre de poutres en treillis : c’est le matériel du colonel Henry.
- Le premier comprend des poutres de hauteurs différentes qui correspondent à des portées de 10, 20 et 45 m., par tronçons de 5 m., 2 m. 50 et 1 m. 25 de longueur permettant de réaliser toutes les portées int ermédiaires.
- Ces éléments sont évidemment très lourds et ne peuvent se déplacer que sur la voie ferrée elle-même. On les charge et décharge au moyen de grues spéciales puissantes, et on les assemble sur la rive de départ, dans le prolongement de l’ou-
- vrage à construire. Le pont ainsi monté et placé sur des galets de roulement, est muni en avant d’un bec relativement léger et, à l’arrière, il se prolonge sous forme d’une culasse suffisamment lourde pour maintenir toute la masse à mesure qu’elle s’avancera en porte à faux au-dessus du vide. On a soin de construire des piles formant culées, en charpente extrêmement solide, sur lesquelles on laisse reposer tout le système quand
- l’opérai ion du lance-. ' . mentestterminée, avant
- de démonter le bec et « la culasse.
- Tout est ainsi combiné pour que le montage et le lancement soient rapides; mais on conçoit qu’il y faut des équipes de sapeurs très bien dressés, et, dans l’organisation du chargement du matériel sur wagons, un ordre parfait.
- Le système Henry, composé uniquement de barres droites qui s’articulent pour former un treillis, a l’avantage d’être beaucoup moins pesant. Ses éléments sont plus faciles à manier; mais la méthode de lancement est la même.
- Ce court aperçu montre à quels problèmes variés donne lieu cette question des ponts militaires, sous toutes leurs formes. Les solutions ne datent pas d’aujourd’hui, et si la guerre tend à devenir de plus en plus scientifique dans ces moyens, l’art de l’Ingénieur y est mis en pratique depuis bien longtemps, comme on le voit. X....
- Fig. y. — Construction des piliers d’un pont militaire avant son lancement sur la Suippe.
- LA MONNAIE DE BILLON
- La presse quotidienne eût peut-être été bien inspirée en faisant le silence autour de la crise de la petite monnaie. Il lui a suffi, en effet, de signaler quelques abus pour provoquer l’accaparement par certaines administrations, par les commerçants et même par le public. Les causes de cette crise, qui n’aurait pas dû se produire, étaient à prévoir. Fn premier lieu les « journées » de bienfaisance ont constitué un drainage énorme d’autant plus dangereux que la monnaie récoltée n’était remise en circulation que longtemps après la recette; ensuite beaucoup de commerçants se refusaient à rendre la
- monnaie qui affluait constamment à leurs caisses et qu’une simple mesure de police pouvait faire sortir; enfin l’arrêt total de la production pendant les six premiers mois de l’année 1915. Cette dernière cause esta souligner. Au moment de la déclaration de guerre, la Monnaie était occupée à la frappe des pièces de nickel ; le travail fut arrêté peu de temps après parce que les usines métallurgiques préparant les flans furent réquisitionnées par le Ministre de la Guerre pour être utilisées d’une autre manière. Mais on oublia de se remettre à la frappe du bronze, de sorte que le nickel non mis
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- en circulation et dont la fabrication était arrêtée, avait pris la place du bronze officiellement supprimé. Les choses restèrent en cet état jusqu’au mois d’aoùt 1915, époque à laquelle il manquait à la circulation environ deux millions de pièces, en admettant comme moyenne de la production celle des six premiers mois de 1914 qui fut de un million de pièces.
- La frappe fut reprise au mois d’aoùt, mais la crise commençait à se faire sentir et lorsqu’elle éclata il fallut, pour la conjurer, solliciter
- disette du cuivre et du nickel contre laquelle lutte l’Allemagne. Nous nous expliquons même très difficilement comment nos ennemis parviennent encore à se procurer du nickel.
- L’activité étant revenue à notre Hôtel des Monnaies, nous pouvons y faire une courte visite, parcourir les ateliers et assister à toutes les opérations qui sont très nombreuses si l’on envisage le traitement des trois métaux ; nous limiterons notre visite à la métallurgie du petit sou qui a retenu, à plusieurs reprises, l’attention de M. Ribot, lui-même.
- Le cuivre se présente à l’Hôtel des Monnaies, sous la forme de lingots de 6 à 10 kg desquels on extrait une peuille, petite parcelle de métal, qui est envoyée au laboratoire d’entrée. Si le titre est au moins égal à 994 millièmes de métal pur, le lingot est accepté. Ce sont des lingots vierges : quelques-uns accusent parfois jusqu’à 999 millièmes de fin. Les lingots admis passent à la fonderie ; on
- Fig. i. — Le découpage des flans.
- le concours de la Monnaie espagnole à qui l’on demanda de nous préparer 50 millions de llans. Actuellement, l’IIôtel des Monnaies de Paris frappe chaque jour pour 15 ou 20000 fr. de pièces de bronze ; la production du mois de décembre a été de 400 000 francs.
- Nos ennemis connaissent urte crise de la petite monnaie autrement grave que la nôtre puisqu’elle est produite par le manque de métal. Ils ont su la résoudre très rapidement et avec une élégance peu scrupuleuse. Le cuivre et le nickel, devenus métaux précieux, ont été remplacés purement et simplement par le fer et le carton. On frappe en Allemagne et en Belgique des sous en fer, en carton métallisé, dit-on, et même en carton. Un réfugié de Lille a bien voulu nous confier uri sou de carton que nous reproduisons. Un peu plus grand qu’une pièce de 10 centimes ordinaire, il est grossièrement imprimé et son peu de résistance le rend tout à fait impropre aux négociations.
- Cette étrange monnaie nous renseigne mieux que les plus sensationnelles informations sur la
- Fig. 2. — La coulée du bronze.
- utilise des creusets en plombagine, contenant 70 kg d’alliage, placés sur une grille dans de petils fourneaux chauffés au coke. Les creusets reçoivent des lingots et des fragments de métal provenant des chutes de la fabrication, auxquels on ajoute la quantité d’étain et de zinc nécessaire pour obtenir l’alliage légal. Lorsque le métal est en fusion on procède au coulage.
- Le creuset est sorti du fourneau à l’aide d’une énorme pince montée sur un bâti mobile et amené sur le brancard, longue tige métallique terminée à chaque extrémité par deux poignées, pourvue, au milieu, d un cercle de fer dans lequel s’engage et se maintient le creuset incandescent. Le brancard est
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- Fig. 3. — Le laminage des bandes de métal.
- manœuvré par deux ouvriers qui se placent en face du chariot porteur des lingolières. Ces lingoLières sont formées d’épaisses lames de fonte présentant un évidement sur chaque face verticale. Le rapprochement des lames forme une série de vides verticaux dans lesquels on coule le métal. La solidification est instantanée; lorsque le creuset est vide les ouvriers desserrent les vis du chariot qui maintiennent tous les éléments de la lingotière et les lames de bronze sont jetées sur le sol. On aperçoit, pendant la coulée, des morceaux de charbon de bois incandescents qui surnagent sur le creuset; ils sont là pour éviter l’oxydation qui se produirait si le métal était en contact avec l’air pendant la fusion. Le creuset vide, encore incandescent, est saisi à la main par un ouvrier et remis dans le fourneau; naturellement les mains sont garnies d’un épais manchon de toile toujours mouillé.
- Les lames sont ensuite ébarbées entre deux disques d’acier superposés, tournant en sens inverse, et agissant comme de puissantes cisailles, puis elles passent au four à recuire dont la température est de 900°.
- Cette dernière opération se pratique à plusieurs reprises pendant le traitement des lames et des dans, elle facilite les manipulations successives en augmentant la malléabilité du métal. Elle est particulièrement nécessaire avant le laminage qui amène les lames à l’épaisseur normale des pièces.
- Les laminoirs de l’Hôtel des Monnaies sont semblables à ceux que l’on utilise dans l’industrie métallurgique pour la fabrication des pièces de charpente ; après chaque laminage les pièces sont recuites : Je laminage finisseur est dirigé par deux ouvriers, le conducteur et le receveur. Ce dernier prélève, au milieu de la lame, à l’aide d’un décou-poir à main, un'flan d’essai dont il en vérifie le poids sur un trébuchet ; s’il est trop léger la lame
- retourne à la fonte ; dans le cas contraire elle est conduite au découpage.
- Ajoutons que les lames, gagnant en longueur ce qu’elles perdent en épaisseur, s’allongent après chaque laminage : pour faciliter leur manipulation on les ccupe en trois parties qui sont alors traitées séparément.
- Le découpage des flans s’effectue automatiquement, l’ouvrier étant seulement chargé de diriger la lame; les flans tombent dans un seau et ce qui reste des lames retourne à la fonte. Les flans subissent ensuite l’opération du cordonnage qui redresse la tranche.
- Un cylindre mobile entraîne le flan contre un coussinet fixe d’acier qui, en faisant un tour sur lui-même, aplatit la tranche en provoquant un exhaussement des bords (cordon) dont la principale utilité est de protéger la future figurine contre une usure trop rapide; de plus, la présence du cordon facilite le travail de la virole pendant la frappe. ': \
- Puis lesflans sont encore recuits, mais en vase clos, dans des marmites fermées hermétiquement contenant de la poussière de charbon de bois ; afin d’éviter l’oxydation et le dégagement de parcelles métalliques.
- Les flans, qui viennent de naître, subissent ensuite un nettoyage, un blanchiment consciencieux. On les jette dans des tonneaux mobiles autour d’un axe horizontal et, pendant deux heures, ils roulent avec
- Fig. 4. — La presse de Thonnelier à frapper les monnaies.
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- LE JAPON ET LA RUSSIE
- de la sciure de bois ; ils en sortent très brillants, comme des pièces d’or, et sont mis à sécher dans de grandes bassines de cuivre rouge chauffées à la vapeur. On les compte ensuite, à la poignée, en les jetant sur une planchette creusée d’alvéoles de la dimension des flans. C'est fait très vite ; la planchette contient 200 flans et la réunion de dix planchettes forme un plateau; le plateau est une unité de fabrication pour l’atelier des presses.
- En dehors du métal et des diverses manipulations auxquelles il est soumis, il est une pièce de tout cet engrenage plus importante que le métal lui-même et dont la confection demande plus de soins encore que celle des flans, ces derniers fussent-ils en métal précieux ; c’est le coin monétaire, dépositaire des empreintes; c’est le sceau de l’État, la garantie. L’artiste qui a reçu la commande de l’État grave lui-même son coin et en prend cinq ou six empreintes pour le cas où, l’une d’elles subissant une avarie, d’autres puissent la remplacer. Ces empreintes servent de modèle aux coins que l’on introduit dans les presses pour la frappe. Ces derniers sont tirés de barres d’acier de différents diamètres suivant le module auquel ils sont destinés. Ce coin est cylindrique ; il mesure environ 5 cm de hauteur, l’une des bases est plate, l’autre se termine au tour par un cône très aplati. C’est sur cette pointe qu’on applique l’empreinte en creux au balancier. Les coins passent ensuite à l’atelier de gravure où des artistes opèrent au burin les retouches nécessaires; on les soumet à la recuisson en vase clos avec du poussier de charbon de bois, puis on les retrempe à l’eau froide. La gravure au
- burin des coins monétaires remonte à Louis XIII.
- Les flans parviennent au monnayage dans des mannes en osier. La frappe s’effectue à la presse Thonnelier qui a substitué la pression produite par un levier à la percussion par la vis du balancier. Ce levier détermine le mouvement vertical d’une colonne à la base de laquelle est fixé le coin de revers. Une rotule porte le coin de tête entouré par la virole brisée faite de trois segments, actionnés par des ressorts, qui cèdent et se rapprochent dès que la pression du coin de revers commence à se faire sentir; ils remontent et se séparent sous l’action des ressorts qui les supportent lorsque la colonne reprend son mouvement ascensionnel. L’ouvrier alimente un godet d’où les flans sont poussés automatiquement sous la presse ; la frappe a lieu simultanément sur les deux faces et la pièce est chassée hors de la machine.
- Il serait fastidieux d’insister davantage sur cette fabrication et surtout sur la frappe des monnaies qui a été décrite très fréquemment. Nous nous contenterons d’ajouter que les essais du bronze sont effectués à l’aide d’un appareil dû à M. Riche, ancien chef du laboratoire; la méthode est purement galvanoplastique. Le récipient est une sorte de petit creuset relié au pôle positif d’une pile de quelques éléments, l’autre électrode étant constituée par un petit seau de quelques centimètres de diamètre percé de deux fenêtres. Lorsque le dépôt de cuivre est effectué il suffit d’en déterminer le poids pour connaître le titre de l’alliage.
- L. F.
- Fig. 5.
- Un sou. en carton de Lille.
- LE JAPON ET LA RUSSIE
- LEURS RAPPORTS ÉCONOMIQUES
- Malgré son développement considérable pendant ces dernières années, l’industrie métallurgique russe demeurait insuffisante même pour la satisfaction des besoins normaux du pays avant la guerre.
- Le principal défaut de la métallurgie russe consiste dans la prépondérance des matières premières et des produits demi-fabriqués sur la quantité insignifiante des produits fabriqués. Cet inconvénient a eu une for le répercussion sur l’approvisionnement de la Russie en canons, fusils, etc. Le développement d’une autre industrie de grande importance au point de vue militaire, l’industrie chimique des explosifs, n’était pas moins faible.
- On sentit donc, dès le commencement de la guerre, a nécessité d’une large et rapide importation des munitions. Mais quel pays pouvait en fournir? Non seulement la France et l’Angleterre, qui poursui-
- vaient la mobilisation de leurs industries pour leurs propres besoins militaires, étaient à peu près incapables de fournir des munitions à la Russie, mais les conditions mêmes du transport, depuis la fermeture des Dardanelles et des frontières occidentales de la Russie, rendaient très difficile le transport rapide d’une grande quantité de munitions. La Russie fut donc obligée de se tourner vers les pays restés avec elle en communication par ses frontières asiatiques, c’est-à-dire aux États-Unis et au Japon.
- Si les États-Unis restèrent surtout fournisseurs de la France et de l’Angleterre, le Japon au contraire s’appliqua particulièrement à exécuter les commandes militaires de la Russie. Cette « division du travail » est due à plusieurs causes, principalement à l’amélioration croissante des rapports politiques entre la Russie et le Japon. La question d’une
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- LE JAPON ET LA RUSSIE =zi........—r—...== 107
- alliance politique entre les deux pays est, en effet, fréquemment traitée par la presse et compte parmi ses partisans des diplomates et hommes politiques très actifs et influents.
- La Russie et le Japon désirent être assurés contre toute surprise désagréable dans leurs politiques ultérieures et ils trouvent que le meilleur moyen pour cela serait une entente qui aurait en même temps pour le Japon l’avantage de lui permettre de concentrer toute son attention sur ses rapports avec les Etats-Unis d’Amérique.
- Cependant, et en attendant, les relations économiques russo-japonaises restent peu importantes, comme le prouvent les chiffres suivants empruntés à Y Annuaire Financier du Japon.
- EXPORTATION Milliers de francs.
- 1900 1910 1913
- Total .... 544675 1 260 677 1 759 275
- En Russie . . 11 550 11 865 25 211
- IMPORTATION Milliers de francs.
- 1900 1910 1913
- Total .... 789 988 1 276 641 2 005 955
- De la Russie . 16 570 2 651 2 172
- Ainsi dans tout .le commerce extérieur du Japon la part de la Russie représentait 2 pour 100 en 1900 et près de 11/2 pour 100 en 1913.
- D’aûtre part, si l’exportation du Japon en Russie, quoique toujours peu importante, augmenta un peu, celle de la Russie au Japon, déjà insignifiante auparavant, fut presque réduite à zéro.
- Laissons pour le moment de côté les causes de ce faible développement des rapports économiques russo-japonais, pour ne nous occuper que des modifications que la guerre apporta à cet état de choses, et en commençant par celles survenues dans les commerces extérieurs de deux pays. Nous possédons la balance de celui de la Russie pour les 10 mois, du 1er janvier au 1er novembre de l’année courante qui montre que, tandis que le commerce extérieur total a sensiblement diminué pendanL la durée de la guerre, celui fait par les frontières asiatiques, c’est-à-dire principalement avec le Japon, les États-Unis, la Chine, etc., s’est au contraire fortement accru. 11 fut, en effet, importé en Russie et exporté par toutes ses frontières, à Yexception de celle d’Asie.
- EXPORTATION IMPORTATION Millions de francs.
- Janvier-octobre 1915 •> 5070 2700
- — — 1914 2580 2500
- — — 1915 654 1240
- Quant aux frontières d’Asie seulement le tableau
- du commerce extérieur de la Russie est tout à fait différent :
- EXPORTATION IMPORTATION
- Millions de francs.
- Janvier-octobre 1915 208 562
- — —. 1914 198 580
- — —. 1915 170 850
- La plus grande partie de l’accroissement ainsi constaté provient du Japon et des États-Unis; le port de Wladivostok où l’on importe, depuis le commencement de la guerre, presque exclusivement des munitions, reçut dans les 7 premiers mois de 1915 pour 360 millions de francs de marchandises, dont 128 millions représentent l’importation des États-Unis et 141 millions de francs celle du Japon.
- Tout aussi éloquents sont les chiffres de l’exportation japonaise. Pendant les neuf premiers .mois de 1915 sa valeur s’accrut par rapport à celle de 1914 de plus de 100 millions de francs, malgré la diminution de l’exportation dans beaucoup de pays.
- Pour caractériser l’exportation japonaise actuelle, il faut indiquer que son augmentation est due surtout à celle du groupe connu sous le nom de « marchandises diverses », qui comprend les objets de l’industrie militaire.
- Tous ces chiffres montrent bien le rôle important que le Japon joue dans l’approvisionnement de la Russie en munitions. Ajoutons que ce rôle continuera à devenir de plus en plus important, car le Japon a mis en mouvement toutec les forces pouvant contribuer au développement maximal de sa production des munitions. Non seulement les arsenaux de l’Etat, mais même les entreprises particulières sont adaptées à l’exécution d’énormes commandes militaires des Alliés et tout particuliè-ment de celles de la Russie.
- Le grand empressement que le Japon montre dans l’approvisionnement militaire de sa voisine, s’explique non seulement par l’amitié politique des deux Etats, mais encore par des considérations purement militaires d’une grande importance pour le Japon.
- En effet, ces commandes militaires chèrement payées, lui permettent de renouveler à des conditions exceptionnellement favorables tout son matériel de guerre et à élever ainsi jusqu’au maximum possible sa préparation militaire.
- D’une part, il a vendu à la Russie une grande partie de son matériel existant, qu’il remplacera immédiatement par un matériel nouveau et perfectionné ; de l’autre, il fonde de nouvelles usines de munitions, augmente la productivité des anciennes, etc.
- On appréciera tous les avantages de ce procédé pour le Japon lorsqu’on se rappellera que son concurrent, les Etats-Unis, réussit par des procédés
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- 108 LA NOUVELLE LIGNE FERRÉE DE L’ESTAQUE A MIRAMAS
- analogues à accroître considérablement sa préparation militaire qui permet à la grande République Transatlantique de fabriquer rapidement, en cas de nécessité, un immense matériel de guerre. Evidemment, le Japon est vivement intéressé à ne pas se laisser devancer par son rival. Les commandes militaires de la Russie lui fournissent des moyens pour l’exécution de ses projets.
- Toutefois il existe quelques obstacles au développement plus considérable des rapports militaires et commerciaux entre la Russie et le Japon.
- Les principaux peuvent être résumés comme suit :
- 1° Le développement de l’industrie métallurgique japonaise est entravé par le manque du minerai de fer; 2° son industrie chimique, qui est d’une grande importance en temps de guerre, a trop dépendu de l’Allemagne, de sorte qu’elle n’a pas encore réussi, malgré d’énergiques efforts, à marcher toute seule; 3° enfin l’industrie textile du Japon, habituée aux consommateurs asiatiques, n’a pu s’adapter facilement et rapidement aux commandes russes qui exigeaient d’elle une réorganisation de ses méthodes de production et de ses modèles habituels. Toutes ces circonstances retardaient donc le secours que le Japon aurait pu fournir à la Russie sous forme de munitions et d’approvisionnements.
- D’autres obstacles découlent des conditions mêmes de la vie. russe. Telles sont, par exemple, les difficultés du transport. Tout d’abord on dut constater que le port de Vladivostok n’est pas adapté à un rapide déchargement des grandes quantités de marchandises qui commencèrent à y affluer dès le début de la guerre.
- Certes, des travaux entrepris rapidement augmentèrent en une certaine mesure la capacité du port, mais insuffisamment encore. ;
- En outre, les chemins de fer qui transportent les marchandises importées de Vladivostok au théâtre des actions militaires ne sont pas plus adaptés que^
- le port à une rapide augmentation de leur capacité.
- Les rapports commerciaux entre la Russie et le Japon ne se limitent pas aux commandes militaires. L’Allemagne écartée du marché‘russe, la difficulté des relations commerciales entre la Russie et les autres pays européens, l’influence de la guerre sur ces derniers, — tout cela a créé pour l’industrie et le commerce japonais des conditions favorables à la consolidation et à l’agrandissement de ses positions sur l’immense marché russe. On a organisé, pendant ces derniers mois, dans les deux pays des sociétés spéciales destinées à faciliter leur rapprochement économique. Dans le même but, sont envoyées sur les lieux des délégations spéciales qui étudient les conditions de la production et de la vente, ainsi que l’amélioration des rapports de crédit entre la Russie et le Japon.
- Toute cette campagne sera sans doute très utile au Japon, qui a souvent fait preuve du caractère entreprenant de ses commerçants et de la facilité avec laquelle son industrie s’adapte aux "différentes conditions.
- En outre, l'industrie japonaise possède une qualité précieuse et qui lui sera fort utile après la guerre, notamment les bas prix de ses produits. Or, l’exigence principale de la grande masse des consommateurs appauvris sera alors justement le bon marché des marchandises, tandis que l’industrie européenne, placée par la guerre dans les conditions telles que la cherté de l’argent, de la main-d’œuvre, etc..., sera au contraire forcée d’élever les prix de ses produits.
- Infiniment moins atteint par la guerre que les pays européens, y gagnant même sous certains rapports, le Japon deviendra certainement après la guerre un concurrent beaucoup plus sérieux et actif qu’autrefois des puissances européennes et il le sera non plus seulement sur le marché asiatique, mais aussi en Lurope et surtout en Russie qui, nous l’avons vu, lui offre de si grandes possibilités.
- LA NOUVELLE LIGNE FERRÉE DE L’ESTAQUE A MIRAMAS
- (Marseille-Arles)
- La ligne que la Compagnie P.-L.-M. vient de mettre en exploitation emprunte aux circonstances actuelles une importance toute particulière. Jusqu’ici, les communications entre Marseille et le centre de la France n’étaient pratiquement assurées que par la ligne qui franchit le massif de la Nerthe sous un tunnel de 4638 m.
- Ce tunnel, l’un des plus anciens de nos réseaux, n’a jamais donné signe du moindre affaissement ; néanmoins, un accident est toujours possible et, en cas d’interruption sur ce point de l’artère Paris-Méditerranée, notre principal port se fût trouvé isolé du reste du territoire. On se serait ainsi trouvé dans l’impossibilité d’assurer en temps utile les transports de
- troupes et des innombrablesproduits venus par mer.
- Il existait bien une autre ligne, passant par Aix ; mais elle est à voie unique et présente de fortes déclivités qui rendent incertaine l’organisation d’un trafic intensif. On comprend donc qu’un intérêt d’ordre général s’ajoutait à celui des localités du littoral compris entre l’Estaque et Port-de-Bouc. Ce dernier était déjà relié à Miramas par une ligne dont il a été jadis question dans La Nature(*). Cette ligne offrait une curieuse particularité, exemple peut-être unique au monde d’une voie ferrée établie au-dessous du niveau de la mer. Le profil de la ligne,
- 1. Yoy. n° 1321, du 24 septembre 1898, p. 267 et n° 2!15, du 22 novembre 1913, p. 428 (articles de M. de Saporla).
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- LA NOUVELLE LIGNE FERRÉE DE L’ESTAQUE A Ml RAMAS
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- entre Fos et Rassuen, portait des cotes négatives, la Valduc étant à —-4 m., et le Plan d’Àrenc, à — 9 m. 12. En 1913 cette bizarrerie a été supprimée par une rectification qui a relevé la voie à des cotes positives entre , la Valduc et Fos (Voy. n° 2113). Il restait à prolonger cette ligne jusqu’à l’Estaque (banlieue de Marseille), en traversant l’étang de
- et devaient être terminés en 1914. La pénurie de main-d’œuvre résultant de la mobilisation a occasionné un retard d’autant plus fâcheux, que la guerre rendait plus pressante encore l’inauguration du nouvel itinéraire, lequel n’a pu être mis à la disposition du public que le 15 octobre 1915: Encore le service n’est-il pas établi dans des conditions tout à fait normales. Bien que la , ligne soit à double voie, il n’y a que quatre trains de voyageurs par jour, deux dans chaque sens (*), et, comme les gares construites entre l’Estaque et Port-de-Bouc n’ont pas encore reçu leur personnel complet, les billets sont délivrés par des agents de la Compagnie qui circulent dans les wagons et y perçoivent le prix des places
- Fig. I, 2, 3,
- Ligne
- de l’Estaque à Miramas. En haut :
- Viaduc de la Redonne. Au milieu : Viaduc de Caronte.
- En bas :
- La partie tournante dit pont de Caronte. (Cl. Selecta LL)
- Caronte, puis en longeant le versant sud-ouest de la Nerthe, au bord du littoral, de manière à desservir les Martigues, Carro, Sausset, Carri-le-Rouet, Ensuès, iNiolon et le Rove. — Après de longues études et la discussion de divers projets (*), cette ligne avait été déclarée d’utilité publique et concédée à la Compagnie P.-L.-M. par la loi du 29 juin 1904. Les travaux ont commencé en 1910 1. M. de Saporta. La Rature, n* 1579, 29 août 1905.
- comme on le fait dans le tramways.
- La longueur du trajet entre l’Estaque et Miramas par le littoral ne dépasse guère 60 km. On y rencontre pourtant une quantité d’ouvrages d’art : aqueducs, viaducs en maçonnerie ou en fer, pont tournant, tunnels, remblais en corniche, qui se trouvent rarement réunis sur des parcours beaucoup plus longs et concourent à rendre très intéressant le petit voyage accompli tout au bord de la mer. Vingt-deux tunnels se succèdent, entre l’Estaque et Carri, sur une distance de 14 km seulement, mais ils sont très courts : le plus long, celui de INiolon, n’a que 652 m. de longueur. Entre Carry et Miramas (45 km), il n’y a
- 1. Cependant, depuis le 25 janvier 1916, le rapide Rordeaux-Nice emprunte le nouvel itinéraire ; mais ce train brûle les étapes et ne dessert pas, par conséquent, les petites localités côtières.
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- 110 — 'UN ŒIL ÉLECTRIQUE POUR AVEUGLES
- que quatre tunnels, dont trois de 350 m. environ et un de 75 m. seulement.
- Le plus remarquable. des viaducs en maçonnerie est celui des Eaux-Salées. Il se compose d’une grande arche de 50 m. d’ouverture à plein cintre et de dix arches de 4 m. 90, également à plein cintre, dont quatre prennent appui sur l’arche principale. Sa plus grande hauteur sous clef est de 29 m. au-dessus du ravin, et son couronnement est formé d’une plinthe de 50 cm d’épaisseur. Les fondations ont exigé des travaux importants, surtout du côté de l’Estaque, où la fouille de la culée descend à 45 m.
- Citons encore : sur le ruisseau de la Corbière, un viaduc à sept arches de 20 m. d’ouverture à plein cintre et six arches de 6 m. 50; sur le ravin des Loubatons, un viaduc à sept arches de 15 m , suivi du pittoresque mur à arcades de l’Aiguillon, qui soutient le remblai de la voie ainsi qu’une partie de la station du Rove ; sur le vallon de la Vesse, un viaduc à six arches de 20 m. ; sur le vallon deMéjean, un viaduc à cinq arches de 16 m. ; sur le vallon de l’Aigle, un viaduc à quatre arches de 15 m. ; sur Je Grand-Vallat, un viaduc à huit arches de 15 mètres.
- L’ouvrage capital, au point de vue technique, est le viaduc qui franchit le canal de Caronte, entre l’étang de Berre et le golfe de Fos. Sa longueur totale est de 943 m. Il repose sur onze piles et deux culées en maçonnerie, dont le volume atteint près de 49 000 m3, dont plus de 32 000 en fondations qui descendent à des profondeurs variant entre 15 et 25 m. au-dessous du niveau de la mer.
- La partie métallique pèse 9768 tonnes, dont 1470 pour un pont tournant établi au-dessus du canal de Marseille au Rhône. Le dessous des poutres du pont se trouvant élevé de 23 m. au-dessus du niveau des eaux, les tartanes de pêche et les petits navires qui fréquentent ces parages peuvent aisément circuler dans le chenal sans qu’il soit nécessaire de déplacer cette masse énorme. Cependant, bien que l’ouverture du pont doive s’effectuer très rarement, le mécanisme en a été disposé de manière à accomplir la manœuvre très rapidement.
- Le pont tournant, de 114 m. de longueur, se compose de deux volées équilibrées : le pivot sur
- lequel il repose est une lentille de bronze phosphoreux de 83 cm de diamètre, qui supporte, au moment de la rotation, un poids de 1450 tonnes. Il n’existe actuellement nulle part un ouvrage tournant aussi pesant. Le pont peut tourner dans les deux sens; la stabilité en est assurée par 18 galets d’équilibre. Le mouvement lui est communiqué, au moyen de quatre pignons engrenant avec une crémaillère fixe de 13 m. 32 de diamètre, par un moteur à essence de 100 chevaux à mise en marche par l’air comprimé. Un second moteur, de même puissance, est toujours prêt à fonctionner, en cas de panne du premier. Le pont tournant est séparé des rives par deux viaducs fixes d’inégale longueur : du côté de l’Est il y a huit travées de 82 m. 50 de portée chacune; du côté de l’Ouest, deux travées de 51 m. 20 de portée chacune.
- Tous ces ouvrages, le voyageur ne les aperçoit qu’en partie, à la dérobée ; en revanche, il jouit d’un spectacle sans cesse renouvelé, à chacune des sinuosités du rivage. C’est, d’un côté, la Nerthe, tantôt dénudée et tantôt couverte de bois de pins ; de l’autre, la mer : la ligne contourne ou surplombe les « calanques », ces petites criques qui servent d’abris aux bateaux de pêche ; la vue s’étend, à l’ouest et au sud, jusqu’à l’horizon, au delà des îles de Pomègue, de Ratonneau et du Château-d’If ; à l’est, c’est l’Estaque aux multiples villas accotées sur les dernières pentes de la Nerthe, puis les ports de la Madrague, d’Arenc et de la Joliette. Entre l’Estaque et le Rove la ligne franchit le nouveau canal de Marseille au Rhône pour lequel on a creusé le gigantesque tunnel du Rove — (long de 7 km 5, large de 16 m., haut de 10 m. 12), sous la chaîne de l’Estaque, — et aménagé l’étang de Berre (1).
- Ainsi, cette nouvelle ligne qui, à l’heure actuelle, rend des services faciles à concevoir dans les déplacements de troupes et les transports de marchandises, est appelée à devenir, d.ans la suite, un but d’excursion particulièrement attrayant. Elle va d’ailleurs apporter un élément de prospérité à toute une région qui se trouvait auparavant fâcheusement dépourvue de moyens de communication.
- Ernest Coüstet.
- UN ŒIL ÉLECTRIQUE POUR AVEUGLES
- Depuis de longues années, la discussion est ouverte entre savants, poètes, musiciens, pour traduire les sensations auditives en sensations visuelles et inversement. Tout le monde connaît le célèbre sonnet des voyelles de Rimbaud qui jadis donna lieu à tant de commentaires
- A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu, voyelles...
- On sait aussi que de multiples expériences « d’audition colorée » furent effectuées et que même actuellement un grand nombre de théories ont été proposées. Il semble que le problème, sans entrer
- encore dans le domaine scientifique, ait reçu une solution pratique intéressante, s’il faut en croire le Téléphoné Engineer. On connaît la propriété curieuse du sélénium d’avoir une résistance électrique fonction de l’intensité de la lumière qui le frappe.
- Cette propriété a été employée en particulier pour la transmission à distance des images photographiques.
- Il y a quelques années, Fournier d’Albe l’avait utilisée pour permettre aux aveugles, au moyen 1. Yoy. La Nature, n° 1769, du 20 avril 1907.
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- LA KULTUR ALLEMANDE AU PARTHENON EN 1687
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- d’impressions auditives, de savoir s’ils sont dans l’ombre, si la nuit est tombée, etc....
- Le Dr Brocou, de l’Université de l’État d’Fowa, a fait faire à la question un nouveau pas en construisant un appareil, qu’il nomme phonopticon, qui d’après les résultats obtenus serait merveilleux. Qu’on en juge : les aveugles sont capables de lire, dans cet appareil, les caractères ordinaires !
- Le principe de l’appareil est le suivant, analogue à ceux des appareils ordinaires de « télévision ».
- La page à lire, sur laquelle est inscrite la lettre A par exemple est placée devant une lentille mobile et violemment éclairée par un mince pinceau provenant d’une source électrique (une lampe Nernst) qui se déplace avec la lentille. Chaque partie de la lettre À se trouve donc éclairée successivement. Leurs images sont formées, par la lentille, sur des cristaux de sélénium qui constituent chacun un des bras d’un pont de Wheatstone dont le pont est formé par le galvanomètre.
- Supposons trois cristaux de sélénium, voici comment fonc-tionnel’appareil: la partie gauche inférieure de l’A entre la première dans le champ
- lumineux et par suite c’est le cristal supérieur qui entre en jeu (fig. 2, a) ; puis ce serale cristal central et enfin le cristal inférieur, mais, à ce moment, la partie inférieure gauche de l’A sera sortie delà région éclairée et le cristal supérieur sera redevenu inactif (fig. 2, b).
- Cristal de sélénium
- Téléphones récepteurs
- Fig. i. — Schéma des connexions du phonopticon.
- Fig. 2. — Comment le rayon lumineux suit le tracé des lettres tracées sur le livre.
- La puissance du rayon sur la ligne horizontale de l’A fera que le cristal central continuera à vibrer (fig. 2, c) . Ensuite le sommet de la lettre n’étant plus dans le faisceau lumineux, le cristal inférieur en sera pim impressionné (fig. 2, d), puis ce sera le cristal central, et au contraire le cristal supérieur qui fonctionnera (fig. 2, e) jusqu’à ce que le rayon lumineux quitte la lettre.
- On conçoit donc que chaque lettre donne un son caractéristique dans le téléphone.
- En pratique, on emploie un courant alternatif donnant dans le téléphone un son musical différent pour chaque cristal.
- C’est de la variation d’intensité de l’un de ces tons que l’on reconnaît qu’une région d’ombre entre dans le faisceau lumineux de la lentille. On a opéré expérimentalement en faisant entendre préalablement aux aveugles le « son » des lettres et ils ont été ensuite capables de les reconnaître par ce moyen lorsqu’on les fait défiler devant « l’œil »
- du phonopticon.
- Pour bien faire saisir les impressions ressenties, un des aveugles les a illustrées musicalement. Par lui W aurait la sonorité mi-do-mi-do-
- mi, tandis que la lettre A se « traduirait » do-mi-do.
- Les résultats obtenus sont tels que le Dr N. Perry, professeur à l’École des aveugles de Berkeley, aveugle lui-même., estime qu’en deux mois un aveugle d'intelligence moyenne peut arriver à lire avec la phonopticon.
- LA KULTUR ALLEMANDE AU PARTHENON EN 1687
- Tandis que les nuages diplomatiques ne s’éclaircissent guère à l’horizon de Grèce et que leur menace d’orage s’étend vers le ciel d’Athènes et les marbres du Pentélique, on se demande — parmi les nations chez lesquelles la peur ou l’esprit de lucre n’a pas encore masqué le rayonnement de la vraie civilisation —- si le Parthénon ne va pas être à son tour, comme Reims et Ypres, la victime directe ou indirecte de la Kultur germanique.
- A propos de cette inquiétude, on n’a pas manqué de rappeler que l’état de ruine actuel du plus pur monument du monde est l'œuvre d’un Allemand, d’un artilleur de Lünebourg (Hanovre). Les archéologues Beulé et Ernest Breton, entre autres, ont narré dans quelles circonstances.
- (i Vers la fin de 1687, les Vénitiens, maîtres de la Morée, menaçaient Athènes. Les Turcs, résolus à se défendre vigoureusement, travaillaient à fortifier
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- LA KULTUR ALLEMANDE AU PARTHÉNON EN 1687
- encore l’Acropole et à construire des batteries. C’est alors vraisemblablement, qu’ils firent disparaître le temple de la Victoire, que Spon et Wheler avaient vu entier et qui n’existait plus après la guerre.
- « Pendant ce temps, les Vénitiens débarquaient au PiréeJ1 2). »
- « Le provédileur Morosini, qui, depuis, fut doge, et le feld-maréchal suédois, comte de Kœnigsmarck, qui commandaient les Vénitiens, vinrent assiéger Athènes.
- Les Turcs avaient fait du Parthénon un magasin de poudres, et les assiégeants, ayant malheureu-sement appris cette circonstance delà bouche d’un transfuge, le temple devint dès lors le point de mire de toute
- leur artillerie. Un lieutenant lünebourgeois, habile pointeur, s’offrit pour diriger les mortiers, et bientôt, dans la soirée du 26 septembre 1687, une bombe, partie du Pnyx, mit le feu aux poudres, et le pavé brisé du Parthénon indique encore le lieu où elle tomba. L’explosion coupa, pour ainsi dire, le monument en deux parties (9). »
- L’ère des déprédations était ouverte et continua jusqu’à l’enlèvement des frises par lord Elgin en 1801.
- On sait que cette spoliation, payée 875000 francs en 1816, pour le British Muséum, fut flétrie par lord Byron qui écrivit à ce propos sur une colonne du temple :
- Quod non fecerunt
- Gothi, Scotus fecit.
- En effet les Goths d’Ala-ric assiégeant Athènes à la fin de l’année 595 respectèrent la ville fameuse « dont le nom dominait le monde. Alaric ressentait une secrète frayeur à l’idée de la profaner. Il accepta pour sa rançon une somme considérable en or et en objets précieux.... Et la prise d’Athènes par Alaric fut, pour parler plus exactement, une visite du roi des Goths dans la cité de Minerve (3). »
- Il est vrai que le Barbare se dédommagea sans
- 1. Benlé, \’Acropole d’Athènes, édit, de 1862, p. 37.
- 2. Ernest Breton, Athènes, édit, de 1868, p. 85. ’
- 3. Amédée Thierry, Trois ministres des fils de Théodose,
- Didier, Paris, 1865.
- Fig. x. — Le Parthénon d’après une ancienne estampe.
- Fig. 2. — L’Acropole en x676.
- délai par la destruction d’Eleusis, de Mégare et de Corinthe et 15 ans après (24 août 410) par le sac de Borne.
- Beaucoup de nos lecteurs ignorent sans doute que, 11 ans 1/2 avant le désastre de 1687, deux voyageurs, le Français Spon et l’Anglais Wheler, furent les derniers occidentaux qui virent le Parthénon complet, en somme, malgré ses transformations successives en église, puis en mosquée. Leur ouvrage, sans grande valeur archéologiquë, présente cependant cet intérêt d e reproduire, en planches assez médiocres, plusieurs monuments grecs qui n’existent plus. Notamment les deux figures ci-contre, représentant, l’une le Parthénon, l’autre l’Acropole (avec un minaret turc,), tels que Spon et Wheler les virent en février 1676.
- L’érudition de Spon, principal auteur de l’ouvrage, se mesure à cette phrase de ses descriptions que « les figures des deux frontons n’étaient pas si anciennes que le corps du temple bâti par Périclès et que les chevaux ne sont point de Praxitèle, puisqu’ils sont du siècle d’IIa-drian » (tome II, p. 147 et 151). (Chateaubriand d’ailleurs a solennellement répété cette bévue dans son Itinéraire de Paris à Jérusalem, lre partie). Les voyageurs de 1676 résument ainsi leur opinion sur le Parthénon :
- « Sa veuë nous imprima certain respect, et nous demeurâmes long-temps à le considérer,
- ' sans lasser nos yeux(4). »
- Moins de onze ans après, se perpétrait le forfait qu’un Allemand seul pouvait concevoir!
- A travers l’expansion sans borne du fléau qui ravage l’Europe, s’étend en Asie et même en Afrique, le xxe siècle réussira-t-il à conserver aussi « certain respect » pour ce qui subsiste du chef-d’œuvre antique? E.-A. M.
- 1. Voyage d’Italie, de Dalmatie, de Grèce et du Levant lait ès années 1675 et 1676 par Jacob Spon, Docteur Médecin Agrégé à Lyon et George Wheler, Gentilhomme Anglois. A Lyon, chez Antoine Cellier le fils, ruë Merciere à la Confiance. M.DC. LXXVIII. 3 vol. in-12.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 2212.
- 19 F^VRIERH-916,
- NOUVEAUX TYPES DE NAVIRES DE COMBA^I^o-
- La guerre, telle que nous la voyons pratiquer, aura bouleversé beaucoup de nos conceptions, détruit pas mal de nos illusions, et ceci dans tous les ordres d’idées. Dans le domaine du matériel militaire ces bouleversements auront été surprenants. Telles armes, comme la mitrailleuse, le canon lourd, auxquelles nous n’avions pas assez pensé, ont joué un rôle capital, telles autres, comme les grenades, les obusiers, les bombardes, les lance-torpilles ont été exhumées des musées militaires.
- Une foule d’autres engins ont été inventés qui produisent les effets les plus sérieux.
- Une évoluLion analogue s’est produite dans le matériel employé dans la guerre sur mer.
- événements démontrent que ce type de navire est incapable de rétablir l’équilibre dans la guerre navale. On peut, il me semble, comparer son action à celle que doivent exercer, sur un territoire très étendu occupé par une armée, des groupes de patrouilleurs, de partisans résolus, qui pendant un certain temps peuvent, par desincursions hardies, apporter quelque gêne dans les communications de leur ennemi. Mais toute cette activité n’a qu’un temps, et une organisation de surveillance bien comprise et bien appliquée a tôt fait de la réduire à néant.
- Il en est exactement ainsi des sous-marins allemands. On sait quelle chasse fructueuse leur a été appuyée dans la mer du Nord, la Manche et l’Atlantique d’où
- Fig', i. — Le Monitor (fédéral) célèbre par son combat d’Hampton Road (Virginie) avec le Merrimac (confédéré) pendant la guerre de Sécession (9 mars 1862).
- Certes, c’est toujours au grand navire de combat, au cuirassé que nous devons d’avoir pu acquérir et garder cette maîtrise de la mer, grâce à laquelle il devient plus évident chaque jour que nous tenons notre ennemi à la gorge et sommes sûrs de le réduire à merci tôt ou tard.
- Le fait que les Hottes lourdes n’ont point eu encore à faire acte de leur puissance proprement dite, est dû uniquement à ce que la supériorité écrasante des marines de la Quadruple-Entente a réduit les armadas allemande et autrichienne à disparaître derrière les barrages de leurs ports où elles dorment d’un sommeil qu’on peut croire définitif. En réalité tout est comme si elles n'existaient pas, et si ce résultat d’importance capitale a été obtenu, c’est uniquement à la présence, bien éveillée elle, de nos escadres de haute mer qu’il est dû. Il ne faudra pas l’oublier.
- Ceci dit, il serait puéril de nier que les Allemands privés de toute possibilité de lutter sur mer en surface, ont su utiliser leurs sous-marins. Mais les
- on peut dire qu’ils ont pratiquement disparu
- Ceux qui ont échappé à ce massacre, et quelques unités nouvelles, trouvant les parages du Nord un peu trop chauds, ont récemment gagné la Méditerranée où ils ont détruit un certain nombre de navires de commerce, mais il est bien clair qu’à quelques modalités près, les mesures qui ont si bien réussi dans le Nord produiront les mêmes effets une fois appliquées dans le Midi, et que la gêne des sous-marins y disparaîtra prochainement.
- Ceci dit, il est intéressant d’étudier les transformations qui se sont opérées dans le matériel naval depuis le début de la guerre et les innovations qui se sont fait jour.
- Le type de bâtiment pour lequel l’activité a été portée au maximum est de ceux qu’on ne s’attendait guère à trouver en cette affaire.
- 1. les calculs les plus modérés permettent de fixer approximativement à 50 le nombre des sous-marins allemands coulés ou capturés dans ces parages seulement.
- 44° Année. — 1" Semestre.
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- C’est en effet, au simple et modeste chalutier, au petit vapeur que nous étions habitués à rencontrer sur les côtes de la Manche, d’Espagne ou d’Angleterre, traînant son' filet et bourlinguant dans les grandes houles, c’est à ce modeste échantillon de l’architecture navale qu’est échu dans cette guerre un rôle de premier plan bien inattendu.
- Tantôt, muni de canons, il surveille les parages dans lesquels la présence de sous-marins ennemis a été révélée. Comme les amphibies, ces bâtiments ne peuvent séjourner constamment sous les eaux; il leur faut revenir de temps en temps à la surface pour respirer, reconnaître leur position et s’ils tombent sur un groupe de nos chalutiers, ils recevront, avant même d’avoir pu ouvrir leurs panneaux, une averse de bons
- Lorsque la guerre aura cessé et qu’il sera loisible de connaître quelques détails sur la façon dont elle est conduite, on sera sûrement très étonné d’apprendre sur quelle énorme échelle il a été fait appel au service des chalutiers et combien on s’est applaudi de la façon dont ils y ont répondu.
- Le chalutier est encore employé aux côtés de vrais navires de guerre dans des conditions sur lesquelles il ne m’est pas permis’ de m’étendre ici; et dans tous ces rôles qu’on lui confie, il se montre- un admirable et précieux auxiliaire.
- Le sous-marin lui-même a été utilisé, tout au moins dans les derniers mois, de façon toute nouvelle et mérite à ce titre d’être classé parmi les types nouveaux.
- A vrai dire, on avait déjà avant la guerre pensé à
- Fig. 2. — Un monitor moderne• En cartouche le plan: R, partie immergée de la coque formant protection contre les torpilles; C, cheminée; T, tourelle; P, canon d’arrière contre avions.
- obus qui mettra le point final à leur vilaine existence. Le cas a été plus fréquent qu’on peut le croire.
- En d'autres circonstances le chalutier agira comme dragueur de mines. Il travaillera alors de concert avec un camarade et ils traîneront entre deux eaux un filin d’acier, qui coupera les cordages retenant les mines à leur poste de combat ou les ramènera à la surface où quelques coups de fusil les feront exploser j1). Dans ce genre d’ouvrage, au moins, le chalutier retrouvera le souvenir de son ancien métier auquel il reviendra si volontiers lorsque les mers auront été nettoyées.
- Mais s’il est excellent comme dragueur de mines le chalutier est également prêt, quand il le faut, à répandre ces terribles engins sur les mers et il s’en acquitte parfaitement. Il est donc à deux fins et offre à ce point de vue quelque analogie avec le sabre j fameux de M. Prudhomme.
- 1. Voir à ce sujet l’article de La Nature du 6 mars 1915.
- se servir du sôus-marin pour aller semer des mines dans les passes ou devant les [ports dont on voulait rendre l’accès dangereux pour les ennemis. Mais les études à ce sujet n’avaient encore abouti à rien de pratique au moment où la guerre éclata. Poussées depuis, elles ont amené à des types jde sous-marins qui répondent au but cherché.
- Sans parler de ce qui a été fait à ce sujet dans les marines alliées, nous pouvons dire que la marine allemande paraît posséder deux modèles de sous-marins poseurs de mines.
- Dans un des cas les mines sont disposées dans un compartiment qui peut être mis en communication avec la mer par une porte ou trappe suffisante pour laisser passage aux mines. En temps normal ce compartiment est fermé et étanche, comme tout le reste du navire.
- Lorsque le moment de semer les mines est venu, un scaphandrier pénètre dans ce compartiment en passant par une entrée à sas. Au moyen de méca-
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- nismes prévus dans ce but, le magasin aux torpilles s’ouvre sur la mer. L’eau l’envahit et le scaphandrier procède à l’immersion des mines en les faisant courir sur les rails qui les portaient et d’où elles s’échappent au moment voulu pour passer par la trappe.
- L’opération terminée, on referme les portes et on vide le compartiment de son eau tout comme un wa-ter-ballast ordinaire.
- On a eu la preuve d’une autre organisation allemande.
- Dans ce cas la coque du sous-marin porte des enfoncements cylindriques, sortes d’alvéoles toujours en communication avec la mer, dans lesquelles des torpilles sont suspendues par un doigt métallique qu’un mécanisme intérieur libère quand est venu le moment propice.
- Outre ces adaptations à des buts nouveaux d’unités
- marins et 'soldats qui l’avaient déjà vu à l’œuvre, par un article du Daily Mail du 20 octobre 1915.
- A vrai dire l’idée du monitor n’est pas neuve.‘.Elle date de la guerre de Sécession des Etats d’Amérique, où les Etals du Nord employèrent des navires très
- ras sur l’eau, ne montrant qu’une carapace cuirassée au-dessus de laquelle se dressait seule une tourelle portant une pièce d’artillerie puissante.
- Ce modèle de bâtiments eut du succès et la marine française crut devoir en posséder, et I*on voyait encore à Cherbourg, vœrs 1880, deux de ces monitors qui avaient été achetés au gouvernement des Etats-Unis et quiportaientles noms de Rochambean et Onondaga. Mais depuis cette époque il n’avait plus été question de monitors. Ils sont de nouveau à la mode, et voici dans
- \L4 2 canons contre a éropla>
- 2 pièces ou 38 C/™
- tourelle
- tuyaux d'orgue du compartiment l à air /
- matelas
- atouéle coyué intérieure
- matelas
- d’eau
- 2 pièces
- tourelte
- de 38 c/m
- Fig. 3.
- — Aperçu théorique des modes de défense et de protection d’un monitor de type récent.
- Fig. 4. — Un chalutier armé en guerre.
- déjà existantes, la guerre navale actuelle a produit un type de bâtiments dont aucun exemplaire n’existait avantlesliostilitésdans aucune des marines intéressées.
- C’est le monitor à l’épreuve de la torpille dont l’existence a été révélée au monde, en dehors des
- quels termes pittoresques leur aspect étrange est décrit, le 20 octobre 1915, par le correspondant du Daily Mail, M. Ashmead Bartlett. >
- « L’arrivée du 5e de ces navires fit sensation non seulement chez l’ennemi, mais aussi parmi nos
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- troupes. Un après-midi, un objet flottant, d’aspect extraordinaire, parut à l’entrée du port de Ke-phalos. Il semblait qu’au lieu de faire route en ligne droite, il gagnait le mouillage à coups de zigzags, en se dandinant, comme une grosse oie gavée pour la Saint-Michel. À une certaine distance, il était impossible de dire s’il montrait le travers, l’avant ou l’arrière, tant il paraissait être complètement rond. Ses murailles soutenaient, à peu de distance de l’eau, un pont au-dessus duquel rien ne paraissait qu’une très grosse tourelle, d’où sortaient les longues volées de deux énormes canons. Au centre de ce pont se dressait, comme un géant de quelque forêt californienne, un mât tripode portant à son
- viron 3 mètres, pour se recourber ensuite vers la quille, en constituant ainsi une plate-forme extérieure à peine mouillée par l’eau de la mer.
- « Là gît le secret et le mystère de ces bâtiments. Dans ce renflement, l’homme a concentré son ingéniosité pour vaincre le sous-marin. Si une torpille frappe la muraille, elle explosera au milieu d’une variété de substances que je ne dois pas faire connaître, mais qui protégeront la coque contre toute avarie grave.
- « Ces gros monitors portent 2 canons de 356 m/m et quelques pièces pour tirer contre les engins aériens.
- « La première fois qu’un de ces monitors parut
- Fig. 5. — Dispositif adapté sur les nouveaux sous-marins allemands pour mouiller des torpilles. S, sas à air ; P, panneau mobile pour descendre les mines.
- extrémité une espèce de boîLe à bijoux oblongue, réplique exacte, à très grande échelle, du coffret où le Dalaï Lama porte sur lui les cendres de sa première incarnation.
- « Notre premier étonnement fut suivi d’un autre, lorsque les hommes de son équipage se disposèrent à se baigner. Il semblait qu’ils avaient tous la faculté de pouvoir marcher sur l’eau, comme Jésus-Christ. Après avoir descendu l’échelle de coupée, au lieu de s’enfoncer dans la mer, ils se mirent à marcher l’un derrière l’autre le long de leur bâtiment, et, après s’être rangés coude à coude, ils piquèrent un plongeon général,- pour reparaître ensuite à la surface.
- « Nous allâmes en canot nous rendre compte de ce phénomène bizarre, et nous conslatâmes alors que, juste au-dessous de l’eau, les murailles du navire se bombent légèrement sur une largeur d’en-
- à l’entrée des Dardanelles, son aspect surprit profondément le vieux Turc. Cette surprise se corsa .lorsqu’il entendit rugir les canons de 356 m/m, lui envoyant à chaque coup, à 15 milles de distance, plus de 3/4 de tonne d’acier.
- « Plus tard, trois autres de ces grands monitors arrivèrent, ce qui nous donnait 8 canons de 356 m/m pour bombarder les positions ennemies, sans compter un grand nombre de monitors plus petits de toutes formes et de toutes dimensions. »
- La construction de ces monitors a été entreprise pour faire face à un besoin nouveau, celui de bâtiments puissamment armés, mis pratiquement à l’abri des attaques des sous-marins. Il est tout à l’honneur de la construction navale anglaise de noter que six mois ont suffi pour établir les plans de ces navires et les amener aux lieux où ils ont tiré leurs premiers coups de canon. Du Verseau.
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- L’INDUSTRIE DU MUGUET FORCÉ
- Avant la guerre, le muguet forcé venait en grande partie d’Allemagne, où cette industrie florale, très particulière, prit naissance, vers 1848, aux environs de Berlin et de Hambourg et gagna rapidement une réelle importance, en s’étendant dans d’autres provinces allemandes, notamment dans les deux grands-duchés de Mecklembourg. Jusqu’en ces dernières années, Erfurt, grand centre de production florale, récoltait, en quantités considérables, les
- demande, pour nous affranchir à tout jamais du muguet « boche », et assurer un bel avenir à la production française, bénéficiant de la suppression radicale de cette concurrence. Dès le début de la guerre, et dans un beau geste patriotique, la Chambre syndicale des Fleuristes de Paris et le Syndicat horticole de la région parisienne ont proscrit la vente du muguet fleuri, retardé ou forcé, provenant directement ou indirectement d’Allemagne, et les horticulteurs de la région parisienne, fournisseurs des fleuristes en boutique, ont pris les mesures nécessaires pour multiplier les cultures de muguet en France et remplacer le muguet macle in Germany.
- La vulgarisation de cette industrie florale est d’autant plus désirable que c’est une industrie à la fois très simple et très lucrative ; que le muguet est, de toutes les plantes,
- Fig. i. — Arrachage du muguet en fleurs dans la serre.
- griffes de muguet à forcer.
- La jolie fleur d’hiver, au parfum très fin et très pénétrant, aux délicates clochettes, que nous voyons* de décembre à mai, aux vitrines des fleuristes, devait, elle aussi, tomber dans le domaine industriel et commercial appelé à servir les plans, à satisfaire les formidables appétits de nos ennemis d’outre-Rhin, dans leur projet d’accaparement. A Stargardt, Wandsbeck, Wittenberg et autres centres producteurs allemands existent des plantations de plusieurs millions de griffes de muguet à forcer, que l’on conserve dans des glacières, et que l’on vend, suivant choix, de 15 à 55 francs le mille. Les griffes cultivées dans le sable sont réputées les meilleures, et il y a un important courant d’exportation sur l’Amérique.
- Si, en France, l’origine de cette industrie ne remonte guère qu’à l’année 1890, il est juste d’observer qu’elle s’est suffisamment, développée, d’année en année,, sous l’influence même de la
- Fig. 2. — Effeuillage du muguet.
- celle qui se prête le mieux au forçage, et que la fleur est toujours très recherchée. Examinons donc les conditions dans lesquelles est pratiqué, industriellement, le forçage du muguet. Les vues photographiques qui accompagnent celte étude permettront d’en mieux comprendre les principales phases.
- Il faut, tout d’abord, établir une plantation pour obtenir les griffes à forcer. Cette plantation doit être faite dans une terre meuble et fraîche, les terres sablonneuses sont celles qui, à tous égards, conviennent le mieux, et l’orientation au sud-ouest est préférable aux autres. On plante ces griffes ou
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- L’INDUSTRIE DU MUGUET FORCÉ
- rhizomes par un temps sec, en octobre-novembre, dans des rigoles et en rangs espacés de 0 m. 20 à 0 m. 25. Les racines doivent toujours être raccourcies à 5 ou 4 cm du collet; les griffes sont enterrées obliquement et espacées de 2 à 5 cm, le bourgeon affleurant à la surface du sol. On recouvre d’une couche assez épaisse de fumier, décomposé en partie. Cette culture, qui doit être bien entretenue, dure ainsi trois ans, laps de temps au bout duquel les griffes sont en état de subir le forçage, qui se pratique depuis le début de l’hiver jusqu’en mai, ceci pour les griffes provenant de terrains sableux ; celles qui ont été plantées en terrains plus ou moins argileux,
- L’opération de l'habillage, c’est-à-dire la taille des racines des rhizomes à forcer, varie suivant la saison à laquelle on force : au début de l’hiver, on coupe à 8 ou 10 cm; au printemps, à 5 ou 6 cm; ensuite, on fait le rempotage en pots de 12 à 14 cm de diamètre, sans enterrer le bourgeon, et on place ces pots en serre froide ou sous bâche ou châssis froid. La serre destinée au forçage doit être exposée au midi, bien éclairée et à température chaude et humide, maintenue constamment entre 25 et 30°. Les potées de muguet sont placées côte à côte sur les bâches, au-dessous desquelles passent les tuyaux d’un thermosiphon; on enfouit les pots dans une
- Fig 3. — Arrachage des plants de muguet pour le forçage.
- moins sableux, ne peuvent être soumises au forçage que tardivement, fin janvier. Dans tous les cas, il faut faire un choix et un triage lors de l’arrachage, qui a lieu au troisième automne après la plantation (fig. 1). On donne la préférence aux griffes dont le bouton est presque carré, plein et dur; on les réunit, par 15, 20 ou 25, en petites bottes, que l’on met en jauge dans du sable, où la gelée mûrit le plant et le prépare à une floraison régulière. Les grilles que l’on achète sont expédiées sèches, on les pose dans de la mousse humide ou du sphagnum, du sable,- de la sciure de bois ou de la tannée, etc. Le muguet à grandes fleurs, dit muguet Fortin, est une variété particulièrement intéressante; les bourgeons de cette variété se vendent autour de 16 francs le cent; ceux du muguet de mai, environ 7 fr. 50 le cent.
- couche de mousse, de sciure, de tannée, ou de fibre de coco de 4 à 5 cm; ensuite, on arrose avec de l’eau à la température de la serre, puis on recouvre la bâche avec des châssis, jusqu’à ce que les jeunes pousses aient traversé la mousse qui recouvre les plants, pour les premiers forçages, de novembre à janvier, et qui n’est pas indispensable par la suite. A mesure que l’on se rapproche de la saison normale de .floraison, la température du chauffage peut être égale à celle de la serre, ramenée à l69, 20u ou 22°. Il est très important de donner plusieurs bassinages dans la journée, afin d’entretenir l’humidité de la momse ou de la sciure et d’éviter que les racines soient brûlées ; mais, avec la chaleur, l’humidité excessive entraînerait la fermentation. L’eau d’arrosage doit toujours être à la température de la serre.
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- COMMENT LES ANIMAUX SE DÉFENDENT DE LEURS ENNEMIS = 119
- Dès que les jeunes pousses ont 5 à 6 cm de longueur, on retire les potées de la mousse pour les placer sur une tablette, aussi près que possible de la lumière, et on leur donne deux ou trois bassinages par jour. On a soin, pendant le forçage, d’effeuiller les pieds de muguet, opération qui consiste à supprimer quelques feuilles pour fortifier les bourgeons, et, par suite, obtenir une plus belle floraison (fig. 2), et de maintenir toujours le même degré de température et d’humidité dans la serre jusqu’à l’apparition des fleurs.
- Au bout d’une quinzaine de jours les petites hampes florales se montrent, et on peut les cueillir de suite, si l’on n’a en vue que la vente du muguet en. fleur coupée. Mais le temps normal du forçage est de 20 à 50 jours, depuis la première quinzaine de décembre. La floraison continue s’obtient en échelonnant les « fournées » de griffes, de manière à forcer de quinze en quinze jours et à obtenir, avec les fleurs, de belles feuilles lisses d’un vert clair. Il est évident que toutes les fleurs qui ne sont pas d’un blanc pur, mais jaunâtres et plus ou moins chétives ou mal développées, sont dépréciées. Les plants rebelles à la floraison uniforme sont mis en serre moins chaude. Les muguets forcés ne produisant pas de nouvelles racines, la nature de la terre à employer n’a pas grande importance, il suffit qu’elle soit fine, légère, sableuse, par exemple composée par moitié de terreau de fumier et de terre de bruyère sableuse ; ce mélange, passé au crible fin, forme un bon compost. Les griffes qui ont été forcées sont épuisées et, par conséquent, devenues inutilisables. Au moment de la cueillette ou arrachage des muguets fleuris en serre (fig. 3), on les met en bottes, après en avoir lavé les racines. Ces bottes sont entourées de mousse et expédiées dans des emballages appropriés et, surtout, bien clos.
- Il y aurait encore beaucoup à dire sur les procédés industriels de forçage, notamment par le froid et par l’éthérification, c’est-à-dire l’emploi d’agents anesthésiques (éther, chloroforme), industries pratiquées par les Allemands, dans les provinces de Hanovre* Ilolstein, Mecklembourg, et qui leur permit de développer encore le commerce du
- muguet. Au moyen du froid, on obtient le muguet « retardé ». Les griffés conservées dans des caisses en bois, avec sable, mousse, sont maintenues à une température de — 7° dans des chambres froides ou des glacières, d’où on les retire au moment du forçage, pour les faire dégeler lentement et les forcer en serre; on obtient ainsi, en trois semaines, de fort belles grappes florales et un joli feuillage vert.
- L’amateur peut très bien forcer le muguet durant l’hiver, dans une plate-bande de son jardin en utilisant coffres et châssis, avec la chaleur artificielle produite par des réchauds de fumier renouvelés de temps à autre. C’est la culture populaire au même titre que le forçage en appartement, qui utilise la chaleur régulière et assez élevée d’une pièce chauffée avec un calorifère, un poêle, un fourneau ou autre appareil de chauffage. Les rhizomes, bien choisis, sont réunis en petites bottes de 12 à 15 et plantés dans des pots ou de petites caisses remplis de sable ou de terre légère et de mousse fine, plantation faite bien régulièrement, de manière que le collet des plants soit au niveau du récipient, lequel repose sur une assiette remplie d’eau. Chaque pot ou caissette est couvert par une simple feuille de verre ou, à défaut, un autre pot renversé de même diamètre, et dont on bouche le trou de drainage. Ce dispositif est placé près d’une cheminée. On a soin d’arroser matin et soir avec de l’eau tiède et de maintenir la provision d’eau de l’assiette. A l’apparition des bourgeons, il faut aérer, et, dès que les fleurs s’ouvrent, placer le pot près de la fenêtre, à la lumière, mais en un endroit non ensoleillé.
- Le muguet épanoui peut être placé dans une pièce à température plus basse, où il se conserve mieux. Par une mise en végétation échelonnée, l’amateur peut obtenir la fleur du muguet pendant toute la saison d’hiver.
- L’industrie horticole française tiendra à honneur de « débocher » le muguet forcé, afin que ne soit négligé aucun des éléments qui, après le triomphe de nos armes, doivent encore nous assurer la victoire dans la lutte économique. Henri Blin.
- COMMENT LES ANIMAUX SE DÉPENDENT DE LEURS ENNEMIS
- Tout autant, et même plus, que l’espèce humaine, les animaux sont en butte à de nombreux ennemis et toute leur existence, en somme, à part les soucis de l'alimentation et de la reproduction, se passe à lutter contre eux.
- Un bon nombre d’animaux sont aidés dans cette lutte par les moyens naturels dont ils sont pourvus et qui les mettent plus ou moins à l’abri des « attaques brusquées ». Lé cas-est bien manifeste chez les Crustacés, dont la peau est revêtue d’une véritable cuirasse qui les fait les égaux des chevaliers
- du moyen âge. Pattes, yeux, antennes, thorax, abdomen, tout est barricadé solidement et peu d’ennemis cherchent à les transpercer : si vis pacem, para bellum. Comme tous les autres moyens de défense, cette protection n’est, d’ailleurs, que relative. La cuirasse des Crabes les met bien à l’abri de l’attaque de la plupart des Poissons ; mais, par contre, est considérée comme une chose nulle par les Pieuvres et même les Anémones de mer, qui les engloutissent et les digèrent sans autre forme de procès. De même, les Homards
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- (sergertes). Siphonoflwre.
- 120 = COMMENT LES ANIMAUX SE DÉFENDENT DE LEURS ENNEMIS
- et les Langoustes se prélassent dans la nier en narguant ceux qui les regardent d’un œil d’envie, mais, cependant, comme chacun sait, sont à la merci des pêcheurs et des gourmets, malgré la solidité de leur cuirasse qu’il faut, parfois, briser à coups de marteau.
- La chitine des insectes, les écailles des Poissons, la carapace des tortues, la coquille des Mollusques, la peau épaisse des Etoiles de mer, la forteresse hérissée d’épines ou d’énormes piquants qui enveloppe le corps des Oursins, les plaques cornées de
- quatre pattes et forme, avec tout son corps replié, une boule que les enfants, pour s’amuser, peuvent faire rouler et que l’on ne peut « dérouler » qu’avec beaucoup de difficulté. A citer aussi le Pangolin, dont le corps, les pattes et la queue sont recouverts de larges écailles cornées imbriquées les unes sur les autres à la manière des tuiles d’un toit et rappelant les feuilles d’un capitule d’artichaut.
- D’autres Mammifères sont protégés d’une manière encore plus efficace par leur tégument qui, au lieu
- Fig. i. — Quelques animaux transparents de Veau de mer.
- divers Reptiles remplissent le même office. Une armure tout aussi nette peut se rencontrer même chez les Mammifères, qui, par définition, sont, généralement, simplement revêtus de poils. L’exemple le plus connu est celui du Tatou, qui porte, sur le dos, plusieurs rangées de plaques très dures et jouant les unes sur les autres. Effrayé, le Tatou s’enroule, en partie, sur lui-même, et, de la sorte, se trouve entouré d’une véritable citadelle. C’est là, d’ailleurs, son seul moyen de défense, car, par lui-même, il est parfaitement inoffensif et, pour vivre, se contente de manger de minuscules bestioles ou des brins d’herbes. Non moins curieux est le cousin germain du précédent, l’Apar mataco : lorsqu’on veut le prendre, il cache sa tête, sa queue et ses
- de poils ou de plaques dures, portent des piquants. Le nombre en est assez restreint; les plus familiers à tous, à cet égard, sont le Porc-épic, dont on fait de superbes porte-plumes et le Hérisson, qui, se roulant en boule, n’est vraiment pas une proie suave pour ses ennemis, lesquels, ayant consfaté que « qui s’y frotte s’y pique », finissent par le délaisser, résultat qu’il attend avec la patience d’un philosophe.
- La peau peut encore protéger d’une autre façon les bêtes qu’elle revêt. C’est ainsi que celle des Anguilles sécrète un abondant mucus et tous les pêcheurs savent qu’il est presque impossible de tenir leur corps gluant dans la main, dont elle a vite fait de s’échapper, évitant, de la sorte, la lâcheuse
- Béroés. i Méduses.
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- COMMENT LES ANIMAUX SE DÉFENDENT DE LEURS ENNEMIS__121
- connaissance avec la poêle à frire. Chez d’autres, la peau est protectrice en les faisant confondre avec le milieu ambiant et leur permettant d’être presque
- est de la couleur du substratum sur lequel il repose et porte même des taches plus foncées simulant à s’y méprendre des grains de gravier. Mettez des
- Fig. 2. — Apar mataco marchant et se mettant en boule.
- invisibles. Cette « homochromie » est assez répandue et vraiment remarquable; elle donne des résultats bien préférables à ceux du « bleu horizon » de nos
- petites Méduses, des Béroés, certains petits Crustacés marins dans de l’eau de mer, ils deviendront tout de suite invisibles tant leur corps hyalin se
- Fig. 3. — Pangolin, animal défendu par des écailles cornées.
- chers combattants, du « kaki » de la libre Albion et du gris des ignobles Germains. Regardez, par exemple, un Turbot ou une Sole posés sur le sable et vous ne l’apercevrez sans doute pas, tant sa peau
- confond avec la transparence du milieu où ils nagent. Dans le même ordre d’idées on peut encore citer la Phyllie feuille-sèche, insecte vivant sur les arbres et dont les ailes, étalées à plat sur le dos,
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- 122 = COMMENT LES ANIMAUX SE
- figurent absolument une feuille, portant, comme celle-ci ûne nervure médiane longitudinale et des nervures latérales ramifiées et anastomosées ; lorsque
- DÉFENDENT DE LEURS ENNEMIS
- Galigo, dans la position normale de repos (la tête en bas), ces curieux insectes ressemblent à s’y méprendre à une tête de chouette, aux yeux grands
- Fig. 4. — Crabe enragé s’enfuyant en laissant deux de ses appendices dans les pinces de son adversaire,
- un crabe tourteau.
- l’insecte est posé au milieu des feuilles — ce qui est son habitude — il est presque impossible de le distinguer du feuillage environnant. Bien plus extraordinaire encore est le Cal-, lima, papillon de Sumatra, qui ressemble aussi à une feuille lorsqu’il est posé sur une branche, car, dans ces conditions, l’aile pré-sente une nervure qui semble venir se raccorder à celle-ci.
- Les exemples que je viens de rapporter — entre cent autres — rentrent dans le phénomène auquel on adonné le nom de « Mimétisme ».
- Une autre série de faits qui rentrent encore dans celui-eUest fournie par des êtres inoffensifs qui ont l’aspect :d’autres êtres dangereux. Ainsi, chez-les Papillons brésiliens du genre
- ouverts ; le mimétisme y est si extraordinaire que les taches ocellées des ailes reproduisent non seulement l’œil de la chouette, mais encore la tache
- lumineuse se produisant normalement sur la cornée. Nul doute, comme le dit M. Le Dantec, que cette apparence terrifiante écarte de l’inof-fensif papillon en dormi les petits oiseaux carnivores qui, sans celte protection, en feraient infailliblement leur proie.
- I>e même, le zoologiste Bâtes raconte qu’au Brésil une grande chenille lui causa une certaine frayeur par suite de son apparente conformité avec la tête d’un serpent venimeux. Sans aller si loin, on peut faire une observation analogue chez une autre chenille,
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- COMMENT LES ANIMAUX SE DÉFENDENT DE LEURS ENNEMIS = 123
- le « Chærocampa elpenor » : elle possède de chaque côté du premier et du deuxième segrmnt abdominal de larges taches semblables a des yeux, mais, cependant, n’attirant pas l’attention quand l’insecte est au repos. Mais que la chenille vienne à être effrayée, immédiatement la tête rentre dans le corps, en même temps que les taches en question donnent à la partie antérieure l’aspect d’une tête de serpent. La simulation est si parfaite qu’in-volontairement, on retire la main quand on veut la saisir.
- Un autre moyen plus actif d’échapper à un ennemi est celui de 1’ « autotomie » qui consiste pour l’animal attaqué à abandonner à son adversaire la partie de son corps qu’il a saisie. Rien n’est plus facile que de faire connaissance avec ce
- libre, au voisinage de la pointe, d’une patte aussitôt, celle-ci se détache en un autre point, près de la base, de sorte que la partie qui tombe a deux sections, l’une produite par les ciseaux, l’autre provoquée automatiquement par le Crabe lui-même.
- Cette perte d’un appendice locomoteur est pour lui insignifiante et, d’autre part, au bout de quelque temps, la patte repousse d’elle-même et l’amputé volontaire revient à l’état normal.
- I/autotomie est, également, très répandue chez
- Fig. 6. — Papillon (Callima) simulan t une feuille quand il est posé.
- (Voir celui qui est sur la branche.)
- curieux phénomème en prenant comme sujets d’observations les Crabes qui pullulent au bord de la mer.
- Si on cherche à saisir l’un d’eux par une patte, celle-ci se casse nette à la base et l’animal s’enfuit dare-dare avec celles qui lui restent, On peut se rendre compte, d’ailleurs, que le résultat obtenu n’est pas dû à la fragilité excessive de la patte et de la traction effectuée par l’animal désireux de « se cavaler ». On met le Crabe sur le dos, position qui, entre parenthèse, lui est particulièrement désagréable. On le voit agiter désespérément les pattes pour chercher à se retourner dans sa position normale. A l’aide d’une paire de
- les Insectes et les Araignées, dont certains— la Tipule, la Sauterelle, etc. — abandonnent leurs pattes à celui qui cherche à les saisir avec des intentions hostiles ; chez les Ophiures, qui cassent leurs bras au moindre attouchement ; chez les Synaptes, dont le corps lui-même se scinde en une série de tronçons; chez les Lézards, dont la queue, encore toute frétillante, reste dans les doigts du gamin qui a voulu les priver de leur liberté; chez les Orvets, qui sont d’une telle fragilité qu’on leur a donné le nom de « Serpents de verre ».
- D’une manière très générale, on peut dire que l’animal attaqué ne s’abandonne jamais passive-
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- 124 LE RÉSEAU TÉLÉGRAPHIQUE DE LA ZONE DES ARMÉES
- ment à son malheureux sort. Les uns « font le mort » pour induire leur ennemi en erreur (à moins, comme on La dit, qu’ils ne soient simplement (t évanouis »); les autres, comme les Tortues et les Escargots, rentrent « en dedans d’eux-mêmes », pour se mettre à l’abri dans leur propre maison.
- Le plus grand nombre fuient, battent en retraite, avec toute la vélocité dont ils sont susceptibles, dans le double but de mettre une distance respectueuse entre eux et leur adversaire et de trouver un endroit favorable pour se cacher. Avec un coup d’œil remarquable, ils savent, dans leur fuite, « repérer » les obstacles sous lesquels ils pourront disparaître, et, s’ils n’en trouvent pas de parfaits, procéder « par bonds successifs » jusqu’à ce qu’ils aient trouvé la cachette libératrice. Un
- bon nombre, enfin, serrés de trop près, se défendent courageusement et ne succombent qu’à la dernière extrémité, faisant appel à toutes les armes dont la Nature les a pourvus.
- Les uns font appel à leur puissante mâchoire (Tigre), qui est tantôt faite pour mettre à mal les proies dont ils ont besoin pour leur alimentation, et sert, accessoirement, de moyen de défense (Panthère), tantôt disposée, partiellement, exclusivement dans ce dernier but (Éléphant). Les autres se défendent à coups de griffes (Lion) ou de cornes (Buffle). D’autres enfin, mettent leur adversaire en fuite en leur envoyant une décharge électrique (Torpille,. Gymnote), procédant ainsi à la manière des combattants qui défendent l’approche de leurs tranchées en faisant parcourir leur fil de fer barbelé par un puissant courant. Henri Coupin.
- LE RÉSEAU TÉLÉGRAPHIQUE DE LA ZONE DES ARMÉES
- lète de Sape Sape
- C’est avec une légitime fierté que nous pouvons parler du service télégraphique de nos armées en campagne. Organisé dès le temps de paix aussi scrupuleusement que le permettaient les données fournies par les campagnes antérieures, mais complètement dépourvu de matériel le jour de la mobilisation, il fut mis à la hauteur des circonstances en quelques mois. Et lorsqu’il nous sera possible de décrire les appareils imaginés du jour au lendemain et construits avec une rapidité étonnante, nous pourrons alors apprécier comme il convient l’œuvre des officiers placés à la tête de ce service.
- Depuis bientôt un an tout est en ordre.
- Les approvisionnements de matériel (conducteurs et appareils) sont largement suffisants pour faire face à toutes les nécessités, même aux besoins d’une campagne rapide qui nous porterait loin de nos positions actuelles.
- Les bataillons de télégraphistes plus nombreux qu’au début de la guerre, ont donné des preuves, en
- maintes circonstances, héroïsme même, soit
- Poste d'observateur
- ffl Emplacement JSoyaux de \. debatterie communication \ (Ml Dracken-'Ballon
- /CTBatterfe
- Commandant dun groupe de batteries
- JM Groupes G.ftLJ divisionnaires
- Place forte
- Q. G. 1 Quartiers généraux * ‘ ’j de corps darmée
- Quartiers généraux d'Armées
- Direction de /'Arrière
- Direction des Etapes etServices.ArtUferie Génie. Intendance• Service de Santé Réserves et Ba vltalllement Gares régulatrices
- Fig. i. — Schéma montrant la répartition et la liaison mutuelle des divers postes téléphoniques.
- de leur endurance, de leur en construisant des lignes sous la rafale, soit même en faisant le coup de feu avec leurs camarades lorsque les circonstances l’exigeaient.
- Nous ne pouvons nous permettre, actuellement, qu’une étude d’ensemble un peu aride puisqu’elle ne doit révéler aucune des nouveautés — et elles sont nombreuses — qui sont sorties de l’ombre pendant les premiers mois de la guerre.
- Ce simple exposé de l’organisation générale nous permettra cependant de comprendre comment s’effectuent les liaisons entre les diverses armées ou fractions d’armées et l’État-Major Général.
- Le'service télégraphique et surtout téléphonique militaire, s’étend sur barrière et sur l’avant.
- Celui de deuxième ligne (arrière) s’arrête aux Quartiers Généraux des armées ; il est assuré par des agents des Postes et Télégraphes groupés en sections de télégraphie militaire de deuxième ligne placées sous les ordres de la Direction
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- Fig. 2. — Le télégraphe Morse de campagne dans l’armée britannique.
- de l’Àrrière (D. À.). Dans cette partie du territoire, les lignes sont desservies par les appareils rapides Hughes et Baudot et le service télégraphique privé s’effectue comme ffans tout le reste de la France.
- ' Les Quartiers Généraux des Armées sont ainsi reliés au Grand Quartier Général (G. Q. G.) et celui-ci au siège du Gouvernement par les fils empruntés au réseau de l’État et au réseau des chemins de fer.
- Le G. Q. G. auquel est également rattachée la Direction de l’Àrrière (D. À.), dispose encore de circuits téléphoniques qu’il utilise avec l’ar-
- Tout à fait à l’avant, la Télégraphie sans fil intervient lorsque les communications sont interrompues par le téléphone.
- Elle est employée également par les troupes de cavalerie en déplacement, leur grande mobilité ne permettant pas l’installation de lignes téléphoniques de liaison.
- Enfin la T. S. F. intervient encore pour servir de liaison entre les avions en reconnaissances et les batteries d’artillerie auxquelles ils sont rattachés.
- Chaque groupe de batterie d’artillerie se greffe téléphoniquement sur le réseau de première ligne de la division à laquelle il appartient. Le commandant du groupe est relié avec le commandant de chaque batterie et celui-ci se trouve placé à la tête d’un réseau qui assure une liaison permanente avec les emplacements de batteries, avec les postes des observateurs aménagés aux points extrêmes du front, aux têtes de sapes et enfin avec les ballons cerfs-volants.
- Dans la guerre de tranchées, la liaison entre l’artillerie et l’infanterie a été rendue plus intime encore; le commandant d’une section, qui peut n’être qu’un chef de bataillon d’infanterie, centralise les ordres relatifs à son secteur et sollicite directement ses batteries de soutien. Quant aux batteries lourdes, elles ont généralement un réseau spécial qui, en raison de leur rôle, les relie au siège du corps d’armée.
- Appareils téléphoniques. — Au Grand Quartier Général sont installés des standards qui permettent d’établir rapidement les relations avec les quartiers généraux d’armées et avec l’arrière. Aux États-Majors des Q. G. A. d’autres standards constituent les points d’aboutissement des circuits venant des
- rière : services de l’intendance, matériel, service de santé, gares régulatrices, etc.
- Sa liaison avec les bureaux centraux des villes où il s’installe lui permet d’utiliser largement pour ses besoins le réseau d’État téléphonique et télégraphique.
- On peut donc dire que le service de l’arrière est assuré par une exploitation nor-#male des réseaux mis à sa disposition.
- A partir'du Quartier Général de chaque armée, ou éventuellement de chaque groupe d’armée, c’est-à-dire dans la zone de première ligne, le service est fait à peu près exclusivement par le téléphone.
- Toutes les lignes reliant les divers groupes de troupes sont des circuits téléphoniques doubles, sauf tout à fait à l’avant où on utilise des conducteurs uniques avec retour par la terre, cela afin de réduire au strict minimum la quantité de câble à mettre en service, à cause du poids et de l’encombrement des bobines sur lesquelles le fil est enroulé.
- Fig. 3. — Un poste téléphonique souterrain.
- États-Majors de Corps d’Àrmée. Dans ces derniers postes on utilise des tableaux annonciateurs de 7 à 25 directions auxquels aboutissent les fils venant des groupes divisionnaires et des places fortes relevant du corps d’armée.
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- Les divisions ont des tableaux à quatre directions relies : à l’artillerie, à chaque régiment d’infanterie et à des postes de campagne mobiles qui suivent les officiers d’Etat-Major dans leurs déplacements.
- Ces derniers circuits sont desservis par des postes micro-téléphoniques de campagne, qui sont des appareils combinés comportant le transmetteur et le récepteur solidaires d’une seule poignée, comme, d’ailleurs, tous les postes combinés de la télégraphie privée.
- Ces postes micro-téléphoniques sont munis de petites magnétos d’appel; cependant, dans les tranchées, on utilise des appareils vibrés, légers, transportables et capables de fonctionner sur les circuits imparfaitement isolés.
- Enfin, dans les boyaux sont installés des appareils téléphoniques spéciaux, ainsi que dans les galeries de mines et dans les postes d’écoute.
- Ces appareils révèlent les bruits souterrains produits par les travaux défensifs ou offensifs de l’ennemi.
- Lignes. — Les lignes, qui constituent le réseau d’intercommunication s’étendant sur toute la zone militaire, peuvent être classés en trois catégories :
- 1° Les lignes fixes sur poteaux
- appartenant au réseau de l’État
- et que l’on utilise pour les liaisons de l’arrière avec le Grand Quartier Général, entre celui-ci et les quartiers généraux d’armées et enfin entre ces derniers et les quartiers généraux de corps d’armées.
- Ces lignes, auxquelles on ajoute, en cas de besoin, des sections reliées à des sections de lignes existantes, sont généralement constituées par des fils nus sur poteaux et isolateurs.
- 2° Les lignes en cables isolés de campagne, enroulés sur des bobines et jetés sur les arbres ou attachés à des perches de bambou, servent à relier les quartiers généraux de corps d’armée avec les divisions et les divisions avec les régiments.
- 5° Jusqu’à l’extrême front, aux têtes de sapes,
- Fig. 4.
- Un téléphoniste dans sa cabine souterraine près de la ligne de feu.
- on emploie des câbles légers, isolés, qui traînent sur le sol et que l’on enterre pour la traversée des routes et des chemins. Dans ces derniers cas on emploie des câbles sous plomb ou entourés d’une armature métallique.
- Les supports de toutes ces lignes sont ou des isolants ordinaires en verre ou en porcelaine fixés sur les poteaux, des crampons munis de caoutchouc, des poulies de porcelaine. Dans les tranchées on se contente d’enfoncer une fiche en bois dans le sol ; on y fait de légères entailles sur lesquelles repose le câble.
- Personnel. — A l’arrière, jusqu’au Grand Quartier général, le service est assuré par les agents des Postes et Télégraphes des bureaux civils qui effectuent le service normal du territoire. Ceux qui assurent la liaison entre le G. Q. G. et le siège du Gouvernem e n t ainsi qu’avec les services de la Direction de l’Arrière qui est susceptible de se déplacer en même temps que les armées, sont militarisés sous la direction d’un fonctionnaire supérieur des Postes et Télégraphes.
- En première ligne, le service est confié à des soldats du génie placés sous la direction d’un officier du génie ayant sous ses ordres, dans chaque armée, une ou plusieurs compagnies de sapeurs - télégraphistes commandées par un capitaine du génie.
- La compagnie de télégraphistes est un organe d’armée qui se compose de sections susceptibles de rester groupées ou d’être réparties dans les différents corps.
- De plus, chaque corps d armée possède encore un détachement de corps commandé par un lieutenant du génie qui est placé sous les ordres directs de l’État-Major du corps d’armée. Ce détachement assure les liaisons secondaires entre son État-Major et les divisions ou les régiments isolés, pour ce qui concerne seulement le service intérieur du corps d’armée.
- Dans chaque régiment d’infanterie, un lieutenant téléphoniste dirige encore une équipe spéciale de téléphonistes affectée à ce régiment.
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- Les corps de cavalerie possèdent également des détachements indépendants de téléphonistes et de télégraphistes à cheval et de télégraphistes du génie à bicyclettes. Ces hommes portent sur le dos des bobines de fil qu’ils déroulent très rapidement au fur et à mesure des déplacements du régiment ou même de la fraction de régiment ou de peloton à laquelle ils appartiennent. Cette formation est complétée, ainsi que nous l’avons indiqué, par un détachement de radio-télégraphistes; les postes de ce détachement sont de puissance moyenne et généralement aménagés sur une seule voiture afin de posséder le maximum de mobilité.
- L’artillerie possède également son détachement
- cet effet les batteries possèdent des installations réceptrices pourvues d’une antenne sommaire et peu visible. La batterie d’artillerie peut cependant communiquer avec les avions par la télégraphie optique qui donne d’excellents résultats sur des distances de 7 à 8 kilomètres.
- Tout à fait sur le front, lorsque les communications sont interrompues avec la tranchée, les hommes peuvent toutefois transmettre des renseignements en utilisant des lanternes spéciales, dites de signalisation, qui sont de petites lampes électriques pourvues d’un manipulateur et d’un réflecteur. Leur portée est de 1500 m. pendant le jour et de 2 à 3 km pendant la nuit.
- Fig. 5. — Un poste téléphonique à Ventrée d’un abri.
- de téléphonistes par batterie sous les ordres d’un lieutenant, quelquefois d’un sous-officier.
- Enfin, dans chaque corps d’armée existe encore un détachement de radio-télégraphistes qui dessert un poste automobile sur deux voitures.
- La télégraphie sans fil n’intervient dans la communication que lorsque les câbles sont coupés d’un point à un autre à la suite d'un bombardement, par exemple, et en attendant que les réparations puissent être elîectuées. Mais elle règne en maîtresse sur les avions qui sont tous pourvus de postes émetteurs. Il n’a pas été possible, jusqu’à ce jour, d’organiser un service de réception sur les aéroplanes à cause du bruit du moteur. Le poste des avions se contente donc de transmettre à la batterie les renseignements destinés au réglage du tir; à
- Enfin les hommes possèdent encore des cartouches éclairantes qu’ils lancent à l’aide de pistolets spéciaux. Ces cartouches donnent une lumière blanche, rouge ou verte, chaque couleur ayant une signification spéciale propre et leur association permettant des combinaisons de signaux qui suppléent au manque d’autres moyens de communication.
- Ce résumé succinct et quelque peu aride de l’organisation générale de notre télégraphie militaire fait ressortir l’idée générale qui a présidé à cette conception : assurer constamment, par tous les moyens, une liaison entre tous les corps de troupes et les éléments les plus réduits et les plus avancés de manière à être renseigné immédiatement sur les incidents les plus imprévus, afin de prendre les mesures qu’ils comportent. Lucien Fournier.
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- CURIEUSE LOCOMOTIVE MILITAIRE A DOUBLE CHEMINÉE
- Le Gouvernement français commanda en février dernier, aux grands établissements Baldwin, de Philadelphie, des locomotives dites « à double extrémité » (double-ender), pour remorquer les grosses pièces d’artillerie sur les fortes rampes, assurer le service de certaines lignes dépourvues de plaques tournantes et autres voies stratégiques où on ne saurait employer le type Compound.
- La conception du « double-ender » remonte, en effet, à l’ingénieur Horatio Allen (1831), puis Robert F. Fairlie la perfectionna en 1866 et notre compatriote Péchot l’appropria aux besoins du génie militaire, A'ers 1888.
- Ces locomotives, qui fonctionnent depuis le 9
- au-dessus de la lame d’eau isolante des foyers. A la sortie de cet organe, la vapeur se dirige, grâce à un double tuyau bifurqué, dans chaque groupe de cylindres, mobiles par rapport à la chaudière et reliés avec elle par des joints articulés. Ces tubes descendent verticalement dans l’axe du plateau d’assemblage du truck et de la chaudière, puis, après avoir rencontré un premier joint articulé à faces planes qui suit les déviations angulaires du truck, se prolongent par une conduite munie d’un manchon d’emboîtage. qui. assure le va-et-vient inhérent aux oscillations longitudinales. Finalement la vapeur s’échappe dans la cheminée par une tuyère verticale portant une articulation à sa base.
- Locomotive Baldwin à « double extrémité ».
- Les deux mécanismes et leurs trucks de support sont identiques, ils comprennent chacun deux essieux moteurs accouplés que commande le groupe des deux cylindres correspondants. L’écartement de ces essieux mesure seulement 90 cm. D’autre part, chaque truck se relie à la chaudière par l’intermédiaire d’un plateau métallique revêtu de caoutchouc et destiné à servir de pivot central à l’ensemble.
- Ces petites machines à deux cheminées facilitent beaucoup nos transports militaires, par exemple sur les voies de service aux forteresses, car elles peuvent donner un coup de collier au départ et fournir, en cours de marche, un effort considérable par rapport à leur dimension. Elles escaladent même la pente de 93 mm par mètre qui permet l’accès d’un des forts voisins d’une de nos grandes villes de l’est. Jacques Boyer/
- avril 1915 en diverses régions montagneuses de notre frontière, pèsent en ordre de marche 12 790 kg; elles sont à quatre cylindres de 0 m. 175 de diamètre et d’environ 24 cm de course. Chacune d’elles possède deux chaudières tubulaires ordinaires accolées par leurs foyers, de façon à former, somme toute, une chaudière unique de 26m2,987 de surface de chauffe. On trouve donc, sur la machine, deux foyers distincts avec leurs parois voisines que sépare la lame d’eau des boîtes à feu, deux faisceaux tubulaires et deux cheminées sises aux deux extrémités de la chaudière.
- Les portes des foyers étant installées latéralement, le chauffeur se tient d’un côté de la locomotive complètement séparé du mécanicien, qui lui fait vis-à-vis de l’autre côté. Il n’y a qu’une seule prise de vapeur disposée au milieu de la chaudière juste
- Le Gérant P. Masson. - Imprimerie Lahure, rue cle Fleuras, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N0'2213.
- 26 FÉVRIER 1916.
- ROITS DANOIS
- Pourquoi les flottes alliées n’ont-elîes pas tenté de pénétrer dans la Baltique et d’attaquer les cuirassés allemands dans leur repaire de Kiel ? Cette question, nombre de nos lecteurs se la sont assurément posée. Aussi, dans la pensée de leur fournir les éléments d’appréciation nécessaires pour juger des conditions de succès que pourrait offrir cette entreprise, nous leur présentons un rapide exposé des circonstances très particulières de la navigation dans les détroits danois qui seuls ouvrent l’accès de la Baltique.
- A un autre point de vue cette région présente un intérêt considérable; c’est en effet par les ports
- fois seulement qu’ils ont dépassé le cap Skagen, l’extrémité septentrionale de cette dernière presqu’île, les navires venant du sud se trouvent affranchis du voisinage immédiat des terres.
- La caractéristique saillante de ces détroits réside dans leur étroitesse. En réalité ce sont beaucoup plus des estuaires que des bras de mer. Le Sund devant Elseneur mesure d’une rive à l’autre seulement 3700 m. ; le Petit Belt est encore moins large, 700 m. sous Frédéricia. Seul le Grand Belt n’offre pas d’étranglements aussi accusés ; son goulet le plus resserré, entre l’île de Langeland et le feu d’Albuen, sur l’île Laaland (*) présente un écartement
- du Cattégat et du Sund, et ensuite par les chemins de fer qui les relient à l’Europe centrale que l’Allemagne reçoit la majeure partie de son ravitaillement. Le Danemark est ou a été un des principaux pourvoyeurs de nos ennemis.
- Pour mémoire rappelons' que les portes de communication entre la mer du Nord et la Baltique à travers l’archipel danois sont au nombre de trois. Ce sont, en allant dé l’est à l’ouest, le Sund, le Grand Belt et le Petit Belt. Le premier est situé entre la Suède etj’ile de Seiland (1) ; le second, tout entier en Danemark, se développe entre Seiland et, Fionie (2), tandis que le Petit Belt sépare cette dernière île du continent. A ces. goulets fait suite vers le nord le couloir du Cattégat, bordé cà l’est par la côte suédoise et à l’ouest par le Jutland; une
- 1. Sjælland en danois. Prononcez chiéland.
- 2. Fyen en danois. Prononcez lune. ' .
- de 10 knr. Et il s’en faut de beaucoup que ces passes soient accessibles aux navires de forte calaison dans toute leur largeur. Toutes sont encombrées de hauts fonds, et ne possèdent que d’étroits chenaux suffisamment profonds pour les grands bâtiments, des fosses tortueuses, allongées dans l’axe des détroits ; telles des vallées inondées entaillant des plaines recouvertes d’une mince tranche d’eau. Que drossé par le vent ou par le courant, le navire soit poussé hors du, chenal, ou que le pilote commette une erreur, c’est immédiatement l’échouage. Cette ^curieuse disposition’ des fonds que l’on rencontre dans kcSund comme, dans les Belts est un héritage des vicissitudes géologiques dont cette région a été Te théâtre. Après la disparition des glaciers quaternaires le Danemark occupait un niveau plus élevé
- 1. Pronoiicez Loland, aa ayant le son o dans les langues Scandinaves. L’orlhographe Loland est également usitée.
- ’ ' ‘ , 9 - 129.
- 44” Année. — 1" Semestre.
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- 130 .:-= LES DÉTROITS DANOIS
- qu’aujourd’hui et joignait l’Allemagne à la péninsule Scandinave, en. même temps la Baltique se trouvait transformée en un immense lac lequel s’écoulait vers l’ouest par de puissants exutoires. Plus tard une submersion s’étant produite, les vallées de ces exutoires furent progressivement inondées par la mer et devinrent des détroits qu'une submersion ultérieure réduisit à leurs dimensions actuePes. De là l’aspect de continent effrité que présente le Danemark avec ses 597 îles et îlots; de là également, les sillons qui rident les cuvettes des Belts et du Sund et qui sont tout simplement les lits des anciens émissaires du lac baltique pléistocène.
- Déjà dangereux par l’abondance des hauts fonds, ces détroits le sont rendus encore plus par les courants. Dans ces goulets deux courants superposés et de sens contraire se manifestent, l’un superficiel formé par l’écoulement vers le nord des eaux presque d ouces de la Baltique, l’autre, en profondeur, créé par le cheminement vers le sud des eaux salées originaires des mers extérieures. Le premier peut acquérir une très grande rapidité. Dans le Sund, si par temps calme il ne dépasse pas un mille à un mille et demi à l’heure (1850 à 2775 m.), vitesse déjà très sensible puisque supérieure à celle de la Seine à Paris (J), dans certains passages resserrés du Grand Belt son déplacement horaire s’élève à 5 km. et demi et même parfois à plus de 7 km. Ce qui complique la situation, c’est que sous différentes influences, notamment sous celle des vents, la force et même la direction de la dérive des eaux éprouvent de grandes variations; aussi bien, au moment d’entrer dans un détroit, un capitaine ne sait jamais quelle situation il y rencontrera. Les brises d’entre nord et ouest produisent, par exemple, un renversement du courant de sortie; sous la poussée de ces vents les nappes superficielles provenant de la Baltique, au lieu de filer vers le nord, sont refoulées vers le sud. D’autres fois il arrive que dans une partie du détroit les eaux dérivent vers le sud et dans l’autre vers le nord. De plus, quelle que soit la direction que suivent les nappes liquides, en heurtant les inégalités du fond elles dorment naissance à des tourbillons locaux, Enfin, parfois, le courant de profondeur portant au sud s’étend presque jusqu’à la surface; en pareil cas les voiliers de grande calaison se trouvant plonger dans deux couches d’eau se 1. De Lapparent, Traité de géologie, I, p. 177.
- mouvant en sens contraire demeurent immobiles.
- Pour compléter le tableau, ajoutons que les côtes manquent généralement de relief. Si l’entrée nord du Sund est annoncée de loin par les collines suédoises pittoresquement découpées du Kullen, et si la côte orientale de l’île danoise de Môen présente une haute falaise de craie bizarrement disloquée, ce sont là des paysages exceptionnels; partout ailleurs les terres restent basses et ne deviennent visibles que lorsqu’on arrive dessus. Par temps de brume jugez de la difficulté que les navigateurs éprouvent à déterminer leur position. En pareille circonstance la sonde demeure leur unique ressource. Les cartes hydrographiques danoises portant un très grand nombre de cotes de profondeur avec l’indication habituelle de la nature du fond, les capitaines avancent alors en sondant constamment, comme les aveugles en tâtonnant avec leur bâton. Les paquebots qui traversent la nuit le Grand Belt entre Kiel et Korsôr n’emploient pas d’autres moyens pour trouver leur route.
- Ce n’est pas tout. Assez fréquemment en hiver il faut compter avec la présence des glaces. Rarement le Sund et les Belts sont entièrement pris — cinq fois seulement dans le cours du xixe siècle ce cas s’est réalisé — mais en revanche souvent des banquises plus ou moins épaisses gênent la marche des navires, et cela même dans le Cattégat, pourtant beaucoup plus ouvert que le Sund et les Belts. Pendant la période de trente-cinq ans, s’étendant de 1879 à 1914, en raison des glaces 12 ou 15 hivers les bateaux-feux du Sund ont du être rentré spendant des périodes variant de 25 à 40 jours et ceux du Cattégat durant 55 jours en moyenne pendant 10 à 12 hivers.
- Quels dangers présentent ces mers danoises, les statistiques en font foi. En 1909, 157 navires, dont 54 vapeurs, représentant plus de 78 000 tonnes, s’y sont mis au plein, et 45 navires., jaugeant ensemble 12 500 tonnes, s’y sont perdus.
- Après ces considérations générales, examinons maintenant les conditions spéciales à chacun des passages, en commençant par le Sund.
- Ce goulot offre la route la plus courte pour les navires venant de l’ouest à destination des ports de Russie et de Suède. Aussi jusqu’en 1895, date de l’ouverture du canal de Kiel, le commerce presque entier de la Baltique empruntait cette voie, et, longtemps pour son usage il dut acquitter un droit de péage au Danemark. Seulement, en 1857, cette ser-
- Malmo
- / de Drogdf
- +“ Point dëchouatje du
- submersible anglais E-13\, &Z2) Fonds de moins de b mètres * Phares et Feux flottants O 5 10 Kf
- Fig. 2. — Carte bathymétrique des détroits danois.
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- LES DETROITS DANOIS . 131
- vitude fut abolie moyennant une indemnité de 80 millions de francs payée par toutes les nations maritimes. Depuis vingt ans la fréquentation du Sund a beaucoup diminué pour deux raisons. D’abord un grand nombre de transiteurs préfèrent aujourd’hui aux détroits danois le canal de Kiel qui offre le double avantage d’une moindre distance et d’une plus grande sécurité. En second lieu les navires de gros tonnage qui aujourd’hui tendent de plus en plus à remplacer les petites unités ne peuvent franchir le Sund. Jusqu’à Copenhague et à Malmô, ils arrivent sans difficultés; mais au sud de ces villes, ils se- trouvent arrêtés par le manque de profondeur. Dans toute sa largeur, de la pointe sud de l’ile d’Amager à la presqu’île bizarrement découpée de Falsterbo, sur la côte suédoise, le Sund est barré par une chaussée qui sur une grande étendue n’est recouverte que de 1 ou 2 m. d’eau. En deux points seulement elle présente une brèche tant soit peu creuse, le chenal de Flinte et celui de Drogden, eux aussi, anciens lits des émissaires du lacbaltique pléis-tocène. Le premier, qui comporte deux branches, s’ouvre à l’est de l’ile de Sallholm et du banc de Drogden, tandis que le second, situé à l’ouest de ce dernier « danger », suit le détroit entre Àmager et Saltholm.
- Dans le chenal de Flinte seuls peuvent passer les navires dont la calaison ne dépasse pas 7 m. 10, et dans celui de Drogden le tirant d’eau de 6 m. 90 est généralement admis comme limite de sécurité pour les navires qui doivent le franchir. Les grands cargos et, à plus forte raison, les gros cuirassés ne sauraient donc utiliser ces passages; rappelons que
- les dreadnoughts les plus modernes ont un tirant d’eau de 8 m. 30.
- Au point de vue des opérations navales le Sund ne possède plus par suite qu’un intérêt secondaire; seules les unités légères, les petits croiseurs, les contre-torpilleurs, etc., peuvent le traverser.
- C’est par le chenal de Flinte qu’en automne des sous-marins britanniques ont pénétré dans la Baltique : un exploit admirable si l’on considère les
- dangers que présente la naviga-tion en ' plongée dans ce passage étroit et dépourvu de profondeur. Au cours de cette entreprise singulièrement audacieuse, une de ces unités, le E 13, s’est d’ailleurs perdue sur le large banc de sable bordant Saltholm à l’est; probablement ce sub-mersible a été drossé contre terre par les tourbillons que les courants engendrent en frappant les inégalités du fond.
- L’arrivée de sous-marins anglais allait compromettre la navigation ennemie dans la Baltique où jusque-là elle avait joui de la plus complète sécurité, et entraver notamment l’importation en Allemagne des minerais de fer suédois pour la fabrication du matériel de guerre. Devant celte menace .nos ennemis n’hésitèrent pas, et, sans se préoccuper de la gêne qu’ils allaient apporter à la navigation neutre, ils barrèrent l’ouvert méridional du chenal de Flinte par un champ de mines. Ce champ a été placé dans le sud du feu flottant de Drogden, en ne laissant libre pour le transit des neutres qu’un passage de 50 m. de large. Mais cette mesure ne paraît pas avoir atteint le résultat espéré; d’après les journaux Scandinaves, en dépit des mines, de nouveaux sous-marins britanniques ont réussi à entrer dans la Baltique.
- Service de ferry boat L ignés de Chemin de fer
- A T T E <; a j-
- SE t L
- Warnemumle
- La mer du Nord et les détroits danois,
- Fig. 3,
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- 132 -- LES DÉTROITS DANOIS
- A la différence du Sund, le Petit Belt, malgré son étroitesse, est accessible aux plus grands batiments. Dans sa partie nord, on dirait un grand fleuve; là, sur une distance de 17 à 18 km, il se tortille en méandres dont la largeur ne dépasse pas 1600 m. et se trouve même parfois réduite de moitié. Plus au sud les côtes s’écartent, formant de larges bassins que des îles et des bancs fractionnent en canaux. Tous ces passages sont relativement creux; on y rencontre jusqu’à 80 m. d’eau ; en un point seulement la profondeur se relève à 9,4 m. Mais en raison de sa position excentrique et du long détour vers l’ouest qu’elle impose, le Petit Belt n’est point pratiqué par les transiteurs baltiques ; au point de vue militaire il ne présente non plus aucun intérêt; la plus grande partie de sa rive occidentale se trouvant en territoire allemand, des escadres alliées ne sauraient s’y engager sans risquer gros.
- Le Grand Belt est également suffisamment profond pour les dreadnoughts et les gros cargos, et c’est par ce détroit que passent les navires de grande calaison qui ne veulent pas emprunter le canal de Kiel. Dans toute sa longueur il offre un chenal où les fonds sont partout supérieurs à Tl m. et souvent atteignent 20 et même 50 m. En plusieurs endroits ce passage est très étroit; dans le Belt de Langeland, nom sous lequel on désigne la partie méridionale du Grand Belt, sa largeur se réduit à 185 m. De là de fréquents accidents. Dès qu’un bateau de gros tonnage se trouve déporté hors du chenal, il s’envase. Malgré la très grande expérience de ce Belt que possèdent les officiers de la marine allemande, très souvent ils y échouent leurs navires. Ainsi ils mirent au plein un des gros cuirassés italiens venus en 1895 aux fêtes de Kiel. Si des marins ayant la pratique de ce passage sont exposés à de pareils accidents cela donne à réfléchir aux étrangers surtout en temps de guerre alors que l’échouage entraînerait des conséquences autrement graves qu’en temps de paix.
- Une fois hors du Grand Belt, on n’est pas encore au bout des difficultés. Avant d’entrer dans la Baltique, on a encore à franchir une passe délicate, le détroit entre l’île danoise de Falster et la côte de Poméranie, qu’une longue chaussée partant de Falster, le Gjedser Rev, barre dans la moitié de sa largeur. Le 26 novembre dernier un grand vapeur J autrichien, surpris à Emden par la déclaration de guerre et employé depuis à transporter du charbon allemand à Stockholm, s’est perdu sur ce récif.
- Le Grand Belt ne constitue donc pas un passage précisément sûr, ni commode pour des escadres composées de grosses unités. D’ailleurs aujourd’hui ce détroit n'est plus libre. Redoutant quelque entreprise des escadres alliées contre ses côtes, dès le début de la guerre, le cabinet de Berlin somma celui de Copenhague de laisser la flotte allemande fermer le Grand Belt par des champs de mine. Le Danemark n’échappa à une main-mise de son puissant voisin qu’en prenant lui-même cette mesure.
- La convention de 1857 relative au rachat du péage du Sund stipule pourtant que les détroits devront être ouverts à la navigation internationale. Mais il s’agit bien de droit aujourd’hui! La flotte allemande possédant une supériorité écrasante sur la flotte danoise, et le peuple danois n’ayant pu se résoudre, comme le peuple suisse, à de lourdes charges militaires pour pouvoir défendre son indépendance en cas de besoin, ce petit pays est obligé de subir la loi de Berlin, Dans ces conditions, si les alliés voulaient tenter une opération contre les côtes du Holstein, de Poméranie ou de la Prusse, ils devraient commencer par déblayer le Grand Belt.
- L’archipel danois constitue une zone de transit, non seulement dans le sens de la longitude, mais encore suivant la direction méridienne. Formant comme les ruines d’un pont jeté en travers de la Baltique, ses îles ont été de tout temps les lieux de passage entre la Scandinavie et l’Allemagne. L’étroitesse du Sund et des Bells, qui est une cause de gêne pour les navigateurs allant soit dans l’est, soit dans l’ouest, devient, au contraire, un avantage pour les routes terrestres nord-sud. Les retards que la traversée des détroits apportait jadis aux communications suivant cette dernière direction ont même disparu. Aujourd’hui plus de transbordements pour passer soit le Sund, soit les Bells. A travers ces canaux soustraits au phénomène des marées comme aux agitations de la pleine mer, des ferry-boats transportent d’une rive à l’autre des trains entiers, et établissent ainsi le raccordement entre les différents terminus des voies ferrées sur le continent et sur les îles. Voyageurs et marchandises circulent de Kristiania, de Gothembourg, de Stockholm, de Malmô à Hambourg et à Berlin par Copenhague, sans être astreints à aucun changement de voiture. On pourrait par suite presque dire que des rubans de rails continus relient la Suède et la Norvège à l’Allemagne par le Danemark. Ces lignes sont au nombre de quatre, savoir : 1° ligne de Kristiania à Copenhague par Gothembourg, Ilelsingborg et Else-neur, traversant le Sund entre ces deux villes; 2° ligne de Suède aboutissant à Malmô et à Copenhague franchissant le Sund entre ces deux ports; 5° ligne de Copenhague à Hambourg, par Fionie et le Jutland, passant le Grand Belt entre Korsôr et Nyborg, et le Petit Belt entre Strip et Frederieia; 4° ligne de Copenhague à Berlin traversant le Mas-nedsund entre Seiland et Falster, puis la Baltique entre Gjedser et Warnemünde.
- Une cinquième ligne de ferry-boats, celle-là passant à l’est de l’archipel danois, traverse la Baltique de la pointe méridionale de la Suède à l’île de Riigen, entre Trelleborg et Sassnitz, reliant Stockholm à Berlin. Une sixième ligne est à l’étude, destinée à joindre Kristiania à Frederickshavn, à l’extrémité nord du Jutland, et de là à Hambourg.
- Dans les circonstances actuelles, toutes ces lignes ont acquis une importance économique considérable. Depuis le début de la guerre la région des
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- détroits est devenue une des deux fenêtres ouvertes que l’Allemagne possède encore sur le monde extérieur. Gothembourg sur le Cattégat, Malmo et Copenhague, sur le Sund, constituent des ports allemands par personne interposée, pourrait-on dire, et, dans les entrepôts de ces villes arrivent des milliers de tonnes de marchandises d’oulre-mer qui prennent ensuite le chemin de Hambourg, de Lubeck, etc. L’existence de ce commerce est prouvée par les statistiques. Depuis août 1914 les exportations des États-Unis en Danemark et en Suède ont plus que doublé; comme les besoins particuliers de ces deux pays n’ont pas augmenté dans la même proportion, et que l’on ne s’amuse pas à empiler des marchandises dans des entrepôts pour le plaisir de les remplir, il est doncclair qu’elles vont ailleurs et cet ailleurs est l’Allemagne.
- Autre preuve de la part que le Danemark prend au ravitaillement de l’Allemagne :
- En 1915, l’armement danois a encaissé la somme énorme de 420 millions defran es trois fois celle qu’il avait touchée en 1914. En cette seule année 1915, rapporte le Tidens Tegn
- de Kristiania, les 28 principales compagnies de navigation danoise ont récolté de 140 à 168 millions de francs, soit plus que leur capital social!
- D’autre part, les régions du Sund constituent une zone d’activité industrielle très intense. La moitié des usines que renferme le Danemark sont installées dans les faubourgs et dans la banlieue de Copenhague, et, la rive suédoise, la Scanie, est le centre manufacturier le plus important de la Suède. Tous ceux des produits de ce bassin dont nos ennemis ont besoin, leur sont assurés. Enfin, comme on sait, le Danemark est un grand producteur de beurre, d’œufs, d’animaux de boucherie, de porcs et de
- chevaux. Quoique la majorité de la population soit .favorable à la cause des Alliés, elle n’en vend pas moins à nos ennemis une partie de son bétail et de sa cavalerie. Les affaires sont les atfaires, surtout lorsque les bénéfices sont énormes. La Scanie est également un pays de grande production agricole, et en Suède de même qu’en Danemark l’Allemagne achète de nombreux chevaux et bêtes à cornes. C’est par les chemins de fer danois que sont acheminés vers l’Allemagne une grande partie des
- produits agricoles acquis pour le compte des empires du centre en Suède, en Danemark, comme desmarchandises importées d’outre-mer à Gothembourg, Mal-mô et Copenhague. De là sur ces lignes un trafic qu’elles n’ont jamais connu auparavant. Au milieu d’octobre, les deux bacs danois en service entre Gjedser et Warnemünde accomplissaient sept voyages par jour en chaque sens et transportaient 250 wagons. A la même époque, sur le Grand Belt quatre ferry -boals exécutaient continuellement la navette de Korsôr à Nyborg ; par vingt-quatre heures ils ne faisaient pas moins de vingt-deux traversées et transbordaient 650 wagons dans chaque sens. Sur le Petit Belt le nombre des voyages accomplis par les bacs n’était pas inférieur à 60. En même temps, entre Copenhague etMalmô, ainsi qu’entre Elseneur et Iielsingborg le mouvement n’était pas moins actif. Sous la date du 25 novembre dernier, le Tidens Tegn de Kristiania signalait 1’ « énorme » trafic, dont cette dernière ligne était le siège. Nuit et jour les bacs traversaient le Sund, accomplissant jusqu’à 24 voyages par jour ; néanmoins la gare d’Helsingborg restait encombrée par 200 à 500 wagons.
- Sur la ligne Stockholm-Berlin par Trelleborg et
- Fig. 4. — Vue de Kullen, Scanie (Suède méridionale).
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- SaSsnitz, le transit est également très actif, mais en automne il a subi un ralentissement. Dans cette direction, quatre bacs entretiennent le service; deux battant pavillon suédois et deux battant pavillon allemand. Or, tant que les sous-marins anglais n’ont pas été bloqués par les glaces dans les ports du golfe de Finlande, les transbordeurs allemands ne sont sortis qu’exceptionnellement. Au début de janvier la presse de Stockholm signalait la ligne Trelleborg-Sassnitz comme n’offrant pas encore une sécurité complète pour le transport des marchandises.
- Dans la pensée de restreindre le ravitaillement de l’Allemagne en marchandises d’outre-mer par Copenhague, au mois de novembre dernier, un accord a été signé entre le gouvernement britannique et les représentants autorisés du commerce danois. Moyennant certains avantages, les commerçants et industriels danois s’engagent à garder les importations de toute provenance qu’ils recevront et à ne plus les réexporter sous aucune forme. Il serait vain de fonder de grands espoirs sur cette convention pour resserrer le blocus de l’Allemagne. La réexportation ne pouvant plus être pratiquée en Danemark comme par le passé, elle se fera purement et simplement de Suède sur une plus grande échelle qu’auparavant. Les marchandises d’outremer destinées aux puissances centrales, qui précé-
- demment étaient expédiées à Copenhague, seront dirigées sur Gothembourg et Malmo et de là soit par bateaux, soit par les chemins de fer danois, passeront en Allemagne. L’itinéraire sera allongé et modifié, voilà tout! Le transit à travers le Danemark du ravitaillement allemand acheté ou débarqué en Suède reste, en effet, toujours ouvert sous certaines conditions qui peuvent être gênantes, mais qui ne sauraient le paralyser. Aussi le Danemark interdit le passage à travers son territoire du bétail suédois sur pied, mais permet celui de la viande de boucherie. Que font alors les ravitail-leurs allemands qui achètent des lots de bêtes à cornes sur le marché suédois de Malmo, ils le font abattre et en expédient les carcasses sur Hambourg ou sur Warnemünde par Copenhague et le réseau ferré danois.
- En décembre a régné une température extrêmement basse dans la péninsule Scandinave et dans le bassin de la Baltique. En même temps à Copenhague on enregistrait — 6° et — 7° à Skagen. Si le froid s’établissait en Danemark, les détroits ne tarderaient pas à être plus ou moins obstrués par les glaces; dès lors, l’activité des ferry-boats se trouverait forcément'ralentie et le ravitaillement de l’Allemagne moins abondant. Le froid deviendrait ainsi un allié efficace de la bonne cause.
- Charles Rabot.
- LES FERRY-BOATS
- Si le transit entre la Suède et le Danemark a pu atteindre une intensité telle qu’il constitue actuellement le principal moyen de ravitaillement de l’Allemagne, c’est grâce aux ferry-boats, comme on l’a vu par l’article de M. Rabot sur les détroits danois.
- Ces « prolongements du rail » ne sont d’ailleurs pas d’invention récente, puisque le premier ferry-boat date de près de 50 ans. 11 avait été construit pour la navigation sur le lac de Constance pour faire le service entre Romanshorn etFriedrichshafen(fig. 1).
- La Nature a parlé plusieurs fois de ces navires porte-trains, mais étant donnée l’actualité que la guerre leur a redonnée, il n’est pas inutile de rappeler rapidement leurs caractéristiques.
- Le problème à résoudre est d’abord tout particulier.
- Les navires porte-trains sont à roues ou à hélices suivant les conditions qu’ils doivent remplir concernant le tirant d’eau et la hauteur au-dessus de l’eau de la-plate-forme qui supporte les rails.
- Ceux destinés à la traversée des grands fleuves comme le Mississipi et le Saint-Laurent, sont, ou indépendants ou guidés par des câbles dont les extrémités sont amarrées sur chaque rive. Ceux qui naviguent sur les bras de mer ou sur les lacs sont tous autonomes.
- Etant donnée l’importance des dénivellations dues aux marées dans certaines mers, ou aux crues des fleuves et même des lacs, on conçoit que l’embar-
- quement des véhicules à bord de ferry-boats puisse présenter quelquefois de grandes difficultés. Si la variation de niveau du quai et de la plate-forme du bateau est faible, on fixe au bord du quai une passerelle basculante à charnière dont l’extrémité libre s’appuie sur le pont du navire où elle est maintenue par une clavette. Afin que la voie reste toujours continue, on donne à la passerelle la longueur voulue pour qu’elle puisse prendre sans danger une certaine inclinaison, compatible avec l’équilibre des véhicules qui ne doit jamais être compromis.
- A Sassnitz (sur la ligne germano-suédoise de Trelleborg-Sassnitz), la marée ne dépasse guère 2 m. ; il suffit de deux minutes et demie pour abaisser et claveter la passerelle, de sorte que l’on embarque en un quart d’heure tous les véhicules d’un train sur les bateaux du type le plus récent.
- D’ailleurs, les navires accostent en général par l’arrière dans une alvéole qui épouse leurs formes et que l’on garnit d’un boisage appuyé sur des tampons à ressorts afin d’amortir les chocs et d’assurer la coïncidence de l’axe de la voie ferrée terrestre avecT’axe du pont du navire.
- Certains porte-trains sont pourvus d’une ouverture placée à l’avant pour faciliter rembarquement sur un pont couvert.
- Les rames de véhicules à embarquer sont remorquées au moyen de petites locomotives spéciales ou
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- LES FERRY-BOATS
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- de câbles qui s’enroulent autour des poupées de cabestans électriques.
- Quand la différence de niveau à racheter est très grande, on évite de donner à la passerelle une longueur exagérée en la faisant précéder d’une seconde passerelle dont l’inclinaison est réglée par des vérins hydrauliques ou électriques.
- Les ponts des navires porte-trains peuvent recevoir une, deux, trois et même quatre voies qui se rapprochent les unes des autres près de leurs extrémités mais qu’on ne fait pas communiquer par des aiguilles.
- On est obligé de maintenir les véhicules au moyen
- éviter qu’ils prennent une bande trop forte pendant le chargement.
- C’est en 1872, que l’on commença à se servir de ferry-boats pour le transport des trains entre le continent (Allemagne) et les îles danoises. Le premier de ces navires fut la Lille-Baelt, simple bateau à roues, à une seule file de rails, faisant le service entre Kredericia et Strib distants de 5600 m. : il mesurait 42 m. de longueur.
- En 1910, les chemins de fer de l’État danois employaient vingt-deux navires d’une jauge totale de 16 000 t., dont huit porte-trains servant au transport des véhicules de chemin de fer.
- Fig. i. — Le premier ferry-boat en service sur le lac de Constance entre Romanshorn
- et Friedrichshafen.
- de chaînes à tendeurs qui s’enroulent autour des tampons et qui sont munies à leur autre extrémité de griffes qui saisissent les rails. On peut aussi enrayer les roues au moyen de cales ou de barrots.
- Sur les porte-trains effectuant des traversées maritimes, le pont principal des voies est recouvert par un pont supérieur appelé spardeck. Les parois latérales sont alors fermées et l’ensemble constitue une sorte de gare intérieure bien abritée. La coque du nayire est agencée de manière à pouvoir renfermer des cabines, des salons et des salles à manger destinés aux voyageurs qui préfèrent ne pas séjourner dans leur compartiment pendant la traversée.
- Les formes des navires porte-trains sont très évasées et on leur donne une très grande largeur pour mieux les appuyer contre le roulis et pour
- Ces services fonctionnent toute l’année et plusieurs navires ont été spécialement renforcés pour naviguer au milieu des glaces. Quatre navires de 497 à 553 tonneaux pourvus de machines de 600 à 800 chevaux sont employés exclusivement comme brise-glaces.
- Le plus long trajet desservi par les ferry-boats danois est celui deGjedser à Warnemünde (89 km), dans la partie méridionale de la Baltique (ligne directe Berlin-Copenhague). Deux navires, le Friedrich Franz 1 U et le Mecklemhourg, y sont affectés par la Direction du chemin de fer grand-ducal du Meck-lembourg-Schwerin. Un troisième bateau, la Princesse Alexandrine, appartient aux chemins de fer de l’État danois. Le Mecklembonrg est un navire à hélices; les deux autres sont à roues (fig. 2). Le
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- 136 : LES FERRY-BOATS
- trajet par cette voie Berlin-Warnemiinde, Gjedser, Copenhague, est plus court de 500 km que l’ancienne route par Fredericia, Strib, Nybord et Korsor.
- les gouvernements allemand et suédois à installer un service analogue entre Trelleborg et Sassnitz. MM. Swan Hunter, Wigham Richardson et G0, les
- Fig. 2. — La Princesse-Alexandrine, porte-train de l’état danois affecté à la ligne Gjedser-Warnemünde.
- Afin de pouvoir maintenir le service pendant tout l’hivér, les bateaux à hélices fonctionnent comme de très puissants brise-glaces et ils peuvent notam-
- célèbres constructeurs anglais de Wallsend on Tyne, ont construit pour cette traversée un beau navire de 119 m. de long et 16 m. de largeur, le Urottning
- Fig. 3. — Le Drottning-Victoria, jaisant le voyage Trelleborg-Sassnitz.
- ment disperser facilement les embâcles qui se produisent souvent à l’entrée des ports.
- Le succès de la Princesse-Alexandrine, du Friedrich Franz IV et du Mecklembourg a de'terminé
- Victoria, qui jauge 600 t. avec un tirant d’eau de 5 m. (Fig. 5). Ce ferry-boat à double voie déplace 4270 tonneaux et ses machines de 5400 chevaux lui impriment une vitesse de 16 nœuds 1/2.
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- LA FIN DES HOSTILITÉS... AU TÉLÉPHONE ===== 137
- Le bâtiment peut transporter dix grandes voitures à boggie ou dix sleeping-cars ou encore dix-huit wagons à marchandises ; il tst muni de water ballasts et de puissantes pompes centrifuges de manière à amener facilement le pont au niveau des quais d’embarquement, quel que soit l’état de la marée. Grâce à la solidité de sa construction le Drottning Victoria peut circuler au milieu des glaces pendant la saison d’hiver.
- Les ferry-boats ne sont pas seulement affectés à la traversée des bras de mer danois. En Amérique, par exemple, il existe plus de 600 ferry-boats dont 9 sur le seul lac Michigan pour assurer le transit rapide des marchandises et des voyageurs d’une rive à l’autre.
- Il existe de même des ferry-boats faisant le service sur la Volga et sur le lac Baïkal en Sibérie, ce dernier servant comme brise-glace en même temps qu’il transporte au delà du lac les trains du Transsibérien. Il est probable qu’actuellement il se livre à un travail intensif. Ce ferry-boat mesure 90 m. de long, 17 de large et déplace 4200 t. avec un tirant d’eau de 5 m. 50.
- En Europe, on peut encore citer le service Catane-Messine qui en Italie assure le passage en Sicile des trains italiens.
- En Afrique, sur le Niger, le Fabius effectue un
- parcours de 3600 m. et peut transporter 200 tonnes.
- Mais c’est aux Etats-Unis, au Canada que l’emploi des ferry-boats s’est le plus développé dans ces dernières années. Nous ne citerons que les deux dernières lignes mises en service : celle de Québec à Levis sur le Saint-Laurent pour les trains du chemin de fer Transcontinental. C’est le Leonard de 100 m. de long, construit en 1914, qui assure la traversée. L’autre ligne, desservie par le Sco-tia 11, transporte entre la Nouvelle-Ecosse et le cap Breton les trains de l’Intercolonial Railway.
- On sait que l’accélération des services maritimes franco-anglais a suscité de nombreux projets de ponts, de tunnels à construire sur ou sous la Manche. Une autre solution que l’on a également préconisée consisterait à transporter les trains sur de.puissants ferry-boats. De nombreuses difficultés semblent s’opposer à ce projet, car le trajet de Douvres à Calais s'accomplit dans un bras de mer resserré où le vent souffle trop souvent en tempête et prend les navires par le travers en les faisant dériver.
- Cet inconvénient est très sensible à bord des porte-trains dont les ponts couverts offrent au vent une surface latérale considérable. Il est donc peu probable que cette solution soit jamais adoptée, pour la traversée du Pas de Calais.
- LA FIN DES HOSTILITES... AU TELEPHONE
- Les communications automatiques.
- Le moment serait sans doute mal choisi pour rééditer les plaisanteries faciles et les critiques plus sévères que justes adressées aux demoiselles téléphonistes. Même lorsqu’on n’a jamais eu l’occasion de visiter un bureau central important, aux heures de travail intensif, un instant de réflexion suffirait pour excuser la lenteur des communications et les erreurs commises.
- Cependant, les unes et les autres sont de perpétuels sujets de discussions et de plaintes, qui demeurent naturellement sans résultat, et il s’ensuit un état d’hostilité permanent entre abonnés et employées. En réalité, cette situation fâcheuse est inhérente au principe même des communications manuelles et, une fois bien établie l’impossibilité d’arriver à un accord, le seul moyen de faire cesser le conflit était de mettre l’un des partis hors de cause. Comme il ne pouvait être question de supprimer les clients, il ne restait que la ressource de sacrifier le personnel, Cette solution était déjà appliquée en Amérique, au début de ce siècle, et, actuellement, plus de
- 550 000 postes automatiques ont été établis, dans le monde entier, à la satisfaction des correspondants. En France, les communications automatiques n’ont commencé à être adoptées qu’en 1910, d’abord sur des réseaux privés reliant les sérvices de certains grands établissements, entre autres la Banque de l’Union parisienne (juillet 1910, 100 lignes), les Magasins du Bon-Marché (mai 1911, 100 lignes), lès Ga-leries-Lafayette (mai 1912,400 lignes), etc. L’Administration des Téléphones avait réuni dans une des salles du Grand Palais divers modèles de « multiples » automatiques, et M. Lucien Fournier en avait fait connaître les plus intéressants aux lecteurs de La Nature(1).
- Les bureaux centraux n’en restaient pas moins desservis par des employées : la transformation projetée aurait entraîné de trop grosses dépenses, et il convenait aussi de tenir compte des intérêts légitimes du personnel. Les appareils de connexion furent
- t. Yoy. n°1965, du 7 janvier 1911, p. 92, et n° 1964, du 14 janvier 1911, p. 107.
- Fig. i.
- Poste mural automatique avec sonnerie et polyphone.
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- LA FIN DES HOSTILITÉS... AU TÉLÉPHONE
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- d’abord longuement étudiés, perfectionnés et simplifiés, puis il fut décidé de ne modifier les bureaux centraux qu’un à un. On peut croire que l’Administration n’encourra pas le reproche d’y mettre trop de hâte.
- Le premier (et jusqu’ici le seul) réseau public français équipé
- tout entier en automatique pur est celui de Nice, qui fonctionne ainsi depuis le 19 octobre 1943, avec près de 3000 abonnés.
- L’installation en a été exécutée par la Com-p a g n i e Thomson-Houston.
- Le poste de chaque abonné a été laissé, à très peu près, tel qu’il était auparavant : on s’est borné à y ajouter un cadran (fig. 1) sur lequel sont gravés les 10 chiffres de la numération. Ce cadran est couvert par un disque percé de 10 fenêtres rondes, à travers lesquelles s’aperçoivent les chiffres. Le disque peut tourner, dans le sens des aiguilles d’une montre, mais sans faire un tour complet, car il vient buter sur un arrêt.
- Si on l’abandonne alors, un ressort le fait tourner en sens inverse et le ramène à sa position primitive. Chaque fois que le disque progresse d’un cran, par exemple, quand le trou qui était au-dessus du chiffre 8 vient se placer devant le 7, une came ferme un instant le circuit de la ligne. Si on l’amène ensuite sur le 0, le circuit est de nouveau fermé. Il y a ainsi une émission de courant par unité franchie.
- La manœuvre à effectuer pour obtenir une communication est très simple. Supposons que le
- numéro de l’abonné demandé soit 2547. L’appelant décroche tout d’abord son récepteur, puis il introduit un doigt dans le trou correspondant au premier
- chiffre de ce
- [~~T(Kppdasit nombre (2 dans
- l’exemple choisi) et fait tourner le disque jusqu’à la limite de sa course, ce qui provoque deux émissions de courant. Il lâche ensuite le disque, qui revient à sa position initiale, et engage son doigt dans le trou au-dessus du chiffre 5, de façon que le disque conduit , sur sa butée pro-
- Onrtc appctc , . . , .
- r duise cinq émis-
- sions de courant. En procédant de même pour les autres chiffres, 4 et 7, l’abonné aura appelé, sans erreur possible, le n° 2547. Il n’a
- plus qu’à attendre que son interlocuteur vienne à l’appareil.
- Que s’est-il passé, au bureau central, pendant ces manipulations ?
- La ligure 2 est un schéma des connexions entre deux abonnés, sur un réseau composé de 10000 postes. Au moment où l’appelant décroche, un circuit se ferme, qui met son poste en relation avec le premier sélecteur, celui des mille. Ce sélecteur est formé d’un commutateur à 10 directions, dont le curseur progresse d’un cran à chaque émission de courant. L’abonné ayant demandé le chiffre 2 des mille, deux émissions de courant amènent le curseur sur le 2e circuit des mille. Il y a là quelque analogie avec le vieux télégraphe à cadran, et l’ensemble du système ne serait, en effet, guère plus compliqué, sur un réseau qui ne comprendrait qu’une vingtaine de postes, comme c’est
- Fig. 2.
- Schéma des connexions entre deux abonnés d’un système à io ooo postes.
- --- brodeur dceseicctear
- .Boute de. contact aUe sctccteLW
- - Lt'cfrrcs aa.tctïtctireS
- Dùm groupes oLc deuxiemes sélecteurs
- lllllll llllllllll llllllllll llllllllll llllllllll llllllllll llllllllll
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- LA FIN DES HOSTILITÉS... AU TÉLÉPHONE
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- d’ailleurs le cas dans certaines installations privées ; mais, sur les grands réseaux, il faut autant de subdivisions et de ramifications que le nombre d’abonnés contient de décimales.
- Notre abonné s’est déjà relié au 2e groupe des mille. Pendant que le disque de son cadran revient à sa position de repos, les connexions s’établissent avec le second sélecteur, celui des centaines, constitué, comme le premier, par un commutateur à 10 contacts.
- L’abonné demandant le chiffre 5 des centaines, les cinq émissions de courant conduisent le curseur sur la 5e ligne de ce sélecteur, et la communication s’établit avec -un dernier sélecteur qui, étant affecté aux dizaines et aux unités, dessert 100 lignes. A cet effet, le commutateur de ce dernier appareil es t animé d’un double mouvement, vertical et horizontal.
- Quand l’abonné fait tourner son disque pour la troisième fois, c’est-à-dire pour obtenir le chiffre des dizaines, le curseur se déplace de bas en haut et s’arrête sur la rangée de contacts correspondant au nombre de courants émis. Puis," l’abonné actionnant le disque pour la quatrième et dernière fois, le curseur se déplace horizontalement et se fixe sur le contact de l’unité demandée (Q. x\insi, dans l’exemple choisi, le numéro de l’abonné appelé se terminant par 47, le connecteur se déplacera de 4 crans dans le sens vertical, puis de 7 crans dans le sens horizontal. Si la ligne demandée est déjà occupée, un signal auditif en
- Fig. 4.
- Commtttateûj. p/mctpczA*
- 1. On trouvera la description illustrée cl’un sélecteur de ce genre, dans l’article précité de M. L. Fournier (n° 1963, p. 92).
- premiers sélecteurs
- Fig. 5. — Fonctionnement d’un commutateur de ligne commandant 10 sélecteurs.
- avertit l’appelant ; si elle est libre, le circuit se ferme et actionne la sonnerie de l’abonné demandé. Quand ce dernier décroche son récepteur, l’appel cesse, et la conversation peut commencer.
- Celle-ci terminée, l’abonné demandeur accroche son récepteur : l’arbre du connecteur est alors libéré et revient à sa position d’attente, de même que les autres sélecteurs, prêts à établir une nouvelle communication.
- On pourrait supposer que chaque ligne d’abonné doit aboutir à un groupe complet des appareils qui viennent d’être énumérés. S’il en était ainsi, on arriverait à une effroyable complication. Heureusement, ce n’est pas nécessaire. La pratique a montré qu’aux heures les plus chargées de la journée, il y avait au maximum 5 pour 100 des abonnés utilisant les premiers sélecteurs. On peut donc largement assurer le service, en réduisant le nombre de ces sélecteurs au dixième du nombre d’abonnés. Dans ce cas, les lignes d’abonnés aboutissent, non plus directement aux. sélecteurs, mais à des commutateurs spéciaux, qui ont pour fonction de relier l’abonné appelant avec un premier sélecteur. Les lignes sont donc groupées par centaines, chaque centaine étant desservie par dix groupes de sélecteurs. Chacune des 100 lignes peut être mise en communication avec
- l’un quelconque des Z/^ 10 sélecteurs, pourvu
- que celui-ci soit libre. Les connexions sont établies par un commutateur principal (fig. 3). Les 100 lignes et leurs commutateurs sont réunis dans un meuble (fig. 4) où ils ne tiennent pas plus de place qu’un groupe de 100relais d’appel dans le système manuel.
- Bâti portant 100 commutateurs de ligne.
- Ligneaiitxnt ccu, Tï'sèlecJtcur
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- LA FIN DES HOSTILITES... AU TÉLÉPHONE
- La figure 5 explique le fonctionnement du commutateur principal et fait voir comment il relie une ligne à l’un des 10 sélecteurs. Pour ne pas compliquer le dessin, on n’y a figuré qu’un seul commutateur de ligne ; mais, en réalité, il faut se représenter tous les commutateurs de lignes superposés, tous reliés aux mêmes sélecteurs, et leurs curseurs simultanément commandés par le commutateur principal. On se rendra d’ailleurs compte de ces dispositions en examinant les figures 3 et 4.
- Dès que l’abonné dont la ligne aboutit au commutateur dessiné sur le schéma (fig. 5) a décroché son récepteur, le circuit qui se ferme actionne l’ëlectro-aiinant de droite. L’armature, en s’abaissant, entraîne le curseur qui met la ligne en communication avec un sélecteur libre.
- L’électro-aimant de gauche fait alors tourner d’un cran la roue à rochet,
- •dont le mouvement se transmet à l’axe commun de tous les commutateurs de lignes. Tous les curseurs se trouvent ainsi amenés en regard des contacts d’un autre sélecteur, non encore occupé. Dès lors, si un autre abonné du même groupe veut obtenir une communication, sa ligne sera immédiatement reliée à un sélecteur libre. La roue à rochet du commutateur principal tournera encore d’un cran, et un nouveau sélecteur libre se trouvera prêt à entrer en ligne.
- Le commutateur de ligne élimine ainsi 90 p. 100 des premiers sélecteurs et réduit considérablement la dépense, ainsi que la place nécessaire à l’installation du central.
- Cependant, le pourcentage des lignes occupées est plus faible dans les grands bureaux que dans les petits : s’il est de 5 p. 100 sur un
- Fig. 6. — Un des éléments des rangées des organes d’abonnés.
- réseau de 1000 lignes, il ne dépasse pas 2 p. 100 sur un réseau de 10 000. On a donc été amené a simplifier les grandes installations, en y réduisant encore le nombre de sélecteurs par l’emploi de commutateurs secondaires. Ces appareils, intercalés entre les premiers sélecteurs et les commutateurs primaires, sont basés sur le même principe que ceux-ci. Quand l’abonné dé-eroche son récepteur, le commutateur primaire choisit d’aLord un commutateur secondaire encore libre, lequel choisit à son tour un sélecteur des mille non encore occupé. Cette nouvelle sélection réduit, non seulement le nombre des appareils, mais aussi la longueur des lignes, car rien n’empêche de partager le réseau en plusieurs secteurs •et de centraliser les lignes de chaque secteur dans
- un poste contenant les commutateurs primaires et relié au central par quelques lignes seulement, en nombre suffisant pour assurer l’écoulement des conversations.
- Ces intermédiaires n’occasionnent aucun retard, car chaque connecteur accomplit sa tâche en une fraction de seconde. Les communications automatiques sont presque toujours obtenues plus vite qu’avec le service manuel. Il faut remarquer, en effet, que le seul fait de décrocher le récepteur met l’appelant en possession d’une voie libre, par laquelle von t être aiguillés ses signaux. Les sélecteurs non occupés attendent son appel, tandis que le système manuel tient l’abonné en attente d’une ligne, même quand l’employé du central n’a que l’embarras du choix entre plusieurs lignes à lui donner.
- La rapidité de l’automatique paraît même à l’appelant plus grande qu’elle n’est en réalité, parce que, occupé à manœuvrer son cadran, le temps lui passe en apparence plus vite que s’il restait sans rien faire. Il n’a, du reste, aucun motif de s’impatienter, puisque, aussitôt ses manipulations terminées, il entend dans son récepteur le bruit de la sonnerie qui retentit chez son correspondant et lui donne la preuve que ses ordres sont exécutés sans délai. En outre, c’est un fait observé que l’abonné appelé répond plus promptement à l’appel automatique : un fournisseur, par exemple, tiendra à ne pas faire attendre son client, s’il sait que celui-ci le rendrait personnellement responsable de tout retard ; au lieu que, dans le système manuel, on a toujours la ressource d’incriminer le personnel du central.
- A vrai dire, cependant, l’automatique n’exclut pas le travail de quelques employés. Le numéro zéro (0000) est réservé aux communications interurbaines et sert à relier les abonnés à un opérateur qui les rappelle, lorsqu’il a obtenu la ligne demandée, tout comme dans le système manuel. D’autre part, malgré toutes les garanties de bon fonctionnement qu’offrent les appareils installés à Nice, il fallait prévoir les dérangements possibles. Des signaux acoustiques et optiques en avertissent le personnel d’entretien; les lignes versées à l’infirmerie ne deviennent pas de ce fait indisponibles : elles sont simplement desservies par un manuel, pendant la réparation, et tout est remis en ordre, sans la moindre interruplion de service, à l’insu même des abonnés. Ernest Coustet.
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- LES LACS DE SOUDE DE L’EST-AFRICAIN (ANGLAIS ET ALLEMAND)
- La réduction à merci du colosse allemand, qui doit être poursuivie par toutes les énergies et par tous les moyens, demeure loin de son terme : on ne saurait le proclamer trop haut.
- S’il n’a pas réussi d’emblée, par sa préparation formidable, ses attaques brusquées, sa diplomatie éhontée et ses terrorisations sauvages, à absorber les prises convoitées, celles-ci ont de durs efforts à accomplir encore, avec ténacité, pour abattre le monstre si parfaitement symbolisé par le dragon Fafner.
- En Europe il n’est plus question de champ clos puisque la lutte a gagné l’Asie et même l’Afrique ; et dans le surplus du monde les colonies allemandes ne sont pas toutes conquises. On achève à peine la prise du Cameroun et les tentatives
- Fig. i. — Sondage d’un lac de soude.
- anglaises
- importants que l’on connaisse dans le monde.
- Parmi les gisements, sodiques connus, quelques-uns sont souterrains. Beaucoup d’autres dans le&
- régions déserti-~ ques de l’Ouest
- Iw.j Américain, de l’Amérique du Sud, de l’Afrique, du Turkestan, etc., sont superficielles.
- Des dépôts de carbonate par exemple, sulfate et chlorure sodiques superficiels,, sont exploités depuis quelques années dans le désert lybique, à une cinquantaine de kilomètres à l’ouest du Nil. On en ex trait sur place du carbonate de soude et de la-soude caustique.
- Dans cet ordre d’idées on a fait récemment, au centre du continent africain, une découverte importante annoncée peu avant la guerre par M. Paul Restner, l’éminent ingénieur lillois dans une conférence devant la Société
- contre l’Afrique Orientale allemande sont à peine commencées. Il paraît qu’on en prépare une générale qui promettrait d’être décisive.
- Or cette région était la plus grande et la plus profitable des colonies germaniques avec 7 515 666 habitants et 995 000 kmq. Certes on ne saurait prétendre que tant de nègres fussent pratiquement p r o d u c-teur s au même degré que les Allemands d’Europe ou des Yankees ; mais les ressources diverses d’un territoire près de deux fois aussi grand que la France étaient immenses et leur perte serait pour la Ilansa un coup terrible.
- Parmi ces ressources une des plus importantes a été révélée tout récemment : ce sont de puissants gisements de soude, comparables aux plus
- Fig. 2. — Gisements de soude de l’Est-Africain.
- des Ingénieurs civils.
- A l’est du grand lac Victoria et à 450 km environ du rivage de la mer des Indes se trouve un lac ou cuvette dont la superficie ne mesure pas moins de 80 km2, formé, paraît-il, d’un seul bloc de sesquicar-bonate de soude massif et presque chimiquement pur. D’après l’ingénieur anglais qui l’a exploré, M. Thowbridge, les sondages exécutés sur divers points du lac Ma-gadi, n’en ont pas trouvé le fond à 5 m., 9 pieds anglais, de profondeur. Rien n’empêche ducroire que cette profondeur est 2 fois, 5 fois, 10 fois plus grande.
- Quoi qu’il en soit, les cubages actuels attribuent à ce gisement des chiffres très considérables. Et quand on calcine simplement ce mélange de carbonate et de bicarbonate de soude hydraté on obtient, d’a-
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- LES LACS DE SOUDE DE L’EST-AFRICAIN
- près le chimiste anglais Salomon Gordon, un produit qui renferme 99,3 pour 100 de carbonate de soude pur. Les quelques millièmes d’impuretés qui y coexis-
- la surface et sur toute la profondeur prospectée.
- M. Thowbridge signale que le lac est alimenté par un grand nombre de sources qui y déversent
- Fig. 3. — Lac de soude dans l’Afrique orientale allemande.
- tent sont des traces de chlorures et de sulfates. 1 des eaux chargées, et quelques-unes mêmes saturées A part de rares périodes de pluies, pendant les- | de carbonate de soude; ce qui démontre que le vrai
- Fig. 4. — Lit à sec d’un lac de sou.de.
- quelles le lac est recouvert d’une couche d’eau qui re- l gisement n’est pas le lac lui-même, mais qu’il existe •dissout une partie de la soude, il est généralement à | quelque part un autre gisement d’une importance
- Fig. 5. — Le Kilimandjaro (6uio m.) vu des plaines de l’Afrique orientale allemande.
- sec et produit l’impression d’un lac gelé. La faible surface momentanément liquide qui recouvre le sel n’empêche pas d’en faire l’extraction en tout temps. La composition du dépôt est homogène sur toute
- inconnue, mais énorme; lavé par les eaux qui transportent la soude dans le lac, sous le soleil brûlant des tropiques, l’eau s’évapore et laisse déposer le sel. Aucun phénomène de désagrégation de roches
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- LE METRONOME D’ATELIER
- ne saurait expliquer la saturation en soude des eaux qui s’y infiltrent.
- Bien qu’il appartienne à l’Angleterre, la situation géographique du lac Magadi est sans doute une difficulté pour une exploitation industrielle. Cependant, comme il n’est pas très éloigné de la ligne de chemin de fer de l’Ouganda qui relie le lac Victoria à la côte, à Mombaza, la Compagnie anglaise concessionnaire de l’exploitation construisit au début de 1914 une voie ferrée de 160 km pour rejoindre cette ligne ; de telle sorte que les sels exploités auront à franchir un parcours terrestre d’environ 600 km. Un port important est à l’entreprise près de Mombaza et le matériel roulant nécessaire, pour transporter 160000 t. par an, est en construction.
- Quel sera, dès lors, le prix de revient de ce produit rendu dans les pays de consommation? Pourra-t-il concurrencer victorieusement les soudières Solvay ? En Orient, aux Indes, en Chine ce n’est pas douteux, mais en Europe, on ne saurait encore se prononcer.
- Toutefois, comme la Compagnie construit en même temps en Angleterre une usine de caustification de ce carbonate, il semble bien qu’elle ne re-
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- doute pas d’y être écrasée par la soude artificielle.
- Le lac Magadi se trouve à peu de distance de la ligne de délimitation qui sépare la colonie anglaise de la colonie Est-Africaine allemande.
- Si l’on franchit cette ligne, on voit sur la carte plusieurs lacs beaucoup plus grands que le Magadi : le lac Natron, le lac Egassi, le Lawa-Yamwerie sont les plus importants. Tous ces lacs sont sans exutoires ; les sources qui y tombent s’y évaporent et y abandonnent leurs sels. On a reconnu que ce sont aussi des sels sodiques. Dans le Natron, dont la surface égale celle du Léman, ces sels se présentent surtout carbonatés. Il y aurait donc là un amas de soude infiniment plus abondant encore que dans le Magadi.
- Les Allemands projetaient une ligne de chemin de fer reliant la côte à la partie du lac Victoria qui baigne leur colonie ; cette ligne devait longer la rive méridionale du Natron et, par là, ce gisement sodique devait à son tour être exploité moins avantageusement peut-être, car le sel y est moins pur ; mais, à l’aide de concentrations fractionnées analogues à celles de nos marais salants, le coût du raffinage serait bien peu élevé. Victor Cambon,
- 'Ingénieur des Arts et Manufactures.
- LE MÉTRONOME D’ATELIER
- La nécessité de fabriquer des munitions en grande abondance et dans le plus bref délai possible a conduit l’industrie privée à aménager rapidement des installations existantes et à créer un outillage approprié aux besoins nouveaux. Toutefois, la possibilité de faire du « travail en série », dans la pleine acception de ces mots, facilita-t-elle la production intensive que les circonstances exigeaient.
- L’organisation rationnelle du « travail en série » ne consiste pas uniquement, comme beaucoup de personnes se l’imaginent, à exécuter successivement un grand nombre de pièces identiques les unes aux autres, comme si chacune d’elles était isolée : par la répétition, l’ouvrier acquiert bien une habileté plus grande, et, par conséquent, un rendement plus élevé : mais ce seul point de vue n’aurait qu’un intérêt assez secondaire. Le principal avantage de ce mode de production, c’est de permettre l’étude approfondie, non seulement des moyens d’exécution du travail, mais encoré de la répartition de ce travail entre les différents individus- qui doivent y participer, afin de réduire au minimum la part du hasard. Le résultat cherché sera obtenu, lorsque les travaux élémentaires en lesquels le travail total a été décomposé seront effectués dans les temps normaux prévus, lès temps élémentaires étant eux-mêmes des multiples et des sous-multiples exacts les uns des autres : dans ces conditions, si le personnel dont on dispose est judicieusement distribué, chacune des étapes de la fabrication se trouve terminée à point nommé, pour la réalisation du produit fini.
- Il ne s’agit donc pas seulement de travailler le plus vite possible : il faut encore aller en mesure,
- synchroniser les efforts, afin d’éviter, dans chaque phase de la fabrication, une avance ou un retard systématiques, qui entraîneraient facilement l’encombrement ou le chômage, dans l’une des phases suivantes.
- Les industriels sont ainsi amenés à donner à la considération du « temps », une grande importance : à ce point de vue, le rôle du contremaître devient très analogue à celui du chef d’orchestre, qui;, armé de son bâton, veille à ce que chacun de ses instrumentistes exécute fidèlement sa partie, en respectant scrupuleusement la cadence qu’il donne. La difficulté se restreint, d’ailleurs, singulièrement à l’atelier, en ce que les nuances doivent y être rigoureusement proscrites et que la cadence y reste constante pendant toute la durée du travail. De sorte que le bras du chef d’orchestre peut y être avantageusement remplacé par un mécanisme analogue au métronome, dont la régularité automatique remplit parfaitement les conditions demandées.
- Nous avons trouvé récemment une application très frappante de ces idées, dans un atelier de trempe des obus, installé aux Usines Saint-Jacques (de Montluçon). M. Georges Charpy, directeur de ces Usines, a eu l’idée de placer sous les yeux des ouvriers, un cadran de grandes dimensions, sur lequel se déplace une aiguille visible des différents points de l’atelier, et qui fait sensiblement un tour par minute. Chacun des ouvriers qui est chargé d’une opération spéciale (introduction de l’obus dans le four de trempe, sortie de l’obus du four de trempe, introduction dans le bain de trempe, introduction dans le four de recuit, sortie du four de recuit, véri-
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- 144 1 . ; LE MÉTRONOME D’ATELIER
- fication de la dureté, etc...) l’exécute toutes les fois que l’aiguille passe devant l’un des repères constitués par des lampes à incandescence. Les opérations se succèdent ainsi, sans aucun commandement, à intervalles fixes, et dans des conditions d’une remarquable régularité. L’appareil employé pour mesurer le temps est une sorte d’horloge électrique, d’une construction facile, et dont la description nous semble devoir intéresser les lecteurs de La Nature.
- Le métronome d’atelier se présente extérieurement sous l’aspect d’une caisse en bois, de 0 m. 85 X 1 ni. 05 X 0 m. 18; à la partie supérieure de la face avant, formant cadran, se déplace une grande aiguille en aluminium A, dont le parcours est jalonné par 3 lampes électriques équidistantes.
- Le mécanisme moteur et la transmission du mouvement à l’aiguille sont constitués par le train arrière d’une bicyclette à roue libre, sur la jante de laquelle est fixée une masse C (on retrouve, sur le croquis ci-joint,
- 2 des tiges © et T du cadre, le petit et le grand pignons, p et P, la chaîne et la roue elle-même) : la roue, avec sa surcharge, forme un pendule identique au balancier d’une horloge ordinaire.
- Supposons qu’on lance le pendule à partir de sa position d’équilibre : par le jeu de la roue à rochet, le grand pignon P et, par conséquent, l’aiguille A qui est calée sur lui, sont entraînés, dans la demi-période d’oscillation correspondant à la rotation de la roue dans le sens direct : dans la demi-période suivante (rotation en sens inverse), ils restent fixes. Par conséquent, l’aiguille A se met à tourner, et elle effectue le tour complet du cadran d’autant plus vite, que l’amplitude d’oscillation du pendule est plus grande.
- Pour éviter l’amortissement du mouvement, il faut l’entretenir : à cet effet, suivant la disposition souvent adoptée dans la synchronisation des pendules, une bobine d’électro E est fixée à la tige T du cadre, et une barre de fer/doux F est calée sur la roue. Si, une fois l’appareil lancé) un courant électrique est envoyé dans la bobine au moment où le fer doux va y pénétrer, ce dernier est attiré, en entraînant la roue : cette attraction se prolongera jusqu’à la position d’élongation maxima reconnue satisfaisante, où le courant est interrompu, et où la liberté d’oscillation est rendue au système.
- Bref, à la fin de chaque demi-période d’oscillation,
- dans le sens inverse, le pendule reçoit un petit appoint de force vive, qui permet à l’amplitude de rester constante. La fermeture et la rupture automatiques du courant sont assurées par le calage convenablement réglé des frotteurs et /2, montés chacun sur un des rebords de la jante et actionnant les leviers lx et /2 : ces leviers font corps avec le cadre et commandent un relai situé dans la caisse du métronome.
- Pour simplifier l’installation, on a prévu l’emploi, dans le circuit de l’appareil, du courant à 250 volts de la distribution de l’usine : les 3 lampes, qui éclairent le cadran et jalonnent le parcours de l’aiguille, servent précisément de résistance, limitant l’intensité de la dérivation.
- L’expérience montre que la mise en service de cet appareil assure une homogénéité parfaite des traitements thermiques d’un obus à l’autre, une grande régularité dans l’allure de la fabrication, et le rendement maximum compatible avec les considérations techniques et les moyens mis en œuvre. D’autre part, connaissant avec une approximation convenable la production horaire de l’atelier des traitements, on peut régler d’une façon satisfaisante le travail de l’atelier de finissage.
- Nous avons exposé, avec quelques détails, ce cas particulier d’organisation du travail, en raison de la façon frappante dont il se présente et de son caractère d’actualité : mais il existe, en France, beaucoup plus d’exemples qu’on ne le croit généralement de ces applications d’une méthode rigoureuse, à des opérations industrielles : un grand nombre d’entre eux sont déjà assez anciens.
- La vulgarisation de l’œuvre entreprise aux Etats-Unis par F. W. Taylor, les moyens puissants qu’il a eus à sa disposition pour conduire ses recherches et publier ses résultats, ont pu faire croire au grand public que les conceptions d’où dérive ce qu’on appelle le « Scienlific management » étaient dues intégralement au génie américain. Ce serait là une conclusion excessive et il serait injuste de laisser dans l’ombre la part prise, depuis longtemps, au développement de ces idées par les ingénieurs français. On ne saurait, d’ailleurs, s’étonner que l’idée de méthode ait toujours eu de fidèles adeptes, dans le pays de Descartes et de Claude Bernard.
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- Vue du Mécanisme du Métronome d’atelier.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahure, rue de Fleuras, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 2214.
- 4 MARS 1916.
- LES AVIONS DE GUERRE ÉTRANGERS
- On parle beaucoup de l’aviation en ce moment. Pendant les longs mois d’hiver les escadrilles se sont complétées, les systèmes perfectionnés, et les fausses nouvelles aidant, on n’était pas éloigné de
- On alla même jusqu’à parler de la crise de l’aviation, confondant un problème Technique bien défini avec des questions d’orga^l^en^n^érielle
- toutes différentes.
- Mtouionmiil
- ANGLAIS
- *
- Biplan Bristol
- Curtiss
- Hydravion biplanF.B.A AMERICA I NS
- Tt
- ALLEM A N OS
- f"
- Hydravion Sopwith
- Burgess-Dunne
- A Fokl<er r5» I
- Kondor Etrich
- A.E.G.
- L.V.G.
- Wright
- Fig. i. — Silhouettes des principaux avions de guerre étrangers.
