La Nature
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- LA NATURE
- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L'INDUSTRIE
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- LA NATURE
- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L'INDUSTRIE
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ
- Paris. Un an. . — Six'mois,
- ABONNEMENTS
- 20 fr. )) Départements. Un an.. . 25 fr. » Union postale. Un an . . 26 fr. »
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- AVEC QUATRE TABLES DÉCENNALES ( 1 8^3— I C) 1 i)
- Paris. — Imprimerie Lauure, rue de Fleurus, 9.
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- LA. NATURE
- B&mM&wm
- M^M€$ZÛ©MB
- ILfMIBÏÏ^Tlfe
- ET ©Il HUI MILP^ÎRT
- QUARANTE-QUATRIÈME ANNÉE 1916 — DEUXIÈME SEMESTRE
- MASSON ET C\ ÉDITEURS
- LIBRAIRES DE L'ACADÉMIE DE MÉDECINE
- PARIS, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN
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- 44e ANNÉE. — N° 2231. —
- Ier JUILLET 1916.
- LA NATURE
- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
- LA FABRICATION MÉCANIQUE DES CHAUSSURES DE L’ARMÉE
- Il y a un peu plus de quarante ans que la fabrication mécanique des chaussures a été imaginée, mais ce^ n’est que depuis quelques années seulement qu’ellea été appliquée à la confection des bottes et souliers de troupe, auparavant, exclusivement confiée aux cordonniers des régiments. Avec la guerre
- fois atteint le but, mais nos solutions ont toujours été des victoires à la Pyrrhus, car nous ne sûmes pas profiter de nos inventions. Le principe du montage mécanique est du à un Clermontois, Sylvain Dupouy ; celui du finissage à la machine à un Lyonnais, Mollière; et la première machine à assembler
- Fig. i. — Vue d’un atelier dans une fabrique mécanique de chaussures.
- cette fabrication a pris une extension considérable, au point qu’à l’heure actuelle elle a presque exclusivement remplacé le travail manuel.
- Elle nous est venue d’outre-Atlantique. Le travail à la main faisant solide, mais long et coûteux, ne séduisait nullement les Américains ; dans un pays où il faut avant tout aller vite et chez lequel la qualité ne passe pas toujours au premier rang, on a cherché la solution du problème du côté de la machine et on en a inventé non pas une, mais plusieurs séries très variées pour chaque genre de fabrication.
- Ce n’est pas qu’en France on ne se soit orienté dans la même voie ; il semble même qu’on ait par-
- les trépointes à la semelle et à la tige a été brevetée par le français Destony.
- C’est en construisant la machine à coudre, dont ils s’étaient fait une spécialité, que les premiers inventeurs américains eurent l’idée d’en appliquer le mécanisme à la fabrication de la chaussure. Ils imaginèrent la machine à coudre les peaux au point de chaînette à double fil, capable de faire en quadruple rangée de piqûres jusque 3000 points par minute.
- Introduit chez nous, cet outil donna naissance à l’industrie des piqueuses de bottines et des fabricants de tiges, les premières travaillant à domicile pour le cordonnier à la main et allant chercher
- I — 1.
- 44’ Année. — 2' Semestre.
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- 2= LA FABRICATION MECANIQUE DES CHAUSSURES DE L'ARMEE
- les liges chez les seconds, alors qu’auparavant ce cordonnier piquait lui-même ses bottines et découpait ses tiges.
- Le succès de. cette, ingénieuse application suscita le zèle des inventeurs et l’on vit bientôt apparaître, imaginée par un Américain du nom de Blake, une machine permettant de coudre la semelle à fd simple et à point de chaînette de dedans en dehors.
- La machine Blake, dont une seule pouvait coudre rapidement et avec solidité plusieurs centaines de paires de chaussures par jour, fut l’objet d’un engouement inimaginable ; on édifia aussitôt, dans toute l’Amérique du Nord, plus de cent manufactures faisant le cousu-machine qui prit alors le nom decousu-Blake. Les premières de ces machines que l’on vit en Europe figurèrent à l’Exposition de 1878.
- Mais jusque-là toutes les chaussures se faisaient sans trépointe, c’est-à-dire sans employer la lanière plate dite trépointe, qui dans nombre de chaussures est aujourd’hui solidement cousue entre la semelle et la tige. Un Américain, Goodyear, inventa une machine permettant de coudre obliquement sur la forme la semelle intérieure, la tige et la trépointe. Ce fut toute une révolution ; le cousu-trépointe prit, à partir de ce moment, le nom de cousu-Goodyear.
- Un capitaliste, Mackay, monta alors, à l’exemple de ce qu’avait fait Edison pour l’électricité, une officine d’industrie appliquée à l’invention des machines pour la fabrication de la chaussure. La plupart des outils relatifs à cette industrie imaginés en Amérique sont sortis de cette maison. On en vit successivement surgir une machine enfonçant par minute 350 clous dans une semelle, une autre faisant les boutonnières et coupant exactement le fil au 48e point; une autre dans laquelle on jette les boutons dans une trémie, comme dans un moulin, et les cousant automatiquement à raison de 12 000 par jour, etc.
- Pour tirer un parti absolu de leurs inventions, les Américains ne vendèrent tout d’abord leurs machines à l’industrie privée qu’à un prix excessif, aujourd’hui bien diminué; mais, pour plusieurs d’entre elles, ils imaginèrent une sorte d’impôt dépendant du fonctionnement même de la machine, qu’ils appelèrent royalty System, méthode de la redevance. La machine Blake notamment fut munie d’un compteur automatique s’arrêtant à chaque millier de points et; ne marchant à nouveau que lorsque le fabricant avait .versé dans la tirelire une pièce de monnaie déterminée. Des recevéurs attitrés passaient cjiaquë mois pour recueillir ce tribut d’un nouveau genre.
- Gés procédés nous rendirent longtemps réfractaires à l’emploi des machines pour la fabrication de la chaussure ; mais il n’en fut malheureusement pas dé même à l’étranger. Le résultat fut que dans plusieurs pays d’Europe, en dehors de la France, des établissements véritablement colossaux furent rapidement édifiés, munis de machines de provenance américaine. Il y a encore en Suisse datant de cette
- époque une fabrique, celle de Shoenenwerd, dans laquelle travaillent 4200 ouvriers, qui jette sur le marché près de 2500 paires de chaussures par jour.
- Avant la guerre, en Allemagne, une manufacture d’Erfurth passait pour en produire journellement 45 000 paires. En Angleterre, il y a plus de 1200 fabriques occupant plus de 400000 ouvriers à cette fabrication. Quant aux Etats-Unis, aujourd’hui nos principaux fournisseurs de chaussures pour l’armée, ils ont édifié d’immenses usines dans lesquelles on voit les peaux arriver brutes, être rapidement et excellemment tannées sur place aux sels de chrome et sortir sous forme de chaussures dans des ateliers annexes : le nombre de ces établissements qui produisent plus de 2000 paires par jour.ne se compte plus; il y en a dans le Massachusetts, le New-Hampshire et le Maine notamment ; l’ensemble occupe 450 000 ouvriers et produi-tpar an plus de 200 millions de paires de chaussures d’une valeur approximative de 240 millions de dollars.
- Plusieurs grandes maisons de construction américaines de machines pour la fabrication des chaussures ont établi des filiales dans notre pays : nous citerons notamment les ateliers de l’United Shoe Machinery C°, à Ivry-sur-Seine, et ceux de l’importante firme Johnson et ses fils, à Auber-vilIers-la-Gourneuve.
- Quand nous disons que les Américains sont aujourd’hui nos principaux fournisseurs de chaussures, nous devrions ajouter qu’ils sont aussi inconsciemment les fournisseurs de l’Allemagne. Ce pays a reçu d’eux, en 1913, 474 000 paires de chaussures et la statistique ne mentionne rien pour 1915; seulement, les pays neutres qui, en 1913, avaient reçu des États-Unis 462 000 paires en ont importé du même pays 4 800 000 paires en 1915. A qui fera-t-on croire que le nombre de pieds à chausser ait subitement décuplé dans l’espace de deux ans?
- En France, nous ne sommes pas à la hauteur de l’Amérique, mais cependant la fabrication mécanique des chaussures a maintenant chez nous une importance appréciable.
- Les principaux centres, en dehors de Paris qui 'fait presque exclusivement la fine bottine, sont Fougères, Nancy, Angers, Arpagon, Dreux, La Réole, Tours, Blois, Amboise, Marseille, Lyon, Mouy, Liancourt/etc. ; deux villes importantes de fabrication, Lillers et Cambrai, sont actuellement entre les mains de l’ennemi.
- La plupart des grandes manufactures françaises sont d’ailleurs aujourd’hui réquisitionnées pour la fabrication des chaussures militaires et de bon nombre d’usines où l’on faisait avant la guerre le fin brodequin ou le soulier Louis XV on voit aujourd’hui sortir les diverses formes et dimensions du traditionnel godillot. Il est difficile de donner une statistique exacte de la fabrication française, étant donné que dans les relevés officiels le travail mécanique est confondu avec le
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- LA FABRICATION MÉCANIQUE DES CHAUSSURES DE L’ARMEE :__—r 3
- travail à la main; cependant, d’après un spécialiste de la cordonnerie, M. G. Coudreau, dans la déposition faite par lui à l’enquête parlementaire ouverte
- 7 500 000 francs, celle de six autres de rang égal 50 millions, celle de 22 autres 120 millions, et celle de 700 autres 250 millions, ce qui donnait au
- Fig. 2. — Atelier de montage dans une usine de construction de machines pour la fabrication - des chaussures, aux environs de Paris.
- Fig. 3. — Vue d’une partie d’un atelier d’une usine de chaussures.
- en 1909 par la Chambre des députés — et depuis lors les chiffres n’ont pas dû beaucoup varier, — la fabrication était répartie dans 98 localités : la production d’une seule manufacture atteignait
- total 827 fabricants produisant pour 450 millions de francs, non compris la cordonnerie à la main des villes et des campagnes.
- Toute chaussure militaire se compose de trois
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- 4 ' LA FABRICATION MÉCANIQUE
- parties : la semelle ou partie du dessous, la lige ou empeigne qui comprend le cuir de dessus relie' à la semelle, et le talon. Chacun de ces éléments donne lieu à un travail particulier sur lequel nous allons sommairement donner quelques indications.
- La semelle, qui se compose de deux morceaux de cuir superposés, l’un qu’on appelle la première sans autre qualification et l’autre la semelle proprement dite, est découpée (en terme de métier broche'e), puis courbée et munie sur ses bords d’un sillon où doit se placer la couture (en terme technique estampée), Ce sont là les deux opérations principales en dehors de quelques autres accessoires que nous ne nommons pas.
- La tige, de son côté, après avoir été découpée au gabarit, est allongée à l’endroit du cou-de-pied (en terme d’atelier cambrée), puis assemblée et sommairement fixée sur la forme avec la semelle (en terme technique montée), munie à l’endroit du talon d’un morceau de cuir qu’on nomme contre-fort et qui en indique la place, puis cousue. A l’aide de petites vis, on réunit alors souvent ensemble la première, la semelle et la tige.
- Vient enfin le travail du talon, dont on trouve les éléments dans les débris du découpage ou sous-bouts, qu’on accumule les uns sur les autres et sur lesquels on place un morceau de cuir final auquel on donne le nom de bon-bout, l’ensemble étant finalement consolidé par des pointes.
- On donne généralement à la chaussure un « finissage » terminal, consistant à égaliser la semelle et les talons, à noircir l’ensemble, à le polir, etc.
- Le choix des peaux joue un grand rôle dans la confection d’une chaussure. Il faut pour celles de l’armée un cuir fort et solide, qui doit être sérieusement examiné au point de vue du travail qu’on veut en obtenir et de l’usage auquel il est désigné.
- Le spécialiste en étudie le prêtant (sens dans lequel certaines peaux s’allongent avec plus de facilité), marque les endroits à éviter dans le découpage comme les poches (hanches de l’animal n’offrant aucune résistance à la fatigue) et la raie du dos (place de l’épine dorsale), enfin il porte son attention sur la qualité proprement dite. Le cuir à semelles tout d’abord, peau de bœuf ou de vache transformée par un contact plus ou moins prolongé avec des substances contenant du tanin, doit être bien net et de couleur naturelle : ceux dont la teinte de la fleur n’est pas la même que celle de la chair sont généralement rejetés au contrôle. On préfère en outre les cuirs « de pays », faciles à reconnaître parce qu’ils ont conservé à peu près la forme de la bête dans toutes ses parties, aux cuirs étrangers dont la forme est tou jours très irrégulière, surtout dans les parties du devant. Pour le cuir du dessus, empeignes ou tiges, on emploie les peaux auxquelles le corroyeur ou Je mégissier se sont efforcés de conserver ou de donner la plus grande souplesse. Ces peaux sont celles de grands veaux de 3 kg environ, tannées, sortant de fosse, trempées à
- DES CHAUSSURES DE L’ARMÉE---------------------—
- fond, mises au vent, essorées et induites d’une couche de dégras avant d’être placées en pile où elles restent ainsi le plus longtemps possible; ou encore des croupons de vache, de l’espèce connue sous le nom de croupons en huile, à cause de la nourriture spéciale qui entre dans leur corroyage. Toutes ces peaux sont employées sur chair, fleur en dessous. En les choisissant, on prête encore attention aux sexes : les peaux des mâles sont plus épaisses et leur collet plus inégal que celles des femelles.
- La coupe des tiges se fait assez rarement à la mécanique. Après une série d’essais n’ayant jamais donné que des résultats incertains, la plupart des systèmes à l’emporte-pièce ou autres du même genre ne sont pas très employés, bien que dans ces derniers temps on ait fait à cet égard de grands progrès, et encore aujourd’hui même dans les fabriques où toutes les opérations se font à la machine, la coupe y demeure souvept une opération manuelle. C’est pourquoi certains manufacturiers achètent leurs tiges chez des fabricants de tiges spéciaux. Le débit de ces éléments commence toujours par le bas, c’est-à-dire par la partie inférieure opposée à la tête : au moment de l’emploi, les tiges sont égalisées et réunies sur cambre pour être cirées et passées en colle; c’est en cet état qu’elles sont vendues.
- Dans toute manufacture, on fait usage des formes les plus diverses, c’est-à-dire des bois servant à modeler les contours des chaussures, et qui sont ou achetées au fabricant de formes ou fabriquées mécaniquement dans un atelier annexé à l’usine.
- La « machine à fabriquer les formes » a été inventée par l’américain Gilmann : on y introduit les bois en blocs, les formes y sont touchées une à une assez rapidement pour en débiter par jour une centaine avec un seul ouvrier, et on les voit sortir de la machine sous un seul type qui est ordinairement le pied droit de pointure moyenne et qui suffit pour la reproduction de la série. Cette machine est toujours accompagnée d’une autre destinée à vérifier la régularité des formes sorties de la'première et à contrôler les mesures données, construite par la maison américaine Stanley. Enfin un pantographe, dû à un inventeur français, Côté, permet de confectionner des patrons sur ces formes, pour en reproduire les modèles en carton-pâte.
- Entrons maintenant dans une manufacture de chaussures proprement dite.- Les types en sont assez variés, car chacune a pris l’habitude de se spécialiser dans un genre de couture déterminé ; les unes faisant le cousu-machine, c’est-à-dire la couture de part en part; d’autres, le cousu-trépointe, où intervient la lanière de ce nom ; celles-là encore le cousu retourné, dans laquelle le dessus est monté à l’envers; celles-ci enfin la chaussure dite chevillée (clouée) ou vissée.
- Nous n’entrerons pas dans l’étude de la fabrication mécanique des chaussures qui a été traitée en détail ici même(1). Qu’il nous suffise de rappe-
- 1. Voy. La Nature, n° 2106.
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- 1er que le nombre des opérations est des plus considérables, que l’outillage représente facilement un capital de plusieurs centaines de mille francs, chacune des opérations étant elle-même divisée en plusieurs autres, effectuées par des machines spirales.
- Quel est le résultat de cette infinie division du travail à l’aide de cette profusion de machines plus perfectionnées les unes que les autres? Au point de vue du produit lui-même, on arrive dans nombre des fabriques à une rapidité de travail inouïe.
- En Amérique, certaines manufactures supérieurement outillées ont réussi, après essai, à réduire à 17 minutes la fabrication mécanique intégrale d’une paire de chaussures : assurément la solidité de pareils produits laisse parfois à désirer et rien ne vaut le travail du cordonnier à la main qui examine chaque détail et fait pénétrer de force, dans le trou plus petit que son alêne a percé, son ligneul à dix branches consciencieusement poissé, mais si l’on songe qu’il y a un siècle la confection d’une bonne chaussure à la main exigeait 27 heures de travail, on ne peut s’empêcher de trouver qu’il y a un réel progrès. Mais d’un autre côté le machinisme a fait disparaître un grand nombre de travailleurs manuels, et ceux-là seuls aujourd’hui s’adressent au cordonnier à la main qui veulent avant tout une chaussure sur mesure solide, qu’on leur fait payer cher, mais qui défie l’usure et chausse bien. « Dis-moi ce que tu chausses, dit un proverbe inspiré par la sagesse des nations, je te dirai ce que tu es. »
- D’autre part, quelle influence la profusion du machinisme a-t-elle eue sur la situation même de l’ouvrier de la manufacture? Il faut bien le dire, d’un artiste en son métier elle a fait le plus souvent un manœuvre, connaissant le jeu de l’outil auquel il est attaché et qui souvent exige un effort musculaire si faible que dans ce temps de guerre et par suite du manque de personnel on a pu souvent faire appel au travail féminin, mais n’ayant aucune idée de l’ensemble de la fabrication.
- La machine a cependant relevé son salaire : payé à la douzaine de pièces à des prix variant avec les opérations et les types de chaussures, il gagne
- toujours plus qu’un apprenti cordonnier à la main.
- Cette situation explique les difficultés que les ouvriers de fabrique ont toujours eues à se syndiquer dans cette spécialité. On a bien essayé de former des syndicats' de coupeurs, brocheurs, cam-breurs ou piqueurs, mais ces diverses catégories de travailleurs qui se bornent à l’exécution d’une si petite parcelle de travail et n’exercent leur activité que dans un domaine des plus restreints, n’ont jamais pu grouper un nombre suffisant d’adhérents sérieux pour vivre longtemps. Il y a cependant en province quelques syndicats généraux d’ouvriers en chaussures, et l’un des plus connus est celui de Fougères, inféodé à la Bourse du Travail, et qui, il y a quelques années, a suscité une grève restée fameuse dans la région, dont le principal résultat a été d’en disperser la clientèle et qui avait pris comme prétexte le besoin d’uniformiser les salaires, utopie pratiquement irréalisable pour qui veut considérer le nombre infini des articles fabriqués et la multiplicité des machines mises en œuvre.
- Pour parer à ces difficultés, des groupes d’ouvriers ont créé dans certaines régions des coopératives de production. Il en existe encore, mais l’essai en général n’a pas donné de bons résultats. La discipline entre camarades a toujours été difficile à établir, les états-majors ont toujours voulu se payer des appointements de généraux, l’unification de la direction a toujours été des plus difficiles, enfin on a toujours eu beaucoup de peine à persuader aux ouvriers employés dans ces sociétés et qui, du reste, n’y mettaient aucune malice, qu’ils n’avaient aucun droit, bien qu’étant de la maison, d’emporter chez eux des fournitures pour la réparation de leurs chaussures personnelles. Les mutuelles n’ont pas mieux réussi.
- Les syndicats patronaux ont été plus stables. On connaît parmi les principaux : le syndicat des fabricants de chaussures de Paris qui fonctionne depuis 1864, un certain nombre de syndicats manufacturiers à Fougères, Romans, Bordeaux, Dijon, Tours, etc. et le syndicat général delà chaussure de France, rattaché au syndicat général du commerce et de l’industrie. Alfred Renouard.
- LES EMPLOIS DU GOUDRON DE HOUILLE
- On parle beaucoup du goudron et de ses applications industrielles. Mais si on sait qu’elles sont nombreuses, et en particulier intéressent au plus haut point les industries des explosifs, on est beaucoup moins renseigné en général sur ses emplois précis et sur les corps qu’il permet de fabriquer.
- Cette substance noire renferme des corps d’une blancheur de neige et d’autres encore de couleurs éclatantes ; ce produit à odeur désagréable permet de préparer des essences odorantes et variées à l’infini, tantôt identiques aux plus suaves parfums du monde végétal, tantôt au contraire d’une saveur
- âcre et revêche; ce résidu de la fabrication du gaz d’éclairage est pour les maladies une source de produits bienfaisants et en même temps il recèle dans sa masse noire les matériaux fondamentaux des plus terribles explosifs connus. Nous allons chercher à fixer les idées sur ces diverses applications et préciser les ressources extraordinaires que le goudron apporte à la chimie moderne.
- Lorsque l’on distille le goudron, on comprend sous le nom générique de benzol les portions liquides qui distillent entre 80 et 150°. A côté du benzène, de la benzine qui en constitue la majeure
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- LES EMPLOIS DU GOUDRON DE HOUILLE
- partie, on trouve du toluène, des xylènes, de l’éthyl-benzène, des cymènes, en proportion d’ailleurs très différentes. La benzine prédomine, puis le toluène.
- Plus haut, entre 150 et 180 passent des propyl-benzènes mais en proportions très faibles ; il faut distiller plusieurs tonnes de goudron pour en obtenir un litre.
- Dans les huiles moyennes passant au-dessus de 180, on trouve après traitement par la soude, le phénol et les crésols qui existent en grande proportion (10 à 15 pour 100) et enfin, dans les huiles résiduelles, une notable quantité de paraffine. On peut donc, en première approximation, considérer le goudron comme la source des corps suivants : benzine, toluène, phénol, crésol, xylène, naphtaline.
- Le tableau ci-dessous montre comment ces divers
- au choc. Sa fabrication par contre est plus délicate que celle de l’acide picrique.
- La nitration du phénol en effet, en présence d’acide sulfurique destiné à absorber l’eau formée dans la réaction, est très facile et conduit facilement à l’acide picrique (1). Mais le corps obtenu ne peut être employé comme explosif sans de grandes précautions ; il doit être manipulé dans des récipients en fer étamés. Sa sensibilité en présence du plomb ou de ses oxydes est telle que si l’intérieur des gaines d’obus par exemple est étamé avec un étain contenant même des traces de plomb, le picrate de plomb qui se forme suffit pour faire détoner toute la charge d’explosif.
- Si le trinitrotoluène ne présente pas ces dangers, il est très difficile de l’obtenir, car la fixation des
- fi
- 2
- ’O
- 3
- O
- O
- Huiles légères
- bouillant au-dessous de 150°.
- Huiles moyennes
- bouillant de 150 à 210°.
- I /
- Huiles lourdes
- I bouillant de 210 à 280°.
- Huiles anthracéniques
- bouillant de 280 à 360°.
- Eaux ammoniacales. Benzol brut. . . . Huiles phénoliques.— Résidu.
- Benzol brut----------
- Huiles phénoliques et naphtaline Résidu.
- Benzine, bouillant à 85°. Toluène (111°).
- Xylène (136-142°). Cumène (145°).
- traitées à la soude
- Solubles..
- Insolubles
- Phénol (182°). Crésols (190-200°). Naphtaline (218°). Huile lourde,
- Huiles phénoliques et naphtaline Résidu.
- ( Anthracène pur à 20 °/0 ( Huiles.
- Anthracène à 45° Anthracène pur bouillant à 351°. Huile.
- Brai.
- corps dérivent du goudron. Voyons leurs divers emplois.
- D’abord pour la préparation des explosifs. Le benzène ne joue qu’un rôle tout à fait secondaire, bien que certaines puissances utilisent le dinitro-benzène mélangé de nitrate d’ammoniaque. Mais on le transforme en phénol et en chlorure de dinitrobenzène et ces deux corps donnent facilement l’acide picrique qui, fondu, constitue la mélinite (l).
- Le toluène, au contraire, est devenu une matière des plus importantes, car la fabrication de la tolite ou trinitrotoluène s’est rapidement développée depuis le début de la guerre, cet explosif présentant un certain nombre d’avantages : bas point de fusion permettant son coulage dans les obus, insensibilité
- 1. La préparation du phénol synthétique se fait en traitant la benzine par l’acide sulfurique, on a la réaction :
- G® H® + SO* H2 = H2 O -f G® II® SO3 H.
- Le corps ainsi formé, l’acide benzène-sulfonique est traité par la soude fondue; il y a formation de sulfate de soude et de phénol suivant la formule : •* ,
- G®H5S03H + 2K0H = H20 + S03K2 + C®H5 — OH (phénol).
- groupements nitrés est d’autant moins facile qu’ils sont plus nombreux. En opérant avec poids égaux d’acide nitrique fumant et d’acide sulfurique (agissant comme déshydratants), on arrive facilement au produit deux fois nitré. Pour arriver au produit trois fois nitré il faut chauffer pendant plusieurs heures à 150°, en agitant, puis, comme la réaction n’est pas complète, séparer les dérivés di et trinitrés qui se trouvent dans la solution par des cristallisations fractionnées dans l’alcool bouillant (2).
- A un degré moindre, les crésols que l’on trouve aussi dans les goudrons et qui sont au nombre de trois, constituent également une source de matières premières pour explosifs et on utilise sous le nom de crésylite le mélange des trois crésols nitrés (3).
- 1. La formule de la réaction est :
- G® 113 OII + 3Az03II = 3 H2 O + G® H2 OH (AzO2)3 (acide picrique).
- 2. Le toluène a pour formule C®115 — CH3 et la tolite
- C®H2 — Cil3 (AzO2)3.
- 3. La formule brute des crésols est C°H4.CI13.0H.
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- LES EMPLOIS DU GOUDRON DE HOUILLE
- Quelques produits pharmaceutiques dérivés des goudrons de houille.
- [ Salol.
- ' Acide salicylique......................< Salicylates.
- ^ ) balicylate de methyle.
- ( Aspirine.
- , Phénol..............iParanitrophénol. . . ....................Phénacétine.
- Orthonitrophénol........................Gayacol, thiocol.
- 'Acide oxyphénylarsénique................ 606.
- Cblorophénol... ........................Gayacol.
- Résorcine
- Benzol. , . .
- Diphénol.
- 1 Pvrocatéchine
- Chloronitrohenzine.
- i Adrénaline. ! Gayacol. Gayacol.
- Aniline.
- Acide benzoïque.
- Toluène. . .
- Naphtaline .
- Crésols. . .
- I Naphtoi.. . .
- „ Acide phtalique
- ' Orthocrésol. . ) Métacrésol.. .
- Paracrésol.
- IV„;.lh?lr ...............................S Antipyrine.
- J J (Pyramidon.
- Pipérazine.
- Acétanilide, exalgine, i, , (606 ou arsénobenzol. A,oxïleÎHeclme.
- Diéthylaniline....................... Novocaïne.
- iDirnéthylaniline.........................Stovaïne, alypine.
- Eucaïne, stovaïne. l Pli t aie in e.
- ., . . . , , 's Novocaïne.
- i Acide anudobenzoïque....................< ^ „
- ^ / Orthoforme.
- Benzonaphtol.
- Cryogénine.
- Crésols.
- Benzaldéhyde............... Acide cinnamique.
- Benzonaphtol.
- Naphtoi.
- Bétol.
- i Ether méthylique.
- | Ether éthylique.
- Anthranilate de méthylène.
- Indol.
- Coumarine.
- Musc ambrethol (dinitrobutylméthylmétacrésol).
- ^Aldéhyde anisique.
- I Ethers anisiques.
- Benzène.
- Phénol.
- Quelques parfums dérivés des goudrons de houille.
- SAcétophénone.
- Yanilline.
- Alcool phényléthylique.
- I Oxyde de phényle.
- Salicylade de mythyle.
- — d’isotrotyle.
- — d’amyle.
- — de henzyle.
- Anisol-acétylanisol.
- [ Formiate de henzyle.
- (Acétate de henzyle.
- I Alcool benzylique . . <Benzoate de henzyle.
- /Cinnamate de henzyle.
- ( Salicylate de henzyle. i Aldéhyde cinnamique.
- ] l Cinnamate de méthyle,
- f Acide cinnamique. < — d’éthyle.
- [ Bromostyroline.
- I Ethers benzoïques.
- Aldéhyde phénylacétique.
- Éthers phénylacétiques.
- Diphénylméthane.
- Méthylacétophénone.
- Métaxylène (Trinitrobutylmétaxylène (musc xylène).
- ' ’ ( Dinitrobutylcrésylcétone (musc cétonique).
- ToLUÈNi
- J Aldéhyde benzoïque..
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- 8 =rrr LES EMPLOIS DU GOUDRON DE HOUILLE
- La naphlaline elle aussi sert dans la fabrication des explosifs, sous forme de composé dinitré (*) dont on assure la combustion par l’adjonction de nitrate d’ammonium ou de sodium. Sprengel, puis Favier ont proposé ces mélangés comme explosifs de mines (2) et Schneider les employa sous le nom de schneidérite au chargement des obus.
- Si les goudrons de houille ont en ce moment une importance considérable, il ne faut pas croire qu’en temps de paix leur utilisation soit moindre. Loin de là, et la préparation des matières colorantes que nous alluns rapidement passer en revue occupe des dizaines de mille d’ouvriers et roule annuellement sur des centaines de tonnes de matières. Entrer, si peu que ce soit dans le détail des opérations, nous entraînerait infiniment plus loin que nous ne le voudrions, car c’est par milliers que se comptent les colorants préparés à l’aide des constituants du goudron.
- La benzine et le toluène sont encore à la base de cette industrie. En effet, la benzine nitrée directement à froid se change en nitrobenzine (ou essence de mirbane, ou essence d’amandes amères que l’on emploie en parfumerie). Celle-ci réduite à froid par la fonte et l’acide chlorhydrique donne naissance à l’aniline(3). Le toluène nitré de même, puis réduit, donne des totuidines qui, avec l’aniline, servent à former la plupart des colorants. Dans une étude spéciale consacrée à la chimie des matières colorantes M. Wahl a bien voulu exposer pour les lecteurs de La Nature les grandes lignes de la chimie des matières colorantes.
- Cette étude paraîtra dans notre prochain numéro.
- Depuis 25 ans environ, les goudrons servent à préparer un grand nombre de produits pharmaceutiques. Dans une conférence faite à la Société d’Encouragement pour l'Industrie Nationale, M. Foureau a dressé une liste intéressante de nos produits que nous reproduisons (voy. Tableau, p. 7).
- Sans entrer dans la technique assez délicate de la préparation de ces différents corps, on voit qu’ils constituent une gamme très riche; chose curieuse le benzène et les huiles légères n’ont pas un rôle considérable en pharmacie contrairement à ce que nous ayons vu pour les explosifs et les matières colorantes.
- Au contraire les huiles moyennes, le phénol et ses dérivés nitrés ou bromés ont de larges applications, surtout comme antiseptiques. Mais c’est surtout le dérivé carboxylé du phénol, l’acide sali-
- 1. La naphtaline C10 H8 donne un dérivé dinitré de formule ClolI6(Az O2)2.
- 2. On trouve dans le commerce divers explosifs Favier,
- en voici quelques types : Poudre Favier A. Poudre n° 2. firisoutine roche.'
- Dinitronaphtaline . . 12 » 8
- Nitrate d’ammonium. 88 44 92
- Mononitronaphtaline . B 18,5 »
- Nitrate de soude . . » 3. Les réactions sont les suivantes : 37,5 B
- C6H6 -|-Az03H = H20 + C6ll5Az02 (nitrobenzine). C6flsAzOî + 6H = 21I2O + C6H5AzH2 (aniline).
- cylique qui joue un rôle important et mérite une mention spéciale, car l’aspirine dont le renom est universel en dérive très simplement(]).
- À côté des phénols, on trouve la naphtaline dont les dérivés sont des antiseptiques puissants, particulièrement le benzonaphtol. De plus, comme on peut le voir par le tableau ci-dessus un grand nombre des médicaments complexes utilisent des succédanés du goudron.
- Avant de passer à l’examen des applications en parfumerie du goudron, citons encore l’antipyrine, découverte dans le goudron de houille en 1868 par le Dr Rnorr, de l’université d’Erlangen, fébrifuge aussi énergique que la quinine et, parfois même, préférable à cet alcaloïde.
- Comme pour les couleurs, l’usage des parfums date de la plus haule antiquité et de même que l’on a sans cesse diversifié les couleurs, il a fallu, pour plaire à la clientèle, modifier à l’infini les combinaisons des parfums. La chimie organique est venue au secours des parfumeurs et le goudron de houille a été encore une mine inépuisable pouf les chercheurs. On s’en rendra compte en jetant les yeux sur le tableau d’ailleurs incomplet que nous empruntons à une conférence de M. Dupont. (Voy. Tableau p. 7).
- Un des parfums les plus employés est sans contredit la vanilline que l’on peut obtenir de bien des façons, en particulier en partant du gaïacol. Quelle est la part du goudron dans cette industrie?
- Des huiles légères, on retire la benzine qui donne, comme nous l’avons vu, l’essence d’amandes amères, dont on dérive très facilement l’aldéhyde cinna-mique, principe constituant de l’essence de cannelle de Chine ou de Ceylan. Hydrogénée, cette aldéhyde donne l’alcool correspondant ou jacinthe artificielle. Parmi les innombrables composés utilisés, citons : Les essences de thym, de cumin dérivés du cyménel, les muscs dérivés du métaxylène, le phénol qui donne l’oxyde de phényle ou essence de géranium; les naphtols dérivés de la naphtaline dont la déshydratation fournit les essences de agar-agar et de néroline, principes de l’eau dite de Cologne, le phénol encore qui, transformé en aldéhyde salicy-lique, forme l’essence de reine des prés. Enfin l’anhydride acétique, réagissant sur l’aldéhyde salicy-lique, donne la coumarine remarquable par la suavité de son parfum.-
- Ainsi dans toutes les branches de l’industrie, dans les domaines les plus divers, la houille se révèle comme le plus précieux produit de la nature, celui dont on retire non seulement la chaleur et la force, mais encore tous les corps que la civilisation moderne réclame, aussi bien pour sa joie sensorielle que pour ses terribles carnages. ^ Yoita
- 1. On fait réagir dans le chloroforme ou le sulfure de ' carbone l’acide salicylique sur le chlorure d’acétyle ; la réaction est la suivante :
- I C®II*COaH'-OH + CI13C0C1 = HCl + C6 H4. CO2 Il.O.Co.CH3.
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- LA STABILISATION DES NAVIRES AU MOYEN DU GYROSCOPE
- La suppression du mouvement de roulis des navires est un des problèmes les plus intéressants que les architectes navals aient essayé de résoudre.
- Ce balancement sempiternel dû aux vagues est, en effet, un des pires fléaux de la navigation. Non seulement il provoque le mal de mer — et tous ceux qui ont souffert de ce vilain malaise estimeront sûrement que, pour ce seul méfait, la disparition du roulis serait un grand soulagement pour l’humanité — mais il entraîne, de plus, une foule d’inconvénients matériels dont la somme atteint une valeur importante et dont la suppression équivaudrait à un accroissement très notable du rendement du domaine maritime.
- En 1875, l’ingénieur Bazin imagina un navire de principe nouveau. Il consistait en une plateforme portée par de vastes tambours immergés sur un tiers environ de leur hauteur et qui, actionnés par une machine, tournaient, ou mieux, roulaient sous les filets d’eau. On remplaçait ainsi les frottements du liquide sur la carène du navire par un roulement, d’où le nom de bateau-rouleur appliqué à l’invention. L’idée, fort intéressante, de Bazin était d’obtenir ainsi des résistances de carène infiniment moindres et par suite une vitesse supérieure avec une dépense moins grande d’énergie. Son bateau était en somme aux navires ordinaires, ce que la voiture montée sur roues est au traîneau.
- Une des particularités du système, résidait en l’absence presque complète de roulis. En effet, lorsque le navire tendait à s'incliner transversalement, les parties des tambours qui s’immergeaient opposaient une résistance considérable au mouve-
- ment et constituaient un couple de redressement très puissant, pendant que les rouleaux de l’autre côté, déjaugés, s’opposaient, de tout leur poids, à l’inclinaison.
- En fait, Bazin n’avait pas songé particulièrement à supprimer ou à diminuer les roulis ; mais il a été prouvé, par des expériences très concluantes, que son navire ne roulait presque pas, même par grosse mer.
- Dans un autre ordre d’idées, on s’attaqua au roulis en suspendant à la cardan certains meubles, tels que les lits, et même quelques petites cabines, mais on n’obtint ainsi que des résultats peu appréciables.
- En réalité, cette défense contre les fâcheuses oscillations était plus apparente que réelle, le roulis et le mal de mer son compagnon, vous guettaient
- et vous saisissaient dès qu’on quittait ces abris temporaires et reprenaient ins-tan tan ément leurs droits.
- Il y a quatre ou cinq ans, on vit apparaître un nouveau système de suppression du roulis basé sur l’emploi de réservoirs à eau de grande capacité. Le principe en était le suivant :
- On plaçait de chaque côté du navire, le plus loin possible de l’axe et dans un même plan transversal, des caisses à eau de dimensions convenables, reliées par un ou plusieurs tuyaux dont la section était calculée pour l’effet à produire. L’une des caisses était remplie et lorsque le navire commençait à rouler, la caisse pleine se trouvant plus élevée que l’autre, déversait son contenu dans celle de l’autre côté; on arrivait ainsi, en employant des tuyaux de communication de sections appropriées, à faire passer l’eau successivement dans chacune des caisses
- 2
- AA ZfV ZfA.
- Fig', i. — Vue schématique en profil du bateau routeur de Bazin. 1, 1, 1. Tambours routeurs immergés de 3 m. environ et portant, à i m. au-dessus de Veau, le caisson constituant le navire. 2, 2. Plate-forme en fer à jours. 3, 3. Logements, machines, etc,
- Fig. 2. — Vue en plan du pont du routeur Bazin montrant la disposition des tambours rouleurs portant la plate-forme ou pont du navire.
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- au moment précis où cette caisse se trouvait en bas de l’oscillation. Cette eau s’opposait ainsi de tout son poids au mouvement de balancement. Ce système n’a pas donné non plus les résultats complets que la théorie permettait d’en attendre. La solution du problème paraît devoir se trouver ailleurs.
- Un ingénieur américain de grande renommée, M. Elmer A. Sperry^), qui s’est adonné aux applications pratiques du gyroscope et a créé notamment un compas gyroscopique reconnu excellent, avait étudié, vers 1911, ce problème de la stabilisation des navires, au point de vue du roulis en utilisant le si curieux appareil dont la découverte est due à Foucault, le gyroscope.
- Les premières expériences se firent à bord du destroyer américain Worden, de 600 tonnes, dont le déplacement pouvait être porté à 1000 tonnes au moyen de water-ballasts supplémentaires. On put ainsi procéder progressivement.
- L’appareil anti-roulis consistait en un stabilisateur gyroscopique composé de deux gyroscopes jumelés placés au milieu du navire sur le pont, en un abord de chaque côté.
- Les résultats obtenus furent surprenants. Le
- tempêtes sévissent très violemment et où les vagues sont fort grosses.
- Le Widgeon est connu comme fort routeur, on a constaté à son bord des roulis dont l’amplitude totale approchait 70°, et la période 5 secondes. Le poids de l’appareil gyroscopique installé à bord était d’environ 1 t. 60, soit 1 pour 100 du déplacement. M. Sperry raconte comme il suit les premières expériences qui furent sévères :
- « Il avait venté très fort —0— _ tout le jour, et les signaux
- Ly/tnare de tempête étaient hissés aux stations du Gouvernement du lac Érié. On entreprit cependant la traversée de Toledo à Gleveland, dans la soirée. En n’utilisant pas le gyroscope le yacht roulait de 25° de chaque côté de la verticale, soit 50° d’amplitude, avec le gyro en action le roulis se réduisit instantanément à 5° de chaque bord. » Il fut constaté aussi que le bâtiment tenait sa route aussi aisément et fit le trajet dans le même temps que par mer calme.
- Les expériences du Worden et du Widgeon et des études approfondies ont amené le secrétaire de la marine de guerre des États-Unis à commander à M. Sperry trois équipements gyroscopiques destinés l’un à un transport de 10 000 t., actuellement
- Fig. 3. — Vue d'un tambour routeur et de la machine qui l'actionnait.
- Fig. 4. — Courbe, des oscillations avec et sans stabilisateur.
- petit bâtiment, dit le Scientific American qui nous fournit ces détails, fut véritablement transformé, et dans telle grosse mer où il eût antérieurement roulé de façon intense, l’amplitude totale du roulis ne dépassa pas 5°. -i
- Plus récemment M. Sperry a placé son stabilisateur sur le yacht à moteur Widgeon de 165 t. qui navigue sur les Grands Lacs où on sait que les
- 1. « M. Elmer A. Sperry vient de recevoir la haute récompense instituée par l’American Muséum, of Safety, pour les services distingués qu’il a rendus par ses diverses inventions en vue de sauvegarder la vie humaine. »
- en construction, les deux autres à des sous-marins.
- Une des caractéristiques de ce genre de stabilisateurs réside en ce que l’appareil est susceptible de se modeler aux conditions imposées par les particularités de chaque type de navire appelé à le recevoir.
- Si limité que soit l’espace où il sera nécessaire de le placer, quel que soit le poids à ne pas dépasser, si faible que soit l’énergie dont on dispose pour actionner le gyroscope, la forme, le poids, la vitesse de révolution de l’appareil seront déterminés selon les convenances et les disposi-
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- tions du navire. De même l’emplacement où on i dire immobile en dépit des lames les plus furieuses, voudra l’installer importe peu. Il sera aussi bien | Ce sont des considérations très intéressantes qui
- Fig. 5. — Le yacht Widgeon. L’appareil stabilisateur est placé sur le pont, en arrière de la cheminée. On peut juger de son faible encombrement.
- sur le pont que dans l’intérieur de la coque, ont amené la marine américaine à décider l’instal-au milieu aussi bien que sur l’avant ou sur lation de deux stabilisateurs sur des sous-marins.
- Fig. 6. — Le torpilleur Worden à bord duquel ont. été exécutés les essais du stabilisateur gyroscopique de roulis Sperry. S est un des gyroscopes dans son carter.
- l’arrière, et, quelles que soient toutes ces condi- Il s’agit, en effet, de rendre ces petits bâtiments tions, le navire se tiendra debout et pour ainsi habitables lorsqu’ils naviguent en surface, ce qui
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- est, en somme, l’ordinaire de leur condition.
- Un officier qui a pris part à certaines manœuvres de sous-marins des États-Unis, écrit que les roulis étaient considérables et très rapides. « Notre petit navire s’inclinait, s’inclinait encore, au point que nous aurions pu croire qu’il allait se retourner ; et puis, brusquement il repartait du côté opposé. Alternativement nous pouvions nous asseoir sur le sommet des cylindres des deux machines placées chacune d’un côté du bâtiment. »
- Dans un autre cas, le sous-marin décrivait un axe total de 8 à 900° en une minute, et chacune de ses oscillations de 60 à 70° s’accomplissait dans le court espace de 4 à 5 secondes. Cette effroyable agitation, combinée avec les inconvénients du manque d’air et d’espace inhérent au sou£-marin, est évidemment de nature à mettre rapide
- dement à bout le corps humain le mieux trempé.
- On voit quels précieux services rendra dans ce cas le stabilisateur gyroscopique ! Si grande, en effet, que soit la perfection mécanique d’un sous-marin, il ne vaut que par les qualités de son équipage, Et quel équipage résisterait à des épreuves comme celles qui viennent d’être décrites?
- Le choix d’un transport fait par la marine américaine pour l’installation d’un autre stabilisateur Sperry, s’explique aussi au mieux. Les vicissitudes de la guerre actuelle dans la Méditerranée ont montré l’immense intérêt qu’il peut y avoir à amener, en un point de débarquement, des troupes en état de combattre dès qu’elles ont mis le pied sur le sol.
- Le cas s’est présenté , notamment à la pointe de la presqu’île de Gallipoli. Si ces troupes, au cours de la traversée, ont été secouées plus que de raison et abruties par le mal de mer, elles seront privées d’une partie de leur énergie et de leur vigueur au moment même où il devra être fait appel à ces qualités.
- Il en sera tout autrement si la traversée, quel que soit le temps rencontré, s’effectue sur un navire dont les mouvements de roulis ne dépasseront pas 4 ou 5°.
- Il est inutile d’insister sur l’importance de ce fait. D’ailleurs les avantages qui résulteront, pour tous les genres de navire, de l’emploi d’un appareil qui les mettra à l’abri du roulis — et il est à présumer que cet appareil sera le stabilisateur gyroscopique Sperry — sont évidents. En voici quelques-uns rapidement énumérés.
- A) Pour les navires de guerre :
- 1° Stabilisation de la plate-forme qui porte les canons, raison d’être du bâtiment; d’où résultent une plus grande rectitude et efficacité du tir, et ^aussi un accroissement des facilités données aux "observateurs des points de chute, observations
- absolument indispensables à la rectification des hausses; facilités aussi à tenir le télémètre constamment pointé sur l’objectif, et comme conséquence une détermination plus rapide et plus exacte de la distance à laquelle se trouve l’ennemi. Celui des deux adversaires qui disposera de ces moyens possédera sur l’autre un grand avantage;
- 2° Réduction possible du poids de la cuirasse correspondant aux parties de la coque que le roulis offre aux coups de l’ennemi et qui n’y seront plus exposées ;
- 3° Possibilité de combattre dans des conditions de grosse mer ou en faisant toutes routes utiles, alors que l’adversaire sera gêné ou incapable de riposter.
- B) Les avantages communs à toutes sortes de bâtiments sont :
- 1° Économie de temps et de combustible, par le fait que le navire, maintenu droit, sera capable de suivre, par mauvais temps, la route directe, sans avoir besoin d’éviter les allures dans lesquelles les roulis excessifs pourraient devenir un danger;
- 2° Économie de temps et de combustible par la suppression des sinuosités de la route, causées par le roulis ; :
- 3° Économie de combustible et de poids par la suppréssion des quilles de roulis désormais inutiles;
- 4° Possibilité de rendre les petits navires aussi confortables que les grands ;
- 5° Élimination des efforts imposés par les roulis
- Fig. 7. — Modèle d’un stabilisateur gyroscopique de roulis Sperry pour un navire de 3oooo tonnes.
- AA, gyroscopes stabilisateurs ; BB, contrôleurs.
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- violents à la coque du navire aussi bien qu’aux accessoires et objets divers qu’il renferme, et meilleure conservation de la cargaison.
- Enfin, et ceci est une particularité à noter, le
- qui n’a donné que des résultats médiocres, M. E.-A, Sperry a appliqué à son stabilisateur gyroscopique l’épithète d'actif, qu’il mérite à tous égards. L’appareil allemand utilise en effet, tout comme
- stabilisateur gyroscopique Sperry qui protège les navires contre le roulis, peut être employé, par réciprocité, à les faire rouler, dans une certaine mesure, par temps calme.
- Il y a, à cette utilisation inattendue, un avantage très réel, lorsque ces bâtiments navigueront dans les parages, Baltique, mer du Nord, où ils sont exposés à rencontrer des glaces. Ces mouvements de roulis provoqués mécaniquem ent les aideront à se frayer un passage dans les « packs » et leur permettront d’atteindre leur destination.
- Le stabilisateur gyroscopique est donc tout indiqué sur les nombreux navires brise-glace constamment employés aux entrées des ports de l’extrême Nord.
- Pour le différencier d’un système de stabilisation in venté par un Allemand et basé sur l’emploi d’un gyroscope passif, système
- Fig. g. — Un des gyroscopes du stabilisateur du Worden.
- le système des réservoirs d’eau d’ailleurs, les mouvements du navire lui-même pour engendrer les réactions qui combattront les oscillations ; ce qui implique que l’effet ne se produit que si la cause première, c’est-à-dire l’oscillation, s’est déjà prononcée.
- Le stabilisateur Sperry, au contraire, agit en neutrali^ sant toute tentative de mouvement au moment même où ce mouvement s’amorce, et le navire est mis dans l’impossibilité de se livrer à aucun roulis.
- La solution présentée par M. Sperry à l’importante question de la sup-pression du mouvement d e roulis des navires apparaît donc bien comme des plus sérieuses. Son importance est évidente, la stabilisation des navires devant, à n’en pas douter, être le point de départ d’une sorte de révolution dans l’art de la construction navale.
- Du Verseau.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séances du 2.5 avril au n mai 1916.
- Théorie du volcanisme. — M. Belot verse du sable, puis de l’eau, dans un bassin mélallique à section triangulaire et accumule du sable contre la paroi de manière à figurer au-dessus de l’eau un continent émergé. Puis il chauffe l’arête triangulaire qui forme la base du bassin et constate que les vapeurs suivent la paroi inclinée de celui-ci (surface isogéotherme) pour aller se dégager dans la partie représentative du continent. C’est là, suivant lui, l’explication du volcanisme. Les vapeurs provenant du sous-sol recouvert par le fond marin viennent déterminer dans le continent un relèvement des isogéothermes suffisant pour amener la fusion des roches, avec les phénomènes connus du volcanisme.
- Observations d'éclairs en boule au sommet du Puy de Dôme. — On sait combien ce fait reste discuté. M. Mathias en signale trois observations qui lui paraissent incontestables.
- Catalyse de l’eau oxygénée. — M. Georges Lemoine étudie l’influence du platine. Avec le noir de platine, à la température ordinaire, il faut compter par secondes; avec la mousse de platine par heures; sans catalyseur, par jours. Il examine tour à tour l’allure de la décomposition, l’influence du poids du catalyseur, celle du volume et de la dilution de l’eau oxygénée. D’une façon générale, en présence du platine, la décomposition est régulière, sa vitesse augmente avec le poids du calalyseur et avec l’état de division de la mousse de platine. Quand on augmente le volume d’eau oxygénée, il y a augmentation du volume de gaz dégagé, mais pas indéfiniment; ce qui prouve que la catalyse ne se fait pas sentir à une hauteur indéfinie au-dessus de la surface du métal. Le noir de platine possède une action catalytique spéciale, beaucoup plus énergique que oelle de la mousse de platine et due à une cause distincte.
- Dans une séance ultérieure, l’auteur continue ses études sur la catalyse. Les catalyseurs sont : les uns chimiques, les autres physiques. Pour les catalyseurs chimiques, la fonction se rattache à la formation d’une combinaison temporaire instable. Les expériences avec le noir de platine ne peuvent guère s’interpréter que par l’existence d’un composé particulier, puisque, pour un même état de division, le noir de platine est beaucoup plus énergique que la mousse de platine. Pour les catalyseurs physiques, comme le carbone, l’action de présence doit être rattachée à leur propriété de condenser les gaz, propriété corrélative d’un énorme développement de surface. Ces deux modes de catalyse peuvent fonctionner simultanément avec certains corps comme le noir de platine.
- La science dans ses rapports avec le développement économique du pays. — M. Le Chatelier appelle l’attention sur le rôle que peut jouer l’Académie dans lé relèvement du pays et demande qu’une organisation soit étudiée d’avarice pour préparer des rapports directs et efficaces entre la science et l’industrie : rapports qui existent dans d’autres pays, notamment en Allemagne et en Angleterre et qui, en France, n’ont pas encore réussi à s’implanter suffisamment dans les mœurs, un peu par suite de l’injuste dédain témoigné par certains savants à l’égard des applications pratiques. A la suite de cette communication, l’Académie nomme une commission chargée d’étudier ces problèmes.
- Le système du monde. — M. Duhem offre le quatrième volume de son monumental ouvrage sur l’histoire des doctrines^ cosmologiques de Platon à Copernic. Il y étudie l’École astronomique de Paris au xive siècle, les tables alpbonsines et l’aristotélisme.
- Embaumement chez les Incas. — M. L. Reutter montre, par des analyses, que les Incas de l’Amérique du Sud étaient arrivés à trouver, pour embaumer leurs morts, des masses résineuses ayant à peu près les mêmes propriétés physiologiques que celles employées dans l’ancien monde. Les Egyptiens utilisaient du bitume de Judée, du styrax, des résines de térébenthine et du natron; les Carthaginois, les mêmes corps associés avec du menthol et du thymol ; les Incas, des baumes de Tolu ou du Pérou, du sel et des parties végétales riches en essence, outre des matières à tanin.
- Gelute des pieds. — MM. Victor Raymond et Jacques Parisot ont étudié ce phénomène dont les cas ont été Irop nombreux dans les tranchées et montrent qu’il s’agit en réalité d’une moisissure. Le germe infectant lait partie de la flore tellurique. Amené par la boue au contact des pieds, il pénètre au niveau des excoriations ou de la matrice des ongles. Il prolifère par suite du léger abaissement de température locale provenant de la stagnation dans l’eau : sa température optima de développement est, en effet, de 25 à 30°. La prophylaxie comporte donc le port de chaussures imperméables et surtout la désinfection du pied à l’aide de savonnages boratés camphrés.
- Dosage du carbone dans les aciers. — MM. Le Chatelier et Bogitch ont amélioré la méthode colorimétrique d’Eggertz en la rendant plus rapide et plus précise. Cette méthode consiste à dissoudre le fer dans l’acide nitrique. Le carbone combiné se divise en deux parties : liqueur brune et flocons brunâtres. En chauffant, la liqueur primitive se décolore, mais tend à se colorer ensuite plus fortement par la dissolution du résidu brun. La coloration est caractéristique de la teneur en carbone et peut être comparée avec une liqueur titrée. Par des précautions techniques, nouvelles, en opérant à l’ébullition, les auteurs arrivent à faire l’analyse en 5 minutes.
- Le microbisme latent dans les plaies de guerre. — Conformément à une intuition de Yerneuil, MM. Lecène et Frouin montrent qu’un projectile de guerre, enFermé dans un tissu parfaitement cicatrisé, peut retenir des microbes cultivables, et que ceux-ci peuvent donner lieu à une nouvelle poussée inflammatoire, soit spontanément, soit à la suite de mécanothérapie, soit après un traumatisme accidentel. Ces microbes sont, soit à la surface des projectiles, soit dans une coque fibreuse d’enveloppe qui se forme autour d’eux. La conclusion pratique est qu’on doit, le plus possible, enlever les projectiles de guerre, même lorsqu’ils sont tolérés et extraire également, quand on le peut anatomiquement, la coque fibreuse d’enveloppe.
- Une machine à sténographier pour aveugles. — M. Yilley a combiné une machine qui applique à la sténographie le système Braille constitué de signes formés au maximum par six points saillants. Ici des signes syllabiques sont frappés par une machine à 20 poinçons actionnés par autant de touches. Il s’agit de représenter
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- les sons par des signes formés d’aussi peu de points que possible et renfermés dans un rectangle étroit. Deux repères en relief, automatiquement imprimés par la machine elle-même dans chaque signe syllabique, permettent de subdiviser l’espace à explorer par le doigt. Autour du premier repère se groupent les points représentant les consonnes initiales; les voyelles et les consonnes finales viennent autour du second plan.
- Une pâte préhistorique. — MM. Cotte ont examiné une pâte dont il restait des fragments sur deux spatules en os trouvées dans les couches néolithiques de la caverne de l’Adaouste. Cette pâte est composée d’orge torréfié et soigneusement mondé, de viande et d’un peu de kermès animal, le tout très finement broyé. Peut-être était-ce un médicament.- L’état de conservation des débris animaux est remarquable.
- Mode de reproduction des cloisons d’ammonitoïdes. — Pour étudier les fossiles si caractéristiques que constituent les ammonites, on se fonde en grande partie sur leurs cloisons, qu’il y a donc intérêt à reproduire avec le plus d’exactitude possible. On a commencé par dessiner à la chambre claire; puis on a employé plusieurs clichés photographiques raccordés. Mlle Coëmme a imaginé de prendre une empreinte à la gutta-percha qui est plombaginée, puis plongée dans un bain galvanoplas-tique. La pellicule métallique obtenue constitue un excellent moulage que l’on peut redresser et couper et qui, ensuite, se prête au tirage direct d’une épreuve pareille à une épreuve de gravure. Le procédé s’applique aux détails les plus délicats.
- Influence de la pression de radiation sur la rola-i tion des corps célestes. — M. Tcheslas Bialobjeski montre que la radiation émise par un astre incandescent produit une pression sur la surface, comme le recul d’un canon. Il en résulte un frottement dû au rayonnement qui peut être comparé à celui des marées et qui doit exercer une influence sur l’atmosphère solaire. On peut rattacher à ce phénomène le fait, découvert par Carrington, que la
- vitesse angulaire de la photosphère solaire est variable avec la latitude et va en décroissant de l’équateur aux pôles. Le problème que l’auteur de cette Note s’attache à traiter est le suivant : « Etant donné un globe gazeux incandescent en rotation, dont la densité croît de la périphérie au centre et qui éprouve à la surface un frottement particulier proportionné à la vitesse linéaire, trouver le régime de sa rotation, qui variera d’ailleurs lentement avec le temps. »
- Existence d’un nouveau groupe de lignes dans les spectres de haute fréquence. — Les recherches de Barkla ont montré que les spectres de haute fréquence des éléments chimiques se composent de deux groupes de rayons (séries K et L) qui diffèrent considérablement dans leur pouvoir de pénétration. M. Manne Siegbahn a reconnu l’existence d’une nouvelle série M dans l’uranium, le thorium, le bismuth, le plomb, l’or, etc.
- Mouvement brownien. — MM. A. Schidlof et A. Tar-gonski étudient le mouvement brownien des particules d’huile, d’étain et de cadmium dans différents gaz et à diverses pressions et en tirent les conclusions suivantes : 1° la théorie d’Einstein du mouvement brownien s’applique aux particules sphériques (sphérules d’huile) sans restriction ; 2° elle s’applique de même à des particules non sphériques de forme pas trop irrégulière (particules d’étain et de cadmium), quel que soit le milieu gazeux ; 3° la valeur de la charge élémentaire des ions gazeux s’accorde avec celle obtenue d’après d’autres méthodes plus précises dans les limites d’exactitude des mesures.
- Classement des soldats sourds d’après leur degré d’audition. — M. Marage, comme suite à une Note antérieure, critique les procédés employés dans l’armée, qu’il montre totalement dénués de précision, faute d’acoumètre et les compare à ce qui arriverait dans un service de médecine où le chef ordonnerait des médicaments variables suivant la température des malades, mais oublierait seulement de fournir un thermomètre.
- LA CUISINE ÉLECTRIQUE EN AMÉRIQUE
- Le développement de l’emploi de l’électricité est suivi de près par l’accroissement du nombre de ses applications les plus différentes. Tous les jours les inventeurs lancent quelque nouvel appareil électrique, destiné soit à rendre des services à l’industrie, à la médecine, etc., soit à révolutionner le royaume des ménagères, leur permettant de remplacer quelque ustensile de cuisine peu commode par un appareil électrique perfectionné. Mais tandis que les premiers trouvent un emploi relativement rapide, les seconds rencontrent une sourde mais énergique opposition, sinon une hostilité ouverte, basée surtout sur la longue habitude et la défiance envers les nouveautés. On ne veut pas dépenser son argent pour des appareils, le plus souvent fort coûteux, qui paraissent compliqués et dont le fonctionnement semble plus qu’incertain. Alors, dans le doute les ménagères préfèrent s’abstenir, et continuent à se servir des ustensiles incommodes mais connus, abandonnant les appareils perfectionnés à
- leurs malheureux inventeurs. Cette crainte des nouveautés, si fréquente parmi les ménagères des villes, est plus forte encore et plus répandue chez les femmes de la campagne où elle est presque impossible à vaincre.
- Cependant les inventeurs américains qui ne se laissent pas facilement décourager ont, semble-t-il, juré d’avoir raison de cette hostilité. Aucun moyen n’est négligé par eux. Quelques compagnies d’électricité, comme celle de la petite ville de Glen-dive (Mont) par exemple, fournissent gratuitement des fourneaux électriques et l’énergie nécessaire à leur utilisation pendant un mois; d’autres organisent des conférences de propagande avec démonstration de leurs produits. Mais, bonnes pour les villes, ces conférences ne sont d’aucune utilité dans les campagnes. Quant aux prospectus, même envoyés à domicile, ils ne sont pas suffisamment convaincants. Aussi la Washington Waler Power Company de Spokane (Washington) a-t-elle débuté
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- 16 LA CUISINE ÉLECTRIQUE EN AMÉRIQUE
- récemment par un nouveau mode de propagande de ses produits en organisant une cuisine électrique roulante, faisant les tournées des campagnes. La nouvelle invention, décrite par Electrical World, se présente sous l’aspect d’une automobile portant une petite cuisine électrique avec un réservoir d’eau chaude et autres accessoires, ainsi qu’un séparateur de crème, une baratte et une laveuse, mus par l’électricité. Dans la partie réservée aux machines, se trouvent en outre une pompe automatique, un petit tapis, employé pour la démonstration de l’aspiration des poussières, etc. Enfin, en arrière de la voiture, dans une petite cabine, sont installés un moteur pouvant faire fonctionner une
- voiture avec une double rangée d’interrupteurs, de sorte que les secondaires de chaque transformateur peuvent être reliés directement à la ligne de distribution. Tous les circuits sont munis de fusibles qui permettent la localisation des troubles qui surviennent.
- Le personnel de l’automobile est constitué par une femme qui procède aux démonstrations, un commis-vendeur, chargé aussi de l’entretien de la voiture, et un chauffeur qui est en même temps mécanicien, pouvant réparer les dégâts survenus aux machines.
- Cette cuisine était destinée à parcourir une-vaste région, desservie par la Washington Water Power
- La cuisine électrique roulante de la « Washington Water Power Company », destinée à démontrer aux fermiers les avantages des nouveaux appareils électriques/ '
- machine à coudre et un moteur joint à un petit établi de forage.
- Le contenu de l’automobile est protégé pendant la marche par des parois de bois dans sa partie inférieure et par des rideaux de toile dans la partie supérieure. Pendant les démonstrations les parois de bois abaissées forment la plate-forme, tandis que les rideaux de toile sont relevés en guise de marquises. Le toit est garni d’une ligne de lampes électriques. Quatre lampes tungstène de 250 watts éclairent le soir l’intérieur de la voiture et quelques autres lampes, du même genre, sont suspendues aux cordes flexibles qu’on étend et fixe à la terre et peuvent ainsi être placées au-dessus des auditeurs. Deux transformateurs de 5 kilowatts, l’un de 2300, l’autre de 6900 volts sont fixés entre les roues. Une petite boîte de distribution est placée en avant de la
- Company et comprenant près de 35 petites villes, de nombreux villages et fermes, ainsi qu’une population de 35 000 habitants. Les femmes de Lous les fermiers des régions où elle devait passer en étaient informées par des lettres du directeur de la Compagnie, fixant aussi exactement que possible l'époque de son passage et décrivant la démonstration qui aura lieu et les mérites des appareils employés. Dans les villes, possédant des locaux suffisants, des projections étaient faites, des films de la Compagnie.
- Les tournées, commencées le 26 avril 1915, devaient se continuer jusqu’au mois d’août de la même année, mais YElectrical World du 3 juillet 1915 affirme d’ores et déjà que la Compagnie n’a eu jusque-là qu’à se louer de son idée et qu’elle en attend les résultats les plus brillants.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahdre, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 2232.
- 8 JUILLET 1916.
- L’INDUSTRIE AU MEXIQUE
- En temps de paix, nous avions, et nous aurons un jour de nouveau, bien des raisons de nous intéresser au Mexique. Mais, en temps de guerre, ces raisons n’auraient pas suffi pour nous faire penser à ce grand pays, si prospère il y a quelques années, si malheureux depuis trois ans, s’il ne s’était pas trouvé amené à jouer un rôle indirect dans la guerre européenne. Avant d’étudier brièvement ce qu’est le Mexique et ce qu’il renferme de richesses, il faut donc faire une très brève incursion sur le terrain de la politique étrangère pour montrer comment nous avons dù récemment considérer le
- née depuis 1877, après un demi-siècle d’une dernière crise intérieure, dans laquelle il est inulile de rappeler comment la France s’était trouvée conduite à intervenir. C’est à cet état de calme prospérité qu’a succédé, depuis trois ans, la plus complète anarchie et un retour néfaste au régime des pronunciamientos. 11 semble malheureusement que, lorsqu’une de ces pauvres républiques hispano-américaines tr^yerse une période de calme, on puisse dire de ce calme ce qu’un professeur de pathologie facétieux disait de l’état de santé : « État très grave, dont le dénouement fatal est la
- Fig. i. — Convois dans l’isthme de Téhuantepec.
- Mexique comme un facteur de la crise actuelle.
- Il faut, pour cela, remonter à 1913. A cette époque, le Mexique semblait définitivement entré dans la voie de la civilisation européenne. J’emprunterai tout à l’heure quelques documents cà un bel ouvrage que le gouvernement mexicain avait publié en français à l’occasion de notre exposition universelle de 1900 : « Le Mexique au début du xxe siècle ». Cet ouvrage traçait, d’après les documents les plus exacts, un tableau presque dithyrambique des industries, des mines, de l’agriculture, du commerce mexicain et ce tableau demeurait encore parfaitement fidèle treize ans plus tard. Les capitaux européens et américains affluaient au Mexique pour aider ce magnifique pays à mettre en valeur ses richesses naturelles. Grâce au gouvernement ferme et stable du président Porfirio Diaz, l’ère des révolutions semblait définitivement lermi-
- maladie ou la mort ». Ici le dénouement à trop brève échéance,c’est toujours le pronunciamiento,la guerre civile et la ruine. Depuis trois ans, le Mexique est soumis au régime des Carranza et des Villa, entre lesquels il est difficile d’établir une préférence, aucun d’eux n’ayant su se montrer assez fort pour devenir un dictateur légitime.
- Quel a pu être au début le rôle des États-Unis dans cette brusque éclosion de désordre à leur voisinage; en quoi l’intervention de plus en plus active et envahissante des capitalistes et ingénieurs américains, d’abord dans les mines de métaux, puis, en dernier lieu, dans les nouveaux gisements de pétrole, a-t-elle pu contribuer au mouvement initial? je ne chercherai pas à le démêler. Quel sera le terme final? je n’essaierai pas non plus de le savoir. Il est possible que les États-Unis soient progressivement forcés d’occuper le Mexique pour y rétablir
- 44° Année. — 2e Semestre.
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- L’INDUSTRIE AU MEXIQUE
- l’ordre, comme ils l’ont fait à Cuba ou aux Philippines, comme ils viennent de le faire à Saint-Domingue. Ce qui nous intéresse, à ce propos, c’est que, manifestement, depuis quelques mois, l’Allemagne travaille à pousser les Américains dans le « guêpier mexicain », afin d’immobiliser de ce côté tout ce qu’ils peuvent avoir d’activité militaire, leur rudiment d’armée, leurs beaucoup plus importantes munitions et pour les empêcher ainsi de jeter un regard trop indiscret comme témoins ou de prendre indirectement une part trop active comme fournisseurs dans les affaires européennes. Peut-être aussi Félix Diaz, le neveu de l’ancien président, qui s’appuie sur les mêmes éléments sérieux et travailleurs que son oncle, sur les « classes intellectuelles », réussira-t-il dans sa tentative récente de réorganisation? D’une façon ou d’une autre, Père du désordre et des ruines semble avoir maintenant duré assez longtemps pour que les Mexicains désirent en sortir à tout prix et, malgré
- soient entraînés de plus en plus vers le Mexique par le même phénomène de migration qui les a progressivement poussés à l’Ouest, vers le Colorado, l’Utah, le Nevada, la Californie, puis conduits à déborder à la fois vers le nord en Alaska et vers le Sud, en Sonora ou au Nouveau Mexique. Les provinces qu’ils ont déjà conquises sur le Mexique en 1848 ne sont qu’un avant-goût d’une mainmise qui les mettra un jour en possession de mines trop tentantes pour ne pas être occupées et qui, delà, les entraînera vers les Républiques de l’A B C (Argentine, Brésil, Chili).
- D’autre part — et c’est ce qui lui a permis longtemps de se défendre — le Mexique a été construit par la nature sur le plan d’une forteresse. C’est un plateau de 1100 m. d’altitude moyenne, qui, dans les deux sens, s’abaisse en rapides gradins vers les deux mers, vers les « basses terres ». Au Nord seulement ce plateau s’ouvre en une vasté conque dans le sens des États-Unis et les déserts de la zone
- les menaces de guerre actuelles ou à cause d’elles, le moment approche peut-être où l’on pourra au Mexique recommencer à s’occuper de mines, de métallurgie, de commerce ou d’agriculture.
- Aperçu géographique. — Deux mots de géographie seulement pour rappeler les traits caractéristiques qui font du Mexique un pays tout à fait spécial et qui contribuent à sa valeur économique.
- Le Mexique occupe, sur une mappemonde, une sorte de nœud ou de carrefour à l’intersection des grandes routes maritimes, à peine interrompues par une langue de terre, qui vont de l’Atlantique vers le Pacifique, d’Europe en Océanie et des voies continentales qui réunissent l’Amérique du Nord avec l’Amérique du Sud. Le rôle qui appartient à Panama est aussi un peu le' sien et l’isthme de Téhuantepec, déjà traversé par un chemin de fer, pourrait être appelé à prendre, lui aussi, une importance universelle. Dans cet ordre d’idées, le Mexique est la voie d’accès forcée des Américains du Nord vers l’Amérique du Sud. Bien qu’une zone de déserts ait établi entre les deux territoires une frontière naturelle et que le climat comme le caractère des habitants accentuent cette différence, il n’en est pas moins inévitable que les Yankees
- frontière, jadis infranchissables, ne sont plus qu’un jeu pour les lignes de chemins de fer qui traversent la frontière du Nord au Sud à Nagates, à El Paso, à Eagle Pass, à Laredo.
- Ethnographiquement, cette constitution du Mexique a favorisé l’établissement de l’empire de Montezuma dans le réduit central de la forteresse, sur le bassin fermé de Mexico, les gens de la montagne ayant été les conquérants. La répartition de l’agriculture en résulte aussi : terres chaudes sur les côles; terres tempérées autour du plateau entre 1000 et 2000 m. ; terres froides près de Mexico. Sur chacun des étages qui montent depuis la mer jusqu’à Mexico, les cultures sont différentes.
- Quant à la proverbiale richesse minière du Mexique elle tient à une autre particularité. Le Mexique est un pays de volcans tertiaires, en grande partie assez profondément usés par l’érosion, pour que les évents métallisés par leurs fumerolles souterraines se soient trouvés mis à nu. On sait d’ailleurs qu’à côté de ces volcans éteints, dont les contacts sont transformés en mines d’or, d’argent, de cuivre, de plomb, de fer, de mercure, le Mexique est encore parsemé de volcans en activité et agité de séismes violents qui ont donné lieu à maintes légendes.
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- Ajoutons enfin, pour fixer les idées, que le territoire du Mexique est quatre fois grand comme la France et que sa population, très inexactement recensée, est d’environ 14 à 15 millions (contre 6 millions au début du xvme siècle), composée, pour une forte part, d’éléments indigènes plus ou moins métissés, l’immigration jouant un rôle, jusqu’ici très faible. L’étendue de cet article ne me permet pas d’examiner même sommairement les nombreuses et intéressantes questions que pose le Mexique; je me bornerai donc à trois points principaux : l’agriculture, les mines et l’industrie
- En deux mots, on peut dire dès à présent que l’agriculture américaine fournit surtout, à l’exportation, des bestiaux, des chevaux, du café et du sucre. La grande richesse du Mexique, ce sont ses mines.
- Quant à l’industrie, elle est encore rudimentaire et appelle l’attention des importateurs.
- Agriculture. — Tandis que l’industrie et les mines ont attiré l’attention très vive des étrangers, le Mexique n’est pas, comme certains états de l’Amérique du Sud, un pays d’immigration agricole. L’extrême sécheresse du sol, qui tient pour beaucoup au déboisement, a généralement arrêté les immigrants européens. A cet égard, le Mexique travaille donc lui-même ; il peut aussi se suffire à lui-même, bien que le progrès des échanges l’amène à importer certaines substances et, d’autre part, à exporter vers les États-Unis qui lui ouvrent un
- large champ commercial, les produits de son élevage. L’agriculture jouit, au Mexique, d’avantages fiscaux qui pourraient faire envie aux Européens. Au lieu de payer comme en France 20 pour 100 du revenu net et de pouvoir s’attendre prochainement à des charges doublées, l’impôt mexicain n’atteint pas 2 pour 100. Comme je l’ai dit, les zones de culture se répartissent par étages, suivant l’altitude. Sur les hauts plateaux, c’estl’Europe : blé, maïs, luzerne, raisin, une Europe plus riche et au ciel plus clément. Puis viennent, en descendant, l’olivier, le coton qui est indigène, le bananier dont se nourrissent les classes rurales, la canne à sucre qui fournit une industrie florissante, Je caféier importé et en développement; enfin deux végétaux propres au Mexique dont la culture se perd, le cacaoyer fournissant le chocolat et la liane vanille. J’ajoute aussitôt, pour ne pas oublier un des aspects les plus typiques du Mexique, l’abondance des plantes épineuses,
- représentées même par des espèces industrielles, qui, dans le nord du pays, couvrent le plateau de leurs cierges aux colonnes cannelées, dont les ramures menaçantes se détachent à angle droit.
- Les agaves, associés aux cactus, donnent des fibres dont on façonne des cordes et une I sève qui fournit des liqueurs enivrantes.
- Le Mexique est un pays de grande culture et de culture naturellement intensive. Le domaine est groupé autour de l’bacienda qui fut longtemps une
- Fig. 3. — Un type de paysan mexicain.
- Fig. 4. — Types d'indigènes du Mexique.
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- 20 .-......... L’INDUSTRIE AU MEXIQUE
- forteresse et qu’entouraient encore récemment des murailles crénelées pour la défendre contre les incursions des Indiens sauvages et des bandits politiciens. On . compte environ 8000 de ces grandes haciendas, parfois gérées par des sociétés. A côté, le rancho représente la petite et la moyenne propriété. Les procédés déjà appliqués par les Américains pour remédier à l’aridité, la récolte des eaux dans de vastes réservoirs, l’irrigation et le dry farming trouvent leur place toute naturelle au Mexique.
- L’élevage est, après les mines, la première industrie du Mexique. Quand Fernand Cortez y débarqua, le cheval était complètement inconnu, ainsi que le bœuE, le chameau et l’âne; on ne connaissait pas davantage le jnouton, le porc ou la chèvre; le travail humain fournissait les bêtes de somme ; la nourriture carnée était alimentée par la chasse et par l’élevage des chiens et des dindons. Aujourd’hui, au contraire, le Mexique élève près de 900000 chevaux et plus de 5 millions de bêtes à cornes. LesÉtats-Unis, où la culture refoule progressivement le pâturage, sont indiqués comme importateurs. En fait de textiles, le hennequen (agave saxi) est devenu une fortune pour le Yucatan. 400 haciendas, consacrées à sa culture, ont fait des fortunes prodigieuses. Dans la seule année 1901, le port de Progresso en a exporté 517 000 balles. Le coton est, au contraire, une culture déchue. Alors qu’en 1750, le Mexique fournissait à l’Europe plus de coton que les Etats-Unis, les chiffres sont insignifiants aujourd’hui, faute de culture convenable et de transports faciles. Mais le café tient le second rang dans les exportations, avec 11 millions de piastres en 1900; c’est encore peu à côté du Brésil, du Venezuela et de Haïti; c’est beaucoup si l’on remarque que la production a presque décuplé en vingt ans. Le tabac mexicain, qui s’est développé depuis 1890, circule dans le monde comme tabac de la Havane. La culture du cacao est concentrée
- dans les deux États de Tabasco et de Chiapas; elle ne correspond plus à aucune exportation. Enfin la vanille est concurrencée par Java et par Bourbon et surtout par les produits de la chimie synthétique. Il faut encore signaler les plantes médicamenteuses, telles que la salsepareille, le ricin et les bois tinctoriaux.
- Mines. — La réputation minière du Mexique remonte à la conquête espagnole, et tous les mineurs connaissent le grand 'filon de Zacatecas qui a produit 5 milliards, celui de Guanajato où la seule mine de la Valenciana a donné pour un milliard et demi d’argent, les filons de Catorce, Real del Monte (Q, etc. ;
- mais il était arri-— - vé, par une évo-
- lution fatale,
- ..accompagnée
- d’une fâcheuse coïncidence, que . tous les minerais
- riches de la zone superficielle s’étaient épuisés et qu’il aurait fallu un grand effort d’initiative, avec beaucoup de capitaux étrangers, au moment où le Mexique tomba dans l’anarchie qui l’a désolé pendant la première moitié du xixe siècle. Il y eut donc une période où ces mines si célèbres semblaient entièrement vidées. Avec la tranquillité sociale, une merveilleuse période de renaissance s’est ouverte à partir de 1877. Pour en donner une idée, il suffit de rappeler (en nous reportant, bien entendu, à la période qui a précédé la nouvelle crise actuelle), que le Mexique tient, avant les États-Unis, le premier rang comme producteur d’argent dans le monde. En 1912, il a produit 2 566 500 kg d’argent contre 1 939 000 aux États-Unis et 993 800 au Canada, soit le tiers de toute la production mondiale. On sait moins la place qu’il tient également pour l’or. Sa production, qui était à peine de 1000 kg en 1890, a monté à 15 000 en 1900, 31 000 en 1910 et 44000 en 1911 ; ce qui place le Mexique au cinquième rang dans la production mondiale après le Transvaal,
- 1. Nous avons consacré plusieurs articles à ces mines. Voir : Un district minier fameux : Real del Monte n° 1451 ; 27 oct. 1901). Le procédé du patio au Mexique n° 15(37 ; 6juin 1905.
- Fig. 5. — Vue des mines de El Orio.
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- TANNAGE DES PEAUX r-rr. 21
- les États-Unis, l’Australasie et l’Empire Russe, a I peu près sur le même pied que ce dernier. Pour les métaux autres que les métaux précieux, on arrive également à des chiffres très élevés que les statistiques font moins bien ressortir parce qu’une grande partie des minerais sont exportés après un commencement de préparation : soit vers les États Unis dans le cas du plomb, soit vers l’Europe dans le cas du cuivre. La production du cuivre a passé par des hauts et des bas. En 1905, elle avait atteint 65400 t. ; elle est tombée à 58 200 en 1908 pour remonter à 59 769 en 1910. La seule Compagnie du Boleo, en Basse-Californie, Compagnie française, produit 15 000 t. et laMontezuma, 7000 Pour le plomb, le chiffre correspondant aux minerais nationaux a varié de 101 000 t. en 1905 à 120 000 en 1910. Par exemple, Mapimi, dans l’État de Durango a fourni en
- 1899, 16 000 t. de plomb métallique. On produit également un peu de zinc, d’antimoine et même de fer. Une seule lacune fait tache dans ce tableau minier, mais elle est grave, c’est le défaut de houille.
- En revanche, le Mexique s’est révélé récemment comme grand pays pétrolifère. Le mouvement d’émigration progressive qui a peu à peu entraîné les chercheurs de pétrole de la Pennsylvanie ou dev l’Ohio aux vieux districts classiques vers la Californie, la Louisiane et le Texas, les a fait déborder du Texas au Mexique et trouver les champs pétrolifères de Tampico, Tamiahua et Tuxpan, au nord de la Yera-Cruz. C’est là une question toule récente. En
- 1900, on forait à peine les premiers puits de Tampico; en 1915, on produisait 18 500 000 barils; en 1914, 20 600 000, dont les trois quarts passaient aux États-Unis. Il y avait, dès lors, 187 sociétés, dont 100 américaines et 16 anglaises, avec un capital de un milliard. Le Mexique passait au troisième rang dans le monde après les Etats-Unis
- et la Russie. J’ai déjà indiqué le rôle que cette industrie nouvelle, créée par des Américains, avait pu jouer dans la dernière révolution du Mexique. L’industrie est très brillante; elle s’est développée d’un brusque bond à la mode américaine; on peut se demander ce qu’elle durera. L’exemple du Texas est tout voisin. L'a on était parti de zéro en 1896, pour ai teindre 40 millions de barils en 1905; dès 1906, on retombait à 19, et, en 1910, à 15. L’industrie pétrolifère si jeune au Mexique a déjà passé par des périodes de crise qui indiquent un appauvrissement rapide, compensé jusqu’ici par de nouvelles découvertes. L’année 1909 s’intercale avec 405 000 t. seulement entre les 580 000 de 1908 et les 540 000 de 1910.
- Industrie. — La grande industrie mexicaine est l’industrie minière dont nous venons de voir les résultats. Dans un pays qui n’a pas de charbon et où la houille blanche est rare ou ne se présente que d’une façon tumultueuse et momentanée demandant de grands travaux de captage, où la main-d’œuvre manque, il ne saurait y avoir beaucoup d’industrie. Cependant le développement des voies ferrées a permis des progrès et l’on a commencé à utiliser quelques grandes chutes d’eau, notamment dans la région voisine de Mexico, ou sur l’Atoyac et le Rio Grande. Mais on est encore loin du jour où les produits manufacturés pourront suffire à la consommation locale. On peut seulement citer quelques usines à sucre, quelques manufactures de coton, de tabac, des scieries, ou de petites fabriques locales, des ateliers de cordonnerie, de sellerie, des savonneries, etc. Les machines et appareils viennent pour plus de moitié des Etats-Unis, pour un quart d’Angleterre, puis de France et d’Allemagne.
- L. De Launay.
- TANNAGE DES PEAUX
- Le cuir est un des éléments les plus indispen- , sables non seulement pour les œuvres de civilisation, mais encore pour l’œuvre destructive de toute civilisation, pour la guerre. Sans cuir, pas de chaussures; sans cuir, pas de harnachement.
- Le cuir se distingue surtout de la peau par sa grande résistance à la putréfaction et par une diminution du pouvoir absorbant pour l’eau ou l’humidité. La peau est formée de deux parties : l’épiderme et lederme. Le derme est la partie la plus importante : par sa transformation, il produit le cuir. L’épiderme est formé de plusieurs couches de cellules superposées, traversées par les gaines des poils, les conduits des glandes sudoripares et des glandes sébacées. En allant de l’extérieur vers l’intérieur, on rencontre des couches formées de cellules de plus en plus vivantes.
- Alors que la couche extérieure dite couche cornée est constituée par des cellules mortes très aplaties
- (ces cellules superficielles se desquament facilement, c’est le furfur épidermique), les cellules de la couche sous-jacente sont traversées par des filets nerveux. Cette région s’appelle corps de Malpighi et la partie la plus interne désignée sous le nom de couche profonde basale ou basilaire est en contact avec le derme par une membrane transparente, constituée par le côté interne de ces dernières cellules placées sur une seule rangée. Cette membrane transparente est appelée membrane hyaline ; elle joue un rôle important dans la beauté du cuir. La membrane hyaline doit rester en effet adhérente au derme dans un tannage bien fait.
- Les ongles, les sabots et les griffes se développent de la même manière que les poils ou les soies, mais la substance qui les constitue n’est pas tout à fait identique à la kératine dont sont formés les poils. Elle résiste notamment plus à l’action des sulfures.
- Le derme, séparé de l’épiderme par la membrane
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- hyaline, est pénétré par toutes les productions épidermiques, qui prennent l’aspect de doigts de gant. Le nombre et l’écartement de ces doigts de gant ou papilles constituent le grain de la peau, caractéristique de chaque espèce d’animal et peut-être du sexe, dans chaque espèce. Cette couche supérieure du derme s’appelle couche papillaire ; elle est désignée en tannerie sous le nom de fleur et de sa beauté dépend beaucoup la valeur du cuir.
- La peau se détache assez facilement de la masse des muscles sous-jacents, de la chair; mais encore faut-il que l’ouvrier boucher opère adroitement pour éviter d’entamer la peau en la séparant des muscles. Les marques laissées par les ouvriers maladroits s’appellent les coutelures', elles diminuent beaucoup la résistance de la peau et par suite sa valeur. Certaines villes comme Bordeaux, sont réputées pour l’habileté et la propreté avec lesquelles sont préparées les peaux.
- Les peaux livrées de suite après l’abat sont appe-
- lées peaux vertes. Elles sont très rarement employées sous cette forme à cause de leur rapide putréfaction. Les règlements d’hygiène obligent les bouchers à les saler avec du sel dénaturé.
- Dans les pays chauds, les peaux sont séchées, fumées, arseniquées pour en assurer la conservation. Elles arrivent en balles serrées et elles doivent subir une opération préalable qui s’appelle le reverdissage. Mais il y a des peaux de provenance exotique dont il faut éviter le plus possible l’emploi, notamment les peaux de chèvre de Syrie, de Turquie et d’Afrique, à cause du charbon qui sévit à l’état •endémique dans ces régions et qui peut provoquer chez les ouvriers de graves accidents.
- Le reverdissage a pour but de rendre à la peau sa souplesse primitive; cette opération s’exécute en plongeant les peaux dans l’eau. Il est bon que l’eau se renouvelle, mais lentement. La peau perd le sel, les composés arsenicaux, en un mot les substances antiseptiques, absorbe de l’eau, se gonfle et reprend presque l’aspect qu’elle avait quand l’animal a été dépouillé. Elle redevient une peau verte. Cette opération, le reverdissage, correspond
- à la partie du travail appelée travail de rivière.
- La peau reverdie, nettoyée et gonflée par le travail de rivière, est prête à subir les opérations de Y ébourrage. Cette partie du tannage consiste à séparer les poils ou bourre de la peau. Dans tout ce qui va suivre, afin de rendre clair un sujet aussi vaste que celui de la préparation du cuir, nous ne nous occuperons que des grandes peaux, seules employées en temps de guerre pour l’équipement et le harnachement, en laissant de côté les divers tannages des petites peaux et même un des procédés de tannage des grandes peaux, le chamoisage, quoique le cuir de buffle soit employé dans certaines parties du matériel. La différence commence, pour toutes ces diverses manières de tanner seulement, après le travail de rivière et l’ébourrage.
- L’ébourrage revient soit à gonfler la peau, soit à ronger la base du follicule pileux. Comme nous l’avons dit, les poils sont implantés dans le derme
- à la façon des doigts dans un gant et l’épiderme est comme le gant qui enveloppe la base des poils. Les couches d’épiderme s’enfoncent et s’interposent entre le derme et le poil. Si l’on agit sur la matière constitu-tivedupoil,àl’aide de l’orpiment ou orpin (sulfure d’arsenic) ou d’autres préparations arsenicales, il y aura attaque, dissolution surtout à la base du poil et celui-ci s’arrachera aisément. Mais il est possible de concevoir tout autrement l’ébourrage. Si la peau se gonfle, les invaginations où sont logées les .bases des poils s’élargiront. Les poils s’en détacheront comme il arriverait aux doigts logés dans des gants devenus brusquement trop larges. Ce gonflement s’obtient par l’échauffe (putréfaction légère de la peau), par les acides ou par les alcalis. Le premier procédé exige beaucoup d’habileté de la part du tanneur. Il faut éviter que la peau ne soit abîmée par la putréfaction. Sans entrer dans des détails trop techniques, rappelons que sur les cadavres en voie de putréfaction les poils s’arrachent très facilement. Le gonflement par les acides est peu employé; il l’était âutrefois pour, les cuirs à l’orge et les cuirs à la jusée. Le plus souvent de nos jours, on utilise de la chaux et parfois pour aller plus vite des alcalis. Cette opération se nomme pelanage. Citons, à titre de curiosité, l’épilage des peaux breveté par M. L. Stern à Newark (brevet américain 1.019.854 du 12 mars 1912) consistant à projeter sur les peaux un gaz liquéfié. Sous l’action du froid
- Fig. i. — Machine à tirer de baguette les cuirs hongroyés.
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- TANNAGE DES PEAUX
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- les racines des poils deviennent fragiles et s’éliminent par simple agitation.
- Les pelains sont des bains de chaux dans lesquels sont plongées les peaux plus ou moins longtemps suivant la force des bains. On ne commence jamais par un pelain neuf ou vif, c’est-à-dire par une dissolution récente de chaux, mais par un pelain déjà épuisé, un pelain mort.
- Entre ce pelain et le pelain vif se placent, suivant les cas, un ou plusieurs pelains intermédiaires.
- Il existe encore un autre mode de gonflement qui consiste à employer les sulfures alcalins. Cèux-ci agissent à la fois comme les combinaisons arsenicales en attaquant la substance des poils et comme la chaux en gonflant la peau.
- Les peaux au sortir des pelains sont plongées dans l’eau pour éliminer la plus grande partie de la chaux et puis soumises au travail de chevalet; elles sont aussi ébourrées à l’aide de machines.
- Les peaux ébourrées et écharnées sont prêtes à être tannées. Le tannage peut être exécuté avec des tanins végétaux, des sels minéraux et des substances organiques tels que l’hydroquinone et ses dérivés, les produits de condensation des aldéhydes avec les sulfophénols.
- Nous n’examinerons que les tannages les plus employés pour les cuirs forts :
- Fig. 2. — Tonneaux foulons et tonneaux purgeurs.
- Dans le premier cas, l’ouvrier étend la peau sur un chevalet .formé d’une sorte de demi-cylindre incliné à 45° environ. L’ouvrier promène un couteau rond ou une pierre appelée queurse et arrache les poils en même temps qu’il fait sortir la chaux. Des machines, comme la machine Tourin, munies de grandes cames en caoutchouc effectuent beaucoup plus rapidement ce travail.
- Les peaux ébourrées sont écharnées ; elles sont placées sur le chevalet, mais cette fois le côté chair en dessus, et, avec un couteau bien affilé, l’ouvrier enlève
- les petits morceaux de chair qui restent toujours adhérents. Il retourne ensuite la peau qui a été rincée encore dans l’eau courante pour en extraire, à l’aide de la queurse, le mort poil et la chaux.
- Toute la chaux doit être éliminée pour éviter que le tanin ne s’y combine et ne rende le cuir dur. On peut voir que toute la chaux a été éliminée à l’aide de la phénolphtaléine. 1! ne doit pas se produire de coloration violette.
- 3. — Clives cylindriques avec agitateurs four le coudrage des peaux.
- Tannage aux tanins naturels . cuirs tannés ordinaires.
- Tannage aux sels d'alumine cuirs hongroyés.
- Tannage aux sels de chrome cuirs au chrome ou chromés.
- Tannage végétal.— Les cuirs tannés peuvent être obtenus par la méthode lente, dite tannage à l’écorce de chêne ou par les procédés de tannage ultra-rapide, rapide et mixte. Cette dernière expression est d’ailleurs très vague, car il y a une coutinuité parfaite entre le tannage ultra-rapide, rapide, mixte et le vieux tannage dès que l’on modifie si peu que ce soit le procédé, pratiqué en France il y a cinquante ans encore dans bien des tanneries.
- Voici, à en croire les anciens auteurs, en quoi consistait l’antique procédé de tannage à l’écorce pour les cuirs forts dits à la jusée, Dans un moulin, assez analogue à celui-ci et que l’on voit reproduit
- dans cette vieille gravure, le tanneur broyait ses écorces et mettait les peaux ensuite au contact soit de l’écorce même, soitd’eaux ayant épuisé l’écorce. Aujourd’hui les moulins utilisés ne diffèrent que fort peu. On peut diviser le tannage à l’écorce en trois phases : 1° la basserie ou passerie ; 2° les refaisages ; 3° le recouchage en fosse.
- Le travail de basserie ou de passerie consiste à passer les peaux dans les jus provenant des fosses. Ces jus» qui ont subi des fermentations, sont plus ou moins acides, en même temps qu’ils sont plus ou moins colorés. On appelle les premiers passements, la mise en couleur à cause du changement de teinte
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- TANNAGE DES PEAUX
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- qu’éprouve la peau. Le gonflement de la peau se poursuit, car les acides agissent sur les groupements basiques de la peau. En même temps, le tanin commence à se fixer.
- Les jus employés en basserie sont de plus en plus riches et c’est là un principe que nous verrons appliqué d’une manière rigoureuse quelle que soit la rapidité du tannage. En vertu des lois de l’osmose, il est nécessaire que la peau, au fur et à mesure qu’elle absorbe le tanin, se trouve plongée dans une solution contenant plus de tanin qu’elle n’en renferme elle-même.
- Dans la basserie, les peaux sont constamment agitées à l’aide de coudreuses.
- Ces appareils sont constitués par des palettes montées parallèlement à un arbre horizontal et à une même distance. Elles sont plus larges au centre que sur les bords de manière à forcer les peaux à entrer dans les jus;
- Le travail de la basserie dure de deux à trois semaines suivant les cas. Il est suivi du refaisage qui est un acheminement à la mise en fosses. Mais dans le refaisage les peaux sont moins serrées et le rapport de la quantité des jus à la quantité de tanin est plus grand que dans les fosses. Le tannage se continue dans les mêmes conditions que précédemment en changeant tous les quinze jours environ les peaux de manière à ramener par-dessus celles qui étaient en dessous et à remplir les cuves de refaisage de jus plus riches. Habituellement on procède à deux refaisage s.
- La mise en fosse ou le recouchage consiste à placer les peaux déjà tannées en partie dans de grandes cuves en bois ou én maçonnerie, en les enveloppant d’une grande quantité de tan finement pulvérisé. Pour les refaisages, on a pris le tan le plus grossièrement moulu et les écorçons.
- Les peaux recevaient jusqu’à quatre fosses et l’on renouvelait les écorces jusqu’à cinq fois, quand
- elles ne subissaient pas le travail de passerie ni celui des refaisages. Les peaux restaient alors en fosses de dix-huit mois à deux ans suivant leur force. La consommation n’était pas alors aussi intense que de nos jours et les capitaux engagés étaient faibles à cause aussi de la faible valeur des peaux alors. On ne se préoccupait même pas d’épuiser à fond les écorces, et, dans chaque fosse, on envoyait de l’eau pure. Pour égaliser le tannage, on se contentait de mettre dans le fond des fosses les
- peaux qui avaient été au-dessus dans la fôsse précédente.
- Peu à peu on chercha à tanner plus vite. Seguin montra l’avantage qu’il y avait à utiliser des dissolutions de tanin et surtout celui qui consistait à gonfler le cuir pour faciliter la pénétration du tanin. Le tannage à la flotte qui n’est pas autre chose qu’une passerie dans des bains de plus en plus forts sans écorces se développa en Angleterre particulièrement. Sur le continent on ne s’écarta que fort peu de l’ancienne manière. Mais le nonxJ bre des fosses diminua, l’écorce fut mieux épuisée, la passerie était déjà une concession faite au mode de tannage à la flotte.
- Peu à peu on s’achemina à l’emploi des extraits qui a permis d’exécuter le tannage rapide et surtout le tannage ultra-rapide, dont les frères Durio montrèrent à l’Exposition de 1900 toute la puissance de production, en exposant des cuirs tannés en quarante-huit heures.
- Seguin avait montré cent ans auparavant que des cuirs pouvaient être tannés rapidement en trois mois au plus, à l’aide des jus obtenus par la macération des écorces de chênes dans l’eau. 11 créa ainsi la première fabrique d’extraits. Les extraits tanniques ' ne sont pas autre chose que des infusions ou décoctions de matières tannantes et autres matières solubles provenant des arbres ou substances végétales dans l’eau ordi-
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- Fig. 4. — Machines à épiler verticale à tables multiples.
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- TANNAGE DES PEAUX
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- naireou acidifiée, concentrées et souvent desséchées.
- Grâce à ces extraits, il a été possible de tanner en qnarante-liuit heures. Supposons que la peau gonflée le plus possible soit plongée dans des solutions de matières tannantes, renouvelées sans cesse et dont la richesse va en augmentant à chaque fois ;
- Entre le vieux tannage à l’écorce avec trois ou quatre mois de pelain, d’après le vieil adage, qui pelane tanne, et quatre fosses et le tonneau qui permet de tanner en quarante-huit heures, trouvent place bien des tannages : le tannage appelé à l’écorce de chêne tel qu’il se pratiquait à la fin du siècle dernier, le tannage mixte, le tannage aux extraits, le tannage accéléré, le tannage rapide, quel que soit le nom que l’on veuille adopter pour désigner remploi plus ou moins grand de substances destinées à activer le tannage.
- Quel que soit le lannage utilisé — et nous ne discutons ici la valeur d’aucun d’eux — les cuirs finis sont dits : cuirs en croûte. Ils
- En haut :
- Ébourrage, écharnage et travail en cuves.
- Au milieu : Travail de grenier (à droite) et mise en suif (à gauche).
- En bas :
- Travail de rivière et de chevalet (à droite); mise en fosses (à gauche).
- Fig. 5. — Les opérations du tannage. (D’après les estampes du Traité de la Lande).
- elle sera pénétrée beaucoup plus vite que la même peau modérément gonflée et abandonnée au contact de solutions faibles. Si vous ajoutez à cela l’agitation, parfois la chaleur et même, comme l’ont fait quelques-uns, mais sans aucun succès, l’électricité, l’action des substances tannantes sera encore accélérée. C’est précisément ce qui se passe dans le tannage ultra-rapide.
- sont livrés, après avoir été séchés, à la corroirie. pour être préparés. La sèche des cuirs est produite par l’air le plus généralement, en suspendant les cuirs sous .des hangars ou dans des séchoirs dont les côtés sont fermés par des personnes mobiles qui permettent d’établir des courants d’air. Le séchage doit être aussi rapide que possible pour éviter que les cuirs ne s’abîment. Quelques grandes tanneries possèdent des séchoirs à air chaud, mais les cuirs ainsi desséchés, de l’avis presque général des tanneurs, sont moins résistants que ceux séchés à l’air libre.
- Hongroyage. — Le cuir façon de Hongrie ou cuir hongroyé est fabriqué depuis plusieurs siècles malgré l’affirmation de la Lande à qui l’on doit le premier traité de la tannerie publié en France, traité auquel nous avons emprunté les vieilles
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- gravures reproduites dans cet article (fig. 5).
- La fabrication de ce cuir est en effet si simple et si rapide, sa conservation si facile et si aisée qu’il a été employé pour tous les usages où il n’est pas nécessaire d’avoir de beaux cuirs.
- Le cuir hongroyé n’est pas tanné en réalité; si on lui enlève sa nourriture — les corps gras dont il est saturé — on peut, en le plongeant dans l’eau, dissoudre le sel et l’alun qui l’imprègnent et il revient, à peu de chose près, à l’état de peau en tripes, de cuir vert. Il n’en est pas de même du cuir tanné que nous venons d'étudier ni des autres tannages.
- Le principe du hongroyage est le suivant : imprégner la peau d’une solution de sel marin et d’alun de manière à la rendre imputrescible et fixer ces sels à l’aide de la nourriture. Or, tout le monde sait que le sel ne se combine pas aux substances animales; s’il en était ainsi, il serait impossible de manger des viandes ou des poissons conservés dans le sel. L’alun qui n’a pas été décomposé se redissout, lui aussi, sans altération. La peau ne retient qu’un peu d’acide sulfurique et un sulfate dit basique d’alumine.
- Pour arriver à imprégner de sel et d’alun les cuirs on les place dans des balanceuses, après le travail de rivière dans lequel un simple rasage remplace l’ébourrage ordinaire. Ce sont des caisses fermées par une portière que l’on relève pour introduire la solution des sels, puis les peaux à hon-groyer ; elles oscillent autour d’un axe horizontal de dix à quinze fois par minute. Autrefois la pénétration de la saumure était obtenue en foulant les cuirs au pied dans une cuve ou bien aux foulons. Les proportions généralement admises sont les suivantes : pour 100 kg de peaux en tripes, on emploie en moyenne 9 kg d’alun, 5 kg de sel marin, 100 kg d’eau.
- Ce liquide est renouvelé trois ou quatre fois. Les peaux peuvent être travaillées de suite. Mais généralement, on les laisse macérer dans des cuves remplies d’une saumure concentrée au point de voir l’alun cristallisé, même quand on emploie l’alun de soude, le mot alun servant, comme tout le monde le sait, à désigner le sulfate double de potassium et d’aluminium. Le séjour dans ces cuves est très variable.
- Après l’imprégnation des peaux par la saumure est exécuté le corroyage de ce cuir qui ne peut pas être livré tel quel; c’est là le travail de grenier, travail très pénible. Le cuir doit être étalé et séché; on le laisse parfois reposer encore en superposant les peaux les unes sur les autres, de telle manière que les têtes se trouvent sur les queues alternativement.
- Car il est à noter encore une différence dans le hongroyage par rapport aux autres tannages.
- Dans le tannage végétal, les peaux sont généralement tannées entières, parfois on retire la tête, très rarement les dépouilles, c’est-à-dire les bas-côtés du ventre et les pattes. Dans le tannage au chrome, 1
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- on tanne le plus souvent les croupons longs ou les peaux entières; mais dans le hongroyage on tanne les peaux entières, après les avoir fendues dans toute leur longueur de la tête à la queue. Ces deux moitiés s’appellent les dossets.
- Les dossets sont devenus raides après dessiccation, ils sont imprégnés fortement de sels. Il faut les assouplir, c’est là le travail de première et de dernière. On les tire de baguette pour les dévê-lopper. Ce travail s’exécutait avec les pieds ; il s’effectue actuellement avec une machine semblable à celle de la figure 1. Après étirage, les peaux sont étalées, puis suiffées. Pour cela, l’eau dont les dossets ont été recouverts dans le travail de dernière est chassée en partie à l’étuve et les dossets sont ensuite imprégnés de suif au moyen d’un gipon comme on peut le voir dans l’ancienne gravure ou plongés dans une cuve renfermant un mélange de substances grasses. Après avoir été nourris, les cuirs sont encore assouplis, légèrement blanchis, pour diminuer la coloration jaune produite par le suif et livrés à la consommation.
- Tannage au chrome. — Si l’origine du tannage, comme celle de la métallurgie et de bien d’autres industries, se perd dans la nuit des temps, celle du tannage au chrome est bien connue. On doit attribuer à Cavalin les premiers essais de tannage des cuirs à l’aide de tels minéraux. En 1853, il a préparé des peaux en les plongeant pendant 4 à 5jours dans un bain contenant :
- 22 parties de bichromate de potassium ;
- 44 — d’alun ;
- 396 — d’eau.
- Il réduisait ensuite le bichromate, en trempant les peaux ainsi imprégnées dans un second bain renfermant :
- 22 parties de sulfate ferreux ;
- 22 — d’eau.
- Sous l’action du sulfate ferreux, le bichromate était réduit et le cuir était réellement tanné. Le sesquioxyde de chrome était fixé sur la peau et ne s’éliminait pas complètement par l’eau froide
- comme dans le cas des cuirs hongroyés ; mais les cuirs étaient raides, cassants et se détannaient assez facilement.
- Le premier tannage au chrome vraiment industriel fut exécuté en Amérique par la Tannage Patent Company d’après les brevets pris, en 1884, par Schullze. Il convient de dire qu’un Allemand de Francfort-sur-le-Mcin, Heinzerling, avait publié en 1870 un procédé de tannage à deux bains.
- Le tannage à un bain breveté en 1886, en Angleterre, par Alexanderson et Avass, fut réellement appliqué quand parurent en 1893 les brevets Martin Dennis. Ce dernier procédé fut exploité par la Martin Dennis Chrome Tannage Company de Newark (New-Jersey).
- Les brevets Schultze durent être abandonnés parce que la liqueur employée était trop acide et on dut employer d’autres formules.
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- Avant d’aller plus loin, montrons quelle différence existe entre ces deux systèmes.
- Dans le tannage à deux bains, la peau est trempée d’abord dans une solution acide d’un bichromate. Elle se teint en jaune peu à peu; quand l’acide chromique mis en liberté a traversé toute la peau, ce que l’on voit à la coloration, on plonge la peau dans un second bain où se trouve une substance réductrice. L’acide chromique se réduit à l’état de sesquioxyde de chrome en formant d’abord des chromâtes de sesquioxyde de chrome de couleur chocolat. La réduction est terminée quand la coloration chocolat a disparu; le cuir est vert. Le sesquioxyde de chrome a été fixé par réduction sur la substance peau. Nous n’examinerons pas ici, pas plus que nous l’avons fait à propos du tannage végétal, si cette fixation est d’ordre chimique ou physique.
- Dans le tannage à un bain, le sesquioxyde de chrome est fixé far précipitation. Les peaux sont trempées dans la solution d’un sel basique de chrome (alun, chlorure, bichromate acide additionné d’un réducteur,..) et neutralisées ensuite avec un sel alcalin.
- Les formules de bains sont très nombreuses. Pour le tannage à deux bains, Schultze avait proposé pour 100 livres de peaux :
- 4 livres de bichromate de potassium.
- 2 livres d’acide chlorhydrique.
- 24 livres d’eau.
- Gette solution beaucoup trop acide a été modifiée et on peut dire que chaque tanneur a établi pour son compte une formule spéciale.
- Le bain de réduction, second bain, contenant pour la même quantité de peaux :
- 10 livres d’hyposulfite de sodium.
- 2 livres 1/2 d’acide chlorhydrique.
- Au lieu d’hyposulfite de sodium on a proposé d’autres réducteurs, alcool, glycérine, glucose, sul-
- fites, sels ferreux, hydrogène sulfuré, sulfures, hydroxylamine, eau oxygénée, voire même le courant électrique.
- Pour le tannage à un bain, M. Procter a indiqué lés proportions suivantes : avec 100 kg. de peau, employer 9 kg d’alun de chrome dissous dans 90 litres d’eau en y ajoutant peu à peu 2 kg 500 de cristaux de carbonate de soude dissous au préalable dans 10 litres d’eau. A la solution complète, on ajoute 7 kg de sel. Les peaux, après avoir élé plongées dans ce bain, sont égouttées en les plaçant les unes sur les autres et traitées ensuite par un bain renfermant du borax ou de la craie pour éliminer toute acidité.
- Il est nécessaire qu’il en soit ainsi pour éviter de casser les émulsions avec lesquelles sont nourris ces cuirs. Pour rendre les cuirs plus agréables à l’œil et surtout au début pour les rapprocher de la couleur des cuirs hongroyés, on les a blanchis artificiellement. On sait qu’en industrie comme en tout, une nouveauté ne peut être adoptée qu’en prenant la forme d’un produit ou d’une chose déjà connus et appréciés.
- Les deux derniers tannages qui viennent d’être décrits : hongroyage et chromage, peuvent être exécutés en quelques jours et les cuirs obtenus ainsi sont aussi bons, semble-t-il, que ceux préparés lentement dans les mêmes conditions d’acidité.
- A côté de ces tannages, dont l’importance est considérable surtout en ce moment, les grosses peaux peuvent être tannées aux huiles animales, c’est le chamoisage. Enfin d’autres produits comme l’hydroquinone, les dérivés des sulfophénols ont été proposés; mais ils ne l’ont été que tout récemment. Les cuirs tannés avec ces produits n’ont pas encore fait leurs preuves ni de durée, ni de fatigue, ni de conservation. Nicolas Flamel.
- DISTRIBUTION MENSUELLE DE LA
- Le climat d’une région est caractérisé par des éléments nombreux, parmi lesquels la température tient généralement le premier rôle. A côté d’elle se place un autre facteur, la nébulosité, dont nous allons indiquer la distribution relative dans les diverses parties de la France.
- Disons d’abord que l’importance de ce facteur est parfois méconnue : un exemple le mettra en évidence.
- Quand on jette les yeux sur une carte d’isothermes des mois de décembre, de janvier et de février, on v oit que la température moyenne de la région de (Brest est alors très sensiblement la même que celle de la Gôte d’Azur ; et cependant on sait quelles différences présentent les hivers de ces deux régions, différences qui tiennent précisément à la nébulosité, aux nuages et à la brume qui marquent le Soleil sur les côtes ouest de la Bretagne.
- NÉBULOSITÉ MOYENNE EN FRANCE
- Il est donc important de noter chaque jour le nombre d’heures pendant lesquelles le Soleil a brillé, autrement dit de mesurer la durée d'insolation. Pour cela on a imaginé différents instruments, dont un des plus simples et des plus employés est celui que représente la figure 2, et qui porte le nom à’héliographe de Campbell.
- Il se compose d’une sphère de verre, exposée en un lieu bien découvert et qui concentre les rayons incidents du Soleil en un foyer. Celle-ci se forme évidemment toujours à la même distance, sur une surface sphérique concentrique à la boule de verre. Sür cette surface sphérique on place un carton, qui est carbonisé par le Soleil aux points où se forme l’image; il suffit de mesurer la longueur de cette partie carbonisée pour savoir pendant combien de temps le Soleil a brillé.
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- 28 .... : DISTRIBUTION MENSUELLE DE LA NÉBULOSITÉ
- Janvier.
- Février
- Mars
- Juin
- Avril
- Août.
- Septembre i
- Juillet.
- Décembre
- Novembre
- Octobre
- Fig. i
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- DISTRIBUTION MENSUELLE DE LA NEBULOSITE ....... 29
- Malgré sa simplicité, cet appareil n’a été employé dans le passé que dans un petit nombre de stations; et les observations réunies jusqu’ici ne permettraient pas d’avoir une idée de la durée d’insolation dans les diverses parties de la France.
- Par contre, on note depuis longtemps le degré de nébulosité ou simplement la nébulosité, en appelant ainsi la fraction du ciel qui à un moment donné se trouve couverte par les nuages. Cet élément du climat est noté de 0 à 10, le nombre 10 indiquant un ciel complètement couvert, et 0 un ciel sans nuages.
- Quoique indirecte, la relation entre la nébulosité et l’insolation est évidente, et dans une certaine limite les deux éléments peuvent être considérés comme complémentaires l’un de l’autre; aussi admet-on généralement la relation empirique :
- 10(1 f) = OT,
- en désignant par f la fraction d’insolation et par n la nébulosité.
- Faute d’instrument approprié, la nébulosité se note à Y estime-, mais malgré que cela comporte d’arbitraire, les appréciations de deux observateurs exercés ne diffèrent généralement pas d’une unité.
- Un autre inconvénient des observations de nébulosité, c’est qu’en général on ne distingue pas entre les diverses parties du ciel ; or, il est évident que dans les régions voisines de l’horizon les nuages se projettent, pour l’observateur, es uns sur les autres, et que la nébulosité y paraît plus grande qu’elle n’est réellement. Nous ne nous illusionnerons donc pas sur la précision des observations et nous allons voir ce qu’elles indiquent.
- L. Teisserenc de Bort a étudié la distribution de la nébulosité à la surface de la Terre, et tracé des courbes dites isonèphes, dont chacune réunit des points d’égale nébulosité. Mais ses cartes sont à une échelle si réduite, que la nébulosité relative des diverses parties de la France s’y trouve tout à fait masquée. Nous avons tracé à nouveau ces courbes, mais à une échelle plus grande, et en utilisant les mêmes observations, savoir : celles de 55 stations françaises et celles des stations étrangères voisines de nos frontières.
- Pour obtenir des moyennes mensuelles correctes, il faudrait d’abord réduire les observations à la moyenne vraie, puis les corriger delà variation diurne, de l’influence de l’altitude qui varie considérablement avec les saisons, des conditions topographiques,
- et enfin opérer la réduction à'la même période.
- Malheureusement diverses de ces corrections sont impossibles; pour la plupart des stations nous manquons même de données pour faire la réduction à la moyenne vraie ; mais on a effectué les réductions à la même période (1868-1885).
- C’est ainsi que nous avons obtenu les cartes ci-jointes, ou la nébulosité maxima (10) est exprimée par lüO : les traits pleins correspondent à 10, 20, — et les traits pointillés aux valeurs intermédiaires 15,25....
- Ces cartes ne peuvent être considérées que comme une première approximation; cependant elles permettent de faire certaines remarques que nous avons signalées dans une note récente des Comptes rendus (t. 162, p. 624, 25 avril 1916) :
- Certaines stations voisines les unes des autres présentent des différences systématiques peu explicables par les influences locales; ainsi Vendôme a toujours une .nébulosité moindre que celle d’Alençon. Cela pourrait tenir à la manière même dont les observations ont été faites.
- D’autres fois, le voisinage de la mer donne l’explication de ces différences ; tel est le cas pour Avignon et Marseille. Dans cette dernière station, la nébulosité est toujours plus forte et, pour tenir compte de cette circonstance dans les cartes, il aurait fallu toujours entourer Marseille d’une courbe isonèphe spéciale indiquant une nébulosité plus forte que celle des régions voisines.
- L’influence Topographique est extrêmement nette entre Clermont et le Puy .de Dôme; ici l'on peut admettre que les observations sont faites exactement de la même manière.
- Certaines influences bien connues se manifestent sur les cartes, par exemple la clarté du ciel en hiver dans certaines régions élevées de la Suisse, explicable par le fait que dans celte saison les nuages sont plus bas qu’en été. L’influence des Pyrénées, qui arrêtent les vents du Nord-Ouest chargés d’humidité, produit des condensations accusées par un maximum relatif de nébulosité dans l’extrême Sud-Ouest de la France et sur le littoral Nord de l’Espagne.
- Dans la région provençale, la différence de nébulosité entre l’été et l’hiver est peu prononcée; elle y est d’ailleurs toujours notablement plus faible que dans les autres légions de la France,
- Bigourdan,
- Membre de l'Institut.
- Fig. 2. — Vue de Vhéliographe de Campbell servant à mesurer photographiquement la nébulosité.
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- LE CINÉMA COMMIS VOYAGEUR
- Le cinématographe, cela est évident, répond à un besoin des foules puisque son succès n’a même pas été affecté par la guerre, ce qui est peut-être un cas unique. Mais jusqu’à présent on ne voyait en lui que la source de divertissements visuels. Bien timides ont été les essais tentés pour en faire un éducateur et on peut regretter que les fdms scientifiques ou industriels ne soient pas plus abondants. Ils vont peut-être le devenir si, imitant ce qui se passe en Amérique, le cinéma se fait commis voyageur. Toute nouvelle cette application tend à se développer avec une rapidité qui indique la faveur avec laquelle elle est accueillie outre-Atlantique. — Commis voyageur le cinéma? Et pourquoi pas? Lorsque l’on a envoyé à un client des brochures, des catalogues, des photographies, des listes de références, tout l’arsenal dés arguments commerciaux, il reste encore un doute dans son esprit.
- Comment fonctionne par exemple la machine agricole dont on lui a vanté les qualités ? Est-elle capable de labourer un terrain tel que le sien? Le vendeur le dit, c’est vrai; mais, avant de conclure le marché, l’acheteur voudrait bien en voir de ses yeux une accomplissant les performances annoncées. Mais il faudrait qu’il se déplace parfois fort loin, d’où perte de temps, d’argent et l’indécision subsiste dans son esprit. C’est alors que le cinéma intervient et devant les yeux de l’acheteur, défilent les films représentant la machine agricole en pleine activité; il en suit la manœuvre, qu’il avait souvent mal comprise d’après les descriptions, se rend compte de la nature et de la valeur du travail effectué. Les objections tombent d’elles-mêmes et le cinéma emporte ses dernières résistances.
- Si l’emploi du cinéma pourra toujours faciliter grandement et la tâche du vendeur qui présente une machine et celle de l’acheteur qui doit se faire une opinion sur sa valeur, il est des cas ou il est le seul moyen de présentation possible.
- C’est ainsi que les installations compliquées, comme celles des fours à coke, non seulement, cela va s’en dire, sont intransportables, mais encore, comme elles sont parfois très peu nombreuses, le client qui désire se rendre compte visuellement peut être amené à entreprendre un véritable voyage. Le cinéma le lui évite.
- De plus dans un certain nombre d’articles, les machines agricoles, les tracteurs pour l’hiver, etc., la présentation ne peut se faire pendant toute l’année.
- Le cinéma au contraire ignore les saisons et en plein hiver'permet de convaincre un acheteur de l’excellence du fonctionnement d’une batteleuse-lieuse par exemple. Il ignore également les langues ou plutôt il pari» la langue usuelle, la seule langue
- universelle, ce qui permet de se servir en tous pays du même film.
- Enfin, dans certains cas, le cinéma permet de résoudre des situations én apparence inextricables comme celle que rapporte l'Engineering Magazine et qui aurait, hélas, pu très bien se présenter en France. La .municipalité d’une ville située sur un grand fleuve avait décidé d’acheter un bateau-pompe. Soucieux de gérer avec prudence les deniers publics, les promoteurs proposaient l’envoi d’une commission dans les villes possédant déjà des bateaux-pompes pour se rendre compte de leur fonctionnement et faire un choix. Mais à ce moment la minorité dissidente se mit à crier au scandale, à la gabegie, les frais de voyage lui semblant exorbitants, et elle fit tant et si bien que tout en décidant l’achat d’un bateau-pompe après étude des modèles existants, il fut en même temps décidé de ne pas entreprendre de voyages d’études. La situation menaçait de s’éterniser quand un constructeur eut l’idée de prendre un film montrant le bateau-pompe éteignant les incendies les plus formidables et de les faire projeter devant les édiles de la ville. Le succès fut complet et la commande votée à l’unanimité.
- En résumé quand un vendeur présente une machine, une installation à l’aide de notices, de bleus, de descriptions et demande à l’acheteur de se faire une opinion sur leur valeur d’après ces éléments, il se trouve finalement en présence de difficultés, car il est impossible pour la généralité des gens de se représenter mentalement la marche d’une machine un peu compliquée d’après des descriptions écrites. D’un autre côté, les machines sont souvent trop importantes ou trop délicates pour pouvoir être déplacées et amenées pour examen à l’acheteur; il est matériellement impossible de déplacer des usines entières ou des installations de procédés nouveaux et fréquemment l’acheteur 11e peut ou ne veut se déranger.
- Le cinéma portatif, léger, facile à faire fonctionner permet de montrer en tous lieux et en tous temps les films industriels. Certains constructeurs d’appareils se sont spécialisés dans la construction de ces cinémas réduits qui fonctionnent sur le courant du circuit d’éclairage ordinaire, suffisent pour une présentation dans une salle de conseil d’administration. En Amérique, plusieurs sociétés de films ainsi que des industriels ont créé un service spécial de prise de ces sortes de vues. Ce sont la DyerFilm C°, FEducational Film Corporation, la Harold Ives C°, la Thomas Edison C°, la Westinghouse Electric and Manufacluring C°, la National Tuh C°, la Clyde Iron Works.
- H. VOLTA.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 29 mai 1916.
- Les angles des cristaux mixtes. —On a cru, pendant longtemps, avec Beudant que les angles des cristaux mixtes formés par deux composants représentent, en général, la moyenne des angles propres à chaque substance, proportionnellement à la quantité de l’une et de l’autre. M. Ferruccio Zambonini, reprenant la question, ari'ive à cette conclusion que la proportionnalité, considérée comme générale, est, au contraire, exceptionnelle. Bans la plupart des cristaux mixtes, il n’y a aucune relation précise entre la valeur des angles et la composition; il y a même souvent des cristaux mixtes dont les angles ne sont pas compris entre les valeurs trouvées pour les sels purs.
- La sexualité des laminaires. — M. C. Sauvageau, qui a découvert la sexualité des laminaires, signale un nouveau cas de ce phénomène dans une algue appartenant à une tribu du même groupe : l’Alaria esculenta. Cette laminaire est la seule de son groupe qui descende des mers arctiques et du Nord du Pacifique jusque sur nos côtes de Bretagne. La démonstration d’une alternance des générations sexuée et asexuée chez l’Alaria esculenta est particulièrement intéressante parce qu’elle, permet d’expliquer la présence des caractères hybrides constatés par les botanistes japonais Yendo et Okamura chez certaines plantes du même groupe, caractères qu’on ne s’expliquait pas chez des végétaux considérés jusqu’ici comme dépourvus de sexualité.
- Valeur fonctionnelle et éducation sensitive des moignons.— M. Jules Amar étudie les changements qui se produisent dans un membre amputé suivant le niveau de
- l’amputation, de manière à déterminer le rendement d’un appareil de prothèse fixé à un moignon de telle ou telle longueur. Il établit une technique qui consiste à évaluer en degrés l’amplitude des mouvements angulaires du moignon sur son articulation. En les comparant à la force et à l’amplitude du membre sain, on calcule le taux de la perte résultant de l’amputation. Pour établir des moyennes, il a comparé les observations de 200 amputés.
- Chez les amputés, la section transversale d’un moignon est peu sensible au toucher. Pour rendre perceptibles? les deux pointes d’un esthésiomètre, il faut les écarter de 20 mm, alors que, sur les doigts, 2 mm suffisent. U.ee produit, en outre, un rejet latéral de la sensation., Enfin, on observe le phénomène de Weir-Mitchell, d’après lequel les amputés gardent l’illusion de sentir le membre absent, tout ën éprouvant un fourmillement près de; la cicatrice. M. Amar remédie à tous ces défauts par une rééducation progressive et constate que le, phénomène de Weir-Mitchell a, en grande partie, une cause morale.
- Rapidité d'évolution du bacille typhique dans le lait. — MM. Trillat et Fouassier ont recherché l’influence exercée par divers facteurs sur le développement du bacille typhique dans le lait. Ces facteurs sont l’acidification, la coagulation, l’écrémage, le mouillage et la présence de microbes étrangers. Les courbes varient dans chaque cas. Certains ferments étrangers favorisent l’évolution, d’autres la paralysent. Les auteurs ont reconnu la différence d’action de la coagulation stomacale du lait, suivant que cette coagulation est due à la présure ou à l’acide lactique.
- LE TRANSFORMATEUR DE 1000000 VOLTS
- Le transport de l’énergie électrique par un courant à très haute tension a fait en ces dernières années un énorme progrès. C’est l’Amérique, où l’on fait tout en grand, qui a battu le record aussi dans ce domaine. Elle a réalisé depuis longtemps déjà de nombreux transports d’énergie au-dessus de 100000 volts et en 1912 une ligne à 140 000 volts a été mise en service sur un parcours de 400 km entre Au Sable et Balle Creek Mich. En 1913 on a établi un transport à 150000 volts entre Big Creek et Los Angeles (Californie). L’utilisation des chutes d’eali, éloignées des grands centres industriels que l’on cherche à réaliser de plus en plus, nécessite le transport de l’énergie sous des tensions de plus en plus élevées pour diminuer les pertes d’énergie dans les câbles. Aussi étudie-t-on actuellement la possibilité du transport sous 250 000 volts qui permettrait d’atteindre une distance de 1500 km.
- Or, une des difficultés les plus importantes est celle d’isolement. Tous les isolateurs, destinés à porter les conducteurs ainsi que les câbles souterrains, doivent être essayés, avant d’être mis en
- service, à une tension trois ou quatre fois plus grande que la tension normale qu’ils supporteront.
- Actuellement le record, détenu par un transformateur de 500 000 volts construit par la Société Oerlikon à l’occasion de l’exposition de Berne, est battu par un transformateur de 1000 000 volts, construit au laboratoire de M. Tordarson, à Chicago, et expérimenté à San Francisco. La description de ce transformateur a été donnée par Electrical Word et par Electrical Rewiew and Western Electrician à qui nous empruntons les renseignements les plus intéressants.
- L’enroulement primaire, comprenant 122 bobines, disposées en série, est alimenté par un courant alternatif à 2200 volts, la fréquence étant de 60 périodes par seconde. L’enroulement à haute tension est formé de 190 bobines, disposées également en série. Le tube isolant en papier entre le primaire et le secondaire a des dimensions inusitées (environ 2 m. 70 de long, 18 cm d’épaisseur, et 1 m. 20 de diamètre) et son poids est voisin de
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- 32 ====== LE TRANSFORMATEUR DE 1000 000 VOLTS
- 1000 kg, c’est dire qu’il a piésenté de sérieuses difficullés de fabrication. Ce transformateur a été placé dans un réservoir en béton rempli d’huile minérale. On a installé, en dehors du bâtiment du transformateur, un écran électrique, analogue à une antenne, employée dans la télégraphie sans fil. Cet écran, supporté par 4 poteaux et isolé convena-
- is i. — Vue du transformateur de i oooooo volts dans sa fosse en ciment armé.
- blement du sol, est mis en contact avec la borne de haute tension.
- Parmi les nombreuses expériences, faites avec ce transformateur de 1 000000 volts, celles effectuées le soir présentent le plus d’intérêt. On a essayé d’abord d’établir de grands arcs directement avec la terre, mais ces tentatives n’ont jamais réussi et l’on obtenait au lieu d’arcs des décharges intenses et de terribles étincelles de 20 à 25 cm de diamètre. A en juger d’après leur effet destructif, ces étincelles devaient être équivalentes à des décharges d’au moins 2 225 000 volts.
- Le champ électrostatique lors du fonctionnement du transformateur était si intense qu’un tube à vide s’illuminait et que des -étincelles pouvaient être tirées des corps métalliques isolés du sol. Les décharges que l’on pouvait ainsi produire en se servant des épingles à cheveux, broches, etc., portées par les dames, étaient très pénibles à supporter et au voisinage du transformateur en action
- les genoux des visiteurs fléchissaient sous l’action du champ électrostatique.
- Pour des potentiels de 500000 volts seulement l’énergie électrostatique faisait, à chaque changement de direction du courant, trembler les parapluies à une distance de 12 à 18 m. des fils de haute tension et les gouttes de pluie apparaissaient, à la lumière intermittente de 120 périodes par seconde, comme des fils d’argent, longs de 2 cm, 5.
- Les ingénieurs-électriciens ont ordinairement une idée assez précise de l’énergie qui peut être accumulée dans un circuit magnétique; mais les observations, faites pendant ces expériences, ont pour la première fois permis d’apprécier matériellement la quantité d’énergie qui pouvait être dépensée dans un champ électrostatique. Lorsqu’on îevaitla main on avait la sensation de l’appliquer sur le noyau d’un transformateur faiblement chargé ; le champ électrostatique produisait dans l’air un fort bourdonnement, signe distinctif d’un alternateur
- Fig. 2. — Les aiguilles qui se forment aux isolateurs du transformateur de i ooo ooo volts.
- Tout ce travail aurait sans doute été impossible à accomplir sans le concours de l’Exposition de San Francisco qui non seulement a fourni des fonds, nécessaires à la construction du bâtiment de haute tension, du transformateur, des câbles souterrains de la centrale et des dispositifs expérimentaux de haute tension, mais a encore payé les dépenses occasionnées parle fonctionnement de ces installations. Actuellement la construction d’un transformateur analogue est projetée à Chicago. J. Vichmak.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahure, rue de Fleuras, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N“ 2233.
- 15 JUILLET 1916.
- LE CAOUTCHOUC ET LA GUERRE
- Le caoutchouc est, par excellence, une substance de guerre et c’est une de celles qui doivent le plus rapidement faire défaut à l’Allemagne, quand on sera enfin arrivé à réaliser un blocus sérieux et effectif.
- Nous ne pourrons étudier ici tout le problème avec les détails précis qu’il comporterait, car l’industrie du caoutchouc est fort mystérieuse et réclame le secret sur ses opérations; néanmoins il
- intense des automobiles militaires, la consommation de ce chef doit être considérable. Un rapport récent estimait à 75 000 tonnes la consommation de caoutchouc nécessaire en 1916 pour les seuls pneumatiques d’automobiles aux États-Unis. Quoiqu’on puisse à la rigueur rouler sans pneus en utilisant divers artifices, cet emploi peut être considéré comme de première nécessité. On a même pensé récemment à munir de roues caoutchoutées les cais-
- Fig. i. — Forêt de Ficus elastica (arbre à caoutchouc).
- est permis d’en dire assez pour faire connaître les applications militaires du caoutchouc, les sources d’où on le tire, les conditions commerciales de son marché, enfin les subterfuges auxquels les Allemands peuvent recourir pour s’en procurer (*).
- Consommation du caoutchouc. — Le caoutchouc est devenu une substance importante et a commencé à attirer l’attention des économistes, des industriels et même des spéculateurs, depuis le moment où s’est répandu l’usage des pneus pour automobiles et bicyclettes. C’est l’emploi auquel tout le monde pense d’abord. Avec la circulation
- La question du caoutchouc a été traitée ici.à diverses reprises. Voir notamment 1906,11, 150 : « Le caoutchouc dans le monde » ; 26 oct. 1910 : « Culture du caoutchouc » et 1912, II, 506 : « Le caoutchouc artificiel ».
- sons d’artillerie. J’insisterai cependant surtout sur des emplois militaires qui sont moins connus. Telles sont, par exemple, les millions de couvertures imperméables que la vie prolongée dans les tranchées amène à utiliser partout pour l’équipement du soldat, les bottes caoutchoutées qui ont été adoptées par le War Office anglais (au lieu des bottes à tige de toile et semelle de bois décrites récemment ici). Puis vient la fabrication de la dynamite, pour laquelle les ouvriers sont munis de vêtements, de bottes et de gants caoutchoutés. Or, d’après des documents sérieux, il y aurait actuellement 140 000 hommes travaillant à la dynamite. Le caoutchouc est également très employé dans les hôpitaux, dont le nombre n’est que trop multiplié par la guerre, pour les sacs de glace, bouteilles d’eau chaude, coussins
- 44" Année. — Q" Semestre.
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- LE CAOUTCHOUC ET LA GUERRE
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- pneumatiques, etc. On s’en sert pour les ceintures de sauvetage, dont l’extension de la guerre sous-marine contribue à vulgariser l’emploi. L’Association des producteurs de caoutchouc a enfin proposé à l’amirauté d’adapter à certains navires des ceintures protectrices en caoutchouc pour amortir le choc des torpilles et, bien que la proposition n’ait pas été retenue, cela donne une idée d’un ordre d'appli-
- Fig. 2. — Caoutchouc Sernamby Cameta.
- cations auquel on ne songeait guère auparavant.
- Quels chiffres de consommation en résulte-t-il ? Autant qu’on peut se fier aux renseignements statistiques, surtout dans une question où la spéculation financière a tant d’intérêt à les truquer, les États-Unis à eux seuls auraient absorbé, en 1915, 90 000 t. de caoutchouc (30 000 t. de plus qu’en 1914) et on pourrait prévoir pour 1916 une nouvelle augmentation de 20 à 25 000 t. : une grande partie de ce caoutchouc revenant en Europe sous la forme de matériel de guerre. On admet, en particulier, que le nombre des voitures neuves devant y être mises en service en 1916 atteindra un million et quart nécessitant, à lui seul, comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire plus haut, 75 000 t. Après les Etats-Unis, l’Angleterre a consommé, en 1915, 15000 t. (contre 18 500 en 1914), la Russie 16000 (contre 11 000 en 1914). La France, pour laquelle on ne donne pas de chiffres précis, a dû approcher de 10 000 t. En résumé, pour l’Amérique et les Alliés, on doit atteindre environ 140000 t, Les besoins de nos adversaires représentent certainement au moins vingt à vingt-cinq mille tonnes, puisque, dès 1907, l’Allemagne absorbait 13 000 t. (le double de la France), dont 2000 t. venaient de la colonie qu’elle vient de perdre au Cameroun et l’Autriche-Hongrie 1500.
- Or, reportons-nous de quelques années en arrière. Nous avons donné autrefois un diagramme de la production française de 1880 à 1911 (Q. On y voit que la France consommait 800 t. en 1870, 1500 en 1890, 2500 en 1900, 6000 en 1911. La consommation, mondiale a passé de 400 t. en 1840, à 10000 en 1880, 80000 en 1910, 100000 en 1912, pour atteindre aujourd’hui 150 000. C’est une des substances dont les besoins se sont le plus rapidement développés depuis un demi-siècle, suivis ou
- 1. 1912, II. 295
- précédés, comme nous allons le voir, selon les périodes, par le développement parallèle de la production.
- Production du caoutchouc. — Je ne fais point ici un article de botanique, renvoyant, pour l’exploitation et la culture, à un article antérieur de M. Forbin (') et je me borne donc à rappeler que les plants producteurs sont assez variés : hévéas dans l’Amérique du Sud et l’Amérique centrale, lianes en Afrique et dans les îles de la Sonde, etc. Pendant longtemps, il n’y a eu que deux grands producteurs mondiaux : le Brésil (Para), qui a dominé longtemps le marché et qui, encore en 1912, fournissait à lui seul près de la moitié du total (42 500 t. sur 100000) et l’Afrique (5000 t. au Congo; Afrique occidentale française 10 000 t. ; possessions anglaises 1800; portugaises 2700).Une transformation complète s’est produite le jour où, la demande de caoutchouc s’élevant avec rapidité, on a eu l’idée d’organiser en grand la culture du caoutchouc. Les pays où cette culture peut réussir sont assez limités : il faut un climat chaud et humide et une terre féconde ; cependant on a obtenu de très bons résultats à Ceylan, en Malaisie et à Malacca. Les premiers essais de plantation ont été faits en 1873 à Ceylan et ont échoué; mais, dès 1900, on les y reprenait avec succès ; ils furent alors étendus à la Malaisie et à Bornéo et ont de plus en plus tendance à remplacer les exploitations de caoutchouc en forêt, telles qu’elles sont pratiquées en Afrique, où elles amènent une destruction et un appauvrissement rapides. Dès 1908, il y avait 180 000 acres de plantations à Ceylan et autant en Malaisie. Le développement des plantations a bientôt donné lieu à un essor spéculatif, qui occupe fréquemment la Bourse de Londres, où les valeurs de caoutchouc sont réputées pour leur « élasticité ». Mais, sans donner
- Fig. 3. — Caoutchouc de Madagascar.
- tous les résultats escomptés trop tôt par les optimistes, le caoutchouc de plantation tend , à prendre une grosse importance. Dès 1912, il fournissait 27 500 t. en Malaisie et, comme les plantations ont été, pour la plupart, effectuées vers la même époque, on attendait, avant la guerre, pour la période 1915-1920, une extension énorme devant atteindre 60000 t. en 1916 et près de 300 000 t. en 1920. L’hévéa ne peut être saigné qu’à partir de la qua-1. 22 octobre 1910.
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- trième année; il donne alors 60 livres par acre pour arriver à 350 au bout de dix ans; après quoi, il a besoin de se reposer.
- Caoutchouc synthétique. — Aux deux formes de caoutchouc provenant des arbres en forêt et des plantations, il convient d’ajouter, ne fut-ce que pour mémoire, le caoutchouc synthétique. C'est une question d’un haut intérêt militaire ; car, si les Allemands ont peine à se procurer du caoutchouc brésilien, africain ou malais, rien ne les empêche en théorie de fabriquer du caoutchouc artificiel, et, avec leur méthode de bluff ordinaire, ils ont fait savoir abondamment ait monde entier, par la voix du Chancelier parlant au Reichstag, que le génie de leurs
- quelques mots et les mesures prises pour économiser le caoutchouc en Allemagne le prouvent surabondamment. Cependant, le caoutchouc ayant dépassé en Allemagne le prix de io5 francs le kilo,
- 11 est compréhensible que, sur une faible échelle, la fabrication du caoutchouc artificiel ait fini par s’organiser de l’autre côté du Rhin depuis la guerre.
- Si l’on se reporte, en effet, à un article de M. Detoeuf. du
- 12 octobre 1912, on verra qu’à ce moment la question du caoutchouc artificiel, si longtemps cherchée et tant de lois supposée résolue, après
- avoir été appelée par les financiers « le tombeau des capitaux », paraissait enfin sur le point d’entrer dans le domaine de la pratique. On avait été,
- Fig. 4. — Pains de caoutchouc de Para brut fin.
- Fig. 5. — Un magasin de balles de caoutchouc.
- chimistes et leur puissance d’organisation industrielle leur avaient permis de résoudre ce problème à leur entière satisfaction. Qu’il n’en soit pas tout à fait ainsi, les artifices dont nous dirons bienlôt
- à ce moment, très frappé et un peu étonné de voir le grand chimiste anglais Ramsay se mettre à la tête d’une société dite « Synthetic products O Ld », dont le lancement fut opéré par une com-
- ('La plupart des figures qui illustrent cet article sont dues à Vobligeance de la maison Michelin et Cid, de Clermont-Ferrand.)
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- munication retentissante du professeur Perkins à la Société d-’industrie chimique de Londres. La conclusion de M. Detoeuf était alors que l’on pourrait probablement fabriquer bientôt, non pas du caoutchouc proprement dit, mais une substance élastique ayant en partie les propriétés du caoutchouc naturel et correspondant chimiquement à un des éléments très complexes qui entrent dans celui-ci. En temps de paix, il serait resté un très gros aléa, tenant à ce que le produit fabriqué devait coûter cher et être de qualité inférieure. En temps de guerre et pour remédier à la disette, les Allemands ont pu trouver avantage à tenter l’application restreinte de la découverte étrangère et, si la guerre dure encore quelques années, ils arriveront peut-être à la mettre au point : c’est ce qu’ils appellent, en général, montrer leur génie industriel. Dans tous les cas, il est à présumer que leurs usines chimiques ont dû travailler ferme et sans doute réaliser quelques progrès ; ce ne sera pas leseulcas où cette guerre désastreuse aura amené un progrès, destiné à rendre plus tard service à tous après la paix.
- Mais les renseignements venus d’Allemagne sont d’accord pour dire que le caoutchouc artificiej y est produit en très faibles quantités, que ce n’est nullement un vrai caoutchouc synthétique et que les résultats pratiques à l’usage ont été jusqu’ici très décevants ; ce caoutchouc s’altère rapidement et devient cassant. Il est, en outre, si coûteux qu’un pneu reviendrait, dit-on, à 4000 francs.
- Beaucoup plus que le caoutchouc synthétique, les Allemands utilisent, malgré tous ses défauts bien connus, le caoutchouc régénéré ; et tout récemment encore (juin 1916) ils ont réquisitionné dans tout l’Empire les vieux caoutchoucs.
- Commerce et prix du caoutchouc. -— Les variations considérables que subit le prix du caoutchouc mettent bien en évidence les relations économiques variables qui seproduisent entre l’otfreet la demande. Jusqu’en 1902, le prix du caoutchouc en France restait au-dessous de 8 francs le kilogramme. De 1902 à 1904, il monta progressivement et lentement jusqu’à 11 francs. Au printemps de 1910, il se produisit une spéculation folle qui amena bientôt
- le prix à 25 francs et qui entraîna une spéculation connexe sur les valeurs de caoutchouc. Les forêts d’Afrique s’épuisaient alors et le Brésil, devant des besoins rapidement croissants, étant maître du marché, profitait de la situation. Les spéculateurs de Londres jouèrent gros jeu à la hausse sur le caoutchouc. Mais ils avaient compté sans les arrivages nouveaux de la Malaisie qui furent suffisants pour faire aboutir cette vaste spéculation à un désastre. Les joueurs à la baisse eurent le dessus. L’année suivante, les cours ayant beaucoup baissé, les producteurs brésiliens imaginèrent de retenir dans les ports de leur pays la production du Haut Amazone pour laisser les stocks s’épuiser; mais, les capitaux leur manquèrent, ils durent céder leur caoutchouc accumulé et le prix tomba à 9,50 en mai 1911,
- pour se relever ensuite, une fois le résultat spéculatif obtenu, jusqu’à 14 et 15 fr. dans cette même année. Depuis cette époque jusqu’à la guerre, les prix ont été déprimés, d’abord à 8,50, puis jusqu’à 5,50. 11 y a lieu de remarquer qu’en raison de grosses difficultés de main-d’œuvre, le prix de revient au Brésil approche de 6,30 et qu’il est de 5 fr. au Congo. Cela donne la limite, au-dessous de laquelle ces deux oehtres de production sont amenés à suspendre leurs exploitations.
- Jusqu’à la guerre le marché du caoutchouc était surtout en Angleterre. Liverpool seul importait plus du tiers de la production mondiale.
- Actuellement la guerre, détermine, ici comme pour tant d’autres substances, un déplacement favorable aux Américains et, malheureusement, sans doute appelé à durer. Les exportations directes de Malaisie en Amérique n’étaient que de 5700 t. en 1914, elles sont montées à 25 000 en 1915; celles de Ceylan aux Etats-Unis ont passé, dans le même intervalle, de 4100 t. à 8200. Cela tient à l’économie de temps et de fret que l’on fait ainsi par rapport au transit en Angleterre. Le Pacifique commence à jouer ici son rôle de «Méditerranée » entre l’ancien monde et le nouveau.
- Le caoutchouc en Allemagne. — C’est surtout par la disette allemande que la question du caoutchouc nous intéresse. Celte disette a été longue à
- Fig. 6. — Calandre potir la mise en feuilles du caoutchouc.
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- L'EXPEDITION SHACKLETON DANS LA MER DE WEDDELL 37
- se manifester. On en a l’explication en découvrant peu à peu avec étonnement et surtout avec regret combien le blocus a été longtemps, presque à tous égards, insuffisant et mal organisé. Cela ne veut pas dire qu’il soit encore parfait; mais, depuis quelques mois, il y a eu progrès sensible. Il a fallu longtemps pour que l’association des planteurs de caoutchouc décidât le gouvernement anglais à déclarer le caoutchouc contrebande de guerre. Jusqu’alors, les importations se faisaient librement comme pour le coton et les provisions en Allemagne avaient pu s’accumuler. Depuis que la surveillance s’exerce, l'Allemagne est obligée de dissimuler, dans d’autres cargaisons, le caoutchouc qu’elle importe. Ou bien on l’expédie dans des colis postaux qui sont supposés contenir d’innocentes victuailles.
- C’est ainsi que, sur les seuls vapeurs hollandais, on a saisi, au printemps de 1916, 2800 paquets de caoutchouc dissimulés dans des sacs postaux ordinaires. À la frontière suisse, il entre des automobiles-allemandes avec des pneus détériorés pour ressortir avec des pneus neufs.
- Dernièrement, une Allemande a été arrêtée à New-York au moment où elle partait pour l’Europe
- emportant, dans ses malles qu’elle avait déclaré ne contenir que des effets personnels, 5500 livres de caoutchouc. Mais le dernier perfectionnement de la fraude et le plus ingénieux a été l’invention du jupon de dessous en crêpe de caoutchouc.
- Ces subterfuges suffiraient à montrer la pénurie du caoutchouc en Allemagne où son prix est, dit-on, monté à 157 francs le kg; c’est-à-dire qu’il a décuplé. Il a fallu le remplacer, dans nombre de cas, par des « qualités de guerre » qui, au lieu de caoutchouc pur, ne contiennent que du régénéré et des succédanés du caoutchouc.
- La circulation des automobiles privées, puis des bicyclettes elles-mêmes, a été à peu près complètement interdite. Beaucoup des voitures qui circulent ont des roues garnies de bois. Tout le caoutchouc disponible est réservé pour les autos militaires et les bandages chirurgicaux, etc., etc.... On peut également comprendre que le caoutchouc synthétique allemand n’est pas encore l’idéal, en voyant avec quelle insistance l’Association coloniale allemande recommande, après la guerre, le développement des plantations de caoutchouc dans les colonies qu’elle garde l’illusion de reconquérir.
- P. Sau.ioïi.
- LE DRAME DE L’EXPÉDITION SHACKLETON DANS LA MER DE WEDDELL
- Shackleton, dont le sort inspirait les plus vives inquiétudes, vient enfin de donner de.ses nouvelles après seize mois de silence. Le 20 mai dernier, avec cinq hommes, il est arrivé aux établissements baleiniers de la Géorgie du Sud; de là, quelques jours plus tard, il gagnait les Falklands d’où il a télégraphié au Daily Chronicle le récit des terribles événements qu’il a subis.
- Singulièrement tragique, la nouvelle page que l’expédition anglaise vient d’ajouter à l’histoire déjà si émouvante de.la conquête des régions polaires, et elle n’est pas terminée! Si Shackleton a échappé, le gros de son équipage demeure sur une des îles solitaires de l’Océan Antarctique attendant, dans la plus angoissante situation, le secours que son chef est allé chercher. Arrivera-t-il à temps? Pendant l’absence du commandement un nouveau drame meurtrier ne se produira-t-il pas dans le silence des glaces? C’est ce que tous les spécialistes se demandent anxieusement.
- Les effrayantes péripéties que l’expédition britannique a vécues, n’ont point eu pour théâtre le continent antarctique. La traversée du vaste massif terrestre du pôle sud, qui formait le but de la nouvelle entreprise, n’a pu être accompli, ni même recevoir un commencement d’exécution. Shackleton n’a point réussi à atteindre les rivages de ce complexe continental, où il devait établir sa base d’opérations. L’expédition s’est déroulée entièrement au seuil de l’inconnu, dans la mer de
- Weddell, la profonde entaille océanique qui prolonge l’Atlantique dans l’épaisseur de l’Antarctide.
- Le 6 décembre 1914, Shackleton quittait sur Y Endurance la Géorgie du Sud pour se diriger à travers cette mer vers la terre du Prince Luitpold. Sur cette côte, comme nous l’avons exposé précédemment, il projetait de s’établir pour franchir de là le continent antarctique dans la direction du Mac Murdo Sound, situé sur le versant pacifique du pôle austral.
- Dès le départ, les explorateurs éprouvèrent une désillusion : l’état des glaces ne semblait pas devoir leur être favorable, d’énormes banquises s’étendaient jusqu’à une latitude où d’habitude les eaux demeurent libres en été. Peut-être, il est vrai, ces trains de glace avaient-ils été chassés vers le nord par des vents persistants de sud, et peut-être derrière ces obstacles, la mer serait-elle moins encombrée et pourrait-on ensuite arriver aisément a.u but?
- Dans cet espoir, Shackleton engageait bravement son navire à travers \epack (*), sous le parallèle 58° 40' par 18° de longitude ouest de Greenwich. Dans notre hémisphère, cette latitude correspond à celle de la pointe nord de l’Ecosse. Contrairement à ce qu’espérait le commandant au début de l’attaque, la glace devient de plus en plus compacte à mesure qu’il avance; pendant 1850 km, la mer n’est qu’un hérissement d’énormes icebergs!
- 1. Banquise.
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- Malgré ces circonstances adverses, grâce à d’habiles manœuvres qui-permettent de profiter des moindres détentes de la banquise, le 10 janvier 1915 on arrive en vue de la terre Coats, l’amorce des rivages orientaux de la mer de Weddell découverte par bruce en 1904. Gouvernant le long de la côte vers le sud-ouest, Shackleton reconnaît alors que la terre Coats s’étend très loin dans cette même direction, et, sur une distance de 200 milles, il continue h progresser en relevant les contours extérieurs de cette nouvelle côte à laquelle il donne le nom de terre Caird en l’honneur du principal mécène de l’expédition. Rien que la dépêche du Daily Chronicle ne le dise pas, il est permis de penser que la terre Caird joint au sud celle du Prince Luitpold, et au nord la terre Coats. Par la découverte de ce nouveau fragment du continent antarctique la configuration générale des côtes orientales de la mer de Weddell se trouve déterminée.
- .... En dépit de l’abondance des glaces, l’expédition approche de la terre du Prince Luitpold sur laquelle elle doit s’installer. Aussi bien, ordre est donné de commencer les préparatifs de débarquement. Mais plus on avance vers le sud, plus épaisse devient la banquise; des jours entiers le navire demeure immobile. Avec cela, la température s’abaisse singulièrement; au début de février, le mois d’août sous nos latitudes, le thermomètre descend à —14°, et de jour en jour la chute s’accentue, pour atteindre — 24° à la fin du mois.
- A là suite de ces fortes gelées les nappes d’eau encore ouvertes entre les champs de glaces gèlent, et la banquise ne forme plus qu’un énorme bloc rigide au milieu duquel VEndurance reste étroitement emprisonné. En même temps la lente dérive des eaux emporte le navire avec toute la masse de glace. Elle se manifeste d’abord vers le sud-ouest, parallèlement à la côte, jusqu’à 77° de latitude sud par 55° de longitude ouest de Greenwich, puis ultérieurement vers le nord-ouest. Cette dérive, comme celle éprouvée par Filchner en 1912, montre que dans l'énorme golfe que creuse la mer de Weddell à travers le continent antarctique les nappes liquides superficielles décrivent le long des côtes un mouvement tourbillonnaire dans le sens des aiguilles d’une montre.
- Dans ces conditions, impossible de tenter un débarquement. D’abord la traversée de la banquise entre le navire et la côte serait longue et périlleuse; en second lieu, tandis que la caravane cheminerait vers la terre, le navire d’où elle devrait tirer ses approvisionnements s’éloignerait de plus en plus vers le nord.
- Quelle désillusion pour un explorateur ! Pendant des années avoir caressé un rêve et préparé soigneusement sa réalisation, puis par suite d’un coup du sort voir tous ses espoirs anéantis. Entre temps la situation devient singulièrement périlleuse. On sait que, sous l’action des vents et des courants
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- marins, les banquises se disloquent et qu’ensuite chassés par la brise leurs morceaux disjoints se heurtent avec une telle violence et pressent les uns contre les autres avec une telle force que les blocs s’empilent jusqu’à des hauteurs de 10 à 12 mètres. On sait également que les bateaux emprisonnés au milieu des champs de glace soumis à ces convulsions sont presque toujours défoncés. De tous les nombreux navires qui se sont trouvés exposés aux assauts des pacAs polaires, seul le célèbre Fram de Nansen a résisté. En avril 1915 la nappe rigide dans laquelle l'Endurance était enfermé commença à s’agiter, et bientôt devint le siège de paroxysmes terrifiants. Pressé et choqué de tous côtés, le navire semblait à chaque instant devoir être fracasssé. En présence de cette menace toutes les dispositions furent prises pour procéder à son évacuation et assurer ensuite le salut de l’équipage; à cet effet les embarcations ainsi que des vivres et d’abondants approvisionnements furent déposés sur celui des glaçons voisins qui paraissaient le plus solide. Pendant plus de deux mois l’équipage demeura sur le qui-vive, dans l’attente d’une catastrophe.
- A cette période d’agitation succéda un calme relatif, mais il fut de courte durée. Au début du printemps austral, c’est-à-dire vers le milieu d’octobre, les convulsions de la banquise reprirent plus violentes. Sous ces chocs répétés le navire se disloque peu à peu et fait eau de toutes parts. Le 18 octobre alerte particulièrement vive; une énorme vague de glace déferle contre l'Endurance et en l’espace de dix secondes le jette hors de l’étau qui le retient en le couchant sur les flancs. Huit jours plus tard seconde attaque non moins forte; sous la poussée des glaçons le bordé cède et par les brèches ouvertes l’eau se précipite à flots dans l’intérieur. Le lendemain 27, la pression augmente encore, achevant l’œuvre de destruction.
- L’Endurance n’est plus qu’une misérable épave disloquée, prête à disparaître dès que les glaces s’écarteront.
- L’équipage évacue alors le navire et s’installe sur la glace. La situation est rendue singulièrement grave par l’éloignement de toute terre. L’île la plus rapprochée, File Paulet, où hiverna en 1905 l’équipage de VAntarctic, le navire de l’expédition Nerdonskjôld précisément après une catastrophe pareille à celle qui vient de frapper Y Endurance, se trouve à plus de 640 km.
- Quoi qu’il en soit, Shackleton prend le parti de se diriger vers cette terre, en halant à bras canots et approvisionnements. Ce poids considérable, il 1 faut le faire avancer à travers une banquise très accidentée; tantôt on doit franchir de larges crevasses séparant des champs disjoints, tantôt escalader des chaînes de monticules abrupts engendrés par l’empilement de blocs pendant les pressions. Après toute une journée de ce labeur épuisant, on n’a réussi à gagner qu’un mille, 1850 m. ! A vou-
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- loir persister dans cette entreprise les hommes seraient bientôt tous fourbus. Le chef de l’expédition décide alors de demeurer en place et de se confier à la dérive pour avancer vers le nord. L’été approche ; on peut donc espérer prochainement un décongestionnement de la mer de Weddell, et par suite une accélération du déplacement des glaces.
- Il n’en fut rien ; en novembre, juin dans l’hémisphère austral, la dérive ne dépassa pas 60 milles, dans la bonne direction, et en décembre elle devint encore moins rapide, une série de coups de vent du nord ayant refoulé la banquise vers le sud. Aussi bien, à la fin de mai on se remit en marche, toujours en halant à bras matériel et approvisionnements. Cette nouvelle tentative n’eut pas meilleur succès que la première. En trois jours on n’avança que de 16 km.—Devant un résultat aussi décourageant, de nouveau on s’arrêta.
- Janvier et février n’amenèrent aucune accélération vers le nord.
- ... De jour en jour la situation devient plus périlleuse ; la provision de pétrole pour le chauffage ' des réchauds se trouve presque épuisée, les tentes sont en lambeaux, et la diminution des vivres oblige à une réduction des rations.
- Dans ce dénû-ment, comment les explorateurs pourront-ils résister aux rigueurs de l’hiver qui approche rapidement?
- .... Le 25 mars, les pics de l’île de Joinville sont en vue dans l’ouest. Voici donc enfin l’expédition arrivée à hauteur de l’extrémité septentrionale du continent antarctique, dans le voisinage de la mer libre. Quinze jours plus tard l’île de Clarence, la plus orientale des Shetlands du sud apparaît à l’horizon. Battu par les flots, rongé par la fusion, le radeau de glace sur lequel les naufragés ont pris passage se disloque; dans ces conditions, quoique la mer soit encore encombrée de glaçons, Shac-kleton et ses hommes n’hésitent pas à lancer leurs canots pour essayer de gagner la terre. La lutte fut rude, le temps était atroce, la mer démontée, le froid intense, seulement après cinq jours d’efforts, les naufragés parvenaient à l’île de l’Éléphant, une des Shetlands, située à l’ouest de l’île de Clarence. Là une terrible déconvenue attendait les vaillants
- marins. Impossible de débarquer, partout des falaises à pic couronnées de glace! Après de longues et dangereuses recherches, on finit cependant par découvrir une petite plage; parles grandes tempêtes, elle devait se trouver entièrement sous l’eau, mais on n’avait pas l’embarras du choix. Shackle-ton y aborda donc et dans une pente de glace qui dominait le sable, fit creuser une grotte dans laquelle il installa son monde.
- Sept jours plus tard, le 24 avril, avec cinq hommes, le chef de l’expédition partait pour la Géorgie du Sud, afin d’aller chercher du secours auprès des baleiniers norvégiens installés sur cette île. Une traversée de 750 milles (1387 km) sur une des mers les plus redoutées du globe par la
- violence de ses coups de vent et la hauteur de ses vagues, et pour effectuer ce long et dangereux trajet, un canot de 7 m. et demi de long recouvert d’un pont de fortune!
- Dans cette expédition les chances de salut restaient très faibles ; la noyade semblait l’issue presque certaine de cette tentative désespérée. Mais sous toutes les latitudes la fortune favorise les audacieux. Après 22 jours d’une navigation qui constitue un record dans son genre, les explorateurs abordaient sains et saufs sur la côte sud-ouest de la Géorgie du Sud. Us n’étaient pas encore au bout de leurs peines. Les établissements norvégiens sont situés sur la côte nord-est : pour y parvenir force était donc de traverser l’île dans toute sa largeur, une entreprise singulièrement pénible et difficile. Cette terre est tout entière hérissée de montagnes hautes de 800 à 1200 m. avec d’immenses glaciers. Après l’épuisante navigation de trois semaines qu’il venait d’accomplir, le chef de l’expédition anglaise ne s’en mit pas moins en route allègrement avec deux compagnons; pendant trente-six heures de suite ces braves accomplirent de véritables exploits d’alpinistes.. A tout prix il fallait avancer, et, sans sentir la fatigue, ils allaient toujours. Tant d’efforts et de courage trouvèrent leur récompense, et, dans l’après-midi du 20 mai, la petite troupe atteignait le principal village norvégien de cette terre antarctique.
- OCEAN
- Atlantique
- 1 Clarence
- ...
- lepBcft?par c .
- Carte des régions arctiques avec itinéraire suivi par Shackleton.
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- Trois jours après Shacldeton partait avec un baleinier au secours de ses compagnons en détresse sur Tîle de l’Éléphant. Malheureusement les glaces empêchèrent cette tentative d’aboutir. L’explorateur passa alors aux Falklands, puis dans l’Amérique du Sud pour organiser une nouvelle expédition de secours; mais, en raison de la guerre, dans le nouveau monde comme dans l’ancien, on ne trouve plus de navires disponibles, et seulement dans le courant de juin un bateau, généreusement armé par le gouvernement de l’Uruguay, put appareiller pour l’ile de l’Eléphant.
- P. S. — Un télégramme de Port-Stanley en date du 26 juin annonce que cette nouvelle tentative n’a pas été plus heureuse que la première. D’épaisses banquises ont interdit au navire l’approche de l’île.
- Lors du départ de Shacldeton le 24 avril, les 22 naufragés ne possédaient plus que pour cinq semaines de vivres. En admettant qu’ils aient pu capturer des phoques, pourront-ils subsister pendant tout l’hiver antarctique et attendre l’arrivée du secours qui ne pourra guère avoir lieu avant septembre ou octobre prochain.
- Charles Rabot.
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- Au point de vue de l’industrialisation des produits de son sol, la France n’a pas encore donné, comme elle le pourrait, toute la mesure de l’effort compatible avec les ressources considérables que lui assure la richesse de son agriculture due au labeur opiniâtre de ses vaillantes populations rurales. Après la guerre, lorsque sera conjurée, ou tout au moins atténuée d’une manière appréciable, la crise de la main-d’œuvre aggravée par les événements actuels, il conviendra d’assigner, dans la nouvelle et puissante organisation économique qui, forcément, s’imposera — pour effacer à tout jamais les traces de l’emprise germanique et accroître les éléments de la fortune nationale — une large place au développement des industries agricoles qui tiennent une place encore trop modeste dans l’ensemble de l’industrie française.
- Parmi ces industries agricoles, la féculerie de pommes de terre n’est certes pas la moins intéressante, non seulement parce que c’est une des plus simples, une des plus faciles à exercer et, en même temps, celle qui ne demande que la moindre immobilisation de capital, de constructions et de matériel, mais encore parce qu’elle jouit de débouchés nombreux et constants et assure une large rémunération du capital qui lui est consacré. La féculerie est une industrie démocratique parce qu’elle est, par excellence, l’industrie des contrées pauvres, au sol léger et sablonneux, dont les assolements nécessitent la culture de la pomme de terre, seule plante sarclée qu’ils puissent supporter, et parce qu’elle garantit la fixité du cours moyen de l’un des aliments nécessaires à la partie de la population la moins fortunée. Si cette industrie bienfaisante n’existait pas, les producteurs verraient, par les années de , récolte abondante, leurs excédents de récolte de pommes de terré pourrir en cave, car la pomme de terre n’a pas, comme le blé, l’avoine, le maïs, etc., la faculté de braver les intempéries et de se conserver d’une année à l’autre. On peut donc considérer la féculerie à l’égale d’une industrie complémentaire, auxiliaire indispensable de la culture dans un grand nombre de départements français.
- 1. Ce qu’est la féculerie en France. — Cette étude ne doit pas être limitée au seul examen de la situation actuelle de l’industrie féculière en France. Ce à quoi on doit s’attacher surtout, semble-t-il, c’est à faire ressortir, de particulière façon, le grand intérêt et l’importance économique que doit présenter la féculerie considérée comme un des facteurs de la prospérité nationale, comme un des plus utiles, des plus précieux éléments à faire intervenir dans l’œuvre d’expansion des industries dérivées de l’agriculture dont on devra poursuivre activement la réalisation après la guerre. A côté de cette vue d’ensemble sur notre industrie féculière, il est donc nécessaire de placer une documentation d’ordre scientifique et technique accompagnée d’un aperçu relatif aux résultats pratiques montrant, par des chiffres précis, le rôle que doit jouer cette branche de l’activité agricole, industrielle et commerciale, en se développant pour apporter une plus large part contributive au relèvement de la fortune nationale.
- Les statistiques les plus récentes indiquent qu’il existe en France environ 150 féculeries, ce qui est peu si l’on considère l’importance de la culture de la pomme de terre, la possibilité de pratiquer celle-ci dans la plupart des régions, par conséquent d’avoir, pour les usines, la matière première à pied d’œuvre et à bon compte, et enfin, si l’on envisage les débouchés aussi considérables que variés offerts à la fécule. La production se chiffre par 500000 à 600000 quintaux de fécule, correspondant à la mise en œuvre de 3800000 à 4000000 de quintaux de pommes de terre, et cette production représente une. valeur de 20 millions de francs environ. Il est difficile de fixer des chiffres très précis, car les prix de la fécule étant fonction des prix de la matière première, il y a des variations plus ou moins grandes, suivant les années, suivant que la récolte des pommes de terre a été bonne, ou médiocre, ou franchement mauvaise, Quand le cours de,la fécule atteint 41 à 42 francs aux 100 kgs, on importe des fécules de Hollande, mais ces fécules sont frappées d’un droit de douane de 12 francs
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- par 100 kgs, droit prohibitif ayant pour but, précisément, d’encourager le développement de la culture de la pomme de terre et de l’industrie fécu-lière en France. Dans les conditions normales, ce droit est-il vraiment prohibitif comme on le croit, trop généralement? Rien de moins certain. En effet, la différence de prix entre les fécules produites en France et celles de provenance hollandaise est telle que lorsque nos fécules valent de 31 à 33 francs aux 100 kgs, celles de Hollande ne valent que
- 22 à 23 francs. Il . ^
- n’est donc pas irrationnel de penser que, même avec un droit de douane de 12 fr., les importations de fécule hollandaise puissent se faire et en fortes quantités, surtout quand le cours de la fécule, en France, va jusqu’à 41 à 42 fr.
- Et il convient d’ajouter que ces différences de prix n’ont pas pour unique cause les variations de prix de la
- pomme de terre; on peut dire — mais sans généraliser cette appréciation qu’elles proviennent aussi, dans une certaine mesure, du manque de diffusion des méthodes de fabrication les plus perfectionnées.
- L’industrie féculière se pratique un peu partout sur le territoire français, mais les départements où l’on compte les plus nombreuses usines sont les suivants : Oise, Vosges, Seine-et-Oise, Saône-et-Loire, Loire, Vienne, Meurthe-et-Moselle. Les centres producteurs
- les plus importants sont dans l’Oise, la région du Nord, la région de Paris (Saint-Denis, Essonnes), ainsi que Poitiers, Lyon et Nancy. A lui seul, le département de l’Oise comptait, à la veille de la guerre, vingt et une féculeries dont quatorze pour l’arrondissement de Compiègne. On pouvait citer notam-
- Fig. i.
- Fig. 2. — Tamisage de la fécule.
- Lavage des pommes de terre au moyen du laveur-dèbourbeur, avec élévateur des tubercules.
- ment, comme usines les plus importantes, celles situées à Gournay, Bazicourt, Chevrières, Remy, Baugy, Fresnoy, Grandfresnoy, Lamotte, Longueil, Pontpoint, Ressons, Noyvillers, Sacy-le-Grand, Maretz-sur-Matz, Venette et dans les cantons d’Es-trées-Saint-Denis, de Pont-Sainte-Maxence, Liancourt, Attichy et Crépy-en-Valois. Sur les 8500 hectares de pommes de terre cultivés dans l’Oise, on en compte 4000 pour la féculerie. En année moyenne, la récolte approche de 1 million de quintaux, dont 650000 quintaux de pommes de terre v de féculerie. Dans les
- Vosges, le nombre des féculeries a diminué considérablement. Tandis qu’en 1878, il y avait, dans ce département, 500 fécu-leries fabriquant 250000 quintaux de fécule, en 1906 on n’en comptait plus que 75, travaillant annuellement 750000 quintaux de pommes de terre et produisant 110000 quintaux de fécule. Gette diminu-^ lion aurait pour principale cause le bas prix de la fécule. Mais il se peut que l’impor-
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- tation de fécules d’origine exotique ait exercé aussi une certaine influence sur la production de la fécule indigène, en entraînant une diminution de cette production. C’est ainsi que le Sagou, fécule provenant des Indes et fournie par le palmier-sagoutier (Sagus farinifera), peut se poser en concurrent de la fécule de pomme de terre, notamment de la fécule seconde, de prix moyen, à laquelle on le compare, au point de vue de la qualité; mais c’est avec raison que l’on reproche aux produits issus du sagou de prendre une coloration grisâtre au bout de quelques semaines de fabrication, ce qui n’empêche qu’on l’emploie dans l’industrie pour certains apprêts de tissus, pour l’encollage du fil employé dans la fabrication des tissus élastiques. Le sagou est importé sous différentes formes : fécule granulée ; fécule en poudre, avec débris de cellulose; fécule lessivée et pure. Le sagou granulé, importé,à Marseille, se présente sous deux formes : sagou tapioca, qui est rougeâtre, et sagou en granules, qui est insoluble dans l’eau, ce dernier comprenant deux qualités : l’ancien, qui ne se transforme pas en empois, et le nouveau, ou Sagou des Molluques, qui donne un empois très fort. La fécule lavée et purifiée qu’emploient les tisseurs anglais est .préparée surtout à Malacca.
- II. La pomme de terre de féculerie. — La
- renaissance de l’industrie féculière, facilitée, du reste, par la propagation des méthodes perfectionnées, préviendra sûrement l’excessive concurrence des fécules exotiques, si cette dernière était à craindre. Cette rénovation implique l’observation de principes raisonnés tant au point de vue de la qualité de la matière première qu’en ce qui concerne la technique de la fabrication. En premier lieu s’impose le choix des variétés de pommes de terre les plus riches en fécule, puis, la détermination, par l’analyse, de leur teneur en fécule. Dans l’Oise, les variétés les plus employées sont désignées sous les noms suivants : Richter's Imperator, Géante bleue, Chardon rouge, Maerker, dont le prix, rendu à l’usine, est, en temps normal, de 5 à 4 francs le quintal. Il y a d’autres variétés également recommandables telles que : Géante rouge, Géante blanche, Gloire, Président Krüger, Prolifique Cimbal, etc.
- La détermination du dosage en fécule s’obtient par des procédés rapides basés sur la densité (féculomètre), c’est-à-dire sur le rapport à peu près constant que l’on admet entre la densité d’un tubercule et sa richesse en fécule.
- Dans l’emploi du féculomètre Aimé Girard et Fleurent, le volume d’eau, exprimé en centimètres cubes, déplacé par un kilogramme de pommes de terre, sert,-à l’aide d’une table jointe à l’appareil, à déterminer, à 0,2 ou 0,3 pour 100 près, la richesse en fécule du kilogramme de tubercules soumis à l’essai. Le féculomètre Allard, basé, comme le précédent, sur la densité, est d’une grande simplicité et d’une précision telle que l’on peut, en suivant
- un mode opératoire analogue, déterminer la densité et par suite la teneur en fécule à un millième près.
- III. Technique de la fabrication. — Les livraisons de pommes de terre à l’usine sont échelonnées sur une période de deux mois environ (du 15 septembre au 15 novembre) pour éviter l’encombrement et rendre plus facile l’emmagasinage. Durant cette période, la fabrication commence, car si les tubercules peuvent être réunis en tas, soit dans des silos en plein air, soit sous des hangars, ils ne doivent être conservés que durant un laps de temps aussi court que possible, la quantité de fécule diminuant rapidement à l’intérieur du tubercule.
- L’extraction de la fécule est plus compliquée que celle de l’amidon, car il faut non seulement transformer les tubercules en une pâte, mais encore rompre des membranes des cellules dans lesquelles les grains de fécule sont emprisonnés, puis séparer la fécule des débris des membranes, ce qui nécessite plusieurs opérations successives : lavage et épierrage pour éliminer les matières étrangères adhérant aux tubercules; râpage, tamisage, égouttage, séchage, broyage, blutage et emmagasinage.
- Nous allons passer en revue ces diverses phases de la fabrication, afin de montrer combien celle-ci est rendue simple, facile — quoique relativement délicate — grâce à l’emploi de méthodes perfectionnées dont la diffusion est si grandement désirable.
- Lavage des tubercules. — Voici d’abord les opérations simultanées de lavage, épierrage et nettoyage des tubercules, au moyen du laveur-débourbeur muni d’un élévateur (fig. 1). L’appareil comprend une trémie triangulaire qui reçoit les pommes de terre. Sur un des côtés de cette trémie fonctionne une hélice oblique, ou élévateur, qui transporte les tubercules dans un second laveur. Au milieu de la partie supérieure de l’élévateur est fixé un tuyau perforé laissant échapper l’eau fournie par un jet-comprimé. Les pommes de terre sont ainsi arrosées pendant leur ascension, par l’eau qui descend et vient alimenter le premier laveur. Les eaux de lavage sont évacuées dans l’appareil débourbeur au moyen d’une vidange à guillotine, placée au fond, laquelle à chaque révolution de l’arbre du laveur, laisse échapper une quantité d’eau déterminée, de sorte que le niveau de l’eau dans le laveur reste constant.
- De l’élévateur les tubercules tombent dans le deuxième laveur, recevant un courant d’eau allant en sens inverse des tubercules entraînés par les organes mécaniques de l’appareil, cylindre creux, à claires-voies plongeant dans l’eau jusqu’à moitié de son diamètre, un peu incliné et tournant à une vitesse de 10 à 15 tours par minute; à l’intérieur une vis d’Archimède dite colimaçon, tourne en sens inverse, de sorte qu’il y a frottement des tubercules les uns contre les autres. La vis sans fin conduit ces derniers à l’épierreur muni d’un faux fond en contre-bas. Cet appareil est une auge demi-cylindrique à moitié remplie d’eau et munie
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- d’un arbre en fer formant hélice, lequel en tournant pousse les tubercules de la partie supérieure à’ia partie inférieure; les pierres tombent au fond et les tubercules sont repris par les bras de l’hélice. Du côté où arrivent les tubercules se trouve la sortie de l’eau ayant servi au lavage, tandis que du côté de leur sortie, c’est le courant d’eau propre qui arrive. On peut ainsi, en employant une quantité d’eau aussi réduite que possible, effectuer un nettoyage parfait.
- Râpage, — Cette opération, qui'a pour but de diviser les pommes de terre, de les réduire en pulpe très fine, c’est-à-dire de déchirer leurs cellules de façon à laisser échapper les grains de fécule, s’effectue au moyen de râpes ou dépulpeurs. L’appareil se compose d’un cylindre fixe ou tambour, muni sur son pourtour de lames de scie dentées à écartement de 1 à 2 mm et dépassant d’un demi-millimètre la surface interne du cylindre, lequel tourne
- râper en moyenne 400 hectolitres en 24 heures.
- Tamisage. — Les pommes de terre étant réduites en bouillie très fine, dite râpure, passent aux extracteurs ou tamis qui séparent la fécule des débris de membranes cellulaires. Le transport s’effectue à l’aide de pompes ou d’élévateürs à godets. Les tamis employés sont assez variables : tamis rotatif, tamis carré, tamis à pans, tamis à grand ou à petit diamètre, tamis à secousse, à brosse, tamis à danaïdes, à petit diamètre et dont la longueur ne dépasse guère 1 m. On estime que le type le plus rationnel est le tamis fixe ; la pulpe est constamment remuée à sa surface et se prête mieux ainsi à l’action de l’eau qui arrive en pluie fine et est mieux utilisée. Ce système coûte moins, exige moins de force motrice et d’entretien. Le plus souvent, l’extracteur est un cylindre légèrement incliné à paroi en toiles métalliques de plus en plus fines ; à l’intérieur du cylindre est disposé un
- Fig. 3. — Broyage des dépôts jéculents.
- à une vitesse de 800 à 900 ou 1000 tours à la minute. Au centre se trouve un arbre portant une double palette en fonte garnie d’aspérités. Il faut toujours choisir des râpes de grand diamètre, afin d’obtenir un grand rendement et d’éviter surtout qu’il se produise des semelles, parties de tissu cellulaire ayant échappé à l’action de la râpe.
- Il y a deux systèmes de râpe : la râpe centrifuge et la râpe à poussoirs (fig. 2). Cette dernière est la plus perfectionnée, aussi est-elle adoptée dans les installations modernes où l’on veut utiliser les procédés de fabrication les plus rationnels. Cette râpe est composée d'un cylindre plein, rotatif, à lames dentées, qui tourne dans un carter muni d’une trémie recevant les tubercules; contre la surface en mouvement, ces derniers sont fortement pressés par des poussoirs à contrepoids ou mus mécaniquement par excentrique ou par une cloison qui forme coin avec le pourtour du cylindre. La pulpe est entraînée par un filet d’eau. On peut
- agitateur muni de brosses et portant des tubes à l’aide desquels. l’eau est projetée à l’intérieur du tamis. Parfois aussi ce dernier a la forme d’un prisme hexagonal, de 1 m. de diamètre et 2 m. 50 de longueur.
- Les grains de fécule passent à travers la toile et sont recueillis sous forme de « lait » tandis que la matière cellulosique sort à l’extrémité du tamis (fig. 2). Cette pulpe se déverse dans un hac pour être ensuite pressée et séchée sur des tourailles analogues à celles des brasseurs
- Broyage. — Après un premier râpage suivi d’un tamisage, l’extraction de la fécule n’est pas complète, il reste encore des grains de fécule dans la masse, aussi doit-on procéder à un broyage (fig. 5), c’est-à-dire à un second râpage, puis à un nouveau tamisage. Ce râpage — surtout dans les usines bien outillées — s’opère non plus avec la râpe ordinaire, mais avec un broyeur cylindrique, appareil dit moulin à cône ou moulin diviseur-tamiseur. Après
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- le second râpage ou la trituration au broyeur ou moulin à cône, les pulpes passent dans un deuxième extracteur, où elles sont à peu près complètement épuisées. On estime que, pour 1000 kgs de pommes de terre râpées, il faut, lors du premier tamisage, 5 m2 environ de surface tamisante, tandis que la moitié de cette surface suffit pour le second tamisage. La fécule passe ensuite dans un tamis épurateur à toile plus fine que celle des autres et qui retient ce qui reste de petits sons, de pulpe et une partie des corps gras des eaux féculentes. Cette fécule épurée tombe dans un bac d’où elle sort par une tubulure agencée à cet effet. Notons que les tamis à mouvement d'oscillation circulaire sont les plus efficaces et, de beaucoup, les plus économiques.
- Égouttage. — Les laits de fécule provenant des divers tamisages sont dirigés ensuite sur les bacs ou les plans de dépôt. Dans les bacs, on laisse les laits en repos pendant douze à quinze heures, la fécule se sépare, gagne le fond et on décante les eaux de surface. Mais ce procédé des bacs de dépôt — qui sont de grandes cuves — est long et injom-plet. On lui substitue très avantageusement l’emploi des plans inclinés, surfaces planes, en ciment ou en bois, ayant, en moyenne, 10 à 12 m. de longueur, environ 1 m. de largeur et autant de hauteur (fig. 5). On estime que, pour une fabrication absorbant 2500 à 3000 kgs de pommes de terre en douze heures —• ce qui ne se rencontre que dans les petites usines — il faut des plans inclinés de près de 100 m. de longueur; aussi, pour économiser l’espace, superpose-t-on les plans sur trois étages. La pente est de 1 mm à 1 mm 5 par mètre. La fécule se dépose peu à peu, en vertu de sa densité. Celle qui se trouve dans le premier tiers du parcours est à peu près pure et peut être livrée de de la sorte au commerce; celle qui se dépose pendant le reste du parcours est plus ou moins recouverte d’une matière graisseuse que l’on appelle « gras de fécule » (pulpes légères, matières sableuses, etc.), et que l’on élimine par l’épuration. La première fécule recueillie, qui est' la fécule verte, contient environ 50 à 60 pour 100 d’eau et sert à l’obtention de glucose.