- (Nous n’avons représenté pour l’Angleterre et l’Amérique que les avions propres à ces deux nations qui en plus de ces appareils se servent sur une vaste échelle des avions français.)
- croire que l’Allemagne avait pris sur nous une avance considérable, jusqu’au jour où un zeppelin et 7 avions abattus dans la même journée vinrent remettre les choses au point. ~
- Querelles de personnes, manœuvres politiques, discussions de parti mises à part, il reste un problème très intéressant à étudier pour l’ingénieur et le savant, spectateurs impartiaux.
- 10 — 145.
- 44” Année. — 1er Semestre.
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- 146 . ... LES AVIONS DE GUERRE ÉTRANGERS
- Nous assistons à une crise de croissance, à l’éclosion d^un ensemble dont l’importance sera sans doute égale à celle de l’artillerie. Nous allons chercher à poser le problème, et à voir ce qui a été fait à l’étranger.
- S’il est une industrie au développement de laquelle la guerre a contribué d’une façon incroyable c’est bien l’aviation. Sortant du sport pour entrer dans le domaine pratique, l’aviation n’est plus un divertissement acrobatique auquel ne peuvent se livrer que de rares virtuoses, choisissant les conditions atmosphériques, les terrains d’atterrissage et les parcours à effectuer; c’est au contraire une arme nouvelle, d’un emploi courant dans la guerre moderne où des milliers d’avions, pilotés par des aviateurs dont beaucoup n’ont que quelques mois d’apprentissage, elîectuent, par tous les temps, des reconnaissances et des raids qui, il y a deux ans à peine, auraient passé pour de véritables prouesses sportives. Une telle évolution mérite d’ètre étudiée en détail, car elle fournit des indications précieuses sur l’avion de l’avenir.
- Un avion se compose de deux parties très distinctes : la cellule qui constitue l’avion proprement dit et lemoteur qui est l’organe propulseur. Ces éléments ont évolué et ont réagi l’un sur l’autre. Si actuellement les cellules sont presque parfaites, il faut bien reconnaître que le moteur est encore loin de répondre aux desiderata formulés par les aviateurs.
- La lutte était ouverte entre les moteurs fixes et les moteurs rotatifs. Ces derniers, plus souples, plus légers, étaient les favoris avant la guerre, à l’époque où la vitesse était le facteur prinaipal et où la question de poids à enlever n’avait guère d’importance.
- Un moteur rotatif, qui développe 80 chevaux par exemple, ne pèse guère plus de 4 à 5 kg au cheval. Grâce à la rotation qui refroidit les cylindres, ceux-ci ne comportent pas de circulation d’eau et le moteur n’a pas besoin de radiateur. Malheureusement ces moteurs en général ne peuvent tourner sans arrêt plus de 2 ou 3 heures sans s’échauffer outre mesure et courir le risque d’avoir- des ratés, des pannes, et des détériorations qui nécessitent après le vol un démontage et le changement de certains organes.
- Les moteurs fixes, au contraire, plus lourds mais munis de radiateurs, peuvent travailler pendant plus longtemps, 5 ou 6 heures, sans danger. Mais ils font parfois un bruit excessif et l’existence de pots d’échappement fixes, au voisinage d’un réservoir d’essence contenant jusqu’à 200 litres de combustible essentiellement volatile, est un grave inconvénient.
- Le moteur tout à la fois léger, puissant, robuste, silencieux, fonctionnant longtemps sans incident, est encore à trouver. Lorsqu’il sera réalisé, on peut dire que le problème de l’aviation sera résolu.
- Résolu, tout au moins en ce qui concerne l’aviation de paix, car pour l’aviation de guerre, des conditions si différentes doivent être remplies, que les constructeurs, pris au dépourvu au début des
- hostilités et mis en face d’un problème dont l'énoncé ne s’est d’ailleurs précisé qu’au fur et à mesure des leçons de l’expérience, n’ont pas encore trouvé la solution définitive.
- Quelles sont donc les conditions que doit remplir un avion de guerre? Laissons de côLé pour l’instant la question de vitesse sur laquelle nous reviendrons, et ne nous occupons que de la cellule même. Celle-ci doit être robuste, ne pas craindre les intempéries, avoir une surface portante répondant au service qu’on exigera de l’aéroplane, et surtout la nacelle doit satisfaire à un programme, très particulier.
- C’est dans la nacelle, en effet, que doivent être placés non seulement le pilote et le passager, mais encore les engins d’attaque et ceux de défense. 11 faut que l’observateur ait un champ visuel aussi grand que possible vers le bas pour examiner le terrain survolé, le photographier et le bombarder si besoin est. Il faut ensuite qu’il puisse combattre un adversaire aérien dans les meilleures conditions possibles, c’est-à-dire que la zone d’action de la mitrailleuse doit être la plus grande possible, que l’observateur doit pouvoir tirer en avant, en arrière, en haut, en bas, et que dans toutes ces positions la manœuvre de l’arme doit être facile, ce qui implique que la forme de la nacelle soit spécialement étudiée à cet effet. Il faut enfin que les bombes aient une place commode pour leur lancement, qu’elles puissent être placées, soit sous les ailes, soit sous la nacelle, soit à son intérieur. On voit que le problème est loin d’être simple, surtout que l’hélice, l’organe délicat, doit être protégée sans cependant créer un angle mort trop important, et qu’à ces conditions militaires viennent se surajouter les conditions aéronautiques : la nacelle doit avoir une forme de bonne pénétration dans l’air, s’équilibrer avec les plans, contenir les réservoirs, Ips commandes, etc.
- Quant à la question de vitesse, les avis sont très partagés. Est-il préférable d’avoir des appareils rapides mais ne pouvant presque rien emporter, ou des appareils plus lents, capables d’enlever un poids considérable et de voler longtemps? Vaut-il mieux essayer de réaliser des dreadnou^hts aériens comme le Sikorsky ou des torpilleurs de l’air? En France on semble chercher à réaliser un type mixte. En Allemagne, au contraire, on utilise des avions de plus en plus différenciés, plus rapides en moyenne que les nôtres mais ne pouvant emporter que peu de bombes.
- Il y aurait beaucoup à dire sur la supériorité des Allemands au point de vue vitesse, ne serait-ce que pour signaler qu’elle est plus apparente que réelle, puisque le plus récent et le plus rapide de leurs avions de chasse, le Fokker est une copie servile de nos Morané-Saulnier. Cette copie a été conçue avant la guerre dans le voyage Paris-Berlin et retour entrepris par Letort sur un Morane. L’appareil ayant été retenu à Berlin pendant plus de 3 semaines par le mauvais temps, Fokker en profita pour en lever les plans subrepticement. L’identité des appareils est complète; le moteur dans les deux
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- Fig. 2. — i. Biplan Heinrich américain. — 2. Biplan L. V. G. allemand. — 3. Biplan Curtiss américain. — 4. Monoplan taube allemand. — 5. Biplan Wright américain. — 6. Biplan albatros allemand. — 7. Biplan aviatik allemand. — 8. Biplan Sloane américain.
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- cas est en porte à faux, la disposition du fuselage, des tendeurs, la silhouette des ailes et des gouvernails sont les mêmes. Quand leMoranefut muni du dispositif de sécurité permettant le tir à travers l’hélice et dû à Garros, le Fokker en fut immédiatement pourvu.
- Les Autrichiens usent du même procédé et un certain Lohner non seulement copie le Morane, mais encore lui laisse son nom de « parasol ».
- D’une façon générale on peut dire qu’en Allemagne il existe actuellement trois catégories distinctes d’appareils. A la première appartiennent les « éclaireurs », solidement construits, résistants et pouvant fournir de longues randonnées. Ce sont pour la plupart des Albatros biplans qui semblent devoir de plus en plus supplanter les Taubes.
- Ces appareils munis du moteur fixe Mercédès de 100 ou 150 chevaux sont capables de voler à 11 5 oul40kmàl’heu-re pour les nouveaux modèles.
- Le deuxième groupe d’avions « destructeurs » se compose d’engins destinés à l’attaque et à la lutte entre les aviateurs ennemis. A ce groupe appartient aussi un nouveau système d’aéroplanes à deux queues où la nacelle blindée munie de deux mitrailleuses est placée au milieu du fuselage des deux queues. Ces appareils ont 2 moteurs de 250 chevaux. Ils n’ont encore fait que peu de vols au-dessus des lignes françaises, comme d’ailleurs des avions d’un nouveau type, construits en grande quantité, placés en arrière des lignes, et sur lesquels les Allemands ont gardé jusqu’à présent le secret le plus absolu.
- Au groupe des aéroplanes « destructeurs » appartient le Fokker dont nous venons de parler et qui, comme le Morane, fait 100 à 170 km à l’heure.
- Dans la troisième catégorie se rangent les avions portant les appareils de télégraphié sans fil et destinés au repérage de l’artillerie.
- En résumé les principaux monoplans de l’Allemagne sont : le Taube (ou Etrich), le Fokker, le Kondor et le Rumpler. Les biplans connus sont :
- l’A.-E.-G., l’Albatros, le L.-V.-G., l’Aviatik et l’Otto. Tous ces appareils, sauf le Fokker, sont munis de moteurs fixes Mercédès et silencieux de 80, 100, 150 et 200 chevaux. Nous donnons leur silhouette dans la figure 1.
- Les principaux avions anglais sont le monoplan Blackburn, et les biplans Avro, Bristol, Curtiss (hydravion), F. B. A. (hydravion en service aussi dans l’aviation maritime française), Sopwith (hydravion), Graham White, Vickers, Sauf le Curtis qui possède un moteur fixe, tous les autres appareils sont munis de moteurs rotatifs de 80 ou 100 chevaux.
- Leurs silhouettes sont représentées dans la fig. 1.
- Les Italien, possèdent aussi des appareils spéciaux, sur lesquels nous ne nous étendrons pas, mais il faut cependant mentionner les biplans Caproni à 2 ou 5 moteurs quiont fourni des résultats remarquables.
- L’Amérique, qui est sinon le pays d’origine de l’aviation, puisque c’est en France que naquirent Chanute et Adder, du moins le pays où se sont pour la première fois élevés des appareils plus lourds que l’air, ne possédait pas au début de 1915 d'aviation militaire. La guerre a donné, aux nombreuses fabriques d’aéroplanes, un travail considérable et le gouvernement fédéral, profitant des leçons de la guerre, et cédant à un fortmouvement de l’opinion publique, se préoccupe actuellement de constituer une aviation puissante.
- Les appareils entre lesquels son choix se fera sont tous des biplans : Curtiss, Heinrich, Sloane (il existe aussi un monoplan de cette marque),Wright, Thomas et Burgess. Ce dernier appareil se caractérise par une disposition des plans en V infiniment plus accentuée que dans aucun autre biplan. Pour tous ces appareils encore sauf le Curtiss, et le Wright, ce sont des moteurs rotatifs qui assurent la propulsion. Un grand nombre de ces appareils sont en usage dans l’armée anglaise.
- Ce rapide exposé des principaux types d’appareils
- Le Morane parasol et sa contrefaçon allemande le Fokker.
- Fig. 3. — Le Morane parasol.
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- Fig. 4. — Le Fokker allemand.
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- Le Morane parasol et sa contrefaçon autrichienne le Lohner parasol.
- permet de se mieux rendre compte de la difficulté rencontrée dans la création d’une aviation de guerre, aussi bien en France qu’à l’étranger. Tous les appareils diffèrent, monoplans, biplans à « traction » (hélice à l’avant), à propulsion (hélice à l’arrière), aussi bien par leurs formes que par leurs moteurs, fixes, ou rotatifs. Il semble, par exemple, qu’en Allemagne le moteur rotatif ait été éliminé d’une façon définitive, tandis qu’en Angleterre, au contraire, ce soit le seul ayant donné satisfaction. En France, on hésite et, suivant les idées du moment, les mêmes avions sont équipés avec des moteurs fixes ou avec des moteurs rotatifs f1).
- C’est qu’en effet, il n’en est pas de l’aviation comme de l’artillerie, par exemple. On construit depuis des siècles des canons, on a une expérience acquise, des résultats antérieurs qui font que le matériel établi sur le papier par les ingénieurs d’artillerie remplit aux essais les conditions exactes qu’on lui avait demandées.
- Rien de tel pour l’aviation : née d’hier, elle est encore et pour longtemps sans doute une science' empirique. . L’avion que l’on a dessiné une fois construit s’enlè- * vera-t-il? fera-t-il 80 ou 150 kilomètres à l’heure? sera-t-il stable ou, au contraire, obéira-t-il mal aux ordres du pilote?
- Autant de questions qui ne peuvent être résolues qu’après construction et essais, c’est-à-dire moyennant une dépense de temps et d’argent considérable.
- L’aviation, qui n’a pas de bases scientifiques solides, n’a pas non plus de traditions. Elle n’a pas, comme l’artillerie, ses manufactures, ses
- 1. Ajoutons qu'aetuellement ou se préoccupe de reprendre la mise au point du biplan Schmidt à incidence variable qui dès ses premiers essais, piloté par Garraix, s’est adjugé 41 records (voir La Nature, n° 2146, du 11 juillet 1914).
- champs d’expérience, ses écoles spéciales traditionnelles, ses établissements propres.
- Comme le dit M. Barres : « S’agit-il d’amener à sa « perfection un moteur qui est en bonne voie? où s’adressera-t-elle? Comment répartir entre toutes les usines les études, les gabarits, les modèles d’un moteur à fabriquer en grande série? Où réaliser les expérimentations coûteuses et risquées des grands avions de modèle inusité ?
- « A cette heure, tous ces soins, toutes ces incombent à l’industrie privée
- charges
- aux
- Fig. 5 . — Le Morane parasol.
- Fig. 6. — Lohner type parasol.
- divers fabricants qui courent la chance d’en tirer des profits compensateurs que l’on peut traiter d’excessifs. Ils mettent à la loterie. » Jusqu’à présent on s’est borné à solliciter les constructeurs sans pouvoir diriger leurs recherches, bien plus, sans pouvoir même leur indiquer un but à atteindre, un programme bien défini, bien étudié à remplir. Il y a émulation sans collaboration entre eux.
- Ainsi que le fait observer frL Barres : « Les cons-« tructeurs d’ap-« pareils et de « moteurs se mettraient tous à multiplier, par séries innombrables, l’avion de victoire. Ils sont aussi passionnés que les aviateurs, ces constructeurs. Qu’on nous montre, disent-ils, le meilleur moteur, le meilleur appareil, nous n’en ferons pas d’autre. » Comment le leur montrer? Nous ne répondrons pas ici, car il nous faudrait entrer dans l’examen et la critique de ce qui a été fait. Qu’il nous suffise d’avoir montré la complexité de la question, les difficultés sans nombre qui se dressent le long de la route, difficultés qu’il est bon de connaître si l’on veut pouvoir juger équitablement les efforts qui sont faits pour développer la cinquième arme.
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- LE COMMERCE ET L’INDUSTRIE DU CUIVRE
- PENDANT LES HOSTILITÉS
- Usages militaires du cuivre. — Après l’acier, le cuivre est le métal le plus employé pour la fabrication du matériel et des munitions de guerre.
- A l’état pur, le cuivre est désigné dans l’industrie sous le nom de cuivre rouge; l’expression, d’ailleurs impropre, de cuivre jaune, s’applique au laiton qui est un alliage contenant de 56 à 58 pour 100 de zinc, 2 pour 100 de plomb et une très faible proportion d’étain (0,20 pour 100). Cette composition correspond au métal sec destiné aux travaux mécaniques, à la robinetterie, aux tubes, aux pièces décolletées au tour, etc.
- Les ceintures que l’on pose à la presse, à la surface des obus, sont en cuivre rouge et la consommation correspondante est considérable; car, pour un projectile de 75, la ceinture finie pèse environ 250 gr. La tournure qui tombe pendant le travail, soigneusement recueillie, redonne par fusion du métal utilisable.
- Transformé en plaques minces, puis en tuyaux, le cuivre pur constitue les tuyauteries de grand diamètre des machines marines qui amènent aux cylindres la vapeur produite dans les chaudières. La navigation emploie aussi beaucoup de tuyaux de cuivre pour la circulation de l’eau, du pétrole, etc., à bord des cuirassés ou des steamers. Les foyers des locomotives — qui sont comprises dans le matériel de guerre — sont en cuivre rouge, ainsi que leurs entretoises; ces foyers pèsent plus de 4000 kg pièce et s’usent vite.
- L’application principale du laiton en temps de guerre est la fabrication des douilles de cartouches, des chargeurs et des balles. Les munitions du fusil français absorbent 20 gr. de laiton par (oup, dont 10 pour la balle. Celles du Mauser allemand n’en usent que 10 gr. parce que la balle prussienne est en plomb avec chemise d’acier.
- Le laiton de cartouche, qui doit être malléable, contient 33 pour 100 de zinc. En supposant que le reste soit du cuivre, pour la commodité du calcul, on voit que la fabrication et l’utilisation d’un million de' cartouches exige environ 15000 kg de cuivre en France et seulement 7500 kg en Allemagne.
- D’autre part, les canons, les mitrailleuses, les instruments et machines de toutes espèces comportent de nombreuses pièces de laiton et de bronze. Ce dernier alliage, qui renferme de 8 à 20 pour 100 d’étain, donne lieu à une forte consommation pour la construction des accessoires de canons, de mitrailleuses, de moteurs, d’automobiles ou d’avions, etc.
- Les Autrichiens emploient pour leur artillerie de campagne un bronze spécial élastique et résistant qui les a rendus à ce point de vue indépendants de l’acier Krupp.
- Le maillechort ou argentan renferme 50 pour 100 de cuivre, 25 pour 100 de zinc et 25 pour 100 de nickel. On emploie cet alliage pour enchemiser des balles de fusils et on en fait des vis ou autres organes d’inslruments de précision, tels que viseurs, hausses de canons, etc.
- En calculant grosso modo quelle peut être la consommation de cuivre des belligérants on arrive à un total de 750 000 t. par an, dont deux tiers pour les Alliés et un tiers pour le groupe teuton. Encore ne peut-on évaluer exactement le poids des innombrables pièces de cuivre que comportent les objets de petit équipement : boutons de bretelle du fusil, crochets de suspension, boucles de ceinturon, poignée de la baïonnette, garnitures des casques de cavalerie, boucles ardillons des chevaux, etc.... Il est à remarquer que les Allemands ont appliqué, autant que possible, d’autres métaux à ces usages accessoires afin de lutter contre le manque de cuivre.
- Nous préciserons tout à l’heure la situation respective des deux groupes ennemis en ce qui concerne le cuivre. Mais, si on veut comprendre les conditions dans lesquelles se présente le marché du cuivre, il faut d’abord examiner les caractères spéciaux de ses minerais et de sa métallurgie.
- Minerais de cuivre. — Un des caractères pratiques les plus essentiels des minerais de cuivre est que ce sont des minerais pauvres dont la teneur industrielle moyenne reste ordinairement entre 1 et 3 pour 100 et descend dans des mines très prospères au-dessous de 2 (1,60 à Rio Tinto en 1910).
- Le cuivre se rapproche par là dans une certaine mesure des métaux précieux, contrairement à l’idée que l’on se fait souvent des uns et des autres dans le public où l’on imagine volontiers des masses de cuivre natif et des pépites d’or. La vérité est que le cuivre natif, par grandes masses, a joué son rôle autrefois, mais un rôle terminé.
- L’emploi du cuivre par l’homme a précédé celui du fer parce que le cuivre existait et existe encore dans la nature, à l’état métallique. Cependant les cuivres natifs de la Bolivie, du Pérou et du Lac Supérieur, que l’on trouve à l’état de lamelles plus ou moins importantes, commencent à s’épuiser. D’autre part, les gisements suivent une loi générale d’après laquelle la teneur diminue rapidement à mesure que' les galeries d’exploitation s’enfoncent dans le sol.
- Les minerais riches voisins de la surface sont des oxydes formés par faction des agents atmosphériques sur les sulfures et sur les arséniures, action qui cesse en profondeur. Ainsi en Auslralie, à Mount Morgan, dans le Queensland, les oxydes de
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- LE COMMERCE ET L'INDUSTRIE DU C1IIVRF------ 151
- la surface ont fait place à des pyrites aurifères à I 5 pour 100.
- L’abaissement de la teneur est souvent très rapide, même dans les mines les plus riches comme celles du Montana (Etats-Unis), où elle est tombée de 7 pour 100 à 3 pour 100 de 1885 à 1915 (Anaconda).
- Ce qui caractérise la métallurgie du cuivre, c’est cette pauvreté de la majorité des minerais exploités.
- Il faut alors recourir à l’enrichissement mécanique avant de commencer le traitement que l’on ne peut faire que sur place si l’on veut éviter des frais de transport inadmissibles. Aussi le cuivre est-il souvent extrait du minerai à la mine même et c’est sous
- Traitement des minerais. — Les minerais de cuivre pouvant, par suite de la valeur du métal, supporter des frais de transports importants quand on leur a fait subir un enrichissement préalable, un grand nombre de mines ne transforment pas leurs minerais en cuivre métallique et se contentent de les amener, par des préparations spéciales, à une teneur qui permette de les vendre aux usines. Souvent même on commence le traitement sur le carreau des exploitations pour obtenir un produit marchand intermédiaire entre le minerai et le métal que l’on appelle une matte. On peut en effet broyer le minerai et le purger d’une partie de ses impuretés en lui faisant subir l’action de l’eau
- Fig. 1. — Exploitation et fonderie de cuivre de la mine United Yerde dans le district
- de Jerome (Arizona).
- forme soit de produits raffinés, soit de mattes enrichies qu’il est exporté au loin.
- Les mines et les fonderies de cuivre ont des méthodes d’exploitation et de traitement qui les distinguent nettement des exploitations de fer par exemple.
- Le prix de revient de la tonne de minerai n’en reste pas moins en général assez élevé et peut varier de 500 à 1500 fr. et même à 1800 fr. par tonne de cuivre contenu, pour les minerais argentifères et aurifères d’Australie dont le traitement pour métaux précieux donne lieu à des bénéfices accessoires importants.
- On a calculé que certaines fonderies de l’Arizona émettaient un nuage de fumée capable d’entraîner dans l’air de 1500 à 9000 kg de cuivre pur par jour.
- soit dans un canal, soit dans des bacs à l’intérieur desquels on imprime au liquide de lavage des mouvements alternatifs de montée et de descente ayant pour but d’éliminer, par la gravité, les morceaux de minerai ou de stérile dont la présence est nuisible.
- Il se peut qu’après ce traitement le minerai soit assez riche pour pouvoir être vendu et transporté dans une usine lointaine. Dans le cas contraire, le minerai est introduit sur place dans des fours et y subit un grillage qui le transforme en un magma d’aspect métallique plus ou moins riche en cuivre que l’on exporte tel quel. Enfin, une troisième solution du problème, soulevé par l’exploitation d’une mine de cuivre, consiste à monter sur place une usine métallurgique où l’on traite des minerais, après enrichissement et grillage, pour les transformer en
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- métal pur, soit par voie ignée, soit par électrolyse. Le premier procédé emploie des fours ou des convertisseurs rotatifs dans lesquels la matte subit l’action de l’air et de certains fondants, suivant un principe analogue à celui sur lequel est basée la transformation de la fonte en acier dans la cornue Bessemer. On vend des mattes blanches, des mattes bronze ou des cuivres noirs sortant des fours et qu’une fusion simple transforme en cuivre rouge.
- La méthode par électrolyse consiste 'a faire déposer sur des cathodes le cuivre contenu dans une liqueur obtenue en faisant couler de l’eau acidulée sur des minerais grillés ou sur des mattes riches. Les États-Unis vendent actuellement beaucoup de cuivre ainsi obtenu, que sa pureté et ses qualités physiques font préférer pour certains usages au métal sortant des fours.
- Producteur de cuivre. — Le marché du cuivre est, depuis quelques années, dominé par les États-Unis. Les Américains contrôlent le marché du métal rouge dont la production en temps de paix atteint un million de tonnes par an depuis 1911. Autrefois, le Chili, l’Angleterre et la Russie occupaient la pre rnière place au point de vue de du la métallurgie cuivre, tandis qu’aujourd’hui les États de l’Union produisent à eux seuls 589000 t. de cuivre (1913), soit plus de la moitié de la consommation mondiale dont la progression a été extrêmement rapide depuis quinze ans.
- Aux États-Unis la production se transporte de plus en plus dans les États de l’Ouest.
- Les anciennes mines du Lac Supérieur (Calumet et Hecla, Osceola) situées dans l’Etat de Michigan voient leur production diminuer chaque année ; en 1914 elles ont fourni 80 000 tonnes au lieu de 116000 tonnes.
- Leur place avait été prise par celle du Montana où se trouve le fameux district de Butte avec les mines d’Anaconda et de North Butte. Anaconda a produit en 1906 à elle seule 1300000 t. de minerai et 43 000 t. de cuivre, ce qui en faisait à cette époque la plus grande mine métallurgique du monde. Mais à leur tour les mines de Montana se sont vues supplanter par celles de l’Arizona (200 000 tonnes envi-
- ron en 1913) dont les principaux districts intéressants à ce point de vue sont ceux de Bisbee, Jérôme et Clipton.
- Les plus grandes mines actuellement exploitées. dans l’Arizona sont celles deCopper Queen, Calumet Arizona et United Verde. La mine United Verde possède une grande fonderie adossée à la colline au sein de laquelle se développent les galeries d’exploitation (fig. 2).
- Dans l’Utah on a tiré, en 1914, 75 000 tonnes environ des gisements porphyriques dont la production est en augmentation depuis quelques années.
- Le reste de la consommation mondiale, se montant à 500000 tonnes, est fourni par un grand nombre de pays, à savoir : le Mexique, l’Espagne, le Japon, l’Australie, le Pérou, la Russie, l’Allemagne et la Colonie du Cap.
- Nous parlons ici non pas du cuivre métallique, mais des minerais parce qu’il se produit pour les métaux autres que le fer une circonstance commerciale particulière due à leur prix élevé, conséquence d’une rareté relative.
- C’est que les minerais peuvent supporter des frais de transports importants.
- Dans quelques-uns de ces pays, un recul prononcé s’est manifesté en 1914.
- Le Mexique, où l’anarchie règne depuis plus de deux ans, a vu sa production diminuer de 74000 t. en 1912, à 35 000 t. en 1914, soit de 50 pour 100. Les exportations australiennes ont fléchi de 47 0001. à 34000 t. de 1913 à 1914. Pendant la même année 1914, la production du Japon est tombée de 60 000 t. à 53 000 t., celle de l’Espagne de 55 0001. à 47 500 t. Seules l’Afrique et Cuba ont vu leurs sorties de cuivre augmenter respectivement de 25 000 à 26 000 t. et de 3500 à 6600 t.
- En Espagne, les plus grandes mines sont celles de Rio Tinto et de Tharsis qui vendent à Swansea une grande quantité de pyrites grillées tout en produisant plus de 50000 t. de métal par an.
- En Afrique, les grands producteurs sont l’Union Sud-Africaine où se trouvent les mines de la Cape Cop-per C° et le Congo belge qui possède les exploitations du Katanga. Ce dernier pays, le dernier venu sur le marché, y orendra certainement une grande place.
- Fig. 2. — Triage des minerais de cuivre par des jeunes gens le long de courroies transporteuses pour l’élimination des impuretés et des fragments de roche stérile.
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- Cours du cuivre. — Le marché du cuivre est très spéculatif et son cours très variable. Vers 1870, le cuivre valait 2500 fr. la tonne. En 1886-87, il a passé de 955 fr. à 2140 fr. lors de la spéculation des métaux. Vers 1910 à 1912 il oscillait enlre 1400 et 1500. Au début de 1915 il était à 1800. Mais, dès le début de 1914, il s’est produit aux Etats-Unis une crise de surproduction dont le début de la guerre a violemment accentué l’effet.
- Si l’on consulte les statistiques américaines, on constate que, pendant les dix premiers mois de 1914 qui comprenaient seulement trois mois de guerre, les exportations en Allemagne avaient baissé de 259 millions de livres à 177 millions. Il y avait également diminution des ventes pour les pays suivants : Autriche-Hongrie, Belgique,
- France, Hollande et augmentation des exportations vers l’Italie, la Russie et l’Angleterre,
- Depuis celte époque, les puissances centrales ne reçoivent plus de métal, tandis que les Alliés obtiennent du cuivre en quantités importantes.
- Pendant le mois de décembre 1915 le métal était relativement peu abondant en face d’une demande toujours croissante.
- Les cours du cuivre ont ainsi fléchi jusqu’à environ 1400 fr. à la fin de 1914, baisse qui a causé l’arrêt d’un certain nombre de mines. Mais, pendant l’année 1915 au contraire, la hausse a été continue; au 25 avril 1915 le cours atteignait 79 livres à Londres, soit environ 2000 francs la tonne.
- Au 4 décembre 1915, on payait à Paris 2900 fr. pour la tonne de cuivre en cathodes ou en lingots et plaques au lieu de 1660 fr. en décembre 1914. Le cuivre électrolytique plus pur coûte notablement plus cher.
- Actuellement on atteint en Europe le cours le plus élevé qu’on ait vu depuis vingt-cinq ans (sauf en 1901) surtout pour Télectrolytique que les Etats-Unis ne peuvent, faute de fret, envoyer en quantités suffisantes.
- Le cuivre chez les Alliés. — Les Alliés étant maîtres des mers reçoivent directement des minerais ou du métal, tandis que les Allemands, les Autrichiens, etc., ne peuvent en importer que grâce à la complicité des neutres, complicité qui devient plus
- dangereuse chaque jour. Le cuivre étant contrebande de guerre, son importation est surveillée de près et il est de plus en plus difficile aux neutres de revendre aux Allemands des métaux soi-disant importés pour leur consommation personnelle.
- D’autre part, les mines de cuivre se trouvent, soit entre les mains de nations ne prenant pas une part directe à la guerre, soit sur des territoires appartenant aux Alliés. Les états neutres, producteurs de cuivre, sont les États-Unis, maîtres du marché mondial comme nous l’avons dit plus haut, le Mexique, l’Espagne et le Portugal, le Pérou, la Bolivie, le Chili, etc.
- Certains alliés, tels que la Russie et le Japon, sont de gros producteurs de cuivre métallique.
- L’immense domaine colonial de l’Angleterre renferme des mines très importantes, notamment celles de l’Australie, de l’Union Sud Africaine et du Canada.
- Enfin, la plupart des grandes usines européennes consacrées à la métallurgie du cuivre sont situées en Angleterre, surtout à Swan-sea, port situé dans le sud du pays de Galles et où se tient le plus grand marché européen des minerais de cuivre.
- L’Angleterre achète surtout des minerais concentrés provenant du Chili et du Sud de l’Afrique, des mattes et des minerais d’Australie, ou d’Amérique du Sud, à 20 pour 100 de cuivre au minimum-
- En France, on compte six usines principales, notamment celles de Saint-Denis près Paris, d’IIarlleur (Seine-Inférieure), de Dives (Calvados), de Couéron (Loire-Inférieure) et de Biache Saint-Waast (Pas-de-Calais) et de Flohimont près de. Givet ou l’on emploie surtout des minerais faciles à traiter par simple fusion, comme ceux de Corocoro.
- Les deux dernières seules se trouvent actuellement en territoire envahi.
- La France, qui n’extrait pas de minerais de son propre sol, reçoit à Dunkerque des mattes du Boleo, des pyrites espagnoles d’Huelva ou de Rio Tinto et des minerais du Congo. Le minimum de la teneur des minerais importés en France est en général supérieur à 7 pour 100, sauf pour les
- Fig, 3. — Four Water-Jacket rectangulaire pour minerais de cuivre.
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- pyrites dont la teneur en soufre compense la pauvreté en cuivre.
- Les pyrites de Rio Tinto réservées à l’exportation contiennent de 1,50 à 3 pour 100 de cui-rre. Nous importons aussi des minerais algériens (4500 tonnes).
- Comme métal, nous achetons surtout des cuivres du Lac Supérieur (10 000 t.) et des éleclrolytiques provenant du Japon ou des Etats-Unis.
- Les grandes firmes américaines s’occupant de la vente du métal rouge sont VAmalgamaled, Y American Smelting and Refining C°, les maisons Phelbs Dodge et Yogelstein; chacune opère sur
- annuelle dépasse 680000 pouds. On y a installé une raffinerie électrolytique comportant environ 700 cuves qui expédie plus de trente tonnes de métal par jour. La nouvelle fonderie de Karabasch est munie de convertisseurs Pierce Smith et de grands fours à water jackets soufflés par des turbocompresseurs.
- Notre figure 3 représente un four water jaeket en acier avec creuset mobile sur roues construit par la maison Fraser and Chalmers Ld de Chicago.
- La Russie achète actuellement de grandes quantités de cuivres japonais, quelle importe par Vladi-
- Fig. 4. — Exposition d'objets en cuivre récoltés par les élèves d’une école allemande.
- des tonnages variant de 100000 t. à 150 000 t.
- La grande mine Calumet et Hecla centralise les transactions relatives au métal provenant des exploitations du Lac Supérieur qui portent également sur un tonnage annuel de 80 000 à 100 000 tonnes.
- La Russie renferme dans l’Oural, dans le Caucase, et en Sibérie de riches gisements de cuivre et des usines de traitement bien organisées. La production actuelle atteint 35 000 t. et sera de beaucoup dépassée grâce aux efforts du Syndicat russe du cuivre (Medj Syndicale) qui contrôle 96 pour 100 de la production totale du pays.
- Parmi les dix plus grandes usines à cuivre de Russie, l’une des plus puissantes est située dans le gouvernement de Perm à Krystchtym, sur la ligne d’Ekaterinbourg à Tcheliabinsk ; sa production
- vostok, et de cuivres canadiens qui sont débarqués soit à Arkhangelsk, soit au nouveau port d’Alexan-drovsk-Ekaterina.
- Le cuivre chez les Austro-Allemands. — Toute autre est la physionomie du marché du cuivre en Allemagne, car les mines du Mansfeld, du Ram-melsberg ainsi que les exploitations austro-hongroises ne fournissent pas plus de 55 000 t. de métal.
- Hambourg est la place commerciale la plus importante' de l’Allemagne au point de vue des transactions relatives aux minerais de cuivre. Parmi les grandes usines allemandes produisant de l’électrolytique on peut citer la Norddeutsche Affinerie qui vend 3000 t. par an, YOkerhülle (2500 t.) et W. Kayser and C° (1500 t.).
- Avant la guerre et en prévision des hostilités,
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- LES PROCÈDES FRANÇAIS DE FABRICATION DE L’HYDROGENE —— 155
- les Allemands avaient fait aux États-Unis d’énormes achats de cuivre, dont une parlie importante leur a été livrée, mais dont le reste est entreposé en Amérique pour être expédié à la paix. Depuis, ils ne peuvent plus se fournir ouvertement, et l’énorme déficit des puissances centrales en métal rouge doit être comblé par la contrebande, par la confiscation du cuivre dans les pays occupés, et enfin par la réquisition du cuivre existant sous une forme quelconque chez les particuliers. Le premier moyen ne donne plus depuis longtemps de résultats importants, car les croiseurs anglais ont conduit dans les ports britanniques de nombreux navires neutres chargés de cuivre.
- La Belgique, la Pologne, le Nord de la France, la Serbie, la Galicie ont fourni une grande quantité de cuivre rouge, de laiton et de bronze sous forme de barres confisquées dans les entrepôts et de pièces arrachées aux appareils ou aux machines démolis dans les usines telles que sucreries, centrales électriques, etc.
- Enfin tous les objets de cuivre ont été réquisitionnés en Allemagne même et à plus forte raison dans les pays envahis, par le gouvernement. On a vu s’empiler dans les écoles des jouets, des articles d’éclairage, des ustensiles de ménage qui ont été envoyés à la fonte. La photographie,
- reproduite figure 4, représente les résultats d’une collecte faite en Allemagne dans une école de petite ville.
- Une autre preuve de la rareté du cuivre en Allemagne et en Autriche-Hongrie est fournie par les eiï'orts qu’on y fait pour remplacer ce métal ainsi que ses alliages par le fer et le zinc dans les installations et dans les appareils électriques. Des règles ont été édictées à cet effet par l’Union des électrotechniciens allemands qui a prescrit les limites dans lesquelles ce remplacement doit être toléré ou imposé.
- La question du cuivre existe donc en Allemagne, comme le prouve d’ailleurs la nature même des moyens employés pour combler le déficit, et le prix élevé du métal qui atteint jusqu’à six francs le kilogramme.
- 11 ne saurait s’agir avant longtemps d’une disette absolue du cuivre, impossible à réaliser avec un métal répandu dans tous les usages courants de la vie domestique et commerciale où on peut le récupérer en cas de besoin militaire extrême.
- Néanmoins, il y a là une gêne qui va s’aggraver sans cesse chez nos ennemis et qui, ajoutée à beaucoup d’autres interventions du même genre, pourra avoir une répercussion sur leur force d’attaque et de défense.
- LES PROCÉDÉS FRANÇAIS DE FABRICATION DE L’HYDROGÈNE
- Àu commencement de l’année 1910, l’aéronautique française n’était encore en possession d’aucun appareil à grand rendement pour la fabrication de l’hydrogène ; seuls ceux du colonel Renard (acide
- par conséquent, à très bon marché, pour gonfler les dirigeables. Il y avait lieu de prévoir les conséquences de l’état de guerre entraînant la fermeture d’usines productrices de. l’hydrogène, et dont l’une
- Vanne c/Pntroduction de
- Ouverture de chargement
- <Soupape de. sûreté métallique
- Levier de la soupapef de vidange
- /‘agitateur
- /Manivelle deiàgitateur
- Fig. i. — Appareil Lelarge pour la préparation de l'hydrogène.
- sulfurique — fer ou zinc-éleclrolyse) fournissaient de l’hydrogène, mais eu si faible quantité que l’on eut pius d’une fois recours à l’industrie privée (préparation de la soude électrolytique) dont l’hydrogène constituait un sous-produit pouvant être livré,
- des plus importantes était une filiale d’une société allemande.
- C’est alors que vers la fin de l’année 1909, le capitaine Lelarge, du laboratoire aéronautique de Chalais-Meudon, fut chargé d’étudier un procédé de
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- production de l’hydrogène par le ferrosilicium et la soude, procédé qui se rapproche de celui de la société Schuckert, mais qui en diffère en ce sens que dans ce dernier la soude étendue, chauffée à la vapeur, attaque du silicium pur ou du ferrosilicium à 97 pour 100, tandis que dans le procédé Lelarge la lessive de soude concentrée attaque du ferrosilicium à 80 ou 90 pour 100 sans chauffage extérieur.
- Les travaux du capitaine Lelarge furent couronnés de succès et les appareils qu’il a imaginés pour le traitement des matières remplacent actuellement à Chalais-Meudon, et depuis avant la guerre, ceux du colonel Renard.
- Les usines fixes Lelarge produisent 1500 m3 d’hydrogène à l’heure et les usines semi-fixes 600 m5; les unes et les autres fonctionnent de la même manière et comprennent : un bac à soude, un générateur, un laveur et un épurateur qui sont représentés dans notre dessin (fig. 1). .
- Voici comment fonctionnent ces appareils.
- La soude, concassée en morceaux, est jetée dans un panier tronconique en tôle, perforé de trous de 2 à 3 centimètres de diamètre, qui plonge dans le bac à soude.
- Le fond du bac est pourvu d’une sorte de moulinet constitué par des palettes qu’un moteur électrique met en mouvement autour d’un arbre vertical. L’eau, chassée par ces palettes, rencontre des aubes directrices fixées à la paroi intérieure du bac, s’élève le long de cette paroi, pénètre dans le panier par les trous supérieurs et s’écoule vers le bas après avoir lessivé la soude.
- Le liquide effectue donc un mouvement de rotation continu à l’intérieur du bac, ainsi que l’indiquent les flèches de notre figure. On obtient une dissolution très rapide du produit et un thermomètre indique à chaque instant la température intérieure.
- A la base du bac à soude, un tuyau amène la dissolution au générateur. Celui-ci est constitué par une autre cuve de plus grand diamètre, appelée bac à réaction, surmontée d’un réservoir dans lequel on verse le ferrosilicium. La réaction doit être bien conduite, car le ferrosilicium peut se prendre en une écume compacte surnageant d’abord au-dessus du liquide, puis tombant au fond du bac ; dans ce cas la réaction a lieu si brusquement qu’une
- explosion se produit lançant en l’air le couvercle du générateur et projetant de tous côtés la soude brûlante.
- Afin de modérer ceLte ardeur, on laisse tomber le ferrosilicium, finement p u 1 v é-risé, par un système distributeur qui projette cette poudre sur la surface du liquide pendant qu’un appareil graisseur laisse échapper la paraffine ou de l’huile de naphte.
- D’autre part, le liquide est constamment agité par des tourniquets actionnés par une transmission reliée au moteur qui sert déjà à faire tourner les
- palettes du' bac à soude. Cette combinaison mécanique est réalisée de la manière suivante. A la base du générateur, un axe mobile porte deux axes fixes CC ; sur chacun d’eux sont montés des tourniquets à quatre bras D. Pendant la rotation de l’arbre B la vitesse est plus grande à la périphérie qu’au centre ; les bras du tourniquet les plus rapprochés de la paroi du générateur éprouvant une plus grande résistance que les autres se mettent à tourner sur eux-mêmes, assurant ainsi un brassage complet des matières solides et liquides en présence. Les produits qui ont réagi sont évacués par une ouverture ménagée à la base du générateur.
- Le gaz s’échappe par la partie supérieure du générateur où deux gros tuyaux l’amènent à l’appareil laveur-refroidisseur et à l’épurateur.
- Le premier est constitué par un certain nombre de couches de spirales de cuivre faites avec des lames
- Obturateur
- Chaudière
- Générateur
- Générateur
- Fig. 2. — Coupe d’un appareil à hydrogénite de 5o m3 à Vheure.
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- de 1 cm de largeur environ, enroulées mécaniquement de manière à laisser entre chaque spire un intervalle de 1/2 centimètre.
- On forme une couche en plaçant un certain nombre de ces spirales les unes à côté des autres ; la couche supérieure est formée de la même manière, les spires formant un angle droit avec les premières et ainsi de suite. L’eau est amenée par une pompe à la partie supérieure de l’appareil et distribuée en pluie sur le refroidisseur que l’hydrogène parcourt en sens inverse, de bas en haut, par conséquent.
- Le refroidissement du gaz s’effectue d’une manière si parfaite que sa température initiale, qui est de 11° à l’entrée du refroidisseur, sort
- La vitesse de l’hydrogène étant énorme au moment où il atteint ces tubes, la condensation de la vapeur d’eau s’effectue instantanément et le gaz peut être dirigé dans les appareils d’utilisation entièrement débarrassé de toutes les particules liquides qu’il avait entraînées.
- L’eau utilisée par les laveurs est dirigée dans un second appareil semblable et refroidie en parcourant le même chemin; versée à la partie supérieure du refroidisseur, elle rencontre un violent courant d’air frais chassé par un ventilateur, qui la ramène instantanément à sa température normale; elle peut alors être de nouveau utilisée dans les laveurs. Une dérivation de l’eau chaude des laveurs est dirigée dans le bac à soude; on récupère ainsi une certaine
- Fig. 4. — Vue d’une installation nouvelle des préparations de Vhydrogène (procédé Joubert).
- à 18 ou 20°, tandis que l’eau versée à. 12° sort à 90°. On peut dire cjue la perfection de cet appareil a seule permis l’industrialisation du procédé de production de l’hydrogène par la soude et le ferrosilicium.
- Pratiquement, le laveur comporte deux appareils identiques, le laveur chaud et le laveur froid, alimentés tous deux par de l’eau froide, de sorte que le gaz très chaud subit d’abord un premier refroidissement avant de passer au second laveur. On évite ainsi le contact d’une eau déjà réchauffée avec le gaz sortant du générateur.
- A la partie supérieure de l’appareil, le gaz, qui est fortement chargé de vapeur d’eau au point de se présenter sous l’aspect d’un brouillard compact, passe sur des tubes sécheurs bouclés dont chaque élément est constitué par un gros tube replié sur lui-même.
- quantité de chaleur qui facilite la dissolution de la soude..
- Le débit moyen d’une usine fixe étant de 1500 m3 d’hydrogène à l’heure, la génératrice absorbe, pour les besoins de cette production, 25 litres d’eau, 1300 gr. de soude et 700 gr.~ de ferrosilicium.
- Les usines semi-fixes posent 7600 kg et peuvent être montées en 7 heures sur un sol plan; elles produisent 600 m3 à l’heure. Des usines mobiles, distribuées sur deux chariots de 3000 et 2700 kg., facilement transportables, débitent 400 m3 à l’heure.
- Le procédé de fabrication de l’hydrogène est généralement désigné sous le nom de procédé au sili-col; les appareils sont construits dans les ateliers de la Société l’Oxhydrique où une autre combinaison des mêmes matières a été étudiée pour permettre la production plus rapide encore de l’hydro-
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- gène en campagne. Ce nouveau procédé a reçu le nom d'Hydrogénite.
- M. Jaubert a trouvé que lorsqu’on mélange à sec du ferrosilicium en poudre et de la soude caustique également en poudre, le mélange, très stable à froid, est constitué par des substances ayant une telle affinité l’une pour l’autre, que ces substances se combinent avec la plus grande facilité dès que l’occasion leur •en est offerte. De là le nom dé l’hydrogénite donné à cette poudre qu’il suffit d'allumer pour obtenir la libération de l’hydrogène qu’elle contient.
- La poudre présente cette particularité qu’elle peut être moulée en blocs et comprimée ; elle se conserve indéfiniment sans perdre de ses propriétés, mais demeure très sensible à l’action de l’humidité, il est donc nécessaire de la conserver dans des endroits secs et dans des boites métalliques hermétiquement fermées.
- Le produit est livré au consommateur dans des cartouches métalliques pesant 25 ou 50 kg, correspondant à une production de 8 et 16 m3 d’hydrogène.
- Des cartouches non soudées ont été étudiées spécialement en vue de la combustion de l’hydrogé-nite dans les enveloppes mêmes; on supprime ainsi toute manipulation de matière au moment de son utilisation.
- Bien que l’hydrogénite soit une matière combustible, on a parfois de la peine, surtout lorsqu’elle ne se présente pas sous l’aspect d’une poudre très fine, à l’allumer avec une allumette. On y parvient cependant avec une allumette tison qui porte un point de la masse à une température élevée ; mieux encore avec une poudre d’allumage que l’on verse sur la cartouche et qui, elle, s’allume instantanément. La combustion se propage ensuite et. l’hydrogénite brûle rapidement et sans flamme, comme de l’amadou, en dégageant de l’hydrogène pur. En 10 minutes une cartouche de 50 kg est consumée. Le produit apporte donc une intéressante solution au problème de la fabrication sur place d’un gaz dont la force ascensionnelle est de 1160 à 1190 gr. par mètre cube.
- Les appareils à hydrogénite, établis par M. Jaubert et M- Louis Bérard, en vue de l’utilisation des cartouches, sont très simples.
- Ils comportent un générateur entouré d’une chemise métallique permettant l’introduction d’une certaine quantité d’eau entre les deux enveloppes. Un couvercle massif percé d’un trou fermé par un obturateur ferme hermétiquement le générateur. L’intérieur de ce dernier est mis en communication par un robinet H appartenant à un tuyau de dégagement de vapeur avec la chaudière. Le générateur est traversé à sa partie inférieure, par un tuyau, percé d’une ouverture longitudinale tournée vers le bas, et terminé par un robinet à trois voies K s’ouvrant, d’une part, sur une cheminée de dgéa-gement, d’autre part, sur un second tuyau qui dé-
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- bouche dans un réservoir. Celui-ci est surmonté d’un autre réservoir dans lequel un cylindre, dont la base est percée d’ouvertures, isole une couronne cylindrique.
- Ce récipient remplit les fonctions d'épurateur; il contient une certaine quantité d’eau, le cylindre supérieur reçoit une masse filtrante, du coke, par exemple ; enfin, la couronne cylindrique constitue le sécheur dans lequel on introduit de la sciure de bois; à la base, un tuyau de dégagement raccordé avec les appareils d'utilisation de l’hydrogène.
- Voici comment fonctionne cette petite usine.
- Les cartouches d’hydrogénite sont introduites dans le générateur et reposent sur le tuyau inférieur ; on enlève leur couvercle et on applique celui du générateur sans le boulonner afin d’éviter une surpression intérieure en cas de dégagements trop abondants ; d’ailleurs ce couvercle est assez lourd pour fermer hermétiquement le générateur.
- On isole ensuite le tuyau inférieur à l’aide du robinet à trois voies, puis on allume le mélange contenu dans la cartouche en laissant tomber une allumette enflammée par le trou central du couvercle, que l’on bouche aussitôt. La combustion commence et se propage avec un dégagement de chaleur tel que l’eau contenue dans la chaudière s’échauffe, se vaporise, et lorsque le manomètre indique une pression suffisante, on ouvre le robinet H qui permet d’envoyer la vapeur dans le générateur. Cette vapeur rencontre le mélange en combustion et le dégagement d’hydrogène s’opère. L’air contenu dans le générateur s’échappe par la cheminée d’évacuation ; on s’aperçoit que l’appareil est purgé d’air lorsqu’apparaît, à l’extrémité de cette cheminée, une fumée bleuâtre. A ce moment l’hydrogène peut être dirigé dans le laveur en agissant sur le robinet K qui ferme la cheminée. L’hydrogène est alors lavé, épuré, séché et enfin dirigé au dehors.
- On réalise une production continue d’hydrogène en installant deux ou plusieurs ge'nérateurs, ainsi que le montre notre figure 2, autour de l’épurateur.
- Ces appareils se prêtent à des installations mobiles sur chariots. On peut grouper un certain nombre de générateurs dont les tuyaux de dégagement sont reliés au laveur d’où le gaz est conduit à l’épurateur.
- Tels sont les deux procédés d’avant-guerre de production de l’hydrogène auxquels on pouvait avoir recours. Depuis, le procédé au silicol, particulièrement, s’est généralisé et la France et les nations alliées ont poussé activement la fabrication des appareils sur voitures qui peuvent facilement suivre les parcs d’aérostation dans leurs déplacements. Les photographies que nous publions donnent une idée exacte de ce que sont les derniers modèles de ces voitures. Lucien Fournier.
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- PERCEMENT DU TUNNEL DE ROVE
- Le canal de Marseille au Rhône, dont nous reparlions récemment à propos du nouveau chemin de fer de l’Estaque (n° 2211 ) n’aura été que peu retardé, quant à son achèvement, par la guerre; on vient en effet de terminer le percement du grand tunnel de Rove; comme canal souterrain, ce tunnel est le plus large existant (22 m.,profondeur 5 m.).
- Les galeries d’avancement se sont rencontrées exactement; il ne reste à abattre qu’une portion decunettedeôm. d’épaisseur.
- Rappelons que la longueur du tunnel est de 7266 m. et celle du canal de 77 m.
- Au départ de Marseille, le canal est d’abord maritime, suivant la côte, et protégé par une digue ; après le tunnel, il est lacustre dans les étangs de Berre et de Caronte; enfin, de Port-de-Bouc à Arles, il emprunte l’ancien canal amélioré.
- La dépense totale est évaluée à 90 millions, dont une trentaine pour le tunnel seul.
- On sait que ce canal, projeté dès 1893, a été voté en 1903. 11 a pour objet de créer un nouveau débouché au port de Marseille; grâce à l’amélioration
- du Rhône, les chalands pour -ront remonter jusqu’à Lyon, Ainsi se réalisera la conception du trafic direct entre les deux grandes cités du Sud-Est ; cette conception, ébauchée par le canal Saint-Louis (1865-70), n’avait pas abouti et Port Saint-Louis était demeuré peu actif, parce que les bateaux plats ne pouvaient se risquer en mer, de Port-de-Bouc à Marseille au large de l’Estaque.
- La carte ci-contre montre comment Marseille va posséder incessamment, vers l’intérieur, trois voies de trafic au lieu d’une seule. E.-A. M.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 24 janvier 1916.
- Mesure cle Vacuité auditive des surdités vraies et stimulées. — Il est assez difficile de mesurer exactement l’acuité auditive ; en sorte qu’il arrive aux conseils de révision-de se tromper, soit dans un sens, soit dans l’autre, en renvoyant des simulateurs ou gardant de véritables sourds. M. Marage a imaginé un moyen ingénieux de dépister les simulateurs. A chaque lésion auditive correspond, en effet, un graphique déterminé pour l’acuité auditive correspondante aux diverses voyelles. En faisant entendre successivement ces voyelles à un simulateur, celui-ci ne peut que répondre au hasard : son graphique est alors incohérent; et, si on répète deux fois l’expérience, ne pouvant se rappeler l’intensité exacte de son qu’il a entendu précédemment, il donne un second graphique différent du premier. Il faudrait, pour se faire considérer comme sourd avec ce système, une oreille tout particulièrement fine et musicalement exercée.
- Les fers météoriques de canon Diabolo. — M. Stanislas Meunier étudie ces fers nickélifères, sur l’origine desquels on a tant discuté, en attaquant à l’acide une surface préalablement polie suivant la méthode des figures de Widmannstaetten et examinant ensuite des photographies obtenues avec un grossissement de
- 25 diamètres. Sa conclusion est qu’il s’agirait bien de météorites : ce qui le conduit à admettre l’hypothèse d’une météorite colossale ayant creusé par son choc un cralère de 1500 m. de diamètre, avec échauffement et volatilisation des oxydes de fer et de nickel, répandus par là dans les terrains encaissants.
- La diljérence entre le centre de gravité et le centre d’inertie. — Dans toutes les recherches relatives à l’action de la pesanteur, on suppose que l’accélération due à cette force est invariable dans l’étendue d’un corps de dimensions ordinaires. Grâce à cette supposition, il existe dans un solide un point, le centre de gravité, par lequel passe constamment le poids du corps quelle que soit son orientation.
- Or, à présent on sait mesurer des longueurs et des poids avec une précision extrême — l’erreur relative sur ! m. est de 5,10~8 (Michelson) et celle sur 1 kg de 2,10-9. D’un autre côté l’erreur relative commise en supposant g constant pour une variation de hauteur de 1 m. est 5,14 10-7. Donc, dans des mesures de précision, il devient incertain qu’on puisse encore appliquer l’ancien concept du centre de gravité. M. Liljestrôm a cherché les modifications qu’il y aurait lieu de faire subir aux théories classiques de la balance.
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- LA PRESSE DU FRONT
- Afin de charmer leurs loisirs forcés de troglodytes, nos « poilus » ont eu l’idée de créer des journaux pleins d’humour et même parfois artis-tement illustrés. Dans ces alertes feuilles, ils ne se proposent pas, d’ailleurs, de concurrencer les Comptes Rendus de l’Académie des Sciences ou la Revue philosophique ; ils se révèlent plutôt continuateurs de Rabelais, émules de Forain et d’Abel Faivre que disciples de Descartes ou de Pasteur! Consacrons néanmoins le souvenir de ces originales productions des rustiques imprimeries du front!
- L'Écho de l’Argonne, qui commença sa publication le 26 octobre 1914, est,
- — à notre connaissance tout : au moins,
- — le doyen de la presse des tran -chées. Ses deux premiers numéros furent tapés à la machine à écrire sur du papier chandelle; mais, à partir du n° 3, on l’imprima en typographie. Pais il né tarda pas à avoir des imitateurs sur toute la ligne de feu.
- Citons entre autres :
- Face à l'Est, organe du 91e territorial qui se polycopie en Ar-gonne; Marmita, « revue anecdotique, humoristique et fantaisiste du 267e de ligne » qui naquit sur les bords de l’Aisne, mais se confectionne luxueusement à Paris; le, Petit Écho du 18.e régiment d'infanterie territoriale, dirigé par le caporal Huguet et autographié à l’encre verte, bistre, noire ou bleue; l'Écho des Tranchées (rédacteur en chef l’écrivain Paul Reboux) qui contient des articles ou dés vers de personnalités connues comme Poincaré ou Rostand, Théodore Botrel ou Henri de Régnier; l'Écho du carrefour, dactylographié par de très gais brancardiers ; l’Écho du Ravin, journal du 41e bataillon de chasseurs « relié par fils barbelés avec les Boches » et plusieurs autres Échos guerriers, que caractérisent une imagination fer-
- tile et une espièglerie digne de spirituels étudiants.
- Mais, comme de juste, les Poilus sont les plus nombreux parmi les journaux du front. Il existe entre autres : un Poilu enchaîné, ayant pour« direction : la ligne de feu » ; un Poilu déchaîné ; un Poilu grognard; Les Poilus de la 9e, organe humoristiquement illustré, fondé en mars 1915 « sous le patronage d’Esaü, le premier-des poilus » ; Le Poilu Saint-Émilionnais, publié: par un aumônier militaire l’abbé Bergey récemment cité à l’ordre du jour, et surtoutLe Poilu dirigé par le Dr Vève, médecin aide-major de première classe. Imprimé à Châ-lons-sur-Marne, c’est un des plus importants périodiques du genre puisqu’il tire, parait-il, à 13 000 exemplaires. Le littéraire et spirituel Cri de Vaux qui malgré son titre ne saurait « être crié » ainsi que la Voix du 75 ou la Woevre joyeuse fontpendant au Rigol-boche, exclusivement rédigé en vers et qui se distingue par la notoriété de ses collaborateurs parmi lesquels figurent Émile Faguet et autres académiciens. Enfin l’Écho des Guitounes ou l’Écho des Gourbis, La Chéchia ou Je pimpant Diable au cor sont d’aussi gais compagnons que le Boyau, le Hareng verni, le Cri de guerre, et divers journaux des tran chées que nous ne pouvons mentionner faute de place.
- Chez les Allemands, nous trouvons quelques périodiques analogues tels le Hurrah, le Deutsche Soldaten Post de Briey, le Bapaumer Zeitung, etc. Publiés sous les auspices des autorités militaires, ces derniers journaux ne sont que de tendancieux et impudents pamphlets de propagande germanique. Nos « poilus » ne craignent pas la comparaison avec les soldats publicistes du pays de la fameuse « kultur » ! Jacques Boyer.
- Une presse à lithographier dans un cantonnement voisin de la ligne de feu.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Laïiurk. rue (te Kleurus, 9, à Paris
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- LA NATURE. — N° 2215. 7— . . .......... = 11 MARS 1916.
- LE TREMBLEMENT DE TERRE DE LA MARSICA
- DANS L’APENNIN CENTRAL
- Quoique un an et demi de guerre nous aient détournés de tout autre souci que celui du « front » et nous aient, en outre, tristement accoutumés à voir périr des milliers d’hommes, on n’a sans doute pas oublié le terrible tremblement de terre qui désola l’Italie, à l’égal d’une grande bataille très meurtrière, peu avant les jours glorieux où elle s’est associée à la cause du Droit et de la Justice contre les Austro-Allemands. Nous avons demandé cà M. B. Lotti, le savant géologue italien universellement connu, de .nous résumer les enseignements scientifiques que l’on a pu tirer de cette catastrophe. Nous sommes heureux de publier la traduction du travail qu’il a bien voulu écrire spécialement pour nos lecteurs.
- dommages, que l’État dut contribuer à réparer, et le chiffre total des victimes atteignait près de 50000.
- Quelques conséquences topographiques furent remarquables. Le fond du lac Fucino s’affaissa de 1 m. 61 au-dessous du niveau constaté 50 années auparavant lorsqu’il avait été desséché par le prince Alexandre Torlonia. Ce fond apparut crevassé de nombreuses fissures et il s’y montra même en un point une faille verticale nouvelle de 0 m. 90 près de la limite géologique de deux terrains : les dépôts lacustres du centre et les calcaires secondaires qui forment le pourtour du bassin.
- Tandis que le choc avait été instantané et de bas en haut au centre d’Àvezzano, il avait pris une
- Fig. 1. — Vue d’Avezzano après le sinistre dans la direction W. S. W,
- Le matin du 13 janvier 1915 à 7 h. 52 m. 50 s., le peu d’habitants qui se trouvaient hors de leurs maisons dans la ville d’Àvezzano, située sur le bord de l’antique lac Fucino, éprouvèrent un violent soubresaut, qui leur parut semblable au choc d’un navire contre un écueil. Le phénomène fut accompagné, ou précédé de peu, par un fort grondement souterrain, et parut tellement instantané que les divers témoignages ne lui attribuent pas une durée de plus de 2 ou 5 secondes. Après ce court instant, toute la ville n’était plus qu’un amas de ruines; pas une maison ne restait debout, et sur 11 274, habitants, 10 617 étaient morts ou ensevelis vivants sous les décombres. En outre, les villages situés autour du lac étaient, eux aussi, en grande partie détruits et les ruines s’étendaient sur une surface elliptique ayant un grand axe de 100 km dirigé N. W.-S.E., suivant le sens des directions tectoniques de la région et un petit axe de 60 km. Plus de 560 communes, renfermant une population totale d’un million d’habitants, avaient éprouvé d’énormes
- forme de propagation ondulatoire à partir des bords rocheux du bassin jusqu’aux points le plus éloignés, atteints dans un temps appréciable de 30 secondes.
- Telles sont les caractéristiques essentielles ; mais il faut signaler un certain nombre d’autres faits accessoires, qui peuvent nous instruire sur le problème toujours pendant des rapports entre les phénomènes sismiques et la constitution géologique du sous-sol, ainsi que sur la cause profonde du phénomène.
- Un premier fait singulier fut observé près d’Avezzano. L’église de la Vierge de Pietraquara, située à 2 ltil. d’Avezzano sur une colline calcaire qui se rattache aux bords rocheux du lac Fucino, resta parfaitement intacte, tandis que la malheureuse ville, bâtie au voisinage sur le fond de l’ancien lac, était transformée en un amas de débris. Cette inégalité de fortune tient sans doute à l’existence de failles dans le sous-sol du bassin : failles dont l’une a été reconnue près de Luco de Marsi et d'Àvez-zano. Il a du y avoir éboulement profond d’un bloc circonscrit par des failles, tandis que les mas-
- 11 — 161.
- A V Année — 1" Semestre-
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- 162 LE TREMBLEMENT DE TERRE DE LA MARS1CA
- sifs marginaux restaient relativement intacts, ou n’éprouvaient.que le contre-coup vibratoire.
- De même, le célèbre mont Soracte, qui forme un îlot de calcaire secondaire au milieu de collines pliocènes, se trouve à 85 km du Fucino, épicentre du séisme. Les villages situés à l’est et à l’ouest de cette montagne, sur les collines pliocènes, à 3 ou
- alors que des villages plus voisins restaient épargnés. On a pu y constater qu’après un mouvement ondulatoire, suivi d’un instant de repos, setait produite une secousse violente de bas en haut. Par exemple, un malade au lit, qui n’avait pas bougé dans la première phase, s’est précipité hors de sa maison dans la seconde. Ces deux villages subissent de fré-
- 4 km 'de distance, furent très endommagés, tandis que le village de S. Oreste, situé sur le massif même, ne ressentit rien : ce massif ayant dû opposer une résistance à la propagation des ondes sismiques. Une telle résistance avait d’ailleurs été déjà constatée précédemment dans d’autres cas et Mallet avait même posé en loi que les ondes vibratoires du sol se réfléchissent sur les massifs montagneux,à la façon des rayons lumineux sur un miroir. Cette curieuse particularité a pu être vérifiée ici à l’est du Soracte, où les secousses se sont manifestées en deux fois et dans deux directions différentes. Dans le cas présent, la résistance du massif n’a pas arrêté la propagation des ondes, mais l’a seulement interrompue un moment à sa traversée. 11 s’est produit là ce qui arrive dans une file de billes en contact, dont l’une centrale peut transmettre le mouvement sans bouger.
- Une autre anomalie d’origne géologique a été l’intensité des secousses à Arnara et Pofi, à environ 50 km de l’épicentre dans la province de Rome,
- quents tremblements de terre locaux et il est probable que ces conditions toutes locales sont venues ici se superposer au mouvement d’origine plus lointaine pour le renforcer après coup en provoquant un éboulement dans des cavités d’un sol volcanique.
- Notons-le pour y revenir bientôt : Le cataclysme d’Avezza-no ne marqua pas le commencement de la période d’activité sismique qui continue encore dans la courbe de l’Apennin central. L’origine s’en manifesta à la fois plus au Sud, dans Molise, où de petites secousses atteignirent leur maximum avec le tremblement de terre d’Isernia du 19 décembre 1914 et, presque en même temps, au Nord, près de Bevagna en Ombrie, où un séisme eut lieu le 28 décémbre.
- Si nous cherchons maintenant l’origine de ces mouvements, nous remarquerons que la forme circulaire du lac Fucino, comparable pour un profane à un cratère volcanique, correspond seulement à un affaissement d’un sous-sol calcaire où se sont produits des vides. C’est ce qu’on peut appeler, par
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- comparaison avec les gouffres des plateaux calcaires du Karstprès de Trieste, uu bassin karstique. Il y en a d’autres analogues dans toute la zone calcaire de l’Apennin central à Isernia, Sulmona, Rocca di Cambio, Àquila, Rieti, Valle Umbra, Leonessa, Norcia, Gub-bio. La fréquence des séismes dans cette dernière ville suffirait à montrer l’intervention de ces affaissements karstiques. Les géologues ont observé, autour de ces bassins, des séries de failles marginales; et l’allure des dépôts lacustres, qui en remplissent le centre, montre des compartiments du sol effondrés. Le sous-sol présente donc ici des conditions géologiques propres à provoquer une instabilité toute spéciale.
- Mais on peut se demander si un éboulement souterrain, quelque fort soit-il, est susceptible de provoquer un désastre pareil à celui d’Avezzano et comment alors s’explique la phase préparatoire constatée au Nord et au Sud.
- A la première objection répond une observation faite par Lassaulx dans les mines de houille silé-siennes. de Kœnigshütte où le simple éboulement du toit d’un chantier sur 8 mètres d’épaisseur provoqua une forte secousse superficielle, semblable à un tremblement de terre, qui fut perçue jusqu’à 5 kilomètres. Quant à la seconde, Montessus de Bal-lore, dans son ouvrage classique sur les Tremblements de terre, a déjà remarqué que des ondes sismiques pouvaient déterminer, sur des points accessoires en équilibre instable, des séismes indé-
- pendants de plus grande intensité, qu’il a appelés des « tremblements de relais ». Le désastre du Fucino serait ainsi un tremblement de relais amené par les secousses plus faibles, antérieurement perçues dans le Molise ou à Bevagna. A l’appui de ceLte opinion vient la remarque faite par le professeur Agamennone, Directeur de l’Observatoire de Rocca di Papa, qui, en notant les heures de passage des premières vibrations à Montecassino, Rocca di Papa et Rome, est arrivé à l’idée que la secousse aurait eu deux centres (et non un seul) ; l’un dans la vallée de Liri près de Sora (cause première) et l’autre dans le Fucin (cause secondaire). :
- Les tremblements de terre de l’Apennin doivent donc être attribués à des effondrements du sol caractéristiques des régions calcaires. Le sous-sol de cette zone, si fortement fracturée par les mouvements orogéniques tertiaires et hachée de. failles- en tous sens, est composé de blocs en équilibre instable. C’est cet équilibre que viennent probablement troubler des causes d’origine plus lointaine,, inaccessibles à nos observations directes, plutohiques, magnétiques ou météorologiques,.Puis, une fois un premier effondrement souterrain produit, celui-ci, par a relais », en détermine d’autres à leur tour qui, de proche en proche, font la chaîne et peuvent atteindre des régions de constitution géologique toute différente: ici, par exemple,le pays volcanique d’Arnara et de Pofi. B. Lotti.
- LES TRANSATLANTIQUES ACTUELS
- Les nouvelles chaudières marines.
- Les paquebots transatlantiques ont subi de profondes modifications depuis leur apparition, c’est-à-dire depuis, plus d’un demi-siècle. Non seulement leur tonnage s’est considérablement accru, mais cette évolution rapide a été accompagnée d’une évolution semblable vers les grandes vitesses et, par suite, vers les grandes puissances. C’est principalement sur la ligne à grand trafic entre l’Europe et les États-Unis que cette évolution s’est surtout fait sentir. Ainsi, le premier transatlantique qui, én 1845, inaugura ce service, le Great-Britain, avait un déplacement de 2984 tonnes et ses machines, d’une puissance de 1600 chevaux, lui donnaient une vitesse de 12,3 nœuds. En 1877, le Britanin, de la Compagnie White Star, dont le déplacement était de 5000 t., avait des machines d’une puissance de 5000 chevaux lui donnant une vitesse de 15 nœuds. En 1887, la Compagnie Transatlantique mettait en service la Bretagne d’un déplacement de 6700 t. avec des moteurs d’une puissance de 8000 chevaux donnant une vitesse de 17,2 nœuds. Puis, en 1902, vient le Nord-Üeustcher-Lloyd avec le Kaiser-Wilhelm II d’un déplacement de 30 520 t. actionné par des machines d’une puissance de 58 01)0 chevaux donnant une vitesse de 22 nœuds. Enfin,mous arrivons en 1907, date de la mise en service par la
- Compagnie Cunard des deux transatlantiques Lusi-tania et Mauretania d’un déplacement de 41 000 t. munis de machines développant une puissance de 75000 chevaux donnant au navire une vitesse de 25,5 nœuds. Ainsi, dans l’espace de 70 ans, sur la ligne de New-York, le déplacement des transatlantiques est devenu 14 fois plus grand, la vitesse a doublé pendant que la puissance propulsive devenait 50 fois plus grande. Mais cette évolution considérable et graduelle de la puissance n’a pas été sans entraîner des inconvénients. Elle a augmenté de beaucoup le prix de la construction des navires (actuellement plus de 800 fr. par tonne de déplacement), elle nécessite une dépense considérable de charbon et de personnel, et, surtout, elle oblige à avoir des machines et des chaudières très encombrantes et qui ont le grave inconvénient de réduire l’espace réservé aux voyageurs et aux marchandises.: Ce dernier inconvénient qui est capital nécessite quelques éclaircissements. ; .
- Le poids d’un navire est représenté par son déplacement et se compose de quatre parties : 1° le poids de la coque, des installations intérieures et des agrès; 2° le poids des machines motrices, chaudières et hélices; 3° le poids du charbon dans les soutes; 4° enfin, le poids des voyageurs et des mar-
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- chandises. C’est cette dernière partie qui représente Y utilisation commerciale du navire et qu’il y a tout intérêt à rendre aussi grande que possible.
- Ces quatre subdivisions du navire ne sont pas quelconques. Elles doivent être dans un certain rapport dépendant de la vitesse du navire, de la distance qu’il doit franchir, de la solidité de la coque; du poids par cheval de la machine propulsive et, enfin, de la consommation par cheval-heure de cette machine.
- Le calcul et l’expérience montrent que, à mesure que le déplacement du navire augmente, le rapport entre le poids des marchandises transportées et ce déplacement, c’est-à-dire l’utilisation commerciale de ce navire, augmente jusqu’à un maximum de déplacement après lequel elle diminue graduellement comme l’a montré M. Bertin, ancien Directeur des constructions navales. C’est cette progression de l’utilisation qui a amené les armateurs à construire des navires de plus en plus grands, les cargo-boats, par exemple, dont la vitesse ne dépasse jamais 10 à 12 nœuds. Mais, comme nous venons de le dire, la vitesse a une grande influence sur cette utilisation commerciale qui diminue considérablement avec elle. Ainsi, si nous prenons le dernier type de transatlantique à grande vitesse, le Mauretania, dont le déplacement est de 41 000 t. et qui fait la traversée entre l’Angleterre et New-York avec une vitesse de 25,5 nœuds, ses machines développant 75 000 chevaux, nous trouvons que : 62 pour 100 du déplacement sont pris par îa coque et les installations intérieures du navire, 16 pour 100 par les machines, les chaudières et les hélices et 18 pour 100 par le combustible nécessaire pour la traversée. Il ne reste donc pour l’utilisation commerciale que 4 pour 100 de ce déplacement. C’est peu, comme on le voit. Aussi, on peut dire que dans l’état actuel des choses et au point de vue commercial, ces deux derniers navires ont dépassé l’effort possible de vitesse. Du reste, la Compagnie Cunard n’a construit ces deux unités que pour des raisons politiques avec l’appui financier du gouvernement anglais dans le but unique d’empêcher les Compagnies allemandes de détenir le record de la vitesse.
- Aussi est-ce pour amoindrir ce grave inconvénient que, dans ces dernières années, toutes les compagnies de navigation aussi bien Anglaises que Françaises ou Allemandes ont abandonné la lutte pour les grandes vitesses pour adopter la lutte pour les grands tonnages. On a créé des navires intermédiaires ayant une vitesse de 21 à 23 nœuds et une utilisation plus élevée. Nous pouvons citer dans cet ordre d’idées YOlympic de la compagnie White Star dont le déplacement est de 50 000 t. avec des machines de 46000 chevaux lui donnant une vitesse de 21 nœuds ; Ylmperator appartenant à la Compagnie Ilamburg-America d’un déplacement de 57 000 t. muni de machines d’une puissance de 63000 chevaux donnant une vitesse de
- 22,5 nœuds ; YAquilania de la Compagnie Cunard d’un déplacement de 49 000 t. auxquels des machines d’une puissance de 56000 chevaux donnent une vitesse de 25 nœuds.
- C’est donc, comme on le voit, la coque avec les installations intérieures du navire, l’appareil moteur et le combustible nécessaire qui prennent la plus grande part du poids du navire et, pour les transatlantiques à grande vitesse, réduisent l’utilisation commerciale de ces navires. Ce sont donc ces subdivisions du navire qu’il faut réduire dans les limites du possible.'Voyons ce qui peut être fait à cet égard.
- Coque du navire. — La coque d’un navire travaille comme une poutre métallique creuse, dont la semelle supérieure, c’est-à-dire le pont, et la semelle inférieure, c’est-à-dire le fond du navire, subissent alternativement, soit des efforts de traction, soit des efforts de compression suivant la position du navire sbus l’effet de la vague. Le travail prend une importance d’autant plus grande que les dimensions .du navire augmentent et, pour rester dans les limites de travail admissible pour le métal employé, on se trouve, par conséquent, amené à augmenter les épaisseurs de celui-ci dans le même rapport que l’accroissement de longueur du navire, d’où augmentation notable du poids de la coque. Ce poids dépasse actuellement 50 pour 100 du poids total du navire et tend même, dans les deiv riiers transatlantiques, à se rapprocher de 60 pour 100 de ce poids. On voit donc l’influence considérable de l’accroissement des dimensions du navire sur le poids de la coque et la difficulté, presque insurmontable, de réduire ce poids. Le seul moyen de contre-balancer cette augmentation de poids est la substitution à l’acier employé actuellement d’aciers plus résistants, comme cela, du reste, a déjà été fait. Le prix plus élevé de ce dernier métal sera contre-balancé, à son tour, par la réduction du poids de la coque et par une augmentation d’utilisation.
- Passons maintenant à la machinerie du navire en commençant par le moteur.
- Appareil moteur. — Les premiers transatlantiques étaient des navires à roues à aubes actionnées par des machines à vapeur à balancier et condensation par injection, à marche lente et alimentées par des chaudières à basse pression. Ces machines consommaient 28 kg de vapeur et 4,5 kg de charbon par cheval-heure effectif. Elles pesaient 400 kg par cheval.
- Des améliorations ont été faites successivement. D’abord le remplacement des roues à aubes par l’hélice, l’augmentation progressive de la pression de la vapeur, la substitution de la condensation par surface à la condensation par injection, l’emploi de la.double expansion, puis de la triple expansion et, finalement, de la quadruple expansion dans les machines alternatives. Enfin, dans ces derniers temps, l’emploi devenu général de la turbine à vapeur aux lieu et place de la machine alternative. A l’heure actuelle la majorité des navires transatlan-
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- tiques est munie de turbines qui, presque toutes, sont du type Parsons, consomment 5 kg de vapeur à la pression de 15 à 16 kg et 600 gr. de charbon par cheval-heure sur l’arbre d’hélice, ce qui correspond à une dépense de 5200 calories par cheval-heure donnant un rendement, pour le moteur seul, d’environ 20 pour 100. Ces turbines pèsent de 80 à 100 kg par cheval-heure.
- Les progrès, comme on le voit, ont été considérables. Le poids de l’appareil moteur est devenu 4 fois moindre, la consommation de vapeur est devenue 5 fois et demie moindre et la'consommation de charbon a été réduite de 87 pour 100.
- Les améliorations sont-elles encore possibles? 11 y a d’abord l’emploi de la surchauffe de la vapeur qu’on commence à utiliser sur certains navires et qui viendra diminuer la consommation de vapeur par cheval et augmenter le rendement de turbine. Puis, il y a l’accouplement de la turbine avec l’arbre d’hélice au moyen d’un réducteur de vitesse dont
- procherait ainsi du moteur Diesel qui ne dépense que 2000 calories et supprime la chaudière, mais qui, pour des raisons qui ont été déjà données dans La Nature et sur lesquelles nous ne reviendrons pas, ne peut être utilisé, dans son état actuel, pour la propulsion des navires de grande puissance.
- Chaudières. — Arrivons, enfin, aux chaudières. C’est sur celles-ci que doit se porter, surtout, l’attention des constructeurs et qui, tout en augmentant leur production, peuvent être établies dans des conditions de légèreté beaucoup plus grandes que celles généralement en service aujourd’hui.
- Jusqu’à ces dernières années, la majorité des transatlantiques était munie de chaudières dites type marin et qui, en quelque sorLe, étaient devenues classiques. Elles se composent de foyers intérieurs cylindriques surmontés de tubes en retour, servant au passage des gaz chauds, le tout placé dans un grand cylindre formant enveloppe. Ces chaudières peuvent a voir un seul foyer, mais, le plus générale-
- Fig. i. — Une chaudière Yarrow type marine.
- La Nature a, dans différents articles, montré les avantages. Cette disposition permettra de donner à la turbine les grandes vitesses périphériques qui lui sont nécessaires tout en conservaut à l’hélice la faible vitesse qui lui convient.
- 11 n’est pas douteux que ces deux additions, jointes à un grand vide au condenseur, permettront d’obtenir une nouvelle augmentation de rendement et qu’il deviendra possible d’oblenir avec la turbine à vapeur le cheval-heure avec une consommation de vapeur de 4 kg et une consommation de charbon de 500 gr. Avec de la vapeur surchauffée de 100° ce serait un rendement, pour le moteur seul, de 25 pour 100 avec une dépense d’environ 2700 calories par cheval-heure. On se rap-
- ment, elles ont deux, trois et même quatre foyers. Souvent on accole dos à dos deux de ces chaudières et on obtient ainsi les chaudières à double face chauffées sur les deux extrémités.
- Ce type de chaudière très robuste, d’une conduite facile et qui supporte aisément un tirage forcé modéré, a le grave inconvénient d’être très lourd, d’abord à cause du poids considérable d’eau qu’il contient, ensuite à cause de son poids propre très élevé comme nous allons le voir. La puissance d’une chaudière dépend de la quantité de combustible qui peut être brûlé sur sa ou ses grilles. C’est donc la surface de grille qui doit servir de base de comparaison entre les différents types de chaudières. Or, une chaudière à double face qui est
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- celle le plus généralement employée, pèse, par mètre carré de grille, en comprenant tous les appareils accessoires servant à son fonctionnement, 8500 kg sur lesquels 2200 kg, c’est-à-dire le quart, sont pris par l’eau contenue dans cette chaudière. Le poids par mètre carré de grille représenterait bien la légèreté relative de la chaudière si la puissance vaporisatrice, par mètre carré de grille, était la même pour toutes les chaudières de ce même type. Mais il est loin d’en être ainsi surtout depuis que le tirage forcé est devenu d’un emploi fréquent afin d’augmenter la puissance de vaporisation des chaudières.. C’est donc au poids des chaudières par cheval qu’il faut avoir recours si l’on veut avoir un véritable coefficient de légèreté. Pour la chaudière dont nous venons de parler qui, en marche normale et tirage modéré, peut produire 150 chevaux par mètre, carré de grille, le poids de cet.te chaudière serait, avec tous ses accessoires, de 57 kg par cheval, chiffre très élevé et qui peut être réduit notablement par l’emploi d’un autre type dé chaudière dont nous allons parler.
- Cet autre type de chaudière appartient au groupe auquel on a donné le nom de chaudières tubuleuses. Il se différencie du type précédent en ce que, au lieu de placer la flamme et les gaz chauds à l'intérieur de la masse d’eau et de vapeur, celles-ci sont maintenant placées au milieu de la flamme et des gaz chauds à l’intérieur de tubes de petit diamètre. L’enveloppe extérieure, dans le premier système, était cylindrique et devait résister à la pression de la vapeur, tandis que, dans le second système, elle se réduit à une tôle mince ne supportant aucun effort. C’est après avoir traversé les rangées de tubss d’eau en échauffant celle-ci, que les gaz chauds arrivent à la cheminée. C’est à ce type de chaudières tubuleuses qu’appartient la chaudière Yarrow, dont nous nous proposons de dire quelques mots et dont la qualité distinctive est la simplicité qui atteint l’extrême limite dont la chaudière tubuleuse est susceptible.
- Chaudière Yarrow. — Cette chaudière se compose (fig. 2) de deux faisceaux de tubes rectilignes débouchant, à leur partie supérieure, dans un grand réservoir cylindrique et, à leur partie inférieure, dans un réservoir également cylindrique mais de plus petit diamètre. Ces deux réservoirs inférieurs, les tubes et la partie inférieure du réservoir supérieur sont pleins d’eau et, entre les deux réservoirs* inférieurs, se trouve la grille sur
- laquelle on brûle le combustible. Au-dessus de cette grille se trouve une vaste chambre de combustion où se brassent les gaz chauds avant de traverser les faisceaux de tubes et se rendre à la cheminée. Dans chacun des faisceaux de tubes, les deux rangées les plus éloignées de la grille sont isolées des autres tubes dans le réservoir inférieur au moyen d’une cloison A. L’eau servant à l’alimentation de la chaudière est d’abord introduite dans cette caisse A, puis remonte vers le réservoir supérieur par les deux rangées d'e tubes isolés. L’eau d’alimentation se trouve ainsi chauffée par les gaz chauds avant de pénétrer dans la chaudière et on estime à 5 ou 6 pour 100 l’économie produite.
- Dans ces derniers temps la maison Yarrow a ajouté à son type de chaudière des appareils per mettant la surchauffe de la vapeur afin d’obtenir, comme nous l’avons dit précédemment, une nouvelle économie dans la consommation de vapeur et de charbon. Ainsi que le montre la figure, au-dessus de chacun des tubes à eau et au milieu du courant des gaz chauds se trouve un surchauffeur formé d’une série de tubes en U. La vapeur saturée venant de la chaudière sort de cefle-ci par le robinet B, puis par les tubes C et D pénètre dans les sur chauffeurs par les boîtes E et F. Après avoir traversé les tubes en U du surchauffeur elle en ressort par les boîtes G et H d’où elle est envoyée par les tuyaux K et I aux machines. Cette surchauffe permet d’obtenir une économie de combustible de 8 à 10 pour 100 avec une surchauffe de 55° et de 11 à 13 pour 100 avec une surchauffé de 80°, à la pression de 14 kg. Il résulte d’essais faits en service avec la chaudière Yarrow qu’en brûlant 82 kg de charbon, par mètre carré de grille, on peut vaporiser 13,6 kg d’eau par kilogramme de charbon et, en brûlant 134 kg, par mètre carré de grille, 10,95 d’eau vaporisée, étant bien entendu que le poids d’eau vaporisée est ramené à ce qu’il serait avec de l’eau à 10ü° transformée en vapeur à 100°, comme c’est l’usage en Angleterre.
- Le combustible employé avec la chaudière Yarrow peut être du charbon ou du pétrole ou, même, une combinaison des deux combustibles. Nous ne reviendrons pas sur cette question si importante du chauffage des chaudières par le pétrole qui a été traitée très longuement dans La Nature (u° 2167). Nous ne pouvons que renvoyer à cet article.
- Ce type de chaudière présente de grands avantages. Comme, du reste, toutes les chaudières tubu-
- Fig, 2. — Coupe cPune chaudière Yarrow.
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- leuses, la chaudière Yarrovv peut aisément supporter les hautes pressions, toutes les parties de cette chaudière étant formées de récipients cylindriques de petit diamètre et dans lesquels la pression de la vapeur s’exerce toujours à l’intérieur.
- Un autre avantage de ce type de chaudière est son immunité relative contre les accidents. Cela provient de la résistance quelle présente aux surpressions et, ensuite, parce qu’elle ne contient qu’un petit volume d’eau et de vapeur. A une certaine distance la sécurité est absolue, car les effets de leur explosion ne s’étendent jamais loin. Dans le voisinage immédiat elles peuvent produire des brûlures et des accidents d’une certaine gravité, mais
- une consommation de 250 kg de charbon par mètre carré de grille correspondant à 360 chevaux pour cette même surface, le poids de cette chaudière sera de lf kg par cheval, c’est-à-dire un peu moins du cinquième du poids de la chaudière type marin.
- Ce sont ces avantages et, principalement le dernier, qui ont fait admettre, depuis plusieurs années, ce type de chaudière dans la marine anglaise. Depuis 1905,180 navires de cette marine militaire sont équipés avec des chaudières Yarrow représentant une puissance de plus de 4 millions de chevaux.
- Mais, à côté de ces avantages indéniables, ces chaudières offrent quelques inconvénients résultant des difficultés de conduite. L’alimentation doit être
- Fig. 3. — Ensemble de chaudières marines Yarrow.
- les effets ne peuvent se comparer à ceux résultant des chaudières à grand volume d’eau et de vapeur, comme la chaudière tubulaire cylindrique.
- Ces chaudières supportent facilement le tirage forcé, résistent très bien aux changements brusques de température et sont de réparation facile.
- Mais leur avantage capital est leur légèreté comparativement aux chaudières cylindriques « type marin » dont nous avons parlé précédemment. Le poids d’une chaudière Yarrow avec tous ses accessoires, est d’environ 4000 kg par mètre carré de grille et le poids d’eau qu’elle contient se réduit à 800 kg par mètre carré de grille. Elle pèse donc moins de la moitié de la chaudière type marin. Si, maintenant, nous rapportons ce poids au cheval-heure, comme nous l’avons fait précédemment pour la chaudière tubulaire cylindrique, en admettant
- faite avec grand soin et, surtout, avec de l’eau très pure, afin d’éviter la formation de dépôts dans les tubes qui, en obstruant la circulation de l’eau dans ceux-ci, pourrait être la cause de brûlure de ces tubes.
- Ce sont ces derniers inconvénients qui, jusqu’à ces derniers temps, avaient mis un arrêt à l’emploi de ces chaudières sur les grands navires de la marine marchande. Mais, en présence de l’emploi facile des hautes pressions, de la plus grande sécurité et, surtout, de la diminution du poids des appareils, question capitale au point de vue de l’utilisation commerciale dont nous avons parlé plus haut, les grandes compagnies de navigation ont du se rendre à l’évidence et se décider à remplacer dans les nouveaux navires la chaudière du type classique par les chaudières Yarrow que nous venons de décrire. IL Bonnin.
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- UTILISATION AGRICOLE DE L'ÉNERGIE ÉLECTRIQUE
- Le grave problème de la main-d’œuvre agricole est, certainement, une des grandes "sujétions de l’heure présente, car, plus que jamais, on peut dire que l’agriculture manque de bras, et même de jambes, c’est-à-dire de moteurs animés, d’attelages assez nombreux pour subvenir à tous les travaux qu’exige la production intensive. Cette situation critique n’est pas provoquée uniquement par la guerre et ses conséquences au point de vue économique; depuis bien des années, la crise de la main-d’œuvre agricole avait atteint un très haut degré d’acuité, et la pénurie . d’ouvriers, malgré une notable augmentation des salaires, avait déjà démontré la nécessité absolue de mesures urgentes, en vue de solutionner pratiquement ce troublant problème.
- I. 11 faut vulgariser l’emploi de l’énergie électrique. — La guerre a aggravé la situation en rendant plus intense encore la crise due au manque de bras. C’est pourquoi l’emploi de moteurs inanimés doit être propagé, vulgarisé, comme étant un des plus importants facteurs capables de conduire à la solution ration, nelle cherchée. La force motrice mécanique doit rendre- de grands services à l’agriculture, qui est appelée à s’industrialiser déplus en plus. L’exploitation agricole, comme l’usine et tant d’industries urbaines, doit bénéficier des avantages inhérents aux grands progrès réalisés dans cette voie.
- La diminution si considérable du nombre des ouvriers agricoles et l’augmentation de la moyenne propriété doivent inciter les agriculteurs à introduire l’énergie mécanique dans leurs exploitations, s’ils ne veulent pas laisser leurs terres en friches, s’ils ne veulent pas se trouver dans l’alternative de renoncer à telle branche de production, nécessitant des frais élevés, en disproportion avec les résultats espérés.'Le moteur mû par la force mécanique apparaît donc comme le point de départ de transformations rationnelles devenues nécessaires pour diminuer les frais d’exploitation, abaisser le prix de revient de la main-d’œuvre, suppléer au manque de bras et effectuer les travaux plus rapidement. Les applications aussi variées qu’intéressantes auxquelles se prête la force motrice en agriculture sont réalisables économiquement surtout dans les grandes et les moyennes exploitations, travaillant sur de grandes
- surfaces ou opérant la transformation de récoltes importantes. Mais il y a tout lieu de penser qu’avec les progrès constants du machinisme la petite culture pourra profiter, elle aussi, de ces innovations, dans un avenir prochain.
- II. Le point de vue économique. — L’utilisation de l’énergie électrique constitue un progrès extrêmement remarquable parmi les plus récentes conquêtes du génie rural, dans l’ordre économique, comme en ce qui concerne les multiples applications qu’on en peut faire dans le domaine agricole. Celte utilisation est de nature-à entraîner une transformation considérable des moyens de production. L’accroissement constant de la consommation d’énergie électrique indique bien, d’ailleurs, que ces applications sont maintenant réellement entrées dans la pratique et ne laissent plus qu’une bien
- faible part à l’imprévu. Les avantages que présente l’emploi de l’électricité dans les exploitations agricoles, surtout en ce qui concerne la réduction delà main-d’œuvre, sont, malheureusement, encore trop méconnus. Non seulement, avec le moteur électrique, on peut effectuer rapidement et sans peine de nombreux travaux que l’homme ne peut exécuter qu’avec lenteur et péniblement, par exemple le concassage et le broyage des grains, le pressurage des pommes et du raisin, l’élévation de l’eau, l’écrémage, etc., mais encore ces moteurs permettent d’organiser mécaniquement la manutention à l’intérieur de la ferme, de manière que toutes les opérations peuvent se faire avec un personnel très réduit, n’ayant à développer aucun effort mus-^ culaire (transport des grains, fourrages, racines, mise en grenier ou en silo, distribution des aliments au bétail, etc.), opérations s’effectuant pour ainsi dire automatiquement au moyen de transporteurs actionnés par l’électricité. 11 est facile d’apprécier l’importance des réductions de main-d’œuvre et de travail musculaire obtenues par des installations de ce genre, particulièrement dans les régions où les travaux de ferme augmentent par suite de l’accroissement de la production laitière, réductions de main-d’œuvre encore plus importantes lorsque la traite mécanique des vaches se fera au moyen du moteur électrique.
- L’énergie électrique s’est répandue dans les campagnes; mais, pour être employée avantageuse-
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- UTILISATION AGRICOLE DE L'ÉNERGIE ÉLECTRIQUE
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- ment dans les exploitations agricoles, il faut qu’elle soit fournie à bas prix par l’usine de grande puissance; il en résulte que le développement de ses applications à L’agriculture est intimement lié à celui des grands réseaux de distribution, lesquels ont pris, d’ailleurs, une extension qui augmente tous les jours. La création de stations centrales d’électricité, mettant le courant à des tensions non dangereuses, à la porte de bien des fermes, amenant par le même réseau, avec la lumière, la force motrice à discrétion et à bas prix, c’est là un progrès entraînant, dans l’exploitation agricole, dans son aménagement intérieur et son fonctionnement, d’heureuses transformations dont on peut entrevoir aisément les conséquences pratiques.
- III. Houille verte et gaz pauvre.
- — 11 convient d’observer que si l’on compte, actuellement, en France, un assez grand nombre de secteurs ruraux, fournissant le courant nécessaire aux travaux à la ferme et aux champs, on n’a cependant pas encore
- tricité, soit l’apanage exclusif des contrées qui possèdent de puissantes chutes d’eau. Pour les besoins beaucoup plus modestes de l’agriculture, les moulins établis sur les retenues de nos rivières sont suffisants. C’est dire que, presque partout, en France, il est possible d’installer de petites stations rurales d’électricité. N’avons-nous pas le bel exemple que nous donnent, depuis bien des années, les Danois, passés maîtres dans Part d’utiliser les moulins à vent pour produire l’électricité à la campagne?' Et puis, même dans les communes ne possédant
- Fig. 3. — Commande d’un pressoir à fruits par un moteur électrique transportable.
- cherché à utiliser toutes les richesses naturelles offertes par les forces hydrauliques, la houille verte, c’est-à-dire les chutes d’eau. Sur 9 millions de chevaux environ îeprésentant la force totale des chutes d’eau que nous possédons en France, il y en a, à peine, un demi-million d’utilisés. 11 existe quantité de cours d’eau susceptibles d’être aménagés par de petits barrages, en vue de produire l’énergie, et bien que chacun ne présente, généralement, qu’une assez faible puissance, leur ensemble constitue néanmoins un important élément de richesse, dont la mise en valeur est relativement facile. Il ne faudrait donc pas croire que cette force merveilleuse, distribuée par des stations d’élec-
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- Fig. 2. — Commande d’un hache-paille par un moteur électrique transportable.
- pas de chutes d’eau, n’y a-t-il pas un moyen très avantageux de produire la force nécessaire à une petite station d’électricité, en utilisant le moteur à gaz pauvre dont la marche est très économique, la consommation étant de 85 centimes environ le kilowatt, ou 2 à 3 centimes le cheval-heure. Le moteur à gaz pauvre offre bien des avantages : il n’occupe que peu de place, ne présente aucun danger, peut se mettre en marche en 10 minutes, ne nécessite pas une surveillance constante, et ne comporte ni chaudière ni aucun organe délicat. Après la houille verte, la préférence reviendrait donc au gaz pauvre, comme force économique pour la production de l’énergie électrique. L’expérience montre, en effet, que l’emploi du moteur à essence ne paraît possible que dans une installation pourvue de petits appareils, et que, pour les transmissions électriques, le moteur à gaz pauvre s’impose par l’argument implacable du prix de revient.
- IV. Caractéristique des moteurs électriques agricoles. — Partout où existent des secteurs ruraux distribuant l’énergie électrique, l’exploitation des moteurs électriques est devenue la plus économique,
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- grâce, surtout, aux abonnements à tarifs réduits consentis pour ces moteurs, par la plupart des réseaux. Les moteurs électriques agricoles offrent, sur les autres machines, les avantages suivants : emploi très varié, mise en marche fort simple, coût minima et entretien à peu près nul. On emploie les moteurs fixes pour actionner une machine ou un groupe de machines fixes installées dans un même local. Ce sont des moteurs à courant continu, triphasé, biphasé et monophasé, à induit en court-circuit jusqu’à 2, 3 et 4 chevaux et 'a induit bobiné, avec démarreur pour les puissances plus élevées ; démarrent à pleine charge ou au double ou triple de la pleine charge, suivant les besoins, ceci pour les moteurs bi- et triphasés. Quant aux moteurs monophasés asynchrones, qui doivent démarrer à vide ou sous faible charge, ils sont munis de poulies double largeur permettant de démarrer sur poulie folle et de passer avec la courroie sur la poulie fixe
- permettront d’apprécier la portée réelle des applications de l’énergie électrique au domaine agricole. Voici un exemple offert par l’installation réalisée à la ferme d’Alger (Marne), exploitée par un habile praticien, M. Duhay, de la Société des agriculteurs de France : Le type de moteur adopté est un moteur à gaz pauvre, de 16 IIP, à volant lourd et palier extérieur, consommant 72 kg d’anthracite par 10 heures, 100 litres d’eau à l’heure, 50 centimes d’huile par jour. En admettant une force moyenne de 10 IIP, le prix de revient s’établit à 0fr.049 par cheval-heure. La dynamo génératrice commandée directement par le moteur a une capacité de 75 ampères, pouvant absorber une force de 12 HP environ à 1500 tours. Pas de batterie-tampon, afin d’économiser le travail d’un surveillant. La batterie d’accumulateurs est de 60 éléments avec une capacité de 130 ampères; elle peut être branchée directement sur les divers moteurs. Il y
- de la machine ou de la transmission, une fois le moteur en vitesse.
- Dans les exploitations agricoles, on utilise surtout les moteurs transportables sur chariot; ils sont à courant continu ou triphasé, pour petites et grandes puissances (fig. 1) et servent à actionner toutes sortes de machines : batteuse, coupe-racines, broyeurs, concasseurs, aplatisseurs, brise-tourteaux, pompes, barattes, écrémeuses, pressoirs à fruits, hache-paille, etc. (fig. 2 et 3).
- Les moteurs électriques agricoles sont construits pour toutes puissances, de 1/2 à 20 chevaux, pour courant bi-et triphasé, et de 1/4 à 12 chevaux pour courant monophasé. Leur vitesse est de 1500 ou 1000 tours par minute pour 50 périodes et de 1200 à 800 tours pour 40 périodes. Les chariots sont à deux roues pour moteurs bi- et triphasés de 1/2 à 6 HP, et monophasés, de 1/4 à 3 HP; ils sont à trois roues pour moteurs bi- et triphasés de 7 à 10 HP, et monophasés de 4 à 5 HP; ou à quatre roues pour bi- et triphasés de 8 à 20 HP, et monophasés de 4 à 12 HP.
- V. Exemples d’applications et de prix de revient. — Quelques observations prises sur le vif
- a trois moteurs électriques, tous à poste fixe, commandant un broyeur de tourteaux, un coupe-racines, un hache-paille, un aplat isseur de grains, un moulin, un monte-sacs, un tarare, un trieur, une batteuse mobile, des pompes élevant l’eau à 28 m. et la refoulant à 4 m. au-dessus du sol. Ces pompes sont commandées directement par le moteur principal.
- Le travail produit par les machines se chiffre comme suit : coupe-racines, vitesse 150 tours, débit, 3600 kg de betteraves à l’heure', hache-paille, 150 tours, 436 kg de paille de blé et de sainfoin sec; moulin 430 tours, 86 kg de seigle; aplaiisseur 220 tours, 300 kg d’avoine; brise-tourteaux, 110 tours, 400 kg de tourteaux de soja; tarare-trieur, avec 5 ampères, soit600watts, débite 10 hectolitres de blé; batteuse, 900 tours, 6 quintaux de blé à l’heure; enfin, les pompes débitent 3000 litres à l’heure. En faisant le compte, en totalisant la consommation du moteur (à raison de 243 jours de marche à 4 fr. 09), la main-d’œuvre, l’amortissement, les réparations, l’intérêt du capital engagé, on arrive à une production de 9,270 kilowatts-heure pour 5913 fr., soit
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- 0 fr. 42 le kilowatt-heure. D’après ces données, le prix du travail de chaque machine est déterminé par les chiffres suivants : battage des céréales,
- 0 fr. 42 par quintal; tarare-trieur, 0fr.025 par hectolitre; pompes avec élévation de 32 m.,
- 0 fr. 257 par mètre cube d’eau; coupe-racines,
- 0 fr. 205 par 1000 kg de betteraves; hache-paille,*. 1 fr. 04 par 1000 kg de paille et foin; moulin,
- 0 fr. 99 par 100 kg de grain moulu demi-fm; aplatisseur, 0 fr. 215 par 100 kg d’avoine; broyeur, 0 fr. 063 par 100 kg de tourteaux.
- Dans d’autres situations, et notamment au domaine de Gagny (Calvados), exploité par M. de Tri-querville, l’emploi de l’énergie électrique apparaît bien plus économique que l’emploi de la locomo-bile. C’est ainsi que le battage des céréales au moyen d’un groupe électrogène (moteur et dynamo) revient à 1 fr. 75 par 100 gerbes, tandis qu’il coûtait 4 fr. 60 en employant la machine à vapeur, soit une économie totale de 1148 fr. en faveur du premier système, pour une récolte de 40 000 gerbes.
- La station rurale d’électricité qui a été créée à Agnicourt-et-Séchelles (Aisne), sur l’intelligente initiative de M. Wateau-Moraine, donne un exemple très remarquable d’installation, rendant les plus signalés services aux agriculteurs sur une vaste étendue de territoire. L’usine hydro-électrique, installée sur la Serre, affluent de l’Oise, a un débit moyen de 2000 litres d’eau par seconde, avec chute de 3 m. 10 et prise d’eau pour une turbine fonctionnant sous une chute de 4 mètres. La turbine commande une dynamo de 45 kilowatts, produisant un courant triphasé à la tension de 520 volts. Un deuxième groupe électrogène, doublant le premier, est actionné par une seconde turbine. La force motrice électrique est distribuée aux agriculteurs par cette station cenlrale, à action très étendue, moyennant le prix de 30 à 35 centimes le kilowatt.
- VI. En Amérique. — Depuis longtemps déjà, dans les pays d’initiative hardie, comme aux États-Unis et même en Europe, dans les contrées richement pourvues en force hydraulique — comme en Suisse — l’agriculture, dans de nombreuses circonstances, tire parti de l’énergie électrique. L’Amérique nous a largement devancés dans la création de stations généralrices de force électrique et leur adaptation à la vie agricole. Ces stations ne se bornent pas à fournir l’éclairage à leur clientèle ordinaire, elles vendent le courant aux heures où la consommation pour l’éclairage chôme. A l’Elkart-River, dans l’indiana, existe une station hydroélectrique qui fournit l’éclairage à plusieurs villes — dont Syracuse et Milford — et, en outre, livre la force motrice aux exploitations agricoles du voisinage, à un prix étonnant de bon marché. Cette force motrice est produite aü moyen d’un barrage en bois donnant une chute de 3 m. seulement. Deux turbines verticales, de 100 chevaux, tournant à 117 tours par minute, actionnent un arbre qui
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- commande par courroie un alternateur triphasé de 100 kilowatts, à 2300 volts, 60 périodes, 900 tours par minute. Le courant est élevé à la tension de 6000 volts pour la transmission.
- La clientèle agricole dispose, en moyenne, de petits moteurs de 50 HP. Pour l’éclairage, une seule phase est amenée; pour la force motrice on amène les trois phases. Les distributions chez les fermiers des alentours ont nécessité une ligne à 6000 volts, établie aux frais des clients et un transformateur qui ramène la tension à 210 ou 220 volts. Une des principales exploitations abonnées utilise un tranformateur de 5 kilowatts, qui alimente un moteur de 2 HP, actionnant un moulin à blé, un découpeur de corne, des coupe-racines, des hache-paille, etc. ; ailleurs, un moteur de 1 HP fait fonctionner un appareil à laver les bouteilles, une écrémeuse, une pompe de laiterie, et assure une circulation d’eau chaude.
- MI. Application au labourage. — L’énergie électrique est appelée à opérer une véritable transformation dans la pratique agricole, aussi bien pour le travail du sol que pour les travaux à la ferme. S’il est vrai que le morcellement de la propriété et le mode d’exploitation des terres peuvent en retarder l’application au labourage, du moins, il faut constater qu’actuellement des tentatives heureuses ont déjà été faites dans ce sens, et la réalisation du remembrement de la propriété, les échanges parcellaires contribueraient beaucoup à la propagation de ce grand progrès du génie rural. Il existe des installations de labourage électrique d’une réelle importance, aux États-Unis ; elles sont plus rares en France (fig. 4). Une remarquable installation a été réalisée en 1910, aux environs d’Arcachon, dans des terres de landes, en empruntant la force motrice à une petite chute d’eau créée sur le canal des Usines, reliant l’étang de Cazau au bassin d’Arcachon. Ce canal traverse le petit étang de Yil-lemarie, en aval duquel se trouve la chute; ce réservoir fait ainsi office de régulateur, Le débit du canal varie de 579 à 1157 litres par seconde (moyenne 868 litres). La turbine, dont le rendement varie de 80 à 85 pour 100, et qui utilise une chute de 2 m. 60, peut fournir jusqu’à 50 HP, grâce au réservoir qui permet d’assurer jusqu’à 1800 litres d’eau par seconde. L’usine hydro-électrique comprend deux dynamos à courant continu pouvant atteindre 600 volts et 33 ampères, conduit dans les champs par deux fils de cuivre de 6 mm de diamètre. Le chantier de labourage, pour défoncement, comprend deux treuils automobiles actionnant une charrue:balance. Chaque treuil est relié à la ligne électrique fixe par des câbles souples, isolés, formés de sept fils de cuivre de 16 dixièmes de millimètre de diamètre, s’enroulant sur une grande bobine disposée au-dessus de l’avant-train. Le courant passe au commutateur de manœuvre, analogue à ceux des tramways électriques, puis à la réceptrice, laquelle, par engrenages, actionne le
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- treuil qui enroule les câbles de traction, ou les roues d’arrièfe du' chariot pour obtenir l'avancement nécessaire après chaque raie ouverte par la charrue. Chaque' treuil pèse 4500 kg. Le tambour du treuil peut recevoir 500 m. de câble de traction en acier de 16 à 20 mm. Ln embobineur automatique guide lé câble à mesure qu’il s’enroule sur le tambour du treuil. La charrue pour le défrichement est à versoir creux, en acier renforcé, et pèse 470 kg; malgré ce poids relativement fait>le, elle supporte bien les nombreux à-coups à la rencontre des souches et des longues racines d’ajonc. Cette charrue laboure 900 m2 à l’heure, à une vitesse moyenne de 1 m. 15 environ par seconde. On compte à peu près une minute à l’extrémité de chaque raie, polir les manoeuvres. Dans les conditions les plus favorables, on défriche un hectare de lande par journée de 8 heures. La dépense d’énergie est, en moyenne, de 55 ampères, sous 450 volts.
- Cet exemple d’application de l'énergie électrique au travail du sol montre quel précieux concours cette puissance motrice peut apporter à l’agriculture, en France, dans les situations nombreuses où il est possible d’établir une chute d’eau fournissant une force de 10 à 15 HP. Toutes les branches d’exploitation du sol sont appelées à bénéficier de ce
- progrès. Les moteurs électriques permettant d’élever l’eau à bon marché, la culture maraîchère, elle aussi, pourrait être pratiquée avec profit là où les arrosages copieux ne sont pas possibles actuellement.
- VIII. Conclusion. — En tout état de cause, il est permis de penser que l’énergie électrique est utilisable en agriculture, soit directement, dans les grandes exploitations, soit indirectement, par le canal de stations centrales rayonnant sur des groupes d’exploitations. Mais il sera toujours préférable d’avoir un cercle d’action restreint, afin d!évi-ter les frais considérables, les installations onéreuses de lignes et de transformateurs qui nécessiteraient une organisation industrielle compliquée. Bien utilisée, l’énergie électrique pourra contribuer à enrayer l’exode du campagnard vers les villes, en favorisant le développement des petites industries qui fournissent un salaire d’appoint aux populations rurales. Enfin, par le groupement coopératif, les agriculteurs pourront réaliser ce critérium : production de l’énergie électrique au plus bas prix, et en se rendant mutuellement service, ils parviendront à donner à la question de la main-d’œuvre la solution de laquelle dépend, essentiellement, l’avenir de l’agriculture nationale. Henri Blin.
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- Au moment de la mobilisation, le brancard réglementaire était le brancard à compas système Franck, modèle 1892 (tig. 1), dont la description est presque inutile, car tout le monde a pu le voir dans une quelconque formation sanitaire. En effet c’est encore aujourd’hui le type le plus communément employé. Il se compose de deux hampes en bois, de 2 m. 25 de long environ entre lesquelles est tendue une toile de 0 m. 60 de large, renforcée en son milieu par une sangle.
- L’écartement des deux hampes est maintenu au moyen de deux traverses en fer, articulées et pliantes. A la tête et aux pieds, quatre pieds pliants permettent de le poser sur le sol sans que la toile touche terre. La toile, légèrement relevée du côté de la tête, forme une poche qu’on bourre de paille pour servir dé traversin. Ce brancard peut être porté par 4 hommes, un à chaque extrémité des hampes, ou par deux, au moyen de bretelles passées autour du cou et terminées par des anses où l’on engage les deux hampes.
- Le transport des blessés par ce procédé est lent et fatigant. Dès que la route présente des obstacles, il faut, pour le transport, plus de deux brancardiers.
- Le Service de Santé avait également prévu, avant la guerre, l’usage de la brouette porte-brancard qui permet un transport plus rapide, moins pénible, avec au .plus deux, et même au besoin un seul brancardier. La brouette porte-brancard réglementaire, modèle 1898 (fig. 2) est composée de deux roues reliées par un essieu coudé vers le haut supportant deux hras de limonière. A ces hras, sont fixés quatre crochets auxquels on.suspend les hampes du brancard. La brouette comprend, en outre, un filet porte-effets, un porte-lanterne, deux grillages pendant le long des roues, une bricole, etc. L’ensemble pèse 58 kilogrammes environ.
- Là, comme en toute chose, la réalité a obligé à modifier les conceptions d’avant la guerre. Tout d’abord, le brancard porté à bras ne permet qu’une évacuation très lente vers le poste de secours, et en
- Fig. i. —- Le brancard a compas système Franck.
- Fig. 2. — Brouette porte-brancard réglementaire.
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- certains moments, l’affluence des blessés est telle que les brancardiers — forcément en petit nombre par rapport aux combattants — n’y peuvent suffire. Imaginez une des grandes attaques d’Artois, de Champagne ou d’ailleurs, considérez qu’il y a parfois 500 mètres et même plus de la ligne de feu au poste de secours, supposez les brancardiers faisant leur service de nuit et calculez combien de blessés ils pourront transporter! On s’est plaint justement au début de cette guerre de la lenteur de l’évacuation des blessés.
- Actuellement elle a disparu, grâce en partie aux services automobiles. Mais les camions ne peuvent venir sur la ligne de feu; ils ne s’en approchent, dans les cas les plus favorables, qu’à quelque 500 mètres ; souvent le terrain, non défilé aux vues de l’ennemi, les force de s’arrêter à 1500 mètres et plus. Ces transports automobiles, d’un débit considérable, doivent être alimentés en blessés. Il faut donc que le transport du front au poste de secours ou aux voitures soit rapide.
- D’autre part, le brancard était prévu pour la guerre en rase campagne et non pour celle de position, de siège, que nous subissons.
- Or, celle-ci nous a imposé les tranchées et les boyaux, avec leurs sinuosités compliquées encore par la multitude des pare-éclats. Pour diminuer le nombre des blessés, il faut que chaque homme soit au fond de son trou, entouré de tous côtés de murs de terre épais qui arrêtent les éclats d’obus, il faut que tous les chemins soient en zigzag et ne puissent être pris d’enfilade par le tir des mitrailleuses.
- L’organisation actuelle du front est parfaite à ce point de vue, mais cela ne facilite pas les déplacements — 2 kilomètres à l’heure en moyenne en ce moment — et surtout ne permet pas, en beaucoup d’endroits, l’emploi du brancard pour l’évacuation des blessés. Il a donc fallu faire souvent preuve d’initiative, et l’ingéniosité des médecins des régiments et des groupes de brancardiers a créé un grand nombre de moyens d’assurer le transport le plus confortable et le plus rapide des blessés à travers le dédale des premières lignes.
- On a proposé d’arrondir et de modifier les angles des tournants. La figure 3 montre un projet de ce genre publié dans les Archives de Médecine et de Pharmacie militaires.
- D’autres ont préféré réduire les dimensions du brancard en le transformant..
- Ainsi tout récemment, le médecin principal Barthélemy a décrit un brancard articulé qui ne mesure que 1 m. 60 de long sur 40 centimètres de large, et dont la figure 4 donne une idée suffisante. L’appareil peut être porté, plié, par un seul brancardier ; il permet de placer le blessé en position fléchie dans les cas de blessure du crâne, du thorax ou de l’abdomen, ou les jambes étendues, ce qui a son avantage dans les cas de fractures du membre inférieur.
- D’autres modèles, plus ou moins ingénieux ressemblent à celui-ci en ce sens qu’ils sont d’une longueur moindre que le brancard réglementaire et supportent le blessé assis ou fléchi.
- Fig. 3. — Brancard pliant Barthélemy
- Fig. 4. — Transport d’un blessé dans un brancard gouttière.
- Fig. 5. — Descente d’un brancard gouttière Matignon dans la tranchée.
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- Le médecin-major Miorcec a employé un brancard hamac qui se comprend aisément, d’après la description parue dans la Presse Médicale :
- Deux hampes en bois de frêne, de 0 m. 90 sur 0 m. Or*2, reliées entre elles à la parlie antérieure par une traverse de 0 m. 49 sur 0 m. 032, en hois demême essence;
- Un filet encorde de chanvre, à mailles de 0m. 03 fixé en avant à la traverse, sur les côtes aux deux hampes et recouvrant en arrière la poitrine du brancardier n° 2. Une corde pour maintenir en place filet, hampes et traverse. Sur ce hamac, le blessé se trouve placé dans la position dite de Murphy, c’est-à-dire le tronc à demi soulevé, les jambes et les cuisses formant entre elles un angle à ouverture inférieure.
- Un N majuscule, un peu allongé, donne une représentation assez exacte de cette position que l’on considère généralement comme la plus favorable dans les cas de lésions du thorax ou de l’abdomen.
- De ce hamac à la filanzane, il n’y a qu’un pas. Le médecin-major Escande de Messières a imaginé un brancard filanzane qui peut rendre de grands services. D’ailleurs le portage des blessés suspendus à un ou deux bâtons est assez souvent employé, ne serait-ce que comme moyen de fortune quand les brancards sont en nombre insuffisant. Le blessé est
- alors enveloppé dans une couverture ou une toile de tente.
- Le hamac, comme les couvertures n’assurant pas une immobilisation absolue du blessé, capitale en cas de fracture, le médecin-major Matignon a créé un brancard-gouttière immobilisateur qui facilite grandement le transport des grands blessés. C’est, d’après la description parue dans la Presse Médicale, une modification de l’appareil japonais Totsuka. Le blessé se trouve saucissonné dans une toile que supportent cinq grandes lattes et sur laquelle sont fixées quatre attelles plus courtes passant sous les bras et devant le corps ; tout le corps est immobilisé pieds compris, par des sangles et des cordes, et le blessé empaqueté ressemble assez à une momie qu’on porte sur le dos comme un sac dans les endroits difficiles ou suspendu à un ou mieux à deux bâtons (fig. 4 et 5).
- En d’autres points du front, et surtout dans les lignes d’arrière, on s’est surtout préoccupé de la rapidité du transport et du rendement des brancardiers. La brouette porte-brancard réglementaire s’y est vue détrônée par d’autres appareils roulants plus légers.
- C’est ainsique le médecin-majorDuvau a imaginé un appareil porte-brancard pliant qui ne pèse que 20 kg ; il est composé de deux roues de bicyclette à
- Fig. 6. — Un porte-brancard règlementaire.
- PiR- 7-— Modification des angles des boyaux pour le passage des brancards.
- Fig. 8. — L’appareil porte-brancard ' Fig. ç. — Appareil porte-brancard
- de Duvau chargé. • de Duvau démonté.
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- roulement à billes et de deux montants à cornière, les deux moitiés symétriques étant reliées par un essieu articulé ; on y peut fixer le sac et le fusil, Un seul brancardier le traîne dans les chemins tracés ; les cahots sont grandement amortis, la vitesse du transport est au gmen tée.
- Dans l’armée belge, le médecin-major Duthoit a introduit un train de roues porte-brancard qui utilise aussi les roues de bicyclette. Le brancard est fixé directement sur l’essieu et se trouve ainsi placé plus bas que dans le système Duvau. De plus il y repose non plus en son milieu, mais par une de ses extrémités, si bien que l’appareil traîné par un infirmier ressemble assez à une brouette à deux roues (fig/9).
- Le médecin-major Molinié a également créé une brouette porte-brancard qui — malgré son nom — diffère de la brouette réglementaire par son faible poids : 18 kg environ, et sa simplicité. Elle
- ne se compose que de deux! roues légères, caoutchoutées ou non, un essieu qui les relie et deux sup. ports courbes faisant effet de ressorts sur lesquels on
- fixe le brancard.
- Tels sont quelques-uns des brancards imaginés pendant cette campagne pour suppléer aux inconvénients de l’emploi des modèles réglementaires. J’en ignore certainement beaucoup d’autres, mais ces quelques appareils suffisent à donner une idée du souci et des efforts constants des médecins du front pour améliorer leur service en assurant aux blessés un transport rapide et sans heurts, en faisant donner aux brancardiers leur maximum de rendement.
- Le moment n’est pas encore venu de choisir, parmi toutes ces nouveautés, celles qui conviennent le mieux et méritent de devenir réglementaires. Ce sera besogne d’après guerre. Pour le moment, il suffit que toutes soient utiles et adoucissent le sort de nos blessés.
- Brancard, articulé Molinié.
- Fig. 11.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séances du 24 au 31 janvier 1916.
- Sur le tétanos tardif. — A un moment où l’éloignement de l’époque de la blessure ou bien la pratique d’une seule injection préventive a supprimé toute crainte et donné une sécurité trompeuse, une vingtaine de jours au moins après la blôssure, on voit se déclarer le tétanos sans qu’on puisse en incriminer une contagion au cours du traitement.
- La conclusion qui s’impose est de répéter les injections de sérum tous les 8 jours pendant un mois comme le conseille M. Bazy suivant le précepte de Roux, Yaillard et Vincent.
- La flore des plaies de guerre. — Pour MM. Policard, Desplas et Phélip.si les germes jouent dans l’évolution des plaies un rôle certain, ce rôle est loin d’êtré le plus important. L’élément essentiel qui commande la destinée d’une plaie est la présence au niveau de la blessure de débris mortifiés en . voie de protéolyse. Ces débris donnent naissance à des corps multiples qui constituent des milieux de culture excellents pour les germes et sont par eux-mêmes dés toxines puissantes. Il est plus important pour le chirurgien d’avoir des renseignements sur les caractéristiques chimiques d’une blessure que sur ses caractéristiques bactériologiques, disent les auteurs qui préconisent surtout l’examen biologique de l’exsudât des plaies.
- Le manganèse dans quelques sources du massi, alpin. — D’après les recherches de MM. Jadin et Astruc, le manganèse existe en quantités décelables dans certaines eaux minérales de la région des Alpes. Le maximum se rencontre dans les sources de Saint-Gervais (0 milligr. 4 par litre) tandis que les sources d’Aix-les-Bains et d’Evian en contiennent beaucoup moins (0 milligr. 001 par litre). Les auteurs ont étudié la teneur en manganèse des sources profondes dans le Massif Central, les Vosges et les Alpes. Comme on pouvait aisément le prévoir, on constate l’influence directe de deux phénomènes : la présence^ de l’acide carbonique libre et des bicarbonates dans Tes massifs volcaniques, l’existence de gisements salins au voisinage,. et enfin la corrélation avec la présence du fer.
- La présence d’un enduit antimouillant à la surface du sable. — Si l’on répand des grains de sable, très fins sur üne surface d’eau, la plupart des grains flottent. Si, au contraire, le sable a été desséché, tous les grains sont immédiatement submergés. M. Devaux a étudié ce phénomène et il a mis en évidence l’existence à peu près générale d’un enduit, antimouillant sur les particules de la plupart des sols. La présence de cet enduit a nécessairement un retentissement sur toutes les propriétés capillaires de ce substratum de la végétation.
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- L’EFFICACITÉ DU CASQUE D’INFANTERIE
- Le casque des tranchées, qui fit son apparition à la fin de l’été dernier, a rendu des services si manifestes que nos alliés occidentaux se sont empressés de l’adopter. Il vient d’être introduit dans l’armée belge, et plusieurs régiments britanniques en sont déjà pourvus. Il figurera, nous assure-t-on, dans le réarmement de la vaillante armée serbe.
- Nous rappellerons sommairement qu’il est constitué par une tôle d’acier embouti, épaisse de 7 mm. D’après les observations recueillies par les médecins militaires depuis son adoption, la balle de plein fouet, tirée à 1800 m. de distance, ne peut pas perforer le casque, alors qu’elle peut percer de part en part le crâne qui n’a d’autre protection qu’un képi. Les balles tangentielles, même tirées à quelques centaines de mètres, dévient sur les parois fuyantes.
- Quand elles les entament, elles n’infligent au crâne que des blessures superficielles.
- Pour qu’une balle de revolver puisse perforer cette tôle d’acier, ilfaut qu’elle soit tirée de plein fouet, et presque à bout portant. Mais elle résiste admirablement, et sans exception, aux balles de shrapnells allemands, qui furent si meurtrières pour nos troupes pendant les douze premiers mois de campagne.
- Dans bien des cas, le casque assure une protection efficace même contre les éclats d’obus ou de torpilles aériennes. Quant aux éclats de pierres, projetés par l-ùxplosion d’un projectile, et qui étaient jadis la éâ|&é’>de nombreuses blessures, parfois dangereuses, ils sôiit'arrêtés net pas le casque.
- Le Docteur G..., qui dirige depuis les débuts de la guerre une ambulance de première ligne, dans un secteur où les combats son fréquents, et à qui nous devons les photographies reproduites ici, a joint à son envoi quelques notes rapides que nous citerons textuellement :
- « Les casques sont d’une utilité incontestable,
- et, grâce à eux, sur 100 blessés atteints à la tète, on ne fait plus que 20 trépanations, d’où une diminution de ces opérations toujours dangereuses dans la proportion de 80 pour 1U0.
- « De plus, beaucoup de soldats, qui auraient été tués sur le coup, ont, grâce à leur casque, évité la mort. Et c’est bien à cette proteclion que les deux soldats que montrent les pho tographies n° I et n" 2 sont redevables de la vie, car, sans leur casque, ils auraient succombé immédiatement.
- « Lorsque le casque est traversé, la plaie, en général, est bénigne. Tous ces blessés photographiés auraient dû être trépanés', mais, grâce à leur casque, ils n’ont eu besoin que du pansement individuel. C’est donc là un superbe résultat. En résumé, on constate une diminution de la gravité dans 80 pour 100 des cas de blessures à la tête par balles, éclats d’obus ou de torpilles, éclats de pierres, etc. Malgré la guerre à courte distance et l’emploi de nouvelles balles perforantes excessivement puissantes, le casque constitue pour nos soldats une protection très efficace. Il convient donc de louer sans réserve le haut commandement, qui a doté nos soldats d'une arme défensive aussi utile.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahure, rue de Fleuras, 9, à Paris.
- Quelques blessures du crâne qui, grâce au casque, n’ont pas été mortelles.
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- LA NATURE. — N° 2216.
- 18 MARS 1916.
- LE SUCRE DE CANNE ET LA GUERRE
- L’approvisionnement en sucre soulève des questions à la fois matérielles et économiques des plus difficiles à résoudre.
- Si, en temps de paix, les transactions commerciales sur cette denrée donnent lieu aux litiges les plus épineux, on devine ce que les opérations et fournitures sucrières doivent' faire surgir de problèmes aux heures actuelles.
- C’est pourquoi un décret du 3 mars 1916 ( Journal Officiel du 8 mars) vient de réglementer la vente des sucres à la Bourse du il?.
- Commerce.
- A l’occasion de cette mesure, que nous n’avons pas à interpréter, nous allons étudier le sucre de canne qui provient aujourd’hui des pays tropicaux, principalement de Cuba, des Indes et de Java et sur la pro-duction duquel la guerre européenne exerce peu d’action, comme en témoigne le tableau ci-dessous.
- Fig. i. — Récolte de la canne à sucre.
- La canne à sucre (Saccharum officinarum) est une belle graminée vivace, de la tribu des Phala-ridées, qui atteint de 2 à 4 m. de hauteur; son écorce, dure et lisse, présente 40 à 50 nœuds assez rapprochés, d’où parlent de longues feuilles striées d’un vert glauque, traversées en leur milieu par de grosses nervures blanches.
- Entre les nœuds, les tiges contiennent une moelle sucrée et se terminent à leur sommet par une large pannicule soyeuse, argentée, longue de
- 60 à 80 cm environ et dont de petites fleurs blanchâtres couvrent les multiples ramifications.
- Connue dès la plus haute antiquité, elle semble originaire de la Cocbinchine où on la rencontre à l’état sauvage. Pendant très longtemps, sa culture resta circonscrite dans cette colonie ainsi qu’au Bengale.
- D’autre part, les ha-
- Production mondiale du sucre de canne.
- D’après les estimations des spécialistes Mit. Willett et Gray, de New-York, au 18 mars 1915.
- TONNES TONNES
- 1914-15 1913-14 1912-13 1914 15 1913-14 1912-13
- Louisiane 165.000 261.537 137-119 Indes Anglaises (réc.) . . 2.400 000 2.262.600 2.585.600
- Texas 7.000 > 8% 056 Java (réc.) 1.289 200 1.345.250 1.331.180
- Porto-Rico (réc.) Iles llavaï. . 325.000 565.000 523.000 550.000 350.323 488.2! 3 Formose (réc.) Iles Philippines (export.) . i80 OOO 243.000 190.000 225.000 113.100 155 201
- Cuba (réc.) 2.600.000 2.597 732 2 428.537 Total de l’Asie 4.112.200 4.022.850 4.183.081
- Trinidad (export.) . . . . 45.000 47.251 31.665 Queensland 220.000 235.000 113.060
- Barbades (export.). . . . 30.000 35.000 11.479 Nouvelle-Galles du Sud . 20.100 20.000 16.723
- Jamaïque (export.). . . . 15.000 15.000 8.728 Iles Fidji (export .). . . . 102.000 109.000 60.000
- Petites Antilles 24 000 24.000 24.000 Total de l’Australie . . 542.000 355.OüO 189.785
- Martinique, (export.) . . . Guadeloupe ....... 40.000 40.000 38.750 39.920 40 000 52.000 Égypte (réc.) Maurice (réc.) 60.000 275.0 0 67.000 241.990 75.420 • 2u6.497
- Sainte-Croix (réc.) . . . . 5.500 5.SOO 6 699 Réunion (export.) .... 40.00J 37.000 58.568
- Haïti. Saint-Domingue. . . 105.000 103.778 84.661 Natal (réc.). 90.000 85.714 82.589
- Mexique (réc.) 110.000 150.000 148 672 Mozambique (réc.). . . . 40.100 54.000 30.0U0
- Amérique centrale. . . . 22.000 22.000 22.000 Total de l’Afiiique . . . 505.000 465.704 433.074
- Ilemerara (export ). . . . 100.000 101.725 83.922 10.000 10 000 13 817
- Surinam (réc.) 12.000 13.201 9.584 Europe (Espagne) ....
- Venezuela. Pérou (export.) 5.000 145.000 5.000 143 000 3.000 142.902 Total, sucre, canne . . . Europe États-Unis, betteraves . . 9.824.200 7.243 009 9.773.348 8.185.165 9 232.543 8.541 065
- République Argent, (réc.). 200.000 249.222 147.218 630.000 655.208 624.064
- Brésil (réc.) 200.000 203.594 204.000 Canada 12.000 10.007 11.144
- Total de l’Amériqce. . . 4.S55.0U0 4.919.814 4.412.788 Total général 17.709.200 18 623.818 18.208.814
- 44“ Année. — 1" Semestre.
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- 178 LE SUCRE DE CANNE ET LA GUERRE
- Imitants de l’Inde connaissent le sucre depuis une époque fort reculée et les Chinois en usaient déjà, il y a plus de 5000 ans.
- Puis, aux dires des historiens grecs, ce « miel solide ne provenant pas d’abeilles » dont Alexandre le Grand (556-523 av. J.-C.) se régala au cours de ses conquêtes, pénétra en Syrie, en Arabie et en Égypte avec le végétal qui le produisait.
- Toutefois durant des siècles, on ne se servit de sucre en Occident que comme médicament, et ce fut'seulement au temps des Croisades que son emploi se généralisa en Europe. Les Yénitiens gardèrent longtemps le monopole de son commerce. Quant à la dispersion graduelle de la canne à sucre, elle se fit très lentement. Vers l’an 1150 sa culture s’introduisit à Chypre. Un peu plus tard, elle s’implanta en Sicile et en Italie, mais la rigueur de certains hivers empêcha sa réussite en Provence. Par contre,
- Henri, régent de Portugal, fit planter la canne à sucre dans l’île de Madère(1042) et devant le succès de cette expérience, elle passa vers 1500 aux Canaries et dans l’île de Saint-Thomas. Peu après la dé-couvérte de l’Amérique par Christophe Colomh, Pierre d’Arança porta, en 1506, la canne à sucre à Hispaniola (aujourd’hui Saint-Domingue) et elle s’y multiplia si rapidement que, 12 ans plus tard, on comptait 28 sucreries dans l’île. Dès 1589, on pratiquait déjà le raffinage en Angleterre.
- Bientôt d’ailleurs, la canne à sucre ne tarda pas à se répandre dans le reste de l’Amérique. Actuellement, on la cultive seulement dans la zone torride entre ïe 30° de latitude nord et le 22° de latitude sud, climat où elle réussit parfaitement ainsi que le montre le relevé dé la production mondiale transcrit plus haut. Seule en Europe, l’Espagne se livré à la culture de la canne à sucre (4000 hectares dans la province de Malaga) ; on y compte 15 usines d’où sortent annuellement 12 000 à 15 000 tonnes de sucre de canne. Mais cette production tend à diminuer depuis que les emblavements de betteraves augmentent chez nos voisins transpyrénéens.
- Dans tous ces pays, on coupe les tiges au ras du sol, chaque année, et on laisse les souches pousser de nouveaux rejetons jusqu’à ce qu’on constate une diminution du rendement, diminution qui se pro-
- duit au bout d’une dizaine d’années. Toutefois à côté de ces procédés primitifs applicables seulement sur les terres vierges, on emploie maintenant des me'thodes plus scientifiques principalement à Java et à Cuba. On replante d’ordinaire la canne à sucre chaque année, sur des emplacements différents. Voici, par exemple, comment on procède dans les grandes plantations javanaises. Après labour et mise d’engrais appropriés, on creuse, dans le sol, des sillons distants de 1 m. à 1 m. 25 les uns des autres, larges de 35 cm et profonds de 45 cm, on y dépose les plants (têtes de canne) espacés de 60 cm environ, puis on les recouvre d’un peu de terre dont on a soin d’entretenir la fraîcheur. Bientôt les racines se développent tandis que point la première tige. Quand celle-ci atteint 30 cm on voit apparaître 4 à 5 jets latéraux. Durant la croissance, on sarcle fréquemment, on bine, on butte la terre autour des pieds déchaussés
- et, au bout de 8 mois, les cannes atteignent leur taille normale. On arrache alors les feuilles inférieures à moitié d esséchées afin de mieux assurer la maturité de la plante-Vers la fin du dixième mois, quelques-unes des cannes « flèchent » , autrement dit s’empanachent de fleurs qu’on coupe, sauf le cas où on veut obtenir la graine. Mais voici venir le temps de la récolte. Les têtes des cannes commencent à se flétrir; à ce moment, le suc de la moelle atteint son maximum de pureté et d’abondance.
- Aux Antilles, les cannes provenant de boutures ne mûrissent qu’à 14 ou 15 mois tandis que les rejetons se coupent à 11 ou 12 mois. La maturité se reconnaît à ce que les tiges acquièrent, dans la presque totalité de leur hauteur, une coloration jaunâtre; leur extrémité supérieure reste toutefois encore verte.
- Pour procéder à la récolte, ôn sectionne les tiges au moyen d’une serpe au-dessus du.col de la racine et en biseau, afin de faciliter leur pénétration ultérieure entre les cylindres du moulin broyeur à l’aide duquel s’extrait le jus sucré. D’autres ouvriers séparent les quatre ou cinq derniers nœuds (la tête) d’un coup de serpe, enlèvent les feuilles et partagent ensuite la tige en tronçons de l m. 50 environ. On réunit ces têtes et ces tronçons en bottes qu’on lie, puis qu’on transporte jusqu’à
- Fig. 2. — Transport des cannes à l’usine sur des wagonnets.
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- LE SUCRE DE CANNE ET LA GUERRE .— 179
- l’usine soit sur des chars, soit sur des wagonnets I de pureté et peut, d’après ces données, calculer la traînés par des mulets ou de petites locomotives. | quantité de sucre cristallisable.
- Fig. 3. — Moulins à cylindres pour broyer les tiges de cannes à sucre.
- Fig. 4. — Turbines et appareils de carbonatation.
- À leur arrivée à la sucrerie, une bascule pèse les véhicules, le chimiste fait ensuite un broyage d'essai afin d’établir la densité des jus, leur coefficient
- Jadis, et encore aujourd’hui dans les petites exploitations, on broyait les tiges de canne dans de primitifs moulins et on envoyait les jus, après dépôt
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- LE SUCRE DE CANNE ET LA GUERRE
- dans un réservoir avec le résidu de l’extraction ou « bagasse », dans une série de 5 chaudières chauffées à feu nu et dont l’ensemble portait le nom d’ « équipage ». Dans la « grande » chaudière, — la plus éloignée du foyer, — se déversait le jus froid et s’opérait la défécation; la quatrième s’appelait la « propre ». car, elle recevait le jus déféqué et clair qui de là passait dans le « flambeau » ou troisième récipient, puis s’évaporait dans le second qui portait le nom de « sirop » et finalement parvenait dans la « batterie » ou première chaudière dans laquelle se faisait la cuite.
- Après cuisson, on mettait le sirop à cristalliser
- tion donne seulement le tiers du sucre contenu dans la canne, à Cuba, dans les colonies françaises et anglaises, en Louisiane, aux îles Hawaii, à Java et au Brésil, on tend de plus en plus à s’adresser maintenant à des méthodes rationnelles, et le matériel d’une sucrerie de canne moderne se rapproche beaucoup de celui d’une fabrique de sucre de betterave. Toutefois la composition des jus sucrés, n’étant pas la même dans les deux cas, nécessite certaines pratiques différentes.
- D’abord on a perfectionné les anciens broyeurs. Les cannes, amenées sur un tablier sans fin, parviennent à un premier moulin à 5 cylindres relié
- Fig. 5. — Chaudières à cuire les jus sucrés.
- dans des bacs en tôle et, au bout de 24 à 56 heures, on versait la masse grainée dans des tonneaux en bois dit « boucauts » qu’on plaçait debout après en avoir enlevé le couvercle. Le fond inférieur de ces « boucauts » était percé de trous imparfaitement bouchés avec des tiges de cannes et par où s’écoulait la mélasse. Une fois le sucre suffisamment égoutté, on enlevait les cannes, on aveuglait les trous avec des bondes, on remettait le couvercle en place et on expédiait les boucauts pleins en Europe tandis qu’on distillait les mélasses pour les transformer en rhum. A Java, on pulvérisait les blocs sucrés et, après les avoir laissés sécher au soleil, on les emballait pour l’exportation dans des « canastres » ou paniers en bambous d’une contenance de 100 kg.
- Cependant, comme ce procédé primitif de fabrica-
- I par un plan incliné à une seconde machine identique.
- Dans ce parcours d’environ 50 m., on injecte, sur les tiges, trois jets d’eau chaude empruntés aux eaux de retour du moteur. Mais comme ces appareils laissaient encore dans la bagasse (résidu de la pression) 10 pour 100 du jus primitif contenu dans la canne, on applique souvent la diffusion, à l’imitation de ce qui se passe dans la fabrication du sucre de betterave. On traite les jus sortant des diffuseurs comme nous l’avons vu pour la betterave. (Voir La Nature n° 2170, 1èr mai 1915.) En d’autres termes, on les soumet à la carbonatation trouble ou à la double carbonatation, aux filtres-presses pour séparer les écumes, à l’appareil à triple effet pour l’évaporation, à une filtration mécanique et à la cuite en grains dans l’appareil
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- LES LOIS DE L'ÉCLATEMENT ET DE LA FRAGILITÉ = 181
- à cuire dans le vide Remarquons toutefois que le jus de canne renferme naturellement du glucose qui n’existe pas dans celui de la betterave. Comme on le sait, la chaux agit sur le glucose pour le transformer en un glucate de chaux très soluble et très coloré en noir. Cette action se produit à toutes températures, mais elle s’effectue instantanément et de façon complète à l’ébullition, quand la teneur en chaux est suffisante. Dans la carbonatation trouble des jus de canne, on ne doit donc employer que juste la quantité de chaux nécessaire pour obtenir un jus parfaitement limpide et opérer à froid de préférence.
- Quant aux mélasses, elles constituent un produit accessoire très important des fabriques de sucres de canne, car par fermentation et distillation, on la transforme presque entièrement en alcool, qui sous le nom de rhum jouit d’une renommée mondiale.
- Maintenant on peut se demander si les hostilités ont influé sur la consommation du sucre. À en juger par les statistiques relatives à l’Angleterre et à l’Autriche-Hongrie, — les seules que nous possédions — il n’existe aucun écart notable sous ce rapport entre le temps de paix et le temps de guerre.
- Voici le tableau relatif aux neuf premiers mois
- des trois dernières campagnes, tableau que nous empruntons à la Circulaire hebdomadaire du Syndicat des Fabricants de sucre de France, n° 1574 (4 juillet 1915).
- Consommation apparente de l’Angleterre.
- TONNES
- 1914-15 1913-14 1912-13
- Septembre............. 99.233 133.795 123.724
- Octobre .............. 137.298 123.986 141.029
- .Novembre............. 167 704 152 592 162.2! 6
- Décembre.............. 112.062 158.832 148.554
- Janvier............... 131.964 155.591 148.413
- Février............... 131.636' 111.595 110.332
- Mars.................. 175 916 130.138 111.249
- Avril................. 161.985 107.599 150.847
- Mai .................. 122.826 196.091 168.585
- Total . . . . 1.240.624 1.270.219 1.255.029
- Pour l’Autriche-Hongrie, les moyennes des neuf mois correspondants sont respectivement de 65 9.71 t. ; 56 814 t. ; 56 547 t. ; elles accuseraient donc une augmentation mensuelle de 9000 t. environ pour la période des hostilités. En tout cas, que nos compatriotes se rassurent. Il existe, en Asie et en Amérique, des stocks de sucre de canne assez importants pour remplacer les tonnes de betteraves qui nous manqueront à la prochaine récolte.
- Jacques Boyer.
- LES LOIS DE L’ÉCLATEMENT ET DE LA FRAGILITÉ
- En tout temps, mais particulièrement dans l’état de guerre, il est peu d’accidents plus courants, plus banals et plus connus en apparence que l’éclatement et la fragilité. Chaque jour, depuis deux ans, tout se brise autour de nous : coupoles de forts, cuirasses de navires, voûtes de ponts, murs de maisons, canons, obus, roues de voitures, hélices d’avions, fils barbelés, sans parler des meubles, des assiettes et des bouteilles. On le constate ; on le provoque ou on l’évite de son mieux suivant les cas; mais on n’en cherche guère l’explication profonde et la loi.
- C’est un de ces très nombreux phénomènes journaliers, souvent les plus essentiels, mais aussi les plus obscurs et, dès lors, les plus féconds peut-être en révélations mystérieuses, que la science théorique néglige un peu pour les abandonner avec quelque dédain aux praticiens. Ceux-ci, à leur tour, pressés d’agir, en font la pathologie sommaire, la thérapeutique approximative, mais n’en abordent guère l’intimité physiologique et, par conséquent, ne les comprennent pas. Posons des questions bien simples. Pourquoi la cassure d’un bloc homogène est-elle souvent plane, souvent conchoïdale? Pourquoi un trait de diamant permet-il de trancher tout droit une plaque de verre? Pourquoi, après avoir frappé vingt coups sur un bloc de pierre sans obtenir aucun effet visible, un nouveau coup le brise-t-il? Pourquoi, en versant de l’eau trop chaude
- dans un verre, le casse-t-on, tandis que le même verre, trempé dans la même eau, reste intact? Pourquoi réalise-t-on du verre incassable et pourquoi les larmes bataviques se dispersent-elles en miettes? Pourquoi certains corps réagissent-ils très lentement contre les déformations élastiques, manifestent-ils une paresse qu’on appelle une hystérésis (comme cet état antérieur qui influe sur le magnétisme), tandis que, chez d’autres, l’hysté-résis est presque nulle? Pourquoi surtout se produit-il, à l’état de repos, des ruptures spontanées, parfois désastreuses, longtemps après que toute cause extérieure a cessé d’agir : acier rompu soudain sans dépense d’énergie appréciable, terre cuite se fissurant plusieurs mois après sa cuisson, etc., etc.? On a vite fait de répondre par des mots vagues, destruction de l’équilibre, création de tensions moléculaires, rupture des cohésions, qui ressemblent quelque peu à la Virtus dormitiva de l’opium.
- Les mémoires sur l’élasticité, riches en calculs mathématiques, ne manquent pas : mais qui pourrait y trouver l’enseignement vraiment concret dont il éprouve le besoin pratique? Il vaut mieux recourir à l’expérimentation, comme l’ont fait MM. Osmond, Frémont, Mesnager, etc. Un chercheur très expert, M. de Fréminville, vient de faire un pas important dans cette voie. Appelé par ses fonctions de directeur dans une importante
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- 182== LES LOIS DE L’ÉCLATEMENT ET DE LA FRAGILITÉ
- fabrique d’automobiles à envisager journellement ce problème de la fragilité, il l’a abordé, depuis plusieurs années, méthodiquement et expérimentalement. Il est arrivé ainsi à pouvoir formuler un certain nombre de conclusions importantes qui forment tout au moins un très utile point de départ dans une voie où il reste encore singulièrement à trouver. Je voudrais donner ici à nos lecteurs une idée sommaire de son travail (*), en évitant des détails très intéressants mais trop spéciaux. Ajouterai-je que, si nos arsenaux, nos fabriques d’armements et nos ateliers de constructions ont un intérêt majeur à étudier ces lois, ne fût-ce que pour éviter l’éclatement de nos canons et pour favoriser celui de nos obus, le géologue peut également y trouver à glaner des enseignements sur le mécanisme de certains mouvements terrestres? t Qü’est-ce d’abord que /’éclatement?
- Un mode de rupture soudain et brutal, donnant naissance à des sectionnements multiples et, quand il atteint son développement complet, faisant voler en éclats les corps dans lesquels il se produit. M. de Frémin-ville, examinant les objets ainsi éclatés, commence par remarquer que leurs sectionnements partent tous d’un foyer d'éclatement (tout à fait distinct du point d'impact ou de contact avec le corps frappant dans le cas du choc) et que l’orientation de ces sectionnements (fait qui peut sembler paradoxal) est sans lien direct avec l’action des forces extérieures comme avec la répartition des tensions précédant la rupture. Un choc étant donné sur une plaque de verre ou sur un bloc de bitume, le foyer d’éclatement se trouve près de la paroi opposée à celle qui a été heurtée (tig. 1 et 5) et, ce qui est fort curieux, les cassures tendent néanmoins à revenir par des chemins sinueux vers le point de choc (voir fig. 3 et 4).
- L’éclatement, par la rapidité avec laquelle il s’opère, nous donne l’impression trompeuse d’un fait instantané.
- Mais l’examen des sectionnements le montre
- 1. Le mémoire complet a paru dans la Revue de métallurgie de septembre 1914.
- progressif; car on les voit se recouper les uns les autres dans un ordre que l’on arrive à reconstituer : chaque surface de sectionnement paraissant à son tour émettre en certains points (à l’intérieur de la masse, non à la surface) de nouvelles surfaces de sectionnement plus ou moins importantes, dont la répartition, variable suivant les cas et très caractéristique, va être étudiée tout à l’heure.
- Dans l’ensemble, on peut A énoncer les deux lois suivantes :
- 1° Toutes les cassures ont pour origine un éclatement prenant naissance au sein de la masse et ne se développent que par une succession d’éclatements. Dans la cassure soudaine, l’éclatement est généralisé; dans la rupture progressive, l’éclatement est localisé.
- 2° Le premier éclatement, origine de toute rupture, se produit dans une région où la tension dominante est positive (1), mais pas forcément au point où cette tension atteint la plus grande valeur. Toutes choses égales d’ailleurs, la tension normale à cette tension principale est déterminante du danger de rupture.
- Comme conclusion immédiate montrant l’application pratique de la théorie, on peut en déduire que, si l’on veut éviter l’éclatement, il faut réaliser, par une opération antérieure, des tensions initiales négatives (compressions) favorables à la résistance : d’où le frettage des canons et des essieux de locomotives; si l’on désire provoquer l’éclatement aussi complet que possible dans un obus, il faut mettre l’acier de cet obus dans des conditions où les tensions positives se trouvent, au contraire, toutes préparées. Mais, avant de développer et de préciser cet énoncé sommaire, nous allons le rendre plus clair en montrant quelques-unes des expériences sur lesquelles il se fonde.
- On peut étudier l’éclatement sur les corps les plus divers et, dans toutes les usines métallurgiques ou les ateliers de construction, on a constamment l’occasion de l’envisager dans les essais effectués très diversement sur les métaux. M. de
- 1. Les tensions positives susceptibles de produire un allongement sont le contraire des compressions qui sont des tensions négatives et que nous représentons sur nos schémas (fig. 15 à 17) par des lignes ondulées.
- Fig. i. — A, face qui a recule choc; I, point d'impact; B, face opposée à celle qui a reçu le choc; F, foyer d’éclatement.
- Fig. 2. — Sectionnement multiple produit par tin choc dans une dalle de verre de 20 mm.
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- LES LOIS DE L’ECLATEMENT ET DE LA FRAGILITÉ
- Fréminville a opéré, en outre, sur le verre et sur le bitume de Judée. Le verre conserve parfaitement la trace des phénomènes qui se sont succédé pendant les diverses phases et sa transparence permet de les analyser. Le bitume de Judée donne des résultats semblables, particulièrement analogues à ceux qu’on obtient avec l’acier; et, s’il n’est pas transparent, il se prête à la dissection.
- Prenons le cas simple du choc sur une dalle de verre (fig. 1). Le choc se produisant en I, il se réalise, à partir du foyer F d’éclatement, des sections rayonnantes, dont la multiplicité caractérise l’éclatement et le distingue des autres modes de ruptures.
- Les figures 2, 3 et 4 représentent la rupture d’une dalle de verre de 20 mm tenue à la main et cassée par un coup de marteau en I. Un foyer d’éclatement s’est formé en F près de la face B à l’opposé du point d’impact, autour duquel se sont développées : 1° des stries et fissures rayonnantes ; 2° des surfaces dépolies formant des barbes de chaque côté du foyer ; 3° une surface lisse partant du même foyer pour se rapprocher de la surface A, au voisinage de laquelle elle change brusquement de direction et devient parallèle à cette face A suivant a|3 au lieu de rester perpendiculaire suivant xx\ mais, dans la région voisine du point d’impact I, elle se dirige vers ce point et le rejoint.
- Ce sectionnement parallèle à la surface aboutit à donner des cheminements parallèles entre eux
- Fig. — Vue d’une cassure-type dans une dalle de verre de 20 mm.
- ^ | Coupe oe.x
- Fig. 4. — Schéma de la cassure-type représentée par la figure 3.
- que les tailleurs de haches en silex préhistoriques ont largement utilisés pour façonner leurs instruments.
- Sur un bloc de bitume de 55 mm X 55 mm X 30 mm (fig. 5 et 6), un coup détermine égale-
- ment un foyer F, à partir duquel se dessine d’abord suivant ABFL (fig. 5) un sectionnement transversal, aussi net que si la cassure avait été amorcée ; mais, au-dessus de L, il se produit ensuite un retournement à angle droit d’où résultent deux cassures
- Fig. 5. — Rupture par choc d’un bloc de bitume de Judée. Exemple de retournement des sections.
- Fig. 6. — Détail de la figure 5. (.Partie supérieure.)
- cylindriques presque symétriques LMQ, LNP, avec foyer secondaire L ; la cassure principale reprend de L en E ; enfin, au-dessus de L on a encore deux cassures cylindriques également symétriques EDO, ECO que, cette fois, ne sépare plus le sectionnement suivant un plan moyen.
- Si nous examinons maintenant le cheminement des sectionnements dans l’éclatement, nous constatons trois modes de propagation principaux :
- a) Par rayonnement suivant des rayons rectilignes ou à simple courbure (fig. 7).
- |3) Par épanouissement suivant des rayons infléchis ou à double courbure : la surface cessant d’être plane pour s’infléchir en nappe comme ferait un liquide passant par-dessus un déversoir.
- y) Par enveloppement ou étalement, c’est-à-dire normalement aux rivages aequis par le sectionnement au moment où commence cette période.
- Les figures 8 et 9 montrent ces trois phases bien accentuées : la première en schéma, la seconde en grossissement microscopique.
- Quant aux aspects des surfaces, je me borne à en
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- reproduire quelques-uns particulièrement typiques, donnant les détails d’une cassure par choc amorcée par un trait de diamant dans une dalle de verre. La figure 10 montre l’ensemble de la cassure avec foyer d’éclatement F et retour au point d’impact I par une surface mn parallèle à la surface extérieure A.
- Fig. 7. — Cassure par choc d’un bloc de bitume de Judée (légèrement grossi). Exemple de propagation par rayonnement.
- La figure 11 montre quelques-uns des faisceaux de sectionnement intérieurs LP dont l’enchevêtrement confus forme une sorte de dépoli quand ils sont plus nombreux et la figure 12 donne le raccordement des surfaces de sectionnement, avec leur aspect conchoïdal classique partant d’un seul point de la surface.
- Les figures 15 et 14 montrent encore la répartition des sectionnements : la première dans une feuille de verre de 2 mm avec foyer unique ; la !
- seconde dans une ; feuille de 1 mm avec deux foyers. Tous ces sectionnements sont des épanouissements du foyer d’éclatement.
- Sans insister davantage sur ces faits d’observation, hasardons-nous à en chercher la cause. Nous nous étonnons qu’un corps se brise. Nous devrions d’abord nous étonner qu’il reste solide. Par des transitions, l’état gazeux, puis l’état liquide nous amènent à l’état solide, ou les molécules sont reliées les unes aux autres et retenues dans une situation déterminée par des attractions plus fortes
- que, néanmoins, d’innombrables phénomènes réussissent à vaincre avec une facilité dont nous nous étonnons alors, en produisant, ou des déplacements comparables à ceux de pièces articulées, ou des séparations en tronçons distincts. Rappelons seulement le phénomène de la dilatation, si différent dans ses effets suivant les directions d’un cristal, ou, dans un ordre d’idées différent, celui du clivage.
- Citons également les expériences de M. Zschokke qui, en chauffant à 280° un morceau d’acier et le trempant dans l’eau, détermine à sa surface des ondulations dont la reproduction mécanicrue nécessiterait des fore e*s énormes. Plus généralement, d’ailleurs, rappelons-nous toutes les transformations internes qu’on réalise dans la structure d’un acier par la trempe, l’écrouissage, le laminage, l’écoulement des solides. Il est des cas où un solide acquiert la fluidité d’un liquide ; il en est d’autres où son élasticité rappelle celle d’un gaz.
- En élasticité mathématique, on s’attache d’ordinaire aux tensions intérieures. Ces tensions interviennent-elles directement dans les éclatements? nous avons déjà vu que non.
- Au contraire, la façon dont se produisent les éclatements est très influencée par l’hystérésis. On sait qu’une bille de verre peut rebondir à 95 pour 100 de sa hauteur de chute. L’hystérésis y est donc très faible. La bille reprend très rapidement sa forme primitive et les tensions élastiques créées par le choc y disparaissent rapidement. Cette bille de verre a cependant subi par ce choc une orientation moléculaire, d’où peuvent résulter très facilement des sectionnements provoquant l’éclatement.
- Une balle de caoutchouc ne rebondit jamais à une hauteur plus grande que 50 pour 100. L’hystérésis y est considérable ; la déformation élastique
- en creu>
- Fig. 8. — Cassure par choc d’un bloc de bitum.e de Judée avec schéma des parties où l’on rencontre les phases a, p, y bien accentuées.
- Fig. 9. — Rayonnements consécutifs au foyer d’éclatement. Bon exemple des trois phases a, fi, y. ('Grossissement : 8 diamètres.)
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- est longue à disparaître. Il subsiste donc une tension moléculaire importante et cependant la balle de caoutchouc ne se brise pas. Ces deux exemples suffiraient à nous permettre de conclure que l’éclatement ne résulte pas de la tension même, mais tient aux traces laissées par le passage trop rapide de cette tension, par suite de laquelle les liaisons des molécules se sont trouvées mises dans un état instable. Chacun sait qu’line même flexion peut être réalisée progressivement sans rupture, tandis q u’ e ff ec tuée brusquement, elle amène l’éclatement.
- Que se passe-t-il dans le cas simple du choc sur une dalle de verre? Ce choc produit une tension négative ou compression en I (fig. 1), équilibrée à l’intérieur par une tension positive ; mais il n’y
- sous la forme d’un premier déplacement élémentaire donnant le foyer d’éclatement. Alors, par les tensions élastiques libérées au moment de la première rupture, il se transmet, à partir de ce premier foyer, dans le milieu voisin, des tendances au sectionnement qui vont revenir en arrière en profitant des tracés préparés par le passage des premières tensions, mais nullement, comme on aurait pu le croire, en se moulant sur eux. La comparaison avec les liquides suggère l’idéed’unmou-vement ondulatoire et il est possible que, dans la propagation des tensions, il y ait eu, en effet, déplacement d’une onde avec des ventres et des nœuds : les surfaces ventrales déterminant par la suite des zones faibles permanentes. Mais ce qui est
- Fig. ii. — Faisceaux de sectionnements intérieurs dont la réunion forme le dépoli; à l'origine des ruptures ils constituent le point de départ du foyer d'éclatement. ('Grossissement : 6 diamètres.)
- Fig. i2. — Raccordement de surfaces de sectionnement dans le verre présentant une grande analogie avec la cassure fibreuse. Éclat présentant l’aspect conchoïdal classique, partant d’un seul point de la surface. Verre. (Grossissement : 8 diamètres.)