- Épuration et blanchiment. — Une amélioration très notable apportée aux procédés d’épuration est réalisée par l’emploi des cuves Gaudet, qui suppriment les plans de dépôt, les cuves de décantation, la main-d’œuvre qu’exige'le relèvement des premiers dépôts, et qui donnent une augmentation de rendement et une plus grande pureté. La cuve est remplie à l’avance d’eau bien claire, puis le lait féculent à épurer est introduit au fond de la cuve par un plongeur à fourche. La fécule, au contact de l’eau, se sépare des matières plus légères et reste au fond. A mesure que le lait féculent arrive, les couches d’eau de la surface sont éliminées par déplacement et entraînent avec elles les impuretés. Au sortir des cuves, la fécule est tamisée au tamis
- à blanc qui reçoit de l’eau en pluie sous pression de 1 kg par cm2. Dans bon nombre d’usines, l’épuration se fait dans des cuves cylindriques ou tron-coniques, munies à l’intérieur d’un agitateur à palettes. La fécule s’étant déposée et l’eau éliminée, on dégraisse, on enlève à l’aide d’un balai les impuretés (substances mucilagineuses, albumine, dextrine) ; vient ensuite l’essorage de la fécule par dessableur et plan essoreur, procédé mécanique très ingénieux, qui élimine une plus grande quantité d’eau que le turbinage. Citons également la cuve rectangulaire en ciment, au fond de laquelle sont disposés des tubes en cuivre perforés et revêtus d’une gaine en coton. Une pompe à vide, reliée à ces tubes, fait office de suceuse et absorbe la plus grande partie de l’eau; il reste un bloc de fécule verte contenant encore 40 à 50 pour 100 d’eau. Pour compléter l’épuration, on blanchit la fécule au moyen de plans à blanchir dont il existe' plusieurs systèmes : plans pleins à secousses ; plans à claies avec toile, également à secousses. Pour une ùsine travaillant 3000 kgs de tubercules à l’heure-, le plan à blanchir doit avoir, au minimum 2 ,m. de largeur sur 8 m. de longueur et 0 m. 40 de hauteur. Un petit compartiment mobile, réglable à volonté, répartit la matière uniformément sur toute la largeur du plan ; un volet mobile est disposé à l’extrémité opposée à celle où arrive la fécule. Avant de lever le plan de fécule, on le laisse égoutter pendant une heure environ, puis la fécule est retirée et ramenée à nouveau à l’état liquide dans une petite cuve réservée à cet effet, au-dessus de laquelle se trouve un robinet fournissant l’eau nécessaire. Du plan à blanchir, la fécule passe aux turbines et parfois même directement aux étuves.
- Séchage ou étuvage. —1 Pour devenir produit négociable, la fécule doit être soumise à une déshydratation plus complète. Cette opération se fait au moyen d'étuves de dessiccation (fig. 4), appelées aussi séchoirs, dont il existe de nombreux modèles. L’étuvage à l’aide d’un poêle tend à disparaître, car il coûte assez cher (environ 1 fr. 50 par quintal de fécule). On emploie de préférence l’étuvage à la vapeur, avec séchoirs à cylindres ou à tablettes creuses en tôle sur lesquelles est déposée la fécule. Ces tablettes sont superposées et, à l’intérieur, circule un courant de vapeur fournie par des radiateurs. Il faut une superficie de 5 m2 environ pour sécher 100 kgs de fécule, et la dépense est approximativement de 0 fr. 50 par quintal. Parfois les surfaces de séchage sont constituées par des courroies sans fin ou des tablettes à secousses. La fécule est étendue sur des châssis et ceux-ci sont placés sur les tablettes du séchoir. Au bout de 8 à 10 h., on retire les châssis et on les vide dans une chaîne à godets qui amène la fécule dans une chambre spéciale où elle se refroidit : c’est la fécule en grains, elle contient encore 20 pour 100 d’eau et est utilisée dans diverses industries (glucoserie, papeterie, satinage, gommage des étoffes, des
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- L’INDUSTRIE FÉCULIÈRE FRANÇAISE
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- tissus, etc.). On emploie, actuellement, dans les usines les plus importantes, divers systèmes de séchoirs perfectionnés, notamment le séchoir-canal Tritschler, basé sur le principe des evaporateurs ; l’étuve Lacambre, qui permet de régler à volonté la vitesse de la dessiccation ; le séchoir rotatif, composé d’un simple cylindre, légèrement incliné, tournant sur un axe, et à l’intérieur duquel circule un courant d’air chaud.
- La fécule du commerce contient de 18 à 20 pour 100 d’humidité; mais, pour de nombreux usages,
- qu’au moment de livrer au commerce. Les résidus de la fabrication ou pulpes sont pressés pour en éliminer la plus grande quantité d’eau, puis on les dessèche et ils servent à l’alimentation du bétail ou dans diverses opérations telles que le fleurage en boulangerie, la fabrication des jouets; parfois aussi la distillerie extrait l’alcool des pulpes de féculerie. Les eaux qui ont servi à entraîner la pulpe donnent, en se déposant, un résidu utilisable, sorte de pou-drette végétale, pour la fertilisation des terres.
- IY. Les utilisations de la fécule. — Ce qui justifie, avons-nous dit, le grand intérêt qu’offre l’industrie féculière, ce sont les nombreux débouchés offerts à la fécule. Par elle-même ou par ses dérivés, dont les principaux sont la glucose et la dextrine, la fécule a mille emplois variés. Dans l’industrie, on prépare la glucose en saccharifiant sous pression la fécule verte par l’action de la chaleur et sous l’influence de l’acide chlorhydrique ou de l’acide sulfurique étendu. Mais avec ce dernier,
- Fig. 4. — Étuves de dessiccation.
- surtout pour l’alimentation, il faut un produit se présentant à l’état de poudre fine et à un degré dé siccité plus parfait. La fécule qui, au sortir de l’étuve, est en morceaux de grosseur variable semblables à ceux d’amidon, doit être blutée, séchée h nouveau, écrasée à l’aide d’un rouleau en fonte ou en bronze, et enfin, tamisée.
- C’est pour parfaire le séchage que, depuis’ quelques années, on utilise des séchoirs’^ rotatifs avec pompe pneumatique, permettant de faire le vide partiel pendant la dessiccation et d’opérer rapidement et à basse, température. On obtient ainsi la fécule-extrait, produit de tout premier choix. Les eaux féculentes fournissent encore, après avoir séjourné dans de grands bassins de décantation, une petite quantité de fécule dite fécule seconde ou bise, utilisée en fonderie, savonnerie, etc.
- La fécule est ensachée aussitôt fabriquée, après quoi, on gomme les sacs à l’aide d’un empois fait avec de la fécule de basse qualité. On se sert d’une brosse pour badigeonner le sac sur toute sa surface extérieure avant de l’emmagasiner en lieu sec jus-
- Fig. 5. — Plans de dépôt de la fécale.
- la transformation n’est pas complète; on n’arrive qu’à 95 pour 100 du produit traité. La glucose est surtout très employée en brasserie; elle provoque la fermentation et alcoolise la bière ; la dextrine la rend plus douce, plus gommeuse, lui donne « plus de bouche ». Le rendement de la fécule en glucose est de 100 pour 100.
- La glucoserie demande, annuellement, à l’industrie féculière, au moins 50 millions de kgs de fécule. Mais, tandis que nous exportions à peine deux millions de kgs de glucose en année normale, l’Allemagne en exportait au delà de 26 millions de kgs, sans compter une quantité très importante de fécule à l’état naturel. L’étude des sla-
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- tistiques montre, en outre, que certains produits allemands ressortissant à la féculerie étaient importés en France, au détriment de notre industrie féeulière, notamment les sirops fabriqués avec de la glucose. En 1907, l’Allemagne en envoyait, en France, près de 16 000 kgs.
- La fécule est employée en grandes quantités pour les apprêts de presque toutes les étoffes (draps, dentelles, soieries, cotonnades, etc.) pour le parage, l’encollage, l'impression des tissus. On prépare, à cet effet, des empois dans lesquels, avec la fécule et l’eau, entrent, suivant les formules adoptées, les produits suivants : léiogomme, sulfate de cuivre, glycérocire, glycérogomme, farine fermentée, cristaux de soude, parement lichen, amidon, gluten, mélasses, gomme arabique, colle forte, savon, kaolin, albumine, etc. La colle est d’aulant plus résistante qu’elle contient davantage de fécule.
- La papeterie fait usage de fécule pour tous genres de papiers, notamment pour le glaçage et pour empêcher l’encre de s’étendre dans la masse (papiers à écrire, à imprimer). L’industrie des papiers peints et celle des matières colorantes en font aussi une consommation considérable. On s’en sert également pour l’empesage du linge, la fabrication de colles fluides à froid ; en cartonnerie pour tous genres de cartons ; en pharmacie (préparation de certains médicaments, de pâtes) ; en chapellerie, pour les feutres et pailles ; en fonderie pour le glaçage des moules destinés à la fusion des .métaux ; dans la préparation des dextrines, sirops de glucose, et des matières amylacées entrant en combinaison avec des acides (acétates, formiates, nitrates, etc.), employés comme succédanés des sels cellulosiques dans la fabrication de certaines matières organiques plastiques, telles que soies artificielles, celluloïd, etc. On emploie la fécule en parfumerie et dans bon nombre d’autres industries : produits chimiques, cirages, gélatine, gommeline, léiogomme, etc.
- Dans l’alimentation, la fécule a de multiples emplois : pâtisserie, biscuiterie, panification, pâtes alimentaires. On fabrique, avec la fécule, des tapiocas, des sagous, des arrow-rots, des semoules, qui supportent très bien la comparaison avec les tapiocas exotiques et coûtent moins. Enfin, la confiserie et la fabrication des confitures tirent parti de la fécule sous forme de glucose.
- Y. Indications générales sur l'installation et l’exploitation d’une usine. — Le capital nécessaire à l’installation et l’exploitation d’une féculerie varie — cela se conçoit aisément — avec les situations, les ressources et l’importance de la fabrication. Toutefois, voici quelques données générales qui, croyons-nous, pourront à cet égard, fixer les idées : on estime que le prix global (installation complète) d’un matériel de féculerie — type industriel — râpant 1 850000 kgs de pommes de terre par campagne, soit par journée de douze heures, 2000 kgs à l’heure, — matériel comprenant : moteur de 20 HP, laveurs, râpes, tamis, cuves de décantation,
- déshydrateurs, étuves, pompes, bacs, courroies, ponts à bascule et frais pour études, port, montage— nécessite une dépense de 65000 francs environ. Un matériel — type agricole — râpant 1000 kgs à l’heure, comporterait une dépense de 45000 francs. Avec ce matériel, comprenant un moteur de 15 HP, on pourrait traiter 1 850000 kgs de tubercules, mais en travaillant jour et nuit.
- Toute féculerie doit compter, comme consommation d’eau, dix fois le poids de la pomme de terre travaillée. La force hydraulique n’est pas nécessaire, car pour le séchage, qui se fait avec la vapeur perdue du moteur, il faudrait, à peu de chose près, la même quantité de vapeur directe.
- Quant aux constructions nécessaires, une féculerie traitant 2000 kgs de tubercules à l’heure n’a besoin que d’un bâtiment de 200 mètres au rez-de-chaussée et autant au premier étage; pour une féculerie traitant 1000 kgs à l’heure, un bâtiment de 150 mètres suffit généralement. On estime que pour une installation complète, y compris terrain, bâtiments, fonds de roulement, etc., il faut compter, en capital, environ le double du prix d’achat du matériel. Néanmoins, le fonds de roulement serait, dans ces conditions, bien insuffisant, car si le féculier a payé au cultivateur toute la récolte de pommes de terre, et s’il a en magasin toute la fécule fabriquée, il lui faut des avances.-. Dans l’Oise, lorsque le féculier a besoin de numéraire, il warrante les fécules dans un entrepôt comme cela se fait en distillerie et en sucrerie. Ajoutons qu’en féculerie, les frais d’amortissement sont généralement évalués à 10 pour 100.
- VI. Aperçu relatif au rendement de l’industrie féeulière. — Le rendement moyen des pommes de terre en féculerie est de 16 pour 100 environ. En ce qui concerne le côté financier de l’entreprise, voici le bilan d’une usine de l’Oise, département où l’on traite annuellement 30 millions de kgs de tubercules, ce qui représente une production de
- 4 800000 kgs de fécule. On traite annuellement dans cette usine 1 850 000 kgs de pommes de terre, achetées à raison de 4 fr. 25 à 4 fr. 75 le quintal; les frais de fabrication sont évalués à
- 5 fr. 862 par quintal de fécule.
- Par 100 kgs de pommes de terre le rendement est le suivant : fécule 16,018 pour 100 ; sous-produits : résidus verts 23,5 pour 100, gras de féculerie 1,329 pour 100. Le poids des résidus représente au moins la moitié du poids de la pomme de terre.
- La production pour 1 850 000 kgs de tubercules travaillés, est de 296 333 kgs de fécule, valant 33 fr. les 100 kgs, soit 97 790 fr.; 434 750 kgs de résidus verts valant 19 fr. les 1000 kgs, soit 8260 fr. ; 24586 kgs de gras valant 33 fr. les 100 kgs, soit 8115 fr. La valeur totale de la production se chiffre par 114163 fr.
- L’évaluation des frais comporte : achat de la matière première : 1 850 000 kgs de tubercules à 4 fr. 50 les 100 kgs, soit 83 250 fr. ; frais de fabri-
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- cation à raison de 5 fr. 862 par 100 kgs de fécule, et pour 296353kgs, 17 371 fr. Au total: 100621 fr. à déduire de 114163 fr. Ainsi, tous frais payés, l’usinier recueille un bénéfice net de 13542 fr. ou 15 500 fr. en chiffres ronds, ce qui représente un revenu de 13,4 pour 100. Pour obtenir ce résultat la féculerie n’emploie qu’une douzaine d’ouvriers et la période de fabrication ne dure que quelques mois.
- La vente de la fécule, lorsqu’elle se fait à la Commission, à la Bourse du commerce de Paris,
- n’entraîne pas de trop gros frais, le1 courtage n’étant que de 1 /2 pour 100.
- De cette étude documentaire, technique et pratique, il est permis de conclure que l’industrie féculière peut et doit apporter, une large part contributive à la reconstitution du patrimoine national ; car, dans l’ordre économique, elle est, bien certainement, une de ces industries qui doivent assurer à la France, héroïque et immortelle, la réalisation pleine et entière de l’œuvre réparatrice de l’avenir.
- Henri Blin.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du
- La dévitrification du cristal. — M. Le Chûtefier signale une très curieuse expérience de synthèse minéralogique qui s’est trouvée réalisée par l’invasion allemande à Baccarat. Au moment de l’invasion, des fours contenaient, à la température de 1550°, le mélange sodique nécessaire à la fabrication du cristal, dit « quinquet » destiné aux appareils d’éclairage. Pendant les 20 jours de l’occupation allemande, on laissa tomber la température à 800° dans l’espoir de pouvoir réchauffer ensuite. Mais, les Allemands partis, on s’aperçut qu’il fallait arrêter l’usine pour la restaurer et on laissa éteindre complètement. On trouva alors les fours à « quinquet » pleins de cristal dévitrifié et cristallisé sous la forme de silice à faible densité, dite tridymite, en lamelles hexagonales d’une dimension tout à fait inusitée. C’est la première fois que l’on observe la dévitrification du cristal. Jusqu’alors, on ne connaissait la dévitrification que pour le verre calcaire où elle produit de la wollastonite. Il est à remarquer que l’on a essayé ensuite sans succès de reproduire l’expérience qui avait demandé des conditions de lent recuit à basse température tout à fait spéciales. On peut également noter que le cristal sodique a donné de la tridymite, qui ne s’est pas produite dans le cristal potassique. Avec le lithium, la cristallisation est encore plus facile. L’ordre des poids atomiques plaçant le sodium entre le lithium et le potassium, il semblerait donc que cette considération fasse sentir son influence. Enfin l’expérience prouve encore que la tridymite est la formé stable de la silice au-dessus de 800°, le quartz étant la forme stable au-dessous, et la cristobalite,
- autre forme de silice cristallisée, n’ayant qu’une stabilité temporaire.
- La galaxie des étoiles B. — Les étoiles du type spectral B ou de l’hélium sont les plus grandes et les plus chaudes dans les cieux. Les observateurs de Harvard College ont pu en dresser un catalogue à peu près complet ; car leur rayonnement lumineux est si grand que, même à la limite de l’univers stellaire, elles offrent encore l’éclat apparent d’une étoile de la huitième grandeur. L’étoile B la plus rapprochée est à 4 siriomètres du Soleil : le siriomètre étant une unité de mesure égale à un million de fois la distance du Soleil à la Terre. La plus éloignée que nous connaissions est à 250 siriomètres. D’après M. Chartier, ces étoiles forment un amas bien défini dont le centre, qui paraît être celui de l’univers stellaire, est situé dans la constellation de la carène, à 18 siriomètres du Soleil. Les deux tiers de ces étoiles se trouvent dans une ellipsoïde de révolution dont l’axe de révolution est de 57,5 siriomètres et le petit axe de 15,1 siriomètres.
- Les canaux de la planète Mars. — M. Georges Ilall-Hamillon communique des dessins de Mars obtenus à l’observatoire Flagstaff, sous le ciel très pur de F Arizona. Ces dessins soulèvent des objections très vives, venant après tant d’autres fantaisies dont il a déjà été fait justice. On y voit notamment un faisceau de lignes divergentes tout à fait extraordinaire. Il est regrettable que l’auteur n’ait pas plutôt communiqué une photographie qu’une interprétation aussi sujette à caution.
- L’ÉVOLUTION
- Le casque d’acier de nos poilus a remis à la mode les questions d’armures. Beaucoup ont été' frappés de la ressemblance des soldats actuels casqués avec certaines figures du xvie siècle coiffées de la bour-guignote. Et, en effet, le casque Adrian est le descendant direct de celui qui servait alors dans les luttes contre la Maison d’Autriche.
- En laissant à part l’antiquité grecque et romaine qui connut les armures même les plus compliquées et les plus somptueuses, on peut dire que le casque apparaît en France au xie siècle. On en trouve la première trace dans la tapisserie de Bayeux. C’est une calote conique, à pointe plus ou moins aiguë.
- DU CASQUE
- Peu à peu il s’y ajoute tin nasal protégeant le visage et un collet défendant ÏA'nuque contre les coups d’épée. A la fin du xne siècle, sous Philippe Auguste, le casque se complète et se complique. Le heavme d’alors est un cylindre enveloppant toute la tête ; devant la face, est une visière fixe percée de petites ouvertures juste suffisantes pour la vue et la respiration. La visière devint mobile au xive siècle en même temps que la forme variait et que l’ensemble s’allégeait pour donner les très nombreux lypes d'armets qui servirent jusqu’au xvne siècle. En même temps, les casques sans visière se multipliaient et prenaient les formes les plus variées :
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- L’EVOLUTION DU CASQUE
- o
- A
- salades des nobles, sans crête et à visière courte, bourguignotes des gens de pied à visière allongée et oreillons mobiles ; morions à haute crête et rebord en croissant ; cabassets à petits rebords; chapels-de-fer rappelés par nos grands chapeaux de paille actuels : pots des mineurs très simples et solides, etc.
- Au xvue siècle, l’armure tout entière disparut par suite des changements dans lès conditions de la guerre. Et au xixe siècle, il n’en restait plus que des traces dans les casques et les cuirasses de nos cavaliers.
- Va-t-on assister à sa résurrection ? La guerre actuelle a déjà nécessité le casque. De divers côtés on a préconisé un pectoral d’acier protégeant le cœur et les poumons ; d’autres y ajouteraient volontiers des fattes pour le ventre et des cuissards. Et les photographies de soldats casqués et masqués contre les gaz ne rappellent-elles pas quelque bassinet de la guerre de Cent Ans ou mieux quelque armet des guerres de François Ier ?
- Récemment, M. Bashford Dean, qui comme notre Maurice Maindron, allie l’amour de la zoologie à celui des vieilles armures, a donné dans Y American Muséum Journal une intéressante élude de l’évolution des casques examinée au point de vue scientifique. La figure ci-jointe donne une idée de sa conception.
- Pour lui, lorsque l’on groupe une collection d’objets provenant d’époques diverses, on voit apparaître une classification naturelle, comparable à celle de la paléontologie.
- Groupés par dates, ces objets dessinent un arbre généalogique dont les formes primitives représentent le tronc, tandis que des rameaux divergent à divers moments, chacun d’eux suivant son évolution propre qui le conduit d’une naissance peu différenciée à un développement complet pour aboutir à une extinction par atrophie ou forme aberrante.
- Ainsi, pour les casques, le heaume apparaît
- i. — Barbute.
- Bassinet
- 3. — Heaume.
- mais
- men-
- une
- 6. — Bourguignote.
- 7. — Bourguignote içi5-iqi6.
- comme un perfectionnement du casque, parce qu’il est plus facile à fabriquer, étant composé' de plusieurs pièces; il disparaît à cause de son poids excessif et de l’impossibilité de mettre la face à l’air. Le chapel-de-fer s’arrête quand le développement de ses bords est devenu tel qu’il tient mal sur la tête. L’armet a dû son succès à sa forme bien adaptée à la tête, à ce qu’il se coiffe rapidement et à ce que sa visière est mobile, aussi a-t-il donné naissance à de très nombreux modèles de bourguignotes, morions et cabassets. L’armet-à-ron-delle qui évolue en même temps que les premiers armets, disparaît rapidement à cause des complications qu’il présente ; il fallait, en effet, pour le mettre, non seulement relever la visière. encore détacher la tonnière tenue par cheville, toutes manipulations à exécuter avec des gantelets de fer.
- Souvent, les derniers types apparus présentent de véritables signes de dégénérescence. Les bourguignotes du xvue siècle ont perdu leur crête, leur visière est très ré-duite ainsi que le couvre-nuque, les oreilles sont ^ peu ou prou protégées, les formes terminales ne sont plus qu’une coiffe recouverte de lames de fer si réduite qu’elle peut être mise dans la poche.
- Pour continuer les comparaisons qu’inspire à M. Bashford Dean l’étude des casques, nous dirons que les lois de Révolution s’appliquent également au casque Adrian actuel. En effet, il ne procède pas des phyllums aberrants, depuis longtemps éteints, mais bien de la souche principale, la plus
- Chapel-de-fer.
- M or ion et cabasset.
- vivace, celle qui va du casque normand aux bourguignotes. Et même, il a abandonné tout ce qui n’est pas essentiel : cimier, plumet, crinière, etc, qui persistaient comme des traces du passé dans les formes dégénérées actuelles, pour revenir à la simplicité de forme, cà l’utilité essentielle du casque qui assure aujourd’hui sa renaissance. Daniel Claude.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 2234. — -—....... ..............22 JUILLET 1916.
- LES CHEMINS DE FER DE CAMPAGNE A VOIE ÉTROITE
- La queslion des transports joue, dans J a guerre moderne, un rôle considérable, en raison des masses armées mises en mouvement et du matériel lourd qu’elles traînent avec elles.
- Il ne peut être question d’alimenter les troupes, comme autrefois, en les faisant vivre sur les pays parcourus, même dans la guerre de mouvement; or, la subsistance d’un seul corps d’armée représente 600 tonnes par jour, et qu’est-ce qu’un corps d’armée dans la fournaise où des multitudes s’affrontent? Aux vivres, d’ailleurs, il faut ajouter les munitions dont il se fait une consommation effroyable, et l’introduction dans les opérations de campagne de l’artillerie lourde, qui semblait réservée à la guerre de siège, comporte le transport de fardeaux indivisibles pouvant atteindre jusqu’à 60 tonnes.
- De pareilles charges sont incompa-
- C’est d’abord, à l’arrière, pénétrant le plus possible dan^ la zone des armées, le réseau des lignes ferrées à voie normale, d’une puissance telle qu’une seule ligne devra et pourra souvent suffire aux besoins de toute une armée, dans certaines circonstances de la guerre de mouvement. Mais, brusquement, le rail s’arrête; un ouvrage d’art — tunnel, viaduc — détruit par l’ennemi dans la retraite, constitue un obstacle infranchissable pendant le temps, souvent très long, que durera la réparation.
- Fig. 2. — Le transport des éléments de voie du au chantier de construction de la voie.
- tibles avec la traction chevaline et même automobile. Pour les simples ravitaillements eux-mêmes, P ancien train des équipages et les voitures régimentaires seraient absolument incapables d’assurer la régularité et l’abondance des approvisionnements, dès que les gares d’étapes de guerre se trouvent à une distance un peu grande du front.
- Il a bien fallu y pourvoir par des moyens plus puissants que, seule, la traction mécanique est capable de fournir. .
- En définitive, la zone des armées est reliée à l’arrière-pays d’où celles-ci tirent leurs substances et leurs moyens d’action par une organisation compliquée de moyens de transport échelonnés, dont les voies s’épanouissent et se ramifient en quelque sorte à mesure qu’on s’approche du front, pour porter la vie à toutes les unités.
- Fig. i. — La pose d’une voie de chemin de fer dans un bois près du front.
- En deçà, on établit la gare fête d’étapes de guerre; mais au delà, les troupes continuent d’avancer; la distance augmente, qu’il faut parcourir : comment y pourvoir?
- C’est alors qu’on a recours aux dépôt chemins de fer à voie étroile, rapi-
- dement posés sur les accotements des routes, ou aux camions automobiles dont l’importance et les ressources se sont révélées si magnifiquement au cours de la grande guerre actuelle.
- Les camions automobiles ont pour eux là souplesse, la facilité des changements d’itinéraires; mais on pouvait craindre qu’il fut difficile dé rassembler, d’entretenir et de remplacer un nombre aussi considérable de véhicules. L’usure est rapide, pour le matériel et pour la route. N’importe, l’expérience a montré qu’on en vient à bout, et tous les journaux ont raconté comment les braves territoriaux, échelonnés le long de la route, réussissent à entretenir -en bon état la chaussée sur laquelle circulent sans répit les files grises des automobiles qui s’y succèdent d’une manière à peu près continue.
- Les chemins de fer à voie étroite, à leur tour, bénéficient en quelque sorte, de la possession d'état :
- 4 — 49.
- 44‘ Année. — 2” Semestre.
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- LES CHEMINS DE FER DE CAMPAGNE A VOIE ÉTROITE
- Fig. 3. — Wagons accouplés portant un i55 long.
- ils étaient connus, utilisés, alors qu’on ne songeait même pas que la traction automobile pût jamais servir à la guerre. Ils exigent, il est vrai, un travail préliminaire pour la pose de la voie ; mais la bonne organisation du chantier et la division du travail permettent d’exécuter rapidement cette pose. Leur exploitation n’entraîne pas l’immobilisation d’un personnel technique très nombreux; quelques équipes d’entretien suffisent. L’effort de traction est moins grand sur le rail que sur l’empierrement. Un train de wagons serrés les uns derrière les autres forme une colonne de longueur aussi réduite que possible, et le rendement est plus considérable que par tout autre moyen. Enfin, il ne faut pas oublier que, sur une voie militaire étroite, grâce au matériel approprié, on peut transporter jusqu’à pied d’œuvre, c’est-à-dire jusqu’au terrain de mise en batterie, les canons de gros calibre pesant de 40 à 48 t., ce qui est impossible avec les seuls tracteurs automobiles.
- Voie étroite et camions automobiles ;— les deux systèmes ne s’excluent pas l’un l’autre, mais peuvent se prêter, au contraire, un mutuel secours. La voie étroite prolonge la voie normale, et à partir de son terminus, que le travail de pose allonge sans cesse, les automobiles forment comme les tentacules divergentes qui, par les chemins les plus divers, vont porter leur chargement jusqu’aux points les plus rapprochés du front.
- Dans la guerre de position où les deux adversaires sont arrêtés depuis si longtemps, les Allemands ont développé à l’extrême leur réseau à voie étroite, amenant les rails par les boyaux jusqu’aux emplacements de batteries, et c’est ainsi qu’en nous emparant de certains systèmes défensifs, en Champagne et ailleurs, nous avons pu prendre tout un
- important matériel. On peut dire que, chez eux, il existe une voie ferrée perpendiculaire au front tous les 4 km, en moyenne.
- Nous n’avons pas à dire si nous en faisons un usage aussi développé, ou si nous n’avons pas préféré utiliser les transports automobiles plus souples dans bien des cas où les Allemands auraient posé des rails. A voir à quels bombardements les routes repérées sont soumises, on peut toujours craindre que des voies fixes courent de grands risques d’être fréquemment endommagées, et que le trafic se trouve ainsi arrêté, ce qui n’arrive pas, même si quelques automobiles sont atteintes; mais nous n’avons pas l'intention d’établir un parallèle entre les deux systèmes de locomotion. Tout au plus indiquerons-nous un autre élément de comparaison tiré de la différence de combustible. Les machines sur rails brûlent du charbon ; l’automobile nécessite de l’essence et, si l’on ajoute que ce dernier instrument de transport entraîne une terrible consommation de caoutchouc, on en pourrait conclure que chacun des deux partis en présence sera tenté de préférer le système pour lequel il dispose le plus aisément des matières de consommation que nous venons d’indiquer.
- Pour nous en tenir aux transports sur rails, l’utilité d’un matériel à voie étroite résulte des difficultés que l’on rencontre à établir une voie normale.
- L’expérience est faite depuis la guerre de 1870, où les Allemands durent perdre un temps précieux pour construire, par exemple, de Remilly à Poi\t-à-Mousson, un embranchement contournant Metz; où ils durent également établir une déviation près de Creil ; où enfin, par suite de la destruction du tunnel de Nanteuil-sur-Marne, il leur fallut construire une voie de Nanteuil vers Lagny, pour faciliter l’approvisionnement du parc de siège devant Paris. Ce parc se trouvait à Villacoublay, à 70 km de Nanteuil, et, après 104 jours d’investissement, lorsque les Allemands ouvrirent le feu de bombardement, le 31 décembre 1870, les difficultés de pose de la voie normale n’avaient pas permis de dépasser Chelles, sur 22 km. Les transports sur route furent si pénibles qu’il ne fut pas possible de mettre en batterie plus de 200 pièces sur les 400 qui avaient été prévues.
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- Sans rappeler les grands travaux de chemins de fer entrepris par les Russes, et notamment dans la guerre contre les Turcs, en 1877, la construction des lignes Galatz-Bender et Fratesti-Zimnitza, on peut dire que ces expériences devaient naturellement conduire à envisager l’utilisation, en campagne, de voies légères et étroites, analogues au matériel Decauville, si précieux dans les entreprises civiles.
- Quel écartement adopter1? En laissant de côté la voie de 0 m. 50 qui aurait peu de stabilité et un rendement insuffisant, sur laquelle, d’ailleurs, il serait à peu près impossible d’établir la traction mécanique, on a le choix entre les écartements compris entre 0 m. 60 et 1 m qui ont fait l’objet de diverses applications, où l’on peut puiser des enseignements. C’est ainsi que les Autrichiens, en 1878, ont construit une ligne de 550 km, en Bosnie-Herzégovine, en voie de 0 m. 76, et qu’en Algérie ou Tunisie, nous employons nous-mêmes des voies de 1 et 1 m. 055.
- 11 ne faut pas oublier toutefois qu’une voie militaire doit se plier aux courbes de très petits rayons. La voie de 0 m. 60 est, à cet égard, d’une souplesse remarquable; on peut constituer un matériel suffisamment stable, et répondant aux exigences d’un transport intensif.
- Les premiers essais en France. — C’est en 1882 qu’on s’avisa, en France, d’étudier un matériel spécialement adapté aux besoins militaires. Il s’agissait avant tout de desservir les batteries dans les places fortes, et la nécessité de se plier au tracé étroit et tenaillé des communications d’un ouvrage fortifié imposait immédiatement un écartement des rails aussi réduit que possible. Le capitaine Péchot, qui dès lors attacha son nom à ces recherches (Q, adopta ainsi la voie de 0 m. 60 qui permettait de passer partout, au besoin avec des courbes de 7 m. 65, correspondant au tournant des chariots de l’artillerie. Il n’était pas question, bien entendu, de tirer les wagonnets sur de pareilles courbes au moyen de locomotives ; mais on envisagea bien vite l’extension du nouveau système à la guerre de campagne, où il s’agissait d’assurer une grande capacité de
- 1. Nous empruntons une partie des renseignements de cet article à l’ouvrage du colonel Péchot : Étude sur la stabilité des trains.
- trafic et où, par conséquent, la traction mécanique s’imposait, en même temps que la vitesse.
- On reconnut qu’une locomotive de 12 à 14 tonnes pouvait suffire à traîner, sur des rampes de 50 à 40 mm par mètre, des trains de 56 à 48 tonnes, celte charge étant répartie à raison de 5 tonnes et demie par essieu.
- La voie se compose, par tronçons de 5 m, de deux rails de 9 kg. 5 sur traverses métalliques en forme d’U, terminées par des bouts fermés par emboutissage — condition essentielle pour que la voie s’incruste dans le sol ou le ballast et pour éviter les ripages dans les courbes ou sous les mouvements de lacet. La traverse mesure 1 m. 10 de longueur, débordant ainsi largement au dehors du rail, et donnant à la voie une assiette solide. L’éclissage est des plus simples.
- Un certain nombre d’éléments tout préparés permettent d’établir des courbes de 100 jusqu’à 20 m. de rayon. Enfin il existe tous les appareils de voie, aiguillages, croisements, plaques tournantes — nécessaires à l’organisation complète d’une ligne.
- Cette voie peut se poser directement sur les accotements d’une route, sans ballast, en ayant soin, sur les parties de terrain peu résistant, de consolider au moyen de fascinages, au besoin; mais il est évident, si la ligne doit durer,- qu’il sera toujours bon de la ballaster après coup.
- Le matériel roulant d’une voie étroite est toujours la partie la plus délicate du problème, si l’on veut qu’il puisse transporter, sans dérailler, des charges importantes à une vitesse convenable. Il a fallu donner à ce matériel une stabilité moins précaire qu’à la plupart des chemins de fer à voie étroite utilisés par l’industrie privée, et c’est peut-
- Fig. 4, — Wagons accouplés chargés d'un canon de i55 long sur affût à la posilion de route avec son frein et les madriers de sa plate-forme (poids 6385 kg).
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- être le point sur lequel les investigations du capitaine Péchot, aujourd’hui colonel, ont porté avec le plus d’ingénieuse sagacité. L’analyse des particularités de certains déraillements survenus sur des voies normales et étroites l’ont fort aidé. Elle lui permit d’en fixer les causes d’une manière assez nette pour que ces causes fussent éliminées — ou atténuées tout au moins — dans les nouveaux véhicules militaires.
- Les wagons. — L’élément de transport est un truck ou boggie de formes basses et ramassées, à deux ou trois essieux espacés de 0 m. 60. La largeur est de 1 m. 10 seulement. Pour constituer un wagon de bonne longueur, il suffit de placer sur deux boggies une plate-forme pivotant autour de chevilles ouvrières, ce qui permet à tout l’ensemble de s’inscrire dans les courbes du plus faible rayon.
- Entrelesboggies, il est possible d’abaisser la caisse du véhicule pour que le: centre de gravité de la charge soit plus rapproché du sol, et c’est ainsi que sont constituées les voitures aménagées pour le transport des hommes, des blessés, du bétail même.
- On peut également, sur un truck, charger des voitures et les pièces de campagne. La faible largeur du truck permet, en effet, de l’engager en dessous des essieux de la voiture dont les roues sont alors soutenues sur les étriers pendant à l’extérieur du boggie.
- Le chargement de pièces longues, des rails par exemple, ou de lourdes charges indivisibles, exige un dispositif plus compliqué. L'ensemble du véhicule comprend alors 4 boggies, à 2 ou 3 essieux, couplés deux à deux par des plates-formes sur plaque tournante, dont la cheville ouvrière reçoit l’extrémité de la pièce d’attelage centrale, ou barre d’écartement.
- On voit que tout le système jouit ainsi d’une grande souplesse, chaque truck rendu indépendant pouvant suivre les sinuosités et les dénivellations de la voie, sans entraîner son voisin.
- Le wagon est pourvu d'un tampon de choc et d’attelage central à chaque extrémité; l’un est à ressort; l’autre, dit tampon sec, n’en comporte pas.
- La suspension des wagons est faite par l’intermédiaire de ressorts à lames attachés aux extrémités de balanciers oscillants qui donnent à tout le système une grande flexibilité et permettent aux longerons de prendre une position inclinée par rapport aux rails, sans que les roues cessent de porter, quelles que soient les inégalités de la voie.
- On peut charger les wagons à raison de 3 tonnes ou 3 tonnes et demie par essieu. En combinant 4 trucks à 4 essieux, on peut donc porter un poids indivisible de 48 tonnes, tel qu’on en rencontre dans l’artillerie lourde.
- Il existe enfin certains véhicules spéciaux également utilisables sur la voie de 0 m. 60, parmi lesquels on peut citer l’affût truck du général Peigné, portant une pièce de 120 ou de 155 court. La pièce
- tire dans toutes les directions ‘sans quitter la voie; il suffit, pour compléter la stabilité transversale pendant le tir, d’abaisser des consoles munies de vérins qui prennent un appui solide sur le sol.
- La locomotive. — La locomotive Péchot-Bourdon est particulièrement remarquable par sa stabilité et la facilité de sa conduite. Sous peine de renoncer à remorquer les lourds trains militaires qu’il y a lieu de prévoir, cette locomotive devait être puissante; il ne faut pas compter sur un poids ; inférieur à 12 ou 14 tonnes, en ordre de marche, et, les dimensions des appareils évaporatoires entraînant une grande longueur, il est nécessaire de les soutenir sur deux groupes de boggies, articulés ensemble afin que le système s’inscrive aisément dans les courbes de faible rayon. Pour permettre enfin de marcher normalement dans les deux sens, on a été conduit à placer le poste dû mécanicien âu milieu, entre les deux foyers de la chaudière. La caisse absolument symétrique repose sur deux boggies à 2 essieux qui pivotent indépendamment l’un de l’autre; la distance des essieux de chaque boggie est de 0 m. 90, et la longueur entre les deux essieux extrêmes atteint 3 m. 80, pour donner à la machine une grande stabilité longitudinale, un bon guidage dans les alignements droits et une grande douceur dans les entrées en courbe.
- Fig. 5. — Plate-forme de 6 m. de long, i m. 70 de largeur portant un aménagement de circonstance pour le transport de 12 blessés couchés avec un couloir central de o m. 5o de largeur pour la circulation des infirmiers.
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- Fig. 6.
- Groupe de 4 wagons à 4 essieux {force 48 000 kg) portant un canon de 320 (poids 43 000 kg) passant sur une plaque tournante de 1 m. 70 de diamètre.
- Fig. 7-
- Mise en batterie d'un canon de i55 long.
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- La caisse repose, par l'intermédiaire de rondelles en caoutchouc, sur les boggies, de manière que ceux-ci puissent se déverser transversalement, suivant les déformations de la voie ou par suite du devers, sans que la machine elle-même en soit affectée.
- Les deux parties-de la chaudière reliées par un tube forment vases communicants, en sorte que, les foyers étant au milieu, le niveau de l’eau reste invariable au-dessus de ces foyers, quelle que soit l’inclinaison longitudinale. Il en serait tout autrement dans le cas de foyers placés aux extrémités, où le foyer serait découvert ou noyé, aussitôt que la déclivité dépasserait 30 à 40 millimètres par mètre.
- Les quatre essieux sont moteurs, de telle sorte que la puissance de la locomotive bénéficie de l’adhérence totale.
- Enfin les cheminées, du type américain, sont disposées de façon que, les escarbilles sortant suffisamment refroidies, il n’existe aucune crainte de mettre le feu sur le parcours.
- Pour produire à k jante des roues l’effort nécessaire de traction qui est de 2400 kg, on a adopté, dans le type de 1887, une pression de vapeur de 12 kg, ce qui pouvait passer pour une hardiesse à cette époque. Aujourd’hui, on pourrait facilement marcher à 15 kg de pression. La consommation d’eau est de 1000 litres à l’heure.
- La machine, sans le secours d’un tender, peut porter avec elle 500 kg de. charbon et 170 litres d’eau, ce qui assure une marche d’une heure et demie. A la vitesse de 10 km à l’heure, il suffit donc de prévoir une distance de 15 km entre les prises d’eau d'alimentation ; on pourrait l’augmenter, d’ailleurs, à la condition de traîner un wagon-citerne avec soi (*).
- Caractéristique de marche et de rendement. — Comme on le voit, le matériel que nous venons de décrire a été étudié avec un soin extrême, en vue d’assurer sa stabilité et d’éviter les déraillements que pourrait faire craindre le faible écartement des rails.
- Dans ces conditions, et à simple traction, les poids remorqués sont, suivant les rampes, donnés par le tableaù suivant :
- Rampes. Charge. Ramjtes. Charge.. Rampes. Charge.
- mm. palier 0 — 10 — 20 — 25 tonnes; 342 106 58 48 mm. palier 30 — 40 — 50 — 60 tomies 38 27 20 15 mm. palier 70 — 80 — 90 — 100 tonnes. 11 8 6 5
- Le trafic journalier, sur une voie exploitée dans un seul sens, peut ainsi atteindre 2000 à 2500 tonnes.
- Application au service de l'arrière d’une armée en campagne. —Pour qu’on puisse appliquer utilement une voie de ce genre au ravitaillement d’une armée en campagne, il faut qu’elle se puisse poser
- i. La Nature a donné, dans son numéro du 19 février 1916, une vue de la locomotive du type Péehot-Bourdon construite par la maison américaine Bahvin.
- rapidement, grâce à l’entraînement des troupes techniques et à la bonne organisation des méthodes.
- A cet égard, il est bon de voir comment opèrent les Allemands.
- Ils font marcher les reconnaissances techniques chargées d’assurer le tracé immédiatement à la suite des reconnaissances stratégiques relatives à la marche de l’armée. La construction de la gare de transbordement, au terminus de la voie normale, commence aussitôt que l’armée dépasse le point où l’exploitation de la grande ligne est arrêtée. Quant à la voie elle-même, sa construction se poursuit à raison de 10 km par jour. C'est ainsi qu’aux manœuvres de 1892, 67 km ont été posés en 7 jours, entre Zell et Uelzen, dans le Hanovre.
- Le matériel allemand. — Ce n’est qu’en 1891, que les Allemands ont commencé des essais sur un système de chemin de fer à voie de 0 m. 60, analogue à celui qui fonctionnait depuis 1888 dans les places françaises de l’Est. A partir de 1893, on les voit constituer des approvisionnements de voie, et cette organisation prend dès lors chez eux une allure considérable; mais, malgré leur esprit d’imitation et d’adaptation, il ne semble pas qu’ils aient fait mieux que nous.
- La voie se compose encore de rails de 9 km. 5 avec des traverses espacées deOm. 65à0m. 75. Leurs machines douhies, assez flexibles mais un peu plus lourdes que les nôtres, pèsent 15 t. en ordre de marche. Elles sont construites par la maison Kraus, de Munich, et utilisent de la vapeur à 15 km. Elles sont approvisionnées pour 2 h. ou 2 h. 1/2 de marche, à raison de 125 à 200 kg de charbon et 600 à 900 litres d’eau par heure. L’alimentation d’eau en cours de route se fait au moyen d’élévateurs qui permettent de puiser directement dans une mare ou un cours d’eau.
- Les wagons peuvent circuler sur des courbes de 10 m. de rayon; mais les locomotives exigent des rayons de- 30 m. Les Allemands admettent des rampes de 25 mm. au maximum sur des parcours de 400 à 500 m., de 25 à 40 mm. sur des longueurs variant de 300 à 100 m. ; enfin, exceptionnellement, le train peut aborder des rampes de 55 mm. sur une faible longueur, à condition que la machine puisse prendre de l’élan.
- Malgré que le matériel français soit le premier en date, il est loin d’être inférieur à celui que les Allemands ont réalisé. Les instructions, elles-mêmes, qui, chez eux, régissent la pose de voie et l’exploitation, sont inspirées du règlement français; nous n’avons donc, à cet égard, rien à envier à nos voisins.
- L’emploi du matériel de chemin de fer à voie étroite, dont la France a pris l’initiative, tient, comme on le voit, une place qui n’est point négligeable dans cette guerre de machines et d’engins, où s’affirme si brutalement l’impérieuse nécessité de ne négliger aucune des ressources que la science met entre nos mains. X...
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- Le gaz est depuis longtemps entré dans la vie domestique moderne et il est dans les villes bien peu d’habitations où il ne serve à l’éclairage et à la cuisson des aliments. Les services publics en font aussi une grande consommation, et si dans les grandes villes la luxueuse électricité l’a supplanté pour l’éclairage des principales avenues, ce ne fut pas sans difficultés. Même lorsqu’il s’agit de lutter contre la lampe à arc, le gaz, par l’emploi de manchons appropriés et dé brûleurs convenable-
- restreint et inexpérimenté à des demandes urgentes et impérieuses, les ont conduits à modifier un outillage et des méthodes traditionnelles et surannées pour les adapter aux conditions nouvelles. Le gaz leur a permis dans bien des cas de résoudre les problèmes posés et sa faveur ne pourra que grandir après la guerre.
- Au point de vue culinaire d’abord, signalons que le gaz peut remplacer avantageusement le charbon, même dans les plus grandes installations. C’est ainsi qu’à l’Hospice national des Quinze-Vingts tous les appareils, fours à rôtir, foyers découverts, marmites basculantes de 100 litres, pour la cuisson des légumes et bouillon, friteuses pour 50 kg de pommes de terre, sont chauffés au gaz, ce qui permet d’améliorer sensiblement les conditions de travail. On évite ainsi les mani-
- Fig. i.
- Vue d'ensemble de la cuisine de l’hôpital des Quinze-Vingls.
- ment alimentés, soutient à merveille la comparaison.
- Il suffit pour s’en rendre compte de comparer, pendant les premières heures de la nuit, avant que le voile des ténèbres qui protège Paris contre les Zeppelins, ne se soit étendu sur la capitale, l’éclairage électrique du boulevard Saint-Germain par exemple avec l’éclairage au gaz du boulevard Raspail.
- Mais si chacun connaît et apprécie les services du gaz aux points de vue éclairage public ou privé et emplois domestiques, bien que les nouveaux appareils perfectionnés ne soient pas encore très répandus, on ignore presque totalement qu’il est un merveilleux instrument industriel, que sa souplesse en fait un précieux auxiliaire d’un nombre considérable d’industries dont la variété même témoigne en faveur de la généralisation de ses applications.
- Chose curieuse, beaucoup de ces applications pour être réalisées ont eu besoin de la guerre. Les difficultés créées aux industriels par le manque de charbon, la nécessité de faire face avec un personnel
- Fig. 2. — Une cuisine chauffée au gaz permettant de préparer- 700 côtelettes ou biftecks simultanément.
- pulations désagréables et malpropres, et la chaleur voulue est obtenue instantanément.
- Dans les grands hôtels, où la situation des cuisines interdit une manutention trop importante de charbon, la cuisine au gaz tend de plus en plus à .se généraliser et nous reproduirons simplement comme type de ces installations modernes, une rôtissoire installée dans un grand magasin de la rive droite et qui permet, moyennant une dépense de .4 m3 de gaz, de préparer en 10 minutes 650 à 700 biftecks ou côtelettes. Des grands bacs à friture assurent un service de pommes de terre frites de 300 kilogrammes dans ce magasin.
- Une des applications du gaz dont le développement a été surtout considérable depuis la guerre, par suite de l’augmentation constante des prix des
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- bois spéciaux et la diminution de la main-d’œuvre, est le chauffage des fours de boulangers. Actuellement à Paris plus de 150 boulangeries et pâtisseries travaillant avec 2, 3 ou 4 fours sont uniquement chauffés au gaz. Aussi, croyons-nous devoir donner à ce sujet quelques renseignements. :précis sur l’un des dispositifs les plus employés. L’appareil est constitué par un faisceau de six brûleurs Bunsen horizontaux muni de 2 veilleuses, supporté par;un raccord, articulé permettant de régler l’inclinaisôq du brûleur suivant la pente de la sole du fojir.’Cet ensemble est porté par un chariot ascensionnel à la hauteur voulue. L’appareil peut ainsi prendre un mouvement de translation dans un plan horizontal et 3 mou- Æ-||j vements de rotation autour de 5 axes orientés dans 3 directions rectangulaires, il est donc susceptible d’occuper les positions voulues pour diriger la flamme dans toutes les parties du -t four. La consommation moyenne par fournée est de 5 à 7 m3, la consommation diminuant d’ailleurs avec le nombre des fournées faites dans le même four, par suite de réchauffement de ce dernier.
- A côté de l’alimentation, qui pour des emplois multiples, utilise le gaz (grillage des cafés, moulins mus par des moteurs de faible puissance, etc. les industries de l’habillement ont profité largement de sa diffusion. C’est ainsi que tout le monde connaît les fers à repasser au gaz, à la fois plus propres et plus commodes que les antiques fers chauffés au fourneau, tantôt trop chauds, tantôt trop froids, et souvent souillés par le charbon au grand dam des linges à travailler (fig. 3). Le débit d’un fer à gaz est d’ailleurs très faible, 100 à 150 litres à l’heure. Dans les importantes blanchisseries, où le travail est fait par des machines qui permettent un plus grand rendement, et un fini plus parfait, c’est encore au gaz que sont chauffés les cylindres à glacer les chemises, à repasser les faux cols, etc. (lig. 4).
- Dans un grand nombre d’industries du vêtement, c’est le gaz qui est le moyen dé chauffage idéal, par sa régularité, l’absence dé poussières et de fumées de sa combustion. Les chapeliers l’utilisent exclusivement pour le chauffage des formes, pour le façonnage au moule du feutre des chapeaux dits melons, par,exemple (fig. 6). Les tailleurs dans les grandes maisons se servent uniquement de fers à repasser chauffés au gaz pour cintrer les étoffes, •effacer les coutures, conformer les cols d’habits, etc.
- * * w- *>-
- Fig. 3. — Le fer à repasser chauffé au gaz.
- Dans bien d’autres industries, dont la variété même étonne, nous trouvons des applications du gaz : les fabricants de bouchons l’utilisent pour chauffer les lettres qu’ils impriment ensuite sur les bouchons; les photographes qui se consacrent exclusivement au développement des travaux d’amateurs et ont par suite souvent un nombre considérable d’épreuves à faire sécher, se servent de grands tambours sur lesquels sont placées les photographies et qu’une rampe à gaz chauffe à la température convenable, les brocheurs sèchent au gaz les collages du brochage et du cartonnage. Le flambage des: tissus s'e fait aussi très bien au gaz. En Allemagne, les porcs, une fois abattus, sont débarrassés de leurs soies par passage à travers des conduits garnis de brûleurs. Dans l’industrie automobile, certaines maisons remplacent la gazoline pour l’alimentation des moteurs de voiture en essais au point fixe, par du gaz d’éclairage (fig. 7). L’économie annuelle ainsi réalisée n’est pas inférieure à 10 000 francs et le réglage et la mise au point du moteur se font très facilement.
- Bien d’autres applications pourraient encore être signalées (émaillage des métaux, cuisson des vernis, bom-bage du verre, travaux des lapidaires, battage de l’or, fonte des caractères d’imprimerie, dorure, argenture, vulcanisation du caoutchouc, etc.); mais il en est une actuellement d’une très grande importance et qui, étant donnés les résultats remarquables auxquels on est arrivé, ne pourra que se développer après la guerre. Nous voulons parler du traitement thermique des métaux.
- Les opérations auxquelles on se livre le plus généralement sont : le réchauffage, la trempe, le recuit et le revenu, la cémentation.
- Donnons d’abord quelques notions sur ces différents traitements. Le réchauffage est l’opération élémentaire que l’on répète chaque fois qu’il s’agit de colorer une pièce quelconque polie, de ramollir une masse métallique en vue de la forger, de la trancher ou de l’emboutir, ou d’amener à l’état soudant des morceaux de fer à rassembler.
- La trempe sert à préparer des outils, des ressorts, etc., en les chauffant d’abord à une température déterminée pour chaque métal, puis en les plongeant brusquement pour les refroidir dans l’eau, dans un jet d’air, dans l’huile, etc....
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- Le recuit consiste à porter un produit à une certaine température et à le laisser ensuite refroidir lentement. Cette opération a pour but de détruire soit l’écrouissage, soit la trempe, soit la fragilité d’un métal précédemment surchauffé.
- Elle se fait à une température légèrement supérieure à la température de trempe. Dans le revenu au contraire, le métal trempé est porté à une température un peu inférieure à la température de trempe. De cette façon on arrive à détruire les tensions internes qui peuvent être produites par la trempe et à diminuer, dans un certain sens, les effets qui en résultent.
- Quant à la cémentation, elle consiste à transformer la partie extérieure des pièces en acier doux de telle façon qu’après la trempe, la surface de la pièce soit dure et permette d’obtenir de bons frottements alors que le noyau
- Depuis la fin de 1914, il s’est créé sur notre territoire un grand nombre de vastes ateliers organisés spécialement pour la fabrication des obus et des
- pièces de fusil ou des mitrailleuses. Ces ateliers, gros consommateurs de combustibles, sont souvent très mal placés pour recevoir leurs matières premières et, dans tous les cas, immobilisent une main-d’œuvre importante pour le déchargement, le camionnage et l’emmagasinage de leur charbon.
- Ce charbon brûlant sur grille, on laisse perdre les sous-produits dofït on sait l’importance pour la défense nationale et de plus, la combustion se faisant avec des excès d’air de 50, 100 et même 150 pour 100, le rendement dans les fours ainsi chauffés et réglés pour une température de 1000° par
- Fig. 5. — Four à chauffer les ogives d’obus.
- reste ductile, élastique et résistant aux chocs.
- Ces diverses opérations sont rendues particulièrement commodes par l’emploi des fours à gaz.
- exemple est de 55, 25 ou 15 pour 100. La combustion directe sur grille, qui, en temps de paix, est une opération simplement malheureuse pour celui qui s’y livre, devient déplorable en temps de
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- guerre. Aussi, de nombreux constructeurs ont-ils créé de^fours chauffés au gaz pour l’ogivage des obus, le' rechauffage des lopins avant emboutissage, le revenu des obus, des canons de fusils, la trempe à grand débit des bandes rigides de mitrailleuses, etc....
- La trempe de ces dernières est excessivement délicate. Chaque bande de 40 cm de long sur 65 mm de large ne pèse que 100 gr. et est pourvue de 75 dents formant 75 ressorts. Les fours à gaz construits par la Société Air et Feu permettent un débit régulièr de 200 bandes à l’heure, soit 15 000 ressorts. On comprendra la difficulté du travail quand nous aurons ajouté qu’un seul ressort trempé trop sec sur une bande casse aux essais de réception et rend toute la bande inutilisable.
- La figure 5 représente un four type Mécker
- pour le chauffage des obus avant ogivage. Il comprend un brûleur spécial mulliflamme à quatre flammes horizontales desservies par un mélangeur distributeur unique, visible à droite de la figure. Ces quatre flammes rentrent chacune dans une chambre de chauffage, la flamme ne pénètre pas dans l’obus, elle circule entre ce dernier et le corps du four pour s’échapper par un canal vertical dans une autre chambre -de même dimension dans laquelle on place un obus en préchauffage ; enfin les flammes s’échappent à l’extérieur par un canal placé au-
- Fig. 6. — Les moitiés servant à préparer les chapeaux dits « melons. »
- Fig. 7 — Essai d’un moteur de voiture au gaz d’éclairage.
- dessus du four. Les armatures du four sont en cornières et en tôles de 3 mm, les façades dans lesquelles passent les obus sont en fonte. Les obus sont supportés par des consoles en fer à T- Pour les gros calibres de 155 et 220, les obus reposent sur des doubles consolés par l’intermédiaire de galets qui permettent de faire tourner les obus plus aisément si cela est reconnu nécessaire.
- Ces forces étudiées spécialement pour l’o-givage des 75 français et 76,2 russes ont été appliquées à (ous les calibres d’obus jusqu’au 220. Leur production et la consommation de gaz sont fournies par le tableau suivant :
- Obus de :
- 73 et 76,2 90 93 103
- 120 155 220
- Production horaire :
- 80 60 55 25
- 20 20 16
- Consommation en m3 :
- 16 18 20 20
- 20 27 50
- La température à laquelle les obus doivent être portés est de 1100 à 1200°. Grâce à l’emploi du gaz, les flammes du four
- peuvent être amenées à donner une température de 1400° et être rendues parfaitement neutres sinon réductrices. Aussi le temps de chauffe est très court et les pièces ne risquent pas de s’oxyder. Au contraire, dans les fours à combustibles solides, la t é ni pérature étant plus basse (1200° environ), les pièces doivent être laissées plus longtemps au chauffage, l’oxydation devient importante et il faut brosser soigneusement les ébauches pour arracher
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- la croûte de calamine qui les recouvre avant de les I passer à là presse.
- Dans la préparation des piquets métalliques pour les réseaux de fil de fer barbelés et les chevaux de frise, les fours Tranchant à forger au gaz permettent de chauffer les cornières à raison de 0 fr. 015 par pièce environ à la température nécessaire pour chacune des opérations qu’on leur fait subir (ouverture des ailes des cornières, tirebouchonnage de la pointe, etc.).
- L’acier rapide destiné à préparer les matrices, mèches, poinçons, alésoirs, tarauds, fraises, forets, etc., qui servent à l’usinage des obus et des armes de guerre peut être travaillé avantageusement au four à gaz.
- Les pièces que nous venons d'énumérer doivent être portées à une température de 1000° environ
- et trempées ensuite dans un bain de soude fondue.
- L’expérience a montre que les outils traités au four à gaz résistent plus longtemps que ceux préparés dans des fours chauffés au charbon ou à l’huile. C’est ainsi, par exemple, qu’une mèche à forer trempée dans le four à gaz peut évider 12000 pièces, alors que le même outil préparé par les anciens procédés est hors d’usage après l’alésage dé 5000 à 6000 pièces.
- On pourrait étendre à l’infini les descriptions d’appareils à gaz, mais il nous suffit d’avoir montré et la souplesse et la valeur de ce nouveau mode de chauffage industriel. Ce sera un des enseignements de la guerre et non des moindres, d’avoir familiarisé avec lui un certain nombre d’usiniers qui s’en seraient sans doute désintéressés pendant encore de longues années. H. Volta.
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- La crise du papier qui sévit, en ce moment, en France et dans la plupart des autres pays de T Europe, par suite des difficultés d’importation de la pâte de bois, n’atteint pas certains êtres vivants qui en sont très amateurs et sont même passés maîtres dans sa fabrication. Ce sont les Guêpes, qui, depuis longtemps, nous ont devancés dans cette industrie et passent même une bonne partie de leur existence à s’y consacrer. Avec leurs mandibules, elles réduisent le bois en une poudre plus ou moins grossière, puis^ la mélangeant avec leur salive, en font une pâte qui, plus ou moins étalée, devient, tantôt une souple feuille de papier gris, tantôt un épais carton au grain souvent très fin.
- Ces hyménoptères industrieux savent même, à volonté, faire du papier presque buvard et du papier collé, soit en le laissant à l’état presque brut, soit en l’enduisant d’un vernis protecteur. Papier et carton sont, tous deux, employés pour faire des nids ou guêpiers, tantôt süspendus dans une cavité souterraine naturelle (trou de Taupe où de Mulot), tantôt attachés aux arbres, dans un tronc vermoulu, sous les toitures, etc. Ces démeures varient de forme et de structure avec les espèces, mais sont toujours exclusivement fabriquées en feuilles de papier. Chaque nid se compose généralement de trois parties : 1° une série de gâteaux superposés et composés d’alvéoles hexagonaux, placés sur un seul rang, juxtaposés, avec l’ouverture en* bas; 2° de piliers, minces mais rigides, qui réunissent les gâteaux entre eux et attachent le nid au support ; 5° d’enveloppes contournées, plates, se recouvrant lâchement les unes les autres, irrégulièrement réunies entre elles, et entourant l’ensemble des alvéoles d’une gaine protectrice ayant, à la partie inférieure, une ouverture permettant
- 1 entrée et la sortie des insectes. Pour la fabrication des nids, nos Guêpes indigènes emploient deux sortes de matériaux. Certaines espèces, telles que la Guêpe commune ( Vespa vulgaris) et le Frelon (Vespa crabro) utilisent des parcelles de bois mort et en partie ramolli par un commencement de décomposition, ou, parfois, de fragments d’écorces que l’Insecte broie et agglutine au moyen d’un liquide semblable â de la colle.
- D’autres espèces, telles que la Guêpe sylvestre (Vespa sglvestris) et la Guêpe moyenne (Vespa media) se servent de fibres ligneuses détachées par elles dans le bois travaillé, hs planches, par exemple, ou simplement dépouillé de son écorce (lattes, pieux, poteaux), soit même des tiges sèches ou des brindilles de moussés plus ou moins « rouies » par l’humidité. Ces guêpiers sont entourés d’unè enveloppe tout à fait analogue comme aspect à du papier gris à filtres, avec des veines plus claires et plus foncées; ceux des autres Guêpes, que nous avons dénommées plus haut, sont, àu contraire, d’un brun jaunâtre, de couleur feuille morte, plus ou moinsfoncé suivant le bois utilisé, avec souvent des veines plus claires, surtout sur l’enveloppe.
- L histoire de la fabrication de ces guêpiers est, malgré la présence d’alvéoles hexagonaux, de même forme que ceux des gâteaux d’Abeilles, très différente de celle dès nids des mouches à miel. La principale dissemblance -T- outre la nature des matériaux, nullement camparable à la cire — provient de ce fait que, chez les Guêpes, le nid est, d’abord, bâti exclusivement par une femelle travaillant seule. Celle-ci fabrique un gâteau d’alvéole et l’entoure d’une ou de plusieurs enveloppes ; son travail achevé, elle pond, élève les larves, surveille l’éclosion des nymphes, desquelles finissent
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- par sortir des Guêpes adultes. A partir de ce moment, la mère originelle ne fait plus rien, reste dans le guêpier et ce sont ces dernières qui, dès lors, se livrent aux soins du ménage, bâtissant alvéoles sur alvéoles — dix à douze environ — et accroissant les enveloppes au fur et à mesure, de manière à arriver à des dimensions parfois considérables.
- Il est à noter que les rayons supérieurs n’ont que des alvéoles peu spacieux et qu’il n’en sort que des ouvrières ; les rayons inférieurs, au contraire, renferment des alvéoles profonds, des plus larges desquels sortent des femelles, tandis que des mâles naissent dans les moyens. Remarquons aussi que ce ne sont pas seulement les adultes qui contribuent à la solidité de l’ensemble, mais aussi les larves, qui tapissent d’une légère
- lement au bout d’une minute, au degré de finesse et, grâce à l’addition de liquides buccaux, au degré de consistance voulue. Le Frelon cherche alors l’endroit où il l’utilisera. Le plus souvent il consacre au moins la première partie de sa récolte à l’accroissement des-enveloppes.
- Pour employer à l’agrandissement des enveloppes la pâte ainsi préparée, le Frelon s’installe sur la tranche de la lame de carton déjà construite, de telle manière que les trois pattes d’un côté se trouvent sur la face interne, et les trois pattes de l’autre côté sur la face externe. La boulette se « lamine » alors en passant entre les mandibules et vient s’appliquer naturellement sur la tranche à accroître. La petite lame est débitée à l’endroit même où elle doit rester et l’ouvrière n’a, pour la laisser en place, qu’à reculer au fur et à mesure
- ^ couche de soie le fond et les parois des alvéoles, puis ferment ceux-ci en tissant sur l’ouverture un opercule de soie plus épais, formé de deux couches superposées.
- De quelle façon exacte les Guêpes fabriquent-elles le papier qu’elles emploient comme matériaux de construction? C’est ce que M. Charles Janet a fait connaître d’une manière précise, que nous allons essayer de résumer en ce qui concerne le Frelon, qui, pour aller en chercher les éléments, ne met guère plus de deux à six minutes. Les boulettes, de cinq à six millimètres de diamètre qu’il a récoltées sont, au moment de l’arrivée au nid, de fragments assez grossiers. La première opération, à laquelle le Frelon se livre dès son retour au nid, est une trituration ayant pour effet d’amener la boulette à l’état voulu pour être employée. Dans ce but, le Frelon s’accroche sous le gâteau alvéolaire, tient la boulette et la fait tourner. La boulette est vigoureusement mâchée par les mandibules et ces dernières, aidées des pattes, la font tourner constamment ; elle arrive, généra-
- de sa production. Une compression, exercée par le rapprochement des deux mandibules, produit l’adhérence du bord de la bande nouvelle avec celui des parties posées précédemment.
- Très souvent, le Frelon conserve la dernière partie d’une boulette qu’il vient d’employer à la construction de l’enveloppe, et, après un malaxage complémentaire assez long, qui a pour but de rendre la pâte plus fine et, sans doute, mieux imbibée du liquide buccal qui doit en coller les éléments, il l’emploie à l’allongement de un ou de plusieurs alvéoles. Pour employer cette boulette de pâte plus fine, le Frelon s’y prend de la même façon que pour agrandir l’enveloppe du nid, mais la lame produite est plus mince et le travail est fait avec plus de soin. L’emploi d’une boulette, utilisée tout entière pour les alvéoles, constitue un travail bien plus long que l’emploi d’une boulette de même grosseur, utilisée exclusivement pour la construction de l’enveloppe. Il faut de 6 à 8 minutes pour le premier de ces travaux, tandis que 2 minutes suffisent souvent pour le second. On peut reconnaître,
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- par la couleur foncée de la pâte, encore humide, qui vient d’être ajoutée à un alvéole, que l’allongement produit à chaque opération est de un à un millimètre et demi. Les parties encore toutes molles, qui viennent d’être ajoutées aux alvéoles, sont l’objet de retouches bien plus nombreuses que l’enveloppe. L’ouvrière retouche presque toujours son travail avant de le quitter, et, parfois, elle y revient une deuxième et une troisième fois.
- Les tiges de suspension et les piliers qui réunissent les gâteaux sont, naturellement, bien plus solides que la substance des alvéoles et des enveloppes.
- Les ouvrières, pour arriver à cette ténacité, font appel non seulement à la pâte de bois, mais aussi à la soie que tissent les larves et qu’elles laissent en place après leur éclosion. Cette pâte de soie et de papier mélangés et agglutinés par de la salive est très résistante ; aussi une tige de suspension de 5 millimètres de section ne peut-elle guère être rompue que par une traction de 2 kilogrammes et demi, ce qui correspond à une résistance de rupture d’environ 125 grammes par millimètre carré. Dix-huit tiges de suspension, équivalentes, chacune à la tige de 5 millimètres soumise à l’expérience ci-dessus forment ainsi un ensemble dont la résistance de rupture est d’environ 45 kilogrammes. En réalité, le point faible de ce mode de suspension n’est pas sur les tiges elles-mêmes, mais, surtout, au pourtour de leur base, où les fonds des alvéoles sont exposés à être arrachés, successivement, s’ils subissent des efforts inégaux. La régularité de la forme circulaire des gâteaux et la répartition symétrique de la charge qu’ils portent, sont, ainsi, une des conditions principales de la solidité de leur suspension.
- A côté des nids de Guêpes dont nous venons de parler ; il faut encore citer ceux des Polistes gauloises, communes chez nous, où on les trouve fixées aux brins d’herbes, avec les alvéoles tournés
- vers le bas et faits en papier gris, mais dépourvus d’enveloppes protectrices et ceux des Polybies et des Chartergus, constitués par un magnifique carton, dont, pour nos bouquins, on ferait de superbes reliures.
- L’une des plus habiles de ces « Guêpes carton-nières » habite le Mexique, les Guyanes, le Brésil, Son nid est fait d’un magnifique carton blanchâtre, toujours très tenace et très fin, et rivalisant, comme le fait remarquer Réaumur, avec les plus beaux que nos fabriques puissent fournir. Sa forme est cylindro-conique, s’élargissant graduellement jusqu’au bas, où se trouve l’orifice d’entrée, tandis que, par le haut, il est pendu à une branche au moyen d’un large anneau de carton. L’intérieur en est divisé par des cloisons horizontales étagées parallèlement les unes aux autres. Ces cloisons sont concaves à la partie supérieure et portent les alvéoles à la face inférieure; elles viennent s’attacher à l’enveloppe commune- et ne sont pas, par suite, réunies entre elles par des piliers, comme c’est le cas de nos Guêpes indigènes. Une autre différence avec celles-ci consiste en ce que les planchers d’alvéoles sont percés d’un trou central par où peuvent circuler les petites ouvrières, sans avoir besoin, comme, par exemple, le Frelon ou la Guêpe sylvestre, de suivre un trajet long et capricieux par le pourtour de gâteaux.
- A tous égards donc, les Guêpes cartonnières représentent une élite dans la catégorie des Guêpes faisant appel à la pâte de bois pour la confection de leur nid.
- Les Guêpes ne sont pas, d’ailleurs, les seuls « papetiers » de la Nature. On peut aussi en rencontrer chez les Fourmis — par exemple les « Polyrhachis » — et les Termites, surtout les Termites des arbres, communs en Afrique, qui placent leurs nids sur les branches des arbres et dont certains peuvent être aussi gros qu’une barrique.
- Henri Coupin.
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- Séances du 13 au 26 juin 1916.
- La tuberculose des marchands de vin. — M, Chauveau signale, sur ce grave sujet de la tuberculose, des faits qui demandent à être interprétés pour ne pas donner lieu à des conclusions tout à fait erronées et dangereuses pour la santé publique. Toutes les statistiques signalent l’intensité exceptionnelle de la tuberculose chez les employés des marchands de vin. L’idée toute naturelle est d’en conclure à l’influence néfaste de l’alcool, cause de misère physiologique. Cette cause reste incontestable, quoique M. Chauveau, entraîné par une constatation nouvelle, semble un instant la négliger ; mais elle n’est pas la seule. Des sujets robustes et que l’auteur affirme n’avoir jamais pratiqué l’alcoolisme ont été, dans les mêmes conditions d’habitat, frappés de tuber-
- culose et, ce qui est peut-être plus concluant (bien qu’il y ait des chiens alcooliques), les chiens de marchands de vin deviennent eux-mêmes tuberculeux ' dans une proportion exceptionnelle. La thèse de M. Chauveau est que la contagion est l’agent essentiel. Hommes et chiens vivant dans ce milieu d’alcooliques, dont beaucoup sont des dégénérés et des tuberculeux, au milieu de la poussière de leurs crachats, absorbent des germes qui les contaminent. La conclusion pratique, à laquelle s’associe énergiquement le Pr Landouzy, est que, sans renoncer à combattre l’alcoolisme, il faut, en outre, répandre cette idée que personne n’est à l’abri de la tuberculose, lorsqu’il s’expose à là contagion et c’est ce qui explique comment les deux tiers des individus, lorsqu’on se
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- trouve aies examiner, manifestent des traces d’une tuberculose ancienne, qui les a « effleurés » et dont ils se sont guéris.
- Dans une séance suivante, répondant à des objections de M. Chauveau, le Professeur Landouzy insiste sur l’existence des prédispositions innées et acquises à la tuberculose. Depuis que l’on a reconnu la contagiosité, il est devenu de mode de ne plus croire à la prédisposition qui semblait autrefois de la dernière évidence.
- Le P' Landouzy énumère quelques cas qui ne laisseront aucun doute et conclut que « l’alcoolisme fait le lit à la tuberculose ». Il montre également comment la tuberculose se développe avec une facilité spéciale chez les individus trachéotomisés dans leur enfance, chez ceux couturés de petite vérole, chez ceux qui ont le a type vénitien ». Pour combattre le danger réel de la contagion, on ne doit pas abandonner la lutte au moins aussi importante contre l’alcoolisme.
- Guérison de la méningite cérébro-spinale par trépanation. — D’après MM. Neveu-Lemaire, Debeyre et Rouvière, dans un cas extrême de méningite sur une fillette de 15 ans, on a pu pratiquer la trépanation au niveau du prolongement, frontal du ventricule latéral droit, retirer 55 cm5 de liquide et injecter 15 cm5 de sérum antiméningococcique dans le ventricule. La malade a été guérie.
- Synthèse de l’ammoniac. — M. Zenghelis apporte une contribution à cette question dont l’importance est devenue considérable en raison des consommations actuelles en acide nitrique pour les explosifs. Il s’est proposé de réaliser la synthèse à faible température par l’azote et l’hydrogène pris à l’état atomique (étatnaissant ou occlusion de l’hydrogène par les métaux) sans les températures élevées ou les pressions importantes que nécessitent les procédés industriels. Les meilleurs résultats ont été obtenus en prenant de l’azote produit par
- la réaction d’une solution de nitrite de soude ou une solution de chlorhydrate d’ammoniaque et le soumettant à l’action d’un fort courant d’hydrogène en présence d’un catalyseur métallique : platine colloïdal ou surtout palladium colloïdal.
- Localisation de l’épicentre d’un tremblement de terre.
- — M. B. Galitzine donne une méthode permettant de fixer la position de l’épicentre d’un tremblement de terre d’après les observations d’une seule station sismique. En comparant les résultats ainsi calculés aux déterminations directes, on constate un degré de précision très satisfaisant.
- Découverte de la visibilité des astres en plein jour.
- — M. Bigourdan montre que* cette découverte est due à un français, Peiresc, en 1611. Il analyse les découvertes de ‘Pierre Gassend (connu sous le nom latinisé de Gassendi), autre astronome français, né près de Digne, le 22 janvier 1592 : le premier astronome français dont le journal des observations ait été publié in extenso.
- Le son du canon. — M. Bigourdan groupe les observations faites sur les points où l’on entend le canon du front et constate que la ligne limite correspond à une distance moyenne d’environ 200 km. Il cherche à recueillir le plus grand nombre possible de données précises sur ce problème et fait appel aux observateurs de bonne volonté afin de préciser la position que doivent occuper, comme dans tout mouvement ondulatoire, les zones alternatives d’audition, et de silence : ces dernières produites par des sortes d’interférence. Pour être utiles, les renseignements doivent donner très exactement l’heure, le jour et le lieu : les heures comptées de 0 à 25 en évitant les confusions de l’heure d’été avec l’heure antérieure. Il est bon d’indiquer toutes les circonstances : direction d’où les coups semblent venir, force et direction du vent, etc.
- LA PROTECTION CONTRE LA FOUDRE
- Quoique les accidents causés par la îoudre ne soient pas extrêmement nombreux, leur fréquence est suffisamment grande pour qu’on ait songé depuis longtemps déjà à s’en préserver. On a évalué, en effet, à 1500 environ le nombre de personnes atteintes annuellement par la foudre aux Etats-Unis, dont près du tiers tués, et à 40 millions de francs environ les dégâts annuels qui y sont causés par le même phénomène, chiffres qui ne laissent que d’être imposants.
- Or, qu’est-ce que la foudre? On sait, depuis 1752 (la célèbre démonstration de Franklin à Philadelphie), que la foudre n’est autre chose qu’une décharge électrique qui se produit, soit entre deux nuages chargés d’électricités de signes contraires, soit entre un nuage et la terre. Il est évident que dans ce dernier cas la foudre choisit le chemin le plus court et tombe, par conséquent, sur les objets les plus élevés, tels que : maisons, arbres ou même sur les
- personnes lorsqu’elles se trouvent dans un lieu découvert. La chute de tension moyenne dépareilles décharges s’élève à 150 000 volts par mètre, la différence de potentiel moyenne, entre les points extrêmes de deux nuages, à 50 000 000 volts environ; l’intensité du courant pendant la décharge est de 10 000 ampères en moyenne et peut atteindre 20 000 ampères ; la durée moyenne de chaque décharge est de 0,00 005 seconde; l’énergie moyenne produite atteint 10 000 kilowatts-seconde environ, la puissance moyenne des décharges étant de 250 000 000 chevaux-vapeur. Tous ces chiffres sont, comme on voit, extrêmement élevés. Toutefois celui de l’énergie produite n’est pas très élevé relativement, car 10000 kilowatts-seconde ou 2,78 kilowatts-heure sont égales à la quantité de chaleur, nécessaire à l’évaporation de 4 kg environ d’eau; L’effet destructif de la foudre s’explique surtout par sa durée très faible qui,
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- nous l’avons vu, ne dépasse pas 0,00005 seconde.
- Ceci étant établi, voyons quels sont les moyens et les procédés employés pour se préserver de la foudre ou pour annuler ses effets destructifs. On s’en occupe depuis longtemps déjà et tout récemment encore le Bureau of Standards des États-Unis a publié sur ce sujet une étude très intéressante, commentée par Electrical World et par General Eleclrical Review.
- En ce qui concerne le danger de la foudre pour les personnes, il est surtout à redouter dans des lieux découverts, où un homme présente le point le plus élevé sur lequel la foudre tombe de préférence. Le meilleur moyen de l’éviter dans ces conditions est de trouver quelque cavité et de s’y accroupir ou s’étendre. Il en est de même lorsqu’on se trouve dans un bateau; on se couchera alors au fond en évitant le voisinage des mâts lorsqu’ils ne sont point munis de paratonnerres. 11 est aussi imprudent de se réfugier pendant l’orage sous un arbre, surtout sous un arbre élevé, car il attire la foudre qui peut poursuivre son chemin par le corps de la personne cachée sous les branches ou bien fendre ou abattre l’arbre dont la chute ne sera pas sans danger. La meilleure place à occuper pendant un orage dans un champ planté d’arbres ou dans une forêt est de se placer à proximité d’un arbre des moins élevés, mais pas sous son feuillage. L’arbre étant plus élevé que l’homme attirera la foudre sur lui, mais ne la lui transmettra point, ni ne l’atteindra dans sa chute. Un homme est donc plus en sûreté pendant l’orage dans une forêt que dans un champ. Le danger est encore moins grand lorsqu’on se trouve dans une maison, surtout quand celle-ci est munie d’un paratonnerre, dont l’emploi diminue le danger de la foudre de 80 à 99 pour 100. Les fenêtres ouvertes ne présentent pas d’inconvénient à condition qu’on ne s’y penche pas. Toutefois la sûreté absolue ne peut être atteinte que dans une construction, enveloppée d’un réseau métallique ou en treillis ou encore dans une chambre souterraine.
- Quant aux constructions ordinaires, le danger qu’elles courent pendant l’orage n’est pas grand dans une ville ni même lorsqu’elles sont situées dans un vallon et n’ont pas d’aspérités trop prononcées ; mais quand une maison se trouve sur une colline ou est isolée dans un lieu découvert ou même dans une ville lorsqu’elle dépasse en hauteur les maisons voisines, elle risque d’attirer sur elle la foudre qui peut causer des dégâts considérables, soit par son action calorifique (brûlant les maisons, fondant des fils téléphoniques ou autres qu’elle rencontre sur son passage), soit par son action mécanique (fendant les arbres, renversant les cheminées, etc.).
- Lorsqu’un nuage, chargé d’électricité positive, passe à une certaine distance de la terre, il charge cette dernière par induction de l’électricité de signe contraire (voir fig. 1). Alors le nuage avec
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- des couches d’air contiguës d’un côté, et la terre avec tout ce qui se trouve dessus de l’autre, forment un condensateur puissant. Par suite de l’attraction des électricités des signes contraires, la majeure partie de la charge, contenue dans la terre, monte dans la partie la plus rapprochée des nuages, c’est-à-dire dans notre cas dans la maison qui se trouve au-dessous du nuage, autour de laquelle elle se dispose. Si la maison possède une surface métallique ou en quelque autre conducteur d’électricité comme c’est le cas des ponts des chemins de fer, des bâtiments avec ossature métallique, des navires cuirassés, etc., cette charge s’en écoule rapidement pour s’unir à celle du nuage. Mais si, par contre, elle est construite en un mauvais conducteur, tel que pierre, bois, etc., l’électricité s’y amasse lentement, mais s’en écoule de même, de sorte que toute la maison est comme enveloppée d’un champ électrostatique.
- On comprend dès lors l’utilité des paratonnerres, c’est-à-dire des pointes métalliques, fixées sur les points les plus élevés de la maison, le long desquelles s’écoule la charge de cette dernière, attirée parle nuage (voir la figure 2). La différence des potentiels entre la maison et le nuage diminue donc à mesure, empêchant ainsi la formation d’une décharge. Si néanmoins la charge du nuage et, par suite, celle induite dans la maison s’accroissent trop rapidement pour que la dernière puisse s’écouler par les paratonnerres, la différence des potentiels atteint la limite critique et la décharge se produit; cette décharge est conduite à la terre par des fils métalliques spéciaux sans préjudice pour la maison.
- Mais pour que la protection des constructions contre la foudre soit efficace, il faut que les paratonnerres soient construits et posés d’une façon spéciale. Les paratonnerres sont des tiges métalliques pointues, à section de préférence rectangulaire, qu’on place sur le toit. Elles peuvent être faites en cuivre, en aluminium ou en fer galvanisé. Toutefois le premier est le mieux adopté à cet usage, tandis que le dernier est plus facilement détérioré par l’humidité. Les alliages des métaux doivent être évités, car ils se détériorent beaucoup trop rapidement. Les métaux employés doivent avoir un poids suffisant par mètre courant (0,500 kg en moyenne). Les paratonnerres doivent être placés sur le toit en plusieurs endroits, à la distance de 7 à 10 m. l’un de l’autre, car le chemin suivi par une décharge peut être déplacé latéralement, sous l’influence du vent, de plus de 10 mètres. Leur hauteur ne doit pas dépasser 1 m. 2 à 1 m. 5, à l’exception des cas où il existe des cheminées ou pignons élevés qu’ils doivent dépasser d’au moins 45 cm. Chaque cheminée, chaque pignon et en général chaque point culminant du toit doit être surmonté d’une pièce métallique, munie de pointes, qui ne protège que la saillie au-dessus de laquelle elle est placée.
- De ces tiges métalliques partent des fils conducteurs, fixés à la surface du toit et à crlle de la
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- Ch^P
- maison à l’aide de pièces en fer galvanisé. Leur direction doit être soigneusement choisie de façon qu’ils passent sur toutes les arêtes du toit et sur tous les angles du bâtiment. Pour éviter les décharges latérales de la foudre toutes les masses métalliques importantes, existant soit au-dessus, soit à l’intérieur d’une construction,, telles que ses parties métalliques, les gouttières, les conduites d’eauet de gaz, etc., doivent être reliées au système conducteur de paratonnerre, de préférence dans leurs parties les plus élevées et, si possible, mises à la terre séparément. On ne peut faire exception que pour les masses métalliques qui se trouvent à l’intérieur de la maison à une distance de 3 mètres au moins du système de paratonnerre. Fig. i.
- Enfin, tous les fils conducteurs du système doivent être reliés entre eux et tous les bouts libres mis à la terre de façon que la décharge puisse se rendre à la terre au moins par deux voies complètement différentes. Il vaut mieux que les mises à la terre soient plus nombreuses, malheureusement elles coûtent, comme nous verrons, assez cher. Lorsqu’il n’v en a que deux, elles doivent porter sur les fils passant sur les deux anglés opposés de la maison et le fil horizontal qui les relie doit partager autant que possible la surface de la maison en deux parties égales. Lorsque les fils mis à la terre sont plus nombreux ils doivent être choisis de façon à diviser le fil principal en parties égales et suivre les angles de la maison plutôt que ses murs. Pratiquement on fait partir le fil de la terre, remonter le long d’un angle de la maison, passer sur l'arête du toit en reliant les paratonnerres qui s’y trouvent et» redescendre à la terre par l’angle opposé. On -pose ensuite les autres fils et procède à la liaison à ce système des masses métalliques sus-indiquées.
- JVüâçe ékdrisépositivement
- + + + + + + -f + +
- èledroalati
- La répartition de la charge électrostatique en l absence des paratonnerres.
- Atuâpe électriséposiàvement
- +
- + ++ + t-
- jChsmp électrostatique
- Pertes dans le sol
- Fig. 2. — La répartition de la charge électrostatique en présence des paratonnerres.
- Quant à la mise à la terre proprement dite, elle est la partie la plus difficile de la pose des paratonnerres et doit être l’objet des plus grands soins, car de son exécution et de son état dépend le fonctionnement du système. On doit choisir autant que possible les terres à faible résistance. On considère comme très grande une résistance qui peut atteindre à un moment donné 15 à 20 ohms, car alors la tension en cas de décharge peut être dangereuse. L’endroit une fois choisi, on y creuse un trou, profond de 25 cm, qu’on remplit d’eau et qu’on approfondit ensuite à l’aide d’un foret jusqu’à 3 mètres au moins. On y descend le bout du fil, puis le remplit de terre qu’on dame solidement. Le contact de différents métaux doit être évité surtout dans la partie du fil enterré, car l’électrolyse qui s’y produirait détériorerait rapidement le fil. Or, son contrôle(1) et son remplacement sont longs et coûteux.
- On doit également éviter le voisinage des égouts ou des ordures, car les composés ammoniacaux qui en suintent sont capables de détériorer en quelques ans même le fil de cuivre le plus solide.
- Lorsqu’il est impossible de creuser dans la terre des trous de profondeur nécessaire on fixe les bouts des fils à une feuille métallique enfouie dans la terre le plus profondément possible ou les plonge dans, un puits rempli d’eau ou enfin les enterre à la plus grande profondeur possible en les couvrant de grandes pierres plates. • Toutes ces conditions étant soigneusement remplies, on possède un système de paratonnerre parfait, à l’abri duquel on n’a plus à craindre les effets terribles de la foudre.
- 1. Yoy. n° 2141 (6 juin 1914), p. 21.
- Le Gérant : P. Masson.. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 2235.
- 29 JUILLET 1916.
- L’INDUSTRIE MINIÈRE ET MÉTALLURGIQUE AU JAPON
- On connaissait depuis longtemps le rôle important de l’industrie minière et métallurgique dans le développement économique d’un pays, mais cette guerre mondiale l’a mis plus encore en évidence. C’est une des raisons pour lesquelles le Japon attire notre attention comme pays métallurgique et minier, susceptible de venir en aide aux Alliés. Il va siins dire que l’Angleterre, la France et l’Italie peuvent recevoir abondamment des métaux de l’Amérique; mais pour la Russie, il lui est beaucoup plus commode pour bien des raisons de s’adresser au Japon. Nous allons exposer rapidement l’élat de cette industrie japonaise.
- En outre, en 1914, le Japon produisit de l’étain et son minerai pour une valeur de 504 000 yen, du zinc et son minerai pour une valeur de 1 641 000 yen, du minerai de tungstène pour une valeur de 189 000 yen, etc.
- Les principales mines qui produisent à la fois l’or, l’argent et le cuivre sont, en nous bornant à celles dont la production annuelle dépasse 2 500 000 fr. (1 million de yen) : Abeshiro, Kozaka, Osarisawa, Sado, Ashio, Ilidachi, Ivamioka, Ikuno, Besshi.
- Comme on le voit par cette statistique, le cuivre et le charbon sont les plus importants. Sauf les Etats-Unis qui à eux seuls produisent plus de la
- Le Japon est assez riche en variétés de minerais, il produit notamment l’or, l’argent, le cuivre, le plomb, le zinc, puis le charbon, le pétrole, le soufre, etc. Parmi ceux-ci le cuivre et le charbon sont les plus importants. Tous ces gisements se trouvent distribués sur l’ensemble du pays comme le montre la carte ci-jointe.
- Dans l’ensemble, Il y avait, en 1915, 5588 concessions dont 1654 exploitées.
- Les sociétés s’occupant de cette industrie étaient en 1914 au nombre de 512 et leur capital versé s’élève à 201 578 000 yen (1 yen équivaut presque à 2 fr. 50). Le nombre du personnel occupé était de 294 415 en 1914.
- Pour avoir une idée du développement de cette industrie au Japon, nous allons citer ici la répartition du capital dans ces dernières années, ainsi que l’état de l’augmentation de ces sociétés et de leur capital (Voir le tableau n° I, page 68).
- moitié du cuivre du monde entier, le Japon est le second pays producteur de ce métal avec le Mexique.
- Zinc. — La question du zinc est une de celles qui offrent le plus d’actualité. Le Japon est assez riche en minerai de zinc, mais le raffinage de ce métal étant, comme on le sait, fort difficile, celte industrie ne trouvait pas grand développement au Japon. Ainsi la Société de zinc d’Osaka, loin d’avoir des bénéfices, était constamment en déficit. Dans de telles conditions le Japon se rangeait comme pays importateur du zinc. Cependant, depuis celle grande guerre le prix du zinc ayant triplé ou quadruplé, l’influence de cet extraordinaire surenchérissement se fait sentir au Japon qui de pays importateur devint un pays exporlaleur de ce métal, à tel point que la Société ci-dessus combla, dit-on, non seulement les déficits précédents mais en 1914 elle distribuait 15 pour 100 de dividende.
- Cependant, à cause du procédé du raffinage du
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- zinc, le Japon ne pouvait faire produire que le zinc de qualité ordinaire, jusqu’à ces derniers temps, dont la production s’éleva à environ 1500 t. en 1915, 5880 t. en J 914, puis on arriva vers le mois de septembre 1915 à produire 1000 t. par mois pour tout le Japon; mais si la société ci-dessus réalise l’agrandissement projeté de ses usines, après qu’elle aura terminé ses travaux cette même société sera en mesure de produire à elle seule la quantité de 1000 t. de zinc par mois.