- a pas de raison pour qu’il en résulte directement une rupture, puisque cette pression se transmet aux parties intérieures de la dalle en y comprimant les molécules. C’est seulement lorsque, de proche en proche, comme dans une file de billes se poussant l’une l’autre, la pression arrive près de la surface libre opposée et tend à la dilater sans être équilibrée (tension positive avec pression latérale) qu’elle provoque une rupture par poussée au vide,
- inattendu, c’est que le sectionnement avance en projetant des langues étroites, des lames d’éventail (surfaces a de la figure 9).
- C’est peut-être parce qu’un premier choc a créé des zones faibles permanentes pour un certain temps que deux chocs légers successifs déterminent une rupture, dont un seul choc violent serait incapable. On brise le pied d’un verre en donnant deux petits coups sur deux points opposés de la même
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- base, non en frappant un seul coup beaucoup plus fort. D’où ce résultat imprévu que l’interposi-tion d’une nappe surune table rend plus destructeur le choc d’un verre, ou l’interposition d’un p neumatique celui d’üne automobile contre un mur, même à faible vitesse.
- La nappe, en atténuant le rebondissement, amène, en effet, un second choc du verre trop peu de temps après le premier.
- Le curieux mémoire de M. deFrémin-ville prête à bien des réflexions de tout genre; je me borne à reproduire encore ses principales conclusions pratiques.
- Quand un corps se rompt soudainement ou éclate sous l’influence d’une tension importante, le point de départ des sectionnements se trouve généralement dans le voisinage de la tension positive (‘) la plus importante, mais nettement à l’intérieur et non à la surface.
- La fibre qui est soumise à la plus forte extension n’est donc pas celle qui casse la première.
- La rupture se produit au sein de fibres supportant une extension moindre, mais contrariées dans leurs déformations par le contact des voisines. La résistance à la pression peut être extrêmement grande quand la forme de la pièce est peu favo-\. Yoir la note page 182.
- râble à la pro-duction de tensions dangereuses.
- Dans les exemples cités plus haut de l’action contradictoire produite par del’eau bouillante à fin té-rieur ou à l’extérieur d’un verre, les expériences peuvent s’interpréter de la manière suivante. Quand on verse l’eau à l’intérieur (côté droit de la figure 15), les couches intérieures sont sollicitées à la dilatation. Mais, du côté de l’intérieur du verre, elles ne peuvent s’étendre’par-ce qu’elles s’arcboutent sur elles-mêmes. Du côté de l’extérieur du verre, elles ne le peuvent également pas parce qu’elles rencontrent les couches extérieures encore froides. Elles subissent donc une compression ou tension négative.
- Les couches voisines font équilibre par une tension positive, mais éprouvent en outre une-forte pression latérale par l’effet de la dilatation; d’où rupture. Au contraire, quand on trempe le verre dans l’eau bouillante, la couche en contact avec l’eau, qui est maintenant l’extérieure, tend à se dilater encore, l’intérieur prenant une tension de sens contraire : mais ici il n’y a plus aucune pression latérale; l’effort de la dilatation s’exerce librement vers le dehors, entraînant de proche en proche des couches de verre de plus en plus éloignées de la source chaude :
- Fig. i3. — Répartition des sectionnements dans nue feuille de verre de 2 mm. Foyer unique.
- Fig. iq. — Répartition des sectionnements dans une feuille de verre de i mm. Deux foyers.
- i -<i
- Fig. i5. — Schéma expliquant l’action de Veau chaude à l’extérieur d’un verre (partie gauche) ou à l’intérieur {partie droite).
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- il n’y a donc plus aucune raison de rupture.
- Le Terre- incassable* c’est du Terre qui, à l’état pâteux, a été trempé de manière que la masse intérieure ait eu le temps de reprendre un nouvel équilibre. Ses fibres extérieures ont alors acquis par
- mécanisme analogue à celui qui Tient d’être expliqué, il n’y a pas production d’une pression latérale notable et la rupture est évitée. Un acier fragile dans toute sa masse sera schématisé par la figure 16 où l’on voit les efforts de compression
- Fig. 16. — Schéma d’un acier fragile — compression tension.
- Fig. ip. —: Schéma d’un acier non fragile — compression + iénsion.
- compression une tension — qu’équilibre une tension -f- des fibres intérieures. Une flexion produite ensuite a pour premier résultat de créer une tension -f- qui détruit d’abord simplement la tension — antérieure en rétablissant l’équilibre. Par un
- intérieure — équilibrés par une tension extérieure -f-, d’où résulte une tendance centrifuge ; tandis que, sur la figure 17 correspondant à un acier non fragile, l’effort est centripète.
- L. De Launay.
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- Vu le grand nombre de soldats mobilisés depuis le début des hostilités et le caractère de la guerre actuelle, on a dû adjoindre, aux casernes, hôpitaux et autres bâtiments militaires permanents, diverses catégories de locaux transportables.5 Afin de satisfaire aux multiples besoins de l’armée, il a fallu improviser, petit à petit, tant dans la zone de l’arrière qu’à proximité du front, des camps d’instruction, des magasins, des cantonnements et des formations sanitaires mobiles. Ainsi s’élevèrent des abris de toutes sortes, disséminés, de-ci de-là sur l’étendue de notre territoire, et jusque dans les tranchées mêmes, nos poilus surent organiser de confortables o cagnas » où ils peuvent se reposer en sécurité sans craindre la pluie, le froid ou les obus !
- Nous ne décrirons pas ici tous les systèmes de camps improvisés au cours des âges, — voulant simplement consacrer quelques lignes à cette architecture spéciale tantôt simple et utilitaire, tantôt originale et pittoresque dont la tente d’Achille, vantée voilà quelque trois mille ans par Homère, fut le luxueux prototype !
- Les Grecs délaissèrent cependant l’art du campement, que les Latins se chargèrent de porter à un haut degré de perfection. Les Gromaticiens et les Métateurs romains mesuraient le terrain, alignaient les strigæ (rangées de tentes), fixaient l’emplacement du valetudinarinm (hôpital) et du veterina-vinm (infirmerie pour les chevaux) puis les soldats arrivaient et dressaient à l’endroit fixé les peaux d’animaux sous lesquelles ils s’abritaient.-A l’époque de la décadence, les conquérants du monde abandonnèrent les camps pour les villes de garnison. Le Moyen Age ignora presque totalement la castramétation et en France, jusque vers la fin du xvi*6 siècle,
- la maison militaire du roi ainsi que quelques corps d’élite possédaient seuls des tentes de campagne. En outre, on édifiait alors des baraques ou constructions légères qui servaient de logement aux hommes de cavalerie et des huttes qu’occupaient les fantassins.
- Vers cette époque, la signification du mot baraquements s’étendit aux habitations des soldats des diverses armes, et aux annexes temporaires des hôpitaux destinées à recevoir « les malades et les infects », comme nous le lisons dans les Opuscules du célèbre médecin montpelliérain François Ranchin publiés à Lyon, en 1640. Pour édifier ces baraques, on traçait sur le terrain lin parallélogramme de 7 à 8 pieds de long sur 6 à 7 pieds de large puis, aux quatre coins, on plantait des fourches qui supportaient des traverses et on recouvrait tout l’ensemble d’une toiture de branchage ou de chaume. Mais si, selon les Préceptes sur la santé des gens cle guerre de Colombier (1775), les vivandiers s’en servaient toujours, on n’installait la troupe dans des baraquements qu’au cas où la campagne se prolongeait en hiver. En Prusse, Frédéric II, qui fut le véritable créateur des camps d'instruction, donna des tentes à ses milices, mais nos soldats n’en eurent que vers le milieu du xvme siècle. Les tentes canonnières, prescrites par l’ordonnance de 1753, s’ouvraient d’un seul côté dans leur longueur ; à deux mâts avec une faîtière transversale, elles pouvaient abriter 8 fantassins ou 4 cavaliers. Ensuite, la tente nouveau modèle ou tente bonnet de police (1778), imaginée par Colombier, constitua un progrès. Elle s’ouvrait des deux côtés dans sa largeur et deux mâts soutenaient sa faîtière. Longue de 6 m. et large de 4 m , elle devait contenir 15 fantassins ou 8 cavaliers
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- et demeura longtemps réglementaire chez nous.
- Pendant la .Piévolution, on dota de tentes l’armée de Dumouriez; on s’en servit en 1792 à Soissons. En 1793, on construisit le premier camp baraqué sur la Bidassoa, l’année suivante on en établit un autre à Dunkerque sur une plus vaste échelle, mais le plus célèbre de tous fut le camp de Boulogne, qui abrita 1(50 000 hommes et 9673 chevaux de 1803 à 1805. Les troupes commencèrent d’abord par y bivouaquer, selon l’habitude des grognards en campagne, puis on leur fit construire des baraques sur un modèle uniforme.
- Toutefois durant l’Empire, Napoléon étant hostile aux tentes qui, selon lui, offraient le grave inconvénient de dessiner les positions à T ennemi, l’administration de la guerre en restreignit l’usage aux officiers géné-raux et supérieurs. Aussi la question du campement ne reprit d e l’importance en France que pendant la conquête de l’Algérie. On vit alors paraître la tente-abri qui devint populaire dans notre armée d’Afrique;' elle se composait de deux rectangles en toile ayant chacun 1 m. 70 sur 1 m, 60, les deux pans de la toile se boutonnaient suivant la longueur du faîte et se fixaient au sol par des piquets; deux; bâtons ou. simplement deux baïonnettes passés dans les boutonnières aux deux extrémités soutenaient l’ensemble. En campagne, chaque soldat portait un pan sur son paquetage et en réunissant ces tentes bout à bout, on en formait de longues files d’abris sous lesquels les hommes pouvaient se coucher facilement.
- Sous Napoléon III, on adopta la tente conique, connue également sous les noms de tente marabout et de tente turque. Soutenue par un mât central, elle mesurait 6 m. de diamètre sur 3 m. de hauteur. Des cordages, qui se rendaient à 2 rangées de piquets, la fixaient au sol, et deux larges portières triangulaires, que l’on soulevait et fermait à volonté, permettaient d’y accéder.
- D’autre part, durant la guerre de Crimée, on utilisa surtout les tentes et les baraques comme hôpitaux; de même à Paris pendant le siège de 1870-71, on éleva à la hâte plusieurs ambulances baraquées à Courcelles, à Longchamps, au
- Jardin des Plantes et au Luxembourg. Depuis lors, les modèles de ces édicules sanitaires s’accrurent notablement et au concours d’Anvers (1885), on n’en comptait pas moins de 60 types différents, démontables et presque tous de forme rectangulaire. Les constructeurs utilisaient exclusivement le fer ou le bois pour l’ossature. Mais ils s’adressaient à des matériaux très divers 'pour les parois et la toiture : la tôle, la toile à voile, le bois recouvert de papier goudronné ou de linoléum, etc. D’ordinaire, ces baraquements étaient à double paroi présentant un écartement suffisant pour constituer un matelas d’air laissé vide ou rempli d’une substance isolante susceptible de prémunir les habitants contre les influences atmosphériques extérieures.
- Pour terminer ce trop rapide historique du sujet,
- nous retiendrons encore la baraque Espitalier en carton-pâte à double enveloppe se prêtant à des constructions aussi étendues que l’on désire par la juxtaposition d’un nombre illimité de travées (1889); la curieuse baraque mobile Olive réalisée au moyen d’une charpente très légère et de panneaux en treillis de fil de fer servant de support à une plaque de gélatine durcie au bichromate de potasse; la baraque Doecker préconisée, jadis, par la Société de secours aux blessés après avoir été utilisée au Danemark comme hôpital provisoire; la maison Charlton llumphreys en tôle ondulée et le baraquement en bois Perissé qui figurait à l’Exposition universelle de 1889 comme pavillon d’hôpital temporaire de PUnion des femmes de France et qui s’inspirait des données de l’hygiène moderne.
- Gomme type de constructions légères en service actuellement dans l’armée française, nous signalerons, en particulier, la tente-baraque modèle 1894, la tente Bessoneau, la tente à distribution, les tentes Cauvin à 2 ou 3 travées, la tente de brigadier et le baraquement Adrian (1915).
- La tente baraque modèle 1894, qui se compose d’une charpente en bois comprenant cinq fermes formées chacune de deux poteaux-jarretiers et d’un comble articulé, s’emploie principalement dans le service des subsistances militaires en cas de mobilisation ou en campagne. On l’utilise, par exemple,
- temporaire baraqué du front.
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- pour les installations provisoires aux points de déchargement des chemins de fer et des convois, comme stations têtes d’étapes de guerre aux centres d’approvisionnements, pour dépôts de denrées, comme boulangerie, etc.
- Le faîtage et deux sablières réunissent les fermes entre elles et, dans chaque travée, le faîtage est relié aux sablières par deux chevrons. D’autre part, 14 jarretiers, réunis aux poteaux au moyen d'une articulation métallique, font office de contreforts et assurent la stabilité de la tente. Quant à la rigidité de la charpente, huit barres de contreventement, sortes de tringles à crochets rattachant les fermes des travées extrêmes aux sablières, suffisent à l’assurer.
- Enfin la toiture et les murailles sont
- sacs, 450 à environ à
- à 1500 quintaux de denrées en oaua,
- 550 quintaux de pain de guerre en caisse, envir 1000 quintaux de conserves de viande, 800 à 900 quintaux de salaisons, 700 à 800 quintaux de liquides en barriques et 500 à 700 quintaux de balles de foin pressé.
- m
- - - .7?
- Éteins
- en toile, les rideaux des petits côtés formant portières.
- La tente modèle 1894 a une longueur totale de 14 mètres sur une largeur de 6 m. 50 environ entre les poteaux et de 8 mètres entre les jar-retiers; sa hauteur totale au sommet du faîtage atteint 4 m. 10; elle couvre une surface de 91 mètres carrés entre les poteaux et possède une capacité totale de 287 mètres cubes. Quatre hommes peuvent la monter facilement en une heure et demie, la démontent en 50 minutes et elle pèse 850 l’emballage.
- Quand on s’en sert comme boulangerie de campagne, on dispose d’ordinaire les fours à l’extérieur de la tente et les pétrins à l’intérieur. Gomme pane-terie, elle peut recevoir quatre ou cinq lignes de travées d’étagères mobiles contenant 20 000 à 25 000 rations, ce qui représente la fabrication maximum d’une section de boulangerie de 8 fours roulants. Comme magasin, elle peut abriter 1200
- kg
- y compris
- La tente de distribution, d’un poids moindre et d’un montage plus rapide que la précédente, convient mieux pour les camps, les services de marche ou les abris à créer, en quelque sorte instantanément. Elle fait partie du matériel des centres dé mobilisation. Son armature comprend 5 montants en bois formant compas au moyen d’une charnière à la partie supérieure, avec faîtage en 5 barres. La couverture en toile s’attache à 22 piquets au moyen de cordes tandis que les portières se ferment par
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- des courroies à boucles. Quoique la capacité cubique de la tente de distribution ne soit que d’environ 95 mètres, la disposition de sa charpente permettant d’en réunir plusieurs bout à bout, on peut improviser, de la sorte, des magasins d’une étendue appropriée à des besoins militaires de circonstance.
- La tente Cauvin à 3 travées n’est qu’une réduction de la tente-baraque du service des subsistances militaires. On l’utilise surtout comme dépôt éventuel des denrées dans les cours des manutentions. Le petit modèle à deux travées se transporte à dos dé mulet et fait partie des boulangeries légères pouvues de fours démontables o u de fours à au-gets; on l’emploie également pour les abris qu’il faut organiser très vite.
- La tente de brigadier ordinaire ou du système Leroy rentre dans les collections d’ustensiles d’armement des fours portatifs en tôle et des fours démontables. Elle se monte devant la bouche de ces derniers afin d’abriter le brigadier, le bois de la fournée ainsi que les pains lors de l’enfournement et du détournement.
- Le baraquement Adrian (1915), aux éléments légers, dé petites dimensions et assemblés avec des boulons, mérite de nous retenir plus longuement. Son ossature, uniquement construite en planches de dimensions commerciales, repose sur le sol sans aucune fondation. Elle comprend, espacées de 2 en 2 mètres, des fermes en nombre variable dont les lisses de soubassement ainsi que les' pannes de toiture maintiennent l’écartement et le contreventement. Des panneaux, également démontables, constituent la couverture et les parois ; et on les assujettit par des couvre-joints boulonnés sur les fermes. D’ordinaire,
- on enduit soigneusement ces panneaux d’un mélange de coaltar et de brai de résine, qu’on applique à chaud afin d’assurer l’étanchéité.
- Quand on dispose de carton bitumé, on s’en sert pour recouvrir des voliges jointives avec lesquelles on confectionne les panneaux qu’on borde, en ce cas, d’une clianlatte dans le sens de la pente. Parfois, on constitue la toiture et les parois à l’aide de tôle, de paillassons et autres matériaux appliqués
- sur les pannes et les lattes. Enfin, les portes se font avec des frises de parquet, des traverses et des ferrures ordinaires. Quant aux châssis d’aération, ils sont vitrés ou tendus de toile huilée.
- Comme nos photographies permettent de s’en rendre compte, l’ensemble de chaque travée forme un tout autonome et, en en réunissant un plus ou moins grand nombre, on édifie une construction plus on moins impor-tante et répondant au but militai re désiré. Lorsqu’on emploie la baraque Adrian pour le logement des troupes, on ne met généralement pas de plancher. On assainit alors le sol en le recouvrant, par exemple, d’une couche de mâchefer, de sable ou d’herbes sèches si l’on n’a rien d’autre sous la main.
- Les soldats sont couchés sur des lits de camp, des châlits munis de paillassons ou simplement sur de la paille. Dans un des impostes, on dispose une tôle pour laisser passer le tuyau du poêle, tandis que des planches à bagages et des râteliers d’armes complètent l’installation.
- Des baraques de ce système, plus ou moins modifié selon leurs destinations et les circonstances locales, s’emploient depuis le début des hostilités comme ambulances du front, comme bureaux d’étal-
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- ACADEMIE DES SCIENCES
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- major en campagne, comme cantonnements, comme entrepôts ou magasins temporaires et parfois comme habitations clans les pays ravagés par l’ennemi. En ce cas, on les complète par un plancher formé de panneaux; on y ménage des portes latérales, on y établit des cloisonnements, un faîtage d’aération ; on y installe des tables, des brancards démontables et autres objets mobiliers, pour les approprier à ces divers usages. En définitive, la baraque Adrian est une construction légère, solide et économique ; une équipe de 6 à 8. hommes suffit à l’ëdifièr rapidement. L’assemblage de ses pièces constitutives par boulons sans vis ni clous, en rend très facile le transport, le montage et le démontage. En outre, grâce à des aménagements intérieurs, elle se, prête très bien aux circonstances complexes de la lutte actuelle.
- Mais à côté de ces abris réglementaires, nos poilus installent souvent de pittoresques « gourbis », à quelques kilomètres de la ligne de feu. Voici, par
- exemple, dans une forêt des Vosges, une « cagna » d’officiers français qui, avec son toit formé de rondins recouverts de mottes de terre gazonnée et ses solides fascines, défie les obus de 77. Et combien de constructions analogues . bâties avec autant de goût que d’originalité ne rencontre-t-on pas maintenant près du front français ! Quant aux Allemands, l’architecture de leurs homes momentanés est généralement plus , mastoc. Témoin ces postes de commandement, dont'les murs en maçonnerie soutiennent un monticule de terré, afin de résister aux marmites de notre artillerie, lourde et dont les ouvertures sont garnies de persiennes volées aux maisons du voisinage! Lé style dé cès dëux genres d’âbris; de guerre, comme l’attitude de leurs habitants,,les uns aimables et francs, les autres hautains et sanglés dans leurs uniformes, caractérisent fort bien, à la vérité, les mentalités respectives des deux races ennemies, J. de la Cerisaie.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séances du 3i janvier au 14 février 1916.
- Infection expérimentale de la souris par la Leihs-mania iropica. — M. Laveran a réussi à inoculer des souris blanches par l’ingestion de cultures de ce virus qui est l’agent du bouton d’Orient. Cette observation est doublement intéressante. Elle éclaire d’abord le mode de propagation, très obscur, des leishmanioses. D’autre part, elle fournit un cas assez rare, mais non exceptionnel, de transmission par la voie digestive. On savait déjà, dans le même ordre d’idées, que les rats sont infectés de Trypanosoma Lewisi par l’ingestion de puces ou de fèces parasitées des puces.
- Méthode d’observation des coïncidences de deux phénomènes périodiques. — M. A, Perrot a combiné un appareil d’une précision extrême qui permet de mettre en évidence des durées inférieures à 1/250 000e de seconde et qui est particulièrement applicable à la détermination des époques de coïncidence des pendules astronomiques. Il se fonde sur ce que, quand deux phénomènes périodiques, de périodes légèrement différentes, peuvent être utilisés à fermer deux contacts électriques, il est possible, en écoutant les sons produits dans deux téléphones par la charge de deux condensateurs, d’estimer facilement à l’oreillé la concordance des sons produits et de déterminer l’époque de la coïncidence des deux phénomènes avec une approximation de 1/10 000e de seconde. C’est cette approximation que son dispositif a permis d’accroître.
- La différence de longitude entre Paris et Washington. — C’est en 1858 qu’eurent lieu les premiers essais de rattachement de l’Europe à l’Amérique en longitude. Mais les résultats obtenus-furent peu concordants et, malgré de nombreux essais en 1866,1870,1872,1802, la question n’était pas résolue. En 1913, le Bureau des Longitudes et l’Observatoire étudièrent, sur la demande du Gouvernement américain, les conditions dans lesquelles pourrait être entrepris cet important travail. Après de nombreux essais et un grand nombre de mesures, on est arrivé au nombre de 5 h. 17 min. 56 sec. 67 pour
- la mesure de la différence de longitude entre les deux observatoires.
- Circulation du manganèse dans les eaux naturelles. — Divers auteurs ont montré que les eaux contenaient du manganèse, mais aucun n’avait cherché sous quelle forme il circulait. C’est ce qu’a étudié M. Vincent qui arrive à la conclusion que le manganèse se dissout à la faveur de l’acide carbonique et qu’il forme un bicarbonate analogue au bicarbonate de calcium;
- L’examen des radiographies en relief pseudoscopique. — Lorsqu’on examine une épreuve stéréoscopique en interchangeant les deux vues droite et gauche dont elle se compose, c’est-à-dire en plaçant devant l’œil droit la vue normalement destinée à l’œil gauche et réciproquement, on. obtient un effet de relief inversé, désigné sous le nom de pseudoscopie. Les premiers plans de l’objet, reconstitué par la vision binoculaire tendent à passer au dernier plan tandis que les derniers plans tendent à venir en avant. Utilisant cette propriété, MM. Colardeaji et Richard ont construit un appareil qui permet d’examiner, avec cette sorte de vision, les radiographies. Ce mode d’examèn présente un grand intérêt comme on peut le voir par un exemple : Supposons qu’il s’agisse de la radiographie du thorax d’un blessé ayant reçu un éclat d’obus logé derrière la colonne vertébrale entre celle-ci et la peau du dos. Admettons que le blessé ait été couché sur le dos pendant l’opération radiographique. Dans l’examen de l’épreuve avec le relief normal, l’éclat d’obus sera vu au dernier plan à travers la colonne vertébrale et le système antérieur des côtes. Au contraire, dans l’examen pseudoscopique, l’effet produit sera le même que si le blessé avait été couché sur le ventre pendant l’opération radiographique. L’éclat d’obus apparaîtra au premier plan. On appréciera beaucoup mieux que dans le premier cas la distance qui le sépare de la colonne vertébrale et l’opération d’extraction s’en trouvera notablement facilitée.
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- L’HYGIÈNE DU SOLDAT AU FRONT
- « Il ne suffit pas d’envoyer des hommes au front, il faut les maintenir en bonne santé et en force ». Or la santé, la puissance physique, ne se conservent que par des soins corporels et ce sont précisément ces soins qui manquent le plus à nos soldats. L’existence particulièrement pénible qu’ils mènent dans les tranchées aurait tôt fait d’épuiser les plus robustes d’entre eux à cause du manque absolu d’hygiène qui leur est imposé par les circonstances. Terrés dans des trous qu’ils ne quittent pas pendant de longs jours, et où ils vivent au milieu de la boue, de la poussière, jetant à droite et à gauche les débris de nourriture, envahis par la vermine, ils n’ont pour ainsi dire plus apparence humaine lorsque la relève arrive, aussi, avant de leur permettre de prendre un repos si chèrement acquis, il est nécessaire de les débarrasser, eux et leurs effets, detoutesles souillures qui les re-couvrent. Les effets passent à l’étuve, le linge de corps à la blanchisserie et les hommes au savonnage et à la douche.
- Le Comité de coordination de Secours aux Blessés s’est fait une spécialité de la fourniture d’appareils à douches particulièrement pratiques. (Test une société privée qui recueille les dons et les transforme en appareils aussitôt envoyés à nos soldats ; déjà de nombreux corps de troupes en ont reçu : il faut lire les lettres de remerciements adressées par les officiers aux organisateurs de l’œuvre pour comprendre combien ces envois sont précieux. Plusieurs grandes industries ont pris l’initiative de doter elles-mêmes leurs régiments, ceux qui normalement tiennent garnison dans leurs régions, d’appareils à douches en quantité suffisante. Les villes qui, en temps de paix, bénéficient de la présence des soldats, devraient suivre ce mouvement et sans obérer leurs budgets, pourraient mettre à la disposition de tous les régiments sur le front le matériel hygiénique nécessaire à nos troupiers.
- Chaque appareil comporte une petite chaudière cylindrique surmontée d’un réservoir porté, à 2 m. 70 de hauteur, par un trépied métallique. Une ou deux rampes, suivant les modèles, s’en détachent pour la distribution des jets ; des planches protègent les pieds des soldats et un banc de désha-billement complète l’installation. Dans les premiers
- modèles une échelle métallique avait été dressée contre les supports pour permettre aux hommes de verser l’eau froide, apportée par seaux, dans le réservoir ; on a jugé plus pratique d’utiliser pour ce travail une petite pompe à main que l’homme chargé de la surveillance de l’installation actionne constamment. Le cylindre extérieur de la chaudière renferme une cheminée en tôle séparant le foyer central de la circulation d’eau. Celle-ci, venant du réservoir par un tube, pénètre dans l’espace libre entre les deux tôles, s’échauffe et remonte au réservoir par un second tube. La cheminée de la chaudière se prolonge jusqu’au réservoir où une partie de la chaleur du foyer est encore absorbée par l’eau de ce réservoir. Il s’établit ainsi un rapide va-et-vient d’eau froide et d’eau chaude ; en 8 minutes
- la température est portée à 40°. On ouvre alors la vanne des douches et l’eau s’échappe par les pommes desrampes. A partir de ce moment, l’eau conserve cons-r tamment sa température de 40° sans qu’il soit nécessaire de recourir à un réglage quelconque. Si on ouvre la vanne à 30°, par exemple, cette même température .de 30° reste constante pendant toute fa marche de la chaudière.
- Il existe des appareils à 2, 4, 6, 8 pommes, qui fonctionnent tous, d’ailleurs, de la même manière; et chacun d’eux distribue respectivement 300, 600, 900, 1200 douches en une journée de 10 heures; les prix 300, 425, 500 et 600 francs permettent la multiplication de ces appareils dont le transport n’exige aucun véhicule spécial, l’ensemble étant distribué en quatre colis qui peuvent prendre place sur n’importe quelle voiture régimentaire.
- Le faible encombrement des appareils et leur transport facile permettent leur montage à peu près partout; il suffit de se dissimuler aux observateurs de l’ennemi. On utilise un obstacle quelconque pour couvrir le tout d’une toile qui se comportera comme une tente et à l’intérieur de laquelle la température né tardera pas à s’élever assez pour éviter les refroidissements. Les baraques Àdrian conviennent particulièrement à cet usage. Gela peut être fait sur tout le front, grâce à l’organisation, depuis l’été 1914, de la fourniture de l’eau aux armées (Yoy. n° 2203). Lucien Fournier.
- Appareils à douche en usage dans l'armée.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 2217.
- 25 MARS 1916.
- La Nature deux articles qui ont été vivement appréciés. Sur notre demande, M. Bertin a bien voulu rédiger un nouvel article retraçant les événements qui se sont passés sur mer en 1915. Nous publions dans ce numéro la première partie de cet article; la seconde partie, plus particulièrement relative au droit maritime international, sera publiée dans le
- prochain numéro.
- Au commencement de 1916, comme à la fin de 1914, la pensée des lecteurs est toute aux choses de la guerre. Je me prête d’autant plus volontiers à retracer dans La Nature les péripéties de la lutte sur mer en 1915, qu’à tenir la plume on travaille pour soi-même, en coordonnant ses souvenirs et précisant les idées qu’ils font surgir. Ce n’est point une page d’histoire, qu’il est possible d’écrire aujourd’hui, si soigneusement que l’on ait glané dans la presse quotidienne, la revue Land and Water, le Naval annual et le Fighting ships de Jane. C’est une simple, une pauvre chronique, où l’on espère marquer les causes et l’enchaînement des faits. Je demanderai les explications- indispensables, à une étude sommaire du chapitre du droit des gens, qui s’appelle maintenant le droit maritime international (1).
- Le tableau comparatif des flottes en présence, donné dans le numéro de La Nature du 6 février 1914, représente encore assez bien leur force relative en 1916 (2), quand on y ajoute la liste des navires italiens donnée dans le numéro du 12 juin. Les pertes subies se compensent, depuis le commencement de la guerre, dans le rapport des puissances. Les cinq cuirassés anglais classe Queen-Elisabeth sont entrés en service; les quatre Ersatz-Worth allemands ont été poussés activement. L’incertitude se rencontre pour les petits navires, les sous-marins et leurs ennemis les torpilleurs, dont le rôle a pris un si extraordinaire développement.
- 1. Voir la Revue des Deux Mondes du 15 août 1915. Droit international et guerre navale.
- 2. Corriger le nombre des croiseurs de bataille anglais qui est de 11 et non de 10, en y comprenant le New-Zeuland. Ce bâtiment figure dans la flotte du Dominion dont il porte le nom et qui l’a construit à ses frais.
- On laisse à soupçonner l’activité avec laquelle la construction du sous-marin a été poussée en Angleterre et en Allemagne. Nous avons fait sans doute aussi de notre mieux, au milieu des difficultés que les besoins de l’artillerie créent à la fabrication des moteurs. En même temps, les flottilles se sont enrichies de tous les petits navires de commerce et de plaisance, capables de tenir la mer au large ou près des côtes, sans oublier quelques canonnières vite construites et plus vite armées.
- Nous connaissons nos pertes. Nous ne connaissons pas les pertes de l’ennemi. Elles ont été nombreuses. Il faut qu’elles l’aient été à la fin de 1914, entre Douvres, Calais, Dunkerque, pour qu’il ait renoncé définitivement, dès le début de 1915, à faire franchir le Pas de Calais à ses sous-marins.
- Les Anglais n’ont pas perdu de temps à combler la lacune que présentait leur flotte, lorsqu’il s’est agi de bombarder le port de Bruges et les plages de la côte flamande. Moins d’un an plus tard, ils possédaient les navires les mieux appropriés à l’attaque des fortifications et des batteries de côtes.
- Les nouvelles canonnières cuirassées anglaises sont de diverses tailles, et du modèle monitor. Elles portent des pièces du plus fort calibre, 12 et jusqu’à 14 pouces. La particularité principale est dans la protection des flancs par de larges caissons extérieurs. Le filet Bullivant ne protège plus contre la torpille; il était en place quand le Triumph a été détruit. II fallait autre chose. C’était possible sur des navires de bombardement, qui ne comptent point la vitesse comme une qualité militaire. Lorsqu’ils seront connus, ces bâtiments apparaîtront sans doute comme un curieux modèle d’architecture militaire.
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- Du côté allemand, n’apparaît qu’une flotte de bombardement, la Hotte aérienne, les Zeppelins qui ont accru, avec leur volume, le poids d’explosifs qu’ils portent et la hauteur où ils peuvent monter. Ce n’est plus la guerre aux fortifications et aux batteries. C’est la « Krieg » aux bébés et aux nourrices, invention d’origine allemande incontestable, puisque l’honneur en est échu à certain évêque de Müoster. Elle n’a pas enrichi son auteur, au traité de West-phalie. Nous n’en parlons pas.
- La guerre navale de 1915 compte peu de journées épiques. Si l’amiral allemand doit aventurer ses cuirassés de 20 000 t. à 50 000 t. contre ceux d’un ennemi supérieur, comme jadis Tour-ville aligna ses vaisseaux de ligne devant la Hougue, ce sera plus tard; ce sera pour accompagner d’un désastre maritime les dernières convulsions de l’armée. En attendant, le bulletin journalier ne peut offrir que la répétition irritante de méfaits dont les neutres sont les victimes, tout autant que les belligérants. Quand arrive la nouvelle d’un sous-marin expédié vers le fond des mers, à la recherche de l’éternité, nous n’éprouvons
- point la joie d’une victoire. Nous ne voyons que l’exécution d’un malfaiteur.
- A la surface de l’eau, peu de combats, puisqu’il n’y a pas d’ennemi. La maîtrise de la mer s’est affirmée en fermant les routes au commerce allemand; ses effets ne rencontrent d’autre obstacle que la malveillance des neutres. Les juristes, tantôt compulsent des textes désuets, tantôt interrogent leur conscience. Les protocoles, dans une guerre de notes, font l’office de bordées de projectiles entre belligérants. Les marins sillonnent la mer, croisent et patrouillent pendant ce temps, impatients des instructions anciennes, attendant des ordres nouveaux. Il a fallu, pour coordonner suffisamment l’action militaire et l’action diplomatique des alliés, en venir à les placer dans les mêmes mains.
- Cette guerre silencieuse, plus monotone pour les marins que la monotonie des tranchées pour les soldats, mérite pourtant toute la gratitude du pays. La plainte allemande, devenue sincère à la fin de 1915, nous apprend, quand elle s’avive en note aiguë, que les diplomates ont gagné la bataille et qu’il se fait bon travail dans la mer du Nord.
- II
- L’année 1915 ne compte qu’un combat naval digne de ce nom, celui du 28 janvier, généralement désigné, sous le nom de bataille d’Ameland ou du Dogger Bank. Avant de le décrire, il convient d’en finir avec les derniers survivants des écumeurs de mer, qui portent des noms de villes allemandes, et au service desquels l’Allemagne prévoyante avait disposé, dans les Océans les plus lointains, des moyens de ravitaillement et d’information. Le Kolberg, le Dresden et le Karlsruhe tenaient encore la mer, en janvier, ainsi que trois paquebots armés en croiseurs auxiliaires. Le Kônigsberg était à flot, caché dans sa rivière de Roufidji ou Rufigi, en Afrique orientale.
- Le Kolberg, de 4230 t., disparut le premier. Atteint le 29 janvier par le croiseur Aurord de 3570 t., il fut aussitôt attaqué et coulé. Comme YAurora ne portait que deux canons de 150 et huit canons de 100 contre les douze canons de 104 mm, du Kolberg, la victoire a pu être disputée.
- Le Dresden, de 3540 t. comme YEmden, avait eu la chance d’échapper au désastre des îles Falkland. Il courait l’Atlantique, traqué par la division légère qui avait coopéré avec l'Invincible et VIrrésistible à la victoire du 8 décembre. Il fut
- surpris le 14 mars sous l’ile Juan Fernandez. La force anglaise comprenait, avec le Kent et le Glasgow, le croiseur auxiliaire Orama. Ce dernier bâtiment s’était illustré en novembre 1914, dans un combat que La Nature n’a pas signalé l’an
- dernier, et dans lequel il coula le croiseur auxiliaire allemand Novara de la Compagnie Ham-burg-Amerika.
- Le 14 mars, la disproportion des forces était écrasante. Après cinq minutes de canonnade, le Dresden sombra et toucha le fond sans chavirer. Le sauvetage des survivants fut facile. Depuis lors, l’épave s’enfonce lentement ; elle émerge encore à la surface de la mer.
- L’odyssée des survivants de YEmden, coulé en 1914 par le Sydney, se termina par les aventures de la compagnie de débarquement qui était restée abandonnée le 8 novembre sur l’ile des Cocos. Recueillis par un voilier qui battait pavillon chinois, les marins allemands se firent débarquer en pays vassal, sur la côte orientale de la mer Rouge, au sud de Djeddah, le 27 mars 1915. La protection ottomane ne préservait pas contre les pillards arabes.
- La petite troupe eut à soutenir un rude combat; ses débris seuls furent rapatriés. Après
- Fig. i. — Le plan du Kolberg (allemand).
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- avoir déjà signalé, dans le numéro du 12 juin de La Nature, que YEmclen n’a pas été coupable du bombardement de Papaété, il est bon de le répéter. C’est à l’amiral Von Spee et à ses gros cuirassés que revi nt tout l’honneur d’avoir imprudemment gaspillé, contre une population inoffensive, les munitions qui faisaient défaut le 8 décembre sur le Scharn-horst et le Gnei-senau, à l’heure où leurs officiers se tinrent immobiles devant les canons silencieux.
- . Le Karlsruhe de 4820 t., le plus gros et le plus rapide des corsaires du Pacifique et de l'Atlantique, signala pour la dernière fois le succès de sa croisière par le débarquement à Buenos-Aires, en février 1915, des équipages de plusieurs cargos détruits en mer.
- 11 disparut ensuite, sans qu’aucun combat ait signalé sa fin, ainsi qu’il en fut pour ses congénères. Un journal danois a révélé en mars sa destruction accidentelle, qui aurait été le résultat d’une explosion intérieure.
- Restait le Kônigsberg de 5350 t. dans son repaire africain.
- Il avait fait, en 1914, une croisière active autour de sa base de ravitaillement de Dar-es-Salam. Il avait détruit le paquebot City-of-Winchester, près de Socotora. Rencontrant ensuite le petit croiseur Pegasus de 2135 t., immobilisé par une avarie de moteur, il en avait eu facilement raison. Il s’était en dernier lieu dérobé à la poursuite du Chatham, mais son
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- embouteillage était peu sûr. Sa destruction fut décidée et menée avec précision. Le Chatham, qui cale 4 m. 70, ne pouvait être utilisé contre un bâtiment du même tirant d’eau, qui s’était, allégé
- pour remonter n le fleuve. Les
- f. petits monitors
- brésiliens de | 1000 t., que les
- batteries lourdes allemandes, établies sur la côte flamande, tenaient maintenant à distance du port de Bruges, retrouvaient leur destination naturelle de canonnières de rivière. Leur tirant d’eau de 1 m. 37 leur rendait tous les bras du delta accessibles, et leur laissait le choix de leur poste de combat. Leur peu de hauteur au-dessus de l’eau en faisait des cibles mal commodes à atteindre. La Mersey et la Se-vern furent, au printemps 1915, expédiées en A fri que, où elles arrivèrent sans encombre. Elles étaient munies de deux aéroplanes, destinés à repérer la position de l’adversaire et à régler le tir par l’observation des points de chute
- des projectiles.
- A u commencement de juillet, deux attaques successives furent exécutées à quatre jours d’intervalle.
- Dans la première attaque, les deux petites canonnières ayant été engagées ensemble, la distinction des points de chute de leurs obus fut difficile pour l’aéroplane. Après huit heures de feu, le tir du Iiônigsberg était ralenti sans être éteint.
- Dans le second engagement, le Kônigsberg avait
- Fig. 2. — Le Kônigsberg, le dernier détruit des croiseurs allemands.
- Fig. 3. — Plan du Kônigsberg (allemand).
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- retrouvé tous ses moyens, en remplaçant ses canons avariés par des pièces empruntées au bord opposé. La Sevem entra seule en action. Quelques coups assez Espacés lui permirent de régler exactement son tir, d’après les avis reçus par T. S. F. de l’aéroplane.
- en toute liberté la destruction du Kônigsberg.
- Le dernier chapitre de l’histoire des bâtiments de guerre allemands dans les mers lointaines fut clos ce jour-là. Restaient les trois croiseurs auxiliaires, le Wôrmann, qui fut détruit au commencement de
- Fig. 4. — Le Dresden [allemand), sous Vile Juan Fernandez.
- Des salves régulières, envoyées ensuite de minute en minute, réduisirent rapidement le Kônigsberg au silence! L’aéroplane avait été atteint par un projectile allemand; il avait opéré sa descente sur le
- 1915, par le croiseur auxiliaire anglais Australia, le Kronprinz-Wilhelm et le Prinz-Eitel, qui se réfugièrent à New port-News où ils furent désarmés et neutralisés par les soins des Etats-Unis. Le
- Fig. 5. — Épave du Dresden.
- fleuve après avoir demandé le secours d’une embarcation; pendant la descente, l’observateur n’avait pas cessé de signaler les points de chute.
- La Sevem ayant achevé la tâche principale, la Mersey entra en lice à son tour ; elle compléta
- Prince-Eitel éiait le dernier survivant de l’escadre de l’amiral von Spee.
- L’Atlantique était entièrement libre depuis de longs mois, lorsqu’en décembre 1915, il fut infesté par un ou peut-être deux croiseurs auxiliaires, soit
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- Môwe ou Lapwing, soit Môwe et Lapwing, qui paraissent s’être échappés de la mer du Nord. Leur présence a été signalée par l’arrivée à Newport-News, vers le 1er février 1916, du paquebot anglais capturé Appam, qui portait un équipage de prise et ramenait 158 hommes provenant des équipages d’autres bâtiments détruits en mer, six Anglais et un Français. Parmi les Anglais, le Clan-Mactavish, qui portait une petite artillerie, sans doute de protection contre les sous-marins, avait fait une belle résistance. Une nouvelle chasse est donc ouverte aux croiseurs anglais pour 1916 En Europe, la flotte allemande, toujours tenue en sécurité, aux abords du canal qui lui permet de
- aussi vile qu’il l’avait quitté. La composition de l’escadre était la même, sauf que le Von-der-Tann était remplacé par un bâtiment inférieur en vitesse de deux noeuds et demi, le Blücher, simple croiseur cuirassé, le meilleur de sa classe. Le Von-der-Tann n’a paru nulle part en 1915 ; c’est un mystère qui pourrait cacher une catastrophe.
- L’amiral Hipper avait ainsi, derrière le Moltke portant son pavillon, le Derfflinger, puis le Seyd-litz et enfin le Blüclier. Il avait, pour éclaireurs, une forte escadrille de grands torpilleurs. Les sous-marins allemands étaient en mouvement, mais ; longue distance.
- La sortie des Allemands fut immédiatement
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- Fig. 6. — Le Von-der-Tann {allemand).
- se porter d’une mer à l’autre, n’a fait en 1915 que deux sorties partielles, l’une avec ses croiseurs de bataille, l’autre avec ses cuirassés de deuxième rang. Comme la seconde est une opération accessoire de l’invasion par terre le long du rivage de la Baltique, nous en réservons le récit pour le chapitre III.
- La sortie des croiseurs dans la mer du Nord eut lieu le 28 janvier 1915. Elle semble n’avoir eu d’autre objet que de renouveler l’exploit du 16 décembre 1914. Ce jour-là, l’amiral Hipper avait fait, contre trois villes sans défense de la côte N. E. d’Angleterre, une dépense d’obus aussi dépourvue de conséquences militaires que le bombardement de Papaété par son collègue von Spee. Après le meurtre de quelques habitants inoffensifs, il avait pu regagner impunément son abri derrière Iléligoland,
- signalée en Angleterre, et l’escadre des croiseurs de bataille partit aussitôt à leur rencontre. C’était, avec le Lion, bâtiment amiral, le Tiger, la Princes s-Roy al, la New-Zealand et Y Indomitahle, les deux derniers inférieurs en vitesse de trois nœuds aux trois premiers et supérieurs au Blücher de deux dixièmes de nœud seulement. L’amiral David Beatty commandait; il avait sous ses ordres le commodore Goodenough, à la tête d’une escadrille de torpilleurs.
- Les adversàires arrivèrent en vue à 7 h. 1/2 du matin à la pointe N.-E. du Dogger-Bank. Les Allemands virèrent de bord; la poursuite commença, cap au S.-E. LeLion, le Tiger et la Princess-Royal gagnaient 100 m. par minute sur le Blücher. Les Anglais faisaient toute leur vitesse; la. New-Zealand suivait à peu près les navires de tête ; FIndomitahle
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- restait en arrière. Les Allemands étaient obligés de régler leur marche sur le Blücher.
- A 9 h. 9 m. les Anglais, à commencer par le Lion qui était à 17 000 m. du Blücher, ouvrirent le feu. La riposte des Allemands commença à 9 h. 15 m. Après quelques coups de réglage, le Lion toucha le Blücher à 9 h. 20 m., puis porta ses coups sur le bâtiment qui le précédait, 1 e Seydlitz, à ce qu’on suppose. Les deux escadres étaient en ordre de relèvement à peu près N.-N.-O. à 30° sur bâbord, ce qui dégageait convenablement le tir, comme on le voit sur la figure 7. La régularité de la marche permettant un bon réglage, le tir était précis. Le Blücher restait en arrière et, après avoir été canonné par le New-Zealand, tombait sous le feu de YTndo-mitable. L’action se concentrait entre les trois
- d’Iléligoland et sous la menace des sous-marins allemands, l’amiral Beatty abandonna la chasse de l’escadre allemande, qui était réduite à trois navires. A ce moment même, le Lion, qui avait peu souffert jusque-là, reçut un projectile dans une bâche alimentaire (water tank), d’après ce qui a été publié. Comment la ceinture et le pont blindé furent-ils traversés tous deux? Quoi qu’il en soit, l’avarie était sérieuse, car le Lion a. été pris en remorque par la Princess-Royal. A cela près, l’escadre anglaise est rentrée intacte. Au commencement de son mouvement de retour, elle a pu voir encore le Blücher, qui avait reçu le coup de grâce, donner une forte bande, et s’apprêter à chavirer. Son équipage put courir sur le bordé de la carène (fig. 8) pour aller se jeter à la mer, du côté de la
- ORDRE DE COMBAT VERS 9750
- >. V
- Blücher Yl2 coulé m /
- 9,35
- —Rouïe c/es Bateaux. Anglais. —Route des Bateaux Allemands.
- Milles-marins.
- Fig- 7- — Bataille d’Àmeland.
- anglais Lion,» Tiger, Princess-Royal, et les trois allemands Moltke, Derfflinger, Seydlitz : 80 700 t. de déplacement total d’un côté, 75 200 t. de l’autre.
- A 9 h. 45 m. la distance étant tombée à 14 000 m. entre le Lion et le Seydlitz, l’escadre allemande semblait fortement atteinte. La fumée de l’incendie s’apercevait sur deux des bâtiments, sans parler du Blücher. Il y eut un moment critique. Les torpilleurs allemands, appelés sans doute à la rescousse, firent une pointe audacieuse entre les lignes de feu. L’amiral Hipper vint brusquement sur la gauche et mit le cap à l’E.-N.-E. La poursuite continua pendant 1 h. 10 m., dans la nouvelle direction, en conservant l’ordre de relèvement antérieur. Pendant cette seconde phase du combat, le tir des Anglais semble avoir été moins efficace que pendant la première, car aucun des trois grands navires allemands ne fut finalement désemparé.
- A 10 h. 45 m., arrivé à 70 milles dans l’O.-N.-O.
- quille. Les torpilleurs anglais accoururent et sauvèrent une cinquantaine d’hommes; ils furent obligés d’interrompre leur œuvre d’humanité, selon qu’il a été rapporté, pour repousser une attaque des torpilleurs allemands.
- L’échec de la tentative de sortie du 28 janvier, caractérisé par la perte du Blücher., bâtiment notablement supérieur au Scharnhorst et au Gneisenau, et par les avaries du Seydlitz et du Derfflinger, que nous ne connaissons pas, semble avoir éteint chez les Allemands toute pensée de risquer des opérations dans la mer du Nord. Aucun de leurs bâtiments de guerre, grand ou petit, ne s’y est plus aventuré en 1915.
- Il convient de remarquer que la rencontre, entre croiseurs de bataille opérant à toute vitesse, était la seule opération que la flotte allemande pût risquer, sans une trop grande disproporlion de forces avec la flotte anglaise. Il y aurait même eu sensiblement égalité le 28 janvier, si, 'a cette date,
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- le Gôben et le Von-der-Tann avaient été mis à la disposition de l’amiral Iiipper.
- Sauf dans la Baltique, les sous-marins sont les
- Dans la Méditerranée encore, mer Egée, les sous-marins, probablement allemands cette fois, ont coulé en mai les deux cuirassés anglais
- seuls bâtiments ennemis qui aient paru en mer à Triumph et Majestic, le premier au mouillage, partir du 28 janvier. Leur action principale a été filets Bullivant en place. Ils ont aussi à leur actif
- <52 1SI
- Fig. 9. — Plan du Blücher (allemand).
- celle dirigée contre les bâtiments de commerce. C’était la plus facile et la moins dangereuse pour eux. Les attaques contre les navires de guerre ont donné les résultats suivants.
- Le Jean-Bart a été torpillé en j anvier 1915, par un sous-ma-rin autrichien, dans la mer Ionienne. Touché à l’avant, manqué à l’arrière par une seconde torpille, il a pu gagner Malte. La carène avait été déchirée sur les deux bords et le pont blindé soulevé par l’explosion. Trois mois plus tard, le Léon-Gambetta, torpillé dans le canal d’Otrante par un sous-marin autrichien, a péri corps et biens.
- j la destruction d’un grand transport, Te Boyat-I Edward, chargé de troupes venant d’Alexandrie.
- Les sous-ma-rins anglais ont riposté par la destruction de bâtiments turcs dans la mer de Marmara, exploit merveilleux, en raison des obsta^ clés à surmonter dans les Dardanelles. Les Anglais ont fait mieux encore. Ils ont prouvé, à deux reprises,' que le sous-^ marin n’est pas nécessairement
- un animal féroce. Après la destruction du torpilleur turc Yarhissar, au commencement de décembre, tout l’équipage, 42 hommes, a pu être recueilli par le sous-marin lui-même; il a été ensuite libéré
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- Fig. io. — Plan.du Prinz-Adalbert (allemand).
- Fig. ii. — Plan du Pommera (allemand).
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- sur un voilier. Un autre jour, le sous-marin, surgissant près d’un vapeur turc, reconnut qu’il avait affaire à un simple bac chargé de passagers; il eut la coquetterie de le ranger à honneur; le commandant rassura les femmes affolées, en criant que les Anglais ne sont pas des barbares.
- Dans la Baltique, les sous-marins anglais ont coulé le croiseur cuirassé Prinz-Adalbert (fig. 10) de 9000 t., puis en juillet, le cuirassé Pommern (fig. 11), de 13000 t., enfin en août, le croiseur de
- tions internationales, même au large. On peut gémir sur des risques nouveaux que n’imposaient pas les anciennes armes ; mais l’équipage d’un navire de guerre connaît, aujourd’hui comme autrefois, les dangers dont il paie l’honneur de défendre son pays.
- L’emploi de la mine contre les navires de guerre est moins légitime, en dehors des parages réservés aux mouvements de la marine militaire. L’instrument de mort est, en effet, aveugle; il frappe
- Fig. 12. — Le transport Royal-Edward {anglais), coulé_en mai içi5.
- bataille Mollke, dont la destruction a mis la division allemande de cuirassés rapides en état décisif d’infériorité.
- Ils ont fini l’année par la destruction de deux petits croiseurs de 2650 \.,YUndine et le Frauenlob.
- Les sous-marins français, après des infortunes très imméritées dans l’Adriatique, y ont coulé, à la fin de décembre, un transport autrichien chargé de munitions. La destruction du croiseur rapide Helgoland, qui suivit de près ce premier succès, appartient à l’histoire de la guerre navale en 1916.
- La destruction du navire de guerre par un sous-marin n’est nullement réprouvée par les conven-
- indifféremment tout ce qui passe, combattant ou non combattant, belligérant ou neutre. Il crée, pour tout ce qui navigue, un danger qui survit à la guerre.
- La mine dérivante, simplement jetée à la mer et confiée au caprice des courants, est un moyen de destruction absolument prohibé par toutes les règles du droit écrit aussi bien que par la plus simple équité, sauf au cas de certaines précautions jamais prises.
- C’est une dérision de prononcer le mot de « liberté des mers » chez les belligérants qui usent de pareils engins, ou chez les neutres qui le tolèrent.
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- III
- La supériorité navale de l’Angleterre et de la France leur permettait, tout en assurant l’immobilité de la flotte allemande dans la mer du Nord, de la flotte autrichienne dans l’Adriatique, de conserver disponible une force importante, propre à opérer sur d’autres théâtres. Cette force se composait de bâtiments mis en chantier il y a vingt ou vingt-cinq ans, qui entreraient difficilement en ligne contre les navires récents, plus puissamment armés, et sur lesquels il était par suite permis de consentir à quelque sacrifice dans une entreprise un peu hasardeuse.
- Il est à noter que les bâtiments de guerre ne se détériorent nullement par usure. Après trente ans et plus, comme après vingt-cinq, ils sont en bon état. Ils se ^démodent quand on a construit plus grand, plus fort,'en y mettant le prix. Quelquefois ils sont démodés, avant la mise en chantier, par suite d’erreurs de conception. C’est ainsi que, pendant de longues années, le problème du navire de combat était uniquement étudié au polygone d’essai de tir sur les cuirasses, en oubliant les conditions primordiales d’équilibre des corps flottants. Quelques-uns des cuirassés encore armés en 1915 remontaient à cette époque. Difficiles à utiliser dans la guerre de manœuvre, ils étaient mieux appropriés à l’attaque des côtes; ils pouvaient, dans une certaine mesure, tenir lieu de la flotte de bombardement qui nous a fait défaut.
- La tentation se présenta le jour où la Turquie, reniant de vieilles alliances, se jeta dans la vassalité dé l'Allemagne. Le forcement des détroits et l’occupation de Constantinople pouvaient avoir un grand retentissement. A l’effet moral, se serait ajouté le résultat pratique des communications directes ouvertes avec la Russie. Le ravitaillement par mer de l’armée russe, en armes et surtout en munitions, était d’une nécessité urgente au début de 1915. ' Arkhangel était fermé par les glaces jusqu’au mois de mai.
- Par contre, les raisons de s’abstenir étaient très puissantes.
- De tout temps, le combat d’artillerie a été défavorable au navire contre la batterie de terre. Les causes d’infériorité sont irrémédiables. Le canon du navire ne porte que s’il fait mouche sur un canon; les projectiles frappant le parapet sont des coups perdus. Au pointeur de la batterie de terre, il suffit de toucher la large cible du navire; il lui est même possible, par un coup à la flottaison, non seulement de désemparer son adversaire, mais même de le faire disparaître de la surface de la mer. La mobilité du navire qui, de part et d’autre, rend impossible le réglage rigoureux du tir, augmente, en raison de l’étendue de la cible, les désavantages du navire.
- Au temps de la flotte en bois, il était de règle
- que deux canons à terre suffisaient contre un vaisseau de 90 canons. Depuis lors, le vaisseau s’est cuirassé, mais le canon a augmenté parallèlement sa force de pénétration et sa puissance d’explosifs. En même temps, la défense s’est renforcée de la torpille et de la mine marine. Nous nous targuons d’avoir rendu infranchissable le goulet de Brest, courte et large avenue d’accès, en comparaison du long couloir des Dardanelles. Ici tout favorise la défense par l’artillerie : sinuosités favorables au croisement des feux des deux rives, accidents de terrain dissimulant les batteries, falaises et hautes collines, protégeant contre le tir indirect de l’entrée du détroit ou du golfe de Saros. L’assaillant est partout menacé par les mines flottantes charriées par le courant ininterrompu de trois nœuds qui déverse le trop plein de la mer Noire. Le Stamboul de 1915 se trouve mieux protégé par la nature, que ne l’était l’antique Byzance quand Constantin y abrita le siège de son empire.
- Ce fut peut-être au souvenir du bombardement d’Alexandrie en 1882, qu’il faut attribuer la décision audacieuse du ministre, à qui l’opinion est aujourd’hui sévère dans la Grande-Bretagne. Les effets en avaient été imparfaitement publiés ; ils étaient connus des marins, dont l’avis a été hésitant en 1915. Le tir de l’escadre anglaise,n’avait sûrement pas été mauvais; l’incident du projectile égaré dans la lanterne d’un phare est sûrement apocryphe. Néanmoins, les batteries de terre avaient réellement peu souffert. Les compagnies de débarquement trouvèrent le lendemain tous les canons, sauf trois, intacts sur leurs affûts et prêts à tirer. Le feu avait été éteint, parce que les servants s’étaient enfuis. Dans certaines batteries, ils avaient été tués par des éclats de pierre reçus par derrière. Il n’était pas à croire que les batteries des Dardanelles seraient maladroitement adossées à des murailles.
- La reconnaissance navale effectuée le 3 novembre 1914 avait donné des résultats encourageants. A la vérité, les marins français débarqués sur la côte d’Asie reconnurent, parmi les Turcs tués au cours du bombardement, plusieurs corps d’officiers allemands. Sur la côte d’Europe, les Anglais trouvèrent des canons de 420 mm récemment établis. Les travaux de défense étaient donc en cours. Le temps était passé, où une division lancée à la piste du Gôben et du Breslau, et peu respectueuse de la neutralité turque, aurait assuré la neutralité des deux navires allemands en les coulant devant les quais de Constantinople. La défense des forts de l’entrée avait cependant été faible. Leur destruction n’avait demandé que quelques minutes de feu.
- L’opération du forcement des Dardanelles commença le 18 février seulement. La division anglaise des Antilles n’arriva pour y prendre part qu’une quinzaine de jours plus tard. Ce fut, pendant un
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- mois, une bataille sans trêve qu’interrompait seule parfois l’inclémence du temps. Dragage de torpilles, tir direct et indirect des cuirassés, reconnaissances et réglage du tir par les aéroplanes, tout fut mis en œuvre. Marins anglais et marins français rivalisèrent de bravoure persévérante. La ténacité des défenseurs répondait à la vigueur de l’attaque, comme le montre le retour, dans les communiqués, des noms des mêmes forts, réduits un jour au silence, dont il faut ensuite éteindre de nouveau le feu. On n’était pas en présence des canonniers d’Arabi Pacha.
- Au milieu de mars, les résultats obtenus n’avaient rien de décisif. Le tiers seulement de la longueur du détroit était entièrement nettoyé. L’avance était arrêtée, vers le milieu, à l’étranglement de la pointe de Kephès, où les principales défenses étaient accumulées. Le croiseur Amethysl avait seul poussé jusque sous les canons du fort de Nagara ; il en était revenu assez endommagé.
- Un effort suprême fut décidé pour le 18 mars.
- A ce moment, l’escadre avait reçu tous ses renforts, le croiseur de bataille Invincible, revenu de la bataille desFatkland, et surtout le cuirassé neuf Queen-Elizabeth du modèle le plus nouveau et le plus puissant, détaché temporairement de la Home Fleel pour coo pérer au coup de force. La présence de ce dernier bâtiment montre l’intérêt passionné d u premier Lord de l’Amirauté, pour l’entreprise dont il avait assumé la responsabilité.
- La composition, indépendamment de tout le service de l’arrière et des flottilles de torpilleurs, dragueurs de mines, etc., était la suivante :
- Cuirassés- anglais.
- Queen-Elizabeth..................... 27 500 t.
- Agamemnon, Lord-Nelson.............. 16 500
- Irrésistible...................... 15000
- Majestic, Prince-George. ..... 14 900
- C or nival is....................... 14 000
- Albion, Canopus, Océan, Vengeance. 12 950
- Inflexible.......................... 17 250
- Swiflsare. Triumph ....... Il 800
- Cuirassés français.
- Suffren. . . . 12 500
- Bouvet............................. 12 000
- Charlemagne, Gaulois.................11 100
- Croiseurs anglais.
- Dublin............................ . 5 400
- Amethyst, Sapphire ....... 3 000
- Croiseur russe.
- Askold............................ . 5 900
- En tout 18 cuirassés et croiseurs cuirassés, avec
- quatre croiseurs protégés donnant un déplacement total de 272 000 t. Les cuirassés portaient huit canons de 380 mm et soixante-huit canons de 305 mm.
- Deux divisions furent formées. La première, la plus nombreuse, où figuraient les quatre cuiràssés français, entra dans le détroit à huit heures du matin. La seconde, un peu moins forte, alla relever la première à deux heures.
- La première division acheva de réduire les forts qui tenaient encore en avant de la pointe Kephès, et fit sauter la poudrière de Tchanak-Kalési ; elle prit ensuite vigoureusement à partie le fort et les batteries de Nagara. Les événements ne semblaient point prendre une tournure défavorable, bien que plusieurs cuirassés fussent endommagés, au moment où s’opéra la relève.
- A deux heures, comme le Bouvet virait de bord pour sortir du détroit en cédant son poste à un nouvel arrivant, il reçut par le travers une mine dérivante qui descendait au fil du courant. S’inclinant sous le poids de l’eau qui envahissait ses fonds du côté aLteint, il rencontra, vers 30°, une position d’équilibre instable et disparut soudainement.
- Le Gaulois était, à la même heure, frôlé à bâbord, dans la région de l’avant, par une autre mine, laquelle n’explosa qu’à quelque distance du navire. Le bordé fut embouti sur une longueur de 8 m. et s’ouvrit à la ligne de jonction avec la lisse tablette. Désemparé et plongeant de l’avant, le Gaulois, en manœuvrant avec une extrême prudence, parvint à sortir des Dardanelles et alla s’échouer sur la plage de l’ile Mavrea. La visite révéla une seconde avarie du même genre, mais beaucoup moins grave, dans la région centrale : embouti du bordé de carène, fente le long de la lisse tablette. La seconde avarie était l’œuvre d’un projectile, dont quelques éclats furent trouvés à bord. Le Gaulois se répara provisoirement à Mavrea en bouchant ses brèches avec du bois, de l’étoupe et du suif, et put ainsi reprendre la mer.
- Le Suffren avait des avaries sérieuses. Il regagna, avec le Gaulois, l’arsenal de Toulon où les deux bâtiments furent remis en état.
- La deuxième division, à son tour, perdit dans la soirée deux cuirassés, YOcean et Y Irrésistible. Le second, mortellement frappé à 4 h. 9 m., resta à flot jusqu’à 5 h. 50 m.
- La pointe Kephès n’avait pas été dépassée.
- Le seul résultat de l’attaque, si courageusement
- Fig. i3. — Le Bouvet, cotipe au maître.
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- poussée jusqu’à la dernière limite, après laquelle le courage serait devenu témérité, fut d'éclairer l’ennemi sur la gravité de sa situation, de lui faire accumuler les troupes et hâter l’organisation défensive qui allaient rendre inexpugnables par terre les hauteurs de la presqu’île de Gallipoli.
- Les événements qui se succédèrent à partir du commencement de mai sont du domaine de la guerre terrestre. La flotte y participa en protégeant le transport des troupes, en assurant leur ravitaillement, en appuyant de son feu les assauts livrés par les contingents australiens ou Néo-Zélandais et par nos bataillons de marsouins.
- Le cuirassé anglais Goliath soutenait de son artillerie le liane gauche de la division française, lorsqu’il fut coulé le 23 mai par une torpille lancée par un torpilleur turc. Les pertes du 18 mars avaient été comblées par l’arrivée du Henri / V, celle du cuirassé anglais Implacable et surtout celle des nouveaux mo-nitors anglais, qui firent là leurs premières armes.
- La malheureuse entreprise des Dardanelles s’est close sur un succès de la marine, d’autant plus précieux qu’il n’a été payé d’aucune perte, le réem^ barquement du corps expéditionnaire, admirable-
- Dans la Baltique, la maîtrise de la mer appartient aux Allemands; mais ils ne pourraient en jouir entièrement qu’à la condition d’y consacrer une partie des grands cuirassés de 18 600 t. à 23000 t. qui sont le noyau de leur force. Le risque des accidents de mines et des torpillages de sous-marins est trop grand. Ils ne s’y décideront pas. Eu réalité ils disposent seulement de vingt bâtiments de 13000 t. à 10 500 t., classes Pommern, Braun-schweig, Mecklenburg et Kaiser.
- Aux cuirassés allemands de second rang, la
- Russie peut en opposer quatre de premier ordre, mais quatre seulement type Gan-gut, qu’elle est peu disposée à risquer dans une lutte trop inégale. La situation sera différente quand les quatre grands croiseurs de bataille type Boi'odino de 32000 t., armés de douze canons de 350 mm., entreront en ligne. Il est vraisemblable que les exigences des armées en canons et en munitions ont retardé l’achèvement de leurs moteurs et de leur artillerie. Après les Gangut et les Borodino, il ne reste, comme bâtiments disponibles, que cinq croiseurs cuirassés, dont le nouveau Rurik, de 15 000 t., est de beaucoup le plus puissant, tous construits depuis la guerre
- Fig-. 14. — Plan de /’Agamemnon {anglais).
- Fig. j5. — Plan du Ruriclc (russe).
- ment accompli, à la fin de 1915, sur la plage d’Anzac et dans la baie de Suvla.
- Les bombardements effectués par les navires alliés, anglais, français, italiens et russes contre les forts ou les casernes de Smyrne, de Dédéagatch, de Varna, et sur quelques autres points des côtes turques ou bulgares, ne sont à rappeler que pour mémoire.
- Les opérations navales en Baltique du commencement de juillet méritent au contraire l’attention. Elles se rattachent à la grande offensive tentée vers Pétrograd ; elles avaient par suite une grande importance aux yeux des Allemands. Il s’agissait, sans nul doute, d’assurer en toute sécurité, le ravitaillement partiel par mer, de l’armée d’invasion au nord de Riga. Il n’a presque rien été publié, d’ailleurs, au sujet des combats qui furent engagés et dés navires qui y prirent part; ce qu’il est possible d’en dire est donc quelque peu conjectural.
- japonaise, et le Gromoboï, vétéran de cette guerre
- La Russie ne manque ni de torpilleurs, ni de sous-marins, ni d’équipages exercés pour les conduire; mais les difficultés qui ont surgi dans la construction des moteurs a dû retarder l’entrée en service des modèles les plus récents et les plus puissants. Us seront sans doute à l’œuvre en 1916.
- L’activité navale dans la Baltique se manifesta le lrr juillet, par la rencontre, près de l’île suédoise de Gotland, des cinq croiseurs russes Rurik, Maka-roff, Bayan, Bogatyr, Oleg, avec une division allemande comprenant un croiseur cuirassé, peut-être le Roon, deux croiseurs de la classe Augsburg et d’autres petits bâtiments. Le mouilleur de mines allemand Albatros fut capturé. Un projectile russe égaré sur l’île amena un incident diplomatique avec la Suède.
- Le gros des forces, devant lequel la division russe dut ensuite reculer, était composé des cuirassés de
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- 13 000 t. des classes Braunschweig et Pommern (fig. 11). Le grand croiseur de bataille Moltke y avait été détaché, ce qui montre toute l’importance de l’expédition.
- Le Pommern fut coulé le 3 juillet par un sous-marin anglais. Le 8 les intentions allemandes sur Riga et le golfe de Riga commencèrent à se révéler.
- Le golfe de Riga forme une mer intérieure qui fournirait un théâtre de choix pour une grande bataille navale. Les fonds atteignent partout 30 à 40 m. et ne descendent guère au-dessous de 10 m. qu’à un mille du rivage. Aucun autre écueil que la petite île isolée de Runô. Au S.-E. la ville de Riga sur la Dwina, à 13 km. de la mer, reliée à Pétrograd par une voie ferrée; au N.-E., au fond
- russe. Ils n’avouèrent que la perte de deux dragueurs.
- Les jours suivants, il y eut quelques démonstrations sans importance contre l’île d’Aland et l’île d’Oesel. Ensuite, le dragage des mines ayant été convenablement accompli, les Allemands pénétrèrent le 16 juillet dans le golfe, se dirigèrent vers Pernov et y tentèrent le 19 et le 20, un débarquement de troupes, qui était le but de l’expédition, et pour lequel ils avaient amené de grands chalands spécialement construits à cette intention. L’échec fut complet. Les batteries de terre, secondées par le feu de la flottille, coulèrent les chalands, dont tous les passagers furent noyés ou pris, et obligèrent les navires à battre en retraite. On a parlé d’un croiseur et de huit torpilleurs détruits ou désemparés, d'un
- Fig. iô. — Le Moltke (allemand), coulé en août dans la Baltique.
- d’une baie, le port de Pernov, de défense facile, relié par un embranchement à la ligne de Pétrograd. Le golfe est fermé à l’ouest par la grande île d’Oesel; une passe unique, mais large et profonde, la passe Dirben, au sud l’Oesel, donne accès aux grands navires; les petits Sund, au N.-O., sont impraticables. Les Russes s’étaient gardés d’exposer leurs croiseurs à un embouteillage. Ils n’avaient laissé dans le golfe que des torpilleurs et des canonnières auxquels tous les Sund sont accessibles. Ils avaient fait une libérale distribution de mines dans la passe Dirben.
- Les Allemands firent, vers le 8 juillet, une tentative infructueuse pour franchir la passe Dirben. Ils coulèrent la petite canonnière russe Sivonch, de 875 t. qui avait détruit de son côté un de leurs torpilleurs. Ils eurent un croiseur et deux torpilleurs détruits par les mines, selon le communiqué
- croiseur auxiliaire coulé, d’un sous-marin trouvé échoué sur une plage. Une perte, celle-ci certaine et bien autrement grave, fut celle du Mollke torpille sur ces entrefaites dans la Baltique, où il croisait sans doute pour protéger l’expédition de Pernov.
- Le golfe de Riga a été évacué dès le 21 juillet au soir, et n’a pas revu d’Allemands depuis cette époque. L’arrêt définitif de l’invasion allemande au sud de la Dwina a supprimé toute raison d’être à une opération sur Pernov.
- Pour compléter, par d’autres récits de succès, l’histoire navale militaire en 1915, il faut mentionner l’occupation par les Anglais du port de ïïer-liertshohe en Nouvelle-Guinée, à laquelle participa le Montccilm, et celle des petits ports africains de Duala et de Corisco, avec la collaboration du Britix et de la Surprise. C’est la chute de l’empire colonial allemand, en attendant mieux.
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- Les combats entre navires de guerre ayant été rares en 1915, les opérations, de part et d’autre, ont été surtout dirigées contre le commerce de l’adversaire, blocus de l’Allemagne par les flottes anglaises et françaises, courses des sous-marins allemands. Nous employons, faute d’autres, les mots de blocus et de course, qui ne sont rigoureusement applicables ni l’un ni l’autre. Les sinistres exploits des sous-marins allemands, surtout, ne peuvent être en rien assimilés aux opérations dés croiseurs régies par la coutume, les conventions de La Haye et, à défaut des règles, par la morale universelle.
- Nous nous bornerons, dans ce chapitre, au simple exposé des actes accomplis de part et d’autre. L’état de la législation internationale antérieure, d’après laquelle doit être apprécié le degré de légalité de ces actes, sera rappelé dans le chapitre VI. La double connaissance des actes accomplis et des règles de droit positif les concernant permettra d’apprécier, dans leur origine, les discussions diplomatiques soulevées et l’espèce de guerre (ou de guérilla) de notes assez vives menée entre les puissances neutres, d’une part, et chacun des groupes de belligérants, d’autre part. Ces négociations auxquelles sera consacré le chapitre VII, sont d’un intérêt majeur; leur- résultat peut influer efficacement, sinon sur le résultat de la guerre, tout au moins sur sa durée.
- La mer a été fermée, dès le 3 août, aux navires de commerce allemands ; elle a naturellement continué à l’être. depuis lors. C’est la mise en sommeil, pour l'Allemagne, d’une de ses industries les plus florissantes, celle des transports maritimes et, par suite de la durée de la léthargie, la ruine assurée des célèbres compagnies de Hambourg et de Brême. La maîtrisé de la mer a rendu là un service .de sérieuse importance. La marine militaire ne pouvait pas faire davantage.
- L’Allemagne, en effet, par les singularités de sa situation géographique, est très facile à bloquer par mer; mais, par l’adjonction de circonstances juridiques encore plus singulières, elle est en mesure d’écarter, dans la guerre actuelle, les conséquences les plus redoutables du blocus, moyennant la connivence des neutres.
- La géographie nous montre, sur la mer du Nord, des ports allemands peu nombreux et rapprochés des côtes peu étendues. De plus, le blocus facile de ces ports ferme au commerce allemand les détroits du Danemark. Il est peu contestable, bien que cela ait été contesté, que la fermeture du Skagerrak constitue le blocus de Lubeck et de Danzig pour les arrivages de l’Atlantique, comme celle des Dardanelles bloque Constantinople pour les arrivages de la Méditerranée. La maîtrise de la mer du Nord laisse, à la vérité, la communication libre entre l’Allemagne et les pays Scandinaves, mais cela
- IV
- pour les produits de ces pays et non pour la contrebande de guerre, dite absolue, qui pourrait les traverser.
- D’autre part, la ceinture de pays neutres, dont l’Allemagne est entourée, met à sa disposition pour échapper au blocus, des ports de commerce de premier ordre, comme Rotterdam, pour ses importations et ses exportations. Toutes les cargaisons y sont protégées par la règle fondamentale de 1856 :
- « Le pavillon neutre couvre la marchandise ennemie à l’exception de la contrebande de guerre », à l’exception de la contrebande absolue seulement, quand la destination du navire est un port neutre.
- Le respect scrupuleux des conventions internationales, auquel l’Angleterre et la France se regardaient comme tenues, en raison même de leur rôle de champions du droit, rendait, dans ces conditions, leur maîtrise de la mer inopérante contre le commerce allemand par suite d’un acte d’imprévoyance antérieur à la guerre.
- Une conférence navale réunie à Londres avait abouti à une déclaration, en date du 27 février 1909, qui, entre autres compléments aux conventions de La Haye, contient les listes des matières et objets qualifiés contrebande de guerre. Les auteurs de cette déclaration sembleraient avoir ignoré que la poudre de guerre actuelle n’est pas une mixture de salpêtre, de soufre et de charbon suivant l’antique formule venue de Chine. Le coton n’y figure pas, même à titre de contrebande conditionnelle, ni les nitrates qui servent à sa transformation en nitro-cellulose, ni bien d’autres objets nécessaires à la fabrication du matériel de guerre, des uniformes, etc.... La France, à la vérité, n’avait point adhéré à cette déclaration; elle lui donna s.a ratification, dans la surprise d’août 1914 et l’incohérence des premières mesures de guerre.
- Au début de 1915, l’Allemagne jouissait donc, comme en 1914, de la liberté de la mer sous le couvert du pavillon neutre. Une situation si favorable pour elle ne satisfaisait pas moins bien les intérêts de ceux qui la ravitaillaient en coton, en glycérine, en caoutchouc, etc., et des négociants qui se faisaient ses intermédiaires, là où elle n’avait pas déjà des représentants. Ses stocks de prévoyance ont dû être augmentés, aussitôt après l’échec brusque de l’offensive sur Paris, puis sur Dunkerque et Calais. Aucune plainte ne s’élevait relativement à la liberté des mers.
- La déclaration du 1er février, par laquelle l’Allemagne proclama sa résolution de faire torpiller par les sous-marins, à partir du 16 février, les navires de commerce ennemis et éventuellement les neutres, dans une zone qu’elle déterminait arbitrairement et qu’elle a prolongée sans limites, fournit une occasion inespérée de sortir d’une situation sans issue.
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- La menace allemande était futile, puisque les sous-marins allemands torpillaient déjà depuis longtemps et avec acharnement. Une déclaration en appelle une autre. La réplique vint le 1er mars.
- Par la déclaration conjointe du 1er mars, l’Angleterre et la France annoncèrent qu’elles se jugeaient libres d’arrêter tout navire portant des marchandises présumées de destination, propriété ou py'ovenance ennemies. Le caractère de représailles était caractérisé par la promesse de respecter la vie des équipages et des passagers. Une promesse aussi inutile de la part des alliés ne pouvait avoir d’autre objet que de marquer un contraste. Force exécutoire fut donnée à la déclaration, par un Order in Council en Angleterre, par le décret du 15 mars en France.,
- La déclaration allemande du 1er février et la réplique du 1er mars ouvrirent l’ère des échanges de notes entre les belligérants et les neutres, dont il sera question au chapitre Y IL Ni l’une ni l’autre des deux déclarations ne reçut l’adhésion des pays neutres. A en juger par le peu de pièces connues, celles qui émanent du Secrétariat d’Etat de Washington, les protestations du début, en faveur de la liberté des mers, furent presque également vives contre la visite avec saisie et contre la destruction. Nul appel n’apparut, aux règles de loyauté, raison, justice, humanité, jusqu’au jour où fut englouti le Lusi-tania. L’opposition ainsi manifestée par les pays neutres, qui n’arrêta aucun sous-marin allemand, gêna beaucoup l’action des croisières anglaises et françaises. Il faut bien dire que la plainte d’un équipage coulé avec son navire est aussi brève que déchirante, tandis que la gêne produite par la visite d’un croiseur est suivie de plaintes prolongées. De même le propriétaire d’un navire coulé sait que son navire ne lui sera jamais rendu ; il ne se p'aint donc que pour la forme; il en est autrement de celui qui espère rentrer en possession de son bien.
- Les meures prises en exécution de Y Order in Council et du décret du 15 mars ne restèrent probablement pas sans résultat, car la rareté du cuivre commença à se manifester ; elles furent du moins très peu efficaces. Quand la presse allemande dénonçait l’atrocité anglaise affamant la masse innocente de la population civile, ce n’était, au printemps et en été 1915, que l’exécution d’une consigne visant à masquer les atrocités allemandes. Peut-être le rationnement imposé de bonne heure par le gouvernement ne fut-il d’abord lui-même qu’une mesure d’économie très rigoureuse, faisant converger les ressources financières du pays vers les besoins de la préparation militaire. Le ravitaillement était certainement peu entravé et les stocks de guerre n’étaient guère menacés de diminution. On a parlé de 600Q0 balles de coton, qui, dans les docks de Brême, attendaient leur destination militaire ou civile.-
- La capture du Dacia, le 1er mai 1915, est moins un signe de la réalité du blocus qu’un témoignage j
- de l’audace avec laquelle certains Germano-Américains se riaient de sa menace. Ce cargo allemand, dénationalisé par une vente fictive, prit ostensiblement une cargaison de colon et partit de New-York en avril,, à destination de Hambourg. Il fut capturé le 1er mai par un croiseur français ; ses 11 000 balles de coton furent mises en adjudication au Havre à la tin de juillet. Le Lusilania avait été détruit dans l’intervalle. Aucune protestation en faveur de la liberté des mers ne s’éleva au sujet du Dacia.
- Vers les premiers jours d’octobre, les navires de croisière eurent des instructions plus sévères. Leur action se manifesta bientôt par le mécontentement grandissant des populations allemandes, que la médiocrité - des récoltes exposait à de véritables souffrances. Ce n’était pas encore cependant le blo-, eus véritable. L’Angleterre et la France ne parvenaient pas à faire accepter en Amérique la légalité de VOrder in Council anglais et du dé. ret français. Un effort infructueux fut fait à cet effet par une nouvelle déclaration conjointe, en date du 1er octobre, qui donnait des listes détaillées de la contrebande de guerre absolue et conditionnelle. Le coton était classé cette fois, avec les nitrates, comme contrebande absolue, la glycérine comme simple contrebande conditionnelle. Les listes sont longues. Il leur a été reproché d’être encore incompletes^ Le strict blocus appliqué à une seule matière eut cependant suffi, s’il avait pu être appliqué en 1914, à terminer la guerre en 1915. ;
- A la même date d’octobre, les sous-marins anglais, entrés en force dans la Baltique, avec les ports russes comme base navale, y soumirent les ports allemands à un blocus très effectif, que la guerre des sous-marins allemands rendait suffisamment légitime. Un double résultat était obtenu. Matériellement les communications par mer avec la Suède étaient coupées. Moralement la thèse, suivant laquelle le transit de là contrebande absolue par voyage conlinu à travers la Suède eut été licite, devenait difficilement soutenable.
- Du 10 au 27 octobre, en Baltique, vingt-sept vapeurs allemands furent coulés, dont six porteurs de minerais de fer. Cinq autres furent détruits du 27 octobre au 6 novembre, et un sixième amené en Russie. Les équipages avaient tous été sauvés. En novembre, la chasse continua, donnant en moyenne neuf bâtiments par semaine, bien que la navigation fût très ralentie. Les vapeurs ne quittaient plus guère les ports. Le passage d’une nouvelle escadrille desous-marins anglais dans les détroits du Danemark a été signalé à la fin de novembre. Plus tard, la presse allemande affirma que les sous-marins étaient devenus inactifs dans la Baltique. Le trafic y avait probablement pris fin.
- Dans la mer du Nord, les croiseurs ont redoublé de vigilance. On peut se fier aux marins pour faire bon travail, à la condition qu’ils n’aient pas lej? mains liées. La diplomatie a la tâche difficile de j leur assurer la liberté d’action. Elle n’a pas failli
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- à ses devoirs. Il lui faut, à la fois, triompher de la diplomatie adverse et surmonter les répugnant es des neutres à renoncer à de très fructueuses sources de bénéfices commerciaux. C’est une oeuvre ardue, qui était en bonne voie presque partout à la fin de 1915.
- La guerre dirigée par les Allemands contre le commerce est infiniment plus simple que les opérations complexes des croisières ou des blocus, et celles de la diplomatie. Les scrupules en sont bannis. Les problèmes de droit posés par la diversité des cargaisons et les distinctions entre catégories de contrebande de guerre sont résolus à coups de torpilles.
- nombre de chalutiers de pêche et autres bâtiments de faible tonnage.
- Pour les paquebots à voyageurs et cargos long-. courriers, la revue anglaise, Land and Water, à laquelle il faut souvent se reporter, a publié, dans son numéro du 6 novembre dernier, un graphique intéressant. -On y trouve pour chaque mois, de janvier à octobre 1915, le nombre moyen des pertes totales de navires par semaine. La figure 18 reproduit ce graphique complété pour les mois de novembre et de décembre. La courbe représente l’allure générale suivie par les destructions.
- Sur la figure 18, on reconnaît que la moyenne
- Fig. — Paquebot sur le point de sombrer. Vue de l’arrière.
- Les résultats obtenus sont établis avec précision ; ils se chiffrent, au jour le jour, par un quantum de navires coulés et de vies de non - combattants sacrifiées. Le nom seul de la prouesse reste mal déterminé. Nous l’appelons guerre. Le mot est impropre. Guerre est un nom honorable. Faut-il dire Krieg, Kriche, Krise. C’est bien une Krise, la grande Krise sans précédents, qui ne se renouvellera pas, qui ne s’oubliera jamais.
- Le nombre total des navires coulés en 250 jours, du début officiel des destructions, le 19 février 1915, à la fin d’octobre, y compris les destructions dues aux mines marines, a‘ été de 432, dont 294 navires anglais, 44 français ou autres alliés et 94 neutres, soit au total une moyenne de 12 par semaine. Dans ce chiffre, doivent figurer un certain
- générale est notablement inférieure à 12 ; elle est même inférieure à 9,4, ordonnée d’une ligne horizontale qui correspond au nombre moyen de navires de commerce anglais, capturés jadis par nos corsaires en 1092 semaines, de l’année 1793 à 1814.
- La destruction hebdomadaire a oscillé extraordinairement, variant de 2 à 16. Elle est de 5 seulement en janvier. Elle s’élève graduellement jusqu’au maximum de 16 en août; puis elle descend brusquement à 5 pendant le mois d’octobre, qui a même présenté une semaine favorisée du chiffre 2. La chute de la courbe en septembre marque l’effet de la chasse active et fructueuse, faite à celle époque aux sous-marins, et celui de la répression sans merci d’un ravitaillement qui avait rendu très dangereuse l’entrée en Manche vers les Sorlingues. La
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- remontée en novembre est due à l’apparition des sous-marins dans la Méditerranée, et la descente qui a suivi, à l’emploi des mêmes procédés, qui avaient réussi sur les côtes d’Angleterre et de France. La convention avec la Grèce qui nous a donné des droits de police sur les ravitailleurs, était particulièrement nécessaire.
- La répartition des pertes est la suivante, dans les deux périodes les plus néfastes, qui ont donné, des pertes
- journalières, l’une de 2,8, l’autre de 1,8.
- En 57 jours, du 15 juillet au 20 août, 75 navires :
- Janvier: .$5 ? 3 Avril. $ Juin. JuJ/et. Août. Septembre Octobre Novembre Décembre Janvier
- 16
- !\ : 13 ! ® *10 L,/Sl_ 11 ® 12 SjO - A
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- 3, 2
- Fig. 18. — Courbe des destructions en içi5.
- Anglais .... 34 Norvégiens. . .
- Français. ... 8 Suédois ....
- Neutres. ... 33 Danois............
- 75 Espagnols. . . . États-Unis . . . Total des neutres
- 19
- 7
- 4
- 2
- 1
- 33
- En 30 jours, pendant novembre, 54 bâtiments, savoir :
- Dans En
- l’Atlantique. Méditerranée.
- xânglais...................
- Français et autres alliés. Neutres ...................
- 20
- 1
- 8
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- 8
- 16
- 0
- "24
- On peut trouver de légères divergences dans les chiffres provenant de sources diverses. Un total exact des pertes, depuis le commencement de la guerre, a été publié à la fin de 1915 par la Société des affréteurs de Liverpool. 11 s’élève à 445 navires, dont 251 pour l’Angleterre seule.
- En regard de ces chiffres, il suffit de placer le nombre des vapeurs en service, qui est de 8000 en Angleterre, pour reconnaître que la guerre allemande au commerce n’est qu’un massacre sans portée, sans grande influence sur la hausse des frets actuelle, due aux réquisitions militaires.
- Le massacre, pour inutile qu’il soit, est cruel. Le Lusitania a pris, avec 1547 victimes, le record des grandes catastrophes maritimes, que le Titanic tenait avec 1500. De même que le bloc de glace du Titanic, le sous-marin du Lusitania a frappé à mort sans avertir. C’était la consigne.
- De toutes ces destructions, illégitimes contre la propriété privée, criminelles contre la vie des non-combattants, un résultat pratique subsiste, que leurs auteurs auraient pu prévoir. C’est d’avoir’ ouvert, à l’Angleterre et à la France, la possibilité
- d’opérer le resserrement graduel du blocus, qui vient d’être indiqué, qui a commencé à étreindre
- l’Allemagne en 1915, qui, à défaut de mieux, l’étouffera sûrement en 1916. Les fautes de l’ennemi sont les meilleures victoires.
- L’Allemagne avait trouvé des complaisances, des appuis inattendus, dans des pays où la neutralité de l’âme allait de pair avec celle de la diplomatie. Les méfaits, auxquels le Es ist nicht waïir ne pouvait être opposé, ont éclairé quelques consciences.
- Les anciens succès d’une diplomatie prévoyante, habile à amadouer ceux qu’elle savait capables de lui tenir tête, la vieille convention de droit maritime qui avait, dès 1828, lié les Etats-Unis à l’Allemagne en caressant leurs tendances libérales, les prévenances flatteuses du souverain, à qui ne peut être refusé un certain pouvoir de séduction, l’accumulation d’erreurs matérielles et d’assertions tendancieuses répandues partout par toute presse vénale, tout le fruit de la patiente préparation a la guerre a été perdu à la fois.
- Éa guerre des Allemands contre le commerce a peu à peu soulevé, comme à plaisir, les plus justes colères et les craintes les mieux fondées, traitant les neutres comme des ennemis, les blessant dans les intérêts les plus égoïstes, comme dans les sentiments les plus nobles. Hommes, femmes, enfants, les 188 Américains, dont un Vanderbilt, noyés sur le Lusitania ont crié et crient vengeance. Dans toutes les mers, la Suède comme l’Espagne, comme la Hollande, comme le Danemark, comme la Norvège, ont compté des victimes. Toutes les nations du monde en comptent et en compteront longtemps, même après la paix. Les mines que l’on découvre çà et là, déjoosées récemment sur les grand’routes de la mer, ne sont-elles pas tombées des sous-marins allemands aménagés à cet usage? 11 y a peu d’espoir que les précautions aient été prises pour les rendre inoffensives à courte échéance. Que dire des simples mines dérivantes, de durée illimitée, dont l’Allemagne sème la mer du Nord avec tant de libéralité, et dont les Norvégiens font dans leurs fiords une si copieuse récolte? Ou y a-t-il quelqu’un, hors d’Allemagne, qui puisse appeler cela la guerre?
- Ainsi, en finissant par dégoûter le dernier des neutres respirant encore dans le plus neutre des pays neutres, les sous-marins allemands avanceront peut-être l’heure de notre victoire. Leurs méfaits pèseront sûrement d’un, poids très lourd, dans le règlement de comptes final. E. Bertin,
- (A suivre.) Membre de l'Institut.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 2218.
- 1er AVRIL 1916.
- L/A GUERRE NAVALE EN 1915 >
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- Les sous-marins tiennent une telle place dans la guerre navale de 1915, qu’ils méritent bien d’avoir un chapitre à eux, donnant l’exposé de ce qu’ils sont, de ce qu’ils peuvent faire et de ce qu’ils ont à redoute r de leurs adversaires.
- Un mot d’abord au sujet du déboire que le rôle
- essais en 1905, l’étude s’est poursuivie régulière-" ment, confiée aux soins du service préparé à sa tâche par ses fonctions ordinaires concernant les navires de toutes catégories. On est passé d’un modèle à l’autre, par étapes régulières, pour arriver à des types d’une valeur très supérieure à celle des premiers. Quand
- <*• P
- Fig. iç. — Deux vapeurs norvégiens coulés par un sous-marin allemand sans avis préalable, bien qu’ils eussent peint, sur leurs bordages, l’indication de leur nationalité.
- relativement modeste de jios sous-marins a pu faire éprouver en France. Le public, en général, croyait à notre supériorité. Nous tenions en effet le premier rang pendant toute la fin du siècle dernier ; nous ne le tenions plus en 1914. Ce ne sont pas les moyens qui ont fait défaut; c’est la méthode et la direction. Après 1896, pendant près de quinze ans, tout ce qui concernait les sous-marins est resté livré aux caprices du personnel changeant de l’entourage ministériel. Alors furent inventées les distinctions de sous-marins offensifs et défensifs, de sous-marins et de submersibles ; l’impéritie s’aggravait de désordre. En Angleterre, après le premier essai d’un sous-marin en 1903, en Allemagne, après les premiers 1. Vov. La Nature, n° 2217 du 25 mars 1916.
- nous avons reconnu notre erreur, notre retard était trop grand, surtout pour la construction des moteurs appropriés, dont nous avions abandonné l’étude après une seule tenlative en 1901. Le temps a manqué, pour regagner le temps perdu avant l’échéance d’août 1914. Nous possédons un assez grand nombre de sous-marins très utilisables; quelques-uns sont même très bons ; ils ne le cèdent en rien à ceux d’aucune marine, mais ils sont peu nombreux et n’entrent en ligne que tardivement. Les équipages sont excellents et imbus des meilleures traditions.
- Tout le monde sait à peu près ce qu’est un sous-marin : « Un torpilleur capable de plonger au moment de l’attaque ». C’est la définition qui a ins-
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- pire le programme de 1896. Il faut voir ce que coûte cette précieuse faculté de pouvoir plonger. Pour cela, le plus simple est de comparer les grands sous-marins avec les grands torpilleurs. Les uns et les autres déplacent actuellement 1000 t. environ.
- Actuellement, le grand torpilleur file 55 nœuds à toute vitesse et porte cent tonnes d’armement militaire, torpilles et artillerie.
- Sur le grand sous-marin de 1000 t. en surface, l’ambition suprême de 1912, non réalisée encore en 1914, était limitée à 20 nœuds de vitesse maxima en surface, avec une trentaine de tonnes pour torpilles et petite artillerie.
- La distance franchissable est la même pour les deux bâtiments :.un millier de milles à vingt nœuds, difficilement 1200 milles, soit environ cinquante heures de marche et un rayon d’action de 300 à 400 milles à peine, autour de la base de ravitaillement. Le défaut de distance franchissable est la pierre d’achoppement de tous les bâtiments de flottille.
- Ainsi la faculté de plonger coûte 15 nœuds de vitesse au moins et 70 t. d’armement. Ce n’est pas d’ailleurs la payer trop cher. .
- La surcharge du sous-marin provient du poids de la coque, construite pour supporter une pression de trente mètres d’eau avec toute sécurité, et surtout du poids énorme des accumulateurs électriques par kilowatt-heure comparé au poids du combustible par cheval-heure. Le poids de la coque croît moins vite, en fonctions du déplacement que sur les navires de surface. Les sous-marins sont donc, de toutes les classes de navires, celle qui gagne le plus à grandir.
- La vitesse actuelle en plongée ne dépasse pas dix nœuds avec une distance franchissable de trente milles. A demi vitesse, la distance franchissable est multipliée par plus de quatre, et la durée de plongée par plus de huit. Les prouesses accomplies par de grands sous-marins dans la mer de Marmara, ont exigé des séjours sous l’eau dépassant parfois trente heures. Un sous-marin italien, de dimensions moindres, a très involontairement accompli un exploit du même genre à la suite d’une avarie; lorsqu’il est remonté à la surface, après trente heures passées sur le fond, un homme de l’équipage était asphyxié.
- En surface, les sous-marins ne peuvent s'approcher des bâtiments de guerre à portée de canon. En plongée, ils ne peuvent en atteindre aucun à la course. Leur intervention, sur un champ de bataille ou des escadres évolueraient à vingt nœuds de vitesse au moins, est très problématique. Ils peuvent surprendre un navire de guerre croisant à faible vitesse; leur menace impose, surtout la nuit, des traversées rapides. Ils peuvent surtout surprendre etiouler les navires au mouillage; le filet Bullivant n’y protège point contre leur attaque.
- La menace du sous marin, qui est vraiment redoutable, et à laquelle il faut bien se résigner, est celle qui est dirigée contre les navires de commerce, lorsque ceux-ci sont dépourvus de toute artillerie.
- Parmi les paquebots et cargos qui sillonnent les mers, le nombre de ceux qui dépassent la vitesse de 18 n. n’atteint pas la proportion de 2 pour 100. Les paquebots à voyageurs, qui filent 20 n. et plus, ont de grandes chances d’échapper, de jour surtout, lorsqu’ils surveillent attentivement la redoutable apparition d’un périscope. Il leur suffit alors de s’éloigner à toute vitesse, en décrivant des zigzags répétés, aussi longtemps que la distance de l’ennemi rend possible l’envoi d’une torpille (fig. 20).
- Les cargos, qui filent 14 n., 12 n. ou même moins, sont à la merci du sous-marin. Celui-ci, s’approchant en surface, ne se donne point la peine de les torpiller. Les petits canons sont une arme plus économique. Ce n’est point, comme on l’avait cru, pour la défense contre l’aéroplane, que les canons ont été mis à bord en Allemagne. Un moyen de destruction encore plus sûr consiste à aller placer, dans les fonds du bâtiment condamné, quelques bombes disposées pour faire explosion après un nombre déterminé de minutes, que l’on nomme bombes horaires.
- Voyons maintenant les moyens de défense contre les, sous-marins, c’est-à-dire les moyens de les détruire. Tous ceux qui ont été essayés avec succès ne sont pas connus, mais tous se classent sous deux rubriques bien distinctes : défense fixe, et chasse à outrance.
- Le barrage fixe, constitué principalement par des filets et des mines ou chapelets de mines, menace surtout le sous-marin en plongée. Le filet a suffi à rendre infranchissable l’entrée des rades de Pola et de Cattaro ; une portière mobile permet de donner passage aux navires amis. En 1914, le Curie audacieusement lancé dans le sillage d’un bâtiment autrichien qui rentrait à Pola, a trouvé la portière refermée et s’est pris dans le filet. Le Mariolte semble avoir eu le même sort en 1915 à Cattaro. Le Joule dans les Dardanelles a dû être détruit par une mine.
- Pour les sous-marins allemands, l’année 1915 s’est ouverte par la perte du YU-16, dont on n’a retrouvé qu’une bouée de sauvetage échouée sur la plage de Dunkerque; cette épave indiquait la destruction par une mine. Le premier des grands sous-marins de 80 m. de longueur et 800 t. de déplacement a été pris dans une « trappe » anglaise, quinze jours après son lancement à Stettin ; sorti très avarié de son piège à loups, il a été sauvé par les Hollandais et désarmé dans l’île de Terschelling. Les pertes infligées aux Allemands, depuis le début de la guerre, par les défenses fixes, ont été évaluées à vingt-sept sous-marins vers la fin octobre. La vérification est plus que difficile.
- La destruction, à la suite d’une poursuite qui est la plus passionnante des chasses au gros gibier, menace presque exclusivement le sous-marin en surface. Le canon est l'arme efficace par excellence, mais il y faut de la promptitude et de la précision, car un soüs-marin, quand ses . accumulateurs sont
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- chargés, peut disparaître en deux minutes. Le sous-marin surpris, quand il commence à charger ses A Q, est une proie assurée pour un torpilleur. Le Monge et le Fresnel semblent avoir été capturés ainsi dans l’ Adriatique (*), le Saphir et la Turgvoise dans les Dardanelles. Le U-13 anglais a été canonné en surface. Il était échoué sur une île danoise ; il a fallu l’intervention d’un torpilleur danois pour protéger à la fois, la vie des naufragés et la neutralité de l'île.
- Dans la Manche, nos torpilleurs de barrage ont canonné trois sous-marins, allemands le 25, le 24 février et le 4 mars, le dernier a été touché par
- régions. En Adriatique, le Bisson a coulé le tf-3 autrichien. Le U-i2 allemand a été détruit dans la même mer. A la fin de décembre, deux torpilleurs, l’un anglais, l’autre français, ramenaient à Malte un sous-marin autrichien capturé.
- Les torpilleurs n’auraient pas suffi. Tout ce qu’il a été possible de réunir en 1915 de petits bâtiments capables de porter du canon, yachts à vapeur, granls chalutiers, remorqueurs ou petits cargos, sans oublier les antisubma> ine motor-boats construits à Boston et expédiés en dépit des protestations allemandes, tout a été armé dans nos ports;
- trois projectiles avant de disparaître. Le même jour, un torpilleur anglais coulait le U-8 devant Douvres, faisant l’équipage prisonnier. En vrai Anglais de vieille roche, l’amiral Lord Charles Beresford a proposé, à cette occasion, la mise en jugement des équipages de sous-marins. La thèse, est juridiquement défendable. En fait, la poursuite serait inopérante, le juge n’ayant devant lui que des comparses et non les vrais coupables.
- Plus tard la combinaison des barrages mobiles et des torpilleurs de veille a été fructueuse; puis, les sous-marins abandonnant pour un temps la Manche, la chasse s’est transportée à leur suite vers d’autres
- i. La cause purement accidentelle de la perle du Monge a été révélée au public en mars 1910, avec l'acte héroïque de son commandant, Roland Morillot, qui, refusant de survivre à son navire, nous a privés d’un excellent officier.
- tout patrouille partout où il y a chance de voir un périscope surgir de l’eau. Tout cela fait du bon travail. En mai, deux chalutiers armés, qui se faisaient précéder d’un bateau inoffensif,- ont coulé le sous-marin attiré par l’appât. En décembre, dans la Méditerranée, deux sous-matins allemands ou autrichiens ont attaqué au canon un chalutier qu’ils ne devinaient pas armé ; il en est résulté un combat d’une heure, d’où le chalutier est sorti indemne ; les torpilleurs étaient peut-être en moins bon état, quand ils ont plongé.
- Le canon n’est pas là seule arme. Pas plus que l’aéroplane ne s’élève, le sous-marin ne descend subitement. Pendant les premières minutes de sa plongée, il redoute l’étrave d’un assaillant. Les torpilleurs ont donné quelques coups d’éperon bien placés, tel celui de YAriel, dont la victime, après
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- avoir reparu un instant à la surface, a coulé si vite qu’il n’a été possible de sauver que dix hommes de l’équipage. En novembre, un autre torpilleur anglais a frappé un peu moins brutalement le U-18; le sous-marin a lutté quelque temps contre l’eau qui l’envahissait après sa plongée, puis a été forcé de revenir en surface ; tout l’équipage a été sauvé et capturé. En décembre, un torpilleur italien a donné si rudement de sa quille qu’il a jugé le choc capable d’avoir ouvert en deux le sous-marin; celui-ci n’a pas donné de ses nouvelles. - Le coup d’éperon produit en général la destruction foudroyante. Tel a été sans doute le cas, dans quelques attaques exécutées par des torpilleurs français, dont le résultat est resté incertain. L’étrave est une arme que tout navire possède. A deux reprises le vapeur de commerce attaqué, dépourvu d’artillerie, l’a bravement prouvé à l’agresseur. Le 28 février, le Thoraclis fut pris pour cible à l’improviste, par un sous-marin en plongée, dont il n’a jamais connu le numéro, ni rien vu de plus que le périscope. Sans attendre la seconde torpille, il gouverna sur le périscope si habilement que le sous-marin ne reparut jamais. En août, le Baralong fit mieux encore ; apercevant un sous-marin qui menaçait le Nycosian, autre paquebot anglais, il ne balança pas à secourir son compatriote; il écrasa le sous-marin sous* son étrave, sans aucun avertissement préalable. On se rappelle la protestation publique du chancelier de l’empire allemand, contre le procédé inhumain du paquebot à l’égard du sous-marin, et la réplique de sir Edward Grey. On sait aussi de quel côté furent les rieurs.
- Les destructions en cours de chasse, au canon ou à l’éperon, sont moins mystérieuses que l’œuvre des défenses fixes. Leur nombre a été évalué à 1 6, avec plus de chance d’exactitude que pour les 27 attribuées à la même époque aux mines, filets et autres engins placés à demeure. Dans le nombre de 16, ne figurent pas les trois derniers sous-marins détruits en 1915 en Méditerranée.
- L’aéroplane, qui a le privilège d’apercevoir les sous-marins en plongée, qui a donné ainsi prétexte à armer les sous-marins de canons, mais non d’obu-siers, n’en a détruit que deux en tout, l’un en septembre, l’autre en novembre 1915. Il faut garder les noms des aviateurs, le commander Bigsworth dans le premier cas, le pilote Vinay anglais et le bombardier français de Sinçay, tous deux lieutenants de vaisseau, dans le second cas. Découvrir un sous-inarin quand on ne sonde la mer que dans un cône de 20° d’angle total au sommet n’est pas facile. L’atteindre avec une bombe, en planant à la vitesse des aéroplanes, est un exploit de merveilleuse adresse.
- Une dernière source de dangers pour les sous-marins est celle qu’ils portent en eux-mêmes. Ce sont tous les dangers de la navigation sous-marine, avaries de moteurs, avaries de soupapes, etc., simples accidents sur un navire ordinaire, causes irrémé-.
- diables de catastrophes sur un sous-marin. Il faut compter aussi les erreurs de route qu’un marin ne commet pas sur la passerelle, devant la chambre des cartes, et qui sont excusables, quand il n’a que le périscope pour prendre des relèvements. Nous avons vu le cas d’un sous-marin anglais échoué sur une île danoise; c’était une erreur de route. Le cas d’avarie de machine s’est rencontré sur un sous-marin allemand parti d’Emden le 24 mai, dont l’équipage a été tué par une explosion intérieure, près de l’île Borkum. Le commandant et deux hommes, qui se trouvaient dans le kiosque, ont seuls été sauvés. Le mystère plane sur les sous-marins qu’on n’a jamais revus. Un hasard singulier a conduit à deux reprises les scaphandriers sur des épaves de sous-marins allemands insoupçonnées. Ce fut la première fois en Danemark, où l’on visitait la carène d’un vapeur, le Ludwig échoué, apparemment échoué sur le sous-marin lui-même. La seconde fois, ce fut en Italie; en cherchant la coque d’un sous-marin italien perdu, on trouva près d’elle celle d’un sous-marin autrichien. Peut-être, dans le second cas, était-on en présence d’un sous-marin avarié au cours d’un combat contre un torpilleur italien.
- Voilà bien des sous-marins allemands détruits. De divers côtés, même en pays neutre, on s’est demandé quel peut en être le nombre total. Ce nombre, en octobre 1915, était fixé entre 50 et 60, depuis le commencement de la guerre, par un statisticien américain de Washington, se basant sur une « authoritalive information in possession of ihe administration ». Ce chiffre semble un peu élevé, non parce qu’il dépasse le total des nombres très incertains donnés plus haut, mais qu’il est peu en proportion avec le nombre des sous-marins dont l’Allemagne a pu disposer en 1915.
- Le programme de la flotte allemande future comportait avant la guerre 72 sous-marins, dont 30 étaient terminés et essayés le 1er août 1914, mais dont 7 étaient déjà déclassés avant cette date. Une douzaine pouvaient être en construction tant poulie compte de l’Autriche que pour celui de l’Allemagne, tous du dernier modèle U-25 à U-30 de 800 t.; d’autres du même modèle durent être mis en chantier, immédiatement après la déclaration de guerre de l’Angleterre; sept moteurs étaient déjà en main, pour la Bussie et la France. La construction et l’achèvement poussés fiévreusement, ont pu donner, après onze mois, le renfort d’une vingtaine de bateaux dont l’entrée en service est indiquée, en juillet et août 1915, par la recrudescence de la guerre du commerce (fig. 18) ; ils n’auraient pas fourni matière à la destruction de cinquante ou soixante unités.
- On a parlé aussi de l’apparition possible en 1916, de nouveaux sous-marins, d’un déplacement atteignant trois ou quatre fois celui des U-25, qui, en surface, accepteraient le combat d’artillerie contre les torpilleurs les mieux armés. La construc-
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- lion de tels bâtiments, préparation des plans comprise, demande plus d’un an. Elle indiquerait, si la rumeur se trouvait fondée, une singulière clairvoyance, de la part du gouvernement de Berlin, au sujet des conséquences de la nouvelle tactique à laquelle il s’est brusquement résigné, afin d’arrêler à l’Aisne, la poussée de l’armée française victorieuse sur la Marne.
- Il est possible qu’aux grands sous-marins de 800 t. * l’Allemagne en ait ajouté de plus petits, des
- que la menace de l’obus peruchonné en plongée. Pour lui, toute avarie d’œuvre-morte est redoutable, parce qu’elle le condamne, s’il flotte encore, à rester définitivement en surface.
- Le retard mis à armer les paquebots s’explique par des causes variées, d’abord par la difficulté de réunir le matériel et le personnel nécessaires, après qu’il a fallu armer tant de chasseurs de métier, sans doute aussi, dans quelque mesure, par le désir de ne pas ajouter de nouvelles complications
- Fig. 21. Le Falaba. Le sous-marin allemand qui vienl de lui lancer une torpille
- attend pour le voir couler.
- anciens modèles 17-8 à IM 6, qui lui font un service actif, et qu’il lui est possible de construire en six ou huit mois, moteurs compris. L’activité déployée sur l’Escaut à Iloboken et l’envoi vraisemblable par chemins de fer à travers l’Autriche de sous-marins démontés confirmeraient cette supposition. L’évaluation américaine des. pertes serait alors justifiable.
- L’armement en artillerie des bâtiments de commerce, fait en vue d’assurer leur sécurité, sans rien modifier de leur trafic pacifique sur leurs routes habituelles, n’a rien de commun avec la chasse aux sous-marins. Cette mesure est d’une efficacité certaine, parce que le sous-marin redoute le combat d’artillerie en surface, autant et plus
- aux difficultés diplomatiques avec les pays neutres, dont nous parlerons plus loin.
- Pour le public, il peut paraître aussi déraisonnable d’assimiler à une inscription sur la liste de la flotte de guerre, la simple installation d’une paire de canons de 100 mm. sur un paquebot, pour écarter les sous-marins, qu’il l’eut été jadis d’assimiler à l’tnrôlement dans l’armée du roi, la précaution du voyageur se munissant d’une paire de pistolets pour traverser la forêt de Bondy. Il fallait cependant compter avec l’interprétation littérale possible, certainement réclamée par l’Allemagne, de certaines règles relatives à la durée de séjour en port neutre permise à des navires de guerre belligérants. Nous avons eu, en France, la sagesse de laisser aux cir-
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- Fig. 22.
- Cuirassés de ligne français : Danton, Waldeck-Rousseau.
- constances le soin de. déterminer le délai, qui peut ainsi varier selon les cas. Un délai rigide de 24 heures a été imposé dans d’autres pays, particulièrement en Angleterre et en Amérique. Il a été vite reconnu d’ailleurs que les navires de commercé armés pour leur seule défense ne sont point en cause dans ce délai. Paquebots et cargos peuvent s’armer et s’arment, autant qu’ils peuvent trouver de canons et de pointeurs.
- Reste à mentionner le plus efficace de tous les moyens de protéger à la fois les navires de guerre et les navires de commerce, en entravant la naviga-
- tion sous-marine. C’est la suppression du ravitaillement clandestin des s-ous-marins, en mazout ou en essence. Il a été fait beaucoup à cet égard en 1915, sur tous les théâtres où s’est successivement étendue la guerre sous-marine, et, en- dernier lieu, dans la Méditerranée orientale. Le ralentissement de l’activité sous-marine contre les paquebots, un instant si redoutable à l’entrée du canal de Suez, a coïncidé avec l’exercice du droit de police que le gouvernement grec a bien voulu nous accorder sur les côtes du pays et dans les îles de l’archipel.
- VI
- La mer est internationale; donc le droit maritime est un droit international. Ceci ne serait pas de nature à effrayer les juristes, très habitués à tenir compte, dans les lois, du lieu où les actes s’accomplissent.
- De plus, sur mer, les actes s’accomplissent non entre des hommes, mais entre des navires. Or, si les hommes se présentent suivant une moyenne assez uniforme et à peu près constante, il en est tout autrement des navires; ceux-ci changent beaucoup et parfois très vite. Il est parfaitement injuste d’imposer à des navires des obligations qu’il leur est devenu impossible de remplir; il l’est aussi de leur donner dès droits dont ils ne pourraient plus se servir. Droits et obligations sont donc, de même que les navires, sujets à variations. Ceci complique la situation. Pour juger de la concordance, à un moment donné, entre l’état du Droit et .celui de l’Architecture navale, et pour prévoir les changements à introduire dans le Droit, en raison des progrès de la construction, certaines connaissances professionnelles sont nécessaires, dont on ne rencontrerait l’équivalent dans aucune autre branche des sciences juridiques.
- La guerre navale actuelle a particulièrement bien mis en lumière cette complication particulière au droit maritime. Elle a de plus donné à la solution des problèmes de droit, une importance sans précédent, une influence imprévue sur la conduite des opérations navales et, par suite, sur l’issue des conflits. Les événements de 1915 sont difficiles à expliquer et impossibles à comprendre, s’ils ne sont éclairés par une étude, au moins sommaire, de quelques questions spéciales de droit maritime.
- Deux droits d’abord, reconnus a priori :
- 1° Droit des neutres à user de la liberté de la mer ;
- 2° Droit d’un belligérant, qui est maître de la mer, à empêcher son adversaire d’user de cette liberté.
- Reste à fixer les limites du droit suivant :
- 5° Droit d’un belligérant maître de la mer à empêcher un neutre d’user de la liberté de la mer au profit de son adversaire.
- Les règles consacrées par l’usage, la déclaration de Paris de 1856 et les conventions de la Haye de 1899 et de 1907, au sujet de ces trois sortes de droits, sont les suivantes :
- La liberté de la mer au profit des neutres ne subit d’autres restrictions que celles imposées par les droits du belligérant maître de la mer. Il suffit donc d’étudier ces derniers.
- Tout d’abord, le belligérant maître de la mer en supprime l’usage à la navigation de son adversaire. Ses croiseurs militaires ont le droit de saisir en merles navires de l’ennemi, sans autre formalité que la visite à bord nécessaire pour constater la nationalité, si le bâtiment de commerce a arboré un pavillon neutre. La saisie ne comporte d’ailleurs point confiscation ; celle-ci n’est prononcée que plus tard, par le Conseil des prises qui décide, de la validité de la capture.
- La confiscation prononcée s’étend à la fois au navire et à la cargaison ennemie. Le respect de la propriété privée n’est pas reconnu jusqu’ici en droit maritime; il a cependant un défenseur puissant, le gouvernement des Etats-Unis, qui avait cherché à en faire introduire le principe dans la déclaration de Paris de 1856. Le dernier Congrès de la Haye s’est montré favorable, en 1909, à la thèse américaine, sans la faire toutefois figurer dans les conventions internationales qu’il a rédigées.
- Le respect dû à la vie humaine, sur les navires de commerce ennemis, n’a jamais fait l’objet d’une convention, parce qu’il n’était l’objet d’aucun -doute.
- La marchandise neutre, sur le navire ennemi, à l’exception de la contrebande de guerre, échappe à
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- Fig. 23. — Cuirassés de ligne français: Ernest-Renan, Jeanne d’Arc.
- la confiscation en vertu de la déclaration de 1856. „ Le tribunal des prises a donc à tenir compte des réclamations des commerçants neutres et à juger de leur validité. Comme une juridiction belligérante peut donner lieù à des soupçons de partialité, le deuxième • Congrès de la Haye avait apporté une amélioration importante, en décidant la création d’une Cour d’appel internationale jugeant en dernier ressort. La douzième Convention rédigée à cet effet n’a pas reçu les ratifications nécessaires. La Cour d’appel n’a pu être constituée.
- En déclarant la marchandise neutre inviolable sous pavillon ennemi, le Congrès de Paris avait implicitement prohibé la destruction en mer des navires de commerce ennemis. Cette prohibition n’a pas été respectée par les corsaires confédérés, tels VAlabama et le Sumter. La déclaration de 1856 ne les liait d’ailleurs en rien, car, de leur temps, les Etats-Unis n’y avaient donné aucune adhésion. Depuis lors, les Congrès de La Haye ont marqué leur intention d’étendre et non de restreindre les immunités du commerce neutre; mais ils n’ont explicitement prohibé la destruction en mer par aucun texte de leurs conventions.
- Passons maintenant aux droits-réciproques entre neutres et belligérants. Il faut distinguer le cas général, simple.maîtrise de la haute mtr, et le cas particulier où il y a blocus déclaré.
- Quand aucun blocus n’a été déclaré, les communications maritimes des neutres restent libres avec les ports des belligérants, sous la-réserve de n’y porter aucune contrebande de guerre quelconque, c’est-à-dire aucune matière utilisable pour des emplois militaires. La sanction est la saisie du navire lui-même, lorsque la contrebande forme une part importante de la cargaison; sinon, c’est la simple destruction ou la saisie de la contrebande.
- Les croiseurs belligérants arrêtent donc en mer les navires neutres; ils leur font subir une visite minutieuse, soumise à la seule condition d’être courtoise. C’est une restriction à la liberté des mers qui peut être gênante, mais à laquelle le commerce neutre loyal se prête de bonne grâce.
- Les conditions de la visite et le temps qu’elle exige, à défaut des motifs plus décisifs qui existent, suffiraient, cela va sans dire, à prohiber strictement l’emploi des sous-marins au rôle de croiseurs.
- La destruction des navires de commerce neutres, celle surtout de leurs équipages et de leurs passagers, avec ou sans contrebande de guerre à bord, n’a jamais pu être ni prévue, ni par suite prohibée.
- L’état du droit maritime, en ce qui concerne l’usage en haute mer, de la maîtrise de la mer, est donc assez simple. Tout se complique quand il y a blocus déclaré. Le commerce neutre peut, en effet,
- s’il persiste à garder ses relations avec le pays bloqué, en vue d’opérations lucratives, soit s’y rendre directement en forçant le blocus, soit y pénétrer par l’intermédiaire d’un autre neutre, en tournant ainsi le blocus.
- L’effet du blocus supposé effectif est de prohiber l’entrée, dans les pays bloqués et par les ports bloqués, de toute marchandise quelconque, contrebande de guerre ou non, sous la sanction de la saisie et de la confiscation du navire neutre qui, après avoir eu notification du blocus, cherche à le forcer. .Une prohibition aussi complète a le mérite, parmi d’autres, d’écarter toute difficulté d’interprétation. Reste à déterminer à quels caractères on peut reconnaître aujourd’hui qu’un blocus est effectif. Les sous-marins ne permettent plus aux navires de surface, de se tenir à courte distance des ports bloqués, ni même dans le voisinage des côtes dn pays bloqué. A moins d’accepter dans le blocus-l’emploi des sous-marins, ce qui exigerait quelques précisions nouvelles au sujet de la notification, et imposerait des risques vraiment excessifs aux for-ceurs de blocus, on ne voit guère qu’une solution possible. Ce serait d’admettre que la maîtrise de'la mer, absolue et indiscutable, permet de déclarer le blocus et de le constituer effectif.
- La facilité de tourner le blocus et d’en écarter les conséquences, en recourant à la complicité du commerce neutre dans un pays neutre voisin des ports bloqués, a été aperçue de bonne heure. Le voyage par étapes, comprenant le débarquement dans un port neutre, suivi d’un transit par terre, ou peut-être par une mer intérieure, a été indiqué comme illégal par les juristes du xvme siècle. La question n’a pas alors soulevé de grands débats, probablement parce que les communications par terre étaient incommodes. Elle a été présentée pour la première fois, avec insistance, au cours de la-guerre civile des Etats-Unis. Le gouvernement du Président Lincoln s’est opposé énergiquement ait transport par mer de toute marchandise provenant des États confédérés, ou présumée à leur destination en débarquant dans un port neutre. Cette inte r diction du voyage dit continu a été acceptée. L’Angleterre en particulier a permis la saisie des marchandises à destination de l’archipel des Bahama, quand elles ne répondaient pas aux besoins de ce petit archipel.
- Le voyage continu a alimenté en 1915 les usines de poudre sans fumée de l’Allemagne, tandis qu’il aurait seulement donné un peu d’or aux planteurs virginiens, en 1865. Il n’y avait pas, en 1863, de conventions de La Haye. L’Angleterre et la France, qui acceptaient le blocus de leurs filatures, n’avaient à formuler contre les confédérés aucun des griefs-
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- que les États-Unis formuleraient à bon droit contre ceux qui ont violé la neutralité de la Belgique, foulé aux pieds les conventions internationales de La Haye, inauguré des procédés de guerre navale inqualifiables. Nous avions quelque motif de compter sur l'active coopération du gouvernement de Washington pouncouper la route au voyage continu, dès^sa première étape, au départ des Etats-Unis.
- L’interdiction du voyage continu a été confirmée au Congrès de la Haye; le droit de saisie après visite par les croiseurs a été accordé en conséquence, mais avec restriction. Ce droit s’applique actuellement non* pas à toutes sortes de marchandises, non pas même à celles qui peuvent servir éventuellement à confectionner du matériel de guerre et que l’on nomme contrebande condition-
- dresser ces listes suivant leur propre appréciation, ensuite de justifier du bien fondé de leurs prétentions, devant les neutres auxquels ils ont à les faire accepter.
- Cette imprécision sur des points d’importance majeure, droit de destruction sur place des prises faites en haute mer, conditions du blocus effectif, liste des objets de contrebande de guerre auxquels le blocus interdit l’expédition par voyage continu, explique les hésitations des puissances maîtresses de la mer, à user de tous leurs droits en 1915.
- Les savants jurisconsultes qui ont rédigé les conventions de La Haye ont dû connaître, mieux que personne, les imperfections de leur œuvre. Peut-être tenaient-ils à se limiter à l’exposé des principes, comme faisait le préteur romain, et se proposaient-
- Fig. 24. — Flotte de transports anglais. Le steamer au milieu est un navire-hôpital avec une croix rouge sur son bordage.
- nelle, mais seulement à celles dont l’utilisation militaire peut être prouvée et que l’on nomme contrebande de guerre absolue. Aucune liste n’a été donnée, même à titre de simple indication, des matières qui doivent ou peuvent figurer sur la liste de ces deux genres de contrebande. C’est donc aux belligérants qu’incombe le soin, tout d’abord de
- ils de laisser aux juges, c’est-à-dire, aux puissances neutres d’aujourd’hui, le soin des applications.
- Une très grande perspicacité n’était en effet pas nécessaire pour interpréter, ni un grand courage pour parler ensuite clairement, et, sans même rompre la neutralité, pour aplanir toutes les difficultés’ d’ordre juridique.
- VII
- I
- Le droit international antérieur aux hostilités, fait autorité pendant toute la durée d’une guerre. Un belligérant ne peut le modifier ultérieurement, surtout vis-à-vis des neutres, au gré de ses intérêts particuliers.
- Ce principe a toujours été admis. Pouvait-il avoir conservé quelque force, après les violations allemandes des conventions de droit positif signées à La Haye, autant que des règles de l’humanité?
- Malheureusement il en est resté, tout au moins, les entraves indiquées plus haut pour ceux des belligérants qui, ayant pris en main la défense du droit, tenaient à être jusqu’au bout, sans reproche, comme ils avaient été sans peur.
- De plus, sur les points où les règles sont soit douteuses, soit incomplètes, et où les belligérants ont à établir leur manière d’interpréter les textes, leurs déclarations, qui ne lient qu’eux-
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- mêmes, doivent être de préférence antérieures à la guerre. Plus lard elles ne sont accueillies par les neutres qu’avec beaucoup plus de réserve. Il y a donc une préparation diplomatique à la guerre navale. Cette préparation faisait défaut de notre côté; elle allait même pour l’Angleterre, à contresens de ses intérêts. Ces exemples suivants en font foi.
- Au sujet des*croisicres et du droit de destruction en pleine mer des navires ennemis capturés, laissé si problématique en 1907 à La Haye, la déclaration de Londres de 1909 contient une disposition justifiant d’avance les procédés par lesquels YEmden, le Karlsruhe et autres écumeurs de mer ont prolongé leur croisière et multiplié leurs prises. C’était sans doute une concession arrachée au cours des
- tracée par la marche des événements, a été préférée dans l’espoir d’atteindre aussi sûrement le même résultat.
- La déclaration conjointe de l’Angleterre et de la France du 1er mars 1915 et les actes la rendant exécutoire, décret en France, or (1er in Council en Angleterre, qui ont inauguré la première utilisation de la maîtresse de la mer, constituent à cërtains égards plus qu’un blocus. C’est beaucoup moins qu’un blocus, si l’on tient compte des conséquences de la saisie des navires arrêtés. Il ne s’agit en effet nullement de confiscation. Les marchandises capturées et amenées en France en vertu du décret du 15 mars sont vendues, pour le prix en être consigné jusqu’àla paix, si elles appartiennent à un Alle-
- Fig. 25. — La flotte anglaise dans la mer Égée.
- conférences, consentie, comme bien d’autres, pour écarter la menace de guerre. La France en a fait de pires, quand elle consentait à un sacrifice de territoires congolais menaçant pour l’état belge. De pareils actes de faiblesse n’étaient propres qu’à exciter l’appétit teuton.
- En ce qui concerne plus particulièrement le blocus, nous avons vu au chapitre IV que les listes de contrebande de guerre, tant absolue que conditionnelle, données par la déclaration de Londres, suffisaient à rendre tout blocus illusoire.
- Une déclaration formelle de blocus faite en août 1914, accompagnée de listes nouvelles de contrebande de guerre, eût éclairci la situation. Si elle avait été acceptée partout, elle aurait diminué singulièrement la durée de la guerre. Elle n’a pas été faite, par respect pour les droits des neutres et pour la liberté des mers. Une méthode indirecte,
- mand; elles peuvent être immédiatement restituées au propriétaire, si elles appartiennent à un neutre. C’est un arrêt du commerce allemand répondant à la menace de destruction des paquebots anglais, français ou neutres, et, rien n’étant détruit, la porte est ouverte à toutes les tractations de circonstance.
- La notification, au commencement d’octobre 1915, des listes nouvelles de contrebande de guerre, soit absolue, soit conditionnelle, semble de nature à restreindre la portée de la déclaration du 1er mars, sur les points où les rigueurs du blocus légal étaient dépassées. Le . passage vers l’Allemagne ou hors d’Allemagne, par voyage continu à travers un pays neutre, n’est en effet prohibé par le blocus qu’à la contrebande absolue. Ici encore il peut y avoir matière à ententes. La législation française actuelle laisse toujours le dernier mot au pouvoir exécutif, en matière de prises maritimes.
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- Fig. 26. — Silhouettes de torpilleurs français.
- Tels sont les actes diplomatiques, déterminant les prétentions des puissances de l’Entente à user de leur maîtrise de la mer. Si l’on rapproche la date des nouvelles listes de contrebande de guerre, de celle du blocus établi par les sous-marins anglais devant les ports allemands de la Baltique, on peut conclure de leur coïncidence, que les Alliés ont prétendu, en octobre, établir le blocus effectif légal de toute l’Allemagne. Tous les ports allemands, sans exception, se sont en effet trouvés soumis, à cette date, à un blocus effectif, satisfaisant à la déclaration de Paris et devant en produire les conséquences.
- Il doit être entendu qu’en raison de l’intervention des sous-marins, le blocus ne peut plus, ipso facto, être établi qu’à longue distance. Emden, Hambourg, Brême, sont bloqués entre l’Ecosse et la Norvège; le même réseau de bloqueurs, qui opère contre eux, se trouve fermer la Baltique aux bâtiments venant de l’Atlantique à destination de Lubeck et de Danzig. Le blocus par les sous-marins ne servait, en Baltique, qu’à couper les communications maritimes entre l’Allemagne et les pays Scandinaves. Telle est du moins la doctrine généralement adoptée, en ce qui regarde les mers intérieures.
- Les réponses des “neutres à la déclaration du 1er mars et les notes subséquentes échangées entre les divers gouvernements sont le secret des chancelleries. Nous savons que le caractère de représailles, qui a inspiré la déclaration du 1er mars, n’a pas été accepté, comme justifiant la portée donnée à cette déclaration dans son application littérale. Le président Wilson, fidèle sur ce point, aux traditions américaines, a cru devoir se faire à cet égard, le défenseur de la liberté des mers, telle qu’elle est définie au chapitre VI qui précède. 11 est juste d’ailleurs de constater la parfaite modération des notes, qui ont exprimé le désaccord de ses vues avec celles des Alliés. Il a trouvé des accents tout différents, pour flétrir les destructions de paquebots auxquelles répond la déclaration du 1er mars. La guerre de notes au sujet du Lusitania, a été poursuivie à Washington avec une persévérance infatigable.
- La polémique de Washington a pourtant, dans sa netteté habituelle, présenté des fluctuations, parfois imprévues, dont l’une a appelé l’attention. Il s’agit d’une note de juillet, dans laquelle le Président a eu l’occasion de noter la destruction de deux petits vapeurs norvégiens, Venus et Wega, chargés de poissons. Les sous-marins s’étaient donné la peine de torpiller les deux bateaux, sans s’offrir le plaisir de noyer les équipages. Le Président a félicité l’Allemagne d’avoir montré que la mission de ses sous-marins n’est pas incompatible avec les exigences de
- l’humanité. Ce satisfecit est sans nul doute, pour les équipages épargnés seulement, non pour les bateaux détruits. Le défenseur de la liberté des mers aurait pu avoir un mot de blâme pour la destruction. Est-il excessif ici, de plaider devant lui la cause des propriétaires lésés de la Venus et de la Wega. Les Norvégiens, qui vivent de la mer et qui s’associent souvent à plusieurs pour l’achat d’un petit vapeur, sont rarement des milliardaires.
- Les causes des objections élevées par les neutres, contre le resserrement du blocus entrepris à partir du mois d’octobre 1915, sont mieux connues que les notes où doit s’en trouver l’expression.
- Tout d'abord nous devons rejeter comme futile toute espérance fondée sur l’indignation méritée par les procédés allemands. La désapprobation possible ne se traduira sous aucune autre forme que celle des déclarations isolées et platoniques. Le vent des croisades ne souffle plus. Il n’a jamais soufflé sur certains peuples. Les. passions et les intérêts sont les seuls ressorts qui mettent en jeu l’action des gouvernements.
- Aux États-Unis, toute la population germanique a fait bloc, passionnée jusqu’au crime, en faveur des crimes. Elle est nombreuse et puissante. Elle est assurée du concours des Irlandais, immigrants d’autrefois, ignorants du Borne Rule, restés fenians de cœur et irréductibles dans leur haine de l’Angleterre.
- Parmi les pays Scandinaves, le plus peuplé est animé, sinon d’une haine nationale, du moins d’une défiance invétérée, à l’égard de la Russie. Ce sentiment dicte l’opinion publique, surtout dans la caste puissante des paysans. 11 explique comment a pu être supportée l’œuvre d’un explorateur connu, qui a trouvé le moyen de renchérir sur le manifeste des 93 Allemands, en se donnant à deux reprises, peut-être gratuitement, l’apparence d’un folliculaire à gages. Il a été sur le front de guerre, en quête des félicitations allemandes. Joignons-y les nôtres. Sa véracité, calculée au tarif de ses souvenirs d’un voyage authentique à travers la Belgique et le nord-est de la France, permettrait de douter qu’il ait jamais mis le pied en Asie. Le Danemark, qui ne se connaît d’ennemis qu'en Allemagne, est dominé par la crainte. La Norvège peut seule être >raiment neutre.
- En Hollande, l’Allemagne avait, comme en Belgique, pris avant la guerre une position considérable, presque prépondérante, à Rotterdam comme à Anvers. Le prince consort y est Allemand, comme en Suède la reine. C’en est assez pour contre-^ balancer le sentiment patriotique, qui discerne sans peine le danger dont son indépendance a été menacée.
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- Reste l’Espagne, où seul le sentiment est en jeu, car le blocus qui pèse sur l’Allemagne n’a pas de répercussion sur elle. L’opinion y a été faussée par la campagne de presse dont nous aurons à dire un mot; elle commence seulement à se ressaisir.
- Le jeu des sentiments et même des passions est peu de chose à côté de celui des intérêts. Parmi les intérêts il y en a de peu respectables, qu’il suffit d’indiquer sommairement. D’autres, au contraire, méritent toute l’attention que nos Ambassadeurs et nos Ministres appellent sur eux, en
- neutres, elle doit, à plus forte raison, respecter complètement leur ravitaillement intérieur. Il faut donc savoir distinguer, dans la cargaison des navires à destination des ports neutres, ce qui est véritablement envoyé à ce pays, et ce qui constitue de la contrebande en route pour opérer le voyage continu vers l’ennemi.
- La difficulté d’établir la distinction nécessaire paraît actuellement insurmontable pour les visiteurs, au cours du simple examen de la cargaison, parce que la contrebande de guerre actuelle ne se compose plus tout entière d’objets uniquement
- Fig. 27. — Un sous-marin en vue. Les passagers du paquebot ont mis leur ceinture de sauvetage. Aucune panique a bord.
- recommandant une extrême prudence dans le resserrement du blocus.
- Les intérêts indignes de ménagement sont ceux des producteurs de contrebande de guerre, ainsi que ceux des commerçants qui leur servent d’intermédiaires par voyage continu à travers les pays neutres. Là où chaque dollar, chaque florin, chaque kronor indûment gagné, porte une tache de sang, notre devoir est trop impérieux envers nos soldats, pour que nous ayons cure dès criailleries d’un traitant et des réclamations d’un gouvernement mal informé ou de mauvaise foi.
- Le commerce respectable est celui qui répond aux besoins des pays neutres eux-mêmes. Si la guerre maritime ne doit apporter que le moins d’entraves possible au commerce extérieur des
- destinés à des emplois militaires, ainsi qu’il arrivait autrefois. Les matières entrant dans la composition de tous les explosifs nitrés, par exemple, sont, en même temps, matières d’emploi courant dans la vie civile. Les lois du blocus légal, stricte-tement exécuté conformément au droit maritime d’avant-guerre, infligeraient donc aux pays neutres des souffrances intoléiables. La vivacité un peu inattendue de la déclaration faite à la tribune, par l’homme d’Etat suédois qui est un des maîtres les plus écoutés en matière de droit, pourrait faire-craindre quelques abus de pouvoir involontaires commis à la fin de 1915. Avec des professionnels de cette valeur, une diplomatie loyale est sûre de trouver les termes d’une entente équitable.
- Un premier moyen d’éviter les frottements, eii
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- même temps que les injustices, a semblé mettre d’accord neutres et belligérants, en Hollande et en Danemark. Il consistait à concentrer les importations aux mains d’un groupe limité de négociants d’une intégrité au-dessus du soupçon. Il sauvegardait bien l’intérêt des neutres; nous avons vu, au chapitre IV, qu’il n’a pas répondu aux espérances des belligérants. A la bonne volonté des particuliers, il faut donc ajouter le concours officieux des gouvernements.
- Les statistiques douanières, en donnant le chiffre habituel des importations dans les ports de commerce, font connaître les besoins auxquels doit répondre le commerce d’outre-mer. C’est ce que l’on a appelé le contingent propre du pays, dans les importations excessives de 1915 qui révèlent le transit de la contrebande. Il est clair, par exemple, que pour le coton et le caoutchouc, matières premières que l’Allemagne ne produit pas, la guerre n’a pas accru les besoins de l’importation par mer
- Fig. ’28. — Destroyer anglais Le navire qui file à toute vitesst
- de la Hollande. Pour les objets dont la guerre , a interrompu la fabrication en Allemagne, un accroissement des importations se justifie de lui-même. L’augmentation peut, au contraire, dissimuler des livraisons de contrebande de guerre, quand elle prend la place d’une production nationale, dont elle permet de disposer au profit du belligérant bloqué. Il se présente ainsi quelques questions délicates, sans qu’aucun problème soit insoluble. L’accord amiable actuellement poursuivi, obtenu avec plusieurs pays neutres, attendu avec les autres, consiste à faire déterminer par des commissions les contingents propres d’importation, auxquels les marines alliées, maîtresses de la mer, sont tenues de laisser un libre passage, et au delà desquels toute cargaison doit être arrêtée et renvoyée à l’expéditeur. Le système flexible de prohibition, que l’Angleterre et la France ont substitué, dès le début, aux règles strictes d'un blocus légal, doit trouver ici ses avantages. Des concessions sur la contrebande absolue peuvent compenser les demandes au sujet de la contrebande conditionnelle. Il devient ainsi possible, par l’application du vieux procédé classique, le do ut des, de mettre d’accord
- la liberté des mers et les justes espoirs qui reposent sur la maîtrise de la mer.
- Ces tractations délicates, pour le succès desquelles nous avons confiance dans des dispositions conciliantes de nos gouvernements et les traditions courtoises de nos diplomates, produiront leurs effets de bonne heure en 1916. Elles peuvent être grandement facilitées par le mouvement de l’opinion publique qui se manifeste chez les neutres.
- La presse pangermanique nous a surpris, au début, en tous pays, surtout en Espagne, par une attaque brusquée, non moins soudaine que l’invasion du Luxembourg et de la Belgique, et non moins préparée. Elle avait son trésor de guerre, le vieux fond des reptiles, du moins ce qui en est resté, après la prussification de l’Allemagne, pour travailler à la germanisation du monde. Elle avait sa méthode, créée au temps de Bismarck, qui, pour répondre à l’opinion, tenait à la créer d’abord. Elle avait son arsenal d’artillerie légère et surtout d’ar-
- vu d’un point élevé de la côte. _
- : fait un sillage impressionnant.
- tillerie lourde, dénigrement, menaces et fausses nouvelles. En tout pays neutre, chaque Allemand s’est improvisé petit Bismarck; beaucoup de colonies d’Allemands ont donné des succursales au fond des reptiles. La guerre d’usure a fait son œuvre. Après s’ètre vantés de l’admiration qu’ils inspiraient, les Allemands commencent à se plaindre des haines qu’ils rencontrent. C’est la réalisation du proverbe persan : « Bien n’est fort comme la Vérité en marche ».
- Il reslc toutefois que, là comme partout, nous avons failli payer cher notre défaut de préparation. Les publicistes à gages ne sont pas une engeance moins dangereuse que celle des courtiers marrons du voyage continu, sans oublier celle des obscurs ravitailleurs de sous-marins.
- Dans certaines contrées rocailleuses, la Vérité en marche peut exiger le prix de ses chaussures. Nous devons rester méfiants et ne plus oublier l’avertissement du poète de l'Enéide :
- Auri sacra famés quid non humana peclora eogis?
- qui peut servir d’épigraphe à l’histoire de la guerre commerciale et diplomatique en 1915.
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- VIII
- Ce n’est sûrement pas sur les progrès de l’art naval que les e'vénements maritimes de 1945 sont appelés à exercer grande influence, sauf en ce qui concerne l’art tout nouveau de faire la chasse aux sous-marins, et celui de régler leur compte aux contrebandiers qui les ravitaillent.
- La principale opération militaire, terminée par un échec d’où l’honneur est sorli sauf aux Dardanelles, l’insuccès des Allemands dans le golfe de Riga, ont montré une fois de plus l’inaptiturle des navires à mener une attaque de vive force contre les fortifications de terre bien armées. Le passé en avait donné des exemples probants. La flotte doit à sa précieuse qualité d’être à tout instant prête à partir au premier ordre, en portant tous les appro-
- déjà un peu désuètes, léguées par le xvme et le-xixe siècle au sujet de la croisière et du blocus, aussi bien que les conventions toutes modernes,, élaborées au sein des congrès, avec une confiance un peu naïve dans la bonne foi des signataires. La diplomatie n’a pu découvrir qu’en tâtonnant, une-voie à demi jalonnée parmi les ruines; les hommes d’Etat les plus incontestablement loyaux n’ont trouvé,, pour étayer leurs déclarations, que les maximes antiques du jus boni et æqui. Cependant la nécessité d’une législation précise et respectée apparaît plus urgente que jamais. Que seront les futurs-congrès de la paix appelés à en rédiger les articles?’ Nous savons seulement que leur œuvre sera une-œuvre de loyauté, qu’à ce titre, de petits pays v-
- visionnements avec elle, elle doit à sa grande mobilité surtout d’être éminemment propre à opérer par surprise. Hors de là, elle est impuissante.
- La bataille d’Ameland a donné une confirmation pratique à l’expérience déjà acquise, dans les exercices d’escadre, au sujet de la distance extraordinaire, à laquelle le feu des navires est efficace. Elle a montré de plus qu’aux très longues portées, une supériorité notable, dans la précision du tir, doit être attribuée aux canons du plus gros calibre.
- L’avarie du Lion, quand le trajet suivi à bord par le projectile qui l’a désemparé sera connu, confirmera peut-être la leçon de la catastrophe du Good Ilope à Coronef, en montrant le soin nécessaire à la protection de toute ouverture pratiquée dans les ponts blindés.
- Les conclusions à tirer de la guerre, au sujet du droit maritime, sont au contraire nombreuses, catégoriques, radicales. L’édifice est à reprendre par la base. Tout s’est .écroulé à la fois, les règles
- tiendront une grande place. Cela suffit. Les préoccupations de l’heure présente sont orientées dans-une autre direction.
- L’année 1915 a vu se développer, sur tous les fronts et partout dans le pays, en arrière des fronts,, la guerre d’usure, que les derniers mois de 1914 avaient inaugurée et qui fait appel à toutes lesforces-matérielles et surtout morales de la Patrie.
- La guerre d’usure prépare la victoire; elle ne peut rien faire de plus. Dans la victoire seule, se-forgera la paix,'au dernier feu des canons, la paix, sera d’autant mieux forgée que la préparation aura été plus complète et le travail plus lent. Nous-l’attendons donc avec une confiance qui ne peut être ébranlée. Si quelque soupçon d’inquiétude pouvait agiter encore une âme pusillanime, il suffirait, pour le dissiper, d’écouter les voix du dehors.
- Une lutte longue et acharnée, engagée pour la libération de l’oncle Tom, ensanglantait il y a un demi-siècle, les Etats-Unis partagés en états manufacturiers du Nord et planteurs du Sud. Elle a pré-
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- sente, avec la guerre où le Kaiser a jeté son armée et son pays, comme enjeu pour la domination du monde, des analogies qui ont frappé l’opinion américaine. Les points de ressemblance m’étaient récemment rappelés dans une lettre, par un ingénieur américain rentré dans son pays après avoir vécu à Paris les derniers jours du mois d’août 1914.
- Les esclavagistes du Sud ouvrirent les hostilités, avec tout l’avantage d’une supériorité incontestable dans la préparation militaire. Leurs régiments disciplinés et bien encadrés, ardemment conduits à l’attaque, débutèrent par les succès les plus brillants. Après la déroute de Bull’s run, la ville de Washington fut menacée; la cause du Nord put sembler perdue aux neutres, dont nous étions. Les états du Nord avaient la supériorité du nombre et de la richesse. Le. temps leur était indispensable pour développer leurs ressources; la ténacité fut leur vertu militaire. Ils couvrirent de tranchées le champ de bataille disputé entre les deux capitales voisines, appliquant ainsi, les premiers, les méthodes de 1914 et 1915. Ils entamèrent alors la guerre d’usure qui, la marine aidant, comme elle nous aide, devait les conduire au triomphe. La lutte fut âpre. L’histoire navale a enregistré la bravoure tranquille de l’amiral Ferragut dans la hune de sa corvette, bravant avec son aide-de-camp Crittenden Watson, le feu des forts de Mobile. Rappelons l’héroïsme des marins sudistes sur l’embryon de sous-marin, mu à bras, armé d’une simple torpille au bout d’une hampe, qui noya sans résuliat un premier équipage, avant d’ensevelir le second dans un succès. La gloire de la guerre sous-marine à son aurore est en contraste avec l’opprobre des destructions de paquebots en 1915. La guerre de sécession d’ailleurs, à terre comme sur l’eau, resta toujours courtoise et respec-
- tueuse du droit des gens. Le rôle de la marine fut surtout d’assurer le blocus, qui affama les filateurs d’Europe, en même temps qu’il épuisait le trésor des confédérés. Après avoir retrouvé la.règle d interdiction du voyage continu, le gouvernement de Washington en réclama sans ambages l’application; elle lui fut accordée sans réticence. Ainsi fut usée peu à peu la résistance des confédérés. Ainsi fut miné lentement le mur de pierre de Stonewall Jackson, jusqu’au jour où, devant Richmond menacé à son tour, le général Lee et ses vétérans durent s’avouer vaincus.
- Les ressemblances s’accusent clairement. Aussi les Américains, non plus que nous, même à l’heure sombre des batailles de Belgique, n’ont-ils jamais mis en doute notre victoire finale.
- Seule la puissance matérielle s'évalue à distance. Joignons-y le second élément de succès, la force morale que donne la conscience du bon droit. Chacun dans le pays, dans les familles anxieuses ou endeuillées, comme dans les tranchées sous la menace des grosses « Berlha », comme sur les navires sous la menace des sous-marins, chacun sait bien comment la guerre, sournoisement préparée, déclanchée sans pudeur, conduite avec férocité, a violé tous les droits, et comment elle menaçait les libertés les plus saintes. De même que la guerre d’usure, le Droit qui prime la Force, n’aboutit pas directement à la victoire. Il y conduit parce qu’il soutient et soutiendra jusqu’au bout les soldats qui vaincront. C’est son règne que, depuis le commencement de la guerre, tant d’hommes ont appelé, avec une ferveur imprévue, en invoquant le Dieu de la justice, dans la prière journalière inspirée par les meilleurs souvenirs du jeune âge. E. Bertin,
- 2S février 1916. Membre de l’Institut..
- Données sur les torpilleurs allemands et autrichiens, fin 1914.
- DÉPLACEMENT VITESSE ARMEMENT OBSERVATIONS
- En En En En Tubes de
- surface. plongée. surface. plongée. lancement
- Allemands.
- VI 197 256 10 7 11-450 » Navire d’essai.
- U g-V 7 210 250 12 8 11-450 » Navires manqués; n’ont pas éié mis
- en service.
- U 8-U 12 250 300 15 8 III-450 1-57 Série peu diiïércnte de la précédente.
- U 13-V 16 • • Id. Id. Id. Id. Id. Id. Id. Le U 18 a été le premier détruit de
- U 17-U 24. • • • 650 750 J) » IV 1-86 la série.
- 11-37
- U 2S-V 30. . . 800 )> )) )> IV 11-86 Entrant en service en 1914.
- 1-57 Série probablement continuée.
- Autrichiens.
- U 1-V S 220 250 12 7,5 III »
- U 3-U 4 237 500 12 8 II ))
- U 5-V 6 237 273 11,5 10 II ))
- U 7-U 14 820 » )) » )> ))
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- LA GUERRE NAVALE EN 1915
- 223
- Navires cités dans le (Ceux qui -peuvent manquer se trouveraient dans U texte. numéro du 13 février 1915).
- NOMS DES BATIMENTS DÉPLACEMENT | VITESSE CUIRASSE ARTILLERIE CHARBON ENTRÉE EN SERVICE OBSERVATIONS
- tonnes nœuds millim. millimètres. tonnes
- Marine anglaise
- Queen-EUzabeth 27.500 25 330 YI1I-381 Pétrole 1914 Attaque des Dardanelles.
- X XII-152
- 254 "
- Agamemnon 16.500 18.90 305 IY-305 900 1908 Id.
- Lord-Nelson Id. 50,8 X-238 jê.soo Id.
- 505
- Irrésistible, 15.000 18,20 229 IV-505 900 1901 Détruit le 23 mars.
- Queen id. 76 XII-152 2.000 Attaque des Dardanelles.
- implacable. id 518 Id.
- Majcstic 14.900 17,90 229 Id. 900 1895 Détruit le 28 mai.
- Prince-George Id. 18,50 102 2.000 1896 Attaque des Dardanelles.
- 556
- Cornwallis 1.400 18,90 178 Id. Id. 1904 Id.
- 51
- 279 -
- Albion.[l] . . . . . . . 12.950 17,80 152 Id. Id. 1902 Id.
- Canopus Id. 18,50 76 1899
- Océan Id. 18,74 504 1900 Détruit le 18 mars.
- Vengeance Id. 18,50 1901 Attaque des Dardanelles.
- Lion 26.350 28,50 229 VIII-343 X 1912 Bataille d’Ameland.
- Princess-Royal Id. Id. X XYI-152 3.000 1911 ld.
- 229
- Ncw-Zealand 18.800 25 178 Y111-305 1.000 1912 Id.
- X XVI-102
- 178
- Indomitable 17.250 26 Id. Id. Id. 1908 Id.
- Inflexible. ... ld. Id. Id. Id.
- Swiftsure 11.800 19.06 178 IY-191 800 1904 Dardanelles.
- Triumpk. Id. Id. 76 Vl-152 2.000 Id. Détruit le 25 mai.
- 251
- lient 7.900 21,7 102 XYI-152 800 1903 A détruit le Drcsden le 14 mars.
- 70 1.600
- 127
- Dublin . . 5.400 25,5 )) YIÏI-152 650 1912 Dardanelles.
- 76 A détruit le Kolberg en janvier.
- Aurora 5.750 29 » 11-152 Dardanelles.
- 76 VI1I-U6 Pétrole 1913
- Ameihyst 3.000 23,4 )) XI1-119 300 1905 Id. . '
- Sapphire Id. 22,5 1) Id. Id.. 1904 Id.
- (l) Ajouter à la série Albion, le Goliath, an ’ivè probablement apres le 18 mars, qui a été détruit le 13 mai 1915.
- Marine française.
- Jean-Bar l 23.000 21,07 270 X1I-505 900 1914 Avarie grave, janvier 1915.
- 70 XX1I-139 3.000
- 270
- Suffren 12.500 18 500 IY-305 770 1903 Avarie, 18 mars.
- 70 X-165 /. 100
- 300 Y1U-100
- Bouvet 12.000 18,20 400 11-505 620 1898 Coulé le 18 mars.
- 90 11-274 700
- 580 VIII—159
- VI-100
- Charlemagne 11.100 18 400 IV-305 800 1898 Attaque des Dardanelles.
- Gaulois 18,10 90 X-159 /. 100 1899 Avarie grave, 18 mars.
- 400 VII-100 1§05
- Léon-Gambetta 12.550 23,1 170 IV-194 1.300 Coulé le 27 avril.
- 65 XY1-165 2.100
- 164
- Montcalm 9.500 21 150 11-194 950 1902 Opérations en Nouvelle-Guinée.
- 55 VIII-165 1.600
- 160 IY-100
- Duplcix 7.700 21 100 YI11-165 880 1905 Opérations au Cameroun.
- 70 IV-100 1.200
- 90
- Surprise 617 15,4 » 11-100 75 1899 Id.
- IV-65
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- 224
- LA GUERRE NAVALE EN 1915
- NOMS DES BATIMENTS DÉPLACEMENT VITESSE , CUIRASSE ARTILLERIE CHARBON ENTRÉE 1 EN SERVICE I OBSERVATIONS
- tonnes nœuds raillim. milimètrcs. tonnes
- Marine russe.
- Rurik 10.470 21 152 IV-254 1 200 1907 Combat de l’ile Rolland, 1er juillet 1915.
- 38 YIII-203 2.000
- 203 XX-120
- Amiral-ilakaroff.... 7.900 22,5 171 11-203 750 1908 Id.
- Buy an ld. 21 51 VIII-152 i .000 1910 Id.
- 146
- Bogalyr 6.675 24 )) XI1-15 2 720 1902 Id.
- Oleg Id. 23 50 ou 70 X1I-76 -/. 100 1904 Id.
- 127
- Asltold 5.905 23,8 » Id. Id. 1901 Opérations devant Beyrouth et aux Dar-
- 76 danelles.
- 102
- Marine allemande.
- Ersatz-II ôrth 28.000 23 )) YI11-380 1.000I » Quatre bâtiments en construclion en
- XVI-150 I 1915.
- 111-86
- Pommern 13.040 20,5 240 IV-280 700 1907 Coulé le 3 juillet 1915 dans la Baltique.
- Beutschland ...... 18,5 76 XIV-150 1.800 1906 Opérations dans la Baltique, avec les
- Hannover 19,2 255 XXI1-86 1907 cuirassés de la classe Braunscliweig,
- Sch lésion. 19,2 1908 dont ils ne diffèrent que par une épais-
- Schleswig-Holstein.. 19,5 1908 seur de ceinture moindre de 10 mm.
- Dcrfflinqer 28.000 27 180 ¥111-305 » 1914 Bataille d’Àmeland.
- X XII-150
- 235 X1I-86
- Seydlilz 24.640 29,2 280 X-280 l .100 1915 Id.
- 50 XII-150 3.600
- 280 XII-86
- Moltlce (frère du Gôben). 22.640 28,4 190 VI1I-280 1.000 ' 1912 Détruit en juillet dans la Baltique.
- X XII-150 3.100
- 203 X11-86
- Blitchcr 13.550 25,3 150 XI1-208 900 1910 Détruit à la bataille d’Ameland.
- X YI11-150 2.300
- 150 XVI-86
- Boon 9.350 21,2 110 IV-208 750 1905 Opérations de juillet dans la Baltique
- 70 X-150 1.800 (probable].
- 150 XIV-86
- Prinz-Adalberl ..... 9.050 Détruit dans la Baltique par un sous-
- marin anglais.
- Karlsruhe 4.820 27 50 XII-100 700 1913 Disparu au commencement de 1915.
- 100 1.400 „
- Augsburg 4.280 27 50 Id. 400 1910 Opérations en juillet dans la Baltique
- )) 900 (probable).
- Kolberg 4.232 25,5 ld. Id. Id. 1910 Détruit par VAurora le 29 janvier 1915.
- Dresden 3.544 27 Id. Id. 406 1908 Détruit par le Kent et le Glasgoiv le
- 850 14 mars 1915.
- Kôniqsberg 3.350 23,5 Id. X-100 Id. 1907 Détruit au commencement de juillet
- par les monitors Severn et Meiseij.
- Frauenlob 2.660 21 » X-100 X 1904 Détruit dans la Baltique, nov. 1915.
- 50 700
- Undine Id. ld. Id. Id. Id. Id. Id.
- Albatros 2.200 21 Id. Id. » 1906 Portait 400 mines. Capturé le 1er juillet
- YI1I-100 au combat de Gotland.
- Marine autrichienne.
- Helgoland ....... 1 3.500 1 27 « 1 1 Xl-100 1 4001 1914 1 Détruit en janvier 1916, par le Fou-
- ' | 25 | 850\ j cault.
- Marine turque.
- Medjidieh 1 3.432 1 22,2 I » 1 11-152 1 300 1 1914 1 Détruit le 4 avril 1915 par une mine
- 38 | YI1I-120 1 | devant Odessa; relevé par les Russes.
- Le Gérant : P. Masson.
- Imp. Lahüre, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 2219
- 8 AVRIL 1916.
- LA CATHÉDRALE DE REIMS
- Entre tous les crimes allemands, la destruction de la cathédrale de Reims a particulièrement ému l’opinion universelle : à la fois parce qu’elle était militairement sans aucune utilité et parce que, plus encore que. des destructions de vies éphémères, elle constituait pour l’humanité tout entière un amoindrissement irréparable. Ce n’est pas ici le lieu d’insister sur la merveilleuse beauté de ce sanctuaire national qu’animait et parait, jusque dans ses recoins les plus cachés et ses hauteurs les plus inacessibles, une si incomparable floraison de vivantes statues. Mais le beau livre que vient de lui consacrer M. Moreau-Néla-ton(‘) nous sera une occasion d’en signaler quelques particularités peu ou point connues d’histoire architecturale.
- Une église antérieure avait été incendiée à Reims, le 6 mai 1210.
- Un an après, on posait la première pierre de la nouvelle église; trenle ans plus tard, les chanoines pouvaient s’installer dans le chœur.
- C’est, avec les moyens d’exécution imparfaits dont on disposait alors, un exemple de décision et de rapidité dans l’exécution dont nous ferons bien de nous souvenir le jour où il s’agira de construire des monuments nouveaux pour remplacer tous ceux que des années d’une pareille guerre auront détruits.
- Néanmoins, les chantiers de Reims restaient encore en pleine activité en 1299. La guerre de Cent ans les interrompit et l’aspect définitif de la cathédrale ne fut réalisé que vers le milieu du xve siècle. L’église était complète à l’exception des flèches des tours restées à l’état de projet quand, le 24 juillet 1481, un incendie accidentel détruisit la toiture. La couverture de l’abside et de la nef fut faite alors par un charpentier de Cambrai, nommé Colard Le Moine, de 1484 à 1492.
- 1. La cathédrale de Reims. 1 vol. in-4° richement illustre. Librairie centrale des Beaux-Arts.
- La cathédrale de Reims est, en somme, parmi nos édifices gothiques, une œuvre relativement récente comme le montre assez le caractère de la statuaire. Aussi, ce grand livre de pierre est écrit d’un style plus jeune, plus moderne, plus alerte que Chartres, dont la cathédrale exprime et symbolise avec austérité la pensée même du moyen âge.
- Par suite de l’évolution qui s’est produite dans les idées entre le xme et le xve siècle, le sens de ces deux monuments, célèbres entre tous, n’est pas identique. Tandis que la gravité majestueuse de Chartres évoque surtout h s hautes conceptions théologiques, Reims, outre son sens religieux, traduit le charme vivant de notre pays de France, l’héroïsme souriant de son peuple, la grâce de ses femmes, et l’on pourrait presque dire la douceur incomparable de son ciel.
- À qui faut-il attribuer l’honneur d’avoir conçu le plan de cet admirable édifice?
- On a souvent cité Robert de Coucy, sans réfléchir qu’un architecte, mort en 1311, ne pouvait avoir tracé ce plan plus d’un siècle auparavant. Des observations fort ingénieuses ont permis de soulever, en faveur d’une succession de « maîtres d’œuvre », cet anonymat que l’on suppose trop souvent à tort caractéristique des grandes œuvres gothiques et même probablement de connaître le portrait de l’un de ces architectes géniaux.
- Le point de départ de cette étude historique est un singulier labyrinthe que nous reproduisons (iig. 6), d’après le dessin d’un artiste rémois du xvie siècle : sorte de dédale dessiné, sur le sol de la nef par des dalles noires formant des méandres compliqués que les pèlerins parcouraient en récitant des prières pour obtenir certaines indulgences.
- « Au milieu de ce dédale, dit le chanoine Cocquault (grâce auquel le dessin de ce labyrinthe,
- 15 — 225.
- Photo-Reims. Doucet.
- Fig. i. — Roi de France et le maître d'œuvre de la cathédrale de Reims représentés par Salomon et l'architecte de son temple.
- 44” Année. — 1" Semestre.
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- 226 : .... : LA CATHÉDRALE DE REIMS
- depuis longtemps détruit, nous est parvenu), il y a un rond large de six pieds et demy, dans lequel est insculptée la représentation de celuy qui l’a faict, avec quelque escripture à l’entour.... Autant il y a aux quatre coings d’iceluy dédale. Premier, en celui qui est près de la chaire du prédicateur... est l’image d’un-maistre Jehan Le Loup, qui fut maistre des ouvrages d’ieele église l’espace de seize ans et commença les portaux d’iceluy. Et l’autre du même côté est l'image d’un Gaucher de Reims, qui fut maistre des ouvra es l’espace de liuict ans, qui ouvra aux vossures et portaux.... En l’autre est l’image d’un Bernard de Sois-sons, qui fit cinq voûtes.., maître de ces ouvrages l’espace de 55 ans.
- « En la dernière est l’image d’un Jehan d'Orbais, maistre des dits ouvrages, qui en commença la coiffe de l’église. »
- On peut ainsi reconstituer la succession des quatre architectes « mais-tres d’œuvres », qui auraient conduit le travail jusqu’en 1299. Le personnage central serait l’évêque Au bry de Humbert, promoteur de la construction.
- Ils p araissent avoir succédé eux-mêmes à Hugues Libergier, mort en 1263 et auteur connu, d’après son épitaphe, de St-Nicaise qui ressemble fort à Notre-Dame de Reims.
- D’autre part, quand on examine les groupes sculpturaux qui bordent l’arcade au-dessus de la grande rose, on est frappé par un groupe représentant Salomon avec l’architecte de son temple (fig. 1). M. Moreau-Nélaton a remarqué fort justement que ce Salomon est ici un Roi de France et que l’architecte, suivant les habitudes des artistes anciens, doit très probablement représenter le maître d’œuvre en personne.
- « Prenez, dit-il, cette face rasée, encadrée de longs cheveux bouclés qui couvrent les oreilles : mettez-la en regard de la portraiture d’Hubert Li-bergier (l’architecte) que nous donne sa pierre tombale. L’air de famille est frappant.
- « Je n’affirme pas que ce soit le même homme ; mais c’est, pour le moins, son sosie.
- « L’architecte de Salomon a manié l’équerre et le
- compas à Notre-Dame de Reims. » Peut-être avons-nous encore leurs la représentation d’un des sculpteurs.
- Quand on est entré dans la cathédrale et qu’on se retourne vers a façade, on se trouve en présence d’un grand mur éclairé par une rosace aux couleurs chatoyantes, au bas duquel trois portes s’ouvrent dans la paroi décorée et fouillée comme un ivoire. Là dans un contre-jour qui rend la vision difficile, les artistes ont consciencieusement prodigué les figures dressées dans une série de niches : prophètes, saints, personnages bibliques.
- Chacune de ces niches est encadrée d’une ilore étonnamment variée. Une seule fait exception (fig. 2), où deux portraits juvéniles, deux profils placés là d’une façon tout à fait imprévue, représentent évidemment des visages auxquels l’artiste a voulu attribuer une place modeste et peu apparente dans son œuvre.
- Il n’est pas interdit de supposer qu’il aura voulu figurer ainsi, dans cette pénombre discrète, ou un de ses collaborateurs fidèles, ou lui-même.
- Il faut bien, en effet, se représenter la manière dont s’est effectuée une telle décoration sculpturale, qui évoquait des centaines, des milliers de personnages de pierre sur les flancs d’une cathédrale. Dans les parties importantes et bien visibles du monu-
- Photo-Reims Doucet.
- Fig. 2. — Statues de prophètes dans les niches latérales du portail intérieur. A gauche, en haut, portraits profilés de deux collaborateurs de V « œuvre ».
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-
- LA CATHEDRALE DE REIMS
- 227
- Photo-Rçnns. Doucet. Fig. 3.
- Cariatide; un rieur.
- Photo-Reims. Doucht. Fig. 4.
- Figure d’un contrefort.
- ment, les thèmes, les sujets étaient imposés par le clergé et destinés à montrer, par une vaste imagerie, qui souvent s’inspira de la représentation des mystères, les scènes capitales de l’Ancien ou du Nouveau Testament. Là étaient figurés le ciel et la terre, Dieu et ses saints, les anges au doux sourire; et, non loin d’eux, les grands personnages, les rois, les princes, les évêques.
- À Reims, en particulier, qui fut, dès le premier jour, l’église nationale de France, la série de nos rois tient une grande et glorieuse place.
- Puis vient la figuration du peuple, des pèlerins dévots, qui, le long de la rosace, cheminent en manteau flottant, avec une aumô-nière à coquille, et un bourdon de pèlerin. Mais, quand on s’élève davantage, surtout quand on se perd dans les complications du toit peu accessibles à d’autres qu’aux auteurs mêmes de l’édifice, on découvre tout un monde nouveau de figures qu’aucun visiteur ordinaire de Reims 11’a pu voir de près, que seule l’exécution d’échafaudages pour des réparations, a permis d’aborder, de photographier, de mouler et nous a, par conséquent, révélées. Ici, la fantaisie des sculpteurs pouvait se donner libre carrière et s’amuser franchement à reproduire des contemporains comiques ou douloureux et, mieux encore, des personnages aimés.
- Et, quand on est, depuis longtemps familiarisé, tout au moins par les photographies ou les moulages du Trocadéro, avec les inoubliables figures de la façade, sur lesquelles viennent de s’acharner les obus allemands, le Saint Joseph, la Reine de Saba, l’Ange de l’Annonciation, c’est peut-être dans le réalisme de ces
- figures si vivantes reléguées sous les bandeaux, dans les angles, le long des pinacles, sur les chapitaux des colonnes, dans l’amortissement des archivoltes, sur le toit que l’on fait avec bonheur les plus riches découvertes.
- Comment oublier, quand on les a rencontrés une fois, ces braves personnages qui portent si patiemment une corniche de leurs bras repliés, qui rient si gaiement aux éclats (fig. 5), qui rêvent si péniblement accroupis sous une arcature à une hauteur vertigineuse, toute cette famille de têtes qui apparaît sortant, émergeant de la muraille dans b s archivoltes des fenêtres de l’abside : femme aux cheveux retenus d’un bandeau, jeunes garçons imberbes aux longs
- cheveux? (fig. 4). Comment ne pas rester obsédé par ce profil de bourgeois pensif au capuchon du temps de Louis XI formant cariatide du clocher à l’ange? (fig. 5). Devant cette figure de plomb si étrangement méditative qui regarde de si haut la modernité vivante de Reims, comment ne pas penser au Claude Frollo de Victor Hugo?
- Ainsi que l’écrit M.. Moreau-Né-laton, « hommes, femmes, clercs où laïques, tous les âges et toutes les conditions défilent dans cette galerie de portraits, où la flatterie n’est point de mise, mais où la sincérité n’exclut pas, occasionnellement, le charme et la grâce. L’artiste épris de vérité, y satisfait sans contrainte son besoin de naturalisme. Il écrit pour la postérité l’histoire intime du milieu où le destin l’a placé. »
- Grâce à cette libre portraiture,
- Photo-Reims.Doucet.
- Fig. 5.
- Le Bourgeois du clocher à l’ange. '
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- toute la société contemporaine de l’élan qui a fait surgir la merveille que nous étudions revit sous nos yeux en une mâle et vibrante synthèse.
- Dans ces hauteurs également il existe toute une légion d’anges aux ailes éployées et prêtes pour le vol, gardiens sacrés de la noble cathédrale qui, la bouche humide et les narines frémissantes, regardent aujourd’hui ses ruines, comme ils voyaient autrefois les foules accourir pour le sacre de nos rois ou pour la célébration de nos victoires; comme ils ont vu, du haut de leur niche aérienne,
- Jeanne d’Arc amener son roi vers l’autel et lui assurer, dans une heure suprême pour la France, la bénédiction divine.
- Pour l’artiste, c’était tout un monde que cette cathédrale de Reims. Pour le Français, c’était l’emblème de toute notre histoire nationale : la cathédrale commencée au
- jour de Bouvines, « alors que les milices bourgeoises des communes françaises, ralliées par le roi et serrées contre lui » repoussaient glorieusement l’invasion germanique; la seule cathédrale peut-être où les statues des rois français prenaient place au même titre que les apôtres et les rois d’Israël, où Philippe Auguste et Saint Louis se dressaient en pendants de Pépin le Bref et de Charlemagne.... Et voilà ce que des barbares ont détruit, sans autre but que ce plaisir de faire le mal, dans lequel revit aux heures troubles de l’homme, sa bestialité primitive, ou encore que ledésir d’épouvanter quelques hellènes on leur montrant ce qu’ils seraient, eux, s’ils en trouvaient l’occasion, prêts à faire (prêts à recommencer plutôt) pour le Parthénon.
- L. de Launay;
- Fig. 6. — Le labyrinthe à prières du pavement de l’Église de Reims incendiée le 6 août 1210. (D’après l’ouvrage de M. Moreau-Nélaton.)
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- Au cours de cette guerre l’Allemagne a su tirer, de la télégraphie sans fil, tous les avantages que ce moyen de communication pouvait lui procurer. Elle s’en est servi depuis le début des hostilités et elle s’en sert toujours pour acheminer ses correspondances diplomatiques et commerciales avec les Etats-Unis et avec l’Espagne, pour son service de presse et surtout pour rester en communication directe avec tous ses nationaux, avec tous ses navires, sous quelques latitudes qu’ils soient. Des stations secondaires, pour la plupart clandestines, communiquent avec ses grands postes américains qui leur servent d’intermédiaires avec la métropole.
- Une fois de plus nous devons constater que l’organisation allemande n’a pas été prise au dépourvu pour ce qui concerne la télégraphie sans fil. C’est grâce à elle que ses navires isolés ont pu, pendant de longs mois, se soustraire aux recherches de la flotte britannique et que ses sous-marins sont parvenus à exécuter les raids audacieux et criminels que l’on connaît.
- L’Allemagne possède-t-elle, pour réaliser un programme si vaste, des moyens qui lui soient personnels? Ses savants ont-ils découvert quelque loi mystérieuse qui leur aurait donné, du jour au lendemain, une supériorité incontestable? Nous allons voir que ces magnifiques résultats n’ont pu
- être acquis que grâce aux travaux de deux savants français : Boucherot et Maurice Joly.
- Jusqu’ici, la télégraphie sans fil à longue distance n’avait été réalisée commercialement que par les deux puissantes stations transatlantiques de Poldhu et deClifden qui appartiennent à la société Marconi. L’Allemagne, désireuse de posséder une communication directe avec ses possessions du centre africain, et en même temps avec les États-Unis, en prévision d’une guerre future, mit à l’étude le problème de la T. S. F. à longue distance, problème dont la solution était cherchée, d’ailleurs, par les techniciens de tous les pays.
- Nos lecteurs savent que la technique de la télégraphie sans fil s’est enrichie de divers procédés permettant de remplacer, à l’émission, les oscillations amorties des premiers dispositifs (étincelles rares ou étincelles chantantes), par des oscillations entretenues issues, les unes de systèmes cà arc imaginés par Poulsen, les autres d’alternateurs à haute fréquence. Goldschmidt en Allemagne, Maurice Joly en France, se sont consacrés à l’étude de ces alternateurs, et les systèmes qu’i's ont imaginés fonctionnent actuellement entre l’Allemagne et les États-Unis. La Compagnie Lorenz, qui exploite les brevets Goldschmidt possède une station à Eilvese, près de Hanovre, qui correspond avec celle de
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- Tuckerton, au sud de New-York; la Compagnie Telefunken, qui s’est inspirée pour la réalisation de ses appareils des travaux de Maurice Joly sur les multiplicateurs statiques de fréquence, assure une seconde communication germano-américaine par ses stations de Nauen, près de Berlin, et de Sayville, en face de New-York.
- Au moment de la déclaration de guerre, la sta-
- comme la précédente et, comme elle, être placée sous le contrôle des officiers de la marine des Etats-Unis? Aucune mesure de ce genre ne paraît avoir été prise contre elle.
- Nous allons exposer le principe de chacun de ces deux systèmes.
- Les alternateurs, ou machines à courants alternatifs, produisent des courants que l’on figure sous
- Fig. i. — La salle de réception de la station de Sayville.
- tion de Sayville ne possédait pas une puissance suffisante pour lui permettre de communiquer avec l’Allemagne. Cette insuffisance ne devait pas tarder à disparaître et, peu de temps après, le secrétaire d’État au Commerce des États-Unis recevait de la Compagnie allemande une demande de licence pour mettre en marche un nouvel ensemble d’émission comme station commerciale privée affectée à la transmission des messages entre l’Allemagne et les autorités fédérales. On peut supposer que ces dernières accordèrent d’abord la licence demandée ou bien qu’elles attendirent plusieurs mois avant de donner une réponse. Le fait certain est que les Allemands utilisèrent Sayville pour renseigner leur amirauté sur les départs des paquebots. Les crimes des sous-marins forcèrent le Gouvernement des États-Unis à intervenir et la station fut considérée comme ayant été construite depuis le début de la guerre, par conséquent en violation des conventions de La Haye.
- La station de Tuckerton, ouverte le20 juin 1914, par un échange de compliments entre Guillaume II et le président Wilson, travaille sans licence depuis le début des hostilités; elle peut donc être saisie
- la forme d’une ligne sinueuse, dans laquelle la distance AB représente la durée de la période, les hauteurs l)E, FG, correspondant à la force électro-motrice maximum induite. Le courant est dit alternatif parce qu’il change de sens dans chaque période. Les machines industrielles qui produisent ce courant ont une fréquence généralement com prise entre 25 et 50 périodes, c’est-à-dire que, à chaque seconde, il y a production de 25 à 50 variations de courant; une période (AB) dure donc de 1/25 à 1/50 de seconde.
- Pour réaliser les phénomènes de résonance nécessaires à la T. S. F. à grande distance, on doit produire du courant, non plus à 50 périodes, mais à 20000, 40 000 périodes et plus. On pourrait concevoir, pour obtenir ce résultat, une solution théorique très simple, puisqu’il suffit, pour augmenter la fréquence d’un alternateur, d’augmenter le nombre des pôles et la vitesse de rotation, mais on atteint ainsi très rapidement la limite permise, car l’augmentation exagérée du nombre des pôles entraîne de grandes difficultés d’isolement qui se traduisent par des pertes de puissance. Les alternateurs ainsi construits n’ont jamais pu dépasser quelques kilowatts. Tesla, Fessenden et Alexan-
- F
- Fig. 2. — Courant alternatif simple; A B, longueur de la période.
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- derson en ont construit quelques types qui ont été utilisés en Amérique pour la téléphonie sans fil.
- La vraie solution réside dans la construction d’alternateurs fournissant, par exemple, du courant à 10 000 périodes, dont on augmente la fréquence soit par le principe de ré 11 ex ion posé par Boucherot, soit par
- ANTENNE
- ACCORD
- Fig. 3. — Principe de Valternateur Goldschmidt.
- fl
- l’emploi de transformateurs statiques (Maurice Joly).
- Goldschmidt s’est inspiré des recherches de l’ingénieur français Boucherot sur la réflexion des courants. Pour bien comprendre ce phénomène on peut imaginer un rayon lumineux frappant un miroir fixe et réfléchi sur un miroir tournant. La réflexion s’effectue en second lieu sur le miroir fixe, puis sur le miroir tournant et ainsi de suite. Chaque réflexion donne naissance à une fréquence supérieure à la précédente d’une quantité égaie à la fréquence initiale. Ainsi, si le miroir tournant fait 100 tours par minute, la réflexion sur le miroir fixe donnera 200 apparitions lumineuses par minute, puis 500 sur le miroir tournant, puis 400 sur le miroir fixe, et ainsi de suite. La fréquence augmente donc suivant une progression arithmétique.
- Goldschmidt applique ce principe en faisant agir, comme le recommandait Boucherot, les courants du rotor et du stator de l’alternateur les uns sur les autres. Par suite de cette réflexion, toutes les forces électro-motrices de puissance paire (fréquence fondamentale) sont engendrées dans le stator, tandis que celles de fréquence impaire naissent dans le rotor. A toutes ces forces électro-motrices sont ménagés des circuits d’impédance nulle pour chacun d’eux permettant au courant de prendre une très grande importance. Il n’existe aucune connexion embarrassante entre le rotor et le stator, puisque la transformation de l’énergie se fait sous forme magnétique. Les pertes sont faibles parce que les effets magnétiques des champs successifs se retranchent ; par conséquent on travaille avec une induction relativement faible.
- Voici comment fonctionne l’alternateur Goldschmidt.
- Le courant d’alimentation est .dirigé dans les bobines du stator S comprises dans un circuit com-
- portant deux selfs; un interrupteur permet de manipuler sur le circuit d’alimentation. La réflexion magnétique s’effectue dans le rotor R où prend naissance un courant de n périodes ajant à sa disposition un circuit d’impédance nulle C C' A, annulant les résistances inductives qui limiteraient dans de fortes proportions l’intensité du courant alternatif.
- Ce premier courant induit se réfléchit sur le stator et le nouveau courant réfléchi acquiert une période égale à 2 n ; il est également accouplé avec un circuit d’impédance nulle C L. Le même phénomène se répète sur le rotor pour donner naissance à un nouveau courant induit de 3 n périodes servi toujours par un nouveau circuit d’impédance nulle. Enfin, la dernière manifestation du phénomène a lieu sur le stator dans les bobines duquel naît un courant de 4 n périodes. On l’utilise sous cette forme dans l’antenne; les bornes T et A sont, à cet effet, reliées aux deux extrémités du stator, une self d’accord et un.condensa-teur permettant d’accorder l’antenne sur cette fréquence 4 n.
- A la station d’expériences de Slough, pourvue d’une antenne permettant l’emploi d’ondes de 5000 m., l’alternateur Goldschmidt était capable de fournir 9 kw. à 6000 périodes par se-
- Fig. 4. — Le pylône porte-antenne de la station de Tuckerton. Il est construit en deux parties s'emboîtant l’une dans l’autre et isolées électriquement pour éviter que le pylône, entrant en vibration électrique, agisse comme antenne et favorise la circulation de courants parasites. La liaismi entre les deux parties est effectuée aux deux tiers de la hauteur totale, environ. L’antenne n’est pas visible sur la photographie qui laisse seulement apercevoir les haubans.
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- coude. Il était entraîné par un moteur à courant continu à la vitesse périphérique de 150 m. par seconde, les courants engendrés dans le rotor ayant une fréquence de 15 000 périodes. C’est ainsi que, en quatre réflexions successives, on atteignait la fréquence de 60 000 périodes. Actuellement le régime normal des alternateurs Goldschmidt est de 40000 périodes.
- Les différents circuits d’accord comportent des
- Fig. 5. — Principe du multiplicateur-doubleur Maurice Joly.
- condensateurs à minces feuilles de cuivre alternant avec des feuilles de mica et des bobines d’induction se composant de spirales aplaties faites d’un seul conducteur constitué par 1200 fils isolés. Enfin la longueur d’onde, dépendant de la vitesse de l’alternateur, est maintenue constante 'en utilisant un relai spécial qui agit sur le champ du moteur et régularise la vitesse.
- L’alternateur Goldschmidt permet d’envoyer des ondes continues qui sont reçues à l’aide d’un ticket ou d’audions. On peut également exciter, non avec du continu, mais avec du courant alternatif à 500 périodes et obtenir à l’émission une note musicale. L’interrupteur d’émissions (clé Morse) peut être également remplacé par un microphone pour réaliser la téléphonie sans fil.
- Cet alternateur ne permet pas de multiplier plus de quatre à cinq fois la fréquence fondamentale, parce que les pertes augmentent avec le nombre des circuits, qui interviennent pour favoriser les réflexions successives et le rendement baisse. On doit donc, pour aboutir à une fréquence donnée, partir d’une fréquence fondamentale assez grande nécessitant l’emploi d’une vitesse élevée (de 7000 à 10000 tours par minute). Ce résultat n’a pu être obtenu qu’en divisant les fers de la machine, qui sont constitués par des tôles de 4 à 5 centièmes de millimètre d’épaisseur seulement. Un alternateur de ce type, fournissant 50 000 périodes et ayant une puissance de 5 kw, fonctionne aux ateliers de la Compagnie générale de radiotélégraphie à Paris.
- La station de Eilvese (Hanovre), comporte une locomobile de 500 CV., entraînant deux dynamos de 150 kilowatts chacune au moyen d’une courroie et les induits de ces dynamos sont reliés directement au moteur de l’alternateur à haute fréquence. Le rotor et le stator de l’alternateur portent chacun un
- enroulement de 584 pôles. L’alternateur tournant à 5130 tours par minute pt l’enroulement du stator étant excité par du courant continu, on obtient dans le rotor du courant alternatif à 10 000 périodes par seconde, lequel est transformé, comme nous l’avons montré, en courant à 40 000 périodes qui alimente l’antenne. La transmission s’effectue automatiquement à l’aide du manipulateur mécanique Wheat-stone (bande préalablement perforée), qui permet une transmission très régulière et à grande vitesse. Le pylône qui supporte l’antenne est fait de deux parties isolées et les haubans également en tronçons isolés (voir photo de Tuckerton); le pylône est encore isolé du sol et sa hauteur, qui était initialement de 210 m., a été portée à 250 mètres.
- Dans ses stations de Nauen et de Sayville, la Société Telefunken applique le système Maurice Joly, qui lui a permis de réaliser la puissance de plus de 100 kilowatts nécessaire à la télégraphie sans fil transatlantique. Ce système est la propriété de la C. G. R. Voici en quoi il consiste.
- Dans le système Goldschmidt tous les circuits font partie intégrante de l’alternateur. Maurice Joly, au contraire, a utilisé un alternateur industriel à haute fréquence auquel il ajoute un certain nombre de multiplicateurs statiques de fréquence. Mais la progression est ici d’ordre géométrique : 2, 4, 8* 16, dans le cas de doubleurs et 3, 9, 27, 81, dans le cas de tripleurs. L’augmentation plus rapide de la fréquence permet de partir d’une fréquence initiale plus faible et la construction de l’alternateur se rapproche davantage de celles des types industriels courants.
- Un multiplicateur doubleur est constitué par
- Fig. 6. — La transformation du courant alternatif simple dans le doubleur Maurice Joly. Le courant A B C D produit le flux E F G B. La demi-période négative est relevée. En définitive une courbe de courant I donne dans le circuit secondaire une courbe de flux de la courbe IL
- deux noyaux NN (fig. 5) comportant deux enroulements primaires P P' en série, intercalés dans le circuit de la source d’électricité (alternateur à haute fréquence). Sur l’autre face des noyaux deux enroulements secondaires, également en série, fournissent, des forces électro-motrices induites qui s’opposent, en raison de leurs enroulements. Enfin un troisième enroulement E est parcouru par du courant continu >
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- celui-ci détermine dans les noyaux la naissance d’un courant magnétique qui s’ajoute au flux magnétique produit dans le circuit primaire P et se retranche dans le circuit primaire P' (voir le sens des enroulements).
- Sans pénétrer dans le domaine technique nous pouvons dire que, pendant une demi-période du courant alternatif dans le primaire PP', la variation de flux que produit le courant est pratiquement nulle dans l’un des noyaux -— P dans le cas de la figure — parce que l’effet d’aimantation se produit dans un noyau déjà saturé par l’aimantation auxiliaire K. La variation du tlux est au contraire considérable dans le noyau P' où cet effet se fait sentir en sens inverse de l’aimantation K. Pendant la demi-période suivante, l’inverse se produit : la variation de flux nulle dans P' est très forte dans P. Par conséquent un courant ABGD (fig. 6) donnera dans les noyaux les flux EFGH ; par suite de l’enrou-leinent en opposition d’une des bobines S, le flux induit dans le circuit SS prendra la forme EFG'H.
- On voit qu’une force électro-motrice appliquée au primaire produit dans le secondaire une courbe de variation de flux de fréquence double et par suite aussi une force électro-motrice de fréquence double. Le fonctionnement du Iripleur est analogue; on est encore en présence d’une déformation de la courbe du flux produite par une asymétrie magnétique.
- Les mêmes phénomènes se renouvellent dans le multiplicateur suivant qui double ou triple encore chaque période qu’il reçoit et ainsi de suite. La multiplication des périodes subit par conséquent la progression indiquée. Pour que la fréquence obtenue soit très pure, des circuits d’impédance nulle sont intercalés aux bornes du primaire et aux bornes du secondaire de chaque multiplicateur ; ces cir-
- cuils dérivent ou annulent les fréquences parasites.
- Dans le système Maurice Joly, l’alternateur fournit de 5 à 4000 périodes par seconde; le premier transformateur porte ce nombre à 8000, le second à 16 000, le troisième à 52 000, le quatrième à 64000; on ne dépasse pas ce chiffre dans la pratique à cause des pertes intérieures. Ces pertes sont atténuées par l’emploi, pour la construction des noyaux, de tôles très divisées : les enroulements sont eux-mêmes constitués par des câbles contenant 2000 fils isolés de 2 centièmes de millimètre de diamètre seulement. Les transformateurs sont refroidis par circulation d’huile.
- La puissance du système Maurice Joly, mis en pratique par la Société TeleFunken, parait considérable. On signale, en effet, au Scientific American que le 29 novembre, un des opérateurs de la Fédéral Wireless Telegraf Cy, à la station de Honolulu, put recevoir des messages transmis par la station de Nauen. La réception était si parfaite que l’opérateur copia les messages sans aucune difficulté. La distance franchie par les signaux est presque de 15 000 kilomètres.
- Ces systèmes producteurs de courants à haute fréquence ont permis de supprimer, à la transmission, les étincelles et leurs éclateurs ; de plus, les ondes sont très pures et peuvent atteindre une longueur de 10000 m. Ils se prêtent à une très grande syntonisation et* donnent, par conséquent; le maximum de sécurité de fonctionnement en rendant presque impossibles les brouillages. Ainsi s’explique la sécurité presque absolue dont sont entourées les transmissions transatlantiques allemandes. Mais n’oublions pas, que dans cette circonstance encore, la science française a fourni les premiers éléments à l’activité de nos ennemis. Lucien Fournier.
- t&N&.'S'C&J
- PREPARATION INDUSTRIELLE DU COTON HYDROPHILE POUR PANSEMENTS
- Pendant de longues années, le coton n’a été employé en médecine et en chirurgie qu’à l’état brut, ayant subi tout au plus un cardage sommaire, et, de plus, on n’en faisait usage qu’avec une extrême circonspection. Les médecins préconisaient alors son application pour le traitement des brûlures et de l’érysipèle ; on le plaçait aussi sur certaines plaies molles, en matelas de l’épaisseur d’un doigt assujetti par un tour de bande, en enlevant la couche tous les jours sans se préoccuper du coton sec adhérant à l’ulcère ; mais il était complètement rejeté du plus grand nombre des pansements en raison de son imperméabilité aux liquides, par lesquels il ne se laissait pas pénétrer comme la charpie de lin par exemple. Cette absence d’emploi paraissait regrettable 'a tous les praticiens, étant donné que la charpie de lin a toujours passé pour s’imprégner facilement de miasmes, alors que le coton ne s’en imprègne pas.
- Il aurait donc fallu donner au coton, par une
- manipulation appropriée, les propriétés absorbantes qu’il ne possède pas à l’état naturel, et lui permettre de se laisser imbiber et pénétrer par les liquides. Le problème fut longtemps posé.
- Il fut pour la première fois résolu, du moins en principe, par un médecin-major de l’armée, le Dr Tourainne, qui, dans la séance du 1er décembre 1876, présenta à la Société de chirurgie de Paris un coton absorbant préparé par ses soins et qu’il appela hydrophile. Depuis lors le nom est resté, en France du moins, et aucun autre ne lui a été substitué dans le langage courant.
- Le procédé du Dr Tourainne consistait à soumettre le coton brut, tel qu’on le trouve dans le commerce après égrenage, à un lessivage d’une héure dans une solution de soude à 25°, puis à le laver à grande eaü et à le faire sécher sans torsion ni compression. Il fut modifié un peu plus tard par le Dr von Brunn, qui se servait d’une solution de soude moins concentrée et ne renfermant que4 à 5 pour 100
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- de sel alcalin. Des expériences comparatives démontrèrent ultérieurement que Je produit préparé par von Brunn et vendu dans les pharmacies sous le nom de coton-charpie était inférieur au point de vue de l’emploi au coton hydrophile de Tourainne.
- 11 était donc démontré, à partir de ce moment, que le coton pouvait, par un traitement spécial, acquérir les qualités d’absorption qui lui manquaient. D’autres préparations furent alors essayées pour lui donner également ces qualités.
- Le chirurgien Guyon notamment préconisa sous le nom de ouate-éponge l’application à l’état humide d’un matelas de coton malaxé 5 à 6 minutes dans l’eau phéniquée; mais il faut remarquer qu’en ce cas le coton placé sur les plaies n’effec-tuait pas une absorption véritable et agissait simplement suivant les lois de la capillarité. Nous passons sur d’autres méthodes qui n’eurent qu’une durée éphémère. Toujours est-il qu’on en revint finalement au traitement alcalin proprement dit plus ou moins modifié par l’industrie.
- Ce fut l’Angleterre qui, vers 1879, commença à s’occuper industriellement de la préparation de ce qu’on appela alors et encore aujourd’hui absorbent cotton wool ou surgical wadding, mais ce ne fut
- l’espèce du meilleur coton à traiter pour être rendu « hydrophile ». On comménça par essayer les sortes commerciales réputées pour leur fines;e comme le Sea Island, longue soie des Etats-Unis, et le Jumel d’Égypte, mais on constata que le faible diamètre de ces fibres ne les rendait pas assez absorbantes. Les cotons de moindre qualité avaient d’autres
- Fig. 2. — Carde pour le traitement mécanique terminal.
- qu’en 1887 que de véritables manufactures s’élevèrent dans le Royaume-Uni, notamment à Rochdale pour la fabrication de ce produit et purent livrer au commerce pharmaceutique un article courant absorbant jusqu’à 15 fois son poids d’eau. C’est du traitement du coton dans les usines anglaises que nous allons parler dans cet article.
- On tâtonna longtemps avant d’être fixé sur
- Fig. i. — Ouvreuse pneumatique horizontale pour le traitement mécanique préliminaire dans la préparation du colon hydrophile.
- inconvénients : celui du Brésil, par exemple, n’avait pas une blancheur naturelle suffisante et était trop laineux, celui des Indes était à trop courte mèche et trop souvent teinté. On finit par s’arrêter à certains cotons de l’Amérique du Nord de la belle variété commerciale « middling » récoltés dans quelques états, le Texas, Mobile et Orléans notamment, fournissant assez régulièrement une fibre propre, très peu souvent colorée, et récoltée avec assez de soin pour être habituellement exemple de coton mort.
- Son choix effectué, l’industrie s’est arrêtée pour la préparation du coton hydrophile à une série d’opérations successives comportant quatre phases : 1° traitement mécanique; 2° traitement alcalin; 3° blanchiment accompagné de traitements chimiques divers ; 4° finissage mécanique et stérilisation. Nous allons passer en revue ces différentes opérations.
- Le traitement mécanique préliminaire n’est autre, à peu de chose près, que l’épuration du coton brut à l’aide des machines de préparation de la filature jusqu’à la carde inclusivement, étant entendu que les machines ne sont pas réglées en vue de la production d’un numéro de fil, mais simplement pour fournir, au sortir de la carde, une nappe de coton épurée, bien débarrassée de toute poussière, débris de capsules et corps inerles inutilisables, propre à être soumise au traitement alcalin ultérieur. Le coton échantillonné est donc passé à l’essoreuse, à la batteuse,
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- puis à la carde, machines classiques de la filature.
- Avant et après ces opérations mécaniques, le coton est bien examiné. Le contrôle porte sur plusieurs facteurs : d’abord sur sa qualité qui doit comporter de longues fibres et une nappe bien élastique ; puis sur sa couleur qui doit être franchement blanche, étant donné que les sortes jaunâtres ou à teinte rosée coïncideront plus tard avec un pouvoir absorbant moindre; puis encore son toucher qui doit, autant que possible, ne pas être craquant, pas trop doux cependant, légèrement rude; son homogénéité, qualité indispensable qui se reconnaît en étalant la nappe à la lumière transmise, de façon qu’on puisse facilement vérifier qu’elle ne présente ni ombres, ni nœuds ; enfin, sa ténacité, dont on peut se rendre compte en saisissant une mèche des deux mains et en opérant une traction : on constate alors que les cotons inférieurs se rompent facilement parce que leurs fibres sont courtes et que ceux de bonne qualité offrent une certaine résistance; mais dans l’un et l’autre cas, la rupture étant faite, et en posant la mèche sur un fond noir, on doit trouver dans les fibres élémentaires une longueur qui doit être en moyenne de 3 millimètres.
- Alors seulement le coton est soumis au traitement alcalin, opération absolument essentielle pour le rendre hydrophile. Elle consiste en un débouillissage du textile en autoclave à basse pression pendant 12 ou 48 heures dans une dissolution de soude caustique à 1 pour 100. Elle est assez énergique ; aussi une partie delà cellulose du coton se trouve-t-elle dissoute; mais aussi sont saponifiés les corps gras, la cire et la pectose qui enrobent les filaments. Une fois l’opératiou terminée, on vide la cuve et on procède au blanchiment proprement dit. Le coton a perdu environ 5 à 7 1/2 pour 100.
- Le blanchiment, qui n’a d’autre but que d’enlever la matière colorante du coton, débute par un traitement dans une solution d’hypochlorite de soude à 0,1 pour 100 de chlore. On pourrait évidemment employer l’hypochlorite de chaux qui est meilleur marché, mais le coton qu’on en obtient ne parait pas aussi souple et il est moins élastique et moins blanc; ou bien encore le peroxyde de sodium, mais son prix s’y oppose. On pousse très loin ce blancliiment, de façon à faire disparaître tout ce qui n’est pas cellulose pure; c’est au point que celle-ci se trouve oxydée et que la fibre possède absolument les réactions d’une oxycellulose, ayant la plus grande affinité pour les colorants basiques. Le coton soumis à ces manipulations est donc un coton surblanchi. Le traitement à l’hypochlorite est
- suivi d’un passage en acide (acide chlorhydrique à 1 pour 100 ou sulfurique à 2 pour 100), puis d’un nouvel essorage. A ce point des opérations, on recommence le traitement alcalin dans une solution à 0,25 pour 100 de soude, mais sans prolonger le bouillon. On lave sur l'alcali, on essore, et on passe encore légèrement en acide de façon à éliminer les sels minéraux et taches de fer qui pourraient encore s’y trouver. On lave encore à grande eau de manière à éliminer toute trace d’acide, car il est absolument indispensable qu’il n’en reste pas si l’on veut qu’au séchage la fibre ne subisse aucun affaiblissement ; c’est assez dire combien ce lavage doit être soigneusement fait : on le pratique même à l’eau pure d’abord et assez longuement, puis au savon et finalement à l’eau pour faire disparaître le savon qui communiquerait à la fibre une teinte jaunâtre. Pas d’antichlore, comme on l’a quelquefois proposé, car le coton deviendrait craquant. On termine par un lavage à fond, essorage et séchage à 105°. Bien entendu, dans toutes ces opérations, les liquides employés doivent toujours circuler librement autour du coton qui ne doit subir aucune pression.
- Il existe des procédés de fabrique employés pour augmenter la douceur de la fibre ; telle par exemple la méthode qui consiste à laisser du savon dans le coton et à y ajouter du chlorure de calcium pour produire un oléate : la couleur de ce coton hydrophile est toujours moins blanche, parfois jaunâtre.
- Est-il besoin de dire que l’eau employée pour les lavages que nous venons d’indiquer doit réunir les conditions de pureté et de limpidité indispensable et qu’elle doit notamment n’être ni calcaire, ni séléniteuse?
- Après les opérations de blanchiment et du second traitement alcalin supplémentaire, assez nombreuses comme nous venons de le voir, le coton hydrophile est soumis à quelques opérations mécaniques de finissage, qui n’ont d’autre but que d’en bien dissocier et ouvrir les fibres. Il passe à la machine à étaler, puis à la carde, et finalement sur un petit appareil qui le met en rouleaux. C’est sous cet état qu’il est actuellement livré par l’industrie aux hôpitaux et ambulances.
- Avant d’être livrés au commerce, ces rouleaux sont stérilisés de diverses façons, soit à l’aide du formaldéhyde qu’on fait agir deux heures dans de grands cylindres en acier renfermant 1000 kg de coton et dans lesquels on a fait le vide, soit en utilisant directement sur le coton hydrophile lui-même au moment de son emploi des antiseptiques comme l’acide phénique, le salol, le sublimé corrosif,
- Fig. 3. — Cave pour le traitement alcalin de la gaze.
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- PREPARATION INDUSTRIELLE DU COTON HYDROPHILE : —.... 235
- l’iodoforme» l’acide borique, le cyanure double de mercure el de zinc, etc. ; ou enfin en l’aseptisant, par un séchage dans une étuve sèche à 150°; le bon coton n’est aucunement altéré par celte élévation de température.
- Dans un grand nombre d’usines de préparation du coton hydrophile, existe un petit laboratoire de contrôle. Les indications que nous avons données plus haut sur la qualité du coton sont rigoureusement vérifiées avant et après la préparation. À tous les essais précédemment indiqués, il faut joindre la combustion du coton hydrophile : la mèche enflammée doit s’allumer subitement sur toute sa surface, alors que le coton mal préparé ne s’enflamme que progressivement ; en outre, si on l’éteint de suite, la surface doit paraître toute blanche si l’on a affaire à un bon coton hydrophile, elle noircit s’il est mal dégraissé.
- On y fait aussi le contrôle du pouvoir absorbant et le contrôle chimique, indiqués tous deux par un pharmacien français, M. Fr. Gay.
- Pour vérifier la qualité hygroscopique du coton,
- facilité avec laquelle peuvent être entraînées des particules charbonneuses exigent que l'opérateur agisse avec précaution; 3° dosage des acides gras, surtout pour certains cotons craquants qui n’ont acquis trop souvent leur blancheur que par l’addition ou la production de ces acides : on’épuise alors à l’éther 20 gr de ouate dans un percolateur et en évaporant à 50° on doit trouver un extrait qui ne dépasse pas 0,03. Dans ces diverses opérations, l’analyse des cendres, si l’on juge bon de la faire, ne doit donner que des carbonates, chlorures, sulfates de potasse et de chaux.
- — Nous n’avons parlé jusqu’ici que du coton hydrophile à l’état de ouate, mais ce textile est également employé dans le pansement à l’état de tissu-Ce qu’on appelle gaze hydrophile (surgical bandage des Anglais) n’a aucun rapport au point de vue du tissage avec le tissu de ce nom, c’est tout simplement une mousseline de coton à laquelle des manipulations successives et répétées ont donné la ténuité de la gaze.
- Naturellement on emploie pour le tissage de cet
- Fig- 4. — Coupé d'une machine à sécher la gaze hydrophile.
- on dépose sur la surface d’un vase rempli d’eau une mèche de ouate hydrophile : celle-ci doit plonger instantanément et se précipiter immédiatement au fond, alors que dans le cas d’une mauvaise préparation elle ne plonge que progressivement et flotte avant de s’enfoncer. Si, d’autre part, on veut vérifier la quantité de liquide que le coton hydrophile peut retenir entre ses fibres, on imbibe dans l’eau distillée, sans la presser, une plaque de coton découpée pesant 5 gr., on la laisse macérer 5 minutes, on la retire, on la plie sur elle-même, on l’égoutte sans l’exprimer, et lorsqu’elle ne laisse plus écouler de liquide on la pèse : en divisant le poids par 5, on obtient un chiffre qui ne doit jamais être inférieur à 18 et qui est le coefficient d’absorption de la ouate, c’est-à-dire le rapport du poids du coton sec au poids du coton imbibé.
- Quant à l’examen chimique, on peut le diviser en trois phases : 1° imbibilion quelques heures d’un carré de 5 gr. de coton dans l’eau distillée et retrait de ce coton en l’exprimant : l’eau de macération doit être neutre ; 2° recherche du poids des cendres qui doit atteindre à peine 1 gr. pour 1000 et ne jamais dépasser 1 gr. 50, alors que le coton brut donne presque 15 gr; l’extrême légèreté du coton et la
- article des fils provenant du même coton que pour la production de la ouate, se prêtant le mieux à acquérir des propriétés hygroscopiques. Le tissu est ensuite soumis au même traitement alcalin que le coton brut, mais dans une cuve dans laquelle se trouvent une série de cylindres nickelés verticaux percés de trous autour desquels il est enroulé ; puis au blanchiment et aux traitements qui le complètent, toujours « au large » dans le sens de la chaîne et jamais en « boyau ».
- Le séchage s’opère en faisant passer la gaze autour d’une série de cylindres creux en cuivre chauffés à la vapeur : elle est déroulée humide à l’entrée et est reprise sèche à la sortie sur des rouleaux appropriés.
- Mais les dernières opérations mécaniques de finissage sont remplacées par un étirage au tendeur et par un passage à la machine à pilonner (beetling machine des Anglais) dans laquelle une série de pilons en bois garnis à leur partie inférieure de plaques de métal tombent d’une certaine hauteur sur un cylindre autour duquel est enroulé le tissu hydrophile. La stérilisation de là gaze se fait finalement à la vapeur dans des cylindres identiques à ceux qui servent pour la stérilisation de la ouate au formaldéhyde ; on l’aseptise encore en la plongeant
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- sèche dans un dissolvant antiseptique volatil et évaporant ; mais, on peut l’employer humide en se servant d’une solution non volatile ou d’une émulsion avec la glycérine.
- On sait qu’en dehors des pansements, le coton hydrophile a une foule d’emplois médicaux, notam-
- ment le filtrage des solutions aqueuses, corps gras, sirops, laits, etc., et qu’il a également un grand nombre d’usages manufacturiers, dans l’industrie électrique, celle des manchons incandescents, des vernis et de divers composés cellulosiques.
- Alfred Renouard.
- L’ENSEIGNEMENT PROFESSIONNEL DES BLESSÉS DE LA GUERRE
- Parmi les nombreuses Sociétés de bienfaisance écloses durant la guerre, il faut placer au premier rang celles qui se sont fondées dans le but exclusif
- des artisans, des employés de commerce ou de bureau, des dessinateurs.
- A cette dernière catégorie appartient l’École professionnelle des Blessés de la ' ' ' XYIe Région, fondée à Montpel-
- lier par l’Œuvre Régionale des Mutilés de la Guerre. Nous en étudierons sommairement le fonctionnement.
- En principe, cette école est réservée aux soldats réformés n° 1 (ayant perdu un ou plusieurs membres), originaires de la XVIe
- WKÊtÈÊËÈÊm
- Fig. 2
- Fig. i.
- Atelier de tailleurs.
- de s’occuper du sort des soldats blessés, après leur sortie des ambulances et des hôpitaux.
- Si plusieurs de ces Sociétés limitent leur mission à des distributions de secours, d’autres ont donné à la leur un but à la fois plus noble et plus pratique; elles ont créé des écoles professionnelles de blessés qui sont bientôt devenues autant de centres de rééducation professionnelle.
- Ainsi, renonçant à une forme de charité qui ne pouvait que froisser la légitime fierté de nos vaillants soldats, héros et victimes de la Grande Guerre, elles s’appliquent à leur fournir les moyens d’affronter à nouveau la lutte pour la vie, en réduisant au minimum les conditions d’infériorité qu’engendre la perte d’un membre ou d’un organe
- Parmi ces écoles, plusieurs n’admettent dans leur programme que Renseignement des métiers manuels. D’autres y adjoignent le jardinage, l’agriculture et l’élevage. Il en est qui suivent un programme plus éclectique en se proposant de produire
- — Salle d’études. Remarquer que certains blessés écrivent de la main gauche.
- Région, qui comprend les départements de l’Hérault, de la Lozère, de l’Aveyron, du Tarn, de l’Aude et des Pyrénées-Orientales, ou à ceux dont les parents sont fixés dans cette partie de la France.
- Une exception est faite en faveur des soldats originaires des départements envahis, et qui sont ou ont été en traitement dans la formation hospitalière de la XVIe Région.
- Les soldats qui n’appartiennent pas à une de ces catégories peuvent être admis, si leur demande, qui doit passer par le Ministère de l’Intérieur, parait justifiée aux yeux des administrateurs de l’établissement.
- Les élèves, qui sont actuellement (fin février) au
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- L'ENSEIGNEMENT PROFESSIONNEL DES BLESSÉS
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- nombre de 140, ne sont liés par aucun engagement. Ils peuvent donc quitter l’école quand ils le désirent. De leur côté, les administrateurs se réservent le droit de se séparer de tout élève qui, par sa conduite générale, nuirait au bon fonctionnement de l’établissement.
- Jusqu’ici, le régime de l’internat a été seul appliqué. Mais les règlements autorisent l’admission d’élèves externes dont les familles habiteraient Montpellier.
- La direction générale de l’École a été assumée par M. le Dr Jeanbrau, le très distingué et sympathique professeur de la Faculté de Médecine de Montpellier. La direction technique a été confiée à un spécialiste de la rééducation professionnelle des mutilés,
- M. E. Drousart, secrétaire général des Écoles provinciales d’Enseignement technique du Tournaisis (Belgique). On sait que la ville de Charleroi fut une des premières villes qui organisèrent des écoles où des mutilés
- perfectionné. Quoique l’école, fondée en juillet 1915, n’ait encore que sept mois d’existence, ses onze sections professionnelles contribuent déjà largement, par la vente de leurs productions, à couvrir ses frais d’entretien et d’administration.
- L’atelier de cordonnerie, qui n’avait abordé tout d’abord que la fabrication de la grosse chaussure, produit désormais des bottines élégantes et autres chaussures de luxe. Les tailleurs, qui se contentaient, durant les premiers mois, de travailler pour leurs condisciples, ont maintenant à satisfaire une clientèle extérieure. 11 convient de remarquer ici que la
- v 4’
- gm
- Fig. 4. — Atelier de cordonniers.
- de l’industrie pouvaient apprendre un nouveau métier.
- Énumérons les différents ateliers qui fonctionnent actuellement à l’École de Montpellier, non sans avoir noté que chacun d’eux est dirigé par un contremaître qu’une longue pratique a rendu expert dans le métier qu’il enseigne :
- Cordonnerie; coupe et confection d’habits ; menuiserie, ébénisterie, vernissage au tampon; tournage du bois; ajustage et mécanique; dessin industriel ; sellerie et bourrellerie ; fabrication d’appareils orthopédiques.
- Ces ateliers, aménagés dans des salles spacieuses, bien aérées, bien éclairées, disposent d’un outillage
- Fig 3. — Ouvriers travaillant à la fabrication des appareils de prothèse et a des membres artificiels.
- majorité des élèves n’avaient pas exercé, avant leur entrée à l’école, les métiers qu’ils y ont appris. Il ne s’agissait donc pas de rééducation, dans le sens technique et médical du mot. Le problème, beaucoup plus complexe, consistait à initier des amputés à tous les secrets de métiers réservés, d’une façon générale, à des hommes physiquement normaux.
- Les résultats obtenus en si peu de temps par l’Ecole de Montpellier, prouvent que des hommes, privés d’un ou de plusieurs membres, peuvent devenir en quelques mois d’habiles ouvriers, capables de gagner leur vie, capables aussi de gagner celle d’une famille qu’ils ont désormais le droit de fonder. N’est-ce pas là une constatation, consolanle, réconfortante?
- L’Ecole professionnelle de blessés de la XVIe région ne borne pas son activité à l’enseignement dès-métiers que nous venons d’énumérer. Elle a créé-
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- L’ENSEIGNEMENT PROFESSIONNEL DES BLESSÉS
- une autre section en faveur des blessés qui se destinent à des occupations plus sédentaires ; aux emplois de bureau ou au commerce. Cette section comprend des cours de comptabilité, de sténodactylographie, de français, d’arithmétique, de géographie commerciale, de langue anglaise. Un cours préparatoire s’occupe plus spécialement de ceux des élèves qui, n’ayant pas fréquenté assez longtemps l’école primaire, manquent de notions générales.
- Nous signalerons enfin un cours spécial où les élèves qui ont perdu la main droite, ou qui, sans l’avoir perdue, ne peuvent -
- plus s’en servir, apprennent à écrire de la main gauche.
- Grâce à des méthodes perfectionnées, les élèves les moins doués arrivent rapidement à des résultats surprenants ;
- •en quelques”semaines, cer- g
- tains « gauchers » sont devenus de véritables cal-ligraphes.
- Nous avons indiqué que le régime de l’internat est appliqué à l’école de Montpellier.
- Dans les dortoirs, salles spacieuses éclairées à l’électricité et chauffées, ms élèves disposent chacun d’une armoire fabriquée par les ébénistes de l’école.
- €e sont également ses ateliers qui fournissent à chaqu •élève un costume de sortie en drap bleu foncé, de coupe militaire, un costume de travail, des •chaussures. L’atelier d’appareils orthopédiques se charge, quand il y a lieu, de modifier ou de perfectionner les appareils prothétiques des élèves, en les adaptant aux métiers choisis par eux.
- Sous une direction aussi éclairée que celle de M. le professeur Jeanbrau, l’établissement ne pouvait que devenir un modèle, au point de vue •de l’hygiène.
- L’une des règles imposées aux élèves est une propreté rigoureuse, sur leur personne comme dans les locaux qu’ils fréquentent. Des cours plantées de platanes et de vastes jardins leur permettent de jouir du grand air, quand il fait beau. Par le mauvais temps, ils trouvent un refuge confortable dans une grande salle de lecture et de récréation, où livres, revues et journaux sont à leur disposition. Des conférences récréatives sont données fréquemment dans cette salle.
- Quant à la discipline, le règlement précise qu’elle
- Fig. 5. — Mutilé travaillant à l’étau et à la lime avec un bras spècial.
- n’a consisté jusqu’ici « qu’en une entente mutuelle entre la direction et les élèves pour maintenir cà l’Éiole le bon ordre, la propreté, l’utilisation du temps au mieux des intérêts de tous ». Les élèves disposent d’une entière liberté pendant toute la journée du dimanche (de 7 heures à 21 heures) et pendant l’après-midi du jeudi (de midi à 21 heures). Le directeur technique, sur demande motivée, peut accorder des permissions de sortie qui s’élendent du samedi soir au lundi matin.
- Quand les élèves ont terminé leur apprentissage et qu’ils quittent l’École, ils ne sont pas abandonnés à leurs seules ressources.
- Selon les termes que nous empruntons au règlement « une prime proportionnée à leurs jesoins professionnels peut leur être accordée en récompense de l’effort qu’ils ont fourni à l’École pour apprendre leur métier ».
- Ainsi, les anciens élèves peuvent plus facilement organiser leur atelier d’artisan.
- Quant aux élèves qui ne peuvent ou ne veulent s’installer à leur compte, ou à ceux qui ont choisi l’administration ou le commerce, l’Œuvre Régionale -des Mutilés a créé à leur intention un office d’information qui s’occupe de leur trouver un emploi.
- Nous en avons assez dit pour que nos lecteurs comprennent l’utilité de ces écoles professionnelles de blessés, dont la mission est si humaine, si noble, si grandiose.
- En apprenant des métiers aux glorieux mutilés de la Grande Guerre, elles leur refont, si l’on peut dire, une existence; elles leur redonnent la fierté de vivre des fruits de leur travail.
- Il faut souhaiter que toutes les grandes villes de France, après Paris, Lyon et Montpellier, organisent, sans perdre de temps, des établissements analogues.
- Les milliers d’élèves qu’elles produiront aideront à combler la brèche que deux années de guerre ont faite dans notre main-d’œuvre ouvrière.
- Elles collaboreront ainsi au succès des luttes prochaines, à celles delà guerre économique qui s’ouvrira dès la fin des opérations militaires.
- Y. Forbw.
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- LA NATURE. — N° 2220.
- 15 AVRIL 1916.
- LES ENNEMIS DE L’INTENDANCE
- Que de critiques n’a-t-on pas adressées à l’intendance française! Les uns dénigrèrent les systèmes d’adjudication, certains marchés passés par le ministère de la Guerre ou les réquisitions opérées à la hâte; les autres fulminèrent contre les habitudes routinières et le penchant immodéré des « riz-pain-sel » pour les paperasses administratives! Quelques-uns de ces griefs sont peut-être fondés. Mais, en tout cas, depuis le début des hostilités, le service des subsistances réussit à ravitailler quotidiennement plusieurs millions d’hommes sur un front de 600 km et dans des circonstances parfois difficiles : ses rouages ne marchent donc pas encore trop mal puisqu’ils ont su réaliser un aussi colossal tour de force! D’ailleurs nous ne saurions prendre parti dans un tel débat qui sort de notre compétence comme du cadre de La Nature. En revanche, nous allons stigmatiser ses ennemis d’un autre genre, terribles quoique minuscules, les voraces insectes qui s’attaquent au blé, à la farine ou aux biscuits de soldats dans les magasins militaires, et dont les intendants redoutent autrement les dégâts que les malveillantes palabres des députés ou les articles acrimonieux de journalistes à court de copie.
- Pénétrons donc dans une manutention militaire pour voir à l’œuvre le Charançon du blé (Calandra granaria Lin.), qui cause les plus grands dommages aux approvisionnements de céréales. Ce coléoptère,aux élytres courtes et sillonnées destries ponctuées rougeâtres ou brunâtres, mesure à peine 3 à 4 mm de longueur. Son bec (ou pour parler plus savamment son rostre) est d’une belle taille pour une bestiole si petite et porte à sa base des antenne-s terminées par une massue oblongue. Somnolente durant tout l’hiver, la gent charan-çonnesque sort de son engourdissement aux premiers effluves printaniers. Dès que le thermomètre marque 8 à 10° au-dessus de zéro, nos joyeuses bestioles partent à la recherche d’une compagne de leur choix escaladant les sacs, trottinant sur les planchers ou les monceaux de blé. À partir de ce moment et pendant les cinq mois chauds, les gardes-magasins doivent ouvrir l’œil, car la famille Calandre est prolifique : on estime qu’un
- 44e Année. — 1" ‘Semestre.
- seul couple donne naissance à plus de. 6000 individus! La reproduction se poursuit sans relâche du mois d’avril jusqu’aux froids.
- Une fois la femelle fécondée, elle s’enfonce à quelques centimètres de profondeur dans les tas et choisissant un grain le pique avec son rostre, d’ordinaire dans la rainure qui constitue le sillon. Elle soulève la pellicule et dépose un œuf dans un petit tunnel qu’elle creuse dans le grain et dont elle bouche l’orifice avec un enduit d’une couleur identique à celle de l’écorce. Après quoi, dame Charançon répète son manège sur la semence voisine en ayant soin d’y établir, comme tout à l’heure, un seul membre de sa lamille et ainsi de suite jusqu’à ce qu’elle ait casé sa progéniture entière.
- Si le temps est propice, l’éclosion se fait une dizaine de jours après la ponte. Une petite larve blanche, molle, apode et allongée sort de chaque œuf et avec ses fortes mandibules ne va pas craindre d’assurer son existence aux dépens du budget delà guerre! Après avoir élargi les parois de son étroite prison, notre Cur-culionidene mange pas son blé en herbes, mais dévore l’intérieur des grains avec une gloutonnerie sans pareille et quand il se transforme en nymphe, il ne reste plus que la pellicule, ses solides mâchoires ayant broyé, peu à peu, toute la partie farineuse. Pendant cette période de son existence, l’estomac du Gargantua lilliputien se repose complètement, puis, au bout de 8 à 10 jours, la nymphe subit une troisième métamorphose et se change en insecte parfait. Notre charançon abandonne alors sa cellule où il trouvait la table et le couvert dont il n’a plus que faire puisqu’il va simplement courir la pretentaine. Au milieu des plaisirs de l’amour, les mâles, uniquement chargés de perpétuer la race, ne pensent plus à manger et ne tardent pas à mourir. L’existence des femelles se prolonge jusqu’à la ponte, qu’elles accomplissent peu de temps avant de trépasser. Ainsi se succèdent les générations de cette maudite engeance d’autant plus redoutable qu’on s’aperçoit difficilement de sa présence. Les grains dévorés par les Charançons conservent, en effet, leur forme, leur couleur et seule la diminution de leur poids indique l’étendue des ravages. Pour en juger, on
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- Fig. i. — Grains de blé grossis, attaqués par la calandre.
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- LES ENNEMIS DE L’INTENDANCE
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- jette dans l’eau quelques poignées des grains qu’on croit attaqués, les bons s’enfoncent tandis que les mauvais surnagent. Afin de mieux apprécier le dommage causé, les meuniers ou les gardes des magasins militaires déterminent le poids spécifique à l’hectolitre des blés avariés, en les mesurant au moyen d’une trémie conique.
- On a préconisé de nombreux moyens pour détruire les Charançons, entre autres les pelletages périodiques. Ces gloutons aimant à vivre en sybarites, craignent le dérangement, le froid et la lumière. Donc en remuant le blé où ils ont élu domicile, ils ne tardent pas à déguerpir. Près du tas principal, on a soin de laisser, dans un coin, de petits amas de grains qu’on ne remue pas afin que les coléoptères puissent s’y réfugier. De la sorte, on fait la part du feu et on réunit une immense quantité d’insectes qu’on détruit ultérieurement. On a également conseillé l’ébouillantement, la peinture des murs des greniers au goudron, le trempage des grains dans le sulfure de carbone, les fumigations au moyen du soufre, etc. Ce dernier procédé réussit à tuer le parasite mais communique au blé une odeur désagréable. Enfin, d’après une expérience faite jadis à la manutention militaire de Batna (Algérie) la solution de la question résiderait dans l’emploi du colcotar (peroxyde de fer). L’intendance installa dans cet établissement quatre silos en maçonnerie : deux revêtus intérieurement d’une couche de colcotar, les deux autres restant à l’état naturel. Puis on remplit les quatre silos de blé, on les ferma hermétiquement et on les ouvrit après plusieurs mois. Yoici selon le sous-intendant Boissonet', les constatations qu’on fît. A l’ouverture, les Charançons affluaient dans les silos pourvus simple* ment de leur maçonnerie en pierres et mortier; en outre, la masse des grains avait une température supérieure à la température ambiante tandis que pour les silos badigeonnés intérieurement d’une couche de colcotar, on ne trouvait ni bestioles, ni chaleur anormale. L’odeur du peroxyde de fer semble donc éloigner ces insectes et il suffirait d’élever des silos en maçonnerie et de les peindre intérieurement avec du colcotar pour mettre les céréales à l’abri des Charançons dans les bâtiments militaires.
- L'Alucite (Sitotroga cerealella Lin.) s’attaque surtout au blé sur pied, mais il ne dédaigne pas non plus les greniers ou les dépôts de l’intendance, Ces petits papillons, qu’on appelle vulgairement « teignes » ou « poux volants » apparaissent à l’époque de la formation des grains. Les femelles voltigent autour des épis pour y déposer des œufs rouges longs de 2/3 de millimètre dans la rainure <le chaque grain. Une huitaine après la ponte, la chenille éclot et grâce à ses robustes mandibules perce le blé et pénètre dans l’intérieur qu’elle dévore en quelques semaines, laissant seulement l’écorce. Dans les granges et magasins à céréales, l’Alucite se propage avec une rapidité encore plus effrayante
- que les Charançons. Un seul couple, faisant deux pontes annuelles de 80 à 100 œufs chacune, peut produire plus de 100 000 rejetons en moins de trois ans. On ne s’aperçoit pas de la présence de ces malfaisantes bestioles, qui vivent cachées l’intérieur des grains comme des rats dans un fromage et on n’a guère d’autres moyens de les détruire que de mettre le blé, dont ils ont dévoré une partie de la substance farineuse, dans des fours où on les porte à la température de 50° environ. Le pain fabriqué avec des grains alucités renferme des débris d’insectes accompagnés de leurs excréments, ce qui lui communique un goût désagréable et rebutant.
- Il ne faut pas confondre ce microlépidoptère, avec un petit papillon aux ailes d’un brun argenté marbrées de brun qui lui ressemble un peu et qu’on nomme aussi la Teigne des grains (Tinea granella Lin.), mais qui en diffère par plusieurs caractères anatomiques (port des ailes, forme des palpes, couleurs plus foncées, etc.). En outre, la chenille de la Teigne dite communément Ver blanc du blé s’attaque à plusieurs grains qu’elle relie par des fils de soie, elle accomplit sa nymphose soit à l’intérieur d’une semence évidée, soit dans les fentes du plancher d’une manutention militaire, soit dans les poutres crevassées d’un moulin. Aussi dans les magasins de l’intendance, on limite les ravages des Teignes en effectuant d’énergiques pelletages vers la fin d’août ou le commencement de septembre, car, à cette époque, leurs chenilles exécutent le travail préparatoire de tissage, mais l’éclosion n’a pas encore eu lieu. Tandis que les chenilles de l’Alucite ne sortant pas du grain où elles gîtent pour se changer en chrysalide, on doit utiliser contre elles d’autres mesures de défense, comme nous l’indiquons plus haut.
- Quant à la Cadelle, coléoptère du genre Trogo-site qu’on rencontre également dans les greniers à céréales, elle est injustement calomniée par les meuniers du midi. Loin d’attaquer les grains de blé, sa larve dévore au contraire celles des Charançons et des Teignes. Ne rangeons donc pas parmi les ennemis du service des subsistances, cet insecte plutôt utile!
- Pour compléter notre galerie des voleurs de denrées militaires, nous avons à nous occuper maintenant des bestioles qui s’attaquent au pain de guerre. Comme le « biscuit de troupe », constitue la base de l’alimentation du soldat en campagne, l’intendance veille naturellement à le fabriquer avec des farines irréprochables et à assurer sa parfaite conservation dans les magasins jusqu’au moment de son utilisation. Malheureusement les amateurs de ce substantiel produit ne manquent pas, sans parler des rats et des souris. Parmi les plus friands, il faut d’abord mentionner 1 ’Ephesiia Kuhniella, microlépidoptère cosmopolite avec lequel les fonctionnaires du War Office eurent récemment maille à partir au Soudan, à Gibraltar* à
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- Malte, à Ceylan et jusque dans l’Afrique du Sud. Il I claires traversent les supérieures, repliées le long n’épargne pas non plus les rations de nos poilus. I du corps, à l’état de repos. Dans les fabriques, la
- Fig. 2. — Calandre du Blé (Calandra granaria) : i, larve; 2, nymphe; 3, insecte éclosant;
- 4, insecte parfait (gross. 7/r); 5, grains attaqués. — Teigne des grains (Tinea granella) :
- 6, chenille; 7, papillon (gross. 7/1); 8, grains agglomérés. — Alucite des céréales (Sitotraga cerealella) : 9, chenille; 10, papillon (gross. 7/1); 11, grains attaqués. — Teigne de la farine (Ephestia Kuehniella) ; 12, papillon (gross. 3ji); 13, farine attaquée.
- Ce papillon nocturne a 15 mm d’envergure; ses I femelle pond une quinzaine d’œufs, de place en ailes sont d’un -gris cendré et deux lignes plus | place, sur les biscuits exposés à l’air pour se res-
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- suyer. Dans les magasins, elle se faufile à travers les fentes des caisses jusqu’au papier qui entoure les galettes et y dépose sa progéniture en herbe, déjà grouillante au bout d’une semaine. Sous notre climat, les éclosions se succèdent ainsi du 15 mai au 15 septembre. La petite chenille blanche jaunâtre avec quelques poils blancs très fins, une tête cornée brunâtre et trois paires de courtes pattes, est d'abord mince comme un fil, puis à force de grignoter du bon pain de guerre, elle atteint 10 mm de longueur au bout de trois à quatre mois.
- Elle choisit alors une petite cavité du biscuit pour se métamorphoser et s’y tisse un grossier cocon. Après une quinzaine de jours, un papillon sort de cette chrysalide et s’échappe au dehors. Les moyens de destruction et de préservation employés contre l’Ephestia sont identiques à ceux que nous alloqs voir appliqués à la Vrillette du pain. On rencontre également ce dernier coléoptère, appelé par les naturalistes Ano-bium pani-ceum, sous presque toutes les latitudes, mais il exerce principalement ses ravages dans les magasins de l’intendance à Nîmes, à Marseille, à Avignon et en Algérie, tandis que l’Ephestia s’observe plus souvent dans le centre et le nord de la France. Mesurant
- 5 mm de longueur et 1 mm. 35 de largeur moyenne,
- 11 gîte aussi bien dans les bibliothèques que dans les greniers et « dévore » les livres comme toutes les substances alimentaires contenant plus ou moins d’amidon, les matières végétales les plus variées et même divers objets d’origine animale : les cuirs et le parchemin, par exemple. Sa robe est brune rougeâtre et une fine pubescence recouvre ses élytres marquées de stries longitudinales.
- Les femelles pondent un très grand nombre d’œufs sur la surface des pains de guerre au début du printemps et vers la fin de l’été. Au bout de 5 à
- 6 jours, éclosent de petites larves blanchâtres cylindriques, couvertes de poils fins, formées de
- 12 anneaux sans compter la tête qui, brune, arrondie et rocailleuse, est armée de deux solides mandibules dentées intérieurement. A l’aide de ces puissants instruments de broyage, nos jeunes vers percent des trous pour pénétrer à l’intérieur des biscuits et y creusent des galeries sinueuses dans lesquelles ils vont se livrer aux plaisirs de la table.
- Comme, dans cet état, nos Anobiums mangent continuellement, ils grossissent à vue d’œil, si bien qu’ils doivent agrandir leurs souterrains au fur et à mesure afin de pouvoir étaler à l’aise les replis ondulants de leur grassouillette personne.
- Une fois leur développement acquis, les larves songent au temps de leur nymphose. Elles se rapprochent alors de la surface extérieure du biscuit, se fixent en un point de leur tranquille' demeure qu’elles élargissent un peu et qu’elles tapissent de soie. Les nymphes se réveillent au bout d’une vingtaine de jours et se métamorphosent en insectes parfaits. Ceux-ci n’ont donc plus qu’à percer une mince pellicule pour s’échapper au dehors. Ainsi les trous circulaires qu’on voit sur le pain de guerre représentent des trous d’évasion. Les petits malfaiteurs ont pénétré par des orifices imperceptibles et non par ces véritables trous de vrilles.
- Heureu sèment un coléoptère le Silva nu s fru-rnentatius Lat. ; une espèce d’Arach-hides, le C/ier-nes Museo-rum et surtout une petite mouche noire appelée Chal-cis parasitent les larves d’Anobium qu’elles tuent en assez grand nombre.
- Lorsque l’on constate la présence des Vrillettes dans un magasin de l’intendance renfermant du pain de guerre, on commence par isoler les caisses attaquées, et après les avoir vidées on les stérilise par un étuvage sous pression. Puis on met au rebut les galettes fortement atteintes et on porte, pendant une heure, à la température de 420°— 125°, celles qui sont moins attaquées. Ce passage au four s’opère de la manière suivante. On enfourne la denrée suspecte deux heures environ après le dé-fournement du pain et on l’y abandonne jusqu’au lendemain. Dans ces conditions, la chaleur jointe à la petite quantité d’eau incluse normalement dans les galettes suffit d’ordinaire pour tuer les Anobiums, leurs œufs et leurs larves sans que les biscuits soient carbonisés. On réemballe ensuite ces derniers dans des caisses stérilisées. Quant aux locaux, on les désinfecte à l’acide sulfureux deux fois de suite, à quinze jours d’intervalle, puis au printemps et tous les trois mois. Du reste, d’après le Dr Ch. Decaux, les seuls moyens de préservation absolue du pain de guerre contre les Yrilettes seraient de ne le fabriquer que pendant les huit mois
- Fig. 3. — Biscuit attaqué par les vrillettes.
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- où il n’y a pas d’éclosion du 15 septembre au 15 mai et de l’emballer dans des caisses en fer-blanc mince soudées.
- Enfin nous laisserons volontairement dans l’ombre divers « minus-habens » tels : le Tenebrinn meunier dont la larve, si appréciée des pêcheurs et des oiseliers, sous le nom de Ver de farine, cause parfois d’importants dégâts dans les approvisionne-
- ments des manutentions militaires; les Cafards et les Grillons domestiques connus de tous nos lecteurs et VAsopia farina lis microlépidoptère de 25 mm d’envergure aux ailes jaunâtres tachées de brun et de mœurs semblables à celles de l’Ephestia. TpIs sont les principaux ennemis que l’intendance doit combattre sans relâche, car ils ne désarment jamais. Jacques Boyer.
- LE MARCHÉ DES MÉTAUX DE GUERRE
- Une nouvelle récente a jeté quelque émoi sur le marché des métaux. Le gouvernement anglais avait décidé d’interdire toutes les opérations dites spéculatives (c’est-à-dire les achats ou ventes à terme) sur les métaux de guerre autres que l’étain : fer, acier, cuivre, bronze, zinc, plomb, antimoine, nickel, tungstène, molybdène, ferro-alliages, etc. Sans vouloir faire ici de politique, on peut dire qu’une telle mesure ressemblait fort à ces improvisations hardies par lesquelles des hommes d’État bien intentionnés prétendent de temps en temps violenter les phénomènes économiques. Le but était d’arrêter la hausse croissante des métaux, considérée comme « injustifiable ». Mais on n’avait oublié (ou paru oublier) qu’une chose, c’est que le marché des métaux américains, de beaucoup le plus important, échappe entièrement au contrôle et aux prescriptions de Londres. Très peu après avoir formulé son interdiction, le Gouvernement anglais décidait de la lever et peut-être en somme son motif réel avait-il été seulement d’efïrayer les spéculateurs et d’arrêter, dans une certaine mesure, leurs opérations en leur montrant les moyens de coercition qu’il pouvait, le cas échéant, utiliser contre eux. Cette mesure n’en a pas moins attiré l’attention sur un des très graves problèmes internationaux actuellement posés, un de ceux qui, avec la question du fret, peut exercer la plus grosse influence indirecte sur la suite des opérations militaires. Nous ne saurions ici traiter le sujet avec les développements qu’il comporte. Mais nous voulons au moins en faire connaître les éléments principaux.
- Militairement, le problème se pose ainsi. La guerre devient chaque jour de plus en plus une lutte de matériel et d’artillerie. La victoire appartiendra à celui qui aura pu dépenser le plus prodi-guement et le plus longtemps des munitions et des métaux. Or, pour les métaux de guerre et substances minérales utilisées dans l’armement, on peut distinguer deux groupes, dont l’un crée une situation favorable aux Allemands et le second à nous.
- Le premier groupe, qui est malheureusement le plus important, comprend le fer et la houille. Pour ces deux substances essentielles les Allemands ont toujours eu et possèdent encore plus depuis l’occupation presque totale du bassin houiller franco-belge et de notre bassin ferrifère de Briey une supériorité énorme sur leurs adversaires de l’Europe
- occidentale (je laisse de cô,té l’Angleterre qui est riche en bouille mais non en fer). On parle toujours de la « puissance industrielle allemande » et, même en France, il reste des gens disposés à admirer sur ce point la méthode de nos adversaires; leur secret est pourtant bien simple et ne dépend nullement de leur mérite. Il tient à ce que le bassin houiller westphalien et le bassin ferrifère lorrain avec leurs richesses immenses sont entre leurs mains. Contre cette situation, nous n’avons, nous Français (et, à plus forte raison, les Italiens) qu’un moyen de lutter : c’est de faire venir du charbon, de la fonte et de l’acier d’Angleterre ou d’Amérique. En obtenir est pour nous une question tellement vitale qu’aucune considération de prix ne saurait aller à l’encontre. Et, par conséquent, la hausse du fret s’y ajoutant, nulle force humaine ne peut empêcher les cours du charbon et du fer de s’élever rapidement. Le fer, notamment, ne peut guère nous venir que d’Amérique puisque les mines anglaises sont restreintes comme les nôtres. Il n’est pas bien étonnant que le cours de l’acier ait doublé aux États-Unis dans ces derniers mois, comme nous allons le voir.
- Dans le second groupe la situation se renverse et l’avantage des Alliés devient évident; mais le résultat économique pour le cours des métaux est le même. L’Allemagne n’est pas productrice ou ne l’est que faiblement, sauf dans le cas particulier du zinc. La disette devrait commencer à s’y manifester si le blocus n’offrait pas de larges fissures. Nos ennemis ont vécu sur leurs réserves qui doivent toucher à leur fin et sur la contrebande à laquelle ils paient n’importe quel prix pour être alimentés. Les Alliés, de leur côté, produisent peu par eux-mêmes; mais, grâce à la liberté des mers, ils ont le moyen de faire venir ce qui leur est nécessaire. Cela n’empêche pas qu’ils doivent subir les conditions commerciales des neutres. Une consommation intense n’a pas encore eu le temps de développer la production corrélative. Là encore la hausse est fatale et, si les spéculateurs y contribuent, c’est uniquement parce que, prévoyant par métier une augmentation future, ils vont au-devant d’elle par leurs achats à terme : ce qui a pour résultat de la précipiter. Sans vouloir aucunement prendre la défense des joueurs, il faut bien remarquer que l’achat spéculatif est presque une nécessité pour tout industriel # qui, prévoyant un besoin de matières premières dans
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- l’avenir, veut précisément se mettre en garde contre des fluctuations de prix défavorables. Et la meilleure preuve, c’est que le Gouvernement anglais a récemment, avec beaucoup de raison d’ailleurs, donné l’exemple. On a appris un jour qu’il avait acheté d’avance sur le marché américain 100 à 150000 t. de cuivre livrables au fur et à mesure de la production, qui a été intensifiée en conséquence dans les raffineries des États-Unis. C’était un moyen très heureux de se procurer du cuivre à un cours, depuis lors largement dépassé. 11 n’en est pas moins vrai que, par cette spéculation d’envergure particulièrement vaste, il a lui-même contribué, dans une large mesure, à la hausse qu’il prétend arrêter (*)..
- Quelles sont les proportions extraordinaires de cette hausse, des chiffres vont aussitôt le montrer. J’ai dit tout à l’heure que le fer avait doublé. Le cuivre s’est établi au-dessus de 2600 fr. (100 1), ce qui représente plus de 1500 fr. de bénéfice par tonne pour les bonnes mines. Il valait 1500 fr. à la veille de la guerre. Au début d’avril, le cours est de 118 livres : chiffre qui n’a été dépassé qu’en 1872, au lendemain de la guerre franco-allemande. Le plus haut cours qu’on ait jamais coté est celui de 198 Livres en 1805. Dans l’année très spéculative de 1907 qui a déchaîné la crise américaine on n’avait pas atteint 87 livres. De même le plomb, qui valait 475 fr. est à 830. Le zinc a quadruplé de 600 à 2500 fr. la tonne. Dans le cas du plomb il faut également remonter à la période 1873-1875 pour trouver un cours supérieur.
- L’accroissement de nos importations donnerait, s’il était nécessaire, l’explication immédiate de ces augmentations énormes. Par exemple, en 1915, la France seule a importé pour 158 millions de fer, fonte et acier (sans compter les produits de fer fabriqués et 123 millions d’automobiles), soit 129 millions de plus qu’en 1914 et pour 201 millions de cuivre (59 millions d’accroissement).
- Maintenant cette hausse continuera-t-elle et jusqu’où ira-t-elle, il est impossible de le dire; car toutes les conditions industrielles normales sont faussées depuis deux ans par le fait que de grandes usines ne sauraient se créer en vue d’une situation malgré tout temporaire et par le fait aussi qu’en temps de guerre la hausse des prix n’a plus, comme en temps normal, une influence déprimante sur la consommation. Tant que la guerre durera et, après la paix, pendant le temps nécessaire à la réparation des dommages causés, on aura sans doute besoin de plus de métaux qu’il n’est possible d’en extraire et, si les consommateurs européens sont disposés à les payer n’importe quel prix pour les obtenir rapidement, il est trop évident que les producteurs américains continueront à en profiter de plus en plus. On doit cependant admettre, si la guerre se prolongeait encore un peu longtemps, que certaines
- 1. Le Gouverncmant français vient également d’acheter aux États-Unis 9000 t. de cuivre qu’il fournira désormais lui-même aux industriels travaillant pour la guerre.
- grandes usines et mines auraient la possibilité d’intensifier leur production et la spéculation semble en tenir compte, car les cours du comptant sont supérieurs à ceux du terme (de 6 livres pour le cuivre, de 8 pour le zinc).
- Précisons maintenant en reprenant plus particulièrement quelques-uns des grands métaux.
- Voyons ce qui se passe pour le fer et tournons les yeux vers le principal producteur mondial, qui est en même temps un pays neutre. Les Etats-Unis avaient produit en 1913, 62 millions de tonnes déminerais de fer; iL étaient tombés à 43 en 1914; ils sont remontés à 59 en 1915. La production de fonte a atteint par suite 30 millions de tonnes, chiffre qu’elle n’avait un peu dépassé qu’en 1915. Il est remarquable que cette production se répartisse entre les deux semestres de 1915 dans la proportion de 12 à 18 : ce qui montre l’ampleur de la reprise à la fin de 1915. Il s’est produit alors le plus grand accroissement qu’on ait jamais signalé dans l’histoire de cette industrie. L’exportation n’y est "pour rien sous la forme de fonte; mais elle a joué un rôle évident sous la forme d’acier destiné aux belligérants (munitions, automobiles, etc.). En conséquence, de septembre à décembre 1915, le prix des poutres d’acier a passé de 1,55 cents à 1,75 par livre: soit, en trois mois, 55 pour 100 d’augmentation.
- J’ai signalé plus haut un incident relatif au cuivre. Nous avons consacré un article récent à ce métal qui est un des principaux métaux de guerre (‘). Voici comment se présente aujourd'hui son commerce.
- Le cuivre dont l’industrie a besoin est pratiquement surtout du cuivre électrolytique, qui vient presque totalement d’Amérique. La production anglaise n’atteint pas, dit-on, 8 à 10 000 t. par an.
- On estimait au l°r mars 1916 les stocks de cuivre anglais à environ 22 000 t. ; c’est à peu près actuellement l’exportation mensuelle des Etats-Unis.
- En 1915, la production mondiale de cuivre est montée à 1 061 000 t. contre 1 005 978 en 1915. Les deux tiers viennent des États-Unis (646 212 t. contre 556 000 en 1915). Parmi les belligérants, l’Angleterre a produit 47 202 t. au Canada et 32 512 en Australie; la Russie 16 000 t. (moitié de la production ordinaire par suite de la situation des mines du Caucase dans la zone de guerre) ; le Japon 75000 t. ; l’Allemagne 35 000 t. au lieu de 30 480 en 1914. La production des Etats-Unis est venue surtout de l’Arizona (443000 t.), du Montana (266 000 t.) et du Lac Supérieur (242 000 t.)
- Pour le plomb, le grand producteur de minerais européen est l’Espagne dont la production a baissé par suite de la gêne qu’y cause le manque de charbons anglais. La production de la France est faible comme celle de l’Allemagne. L’Angleterre tire son approvisionnement de l’étranger, surtout de l’Espagne. Parmi ses colonies, l’Australie est un producteur important; mais les minerais australiens vont actuellement en Russie par Vladivostok. Les
- 1. Voyez n° 2214, du 4 mars 1916.
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- États-Unis jouent ici un rôle beaucoup moins décisif que pour le cuivre, car ils consomment à l’intérieur presque toute leur production. Leur exportation en 1915 n’a pas dépassé 110000 t. Mais leur production est montée de '438 000 t. en 1913 à 565 000 en 1915 (dont 175 000 \iennent du seul district de Cceur-d’Àlène en Idaho).
- Le cas du zinc est spécial. Aucun grand métal n’a autant monté, quoique ce ne soit pas un des plus utiles pour la guerre. Et on le comprend facilement si on se rappelle qu’avant la guerre les deux grands producteurs européens étaient l’Allemagne (283 000 t.) et la Belgique (198000 t.). Gela ne veut pas dire que ces pays puissent continuer sur le même pied, car, à l’exception des minerais silésiens et de quelques minerais rhénans, ils traitaient surtout des minerais importés. La France en temps normal tire de ses propres minerais (continentaux ou africains) le zinc qui lui est nécessaire; mais quelques-unes de nos usines françaises se sont trouvées en même temps arrêtées. 11 a fallu, ici
- encore, recourir aux États-Unis, où la production grandit de trimestre en trimestre, favorisée par une hausse colossale. Les fabricants de munitions ont, vers le milieu de 1915, acheté du zinc à tout prix. La production américaine, qui n’était que de 358 000 t. en 1913, a ainsi atteint 500 000 t. en 1915.
- On pourrait continuer cette énumération; je citerai seulement encore Y antimoine. Le marché de ce petit métal est généralement restreint. Mais son intervention dans la fabrication des shrapnells l’a fait rechercher depuis la guerre. La Russie' a commencé par en acheter 2500 t. à la fin de 1914. D’autres gouvernements ont suivi et les cours ont bondi de 760 francs à 3150 (30 1. à 125 1.). Ces cours sont aujourd’hui purement nominaux, le gouvernement britannique s’en réservant le monopole pour l’Angleterre. On remarquera, d’ailleurs, que la France est à cet égard dans de bonnes conditions, ayant une production nationale suffisante.
- L. De Launay.
- LA PROMPTE MISE A L’EAU DES EMBARCATIONS DE SAUVETAGE
- Lorsqu’un navire se trouve en perdition, le sort des passagers dépend surtout de la rapidité avec laquelle les embarcations de sauvetage seront mises à la mer et suffisamment éloignées de l’énorme masse qui, en coulant à pic, provoquera un remous capable d e tout engloutir.
- •Cette question s’impose, certes, en tout temps, à l’attention des armateurs; mais elle prend une importance particulière dans les conditions actuelles de la guerre navale, où tous les bâtiments risquent à chaque instant de toucher
- Fig. j. — Mise à l’eau par palans.
- une mine Bottante ou d’être torpillés sans préavis.
- La mise à l’eau d’une chaloupe accrochée à un grand vaisseau peut être considérée comme une opération très facile par quiconque n’y a jamais assisté ou ne l’a vu exécuter que dans un port. En réalité, pour peu que la mer soit houleuse, elle offre de telles difficultés que les marins, instruits par,une dure expérience, en étaient arrivés à ne plus guère compter, en cas de sinistre, sur le secours des embarcations. Il n’y a pas bien longtemps encore, nous voyions de magnifiques paquebots, aménagés pour transporter des centaines de passagers, généreusement dotés de huit canots, qui auraient contenu à grand'peine un quart, au plus, des personnes à bord. Encore n’étaient-ils par tous
- en état de naviguer : les. uns auraient fait eau de toutes parts et n’auraient pas tardé à sombrer ; les autres étaient retenus sous leurs bossoirs par des amarres si bien recouvertes de peinture et de
- mastic qu’il eût fallu une heure pour les larguer. En fait, ces engins dits de sauvetage n’étaient là que pour la forme, pour le coup d’œil, et leur seul mérite était d’inspirer confiance aux passagers.
- Il a fallu des catastrophes sensationnelles pour réagir contre cette invraisemblable incurie. C’est en 1912, à la
- suite du naufrage du Titanic, où périrent 1490 personnes, que les Anglais ont pris les premières résolutions sérieuses, sinon efficaces. Le Board of Trade (Ministère du Commerce) a ordonné que tout navire devait porter des canots ou radeaux en nombre suffisant pour recevoir tonte la population du bord, aussi bien l’équipage que les passagers, et c’est ainsi que VOlympic (le frère du Titanic), qui avait navigué pendant 18 mois avec 16 embarcations pour 4500 personnes, dut désormais en avoir 113.
- Chez nous, des commissions de surveillance étaient chargées de s’assurer que tout était prévu pour le sauvetage, et notamment que les embarcations se trouvaient assez nombreuses et en état de tenir la mer. *
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- 248 MISE A L’EAU DES EMBARCATIONS DE SAUVETAGE
- ITfaut bien reconnaître que ces mesures e'taient encore insuffisantes-, car il est presque toujours impossible d’utiliser toutes les embarcations dont on dispose ; leur multiplicité même est plutôt une gêne, avec les moyens communément usités pour les mettre à l’eau.
- Cette opération est effectuée en manœuvrant une paire de palans par lesquels chaque canot est soutenu, à l’avant et à l’arrière, sous deux portemanteaux dont la figure i montre la disposition.
- Chaque palan est constitué par une paire de moufles M et M' à trois ou quatre « réas » : il s’ensuit que, pour descendre le canot C d’une hauteur qui, sur les grands paquebots, atteint et dépasse 20 mètres, il faut « filer » environ 80 mètres de cordage sous chacun des bossoirs. Ceci demande forcément plusieurs minutes. Pendant ce temps, sous l’action du roulis, le canot est balancé dans le vide et heurte violemment les flancs du gros navire, où il n’est pas rare qu’il vienne se briser avant de s’être posé sur l’eau. Lors de l’incendie du Volturno, toutes les victimes furent précisément les passagers qui avaient pris place dans les embarcations.
- Du reste, quand un bâtiment est en perdition, par suite d’une voie d’eau, il a presque toujours une « bande », une inclinaison telle qu’il faut renoncer à descendre les embarcations du côté le plus élevé, comme on le voit à gauche de la figure 1. Un passager du Persia, le plus grand paquebot de la Compagnie Péninsulaire, récemment torpillé, a raconté qu’il fut impossible de mettre à la mer les canots de tribord, en raison de la position prise par le navire. Quant aux canots
- de bâbord, on ne put en utiliser que six seulement, et ce détail n’a rien de surprenant.
- Autrefois, quand les embarcations étaient réduites à un très petit nombre, chacune d’elles se trouvait accrochée à ses portemanteaux, prête à être descendue. Actuellement, il ne peut plus en être de même : les embarcations supplémentaires sont nécessairement réunies, côte à côte ou superposées, sur le pont supérieur, dé-nommédecefait «pontdes embarcations », et cette disposition complique singulièrement la manœuvre, comme il est facile de s’en rendre compte.
- La première embarcation étant supposée mise à la mer sans encombre, on en décroche les palans, afin de les remonter ; mais ceux-ci, ayant été fortement tendus par le poids du canot et de ses passagers, se tordent aussitôt qu’ils sont soulagés; les
- quatre ou six « brins » du filin passant dans les poulies s’enchevêtrent, et la remontée des moufles inférieures est d’autant plus malaisée" que le personnel affecté à ce travail s’énerve à vouloir l’exécuter au plus vite, au milieu des passagers affolés.
- Admettons, cependant, qu’il réussisse à ramener les deux palans. Pour mettre à l’eau une seconde embarca--frïzV-v ti°n> située en C' (fig. 1 ), il faut faire pivoter les bossoirs B, de manière à leur faire prendre la position dessinée en pointillé, accrocher ensuite les deux moufles inférieures, à l’avant et à l’arrière de la barque, la soulever, retourner les bossoirs vers l’extérieur et. procéder enfin à la descente. S’il s’agit de recommencer quatre ou cinq fois ces manœuvres longues et pénibles, on comprendra qu’elles soient impra-
- Fig. 2. — Appareil de mise à Veau Babcock el Wilcox.
- Fig. 3. — Portemanteaux avec flèches de têtes.
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- MISE A L’EAU DES EMBARCATIONS DE SAUVETAGE
- ticables en cas de torpillage inopiné ou de choc contre une mine sous-marine. Un navire du tonnage de la Lusitania comporte une centaine de canots ou radeaux, et il est à prévoir qu’on arriverait rarement à en utiliser plus d’un tiers, avec le système de mise à l’eau presque universellement adopté que nous venons de décrire.
- Ce fâcheux état de choses n’avait pas échappé au BoardofTracleqüi, dans l’espoir d’y, remédier, avait nommé une commission spéciale, dite des canots et portemanteaux (Bouts and davils Com-mittee). Cette commission avait examiné un grand nombre de systèmes pro-‘ posés pour réaliser sûrement et promptement la mise à la mer des embarcations. Elle en avait, du reste, écarté le plus grand nombre, notamment ceux dont les complications sautaient aux yeux, comme les combinaisons comportant des plans inclinés ou des plates-formes mouvantes, et n’avait retenu que quelques modèles de portemanteaux perfectionnés.
- Nous ne referons pas la description du système Welin(1) ni celle du système Fourrier (2), et nous indiquerons brièvement le principe du système Bab-cock et Wilcox, qui se recommande par la simplicité de sa construction et la rapidité de sa manœuvre.
- Chaque portemanteau (fig. 2) est constitué par une longue et robuste poutre en fer A reposant sur un axe horizontal O et terminée à son extrémité supérieure par un secteur de poulie fixe S, qui porte aussi une poulie folle P. Deux balancines en câble d’acier, B et B', passant dans la double gorge du secteur S, servent à déplacer le portemanteau, à l’aide d’un treuil T. Un second treuil T' commande un filin F, également en câble d’acier, qui passe sur la poulie P et sert à hisser ou à descendre les embarcations C. On voit, en examinant notre schéma, que la longueur du bras A et l’amplitude de ses dépla-
- 1. Voy. n° 2036, du 1er juin 1912, p. 1.
- 2. Voy. n° 2109, du 25 octobre 1915, p. 553.
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- cements permettent de soulever les canots rangés en D ou en E et de les am°ner ensuite en dehors du bordage, assez loin pour en assurer la descente, même en cas de bande assez prononcée. Une fois le canot mis à flot, la remontée du filin est très facile, la puissance du treuil étant augmentée, non plus par des moufles dont les brins s’embrouillent sans cesse, mais par un jeu d’engrenages d'un fonctionnement beaucoup plus régulier.
- Afin d’étendre encore la portée, le rayon d’action des portemanteaux, MM. Babcock et Wilcox y ont ajouté une « flèche de tête» F (fig. 5), dont une des extrémités se termine par deux excentriques XY autour desquels s’enroulent deux haubans HI, tandis qu’à l’autre extrémité sont juxtaposées deux poulies pp' entre lesquelles passe le câble qui soutient l’embarcation. Quand le portemanteau A est incliné d’un côté, le hauban du côté opposé fait pivoter la flèche de manière à écarter l’extrémité qui porte les poulies, comme le fait voir, à droite de la gravure, le tracé en pointillé. La fig. 4 montre que la descente de l’embarcation reste ainsi possible malgré une forte bande.
- Le dessin suivant reproduit la section d’un navire dont 1 e s embarcations occupent toute la largeur du pont. Chaque rangée transversale est desservie par deux jeux de portemanteaux, et, quand les circonstances le permettent, le lancement est fait de chaque bord. Si, au contraire, la mise à l’eau ne peut s’effectuer que d’un côté, celles qui sont arrimées de ce côté sont descendues les premières, et les autres sont d’abord transportées vers le milieu du pont au moyen du portemanteau qui les dessert, puis reprises par. le portemanteau qui doit les mettre à la mer.
- Néanmoins, il restait encore l’inconvénient résultant de la hauteur du pont des embarcations, hauteur qui, sur les paquebots géants d’aujourd’hui, équivaut à celle d’une maison de six étages. Les passagers, suspendus dans l’espace, en proie au
- Fig. 4. — Mise à Veau en cas de bande. Système Babcock et Wilcox.
- Fig. 5.-----Manœuvre des embarcations occupant
- toute la largeur du pont.
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- 250 == MISE A L’EAU DES EMBARCATIONS DE SAUVETAGE
- vertige, soumis à des oscillations que le roulis et le tangage amplifient progressivement, sont à la merci d’un choc contre lès flancs du navire, choc qui risque de les jeter immédiatement à la mer ou, ce qui revient à peu près au même, de briser l’engin de sauvetage auquel ils se sont confiés.
- Ce danger a été prévu par la Convention internationale signée à Londres, le 20 janvier 1914, en vue d’assurer la sauvegarde de la vie humaine en mer. Cette Convention, qui deviendra intégralement obligatoire à partir du 1er janvier 1920, ratifie d’abord et étend à toutes les marines les prescriptions dontnous avons déjà parlé.
- C’est ainsi que l’article 40 stipule qu’ « à aucun moment de sa navigation, un navire ne doit avoir abord un nombre total de personnes supérieur à celui que peut recueillir l’ensemble des embarcations et pontons-radeaux de sauvet a-ge dont il dispose ».
- L’article42 exige que chaque embarcation présenteune solidité suffisante pour pouvoir sans danger être mise à l’eau avec son plein chargement en personnes et en équipement; l’article 49, que les bossoirs aient une solidité suffisante pour permettre d’amener les embarcations avec leur plein chargement, dans l’hypothèse où le navire présenterait une bande de 15°.
- Un Règlement annexé à la Convention proprement dite édicte diverses prescriptions relatives à la construction et à l’emploi des engins de sauvetage. Retenons-en seulement l’article XLIV :
- « Sont admises pour la mise à l’eau d’embarcations de l’un et l’autre bord, soit des installations permettant de faire passer des embarcations ou radeaux d’un bord sur l’autre, soit des rangées transversales d’embarcations non placées sous bossoirs ou de radeaux, soit toute autre installation
- reconnue aussi satisfaisante. Ce texte a été manifestement suggéré par l’examen du système qu’a imaginé le capitaine E. Mauger, à Cherbourg, et dont la figure 6 explique les principales dispositions. Les embarcations ne sont plus reléguées sur le pont le plus élevé : elles sont groupées dans un ou deux entreponts, à l’avant et à l’arrière du château central. Au faîte de ces compartiments est un chemin de roulement constitué par un grand fer à I occupant toute la largeur du navire et muni de prolongements à charnières, que l’on replie pour fermer les sabords correspondants. On voit le prolongement J abaissé pour faire sortir un canot.
- Les canots sont accrochés à des chariots à quatre galets, qui roulent le long du fer à I, comme le montre la figure 6.
- Pour mettre à l’eau le canot le plus rapproché du sabord de droite, par exemple, on l’attache à un câble relié au treuil P (fig. 6), qui le tire jusqu’à l’extrémité du chemin de roulement, en dehors du navire. On décroche alors la corde de soutien et le cable est « fdé » par le treuil. L’entrepont étant peu élevé, la mise à la mer est rapidement effectuée. Le câble est aussitôt remonté et attelé à l’embarcation suivante. Si l’état de la mer ou l’inclinaison du navire empêchent d’utiliser l’autre sabord, on peut sortir toutes les embarcations par le même côté. Lorsqu’on a ainsi évacué le compartiment supérieur, il reste à employer les embarcations placées au-dessous. Celles-ci reposent sur des chevalets à roulettes ; on les amène facilement dans l’axe de la trappe N, on les hisse à l’aide du treuil, on les accroche à l’un des chariots roulant sur la voie ferrée, et on les descend de la même manière que les précédentes.
- La manœuvre n’est pas compliquée ; elle s’effectue à
- Fig. 6. — Système Mauger.
- Vue générale de la manœuvre des embarcations.
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- l’intérieur du navire, donc avec plus de sécurité que sur un pont découvert, et les canots descendus de moins haut sont beaucoup moins exposés aux oscillations de grande amplitude et à des chocs dangereux. -
- Cette solution permet, en outre, d’assurer le sauvetage de tous par de solides embarcations, sans
- avoir à compter sur les pontons-radeaux, que les marins considèrent avec dédain comme des « paniers » incapables de tenir debout à la lame. Ces engins sont tolérés sur les ponts haut perchés, où le défaut de place réduit inévitablement le nombre des canots ; mais les services qu’on attend d’eux sont trop souvent illusoires. Ernest Coüstet.
- LE TÉLAUTOGRAPHE
- Le télautographe est une vieille connaissance de nos lecteurs : il fut présenté à l’Académie des Sciences dans la séance du 25 mars 1901 par M. Lippmann et le 6 avril suivant La Nature en faisait connaître la tech- Terre nique. Comme beaucoup de découvertes merveilleuses il se recueillit pendant plusieurs années, fut oublié chez nous où il vient de faire sa rentrée, non plus comme une curiosité scientifique, mais comme un précieux auxiliaire des moyens de correspondance les plus modernes.
- Le principe sur lequel il repose n’a pas varié pas plus d’ailleurs que celui des organes électriques et mécaniques qui interviennent dans sa construction ; mais il s’est fortement perfectionné au point de vue pratique et a pu s’imposer en Amérique, en Angleterre , ou son usage est devenu courant dans la vie commerciale. Initialement présenté comme système télégraphique résolvant la question des télescripteurs dont celui de Caselli était le prototype, il ne devait pas persister dans cette prétention d’entrer en concurrence avec les appareils télégraphiques modernes : plus modestement il s’est retiré, dans les bureaux privés commerciaux et industriels où il a d’ailleurs obtenu le succès qu’il mérite, pour venir en aide au téléphone et compléter les con-
- versations par une authentification autographique.
- Avant de parler des applications de Télauto-graphe qui sont nombreuses, variées et originales,
- nous allons rappeler sommairement sa curieuse technique.
- Le mot définit l’appareil : le Télautographe est un instrument qui écrit au loin. 11 comporte deux or-ganismes différents : celui qui trace et envoie l’écriture et celui qui la reçoit. On écrit, avec un crayon, sur une feuille de papier se déroulant automatiquement sur une tablette et l’écriture se reproduit au poste récepteur, à l’encre, et au fur et à mesure de son tracé. Quand l’expéditeur a terminé sa rédaction le destina-taire l’a reçue. Aucune confusion ne. doit donc être établie entre le Télautographe et les différents systèmes de transmission automatique de l’écriture ou des images dont nous avons eu maintes fois l’occasion d’entretenir nos lecteurs.
- Le crayon transmetteur fait partie d’un équipage mécanique constitué par quatre leviers AA' B B' articulés deux à deux ; le crayon est également articulé à l’extrémité commune des leviers A et A'. Les leviers B et B' sont solidaires d’un arbre aux mouvements duquel obéissent deux autres leviers C Cf dont les extrémités libres peuvent parcourir deux potentiomètres traversés par le courant d’une pile.
- Noyau magnét/yt.
- Encrier
- Plateau
- Contact-»
- Fig. i. — Schéma du fonctionnement du Télautographe.
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- Tout ce mécanisme est actionné par le crayon traçant de l’écriture ou des dessins sur la feuille de papier; on' comprend, sans qu’il soit nécessaire d’insister, que tous les mouvements de ce crayon déterminent des oscillations des leviers G et G' les obligeant à se déplacer sur les potentiomètres et à envoyer respectivement sur chacune des lignes du circuit téléphonique auquel appartient le Télau-tographe des courants d’intensités variables.
- Ces courants parviennent, par leurs lignes respectives, dans deux galvanomètres, situés à droite et à gauche de l’appareil récepteur, comportant un noyau magnétique fixe enveloppant'une bobine mo-
- qui animent les leviers de transmission, chaque articulation provoquant la formation d’un angle égal à celui de l’articulation correspondante dans l’autre poste. On s’explique ainsi pourquoi la plume réceptrice est obligée de répéter tous les mouvements du crayon transmetteur. La seule difficulté à résoudre, pour obtenir ce résultat, résidait dans le perfectionnement de la partie électrique et la mobilité du système mécanique, les mouvements du crayon étant particulièrement réduits.
- L’écriture ne comporte pas seulement le tracé de lettres venant les unes à la suite des autres; elle nécessite un arrêt, à la suite de chaque mot
- Fig-. 2. — Appareil transmetteur.
- L’opérateur écrit sur une Jeuille de papier.
- bile autour de son axe. Chaque courant de ligne provoque la rotation des bobines d’une quantité qui dépend de l’intensité de ce courant ; les amplitudes des mouvements de ces bobines sont exactement égales à celles exécutées par les leviers C et C' et tout déplacement de ces derniers, quelque léger qu’il soit, est immédiatement répété par les bobines. Si le levier G parcourt un angle de 2°, par exemple, la bobine correspondante parcourt également un angle de même valeur.
- Sur l’axe de chacune de ces bobines est fixé un second système de leviers de même longueur que ceux du transmetteur et articulés de la même manière; mais le crayon est remplacé par une plume. Les axes des bobines obligent donc cet équipage à exécuter les mêmes mouvements que ceux
- Fig. 3. — Appareil récepteur. Le stylet reproduit exactement l’écriture tracée sur l’appareil transmetteur.
- au moins, pour permettre les séparations, placer les accents, les barres des t, la ponctuation. Nouveaux mouvements indépendants du tracé proprement dit auxquels la plume réceptrice doit également obéir. La tablette sur laquelle glisse la feuille de papier, et qui sert de pupitre, a été mise à contribution en intervenant à peu près comme le fait la plaque vibrante du transmetteur microphonique qui fléchit sous le choc des émissions vocales et détermine l’envoi de courants électriques sur la ligne. Ici, la planchette commande simplement un contact intérieur qui entre en action dès que le crayon appuie sur le papier et cesse en même temps que la pression : la planchette est montée sur un léger ressort qui la soulève pour rompre le contact. Le courant électrique transmis par ce
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- simple mécanisme traverse une bobine spéciale qui envoie sur la ligne, non plus du courant continu, mais du courant alternatif, lequel se superpose au courant de ligne sans nuire à sa propagation et provoque, à l’arrivée, l’appui de la plume sur le papier.
- Dès lors, si l’on cesse d’écrire, la plume réceptrice se soulève ; le crayon peut effectuer les retours en arrière qu’il lui plaît, la plume lui obéit fidèlement, dans le vide; et elle se pose à l’endroit précis où se pose de nouveau le crayon pour tracer un trait, un signe de ponctuation et reprendre ensuite le texte à l’endroit où il a été abandonné.
- Le papier lui-même doit pouvoir progresser sous le crayon et sous la plume, automatiquement et d’une même quantité au même instant. Son avancement est commandé par le transmetteur, en
- I spécial [et en même temps effectue un envoi de I courant qui provoque la mise en marche du système de traction du papier récepteur. L’une et l’autre feuille avance donc toujours au même instant d'une quantité égale.
- L’appareil étant au repos, la plume réceptrice vient se placer normalement dans un petit encrier situé sur la gauche du papier, elle prend une quantité d’encre suffisante pour permettre d’écrire une conversation de longueur moyenne ; si la communication est importante, il suffit de ramener le crayon au point de repos pour que la plume vienne elle-même se charger d’encre.
- L’exploitation commerciale . du Télanto-graphe n’entraîne aucune construction nouvelle de lignes entre les abonnés puisque l’appareil utilise les circuits téléphoniques existants. En Angleterre, la compagnie loue ses
- Fig-. 4. — Un poste de Télautographe complet avec téléphone chez un abonné.
- actionnant, avec la pointe du crayon revenue à la machines aux abonnés qui les leur demandent et ligne, un petit levier qui agit sur un mécanisme n’intervient aucunement dans l’usage qu’ils peuvent
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- en faire. La liste de ces abonnés est donnée à chacun d’eux et dès que l’un de ceux-ci veut écrire à un autre,' il demande une communication téléphonique ordinaire. Dès qu’il l’a obtenue il écrit son message sans s’occuper si le destinataire est présent puisque l’apparèil récepteur est toujours prêt à recevoir. La téléphoniste qui donne une telle communication se dispense donc d’appeler le destinataire : elle se contente de donner le circuit demandé s’il est libre.
- Lorsqu’il s’agit de transmettre un télégramme au central télégraphique par le Télautographe, l’abonné appelle au téléphone la direction du Tele-writer et annonce un télégramme. Aussitôt le Telewriter-Central lui donne un circuit avec le Central télégraphique et il peut écrire sa dépêche à laquelle il évite ainsi le dépôt dans un guichet de bureau annexe. Un tel système organisé à Paris permettrait de gagner près d’une heure sur le temps nécessaire à l’acheminement des dépêches.
- serait d’autant plus apprécié que pour toute dépêche d’arrivée, la manœuvre inverse s’effectue : le Central télégraphique transmet le télégramme à l’abonné par l’intermédiaire du Telewriler-Central, supprimant ainsi aux télégrammes l’acheminement par les tubes et le port à domicile par les petits facteurs. Ajoutons que le Telewriter-Central n’intervient que pour exercer un contrôle sur le nombre des télégrammes; la société perçoit 10 centimes par unité.
- Comme le téléphone, le télautographe intervient également entre lés différents services d’une maison de commerce d’une manière particulièrement avan-
- tageuse. Une application est réalisée dans les bureaux mêmes du Télautographe à Paris où un groom annonce le visiteur en écrivant le nom; la machine répond aussitôt « faites entrer » ou « un instant » bien avant que le boy ait pu, par ses propres moyens, annoncer et apporter la réponse. Dans les établissements de crédit qui l’ont adopté le paiement des chèques se fait .pour ainsi dire instantanément parce que l’autorisation de payer peut suivre de quelques minutes le dépôt du chèque.
- Le Télautographe a même pénétré dans les hôtels, les restaurants. Le caissier d’un hôtel qui reçoit un ordre par téléphone le transmet par la machine au service qui doit l’exécuter et en même temps à la comptabilité : les deux opérations s’effectuent simultanément, sans perte de temps. Pour les maîtres d’hôtel, dans les restaurants, on a établi un modèle portatif de Télautographe que l’on pput brancher sur le circuit général d’une installation locale en ménageant, sur le côté de chaque table, un petit commutateur. Le maître d’hôtel inscrit le menu qui se transmet à la cuisine et à la caisse.
- Il ne nous paraît pas nécessaire d’insister sur toutes les applications de cet ingénieux appareil que nos alliés les Anglais ont introduit jusque dans leurs unités navales, sur les cuirassés. La rapidité de l’envoi, la sécurité absolue de la transmission des ordres à plusieurs services à la fois, le classement possible des documents dans leurs dossiers respectifs, font de ce nouveau mode de correspondance une sorte de service postal instantané dont l’usage ne peut tarder à se répandre.
- Lucien Fournier.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séances du 28 février au 6 mars 1916.
- L’éclipse du 3 février. — A Valence, MM. Tarazona et Marti ont pu établir que le premier conlact, seul observable dans nos régions, avait eu lieu à 16 h. 41 m. 16 s., 9, temps différant seulement de 2 s., 7 avec celui calculé au moyen de la « Connaissance des Temps ».
- Télégraphie sans fil. — M. Bouthillon a décrit récemment .un système de télégraphie sans fil consistant à employer du courant continu à haute tension pour charger un condensateur dont la décharge oscillante s’opère au moyen d’un éclateur tournant. MM. Girardeau et Bethenot font diverses objections à ce système déjà employé à Clifden. Suivant eux, les postes d’émission à courant continu haute tension ne répondent plus aux besoins modernes, par suite des difficultés d’emploi des dynamos à courant continu à haute tension, qui sont beaucoup moins maniables que des alternateurs à basse tension combinés avec des transformateurs. La charge par courants alternatifs conduit à des rendements excellents et évite l’emploi d’appareils délicats et dangereux.
- Absence du faciès pélagique dans la série sédimen-taire, — M. Stanislas Meunier remarque que, si le faciès de mer profonde n’est pas représenté dans nos séries de terrains sédimentaires, il n’en résulte nullement que de tels dépôts ne se soient pas formés. Mais,
- pour qu’une grande profondeur marine ait été amenée à émerger sur un de nos continents actuels, il a fallu une surrection prolongée, pendant laquelle ces dépôts profonds ont dù être balayés par les courants.
- La javélisation des eaux d’alimentation urbaines. — Dans une première Note, M. Lucien Vallery a étudié la stabilité des hypochlorites en solution très étendue et il a constaté que ces hypochlorites sont le siège d’un phénomène de décomposition lente dont la limite, quand elle existe, est influencée d’une façon assez considérable par des variations apparemment très faibles du milieu. Cetle étude a un intérêt pour l’emploi des hypochlorites dans la stérilisation des eaux : tant au point de vue de l’efficacité de la méthode, puisque l’action stérilisante des hypochlorites s’exerce pendant un temps assez considérable, qu’au point de vue de la nécessité de ne livrer l’eau à la consommation que lorsqu’elle ne contient plus que des traces de chlore actif inférieures à la limite de perceptibilité des sens (0 milligr. 01 à 0 milligr. 15 par litre). La javélisation ne doit être employée qu’à la condition de s’astreindre au contrôle chimique quantitatif. En même temps, M. Le Roy s’est appliqué à la recherche du chlore libre dans les eaux d’alimentation urbaines. Ordinairement, on utilise le réactif iodo-
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- amidonné qui peut être utilisé tant que la dose de chlore par litre ne descend pas au-dessous de 0 milligr. 05. Pour abaisser cette limite, M. Le Roy a eu l’idée ingénieuse d’appliquer la congélation incomplète et fractionnée qui élimine l’eau pure en laissant le chlore dans le résidu, si bien qu’on peut réduire le volume à analyser .dans la proportion de 50 à 1 et, par conséquent, déceler des traces de chlore 50 fois plus faibles. L’auteur signale l’intérêt que présenterait cette méthode pour déceler des traces de poisons volatils qui pourraient être introduites par les Allemands dans les eaux d’alimentation, comme on en a eu des exemples dans l’Afrique du Sud.
- La géologie du Tonkin. — M. Deprat fait connaître, entre le Yunnan et le Tonkin, l’existence d’un grand ridement paléozoïque reliant l’élément continental chinois sud-oriental et la chaîne cristalline annamitique. Un mouvement important paraît s’être produit entre le silurien et le dévonien, amenant l’absence du dévonien sur la région des grandes nappes qui correspondent à cette ancienne chaîne et modifiant complètement la faune. Cette chaîne, que nous appellerions en Europe calédonienne, s’est accentuée dans la phase hercynienne pendant le carboniférien moyen. Enfin, contre ce ridement, sont vernies déferler plus tard les vagues 'des plissements tertiaires.
- LA FOIRE DE LYON
- Au moment où la première Foire de Lyon vient de fermer ses portes sur un succès retentissant, qui est un gage certain de sa réussite et une preuve de son utilité lorsque l’avenir sera redevenu pacifique, il (importe. de jeter un coup d’œil sur son organisation et ses premiers résultats.
- La Foire de Lyon, du 5 au 20 mars 1916, a été, avec l’Exposition de Casablanca dont nous avons rendii compte ici même, le plus bel exemple de vitalité économique française au cours de la formidable tourmente que nous subissons. De même qu’il a fallu l’audacieuse initiative d’un Lyautey pour créer la première, de même il s’est trouvé à Lyon une Chambre de Commerce et un maire qui n’ont pas craint de risquer un échec que trop d’esprits timorés leur prédisaient et qui se sont courageusement jetés au-devant des incertitudes du résul- 1 tat. Nous devons chaleureusement les en féliciter.
- Aucune ville en France n’était d’ailleurs mieux placée que la grande cité lyonnaise pour tenter de supplanter à l’occident de l’Europe les foires que, depuis le moyen âge, Leipzig maintenait dans le centre du continent.
- D’ailleurs, on ne doit pas oublier que Lyon a connu au moyen âge et surtout au début de la Renaissance, lorsqu’une véritable colonie de Florentins vinrent s’y installer, des foires annuelles qui ne le cédaient en rien à celle de la ville saxonne.
- Dans sâ Description générale de la ville de Lyon en Î57S, Nicolaï nous dépeint que « des étrangers de tous les pays revêtus de leurs costumes nationaux offraient les marchandises de leurs différentes régions. Des Danois, des Polonais, des Hollandais, des Hongrois, des Africains et des Indiens échangeaient leurs variétés de produits avec des marchands des Flandres, de la Lithuanie, de l’Angleterre ou de l’Espagne ».
- Renouveler un pareil mode de transaction au xxe siècle eût été un anachronisme et un contresens. Déjà, depuis nombre d’années, Leipzig avait du, sous peine de les voir disparaître, changé la nature de ses exhibitions; car le chemin de fer a rendu caduque les méthodes de concentration et
- d’échanges en un point donné de marchandises de toutes provenances.
- Leipzig a innové à grands frais, il y a quelque trente ans, au lieu et place des foires de marchandises, des^ foires d’échantillons.
- Lyon a imité Leipzig et a trouvé, le long des célèbres avenues que forment, à travers la ville, les quais du Rhône, des emplacements d’une ampleur indéfinie pour loger, dans des baraques élégantes construites à cet effet, les innombrables types de produits que des maisons françaises ou étrangères sont venues offrir à la foule de visiteurs ou d’acheteurs qui se pressaient sur les rives du grand fleuve.
- Les baraques en bois formaient de longues lignes continues, avec des séparations tous les 4 m., et une profondeur de 4 m. également. L’unité de boutique était donc ainsi de 16 m2, vitrée et, munie d’une porte du côté opposé au Rhône. On en pouvait mesurer ainsi 3 km de longueur. Le même négociant pouvait naturellement louer plusieurs compartiments semblables et les réunir en un seul.
- Mais l’affluence des demandeurs a été telle, surtout dans les derniers jours avant l’ouverture, qu’il fallut chercher en plus un certain nombre de locaux que l’on trouva dans les édifices municipaux : halles, Conservatoire de musique, palais de la Mutualité, etc.
- On sait qu’à Leipzig les exhibitions sont installées, partie dans des immeubles municipaux uniquement affectés à cet usage, partie dans des magasins privés du centre de la ville que les commerçants, ayant vitrine sur rue, cèdent à beaux deniers aux étrangers pour la durée de la Foire.
- Ayant assisté bien souvent aux foires de Leipzig et revenant à cette heure de celle de Lyon, je puis noter cette différence que la dernière comportait une plus grande diversité de marchandises que la seconde. On peut dire qu’à Lyon il y avait de tout.
- Rien d’ailleurs n’y ressemblait à une exposition; chaque boutique étant fermée, l’employé qui l’occupait n’y laissait pénétrer que les personnes qui lui agréaient. Seules pouvaient entrer librement partout les porteurs de cartes personnelles délivrées par le Bureau central de la Foire.
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- Une boutique était donc à proprement parler une chambre de déballage où un commis de la maison montrait ses collections à des acheteurs éventuels.
- Au point de vue du nombre des exposants la Foire de Lyon a dépassé toutes les prévisions. Treize cents maisons environ ont tenu boutique sur les quais du Rhône. A Leipzig, avant la guerre, le nombre était de 4000 environ, mais il est tombé à 2500 en 1915. Pour une improvisation faite en un pareil moment Lyon soutient honorablement la comparaison.
- A un autre point de vue on peut remarquer qu’il y avait beaucoup plus de maisons étrangères dans
- été imparti qu’à cause des difficultés presque insurmontables du transport en ce moment.
- Le nombre des visiteurs fut de son côté très important; les hôtels se sont trouvés insuffisants pour les abriter. Il y aura là une lacune à combler dans l’avenir.
- On évalue à une cinquantaine de millions le chiffre d’affaires qui y ont été traitées.
- L’extraordinaire succès de la Foire de Lyon a immédiatement excité l’émulation d'autres grandes villes françaises, qui se sont empressées de projeter d’avoir elles aussi leur foire annuelle. Rouen, Bordeaux, Montpellier, etc. ; pourquoi pas Landerneau?
- Ces idées sont tout à fait déraisonnables. Il y a
- Photo-Arlaud (Lyon).
- Vue des baraques de la Foire sur les quais de Lyon.
- notre foire française que dans les foires allemandes qui présentaient presque exclusivement des produits allemands.
- Les départements français qui envoyèrent le plus grand nombre d’échantillons sont d’abord le Rhône, puis la Seine, et très loin derrière, l’Isère, la Loire, la Gironde, la Côte-d’Or, le Doubs, le Jura, la Meurthe-et-Moselle, l’Ain.
- L’Algérie, la Tunisie et surtout le Maroc avaient envoyé des collections de produits indigènes très intéressants.
- Parmi les nations neutres ou alliées, au premier rang venait la Suisse, puis l’Italie, et à la suite l’Angleterre, l’Espagne, la Hollande, et même la Russie.
- Les nations transatlantiques ne purent rien envoyer, tant en raison du peu de délai qui leur avait
- place en France — cela est démontré — pour une foire urbaine internationale, de même qu’il y en a une en Allemagne, une en Russie à Nijni-Novgorod.
- Mais si nous nous mettons en tête d’en essayer une demi-douzaine, ce sera le meilleur moyen de les ruiner toutes.
- Puisque nos grandes villes de provinces ont à cœur de faire preuve de vitalité industrielle et commerciale, en quoi elles ont absolument raison, mille autres manifestations s’offrent à leur activité.
- 11 serait tout simplement désastreux que, sous prétexte que Lyon, grâce à une situation exceptionnelle et à une priorité d’action indiscutable, a réussi d’emblée une création utile, d’autres villes françaises entrassent dans une voie qui compromettrait la première initiative pour ne recueillir elles-mêmes que des déboires certains. Victor Cajibox.
- ____________________ Ingénieur E. C. T.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahdre, rue de Fleuras, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 2221.
- 22 AVRIL 1916
- LE FÉTICHISME A TRAVERS LES AGES
- Les grandes idoles à clous des Nègres du Loango.
- Le jour où l’homme a commencé à croire à des êtres surnaturels pouvant influer sur ses destinées, il a, sans nul doute, cherché à les empêcher de lui nuire. Comme les primitifs actuels et beaucoup de civilisés, il a dû avoir recours à des talismans, à des amulettes. A ces fétiches, dont la nature varie à l’infini, les superstitieux attribuent des vertus aussi multiples que merveilleuses : ils font réussir les entreprises les plus diverses, préservent des mauvais sorts, réduisent un ennemi à l’impuissance, guérissent les maladies, assurent d’abondantes récoltes et même le bonheur dans l’autre vie. Ce n’est pas seulement au moyen des talismans qu’on peut se rendre favorables les divinités , les génies ; on se concilie aussi leurs bonnes grâces par des offrandes et on les touche par des prières.
- Les premières manifestations fétichistes se perdent dans la nuit des temps. Si, comme le pensent beaucoup d’archéologues, certaines ron-delles d’os soigneusement travaillées, certaines pendeloques de l’époque quaternaire sont vraiment «des amulettes, le fétichisme remonterait presque au début de l’humanité. Et si nous jugeons du passé par le présent, que d’objets ont pu servir de gris-gris à nos vieux ancêtres sans qu’il soit aujourd’hui possible d’en reconnaître la destination! Le Nègre de l’Afrique équatoriale, par exemple, fait un talisman d’une boulette de terre, d’un caillou, d’un morceau de bois ou de chiffon, d’un os, d’une coquille, d’un bout de ferraille. Chez nous-mêmes, ne rencontre-t-ùn pas des gens fermement convaincus qu’un bout de corde de pendu porte bonheur? N’a-t-on pas vu un de nos écrivains les plus célèbres, qui se croyait affranchi de toute superstition, porter constamment dans sa poche un petit caillou, précieux talisman qui devait le préserver de tout événement fâcheux?
- 44' Année — 1" Semestre-
- A l’époque néolithique, se manifeste nettement la croyance en des êtres supérieurs, qui sont représentés sous une forme humaine : on les sculptait sur les parois des vestibules de certaines grottes funéraires et on leur consacrait de petites idoles en terre cuite. La hache en pierre polie, qui rendait tant de services comme instrument et comme arme, semble avoir été aussi divinisée. Les grands monolithes plantés debout (menhirs), dont on n’a pu encore préciser la destination, étaient peut-être également des fétiches. On sait que le culte des pierres a persisté longtemps dans nos contrées ; pour y mettre un terme le concile d’Arles , en 452, celui de Tours, en 567, et le concile de Nantes, en 658, ont déclaré coupable de sacrilège celui qui continuerait à vénérer les monuments de pierre préhistoriques. Parmi les nombreuses amulettes de l’âge néolithique, je me bornerai à citer les curieuses rondelles d’os prélevées sur des crânes d’êtres humains qui avaient été trépanés pendant leur vie.
- Loin de disparaître avec les progrès de la civilisation, les prati-qu es fétichistes paraissent s’être développées de plus en plus. Les idoles se multiplient à l’âge du bronze et à l’âge du fer, et beaucoup d’objets en métal de ces périodes devaient être des talismans.
- Aux temps protohistorisques, le culte des arbres s’est répandu dans nos contrées. Les druides allaient cueillir, sur le chêne sacré, le gui auquel on attribuait de grandes vertus. Les anciens Germains honoraient certaines espèces d’arbres dans lesquels ils plantaient des clous.
- Que de pratiques fétichistes je pourrais relever dans les manifestations cultuelles de l’antiquité classique si je n’étais obligé de me renfermer dans les limites d’un petit article de revue ! 11 en est une, cependant, que je ne puis passer sous silence parce
- 47 — 257.
- Fig. r. — Fétiche vengeur avec miroir pectoral, nombreux gris-gris et clous dans le thorax et les épaules.
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- 258 ~.........LE FÉTICHISME A TRAVERS LES AGES
- qu’elle a trait directement à mon sujet; elle consistait à planter, en grande cérémonie, des clous dans la celîa du.temple de Jupiter.
- Le moyen âge a été, pourrait-on dire, l’ère de la sorcellerie et de la magie en Europe; aussi n’est-il pas surprenant que la coutume de planter des clous ou des épingles dans un but cabalistique ait persisté durant cette période. Pour envoûter une personne, il suffisait de se procurer son image, son double, et d’y ficher une pointe de métal à l’endroit où on voulait atteindre l’original.
- Les religions les plus évoluées n’ont pas réussi à détruire les croyances fétichistes d’autrefois. Le métal, notamment, continue à être regardé comme jouissant de vertus particulières. Avec un clou, on touche une dent malade, on enterre le clou, et le mal guérit. Toucher du fer, dans certaines circonstances, préserve des mauvais sorts. Un vieux fer à cheval ramassé dans la rue porte bonheur. Et quant aux propriétés du talisman en fer vient s’ajouter la puissance d’une idole que n’est-on pas en droit d’espérer? Ainsi, la jeune fille en quête de mari est assurée de trouver un époux dans l’année si elle se rend, en Bretagne, à la statue en bois vermoulu de saint Guirec et réussit à lui planter une épingle dans le nez. En Belgique, le saint, le génie qu’on invoque n’a pas besoin d’être représenté sous une forme humaine ; il suffit, pour voir ses voeux exaucés, de planter des clous dans certains arbres fétiches, dont quelques-uns portent, dans leur tronc, plus de 50000 pointes de fer.
- Si de semblables coutumes se rencontrent, de nos jours, chez des populations fières de leur civilisation, comment s’étonner qu’on les observe chez des Nègres superstitieux à l’excès? Le Noir de l’Afrique équatoriale s’imagine être entouré de génies, dont la plupart sont des êtres malfaisants. Des génies bienfaisants, il ne s’occupe guère, car ils ne peuvent chercher à lui nuire; en revanche, il est constamment hanté par l’idée de se préserver des maléfices de ceux qui sont la cause de ses maux ou de détourner leur colère sur un ennemi. En dehors de ces esprits malfaisants, il redoute les sorciers qui ont le pouvoir, non seulement de faire
- avorter ses entreprises, mais aussi d’occasionner sa mort. Dans beaucoup de contrées, en effet, on est convaincu que la mort est presque toujours la conséquence d’un sort jeté sur le défunt, et on s’empresse de consulter le devin pour connaître le coupable : la personne désignée est immédiatement soumise à l’épreuve du poison.
- C’est pour se mettre à l’abri des coups des mauvais génies et des sorciers que le Nègre a inventé les innombrables gris-gris auxquels j’ai fait allusion plus haut. Chacune de ces amulettes a les propriétés que son possesseur se plaît à lui attribuer. A côté des talismans personnels, dont le rôle est de préserver celui qui. les porte, on rencontre les fétiches du village ou de la tribu, dont la puissance s’étend à tout un groupe d’individus. Ce sont, le plus souvent, des statuettes grossières, rarement en pierre, quelquefois en terre ou en métal, généralement en bois; elles représentent des êtres humains ou des animaux. Les fétiches de cette catégorie sont logés dans de petites cases situées à l’intérieur des villages ou dans leur voisinage immédiat ; ils ont, pour ainsi dire, des ministres du culte qui portent le nom d’ogan-gas. Ces féticheurs peuvent appartenir à l’un ou l’autre sexe et forment une corporation qui jouit de grandes immunités; les pouvoirs qu’ils s’attribuent n’ont pas de limites : ils prédisent l’avenir, ils pénètrent tous les secrets et commandent aux esprits. La confiance qu’on a dans leur puissance est sans borne et, s’ils se trompent dans leurs prédictions, leur prestige n’en est nullement diminué : ils affirment tout simplement qu’une personne mal intentionnée possède des fétiches plus forts que les leurs, et celle explication suffit à leurs naïfs clients.
- Pour en imposer au vulgaire, le féticheur a recours à une mise en scène qui ne peut manquer de frapper l’imagination du Nègre. Il se bariole le corps de diverses couleurs; il s’orne déplumés, de queues d’animaux, de clochettes, de gris-gris divers. Quand il se livre aux opérations cabalistiques qui feront tomber la pluie, assureront une entreprise, guériront un malade ou causeront la mort d’un ennemi, il se sert d’un matériel composé des objets
- Fig. 2. — Fétiche vengeur avec miroirs sur la tête et Vabdomen, nombreux gris-gris et multitude de clous.
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- les plus disparates. Souvent, il commence par se livrer à une danse échevelée, accompagnée de bizarres contorsions. Un tel travail mérite naturellement une rémunération : jamais, le féticheur n’intervient gratuitement, et comme il intervient dans toutes les circonstances de la vie, son métier est fort lucratif.
- Au Loango, les féticheurs abondent, et c’est là, peut-être, que se rencontrent les idoles les plus curieuses. Pour ne pas me laisser entraîner trop loin, je me bornerai à décrire très brièvement quelques statuettes en bois affectant des formes animales ou humaines que possède le Musée d’Ethno-graphie du Trocadéro, et à renvoyer le lecteur désireux d’avoir des détails plus circonstanciés a un article que j’ai publié dans « L’Anthropologie » et
- fétiches ne soient pas ornés de quelques oripeaux, tels que pagnes en cotonnade, grandes plumes, colliers, pendeloques, clochettes en fer, lianes, poignées d’herbes, etc.; la plupart de ces objets sont de simples gris-gris.
- Ce que certaines de ces statuettes présentent de plus particulier, ce sont les miroirs dont elles sont agrémentées et les clous, les morceaux de ferraille de toute espèce qui sont plantés dans leur, corps, leurs membres et même dans leur tête.
- Les miroirs sont très recherchés des Nègres, qui sont enclins à attribuer une sorte de caractère magique à ces morceaux de verre jouissant de la propriété de refléter les images; aussi n’est-il pas surprenant qu’ils ornent leurs fétiches de semblables objets auxquels ils attachent du prix, bien
- qui est intitulé : Les Hindenburg en bois des Nègres du Loango Q).
- Qu’elles représentent des animaux ou des personnages humains, ces statuettes ont généralement les yeux figurés par des fragments de verre peints en blanc à leur face postérieure, sauf dans la partie qui correspond à la pupille (fig. 1), ou bien par des morceaux de porcelaine blanche portant, au centre, une boulette de résine noire. Beaucoup d’entre elles sont badigeonnées soit de rouge, soit de blanc et noir (fig. 1), de la façon la" plus fantaisiste. Parfois, des raies blanches sillonnent verticalement les joues ou contournent le bord inférieur de la mandibule; c’est ce qu’on observe sur l’idole qui illustre la couverture du présent numéro de La Nature, idole qui montre en outre, sur le front, un tatouage en relief formé par trois points disposés en triangle. Il est rare que ces
- 1. T. XXVII, n° 1-2, 1916. Masson cl O, éditeurs.
- qu’il s’agisse de miroirs qu’on se procure dans nos bazars pour quelques sous. Ils sont fixés au moyen de résine, au sommet , d’une forte saillie de 8 à 15 cm. de diamètre ménagée dans le bois au niveau de la poitrine ou de l’abdomen de l’idole. On en voit également sur le front de quelques personnages, sur le dos et sur la tête de quadrupèdes. La saillie qui les supporte est souvent creusée d’une cavité qui sert à loger des gris-gris.
- Parmi les fétiches du Loango que possède notre Musée national d’Ethnographie, il en est douze dans lesquels ont été fichés des clous, des lames de fer eu nombre extrêmement variable. L’un d’eux ne porte qu’une épaisse lame de fer plantée dans le thorax, mais sur d’autres, les clous se comptent par centaines. Au milieu de ces clous, des lames et des pattes en fer de fabrication indigène, on rencontre des pointes européennes, des vrilles, des morceaux de limes, des couteaux, dont un est ern-
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- manche dans une douille de cartouche à percussion centrale, le pontet d’un fusil, etc.
- Les figures ci-jointes suffiront à donner une idée de ces curieuses idoles. La figure 1 représente un fétiche coiffé d’un casque à cimier auquel est suspendue, en arrière, une clochette en fer. Son visage est badigeonné de noir et de blanc. En dehors de la touffe d’herbe qui se voit dans l’oreille droite, des plumes, du pagne en cotonnade fixé à la taille par une liane enroulée, le personnage possède, suspendue au coude, droit, une graine enfilée dans une tresse terminée par un pompon, et une belle bourse à gris-gris munie d’un coulant formé d’une torsade en cuivre; cette bourse renferme 5 fèves, 1 graine, 5 paquets de chiffons, 1 perle blanche, des débris de coquille, 5 grains de plomb de chasse et de petits fragments de fer. L’idole porte un miroir pectoral, dont le cadre est badigeonné de blanc, et de nombreux clous dans la partie supérieure du thorax et sur les épaules. Le trait qu’elle tient dans sa main droite dénote qu’elle s’apprête à châtier celui qui sera désigné par le féticheur.
- Le personnage que représente la figure 2 est un fétiche vengeur; il tue celui qui a tort. La statuette est fixée sur une boîte grossière ; elle est vêtue d’un pagne en cotonnade bleue et porte, accrochés de tous côtés, des paquets de chiffons, dont un renferme des gris-gris soigneusement ficelés. Cette idole est ornée d’un petit miroir sur le front et d’un sur le ventre. Elle est entièrement couverte de clous.
- Le fétiche de la couverture a un aspect terrible et il tient, dans la main droite, une énorme pointe de lance en bois, peinte en rouge et en noir. Outre les particularités déjà signalées, je mentionnerai ses deux couronnes superposées, l’une de fibres végétales, l’autre de feuilles, les paquets de chiffons qui sortent de sa bouche et entre lesquels une cheville de bois simule la langue, les lianes, les racines, la bourse à gris-gris et la clochette en fer qui se trouvent au milieu des centaines de clous et des ferrailles dont il est couvert des pieds à la tête. Sur la poitrine existe une vaste boîte qui était fermée par un miroir, aujourd’hui disparu.
- L’artiste qui a fabriqué le fétiche que montre la figure 5 a eu la prétention de représenter un chien à deux têtes. L’animal porte sur le dos une saillie qui, au lieu d’être recouverte d’un miroir, supporte des dents de suidés formant une sorte de couronne. Les dents du chien, ses gencives et les bords de chacune des langues sont peints en rouge. Dés clous, des pointes, des lamelles de fer de toutes dimensions recouvrent presque entièrement l’animal qui porte, à son cou, un collier formé d’un gros fil de fer et, en arrière, une clochette plate. — Ce fétiche est destiné à l’envoûtement.
- On se demande, naturellement, quelle est la signification de toute celte ferraille. La réponse nous est fournie par différents voyageurs qui ont
- étudié spécialement les coutumes de l’Afrique équa toriale.
- Quand un Nègre veut se protéger contre les armes à feu, les sorciers, les reptiles ou les fauyes; lorsqu’il veut être assuré du succès à la guerre, à la chasse ou en amour, avoir de belles récoltes, guérir une maladie, punir un voleur ou se venger d’un ennemi, il s’adresse au fétiche capable de lui procurer ce qu’il désire. Il doit d’abord faire un don au féticheur, qui lui remet généralement un gris-gris en échange et, le plus souvent, sacrifier une chèvre ou une volaille au génie. Parfois l’idole est barbouillée de la graisse et du sang de la victime; dans tous les cas, c’est le féticheur qui -s’approprie la chair de l’animal sacrifié.
- Malgré l’offrande, le génie peut n’écouter la prière que d’une oreille distraite, et des féticheurs malins ont imaginé un moyen efficace de le rendre attentif, quand le postulant s’est montré généreux ; ce moyen consiste à planter un clou dans la statue pour que la sensation qu’elle éprouve lui fasse bien pénétrer la requête dans la mémoire. Au surplus, ce qu’on n’obtient pas par la prière, on peut l’obtenir par la rigueur, et le Nègre a volontiers recours à la violence, même quand il s’adresse à des êtres surnaturels. Ainsi, on voit fréquemment le féticheur du Congo battre son idole lorsqu’il exige d’elle un oracle. En Europe même, on retrouve l’idée qu’une correction, un traitement rigoureux, est parfois efficace pour plier les êtres supérieurs à ses volontés. Jean Chalon cite le cas d’une brave dame belge qui avait une dévotion particulière pour saint Antoine de Padoue. Quand elle avait égaré son mouchoir ou son trousseau de clefs, elle mettait la statuette du saint en pénitence, la tête en bas et les pieds en l’air, jusqu’à ce qu’elle eût retrouvé les objets perdus.
- Les féticheurs du Loango ont eu, tout récemment, des imitateurs serviles à Berlin. L’idole actuelle des Allemands, c’est le maréchal Hindenburg; à cette idole, on a élevé une statue colossale en bois et, dans cette statue, le public est admis, moyennant finance, à planter des clous d’or, d’argent ou de fer. Sans doute, une partie de ceux qui se livrent à cette opération sacrifie au snobisme, mais les naïfs qui vont ficher des clous dans le colosse de bois sont certainement convaincus que leur fétiche les écoulera et procurera la victoire aux armées germaniques.
- Si les ministres du nouveau culte ont trouvé un moyen efficace de faire tomber des marks dans leur escarcelle, je ne crois pas m’aventurer beaucoup en prédisant aux crédules Allemands que le fétiche berlinois restera aussi impuissant que ceux du Loango et que ce n’est pas en copiant les pratiques des Nègres de l’Afrique équatoriale qu’ils empêcheront le triomphe de la civilisation.
- II. Verneau,
- Professeur d’Anthropologie au Muséum,
- conservateur du Musée d’Elluiographie.
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- SOUDURE AUTOGÈNE
- Souder*ensemble deux pièces métalliques revient à les unir d’une manière durable soit par l’interposition d’un métal ou d’un alliage plus fusible que le métal ou l’alliage à souder, soit par martelage des pièces amenées à l’état pâteux aux points ou doit être effectuée la soudure, soit enfin par la fusion des pièces à souder et du métal d’apport aux mêmes points.
- C’est à ce dernier procédé plus récemment apparu que fut donné le nom de soudure autogène. Nous n’insisterons pas aujourd’hui sur les difficultés qui se présentent dans le cas de la soudure ordinaire, nous proposant de l’exposer en détail dans le cas le plus difficile, celui où il s’agit de souder des pièces en aluminium.
- Le nom de soudure autogène que tout le monde emploie de nos jours pour désigner la soudure effectuée électriquement, à l’aide du chalumeau ou par aluminothermie, s’appliquerait de préférence au vieux procédé de martelage qui produit une réelle soudure des éléments ferreux dans le fer au paquet ou le cinglage de la loupe dans l’acier puddlé. II y a réellement soudure engendrée d’elle-même sans aucun apport.
- Mais ce fut au moment où Desbassyns de Richemond réalisa de grandes chambres de plomb en employant le plomb seul pour souder les feuilles de plomb que le mot fut créé. Il était impossible de songer à souder les feuilles de plomb par la méthode ordinaire; elle consiste en effet, après décapage et rapprochement du bord des pièces à souder, à faire fondre au moyen d’un.fer à souder un alliage plus fusible, généralement un alliage de plomb et d’étain. Or, toute impureté, tout métal étranger rend le plomb plus attaquable par l’acide sulfurique. Aussi toutes les chambres de plomb étaient-elles, avant la découverte de Desbassyns de Richemond, rongées aux soudures. Les chambres de plomb, soudées à la soudure autogène s’usaient au contraire partout, sauf à la soudure, à cause de la surépaisseur. On s’efforçait d’ailleurs de diminuer le nombre des soudures en prenant des feuilles de plomb aussi larges et aussi longues que possible et, en outre, on s’ingéniait à exécuter le plus grand nombre possible de soudures à plat, en évitant celles qu’il fallait exécuter dans le sens vertical, les soudures montantes.'
- La différence qui existe entre les deux procédés de soudures montiera tout de suite combien les soifdures à plat sont et plus faciles à exécuter et plus solides que les autres. Les deux feuilles sont placées l’une sur l’autre de manière à se déborder
- de 4 à 5 cm. Les parties à souder placées en contact l’une de l’aulre sont soigneusement décapées au grattoir (fig. 1). A l’aide du chalumeau oxhydrique employé récemment alors par H. Sainte-Claire Deville pour la métallurgie du platine, Desbassyns de Richemond fondait le plomb de la feuille supérieure pour l’unir au plomb de la feuille inférieure. En même temps, dans le dard du chalumeau, long de 7 à 8 cm, on introduirait une baguette de plomb, qui, en fondant, venait augmenter l’épaisseur de la soudure. Il semble qu’une telle opération ne soit pas difficile, guère plus que celle qui amènerait la soudure de deux morceaux de cire ou de paraffine ; mais si la flamme est très chaude, la cire ou la paraffine coulent et fuient sous l’action de la chaleur sans pouvoir se réunir.
- On obtient bien la soudure des deux morceaux, mais ils n’ont plus leur forme ancienne, c’est une fusion qui a été réalisée et dans le solide formé par refroidissement sont bien réunies les matières constituant les objets antérieurs, mais ces derniers ont été détruits. Et c’est le même fait qui se produirait avec le plomb, précisément à cause de sa grande fusibilité, si l’on-opé-rait maladroitement.
- L’ouvrier doit être assez exercé pour relever son chalumeau juste au moment où le plomb est suffisamment chaud pour fondre la feuille inférieure et faire corps avec elle. L’ouvrier assure la solidité de la soudure en la repassant, c’est-à-dire après son achèvement en refondant le bourrelet.
- "Quand les feuilles sont verticales, il n’est presque plus possible de renforcer la soudure à Laide d’une baguette de plomb; le plomb fondu tend à couler entre les deux feuilles. L’ouvrier doit donc retirer le chalumeau juste au moment où la fusion du métal commence, afin de laisser à la gouttelette de plomb le temps de se consolider après l’action du chalumeau. Enfin il opère de bas en haut; le plomh fondu forme des ressauts qui retiennent le métal.
- A titre de comparaison un bon ouvrier peut exécuter à l’heure 7 à 8 m. de soudure plate, et o m. seulement de soudure montante.
- C’est ainsi que pour la première fois la soudure d’un métal à lui-même par simple fusion, fut appelée soudure autogène qui s’engendre d’elle-même. Depuis, le mot a fait fortune et dans ces dernières années, surtout après l’apparition de l’acétylène. Au début, il y eut surproduction de carbure de calcium; il y eut une véritable fièvre, celle du carbure, comme il y a parfois celle de l’or ; l’électricité n’avait pas encore été employée en
- Fig. i. — Soudure autogène de feuilles de plomb.
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- 262 ........— SOUDURE AUTOGENE
- grand pour l’éclairage des villes et l’on n’entrevoyait pas son avenir. On ne concevait pas cet immense réseau qui s’étend maintenant sur le pays tout entier reliant les centrales thermiques aux centrales hydrauliques, et tout près de se rattacher aux hauts fourneaux des centres métallurgiques pour utiliser leurs gaz, on croyait que l’acétylène lutterait contre le développement de l’électricité dans les villages et les bourgades non pourvus d’usines à gaz. Il fallut en rabattre et chercher à utiliser autrement l’acétylène. Alors apparut un nouveau débouché, celui de la soudure autogène.
- En réalité, — comme nous l’avons déjà dit, — la soudure autogène était pratiquée bien avant que Deshassyns de Richemond lui ait donné ce nom. L’acier a puddler, le fer au paquet étaient obtenus par cinglage d’une loupe ou par martelage de paquets de fer, chauffés au blanc soudant. Avant que Sainte-Claire Deville ait utilisé le chalumeau oxhydrique, la métallurgie du platine consistait essentiellement en une soudure autogène de petites molécules métalliques. Mais là le problème était facile à résoudre puisque le platine passe par l’état pâteux longtemps avant de fondre et qu’à aucun moment il ne s’oxyde. Malgré les difficultés que présente le rapprochement de leurs molécules, de nos jours se prépare par soudure réellement autogène, par simple rapprochement des molécules, un métal cependant fort oxydable : le tungstène, et les petits grains arrivent si bien à se souder qu’il est possible de préparer des fils quatre fois plus fins qu’un cheveu, des fils de 16/1000 de millimètre. La soudure améliore ce métal parce qu’il est martelé, étreint ou étiré.
- Tous les jours les forgerons ressoudent, d’après une technique léguée de temps immémorial (la légende en fait remonter l’honneur aux cyclopes, à des demi-dieux et même à des dieux) des pièces de fer et même certains aciers peu riches en carbone.
- Enfin tous les jours, sous l’action de leur propre poids, sur les hautes montagnes, les flocons de neige se soudent pour former la glace des glaciers et les glaciers se déplacent sans se rompre en descendant les hautes vallées, par suite de la soudure de leurs éléments de glace, dont l’excès de pression a amené la fusion.
- La soudure autogène s’exécute par martelage à chaud, par l’emploi d’une flamme suffisamment chaude pour réaliser la fusion partielle, et, en outre, à l’aide de l’électricité ou enfin par fusion complète.
- Nous n’insisterons pas sur le martelage à chaud que tout le monde connaît et que nous avons suffisamment rappelé. *
- Le premier chalumeau utilisé fut la lampe à alcool (éolipyle) ; furent employées ensuite les lampes à essence, le chalumeau à air et gaz d’éclairage, le chalumeau oxyhydrique et, enfin, le chalumeau oxy-acétylénique. Pour rendre les chalumeaux à gaz pratiques, il fallut surmonter différentes difficultés.
- Tout d’abord il' était indispensable d’éviter les retours de flamme qui amenaient l’inflammation du mélange gazeux en quantités plus ou moins grandes ; il en résultait des explosions parfois très dangereuses.
- I Averses solutions furent adoptées pour empêcher le retour d’accidents déplorables. Sainte Claire Deville amenait les gaz — oxygène et hydrogène — au moyen de tubes concentriques. Le mélange ne s’effectuait qu’à la sortie de la base du chalumeau. Si ce chalumeau était d’un emploi plus sûr que ceux dans lesquels le mélange était effectué au préalable, le rendement n’ert était pas très bon, par suite, précisément, de ce que les deux gaz n’étaient point mélangés; quand le métal à souder se trouvait dans la partie où l’oxygène était en excès, il y avait oxydation.
- La rentrée de flamme est due, comme l’a nettement montré M. Henry Le Châtelier, à ce que la vitesse de sortie du mélange gazeux est inférieure à la vitesse de propagation en sens inverse de la flamme.
- Dans un mélange gazeux inflammable, quand on élève la température en un point par un procédé quelconque jusqu’à ce que l’inflammation se produise, celle-ci se propage alors dans toute la masse ; cette vitesse de propagation dépend de la composition du mélange gazeux, de la température, de l’agitation et d’un certain nombre de circonstances, telles que, par exemple, la nature des parois. Le phénomène peut se voir en regardant ce qui se passe dans un. tube de verre, rempli d’un mélange inflammable; quand on l’enflamme à une de ses extrémités, la flamme se propage avec une vitesse d’abord uniforme, en apparence du moins, puis la vitesse s’accélère ensuite. Le phénomène prend alors l’allure d’une explosion et sa vitesse devient extrêmement grande de plusieurs milliers de mètres à la seconde. C’est l'onde explosive, découverte par MM. Berthelot et Vieille.
- Dans la période initiale, la vitesse est sensiblement uniforme, comme le montre l’enregistrement photographique, parce qu’il s’établit un équilibre entre la chaleur dégagée par la combustion du mélange et celle perdue par conductibilité ou rayonnement.
- Si le diamètre du tube devient très étroit, la flamme ne peut plus se propager; quand le diamètre du tube est suffisamment large, la propagation tend vers une limite constante qui ne varie plus, quelles que soient les augmentations de diamètre du tube. D’après M. Henry Le Châtelier, la disparition de l’influence refroidissante des parois tient à ce que la vitesse observée est celle du filet central, l’inflammation se transmettant latéralement à partir de ce filet vers les parois du tube. C’est sur ce principe qu’est fondé l’emploi des toiles métalliques pour arrêter la propagation de la flamme.
- En tenant compte des faits exposés ci-dessus, on
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- SOUDURE AUTOGENE
- : 263
- voit que pour éviter la propagation de la flamme à l’intérieur d’un tube renfermant un mélange gazeux inflammable, comme l’est un chalumeau à
- Toiles métalliques
- . Chambre de mélange
- T
- Fig. 2. — Schéma d’un chalumeau oxyhydrique.
- souder, il faudra que la vitesse de sortie du mélange soit supérieure à la vitesse de propagation. Mais pour une pression déterminée, la vitesse d’écoulement est d’autant plus grande que l’orifice de sortie est plus étroit; il suffira de diminuer le diamètre du chalumeau.
- Or, la vitesse de propagation de la flamme se trouve ralentie.
- Yoici, en effet, dans le cas du mélange acétylène-oxygène, d’après M. Henry Le Châtelier, en fonction du diamètre du tube les quantités maximum et minimum d’acétylène qui peuvent exister dans le mélange pour que celui-ci soit explosif :
- pression utilisée est bien supérieure à ces chiffres et l’on met, en outre, des dispositifs de sûreté. Yoici le schéma de deux chalumeaux (fig. 2 et
- Oxygène
- DIAMÈTRE LIMITES D’EXPLOSION
- du tube Minimum Minimum
- eu millim. pour 100. pour 100
- — — d’acétylène,
- 40 2,9 64
- 50 . 5,1 62
- 20 5,5 55
- 6 4 40
- 4 4,5 25
- 2 5 15
- 0,8 7,7 10
- 0,5 0 0
- Arrivée
- d'oxygène
- Les deux causes agissent donc dans le même sens. Enfin, pour des tubes de même diamètre, la vitesse d’écoulement augmentera en même temps que la pression.
- Dans le chalumeau oxyacétylé-nique, il faut que la vitesse d’écoulement soit supérieure à 200 mètres à la seconde. Aussi n’arrive-t-on à empêcher la rentrée de la llamme dans l’appareil qu’en employant des orifices de sortie très fins, de moins
- d’un millimètre de diamètre et des pressions supérieures à une demi-atmosphère. Dans le cas du chalumeau oxyhydrique, la vitesse de propagation serait dix fois moins grande. Pratiquement, la
- Fig. 4. — Chalumeau Simplex.
- Fig. 5. — Chalumeau oxyhydrique Claude.
- Appareil djspositiF de securité
- Fig. 3. — Schéma d’un chalumeau oxyacétylénique.
- fig. 3), l’un pour le gaz oxygène et hydrogène et l’autre pour l’oxygène et l’acétylène. La chambre de mélange doit être plus grande avec les premiers gaz.
- L’appareil de sûreté, dans le cas du chalumeau à gaz d’éclairage ou oxyhydrique, est formé de simples toiles métalliques; souvent même il n’existe pas. Au contraire, dans le cas de l’acétylène, il est nécessaire d’employer des matières poreuses interposées entre les toiles métalliques, comme on le voit figure 4, dans la coupe de l’appareil Simplex. La figure 5 représente le chalumeau Claude pour oxygène et hydrogène.
- Une des causes qui active la propagation de la flamme est la température; aussi doit-on refroidir la buse fort souvent. Parfois on enveloppe la chambre de mélange d’une masse d’eau ; le récipient peut porter des ailettes. Celles-ci peuvent être placées directement, sur les parois de la chambre (fig. 6). En arrière se trouvent à la place de toiles métalliques des clapet s hydrauliques qui s’opposent à tout retour en arrière.
- Toutes ces précautions sont fort sages, car l’on entend souvent l’appareil produire un claquement sec qui n’est pas autre chose qu’une explosion dans la chambre de mélange, explosion que les appareils de sûreté ont arrêtée.
- Les gaz ne sont plus utilisés comme autrefois en réservoirs ; on se sert de bouteilles remplies de gaz comprimés. Aucune difficulté pour l’oxygène ou pour l’hydrogène, à cause du coefficient de sécurité adopté pour la réception et le timbrage des appareils. L’hydrogène sort très pur après la compression. Il
- Toiles
- \'métalliques
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- s’est dépouillé de ses impuretés habituelles, hydrogène phosphoré, arsénié et sulfuré. Mais il n’en va pas de même avec l’acétylène qui est un gaz endo-thermique, formé avec absorption de chaleur, par suite susceptible de dégager cette chaleur en explosant. Il était peu commode de le produire sur place ;
- Fig. 6. — Chambre de mélange avec rejroidisseur à eau muni d’ailetles.
- il fallait disposer de réservoirs et exercer une pression suffisante pour obtenir un courant gazeux rapide. Aussi a-t-on cherché à le comprimer. On a pu y arriver grâce au procédé ingénieux de MM. Claude et Hesse. Ils ont étudié la solubilité de l’acétylène dans divers dissolvants et ont trouvé qu’à la température ordinaire l’acétone était le meilleur absorbant. Pour éviter qu’il y ait au-dessus de l’acétone une atmosphère d’acétylène comprimé, qui serait toujours une cause de danger, MM. Claude et Hesse remplissent avec une pâte de substances poreuses, où domine le kieselguhr (un des absorbants de la nitroglycérine dans la dynamite), les bouteilles où doit se faire la compression de l’acétylène. La dessiccation de la pâte a lieu lentement et tout l’intérieur de la bouteille n’est plus qu’une vaste éponge que l’on remplit avec 60 pour 100 d’acétone seulement. L’acétone absorbe par kilogramme de pression 24 fois son volume d’acétylène et augmente de volume pour la même pression de 4 pour 100. Les bouteilles sont remplies sous 10 kg de pression.
- Les gaz ainsi comprimés doivent être détendus avant d’être envoyés dans le chalumeau. Pour cela, on utilise des détendeurs dont le principe est fort simple : une membrane portant un clapet de fermeture équilibrée à l'aide d’un ressort. Celui-ci est réglé pour une certaine pression. Dès qu’elle est dépassée, la membrane cède sous la pression du gaz en comprimant le ressort et ferme avec le clapet l’arrivée des gaz. Si la pression à l’intérieur du chalumeau diminùe, le ressort antagoniste soulève la membrane et par suite le clapet (fig. 7.).
- La température atteinte par le mélange oxyacé-tylénique est de près de 1000° supérieure à celle qu’il est possible d’obtenir avec le chalumeau oxyhydrique fonctionnant dans les meilleures conditions. Cette dernière est de 3000°. Aussi
- AUTOGÈNE --........ —.............. .........
- préfère-t-on employer le mélange oxyacétylénique.
- Enfin deux autres procédés permettent de souder deux pièces en les amenant soit à l’état de fusion, soit simplement à l’état pâteux.
- Electriquement il est possible de chauffer avec l’arc ou par résistance, en utilisant l’effet Joule. Dans le premier cas, celui de l’arc électrique, l’une des pièces forme le pôle négatif et l’autre le pôle positif. Au cratère la température est telle que le métal ou les métaux fondent. Il est nécessaire de déplacer très rapidement le cratère pour ne pas brûler le métal à souder. L’un des pôles peut être constitué aussi par une électrode en charbon. La soudure est formée avec des copeaux du même métal; pour l’améliorer on peut marteler en même temps. Ce I procédé sert souvent à masquer des défauts de moulages et à donner un plus bel aspect aux pièces.
- La soudure par chauffage au moyen de l’effet Joule est réalisée de plusieurs manières. Le courant passe tout entier à travers les pièces de faible diamètre ou en métal moins bon conducteur (fig. 8) ; il se produit alors un écbauffement qui amène le métal à un état pâteux. Les pièces sont appuyées fortement l’une contre l’autre comme dans la figure 9, pendant que le courant passe et la jonction se fait, mais avec déformation.