- L’état actuel des événements amena plusieurs usines métallurgiques à fonder des raffineries de zinc. Ainsi, pour le raffinage de ce métal, ayant besoin d’ingénieurs, de contremaîtres, d’ouvriers, spécialement habiles dans cette partie, or ceux-ci étant rares, un grand conflit s’éleva entre les différentes maisons métallurgiques qui se les disputaient à tel point que la police dut intervenir afin d’arranger les choses. Par ce seul événement on peut juger avec quelle fièvre le Japon s’adonne à l’industrie métallurgique. Si le Japon termine la préparation de cette industrie, l’insuffisance du minerai de zinc se fera bien vite sentir, vu que ce minerai n’y est pas abondant. Actuellement, il est importé de Sibérie et d’Australie, mais après la guerre ce sera une question intéressante qui se posera entre les acheteurs de ce .minerai.
- Cuivre. — Ce métal joue un rôle très important dans le domaine de l’industrie minièie et métallurgique du Japon.
- Les mines de « Ashio »,
- « Hidachi », « Besshi »,
- « Kozaka » produisent
- chacune du cuivre pour plus de 10 millions de francs par an.
- Le plus grand acheteur de cuivre au Japon, avant la guerre était la Chine, mais en 1915 le Japon n’y fournissait que 10 pour 100 de la somme de l’année précédente. L’Angleterre importe beaucoup plus qu’avant la guerre. La Russie entrait en 1915 dans les statistiques sous la dénomination vague d’autres pays ayant importé 55 518 yen de cuivre. Ces autres pays ont passé en 1914 à 2 920000 yen et, en 1915 à 24 892000. L’Allemagne avait importé 909 000 yen en 1913. En 1914, elle atteignait 1 227 000 yen, malgré les hostilités déclarées dans la seconde partie de l’année. Ces importations ont naturellement disparu en 1915. Recevant sans cesse d’Angleterre et de Russie des commandes de ce métal, les industriels miniers japonais s’occupent de toutes leurs forces de l’exploitation et du raffinage. L’extraction reste toujours en voie d’accroissement.
- Citons, au hasard, une mine de cuivre au Japon, nous parlerons donc de la mine de « Besshi » :
- Cette mine se trouve dans l’ile de Shikoku et est située à une distance de 20 km de la mer, sur une position élevée de 1000 à 5000 pieds au-dessus du niveau de la mer. Elle fut exploitée pour la première fois en l’an 1691 et depuis plus de deux siècles elle appartient à la maison « Sumitomo ». Cette même maison acquit en 1889, une mine nommée « Nishi no Kawa » qui se trouve non loin de « Besshi » et l’exploite depuis lors.
- Le gisement s’intercale dans des micaschistes quartzeux et des schistes argileux verdâtres; il couvre une longueur de 16 000 m. sur une épaisseur de 0,60 à 7,60 mètres.
- La plus grande partie du minerai utilisable que l’on trouve dans ce gisement est de pyrite cuivreuse.
- Actuellement, il y a 12 galeries et le minerai extrait est réuni à la 8e galerie au moyen des machines automatiques et des élévateurs; ainsi passant par la 3e galerie maîtresse il est ensuite transporté en dehors du lieu d’extraction par un tramway électrique. Au siège du triage, on fait le triage à la main, du minerai et du stérile; puis au moyen du « Ro-peway », on fait descendre leminerai jusqu’au terminus du chemin de fer et exclusivement affecté à cette exploitation. La distribution des outils d’extraction, des objets nécessaires aux travailleurs, -et, en un mot, toute communication entre l’intérieur et l'extérieur de la mine se fait actuellement par un chemin reliant la 3e galerie maîtresse ci-dessus à la galerie de grande inclinaison.
- Le siège d’extraction descendant de plus en plus, on a donc creusé un puits vertical de plus de 640 m., traversant le milieu de la 8e galerie; en outre, on est en train d’exécuter la 4e galerie maîtresse sur une longueur de plus de 5 km, partant du terminus du chemin de fer particulier; dans le projet, il est question de relier cette galerie au grand puits vertical. Quand ces travaux seront accomplis, elle remplacera la 3e galerie maîtresse, ce sera du reste la plus grande du Japon. Ainsi la production de cuivre de celte maison doit augmenter sensiblement, les travaux de cette galerie maîtresse devaient être terminés en 1915.
- La venue d’eau dans la mine est très infime, comme elle est acide et qu’elle renferme la matière cuivreuse, on réunit donc ces eaux dans la 8e galerie, puis, les faisant passer par la 3e galerie maîtresse, on les amène à un réservoir afin d’y laisser
- Fig. 2.
- Carte du Japon indiquant les principales richesses minérales.
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- déposer leur matière cuivreuse; ces eaux s’écoulent ensuite dans la mer de « Niihama » en passant par un canal spécialement installé à cet effet, lequel a une longueur de 10 milles; par un procédé ingénieux ces eaux s’éclaircissent naturellement par l’effet de la marée; ce résultat, dit-on, est très bon.
- Le transport du minerai et d’autres objets utiles à l’exploitation, entre « Niihama » et la mine de « Besshi », est assuré par un chemin de fer installé à l’usage exclusif de la maison « Sumitomo » entre « Niihama » et « Hadeha » sur une distance de 6 milles ainsi que le « Ropeway » entre « Higas-hihira » et « Kuroishi » sur une distance de plus de 12200 pieds. Le transport entre « Niihama » et l’ile de « Shisaka » où se trouve le siège du raffi-
- qu’on lui a donné une forme spéciale, est revêtu de la marque K. S., puis est vendu soit pour l’intérieur du Japon, soit pour l’étranger au siège de vente à Kobé. Le cuivre raffiné de « Besshi » renferme de 99,7 à 99,8 pour 100 de cuivre et il monte à un prix plus élevé que le cuivre B. S. sur les marchés de Londres (B. S. est l’abréviation de « Best selecled » qui est un symbole du meilleur cuivre raffiné comprenant du cuivre modèle aux marchés du cuivre à Londres). Le laiton fabriqué avec du cuivre de « Besshi » a un lustre particulier qui lui a fait une bonne réputation incontestable.
- Sauf la force mécanique utilisée pour un siège métallurgique à l’île de « Shisaka », toute la force
- Fig. 3. — Fonderie de cuivre de la mine de Besshi.
- nage, est réalisé par un remorqueur et 80 péniches.
- Bien que cette île de « Shisaka » soit éloignée de l’île de « Shikoku » sur une distance de 9 1/2 milles dans la mer, la fumée de gaz sulfureux qui s’échappait de la cheminée ravageait la végétation de l’ile de' « Shikoku ». L’usine évita cet inconvénient en augmentant le nombre des cheminées et en abaissant leur hauteur comme on le voit sur la figure 1, mais les habitants de l’île de « Shisaka » commencent à à être inquiets à leur tour.
- Les minerais manipulés par cette maison s’élèvent à plus*de 260 000 t par an et ces minerais produisent plus de 7500 t. de cuivre raffiné, ce chiffre va en augmentant tous les ans
- Une partie du cuivre raffiné produit par cette maison sert à fabriquer, au siège de la laminerie de « Sumolomo » à Osaka, des plaques, des hâtons, des tubes, etc., mais la plupart du cuivre, après
- motrice employée pour les travaux de toutes sortes ainsi que par l’éclairage électrique, dans la mine de « Besshi », est fournie par l’électricité causée par une chute d’eau. Cette force de houille blanche est formée en faisant converger les courants de plusieurs rivières dans la mine, et après on provoque une chute d’eau à « Hadeba ». Cette chute est de plus de 660 m. de hauteur, c’est une des plus grandes du Japon. Au siège de la force électrique, sont installées 2 dynamos de 1500 kilowatts.
- Au siège métallurgique à l’île de « Shisaka », on emploie la force à vapeur qui est de 2000 chevaux.
- En outre, pour fournir la force motrice au travail métallurgique de la mine de « Nîshi no Kawa » et l’éclairage de cette mine, on se sert d’une dynamo d’une capacité de 50 kilowatts.
- Le nombre des employés attachés à la mine de
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- Tableau I. — Répartition du capital industriel au Japon.
- 1910 1911 1912 1913 1914
- Mine Nombre de sociétés. 91 94 102 105 111
- de < Capital 31.266.000 yen 54.937.000 45.977.000 48.729.OiM) 50.496.000
- métal Capital versé. . . . 23.999.000 24.198.000 39.265.000 40.508.000 42.175.000
- Mine Nombre de sociétés. 98 93 91 100 113
- de Capital ' 78.998.000 75.108.000 68.905.000 62.704.000 77.549.000
- charbon. Capital versé. . . . 54.7v2.000 59.582.000 59.191.000 54.492.000 63.206.000
- Mine de f Nombre de sociétés. 19 25 27 29 31
- métal et J Capital 28.672.000 40.022.000 43.022.000 44.358.000 45.523.000
- charbon. Capital versé. . . . 28.650.000 33.250.000 36.325.000 56.325.000 35.966.000
- Nombre de sociétés. 30 27 26 28 .23
- Pétrole. Capital 42.806.600 43.256.000 39.992.000 5l.456.00it 53.031.000
- Capital versé. . . . 33.045.000 33.626.000 33.592.000 57.272.000 40.785.000
- Nombre de sociétés. 14 17 18 20 24
- Divers. Capital 9.366.000 25.241.000 24.291.000 25.45l.0tl0 26.840.000
- Capital versé. . . . 6.971.000 7.804.000 7.886.000 9.031.000 19.445.000
- Nombre de sociétés. 252 256 264 280 312
- Total. Capital 191.109.000 218.465.000 222.489.000 232.680.000 251.441.000
- Capital versé. . . . 147.459.000 160.461.000 176.258.000 178.146.000 201.578.000
- Personnel ouvrier des usines du Japon.
- 1907 1912 1913 1914
- Mine de métal . . . . 76.712 73.694 79.479 94.783
- Mine de charbon . . . . 128.772 152.429 172.446 187.118 .
- Divers . . . . 8.942 8.227 10.239 12.512
- Total. . . . 214.435 234.550 262.163 294.413
- Production minière.
- 1907 1912 1913 1914
- Or . . . . 3.868.755 yen 6.799.072 7.252.000 9.817.000
- Argent . . . . 4.040.431 5.896.084 5.655.124 5.584.000
- Cuivre .' . . . . 32.467.871 40.252.061 42.012.126 58.550.000
- Plomb . . . . 568.635 531.282 617.866 827.000
- Fer . . . . 2.634.730 3.070.302 3.427.072 4 562.000
- Charbon . . . . 59.961.264 61.412.857 70.956.121 80.550.000
- Pétrole. . . . . 5.218.737 8.377.075 12.498.506 9.631.000
- Soufre. . . . . . 788.790 1.572.824 1.568 452 2.002.000
- Tableau II. — Production et consommation du charbon.
- 1906 1911 1912 1913
- En tonnes. En tonnes. En tonnes. En tonnes.
- Production. . . . . 12.980.103 17.632.710 19.639.755 21.315.962
- Quantité; importée: . . . . . . . .-. 55.079 208.770 331.080 601.489
- Total. . . . . i ’. ; . . . 13.015.182 17.841.480 19.970.835 21.917.451
- Consommation. . . . •; . . . . . . . . 7.280.649 12.070.903 15.487.907 16.742.228
- . Quantité exportée . .. ;. .. . • . . . . . 2.445.977 5.066.529 5.468.779 3.908.145
- Total. . . . . . . . . . . • . .. . . 9.726.626 15.157.432 16.956 686 20.650.571
- Tableau III. — Répartition de la consommation du charbon au Japon.
- 1906 1911 1912 1913
- En tonnes. En tonnes. En tonnes. En tonnes.
- Pour les bateaux . 1.804.787 j bateaux intérieurs. . . . 2.607.176 bateaux étrangers. . . . 1,296.515 3.117.807 1.581.776 4.977.813 1.566.526
- Chemin de fer . . 1.041.835 1.381.456 1.578.771 1.785.771
- Usines 5.774.100 6.062.551 6.617.663 7.615.895
- Fabrication du sel. 659.927 725.392 791.896 798.225
- Total 7.280.649 12.070.903 15.487.907 16.742.228
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- cette maison s’élève à 800, celui des ouvriers mineurs et hommes de peine à plus de 4700.
- Au point de vue de prévoyance sociale cette maison ne laisse rien à désirer, tout y est prévu très largement. Elle possède un hôpital particulier à Niihama
- Fig. 4. — Ropeway pour le transport des minerais.
- affecté spécialement au personnel ainsi qu’à la population locale, cet hôpital compte des succursales en plusieurs autres endroits. Elle a installé en différents endroits des écoles primaires gratuites destinées aux enfants du personnel de la maison. Pour ce qui est des locaux d’habitation des employés et mineurs, la maison leur en laisse la jouissance gratuite ainsi que l’éclairage électrique, elle ne demande qu’une infime partie des réparations s’il y en a. Pour tout le personnel attaché à la maison, une organisation modèle de vente à bon marché d’articles usuels et d’alimentation fonctionne à la grande satisfaction de tous ; les installations récréatives n’y ont pas non plus été omises.
- Quant aux secours aux mineurs, le baron Sumi-tomo, propriétaire de la mine, s’en occupe conformément à la loi des secours aux mineurs; pour le personnel en dehors des mineurs proprement dits, il y a une Société de secours mutuels soutenue par les cotisations du propriétaire de la mine et de tout le personnel ainsi que par les legs de personnes charitables.
- Fer. — Quant au fer, nous ne nous étendrons pas aujourd’hui sur ce sujet, devant y revenir ulté-
- rieurement. Disons seulement en passant que le Japon ne possède pas assez de ce minerai; l’industrie sidérurgique n’y est pas non plus encore très prospère.
- 11 en sera de même, pour la même raison, du charbon et du pétrole.
- Charbon. — Le Japon possède d’assez nombreuses mines de charbon. Quoique la qualité n’en soit pas très bonne on en exporte une grande quantité.
- La production et la consommation du charbon au Japon sont indiqués au tableau II, p. 68.
- Au Japon, comme on s’en rend bien compte, il n’y a pas à proprement parler de consommation à l’usage domestique. Dans certains districts, paraît-il, on commence à employer le charbon de terre pour les besoins domestiques. On peut donc dire que toute la consommation est absorbée par l’industrie intérieure, de là on peut juger de la prospérité de l’industrie de ce pays. La répartition de la consommation estindiquée au tableau III, p. 68.
- D’après ces chiffres, on peut constater le déve-
- Fig. 5. — Mine de Besshi, conduite forcée de 750 m. de chute.
- loppement remarquable et incessant dans toutes les industries en général.
- Pétrole — La production du pétrole augmente au Japon d’année en année, notamment on découvrit en 1914 une grande source de pétrole à « Àkita ». Gomme valeur, la production du pétrole occupe
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- la 3e place au Japon, du reste si l’on jette un coup d’œil sur la liste ci-dessus on se rendra compte que la production du charbon s’élève à 80 350 000 yen, celle de cuivre à 38 350 000 yen, puis la troisième, celle du pétrole, vient avec 9 631 000 yen en 1914.
- Afin de constater l’augmentation de la production, je citerai les quelques chiffres suivants :
- 1912 1913 1914
- En koku (1 koku équivaut à 180 litres.)
- 1.468.290, 1.693.582 2.358.094
- Comme ces chiffres nous le montrent, on constate une augmentation de 665 000 koku en 1914, c’est-à-dire 39 pour 100, sur l’année précédente. En outre, on dit que, en 1915, ce chiffre aurait atteint plus de 5 000 000 de koku ; la raison en est due surtout à la découverte du grand jaillissement d’ « Akita ». Malgré tout, le Japon reste encore un pays grand importateur de cette marchandise (on importe du pétrole raffiné pour plus de T000000 de koku par an), or la demande en pétrole ne fait
- qu’augmenter pour les bateaux et la métallurgie. A mon avis, si le Japon n’a pas, jusqu’à présent, réussi à exploiter très économiquement le pétrole, la raison est à l’insuffisance d’outillage et d’installations modernes, mais du jour où on fera appel aux machines perfectionnées, le Japon sera un grand producteur de pétrole.
- Cette guerre a placé le Japon dans une situation favorable tant au point de vue minier que métallurgique, l’influence de la guerre ayant provoqué une grande augmentation de prix sur les métaux, le charbon, le pétrole, en un mot sur toutes les productions du sol.
- Mettant à profit cette occasion, le Japon travaille à l’essor de ces industries dans des conditions spécialement favorables vu que n’importe quel projet, n’importe quel essai de l’industrie se trouve favorisé par le prix très élevé de la vente, qui encourage l’exploitateur à de nouveaux essais. Le Japon sortira donc de la guerre mieux outillé minièrement et métallurgiquement. J. Naïto.
- STATIONS DE CURE D’AIR, STATIONS DE REPOS
- La Nature a rappelé dans un de ses derniers numéros quelle est et surtout quelle doit être en France l’importance de l’industrie hôtelière. Il faut dès à présent nous mettre en état de recevoir dans les conditions les plus favorables les étrangers qui, on ne peut en douter, afflueront dans notre pays lorsque le calme y sera rétabli. Si vis pacem, para bellum, dit le proverbe avec raison ; mais il n’est pas moins vrai de dire qu’il est sage pendant la guerre de se préparer aux œuvres de la paix.
- | Comme on l’a vu dans l’article que nous rappelons, le mouvement se dessine pour l’industrie hôtelière, et c’est fort bien; mais cela ne suffit pas. Nous avons en France des richesses que nous n’avons pas su ou que nous n’avons pas bien su exploiter et dont il est urgent de se préoccuper dès à présent : nous voulons parler des eaux minérales dont la France possède une variété dont on ne trouve l’équivalent dans aucun autre pays. Sauf de trop rares exceptions, nous n’avons pas organisé nos stations thermales d’une manière vraiment satisfaisante et nous devons reconnaître que nos voisins d’outre-Rhin avaient aménagé leurs villes d’eaux de telle sorte que, sans leur être réellement supérieures, elles étaient de dangereuses rivales pour les nôtres qui se voyaient délaissées non seulement par les malades des autres pays, mais même par nos compatriotes qui n’avaient peut-être pas absolument tort, mais chez lesquels, pensons-nous, il y avait quelquefois un peu de snobisme.
- La question des eaux minérales doit donc être et est déjà l’objet d’études sérieuses et suivies desquelles on peut attendre les meilleurs résultats.
- Mais si pour les touristes pour lesquels les dépla-
- cements sont le but principal, il faut des hôtels; si pour les malades il faut des stations convenablement et confortablement organisées, il y a autre chose à créer dans notre pays pour les gens qui sont fatigués de corps ou d’esprit, et combien y en aura-t-il après la guerre qui seront désireux de trouver des lieux de repos bien aménagés dans des localités situées dans des régions heureusement favorisées par la nature : pour ceux-là, il faudra dès stations analogues à celles qu’on désigne sous le nom de stations de cure d’air, stations qui existaient en grand nombre en Allemagne et en Autriche où elles étaient très fréquentées, alors que, en réalité, nous n’en avons encore aucune en France.
- L’installation d’une station de cure d’air, disons plus exactement d’une station de repos, doit être tout autre que celle d’une station thermale; ces stations, en effet, n’ont pas à recevoir des malades, à proprement parler, mais seulement des gens fatigués par le travail, par les émotions ou simplement par la vie artificielle des villes.
- Mais suivant la nature ou le degré de la fatigue, suivant le tempérament même, il faut pouvoir employer des formes différentes de repos, dirions-nous volontiers, il faut des stations présentant des conditions diverses : pour certains, il faut le bord de la mer avec son atmosphère vivifiante, avec ses vents qui par leur action sur l’épiderme, amènent des réactions salutaires; pour d’autres, et ils sont légion, il faut des stations d’altitude : quoique son mode d’action ne soit pas connu d’une façon certaine, il n’est pas douteux que la valeur de la pression atmosphérique a une grande influence sur l’organisme : un séjour prolongé en un lieu situé à
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- quelques centaines de mètres au-dessus du niveau de la mer a une action sédative incontestable. Encore ne convient-il pas de s’élever à une altitude quelconque : pour chaque cas à peu près, il y a une altitude optima.
- Nous avons, en France, toutes les conditions réunies pour créer nombre de ces stations de repos. Ne possédons-nous pas de belles régions, d’admirables paysages à toutes les altitudes, depuis le niveau de la mer jusqu’à des points où la pression atmosphérique est trop diminuée pour qu’on y puisse faire impunément un séjour prolongé? N’avons-nous pas tous les rivages des mers qui baignent notre pays, la Manche, l’Océan, la Méditerranée? N’avons-nous pas le plateau central, les Vosges, le Jura, les Pyrénées, les Alpes?
- Il nous faut profiter de tous ces éléments et créer des stations de repos, non seulement pour en faire profiter nos compatriotes, mais aussi pour y amener les étrangers dont beaucoup, et pour cause, ne voudront pas mettre pied en terre allemande ou autrichienne, mais viendront volontiers en France s’ils savent y trouver ce qu’ils cherchent ; et si nous savons les attirer dans notre pays et les y retenir, leur séjour sera une source de richesse. La question est donc d’importance à tous égards et mérite qu’on., s’en préoccupe au plus tôt.
- Pour attirer les étrangers il faut leur faire con-*' naître les localités où ils trouveront les conditions et en particulier l’altitude qu’ils cherchent; pour les. retenir il faut qu’ils y trouvent non seulement un pays agréable et de beaux paysages, mais aussi des conditions satisfaisantes de vie matérielle, c’est-à-dire des hôtels convenablement aménagés, luxueusement même en certains points, des pensions, des villas : tout est à créer, mais nous sommes convaincus que des capitaux judicieusement employés trouveraient dans ces créations une satisfaisante rémunération.
- Les conditions topographiques, importantes, cela est hors de doute, ne sont pas les seules qui doivent intervenir pour fixer le‘choix des points qui seront recommandés comme stations de repos. Mais il y a, à certains égards, une distinction à établir suivant qu’il s’agit de désigner comme telles des villes ou des villages, ou de créer une station en pleine campagne.
- Dans le premier cas, il faut d’abord être assuré que les conditions d’hygiène générale sont satisfaisantes, qu’il n’y a pas de causes d’insalubrité telles que des quartiers à voies étroites où l’air circule mal et où le soleil ne pénètre jamais ; qu’il n’y a pas d’industries dangereuses ou seulement mal odorantes; que les eaux d’alimentation sont d’une pureté irréprochable et en quantité plus que suffisante; que les matières usées ne puissent être cause de nuisance, soit qu’elles soient enlevées sans délai, soit qu’il soit procédé à leur destruction (disons en passant que, à notre avis, les décrets d’érection de certaines villes en stations climatiques
- n’ont pas été, en général, assez exigeants sur ces deux points) ; il faut que les moyennes demorbidilé et de mortalité, portant sur un certain nombre d’années, présentent des valeurs assez faibles.
- Ces conditions n’auront pas à intervenir s’il s’agit de la création d’un hôtel, d’un établissement dans un point assez éloigné de lieux habités et il appartiendra au constructeur d’assurer la réalisation des premières conditions.
- Mais, dans tous les cas, d’autres éléments sont à connaître, et d’abord les données climatologiques dans leurs moyennes et dans leurs écarts : pression barométrique; température; état hygrométrique; direction; force et durée des vents; nébulosité; nombre de jours de pluie; quantité d’eau tombée; gelée ; neige.
- Un élément capital doit être l’objet d’une élude très complète : la pureté de l’air. Il ne faut pas que l’atmosphère soit souillée par des fumées provenant de fabriques ou d’usines et moins encore par des microbes pathogènes. Il y a quelques années des analyses d’air faites à ces deux points de vue eussent été suffisantes; il n’en est plus de même actuellement et il faut procéder à la recherche et au dosage de l’ozone et des gaz rares de l’atmosphère dont les effets sur l'organisme ne sont pas encore bien déterminés, mais dont l’action paraît incontestable.
- Voilà, à notre avis, les données qu’il faut connaître pour se prononcer sur la valeur d’une localité à recommander comme station de repos. Il s’agit, comme on le voit, d’une très importante étude préalable, très complexe et très spéciale.
- Il est à craindre que les personnes ou les Sociétés désireuses de créer une station de repos, une station de cure d’air, ne puissent ou ne veuillent actuellement se livrer à cette étude qui, cependant, doit être faite si l’on veut réussir.
- Aussi deux organismes qui, l’un et l’autre voient dans la création de ces stations un élément qui contribuera à accroître la richesse de la France, l’Institut d’Hydrologie et de Climatologie et le Touring-Club de France, se sont mis d’accord pour faire cette étude, non pas pour tous les points où il paraîtra possible de créer une de ces stations, mais, à titre d’exemples, pour quelques-unes répondant à des conditions diverses de région et d’altitude : le choix de ces stations n’est pas encore définitif, mais on paraît devoir s’arrêter aux régions suivantes : les Vosges, le Jura, l’Auvergne, les Alpes, la Côte d’Azur et les Pyrénées.
- L’Institut d’Hydrologie et le Touring-Club prennent à leur charge les dépenses qu’entraîneront les études pour ces six stations; ils ne doutent pas que leur initiative ne soit appréciée et comprises et que, par la suite, des études analogues seront jugées nécessaires et entreprises par les personnes qui s’intéresseront à la création des stations de repos. C.-M. Gariel.
- Vice-Président du T. C. F.
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- L’AÉRONAUTIQUE DANS LA GRANDE GUERRE
- 1. Quelques considérations sur les appareils aériens. — Il serait assurément prématuré d’essayer d’écrire à l’heure actuelle l’histoire de l’Aéronautique, pendant les deux années de guerre qui viennent de s’écouler. Son rôle et son action sont beaucoup plus complexes qu’on ne l’imagine; avec ses moyens de transport, ses aleliers volants, ses postes météorologiques ou de télégraphie sans fil, ses appareils photographiques et les étonnants résultats qu’ils donnent pour le relevé des installations de l’ennemi, et tant d’autres à-côtés qu’on ne peut que soupçonner dans le grand public, son organisation fera plus tard l’objet de curieuses révélations bien capables d’inspirer une légitime admiration pour le grand effort
- réalisé. r ' —
- Les communi- [
- qués et la presse révèlent, il est vrai, jour par
- jour,
- un
- jrand
- Fig. i.
- nombre de prouesses dont nos aviateurs furent les héros; mais la plupart des opérations restent encore enveloppées du voile de mystère et trop souvent de l’anonymat qu’impose la conduite d’une grande guerre. Les perfectionnements eux-mêmes que l’expérience a dictés dans la construction des appareils échappent à nos yeux, et il serait d’ailleurs imprudent d’en parler avec trop de précision.
- On cite bien aussi les grands raids des zeppelins; mais il est d’aulres dirigeables dont on ne parle pas, qui circulent pourtant dans les airs, y faisant une besogne moins bruyante, mais plus utile peut-être, et il est encore d’autres appareils aériens au sujet desquels le silence est à peu près complet.
- Il a fallu une circonstance exceptionnelle pour qu’on s’aperçût qu’aéroplanes et dirigeables ne constituent pas à eux seuls tout le matériel aérien qu’on utilise* aux armées. Au commencement du mois de mai 1916, un communiqué signala qu’une vingtaine de ballons captifs — des « saucisses », comme on les appelle dans le langage imagé des tranchées — avaient, sous l’effort de l’ouragan, rompu leurs amarres, et, prenant la clef des airs, avaient été emportés, pour la plupart, dans les lio-nes ennemies. Quelques observateurs cependant
- avaient pu descendre en parachute, alors qu'ils étaient encore au-dessus de nos positions et éviter de se faire prendre.
- Nous avions donc des ballons captifs? Ces captifs étaient donc munis de parachutes? Voilà ce que bien des gens apprenaient pour la première fois.
- De tous ces appareils si divers, le rôle est évidemment différent. Les événements permettent déjà de dégager les règles tactiques de leur emploi; quant à leur utilité, malgré les tâtonnements du début, les services que l’Aéronautique a rendus sont si grands qu’on ne comprendrait plus qu’une armée lût démunie d’une flotte aérienne ; elle serait vouée à la défaite en face d’un adversaire qui en
- serait pourvu.
- ' C’est qu’en
- ; effet, à ne s’en
- tenir qu’au service des reconnaissances, la puissance du tir considérablement accrue rend aujourd’hui extrêmement difficile le service de la cavalerie, et insuffisants les renseignements qu’elle pourrait encore recueillir. Si, sur le front russe, elle a pu réaliser des raids audacieux jusque sur les
- derrières de l’ennemi, de telles opérations lui sont interdites sur la longue ligne continue où les deux adversaires se sont retranchés sur le front occidental.
- Il ne suffît pas, d’ailleurs, de savoir ce qui se passe sur la lisière du front. Les facilités de communications que procurent les voies ferrées et qui permettent les rapides concentrations et les manœuvres sur les lignes intérieures, comme on dit, rendent indispensable une surveillance continue des réserves ennemies et de leurs mouvements : c’est le seul moyen de deviner et de devancer les projets de l’adversaire.
- Les bouches à feu elles-mêmes ont singulièrement augmenté de portée, ce qui permet de les établir loin de la ligne avancée et de les dissimuler le mieux du monde. Comment repérer leurs emplacements si l’on ne possède pas des observatoires élevés, des observatoires aériens? Mais de quelle inappréciable valeur, au contraire, ne seront pas les renseignements d’un observateur qui se promène dans les airs, qui ne se contente pas de re-
- Le nouveau type, de ballon d’observation français en service sur le front.
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- = L'AÉRONAUTIQUE DANS LA GRANDE GUERRE
- garder, mais rapporte une carte photographique précise des tranchées, des points de résistance, des emplacements de batteries et de mitrailleuses !
- En dehors de ce service de reconnaissances et de repérage des objectifs, une vigie élevée est indispensable pour régler le tir de l’artillerie, et enfin, l’on entrevoit les services que l’on pourrait attendre d’un navire aérien qui permettrait d’aller chez l’adversaire, détruire ses installations, ses communications, ses dépôts de munitions, ses ravitaillements et ses réserves elles-mêmes, par un bombardement efficace.
- Tels sont les trois services — reconnaissances,
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- ce matériel nouveau. L’état encore imparfait de la technique, en ce qui concerne surtout les avions, le peu de sécurité de leur emploi, au début, pouvaient d’ailleurs expliquer le scepticisme qui les accueillait. Il est des progrès qui ne s’avèrent qu’à la lumière de l’expérience.
- Il ne faut donc pas s’étonner outre mesure que la guerre ait surpris le service aéronautique, en France, d-ms une période d’incertitude et dans une situation à peu près inorganique, encore que l'initiative lût partie de chez nous.
- La préparation y avait été poussée sans beaucoup
- \
- Fig. 2. — Le ballon d’observation est amené à bras dans un bois où il sera défilé aux vues de l’ennemi grâce à la couleur verte de son enveloppe.
- réglage du tir, bombardements — que l’aéronautique est venue remplir dans la guerre actuelle, comblant une lacune importante des ressources mises à la disposition des armées. Pour y satisfaire, on comprend d’ailleurs qu’il soit utile , de faire intervenir des engins divers, appropriés chacun à son rôle, et c’est pourquoi il ne faut pas proclamer d’avance que des aéroplanes suffiront à tout, qu’il faut donc proscrire ballons captifs ou dirigeables comme superflus : différents par leur nature et leurs qualités propres, chacun de ces appareils a sa destination spéciale, voilà tout.
- Il y a bien peu d’années, cependant, que, dans les milieux militaires, on s’est rendu compte, confusément d’abord, du grand rôle qu’allait jouer
- d’énergie et d’esprit de suite. C’est au cours des événements qu’il a fallu rattraper le temps perdu. Notre faculté d’improvisation et les ressources inépuisables de notre tempérament national ont permis de réparer peu à peu les négligences passées et de reprendre la conquête de la maîtrise de l’air un instant compromise; on peut le dire aujourd’hui et reconnaître que nous nous sommes ressentis pendant longtemps du flottement de la première heure : l’improvisation ne saurait atteindre que lentement et par un effort soutenu à la cohésion qu’aurait procurée une méthodique et progressive préparation du temps de paix.
- À cet égard, l’armée allemande, lorsqu’elle s’est ruée sur nous, avait l’avantage. Elle avait construit
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- à loisir et dans le mystère une flotte aérienne qu’elle pouvait à bon droit considérer comme formidable, et d’une très grande homogénéité. En fait d’aéroplanes, nous nous étions préoccupés surtout de l’appareil sportif : notre adversaire, au contraire, avait longuement étudié son adaptation à la guerre. Il a fallu l’incomparable maîtrise de nos pilotes pour compenser le nombre et donner à nos usines le temps de créer, à leur tour, pour la jeter dans la mêlée, la flotte aérienne qu’exigeaient les circonstances.
- Si l’aviation semble avoir pris, dès le début, une énorme prépondérance, on sait pourtant qu’à l’origine même de leur invention, les ballons ont été considérés comme de précieux auxiliaires des armées, et, s’ils ont joué un rôle plus effacé dans la guerre actuelle, il n’en est pas moins vrai qu’on les y. retrouve encore sous la forme, soit de ballons captifs, soit de dirigeables.
- 11 n’a pas dépendu -des Allemands, d’ailleurs, que les dirigeables de grande capacité ne prissent dans les opérations une importance qu’on espérait décisive. Les ballons captifs, les dirigeables, aussi bien que les aéroplanes, font donc partie du matériel des belligérants.
- On a déjà beaucoup parlé des aéroplanes : nous voudrions étudier maintenant ce que l’on a fait dans le domaine du plus léger que l’air.
- II. Les ballons captifs. — Avant les hostilités qui mettent aux prises les armées les plus formidables et les plus scientifiquement organisées que l’on ait jamais vues, on a pu croire un instant que le ballon captif n’était plus qu’un instrument désuet, incapable de rendre un service appréciable. Il semblait que la longue portée et la justesse des canons modernes forceraient à le maintenir à de telles distances de l’ennemi qu’il serait hors d’état de remplir son rôle et de servir utilement de poste d’observation.
- Tout au plus espérait-on pouvoir l’utiliser comme vigie à la surveillance des abords d’une place forte, pendant les préliminaires, tout au moins, de l’investissement.
- L’expérience a montré, au contraire, que, dans la phase actuelle de la guerre qui ressemble de si près aux opérations d’un siège véritable, le ballon captif est encore utilisable sans trop de risques et peut rendre des services spéciaux, pour lesquels il ne saurait être suppléé. C’est qu’en effet, ce guetteur immobile présente sur l’avion, sans cesse en mouvement, des avantages particuliers, de même que la sentinelle d’un poste d’écoute n’a point le même rôle que les patrouilleurs. L’observateur, dans la nacelle d’un ballon captif, tient d’une façon continue sous sa vue tout le terrain en: avant. Pourvu de tout un attirail d’appareils de visée à longue distance, bien installé devant sa carte, il est à l’aise et ne perd pas un détail de ce qui se passe dans le vaste champ de son horizon. Par son fil téléphonique, il est en liaison permanente avec le
- poste de terre. Si la dislance ne lui permet que des vues d’ensemble et lointaines, ses indications suffisent cependant au commandement pour juger du moment opportun et lancer, s’il est nécessaire, quelques avions - chargés d’opérer des reconnaissances de détail.
- Il est juste, également, de -reconnaître que le ballon captif rend de grands services pour le réglage du tir de l’artillerie qui, presque toujours, ne voit pas le but qu’elle est chargée de battre.
- . Sans remonter aux aérostiers de la première République — ceux de Maubeuge et de Fleurus — on sait que le colonel Charles Renard avait doté l’armée française, au lendemain de la guerre de 1870, d’un matériel complet, étudié avec fin soin extrême et assez léger pour suivre l’artillerie de campagne à toutes les allures. Le ballon sphérique de 540 m3 en soie ponghée soutient une nacelle d’osier par un système ingénieux de suspension qui laisse à l’aérostat toute facilité de déplacement et maintient l’orientation. Un câble d’acier de 1000 m. de longueur relie le ballon à son treuil qui est lui-même porté par une voiture traînée par des chevaux ou automobile. Une autre voiture porte des tubes contenant l'hydrogène comprimé qui sert au gonflement et permet de « nourrir » le ballon, c’est-à-dire de réparer les pertes journalières. Des voitures porte-agrès, laboratoire, atelier, complètent le parc et lui donnent son autonomie.
- La forme sphérique est la plus favorable pour enfermer le plus grand volume sous une enveloppe de moindre surface et par suite de moindre poids ; toutefois le ballon sphérique résiste mal aux grands vents qui le rabattent vers le sol, en sorte qu’il est trop souvent inutilisable. On a reconnu que, pour résister à l’action du vent et éviter les oscillations susceptibles de gêner l’observation, il était préférable de substituer à cette bouée sphérique un ballon allongé, équipé comme un cerf-volant qui s’oriente naturellement dans le vent; un ballon cerf-volant reçoit du vent, en effet, une poussée verticale qui s’ajoute à sa propre force ascensionnelle, en sorte que tout lé système se dresse vers la verticale du point d’attache au sol avec d’autant plus d’énergie que le vent est plus fort.
- En définitive, le ballon sphérique est excellent par temps calme; mais il est impraticable en air fortement agité. Le ballon cerf-volant est avantageux, au contraire, dans ce dernier cas. Son orientation très fixe facilite les observations. U est également facile de le dissimuler aux vues en le ramenant près du sol, parce qu’il a moins de hauteur que l’équipage sphérique.
- Ces avantages suffisent à compenser son excès de poids; on a donc été conduit à adopter, d’une manière à peu près générale, le ballon captif allongé. Il convient pourtant de dire qu'un certain nombre de sphériques sont encore utilisés sur le front, sans doute parce qu’ils existaient avant la guerre; mais, tandis que, tout en étudiant le pro-
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- blême, nous restions attachés à notre matériel sphérique, pour sa simplicité et son économie, les Allemands, depuis de longues années déj'a, nous avaient devancés en construisant de nombreux ballons cerfs-volants. Aujourd’hui, toutefois, les deux adversaires ont sensiblement le même matériel.
- Le ballon allemand — le drachen-balion — inventé vers 1897, est dû à la collaboration du major von Parseval et du capitaine von Sigsfeld.
- Le corps du ballon a la forme d’un cylindre terminé par deux calottes sphériques. Pour obtenir une capacité de 600 m5 environ, on lui donne une longueur de 15 m. 50 et un diamètre de 6 m., soit un allongement' de 2,25 diamètres.
- Iles attaches en pattes d’oie, fixées sur des ralingues d’étoffe le long de l’enveloppe, dans la région avant de la carène, se réunissent au câble de retenue qui descend s’enrouler sur Je treuil d’une voiture spéciale. Ces attaches sont réparties de manière que le ballon, chargé de sa nacelle et de ses passagers, prend naturellement une inclinaison de 20° sur l’horizon; mais, l’inclinaison du câble lui-même sur la verticale variant avec la vitesse du vent, il est nécessaire, pour maintenir le ballon dans sa position normale, que le point de réunion de ce câble avec le système des suspentes puisse se déplacer librement ; dans ce but il se termine par une poulie roulant sur une balancinc dé la suspension. La nacelle, à son tour, est suspendue, un peu vers l’arrière, par des pattes d’oie.
- Il est nécessaire, pour la bonne tenue et la fixité de l’orientation dans l’air, que l’action du vent s’exerce sur un corps régulier et symétrique, ce qui
- exige la permanence des formes de carène, malgré les variations de volume du gaz qui la gonfle. A cet effet, l’enveloppe extérieure renferme une capacité formant ballonnet à air pouvant occuper le quart du volume total, lorsqu’il est plein d’air. Ce ballonnet est constitué par une cloison en étoffe isolant un compartiment à l’arrière; la ligne de couture de cette cloison est sensiblement horizontale lorsque le ballon est sous son inclinaison normale de 20°. Nous verrons tout à l’heure comment on pourvoit au gonflement du ballonnet.
- Enfin, de même que tout cerf-volant comporte à l’arrière une queue qui l’oriente et le maintient dans le lit du vent, de même aussi le drachen-ballon est muni d’un organe caudal ou gouvernail d’orientation. C’est une poche à air en forme de segment de tore qui entoure la calotte d’arrière, en se prolongeant un peu en dessous de la carène, et qui est fixée sur l’enveloppe principale par un système de cordes en pattes ' ' ' d’oie.
- Tandis que, sur un dirigeable, le remplissage des ballonnets est fait par des ventilateurs qui y refoulent de l’air, la fixité du ballon cerf-volant dans le vent permet le gonflement automatique du ballonnet et du gouvernail pneumatique, par l’intermédiaire de manches à air largement ouvertes en entonnoir, vers l’aArant, où l’air s’engouffre tout naturellement.
- Le ballonnet possède, en outre, un clapet de sûreté qui ne permet pas à la pression de dépasser une limite convenable, quelle que soit la force du vent.
- Pour compléter l’arrimage et augmenter la stabilité d’orientation, le ballon est pourvu de deux ailerons
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- en toile souple, fixés à ses flancs, que le vent soulève en tendant quelques minces cordes d’attache, et enfin, on voit à l’arrière une longue queue tout à fait analogue à celle d’un habituel cerf-volant ; c’est une simple corde portant un chapelet de petits cônes renversés en toile, dans lesquels le vent s’engouffre.
- Il y a en service dans l’armée allemande, huit types de draehen-ballons montés dont la capacité varie de 550 à 1140 m3 permettant d’enlever un ou deux observateurs. En outre, il existe sept types de ballons du même système, mais beaucoup plus petits, où la nacelle est remplacée par un sac de lest de 5 à 10 kg, et qui servent soit d’observatoires météorologiques, soit de soutien pour l’antenne delà télégraphie sans fil. Ces ballons mesurent de 10 à 108 m3 suivant l’usage.
- Le gonflement d’un ballon, si laborieux lorsqu’on ne dispose que d’une pauvre conduite de gaz sous faible pression, est, en campagne, l’opération la plus simple du monde. L’enveloppe inerte et sans vie, — la « peau du ballon » — est étendue, allongée en plis serrés sur le sol. On approche les tubes d’acier contenant de l’hydrogène comprimé à 150 atmosphères ; de minces tuyaux sont rapidement attachés sur les robinets détendeurs de pression, et vont déverser l’hydrogène dans une manche de toile vernie ligaturée sur l’orifice de gonflement.
- À vue d’œil, l’enveloppe se soulève, s’arrondit. Bientôt le ballon est libéré du sol où le retiennent des sacs de lest accrochés au bout des « commandes » en corde. Le monstre n’a pas bien bonne mine : il est incomplètement gonflé, tout ridé; sa queue flasque pend lamentablement; mais les aérostiers s’empressent. La nacelle d’osier est arrimée; l’observateur l’escalade et s’installe, pendant qu’on attache le câble d’acier au treuil automobile. Un commandement : larguez ! Le ballon monte ; le gaz se dilate peu à peu, achevant de gonfler l’enveloppe qui se tend. Le vent s’engouffre dans la poche de queue qui s’arrondit à son tour, et, sous le soleil, l’énorme animal aérien semble prendre vie.
- L’observateur s’assure qu’il a sous la main sa carte, ses jumelles; il assure sous les aisselles et sous les cuisses les courroies du parachute, le casque téléphonique sur sa tête : le voilà prêt à remplir sa tâche.
- Cette tâche n’est pas sans risques ; malgré la distance, les projectiles ennemis peuvent atteindre le ballon. S’il ne s’agit que de quelques éclats, par les trous le gaz s’échappe, mais le ballon descend assez lentement pour que l’observateur atteigne le sol sans dommage.
- Le véritable ennemi, c’est l’avion qui le survole 'et laisse tomber des projectiles incendiaires sur cette bulle de gaz inflammable, Le plus sage, quand l’approche de ce moucheron dangereux est signalée, c’est de ramener, le ballon jusqu’à terre et de le dissimuler le mieux possible, si l’on veut qu’il échappe au sort malheureux des six « saucisses » allemandes qui furent incendiées par nos avions, le 22 mai 1916, dans la région de Verdun.
- L’autre ennemi, c’est l’ouragan. Si le cerf-volant, en effet, est sou!evé par Je vent qui le ramène sur la verticale du point d’attache au sol, ce n’est qu’au prix d’un effort de traction du.câble qui croît avec la violence du courant. Ce câble d’acier doit avoir une grande résistance, mais on ne peut pas aller au delà de toute limite, sous peine de l’alourdir démesurément. Les câbles pèsent déjà 14 kg les 100 mètres, et l’on ne pourrait guère faire davantage, Il y a donc une force du vent au delà de laquelle il est dangereux de rester en l’air. 11 ne faut pas s’entêter, mais ramener prudemment à terre; c’est pour n’avoir pas eu cette sagesse qu’un certain nombre de nos captifs ont eu leur câble rompu au mois de mai 1916, comme nous l’avons dit.
- Tel quel, le ballon captif joue, dans la guerre actuelle, un rôle moins brillant, certes, que celui d’un dirigeable ou d’un avion où tout est laissé à l’initiative et à la hardiesse du pilote; ce rôle n’en est pas moins utile ; il était bon de le rappeler.
- X...
- NOUVEAU GAZOGENE AUTOMATIQUE
- Un nouveau perfectionnement du gazogène, d’autant plus important à l’heure actuelle qu’il supprime presque entièrement la maia-d’oeuvre et la remplace par le travail automatique, vient d’être réalisé en Amérique. Il est établi depuis longtemps qu’un bon rendement des gazogènes ne peut être obtenu qu’avec une gazéification régulière et ininterrompue qui exige à son tour des chargements fréquents et par petites quantités, la répartition uniforme du charbon introduit et l’évacuation des cendres sans bouleversement'du contenu du gazogène.
- Or, le nouveau gazogène automatique du système Morgan, construit pour la première fois en Amérique et décrit par The Iron Age, présente des avantages qui permettent de satisfaire à toutes ces conditions et d’assurer, par suite, un bon rendement de l’appareil.
- Le gazogène Morgan est, comme le montre la figure, formé d’une cuve tournante, munie d’un râteau articulé qui assure une répartition régulière dans la cuve du charbon, introduit à l’aide d’un distributeur spécial.
- L’introduction du charbon se fait par petites
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- LA GUERRE ET LE SYSTÈME MÉTRIQUE
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- charges et à de très courts intervalles. Le râteau répartisseur permet de conserver une épaisseur constante du combustible sur tous les points de la cuve.
- L’évacuation des cendres est effectuée à l’aide d’un dispositif original, constitué par un soc en forme de spirale, fixé à la cuvette-cendrier et tournant généralement avec elle.
- Mais ce soc peut être arrêté à un moment donné et maintenu immobile pendant une révolution de la cuvette qui dure 1 5 minutes. Les cendres sont recueillies et dirigées par un conduit spécial sur un transporteur qui les entraîne hors de l’usine.
- On n’a point négligé de régulariser la répartition de l’air à l’intérieur de la masse du combustible. Au lieu d’un cône central d’injection on a adapté à l’appareil trois conduits, disposés en étoile, qui insufflent l’air dans le combustible avec une grande vigueur.
- D’autre part, on a pu diminuer sensiblement
- l’épaisseur du revêtement intérieur du gazogène et abaisser sa température par l’adjonction d’une chemise d’eau qui sert en même temps à empêcher l’adhérence des mâchefers aux parois et les détériorations qui en résulteraient.
- L’appareil ainsi construit fonctionne presque automatiquement et indépendamment de l’habileté de l’ouvrier. La combustion n’étant jamais interrompue, la composition du gaz qu’on y fabrique est pratiquement uniforme.
- Le gazogène Morgan permet de gazéifier 1500 kg de charbon à l’heure. Son fonctionnement ne demandant que fort peu de surveillance, un ouvrier peut facilement surveiller six appareils produisant ainsi cinq fois plus de gaz qu’un ouvrier travaillant avec un gazogène ordinaire. Tous ces avantages du système automatique promettent au gazogène Morgan un brillant avenir.
- Coupe du gazogène automatique système Morgan.
- LA GUERRE ET LE SYSTÈME MÉTRIQUE
- Parmi les répercussions de la guerre titanesque, celles du domaine économique ne seront pas les moins importantes. On peut se demander ce que, dans le nouvel état de choses, il adviendra du système métrique, que l'on trouve à la base de nos transactions commerciales, industrielles et financières comme au principe des spéculations scientifiques. Fera-t-il un bond de géant, ou restera-t-il en dehors de la transformation générale?
- Actuellement, le système métrique domine en Europe. Au moment où la guerre éclata, il était obligatoire pour 264 millions et demi d’Européens, et facultatif pour 19‘2 millions d’autres. A peu près seuls les Albanais l'ignoraient. Dans le chiffre des Européens reconnaissant simplement l’existence légale des mesures métriques décimales, les Russes et les Anglais, nos amis et alliés entraient pour 185 millions. L’appoint de Î92 millions était formé par la Turquie d’Europe et la Grèce (1). '
- 1. Encore y aurait-il lieu de faire des réserves sur la situation de ces deux États. En Grèce, en effet, le système métrique décimal existe de fait sous des noms grecs. En Turquie, les mesures métriques ont été déclarées obligatoires en 1896 dans la région de Constantinople, simplement bapti-
- Dans la Grande-Bretagne il existe depuis longtemps un courant important en faveur des mesures décimales. On ne vit plus dans les pays d’outre-Manche sur la fameuse boutade de Sir Frederick Bramwell, tirant gloire de la complication des mesures anglaises, et y trouvant une preuve de la supériorité de l’intelligence commerciale britannique (2). On pourrait même dire que le yard et la livre sont bien voisins de l’égalité avec le mètre et le kilogramme au betting de la métrologie ! Et il n’est peut-être pas téméraire de prévoir que la paix entraînera la disparition d’un système encombrant et suranné, devant un système logique et
- sées d’anciens noms turcs. Il est vrai que le décret ordonnant leur emploi exclusif est, comme beaucoup d’autres, resté inappliqué.
- 2. Sir F. Bramwell était devenu moins intransigeant en 1911. Il préconisait cependant encore, à cette date, les mesures compliquées anglaises comme un moyen d’obstruction au commerce étranger sur les marchés acquis au commerce anglais. Cet argument était tout récemment encore repris par le colonel Sir Charles Watson qui vient de mourir juste après l’avoir développé devant la Société des Arts de Londres. Sir Charles Watson invoquait de plus en faveur de la conservation des mesures anglaises leur, filiation avec les vieilles mesures babyloniennes. Si l’argument n’est pas précisément scientifique, il est à tout le moins original !
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- pratique comme l’est le système décimal français.
- Une perspective semblable s’ouvre du côté de la Russie. Depuis un demi-siècle, l’empire russe a déjà largement évolué dans notre sens et on y est loin de l’époque où Kupffer écrivait dans la préface des Travaux de la Commission pour fixer les mesures et les poids de la Russie, ces lignes péremptoires :
- « L’introduction d’une mesure métrique universelle a paru à la Commission une de ces utopies auxquelles l’esprit humain aime à se livrer, mais qui offrent des difficultés insurmontables à l’exécution » ! Kupffer eut d’ailleurs, avant de mourir, le temps de revenir sur ce jugement téméraire.
- Si la paix nous donnait le système métrique décimal obligatoire en Russie et en Grande-Bretagne ou du moins consacrait le principe de son obligation théorique dans ces deux pays, l’Europe connaîtrait la réalisation d’un rêve qui séduisit d’éminents esprits au temps du grand roi.
- En Russie, ce résultat apporterait au mètre l’hommage de 140 millions de Russes européens et de 50 millions d’asiatiques. En Grande-Bretagne, il fournirait seulement un contingent direct de 45 millions d’adhérents, mais il permettrait d’espérer l’accession du gros morceau que constituent les colonies anglaises lesquelles comptent ensemble près de 380 millions d'habitants
- 140 -h 30 4- 45 4- 580 = 595 millions.
- Ces 595 millions, venant s’ajouter aux 427 millions qui reconnaissent actuellement le mètre comme unité fondamentale (*), étendraient le domaine du système métrique sur plus d’un milliard de terriens, soit environ 60 pour 100 de la population du globe, ledit système étant facultatif pour à peu près les 40 pour 100 restants.
- Un tel espoir n’a rien de chimérique.
- Le système métrique est actuellement obligatoire dans le royaume de Siam. Il est facultatif et légal dans la République chinoise comme au Japon. Il y a longtemps qu’il est en usage dans tous les pays de langues d’origine latine. Il l’est depuis 40 ans chez nos ennemis ! Il n’est donc pas téméraire d’espérer que la Grande-Bretagne finira par reléguer au Musée ses mesures aussi archaïques qu’incommodes, nous rendant la gracieuseté que nous lui fîmes il y a quelques années, en adoptant son méridien et son heure !
- L’accession de la Grande-Bretagne au système métrique obligatoire influencerait peut-être les Etats-Unis qui eux, en sont restés au bon vieux temps d’avant la Révolution, où chaque province conservait jalousement son étalon, mettant une sorte de coquetterie à se distinguer ainsi de ses voisines, et où l’on pouvait relever en Italie environ 5000 mesures différentes !
- La grande république américaine s’est bornée
- 1. Au commencement de la guerre, la population totale du globe, était de 1761 millions d’habitants. Pour 427 millions, les mesures décimales métriques étaient obligatoires. Elles étaient facultatives et légales pour 1281 millions.
- jusqu’ici à autoriser les mesures métriques et à enregistrer celles d’origine anglaise en usage dans ses États et Territoires. Il y a une dizaine d’années le Bureau of standards a codifié ces mesures dont un ouvrage qui, malgré son titre sévère et dénué de poésie : Laws concerning the weights and measures, présente au lecteur l’attrait d’un véritable roman: Il y a en particulier à la fin de ce volume un immense tableau des valeurs du bushel qui, à lui seul,
- ... vaut tout uu long poème, tel le sonnet bien tourné dont parle notre grand Boileau.
- Les États sont rangés alphabétiquement dans ce tableau et nous y voyons que le poids du bushel peut varier de 4 à 130 livres sans cesser d’être officiel et légal I
- L’échelle normale du bushel compte une cinquantaine d’échelons !
- Ce qui rend particulièrement embrouillé l’emploi de cette mesure protéiforme, c’est que, non seulement elle varie de poids suivant les substances qu’elle sert à mesurer, mais que, de plus, pour la même substance, elle diffère d’un État à l’autre. On admet volontiers que 351. 239 — c’est la contenance du bushel — ne pèsent que 4 livres lorsqu’ils sont pleins de sauge et 130 livres lorsqu’ils sont remplis de sable. Maison conçoit difficilement qu’un bushel d’oignons soit compté pour 57 livres dans l’Arkansas, le Colorado, l’Illinois, ou le Texas, alors qu’il n’en vaut que 56 en Floride et dans le Tennessee, 55 dans l’Ohio, 54 dans le Michigan, 52 dans le Massachusetts ou le Maine, 50 en Pennsylvanie et 48 dans l’Indiana! (*)
- De semblables étrangetés nous reportent à cent cinquante ans en arrière, au temps où Montucla donnait une édition justement estimée des Récréations mathématiques d’Ozanam. Montucla — qui fut censeur royal, et chose curieuse, le censeur de son propre ouvrage! —- écrivait en 1778, à la suite d’un tableau des principaux poids en usage en Europe : « Il semble qu’il en coûterait peu d’introduire dans chaque État une seule mesure »2.
- En ce temps-là il paraissait « chimérique de demander qu’il n’y ait en Europe qu’un même poids, un même pied ». Aujourd’hui que cette chimère est presque devenue une réalité, les mesures des États-Unis nous semblent encore
- 1. Signalons ici une bizarrerie de la métrologie américaine. En réalité le système métrique, quoique non obligatoire, est le seul qui ait été l’objet d’une loi nationale aux États-Unis. Les autres mesures existent simplement en vertu d’une sorte de possession d’état. D’autre part, le système métrique est obligatoire dans les colonies enlevées par les États-Unis aux Espagnols : Les Philippines, Porto-Rico et les Mariannes (Guam).
- . 2. Montucla, qui, sans être un mathématicien de génie, était un homme fort instruit et un écrivain scientifique remarquable par sa clarté, terminait ses considérations sur la diversité des poids et mesures par cette phrase mélancolique que l’on pourrait croire écrite d’aujourd’hui : « Tous les pays d’Europe sont presque encore dans cet état informe qui pourrait leur faire appliquer ces vers d’Ovide.
- .... rudis indigesta que moles
- Nec bene junctqrum discordia semina rervm 1 »
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- LES MOULINS DE LA MER A ARGOSTOLI (CÉPHALONIE)
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- « plus anachroniques », si l’on peut employer un comparatif non estampillé par l’Académie. 11 faut espérer qu’un des premiers loisirs du Congrès américain sera de mettre sur ce point la Fédération des États-Unis au rang des autres nations civilisées.
- Ce sera un grand pas fait vers l’établissement de cette mesure universelle, dont le monde savant'se préoccupa fort du temps de Louis XIV. Cette mesure, on avait espéré pouvoir la trouver dans là longueur du pendule battant la « minute seconde »..L’idée en avait germé sitôt la publication de l’opuscule de Huygens sur YHorologium (1658). Il en est beaucoup question dans la correspondance de l’illustre savant publiée récemment par les soins de la Société hollandaise des Sciences. Elle fait l’objet de la proposition XXV de la 4e partie du De Horologio osciüatorio, consacrée à la détermination des centres d’oscillation.
- Elle ne put alors être réalisée, parce que les
- physiciens du grand- siècle manquaient d’éléments pour réduire la longueur du pendule simple à seconde à sa valeur dans le vide, au niveau de la mer et à une latitude donnée.
- Il y a lieu d’espérer qu'après la guerre, nos voisins et amis d’outre-Manche se rappelleront que c’est précisément dans une des séances de la Société Royale de Londres que ce projet de mesure universelle fut pour la première fois agité. C’était en 1661. La Société Royale était bien jeune encore, — elle n’avait pas encore l’apostille royale. Lord lirouncker en était président et la nouvelle en fut immédiatement transmise à Huygens par son correspondant, sir Robert Moray, dans une lettre du _;3 décembre de ladite année.
- L’Angleterre se doit à elle-même de ne pas retarder une réalisation quelle fut la première à souhaiter il y a plus de deux cent cinquante ans. Noblesse oblige! (*) Léopold Revgrchon. -
- LES MOULINS DE LA MER A ARGOSTOLI (CÉPHALONIE)
- - En séjournant dans les îles Ioniennes avec flotte française, M. le Dr Pierre Lafîon, médecin la marine à bord du , _
- Jiirien de la Gravière, [ a pu prendre •— et veut bien nous adresser — des photogra-
- phies (que nous n’avions jamais pu nous procurer antérieurement), d’un phénomène naturel des plus curieux, et encore mal expliqué, les moulins de la mer d’Argostoli dans l’ile de Céphalo-nie.
- Découvert en 1833 par un nommé Stevens, collecteur d’impôts pendant l’occupation anglaise des îles Ioniennes, ce phénomène consiste en deux pertes permanentes de l’eau de la mer dans des fissures du calcaire à la pointe de la presqu’île d’Argostoli.
- Cela constitue un étrange problème d’hy-drauliquenaturelle, non encore résolu, bien que
- i. On sait que depuis 1875, il existe un organisme centralisateur de tout ce qui touche au système métrique décimal, c’est le Bureau international des poids et mesures, dirigé actuellement par M. Ch.-Ed. Guillaume, l'éminent physi-
- la j plusieurs savants éminents y aient consacré de de I nombreux mémoires, contradictoires d’ailleurs.
- Après avoir dûment constaté que l'absorption de l’eau de mer dans les crevasses du sol forme un courant continu, M. Stevens se fit concéder remplacement par le gouvernement britannique — creusa une fosse et un canal pour réunir les principales fissures aspirantes — et monta line roue de moulin sur le canal, qui réalisait pratiquement un véritable mouvement
- 8ÉÉ,fA-;ï] * perpétuel.
- usUék iàtïM En 4859, un second
- pAV] moulin fut établi dans
- ^ wf j ' «Lrf i-feiSfi les mêmes conditions
- sur des points d’ab-
- sorption immédiate-
- ment voisins dès pre-
- miers.
- Fig. i. — La roue du moulin.
- On a évalué à 58 301 mèlres cubes par % heures (674 litres pa seconde) le volum d’eau engouffrée pa les deux pertes
- cieii que Connaissent bien les lecteurs de La Nature. "2(3 pays contribuent acluellement à son entretien. Parmi eux figurent la Grande-Bretagne, la Russie, les États-Unis et le Canada.
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- i(ÉES MOULINS DE LA MER A ARGOSTOL1 (CÉPHALON1E)
- A trois reprises différentes on a constaté que de forts tremblements de terre (l’un du temps de M. Stevens,. puis le 25 janvier 1867 et le 51 janvier 1895) n’ont en rien modifié le phénomène.
- Quoique plusieurs auteursl’aientqualifiéd’unique, il en existe d’autres semblables, mais moins connus et non étudiés dans le golfe de Quarnero, sur la côte ouest de Grèce, à l’île d’Àrad (Phénicie, etc.), dans l’ile de Milo, etc.
- A Argostoli l’eau de mer s’engouffre sans bruit; il y a parfois dégagement de bulles de gaz malodorant.
- Le Dr Laffon ajoute à ce qu’on savait déjà les renseignements suivants.
- Les deux moulins sont situés à mi-chemin du quai de la douane et du phare; distants l’un de l’autre d’une centaine de mètres, ils ne fonctionnent plus depuis une vingtaine d’années et tombent en ruines; le débit du canal n° 1 serait de 550 litres seconde et
- mer qui remonterait sur le sol par une source thermale plus ou moins distante.
- Aspiration de l’eau salée par une sorte de trompe constituée dans le sol par un courant souterrain d’eau douce, et sortie du mélange par des sources saumâtres littorales (fonctionnement de l’injecteur Giffard) ou sous-marines.
- Communication lointaine avec la mer Morte ou la mer Caspienne en raison du niveau inférieur de ces mers?
- Issue des eaux sous forme de vapeurs par l’un
- Fig. 2. — Le canal «° 2 à son origine.
- sa vitesse de 0 m. 50 seconde. Le 2e canal serait semblable (cela concorde parfaitement avec le chiffre de 674 litres seconde ci-dessus donné).
- Après avoir fait tourner les roues des moulins, IVau se répand dans plusieurs petits canaux, découpés dans un sol très fissuré et communiquant tous entre eux. Elle se déverse facilement dans la terre par une cavité située sur le rivage non loin du canal principal.
- Voici quelques-unes des hypothèses formulées pour expliquer ces absorptions et leur continuité.
- Evaporation, par la chaleur centrale, de l’eau de
- des volcans les moins éloignés (Italie et Sicile).
- Les deux premières suppositions semblent les plus rationnelles, mais leur exactitude n’est point prouvée.
- Des officiers anglais jetèrent, dit-on, plusieurs barils d’huile dans les pertes avec l’espoir, qui fut déçu, de voir surnager le liquide en quelque point de la mer environnante.
- La fluorescéine ne donnerait sans doute aucun résultat, faute de savoir où il y aurait lieu de surveiller sa réapparition.
- En résumé le mystère demeure complet et les vues ci-dessus en précisent bien la singula-
- (*)• E.-A. Martcl.
- 1. Pour plus de détails voir la note publiée par Spelunca [Bulletin de la Soc'èté de spéléoloyie, noa 23-24, 2° semestre 1900, p. 133-138) avec bibliographie des Notes et Mémoires sur Argostoli par Davy et Jamesoa 4836; Condoguris 1857; Bauer 1858; Mousson 1859; llnger 1862; Ansted 1863; Fou-qué 1867 ; Wiebel 1873; Gunther 1885; Partsch 1890; Issel 1895; A. F. A. S. 1897, etc.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahdre, rue de Fleuras, 9, à Paris
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- LA NATURE. — N° 2236.
- 5 AOUT 1916.
- LE TUNNEL SOUS LA MANCHE
- Deux déclarations récentes, formulées par des personnalités officielles hautement qualifiées du |{oyaume-Uni, ont attiré de nouveau l’attention sur un projet qui a fait couler beaucoup d’encre dans le passé, sans avoir jamais pu triompher des résistances de nos alliés britanniques. Sir Lionel Earle, sous-secrétaire d’Etat aux Travaux Publics, a fait connaître, en effet, à la fin du mois de mai dernier, que la construction du tunnel sous-marin destiné à relier la France à l’Angleterre ne tarderait pas à être entreprise pour le plus grand profit des deux pays, et, un peu plus tard, M. Fell, député aux Communes, déposait sur le bureau de la Chambre basse une motion catégorique, dans laquelle il proclamait que « la conduite de la guerre a montré les incontestables avantages que l’Angleterre aurait retirés de l’existence d’une voie ferrée sous la Manche, et que l’heure est venue pour le gouvernement d'approuver le projet, afin que les travaux puissent être commencés après la guerre, dès que la main-d’œuvre nécessaire pourrait être réunie. »
- Il est permis de supposer que le jour est prochain où l’on verra s’évanouir les derniers scrupules qui ont empêché la réalisation d’une œuvre aussi considérable; dans ses résultats probables, que le percement de Suez et du Panama, d’une œuvre envisagée depuis plus d’un siècle comme un des facteurs les plus essentiels .du développement économique de l’Europe occidentale.
- Bonaparte, premier Consul, ne disait-il pas au célèbre ministre britannique Fox, en lui communiquant le projet établi en 1802 par l’ingénieur Ma-
- thieu : « C’est une des grandes choses que nous pourrions faire ensemble » ?
- Malgré les vues prophétiques de celui qui devait
- être le plus grand des souverains modernes* malgré la bonne volonté et le concours de Fox, l'idée du tunnel sous la Manche fut, cependant, abandonnée. On doit dire toutefois, à la décharge des dirigeants de la politique française et anglaise, que les procédés de la technique de l’ingénieur restèrent longtemps insuffisants pour une entreprise de cette envergure, et que les projets successivement présentés : par Mathieu pour l’exécution d’une route carrossable sous le Pas de Calais, avec affleurement à l’îlot de Yarne, au centre du détroit ; par Payerme pour l’édification d’une voie voûtée dans la mer même; par Franchot et Tissié pour la pose d’un tube sur le plafond sous-marin; par Favre pour l’ouverture d’un tunnel blindé à l’âide de puits creu-Tunnfi s£g en pieine eau, et fermés par des trappes, relevaient plus volontiers du domaine de l’imagination que de celui de la science.
- Mais, de 1854 cà 1866, un officier du génie français, Thomé de Gamond, après des études incessantes, élabore une série de projets, de plus en plus pratiques, qui auraient dû provoquer des résolutions définitives, d’autant plus que l’audacieux promoteur avait obtenu l’assentiment de l’empereur Napoléon III à scs vues, et que la reine Victoria avait vivement encouragé Gamond, au nom des dames anglaises, à libérer les ladies de l’obligation de traverser la Manche pour venir sur le continent.
- Gamond était mort, épuisé par le travail et ruiné.
- 6 — 81.
- Jlôt naviforme
- de Varne // N
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- Banc de Varne ^\.\ '
- Calais
- \Gris Nez
- • lud.nyÀein ^
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- V-
- \* AmbUtrusp o.
- Boulogne
- Fig. i. — Plan du Pas de Calais établi par Thomé de Gamond, et spécifiant ses divers projets de traversée de la Manche.
- Fig. 2. — Plan de Vile artificielle de Varne (projet de Gamond) avec arrivée' au jour de la ligne.
- 44* Année. — 2e Semestre.
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- LE TUNNEL SOUS LA MANCHE
- Mais ses plans sont demeurés un monument impérissable de cet elïort. Nous avons la bonne fortune, grâce à l’amabilité de la Compagnie du Nord, de pouvoir reproduire ici la carte du Pas de Calais tracée par de Gamond, avec l’indication de ses projets successifs, et le plan> si caractéristique, de la ligne affleurant dans Pilot artificiel de Yarne, qu’il avait imaginé de créer.
- Ces travaux ne furent pas vains. Ils servirent de base à des explorations anglaises et françaises du détroit, et plus encore à des négociations diplomatiques, poursuivies de 1869 à 1873, et qui aboutirent à la création en France de la Société française du Tunnel et, en Angleterre, de trois Sociétés d’études.
- Les puits et galeries exécutés, sur le littoral anglais, par la Channel Tunnel Company, à Saint-Margaret at Cliff, dans le comté de Kent, par le South Eastern Railway, à Albotts Clilï; par la Submarine Railway C°, qui étendit jusqu’à 1600 m. du rivage la galerie creusée sous la falaise de Shakespeare Ctifî', les travaux également considérables poursuivis par la Société française à Sangatte, où une usine avait été édifiée, et une galerie d’explo-
- publié à ce sujet dans La Nature du 21 avril 1906.
- La Société française du Tunnel avait été nantie le 2 août 1875 de la concession de la voie ferrée à établir.
- En Angleterre, la Submarine Railway avait rarheté les droits impartis à la South Western et à la Channel Tunnel C°, lorsqu’une violente campagne de presse, soutenue par le puissant Times, vint arrêter toutes les initiatives, et ensevelir brusquement tous les espoirs qu’on pouvait fonder
- sur l’entreprise.
- Jalouse de son isolement, l’An-gleterre, de crainte d’une invasion, se prononça contre le projet, et toutes les tentatives ultérieures pour modifier cette façon de voir du Parlement échouèrent piteusement. Aussi, à partir de 1888 cessa-t-on de les renouveler jusqu’en août 1913, date à laquelle 90 membres de la Chambre des Communes pétitionnèrent à nouveau en faveur du tunnel. Les événements actuels ont ouvert les yeux à nos voisins et alliés sur l’intérêt capital qu’il y aurait à relier l’île — qui n’est plus à l’abri d’un coup de main — au continent.
- Les sous-marins, les dirigeables, les aéroplanes
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- Fig-. 4. — Profil en long du tunnel.
- ration poussée à 1839 m. sous la mer, les sondages pratiqués avec précision par Gamond en 1833, 1838, 1839, de 1851 à 1855, puis ultérieurement par les Anglais Brunlees et Hawkshaw en 1869, Topley en 1873, Prestwich en 1874, par nos compatriotes Delesse, de Lapparent et Potier en 1874-1875, ont nettement prouvé que techniquement et géologiquement la construction du tunnel était réalisable^ La disposition des couches faciliterait même les travaux. Nous renvoyons ceux de nos lecteurs que ce côté particulier de la question pourrait intéresser au remarquable article que M. Gustave Dollfus a
- non seulement menacent les côtes britanniques, mais sont un perpétuel danger pour ses navires de commerce. -Le ravitaillement de l’Angleterre eût été plus assuré si le tunnel eût existé. Surtout, ^u point de vue militaire, l’Empire britannique eût pu apporter un secours plus rapide et efficace à nos armées si l’île eût communiqué par fer avec le continent. Le transport d’un corps d’armée exige l’emploi de 150 trains. En admettant que l’exploitation du tunnel pût se faire comme celle de nos réseaux — et rien ne paraît devoir s’y opposer — on eût facilement acheminé 4 trains à l’heure, soit
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- LE TUNNEL SOUS LA MANCHE ---r:.83
- 96 trains par jour, et 192 en utilisant les deux voies dans un sens unique. Le débit du tunnel eût donc amplement atteint un corps d’armée par jour,
- pour les transports d’armées ; les ports français et britanniques eussent été dégagés; que de torpillages eussent, en outre, été évités! Le tunnel,
- Cap Blanc Nez
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- Fig. 5. — Plan du tunnel (projet A, Sartiaux) avant les derniers remaniements. Le viaduc côté français a été supprimé.
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- Fig. 6. — Projet définitif du tunnel (tracé complet).
- y compris les ravitaillements en vivres et munitions.
- D’autre part, le commerce anglais eût pu disposer de toute sa flotte, immobilisée en partie
- s’il eût existé, eût changé la face de la guerre.
- « Les nécessités de la vie moderne, le progrès constant des échanges exigent une perfection crois-
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- 84 ' —.....: LE TUNNEL SOUS LA MANCHE
- santé des moyens de transport. Tout pays soucieux de sa prospérité doit donc s’efforcer non seulement d’améliore.r sans cesse ses communications intérieures, mais encore de rendre toujours plus faciles ses relations avec l’étranger », écrivait naguère M. Albert Sartiaux, l’éminent directeur de la Compagnie du Nord, et apôtre infatigable du tunnel. De fait, l’établissement de nouvelles voies ferrées a toujours correspondu à un développement de l’activité économique, non seulement des régions traversées, mais aussi des zones et des cités mises en contact plus étroit.
- Or, si resserré qu’il soit, le Pas de Calais est demeuré un obstacle pour les relations entre l’Angleterre et le continent. Il est incontestable que le tunnel aurait l’immense avantage d’accroître les échanges entre la Grande-Bretagne et" l’Europe occidentale. Il supprimerait le mal de mer, qui arrête, plus qu’on ne croit, les passagers, et surtout les passagères, et il ne pourrait manquer, par le gain de temps qu’il assurerait aux négociants, de dé-terminer de plus fréquents déplacements de ces derniers, et, co-roliairement, un traficplus étendu.
- Le rôle économique des grands tunnels a été reconnu et mesuré à la suite du percement des grands souterrains de l’Europe centrale : le Semmering, qui relie l’Italie à l’Autriche, le Mont-Cenis, trait d’union entre l’Italie et la France, le Gothard qui met en communication l’Italie et l’Allemagne du Nord. Le tunnel du Pas de Calais aurait une portée analogue, beaucoup plus considérable même que ceux-là, puisqu’il aurait pour objet de faciliter les rapports non plus entre deux empires, mais entre l’Angleterre et l’Europe entière. Son importance, au point de vue commercial, rappellerait donc plus volontiers celle du Suez.
- Essayons de chiffrer le mouvement du trafic auquel donnerait lieu la nouvelle artère.
- Le nombre des voyageurs se rendant d’Angleterre sur le continent, ou vice versa, est passé de 86 892 en 1848 à 209 869 en 1860, 319968 en 1870, 562668 en 1880, 703342 en 1890, 1 139171 en 1900, 1543000 en 1905, 1454000 en 1906, 1466000 en 1907, 1531000 en 1908, 1512000 en 1909, 1658000 en 1910, 1662000 en 1911, et 1 691 000 en 1912. Il est bien certain que le trafic
- voyageurs entre l’Angleterre et le continent a progressé largement depuis trente ans.
- Mais, si nous considérons le rapport du nombre des voyageurs à l’effectif total de la population, nous observons immédiatement que celui-ci ne dépasse pas 1 pour 100. 160 millions d’habitants de l’Europe n’ont, en effet, fourni, en 1912, que
- 1 700 000 passagers pour ou de l’Angleterre.
- Tandis que l’Anglais effectue plus de 50 voyages
- par an à l’intérieur du Royaume-Uni, on ne trouve, d’autre part, qu’un seul passager pour le continent par 50 habitants.
- En un mot, l’Anglais reste isolé dans son domaine insulaire. Cela ne résulte pas effectivement d’un dédain des Anglais pour les voyages, puisqu’ils se déplacent chez eux beaucoup plus que les autres peuples. A leurs 50 voyages annuels, les Allemands n’en opposent que 16, les Belges 22, et les Français 9.
- Nos amis et alliés du Nord circulent donc volontiers, mais il est bien évident que la traversée de la Manche les détourne de se rendre sur le continent, comme elle éloigne les continentaux de leurs îles.
- Si le canal de la Manche n’existait pas, ou si cette barrière était supprimée, nul doute que le mouvement des voyageurs entre le continent et l’Angleterre serait beaucoup plus élevé.
- Nous en trouvons une preuve dans ce fait qu’en 1911 le trafic voyageurs entre la France (59 600 000 habitants) et l’Allemagne (60 641 000 hab.) a atteint
- 2 808 000 personnes, que celui entre la France et la Belgique (7 587 000 hab.) et la Hollande (5 858 000 hab.) s’est élevé à 4364500 voyageurs. Or, en 1910, la France ne recevait d’Angleterre ou n’y acheminait qu’un million de passagers. La disproportion est flagrante, et ne peut s’expliquer que par l’existence du détroit, qui augmente sensiblement la durée du trajet, et comporte des ennuis que nombre de voyageurs préfèrent éviter.
- Si nous passons aux marchandises, nous devrons également constater, avec M. Yves Guyot, que nos opérations commerciales avec nos amis ne progressent que péniblement. De 1902 à 1912, notre commerce général avec l’Angleterre n’est passé que de 2571 000 000 fr. à 3227000000 fr. avec une augmentation de 3,6 pour 100 en moyenne par an. Or, pendant le même temps, notre com-
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- merce avec l’Allemagne s’élevait de
- 1 047 000 800 fr. à
- 2 082 000000 fr., soit une progression annuelle moyenne de 9,8 pour 100. Et pourtant, par la nature de leur production, France et Angleterre sont commercialement des pays complémentaires. Ils peuvent s'emprunter réciproquement ce qui leur fait défaut. D’autre côté, comme l’observait si justement notre ambassadeur à Londres, M. Cambon, « la nature travaille automatiquement à favoriser les échanges entre les deux empires ». Cependant ces échanges ne, suivent pas la merveilleuse courbe ascendante que l’on serait en droit d’entrevoir. En 1911, par exemple, nous exportions par les ports de la Manche et de la mer du Nord 577 000 tonnes de marchandises sur l’Angleterre et nons en recevions 5 525 000 tonnes, au total 6 000 000 de tonnes seulement. Les ports du réseau du Nord ne participaient à ce total que pour 1216 000 tonnes ou 20 pour 100.
- Si le tunnel eût. existé on pourrait admettre qu’il eût transporté 50 pour 100 du tonnage total. Mais, comme nous le disions précédemment, toute voie ferrée nouvelle amène un accroissement des échanges. Aussi a-t-on évalué à 5 millions 1/2 de tonnes le trafic marchandises que pourrait envisager la Compagnie du Tunnel. M. Sartiaux ne pense pas qu’il soit possible de fixer précisément le tonnage futur de la ligne. Il admet que la voie recevrait les 600 millions d’objets précieux, qu’elle pourrait escompter 50 à 60 000 tonnes de grande vitesse au minimum, mais que la navigation commerciale conserverait une part importante de son fret. On ne pourrait guère tabler que sur les marchandises de ire et de 2e catégorie.
- Au contraire, pour les voyageurs une estimation assez exacte peut être faite.
- On a pu chiffrer' la clientèle probable du tunnel à 90 pour 100 des voyageurs transitant jusqu’à présent par Calais et Boulogne, 70 pour 100 des voyageur! viâ Dieppe, 50 pour 100 des passagers d’Ostende, 20 pour 100 des passagers de Fles-singue, 5 pour 100 des autres voyageurs (Hook van Holland, Tréport, le Havre, Cherbourg, Saint-Malo). Au total, 900000 voyageurs pour la première année d’exploitation du tunnel, 1 200000 sept ans plus tard, la progression annuelle du trafic, d’après les enseignements du passé, atteignant 50000 voyageurs, et 3 à 4000 000 si le mouvement avec l’Angleterre suivait la courbe que l’on a observée
- pour nos relations avec la Belgique:
- Ainsi donc, les objections militaires qui s’opposaient à la construction du tunnel ne subsistent plus ; tout au contraire, l’utilité stratégique de la voie est nettement reconnue ; les raisons techniques qui ont pu faire hésiter les générations précédentes devant une œuvre gigantesque sont désormais levées avec l’emploi rationnel de l’électricité et les progrès de l’art de l’ingénieur. On a pu élaborer le plan définitif de la ligne. Celle-ci serait à double voie, en deux galeries parallèles de 5 m. 50 à 6 m. de diamètre chacune, distantes de 15 m. environ. Ces galeries seraient reliées par des rameaux nombreux. Une galerie d’écoulement, large de 3 m. et circulaire, servirait à l’exhaure, après avoir été utilisée pour l’évacuation des déblais. La voie se détacherait à Beuvrequent de la ligne de Boulogne à Calais, desservirait Marquise et Wissant et s’enfoncerait sous la mer au sud du cran d’Escalles.
- L'idée de placer un viaduc à l’entrée du tunnel a été abandonnée pour des raisons militaires exactement opposées à celles qui avaient paru devoir justifier l’édification de cet ouvrage. En Angleterre, le tunnel, à sa sortie de Shakespeare Cliff, décrirait une large boucle pour rejoindre la ligne de Douvres.
- Un raccordement a été prévu, avec tunnel de 2 km de longueur à Wadenthun, pour mettre en relation directe la nouvelle voie avec les lignes se dirigeant sur la Belgique et l’Allemagne.
- La partie sous-marine de la voie aurait 48 km de longueur ; les déclivités ne dépasseraient par 6 mm par mètre, et seraient par conséquent inférieures à celles que présente la voie entre Boulogne et Calais.
- Financièrement, le projet n’est pas moins réalisable. Après avoir estimé la dépense à 125 millions, puis à 250, on l’a évaluée à 400 millions. Ce capital serait facilement souscrit en. Angleterre, France et Belgique.
- Economiquement, le tunnel permettrait de réduire de 2 heures le trajet de Paris à Londres, la traversée n’étant plus que de 40 minutes pour les trains de voyageurs, de multiplier les relations rapides entre l’île et le continent, et d’accroître considérablement le trafic. .Enfin, politiquement, la voie cimenterait encore davantage l’union qui nous lie à nos amis et alliés. On peut donc considérer que la France victorieuse sera bientôt à même de renouveler le grand geste qui, avec l’ouverture du Suez, a été notre gloire au xixe siècle. P. de Lanjxoy.
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- LA CHIMIE DU GOUDRON
- Avant la guerre, alors que les explosifs ne constituaient pas encore l’unique préoccupation de l'Europe et de l’Amérique, une grande partie des dérivés du goudron était transformée en colorants d’aniline ou couleurs du goudron. Cette industrie spéciale, née en Angleterre, fut momentanément très prospère en France un peu avant 1870; actuellement elle est centralisée en Allemagne et c’est pour cela que les industries tinctoriales ont connu, au lendemain de la guerre, des moments si difficiles.
- Produits intermédiaires, — Les substances que l’on retire du goudron : benzine, toluène, xy-lène, cumène, naphtaline, phénol, crésols, anthra-cène, constituent les matières premières que l’industrie des matières colorantes transforme en innombrables dérivés colorés dont les propriétés sont des plus diverses.
- Mais les colorants ne dérivent pas de ces matières premières d’une manière immédiate : il y a des termes de transition qui sont les produits intermédiaires.
- Les méthodes dont disposent les chimistes pour préparer ces produits intermédiaires, sont très nombreuses, mais les réactions fondamentales les plus fécondes et qui sont douées d’un caractère de très grande généralité sont les suivantes :
- 1° La sulfonation ; 2° la fusion alcaline; 3° la nitration; 4° la réduction; 5° l'oxydation; 6° la chloruration.
- La plupart de ces méthodes consistent dans l’action des réactifs de la chimie minérale : acides, alcalis, halogènes, etc., sur les dérivés du goudron. Ces réactifs s’introduisent dans le composé organique où ils se substituent à un ou plusieurs atomes d’hydrogène et lui communiquent des propriétés nouvelles et précieuses.
- Lés hydrocarbures, comme chacun sait, sont insolubles dans l’eau, mais quand on les chauffe avec de l’acide sulfurique concentré, il se produit une réaction déjà constatée par Faraday vers 1820 et qui les transforme en substances acides solubles dans l’eau, ou susceptibles de fournir des sels solubles. On a donné à celte opération le nom de sulfonation et aux dérivés ainsi préparés le nom d'acides sidfoniques. Ainsi, la benzine traitée par l’acide sulfurique concentré à chaud, s’y dissout peu à peu ; en saturant la solution par la chaux et filtrant le sulfate de chaux, on trouve dans le liquide filtré le sel de chaux d’un acide benzène sulfonique.
- De la même manière la naphtaline et les autres carbures peuvent être sulfonés. Cependant, tandis que dans ces conditions la benzine ne donne jamais qu’un seul et même acide sulfonique, la naphtaline en fournit deux très différents l’un de l’autre, suivant qu’on a sulfone au-dessous de 100°, ou bien qu’on a chauffé à 170°.
- Cette réaction de l’acide sulfurique peut se produire simultanément plusieurs fois, suivant qu’on
- opère avec de l’acide sulfurique contenant de l’anhydride, qu’on en emploie un grand excès ou qu’on élève la température ; on obtient alors des acides disulfoniques, trisulfoniques ou polyphoniques. Ainsi, l’acide sulfurique fumant transforme la benzine en acide disulfonique.
- Mais ici, le phénomène se complique car il peut exister 5 acides disulfoniques de même composition mais doués de propriétés très différentes : on dit qu’ils sont isomères. Cette isomérie devient plus complexe quand on s’adresse à la naphtaline qui peut donner naissance à 10 acides disulfoniques isomères.
- Les acides sulfoniques se prêtent en général à une réaction très simple, mais aussi très importante : c’est la fusion alcaline, découverte simultanément par Würtz et Dusart en France et par Kekulé en Allemagne vers 1867. Comme son nom l’indique, elle consiste à fondre un acide sulfonique avec un alcali, généralement la soude caustique. Dans ces conditions, il se forme du sulfite de soude et le sel alcalin d’un phénol. Le phénol donne avec les alcalis de véritables sels ; avec la soude on obtient du phénate de sodium. Or, ce phénate de sodium prend naissance quand on fond le benzène sulfonate, avec la soude caustique ; il suffit d’acidifier pour en isoler le phénol identique en tous points à celui extrait directement du goudron. Ce n’est pas trahir les secrets de la défense nationale en signalant que le phénol nécessaire à l’énorme production des explosifs est presque exclusivement obtenu chez nous par cette voie synthétique, les fours à coke du Nord étant immobilisés. Mais ce qui donne à cette méthode un intérêt considérable c’est qu’elle a permis de préparer une foule de phénols qui jusqu’ici n’ont pas été rencontrés dans la nature : ce sont des produits entièrement artificiels. Ainsi, les deux acides naphtaline monosulfoniques ont fourni les phénols correspondant à la naphtaline : l’a et le $-naphtol. Donc d’une manière générale, la sulfonation et la fusion alcaline combinées, permettent de passer d’un hydrocarbure au phénol correspondant.
- Mais qu’arrive-t-il quand on soumet un acide disulfonique à la fusion alcaline? Il peut se produire deux choses ; suivant les conditions plus ou moins modérées de la fusion, un seul ou les deux groupes sulfoniques entrent en réaction et l’on peut obtenir un composé à la fois phénol et acide sulfonique ou bien un dérivé qui est deux fois phénol ou diphénol. Si l’on tient compte des multiples isoméries qui peuvent intervenir, on voit immédiatement que le nombre de composés nouveaux qu’on peut préparer ainsi, est déjà extrêmement élevé. Mais ce nombre va encore s’élever grâce à la nitration dont la fécondité dépasse celle des précédentes.
- Lorsqu’on fait agir de l’acide nitrique concentré sur les carbures, les phénols, les acides sulfoniques des carbures, les acides phénolsulfoniques ou les diphénols, il se produit une réaction souvent telle-
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- LA CHIMIE DU GOUDRON -- ' — 87
- ment énergique qu’on doit la modérer par le refroidissement ou la dilution des substances réagissantes. Les produits de la nitration constituent des dérivés nitrés. Si nous appliquons cette réaction à la benzine on obtient la nitrobenzine ou essence de mirbane.
- L’eau qui prend naissance dans la réaction exerce une action retardatrice parce qu’elle dilue l’acide nitrique ; on s’en débarrasse en l’absorbant par de l’acide sulfurique, c’est-à-dire qu’on traite la benzine par un mélange d’acide sulfurique et d’acide nitrique concentrés. Dans ces conditions, la réaction devient totale. Mais ici, comme pour la sulfonation, la nitration peut ne pas se borner là : si la température est plus élevée, si l’acide nitrique est plus concentré ou si la quantité de réactif augmente* la nitration va se répéter deux fois, trois fois ou même davantage : on obtiendra des dérivés dinitrés, tri-nitrés, polynitrés. Si les dérivés mono et dinitrés sont surtout intéressants au point de vue particulier des colorants, les dérivés trinitrés présentent, au contraire, un puissant intérêt par suite de leurs propriétés explosives. Ils constituent des explosifs des plus meurtriers comme par exemple le trinitrd-toluène, trinitrophénol (mélinite ou acide picrique), trinitrocrésol, etc., dont la consommation formidable‘se chiffre journellement par milliers de tonnes pour l’ensemble des forces combattantes.