- Les premiers essais de soudure par ce procédé ont été faits, d’après le Waffenschmied, en 1887, par le profésseur anglais Thomson qui arriva à
- Chambre où le gaz setroi/ye à /apres-
- -Sion desirée.
- Ressort -compensateui
- Sortie du gaz à fa -pression voulue
- Chambre, de détente
- C/apet.
- Arrivée du gaz à forte pression
- Fig. 7. — Détendeur pour gaz comprimés.
- souder bout à bout des fils de cuivre, de laiton, de fer ou de métaux différents, de telle manière que les fils ne se rompaient jamais à la soudure.
- Voici, par exemple, le dispositif employé pour souder l’anse d’un quart. Le quart est placé sur le pôle d’une dynamo, l’anse est mise en place et l’autre pôle est rapproché. Il se produit sous l’action
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- SOUDURE AUTOGÈNE =^.. -- -------- 265
- du courant, à cause de la mauvaise conductibililé de ces deux pièces superposées, une élévation de température parfois même peut-être un arc. Quoi qu’il en soit, la soudure se produit et si rapidement, que l’on peut ainsi unir trois épaisseurs de tôles de 2 mm d’épaisseur sur
- un cercle de 15 mm de
- Fig. 8. — Schéma de Fig. g. — Schéma de soudure par arc et soudure par résistance résistance. avec compression.
- diamètre. Le prix de revient serait inférieur au rivetage (fig. 10).
- Il a été possible cependant d’utiliser l’arc comme le dard d’un chalumeau sans que les pièces à travailler fonctionnent comme électrodes. Zerener (brevet allemand n° 68938) utilise un électroaimant qui agit perpendiculairement au plan de l’arc, comme le montre la figure 11. Les petits appareils sont munis d’une poignée et se tiennent comme un fer à repasser, les appareils plus puissants sont montés sur une petite grue mobile.
- Enfin la soudure peut avoir lieu par fusion. C’est le cas général pour la fonte ; les trèfles des laminoirs, les arbres de transmission et d’autres organes de machines sont réparés en les emboîtant dans un moule où l’on coule un métal semblable après avoir pratiqué un très grand nombre d’entailles et décapé soigneusement. Les précautions ordinaire-mentprisespour lemou-lage doivent être scrupuleusement suivies.
- Les rails ont été soudés bout à bout pour diminuer le nombre des joints par un procédé analogue,mais plus facilement encore, par aluminothermie. L’alumi-J ' nium en poudre mélangé
- Fig. io. — Soudure à une substance suscep-
- de l’anse d’un quart. tible de céder son oxy-
- gène moins lentement, comme le sesquioxyde de fer, pour éviter de rendre la réaction explosive, forme la thermite. Ce mélange s’enflamme à l’aide d’une amorce formée d’aluminium en poudre très fine et d’un bioxyde. Généralement on utilise le bioxyde de baryum. Le mélange produit une température très élevée qui amène les rails à fondre et la soudure se produit ainsi. Elle
- est empâtée par l’alumine qui a pris naissance
- De toutes les soudures obtenues par les divers procédés que nous venons de décrire, incontestablement les meilleures sont celles qui sont obtenues par martelage. Le métal subit les opérations de forge qui, lorsqu’elles sont bien conduites, améliorent le métal. Au contraire dans le cas où le métal n’est pas corroyé, mais simplement amené à l’état pâteux ou parfois fondu, on se trouve dans le cas où le métal est venu de fonte, parfois même — mais le cas est plus rare —où il est brûlé. Aussi les allongements sont-ils moindres et le métal à la soudure est-il plus cassant. D’ailleurs les figures, publiées dans une bonne notice sur la soudure autogène(Q, montrent comment une soudure peut être exécutée de manières fort diverses.
- Que la valeur au point de vue de la réparation des parties des machines travaillant à des efforts parfois considérables soit discutée, la chose est admissible et il n’y aura jamais trop de précautions
- Prise de courant
- Electro-
- armant
- Baguette/
- de charbon
- big. ii. — Appareil Zerener.
- à prendre dans le cas par exemple de chaudières marines dont la rupture aurait des conséquences déplorables, sur un navire par exemple, mais il est heureux de constater que dans la préparation de certains engins de guerre, la soudure autogène rend en ce moment de remarquables services et supplée assez bien au rivetage long et coûteux.
- Ajoutons en terminant que les chalumeaux eni-, ployés pour réunir les pièces métalliques de fer ou d’acier servent aussi à les découper. Il suffit pour cela de leur apporter une très légère modification. Le chalumeau porte au rouge blanc un point de la pièce de fer à couper et aussitôt un jet violent d’oxygène est projeté. La combustion du fer se produit alors avec la même intensité que celle du fil de clavecin chauffé au rouge dans une bouteille remplie d’oxygène, expérience que Lous avons tant admirée, quand nous étions sur les bancs du lycée. Sous le jet d’oxygène froid, le fer s’effondre en un liquide blanc et incandescent d’où s’échappent quelques étincelles. Et le bloc le plus épais se laisse ainsi traverser et découper sans le moindre effort.
- Nicolas Flamel.
- 1. Edition de l’Institut scientifique et industriel.
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- TIMBRES-POSTE DE GUERRE
- (Croix-Rouge, Bienfaisance, Commémoratifs, etc.)
- Les nouvelles vignettes d’affranchissement que les collectionneurs de timbres-poste ou philatélistes ont eu à rechercher depuis le début de la guerre peuvent être classées de trois manières. D’abord, selon leur objet, on distinguera : i°les timbres dits de la Groix-Rouge, officiellement vendus avec un supplément de prix destinés aux œuvres de secours, aux blessés ; 2°les timbres-impôts (Canada, Portugal), représentant une surtaxe obligatoire; 3° ceux de bienfaisance spéciale (Autriche-Hongrie, Suisse); 4° les commémoratils d’événements (Belgique, Serbie, Turquie) ; 5° les timbres d’occupation provisoire (Belgique et Pologne par les Allemands; colonies allemandes par les Alliés) ; 6° les timbres municipaux (Valenciennes, Varsovie); 7° les timbres-monnaie (Russie).
- En second lieu on séparera les types réellement nouveaux des surcharges appliquées sur d’anciens types : à quelques exceptions près nous ne nous occuperons pas de ces surcharges, qui gâtent toujours la gravure des pièces et dont la description, fastidieuse, exigerait un numéro entier : nous nous bornerons à quelques remarques générales. Tous les timbres de la Croix-Rouge des Colonies françaises ont été traités par surcharge ; certaines de leurs nombreuses variétés, appât seulement des plus riches collectionneurs, sont cotées, à des prix élevés (30 fr. pour la surcharge noire de la Réunion; 90 fr. pour la surcharge bleue de Tahiti, etc.j^Dans les colonies allemandes déjà enlevées, les surcharges par les Alliés sont aussi la règle et beaucoup atteignent des prix fabuleux (jusqu’à 1250 fr. pour un 50 pfennig et 1000 fr. pour un 2 mark d’aii-. leurs introuvables, du Togo (octobre 1914), avec Anglo-French occupation, ou pour le un shilling sur un mark des îles Samoa, surchargé à 55 exemplaires seulement). Les catalogues de marchands dè timbres renseignent les millionnaires, amateurs de ces minuties, sans autre intérêt que leur qualité de fantaisies rares.
- Ne voulant faire connaître que les timbres réellement nouveaux depuis août 1914, en insistant sur ceux qui constituent des documents historiques ou de vraies productions d’art, nous adopterons la troisième classification, par pays tout simplement.
- Comme marchandises d’origine allemande ou austro-hongroise les timbres d’Allemagne (à surcharge Belgique et Pologne), ceux d’Autriche, Bosnie, Hongrie ne peuvent entrer ni être vendus en France sous peine d’un an à cinq ans de prison
- et de 500 à 20 000 fr. d’amende (ou de l'une des deux peines). Ces dispositions résultent des lois combinées du 4 avril et du 17 août 1915, sur les relations d’ordre économique avec les sujets d’une puissance ennemie.
- Voici donc ce qui nous paraît intéressant à dire sur les timbres, réellement nouveaux, émanés de la guerre.
- Autriche. — Le 4 octobre 1914, l’Autriche a émis d’abord deux timbres de bienfaisance de 5 heller (vert) et 10 heller (carmin) vendus 2 heller en plus au profit des veuves des soldats tués ; à l’effigie de François-Joseph ils sont de grand format comme ceux du jubilé de 1910, dont ils ne diffèrent que par la date (1914 au lieu de 1830-1910) (fig. 4).
- Au début de 1915 l’Autriche a émis cinq timbres de Croix-Rouge avec des sujets guerriers et des surtaxes croissantes. 5 heller -t- 1 brun, tirailleurs dans une tranchée neigeuse; 5-4-2, vert, patrouille de cavalerie sur une pente de neige; 10-4-2, rose, grosse pièce d’artillerie (peut-être le 420, la grosse Bertha! ) ; 20-t-3 navire cuirassé; 35-t-3 aéroplane, en plein vol (de forme bizarre) (fig. 4).
- Depuis la loi du 17 août 1915 on ne peut plus se procurer en France ces curieuses gravures qui, sans doute, ne seront pas rares après la guerre.
- Enfin une série de 21 valeurs (1 heller à 10 kronen) de format carré, toutes à l’effigie de François-Joseph a été émise en 1915 avec l’inscription K. u. K Feldpost (poste de campagne imp. et roy.). On en a conclu que les soldats autrichiens ne jouissaient pas de la franchise militaire, hypothèse confirmée par les surcharges de Bosnie (fig. 4).
- Belgique. — On avait désigné — prématurément, hélas 1 — sous le nom de Commémoratifs du siège d'Anvers deux séries (chacune de trois valeurs 5, 10, 20 c.) de timbres de la Croix-Rouge vendus au double de leur prix marqué; la première, du format courant, représente le roi Albert, et la deuxième, de plus grande taille, un groupe allégorique de trois combattants blessés en 1850 dans la guerre de l’indépendance contre la Hollande (Monument élevé en 1905 à Berchem-lez-Anvers). Il semble que les vignettes n’aient pu être mises en service qu’au Havre, après le transfert du gouvernement belge, car elles ont paru vers le 5 octobre et la ville fut prise le 10. Leur prix de vente actuel est monté à 6 et 10 fr. pour chaque série (fig. 2).
- Depuis le début de 1915 trois autres timbres de 5, 10 et 20 (vendus le double à la poste), lithographiés et de grand format, à l’effigie du roi Albert Ier, servent à la Croix-Rouge au Ilavre. Cette série a été émise par l’Angleterre qui l’a gracieusement offerte au gouvernement belge (fig. 2).
- Comme marques postales d'oblitération belges les collectionneurs distinguent :
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- mifii im rtw
- TIMBRES-POSTE DE GUERRE
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- Fig, 2. — Principaux timbres de guerre des nations alliées. (Belgique, Serbie, Italie, Canada, Valenciennes, Russie.)
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- 1° Les oblitérations belges locales postérieures à la déclaration de guerre (Q ;
- 2° Les oblitérations ordinaires du Havre du 18 au 25 octobre 1915 (rares) ;
- 5° Le cachet Havre-spécial afïecté au gouvernement belge depuis le 25 octobre 1914 ;
- 4° Le cachet de Baarle-Hertog, Baarle-Duc, celte singulière petite enclave belge en territoire hollandais (entre Breda et Turnhout), dont tous les journaux ont parlé, et si insignifiante, que les Allemands ont jugé inopportun de violer, pour sa possession, la neutralité néerlandaise : on vend couramment les trois timbres belges de 5, 10 et 25 oblitérés avec cette particularité. yv .
- Nouvelle série belge de 1915. -— Le 15 octobre 1915 apparaît une série belge commémorative de 14 pièces. Les sept valeurs inférieures (1 centime à 25 centimes), typographiées et du format courant donnent l’effigie du roi Albert Ier insuffisamment fine. Mais les sept autres, de grande taille et imprimées en admirable taille-douce, prennent rang parmi les productions les plus accomplies de la philatélie ; elles résument la courte histoire et le martyre de la Belgique, dans les compositions suivantes : 55 centimes (brun-jaune et noir) les Halles d’Ypres détruites les 22-23 novembre 1914 ; 40 centimes (vert et noir) Dinant; 50 centimes (carmin et noir) la bibliothèque de l’Université de Louvain incendiée fin août 1914; 1 fr. (violet)
- Anvers et l’Escaut libéré (1862) ; 2 fr. (gris-bleu) annexion du Congo; 5 fr. (bleu) le roi Albert présentant le drapeau aux recrues belges à Fûmes en 1914; 10 fr. (les trois rois, Léopold Ier, Léopold II, Albert Ier) (fig. 2).
- Quant aux Allemands, ils ont, pour leur occupation de la Belgique, surchargé en centimes et francs, avec le mot Belgien, sept de leurs propres valeurs (type Germania de 3 pfennigs à 2 marks, soit 3cen-times à 2 fr. 50) (fig. 2).
- Canada. — Jugeant, avec raison, que les surcharges ne font en somme qu’abîmer les timbres, ce pays a gravé en blanc, dans le cliché, les mots War Tax (taxe de guerre) pour 3 valeurs de 1, 2 et 3 cents, à l’effigie du roi George.
- Cette taxe, obligatoire pour les lettres ou caries du Canada au Canada, aux Etats-Unis, au Mexique, à la Grande-Bretagne et aux possessions britanniques, est un véritable impôt, acquitté depuis le 15 avril 1915.
- France. — Il y a eu deux types de Croix-Rouge, trop connus pour s’y arrêter : l’un en surcharge sur le 10 centimes courant, créé le 11-18 août 1914, l’autre, en cours, avec le —H 5 centimes gravé dans un cartouche.
- 1. On ne paraît pas avoir signalé d’oblitérations des Commémoratifs d’Anvers de cette ville même- Usés du Havre le 18 octobre 1914 ils valaient 55 fr. les 6 au 1er janvier 1916.
- Un décret du 22 février 1916 (Journal Officiel du 25 février et du 1er mars) crée sept timbres de bienfaisance pour l’œuvre de protection des orphelins de la guerre du personnel des P. T. T. Ils comportent les valeurs et majorations suivantes : 2 c. —f— 3; 15+10; 25 + 15; 35 + 25; 50 + 50; 1 fr. + 1 fr. ; 5 fr. + 5 fr. En attendant les figurines commandées, on apposera la surcharge « guerre 1914-16. Orphelins P. T. T. » et la différence de prix sur les timbres courants desdites valeurs.
- Valenciennes. — Les occupants germaniques ont autorisé, dès 1914, la Chambre de Commerce de Valenciennes à créer un timbre (fort simple) de 10 centimes pour la ville et son arrondissement; on ignore dans quelles conditions. La vignette rappelle celle du timbre de grève postale qui eut cours à Amiens du 13 au 19 mai 1909. Les rares exemplaires parvenus de Valenciennes à Paris ont été jusqu’ici offerts par les marchands à des prix variant de 50 fr. à 100 fr. Sans doute ce taux ne se maintiendra pas, quand la France aura recouvré Valenciennes, et si l’on y retrouve des correspondances locales (fig. 2).
- Hongrie. — En 1915, toute la série de ce pays recevait l’addition d’une bandelette portant surtaxe de 2 fillers pour les victimes d’inondations; en 1914 ces timbres sont devenus timbres de bienfaisance par la surcharge : Inscription de guerre. Pour les veuves et les orphelins, 2 filler en sus. En 1915 on a supprimé la bandelette et disposé l’inscription autrement. Il y a 17 valeurs (I filler à 5 krone) de chacune de ces séries. ' .
- Comme pour l’Autriche et la Bosnie, on pense que les troupes hongroises ne jouissent pas de la franchise militaire, car on connaît une carte postale de 5 fillers avec la mention Feld-poslkarte (carte postale de campagne).
- Italie. — Décidés le 27 octobre 1915 et parus en novembre, deux timbres Croce-Rossa de 10 + 5 et 15 + 5 sont plus grands que le format usuel; le premier (carmin), figure le drapeau italien encadré de lauriers et le deuxième l’aigle romaine éployée (gris-bleu); celui-ci a reçu (en janvier 1916) la surcharge 20 centimes pour faire une troisième valeur (20 + 5). L’exécution est fine, mais la composition plus théâtrale qu’artistique (fig. 2).
- Japon. — Bien qu’ils ne se rapportent point à la guerre, on ne saurait omettre les quatre beaux timbres commémoratifs (fin 1915) du couronnement de l’empereur du Japon : le 1 1/2 sen, orange et noir avec la coiffe impériale; le 3 sen, orange et noir, avec le trône ; le 4 sen carmin et lè 10 s. bleu avec la salle du couronnement et un ancien samouraï en costume. Le premier envoi de ces timbres expédié aux marchands d’Europe a été
- Fig. 3. — Suisse, four la jeunesse.
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- TIMBRES-POSTE DE GUERRE
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- perdu dans le torpillage de la Ville-de-la-Ciotat. Cependant ils ne seront point rares, puisque les deux premiers ont été tirés à 21 500 000 exemplaires et les deux autres à 2 000 000.
- Pologne. — Le comité polonais de Varsovie a émis le 42 octobre 1915 pour la poste municipale provisoire (comme pour Valenciennes) deux timbres grossiers dont la valeur est en groszy (ancienne monnaie polonaise), équivalant à 1/2. kopeck actuel. Le timbre de 5 groszy représente les armes de Varsovie (une sirène armée), et celui des 10 groszy l’aigle polonaise à une seule tête. Sept surcharges
- De nombreuses étiquettes, purement privées, de la Croix-Rouge ont paru en Russie. Mais, ce pays n’a donné d’officiel que quatre grands timbres, de décoration franchement slave et originale, et bien tirés. Ils sont vendus (au profit des soldats russes et de leurs familles) 1 kopeck de plus que leur valeur faciale et représentant : 1 kopeck un ancien tsar casqué (peut-être ïvan-le-Terrible) ; o kopecks l’adieu du Cosaque; 7 kopecks une tsarine (ou boyarde) secouranl des enfants; 10 kopecks Saint-Georges terrassant le Dragon. Ces curieuses gravures sont restées de prix modeste sauf certaines
- variées ont aussi vu le jour : trois pour la valeur de 2 gr. (sur le 10 gr.) et quatre pour la valeur de 6 gr. (sur le 5 gr. ). Ces vignettes sont encore en cours. On a annoncémême un projet de 2 groszy (monument de Sobieski à Vienne) et un de 20 groszy Fig. 4.-— Timbres de guerre (pont de Varsovie).
- Officiellement les Allemands, occupant la Pologne, ont surchargé des mots Russisch-Polen. leurs propres timbres (Deutsches Reich, à l’effigie de Germania) pour les valeurs de 5, 5, 10, 20 et 40 pfennigs, comme pour la Belgique.
- En Pologne encore, l’Autriche aurait fait de même sur des timbres de Bosnie-
- Portugal. — En automne 1915 deux timbres de bienfaisance de 1 centavo (rouge, pour la poste) et 2 centavos (violet, pour le télégraphe) de grand format, font assez mauvaise figure d’étiquettes de spécialité pharmaceutique : une république abrite des pauvres sous son manteau avec l’inscription para ospobres ; c’est un impôt obligatoire (fig. 1).
- Russie. — Timbres de bienfaisance (fig. 2).
- variétés de dentelure (notamment pour le 5 kopecks. On annonce deux autres valeurs, de plus petit format : 2 kopecks) (manœuvre d’un canon), et 5 kopecks (charge de Cosaques).
- Russie. — Les tim-bres-monnaie.
- La pénurie de monnaie divisionnaire a conduit (fin 1915) à l’essai provisoire de faire circuler certains timbres, officiellement, au lieu et place des petites pièces d’argent. On a choisi trois valeurs de la magnifique émission jubilaire des Romanoff de 1913, savoir : 10 kopecks (bleu, portrait de Nicolas II), 15 kopecks (brun-rouge, Nicolas Ier), 20 kopecks (olive, Alexandre Ier) : tirés sur papier-carton, ils ont reçu au dos, en noir, et encastrées dans un double filet, les armes impériales et l’inscription : peut circuler comme papier-monnaie en argent. Mais il paraît que l’essai a peu duré et que ces timbres-monnaie ont été retirés parce que des fraudeurs, faisant disparaître l’oblitération postale sous de fortes maculatures, digitales ou autres, trouvaient moyen d’employer comme numé-
- d’Autriche et de Varsovie.
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- 270 ====== LE TRANSPORT DE L'ENERGIE ELECTRIQUE
- l'aire ceux qui avaient déjà affranchi des lettres!
- Serbie. — En janvier 1916 on recevait à Paris les premiers exemplaires de timbres singulièrement douloureux : joli sujet commémoratif de la campagne de 1915 ou des premiers succès serbes de fin 1914, c’est la reproduction d’une composition rendue célèbre par un grand journal hebdomadaire illustré : le vieux roi Pierre et son état-major assistent à une victoire serbe ! On connaît jusqu’ici 5 valeurs : 5 paras (vert), 10paras (rouge), 20 paras (brun), 50 paras (olive),50 paras (brun-rouge). On a mis en doute l’existence officielle de ces timbres. Mais les renseignements concordent déplus en plus pour affirmer leur émission quelques jours avant l’invasion finale!
- On ne les possède que par les Français retour de Serbie ou les réfugiés serbes qui ont pensé et réussi à s’en procurer. On ne sait rien des conditions de l’émission; et on ignore s’ils deviendront rares (en cas de destruction du stock) ou si les marchands allemands les auront saisis pour les solder! Émouvants souvenirs de toutes manières.
- Suisse. — Avec deux timbres pro juventute (5 centimes vert et 10 centimes rouge, sur chamois) gentiment enfantins, la Suisse renouvelle le 1er décembre 1915 un supplément de taxe de 5 centimes au profit d’une institution de bienfaisance « pour la jeunesse ». Une première fois un timbre de 5 centimes -+- 5 (vert à effigie de l’Helvetia) avait
- été mis en circulation, pour le même objet, du 1er décembre 1915, au 28 février 1914. — De même les deux nouveaux auront cours jusqu’au 29 février 1916 (fig. 2).
- Turquie. — Le 1er octobre 1914 la Turquie supprimait les capitulations et par conséquent tous les bureaux de poste étrangers qui fonctionnaient sur son territoire. Les capitulations, résultant de traités spéciaux, assuraient aux chrétiens étrangers, résidant dans l’empire ottoman, le droit d’échapper dans une large mesure aux lois turques et de relever de leurs consuls ou agents diplomatiques nationaux. Cette suppression hostile a été sanctionnée par l’apposition d’une surcharge en caractères turcs, signifiant capitulation des ports étrangers, sur septtimbres (5 paras, 10 paras, 20 paras, 1 piastre, 2 piastres, 5 piastres, 10 piastres) de la série en cours (1915) : on sait que celle-ci (17 valeurs, de 2 paras à 200 piastres), de grand format, est une des plus belles qui aient jamais vu le jour; elle représente des sites et monuments du Bosphore et de Constantinople et même, contrairement à la loi du prophète, le portrait du sultan actuel (sur le 200 piastres). La surcharge de l’abolition des capitulations n’a porté que sur une quantité assez restreinte de timbres, mis en cours pendant quelques jours seulement; ils rentrent donc dans les raretés et enregistrent un fait historique de guerre qui nécessitait leur mention. E.-À. Martel.
- LE TRANSPORT DE L’ÉNERGIE ÉLECTRIQUE DE SUÈDE EN DANEMARK
- A TRAVERS LE SUND
- Le transport de force par câbles sous-marins n’est pas chose nouvelle, car, depuis plus de 60 ans, la télégraphie sous-marine qui est un transport d’énergie électrique nous en donne de nombreux exemples. Mais, dans ce cas, la puissance utilisée est très faible et le problème à résoudre est loin de présenter les difficultés qu’on rencontre lorsqu’il s’agit de transmettre d’une rive à l’autre plusieurs milliers de kilowatts. Aucun essai dans ce sens n’avait été fait jusqu’ici. Aussi croyons-nous intéressant de signaler, d’après Engineering, la première tentative dans ce genre et qui présente une certaine importance. Il s’agit du transport en Danemark, à travers le Sund, d’une partie de l’énergie électrique engendrée en Suède par la chute des eaux du lac Lagan. L’énergie produite en Suède, sous la forme de courant alternatif triphasé, est amenée par fil aérien, sous la tension de 50000 volts, à la station de transformation d’Helsingborg, située sur la rive suédoise du Sund. Dans cette station, la tension du courant est abaissée à 25 000 volts, -tension maximum qu’on a jugé prudent d’admettre pour la traversée du Sund au moyen des câbles sous-marins. Sous cette tension, le courant est amené de la station de transformation d’Helsingborg au bord du Sund au moyen de deux câbles
- souterrains de 4,8 km de longueur chacun; puis, deux câbles sous-marins de 5,4 km de longueur chacun lui font traverser le Sund et l’amènent sur la rive danoise à Marienlest, au nord d’Elseneur. Deux câbles souterrains de 1,5 km de longueur l’amènent, enfin, à la station de transformation d’Elseneur où la tension du courant qui, comme nous l’avons dit, avait été abaissée à 25 000 volts, pour la traversée du Sund, est ramenée à la tension normale de 50 000 volts. A partir de cette station de transformation, les courants alternatifs triphasés sont repris par des conducteurs aériens qui l’amènent à Gentafte distant de 55 km, point de jonction avec le réseau électrique de la Compagnie Sieland qui dessert, en Danemark, la partie nord de l’ile de Sieland.
- La puissance transmise par les deux câbles souterrains et sous-marins est de 5000 kilowatts. Mais, en cas d’avarie d’une des lignes, une seule ligne pourrait suffire pour transporter d’une rive à l’autre les 5000 kilowatts. Dans le cas où, dans l’avenir, cette puissance deviendrait insuffisante, on a prévu l’établissement d’une troisième ligne parallèle aux deux premières. Ces trois câbles sous-marins, espacés l’un de l’autre de 100 m., sont munis chacun de trois conducteurs
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- ACADÉMIE DES SCIENCES —...., ....- 271
- en cuivre de 7 mm2 de secLion servant au passage des courants triphasés. Ils sont isolés pour une tension de 35 000 volts, c’est-à-dire pour une tension de 10 000 volts supérieure à celle admise dans le câble sous-marin qui, comme nous l’avons dit, est de 25 000 volts. Le diamètre de ces câbles sous-marins est de 92 mm et leur poids est de 28 kg par mètre courant. Chacun d’eux, d’unè longueur de 5,4 km, a été livré en neuf sections de 600 m. de longueur chacune, lesquelles une fois posées ont été réunies au moyen de boîtes de connexion.
- Quoique ces câbles sous-marins soient posés dans le Sund à une profondeur d’environ 38 m., il y avait à craindre que ceux-ci ne soient rencontrés et arrachés, par les ancres des navires traversant le Sund et venant du Nord.
- Aussi, pour éviter ce danger, on s’est décidé à protéger ces câbles sous-marins de transport de force par un câble de protection en acier placé en amont parallèlement à eux et pouvant résister à un effort de traction de 40 tonnes. On a profité de ce câble de protection pour y adjoindre un câble téléphonique permettant de communiquer entre les deux stations de transformation d’Helsingborg et d’Elseneur. Ces câbles sous-marins de transport de force sont situés à 600 m. en amont des câbles télégraphiques sous-marins de l’Etat danois qui traversent le Sund| et relient la Suède avec le Danemark.
- Afin de prévenir les navires franchissant le Sund et les empêcher de. jeter l’ancre dans le voisinage des câbles, des pylônes métalliques ont été établis siir chacune des rives du Sund indiquant aux pilotes la position du câble de protection. Ces pylônes sont peints en blanc et éclairés la nuit par des projecteurs.
- - Ainsi que nous l’avons dit, ces câbles sous-marins ffè transport de force reposent sur le fond du Sund sans aucune protection. Mais, sur chacune des rives, ceux-ci sont enfermés dans des tuyaux en
- acier qui, eux-mêmes, sont enterrés dans le sol afin de les mettre à l’abri de l’action des vagues.
- Tel est l’ensemble du projet de transport de force qu’on se propose d’établir entre la Suède et le Danemark en traversant le Sund. Mais, étant donné que la question de l’installation des câbles sous-marins de transport de force utilisant de grandes puissances est entièrement nouvelle et que l’expérience peut conduire à faire certaines modifications, un seul câble sous-marin de transport a été posé avec le câble de protection et le câble téléphonique. Quant à la ligne aérienne à la tension de 50 000 volts entre Elseneur et Gentafte, sa pose a été différée. Pendant deux ou trois années des essais seront faits sur le câble sous-marin de transport et si, au bout de ce temps, les résultats sont favorables on complétera l’installation telle que nous T’avons décrite. R. Bohmjx.
- Station decmnsforrnab'm \ HELStmBORG*
- SUND
- Câbles électriques de Suède en Danemark.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séances du 6 au i3 mars 1916.
- Ancienneté de l’ecm à la surface de la terre. — M. Gàrrigou suppose que la rareté de l’oxygène dans le soleil doit être due à ce que l’atome d’oxygène se constitue aux dépens d’atomes plus simples dans une étape de refroidissement non encore atteinte sur notre soleil. Une étape ultérieure associe sa combinaison avec l’hydrogène pour former de l’eau, mais seulement après que s’est formée une erpute solide.
- Self-diffuseur à anhydride sulfureux pour la désinfection des tranchées. — MM. Galaine et Iloulbert préconisent cet appareil comme remarquable par son faible volume, sa facilité de manipulation et la régularité de son fonctionnement. Il se compose de trois parties distinctes : un récipient pour l’anhydride sulfureux liquide; un réchauffeur à eau bouillante; une petite
- turbine avec ailettes en aluminium, entraînant une hélice à quatre branches formant ventilateur. Ces deux dernières parties constituent les organes véritablement nouveaux de l’appareil.
- Une famille d’Ammonites. — M. Douvillé, en établissant une classification des Desmocératidés crétacés, remarque que les divers groupes de cette famille résultent de la spécialisation plus ou moins accentuée d’un même type et de son application à diverses profondeurs des mers et à diverses conditions de vie. Sur le fond de la mer, la vie benthique a développé des espèces lourdes et épaisses plus primitives et moins spécialisées à cloisons régulières (Latidorsella). Les formes nageuses h coquilles plus minces correspondent à des animaux plus actifs et plus spécialisés que ceux qui rampent sur le
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- fond, de même que l’animal coureur est plus spécialisé et plus évolué que l’animal marcheur. Ce sont les Des-mocéras, dans lesquels le premier lobe latéral devient dissymétrique. Enfin, les formes des régions peu profondes néritiques sont intermédiaires (Puzosia). Le type le plus archaïque des Latidorsella se rapproche de certains Phyllocératidés du jurassique supérieur dont il paraît dériver.
- La cristallisation de l'oxyde dephényle. — La solidification d’un cristal, étant accompagnée d’une brusque variation de volume, produit des mouvements dans le liquide qui le nourrit. M. Dauzère a étudié ces mouvements au microscope sur l’oxyde de phényle qui fond à 28° et se maintient facilement en surfusion à la température ordinaire. On provoque la cristallisation en introduisant un
- POUR LA CHASSE
- Les engins les plus variés ont été utilisés pour mettre les sous-marins allemands hors d’état de se livrer à leur malfaisante industrie et il n’est pas
- AUX SOUS-MARINS v:::- • i^—
- petit fragment de la matière cristallisée dans le liquide. Cette cristallisation est lente : à 20° elle dure 20 à 30 minutes et on peut en suivre les progrès. On constate un mouvement de nature ondulatoire sur les parties planes de la surface de contact entre le cristal et le liquide. Il consiste en une série de rides ou de stries fines et serrées qui parcourent continuellement les faces naissantes. Ces « ondes de cristallisation » paraissent jouer un rôle important pour cicatriser les cristaux irréguliers et édifier les faces et arêtes des petits cristaux. Les arêtes sont des lignes d’arrêt du mouvement ondulatoire, arrêt provoqué soit par un mouvement ondulatoire inverse, soit par toute autre cause. D’après une communication ultérieure de M. Gaubert, ces observations devraient être interprétées autrement.
- UX SOUS-MARINS
- type à fond en Y et les moteurs sont munis d’un carburateur spécial qui permet d’employer soit la gazoline, soit une huile lourde. Les unités de cette
- Type de bateaux à moteurs armés d’un
- douteux que les marines alliées sont arrivées, à ce sujet, à des résultats tout à fait encourageants. Parmi les moyens employés, et dont bon nombre doivent rester secrets, il faut citer, dit le Scientific American, un type de canots à moteurs, dont l’amirauté anglaise a reçu un grand nombre, commandés notamment aux États-Unis.
- Ces petits combattants portent un moteur à gazoline de 100 chevaux qui leur assure une vitesse de 25 nœuds. Leur pont avant est spécialement renforcé pour recevoir une pièce de canon à tir rapide, et en dessous une cabine contient un petit logement pour deux ou trois hommes. Leur forme est celle du
- canon pour la chasse aux sous-marins.
- flotte minuscule sont embarquées sur des cuirassés ou des grands croiseurs qui les répartissent méthodiquement sur les espaces de mer où on sait que les sous-marins opèrent plus volontiers, tels que certains passages resserrés, les approches de caps que les navires sont obligés de venir reconnaître, etc., ou bien encore le long des routes que ces sous-marins doivent parcourir pour regagner leurs centres de ravitaillement. Ils fondent de toute leur vitesse sur tout périscope qui apparaît et cherchent à le détruire, ou bien canonnent la coque de l’ennemi si elle se montre au-dessus de l’eau. Les services qu’ils ont ainsi rendus ont été des plus sérieux. D. V.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahüre, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- LA CRISE DU PAPIER
- LA NATURE. — N° 2222.
- 29 AVRIL 1916.
- Il existe une crise du papier, et il suffit de lire pour s’en assurer. Cette crise n’est pas spéciale à la France : récemment, un journal technique italien, Il Risorgimento grafico, indiquait les efforts faits dans la péninsule pour remédier « alla crisi délia carta in Italia », et racontait que l’Association des libraires et imprimeurs italiens, réunie à Milan, avait demandé la suspension de l’exportation des papiers, non seulement du papier en bobine, utilisé par les journaux, mais de tous les genres de papier. Plus récemment, un autre périodique, anglais, The Gaxton Magazine, reconnaissait que les journaux alliés et que la plupart des journaux neutres avaient déjà réduit leur nombre de pages, l’Angleterre fai-
- dienne est assez puissante pour faire retenir ses doléances. On a bien, également, suspendu les droits sur les pâtes de bois, mais, toujours, dans la limite que ces pâtes serviraient à la fabrication du papier journal.
- Ceci étant, il est bien certain que toutes les anciennes moyennes de consommation des papiers vont être profondément atteintes, et qu’il ne sera plus question, pour un temps, de dire qup le Français consomme annuellement 9,50 kg contre 17,15 kg aux Etats-Unis, ou 15,60 kg en Allemagne, ou encore 7 kg en Italie.
- Il en sera de même pour la production des livres, dont la moyenne serait de 174 575 volumes par an
- Fig. i. — Papeterie de VAnglèe (xviii0 s.) — Roue hydraulique actionnant deux batteries de trois piles hollandaises à fabriquer la pâte à papier,, grande nouveauté en France
- à cette époque.
- sant encore exception à cette règle, mais, d’autre part, ayant établi cette mesure nouvelle que les bouillons ne seraient plus repris, escomptant, ainsi, une demande plus raisonnable et ne poussant plus aux tirages exagérés. Les empires du centre européen ne sont pas plus heureux : le Berliner Tag-blatt a annoncé que les éditeurs de journaux autrichiens ont décidé de demander au Gouvernement d’exonérer de tous frais de poste les périodiques, afin qu’ils puissent supporter l’augmentation considérable qui vient de se produire dans les prix du papier, et le même journal signale qu’une nouvelle disette menace l’Allemagne, l’importation des chiffons, des pâtes et des papiers étant devenue presque nulle.
- En France, la situation étant à peu près analogue, le Gouvernement a pris la résolution, depuis plus d’une année, de suspendre les droits de douane sur l’importation des papiers, limitant, cependant, cette faveur au seul papier journal, on ne sait trop pourquoi, à moins d’admettre que seule la presse quoti-
- pour le monde entier; dans ce total, pour la France, le chiffre modeste de 12 800 volumes marque presque une moyenne légèrement forcée.
- La France doit être plus particulièrement touchée, puisqu’elle achetait en Allemagne une moyenne annuelle de 2450000 kg, soit 29,6 pour 100 de son importation, 1,7 en Autriche, 8,5 en Belgique, 2,5 dans les Pays-Bas, et que l’Angleterre, qui lui apportait 50,2 pour 100 de sa consommation en papiers à imprimer, soit une moyenne de 4150 000 kg annuels, se montre prudente, en présence de la crise mondiale et entend limiter les facilités données à l’exportation anglaise du papier. Il est, sans doute, possible que les exportateurs français réservent pour la consommation nationale les 58 ou 40 000 000 kg qu’ils envoyaient couramment à l’étranger, en ces dernières années, mais toute la question est de savoir s’ils peuvent encore produire, et on est obligé de répondre par la négative.
- Il est donc hors de doute que la matière première
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- Fig. 2. — Le Canada produit de grandes quantités de pâte de bois mécanique. On voit ici un tracteur automobile pour le transport des bois abattus dans les immenses forêts qui approvisionnent les usines.
- des journaux, des revues, des livres tend à se raréfier (*).
- On est en droit de se poser la question : pourquoi une telle situation est-elle possible?
- Il existe, en premier lieu, des causes générales : manque évident de main-d’œuvre, rareté des matières premières, et réduction de la production.
- Ces trois causes principales existent pour tous les états belligérants, les deux dernières existent même pour les neutres, car peu nombreux sont les pays qui peuvent se vanter de posséder tous les éléments de la fabrication du papier, sans avoir recours à une importation plus ou moins considérable.
- Il est peu utile d’insister sur la raréfaction de la main-d’œuvre : chacun imagine facilement les perturbations profondes apportées par la mobilisation dans une population industrielle qui ne ressemble nullement à une population usinière : en papeterie il semble qu’une idée familiale préside encore, les ouvriers appartiennent pour ainsi dire de père en fils à la profession, à l’exercice de celle-ci dans une région, voire même dans une même usine. On y rencontre fréquemment les petites maisons ouvrières, avec leur jardin; mais, en outre, nombreux sont les ouvriers propriétaires d’un champ, qu’ils
- 1. En passant, indiquons sommairement la large place que îe papier tient dans l’établissement du journal ou du livre.
- Dans un livre à bon marché, si la composition représente 800 fr., et le tirage 4000 fr., le papier, ordinaire, entre, pour 47 000 fr.
- Le Journal officiel, lorsqu’il compdrte quatre feuilles, revient à‘0 fr. 0375, rien que pour le papier; enfin, si l’on prend une de ces grandes rotatives, type Matin ou Journal, valant, approximativement, 200 000 fr., on'constate qu’en une année elle consomme pour 1 468 000 fr. de papier, près de six fois son prix d'achat.
- cultivent. Dans ce monde un peu à part, qui ne connaît guère les grèves, qui reste attaché à son usine, parce que l’on a su l’attacher au sol, il existe peu de population flottante, et, par suite, il est peu probable qu’une proportion considérable de chômeurs permette d’envisager le remplacement facile d’une équipe. La main-d’œuvre a manqué, par le jeu des convocations militaires : elle reste manquante.
- Il faut entendre sous l’expression de : Matières premières, l’ensemble de tout ce qui est indispensable à la papeterie pour produire, et au premier rang, il faut placer le combustible. Or, la rareté de celui-ci, les difficultés d’approvisionnement, son prix de plus en plus élevé, par suite de l’augmentation chaque jour grandissante de la valeur des frets et de la diminution des facilités de transports, sont connus de tout le monde. Insister, ce serait entreprendre le récit déjà fait de l’embouteillage du port du Havre, par manque de bras pour décharger, l’encombrement du port de Rouen, par suite de la pénurie des moyens de transport, et enfin la dispersion d’un matériel roulant, à peine suffisant, alors que l’ordre présidait à son utilisation.
- A côté du combustible, prennent place les produits chimiques. La papeterie est devenue une industrie chimique, elle fait appel à ces produits, et ceux-ci se montrent actuellement peu réguliers dans leurs temps et modes de livraison. Là encore, il y a la pénurie de la main-d’œuvre, mais il y a aussi les réquisitions militaires. Évitons la censure et passons rapidement.
- Enfin, il y a la matière première par excellence, la pâte de bois.
- Tous les petits ouvrages de technologie nous montrent le chiffon arrivant à la papeterie, subissant une série d’opérations, réduit en pâte et livré sous cette forme à un ouvrier qui puise dans une cuve, à l’aide d’une forme, la matière d’une feuille de papier.
- C’était là le bon temps, alors que l’on utilisait les chutes d’eau pour actionner une roue de moulin, mettant en marche les marteaux à pâte, où, un peu plus récemment; les meuletons des piles hollandaises, qui étaient la grande nouveauté en papeterie française à la fin du xvme siècle, et qui firent alors leur apparition dans la papeterie de l’Anglée, dont
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- nous reproduisons une vue d’atelier. Alors, les usines qui comportaient trois ou quatre roues motrices étaient classées parmi les installations exceptionnellement importantes, et elles attachaient à leur service des acheteurs de chiffons qui allaient par les provinces, acquérant cette matière première au prix très élevé de 7 à 10 livres les 100 livres de poids.
- Mais, dès la fin du xvme siècle, on semble prévoir que le chiffon va manquer en présence d’une consommation chaque jour grandissante, et Léorier-Delisle, à cette même usine de l’Anglée, examine les fibres végétales.
- Un papier tout nouveau
- Naît de l’herbe qui croît sous le cristal de l’eau.
- Il a travaillé les écorces de tilleul, la guimauve, l’ortie, la mauve, le roseau, l’écorce de saule, les racines de chiendent, le bois de cendrier, de fusain, de chêne, d’orme, etc.... Il poussait ainsi, dans la voie de la pratique, les tentatives peu utilisables du D1' Schaeffer de Regensbourg, et Berthollet, Lavoisier et Sage reconnaissaient, en 1786, les bons résultats obtenus par l’inventeur français, alors que les produits allemands étaient inutilisables, On peut voir encore, au Musée du Conservatoire des Arts et Métiers à Paris, des papiers ainsi fabriqués par Delisle.
- On était déjà loin des papiers chinois de bourre de soie, et des papiers arabes remontant au xe siècle en Espagne, dans les fameuses fabriques de Xativa.
- Toutefois, si la F rance peut revendiquer l’honneur d’avoir, la première, mis sur la voie de l’utilisation des bois, pour remplacer le chiffon , au xvme siècle finissant, il faut arriver au millieu du xixe siècle pour rencontrer une fabrication vraiment épanouie.
- M. V. Urbain dans son livre Les succédanés du chiffon en papeterie (‘), rappellé' les essais de deux Français, Guétard et Gleditsch, puis ceux de Piette et ceux de Dela-pierre, et reconnaît que ce ne furent là que des travaux de laboratoire.
- Ceux-ci établissent que toute plante qui renferme des fibres élastiques, minces, faciles à séparer les unes des
- 1. Un volume de la collection de l’Encyclopédie des Aide-Mémoire, Masson et Cio, éditeurs, 120, boulevard Saint-Germain, Paris.
- autres, pouvant former une bouillie dans l’eau, et conservant après dessiccation une raideur et une force suffisante, est propre à fabriquer le papier, qui est un feutre.
- Passant de la théorie à la pratique industrielle, tandis que Mellier, en France, faisait breveter son procédé de papier de paille, encore en usage, Relier, puis Vœlter, à Heidenheim (Wurtemberg), rendaient pratique la fabrication de la pâte de bois mécanique, en 1847, et l’Anglais Houghton, en 1857, établissait le principe de la pâte chimique.
- Dès lors, le chiffon était mis en mauvaise posture, pour la fabrication des papiers courants, par suite de sa rareté relative, tandis que le bo’s semble devoir se trouver partout. Mais il faut songer qu’un journal consomme, par jour, 200 à 250 beaux pins de quarante ans, et aussitôt la question du déboisement se pose.
- Aussi, la fabrication des pâtes de bois se limite-t-elle pratiquement à certains pays, et, en première ligne, à la Norvège et à la Suède, en Europe, au Canada, en Amérique, et, dans un avenir prochain, à la Sibérie en Russie d’Asie.
- La France est donc tributaire des pays étrangers pour son alimentation en pâtes de bois, alimentation énorme, puisque l’importation monte, en 1913, à plus de 259 000 tonnes, pour les pâtes mécaniques, et à plus de 205 000 tonnes pour les pâtes chimiques,
- Fig. 3.'— Dèjibreurs réduisant les bûches en pâte mécanique. On voit ici la composition d’un atelier très important dune fabrique canadienne.
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- la Suède et la Norvège étant pour 232 000 t. et pour 120 600 t. dans cet apport. En outre, quelques fabriques françaises importent des bois naturels, et-, de ce chef, c’est encore un total de 98 000 t. qu’il faut inscrire à notre consommation.
- Tributaire de l’étranger, la fabrication française a vu le danger, et, en 1908, un rapport parlementaire dit nettement qu’il faut prévoir le « cas où des événements politiques ou climatériques empêcheraient l’importation des pâtes Scandinaves, et où la navigation sur la mer du Nord serait suspendue ou entravée », mais le remède proposé, et alors adopté, fut d’établir un droit de douane sur ces mêmes
- DU PAPIER =
- Les événements actuels ont réalisé, d’une part, les prévisions de M. le rapporteur Boucher en 1908 : la navigation sur la mer du Nord subit des difficultés considérables, et, en plus, chose assez imprévue, voici que la Suède, pays dit neutre, interdit l’exportation de ses pâtes. Qu’elle en soit prochainement le mauvais marchand, cela ne fait guère de doute, et le Caxton Magazine dit justement que si « la Suède veut persister dans son embargo, il est vraiment aisé au gouvernement anglais de réussir dans la voie des représailles », mais la situation ne laisse pas que d’être momentanément gênante, encore qu’elle comporte un
- Fig. 4. — Usine canadienne de pâte de bois mécanique, installée près d’une chute d’eau qui lui donne la force motrice indispensable à la mise en marche des appareils déflbreurs.
- pâtes, pour encourager la production française, qui ne peut marcher qu’avec des bois importés par cette même mer du Nord !
- Ce n’est pas, d’ailleurs, ni le moment ni le lieu des récriminations stériles, et il est à peine besoin de dire qu’à côté de ces bois et de ces pâtes, qui semblent devoir nous manquer, au moins partiellement aujourd’hui, la France possède en Algérie, au Maroc et en Tunisie, l’alfa — autre succédané du chiffon, entré dans la pratique vers 1878 — mais que nous laissons libéralement aux papetiers anglais, espagnols et belges (*).
- 1. En une année, l’Algérie seule exporte 82 247 623 kg d’alfa. L’Angleterre en prend 78330 603 kg, l’Espagne 2 499 831 kg, la Belgique 487 356 kg, et la France 32 258 kg ! Pour la Tunisie, une seule maison française, la maison Outhenin-Chalandre, a des chantiers pour la récolte et l’emma-gasinement de l’alfa!
- enseignement pour l’avenir, dont se souviendront, sans nul doute, nos industriels de la papeterie, qui pourront étudier les moyens de se passer partiellement de la production suédoise.
- Enfin, autre côté de la question, et qui jette un jour particulier sur la question du papier en France, il n’est pas assez que le combustible soit rare, que les pâtes de bois n’arrivent pas en quantité suffisante, il faut envisager, pour expliquer la crise du papier, les difficultés de fabrication résultant de la pénurie des toiles métalliques, des tables de fabrication dans les machines à papier.
- De même que les ,pâtes de bois ont battu le chiffon, de même la fabrication mécanique a remplacé les anciennes formes et la fabrication à la cuve. Or, ces machines, véritables monuments, comportent comme élément essentiel une table de
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- fabrication, une toile métallique sans fin, en fils de bronze, qui s’use rapidement. En moyenne, la durée et la faculté de production d’une toile étant fonction de la nature de la pâte et de la vitesse de la machine, on peut prétendre qu’une toile ne dépasse pas, en durée, la production de 150 t. de papier. Les toiles s’usent donc asséz vite, et comme c’était généralement à Reutlingen, à Schlestadt, à Duren, à Raguhn-Anhalt, que l’on s’adressait pour semblable fourniture, on conçoit que le remplacement est plus que difficile. Sans doute, il existe des producteurs en Angleterre, voire même en France, ce dont on n’était pas suffisamment cer-
- Mais, et ici on retrouve le caractère presque familial que je signalais plus haut en parlant de la main-d’œuvre, la papeterie française marche avec un matériel peu au courant des perfectionnements mécaniques que pourtant les Neyret-Brenier, les L’Iluillier-Pallez, les Allimand, et tant d’autres, ne demandent pas mieux que de réaliser. Mais on se trouve en présence de vieux usages, de théories plus ou moins fondées, d’une crainte du développement considéré comme exagéré : la France possède, par exemple, d’après les annuaires, 247 machines fabriquant sur une largeur moyenne de 1 m. 75, alors que les États-Unis en possèdent 255, mais ceux-ci
- Fig.5. Une machine - à papier Neyret-
- Brenier et Ck, installée dans une grande papeterie du centre de la France. On voit ici l’arrière de machine, à la réception bande de papier sans fin.
- tain, mais le bronze est rare et son emploi pour les besoins de la défense nationale rend l’achat des toiles non seulement très onéreux mais encore exceptionnellement difficile.
- On peut donc dire, avec toutes les réserves que peuvent inspirer les aspirations commerciales de producteurs désireux de répartir sur leur clientèle actuelle le manque à gagner, résultant de la limitation de leur clientèle normale, par suite des circonstances, que des machines à papier sont à la veille de s’arrêter, frappées dans leurs œuvres vives.
- Cependant, la France utilise près de 600 machines, nombre qui serait plus que suffisant, même avec des arrêts justifiés, pour alimenter le marché national, si toutes, ou le plus grand nombre, étaient logiquement ce qu’elles devraient être.
- ont 747 machines de plus de 2 m. de largeur, alors que la France n’en voit que 99, contre 126 en Allemagne. Bien plus, si les machines au-dessus de 2 m. sont assez rares, elles s’éloignent peu de cette base, tandis que la Crown Columbia Pulp and paper C° a une machine de 4 m. 70, que la Minnesota and Ontario power C° en possède deux de 4 m. 60 et que la Berlin Mils C°, à Berlin (N. H.) a quatre machines de 4 m. 10 de largeur de table de fabrication.
- Et voilà pourquoi, rapidement indiqué, il existe une crise du papier, pourquoi les journaux n’ont plus leur nombre considérable de pages et se sont fait une obligation syndicale de ne paraître qu’à certains jours avec des pages supplémentaires, pourquoi, enfin, le Groupement des Intérêts'économiques de la Presse
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- L’INDUSTRIE ESPAGNOLE ET LA GUERRE
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- française, fondé pour enrayer la crise du papier journal, va tenter une récolte des vieux papiers, à la date du 5 avril dernier, reprenant, sans doute, sans le savoir, une formule américaine, de 1810 : « Américains,
- « Encouragez vos industries et elles prospéreront.
- « Mesdames, ne jetez pas vos chiffons! » Aujourd’hui, on dit aux Français de ne plus jeter leurs vieux papiers. Que la leçon leur apprenne à encourager leurs industries nationales et que celles-ci sachent se développer logiquement.
- G. Lequatre.
- L’INDUSTRIE ESPAGNOLE ET LA GUERRE
- Sabadell et l’industrie textile.
- Fig. i.
- Marchand de charbon en Catalogne.
- L’Espagne malgré les immenses richesses minières de son sol, malgré l’organisation industrielle de certaines régions telles que la Ca-talogne et les provinces basques, n’était pas préparée pour profiter de l’occasion que lui fournissait le conflit européen et développer et consolider ses relations commerciales avec les pays étrangers.
- A l’abri de sa muraille douanière et des tarifs presque prohibitifs en vigueur depuis 4906 l’industrie espagnole aurait pu transformer son outillage et profitant du bas prix de sa main-d’œuvre, de ses ressources en matières premières, en minerai et en charbon, il lui eût été relativement facile, surtout au point de vue textile et métallurgique, de devenir un concurrent redoutable pour les industries similaires de l’étranger.
- Mais, sauf de rares et honorables exceptions, l’industrie de nos voisins n’a eu en vue que le marché intérieur et, même après la perte de ses colonies, elle n’a tenté aucun effort sérieux pour entreprendre la conquête des marchés situés hors de la frontière et on cite souvent comme exemple de son indifférence en la matière, le cas presque paradoxal de ses exportations de minerai, de fonte, d’acier brut, de bois de pins et de pyrites pour recevoir ensuite et payer fort cher, les produits manufacturés, la pâte à papier, les sulfates qu’il lui eût été si aisé d’élaborer sur son propre sol.
- Il est juste cependant de dire que l’Espagne a obtenu quelques avantages momentanés des circonstances exceptionnelles que nous traversons et que la France et l’Angleterre ont pu trouver dans ce pays dans la, période troublée qui a suivi la déclaration de guerre de nombreux articles de première nécessité. Ces achats ont donné lieu à une activité intense dans la région catalane, en Vizcaye et dans les Asturies, mais il est très difficile de
- synthétiser les résultats par des chiffres, les statistiques officielles de la production n’étant publiées qu’après de longs retards, dont le moindre est de deux années.
- Seuls les chiffres de l’exportation comparés avec ceux des années précédentes peuvent donner une idée de l’importance de l’effort réalisé.
- Les statistiques espagnoles publiées à ce jour comprennent les onze premiers mois de l’exercice, mais ceux-ci comparés avec la période correspondante de la dernière année normale celle de 1913, permettent de se rendre compte de l’influence de la guerre sur l’industrie nationale.
- Nous laisserons de côté tout ce qui a rapport à l’industrie agricole qui en temps normal donne lieu au principal mouvement d’affaires de l’Espagne avec l’étranger, mais dont l’expansion a été entravée par des mesures prohibitives, pour n’envisager que les industries textiles et métallurgiques.
- Voici les chiffres correspondants à l’exportation des métaux bruts ou manufacturés.
- TONNES MÉTRIQUES
- Fonte de fer et d’acier en lingots .
- Fer travaillé...............
- Fer et acier forgé .............
- Fer et acier en barres..........
- Fer et acier manufacturé........
- Cuivre en saumons. .......
- Plomb en saumons................
- Zinc en saumons.................
- Mercure . ......................
- Minerais de fer.................
- Minerais de cuivre..............
- Les chiffres comparés pour la même période des industries textiles et du cuir sont les suivants :
- Tissus de coton , . . .............. 4 466 10 693
- Velours de coton.............................. 25 1 960
- Bonneterie de coton.......................... 969 3 711
- Bonneterie de laine............................ 6 1 213
- Tissus de laine .................... 191 6 114
- Couvertures de laine........................... 9 4 403
- Cuirs travaillés................... . 205 2 680
- Chaussures................................... 483 2 029
- Les autres produits de l’industrie espagnole ne donnent pas lieu à des variations bien considérables et présentent plutôt des moins-values et il résulte bien clairement des chiffres signalés ci-dessus que l’influence de la guerre s’est exercée sur les seuls articles fabriqués en série et que l’industrie espagnole n’est pas en mesure de faire
- (janvier-novembre). -
- '1913 "^1915'
- 9 081 255 145 1 5 1 010 18 855 161 725 1 025 .1 485 I 212 145 74 725
- 72 609
- 14 038 2 369 8140
- 17 740
- 15 633 152 197
- 5 757 709 4 307 031
- 16 966
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- L'INDUSTRIE ESPAGNOLE ET LA GUERRE
- face aux demandes qui lui sont adressées de l’étranger et en particulier de la France sur une foule d’objets dont le besoin se fait vivement sentir.
- Nous remarquerons encore que ni les minerais ni les métaux autres que le fer n’ont donné lieu à des exportations considérables ; bien au contraire, ces chapitres donnent lieu à des moins-values. La guerre n’a donc pas eu pour l’Espagne d’autre conséquence que de développer momentanément des industries spéciales telles que l’industrie textile, l’industrie sidérurgique et l’industrie du cuir.
- Nous ne reproduirons pas les chiffres des importations espagnoles en France, il nous suffira d’indiquer que d’après les statistiques françaises le montant de nos achats à l’Espagne en 1915 s’élève à 461 millions de francs, en plus-value de 180 millions sur la période correspondante de 1915.
- A l’appui de la thèse que nous soutenons plus haut, relative à l’insuffisance de la préparation industrielle de l’Espagne, nous pouvons signaler le phénomène intéressant de l’arrêt presque complet des exportations catalanes. L’activité industrielle tout d’abord concentrée dans cette dernière région, prend depuis quelque temps un caractère extraordinaire dans la province de Vizcaye.
- Au début de la guerre la région catalane et quelques centres de production de l’Est de l’Espagne ont fourni principalement à la France des tissus de laine et de coton, des couvertures, de la bonneterie, des chaussures, des cuirs sous forme d’équipements militaires, etc. On estime à près de 150 millions de francs le montant des achats de la France dans cette seule région.
- Cette production intense a cessé soudain, ou du moins, a considérablement diminué. Les raisons de cet arrêt qui affecte les centres économiques de la Catalogne ne sont pas clairement élucidés. On a pu l’attribuer à la hausse rapide de la peseta, qui a jeté le trouble dans l’exécution de certains contrats; au peu d’empressement des fabricants à donner des facilités au commerce; à leurs exigences au point de vue des paiements et de l’agréage des marchandises.
- Quoi qu’il en soit le centre de l’activité industrielle de l’Espagne s’est déplacé depuis pèu vers les provinces basques où le travail est devenu intensif.
- Il ne s’agit plus maintenant de l’industrie textile particulière à la Catalogne, mais de l’industrie sidérurgique dans une région particulièrement favorisée, où se trouvent en abondance le minerai de fer, les minerais rares, le charbon et où de longue date se sont installées de puissantes sociétés métallurgiques.
- La Société des hauts fourneaux de Vizcaye, la Société Espagnole des constructions métalliques, la Société espagnole des constructions navales et bien d’autres sociétés encore se trouvent aujourd’hui à l’apogée de leur puissance productrice et fournis-
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- sent à l’Espagne comme à l’étranger du matériel de chemin de fer, du fer et de l’acier en lingots ou manufacturé et sans doute aussi des munitions.
- Des contrats avantageux ont été conclus, directement contrôlés par les agents des maisons étrangères et de nombreuses livraisons ont été faites qui ont donné satisfaction.
- L’activité n’est pas seulement considérable dans les usines métallurgiques, mais aussi dans les Sociétés de constructions de navires. La très importante Société de constructions navales se propose, ce qui n’a jamais été fait encore, de construire des navires en fer avec du matériel exclusivement espagnol, dans les chantiers qu’elle a établis à Bilbao. L’armement espagnol a vendu de nombreux navires aux firmes étrangères à des prix supérieurs à leur prix de revient; la Hollande, la Norvège, la France même ont acquis des navires réunissant les conditions voulues pour les voyages au long cours, ce qui s’explique par le taux exceptionnel des frets qui donne à l’armement une valeur extraordinaire, à tel point que des mesures prohibitives ont dù être prises.
- La région basque présente actuellement l’aspect de fièvre industrielle intense qu’elle a déjà connu en 1902, époque à laquelle ont été constituées des sociétés de toute nature et où des exagérations inévitables ont eu pour conséquence une crise extrêmement grave.
- Le mouvement industriel de la région basque espagnole s’est traduit déjà par un développement considérable de la richesse, par l’augmentation des bénéfices des sociétés intéressées et la plus-value des valeurs maritimes et sidérurgiques.
- L’organisation spéciale des banques de cette région a beaucoup contribué à l’amélioration de la situation. On sait que les banques du nord de l’Espagne, par les ressources que leur procurent leurs comptes d’épargne, par l’accumulation de leurs réserves, ont une conception du rôle bancaire toute différente de celle de la Catalogne ou des établissements de crédit madrilènes.
- Leur appui à l’industrie locale n’a jamais'été ménagé et leur largeur de vues a beaucoup contribué à la puissance d’expansion, dont à plusieurs reprises on a constaté les heureux effets.
- L’influence de la guerre sur l’industrie espagnole ne s’est donc manifestée que dans un rayon restreint, en favorisant seulement les industries textile et sidérurgique. Il est donc intéressant' d’exposer l’organisation des centres de Sabadell pour les tissus et de la Vizcaye pour les produits du fer et de l’acier.
- L’industrie de la laine remonte en Espagne à la plus haute antiquité ; actuellement le centre le plus important est Sabadell dans la région catalane qui se voue tout spécialement à la production de draps de qualités supérieures et d’articles pour dames. La ville de Tarrasa suit Sabadell en importance et s’occupe plus particulièrement des laines fines et
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- du peignage. Viennent ensuite par ordre d’importance Barcelone, Alcoy, Béjar et Antequera. Il ne faut pas oublier Olot spécialisé dans les tricots et la bonneterie; Enguerra et Boeairente dans les
- Les autres localités dans lesquelles se trouvent quelques petites fabriques de laine ne dépassent pas 1000 broches par usine.
- L’ensemble de l’industrie lainière espagnole com-
- Fig. 2.— Vice générale de Sabadell. (D’après Mercurio de Barcelone.)
- draps et les couvertures; Palma de Majorque et Palencia dans les couvertures de lit ; Saragosse dans les ceintures; Gérone dans les lacets.
- prend 2087 fabriques disposant de 540 410 broches, dont 210 430 en Catalogne et le reste réparti entre les provinces de Valence, Salamanque, Aragon,
- Fig. 3. — Une usine à Sabadell. (D’après Mercurio de Barcelone.)
- Voici quelques chiffres qui peuvent donner une idée de l’importance de l’industrie lainière en Espagne :
- Castille, etc. On compte 912 métiers Jacquard et 6557 métiers ordinaires. L’industrie cotonnière comprend 1520 établissements répartis en premier
- Régions. Localités. Nombre de Broches.
- — — fabriques. —
- Catalogne . . . Sabadell. . . 66 - 129 642
- — . . . Tarrasa . . . 29 57 750
- — . . . Barcelone . 4 8 400
- — . . . Olot. . . . » 10 000
- Valence . . . . Alcoy . . . » 25 000
- — . . . . Enguerra . » 4 000
- Régions. Localités. Nombre de Broches.
- — — fabriques. —
- Valence . . . . Boeairente. . » 7 000
- Salamanca . . Béjar . . . )) 12 000
- Malaga. . . . Antequera. » 5 500
- Baléares . . . . Palma. . . )ï 2 000
- Aragon. . . . Saragosse . . » 5 600
- Castille . .. . Palencia . . » 1 000
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- lieu dans la province de Barcelone et ensuite dans les provinces de Gerone, Lérida, Tarragone, La Corogne et les Iles Baléares.
- Ces fabriques disposent de 1 252 910 broches; 2859métiers Jacquard; 39 841 métiers mécaniques ordinaires pour tissus de n’importe quelle largeur ; 151 métiers Jacquard à main; 2300 métiers à velours.
- L’industrie du chanvre et du lin comprend 770 fabriques, 34 940 broches; 317 métiers Jacquard ; 2054 métiers ordinaires répartis dans les provinces de Barcelone, Valence, Grenade et Cordoue.
- L’industrie de la soie se trouve centralisée à
- Un des caractères les plus originaux de cette cité industrielle est qu’elle a pu se développer et acquérir une importance considérable, tout en étant privée des éléments les plus nécessaires à la vie de ses fabriques. Sabadell n’a pas d’eau, la rivière de Bipoll qui la baigne n’ayant qu’un débit restreint; aucune chute d’eau voisine n’est susceptible d’alimenter ses moteurs, le charbon vient de loin et dans ces conditions on ne peut que rendre justice à l’énergie, à l’esprit d’entreprise de ses habitants qui ont réussi à y créer des industries puissantes et à transformer la cité en une ville ouvrière et manufacturière par excellence.
- Valence et à Murcie et comprend 252 fabriques.
- Telles sont les caractéristiques de l’industrie textile espagnole dans laquelle la région catalane occupa le premier rang avec Sabadell, ville de la laine et du coton, comme capitale industrielle que toutes proportions gardées on pourrait comparer à Manchester.
- Sabadell est une ville purement industrielle et l’industrie de la laine remonte aux origines mêmes de la cité. La petite rivière de Ripoll dont les eaux servent encore au lavage a été certainement un des facteurs favorables au développement de cette industrie. Dès le xme siècle Sabadell figure comme centre producteur de laine manufacturée en Catalogne et ses tissus et ses draps étaient connus et appréciés sur les marchés d’Orient.
- Aussi le développement de la ville a été relativement lent; ce n’est guère que vers 1880 que les progrès industriels sont devenus excessivement rapides grâce à la création de nombreuses et importantes fabriques, à l’amélioration constante de l’outillage et au régime de protection douanière poussé aux plus extrêmes limites.
- Il convient d’ajouter que, grâce à ce régime protectionniste, des fabx-icants étrangers et non des moindres ont établi dans la localité des fabriques importantes.
- Pendant le cours des dernières années Sabadell s’est plutôt spécialisé dans l’industrie de la laine qui occupe non seulement des grandes maisons, mais surtout un nombre considérable de petits fabricants.
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- LA SUPPRESSION DE LA FUMÉE
- L’emploi des moteurs à gaz pauvre et l'apport des forces hydro-électriques des grandes chutes des Pyrénées a contribué à l’installation d’un grand nombre de petitès usines indépendantes de fdés et de tissus de laine ou d’étamine, usines qui n’auraient pu exister économiquement en employant la vapeur comme force motrice.
- Tout récemment a été installée une grande usine de filés et de tissus de coton, pourvue d’un outillage moderne et susceptible de fabriquer des articles de nouveauté de qualité supérieure. La fabrication des tissus fins de coton s’est développée à côté de celle des tissus de laine de haute nouveauté en profitant de l’expérience acquise et des aptitudes d’un personnel éprouvé.
- Un établissement important a été inauguré récemment pour le lavage des laines sur une grande échelle, sur l’initiative de la Société des Eleveurs d’Espagne. Le. commerce des laines a acquis de ce chef un grand développement.
- Mais Sabadell ne se contente pas d’être un centre important de l’industrie textile; elle a créé également les industries annexes nécessaires pour que le produit manufacturé sorte de ses usines après avoir bùbi toutes les transformations successives de la matière première :
- Lavage de la laine brute; teintureries spéciales pour chaque matière textile ; fabrication d’apprêts ; ateliers de constructions de machines à l’usage de l’industrie locale, forment un ensemble complet qui contribue à la prospérité de la grande ville manufacturière.
- Sabadell possède 55 000 habitants dont 12 000 ouvriers. La population ouvrière semble y être privilégiée; elle jouit dans tous les cas de conditions d’existence plus favorables que dans n’importe quel autre centre industriel. L’alimentation y est saine et variée ; les habitations ouvrières exceptionnellement bon marché et toutes indépendantes et pourvues de jardins. Une famille ouvrière de cinq à sept personnes peut vivre tout à son aise dans une maison dont le loyer ne dépasse pas 4 ou 5 pesetas par semaine. Ces conditions de la vie dans la classe ouvrière ont une influence considérable sur la moralité et, en fait, la criminalité y est à peu près
- LA SUPPRESSION DE LA FUMÉE I
- Un des fléaux des grandes villes modernes sont leurs nombreuses fabriques et usines qui, par d’innombrables cheminées, lancent des fumées épaisses empestant l’air et causant,des dommages considérables qui atteignent à Manchester et ses environs, par exemple, 25 000 000 de francs annuellement.
- Le « Comité anglais de recherches des impuretés de l’air » a publié dans son dernier rapport annuel (Engineering, 6 mars 1916), les résultats de l’examen de l’air dans différents endroits de l’Angleterre, effectué par des spécialistes éminents, et qui
- inconnue. D’autre part, la capacité de production de l’ouvrier est remarquable.
- Sabadell possède des centres économiques tels que la Banque de Sabadell créée depuis trente ans; une caisse d’Epargne qui occupe le troisième rang parmi les institutions analogues de l’Espagne ; une École industrielle d’arts et métiers ; des Écoles de musique, de chant et de commerce.
- Le mouvement industriel et commercial peut être résumé par les chiffres suivants :
- L’industrie lainière emploie :
- 65 511 broches à filer la laine ordinaire; 54151 broches à filer la laine fine ; 1545 métiers mécaniques.
- L’industrie cotonnière emploie :
- 50 564 broches ; 2 044 métiers.
- L’industrie de la laine occupe 5441 ouvriers ; celle du coton 4710 ; les industries annexes 1779 ouvriers. Cette population ouvrière de 12 000 personnes environ comprend 4000 hommes, 6600 femmes, 1400 enfants.
- En 1914, Sabadell a reçu 95 000 tonnes de produits bruts d’une valeur de 50 millions de pesetas; l'industrie a livré à la consommation 26000 tonnes de produits manufacturés valant 54 millions de pesetas, sans compter la valeur de produits accessoires. Il sort des usines de la ville une moyenne annuelle de 800 000 m. de drap et plus de 700 000 couvertures.
- Sabadell réunit actuellement les conditions les plus favorables pour produire en grandes quantités et à des prix avantageux des tissus de qualité supérieure.
- Elle possède des moyens de transport rapides et économiques aussi bien pour les produits bruts que pour les produits manufacturés ; par suite de la proximité du port de Barcelone ses relations sont aisées avec toutes les parties du monde.
- Grâce à un outillage industriel qui permet aux usines de donner leur rendement maximum, Sabadell a pu fournir dans les circonstances exceptionnelles que nous traversons une preuve de sa puissante production, de la perfection et du bon marché de ses produits. Il nous plaît de constater que cette ville industrielle a rendu à la France au début de la guerre de signalés services.
- lR la précipitation électrique
- montrent le rôle important qu’y joue la fumée.
- Selon ce rapport, l’air sur un kilomètre carré contient de 5 à 25 tonnes par mois, suivant les endroits, d’impuretés dont les particules de la fumée composent la plus grande partie. Or, une fois aspirées, ces particules obstruent les voies respiratoires et les poumons et les blessent même quelquefois.
- Les gaz, produits delà combustion, tels que acide hydrofluorique, anhydride sulfureux, hydrogène sulfuré, etc., empoisonnent les cellules respira-
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- LA SUPPRESSION DE LA FUMÉE
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- toires. Les cas de maladies pulmonaires sont fréquents dans les régions industrielles.
- D’autre part, les plantes qui renouvellent constamment l’oxygène de l’air poussent mal dans cette atmosphère, car, lorsque leurs feuilles ne sont point brûlées par les vapeurs sulfureuses de la fumée, l’épaisse couche de suie, dont elles se couvrent rapidement, bouche leurs pores et empêche la respiration, ce phénomène indispensable à toute vie. Les brouillards sont plus fréquents et plus épais dans les villes industrielles, les gouttelettes d’eau se réunissant facilement autour des particules de la fumée en suspension dans l’air.
- Les règlements généraux et locaux ont donc été faits dans le but de limiter à certains endroits la construction de fabriques et d’usines produisant de la fumée et de réduire, dans la mesure du possible, les effets néfastes de cette dernière sur la population. Mais tous ces règlements ne servent, en fin de compte, qu’à localiser ses effets sans détruire la nocivité de la fumée qui tient à son existence même.
- Les savants et les industriels vont plus loin, s’efforçant de supprimer complètement la fumée. En outre des résultats d’intérêt général poursuivi, on peut dans quelques industries récupérer les particules d’or, d’argent, de cuivre, etc., qui, emportées par la fumée, seraient perdues.
- Plusieurs procédés de précipitation ont déjà été offerts et expérimentés.
- Tels sont : 1° la séparation; 2° le procédé centrifuge ;
- 4° le filtrage, décrit Muller et employé surtout à Bre-bach, près de Saarbrucken, et dans d’autres usines en Allemagne ; 5° l’élévation des cheminées; les trois procédés américains ; 6° le procédé chimique du professeur S.-W. Young, de Californie, connu sous le nom de « Tiogen Process » et tendant surtout à transformer l’anhydride sulfureux, s’échappant des cheminées, en soufre, à l’aide d’hydrocarbures ou d’huiles (éthylène, par exemple) ; 7° le procédé de désulfurisation de W.-A. Hall; et enfin, 8° le procédé de précipitation électrique de Cotrell, qui est de tous le plus intéressant.
- Le mérite d’avoir eu pour la première fois l’idée d’utiliser l’action d’un champ électrique pour la précipitation de la fumée appartient à M. Hohlfelt (1824), MM. Lodge et Walker s’occupèrent ensuite successivement decette question. Enfin, depuis 1905, plusieurs Universités américaines : de Stanfort, en Californie, de Kansas, de Pittsburg et l’Institut de Melton, la reprirent. L’Université de Californie fonda même une institution spéciale : « la Research Corporation », douée primitivement d’un capital de 10 000 dollars et destinée à étudier spécialeement
- 3° le lavage; par M, Fritz
- la précipitation électrique de la fumée. Actuellement la Research Corporation possède 150000 dol-lards, après avoir remboursé à M. Cottrel son brevet que œlui-ci lui céda d’abord gratuitement.
- Des recherches intéressantes ont été faites sur cette question et nous trouvons là-dessus des études très documentées dans l'Engineering, de mai et de juin 1914, de juillet et d’octobre 1915, et de mars 1916, et dans les Proceedings of the Ame-can Institute of Electrical Engineer’s d’avril 1915.
- La théorie de la précipitation électrique des corps en suspension dans les gaz et dans les liquides est intimement liée à celle de l’ionisation et dépend des lois régissant les corps chargés d’électricité. Sans nous arrêter sur ces dernières, rappelons que, suivant la théorie moderne d’ionisation, tous les corps sont constitués au point de vue électrique par des ions, les uns chargés positivement, les autres négativement. Ces derniers sont désignés plus particulièrement sous le nom d’électrons. Chaque électron contient une quantité de l’électricité négative égale à 4,8x10-10 unités électrostatiques.
- On appelle donc ionisation le phénomène de séparation des particules d’une substance en ions positifs et électrons. Les principaux agents de l’ionisation-sont les rayons de Roentgen, ceux de Becquerel, les rayons cathodiques et autres, le champ électrique, la haute température, la lumière ultra-violette et l’action chimique.
- Les premières expériences de la précipitation électrique furent faites par un professeur américain M. Nes-bit,, dans un cylindre vertical (voir la fig. 1) long de 15 cm, fait en treillis métallique à mailles de 6 mm environ, et servant d’électrode collecteur. Il est enfermé dans un tube de verre et mis à la terre. Ce cylindre est prolongé en haut et en bas par deux autres cylindres de verre dont le second plonge dans un vase également en verre. Un fil métallique c, tendu à l’intérieur du cylindre de treillis entre deux supports dd et réuni à une borne de 50 000 volts, forme l’électrode de décharge. Une légère aspiration est produite en haut du tube au moyen d’un ventilateur aspirant. De petits morceaux de papier ordinaire et de papier d’étain, des feuilles d’or, des filaments de soie, etc., flottent en tous sens dans le courant d’air ainsi produit. Mais dès que le circùit électrique est fermé, dès qu’une décharge a lieu entre le fil métallique et le cylindre de treillis, toutes ces particules flottantes se dirigent vers le fil. Repoussées de là, elles retournent alors vers le treillis, où le champ est beaucoup moins intense. Là, elles se déchargent à la terre et passent à travers le treillis, ou bien tombent au fond du tube
- -Appareil d'expé-du professeur Nés bit.
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- en a ou en b. On peut également recueillir les particules qui ont traversé le treillis en entourant le cylindre d’un tube de verre. On peut obtenir les mêmes résultats- avec des particules encore plus minimes et recueillir ainsi les poussières de l’air qui sont empêchées de passer à travers le treillis par
- un léger courant d’air, soufflant dans le sens contraire de façon que toutes les substances précipitées puissent être recueillies dans un vase, situé à la base du tube.
- On a construit ensuite un précipitateur plus grand, mais basé sur le même principe que celui qui vient d’être décrit. Il consiste en deux groupes circulaires de tuyaux métalliques — vingt-cinq en tout — ayant chacun 1 m. 22 de long et 12 cm de diamètre. Un fil métallique, traversé par un courant de haute tension, passe par le centre de chaque tuyau, de même que dans le premier précipitateur. En employant la tension de 30000 volts et en faisant passer la fumée dans cet appareil, on obtient la précipitation de toutes les particules solides (voir les figures 2 et 3). On a remarqué que les résultats sont beaucoup plus efficaces lorsqu’on réunit le fil métallique au pôle négatif d’une machine électrique, produisant ainsi une décharge négative.
- On obtient un courant continu de haute tension en employant le courant alternatif de haute tension et en le redressant à l’aide d’un redresseur du courant du type Lempe. Les précipi-tateurs qui ont été employés dans les installations pratiques sont sous tous les rapports semblables à ce grand appareil d’expérience et sont ainsi tous de construction très simple.
- Des modifications y ont souvent été apportées pour perfectionner la forme et les dimensions des tuyaux de cheminée existants, mais elles furent
- purement géométriques. Les questions de tirage ayant également été examinées, n’ont présenté aucune difficulté.
- En comparant les effets de trois décharges différentes : alternative, positive et négative, on constate que les effets les plus considérables sont produits par la dernière (précipitation égale à 95-98 pour 1 00 des particules flottantes). Vient ensuite la décharge positive (précipitation égale à 70-80 pour 100) et enfin la décharge alternative (50 pour 100 environ) qui empêche la déposition d’ions par les changements continuels de leur direction.
- On emploie les voltages différents suivant la température de l’air ou de la fumée. Plus celle-ci est basse, plus le voltage doit être élevé.
- Le type cylindrique du précipitateur, décrit ci-dessus, réussit à précipiter avec un succès égal les cendres, les poussières d’aluminium et de ciment, l’argile et le sable finement pulvérisés, la fumée chaude et froide, et peut être employé également dans les usines, moulins et habitations particulières.
- Pour que l’emploi de précipitateurs se généralise, il faut que tous ses éléments soient solides et résistants et ne se détériorent pas sous l’action des gaz corrosifs.
- La Compagnie américaine de Bureau of Mines
- a installé un précipitateur, destiné à supprimer la fumée noire, produite par certains charbons. Formé par 12 tuyaux de fer de 50 cm de diamètre, de 3 m. 66 de longueur et à tension de 50 OliO volts, il fonctionne parfaitement avec la consommation de 1 kilowatt environ et précipite entièrement la fumée comme le montre la figure 4.
- Ancona Copper mining Company a installé un précipitateur qui a permis de supprimer l’entraî-
- Fig. 2 et 3. — Vue d’une cheminée, munie d’un précipitateur Nesbit, avant le passage du courant et une seconde après la fermeture du circuit.
- Fig. 4. — Vue d’une cheminée de l’usine de « Bureau of Mines » avant le passage du courant et 3o secondes après la fermeture du circuit.
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- nement des poussières par les gaz provenant des fours de traitement du cuivre, comme le montrent les figures 5 et 6 représentant une installation expérimentale de lessivage de la Compagnie avant' (flg. 5) et après (fig. 6) le passage du courant.
- Mais l’attention publique, surtout en Angleterre et en Amérique, est fort intéressée par la précipitation de la fumée. Pendant les discussions de la Section Chimique de la British Association sur la fumée et sa suppression qui eurent lieu
- Fig. 5 et 6. — Vue du précipitateur de l’installation expérimentale de lessivage de « Anaconda Copper Mining Company » avant et pendant le passage du courant.
- Les résultats atteints jusqu’ici par les préci-pitateurs électriques ne sont pas, il est vrai, très considérables, car l’usage de ceux-ci n’est pas encore très répandu dans l’industrie et souvent leur emploi ne dépasse pas les limites des expériences.
- dernièrement, de nombreux rapports ont été lus.
- Il est donc à espérer que cet exemple sera suivi et que, grâce aux efforts communs, les grandes cités industrielles seront bientôt débarrassées de la fumée. J. Vichniak.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 20 mars 1916.
- L'altitude des aurores boréales.— Dans une expédition en Norvège septentrionale, M. Cari Stromer a pu faire, par des photographies simultanées prises de deux stations, 2500 déterminations de l’altitude des aurores boréales. Le plus grand nombre de ces aurores se groupent autour de 100 km; quelques-unes commencent dès 86; un petit nombre se poursuivent jusqu’à 140.
- Le manganèse dans les sources .pyrénéennes. — MM. Jadin et Artruc constatent la faiblesse en manganèse des stations sulfurées sodiques et chloro-sulfurées so-diques : ce qui correspond avec leur faible minéralisation générale. Comme il était aisé de le prévoir, il y a un rapport entre la teneur en fer et la teneur en manganèse, qui ont la même origine.
- La suture métallique dans les fractures compliquées du fémur et de l’humérus. — M. 0. Laurent préconise, dans ces cas graves, la suture métallique qui permet la remise de l’axe osseux en rectitude. Il emploie surtout le fil d’argent, surtout celui de forte épaisseur, sous la forme de suture à un ou deux gros fils’, dont le nœud fait saillie dans la plaie, de manière à être éventuellement enlevés au bout de six semaines à deux mois. Naturellement, l’opération exige une technique parfaite en asepsie, hémostase, sutures et soins.
- Appareils de prothèse du membre supérieur. — M. Jules Àmar a réalisé des bras de travail et des bras mécaniques, avec lesquels on obtient, sur des amputés, des résultats remarquables. On a pu voir à l’Académie, un amputé du bras droit qui travaille aujourd’hui dans un atelier où il gagne plus de 7 francs par jour et un
- autre qui joue du violon avec sa main mécanique. (Nous consacrerons un article prochain à ces appareils.)
- Les ambres des stations lacustres. — C’est un problème bien connu de préhistoire que la présence de perles d’ambre dans des stations néolithiques diverses. On s’est demandé si la présence de cette ambre prouvait des relatiqns commerciales très anciennes entre les points où ces perles avaient été trouvées et la région de la Baltique qui a presque le monopole mondial de la production de l’ambre. M. L. Reutter arrive, par des analyses chimiques, à montrer que l’ambre des stations lacustres n’est pas identique à l’ambre de la Baltique, mais au contraire analogue à de l’ambre italien de la Sicile ou de Bologne : ce qui supprime une difficulté ethnographique en localisant le commerce de l’ambre préhistorique dans le Bassin méditerranéen.
- Coloration en rose des roches alpestres. — On constate fréquemment sur les. roches des Alpes et notamment dans le massif des Aiguilles Rouges une coloration rose très spéciale des gneiss, schistes cristallins, etc. M. Lugeon a suivi le phénomène pas à pas sur 20 km de long et a constaté que cette coloration porte sur le flanc externe du versant de l’ancienne chaîne hercynienne où, sur la tranche des roches cristallines, s’appuie tantôt le carbonifère, tantôt le trias inférieur (arkoses ou quartzites). La coloration est strictement locale et ne pénètre pas à plus de 10 à 40 m. de profondeur. Elle est due à de l’oxyde de fer hématite. La conclusion est qu’il y a eu pénétration par en haut de sels ferrugineux et, comme les quartzites recouvrants ne sont pas en
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- général colorés, cette pénétration a dû se faire avant leur dépôt, avant le trias. Il y aurait donc eu, après le soulèvement de la première chaîne hercynienne qui a précédé les Alpes tertiaires, abrasion, formation d'une pénéplaine et latéritisation des roches superficielles, c’est-à-dire formation d’un manteau ferrugineux enlevé après coup par l’érosion, mais dont l’action sur le substratum serait encore visible. Si cet oxyde de fer apparaît aujourd’hui anhydre et non hydraté, c’est que ces roches ont été depuis lors ramenées en profondeur et soumises à une déshydratation.
- Les ferments du vin d'ananas. — Nous sommes mal renseignés sur la nature spécifique et le mode d’action des levures qui interviennent dans la préparation des nombreuses boissons alcooliques obtenues dans les pays chauds avec les fruits les plus divers. M. Henri Fouqué étudie le vin d’ananas. Il prépare, aussi aseptiquement que possible, du jus d’ananas broyé ; puis il l’abandonne à lui-même, soit dans des ballons exposés à l’air, soit
- dans le vide. La fermentation achevée, il ensemence de la gélatine nutritive avec le liquide fermenté et il isole une levure (Saccharomyces) qui paraît être le ferment principal et spécial du vin d’ananas.
- Influence de l’eau oxygénée sur la germination. — L’eau oxygénée a pour effet de faire réapparaître la faculté germinative chez des graines qui, par suite de leur âge, semblaient l’avoir perdue. Avec un réactif à 0 vol. 25 la faculté germinative approche alors de 40 pour 100. L’eau oxygénée agit comme antiseptique non nuisible à la graine pour détruire les microbes qui envahissent rapidement lés graines âgées mises en présence de l’eau pure. L’énergie germinative étant atténuée chez ces graines âgées, elles se trouvent, dans les conditions habituelles, en concurrence avec leurs parasites pour l’obtention de l’oxygène et n’arrivent pas à s’en procurer assez. L’eau oxygénée s’oppose, au contraire, à l’évolution des microbes et, d’autre part, fournit aux graines un excédent d’oxygène.
- LES MUTILÉS DE LA GUERRE
- pourront reprendre leurs occupations antérieures.
- Une récente communication faite à l’Académie des Sciences sur les remarquables travaux de M. Àmar, directeur du Laboratoire de prothèse militaire au Conservatoire des Arts et Métiers, a mis en évidence les résultats surprenants obtenus avec les appareils construits sur ses données et don t sont actuellement dotés, parles soins de l’Etat, les mutilés de la guerre.
- Je ne m’étendrai pas sur les appareils spéciaux qui ont dû être construits pour permettre l’enregistrement graphique de l’évolution provoquée par rééducation fonctionnelle des muscles, me bornant à signaler les appareils servant au travail professionnel proprement dit.
- En ce qui concerne ces appareils, ceux destinés à remplacer les membres supérieurs viennent au premier rang par leur importance, cela à cause de la diversité des conditions auxquelles ils doivent s’adapter selon les multiples travaux à exécuter.
- Le professeur ' Amar les a classés en deux catégories distinctes : appareil pour les métiers exigeant de la force et appa-
- reil pour les professions nécessitant de l’adresse. Le premier de ceux-ci est constitué en quatre parties :
- 1° Un organe de fixation fait d’une pièce de cuir moulée sur l’épaule et maintenu au moyen d’une bretelle embrassant le thorax pour aller prendre appui sous l’aisselle opposée ;
- 2° Une gaine brachiale, également en cuir moulé ; elle est fermée pour les courts moignons et lacée en avant pour ceux supérieurs à 7 cm. Cette gaine se termine inférieurement par une cupule d’acier embouti, taraudée en son centre au pas de vis international ;
- 3° Dans ce trou pénètre une tige filetée et articulée à chape au niveau de ce qui sera le coude. Le filetage reçoit un contre-écrou qui permet de placer l’avant-bras dans tous les plans verticaux et l’articulation du coude peut être bloquée par une manette à tous les angles de flexion compris entre 180° et 35°. La tige d’avant-bras est taraudée au même pas pour recevoir : 4° Une pince universelle ou une main de parade ;
- Fig. i. — Bras de travail du Dr Amar : à droite, une pince universelle ou main de travail; à gauche, main de parade.
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- = LES MUTILÉS DE LA GUERRE — : 287
- cette dernière est en bois et à pouce articulé, élégante mais de pure esthétique, tandis que l’autre, en bronze, ayant la forme d’une pince d’écrevisse permet de tenir avec force un outil. Elle s'ouvre et se ferme au moyen d’une excentrique commandée par une clef et est terminée par une articulation sphérique se bloquant dans la position voulue.
- One gaine de cuir surmonte la main de parade ei manque la tige d’acier jusqu'à l'.irii-culation ducoud<. \in-i donc, son travail 1er- i miné, l’ouvrier n'a qu’à dévisser la pince pour la remplacer par la main qui lui donne un aspect normal. j
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- trouvé un ï
- métier et gagnent de 6 fr. a 8 fr. 50 par jour, grâce à cet appareil.
- Rappelons qu’un bras de travail revient à l’État, qui le paye au prix coûtant, à environ 250 francs.
- Le bras mécanique, pour travaux d’adresse, est de construction bien entendu, beaucoup plus délicate et répond seulement aux nécessités des professions libérales ou des travaux n’exigeant pas d’efforts violents. Son fonctionnement est des plus ingénieux.
- La main, entièrement métallique, est articulée et l’extrémité des doigts, recouverte de liège ou de caoutchouc pour amortir les chocs et créer une adhérence.
- Le jeu des articulations est assuré par les mouvements d’un collier qui embrasse le thorax et transmis à la main par un câble d’acier.
- La main articulée se compose de deux coquilles limitant une cavité ayant la forme de la main ; à l’intérieur se trouve une platine qui porte les doigts, tous montés à charnière sur un même axe et maintenus en position fermée par des ressorts fixés à leur base. Les charnières sont commandées par des leviers en acier passant sur une came. C’est à cette came qu’aboutit le câble d’acier flexible qui glisse
- dans un fourreau et va se rattacher au collier de poitrine.
- Ce dernier comprend une partie élastique constituée par un ressort qui assure son adhérence au corps. On fixe aux deux bouts du collier le câble et le fourreau. Au moment où la poitrine accroît son diamètre, le câble agit sur la came et ouvre les doigts progressivement, le retour au repos ramène la came à sa position première et met les doigts en flexion, pt, 11 est d’ailleurs possible d’avoir les doigts d’abord en exten-Jllfe sion- et de faire agir la came dans un sens opposé., Divers organes, d’une très '* grande simpli-. cité, permettent d’adapter la main articulée aux amputés iÿ d’avant-bras ou de bras et, dans F ce dernier cas, d’in-
- troduire la commande pour le coude déjà décrite avec la pince univer-elle ; cette commande est faite par les épaules (bretelles en acier). L’essentiel est que la main articulée exécute les mouvements les plus compliqués avec une adresse et une sûreté satisfaisante. Après un certain entraînement, des amputés sont arrivés à obtenir des résultats absolument merveilleux.
- A titre documentaire ajoutons que l’appareil complet pour désarticulation de l’épaule pèse 1100 gr. (un bras humain normal pèse environ 5 kg 200), le bras entier, 900 gr. ; l’avant-bras et la main 550 gr. et la main seule 550 gr. (une main
- normale pèse environ 650 grammes).
- La légèreté de ces appareils est une condition essentielle de leur emploi pratique; c’est pourquoi beaucoup d’entre eux d’origine étrangère, très compliqués, pesant souvent 2 kg ne donnent pas les résultats que laissent espérer leur prix élevé allant jusqu’à 1500 francs.
- Le prix de revient du bras et de la main articulée pour désarticulation de l’épaule est, pour l’État, de 500 fr. et avec avant-bras seul de 400 francs.
- Le Conseil supérieur d’orthopédie au Conserva-
- Fig. 2. — Amputé jouant du violon avec le bras articulé.
- Fig. 3. — Béquille évitant la compression des nerfs radiaux; cette béquille est de longueur variable.
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- toire des Arts et Métiers a admis pour les amputés des membres inférieurs, le principe du pilon articulé avec cuissard et quillon, réunis par un étrier' commandé par un double verrou, avec ressort de rappel. Deux modèles sont actuellement à l’étude et le Dr Àmar donnera sous peu le résultat de ses expertises.
- Mais ce ne sont pas là les seuls appareils inventés ou perfectionnés au laboratoire dirigé par lui.
- Pour éviter les paralysies radiales souvent provoquées par les béquilles ordinaires, il a établi un modèle qui évite la compression des nerfs radiaux, tout en donnant au mutilé une plus grande facilité de marche, les ressorts interposés, augmentant la projection du corps en avant.
- En outre, ces béquilles peuvent, grâce à un certain dispositif, être mises à la taille de . l’amputé et les poignées se déplacer pour être lixées à la hauteur nécessitée par la longueur du bras.
- Enfin, signalons une ingénieuse modification apportée aux appareils de poinçonnage, par M. Amar, sur la demande de la Compagnie P.-L.-M., qui désire placer des mutilés au service du contrôle. Avec une seule main l’employé peut fixer le billet dans la pince où il se trouve maintenu par deux ressorts et faire ensuite pression sur la branche formant levier. L’appareil est fixé au veston par un bouton à pression et la transformation ne revient qu’à un franc à la Compagnie.
- 11 faut grandement féliciter la direction du Service de Santé au Ministère de la Guerre d’avoir institué ce laboratoire de prothèse militaire et M. Amar des résultats qu’il y a obtenus.
- Il faut aussi rappeler que, dès le 18 mars 1915, dans un éloquent rapport au Conseil supérieur d’hygiène publique(J), M. Brisac, directeur de l’assistance et de l’hygiène publiques à l’Intérieur, a précisé quelle dette la France avait à payer aux « blessés dont les lésions entraînent une diminution ou une incapacilé fonctionnelle des membres.
- « Livrés à eux-mêmes, ils risqueront de s’abandonner au découragement et, ne tentant aucun effort pour utiliser les moyens physiques qui leur restent, ils tomberont dans l’oisiveté et seront, durant toute leur existence, une charge pour la nation.
- 1. Journal officiel du M avril 1915.
- « C’est donc faire œuvre d’indispensable prévoyance, et ce sera en même temps le meilleur moyen de s’acquitter dans son intégrité, au point de vue matériel, de la dette qu’a contractée l’État à léur égard, que de procurer à ces victimes de la guerre le moyen de suppléer à leurs troubles fonctionnels et de les rééduquer en vue d’un métier.
- « Pour réaliser cette rééducation professionnelle il faut confier, tout d’abord, l’invalide aux soins d’un chirurgien orthopédiste, qui adaptera le membre lésé en vue de sa meilleure utilisation et combinera l’appareil orthopédique susceptible de com-* penser le déficit fonctionnel.
- « Larééducationprofessionnelle sera confiée à des contre-maîtreschoisis spécialement en vue de la nature délicate de cette rééducation. Dans cette organisation, l’instruction générale trouvera nécessairement sa place.
- « La nécessité du rapprochement de la direction médicale et de la direction technique pour amener l’invalide à l’exercice professionnel s’impose. Il est possible de le réaliser en plaçant les centres d’éducation professionnelle à côté des centres de chirurgie orthopédique.
- « Ces conditions d’établissement ont été mises à l’étude conjointement par la direction du service de santé au ministère de la guerre et par la direction de l’assistance et de l’hygiène publiques au ministère de l’Intérieur. Les centres d’éducation comprendraient un hôpital de chirurgie orthopédique dépendant du ministère de la guerre et une école de rééducation professionnelle relevant comme œuvre d’assistance du ministère de l’Intérieur et au point de vue technique des ministères du Commerce et du Travail. »
- La coopération s’est heureusement réalisée : dès le second trimestre de 1915 le ministère de l’Intérieur a créé, dans un grand immeuble, 99 bis, rue àe Reuilly,un établissement-modèle de rééducation professionnelle : c’était la condition morale, assistance. La condition matérielle orthopédique a été remplie par le laboratoire de prothèse militaire.
- Et la combinaison de. ce double effort a fourni les moyens de résoudre la grave question des mutilés, vis-à-vis des braves qui ont donné plus que leur sang! Henriqüiz-Phillipe.
- Fig. 4. — L’appareil servant au poinçonnage de billets tel qu’il a été transformé à l’usage des mutilés.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- LA NATURE. - N° 2223.
- 6 MAI 1916.
- LES FRETS ET LA CRISE DES TRANSPORTS MARITIMES
- Le problème des frets, ou des prix des transports maritimes, est l’un des plus angoissants des temps présents. Le haut cours des frets est, en effet, l’une des causes principales de la cherté des vivres et des combustibles à une heure où les pays alliés sont contraints d’importer tout ou partie des produits nécessaires à leur consommation. Il pèse d’un
- cun souffre et se plaint. Or, dans l’occurrence, la spéculation ne saurait effectivement exercer une. action aussi étendue que celle que nous étudions.
- Tout d’abord, il importe de remarquer que le tonnage des navires à la disposition du trafic international a été sensiblement réduit par les hostilités actuelles, soit par le jeu des réquisitions, soit par suite des « accidents » de mer. A la fin de 1915, M. de Rousiers, secrétaire du Comité des Armateurs, fixait à 55 navires représentant 85 525 tonnes, les pertes de la marine marchande française depuis août 1914.
- Les réquisitions, d’un autre côté, nous privaient d’une bonne partie de notre flotte commerciale. Une enquête auprès des principales Compagnies de Navigation nous permettait d’établir que la Compagnie transatlantique avait perdu, de ce
- poids considérable sur les dépenses militaires, les usines de munitions et de matériel de guerre françaises devant faire venir d’Angleterre ou des États-Unis une quantité considérable de houilles, de fontes et d’acier, tandis que l’Intendance s’approvisionne en Amérique de céréales. L’Italie, pauvre en charbon, et ayant rompu toutes relations économiques avec l’Allemagne, est tributaire du Royaume-Uni pour ses combustibles, et la Grande-Bretagne elle-même doit emprunter aux marchés d’outre-mer bon nombre des matières premières et des produits d’alimentation qui sont indispensables à ses fabrications ou au ravitaillement de ses armées.
- C’est donc à juste raison qu’on a pu parler d’une crise du fret. On peut ajouter qu’elle n’a jamais atteint un caractère d’acuité pareil à celui que nous observons présentement.
- Il convient d’en examiner les causes multiples, car on est trop souvent enclin à attribuer à la seule spéculation le relèvement des prix dont cha-
- Fig. i et 2. — Encombrement des quais à Marseille.
- chef, 17 navires, jaugeant 126 115 tonnes, au 25 novembre 1915 (diminution dé la puissance totale de la Compagnie 21 pour 100). A la même date, le Sud-Atlantique avait 5 navires réquisitionnés (62 717 tonnes) ou 54 pour 100 de son déplacement total immobilisé. La Compagnie Fraissinet, à la fin de septembre 1915, accusait depuis la guerre une réduction de 60 pour 100 de son tonnage (9 navires jaugeant 19 766 tonnes). La Navigation mixte avait été amputée de 4 navires, le 25 septembre 1915, soit de 10000 tonnes. Les réquisitions avaient, à la fin d’octobre, réduit de moitié les ressources des
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- 44’ Année — 1” Semestre.
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- 290 LES FRETS ET LA CRISE DES TRANSPORTS MARITIMES
- Transports maritimes à vapeur (6 navires et 2(1000 tonnes, plus 3 navires affrétés par le Gouvernement anglais). Le 8 octobre, la Compagnie Paquet accusait un déficit de 17120 tonnes avec 5 navires en réquisition. La Compagnie Fabre, en 1915, s’était vu immobiliser par l’Etal 5 navires, et 25 000 tonnes. Les Messageries Maritimes souffraient, en octobre dernier, de réquisitions ayant porté sur 92000 tonneaux, ou plus du tiers de leur effectif naval. Au Havre, la flotte de la Péninsulaire était réduite de 40 pour 100.
- Au total, on peut évaluer à 40 pour 100 environ
- limes ; soit 8 millions du fait des réquisitions pratiquées en France, Angleterre et Italie, 6 millions pour les flottes austro-allemandes immobilisées, et 1 million pour les unités coulées dans les océans(l).
- A celte première cause du relèvement rationnel des prix — diminution du tonnage disponible — il faut immédiatement en ajouter une seconde : l’accroissement de la demande en présence d’une offre amoindrie. Lorsqu’on examine superficiellement les statistiques de la Navigation, on peut croire que les tonnages sont en diminution dans nos ports français. Ces statistiques accusent, en effet, à
- Vue du port de Nantes pendant l'engorgement.
- Fig. 3. -
- la partie de notre flotte commerciale affectée par les réquisitions.
- En outre, 16 078 tonnes se trouvaient bloquées dans des ports étrangers, particulièrement dans le Levant.
- La situation est identique en Angleterre et en Italie. Le Gouvernement anglais a réquisitionné 800 navires de plus de 1000 tonnes, 42 steamers britanniques ont été retenus dans les ports ennemis, 78 dans la Baltique et la mer Noire. Au total, il y a un déchet avéré de 950 unités. Ce qui a permis à M. de Bousiers de considérer que, sur 50 millions de tonneaux de jauge brute, constituant le tonnage mondial disponible au milieu de 1914, plus de 15 millions ont été enlevés aux transports mari-
- l’entrée, des tonnages de jauge inférieurs en 1915 à ceux de 1914, et plus encore à ceux de 1913.
- Toutefois, ce n’est là qu’une apparence. Le tonnage marchandises est en augmentation singulièrement marquée à l’importation. On en pourra juger très simplement par le petit tableau ci-dessous
- 1. Le Morning Posl a publié tout récemment, sous la signature de M. Archibald lturd, une statistique empruntée aux relevés du Lloyd, la grande agence internationale maritime, d’où il ressort qu’à la date du 22,janvier 1916, 2193 navires de commerce avaient été bloqués, capturés ou détruits, représentant 3 774 289 tonneaux. 1,es pertes se décomposaient ainsi : Angleterre, 485 navires, 1 506 415 tx ; Alliés, 167 navires, 282 178 tx; Allemagne, 601 navires, 1 276 590 tx; Autriche, 80 navires, 267 664 tx; Turquie, 124 navires; Neutres, 736 navires, 441472 tx.
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- LES FRETS ET LA CRISE DES TRANSPORTS MARITIMES t~:: 291
- du trafic à l’entrée dans nos principaux ports nationaux :
- 1913 1914 1915
- Le Tréport ..... 160.808 t. 131.608 t. 387.945 l.
- Dieppe 474.876 449.665 794.692
- Rouen 5.147.746 4.561.695 8.007.152
- Le Havre 2.747.925 2.416.566 4.508.800
- Cherbourg 167.243 177.518 208.591
- Saint-Nazaire .... 1.490.893 1 235.470 2.243.744
- Nantes 1.402.594 1.272.714 2.429.259
- La Rochelle. '. . . . 758.663 855.526 1.582.564
- Bordeaux 3.186.346 2.954 897 5 635.112
- Bayonne 703.494 553.436 578.950
- Cette 700.136 557.680 1.140.698
- Marseille '5.886.217 5.203.376 5.898.582
- Total 22.506.941 31 215.689
- Du relevé précédent il ressort nettement que nos importations de 1915 témoignent d’une augmentation de 50 pour 400 par rapport aux résultats
- de 4915. On constate, d’ail-f leurs, que le
- r. trafic de nos 26 voies ferrées 2+ s’est également 2a accru de 50 22 pour 400 pen-20 dant la même 's période. Aucun
- doute ne saurait 16 donc subsister à 16 cet égard.
- On pourrait 12 supposer que 11 les armateurs, “ ayant du fret en
- s. , abondance, 7 pourraient consentir des prix plus abordables. Malheureusement, les navires employés ne sont effectivement utilisés que dans un sens. Nos exportations ont fléchi dans une proportion considérable, et les bateaux sont trop souvent contraints de repartir sur lest. C’est ce qui ressort lumineusement de la statistique que Aroici :
- Fig- 4-
- F rets d’Ang leterre à Gênes, Savone et la Spezzîa.
- Navires chargés à la sortie.
- 1915 ... 21.867.916 tonnes.
- 1914 . . . 18.216.803 —
- 1915 ... 8.325 787. —
- Navires sur lest à sa sortie. '
- 1913 . . . 6.602.170 tonnes,
- 1914 . . . 6.429.415 —
- 1915 . . . 11.735.043 —
- En 4914, 25 pour 400 des navires quittaient nos ports sur lest. En 4945, 58 pour 400, ou plus de la moitié, devaient regagner à vide le port de charge. Il en résulte que l’armement exige pour ses transports «à l’importation un tarif correspondant au double voyage que ses unités doivent effectuer. Un phénomène identique se produit sur les chemins de fer, pour les mêmes raisons. Les rames de wagons font à vide les trajets de l’intérieur vers les ports, où elles prennent chargement, et cette circonstance
- 18011302190319» 1906 U061907190819081910 1911 13121SI3 «H- 1SI5
- rend onéreuse l’exploitation actuelle des réseaux nationaux à un moment où la traction est particulièrement dispendieuse.
- Le « déséquilibre du trafic » constitue donc un troisième facteur susceptible d’expliquer la crise du fret. Et ceci est vrai aussi pour l’Italie et le Royaume-Uni, mais l’Angle- Fig 5__ Prix des frets terre en souffre beau- extrêmes entre coup moins que la i° Le Pays de Galles France ^ Rio de la P lata*
- Il faut aussi con- f Entre le Royiume-siderer que les de- au.dessous de San penses de l’arme- Lorenzo.
- ment se sont élevées dans des proportions inattendues, qui justifient , jusqu’à un certain point, les exigences des transporteurs. D’abord, les combustibles, anglais ou américains, ont renchéri, et pour la France et l’Italie, par suite de la hausse des frets — ici tout se superpose et exerce des répercussions — ils ont atteint des taux fantastiques. La tonne de charbon, qui valait 28 francs au port de Marseille en juillet 4944, se paie 440 francs en 4 916. Les huiles et graisses pour machines ont augmenté de 400pour 100.
- La nourriture des équipages coûte moitié plus qu’avant la guerre. Les a s surances maritimes se sont accrues en raison de la guerre sous-marine et des périls de la navigation dans des mers semées de mines. Enfin, les réparations sont difficiles
- et onéreuses. Surtout, le prix des navires s’est relevé avec une rapidité vertigineuse. Beaucoup de chantiers de constructions navales sont en chômage, ou travaillent pour la guerre. En France et Italie on ne construit, pour ainsi dire, plus pour la clientèle privée, et, en Angleterre, le nombre des établissements encore en activité s’est trouvé réduit. D’où une hausse de près de 400 pour 400 sur les
- Fig. 6.
- Fluctuations du fret anglais depuis içoo, (d’après le Flair-Play-.)
- £n Shsi/tngs
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- LES FRETS ET LA CRISE DES TRANSPORTS MARITIMES
- prix pratiqués en 1910. Un graphique que nous empruntons au Fair-Play, la grande publication anglaise touchant la marine, en fournit l’irrécusable témoignage.
- Il ne faudrait, toutefois, pas s’imaginer que ce soient là les
- M. Renaud, dans une éloquente brochure sur les gaspillages d’argent, signalait qu’à Dieppe seulement, pendant le premier semestre de 1915, on avait dû débourser 55 000 à 40 000 fr. par jour pour surestaries. À Rouen, au Havre, à Bordeaux,
- à Marseille, la
- Août-Septemb. fin de 1914 Mars 1915 Juillet1915 Septemb.1915 Décembre1815 débutdeMarelglS,
- seules causes du prix actuel des frets. Du fait de l’abondance de la demande, les armateurs ont besoin que leurs navires effectuent leurs opérations dans le minimum de temps possible.
- Jamais le proverbe n’a été plus vrai : « le temps est de l’argent ». Il faut, par conséquent, que le navire soit déchargé dès son
- arrivée au port. Or, c’est tout le contraire qui se produit. Nos ports, par suite de l’insuffisance de leur capacité pour un surtrafic qu’imposent les événements, corollairement aussi à la raréfaction de la main-d’œuvre et à la pénurie de wagons sont engorgés le plus souvent. Les mesures prises n’ont pu les dégager que provisoirement. Des ba-
- Fig. 7. — Pour : Marseille, Saint-Nazaire, Nantes, La Rochelle et Bordeaux en francs;
- Pour les autres ports en shillings.
- Fig. 8. Prix d'un cargo-steamer de y5oo t de içio à içi5.
- teaux en charge doivent attendre des jours pour pouvoir aborder à quai, et libérer leur cargaison. En rade du Havre, on peut voir chaque jour 8 ou 10 navires en attente. A Nantes, pendant un temps, il fallut aligner, côte à côte, trois navires pour activer leurs opérations (d’où une complication des manutentions, et leur ralentissement). Une photographie que nous publions montre cet engorgement du port nantais. D’autres, que nous devons à l’obligeance de la Chambre de Commerce de Marseille, sont encore plus caractéristiques.
- Les armateurs font naturellement payer l’immobilisation de leurs bateaux. Les taxes supplémentaires, les pénalités que les affréteurs doivent ainsi aux transporteurs pour retards dans le délai fixé pour le débarquement s’appellent surestaries.
- situation ne-tait pas plus brillante, et M. .Renaud a évalué à 725 millions de francs nos débours annuels de ce chef.
- Les surestaries, ou surfret, ont grevé considérablement le prix des marchandises importées. Ainsi, les charbons sont longtemps parvenus à Dieppe avec une augmentation de 10 à 16 fr.
- par tonne pour les seules pénalités de retards dans le déchargement.
- Comme les armateurs, malgré ces surtaxes, préfèrent voir leurs navires en route, les Anglais, devant l’insuffisance notoire de nos ports, ont relevé progressivement le taux des surestaries, qui sont passées, à Dieppe, de 5 fr. en juillet 1915 à 16 fr. en août.
- Pour toutes les considérations que nous avons énoncées, ou pour une partie seulement, les frets
- ont suivi une progression continue ou presque, depuis août 1914.
- Alors qu’on payait de 32 sh. 6 à 37 sh. 6 en 1900 pour le transport d’une tonne d’Australie en Angleterre, et de 28 sh. 9 à 43 en 1912, en 1915 il fallait débourser de 85 à 95 sh., ou deux fois et demie plus. De Calcutta en Grande-Bretagne on payait
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- =: LE MANGANÈSE
- en 1915 jusqu’à 120 sh., pour 21 sh. 5 à 31 sh. 3 en 1900, et 27 sh. 6. à 36 sh. 3 en 1912. Des États-Unis à Liverpool, le fret a passé de 3 sh. 1 à 4 sh. 7 en 1900, et 2 sh. 6 à 4 sh. 3 en 1912, à 7 sh. 3 et 15 sh. 6 en 1915.
- Pour Alexandrie, le taux était de 19 sh. à 40 sh. en 1915, conlre 9 sh. à 18 sh. 6 en 1912 et 7 sh. 3 à 15 sh. en 1900.
- Nous donnons ci-eontre, d’ailleurs, plusieurs graphiques, empruntés au Fair-Play, et montrant cette hausse des frets pour les trajets d’Angleterre à Gênes, à La Plata et au Parana, et la fluctuation générale des frets de 1900 à 1915. Nous y avons joint un graphique, que nous avons établi nous-même, louchant les frets entre les ports charbonniers du Pays de Galles et nos ports français, et un graphique pour les frets du Pays de Galles à Barcelone. Tandis que pour les transports divers interocéaniques on procède le plus souvent par des contrats spéciaux, dont les taux complexes ne sauraient être suivis par les non-initiés, pour le charbon il existe une véritable bourse des frets, dont les prix sont fixés à la tonne.
- Les importations de charbons formant la majeure
- EN ALLEMAGNE r::::.:., . ......... 293
- parlie de nos opérations maritimes actuelles, les chiffres insérés dans le graphique donneront une idée précise de la fluctuation des frets à l’heure présente.
- Qu’on ne s’étonne point que ces chiffres soient empruntés aux marchés anglais. L’Angleterre seule, dans le monde, a une bourse des frets, et notre armement, comme les autres, s’inspire de ces taux de transports pour fixer les siens propres.
- Dans l’ensemble, nos frets d’importation de charbons ont décuplé depuis la guerre, et la hausse, hélas ! n’a pas atteint son maximum.
- Quant aux remèdes propres à conjurer le mal, ils sont nombreux : il faut agrandir les ports ; il faut accroître leurs moyens d’évacuation ; il faut, également, améliorer les transports par voies ferrées; enfin, il faudrait rouvrir nos chantiers de constructions navales. En un mot, il faut réorganiser toute notre marine marchande et nos moyens de transports. Ce n’est pas une mince tâche; mais, en vue même de l’avenir, elle doit être abordée franchement par ceux qui out la responsabilité de l’avenir du pays.
- Auguste Pawlovvski.
- LE MANGANESE EN ALLEMAGNE
- Récemment, l’agence Wolff, dont on connaît la scrupuleuse exactitude, publiait une note pour annoncer « que les minerais de manganèse nécessaires à la fabrication des projectiles se trouvent en abondance dans les exploitations minières allemandes; qu’en outre on obtient d’autres substances analogues en utilisant les matières premières du pays qu’on peut se procurer à volonté ; que des installations pour le traitement sont déjà en exploitation et d’autres en construction; enfin qu’un nouveau procédé, remplaçant le ferro-manganèse dans la production de l’acier, rendra l’Allemagne indépendante de tout tribut étranger ».
- De cette longue explication confuse et quelque peu contradictoire à force de vouloir trop prouver, le point le plus saillant à retenir est que la question du manganèse existe en Allemagne, comme il était depuis longtemps facile de le prévoir et qu’elle préoccupe les esprits. On peut en conclure également, comme de certaines notes bizarres relatives au commerce de la Suisse, qu’il a paru nécessaire de démontrer aux Alliés l’inutilité d’appliquer rigoureusement le blocus, puisque les Austro-Allemands regorgent de manganèse. Quand on va au fond des choses dans ce cas comme dans beaucoup d’autres, on s’aperçoit que les Allemands font très grand bruit au sujet de vieilles découvertes qu’ils annoncent comme neuves et de ressources minières ou indus-
- trielles qui n’existent pas, qu’ils appliquent même au besoin le procédé classique des assiégés jetant des pains aux assiégants pour leur prouver qu’ils ne meurent pas de faim et qu’en réalité leur principal procédé scientifique pour s’alimenter est la contrebande très fructueuse à laquelle certains neutres se prêtent bénévolement.
- En ce qui concerne le manganèse, je vais montrer très vite que les Allemands en ont un besoin absolu pour leur acier et qu’avant la guerre ils en tiraient la presque totalité de l’étranger ; que leurs ressources nationales existent, mais sont pratiquement sans valeur; enfin que la contrebande est, dans ce cas spécial, d’une facilité exceptionnelle et qu’il faut y veiller de très près, puisque la note de l’agence Wolff prouve, pour qui sait interpréter les démentis officiels, l’exactitude de la disette croissante qu’elle a pour but de contester.
- Rappelons d’abord pourquoi l’Allemagne a besoin de manganèse. Ce métal est nécessaire dans la fabrication de l’acier, où on l’ajoute, sous forme de ferro-manganèse ou de spiegel, pour réduire l’oxyde de fer dissous dans la masse et obtenir l’épuration. Cela se fait aussi bien au four Martin ou au Bessemer que dans les procédés basiques. On admet que la consommation moyenne par tonne d’acier est de 10 kg. Pour les 15 millions de tonnes d’acier que l’Allemagne produit en temps normal, cela repré-
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- LE MANGANESE EN ALLEMAGNE
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- sente annuellement 150 000 tonnes de manganèse métal, ou 300000 tonnes de minerais à 50 pour 100. Quelle est la consommation d’acier en temps de guerre, nous ri’en savons rien ; car il faut se méfier des statistiques allemandes. Evidemment l’exportation est presque supprimée, et certains usages intérieurs sont réduits. Mais, par contre, la guerre et la marine sont de gros mangeurs et il faut alimenter aussi les Alliés, l’Autriche-Hongrie, la Turquie, la Bulgarie. 11 faut, à l’occasion, pouvoir étonner les neutres en envoyant des commis-voyageurs, retirés du front, leur offrir des machines au tarif ordinaire. En admettant une réduction d’un cinquième à un quart, nous ne serions peut-être pas très loin de la vérité.
- Quelles sont donc les ressources de l’Allemagne en manganèse? Les seules mines sérieuses que possède ce pays sont celles de la Hesse et du Nassau, qui produisent à peine 80 000 tonnes de minerais très inférieurs, à 15 ou 20 pour 100 de teneur, pouvant tout au plus représenter 15000 t. de manganèse métal. Mettons qu’on les ait développées et que la hausse des cours ait permis de rouvrir quelques autres mines abandonnées. Il n’en est pas moins vrai que la plus grande partie du manganèse consommé dans les usines allemandes avant la guerre provenait de l’étranger et que la presque totalité de la consommation actuelle doit en provenir encore, après transit par la Suède ou par la Hollande.
- Ces sources de manganèse mondiales sont : avant tout, la Russie (gisements du Caucase et de Nikopol), et les Indes Britanniques, puis le Brésil. On ne voit pas très bien comment la contrebande pourrait s’exercer de Russie en Allemagne; elle ne doit pas non plus être bien forte à partir des Indes. Mais l’Amérique du Sud doit donner son plein essor et il est vraisemblable qu’elle constitue le principal des « procédés nouveaux » qui rassurent l’agence Wolfï.
- Précisons par quelques chiffres : la Russie, qui était autrefois le producteur presque unique et qui, en 1906, dépassait un million de tonnes, en produisait encore 500000 dans ces dernières années. L’Inde, aux gisements beaucoup plus récents, avait atteint 912 000 t. en 1907 pour retomber à 700000. Le Brésil, où l’exploitation est neuve, produisait déjà 250000 t. en 1908 et a dû accroître ses chiffres d’extraction. Le Chili, très germanophile, où l’on avait produit un moment 40000 t. pour retomber à presque rien, a pu également rouvrir des mines. Néanmoins, si l’Amérique du Sud alimente seule l’Allemagne, comme c’est probable, elle doit l’alimenter assez pauvrement.
- Revenons alors aux « procédés nouveaux » de l’Allemagne.
- Les Allemands disent qu’ils ont mis en valeur des gisements de manganèse inutilisés et que, d’ailleurs,
- on peut remplacer le manganèse dans la fabrication de l’acier. Les deux faits sont évidents. Mais il faut s’entendre. Oui, assurément, du manganèse il y.en a partout, comme de cet arsenic qu’un avocat de cour d’assises prétendait avec raison pouvoir trouver dans un bâton de chaise. Donnez à un chimiste n’importe quel caillou du chemin, il en tirera du manganèse comme du fer et de l’aluminium. Et la quantité, quoique faible, n’en est pas négligeable. La teneur moyenne en manganèse de toute l’écorce terrestre est de ! pour 1000. Elle s’accroît très rapidement dans tous les phénomènes d’altération superficielle qui ont eu pour résultat de concentrer le manganèse dans les roches en décomposition. Par conséquent, si on en a absolument besoin et si on ne tient aucun compte du prix de revient, on pourra obtenir du manganèse partout, même en Allemagne et en quantités illimitées. Mais c’est une plaisanterie d’appeler cela des minerais et, quoique en temps de guerre la question prix de revient, qui domine l’industrie en temps de paix, n’intervienne plus guère, il y a pourtant des limites pratiques qu’on ne peut franchir : d’autant plus que tout abaissement exagéré de la teneur des minerais exige des installations nouvelles, difficiles à établir.
- De même pour les succédanés du manganèse. On peut tout remplacer par autre chose et les homologues du manganèse sont connus et employés par les chimistes; néanmoins, si audacieux que soient les Allemands, ils n’ont pas dû transformer du jour au lendemain leur sidérurgie. La note de l’agence Wolff elle-même ne parle de cette substitution qu’au futur, et elle aurait peut-être mieux fait d’employer le conditionnel.
- J’arrive donc à la question de contrebande qui me parait de beaucoup la principale ici. Le minerai de manganèse courant est une suhstance noire pierreuse, sans éclat métallique et qui, pour un incompétent, peut assez aisément passer pour du charbon, surtout s’il est mélangé avec du charbon réel. Il est donc on ne peut plus simple d’en mêler avec du combustible dans les soutes des navires allant à des ports neutres. La vérification des soutes à charbon est presque impossible et on sait assez que l’Allemagne, qui regorge de charbon, ne va pas en importer. J’imagine donc que l’artifice doit être d’un usage courant. Et alors, une fois rendu dans un port neutre, le commerçant adroit opère le triage, ou même simplement vend le mélange, tout préparé dans des proportions déterminées, au métallurgiste allemand qui Remploiera tel quel dans son lit de fusion. Mais l’Angleterre vient d’annoncer qu’elle considérait dorénavant le charbon comme contrebande de guerre et ce sera peut-être le plus sûr moyen d’aggraver la crise allemande du manganèse. L. De Laujnay.
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- LE DANGER DES MOUSTIQUES PENDANT LA GUERRE
- L’été dernier, les soldats des tranchées de France ont souffert quelque peu des piqûres de moustiques, les innombrables flaques d’eau du front, trous d’obus, fonds de tranchées et d’abris, et même
- de ses troupes atteints du paludisme et indisponibles!
- Cela suffit pour que nous rappelions en ce moment les dangers des Moustiques.
- Fig. i. — Positions de repos de divers moustiques : à gauche, Culex pipiens; à droite, Anopheles maculipennis; au milieu., Myzorhychus pseudopticus, autre transmetteur du paludisme de l’Europe méridionale.
- fonds de boites de conserves formant autant de mares minuscules où pouvaient se multiplier les désagréables cousins. Mais les piqûres endurées ne présentaient guère de danger, sauf dans le voisi-
- Fig. 2. — Moustique commun (Culex) piquant la peau.
- nage des troupes coloniales quand y pullulaient les Anophèles.
- Il n’en fut pas de même aux Dardanelles où presque tout le corps expéditionnaire, exposé aux moustiques, paya son tribut à la dengue ou fièvre de 5 jours. De même à Salonique la situation nécessitait de rigoureuses précautions, le danger y est beaucoup plus grand que celui des Dardanelles, car les marais du Vardar sont un foyer endémique de paludisme et l’on pourrait assister, si l’on n’y prenait garde, à la fonte rapide des effectifs du corps expéditionnaire d’Orient.
- Rappelons qu’en temps de paix, l’armée russe de la Transcaucasie et de certains points de la mer Noire avait fréquemment 20 pour 100, parfois 50 pour 100 et même exceptionnellement 90 pour 100
- Il y a des centaines d’espèces de Moustiques ou Cousins. L’une des plus répandues est le Moustique commun ou Culex pipiens (fig. 1 et 2). Long de 4 mm à 6 mm, il est, pour ainsi dire, tout en pattes, en ailes et en antennes. La tête, petite, globuleuse, présente deux yeux et porte deux antennes, plumeuses chez le mâle, presque glabres ou à peine poilues chez la femelle. Entre les deux antennes, au milieu, on distingue la trompe, mince stylet d’une ténuité extrême, et, sur le côté, les palpes maxillaires (fig. 5).
- En arrière de la tête, vient le thorax, brun foncé, avec des écailles dorées et trois lignes de soies noires, portant deux ailes diaphanes, non tachetées, rehaussées de nervures, dont la disposilion varie dans les autres espèces. Sur le thorax s’insèrent aussi trois paires de pattes, se terminant chacune par deux griffes. L’abdomen, couvert d’écailles d’un brun obscur, est formé d’anneaux jaunes, élargis au milieu et dont la face inférieure est jaune pâle. Il se termine, chez les mâles, par un organe
- IX
- Fig. 3. — Télés du mâle (à gauche) et de la femelle (à droite) de Culex pipiens.
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- Fig. 4. — Larve et nymphe du Moustique.
- servant à la reproduction, et, chez les femelles, par un « oviscapte » servant à la ponte.
- Les Moustiques errent çà et là, volant assez lentement et produisant un bourdonnement très désagréable. Dans le jour, ils se déplacent peu, demeurant posés sur les feuilles, les murs ou les plafonds, sauf dans les endroits ombragés, mais ils se rattrapent le soir, où ils ne cessent de nous importuner de leurs visites indiscrètes, surtout dans les pièces éclairées et laissées la fenêtre ouverte, la lumière exerçant sur eux un attrait irrésistible. Les mâles ne piquent pas et se contentent d’humer le suc des fleurs ou différents autres liquides. Les femelles, au contraire, ne peuvent guère vivre que du sang de l’homme — exceptionnellement de celui d’autres animaux — et c’est pour cela qu’elles nous piquent. Quand un Moustique a « repéré » un point de notre peau qui lui semble favorable, il s’y pose avec tant de légèreté que l’on ne le sent pas, se cramponne grâce aux griffes de ses pattes, puis cherche avec sa trompe le point le plus vulnérable. 11 enfonce alors lentement les stylets qui y sont con-
- Fig. 6. — Sang d’un malade atteint de filariose.
- tenus, tandis que la gaine qui les entoure au repos, ne pénétrant pas la peau, est obligée de se replier sur elle-même au fur et à mesure que la tête se rapproche de la peau (ilg. 2). Pendant cette opération, les stylets — qui sont creux — puisent le sang, lequel est, ainsi, peu à peu, conduit jusque dans l’estomac. En même temps, des glandes spéciales sécrètent, dans la trompe, un liquide clair, qui pénètre aussi dans la plaie et qui a, peut-être, pour rôle de diluer le sang puisé, trop épais par lui-même pour pénétrer dans les stylets, dont la cavité est excessivement capillaire. Une fois repu, le Moustique retire sa trompe — qui, en général, ne nous fait aucun mal — et va se poser pour digérer le sang avec toute la béatitude voulue. Quant au patient, il ne s’aperçoit qu’au bout
- Fig. 5. — Éclosion du Moustique : il sort de la peau de la nymphe formant nacelle.
- de quelques minutes de la violation de son territoire cutané. Sous l’influence du liquide sécrété par le bandit, la piqûre rougit, devient douloureuse et se termine par un fort bouton, qui ne disparait qu’au bout de quelques jours après avoir causé des démangeaisons souvent très cuisantes.
- Les Moustiques abandonnent, à certains moments, leur vie sanguinaire. Plusieurs mâles et quelques femelles se réunissent et toute cette noble compagnie se met à voler les uns autour des autres : c’est le vol nuptial, où « chacun choisit sa chacune » et qui, comme tous les plaisirs d’amour, ne dure qu’un instant. Après cette union poétique et aérienne, le mâle mène une vie languissante et ne tarde pas à mourir. La femelle, au contraire, n’est jamais plus active, car elle doit se nourrir abondamment pour permettre l’accroissement de ses oeufs. Lorsque ceux-ci sont mûrs, elle se rend à la surface d’une eau tranquille et, se cramponnant à n’importe quelle brindille flottante, émet ses œufs, qui, collés les uns aux autres, constituent, par leur ensemble, un léger esquif. Les œufs ne tardent pas à éclore et à donner naissance à des larves, des sortes de petits vers, que le moins exercé des naturalistes reconnaîtrait entre mille : ces larves ont, en effet, une allure toute particulière, descendant et remontant dans l’eau en se « tortillant » sans
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- cesse, pour ne s’arrêter que lorsqu’elles arrivent à la surface du liquide. A ce moment, elles font affleurer le « tube respiratoire » oblique, quelles possèdent en arrière de leur corps et un peu sur le coté et grâce auquel elles puisent l’air extérieur, qui, seul, leur permet de respirer (fig. 4). Après quoi, les larves redescendent dans l’eau en se contournant comme des serpents sur la queue desquels on aurait marché.
- Après avoir changé plusieurs fois de peau, les larves se transforment en nymphes, qui, contrairement à ce qui se passe chez la plupart des autres insectes, sont aussi mobiles qu’elles. On les en distingue très facilement en ce qu’elles possèdent une tête volumineuse et infléchie sur le corps, ce qui leur donne l’aspect d’un point d’interrogation. Elles respirent aussi d’une façon différente, à l’aide de deux minuscules petits cornets situés sur le sommet de la tète et que, de temps à autre, elles viennent faire affleurer à la surface de l’eau pour y permettre l’accès de l’air atmosphérique.
- Les nymphes ne tardent pas à cesser leurs contorsions. Elles deviennent immobiles et flottent sur l’eau comme si elles étaient mortes. Mais ce n’est là qu’une apparence : bientôt leur peau craque et on en voit sortir le Moustique adulte, qui dégage
- Fig. 7- — Anophèle adulte [grossi).
- Fig. 8. — Anophèle (têtes du mâle et de la femelle).
- successivement ses pattes, puis ses ailes (fig. 5) — le tout sans se mouiller — et, enfin, s’envole pour aller ennuyer les pauvres humains.
- Les Moustiques dont il vient d’être question ne transmettent pas de maladies contagieuses dans les régions tempérées et froides. Ils ne sont dangereux, à ce point de vue, que dans certains pays tropicaux chauds, où ils peuvent communiquer d’un malade à un sujet bien portant une maladie très cruelle, Yéléphan-liasis, qui se caractérise par ce fait, que le malade enfle « comme un éléphant » soit dans sa totalité, soit, plus souvent, dans une des parties de son corps, par exemple les bras ou les jambes, qui prennent des dimensions vraiment
- « kolossales », comme disent les Allemands. Cette maladie est due à la présence d’un vers minuscule habitant les vaisseaux sanguins et les vaisseaux lymphatiques, la Filaria Bancrofti (fig. 4), dont le mâle atteint 38 mm et la femelle 85 à 90 mm, celle-ci émettant des embryons de 300^ millièmes de millimètre. Ces derniers ont la curieuse propriété de gagner les capillaires les plus superficiels des ^malades au moment de leur sommeil, ce qui fait qu’ils peuvent pénétrer dans les trompes des Moustiques au moment des piqûres nocturnes et passer ainsi de là dans les personnes bien portantes que l’insecte a la malencontreuse idée d’aller visiter ensuite.
- Un autre Moustique — ou, du moins, d’autres Moustiques, car il y en a plusieurs espèces — sont bien plus dangereux sous le rapport de la transmission de maladies. Ce sont les Anophèles, qui nous transmettent le paludisme. L’espèce la plus répandue est YAnopheles maculipennis (fig. 1 et 7) qui, 1res commun en Europe, même dans les régions septentrionales, se trouve aussi en Algérie, en Tunisie, en Palestine et dans l’Amérique du Nord. Long de 7 à 10 mm (trompe comprise), il a le thorax velu, sauf au niveau de deux bandes médianes de couleur brune, élargies vers le milieu.
- Fig. g. — Larve d!Anophèle respirant à la surface de Veau.
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- L’abdomen est brun foncé et couvert de poils jaunes. Les ailes présentent des accumulations d’écailles réparties en quatre taches. Les pattes sont brunes, avec une tâche pale au niveau du genou et 1* s tarses brun foncé. Point important à noter, facile à observer pourvu que l’on s’en donne la peine, les palpes
- Fig. io. — Baraquements militaires dont toutes les ouvertures sont munies de grillages protecteurs.
- maxillaires sont sensiblement égaux à la trompe dans les deux sexes (fig. 8), tandis que, chez le Moustique commun, les mêmes palpes, s’ils sont égaux à la trompe chez le mâle, sont toujours plus courts qu’elle chez la femelle.
- Les Anophèles ont le même genre de vie que les Moustiques communs et, comme eux, ont des larves et des nymphes aquatiques. Il est seulement à noter que les larves ne possèdent pas le tube respiratoire oblique que nous avons décrit plus haut chez le Culex pipiens, de sorte qu’elles ont dans l’eau une position à peu près horizontale et restent presque parallèles à la surface, au lieu de lui être presque perpendiculaires (fig. 7).
- Ce sont les Anophèles qui, ainsi que je l’ai déjà dit, transmettent le paludisme, dit aussi fièvre intermittente, fièvre des marais ou malaria, dont le principal symptôme, connu depuis la plus haute antiquité, est d’être souvent intermittente, c’est-à-dire de présenter des paroxysmes alternant avec des périodes de repos. Cette maladie si affaiblissante est due à un microorganisme, le Plasmodium malavisé (ou Hæmamœba. malariæ) ou à d’autres Plasmodium vivant à l’intérieur des globules rouges.
- Pour se mettre à l’abri des Moustiques il n’y a guère d’autres procédés que de s’envelopper d’une moustiquaire, c’est-à-dire d’une gaze très fine.
- Les Anophèles ne piquant que le soir et pendant la nuit, c’est entre le coucher et le lever du soleil qu’il convient donc de mettre les soldats à l’abri de ces inseites ailés. A cet égard, on pourrait trouver d’intéressants précédents dans la manière dont les
- Japonais obtenaient la protection de leurs combattants pendant la guerre de Mandchourie(') et où chaque officier ou soldat était muni d’une petite moustiquaire protégeant la tête et le cou. Cette moustiquaire est formée par un sac cylindrique de gaze commune de couleur verte ou cachou, monté sur deux légers anneaux d’acier qu’un spiral de même métal maintient écartés. Les anneaux ont 25 cm de diamètre. La partie supérieure delà moustiquaire est fermée par une pièce de gaze tendue sur l’anneau supérieur; la partie inférieure est ouverte pour permettre d’y introduire la tête. A l’anneau inférieur est fixé un manchon ample eu toile cachou, long de 20 cm., qui peut être serré sur le cou au moyen d’une coulisse. La tète est libre de ses mouvements dans cette moustiquaire qui peut être utilisée la nuit aussi bien que le jour. L’appareil se replie sur lui-même et il est maintenu dans cette position par deux boutons qui passent dans deux coulants en ficelle; ainsi repliée, la moustiquaire a 1 cm et demi d’épaisseur et elle ne pèse que 50 gr. Les mains, d’autre part, peuvent être protégées — jusqu’à un certain point — par des gants de fil.
- Dans les maisons orfpeut aussi, avec une gaze ou,
- Fig. ii. — Essais de moustiquaires sur nos Poilus.
- mieux, avec une toile métallique ayant des mailles d’environ 1 mm et demi de large, garnir les ouvertures, et, en tout cas, ne jamais ouvrir les portes et fenêtres quand les lampes sont allumées, ce qui attire les moustiques très rapidement. Si l’on veut 1. Laveran, Traité du paludisme, Masson et Cie, édit.
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- tuer ou tout au moins engourdir ceux qui, dans le jour, ont pénétré dans les pièces, on peut, avant d’y demeurer, brûler de la poudre de pyrèthre (poudre à punaises) ou différents ingrédients (plus ou moins efficaces), que l’on trouve dans le commerce. On recommande aussi pour éviter les piqûres de se frotter le visage, les mains et les bras de vaseline à laquelle on a mélangé du thymol, mais l’efficacité de cette méthode est, peut-être, sujette à caution.
- Le vrai moyen de détruire les Moustiques (1) consiste à s’attaquer à leur phase aquatique. Ne jamais laisser d’eau ou de purin dans les flaques, les baquets, les réservoirs, le moindre récipient, le plus vulgaire des tessons de bouteille, car tout est bon pour que les Moustiques y pondent. Si cette expulsion de l’eau tranquille indispensable à ces insectes est impossible, comme c’est le cas par exemple des mares, des bassins, etc., on réduira beaucoup le nombre des larves en y élevant des Poissons, qui s’en nourrissent et, surtout, en répandant, à la surface, du pétrole (environ 15 cm3 par mètre carré) au moyen d’un torchon emmanché et imbibé de pétrole qu’on promène sur l’eau, car cela, d’une part, empêche les femelles d’y venir pondre, et, d’autre part, lue les larves en ne leur permettant pas de venir respirer l’air atmosphérique et en les asphyxiant ainsi sans autre forme de procès. On commence l’opération au printemps, le
- plus tôt possible et on la répè'e tous les quinze jours.
- Si l’attaque a lieu trop tard et que les moustiques pullulent déjà, il n’y a plus qu’à s’armer de patience, et, lorsque les démangeaisons deviennent trop vives, les calmer — jusqu’à un certain point — en disposant sur chaque piqûre une goutte de teinture d’iode, d’alcool mentholé ou d’eau oxygénée.
- D’ailleurs le désagrément des piqûres est le moindre mal que causent les moustiques. L’essentiel est d’éviter la fièvre paludéenne. On y réussit parfaitement en prenant préventivement de la quinine. L’absorption quotidienne de chlorhydrate de quinine à la dose de 20 à 50 centigrammes protège de l’épidémie en empêchant les paludiques d’avoir leurs accès de fièvre et en immunisant les sujets sains contre le développement des plasmodes de la malaria. L’ingestion répétée de quinine à cette dose est absolument sans danger et ne produit aucun trouble quand elle a lieu pendant les repas.
- Nous ne sommes donc nullement désarmés contre les moustiques et l’on peut être tranquille sur le sort du corps expéditionnaire d’Orient. Son éta sanitaire peut rester aussi satisfaisant que celui des troupes opérant en France. Il suffit que chaque homme mette chaque nuit sa moustiquaire, ait sa quinine quotidienne et que l’on pétrole les marais du Vardar autant qu’on le pourra.
- IIenbi Couimn.
- L’ÉLÉVATEUR DE SACS
- La guerre actuelle, en privant maintes usines et fabriques de leurs ouvriers, fait beaucoup souffrir toutes les industries du manque de main-d’œuvre. Celles qui en pâtissent le plus sont les industries qui emploient peu de machines, faisant exécuter la majeure partie de leur travail par les ouvriers. Elles sont donc mises actuellement dans l’obligation de remplacer ces derniers par les machines qui ne demanderont, pour accomplir le même travail, qu’un personnel très réduit. Cette nécessité est d’autant plus pressante qu’on peut prévoir d’ores et déjà qu’après la guerre on ne pourra plus retrouver ni le même nombre d’ouvriers ni les mêmes salaires.
- 1. On peut diminuer grandement le nombre des Moustiques en favorisant la multiplication des Chauves-Souris, qui, comme eux, sont des êtres nocturnes, et s’en nourrissent [La Nature, n° 2108). ,
- Les grandes usines métallurgiques, les mines, les ports maritimes, les chemins de fer, etc., sont depuis longtemps déjà entrés dans cette voie et
- c’est à l’emploi de machines de toute sorte, d’appareils de levage et de manutention, appropriés aux travaux déterminés, et à leur perfectionnement continuel que ces industries doivent leur rapide développement et leur rendement élevé. Il est dans l’intérêt du développement de l’industrie que les entreprises de moindre envergure ou au moins un bon nombre d’entre elles, se défassent enfin du préjugé qui fait des machines l’apanage exclusif des grandes industries et commencent à les substituer, là où c’est possible, à la main-d’œuvre ouvrière.
- Une catégorie de machines qui pourrait être employée avec succès par n’importe quelle entreprise est celle d’élévateurs, d’une puissance moyenne,
- Fig. i. — Schéma ; f> i d’un élévateur de sacs ; /1 | à moteur électrique, / / j
- de longueur et d’in- bTi jTc clinaison variables. il i •
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- L’ELÉVATEUR DE SACS
- actionnés par des moteurs électriques et destinés à mettre dans les dépôts et hangars ou à en retirer des sacs, des tuiles, des planches, etc.... Ces appa-
- àune seule position du wagonnet, le supporté permettant de fixer la partie supérieure c du plan. L’en combrement étant ainsi réduit au minimum, cet élé-vat eur est facilement maniable et très pratique.
- Un appareil du même genre, mais destiné à monter les tuiles, est montré sur la figure 2. 11 est capable d’élever 3 tuiles de 6 kg chacune, c’est-à-dire 18 kg en 5 secondes, à une hauteur de 5 m. Le nombre d’ouvriers que cet élévateur remplace dépend de la hauteur à laquelle il monte les tuiles. Ainsi pour une hauteur de 5 à 7 m. ou 5 m. en moyenne, l’appareil, manœuvré par deux ouvriers, exécute le travail de 6 hommes. Mais le travail de ces deux ouvriers étant de 50 pour 100 plus intense que celui des ouvriers travaillant sans élévateur, on obtient par l’emploi de ce dernier une économie de sept ouvriers ou en comptant les salaires à 44 centimes à l’heure, on économise de cette façon 3 francs 8 centimes par heure.
- En comptant les arrêts, l’appareil monte 1800 tuiles environ par heure, réalisant ainsi une économie de 1 fr. 69 par 1000 tuiles.
- Le prix de cet élévateur étant de 3750 fr. environ et les frais de son entreLien, plus l’amortissement du capital, s’élevant à près de 20 pour 100 de sa valeur, c’est-à-dire à 750 fr. environ par an, il suffirait pour les couvrir que l’appareil montât à une hauteur de
- Fig. 2. — Élévateur de tuiles à inclinaison fixe.
- reils, au fonctionnement des plus simples, possèdent l’avantage d’être facilement transportables. Nous empruntons au journal allemand Zeitschrift des Vereines Deutscher Ingenieure, du 22 mai 1915, quelques détails intéressants sur ces élévateurs.
- La figure 1 présente un élévateur des sacs, actionné par un moteur, et dont le mouvement est transmis à l’aide d’engrenages et de chaînes métalliques aux barres d’acier qui poussent les sacs sur un plan incliné. Cet appareil qui permet de monter toutes les 8 secondes un sac de 75 kg présente cependant quelques inconvénients. En effet, lorsque les piles de sacs ne sont pas bien hautes et que le plan de l’élévateur doit, par suite, être très incliné, il occupe beaucoup de place et devient très encombrant.
- On construit donc, pour parer à cet inconvénient, l’élévateur représenté sur la figure 1, dont le plan incliné se compose de trois parties articulées : a, h et c. La figure montre bien les positions différentes que cet appareil peut prendre par rapport
- Fig. 3. — Élévateur de sacs mû par Vélectricité. 600
- 3 à 7 m. j-gg
- c’est-à-dire qu’il ment
- X 1000 = 44 000 tuiles par an, travaillât 250 heures annuelle-
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- NAVIRES MARCHANDS DES PUISSANCES ALLIÉES
- PERDUS DEPUIS LE DÉBUT DE LA GUERRE
- L’amiral Sir Cyprian Bridge vient de publier dans le Times des renseignements que nous croyons intéressant de reproduire sur le nombre et le tonnage des navires à vapeur marchands, ainsi que des voiliers perdus parles puissances alliées depuis le début de la guerre jusqu’au 23 mars dernier. Il donne également, comme comparaison, le nombre et le tonnage des mêmes navires pos-
- Tableau I.
- Steamers perdus Steamers possédés
- Nationalité.
- Nombre Tonnage. Nombre Tonnage.
- Grande-Bretagne. 579 1.320.171 10.218 20 830.918
- France 41 139.865 1.016 1.909.609
- Belgique 10 29.861 — —
- Russie .... 27 42.226 744 851.951
- Italie 21 70.231 653 1 513.681
- Japon 3 19.267 1.155 1.826.068
- Total. . . . 481 1.621.621 13.788 26.932.227
- sédéspair ces mêmes nations alliées. Comme on le verra, ces pertes ne représentent qu’une fraction insignifiante du tonnage de la marine marchande de ces puissances.
- Le tableau I s’applique aux navires à vapeur, le tableau II aux voiliers.
- Il résulte ~de ces deux tableaux que, pour la Grande-Bretagne, après 18 mois de guerre, la perte des navires à vapeur marchands atteint, comme tonnage, un peu plus
- de 6 pour 100 du tonnage total de steamers possédés par cette puissance, que, pour la France, le chiffre correspondant est de 7 pour 100. Pour la Russie et l’Italie ces mêmes pertes sont respectivement de 5 et de .4,5 pour 100.
- Toutefois, il y a lieu de faire remarquer qu’au nombre des navires perdus indiqués sur les deux tableaux précédents, il y a lieu d’ajouter 246 chalutiers, dont 237
- Tableau II.
- Nationalité. Voiliers perdus Voiliers possédés
- - Nombre Tonnage. Nombre Tonnage
- Grande-Bretagne. 31 19.119 1.155 443.150
- France . . . . . 12 18.525 523 576,. 119
- Russie 8 7.463 512 202.511
- Italie 6. 5.573 522 222.914
- Total. . . . 57 48.278 2.692 1.244.694,
- appartenant à la Grande-Bretagne, 7 à la France et 2 à la Belgique.
- D’après une communication de M. W. Runciman à la Chambre des Communes, depuis le début des hostilités jusqu’au 15 avril 1916, les victimes faites à bord des navires anglais ont été de 5417 personnes tuées ou noyées dont 1754 marins, 488 pêcheurs, 1175 passagers.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séances du 27 mars au 3 avril 1916.
- Analyse d’une pommade romaine. — M. Reutter a analysé une substance trouvée dans une amphore romaine et a trouvé que c’était un onguent constitué par un'mélange de cire d’abeilles et de corps gras, auquel les Romains avaient ajouté du styrax et de la térébenthine macérés dans le vin, avec du henné, de manière à en faire une crème de toilette.
- Accroissement des cristaux. — M. Paul Gaubert, complétant une Note récente de M.. Dauzèré,: montre que l’accroissement des cristaux est parfois périodique et que la cassure d’un cristal brisé en voie d’accroissement se recouvre d’abord d’un grand nombre de petits cristaux orientés sur lui; ces petits cristaux disparaissent ensuite pour être remplacés par des faces beaucoup plus grandes et stables qui constituent le cristal cicatrisé.
- Procédé colorimêtrique utilisé par les Romains pour caractériser, les eaux douces.—M. A. Trillat, discutant un. texte d’Hippocrate jusqu’alors incompris, montre que les Romains, pour reconnaître l’eau douce de l’eau duré et indigeste, y ajoutaient une petite quantité de vin rouge. Celui-ci, par ses œnotanins colorés, joue le rôle d’indicateur pour l’alcalinité des eaux qui concorde assez souvent avec la teneur en sulfate de chaux. On fait tomber goulte à goutte le vin rouge dans une quantité d’eau déterminée et on compte le nombre de gouttes nécessaire pour amener la coloration rouge. Tandis
- qu’il en faut une avec de l’eau de pluie et vingt avec de l’eau de l’Avre contenant 57 milligrammes de chaux, on arrive à 30 pour de l’eau de Vittel qui en contient 125 milligrammes.
- Minerais Algériens. — M. Brives signale le rapprochement très fréquent des gisements métallifères algériens avec des lambeaux de trias. Quelle qu’en puisse être la cause, il y a là une indication qui peut être utile aux prospecteurs dans tout le Nord de l’Afrique.
- La, trajectoire des projectiles à grande portée. — M. de Sparre a calculé la trajectoire du canon allemand de 581 qui lance un projectile à 38 lun. La vitesse initiale est de 940 m. Le point haut est à un peu plus de 12 km de hauteur et à 21 km du départ. Avec le 406, un projectile de 920 kg, parti à la vitesse de 940 m. sous un angle de 45°, passe à 12 km 5 de hauteur et atteint une portée de 40 km. Un fait remarquable, mis en évidence par ce calcul, est la "très grande influence des variations de température et de pression qui agissent sur la résistance de l’air. Une diminution de température de 15° et une augmentation de pression de 10 mm diminuent la portée de 1276 m. pour le 581.
- Les variations de la latitude héliographique moyenne des lâches solaires. — M. Arctowski étudie l’influence des taches solaires en météorologie. On peut, suivant lui, distinguer : 1° les radiations affectant le magné-
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- tisme du globe terrestre et les phénomènes électriques de l’atmosphère suivant un cycle de 11 ans et 2° des cycles beaucoup plus courts agissant sur la température, la marche dés tempêtes, etc. Le cycle de 11 ans, qui ramène une fréquence spéciale de taches, serait dù à la coexistence de plusieurs cycles indépendants plus courts qui feraient coïncider à ce moment divers trains de taches dérivés peu à peu vers l’équateur. Il a essayé de se rendre compte si l’influence météorologique ne serait pas due à la latitude solaire des taches plutôt qu’à leur fréquence et à leur étendue. Suivant les endroits où elles se forment, ces taches peuvent, ën effet, s’étendre à des profondeurs photosphériques différentes et être surmontées d’épaisseurs chromosphériques variables qui exerceraient une action sélective plus où. moins complète. Les observations faites par. lui comportent des coïncidences remarquables, mais aussi quelques divergences qui demanderont à être encore étudiées.
- Sur la guérison du typhus exanthématique. -— Le développement du typhus exanthématique dans les troupes allemandes du front russe et, par contre-coup, en quelques points du continent jusqu’en Alsace prête un intérêt majeur à cette étude de MM. Charles iNicolle et Ludovic Blaizot. Le microbe du typhus étant inconnu, ils ont dù procéder empiriquement et ont'préparé un sérum par des injections poursuivies pendant un an sur un âne. Les émulsions de rate ou de capsules surrénales de cobaye infecté peuvent être supportées, par les équidés même par voie intraveineuse. Le sérum ainsi
- obtenu ayant été inoculé sous la peau d’un singe, en même temps que du virus était inoculé dans la cavité péritonéale, le singe a été épargné, tandis que des animaux témoins inoculés du virus seul contractaient le typhus. Mais les résultats ont été égalemenl frappants par inoculation pendant l’incubation de la maladie ou le jour même de l’ascension thermique. Des expériences faites sur 14 cas humains ont parfaitement réussi.
- L’hybridation des crucifères sauvages et cultivés. — Mlle Trouard-Riolle montre que l’hybridation est un excellent moyen de produire artificiellement la tubérisation d’une plante sauvage. Dans la descendance d’un hybride entre une plante cultivée et une plante sauvage, le type sauvage a tendance à devenir prépondérant. Ce fait explique la fréquence des ravenelles auprès d’un champ de radis abandonné. Il n’y a pas dégénérescence du radis ; mais, à la suite de croisements, retour abondant à l’espèce sauvage. La plante cultivée se trouve, pour lutter, dans des conditions d’infériorité par rapport à la plante sauvage.
- L’homme préhistorique de la Naulette. — La race humaine est caractérisée à l’âge adulte par la rotation des deux prémolaires qui sont alors perpendiculaires à l’axe de la mâchoire, tandis qu’elles lui sont parallèles dans les animaux inférieurs. M. Marcel Baudouin croit pouvoir s’appuyer sur ce caractère pour démontrer que l’homme de la Naulette est antérieur à ceux de Heidelberg et de Néanderthal, ou plutôt moins évolué.
- EXAMEN PSYCHO-PHYSIOLOGIQUE DES AVIATEURS
- Quelles sont les aptitudes psycho-physiologiques nécessaires aux futurs pilotes des escadrilles aériennes? Comment les définir et les mesurer scientifiquement? Voilà le difficile problème que se posèrent récemment les docteurs Jean Camus et Nepper, chargés par M. Marchoux, médecin-chef de la place de Paris, de sélectionner les candidats aviateurs. Pour mener à bien leur entreprise, ces savants biologistes durent se livrer à une série d’investigations méthodiques auxquelles la direction du service de santé nous a obligeamment permis d’assister et que nous allons résumer.
- MM. Camus et Nepper commencèrent par mesurer les temps de réactions psychomotrices, au moyen du chronomètre de d’Arsonval; autrement dit de déterminer quelle fraction de seconde, après avoir reçu une impression visuelle, tactile ou auditive, l’homme examiné réagit. On comprend l’importance pratique de ces facteurs dans le domaine de l’aviation militaire. Supposons un soldat à bord d’un aéroplane. Il vient de découvrir par exemple, un auto-canon qu’un repli de terrain lui masquait. Combien de temps lui faudra-t-il pour exécuter une manœuvre afin d’éviter les obus ou les shrapnells? Si un vent violent menace subitement la sécurité de son appareil, combien d’instants mettra-t-il à s’emparer du levier, qui assurera son éloignement de la zone atmosphérique dangereuse?
- Mais avant de voir un aspirant-aviateur subir ces
- délicates épreuves, rappelons en quelques mots, le fonctionnement du chronomètre de d’Arsonval, qui va servir à l’examiner. Cet instrument comprend, comme organe principal, un mouvement d’horlogerie faisant tourner une aiguille devant un cadran divisé en 100 parties, à la vitesse d’un tour par seconde. Les ailettes d’un régulateur de Foucault impriment à l’appareil une marche constante pendant une dizaine de minutes. Un axe formé de deux parties, la première restant en connexion avec les roues du mécanisme, la seconde s’engrenant sur celle-là, grâce à un plateau à bords dentés qui mord sur un autre disque de feutre, transmet l’impulsion à l’aiguille, tandis qu’un léger ressort, collant l’axe mobile de cette dernière contre l’axe fixe, assure l’engrenage- L’autre face du plateau mobile porteur de l’aiguille et constituée par un fer doux se trouve vis-à-vis d’un petit électroaimant. Quand le courant d’une forte pile au bichromate ou d’un accumulateur passe dans celui-ci, le plateau de l’axe mobile est attiré, les dents s’éloignent du feutre et l’aiguille reste immobile. Mais lorsque le circuit est ouvert, le petit ressort assure à nouveau l’engrenage du plateau denté contre le disque feutré et l’axe fixe tourne en entraînant l’aiguille.
- Pour mesurer les temps de réactions auditives avec ce chronomètre, l’observateur, tenant dans sa main un petit marteau qui lui sert à produire un
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- bruit en frappant sur une boîte vide et qui détermine en meme temps, l’ouverture du circuit, s’assoit en face du sujet. De son côté, l’homme assure au moyen d’une presselle la fermeture du courant. Le chemin parcouru par l’aiguille qui se lit en centième ou demi-centième de seconde sur le cadran, indique le temps de réaction de l’individu.
- MM. Camus et Nepper procèdent, d’une façon analogue, pour déterminer les sensations tactiles d’un sujet; ils touchent légèrement, avec le même marteau, un point de sa tête ou de ses mains et ils lisent sur le cadran du chronomètre les temps de réaction, tandis que pour se rendre compte des sensations visuelles? il suffit àl’expéri-mentateur de presser doucement le marteau posé sur la table.
- L’aiguille se met alors à tourner et l’examiné l’arrête, au moyen de la presselle, dès qu’il se rend compte du déplacement de ladite aiguille.
- Pour les bons candidats àl’avia-tion, les moyennes de dix déterminations successives de chaque genre de sensations ont fourni les chiffres suivants : 14/100 à 15/100 de seconde pour les réactions psycho-motrices auditives ou sensitives et 19/100 de seconde pour celles d’origine visuelle. D’autre part, les expérimentateurs considèrent comme
- Fig. i. — Inscription graphique des réactions émotives.
- Fig. 2. — Tracé d'un bon candidat.
- Les oscillations n’ont pas varié après le coup de revolver.
- inaptes au service aéronautique, les jeunes gens dont les temps de réactions sont beaucoup plus lents. Certains sujets ont donné, par exemple, des temps de réactions oscillant entre 17/100 et 35/100
- de seconde pour les impressions auditives; 20/100 et 39/100 de seconde pour les sensations tactiles; 22/100 et 48/100 de seconde pour les perceptions visuelles.
- En outre, MM. Jean Camus et Nepper complètent les données précédentes, en cherchant l’influence des émo-tions sur le rythme respiratoire, le rythme cardiaque, les vaso-moteurs et le tremblement, grâce aux méthodes et appareils en usage dans les laboratoires de physiologie expé-rimentale, La scène représentée . ci-contre, va faciliter nos explications. L’homme à examiner après avoir entouré sa poitrine de pneu-mographe, mis à l’une de ses mains le doigtier
- Fig. 3. — Tracé d’un mauvais candidat. Voir les oscillations après le coup de revolver
- d’Hallionet Conte et saisi avec l’autre l’appareil de Yerdin pour déterminer le tremblement, s’assoit près d’une table où se trouve un cylindre enregistreur de Marey muni de son mécanisme d’horlogerie et de trois tambours inscripteurs. Un tube de caoutchouc relie chacun de ceux-ci au pneumo-graphe, au doigtier et au trembleur de Verdin et lui transmet leurs variations. Les pointes corres-
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- pondantes inscrivent alors, sur le papier enduit de noir de fumée qui recouvre le cylindre et que les rouages d’horlogerie font tourner d’une façon uniforme, les mouvements de la cage thoracique, le rythme cardiaque, les modifications vaso-motrices et le tremblement. Les épreuves consistent à tirer un coup de revolver près du candidat, à faire exploser du magnésium à proximité, à lui appliquer un linge plongé dans l’eau froide sur une partie découverte de sa peau et à inscrire les courbes sur le cylindre de Marey. Les graphiques mesurent l’in-
- graphique se rapporte aux variations des vasomoteurs, le troisième au tremblement et les traits parallèles, qu’on aperçoit en bordure, figurent l’inscription des secondes. Pour le futur émule des Pégoud et des Guynemer, pour l’homme au système nerveux parfaitement équilibré, que la commission médicale déclarera « bon pour l’aviation », la décharge de l’arme modifie à peine son rythme respiratoire, il ne tremble ni avant ni après le coup et on ne constate aucune modification vaso-motrice. Au contraire, des défaillances caractérisent les graphiques du candidat à éliminer, _ qU; ne saurait embrasser avec suc-
- y O cès la carrière d’aviateur. Quand il entend le coup de revolver, des troubles se produisent dans sa respiration , son tremblement nerveux s’intensifie et une vaso-constriction typique se produit dans son organisme.
- D’ailleurs les auteurs de ce sys-
- Fig. 4.— Mesure du degré de fatigabilité au dynamo-ergographe Camus.
- tensité des réactions ainsi que la durée de l’ébranlement nervèux qu’elles provoquent.
- Enfin, on peut encore étudier, au moyen du dynamo-ergographe, récemment établi par le professeur Fig. 5.
- Camus, le degré de fatigabilité des futurs aviateurs pour les grands et petits mouvements des membres supérieurs ; en particulier, la force de préhension de la main, si importante en aviation militaire.
- Les deux graphiques ci-joints, représentant les réactions émotives d’un bon et d’un mauvais candidat à l’aviation, schématisent cette méthode destinée, somme toute, à fournir une idée d’ensemble sur la stabilité du système nerveux du sujet et non à remplacer l’examen clinique de ses organes, « toujours indispensable » comme le notent fort judicieusement MM. Jean Camus et Nepper.
- Dans chacun de ces tracés, la courbe du haut correspond aux rythmes respiratoires,, la croix blanche indique le coup de revolver, le deuxième
- - Mesure des temps de réactions psychomotrices au chronoscope d’Arsonval.
- tème d’épreuves psycho-physiologiques ont contrôlé son exactitude et sa valeur pratique, en examinant, dans leur service du Grand-Palais, les pilotes éprouvés, entre autres un de nos meilleurs aviateurs qui se distingue actuellement sur le front russe. Les résultats de ces dernières expériences donnèrent des chiffres concordants avec les précédents. Les héros de l’air ne sont ni des névropathes, ni des intoxiqués, mais des gens calmes, au cœur solide, aux nerfs d’acier, au regard perçant et à la main sûre.
- Aux soldats qui veulent entrer dans l’aviation, on doit donc faire subir les épreuves que nous venons de décrire, car elles sont seules capables de déceler s’ils possèdent ces aptitudes physiques, à un degré suffisant. Jacques Boyer.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahuke, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- LES RUSSES EN PERSE
- LA NATURE. — N# 2224.
- 13 MAI 1916.
- Depuis quinze ou vingt ans déjà, les Allemands ont tenté de s’implanter en Perse, où cependant ne les appelait aucun intérêt direct de leurs nationaux. Entrés dans ce pays sous le prétexte d’installer des banques et de patronner des missions religieuses, ils étaient parvenus peu à peu à rendre la vie insupportable aux représentants de l’Angleterre et de la Russie. Telle fut la raison déterminante de l’intervention armée de la Russie qui au mois d’octobre dernier débarqua à Enzéli, le principal port persan de la mer Caspienne, un fort contingent de troupes. L’annonce de la marche des
- actuels avaient trouvé le moyen de créer un centre germanophile important. Qu’il me soit permis de rappeler ici l’impression profonde que donne au voyageur l’entrée dans l’ancienne capitale de la Perse — surtout quand cette entrée se fait au milieu de la nuit — le trot des chevaux résonnant sous la voûte sonore des bazars, les lourdes portes (*) divisant les différents quartiers de la ville qui s’ouvrent en grinçant péniblement sur leurs gonds rouillés, donnent l’impression d’un conte des Mille et une Nuits — parfois on traverse d’interminables espaces vides — ce sont des quartiers entiers dis—
- Fig. i. — Ispahan. Palais de Chehel Situn et canal.
- forces russes sur Téhéran donna à réfléchir aux plus ardents partisans des Allemands. Avant d’abandonner la partie, ces derniers tentèrent un dernier effort : par des dons généreux ils se concilièrent la bienveillance des Mollahs ou prêtres et tentèrent de soulever la population à l’occasion de la fête religieuse du Moharrem. L’arrivée du Grand-Duc Nicolas ne tarda pas à calmer les esprits les plus agités et pérsonne à partir de ce moment ne se trouva plus avoir jamais été en relation d’amitié avec les Allemands. Comprenant alors que la lutte devenait impossible, beaucoup de ceux-ci se retirèrent à Shahzadeh-Abdul-Azim à 6 km de Téhéran; il y a là une mosquée dont l’enceinte est considérée comme inviolable. Le plus grand nombre des partisans de l’Allemagne trouva cependant plus prudent de s’éloigner un peu plus loin et traversant Kum et Kachan se rendit à Ispahan où nos ennemis
- parus, démolis. Après bien des détours, on traverse l’immense place du Meïdan-i-Shah, sur laquelle se trouvent les admirables mosquées et le palais construits par Fath-Ali-Shah.... Mais abandonnons la ville des roses, pour jeter un coup d’œil sur les forces militaires dont dispose le Shah de Perse. L’armée persane devrait officiellement comprendre 80 bataillons d’infanterie de 1000 hommes chacun, toutefois sur ce nombre il y a à peine le quart qui soit convoqué. Nombreux sont aussi les cas d’exemption, ainsi les habitants des villes, les fermiers des terres de la Couronne, la plupart des hauts dignitaires, sont libres de toute obligation militaire, certaines provinces même jouissent du privilège de
- 1. Dans le communique du 19 mars annonçant l’entrée des Russes dans Ispahan, il est question de « combats de rues », il est très probable que ce sont des luttes qui ont eu lieu autour de ces portes servant de division pour les différents bazars.
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- ne fournir aucun contingent. Ce sont donc les villages sur qui retombe seuls la charge d’envoyer des hommes pour le service armé ; mais, comme les conscrits sont choisis par le maire qui a tout intérêt à ne pas se séparer des bons travailleurs, ce sont donc les non-valeurs ou les sujets pourvus de quelque tare physique ou morale, qu’ils mettent de préférence à la disposition du ministre de la Guerre. D’autre part, il. n’y a pas dé limité d’âge, ni dans un sens ni dans un autre, aussi n’est-il pas rare de voir dans les troupes régulières du Shah de véritables enfants marcher à côté de vieillards, qui pourraient être leurs grands-pères. Cette absence de limitation d’âge permet aux fonctionnaires de se faire des rentes basées sur le peu d’enthousiasme du peuple persan de se rendre aux armées. De temps à autre, les gouverneurs, soucieux de remplir leur cassette par-ticulière, décident qu’on va renvoyer tous les vieux soldats pour les remplacer par de jeunes recrues.
- Ceux qui sont susceptibles d’être appelés, savent ce que parler veut dire, ils se réunissent pour se cotiser afin d’envoyer au gouverneur un
- beau présent en argent. La libéralité est-elle jugée suffisante, on laisse les vieux soldats continuer à blanchir sous le harnais, et les jeunes gens n’interrompent pas leurs occupations, agréables ou lucratives.
- La vie du soldat persan ne répond à aucune des idées que nous pourrions nous en faire en Occident. Le soldat n’est pratiquement jamais payé par l’administration, car l’argent qui lui est destiné se trouve intégralement absorbé par ses chefs directs qui se le partagent au prorata de leurs grades — mais comme il faut bien vivre, les soldats dans leurs corps de garde exercent les métiers les plus divers: ils travaillent le bois ou le fer — sont cor-
- Fig. 2. — Carte de Perse. La teinte grise indique : au Nord la zone d'influence russe, au S.-Ë. la zone d'influence anglaise d’après la convention du 3i août 1907.
- donniers ou bouchers — toutefois leur principale industrie consiste à prêter de l’argent à la petite semaine : malheur aux imprudents qui se sont mis entre leurs mains, si à la date fixée ils ne rendent pas capital et intérêts, les créanciers impitoyables vont les quérir à leur domicile, les emmènent à leur poste et là — tout en les maltraitant consciencieusement — ils les font travailler jusqu’à ce qu’ils aient acquitté leur dette ou que des parents, émus de leur infortune, viennent payer pour
- eux et les délivrent de leurs geôliers.
- Les seuls soldats qui reçoivent des appointements réguliers, sont ceux que le gouvernement persan détache pour la garde des représentants diplomatiques étrangers. Ainsi, je me rappelle avoir vu à Mes-ched, au consulat de Russie, une demi-douzaine de soldats persans chargés de garder la porte. Le poste était envié et lucratif — car les Russes payaient directement leurs gardes— aussi, pour conserver une place aussi avantageuse, les soldats persans allaient-ils rapporter spontanément à leurs chefs, la meilleure partie des
- émoluments qui leur étaient versés par la Russie.
- Comme armes, les Persans utilisent généralement les stocks mis hors de service par les puissances européennes au moment de la transformation de leur matériel de guerre, cependant on rencontre beaucoup de fusils Martini qüi sont encore d’une qualité fort appréciable. Nous ne dirons rien des uniformes qui affectent les aspects les plus divers. Le vêtement le plus habituel est le Caftum, vaste manteau en peau de mouton, serré à la taille par une ceinture de cuir dans laquelle est passée une imposante pipe; c’est, du reste, la seule arme offensive dont le soldat persan ne se sépare jamais.
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- L’artillerie devrait comprendre 6000 hommes, mais il n’y en a guère, en réalité, que le tiers, ce sont les soldats les mieux exercés et les mieux vêtus de l’armée persane; observons, en outre, que n’étant pas ennemis d’un certain confort, ils ont généralement avec eux un petit âne chargé de leurs provi-
- petite armée admirablement disciplinée ne tarda pas à devenir pour la cour de Téhéran un sujet d’effroi. Aussi le shah manda-t-il à Téhéran son fils, et, sous prétexte de le combler d’honneurs, il le retint pendant de longs mois étroitement surveillé. Mettant à profit ce temps de répit il se hâta de désor-
- sions et des parties de leur équipement qui pourraient les gêner. Quant au gros matériel, il est chargé sur les grands fourgons analogues à nos fourragères et que les Russes construisent tout spécialement pour les Persans.
- ganiser l’armée réunie à Ispahan et quand il autorisa son fils à rentrer dans l’ancienne capitale de la Perse, il ne restait plus rien de la redoutable armée qui y avait été constituée.
- Lors du mouvement insurrectionnel qui se pro-
- Fig. 4. — Camp des Cosaques Persans.
- La seule armée régulière réellement sérieuse qui ait jamais élé constituée en Perse fut celle de Zil et Saltari, le fils de Nasir ed Dine. Le gouverneur d’Ispahan était arrivé à mettre sur pied 24 régiments d’infanterie comprenant 15 800 hommes, 10 batteries d’artillerie et 8 régiments d’artillerie, soit en tout 21 000 hommes et 7000 chevaux. Cette
- duisit à Téhéran en juillet 19,07, la véritable force armée à laquelle on put avoir recours était le corps de cavalerie Backliaris qui était dans la main de son chef Iladjili Gouli Khan Serdar Assad. Ce furent ces rudes montagnards qui contribuèrent à rétablir l’ordre. Peu confiant dans le courage et la fidélité de ses propres soldats, le shah avait commue garde parti-
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- culière une brigade de cosaques russes commandée par un colonel appartenant à l’armée du Tsar.
- Les derniers événements qui viennent de se passer en Perse Pt la marche énergique de l’armée russe ont eu pour théâtre principal la ville de Ha-madan située à 500 km au sud-ouest de Téhéran et Kermandshah qui est à peu près à la même distance de Bagdad, aussi nous a-t-il paru intéressant de donner ici un aspect général de ces deux villes qui comptent parmi les plus importantes de l’ouest de la Perse.
- Hamadan est située sur un plateau très élevé qui se trouve à 1500 m. au-dessus du niveau de la mer. Elle se trouve au pied du mont Elvend d’où elle reçoit son eau amenée par ces innombrables canaux couverts qu’en Perse on appelle des Khanats. Hamadan compte environ 20 000 habitants, ses rues sont sales et étroites, mais ses bazars sont bien construits et prospères. On y fabrique particulièrement des articles de cuivre, de cuir ouvragé pour la sellerie et même du vin blanc et rouge, son industrie particulièrement prospère est la fabrication de la fausse monnaie.
- Hamadan qui, au dire des Chroniqueurs, contenait au xiie siècle 50000 juifs, n’en renferme plus maintenant que 1500 ou 2000. Cette cité est chère aux Israélites parce qu’elle possède le tombeau d’Esther et de Mardochée, édifice quadrangulaire en briques composé de deux chambres surmontées par une coupole moderne. Les corps de la reine et de son oncle reposent dans un sarcophage en bois sculpté tout garni de caractères hébraïques.
- Continuant leur route les armées russes ont atteint la capitale du Kurdistan auprès de laquelle étaient massées les troupes réunies parles Allemands
- et formées en grande partie par les Kurdes et par les Lours, peuplade la plus mal famée de toute la Perse. Ces contingents de fortune ne purent tenir en présence des armées régulières russes et Ker-manschah ne tarda pas à tomber en leur pouvoir.
- Kermanschah est un point stratégique d’une réelle importance en raison de sa situation au point de rencontre des routes qui conduisent de Téhéran, Ispahan et Tauris vers Bagdad. Elle se trouve sur la grande route qui relie la Turquie à la Perse. On n’ignore pas, en effet, que tout bon Persan doit se rendre au moins une fois dans sa vie à Kerbala pour prier sur le tombeau sacré d’Ali le compagnon de Mohamet. De ce fait la ville de Kermanschah voit défiler à travers ses rues environ 100000 pèlerins par an.
- C’est une ville très importante dont la population est de 55 à 40000 habitants, elle était protégée par une forte muraille de briques flanquée de tours qui dominent des fossés actuellement remplis de débris, et tout ce système de fortification mal entretenu est aujourd’hui en ruines. Dominant la ville, se trouve la citadelle qui sert de résidence au gouverneur qui est généralement un membre de la famille royale, et, en raison des avantages considérables qui sont attachés à cette situation, le fameux Zi-les-Sultan s’était, il y a quelques années, fait donner cette grasse prébende. Dans le voisinage de Kermanschah se trouvent deux rochers : le Taki Bostan (la voûte du jardin) et le Takkt-i-Roustan (le trône de Roustan) où se trouvent deux salles taillées dans le roc remplies des sculptures les plus curieuses remontant à l’époque Sassanide.
- L’effort considérable que tentent en ce moment avec tant de succès nos alliés les Russes pour prendre à revers les forces turques appelle l’attention sur cette région monta gneuse désignée sous le nom de Kurdistan dont une partie s’étend en Turquie et l’autre en Perse. Nous ne nous occuperons que de cette dernière. Au nord se trouve le lacd’Urmiah qui fait partie d’un groupe de lacs situés soit en Hussie comme le lac Gotcha près Erivan, soit en Turquie comme le lac de Van. Le lac d’Urmiah que les Persans appellent Daria-i-Shahi, c’est-à-dire la mer royale, mesure 110 km de long sur 50 à 60 de largeur, il s’étend sur un plateau élevé à plus de 1500 m. au-dessus du niveau de la mer. Sa profondeur est minime puisqu'elle ne dépasse pas 15 m. Sa caractéristique principale est sa forte teneur en sel marin (22 pour 100). Il est difficile aux baigneurs d’y plonger et même
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- d’y nager, car ils remontent de suite à la surface et une épaisse couche de sel ne tarde pas à se former sur tout leur corps et plus particulièrement sur les cils et sur les cheveux. Quand le vent souffle, on voit des bandes d’écume salée qui roulent sur la surface de l’eau et viennent se cristalliser sur le rivage. Les bords du lac sont entourés d’une véritable ceinture de sel qui, se mélangeant avec des détritus végétaux, dégage une odeur insupportable.
- On ne sait pas grand’chose de l’origine des Kurdes, on les a identifiés avec les Carduchi de Xénophon, qui harcelèrent 1 a retraite des Dix mille. On assure d’autre part que le fameux Sa-ladin des Croisades appartenait à cette race, mais quoi qu’il en soit, c’est un peuple ignorant, grossier et d’une férocité qui est devenue proverbiale dans tout l’Orient. N’a-t-on pas vu, lors des derniers événements, que les Turcs pour faire massacrer les Arméniens, les expulsèrent de leurs villes et les poussèrent vers les Kurdes préalablement prévenus, absolument comme on envoie un troupeau de moutons à l’abattoir. Rien ne semblait cependant prédestiner cette race à cet office d’exécuteurs de basses œuvres des misérables sujets du Sultan à Constantinople. Dans leurs montagnes, les Kurdes vivent comme des pasteurs et des cultivateurs : l’été ils vont sur les pentes élevées des
- montagnes faire paître leurs troupeaux et l’hiver ils redescendent dans leurs villages plus abrités contre le froid et les intempéries. Les voyageurs qui les ont visités s’accordent pour trouver chez les Kurdes de grandes qualités d’hospitalité, mais ces derniers oublient bien vite leurs mœurs patriarcales quand ils sentent l’odeur du sang et qu’ils peuvent entrevoir l’occasion de pratiquer de fructueux pillages.
- Au point de vue militaire ils ne constituent que d’assez piètres soldats, la raison doit en être cherchée dans leur amour immodéré du pillage et dans leur impatience à supporter le joug d’une autorité quelle qu’elle soit. Il y a quelques années, dans la guerre russo-turque, les régiments de Kurdes ont fait plus de mal que de bien. Au point de vue décoratif ces guerriers avaient certainement une grande allure, car il y a peu d’années encore ils étaient vêtus de grandes cottes de mailles et avec leurs écharpes flottantes et leurs longues lances, ils donnaient assez bien l’impression des paladins du Moyen Age. Les événements ont montré que c’est en vain que les Allemands avaient compté sur leur concours utile pour arrêter la marche de nos alliés les Russes qui, sur la frontière de la Turquie, font de la bonne et utile besogne dont en France nous ressentirons les heureux effets jusque sur notre front. Henry-René D’Allemagne.
- Fig. 6. — Gendarmerie persane.
- SHACKLETON EN DÉTRESSE DANS L’ANTARCTIQUE
- Récemment les quotidiens ont publié une série de dépêches contradictoires sur le sort de l’expédition antarctique de Shackleton. D’après les unes, le célèbre explorateur serait rentré sain et sauf en Nouvelle-Zélande, d’après les autres, il se trouverait au contraire en perdition. Suivant les télégrammes publiés par le Daily Chronicle qui s’est assuré le monopole des nouvelles officielles de l’expédition, les seules par suite dont on doive tenir compte, la vérité est fort différente. De ces documents, il ressort que la situation de la mission anglaise est grave, mais qu’elle ne saurait être considérée comme désespérée. Pour que l’on puisse en juger, rappelons d’abord le programme de l’expédition.
- Shackleton ne se proposait rien moins que de traverser de part en part le continent antarctique en pas-
- sant par le Pôle sud. Pour cela, il projetait de débarquer sur la terre du Prince Luitpold, découverte en 1912 par le lieutenant allemand Filchner et située à l’extrémité méridionale de la mer cle Weddell, prolongement de l’Atlantique austral. De là, à travers les glaciers qui couvrent tout le continent antarctique, il marcherait droit vers‘le Pôle; une fois ce but atteint, il prendrait ensuite la direction du nord, sur le versant de l’Antarctique faisant face à la Nouvelle-Zélande, et, par le glacier Beardmore et la Grande Barrière qu’il avait suivis en 1910, il atteindrait le Mac Murdo Sound, le long golfe de la mer de Ross, ouvert entre l’ile Ross et la terre Victoria et ayant servi de base d’opérations à sa précédente expédition et à celles de Scott. Afin d’assurer pendant la seconde partie du voyage la sécurité
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- de la caravane, qui serait à ce moment plus ou moins I épuisée par la longue marche fournie depuis les bords de la mer de Weddell, le programme prévoyait rétablissement d’un second détachement sur les rives du Mac Murdo Sound, avec mission d’aller au-devant du premier groupe et de lui amener des ravitaillements sur le glacier Beardmore.
- Shackleton était prêt à partir lorsque la guerre éclata. Sur l’avis du roi, il ne changea rien à ses plans et, dans les premiers jours d’août 1914, il quittait l’Angleterre sur un solide navire, Y Endurance. Au début de janvier 1915, l’expédition arrivait à la Géorgie du Sud. Au cours d’une reconnaissance dirigée de cette île vers le Sud elle constatait que la saison s’annonçait très mal au point de vue de la navigation dans l’océan Antarctique : d’épaisses banquises encombraient la mer. Aussi bien le chef de la mission annonça-t-il qu’il n’espérait point atteindre la terre du Prince Luitpold, sa base d’opération à l’extrémité méridionale de la mer de Weddell, avant la fin de l’été austral, soit en février ou mars 1915, mois correspondant à juillet et août dans notre hémisphère.
- Dès lors il ne pourrait entamer la marche vers le Pèle avant le printemps suivant, c’est-à-dire avant septembre ou octobre 1915. Depuis, aucune nouvelle du célèbre explorateur ne nous est parvenue.
- Tandis que Y Endurance faisait route vers la mer de Weddell, le 15 décembre 1914, le second navire de l’expédition, YAurora, quittait la Tasmanie avec le détachement commandé par le capitaine Mackintosh et chargé d’aller s’installer sur les bords de Mac Murdo Sound et de s’avancer ensuite au-devant de la caravane retour du Pôle.
- Si aucun incident ne se produisait, les deux groupes devaient opérer leur jonction en février ou mars dernier sur le glacier Beardmore ou sur la Grande Barrière et l’expédition tout entière être de retour en Nouvelle-Zélande en avril. Or, YAurora vient de rentrer non seulement sans Shackleton, mais encore sans aucune nouvelle de lui.
- Voici ce qui s’est passé.
- Le 9 janvier 1915, après un voyage très rapide depuis la Tasmanie, YAurora arrivait devant la fameuse Grande Barrière, illustrée par la fin tragique de Scott. S’engageant ensuite dans le Mac Murdo Sound, il mouillait quelques jours plus tard près du cap Evans, devant les
- anciens quartiers d’hiver de l’infortuné Scott. Cet ancrage se trouve très exposé aux glaces comme aux vents, mais on n’avait pas le choix. L’Aurora y demeura donc, tandis que des escouades employaient la fin de l’été antarctique à installer des dépôts de vivres sur la Grande Barrière en vue de faciliter le retour de Shackleton. Le 6 mai, date correspondant au 6 novembre de notre hémisphère, alors que dix hommes dont le capitaine. Mackintosh n’étaient pas encore rentrés de leur expédition dans l’intérieur, une furieuse tempête de neige fit déraper le navire et le jeta au milieu d’une épaisse banquise en mouvement. Tous les efforts pour le dégager demeurèrent inutiles. Dès lors attaché à la banquise en dérive, YAurora erra avec elle au gré des vents et des courants à travers la mer de Boss, pendant dix mois,
- exposé à chaque minute à être coulé dans une convulsion des glaces. Seulement le 14 mars dernier, par 64° de latitude Sud et 161° de longitude Est de Gr., après une dérive d’environ 1200 milles au milieu du pack, le navire sortait de l’étau qui l’enserrait depuis si longtemps, mais presque complètement désemparé. Heureusement le capitaine réussit le 25 mars à lancer un appel radiotélé-graphique. Aussitôt sur l’ordre du gou-vernement néo-zélandais, un solide remorqueur partit à la recherche de YAurora et parvint à le ramener à Port-Chalmers.
- La tragique aventure arrivée à ce bateau aggrave singulièrement la situation de Shackleton. Sur les bords du Mac Murdo Sound existent des baraquements élevés par les expéditions de Scott et d’abondants approvisionnements, sans compter ceux amenés par YAurora. Les dix hommes abandonnés sur le rivage ne courent donc pas le danger de mourir de faim, non plus que Shackleton, s’il a réussi dans son entreprise et est arrivé à la fin de l’été antarctique 1915-1916, c’est-à-dire à la fin de mars dernier. Mais lui a-t-il été possible d’atteindre le Mac Murdo? Les dépôts de vivres destinés à faciliter sa marche sur ce versant n’ont pas été installés à une grande distance dans l’intérieur, à la suite du brusque départ de YAurora avec la majeure partie du personnel.
- Un autre sujet d’inquiétude, c’est l’absence prolongée de YEndurance, le navire qui a transporté le gros de l’expédition à la terre du Prince Luitpold. Ce navire devait rentrer à Buenos-Ayres à la fin de l’été austral
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- Itinéraire de Shackleton à travers VAntarctique.
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- 1916, soit en mars dernier au plus tard; or, il n’a pas encore paru.
- Par l’expérience des expéditions de Bruce et de Filchner, on sait que, dans la mer de Weddell, les banquises peuvent être très compactes. Le 8 mars 1912 le Deutschland, le navire de cette dernière mission, fut bloqué par les glaces et dériva ensuite avec elles vers le Nord pendant près de dix mois. Il ne parvint à
- se libérer que le 27 novembre et rallia la Géorgie du Sud trois semaines plus tard.
- Peut-être l’Endurance a-t-il subi le même sort et arrivera-t-il à la fin de l’année? Alors seulement nous recevrons des précisions sur la situation de Shackleton. En tout cas, sans attendre cet événement, l’organisation d’une expédition de secours s’impose à destination du Mac Murdo Sound. Charles Rabot.
- RÉCENTS TRAVAUX DU MÉTROPOLITAIN
- Une loi relativement récente (50 mars 1910) a déclaré d’utilité publique l’établissement dans Paris de neuf lignes métropolitaines nouvelles, embranchements ou prolongements des lignes déjà en exploitation, et dont l’ensemble constitue le réseau complémentaire du métropolitain. Ces neuf lignes, concédées à titre ferme à la Compagnie du Chemin de fer Métropolitain, sont les suivantes :
- 1° Prolongement de la ligne n° 7, par les quais, du Palais-Royal à l’Hôtel de Ville, au boulevard Morland et à la Bastille : 3180 mètres;
- 2° Prolongement de la ligne n° 5 jusqu’à la porte des Lilas, avec raccordement sur la ligne n° 7 près de la porte du Pré-Saint-Gervais : 2520 mètres ;
- 5° Voie ferrée de la porte d’Orléans à la porte de Gentilly ;
- 4° Prolongement jusqu’à l’Opéra de la ligne de la porte de Saint-Cloud au Trocadéro : 4050 mètres ;
- 5° Embranchement de la place de la Bastille à la porte de Picpus (porte Dorée) : 4250 mètres;
- 6° Ceinture intérieure des Invalides aux Invalides avec passage parla rue de Sèvres : 10340 mètres;
- 7° Ligne de la porte de Choisy et de la porte d’Italie au boulevard Saint-Germain avec raccordement sur la ligne n° 4 au carrefour de l’Odéon : 4495 mètres ;
- 8° Ligne de la place de la République à la porte des Lilas : 5940 mètres.
- La convention de concession (19 juin 1909) annexée à la loi, prévoit en outre la construction, mais à titre éventuel, des cinq autres lignes ci-après :
- 1° Embranchement de la ligne n° 8 (station avenue de La Motte-Picquet) à la porte de Sèvres ;
- 2° Embranchement de Saint-Augustin à la porte des Ternes avec prolongement éventuel jusqu’à la porte Maillot ;
- 5° Ligne de la place Maubert à la place de la République constituant la partie centrale delà ligne de la porte de Choisy à la place de la République et à la porte de Montreuil ;
- 4° Embranchement du boulevard de la Villette à la porte de Montreuil ;
- 5° Raccordement entre les lignes n° 8 et n° 4 du pont Mirabeau à l’église de Montrouge.
- Au moment où l’Allemagne déchaînait sur l’Eu-
- rope la plus épouvantable des guerres, la Ville de Paris avait entamé la construction du réseau complémentaire. Les chantiers se trouvaient ouverts; pour le prolongement de la ligne n° 5 jusqu’à la Porte des Lilas et son raccordement avec la ligne n° 7 à la Porte du Pré-Saint-Gervais ; pour le prolongement jusqu’à l’Opéra de la ligne de la Porte de Saint-Cloud au Trocadéro; enfin pour la partie de la ceinture intérieure comprise entre le carrefour du boulevard Saint-Germain et de la rue du Four et l’Esplanade des Invalides. La Ville poursuivait, en outre, l’achèvement du dernier tronçon de la ligne n° 7 (du Palais-Royal à la place du Danube) qui reliera la partie déjà exploitée de cette ligne jusqu’à l’Opéra à la place du Palais-Royal où passe la ligne n° 1 (Vincennes-Maillot).
- La mobilisation générale décrétée le lei\août 1914 détermina une perturbation profonde sur ces divers chantiers : un grand nombre d’ouvriers et d’agents du personnel dirigeant partirent immédiatement sur le front; d’un autre côté les matériaux se raréfièrent promptement en raison, soit de la cessation presque absolue des transports commerciaux, soit de l’arrêt des usines de production ou des chantiers d’extraction.
- Malgré toutes les difficultés, aucun chantier d’infrastructure n’a été fermé. Les travaux ont été poursuivis avec le personnel et les matériaux dont on pouvait disposer, en s’attachant tout d’abord à terminer les parties d’ouvrage dont l’abandon indéfini aurait pu avoir des conséquences fâcheuses pour la commodité de la circulation ou la sécurité des ouvrages et des immeubles voisins. Ce n’est qu’après l’achèvement de ces parties délicates que les travaux ont été attaqués sur d'autres points, d’abord avec le souci constant de les conduire de façon qu’ils puissent être interrompus instantanément sans risque pour l’avenir si, par suite des événements, il était devenu nécessaire d’arrêter le travail à un moment donné ; puis, lorsque la situation se trouva éclaircie, avec le désir de terminer les lots en cours dans un délai aussi réduit que le permettent les difficultés du moment.
- Aujourd’hui, bien que l’on n’ait pu réunir sur les chantiers, depuis le début de la guerre, que le
- I tiers environ des ouvriers que l’on employait en temps de paix, plusieurs lots sont sur le point d’être
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- terminés. De tous ces lots, le plus curieux est celui qui comprend le terminus de la Ceinture intérieure sous l’Esplanade des Invalides et les raccordements de cette ligne avec la ligne n° 8; il nous a paru intéressant de donner à nos lecteurs un aperçu de ces travaux et de ceux de la portion de la ligne comprise entre ce point et le boulevard Saint-Germain.
- La Ceinture intérieure tire son nom de son tracé qui est, dans son ensemble, concentrique au chemin de fer de Ceinture; elle prend son origine à l’Esplanade des Invalides et se confond d’abord avec la ligne n° 8, dont elle emprunte les voies entre les Invalides et l’Opéra, puis elle se développe sous la ligne des grands boulevards de la rive droite en passant à la place de la République et à la Bastille. Là, elle s’infléchit par le boulevard
- lides-Boulevard Saint-Germain — Bastille-Opéra-Invalides-Auteuil.
- II. — Ceinture intérieure en double circuit fermé. — Ligne n° 8 en navette entre Auteuil et les Invalides.
- III. — Ceinture intérieure en simple circuit fermé : des Invalides aux Invalides par la voie extérieure. Ligne n° 8 formant circuit en raquette avec la voie intérieure de la Ceinture.
- Dans les trois cas, on devait envisager, en outre, un service Porte de Choisy — Porte de Montreuil empruntant la Ceinture intérieure entre le carrefour de l'Odéon et la place de la Képublique, et un service local Concorde-Bastille.
- Bien entendu, il ne s’agit pas de réaliser à la fois les trois combinaisons et les deux services,
- | mais seulement de permettre à la'Compagnie du
- Fig. i. — La gare double des Invalides.
- Henri IY, passe sous le lit de la Seine" à l’aval du Jardin des Plantes, puis sous la Halle aux Vins et revient à l’Esplanade des Invalides par la rue des Écoles, le boulevard Saint-Germain, les rues du Four et de Sèvres et le boulevard des Invalides. A la place de la République, elle prendra contact ou s’embranchera avec d’autres lignes, notamment avec celle qui, de cette place, gagnera la porte de Montreuil. Au carrefour de l’Odéon, elle se raccordera avec la ligne de la porte de Choisy et de la porte d’Italie au boulevard Saint-Germain.
- Au cours des études entreprises pour le projet de la Ceinture intérieure, la Compagnie du Métropolitaine demandé que les ouvrages à construire à la jonction avec la ligne n° 8, aux Invalides, fussent combinés de façon à laisser réalisables les trois combinaisons d’exploitation suivantes :
- I. — Ceinture intérieure en double circuit fermé auquel se superposerait le circuit Auteuil-Invalides-Opéra — Bastille — Boulevard Saint-Germain-Inva-
- chemin de fer Métropolitain de faire un choix qui ne peut être déterminé que par la pratique. On ignore, en effet,, de la façon la plus complète comment s’établiront finalement les courants de trafic sur une ligne aussi compliquée, et la Compagnie a désiré avoir à sa disposition un instrument permettant de faire face, dans les meilleures conditions— avec un minimum de perte de temps et de fatigue pour le public ‘— à ceux de ces courants qui se dévoileront au début de l’exploitation. Nous indiquerons plus loin comment les dispositions d’ouvrages réalisés aux Invalides permettent de satisfaire à ce programme.
- Tracé de la Ceinture intérieure entre le carrefour de l’Odéon et les Invalides. — En quittant le boulevard Saint-Germain, la Ceinture intérieure emprunte la rue du Four, traverse le carrefour de la Croix-Rouge, suit la rue de Sèvres jusqu’au boulevard des Invalides, tourne ensuite à droite et se développe sous ce dernier boulevard jusqu’à
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- la hauteur de la rue de Varenne. En ce point, | cordée, du côté de la ruf1 F>bert, au souterrain de à la sortie d’une station à trois voies, elle se par- 1 la ligne nu 8 (sortie de la station Boulevard de la
- tage en quatre branches : deux de ces branches I Tour-Maubourg) ; les deux autres branches enser-se réunissent sous l’hsplanade 'en une boucle rac- j rent, le long de la rue de Constantine, le souterrain
- Fig. 2. — Le Métro sous l’Esplanade des Invalides. — Tracé des différentes lignes qui s’y croisent.
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- RÉCENTS TRAVAUX DU MÉTROPOLITAIN
- de la ligne n° 8, auquel elles viennent se réunir au carrefour de la rue de l’Université. Une station à deux voies, avec quai central, est placée sur la boucle à la hauteur de la rue Saint-Dominique; deux autres stations, à une voie et à un quai, sont établies sur les deux autres branches, la première accolée à la station de la boucle, la seconde accolée à la station de la ligne n° 8. Le développement ainsi donné aux ouvrages à établir sous l’Esplanade est motivé par la nécessité de laisser réalisables les diverses combinaisons d’exploitation envisagées par la Compagnie.
- La ligne nouvelle passe sous la ligne n° 4 au croisement d e la rue de Rennes, sous le chemin de fer Nord-Sud au carrefour de la rue de Sèvres et du boulevard Ras-pail, enfin sur la ligne n° 8 à l’Esplanade des Invalides, du côté de la rue de Grenelle.
- L’allure du profil en long est assez tourmentée. Dans la première partie, entre le boulevard Saint-Germain et la rue du Bac, le rail se tient à une assez grande profondeur en raison des passages successifs sous la ligne n° 4 et sous le chemin de fer Nord-Sud. A partir de la rue du Bac, le profil se relève jusqu’à la rue Vaneau, puis il s’abaisse de nouveau pour passer sous le collecteur Blomet au carrefour de la rue de Sèvres et du boulevard des Invalides. Un ressaut analogue se produit un peu plus loin pour un second passage sous le même collecteur qui a pris le nom de collecteur Bosquet, à la place Saint-François-Xavier. Le profil s’abaisse ensuite afin de réserver, à l’entrée de l’Esplanade des Invalides, la hauteur suffisante pour le chevauchement des diverses branches en lesquelles se divise la ligne. Sous l’Esplanade, le rail a été tenu suffisamment bas pour que l’établissement des ouvrages ne nuise pas aux plantations.
- La longueur de bout en bout de cette portion de > la ceinture intérieure, comptée du boulevard Saint-
- Germain au sommet de la boucle sous l’Esplanade des Invalides, est de 5261 m. La longueur développée des souterrains atteint 4230 mètres.
- Du boulevard Saint-Germain à la rue de Varenne le souterrain est disposé pour deux voies ; sous l’Esplanade des Invalides, les souterrains sont à voie unique, sauf dans la demi-boucle, côté de la rue Fabert, où se trouvent des galeries à deux et à trois voies.
- Le terrain dans lequel sont établis les ouvrages est constitué, d’une manière générale, par les assises du calcaire grossier (marnes et calcaires) surmontées
- de sables d’al-luvions et de remblais. Le souterrain ne pénètre dans les sables, par l’extrados, qu’en trois points : au carrefour de la Croix-Rouge, à la rue Vaneau et, sur une faible longueur, au boulevard des Invalides; sur un point de l’Esplanade le souterrain p é-nètre entièrement le sable.
- Ces terrains sont imprégnés d’eau, assez abondante dans les sables; à l’Esplanade des Invalides on a dû tenir compte, en outre, de la possibilité d’un débordement des eaux sur la chaussée, en cas d’inondation comparable à celle de janvier 1910. Dans ces conditions il a paru nécessaire de renforcer les ouvrages dans les parties susceptibles d’être soumises à de fortes sous-pressions. Le projet a donc prévu l’application, en dehors des types courants déjà employés sur les autres lignes métropolitaines, de types renforcés pour les parties basses du profil. Ces derniers diffèrent des types courants par une plus grande épaisseur des maçonneries de voûte- et de piédroits et par un surcroît de résistance et d’étanchéité donné au radier qui a été constitué par un double massif de maçonnerie : en béton à la partie inférieure, en briques, à la partie supérieure, avec chape intermédiaire en ciment lissé.
- Quelques ouvrages spéciaux : trompes d’épanouissement et ouvrages de jonction aux points de sépa-
- L U'JIE M\Q O U RG
- ""jt.'ÀfOffinr,
- Fig. 3. — Tracé de la ceinture intérieure des Invalides aux Invalides avec passage par la rue de Sèvres se confondant avec la ligne 8 entre les Invalides et VOpéra.
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- Opéra
- Invalides
- Auteuii
- Concorde Invalides
- Auteuii
- ration ou de rencontre des souterrains, souterrains à trois voies, etc., ne sont, en général, que la reproduction de cas qui se sont déjà fréquemment présentés.
- Toutes les stations sont voûtées et établies suivant le type usuel (au besoin renforcé), sauf « Rue Yaneau », « Rue de Varenne » et « Les Invalides » qui ont reçu des dispositions spéciales. Pour la station « Rue Vaneau », l’étroitesse relative de la rue de Sèvres a nécessité l’adoption d’un type légèrement différent du. type usuel. La station « Rue de Ya-renne » qui forme le point de départ des quatre branches établies sous l’Esplanade des Invalides est disposée pour recevoir trois voies avec un quai central et un quai latéral.
- La station « Les Invalides », de la boucle, juxtaposée à la station de même nom de l’une des branches qui rejoint la ligne n° 8 à la rue de l’Université, forme un ouvrage double composé d’une station à deux voies avec quai central et d’une station à voie unique avec quai latéral. Une autre station à voie unique pour la seconde branche rejoignant également la ligne n° 8 à la rue de P Université, est accolée à la station « Les Invalides » quelque peu allongée de cette dernière ligne.,
- Exécution des travaux. —
- On a procédé par la méthode des galeries boisées généralement appliquée pour la construction du Métropolitain. Rappelons que l’on perce d’abord, suivant l’axe du tracé, une galerie d’avancement à la hauteur du sommet de la voûte. Lorsque cette galerie est exécutée sur une certaine longueur on l’élargit par tronçons successifs — on abat le terrain — pour réaliser le profil extérieur delà voûte, puis on maçonne celle-ci. On reprend ensuite, en sous-oeuvre, les piédroits, c’est-à-dire les parois latérales du souterrain, en altèrnant ces reprises de façon qu’un vide à droite fasse pendant à un plein à gauche. Les piédroits repris on déblaie le noyau central, puis on exécute le radier.
- Cette méthode, ainsi exposée dans ses lignes générales, est susceptible de quelques variations dans son application. Aux Invalides, en particulier, sur une certaine longueur, le souterrain est entièrement construit dans les sables aquifères de la plaine de Grenelle. Pour percer les galeries on a dû installer de fortes pompes d’épuisement pour tenir le terrain à sec. L’épuisement était susceptible d’entraîner une certaine quantité de sable et, par suite, de déter-
- miner des vides qui auraient provoqué des éboule-ments. Afin d’éviter les accidents de ce genre, on a dû battre à la base des futurs piédroits des rideaux de palplanches destinés à isoler les fouilles des reprises de piédroits des rigoles d’épuisement et à empêcher l’entraînement des sables.
- Le passage du souterrain sous celui de la ligne n° 4 n’a donné lieu à aucune particularité méritant d’être signalée. Sous la ligne du Nord-Sud, on a dû supprimer le radier de maçonnerie et le remplacer par un tablier métallique soutenu par les piédroits du souterrain inférieur ; ces travaux n’ont pu être exécutés que pendant la nuit lorsque la circulation des trains avait cessé. A l’entrée de l’Esplanade des Invalides le passage du souterrain de la branche de droite de la boucle au-dessus de la ligne n° 8 a nécessité la démolition de la voûte de cette dernière ligne et la substitution d’un tablier métallique au radier du nouveau souterrain. La branche de gauche de la boucle et le raccordement de la voie gauche avec
- ’épubi/que
- f? de Montreuil
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- la ligne n°
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- Choisy
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- Fig. 4 à 7. — Les différentes combinaisons possibles de boucles pour la ligne circulaire intérieure.
- lement cette dernière ligne dans les mêmes parages, mais là, la hauteur dont on disposait a été suffisante pour éviter toute modification des anciennes maçonneries. Les raccordements des souterrains nouveaux avec la ligne n° 8 d’une part, à la sortie de la station actuelle « Invalides », d’autre part à l’entrée de la station « La Tour-Mau-bourg » ont donné lieu à d’assez grosses difficultés dues à l’obligation d’exécuter les travaux d’élargissement nécessaires sans troubler le trafic de la ligne en exploitation. D’une façon générale, on a construit les nouvelles voûtes au-dessus des anciennes, puis, le travail étant terminé, on a procédé à la démolition de ces dernières pendant la période d’interruption de l’exploitation en protégeant les installations de la voie par un plancher provisoire.
- Éxploitation. — Nous avons indiqué, au début de cette étude, les trois modes d’exploitation envisagés pour la Circulaire intérieure sur laquelle se greffe la ligne n° 8. Ces trois combinaisons se pré7 cisent comme suit :
- lre Combinaison. — La ligne n° 8 (Auteuil-Opéra) est mise en exploitation avec la circulaire intérieure. Les trains partant d’Auteuii se rendent directement à l’Opéra, puis continuent leur route jusqu’à la Bastille pour revenir par le boulevard Saint-Germain à l’Esplanade des Invalides. Là, par le souterrain I
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- 316-—- ---- LA FABRICATION DES TUBES MÉTALLIQUES
- (voir le plan), ils pénètrent dans la boucle qu’ils parcourent entièrement et s’en échappent par la branche IA pour accomplir le même trajet que précédemment, mais en sens inverse : Boulevard Saint-Germain-Bastille-Opéra-Invalides-Auteuil.
- 2e Combinaison. — La ceinture intérieure constitue un double circuit fermé. Les trains peuvent être considérés comme tournant indéfiniment les uns dans un sens, les autres dans l’autre sur une double voie circulaire. Ceux marchant dans le sens boulevard SaintrGermain-Opéra empruntent aux Invalides la voie 2 du plan et les autres la voie 2A. Cette combinaison comporte une navette sur la ligne n° 8 entre Auteuil et les Invalides et retour. Les trains venant d’Auteuil s’arrêtent à l’ancienne station Invalides et retournent à Auteuil par un aiguillage semblable à celui qu’ils subissent actuellement à l’Opéra.
- 5e Combinaison. — La ceinture intérieure est encore en circuit fermé comme précédemment, mais la ligne n° 8 formant circuit en raquette, intervient. Dans ce cas certains trains parcourent la boucle dans les deux sens, tandis que d’autres, venant du Bou-
- levard Saint-Germain, s’engagent dans la boucle en empruntant la même voie 1 que dans la première combinaison, puis pénétrant dans le souterrain 5, pourront être dirigés sur Auteuil d’où ils reviendront aux Invalides pour s’engager de nouveau sur la ceinture intérieure dans la direction Boulevard Saint-Germain-Bastille.
- Lorsque les tronçons Porte de Montreuil — Place de la République et Porte de Choisy — Odéon seront construits, les trains venant de la première direction pourront également s’engager sur la ceinture intérieure à la place de la République, parcourir celte ceinture jusqu’à l’Odéon et venir ensuite terminer leur course à la porte de Choisy. Ceux de ce dernier point effectueraient le même trajet en sens contraire.
- La station à trois voies, « Rue de Varenne », a permis la réalisation de ces combinaisons. Rappelons que le principe en est dû à M. Biette, ingénieur en chef des Ponts et Chaussées qui l’a déjà appliqué en plusieurs points du réseau.
- Lucien Fournier.
- LE PROCÉDÉ MANNESMAN POUR LA FABRICATION DES TUBES MÉTALLIQUES
- On sait les difficultés que présentent les divers procédés employés pour fabriquer des tubes métalliques. Si, pour le cuivre, la méthode électrolytique Elmore donne d’excellents résultats, elle est inapplicable au fer et on en est réduit à pratiquer l’enroulement avec soudure ou rivure, le forage, l’étirage ou enfin le procédé des rubans.
- Pour la confection des armes à feu, le forage, qui pendant longtemps est resté le seul procédé utilisé, présente de nombreuses difficultés, surtout avec les calibres réduits des fusils modernes et leur grande longueur.
- Le procédé Mannesman, qui date de 1888 permet de résoudre ces difficultés. Il n’est pas sans intérêt d’exposer les très curieux moyens qu’il met en œuvre et qui sont en général ignorés.
- On fait simplement passer un cylindre plein entre deux rouleaux de laminoir d’une forme particulière et dont les axes ne sont pas parallèles.
- L’opération se fait au rouge vif pour l’acier, au rouge sombre pour le bronze, le cuivre et le laiton ; elle suffit à déterminer dans le cylindre un vide longitudinal suivant son axe. (Ces métaux sont les seuls auxquels le procédé s’applique. Le fer ne présente pas assez de ténacité à chaud. Quant aux métaux trop malléables comme le plomb, ils ne se laissent pas travailler de cette façon. D’ailleurs la fabrication des tubes ne présente pour eux aucune difficulté.) Voici comment on peut expliquer ce qui se passe (Q.
- Considérons (fig. 1) un cylindrée, calé sur un axe capable non seulement de tourner, mais encore de se déplacer longitudinalement dans ses coussinets. Amenons à son contact un disque a, auquel nous
- 1. Revue d’artillerie, tome XX XVIJ
- donnerons un mouvement de rotation, tout en l’obligeant à exercer une certaine pression sur le cylindre. Si les axes du disque et du cylindre sont parallèles, nous déterminerons ainsi la rotation du dernier; s’ils sont à angle droit il prendra un mouvement de translation. Si enfin les deux axes font entre eux un angle comme c’est le cas sur la figure, les 2 mouvements se combineront, le cylindre tournera, et en même temps se déplacera longitudinalement. Il prendra un mouvement hélicoïdal.
- Mais la pression exercée par le disque tend évidemment à fausser l’axe du cylindre; pour empêcher cet effet on fera agir de l’autre côté du cylindre un second disque de friction b égal au premier (fig. 2), exerçant la même pression, tournant avec.la même vitesse dans le même sens et dont l’axe sera incliné sur celui du cylindre du même angle que le disque précédent mais en sens inverse. Le cylindre prendra encore un mouvement hélicoïdal.
- Supposons maintenant que l’on vienne à contrarier la composante longitudinale de ce mouvement-Les 2 disques tendront à déplacer longitudinalement la matière des couches'superficielles du cylindre et cela sur tout le pourtour de ce dernier puisqu’il 1 continue de tourner librement.
- Remplaçons maintenant les 2 disques par 2 rouleaux de laminoir dont la surface portera des stries hélicoïdales capables de mordre dans la matière du cylindre amollie par la chaleur (fig. 3), et réalisons pratiquement l’enrayage longitudinal du cylindre en donnant une forme tronconique à la partie antérieure des rouleaux, c’est-à-dire à celle par laquelle le cylindre pénètre dans leur intervalle. Les couches superficielles sont alors poussées en avant avec plus
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- LA FABRICATION DES TUBES MÉTALLIQUES ===== 3 17
- de vitesse que n’en peut prendre la imsse du cylindre et il se forme une excavation en entonnoir sur la tranche de ce dernier.
- Le cylindre avance, le bord de l’entonnoir atteint la partie lisse des rouleaux, la portion suivante du cylindre est prise par les cannelures et creusée en
- c
- Fig. i. — Schéma du procédé Mannesman pour fabrication des tubes.
- 2000 à 10 000 chevaux. Pour ne pas avoir à mettre en oeuvre une machine aussi forte, on profite de ce que le laminoir ne travaille que par intervalles, 50 à 45 secondes (temps suffisant pour transformer
- a a
- Fig. 2. —• Dispositif des cylindres malaxeurs.
- Fig. 3. -travail des
- entonnoir. Tout se passe comme si l’on dépouillait un animal en retroussant sa peau par-dessus sa tête.
- Dans la pratique le phénomène est plus complexe que nous ne venons de l’indiquer.
- Les rouleaux utilisés ne sont pas cylindriques, mais ont la forme ovoïde (fig. 4). Les parties striées refoulent les couches superficielles en les faisant rouler sur elles-mêmes. C’est entre leurs parties lisses que la matière de la barre se sépare et se creuse ut le diamètre extérieur du tube obtenu est plus grand que l’intervalle minimum des rouleaux.
- Le mandrin que l’on voit sur la figure sert à polir la surface intérieure, mais nullement au forage proprement dit et dans bien des cas on le supprime.
- Ce point est d’ailleurs mis en évidence par
- le fait que l’on est parvenu à faire des tubes fermés aux deux bouts.
- Les tubes obtenus peuvent être élargis par le mêmeprocédé. Le laminoir (fig. 5) se compose alors de 2 rouleaux tronconiques a, b, portant des stries hélicoïdales et dont les axes sont obliques sur celui du tube. Un mandrin cl qui tourne dans l’axe du tube c calibre intérieurement le nouveau tube c' qui sort de l’appareil.
- Les difficultés d’application qu’il a fallu vaincre sont très considérables. C’est ainsi que la puissance à fournir au laminoir varie, suivant les pièces, de
- Fig. 4. — Cylindres hélicoïdaux travaillant un tube.
- en tube une barre de 10 cm de diamètre et 4 m. de long). Entre deux opérations successives, on accumule une quantité d’énergie considérable dans un volant spécial de 70 t. environ tournant à 250 tours à la minute. C’est une vitesse double de celle admise pour les volants en fonte et il a fallu le construire en fils d’aciers, formant une énorme bobine, pour éviter sa rupture.
- Là ne se bornent pas les difficultés d’outillage que présente la mise en œuvre de cet original procédé : signalons encore la transmission de l’énorme énergie du volant aux rouleaux placés obliquement par rapport à lui et dont on doit pouvoir modifier la direction et l’intervalle suivant les pièces à traxrailler. Les tubes obtenus présentent une résistance exceptionnelle : un tube de 50 mm de diamètre sur 57 mm de hauteur ne commence à se déformer que sous une pression intérieure de 1700 atmosphères correspondant à une tension de sa couche intérieure de 80 kg 6 au millimètre carré, supérieure, à la charge de rupture des meilleurs aciers à canon. Cela tient à ce que les couches de métal pétries et modelées en fibres hélicoïdales réalisent le tube théorique formé de fils enroulés. On conçoit combien cette propriété est précieuse tant au point de vue industriel qu’au point de vue militaire pour la fabrication des frettes et des vis culasses, évidées, des canons d’armes, de tout calibre. En particulier, la carabine de cavalerie allemande modèle 1888 est en acier Mannesman. Dans la fabrication des projectiles on peut, grâce à cette méthode, remplacer la fonte par l’acier et obtenir d’excellents résultats.
- H. Vor/rA.
- Fig. 5.
- Élargissement des tubes.
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- L’EXPOSITION DE LA CITÉ RECONSTITUÉE
- L’exposition delà Cité reconstituée, organisée par ‘l’Association générale des Hygiénistes et Techniciens municipaux, va s’ouvrir incessamment sur la terrasse du jeu de Paume aux Tuileries.
- Sans entrer dans le détail des quatre groupes et des douze classes qui partageront ses installations, il suffit d’indiquer que cette opportune manifestation, préoccupée surtout d’hygiène et d’esthétique, se rapporte aux objectifs suivants :
- Reconstruction des villes et villages détruits, extension et aménagement des villes et villages, édifices publics, maisons d’habitation, constructions rurales et industrielles, matériaux et procédés de construction, aménagement intérieur de l’habitation, législation, voies publiques et promenades, assainissement, chauffage, éclairage, hydrothérapie, habitations démontables.
- On n’a point manqué d’objecter qu’une telle exposition était prématurée en l’état actuel des événements : cette critique est une grave erreur.
- Elle ne tient point compte de l’attachement du propriétaire à sa terre, à sa maison, à ses habitudes : elle émane des esprits superficiels, des inerties ou des égoïsmes de l’arrière, qui n’ont pas eu l’occasion de constater comment, dès le lendemain de la Marne, du Grand-Couronné, de l’Yser, dès le début du refoulement (hélas incomplet) de l’invasion, l’habitant ressaisissait frénétiquement son foyer, même incendié ou détruit. Rien n’est poignant comme cette reprise hâtive, fiévreuse des débris et des ruines dès qu’ils ne fument plus et dès qu’ils se trouvent hors des atteintes du canon : à Sermaize, derrière des planches, à Gerbéviller, dans des caves à peine déblayées, parmi les fermes champenoises sous des toits de fortune perchés sur quatre murs seuls restés debout, etc., il était, dès le printemps 1915, revenu, en maintes localités ravagées, plus de moitié de la population : on vit alors des bureaux de poste et cabines téléphoniques réinstallés en de grandes caisses, des mairies parmi des roulottes, et des autels d’église sous quelques poutres en travers de nefs effondrées !
- La hâte de reconstruire s’est même déjà trop souvent et trop précipitamment manifestée, en des emplacements défavorables et selon des errements funestes : depuis vingt-cinq ans les hygiénistes se
- sont efficacement évertués à combattre les terribles tares de nos constructions villageoises et municipales ; étroitesse des rues, petitesse des ouvertures dans les immeubles, insuffisance du cube d’air des pièces, exposition aux mauvais vents, situation défavorable des cimetières, des puits et des fumiers, insuffisance des égouts, etc. Partout où ils ont été écoutés, et surtout pour les adductions d’eau potable, la santé publique en a largement bénéficié : et c’est en grande partie à leurs efforts, et aux lois et règlements cju’ils ont su provoquer que, parmi toutes les horreurs en cours, nous n’avons pas encore vu poindre celles des épidémies ravageuses qui avaient toujours escorté les grandes guerres.
- Cependant la France n’est pas encore, au point de vue de la bonne hygiène, au niveau de plusieurs des autres nations d’Europe, à commencer par l’Allemagne (l) ; c’est pourquoi lorsque l’heure sonnera de relever définitivement nos ruines du Nord-Est, non seulement parmi les agglomérations déjà délivrées, mais encore parmi les cités martyres dont le supplice se prolonge toujours, il faudra à tout prix imposer des dispositions nouvelles, tenir compte des correctifs nécessaires, se soumettre aux progrès réalisés !
- Une foule d’emplacements et d’usages séculaires devront être abandonnés, — non sans heurts, sans sacrifices, sans expropriations, — en vue du bien nécessaire des générations futures, pour le salut desquelles celles d’aujourd’hui souffrent et meurent!
- C’est un gros problème que l’on pourrait appeler la rééducation de la réédification; il pose une foule de questions que le public et le particulier ne soupçonnent en aucune manière.
- Pour les en instruire, il ne fallait pas attendre le moment de la mise au travail, l’instant où le maçon reprendra sa truelle ; il importait de tracer d’avance le programme des restaurations rationnelles, d’esquisser le tableau des améliorations futures, de dresser la liste des erreurs où l’on ne devra plus tomber.
- C’est ce plan général de perfectionnement méthodique, c’est ce manuel des voies et moyens de réalisation pratique que l’on va trouver, bien à son heure et'préparé avec clairvoyance, dans l’Exposition de la Cité reconstituée.
- E.-A. Martel.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du i
- Origine du magnétisme terrestre. — M. Emile Belot remarque que le magnétisme terrestre est confiné dans une zone. de 30 km d’épaisseur. La partie haute de la croûte terrestre étant de densité 2,03, celle-ci ne contient que 145 kg de fer : ce qui est la moitié du chiffre nécessaire pour expliquer le moment magnétique de la terre. Mais cette teneur en fer doit s’élever très rapidement avec la profondeur pour amener l’excès de densité jus-
- o avril 1916.
- qu’à 5,6 qui ne saurait être dû à la diminution de volume par la pression dans les couches simplement siliceuses. Il remarque alors que cette augmentation du fer doit être beaucoup plus forte sous les mers que sous les continents. Le grand excès des Océans et leur disposition allongée expliqueraient ainsi la disposition du magnétisme.
- 1. Voy, n° 2125, 14 février 1914.
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- LA PROTECTION DES SOUTES AUX HYDROCARBURES 319
- Modification de l’heure légale. — M. Ch. Lallemand combat le projet de modification de l’heure légale en Faisant ressortir les, inconvénients d’une mesure, dont les faibles avantages pratiques pourraient être aisément, suivant lui, obtenus par d’autres moyens plus simples. Dans la séance suivante, l’Académie a discuté la question en Comité secret et a finalement décidé de s’abstenir, après intervention de M. Painlevé.
- Rôle du magnésium dans la végétation. — La chlorophylle brüte, extraite des feuilles par l’alcool ou l’essence de pétrole, : contient toujours du phosphate de
- magnésium. M. G. André montre que le poids de cet élément est. d’autant plus élevé que, chez les feuilles, le phénomène assimilateur atteint plus d’intensité. Par exemple, dans les feuilles de marronnier et de lilas, le poids absolu du magnésium organique augmente depuis le mois d’avril jusqu’au mois de mai, puis décroît régulièrement. On peut admettre que le maximum de l’activité végétale se traduit en même temps par l’élaboration des hydrates de carbone et la production concomitante des composés organo-phosphorés dont l’existence est liée à la synthèse chlorophyllienne.
- LA PROTECTION DES SOUTES AUX HYDROCARBURES
- CONTRE L’INCENDIE
- Récemment, lorsque éclata l’incendie qui détruisit en quelques heures l’annexe du Bon Marché, les ingénieurs de la Ville de Paris éprouvèrent une certaine angoisse à cause de la présence d’une soute à hydrocarbures dans le sous-sol du bâtiment en flammes. Aucun accident ne se produisit grâce à l’isolement de cette soute par des murs en ciment armé et bien que l’un de ces murs eût été exposé à une température qui atteignit jusqu’à 1500°. La Nature a d’ailleurs résumé les conclusions du rapport des ingénieurs chargés de la vérification de la soute après l’incendie, nous n’y reviendrons pas.
- Mais la soute constitue, en principe, un local dangereux que l’on doit protéger non seulement contre l’extérieur, mais surtout contre lui-même par une construction étanche d’abord et ensuite par l’intervention d’appareils avertisseurs et extincteurs fonctionnant automatiquement dès que la température atteint un degré au-dessus duquel la volatilisation des hydrocarbures deviendrait dangereuse.
- Les soutes étant, par définition, enfouies dans le sol, bénéficient normalement d’une température très basse qui se maintient indéfiniment tant qu’une cause accidentelle n’intervient pas pour la modifier. C’est là une première condition de sécurité qui serait suffisante si la soute était aménagée à quelque distance des habitations. A Paris, et dans toutes les villes il est nécessaire de l’isoler complètement par des murs épais et de compléter Installation normale par des appareils automatiques. La soute du Bon Marché, étudiée par M. Ilocquart, et dont la protection a été confiée à M. Adam, peut emmagasiner 30000 litres d’huile de goudron de houille, dont le point d’inflammabilité est situé entre 65 et 70°, utilisée comme combustible pour alimenter un groupe de moteurs Diesel. Ce liquide est contenu dans deux réservoirs de 15 000 litres chacun. Un troisième réservoir de 6000 litres renferme du gazol, dont le point d’inflammabilité est à 150°, et qui est utilisé seulement pour la mise en marche des moteurs et leur fonctionnement a très faible charge ou à surcharge. Enfin un quatrième réservoir de 1000 litres de capacité contient
- de l’huile de graissage dont le point d’inflammabilité est à 205° seulement. Tout danger d’incendie peut donc être considéré comme inexistant pour ce qui concerne les deux derniers liquides, en raison de la protection extérieure de la soute par les murs de béton armé. Aucun système d’éclairage autre que la lumière du jour n’est admis à l’intérieur. Enfin une ventilation naturelle et permanente est assurée par une cheminée aboutissant au-dessus du toit des magasins ; une autre, artificielle, est réalisée par deux ventilateurs électriques aspirant^ l’un à la base, l’autre à la partie supérieure de la soute, et dont les conduits de refoulement aboutissent à la cheminée d’aération. Un châssis grillage permet l’arrivée de l’air par la partie supérieure de l’escalier d’accès qui débouche dans la cour à l’intérieur d’une guérite.
- La soute étant fermée hermétiquement à sa partie supérieure par le sol même de la cour (béton et pavé), le remplissage des réservoirs s’effectue par l’intermédiaire d’un système de tuyautage quittant les réservoirs et débouchant séparément près de la porte d’entrée de l’escalier d’accès. Les voitures sont amenées dans la cour, puis les tonneaux reliés par de gros flexibles métalliques à l’origine du tuyautage. Le liquide s’écoule, soit par gravité, soit par de l’air comprimé, soit par une pompe électrique. Dans chaque réservoir le niveau du liquide est indiqué sur des cadrans installés dans la salle des machines; des contacte électriques signalent le trop plein ou le manque de combustible.
- En cas d’élévation de la température intérieure de la soute, l’isolement est assuré par la fermeture automatique de portes blindées; deux de ces portes sont placées à l’entrée et trois autres, plus petites, obturent la gaine de ventilation et les ouvertures d’aspiration des deux ventilateurs. Ces portes, équilibrées de diverses manières, sont maintenues constamment ouvertes par des contrepoids. Si la température intérieure atteint 60°, des fusibles constitués par un alliage spécial, libèrent les contrepoids et les portes se ferment automatiquement
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- Enfin, des câbles métalliques relient ces portes à un tableau exte'rieur indiquant si elles sont ouvertes ou fermées.
- Douze thermostats fixés au plafond de la soute sont montés en dérivation sur des canalisations électriques enfermées dans un tube isolant et incombustible; la pile a été reportée à l’extérieur, sous le tableau indicateur de fermeture et d’ouverture des portes. Ces appareils fonctionnent également par la fusion d’un alliage qui libère une rondelle métallique et ferme un circuit actionnant deux sonneries d’alarme placées l’une sur le mur extérieur, l’autre dans la salle des machines. Ces thermostats provoquent également le débrayage de
- et le liquide se précipite dans les canalisations qui aboutissent aux réservoirs et dans l’atmosphère de la soute. L’anhydride sulfureux se vaporise instantanément et, supprimant l’oxygène, éteint l’incendie.
- En principe il n’est jamais nécessaire de pénétrer dans la soute ; toutes les commandes peuvent se faire'de l’extérieur par des tiges de renvoi, actionnées par des clés, qui traversent le mur de béton armé du côté des magasins, et sur lequel sont installés le tableau et les appareils extincteurs. Un simple coup d’œil sur cette installation permet de juger si tout est en ordre à l’intérieur. Ajoutons enfin que, dans le but d’éviter tout accident de per-
- Appareil de sécurité placé dans les caves du Bon Marché.
- gâches électriques qui permettent l’entrée en fonction de l’extincteur à anhydride sulfureux liquéfié. A cet instant précis toutes les portes de la soute sont fermées pour réaliser le vase clos, les sonneries d’alarme s’agitent et les extincteurs laissent échapper leur liquide.
- Les extincteurs, installés à l’extérieur, près du tableau indicateur d’ouverture et de fermeture des portes, comportent quatre bouteilles contenant chacune 50 kg de liquide. Au sommet du bâti supportant ces bouteilles est monté un arbre horizontal portant autant de roues dentées qu’il y a de bouteilles ; sur chaque roue passe une chaîne Galle qui commande l’ouverture. Une autre roue à gorge porte, par une chaîne, un poids moteur que les gâches électriques libèrent et qui actionne tout le système. Automatiquement les bouteilles s’ouvrent
- sonne en ouvrant la porte de la soute, l’extincteur à anhydride sulfureux est instantanément immobilisé, il se remet immédiatement en service par la fermeture de la porte.
- Ce système de protection contre les incendies est une application nouvelle du principe des extincteurs automatiques projetant une nappe d’eau sous pression dans un local quelconque par la fusion d’un bouchon fusible à basse température. Pour les combustibles liquides les appareils ne peuvent débiter de l’eau, mais des gaz. L’anhydride sulfureux possède un pouvoir incomburant très supérieur à celui de l’azote ou de l’acide carbonique ; de plus il révèle sa présence, insupportable bien avant d’être dangereuse, à des teneurs très notablement inférieures à celles qui peuvent provoquer l’asphyxie.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahtjre, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- LA NATURE.
- — N° 2225.
- 20 MAI 1916.
- LA VERRERIE SCIENTIFIQUE FRANÇAISE
- En ces dernières années, la verrerie de laboratoire était en grande partie de fabrication allemande. Peu à peu on avait pris l’habitude de ne plus employer que des verres d’Iéna, de Thuringe, de Bohême, etc.... Et cependant, la verrerie scientifique est bien d’origine française. Sans remonter jusqu’à Pascal ou Gay-Lussac, combien d’instruments portent des noms de savants français ; consultez un livre de chimie ou un catalogue de verrerie et vous en serez rapidement persuadés.
- Mais là, comme ailleurs, les Allemands étaient
- et, par suite, produisaient des pièces certes très bien faites, mais peu nombreuses et fort coûteuses, les Allemands traitaient ces questions selon leurs méthodes habituelles, s’occupant avant tout des ventes possibles dans le monde entier et des fabrications en série et au meilleur compte. C’est toujours la même raison de leur succès commercial et qu’il faut bien connaître pour ne plus continuer chez nous les errements d’avant la guerre.
- Depuis un an, il a bien fallu réagir. Plus d’approvisionnements en Allemagne pour nous et nos alliés.
- Fig. i. — Quelques appareils de verrerie française.
- en train d’acquérir un véritable monopole. Il faut bien le dire, car on ne saurait trop le répéter : tandis que les verriers français par routine ne fabriquaient qu’un petit nombre d’appareils toujours des mêmes modèles sans se soucier suffisamment des besoins variés des laboratoires et des exigences croissantes de la physique et de la chimie moderne, les Allemands se tenaient à l’affût des moindres nouveautés. Tandis que les fabricants français ne prenaient pas assez contact avec leurs acheteurs et ne recouraient presque jamais aux conseils des hommes de laboratoire, les Allemands se renseignaient minutieusement et n’hésitaient pas à subventionner de nombreuses études théoriques dont ils furent largement récompensés. Enfin tandis qu’en France les verriers travaillaient trop en dilettantes sans assez se soucier des débouchés possibles,
- Et cependant les analyses de toutes sortes, les recherches de laboratoire ne pouvaient chômer faute de verres spéciaux. Chaque jour il fallait et il faut contrôler l’acier des canons et des obus, vérifier les poudres, surveiller la qualité des innombrables matières que la guerre nécessite, chercher de nouveaux produits. Comment faire, une fois épuisés les stocks allemands en France?
- De louables efforts ont déjà été faits pour nous affranchir de la fabrication germanique, non seulement aujourd’hui, mais encore après la paix. L’Office des produits chimiques et pharmaceutiques reçut officiellement la mission de rechercher comment les industries chimiques françaises pouvaient se substituer aux industries similaires allemandes. De son côté, l’importante Société d’Encouragement pour l’Industrie Nationale s’occupa, dès le début de
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- 44’ Année
- 1" Semestre.
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- la guerre, des mêmes questions. Relativement à la verrerie de laboratoire, elle s’appliqua à mettre en rapport, d’une part les chimistes, d’autre part les principaux fabricants. Enfin, la Société de Chimie Physique prit l’initiative de créer un comité de savants pour s’entendre avec les industriels sur les moyens de combattre la concurrence allemande.
- Ces efforts commencent déjà à porter leurs fruits. Dès aujourd’hui on connaît la composition exacte des principales spécialités allemandes de verrerie ; consommateurs et fournisseurs, savants et verriers ont pris contact. Comme l’a déclaré M. le professeur Haller, « tous les laboratoires sont prêts à payer cette nouvelle verrerie 5, 10 pour 100 plus cher que la verrerie allemande pour favoriser l’industrie française », et, sans nul doute ,1e marché étranger s’ouvrira également à nous.
- Qu’a-t-on fait et que faut-il faire?
- Voyons tout dkbord la matière première, le verre. Il en faut de diverses sortes, ayant différentes propriétés physiques et chimiques : les verres à analyses chimiques délicates ne doivent pas être attaqués par les réactifs employés ; ceux allant au feu : ballons, fioles coniques, etc., doivent résister à des changements brusques de température ; la verrerie graduée doit être très homogène et peu dilatable ; les tubes qui servent à monter des appareils complexes doivent être fusibles et se souder facilement.
- Dès avant la guerre, certaines maisons françaises produisaient déjà d’excellents verres de composition ordinaire. Les verreries les plus courantes sont, en effet, faites de verre blanc à base de potasse et de soude, se travaillant aisément. Quelques maisons fabriquaient du cristal à base de plomb pour les instruments plus compliqués et la verrerie graduée. Le verre vert et le verre dur, utilisés pour les tubes à combustion, les tubes scellés, etc., étaient déjà réalisés en France. La verrerie Appert, à Clichy, fabriquait un certain nombre de verres spéciaux : verres de montre durs et difficiles à rayer, lamelles minces atteignant le dixième de millimètre d’épais-
- seur pour microscopie, verre rigoureusement neutre pour les sérums, etc.* La maison Guilbert-Martin avait créé un verre peu dilatable pour la thermométrie et des verres à bandes colorées pour les tubes gradués.
- Nous avions donc déjà de nombreuses matières premières utilisables. Depuis la guerre, l’effort des verriers s’est surtout porté sur certains verres spéciaux. Tandis qu’en Angleterre, le National Phy-sical Laboratory analysait soigneusement la composition et les propriétés de divers verres allemands, en France, l’Institut de Chimie se livrait à divers essais de mélanges pour produire des verres ayant les qualités demandées jusqu’ici aux verreries
- austro - alleman-es. Aujourd’hui, la maison Appert a déjà pu réaliser un verre de Thuringe utilisable pour les ampoules radiographiques , de qualité au moins égale aux verres allemands communément employés avant la guerre.
- Nous n’insisterons pas ici sur les procédés de fabrication du verre. On sait que les produits : sable blanc, mêlé au carbonate de soude, et à la chaux, pour le verre blanc, au carbonate de potasse et à la chaux pour le verre de Bohême, au carbonate de potasse et au minium pour le cristal, sont chargés dans des grands creusets en terre réfractaire appelés pots, groupés en batteries autour d’un four central chauffé par un gazogène ou par une combustion réglée du charbon (four Boétius). La pâte de verre qui se forme est souvent blanchie par du savon des verriers (bioxyde de manganèse). La pâte est prélevée dans les pots au moyen de cannes, longs tubes de fer dans lesquels on souffle par une extrémité la goutte de verre pendante à l’autre bout. Le soufflage est obtenu le plus souvent par des procédés mécaniques (système Appert). La bulle de verre, qui se forme ainsi, est emprisonnée dans un moule de l’objet à obtenir dont elle épouse la forme. Lés appareils de verrerie sont souvent fabriqués à partir de tubes de verre qu’on travaille, souffle, soude à volonté. Les tubes sont produits
- Fig. 2. — La fabrication des bouteilles thermos. La bouteille sur le lour.
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- mécaniquement par filage de la pâte du verre à travers un orifice calibré, la pâte étant étirée de bas en haut, tandis qu’une série de dispositifs appropriés empêchent le tube de se déformer.
- Reste la fabrication des multiples appareils, souvent fort complexes. Leur fabrication est variable et dépend tellement de l’habileté de l’ouvrier que je préfère renvoyer aux photographies prises chez un de nos verriers parisiens, M. Berlemont, plutôt que d’entrer dans une longue description.
- Depuis longtemps, nos souffleurs de verre
- à double paroi argentée, imaginées d’abord pour la manipulation de l’air liquide, puis industrialisées pour la conservation des liquides tant chauds que glacés qui est maintenant réalisée par la verrerie française.
- Nous avons tenu à signaler ce remarquable effort d’une de nos industries, pour son intérêt particulier et plus encore pour l’exemple qu’il fournit de ce qu’il convient de faire dans beaucoup d’autres cas.
- Mais ceci n’est qu’un début. Pour que les résultats soient durables, pour qu’ils persistent après la guerre, pour que nous ne soyons plus jamais tributaires de l’étranger, il faut continuer de travailler. Il faut que les consommateurs restent en contact avec les fabricants; il faut que ces derniers quittent toute routine, qu’ils se renseignent sur les besoins des acheteurs, sur l’importance des marchés possibles; il faut qu’ils n’hésitent pas à faire exécuter
- Fig. 3. — Ouvrier faisant le vide dans des bouteilles thermos.
- français sont passés maîtres en l’art de produire de belles pièces : pompes à vide, appareils à distillation fractionnée, etc., qui présentent cependant tant de difficultés pour être parfaites. Il en est de même pour la verrerie graduée de haute précision. Par contre, ils ne se souciaient pas suffisamment de la fabrication en série des pièces courantes : flacons, fioles allant au feu, trompes à vide, thermomètres médicaux, etc. Ils ne cherchaient pas assez les moyens de production mécaniques des objets dont la vente est cependant la plus abondante.
- Aujourd’hui, ils font un grand effort pour rattraper le temps perdu. Les thermomètres médicaux et ceux de précision, si exclusivement allemands qu’au début de la guerre on en manqua totalement, sont aujourd’hui réalisés en grand nombre par plusieurs verriers, notamment Régnier. Les ampoules à rayons X pour lesquelles nous avons eu la même désagréable surprise d’en manquer, sont maintenant soufflées très parfaitement par Berlemont et d’autres. Il n’est pas jusqu’aux bouteilles
- Fig. 4. — Graduation des thermomètres de précision.
- les recherches de science pure dont dépend le progrès de leur industrie ; il faut qu’ils sachent engager les dépenses nécessaires pour avoir un matériel moderne permettant une production intensive assurant pour l’avenir et le développement de leur vente et l’augmentation de bénéfices correspondants. Il ifant aussi qu’ils - s’entendent entre eux pour se partager la fabrication sans mesquines concurrences. Il faut enfin qu’ils se préoccupent de la main-d’œuvre nécessaire, qu’iîs n’emploient que l’indispensable et qu’ils sachent l’éduquer.
- Efforts nombreux qui doivent se répéter dans toutes lés branches de notre industrie.
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- ‘les bases de ravitaillement improvisées pour sous-marins
- La grande affaire pour un sous-marin en action, est de se ravitailler. Par ce terme général il faut entendre qu’il lui est absolument nécessaire, à des intervalles assez rapprochés, d’embarquer du combustible pour ses moteurs, des vivres frais ou non, de l’eau, et aussi de faire reposer son équipage. 11 doit également pouvoir démonter et visiter ses machines et pour cela jouir d’une tranquillité complète pendant un temps plus ou moins long. Tout
- trouvé dans la partie des côtes si découpées de notre mer, appartenant à leurs satellites, sur le littoral autrichien de l’Adriatique et dans le semis, d’iles qui couvrent les côtes de la Grèce, de la Turquie et de l’Asie Mineure, des refuges plus ou moins sûrs où ils ont pendant quelque temps, procédé à leurs opérations.
- Ravitaillement en pays ami. — Pour ravitailler son bâtiment en pays ami, le commandant d’un
- Fig. i. — Sebenico (Dalmatie).
- ceci est chose relativement aisée lorsque la marine à laquelle appartient le sous-marin en question reste maîtresse de la mer. Le petit bâtiment trouve alors dans ses propres ports ou ceux de ses alliés toutes les ressources et les facilités dont il a besoin.
- Il en va tout autrement dans le cas contraire et le problème devient alors singulièrement ardu. Les sous-marins allemands qui travaillaient dans la mer du Nord et autour des Iles-Britanniques, malgré la possibilité qu’ils avaient de se réfugier en quelques points de la côte belge, ont si bien expérimenté la difficulté de vivre dans ces parages où d’ailleurs ils étaient vivement traqués, qu’ils y ont renoncé, et ont transporté leur activité dans la Méditerranée. Renonçant résolument à tout usage de leurs bases solides de la Baltique, ils ont
- sous-marin n’a à surmonter d’autres difficultés que d’accéder au port. Par exemple les sous-marins allemands et autrichiens opérant en Méditerranée étaient sûrs de trouver tout ce dont ils avaient besoin dans les ports autrichiens de l’Adriatique, Pola, Sébenico, Gattaro, etc., mais plus d’un qui espérait y arriver a trouvé la fin de sa carrière à l’entrée de cette mer resserrée où les moyens de destruction les plus efficaces avaient été installés par les marines alliées.
- Constantinople offrait également un refuge sûr aux sous-marins allemands qui avaient pris pour champ d’opérations le bassin oriental de la Méditerranée. Mais pour y trouver le repos et les vivres, il leur fallait aussi franchir le cordon de surveillance installé à l’entrée des Dardanelles.
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- LE RAVITAILLEMENT DES SOUS-MARINS ———-... 325
- Ravitaillement en pays ennemi. — Il est évident qu’exception faite d’un cas de trahison qui n’est pas à envisager, aucune base stable de ravitaillement ne peut être établie sur les côtes d’un pays ennemi. Et cependant, il est arrivé que des sous-marins appartenant aux deux groupes de belligérants ont pu se ravitailler dans une certaine mesure dans ces conditions. Il est à peu près certain, par exemple, que des sous-marins anglais et français, ayant pénétré dans la mer de Marmara, y ont audacieusement débarqué des officiers et des marins qui
- pêcheurs anglais qui étaient en réalité des boches déguisés.
- Ravitaillement en pays neutre. — Il s’est pratiqué en grand ! Malgré la meilleure et loyale volonté des Gouvernements neutres, ils ne peuvent pas toujours empêcher un navire d’allure inoffensive et de tonnage modéré, de ceux qui passent assez facilement inaperçus, de mouiller sur ses côtes, sous prétexte de se mettre à l’abri des vents, ou de réparer une avarie de machines, ou pour toute autre raison. On utilise alors des recoins du littoral, le
- Fig. 2, — Cattaro. — Le fond des Bouches et le mont Lovcen (à droite).
- ont pu se procurer des vivres dans des villages turcs, et n’ont repris le large qu’au bout de six heures. L’éveil avait bien été donné à Constantinople ou en d’autres points, mais le temps nécessaire pour prendre des mesures, celui exigé pour permettre aux torpilleurs ou patrouilleurs d’accourir jusqu’au lieu indiqué, avait été mis à profit par le sous-marin audacieux, et il avait disparu avant l’arrivée des gendarmes.
- Il semble non moins certain que dans des parages sauvages et très déserts de certaines îles du nord de l’Ecosse, une sorte de base a pu être installée et utilisée pendant quelques mois par les sous-marins allemands dans une propriété touchant à la mer, achetée par un Allemand et où des dépôts de pétrole et autres denrées étaient entretenus par de faux
- fond de ces anses presque désertes comme on en trouve partout, par exemple, sur une partie des côtes espagnoles et portugaises ou autour des îles Baléares, ou encore sous les montagnes riffaines de la côte méditerranéenne du Maroc espagnol! Et mieux encore peut-être dans les innombrables calanques des centaines d’îles de la mer Egée.
- Ce petit navire, base volante, déplacera par exemple 1500 tonnes, ce qui n’est pas beaucoup. Il suffira pour ravitailler six sous-marins, leur donner du pétrole, réparer les petites avaries de leurs machines, fournir à leurs équipages des vivres, un lieu de repos, un peu de confort. Ce sera une sorte de compromis entre un yacht et un atelier. Dissimulé sous un pavillon neutre, muni de tous les faux papiers nécessaires, cet innocent bâtiment
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- suivra doucement les déplacements de la flottille à laquelle il est attaché, et dont il reçoit les nouvelles par T. S. F., il trouvera toujours à proximité des parages où ses sous-marins opèrent, un coin tranquille où il leur fixera rendez-vous. Et si la mauvaise fortune veut que des importuns lui rendent le séjour au mouillage trop incommode, c’est alors au large, en des parages écartés des routes battues, qu’il leur apportera la provende qu’il porte dans ses flancs.
- Mais le ravitaillement au mouillage est plus sûr, principalement dans les eaux neutres où l’ennemi n’a pas le droit d’envoyer ses patrouilleurs et où ce qui peut arriver de pis est que sur protestations d’un belligérant on se voit obligé de quitter le
- sous-marins allemands qui sont entrés en Méditerranée ont séjourné sur cette partie de la côte africaine et qu’ils y ont embarqué de la gazoline, du pain, des légumes, de la viande fraîche. Les comestibles ont été achetés à Melilla et transportés jusqu’aux sous-marins par un Espagnol dont le nom est connu. Quant à la gazoline elle provenait d’un port allemand et était consignée à Melilla.
- Un autre cas assez curieux est celui du vapeur allemand Fangsturm qui, dès les premiers jours des hostilités, vint prendre son mouillage dans la baie de Palma, aux Baléares.
- Il n’est pas douteux que le grand Etat-Major teuton avait étudié avec un soin particulier l’usage,
- Fig-. 3. — Golfe et île de Galantine (Grèce).
- refuge propice... et d’en chercher un autre qui pourra quelquefois n’être pas trop éloigné.
- Et puis, cette protestation ne viendra peut-être que tardivement ou pas du tout. Les habitants de la localité où on s’installe ainsi ont gros intérêt, pour leur commerce, à garder le plus longtemps possible, une source de profits abondants. 11 y a là en jeu, une série de forces antagonistes qu’avec un peu d’d’énergie et d’audace, on arrivera à neutraliser.
- Parmi lés installations pour ravitaillement de sous-marins sur une côté qu’on connaît de façon certaine, il faut citer une sorte de base établie sous les falaises du cap des Trois-Fourches en Méditerranée, dans cette partie de la côte Nord du Maroc qui nominalement appartient à l’Espagne, mais en réalité échappe complètement à son contrôle.
- Il est sûr que bon nombre, sinon la totalité des
- qu’avec ou sans l’approbation de l’Espagne, il comptait faire de ces îles. Escomptant une abstention de l’Angleterre sur laquelle il est évident qu’elle avait échafaudé son système de guerre, l’Allemagne pensait écraser notre petite escadre du Nord et envoyer sa flotte livrer bataille, en Méditerranée, à notre armée navale dont elle croyait avoir facilement raison avec l’aide de l’escadre italienne. On sait ce qu’il est advenu de ces beaux plans !
- Dans cette éventualité et en attendant la prise de Toulon ou de Bizerte, les Baléares se prêtaient très bien à l’installation d’une excellente base navale, dont la nécessité s’imposait. On a trouvé partout des traces de la préparation qui s’était effectuée à ce sujet.
- Peut-être l’envoi du Fangsturm était-il la première manifestation de ce dessein. En tout cas son
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- chargement paraissait constitué tout spécialement pour ravitailler des sous-marins. Il portait, en effet, environ 3000 t. de pétrole en caisse, c’est-à-dire facile à manipuler et à débarquer rapidement. Ces caisses étaient au nombre de 30000. Mais l’Angleterre ayant loyalement pris son rang de bataille, le capitaine du Fangsturm, tel sœur Anne, ne vit rien venir! Cependant il ne perdait pas patience, et entre temps, son bâtiment servait d’auberge aux nombreux teutons qui accouraient de l’Amérique du Nord ou du Sud et essayaient de regagner l’Allemagne en traversant l'Italie ou même la France.
- Les autorités espagnoles ayant voulu faire rentrer ledit Fangsturm dans le port de Palma ou l’envoyer à Port Mahon, le capitaine s’y refusa énergiquement.
- Enfin, sur les démarches instantes des gouvernements Anglais et Français, on fit violence à l’irascible boche et le Fangsturm fut conduit dans le port, où par surcroît de précaution et pour empêcher sa fuite une canonnière espagnole vint lui tenir compagnie. Il y est encore.
- Ravitaillement en pleine mer. — Ce mode de ravitaillement a été également très employé par les sous-marins allemands, et son fonctionnement avait été, sans doute aucun, préparé avec un soin méticuleux, par leur Amirauté. Voici comment il s’exécutait. Un certain nombre de petits navires à voile, des goélettes de préférence, munis d’un moteur à essence assez puissant, croisaient, sous pavillon neutre et bien entendu toujours munis de papiers faux mais parfaitement en règle, dans les parages par lesquels passaient les sous-marins se rendant, par exemple, de la mer du Nord en Méditerranée, à l’ouvert du détroit de Gibraltar, d’un côté ou de l’autre, dans les archipels grecs, etc.
- Aux navires qui venaient le visiter leurs capi-
- taines présentaient un front serein et innocent. « Le pétrole que nous avons à bord? » « Mais il constitue notre chargement que nous transportons, voyez nos papiers d’Amsterdam à Alexandrie » ou bien, « il faut bien que nous ayons du pétrole pour faire marcher notre moteur! » Et si on les retrouvait plusieurs jours de suite à la même place, ou à peu près, ils n’étaient point embarrassés pour si peu. « Notre moteur est en avaries, et, vous le constatez, il fait calme », ou bien, a les vents sont contraires ». Et entre deux perquisitions, les sous-marins, prévenus par T. S. F. du moment favorable, accouraient à l’écurie, qu’ils quittaient rapidement en plongeant si la vigie, placée au plus haut du mât du ravitailleur apercevait quelque fumée suspecte. On a tout lieu de penser qu’un autre procédé employé pour le ravitaillement des sous-marins en essence et en huile consistait à placer sur le fond de la mer, en des parages bien repérés et désignés d’avance aux intéressés, des récipients suffisamment lestés, barils, caisses, etc., qu’on reliait à la surface par un syslème de cordes et de bouées approprié. Le sous-marin retrouvait la bouée, remontait du fond les récipients à essence, les vidait dans ses réservoirs et les abandonnait ensuite. On explique ainsi les rencontres: que plusieurs navires ont faites de séries de caisses ou de barils vides s’en allant à la dérive.
- La rapide énumération de quelques-uns des moyens, parmi les plus connus,, mis en œuvre pour permettre aux sous-marins ennemis d’exercer leur métier, donne une [idée des difficutés que doivent surmonter ceux de nos navires qui ont pour mission spéciale la destruction des bases où.ils se ravitaillent. Cette besogne qui demande beaucoup d’endurance, d’astuce et d’activité a été, on peut le croire, mise entre bonnes mains et s’exécute avec grand succès. Du Verseau.
- LES MÉTHODES D’ESSAI DES MATÉRIAUX
- Si nous avons une artillerie qui fait l’émerveillement de tous, c’est non seulement au système du colonel Déport que nous le devons, c’est aussi et surtout au labeur patient et minutieux du temps de paix. Nous n’avons atteint celte perfection qu’en édictant pour les fournisseurs des cahiers des charges aux allures parfois draconniennes, en soumettant à un contrôle minutieux et détaillé toutes les pièces entrant aussi bien dans l’équipement que dans les canons mêmes ou leurs munitions, et en refusant impitoyablement les fournitures ne représentant pas strictement les conditions énoncées et présentant un défaut même léger. Dans d’autres services plus jeunes, ou qui depuis la guerre ont pris un développement insoupçonné, les méthodes d’essai
- L
- Fig. i. Schéma d'une éprouvette
- n’ont pu être étudiées et mises au point. Au début, la réception était une opération grossière et toute superficielle, aussi de graves mécomptes ont eu lieu, montrant ainsi combien avaient raison ceux qui pendant les molles années de paix ont patiemment dressé et fait exécuter des cahiers des charges très sévères, contribuant d’ailleurs ainsi à amener les branches d’industrie correspondante à une perfection inconnue partout ailleurs. D’autre part, l’examen méthodique, pièce par pièce, tend de plus en plus à s’effectuer à l’usine même, pour éviter les retards et les réclamations. Beaucoup d’industriels ont donc été conduits à installer chez eux de petits laboratoires d’essais mécaniques. C’est des différents essais physiques que l’on est conduit à
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- effectuer actuellement pour la réception de tous les matériaux utilisés par l’armée que traitera cet article, destiné- à fournir des indications sur le ma-
- sur la valeur mécanique globale du métal étudié.
- Le principe de la machine employée pour cet essai est très simple : le métal, sous forme d’une
- Fig. 2. — Diagrammes d’essais de traction d’un acier trempant à différents états.
- tériel employé et les épreuves utiles à faire subir uax échantillons.
- Nous ne parlerons pas ici de la métallographie pour les métaux, de l’examen microscopique ou colorimétriqu e pour les tissus, pas plus que des essaischimiques.
- Ces essais nécessitent un temps assez long et une grande^ expérience pour que les résultats qu’ils fournissent aient une valeur pratique.
- Nous décrirons seulement les essais à la traction, à la bille de Brinell, de pliage, de cisaillage, au choc, plus rapides, qui renseignent aus si plus élo quem-ment sur la valeur des produits essayés, en indiquant les dispositifs employés pour les adapter aux différents organes et matières que l’on a à examiner.
- Pour les métaux, l’essai à la traction domine tous les cahiers des charges. C’est, en effet, celui qui ést le plus ancien' et celui qui renseigne le mieux
- AllomjemeTits
- Fig. 3. — Diagrammes de D'action d’un fer
- et d’un laiton ayant même limite élastique et même allongement à la rupture.
- « éprouvette » semblable à celle représentée figure 1 est saisi entre deux mâchoires très puissantes. Une presse à huile mue soit à la main, soit à l’aide
- d’un moteur électrique per-ÿg met d’exercer
- %M des forces de
- traction allant, dans certaines machines, jusqu’à 100 tonnes. La mesure des forces s’exerçant sur les éprouvettes doit être faite avec une grande précision et sans que l’appareil utilisépour cette mesure souffre des chocs violents qui se produisent lorsque l’éprouvette se rompt soudainement. En général, on utilise un dynamomètre à pendule. La pression de l’huile de la pompe en modifie l’inclinaison. Cette inclinaison se transmet à une aiguille mobile sur un cadran gradué directement en forces exercées. En modifiant la distance du contrepoids du pendule à l’axe de rotation, on fait varier la sensibilité du dynamomètre sui-
- Fig. 4. — Machine de traction de 20 tonnes pour essais de barreaux métalliques avec dispositifs de compression.
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- vant des rapports donnés et fixés à l’avance.
- Dans les très grosses machines, comme l’étanchéité est assurée par une garniture, la mesure de la force par un manomètre serait illusoire; on l’effectuera alors de la manière suivante : toute la force que supporte l’éprouvette se transmet aussi aux colonnes de la machine qui par suite "se déforment légèrement. En amplifiant suffisamment ces petites déformations, on a la mesure de la force exercée.
- En même temps que la mesure de la force, il faut aussi effectuer celle de l’allongement de l’éprouvette ou, mieux encore, enregistrer la courbe de l’allongement en fonction de la traction, ce qui est facile. On obtient alors un diagramme duquel on déduit les caractéristiques du métal employé et les traitements préalables qu’il a subis, chaque diagramme pré-sentantune allure à laquelle les spécialistes ne se trompent pas (fig. 2 et 3).
- Mais il n’y a pas que les métaux qu’il soit utile d’essayer à la traction, il y a intérêt à soumettre lescâbles, les fils, les étoffes même à cette épreuve. Naturellement les dispositifs sont différents. Les machines sont en général moins fortes, comme la machine que représente la figure 6 et qui est montée pour l’essai des fils métalliques. En changeant le sens de marche des machines serrant l’éprouvette, on fait subir à cette dernière soit une traction, soit une compression. En changeant quelques pièces on peut alors essayer les ressorts à la compression (fig. 7), soumettre des pièces métalliques à des efforts de flexion, de compression comme permet de les réaliser la machine représentée, ou
- éprouver les billes de roulement à la compression
- (%• 7).
- Dans ce cas on dispose trois billes de même diamètre l’une au-dessus de l’autre et on les presse jusqu’à rupture. On parvient ainsi à différencier les diverses quali tés d’acier employées. Pour les bois, les cuirs, le caoutchouc, les courroies, les tissus, la traction donne aussi des renseignements très importants. On essaie de même au flambage les tubes, les
- éléments de colonne, les pièces fabriquées elles-mêmes et non plus des éprouvettes prises dans le métal avant qu’il n’ait subi toutes les transformation s de l’usinage qui altèrent ses propriétés physiques. C’est là un guide précieux pour les constructeurs et les ingénieurs. Lors de l’écroulement, au cours du montage, du pont de Québec sur le Saint-Lau rent en 1908, si les ingénieurs avaient vérifié au flambage quelques-unes des membrures qui se sont effondrées, ils auraient constaté qu’elles ne pouvaient résister à la compression qu’ils leur faisaient subir, et ils n’auraient pas eu à déplorer une perte de plusieurs millions. Aussi, de plus en plus la tendance s’accentue de construire des machines de traction suffisamment puissantes et de dimensions suffisamment grandes pour pouvoir soumettre directement aux essais les pièces fondamentales des constructions et des machines métalliques.
- Si l’essai à la traction est très en faveur, il n’en a pas moins un grave défaut ; il est long par suite de la nécessité de préparer l’éprouvette lorsqu’on veut être renseigné sur le métal seul, il est coûteux de par la main-d’œuvre et l’outillage qu’il nécessite.
- Fig. 5. — Machine de traction de ioo tonnes pour essais de barreaux métalliques avec dispositifs de flexion, de pliage et de compression.
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- Fig. 6.
- Machine de 2000 kilogrammes pour essais de traction et de compression. Essai à la traction sur un fil métallique.
- Aussi a-t-on cherché à lui substituer d’autres méthodes, plus expéditives et moins onéreuses; ce sont celles de la bille de Brinell, le pliage, le poinçonnage et le cisaillage qui. sont les plus importantes. Mais ces méthodes, ne l’oublions pas, ne , permettent pas d’être renseignées sur la valeur de la pièce usinée.
- La méthode de Brinell est très simple : on enfonce dan s le métal étudié une bille d’acier en exerçant sur elle une pression
- connue. Il en résulte dans le métal une empreinte ayant la forme d’une calotte sphérique, dont on calculé la surface. Le quotient de la pression exercée par la surface de l’empreinte donne le chiffre de Brinell ou nombre de dureté.
- Les appareils proposés, pour effectuer cet essai sont assez nombreux. L’ùn des plus intéressants est l’appareil Guillery dans lequel on enfonce la bille dans le métal par la pression donnée par des rondelles Belleville B disposées dans un corps cylindrique G (fig. 9).
- La pression des rondelles se transmet à la bille b au moyen du support A. Une presse à levier, placée au-dessus de cet ensemble, sert à comprimer l’échantillon sur la bille. Comme on
- Fig. 7.
- Machine de 2000 kilogrammes pour essais à la traction et à la compression. Essai a la compression sur un ressort.
- Fig. 8. — Machine de 100 tonnes pour essais à la compression des billes de roulements
- opéré a pression constante (3000 kg environ pour l’acier), quand la pression a atteint la valeur fixée, les rondelles Belleville cèdent et la bille s’éclipse. Voici, à titre d’exemple, quelques chiffres de dureté obtenus avec une bille de 10 mm de diamètre. (Voir le tableau p. 331.)
- Quant aux aciers, leur dureté varie de 98 environ pour l’acier doux, à 2700 environ pour les aciers trempés spéciaux. Brinell a étendu sa méthode à l’étude
- des bois, qui diffère suivant le sens d’application de la bille. On peut donc juger de la valeur de leur
- traitement thermique. C’est ainsi qu’on vérifie Ja trempe des obus (fig. 10).
- Si la méthode de Brinell ne permettait que d’avoir la dureté des corps étudiés, elle ne serait que d’un intérêt minime; mais, au contraire, le chiffre de dureté est relié d’une façon simple à la charge de rupture à la traction, de sorte que l’essai à la bille, qui est peu compliqué, peut se substituer à l’essai de traction dans une certaine mesure.
- Il peut aussi servir à étudier la variation de dureté en fonction du traitement métallurgique, de la température, etc. M. Robin en particulier a pu éta-
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- blir par cette méthode comment des aciers trem- tomber un mouton de poids déterminé d’une hau-pés perdaient leur dureté à chaud, comment ils teur connue et constante. On compte le nombre
- Charge Diamètre Dureté.
- sur de l’empreinte
- la bille. en millim. —
- Plomb . . . . 200 6,5 5,7
- Étain. . . . 500 6,25 14,5
- Aluminium . . 500 4 38
- Zinc .... . 500 3,65 46
- Or . ,500 5,60 48
- Argent (i9oo) . . 500 5,25 59
- Charge sur la bille. Diamètre de l’empreinte en millim. Dureté.
- Fonte blanche . . 5000 2,85 460
- Laiton . .. . . . 500 3,15 63
- Cuivre 500 2,9 74
- Métal des cloches. 500 2,25 124
- Fonte gris clair. . 5000 4,5 179
- durcissaient aux basses températures de l’air liquide, etc.
- Un des essais que l’on rencontre le plus fréquemment dans les cahiers des charges des grandes administrations est l’essai de pliage. 11 consiste à déterminer, dans des conditions de travail généralement assez vagues, le pliage à angle droit d’une éprouvette, sans qu’il se produise de criques. C’est même le premier essai que l’on ait songé à faire et il figure dans les prescriptions à suivre par les
- ., officiers du Premier Em-
- Fig. .9- — Appareil . , .
- GuiUery pour l’essai pire pour juger de la
- à la bille de Brinell. valeur des métaux qu’ils
- achetaient pour l’armée.
- L’essai au cisaillage, qui jouit des mêmes qualités que l’essai du pliage, est beaucoup plus intéressant, car il permet de déterminer la résistance à la traction et, par suite, de se substituer à l’essai direct.
- Les méthodes que nous venons de passer en revue, sont des méthodes statiques d’essai des matériaux qui toutes gravitent autour de l’essai de traction. 11 existe d’autres essais, dynamiques ceux-là, qui fournissent des renseignements autres que ceux donnés par les méthodes précédentes et aussi utiles dans la pratique où les pièces métalliques ou autres font souvent partie d’organismes en mouvement, soumis à des chocs, des vibrations, qui s’ils n’amènent pas leur usure au sens ordinaire du mot, les rendent inutilisables au bout d’un certain temps. En effet, un acier trempé par exemple peut perdre sa trempe non seulement par la chauffe, mais encore par suite de chocs qui modifient l’orientation de ses molécules.
- Parmi ces essais dynamiques, l’essai de flexion par choc est assurément le plus anciennement utilisé. Il consiste en principe à placer l’éprouvette, sous forme d’un barreau entaillé pour localiser et assurer la rupture, sur deux appuis et à faire
- de coups pour amener la rupture du barreau.
- Dans les procédés récents, l’éprouvette est rompue d’un seul coup et l’on mesure la quantité d’énergie qui a été absorbée par ce travail. On obtient ainsi des renseignements sur la fragilité, c’est-à-dire la propriété que possède le métal de résister plus ou moins aux actions brusques, propriété qui est sans relation avec la ductilité telle que le définit l’essai de traction. C’est ainsi que des pièces de fer qui à la traction ont donné toute satis-
- big. 10. — Machine de 5ooo kg pour essais de d,ureté sur des obus.
- faction peuvent se casser si elles tombent sur le sol. De même, les aciers à haute teneur en chrome sont très fragiles : ils se rompent sous des efforts
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- LES METHODES D’ESSAI DES MATERIAUX
- de 1 à 2 kilogrammètres, et pourtant ils ont des allongements à la traction avant rupture de 15 à 17 pour 100.
- Trois appareils sont utilisés pour l’essai au choc
- sur barreaux entaillés : ce sont les appareilsFremont, Charpy et Guillery.
- Le mouton Fremont,. vertical, comprend un marteau de 10 à 15 kg tombant d’une hauteur de 4 m., terminé par un couteau destiné à cisailler l’éprouvette qui se trouve placée sous le marteau.
- Immédiatement après le choc du couteau, le dessous du marteau, qui ne possède plus que l’énergie non consommée par l’éprouvette, vient heurter une enclume portan t deux logements garnis de ressorts à boudin en acier trempé. Les ressorts fléchissent sous le choc du marteau, et on enregistre, par leur écrasement, l’énergie restante du mouton (fig. 11).
- Connaissant, ce qui est facile, l’énergie totale du mar-teau, on a, par différence, celle absorbée par le bri de l’éprouvette.
- Dans l’appareil Charpy, le marteau est constitué par un pendule oscillant tournant autour d’un axe creux monté sur bille. Le mouton est relevé à la main et maintenu en position par un déclic. La hauteur de chute est constante et égale à 1 m. 4. Lorsque le pendule est libéré, il vient frapper l’éprouvette, la rompt et rebondit à une certaine hauteur qu’une aiguille enregistre sur un cadran et qui permet de déduire l’énergie absorbée par la rupture de la, barre d’essai (fig. 12). , -, : .
- Quant à l’appareil Guillery, c’est un mouton pen-’
- Fig. il.
- Mouton Fremont.
- Fig. 12.
- Mouton Charpy'.
- dule circulaire. 11 consiste en un volant qui est lancé à.une certaine vitesse 'et qui vient frapper la barrette au moyen d’un couteau porté sur sa circonférence lorsqu’un dispositif spécial a amené cette barrette près du volant. L’éprouvette est brisée, mais il en résulte une diminution dans la vitesse de rotation du volant.
- Les variations d’énergie cinétique de rotation donnent l’énergie absorbée par l’essai (fig. 15). Cet appareil est remarquable par son faible encombrement.
- Tels sont les principaux essais que l’on peut faire subir aux métaux et les machines qu ils nécessitent. Dans toute usine métallurgique, chez tous les constructeurs, devraient exister deux appareils, l’un permettantd’étu- . dier la résistance
- à la traction, soit par la traction même, soit à l’aide de la méthode de la bille de Brinell ou d’une méthode analogue (méthode de Ludwik où la bille est remplacée par un cône, méthode sclérométrique de Martens, méthode de rebondissement d’une bille sur le métal, etc.) et une machine permettant de
- déterminer la résistance au choc (moutons Fremont, Charpy ou Guillery).
- Les renseignements qu’en tireraient les industriels seraient des plus importants en leur permettant de suivre pas à pas par exemple le traitement thermique de leurs métaux.
- Prenons un cas concret : Un acier l’eau, puis revenu
- 777 446 595 1.060 2.285 2.775
- outil
- trempé à 900° dans à 700° avait une dureté de 5000 __ _
- 400° — —
- 275° —
- 200o __
- 100° — —
- Dans un autre cas, un acier à 13 pour 100 de
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- L’INDUSTRIE HÔTELIÈRE - —: 333
- manganèse avait une résistance de 85 kg par millimètre carré et un allongement de 25 pour 400. On conçoit qu’un tel acier soit difficile à travailler et qu’on ne l’emploie que pour les usages où l’usure est à éviter, les voies de tramway par exemple.
- La résistance au flambage des tubes que l’on peut aussi effectuer ainsi que nous l’avons dit, permet de se rendre compte, par exemple, de l’influence de la longueur dans chaque cas particulier : un tube d’acier de 50 mm de diamètre et 2 mm, 5 d’épaisseur flambe sous une charge dé 2300 kg lorsqu’il a une longueur de 3 m. et sous 10 300 kg
- lorsque sa longueur n’est que de 1 m., résultat qu’il est impossible de déduire des théories classiques.
- Pour les bois, on trouve dans le cas du chêne des efforts de rupture variant de 1,5 kg à 8,5 kg suivant l’orientation des fibres par rapport à l’effort. Dans le sapin, l’effort d’arrachement d’un tirefonds de chemin de fer est de 2270 kg et de 5880 dans le hêtre, etc.
- On voit, par ces quelques exemples, la multiplicité et la valeur des indications que fournissent les essais mécaniques et l’intérêtque présentent leur extension et leur généralisation. H. Yolta.
- L’INDUSTRIE HÔTELIÈRE
- La guerre a creusé un fossé si profond entre deux époques que nous avons pris l’habitude, avant de parler de l’avenir, de rappeler la situation d’avant-guerre.
- Pour ce qui concerne l’industrie hôtelière, il nous suftira d’exposer que son exploitation était, dans la proportion de 88 pour 100, entre les mains des étrangers pour définir nettement la situation, montrer notre apathie et la clairvoyance des autres.
- A cela il convient d’ajouter qu’il manque actuellement en France 1500 hôtels de tourisme, dont 150 pour la seule région des Alpes. Enfin, nous plaçant à un autre point de vue, nous devons faire remarquer que, en général, l’hôtellerie française était insuffisamment bien tenue; ceux de nos compatriotes, pour qui l’exploitation d’un établissement constituait une industrie familiale, ne se sont pas toujours assez préoccupés des besoins des touristes, de leurs désirs; par contre, l’exploitant étranger, l’Allemand surtout, pour qui l’hôtellerie est une grosse source de richesse, se montrait plein de prévenances, s’ingéniant à plaire afin d’attirer et de garder le touiûste à qui on réservait tout le confort possible.
- Le résultat s’était lait sentir rapidement; les étrangers avaient concurrencé facilement nos nationaux en créant des hôtels sur nos côtes, dans nos stations thermales les plus fréquentées, et raflé, en " quelques années, toute la clientèle.
- La guerre, par l’expérience qu’elle nous apporte, doit provoquer une rénovation de l’industrie hôtelière-française qui est, pour l’avenir de notre pays, une industrie fondamentale. L’exploitation de l’industrie hôtelière française est assurée d’un développement énorme tel qu’aucune autre industrie n’en peut escompter parce que la France est le seul pays du monde que le touriste puisse parcourir en toutes saisons sans se lasser, sur d’y trouver un lieu de prédilection où il aimera vivre, se reposer. Nos côtes et nos montagnes l’attirent, le captivent par leurs
- sites merveilleux. Nos vingt siècles de civilisation, enrichis par les apports de civilisations antérieures, font de notre pays un immense musée que personne ne peut prétendre connaître entièrement et qui réserve des surprises à chaque pas.
- C’est à l’industrie hôtelière qu’est réservée l’exploitation de toutes ces richesses; c’est pour elle que la France est si belle, si douce, si bien parée. Et nous laisserions bénévolement aller à d’autres, les bénéfices de cette situation privilégiée ! L’erreur qui a été commise doit disparaître; nous devons reprendre possession de nous-mêmes et ne permettre à aucun ennemi de recevoir nos amis sur notre sol.
- La situation est d’autant plus favorable que dès maintenant les étrangers projettent de visiter, en masses, les mémorables champs de bataille où l’Allemand vient briser ses efforts contre notre vaillance. Le monde entier connaît l’Hartmannwillerkopf, Ger-béviller, le bois Le Prêtre, le Mort-Homme, les carrières du Soissonnais, Reims, Arras, le Labyrinthe, Tahure, l’Yser. Demain, lorsque nos troupes auront laissé derrière elles ces monuments historiques de la guerre actuelle, des caravanes de visiteurs afflueront chez nous pour parcourir ces lieux de combats, satisfaire une curiosité légitime, y méditer surtout et respirer la même atmosphère que nos héros.
- Quelle que soit la misère des lieux, quelle, que soit l’horreur des ruines, le touriste veut être bien reçu, confortablement hébergé. Préparons dès maintenant des chambres propres, meublées avec goût, des facilités de transport* une cuisine bien française. Encourageons l’étranger à venir et, quand il sera chez nous, sachons le retenir; joyeusement il nous abandonnera une large part des bénéfices qu’il a réalisés pendant la guerre, appréciera mieux la France et reviendra volontiers goûter à son charme.
- Un programme s’impose. Il ne sera pas difficile à établir si l’on remarque que cette industrie est re-
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- L'INDUSTRIE HOTELIERE:
- présentée par quatre types d’hôtellerie : le palace, l’hôtel de voyageurs, l’hôtel de tourisme et l’auberge. Ce sont là les quatre colonnes de l’édifice à reconstruire, chacune avec son caractère particulier mais laissant entre elles de vastes espaces pour recevoir des constructions composites. Tout dépend du lieu, de la situation et le génie organisateur saura s’inspirer des circonstances locales pour déterminer du genre d’hôtel à ériger. Organisons-nous donc : 1“ avec des capitaux français; 2° avec le goût français ; 3° avec du personnel français ; 4° avec du matériel français.
- Les deux premiers éléments nous appartiennent. Nous devons trouver facilement des capitaux en quantité suffisante pour faire face aux besoins d’une exploitation nationale. Quant au bon goût, luxueux ou modeste, il demeure un des joyaux de notre race. Il nous reste à montrer comment peut sè recruter le personnel et comment doit être compris le confort à l’hôtel.
- Le Touring-Glub de France, pour les aider, a constitué un comité de l'hôtellerie française. Les efforts associés des uns et des autres devaient aboutir à un résultat aussi heureux que rapide; mais il faut croire que la graine a été jetée dans un sol aride car la moisson n’apparaît pas. Nous n’en sommes pas surpris, les metteurs en scène de la réorganisation ayant posé en principe que « la première forteresse à enlever est l’indifférence gouvernementale ».
- Ils ont demandé au Ministère du Commerce la création d’écoles spéciales d’hôtellerie et de section hôtelières dans les écoles de commerce et d’indus-
- Fig. i et 2. — Cuisine et salle à manger de l’École hôtelière.
- Le personnel hôtelier manque actuellement. Les étrangers ennemis sont rentrés chez eux pour nous combattre; les Français valides sont à l’armée; il reste seulement les neutres et quelques nationaux qui se sont improvisés employés d’hôtel pour la circonstance. Après la guerre la situation ne sera pas améliorée, à cause du nombre des disparus et de l’absence obligatoire des ennemis. Un recrutement intense est donc à prévoir et l’école hôtelière seule est capable de nous le donner. Les hôteliers de France ont fort bien compris l’intérêt qui s’attache à leur groupement en une sorte d’association professionnelle pour la défense de leurs intérêts et le développement de leur industrie ; ils ont fait l’union et posé nettement le problème de l’école hôtelière.
- trie, au Ministère de l’Instruction publique la création des sections hôtelières dans plusieurs de ses écoles primaires supérieures, puis un enseignement supérieur qui serait donné ensuite dans des écoles spéciales. Ces projets, mûrement étudiés, peut-être donneraient-ils d’excellents résultats... plus tard, dans dix ans, trop tard. Est-ce cela que veulent les hôteliers?
- Ce qu’ils désirent c’est la création immédiate d’une école pratique d’hôtellerie dans laquelle ils pourront recruter leur personnel le plus .tôt possible, demain, dans trois mois, dans six mois.
- Ce qu’il leur faut de suite, c’est un hôtel, un de ces hôtels sous séquestre que le Gouvernement peut et doit mettre à leur disposition et où ils s’installeront avec leurs propres ressources si l’État ne peut rien pour eux, et avec un personnel enseignant qu’ils auront choisi eux-mêmes. Tout cela est faisable en huit jours. Qu’attend-on?
- On a vite tracé une marche à suivre, un programme. La réalisation en serait-elle impossible?
- Nous allons répondre par un exemple qui cons-
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- L’INDUSTRIE HÔTELIÈRE—r— ... — 335
- tilue une belle leçon d’énergie française donnée par des femmes.
- Au cours de cette guerre, des femmes, en grand nombre, se sont installées au chevet des blessés; d’autres se multiplient pour apporter quelque bien-être à ceux qui se battent. Il en est qui ont compris autrement leur tâché : elles ont pensé aux victimes indirectes de la guerre, aux veuves et aux orphelins, qu’ont faites les batailles et s’efforcent de leur assurer l’avenir. Mlle Yalentine Thomson, l’initiatrice de ce mouvement, est parvenue, avec une énergie toute masculine, et sans aucun appui officiel, à organiser une école hôtelière féminine, la première école hôtelière qui existe en France. L’audacieuse entreprise connaît le succès. Depuis l’ouverture de l’école les trente places dont elle dispose sont constamment occupées et, après trois mois de cours, trente élèves déjà complètent leur instruction dans des hôtels.
- Le principe sur lequel repose le fonctionnement de l’école est d’aiileurs très simple. Les élèves, admises à partir de l’âge de 18 ans, subissent l’internat pendant trois mois et sont placées au pair pendant trois autres mois dans de grands hôtels. Elles sont capables alors d’assurer un service régulier dans n’importe quel établissement, service de fonctionnaires d’autant plus lucratif que l’hôtel leur assure le logement et la nourriture. Le prix de la pension est de 70 francs par mois seulement, un capital de 210 francs est donc suffisant pour permettre à une femme de se créer une situation.
- L’école est installée dans un immeuble transformé en hôtel (*) ; les élèves y sont tour à tour étudiantes et clientes. Meublées simplement mais avec goût, les chambres et les dortoirs, d’une méticuleuse propreté, appartiennent au type hôtel de tourisme. La cuisine est séparée de la salle à manger par une baie vitrée, disposition intéressante pour une école, mais non à recommander dans une exploitation normale. Un hall sert de lieu de réunion, de salon de réception.
- Nous n’insisterons pas sur l’aménagement du local; il nous paraît préférable de nous arrêter à l’enseignement lui-même beaucoup plus étendu qu’on pourrait le croire parce que l’on a reconnu l’obligation de former, non de vulgaires domestiques, mais des employés au sens le plus étendu du mot.
- Le personnel enseignant comprend deux professeurs d’un lycée de jeunes filles parisien, un professeur de comptabilité, un chef cuisinier et le directeur du Grand-Hôtel.
- Sont inscrits au programme des cours d’instruction générale destinés à compléter, en les appli-
- 1. Boulevard Beauséjour, 7, à Paris.
- quant à la science - hôtelière, les connaissances acquises à l’école primaire. Cours de langue françaises (correspondance commerciale), cours de langue anglaise écrite et parlée, l’histoire, géographie touristique de la France et de ses colonies et voies de communication, arithmétique (comptabilité, monnaies et mesures étrangères, intérêt, escompte, calcul rapide), physique, chimie, histoire naturelle.
- L’hygiène fait l’objet d’un exposé précis sur les eaux, l’aération, la ventilation et sur l’alimentation : conditions hygiéniques d’un menu, qualités des viandes, boissons. On y ajoute des notions élémentaires sur les maladies contagieuses, l’hygiène du corps, des vêtements, de la maison, sur la désinfection des locaux et du matériel.
- Le cours de technologie passe en revue les industries de l’alimentation : boulangeries, conserves et pâtes alimentaires, beurres et fromages, confiserie, les régions vinicoles et les crus de France, la fabrication et la conservation du vin, l’installation des caves.
- Une autre science importante, la plus importante peut-être, est celle du commerce et de la comptabilité, fortement méconnue dans les hôtels exploités par les familles françaises. Les élèves sont initiées aux usages commerciaux relatifs au transport des marchandises, aux colis postaux, itinéraires, télégraphie, téléphonie, principalement à la comptabilité de l’hôtel qui doit être tenue avec un soin méticuleux puisque c’est d’elle que dépend l’avenir de l’établissement.
- L’enseignement est complété par des cours pratiques sur le service de la table, des appartements, de la cuisine, sur l’économat, la lingerie, l’ameublement, des notions sur le tourisme et les voyages modernes, la réception des voyageurs et des marchandises, les renseignements, les agences de voyage, la publicité, la surveillance générale, les rats d’hôtels, etc. Un cours de morale, professé par l’une des organisatrices de l’école, complète l’instruction générale indispensable aux employées de l’hôtel. .
- Voilà ce que les hôteliers français, avant de payer de leur personne, doivent dores et déjà au féminisme. La vaillance de ces apôtres de l’industrie hôtelière n’aboutira-t-elle, qu’à ce résultat d’instruire quelques jeunes filles sans situation? Ne doit-elle pas entraîner un mouvement masculin puissamment organisé par ceux-là même qui en seront les uniques bénéficiaires? Ce serait vraiment renoncer à notre relèvement industriel et commercial, ce serait douter de notre puissance nationale que de laisser, en de faibles mains de femmes, une oeuvre d’aussi grande portée. La voie est tracée, il ne reste qu’à la suivre et à l’élargir.
- Lucien Fournier.
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- LES OBUS POUR CANONS DE TRANCHÉES
- •Depuis que la guerre de tranchées a pris une importance capitale sur le front français, on se sert de plus en plus des « crapouillots » et autres canons de modèles surannés : mortiers de 150 du temps de Louis-Philippe, Taupia, improvisation de nos officiers et soldats du génie, composé d’un simple obus du 77 allemand non éclaté dont on dévisse l’ogive et à la base duquel on perce une lumière, etc.... Mais le plus sérieux de tous, est le canon de 58 qui, muni d’une petite plate-forme, d’un frein et d’un appareil de pointage, exécute des tirs assez précis jusqu’à 500 mètres.
- calottes et les ailettes sont fixées sur le corps cylindrique des projectiles, on y visse le tube de propulsion. Puis on procède à leur vérification. Pour cela, un homme introduit une petite lampe, dans l’ouverture de chaque bombe afin de voir si les soudures sont parfaites, pendant qu’un autre vérifie, avec un calibre, l’écartement des ailettes. On marque ensuite les obus, on en peint le corps et les ailettes.
- Ces petites bombes pèsent environ 16 kg et les grosses plus de 55 kg vides. Lorsqu’elles sont remplies de cheddite, leur poids est de 50 à 100 kg. Le chargement est une opération que l’on pratique sou-
- Lot d'obus Dumézil en
- Ce canon lance des bombes, torpilles à ailettes ou obus Dumézil dont nous allons décrire sommairement la fabrication, la récente circulaire du sous-secrétariat des munitions nous interdisant d’entrer dans les détails. Ces engins se composent d’un corps cylindrique, terminé des deux côtés par une calotte hémisphérique ou tronconique et muni à un bout, d’un tube destiné à pénétrer dans l’âme de la pièce, de façon à recevoir seul la propulsion. Elles portent, en outre, trois ailettes disposées, à égale distance, sur le pourtour afin d’assurer le maintien de l’obus sur sa trajectoire.
- Les divers éléments constitutifs des torpilles à ailettes sont en tôle de fer de quelques millimètres seulement d’épaisseur. A l’usine, on commence par réchauffer les calottes à la forge, puis on les porte à l’atelier de soudure autogène. Une fois que les
- cours de vérification.
- vent dans les ateliers situés sur le front. La cheddite ne doit pas être trop tassée sans quoi elle ne détonnerait pas complètement et aurait un mauvais rendement explosif. Lorsque le remplissage est terminé, on visse sur la tête de l’obus un tube destiné à porter la gaine relai et l’ensemble détonateur et percuteur que l’on ne met en place qu’au dernier moment, lorsque l’obus mis dans le canon va être tiré. Ces bombes servent, en particulier, à détruire les fils de fer barbelés lors d’une attaque de tranchées. Dans ce cas, comme on cherche surtout l’effet de l’explosif et non l’action des éclats métalliques, on n’a pas besoin de projectiles à parois épaisses. Or un obus Dumézil de 55 nettoie un réseau de fil de fer sur une trentaine de mètres environ, largeur suffisante pour ouvrir la brèche par où les assaillants passeront.
- Jacques Boyer.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahure, rue de Fleuras, 9, à Paris.
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- LA NATURE.
- — N° 2226.
- 27 MAI 1916.
- L’AVENIR DE NOS COLONIES
- À la lumière des événements qui se déroulent sur noire frontière, nous entrevoyons de plus en plus clairement le danger qui, depuis quelques années, menaçait la prospérité économique de notre pays. La brusque ruée du soldat allemand nous a, un peu tard, ouvprt les yeux sur l’infiltration plus lente, plus sournoise, mais peut-être tout aussi redoutable, de l’industriel allemand, qui l’avait précédée.
- Nous reconnaissons enfin que nous n’avons pas tiré de notre fonds français lout ce qu’il peut nous donner, car la France, ce n’est pas seulement notre France métropolitaine, mais aussi cette France extérieure plus jeune, que nous ont créée, surtout depuis moins d’un demi-siècle, des hommes vers qui notre reconnaissance n’est pas toujours allée aussi vive qu’elle eût dû l’être.
- Réparties sous tous les climats et sur tous les sols, nos colonies nous offrent, par là même, toutes les ressources que l’homme peut demander à la terre, soit que nous profitions des richesses qui s’y trouvent naturellement, soit que nous y apportions, pour les développer, celles qui n’y sont pas spontanées.
- Nos ressources végétales. — Certes des efforts ont déjà été faits. Vers la fin de 1902 notamment, notre Association cotonnière coloniale se fondait, et, comme les Associations similaires étrangères, se donnait pour but de nous faire produire par nous-mêmes une partie tout au moins des 500 000 tonnes environ de coton que nos manufactures reçoivent du dehors. Les cotonniers croissent à l’état sauvage ou subspontané dans plusieurs de nos possessions, et les indigènes de ces régions les cultivent de longue date pour leurs besoins personnels. N’est-ce pas là l’indication que, soit par l’amélioration de ces variétés locales, soit par l’introduction de variétés déjà améliorées, nous pourrions être de moins en
- moins tributaires de l’étranger? L’Association cotonnière l’a pensé; et les premiers résultats acquis ont commencé à confirmer ces espoirs, puisque nous recevions, au total, en 1915, de nos colonies 765 500 kg de coton brut, au lieu de 20000 en 1904. Mais ce n’est encore qu’une insignifiante quantité, en comparaison de notre chiffre global de consommation. Il nous faut donc accentuer le courant qui se dessine au Dahomey, au Soudan — où quelques déceptions ne doivent pas nous arrêter — en Nouvelle-Calédonie, aux Nouvelles-Hébrides, à Tahiti, à Madagascar et en Algérie. Dans notre colonie de l’Afrique du Nord, les résultats de ces dernières années ont fait disparaître les anciennes hésitations, là surtout où, comme à Orléans-ville, l’irrigation est possible. La Côte d’ivoire nous donne aussi quelques espérances. Sans doute nous rencontrons bien çà et là quelques obstacles. En certaines régions, les insectes sont le grand tléau ; en d’autres , des travaux d'hydraulique sont nécessaires ; le choix des variétés n’est pas aussi sans embarrasser. Mais c’est à résoudré toutes ces questions que doit s’employer notre activité. Avant d’en arrivera l’état actuel, les États-Unis ont vaincu des difficultés aussi grandes. Nous devons d’autant plus montrer de la ténacité et de la persévérance que les autres nations ont reconnu, comme nous, la nécessité d’agir. En Angleterre, la « British Cotton Growing Association » n’a pas ménagé ses peines; et l’Allemagne, qui, en Afrique Orientale et au Togo, avait fondé plusieurs Stations d’Essais, récoltait, pendant la campagne de 1911-1912, 5000 balles de 250 kg dans son Est Africain et 2500 au Togo.
- Le coton n’est pas, au reste, le seul textile colonial que nous ayons intérêt à produire. Beaucoud
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- L'AVENIR DE NOS COLONIES
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- de denrées d’exportation, riz, poivre, coprah, café, sucre, sont emballées dans des sacs ou des toiles en jute. Madagascar importe ainsi annuellement des quantités considérables de ces sacs, l’Indochine en reçoit pour 6 à 7 millions de francs, et l’on sait la place importante que la filasse de jute occupe dans notre industrie européenne. Or, aucune de nos colonies ne récolte à l’heure actuelle de manière appréciable ni ce jute ni aucune fibre analogue. Les Corchorus, qui sont les plantes productrices, sont cependant quelque peu cultivés depuis longtemps par les indigènes au Tonkin, puisque c’est le jute non roui et en lanières qui entre dans la fabrication des « nattes de Chine ». Il n’y a pas, par conséquent, impossibilité, en principe, à développer cette culture, qui, sans pouvoir sans doute être faite sur une large échelle, offrirait cependant, en certaines régions du Tonkin, des chances de succès.
- Ce serait ainsi, en tout cas, un appoint à ce que pourraient nous fournir d’autres plantes à fibres analogues. Et, comme telles, se place au premier rang. YHibiscus cannabinus, sur lequel, en 4911, il fut beaucoup insisté au Congrès de Soerabaja, et que le Dr Treub, à Buitenzorg, pensait à introduire dans les Indes Néerlandaises, pour diminuer les importations de jute de plus de 3 millions de florins dont a besoin chaque année la colonie hollandaise. Ce serait, cette fois, notre Afrique Occidentale Française qui pourrait être productrice, car l'Hibiscus cannabinus y croît à l’état sauvage ; et les Noirs en cultivent déjà, pour leurs filets et leurs cordages, plusieurs variétés dans les xrallées du Niger et du Bani, dans les cercles de Bamako, de Ségou, de Djenné, de Koutiala. Nous savons donc où pourraient être faites nos cultures — dont s’est déjà préoccupé en 1912, à Koulikoro, M. Vuillet — et nous aurions pour base de nos essais toutes les expériences agricoles que la plante a provoquées dans l’Inde. Dans certaines Présidences, laMalvaeée couvre aujourd’hui de larges surfaces, et parfois même, comme dans le district de Guntur, les 6/7 de la superficie cultivable.
- A Madagascar, c’est une plante de la même famille, YUrena lobata, qui nous rendrait les mêmes services, puisque cet Urena, qui est le kirijy ou le paka des Malgaches, est aussi l’ara-mina du Brésil, à propos duquel des expériences faites à Sao Paulo ont démontré que sa valeur pour la fabrication des sacs est plutôt supérieure à celle du jute. Et on ne l’ignore pas, car nous savons que tout récemment 10 tonnes de kirijy ont été éxpé-diées de notre colonie. Devons-nous voir dans cette première exportation le début d’une nouvelle industrie?
- Sa réussite serait un encouragement à nous faire également tirer parti, à Madagascar encore, des filasses d’aloès. Deux plantes donnent surtout ces filasses : l’Agave rigida, qui fournit le chanvre de Sisal, et le Fourcroya gigantea, d’où est extrait l’aloès vert de Maurice. Cet aloès vert pourrait tout
- aussi bien provenir de Madagascar que de Maurice. Le Fourcroya gigantea n’a-t-il pas été introduit et ne s’est-il pas acclimaté dans le centre de notre île, comme il l’a été à Maurice et à la Réunion ; et les indigènes savent parfaitement Eutiliser. Pourquoi ne pas l’exploiter comme dans l’île anglaise? De petites tentatives ont bien, croyons-nous, été faites et n’ont été qu’à demi satisfaisantes. Mais il faut remarquer que la variété malgache est reconnue inférieure à la variété mauritienne, et c’est donc peut-être sur cette dernière que des essais devraient être recommencés. Puis les résultats d’une première culture ne sont pas toujours probants. Certains planteurs qui avaient les premiers cultivé des caféiers de Libéria dans l’Est ont ensuite délaissé leurs plantations, mais d’autres sont venus plus tard, qui ont été plus heureux. Enfin, si même la variété mauritienne de Fourcroya donnait quelques déceptions, il reste encore la possibilité d’introduire Y Agave rigida. C’est, dit-on, 90 millions de kilogrammes de sisal que les États-Unis importent annuellement du Yucatan, pour les employer en cor-derie. Et l’Allemagne a bien su reconnaître la valeur de ce textile, qu’elle avait acclimaté dans ses possessions de l’Afrique orientale, et dont elle exportait en 1911 11212 tonnes, soit pour 12 500000 fr. La même culture a été introduite à Porto-Rico et aux Hawaï; elle est aussi tentée à Maurice. Il est vraisemblablement des points de Madagascar où les Agave trouveraient de même les conditions qui leur conviennent.
- Sansevières et ananas devraient aussi attirer notre attention.
- Il est également permis d’admettre que le dernier mot n’est pas dit sur la ramie. Le perfectionnement de l’outillage d’extraction n’est pas impossible. Comme le jute, la ramie est quelque peu cultivée par les Annamites, qui l’emploient pour leurs filets de pêche. Il n’y a donc pas à rechercher si la plante peut être cultivée en Indochine, mais dans quelles conditions — que M. Hautefeuille a commencé à établir — elle le serait de façon rémunératrice. Le jour où nous ne serions plus sous la dépendance du producteur chinois, l’abaissement des prix vulgariserait l’usage de tissus dont la clientèle française n’a pu encore apprécier toutes les qualités.
- Et que d’autres articles ne sont, non plus, ni utilisés ni demandés parce qu’ils ne nous sont pas suffisamment connus. C’est le cas, par exemple, de la chapellerie malgache. Nous n’avons jamais été mis assez à même de constater la solidité, la finesse et la légèreté des pailles que donnent, dans le Centre et l’Est de Madagascar, des Cypéracées comme Yahibano et le penjy, et des Palmiers comme le vrai manarana.
- Si nous passons maintenant à une toute autre catégorie de produits, c’est encore Madagascar qui, avec les fécules et les‘tapiocas, est en état de nous affranchir en partie de l’importation étrangère. La culture
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- du manioc y a pris, depuis une dizaine d’années, une importance sans cesse croissante.
- On avait pu croire un moment que ce serait la simple préparation des rondelles qui pourrait être, pour le planteur, une meilleure source de bénéfices que la préparation de la fécule ou du tapioca. Nos idées premières se modifient. En même temps que les plantations se sont étendues un peu de tous côtés dans la colonie, des usines, pour la fécule, puis aussi, comme à Tsarasaotra et à Manan-jary, pour la préparation du tapioca, se sont installées. Alors que, en 1908, le manioc ne figurait pas encore dans les statistiques de la colonie, en 1912 il était exporté 22 millions de kilogrammes de manioc brut ou desséché, 680000 kg de farine et 320000 kg de fécule. Le tapioca viendra donc aussi s’ajouter sur nos marchésàcelui (1 500000 kg en 1912) que nous envoie la Réunion; et ainsi pourront être diminuées d’autant les quantités que nous recevons de Singapore (près de 2 millions de kilogrammes), des Indes Néerlandaises (3 millions) et du Brésil (200 000). Mais pour que le mouvement commencé continue et s’accroisse, il faut activement poursuivre à Madagascar les travaux d’amélioration foncière et d’hydraulique agricole, perfectionner les méthodes de culture, généraliser l’emploi de la traction animale, hâter la construction des nouvelles voies ferrées, comme celle d’Ant-sirabé à Tananarive.
- Par ces mêmes travaux, par la création, tant de fois sollicitée, d’une Station d’Essais, où seront étu-
- Fig. 2. — Femme portant de la filasse d'aloès, dans le centre de Madagascar.
- (Cliché Teissonnière.) ,
- diées les variétés et les maladies, ainsi que la fumure, la riziculture malgache, que les Hova avaient autrefois si bien développée et qui fut, après l’occupation, un moment délaissée, redeviendra, en même temps, florissante. D’énormes progrès ont " déjà été faits, dont on trouve la répercussion dans les récentes statistiques; mais, pour Madagascar, comme pour l’Indochine, ce n’est pas seulement la quantité qui importe — car obtenir une production abondante est relativement facile — c’est la qualité. Ainsi seulement nous pourrons vraiment rivaliser avec certaines sortes étrangères, comme celles de Java.
- Une réduction analogue de nos importations pourrait,' en.certaines limites, être obtenue pour les cafés. Notre consommation annuelle de cet autre produit est de 110 millions de kilogrammes environ ; et nos Antilles, la Nouvelle-Calédonie, Madagascar, l’Indochine et l’Afrique Équatoriale française nous approvisionnent au plus, dans l’ensemble, pour I 800 000 kg. L’Afrique Équatoriale, l’Est et le Nord de Madagascar — peut-être aussi certaines régions du Centre, comme le Manongarivo, avec le caféier d’Arabie — enfin le Tonkin pourraient cependant certainement accroître très notablement cette production, mais à la condition que des Services compétents s’attachent à combattre les maladies diverses qui attaquent les
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- variétés actuelles et, en même temps, aident les colons à rechercher quelles sont les nouvelles variétés qui pourraient convenir aux diverses régions. On ne peut s’en tenir aux timides introductions qui ont été faites, à Madagascar par exemple, des espèces* récemment connues. Il est inadmissible que, à l’heure où Java réussit à renouveler ses plantations avec des Caféiers du Congo, notre Congo cultive à peine le caféier.
- Trop élevées aussi nos importations étrangères de cacaos. Nos chocolateries utilisent aujourd’hui près de 30 000 tonnes de ces cacaos par an, et nous n’en produisons guère plus d’un millier et demi. Indépendamment de nos Antilles, notre Afrique Occidentale a cependant l’exemple tout voisin de ce qu’ont pu réaliser les colonies anglaises. En 1903, c’est-à-dire il y a une dizaine d’années, les exportations de cacao, si l’on fait exception pour SanThomé, étaient presque exclusivement américaines, teur occupait le premier rang avec 23000 t., et il ne sortait que 2297 t. de là Gold Coast. Or, en 1911, c’est cette ’Gold Coast qui prend la première place avec 40 000 t. ; et sur une production mondiale de 245000 t;, la côte africaine fournit pins de 80000 t., soit le tiers.
- Nous voyons nettement là ce que peuvent les colonies lorsqu’elles le veulent et lorsqu’elles sont aidées par la métropole! Pourquoi la Côte d’ivoire, le Dahomey, le Gabon ne suivraient-ils pas la voie que leur indiquent les possessions anglaises? Au Cameroun, la récolte du cacao, en 1912, était de près de 5 millions de kilogrammes, contre 800 000 kg en 1903; et un botaniste était chargé d’étudier les moyens de combattre le cancer qui dévastait les plantations. Une délaxe contribuerait, d’autre part, chez nous, à l’accroissement de la consommation ; et nos fabriques de chocolat seraient aussi prospères que celles de la Suisse, dont la prépondérance commerciale tient surtout à l’insignifiance des droits d’entrée.
- Quant au thé, pour lequel, notre consommation annuelle française est de 1 200 000 kg environ, on ne peut guère citer que pour mémoire les 200 000 kg que nous envoie l’Indochine. Et pourtant c’est de l’Asie austro-orientale que l’arbre à thé est originaire; l’Annam et le Tonkin sont donc des régions de culture tout indiquées. C’est Ceylan qui doit ici nous servir de modèle. Lorsque 1 ’llemileia, apparu
- en 1869, eut en 1880 fait disparaître les dernières plantations de caféiers, la colonie anglaise, un peu désemparée, trouva momentanément dans les arbres à quinquina une nouvelle ressource, mais qui fût restée bien insuffisante si la culture de l’arbre à thé n’avait été tentée. Et Ceylan qui, en 1880, ignorait presque ce thé, possédait vingt "ans plus tard, en 1900, 150 000 hectares de théiers; puis la machinerie se perfectionnait, et le thé de Ceylan est aujourd’hui universellement connu sur les marchés. Il supplante de plus en plus les sortes chinoises, parce que les agriculteurs de Chine refusent obstinément de modifier leurs procédés culturaux. Nos colons peuvent-ils désirer de meilleurs encouragements et des faits plus probants? Yoilà des colonies qui, avec leurs cultures nouvelles, mais rationnellement conduites, de cacaos et de thés, prennent la place des pays qui, pendant de longues années, furent les grands, et môme les seuls centres d’exportation.
- Est-il aussi une exploitation d’un plus gros intérêt que celle des arbres à caoutchouc? Il s’agit d’alimenter en une matière première devenue entre toutes indispensable d’importantes industries. Or, on ne doute plus actuellement que le nouveau venu qu’est le caoutchouc de plantation remplacera de plus en plus le caoutchouc de cueillette. Nos colonies caout-choutières sont donc doublement menacées, car, d’autre part, lianes et arbres sauvages sont chaque jour plus rares. Si nous ne voulons pas — et nous ne devons pas vouloir — qu’il en soit de notre industrie du caoutchouc comme de celle du coton, pour laquelle nous cherchons précisément à remédier à l’état de choses actuel, il est de toute nécessité que, comme l’Angleterre et la Hollande, nous possédions nos plantations de caoutchoutiers. Nous devons, en Afrique Occidentale Française) voir, par des études sérieuses, ce que valent les diverses méthodes de culture qui ont été proposées pour le Funiumia etastica; et nous devons aussi, et plus encore, encourager en Cochinchine, par tous les moyens, ceux de nos colons qui se sont déjà efforcés d’introduire la culture des tteveci. Les Indes Néerlandaises ont réussi, en quatre ans, à établir près de 100 000 hectares de plantations' de •caoutchoutiers de Para ! Et nous n’avons en Indochine qu’une quinzaine de milliers d’hectares, au
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- plus, couverts par ces IJevea. Il est donc de toute nécessité que cette culture s’étende en Cochinchine avec la même rapidité qu’en Péninsule Malaise, à Ceylan et en Malaisie. En 1915, le caoutchouc de plantation — qui ne figurait sur les marchés de 1900 que pour 4 tonnes — représentait 98 millions de kilogrammes, sur une production totale de 145 millions. Et, sur ces 98 millions, 72 provenaient de la Péninsule Malaise et 20 de Ceylan. Que sont, comparativement à ces chiffres, les 250 tonnes qu’a peut-être produites notre Cochinchine?
- En Afrique Occidentale, le palmier à huile est
- plaçât l’exploitation du caoutchouc. Au Libéria, d’autre part, en 1914 encore, des projets de grande culture de l’arbre étaient en voie de réalisation. Bien plus, on songeait en Malaisie anglaise à introduire le palmier africain; preuve évidente de l’intérêt qu’il présente. Nous n'allons pas, dans de telles conditions, délaisser une richesse naturelle que nous possédons et que d’autres colonies désireraient acquérir. Mais il est indispensable que des études sur place, comme celles déjà commencées par M. Chevalier, déterminent exactement quelles sont, parmi les nombreuses variétés aujourd’hui connues, celles qui sont préférables en
- Fig. 5. — Cacaoyer des Antilles introduit à Madagascar à la Station d’essais de l Ivoloinà (Tamatave).
- (Cliché Fauchère.)
- une autre* pl an te industrielle qui devrait être l’objet des recherches d’une Station d’Essai-u Le palmiste est, tout particulièrement pour notre Dahomey, une richesse naturelle qu’il importe de mettre en complète valeur, comme l’Allemagne l’avait reconnu pour son Cameroun. Au commencement de 1914, le Comité Economique colonial de Berlin, remarquant que les possessions allemandes ne produisaient que pour 20 millions de marks de matières premières oléagineuses, alors que la consommation de tout l’Empire était de 580 millions, décidait de propager activement la culture de VElaeis en Afrique et demandait même que, dans le Cameroun méridional, cette culture, que favorisait le nouvel outillage adopté — simple modification de l’outillage français de la maison Fournier — rem-
- chaque région, au point de vue de la qualité et du rendement.
- 11 nous faut, hélas, nous limiter, car malheureusement, les considérations dans lesquelles nous entraîne la mention de chaque produit nous font dépasser les limites assignées à cet article.
- Contentons-nous donc d’exprimer une fois de plus le regret qu’on n’ait jamais sérieusement exploité nos forêts de la Guyane, de même qu’on n’utilise pus encore suffisamment nos essences de la Côte d’ivoire, pendant que nous faisons venir des bois des Etats-Unis, du Mexique et de Cuba.
- N’ouldions pas, non plus, que noire tannerie, tout comme les tanneries étrangères, trouverait une intéressante matière première dans nos palétuviers, sous la réserve, bien entendu, d’une réglementa-
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- lion qui empêcherait des destructions locales de ce rideau littoral de nos colonies.
- Sur le tabac, nous avons moins à dire, car c’est déjà depuis quelques années qu’on a officiellement reconnu combien il est anormal que nous l’achetions sous ses diverses formes à l’étranger, et que l’Algérie seule contribue à nous fournir les 55 000 t. au minimum de tabacs exotiques qui nous sont importées annuellement. On sait qu’une Commission interministérielle a été nommée en 1910 pour modifier cette situation, et est chargée d’étudier nos tabacs coloniaux, de conseiller nos planteurs et de faciliter les achats. Elle doit aboutir, puisqu’on aboutit bien ailleurs. Au Cameroun, en -1914, des Sociétés qui s’étaient constituées espéraient rivaliser avec *
- Sumatra pour le tabac en feuilles; et au Cap, la culture du tabac de Turquie semble devenir une très bonne affaire.
- Elle peut bien l’être aussi pour certaines de nos possessions.
- Nos ressources animales et minérales. —
- Pays de culture, nos colonies sont aussi pays d’élevage; et ce n’est pas là la moindre utilité qu’elles ont pour nous dès maintenant et qu’elles continueront désormais à avoir.
- Exception faite pour notre Afrique du Nord,#; il est bien reconnu que le transport des animaux vivants, même suivi d’un pacage en France, comporte trop d’aléas et de difficultés diverses pour être, au moins actuellement, réellement pratique. Les seules entreprises recommandables sont donc le transport par frigorifiques et l’expédition de conserves ; mais ce commerce, qui n’est encore chez nous qu’à ses débuts, a donné depuis longtemps de trop bons résultats en’ Angleterre — où 40 pour i 00 de la viande consommée provient de Timportaiion — pour que nous tardions plus longtemps à l’étendre. Reste toujours, il est vrai, cette petite prévention qu’a le consommateur français contre cette viande frigorifiée, de vente cependant si courante chez nos voisins. La situation actuelle nous amène déjà et nous amènera sans doute plus encore à surmonter nos hésitations, et il est vraisemblable que c’est ainsi que s’établiront chez nous, pour l’usage d’une viande qui peut être considérée tout au moins comme d’excellente seconde qualité, de nouvelles habitudes, devenues économiquement nécessaires.
- Fig. 6. — Rameaux de thé avec fleurs et fruits. (Cliché Fauchère.)
- Et notre domaine colonial est prêt à nous alimenter largement.
- En 1915, notre cheptel bovin, à Madagascar, était évalué à plus de 6 millions de têtes et donnait lieu à une exportation de 25 millions de francs, dont 14 millions provenant du commerce des peaux, soit 44 pour 100 du chiffre total des exportations de l’ile. Ce chitfre augmentera encore; des usines sont aujourd’hui installées à Diégo-Suarez, près de Majunga, à Tamatave, etc., pour la préparation soit de conserves, soit de viandes frigorifiées. On estime que, dans l’avenir, 100 000 bœufs pourraient être utilisés annuellement. C’est, par conséquent, pour le plus grand profit de notre métropole, un commerce assuré, si les questions de tarifs et de conditions de transport sont résolues par la bonne volonté de tous. N’oublions pas que, à Madagascar encore, d’autre part, le dernier recensement indique 900 000 porcs; et des fabriques de salaisons et de saindoux (saindoux dont les États-Unis nous importent annuellement près de 5 millions de kg) se sont établies à Antsi-rabé, à Miarinarivo et à Tananarive.
- A la viande frigorifiée malgache peut venir également s’ajouter sur nos marchés celle de l’Afrique Occidentale ; notre Haut-Sénégal-Niger nous assure notamment des ressources qui ne sont pas négligeables. Dans le Haut-Sénégal comme en Guinée, des sociétés pour le produit frigorifié et les conserves étaient dès 1915 en voie de création. De même au Cambodge. On évalue là à 2 500000 têtes les troupeaux de bœufs qui peuplent les pâturages ; et dans ce nombre ne se trouve pas compris le cheptel du Bas-Laos. Toute cette richesse est encore restée inexploitée, et ce n’est qu’en 1915 qu’une société d’élevage se serait, parait-il, pour la première fois fondée pour fabriquer de l’endaubage, et, accessoirement, de l’extrait de viande. Grâce à nos possessions, notre approvisionnement en viandes est donc bien assuré, et dans des conditions qui empêcheront une trop forte augmentation des prix.
- Nous sommes évidemment moins en état de nous suffire pour cet autre produit de l’élevage que sont les laines. Entre les 270 000 t. que nous achetons à l’étranger et les 10 000 t. que nous envoient au total l’Algérie, la Tunisie et le Sénégal l’écart est
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- trop grand pour que notre Maroc — abstraction faite de la qualité du produit — réussisse à le combler. Nous ne nous en devons pas moins à nous-mêmes de le diminuer dans une aussi large mesure que possible. L’exportation de ces laines a toujours été une des branches les plus florissantes du commerce marocain ; il fut même une époque où nous en détenions presque le monopole. La laine représente depuis longtemps plus du dixième des exportations totales de notre nouvelle conquête ; il y a, par suite, là un vaste champ ouvert à l’activité de nos maisons françaises.
- Et l’avantage que nos industries de la laine trouveront au Maroc, nos industries de la soie sont en droit de l’espérer en Indochine. Les progrès que notre Service de Colonisation a fait accomplir à la sériciculture malgache offrent un gros intérêt local, mais la médiocre réussite du mûrier dans le Centre de l’île ne laisse guère entrevoir la possibilité d’un trafic extérieur de notre colonie africaine. Il en est tout autrement pour l’Indochine, qui peut faire mieux que de contribuer pour quelque 10000 kg à la fourniture des 8 millions de kilogrammes à peu près de soies grèges qui, sur une production mondiale de 27 millions, entrent annuellement en France. Rendons, au surplus, cette justice à notre Administration d’Extrême-Orient qu’elle n’a pas attendu l’heure présente pour encourager l’industrie séricicole locale. En 1911, par exemple, un concours était organisé à Hanoï en vue de constater les progrès réalisés au Tonkin dans la filature et le tissage de la soie, surtout au point de vue de l’exportation des grèges, déchets et tissus vers la métropole ; et on reconnaissait à cette occasion que notre colonie pourrait parfaitement concurrencer en France les pongées, tussors et shantungs du dehors. Il suffirait d’augmenter la production.
- Un produit de luxe plus spécial, mais qui offre bien son intérêt, puisque l’Afrique du Sud en livre chaque année près de 500 000 kg, d’une valeur approximative de 65 millions de francs, c’est la plume d’autruche. Madagascar est la colonie qui pourrait de plus en plus pourvoir aux besoins (170000 kg environ par an) de la clientèle française; et notre Service de Colonisation doit continuer à hâter, dans la région de Tuléar, les travaux
- de défrichement et d’irrigation qui ont été commencés pour la cülture de la luzerne et du maïs.
- Si, tout ceci dit, nous rappelons encore que les belles missions de M. Gruvel sur les côtes de Mauritanie et du Sénégal nous ont documentés sur les moyens d’accroître de ce côté le domaine de nos pêcheries maritimes — de ces pêcheries qui sont déjà une partie de la fortune de notre Protectorat tunisien — si nous faisons encore remarquer que nous pourrions, tbut de même, ne pas laisser dorénavant à l’Allemagne, aussi bénévolement que jusqu’alors, le soin de récolter en notre lieu et place, aux Touamatou et aux Gambier, les nacres de notre Océanie Française — pendant que, bien entendu, nos industriels qui travaillent cette matière première l’achètent à l’étranger — on voit que,
- dans nos colonies, le règne animal représente une richesse qui n’est pas moindre que celle que nous offre le règne végétal.
- Sur la nécessité de la mise en valeur de nos ressources minières, il est peut-être un peu moins nécessaire d’insister. La recherche des minerais est celle qui est, en général, le moins oubliée ; tout le monde y songe immédiatement et en sent tout de suite l’importance. Il s’agit donc moins, en la circonstance, de provoquer l’exploitation que de la réglementer et d’empêcher de trop nombreux abus. Ne fut-il pas une époque où, en Nouvelle-Calédonie, un Allemand d’Auckland obtenait pour 10 ans le monopole de l’exploitation des mines de chrome et de cobalt, en même temps que de l’extraction de la résine de kaori? Beaucoup plus récemment, c’est l’Allemagne qui se rendait maîtresse des affaires minières du Tonkin. Grâce aux renseignements qu’elle possédait, grâce aussi à sa méthode, aux facilités qu’elle pouvait offrir aux entreprises déjà
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- Fig. 7. — Jeunes Hevea au Champ d’essais de Ong-Yem (Cochinchine). (Cliché Haffner.)
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- créées, mais pour la plupart dépourvues d’organisation commerciale et d’acheteurs, une maison allemande, la maison Beer Sondheimer et Cie, réussissait à s’assurer par contrats l’achat de nos principaux minerais.
- Fig. 8. — Le séchage du tabac à Hon-quan. (Cliché Haffner.)
- Il faut bien espérer que de pareils faits n’appartiendront plus désormais qu’à l’histoire du passé, de même que doré 'avant toutes les précautions seront prises pour que nos colons ne soient plus les victimes d’agissements
- lava. Certaines qualités peuvent, au reste, rivaliser avec les sortes de Ceylan, et diverses Sociétés françaises et étrangères se sont, par suite, intéressées à cette exploitation, qui donnait lieu, en 1912, à des exportations de près de 3 millions de kilogr.
- Mais les doléances de nos colons sont provenues du fait que des maisons étrangères, après avoir acheté sur place les meilleures sortes malgaches, les ont revendues comme « Ceylan » et n’ont laissé sous le nom de « Madagascar » que les qualités inférieures. Ainsi pourrait s’accréditer l’opinion que le graphite malgache n’est jamais que de valeur moyenne ou médiocre. Il serait donc nécessaire d’exiger un certificat d’origine ; il y aurait lieu aussi d’étudier la création d’un marché au Havre — où il fut déjà en projet — ou à Marseille. Cette création serait certainement un des meilleurs moyens de provoquer les diverses améliorations commerciales demandées. Car il serait utile encore que, par un moyen quelconque, on fît disparaître pour le produit étranger l’avantage ' qu’il possède au point de vue de la facilité des communications et du prix du fret.
- Avons-nous réussi, dans cette trop brève et
- tels que ceux dont se plaignaient en 1913 à Madagascar nos producteurs de graphite.
- C’est en 1899 que, sur les bords de l’I-kopa, près de Tana-narive, le graphite fut pour la première fois signalé dans notre colonie, et on sait l’intérêt que présente ce graphite, en particulier pour nos industries électro - chimiques.
- Jusqu’en ces dernières années, nos pays fournisseurs étaient, pour un total de 40h0 tonnes environ, l’Italie, Ceylan, l’Allemagne, l’Autriche et les États-Unis. La présence du graphite à Madagascar
- est donc pour nous de première importance, et l’est d’autant plus que les gisements sont abondants, car on les connaît aujourd'hui sur plus de 1300 km, depuis le Nord de l’ile jusqu’au Sud, dans la partie centrale et sur la côte Est, ainsi que dans l’Anala-
- Fig. 9- — Ferme école à Ankazobè (Madagascar).
- incomplète énumération, à montrer le vaste et beau programme de colonisation que nous aurions à appliquer au lendemain d’une paix victorieuse? On reconnaîtra que nous n’avons pas cherché à dissimuler la complexité des problèmes qui se poseront,
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- et dont la solution est évidemment plus aisée sur le papier que sur le terrain. Mais toute œuvre présente ses difficultés et ses aléas ; et les exemples de ce qu’ont entrepris avec succès d'autres pays prouvent bien que ces difficultés, si grandes qu’elles puissent apparaître au premier abord, ne sont pas, en général, insurmontables lorsque chacun, dans la mesure de .ses moyens, veut s’appliquer à lés aplanir. La clientèle française, malheureusement, hésite trop souvent à adopter un produit nouveau ou de provenance nouvelle ; l’industriel, de son côté, hésite à travailler ou à préparer ce produit; et le colon hésite tout naturellement à son tour à l’obtenir, puisqu’il n’est pas sûr d’en trouver
- l’écoulement. Nous tournons ainsi indéfiniment dans le même cercle. C’est de ce cercle qu’il faudrait enfin sortir. Nous ne voulons pas ici faire même allusion aux moyens administratifs qu’il conviendrait peut-être d’employer. Souhaitons seulement que, mieux renseignés sur ce que nous pouvons faire et sur ce que nous n’avons pas encore suffisamment fait, nous ayons déjà le ferme désir de rompre avec certains errements du passé. Tout l’avenir de notre France économique, dans la mère-patrie comme dans nos colonies, tient en ces deux mots : savoir et vouloir.
- Henri Jumelle,
- Professeur à la f aculté des Sciences, Directeur du Musée colonial de Marseille-
- LES MINES FLOTTANTES ET LES COURANTS MARINS
- La guerre a augmenté dans des proportions considérables les dangers de la navigation.
- Aux « risques de mer », inséparables de toute traversée maritime et qui proviennent de l’état du vent et de la mer, sont venus s’ajouter les risques de torpillage par des sous-marins allemands qui ne respectent aucun pavillon, fût-il neutre, et ceux, encore plus graves, de la rencontre d’une mine sous-marine, soit fixe, soit flottante.