- Le nombre des dérivés nitrés, comme on le voit, est très grand, il s’accroît naturellement par suite des isoméries qui deviennent de plus en plus nombreuses au fur et à mesure que les molécules se compliquent.
- Tous ces dérivés nitrés sont sensibles à l’action de l’hydrogène naissant ou des corps susceptibles de fournir de l’hydrogène, comme le fer, le zinc et lès acides, le zinc en poudre et la soude, etc. L’hydrogène s’empare totalement ou partiellement de l’oxygène qui est lié à l’azoté et il en résulte des composés nouveaux dont la nature dépend des conditions de la réaction.
- Ces phénomènes se nomment : là réduction. Lorsque cette réaction est poussée jusqii’à sa dernière limite, le coiiposé nitré se trouve transformé en un produit azoté totalement différent, qui jouit de propriétés basiques et qu’on appelle une amine. Ainsi, la nitrobenzine, mise en présence de limaille de 1er et d’un peu d’acide chlorhydrique, fournit Yaniline, substance mère des matières colorantes artificielles qui, pour cette raison, s’appellent quelquefois couleurs d'aniline. L’aniline est une huile incolore qu’on retirait autrefois de l’indigo en distillant celui-ci avec de la soude, c’est le chimiste russe Zinin qui l’obtint le premier en réduisant la nitrobenzine par le sulfhydrate d’ammoniaque en 1842 et c’est un Français, Béchamp, qui indiqua le procédé de réduction au fer et à l’acide acétique qui constitue encore maintenant le procédé industriel, avec cette différence que l’on a rem-
- placé l’acide acétique par l’acide chlorhydrique.
- Les premières matières colorantes du goudron furent obtenues en oxydant l’aniline dans diverses conditions,et,dès 1856, l’importance industrielle de l’aniline était reconnue. Elle fut fabriquée en France, à l’usine Dalsaceà Saint-Denis en 1860. Depuis, son importance n’a fait que croître à tel point que sa consommation annuelle se chiffre par milliers de tonnes. Son principal emploi consiste dans la teinture du coton en noir.
- Quand on soumet à la réduction les dérivés dinitrés, on obtient suivant le mode opératoire, des diamines lorsque la réduction a porté sur les deux groupes nitrés ou bien des nitramines quand un seul des deux groupes a été réduit.
- Les réactions d'oxydation produisent des effels exactement contraires à ceux de la réduction ; l’oxydation consiste soit à fixer de l’oxygène sur un composé organique, soit à lui soustraire de l’hydrogène. On emploie pour cela des corps oxydants, c’est-à-dire susceptibles de libérer de l’oxygène comme l'acide chromique, la permanganate de potasse* l’hypochlorite, les peroxydes, etc. C’est ainsi que l’anthracène fixe deux atomes d’oxygène et perd deux atomes d’hydrogène quand on l’oxyde par l’acide chromique et donne de l’an-thraquinône. Cette substance donne naissance à une très grande variété de matières colorantes qui se distinguent par une solidité à toute épreuve. C’est en partant de l’anthraquinone que Graebe et Liebermann ont réalisé en 1869 la synthèse de l’alizarine* matière colorante qu’on retirait jusque-là de la racine de la garance. Il suffit de sulfoner l’anthraquinohe et de soumettre l’acide sulîonique à la fusion alcaline pour obtenir l’alizarine identique en tous points au colorant naturel. La portée scientifique et industrielle de cette découverte mémorable fut immense; peu à peu la culture de là garance dut céder du terrain, ce qui amena la ruine de plusieurs de nos départements du Midi. Avant la guerre presque toute l’alizarine consommée dans le monde était fabriquée par les usines allemandes, ce qui ne nous empêchait pas de continuer à habiller nos troupes avec des pantalons rouges teints avec de l’alizarine allemande. Il est vrai qu’une ordonnance de Louis-Philippe l’avait prescrite afin d’encourager là culture française de la garance.
- A côté dé ces réactions fondamentales, les chL mistes disposent encore d’un grand nombre de moyens d’action sur les dérivés du goudron. Il n’est donc pas étonnant qu’ils aient pu transformer les quelques carbures initiaux en une série de plusieurs milliers de produits intermédiaires. Cependant parmi ceux-ci, tous ne présentent pas le même intérêt pour la fabrication des matières colorantes ; il s’est établi une sélection et il n’y en a guère plus d’une centaine qui soient réellement indispensables. A. Wahl,
- Professeur de chimie industrielle à la Faculté des Sciences de Nancv..
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- DECOUVERTE DE LA VILLE SAINTE DES INCAS
- Le Mexique ne cesse de retenir l’attention : il ne nous appartient pas d’étudier sa situation politique, et, récemment, nous avons exposé ses ressources industrielles.il présente aussi pour l’archéologie un intérêt puissant,
- car il fut le siège ........ ... ..
- d’une civilisation curieuse que la conquête espagnole détruisit entièrement et dont le souvenir seul était parvenu jusqu’à nous. La civilisation des Incas restait enveloppée de mystères profonds, et ce n’est que tout récemment qu’une découverte de la plus haute importance a jeté sur elle une clarté nouvelle.
- L’auteur en est M. Hiram Bingham, professeur à l’Université dé Yale, qui s’était fait connaître déjà par ses voyages scientifiques à travers l’Amérique du Sud. 11 possède ce double avantage sur bien des explorateursqu’il parle admirablement la langue espagnole, et que tout ce que l’on connaît sur les pays qu’il parcourt lui est familier. Et c’est ainsi qu’il put, au cours d’une précédente exploration, recueillir de la bouche des indigènes certains indices qui, contrôlés par sa profonde connaissance de l'histoire dés Incas, rendirent possible sa mémorable découverte.
- Quelques semaines avant lui, une expédition organisée par une autre université s’était arrêtée au pied de cette même montagne, où la jungle tropicale voi-
- Fig. i. — Vue extérieure d’ensemble.
- lait de son épaisse verdure les ruines si ardemment cherchées. Elle passa outre, négligeant d’interroger les Indiens. Ses chefs doivent regretter amèrement de ne point s’être attardés à recueillir
- les confidences de -ces humbles des-/ < . , . _ ’ cendants d’une
- race antique,
- En partant pour l’intérieur du Pérou à la tête d’une expédition subventionnée par la National Géographie Society, de Washington, et par l’Université de Yale, M. Hiram Bingham s’était proposé de résoudre plusieurs problèmes historiques. Il voulait, notamment, retrouver la dernière capitale des Incas, Yitcos, où régnèrent les trois derniers empereurs péruviens, chassés de Cuzco par la conquête espagnole.
- Lancée à la recherche de cette ville disparue, l’expédidion s’engagea dans la vallée du BioUru-bamba, pittoresque canon à l’entrée duquel les Incas passaient leur villégiature hivernale, et qui se rétrécit bientôt entre des murailles de 700
- à 800 m. où s’accroche une végétation luxuriante. Des forteresses et des redoutes, bâties de matériaux cyclopéens, surplombent le défilé, et l’on comprend que les Espagnols aient hésité pendant un demi-siècle à s’engager dans ce labyrinthe dé précipices, où une poignée d’hommes pouvait anéantir une armée en roulant sur elle des quartiers
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- Fig. 2. — L’ancienne capitale des Incas. i. Bastion de défense.
- î. Une maison. -- 3. Fenêtres mégalithiques.
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- de roche, du haut de ces travaux inaccessibles.
- M. Bingham a la franchise de reconnaître qu’il fut favorisé .par une circonstance exceptionnelle : le Gouvernement péruvien venait de terminer la construction du chemin muletier qui permet de remonter assez haut le canon de rUrubamba. Quarante années auparavant, un voyageur français avait failli le frustrer de sa glorieuse découverte ; des Indiens lui avaient révélé l'existence de ruines mystérieuses près de la source de ce fleuve, mais il n’avait pas réussi à pénétrer plus avant dans le défilé.
- Six jours après son départ de Cuzco, l’expédition campait sur une petite plantation, appelée Mandorpampa, dont le maître, un Indien, signalait à M. Bingham qu’il avait jadis visité sur le sommet des monts voisins des ruines qu’il appelait Machu Picchu. Ce nom fit dresser l’oreille au sa-xrant : c’était bien celui qu’avait relalé jadis l’explorateur français.
- Dès le lendemain matin, sous la conduite de l’Indien, et avec un soldat péruvien pour escorte, M. Bingham entreprenait la rude escalade de la gigantesque muraille. Vers midi* il atteignait une terrasseoù trois familles indiennes avaient construit leurs huttes et établi leurs plantations de canne à sucre, de maïs et de patates. De ce nid d’aigle* la vue était splendide ; il dominait ün inextricable labyrinthe de canons, perché qü’il était sur une crête dont une boucle du fleuve défendait le pied, de ses eaux tumultueuses qui grondaient à 800 m. plus bas;
- S’engageant sur un sentier accroché au flanc de la falaise, et que continuaient çtà et là de fragiles passerelles . construites de troncs et de lianes, M- Bingham pénétrait dans une dense forêt, et, dès ses premiers pas, il distinguait dans la pénombre qui régnait en plein midi sous l’épaisseur du feuillage une quantité de murailles construites de blocs de granit. Bientôt, il atteignait une petite clairière bordée de deux côtés par deux édifices splendides, temples ou palais.
- Dès ce moment, l’explorateur eut l’impression qu’il venait de découvrir un véritable joyau archéologique. Pénétrant plus avant parmi les arbres et les lianes, il constatait la présence d’innombrables murailles, presque toutes admirablement conservées, et composées de blocs de granit aussi soigneusement taillées et juxtaposées que des pierres de mosaïque. Et l’historien qu’est M. Bingham se posa dès lors cette question : quel était le nom véritable de cette ruine V quel rôle avait joué dans l’histoire des Incas cette ville mystérieuse, édifiée au sommet des Andes, en une place que la nature et le tra-v ail des hommes avaient rendue inexpugnable ?
- Quelques semaines plus tard, il confiait à deux de ses collaborateurs, M. l’ingénieur II.-L. Tucker,etM. Paul Baxter Lanius, la mission de déblayer de leur végétation une partie des ruines, et d’en dresser une carte aussi complète que possible. Les résultats de ces travaux préliminaires ne tardaient pas à confirmer les soupçons de M. Bingham : les trois grandes fenêtres symétriques percées dans la façade de l’un des palais, la situation des ruines, dressées dans la partie la plus sauvage des Andes, et sur une cime presque inaccessible, la preuve matérielle qu’elles avaient échappé aux entreprises de chercheurs de trésors et que les Espagnols, et, après eux, les Péruviens, avaient ignoré leur existence, tout l’incitait à croire qu’il venait de découvrir la Ville Sainte des Incas, ce Tampu-Tocco où ils avaient couvé leurs rêves de conquérants avant de fonder Cuzco et de se tailler un vaste empire qui embrasserait la moitié du continent sud-américain.
- Fidèles à leur exécrable coutume de noyer dans le sang les civilisations indigènes qu’ils rencontraient au cours de leur chasse à l’or, les conquistadores espagnols ne nous ont légué que de ' bien, rares documents sur l’histoire pré-eolombienne du Pérou. Cependant, les chroniqueurs de la conquête purent recueillir, de la bouche des indigènes échappés à un massacre systématique, quelques légendes
- Fig. 3. — Escalier dans le roc et porte mégalithique.
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- DÉCOUVERTE DE LA «VILLE SAINTE DES INCAS ====== 91
- relatives à la fondation de l’Empire des Incas.
- Des milliers d’années avant l’arrivée des Espagnols, vivait sur les hauts plateaux du Pérou une race qui avait élaboré une civilisation fort avancée. Elle bâtissait des édifices cyclopéens, dont les ruines imposantes font encore l’admiration des architectes : telles, les forteresses de Sacsahuaman et d’Ollantaytambo, dont M. Bryce, le diplomate et historien bien connu, qui les a visitées, a écrit qu’il convenait de les ranger parmi les ruines préhistoriques les plus remarquables dans le monde.
- Une invasion de barbares venus du Sud — probablement les ancêtres des farouches tribus du Grand-Chaco — vint battre en brè-( he cet empire naissant. Finalement, l’avantage resta aux sauvages, et les bâtisseurs de villes se réfugièrent dans la partie la plus inaccessible des défilés andins. Ils s’y établirent fortement, en complétant les défenses naturelles que présentaient déjà ces cimes ; et ce fut dans cet asile inexpugnable que leurs descendants vécurent, durant plusieurs siècles, à l’abri des barbares.
- La race reprit confiance en ses destinées, et l’heure vint où la reconstitution de sa puissance militaire ralluma les ambitions ancestrales.
- Elle étouffait dans ces défilés! Il lui fallait les plaines, l’espace, la conquête !
- Suivant un plan bien arrêté, la nation se donna rendez-vous autour de sa capitale, Tampu-Tocco, et ce fut de cette ville, content les légendes, qu’elle partit à la conquête de la région de Cuzco, sous la conduite de trois frères, qui firent leur sortie par trois fenêtres (ou par trois grottes).
- La marche en avant se fit méthodiquement; l’œuvre de conquête procéda par lentes étapes. Quand Pizarre et ses bandes de vandales et de meurtriers débarquèrent sur les rivages du Pacifique, l’Empire des Incas englobait déjà l’emplacement actuel du Chili, de la Bolivie, du Pérou, de l’Ecuador, et une partie de l’Argentine, du Brésil et de la Colombie. Les balles de fusil et l’acier des
- lames de Tolède vinrent rapidement à bout du puissant empire, dont les armées n’avaient à leur opposer que les cailloux de leurs frondes et les silex de leurs llèches.
- Quand ils eurent achevé de piller Cuzco et les autres villes florissantes, les conquérants tournèrent leur attention et leur cupidité vers Tampu-Tocco, la cité sainte où ils comptaient bien découvrir d’inépuisables trésors. Un complot national les lança sur une fausse piste : tous les indigènes qu’ils interrogèrent répondirent que les ruines se trouvaient dans la vallée de l’Àpu-rimac, à une journée de marche au Sud-Ouest de Cuzco, en un point appelé Pacari-Tampu. Les Espagnols y constatèrent effectivement la présence de quelques ruines assez bien conservées, mais de peu d’importance. Et l’affaire fut classée : Pacari-Tampu fut considéré par les chroniqueurs de la conquête comme l’antique Tampu-Tocco qui avait servi de berceau aux Fils du Soleil.
- M. Bingham résolut d’éclaircir avant tout un point d’Histoire aussi important, et, tandis qu’il préparait sa nouvelle expédition, un de ses collaborateurs, le ür Eaton, allait explorer Pacari-Tampu. Son enquête jetait une lumière nette sur la question en établissant que les ruines de la vallée de l’Apurimac étaient rares, et de médiocre importance ; qu’ellesHê comportaient pas de fe. nêtres; qu’on ne rencontrait pas de grottes dans les environs ; et que l’emplacement de cette ville antique n’était pas défendu par des obstacles naturels. Ainsi, Pacari-Tampu ne répondait pas aux descriptions du mystique Tampu-Tocco, telles que les avait transmises la légende. La preuve était manifeste que les Péruviens avaient sciemment induit en erreur les Espagnols, en leur indiquant ces ruines banales comme les vestiges de leur capita'e préhistorique.
- Au contraire, la situation stratégique de la ville découverte par M. Bingham, ses formidables défenses naturelles, l’importance et le nombre de ses édifices, la disposition des, trois grandes fenêtres
- Fig. 4. — Intérieur d'une maison. Meules à grains.
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- symétriques de l’un des palais, tout concordait ici I avec la légende. En quichua, Tampu signifie caverne, et, par extension, un lieu de séjour temporaire. Tocco signifie fenêtre. Vaincus par des hordes sauvages, les ancêtres des Incas s’étaient réfugiés au centre de ce labyrinthe de gigantesques précipices pour y reconstituer leur nation, avec l’espoir de reprendre tôt ou tard l’offensive. Le nom était donc justifié : c’était bien une capitale provisoire qu’ils avaient fondée sur les cimes inaccessibles du Machu-Picchu. Mais les instincts de ces bâtisseurs de villes avaient pris le dessus sur leurs prévisions : ils avaient projeté de camper, mais avaient fini par édifier des demeures construites pour l’éternité, d’où s’élanceraient plus tard, à la conquête du monde,trois frères, ou trois chefs de clan.
- Cependant, les travaux de déboisement étaient poussés avec rapidité, et les savants archéologues pouvaient désormais étudier la mystérieuse cité en
- un poste d’observation d’où les vigies pouvaient signaler l’approche des bandes suspectes, dès leur apparition au creux des canons. »
- Décrivant la ville elle-même, M. Bingham note non sans surprise que la plupart des maisons, qui comprennent deux étages, ou un étage et un grenier, sont à pignon. Sur la façade supérieure du pignon, on remarque des blocs cylindriques, disposés symétriquement, et projetés à la façon des gargouilles; sur la face intérieure, des blocs taillés en forme de bagues retenaient les charpentes du toit.
- Une autre caractéristique de Machu-Picchu est le grand nombre de ses escaliers à ciel ouvert, formant rues ou passages; M. Bingham en a compté une centaine, dont plusieurs ont plus de 150 marches, constituées généralement par des blocs de granit larges de 1 m. environ; quelques escaliers de 6 à 10 marches sont taillés d’une seule pièce dans un bloc de granit. Dans plusieurs cas, les escaliers, construits pour relier une maison à son jardin en
- Fig. 5. — Intérieur de la forteresse.
- son ensemble comme en ses détails. Nous ferons ici des emprunts directs à la brillante relation publiée par le National Géographie Magazine :
- « Il serait prématuré, observe M. Hiram Bingham, de parler de la civilisation qu’avaient évoluée les habitants de Machu-Picchu. Mais on peut remarquer que c’était essentiellement une ville de refuge. Elle est perchée sur une des cimes du coin le plus inaccessible des Andes, et des précipices aux murailles tantôt verticales, tantôt presque perpendiculaires aù sol, l’entourent de tous les côtés.
- « Gomme si ces formidables falaises de 300 à 400 m. ne suffisaient pas à les mettre à l’abri d’un coup de main, les fondateurs de Machu-Picchu avaient renforcé le rebord des précipices en y construisant de massives murailles sur les points qui pouvaient se prêter à l’escalade. Pour barrer la crête qui unissait leur étroit plateau au massif principal, ils y avaient dressé deux murailles hautes de 5 à 7 m., et les avaient construites de pierres énormes, blocs de granit pesant chacun plusieurs tonnes. Un large fossé aux pentes raides renforçait la muraille extérieure. Enfin, sur le sommet du piton qui surplombait la ville, ils avaient installé
- terrasse, ou pour assurer les communications entre deux groupes de maison, sont resserrés si étroitement entre deux murailles de rochers qu’un homme de forte corpulence ne pourrait pas les gravir.
- Cette race ingénieuse, qui ne disposait pas d’outils en fer ou en acier pour tailler le granit, pour le travailler et le polir, savait cependant, à force de patience et d’adresse, façonner à ses besoins une pierre aussi résistante. Certaines murailles sont de pures merveilles d’architecture; les blocs s’adaptent les uns contre les autres avec l’exactitude méticuleuse qu’exige une mosaïque. Dans plusieurs maisons, les murailles comportent des niches admirablement aménagées, et qui servaient probablement d’armoires; dans d’autres, des blocs massifs, habilement creusés, emmagasinaient l’eau amenée d’une source lointaine à l’aide de rigoles souterraines également creusées dans le granit.
- Que ne demandaient-ils pas à cette roche ignée, les fondateurs de la cité mystérieuse ! Ils en façonnaient jusqu’à des serrures ! Les portes de la ville et celles des différents quartiers présentaient, au-dessus de leur linteau, une énorme bague de granit à laquelle les habitants attachaient une poutre dont
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- l’extrémité inférieure s’enfoncait dans le sol. Dans chacun des montants, un bloc partiellement évidé retenait un cylindre, également de granit, auquel on attachait une poutre horizontale. Les deux poutres en croix assujettissaient des madriers qui faisaient office de porte. Grâce à cette ingénieuse disposition, un ennemi ne pouvait pas, du dehors, trancher les cordes qui maintenaient en place poutres et madriers.
- Dans les maisons les plus spacieuses, des plates-formes de pierre, qui servaient probablement de lits ou de divans, occupent les coins des chambres. M. Bingham signale, en outre, des mortiers formant corps avec les pierres du sol, dans des pièces qui servaient vraisemblablement de cuisines.
- Nous noterons un détail dont l’importance est capitale quant à l’étude de la religion de cette race mystérieuse. En explorant une tour semi-circulaire qui se dresse au rebord d’un précipice, M. Bingham a découvert, à la base d’une des fenêtres, les orifices de plusieurs petits passages, à peine plus gros que le pouce, qui aboutissaient à une cavité ménagée dans l’intérieur d’un bloc. Il pense que cette
- tour était un temple, et que les prêtres possédaient des serpents apprivoisés qui nichaient dans ces cavités. Selon le trou qu’employaient les reptiles pour sortir à l’air libre, sur le signal du prêtre, celui-ci rendait ses oracles. Il est certain que le serpent jouait un rôle important dans la religion de ce peuple; plusieurs des pierres sacrées qui se dressent sur la place de chaque quartier montrent des reptiles gravés sur l’une de leurs faces.
- Regrettant d’abréger cette description, nous conclurons avec M. Hiram Bingham qu’elle répond bien à celle que la légende nous a léguée sur Tampu-Tocco, cette ville aux murailles cyclopéennes d’où les Incas comptaient s’élancer à la conquête du monde, après une trêve de plusieurs siècles qu’ils avaient employée à la reconstitution de leur puissance militaire. Sa découverte marque donc une date de la plus haute importance dans l’étude de l’histoire antique du Nouveau Monde.
- Et nous attendrons avec impatience l’apparition de l’œuvre définitive que le savant archéologue promet de publier incessamment sur un sujet aussi passionnant. V. Forbin.
- LE NICKEL ET LA GUERRE
- Si le nickel n’est pas un métal de guerre au même titre que le cuivre par exemple, il ne faut pas croire pour cela qu’il n’ait pas d’emploi militaire. Nous n’en avons pas de meilleure preuve que la récente expédition du sous-unariu de commerce Deutschland qui doit rapporter des États-Unis en Allemagne une cargaison de nickel.
- Les aciers spéciaux au nickel, ont, surtout en Allemagne, de gros emplois militaires ; les balles S ont une enveloppe renfermant du nickel, les bandes chargeurs de mitrailleuses sont en acier-nickel. Les qualités que le nickel confère aux aciers l’ont fait choisir pour la fabrication des plaques de blindage et la rivalité des grandes nations maritimes dans la construction des dreadnoughts fut une des causes de l’augmentation de la demande. L’industrie des automobiles y fut également pour beaucoup. Enfin sa valeur pour la construction des ponts est démontrée par le choix de l’acier au nickel pour la construction du pont de Québec qui s’écroula si lamentablement il y a quelques années.
- Dans les sciences et l’industrie, les alliages à haute teneur sont employés dans des buts spéciaux, comme l’alliage invar à 36 pour 100 de nickel qui ne se dilate pas lorsque la température s’élève. Pur, le nickel qui ne se ternit pas est utilisé pour les monnaies en France, en Suisse, en Turquie, etc. Dans bien des cas l'acier est nickelé pour le préserver de la rouille.
- Chose curieuse, le Canada qui est le grand producteur de nickel ne l’emploie pas encore pour sa monnaie divisionnaire.
- L’un des alliages les plus importants est le métal
- Mond, contenant 68 à 72 pour 100 de nickel avec la balance en cuivre, préférable dans bien des cas à l’acier ou au bronze ou manganèse en particulier pour les propulseurs de bateaux, les chaudières et les surfaces exposées aux vapeurs acides. Pendant l’année 1908, environ 27 000 m2 de feuilles de “métal Mond furent exposées aux vapeurs acides et employées pour couvrir la station du tunnel de Pennsylvanie à New-York.
- Les teneurs ordinaires des aciers au nickel sont d’ailleurs très inférieures à celles que nous venons d’indiquer. Elles oscillent habituellement entre 2,5 et 3,5 pour 100.
- La production annuelle s’équilibre aux environs de 30 000 tonnes sur lesquelles les deux tiers proviennent du Canada, plus particulièrement du district de Sudbury et le reste de la Nouvelle-Calédonie où les gisements furent découverts en 1865 par M. J. Garnier.
- Les minerais de nickel exploités actuellement sont les pyrites cuprifères et nickelifères (pyrrhotine, marcasile), et les minerais de cobalt du Canada, exploités eux-mêmes pour leur teneur en argent, et le minerai tout spécial de la Nouvelle-Calédonie, la garniérite, contenant de 20 à 50 pour 100 d’oxyde de nickel, le reste étant de l’oxyde de magnésium.
- La métallurgie du nickel, plus encore que celle du cuivre, se distingue par les conditions spéciales dans lesquelles on se trouve de traiter des minerais en général très pauvres. Nous allons décrire avec quelques détails les méthodes employées au Canada et qui “sont relativement peu connues, i Les minerais de Sudbury renferment, comme
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- constituants précieux, le nickel et le cuivre; ces deux métaux doivent être d’abord séparés des substances inutiles, puis ensuite l’un de l’autre. On y arrive soit à l’aide de procédés magnéticfues, un des corps étrangers, le sulfure de fer, étant magnétique, soit plus simplement par un triage à la main. Quand cette opération est terminée, comme le minerai obtenu contient beaucoup trop de soufre qu’il n’en faut, dans la matte titrée, on retire une partie du soufre par grillage en tas. Le principe consiste à employer le soufre du minerai comme combustible, après l’avoir allumé à l’aide d’une couche de bois. Ces tas, qui représentent 2000 à 3000 t. de minerai, brûlent pendant trois ou quatre
- permetlait de préparer 7 t. de matte, ont été, par suite de leurs nombreux inconvénients, tout récemment remplacés par des convertisseurs basiques. Ce sont simplement des cylindres garnis de briques magnétiques. Le fonctionnement est le même que celui du convertisseur acide : le fer brûlé par le courant d’air se combine à la silice pour former un laitier. Mais tandis que dans le convertisseur acide, la matière silicieuse forme le garnissage, qui par suite est attaqué au cours de l’opération, dans le convertisseur basique, le revêtement intérieur est en briques basiques et le quartz ou la silice sont jetés dans le convertisseur quand il est besoin. Les briques qui forment le garnissage s’usent rapidement au niveau des tuyères, mais cependant un convertisseur basique peut donner 3 à 4000 t. de mattes bessemerisées avant d’avoir besoin ' ‘ de réparations. On peut ainsi traiter
- 60 t. à la fois. Il s'agit maintenant d’obtenir le nickel-
- Deux méthodes sont employées : le procédé Orford et le procédé Mond.
- Fig.i. — Un train déchargeant les scories fondues des creusets.
- mois déversant dans l’air des torrents d’anhydride sulfureux qui, dans un rayon de plusieurs milles, détruisent toute végétation. >
- Après le grillage en tas, l’opération suivante est la fusion du minerai dans les fourneaux « à chemise d’eau » pour la matte étalon. Ces hauts fourneaux sont de forme rectangulaire de dimensions moyennes (1 m. 56 X6 m. et 6 m. de haut) et permettent de traiter 500 t. par jour. Deux rangées de chemises d’eau, l’une vers le haut de l’appareil, l’autre à la hauteur des tuyères servent au refroidissement. Leur consommation en eau étant de 4 à 5 m3 par minute, l’eau ressort indéfiniment et se refroidit dans des réservoirs où une pompe la repuise à nouveau.
- Le minerai grillé qui contient 10 à 11 pour 100 de soufre après son traitement dans le haut fourneau passe ensuite dans des convertisseurs afin d’obtenir une matte contenant 75 à 80 pour 100 de cuivre et de nickel.
- Ces convertisseurs, analogues aux convertisseurs Bessemer de la métallurgie du fer, sont soit acides, soit basiques. Les convertisseurs acides, dont le revêtement quartz silice durait à peine 8 heures et
- Fig. 2. — Vue d’une batterie de convertisseurs basiques.
- Dans le premier cas, on fond la matte avec du coke et un sulfate alcalin, ordinairement le sulfate de soude, qui dissout les sulfures de cuivre et de 1er, permettant au sulfure de nickel plus lourd de se déposer. Les diverses couches de substances fondues peuvent être coulées à différents degrés, mais le procédé n’est pas complet à la première fusion et doit être répété plusieurs fois.
- Le procédé Mond excessivement ingénieux est basé sur la découverte faite en 1889 par Lauger et Mond, que l’oxyde de carbone à une température de 80° attaque le nickel finement divisé et donné du nickel carbonyle, corps gazeux qui à 180° se décompose de nouveau donnant le nickel pur. Le procédé fut breveté et fonctionne industriellement; cinq opérations sont.nécessaires :
- 1° Grillage complet pour chasser le soufre autant que possible; #
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- 2° Extraction d’environ deux tiers du cuivre par l’acide sulfurique, le sulfate de cuivre en résultant étant vendu tel quel ;
- 3° Réduction du nickel et du cuivre à l’état métallique par le gaz à l’eau ou un gaz riche en hydrogène, à une température ne dépassant pas 400°;
- 4° La substance maintenant réduite à l’état métallique est envoyée par des conduits hermétiques et des ascenseurs dans un appareil appelé « volati-lisateur » où elle est soumise à l’action de l’oxyde de carbone à une température inférieure à 80°;
- 5° Le métal carbonyle ainsi produit passe dans le décomposeur chauffé à 180° où le métal se dépose en granules commerciales qui contiennent 94,4 à
- de cuivre et 800 t. de sulfate de nickel par an.
- En Nouvelle-Calédonie, le minerai de nickel, la garniérite, est exempt de soufre et de cuivre et théoriquement pourrait être regardé comme une source de fer aussi bien que de nickel et Garnier suggéra de le fondre directement comme ferro-nickel.
- La méthode actuellement adoptée est la production de la matte par addition de fondants et de soufre ou de matières contenant du soufre dans les opérations de fusion. La matte qui en résulte contient environ 60 pour 100 de nickel, 25 pour 100 de fer et 15 pour 100 de soufre. On la traite dans un four à ouverture avec du sable quartzeux pour
- Fig. 3. — Vue d'une région de grillage des pyrites. On remarque l’aspect dévasté de la végétation sous l'influence des vapeurs sulfureuses.
- 99,8 pour 100 de métal. L’extraction n’est pas complète en une seule phase et les substances doivent circuler pendant une période de 7 à 15 jours entre les phases 3 et 4 pour que 60 pour 100 environ du nickel soit enlevé à l'état de carbonyle.
- Le résidu de cette opération, correspondant à environ un tiers de la matte originale calcinée et n’en différant pas beaucoup en composition, est renvoyée à la première opération et parcourant de nouveau le cycle.
- La production était presque entièrement absorbée par la Compagnie Armstrong pour faire des plaques de blindage, Krupp et une Compagnie fabricant des objets en nickel fin à Berndorf près de Vienne. Les usines de Clydach, faubourg de Swansea, qui utilisent le procédé Mond, produisent actuellement 1700 t. de nickel, 7000 t. de sulfate
- en fondre et séparer le fer, ou dans un convertisseur Bessemer.
- Les exportations de minerai et de matte de la Nouvelle-Calédonie sont les suivantes, en tonnes :
- Minerai. Matte.
- 1908. . . . 108.000 ))
- 1909 .... 86.000 ))
- 1910. . . . 89.000 ))
- 1911 .... 120.000 2.935
- 1912. . . . 72.000 3.097
- 1913. . . . 93.000 5.892
- La valeur du nickel sur le marché européen était d’environ 4 francs par kilogramme. On voit donc que la production de notre colonie, loin d’être négligeable, mérite d’être soutenue et encouragée de façon à pouvoir après la guerre profiter des nouveaux débouchés qui s’ouvriront. ' II. Volta.
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- L’AUTOMICROGRAPHE
- Cet appareil réalisé surtout pour compléter un hématimètre (*) que l’un de nous a fait construire permet d’effectuer à loisir la numération des globules en pointant chacun d’eux et donne la possibilité de garder une preuve concrète des calculs exécutés. Il peut en outre être employé pour la photographie en noir ou en couleurs des coupes d’histologie normale et pathologique animale ou végétale, et avec certaines modifications servir pour la microphotographie des métaux.
- Par sa construction, basée sur des principes connus, l’appareil permet de prendre des épreuves sans mise au point préalable sur la plaque mate, celle-là se fait automatiquement, et l’opérateur n’a pas à quitter de l’œil l’oculaire pour effectuer cette opération. D’autre part, la platine mobile exécute des déplacements micrométriques de longueur connue dans les deux sens sans être obligé de consulter une échelle, quelconque. Ces déplacements peuvent correspondre à une graduation gravée sur une glace ou à des diaphragmes de grandeurs et de formes déterminées, lesquels placés directement au-dessous de la plaque sensible seront reproduits par la photographie et permettront d’obtenir des mensurations très exactes.
- Le statif du microscope est un peu plus lourd et plus robuste que ceux des grands microscopes en usage ; le mouvement rapide par pignon et crémaillère est muni d’un frein pour empêcher le déplacement de la mise au point celle-ci une fois faite. L’appareil possède deux tubes oculaires : l’un droit et l’autre horizontal, mais on peut ne se servir que d’un seul oculaire à la fois. Un prisme à réflexion totale, situé dans le corps du gros tube vertical, permet la mise en plaque et se retire rapidement au
- i. Nouveau compte-globules, (MM. Chantemesse et Creuzé). Séance de l'Académie de Médecine, 50 mai 1916.
- Nouveau compte-globules.
- moment d’impressionner la plaque sensible. L’un des appareils construits possède un obturateur à vitesse variable pour la microphotographie sur fond noir.
- La platine mobile assez grande pour recevoir les hématimètres de toutes marques et très mince (o mm. d’épaisseur) est munie de deux glissières à angle droit. Chacune de ces glissières possède une vis à tambour, le pas de vis est de 1/2 mm. et le tambour est divisé en 10 parties. Chaque division donné donc un déplacement de 1/20 de mm., ce qui correspond en général au déplacement que l’on doit faire exécuter à l’hématimètre pour passer au cours de la numération d’un grand carré à un autre. L’encliquetage se fait par un ressort dans la rainure de la division, et l’on peut ainsi faire avancer ou reculer la préparation en tous sens. Les contacts de la platine sont en acier trempé et possèdent des contre-ressorts évitant le point mort.
- La chambre noire consiste en un tube en aluminium glissant sur deux colonnes dont l’une porte une division, ce qui permet de repérer la distance. L’ensemble est monté sur une solide plaque de fonte avec banc optique, et le tout peut se visser sur une table. — Les châssis porte-plaques, de même que les cadres porte-châssis, sont en métal : la partie supérieure de ces derniers reçoit le châssis, la partieinférieure beaucoup plus longue, peut recevoir une pièce métallique présentant des ouvertures de formes et de dimensions différentes. Une glace ronde à faces parallèles divisée par des traits au diamant est placée au-dessous de la gélatine et reproduit sur celle-ci sa division. Des lames d’arrêt empêchent les volets des châssis de se déplacer plus qu’il n’est nécessaire pour découvrir la plaque. Le levier et la vis micrométique sont construits de façon à donner sur le bouton divisé le 1/1000 min. Il est possible d’ailleurs d’avoir une sensibilité plus grande. P. Creuzé-N. Hansen.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahure. rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 2237.
- 12 AOUT 916.
- L’ORGANISATION ET LE RÔLE DES CHEMINS DE FER EN TEMPS DE GUERRE
- L’organisation des chemins de fer en temps de guerre n’a pas été improvisée comme d’aucuns le croient peut-être encore, tant fut complet le laborieux silence de îa préparation de nos réseaux à la guerre.
- Dès l’origine des chemins de fer, on s’était rendu compte du parti que l’on en pouvait tirer, en cas de conflit. Le cahier des charges des Compagnies prévoit, en effet, en son article 34, qu’au cas où le Gouvernement aurait besoin de diriger soit des troupes, soit un matériel militaire ou naval sur l’un des points desservis par leurs rails, elles
- les ressources en personnel et en matériel de nos chemins de fer, qu’est suivie la mise en état des lignes et des multiples installations des voies ferrées, d’où émane enfin l’initiative des expériences en vue d’améliorer ou d’accélérer les transports militaires. Tâche énorme, comme on le voit, mais noble et intéressante, qui s’appuie naturellement sur le concours aussi large que précieux des grandes Administrations de chemins de fer.
- Sur chacune d’elles, fonctionne une Commission de réseau comprenant un Commissaire technique
- Arrivée d’un contingent, anglais.
- Fig. i. —
- seraient tenues de mettre à sa disposition tous leurs moyens d’action. Postérieurement, cette obligation de principe fut confirmée et précisée par divers textes de lois et de décrets ; on la retrouve, notamment, dans la loi du 24 juillet 1873 sur l’organisation générale de l’armée, dans celle du 3 juillet 1877 sur les réquisitions militaires et dans le décret du 5 février 1889 portant organisation du service militaire des chemins de fer.
- Dirigé, en temps de paix, sous l’autorité du Ministre de la guerre, par le chef d’Etat-major, ce service est centralisé au 4e bureau de l’Etat-major général, pépinière des officiers du service militaire des chemins de fer. C’est là que sont préparées, dans tous leurs détails, la mobilisation et la concentration, qu’est étudiée l’utilisation de toutes
- qui est, en fait, le Directeur du réseau et un Commissaire militaire, officier supérieur de l’Etat-major. Cette Commission étend son action sur les lignes secondaires englobées dans les mailles du grand réseau; elle procède à la mise au point des instructions qui lui sont données par le 4e bureau dont le Commissaire militaire est le représentant direct et elle se prépare au rôle d’exécution qui doit lui être confié en cas de guerre.
- Dès le temps de paix, également, le personnel des Compagnies est organisé au point de vue militaire. A de rares exceptions près, les Agents de tous grades qui, de par leur âge, sont astreints aux obligations militaires sont versés dans ce que l’on appelle Y affectation spéciale, dès qu’ils ont plus de 6 mois de présence dans un service comportant nor-
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- 44' Année. — 2' Semestre.
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- 98 RÔLE DES CHEMINS DE FER EN TEMPS DE GUERRE
- malement cette affectation. Ils font alors partie des séchons de chemins de fer de campagne.
- Ces sections comportent, chacune, des éléments appartenant aux grands services des réseaux : exploitation, voie, traction. Elles sont au nombre de dix, dont neuf pour les grands réseaux et une, la 10e, pour l’ensemble des chemins de fer secondaires.
- A chacun des grands réseaux correspond une section comprenant une portion active et des subdivisions territoriales; en outre, certains d’entre eux, soit par leurs propres ressources, comme les réseaux de l’État et du P.-L. M., soit par du personnel prélevé sur leurs effectifs respectifs, ce qui est le cas pour l’Est, le Nord et l’État, doivent fournir les éléments de trois sections ne comportant qu’une portion active.
- Chaque section forme un corps distinct, ayant sa hiérarchie propre ; les cadrés en sont constitués par les employés supérieurs du ou des réseaux participants et le Commandant de la section exerce, à l’égard du personnel placé sous ses ordres, les fonctions de chef de corps.
- Le personnel des subdivisions territoriales est, en tous temps, comme celui des portions actives d’ailleurs, à la disposition du Ministre de la Guerre qui peut, même en temps de paix, le convoquer pour une période d’exercices; les agents convoqués ne font alors qu’exécuter, sur place, leur service habituel, mais ils sont militarisés sous l’autorité de leurs chefs habituels qui prennent un grade militaire correspondant à leur grade administratif. Cette militarisation qui s’était déjà produite lors de la grève de 1910, a été déclenchée d’office par le décret de mobilisation.
- Les portions actives, qui comprennent chacune environ 1500 hommes, sont encore plus directement rattachées à l’Autorité militaire. Susceptibles, en temps de paix, d’être convoquées pour des inspections et des réunions d’instructions, en des points désignés par le Ministre, elles peuvent être, en temps de guerre, non seulement militarisées mais mobilisées et mises à la disposition du Général Commandant en Chef, en vue du service à assurer, concurremment avec les troupes de sapeurs de chemins de fer, dans la zone des opérations (4).
- Jusqu’alors, l’Autorité militaire n’a pas jugé utile de mobiliser l’ensemble des portions actives. Elle n’a appelé que quelques-unes d’entre elles, soit pour des travaux de voie ou des reconstructions d’ouvrages d’art, soit pour l’exploitation de petites lignes d’intérêt local, de chemins Decauville ou de funiculaires aériens servant au ravitaillement des troupes opérant en Alsace et dans les cols des Vosges.
- Non seulement le personnel, mais le service des chemins de fer, dans tout son ensemble, relève, en temps de guerre, de l’Autorité militaire. Tel est le printipe fondamental que pose, dans son
- 1. Les Agents qui en font partie ont un uniforme qu’ils doivent revêtir quand leur section est convoquée ou mobilisée tandis que les Agents qui appartiennent aux subdivisions territoriales ne portent, comme signe distinctif, qu’un brassard.
- article de tête, la loi du 28 décembre .1888.
- Dès le premier jour de la mobilisation, le réseau national est divisé en deux zones : la zone des armées et la zone de l'intérieur. La ligne de démarcation suit la marche des opérations; après avoir été refoulée sur l’intérieur, au moment de la bataille de la Marne, elle est, aujourd’hui, à peu près revenue à sa position initiale et se trouve jalonnée par les gares du Havre, de Rouen, Serqueux, Gisors, Pontoise, les gares de la grande Ceinture comprises entre Adhères et Juvisy, Villeneuve-Saint-Georges, Corheil, Melun, Dijon, Dole, Arc-Senans, Besançon, Montbéliard, Morvillars et Delle.
- Dans la zone des armées, les chemins de fer relèvent du Commandant en Chef et les transports qu’il ordonne sont réglés, sous l’autorité du Directeur de l’Arrière, par le Directeur des Chemins de fer aux Armées auprès de qui sont détachés, pour l’assister au point de vue technique, des Ingénieurs appartenant aux réseaux dont les lignes se trouvent partiellement ou en.totalité dans cette zone.
- Dans la zone de l'intérieur, c’est le Ministre de la Guerre qui a la haute main sur les chemins de fer et son représentant auprès des réseaux est le Chef du 4e bureau de l’État-major de l’Armée.
- Sur chaque réseau, que ses lignes soient complètement ou partiellement englobées dans la zone des armées ou qu’elles soient entièrement dans la zone de l’intérieur, la Commission de réseau instituée dès le temps de paix, prend en main, au premier jour de la mobilisation, le service complet du réseau. C’est en son nom que sont prises toutes les mesures d’exécution, chaque Commissaire conservant sa responsabilité propre : le Commissaire militaire au point de vue militaire, le Commissaire technique en ce qui touche la mise en œuvre des ressources du réseau. Elle est secondée par des Sous-Commissions de réseau qui correspondent généralement aux divisions régionales du temps de paix et par des Commissions de gare installées dans les gares les plus importantes ; les unes et les autres comprennent, comme la Commission de réseau, le double élément technique et militaire (l).
- On voit que l’organisation des chemins de fer en temps de guerre laisse subsister dans ses rouages essentiels leur organisation administrative. Si l’autorité appartient au Ministre de la Guerre, d’une part, au Général Commandant en Chef, d’autre part ; si, à tous les degrés de l’organisation, l’élément technique se trouve doublé de l’élément militaire, cet élément technique demeure à son poste, conserve
- 1. Dans la zone des armées, quand les opérations ont lieu au delà de la frontière et quand il s’agit, par conséquent, d’exploiter des voies ferrées situées en dehors du territoire national, aux Commissions de réseau sont substituées des Commissions de chemins de fer de campagne ayant à peu près les mêmes attributions. Ces Commissions, dont chacune est composée d’un officier d’État-major, d’un officier du génie, d’un ingénieur des chemins de fer et d’un fonctionnaire de l’Intendance, disposent, pour l’exécution du service, d’une ou plusieurs sections de chemins de fer de campagne et de compagnies de sapeurs du génie.
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- la direction de son personnel et garde toute sa responsabilité. Les officiers du service militaire des chemins de fer ne sont là que pour assurer une étroite liaison entre leurs collègues techniques et les divers services de la guerre dont ils connaissent mieux les besoins et dont ils sont plus à même de tempérer les exigences. Cette collaboration que l’on sent rationnelle et nécessaire a toujours été cordiale et confiante et elle a donné les meilleurs résultats.
- Pour l’exécution du service en temps de guerre, il est préparé, dès le temps de paix, pour être substitués aux tableaux de marche des trains du service ordinaire, d’autres tableaux, tout différents, sur lesquels les trains sont tracés à une vitesse uni-
- salles de bagages et même des cours extérieures. On sait que le lendemain, dimanche, premier jour de la mobilisation, ne seront mis en marche, en fait de trains de voyageurs, que ceux pouvant arriver avant minuit à destination et l’on se hâte, on se bouscule, on s’écrase. Nos grands réseaux organisent tous les dédoublements possibles, allant même jusqu’à quadrupler certains trains et bien rares sont, parmi les voyageurs, ceux qui, s’armant de patience, ne parlent pas. Il faut voir aussi le sang-froid et l’empressement que manifestent nos cheminots. Le décret de mobilisation a fouetté leur patriotisme et ils savent ce que le pays attend d’eux. Ils ont le sentiment de leur devoir et de leur res-
- forme et constituant le livret dit du service spécial (*).
- La transition d’un service à l’autre s’est faite, à minuit, dans la nuit du 2 au 5 août.
- Dès le 31 juillet avait été lancé l’ordre d’expédition .de troupes de couverture, destinées à protéger la mobilisation; leur transport s’était effectué, comme il était prévu, au moyen de trains spéciaux circulant à travers les trains du service ordinaire mais avec un droit de priorité absolu.
- Le samedi, 1er août, paraît Y ordre de mobilisation. C’est alors, dans les grandes gares et surtout à Paris, la ruée aux guichets, l’envahissement des
- 1. C’est à l’aide de ce livret qu’est effectué le travail très important que l’on désigne sous le nom de plan de mobilisation et qui consiste dans l’affectation des marches, prévues sur chaque ligne, au transport des unités qui doivent suivre cette ligne pour se rendre à la frontière.
- ponsabilité. Ils savent, d’après leur mâle et fière expression, qu’après ce premier « coup de feu », ils entreront demain en pleine bataille.
- Le 2 août, en effet, un arrêté du Ministre de la Guerre prescrit l’arrêt brusque et complet du service commercial. Cet arrêta beau être prévu à l’avance, l’exécution du programme est pratiquement pleine de difficultés ; il faut arrêter l’ensemble des trains en mouvement, faire face à l’obligation de décharger le plus promptement possible le matériel propre aux transports militaires, rassembler ce matériel aux points utiles, installer des bancs dans les vagons couverts destinés au transport des hommes, former les trains immédiatement nécessaires et grouper, pour leur remorque, des machines et du personnel.
- Et cela, dans les moindres délais, puisque dans la nuit même doit commencer le transport des isolés
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- et des détachements sur leurs corps qui constitue la mobilisation proprement dite. Elle dure quatre jours, du 2 au 5 août, et pendant cette courte période, il est mis en marche plus de 3500 trains sur le réseau P.-L.-M., près de 1500 sur le réseau d’Orléans.
- Aux transports de mobilisation succèdent les transports de concentration, c’est-à-dire l’acheminement en masse des unités constituées. 11 s’effectue suivant des courants répartis entre un certain nombre de lignes de transport qui sont parcourues, dans un sens, par les trains chargés, et dans l’autre, par le même nombre de trains vides. Un programme, établi à l’avance, détermine, par journée et pour chacune de ces lignes, le nombre des trains à fournir aux différents points d’embarquement ou à recevoir des points de transit entre réseaux ainsi que les horaires d’acheminement de tous ces trains. A ce programme ferme, prévu jusqu’au 19 août, se superposent des programmes complémentaires correspondant à diverses hypothèses. Du 5 au 19 août, quarante-deux corps d’armée active et de réserve, sans compter les troupes territoriales, sont ainsi transportés sur le front.
- Mobilisation et concentration, ce fut là la première bataille de la grande guerre, une de ces batailles nouvelles qui exigent le temps et l’espace, qui occupent un front immense et des millions d’hommes, qui s’organisent et se dirigent à distance par le télégraphe et plus encore par le téléphone. Ce fut aussi, et le pays la considéra comme telle, notre première victoire.
- Les armées, une fois constituées, sont reliées avec le territoire national par des lignes de communication qui se confondent avec les lignes de transport précitées.
- Chacune d’elles comporte :
- A) Pour le ravitaillement : des gares de rassemblement, points de réunion des expéditions d’une même région de corps d’armée; des gares dites halte-repas, aménagées pour l’alimentation des hommes et des chevaux en cours de route; des gares sièges de stations-magasins, entrepôts des approvisionnements destinés aux armées; une gare dite gare régulatrice sur laquelle sont dirigés tous les transports à destination ou en provenance des gares têtes d’étapes de guerre; des gares têtes d’étape de guerre, points de contact entre le service des chemins de fer d’une part et les équipages des armées ou le service des étapes d’autre part.
- B) Pour les évacuations : des infirmeries de gares, des gares, dites points de répartition, d’où les malades et les blessés sont répartis entre les divers établissements hospitaliers de chaque région.
- A la gare régulatrice, siège une Commission régulatrice qui exerce son action sur les parties de la ligne de communication les plus proches des troupes et sert d’intermédiaire entre l’Armée à desservir et le service des chemins de fer.
- Les transports que ceux-ci ont alors à assurer se classent en plusieurs catégories :
- 1° Transports ayant pour but le ravitaillement direct ou Vévacuation des armées, comprenant en particulier :
- a) Les trains réguliers entre les gares de rassemblement et les gares régulatrices pour l’envoi de la poste, des colis des corps, des hommes et des chevaux de remplacement ;
- b) Les trains facultatifs reliant aux armées divers organes destinés à leur ravitaillement (dépôts de matériel, stations-magasins, arsenaux, etc....);
- c) Les trains facultatifs dirigés des gares régulatrices sur les gares points de répartition des blessés et malades, etc....
- 2° Transports du plan de ravitaillement, destinés à constituer ou à recompléter les approvisionnements des stations-magasins, des arsenaux, des places fortes, du camp retranché de Paris, des usines de fabrication de la Guerre, etc....
- 5° Transports d’éléments disponibles, troupes, convois, matériel, entre les dépôts, les gares de rassemblement et les gares régulatrices.
- 4° Transports, en cours d’opérations, de grandes unités faisant partie des armées.
- 5° Trajisports commerciaux, dans la limite où le Ministre de la Guerre, pour la zone de l’intérieur, ou bien le Commandant en Chef pour la zone des armées, en autorise la reprise.
- Tous ces transports, même ceux de la dernière catégorie, sont très différents de ceux du temps de paix ; ils modifient profondément la direction et l’importance des courants de trafic habituels et ils en font naître d’autres particulièrement intenses dans la zone des armées ainsi qu’aux abords, obligeant, de ce fait, l’Autorité militaire et les Administrations de chemins de fer à agrandir de nombreuses gares, à en créer de nouvelles de toutes pièces et à installer, en vue d’activer la circulation sans risquer d’encombrement, des raccordements directs à proximité des bifurcations les plus fréquentées.
- Cette adaption du réseau national à une situation toute spéciale exige du coup d’oeil, des vues d’ensemble, de solides connaissances techniques et beaucoup de promptitude dans l’exécution; elle suppose, de la part de l’Autorité militaire, une haute conception des nécessités stratégiques et économiques de même qu’une, ferme confiance en la science et la prévoyance des dirigeants des Administrations intéressées; très vaste déjà, elle se développe chaque jour, toujours plus active, grâce au précieux concours des laborieuses et vaillantes Compagnies des sapeurs de chemins de fer, grâce aussi à l’appoint que fournissent les Sections de chemins de fer de campagne.
- Tel est, esquissé à grands traits, le-rôle essentiel des chemins de fer en temps de guerre ; dès qu’on l’a entrevu, on se représente mieux ce qu’il comporte d’application, de zèle et d’expérience consommée; on comprend mieux aussi qu’il ait nécessité une organisation méthodique ne laissant rien à l’improvisation. X...
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- L’ORGANISATION DE LA BIBLIOGRAPHIE
- Parmi les questions d’après-guerre que l’Académie des Sciences a mises à l’étude, il en est une d’apparence modeste qui n’en est pas moins susceptible de rendre des services réels : c’est la meilleure organisation de notre documentation bibliographique. Chacun sait avec quelle minutie persévérante les Allemands s'étaient spécialisés dans cette voie. Leurs bibliographies étaient des modèles, à la fois parce qu’elles leur fournissaient, sur n’importe quel sujet, les renseignements désirés et parce qu’elles les fournissaient de telle manière que ce sujet semblait toujours avoir été exclusivement traité par la science allemande. Leurs usines possédaient de riches bibliothèques avec tous les périodiques dépouillés et mis à jour. Leurs grandes librairies avaient des répertoires complets permettant de retrouver en un instant un livre ou un article quelconque. En France, on a eu tour à tour le dédain et l’engouement de la bibliographie. Mais, trop souvent, dans ce dernier cas, il s’agissait de cette bibliographie facile qui remplit les notes d’un livre en découpant les notes d’un livre précédent sans s’être donné la peine de remonter aux sources. Dans le seul ordre d’idées industriel, il restait, chez nous, une lacune pratique à combler : fournir aux chercheurs un simple jeu de fiches qui leur donne rapidement les sources de documentation sur une question pratique, commerciale ou scientifique, de manière à leur permettre de savoir non seulement ce qui a été fait d’utile, mais aussi ce qui a été tenté sans succès, afin d’éviter les doubles emplois et les pertes de temps.
- Ainsi qu’on l’a dit, les 99 pour 100 des soi-disant inventions industrielles n’auraient jamais vu le jour, si les soi-disant inventeurs avaient connu les trésors qui se trouvent ensevelis dans les livres et avaient été informés aussi qu’ils faisaient fausse route. On parle beaucoup en ce moment du développement en France de la fabrication des matières colorantes artificielles. Mais sait-on qu’à son début, il y a un demi-siècle environ, alors qu’elle prenait son essor en France, la méconnaissance d’une simple mention bibliographique restreignit cet essor par la constitution abusive d’un monopole, entraîna des inventeurs français à transporter leurs travaux en Suisse et contribua à entraver dans notre pays une industrie déjà florissante ? Il en résulta que, 50 ans plus tard, l’Allemagne exportait pour une valeur de 150 millions de francs de ces produits et la France à peine 1 million.
- Il ne faut plus que de telles erreurs puissent jamais se reproduire, l’Académie des Sciences l’a compris; et c’est pourquoi elle a récompensé et encouragé par une des subventions de la fondation Loutreuil une institution que nous sommes très à l’aise pour recommander à nos leeteurs, attendu quelle ne poursuit aucun but intéressé : « l’Association de documentation bibliographique, scienti-
- fique, industrielle et commerciale » ; Société scientifique, fondée par M. Jules Garçon et présidée par M. E. Bertin, membre de l’Institut j1).
- Le principe de cette œuvre, qui a déjà plusieurs années de travail derrière elle, consiste à dépouiller systématiquement tous les ouvrages français et étrangers de manière à constituer des fiches, aux quelles les intéressés pourront recourir.
- La méthode adoptée est la plus simple possible : qu’il s’agisse de relever les documents, d’en établir le signalement, de classer les fiches signalétiques, de les communiquer. Relever seulement les documents originaux, en toutes langues, bien entendu, les classer suivant une méthode alphabétique et analytique; de façon que tout chercheur puisse les trouver ou les retrouver sans aucune peine, et sans être obligé de recourir à n’importe quelle clef auxiliaire ne servant qu’à compliquer le travail, voilà les deux principes essentiels dont s’est inspiré M. Garçon.
- Les ressources de l’œuvre sont fournies par des sociétaires et par des donateurs. Les sociétaires peuvent recevoir en échange une copie des fiches qui les intéressent spécialement et qui, souvent, ont été dressées spécialement à leur intention, sur leur demande.
- Parallèlement,* une bibliothèque spécialisée à la bibliographie, s’enrichit chaque jour, et comme les bibliothèques ne peuvent être utiles qu’à condition que l’on sache ce qu’elles renferment, et qu’il ne suffit pas de savoir que dans une bibliothèque tel recueil existe, mais qu’il faut connaître surtout ce que ce recueil renferme d’intéressant, l’A.D.S.I.C. rêve de doter les autres bibliothèques de notre pays d’un double de ses fiches.
- L’œuvre entreprise peut avoir les plus précieux avantages dans un temps où les publications s’amoncellent de telle sprte que, même sur un sujet déterminé, il faut souvent tous les loisirs d’un homme pour classer les nouveautés qui arrivent chaque jour (je ne dis pas pour les lire). Elle est de celles qui doivent faire peu à peu la boule de neige : d’autant plus fructueuse qu’on la connaîtra mieux, qu’on recourra davantage à elle et qu’on étendra son champ de recherches avec ses moyens d’action.
- Si elle permettait seulement à tous les spécialistes de savoir ce qui se publie, dans quel recueil se trouve l’article dont ils ont besoin et dans quelle bibliothèque existe ce recueil ; si, en même temps, elle aidait les diverses bibliothèques publiques à mieux grouper et centraliser leurs efforts, de manière que l’on puisse, dans une bibliothèque ou dans une autre, trouver à coup sur tous les recueils étrangers de quelque intérêt, elle aurait grandement favorisé des efforts nationaux, auxquels nous devons tous contribuer de toutes nos forces.
- P. S,
- 1. 82, rue Taitbout.
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- LES PORTS DE PÊCHE ALLEMANDS
- Est-ce bien le moment de parler de pêche quand toutes les forces de l’Europe sont uniquement orientées vers la guerre et que le moindre chalutier est employé à faire la chasse aux sous-marins, à mouiller ou relever des mines ou à monter le quart de blocus dans la mer du Nord?
- Mais la guerre ne durera pas toujours et les bateaux de pêche reprendront un jour leurs occupations pacifiques. N’est-il pas intéressant de jeter un coup d’œil sur ce que faisaient nos ennemis en ces dernières années et d’y chercher ce que nous pourrions utiliser. Car l’organisation du travail, le meilleur emploi de nos forces seront après la guerre —aussi bien qu’ils le sont aujourd’hui —le secret de la victoire. Et il est nécessaire que la victoire économique suive la victoire militaire.
- Les Allemands sont de beaucoup moins bien partagés que les Anglais et que nous au point de vue de la pêche en haute mer. La Baltique, peu poissonneuse, n’a pas un seul grand port de pêche sur ses côtes plates et sablonneuses. La mer du Nord par contre est la grande richesse puisqu’on en tire chaque année un million et demi de tonnes de poissons. Mais, là encore, les Allemands ont la plus mauvaise part. Leurs côtes basses et inhospitalières offrent beaucoup moins de ports naturels que la côte orientale de l’Angleterre. De plus, près de leurs côtes s’étendent des fonds vaseux et rocailleux où le poisson est rare ou difficile à capturer, tandis que tout proche de l’Angleterre est le grand plateau du Dogger-Bank, la réserve piscicole la plus riche et la plus facile à chaluter.
- Et cependant... cependant, là comme en tout ce qui est source de bénéfices matériels, les Allemands avaient fait, avant la guerre, un gros effort pour exploiter cette richesse.
- Jusqu’en 1871, on ne comptait guère que quelques petits bateaux sur la côte occidentale d’Allemagne. Vers 1885, apparut le premier vapeur, et aussitôt la pêche allemande prit un énorme développement. Bientôt l’État prussien èt l’État de Hambourg créèrent de toutes pièces deux ports de pêche : Geestemünde sur le Weser, aux portes de Bremerhaven, Cuxhaven, sur l’Elbe, à côté de Hambourg. Dans l’État d’Oldenbourg, Nordenham prit également une grande extension.
- On pourra juger de la prodigieuse croissance de l’industrie des pêches en Allemagne par les quel-
- ques chiffres suivants (*). Voiliers à Chalutiers moteurs Sociétés Valeur des poissons débarqués et vendus en millions
- Années. à vapeur. auxiliaires. armatrices, de marks.
- 1885 1 )) 1 ))
- 1890 . 20 )) 1 1
- 1895 . 87 )) 4 6
- 1900 . 114 5 7 11,4
- 1905 . 166 55 10 15,4
- 1909 . 251 209 15 19,4
- 1. Nous empruntons ces chiffres à l’important travail de
- Il est intéressant de voir avec quelques détails les raisons d’un pareil développement.
- Geestemünde et Cuxhaven n’exislaient pas encore en 1888; ils ont été tous deux construits de toutes pièces selon un même plan, modifié seulement par la disposition des lieux. Pour chacun, le but a été de concentrer tons les services du port en un même point afin d’accélérer et d’organiser les diverses opérations pour les rendre les plus rapides et les plus économiques. Seuls diffèrent les modes d’exploitation, Geestemünde étant exploité par une société fermière, tandis que Cuxhaven est administré directement par l’État de Hambourg.
- Port de Geestemünde. — Jusqu’en 1888, il n’y avait aux portes de Bremerhaven qu’un petit port de pêche insignifiant établi à l’embouchure de la Geeste. A ce moment, le village de Geestemünde établit un marché aux poissons qui devint rapidement prospère. En 1892, sa vente dépassait 8 millions de kilogrammes de poissons valant 2 247 000 fr. L’apparition des chalutiers à vapeur rendit le port insuffisant. C’est alors que l’État prussien décida, pour agrandir les bassins à pétrole du port de Bremerhaven, de déplacer le port de pêche et d’en créer un nouveau pourvu d’un outillage perfectionné, entre la Geeste et le Weser (fig. 1).
- Le nouvel emplacement fut encadré par une digue en eau profonde qui permit de gagner sur le fleuve 72 hectares environ. L’entrée du port, de 4 m. 40 de profondeur, permet l’entrée des bateaux à toute heure; sa forme facilite leurs manœuvres. Le port a 1 km et demi de long et est bordé sur ses deux rives de quais en charpente permettant l’accostage. Le quai Ouest est réservé aux déchargements de poissons, le quai Est aux chargements de charbon et de glace. Les quais sont assez bas pour que les bateaux puissent transborder au moyen de leurs treuils de bord. Il existe en outre de petites grues électriques. Le port tout entier est zone franche, la limite douanière étant marquée par une barrière de fils de fer. Sur la partie ouest sont les locaux de vente qui comprennent un local pour les mareyeurs et une grande halle de vente aux enchères de 450 m. de long. Le derrière de cette halle sert de dépôt et de magasin d’emballage, tandis que le premier étage est occupé par les bureaux des maisons de vente. A la suite de la halle se trouvent les bâtiments de l’administration du port, un hôtel-restaurant pour les pêcheurs, une Maison du marin avec bibliothèque et le bureau de poste et télégraphe. Vient ensuite la gare avec 6 voies et 3 quais couverts de 45 m. de long qui permet le chargement simultané de 50 wagons. Tous ces bâtiments sont ainsi groupés au centre du port. Plus loin, on
- M. Poher : cc Lecommerce du Poisson de mer en Allemagne », Annales de l’Institut agronomique, t. XI, 1912. Consulter aussi IIart, Organisation des ports de pêche. V' Congrès national des Pêches maritimes, 1910.
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- LES PORTS DE PECHE ALLEMANDS r —...... 103
- trouve une deuxième halle semblable à la première et symétrique par rapport aux services généraux.
- Le fond du port est occupé par des ateliers de réparation avec cales où les bateaux peuvent séjourner sans gêner le mouvement du port.
- Le quai Est est celui de départ. 11 est parcouru par deux voies de chemin de fer. On y trouve les parcs à charbon de 200 m. de long et les magasins à glace de deux fabriques voisines produisant 200 t. par jour.
- Vers le fond du port, se sont installées des industries annexes de la pêche : fabriques de conserves, fumeries de poissons, huileries, ateliers de filets, fabriques de poudre de poisson pour engrais, etc. D’autres terrains restent disponibles pour de nouvelles industries ou les agrandissements du port.
- Tout le port est éclairé par l’électricité.
- L’installation de Geestemünde a coûté environ 10 millions de francs. Le port a maintenant plus de 100 bateaux inscrits et recevait chaque année avant la guerre 50 000 à 35000 t. de poissons
- valant 8 à 9 millions de francs. C’est dire que ce jeune port était très prospère et payait largement les dépenses qu’il avait coûtées.
- Port de Cuxhaven. — Cuxhaven, voisin de Hambourg, est encore plus récent que Geestemiïnde. Jusqu’en 1880, il ne voyait guère que quelques chaloupes d’Héligoland. En 1892, un premier port fut construit qui ne fut remplacé par le port actuel qu’en 1905. La disposition générale est comparable à celle de Geestemünde. Le port de pêche est situé perpendiculairement à l’Elbe entre le nouveau et le vieux port marchand de Cuxhaven. Il comprend un avant-port de 7250 m2 et un bassin de 220 m.
- de long sur 150. m. de large autour duquel sont disposés les bâtiments des services. Le quai Est est bordé par deux grandes halles de 120 m. de long servant, comme à Geestemünde, à la vente du poisson et aux bureaux des mareyeurs. Derrière ces halles se trouve la gare, dont les voies sont reliées à celles de la gare de Cuxhaven-ville. Le quai Ouest est celui de chargement; on y trouve
- Port de pèche de Geestemünde.
- un chantier à charbon, des magasins à glace, le tout desservi par d’autres voies ferrées. Le fond du port est actuellement réservé pour des agrandissements ultérieurs du bassin et des bâtiments. On trouve à Cuxhaven les mêmes services qu’à Geestemünde : restaurant, maison du marin, poste et télégraphe, etc. Le port est également zone franche
- et simplement entouré par une barrière douanière.
- Malgré sa récente création, Cuxhaven a déjà pris un énorme développement. Il le doit à sa plus grande proximité des lieux de pêche et plus encore à sa situation à l’origine de nombreuses voies ferrées rayonnant dans l’empire allemand. Dès son ouverture, il a pu concurrencer Geestemünde et ralentir le prodigieux développement de ce dernier.
- L’extraordinaire croissance de ces deux ports est certainement due à leur remarquable organisation. Créés de toutes pièces, rationnellement, sans être gênés par de'vieilles coutumes et de vieilles installations, ils ont pu croître librement et sans gêne. La manutention y est réduite au minimum et par suite la durée de séjour des bateaux au port. Les ventes, centralisées, sont rapides ; leur règlement facile; les cours s’établissent normalement.
- Le développement de ces ports a encore d’autres
- Fig. i.
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- Fig. 2. — Coupe dans le port de Cuxhaven.
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- 104 ....LES PORTS DE PECHE ALLEMANDS
- causes : les gares aux quais multiples, situées au centre du port, reliées directement aux réseaux, permettent une expédition très rapide; les wagons spéciaux, utilisés uniquement pour le poisson, facilitent sa conservation; les tarifs de chemins de fer sont exceptionnellement bas.
- 11 est vrai que la vitesse des trains de marée est inférieure à celle de nos transports français.
- Pour développer la consommation du poisson, dans le pays, les mareyeurs allemands ont tout mis en œuvre : rédaction et distribution de petits livres de recettes de cuisine, cours de cuisine, parti-cipation aux expositions et fréquemment organisation de dégustations dans ces expositions; ils ont demandé que le poisson de mer serve à l'alimentation de l’armée, des administrations, des prisons, etc. ; ils ont organisé des ventes à bon marché par l’in-termédiaire de coopératives, de marchés municipaux. Enfin, la Ueutschen See-fischerei Vereins a collaboré acti-vement à ces efforts et organisé des recherches scientifiques qui ont déjà donné d’utiles renseignements pratiques.
- Tout cet immense développement est intéressant à connaître. A vrai dire, dès 1910, la période d’équilibre semblait déjà atteinte. Nous avons signalé au début la principale cause d’infériorité des ports allemands pour la pêche dans la mer du Nord. Tous les efforts faits ne peuvent l’empêcher et la concur-
- rence étrangère limite la croissance de la pêche allemande. Le port hollandais d’Ymuiden, le port belge d’Ostende sont mieux situés et peuvent avantageusement lutter contre les ports allemands surtout dans la Westphalie qui est le gros centre de
- consommation.
- La guerre actuelle, en se prolongeant, est une cause de ruine pour ces organisations toutes récentes. Qu’en res-tera-t-il après?
- Quoi qu’il en soit, ce rapide coup d’œil sur l’organisation de la pêche allemande n’est pas sans intérêt pour nous.
- Ne pourrions-nous, après la guerre, au lieu d’éparpiller nos crédits sur une multitude de petits ports, les concentrer sur quelques-uns bien choisis, pour les développer, les accroître et en faire de véritables centres industriels, en nous inspirant de ce qu’ont réalisé les
- Allemands ? Boulogne, tout le premier, semble indiqué pour un effort de ce genre. Ne pouvons-nous décider enfin nos marins à utiliser des bateaux et des engins plus perfectionnés? La législation des transports et surtout des octrois ne pourrait-elle être modifiée pour améliorer le commerce de la pêche? Enfin, nos armateurs et nos mareyeurs ne pourraient-ils s’organiser pour augmenter l’importance de leurs produits et leur utilisation plus complète?
- Parmi les immenses efforts de demain, celui-ci mérite qu’on s’y arrête. Qu’on s’en occupe dès aujourd’hui.
- Fig. 3. — Wagons pour le transport du poisson.
- Fig. 4. — Vue intérieure du magasin de vente de la Société Nordsee à Strasbourg.
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- «««*<*«*
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- I^ES GISEMENTS DE SELS DE POTASSE NATURELS
- EN ESPAGNE
- précis sur gisements
- La découverte de sels de potasse naturels en Espagne a été entourée au début d’un certain mystère et ce n’est que difficilement que l’on peut se procurer des détails sur les gisements et les conditions de leur exploitation.
- Voici, d’après les données fournies par les ingénieurs MM. César Rubio et Agustin Marin, quelques renseignements les
- en L;./;-'f
- question qui se trouvent à Su-ria, dans la province de Barcelone.
- Leur découverte remonte à l’année 1897, époque à laquelle M. Silvino Thos, ingénieur des mines, appela, dans un rapport présenté à l’Académie Royale des Sciences et des Arts de Barcelone, l’attention du gouvernement sur l’opportunité de faire des recherches de sels de Potasse dans la région de la Catalogne où se trouvent les célèbres salines de Cardona.
- Les sondages effectués depuis dans les environs de Suria ont démontré l’existence de certaines quantités de carnalite et
- de silvinite. Ces minerais se présentent sous une couleur rouge intense avec des couches alternées de sel gemme également rougeâtre.
- La profondeur à laquelle on commence à rencontrer les sels de potasse varie sur certains points entre 40 et 60 mètres et sur d’autres on n’a recoupé aucune couche saline jusqu’à 130 mètres. La profondeur maximum que l’on atteint est de 270 mètres.
- Les sondages n’ont été effectués que sur une
- Fig. i. — Exploitation de la montagne de sel de Cardona.
- étendue de 250000 ma et, d’après MM. Rubio et Marin, le tonnage en vue comprendrait environ 2 550000 tonnes de carnalite et 1 125 000 tonnes de silvinite, ce qui ferait un total de 3 675 000 tonnes de sels de potasse.
- Etant donnée la tectonique de cette région on admet l’existence d’autres zones dans les provinces
- de Barcelone et de Lérida.
- L’analyse de l’eau d’un ruisseau qui passe près des salines de Cardona a donné 28 grammes d’anhidro-xyde de potasse (K 2 0) par litre, ce qui représente 81.65 grammes de chlorure de potasse. Ce titrage élevé laisse supposer qu’il existe d’importantes quantités de silvinite dans certaines parties des salines de Cardona et des pertes qu’a occasionnées le lavage constant du gisement. Les bouleversement s que cette partie de la Catalogne a vu se produire aux diverses époques géologiques rendent les recherches extrê-mement difficiles, ainsi que les évaluations du, tonnage des
- minerais. On a pu trouver entre les gisements de Suria et ceux d’Alsace une certaine analogie par suite de l’absence dans les deux régions de minerais sulfatés ; mais la ressemblance ne va pas plus loin, car en Alsace la carnalite et la silvinite forment des couches d’une certaine régularité séparées par des dépôts de sel gemme pur, tandis qu’à Suria les sels de potasse apparaissent jusqu’à présent noyés dans la masse générale de sel gemme rouge qui recouvre un grand dépôt de sel blanc pur.
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- 106 = LA CARTE INTERNATIONALE DU MONDE AU MILLIONIÈME
- Aucun plan de prospection générale n’a été élaboré jusqu’à présent, mais on ne peut nier l’importance d’un gisement qui s’étend sur près de 300 km,
- importance qui a été soulignée par la tentative officielle d’achat par l’Allemagne heureusement déjouée grâce à l’intervention de la France.
- LA CARTE INTERNATIONALE DU MONDE AU MILLIONIEME
- Les besoins d’une Carie du Monde, à une échelle uniforme, assez grande pour donner des détails suffisants sur chaque portion représentée de la terre, assez petite pour que le nombre de ses feuilles ne fut pas excessif, s’est depuis longtemps fait sentir. Les nécessités scientifiques, politiques, militaires, économiques et commerciales étaient autant d’arguments qui plaidaient en faveur de la réalisation de ce desideratum de la science géographique.
- D’autre part, le travail nécessaire n’était qu’un travail de coordination. Le gros œuvre, c’est-à-dire l’établissement des documents géodésiques et topographiques, n’était plus à faire : ces documents sont réunis, dans les services géographiques de chaque pays. Il n’y avait donc qu’à réaliser une entente internationale afin d’assurer, en une œuvre unique, la synthèse générale des documents acquis.
- C’est ce résultat qu’a obtenu la Conférence internationale pour la Carte du Monde, Conférence tenue à Paris en décembre 1913 (*), sous la prési-
- ’**4. Postérieurement à l’article paru au n° 2024 du 9 mars 1912 et qu’il y a donc lieu de compléter.
- dence du général Bourgeois, directeur du Service géographique de l’armée, et dont M. Emm. de Margerie fut le secrétaire général.
- Une première réunion d’un comité international, tenue à Londres en 1909, avait étudié les grandes lignes du projet dont les détails furent réglés définitivement, en décembre 1913, par la Conférence de Paris, à laquelle trente-trois États étaient représentés.
- La première question fut celle de l’échelle à adopter. A l’unanimité, il fut décidé que la carte serait à l’échelle du millionième, à laquelleun kilomètre sur le terrain est figuré par un millimètre sur le papier. Cette échelle est déjà suffisante pour donner de nombreux détails, et elle ne correspond pas, cependant, à des dimensions extraordinaires, puisque la longueur du développement équatorial total n’est que de 40 mètres.
- L’échelle une fois fixée, il y avait à arrêter un mode de projection. On sait, en effet, qu’il est impossible de « développer » une portion de surface sphérique sur un plan et que pour arriver à repré-
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- = LA CARTE INTERNATIONALE DU MONDE AU MILLIONIÈME
- = 107
- Fig. i. — Fissures d’assemblage des feuilles de la France, résultant de la projection polyconique modifiée.
- senter la surface terrestre, il faut substituer à l’ellipsoïde réel une série de surfaces développables, cônes ou cylindres, qui coïncident suffisamment avec lui dans la portion que l’on veut représenter.
- On avait pensé un instant à la projection cylindrique de Mercator ; celle-ci a le grand avantage de conserver les angles et de permettre un assemblage d’ensemble
- de toutes les (—b
- feuilles de la carte. Mais la déformation excessive qu’elle impose aux contours des terres situées dans les hautes latitudes et l’impossibilité d’y faire figurer les pôles eux-mêmes, l’ont fait rejeter.
- La Conférence a adopté une projection polyconique modifiée, proposée par M. Ch. Lallemand, membre de l’Institut et du Bureau des Longitudes, inspecteur général des Mines, directeur du Service du nivellement général de la France.
- On sait que la projection polyconique consiste à substituer à la sphère une série de troncs de cône ayant leurs bases respectives sur les parallèles successifs : les surfaces que l’on substitue ainsi à la sphère sont isolément développables sur un plan et, si leur nombre est suffisamment grand, la projection des points de la surface réelle sur celle de ces troncs de cône ne diffère pas énormément de la figure qu’ils forment à la surface de la sphère.
- Le mode de projection polyconique a été modifié légèrement. La projection
- est avec méridiens rectilignes. Chaque feuille est établie indépendamment sur son méridien central divisé en degrés. Par les points de division on fait passer des cercles qui figurent des parallèles ; il y a un centre pour chaque parallèle, et la position de ce centre sur le méridien central est calculée en fonction de la latitude du parallèle et de la petite normale à l’ellipsoïde terrestre.
- Le long des parallèles limites, c’est-à-dire des arcs de cercle qui forment les bords supérieur et
- / 5 jlll
- IPi ijli Pli illliïq
- G BIP H
- Fig. 2. — Feuilles de la carte au i ooo ooo° pour la France.
- inférieur de la feuille, on marque, en vraie longueur, les degrés de longitude ; on réunit par des lignes droites les points des parallèles limites correspondant aux mêmes longitudes : ces lignes droites représentent les méridiens. Les méridiens situés à 2° de distance de part et d’autre du méridien central ont une longueur correcte. Le méridien central de chaque feuille sera réduit de 2 dixièmes de millimètre.
- Toutefois, ce mode de projection ne permet pas la juxtaposition rigoureuse d’un assemblage de 4 ou de 9 feuilles voisines. Le tracé rectiligne du méridien d’une part,. d'autre part l’existence d’un, centre
- spécial à chaque parallèle font que chaque feuille peut se juxtaposer exactement à chacune des feuilles adjacentes à ses quatre bords, comme le montre la figure 1, où la feuille centrale marquée A est juxtaposée à ses quatre adjacentes, 1, 2, 3, 4. Mais si l’on veut assembler, par exemple, 9 feuilles et compléter le quadrilatère formé par les adjacentes, il n’y a plus juxtaposition exacte des feuilles d’angle 5, 6, 7, 8. Il ne sera possible de les assembler que moyennant certaines « fissures », a b c d. Les méridiens des bords de chaque feuille sont, en effet, altérés légèrement par la projection, mais cette altération n’est que de 6 dixièmes de millimètre pour une feuille de 44 cm de hauteur ; encore cette valeur est-elle un maximum, celui qu’elle prend à l’équateur. Elle va en diminuant à mesure qu’on s’éloigne de l’équateur, et est nulle aux pôles. Les angles de chaque feuille, au lieu d’être rigoureusement de 90°, sont de 90° ±6'.
- Quand on voudra donc assembler 9 feuilles, on aura juxtaposition exacte de la feuille centrale et de ses quatre adjacentes (feuilles ombrées). Quant aux feuilles d’angle, on pourra soit utiliser la propriété des feuilles 2 et 3 de se juxtaposer à leurs
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- 108 LA CARTE INTERNATIONALE
- adjacentes : on aura alors les fissures a b c d; ou bien on pourra utiliser la propriété des feuilles 1 et 4 de se juxtaposer à leurs adjacentes : on aura alors les fissures m n p q. Mais la petitesse de ces fissures fait que, pour l’assemblage de 9 feuilles, les intervalles qu’elles représentent sont de l’ordre de grandeur des écarts que comporte le jeu du papier lors de l’assemblage et du collage de la toile. On pourra donc réunir sans difficulté et sans discontinuité apparente, 9 feuilles de la carte, et 4 a fortiori. La figure 2 représente l’assemblage des 9 feuilles qui comprennent la France.
- Chaque feuille embrasse 6° de longitude et 4° de latitude. Les feuilles sont donc groupées, en latitude, dans chaque hémisphère, en 22 zones, repérées chacune par une lettre de l’alphabet, ce qui fait 88°, plus une calotte polaire de 2° de rayon (ou 4° de diamètre). En longitude, elles sont groupées en 60 fuseaux de 6° chacun, repérés par des chiffres de 1 à 60.
- La carte entière comprendra ainsi, théoriquement du moins, 2760 feuilles. Mais, en pratique, les feuilles des régions avoisinant les pôles ont une largeur décroissante à mesure que la latitude augmente. Aussi, au-dessus de 60° de latitude, on fera la réunion de plusieurs feuilles de la même zone, par deux, par trois, ou même par quatre à des latitudes plus élevées.
- La superficie totale de la carte recouvrira une surface de 191 m2 environ; son prix d’exécution approchera de dix millions de francs. Chaque feuille aura 44 cm de hauteur uniforme et une largeur variable avec la latitude. Cette largeur sera maximum à l’équateur, où elle atteindra le chiffre de 86 cm. L’assemblage de la carte entière ne pourra être fait que sur une sphère de 12 m. 732 de diamètre. Espérons que, lorsque la carte sera entièrement publiée, cette réalisation tentera quelques Mécènes de la géographie.
- En ce qui concerne le repérage des coordonnées, le méridien origine adopté est celui de Greenwich. La chiffraison des longitudes et des latitudes d’après le système ordinaire est inscrite en chiffres noirs sur deux des bords de la feuille. Sur les deux autres, en chiffres de couleur (pour éviter toute confusion) on inscrira la chiffraison adoptée pour la carte aéronautique internationale : longitudes comptées de 0° à 360° à partir de Yantiméridien de Greenwich, et latitude comptée de 0° à 180° à partir du pôle sud sur la proposition de M. Lallemand.
- La figuration du relief de l’écorce terrestre, tant dans sa partie continentale que dans sa partie submergée, sera faite en courbes de niveau dont l’équidistance sera de 100 m. Les courbes de 100, 200, 500, 1000, 1500, 2000, 2500, 3000, 4000, 5000..., sont dites courbes maîtresses et seront obligatoires. Pour le relief du fond des mers (bathymétrie) les courbes maîtresses sont 100, 200, 500, 1000, 2000, 3000..., 9000 m. Afin de rendre ce relief plus saisissant il a été décidé que chacune
- DU MONDE AU MILLIONIÈME
- des zones limitées par les courbes maîtresses serait ' teintée d’une couleur différente dont la conférence a arrêté la gamme. Pour les mers, la profondeur sera accentuée par des teintes de bleu de plus en plus foncé, conformément à l’échelle de teintes adoptée par S. A. S. le Prince de Monaco dans sa belle carte bathymétrique des océans en 24 feuilles. Quant aux cotes, soit d’altitude, soit de profondeur, elles seront obligatoirement exprimées en mètres, et facultativement en outre, en unités usitées dans chaque pays.
- La question de l’orthographe des noms propres, celle des écritures, celle des signes conventionnels ont été rigoureusement discutées et des décisions ont été prises, qui sont, dès maintenant, exécutoires.
- En ce qui concerne l’exécution, chaque pays prend à sa charge la représentation de la portion de surface terrestre correspondant à son territoire et à celui de ses Colonies. A ce dernier sujet, la représentation de l’Afrique se trouvait partagée presque exclusivement entre laFrance, l’Angleterre et l’Allemagne. Mais, selon toutes les probabilités qui résultent de l’orientation de la guerre actuelle, l’Allemagne perdra la totalité de ses possessions africaines, de sorte qu’elle sera vraisemblablement exclue de l’exécution de la carte d’Afrique.
- L’exécution des feuilles Océaniques sera répartie entre les Etats suivant une règle à établir. Déjà le Prince Albert de Monaco, par l’intermédiaire de son délégué à la Conférence, le Professeur Berget, a offert de prendre à sa charge l’exécution d’une partie des feuilles représentant les mers.
- Telles sont, dans leurs grandes lignes, les décisions de la Conférence de Paris. Sur la proposition du Colonel Close, président de la délégation britannique, la Conférence a décidé de centraliser les travaux de la Carte dans un bureau permanent, établi à Southampton dans les locaux de YOrdnance Survey du Royaume-Uni. Chaque État participera aux dépenses du Bureau par une cotisation annuelle de 150 francs.
- Une deuxième Conférence devait être tenue à Berlin, en décembre 1914, un an après celle de Paris, pour constater l’état d’avancement des travaux. La guerre européenne, survenue en août 1914, en a empêché la réunion ; et, quand celle-ci pourra avoir lieu, il est vraisemblable que ce ne sera pas dans la capitale de la Prusse qu’elle sera tenue, mais à Paris, à Londres, à Pétrograd, à Rome ou à Bruxelles, dans une des capitales de l’Entente qui, selon toutes probabilités, remportera la victoire. Et cette victoire comportera un traité de paix qui amènera, sans doute, des modifications profondes dans les frontières des États belligérants, et, par conséquent aussi, dans le tracé des feuilles de la Carte internationale du Monde.
- Alphonse Berget,
- Délégué à la Conférence internationale de la Carte du Monde au millionième, Professeur à l’Institut océanographique.
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- L’ÉCLAIRAGE DES USINES
- L’éclairage des usines est une question qui, tout au moins en France, n’a pas été, de la part des industriels, l’objet d’une étude suffisamment approfondie. Qu’ils datent des siècles précédents ou qu’ils aient été bâtis il y a quelques années seulement, aucun perfectionnement ne semble avoir été fait pour l’éclairage des bâtiments. Tandis que les ingénieurs cherchent à réduire au minimum le travail matériel, à augmenter sans cesse le rendement des machines, à perfectionner l’outillage, ils se désintéressent de la distribution des prises de jour, de la répartition des lampes, laissant à l’initiative de l’ouvrier le soin de les disposer au mieux de ses commodités.
- Et pourtant, il est nettement établi que les ateliers sombres sont plus sales, que ceux dans lesquels la lumière entre à profusion. La malpropreté accompagne les ténèbres, la paresse aussi, et l’ouvrier mal éclairé se laisse aller à travailler lentement. De plus, les accidents sont plus fréquents dans les locaux industriels où la lumière est mal distribuée, laissant dans une clarté douteuse des poulies d’arbre, des engrenages, etc. C’est surtout au travail à la lumière artificielle que les remarques précéden tes s’appliquent avec le plus de force. L’éclairage rationnel augmente de 10 à 15 pour 100 le rendement du travail. Quant aux accidents, 25 pour 100 peuvent être attribués dans les usines à un mauvais éclairage.
- La figure 1, très suggestive à ce point de vue, résulte d’une statistique américaine s’étendant sur 5 années et 80 000 usines, et montre nettement la relation entre le nombre des accidents et les conditions d’éclairage.
- On voit donc l’importance que présente une bonne distribution de la lumière dans les ateliers. En Amérique, où Taylor a créé l’étude scientifique du travail, ce problème ne pouvait passer inaperçu et les grandes usines américaines modernes sont intéressantes à décrire à ce point de vue pour nos industriels français.
- Pour l’éclairage pendant le jour, les constructions modernes en fer ou en béton armé permettent de ménager de larges ouvertures par lesquelles la lumière peut entrer à flots. Cela est d’autant plus facile à réaliser que le prjx d’un mur en maçonnerie est très sensiblement le même que celui de la même paroi en verre transparent épais et que, dans, les usines modernes, le chauffage pendant l’hiver est en général assuré par la vapeur d’échappement de la machine génératrice de force. Dans le cas où l’énergie n’est pas produite à l’usine, de grands murs vitrés qui offrent une surface de refroidissement considérable, correspondent à une augmentation de combustible pour le chauffage. Mais, d’un autre côté, ils permettent de réduire les frais d’éclairage et rendent le travail plus commode; il y a là deux facteurs de sens contraire que les ingénieurs doivent, dans chaque cas particulier, chercher à concilier.
- En général, pour les bâtiments isolés, la surface vitrée doit être 50 pour 100 de la surface totale des murs, les étages ayant 5 m. environ de hauteur de plafond, ce qui est largement suffisant dans la grande majorité des usines.
- La question de la ventilation est en rapport direct avec celle de l’éclairage par fenêtres. Les châssis portants, que leur axe soit horizontal ou
- Meures de
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- Jui/i Août Sept Oct. Me üéc. Jane feu. M/s. Avr. Mai Juin.
- Fig. i. — Correspondance entre le nombre des accidents et V éclair âge des ateliers. Le graphique supérieur donne la proportion des heures de lumière, temps sombre et obscurité par jour pour une année normale. Le graphique inférieur indique le nombre d’accidents correspondants. Le trait noir est relatif aux accidents se produisant la nuit, le trait interrompu aux accidents pendant la période de pénombre, la courbe en trait mixte aux accidents pendant le joui-.
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- L’ÉCLAIRAGE DES USINES
- Fig. 2. — Disposition typique d'éclairage industriel par châssis à bascule.
- vertical, sont préférables aux fenêtres à coulisses, car ils sont moins onéreux et peuvent être accouplés et manœuvrés en bloc.