- La collision avec une mine sous-marine fixe, mouillée dans des régions déterminées de la mer, est relativement plus facile à éviter, étant donné que l’on est sensé connaître la position de ces « défenses ». Mais il n’en est pas de même des mines « flottantes » qui, voguant au gré des vents, des courants et des marées, peuvent être rencontrées n’importe où par un navire inoffensif que leur explosion coulera infailliblement.
- Comme ces mines flottantes sont à la merci des courants marins, c’est à l’étude de ceux-ci qu’il faut s’adresser pour avoir une idée des risques encourus et des régions de la mer où ces risques sont les plus grands.
- Remarquons d’abord que l’on peut rencontrer en mer, indépendamment des mines mouillées à poste fixe, des mines « flottantes » de diverses catégories.
- Il y a d’abord celles que les Allemands ont intentionnellement jetées à la mer sans aucune amarre, « au petit bonheur ». Comme le commerce maritime leur est actuellement interdit, ils ont pensé
- que ces mines ne risqueraient que de couler des navires de la Quadruple-Entente. Il y a bien les .navires neutres; mais que vaut, vis-à-vis de l'Allemagne, un traité de neutralité? Son chancelier l’a dit lui-même : un simple « chiffon de papier ».
- Il y a ensuite les m i nés qui ont rompu les amarres par lesquelles elles étaient retenues à un lourd « crapaud » de fonte qui les -maintenait sur le fond.
- Il y a, enfin, les propulsions lentes que ces dernières, tout en restant amarrées à leurs crapauds, peuvent subir, du double fait de la houle et des courants. Ceci demande une petite explication.
- Le mécanisme de propagation de la houle à la surface de la mer est un mécanisme ondulatoire. La houle, malgré son apparente progression à la surface de l’océan, ne transporte pas de matière; elle ne transporte que « du mouvement ». Les molécules liquides vibrent « sur place », en exécutant des mouvements qui s’effectuent suivant des orbites circulaires dont les plans sont verticaux. Et les philosophes du moyen âge l’avaient bien compris, quand ils disaient dans leur langage tout à la fois imprécis et rigoureux : Non maleria ipsa, sed forma maleriæ progredilur.
- Mais ce mouvement qui ne déplace pas d’eau est indépendant du mouvement de translation dont l’eau elle-même peut être animée par suite d’un courant existant à l’endroit considéré. Un corps flottant se trouvera donc sollicilé, à la fois par le mouvement ondulatoire aux fluctuations duquel il
- Direction de courant
- A Crapaud
- Fig. i.
- A) Miné retenue sur le fond et déviée par le courant. — B) Mine soulevant son crapaud sous Vinjluence d’une vague de houle. — C) La même mine redescendant laisse retomber son crapaud sur le fond après avoir fait un bond, de A en C, sous l’aclion du
- courant.
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- doit obéir, et par le mouvement de translation que tend à lui imprimer le courant marin.
- Le premier mouvement, celui de la houle, a un effet très important : au passage d'une crête de houle, la poussée hydrostatique, celle que subit de la part de l’eau le corps immergé, en vertu du principe d’Archimède, est augmentée; un corps plongé dans l’eau subit donc un effort vertical, de bas en haut, plus grand que celui qu’il subirait dans de l’eau au repos. Cette augmentation de la poussée au passage d’une vague de houle est même une difficulté pour les sous-marins naviguant près
- point ou la poussée hydrostatique soit redevenue normale, et où le poids de son crapaud, redevenu suffisant pour la faire plonger, la maintiendra de nouveau amarrée sur le fond. Mais elle se sera déplacée, elle aura effectué une sorte de « bond ». Ce bond se renouvellera au passage d’une autre vague de houle, de sorte que, de bond en bond, la mine finit par quitter son mouillage primitif et peut se trouver transportée, fort loin parfois, de l’emplacement où elle avait été immergée, comme le montre la figure 1.
- C’est donc, en définitive, l’action des courants
- Fig. 2. — La trajectoire des courants et des cyclones dans l’Atlantique nord-est tracée d’après les travaux des capitaines Th. Garde et C. Ryder, de la marine royale danoise.
- de la surface; ils subissent ainsi, de la part de celle-ci, une sorte de « succion » qui les oblige à se surlester en embarquant de l’eau.
- Considérons donc une mine, mouillée sur son « crapaud », dans une eau parcourue par un courant et dont la surface est animée d’un mouvement ondulatoire. Si le poids du crapaud est juste suffisant pour maintenir la mine immergée à sa profondeur et tirant sur son amarre par suite de la poussée hydrostatique, il n’en sera plus de même si cette pression vient à augmenter brusquement. Alors le crapaud peut être soulevé momentanément. La mine « mouillée » devient alors une mine « flottante » ; elle se déplace au gré du courant qui la transporte ainsi jusqu’à ce qu’elle atteigne un
- marins qui est le facteur principal du déplacement des mines mouillées : à plus forte raison est-il celui du transport des mines simplement flottantes qui sont véhiculées par lui comme de simples épaves.
- On peut se demander dans quelles directions « privilégiées », si l’on peut ainsi dire, se fera sentir, sous l’action des courants, le transport des mines. Il suffit, pour répondre à cette question, de considérer une carte des courants marins, et, étant donnée la localisation de la guerre maritime actuelle, une carte des courants de l’Atlantique nord (fig. 2).
- En regardant cette carte, on voit que le grand courant d’eau chaude sortant du Golfe de Mexique,
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- le Gulf-Stream, après avoir traversé l’Océan Atlantique en écharpe, arrive aux côtes occidentales de l’Europe où il se ramifie en plusieurs branches. L’une d’elles longe les îles Britanniques à l’ouest, remonte dans la mer du Nord et vient baigner les côtes de la Norvège. Une branche, à l’est de celle-là, s’infléchit au nord de l’Ecosse, descend le long de la côte Est de l’Angleterre, décrit une sorte d’U, et remonte le long des côtes de la Hollande, de l’Alle-
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- marins de 1852 m. par journée de 24 heures.
- Les mines flottantes, d’après cela, seront donc toutes transportées vers le nord-est de l’Europe, c’est-à-dire sur les côtes de Hollande, du Danemark, d’Allemagne et de Norvège, et si quelques-unes échappent à l’échouage, transportées par le courant d’Irminger, elles pourront, après un long voyage transatlantique, aller s’échouer jusque sur les rivages des Etats-Unis.
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- Fig. 3. — Carte montrant les routes suivies par les flotteurs lancés par M. Charles Bénard les 4 et 5 novembre içoi, par groupes de iof.sur les indications de S. A. <S. le prince Albert /er de Monaco.
- Les numéros des flotteurs de chaque groupe ont été indiqués sur la carte a côté du point d’atterrissage. Les lancements ont été effectués à bord du paquebot Brésil de la Compagnie des Messageries Maritimes, commandé par le lieutenant de vaisseau Le Troadec. s»—> Les flèches indiquent la direction résultant des courants dans la zone de l’expérience.
- magne et du Danemark pour rejoindre la branche qui baigne la Norvège du sud au nord. Enfin, à l’ouest de la branche ascendante du Gulf-Stream, une ramification, connue sous le nom de courant d’Irminger, du nom de l’amiral danois qui l’a •étudié au cours du xixe siècle, se détache en tournant à gauche et forme la branche septentrionale du circuit marqué « Bassin B » sur la figure. Là ses eaux rencontrent les eaux froides du courant du Labrador qui descendent le long de la côte des États-Unis. La vitesse' moyenne des eaux de •ces différentes branches est de 10 à 20 milles
- Ceci n’est pas, d’ailleurs, une imagination : plus d’un an après le siège de Port-Arthur, lors de la guerre russo-japonaise, un paquebot japonais a heurté, au voisinage d’Honolulu, une mine flottante qui circulait, par suite, depuis douze mois dans le Pacifique.
- Il est à remarquer que les rivages des États sur lesquels l’échouage des mines transportées a le plus de chance de se concentrer sont précisément les rivages des États qui ont tenu, pendant cette guerre, à conserver leur neutralité.
- Indépendamment des courants généraux, il y a
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- les courants de marée. Mais ces courants « portent » alternativement dans un sens et dans un sens opposé, avec le double jeu du flux et du reflux : ils ne transportent donc pas, en définitive, les mines d’un point à un autre de l’Océan.
- Dans la mer Baltique, il y a un double système de courant qui se traduit, dans le Skagerrack, par un courant venant de la mer du Nord, le long du Jutland et par un courant allant, au contraire, vers la mer du Nord, le long de la côte norvégienne. Dans l’intérieur même de la Baltique, un courant remonlant vers le nord longe la côte d’Allemagne, et un courant allant vers le sud baigne la côte suédoise. C’est donc sur celle-ci que les mines auront, en fin de compte, chance de s’échouer.
- Quant à la Méditerranée, les courants y sont rares et faibles. Le plus important est celui qui entre par le détroit de Gibraltar en y amenant les eaux de surface venant de l’Atlantique. Au centre du détroit, sa vitesse est assez considérable : 3 à 4 km à l’heure : il s’élargit ensuite et se fait sentir en Espagne jusqu’au cap de Gala. Au point de vue du transport des mines, étant donné la région où celles-ci ont été mouillées en grand nombre, le
- courant le plus important est celui qui, à travers le Bosphore et les Dardanelles, amène dans la Méditerranée les eaux superficielles delà mer Noire. Mais ce courant, après avoir parcouru l’Archipel, paraît se continuer par une branche qui remonte le long de la côte autrichienne de l’Adriatique : il n’est donc dangereux, finalement, que pour nos ennemis.
- Il y a, le long de la côte française du Golfe de Gascogne, un courant qui doit être pris en considération, étant donné que des mines ont été observées dans cette région ; c’est une branche extrême du Gulf-Stream qui s’oriente vers le sud-est, après avoir longé la côte bretonne du sud, et descend le long de la Vendée et des Landes. Mais ce courant, après s’être infléchi sur le fond du golfe de Gascogne, finit par couler le long de la côte nord de l’Espagne. La figure 3, qui donne les itinéraires de flotteurs lancés en 1901 dans la région, le démontre avec une netteté suffisante. Et c’est encore vers un rivage neutre qu’il a des chances de transporter et de faire échouer les torpilles qui flottent dans ses
- eauX- Alphonse Berget.
- Professeur à l’Institut Océanographique.
- LA PHOTOGRAPHIE BALISTIQUE
- Nous avons décrit ici même}1) la méthode des stries ou méthode de Tôpler, qui permet de photographier les ondes sonores et, par suite, de vérifier l’exactitude des lois de l’optique physique. Mais cette méthode, dont le principe fut d’ailleurs indiqué par Foucault, est surtout célèbre par les expériences qu’elle permit à Mach de poursuivre sur le déplacement des projectiles dans l’air. Cette étude remonte à 1887 ; elle fit grand bruit à cette époque, quelques artilleurs français reproduisirent les expériences indiquées, en tirèrent quelques conclusions intéressantes, vers 1890, puis brusquement le silence se fit, et il fallut la guerre pour ramener l’attention sur le dépl cernent des projectiles dans l’air, la forme des sillages qu’ils engendrent, l’onde de choc qui prend naissance dans certaines conditions, onde signalée par le capitaine Journée en 1890 et que l’on a véritablement paru redécouvrir en 1915. Il est donc intéressant de rappeler des expériences très jolies mais qui semblent avoir été perdues de vue, ne serait-ce que pour signaler aux artilleurs qui actuellement cherchent à donner aux obus une forme rationnelle qu’ils ont à leur disposition une technique expérimentale très simple qui les fixerait immédiatement sur la valeur balistique des formes qu’ils étudient.
- Dans le circuit réunissant les armatures d’une bouteille de Leyde F se trouvent disposés deux interrupteurs I et H. En I les électrodes se composent de fils métalliques (tîg. 1) enfermés dans de petits tubes de
- 1. Voy. La Nature n° 2016.
- verre. Le projectile P, en passant par l’intervalle I, brise les tubes et produit la décharge électrique à la fois aux points I et H. L’étincelle H, en partie masquée par un écran, éclaire le projectile devant la lentille O et détermine, au foyer de l’objectif d’une chambre photographique K, une image qui peut être totalement ou partiellement masquée. Grâce à cet éclairage instantané produit par le projectile lui-même, au moment convenable, on obtiendra une épreuve sur laquelle seront figurées, avec le projectile, les électrodes, l’étincelle Iet les variations de densité de l’air environnant (2).
- Les résultats des expériences peuvent se résumer ainsi :
- 1° Il existe en avant du projectile une condensation d’air qu’il est possible de rendre visible, mais
- 2. Supposons, en effet, qu’en II soit, un point lumineux dont les rayons arrivent sur la lentille 0, la distance 110 étant supposée supérieure à la distante focale, ces rayons traversent la lentille et vont converger pour donner une image du point d’émission, et diverger ensuite dans toutes les directions. C’est la marche des rayons lumineux dans les circonstances ordinaires. Mais si, sur le trajet de ces rayons, soit entre II et la lentille, soit à l’intérieur de celle-ci, soit entre la lentille et l’image, il se trouve un obstacle qui oblige une partie des rayons à suivre Un autre chemin, on a alors, outre les rayons qui suivent le chemin précédent, d’autres rayons suivant un autre trajet et venant pour ainsi dire signaler l’existence de l’obstacle interposé sur leur roule. On se trouve ainsi en présence de rayons réguliers et de rayons irréguliers. Pour les séparer, il suffit de glisser, en avant de l’appareil photographique, un écran opaque de manière à arrêter directement les rayons réguliers et à laisser les rayons irréguliers continuer leur route le long du bord de l’écran.
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- il faut pour cela que la vitesse de la balle dépasse la vitesse du son, soit 340 m. environ par seconde.
- 2° Si le projectile a une vitesse suffisante, la limite de la région de condensation de l’air en avant du projectile apparaît sous la forme d’une hyperbole, enveloppant la balle, ayant son sommet devant la pointe et l’axe suivant la trajectoire. Des lignes de séparation semblables mais de forme rectiligne partent du corps de la balle et divergent vers l’arrière symétriquement par rapport à la trajectoire (fig. 2).
- Des expériences plus récentes ont montré que fonde condensée en avant de la balle jouissait de propriétés singulières. En photographiant une balle à quelques millimètres en avant d’une plaque de verre contre laquelle elle était tirée, on a pu constater I que déjà le verre volait en éclats avant d’être heurté par la halle. C’est donc à la condensation d’air en avant de sa pointe qu’il faut attribuer ce résultat.
- De même une halle tirée à très grande vitesse contre un mouchoir suspendu par deux coins ne le par traverse pas, lelinge étant en quelque sorte soufflé fonde gazeuse que le projectile pousse en avant de lui.
- 3° Avec les halles animées de grande vitesse, le
- Fig. 2. — Forme de l’onde V V' produite par un projectile. S, gaine d'air entraînée.
- canal qu’elles laissent derrière elles est rempli par de petits nuages d’aspect tout particulier. Ils sont à peu près réguliers et symétriques et ressemblent à des perles enfilées sur un cordeau tendu le long de la trajectoire.
- Les résultats obtenus avec les balles de fusil furent étendus ensuite par Mach et Salcher aux projectiles d’artillerie de 40 et de 90, moyennant une légère modification : pour se mettre à l’abri de la lumière directe, tout l’ensemble était placé dans un cube de tôle; un courant électrique déterminait l’ouverture de la chambre photographique. Cette •ouverture produisait la fermeture d’un second cou-
- rant qui faisait partir le coup. Le passage du projectile entre les fils déterminait la rupture du premier circuit et par suite l’obturateur retombait.
- Les clichés obtenus montrèrent fonde de tête comme une bande assez large dè forme hyperbolique, avec l’origine un peu plus en. avant de la pointe du projectile que dans les balles de fusil. On remarqua aussi une couche d’air particulière S formant au projectile une sorte de proue (fig. 5). D’autres ondes parlent du corps des projectiles. Dans
- le cas étudié, on 1 remarquait légèrement divergentes partant des cordons avant et 5 autres partant des cordons arrière et formant avec J’axe du projectile des angles plus ouverts que les premières. On serait tenté d’attribuer ces ondes à la présence des cordons, mais on les a observées également dans le cas de projectiles à parois lisses.
- Quant aux tourbillons à l’arrière du projectile ils présentent des stries longitudinales qui font paraître l’obus comme terminé par un plumet.
- Fig. 3. — Le sillage aérien d'un projectile.
- Les photographies ont aussi permis de mettre en évidence l’existence d’ondes condensées et d’ondes dilatées. C’est ainsi que fonde condensée de tête est suivie d’une onde dilatée. On n’a jamais pu observer de vide derrière les projectiles, même tirés à des vitesses de 900 m., alors que la vitesse d’affluence de l’air dans les conditions de l’expérience n’est que de 700 ou 800 mètres.
- Le fait qui ressort immédiatement des expériences entreprises avec des armes tirant à des vitesses supérieures à celle du son, c’est, dit le capitaine Journée dans un mémoire présenté à l’Académie des Sciences, qu’un observateur placé
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- Fig. i. — Disposition de la chambre photographique, K et du circuit électrique; F, bouteille de Leyde; H, éclateur; P, projectile; O, lentille; I, circuit
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- 350 .: . . ~ LA PHOTOGRAPHIE BALISTIQUE
- derrière une cible, entend simultanément le bruit de la détonation et le choc de la balle contre la cible tant que la distance de cette cible à l’arme ne dépasse pas une certaine limite. Au delà de cette limite, la détonation précède le choc d’un temps d’autant plus grand que la distance est plus considérable. L’ensemble des faits observés par le capi-
- En 1888 et 1890, au moment où se poursuivaient les études que nous venons de résumer très brièvement, l’aviation n’existait pas et la résistance de l’air était mal connue. Il suffit pour s’en convaincre de regarder les photographies représentant les sillages laissés dans l’air par les projectiles pour s’apercevoir que les artilleurs qui ont déterminé la
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- Fig. 4.
- 1 et 2. Sillage d’une balle en aluminium, à la vitesse de 700 m. — 3 et 4. Balle pointue en laiton, vitesse 520 m. — 5. Balle cylindrique en laiton, vitesse 5io m. — 6. Balle allongée en aluminium déviée accidentellement de la ligne de tir, deux séries de tourbillons. — 7, 8 et 9. Balle cylindrique en aluminium, vitesse 900 m.
- taine Journée le conduisit à admettre qu’un projectile animé d’une vitesse supérieure à celle du son, produit, pendant son trajet, un son continu analogue à la détonation des gaz de la poudre. Le capitaine de Labouret reprit les expériences et la théorie du capitaine Journée et l’ensemble de ces travaux firent l’objet d’une communication du colonel Sébert en 1888 à la Société française de physique, sur le projectile considéré comme instrument sonore.
- Mach et Mappen reprirent expérimentalement l’étude de « l’onde du choc » émise par tout projectile dont la vitesse est supérieure à celle du son. Pour ces auteurs, la couche d’air qui se trouve en avant du projectile ne peut plus s’enfuir lorsque la vitesse dépasse celle du son, elle doit supporter la condensation et la pression produite par le mouvement du corps et l’onde prend la forme représentée sur le schéma (fig. 5). C’est une onde du même genre qu’on observe dans le cas d’un vaisseau se mouvant avec une vitesse supérieure à celle du courant, c’est encore la même onde qui se forme contre une pile de pont. Cette onde est unique et l’observateur, au moment où l’onde l’atteint, perçoit un choc analogue à celui d’une détonation.
- forme de ces obus ne se sont pas une seconde préoccupés de faciliter leur pénétration dans l’air.. Or, cette résistance à l’avancement qu’éprouve un projectile est la cause principale qui limite sa portée. Dans une étude récente, M. de Sparre n’a-t-il pas montré que pour une pièce de marine tirant sous grand angle, l’augmentation de portée due au seul fait qu’une partie de la trajectoire est dans une région de l’atmosphère assez élevée où la densité de l’air est plus faible que près du sol, atteignait 30 pour J 00 de la portée calculée! Aussi y aurait-il lieu de déterminer des formes rationnelles d’obus en s’appuyant sur les connaissances que l’on a maintenant des lois de la résistance de l’air. Pour cette étude, le procédé dû à Foucault et utilisé par Mach rendrait les plus grands services en montrant immédiatement les remous, les tourbillons, les ondes que créent les projectiles proposés, aux vitesses même où on les utilisera, ce que ne peuvent fournir les méthodes classiques « au tunnel » employées en aérodynamique qui ne donnent que la résistance globale à l’avancement pour des vitesses de 40 m. par seconde au maximum. H. Volta.
- Fig. 5. — Forme de l’onde engendrée par le coup de canon.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séances du 10 au
- Cristallisation du soufre. — On sait que le soufre présente plusieurs formes cristallines. M. Paul Gaubert a obtenu, en chauffant du soufre au-dessus de 120° et le refroidissant brusquement, une forme nouvelle d’un grand intérêt minéralogique. Sans entrer dans les détails techniques, il suffira de dire que ce soufre contient des sphérolithes fibreux, formés de spires très fines à enroulement hélicoïdal. Un tel enroulement n’avait encore été observé que dans un très petit nombre de corps, notamment dans la calcédoine et dans la dufrénite.
- Influence de la suggestion sur la température périphérique du corps. -— A l’état normal, pendant la sensation de chaleur, le rayonnement calorifique augmente sous l’influence d’une vaso-dilatation périphérique. M. Jules Courtier, étudiant ce qui se passe sur des sujets endormis, auxquels,on a suggéré l’idée de chaleur, observe, au moyen d’un brassard bolométrique, le phénomène inverse : l’émission thermique devient moindre. La suggestion ne'.parait donc pas s’accompagner des réflexes vaso-moteurs de défense de l’organisme. Quand on cherche l’explication de cette anomalie, on constate que, pendant l’impression, réelle ou suggérée, de chaleur, les combustions diminuent. En l’absence de réactions vaso-motrices de défense, les variations observées de la température périphérique correspondent à des variations de la température centrale.
- Extraction d’un projectile du cœur. — M. Maurice Beaussenat, qui avait déjà extrait un éclat de grenade du ventricule droit d’un blessé, relate une seconde opération analogue, également suivie de succès. Un caporal, blessé auxÉparges le 7 septembre 1914, avait été soigné pour péritonite, puis opéré de l’appendicite. Au bout d’un an, à la suite de troubles divers, tels que de l’essoufflement, on constata, par la radioscopie, la présence d’une balle de shrapnell, animée de mouvements synchrones aux battements du cœur, que l’on supposa d’abord dans le péricarde. Après ouverture, il fut reconnu que la balle était dans le ventricule droit, au voisinage de la pointe et on réussit à l’extraire en extériorisant le cœur, dont la paroi fut incisée entre deux anses de fil, puis recousue après extraction de la balle. Six mois après, le blessé est guéri et présente, à l’auscultation, un cœur normal.
- 17 avril 1916.,
- Nécrologie : Jules Gosselet. — Le géologue Gosselet, membre de l’Institut, qui vient de mourir à 84 ans dans Lille occupée par les Allemands, a été un véritable précurseur dont la place restera marquée dans l’histoire des grandes théories modernes. Il a consacré toute sa vie à l’étude approfondie du Nord dé la France. Son ouvrage sur l’Ardenne est classique. Son rôle dans l’exploration de notre bassin houiller du Nord a été considérable. Car il a le premier, par une vue géniale, précisé le rôle des renversements sur le bord méridional du bassin. Pratiquement, il en est résulté la création de nombreuses exploitations houillères en des régions où l’on ne soupçonnait pas avant lui la possibilité de chercher la houille. Scientifiquement, c’est l’extension des idées de Gosselet aux Alpes qui a permis à Marcel Bertrand de révolutionner toutes les conceptions antérieures sur la formation des chaînes de montagne. Un autre travail très curieux lui a permis de reconstituer la topographie continentale du Nord de la France avant l’invasion de la mer crétacée et de montrer, contrairement aux idées antérieures, combien la superficie était restée inégale et ravinée quand elle a été recouverte par les eaux.
- Influence de la terre sur les taches solaires. — M. Arctowski montre que la latitude moyenne des taches solaires obéit à un cycle annuel et subit, par conséquent, l’influence de la rotation terrestre autour du soleil. Il semble, en outre, que l’action terrestre se fasse sentir avec un retard; la moyenne la plus boréale est de trois rotations en retard sur la position la plus boréale de la terre et de même la moyenne la plus australe.
- Formation d'un réseau cellulaire pendant la cristallisation. — A la surface de certains métaux solidifiés rapidement, l’examen métallographique fait parfois apercevoir un réseau cellulaire microscopique. M. Dauzère, poursuivant ses recherches sur les ondes de cristallisation, montre que les ondes peuvent développer, sur la surface plane d’un cristal primitif, une série de petits cristaux parallèles logés de la même manière dans des cellules contiguës. Si l’on continue, les intervalles se comblent; mais, en arrêtant la solidification, on obtient une formation cellulaire que l’on peut photographier.
- Les glaciations du Portugal. — M.ErnestFleury montre l’existence, dans la Serra da Estrella, d’au moins deux grandes glaciations séparées par une période interglaciaire.
- LA MAIN MAGNÉTIQUE
- Un des résultats les plus terribles de la guerre actuelle est la quantité toujours croissante des mutilés qu’elle laisse sur son passage. Maints soldats, pris parmi les bons ouvriers gagnant facilement leur vie et celle de leur famille, reviennent du front infirmes et non seulement incapables d’aucun travail, mais exigeant encore des soins. Une situation aussi critique de ces hommes qui menu cent de grossir les rangs d’individus vivant de l’assistance publique a provoqué des efforts tendant à y remédier dans la mesure du possible. Des traitements spéciaux mécano- ou électrothérapiques réussissent
- souvent à rendre aux malades l’usage complet ou partiel de leurs membres. Les établissements déjà existants de l’assistance aux aveugles et aux sourds-muets acceptent défaire profiter de leur instruction professionnelle les soldats atteints de ces infirmités. Enfin, des écoles professionnelles spéciales aussi bien d’État que privées enseignent aux mutilés des métiers qui, sans leur rendre leur ancienne habileté, pourront leur permettre de gagner tant bien que mal leur vie à l’avenir.
- Mais à côté de toutes ces institutions il existe une question qui reste particulièrement importante.
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- LA MAIN MAGNETIQUE
- Nous voulons parler des appareils de prothèse, c’est-à-dire des appareils appropriés à chaque infirmité qui permettent aux mutilés d’exercer leurs nouvelles professions. Ces appareils qui doivent être solides, souples et légers ne manquent pas, mais leur prix élevé, atteignant 300 à 400 francs, les rend le plus souvent inabordables pour les simples ouvriers. On travaille donc actuellement à l’invention d’appareils qui, tout en restant accessibles par leur prix aux ouvriers, puissent leur permettre d’exécuter leur travail. Un appareil intéressant de ce genre est décrit sous le nom de la « main magnétique » dans le journal anglais The Electrical Review.
- La main magnétique est formée d’un brassard qui peut être fixé au moignon du bras et qui est muni à son extrémité d’un électro-aimant en forme de pot, monté sur une rotule et une jonction par manchon, de façon que les pôles de l’aimant puissent être ramenés dans la situation voulue et que l’aimant puisse être soit fixé solidement, soit laissé mobile, le frottement étant réduit au minimum. Le courant arrive par un fil flexible et par une prise de courant de telle façon qu’il puisse être lancé ou arrêté par le mouvement de quelque autre partie du corps telle que : pied, menton, l’autre bras ou même par un mouvement particulier du bras amputé. On peut avec la main magnétique tenir solidement toute sorte d’objets en fer aussi longtemps qu’on le désire, les mouvoir, les abandonner et les saisir de nouveau. L’appareil peut donc servir à tous les travaux qui nécessitent l’emploi d’outils ou de matériaux en fer. Les outils n’ont même pas besoin d’être spécialement adaptés à l’usage des mutilés. Sur la figure 2 la main électrique est représentée tenant le bout d'une lime ; mobile par rapport au brassard elle n’offre point d’obstacle au contrôle de la lime par le second bras.
- Un rabot, muni d’une petite plaque de fer sur
- Fig. i. — Coupe de Vèlectro- aimant montrant le mode de fixation des divers outils.
- Fig. 2. — Bras artificiel muni d’un électro-aimant permettant de guider une lime.
- laquelle s’applique la main magnétique est tenu tout aussi solidement que par une main ordinaire. Les poinçonneuses, travaillant sur des lames de fer, peuvent être dirigées tout aussi bien ou même mieux qu’avec une main ordinaire, car la main magnétique est capable de tenir la surface polie de la lame. L’ouvrage peut être mis au tour par la main magnétique pendant que l’autre main l’y ajuste. Les outils qui ne sont pas faits en fer, peuvent souvent être facilement munis de plaques de fer et le tableau de distribution peut être manipulé par la main magnétique lorsque ses leviers d’interrupteurs sont ainsi équipés. Les aimants de tailles et de forces de traction différentes peuvent être munis d’un manche de fer.
- L’aimant ordinaire, décrit plus haut, suffit à un grand nombre d’opérations simples; son emploi suggérera au bout de quelque temps des perfectionnements à y apporter pour les cas particuliers. Au moyen d’un interrupteur permettant altèrnativement d’arrêter et de relâcher l’aimant, on peut effectuer la rotation des objets en fer. Des outils spéciaux pourront aussi être inventés dans le genre de ceux montrés par la figure 1 qui représente des tenailles et des pinces, mises en
- mouvement par un électro-aimant. Il ne sera pas difficile, pour produire le mouvement de l’avant-bras par rapport à la partie du bras allant du coude à l’épaule, de munir l’appareil de doigts artificiels pouvant exécuter le mouvement de préhension.
- La force électrique facilite singulièrement l’exécution de ces fonctions variées. L’emploi de la batterie portative, destinée à fournir l’énergie à l’aimant lorsque l’ouvrier est éloigné de l’installation électrique, n’a pas été oublié.
- Il est donc à espérer que tout sera fait pour permettre aux mutilés d’exécuter aussi facilement que possible leur nouveau travail et de souffrir le moins possible de leur infirmité.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahüre, rue de Fleuras, 9, à Paris.
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- LA NATURE.
- — N° 2227.
- 3 JUIN 1916.
- FIÈVRES TYPHOÏDES ET PARA-TYPHOÏDES
- Si la guerre ne semble pas avoir provoqué jusqu’ici en biologie, des découvertes sensationnelles, elle n’en a pas moins, en ce domaine comme en beaucoup d’autres, accéléré singulièrement l’étude de maints problèmes et manifestement déterminé des progrès appréciables, tant en médecine qu’en chirurgie. La fièvre typhoïde ou pour parler plus exactement les fièvres typhoïdes et para-typhoïdes, ont particulièrement bénéficié de l’expérience physiopathologique monstrueuse réalisée par la guerre.
- La question est actuellement à peu près mûre pour un exposé récapitulatif qui paraît opportun. La notion des affections para-typhoïdiques, la pratique actuellement générale des vaccinations préventives, révolution marquée de la thérapeutique ne sont pas encore très familières au grand public, tout à la fois attiré et troublé par ces notions relativement neuves.
- La méthode historique est ici fort recommandable, en cé qü’elle met bien en évidence les approximations successives de la science en marche vers une connaissance chaque jour plus pénétrante d’une des affections morbides, dont l’étude soulève à chaque pas les problèmes les plus complexes.
- Elle nous permettra de faire en quelques minutes le chemin que l’esprit humain a mis des siècles à parcourir.
- Nul doute que la fièvre typhoïde n’ait existé de tout temps. Les descriptions des fièvres graves par les auteurs les plus anciens, de la phrénitis des Grecs et des Latins ne laissent aucun doute à ce sujet. Mais à la vérité, la confusion était très grande et resta telle jusqu’au début du xixe siècle pour les raisons suivantes. Les anciens (nous désignons sous ce nom les auteurs antérieurs au xixe siècle) ne caractérisaient et ne classaient les maladies que d’après leurs symptômes, leurs phénomènes extérieurs ; en conséquence, 1° ils confondaient des affections essentiellement distinctes, quant à leur siège et à leur nature, telles par exemple, la fièvre typhoïde et le typhus exanthématique n’ayant guère de commun que cet état général de stupeur, de prostration et de délire (d’ailleurs inconstant) qui a valu son nom à la maladie (typhos, Tucpoç, fumée, stupeur provoquée par la fièvre) ; 2° d’une même maladie, la fièvre typhoïde par exemple, ils décrivaient autant de maladies spéciales que les caractères extérieurs pouvaient revêtir de physionomies diverses, c’est ainsi que l’on trouve la fièvre typhoïde décrite comme fièvre inflammatoire, maligne, putride, bilieuse, mu-
- queuse, grave, adynamique et ataxique, etc., etc. C’est ce qu’on pourrait appeler la période purement symptomatique quasi préhistorique.
- Oh sait qu’au début du xixe siècle, sous l’influence de maints cliniciens au premier rang desquels il faut citer Laënnec, une nouvelle discipline conjuguant une observation clinique minutieuse, à des recherches anatomo-pathologiques systématiques et patientes (autopsies), parvint à situer, à localiser les lésions organiques caractéristiques des maladies, et à baser en conséquence les classifications médicales sur le tableau clinique (phénomènes extérieurs) et le tableau anatomo-pathologique (lésions observées sur le cadavre). Cette période anatomo-clinique rénova complètement la médecine; elle fut l’origine de tout le mouvement scientifique moderne ! En ce qui concerne plus particulièrement la fièvre typhoïde, Petit et Serres, Bretonneau et Trousseau, mirent en évidence comme lésions constantes de la fièvre typhoïde, une altération spéciale des follicules de l’intestin (glandes de Peyer) (fîg. 1), en sorte que les premiers proposèrent la dénomination fièvre entéro-mésenté-rique (evrepov, intestin) et les seconds dothiénentérie (ôo0W|v, bouton, pustule, furoncle, evrepov, intestin), parce qu’ils comparaient les lésions intestinales à une éruption furonculeuse. Ce long et. patient travail aboutit à une conception anatomo-clinique fort nette de la fièvre typhoïde admirablement condensée dans la définition suivante encore rigoureusement exacte de Grisolle. « La fièvre ou affection « typhoïde est une pyrexie anatomiquement « caractérisée par le gonflement, par une alté-« ration spéciale des follicules intestinaux, ainsi « que par l’augmentation de volume, l'injection, « le ramollissement, et parfois même la suppu-« ration des ganglions mésentériques correspon-« dants; lésions s'accompagnant pendant la vie, « de dévoiement, de météorisme, de sensibilité « et de gargouillement dans la fosse iliaque « droite, souvent de délire, d'un état de stupeur « et de prostration, ainsi que d'une éruption « sur la peau de taches rosées lenticulaires et « de sudamina » (fig. 2).
- Avec une rare sagacité, Grisolle ajoutait : « Parmi « tous les noms qui ont été donnés à la pyrexie, « nous préférons ceux de pyrexie (fièvre) ou affec-« tion typhoïde, comme ayant l'avantage de ne « rien préjuger sur la nature de la maladie ».
- 23 — 553.
- Fig. t. — Fragment d’intestin grêle. Follicule clos, b, plaque de Peyer. c, plaque de Peyer avec perforation.
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- 354 ===== FIEVRES TYPHOÏDES ET PARA TYPHOÏDES
- La période qui suivit, période pastorienne bactériologique, montra combien était prudente cette restriction relative à la nature exacte de la maladie, car si elle n’apporta aucune retouche essentielle au tableau anatomo-clinique ci-dessus, elle démontra en dernière analyse que la fièvre typhoïde était une infection générale due à la pullulation dans le sang [septicémie), d’un élément spécifique dit bacille
- coloration, à l’état frais ou à l’état sec, force est de recourir à des méthodes de différenciation beaucoup plus longues et coûteuses : cultures et repiquages sur des milieux différenciateurs appropriés (voir plus bas) ; 2° dans les selles le bacille d’Eberth se trouve associé à de nombreuses espèces microbiennes, au bacillus coli communis en particulier, dont la présence gêne toujours, empêche souvent la
- Jours c/a /a ma /a dre . II 12 13 14 15 16 11 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 40 43 50
- Pouvoir. ^ 350 300 350 2&Ô 3ÔÔ 31 5 P5Ô
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- Fig. 2. — Courbe thermique typique de fièvre typhoïde [guérison). [Widal et Sicard).
- d’Eberth, donnant lieu ordinairement aux localisations intestinales sus-décrites, mais pouvant exceptionnellement d’ailleurs, ne s’accompagner d'aucune lésion intestinale (ce que, disons-le en passant, Trousseau avait déjà parfaitement reconnu). L’isolement et la culture du microbe spécifique de la fièvre typhoïde, la notion du caractère septicémique de l’affection devait être, comme nous l’allons voir, le point de départ de progrès diagnostiques et prophylactiques considérables.
- Ledit bacille d’Eberth se rencontre donc de façon constante dans les selles, le sang, les viscères et plus particulièrement la rate des typhiques. Le diagnostic devait donc être basé sur la recherche systématique dudit bacille dans les selles, le sang ou les exsudats généralement quelconques des sujets suspects, c’est ce que l’on fit au début (fig. 3 et 4). A la vérité, cette recherche est assez délicate pour de multiples raisons : 1° le bacille typhique — bacille d’Eberth — a les plus grandes analogies morphologiques avec le bacillus coli communis, bacille commun du colon, hôte habituel, saprophyte de l’intestin. Il est impossible de différencier ces 2 bacilles par simple examen microscopique, avec ou sans
- culture de l’Eberth, d’où la nécessité d’artifices de culture et de milieux appropriés. À la vérité, dans le sang, l’Eberth existe à l’ordinaire à l’état pur, en sorte que la culture du sang, Vhémoculture, c’est-à-dire l’ensemencement de sang dans un milieu de culture approprié, était et semblait devoir rester le procédé diagnostique, électif de la fièvre typhoïde.
- Ce procédé fut cependant très rapidement supplanté par le s ér o -diagnostic qui présentait surlesprécédents l’avantage d’une simplicité et d’une rapidité infiniment plus grandes le mettant réellement à la portée des laboratoires les plus frustes et des cliniciens les plus modestes. Il est basé sur ce fait, que le sérum des gens atteints de fièvre typhoïde ou même en convalescence, possède la propriété d’immobiliser et de réunir en amas, d'agglutiner, in vitro, les bacilles d’Eberth répandus dans un bouillon. Cette réaction d’agglutination, d’une signification capitale, est un phénomène très général et qui n’est pas particulier au bacille d’Eberth. D’une façon générale, on peut dire que le sérum d’un animal auquel on a injecté un microbe déterminé exerce une action agglutinante spécifique et
- Fig. 3. — Bacilles d’Eberth avec cils colorés.
- Fig. 4. — Culture de bacille d’Eberth [forme moyenne).
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- élective sur ledit microbe. En d’autres termes « on « peut distinguer les espèces microbiennes par l'acte tion agglutinante d’un sérum spécifique, c’est-à-« dire dont l’action ne s’exerce que sur le microbe « injecté à l’animal ». Bordet l’établit pour les vibrions cholériques et le choleraserum. Grüber montra la généralité du phénomène. C’est au professeur Widal que revient l’honneur d’avoir réalisé et codifié le sérodiagnostic de la fièvre typhoïde.
- Voici en quoi il consiste. Si l’on place sous le microscope une culture jeune, en bouillon, de bacilles d’Eberth, on voit tous les bacilles isolés et doués d'une mobilité extrême. Si, par contre, on fait un mélange dudit bouillon de culture et d’une
- quantité variable 1/20e, 1/50e, 1/100e, d/500e, etc., de sérum d’un sujet atteint de fièvre typhoïde, l’examen microscopique dudit mélange, montre un tableau tout à fait différent : les bacilles graduellement s’immobilisent et s’agglutinent, se groupent en amas plus ou moins considérables séparés par des espaces vides (fîg. 5). La réaction d’agglutination est spécifique (sous réserve du taux du mé-
- Fig. 5.
- A) Cultures de jeunes bacilles d’Eberth, tous isolés ' et mobiles.
- préventif et curateur. Wright en Angleterre, Chan-temesse et Vincent en France se sont plus spécialement attachés à l’étude de ces problèmes, et étaient parvenus dès avant la guerre, par des méthodes légèrement différentes, à nous doter de vaccins antityphoïdiques dont l’efficacité prophylactique fut rapidement démontrée par l’étude des statistiques épidémiologiques militaires.
- Le nom du professeur Vincent, reste plus particulièrement attaché en France à la question de la vaccination antityphique : 1° parce qu’il nous dota, dès avant la guerre, d’un vaccin antityphique prophylactique efficace ; 2° que ce vaccin, vraiment original,|se différencie de ses congénères par un mo-
- dus faciendi tout à fait spécial. (Choix de races variées de bacilles d’Eberth, émulsion dans l’eau physiologique de cultures sur gélose pendant 18 heures à 58°, stérilisation par mélange et agitation prolongée avec de l’éther, élimination du résidu d’éther par évaporation au bain de sable à 38-39°); 3° qu’il réalisa dans son laboratoire du Ygl-de-Grâce, un organisme de fabrication vacci-
- B) Culture additionnée de sérum de typhique. Les bacilles perdent leur mobilité et s’agglutinent.
- Vaccin bacillaire du professeur H. Vincent.
- Morbidité pour 1000. - Mortalité pour 1 O O l °
- Non vaccinés. Vaccinés. Non vaccinés. Vaccinés. Non vaccinés. Vaccinés.
- Maroc oriental (1911). . . . 2 652 171 64,97 0 8,35 0
- Armée française (1912) . 447159 30 525 2,22 0 „ 0,30 0
- Algérie, Tunisie (1912) . . . 44 514 10 031 12,14 0,09 1,88 0
- Maroc oriental (1912) .... 5 240 1529 38,23 0 5,51 0
- Maroc occidental (1912) . . . 6 293 10 791 168,43 0,18 21,13 0,09
- Corps d’armée colonial (1912). 11961 1045 6,34 0 0,58 0
- Épidémie d’Avignon 687 1366 225,61 0 32,02 0
- Épidémie de PaimpoL (civ.) . 2 400 400 41,68 0 4,58 0
- Épidémie de Puy-l’Évêque. . 388 312 62,85 0 7,14 0
- lange qui la détermine) de la présence de bacille d’Eberth dans le sang et partout de l’existence de la fièvre typhoïde.
- Les réactions sérologiques des typhiques, .utilisées dans un but diagnostic, devaient inévitablement conduire à l’étude dés réactions hématologiques générales, déterminées par l’introduction dans l’organisme humain de doses progressives de bacilles d’Eberth ayant subi certaines manœuvres atténuantes, et à la recherche de leur emploi dans un but
- nale qui se montra à la hauteur de toutes les circonstances ; 4° que par une inlassable propagande, véritable apôtre de la vaccination antityphique il administra, par ses statistiques, la preuve de l’efficacité préventive de ladite méthode et que de ce fait, il joua un rôle important dans le vote, au début de la guerre, par le Parlement, de la loi de vaccination obligatoire antityphoïdique qui devait nous épargner la valeur de plusieurs corps d’armée. Nous reproduisons à titre documentaire les statis-
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- FIÈVRES TYPHOÏDES ET PARA TYPHOÏDES
- tiques d’avant-guerre publiées par le professeur Vincent et particulièrement démonstratives. (Voir le tableau p. 355.)
- De son côté le professeur Chantemesse, par un long et patient labeur, mettait au point un vaccin antityphique (émulsion dans du sérum physiologique de cultures sur gélose (18 à 24 heures), stérilisation à 56°-57° pendant 3/4 d’heure, addition de crésol) qui se manifestait de même parfaitement efficace.
- Cette action prophylactique bien démontrée des vaccins antityphoïdiques conduisit les cliniciens à l’étude de l’application desdits vaccins non plus à la prévention, mais à la guérison des fièvres typhoïdes —bref à des essais de vaccinothérapie. La vaccinothérapie fut surtout pratiquée par le professeur Chantemesse (vaccin bacillaire chauffé), et par le professeur Vincent (au-tolysat stérilisé par l’éther). Elle demande à être maniée avec tact et prudence, mais dans ces conditions elle justifie pleinement le jugement que dès 1913 le professeur Vincent formulait à son sujet : a A la « condition qu on ne lui « demande pas plus « quelle ne peut donner « la vaccinothérapie ou « bactériothérapie de la « fièvre typhoïde est une « méthode intéressante « qui diminue fréquem-« ment l’intensité des « phénomènes toxi-infec-« tieux, atténue la gra-« vité du pronostic, di-« minue la fréquence dès a rechutes et peut même,
- « quoique dans un nom-« bre de cas assez réduits et chez les malades « traités au début de leur affection, abréger la « durée de celle-ci ou enrayer brusquement sa (( marche ».
- Telle est résumée l’évolution des notions relatives à la fièvre typhoïde. Toutefois, au cours de ces dernières années, ces notions relativement simples et claires se sont quelque peu compliquées et obscurcies du fait de la constatation de faits cliniques, états typhoïdes, de tous points comparables à la fièvre typhoïde vraie, c’est-à-dire ressemblant à s’y méprendre au point de vue des symptômes et des lésions à la fièvre typhoïde, mais provoqués par la pullulation dans l’organisme de bacilles intermédiaires aux bacilles communs du colon et aux bacilles d’Eberth. A cause de cette double parenté, les termes de bacilles paracolibacillaires et fièvres paracolibacillaires, bacilles paratyphiqueset fièvres
- para-typhoïdes ont été proposés. C’est cette dernière appellation, proposée par Àchard et Ben-saude, qui a, et semble-t-il justement, prévalu. Les fièvres para-typhoïdes sont en somme cliniquement des fièvres typhoïdes, mais la réaction d’agglutination (sérodiagnostic) précédemment décrite, ou la culture du sang (hémoculture) démontrent que le bacille pathogène, s’il présente une analogie morphologique absolue tant avec le colibacille qu’avec le bacille d’Eberth, se différencie toutefois nettement de l’un et l’autre tant par sa réaction agglutinante spécifique que par des propriélés fermentatives hautement différenciées, par exemple l’aptitude à faire fermenter la lactose et la glucose.
- Le bacille d’Eberth rougit la gélose glucosée tournesolée mais ne la fragmente pas, les para-typhiques non seulement la rougissent mais encore la fragmentent car ils donnent des gaz (fig. 7).
- 2° Les réactions agglutinantes se révèlent spécifiques (du moins si l’on tient compte de taux d’agglutination), en d’autres termes le sérum des typhoïdiques agglutine à un taux relativement très faible, les cultures typhiques et à un taux beaucoup plus élevé les cultures paratyphiques et inversement.
- Tel était à peu près exactement résumé l’état de la question de la fièvre typhoïde en juillet 1914.
- La notion récente des fièvres para-typhoïdes était bien troublante; beaucoup des cliniciens l’estimaient toute théorique et dépourvue de sanction pratique ; l’expérience de la guerre devait mettre cette notion au premier plan et lui faire reconnaître une importance clinique, prophylactique et thérapeutique insoupçonnée.
- Gomme on voit, du moins en ce domaine, la guerre ne nous prenait pas au dépourvu. Nous étions prêts à soutenir la lutte contre cette terrible mangeuse d’hommes qu’est la fièvre typhoïde qui, ainsi que nous le rappelions ici même(1), dans la plupart des guerres antérieures s’était montrée à elle seule plus meurtrière que tous les traumatismes réunis (2e armée du Danube, guerre turco-russe : 7207 décès par fièvre typhoïde, 4613 provoqués par le feu de l’ennemi; campagne de Tunisie : fièvre typhoïde, 4039 décès; autres causes, quelques centaines;
- 1. La Nature, 15 mai 1915. Guerre et épidémies.
- Mois^ Décembre 1914
- Janvier 1915
- Dates)20|21\22\23 |24|25|26|27|28j29|30|31
- Jours)9 |10|11112[13|14 15|16117) 18119120
- Fig. 6. — Courbe de fièvre typhoïde traitée par Vautolÿsat de Vincent (d’après le Dr Mery).
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- FIÈVRES TYPHOÏDES ET PARA-TYPHOÏDES ... — 357
- guerre du Transvaal : morts de maladies, principalement fièvre typhoïde 14000, morts de blessures, 8000, etc., etc).
- confirmée. Nous nous contenterons de reproduire à titre documentaire le graphique résumant les résultats publiés par le Dr Javal sur la vaccination anti-
- d rougit la gélose 2 rougit le 3 noircit le glucosée tourne- lait tourne- milieu au solée sans pro- solé. sous-acélale de duire de gaz. plomb.
- 1' rougit la gélose 2'rougit le 3' ne noir-glucosée tourne- lait tourne- cit pas le solée avec produc- solé. milieu au tion de bulles de sous-acétate de
- gaz qui disloquent plomb,
- le milieu.
- 1 " rougit la gélose 2" bleuit le 3” noircit le glucosée tourne- lait tourne- milieu au solée avec produc- solé après sous-acétate de tion de bulles de l’avoir rougi. plomb, gaz qui disloquent le milieu.
- Fig. 7. — Procédé de laboratoire pour différencier la fièvre typhoïde des para-typhoïdes A et B.
- En 1910 le professeur Vincent avait fait connaître son autolysat stérilisé parl’élher et l’année suivante son vaccin bacillaire également stérilisé par l’éther. A la suite d’un rapport de l’Académie de Médecine, la vaccination antityphoïdique fut autorisée dans l’armée et la marine française en 19 Tl.
- Elle devint obligatoire dans l’armée après le vote du projet de loi déposé par M. le professeur Léon Labhé en 1914 et dans la marine, 11 novembre
- 1914. Grâce à l’inlassable activité du service de santé opérant avec le vaccin de Vincent pour l’armée et celui de Chan-temesse pour la marine, la loi fut graduellement appliquée et la vaccination antityphoïdique fut <1 aasi générale fin 1914 et au cours de l’année
- 1915.
- Cette expérience vaccinale monstrueuse, qui porta sur des millions de sujets devait être l’origine de maintes constatations en partie inattendues.
- L’immunité au moins temporaire conférée par la vaccination contre la lièvre typhoïde fut absolument
- Fig. 8. — Courbe des cas de fièvre typhoïde et de vaccinations antityphoïdiques dans une armée en campagne (Dc Javal).
- typhoïdique dans le ... corps. Ils sont, comme on voit, des plus remarquables. On vaccina dans ce corps
- 50000 hommes environ, d’octobre 1914 à février 1915. La courbe épidémique est presque rigou-sement inverse de la courbe vaccinale : en d’autres termes, l’épidémie à début vraiment grave et inquiétant déteignit progressivement au fur et à mesure de l’extension de la vaccination. On peut estimer à plusieurs corps d’armée le nombre de vies humaines et de combattants économisés de ce fait. Dans l’ensemble, abstraction faite de quelques contre-indication s en somme rares et de quelques erreurs de technique, ces vaccinations furent admirablement supportées par les troupes.
- Toutefois, à la grande surprise et à la grande déconvenue du corps de santé, si la fièvre typhoïde éberthienne diminua incontestablement dans de très fortes proportions, les fièvres paratyphoïdes augmentèrent de façon inquiétante et ce d’autant plus, semblait-il, que la vacci-
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- FIEVRES TYPHOÏDES ET P ARA-TYPHOÏDES
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- nation antityphoïdique se généralisait. Du graphique ci-contre emprunté à M. Marcel Labbé il ressort. avec , netteté que le nombre des paratyphoïdes est en rapport direct avec celui des vaccinés, tandis que celui des typhoïdes est en rapport avec le nombre des sujets non vaccinés. La vaccination n’aurait-elle donc pour-résultat que de remplacer la fièvre typhoïde par le para-typhoïde? Le résultat ne serait pas négligeable étant donné la bénignité relative de cette dernière affection, et sa mortalité extrêmement faible (1 à 6 pour 100 suivant les épidémies et les auteurs au lieu de 17 à 25 pour 100 pour la fièvre typhoïde). Mais pour la plupart des observateurs, la vaccination des armées a eu pour « résultat pratique de réduire dans une proportion considérable la morbidité et la mortalité par fièvre typhoïde prise dans son sens le plus large d’infection typhique et paratv-phique ». C’est d’ailleurs ce-qui ressort nettement du graphique du Dr Marcel Labbé reproduit ci-contre.
- Il n’en est pas moins vrai que lesparà-typhoïdés considérées avant la guerre comme exceptionnelles, se sont révélées plus fréquentes que les typhoïdes vraies et que c’est là, suivant l’expression de Widal et Courmont, « le fait épidémiologique saillant de la guerre actuelle ». La vaccination anti-para-typhoïdique s’imposait. Elle se réalise avec la plus grande facilité, par l’administration d’un vaccin triple contenant un nombre de bacilles typhiques égal à celui contenu dans le vaccin typhoïdique simple et un nombre double au total de bacilles paratyphiques A et B. Wright, Widal et Courmont, Vincent, Chantemesse ont mis au point des vaccins mixtes, qui semblent donner toute satisfaction.
- Cette pratique généralisée delà vaccination devait avoir par ailleurs sur les méthodes diagnostiques une répercussion assez importante. Le sérum des sujets vaccinés contre l’Eberth, agglutine non seulement le bacille d’Eberth, mais encore quoique à
- des taux différents, les bacilles para-typhoïdiques. De ce fait, le séro-diagnostic devient très délicat sinon tout à fait fallacieux. En fait, la plupart des auteurs sont revenus à la pratique de Vhémocul-ture avec repiquage sur milieux différenciateurs. La bile semble être un milieu de culture de choix.
- Si la prophylaxie des fièvres typhoïdes et paratyphoïdes s’est singulièrement développée sous l’influence des vaccinations spécifiques, le traitement a moins évolué. La bacillothérapie, traitement curatif par injections méthodiques de cultures — si riche de promesses qu’elle soit, — et même déjà si riche de faits comme nous l’avons vu précédemment — n’a pas, jusqu’ici du moins, pour des raisons obscures et complexes, été l’objet d’une expérimentation suffisamment étendue, pour en régler parfaitement la technique et entraîner complètement la conviction. Elle est encore à l’étude.
- Il en est de même du traitement par les injections de métaux colloïdaux et en particulier de l’or colloïdal.
- La médication est en somme restée traditionnelle et symptomatique. La balnéation froide, systématique a fait l’objet de discussions passionnées ; le docteur Glénard l’a défendue avec des arguments d’une grande force. Dans l’ensemble, il semble qu’elle ait subi un mouvement sérieux de recul. La nécessité d’appliquer la balnéothé-rapie dans des conditions défectueuses de personnel et de matériel a fait évoluer vers des pratiques hydria-triques d’une mise en œuvre plus facile : applications continues de glace sur le ventre, sur la région précordiale, ablutions froides, enveloppements humides, etc. D’autre part, les bains tièdes sont préférés.
- Nul doute que nous ne sortions de cette guerre beaucoup mieux armés, tant au point de vue prophylactique, qu’au point de vue curatif, contre ces affections typhoïdes qui fauchaient chaque année, en période de paix, plusieurs centaines de mille hommes. Il en sera certainement ainsi dans maints domaines. Dr Alfred Martinet.
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- Fig. ç. — Courbes comparées des malades vaccinés et non
- vaccinés, et des infections typhiques et paratyphiques soignés dans un même hôpital. {On constatera le parallèlisme dès séries de non vaccinés et typhiques et celui des paratyphiques et vaccinés). {Marcel Labbé.)
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- LES PÉTROLES SUR LE FRONT DE L’IRAK
- Tous ceux qui ont lu les communiqués ottomans depuis quelques mois, ont appris à connaître « le front de l’Irak ». C’est la désignation qu’emploient les Turcs pour raconter leurs journalières « victoires » contre les attaques convergentes des Russes et des Anglais dirigées sur Bagdad. Toute l’histoire de cette entreprise coloniale, qui a passé un peu inaperçue du public français jusqu’au siège de Kout-el-Amara, est intimement liée à la question du pétrole. C’est pour mettre en sûreté les pétroles de Schouchter que le gouvernement des Indes a commencé l’expédition hasardeuse, arrivée un moment jusqu’à Ctésiphon. Et, d’autre part, la dernière avancée des Russes, qui, le 10 mai, les a amenés à Kasr-i-Chirin, leur a fait atteindre de ce côté également un district pétrolifère.
- Ces pétroles de la Mésopotamie, du Luristan, de l’irak-Arabi, de l’Arabistan, sur toute la zone frontière de la Turquie et de la Perse, ne sont encore industriellement qu’un grand espoir. Mais, c’est néanmoins un espoir qui paraît sérieusement fondé et qui se relie avec toute la grosse question de la ligne de Constantinople à Bagdad et au golfe Persique. Bagdad n’est pas seulement une porte commerciale sur la Perse, destinée à primer les voies de pénétration russes ; c’est aussi une des entrées principales sur la région pétrolifère.
- Aussi assisterons-nous peut-être à une noble émulation entre les Russes et les Anglais (les Turcs devant être bientôt hors de cause) pour entrer les premiers dans la ville fameuse des Mille et une Nuits.
- Le croquis ci-joint montre la position des principaux gisements, que l’on trouve notés avec un soin minutieux sur les cartes allemandes en raison à l’intérêt tout filial porté par les Allemands à l’Empire turc, dont ils se croient les héritiers désignés. Comme on le voit, les gisements forment une traînée N.-W.-S.-E. à la limite des chaînes monta-gneuse£ de la Perse et des plaines du Tigre, parallèlement à la direction de ces chaînes qui se continuent le long du golfe Persique et du golfe d’Oman en continuant à être pétrolifères à Abou-cheir, Bender Abbas, etc.... A défaut d’observations
- techniques encore incomplètes, on a l’impression d’une longue zone pétrolifère analogue à celles du Caucase et des Carpathes et se présentant sans doute dans des conditions comparables, avec quelques centres riches qui sont encore à mettre en évidence, dispersés au milieu de très nombreux affïeuremenls médiocres et de terrains pratiquement stériles.
- Les terrains pétrolifères et bitumineux de cette région sont connus de toute éternité, puisqu’on en trouve déjà à diverses reprises la mention dans la Bible, soit lorsqu’il s’agit d’enduire l’Arche de Noé avec du bitume, soit lorsque, dans la tour de Babel, des couches de briques alternent avec des lits de bitume qui leur sert de joint et de ciment. Néanmoins, en dehors des techniciens ou des géologues, on avait un peu oublié ce bitume archéologique, quand, peu de temps avant la guerre, on eut la surprise de voir l’amirauté anglaise acquérir à un très haut prix les gisements pétrolifères de Schouchter (près de l’antique ville de Suse). Celte nouvelle causa quelque émotion ; car il n’entre guère dans les habitudes de nos gouvernements d’acquérir des mines à l’étranger. On expliqua alors qu’il s’agissait d’assurer le ravitaillement des navires de guerre, où l’on commençait à remplacer résolument la houille par le pétrole. Puis il n’en fut plus guère question et l’opinion française, distraite par des sujets d’attention plus proches, resta assez indifférente quand on apprit le débarquement des troupes anglaises à l’embouchure du Chat-el-Arab^l’occupation de Bassorah, la remontée du Tigre. On ne commença à s’y intéresser que lorsque la victoire de Ctésiphon eut mit l’armée du général Townshend à 60 km de Bagdad. Mais cette armée avait marché trop vite et la défaite survint, suivie par le long siège de Kout-el-Amara qui vient de s’achever malheureusement. Pendant ce temps, les Russes, amenés par les efforts allemands à occuper la Perse, marchaient de Téhéran sur Hamadan, Kirmanchan, Kasr-i-Chirin et les voilà eux aussi, arrivés, par une voie toute différente, sur la zone pétrolifère à 200 km de Bagdad. C’est vers ce côté de Kasr-i-Chirin que se dirige maintenant l’attention
- La région pétrolifère de l’Irak. Les noms soulignés sont ceux des gisements. 1
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- et c’est cette seule région que nous allons décrire brièvement. Elle a été visitée autrefois par M. de Morgan, l’ingénieur et archéologue bien connu, qui a suivi exactement la route des Russes et c’est à lui que nous empruntons nos renseignements (Q.
- La région d’Hamadan à Kasr-i-Chirin que les Russes viennent de traverser rapidement est très fortement montagneuse. Hamadan est à 1870 m., le col de Zagha à 2540, Kirmanchan à 1470 m. Des vallées successives forment les marches d’un énorme escalier permettant le passage, difficile par place, entre les plateaux élevés de l’Iran et les plaines basses de la Mésopotamie. Quand on a atteint Kasr-i-Chirin, on est à peu près sorti de ces montagnes, puisqu’on est déjà descendu à 575 m., et il ne reste plus qu’à franchir un dernier passage à Khanekin, où l’on s’attend à voir les Turcs résister énergiquement, pour atteindre ensuite les plaines basses de la Mésopotamie et de Bagdad, dont la cote n’est qu’à 40 m. au-dessus de la mer.
- Les pétroles sont là dans des terrains fortement, plissés, d’âge tertiaire post-éocène; leurs suintements, décélés par des veines de cire minérale (ozokérite), sont, comme cela arrive fréquemment, sont concentrés de préférence sur les anticlinaux ; on ignore encore, faute de sondages, quelle est leur nappe alimentaire; mais la dispersion des suintements paraît montrer que celle-ci s’étend sur 500 km de long.
- L’exploitation, qui remonte très loin, est faite « à la turque » par des Kurdes. Ceux-ci se contentent de pratiquer des fosses ou puits d’une dizaine de mètres de profondeur, dans lesquels ils- laissent s’accumuler l’eau salée et le naphte. Après quoi, ils épuisent avec des seaux tous les quatre ou cinq jours. Chaque opération donne environ 250 litres d’huile brute et une grande quantité d’eau salée. Cependant, à côté de ces puits primitifs, l’Anglo-Persian Oil Company a commencé à installer des exploitations modernes.
- Même pour la guerre actuelle, cette question du pétrole de Mésopotamie n’est pas sans importance. Les Allemands ne manquent pas de pétrole, comme on aurait pu l’espérer en 1915 quand les Russes occupèrent les gisements de Galicie et quand la Roumanie, hésitante, interdisait, dans une certaine mesure, l’exportation. Néanmoins, leurs ressources à cet égard doivent être restreintes, et, parmi les grands espoirs qu’avait un moment suscités chez eux l’occupation de la Serbie, quand ils devaient tirer d’Asie Mineure les produits alimentaires, le coton, le cuivre, les pyrites, etc., la possibilité d’exploiter les pétroles de la région de Bagdad avait dû certainement entrer pour eux en ligne de compte, de même qu’ils avaient un moment espéré envahir les gisements russes de Bakou. Ce sont là maintenant des projets remis à des temps loin-
- L. D. L.
- tains....
- LE BEURRE ET LES GRAISSES ALIMENTAIRES
- Les matières grasses constituent un des éléments essentiels de la nutrition pour l’homme; elles se rencontrent en proportions variables dans les aliments, en mélange plus ou moins intime avec les autres principes nutritifs. On les extrait des substances animales ou végétales qui les renferment pour constituer des aliments spéciaux, dont le beurre est le prototype.
- Chacun connaît le rôle du beurre, chacun sait combien l’emploi en est général dans la cuisine et dans nombre d’ndustries alimentaires. Quand le prix s’en élève, les ménagères éprouvent de graves soucis; elles recherchent les succédanés qui peuvent le remplacer.
- 1. Annales des Mines, 9° série, t. I, p. 227.
- Ces succédanés existent : ce sont les graisses alimentaires qui font aujourd’hui l’objet d’un commerce très important. Mais tandis que l’origine du
- beurre remonte aux temps les plus lointains, l’industrie des graisses alimentaires est toute moderne.
- Les produits de cette industrie sont souvent considérés comme des ennemis du beurre; on a tout fait pour généraliser cette opinion. Il y a là une erreur éminemment dangereuse; les graisses alimentaires et le beurre ont droit à leur place au soleil; elles l’occuperont avantageusement, à la condition de n’être pas présentées sous des apparences trompeuses. 11 est donc utile de montrer comment ces produits peuvent vivre sans se nuire mutuellement.
- Fig. i. — La laiterie coopérative de Saint-Soulle ( Char en te-Inférieure).
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- LE BEURRE ET LES GRAISSES ALIMENTAIRES ^.361
- Le beurre, est-il besoin de le rappeler, est constitué par l’agglomération des globules de matières grasses en suspension dans le lait des Mammifères. On peut en préparer avec le lait de tous les animaux domestiques; mais, en pratique, le lait de vache sert à peu près exclusivement à cet usage. En France on fait du beurre dans presque toutes les fermes, c’est seulement en Provence et dans une partie du bas Languedoc qu’on en ignore à peu près la préparation, les vaches étant extrêmement rares dans ces régions.
- La technique primordiale et traditionnelle de la préparation du beurre est toujours suivie dans un
- cultivateur de Chaillé (Charente-Inférieure), M. Bi-reau, eut la pensée de s’associer avec quelques-uns de ses voisins pour la fabrication du beurre en commun. Le succès couronna cette initiative : la première laiterie coopérative vit ses produits hautement appréciés sur les marchés du pays. L’exemple fut rapidement contagieux ; trois ans plus tard, on comptait une vingtaine de laiteries coopératives dans les départements de la Charente-Inférieure et des Denx-Sèvres ; leur production annuelle atteignait 700000 kg de beurre. Ce n’était qu’un début : dix ans plus tard, on comptait dans cette région une
- Fig. 2. — Laiterie coopérative de la Crèche.
- certain nombre de fermes ; mais elle a subi, depuis une trentaine d’années, une transformation qui a fait, dans plusieurs régions de la France, de l’industrie du beurre une industrie d’une activité exceptionnelle. La création d’un nouveau matériel de , laiterie, dont les premiers types étaient venus des pays septentrionaux, la Suède et le Danemark, en a été le point de départ, aussi bien que l’exemple donné par les installations créées dans ce dernier pays.
- Il y a une trentaine d’années, dans nombre de régions viticoles dévastées par le phylloxéra et où la reconstitution était difficile, l’attention fut appelée vers la production du lait et les avantages que les cultivateurs en pouvaient retirer. La situation était particulièrement dure dans les Charentes, où le bétail était d’ailleurs rare. En 1887, un modeste
- centaine de laiteries coopératives, actuellement leur nombre atteint 140. La plupart se répartissent entre les départements de la Charente-Inférieure et des Deux-Sèvres, les autres dans les parties voisines des départements de la Charente, de la Tienne et de la Vendée. Ces établissements ont, bien entendu, une importance inégale, mais le plus grand nombre sont groupés dans une Association centrale qui gère leurs intérêts communs et qui ménage des débouchés à leurs produits. Grâce aux ressources qu’elle s’est créées, l’Association a pu créer à Surgères une Station d’études laitières placée sous la direction d’un spécialiste d’une haute habileté, M. Dornic, organiser une école de laiterie pour former de bons agents de laiterie, organiser aussi le contrôle de la qualité du lait, donner aux laiteries les moyens de
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- LE BEURRE ET LES GRAISSES ALIMENTAIRES
- Fig. 3. — La lâiterie de Surgères.
- parer aux accidents qni peuvent survenir dans la fabrication. Grâce à cet ensemble de moyens d’action, chaque laiterie reliée à l’Association subit une véritable impulsion scientifique, avec le minimum de frais pour chacune.
- La production des laiteries coopératives des Cha-rentes et du Poitou atteint une douzaine de millions de kilogrammes par an. Ce beurre a acquis, en France et à l’étranger, une réputation exceptionnelle ; il a conquis le marché de Paris. Sur 15 millions de kilogrammes vendus annuellement aux Halles centrales, il figure pour 9 millions et demi. Il forme un tiers de la consommation parisienne qui, d’après les relevés du service de l’octroi, atteignait 28 millions et demi de kilogrammes avant la guerre.
- Après la séparation de la crème pour la fabrication du beurre, il reste le lait écrémé dont la valeur n’est pas à dédaigner. Au début, les laiteries coopératives vendaient ce lait aux cultivateurs ou l’utilisaient dans de vastes porcheries. Depuis une dizaine d’années, une industrie nouvelle a été annexée à un certain nombre de laiteries, c’est celle de la caséinerie, c’est-à-dire de la préparation de la caséine, soit pour les usages alimentaires, soit pour les usages industriels.
- Cette industrie est devenue très prospère ; elle avait trouvé à l’étranger de larges débouchés que la guerre a malheureusement suspendus.
- L’exemple donné par le succès dont on vient d’esquisser les principaux caractères n’a pas été perdu. Dans un certain nombre de régions, des laiteries coopératives se sont constituées et ont obtenu des résultats semblables. Dans la région de l’Est, dans celle de la Thiérache, en Touraine, dans le Maine, des établissements analogues ont été organisés par des associations de cultivateurs. Le centre le plus célèbre de fabrication du beurre,
- la Normandie, fut longtemps rebelle à ce mouvement ; elle y a cédé, au grand avantage des cultivateurs qui sont entrés dans ces associations. D’autre part, des particuliers ont créé d’importants établissements pour centraliser la production du beurre dans leur rayon. Meilleure utilisation du lait, régularité dans la fabrication et dans la qualité des produits, telles sont les conséquences directes de ces organisations.
- 11 est à peu près impossible d’évaluer la production du beurre en France. Mais il est permis de constater qu’en temps normal elle suffit à tous les besoins du pays et qu’elle fournit un appoint important au commerce d’exportation.
- Les graisses alimentaires autres que le beurre sont, les unes d’origine animale comme ce produit lui-même, les autres d’origine végétale. Sans entrer, sur leur composition intime, dans des détails qui ne sauraient trouver leur place ici, il suffit de constater que toutes ces graisses ont une composition analogue, avec cette différence que le beurre renferme des glycérides à acides volatiles et solubles qui lui donnent son arôme et sa finesse ; on ne les retrouve pas dans les autres graisses.
- Les graisses animales sont sécrétées dans le tissu adipeux des animaux. Elles sont constituées par le mélange de trois corps neutres : la margarine, l’oléine et la stéarine, en proportions variables. C’est en 1868 que Mège-Mouriès fit connaître le procédé qu’il avait imaginé pour transformer la graisse de bœuf en une substance alimentaire pouvant servir de succédané au beurre; sa découverte eut immédiatement un très grand retentissement. La méthode consiste, dans son principe essentiel, à débarrasser la graisse des membranes dans lesquelles elle est emprisonnée, puis à en séparer la stéarine; on obtient ainsi à part le mélange des
- Fig. 4. — La laiterie d'Échiré (Deux-Sèvres).
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- Fig. 5. -T- Les tourteaux venant des presses sont triturés sous une paire de meules pesant chacune 5ooo kg.
- deux autres principes, l’oléine et la margarine, mélange auquel Mège-Mouriès dônna le nom d’oléo-marga-rine ; à celte appellation se substitua bientôt, dans la pratique courante, puis dans les textes même légaux, le nom impropre de margarine.
- L’oléo-margarine brute est une substance d’apparence grenue et de couleur jaunâtre, d’une saveur assez agréable. Le lavage et le malaxage en accroissent la cohésion. Une addition par un barattage énergique d’hude d’arachide et même de lait ou de crème, lui enlève la tendance à se solidifier et en fait une masse onctueuse d’un maniement facile. C’est sous cet aspect qu’elle circule dans le commerce sous des noms divers, qui s’appliquent souvent à des variétés différant les unes des autres par des tours de main dans la fabrication ou par la nature de substances secondaires qui y sont introduites.
- La margarine, pour lui conserver ici le nom sous lequel le produit est universellement désigné, est une substance saine, susceptible de se substituer sans inconvénient au beurre dans l’alimentation. Elle peut donc rendre de très grands services dans l’économie domestique; elle présente, en outre, l’avantage que le prix de revient en est sensiblement moins élevé que celui du beurre. On ne saurait donc s’étonner que l’industrie de la fabrication de la margarine ait pris très rapidement un très grand essor; les usines se sont multipliées dans un grand nombre de pays. Eii France cette industrie a une assez grande importance. Ainsi qu’il sera expliqué plus loin et pour les motifs qu’on indiquera, elle èst soumise à un statut spécial.
- L’industrie des graisses alimentaires d’origine
- végétale est beaucoup plus moderne ; on peut même dire qu’elle est toute récente. L’amande de certains palmiers renferme une huile qui, à la température habituelle des climats tempérés, reste à l’état solide ; ces huiles sont dites huiles concrètes.. Telles sont notamment l'huile de palme donnée par l’amande du fruit du palmiste, et l’huile ou beurre de coco extraite de l’amande desséchée du cocotier, dénommée coprah dans le commerce. Pendant très longtemps, cês huiles étaient utilisées surtout dans la savonnerie, pour la fabrication du savon blanc mousseùx ou savon de Marseille. La rapidité de leur rancissement, à raison des acides gras qu’elles renfermaient, les éloignait de la consommation. Toutefois on employait, en Angleterre et en Allemagne, l’huile de palme à la préparation de graisses alimentaires.
- Il y a quelques années, des industriels de Marseille ont obtenu des résultats très remarquables dans le traitement des coprahs. Pour préparer le beurre de coco, les amandes sont réduites en pâte et soumises à plusieurs pressions pour en extraire l’huile ; des procédés très ingénieux permettent d’éliminer les acides gras qui provoquent le rancissement; on obtient ainsi des graisses solides, de couleur blanche ou blanc jaunâtre, onctueuses, aptes à tous les besoins culinaires. Afin de bien distinguer cès produits de la margarine avec laquelle on a tendance à les confondre, les fabricants ont eu l’excellente idée de leur appliquer des noms spéciaux consacrés par des marques déposées suivant les prescriptions légales et qui leur appartiennent à l’exclusion de tout autre usage. La végétaline
- Fig. 6. — Une des .salles de presse. La noix triturée est soumise à une pression de 35o kg par centimètre carré.
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- 364 LE BEURRE ET LES GRAISSES ALIMENTAIRES
- est aujourd’hui la plus connue de ces marques.
- Il est impossible d’entrer dans des détails sur l’extraction et la préparation des graisses végétales. Mais on doit constater que, grâce à une pratique approfondie des méthodes commerciales, ces graisses se sont diffusées en France dans des proportions très considérables ; il n’est presque pas de centre de population où elles ne soient connues et appréciées, car elles sont présentées sans fard et sous leur nom. Les produits français de cette nature ne sont pas moins recherchés hors de nos frontières. On en trouve la preuve dans le fait que la guerre n’a pas ralenti le commerce d’exportation. A peu près nulle au début de cette industrie il y a peu d’années, cette exportation avait atteint, d’après les documents de la douane, 195 830 quintaux, d’une valeur de 23 millions de francs, en 1913; si elle a diminué en 1914 et n’a pas dépassé 173480 quintaux, elle a pris un nouvel essor en 1915, et elle a atteint 255 530 quintaux, d’une valeur supérieure à 29 millions de francs.
- Il était inévitable que la différence dans les prix de vente entre le beurre et la margarine incitât les commerçants peu scrupuleux à mélanger les deux produits et à vendre le mélange comme étant du beurre pur. À mesure que la fabrication de la margarine prenait une plus grande extension, ces fraudes prenaient un plus grand développement; elles suscitèrent des réclamations auxquelles .il était impossible de ne pas donner satisfaction, car elles intéressaient aussi bien les consommateurs que les producteurs.
- Dans tous les pays, le législateur intervint, en vue de réprimer ces fraudes ; des séries de lois et de règlements furent promulguées. Pour nous en tenir à la France, une première loi intervint, celle du 14 mars 1887, qui interdisait de vendre sous le nom de beurre tous mélanges de ce produit avec la margarine, quelle que fût la quantité,renfermée dans ces mélanges. Les répressions étaient révères, mais la loi laissait aux experts le, soin de découvrir les mélanges.
- Ce fut une lutte véritablement épique entre la chimie et la nature. Il est impossible de citer tous les chimistes, même les plus éminents, qui se livrèrent aux recherches les plus minutieuses pour trouver la méthode certaine de découvrir les mélanges. De nombreux procédés furent imaginés, qui permettent de distinguer les beurres purs des graisses animales et végétales pures, mais, lorsqu’on se trouvait en présence de mélanges habilement préparés, dans la proportion du cinquième au quart, tous ces procédés se trouvaient en défaut. Le motif, en est que le beurre est un produit naturel, dont la composition varie, comme varie toujours la composition des produits naturels. C’est éminemment sur la proportion des acides volatils et solubles qu’il renferme, mais qui n’existent pas dans les autres matières grasses, qu’on cherchait à en déterminer la pureté. On a voulu fixer une
- limite à cette proportion, et déclarer que les beurres qui ne la renfermeraient pas devraient être considérés comme falsifiés. Or, cette proportion d’acides volatils est très variable. Si la limite est fixée à un taux assez bas, on pourra mélanger des graisses à un beurre riche en acides volatils et ce beurre paraîtra pur à l’expertise chimique. Si, au contraire, la limite est fixée à un taux élevé, des beurres parfaitement purs, mais plus pauvres en acides volatils, deviendraient des beurres falsifiés. Devant ce dilemme, la chimie a dû se déclarer vaincue ; elle s’est vengée en qualifiant de « beurres anormaux » ceux qui ne répondaient pas aux formules qu’elle voulait leur imposer, tout en étant aussi sains et aussi bons que les autres. Les beurres dits anormaux se rencontrent assez fréquemment dans certaines régions et dans certaines saisons ; il serait impossible et injuste d’e.n interdire la consommation et la vente.
- En présence de ces difficultés, le législateur est intervenu à nouveau en France. Une loi du 16 avril 1897 sépara d’une manière absolue la production et le commerce du beurre, et des autres graisses qu’elle engloba dans le terme arbitraire de margarine ; elle régla les conditions de fabrication et de vente de ces derniers produits et fixa les conditions du contrôle et de la surveillance à leur appliquer. Ce régime est toujours en vigueur, il n’est pas douteux qu’il a moralisé le commerce du beurre.
- Les mesures de cet ordre n’ont pas paru suffisantes dans certains pays. En Allemagne, en 1897, puis en Belgique en 1900, et en Autriche en 1901, des lois sont intervenues qui ont ordonné, non seulement la surveillance de la fabrication des graisses alimentaires, mais l’addition à ces graisses dans une proportion déterminée, d’une substance dite « révélatrice », de telle sorte que la réaction de cette substance, à l’analyse d’un beurre, révélât s’il a été falsifié ; l’huile de sésame et la fécule, dans la proportion de 5 à 10 pour 100, ont été les substances choisies pour remplir ce rôle. Un projet dans ce sens fut présenté en France en 1903; mais il échoua devant le bon sens de notre Parlement. En effet, du moment où l’on aurait ordonné une falsification légale d’un produit sous lè prétexte qu’il peut servir à en falsifier un autre, il n’y aurait pas de motif pour s’arrêter dans cette voie.
- La guerre a provoqué un trouble profond dans le commerce de la plupart des denrées alimentaires. La production agricole a diminué, ainsi que je l’ai déjà expliqué ici. Les besoins militaires ont provoqué des prélèvements énormes dans le troupeau. Sans discuter les conditions dans lesquelles ces prélèvements ont été opérés, il suffit de rappeler les résultats des recensements auxquels le ministère de l’Agriculture s’est livré depuis l’ouverture des hostilités.
- En temps normal, il était abattu environ 3 millions de bêtes bovines dans les abattoirs municipaux ; cependant, sauf dans quelques années d’épizooties meurtrières, on constatait un
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- accroissement constant dans le troupeau. Or, le recensement exécuté à la fin de 1913 accusait 14 788 000 bêtés bovines; celui exécuté à la fin de 1915 n’en a plus accusé que 12514000; la diminution ou perte a été de 2 274000 têtes. Dans cette diminution totale, les vaches adultes comptent pour 1 528 000 têtes.
- Tel est le fait brutal. Il est inutile d’insister pour faire ressortir qu’il en est résulté une diminution énorme dans la production du lait. Rareté du lait, et par suite rareté du beurre, conséquence fatale, hausse dans les prix de vente.
- Cette hausse est générale, quoiqu’elle soit inégale suivant les régions du pays. A Paris, où elle a atteint les plus fortes proportions, le Conseil municipal s’est ému; il a sollicité du Gouvernement la suspension des mesures légales qui, comme on l’a dit plus haut, ont ordonné la séparation du commerce du beurré et de celui de la margarine. Le prétexte serait que les ménagères trouvant la margarine à côté du beurre, donneraient la préférence au produit coûtant moins cher; on affirme que la baisse du prix du beurre en serait la conséquence naturelle. Le Gouvernement a résisté d’abord ; mais devant les instances réitérées, il a fini
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- par céder. Les règlements relatifs à la séparation du commerce du beurre et de celui de la margarine ont été suspendus pour la durée de la guerre.
- Que cette mesure exerce une influence sur le prix du beurre, c’est fort contestable; l’avenir permettra de l’apprécier à cet égard. Mais ce qui n’est pas douteux, c’est qu’on verra reparaître les fraudes qu’on avait réussi à faire disparaître.
- En effet, il est évident que, du jour où le commerce de détail aura à sa disposition du beurre et de la margarine, certains marchands n’hésiteront pas à se livrer à des mélanges qu’il est facile d’effectuer ; une partie de leur margarine s’écoulera sous le nom et au prix du beurre. Les fraudes que la loi du 1897 a supprimées reprendront un essor qu’on ne pourra éviter, puisque, comme on l’a expliqué plus haut, la chimie est désarmée devant ces fraudes. C’est une question de probité commerciale qui est en jeu.
- Si depuis la loi de 1897, c’est-à-dire depuis près de vingt ans, les fabricants de margarine avaient fait quelques efforts pour faire connaître et apprécier leurs produits, ceux-ci occuperaient aujourd’hui, par la force même des choses, la place à laquelle ils ont certainement droit. Henry Sagnier.
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- Vous connaissez tous la petite cérémonie qui se -, tramway repart; coût : une perte de temps sensible renouvelle à chaque bifurcation de nos tramways | pour la voiture, le salaire de l’homme uniquement
- Fig. J. — Un poste d’aiguillage automatique Œrlikon.
- parisiens. La voiture stoppe, un aiguilleur, muni 1 préposé à la manœuvre de l’aiguille et qui doit d’un long levier, vient « faire » l’aiguille et le I constamment se déplacer sur la chaussée encom-
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- brée de véhicules de toutes espèces. Aux points d’aiguillage moins actifs, c’est le receveur du tramway qui descend, va faire l’aiguille, la tient
- QGDG
- le cas d’un tramway à trolley, à prise de courant par fil aérien, une portion du câble conducteur 3,5, située au-dessus de l’aiguille, est séparée de la ligne par deux pièces isolantes 5,3. Cette portion est en circuit par les fils 4,4, avec un électroaimant 5 dont la bobine attire une pièce de fer articulée avec l’aiguille. Cette pièce revient en position par l’action d’un ressort, aussitôt quel’électro-aimant ne fonctionne plus. Supposons qu’un tramway arrive à l’aiguille ; dès que le trolley aura dépassé le premier isolateur, l’électro-aimant entrera en circuit et l’aiguillage se fera; aussitôt le deuxième isolateur , franchi, l’électro reviendra au repos et, lé¥essort agissant, le noyau de fer doux
- Fig. 2. .
- Schéma du dispositif d'aiguillage automatique électrique dans le cas de courant par fil aérien.
- en position pendant le passage de sa voiture et court ensuite pour rattraper celle-ci ; si l’aiguilleur est alors supprimé, la perte de temps est fortement augmentée et l’économie n’est peut-être pas très sensible.
- On a maintes fois proposé des aiguillages automatiques qui assureraient le service et économiseraient le temps et la main-d’œuvre. Mais il leur faut pour qu’ils soient pratiques de nombreuses qualités; ils doivent être simples, solides, sûrs, bon marché.
- A ce point de vue, il est intéressant de signaler un nouveau dispositif que vient de créer la Société (Erlikon.
- Ce dispositif, représenté figure 4 dans son ensemble, tient peu de place et se fixe rapidement sur les lignes déjà existantes, sans changer l’équipement des voitures motrices, sans encombrer les voies ni les trottoirs, sans créer aucun obstacle à la circulation sur la chaussée, sans nécessiter d’appareils auxiliaires à placer dans le voisinage. Un poste complet occupe en longueur un peu plus que l’écartement des rails et toutes ses pièces peuvent être vérifiées et au besoin remplacées sans démontage total de l’appareil.
- Le mécanisme d’aiguillage automatique (Erlikon fonctionne de la manière suivante (fig. 2) : dans
- ' Fig. 3.
- Details du mécanisme de commande de l’aiguillage automatique.
- reprendra sa position primitive. Si un tramway veut franchir l’aiguille sans changer de voie, le wattman n’a qu’à couper le courant pendant le
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- passage du trolley sur la portion du fil isolée; celle-ci n’entrera pas.éen circuit et l’aiguille restera immobile. „
- Dans le cas de prise de courant , par rail ou par
- Fig. 4.
- Boîte d'aiguillage automatique horizontale.
- câble souterrain, le dispositif sera le même, une portion du rail ou du fil \oisine de l’aiguille étant isolée de la ligne.
- On peut également brancher sur le circuit de F électro-aimant des lampes qui indiqueront la position de l’aiguille et ses déplacements.
- Les détails de réalisation du mécanisme sont fort simples. La figure 3 fera facilement comprendre le fonctionnement de l’appareil. On l’a construit de façon que l’électro-aimant puisse déplacer l’aiguille aussi bien dans un sens que dans l’autre et que le ressort ramène le noyau de, l’aimant à sa position primitive sans changer la position de l’aiguille. Pour cela, le noyau de fer doux C est articulé avec la pièce B, Bj, par le tourillon 0. Cette pièce B, Bj forme bielle et peut s’appliquer alternativement sur les tourillons D et Dt du disque F, commandant l’aiguille par son axe E. Les tourillons D et Dt sont d’autre part reliés par les bielles R et K.r aux tourillons L et Lt de la pièce B. Au repos, aucun courant ne passant, la position des diverses pièces de l’appareil est celle représentée en I, figure o. Dès que le courant passe par l’électro-aimant A et que le noyau C est attiré, les pièces vont vers la position II. Après que le courant cesse, l’appareil passe par la position III pendant que le noyau revient au repos. Dans la position IV, il est prêt à
- fonctionner de nouveau, sous un nouveau passage de courant.
- L’électro-aimant et le mécanisme de commande sont enfermés dans une boîte en fonte dont la figure 4 montre l’aspect dans le cas d’appareil fonctionnant à plat dans le sol et la figure 5 dans le cas de fixation verticale, contre un pilier de support du fil aérien par exemple. Dans les deux cas, l’enveloppe est étanche à l’eau, ainsi que la boîte de jonction du courant.
- Le fait que ce dispositif est actionné directement par l’effet du courant de traction, sans relais ni transformations, aussi bien que la simplicité de son mécanisme, sont de fortes garanties de son bon fonctionnement et réduisent au minimum les possibilités de déréglage.
- Il peut d’ailleurs être facilement inspecté dans toutes ses parties, et, en cas d’arrêt, l’aiguille peut être actionnée à la main sans toucher à l’appareil ni le disjoindre. Ses prix de revient et d’entretien sont très faibles et il consomme fort peu de courant, les parties en mouvement étant d’un faible poids.
- Aussi, l’aiguillage automatique (Erlikon nous semble-t-il un réel progrès, produisant une économie sensible pour tous les réseaux de traction électrique,
- Fig. 5.
- Boîte de commande verticale.
- notamment de tramways, et en ces temps de pénurie de main-d’œuvre humaine, son emploi ne peut manquer de se généraliser.
- À. Breton.
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- POUDRE ET EXPLOSIF
- Si l’attention du public est vivement sollicitée à l’heure actuelle par la question des explosifs, si les journaux parlent chaque jour de phénol, benzol, toluène, mélinite, schnédérite, cheddite et autres combinaisons plus ou moins violentes, on semble oublier totalement la poudre sans laquelle cependant toute l’artillerie n’aurait que faire de ses obus et de ses canons.
- Cette éclipse de la poudre au profit des explosifs est d’autant moins compréhensible, que, au point de vue production et consommation, leur importance est sensiblement la même. 11 ne faut pas oublier que si dans un obus de 75 il y a 600 gr. environ d’explosif, la cartouche contient 690 gr, de poudre. Poudre d’ailleurs que beaucoup identifieraient mal à première vue, car rien ne ressemble moins à ce que l’on est convenu d’appeler poudre que les fagots de lamelles employés pour les chargements des gargousses de canon.
- Les anciennes poudres en grains fins lorsqu’elles brûlaient donnaient une poussée violente qui fatiguait la pièce.
- Leur effet était même brisant si on les employait par exemple dans un canon se chargeant par la culasse et tirant des projectiles munis d’appareils de forcement (ceintures de cuivre).
- Au contraire, si les grains de poudre sont gros, le dégagement de gaz se produit progressivement et l’effort exercé sur le projectile se continue et va en croissant pendant la plus grande partie du parcours dans l’àme du canon.
- La grosseur des grains varie donc en raison directe de la longueur des canons. Aussi le nombre de genres de poudres en service est-il considérable. Pour le 75, la poudre B. S. P. se présente sous la forme de lamelles plates de 2 cm de large et 15 cm environ de long, tandis que pour les gros canons, comme les canons de marine, les poudres genre P. B, sont en grains hexagonaux de 24 à 25 mm d’épaisseur, de 20 mm de côté, percés d’un trou central de 1 cm de diamètre. Les charges qu’il faut employer pour propulser des obus de gros calibres deviennent rapidement considérables ; pour un canon de 240 dont l’obus pèse 150 kg environ, la charge de poudre pèse 45 kg. Un 270 dont le poids est de 216 kg est lancé par 77 kg de poudre P. B. Aussi ne peut-il plus être question pour de tels poids de disposer la charge dans une gargousse. On forme des ballots de poudre en toile amiantée ou en serge que l’on introduit dans la culasse au moment du tir. Pour se faire une idée exacte de l’encombrement relatif de l’obus et de sa charge de propulsion nous donnons une photographie représentant un obus de marine de 16 pouces (400 mm) dont le poids est de 1200 kg et à côté le tas de poudre sans fumée qui sert à le lancer et qui pèse 350 kilogrammes. H. Yolta.
- Un gros obus de marine de 1200 kg et la charge de poudre le lançant. Cette charge, qui pèse 33o kg, est mise dans 6 sacs de 55 kg analogues à des sacs de pommes de terre.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 1 ;
- Les rayons X et l'anaphylaxie. — Un tissu lésé une première fois par les rayons X reste longtemps sensibilisé à l’égard de ces rayons. M. Bergonié montre la généralité de ce phénomène qui constitue une véritable anaphylaxie physique et qu’il ne croit pas attribuable à une suggestion. D’après M. Richet, la première altération chimique des tissus les a imprégnés d’un poison ana-phylactogène. Cette substance A anaphylactique disparaît après un temps plus ou moins long et donne naissance à une substance B définitive qui, toutes les fois que la substance A tend à reparaître par une nouvelle action des rayons X, détermine, avec elle, une troisième substance C extrêmement toxique. C’est donc une anaphylaxie indirecte qui ne se manifeste que lorsque la période d’incubation a été suffisante, le médecin ayant
- avril 1916.
- cessé deux ou trois mois de s’exposer aux rayons X. S’il continue à s’y exposer chaque jour, l’effet ne se produit plus.
- Lois de résonance des corps sonores. — M. Gabriel Sizes résume ces lois. La manifestation des sons musicaux est telle qu’ils ont la propriété d’une élasticité harmonique indispensable à leurs diverses associations musicales, que ne peuvent avoir entre eux les sons primaires. Il s’ensuit que la quinte tempérée est une variété de quinte parmi les nombreuses espèces que contient la série naturelle et quasi indéfinie de sons constituant l’échelle harmonique, et non une quinte fausse. Le tempérament de la quinte est une condition essentielle de la gamme musicale moderne.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahtjre, rùe de Fleuras, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N" 2228.
- 10 JUIN 1916.
- LE MARCHÉ DE LA SOIE PENDANT LA GUERRE
- Résumons d’abord en quelques mots le mécanisme assez spécial de ce qu’on est convenu d’appeler du terme général de « marché » de la soie. Celui-ci a comme base trois éléments : 1° le producteur de cocons, éleveur de vers à soie en magnanerie, qui très souvent est en même temps filateur
- côté a le choix entre les soies du monde entier pour la fabrication de ses étoffes, mais son habitude n’est pas d’une manière générale d’aller les chercher aux lieux de production : il laisse ce soin aux marchands de soie, corporation chez laquelle il trouve un assortiment toujours à point des soies de
- Fig. i. — Papillon femelle pondant.
- Fig. 2. —Poule suspendue avec le papillon conservé dans un angle pour une étude micrographique.
- de soie, ce terme s’entendant comme dévideur de la soie naturelle du cocon, ce dernier n’étant qu’un amas de fils enchevêtrés et agglutinés autour de la chrysalide et qu’il faut ramollir dans des bassines à eau chaude; 2°, le moulinier, qui souvent également est filateur, et qui sur ses métiers consolide ensemble par la torsion plusieurs brins de soie « grège » pour en faire des fils propres à la fabrication des tissus, étant donné que le fil simplement dévidé n’est pas assez solide pour être employé à cet état par le tissage; et, 3° le fabricant de tissus, dont les étoffes sont traitées par une foule d’industries annexes,.
- « chargeant », teignant, blanchissant ou apprêtant, suivant le cas, les étoffes qu’il fabrique.
- Au point de vue économique, ces trois éléments ne sont jamais d’accord. Le producteur de soie français voudrait être seul, comme aux temps primitifs, et ne pas subir la concurrence des soies italiennes, asiatiques ou orientales : aussi fait-il constamment la guerre au moulinier qui lui crée une double concurrence,, puisqu’il dévide souvent des cocons étrangers et qu’il retord d’autres soies que celles de France. Le fabricant de tissus de son
- Chine, du Japon, du Levant, d’Italie et de France.
- Tous ces éléments seconcurrencient et voudraient être « protégés » les uns contre les autres. De là ces situations inextricables qui tantôt mettent aux prises le producteur français contre le filateur, ou le font s’allier avec lui contre le moulinier, ou encore les assemblent en une triple association contre le marchand de soie. De là également cette
- trouvaille originale du système des primes à la sériciculture et à la filature, largement distribuées aux filateurs de cocons français, rationnées au fila-teur de cocons étrangers, et qui seulement dans ces dernières années se sont occupées d’encourager le progrès en proportionnant les versements à la production par kilogramme de cocons et en accordant quelques j avantages aux filateurs les mieux outillés. De là i enfin ces discussions si âpres, qui se comprennent i lorsqu’on se place au point de vue des intérêts | particuliers des demandeurs, mais au milieu desquelles l’intérêt final du consommateur de tissus semble tenir une bien petite place.
- Le système des primes n’est pas ce que veulent les producteurs de cocons indigènes : bien des fois
- H — 569.
- Fig. 3. — Ver à soie sain, dernier état près de filer.
- 4 i' Année
- 1" Semestre-
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- 370 LE MARCHE DE LA SOIE PENDANT LA GUERRE
- ils ont réclamé pour eux l’arme des faibles, le droit de douane sur la matière première étrangère à son entrée en France. Mais ils se sont constamment heurtés à ce propos à l’opposition absolue des pouvoirs publics qui ont jugé avec raison qu’une taxe douanière, quelque légère fût-elle, amènerait la disparition du marché international des soies de Lyon au profit de celui de Milan.
- Il est bon de ne pas ignorer, en effet, qu’il n’y a au monde que deux grands centres vendeurs de soie qui comptent: Lyon et Milan. Le fabricant de tissus ou le moulinier français ou étranger qui veulent se fournir de quantités déterminées de soie dont ils peuvent discuter les prix et la qualité et qu’ils ont toutes facilités d’apprécier et de voir sur place, se rendent dans l’une ou l’autre de ces deux villes, en relations constantes avec les . marchés producteurs du monde entier. Lyon aujourd’hui n’est si puissant que parce que la fabrique s’y appuie sur son marché et réciproquement, et aussi parce que le tissage, sûr de ses approvisionnements qu’il trouve à pied d’œuvre peut porter son attention avec plus de certitude, soit sur la production de ses articles de luxe avec ses canuts de la Croix-Rousse, soit sur celle des articles de production courante dans les tissages mécaniques de sa région et de celles des départements environnants.
- Ces explications préliminaires nous ont paru utiles à formuler avant que nous exposions la situation, avant et pendant la guerre, des facteurs qui résultent de cet agencement général du marché de la soie : 1° la production indigène sous ses diverses formes; 2° le commerce de la soie ; 3° la fabrication de la soie.
- I. La production de la soie française avant et pendant la guerre.
- — Quelques mots tout d’abord pour indiquer par quelle suite de circonstances économiques le producteur français a été amené à se voir concurrencer et supplanté par les producteurs étrangers.
- Avant 1853, cette production suffisait à l’alimentation de nos tissages de soieries. L’explication de ce fait, qui de nos jours semble étonnant, est pourtant bien facile. Le tissage lyonnais, en effet, se .fournissait à sa porte, au lieu de chercher à l’étranger une soie que l’absence de chemins de fer grevait de lourdes charges de transport. Quand la récolte était mauvaise, le prix du textile s’élevait immédiatement : aussi voyait-on les fabricants suivre anxieusement la température et encourager le plus possible la production du pays. L’absence de concur-
- rence rendait alors facile le placement des étoffes de soie dans le pays et le développement de la filature marchait de pair avec l’extension du tissage en France. En 1853, l’apparition des maladies qui décimèrent les vers, la pénurie de cocons qui s’ensuivit, renversèrent totalement cette situation. Pour travailler, la filature dut faire venir des cocons étrangers; elle s’adressa à l’Italie, à l’Asie Mineure, au Japon surtout qu’elle avait négligé jusque-là parce que ses cocons « tiraient » mal ; l’importation s’accrut d’année en année; en 1858 notamment, ce fut un véritable afflux. La filature française subit une crise intense. Il y avait 30000 bassines en 1853, mais nous n’en trouvons plus que 12000 en 1854 et 10000 en 1890; par suite, de 2 millions de kilogrammes la production de la soie, suivant une marche corollaire, tombe aux environs de 600000. Cependant les étoffes de soie sont de plus en plus en vogue. Il en résulte donc ce fait absolument anormal d’une matière première dont la production décline, alors qué la consommation au contraire croît d’année en année.
- Et voici qu’au milieu de ce désarroi un nouveau facteur, la mocfe, entre en jeu. Auparavant l’étoffe de soie n’était pas précisément un article courant, mais plutôt un produit de luxe : les soies des Cé-vennes, souples, brillantes et tenaces, en furent longtemps la base. Puis, petit à petit, la clientèle se modifie, les fortunes se nivellent, on veut avant tout acheter des étoffes à bon marché, même de soie; et pour satisfaire à ces nouvelles demandes, les Lyonnais changent une partie de leur fabrication ; ils trouvent dans cette lutte pour le bon marché un facile élément de succès dans l’emploi des soies asiatiques de 10 à 15 pour 100 moins chères que les soies françaises, ils s’efforcent de tirer de ce nouvel élément tout le parti possible. Ces soies eurent bientôt fait de conquérir sur le marché une place prépondérante. Avant 1870, leur importation n’avait jamais dépassé 100 000 kg; en 1885, nous la trouvons à 1 200 000; elle excède aujourd’hui 4 500 000. Si ces soies avaient été d’un aussi faible rendement qu’au début, il est évident que leur emploi n’eût pas pris une extension aussi considérable ; mais les importateurs firent les plus grands efforts pour améliorer peu à peu la nature de leurs marchandises et ils installèrent des filatures parfaitement outillées, dites « à l’européenne », en Chine et au Japon. Trois pays se trouvent donc par la force des choses devenir les concurrents les plus
- Fig. 4. — Papillon mâle venant d’éclore.
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- LE MARCHE DE LA SOIE PENDANT LA GUERRE
- redoutables de la production française : l’Italie, la Chine et le Japon.
- Les filateurs italiens, qui ont eu comme la France à subir la concurrence des filatures asiatiques, ont réagi contre elle en perfectionnant leur outillage de filature et de dévidage avec une étonnante maestria. Chez eux, par exemple, le battage des cocons est séparé des autres opérations et se fait dans des bassines dites batteuses; les cocons sont ensuite transportés tout préparés dans une autre bassine dite fileuse. Le rattachage est également confié à une ouvrière spéûale placée entre la bassine et le dévidoir et dont la fonction est de rattacher au fur et à mesure tous les fils venant à se rompre au-dessus des filières. C’est l’application
- Fig. 5. — Type de claie japonaise pour l’élevage des vers à soie.
- à la filature de soie du grand principe de la division du travail qui économise tant de temps et permet d’obtenir une production plus abondante et régulière. Nous ne saurions énumérer tous les perfectionnements dont les Italiens ont doté les opérations du séchage, du battage mécanique, etc. Ils ont ainsi considérablement abaissé le prix de revient de leurs soie.
- En France, les producteurs n’ont pas fait de même. Dieu nous garde de jeter la pierre à nos sériciculteurs, de les accuser, comme on l’a fait trop facilement, de routine ou de paresse; en maintes occasions ils ont su montrer ce qu’ils valaient et bien souvent ils ont en face de l’étranger remporté la victoire. Mais en cette occasion, nous croyons qu’ils ont eu le grand tort de se laisser aller à un découragement, assez explicable du reste au début, et qui pis est d’y persévérer, et lorsque quelques-uns ont tenté de se ressaisir, ils se sont
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- trouvés en présence de concurrents qui les avaient devancés dans leurs perfectionnements et leurs résultats et d’une clientèle qui peu à peu avait oublié la route de leurs usines et de leurs magnaneries. Mais il y a 125 000 éducateurs en France et on n’apprend pas facilement à une pareille légion de paysans, dont beaucoup se sont habitués sans raisonner à recueillir les produits d’une terre plus ou moins généreuse suivant les saisons, à quitter d’anciens errements lorsqu’il s’agit d’une industrie aussi spéciale. Cependant ils l’ont fait en ce qui concerne le « grainage », autrement dit la production des œufs ou « graines », de vers à soie et justement parce que celui-ci a été organisé scientifiquement et s’est outillé rationnellement presque
- Fig. 6. — Photographie d’une claie japonaise garnie de vers à soie.
- au lendemain des études de Pasteur. La sériciculture française exporte ses graines depuis 1875 dans tous les pays séricicoles d’Europe et jusqu’en Asie Mineure, elle s’est substituée au Japon dont elle avait été tributaire durant de longues années.
- On a tenté pour relever la sériciculture française de prendre des mesures diverses en sa faveur : créations de pépinières de mûriers par l’État, pro-’ pagation de l’enseignement séricicole ; stations séricicoles, Institut de sériciculture à Montpellier, écoles séricicoles ambulantes, Laboratoire d’études de la soie à Lyon par la Chambre de Commerce, cours de sériciculture et de séricologie, assurances contré les risques de l’éducation des vers à soie, disposition dans la loi sur les primes en faveur des ouvrières fileuses pour relever leurs salaires, etc. Plusieurs de ces mesures ont produit d’excellents résultats.
- Il.est facile de comprendre combien la Mobilisa-
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- LE MARCHE DE LA SOIE PENDANT LA GUERRE
- tion a jeté de perturbation dans des industries agricoles aussi spéciales que la sériciculture et la filature de soie. Dans des manipulations paysannes où la main qui dirige est subitement absente et ne peut être que difficilement suppléée, la ruine arrive à grands pas.
- Le résultat a été la fermeture forcée d’un grand nombre de magnaneries et de filatures.
- Déjà avant la guerre, on constatait que la production des cocons ne faisait plus depuis longtemps que des progrès excessivement lents; la cause générale en est que les populations rurales ont une tendance à s’intéresser moins à cette production, parce qu’elles trouvent plus satisfaisante de
- Fig. 7. — Pèbrine : 1, ver pébrinè; 2, papillon pébrinè à anneaux noirs; 3, anneaux de ver pébrinè grossi.
- souvent une rémunération leur travail dans certaines cultures spéciales comme celle de la vigne, pour laquelle la main-d’œuvre devient de plus en plus rare, et dans des industries locales qui se développent dans certaines régions, comme la bonneterie de soie dans les Cévennes par exemple. Cependant, le progrès, quoique lent, était réel. La production séricicole française qui dépassait 6 200000 kg de cocons avant la guerre n’est plus en 1914 que de 5067592 kg et fléchit en 1915 à 1 751 285kg! D’une année de la guerre à l’autre, le déficit est de 65,85 pour 100. C’est un véritable désastre. Notons que celui-ci ne s’étend dans de pareilles proportions que sur la France seule, car l’Italie notamment est bien moins atteinte, puisque d’après les statistiques de Y Associazione serica, elle a encore produit 55 000 000 de kg en 1915 contre 46 668000 kg en 1914, soit un déficit de 55 pour 100 seulement. D’une manière générale, et en nous bornant à ces seujs chiffres à titre d’exemple, la situation de la récolte européenne aura été lamentable pendant les hostilités. Les chiffres qui précèdent sont à ce point de vue très significatifs. Par bonheur, il n’en va pas de même de la Chine et du Japon, qui forment en quelque sorte les réserves de l’avenir, et c’est ce qui va nous faire comprendre pourquoi le commerce proprement dit des soies que nous
- allons examiner, n’a été atteint que dans de faibles proportions par la récolte déficitaire des cocons européens.
- IL Le commerce de la soie avant et pendant la guerre. — Notre premier soin va être d’examiner la situation des marchés régulateurs de Lyon et de Milan, qui dominent tout le commerce de la soie en Europe.
- Il est facile de se rendre compte des variations de leur importance avant et pendant les hostilités par l’examen des quantités passées au conditionnement public obligatoire dans ces deux villes.
- Nous
- le tableau suivant :
- Soies conditionnées et pesées à Lyon. Milan.
- les avons
- relevées dans
- 1911 7 590 445 kg 8 871 050 kg
- 1912 8 212 669 — 9 825190 —
- 1915 8 414 571 — 9 896 985 —.
- 1914 5 154 814 — 6 992 710 —
- 1915 5 758 195 — 8 559 065 —
- Fig. 8.
- 11 semble résulter de ces chiffres que le commerce des soies à Milan a été plus important que celui des mêmes textiles à Lyon, mais celte constatation perd de sa valeur, si l’on veut bien considérer qu’une forte partie du commerce des soies de Milan est entre des mains lyonnaises. Dans tous les cas, la guerre a amené un léger recul dans les transactions pour l’une et l’autre cités ; cependant, il n’y a pas eu à Lyon comme à Milan d’achats et de vente en spéculation et Milan a continué des relations avec l’Allemagne par l’intermédiaire de la Suisse.
- Mais il ne s’agit ici que des poids. Jetons maintenant un rapide regard sur la question des prix. Au moment de la déclaration de guerre, en août 1914, les cours ont naturellement fléchi, et le fléchissement en était arrivé à atteindre 20 à 50 pour 100 en décembre 1914. Ce fut le premier résultat de la guerre. Mais dans le premier trimestre de l’année 1915, la fermeté reprit le dessus, elle se maintint durant le second trimestre avec des affaires au
- - Vers atteints par la muscardine.
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- LE MARCHE DE LA SOIE PENDANT LA GUERRE
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- jour le jour en raison des incertitudes de l’avenir, elle ne s’accentua durant le troisième que lorsqu’on fut fixé sur les résultats de la récolte : alors la consommation mondiale reprit, la Suisse et l’Amérique sortirent de leur réserve et achetèrent sur les marchés d’Europe des quantités d’autant plus fortes qu’il fallait abandonner l'espoir de recevoir l’appoint des soies du Levant et qu’on n’annonçait pas d’augmentation dans la récolte de Chine et du Japon; et la reprise à cè moment s’accentua par le fait que les changes d’Extrême-Orient (fait absolument inattendu) haussèrent subitement : le yen japonais monta de 2,65 à 5,14, le dollar mexicain de 2,29 à 2,87, et le taël chinois de 2,87 à 5,84. Cette poussée imprévue des changes profila au marché de New-York, indemne des mêmes inconvénients monétaires, et comme l’Amérique, par suite de ses fournitures de guerre se trouvait dans un état de prospérité exceptionnel, ses fabricants se livrèrent, non seulement en France, mais surtout au Japon et un peu en Chine à des achats de prévision tels qu’on reste persuadé que beaucoup de ceux-ci n’eurent en vue que la fourniture des soies par l’Amérique à l’Allemagne.
- Durant le dernier trimestre de 1915, l’activité atteignit son apogée dans des conditions telles, que des variations de cours caractérisèrent en quelque sorte chaque journée. De 45 en jan-vier, la grègej Cévennes, 1er ordre 10/12, 12/16, passe à 60 en décembre, les grèges Japon filature 1 à 1/2, 9/11 montent de 59 à 61, et ainsi de suite; et tous ces prix ont encore progressé dans les premiers mois de 1916.
- Cette hausse violente au milieu des graves événements que nous traversons démontre certainement la forte situation intrinsèque du marché de la soie en France. Cependant, pour en apprécier la mesure exprimée en francs, on doit prendre lin point de repère dans nos changes avec les pays à étalon d’or; on trouve ainsi que la hausse apparente doit être diminuée de 12 pour 100 environ.
- III. Les tissus de soie avant et pendant la guerre. — Nous avons ici à faire la part de deux facteurs : la fabrication et le commerce des tissus.
- La fabrique a été naturellement, au début de la guerre, surprise par les événements et ses tissages ont été momentanément désorganisés et en complet désarroi ; mais, après quelques mois, elle a vigoureusement repris son activité, en raison de sa forte organisation et de la variété des
- éléments de travail qu’elle met en œuvre; et, qui mieux est, elle l’a maintenue durant loute l’année 1915. Elle a dû remplacer presque tout son personnel mobilisé, elle a été soutenue par son ancienne clientèle qui a accepté sans trop murmurer les imperfections inévitables et par une clientèle nouvelle des pays neutres qui lui a donné des marques de sympathie tout à fait encourageantes. Joint à cela, on a vu certains chefs de fabrication modifier leur outillage pour lui plaire, et c’est ainsi qu’à Lyon on a produit des articles nouveaux comme les tissus pour ameublements et pour corsets, ainsi que des tissus laine imitant ceux de Roubaix. La fabrication s’est trouvée gênée par trois éléments : 1° les retards et les pertes de temps dus aux difficultés d’approvisionnement de la matière première ; 2° la difficulté de s’approvisionner en matières colorantes, dont le principal fournisseur était jusque-là l’Allemagne; 5° le manque de « gareurs », c’est-à-dire de ceux qui dans les tissages règlent les métiers montés pour des articles déterminés.
- Quant au commerce, il n’a pas eu trop à souffrir. Tout d’abord, les exportations de soieries françaises n’ont été qu’en faible diminution sur celles des années précédentes. La consommation intérieure d’autre part a été assez activée par suite des variations de la mode, le costume féminin s’étant élargi et ayant amené le retour des jupes dé soie, enfin certains tissus de coton et de laine sont devenus plus chers et plus rares. Les articles de luxe n’étant pas de saison ont été partout remplacés parles articles classiques : velours, crêpes divers, taffetas, mousselines et surtout la mousseline noire, adoptée pour les toilettes de deuil malheureusement très nombreuses. L’un des meilleurs débouchés a été l’Amérique, dont les demandes ont dépassé les exportations enregistrées en temps normal; puis l’Angleterre, dont la capacité d’absorption a été presque égale aux chiffres d’avant la guerre; les Indes, d’où sont parvenus des ordres imprévus pour les articles dorure fournis jusque-là par l’Allemagne ; enfin nos colonies françaises du Nord de l’Afrique, peu atteintes par la guerre, qui ont conservé leurs demandes à peu près normales et, qui mieux est, avec des délais de paiement plus courts.
- Et l’Allemagne, nous dira-t-on? Eh bien, en cette matière, sans être aussi -favorisés que nous,
- Fig. ç. — Vers atteints de ftacherie l’un dans son cocon et l’autre au moment de filer.
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- nos ennemis se trouvent dans une situation relativement bonne. Le tissage de la soie est la seule industrie textile qui chez eux puisse marcher à une allure demi-normale. Il souffre du manque de personnel et du manque de consommateurs qui pour un certain nombre d’articles spéciaux pour hommes (cravates, doublures, parapluies) fournis par le pays, sont à l’armée; mais, ravitaillé en matière première par l’Amérique, il s’est tourné davantage du côté des tissus pour vêtements de femme. « Un corsage tout soie, une doublure tout soie, lisons-nous dans un rapport récent de la Vereindeulscher Sedenweberein sont presque aussi bon marché que les articles correspondants en
- ESPAGNOL
- coton et en laine dont les matières premières ne nous arrivent plus, alors que les arrivages de soie se font sans entraves. » L’Association en question ajoute que jamais le fabricant de tissus allemand n’a encore eu meilleure occasion de prouver sa capacité en face de l’ennemi. Elle oublie qu’en matière de produits de luxe les préférences ne sauraient s’imposer; aussi, à notre avis, jusqu’à ce que le bon goût allemand ait découronné celui de la France, longtemps encore le canut lyonnais pourra en souriant, pour le plus grand profit du monde entier, faire entendre sur les hauteurs de la Croix-Rousse le doux cliquetis de son métier.
- Alfred Renouard.
- LE PLATINE ESPAGNOL
- Le platine n’est pas un métal de guerre et c’est regrettable, puisque nos alliés les Russes en détiennent jusqu’à nouvel ordre lé monopole mondial ; mais c’est pourtant un métal d’actualité, car le Ministère du Commerce russe vient d’examiner très sérieusement l’idée de s’attribuer le monopole de la vente du platine. La question intéressait tous les consommateurs, chimistes, joailliers et ^dentistes; elle intéressait également les boursiers qui spéculent sur les actions de la « Compagnie industrielle du platine ». On a annoncé que le monopole venait d’être finalement rejeté : le Ministère ayant eu la sagesse rare de reconnaître qu’il lui manquerait la souplesse et l’expérience commerciale nécessaires en des opérations aussi délicates, de manière que tous les bénéfices attendus passeraient à des intermédiaires, l’Etat gardant pour lui les risques de dépréciation en cas de baisse : ce qui pourrait se produire en particulier si on découvrait ailleurs des gisements nouveaux. Avec un métal qui vaut parfois le double de l’or et dont les prix varient en quelques mois de 3000 fr. à 6700 fr. le kg, le risque pouvait être sérieux. Et précisément, tandis que l’affaire était discutée, on annonçait, avec fracas, la découverte du platine en Espagne dans la Serrania de Ronda. Je crois donc intéressant de résumer ici la conférence de l’ingénieur espagnol don Domingo de Orueta qui a mis en circulation cette nouvelle sensationnelle.
- La Sierra de Ronda forme l’extrémité S. W. de la cordillère bétique. Elle entoure la pittoresque ville de Ronda (fig. 1) et s’élève à 2000 m. en moyenne pour se terminer brusquement à pic sur la Méditerranée, entre Gibraltar et Malaga (fig. 2). Une première étude géologique rapide en a été faite en 1885 par une mission géologique française que l’Académie des Sciences avait envoyée en Espagne après le tremblement de terre de Grenade et qui profita de l’occasion pour étendre son champ de recherches.
- MM. Michel Lévy et Bergeron traversèrent alors un massif de roches cristallines que l’on appelait/ jusqu’alors des serpentines et y reconnurent des
- norites et des lherzolites. M. de Orueta, ayant étudié ce massif en grand détail, s’est rendu compte que son ensemble est formé de péridotites non altérées et dans un état de pureté exceptionnel. On y trouve toutes les roches de la série péridotique, depuis la dunite qui en est le terme le plus basique étant composée exclusivement de péridot et de fer chromé, jusqu’à la norite plus acide dont la mission française avait recueilli des échantillons. Cette conclusion, qui semblerait devoir intéresser uniquement des pétrographes, est, au contraire, d’un réel intérêt industriel. En effet, l’éruption péridotique de la Sierra de Ronda apparaît ainsi tout à fait analogue à celle des Monts Oural où se trouvent les gisements de platine, telle que l’ont fait connaître les travaux de Daubrée et de Duparc et cet intérêt est encore accru par l’énorme extension qu’offrent ces roches en Espagne ; elles seraient, d’après M. de Orueta, 28 fois plus étendues en surface que dans l’Oural.
- Il serait évidemment absurde d’en conclure que la Sierra de Ronda doit renfermer 28 lois plus de platine que l’Oural, ou même une seul fois autant, et que l’Espagne va faire demain concurrence à la Russie. Cependant cela mérite l’attention et nous savons que la Russie s’en est émue. Rappelons donc rapidement comment se présente le platine russe.
- L’origine première de ce platine est, comme je viens de le rappeler, une masse de péridotites et dunites avec produits d’altération serpentineux, dont la superficie peut occuper environ 50 km2. Mais en quelles faibles quantités le platine se trouve dans ces roches ! Il a fallu un siècle d’exploitation sur les gisements de concentration dont je vais parler pour arriver enfin à constater avec précision la présence du platine (d’ailleurs absolument inutilisable) sur quelques points exceptionnels dans la roche en place. Partout ailleurs les traces en sont si minimes qu’elles; échappent à l’examen microscopique et ne se décèlent qu’au spectroscope. Si ce platine peut être exploité, c’est que la nature s’est chargée d’opérer sur lui une concentration préliminaire ana-
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- logue à celle que l’on pratique à grands frais dans nos ateliers de préparation mécanique. Quelques centaines de milliards de mètres cubes ont été ainsi altérées, décomposées et rendues friables par les altérations superficielles, puis remaniées par les cours d’eau qui ont entraîné au loin les minéraux légers en laissant tomber les parties lourdes telles que le platine. Et ainsi se sont formées les alluvions platinifères que l’on exploite seules dans le lit d’anciens cours d’eau. Bien pauvres encore ces alluvions, d’une façon absolue ! Depuis l’origine des exploitations de l’Oural, il a fallu laver au moins 30 à 40 millions de mètres cubes de sables platinifères choisis parmi les plus riches pour obtenir environ 200000 kg de platine. Et pourtant on trouve, de temps à autre, quelque grosse pépite dont la plus forte a atteint près de 10 kg, relevant singulièrement la teneur moyenne. Mais la teneur, qui baisse d’année en année par l’épuisement des sables riches, est tombée aujourd’hui au-dessous de 3 gr. par mètre cube ; avec le haut prix du platine, on tra- h vaille même aujourd’hui fructueusement à 2 gr. : ce qui, pour un cours de 6000 îr., représente encore 12 fr. J’ajoute que la production de l’Oural, qui constitue 90 à 95 pour 100 de la production mondiale, oscille offi-ciellement, depuis une vingtaine d’années, autour de 5000 kg. Les mauvaises langues prétendent que la contrebande augmente ce chiffre officiel de 3 à 4000 kg.
- Fig. i. —• Ravine et moulins du Tajo à Ronda.
- Fig. 2. — La Sierra de Ronda.
- Revenant maintenant à la Serrania de Ronda, M. de Orueta a eu l’idée toute naturelle d’y chercher le platine en profitant des résultats scientifiques acquis par M. Du-parc dans l’Oural, sur le mode de répartition et de concentration de ce métal. Il a été constaté en Russie par l’analyse spectrale que le platine se trouve presque uniquement dans les dunites et en association avec le fer chromé, rarement avec le péridot. Il y est réparti en traces si infimes, que jamais on n’a pu songer à exploiter un filon de platine ni une roche platinifère. C’est le type de ce que j’ai appelé un gisement d’inclusions microscopiques. En même temps, sa répartition dans la roche homogène paraît présenter une certaine régularité. Mais le métal s’est concentré, comme je l’ai dit, dans les produits d’altération sur place ou éluvions et encore plus dans les produits de remaniement avec transport ou alluvions. Il était donc inutile de le poursuivre dans la dunite même et M. de Orueta s’est attaché
- à chercher des éluvions et alluvions en rapport avec cette dunite. j Après en avoir prélevé des échantillons, il a reconnu, dit-il, dans ces terrains, par l’analyse spectrale, les raies caractéristiques du platine.
- C’était un premier fait scientifique: mais, industriellement, il n’y aurait encore aucun pronostic à en tirer. Il fal-• lait vérifier si ce platine s’était concentré quelque part à un degré exploitable et concentré en grains susceptibles]d’être séparés par un lavage, non en particules si fines
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- 376: LES PAPIERS-MONNAIE DE LA GUERRE
- qu’elles flottent à la surface de l’eau (comme ce que les Anglais appellent le floating gold) . M. de Orueta, dont je-me borne à reproduire les affirmations, a alors travaillé avec une sonde portative et un appareil de lavage sommaire dit rocker : il a recueilli des sables à diverses profondeurs, il les a lavés et il a obtenu en fin de compte des grains de platine dont le plus gros avait 3 mm de long : grains tantôt isolés, tantôt mélangés à du fer chromé. Suivant l’auteur, un tiers de ses sondages aurait donné 2 à 3 gr. de platine et même quelques-uns plus. En terminant, il a mis sa découverte à la disposition de l’État
- qui vient de commencer les. recherches méthodiques, longues et coûteuses, nécessaires pour reconnaître si les sables platinifères à teneur utilisable existent en quantités suffisantes et valent la peine d’être exploités. Donc, même en admettant que l’inventeur ne se soit pas laissé entraîner par la satisfaction bien légitime d’avoir cru apporter à son pays une richesse nouvelle, le problème industriel demeure irrésolu. Mais, au milieu de tant de préoccupations différentes, il était bon de faire connaître qu’il pouvait bientôt se poser.
- L. de Laujnay.
- LES PAPIERS-MONNAIE DE LA GUERRE
- Dès le début des hostilités, en août 1914, la pénurie de monnaie d’argent multiplia les nécessités locales de recourir au papier-monnaie.
- La création des billets de banque de 20 fr. et de 5 fr. ne suffit pas à compenser la gêne résultant de ce que, comme à toutes les époques troublées, le numéraire disparaissait presque en entier dans des cachettes.
- C’est ainsi que l’arrêt à peu près intégral de la circulation monétaire avait déjà, lors delà première République française, fait surgir à côté des assignats gouvernementaux une grande quantité de bons de communes. Ainsi encore, en 1870-71, les bons de monnaie furent émis par centaines.
- Dès le lendemain de la mobilisation de 1914, la création d’une monnaie fiduciaire localisée devenait urgente. Et l’on vit éclore de tous côtés des petits papiers valant de 5 et 10 centimes (Chambre de Commerce .de Constantine, Bons de consommation et de monnaie des diverses villes du Nord, des Ardennes, etc.), à 100 fr. (villes de Donchery, Ardennes, Valenciennes, Chambre de Commerce de Cambrai (Nord), et même 500 fr., ville de Douai (Nord). La première de ces créations est celle de Nancy, du 2 août 1914!
- Plusieurs sortes de ce nouveau numéraire ..de papier ou de carton, ont vu le jour.
- La plus importante est celle des billets émis par les Chambres de Commerce (départementales ou d’arrondissement), qui déposaient à la Banque de France l’équivalent, en billets de cette Banque, des coupures qu’elles émettaient.
- Des instructions du Ministère du Commerce en date du 14 août 1914, précisèrent les conditions de ces émissions. Cependant, il est fort peu de ces coupures qui portent trace d’une autorisation ministérielle. On trouve mention des instructions sur les billets de la Chambre de Saint-Omer; ceux des Chambres de Boulogne-sur-Mer et de Montluçon-Gannat relatent l’autorisation ministérielle du 20 août 1914 et du 15 octobre 1915 respectivement. Calais, Rouen, le Havre mentionnent (sans date), Yapprobation de /’administration.supérieure. .
- Dans certains départements, plusieurs Chambres de Commerce se sont réunies pour la garantie des,.
- billets (Clermont-Ferrand, Riom, Ambert, Issoire, pour la 2e série du Puy-de-Dôme) ; Quimper et Brest pour le Finistère; Rennes et Saint-Malo pour l’Ille-et-Vilaine; Rodez et Millau pour l’Aveyron ; Alençon et Fiers, pour l’Orne; Alby, Castres et Mazamet, pour le Tarn, etc.
- A la fin d’août 1914 la Chambre de Commerce de Paris avait présenté des essais, dont le tirage n’eut pas lieu.
- Une seconde catégorie a été émise par les villes elles-mêmes ; par exemple à Ault (Somme), où des bons commerciaux de 1 fr., .5 fr. et 20 fr. garantis par un emprunt de 50 000 fr. furent créés le 15 septembre 1914 avec approbation du préfet en date du 13 septembre.
- C’est surtout dans la région septentrionale de la France que la ville seule a pris la responsabilité de la garantie : à Épernay (bons de 0 fr. 25, 0 fr. 50 et 1 fr. émis le 5 septembre 1914, pendant l’occupation prussienne); à Nancy, 1 fr., 2 fr., 5 fr. (recette municipale), dès le 2 août 1914 et parfois même, dans de fort petites localités, telles que Boult-sur-Suippe et Vertus (Marne), Appilly et Mouy (Oise), Mon-laigu (Vendée) [bons de mairie]. Brancourt (Aisne), a eu des billets manuscrits de 0 fr. 50 et 1 franc.
- Parmi les villes encore occupées par l’envahisseur il faut citer Douai (bons communaux de 0 fr. à 500 fr., émis sur la Caisse municipale à partir du 30 août 1914) ; Lille (bons communaux de 5 et 10 fr. delà Recette municipale du 31 août 1914), Roubaix et Tourcoing (bons de monnaie de 0 fr. 25 à 50 fr.), etc., etc.
- A Saint-Quentin, la ville créait des Bons municipaux de 0 fr. 25 à 50 fr. (3 août 1914, 3 octobre 1914, 22 septembre 1915); des Bons de guerre (de 1 à 20 fr. en 1915) et dès Bons de la Caisse d’Épargne.
- Car, de leur côté, les Caisses d’Epargne ont créé des billets à Avesnes, Cambrai (Nord), Chauny (Aisne), Maubeuge et Saint-Quentin.
- Dans une 4e combinaison, l’émission était garantie conjointement par la Chambre de Commerce et par.la Ville (Abbeville, Arras, Elbeuf, Le Havre, Rouen, Orléans, etc.)
- Une 5e espece de billet a été émise par la Ville
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- Spécimens des papiers-monnaie émis pendant la guerre.
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- 378 . LES PAPIERS-MONNAIE DE LA GUERRE
- et la Chambre de Commerce (séparément ou conjointement) avec l’intermédiaire d’une banque (Amiens,- banque Duvette), coupures de 0 fr. 50,
- 1 fr., 2 fr., 5 fr. le 15 septembre 1914.
- Ailleurs, ce sont les banques seules qui ont pris
- l’initiative; par exemple, la Société agenoise, la Banque d’émission de Lille, à partir du 17 août 1914, pour des coupures de 0 fr, 25 à 2 fr. et même des jetons de carton de 5 et de 10 centimes en octobre 1915(1). A Reims,-le Change Rémois a émis quatre tickets du format des billets de chemins de fer de 0 fr. 25, 0 fr. 50, 1 fr. et 2 fr., remboursables par 50 francs.
- D’autre part, de grandes entreprises industrielles, notamment les mines, les aciéries, les tissages ont créé, surtout pour les besoins de leurs cités ouvrières, des bons et billets variant de 0 fr. 10 à 20 fr. Parmi les mines, nous citerons Bruay, Lens, Liévin, Anzin, Béthune, Aniche, Courrières dans la région du nord et Graissessac dans l’Hérault.
- Pour le Creusot, Schneider et Cie ont créé, le 15 septembre 1914, des bons de 0 fr. 50, 1 fr. et
- 2 fr. remboursables au porteur, à présentation, mais par groupes de 250 bons semblables.
- Les tissages de Bolbec et Lillebonne ont aussi émis dès le début, en 1914, des billets de 0 fr. 25 à 20 fr.
- Les bons des tissages Bréchard à Roanne (1 fr. et 2 fr.) sont payables 10 jours après la signature de la paix.
- Des bons de secours multiples ont été mis en circulation par les industries et les coopératives de Reims.
- Il existe encore des bons créés par des Unions de commerçants, par exemple à Corre (Haute-Saône), remboursables dans le mois suivant la signature de la paix, ainsi que des Bons régionaux communs à plusieurs départements (Nord, Aisne, Oise).
- Enfin un bureau de bienfaisance a émis des bons de 0 fr. 05 et 0 fr. 10 à Roncq (Nord).
- On connaît plus de 1200 variétés de vignettes ainsi émises. Beaucoup d’entre elles ne portent pas l’indication du lieu de leur fabrication, ce qui est une’violation des principales conditions des lois monétaires.
- Les moyens de contrôle propres à empêcher la contrefaçon ont été aussi trop souvent omis, et une faible proportion en somme des bons ou billets présente un cachet ou estampille de garantie. Il en est même qui ne portent aucun numéro d’ordre ou de série (bons d’Épernay).
- Il est donc certain qu’à la liquidation finale, beaucoup de faux seront, comme en 1871, présentés et payés; on escompte qu’ils seront compensés par les billets perdus, détruits ou restés aux mains des collectionneurs.
- Les dates et conditions de remboursement sont fort diverses ; elles font même complètement défaut sur les billets d’Amiens (Banque Duvette) ; d’Ault ; de la Chambre de Commerce de Boulogne-sur-Mer;, ceux de la Chambre de Commerce de Clermont^
- 1. "Voy. La Nature, n° 2211, 12 février 1916, p. 106.
- Ferrand, Issoire ; nous avons cité les stipulations privées de Schneider et Bréchard ; les billets de la Chambre de Commerce d’Alger sont échangeables (sans date) contre des billets de la Banque d’Algérie ; ceux de la Chambre de Commerce de Bordeaux sont remboursables à toute époque à la Banque de France ; la Chambre de Commerce de Marseille a stipulé que ses bons sont remboursables à présentation mais seulement par 50 fr. à la fois; celle de Nantes, à présentation également, mais par 10 billets à la fois ; la Chambre de Commerce du Loiret a prescrit un délai maximum de remboursement de 2 ans; celle d’Alençon et Fiers a pris pour limite la date du 31 décembre 1917; Rouen exige une présentation d’au moins 100 fr. pour le remboursement à vue ; mais la clause la plus généralement adoptée est celle qui fixe à cinq ans (à compter du jour de l’émission) le délai maximum dans lequel le remboursement doit être demandé.
- La hâte avec laquelle les vignettes ont dû être composées les a presque toutes privées de cachet artistique. La plupart reproduisent les armoiries des villes ou des emblèmes commerciaux. Il faut citer comme tentatives généralement malheureuses de pittoresque ou d’esthétique, les billets de Carcassonne (vue très grossière de la cité) ; Granville (le Mont Saint-Michel) ; Montauban (le grand pont) ; Alençon et Fiers (fort joli encadrement de dentelle en point d’Alençon) ; Tarbes (Pic du Midi de Bi-gorre) Vienne (monuments romains); La Roche-sur-Yon, un des plus réussis, montre la Semeuse des timbres-poste et la fenaison, etc. ; la Rochelle donne une bonne vue de son port ; la vignette de Poitiers, est encadrée par les statuts de Charles Martel (1732) et de Joffre (1914), etc., etc.
- Il va sans dire que les collectionneurs n’ont point manqué de jeter leur dévolu sur toutes ces créations de nécessité. Ils ont décrété de n’attribuer de mérite qu’aux coupures neuves ou du moins non flétries par l’usage.
- Par suite de circonstances diverses, certains bons ou billets sont déjà de véritables raretés; par exemple : celui de 50 cent, de la Chambre de Commerce de la Creuse et ceux de 1 fr. et 2 fr. de la Chambre de Commerce de Clermont-Ferrand-Issoire ( 1re série du Puy-de-Dôme). Ces deux derniers bons, retirés de la circulation en décembre 1914, ont été détruits en janvier 1915 et remplacés par une autre série (Chambres réunies de Clermont-Ferrand, Riom, Thiers et Ambert, 0 fr. 50 et 1 fr).
- Les billets des régions envahies sont difficiles à trouver, pour les petites villes; mais on se procure assez aisément ceux des grandes cités.
- Le Bulletin de la Chambre de Commerce de Paris du 12 février 1916 a donné une liste des Chambres de Commerce de France, exactement au nombre de 100, qui ont émis de ces coupures.
- Une liste des billets émis pendant la guerre vient d’être publiée par M. A. î’orbin(1); il énumère
- 1. Paris, 80, rue Saint-Lazare, prix 4 fr.
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- 330 localités françaises et 4215 coupures des diverses catégories ci-dessus décrites, plus, pour l’Alsace, 17 localités et 125 coupures. L’auteur ne donne point son travail pour complet, et il en annonce un autre sous forme de catalogue avec les prix auxquels les vignettes sont actuellement cotées.
- Pour ordre seulement, nous mentionnerons qu’à l’étranger le papier-monnaie abonde également. L’Allemagne a descendu ses billets de banque jusqu’à 2 marks et 1 mark ; en Belgique, elle a laissé émettre par la Société générale de Belgique des billets de banque de 1 fr., 2 fr., 5 fr. à l’effigie de la reine Louise-Marie d’Orléans, femme de Léopold Ier et fille de Louis-Philippe; ils sont remboursables à la Banque nationale de Belgique, au
- plus tard 3 mois après la conclusion de la paix.
- Le 1er septembre 1914, le consortium des banques de la ville de Tournai avait émis pour 2 millions de francs de coupures de 1,2, 5 et 10 fr. avec l’autorisation de l’autorité communale ; Cour-trai en avait créé de 1 fr., 2 fr., 5 fr., 10 fr., etc.
- Sans entrer, faute de documentation suffisante, dans plus de détails, nous mentionnerons tout au moins, qu’au début de 1916, la Russie a émis 5 coupures officielles de 1, 2, 3, 5 et 50 kopecks (au change actuel, un peu moins de 2 cent., 4 cent., 6 cent., 10 cent, et 1 fr.).
- Il semblé bien que le billet de banque de 2 cent, soit le plus pauvre qui ait jamais vu le jour !
- E.-A. Martel.
- LE DUMPING
- Dumping est un mot d’origine anglaise qui désigne une méthode commerciale consistant à établir, pour un même produit, deux tarifs : 1° un tarif relativement élevé applicable sur le marché national 2° des prix plus bas, variables suivant les circonstances, pour les marchés étrangers, prix souvent même inférieurs aux prix de revient.
- Cette méthode a été érigée en véritable système par les cartels allemands (syndicats englobant presque tous les producteurs d’un même article pour sa vente en commun), qui ont systématiquement vendu avec perte, afin de conquérir- rapidement des marchés nouveaux et de tuer toutes les concurrences, puis ont relevé leurs prix à un taux laissant du bénéfice, une fois devenus maîtres de la place.
- Ainsi, en 1902, le syndicat allemand des cokes vendait ses produits 15 marks la tonne en Allemagne et 11 marks seulement à l’étranger. De même, en 1900, le syndicat allemand des fils de fer vendait ses produits à l’étranger 14 marks les 100 kg, tandis que le prix intérieur était de 25 marks ; il avait ainsi perdu 859 000 marks à l’étranger, pendant qu’il gagnait 1 177 000 marks sur le marché national ; mais il s’était ainsi ouvert des débouchés nouveaux et la perte subie était considérée comme rentrant dans la catégorie des frais de publicité indispensables à tout lancement d’affaire nouvelle.
- Le dumping a été tout d’abord mis en pratique, en Angleterre, pour écouler le surplus d’une production trop intense. « Nos propres sociétés métallurgiques n’hésitant pas, quand il y a trop de poutrelles sur le marché français, à baisser leurs prix d’exportation.... Mais de ce qui n’est, en général, qu’un expédient temporaire, un moyen de dégorger le marché momentanément encombré, les Allemands ont fait un usage permanent, une méthode, une politique » (H. Hauser).
- L’écart a été même parfois si considérable entre les prix de vente pratiqués par les cartels allemands dans leur pays et „à l’étranger qu’il y a eu
- intérêt à réexporter en Allemagne certains produits allemands vendus d’abord à l’étranger. Ainsi, en 1902, on payait les tôles allemandes 200 marks à Essen et 180 marks en Hollande; même avec les frais de douane et de transport, les chantiers allemands trouvaient de l’économie à se fournir en Hollande. Le dumping dépassait ainsi son but et certains économisles se réjouissaient trop vite de ce que les Allemands, par ce système, se ruinaient. Mais ce n’était là qu’un côté provisoire de la question. En réalité, les Allemands savaient consentir des sacrifices momentanés, commettaient même des erreurs vite réparées, mais s’assuraient, dans l’ensemble, un meilleur avenir commercial.
- D’autre part, les cartels allemands ayant vendu à un moment la tonne de fils de fer 125 marks en Allemagne et 98 seulement en Hollande, il en résulta la naissance inattendue de l’industrie de la clouterie en Hollande et en Belgique. Par suite de cette différence de prix de la matière première, combinée avec le bon marché de la main-d’œuvre, les pointes hollandaises faites avec du fil de fer allemand pouvaient être livrées à Dusseldorf à des prix inférieurs de 30 pour 100 à ceux des pointes fabriquées en Prusse rhénane. Mais alors, le cartel allemand des pointes, devenu ainsi victime du dumping du cartel des fils de fer, se défendit en faisant du dumping à son tour, c’est-à-dire en revendant 14 marks le quintal au dehors ce qu’il vendait 25 en Allemagne, d’où écrasement de l’industrie nouvellement née en Hollande.
- Pour éviter, d’ailleurs, le retour de situations aussi paradoxales, les divers cartels de l’Empire arrivèrent, vers 1903, à établir entre eux une entente nationale, grâce à l’institution de chambres de compensation et de primes limitant l’étendue du dumping. Pour que le procédé ne nuise pas à certaines industries allemandes sous prétexte d’en favoriser d’autres, il fut convenu qu’on accorderait aux industriels exportateurs une prime correspondant à la différence entre le prix intérieur et le
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- prix consenti à l’étranger pour un même produit.
- Le dumping cessa ainsi d’être une institution égoïste en faveur d’une seule catégorie de producteurs;, il ne fut plus employé que pour forcer l’entrée des marchés étrangers en vue du profit exclusif dé 1/Allemagne, les cartels ayant désormais entre eux une solidarité étroite, encouragée par l’État. Le dumping ainsi compris conduisit tout naturellement au syndicat obligatoire, les industriels se tenant à l’écart étant fatalement acculés à la ruiné.
- Le Syndicat des tréfderies put continuer à vendre aux fabricants allemands le fer machine 127 marks 5.0, tandis que Je même fer, rendu à Anvers, y fut vendu seulement 102 marks 50; mais le Syndicat versait comme prime au fournisseur la différence entre les deux tarifs.
- Grâce à cette combinaison, les Allemands sont arrivés à prendre sur les marchés français, italien et suisse des machines-outils et des machines la plare des Etats-Unis. Ils ont réussi souvent aussi à tuer, à d’étranger, l’industrie nationale elle-même, en vendant sur le marché français,, par exemple, des machines à un prix inférieur à celui des constructeurs locaux.
- En Espagne, où la plupart des Compagnies de chemins de fer sont françaises, les machines venaient autrefois de France; les Allemands ont offert les leurs à un prix au-dessous de leur prix de revient et sont ainsi devenus fournisseurs à notre place.
- En France même, l’Etat et nos Compagnies de chemins de fer, séduits par le bon marché, ont passé des commandes importantes de matériel en
- Allemagne. En 1906, les Compagnies françaises absorbaient à elles seules le tiers de l’exportation allemande de matériel de chemins de fer ! Les, prix allemands, même grevés des droits de douane et des frais de transport, restaient inférieurs de 0 fr. 50 par kilogramme-locomotive aux prix français. Et c’étaient, remarque M. Hauser, les administrations d’Etat des chemins de fer allemands qui faisaient les frais de la différence! Mais ce sacrifice momentané préparait la ruine de nos ateliers de construction.
- L’industrie de l’acide phénique avait disparu de France parce que les Allemands offraient toujours des rabais énormes sur ce produit et avaient fait ainsi fermer nos usines. Ils ont emuite rehaussé leurs prix après l’éviction de leurs concurrents.
- Le dumping allemand était donc devenu un danger pour tous les Etats industriels, un véritable « forçage économique », selon l’expression de M. Aulagnon.
- Le Canada, pour en combattre les effets, avait promulgué une loi stipulant, en cas de vente étrangère dans le pays à un prix plus bas que le prix courant du pays d’origine, la double perception : 1° du droit régulier, calculé non sur le montant de la facture, mais sur le prix normal ; 2° d’un droit spécial égal à la différence entre le prix de facture et le prix normal. L’Afrique australe anglaise avait inauguré une législation analogue.
- C’est seulement en généralisant ces législations que l’on pourrait lutter avantageusement, après la guerre, contre la concurrence vraiment déloyale faite depuis si longtemps par l’Allemagne à toutes les nations, à l’abri du dumping. Paul Barré.
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- L’armée consomme des quantités d’eau considé- 1 encore l’eau pour sa cuisine, ses lessives ; les che-rables. S’il est vrai que le soldat boit surtout du I vaux d’artillerie doivent être abreuvés. Il faut donc
- vin quand il peut s’en procurer, il se rejette cependant sur l’eau qui se trouve à sa portée, quand fait défaut le « pinard » bien-aimé. Puis il emploie
- mettre à la disposition des troupes une eau de bonne qualité, sous peine d’épidémies meurtrières. La Nature a déjà parlé (n° 2203) des mesures de sur-
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- veillance prises à cet égard et je n’y reviendrai pas.
- Mais il faut aussi que l’eau soit abondante et se trouve partout. Imaginez ce qu’en Champagne pouilleuse, hommes et chevaux purent consommer d’eau pendant le temps que nos troupes furent concentrées pour l’attaque de septembre dernier !
- Avant la guerre, on avait prévu le transport de l’eau dans les régions de combat, arides ou privées d’eau pure au moyen de wagons-citernes réquisitionnés.
- C’est encore ce procédé qu’emploient les Russes sur leur front d’Asie. A défaut de chemins de fer, on organise même des convois de chameaux porteurs d’outres (fig. d) et l’une de
- ces caravanes au service des Turcs nous a même valu le singulier communiqué d’un bombardement de cha-
- teux qui avait le grave défaut d’encombrer le service des transports déjà surchargé. Grâce à
- Fig. 3.
- meaux par un torpilleur sur la côte de la mer Noire !
- Sur le front occidendal, on a rapidement renoncé au ravitaillement par wagons-citernes, procédé coû-
- Fig. 2. — Voiture filtre-stérilisateur offerte à l’armée par l’Œuvre du soldat au front.
- (Photo du Touring-Club.)
- l’ingéniosité des techniciens du service des eaux, le problème a été résolu d’une manière plus pratique en forant des puits très nombreux, dans les cantonnements de repos, près des postes de secours et même dans certains carrefours de boyaux et de tranchées.
- L’eau y est puisée au moyen de motopompes, envoyée dans de grandes barriques surélevées qui servent de réservoirs et de là distribuée à des abreuvoirs et dans des tonneaux qu’on transporte un peu partout.
- Mais à côté de cette organisation, utilisable seulement pendant la période d’im-mobidté actuelle, la plupart des pays belligérants se sont approvisionnés de voitures d’eau pouvant suivre les troupes en marche et leur fournir en tous lieux de l’eau pure. .
- - Voiture de stérilisation d'eau de l’armée anglaise.
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- En France, le Touring-Club de France a pris l’initiative d'offrir à l’armée 120 voitures d’eau potable qui fonctionnent actuellement sur tout le front, à raison d’une par division d’infanterie
- (fig. 2). Ces voitures sont du type des voitures régimentaires du Génie. Elles circulent vides, traînées par deux chevaux et ne pesant alors que 1200 kg, elles peuvent passer par tous les chemins, même ceux de terre les plus mauvais.
- Arrivée à un point d’eau, la voiture s’arrête, on abaisse les chambrières à vis qui la calent et lui permettent d’être chargée de 3000 litres d’eau sans surcharger les essieux. Un tuyau flexible, porté sur le tambour placé derrière le siège, est déroulé et fixé à la pompe de gauche qui prend l’eau brute à l’extérieur et l’envoie dans le clarifica-teur formé de couches d’éponges superposées. L’eau y circule de bas en haut et s’y débarrasse de toutes les particules solides qu’elle tenait en suspension. De là, elle va par une colonne montante aux deux robinets qui la distribuent à Fun ou l’autre des bacs symétriques de la voiture. Chacun de ces bacs, en tôle, a une
- capacité de i 500 litres ; il porte un flotteur qui permet de lire de l’extérieur le volume d’eau qu’il contient. Lorsqu’il est rempli, on verse par l’orifice supérieur e la quantité d’eau de Javel nécessaire pour stériliser l’eau, puis on la mélange en brassant au moyen d’un agitateur à palettes mû par une manivelle. Après une demi-heure, l’opération est terminée ; on a à sa disposition 1500 litres d’eau claire et bactériolo-giquement pure. On peut la prendre à la cuve directement au moyen des robinets r placés à l’arrière de la voiture ou l’envoyer par la pompe de gauche dans des tonneaux ou des baquets.
- Les voituresT. C. F. peuvent donc fournir 1500 litres d’eau claire et pure toutes les demi-heures. C’est une quantité largement suffisante pour l’effectif d’une division.
- Voitures filtres sur le front allemand.
- Actuellement ces voitures font partie du train des brancardiers divisionnaires, elles suivent la division au repos et aux tranchées, s’installant alors près du poste de secours; pendant cet hiver, elles ont fonctionné continuellement ainsi
- Fig. 4. — Voiture autrichienne à stérilisateur par les rayons ultra-violets.
- Fig. 5.
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- d’une manière très satisfaisante, et elles sont appelées à rendre de bien plus grands services le jour où nous quitterons nos positions, pour reprendre la guerre de mouvements.
- D’autres types de voitures d’eau ont été offerts à l’armée par de généreux donateurs. Parmi celles-ci, nous signalerons l’automobile sanitaire de Mme le Dr Macaigne (fîg. 5) destinée à la stérilisation de l’eau potable, à l’organisation de bains-douches et à la désinfection des vêtements. Munie d’une chaudière Serpollet chauffée au pétrole, cette voiture utilise la vapeur de la chaudière pour porter rapidement à l’ébullition l’eaii d’un réservoir de 300 litres placé sur le châssis ; cette eau est ensuite refroidie au moyen d’un détendeur placé dans le réservoir. La même eau, simplement portée à 37°, peut être envoyée à 24 pommes d’arrosoir branchées des deux côtés de la voiture. Enfin pendant que les hommes prennent ainsi une douche, leurs vêtements peuvent passer dans deux étuves de 5 n^3 chacune, placées de chaque côté de la voiture et chauffées par la vapeur venant directement de la chaudière.
- Nos alliés anglais ont à leur service une voiture d’eau (fig. 6), comparable à celle du Touring-Club, mais de plus petite capacité. Comme la nôtre, elle est munie d’une pompe qui envoie l’eau à travers un filtre dans un réservoir où elle
- peut être traitée chimiquement. Les faibles dimensions de cette voiture lui permettent de circuler en pleine charge et d’aller distribuer l’eau de point en point.
- Avant la guerre, on avait cherché en France à utiliser l’électricité pour l’épuration de l’eau en campagne, soit par l’ozone (La Nature, n°1829), soit par les rayons ultra-violets. Les Autrichiens emploient en ce moment un procédé de ce genre. Un attelage d’artillerie (fig. 7), traîne un caisson dans lequel se trouve un moteur à explosion actionnant une pompe et un groupe électrogène. La pompe envoie l’eau dans l’appareil à rayons ultra-violets qu’on place sur un trépied hors de la voiture ; l’eau stérilisée est recueillie dans des tonneaux.
- Enfin, les Allemands possèdent des voitures d’eau à bouilleurs qui sont affectées au service sanitaire. L’eau y est pompée par un tuyau, filtrée, puis bouillie sous pression; cette eau est surtout destinée au traitement chirurgical des plaies.
- Tels sont les moyens actuellement utilisés par les armées pour le ravitaillement des troupes en eau potable. Ils sont certainement un des principaux facteurs de l’excellent état sanitaire qu’on constate au cours de cette campagne, et qui fait si heureusement contraste avec les guerres passées.
- René Merle.
- PLANTONS DES TOPINAMBOURS
- Depuis 1911, la France ne récoltait pas assez de pommes de terre pour suffire à sa consommation, si bien que nous devions en acheter à l’étranger et principalement à la Belgique qui nous en fournissait, bon an mal an, 4 million à 1 300 000 quintaux. En 1913, nos 1 548 000 hectares plantés de « par-mentières », nous procuraient 135859 000 quintaux, complétés par l’excédent de nos importations sur nos exportations (500000 quintaux), soit au total 156359 000 quintaux. Mais la guerre a réduit à 1 300 000 hectares environ la superficie des terres françaises emblavées avec les précieux tubercules. Aussi, pour combler le déficit de nos approvisionnements en 1915-1916, des négociants jetèrent d’assez grandes quantités de topinambours sur les principaux marchés de notre pays. Certes, les « artichauts de Jérusalem », — comme les surnomment les Anglais qui en sont très amateurs, — ne sauraient remplacer les pommes de terre; toutefois la facilité de leur culture, leur rendement considérable et la modicité de leur prix désignent à l’attention de nos paysans ces succulents légumes, réservés presque exclusivement chez nous à l’alimentation du bétail. Vu les difficultés qu’ont nos populations rurales à se procurer autant de pommes de terre qu’elles voudraient, elles pourraient effectivement y suppléer en plantant des topinambours
- qui poussent à peu près partout, sauf dans les sols trop secs, s’accommodent d’un coin de jardin à l’ombre aussi bien que d’un champ ensoleillé et n’exigent, comme soins culturaux, qu’un simple binage.
- Le topinambour [Helianthus tuberosus L.) est une grande plante à tiges annuelles, mais vivace par ses pousses souterraines, portant des renflements tuberculeux de forme irrégulière, arrondis, noueux et amincis à leur base. Ces tubercules présentent extérieurement une coloralion rougeâtre ou jaune et leur chair blanc jaunâtre possède une saveur sucrée rappelant celle du fond d’artichaut. Ses tiges garnies de feuilles ovales et pointues, rudes au toucher, et d’un beau vert foncé, atteignent souvent 2 m. de hauteur. Quant à ses fleurs jaunes, elles s’épanouissent en France vers la fin de septembre ou le commencement d’octobre.
- Dans la grande culture, on plante les topinambours à la fin de l’hiver de février à avril; mais avantage précieux, aujourd’hui que la main-d’œuvre est rare, on peut mettre également ces tubercules en terre un peu plus tard, et ils se développeront avec la même vigueur que si on les y avait placés au printemps. Les cultivateurs, qui, faute de personnel, n’auront, pas pu faire à temps leurs semailles ou leurs plantations de pommes de terre
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- devraient donc garnir d’hélianthes leurs champs inoccupés au lieu de les laisser improductifs.
- Après avoir labouré, hersé et fumé convenablement le terrain, on plante les tubercules en lignes espacées de 60 à 80 cm, en laissant, entre chaque pied, un intervalle de 30 à 40 centimètres. On les dispose dans un sillon qu’on recouvre à la charrue ou par paquets qu’on enterre à une profondeur de 12 à 15 cm.
- Il faut environ une vingtaine d’hectolitrespour emblaver un hectare. Une fois les tiges sorties de terre, on passe la herse, on bine plus tard pour désherber et quand les jeunes topinambours atteignent25cm, on procède à leur •buttage. Tels sont les seuls travaux qu’ils exigent jusqu’à la récolte qui se fait normalement de novembre à mars ou avril. On arrache les tubercules au fur et à mesure des besoins, car ils se conservent très bien dans le sol, résistent même aux gelées mais pourrissent assez vite, dès qu’ils se trouvent exposés à l’air. Quand on n’a pas coupé les feuilles en juillet pour l'alimentation des bestiaux, on les bottelle pour les dessécher afin de les utiliser comme litière et même parfois pour allumer le feu.
- Le rendement des topinambours varie non seulement d’un sol à l’autre, mais selon les conditions climatériques. Les terres légères et siliceuses, très appropriées à leur culture, fournissent entre 20 000 et 50 000 kg de tubercules. Un excès d’humidité comme une trop grande sécheresse diminuent notablement ces chiffres.
- Jusqu’ici en France, on employait surtout les topinambours pour nourrir les animaux de ferme : chevaux, bœufs, vaches laitières, etc. Avant de les donner au bétail, on les lave à grande eau, puis on les passe au coupe-racine et on les distribue mélangés à des balles de céréales ou à de
- la paille hachée. En Limousin, on les fait cuire avant de les servir aux porcs, qu’ils engraissent à merveille.
- Dans certains pays, vu leur facilité de multiplication, on se contente de planter les hélianthes une seule fois et ils se reproduisent plusieurs années de suite. Dans ce cas, on laboure seulement au printemps, une fois l’arrachage terminé ; les tubercules restés dans le champ suffisent pour faire pousser de nouvelles Liges. Toutefois cette méthode de culture n’est pas à recommander même en temps de guerre, car elle fournit souvent une récolte amoindrie. Agriculteurs et particuliers feront beaucoup mieux de replanter tous les ans.
- Quand on cultive les topinambours en vue de la fabrication de l’alcool, on coupe les tiges en octobre et on arrache les tubercules suivant les besoins de la distillerie. Le rendement est de 26 ou 27 hectolitres d’alcool par hectare, ce qui correspond à un rendement alcoolique de 8 à 9 pour 100. Les pulpes représentent 60 pour 100 des topinambours traités, et fraîches elles constituent une excellente nourriture pour les bestiaux, tandis que les vinasses, riches en sels potassiques, fournissent un bon engrais. Enfin, M. Henri de Vil-m o r i n a récemment obtenu par la sélection deux variétés : le Topinambour patate dont les tubercules jaunes sont plus arrondis et plus gros que ceux de l’Hélianthe commun et le Topinambour fuseau très robuste, aux tubercules teintés de rose, fusiformes, lisses et assez réguliers. Puissent ces plantes si accommodantes couvrir bientôt les terres encore en friche dans notre patrie afin de donner, l’hiver prochain, une récolte abondante, que bêtes et... gens de France se partageront. Jacques Boyer.
- Fig. t. — Vue d’un champ de topinambours.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie T.ahüre, rue rte Fleurus. 9. à Paris.
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- LA NATURE.
- — N° 2229.
- 17 JUIN 1916.
- L’INDUSTRIE RESINIERE
- Parmi les induslries nationales qui, par leur exploitation facile et rémunératrice, constitueront des facteurs d’une réelle importance, dans l’œuvre de renaissance économique de la France, l’industrie résinière est tout à fait digne d’atteniion, d’autant plus qu’elle payait son tribut à l’emprise commerciale du germanisme, grâce aux manœuvres du Central-Verbcind Deutscher Jnduslriellen (Association centrale des Industriels allemands).
- I. Le pin et la résine. — Il y a près d’un siècle, M. de Saint-Amaus, l’auteur du Voyage agricole, botanique et pittoresque dans les Landes, décrivait, de façon charmante, l’exploitation du pin maritime et l’industrie de la résine en Gascogne ; et il se montrait fort surpris qu’en général on fût aussi peu instruit en ce qui concerne les ressources de ce pays, « peut-être le plus riche de l’Europe, en ce genre de production ». Cette observation
- dans les Landes de Gascogne, où les boisements de pins occupent une superficie de près de 800 000 hectares, produisant annuellement environ 60 000 tonnes de gemme, il importe de remarquer que dans d’autres régions où le pin occupe aussi de grandes étendues, comme la Sologne, le Maine, le Bas-Limousin, la Charente et le Périgord, ainsi que sur les côtes de la Méditerranée et de l’Océan Atlantique, au nord de la Gironde, les tentatives faites pour y propager la pratique du gemmage, depuis une
- Vig. i• — Dans une pineraie, ouvriers et ouvrières au travail.
- conserve encore, de nos jours, toute sa valeur.
- Il demeure donc incontestable, à l’heure actuelle, que l’industrie résinière mérite d’être mieux connue.
- Ce n’est pas seulement dans le pays Landais, où il occupe des milliers d’hectares, que le pin maritime est exploité avantageusement; sa culture réussit bien dans presque toutes les landes, dans les sols médiocres, ingrats, où la production est toujours assurée en résine, goudron, charbon, bois d’œuvre et de charpente, car cette production n’est pas exposée, comme celle de bon nombre d’autres cultures, à être compromise par le froid, la grêle et autres circonstances météorologiques défavorables.
- Bien que l’intensité de l’industrie résinière par l’exploitation du pin maritime soit localisée surtout
- 44’ Année — l" Semestre
- Fig. 2. — Dans une pineraie, ouvriers et ouvrières à ta recherche de « pignes » ou pommes de pin.
- dizaine d’années, ne sont pas restées infructueuses.
- La valeur totale de la gemme produite en France est estimée de 15 à 18 millions de francs. L’exportation qui se faisait surtout en Allemagne, en Belgique, en Hollande et en Angleterre, se chiffrait à elle seule pour 7 à 8 millions de francs. Les pays Scandinaves (Suède, Norvège), produisent aussi de fortes quantités de gemme, mais avec le pin sylvestre, tandis que l’Italie exploite le mélèze et l’Autriche le pin noir. La concurrence la plus sérieuse vient toujours des États-Unis d’Amérique qui exploitent le pin d’Australie, le pin à longues feuilles ou pitchpin, et peuvent alimenter le marché européen, notamment en térébenthine, près des trois quarts delà production mondiale annuelle, qui atteint environ 100 000 tonnes d’essence, ceci à la faveur de moyens de transport plus, économiques que les nôtres. La Virginie et la Caroline exportent aussi en Europe de grandes quantités de colophane.
- U. Technique du gemmage. — Des règles très précises déterminent le diamètre que doit avoir un
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- pin pour être exploitable ; ce diamètre varie suivant que l’arbre doit être sacrifié pour le besoin de l’éclaircissage ou que l’on veut,, au contraire, prolonger, son existence jusqu’à soixante ou soixante-dix ans, et parfois même au-delà. De sévères prescriptions de l’Administratiôn forestière fixent les époques auxquelles les diverses opérations doivent s’accomplir : le gemmage proprement dit ou récolte de la résine dure depuis le 1er mars jusqu’au 15 octobre, chaque année, dans les Landes de Gascogne. Le droit de gemmage dans les forêts domaniales est donné à des adjudicataires, qui doivent se conformer aux clauses du cahier des charges rédigé par l’Administration. Les pins provenant d’un repiquage ont, sur ceux obtenus de semis, l’avantage de se prêter plus tôt à la mise en exploitation de résine, ce qui a lieu vers l’âge de vingt à trente ans, suivant la rapidité de croissance de l’arbre et les soins qui lui ont été donnés. Lorsque le pin a atteint environ 1 m. de circonférence, mesuré à 4 m. 50 du sol, c’est le « pin de place », mis alors en exploitation de résine jusqu’au jour où il sera abattu pour fournir son bois, c’est-à-dire vers l’âge de soixante-dix ou quatre-vingts ans, de sorte que, pendant près d’un demi-siècle, il donnera la gemme renfermée sous pression dans les canaux résinifères que contiennent le parenchyme cortical et le bois. Pour extraire la résine ou gemme, on commence par amincir l’écorce sur la partie de l’arbre qui doit être ensuite incisée; il ne reste ainsi, sur l’aubier, que les dernières couches corticales. Ce travail s’effectue avec des instruments spéciaux : la première et la seconde année, on emploie la pelle ; la troisième année, la barrasquite, et les années suivantes, on se sert de la pousse. Les quarres ou entailles, d’où s’échappe la résine sous forme de gouttelettes, sont pratiquées dès le mois de mars, au moyen d’une sorte de hache au tranchant courbe, dite habchott, de manière que l’entaille, qui a 10 cm de largeur sur 15 à 20 de longueur, soit creuse et forme une sorte de rainure d’où suinte la résine, par l’orifice des canaux tranchés. Tous les quatre ou cinq jours, on fait une nouvelle opération, ou piquage, .qui enlève à la partie supérieure de la quarre, un copeau très mince, et de manière que l’entaille ne dépasse pas les dimensions usitées : 1 cm de profondeur, 8 à 9 cm de largeur et en moyenne 70 cm de hauteur pour l’année, soit 3 m. 50 au bout de cinq ans, durée ordinaire de l’allongement d’une quarre. Dans les forêts domaniales, les résiniers, suivant les prescriptions de l’Administration forestière, donnent à l’incision une hauteur de 55 cm, la première année de gemmage, puis, successivement,
- 1 m. 30, 2 m. 05, 2 m. 20 pour arriver à 5 m. 80 la cinquième année, augmentant ainsi l’entaille de 75 cm chaque année, à l’exception de la cinquième et dernière année, pendant laquelle ils peuvent l’élever d’un mètre. Une quarre étant épuisée, on en pratique une autre, à côté, de la même façon
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- que la première, et ainsi de suite, sur tout le pourtour de l’arbre, jusqu’à ce que ce dernier soit parvenu au terme de son exploitabilité. La résine est aujourd’hui recueillie, à peu près généralement, dans des pots ou godets fixés sur les quarres au moyen d’un crampon de zinc et d’une pointe. La substitution de ce procédé à l’antique gemmage au crot augmente la récolte de gemme d’un tiers et sa valeur de 10 pour 100. Tous les quinze ou vingt jours, le résinier récolte la gemme; à l’aide d’une petite palette il la recueille dans son escouarte, seau en liège ou en bois, qu’il déverse ensuite dans lés barks ou barcous, réservoirs en bois ou en briques, établis dans le sol, en forêt, et où la gemme séjourne jusqu’au moment de la mise en barriques d’une contenance de 340 litres, pour l’expédier à l’usine. La gemme la plus estimée est celle du printemps; elle est fluide et incolore; à mesure que la saison s’avance, cette gemme devient pâteuse et colorée. Lorsque la quarre présente une certaine longueur, la gemme se solidifie et reste figée le long de l’arbre ; elle constitue ainsi le galipot, que l’on détache en feuilles minces, produit blanc pâteux, qui prend le nom de barras lorsqu’il devient solide, jaunâtre, demi-opaque et mêlé de matières étrangères. Ce barras, récolté en juin et en novembre, est expédié, sous forme de pains coniques, aux usines travaillant la gemme. Ces usines se rencontrent principalement dans les localités landaises et en Gironde : Mont-de-Marsan, Captieux, Bazas, Casteljaloux, La Teste de Buch, Villandrant, etc. On estime à environ 2 litres, le rendement moyen par quarre et par saison. Chaque pin donne une récolte totale de 3 litres; parvenu à l’âge de soixante à soixante-dix ans, il fournit de 6 à 8 kg de matières résineuses brutes, dont un tiers est formé par le galipot et le barras.
- III. Industrialisation de la gemme et des produits résineux. — La gemme fondue dans une chaudière en cuivre, et légèrement cuite, puis purifiée par filtration sur de la paille ou par un autre moyen, constitue la pâte de térébenthine ou plus simplement la térébenthine. Tandis que la térébenthine de Bordeaux est fournie par le pin maritime (Pinus maritima), la térébenthine des États-Unis provient, comme nous l’avons fait remarquer déjà, du pin à longues feuilles (Pinus palusiris), celle de Russie et de Norvège est fournie par le pin sylvestre (Pinus sylvestris), celle d’Autriche, par le pin noir (Pinus austriaca), celle d’Alsace ou de Strasbourg, par le sapin argenté (.Abies pectinata), celle du Canada vient du sapin du Canada (Abies Canadensis), celle du Jura vient de l’Épicea (Picea excelsa) ; enfin la térébenthine de Venise est produite par le Mélèze (Larix europea), et quelle que soit sa désignation, elle vient surtout de la Suisse et du Tyrol.
- Pour éviter la volatilisation de l’essence et, par suite, une diminution de rendement, lors de la préparation de la térébenthine, il convient de faire usage
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- de chaudières fermées et chauffées à la vapeur.
- Le produit de la distillation de la gemme traitée soit à l’état brut, soit après avoir été amenée à l’état de térébenthine, est Yessence de térébenthine, que l’on recueille dans un serpentin à froid. Il reste dans l’alambic un résidu qui se solidifie en se refroidissant : la colophane, sorte de résine transparente de couleur jaune clair. Quand elle est d’une couleur plus foncée, elle est désignée sous le nom de brai sec. Les deux sous-produits se moulent en pains de 100 à 125 kg, que le fabricant expédie en barils ou dans une couverture de paille ou de toile maintenue par des cerceaux. Les gemmes récoltées au printemps donnent des colophanes blondes, tandis que celles récoltées en été et en automne donnent des brais de plus en plus colorés. À la fin de la campagne, la gemme est moins riche en essence, à cause de l’absorption par les rayons
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- Les dernières statistiques évaluent à 14 millions de kilogrammes la production annuelle de l’essence de térébenthine ressortissant à l’exploitation du pin maritime dans les départements des Landes, de la Gironde et de Lot-et-Garonne. Les cours de ce produit ont subi, avec les années, de notables fluctuations, et les circonstances créées par l’état de . guerre ont provoqué encore une hausse subite, considérable. C’est ainsi que, de 43 à 50 francs en 1893, 40 francs en 1896, 79 francs en 1900, 100 francs en 1907, le prix aux 100 kg de l’essence de térébenthine atteint 300 francs actuellement.
- Quoique le procédé de distillation de la gemme à l’état brut et à feu nu soit très primitif, il offre cependant l’avantage de la rapidité et de frais de main-d’œuvre moins élevés et il permet encore d’obtenir un rendement de 18 à 22 pour 100 en essence. Les brais et les colophanes représentent les 80 cen-
- Fig. 3. — Séchage et blanchiment des colophanes.
- solaires ; elle est aussi plus pesante, par suite de la présence du barras.
- La distillation de la gemme se fait soit à feu nu, soit par la vapeur surchauffée. Par ce dernier procédé, on obtient des essences plus belles et un rendement plus élevé. Ce dernier peut être doublé et même triplé si, pendant la distillation, on ajoute, dans l’alambic, de l’eau dans la proportion de 60 litres pour 300 litres de gemme. Autrefois, sans addition d’eau chaude ou de vapeur d’eau, on n’obtenait de 100 kg de gemme que 6 kg d’essence de térébenthine, alors que, grâce à cette amélioration dans le procédé de distillation, on en obtient 15 à 18 kg et une quantité plus grande de matières sèches.
- L’essence de térébenthine varie de composition et de propriétés suivant sa provenance. Celle que Ton extrait de la gemme produite par le pin maritime et qui, commercialement, est désignée sous le nom d'essence de térébenthine française, est un produit industriel d’une très grande importance par les nombreux usages auxquels il se prête.
- tièmes environ de la gemme distillée. La statistique indique, pour les trois départements précités, une production de 55 à 60 millions de kilogrammes. En temps normal, la moitié environ est livrée au commerce d’exportation, tandis que le reste est soumis de nouveau à la distillation, avec addition de chaux ou de soude, à raison de 1 à 2 pour 100 du poids du brai. On obtient ainsi des huiles de résine ou huiles pyrogénées. On pousse la distillation jusqu’au rouge sombre, dans un alambic en fonte; le brai fournit d’abord Yessence vive de résine qui est jaune ou plus ou moins rougeâtre ; c’est le produit le plus pur ; ensuite, viennent les huiles de résine proprement dites ou huiles de cœur « brunes ou blondes », et, à la fin de l’opération, des huiles « bleues », puis^ « vertes ». Elles sont toutes caractérisées par leur odeur forte et on peut les purifier soit à froid, soit à chaud. Parfois, elles sont mélangées frauduleusement à l’essence de térébenthine et aux huiles végétales, en particulier à l’huile de lin. Notons que, depuis l’époque de l’apparition des oléo-
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- naphtes russes, les huiles de résine sont bien moins recherchées.
- En brassant vigoureusement le braî fondu, à sa sortie de l’alambic, avec une proportion de 10 pour 100 d’eau bouillante, on obtient la résine jaune qui est opaque, translucide, fusible à une température peu élevée, électrisable négativement par le frottement de la laine, et soluble dans l’alcool, l’éther et les huiles volatiles ; celte résine jaune est très inflammable; l’usinier l’expédie au commerce dans des Unes qui en contiennent de 50 à 200 kg. Les filtres de paille qui servent à la purification de la térébenthine et les copeaux provenant des pins gemmés sont brûlés dans des fours spéciaux, avecunequan-tité d’air insuffisante; on obtient ainsi la poix noire ou brai gras.
- Lorsqu’on a épuré la gemme en chaudières fermées, pour la filtrer ensuite sur des claies de paille, il reste un liquide qui, distillé, donne de l’essence et du brai sec*
- En distillant la térébenthine, on recueille de l’essence et du brai clair.
- Les claies et les matières qu’elles ont retenues sont mises ensuite sur une toile métallique, à l’intérieur d’une caisse à double fond, autour de laquelle on fait circuler de la vapeur.
- Sous l’action de la chaleur , la térébenthine s’écoule à travers la toile métallique et tombe au fond de' la caisse. Les pâtes de térébenthine s’obtiennent soit en filtrant sur des claies de paille la partie la plus pure de la térébenthine liquéfiée qui sort des chaudières, soit en faisant fondre la gemme au soleil, dans des boîtes percées ou dans des barriques (pâtes de térébenthine de Venise). Le dernier procédé permet d’obtenir un produit de meilleure qualité et toujours vendu sensiblement plus cher.
- La combustion lente et incomplète, dans des fours en briques, du bois de pin préalablement réduit en menus fragments, donne le goudron végétal, dont le prix est assez élevé. Ce goudron, qui est composé de résine, d’huile empyreuma-tique et d’acide acétique, n’est pas soumis à la distillation, comme le goudron de houille; on l’utilise â l’état de nature, soit en médecine, soit dans la marine, pour le goudronnage extérieur des vais-
- seaux. Le stère de bois de pin fournit, en moyenne, de 30 à 40 litres de goudron. On produit encore des brais gras en,chauffant à 80° un mélange composé d’un tiers de goudron et deux tiers de brai.
- La poix jaune de Bourgogne n’est autre que de la térébenthine du Jura malaxée avec de l’eau tiède.
- IV. Les utilisations des produits résineux. — L’essence de térébenthine française se prête à des applications extrêmement variées : fabrication des vernis, couleurs, peintures, cirages pour harnais, encaustiques, cuirs, camphre artificiel, mastics hydrofuges; dissolution du caoutchouc; dégraissage des étoffes; éclairage; emplois en médecine et dans l’art vétérinaire.
- Les vernis à l’essence sont formés de diverses matières résineuses (térébenthine, galipot, copal, sandaraque, etc.) dissoutes dans de l’essence de térébenthine, qui facilite aussi l’incorporation des matières colorantes avec l’huile, leur oxydation et leur dessiccation pour former le vernis. Le vernis commun pour meubles est composé de fi parties de résine de pin pour 10 parties d’essence de térébenthine. On prépare aussi les vernis à l’essence en dissolvant de la pâte de térébenthine et de la colophane dans de l'essence, notamment pour vernir les peintures sur toiles, sur bois et sur métaux. Les vernis à l’alcool, utilisés également pour les meubles, et en lutherie, sont préparés en dissolvant la pâte de térébenthine dans l’alcool. Les vernis à l’huile, ou vernis gras, sont des vernis dans lesquels entre l’essence de térébenthine à laquelle on ajoute, pour les rendre plus souples et plus résistants, de l’huile de térébenthine ou une autre, très siccative, ordinairement l’huile de lin. L’encaustique s’obtient avec un mélange de deux tiers d’essence de térébenthine pour un tiers de cire jaune. Pour le cirage à harnais et autres gros cuirs, on mélange à l’essence de térébenthine, de la colophane. Cette essence distillée avec son poids d’eau et 1 pour 100 de chaux, constitue une huile éclairante. En médecine, elle trouve son application contre les hémorragies, les rhumatismes, la goutte, les coliques hépatiques, les calculs biliaires, les névralgies et le tænia. Mais, la pharmacopée
- Fig. 4. — Distillation de l'essence de térébenthine.
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- moderne emploie de préférence la terpine, qui est une combinaison de térébenthine et d’eau. D’après le professeur Germain Sée, les effets de la terpine seraient les mêmes que ceux de l’essence de térébenthine, mais la terpine serait plus active, agirait plus rapidement et sans présenter les inconvénients de l’essence de térébenthine. Cette dernière n’en est .pas moins précieuse pour l’art vétérinaire, qui utilise ses remarquables propriétés révulsives contre les fourbures et boiteries, et l’emploie également comme antiparasitaire et vermifuge.
- Le camphène ou camphylène (camphre artificiel) est un chlorhydrate d’essence de térébenthine, ressemblant au camphre vrai, par son aspect et son odeur, mais n’ayant pas les mêmes propriétés, surtout en médecine. Ce corps blanc, solide, cristallin, s’obtient en faisant passer un courant de chlore pur dans de l’essence de térébenthine. Il se distingue aisément du camphre vrai en ce qu’il brûle avec une ilamme verte en dégageant de l’acide chlorhydrique.
- Les colophanes et les brais sont utilisés dans l’encollage des papiers, la fabrication des savons résineux, dont la consommation est considérable. Ces savons formés de colophane et de brai acides, avec alcalis caustiques ou carbonates alcalins, peuvent être mélangés aux savons provenant des acides gras (soit 15 à 50 pour 100 de corps résineux); de la sorte on en diminue le prix de revient. On fabrique, avec les colophanes, des produits très variés, d’usage courant : bougies stéariques, vernis, cires à cacheter, cirages, mastics de fontainier (composés de colophane, graisse et brique pilée), mastics à greffer (mélange à feu doux de colophane ou résine 125 parties, poix 75, suif 25, ocre en poudre 50 ; ou bien : poix noire 40 parties, poix jaune4Û, blanc d’Espagne 20, essence de térébenthine 20 ; ajouter l’essence quand le mélange est retiré du feu).
- Les mastics à luter les récipients en bois (cuves, foudres, barriques, etc.) s’obtiennent avec un mélange à feu doux de 60 parties de résine jaune, 20 de poix noire et 20 de suif.
- Pour fabriquer les cires à cacheter les bouteilles on emploie l’un ou l’autre des mélanges suivants: 1° colophane 40 parties, poix 50, cire 10; 2° colophane 60 parties, cire 25, suif 15; 3° résine 85 parties,
- paraffine 15. La coloration s’obtient avec 5 à 10 p. 100 de noir de fumée, ou de jaune de chromé ou de minium, etc. Nous empruntons ces données à l’étude de M. Rabaté sur Yessence de térébenthine (1908).
- La colophane contenant du carbone, c’est en la brûlant sous des cloches qu’on produit le noir de fumée. Les foyers destinés à produire les nuages artificiels contre les gelées printanières sont à base de produits résineux secs. Les brais et colophanes servent aussi dans la confection des tuyaux de plomb. De même que les graisses végétales provenant des huiles de résine pyrogénées, qui en sont elles-mêmes des dérivés, les colophanes, grâce à leurs propriétés antiseptiques, sont employées comme revêtement sur les tonneaux à bière, afin d’empêcher les fermentations. On s’en sert également pour frotter les crins d’archet des violons. Avec le brai, on fait les brais gras, les huiles de résine pyrogénées et la résine jaune qui trouve son utilisation dans la fabrication des torches, la soudure des métaux étamés et le collage des papiers. La cohésion des fibres, pour empêcher que le papier boive l’encre, est réalisée, notamment, à l’aide du résinate d’alumine qui est obtenu avec de la résine en poudre, de l’alun et une solution chaude de carbonate de soude. Les huiles de résine ont leur emploi dans l’injection des bois, la fabrication des encres d’imprimerie et des peintures et dans le graissage des essieux de véhicules. Les pâtes de térébenthine et le galipot sont utilisés pour fabriquer les vernis, les cires à cacheter, les encres lithographiques. La pharmacie, pour ses emplâtres, et la marine, pour la peinture de ses navires, emploient le galipot. Le calfatage, l’enduit des cordages et des bois, la fabrication des papiers de toile cirée se font avec le brai noir,, le brai gras et le goudron. La gemme commerciale rend, en moyenne, 18 à 20 pour 400 d’essence de térébenthine, 60 à 70 pour 100 de colophane ou dexbrai, 8 à 15 pour 100 d’eau et 2 à 7 pour 100 d’impuretés (résidus solides).
- L’industrie résinière, par ses produits variés, doit donc contribuer pour sa part à réaliser, après la guerre, l’expansion de nos intérêts économiques sur le marché mondial. Henri Blin.
- LE COMMERCE AUSTRO-ALLEMAND AVEC LES COLONIES FRANÇAISES
- Avant de chercher à concurrencer à l’étranger le commerce et l’industrie allemands, ce qui doit être le but de tout Français désireux de voir l’elïort militaire actuel porter tous ses fruits, la défense de nos marchés s’impose immédiatement et en particulier la substitution dans nos colonies de nos articles à ceux de nos ennemis.
- Là, en effet., nous connaissons la clientèle, ses goûts, ses besoins; c’est dans notre langue que se font les commandes, que s’exécutent les marchés. Il ne s’agit pas ici d’innover, comme en pays étranger où les habitudes peuvent nous être mal connues, mais simplement d’amplifier le courant existant.
- Le commerce total de nos colonies, non compris l’Algérie et la Tunisie, s’est élevé à une somme totale de 1 291 000 000 de francs. La parf de la France a été de 271 millions à l’importation et de 278 à l’exportation.
- Celle de l’Allemagne et de l’Autriche-Hongrie, qui en 1908 était de 12 952 000 fr., fut de 24 818000 fr. à l’importation et de 54 585 000 fr. à l’exportation en 1912. Ces chiffres déjà significatifs par eux-mêmes présentaient une grave menace par suite de leur rapide progression surtout que pour deux colonies, l’Afrique équatoriale et l’Indo-Chine, les marchandises allemandes arrivent souvent par voie détournée, Anvers ou Hong-
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- Kong et ne figurent pas dans les chiffres ci-dessus. Une des principales causes de la supériorité du commerce étranger a toujours résidé dans la facilité avec laquelle la production se transforme en suivant les goûts de la clientèle. Le bon marché souvent est le seul facteur des succès, la qualité n’impressionnant jamais l’indigène, car l’achat pour lui correspond à une fantaisie et chez l’Européen à un besoin du moment qui n’exige pas un caractère de durée par suite même de conditions de la vie coloniale.
- Ceci est particulièrement vrai pour les tissus qui, dans certaines colonies comme le Gabon, entrent pour le sixième dans Je chiffre du commerce spécial. Au Sénégal la part de la France dans les tissus de coton n’est que de 17 pour 100. Au Dahomey le commerce allemand détient le premier rang avec 46 pour 100 du chiffre total d’affaires. A la Côte d’ivoire, tandis que la France n’a augmenté ses importations que de 1/5, l'Allemagne l’a doublé.
- Pourquoi une pareille différence? C’est que l’industrie n’arrive pas à produire à aussi bon compte que la concurrence étrangère et semble ignorer les articles du traité qui constituent la base du commerce africain. De plus, trop souvent, les commerçants ne se donnent pas la peine d’étudier les besoins et les désirs des clients du dehors. On peut expliquer cette indifférence par le fait que le fabricant français manque d’ambition ; quand il atteint un certain chiffre d’affaires, il s’en contente et ne prend plus la peine d’utiliser des débouchés qui lui sont largement ouverts.
- Dans les brochures publiées par l’Office Colonial d’où nous extrayons ces renseignements on consultera avec profit les tableaux comparés des importations allemandes dans les possessions françaises par nature pour 1907 et 1912.
- Au Dahomey, par exemple, on trouve :
- 1907 1912
- Marbre, pierres, combustibles . 207.000 490.000
- Métaux . . 44.000 129.000
- Produits chimiques 23.000 149.000
- Couleurs 6.000 40.000
- Verres et cristaux 49.000 151.000
- Tissus . 1.090.000, 5.434.000
- Armes et poudres. 37.000 86.000
- Pour Madagascar, les chiffres sont les suivants :
- 1907 1912
- Bois 10.000 30.000
- Boissons . . .’ 37.000 76.000
- Marbre, pierres, combustibles . 4.000 59.000
- Métaux 18.000 76.000
- Poteries 27.000 45.000
- Tissus 11.000 38 000
- Ouvrages en métaux 185.000 382.000
- Pour l’Indo-Clnne, ils sont :
- 1907 4912
- Marbre, pierres, combustibles . . 78.000 35.000
- Métaux............................. 27.000 2.000
- Produits chimiques................. 27.000 22.000
- Poteries........................... 12.000 26.000
- Meubles............................ 66.000 84.000
- Pour les autres colonies, sans être aussi considérable, l’accroissement est à peu près général.
- L’examen des exportations présente le même intérêt que celui des importations, car elles alimentent l’industrie nationale et sont une des sources de richesses de la marine. Or, grâce au développement de l’activité allemande, des produits bruts nous étaient fournis par l’Allemagne qui les achetait dans nos possessions (bois, peaux du Congo). Sur un total d’exportations de 765140 005 fr. en 1915 l’Allemagne à parlicipé pour 48 574 000 francs.
- L’importance de ces transactions est due pour une grande part aux développements de la marine marchande allemande grâce à ses bas prix et à la rapidité de ses transports.
- . Le mouvement général des ports (long cours et cabotage réunis) s’est élevé en 1912 à 156 721 navires jaugeant 29 940 668 tonnes. Ils ont débarqué pour 726 240000 fr. de marchandises et ont embarqué pour une valeur de 812 200 000 fr. Sur ce total, les navires français ont débarqué pour 507 000000 fr. et embarqué pour 486000 000 fr. tandis que les Allemands ont une part de 58 000 000 fr. au déchargement et de 106000 000 fr. à l’embarquement.
- Pour avoir une idée de l’accroissement de la navigation allemande aux colonies françaises, il suffit de comparer les chiffres de 1907 et 1912.
- En 1907, 2110 navires jaugeant 2 784 000 tonnes.
- En 1912, 2555 navires jaugeant 5 958 000 tonnes. Sans être très mauvaise, la place que nous occupons dans nos propres colonie^ n’est pas à beaucoup près ce qu’elle doit être surtout étant donnés les rapides progrès qu’y a accomplis le commerce austro-allemand.
- Il y a donc lieu d’organiser dès à présent la libération de nos colonies de l’emprise allemande. Pour cela nous sommes infiniment mieux placés que pour la lutte sur le marché mondial, il suffirait d’un peu d’initiative de la part du gouvernement et de plus d’activité du côté des industriels et commerçants français.
- II. Yolta.
- LA DIRECTION DES NAVIRES ET LES APPAREILS A GOUVERNER
- Quand une division formée de grands bâtiments, une escadrille de contre-torpilleurs, ou toute autre force navale, navigue en ligne de file, l’intervalle qui sépare les différentes unités les unes des autres est souvent restreint ; toute erreur de manœuvre peut donc avoir les plus graves conséquences. La plupart des collisions entre navires de guerre n’ont pas d’autre cause et des discussions pénibles se sont fréquemment élevées entre des commandants de navires et leurs subordonnés, voire même entre des commandants et des amiraux, à propos d’ordres mal compris, omis, ou mal exécutés ayant entraîné la perte de bâtiments.
- Pour éviter tout malentendu de ce genre, il importe que l’officier chargé de la conduite du navire puisse s’assurer à tout instant si l’angle de barre qu’il a indiqué a été exactement réalisé. L’enregistrement automatique des divers déplacements imprimés au gouvernail serait même une précaution utile ; il permettrait de se rendre compte après coup de la route suivie et de déterminer exactement les responsabilités en cas d’accident.
- Les appareils de contrôle de barre et les transmetteurs d’ordres, si utiles sur les navires de guerre, sont également indispensables sur les paquebots sujets à de fréquentes manœuvres et sur les navires
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- LA DIRECTION DES NAVIRES
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- de grande longueur dont l’entrée dans les bassins est difficile ou qui doivent suivre un chenal spécial à cause de leur tirant d’eau élevé.
- Les appareils à gouverner doivent être assez puissants pour que le timonier puisse faire parcourir au gouvernail, en 10 à 15 secondes au plus, les 35° que le safran doit décrire de chaque bord du navire à partir de l’axe, même pendant la marche à toute vitesse.
- La rapidité d’évolution que l’on obtient ainsi a une limite. En effet, quand toutes les grosses pièces d’un bâtiment de combat sont orientées vers le même bord, il est imprudent de mettre trop rapidement la barre toute de ce bord pendant la marche à grande vitesse. Il pourrait suffire d’un coup de roulis, de l’arrêt d’une des hélices jumelles ou d’une rafale de vent, ajoutant leur effet à celui de la force centrifuge, pour faire prendre au navire une bande dangereuse pouvant aller jusqu’au chavirement.
- Si un bâtiment peut tirer avec 10 ou 12 grosses pièces d’un seul bord il est donc prudent de se contenter de pouvoir mettre la barre toute d’un
- parer au cas où l’on serait forcé d’abandonner tous ces postes extérieurs pendant le combat, on établit souvent un poste auxiliaire au-dessous du pont blindé, à l’aplomb du tube de commandement par lequel descend la transmission qui vient du blockhaus. Enfin, en prévision d’une suppression totale des transmissions pendant une bataille navale, on doit pouvoir commander le servo-moteur, dans le compartiment même qu’il occupe, au moyen d’une roue ordinaire à manettes attelée directement sur le bâti du servo-moteur. On donne alors des ordres à l’homme de barre enfermé dans ce compartiment à l’aide d’un tube acoustique ou de tout autre système de porte-voix.
- L’emploi des indicateurs de gouvernail et des télégraphes de timonerie s’est donc généralisé et on ne construit plus guère aujourd’hui pour les bâti-
- Fig. i. — Appareil mixte à gouverner à vapeur et à main.
- bord en 10 secondes quand on marche à 15 nœuds.
- Sur les navires de combat on tend à multiplier de plus en plus les postes d’où l’on peut actionner le servo-moteur. Aux points principaux où le commandant peut avoir à se porter pendant le combat, il doit avoir à porter de sa voix un poste lui permettant de commander directement la machine à gouverner.
- Il existe toujours à l’intérieur du blockhaus, à hauteur de la passerelle, un poste utilisé seulement pendant le combat. En effet, le grand nombre de transmetteurs d’ordres, de porte-voix, de manipulateurs de signaux, qui se trouvent dans le blockhaus dont les dimensions sont forcément réduites, sont une cause de gêne en service courant. On place donc extérieurement au blockhaus, soit à l’avant, soit au-dessus, un second poste qui sert à peu près exclusivement çn temps ordinaire, sauf au cas où il est paralysé par une avarie.
- En plus de ces deux postes placés dans les hauts, on en dispose généralement un autre sur chacun des mâts militaires ou sur un de ces mâts. Pour
- ments de guerre et les paquebots transatlantiques que des gouvernails contrôlés au moyen de dispositifs électriques ou hydrauliques.
- D’autre part, l’effort à exercer sur le gouvernail des grands navires est tel que l'emploi de servomoteurs à vapeur ou électriques est devenu indispensable; les anciennes roues de manœuvre directe, actionnées à bras, ne sont plus conservées que par mesure de sécurité.
- Le principe des appareils à gouverner à vapeur est très simple, car il suffit, pour déplacer mécaniquement le gouvernail, de faire agir, sur une roue dentée calée sur la mèche, un pignon actionné directement par le moteur. Un est arrivé aujourd’hui à réaliser des appareils à gouverner hydrauliques ou hydro-électriques qui remplacent les anciens dispositifs fondés sur l’emploi exclusif du moteur à vapeur.
- Notre figure I représente un appareil mixte à gouverner à vapeur à transmission par engrenage construit par la maison John Ilastie de Glasgow; la commande directe au moyen d’une roue à bras a
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- été conservée par mesure de sécurité en cas d’avarie du moteur. Comme on le voit, un pignon actionné par le moteur agit sur un secteur denté calé sur la mèche du gouvernail. C’est un appareil simple, robuste et économique qui convient bien pour les navires de commerce de moyen tonnage.
- Dans les servo-moteurs à vapeur pour gouvernail, installés à bord de certains croiseurs britanniques, la commande est effectuée par une roue dentée qui engrène avec une vis sans fin.
- centrales à bord des grands navires a permis d’améliorer notablement le fonctionnement de leurs nombreuses machines à vapeur auxiliaires.
- Dans les appareils à gouverner du système ITele Shaw Martineau, on a su éviter les causes de. ratés qui, pendant un certain temps, avait empêché les armateurs soucieux de sécurité d’adopter ce genre de solution du problème de la direction des navires. L’organe de transmission est une pompe actionnée par un moteur électrique tournant constamment
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- Fig. 2..— Appareil hydro-électrique système Hele Shaw Martineau.
- Il est malheureusement très difficile de fournir de la vapeur aux nombreux appareils auxiliaires actuellement employés à bord des navires de guerre ou de commerce. On a souvent recours à des chaudières secondaires installées sur un pont et dont la présence peut constituer une gêne ou un danger. D’autre part, il est impossible d’emprunter de la vapeur aux chaudières principales d’un navire sans troubler leur fonctionnement. L’adoption d'appareils auxiliaires électriques résout cette difficulté; les barres à commande hydro-électriques se prêtent de plus très bien au contrôle des manœuvres. Notons aussi que l’installation des condensations
- dans le même sens; on supprime ainsi les chocs auxquels donnent lieu les renversements de marche par leviers et excentriques des appareils à vapeur ordinaires surtout quand la mer est forte. La mèche du gouvernail est directement reliée aux cylindres de compression d’une pompe agencée de telle manière que le timonier puisse, soit la stopper instantanément, soit diriger le liquide vers l’une ou l’autre des presses hydrauliques actionnant le gouvernail. Ce genre d’appareil, à la fois simple et sur, est alimenté très facilement par le circuit d’éclairage des navires sans aucune dépense de vapeur. Les barres ainsi équipées sont très sensibles et occu-
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- pent très peu de place.
- Nos figures 2 et 3 montrent la disposition d’un appareil à gouverner à commande hydro-électrique du système Iiele Shaw Martineau, construit par la maison John Hastie de Glasgow.
- La mèche du gouvernail A (fig. 3) est directement attelée à la tête d’un double piston plongeur qui se déplace dans les cylindres Bj et B2. Le moteur électrique D actionne une pompe Hele Shaw, C, contrôlée par le petit tiroir du distributeur cylindrique E réglé de telle manière que l'écoulement du liquide comprimé n’ait pas lieu quand ce tiroir occupe sa position moyenne, même quand la pompe fonctionne. Si on tire le distributeur E vers l’extérieur de l’enveloppe de la pompe, le liquide aspiré hors du tuyau Ft et du cylindre Bj pénètre dans le tuyau F2 et dans le cylindre B2.
- Quand on pousse le tiroir E vers l’intérieur de la pompe C, le liquide, refoulé hors du tuyau F2 et du cylindre B2, rentre dans le tuyau Fj et dans le cylindre B*. G est un levier au milieu duquel est fixée par un axe la tête du tiroir de réglage E. L’une des extrémités du levier Fig. est attelée d’une part à une tige de connexion Il de l’appareil de contrôle et de l’autre à une bielle K reliée elle-même à la barre du gouvernail par un levier L.
- Quand l’appareil de
- contrôle agit sur la tige H, il met en mouvement le levier G et le tiroir E. Le liquide pénètre dans un des corps de pompe et le gouvernail, en fonctionnant, ramène le distributeur E à son cran moyen par l’intermédiaire du levier L. Le gouvernail, ainsi maintenu, conserve l’orientation que lui a donnée la dernière manœuvre, jusqu’à ce que le levier H fonctionne de nouveau. Si le gouvernail subit un choc qui le déplace de sa position de route, une soupape M, chargée par
- un ressort, réduit l’effort à une valeur déterminée à l’avance; le gouvernail, abandonné à lui-même, lait mouvoir le tiroir E et se trouve ramené par la pompe à son orientation primitive. Le liquide qui pourrait s’échapper par une fuite quelconque est recueilli dans un petit réservoir d’où une soupape fixée sur chaque cylindre le ramène dans le circuit. On emploie généralement comme liquide de l’huile qui, tout en graissant les organes, a l’a-vantage de ne pas geler aussi facilement que l’eau. La machine à gouverner, placée à l’arrière du navire, doit pouvoir être ma-flès/stenvt, nœuvrée par l’homme de barre dont le poste est situé sur la passerelle de commandement et qui dirige le navire en agissant sur une roue. Il s’agit donc de transmettre au moteur de l’appareil à gouverner, par l’intermédiaire d’un fluide
- Fig 3. — Schéma du fonctionnement
- de l’appareil hydro-électrique.
- Fig. 4. — Vue extérieure d’un transmetteur électrique pour indicateur de barre système Everslted.
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- quelconque, les déplacements de la roue de la pas- * serelle. Cette transmission peut se faire soit hydrauliquement comme dans le système Brown, ou électriquement comme dans les appareils RidhardsEvershed.
- Aujourd’hui on a supprimé, presque sur tous les navires, les anciennes drosses ou transmissions par chaînes dont on se servait autrefois pour relier les gouvernails aux servo-moteurs. Ces chaînes s’allongeant en service par. l’usure prenaient du mou ou bien elles se brisaient en cas de tempête.
- Le principe de la commande hydraulique, réalisée par la maison Brown Brothers and C°, d’Édin-hourg, est extrêmement simple.
- Le transmetteur, placé sur la passerelle à portée de la main du timonier, est relié par deux tuyaux de cuivre au cylindre récepteur qui actionne le servo-moteur du gouvernail; l’ensemble forme un circuit continu rempli d’un liquide approprié.
- Tout déplacement du fluide dont est rempli le transmetteur détermine un déplacement correspondant du fluide contenu dans le cylindre récepteur, par l’intermédiaire de deux pistons agissant en concordance dans chaque appareil. Le piston du transmetteur est relié directement à la roue du timonier tandis que celui du récepteur est relié par sa tige et par un système de bielles à l’appareil de contrôle de barre. 11 s’ensuit que tout déplacement imprimé à la roue du gouvernail détermine un déplacement correspondant du contrôleur de la machine à'gouverner.
- Le fluide employé est l’eau ordinaire additionnée de 25 à 50 pour 100 de glycérine pure, suivant la température à laquelle est exposé le circuit.
- Le système de transmission électrique Richards Evershed repose sur le principe suivant (fîg. 5).
- Une aiguille de fer doux pivote librement dans un champ formé de deux bobines dont les axes sont perpendiculaires l’un sur l’autre, la position prise
- par cette aiguille dépend du rapport des intensités des courants qui travérsent les bobines. On peut, par exemple, agir sur le rapport des intensités en faisant glisser un contact sur une résistance.
- Dans la pratique, le gouvernail, en se déplaçant, fait mouvoir une touche au-dessus de contacts disposés sur une résistance renfermée dans une boîte : l’ensemble de ce dispositif constitue le transmetteur. L’indicateur se compose d’un jeu de bobines et d’aiguilles montées sur un pivot; ces dernières prennent, sous l’influence des courants traversant
- les bobines, une position corres-pondantàcelledu levier à touche du transmetteur,
- Le fonctionnement des appareils étant indépendant du voilage du courant employé, on peut monter les appa-reils Richards-Evershed sur le circuit d’éclairage d’un navire sans que leurs indications soient faussées par les variations de voltage.
- Trois fils suffisent pour relier les postes de transmission aux stations réceptrices.
- On peut installer un nombre quelconque de postes de réception en ajoutant un indicateur et un commutateur à deux directions pour chaque poste supplémentaire, mais les indications relatives à la position du gouvernail ne sont reçues que dans un seul poste à la fois. En général, sur les grands navires on choisit le dispositif à quatre postes.
- Le transmetteur comporte une touche de contact que l’on déplace le long d’une résistance en tournant un volant ; on transmet ainsi à l’aiguille de l’appareil tous les mouvements du gouvernail.
- L’indicateur (fig. 6) renferme un système mobile formé de deux aiguilles de fer doux reliées l’une à l’autre par une légère bielle qui transmet leurs déplacements à l’index. Chaque aiguille est montée dans le champ d’une paire de bobines distincte.
- Fig. 6. — Indicateur de barre Evershed monté sur le croiseur britannique Barsham.
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- Les courants circulent dans les bobines en sens inverse de manière à diminuer autant que possible l’intensité du champ parasite extérieur qui est de plus neutralisé par un compensateur automatique placé au-dessus de l’appareil. Le cadran de l’indicateur est muni d’une échelle graduée de 5 en 5 degrés qui correspond aux déplacements de la touche du transmetteur sur les contacts également espacés de 5 en 5 degrés. De chaque côté de l’axe du navire, on peut obtenir des indications d’orientation du gouvernail correspondant à des angles de 2 degrés et demi. On bloque l’appareil et on immobilise les aiguilles, soit quand on met l’indicateur hors
- La boîte de résistance n’est utile que sur les navires dont le circuit d’éclairage fonctionne à 220 volts. Elle renferme une résistance couplée en série avec le reste de l’installation de manière à réduire le voltage et à permettre l’emploi d’indicateurs et de transmetteurs du même modèle interchangeables dans tous les cas. Quand on intercale une boîte de résistance dans le circuit, elle assure la connexion entre le circuit d’alimentation et celui de l’indicateur de barre; on peut alors supprimer la boîte de jonction à trois directions dont il est question plus haut.
- On peut appliquer le principe du transmetteur
- Fig. 7- — Pont de commandement d’un grand paquebot moderne.
- circuit, soit quand on a besoin de le déplacer ou de l’expédier par voie ferrée.
- Les appareils sont absolument étanches et hermétiques, condition qu’il est très important de réaliser pour leur parfaite conservation.
- On éclaire le cadran au moyen d’une lampe fixée à l’extérieur de l’enveloppe : l’intérieur de l’indicateur est ainsi éclairé par une petite glace de verre épais.
- L’indicateur est étudié de manière à avoir une forme aussi aplatie que possible afin d’occuper le minimum de place dans une tourelle de commandement; on le monte sur une console au moyen de trois boulons qui traversent un matelas de caoutchouc destiné à amortir les chocs.
- d’ordres Evershcd à des appareils télégraphiques quelconques mettant en communication l’officier de quart avec le chef mécanicien, le commandant d’un cuirassé avec les chefs de tourelle, etc. Ces télégraphes simplifiés permettent aux subordonnés placés aux divers postes récepteurs de signaler qu’ils ont compris l’ordre donné. Tous les bâtiments de la marine britannique et un grand nombre de navires étrangers sont munis de ces dispositifs qui rendent la navigation beaucoup plus facile et plus sûre qu’autrefois. La figure 7 représente le pont de commandement d’un grand paquebot transatlantique muni de tous les appareils de commande et de contrôle de barre à distance nécessaires pour assurer la manœuvre rapide et sûre du gouvernail.
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- Une des questions le plus à l’ordre du jour est, sans contredit, la rééducation de tous les malheureux qui, au cours de terribles combats que nous ayons eu à supporter depuis bientôt deux ans, ont pejdu une certaine portion de leur activité et se trouvent, de ce fait, dans l’impossibilité de reprendre leurs anciens métiers. De tous côtés on a pensé que la fabrication du jouet pouvait être une solution heureuse pour l’emploi des mutilés de la guerre et nous ne serions pas éloignés de nous ran-
- LOZÉRIEN
- dans des conditions d’économie très appréciables. Le bois est pour ce genre de jouet la matière première qui semble le mieux désignée, car il pousse naturellement, dans les régions qui sont peu susceptibles d’un aulre genre de production; son façonnage et sa mise en œuvre sont à la portée de tout le monde. Enfin, l’outillage destiné à la production du jouet en bois à bon marché peut être tout à fait rudimentaire — suivant une expression vulgaire employée dans le peuple, l’outil importe peu, tout dépend de la manière dont il est emmanché.
- Nous devons, malheureusement pour nous, constater que les Allemands nous ont précédés dans ce genre d’industrie,
- A Nuremberg et à Furth, et dans toute la région de la Forêt Noire, il existe des dynasties de fabricants de jouets qui jamais ne se sont livrés à aucune autre occupation industrielle. C’est le travail familial exécuté dans toute la plus large acception du mot.
- Tous les paysans de ces régions ont, dès leur jeunesse, le goût de la construction de ces figures naïves qui ont le don de séduire les enfants. Ils ont le secret pour exécuter leur travail vite et bien et surtout à un prix infime.
- Il serait à désirer que nous eussions aussi en
- ger à cette opinion — avec certaines réserves cependant. Pour arriver à fabriquer le jouet d’une façon intéressante et productive, il faut que le prix de revient soit très sensiblement inférieur au prix de vente, il faut que la marge soit suffisante pour parer à tous les imprévus d’une entreprise industrielle. Ces conditions ne peuvent être réalisées que si la main-d’œuvre est fournie à très bon marché et si l’outillage et la matière première ne coûtent presque rien. La solution de la main-d’œuvre à bon marché doit être cherchée dans le travail rural, exécuté à la campagne où le prix des loyers est presque nul par rapport à celui des grandes villes et où le paysan artisan arrive à se nourrir sur son propre fonds
- France une région où il fût possible de faire fabriquer des jouets à bon marché, une région dont les habitants jouissent de loisirs suffisants pour pouvoir se livrer à cette petite industrie dans les moments laissés libres par les travaux des champs et les soins à donner au bétail.
- Il appartenait à deux nobles cœurs de réaliser ce généreux projet. M. et Mme de Lascaze, qui possèdent dans la Lozère des biens de famille, se sont toujours occupés avec une touchante sollicitude de leurs compatriotes peu fortunés.
- Ils avaient été frappés du résultat navrant de cette fièvre de centralisation qui, tous, les amenait à Paris.
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- Parmi les malheureux enfants de ces montagnes, combien de pauvres jeunes gens, débarquant du chemin de fer pendant-la nuit, arrivent dès 5 heures du matin devant la maison des rares personnes qu’ils connaissent à Paris, et piétinent l’insensible trottoir de granit de la grande ville en attendant qu’il soit une heure raisonnable pour se présenter et solliciter un emploi.
- Il serait infiniment plus intéressant, pensèrent les organisateurs de l’œuvre de l’industrie rurale, de doter tous ces pauvres gens d’une occupation qui les empêcherait de quitter leurs biens, leur famille, tout ce qui leur est cher et les dispenserait de venir mener à Paris une vie misérable et pleine d’aléas.
- Aussi les initiateurs, se mettant courageusement à l’œuvre, s’occupèrent-ils de réunir des spécimens de travail familial exécutés dans la Forêt Noire, en Suisse ou dans le Nord de l’Italie. Ils se procurèrent également des modèles de jouets russes, car on sait que nos alliés sont passés maîtres dans l’art de travailler le bois dans les campagnes.
- Les débuts de l’œuvre furent difficiles.
- Les paysans, malgré leur bonne volonté, comprenaient mal ce qu’on attendait d’eux.
- Pendant bien des mois, les instigateurs, pour ne pas enlever la confiance à leurs élèves, achetèrent consciencieusement leurs produits, si informes qu’ils fussent et,
- comme ils étaient invendables, ils se contentèrent de transformer ces chefs-d’œuvre campagnards en bois de chauffage. Dans le but d’éviter le découragement à leurs ouvriers, ils leur renvoyèrent de nouveaux modèles, leur firent donner des leçons de découpage, de sculpture et de peinture. En 1909, il n’y avait encore que cinq ou six ouvriers. Devant l’incertitude des résultats beaucoup hésitaient à entreprendre un métier dans lequel ils n’avaient pas une très grande confiance.
- Aujourd’hui, où l’œuvre est en excellente voie, il y a en temps normal 200 ouvriers répartis dans dix-sept villages. On a songé à faire des apprentis; aussi, dans certaines écoles libres, comme à Saint-Germain-du-Teil, a-t-on institué des cours où les enfants apprennent tout ce qui est nécessaire pour exercer cette industrie naissante.
- Les jouets sont fabriqués dans.les villages au moment de la mauvaise saison, c’est-à-dire depuis la fin d’octobre jusqu’au mois de mars ou avril; ce qui correspond exactement à la saison de vente
- à Paris; il faut donc que toutes ces marchandises restent huit à neuf mois en magasin avant de trouver leur écoulement.
- Cette longueur dans les délais de la livraison est cause qu’il est à peu près impossible de faire de l’actualité.
- Ainsi, aujourd’hui, en raison de la guerre, tout le monde demande des turcos ou des chasseurs alpins. Comme rien ne pouvait faire prévoir cette demande, causée par les tristes événements actuels, ces armes ne se trouvaient pas représentées dans les collections en quantité suffisante et il n’y avait pas à songer à les faire exécuter de suite.
- Dans le Midi, l’œuvre du jouet lozérien a rencontré toutes les sympathies.
- On a constitué à Marvejols une exposition annuelle où chacun peut apporter son chef-d’œuvre. Des prix assez importants sont accordés par la bourgeoisie de la ville, ce qui constitue pour les travailleurs un encouragement autant pécunier que moral.
- Le jouet, produit par l’industrie rurale, exige pour réussir, la simplicité. Il doit être un reflet de lame et. de l’apparence même de ceux qui le créent. 11 faut, par exemple, établir des jouets partant du principe des maréchaux, c’est-à-dire formés de deux personnages fixés chacun à une barre, placés l’un au-dessous de l’autre et permettant, par un mouvement contrarié, de donner l’illusion du mouvement.
- C’est ainsi qu’on a fabriqué le tic-tac, la becquée, les maréchaux, les forgerons ; viennent ensuite les animaux mus par un contrepoids à l’imitation de ceux qui se font en Suisse, tels que : les poules et les girafes se balançant; voici encore les figurines construites sur le principe du pantin mû par une ficelle, comme l’ours et le gnome.
- Puis toute la série du mobilier rustique, fauteuils, chaises, tables. Une des inventions ingénieuses de cette association, ce sont les piquets pour sable, permettant aux enfants qui jouent sur la plage de faire pousser instantanément des fermes, des métairies peuplées de nombreux troupeaux qui paissent à l’ombre d’arbres du plus beau bleu.
- L’armée est admirablement représentée dans ces jouets campagnards : on a fait copier, par les artistes lozériens, les soldats de Simonin et ces poilus ont, je vous l’affirme, bien belle allure.
- Le paysan de ces régions est naturellement pré-
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- disposé à ce genre de travail, car l’isolement où il vit l’oblige à être apte un peu à tous les métiers.
- Pendant les longues soirées d’hiver, il scie son bois, le rabote, découpe les contours et sculpte; tandis que la femme et les enfants peignent les petits jouets qui viennent de sortir de ses mains, les assemblent et les montent.
- Au point de vue de la matière première employée il faut voir aussi, dans le succès avec lequel se développe cette industrie, une sorte de prédisposition provenant du soi même de la Lozère où l’on trouve toutes les espèces d’arbres, car les altitudes varient depuis 636 m. jusqu’à 1575 m. au sommet du mont Lozère.
- Les essences que l’on rencontre le plus fréquemment, sont : le châtaignier, le sapin, le hêtre, c’est ce bois qui est ' employé de préférence pour tous les jouets soignés.
- Pour constituer une fabrique de jouets dans ces montagnes il suffit de bien peu de choses comme matériel.
- Le plus souvent c’est le couteau qui est le plus précieux outil. Les artisans possédant une installation plus perfectionnée, utilisent une scie à découper mue par le pied, ou une scie à ruban, un tour, un pot de colle et quelques pots de peinture : voilà de quoi pouvoir s’installer fournisseur attitré des grands magasins de Paris, car nous sommes heureux de le constater, ce sont nos caravansérails parisiens qui sont les meil-
- leurs clients de ces petits industriels.
- Tl est assez difficile de se faire une idée de ce que peut gagner un ouvrier, car la fabrication du jouet n’est pour lui qu’un salaire d’appoint. C’est après avoir vaqué à tous les soins de son ménage et de son exploitation que l’homme s’installe à son établi. Toutefois, on compte qu’en travaillant toute une journée, il pourrait arriver à gagner 4 francs par jour.
- On m’a cité l’exemple d’un ouvrier émérite qui se faisait un billet de mille francs dans son année.
- Certains paysans avisés commencent à remplacer le travail à la main par l’utilisation de la houille blanche. Tel est ce meunier qui, moitié de la semaine moud son grain et le reste emploie sa force motrice à actionner une petite scierie où il débite son bois en épaisseur. Il y a certainement un grand pas de fait, car le public parisien a accueilli avec faveur toute cette production rustique qui, au milieu de notre existence surchauffée, donne un moment l’illusion de la vie des champs.
- On dit que les chiffres ont leur éloquence suis persuadé que vous serez de mon quand je vous aurai dit que l’œuvre du jouet lozérien a fait rentrer, l’année dernière, 42 000 francs dans l’escarcelle des paysans qui avaient eu l’heureuse idée de se laisser guider par leurs bienfaiteurs.
- Henry-René D’Allemagne.
- et. je avis,
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- L’idée de réaliser une lampe à incandescence ayant la forme habituelle, mais dans laquelle le filament métallique continu serait remplacé par un arc électrique date, semble-t-il, de 1913; les premiers essais furent tentés par le laboratoire de recherches de l’Edison and Swan United Electric Light Company.
- Aujourd’hui le problème semble pratiquement réglé, si l’on en juge par l’étude que lui consacrent MM. E. A. Gimingham et S. R. Milliard dans le Joui'nal of the Institution of Electrical Engineers et que reproduit la Revue Electrique.
- Les premières lampes de ce genre comprenaient,, (fig. 1) une ampoule ordinaire dont le culot était
- traversé par deux fils aboutissant, au centre de la lampe, à deux électrodes EE' de tungstène fondu, égales en volume. Les deux fils portant les électrodes étaient maintenus à distance constante par deux fils de butée B, B' soudés à la colonne de verre centrale qui sert de support. L’un d’eux était formé d’un spiral S de tungstène ou de molybdène formant résistance, soudé à un ruban de molybdène R par une mince lame de cuivre reliée à la potence centrale en verre pour éviter de trop grands déplacements pouvant provoquer la rupture de l’arc. L’ampoule, vidée d’air, était remplie d’azote sec à 2/3 d’atmosphère comme dans toutes les lampes à filament métallique.
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- Cette lampe fonctionnait sur courant alternatif. Sur courant continu, on employait le même dispositif, sauf que l’électrode négative était constituée par un balai de filaments de tungstène au lieu d’un globule fondu.
- Le coiirantpassantparlespiral résistantféchauffe, produit une dilatation du ruban de molybdène R qui écarte l’électrode correspondante, amenant le jaillissement de l’arc; à partir de ce moment l’arc est réglé par la butée B' qui empêche un plus grand écartement des électrodes.
- La lampe, fonctionnant ainsi, donne une lumière blanche éclatante et peut durer plus de 100 heures. Malheureusement, elle crache souvent, d’où une lumière instable, par suite des mouvements des électrodes qui tendent à se coller et à se détacher brusquement.
- C’est le même inconvénient qu’on observe dans les^ lampes à arc aux charbons mal réglés.
- MM. Gimin-gham et Milliard n’abandonnèrent pas pour cela un système d’éclairage présentant de si grands avantages. Ils reprirent la question en utilisant les diverses données acquises en ces dernières années sur les lampes à filaments métalliques, notamment celles sur l’ionisation des filaments. On sait, en effet, depuis les expériences de sir J. J. Thomson, Fleming, etc., que les filaments des lampes à incandescence présentent une forte décharge négative — principale cause du transport des particules métalliques à la surface de l’ampoule et, par suite, du noircissement. On sait aussi qu’une électrode auxiliaire positive placée près du filament produit un courant de dérivation. Appliquant ces données récentes à la question qu’ils étudiaient, les ingénieurs américains réalisèrent le type suivant de lampe, donnant une lumière constante (fig. 2).
- Le culot de l’ampoule est traversé par trois fils : le fil négatif se rend directement au point N relié au point P par un filament formé d’un mélange de tungstène et d’autres oxydes réfractaires et servant d’ioniseur.
- Le fil positif traverse, avant d’arriver à la lampe, un circuit électro-magnétique pourvu d’une résistance, d’où partent deux fils allant à la lampe;
- l’un d’eux vient du contact et se rend au point P, l’autre vient de l’enroulement électromagnétique et se termine en P' par une boule de tungstène.
- A l’ouverture, le courant passe par PN qui ionise le gaz. autour de P'; puis le. courant passe entre P' et N sous forme d’arc en même temps que le premier circuit se shunte. Toute la lumière produite part uniquement du globule de tungstène incandescent.
- La forme des électrodes peut être variable et pour les lampes de grande intensité lumineuse, on a avantage à employer une électrode plate donnant un maximum d’éclairage dans la direction perpendiculaire au plan de l’électrode (fig. 5).
- Cette nouvelle lampe a sur les lampes à arc des avantages évidents : absence de mécanisme régulateur,-absence d’entretien des charbons, régularité
- d’éclairage, aucune production de gaz, nul danger d’incendie.
- Par rapport aux lampes à incandescence, elle est non moins intéressante, donnant un foyer uni-, que, concentrant au besoin la lumière dans une seule direction, ne nécessitant que de petites ampoules.
- Jusqu’à présent, les nouvelles lampes fabriquées ont eu une durée moyenne de 500 heures, perdant pendant ce temps 10 pour 100 environ d’intensité lumineuse.
- Elles donnent un éclat de 1500 bougies par centimètre carré pour une dépense d’un demi-watt par bougie, intensité lumineuse 10 fois supérieure à celle des lampes à incandescence à filaments métalliques et 300 fois plus grande que celle des lampes à filament de charbon.
- Dès maintenant, la lampe à incandescence à arc présente un grand intérêt dans tous les cas où l’on recherche un foyer très lumineux et très concentré : projections, cinématographe, etc.
- Nul doute que, complètement mise au point et pouvant fonctionner sur les courants alternatifs à haute tension, elle ne trouve bientôt de nombreuses autres applications, à l’éclairage des rues notamment, surtout si l’on arrive à réaliser aussi économiquement des lampes de faible puissance lumineuse. A. Breton
- i. Principe de nouvelle lampe.
- 2. Schéma des connexions-de la nouvelle lampe. 3. Type de lampe de grande intensité.
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- L’HYDRO-SKI-RISSO
- Depuis que la « Reine de la route » a triomphé sur la terre ferme, elle s’efforce de conquérir les rivières ou même les océans et les systèmes de cycles nautiques ne se comptent plus (*). Rien qu’en France, on vit successivement M. Louis pédaler avec son élégante nautocyclette dans la haie de Saint-Raphaël, un jeune élève de l’École Bréguet, René Gypteau imaginer un élégant hydrocycle tandis qu’en 1915, le Comité
- des fêtes de No-, ...
- gent- sur -Marne (Seine) pouvait organiser un ori-ginal concours où parurent de nombreux hydro-pècles (B a que ,
- Charolois-Fave-lier, Pessana,
- Soudan, etc.).
- Jusqu’ici toutefois cette forme de navigation de plaisance ne paraît pas avoir détrôné la rame ou l’aviron. Néanmoins les tentatives de marche sur l’eau méritent une mention. Aussi nous paraît-il intéressant de signaler l’expérience faite récemment par le Dr G. Galansino sur un lac du Bois de Boulogne avec quelques exemplaires de Yhydro-ski-Risso, en présence des représentants des ministres de la Guerre et de la Marine, des états-majors de diverses puissances alliées et d’un nombreux public.
- Cet appareil, qui pèse seulement 8 kg, a pour
- objet de remplacer le canot beaucoup plus lourd et plus coûteux, sans compter que son faible tirant d’eau permet de l’utiliser sur les ruisseaux peu profonds. Ainsi que le montre la photographie ci-jointe, il se compose de deux flotteurs reliés l’un à l’autre, à l’avant par une tige d’acier articulée et à l’arrière par des bielles actionnant des aubes. L’homme chausse ces sortes de périssoires comme
- un skieur enfile ses patins à neige et il suffit d’un léger mouvement oscillant de ses pieds ou mieux de ses chevilles pour obtenir la rotation des palettes motrices. Une pagaye très légère et d’un maniement facile assurela conduite de l’esquif dont la grande surface portante maintient la stabilité et l’équilibre à toutes allures. Comme l’hy-dro-ski-Risso supporte un poids de 200 kg, se plie commodément, se démonte et se remonte en trois minutes, il servira non seulement d’engin sportif, mais les armées en campagne l’utiliseront sans doute dans l’avenir. Grâce à lui, un soldat tout équipé pourra traverser aisément une rivière ou marcher sur l’eau, à la vitesse de 5 à 12 kilomètres à l’heure selon la puissance de ses muscles, tout en faisant au besoin le coup de feu. Jacques Boyer.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du a5 avril 1916.
- Nécrologie : Émile Jungfleisch. — D’origine alsacienne, Jungfleisch, né en 1859, succéda en 1877 à Berthelot dans la chaire de chimie organique à l’Ecole de pharmacie et, en 1908, également à Berthelot au Collège de France. II était membre de l’Académie des Sciences depuis 1909. Ses travaux ont porté sur la chimie organique. Il a étudié, sur les dérivés chlorés et nitrés de la benzine et de l’aniline, les relations entre les propriétés physiques des corps et leur composition. Il a ensuite donné le moyen de reproduire en abondance et à volonté les quatre formes d’acide tartrique antérieurement distinguées par Pasteur. Enfin il a résolu le problème
- , 1. Y. La Nature n° 1857 (26 décembre 1908),p. 05, Cyclisme nautique; n° 2106(4 octobre 1915), p. 516-8, Premier concours il’ hydro'pèdes.
- important de savoir si la dissymétrie moléculaire de certains composés organiques n’avait pas un lien nécessaire avec le phénomène de la vie. Partant de l’éthylène obtenu par l’union directe d’éléments minéraux, il a, en effet, obtenu de l’acide racémique dédoublable comme celui que fournit l’acide succinique d’origine végétale.
- Distribution mensuelle de la nébulosité moyenne en France. — Pour une région quelconque, la durée d’insolation est un des éléments principaux de son climat. M. Bigourdan s’est attaché à tracer des cartes de la nébulosité moyenne en France aux divers mois de l’année. On y reconnaît l’influence prévue du relief et celle du voisinage marin, mais aussi diverses anomalies dont on peut chercher l’explication.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahüre, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 2230.
- 24 JUIN 1916.
- LES COLONIES PORTUGAISES
- L’accession du Portugal à la cause des Allies doit son principal intérêt aux possessions qui constituent les restes de l’immense empire portugais et qui comprennent encore plus de 2 000000 de km carrés et près de 10 000 000 d’habitants (voir le tableau ci-dessous); plus des 9/10 de ces possessions relèvent de l’Afrique. Toutefois, l’île de Madère et ses dépendances, ainsi que l’archipel des Açores font administrativement partie du territoire continental de la république dont elles constituent
- Malgré la tiédeur d’un climat rafraîchi par la brise marine, la végétation est restreinte et les productions utiles se limitent au blé, à la patate, à l’oranger et à l’olivier.
- Les Açores sont partagées en 3 districts ayant pour chefs-lieux Punta-Delgada (17 620 hab.), dans File Sâo-Miguel; Angra (10 788 hab.), dans Ter-ceira et Ilorta (10 300 hab.) dans Fayal.
- Madère. — A 1100 km Sud-Ouest de Lisbonne, Madère, découverte en 1344, est au large du Maroc
- Fig. i. — Un festin de « posh
- deux provinces; mais nous les comprendrons dans la brève description ci-après des colonies portugaises, de leurs ressources et de leurs productions.
- Archipel des Açores. — A 1500 km à l’ouest de Lisbonne, en plein Océan Atlantique, les Açores furent découvertes en 1342 par Alvarez Cabrai, qui leur donna le nom des innombrables autours (azors en espagnol), oiseaux rapaces qui infestaient ces îles. Au nombre de 9, les Açores sont exclusivement volcaniques ; des colonnades de basalte bordent leurs sauvages côtes escarpées. Bien qu’on n’y connaisse plus les éruptions, le cône de File Pieu (2322 m.) émet encore des vapeurs, les fumeroles et les sources chaudes y restent abondantes et les tremblements de terre y sont fréquents. Les curieux anciens cratères ou caldeiras renferment pour la plupart de ravissants lacs bleus et des cavernes.
- >, mets indigène au Mozambique.
- (650 km d’Agadir). Trois îlots insignifiants en dépendent ; volcanique, comme les Açores, Madère s’élève à 1850 m. au Pico-Buivo. Le pittoresque en est admirable à cause des ravines et précipices où les rios bondissent en cascatelles, grâce à la puissance de la végétation. Comme la température y reste de 15° C. en hiver, sans dépasser 20 à 22° en été, les Anglais surtout en ont fait un sanatorium de choix pour les affections pulmonaires. La culture y est florissante pour les céréales, le café, la canne a sucre, les vergers de toutes sortes de fruits et légumes y compris l’ananas et la banane et surtout la vigne importée de Chypre en 1445. Il faudrait un article spécial pour traiter du fameux vin de Madère et de son commerce, depuis longtemps passé aux mains des Anglais. Au xixe siècle malheureusement, l’oïdium et le phylloxéra ont terri-
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- 44’ Année. — 1" Semestre
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- LES COLONIES PORTUGAISES
- blemenl réduit la production et fait le jeu de l’industrie des « Faux Madères ».
- Funchal, la capitale, a 20 800 hab. (en 1900). Il est curieux de noter que la phtisie ravage la population indigène à cause de sa mauvaise hygiène.
- Archipel du Cap-Vert. — Cet archipel comprend 14 îles à 125 km seulement du cap sé-négalien qui lui adonné son nom.
- Comme les Açores, Madère et les Canaries espagnoles, ce sont les sommets émergés d’anciens volcans.
- Car les quatre archipels représentent selon les géologues, les débris du continent effondré de la légendaire
- Atlantide, le fabuleux empire d’où les guerriers atlantes auraient essayé d’envahir l’Europe et l’Afrique 10000 ans avant notre ère. Le cataclysme dont on ignore l’âge dut en effet être gigantesque, puisque des profondeurs de 4000 m. environnent ces dé-bris. Le plus haut sommet, dans l’île Fogo, s’élève encore à 2975ou 2980m., deux autres îles dépassent 2200 mètres. La dernière éruption de Fogo remonte à 1854.
- Le port de Saint-Vincent est unexcellentpoint de ravitaillement pour le charbon.
- Des 5 groupes d’îlesportugaises
- de l’Atlantique, ce sont certainement celles du Cap-Vert qui pourront rendre les plus grands services à la surveillance de cet océan, pour les opérations de police contre les pirates qui persistent à l’écu-
- l’Allemagne
- Fig. 2. — Carle d.es colonies portugaises en Afrique
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- mer. De tous temps d’ailleurs, les archipels furent d’utiles escales pour les navigateurs, et il a fallu toute la vigilance de l’Angleterre pour empêcher de s’emparer de l’un d’eux tout au
- __________ moins et surtout
- des points d’appui de Funchal et de Saint-\ incent.
- Aux îles du Cap-Vert, le climat n’a plus l’égalité de Madère; la saison des brises (alizés du Nord-Est) est salubre de novembre à juillet et la saison des pluies (août, septembre et octobre) est trop chaude et moins saine. De fréquentes sécheresses entravent le rendement de la canne à sucre, du coton, du maïs et des fruits. L’industrie comporte la pêche du
- corail, la préparation du poisson sec, la récolte du sel marin sur les îlots et la fabrication des cuirs et peaux fournis par un abondant bétail.
- Les moustiques 'propagent le paludisme, et la
- dysenterie ravage Saint-Antoine. Enfin,, les visites de la fièvre jaune et du choléra ne sont point rares.
- La capitale est La-Praïa, 400U hab., dans Santiago. A Saint-Vincent (4000 hab.), le port est tout à lait anglais.
- Guinée portugaise. — Enclavée dans la Séné-gambie française entre la Casa-mance au Nord etleFouta-Djallon au Sud, la Guinée portugaise est un
- pays bas d’estuaires (Rio Geba, Rio Grande, etc.) et de 50 îles composant l’archipel des Bissagos. Le climat est mauvais, surtout pendant les pluies d’avril à novembre. Le littoral est fertile en riz et
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- Fig. 3.
- Archipels portugais de l’Atlantique. Madère, Açores, Cap-Vert.
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- LES COLONIES PORTUGAISES
- en maïs ; mais la seule valeur de la Guinée réside dans l’acajou, l’arachide, le caoutchouc, l’indigo, le coton, le palmier-dattier et le café. Le bétail y prospère, mais les termites et leurs grands nids sont un fléau pour les récoltes.
- La capitale est Boulam (4000 hab.), mal située derrière un littoral dangereux, qui a fait de la Guinée portugaise une fort piteuse colonie.
- Iles du Prince et Saint-Thomas. — Tandis que Fernando-Po l’Espagnole, au fond du golfe de Guinée, touche presque au Cameroun allemand, l’île du Prince est à 140 km et celle de Saint-Thomas à moins de 200 au large du Gabon fran-
- 403
- véritable renaissance agricole employant plus de 30 000 noirs s’est manifestée à Saint-Thomas depuis 1870. Malgré les difficultés d’un terrain très accidenté, les plantations (Rocas) de cacao s’élèvent en gradins jusqu’à l’altitude de 700 m. et produisent annuellement tout autant que le Brésil, soit 30 000 t. ; cela représente la presque totalité des exportations (40000000), les importations ne dépassant pas 10 000000 de francs.
- Angola. — Les deux plus grandes opulences du Portugal sont l’Angola sur l’Atlantique et le Mozambique sur l’Océan Indien, de part et d’autre de l’Afrique méridionale.
- Fig. 4. — Rapides du Zambèze au Mozambique.
- çais. Le Prince, toute petite (114 km2 et 2700 hab.) est une position intéressante à cause de ses deux petits ports, Saint-Antoine et des Aiguilles, qui fournissent de bons approvisionnements en eau. Elle exporte le cacao.
- Saint-Thomas a été appelée la perle des colonies portugaises; elle fut découverte le 21 décembre 1470, au jour du saint qui lui a donné son nom. C’est encore un ancien volcan, haut de plus de 2000 m., couvert d’une merveilleuse végétation, tout équatoriale, car l’équateur même passe entre la pointe Sud de l’île et l’ilot tout proche Das Rolas.
- Le climat doux, humide et égal favorise les riches cultures du café, du cacao, du palmier à huile, du quinquina, des épices et des fruits. La canne à sucre, jadis prospère, est en voie de disparition. Une
- Leur découverte et leur occupation remontent, à la fin du xve siècle. Des commerçants métis nommés Pombeiros ont, dans ces parages, traversé le continent dès le début du xixe- siècle (1802-1815) de Loanda à l’Océan Indien, bien avant le célèbre voyage de Cameron en sens contraire (1873-1875).
- Il y a trente ans le Portugal, dont la Conférence de Berlin (1885) avait ruiné les visées sur le Congo, sollicita le consentement de l’Angleterre pour la constitution d’un grand domaine lusitanien d’un Océan à l’autre. Mais les aspirations et mainmises de la Grande-Bretagne sur ce qui est devenu la Rhodésia, c’est-à-dire sur les pays des Bechuana, Matébèle, Khoma, Barotse firent échec à ces prétentions; elle en vint même à un ultimatum qui contraignit le Portugal au traité du il juin 1891
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- (confirmé en 1911) consacrant toutes les emprises britanniques, hypnotisées par l’établissement d’une possession continue du Cap au Caire. Certes l’Angleterre eût plus sagement fait de céder au Portugal et de ne pas abandonner (1886-1890) à la « Société de l’Afrique Orientale allemande » (absorbée le 1er janvier 1891 par l’Empire d’Allemagne) le sultanat de Zanzibar et l’arrière-pays jusqu’aux Grands-Lacs. Pour couper en deux les possessions portugaises le gouvernement de la reine Victoria s’est fait sectionner à lui-même la grande voie d’Egypte au Transvaal, en autorisant l’Allemagne à confiner au Congo Belge par le lac Tanganyika. C'était le temps des erreurs politiques où l’on cédait Helgoland (1er juillet 1890) contre le territoire de Witu (Afrique Orientale anglaise). Ces lourdes fautes sont aujourd’hui chèrement payées.
- Avec 4 200000 hah. (évalués, dont 11 000 blancs seulement) et 10251cm de côtes, l’Angola est donc la première richesse du Portugal, le Mozambique étant la deuxième. C’est pourquoi, dès le débutdelà guerre actuelle, les Allemands du Sud-Ouest africain se hâtèrent de vouloir l’appréhender; de ce côté, les événements ne tardèrentpoint à tourner à leur confusion.
- Sur un littoral fort inhospitalier plusieurs ports offrent de bons mouillages et même des docks, mais manquent d’eau potable : Sao Antonio à la bouche du Congo; Ambriz, Loanda, ou Saint-Paul de l’Assomption de Loanda d’où un chemin de fer qui devait atteindre le Mozambique n’est amorcé, dans le haut pays, que jusqu’à Malonge (1025 m.), Loboto, Benguela, Mossamédès, Port-Alexandre et la vaste Baie-des-Tigres ou du Grand-Poisson, trop peu profonde.
- Les abondants produits de la pêche alimentent l’exportation du poisson séché. Port-Alexandre et Mossamédès deviennent des centres de chasse à la baleine de par l’initiative norvégienne.
- Le district du Nord ou Congo portugais possède la rive gauche du Congo que les bateaux remontent jusqu’à Maladie (Nolcki), où le chemin de fer belge prend les marchandises pour l’intérieur du continent. Au Nord du grand fleuve le petit territoire du port de Cabinda est enclavé entre les Congos français et belge.
- Au Sud de Saint-Paul, le fleuve Quanza peut
- Fig. 5. — Village indigène de l’Angola.
- être remonté par les petits vapeurs sur 180 km, jusqu’à la cataracte de Condo ou de Livingstone. Mais la barre d’entrée est dangereuse. Le Cunéné n’est point navigable. D’innombrables petits cours d’eau côtiers inondent, durant les pluies, les bas terrains du littoral et y forment derrière leurs barres des marécages, où abondent toutes les productions végétales de la zone équatoriale (canne à sucre, caoutchouc, gomme, huile de palme).
- L’exportation du café est considérable à Saint-Paul.
- L’intérieur du pays, très insuffisamment connu et nommé Planalto, s’élève en plateaux à plusieurs gradins que domine le mont Lovili (2370 m.); il redescend vers les bassins du Congo et du Zambèze.
- Ambaca est à 710 m. et le presidio ou forteresse (malsaine) Duque-de-Bragance à .1000 m. Le climat, même sur la côte, est relativement frais.
- Ce n’est guère que depuis 1870 que le Portugal a fait des efforts pour la mise en valeur de l’Angola. La fertilité du sol, la gradation des climats, la création des routes (qui manquent), le développement et l’amélioration des trois'voies ferrées commencées à Loanda, Benguela , Mossamédès et des colonies agricoles déjà établies assureraient à l’intérieur de l’Angola un magnifique avenir. En organisant la lutte contre la peste bovine qui ravage le pays, on réussirait certainement à y créer l’industrie des conserves de viande (Saladeros) comme dans la République Argentine.
- Les gisements métallifères ne manquent pas ; on a même commencé l’exploitation de mines de fer et tenté le lavage des sables aurifères. On a découvert de la houille et du sel gemme.
- En 1909 les importations s’élevaient à 25 millions ’ et demi de francs et %les exportations à 15 millions et demi.
- La colonie végète surtout à cause de sa mauvaise administration, des lois fâcheuses sur l’acquisition des terres, dont les sujets portugais seuls peuvent devenir propriétaires (ce qui a découragé notamment les colons Boers venus du sud) et de la transportation des Criminels de la métropole.
- La capitale est Saint-Paul (17 541 h.) insalubre et en décadence, depuis la création de Lobito et' la suppression de la traite des nègres.
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- Au Nord, dans l’intérieur, San Salvador (562 m.), qui n’a plus que 1500 hab., fut la capitale de l’ancien royaume indigène du Congo ; elle garde un souverain nominal. Au Sud se trouvent les mines de cuivre de Bembe.
- Mozambique. — Au Sud-Est de l’Afrique, le Mozambique, visité en 1498 par Vasco de Gama, fait face à Madagascar du cap Delgado au nord, à la baie de Delagoa au sud.
- La colonisation portugaise s’y installa en 1505, dans la capitainerie de Sofala. Depuis 1892 et 1898, le pays est administré par deux Compagnies à chartes : la Companhia da Moçambique pour le Centre, et celle du Nyassa pour le Nord. (Parmi leurs privilèges ces Compagnies jouissent de timbres-poste spéciaux.) La population est évaluée à .5120000 habitants et la côte ne mesure pas moins de 2500 km d’étendue. On y note d’abord au Sud : Lourenzo-Marquez, le meilleur port très heureusement assaini de toute cette région de l’Afrique, sur la baie de Delagoa, véritable accès naturel du Transvaal. L’achèvement du chemin de fer jusqu’à Prétôria a eu une importance économique considérable pour la région minière de l’Afrique du Sud.
- Après une côte basse où débouche le grand fleuve Limpopo, qui contourne tout le Transvaal, le port d’Inhambane est dans une baie sûre et se développera avec les plantations de la région.
- Beira (7814 habitants), capitale de la Compagnie du Mozambique, un peu au nord de Sofala déchue, a prolongé aussi son chemin de fer jusqu’à Salisbury en Bhodésia.
- Chindé marque l’entrée de l’immense artère fluviale du Zambèse. Par traité du 11 juin 1891, l’Angleterre s’y est fait concéder un entrepôt commercial.
- Quelimane est, à 25 km dans l’intérieur des terres, un petit port sur l’un des innombrables estuaires des petits cours d’eau côtiers. A partir des îles Primeira et Angoche les récifs coralliens rendent la navigation côtière très dangereuse.
- Mozambique (pittoresque et malsaine), où une île sert de brise-lames, est frappée de déchéance par le débouché (Porto-Amelia) que la Compagnie du Nyassa a obtenu d’y créer dans l’excellente baie de Pemba en face des îles Comores.
- Un mauvais climat (malaria et dysenterie) ravage le bas littoral lagunaire du Mozambique, qui serait propre à la culture du riz et de la canne à sucre et aux chasses giboyeuses, si la mouche tsé-tsé ne l’infestait; mais le montueux intérieur (jusqu’à 2270 m. et 2450 m.) est salubre, Fig. 6. —jeune
- couvert de végétation et de pâturages qui assureront de sérieux profits aux entreprises qui sauront les mettre en valeur (caoutchouc, canne à sucre, café, ivoire).
- Le puissant Zambèse où se trouvent les localités de Séna (ville morte), Tété, Zumbo (déchue) n’est malheureusement navigable que par tronçons à cause de ses rapides et bancs. Il en est de même du Chiré qui vient du lac Nyassa.
- Le paludisme règne sur la côte et le long des fleuves.
- C’est sur les bords du Zambèse que l’agriculture se développe en café et canne à sucre. En plusieurs points, on cherche à organiser l’exploitation aurifère.
- Dès l’entrée du Portugal dans l’Entente anti-germanique, on n’a point manqué de déclarer que le Mozambique achèverait l’encerclement de l’Afrique orientale allemande : c’est une vue plutôt théorique et morale, à moins que les travaux de port Amélia ne soient déjà suffisamment avancés pour permettre un débarquement et une expédition par le Sud. Pratiquement, l’intérieur du pays ne semble guère se prêter à une telle entreprise d’autant plus qu’il est à peine connu. 11 y a cependant un poste portugais à Mtangula sur la rive orientale du lac Nyassa. 11 n’en est pas moins important que les ports tout au moins du Mozambique soient fermés aux Allemands et fassent désormais bloc avec Madagascar et avec toute l’Afrique anglaise du sud.
- En 1909, les exportations s’élevaient à 24 millions et demi de francs et les importation à 25 millions.
- Plusieurs voies ferrées sont à l’étude. La partie sud du pays (de Lourenzo-Marquez, 10000 hab., où réside le gouverneur à Sofala) est seule administrée directement par l'État. On y organise des pêcheries de baleines, toute autre industrie y fait défaut.
- Colonies portugaises d’Asie. — Pour mémoire seulement, nous énumérerons les menus débris de l’ancien empire asiatique portugais, car ils sont sans influence sur les événements actuels.
- Sur la côte occidentale de l’Inde, le Portugal a gardé Goa avec deux médiocres ports, Daman et Diu. Malgré leurs 600000 hab., ce ne sont plus que des enclaves arriérées, se livrant à quelques cultures et à l’exploitation du bois de teck pour les constructions navales.
- En Chine, Macao, créée vers 1550, au Sud de Canton et à l’Ouest de Hong-Kong, est une indigène du Mozambique. petite péninsule avec deux
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- LES ENGRAIS ET LA GUERRE
- îles, où les typhons de la mer de Chine causent de fréquents ravages. Les pêcheries et l’industrie de la soie, y sont prospères, mais l’ouverture du port de Hong-Kong a ruiné son commerce.
- Dans l’Insulinde, entre Célèbes et l’Australie, la moitié orientale de Timor, la dernière des grandes îles de la Sonde, est restée portugaise par le traité du 20 avril 1859, qui a laissé l’autre partie à la Hollande. Des récifs de corail l’environnent, on y recueille du café, des épices et des bois précieux ou de construction. Le mont Ermera s’y élève à 2620 m. et la capitale est Dilli. Les peuplades de l’intérieur
- sont mal connues. Ce n’est qu’un atome de l’ancienne extension portugaise en Extrême-Orient.
- Superficie Population.
- en km2. —
- Açores (îles) [*J 2.588 242.565
- Angola (éval.) , 1.270 300 4.200.000
- Cap-Vert (îles) (1910) . $ o.822 . 142.552
- Guinée portugaise (éval.) . . . . 35.900 820.000
- Madère ( Funchal j (1911). . . . 815 169.783
- Mozambique (éval.) 761.100 3.120.000
- Saint-Thomas et Prince (1909) . , 939 68.221
- Inde portugaise (1910) 3.807 604.930
- Macao (Chine) (1910) 10 74.866
- Timor (partie portugaise) (éval.) . 18.989 300.000
- E.-A. Martel.
- LES ENGRAIS ET LA GUERRE
- Parmi les innombrables perturbations causées par la guerre, l’une des plus importantes est certainement celle apportée à l’échange et à la consommation des engrais.
- On sait que les engrais sont destinés à fournir au sol cultivé les substances qui assurent sa fertilité et qui en sont extraites chaque, année avec la récolte.
- Selon la nature du terrain et celle de la culture, on doit ajouter des quantités variables de composés azotés, phospho-rés, potassiques et organiques.
- La récolte est d’autant plus abondante que les divers engrais ont été mélangés proportionnellement aux besoins du sol ; l’absence d’un seul d’entre eux suffit à diminuer la production, malgré l’abondance des autres : ainsi une terre abondamment fournie de potasse, mais manquant d’azote donnera une récolte plus faible qu’une autre ayant moins reçu d’engrais potassiques, mais dont la teneur en azote aura été enrichie à l’optimum.
- Cette nécessité de traiter chaque terre par un mélange choisi des diverses sortes d’engrais est justement la cause des difficultés actuelles. En effet, des deux groupes de belligérants, l’un, celui des empires centraux, est le grand producteur des sels de potasse, il en a trop pour sa consommation, tandis qu’il manque d’engrais phosphatés et azotés ; l’autre, nous et nos alliés, produit ou reçoit facilement les nitrates et les superphosphates, mais est très pauvre de potasse; et, par suite du blocus, le reste du monde est dans la même situation que nous et souffre tout autant de la « famine de potasse ».
- Cette perturbation du commerce des engrais
- inquiète — à juste titre — toutes les nations, car elle menace de diminuer partout la production agricole, avec cette conséquence pour nous d’acheter à l’étranger et d’exporter notre or, et pour nos ennemis de souffrir de la pénurie de nourriture et même d’être obligés de cesser la guerre.
- Examinons donc la question pour chaque groupe d’engrais en particulier. Les renseignements statistiques recueillis par YInstitut international d'Agriculture, nous fourniront des données très précises, sauf pour les empires centraux qui, depuis la guerre, ne communiquent plus aucun renseignement à l’étran-ger.
- Engrais phosphatés. — Les engrais phosphatés comprennent les phosphates et superphosphates naturels, les os, les scories de déphosphoration.
- A) Phosphates naturels. — L’acide phosphorique existe dans presque toutes les roches, mais il n’est abondant que dans certains dépôts dont les plus importants sont :
- Production en milliers de tonnes.
- — 1912 1913 1914 1915
- États-Unis...... . 5231 3202 2626
- Tunisie ...... . 2057 2284 1443 1589
- Algérie ...... . 377 438 259
- France . 330 335
- Iles du Pacifique . . . 559
- Belgique . 203 200
- I1] Annuaire du bureau des longitudes pour 1915. D’autres géographies donnent des chiffres quelque peu différents, dont l’ensemble aboutit toujours entre 9 1/2 et' 10 millions d’habitants.
- ALLEMAGNE
- ^ 71
- Importation en 7913
- 629.000
- tonnes
- Importation
- en 7973 297,000 tonnes
- en 1915
- pas o/'importation
- Importation en 191 5 ,372. OOO tonnes
- Fig. i. — Importation comparative des nitrates dans les pays belligérants.
- NATIONS ALLIEES
- A71
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-
- LES ENGRAIS ET LA GUERRE:
- 407
- L’exploitation des gisements se fait à ciel ouvert ou en souterrain selon la profondeur. Le produit est séché au four, puis broyé mécaniquement et souvent enrichi par tamisage ou lévigation.
- La valeur du produit dépend de sa richesse en acide phosphorique.
- Les principaux pays exportateurs sont :
- Algérie............
- Les principaux importateurs sont
- Exportation en milliers de tonnes.
- 1912 1913 1914 1915
- 1225 1588 979 250
- 1910 1984 1427 1100
- 377 458 555 225
- Seules, la Belgique et l’Allemagne exportaient de grandes quantités de superphosphates, les autres pays consommant la plus grande partie de leur production.
- La guerre a fortement troublé cette industrie, en diminuant les importations de phosphates et aussi celles des pyrites nécessaires à la fabrication de l’acide sulfurique; de plus, une grande partie de cet acide est utilisée pour les besoins militaires; enfin les grands exportateurs sont isolés du reste du monde.
- L’Allemagne en particulier manque d’acide sulfurique et cherche par tous les moyens à s’en procurer à l’extérieur.
- Importation en milliers de tonnes.
- Phosphates naturels
- 1912
- 907
- 902
- 528
- 466
- 176
- 244
- 175
- 1913 1914 1915
- 940
- 928
- 547
- 529
- 254
- 244
- 212
- 661 4201 571 515 202 1131 1281
- 325
- •}
- 580
- 475
- 212
- ?
- ?
- Superphosphates (provenant des phosphates)
- Scories de déphosphoration
- 4
- n
- France . . .
- Allemagne .
- Grande Bretagne.
- Italie. ...
- Espagne . .
- Belgique . .
- Autriche-Hongrie.
- Comme on le voit, les pays alliés et neutres ne manquent pas de phosphates naturels, à l’inverse des empires du centre. Toutefois, les prix ont augmenté par suite des difficultés d’exploitation et surtout de transport. Pratiquement, les expéditions des États-Unis en Europe ont cessé l’année dernière à cause des conditions des transports maritimes.
- B) Superphosphates. — Les superphosphates sont des produits industriels obtenus par l’action de l’acide sulfurique sur les phosphates naturels. Le traitement comprend le malaxage des deux produits et leur réaction dans des chambres, spéciales d’où l’on retire un mélange de phosphate monocalcique soluble et de sulfate de chaux. L’engrais préparé est séché, tamisé et ensaché mécaniquement.
- Avant la guerre, la fabrication des superphosphates avait pris un très grand développement dans tous les pays industriels où l’acide sulfurique s’obtient à bon compte. Les principaux producteurs étaient :
- Production en milliers de tonnes.
- —
- ?
- n
- I
- 1912 1913
- États-Unis 3248 3248
- France. 1950 1920
- Allemagne .... 1718 1818
- Italie 1019 972
- Grande-Bretagne. . 840 820
- Belgique 450 450
- 1 Importation des 6 premiers mois.
- Fig.. 2. — La production des engrais phosphatés en iqi3.
- C) Scories de déphosphoration. — La fonte contient généralement 2 à 3 pour d 00 de phosphore. Cette impureté devient nuisible quand on transforme la fonte en acier, qu’elle rend cassant. On peut s’en débarrasser au moyen du procédé Thomas qui consiste à garnir le four Bessemer ou Martin avec un aggloméré de carbonate double de chaux et de magnésie. Le phosphore se combine facilement avec le revêtement du four et se transforme en phosphate qui monte dans les scories de la surface. On verse ces scories hors des convertisseurs dans des wagons qui les transportent en un endroit où •on les broie. Ainsi, à côté d’un acier pur, on obtient un sous-produit utilisable par l’agriculture.
- La production des scories de déphosphoration est
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-
-
- 408-.= = LES ENGRAIS ET LA GUERRE
- d’autant plus importante que l’industrie de l’acier est plus développée. Avant la guerre, le grand producteur était l’Allemagne.
- Production en milliers de tonnes.
- 1912 1913
- Allemagne .... 2110 2250
- France 679 700
- Belgique 534 655
- Grande-Bretagne. . 400 404
- Luxembourg. . . . 253 250
- Ces pays exportaient une partie de leur produc-
- tiquement utilisable que dans quelques-unes, la sylvinite (KCl), la carnallite (KCletMg-Ci2), lakaïnite (SO4 K2, SCPMg, MgCl2), exploitées presque exclusivement en Allemagne.
- Le grand centre de production est Stassfürt, près de Magdebourg. Les minéraux y sont extraits à la mine, puis triés et vendus directement ou traités pour l’extraction de divers produits chimiques.
- Depuis 1910, les divers producteurs allemands, groupés en cartel, le Ivalisyndicat, ont réglé la production et la vente.
- Fig. 3. — Pommes de terre cultivées dans un sol sans engrais (à droite) et dans un sol-avec engrais complet (à gauche).
- tion dans les états agricoles. Les principaux acheteurs étaient le Canada, les Pays-Bas, l’Autricbe-Hongrie, la Russie, l’Italie.
- La guerre a fortement troublé notre production; les centres métallurgiques du Nord et de Lorraine sont maintenant aux mains de l’ennemi; le Creusot, trop occupé par les fabrications militaires, a cessé le traitement des scories, et.nous manquons en France de cette source d’engrais phosphatés.
- Par contre, celle-ci compense en partie ; pour les empires centraux, la pénurie de phosphates naturels et de superphosphates.
- Engrais potassiques. — Comme le phosphore,» la potasse existe dans de très nombreuses roches, mais elle n’est assez abondante pour être pra-
- L’exportation des engrais de sels potassiques a été en milliers de tonnes :
- 1912. . . . 1300
- 1913. ... 1755
- 1914. . . . 764 pendant les six premiers mois.
- Les principaux importateurs étaient :
- 1912 1913 1914 1915
- États-Unis............ 694 700 506 18
- Pays-Bas.............. 154 214 ? ?
- Autriche-Hongrie ... 97 110 ? ?
- Russie................ 85 76 52 0
- La France et la Grande-Bretagne étaient aussi d’importants acheteurs.
- La guerre, en supprimant toutes les relations commerciales avec les empires centraux, a provoqué
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- LES ENGRAIS ET LA GUERRE
- 409
- une véritable « famine de potasse ». En France, on a rapidement épuisé les stocks existants et consécutivement, les prix ont passé de 18 ou 20 francs le quintal à 125 vers la fin de l’année dernière; encore, ce dernier prix est-il celui qu’on offrait sans trouver de contre-partie!
- N’y a-t-il donc pas d’autres sources de potasse que les mines de Stassfiirt? Actuellement, nous ne pouvons suppléer facilement au manque de potasse,
- faibles : cendres de varechs, de mélasses de betteraves, des marais salants, du suint, salpêtre du Bengale, ne suffisent pas, à beaucoup près, aux demandes de l’agriculture et de l’industrie, et de tous côtés l’on s’ingénie à utiliser au mieux toutes les sources de potasse.
- Engrais azotés. — Les principaux engrais azotés sont le nitrate de soude, le sulfate d’ammoniaque, la cianamide.
- Fig. 4. — Pied de vigne : à droite, dans un sol satis engrais ; à gauche, dans un sol
- avec engrais complet.
- mais il est d’autres gisements qu’il ne faudra pas oublier le jour du règlemènt des comptes. Outre des gisements espagnols encore mal connus, il existe deux riches dépôts de sels de potasse exploitables, l’un à Kalusz en Galicie, l’autre, le plus riche, découvert en 1904, entre les Vosges et le Rhin dans la région de Mulhouse; son exploitation commençait en ces dernières années et promettait une production considérable; espérons qu’il nous reviendra bientôt et nous permettra de briser le monopole allemand.
- En attendant, les ressources de potasse des alliés et des neutres séparés de l’Europe centrale sont
- K) Nilrale de soude. — Ce minerai, ou caliche, forme de nombreux et importants gisements au Chili et en divers autres points de l’Amérique du Sud. Ce sont des poches ou des nappes peu profondes qu’on extrait au pic ou à la dynamite; le sel extrait est rassemblé dans des usines où on l’épure par dissolutions et évaporations successives ; on sépare ainsi trois sous-produits intéressants : le sel marin, l’iode et le perchlorate de potasse. La production, qui était de 2 775552 tonnes en 1915, a baissé en 1915 jusqu’à 1 765 659 tonnes.
- Les importations sont intéressantes à considérer, car le nitrate de soude n’a pas seulement un
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- LES ENGRAIS ET LA GUERRE
- 410
- intérêt agricole; il est aussi la principale source de l’acide nitrique, employé dans la plupart des explosifs.
- Importations en milliers de tonnes.
- 1913 1914 1915
- Allemagne . . . . 629 303 0
- États-Unis 630 540 849
- France 121 64 83
- Belgique . . . . . 118 74 0
- Pays-Bas 100 77 41
- Grande-Bretagne. . 48 64 196
- Italie 10 18 45
- Espagne 0 0 40
- Danemark 0 20 35
- Suède 0 25 10
- Russie 0 0 48
- De ces chiffres, on peut conclure que les empires centraux doivent manquer actuellement de nitrate, malgré les augmentations marquées des importations de certains neutres voisins et malgré le développement considérable qu’a pris chez eux la fabrication de l’acide nitrique par les procédés électriques qui utilisent l’azote et l’oxygène atmosphériques. Sans aucun doute, toute leur production doit être absorbée par les usines de guerre et il ne doit pas y en avoir suffisamment pour satisfaire aux besoins de l’agriculture. Les alliés ont en abondance le même produit ; seulement la cherté des frets et la réquisition de fortes quantités pour les usines chimiques de guerre a causé une forte hausse des prix et n’a laissé que des quantités insuffisantes aux demandes agricoles.
- B) Sulfate d'ammoniaque. — C’est un sous-produit des usines à gaz, des fours, à coke, des gazogènes et des hauts fourneaux.
- Les eaux ammoniacales de lavage sont additionnées de chaux;
- on distille l’ammoniaque qui est ainsi libérée et on la reçoit dans l’acide sulfurique étendu. Une partie provient des matières de vidange, des eaux d’égout, de diverses autres matières organiques : os, corne, cuir, vinasses, etc.
- Le sulfate cristallise, puis est égoutté et centrifugé.
- Les principaux pays producteurs sont (nombres
- de milliers de tonnes) 1912 1913 1914 1915
- Allemagne 492 549 ? ?
- Grande-Bretagne . . . 394 438 435 429
- États-Unis 149 176 166 192
- France 69 75 91 42
- Belgique 48 43 ?
- Le Japon, les États-Unis, les Pays-Bas sont les principaux acheteurs.
- C) Engrais synthétiques. — Derniers venus dans le groupe des engrais, les produits azotés synthétiques y ont pris rapidement une large place, les produits naturels menaçant de devenir prochai-nement insuffisants ; depuis la guerre, ils servent certainement à nos ennemis à remédier à la pénurie de nitrates.
- Le plus important de beaucoup est la eiana-mide ou cyanure de calcium, (CN)2Ca. On l’obtient en combinant à chaud l’azote de l’air au carbure de calcium.
- L’azote est extrait de l’air, soit par absorption de l’oxygène sur du cuivre chauffé au rouge, soit plus souvent par distillation fractionnée de l’air liquide (Voir La Nature n° 2012); le carbure de calcium est produit par combinaison au four électrique de chaux et de charbon.
- La cianamide se décompose dans le sol en divers produits azotés.
- Fig. 5. — A gauche, gerbe de blé dans un sol avec engrais complet. A droite, gerbe dans un sol sans engrais.
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- LE PORT DU HAVRE ET LA CRISE DES TRANSPORTS r= 411
- Les principaux producteurs sont :
- 1912 1913 1914
- États-Unis 14 31 64
- Allemagne 22 24 56
- Autriche-Hongrie. . 5 7 24
- Norvège . 15 22 25
- Italie . 10 14 22
- Suède 6 17 17
- France 7,5 7,5 7,5
- Malgré sa faible fabrication, la France importe fort peu de ce produit, même en ce moment.
- Le nitrate de chaux (N03)2Ca est un produit exclusivement norvégien; on l’obtient en faisant agir sur le carbonate de chaux l’acide azotique provenant de la combinaison directe de l’azote et de l’oxygène de l’air sous l’influence de l’arc électrique.
- En 1913, la Norvège en produisait 73214 t. ; la production pendant la guerre est inconnue, mais nous savons que l’exportation qui était de 70 927 t. en 1913 a dépassé 75 000 en 1914 pour tomber à 32 928 pendant les dix premiers mois de 1915.
- Autres produits chimiques. — Quelques autres produits sont indispensables à l’agriculture, notamment les insecticides, les anticryptogamiques, etc. Leur marché est aussi troublé que celui des engrais proprement dits.
- Le sulfate de cuivre, capital pour la viticulture française, est obtenu en attaquant le cuivre par l’acide sulfurique.
- Les pays producteurs sont :
- 1912 1913 1914 1915
- Grande-Bretagne. . . . 85 76 68 66
- Italie . 52 44 31 7
- États-Unis . 17 24 14 18
- France . 26 26 21 10
- Autriche-Hongrie. . . . 15 15 ? ?
- Allemagne 5 5 ? 7
- Notre pays ne doit pas en manquer, mais il faudrait pour cela que les importations d’Angleterre soient suffisantes et régulières, et que les usines françaises de ce produit rouvrent leurs portes.
- Le sulfate ferreux, fabriqué à partir des pyrites, est abondant en France; le soufre, provenant presque exclusivement de la Sicile et des États-Unis ne manque pas non plus. Telle est la situation actuelle. Il est peu probable qu’elle se modifie rapidement.
- A vrai dire, on peut en ce moment suppléer partiellement aux engrais qui nous manquent. L’addition au sol de sulfate de chaux transforme les sels de potasse insolubles en sulfate de potasse soluble. La culture des légumineuses enrichit la terre en azote. Les soins donnés au fumier et à sa conservation lui gardent sa richesse et économisent d’autant les nitrates. Toutes les matières organiques, tous les déchets ; feuilles mortes, tourbe, cendres, etc., sont d’excellents engrais.
- Pour l’avenir, rappelons-nous que l’Alsace contient de riches gisements de sels potassiques et que les mines de fer de Briey sont une source importante de scories de déphosphoration. A. Breton.
- LE PORT DU HAVRE ET LA CRISE DES TRANSPORTS
- L’engorgement de nos principaux établissements maritimes a contribué, pour une large part, à la hausse exagérée des frets ; les retards apportés aux déchargements des cargaisons ont, en effet, accru, hors de toute proportion, les immobilisations de navires, ceux-ci étant trop souvent contraints d’attendre en rade, ou sur bouées, un poste d’accostage disponible, tandis que les armateurs exigeaient des importateurs des pénalités (surestaries) de plus en plus élevées, pour ces délais supplémentaires de charge. Tous nos grands ports, Marseille, le Havre, Rouen, la Pallice, Nantes et St-Nazaire, et même Bordeaux, ont souffert du même mal, de la congestion de leurs quais.
- Le port du Havre, pour des raisons diverses, a été plus particulièrement atteint, et un de ses journaux quotidiens pouvait écrire, au début de la pré-' sente année, que « la malheureuse place commerciale était en train de mourir d’étouffement ». La situation devint même à ce point critique que, le 7 février dernier, une conférence réunit à la Chambre de Commerce le ministre du Commerce, le colonel Gassouin, directeur des transports au Ministère de la Guerre, M. Legrain, directeur des Chemins de fer
- de l’État, et les autorités locales, administratives et commerciales, qui reconnurent la nécessité de prendre des mesures immédiates pour dégager notre grand établissement de la Mam he.
- Cependant, si nous examinons le graphique du mouvement mensuel du port havrais, que nous avons établi pour nos lecteurs, nous remarquerons que le tonnage de jauge, à l’entrée aussi bien qu’à la sortie, témoigne d’un fléchissement caractéristique. Alors que le tonnage de jauge total atteignait, en 1914, 9 020647 tonneaux, il tombait, en 1915, à 6 955 837 tonneaux; la moyenne trimestrielle, de 2 255162 tonneaux en 1914, s’effondrait à 1 738 959 tonneaux en 1915 et 1 782 671 en 1916 (1er trimestre).
- Mais il convient d’observer de suite que les statistiques officielles auxquelles nous avons dû recourir n’enregistrent pas les mouvements de l’importante base anglaise établie au Havre. Or, cette base avait reçu du 1er août 1914 au 15 octobre 1915 5125 000 tonneaux de jauge. De sorte qu’en fait le port du Havre a vu son tonnage de jauge élevé dans de sensibles proportions.
- D’un autre côté, si nous considérons le nombre
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- 412 LE PORT DU HAVRE ET LA CRISE DES TRANSPORTS
- des navires, nous devrons constater qu’il a été s’accroissant, exception faite des mois d’août 1914, novembre.et décembre 1914, février, avril et septembre 1915, qui ont marqué une régression. Alors que 11 759 navires fréquentaient en 1914 le port havrais, 15 051 étaient signalés en 1915, et 5487 pendant le premier trimestre de 1916. La moyenne trimestrielle s’est ain«i relevée de 2959 en 1914 à 5265 en 1915 et 5487 en 1916 (un trimestre), cette dernière étant même supérieure à celle de l’année 1915 (5542).
- Et nous n’avons pas fait état dans cette statistique des navires ayant alimenté la base anglaise.
- Un premier fait ressort donc de la comparaison des divers relevés : l’accroissement du nombre de navires (transports de la base anglaise non compris), malgré le fléchissement du tonnage total de jauge.
- accostables, et 71 hectares 65 de terre-pleins pour marchandises.
- Or, le gouvernement français a mis à la disposition du gouvernement britannique le nouveau quai de la Garonne, sur le bassin du canal (côté ouest), le quai de la Plata (bassin Bellot), le quai du Chili (même bassin) et partie des quais de Nouméa et Renaud (bassin de l’Eure), enfin partie du bassin aux pétroles; soit environ 2 km de quais (15 postes) immobilisés pour la navigation nationale. Le commerce a été dépossédé, d’un autre côté, du grand hangar aux cotons du quai de la Garonne, couvrant 80 000 mètres carrés, et de sept hangars sur les autres quais (au total 100 000 m? ou 50 pour 100). Enfin, 55 appareils de manutention, dont 20 grues électriques pour le bassin de la Garonne, 11 grues hydrauliques pour le bassin
- Fig. i. — Les quais du port du Havre avec l’emplacement en noir des parties concédées
- aux Anglais.
- La réduction de ce tonnage a tenu surtout à l’abandon par la Compagnie générale Transatlantique de ses services sur New-York, transférés à Bordeaux. Le Havre a cessé d’être un port de paquebots, pour devenir un port de cargos boats. On sait que les navires de cette catégorie ont un tonnage moindre que les grands steamers à passagers. Mais, d’autre part, il est avéré que les manutentions pour les paquebots à fort tonnage sont plus rapides que pour de plus petites unités, en raison de leur plus faible cargaison. L’augmentation du nombre de navires a, conséquemment, eu pour résultat de compliquer les opérations du port havrais.
- Le port du Havre était-il en état de répondre à cet accroissement de tralic maritime? Telle est la question que nous devons maintenant nous poser, Oui, sans doute, répondra-t-on, si le port avait pu disposer de toutes ses ressources antérieures. Mais il n’en a pas été effectivement ainsi. Avant la guerre, le Havre comportait une surface d’eau de 92 hectares 11, 16 km. 918 de quais, dont 15 765
- Bellot et 2 grues électriques pour le bassin de l’Eure ont été enlevés au commerce. En outre, l’armée anglaise utilise, concurremment avec les industriels havrais, la grue-bigue de 120 tonnes. De sorte qu’en définitive l’Ingénieur de la Chambre de Commerce du Havre pouvait justement estimer à un tiers ou deux cinquièmes la réduction de la capacité du port.
- Pour remédier à ces amputations, l’administration des Ponts et Chaussées a exécuté certains travaux : elle a mis en service, pendant le premier trimestre de 1915, à l’extrémité Est du quai de la Gironde, trois emplacements pour navires de 7 m. 50 et plus de tirant d’eau, et en août 1915, à l’extrémité Est du quai de Southampton, un nouveau poste pour les bateaux de la ligne de Southampton, ce qui a rendu disponible une place au quai de Marée de la partie sud de l’avant-port..
- D’autre part, cinq appareils nouveaux, deux grues électriques de 4000 kg, une grue flottante de 5000, avec benne piocheuse, et deux élévateurs, dont l’un
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- LE PORT DU HAVRE ET LA CRISE DES TRANSPORTS == 413
- pouvant débiter 100 tonnes à l’heure, ontélé instal- I et ne saurait être, d’ailleurs, précisé, nous devrons lés sur les quais. Huit grues du quai de la Garonne, ! reconnaître quele Havre manutentionnait 5 668 419 t.
- Fig. 2. — Mouvement du port du Havre 1914-1916. Trafic commercial en milliers de tonnes.
- non employées par les Anglais, ont pu être déplacées. Enfin, la Chambre de Commerce a fait construire un hangar de 32 000 m* de surface à l’est du quai de la Garonne (celui-ci n’est pas terminé). Il n’en demeure pas moins que, réduit quant au nombre de ses places à quai disponibles, le port du Havre a vu son outillage de manutentions et ses dépôts en partie immobilisés.
- Par malheur, cette réduction de la capacité maritime et commerciale de l’établissement havrais coïncidait avec la complication des opérations.
- Étant convenu que nous ne saurions faire entrer en ligne de compte le mouvement du matériel et d’approvisionnement de la base anglaise, qui n’a pas été contrôlé,
- en 1915, contre seulement 3173 586 en 1914 et 3515 521 t. en 1915. Le tonnage journalier moyen,
- à raison de 300 jours de travail par an, s’équilibrait ainsi à 12 228 t. en 1915, contre 10579 en 1914, H 712 en 1915 et 12 000 depuis janvier 1916. Il a donc toujours été inférieur à celui qu’on enregistrait en 1913. Mais, une circonstance a favorisé l’engorgement. Comme tous nos ports nationaux, le Havre a vu fléchir considérablement ses exportations, pendant que ses importations s’accroissaient rapidement.
- Les importations du Havre, qui ne dépassaient pas 2 747 925 t. en 1913, s’élevaient en 1915 à 4508800 t., d’après les statistiques du port, soit une augmen-
- Fig. 3. — Navires sur lest à Ventrée et à la sortie du port du Havre (avril 1915-avril 79/6). Les tonnages sont exprimés en milliers de tonnes.
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- 414 —----- LE PORT DU HAVRE ET LA CRISE DES TRANSPORTS
- tation de 4 760875 t., et la moyenne journalière se trouvait ainsi porte'e de 9159 t. à 15029 tonnes.
- Ladiminution du tonnage d’exportation (452 779 t. en 1915 conire 920 488 en 1915) a bien permis de libérer quelques places à quai; mais, par contre,
- Fig. 4. — Trafic par chemin de fer (Expéditions). {En tonnes.)
- l’imporlation a multiplié les difficultés d’évacua-lion du Havre.
- Pour dégager rapidement les innombrables marchandises, débarquées avec des moyens réduits, il eût fallu : 1° une augmentation de la main-d’œuvre; 2° une amélioration des transports par fer; 5° un concours étendu de la navigation fluviale.
- De grands embarras ont été suscités à la manutention par la mobilisation, qui avait fait le vide sur les quais. L’administration des Travaux Publics, la Chambre de Commerce, P Union des Employeurs de main-d’œuvre s’employèrent à résoudre le problème. Les Ponts et Chaussées conclurent des accords avec les entrepreneurs de chargement et de déchargement des navires, les camionneurs et autres exploitants du port. Aux termes de ces accords, l’administration promettait d’obtenir le rappel des chefs de Service nécessaires pour le fonctionnement des entreprises ; mais les entrepreneurs, de leur côté, s’engageaient à maintenir et développer leurs moyens d’action en personnel, chevaux et matériel, et à répartir entre les divers entrepreneurs de chaque groupe les opérations de leur compétence pour éviter le plus possible les causes de retard ; à effectuer par priorité, sur l’ordre du capitaine de port, les travaux nécessaires soit pour satisfaire les services publics, soit pour éviter l’encombrement des parties du port, ou y remédier ; enfin à ne pas élever leur prix au-dessus d’un tarif fixé.
- Pour pourvoir, d’autre part, à la raréfaction du personnel ouvrier, on fit appel au concours des réfugiés en provenance de la Belgique et du Nord de la France, on utilisa pour le camionnage des militaires français, on fit venir des prisonniers de guerre, et l’administration militaire, après avoir réservé ses camions automobiles aux transports l’intéressant directement, consentit, en février 1915, à dégager certains postes et exceptionnellement à transporter des marchandises des quais aux usines du Havre et de sa banlieue.
- Le personnel de manutention se trouva ainsi constitué avant et après la guerre :
- 16 janv. 9 juill. 22 déc. 7 déc.
- 1914 1914 1914 1915
- Arrimeurs. . 2010 908 1260 1885
- Charbonniers 189 48 156 301
- Camionneurs 996 703 480 602
- Agents des Ciel 1 de navigation. 1126 1225 625 962
- Magasiniers . 2788 1614 1236 1344
- Voiliers. . . » » 116
- Divers . . . » » 240
- Au 7 décembre dernier, date à laquelle FUnion dps Employeurs procéda à son dernier recensement, 1505 ouvriers occasionnels étaient incorporés dans ce personnel, dont 555 militaires, 452 Belges, 518 Marocains, 10 Espagnols et 402 prisonniers. Il faut ajouter, en outre, que l’Intendance occupait
- Fig. 5. — Trafic principal par chemin de fer en tonnes. (Expéditions). (Non compris les transports militaires.)
- pour son compte de nombreux prisonniers, qui ne figurent pas sur cet état.
- A la lecture du relevé que nous avons dressé touchant la main-d’œuvre, il semblerait que celle-ci, à la fin de 1915, n’était pas sensiblement inférieure à celle que le port du Havre emploie en temps
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-
- LE PORT DU HAVRE ET LA CRISE DES TRANSPORTS —415
- normal. Mais il importe de considérer que beaucoup de travailleurs sont ou trop vieux, ou trop jeunes, que la main-d’œuvre des réfugiés est médiocre, et que la plupart des ouvriers sont inexpérimentés. On peut admettre une dépréciation de 40 à 50 pour 100 sur la qualité des équipes. La main-d’œuvre est donc, en fait, notoirement insuffisante.
- En second lieu, les chemins de fer ont toujours été dans l’impossibilité d’assurer l’évacuation des marchandises débarquées. Pendant la première quinzaine de janvier, la gare n’a été ouverte au service de la petite vitesse que deux joursà raison de six heures par séance. Le matériel roulant, ici comme ailleurs, a fait défaut. Ce n’est pas, d’ailleurs, que les chemins de fer de l’État n’aient redoublé d’efforts pour obtenir un maximum de résultats. On a immobilisé fréquemment l’une des deux voies de la ligne du Havre à Paris — la seule utilisable, car la ligne du Havre à Dieppe présente un profil difficile et sert à l’armée avant tout — afin de l’employer comme garage temporaire pour les trains de marchandises en attente. Durant la seconde quinzaine de janvier, la gare a expédié 20100ballesdecoton, 12500 t. de charbon, 57 800 sacs de café, alors qu’en 1915 on ne pouvait envoyer que 4400 t. de charbon ou trois fois moins.
- Le-graphique ci-contre montre bien que des progrès ont été réalisés à ce point de vue depuis janvier 1915.
- Mais on ne saurait faire disparaître en un jour les tares de la gare du Havre : l’exiguïté de son triage archaïque, l’obligation de faire passer par la gare les trains venant des quais, le goulet d’Ilarfleur, analogue à celui de la gare Saint-Lazare, mais jamais amélioré, l’insuffisance d’une ligne unique entre le Havre et Paris, et plus encore le manque de wagons, général à tous nos réseaux. Sur un millier de wagons, que peut recevoir la gare du Havre, en outre, 400 sont absorbés par nos amis anglais, autant par l’Etat. Dans ces conditions, il est ardu d’assurer un trafic commercial suffisant, et le Havre a souffert beaucoup de ce chef.
- Une ressource restait : la voie fluviale. On y a recouru largement, le canal de Tanearville
- permettant l’expédition de marchandises lourdes sur Rouen, et le réseau de navigation intérieure de la France. Aussi, le nombre des péniches en circulation, montée et descente, y est-il passé de 582 en 1914 à 2127 en 1915. Le trafic par bateaux s’y est également élevé de 241 784 tonnes, pendant le premier semestre de 1914, à 584115 pendant la même période de 1915, et de 491 185 en 1914 à 595 975 en 1915. Le développement de ce trafic apparaît, d’ailleurs, lumineusement dans le graphique que nous avons dressé pour l’année 1915 et le début de 1916.
- Mais que d’entraves pour atteindre à ce résultat! 11 a fallu rappeler des mariniers, faire la chasse aux remorqueurs, réquisitionner des chalands. Ce fut une lutte de tous les instants.
- Toutes les mesures prises pour assurer la main-d’œuvre, accroître le débit de la gare, et‘renforcer la navigation fluviale, ne pouvaient prétendre à dénouer la crise dont le Havre a lieu de se plaindre. Les dispositions les plus décisives n’ont, d’ailleurs, été adoptées que tardivement, lorsque la situation était devenue intolérable. Au début de 1916, un envoi de bottes de tranchées venant d’Amérique attendit plus d’un mois son expédition au front.
- L’industrie cotonnière de Normandie ne pouvait recevoir que 400 balles de coton au lieu de 900 qui lui étaient nécessaires; le maire du Havre déclarait, le 26 janvier 1916, qu’il ne pouvait acheminer 5000 tonnes de métaux commandées et réclamées par la guerre. Quelques mois plus tôt, le président de la Chambre de commerce pouvait estimer « à plusieurs dizaines de milliers de tonnes 1 engorgement des quais et magasins publics et particuliers )>. Aucune amélioration n’avait encore été réalisée à cet égard en février 1916.
- A l’heure actuelle, les doléances sont moins vives. Mais le mal subsiste.
- La Chambre de Commerce a envisagé un grand nombre de travaux, et, en particulier, l'outillage de tous les quais insuffisamment pourvus : quais du sas Vetillart, Garonne vieux, Gironde Ouest, quai d’Escale actuel, nouveau quai de marée du
- Fig. 6. — Mouvement du canal de Tanearville.
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- LA CAVERNE PEINTE DE LA PJLETA (ESPAGNE)
- Nouveau Port. On achève rétablissement d’un raccordement ferré entre les voies des quais et Harfleur ; on crée à Soquence un immense faisceau de triage.
- Mais combien d’autres mesures seraient urgentes : l’amélioration de l’entrée du canal de Tancar-ville, et l’installation de postes à quai dans cette zone, la continuation des terrassements du Nouveau Port, le remplacement des wagons français mis à la disposition de la base anglaise par des
- wagons britanniques, la suppression de l’alcoolisme sur les quais pour l’amélioration de la main-d’œuvre, l’augmentation du nombre des prisonniers, et, plus que tout, le doublement de la ligne de Paris au Havre.
- Ce n’est qu’à ce prix que le Havre sortira de la crise où l’incurie administrative et les lenteurs parlementaires l’ont plongé, et qui est si préjudiciable aux intérêts du pajs tout entier.
- Aü îüste Pawj.owski.
- LA CAVERNE PEINTE DE LA PILETA (ESPAGNE)
- Un des dessins muraux de la caverne de la Pileta.
- A plusieurs reprises, La Nature a entretenu ses lecteurs des extraordinaires découvertes de gravures, peintures et sculptures faites sur les parois des cavernes, il y a des milliers ou des dizaines de milliers d’années, par les artistes de l’âge de la pierre taillée.
- L’Institut de Paléontologie humaine, sous les auspices de son généreux fondateur le Prince de Monaco, a entrepris la publication détaillée de ces merveilles d’un art qui, ,
- sans être toujours plus primitif, est beaucoup plus ancien que les premières manifestations de l’art classique. Leur description a déjà fait l’objet d’un certain nombre de luxueuses monographies, ayant pour auteurs,
- MM. Cartailhac, Breuil,
- Capitan, Peyrony, Alcalde del Rio, Obermaier.
- Tout le monde connaît aujourd’hui les admirables fresques polychromes de la caverne d’Altanine, « véritable
- salon carré de la peinture paléolithique ». Les grottes de Font-de-Gaume, des Combarelles, en Périgord; celles de Gargas, de Niaux, du Portel, des Trois-Frères, dans les Pyrénées où se voient de belles représentations d’animaux, dont plusieurs d’espèces éteintes : Mammouths, Rhinocéros, Ours des Cavernes, etc., ne sont pas moins curieuses. Ces découvertes ont suscité, à l’étranger, autant et plus qu’en notre pays, une curiosité et une admiration bien légitimes. Elles doivent compter parmi les plus importantes qui aient été faites dans ces dernières années dans le domaine de cette science si française : la Paléontologie humaine.
- Le nouveau volume de la série des « Peintures et gravures murales des cavernes paléolithiques » qui vient de paraître (*), est consacré à la description
- 1. Breuil, Obermaier, Willoüghby et Verner. La Pileta à Benapan (Malaga). 1vol. grand in-4°, de 68p. avec 22 planches en noir et en couleurs, 26 fig. dans le texte. Monaco, 1915. En vente chez Masson et Cie.. Prix.: 25 francs.
- de la Cueva de la Pileta, grande excavation située dans les montagnes de l’Andalousie.
- C’est une succession et un entre-croisement compliqué de palais, de salles, de dédales, de gouffres, d’abîmes dont l’exploration est des plus difficiles, parfois des plus périlleuses et dont beaucoup de parties, jusqu’aux plus éloignées et aux plus obscures — comme toujours — sont ornées de dessins et de peintures.
- La Pileta ne renferme pas de chefs-d’œuvre comparables à ceux d’Al-tamira et d’autres localités. Elle n’en offre pas
- moins un grand intérêt
- à cause de la variété et de la multiplicité des productions graphiques, dont les rapports de superposition permettent d’établir une chonologie relative des diverses techniques. C’est ainsi que des peintures rouges, souvent superposées aux peintures jaunes, sont elles-mêmes recouvertes par des peintures noires formant deux ensembles très différents. L’un,
- le plus ancien, se relie encore par son caractère
- naturaliste, réaliste, aux œuvres paléolithiques; l’autre, d’un caractère simplement schématique, de conservation d’ailleurs plus parfaite, nous conduit jusqu’à l’époque néolithique et peu;-être même jusqu’à l’àge du bronze. C’est, en effet, un des privilèges de la préhistoire espagnole de nous montrer par voie de dégénérescence toutes sortes de passages entre le bel art de l’âge du Renne, d’un réalisme si savant et si délicat et l’art bien plus récent mais bien plus maladroit et plus fruste de l’époque de la pierre polie et des premiers métaux. Tandis qu’en France une pareille transition ne s’observe pas. L'art paléolithique semble disparaître chez nous aussi brusquement qu’il apparaît. Il représente comme une magnifique floraison d’un jour qui n’eut pas de lendemain.
- A...
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahure, rue de Fleuras, 9, à Paris.
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- LA NATURE
- QUARANTE-QUATRIÈME ANNÉE — 1916
- PREMIER SEMESTRE
- INDEX ALPHABETIQUE
- A
- Abris des troupes en campagne, 187. Académie des sciences : son rôle dans la défense nationale, 47.
- Afrique : les lacs de soude de l’Est-Africain (anglais et allemand), 141. Agriculture : utilisation de l’énergie électrique, 168.
- Aiguillage électrique automatique, 566. Albanie (L’), 65.
- Allemagne : sa « Kultur » au Parthénon en 1687, 111.
- — : ses communications par T. S. F.
- avec les États-Unis, 228.
- — : le manganèse, 295.
- Allotropie du fer : élude, 239.
- Ambres des stations lacustres, 285. Ammonites (Une famille d’), 271. Animaux : comment ils se défendent de
- leurs ennemis, 119.
- Antiseptiques : leur action sur le pus, 79.
- — : leur emploi pour le traitement
- des plaies infectées, 94. Appareils de prothèse du membre inférieur, 285.
- — de prothèse pour les mutilés, 286.
- — à gouverner les navires, 590. Aurores boréales : leur altitude, 285. Automobile dentaire nouvelle de l’armée
- française, 95
- Aveugle^ (Œil électrique pour), 110. Aviateurs : examen psycho - physiolo -giqüe, 302.
- Aviation : les avions de guerre étrangers, 145.
- Avions de guerre étrangers, 145.
- B
- Bagdad et Alexandrette (Le chemin de fer de), 31.
- Balance d’induction pour la recherche des obus non éclatés, 239.
- Baltique (La), 1.
- Baraquements des troupes en campagne, 187.
- Bateaux à moteurs pour la chasse aux sous-marins, 272.
- Benzols : industrie, 6.
- Bétail de Madagascar, 17.
- betterave sucrière : culture dans le sud-ouest de la France, 95.
- Beurre et graisses alimentaires, 560.
- Blessés : leur évacuation, 33.
- — de la guerre : leur enseignement professionnel, 256.
- Brancards de tranchées, 172.
- c
- Canal de Panama : obstruction, 47.
- — de Suez (Les attaques contre le), 56.
- — de Marseille au Rhône : percement du tunnel de Rove, 159. Casablanca : l’exposition, 49.
- Casque d'infanterie : son efficacité, 176. Cathédrale de Reims (La), 225.
- Caverne peinte de la Pileta (Espagne), 416.
- Centre de gravité et centre d’inertie : différence, 159.
- Chaudières nouvelles des transatlantiques actuels, 163.
- Chemin de fer de Bagdad et Alexandrette, 31.
- Choucroute : industrie, 27.
- Cité Reconstituée (l’Exposition de la), 318.
- Coïncidences de deux phénomènes périodiques : méthodes d’observation,
- 191.
- Colonies françaises : leur avenir. 337.
- Colonies portugaises, 401.
- Commerce et industrie du cuivre pendant les hostilités, 150.
- Commerce auslro- allemand avec les colonies françaises, 389.
- Communications automatiques, 137.
- Conductibilité d’une mince couche d’air entre deux surfaces métalliques, 50.
- Conservation frigorifique des dissolutions d’aluminate de soude, 79.
- Corfou : son utilisation, 15.
- Corrosion superficielle des métaux, 74.
- Coton et lin : leur recherche dans les toiles fabriquées pendant la guerre, 11.
- — hydrophile : préparation industrielle, 232.
- Courants marins et mines flottantes, 345.
- Crise des transport' maritimes, 289.
- Crise des transports. Le port du Havre, 411
- Cristallisation (Formation d’un réseau cellulaire pendant la), 351.
- Cristaux : accroissement, 501.
- Cuivre : commerce et industrie pendant les hostilités, 150.
- Supplément au n* 2230 de La Nature du 24 juin 1916.
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- 418 :.......... " =.——
- D
- Danem'ark : les détroits, 129. Détroits danois, • 29.
- Dissolution (Les lois delà), 79. Dumping (Le), 376.
- E
- Eau : son ancienneté à la surface de la terre, 271.
- — souterraines : leur contamination
- par suite de la guerre, 30.
- — d’alimentation urbaines : leur ja-
- vélisalion, 254.
- — oxygénée : son influence sur la
- germination, 286.
- Éclatement et fragilité : lois, 181. Éclipse du 3 février, 254.
- Élévateur de sacs, 299.
- Énergie électrique : transport de Suède en Danemark à travers le Sund, 270. Embarcations de sauvetage : prompte mise à l’eau, 247.
- Engins de tranchées antiques, 70. Engrais et la guerre, 406.
- Espagne : l’industrie et la guerre, 278.
- — : le platine, 374.
- États-Unis : les usines de II. Ford, 42. Évacuation des blessés, 35.
- Examen psycho-physiologique des aviateurs, 502.
- Expédition de Shacklelon en détresse dans F Antarctique, 509.
- Exposition de Casablanca, 49.
- — de la Cité Reconstituée, 518. Extraction d’un projectile du cœur, 351.
- F
- Fabrication des tubes métalliques : procédé Mannesman, 316.
- Faciès pélagique : son absence dans la série sédimentaire, 254.
- Ferry-Boats (Les), 134.
- Fers météoriques du canon Diabolo, 159.
- Fétichisme à travers les âges, 257.
- Fluor dans le règne végétal, 94.
- Foire de Lyon, 255.
- Forçage du muguet, 117.
- Frets et la crise des transports maritimes (Les), 289.
- Fumée : suppression par la précipitation électrique, 282.
- Fusils-mitrailleurs, 81.
- G
- Gosselct (Jules) : nécrologie, 551. Graisses alimentaires et beurre, 360. Guerre navale en 1915, lre partie, 193. — navale en 1915, 2” partie, 209.
- iNÔEX ALPHABÉTIQUE :
- H
- Heure légale (Modification de F), 319. Homme préhistorique de la Naulette, 302.
- Huîtres : le chambrage, 239. Hybridation des crucifères sauvages et cultivés, 302.
- Hydrogène : procédés français de fabrication, 155.
- Ilydro-ski-Risso, 400.
- Hygiène du soldat au front, 192.
- I
- Idoles à clous des nègres du Loango, 257. Indicateurs et contrôleurs de chauffe pour navires, 54.
- Industrie du coke et des benzols, 6.
- — de la choucroute, 27.
- — espagnole pendant la guerre, 278. Industrie résinière, 385.
- Insectes ennemis de l’intendance, 241. Irak : les pétroles, 359:
- J
- Japon : ses rapports économiques avec la Russie, 106.
- Jouet lozérien, 396.
- Jungtleisch (Émile) : Nécrologie, 400.
- K
- Kultur allemande au Parthénon en 1687 (La), 111.
- L
- Lacs de soude de l’Est-Africain, 141. Lampe à incandescence à arc, 598. Laponie : la guerre et l’élevage du renne, 59.
- Ligne ferrée de l’Estaque à Miramas (La nouvelle), 108.
- Lin et colon : leur recherche dans les toiles fabriquées pendant la guerre ,11. Locomotive militaire à double cheminée, 128.
- Locomotrices pour fondre la neige dans les rues, 79.
- Lois de l’éclatement et de la fragilité, 181.
- — de résonance des corps sonores, 368.
- Longitude entre Paris et "Washington :
- différence, 191.
- Lyon : la foire, 255.
- M
- Magnésium : son rôle dans la végétation :
- 319.
- Magnétisme terrestre : origine, 518. Main magnétique, 351.
- Manganèse dans quelques sources du massif alpin, 175.
- — : sa circulation dans les eaux
- naturelles, 191.
- — dans les sources pyrénéennes, 285.
- — en Allemagne, 293.
- Marché des métaux de guerre, 245.
- — de la soie pendant la guerre, 369. Marine : nouveaux types de navires de
- combat, 115.
- — : La guerre navale en 1915,
- lra partie, 193.
- — : La guerre navale en 1915,
- 2e partie, 209.
- Maroc : les grands travaux et l’exposition de Casablanca, 49.
- Méningite cérébro-spinale ; influence des facteurs météorologiques, 31.
- Mer Baltique (La), 1.
- Métaux : corrosion superficielle, 74. Métronome d’atelier, 145.
- Métropolitain : récents travaux, 311. Minerais algériens, 501.
- Mines flottantes et courants marins, 545. Monnaie de billon, 103.
- — de papier de guerre, 376. Moteurs électriques en agriculture, 168. Moustiques : leur danger pendant la
- guerre, 295.
- Muguet forcé : industrie, 117.
- Mutilés : leur enseignement professionnel, 236.
- — de la guerre : ils pourront re-
- prendre leurs occupations antérieures, 286.
- N
- Navires : indicateurs et contrôleurs de chauffe, 54.
- — de combat : nouveaux types, 115.
- — marchands alliés perdus depuis
- le début de la guerre, 501, Nébulosité moyenne en France : distribution mensuelle, 400.
- Nécrologie : René Zeiller, 15.
- — : Jules Gossclet, 551.
- — : Émile Jungfleisch, 400.
- O
- Obus non éclatés : nouvelle méthode de recherche dans les champs, 239.
- Œil électrique pour aveugles, 110. Œuvre de la « Société des amis », 93. Oxyde de phényle : cristallisation, 272.
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- P
- Papier (La crise du), 273. Papiers-monnaie de guerre, 376. Paquebots français nouveaux, 60. Parasitisme (Le), 30.
- Perse (Les Russes en), 305.
- Pétroles sur le front de l’Irak, 359. Pharmacie centrale militaire, 84. Photographie balistique, 548.
- Physique : les prix Nobel, 25.
- Pieds gelés, 77.
- Plaies de guerre anciennes : traitement, 95.
- — de guerre : la flore, 175.
- Platine : sa présence en Espagne, 79.
- — espagnol, 374.
- Pommade romaine : analyse, 501. Ponts militaires, 97.
- Port du Havre et la crise des transports, 411..
- Portugal : ses glaciations, 351.
- Portugal : colonies, 401.
- Poudre et explosif, 368.
- Presse du front (La), 160.
- Prix Nobel de physique, 25.,
- Projectiles lancés avec une grande vitesse initiale sous un angle voisin de 45° : trajectoire, 79.
- — à grande portée : leur trajectoire,
- 301.
- R
- Radiographies : examen en relief pseudoscopique, 191.
- Radioscopie en lumière rouge, 14.
- Rats des tranchées, 62.
- Rayons X : leur catoplrique, 79.
- — et anaphylaxie, 368.
- Reims : la cathédrale, 225.
- Renne : élevage en Laponie, 39.
- Résine : industrie, 385.
- Roches alpestres : leur coloration en rose, 285.
- Romains : le procédé colorimétrique utilisé par eux pour caractériser les eaux douces, 301.
- Russes en Perse (Les), 305.
- Russie : La tourbe et son traitement,
- 88.
- : INDEX ALPHABÉTIQUE
- Russie : ses rapports économiques avec le Japon, 106.
- S
- Saumons : migration de montée, 30.
- Sable : présence d’un enduit anti-mouillant à sa surface, 175.
- Self-diffuseur à anhydre sulfureux pour la désinfection des tranchées, 271.
- Sbacklelon en détresse dans l’Antarc-tique, 509.
- « Société des amis » (L’œuvre de la), 93.
- Soie : le marché pendant la guerre, 369.
- Soudure autogène, 261.
- Soufre : cristallisation, 551.
- Souris : son infection expérimentale par la Leihsmania tropica, 191.
- Sous-marins (Bateaux à moteurs pour la chasse aux), 272.
- Soutes aux hydrocarbures : protection contre l’incendie, 519.
- Stérilisation de l’eau par l’acide carbonique sous pression, 15.
- Stomatologie : nouvelle automobile dentaire de l’armée française, 95.
- Sucre de canne, 177.
- Suggestion : son influence sur la température périphérique du corps, 551.
- Suède : transport de l’énergie électrique de Suède en Danemark, 270.
- Suez : les attaques contre le canal, 56.
- Sulfure de calcium phosphorescent, 30.
- Surdités vraies et simulées : mesure de l’acuité auditive, 159.
- Suture métallique dans les fractures compliquées du fémur et de l’humérus, 285.
- T
- Taches solaires : variations de la latitude héliographique moyenne, 501.
- — solaires (Influence de la terre sur les), 351.
- Télautographe, 251.
- .. z 419
- T. S. F., 254.
- — entre l’Allemagne et les États-
- Unis, 228.
- Téléphone : le réseau téléphonique de la zone des armées, 124.
- — automatique, 137.
- Tétanos tardif, 175.
- — tardif, 239.
- Timbres-poste de guerre, 266.
- Toiles fabriquées pendant la guerre :
- recherche du lin et du coton, 11. Tonkin : géologie, 255.
- Topinambours (Plantons des), 385. Tourbe et son traitement en Russie (La), 88.
- Trains sanitaires anglais, 22.
- Trajectoire des projectiles lancés avec une grande vitesse initiale sous un angle voisin de 45°, 31. Transatlantiques actuels : les nouvelles chaudières, 163.
- Tremblement de terre de la Marsica dans l’Apennin Central, 161.
- Troupeau national français et la guerre (Le), 17.
- Tubes métalliques : fabrication par le procédé Mannesman, 316.
- Tunnel de Rove : percement, 159. Typhoïdes et para-typhoïdes, 353. Typhus exanthématique : sur sa guérison, 302.
- U
- Usines de H. Ford aux États-Unis, 42.
- V
- Vin d’ananas : ses ferments, 286. Voitures d’eau des armées, 380.
- Z
- Zeiller (René) : nécrologie, 15.
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- LISTE DES AUTEURS
- PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE
- A.... — La caverne peinte de la Pileta (Espagne), 416.
- Allemagne (Henry-Rene' d’). — Les Russes en Perse, 505. — Le jouet lozérien, 596.
- Barré (Paul). — Le dumping, 376.
- Berget (Alphonse). — Les mines flottantes et les courants marins, 345.
- Bertin (E.). — La guerre navale en 1915. lpe partie, 195. — 2e partie, 209.
- Blin (Henri).— L’industrie de la choucroute, 27. — L’industrie du muguet forcé, 117. — Utilisai ion agricole de l’énergie électrique, 168. — L’industrie résinière, 585.
- Bonnin (R.). — Les transatlantiques actuels et les nouvelles chaudières marines, 163. — Transport de l’énergie électrique de Suède en Danemark, 270.
- Boyer (Jacques). — Locomotrices pour fondre la neige dans les rues, 79. — Nouvelle automobile dentaire de l’armée française, 95. — Curieuse locomotive militaire à double cheminée, 128. — La presse du front, 160. — Le sucre de canne et la guerre, 177 — Nouvelle méthode de recherche des obus non éclatés dans les champs, 239. — Les ennemis de l'Intendance, 241. — Examen psycho-phvsiologique des aviateurs, 302. — Plantons des topinambours, 383. — L’hydro-ski-Risso, 400.
- Breton (à.) — Aiguillage électrique automatique, 365. — Les engrais et la guerre, 406. — Lampe à incandescence à arc, 398.
- Cambon (Victor). — Les grands travaux au Maroc et l’Exposition de Casablanca, 49. — Les lacs de soude de l’Est-Afrieain (anglais et allemand), 141. — La foire de Lyon, 255.
- Cerisaie (J. de la). — Abris des troupes en campagne, 187.
- Couitn (Henri). — Les rats dans les tranchées, 62. — Comment les animaux se défendent de leurs ennemis, 119. — Le danger des moustiques pendant la guerre, 295.
- Coustet (Ernest). — Nouveaux paquebots français, 60. — La nouvelle ligne ferrée de l’Edaque à Miramas, 108. — La lin des hostilités... au téléphone! 137. — Prompte mise à l’eau des embarcations de sauvetage, 247.
- D. V. — Pour la chasse aux sous-marins, 272.
- Deiif.rain (He\ri). — Les attaques contre le canal de Suez, 56.
- E. -A. M. — Utilisation de Corfou, 15. — Alexandrette et le chemin de fer de Bagdad, 31. ;— La Kultur allemande au Parihénon en 1687, 111. — Percement du tunnel de Rove, 159.
- Flamel (Nicolas). — La soudure autogène, 261.
- Foruin (V.). — Enseignement professionnel des blessés de la guerre, 236.
- Fournier (Lucien). — La Pharmacie centrale militaire, 84.— Le réseau télégraphique de la zone des armées, 124. — Les procédés français de fabrication de l’hydrogène, 155. — L’hygiène du soldat au Iront, 192, La T. S. F. entre
- l’Allemagne et les États-Unis, 218. — Le Télautographe, 251. — Récents travaux du métropolitain, 311.
- Guitard (E.-II.). — Les ancêtres de nos engins de tranchées, 70. •
- Jumelle (Henri). — L’avenir de nos colonies, 357.
- L. D. L. — Les pétroles sur le front de l’Irak, 559.
- L. F. — La monnaie de hilton, 105.
- Launay (L. de). — Les lois de l’éclatement et de la fragilité, 181. — La cathédrale de Reims, 225. — Le marché des métaux de guerre, 245. — Le manganèse en Allemagne, 293. — Le platine espagnol, 574.
- Lequatre (G.). — La crise du papier, 273.
- Lotti (B.). — Le tremblement de terre de la Marsica dans l’Apennin Central, lbl.
- Martel (E.-A.) — L’Albanie, 65. — Timbres-poste de guerre, 266. — L’Exposition de la Cité Reconstituée, 318. — Les papiers-monnaie de la guerre, 576. — Les colonies portugaises, 401.
- Martinet (Dr Alfred).—Fièvres typhoïdes et para-typhoïdes, 353.
- Merle (René). — Les voitures d’eau des armées, 380.
- Moussu (Prof. G.). — Le troupeau national français et la guerre, 17.
- Pawloavshi (Auguste). — Les frets et la crise des transports maritimes, 289. — Le port du Havre et la crise des transports, 4M.
- Phillire (Henriquez). — Les mutilés de la guerre pourront reprendre leurs occupations antérieures, 286.
- Rabot (Charles). — La Baltique, 1. — La guerre et l’élevage du renne eu Laponie, 39. — Les détroits danois, 129. — Shackleton en détresse dans l’Antarctique, 309.
- Renouard (Alfred). — Recherches du lin et du coton dans les toiles fabriquées pendant la guerre, 11. — Prépara'ion industrielle du coton hydrophile, -252. — Le marché de la soie pendant la guerre, 369.
- Sagnier (Henry). — Le beurre et les graisses alimentaires, 360.
- Verneau (R.). — Le fétichisme à travers les âges, 257.
- Verseau (Du). — Nouveaux types de navires de combat, 113.
- Yichnïak (J.). — La tourbe et son traitement en Russie, 88,
- — Suppression de la fumée par la précipitation électrique, 282.
- Volta (H.). — Le procédé Mannesman pour la fabrication des tubes métalliques, 316. — La photographie balistique, 348.
- — Poudre et explosif, 368. — Le commerce austro-allemand avec les colonies françaises, 389.
- X. — Les prix Nobel de physique, 25. — H. Ford : L’homme et l’œuvre, 42. — La corrosion superficielle des métaux, 74. — Les fusils-mitrailleurs, 81. — Les ponts militaires, 97. — Les avions de guerre étrangers, 145.
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- TABLE DES MATIERES
- N. B. Les articles de la Chronique, imprimés dans ce volume en petits caractères, sont indiqués dans cette table en lettres italiques.
- ARMEMENT
- Les ancêtres cle nos engins de tranchée (E.-1I. Guitard). 70
- Les fusils-mitrailleurs (X ..).............................. 81
- Les ponts militaires (X...)................................. 97
- Le réseau télégraphique cle la zone des armées (Lucien
- Fournier)............................................. 124
- Curieuse locomotive militaire à double cheminée
- (Jacques Boyer)...........................................128
- Les avions de guerre étrangers (X...)........................145
- Les procédés français de fabrication de l’hydrogène
- (Lucien Fournier).........................................155
- L’efficacité^du casque d’infanterie..........................176
- Abris des troupes en campagne (J. de la Cerisaie) . . 187
- Poudre et explosif (II. Volta)...............................368
- Les voitures d’eau des armées (René Merle)...................580
- CONDITIONS ÉCONOMIQUES DE LA GUERRE
- L’industrie du coke et des benzols..................... 6
- Recherche du lin et du coton dans les toiles fabriquées
- pendant la guerre (Alfred Renodard)...................... 11
- Le troupeau national français et la guerre (Prof. G.
- Moussu).............................., .............. 17
- L’industrie de la choucroute (Henri Blin).................. 27
- La guerre et l’élevage du renne en Laponie (Charles
- Rabot), . .............................................. 39
- La tourbe et son traitement en Russie (J. Vichniaic) . 88
- La monnaie de billon (L.-F.)...............................103
- L’industrie du muguet forcé (Henri Blin)..................117
- Le métronome d’atelier.....................................143
- Le commerce et l’industrie du cuivre pendant les
- ho-tdités,..............................................150
- Utilisation agricole de l’énergie électrique (Henri Blin). 168 Le sucre de canne et la guerre Jacques Buïer) . . . . 177
- Préparation industrielle du coton hydrophile (Alfred
- Renouard)...............................................232
- Le marché des métaux de guerre (L. de Launay).. . . 245
- La foire de Lyon (Victor Cambon)..........................255
- Timbres-poste de guerre (E.-A. Martel)....................266
- Transport de l’énergie électrique de Suède en Danemark
- (R. Bonnin).............. ;.........................270
- La crise du papier (G. Lequatre)..........................273
- L’industrie espagnole et la guerre .......................278
- Les frets et la crise des transports maritimes (Auguste
- Payvlowski) '......................................... 289
- L’avenir de nos colonies (Henri Jumelle)..................557
- Le beurre et les graisses alimentaires (Henry Sagnier). 360 Le marché de la soie pendant la guerre (Alfred Re-
- nouard)................................................ 369
- Le platine espagnol (L. de Launay)................... . 374
- Les papiers-monnaie de la guerre (E.-A. Martel). . . 376
- Le dumping (Paul Barré)..................................376
- L’industrie résinière (Henri Blin) 385
- Le commerce austro-allemand avec les colonies françaises (II Volta). ..................................389
- Les engrais et la guerre (À. Breton).................406
- Le port du Havre et la crise des transports (Auguste
- Pawlowski) . ........................................411
- La culture de la betterave sucrière dans le sud-
- ouest de la France.................................. 95
- Modification de l’heure légale..........................519
- CONDITIONS GÉOGRAPHIQUES ET ETHNIQUES DE LA GUERRE
- La Baltique (Charles Rabot)................................ 1
- Ulili-alion de Corfou (E.-A. M.)........................ 15
- Alexandrelte et le chemin de fer de Bagdad (E.-A. M.). 31
- Les grands travaux au Maroc et l’exposition de Casablanca (Victor Cambon)................................... 49
- Les attaques contre le canal de Suez (Henri Dehérain) . 56
- L’Albanie (E-A. M\rtel)..................................... 65
- Le Japon et la Russie : leurs rapports économiques. . 106
- Les détroits danois (Charles Rabot).........................129
- Les Russes en Perse (Henry-René D’Allemagne). . . . 305
- Les pétroles sur le front de l’Irak (L. D. L.)..........559
- Les colonies portugaises (E.-A. Martel)....................401
- CHIMIE.
- Le sulfure de calcium phosphorescent............... 30
- La conservation frigorifique des dissolutions d'alu-
- minate de soude. . .......................... 79
- Étude de l’allotropie du fer.......................239
- Ancienneté de l'eau à la surface de la terre. . . . 271
- Cristallisation de l'oxyde de phényle............ . 272
- MÉDECINE ET HYGIÈNE.
- Les trains sanitaires anglais sur le continent......... 22
- L’évacuation des blessés de la ligne de feu à l’hôpital . 35
- Les pieds gelés............................................ 77
- La pharmacie centrale militaire (Lucien Fournier). . . 84
- Nouvelle automobile dentaire de l’armée française
- (Jacques Boyer)........................................ 95
- Un œil électrique pour aveugles............................110
- Les brancards de tranchées. ......................... 172
- L’hygiène du soldat au front (Lucien Fournier) ..... 192
- Enseignement professionnel des blessés de la guerre (V. Forbin) . ........................................ 236
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- 422 .: TABLE
- Les mutilés de la guerre pourront reprendre leurs occupations antérieures (IIenriquez Philippe)..........
- Le danger des moustiques pendant la guerre (Henri
- Coupin)..........................................
- Examen psycho-physiologique des aviateurs (Jacques
- Boyer)...........................................
- La main magnétique..................................
- Fièvres typhoïdes et para-typhoïdes (Dr Alfred Martinet) ............................................
- La stérilisation de l’eau par l’acide carbonique sous
- pression.........................................
- Le parasitisme......................................
- La contamination des eaux souterraines par suite
- de la guerre.....................................
- Influence des facteurs météorologiques sur la méningite cérébro-spinale............................
- Action des antiseptiques sur le pus.................
- L'emploi des antiseptiques dàns le traitement des
- plaies infectées.................................
- Le traitement des plaies de guerre anciennes . . . Mesure de l’acuité auditive des surdités vraies et
- simulées.........................................
- La flore des plaies de guerre.......................
- Sur le tétanos tardif...............................
- Le tétanos tardif. •................................
- Javélisation des eaux d’alimentation urbaines. . . Self-diffuseur à anhydre sulfureux pour la désinfection des tranchées...............................
- Appareil de prothèse du membre inférieur............
- La suture métallique dans les fractures compliquées
- du fémur et de l’humérus.........................
- Sur la guérison du typhus exanthématique ....
- Extraction d’un projectile du cœur..................
- Influence de la suggestion sur la température périphérique du corps..................................
- GÉOGRAPHIE. - ETHNOGRAPHIE ARCHÉOLOGIE.
- L’obstruction du canal de Panama......................
- La nouvelle ligne ferrée de l’Estaque à Miramas (Ernest
- Coustet)...........................................
- Percement du tunnel de Rove (E.-A. M.)................
- Le fétichisme à travers les âges (R. Yerneau).........
- La caverne peinte de La Pileta (Espagne) (A...) . . . . L’homme préhistorique de la Naulette .....
- GÉOLOGIE.
- Les lacs de soude de l’Est Africain (anglais et allemand)
- (Victor Caiibon).................................
- Le tremblement de terre de la Marsica dans l’Apennin
- Central (B. Lotti)...............................*
- Le manganèse en Allemagne (L. De Launay)............
- Présence du platine en Espagne......................
- Fers météoriques de canon Diabolo...................
- Le manganèse dans quelques sources du massif alpin. Circulation du manganèse dans les eaux naturelles. Absence du fades pélagique dans la série sédimen-
- taire............................................
- Géologie du Tonkin..................................
- Le manganèse dans les sources pyrénéennes ....
- Les ambres des stations lacustres...................
- Coloration en rose clés roches alpestres............
- Minerais algériens..................................
- Les glaciations du Portugal ........................
- MATIÈRES .........._
- HISTOIRE NATURELLE. BIOLOGIE. — ZOOLOGIE.
- Les rats dans les tranchées (Henri Coupin)......... 62
- Comment les animaux se défendent de leurs ennemis
- (Henri Coupin).................................. 119
- Les ennemis de l'Intendance (Jacques Boyer)........241
- Plantons des topinambours (Jacques Boyer) ............383
- La migration de montée des saumons................. 30
- Le fluor dans le règne végétal..................... 94
- Infection expérimentale de la souris par la Leihsmania
- tfopica...........................................191
- Le chambrage des huîtres . ...........................239
- Une famille d’Ammonites...............................271
- Influence de l’eau oxygénée sur la germination . . 286
- Les ferments du vin d'ananas. . ......................286
- Procédé colorimétrique utilisé par les Romains pour
- caractériser les eaux douces......................301
- L’hybridation des crucifères sauvages et cultivés. . 302
- Rôle du magnésium dans la végétation..................319
- MARINE.
- Indicateurs et contrôleurs de chauffe pour navires. . . 51
- Les nouveaux paquebots français (Ernest Coustet). . . 60
- Nouveaux types de navires de combat (Du Verseau) . . 113
- Les ferry-boats...........................................134
- Les transatlantiques actuels et les nouvelles chaudières
- marines (R. Bonnin)...................................163
- La guerre navale en 1915. lre partie (E. Bertin) . . . 193
- La guerre navale en 1915. 2e partie (E. Bertin) . . . 209 Prompte mise à l’eau des embarcations de sauvetage
- (Ernest Coustet) .....................................247
- Pour la chasse aux sous-marins (D. V.)..................272
- Navires marchands alliés perdus depuis le début de la
- guerre................................................301
- Les mines flottantes et les courants marins (Alphonse
- Berget) . ............................................545
- La direction des navires et les appareils à gouverner. . 390
- MÉCANIQUE.
- Locomotrices pour fondre la neige dans les rues (Jacques
- Boyer)................................................... 79
- La fin des hostilités... au téléphone. (Les communications automatiques) (Ernest Coustet).....................137
- ' Le télautographe (Lucien Fournier)........................251
- La soudure autogène (Nicolas Flaîiel)................. . 261
- L’élévateur de sacs.........................................299
- Le procédé Mannesman pour la fabrication des tubes
- métalliques (H. Yolta)..................................316
- Aiguillage électrique automatique (A. Breton) .... 365
- PHYSIQUE. - ASTRONOMIE.
- Les prix Nobel de physique (X...).......................... 25
- La corrosion superficielle des métaux (X...).............. 74
- Les lois de l’éclatement et de la fragilité (L. de Launay). 181 La T. S. F. entre l’Allemagne et les États-Unis (Lucien Fournier) ..................................... 228
- DES
- 286
- 295
- 302
- 551
- 353
- 15
- 30
- 30
- 31
- 79
- 94
- 95
- 159
- 175
- 175
- 239
- 254
- 271
- 285
- 285
- 302
- 351
- 351
- 47
- 108
- 159
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- 302
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- 293
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- TABLE DES MATIÈRES ...: -—= 423
- Nouvelle méthode de recherche des obus non éclatés
- dans les champs (Jacques Boyer)."...................239
- Suppression de la fumée par la précipitation électrique
- (J. Viciiniak)..................................... 282
- La photographie balistique (II. Volta).................348
- Lampe à incandescence à arc (A. Breton).............398
- La radioscopie en lumière rouge........................ 14
- Conductibilité d'une mince couche d'air entre deux
- surfaces métalliques................................ 30
- Sur la catoptrique des rayons X ...... . . 79
- La trajectoire des projectiles lancés avec une grande vitesse initiale sous un angle voisin de 45°. ... 79
- Sur les lois de la dissolution......................... 79
- La différence entre le centre de gravité et le centre
- d’inertie...........................................159
- La présence d’un enduit antimouillant à la surface
- du sable............................................175
- Méthodes d’observation des coïncidences de deux phénomènes périodiques..................................191
- Différence de longitude entre Paris et Washington. 191
- Examen des radiographies en relief pseudoscopique. 191
- L’éclipse du 3 février.................................254
- T. S. F................................................251
- Altitude des aurores boréales..........................285
- Accroissement des cristaux..........................301
- Trajectoire des projectiles à grande portée............301
- Analyse d’une pommade romaine..........................301
- Variation de la latitude héliographique moyenne des
- taches solaires.................................. 510
- Origine du magnétisme terrestre........................318
- Cristallisation du soufre............................. 351
- Influence de la terre sur les taches solaires .... 351
- Formation d’un réseau cellulaire pendant la cristallisation ............................................351
- Les rayons X et l’anaphylaxie..........................368
- Lois de résonance des corps sonores................568
- Distribution mensuelle de la nébulosité moyenne en France...............................................400
- NÉCROLOGIE.
- Nécrologie : René Zeiller............................ 15
- Nécrologie : Jules Gosselet...........................351
- — : Émile Jungfleisch........................400
- DIVERS
- H. Ford : L’homme et l’œuvre............................ 42
- L’œuvre de la « Société des Amis »................... 93
- La kulLur allemande au Parthénon en 1687 (E.-A. M.). 111
- La presse du front (Jacques Boyer)......................160
- La cathédrale de Reims (L. de Launay)...................225
- Shackleton en détresse dans l’Antarctique (Charles Rabot). 309 Récents travaux du métropolitain (Lucien Fournier) . . 511
- L’Exposition de la Cité Reconstituée (E.-A. Martel) . . 518
- La protection des soutes aux hydrocarbures contre l’incendie..................................................319
- Le jouet lozérien (Henry-René D’Allemagne)..............396
- L’hydro-ski-Risso (Jacques Boyer).......................400
- Le rôle joué par l’Académie des Sciences dans la défense nationale....................................... 47
- FIN DES TABLES
- Le Gérant : P. Masson.
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