- Quelle que soit la surface éclairante, si l’atelier à éclairer est profond, la lumière ne pourra en pénétrer les parties éloignées que si l’on utilise des appareils ditïusants, prismes, glaces, etc., dont le choix nécessite une étude approfondie des conditions à remplir dans chaque cas particulier.
- Parmi les meilleures dispositions des surfaces d’éclairage, il faut citer les toits en dent de scie bien connus des filateurs, qui permettent, grâce à leur inclinaison dépendant de la latitude et de l’orientation de l’usine de recevoir le maximum de lumière du ciel tout en évitant les rayons directs du soleil. Ce mode de construction malheureusement ne peut s’appliquer qu’à des bâtiments sans étages, ce qui limite son emploi.
- Quelles que soient les difficultés que rencontre la construction d’une usine pour assurer un bon éclairage
- pendant le jour, elles ne sont rien en comparaison de celles que soulève la question de l’éclairage nocturne. Il semble à première vue, étant donnée la diversité des industries que l’on ne puisse formuler aucune règle générale. Il n’en est rien, car le problème de l’éclairage est un problème physiologique et, comme en définitive c’est l’œil humain qu’il s’agit dans tous les cas de satisfaire, les conditions à remplir sont toujours les mêmes.
- Chacun sait que l’exposition à une lumière violente, « crue » détermineunecontrac-tion des muscles ciliaires qui amène rapidement la fatigue. On sait de plus que si l’œil est accommodé pour la vision nette sur un objet et que dans le champ visuel, en arrière de l’objet par exemple, on produise un éclairement violent, la fatigue de l’œil sera aussi très prompte.
- On voit donc que dans les usines, en tenant compte de ces deux remarques, non seulement on devra avoir un éclairage assez intense pour pouvoir discerner facilement et sans fatigue tous les objets, mais encore les sources lumineuses devront être
- Fig. 3. — Disposition de fenêtres à guillotine dans une usine américaine.
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- L’ECLAIRAGE DES USINES
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- suffisamment espacées et garanties par des réflecteurs calculés de telle sorte que l’ouvrier travaillant sous l’une d’elles ne puisse être frappé par la
- verre dépoli. Pour l’atelier, chaque fois que cela est possible, l’éclairage est indirect et obtenu par des lampes à arc, dont la lumière est projetée sur un plafond blanc ou un diffuseur qui la renvoie ensuite vers le sol. Les lampes à vapeur de mercure et les tubes lumineux avec verres donnent directement une lumière douce mais qui altère les couleurs et présente, comme les lampes à arc alimentées par courant alternatif, l’inconvénient de « décomposer » les mouvements rapides, leur donnant l’ap-
- Fig. 4. — Une usine bien éclairée : les lampes suffisamment espacées et d’intensité moyenne répandent une lumière homogène.
- lumière directe de l’une des autres. Il faut de plus que les lampes ne déterminent pas des ombres portées s’entrecroisant, car il en résulte une impression pénible à l’œil qui se traduit par une hésitation dans les mouvements et une fatigue plus rapide.
- Ce que nous venons de dire s’applique à l’éclairage général des usines. Pour l’éclairage individuel des ouvriers, certaines règles peuvent aussi être
- Fig. à. — Les toits en dents de scie surtout employés pour les filatures.
- formulées. Les lampes électriques à filaments métalliques pour l’éclairage de la pièce à travailler ne doivent pas être très intenses, 8 à 10 bougies suffisent, et leur lumière doit être adoucie par un
- Fig. 5. — Usine mal éclairée par des lampes donnant un éclairage violent et trop localisé.
- parence d’être accomplis par saccade, ce qui fatigue beaucoup là vue. Remarquons en passant que les usines où la commande individuelle des machines a pu être réalisée, sont 'H beaucoup plus fapiles à éclairer convenablement, par suite de la disparition des paliers, volants, poulies, courroies de transmission, qui formaient une véritable forêt à travers laquelle les rayons lumineux n’arrivaient, que péniblement jusqu’aux machines.
- Nous ne discuterons pas de la valeur des divers modes d’éclairage. Nous avons simplement voulu montrer très rapidement comment doit se présenter le problème de la répartition de la lumière dans les usines. Comme on a pu le voir, il est assez délicat, mais son importance est telle que l’on doit souhaiter voir nos industriels s’ingénier à le résoudre. II. Yolta.
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- METCHNIKOFF
- La France vient de perdre un grand savant, Elias Metchnikoff qui, bien que russe d’origine, était des nôtres depuis longtemps.
- Né en 1845 à Kharkofï, il fit ses études scientifiques en Russie, puis en Allemagne et devint à 25 ans professeur de zoologie à l’Université d’Odessa. Il s’était déjà fait connaître par de beaux travaux d’embryologie sur les animaux inférieurs. Travailleur infatigable, esprit fertile et novateur, il ne tarda pas à tirer d’intéressantes conclusions de ses nombreuses recherches. Notamment il découvrit le développement d’un ver, le Balanoglossus, dont la larve ressemble à celle des étoiles de mer et dont l’adulte a quelques caractères qui le rapprochent des vertébrés inférieurs ; d’où la possibilité d’une parenté entre les étoiles de mer et les vertébrés. Peu à peu, les faits s’accumulant, Metchnikoff fut conduit à une théorie générale de l’embryogénie et particulièrement de la formation des organes. Combattant la théorie de la gastrula de Haeckel, Metchnikoff arrive à cette conception que dans tout organisme certaines cellules ont une place fixe, contribuant à l’édification des organes, tandis que d’autres, dérivées du mésoderme, restent toujours mobiles et libres dans les liquides de l’organisme. Ces dernières se nourrissent de tous les déchets et des cadavres des cellules fixes, elles englobent les éléments étrangers qu’elles rencontrent qu’ils soient vivants ou inertes. Ces cellules mangeuses sont les phagocytes; leur fonction la phagocytose.
- Chez l’homme, les phagocytes, qu’on appelle encore leucocytes pour rappeler leur couleur pâle différente de celle des globules rouges, se trouvent dans le sang; ils sont formés dans les ganglions lymphatiques, les follicules de l’intestin, la moelle des . os; ils sont de plusieurs sortes, les unes amœboïdes, les autres non, ayant des fonctions différentes ; les uns s’attaquent particulièrement aux germes des maladies aiguës, d’autres à ceux de la tuberculose, etc.
- C’est là un des grands mécanismes de défense de l’organisme contre les microbes et sa découverte,
- basée sur l’observation des espèces animales les plus variées, est tout entière l’œuvre de Metchnikoff.
- La phagocytose n’a pas qu’un intérêt théorique ; son importance est capitale en médecine et bientôt, Metchnikoff s’en rendit tellement compte, qu’il abandonna l’Université d’Odessa pour venir travailler à Paris auprès de Pasteur. Peu à peu, par ses travaux ou sous son impulsion, la théorie de la phagocytose se développa et s’affermit ; Metchnikoff montra que les phagocytes sécrètent des ferments qui attaquent et digèrent les cellules altérées et les microbes envahisseurs et aussi d’autres substances telles que les antitoxines qui contribuent à protéger l’organisme en neutralisant les poisons sécrétés par les infiniment petits.
- Outre cette série de recherches capitales, MeL-chnikoff réussit à communiquer à divers animaux plusieurs maladies contagieuses, à étudier leurs effets et à chercher leur traitement ou leur prévention par des vaccins, En ces dernières années, Metchnikoff aborda un nouveau problème, celui de la vieillesse. Il reconnut le danger des poisons qui se produisent dans le gros intestin ; cause principale de l’artério-sclérose et de la sénilité. Il chercha à en diminuer ou en éliminer l’inlïuence par une nourriture spéciale, notamment par le lait fermenté. Il désira même prolonger la vie humaine et exposa ses rêves en deux volumes curieux : les Éludes sur la nature humaine et les Essais de philosophie optimiste.
- Depuis 1887, Metchnikoff était des nôtres. Sous-directeur de l’Institut Pasteur, membre associé de l’Académie des Sciences, lauréat du prix Nobel, commandeur de la Légion d’IIonneur, il avait reçu peu à peu tous les honneurs, ce qui ne l’empêchait pas de continuer ses travaux au milieu d’un grand nombre d’élèves français et étrangers groupés autour du maître.
- C’est avec douleur qu’on a appris, tant en France qu’en Russie, la mort, dans l’appartement même de Pasteur, d’un de ses plus brillants disciples qui fut en même temps l’un des esprits les plus originaux de notre temps. René Meule.
- Photo Pirou.
- ELIAS METCHNIKOFF.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahore, rue de Fleuras, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 2238. ::...........—....— ............ 19 AOUT 1916.
- LE RHÔNE NAVIGABLE ET LE TUNNEL DU ROVE
- Le percement de l’isthme de Suez a valu aux ports méditerranéens une situation privilégiée, en leur offrant la voie de communication la plus directe avec l’Afrique Orientale, les Indes, l’Indo-Chine, la Chine, le Japon et l’Australie; si bien qu’on a pu dire qu’après avoir été le berceau de la civilisation, le bassin de la Méditerranée était appelé à devenir le point de concentration du commerce du monde. Cependant, jusqu’ici, ces prévi-
- produits destinés à la Suisse, par exemple, ne fussent pas débarqués à Marseille, et que les gros navires qui les transportaient lissent simplement escale dans ce port, redescendant ensuite au Sud-Ouest pour gagner Gibraltar, contourner la péninsule Ibérique, remonter l’Océan Atlantique, longer la Manche, atteindre la mer du Nord et grossir finalement les tonnages de ports allemands, hollandais ou belges, qui sont pourtant plus éloignés que
- Fig. i. — Partie maritime du canal de Marseille au Rhône. Vue prise des chantiers de la Loire sous la tête sud du tunnel du Rhône.
- sions ne se sont point réalisées, et, si les ports de Gênes et de Marseille se sont notablement agrandis, leur développement a été loin d’égaler celui de certains ports du Nord, notamment ceux d’Anvers, de Hambourg et de Rotterdam.
- Malgré sa position si favorable aux rapports avec l’Orient et avec nos possessions de l’Algérie, du Maroc et de la Tunisie, à la veille de la guerre, le port de Marseille voyait encore lui échapper la majeure partie du transit qui paraissait lui être naturellement dévolu. Les grands tunnels des Alpes avaient avantagé à son détriment le port de Gênes; mais ce que nous perdions ainsi était, en somme, peu de chose, en comparaison du trafic que drainaient les ports du Nord. Il pouvait sembler étrange, à première vue, que les
- le nôtre du lieu de destination de presque toute la cargaison.
- Ce supplément de parcours ne s’accomplit évidemment pas sans frais : les grands paquebots qui viennent de l’Extrême-Orient ont de puissantes machines, qui dévorent la houille par centaines de tonnes; ils portent un équipage nombreux, qu’il faut payer, ainsi qu’un service d’amortissement et d’assurances très élevé. Tous ces éléments pèsent nécessairement’ sur le fret, et il est surprenant que l’on trouve encore avantage à franchir des milliers de kilomètres pour amener à Rotterdam des marchandises destinées à Bâle, alors qu’en lés débarquant à Marseille la longueur du trajet serait considérablement réduite.
- Cet itinéraire s’explique néanmoins, si l’on tient
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- 44* Année. — 2" Semestre.
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- 114 — LE RHÔNE NAVIGABLE ET LE TUNNEL DU ROVE
- compte de la navigation fluviale en connexion avec les ports précités. C’est qu’en effet les voies d’eau offrent des moyens de transport beaucoup moins onéreux que les chemins de fer, de telle sorte qu’un port étendra d’autant plus sa zone d’influence qu’il pourra commander des routes fluviales plus importantes. Si les ports de la mer du Nord ont pris l’essor que l’on sait, c’est surtout, c’est presque uniquement parce qu’ils se reliaient h l’Europe centrale par les voies économiques du Rhin, de l’Elbe, de l’Oder et de la Vistule.
- Ce concours de la batellerie fluviale nous avait, au contraire, à peu près complètement fait défaut, jusqu’à ces dernières années, bien que nous eussions une route en apparence des plus avantageuses, celle du Rhône. Son importance n’a jamais été méconnue, mais c’est depuis peu que l’on a eu l’exacte notion de ce qu’il y avait à faire pour en tirer le meilleur parti. Bien qu’il fût officiellement classé comme navigable, le plus grand des fleuves français ne se prêtait guère à la navigation : la rapidité de son cours, ses crues soudaines, les déplacements incessants de son lit, les alluvions qu’il charrie, tout concourait à paralyser l’organisation de transports réguliers. Les rares bateaux qui le sillonnaient répondaient seulement à des besoins locaux, et ils n’allaient pas jusqu’à la mer, dont l’accès leur était interdit par une barre dangereuse. L’obstacle ainsi désigné n’est pas une barre d’eau, une vague remontante, comme celle de la Seine à Caudebec, ou comme le mascaret de la Gironde : la barre du Rhône est un amas de sables mouvants qui en obstruent l’embouchure. C’est cette surabondance d’alluvjons qui a toujours empêché l’établissement d’un grand port sur les bords mêmes des bouches du Rhône qui, suivant une remarque ironique, « au lieu d’aboutir à Cette ou à Marseille, continue à courir vers le Sud pour tomber dans le vide ».
- La première mesure à prendre pour développer la navigation sur ce fleuve était donc de lui assurer un débouché maritime, et c’est dans ce but qu’avaient été creusés le canal de Saint-Louis, qui met en communication le bas Rhône avec Port-Saint-Louis-du-Rhône, et le canal qui relie Arles à Port-de-Bouc. Cependant, ces deux voies n’avaient pas changé grand’ehose à la situation antérieure : les petits ports auxquels elles aboutissent n’avaient ni les dimensions voulues pour recevoir les grands navires ni l’outillage indispensable aux transbordements rapides. Le port le plus proche qui fût à même de satisfaire aux conditions requises était celui de Marseille; mais il ne fallait pas songer à y amener par mer les frêles embarcations à fond plat, appropriées à la navigation fluviale mais incapables de résister à la houle. Un service régulier devait permettre d’amener ces bateaux à leur lieu de destination par tous les temps et par un chemin aussi court que possible : ce sont ces considérations qui ont fait entreprendre l’ouverture d’une voie de
- communication directe par canaux entre Marseille et Arles.
- Si l’exécution en est toute récente l’utilité de ce chemin fluvial était depuis longtemps admise, et l’idée en remonte au moins à Louis XII, qui la formulait dans un projet daté de 1507. Nous n’en referons pas l’historique, déjà exposé ici même(1) par M. R. Bonnin. Rappelons seulement que le canal qui s’achève actuellement, avec beaucoup d’activité, en dépit des difficultés économiques et de la rareté de la main-d'œuvre, a été ordonné par la loi du 22 décembre 1903, et que les travaux en ont effectivement commencé en 1907.
- La longueur totale du canal de Marseille au Rhône est de 82 km. Il se compose d’abord d’un secteur maritime, long de 5 km, qui relie le bassin de la Madrague (extrémité Nord des nouveaux ports de Marseille) à la pointe de la Lave, près de l’Estaque. Dans ce parcours, le canal a pour rives le rivage naturel de la mer et une digue en enrochement qui le met à l’abri des vagues (fig. 1). Un grand bassin, qui formera le port de la Lave, termine ce secteur maritime, en face de l’entrée du tunnel du Rove, que nous allons décrire. Le canal passe sous la chaîne du Rove, en ligne droite. Après ce parcours souterrain, qui mesure 7266 m., il débouche dans la tranchée de Gignac, près de Marignane. Il devient alors lacustre, longeant la rive Sud de l’étang de Bolmon, puis traversant l’étang de Berre, jusqu’aux Martigues, il emprunte le canal des Martigues à Port-de-Bouc, traverse l’étang de Caronte (fig. 2) et enfin se confond, à partir de Port-de-Bouc, avec l’ancien canal qui, depuis 1854, mettait déjà ce port en relation avec le Rhône, à Arles. Toutefois, ce canal ne pouvait être utilisé tel quel, pour le trafic important que l’on prévoit ; il présentait trois biefs étagés, tandis que la nouvelle voie n’en aura qu’un, dans le même parcours. De plus, l’écluse qui faisait communiquer le Rhône avec l’ancien canal d’Arles à Port-de-Bouc a été changée : la nouvelle écluse, dont la construction a exigé quatre ans de travail, a 160 m. de long et 16 m. de large.
- Le canal de Marseille au Rhône aura 25 m. de largeur, au plafond théorique, c’est-à-dire à 2 m. d’enfoncement, et le mouillage sera normalement de 2 m. 50. La surface de la section mouillée sera, aux basses mers, de 70 m2; c’est plus de 5 fois la section mouillée, en charge, par les bateaux actuels du Rhône, construits pour porter 600 t. de fret à 1 m. 75 d’enfoncement, avec une largeur de 8 m. au maître-couple et 60 m. de longueur.
- Le mouillage sera porté à 3 m. dans la zone comprise entre Marseille et l’étang de Berre, où le canal recevra des chalands de mer, dont le tirant d’eau atteint 2 m. 50. C’est dans cette zone que se trouve l’ouvrage de beaucoup le plus important du canal, le souterrain du Rove, qui mérite de retenir plus particulièrement l’attention.
- 1. Voy. n° 1769, du 20 avril 1907, p. 528.
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- LE RHONE NAVIGABLE ET LE TUNNEL DU ROVE
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- Fig. 2.
- Ce qui distingue ce tunnel de tous les autres, c’est l’ampleur inusitée de sa voûte, dont la largeur atteint 22 m. et la hauteur 14 m. 40, soit une section de 500 m2, égale à six fois celle d’un tunnel de chemin de fer à double voie (fig. 5). On y logerait aisément deux tunnels à une voie; en serrant un peu, on pourrait même établir ..................
- sur la largeur un 1 '
- tunnel à deux voies et deux tunnels à une voie.
- Les dimensions réglementaires des tunnels de chemins de fer à deux voies sont :
- 8 m. de largeur à la base et 6 m. de hauteur entre le niveau des rails et.la clé de voûte.
- Le tunnel du Métropolitain parisien a 7 m. de large et 5 m. 20 de hauteur. Les
- autres tunnels de canaux n’approchent point des dimensions de celui du Rove : sur le canal de la Marne au Rhin, le souterrain de Mauvages a 4800 m. de longueur, et la largeur de la cuvette, au niveau du plan d’eau normal, est de 6 m. 50 ; sur le canal de Saint-Quentin, le souterrain de Rique-val a 5600 m. avec une cuvette de 6 m. 40.
- Pour creuser
- 1 m. courant du tunnel du Rove, il fallait enlever de 290 à 550 m3 de roches, tandis que dans le tunnel du Simplon, qui a 4 m. 50 de largeur, le mètre linéaire n’exigeait que l’enlèvement de 40 m'
- environ. Or, le souterrain du Rove a 7266 m. de longueur : le volume à extraire s’élevait donc à
- 2 200 000 m3, et cette masse de matériaux représente celle qu’il eût fallu abattre pour le tunnel du Simplon, si ce dernier avait eu 50 km de long, tandis qu’il n’en a que 20 environ, ce qui ne l’empêche pas de détenir le record de la longueur des
- Pont tournant de Caronte sur le canal de Marseille au Rhône à l'entrée de l’étang de Berre.
- Fig. 3. — Tête sud du tunnel du Rove (vue intérieure).
- Le pointillé blanc représente le gabarit d’un tunnel normal de chemin de fer.
- tunnels du monde entier. Le forage d’un pareil trou, l’établissement d’une voûte comme celle qui soutient le massif du Rove représentait donc un travail gigantesque, dont peu de constructeurs auraient été à même d’assumer la responsabilité, et qui a été confié, après un concours ouvert à tous les
- entrepreneurs de
- ...... -........... . France, à M. Léon
- Chagnaud, celui-là même qui logea sous la Seine les caissons du Métropolitain.
- Les dimensions insolites du souterrain créaient des difficultés techniques toutes particulières, et tel détail relativement infime dans l’établissement d’un tunnel ordinaire prenait ici un caractère décisif pour le prompt
- achèvement des travaux ou même pour leur bonne marche régulière. C’est ainsi que le revêtement de la voûte absorbait des quantités énormes de moellon smiller, que l’on ne pouvait se procurer
- ni dans la montagne percée ni dans ses environs immédiats. Il a fallu ouvrir, près de Cassis, au fond de la calanque de Port-Miou, à 55 km des chantiers de la Lave, une carrière spéciale, au bord même de la mer, mais en un point suffisamment abrité pour que le chargement des chalands pût s’effectuer par tous les temps, sans aucune interruption (fig. 5). On a ainsi assuré l’alimentation des chantiers souterrains, qui avaient besoin, chaque jour, de 60 à 70 m3 de moellons, pour couvrir une surface de 450 à 200 m2 représentant, en moyenne, l’avancement quotidien. Celui-ci a dépassé parfois 6 m., tandis que dans des terrains semblables (dolomite, calcaire dur avec poches d’ar-
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- LE RHÔNE NAVIGABLE ET LE TUNNEL DU ROVE
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- gile, calcaires schisteux, marnes, etc.), et pour des tunnels de chemins de fer, beaucoup moins larges, l'avancement dépasse rarement 2 m. ou 2 m. 50 par jour.
- Pour atteindre cette célérité, il a fallu renoncer aux perforatrices sur affûts à roues, que l’on avait d’abord amenées sur les chantiers : ces machines, encombrantes et d’un déplacement malaisé, ont été vantageusement remplacées par des marteaux perforateurs, outils individuels très portatifs mûs par l’air comprimé. 11 y avait constamment 100 à 120 marteaux en fonctionnement, et, comme le personnel était divisé en trois équipes travaillant chacune 8 heures par jour, l’entreprise disposait de 360 marteaux, chaque ouvrier perforateur gardant toujours le sien et bénéficiant déprimés oalculées suivant le rendement qu’il en obtenait. Ces outils, reliés aux conduites d’air comprimé par un raccordement très simple, se déplacent très rapidement et permettent de réduire au minimum l’interruption du travail de forage, au moment des coups de mine. Les 100 ou 120 marteaux en fonctionnement simultané absorbent une puissance de 1300 à 1400 chevaux, fournie par l’air comprimé à 8 kg.
- L’air comprimé est aussi utilisé pour la traction, mais à la pression de 10 kg. Nous reproduisons (fig. 4) une locomotive Porter, fournie par la maison Ingersqll-Rand, de New-York. La puissance de cette machine est de 250 chevaux. Les chantiers utilisent non seulement plusieurs locomotives de ce genre, mais aussi des locomotives à vapeur, et l’animation qui y règne est comparable à celle d’une grande gare de marchandises.
- L’ensemble du personnel affecté à la percée du souterrain et à la construction de la voûte était d’environ 2000 hommes, avant la guerre. La mobilisation l’avait réduit de moitié, et il n’est pas encore entièrement reconstitué, malgré l’appoint de la main-d’œuvre étrangère et l’arrivée récente de prisonniers allemands.
- La percée de la galerie avait commencé en avril 1911, mais seulement du côté sud, qui débouche directement dans la mer. Du côté nord, il fallait, au préalable, creuser la tranchée de Gignac, au moins en partie, afin d’assurer l’évacuation des déblais, et le forage n’y a été entamé qu’il y a 20 mois. Cependant, pour activer les travaux, on a entrepris une double percée de part et d’autre de l’un des puits d’aération, celui de Sainte-Maxime. A partir de ce puits, le forage s’exécutait simultanément vers le sud et vers le nord ; la rapidité de l’avancement se trouvait ainsi doublée, mais
- l’enlèvement des déblais par le puits, à 70 m. de profondeur, occasionnait de graves difficultés, qui ont été néanmoins surmontées. Les galeries d’avancement se sont rencontrées, avec une précision parfaite, le 18 février 1916(a). Le 7 mai suivant, le tunnel était inauguré officiellement, en présence de M. Sembat, ministre des Travaux publics, et de M. Thierry, sous-secrétaire d’État à l’Intendance. Il ne faudrait pourtant pas en conclure que les travaux soient terminés. Le tunnel du Rove est bien sillonné de part en part, mais seulement par des trains chargés de matériaux, roulant sur voies ferrées, et il n’est pas encore prêt à livrer passage à des bateaux. D’abord, sur la plus grande partie de sa longueur, la base du souterrain se trouve encore à 4 m. 50 au-dessus du fond de la cuvette. Celle-ci n’est faite que sur 300 m. environ, à sa largeur définitive de 18 m, laissant de part et d’autre des banquettes dehalage de 2 m., et la voûte n’est complètement terminée que sur 3 km et demi, du côté sud.
- L’épaisseur qui reste encore à creuser nuit à l’aspect actuel du tunnel, dont la voûte semble écrasée, comme on peut en juger par notre photographie (fig. 6) prise l’entrée sud du tunnel. On n’aura réellement une idée exacte de l’ampleur de la voûte qu’après avoir achevé d’abattre tout ce qui. reste encore à enlever, à 4. m 50au-dessous du niveau actuel.
- Il faut prévoir encore à peu près trois ans de travaux, avec un personnel plus nombreux que celui qu’il y a actuellement, avant que le tunnel et le canal soient livrés à l’exploitation.
- Le coût du tunnel est évalué à 29 millions ; celui de l’ensemble des travaux du canal de Marseille au Rhône, à 90 millions, dont 35 millions à la charge de l’État, 13 millions supportés pour moitié par la ville de Marseille et le département des Bouches-du-Rhône, et la différence, soit une quarantaine de millions, par la Chambre de commerce de Marseille.
- L’ouverture de ce canal n’aura pas seulement pour effet de relier notre premier port de commerce au réseau fluvial français : il permettra, d’abord, à la banlieue industrielle de Marseille de s’étendre sur les rives du vaste étang de Berre, qui sont appelées à former une spacieuse « rue d’usines » ; il reliera ses bassins à ceux de Port-de-Bouc, où sont déjà des chantiers de constructions maritimes et des industries en plein développement ; il offrira surtout une voie économique entre la Méditerranée et Lyon, même au delà, quand seront aplanies les difficultés que
- 1. Voy. n° 2214, du 4 mars 1916, p. 159.
- Fig. 4. — Locomotive à air comprimé utilisée sur les chantiers du tunnel. '
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- = LE RHONE NAVIGABLE ET LE TUNNEL DU ROVE . ; H7
- présente encore la navigation sur le Rhône.
- La première est la vitesse des eaux. Sur le parcours de 525 km qui va de la frontière suisse à la mer, le Rhône doit gagner une différence d’altitude de 570 m. 20. De la frontière au Parc, en amont de Seyssel, le fleuve est classé comme flottable : en réalité, les 55 km que représente cette zone ne sont qu'une accumulation d’obstacles de toute nature, entre autres les rapides et la gorge de Malpertuis, ainsi que la fameuse perte du fleuve.
- En aval du Parc, et jusqu’à ses embouchures, il est réputé navigable; mais, en fait, la rapidité et les variations de son cours le faisaient, jusqu’à ces dernières années, considérer plutôt comme un torrent. A Lyon, qui n’est qu’à 525 km de la mer, l’altitude du Rhône atteint déjà 159 m. 60 : pareille élévation ne se trouve, sur le Rhin, qu’à 770 km de la mer ; sur l’Elbe, elle en est éloignée de 820 km; sur le Danube, de 1770 km.
- Entre Mannheim et la fron-tièrehollandaise, la pen te moyenne du Rhin est de 0 m. 18 par kilomètre, et les bateliers considèrent comme difficile un secteur de 27 km, entre Bingen et Saint-Goar, où la pente atteint 0 m. 46. Or, sur le Rhône, elle est de 0 m. 50 entre Lyon et l’Isère, de 0 m. 77 entre l’Isère et l’Ardèche, de 0 m. 49 entre ce confluent et celui du Gardon. Les eaux du Rhône ont fréquemment une vitesse de 5 à 4 m. par seconde (10 km 800 à 14 km à l’heure), et un remorqueur qui, en eau calme, entraînerait 5500 à 4000 t., à raison de 6 km à l’heure, n’en remorque plus que 500, si la vitesse du courant dépasse 2 m. 50La ren-
- 1. Xavier Peruix. La Navigation dans la Vallée du ïthfme, 1912.
- contre des ouvrages d’art devient alors très dangereuse, et M. de Mas décrit ainsi la manœuvre d’un bateau porteur, à l’approche de Pont-Saint-Esprit : « Chose incompréhensible, le bateau se tient en travers du fleuve, comme s’il voulait aller se briser sur les avant-becs des piles. Et cette marche paradoxale se poursuit imperturbablement, et le bateau semble toucher aux maçonneries, et la catastrophe paraît inévitable, quand,
- tout à coup, saisie à l’avant par un courant de foudre..., l’énorme embarcation se redresse à miracle et, sui-* vanl l’expression des mariniers, se livre droite dans l’arche. Comme une flèche elle passe..., le pont est déjà loin » j1).
- La rapidité des eaux apporte encore, indirectement, d’autres obstacles à la navigation. En rongeant les rives et le fond, en roulant des cailloux et du sable, le fleuve modifie continuellement son lit et déplace les mouillés et les maigres, c’est-à-dire les parties profondes et les bancs de gravier qui constituent un sérieux danger pour la batellerie. Il y a quelques années à peine, les chômages de la navigation, par suite du manque d’eau sur les hauts fonds, étaient fréquents et assez longs. Des interruptions de 15 jours à 1 mois n’étaient pas rares, et certaines années étaient marquées par des arrêts de 100 à 150 jours.
- Il importait de remédier à cette situation. Suivant le programme dressé par M. de Freycinet, la loi du 15 mai 1878 consacrait à l’amélioration du Rhône une somme de 45 millions. Il s’agissait d’abord de constituer un lit mineur, au moyen
- 1. Communication sur le Rhône en aval de Lyon. Congrès de 1911.
- Fig. 5. — Les carrières de Port-Miou.
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- d’un ensemble de digues longitudinales et de digues transversales submersibles; il fallait ensuite régulariser le chenal navigable par des épis noyés et des seuils de fond, faire disparaître les coudes brusques, adoucir les rapides, raser les récifs et relever les fonds trop bas(1).
- Les résultats de ces travaux ont été diversement appréciés. Nous en trouvons une critique assez vive dans l’ouvrage précité de M. X. Perrin. D’après cet auteur, les travaux effectués depuis 1831 et dont le coût atteignait, en 1901, environ 92 millions, n’auraient servi à rien. M. Faure, dans son rapport de 1901 à la Chambre des Députés, soutient que l’erreur a été de creuser un chenal profond dans un fleuve demeuré • impraticable en raison de son courant : « Les épis noyés et les digues, dit-il, en resserrant le lit du fleuve,* ont rendu son cours encore plus rapide. » Un autre résultat, ajoute M. Perrin, a été d’aggraver le danger des crues ; les lônes (réservoirs naturels) ne peuvent plus jouer leur office régulateur de retenir les eaux débordées pour les rendre par la suite. Parfois, les ponts n’offrent plus l’espace nécessaire au passage des hautes eaux; 18 arches de l’un d’eux ont été obstruées sur 22; les eaux ne peuvent s’écouler normalement pendant les crues et cherchent hors de leur lit le passage qu’elles n’y trouvent plus.
- En regard de ces critiques, l’impartialité oblige à signaler les progrès réellement acquis. Le mouillage, qui tombait jadis à 0 m. 40 au moment des eaux d’étiage, a été porté à 0 m. 85 en 1884, à 1 m. en 1890, et à 1 m. 25 en 1894.
- Avant le commencement des travaux, et particulièrement entre 1853 et 1878, il n’y avait pas eu une seule année sans chômage de basses eaux ; leur durée était en moyenne de 70 jours par an.
- ,De 1885 à 1901, sur 16 années observées, il y en a eu 11 sans aucun chômage ; dans les autres, le chômage a oscillé entre 3 et 28 jours ; il est maintenant réduit à une dizaine de jours en moyenne.
- Autrefois, on ne pouvait compter sur la profondeur de 1 m. 60 que pendant 165 jours, et l’on n’avait les conditions larges et faciles du mouillage de 1 m. 80 que pendant 127 jours. Actuellement, voici quelle est la durée moyenne de la navigabilité :
- 355 jours avec un tirant d’eau. supérieur à 1 m. 20
- 541 — — — 1 m. 40
- 318 — — — 1 m. 60
- 291 — _ — 1 m. 80
- 265 — _ 2 m. 00
- Le tableau suivant, emprunté à M. Girardon, nous permettra de comparer les conditions ci-des-
- 1. Voir, pour plus de détails à ce sujet, Je Mémoire de M. Armand, ingénieur en chef du Service de la Navigation sur le Rhône (Annales des Ponts et Chaussées, VI, 1911, n® 70, p. 544).
- ET LE TUNNEL DU ROVE =======
- sus de navigabilité du Phône à celles de quelques fleuves allemands.
- Rhin de
- Mannheim Elbe. Oder. Vistule.
- à Cologne. — — —
- jours jours jouis jours
- Navigation à pleine charge. . . . 193 195 127 155
- Navigation à charge réduite. . . 153 106 157 106
- Durée totale de la navig ition. . . 346 301 284 2ÔT
- Chômages par basses eaux, crues,
- glaces, etc 19 64 81 104
- 365 365 565 565'
- Si l’on en excepte le Rhin, dont les conditions de navigabilité sont bien supérieures à celles du Rhône, les fleuves allemands se trouvent dans une situation moins favorable. Celle de l’Elbe, en particulier, est des plus médiocres,, bien que son aménagement ait coûté 150 millions et exigé le concours de sept Etats politiques différents, qui avaient créé une administration commune pour unir leurs territoires isolés au grand centre d’activité maritime de Hambourg.
- Il faut ajouter que le Rhône possède une réelle supériorité sur les fleuves du Nord : la température et l’état de l’atmosphère y sont rarement de nature à gêner la circulation ; les brouillards très épais sont rares, et les fortes gelées tout à fait exceptionnelles.
- La meilleure preuve des progrès accomplis peu avant la guerre, c’est le développement qu’avait pris la batellerie du Rhône. L’ancien matériel était devenu insuffisant : la Compagnie générale de navigation H.-P.-L.-M. (Havre-Paris-Lyon-Marseille) s’était vue obligée de refuser des marchandises, ses remorqueurs et ses toueurs ne parvenant pas à en transporter plus de 500 000 t. par an, entre Lyon et Marseille, alors que la Compagnie des chemins de fer P.-L.-M. en transporte, sur le même parcours, 6 millions de tonnes, c’est-à-dire 20 fois plus. En 1915 et 1914, la Compagnie Lyonnaise de Navigation et de Remorquage avait mis en service 5 remorqueurs à roues latérales, 2 remorqueurs à hélice et 36 grands chalands en acier, qui devaient permettre de transporter annuellement, entre Marseille et Lyon, 400 000 t. de marchandises, à un prix bien inférieur aux tarifs en vigueur jusqu’à présent. Malheureusement, ce matériel a fonctionné trop peu de temps avant la mobilisation pour avoir eu un effet appréciable sur le tonnage des marchandises qui empruntent la voie du Rhône.
- Du reste, comme il s’agit d’assurer au fleuve une haute capacité de trafic par l’écoulement facile et rapide des convois, l’état présent de sa navigabilité requiert encore d’autres améliorations, au premier rang desquelles se placent les projets de construction d’un canal latéral. Parmi les nombreux projets proposés jusqu’ici, nous ne retiendrons, pour l’analyser d’ailleurs très brièvement, que celui des Ponts et Chaussées (*). Le canal, établi entre Lyon et Arles, aurait une longueur de 270 km 750, dont 108 km "367 en courbes d’un rayon minimum
- 1. Avant-projet de M. Girardon, ingénieur en chef des Ponts et Chaussées. Rapport de M. Armand, 7 octobre 1907.
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- LE COMMERCE EXTÉRIEUR RUSSE PAR VLADIVOSTOK . H9
- de 500 m. et 162 km 585 en alignements droits. Sa largeur au plan d’eau serait normalement de
- 27 m., pour se resserrer à 18 m. dans les souterrains; sa profondeur, 2 m. 50. Le tracé part de la Saône, suit la rive droite du Rhône, se relie au canal de Givors, puis, franchissant le fleuve à l’aval de Condrieu, aboutit à Arles,après avoir nécessité, sur son passage, la dérivation de l’Yze-ron, un grand pont-canal sur le Rhône,
- 28 arches de moindre importance sur les affluents et 51 écluses de 2 à 7 m. de chute et de 80 m. de longueur sur 12 m. de largeur. Des usines électriques, établies près des dérivations contournant les sas, assureraient une force de 6000 chevaux à la manœuvre des écluses et à la traction des bateaux. La dépense prévue dépasse 500 millions.
- D’autres devis prévoient Y amena-gement intégral du Rhône, en utilisant son cours, non seulement pour la navigation, mais aussi pour la production de l’énergie — la houille verte — et l’irrigation des départements riverains. L’exposé même très résumé de ces combinaisons nous entraînerait beaucoup trop loin. Pourtant, il en est une qui doit êlre notée ici, puisque elle vise à rendre le Rhône navigable jusqu’à Genève et à rattacher par conséquent, nos ports méditerranéens au
- réseau fluvial de l’Europe centrale. Le projet de MM. Blondel, Harlé et Mâhl a pour premier objet de capter les forces du fleuve, depuis la frontière . suisse jusqu’à Génissiat. Un barrage, haut de 70 m., transformerait la vallée du Rhône en un lac immense, long de près 20 km. Le débit moyen
- étant d’environ 550 m3 à la seconde, la puissance disponible serait de près de 550 000 chevaux. Cette force serait transmise à Paris par un courant électrique à la tension de 120 000 volts. L’établissement du barrage rendrait navigable, même pour des bateaux de 800 tonnes, les gorges du Rhône en amont de Seyssel, et l’on cesserait alors de voir les produits du Levant et de l’Extrême-Orient, les blés d’Odessa, le pétrole de Bakou, les vins, les phosphates, les laines, les minerais de l’Algérie ou du Maroc, etc., accomplir un interminable périple avant d’être rendus en Suisse par le Rhin, de Rotterdam à Mannheim, ou parla voie plus coûteuse de Gênes au Simplon. Sachons employer les moyens qui ont fait leurs preuves entre les mains des Allemands ; pour triompher de nos rivaux, usons de leurs méthodes : la route ouverte dans la vallée du Rhône devra rendre à nos ports le trafic qui en était auparavant détourné au profit de l’étranger. Ernest Coustet.
- Fig. 6. — Vue de la télé sud du tunnel.
- LE COMMERCE EXTÉRIEUR RUSSE PAR VLADIVOSTOK
- PENDANT LA GUERRE
- La fermeture de la majeure partie de la frontière européenne de la Russie donna au commerce russe par Vladivostok en 1915 une importance exceptionnelle. Le journal russe Torgovo-Promi-chlennàia Gazeta du 10 mai dernier donne à ce sujet des renseignements intéressants.
- Pendant l’année 1915 la douane de Vladivostok
- a enregistré l’entrée en Russie de marchandises pour 800 millions de francs(*), ce qui représente 27 pour 100 de l’importation totale de la Russie
- 1. Une certaine partie des marchandises, importées par le port de Vladivostok, paie les droits d’entrée non point à la douane de ce port, mais à d’autres douanes, comme c’est le cas du thé de la meilleure qualité. Ces marchandises ne sont pas comprises dans le chiffre ci-dessus.
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- 120 ".-. LE COMMERCE EXTERIEUR RUSSE PAR VLADIVOSTOK
- par toutes ses frontières. Par rapport à 1914, la valeur des importations russes a plus que décuplé. Mais en comparant les quantités des importations des deux dernières années, on constate que l’importation de 1915 n’est que 2 1/2 fois supérieure à celle de 1914, ces importations étant respectivement de 625 000 et 250 000 tonnes.
- Cette disproportion entre l’accroissement énorme de la valeur de l’importation russe par Vladivostok et l’augmentation relativement faible de sa quantité s’explique par le fait que cette importation consistait en 1915 principalement en marchandises de prix très élevé qui avant la guerre ne jouaient presque aucun rôle dans le commerce extérieur de l’Extrême-Orient tandis que l’importation de certains produits de prix relativement bas a sensiblement diminué. Ainsi l’importation des légumes, des fruits, du sel, du bétail, de l’huile, des fèves, des machines agricoles a été réduite, tandis que celle du thé, des médicaments (quinine, bicarbo-
- à celles qui sont destinées aux besoins de l’armée ou de l’industrie de guerre. Parmi les produits de consommation générale, importés en grande quantité, on peut signaler : le thé, le riz, le coton, le caoutchouc. Le tableau suivant indique la valeur des principaux produits, importés en Russie par Vladivostok pendant les deux dernières années.
- Les métaux, les articles métalliques, le drap, les articles de cuir et les sacs de jute y occupent les places les plus importantes.
- En 1915 sur la valeur totale de l’importation russe par Vladivostok s’élevant à 800 millions de francs, 500 millions venaient du Japon ; 285 millions des États-Unis de l’Amérique du Nord, 142 millions de l’Angleterre et 55 millions de la Chine. Le Japon et les États-Unis importaient donc à eux deux presque les trois quarts (75 pour 100) de la valeur totale.
- Le thé, la viande, le gros bétail à cornes et le sel de cuisine venaient de la Chine, le riz, les
- 1914 1915 1914 1915
- en millions de francs. en millions de francs.
- Thé . 5,4 26,5 Étain . . 0,25 21
- Riz . 5,7 11,7 Zinc . . . 0,25 16,1
- Article de cuir : . . . . 0,8 58,5 Nickel et aluminium. . . » 12
- Coton . 0,25 110 Acier . . 0,25 8,8
- Sacs en jute . 0,5 48 Produits manufacturés en fer et en
- Salpêtre T) 11,2 acier . . 0,8 28,5
- Caoutchouc 24,2 Machines . . 7,7 22
- Iode, iodure de potassium, quinine. . . 0.5 3,7 Fil de fer barbelé . 2,4 52,5
- Cuivre . 6.7 95 Wagons de chemin de fer 14
- Plomb . . . 58' Automobiles . '. . . , . . 0,25 8,2
- nate de soude, iodure de potassium), du coton, des métaux (cuivre, étain, plomb, nickel), du caoutchouc, des automobiles, des produits manufacturés en fer et en acier, des tissus de laine, des articles de cuir et d’autres marchandises de prix élevés s’est fortement accrue. Certes l’évaluation de l’importation de 1915 s’est ressentie également de la hausse générale des prix qui est surtout sensible en Russie par suite de la baisse du cours de ses billets de banque.
- Avant la guerre, par exemple en 1915, la plus grande partie de l’importation russe par Vladivostok était formée par les comestibles tels que : le thé, le riz, les fruits, le bétail, la viande, le sel. Elle comprenait en outre beaucoup de houille, de machines agricoles et autres et de fer-blanc. Les cinq premiers mois de guerre, c’est-à-dire août-décembre 1914, ont peu modifié le trafic. Mais en 1915, les marchandises destinées à la Russie d’Europe acquirent la prépondérance aux dépens de nombreux produits, consommés habituellement dans les régions voisines de la frontière dont l’importation cessa souvent complètement. Parmi les marchandises expédiées dans la Russie d’Europe, la première place, aussi bien au point de vue de la quantité que de la valeur, appartient sans contredit
- légumes et les fruits, du Japon. Les autres pays n’importaient presque pas de comestibles.
- Parmi les produits importés du Japon, le cuivre (80) j1), le drap (75), les articles de cuir (57), l’antimoine (15) possédaient les plus grandes valeurs. Leur importation par les autres pays était insignifiante.
- Les États-Unis importaient : le coton (97), le fil barbelé (52), les produits manufacturés en fer et en acier (27), les machines (20), les wagons et les plates-formes de marchandises (14), les automobiles (8), le plomb (11), le cuivre (10), le zinc (10), l’acier (8,5), la ficelle (7,7).
- L’Angleterre expédiait : des sacs de jute (42), du caoutchouc (20,5), de l’étain (17,5), du plomb (17,5), du coton (5,9).
- La valeur totale de l’exportation russe par Vladivostok, qui s’élevait en 1915 à 21 millions de francs, était insignifiante par comparaison à celle de l’importation, quoiqu’elle ait presque doublé depuis 1914. L’exportation de 1915 était évaluée à 9 millions de francs seulement. L’exportation des marchandises de prix élevés, supportant les longs transports par chemin de fer, a subi le plus grand accroissement. J. V.
- 1. Les chiffres entre parenthèses expriment la valeur en millions de francs.
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- LA PISCICULTURE INDUSTRIELLE
- La production intensive du poisson d’eau douce, en vue d’accroître les ressources nécessaires à l’alimentation publique, est, par cela même, un des éléments qui se rattachent étroitement au problème de la « vie chère ». Dans les circonstances actuelles, il est, par conséquent, de toute opportunité de se préoccuper de cette question, en raison surtout du prix élevé de la viande de boucherie et de la brèche causée par la guerre dans le cheptel national qui exigera quelques années pour reconstituer son contingent d’avant la guerre.
- Il est d’autant plus urgent, et de toute actualité, de se préoccuper de la production du poisson que, jusqu’ici, une des sources de richesses les plus négligées, en France, a été l’exploitation rationnelle de nos cours d’eau, ruisseaux, étangs, mares, etc., leur mise en valeur par la pisciculture. On peut se faire une idée des res- / sources considérables que cette dernière assurerait à l’alimentation publique, en méditant les chiffres suivants que donnent les plus récentes statistiques. En mettant en valeur les 250 000 à 300 000 km de cours d’eau que nous avons en France, et en tablant sur un revenu rationnel et moyen de 100 francs par kilomètre, c’est une valeur de 25 à 30 millions de francs que, chaque année et normalement, produirait la culture méthodique du poisson d’eau douce. Actuellement, le revenu n’est guère que de 5 millions de francs environ; et si l’on envisage l’exploitation intégrale des surfaces en eaux douces, sur le territoire français, on arrive à cette constatation extrêmement utile, intéressante au premier chef : que l’on pourrait ainsi faire acquérir, à notre production piscicole, une valeur de 500 millions à un milliard de francs. On estime que la France a environ 800000 hectares d’eaux douces, nourrissant, en moyenne, 40 kg de poissons par hectare. Or, cette production pourrait être plus que quadruplée par l’application de mesures diverses, notamment la pratique de la pisciculture méthodique, le repeuplement des eaux constamment assuré, la protection du poisson en temps de frai et l’énergique répression du braconnage des eaux. .
- Les statistiques douanières montrent que, bon an mal an, la France importe pour plus de 6 millions de francs de poissons d’eau douce ; depuis bien des
- Fig. i. — Fécondation artificielle avec la laitance du mâle.
- années, elle est restée tributaire de l’étranger (Hollande, Suisse, Bohême, Hongrie, Angleterre, Ecosse, et même de l’Amérique). Et cependant, lorsqu’on compare le chitfre de revenu de l’hectare d’étang avec celui de l’hectare soumis à l’exploitation agricole, on remarque que, bien souvent, l’étang donne un revenu sensiblement supérieur. C’est ainsi que dans la Dombes (Ain), tandis que le produit moyen de l’hectare de terre n’est que de 35 à 40 francs, celui de l’hectare d’étang est de 80 francs à 150 francs, net. Et, actuellement, la bombes possède environ 10000 hectares d’étangs; elle a ses débouchés à. Lyon, et même, les marchands allemands transportaient vivantes à Berlin, les carpes de la Dombes, au moyen de wagons-citernes dont l’eau était constamment oxygénée par des benzo-mo-v ',s:. . teurs. En Sologne, leren-
- dement annuel de l’hectare d’étang varie de 60 à 300 francs, celui de l’hectare de terre ne dépasse guère 50 fr. en moyenne. En examinant le rapport dès étangs les plus importants, c’est-à-dire dans la Dombes, la Sologne, la Somme, le Cher, le Loiret, la Creuse et même les lacs de l’Isère et de la Savoie, on est autorisé à dire que le revenu de la pisciculture est, en moyenne, de 30 pour 100 plus élevé que l’hectare de terre bien cultivé.
- La pisciculture industrielle est un art permettant de réaliser la production intensive du poisson ; elle a pour base la fécondation artificielle, telle qu’elle est pratiquée depuis longtemps dans l’intérêt de recherches scientifiques et pour le repeuplement des eaux. On fait éclore un œuf de truite avec la même certitude que l’on fait germer un grain de blé en le confiant à la terre.
- La fécondation artificielle s’opère de deux manières, suivant que les poissons donnent des œufs restant libres (truites, saumons, etc.), ou des œufs se fixant à des corps étrangers (carpes, tanches, etc.). Dans le premier cas, c’est ce qu’on appelle la méthode humide, laquelle consiste à faire tomber les œufs d’une femelle dans un vase plat, contenant 4 à 5 cm d’eau pure. La femelle est tenue perpendiculairement, par les nageoires près de la tête ; au besoin, on presse doucement et légèrement le ventre; après quoi, on prend un mâle, que l’on traite de la même façon, afin, en pressant le ventre,
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- de projeter de la laitance sur les œufs (fig. 1).
- Quand l'eau est devenue laiteuse, c’est-à-dire a l’apparence du lait très coupé d’eau, on agite légèrement œufs et laitance avec la queue du poisson. Au bout de 5 à 10 minutes, la fécondation du frai est accomplie. Par la méthode russe, ou méthode sèche, on recueille les œufs à sec dans un vase et on opère à l’abri de la lumière vive, en employant des cuvettes plates, peu profondes, larges, en verre ou en tôle émaillée. On fait tomber les œufs de la femelle, en procédant comme il est indiqué ci-dessus ; quand la cuvette est garnie d’une couche d’œufs, on fait couler la laitance du mâle ; quelques gouttes suffisent pour féconder un millier d’œufs. Chaque femelle donne, en moyenne, de 1200 à 1500 œufs. Deux ou trois minutes après, on recouvre les œufs et la laitance d’une couche d’eau de 2 cm environ. On mélange en agitant légèrement la cuvette ou en remuant avec les barbes d’une plume ; la cuvette est immergée ensuite dans de l’eau courante, en un endroit obscur, où elle est laissée au repos pendant une demi-heure. Les œufs sont enfin traités à Peau pure, lavés plusieurs fois, puis on les dispose dans un appareil d’incubation, sur des claies (fig. 2).
- La méthode sèche est plus sûre que la méthode humide. Avec cette dernière, les œufs ont leur capsule d’enveloppe gonflée d’eau, leur micropyle est, par suite, fermé ou rétréci, et les spermatozoïdes ont;; alors, plus de difficulté à opérer la fécondation; la perte va jusqu’à 12 pour 100 tandis qu’avec la méthode sèche elle n’atteint guère que 1 pour 100.
- Pour la mise en incubation, sur claies, on prend les oeufs délicatement avec une cuiller et, à l’aide dès barbes d’une plume, on les répartit uniformé-
- ment, en les espaçant le plus possible. Les œufs ne doivent pas être recouverts de plus de 5 à 6 cm d’eau, dont on règle le renouvellement; il faut, pour 1000 œufs, 1 litre d’eau par minute. Les bacs d’incubation doivent rester dans une obscurité complète pendant tout le temps que dure l’incubation, et le laboratoire lui-même est maintenu dans une demi-obscurité.
- Avec une eau à 7° environ, la durée normale de l’incubation est de 80 à 90 jours. Les alevins sont d’autant plus robustes que la température de l’eau a été maintenue à peu près constante. Une personne peut surveiller l’incubation de 200 000 œufs de truite. Ces œufs exigent des soins minutieux, des nettoyages, consistant à enlever, à l’aide d’une pipette en verre, les œufs gâtés, moisis ou morts, ceux qui sont atteints de mousse ou de hyssus, champignons microscopiques (Saproléginées) qui s’attaquent aussi aux alevins.
- Revenons un peu en arrière, pour préciser que la fécondation artificielle, pour les poissons dont les œufs se fixent à des corps étrangers, se fait de la manière suivante :
- Les œufs évacués comme il est dit plus haut, sont recueillis sur de petites poignées de plantes aquatiques bien lavées ; étant imprégnés naturellement d’une substance gluante, ils se fixent à ces herbes qu’on laisse séjourner pendant trois à quatre minutes dans l’eau spermatisée. Les Chinois récoltent les herbes aquatiques couvertes d’œufs fécondés. On favorise aussi la féconda-* tion à l’aide de frayères artificielles, simples cadres en bois, garnis de plantes ou de poignées de bruyère et que l’on immerge dans les; bassins à reproduction, pour les retirer après la ponte et en détacher, avec précaution, les touffes d’herbes.
- Pour l’incubation rationnelle, on emploie aujourd’hui, dans les. établissements de pisciculture bien agencés (fig. 5), des incubateurs ayant subi de notables perfectionnements. A l'incubation en pleine eau, préconisée par Jacoby, Remy, Géhin, Koltz, et améliorée par l’emploi de la caisse Cos l e, se sont substitués les appareils à ruisseaux factices et à courant continu, qui sont plus pratiques (bacs, incubateurs à courant descendant, appareil californien ou à courant ascendant, auge à claie, etc.).
- Fig. 2. — Mise des œufs sur les claies.
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- Dans la reproduction des Salmonidés, une incubation bien conduite peut donner 90 pour 100 d’éclosions. Les alevins nouvellement éclos passent entre les baguettes ou les mailles des claies et tombent au fond des bacs, auges ou incubateurs. Les capsules des œufs restées sur les claies doivent être enlevées immédiatement, à l’aide de la pipette, afin d’éviter qu’elles se décomposent et causent la mortalité parmi les alevins.
- En fait, le point le plus délicat, le plus difficile de la pisciculture artificielle est la période de l’alevinage. Pour soustraire les alevins aux risques de
- neuf mois 1 kg de viande de cheval : de dix-huit à vingt-quatre mois, 2 kg 800; enfin, à 1000 sujets adultes, de 30 à 35 cm de longueur, pesant, en totalité, 470 kg; il faut distribuer, chaque jour, Tl kg 500 de viande.
- On compte qu’il faut 10 kg de viande de cheval pour produire 1 kg de truites. Les pisciculteurs allemands emploient pour nourrir leurs élèves, le poisson de mer frais de faible valeur marchande, ce qui leur permet d’obtenir le kilogramme de truites à un prix de revient ne dépassant pas 3 fr., soit 1 fr. de moins qu’en France; aussi, malgré
- Fig'. 3. — Vue générale de la salle d’incubation d’un établissement de pisciculture (élevage des Salmonidés).
- maladie par contamination de l’eau dans les incubateurs, on les transporte, à mesure qu’ils éclosent, dans des bassins d’alevinage (fig. 4). Ces bassins sont construits en ciment ou en bois carbonisé à l’intérieur ; le fond en est garni de sable, de gravier, de petites pierres. Des compartiments permettent d’isoler les diverses espèces. Il faut, dans ces bassins, un courant d’eau relativement fort et un renouvellement assez considérable.
- . A partir de l’âge de six mois environ, les alevins réclament plus d’espace et plus d’eau. On donne, comme nourriture, de la pulpe dé rate. Pour 1000 alevins de truite s’alimentant depuis une huitaine de jours, il faut 10 gr. de pulpe de rate, par jour; à six semaines 75 gr.; à quatre mois 110 gr. ; à
- un droit de douane de 10 fr. les 100 kg à leur entrée en France, les truites allemandes parvenaient-elles aux Halles centrales de Paris avec une plus-value de 80 centimes par kilogramme sur les truités produites en France. En Allemagne, la production industrielle du poisson d’étang est, communément, l’œuvre des propriétaires, depuis une quinzaine d’années. La production annuelle, sur les 100 0Ô0 hectares d’étangs varie de 50 à 100 kg de carpes par hectare. Ce rendement est sensiblement inférieur à celui que donnent, en France, les étangs à carpes bien exploités, lesquels, pour un peuplement moyen de 900 têtes à l’hectare, et en tenant compte d’une perte de 10 pour 100, fournissent, en trois années, un poids total de 1000 kg de poissons, soit 333 kg
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- par hectare et par an. Nous manquons, cependant, de piscifactures et d’établissements ichtyogéniques en nombre suffisant, tandis que, sous ce rapport, les Allemands, depuis fort longtemps, ont su prendre toute l’initiative nécessaire.
- La carpe se développe rapidement et c’est un des plus grands producteurs de viande ; une carpe bien nourrie atteint le poids de 1 kg 500 à 2 kg vers trois ans. La Bavière possède 22 900 étangs à carpes et seulement 2100 étangs à Salmonidés (truite, saumon). La culture de la carpe y est développée scientifiquement par le procédé industriel Dubisch
- dustrie piscicole ne subisse la vigoureuse impulsion qu’elle exige, comme tant d’autres sources de production nationale, cela dans le double but de soustraire le marché français aux empiétements du germanisme et de contribuer à résoudre le grand problème économique d’ « après-guerre », de faire que notre Pays, par une organisation scientifique, méthodique, complète, arrive à créer et à exploiter largement sur son territoire toutes les ressources nécessaires à l’alimentation publique.
- Parallèlement au développement de la pisciculture industrielle, il faut initier les propriétaires possé-
- Fig. 4. — Bassins d’alevinage.
- amélioré : élevage et engraissement pratiqués en séries et dans des bassins différents. Les étangs de frai et d’éclosion ont de 5 à 10 ares et 0 m. 50 à 1 m. de profondeur; chaque bassin d’alevinage reçoit 40000 alevins de carpe par hectare, qui, l’année suivante, sont mis dans les étangs de croissance et, à la troisième année, dans les étangs réservés à l’engraissement, de sorte qu’en trente mois, on obtient des carpes pesant 1 kg 500 livrables au commerce. En donnant une alimentation complémentaire aux poissons (graines de lupin concassées ou macérées, seigle, maïs, pois, haricots, poudre de poisson, poudre de viande, etc.), certains pisciculteurs allemands arrivent à tripler la fertilité de leurs étangs à carpes.
- Il n’y a pas de raison pour que, chez nous, l’in-
- dant le moindre étang, la moindre pièce d’eau, à la culture du poisson, car il y a là une source de revenus dont, bien souvent, on ne soupçonne pas l’importance. Il existe, dans certains départements, des tourbières dont l’exploitation est terminée, et qui ne donnent plus aucun revenu, alors que, sans autre souci que d’empoissonner, pour effectuer la pêche ou récolte au bout de deux années, les propriétaires de ces tourbières pourraient ainsi recueillir un très notable profit.
- Groupons les bonnes volontés et vulgarisons l’industrie piscicole, en vue de l’exploitation intensive du domaine des eaux, car c’est là encore un moyen d’ajouter au patrimoine national une richesse considérable représentant des centaines de millions de francs. Henri Blin.
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- LE TRANSBORDEUR AÉRIEN DU NIAGARA
- Un transporteur aérien, long de 1800 pieds (540 m.) vient d’être établi au-dessus des gouffres du Niagara. C’est le plus long et sans doute le plus sûr des « tramways aériens » et sa construction présente d’intéressantes particularités.
- Le gouffre du Niagara est un maelstrom, un tourbillon d’eau, dont les cercles, de plus en plus resserrés, viennent se fondre en une dépression de plus de 1 m. de profondeur au-dessous du niveau de la rivière. Ce phénomène naturel est dû au remous de l’eau qui provient des chutes célèbres situées à environ 5 km en amont et qui cherche une issue.
- Les plus longs transbordeurs aériens sont ceux du Wetterhorn en Suisse et celui qui à Saint-Sébastien, en Espagne, réunit à la côte un casino dominant la baie de Biscaye, mais sa longueur n’est guère que de 500 m. C’est cependant le succès de cette dernière installation qui amena M. Tor-rès y Quevido, l’ingénieur espagnol dont nous avons déjà décrit plusieurs des remarquables inventions, à installer, avec des capitaux espagnols et un matériel également espagnol, le chemin aérien du Niagara.
- Ce ne fut d’ailleurs pas sans peine et les difficultés administratives surtout furent difficiles à vaincre. M. Le-bureau, dont nous nous plaignons si amèrement en France, existe aussi en Amérique, quelque surprenant que cela puisse paraître.
- Les deux extrémités du câble sont sur le territoire de la province d’Ontario ; mais, par suite de la configuration de la limite de cette province avec celle de l’État de New-York, une portion du câble, celle située au milieu de la traversée, au-dessus des flots, se trouve sur une longueur de 25 m., située, si l’on peut dire, au territoire new-yorkais. Aussi, après avoir obtenu l’autorisation de la province d’Ontario, et de la Victoria Parle Commission of Niagara Falls, il fallut s’adresser à Albany, puisque le lit de la rivière appartient à l’État de
- Fig. — La nacelle du transbordeur arrivant a une des stations. On remarquera le système de suspension de la nacelle. Le câble supérieur est le câble de secours.
- New-York, et à Washington puisque l’eau est propriété du gouvernement fédéral. Mais les restrictions ne s’arrêtèrent pas là, et les ingénieurs ne furent pas autorisés à traverser le chemin de fer de la Niagara Belt Line. De plus il leur fut interdit de modifier l’allure des falaises dominant la rivière, ainsi que d’élever des tours ou des constructions d’aucune sorte.
- Malgré toutes ces difficultés M. Torrès est parvenu à construire, pour une ? somme totale de OOüOO dollars, non compris les frais d’étude, un transbordeur unique au monde.
- Le principe du système est le suivant. A une extrémité de la ligne, les câbles de suspension au nombre dé 6 sont solidement fixés à un bloc de béton de 700 tonnes et à l’autre ex trémité ils sont libres, passant sur une énorme poulie et sont simplement tendus chacun par un contrepoids de 10 t. De cette façon, quelle que soit la position de la nacelle mobile et sa charge, l’effort de traction supporté par les câbles est toujours le même. Si, par exemple, le poids de la nacelle augmente, les contrepoids mobiles remontent, la longueur du câble comprise entre les deux stations est plus grande, par suite la coui-bure de la chaînette qu’ils dessinent varie de façon que la composante du poids suivant leur direction soit toujours égale à 10 tonnes.
- Les câbles ont 25 mm de diamètre et sont constitués par 7 torons. Comme ils sont trop raides pour s’enrouler sur les poulies placées aux stations ils sont fixés à quelques mètres de ces poulies à un câble spécial qui les relie aux contrepoids.
- Par suite de la constance de l’effort supporté par les câbles, la rupture de l’un d’eux n’aurait pas de conséquences graves : les autres câbles fléchiraient, la nacelle descendrait brusquement d’une certaine hauteur et ensuite oscillerait de bas en haut et de haut en bas pendant quelque temps jusqu’à occuper une nouvelle position d’équilibre. La rupture
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- simultanée de deux câbles est jugée impossible par les ingénieurs. En résumé, la caractéristique de ce système est-que chaque câble ne supporte qu’une tension de 10 t., que cette tension ne varie jamais, que l’on peut vérifier très aisément la résistance des câbles en augmentant la charge des contrepoids, que si enfin l’un des câbles se rompt, les autres ne supporteront pratiquement aucun effort supplémentaire.
- La nacelle pèse vide 5500 kg et elle peut contenir 24 passagers; son poids est alors de 7000 kg environ. Elle est propulsée par un câble de 22 mm de diamètre attaché à l’une de ses extrémités. Ce
- . Un moteur de secours à gazoline de 5 chevaux permet, en cas d’arrêt du moteur électrique, de ramener la nacelle à l’une des stations.
- En cas de rupture du câble tracteur, la nacelle oscillera sur les câbles porteurs et s’arrêtera facilement au point le plus bas de leur courbe qui correspond à peu près au milieu, les deux stations étant sensiblement au même niveau (76 m. au-dessus du niveau du fleuve). Une petite nacelle de secours, portant un homme, serait alors installé sur deux des câbles porteurs et un câble de traction de secours qui en temps normal fonctionne à vide permettrait de le conduire jusqu’à la nacelle en
- Fig. 2. — La station motrice du transbordeur. Le contrepoids dans la fosse sert à assurer la tension constante du câble tracteur.
- câble passe sur une poulie à roue des deux stations, revient au-dessus du Niagara à l’autre station où se trouve la poulie fixe motrice. Après avoir passé sur la poulie motrice, le câble s’enroule sur trois poulies dont l’une porte un contrepoids de 10 tonnes solidaire des contrepoids des câbles suspenseurs. Ce contrepoids crée une tension du câble moteur conjugué de celle des câbles porteurs, de façon que tout l’ensemble se déforme, suivant la position et la charge de la nacelle, dans les mêmes proportions. Le câble moteur revient ensuite s’attacher à l’autre extrémité de la nacelle.
- La poulie motrice a 2 m. 45 de diamètre et est actionnée par un moteur électrique de 75 chevaux tournant à 480 tours par minute. Un engrenage permet de réduire sa vitesse et de communiquer à la nacelle une vitesse de translation d’environ 120 m. par minute.
- détresse à laquelle ce câble serait alors fixé et l’ensemble ramené lentement à la station.
- Bien d’autres dispositifs aussi ingénieux mériteraient d’être décrits, par exemple, le système de contrôle permettant d’arrêter la nacelle exactement à un mètre du débarcadère, celui bloquant les portes qui ne peuvent s’ouvrir que lorsque l’arrimage à la station est terminé, etc. Mais leur examen nous entraînerait trop loin et la courte description que nous venons de faire est suffisante pour se rendre compte de l’ingéniosité qui a été dépensée par M. Torrès.
- Le fait seul que c'est un ingénieur espagnol qui avec des capitaux espagnols a réalisé cette installation unique au monde, montre d’ailleurs bien la difficulté du problème que les ingénieurs américains, grands amateurs de records pourtant, n’avaient pu résoudre. H. Volta.
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- Séances du 3 au io juillet 1916.
- Les forêts submergées de Belle-lle-en-Mer. — M. Gadereau a exploré des tourbières de Belle-Ile qui ne découvrent qu’aux basses mers des grandes marées. Il constate ainsi l’existence de forêts submergées dans une région où les arbres ne peuvent aujourd’hui subsister que grâce à des abris habilement ménagés et en conclut un changement marqué dans les conditions climatiques. Ces forêts devaient être marécageuses et assez distantes dé
- la mer pour que l’influence saline ne s’y fit pas sentir. Il est-probable que cette flore doit remonter au temps où Belle-Ile n’était pas séparée du continent et on est ••mené à supposer un changement de niveau d’au moins 20 m., correspondant aux plus basses forêts submergées de l’Angleterre. L’âge, néolithique ou paléolithique, n’a pu être déterminé, malgré la rencontre d’un crâne humain. Ges forêts submergées de Belle-Ile devaient
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- appartenir à la même période que celles déjà rencontrées en divers points de la Vendée et du Médoc.
- Électro-vibreurs puissants montrant un courant faible. — M. Bergonié s’est proposé de perfectionner les électro-vibreurs puissants, les seuls utilisables pour déceler et extraire les projectiles profonds de manière à pouvoir les employer sur uii courant faible, continu ou alternatif. Il a fait construire un électro-vibreur à résonance fonctionnant sur alternatif HO volts 42 périodes avec au plus 10 ampères d’intensité et sur courant continu grâce à un interrupteur de résonance avec la même intensité.
- Une phase nouvelle des Dicyémides. — M. Auguste Lameere a étudié à Roscoff les parasites. des seiches et est arrivé à la conclusion que le dicyémide doit son origine à une femelle d’Orthonectide qui, au lieu de se reproduire dans la mer, aurait pénétré dans le sein d’un céphalopode : une seconde vie parasitaire aurait été ajoutée chez les Dicyémides à la vie parasitaire des Orthonecddes et aurait fait reculer dans le cycle évolutif le moment de la fécondation et l’apparition de la phase qui en nageant ramène l’organisme à son hôte originel.
- Séparation des effets lumineux et calorifiques de la lumière. — M. Dussaud, continuant ses recherches, utilise lin système optique composé de deux lentilles peu écartées entre lesquelles il établit une circulation d’air. Les deux lentilles sont ; enchâssées d’une façon complètement indépendante dans deux boîtes distinctes. La circulation d’air disperse mécaniquement les effets calorifiques et la deuxième boite reçoit une lumière pratiquement froide dont on peut approcher les objets les plus délicats à la chaleur sans crainte de détérioration. Cela permet de projeter en salle éclairée, par réflexion, des objets quelconques tels que les gravures d’un livre, des pièces anatomiques, des membres d’un sujet vivant. On peut également remplacer les bandes de celluloïd des cinématographes par des bandes de papier,
- La psycho-physiologie du soldat mitrailleur. — Pour obtenir, dans la guerre actuelle, l’utilisation complète des forces humaines, il est nécessaire de procéder, comme en industrie, à une division du travail afin d’appliquer à des fonctions déterminées les individus les
- plus qualifiés. Pour les mitrailleurs, chargeurs ou tireurs, d’après M. J. M. Laliy, la plus grande rapidité des temps de réaction, le plus faible écart moyen, un faible indice de fatigabilité et l’absence de suggestibilité révèlent des aptitudes certaines, encore accusées lorsque la rapidité motrice s’ajoute aux signes précédents. Toutes ces qualités peuvent être expérimentalement mesurées.
- Les points critiques du fer. — MM. George K. Bur-gess et II. Scolt mesurent thermo-électriquement les points critiques du fer et constatent que les régions a, p et y du fer pur sont délimitées par des discontinuités dans les propriétés thermo-électriques.
- La migration et la pêche du thon sur nos côtes méditerranéennes. — La pêche du thon sur nos côtes de Méditerranée produit annuellement de 500 000 fr. à 4 000 000. Celte pèche est surtout fructueuse à l’ouest du golfe du Lion et faible vers le golfe- de Gênes. M. L. Roule montre qu’il y a une migration annuelle de ponte, avec rassemblement reproducteur, comparables à ceux des Gadidés des mers du Nord. Les disparitions et apparitions que constatent les pêcheurs représentent les divers aspects d’un seul et même phénomène migrateur, alternatif et régulier, qui fait se rassembler chaque année, au début de la belle saison, dans une aire déterminée de ponte, les individus propres à la reproduction, pour les laisser se disperser ensuite et revenir à leur •habitat ordinaire. Les thons qui se font prendre au prin-temps par les madragues italiennes et tunisiennes ont en grand nombre vécu auparavant dans les eaux françaises ou à leur proximité et, réciproquement, les thons qui peuplent ces dernières eaux sont nés entre les îles italiennes et la Tunisie. La diminution ou la disparition momentanées du thon sur nos côtes nè sont donc point accidentelles, mais constituent un fait normal dépendant de nécessités biologiques.
- Nécrologie. Le prince B. Galitzine. — L’Académie des Sciences de Petrograd fait part de la mort du prince B. Galitzine qui avait fait dé remarquables travaux de sismologie et notamment réalisé le problème de déterminer l'épicentre d’un tremblement de terre par un seul observatoire.
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- Encore un titulaire du prix Nobel qui vient de mourir!
- Le père de l’argon, de l’hélium et de tant de remarquables travaux de chimie, vient de s’éteindre le 25 juillet dernier dans sa maison, à Iligh Wycombe. L’Angleterre perd en lui un de ses plus remarquables savants,'un des plus populaires aussi, dont la découverte des gaz rares de l’atmosphère et les recherches sur la transmutation des éléments avaient fait connaître le nom au public du monde entier.
- William Ramsay était né à Glasgow en 1852, d’une famille de chimistes. Les théoriciens de l’hérédité pourraient citer sa famille comme exemple de transmission des talents de i’esprit, puisqu’il était le sixième chimiste du nom et que son fils continue la tradition de la famille.
- Après de bonnes études à Glasgow, William Ramsay alla en Allemagne, à Heidelberg et à Tü-bingen, étudier la chimie dans les laboratoires de Bünsen et de Filtig. De retour en Angleterre, il devint assistant à Glasgow, puis professeur à Bristol, et enfin professeur de chimie générale à l’University College de Londres qu’il quitta, après 26 ans d’enseignement, en 1915, pour poursuivre plus librement ses recherches.
- Le public le connaît surtout pour sa découverte de nouveaux gaz dans l’air atmosphérique faite en 1894, en collaboration avec lord Rayleigh. Jusque-là, on admettait que l’air contient seulement 20,8 pour 100 d'oxygène, 79,2 pour 100 d'azote, 0,05 pour 100 d’acide carbonique et une quantilé variable de vapeur d’eau. Mais lorsqu’on absorbe successivement l’acide carbonique par la potasse,
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- puis l’oxygène par l’acide pyrogallique, l’azote restant est un peu plus dense que l’azote provenant de la décomposition d’une de ses combinaisons (0,5 pour 100 environ). En fixant cet azote, comme le fit Ramsay, par le magnésium au rouge, il reste presque 1 pour 100 d’un gaz inattaqué qui fut nommé argon (aoyov, inactif).
- Ramsay examina alors avec soin les azotes qu’on peut extraire de différentes sources. En traitant certains minerais d’uranium, la clévéite entre autres, par l’acide sulfurique, il isola de l’azote dégagé un nouveau gaz, l’hélium, qu’on ne connaissait jusque-là que par ses raies caractéristi -ques dans le spectre du soleil.
- Si l’argon est un gaz lourd, de densité 1,40, l’hélium est le plus léger des gaz, après l’hydrogène.
- De nouvelles recherches dans la même voie amenèrent Ramsay à trouver, en collaboration avec Morris W. Travers, trois nouveaux gaz, le néon, puis le crypton et le xénon. L’un d’eux, le néon, a depuis été utilisé par G. Claude pour l’éclairage par incandescence {La Nature, n° 1966).
- Plus récemment,
- Ramsay aborda les difficiles problèmes de la radioactivité et de la constitution de la matière et annonça à plusieurs reprises des transmutations d’éléments qui n’ont point encore été suffisamment confirmées.
- Après les merveilleuses découvertes de la radioactivité par Henri Becquerel et du radium par Curie, Rutherford et Soddy avaient observé la désintégration du radium pendant l’émanation. En 1905, Ramsay et Soddy examinèrent les particules oc émises par le radium ou contenues dans son émanation et trouvèrent que cette émanation est un gaz, le niton, qui, privé de sa charge électrique, se transforme en hélium. On assisterait donc là à la transmutation d’un élément chimique en un autre.
- En 1908, Ramsay, en collaboration avec A. T. Ca-meron, signala que l’eau soumise à l’émanation du radium donne du néon et de l’hélium et qu’en présence de sels à fort poids moléculaire, les sels de cuivre, par exemple, il se forme de l’argon. Même, quelques traces de cuivre se transformeraient en lithium. Dans les mêmes conditions, le silicium, le titane, le zirconium donneraient naissance à de l’acide carbonique.
- Ces faits n’ont pas encore été admis comme classiques et les expériences de Ramsay ont été fort discutées. Il n’en reste pas moins qu’une voie toute nouvelle et d’importance capitale a été ouverte, et Ramsay lui-même reconnaissait que « beaucoup d’autres expériences doivent être réalisées avant qu’on puisse affirmer avec confiance, que certains éléments, soumis à l’action de l’énergie concentrée, subissent une dégradation qui les transforme. )>
- Outre ces recherches qui ont été connues du grand public, Ramsay laisse de nombreux travaux de chimie physique sur les chaleurs spécifiques, les points critiques, les points d’ébullition de nombreux gaz et vapeurs. Il donna une explication du mouvement brownien, de la précipitation de l’argile par l’eau de mer, de l’équilibre des gaz et des vapeurs, de la dissociation et de la polymérisation des molécules, etc.
- Grand ami et admirateur de la France, Ramsay avait de fréquentes et nombreuses relations avec nos savants. Depuis la guerre il avait mené une ardente campagne contre l’approvisionnement chimique des empires centraux qui aboutit à la déclaration du coton comme contrebande de guerre.
- Il meurt trop tôt pour voir les heureux résultats de sa propagande du temps de guerre, comme pour vérifier définitivement les prodigieuses promesses de ses dernières recherches. A. Breto.x.
- SIR WILLIAM RAMSAY.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9, à Pans.
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- LA NATURE.
- — N° 2239. :. .. .............— 26 AOUT 1916.
- L’AÉRONAUTIQUE ET LA GUERRE
- III. — LES DIRIGEABLES
- Dès son invention, le ballon dirigeable sembla constituer l’instrument nécessaire des grandes reconnaissances stratégiques. Sans doute l’apparition des aéroplanes et leurs premières performances ont permis d’entrevoir une éclipse plus ou moins prochaine du dirigeable dans ce rôle militaire; le nouvel engin était plus souple, moins coûteux, moins vulnérable aussi, et otirait une proie moins facile aux troubles. atmosphériques comme au tir de l’ennemi. D’autre part, malgré son évolution rapide, l’aviation, pendant la période d’avant-guerre, n’était point sortie des difficultés et des hésitations de ses débuts; elle cherchait sa voie. La technique de la construction se traînait dans l’empirisme et ne conduisait à rien de définitif; le moindre vol était sujet aux plus terribles aléas, et les accidents nombreux semblaient montrer combien précaire était ce moyen d’exploration.
- Le ballon dirigeable, au contraire, offrait une sécurité suffisante, un grand rayon d’action, un nombreux équipage, la possibilité des sta-tionnementspour l’observation, l’installation facile de la Télégraphie sans fil qui le maintient, sur tout le trajet, en communication constante avec les Etats-majors. Enfin, en dehors même de son rôle d’observation, on pouvait songer à l’utiliser pour des destructions d’ouvrages et le charger de bombes ou d’explosifs en grande quantité.
- Le dirigeable français, tel qu’on le concevait avant la'guerre, était, avant tout, un écfaireur. Son volume semblait devoir se réduire aux indispensables proportions qu’exigeaient les conditions techniques de sa marche : son rayon d’action et sa vitesse. Ces proportions n’étaient point telles qu’on
- n’y pût satisfaire avec un ballon souple, d’autant plus léger qu’il était dégagé du poids mort de toute ossature rigide.
- Les types successifs, construits en dehors du critérium d’une méthode sévère et d’un programme arrêté, présentaient toutefois le défaut d’une vitesse
- trop réduite. Les Allemands avaient mieux compris l’influence de la vitesse dans l’efficacité d’un navire aérien militaire, et, pour les suivre dans cette voie, les ingénieurs français furent bien forcés de chercher-la rapidité d’allure qui ne va pas sans un alourdis sement résultant de l’augmentation de puissance des machines; l’agrandissement progressif des ballons en était la conséquence naturelle, à quoi conduisait aussi la nécessité enfin reconnue de transporter des poids de plus en plus considérables de combustible pour allonger le rayon d’action, et d’explosifs pour les buts offensifs de la guerre aérienne.
- On avait enfin abouti en France à un programme comprenant un certain nombre d’unités de 25 000 m5 environ, dont la construction commençait à peine lorsque survint la crise, au mois d’août 1914.
- Si la flotte aérienne comporte, en Allemagne, un certain nombre de ballons souples (type Parseval) ou semi-rigides (type Gross-Bassenach), sa caractéristique est certainement le Zeppelin complètement rigide.
- Etait-il nécessaire pour atteindre les proportions exigées de recourir à une armature rigide, telle qu’elle existe dans les Zeppelins? Nous touchons ici à la grande querelle des partisans antagonistes du ballon souple et du ballon rigide : le ballon souple où la permanence de la forme résulte uniquement de la tension de l’enveloppe due à la
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- Fig. i. — Le dirigeable français Fleurus.
- Fig. 2. — Un Parseval allemand.
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- pression intérieure du gaz de gonflement; le ballon rigide enfermé et soutenu dans une carcasse rigide par elle-même.
- Dans le 'premier, on ne parvient à maintenir le plein de l’enveloppe et. la pression nécessaire qu’en refoulant de l’air, au moyen d’un ventilateur, dans des capacités intérieures, des ballonnets chargés de compenser par leur gonflement opportun les diminutions de volume des gaz légers.
- Toute défaillance dans le remplissage des ballonnets, occasionne une perte dépréssion. Le ballon devient flasque et la permanence déformé indispensable à la bonne marche, d’une part, et à l'exacte répartition des charges de l’aulre, est compromise.
- Enfin, à mesure que l’on augmente les dimensions du ballon, son organisation et la suspension des nacelles deviennent de plus en plus difficiles à établir.
- Tels sont les inconvénients du ballon allongé souple.
- Dans le ballon rigide, la pré-
- sence d’une ar- \ ‘ - ^ h -
- mature résistante permet au contraire d’envisager un allongement à peu près indéfini, condition favorable à la diminution de la résistance à la pénétration dans l’air. Le gaz est réparti dans 17 ou 18 ballonneaux distincts logés dans la carcasse qui est elle-même recouverte d’une enveloppe indépendante constituant la carène. La permanence de forme n’est donc pas à la merci du volume réel et variable des poches à gaz ; une de celles-ci peut être crevée et se vider à peu près complètement, sans que la marche du dirigeable en soit compromise. Le seul résultat de cette dis parition d’une certaine quantité de gaz, c’est la perte de force ascensionnelle qui détermine la descente involontaire, si l’on ne dispose pas d’une quantité de lest suffisante pour rétablir l’équilibre.
- Le plus grand défaut du rigide provient du fait qu’il n’y a aucun moyen de le soustraire à l’ouragan qui l’assaille, lorsqu’il est campé sur le sol.
- Enfin, les nombreux accidents survenus aux ballons de ce type suffisent à démontrer combien ils sont fragiles. Rien qu’à vouloir pénétrer dans leur hangar par grand vent de travers, la carcasse se brise sur les parois. Les prises de contact un peu rudes avec la terre sont elles-mêmes dangereuses, malgré les solides tampons de choc qui garnissent les nacelles.
- Cette rapide comparaison suffit à mettre en évidence les avantages et les inconvénients des deux
- systèmes. On ne saurait négliger, d ailleurs, de signaler que l’introduction d’une armature rigide correspond à une augmentation considérable du poids mort. Un ballon rigide pèse environ un tiers de plus qu’un souple de même cube, ce qui vient en déduction de la force ascensionnelle utilisable pour la charge utile. A ce dernier point de vue, il est facile de constater qu’un ballon souple de 20 000 m3 est équivalent à un rigide de 25 000 à 30 000 m3.
- D’autre part, cependant, à mesure que s’accroît le volume d’un dirigeable souple, il devient nécessaire de recourir à des étoffes de plus en plus résistantes, les efforts auxquels l’enveloppe est soumise augmentant avec les rayons de courbure. Le poids spécifique de l’enveloppe croît en même temps, et l’on conçoit qu’on tend vers une limite d’accroissement de volume pour laquelle le poids mort serait à peu près le même pour un rigide et pour un souple. Nous n’en sommes pas encore là.
- a) Dirigeables souples. — Un des avantages du dirigeable souple réside dans la possibilité de donner à la carène le profil le plus favorable à la pénétration, tandis que le rigide est presque toujours cylindrique afin que ses cellules puissent recevoir des ballonneaux identiques.
- Or, les expériences sur la résistance des carènes à la pénétration dans l’air ont conduit à adopter un profil longitudinal pisciforme pour la carène, condition facile à réaliser sur un ballon souple.
- On pourrait ranger les ballons dissymétriques en deux classes, suivant que la prépondérance de l’avant sur l’arrière — l’excentricité — est nettement accusée ou non.
- Dans la première, on pourrait prendre comme prototype le ballon La France, du co’onel Charles Renard, où, de part et d’autre du maître-couple, les longueurs du cône ogival avant et du cône arrière étaient dans le rapport de 1 à 5, avec un allongement total de six diamètres, l’avant présentant une forme camuse caractéristique.
- Ces proportions seraient encore les plus avantageuses si, depuis l’apparition de ce père des dirigeables, on n’avait pas pourvu les ballons d’empennages formant une véritable queue de girouette susceptible d’assurer la stabilité de route aux grandes vitesses pratiquées aujourd’hui.
- C’est ce dernier dispositif de queue dont il convient de tenir compte dans l’étude des ballons modernes et qui justifie les formes plus fines, avec
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- une moindre excentricité, que l’on remarque dans la seconde classe.
- On en pourrait trouver le prototype dans le ballon militaire italien, dont le profd a été étudié avec un soin extrême par le capitaine Crocco et les autres officiers de la brigade de spécialistes du Génie, en se servant d’expériences méthodiques exécutées dans le bassin d’essai hydraulique du laboratoire militaire.
- On doit considérer schématiquement un dirigeable comme composé d’un flotteur allongé auquel se trouve suspendue rigidement une nacelle (ou plu-
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- gitudinal ; mais il n’en est plus de même au delà d’une certaine limite que le colonel Ch. Renard a appelée la vitesse critique, et il devient nécessaire de suppléer au déficit de stabilité par l’introduction d’organes auxiliaires susceptibles de donner un couple redresseur supplémentaire.
- C’est à quoi pourvoit Y empennage constitué par des plans horizontaux situés à la queue, le plus loin possible du centre de poussée.
- Les plans horizontaux de L'empennage étant ainsi déterminés par la nécessité de combattre le tangage, on complète le dispositif par une quille verticale
- Fig. 4. — Coupe schématique d’un Zeppelin type marine.
- sieurs quelquefois) contenant les éléments les plus pesants de la charge — les moteurs en particulier.
- Si le système en marche est écarté de sa position d’équilibre en s’inclinant dans son plan vertical, le poids de la nacelle, sortant ainsi de la verticale du centre de poussée, crée un couple de redressement qui l’y ramène.
- Les forces verticales en jeu sont constantes ; ce sont : la poussée ascensionnelle du ballon et le poids du système. Le couple de redressement ne dépend donc plus que du bras de levier qui croît avec l’inclinaison. Le couple perturbateur dû au tangage varie au contraire avec la vitesse. On conçoit bien qu’aux faibles vitesses, le couple de redressement peut être suffisant pour maintenir l'équilibre lon-
- ou des plans verticaux assurant la stabilité de route dans le plan horizontal.
- Ces divers plans horizontaux et verticaux forment ensemble un empennage cellulaire. Il suffit d’ailleurs d’y ajouter quelques plans verticaux oscillants pour réaliser le gouvernail de direction, et, si certains plans horizontaux sont susceptibles à leur four d’osciller autour d’un axe horizontal, on aura un gouvernail d’inclinaison, permettant au ballon de monter ou de descendre par la seule réaction de l’air pendant la marche. On peut se rappeler qu’il existe des organes analogues sur la coque des sous-marins.
- Cloisonnement. — Le compartimentage a l’avantage d’empêcher les déplacements des masses de
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- gaz qui sont provoqués surtout par les oscillations du tangage et qui influent notablement sur la stabilité longitudinale.
- L’augmentation du poids mort qui en résulte oblige à ne point multiplier le nombre des cellules, malgré l’avantage qu’on en pourrait tirer. On admet que la perte de force ascensionnelle résultant du dégonflement d’une de ces cellules ne doit pas occasionner une vitesse de chute de plus de 5 à 6 m. par seconde, sans faire état des allégements par jet de lest, ce qui peut en rester au moment de l’accident étant tout à fait aléatoire et dépendant des circonstances. En pratique on admet que le volume d’une cellule ne doit pas dépasser 1/6 du volume total.
- Ballonnets. — Le volume total des ballonnets à air doit être tel que, le ballon se trouvant plein à l’altitude maximum qu’il peut atteindre, son enveloppe soit encore pleine et tendue lorsqu’il revient au sol après une descente ; le volume d’air introduit doit donc compenser la contraction du gaz pendant la descente. Pour un ballon destiné à atteindre 3000 m. d’altitude, le rapport du volume des ballonnets au volume total est généralement de 1 /3 ; c’est d’ailleurs un maximum que l’on ne réalise pas toujours.
- Le débit des ventilateurs doit permettre de maintenir le gonflement dans une chute rapide, c’est-à-dire à la vitesse verticale de 5 m. par seconde ; ce débit est réglé'au 1/1600 de la capacité totale. Les moteurs étant multiples, il convient pour la sécurité de pouvoir embrayer les ventilateurs sur l'un quelconque de ces moteurs.
- De la suspension et de la nacelle. — La nacelle est reliée au ballon par une suspension funiculaire dont les « suspentes » vont s’attacher à des « ralingues » en toile courant sur les flancs de l’enveloppe. On répartit les points d’attache sur une longueur aussi grande que possible de la carène. Il en résulte que les suspentes extrêmes ont une inclinaison d’autant plus grande que le ballon est plus loin et la nacelle plus rapprochée. L’inconvénient n’est pas sensible pour les dirigeables de cube moyen (6000 m3 par exemple). Il n’en est plus de même dans le cas des grands navires aériens, et il convient alors de répartir les charges sur deux ou trois nacelles placées à une certaine distance les unes des autres et pourvues chacune d’un système particulier de suspension.
- Le Parseval offre un exemple de dirigeable à nacelle unique. La carène de ce ballon souple alle-
- mand, en partie cylindrique, mesurait, dans le modèle de 1908, 48 m. de longueur. La nacelle de 5 m. était placée à 8 m. au-dessous du ballon, ce qui permettait de ne donner aux suspentes qu’une inclinaison très modérée. Ce dirigeable a été agrandi, sa longueur portée à 58 m. et celle de sa nacelle à 6 m. 50; mais en même temps on abaissait cette nacelle jusqu’à 12 m. sous l’enveloppe du gaz, et cet éloignement n’est pas sans avantage au point de vue des risques d’incendie et d’explosion.
- Il est relativement facile de régler la tension des différentes suspentes soutenant une nacelle unique, de telle sorte que les efforts se répartissent uniformément tout le long du ballon ; mais il n’en va plus de même dans le cas de plusieurs nacelles avec des suspensions pour ainsi dire indépendantes et,
- I même après un réglage préalable, la répartition des charges dans les nacelles venant à varier par suite delà consommation irrégulière du combustible ou du lest ou par le jet des bombes, on peut toujours craindre des déformations dans la forme longitudinale de la carène. Il faut alors user d’artifices, conjuguer les systèmes de suspension, les croiser et les relier même par une longue « balancine » en corde, tendue de bout en bout, comme le câble d’un pont suspendu.
- Dans certains types de dirigeables, on a réalisé une solidarité plus complète par l’emploi de vergues ou de quilles en treillis métalliques. On a alors toute une classe de ballons dits semi-rigides, dans laquelle rentrent les ballons allemands Gross-Bassenach, et les ballons italiens.
- Enfin, on sait que la Société française YAslra, construit des ballons complètement souples à trois lobes, dont la coupe dessine par conséquent la forme d’un trèfle, inventés par le savant espagnol Torres-Quevedo, et dont la rigidité est assurée par tout un système de cordages intérieurs.
- b) Des dirigeables rigides. — On pourrait concevoir la charpente qui constitue l’armature sous la forme de deux hélices se croisant en sens inverse et présentant des mailles en losange. C’est le système appliqué sur le Schütte-Lanz, un des dirigeables allemands. Ce mode de construction se prête particulièrement à l’emploi du bois courbé qui est l’élément de ce ballon.
- Toutefois le dispositif le plus employé et qui est la caractéristique des Zeppelins, comprend un certain nombre de poutres ou longerons dirigés suivant des méridiens, maintenus par des couples ou anneaux transversaux.
- Fig. 5. — Mode cPattache des suspentes des ballonnets d’un Zeppelin.
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- Le tout est généralemennt en aluminium ou en quelque alliage d’aluminium (*) ; on sait qu’il existe de ces alliages.dont la résistance approche de celle de l’acier.
- Les Zeppelins. — C’est vers 1898 que le comte Zeppelin fit ses premiers essais de construction rigide. Le premier dirigeable de ce système avait une capacité de 11 300 m3 qui semble le minimum permettant d’enlever, en dehors de l’énorme poids mort de l’ossature, un poids utile quelconque.
- Jusqu’au mois d’août 1914, il avait été construit 27 Zeppelins de types de plus en plus grands; mais j sur ce nombre, les accidents avaient été fréquents : |
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- trois parois sont en treillis, réunies aux arêtes par des cornières d’aluminium qui n’ont pas plus de 20 mm de largeur d’aile. Les barres diagonales du treillis sont estampées dans de l'aluminium de 8/10 d’épaisseur.
- Les anneaux ou couples transversaux qui réunissent les longerons sont des polygones réguliers de 17 côtés dans les types moyens. Chacun de ces côtés est un treillis analogue aux longerons.
- L’anneau est maintenu par des tendeurs intérieurs en acier qui, dans le type primitif, étaient rayonnants vers le centre, à la manière des rais d’une roue de bicyclette. Dans les dirigeables plus
- big. 6.— La nacelle d’un Zeppelin montrant les différents organes de commande.
- 10 avaient été détruits accidentellement par la tempête, et 3 par l’incendie.
- Afin de réduire les éléments de la construction à un petit nombre de modèles et de loger des ballon-neaux intérieurs de même capacité, la carène forme un long cylindre terminé par deux cônes ogivaux, celui de Carrière un peu plus effilé que le cône-avant. Ce mode de construction permet, sans grandes modifications, d’allonger le ballon, en ajoutant simplement quelques anneaux.
- L’ossature. — Les longerons-méridiens sont soumis à la fois à des efforts longitudinaux et à des efforts de flexion. Leur section doit être déterminée en conséquence ; cette section est triangulaire ; les
- 1. Le dirigeable Mayflay, construit en Angleterre, comporte une armature eu duraluminium.
- récents, au contraire, ces tendeurs forment deux faisceaux convergents vers les deux sommets inférieurs du polygone, où s’assemblent en même temps les éléments de la quille longitudinale.
- La quille et les nacelles. — Cette quille est une poutre armée en treillis à section triangulaire, qui renforce tout le système d’armature et lui permet de résister à la flexion. Ses parois sont revêtues de manière à présenter des surfaces lisses sur lesquelles l’air glisse sans grande résistance.
- Les nacelles, au nombre de deux à quatre, sont un peu en contre-bas de la quille; mais elles en sont complètement solidaires et tout est ainsi disposé pour réduire la résistance à l’avancement. La poutre triangulaire permet d’ailleurs d’établir une facile communication entre les nacelles, et c’est
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- dans celte sorte de tunnel que sont répartis les réservoirs d’essence et d’huile, ainsi que le lest constitué par de l’-eau emmagasinée dans des poches ou des tuyaux.
- Les bcillonneaux. — Les couples sont de véritables cloisons ajourées dessinant une série d’alvéoles où se placent les ballonneaux contenant l’hydrogène. Ces ballons élémentaires, au nombre de 18 dans, le modèle courant, ne sont pas gonflés à refus avant le départ. 11 suffit que le gaz, se dilatant à mesure que le ballon s’élève, les remplisse en arrivant à l'altitude maximum qui correspond à la quantité de lest dont on dispose. On réduit ainsi la dépense du gonflement initial, et, en outre, la pression étant toujours très faible, l’étoffe de ces poches à gaz peut être relativement légère.
- L'enveloppe extérieure. — L’ossature est garnie d’un filet intérieur garantissant les ballonneaux contre les contacts et les frottements sur les parties rigides. A l’extérieur, l’ossature est recouverte par une chemise constituant la paroi visible de la carène ; cette chemise n’a pas besoin d’être étanche aux gaz, mais elle doit être résistante. Elle est fortement tendue sur les longerons méridiens qui dessinent des côtes saillantes tout à fait caractéristiques de l’aspect extérieur des Zeppelins. Malgré la tension, du reste, l’étoffe se creuse légèrement entre les longerons, par l’effet de la pression de l’air, ce qui apparaît nettement sous un éclairage rasant, et ces poches, si légères qu’elles soient, ne sont pas sans accroître un peu la résistance à l’avancement dans l’air.
- En définitive, si néanmoins ce système de ballon dirigeable est dans de bonnes conditions à cet égard, cela tient surtout à l’absence de suspension apparente, les nacelles faisant corps avec la quille revêtue.
- Le dispositif général, cependant, n’est pas sans présenter un inconvénient. Il existe, en effet, entre l’enveloppe extérieùre et les poches • à gaz un espace nuisible qui peut atteindre 4 pour 100 du vol lime total. Cet espace contient toujours un mélange d’air et d’hydrogène, ce dernier filtrant par endosmose, et ce mélange détonant est une cause permanente d’explosion, en raison même du voisinage des nacelles où se trouvent les moteurs à essence. Le moindre retour de flamme suffit à déterminer cette explosion, ce qui explique la fréquence des accidents de ce genre signalés sur les premiers Zeppelins.
- Comme dans tout dirigeable moderne, le Zeppelin
- Les figures 4, 5 et 7 ont élé interprétées d’après YAèro-phile-, la figure 6 a été donnée d’après The Times encyclopédie of the War, n° 79.
- est pourvu d’empennages cellulaires à l’arrière.
- La vitesse. — Jusqu’ici, ce sont les rigides qui ont réalisé les plus grandes vitesses. Ce résultat n’est pas dù à une moindre résistance de pénétration dans l’air, mais à la puissance des moteurs dont on les a dotés.
- Par exemple, le Z. IV qui, avant la guerre, vint atterrir à Lunéville et qui est un de ceux que l’on connaît le mieux, mesurait 148 m. de long, avec 14 m. de diamètre; il renfermait 20 000 m3 environ et disposait de trois moteurs développant une puissance globale de 600 chevaux, soit 40 chevaux par m, carré de maître-couple. Cette puissance a permis.de réaliser une vitesse de 80 km à l’heure, alors que les ballons souples contemporains ne dépassaient guère 50 à 60 kilomètres.
- Le Z. L3, qui s’est perdu sur la côte du Jutland dans une tempête de neige, le 17 février 1915 (*), avait été construit en 1914. 11 mesurait 158 m. de long, avec 16 m. 60 de diamètre et un volume de 27 000 m3 ; ses quatre moteurs Maybach développaient 720 chevaux. Il emportait un approvisionnement de combustible pour 50 heures de marche à la vitesse réduite de 50 km à l’heure, et il était manœuvré par 25 hommes.
- Le même jour, au nord d’Esbjerg, en face de l’île Fanoë, le Z L4 était également poussé à la côte et son équipage se jetait à l’eau pour s’échapper à la nage. Ce dirigeable cubait 50 000 m3, avec 165 m. de longueur, 18 m. 40 de diamètre, une puissance de 960 chevaux et une vitesse de 80 km à l’heure.
- Enfin, si l’on en croit les journaux suisses, un Zeppelin géant aurait fait, à la fin de mai 1916, ses essais au-dessus du lac de Constance. Sa forme extérieure était légèrement modifiée, mais il se faisait surtout remarquer par ses énormes proportions. Autant qu’on peut s’en rapporter à des renseignements de journaux, il aurait 240 m. de long, enfermant 54000 m3 d’hydrogène. Ses sept moteurs dont il dispose sont répartis dans quatre nacelles blindées. Ce dirigeable pourrait monter à 5000 m.
- A ne considérer qüe les faits de guerre, le Zeppelin, comme tous les appareils de vol, a contre lui deux ennemis : l’un terrestre, c’est le canon ; l’autre aérien, c’est l’avion.
- On a spécialisé contre lui des canons montés sur automobile; mais le 75 ordinaire pourvu qu’on le dispose pour tirer sous de grands angles, est aussi une arme redoutable.
- Si les canons sont ainsi capables de faire de
- 1. Par Z-L, on désigne les Zeppelins affectés à la marine. On cherche à leur donner un grand rayon d’action, ce qui entraîne un volume toujours considérable.
- Fig- 7- — Vempennage arrière des derniers Zeppelins type marine.
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- Fig. 8. — Les restes du Zeppelin de Salonique.
- bonne besogne, les avions, à leur tour, sont d’autant plus redoutables qu’ils peuvent se lancer à la poursuite, se rapprocher du monstre, le mitrailler, le canonner, ou, en le survolant, laisser tomber sur ce vaste but des bombes incendiaires.
- Pour y parer, les Zeppelins ont, aménagée sur le dos de la carène, une plate-forme armée d’une ou deux mitrailleuses. On y accède par une cheminée en toile traversant tout le ballon et munie d’une échelle de corde.
- Jusqu’à présent, il n’est point d’exemple d’emploi de cette tactique ; mais la seule crainte qu’on l’emploj ât a fait rechercher les moyens d’atteindre des altitudes de plus en plus élevées : on parle de 5000 m. pour le dernier modèle de Zeppelin. En outre, aussitôt qu’il sent la menace, le dirigeable gagne de la
- hauteur, et il monte beaucoup plus vite qu’un avion quel qu’il soit ; c’est une affaire de délestage.
- Le rôle stratégique et tactique des dirigeables.
- — Nous avons eu l’occasion d’indiquer rapidement à quelles idées différentes obéissaient les Allemands et les alliés dans l’utilisation de leurs dirigeables.
- La grande masse d’explosifs que les dirigeables peuvent emporter leur assigne cette tâche militaire au pre-mier chef. La faculté de réduire leur vitesse jusqu’au stationnement sur place, leur donne des facilités très grandes et, dans le jet des projectiles, une précision qu’un aéroplane ne peu t atteindre. Ces qualités ne sont pas négligeables et compensent jusqu’à un certain point les inconvénients de leur vulnérabilité.
- Mais où leur rôle apparaît de premier ordre,
- Fig. 9. — Un 75 anti-avion.
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- c’est clans les opérations sur la mer qu’ils peuvent surveiller par de continuelles croisières, protégeant la marche des navires marchands, servant d’éclaireurs a la flotte de guerre, à laquelle, par la T. S. F., le ballon peut signaler tout danger, que ce danger provienne de patrouilleurs ou de sous-marins.
- Il ne faut pas oublier, en effet, qu’un ballon — aussi bien qu’un avion, du reste — voit les objets dans les profondeurs de l’eau, pour peu que la mer soit calme, le cône de visibilité ayant d’ailleurs un rayon d’autant plus grand que l’observateur est plus haut placé.
- Assurément les hydroaéroplanes peuvent remplir un rôle analogue. Ils ne présentent cependant pas les memes avantages, et leur vitesse même, si précieuse lorsqu’il s’agit de randonnées sur les lignes et le territoire occupés par l’ennemi, est loin de les servir pour l’exploration de la mer.
- Dans ce service d’éclaireur, est-il indispensable d’employer des ballons d’un cube énorme, comme celui d’un Zeppelin? C’est comme si l’on chargeait un superdreadnought de faire le métier de patrouilleur; Il vaut mieux se contenter de petits ballons de 6000 m5 et en avoir beaucoup.
- Les Anglais ont réalisé un petit dirigeable souple,
- maniable et rapide qui paraît tout à fait apte à cet emploi. C’est ce qu’ils appellent Y œil de la flotte; [a nacelle est la reproduction à peine agrandie d’un fuselage d’aéroplane. De dimensions restreintes, cette nacelle peut voyager sur wagon, sans difficulté, et le ballon tout entier peut trouver place, être gonllé et arrimé sur la plage d’un navire.
- Il est permis de tirer quelque enseignement de la grande bataille navale du Skager-Rack, où s’affrontèrent, le 51 mai 1916, les flottes anglaise et allemande. Je ne sais si l’intervention des Zeppelins n’a pas été sans quelque utilité pour signaler aux bateaux allemands la composition, le dispositif de l’escadre légère qu’ils avaient devant eux, et, plus tard pour leur annoncer l’arrivée du gros ' de la flotte anglaise; mais si, d’autre part, l’escadre légère de nos alliés avait eu des éclaireurs aériens, elle aurait, à son tour, pu prévenir la flotte de l’amiral Jellicoë beaucoup plus tôt et n’aurait pas été forcée de soutenir à elle seule et pendant si longtemps le choc de toute la flotte allemande.
- Cela ne met-il pas bien en évidence les services qu’on peut attendre d’une escadrille de dirigeables comme éclaireurs maritimes?
- THÉORIES MATHÉMATIQUES DES SALAIRES
- La Nature ne s’immisce généralement pas dans les brûlantes et difficiles questions d’économie politique. Mais il lui sera bien permis de signaler aujourd’hui quelques théories mathématiques récemment proposées pour le salaire des ouvriers.
- On sait comment les économistes définissant le salariat : un contrat libre de louage de travail au capital. Bastiat en a bien expliqué le mécanisme et les résultats par un apologue ; « Le vieux pêcheur dit un jour à son camarade : Tu n’as ni barque, ni filets, ni d’autres instruments que tes mains pour pêcher, et tu cours grand risque de faire triste pêche. Tu n’as pas non plus d’approvisionnement, et cependant, pour travailler, il ne faut pas avoir l’estomac vide. Viens avec moi ; c’est ton intérêt comme le mien. C’est le tien, car je te céderai une part de notre pêche, et quelle qu’elle soit, elle sera toujours plus avantageuse pour toi que le produit de tes efforts isolés. C’est aussi le mien; car ce que je prendrai de plus, grâce à ton aide, dépassera la portion que j’aurai à te céder.... Plus tard, le jeune pêcheur préféra recevoir chaque jour une quantité fixe de poisson. Son profit aléatoire fut ainsi converti en salaire, sans que les avantages de l’association fussent détruits et, à plus forte raison, sans que l’association fût dissoute. »
- On pourrait imaginer, dans une fable, d’autres conceptions : le vieux pêcheur hébergeant- et nourrissant son aide sans le payer, par exemple, ou l’obligeant à travailler par la force, etc. Mais, le fait social qui empêche d’examiner de pareilles
- rêveries, c’est que le salariat est le mode général, universel d’utilisation du travail par le capital.
- Laissant donc de côté la discussion du principe du salaire, nous examinerons seulement ses modalités.
- Déjà, dans l’exemple cité par Bastiat, nous en voyons deux très différentes : au début, le jeune pêcheur a un salaire variable avec le rendement de la pêche; il participe aux bénéfices, puis, de lui-même, il réclame un salaire fixe, à la journée. Tout le monde connaît également un autre mode de salaire, le travail aux pièces. Récemment d’autres procédés de rémunération du travail ont été proposés, principalement en Amérique, sous l’influence de Taylor. L’exposé que vient d’en faire J.-M. Lahy dans son volume sur le système Taylor et la physiologie du travail professionnelj1), la conférence consacrée au même sujet par M. F. Bayle, devant la Société internationale des Électriciens, nous engagent à faire connaître ces questions à nos lecteurs.
- Le système du salaire fixe, à la journée ou à l’heure, présente des inconvénients évidents. Sauf le cas où la besogne est assez nouvelle ou difficile et variée pour que l’ouvrier mette un point d’honneur ou d’orgueil à la réaliser, sauf le cas où la qualité morale de l’ouvrier est suffisante pour qu’il s’applique de bon gré à un effort soutenu, le travail à l’heure estime cause de mauvais rendement. Dans toutes les besognes monotones qu’impose le machinisme moderne, l’ouvrier cherche instinctivement le moindre effort et oblige le patron ou le contremaître 1. Masson et Cie, éditeurs, Paris, 1910.
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- THÉORIES MATHÉMATIQUES DES SALAIRES
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- à une surveillance constante, à une présence continue dans l’atelier, à une stimulation d’autant plus pénible qu’elle est dépourvue de récompense.
- Le salaire aux pièces corrige évidemment ces défauts. Plus n’est besoin d’une continuelle surveillance; l’ouvrier trouve dans son intérêt le stimulant de son effort. Seulement le salaire aux pièces n’est possible que pour un travail continu effectué par un ouvrier qui n’a qu’une seule besogne dont on ne le distrait jamais. Puis, l’abondante production qu’il entraîne aboutit souvent à une singulière conséquence : les produits devenant plus nombreux, l’employeur, pour les écouler, est obligé de baisser ses prix de vente en vertu de la loi de l’offre et de la demande; il est bientôt conduit à diminuer le prix du salaire de la pièce, si bien que l’ou-
- n’est pas bon pour la plupart des gens de s’enrichir trop vite ».
- Le « bonus system » de Gantt n’est pas autre chose que ce système de salaire à prime. Taylor propose, dans certains cas, de varier la valeur de la prime selon l’intensité de l’effort et la qualité du travail; pour un rendement plus faible que celui pris pour base, le salaire de chaque pièce est diminué; pour les rendements plus grands, on établit des degrés avec primes croissantes; chaque travail défectueux diminue le salaire d’une certaine valeur, etc.
- Au lieu de laisser à l’employeur la liberté de déterminer la valeur des primes, d’autres ingénieurs ont cherché des systèmes d’établissement mathématique de la prime à la surproduction.
- En 1890, Hal-
- TravaU aux pièces Prime Halsey à 50% Prime Halsey à 30%
- Travail a la journée
- vrier, ayant fait effort pour augmenter son salaire, est obligé de continuer cet effort pour conserver simplement son salaire primitif. Cette conséquence du travail aux pièces est si générale que partout les ouvriers s’entendent pour limiter leur production et maintenir ainsi les prix, n’hésitant pas à mettre àl’indexl’ouvrier habile qui ne veut pas se soumettre à leur loi.
- Entre ces deux extrêmes du salaire à la journée et du salaire à la tâche, on a cherché des compromis et les théories modernes du salaire sont toutes des variantes de ce système mixte du salaire à prime.
- Taylor, le premier je crois, a eu l’idée de faire intervenir le temps utile dans la détermination du salaire. Pour un travail déterminé, on établit d’abord le temps nécessaire à sa production, en chronométrant exactement toutes les manipulations. Ce temps sert ensuite de base ; l’ouvrier, pour conserver sa place, doit travailler à cette vitesse déterminée; mais, s’il va plus vite, il reçoit alors, en outre du prix de la pièce, une prime fixée par le chef de l’entreprise. Cette prime, calculée arbitrairement, ne doit pas, d’après Taylor, augmenter le salaire des ouvriers de plus de 60 pour 100, parce qu’alors « beaucoup d’entre eux se mettent à travailler irrégulièrement et deviennent extravagants et dissipés; ce qui montre en somme, qu’il
- Courbes montrant les variations du salaire d’un ouvrier dans les différents systèmes de bonification proposés.
- sey a appliqué à la Canadian Rand Drill Company un tarif de salaire de ce genre. L’ouvrier est payé à l’heure pour son travail dont la vitesse a été déterminée ; mais s’il travaille plus vite, le bénéfice de la surproduction est partagé entre lui et son patron : par exemple, s’il est payé 1 fr. l’heure pour un travail réalisable en 20 heures, il peut toucher, soit 1X 20 = 20 fr. pour 20 heures 15 heures avec
- de travail, soit, s’il l’effectue prime de 50 pour 100 :
- 1X15+ X (20 —15)J = .17 fr. 50,
- pour 15 heures de travail. Halsey a essayé deux taux de primes différents, l’un à 30, l’autre à 50 p. 100.
- En Angleterre, M. J. Rowan a fait connaître en 1901 un système différant du système Halsey, en ce qu’il limite la prime à la surproduction à un certain maximum et qu’il encourage beaucoup mieux le début de l’effort de surproduction. Pour le comprendre, nous reprendrons l’exemple précédent d’un travail étalonné à 20 heures et payé 1 fr. l’heure. Si l’ouvrier l’exécute en 15 heures, il touchera, suivant le système Rowan :
- 1 fr. x 15 + [l5 fr. xM] =
- 18 fr. 75.
- Ces deux exemples suffisent à donnér une idée de ces systèmes; nos lecteurs pourront d’ailleurs
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- calculer eux-mêmes les différents salaires d’un ouvrier travaillant plus ou moins vite et payé de diverses façons. -
- On peut aussi ramener tous cés modes de salaires à des formules générales qui permettent de les intégrer. C’est ce qu’a fait M. R. Guillery dès 1904, et ce qu’on trouvera dans le livre de M. Lahy à qui nous empruntons la figure ci-dessus :
- Soient x le temps en heures nécessaire pour un travail déterminé et y le salaire par heure.
- Dans le travail à la journée, y sera constant quel que soit x. Dans le travail aux pièces, y sera inverse de x. Dans le cas du système Halsey, en appelant a le temps de hase et b le salaire horaire de base, minima de travail établis, le salaire sera :
- ÿ = 6 + p=£>]P.
- P étant la valeur de la prime : 50 ou 50 pour 100.
- Dans le cas du système Rowan, on aura :
- Le système Taylor n’est pas susceptible de la même représentation mathématique, les primes étant fixées arbitrairement et pouvant varier au
- gré de l’employeur. Étant données ces équations, on peut facilement les intégrer, tracer les courbes de leurs différentes valeurs et obtenir ainsi le graphique ci-dessus qui rend beaucoup plus aisée la comparaison des divers systèmes de salaires.
- L’examen de cette courbe montre notamment l’avantage du système Rowan qui limite la prime et par suite la surproduction trop intense tout en avantageant au maximum l’effort modéré de l’ouvrier.
- Ces recherches sur la question des salaires, ces efforts pour lui donner une base objective, précise, sont, croyons-nous, d’un très grand intérêt. En ce moment, l’introduction des salaires à prime peut contribuer à augmenter la production de nos usines de guerre. Après la paix, elle pourra intensifier notre industrie et devenir une arme dans l’ardente lutte commerciale qui recommencera alors. Enfin, comme le fait remarquer M. Rayle, elle fera pénétrer dans les usines et les manufactures la notion de temps, réglant ainsi, augmentant même la vitesse de production, sans danger, pensons-nous, pour la classe ouvrière qui ne lui fera pas, espé-rons-le, d’opposition. A. Breton.
- LE PONT ROULANT A BASCULE
- SYSTÈME SCHERTZER
- La guerre formidable que nous subissons a eu pour conséquence la destruction, au moment de l’arrivée des troupes ennemies, d’un grand nombre de ponts, afin de retarder la marche de ces troupes. En France, un certain nombre de ces ponts ont été reconstruits aussitôt après la victoire de la Marne. Mais beaucoup se trouvent dans des départements encore occupés par les troupes allemandes et qu’il faudra reconstruire. Il en est de même en Belgique et dans les régions occupées des autres puissances de l’Entente.
- Parmi ces ponts il en est un certain nombre qui servent de passage soit à des voies ferrées, soit à des voies charretières, au-dessus de rivières navigables ou de canaux à circulation importante. Comme, en général, le niveau du plancher de ces ponts ne se trouve qu’à une faible hauteur au-dessus du niveau des eaux on se trouve dans l’obligation de ménager dans ces ouvrages des ponts mobiles permettant le passage des bateaux circulant sur ces voies fluviales.
- Divers types de ponts mobiles sont à la disposition de l’ingénieur. Il y a, d’abord, le pont tournant à deux volées reposant sur une pile placée au milieu de la travée et autour du centre de laquelle le pont peut tourner au moment de l’ouverture de celui-ci pour le passage des bateaux. Ce type de pont a l’inconvénient, tout en réduisant l’ouverture de la travée-mobile donnant passage aux bateaux, de laisser au milieu de cette travée mobile une pile
- qui peut être un danger pour la navigation. Ce pont à deux volées peut être réduit à une seule tournant autour d’un support fixé sur une des culées; mais cette disposition, préférable à la précédente, a cependant l’inconvénient d’immobiliser sur la rive du canal ou de la rivière une surface de terrain assez considérable et nécessaire pour y placer le pont lorsqu’il est ouvert pour la circulation des bateaux, ce qui peut être un obstacle lorsque le pont se trouve à l’intérieur d’une ville. On peut aussi avoir recours aux ponts mobiles roulants qui, après avoir été soulevés au niveau de la chaussée, sont, ensuite, roulés sur, celle-ci dans le sens longitudinal. Cette disposition a été employée en Angleterre, en Belgique et en France, notamment à Saint-Malo, Cherbourg et Saint-Nazaire. Mais ces ponts sont plus lourds que les ponts tournants, par suite de la plus grande rigidité qu’on est obligé de leur donner ; les fondations sont plus coûteuses et les organes mécaniques plus compliqués et plus nombreux. Un quatrième dispositif est le pont-levis ou à bascule, d’un emploi moins fréquent que le pont tournant, mais dont on trouve, cependant, quelques exemples récents à Rotterdam, à Bremerhaven et, en Angleterre, au pont de la Tour, à Londres. Les encuvements de ces ponts, destinés à recevoir la culasse formant contrepoids, sont d’une construction coûteuse et souvent difficile, par suite de leur niveau qui se trouve, le plus souvent, au-dessous du niveau des eaux de la voie
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- navigable. De plus, à moins d’allonger la volée et, par suite, d’augmenter le poids de la partie métallique, il ne reste sur la rive qu’un passage restreint pour la manœuvre des navires. Toutefois, l’allongement de cette volée permet de n’immobiliser aucune surface de terrain sur la rive.
- Aussi est-ce en vue de profiter des avantages des ponts à bascule, tout en évitant, en même temps, les inconvénients que nous venons de signaler qu’un ingénieur américain, M. Schertzer, a étudié, il y a quelques années, une nouvelle disposition à laquelle il a donné le nom de Rolling lift Bridge (pont roulant à bascule), que nous pensons intéressant
- partie circulaire BD reliée, d’un côté, à la partie inférieure du premier montant vertical BE de la poutre et, de l’autre, à une pièce inclinée fixée à la partie supérieure de ce montant. Le segment circulaire, pendant l’ouverture du pont, roule sur la surface plane de la poutre BC. Afin d’éviter tout glissement, pendant la manœuvre, soit d’ouverture, soit de fermeture, la partie supérieure de cette poutre est munie de creux dans lesquels pénètrent les dents fixées sur la surface du segment circulaire BD. En haut de la partie arrière des poutres se trouve le contrepoids M dont la position et le poids doivent être calculés pour équilibrer, avec le
- Fig. i. — Vue intérieure du pont, le tablier du. pont Schertzer abaissé. A la partie supérieure le contrepoids d’équilibre.
- de décrire. Ce type de pont a reçu de nombreuses applications aux États-Unis, quelques-unes en Angleterre, mais aucune, que nous sachions, en France. Il peut, cependant, à notre avis, trouver son application lors de la reconstruction de certains ponts après la guerre.
- Ce type de pont (fig. 3) se compose de deux poutres de rive à treillis supportant à leur partie inférieure, au moyen de pièces de pont transversales réunies par des longerons, le plancher de la voie ferrée ou routière. La semelle supérieure des poutres est, généralement, courbe. Ces poutres reposent, à l’avant, sur l’appui A et, à l’arrière, sur une travée métallique supportant la voie et dont BC est une des poutres de rive. La partie arrière de chacune de ces poutres se compose d’une
- poids de la partie arrière des poutres, le poids de la partie avant .de celles-ci pendant la manœuvre d’ouverture ou de fermeture. De plus, la position et le poids de ce contrepoids doivent être tels que, lorsqu’on ouvre le pont, après avoir décalé les poutres sur l’appui A, le pont s’ouvre de lui-même sans effort extérieur jusque vers un angle de 30 à 35° et, à partir de cet angle seulement, les machines motrices devront agir jusqu’à l’ouverture complète du pont, c’est-à-dire jusqu’à l’angle de 80°. On évite ainsi le choc pouvant résulter de l’inertie au moment de l’arrêt lorsque le pont est entièrement ouvert. Réciproquement, lorsqu’on lerme le pont, le moment de la partie avant sera prépondérant jusque vers l’angle de 35° et l’opération se fera sans effort extérieur. Ce sera seulement
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- à partir de cet angle et jusqu’à la fermeture complète que les machines motrices auront à agir. Ici, encore, on évite le choc au moment où les poutres viendront reposer sur l’appui A, Il est évident que l’angle pour lequel le moment change de sens dépend de la position des centres de gravité et, par suite, du poids et de la position du contrepoids. On est donc libre de faire varier cet angle pour obtenir le résultat voulu.
- Afin d’assurer la fixité du pont, lorsque celui-ci
- C’est alors que, pour améliorer la situation, M. Bail, l’ingénieur de la Compagnie, proposa de remplacer le pont tournant par un pont Schertzer d’une ouverture libre de 45 m. 75, c’est-à-dire double de celle du pont tournant en y ajoutant l’épaisseur de la pile centrale. De plus, comme la construction métallique du pont Schertzer se fait verticalement sans échafaudage en rivière, aucun obstacle ne se présentait pour la circulation des bateaux pendant
- doit être ouvert pour la circulation des voitures ou des trains, un système de calage est installé sur l’appui A.
- La manœuvre d’ouverture ou de fermeture du pont s’opère au moyen d’une tige fixée, d’un côté, à la semelle supérieure des poutres et actionnée, de l’autre, par un moteur quelconque, mais, le plus souvent, électrique.
- Comme exemple de pont Schertzer nous lirons quelques mots, d’après Engineering, de celui qui vient d’être ouvert à la Fig. 3.
- circulation, en Angleterre, par la Compagnie du Great Central R?. Ce pont franchit une rivière navigable à circulation importante, présentant des courbes prononcées et à courant très rapide (4 m. 50 à la seconde). Il est destiné à remplacer un pont construit en 1861 et dans lequel était ménagée une ouverture munie d’un pont tournant à double volée. Ce pont tournant qui reposait sur une pile centrale ne laissait que deux ouvertures de 18 m. 50 de largeur chacune, tout 'a fait insuffisante pour les bateaux qui circulent sur la rivière. Depuis longtemps on réclamait une amélioration à cet état de choses.
- la construction du pont, ce que réclamait instamment la batellerie. Enfin, ce pont a été construit pour le passage, non seulement des deux voies du Great Central, mais aussi pour le passage d’une voie charretière au grand avantage de la région dont le seul moyen de communication d’une rive à
- l’autre se trou-' vait à 24 km de distance. Ces conditions répondent donc complètement àcelles dont nous parlions au début au sujet de la reconstruc tion de certains ponts détruits pendant la guerre.
- Le pont qui porte le nom de pont Keadly se compose de deux ouvertures fixes de 41 m. 17 de portée, formées chacune de trois poutres à treillis du système Pratt supportant la voie ferrée et la voie charretière à leur partie inférieure, d’une travée de 12 m. 20 d’ouverture supportant la partie arrière et le segment circulaire du pont Schertzer et, enfin, d’une travée de rive de 21 m. 55 d’ouverture. Quant au pont Schertzer lui-même son ouverture est de 48 m. 95 entre les points d’appui. Il se compose de trois poutres Warren d’une hauteur de Tl m. à l’arrière et de 7 m. 25 à
- Tige c/e
- Machine
- motrice
- Schéma du pont roulant à bascule Schertzer
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- LA CONSOMMATION DE L’ÉNERGIE ÉLECTRIQUE EN ALLEMAGNE--: 141
- l’avant. Ces poutres sont espacées de 8 m. 92 d’axe en axe pour la voie du chemin de fer et de 7 m. 59 pour la*voie charretière et les trottoirs. Quant au plancher, placé à la partie inférieure, il est supporté par des pièces de pont espacées de 6 m. 01. En haut de la partie arrière du pont se trouve la caisse contenant le béton nécessaire pour équilibrer le poids total de la partie avant du pont et de la partie arrière pendant l’ouverture et la fermeture du pont. Le poids de ce béton formant contrepoids est de 1780 tonnes et celui du pont, non compris le contrepoids, de 1120 tonnes, ce qui fait un total de 2900 tonnes pour le pont Schertzer, y compris le contrepoids. C’est, croyons-nous, le pont Schertzer le plus important construit jusqu’ici, tout au moins sur le continent Européen.
- La petite travée de 12 m. 20 d’ouverture sur laquelle roulent les segments circulaires de 8 m. 54 de rayon est formée de trois poutres métalliques pleines de 3 m. 05 de hauteur. Entre elles se trouve le plancher supportant la voie ferrée et la voie charretière. Sur la partie supérieure de ces
- poutres latérales sont placées des plaques d’acier auxquelles sont fixées les crémaillères dans lesquelles viennent engrener les dents du segment circulaire pendant l’ouverture ou la fermeture du pont.
- Deux moteurs électriques de 115 chevaux chacun actionnent le pont, au moyen d’engrenages et de tiges fixées aux poutres, pendant l’ouverture et la fermeture de celui-ci qui s’opère en trois minutes. En cas d’avarie du moteur électrique on lui a adjoint un moteur à pétrole. La manœuvre peut également se faire à. la main.
- Les travaux ont commencé en décembre 1912 et les essais préliminaires du pont ont eu lieu en janvier 1916. Quant aux essais officiels du Board of Trade ils ont eu lieu en mai dernier avec quatre des plus lourdes locomotives du Great Central, deux pour chacune des voies et, pour la voie charretière, au moyen de deux tracteurs de 15 tonnes traînant une voiture chargée de rails.
- Le pont a été construit par *la Société Arrol et Gie de Glasgow. R. Bonkin.
- LA CONSOMMATION DE L’ÉNERGIE ÉLECTRIQUE EN ALLEMAGNE
- ET LA GUERRE
- Les exigences exceptionnelles de la guerre et les conditions spéciales que celle-ci a créées dans presque tous les domaines ont exercé sur l’industrie allemande, de même que sur celles de tous les autres pays belligérants une influence considérable. Dans The Iron Age du 27 janvier dernier, M. C. A. Trupper envisage les modifications apportées par la guerre dans l’industrie métallurgique de l’Allemagne do.nt les plus saillantes seraient selon lui : l’emploi fréquent du travail des femmes, la consommation accrue du coke à la place de la houille et de l’anthracite, l’augmentation par des mesures spéciales de la production des hauts fourneaux, l’accroissement de la consommation d’acier, de la fabrication des wagons exigeant le plus possible de bois et le moins de métal, la création d’installations pour la fixation de l’azote atmosphérique, etc....
- L’industrie électrique s’est aussi ressentie de la guerre. M. Tupper signale la diminution et souvent la cessation complète au début de la guerre des commandes du matériel électrique. Mais les usines qui préparaient ce dernier étant déjà avant la guerre adaptées à la fabrication du matériel de guerre, principalement des obus et des fusées, ont pu être promptement utilisées dans ce domaine. Quelques ateliers seulement ont été réservés à la fabrication du matériel électrique qui acquit bientôt une importance toujours croissante, grâce au développement de l’utilisation des forces hydrauliques en vue d’économiser le combustible et pour la fixation de l’azote atmosphérique.
- D’autre part, dans The Electrical Iievieiv, nous trouvons des données intéressantes sur les change-
- ments apportés par la guerre dans la consommation de l’énergie électrique. Ainsi à Berlin, un des principaux centres de l’industrie électrique et mécanique qui prend une si grande part dans la défense nationale, la consommation de l’énergie électrique pendant les 11 premiers mois de guerre non seulement ne s’accrut pas, contrairement à ce qu’on aurait pu attendre, mais au contraire diminua à cause surtout de la réduction de la consommation de l’énergie électrique pour l’éclairage. De 267 589000 kw-h qu’elle était en 1913-1914, elle tomba à 252 762 000 kw-h en 1914-1915. De même à Hambourg la guerre provoqua une grande diminution de la consommation de l’énergie électrique, diminution qui atteignit, pendant certains mois, 25 pour 100. Mais en 1915 à la suite de l’introduction d’un nouveau tarif pour les consommateurs importants, la consommation recommença à s’accroître. Cependant ce nouvel accroissement n’a pas pu compenser la diminution précédente de sorte que la consommation totale de l’énergie électrique à Hambourg pendant la première année de guerre n’a atteint que 45 405 000 kw-h au lieu de 45146000 kw-h consommés en 1915-1914.
- Dans la Westphalie rhénane, riche en houillères, pourvue de hauts fourneaux et d’aciéries géantes et possédant des industries métallurgique et sidérurgique très développées, la consommation de l’énergie électrique, utilisée surtout comme force motrice, devrait, semble-t-il, prendre un nouvel essor avec l’accroissement de l’activité de l’industrie métallurgique.
- Or, les résultats atteints n’indiquent point l’exis-
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- tence d’un progrès important. Ainsi, la puissance totale de toutes les installations de la « Société électrique de la Weslphalie rhénane » à Essen s’est élevée de 520 000 kw-h en 1914 à 557 000 kw-h en 1915, le nombre des lampes à incandescence installées passa de 1 500 000 environ à près de 1 400 000 et celui des moteurs monta de 54 000 environ à près de 57 000. Mais l’accroissement correspondant de la consommation de l’énergie électrique n’a pas été atteint, car celle-ci ne fit que passer de 290 millions kw-h qu’elle était en 1915-1914 à 295 millions de kw-h en 1914-1915.
- Cependant une autre entreprise électrique, « Berg-geist Elektrische Werke » à Brühl, quoique de moindre envergure, atteignit des résultats plus considérables en élevant la consommation de l’énergie de 54 millions kw-h en 1915-1914 à 56,5 millions kw-h en 1914-1915. Là aussi la consommation de l’énergie électrique a été fort diminuée au début de la guerre, mais l’activité fiévreuse des nombreuses entreprises travaillant pour les besoins de l’armée lui permit de s’élever rapidement et de compenser même la diminution des mois précédents.
- La revue allemande Electrotechnische Zeitschrift du 9 mars dernier s’occupe plus spécialement delà question des tarifs et notamment du nouveau tarif qui devait être mis en vigueur depuis le 1er avril 1916 par la Compagnie électrique de Berlin. Le tarif général de l’énergie électrique, employée pour l’éclairage, était de 50 centimes par kilowattheure. Pour les consommateurs importants une réduction était faite à la fin de l’année dont le montant, déterminé d’après la quantité de l’énergie consommée, était versé aux consommateurs par la Compagnie. Cependant ce procédé avait l’inconvénient d’exiger un grand nombre de calculs et de paiements par la Compagnie à la fin de l’année. On devait donc pour l’éviter introduire une nouvelle échelle des tarifs de l’énergie électrique, employée pour l’éclairage, d’après laquelle les premiers
- 15 000 kw-h de l’année seront payés à raison de 50 centimes le kilowatt-heure, les 15 000 kw-h suivants à 45,75 centimes et le surplus à 57,5 centimes. Dans le cas où un consommateur possède plusieurs installations, situées à quelque distance les unes des autres, les consommations de toutes s’ajouteront et le prix se calculera comme pour une unité.
- Le prix spécial pour les heures de faible charge de la centrale n’était jusqu’ici de 20 centimes par kilowatt-heure, que pour les heures de la nuit après 22 heures. Maintenant le prix sera étendu sur toutes les heures, comprises entre 22 heures et
- 16 heures du jour suivant. Ce prix ne sera toutefois accordé qu’aux consommateurs qui garantiront une consommation annuelle d’énergie électrique pendant ces heures de faible charge de 625 francs au moins.
- Pour les petites installations de moins de 200 watts, des conditions spéciales seront faites aux consommateurs. Le minimum de la consom- I
- mation de l’énergie électrique comme force motrice ou pour les buts commerciaux est fixé à 500 kw-h pour fr. 60 au lieu de 400 kw-h pour fr. 80 qui formaient cette limite jusqu’ici. Des réductions de prix et des facilités spéciales de paiement, destinées à favoriser l’introduction de l’éclairage électrique seront accordées dans certains cas.
- Ce tarif si minutieusement élaboré montre assez la tendance des compagnies d’électricité allemandes à étendre autant que possible l’emploi de l’énergie électrique, aussi bien sous forme de lumière que de force motrice, aux petits consommateurs, tenus jusqu’ici à l’écart par les prix inaccessibles où les limites trop élevées de la consommation minimale. Les Compagnies sont d'ailleurs d’accord en cela avec le Gouvernement allemand qui dans, un manifeste, publié avant la guerre, insistait sur l’opportunité de l’introduction d’un approvisionnement uniforme en énergie électrique aussi bien des districts agricoles pauvres et peu peuplés que des districts industriels riches et à population dense, seuls pourvus jusqu’ici de centrales électriques.
- M. Fr. Schmidt qui commente ce manifeste dans Electrotechnische Zeitschrift du 2 mars dernier, tout en approuvant son esprit général, observe cependant que des règlements gouvernementaux dans ce domaine, surtout ceux limitant les tarifs, risquent de décourager l’initiative privée de s’engager dans ces régions agricoles, de l’exploitation desquelles elle ne pourra plus tirer aucun profit et où elle ne pourrait être attirée que par l’appât d’un monopole qui lui permettrait de rentrer à la longue dans ses déboursés. L’auteur espère toutefois que cette dernière façon de répandre l’énergie électrique dans le pays ne sera que passager et que dans un avenir plus ou moins rapproché toute la distribution sera faite par les municipalités.
- En préconisant ainsi en Allemagne l’introduction dans ce domaine de l’énergie électrique du monopole municipal, M. Fr. Schmidt ne le prévoyait probablement pas pour une époque aussi rapprochée quelle semble devoir l’être. Le journal russe Torgovo-Promichlennaïa Gazeta du 26 avril dernier nous apprend, en effet, que le Gouvernement de Saxe vient de demander au Landtag le vote d’un crédit de 20 millions de marks, destiné à la préparation de la monopolisation de l’électricité en Saxe.
- , Le Gouvernement s’engage à pourvoir à ce que la répartition naturelle de l’industrie ne souffre plus des différences des prix du courant, ce qui sera d’autant plus important qu’on devra après la guerre remplacer par la force motrice la main-d’œuvre détruite pendant les hostilités. Le. Gouvernement ne considère point cette réforme comme une source de profits, mais comme un moyen de réalisation d’une de ses principales raisons d’être. Il se propose pour atteindre ce but de racheter au cours des 10-15 années prochaines toutes les stations électriques
- I existant dans le pays. J. Vichmak.
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- 'fir, .Vf. .Vr, ,>V, ,Vîr, cfr,\'$r, .Vîr. NW. AVîf.
- Vvj//Av//Av//Ay// Av/A V.'/' Av// Av// Av/'Av// Av//
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séances du 17 au 24 juillet 1916.
- Vaccination préventive contre le typhus exanthématique. — D’après M. Charles Nicolle, cette question esl dominée par le fait que seule une atteinte grave de la maladie met à coup. sur l’animal à l’abri de l’inoculation d’épreuve. Le problème est donc très difficile. Cependant l’inoculation d’une faible quantité de sang virulent confère quelquefois l’immunité. Dans les mêmes conditions, le sérum privé de globules blancs par une centrifugation préalable n’infecte pas le singe. On pourrait donc employer des inoculations répétées de sérum pris sur l’homme ou l’animal infestés. L’auteur a fait, dans cet ordre d’idées, quelques expériences qui n’ont, pu être encore complètement démonstratives, l’épidémie ayant cessé au même moment.
- Synthèse biochimique d’un galactobiose. — Quand on traite du glucose en solution concentrée par de l’émul-sine, on obtient un glucobiose connu sous le nom de gentobiose qui, conformément à la doctrine de la réversibilité des actions fermentaires, est hydrolysé par le même ferment. L’émulsine dont il s’agit ici est le produit tel qu’on le retire des amandes et qui contient divers ferments. MM. Bourquelot et Aubry ont obtenu une seconde synthèse analogue en partant du galactose et la doctrine de la réversibilité est de nouveau vérifiée.
- Scoliose abdominale du Mugil auratus. — M. Delphy, en étudiant les Mugil auratus pêchés dans la rade de Saint-Yaast-la-IIougue en a remarqué un qui présentait une déformation assez considérable de la région abdo-mino-caudale. L’étude de la région malade lui a fait découvrir la présence d’un parasite : soit que ce parasite ait été la cause de la scoliose, soit au contraire et plutôt qu’il se soit établi sur un terrain de moindre résistance préparé par la déformation.
- Sur le fonctionnement des galènes employées comme détecteurs. — Mlle Paul Collet a étudié les galènes, tant naturelles que sensibilisées artificiellement en examinant deux ordres de phénomènes : 1° Induction sur lin circuit comprenant le détecteur et un galvanomètre à cadre mobile; 2° Etude d’un courant traversant un galvanomètre monté aux bornes d’un détecteur, lorsque ce détecteur reçoit un train d’ondes amorties. Elle constate notamment qüe la sensibilité d’un point peut être détruite par la rupture d’équilibre que provoque une onde trop forte et que, par contre, des ondes faibles et prolongées peuvent orienter les particules cristallines de façon que le point redevienne sensible.
- Les ailes des insectes et des vertébrés. — L’aile d’un vertébré est un membre déplacé et adapté à des fonctions nouvelles. Il en est tout autrement pour les insectes, chez lesquels l’aile est constituée par une expansion membraneuse des plaques dorsales n’ayant rien de commun avec les autres membres. Il n’y a pas d’insecle avec deux ou quatre pattes transformées en ailes, ni de vertébré où, avec les extrémités conservées, des ailes soient nées du dos. M. Yialleton cherche une explication de ce fait dans le développement on togéniqu.e. L’aile devant toujours être placée du côté dorsal pour s’insérer au-dessus du centre de gravité, ce qui est nécessaire à l’équilibre, il est impossible, d après la manière dont procède l’organogénèse d’un insecte qu’un membre s’y transforme en aile. Chez les vertébrés les ébauches des membres sont des formations moins primitives, moins directement liées aux organes axiaux et qui peuvent se développer sur un point quelconque de l’hyposoma sans que ce changement de position nécessite un remaniement profond des connexions primitives.
- NOUVEL APPAREIL CINÉMATOGRAPHIQUE
- Les appareils actuels destinés à la prise des vues cinématographiques sont très volumineux, d’un transport très difficile, et les manipulations qu’il est nécessaire d’effectuer avant de « tourner le film » (installation sur un solide trépied, mise au point, etc.), ne permettent guère la prise de vues imprévues. Le simple appareil photographique qui instantanément se braque vers la scène à prendre et la fixe sur la plaque est donc, au point de vue de la facilité de manœuvres, un modèle qu’il faut tacher d’imiter.
- Si les inconvénients des appareils cinématographiques enregistreurs de vues n’ont guère d’importance pratique pour la prise des films ordinaires, les acteurs venant se placer d’eux-mêmes dans le champ de l’objectif photographique, il est toute une série de vues qui nécessitent un nouvel appareil: ce sont les vues d’histoire naturelle et celles concernant les mœurs des animaux sauvages.
- M. Àkeley, du Muséum d’histoire naturelle d’Amérique, s’est spécialisé depuis plusieurs années dans ce genre particulièrement dangereux de reportage,
- où l’opérateur est exposé à voir se détourner sur lui la colère des bêtes féroces qu’il surprend. Aussi importe-t-il que l’appareil présente le maximum de sécurité de fonctionnement pour que les fatigues et les dangers courus ne l’aient pas été en pure perte, comme cela arriva à M. Akeley qui, au cours d’une expédition en Afrique, « rata », par suite du mauvais fonctionnement des appareils actuels, quelques vues sensationnelles : alligator saisissant sa proie, charge d’éléphants sauvages, etc.
- Aussi s’èst-il attaché à la réalisation d’un appareil de prise de vues de peu d’encombrement, d’un maniement à la fois commode et sûr, et la solution qu’il a trouvée, par ses qualités et son originalité, mérite de retenir l’attention. Le nouveau « preneur de vues » peut être installé et mis au point en moins de 50 secondes, ce qu’il est impossible de faire avec aucun autre appareil.
- Parmi les défauts des appareils actuels, il faut citer : la nécessité de l’emploi d’un solide trépied, la limitation de l’angle de prise à 45°, l’emploi de 2 crémaillères, l’une horizontale, l’autre verticale
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- = NOUVEL APPAREIL CINEMATOGRAPHIQUE
- pour la prise des vues panoramiques, la difficulté de mise au point, les frottements du film qui, surtout, dans les climats tropicaux développent de l’électricité statique , les bruits qu’ils produisent et qui les rendent inutilisables pour la cinématographie des animaux sauvages, leur poids élevé, etc.
- La chambre réalisée par M. Akeley supprime ces défauts et met en œuvre un mécanisme entièrement nouveau. Elle a la forme d’un cylindre et se trouve montée sur des anneaux d’acier solidaires d’un bras coudé, lequel est relié à un support fixe.
- L’ens emble, chambre et dispositif panoramique, forme un tout que l’on peut placer ou non sur un trépied. En agissant sur le bras d’une part, et en faisant tourner l’appareil d’autre part, on peut donc prendre toute s les vues panoramiques sans difficultés.
- La mise au point et la diaphragmation de l’objectif peuvent s’effectuer en cours de prise si besoin est, grâce à la disposition des commandes à la partie arrière de l’appareil. Un ingénieux viseur permet quer l’objectif dans la encore d’observer
- Fig. i. — L'appareil cinématographique Akeley ouvert. On distingue le mécanisme d’enroulement du film et le dispositif permettant la mise au point.
- Joint à la cardan
- Viseur
- Fig.
- non seulement de bra-direction du sujet, mais directement la vue qui s’enre-
- gistre sur le film. A cet effet, un tube visible sur la photographie (fîg. 2) se termine par un système
- d’obturateur tel que l’ouverture ne se trouve dégagée que lorsque l’œil est appliqué contre la garniture qui la protège contre la lumière. De cette façon, on voit à l’intérieur de la chambre et comme le côté est orienté vers la partie du film qui est dans le champ de l’objectif, c’est la vue même qui est enregistrée que l’on observe sur le film comme sur une glace dépolie.
- Gomme souvent, au cours d’un voyage, les prises de vues ne sont que de quelques mètres, il importe de pouvoir, au développement, savoir exactement où elles se termi-' nent.
- C’est ce que M. Akeley réalise au moyen d’un canif manœuvré de l’extérieur et qui découpe dans le film une petite fenêtre qui permet d’ailleurs la mise au point précise.
- Ajoutons,sans entrer dans de plus amples détails, que le poids total de l’appareil n’est que de 15 kilogrammes tandis que les
- appareils ordinaires, infiniment moins commodes, pèsent plus du double.
- II. Voua.
- r-
- Compte u
- Manivelle
- Vue d’ensemble du nouveau, cinéma à prise rapide de vîtes.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lajiure, rue d.e Fleuras, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 2240.
- 2 SEPTEMBRE 1916.
- LES CHEMINS DE FER
- DANS LA CONDUITE ET LA POURSUITE DE LA GUERRE
- En septembre 1914, après la mobilisation et la victoire de la Marne, on a dit de la guerre actuelle qu’elle était une guerre de chemins de fer.
- Le fait est qu’il ne suffit plus, aujourd’hui, d’avoir mis en ligne de nombreuses unités combattantes; il faut encore, et en toutes circonstances, les ravitailler en hommes, en équipements, en matériel, en munitions et en vivres; il faut, en outre, ce qui est tout à fait nouveau, pouvoir les déplacer, dans les moindres délais et parfois par
- méthodique et rapide des transactions commerciales.
- Les transports en cours d’opérations, dont la guerre actuelle a révélé l’importance, s'effectuent à l’aide de trains d’une composition uniforme se rapportant à deux types : le type-combattant et le type-parc. Le premier est utilisé pour le transport des éléments combattants d’un corps d’armée (infanterie, cavalerie, artillerie) ; le second sert à l’enlèvement des sections de munitions, des parcs de corps d’armée et de la plupart des éléments
- Fig. i. — Prisonniers allemands travaillant au doublement d’une ligne de chemin de fer.
- grandes masses, d’un point à l’autre du front; il faut, enfin, dans une guerre qui se prolonge et entraîne des dépenses formidables, mettre en œuvre toutes les ressources de la nation et lui rendre toute son activité économique. Tout cela provoque d’importants transports, les uns d’ordre purement militaire : transports de ravitaillement et transports en cours d'opérations, les autres d’ordre économique, industriel ou commercial : transports commerciaux (*).
- Le chemin de fer en est le meilleur, souvent même l’indispensable mode d’acheminement et nous allons voir, d’une part, le parti qu’en a tiré le Commandement, d’autre part, les efforts louables et continus faits par nos grands réseaux pour la reprise
- 1. Yoir dans La Nature, n° 2237, page 100, la classification détaillée de ces différents transports;
- d’armée, notamment de l’artillerie lourde. Des réserves de l’un et l’autre type, d’une importance variable suivant les circonstances, sont garées, à la demande du Directeur des chemins de fer aux Armées, en des régions désignées par lui; suffisantes quand les opérations sont relativement calmes, elles ne le sont plus quand se produisent de fortes attaques exigeant le transport de renforts importants, mais elles permettent, en ce cas, d’assurer le début du mouvement, en laissant aux réseaux taxés d’une fourniture complémentaire le temps de constituer de nouveaux trains de mêmes types. Grâce à ces réserves, grâce aussi à l’habilelé professionnelle et au zèle du personnel des chemins de fer, les transports en cours d’opérations ont toujours été assurés avec une rapidité et une exactitude remarquables.
- 44” Année. — 2” Semestre.
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- 146 ===== LES CHEMINS DE FER PENDANT LA GUERRE
- Les premiers en date furent provoqués par le mouvement débordant de l’armée allemande par la Belgique, mouvement qui nécessita le regroupement d’une partie de nos forces à l’ouest de leurs emplacements de concentration ; déclenchés en pleine concentration et tandis que l’on dirigeait sur Mons les 260 000 hommes de l’armée anglaise et son important matériel, ils exigèrent des réseaux de l’Est et du Nord lin effort considérable.
- Plus denses et beaucoup plus difficiles encore furent les transports improvisés qui suivirent la bataille de Charleroi. Il fallut alors, devant la menace de l’ennemi qui s’avançait sur Paris, en marches forcées, assurer l’évacuation du matériel des réseaux du Nord et de l’Est ainsi que des réseaux belges, acheminer sur l’intérieur de nombreux trains d’habitants des régions envahies et procéder au repliement méthodique de notre front ouest. Nos grands réseaux manifestèrent dans cette tâche formidable une activité et un sang-froid extraordinaires.
- Nulle part, on ne signala le moindre affolement, malgré le pénible défilé des trains de blessés et l’exode lamentable de la population civile. Partout , au contraire, l’attitude des cheminots fut courageuse et souvent héroïque. Si l’heure n’est pas encore venue d’exposer en détail les services qu’ils ont alors rendus à la défense nationale, on nous laissera certainement dire que le rétablissement de l’armée française sur la Marne constitue la page la plus glorieuse qu’ils aient, à ce jour, inscrite dans leurs annales.
- La plus grande partie de cette gloire revient au réseau deTEst, qui eut à supporter toutes les opérations d’embarquement et de débarquement des trains de troupes, mais la tâche des réseaux de P.-L.-M. et d’Orléans, qui durent absorber une véritable avalanche de trains de toute nature et qui prêtèrent au premier une aide puissante et efficace par la fourniture de nombreux trains type-combattants ou type-parcs, ne fut guère plus aisée. Le réseau de P.-L.-M., notamment,: eut a assurer, pendant que s’effectuait la retraite et le rétablissement de l’armée française sur la Marne, en même temps que d’importants mouvements d’évacuation, le transport de corps d’armée pour l’armée Mau-
- noury. Peu après, notre haut Commandement lui demanda à nouveau son concours quand il s’agit d'étendre notre aile aauche et de irasner de vitesse l’Etat-major allemand dans ce qu’on a appelé depuis « la course à la mer ».
- Dans cette course qui devait être, pour nous, d’autant plus serrée que l’ennemi bénéficiait de l’avantage de la ligne intérieure, les réseaux de PEst, de P.-L.-M. et du Nord eurent à transporter, sur des parcours variant de 65 à 400 km, près de 70 divisions représentant la mise en marche d’environ 6000 trains.
- La bataille de l’Yser, nouvel et retentissant échec des Allemands dans leur tentative de percer nos lignes, eut pour résultat de fixer les fronts et de mettre fin, pour quelque temps, à la guerre de mouvement.
- Les transports en cours d’opérations subirent,
- de ce fait, un certain ralentissement, et une grande partie du matériel qui leur était affecté put être mise à la disposition des réseaux en vue de la reprise des transports commerciaux. Notre haut Commandement , soucieux des intérêts généraux du pays, averti delà nécessité d’un sérieux effort économique et confiant en la souplesse de notre organisation ferroviaire n’hésita pas à faire cet abandon. Il n’eut d’ailleurs qu’à s’en féliciter, puisque nos réseaux surent instantanément répondre à toutes ses exigences, aussi bien pour les offensives d’Artois' et de Champagne que pour l’arrêt de la poussée allemande sur Verdun.
- Au début de l’affaire de Verdun surtout, nos cheminots montrèrent ce qu’on pouvait attendre d’eux, libérant en quelques heures les wagons chargés de marchandises et les aménageant de bancs et de lanternes pour constituer les nombreux trains commandés par la Direction des chemins de fer, amenant ces trains à l’heure voulue aux points d’embarquement, les conduisant en groupes serrés à proximité de la région menacée et cela, dans les moindres délais, sans le plus léger incident, bien qu’il leur ait fallu restreindre d’urgence, tout en évitant des à-coups et des encombrements dans les gares et sur les voies de circulation, des transports commerciaux particulièrement intenses.
- Fig. 2. — Prisonniers allemands travaillant à une ligne de raccordement dans un port.
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- Fig. 3. — Un train blindé muni de longues pièces de marine.
- C’est là encore un point à l’honneur des réseaux d’avoir su mettre sur pied , en temps de guerre, une organisation simple et méthodique qui leur permet d’optem-pérer, au premier signal, aux ordres du Commandement, sans jamais aller, dans les restrictions à apporter momentanément au service commercial, au delà de ce qui est juste nécessaire; la maîLrise avec laquelle ils opèrent en pareil cas est due en grande partie à la prudence et à la sagesse qui ont présidé à la reprise progressive des transports commerciaux.
- La publication du décret de mobilisation avait eu pour effet de suspendre complètement le trafic commercial. Les voyageurs eux-mêmes n’avaient à leur disposition que les trains de service journalier ou les trains-poste et seulement dans la limite où le permettaient les transports militaires et ceux des Administrations publiques. Dès la fin des transports de concentration, on s’oriente, en dehors de la zone des armées, vers un service meilleur, notamment au point de vue des correspondances d’une ligne sur l’autre. Puis on régûlarise, pour les affecter au transport des voyageurs, un certain nombre de marches militaires en correspondance avec les trains-poste que l’on dédouble sur certains parcours. En même temps, on met à' l’étude de nouvelles améliorations sous forme d’express à tracer entre les mailles du service militaire, améliora- . .
- lions qui se trouvent retardées par le refoulement du réseau des armées au sud de Paris, mais qui deviennent effectives dès la fin de septembre, Dans le courant d’octobre, sont réalisées de nouvelles et importantes
- Fig. 4. — Une locomotive blindée.
- créations de trains à marche accélérée dont certains s’étendent sur plusieurs réseaux. Enfin, en décembre
- 1914, des express sont mis en marche sur le réseau des armées pour les relations à grande distance.
- Au cours de
- 1915, les Réseaux améliorent encore leurs services de voyageurs par la création de nouveaux trains express et omnibus, par l’accélération d’un certain nombre de trains existants et la réalisation de meilleures correspondances ; ils satisfont, en outre, aux demandes de l’Autorité militaire en établissant, de concert, tout un programme de trains spéciaux à marche d’express, entre les gares régulatrices et certaines villes importantes de l’intérieur pour le transport des permissionnaires; ils prévoient enfin, après avoir fait, à la demande du Service de Santé, des essais qui donnent toute satisfaction, la mise en marche de trains express sanitaires entre les divers points du front et certains centres d’hospitalisation de l’intérieur.
- En ce qui concerne le service des marchandises, de grands progrès ont été également réalisés depuis le début de la guerre.
- Jusqu’aux derniers jours du mois d’août 1914, aucun transport de marchandises' ne pouvait cire fait sur aucun réseau sans aulorisalion préalable de
- la Commission de Réseau. Il fal-
- ’ ^ lait) en elï'et,
- 1 pendant que s’ef-; fectuaient les
- transports de concentration, débarrasser les gares encombrées par les marchandises que l’on avait dû décharger à la hâte lors de la publication d u décret de mobilisation, nu lire de l’ordre sur les quais et sur les voies de ser-
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- LES CHEMINS DE FER PENDANT LA GUERRE r
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- vice, recharger les marchandises et les acheminer progressivement sur leur destination.
- Dès la fin d’août, on songe à la reprise des transports commerciau'c et l’Autorité militaire décide qu’il y sera procédé sur chaque réseau par voie d’affiches apposées dans les gares et signées des membres militaire et technique de la Commission de Réseau.
- Une première affiche prévoit l’acceptation, sans . formalité préalable, mais uniquement dans les gares ne faisant pas partie du réseau des armées, des colis postaux sans valeur déclarée et de certaines marchandises nommément désignées. Quinze jours plus tard, vers le milieu de septembre, il est apporté au régime résultant de cette première affiche quelques extensions comportant le libre échange d’un plus grand nombre de marchandises non seulement entre les gares d’un même réseau, mais entre ces gares et celles des réseaux voisins.
- Pour ce qui est hors l’affiche, et notamment pour les transports commerciaux à des^-tination des gares du réseau des armées, on continue à procéder par instructions spéciales des Commissions de réseau, lesquelles recommandent aux gares de transmettre - sans délai toutes demandes de transport et accordent très libéralement les autorisations sollicitées.
- Puis viennent successivement et à de brefs intervalles d’autres élapes réalisant de nouveaux et importants progrès.
- En octobre 4914, l’ensemble des gares des réseaux épargnés par la guerre — État, Midi, Orléans, P.-L.-M., —- est réparti en un certain nombre de zones à chacune desquelles correspond un régime déterminé. N
- Le 5 novembre, le nombre des zones est réduit à deux, — A et B — la zone B, la moins favorisée, ne comprenant que les gares faisant partie du réseau des.armées.
- Peu de temps après, à partir du 12 décembre, les marchandises de toute nature, à l’exception des masses indivisibles et des objets de dimensions exceptionnelles qui continuent à faire l’objet de demandes d’autorisation, sont acceptées dans les limites maxima indiquées ci-après pour les expéditions faites le même jour par
- un même expéditeur à un même destinataire :
- Dans la zone A : Chargement de 10 wagons.
- 1 300 kg pour les alcools (non dénaturés), matières infectes, spiritueux et boissons alcooliques autres que les vins, bière, cidre et poiré.
- Chargement de 5 wagons pour les bestiaux, cereales, combustibles, minéraux et végétaux, farines, vins, vins en vagons-ré-servoirs, wagons-réservoirs vides Chargement de 2 wagons pour toutes les autres marchandises.
- En 1915, une affiche, en date du Ie1' juillet, préparée de concert entre les quatre réseaux de l’État, du Midi, de l’Orléans, et de P.-L.-M., apporte au régime antérieur de nouvelles extensions. En ce qui concerne la zone A, la limitation à 10 wagons des expéditions faites le même jour, par un même expéditeur à un même destinataire,
- n’est maintenue que pour les transports dont la manutention, soit au départ, soit à l’arrivée, est faite par le chemin de fer et elle ne joue presque pas en fait. Dans la zone B, sonL admises : les expéditions de 10 wagons, au lieu de 5, pour les bestiaux, céréales, etc., et les expéditions de 5 wagons, au lieu de 2 poulies autres marchandises; les alcools, matières infectes, etc... demeurent soumis au maximum de 500 kg.
- Et quant aux conditions d’admission des expéditions de ou pour les réseaux de l’Est et du Nord, elles se sont également grandement améliorées, de nouvelles lignes ayant été ouvertes au service commercial et les limites fixées pour les expéditions par colis de détail ou par wagons complets ayant été progressivement élevées de façon à atteindre 100 kg pour les unes, 20 t. ou 2 wagons complets par jour pour les autres, selon que la manutention incombe ou non au chemin de fer.
- Ces diverses extensions demeurent cependant soumises à une réserve toute naturelle dont font mention les affiches actuellement en vigueur. Il y est stipulé, comme dans les précédentes d’ailleurs, qu’en cas d’empêchement provenant de nécessités militaires ou en cas d’encombrement, les transports de toute nature peuvent être immédiatement suspendus, partiellement ou en totalité; et de fait, les divers réseaux, ceux de la zone des armées
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- notamment, ont dû, à plusieurs reprises, apporter aux régimes prévus par leurs affiches quelques restrictions momentanées.
- Parallèlement à la reprise des transports commerciaux, s’est opéré le retour à un régime assez voisin de celui du temps de paix en ce qui concerne la responsabilité des transporteurs. Au cours des premiers mois de la guerre, les transports étaient effectués sans responsabilité ni garantie d’aucune sorte, mais il n’en a plus été de même à partir du 5 novembre 1914, un arrêté du Ministre de la Guerre, en date du 1er novembre, ayant eu pour effet, tout en maintenant l’irresponsabilité des réseaux quant aux délais de transport, de présumer chacun d’eux « responsable des pertes et avaries résultant d’une faute lourde de ses agents, dont il ne pourrait rattacher la cause à l’état de guerre ». Un peu plus tard, les milieux représentant le Commerce et l’Industrie ayant lancé l’idée de juxtaposer
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- en outre, en vertu du même arrêté, s’ouvrir le droit au paiement éventuel de dommages-intérêts en faisant une déclaration d’intérêt à la livraison.
- Par arrêté du 7 juin, les mêmes dispositions ont été étendues aux lignes des réseaux de l’Est et du Nord ouvertes au service commercial, sous réserve de la perception de taxes additionnelles ayant poux-but de tenir compte des frais spéciaux de surveillance et de manutention qu’entraîne l’état de guerre pour ces réseaux.
- Ainsi donc, en même temps qu’elles provoquaient de l’Autorité militaire, sûres de leurs moyens d’action et du dévouement de leurs agents, la reprise méthodique et rapide des transports commeixiaux, les Administrations de chemins de fer consentaient à l’aggravation progressivé de leur régime de responsabilité. Elles ont eu, à cela, d’autant plus de mérite que les transports militaires de toute nature qui constituent pour elles
- Fig. 6. — Une station-magasin. Dépôt d'artillerie.
- au contrat de transport un contrat d’assurance, les grands réseaux se sont montrés favorables à cette initiative en consentant à ne pas se prévaloir du î-égime fixé par l’arrêté précité, sauf toutefois en ce qui concerne le retard et ses conséquences, à. condition que l’expéditeur leur payât une prime spéciale calculée, sur la valeur déclarée, à un taux variable, selon la nature de la marchandise. Un arrêté du Ministre de la Guerre, en date du 1er décembre 1914, consacra ces nouvelles dispositions.
- Enfin, au cours de 1915, de par l’arrêté du 54 mars qui a fixé en même temps certains délais de.transport, rendant ainsi le chemin de fer res-ponsable des retards, les conditions de responsabilité sont redevenues, sur les réseaux déTÉtat, du Midi, d’Orléans, de P.-L.-M. et des Ceintures, celles du droit commun; à cela près, toutefois, que les-dits réseaux peuvent dégager leur responsabilité en démontrant que la cause du retard, de la perte ou de l’avarie est une conséquence de l’état de guerre; mais le public peut, à son tour, éviter cette restriction, en cas de perte ou d’avarie, en contractant l’assurance dont il vient d’être question; il peut,
- toutes, même pour celles dont les lignes ne sont pas à proximité immédiate de la zone des opérations, de très lourdes sujétions, se sont beaucoup accrus avec la dui-ée de la guerre.
- Dans l’ensemble, tant pour les transports com-mei’ciaux que pour les transports militaires, le nombre des wagons de petite vitesse, chargés chaque jour sur l’ensemble des réseaux, est aujourd’hui très voisin de celui du temps de paix; il le dépasserait même si nos réseaux pouvaient fournir tout le matériel qui leur est demandé par les expéditeui-s, mais il y a là, malheureusement, une réelle impossibilité, l’effectif des wagons français ayant subi, depuis la guerre, une réduction de plus de 40 000 unités, soit plus de 10 pour 400, et les commandes faites à l’étranger pour atténuer, sinon combler, le déficit n’ayant encore donné que fort peu de chose.
- Nos grands réseaux ont su, heureusement, utiliser à merveille le matériel à leur disposition et en tirer le maximum de rendement. Sur le réseau P.-L.-M., par exemple, le tonnage kilométrique utile, qui représente la mesure exacte du trafic de petite vitesse, puisqu’il tient compte à la fois du ton-
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- nage transporté et des parcours effectués, a dépassé, en 1915, de près d’un quart, — exactement 24 pour 100 — ce qu’il était en 1913. On retrouve d’ailleurs ce résultat dans les recettes que ce même réseau a encaissées pour l’ensemble des transports de petite vitesse et des transports militaires, recettes qui se sont élevées, en 1915, à 580 millions contre 520 millions de recette commerciale petite vitesse en 1913, soit une plus-value de 60 millions ne couvrant pas toutefois la perte éprouvée sur les transports de voyageurs et de messageries.
- Les résultats obtenus par les autres réseaux non éprouvés par la guerre — Etat, Midi et Orléans — ont été du même ordre. Et quant aux réseaux du Nord et de l’Est, privés de leurs ressources les plus productives par l’occupation de leurs centres industriels et miniers, ils ont dù consacrer la presque totalité de leurs moyens d’action aux besoins des armées. Tous ont déployé des efforts considérables, sachant discipliner leur exploitation et la mettre au niveau des circonstances et des besoins du pays,
- aussi bien au point de vue économique qu’au point de vue militaire.
- Voilà, en quelques lignes qui n’en donnent qu’un aperçu bien sommaire encore, ce qu’ont fait nos cheminots depuis la mobilisation! S’ils ont eu leur heure de gloire aux premiers jours quand la nation, inquiète, malgré tout, du terrible avenir qui se dévoilait brusquement, a vu l’immense organisme qui les englobe fonclionner comme une machine de précision, si leur popularité s’est accrue encore, après la victoire de la Marne, on semble cependant les avoir quelque peu oubliés aujourd’hui alors que la poursuite de la guerre ne fait qu’accroître l’importance du rôle considérable qu’ils ont à jouer. Ils sont à leurs postes de guerre, depuis bientôt deux ans, aux prises avec des difficultés croissantes, mais toujours alertes et dévoués malgré la continuité de l’effort. Ils rendent des services inappréciables au pays et il n’est que juste que celui-ci tout entier s’en rende compte, qu’il le comprenne et qu’il le dise bien haut. X....
- L’INDUSTRIE ESPAGNOLE ET LA GUERRE
- Les richesses minières et métallurgiques de l’Espagne. Le Creusot espagnol : Altos Hornos de Vizcaye.
- Les statistiques officielles espagnoles toujours en retard de deux ans au moins ne nous permettent pas de donner les chiffres relatifs au mouvement minier et métallurgique de 1915. Il eût été intéressant de se rendre compte du mouvement intensif de la production des produits manufacturés dù à la guerre et dont le chiffre des exportations signalé par La Nature dans un de ses derniers numéros peut donner une idée.
- Cependant l’examen des chiffres comparés de la production minéro-métallurgique de 1998 à 1915 (dernière statistique olticielle connue) permet de constater le développement constant de cette branche de la richesse espagnole.
- La production minière et métallurgique. — Pour la période indiquée, la valeur totale de la production des mines et des usines métallurgiques a été
- la suivante : (Millions de francs).
- Mines. Métallurgie.
- 1908. . . . . 202.526" '^250 528*
- 1909. . . . . . 200.555 254.195
- 1910. . . . . 201.861 251.821
- 1911. . . . . . 206.761 278 085 '
- 1912. . . . . 255.615 295.174
- 1915. . . . . . 269.744 502.561
- Le nombre des concessions en exploitation
- 1915 était de 2505 en augmentation de 15 sur l’année précédente et représentant une superficie de 269 550 hectares.
- Le personnel ouvrier des mines n’a guère varié depuis 1908, il comprend environ 125 000 personnes. L’industrie métallurgique, au contraire, a
- vu augmenter son personnel de 26 000 ouvriers en 1908 à 53 000 en 1915 et il est à présumer que, par suite de l’activité déployée en 1915, ce chiffre a été considérablement augmenté.
- Voici les chiffres de la production minière en
- 1915, d’après les documents publiés par le Conseil
- des mines. Tonnes Tonnes
- métriques. métriques.
- Asphalte 5.582 Minerai d’urane . 1
- Soufre 62.655 Minerai de wolfram. 255
- Sulfate de baryte 5.050 Minerai de mercure. 19.960
- Kaolin 5.265 Minerai debismuth. 56
- Spath lluor . . . 351 Minerai de blende. 171.851
- Élain 6.626 Minerai de cuivre. 2.268.691
- Minerai de fer. . 9.861.668 Carbonate de man-
- Pyrite de fer . . 926.913 ganèse .... 958
- Minerai de manga- Plomb argentifère. 23.600
- nèse 21.594
- Minerai de plomb. 279.078 Vanadium .... 25
- La statistique des produits industriels obtenus en
- 1913 s’établit comme suit :
- Acide arséilicux. . Tonnes métriques. 46 Zinc Tonnes métriques. 7.955
- Acide sulfurique. . 26.719 Cuivre 31.948
- Carbure de calcium. 6.684 Argent fin . . . . 125
- Ciment Portland. . 202.960 Plomb 198.829
- Fer et acier. . . . 666.769 Sel commun . . . 584.191
- Coke 595.677 Chlorure de calcium. 4000
- Mercure 1.246 Acide chlorhydri-
- Ciment naturel . . 509.000 que 1.150
- Terminons cette nomenclature par la classification des provinces espagnoles, par ordre d’impor-
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- L’INDUSTRIE ESPAGNOLE ET LA GUERRE- 151
- tance au point de vue de ] minéro-métallurgique : Francs. la valeur de la production Francs.
- .laen 90.832.181 Ciudad Real . . 11.237.423
- Huelva .... 87.609.258 Séville .... 11.153.418
- Oviedo .... 78.281.589 Leon 10.027.383
- Cordoue. . . . 73.697.686 Alméria .... 7.891.057
- Yizcayc .... 53.706.216 Barcelone . . . 7.028.317
- Murcie .... 51.224 366 Alicante. . . . 4.896.850
- Sanlandcr . . . (iuipuzcoa. . . 19.484.296 14 263.985 Palencia. . . . 4.113.952
- La valeur de la production minéro-métallurgique des provinces de Cadiz, Tarragone, Guadalajara, Téruel et Malaga, varie de 5250 000 à 5860000 fr. ; celle de Saragosse, Lugo, Grenade et province de Navarre de 2 500 000 à 2 747 000 francs; celle des provinces de Badajoz, Lerida, Alava, et Baléares de 1 150 000 à 1 960 000 francs.
- La production des produits métallurgiques ouvrés de fer et d’acier, plus particulièrement centralisée dans le nord de l’Espagne, donne les chiffres suivants : Viscaye, lingots transformés 292 568 t.; acier laminé 44 255 t. ; fers et aciers tréfdés 2270 t. ; aciers forgés 2165; pièces fondues 2166 tonnes.
- Santander : aciers en lingots 41 269 t. ; autres aciers 8496 tonnes.
- Navarre : aciers laminés 1222 t. ; acier martelé 600 tonnes.
- Guipuzcoa : aciers laminés 5540 t. ; aciers doux 5875 tonnes.
- Alava : aciers laminés 5150 t. ; aciers forgés 609 tonnes.
- La production du zinc et du cuivre ne fait pas de progrès ; on attribue ce ralentissement pour le zinc à l’appauvrissement des gisements et en ce qui concerne le cuivre aux fréquentes grèves ouvrières de la région de Huelva.
- Par contre, la production de la houille et du fer marque une amélioration, mais bien insuffisante encore pour que l’Espagne cesse d’être tributaire des autres pays en fer manufacturé et qu’elle arrive à extraire du charbon en quantité suffisante pour
- couvrir ses besoins.
- Quant aux autres substances minéralogiques dont l’extraction est particulièrement active, on peut signaler le ciment. La vogue de ce produit comme matériel de construction a donné lieu à l’installation de nombreuses fabriques dans certains, centres, tels que Barcelone, Tarragone, Valence, Malaga, Séville, Cadiz, Saragosse.
- C’est en 1915 que l’on a signalé pour la première fois dans la statistique officielle, les minerais d’uranium, comme simple source radioactive provenant de gisements situés de chaque côté de la frontière portugaise. Depuis, des traces de platine auraient été découvertes et on fait grand cas des gisements de potasse de la Catalogne.
- Le charbon en Espagne. — Les progrès de l’industrie métallurgique sont ienls en Espagne; des causes multiples y contribuent : l’Espagne a trouvé
- plus simple d’exporter ses minerais et d'acheter à l’étranger ses produits manufacturés, au lieu de les fabriquer elle-même. Seules les nécessités urgentes dues à la guerre ont modifié cet état de chose et les exportations de 1915 démontrent l’intensité de la production dont l’absence de statistiques ne nous permet pas de préciser les chiffres.
- Mais en dehors de ces considérations spéciales, les faibles progrès de l’industrie constatés depuis dix ans sont dus, en grande partie, à l’absence d’une industrie houillère convenablement outillée. La houille est loin de manquer en Espagne; elle a été reconnue en abondance dans diverses régions, mais faute de moyens de communication, la plupart des concessions restent inexploitées, et quant aux mines en exploitation, elles manquent d’installations nouvelles, d’outillage moderne et de main-d’œuvre.
- La guerre est venue gravement compliquer la situation; la production houillère de l’Espagne est en effet seulement de 4 millions et demi de t. ; la consommation étant de 7 millions, le déficit de 2 millions et demi doit être couvert en temps normal par l’importation anglaise.
- Depuis la déclaration de guerre, l’importation en Espagne de charbons étrangers a diminué par suite des difficultés soulevées par l’Angleterre dans la concession des permis d’exportation. Contre 2 875 715 t. importées en 1914, il n’a été introduit en Espagne en 1915 que 1 950000 tonnes.
- Le déficit est donc important et une véritable crise menace l’industrie; crise aggravée par la hausse des prix qui ont passé de 45 francs la tonne à Barcelone en juillet 1914 à 95 francs en janvier 1916.
- La production nationale a essayé de couvrir ce déficit, mais tous les efforts de houillères existantes n’ont contribué qu’à une augmentation de 8 pour 100 en 1915.
- Le Comité central des Houillères Espagnoles, plus actif que le Comité des mines, a publié récemment les chiffres relatifs à la production en 1915 qui se décomposent comme suit :
- ! Oviedo....... 2.700.000
- 1 Cordoue....... 575.639
- \ Leou.......... 517.561
- Houille . . < Palencia...... 175.250
- j Ciudad Real. . . . 458.761
- [ Séville ...... 200.000
- \ Barcelone...... 7.587
- 4.234.798
- . ( Cordoue .......... 177.083
- Anthracite. jpalencia........... 75.400
- 252.4X3
- / Teruel ................. 122.100
- \ Barcelone............... 108.500
- Lignite . . < Saragosse................ 29.795
- / Lerida................... 16.680
- ( Divers ... . • . 70.000
- 347.073
- Le problème du fer. — L’Espagne apporte au marché mondial plus de huit millions de tonnes de
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- 152--—-—- L’INDUSTRIE ESPAGNOLE ET LA GUERRE
- rainerais de fer par an; elle n’est peut-être pas la nation qui produit le plus, mais elle est certainement celle dont l’exportation est la plus forte et elle conservera cette situation tant que subsisteront la diversité et l’abondance de ses gîtes miniers, l’importance relativement peu importante de sa consommation intérieure et la pauvreté du pays.
- La question des minerais de fer a pour l’Espagne un intérêt vital, tant au point de vue de son industrie métallurgique intérieure que de son rôle comme fournisseur des nations industrielles, seul rôle qui puisse lui être actuellement dévolu ; trop de conditions de progrès économiques et sociaux lui manquant encore pour devenir rapidement une grande nation manufacturière de fers.
- tionnellesdu moment, on se rend bien compte par les chiffres ci-dessus que les progrès dans la consommation nationale du fer sont très lents. L’Espagne produit le minerai sur une grande échelle, pour l’exporter à l’état naturel ou dans quelques régions après une préparation ou concentration préalables. Mais sauf pour Bilbao où le développement de l'industrie sidérurgique est poussé avec activité, on ne saurait parler d’efforts constants pour le reste de l'Espagne.
- Pendant la période que nous venons d’examiner l’exportation des minerais de fer a été la suivante :
- 1902. . . 7.904.555 1909. . . 8.786.020
- 1903. . . 8 304.150 1910. . . 8.666.800
- 1905. . . 9.077.245 1913. . . 8.907.509
- 1907. . . 9.896.180 1914. . . 6.093.121
- 1908. . . 9.271.590 1915. . . 4.419.275
- Fig. i. — Vue générale de Bilbao.
- L’activité productrice de l’Espagne se traduit par les chiffres suivants :
- Fonte. Fers et aciers — ouvrés.
- Tonnes. Tonnes.
- 1901 ........ 135.000 172 408
- 1902 .......... 259.440 64.552
- 1905 313.293 85.785
- 1904 ..... 294.480 243.003
- 1905 .......... 315.635 291.437
- 1906 .......... 315.309 280.515
- 1907 .......... 355.420 224.890
- 1908 .......... 403.554 251.816
- 1909 .......... 428.622 242.596
- 1910 .......... 408.468 260.951
- 1913.......... ‘*666^769^
- La production de 1915 qui nous permettrait de compléter ce tableau ne nous est pas connue, mais l’exportation de fonte, fers et aciers ouvrés qui a atteint au total 150 000 t., soit plus du cinquième de la production moyenne de la dernière décade, montre bien à quel point l’activité a été intense pendant la période anormale que nous traversons.
- Cependant si l’on néglige les circonstances excep-
- La diminution que l’on constate à partir de 1908 est due à la décadence des mines de Carthagène et de Bilbao et en ce qui concerne les trois dernières années, en plus de ce facteur, la fermeture de quelques grands marchés européens.
- Il n’y a pas lieu de craindre une réduction de la consommation des minerais de fer espagnols dans le monde; mais bien au contraire l’Espagne devrait se préparer à faire face à une augmentation de la demande et pour cela un inventaire de ses richesses minières s’impose. Elle devra également se préoccuper de développer son réseau de voies ferrées et de la bonne insfallation de quelques ports, afin d’atteindre des districts que l’on considère aujourd’hui comme économiquement inaccessibles.
- Lors du dernier Congrès sidérurgique de Stockholm, les réserves de l’Espagne ont été évaluées à 711 millions de tonnes avec un rendement métallique de 549 millions de tonnes, c’est-à-dirè avec un titre moyen de 49 pour 100.
- D’après les autorités compétentes espagnoles,
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- L’INDUSTRIE ESPAGNOLE ET LA GUERRE
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- ces chiffres seraient au-dessous de la vérité et ce n’est que par un inventaire minutieux des gisements existants et de ceux que l’on peut considérer comme des réserves pour l’avenir, que l’on se rendra un compte exact delà situation.
- On trouve en Espagne un grand nombre de gisements de fer avec toute la série de veines que classe la sidérurgie.
- Quelques-uns de ces gisements sont en exploitation active, d’autres en préparation, mais un grand nombre est à peine connu, faute de voies de communication, de capitaux et d’initiatives et cependant ils constituent une richesse considérable, un véritable trésor national qu’il convient d’exploiter d’une façon méthodique.
- Sans doute les initiatives particulières n’ont pas manqué en ce qui concerne les richesses minières dans la région basque et cantabrique et surtout dans l’énorme groupement andalou, mais il reste encore beaucoup à faire et beaucoup à reconnaître.
- Ces initiatives, l’action des capitaux appelés à les seconder et l’intervention de l’Etat doivent marcher de pair, mais ce que l’on doit éviter et ce qui en fait s’est produit, ce sont les entreprises qui se
- créent pour de petites exploitations, sans capital et sans moyens d’action.
- La puissance métallurgique de l’Espagne. —
- L’Espagne métallurgique est représentée par les grandes firmes suivantes :
- Dans les Asturies et la Yizcaye :
- Société des Altos Iiornos de Vizcaya; Société métallurgique de Duro Felguera; Société industrielle asturienne à Moreda et Gijon; Société deMieres; les Talleres de Deusto; la Compagnie Kasconia et les établissements de M. J. Martinez de las Rivas; Société espagnole des Constructions métalliques.
- Dans la région catalane :
- Société des aciers Hispania ; Société du matériel de Chemins de fer; la Maquinista terrestre y Maritima.
- À Malaga : la Société des Hauts Fourneaux de Malaga; à Santanter; la Nueva Montana.
- Et les grandes Socié-1 és de Constructions navales telles que la Société Espagnole; les Àstilleros del Nervion ; ' la Compagnie Euskal-duna de Construccion de Buques; les arsenaux de l’Etat au Fer-roi, à Carthagène et à Cadix.
- Les hauts fourneaux de Vizcaye. — La Société des Altos Hornos de Vizcaya, hauts fourneaux de Vizcaye, est sans contredit la plus puissante et la mieux organisée de toutes les grandes entreprises métal-
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- 154 ............ L'INDUSTRIE ESPAGNOLE ET LA GUERRE
- lurgiques de l’Espagne. Cette entreprise a été constituée en 1901 parla fusion des Sociétés suivantes :
- 1° Altos Hornos y Fabricas de Hierro y acero de Bilbao, Société créée en 1880 par MM. Girona, Barat, Rodriguez San Pedro et le marquis de Urquijo, auxquels MM. Ibarra et Cie apportèrent les mines et usines sidérurgiques de Baracaldo et Guriezo; 2° Société anonyme de Métallurgie et Constructions La Vizcaya fondée par MM. Y. et B. Chavari et établie à Seslao près Bilbao et 3° Compagnie Iberia fondée par MM. Goitia et Cie principalement dédiée à la fabrication du fer-blanc.
- La Société est au capital de 32 750 000 francs divisé en 65 500 actions de 500 francs. En outre ont été émises 25 000 obligations de 500 francs 3 pour 100 et 14 000 obligations de 500 francs
- Le mouvement des matières premières et des produits ferrés entre les divers ateliers est assuré par un réseau de voies ferrées de 60 km, avec 25 locomotives et 1500 wagons. Le transport annuel des divers produits réalisé avec ce matériel dépasse 2 500 000 tonnes.
- L’approvisionnement des matières premières et la sortie des produits manufacturés fournit aux chemins de fer de la Péninsule et à la marine marchande des éléments de trafic s’élevant à 1 400 000 t. représentant un prix de transport de plus de 7 300000 francs.
- Les minerais et charbons acquis en Espagne représentent à pied d’œuvre une valeur de 8 700 000 francs.
- Les dépenses de fabrication s’élèvent annuelle-
- Fig. 4. — La mine « Ber an go •> à Guidâmes.
- 4 pour 100 dont l’amortissement devait s’effectuer en trente années, mais qui ont été remboursées par anticipation en 1915.
- L’entreprise a pour objet l’exploitation des usines sidérurgiques et fabriques de fer-blanc ci-dessus désignées de Baracaldo et de Sestao, des mines de fer Triano, Berango, Tardia qui lui ont été cédées, par la Compagnie The Bilbao River et Cantabrian Railway C°qui produisent annuellement 100 000 t. de minerais de fer, des contrats de minerais qui lui ont été cédés par la Orconera Iron C° Lld et la Compagnie Franco-Belge des mines de Somorrostro.
- La direction générale est confiée à deux ingénieurs en chef : le personnel technique comprend 14 ingénieurs ; le personnel ouvrier des usines et des mines 7000 hommes.
- La superficie des usines est de 56 hectares, dont 45 couverts par les ateliers et le reste en réserve pour les besoins ultérieurs.
- ment à 25 millions de francs qui se décomposent comme suit :
- Francs.
- Salaires...................... 9.000.000
- Transports.................... 7.300.000
- Malières premières............ 8.700.000
- 25.000.000
- Les éléments accumulés dans les usines comprennent : 8 batteries de fours à coke, avec les appareils pour la récupération des sous-produits; 8 hauts fourneaux; un mélangeur de 250 t. ; 8 fours Martin Siemens; 6 convertisseursBessemer ; 17 trains de laminoirs, pour les tôles, les rails, les fers commerciaux; 6 trains-de laminoirs pour le fer-blanc; un atelier pour la fabrication des boîtes de conserves; un atelier pour la confection d’ustensiles en tôle galvanisée; 2 ateliers de fonte; 2 pour l’outillage; 2 de chaudronnerie.
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- La force motrice est fournie par :
- ‘200 machines à vapeur d’ensemble. . . . '22.000 chevaux.
- 10 machines à paz d’ensemble.............. 4.210 —
- 70 machines électromotrices d’ensemble . 800 —
- La Société des Hauts Fourneaux de Vizcaye vient de réaliser un nouvel effort en dotant l’Espagne de grandes forges capables de fournir* les grosses pièces telles que les chaudières de navires, les arbres d’hélice, les blindages, les essieux droits et coudés, les canons de gros calibre et leurs affûts.
- Les nouveaux ateliers de 90x20 m. et 15 de hauteur comprendront des presses hydrauliques de 800 et de 2000 t., mues par des grues électriques et des fours de recuit de grandes dimensions.
- Ces ateliers pourront produire des pièces de 50 tonnes.
- Le coût des nouveaux travaux de développement et d’amélioration de l’outillage s’élèvera à 8 millions de francs.
- Voici les chiffres comparés de la production des hauts fourneaux de Vizcaye, qui permettent de se rendre compte du développement progressif de cette puissante entreprise :
- En tonnes métriques.
- Coke. Fon'e. Fonte Be^emer
- 1900. . . 131.572 11)87080“ 128.140 ~
- 1902. . . 162.986 182.153 147.776
- 1905. . . 180.355 209.519 168.521
- 1908. . . 205.714 262.151 207.470
- 1912. . . 255.000 282.000 231.000
- 1915. . . 272.097 275.757 250.000
- Les autres produits se décomposent comme suit :
- Goudrons. ........ 10.696 tonnes.
- Sulfate d’ammoniaque . . . 5.911 —
- Rails. ........................ 28.594 —
- Charpentes de fer.............. 12.478 —
- Tôles. . . .. ................. 24.704 —
- Barres de fer et acier ... 75.458 —
- Fer-blanc. ........ 9.00(1 —
- Ustensiles galvanisés. . . . 505.000 pièces.
- L’Ensemble de la production des hauts fourneaux de Vizcaye est réparti entre le marché intérieur et les marchés étrangers et on sait que le concours de cette entreprise a été fort apprécié en France depuis le début du conflit européen.
- L’influence de la guerre sur la grande industrie espagnole. — Le conflit européen vient d’avoir pour l’Espagne une conséquence au moins inattendue. L’industrie de ce pays, longtemps confinée dans l’inaction et indifférente, derrière la muraille douanière qui la protégeait à tous les progrès, vient soudain de s’éveiller et de prendre goût aux grandes affaires.
- Les bénéfices exceptionnels obtenus par certaines sociétés ont fait regretter aux industriels espagnols, malgré leur apparent dédain des marchés extérieurs, de n’avoir pas perfectionné leur outillage et d’être restés si longtemps les tributaires de l’industrie étrangère quand ils possédaient tous les éléments nécessaires pour produire eux-mêmes les objets manufacturés dont ils avaient besoin.
- On connaît ces exemples, si extraordinaires qu’ils paraissent un paradoxe, de l’Espagne achetant fort
- cher son sulfate de cuivre, quand chez elle la pyrite de cuivre abonde ; exportant ses pins résineux de Galice pour introduire ensuite de la pâle à papier, ses minerais et ses fontes que l’Allemagne ou l’Angleterre lui retournaient sous forme de produits manufacturés, de machines, de dynamos, d’outillage divers....
- Des faits récents semblent faire croire qu’il y a quelque chose de changé chez nos voisins et que la routine et l’inertie ont fait place à un esprit nouveau.
- La grande industrie donne l’exemple. Nous venons de voir que les Hauts Fourneaux de Vizcaye ont installé des forges puissantes; la nouvelle montagne de Santander porte sa production dé 40000 à 50 000 tonnes grâce à l’appui que lui prête une nation alliée ; les Hauts Fourneaux de Malaga longtemps éteints sont remis en marche par une société française; la Société des Constructions mécaniques augmente Son capital pour faire face aux commandes des chemins de fer français. La Société des Constructions navales a émis un emprunt dont le succès a été sans précédent et qui lui permettra d’entreprendre la construction de navires qui augmenteront dans une forte proportion le tonnage de la marine espagnole.
- L’industrie de nos voisins n’avait depuis longtemps d’autres aspirations que de.rester maîtresse du marché intérieur, en n’utilisant qu’une faible partie des puissantes ressources que son sol est eu mesure de lui fournir. C’est de cette préoccupation étroite que sont nées les conceptions financières qui ont monopolisé l’industrie èt arrêté tout essor: trusts du papier, de l’alcool, du charbon, des verreries dont les apports exagérément grossis grevaient de lourdes charges des entreprises qui isolé ment eussent été prospères.
- Mais la guerre et avec elle la nécessité de fournir en abondance des produits de toute nature, est venue démontrer l’erreur du système, quand les usines se sont trouvées sans préparation devant l’afflux des commandes, sans stocks de matières premières et sans outillage adéquat.
- Ce n’e>t que depuis peu que le sentiment de la réalité s’est fait jour et que l’on note une activité intense et un réel esprit d’initiative.
- La guerre européenne a donc favorisé une des branches les plus importantes de l’activité espagnole et la puissance économique de l’Espagne va se trouver accrue. Ce pays mettra enfin en œuvre les éléments d’action qu’il possède en abondance, c’est-à-dire capitaux, matières premières et main-d’œuvre excellente pour qui sait la spécialiser.
- L’Espagne a eu besoin de ce bouleversement général pour se rendre compte de la puissance de ses ressources et de la possibilité de conquérir son indépendance industrielle. 11 faut espérer que l’initiative de sociétés puissantes sera suivie et ne souffrira aucune entrave du fait des gouvernements, ni du Parlement, entraves inhérentes au régime politique en vigueur dans la Péninsule.
- Max Knobi.acch-Cottexet
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- LE FUSELAGE EN AVIATION
- Une des armes qüi s’est le plus développée dans la guerre actuelle est incontestablement l’aviation et notamment l’aviation de combat.
- Alors que la plupart des appareils n’avaient, au début de la guerre, qu’une carabine pour tout armement, nos avions ont maintenant au moins une mitrailleuse poursedéfendre.
- Certains emportent des canons. llexiste,enoutre, des avions très rapides, souvent monoplaces, armés d’une mitrailleuse tirant, soit par-dessus l’aile, soit, grâce à un dispositif ingénieux, à travers l’hélice, destinés spécialement à attaquer etabattrelesappa-reils ennemis.
- Ce sont les avions de chasse dont les marques les plus connues sont Nieuport chez les alliés, Fokker chez les Allemands.
- Pour arriver à réaliser ces avions ultra-rapides, il a d’abord fallu construire très léger sans compromettre la solidité. Ce qui caractérise le mieux un avion est le poids par cheval. On arrive maintenant à 4 kg 500, ce qui revient à dire que, chaque fois que l’on ajoute à cet appareil 4 kg 500, il faut pour lui conserver les. mêmes caractéristiques, vitesse ascensionnelle, vitesse horizontale, augmenter la puissance du moteur d’un cheval-vapeur.
- Mais cette règle n’est valable que dans de très petites limites et on est vite arrêté par les lois de résistance des matériaux dont la méconnaissance a provoqué maints accidents.
- La puissance influe également sur la vitesse, en ce sens que, en remplaçant un moteur de 80 I1P par un moteur de H0 IIP, les ailes, pour le sol horizontal, doivent attaquer l’air sous un angle plus faible qu’auparavant ; l'avion, au moyen de son gouvernail de profondeur, efface sa voilure, donc sa vitesse augmente. On ne peut donc, comme d’aucuns semblent le croire, changer les moteurs d’un avion sans, en même temps, modifier sa construction.
- Il est à noter qu’en réduisant la surface de cette voilure, on arrive également à diminuer la résistance à l’avancement; mais, pour des raisons de construction, on est limité par la charge au mètre carré (45 kg parait actuellement le maximum) ; en outre, une voilure trop réduite ne permet pas le vol aux
- hautes altitudes et rend l’atterrissage dangereux.
- Mais il est une autre caractéristique d’un avion dont l’étude systématique trop négligée jusqu’à ce jour peut conduire à élever singulièrement la vitesse. 11 s’agi du fuselage.
- L’air, en ren-contrantun corps, ne se referme pas sur lui. Il se forme à l’arrière du corps un vide partiel occasionnant des remous, des tourbillons. Ce vide a pour effet d’aspirer pour ainsi dire le corps, créant une résistance à l’avancement, s’ajoutant à celle exercée directement par l’air frappant la surface antérieure. Cette action est loin d etre négligeable. C’est ainsi que les ailes des
- aéroplanes sont supportées plutôt par la dépression qui s’exerce au-dessus de leur partie dorsale que par la pression qu elles subissent du fait de leur incidence, et ceci dans la proportion de 3 à 2. On est même arrivé à f ai re des ailes plates en dessous, volant sans incidence, soutenues seulement par la dépression dorsale.
- Il y a évidemment intérêt à diminuer l’importance de ces résistances, notamment en réduisant la section des pièces normalement au vent,- et ceci d’autant plus que l’avion est plus rapide, car la résistance à l’avancement croît en raison directe du carré de la vitesse. Mais on est vite arrêté, soit par une question d’encombrement, les carlingues devant avoir (surtout pour les avions de guerre) des dimensions assez considérables, soit, pour des raisons de construction, les longerons et les montants d’une cellule par exemple devant avoir une section assez forte pour résister aux comprenions dues aux actions de l’air.
- ; (b) ;
- Fig. 2. — Photos de modèles réduits essayés au laboratoire Eiffel. Le modèle inférieur est une nacelle pour hélice à l’arrière. Le modèle supérieur un fuselage triangulaire pour hélice avant.
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- LE FUSELAGE EN AVIATION
- 157
- On est donc amené à fuseler ces corps, c’est-à-dire à leur donner une forme telle que l’air se referme sur eux sans créer de remous.
- L’étude systématique du fuselage en aviation a été notamment entreprise en Russie par M. Ria-bouchinsky, en Angleterre par M. Stanton, en France par le laboratoire aérodynamique de Saint-Cyr, le duc de Guiche, M. Rateau, et, d’une façon tout à fait remarquable, par M. G.
- Eiffel — dont le nom restera attaché d’une façon impérissable à l’histoire de la conquête de l’air —danssonlabo-ratoire aérodynamique d’Auteuil.
- Le principe des essais faits au laboratoire est très simple :
- On sait que lorsqu’un avion vole à une vitesse V, tout se passe comme si l’avion était immobile dans l’air et frappé par un vent contraire ayant précisément cette vitesse V. Le laboratoire comporte un puissant ventilateur créant un vent artificiel dans nue chambre d’expériences. Les modèles réduits à essayer sont fixés à l’extrémité du fléau d’une balance spéciale et on équilibre la poussée due à l’action du courant d’air par des poids i1).
- On a étudié notamment les ailes aux diverses incidences, ce qui permet de choisir l’aile appropriée à un appareil déterminé.
- C’est ainsi que l'on a trouvé que les ailes dites « plates », à l’arrière légèrement relevé, étaient les meilleures ailes de vitesse, et c’est à elles qu’est dû
- le principal avantage du Fokker, copie du Morane qui, d’ailleurs vient d’adopter cette forme d’aile. On essaye aussi des roues, des nacelles, des radiateurs.
- Pour ceux-ci notamment, on a observé en ce qui concerne la résistance à l’avancement des divers modèles courants, des chiffres variant dans le rapport de 4 à 5.
- Enfin, on expérimente les modèles réduits d'aéroplanes et les résultats étendus aux avions
- 1. Voy.La Nature, n° 1979 (19 avril 1911).
- Fig. 3. — Le monocoque Morane Saulnier.
- permettent de prévoir leur vitesse à 2 ou 5 km près.
- Les résultats du laboratoire ont conduit les constructeurs à rechercher les moyens de bien fuseler les diverses parties de leurs appareils. C’est ainsi que les montants sont soigneusement carénés, la meilleure forme de carène étant approximativement constituée par une demi-ellipse à l’avant et, à l’arrière, par 2 arcs de cercle de rayon, tel que la longueur
- de celte carène soit environ 4 fois sa largeur.
- Les haubans qui croisillon-nent la cellule sont noyés dans des lattes fuselées, ce qui diminue leur résistance dans la proportion de 1 à 5. Certains appareils comme le Sopwith ont
- même des haubans d’acier à section carénée. Les roues sont soigneusement entoilées, les pare-brise effilés; on commence à cacher les Sandows des béquilles arrière et même celles-ci, dans le fuselage, évitant l’usage barbare de promener un morceau°de bois en l’air. On met le plus possible les câbles de commande dans le fuselage; on commence timidement à les faire passer dans les ailes, ce qui, en plus
- du gain. réalisé ' - sur la résistance
- à l’avancement, évite qu’un câble cassé viennefrap-per l’hélice qui, même sous un faible choc, se brise comme verre. Certains con structeurs commeNieuport, Ponnier, Morane , suppriment même les câbles des ailerons en les commandant par un tube placé dans l’aile, actionné par des biellettes. Sur les appareils à hélice avant, on masque la partie centrale de l’hélice (qui d’ailleurs a un rendement très médiocre) par un déflecteur en aluminium, ayant la forme d’un demi-ellipsoïde (Voy. fig. 4) qui tourne avec elle, continuant ainsi la courbure du fuselage de façon à former un solide de bonne pénétration. Ce fuselage a souvent la forme improprement appelée monocoque pour bien envelopper le moteur et pour éviter que l’air tourbillonnaire de la veine-hélice ne vienne se briser
- Fig. 4. — Biplan Bristol.
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- 158 =
- LE NOUVEAU SCAPHANDRE ENTIÈREMENT MÉTALLIQUE
- contre les aretes vives d’un fuselage ordinaire.
- Le grand avantage d’un bon fuselage s’est surtout fait sentir pour les biplans à hélice arrière.
- Au point de vue aérodynamique, la position de l’hélice à l’arrière est nettement préférable, l’air chassé, ayant, par rapport à l’appareil, une vitesse d’une trentaine de kilomètres à l’heure. La résistance étant proportionnelle au carré de la vitesse, il y a donc intérêt à avoir un champ de répulsion bien dégagé. En outre, l’air tourbillonnaire de la veine-hélice ne frappe pas de la même façon les ailes si l’hélice est à l’avant ou non. Il produit sur elles et sur les gouvernails un couple de déversement que l’on pourrait d’ailleurs facilement atténuer en faisant l’extrémité des nervures souples. Mais, bien que la position de l’hélice à l’arrière soit avantageux, de tels appa-rei 1 s sont en général moins rapides que ceux à hélice avant. Cela tient à ce que, dans presque tous ceux-là, l’arrière n’est pas fuselé, alors que logiquement il aurait dù se terminer par une pointe ou par une arête, comme l’arrière de la nacelle du Cau-dron (Voy. fig. 5) qui, lui, a l’hélice à l’avant. Le remarquable avion dû à M. Louis Bréguet échappe à cette critique et marque une nouvelle étape dans la construction des appareils. La nacelle est fuselée rationnellement; l’allongement (rapport de la longueur à la largeur) étant de 4. L'arbre moteur est prolongé pour mieux dégager l’hélice et un capot d’aluminium continuant la nacelle enveloppe le moteur. Il guide ainsi les filets d’air qui viennent se refermer à l’endroit où est placée l’hélice,
- Fig\ S. — Avion Caudron. Le piloté est à Varrière, la vue est très dégagée.
- laquelle mord ainsi sur de l’air sans remous.
- Tout ce qui est susceptible d’être fuselé l’est dans cet avion, depuis les réservoirs jusqu’aux marchepieds. Les montants, formés par des tubes d’acier, sont prolongés vers l’arrière par des carènes très légères en peuplier, collées et ligaturées sur eux de façon à former une section de bonne pénétration. Les câbles normaux au vent sont fuselés, les tendeurs sont pris dans une petite gaine d’aluminium. Tout ceci explique son excellent rendement aérodynamique, le meilleur des appareils : actuels.
- On se rappelle sans doute le vélo-torpille Bu-nau-Varilla sur lequel le coureur Berthet, renfermé dans une coque ovoïde de section pourtant très notable, avait aisément battu les records . de vitesse grâce à la diminution de résistance à l’avancement. L’avantage qu’il retirait d’être enveloppé par une coque de section presque triple de celle de son corps, mais bien fuselée se retrouve à un degré bien plus élevé dans l’aviation.
- C’est par l’excédent de puissance que l’on obtient les ascensions rapides ; c’est par le fuselage que Ton obtient les grandes vitesses.
- Ainsi, après avoir cherché à obtenir la vitesse par la légèreté, puis par les grandes puissances, nos constructeurs s’engagent dans une voie peu frayée jusqu’ici : le fuselage, guidés d’ailleurs par les résultats précieux que leur fournit le laboratoire G. Eiffel, qui leur évite les tâtonnements et les longues recherches empiriques.
- Paul Boccaccio.
- LE NOUVEAU SCAPHANDRE
- Le scaphandre peut être considéré comme une invention relativement ancienne. En effet, sans parler des plongeurs anciens qui descendaient sans aucun costume, et souvent, au risque de leur vie, allaient chercher au fond des mers les perles précieuses, recherchées déjà à cette époque, le premier scaphandre date de 1721 et fut inventé par John Lethbridge. Certes, cet appareil grossier en forme de baril, muni de deux ouvertures pour pqsser les bras et d’une fenêtre avec verre à poste fixe et étanche en regard de la face, la tête restant à l’intérieur du baril, avait autant de ressemblance avec le scaphandre perfectionné d’aujourd’hui, qu’un
- ENTIÈREMENT MÉTALLIQUE
- tombereau avec une soixante-chevaux moderne, mais il a eu le grand mérite d’avoir ouvert la voie aux inventions.
- En 1769, l’abbé de La Chapelle décrivit un costume, qu’il décora du nom de scaphandre. L’appareil était fort défectueux, mais le nom fît fortune, et fut dès lors appliqué à tous les appareils permettant à un homme de descendre sous l’eau et d’y travailler. Vint ensuite (en 1797) l’appareil de Klingbert, une sorte de dème en métal mince, muni de tuyaux amenant l’air nécessaire à lares piration, puis ceux de Siebe (1830) et de Cabirol (1857) et une carène sous-marine de Tiboulie,
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- LE NOUVEAU SCAPHANDRE ENTIÈREMENT METALLIQUE = 159
- servant à visiter les carènes des navires à flot.
- Le système Rouquayrol-Denayrouze qui suivit apporta de grands perfectionnements aux scaphandres, employés jusque-là. Les appareils de ce système sont utilisés encore de nos jours. Le scaphandre Rouquayrol-Denayrouze se compose de : 1° un casque en cuivre rouge, étamé à l’intérieur et muni de fenêtres, qui couvre la tète et auquel aboutissent un tuyau acoustique et des tuyaux amenant l’air sous pression, qui, après avoir été vicié par la respiration, sort par une soupape spéciale; 2° une pèlerine également métallique couvrant les épaules ; 5° un vêtement formé d’une feuille de caoutchouc spécialement préparé, se terminant par une collerette et par des poignets en caoutchouc pur extensible. Les poignets sont resserrés par des bracelets en caoutchouc fort;
- 4° enfin, des souliers spéciaux en cuir fort, munis de semelles de plomb et de bouts de bronze, terminent l’équipement.
- Les principaux avantages de ce scaphandre sont : son faible poids et sa flexibilité qui facilitent les mouvements et, par conséquent, la marche et le travail sous l’eau. •
- Cependant, il possède de nombreux inconvénients dont le plus important est la résistance insuffisante du vêtement de caoutchouc. Or, la pression de l’eau croît d’une atmosphère par 10 m. de profondeur. De cette façon le plongeur qui descend au fond de l’eau doit supporter, en plus des 16 000 kg de la pression atmosphérique, les 16 000 autres kg par chaque 10 mètres de profondeur, ce qui forme 64000 kg à la profondeur de 50 m. Pour qu’il ne soit pas écrasé par ce poids formidable, contre lequel le vêtement de caoutchouc est incapable de le protéger, on est obligé d’élever également la pression intérieure du scaphandre pour la rendre égale à celle supportée par le plongeur. Or, cette condition empêche de descendre h de grandes profondeurs (45-50 m. au
- plus et 50 seulement en moyenne), interdit de descendre et de remonter rapidement, provoque une grande fatigue et empêche par conséquent un travail prolongé sous l’eau. Elle porte enfin de graves atteintes à la santé des hommes qui emploient l’appareil Rouquayrol-Denayrouze.
- On a tâché d’y remédier en inventant un scaphandre qui puisse résister à la pression de l’eau et qui permette de maintenir dans le casque la pression atmosphérique qui est .la meilleure pour
- la respiration. Un appareil de ce genre est décrit par La Nature du 22 janvier 1910. Entièrement métallique, il est fabriqué avec des tôles d’acier ou d’aluminium et se compose de six pièces : les deux jambes, le buste, les deux bras et le capuchon, réunis par des joints étanches avec rondelles de caoutchouc ou de cuir dont le serrage se pratique grâce à un procédé spécial. Le buste en forme d’un cylindre est rigide, les bras et les jambes peuvent se mouvoir de façon à permettre au scaphandre la marche ou le travail. Les bras sont munis aux extrémités de pinces servant aussi bien d’outils que d’armes de défense. Le capuchon, fixé au buste, est l’organe le plus compliqué de l’appareil. 11 porte sur certains points des bouteilles et des récipients contenant des produits chimiques qui produisent l’oxygène nécessaire à la respiration du plongeur et renouvellent l’air de son capuchon. La communication avec la surface est assurée, en outre du câble servant à remonter le scaphandrier, par un téléphone et par des fils, renfermés dans une enveloppe en caoutchouc.
- Ce scaphandre, tout en possédant de nombreux avantages qui permettent de plonger avec la pression d’air ordinaire et d’atteindre des profondeurs variant entre 60 et 420 m., présente aussi des inconvénients, dont les principaux sont : son poids élevé et sa rigidité. Or, tandis que le premier
- Fig. i. — Le scaphandre entièrement métallique : habillage du plongeur.
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- semble être l’apanage inévitable des scaphandres de ce genre, le second peut être évité par une bonne construction. C’est ce qui a été atteint dans le nouveau ' scaphandre décrit par VEngineer du 11 décembre 1914 qui vient d’être construit, après cinq ans d’expérience par un ingénieur américain M. Chester E. Macdufee.
- Composé d’un alliage spécial à base d’aluminium dont la préparation reste le secret de l’inventeur, l’énorme appareil, ressemblant par sa forme à quelque monstre légendaire, pèse 220 kg envi-* ron. Mais, grâce à son volume considérable, il exige un certain lest pour s’enfoncer, lorsqu’il contient un homme de 70 kg.
- Au lieu d’être formé comme le scaphandre précédent de quelques pièces rigides, reliées entre elles, il se compose de 56 parties articulées, possédant le plus souvent une. forme cylindrique, renforcée par des nervures extérieures,- qui leur permet de résister mieux à la pression hydrostatique.
- Les sections sont munies de joints glissants ou à rotules que des garnitures en cuir rendent étanches. Toutefois les joints de certaines articulations sont faits de façon à laisser une légère fuite qui assure le graissage de l’articulation et lui laisse même sous de très fortes pressions la liberté des mouvements. Ces derniers sont encore facilités par le montage de toutes les articulations sur des
- roulements à billes, placés à la périphérie de secteurs. Des fdetages permettent d’allonger ou de raccourcir la longueur des jambes du scaphandre suivant la taille du plongeur.
- Les bras de l’appareil, complètement clos, se terminent par des mécanismes. Le bras gauche retient une lanterne électrique que le scaphandrier peut facilement amener à la position voulue et qui peut être remplacée, le cas échéant, par un crochet. Le bras droit est muni d’une pince articulée, mue par un ressort de rappel et que le plongeur commande au moyen d’une poignée. Une seconde poignée, tournant entre deux roulements à billes et
- dont la tige de commande traverse un presse-étoupe, sert à communiquer à toute la griffe un mouvement de rotation autour de son axe.
- Une petite pompe, actionnée par de l’air comprimé, empêche l’accumulation de l’eau provenant des fuites. Elle est enfermée dans une sorte de caisse, fixée sur le dos du scaphandre, et se prolonge jusqu’aux pieds du plongeur par deux petits tuyaux par lesquels elle aspire l’eau, refoulée ensuite hors de l’appareil. Un tuyau métallique flexible et très résistant amène l’air nécessaire à la respiration et contient en même temps des conducteurs électriques qui assurent le fonctionnement de la lampe du scaphandrier et du téléphone qui le
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- Fig. 2.
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- Ainsi construit ce scaphandre permet au pion-grande liberté mouvements. Certes il ne peut égaler les appareils souples, mais il compense largement cet inconvénient par la possibilité de travailler à la pression ordinaire qui évite au plongeur la fatigue, lui permet de descendre et de remonter rapidement et d’atteindre de grandes profondeurs. Les essais de ces scaphandres ont été effectués à la profondeur de 65 ni. environ sans que le plongeur en ait aucunement souffert.
- Le nouveau perfectionnement de scaphandre présente un intérêt d’autant plus considérable que cet appareil-est d’une grande importance. En effet, à côté d’emplois d’intérêt général tels que : la pisciculture, la pêche du corail, des éponges, des perles et de la nacre, les travaux hydrauliques, les constructions et les reconnaissances sous-marines en vue des travaux hydrauliques, les travaux de fondations en rivières, etc., le nouveau scaphandre entièrement métallique peut rendre de grands services lorsqu’il s’agit de réparer les dommages causés par la guerre, c’est-à-dire les avaries dans la coque des navires flottants, de renflouer les navires, de détruire les épaves au fond de l’eau.
- J. Yiciimak.
- Le scaphandrier remontant à la surface:
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie I,amure, rue de Fleuras, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 2241.
- 9 SEPTEMBRE 1916.
- L'ÉTANG DE BERRE
- Ses industries. — Son accès à la navigation maritime.
- La grande nappe d’eau salée qui existe au Nord-Ouest de Marseille, dont elle est séparée par la chaîne de la Nerthe, ne ressemble guère à nos étangs des landes d’Aquitaine. Ce n’est pas une lagune oblongue, isolée de la mer par une flèche de sable : c’est plutôt un golfe qu’un étang, golfe qui pénètre profondément dans les terres (fig. 1) et communique avec la Méditerranée par le goulet de Caronte, désigné lui-même, et tout aussi improprement, du nom d’étang.
- L’étang deBerre, puisqu’il faut bien lui conserver cette qualification consacrée par l’usage, mesure 22 km de longueur, sur 6 à 14 de largeur, et 72 km de pourtour, en négligeant les petites sinuosités. Sa surface est de 15 550 hectares, d’après Strel-bitsky. La profondeur en est très variable, sur les bords, mais les fonds de 9 m. occupent une superficie de plus de 6000 hectares. Le niveau est un peu plus élevé en octobre, novembre et décembre que pendant le reste de l’année : c’est la saison des pluies, parfois très abondantes. En février, il baisse de 25 à 30 cm. Ces variations, qui ne dépassent guère 50 à 40 cm., au-dessus ou au-dessous du niveau moyen, produisent des courants assez forts à l’entrée du chenal. Quant aux oscillations quotidiennes, elles sont insignifiantes : les pêcheurs du pays disent, il est vrai, que les eaux entrent dans l’étang au lever de la lune et commencent à en sortir lorsqu’elle passe au méridien, mais ces courants de marée sont très faibles.
- .Au Sud et au Sud-Est, l’étang est bordé de ter-
- rains crayeux remontant vers les collines qui font suite à celles de l’Étoile et à travers lesquelles ont été percés le tunnel de la Nerthe, celui du Rove (*), ainsi que ceux de la nouvelle ligne de l’Estaque à Miramas (2). La plupart de ces collines sont dénudées, quelques-unes sont en parties boisées, surtout
- de pins; à leur base, des champs et des vergers, des jardins d’amandiers, de figuiers et de petits oliviers s’étagent jusqu'au bord de l’eau. A l’Ouest et au Nord, les rivages de l’étang se rattachent à la Crau, cette vaste plaine de cailloux que l’on a surnommée « l’A-rabiê pétrée de la France » et dont l’étymologie même dénotel’aridité (3). Une partie en a été peu à peu transformée en terres de culture, mais il en reste encore beaucoup en friche, et l’horizontalité du sol comme les mirages qu’on y . observe assez souvent font bien de ces parages un désert, parsemé pourtant d’oasis, aux bords des canaux d’irrigation (canal des Alpines et canal de Cra-ponne) et des petits cours d’eau, l’Arc et la Touloubre, qui viennent se jeter dans l’étang de Berre. Des rideaux de cyprès protègent de maigres vergers contre la violence du vent de Nord-Ouest. Partout ailleurs, la surface est encore couverte de gros galets qui marquent les déplacements du lit du Rhône et de celui de la Durance, sur des pou-dingues d’origine marine.
- Toute cette région a donc été, jadis, occupée par
- 1. Voy. n” 2258, du 10 août '1916, p. 115.
- 2. ' Yov. n° 2211, du 12 février 1916, p. 108.
- 3. Du celtique craigh, amas de pierres.
- 11 — ICI.
- Salines de
- Marignane
- Fig. i. — Carte générale de l'étang de Berre et de ses débouchés.
- 44” Année. — 2° Semestre.
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- 162 ..... ....~ L'ÉTANG
- la mer, et, jusqu’à une époque récente, c’était encore la mer qui alimentait les deux seules industries du pays :.la pêche et l’extraction du sel. L’absence de grosse houle dans l’étang favorisait la sortie quotidienne des petites embarcations; les côtes basses et plates se prêtaient à l’installation des marais salants, et l’évaporation de l’eau était facilitée par la sécheresse du climat, car, s’il y pleut beaucoup en automne et passablement en hiver, le printemps et surtout l’été sont très secs, et le mistral, qui est un fléau pour les cultures, constitue au contraire dans les salins un précieux accélérateur de la cristallisation.
- Des deux industries primitives en est dérivée une troisième, celle des sécheries de poissons, d’abord limitée aux produits de la pêche locale, puis étendue à ceux du Nord et des mers les plus lointaines : c’est ainsi que la « Fécampoise » exploite, aux Martigues, une sécherie de morues.
- La société des Tuileries et Briqueteries du Midi a une fabrique à Berre. Au commencement de ce
- DE BERRE ~........-.. .......
- de commerce, les bateaux de cabotage même, ne visitent jamais cette mer intérieure; sur ses rives, pas un port, à peine de rares établissements industriels utilisant les produits de la pêche et des marais salants. D’après la carte hydrographique levée en 1844 et contrôlée depuis par une nouvelle exploration, l’étang de Berre offre aux navires du plus fort tirant d’eau un mouillage de très bonne tenue ayant de cinq à six mille hectares de superficie, soit environ sept fois l’étendue de la rade de Toulon ; en outre, les bâtiments moyens et les petites embarcations auraient à leur service tout le pourtour des côtes d’un bassin de vingt mille hectares. On comprend quelle serait l’immense utilité de ce port intérieur comme entrepôt et remise générale des marchandises qui encombrent maintenant le port de Marseille. Les minerais, les marbres, les grains d’Algérie, les blés de l’Orient, les bestiaux, les fourrages, les cotons pourront être facilement emmagasinés sur les bords de l’étang et s’expédier ensuite à peu de frais vers tous les lieux de consommation,
- Fig. 2. — La réunion de l’étang de Berre avec la mer.
- siècle, une usine de produits chimiques s’est établie à Rassuen. Si nous y ajoutons les poudreries de l’État, échelonnées le long du littoral de Saint-Chamas, nous aurons achevé la liste fort courte des établissements de quelque importance qui utilisaient, avant la guerre, les rivages ou les eaux de l’étang.
- L’absence ou l’insuffisance des moyens de transport, la difficulté des communications avec Marseille, qui n’en est pourtant éloignée, à vol d’oiseau, que de 25 km environ, expliquent sans les excuser l’inertie, l’hostilité même qu’avaient rencontrées jusqu’à ces dernières années tous les projets tendant à faire de l’étang de Berre un port exceptionnellement situé ou un grand centre industriel.
- « Il faut reconnaître, dit Elisée Reclus ^j, que la non-utilisation de cette petite mer comme port de refuge et de commerce est une sorte de scandale économique. Alors que sur les côtes dangereuses on crée à grands frais des ports artificiels conquis sur les eaux profondes, arrachés à la zone des tempêtes, on s’étonne de voir un aussi admirable bassin absolument désert depuis quinze siècles, car les Romains y avaient un port. A peine aperçoit-on à sa surface quelques barques de pêcheurs ; les navires
- 1. Géographie universelle, t. II, p. 2G6.,
- surtout quand un outillage complet de jetées et de chemins de fer aura mis l’étang en communication avec Marseille et toutes les villes du Midi.... Si l’étang de Berre appartenait aux Anglais, il serait certainement un lieu de rendez-vous pour des flottes entières et les bords en seraient entourés d’un collier de villes populeuses. En outre, il faut tenir compte des infamies possibles delà guerre, et quoique le bombardement d’un port ouvert, comme l’est celui de Marseille, fût une atrocité qu’on a honte de prévoir, on doit cependant se prémunir contre ces terribles chances. C’est, une raison de plus pour que l’étang de Berre soit transformé en un grand port. » . .
- Marseille n’a pas été bombardée, en 1915, mais son port s’est trouvé si encombré qu’un grand nombre de navires n’ont pu trouver un refuge dans les 225 hectares qu’occupent ses bassins : ils ont du mouiller à l’Eslaque, à l’époque même où des sous-marins allemands étaient signalés à Rosas, à l’entrée du golfe du Lion, et canonnaient le Tafna, à 100 milles de Toulon. Il y a eu jusqu’à 58 gros vapeurs embossés en dehors des jetées, à la merci d’une incursion ennemie. Cette éventualité n’a rien d’invraisemblable, puisque l’autorité maritime l’a sé-
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- L’ETANG DE BERRE
- rieusement envisagée, dans l’arrêté suivant, pris le 24 novembre 1915 :
- « Étant donnée l’insécurité actuelle de la rade de l’Estaque, le séjour à ce mouillage est interdit à tout navire de commerce français ou étranger, sauf en cas de force majeure....
- M. le contre-amiral, commandant la marine, fera savoir aux navires de commerce qu’ils sont autorisés, en attendant qu’une place puisse leur être attribuée dans les ports de Marseille, à se rendre dans le port du Frioul ou dans la rade de Toulon et dans le cas de refus d’obéir, il exigera du capitaine la déclaration écrite qu’il persiste à demeurer à l’Estaque à ses risques et périls. »
- Ce n’est certes pas
- au cours de la guerre actuelle que l’étang de Berre pourra devenir un port accessible aux grands paquebots; mais ce serait faire preuve d’une sin-
- renaître, et que la conservation de notre flotte marchande a pour le pays un intérêt vital. Du reste, il est devenu manifeste que l’extension progressive des
- Fig.
- gulière imprévoyance que d’agir comme si désormais la paix universelle devait indéfiniment régner sur l’humanité radicalement transformée. Il faut, au contraire, se dire que le danger passé risque de'
- Fig. 3. — Compagnie du Froid sec. Un arrivage de moutons d’Algérie.
- ports de Marseille et de sa banlieue industrielle vers le nord est sur le point, d’atteindre une limite, infranchissable, en se butant à la chaîne de la Nerthe.
- Derrière cet obstacle s’étend, nous l’avons dit, un territoire hier encore désert et un bassin de plus de 15 000 hectares. Depuis l’an dernier, cette région communique avec Marseille par un double réseau de voies ferrées, et le tunnel du Rove va permettre aux chalands de passer sous la barrière interposée entre les ports de Marseille et l’étang de Berre. Il reste maintenant à aménager celui-ci de manière à en permettre l’accès aux navires de fort tonnage.
- Cet accès ne demande pas des travaux extraordinaires : le plus important est le dragage du goulet de Caronte dont la profondeur est insuffisante. Le chenal ancien tend d’ailleurs constamment à s’obstruer; en échange de leur droit de pêche, les riverains
- Vue générale des abattoirs et entrepôts frigorifiques de Marignane.
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- doivent entretenir des passes navigables d’une profondeur de plus de 1 'm. ; sans cette servitude, imposée de temps immémorial aux propriétaires des bordigues (pêcheries), l’étang de Berre aurait été séparé depuis longtemps du golfe de Fos et serait devenu une petite mer Caspienne. Et même, en dépit de cet entretien constant, on voyait jadis le fond du canal à sec, quand les eaux étaient refoulées par les vents du Nord. En dehors de ce couloir étroit, la lagune de Caronte, encombrée de vase, était impraticable, et une quantité de petits canaux ménagés entre les bordigues (voir fig. 2) en faisaient un dédale inabordable.
- Une loi du 3 juillet 1846 avait ordonné la création d’un canal maritime entre l’étang de Berre et la rade de Bouc. Ce canal a été creusé d’abord à 5 m. sous basse mer (1856-1864), puis à 6 m.,
- port de refuge pour la marine de guerre semble abandonné, et cette décision peut se justifier, si l'on songe qu’une flotte de guerre embouteillée ne sert à rien. Il n’en est pas de même pour la marine marchande, et la Chambre de Commerce de Marseille a si bien compris le parti qu’il y avait à tirer de l’étang de Berre, qu’elle a décidé de prendre à sa charge l’exécution immédiate du programme suivant :
- Approfondir le chenal d’entrée de Port-de-Bouc, qui n’a actuellement que 6 m. 50 environ, et porter le tirant d’eau à 9 m.; donner la même profondeur au port de Bouc lui-même et au canal actuel qui relie Port-de-Bouc à Martigues; élargir ce canal, en lui donnant 60 m. au plafond; créera Martigues un débouché dans l’étang de Berre, avec une passe de 40 m. de largeur, recouverte par un pont tournant; approfondir dans l’étang le chenal de la passe jus-
- Fig. 5. — Salines de Berre. Cristallisoirs au moment de la récolte.
- avec une largeur au plafond de 12 m. (1865-1874); mais son tracé était défectueux, à la traversée des Martigues, où les navires de plus de 125 m. n’auraient pas pu passer. En fait, le goulet de Caronte ne livrait passage qu’à des tartanes de pêche et à quelques chalands chargés de sel.
- La loi du 2 mars 1901, relative à l’amélioration des ports de guerre et à l’organisation des bases d’opérations de la flotte, comportait la construction entre Bouc et Martigues d’un canal accessible aux petits croiseurs; mais, en 1909, lors de la révision à laquelle le ministre de la marine, Alfred Picard, a soumis les prévisions des dépenses de son département, il n’a été réservé, pour l’aménagement de l’étang de Berre en port de refuge, que ce qui était strictement exigé par les accords antérieurement conclus avec les travaux publics, c’est-à-dire une somme de 600 000 francs destinée au rachat des bordigues et à l’expropriation des immeubles situés sur le trajet du canal à la traversée des Martigues.
- Ainsi, le projet d’utiliser l’étang de Berre comme
- qu’aux fonds de 9 m., en ménageant la possibilité de porter plus tard ces fonds à 10 m. (*).
- Le coût de ces travaux est évalué à 6 millions. En admettant que cette somme soit dépassée, c’est peu de chose si on la compare à la valeur des navires et des cargaisons qui seront mis en sécurité. La destruction d’un seul grand paquebot et de son chargement représente une perte bien supérieure à ce chiffre.
- Du reste, ce n’est qu’éventuellement que l’étang de Berre est appelé à préserver nos navires marchands d’une agression de pirates. Son avenir réel est dans le développement de notre commerce et de nos industries. L’élargissement du chenal va ajouter d’un coup 15 000 hectares aux bassins du port de Marseille, et 68 km de côtes s’offrent à l’établissement de quais, d’entrepôts et d’usines de toute espèce. Les matières premières arriveront ainsi à pied d’œuvre avec le minimum de frais, et les produits
- 1. Rapport de M. Hubert Giraud. Délibération de la Chambre de Commerce de Marseille, Tr lévrier 1916.
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- L’ETANG DE BERRE
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- fabriqués seront ensuite acheminés par les voies les plus directes ou les moins onéreuses : vers Marseille, par le tunnel du Rove ; vers l’intérieur du continent, par les chemins de fer et par le canal qui aboutit au Rhône ; vers la pleine mer, par les navires qui viendront accoster dans l’étang.
- Tout cela ne se réalisera pas en quelques mois ; c’est une œuvre de longue haleine, mais qui pourtant commence déjà à se dessiner. Nous énumérions plus haut les rares industries établies autour de l’étang, avant la guerre. C’est bien autre chose, dès aujourd’hui. D’abord, il n’est pas surprenant
- miques de toute espèce, enfin des acides (sulfurique, nitrique et chlorhydrique). Un nouveau bâtiment a été récemment construit pour la fabrication de l’osséine et de la gélatine.
- A Marignane, la Compagnie française du Froid sec a inauguré, à la fin de 1914, ses abattoirs et ses installations frigorifiques, établis sur un terrain de 8 hectares traversé par le chemin de fer du Pas-des-Lanciers à Martigues, à 500 m. à peine du canal de Marseille au Rhône, tout près de l’étang de Bolmon, qui n’est séparé de l’étang de Berre que par une étroite langue de terre, le Jaï. Ces établissements sont actuellement affectés à l’alimentation de l’armée. Chaque jour, 1000 à 1200 moutons d’Algérie sont conduits à pied de l’Estaque à Marignane, et sont mis au repos pendant 2 ou 5 jours, avant d’être abattus. La viande dépecée séjourne d’abord 24 heures dans des chambres dites de resaage, à la température de 6 à 7°, puis passe dans les salles de congé-
- Fig. 6. — Vue des établissements Kuhlmann.
- que toutes les usines susceptibles de travailler pour la défense nationale aient accru leur production. Il nous est interdit de dire quoi que ce soit de ce qui se fait maintenant dans les poudreries de Saint-Chamas. Il est néanmoins un fait que l’on peut bien citer, puisque tout le monde le sait dans la région : cette localité, qui ne comptait autrefois que 2000 habitants, en a actuellement 11 000. L’activité n’est pas moindre à Miramas, où se montent des fabriques d’acide sulfurique pour la préparation des explosifs.
- La Compagnie générale des produits chimiques du Midi a agrandi ses établissements de Rassuen. Elle n’y traite pas seulement les matières extraites des eaux salées de l’étang de Lavalduc : elle reçoit des pyrites de l’Espagne, de la Grèce et de l’Italie; des phosphates de l’Algérie, de la Tunisie et de l’Amérique; du nitrate de soude du Chili, des charbons du Gard et de l’Angleterre. Ses principaux produits sont les chlorures alcalins, les hypo-chlorites, la soude, le sulfate de soude, le sulfate de fer, des superphosphates et des engrais chi-
- Fig. 7. — Établissements Kuhlmann.
- lation, où elle reste soumise, pendant 5 ou 4 jours, à la température de — 10°. Elle est alors gardée dans les entrepôts, jusqu’au moment où elle est chargée dans des wagons spéciaux. Dans ces wagons, comme dans les chambres frigorifiques de l’usine, la température est maintenue constante par circulation d’air (procédé P. Fleury). Cet air est refroidi au moyen de glace, mais l’humidité est évitée par l’élimination automatique des condensations. La glace est préparée dans l’usine, à l’aide de réfrigérants à ammoniaque, dont les pompes sont actionnées par des moteurs électriques développant une puissance de 120 chevaux.
- La Compagnie des Salins du Midi exploite sur les bords de l’étang de Berre deux grands marais salants : celui de Berre,. d’une superficie de
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- 290 hectares, produit environ 25 000 tonnes de sel par an; celui du Lion, de 50 hectares, en donne à peu près 5000 tonnes. Ce sont là des moyennes, la récolte variant suivant les conditions climatériques de l’année. Jadis, le sel était transporté à la brouette; actuellement, on se sert d’élévateurs constitués par des toiles sans fin, tendues obliquement et entraînées par des moteurs électriques. Ce sont aussi des moteurs électriques qui actionnent les pompes nécessaires aux déplacements de l’eau sur les surfaces d’évaporation. Une nouvelle installation permet de laver le sel au cours de sa mise en tas et d’obtenir ainsi un produit supérieur. Le sel est livré au commerce soit tout venant, soit mi-fin ou fin, après broyage dans des moulins électriques. Les eaux mères, riches en sels plus solubles que le chlorure de sodium, fournissent du sulfate de soude, du chlorure de potassium, du chlorure de magnésium, du brome et de l’iode.
- Près de Port-de-Bouc, aii bord de l’étang de Caronte, les établissements Kuhlmann montent pour le compte de l’Etat une immense usine d’acide sulfurique. La Société Kuhlmann est bien connue : on pourra lire dans le Dictionnaire de Larousse l’article consacré à son fondateur, né en Alsace, en 1825. La plupart de ses fabriques de produits chimiques se trouvant dans le Nord, dans la zone envahie, ses administrateurs ont décidé de contribuer à leur prompte libération, en coopérant à la défense nationale : ils ont offert à l’État de lui livrer tout l’acide produit au prix de revient, sans prélever aucun bénéfice. Le contrat passé avec le Ministère de la Guerre prévoit qu’à la fin des hostilités la Sociélé deviendra locataire de l’usine d’acide pour une durée de 30 années. Il a fallu, par conséquent, s’assurer dès à présent la propriété des terrains nécessaires pour utiliser l’acide qui sera fabriqué après la guerre et dont l’État n’aura plus besoin. On a donc acheté un terrain de 18 hectares, dont 8 ont été cédés à l’État pour l’édification de l’usine d’acide et 10 réservés pour les industries à établir ultérieurement. L’usine d’acide,
- qui a été mise en marche au mois d’aout, produira quotidiennement 150 tonnes d’acide des chambres, soit 100 tonnes d’acide à 66°, après concentration dans des appareils Kessler. Les travaux ont commencé le 11 mars 1915, et les chantiers ont occupé jusqu’à 800 ouvriers.
- Citons encore, près de l’étang de Caronte, une ancienne usine maintenant utilisée pour la fabrication en grand du blanc de zinc par le traitement direct des calamines.
- Plus loin, au débouché du canal sur le golfe de Fos, les chantiers de Provence vont donner à leurs ateliers de constructions navales une extension nécessitée par la reconstitution et le développement de notre flotte de commerce. Port-de-Bouc, traversé par le canal de Marseille au Bliône, au bord de la mer et à l’entrée du goulet de Caronte, desservi, en outre, par la nouvelle voie ferrée qui le relie à Miramas et à l’Estaque, doit à sa situation même de devenir un centre important. Plusieurs industries, pressentant son avenir, s’y sont déjà implantées. La Société de Saint-Gobain, entre autres, construit à la Lèque une vaste usine autour de laquelle viendront ensuite^ se greffer d’autres bâtiments encore plus considérables, l’ensemble des établissements prévus devant occuper une dizaine d’hectares.
- Ajoutons enfin, que l’Énergie électrique du littoral méditerranéen a tendu ses réseaux tout autour de l’étang de Berre, de telle sorte que toutes les usines déjà construites ou en projet pourront avoir à bon compte l’éclairage et la force motrice provenant de la houille blanche des Alpes.
- Et tout ceci n’est qu’un début. Si importants que soient les travaux actuellement achevés ou en cours d’exécution, le plus remarquable est qu’ils aient pu être entrepris ou poursuivis quand la France avait à combattre pour son existence, et que l’essor économique et industriel d’une région jusque-là presque inhabitée s’affirme au moment même où nos ennemis avaient espéré nous trouver en plein désarroi. Ernest Coustet.
- LE PLATINE ET LA GUERRE
- Le platine possède des propriétés physiques et chimiques tout à fait remarquables, grâce auxquelles il trouve une application aussi bien dans les laboratoires de recherches que dans l’industrie. La production de ce métal étant limitée, les réserves du platine extrait ne sont pas importantes et son prix, qui subit généralement de fortes fluctuations, est devenu dans les derniers temps tout à fait exhor-bitant. Il serait donc intéressant de savoir pourquoi on attache au platine une si grande importance.
- Nous ne nous arrêterons pas sur l’origine du platine ni sur les conditions d’exploitation des sables platinifères, décrites déjà par La Naturè(l).
- 4. Yoy. « Le Platine Espagnol », La Nature, n° 2228.
- Le platine fut découvert dans la Colombie équatoriale sous la domination espagnole, en 1755. Il fut reconnu pour un métal simple en 1774, mais ce n’est qu’en 1786 qu’on imagina le premier procédé de son extraction.
- Au début, le platine, ou F « or blanc », comme on l’appelait à cette époque, eut peu de valeur et fut employé par le Gouvernement espagnol pour la frappe de la monnaie en un alliage d’or et de platine. Mais ensuite, l’emploi du même procédé par les faux monnayeurs força le Gouvernement espagnol à recourir à des mesures extrêmes. Les mines platinifères furent fermées et le platine extrait jeté dans la mer. Plus tard, lorsque furent reconnues
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- les propriétés remarquables du platine, l’extraction de ce métal fut encouragée. Jusqu’à sa découverte dans l’Oural, la Colombie équatoriale est restée presque le seul producteur mondial du platine, la quantité totale extraite annuellement étant de 115 kg environ. Une augmentation notable s’est cependant produite dans ces dernières années, et en 1911 367 kg ou 6,1 pour 100 de la production mondiale furent extraits de Colombie.
- Le platine fut trouvé également au Brésil, au Canada, dans l’île de Bornéo, aux États-Unis, en Australie et dans la Nouvelle-Zélande, mais dans tous ces pays, son extraction est insignifiante. Ainsi, en 1911 par exemple, elle ne dépassait pas 28 kg 5 (0,5 pour 100 de la production mondiale aux États-Unis) ; 20 kg 7 (0,3 pour 100) en Australie et moins encore dans d’autres pays.
- En Russie (1), le platine fut découvert en 1819 dans l’Oural, dans les sables aurifères de Verch-Issetsk, mais c’est seulement en 1823 que ce métal y fut reconnu par l’ingénieur des mines Lubarsky. A partir de ce moment son extraction y croît rapidement. L’application industrielle du platine étant encore inconnue en Russie à cette époque, le Gouvernement russe avait décidé, par le décret du 24 avril 1828, de l’employer pour la frappe de la monnaie. En conséquence, des pièces de 3, 6 et 12 roubles en platine furent mises en circulation. Celle de 3 roubles mesurait 23 mm de diamètre et 1 mm 3 d’épaisseur et pesait environ 10 gr. 24. Le prix du platine était donc alors de 80 centimes environ le gramme.
- Cette monnaie fut frappée d’une façon régulière jusqu’à ce qu’on aperçût qu’en Europe, grâce à un meilleur outillage et aux procédés plus perfectionnés, on était arrivé à abaisser le prix d’affinage du platine, et par suite celui du métal lui-même à tel point que les fraudeurs commencèrent à contrefaire la monnaie de platine et à l’importer en Russie. Par le décret du 16 février 1845, la frappe de la monnaie de platine fut arrêtée, et celle déjà existante, pour une valeur nominale de 4 251 843 roubles (11,5 millions de francs environ), fut mise hors de circulation. Toutefois, 80 pour 100 seulement de ce métal rentrèrent dans le Trésor du Gouvernement russe.
- Cette mesure eut une grande influence sur l’extraction du platine en Russie qui dépasse, à partir de 1830, 1500 kg par an et croît régulièrement en atteignant, en 1843, 3500 kg. Pendant la période de 1846 à 1848, elle baisse considérablement; sa valeur annuelle est inférieure en moyenne à 30 kg. Ce n’est que lorsque la demande de l’étranger fut accrue par l’application industrielle du platine en Europe et en Amérique, que l’extraction de ce
- 1. Nous avons cmprunié les données numériques ainsique quelques renseignements aux diverses publications récentes du Ministère des Finances russes, à la Berner des Industriels russes et du Bulletin du Comité central des Industries de guerre.
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- métal en Russie commença à augmenter de nouveau jusqu’à atteindre 6350 kg en 1901, à partir de cette date les productions annuelles oscillent entre 5000 et 6000 kg. Mais la consommation mondiale du platine atteignant 10 000 à 12 000 kg, dont les 35 pour 100 fournis par les réserves de métal déjà extrait, les statistiques américaines concluent que la production annuelle du platine en Russie n’est pas inférieure à 6500-8000 kg. Les données officielles sont donc au-dessous de la réalité, car on les obtient par l’enregistrement du métal déclaré, sur lequel un impôt est perçu. On ne se rend évidemment pas compte de la quantité du platine non déclaré, fraudé, qui, suivant les calculs des industriels russes, confirmés par les données I américaines, atteint 40 p. 100 de tout le métal extrait.
- La Russie, tout en produisant presque la totalité du platine consommé par le monde entier (95 pour 100), n’a pas su jusqu a présent utiliser sa situation favorable, car, sans compter le platine fraudé, les 82 pour 100 du métal enregistré ont été jusqu’à présent exportés à l’étranger. Les détenteurs du platine sur le marché mondial sont quelques grandes maisons : 1° Johnson, Mattey and C° (anglaise) ; 2° la Gompagnie industrielle du platine (française) ; 3° Demantry, Lemaire et Cie (française), et 4° Chercousse (allemande). Ces maisons transportent le platine brut dans leurs pays respectifs, où les méthodes perfectionnées d’affinage permettent de satisfaire aux demandes des consommateurs tout en extrayant les métaux rares tels que : osmium, iridium, ruthénium, rhodium et palladium, qui accompagnent toujours le platine dans ces minerais. Après l’insuccès de la monnaie de platine, le Gouvernement russe avait vendu les réserves de ce métal (33 000 kg) à la maison anglaise Johnson, Mattey et G0. Les quatre maisons mono-poleuses, ayant profité de leur situation pour créer les réserves du platine, sont devenues maîtresses de sa distribution et de son prix sur le marché mondial.
- Le prix d’un kilogramme de platine a subi de nombreuses variations depuis 1880, où il était de 487 fr. Il varie entre 2275 et 2437 fr. en 1900; en septembre 1906, il subit une hausse exceptionnelle et atteint 5500 fr. Mais il commence à baisser dans le courant du même mois, et n’est plus en 1907 que de 3250 fr. en moyenne. La baisse continue en 1908, puis le prix monte de nouveau et atteint 6200 fr. en 1912 pour redescendre ensuite en 1913 et tomber à 6000 Ir. pendant la première moitié de 1914. En juillet de 1914, 1 kg valait 7150 fr. La guerre eut une influence considérable sur l’industrie du platine. L’exportation de ce métal à l’étranger ayant été interdite dès le début des hostilités, le prix du kilogramme s’abaissa aussitôt jusqu’à 4000 fr., la production diminua en conséquence. En 1915, elle ne dépassait pas 5080 kg (4880 en 1914). Mais bientôt l’autorisation' de recommencer l’exportation du platine dans les pays alliés ayant été accordée, son prix monta. En mars
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- 1915, il fut déjà de 8950 fr. le kilogramme, en janvier de 1916 de 10 000 fr. Le prix actuel du platine à Paris s’élève à 16 000 fr. le kilogramme.
- Les prix très élevés du platine ont attiré vers POural les syndicats métallurgiques anglais et californiens qui ont commencé dernièrement à y acquérir les mines et sont actuellement en possession de 65 emplacements, contenant du platine, de l’iridium, de l’osmium, de l’or, du fer, du cuivre et de l’asbeste. Ils viennent de consacrer 30 millions de roubles (80 millions de francs) à l’établissement de douze dragues américaines et californiennes, servant, à l’extraction du platine, de l’or et de l’iridium et à la construction d’une usine électrolytique.
- Le platine est, grâce à ses propriétés remarquables, un métal de première nécessité. Il se présente commercialement sous divers aspects; en masse métallique, en mousse poreuse, en poudre noire, dite « noir de platine » qu’on obtient par la réduction des sels. A l’état métallique le platine est ductile, malléable, mou, tenace; son point de fusion est de 1780°; en pratique il est inoxydable et inaltérable parles acides. Il possède d’importantes propriétés catalytiques qui dépendent de son état. Le platine est très employé dans l’industrie chimique en général et particulièrement dans les branches qui s’occupent de la fabrication de l’acide sulfurique En effet, les alambics dans lesquels on concentre l’acide sulfurique de commerce, préparé par le procédé de chambres à plomb sont faits en platine iridé. Mais actuellement on est arrivé à fabriquer l’acide sulfurique très concentré (fumant) directement par le nouveau procédé de contact qui s’est substitué progressivement à toutes les autres méthodes employées jusqu’ici. Ce procédé est devenu possible et a pris une grande importance par suite de la propriété catalysante du platine qu’on utilise pour combiner directement l’anhydride sulfureux à l’oxygène. On peut employer dans ce but le platine en mousse ou mieux encore à l’état colloïdal, mais les meilleurs résultats sont obtenus avec l’amiante platiné. On utilise également les propriétés catalytiques du platine pour la fabrication du formol, dans l’industrie d’auto-allu-meuses, etc. Les réactions, accomplies en présence du platine, sont en général des réactions d’oxydation (oxydation de l’anhydride sulfureux, de l’ammoniaque, combustion de l’hydrogène, etc.).
- Dans les procédés électrolytiques on se sert du platine pur ou iridié pour la formation des anodes insolubles. On emploie également ce métal dans les laboratoires pour la fabrication de nombreux appareils, tels que : creusets, capsules, nacelles, densimètres, appareils de préparation du fluor, etc., destinés à résister à l’action du feu et des acides. On utilise dans ce but les alliages à 20-25 pour 100 d’iridium, qui ne sont pas attaquables à l’eau régale même bouillante.
- Enfin, en dehors de l’industrie chimique, le pla-
- tine a beaucoup d’autres usages. Ainsi, les étalons (mètres et kilogrammes) du Bureau international des poids et mesures, sont en platine iridié à 10 pour 100 fondu. Le prototype des étalons dit : « mètre étalon de France », fut préparé le siècle dernier par Jannetty avec du platine pur; une copie de ce mètre : le « mètre international » fut fondue par les soins de Sainte-Claire Deville, Debray et S tas, après les conventions de 1875. On emploie également le platine dans la pyrométrie en utilisant soit la variation de sa résistance au passage du courant électrique à une certaine température, soit sa propriété de former les couples thermo-électriques. Nous ne nous arrêterons point sur le rôle joué par le platine dans l’industrie des lampes à incandescence, car actuellement le platine y est totalement remplacé par d’autres substances. Signalons seulement à ce propos l’étalon de lumière, confectionné en platine par le Laboratoire Central d’électricité. Une intéressante application du platine est faite dans la construction des ampoules de Crookes, employées dans la radiologie. Ces ampoules durcissent à l’usage (c’est-à-dire que l’hydrogène qu’elles contiennent traverse peu à peu le verre et sort à l’extérieur), on y introduit pour les régénérer de l’hydrogène à l’aide d’un fil de platine, soudé dans l’ampoule et chauffé extérieurement. Le platine chaud est en effet très perméable à l’hydrogène qui peut alors le traverser.
- Le platine est aussi utilisé pour la fabrication : 1° des écrans radioscopiques au platinocyanure de baryum qui possèdent la plus belle fluorescence verte et présentent une netteté et une régularité très grandes et 2° des écrans renforçateurs qui permettent de réduire de dix fois le temps de pose d’une radiographie normale.
- Avant la guerre, de nombreux produits en platine, employés en France, étaient importés de l’Allemagne. Les industriels français furent donc obligés, dès le début des hostilités, d’entreprendre leur fabrication. Dans le dernier numéro (mai-juin 1916) du Bulletin de la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale, on trouve des renseignements sur les résultats favorables, obtenus pendant la guerre par l’industrie française du platine, notamment dans la fabrication des pointes de pyrogravure, des contacts de magnétos, des aiguilles à injection et des alliages d’or et de platine.
- L’importation par les Allemands des pointes, destinées à la pyrogravure et employées soit dans les arts d’agrément, soit dans les arts industriels, atteignait avant la guerre plusieurs centaines de mille francs par an.
- Les contacts de magnéto doivent être très résistants et adhérer très fortement aux vis d’acier sur lesquelles ils sont fixés. Pour obtenir ces résultats, on emploie des alliages de platine et d’iridium sous forme du fil, étiré dans des conditions détermimées, découpé en rondelles et qui présente alors une structure supérieure à celle des contacts, découpés dans
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- la plaque. Actuellement les contacts aussi bien que les pointes de pyrogravure sont fabriqués en France.
- Les aiguilles, destinées aux injections hypodermiques sont faites également en un alliage de platine et d’iridium. Pour rendre cet alliage le plus résistant possible on augmente sa teneur en iridium (jusqu’à 25 pour 100), ce qui rend l’emboutissage des tubes de platine iridié très difficile.. Les tubes, envoyés par les fabricants allemands, au lieu d’être emboutis, étaient fabriqués en feuilles enroulées et soudées par des soudures à l’or. Les tubes étant bien tirés et polis extérieurement, on n’apercevait plus la fente qui cependant redevenait visible au moindre effort. Une pareille préparation obligeait les fabricants français d’aiguilles de procéder à une opération fort délicate qui consistait à rechercher l’endroit de l’assemblage pour éviter de faire la pointe de ce côté. Le problème de l’emboutissage de ces tubes fut résolu en France quelques mois avant la guerre, lorsqu’on parvint à les fabriquer sans soudure. Les aiguilles à injection dont la consommation fut énormément accrue par la guerre purent dès lors être fournies par les fabricants français.
- Les sels du platine sont employés dans la photographie, et le platine colloïdal dans la médecine. Ce métal est également très employé par les dentistes (50 pour 100 de la consommation totale) pour la fabrication des rivets, destinés à maintenir les dents de porcelaine en place, car, étant inoxydable, il ne les colore point.
- Le platine est aussi très apprécié des bijoutiers, d’autant plus que son prix est plus élevé et qu’il est plus rare; ils arrivent à absorber 50 pour 100 de sa consommation totale.
- On est arrivé dernièrement en France à mettre au point un alliage d’or et de platine très résistant à la température élevée et aux acides. Des capsules en cet alliage, servant à l’analyse des vins et des laits sont de plus en plus employées par divers laboratoires.
- La guerre a provoqué un fort accroissement de la demande du platine, par suite de l’établissement
- de nombreuses usines chimiques et surtout de celles qui préparent l’acide sulfurique par le procédé du contact. Avant la guerre cette demande ne dépassait pas en Russie 550 kg par année; elle atteint actuellement 1658. kg. En continuant l’exportation du platine à l’étranger, la Russie court le risque d’en manquer elle-même après l’épuisement complet des gisements de l’Oural (dans 15 à 20 ans, d’après les calculs de M. Chtein dans Promichlennost i Torgovlia du 11 septembre 1915) et d’être obligée de le racheter ensuite à l’étranger. Pour parer à cette éventualité on s’efforce dès à présent de conserver le platine à l’intérieur du pays. Certes, il existe une divergence de vues sur la question du monopole d’État, mais tous les industriels russes semblent s’accorder pour demander que les opérations d’affinage de ce métal aient lieu en Russie.
- La recherche de nouvelles mines préoccupe les spécialistes et récemment encore La Nature signalait la découverte du platine en Espagne. En Russie également ces recherches se poursuivent et il est probable que l’Oural n’y restera pas longtemps l’unique source du minerai de platine, car, d’après le Gorno-Zavodskoïe Dielo du 15 mai dernier, on annonce la découverte, par des mineurs de la région d’Iakoutsk, d’un nouvel emplacement extrêmement riche de ce métal dans la rivière de Viluï, près de son confluent avec celle de Kundaï. Le platine mélangé d’or se trouve dans les sables du Viluï et de ses nombreux affluents, à une profondeur ne dépassant pas 0m.40. Les indigènes (les Jakoutes) l’exploitent tout à fait primitivement, au moyen d’un simple lavage des sables. Le mélange qu’ils obtiennent contient jusqu’à 50 pour 100 de platine pur, le reste étant formé d’iridium, de radium, de palladium, de ruthénium.
- Les désillusions, provoquées si souvent par des gisements de platine nouvellement découverts, nous empêchent de nous prononcer prématurément sur la valeur réelle des mines d’Iakoutsk. Souhaitons qu’elles réalisent toutes les espérances que leur découverte a fait surgir. J. Vichniak.
- UN SOUS-MARIN ALLEMAND POSEUR DE MINES
- PÊCHÉ PAR LES ANGLAIS
- Les Londonniens ont pu récemment contempler et même visiter un sous-marin mouillé baptisé Uc6 devant les quais de la Tamise et à la poupe duquel flottait encore le pavillon de la marine impériale allemande, surmonté, il est vrai, de l’enseigne royale anglaise, ce par quoi on indique, d’après les traditions maritimes, qu’il s’agit d’un navire capturé.
- Disons de suite que cette capture n’est pas la première et que d’autres sous-marins ennemis sont entre les mains des Anglais tout comme des nôtres. Mais celui dont il s’agit présente un intérêt particulier, parce que il a été construit pour semer sur sa route un certain nombre de ces mines qui,
- fixées au fond par un fort poids, flottent à une distance calculée de la surface de la mer et sont prêtes à défoncer la coque du navire que sa mauvaise fortune amènera à leur contact. Ce genre de sous-marin est donc un ennemi particulièrement dangereux, puisque sa capacité de destruction est considérable, mais il faut ajouter en revanche, que le chargement de mines qu’il porte constitue pour lui un grave péril.
- L’opération de mouiller des mines doit être faite à proximité des côtes très surveillées ; elle présente donc de grandes difficultés pour un sous-marin qui est presque aveugle quand il travaille en plongée.
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- Lorsqu’on opère dans des parages à courants violents, ce qui est fréquent, le sous-marin court le risque de repasser sur une mine déjà à son poste et de sauter à son tour. Le cas s’est d’ailleurs produit. Un malfaiteur sous-marin allemand ou autrichien qui exerçait sa coupable industrie devant le port de... a été coupé en deux tout net par une de ses propres mines et l’ouvrage a été si proprement exécuté que les deux morceaux du navire ont pu être repêchés, ressoudés pour ainsi dire, et l’ennemi est désormais enrôlé dans les rangs de la marine qu’il devait combattre.
- La capture de ces sous-marins mouilleurs de mines a été naturellement très utile parce qu’elle a permis de connaître exactement les procédés em-
- blement plus grand que celui de la mine elle-même. Contre ce poids, quatre montants en fer sont fixés verticalement. Leurs pieds sont à charnière et, tant que la mine reste dans son logement, ils s’appuient sur elle, la maintiennent et la préservent des chocs accidentels. La mine est alors comme en cage.
- La mine, son poids, les 4 montants verticaux et tout le mécanisme que cet ensemble comporte, peuvent être libérés du tube par un déclanchement actionné du kiosque de»commandement, et alors tout le bloc, entraîné par le poids et guidé par les
- Fig. i. — Le sous-marin allemand poseur de mines, à quai sur la Tamise. En cartouche : une mine dans ses supports.
- ployés par les Allemands et par conséquent d’y parer.
- Voici, dans les grandes lignes, comment est disposé le sous-marin actuellement exposé dans la Tamise.
- Dans la partie du navire qui s’étend du kiosque à l’avant sont percés 6 grands puits, sortes de tubes obliques, inclinés d’environ 70° sur le plan vertical, passant par la quille, et inclinés également de l’avant vers l’arrière. Dans chacun de ces puits dont les ouvertures supérieures sont fermées par des grilles à rabattement, sont logées l’une au-dessus de l’autre, deux mines du poids de 450 kg environ. Le poids cylindrique, qui servira d’ancre à la mine lorsqu’elle sera mouillée, est d’un diamètre sensi-
- bras verticaux, glisse jusqu’au fond de l’eau. En touchant le sol les quatre bras se rabattent autour de leurs charnières et la mine est libre. Comme elle est douée d’une assez grande flottabilité, elle remonte vers la surface en entraînant un orin d’acier que déroule un tambour fixé sur le poids-ancre. Un mécanisme, spécial, en l’espèce une valve hydrostatique, règle les mouvements de l’orin et arrête le déroulement lorsque la mine est arrivée à distance voulue de la surface de l’eau, généralement entre 3 et 4 mètres. C’est la valeur optima, parce qpe la hauteur de la colonne d’eau au-dessus delà mine est alors suffisante pour produire, par son poids, l’effet de bourrage nécessairé pour que l’explosion
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- donne tout son effet. C’est par une raison identique que l’immersion des torpilles automobiles est réglée en général à 5 m. Cette particularité explique
- l’entrée d’un port; ou bien il les a semés sur la route que suit un navire qu’il a repéré. Mais il faut que ses mines ne prennent pas leur poste
- Figy 2. — Le sous-marin au bassin; remarquer les quilles qui lui permettent de poser
- au fond de la mer.
- pourquoi les petits bâtiments, torpilleurs, destroyers, dragueurs de mines, patrouilleurs, qui' ont un tirant d’eau de moins de 3 m., courent peu de risques dü fait des torpilles et des mines. Mais ceci n’est encore que relatif, car il est très aisé de régler le parcours d’une torpille automobile à une profondeur quelconque et même à la surface, et pour ce qui est des mines, si leur immersion régulière est généralement réglée à 5 m., il suffit de lames de 1 m. 50 ou 2 m. pour qu’elles soient par moment terriblement dangereuses pour toute espèce de bâtiments.
- Revenons à notre sous-marin. Il a laissé tomber un à un ses vilains œufs, il a barré une passe,
- d’immersion pendant qu’il est encore au-dessus d’elles, sans quoi c’est la catastrophe. Aussi les valves hydrostatiques qui permettent le déroulement
- de l'orin d’acier sont-elles établies pour ne fonctionner qu’avec un retard suffisant pour donner au sous-marin le temps de s’éloigner.
- D’ailleurs, ce système de retard dans la libération de la mine a été étudié et appliqué par les Allemands avec une ingéniosité qu’il faut reconnaître.
- Devant certains ports de nos côtes, on a eu à déplorer la perte de bâtiments qui sautaient sur une mine dans un chenal, que des dragueurs avaient parcouru et nettoyé avec le plus grand soin 15 minutes ou 1 heure ou 2 heures avant
- Périscope
- Mines
- ---Mine
- pour prendre f _ âon immersion .
- Mine tombant au fond
- Fig. 3. — Couiê pu sous-marin, Vue des mines dans leurs puits. En cartouche -J mine tombant au fond de la mer et remontant après- avoir été abandonnée par les armatures qui la fixaient à son crapaud.
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- que le navire s’y engageât. On était sûr que, matériellement, aucun sous-marin n’avait eu le temps de revenir et de mouiller de nouvelles torpilles. Et cependant il y en avait. On incrimina les dragueurs. Ceux-ci prouvèrent qu’ils avaient fait consciencieusement leur devoir. Puis on découvrit que par un agencement spécial de la valve hydrostatique dont j’ai parlé plus haut, on pouvait faire varier dans des proportions considérables, le délai au bout duquel les mines mouillées par un même sous-marin prenaient Périscope
- leur immersion définitive el devenaient offensives. Il fallut se résoudre, pour avoir toute sécurité, à faire draguer le chenal devant chaque navire qui sortait ou rentrait.
- Le Uc-i1) portait 12 mines.
- Pour les introduire dans leurs puits, on ouvrait les grilles qu’on aperçoit très nettement sur le pont du navire dans la figure. 11 ne possédait pas de tubes pour lancement de torpilles automobiles. Son armement consistait uniquement dans ses mines et un canon. Le chargement des mines est constitué par du trinitro-toluène coulé à chaud et qui explose par l’intermédiaire d’une charge de fulmi-coton qui s’enflamme elle-même au moyen d’une amorce au fulminate de mercure.
- La capture du n’a pas manqué de présenter un caractère dramatique. A la suite de circonstances sur lesquelles je ne dois pas insister, le sous-marin boche fut trouvé en détresse sur un point de la côte Est d’Angleterre par un destroyer anglais dont le commandant somma l’équipage allemand de se rendre. Sans insister, les bras furent mis en l’air et nos hommes sautèrent à l’eau. Une embarcation les ramassa, les mit à bord du destroyer et se dirigeait vers le sous-marin, lorsqu’un dernier Allemand se jeta, lui aussi, à la mer au moment même où plusieurs
- explosions violentes se produisaient. Le sous-lieute-nant anglais qui commandait l’embarcation, appliqua sur sa figure un masque à gaz et fort courageusement, on l’avouera, descendit par le panneau du dôme de commandement. Il trouva que la coque du sous-marin avait été très endommagée par les explosions et que déjà l'eau l’envahissait. Sur les 12 mines, deux avaient été délogées de leur tube par l’explosion et sur le point de s’échapper, prêtes en tout cas à exploser au moindre choc.
- Un officier, qui depuis a reçu la médaille si enviée du clistinguished service et qui vraiment l’a bien gagnée, plongea en scaphandre, et, en deux jours de travail, parvint à amarrer solidement les mines vagabondes après avoir désarmé les détonateurs.
- Ultérieurement, le sous-marin fut remis à flot et conduit en lieu sûr.
- Notre gravure qui montre le f/c* au bassin de radoub permet de se rendre compte d’une particularité intéressante de la construction des sous-marins allemands et de la tactique qu’ils emploient. Je veux parler de la petite quille qui se voit en A et qui s’étend sur une certaine longueur de la coque à une distance de 2 m. environ de l’axe du navire. Une quille identique est placée symétriquement de l’autre côté à tribord.
- En réalité ce sont des supports, des sortes de béquilles sur lesquelles le sous-marin se soutient quand il vient se reposer sur le fond. Lorsque les circonstances ne se prêtent pas à des opérations actives dans un point déterminé, qu’il y a cependant intérêt à ne pas quitter, lorsque la surveillance est trop sévère, ou bien encore la nuit, lorsqu’il importe de laisser l’équipage dormir, le sous-marin descend doucement jusque sur un. fond que l’examen de la carte a permis de reconnaître propice, et y reste tranquillement à l’abri de toute aventure et sans dépenser la précieuse provision d’électricité de ses accumulateurs. Du Verseau.
- 1. Je rappelle que la lettre U qui caractérise les sous-marins allemands est la première lettre du mot untersee qui signifie sous-marin.
- Qui!/es permettant au ôous-marin de reposer sur te fond
- Fig. 4. — Coupe du sous-marin.
- Mines dans ieurs Pu/fs
- Dôme
- Fig. 5. — Vue du sous-marin en plan. On voit les mines dans les puits au travers des.claires-voies qui les recouvrent.
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- =........................................'73
- L’ÉCRITURE PHONOGRAPHIQUE
- Les expériences que vient d’entreprendre un Américain, M. Flower, ont soulevé, de l’autre côté de l’Atlantique, une très vive curiosité, car il semble quelles ouvrent la voie à toute une série d’applications pratiques des plus intéressantes.
- M. Flower s’est proposé d’enregistrer la parole humaine non plus par des indentations invisibles à l’œil sur imprimés dans une masse de cire, comme c’est le cas dans le phonographe, mais directement sous la forme de signes, analogues à ceux du télégraphe Morse, de façon qu’un discours sera fixé par la machine sur une série de symboles que l’on pourra traduire et lire à volonté, comme on lit et
- devrait être dénommée variation de la parole. Supposons, par exemple, qu’un son de 1000 périodes par seconde commence d’une manière telle que les 10 à 20 premières périodes varient d’intensité selon une figure précise, c’est le son de la lettre b par exemple que nous obtiendrons et que nous entendrons. Ainsi, la hauteur du son importe peu, il suffit que son intensité varie suivant la figure ci-dessus dans une faible fraction de seconde, pour que le son b se produise.
- En d’autres termes, si nous soufflons dans un tuyau d’orgue ouvert, tel que celui de Y ut normal par exemple et si nous plaçons à son extrémité un
- Fig. 1. — Dispositif électrique permettant d’enregistrer graphiquement la forme des ondes sonores émises lorsque Von prononce le mot « boat » {bateau en anglais).
- traduit en langage ordinaire les traits et les points des messages télégraphiés.
- Sous cette forme seule les expériences de M. Flower mériteraient déjà d’être relatées, mais ce qui en fait l’intérêt, c’est qu’au cours de ces recherches M. Flower a été conduit à étudier à un point de vue tout nouveau, la voix et la parole qui sont deux choses très différentes.
- La parole est une variation rapide de l’amplitude d’un ou de plusieurs sons et chaque forme définie de variation constitue une image de chaque son de lettre de l’alphabet. Ces images ne sont pas formées par la superposition de sons de hauteurs différentes représentatives de leur qualité, mais par une forme précise de la variation de l’amplitude de chaque son simple. Cette forme de variation d’amplitude, autrefois inconnue et qui est bien différente de la transformation ordinaire qui résulte du passage de la voix faible à la voix forte,
- dispositif mécanique qui, comme la bouche humaine, peut en modifier ou fermer l’ouverture, c’est-à-dire faire varier la pression de l’air, le tuyau d’orgue parlera comme un être humain, dont la voix aura une puissance et une ampleur merveilleuse.
- Quant à la différence entre la parole et la voix, M. Flower l’explique comme suit. On produit la voix en faisant agir les cordes vocales, et la parole en variant l’intensité de l’air comprimé par le larynx, la bouche et la cavité nasale. Cette variation d’intensité résulte de l’action des muscles de la gorge et de la bouche. Chaque personne possède un timbre de voix différent ; les hommes l'ont bas et les femmes élevé. Le timbre d’une voix moyenne masculine s’établit entre 85 et 160 vibrations complètes par seconde. Ainsi le timbre de la voix diffère avec chaque personne.
- Mais la parole peut se faire entendre par chu-
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- L'ECRITURE PHONOGRAPHIQUE
- chotement, c’est-à-dire sans voix, ce qui fait que les paroles chuchotées ont le même son, quel qu’en soit l’auteur, homme ou femme. Il est'facile de se rendre compte, en comparant le son des voix de plusieurs interlocuteurs, qu’il n’existe aucune différence dans les tons du chuchotement. En d’autres termes, pendant le chuchotement la parole est indé-
- loopériodeipar seconde
- ( ^^ 2oopériodespar seconde
- Fig. 2. — La forme des ondes émises lorsque Von prononce le mot « boat » en anglais (Va ne se prononce pas).
- pendante de l’action des cordes vocales.
- Par suite les épreuves photographiques de paroles chuchotées ne montreront par les sons et les harmoniques de la voix mais simplement les sons buccaux et leur variation d’intensité qui sont les caractéristiques de chaque son de lettres. C’est l’ensemble des graphiques que l’on peut ainsi établir qui constitue l’alphabet phonographique (fig. 3).
- Pour obtenir les images des paroles chuchotées, le dispositif employé est le suivant. Le courant déterminé par la parole dans un téléphone haut parleur très sensible parcourt un circuit comprenant un élément d’accumulateur, une résistance et un récepteur téléphonique et le circuit primaire d’une bobine d’induction. Le courant produit dans le circuit secondaire traverse le fil d’un galvanomètre à cordes de Enrthoven I1).
- Les vibrations de la corde du galvanomètre, grâce au très grand amortissement du système, suivent fidèlement celles de la parole et s’enregistrent photographiquement sur une roue recouverte d’une pellicule photographique, tournant à une vitesse de 340 Ayant ainsi enregistré
- looo périodes par seconde
- cvx/'v
- /
- r
- xrru
- Fig. 3. — Les formes caractéristiques des lettres prononcées dans Valphabet anglais.
- mètres à la minute, un grand nombre de courbes de paroles prononcées par des expérimen-
- 1. Le galvanomètre à fibre est un instrument électrique possédant une fibre de quartz fine recouverte d’argent de 0 mm 0025 d’épaisseur suspendue entre deux pôles d’un fort électro-aimant. Par une ouverture pratiquée dans les pôles de-l’électro-aimant, un rayon lumineux puissant produit par une lampe à arc est concentré sur cette fibre de quartz. A l’aide d’un autre système de lentilles, on amène l’image de la
- tateurs des deux sexes, M. Flower arriva à la conclusion que la voix résulte d’un assemblage d’images sonores appelé alphabet phonographique. Par suite il est possible d’imaginer un appareil capable d’enregistrer automatiquement à l’encre sur le papier les caractères de cet alphabet que l’on pourra ensuite lire comme un alphabet Morse.
- L’appareil est basé,comme tous les systèmes d’enregistrement téléphonique, sur l’emploi des cellules de sélénium. La fig. 1 montre la disposition d’ensemble de l’appareil. fine lampe électrique éclaire à l’aide de lentilles une série de petits
- miroirs solidaires de résonnateurs électriques constitués par des électro-aimants. Au repos, les rayons réfléchis viennent tous converger sur une plage neutre d’une cellule de sélénium. Le courant animant chaque résonnateur varie d’intensité suivant la variation vocale, l’armature magnétique de l’électro-aimant vibre fortement, faisant osciller le miroir qui déterminera alors l’éclairement de la cellule de sélénium. La résistance électrique de celle-ci décroîtra et comme elle est placée dans le circuit d’une batterie actionnant une plume traceuse, l’intensité du courant variera, déterminant le tracé d’une ligne sinueuse sur la feuille d’enregistrement.
- Supposons par exemple que l’expérimentateur ait chuchoté le mot « boat » qui s’inscrira a bôt », car évidemment l’enregistrement ne peut être que phonétique. L’appareil enregistrera la courbe suivante (fig. 2). Si nous nous reportons aux signes de l’alphabet phonographique, nous pouvons immédiatement déchiffrer le diagramme et identifier les
- fibre dans une ouverture étroite d’une chambre noire à tambour tournant.
- Quand le courant produit par la parole passe par ce galvanomètre à fibre, celle-ci vibre d’arrière en avant dans une direction rectangulaire avec les lignes de forces de l’aimant et ses moindres mouvements sont agrandis 900 fois par le système de lentilles.
- q*kyu
- JII
- c = eks
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- = UN ENNEMI DES PUCERONS : L'APHIDIE
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- 3 lettres b, o, t. Ces courbes ne sont pas arbitraires, elles mettent en évidence la façon dont nous parlons, dont nous modulons les ondes sonores quand nous prononçons un mot donné et si l'on veut représenter d’une manière frappante ce résultat, on peut se reporter à la figure 2 sur laquelle nous avons
- indiqué la forme des ondes sonores modelées par les touches dans la prononciation du mot boat.
- M. Flower a donc réalisé une machine à écriture visible qui enregistre nos pensées dans l’alphabet naturel aussi rapidement que nous les exprimons. H. Yolta.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 24 juillet 1916 (Suite).
- Sur la durée des réactions psycho-physiologiques aux excitations visuelles et auditives. — Les examens de candidats aux fonctions de mitrailleurs, aviateurs, etc., ont amené à multiplier les observations dans cet ordre d’idées. On trouve, en moyenne, 196 millièmes de seconde pour les réactions visuelles, 147 millièmes de seconde pour les réactions auditives et 150 pour les réactions tactiles. Il est très rare de voir ces temps diminués de 20 millièmes. Cependant M. Richet rappelle que, chez les Indiens plus ou moins métissés, on a obtenu des réactions beaucoup plus rapides que chez les blancs. Ce savant pense que, si la réponse à l’excitation optique retarde de quelques millièmes de seconde sur la réponse à l’excitation auditive, c’est parce que toute excitation de la rétine est de nature chimique et exige, par conséquent, pour se transmettre au nerf optique un temps que ce procédé permet d’apprécier.
- Vitesses musculaires dans les diverses cavités du cæur. — Mmes Marcelle Lapicque et Catherine Yeil ont
- cherché à déterminer les vitesses musculaires propres aux différentes cavités cardiaques en expérimentant sur quelques vertébrés inférieurs :• grenouille, tortue et poisson rouge. Elles ont observé des différences de chronaxie très frappantes entre le pont auriculo-ventri-culaire et la pointe du ventricule ; tandis qu’en général il existe un remarquable isochronisme des différentes cavités cardiaques.
- Influence des algues des filtres à sable submergé dans l’épuration des eaux. — La réduction d’alcalinité constatée dans les eaux après leur passage à travers un filtre submergé est fonction de l’activité chlorophyllienne des algues qui se développent à la surface du filtre. D’après MM. Dienert et Gizolme, le pouvoir épurateur des filtres submergés non couverts, fonction du développement et de la vitalité des algues, peut être mesuré par la réduction de l’alcalinité de.l’eau. Il y a là un moyen de contrôle rapide de la marche des filtres, qui éclaire et complète les résultats de l’analyse bactériologique.-:
- UN ENNEMI DES PUCERONS : L’APHIDIE
- Tout le monde connaît les pucerons, ces hémiptères de petite taille qui pullulent sur toutes sortes de plantes. Ils se multiplient avec tant d’abondance et une si grande rapidité que tous les végétaux de la terre seraient bientôt transformés en pucerons si la nature ne leur avait pas créé d’ennemis.
- Songez à cé que deviendrait le monde si rien n’arrêtait leur grouillement : plus de plantes, plus de pucerons sans doute, mais aussi plus d’animaux et plus d’humains. Réaumur avait trouvé qu’un seul puceron peut devenir l’ancêtre d’environ 6 milliards d’individus pendant les quelques semaines de son existence et Huxley a calculé que les dix générations d’un seul puceron occuperaient autant de place que 500 millions d’humains!
- Heureusement, même sans que l’homme s’en mêle, beaucoup de ces minuscules envahisseurs sont détruits. Nous avons déjà décrit (n° 2132) la mouche aux
- Fig. 1. — Aphidîes (grossies 4 fois).
- yeux d’or dont les larves ravagent les armées de pucerons. Voici encore (fig. 1) un autre de nos auxiliaires qui contribue puis-
- ------- samment à limiter la horde
- des envahissants mangeurs de plantes.
- _ - , Les Aphidies sont de très
- petits hyménoptères ayant tout au plus deux millimètres de long ; c’est-à-dire qu’ils pourraient passer aisément à travers le trou d’une aiguille et qu’ils peuvent facilement rester inaperçus. Leur forme est celle d’une guêpe anx longues antennes arquées, à l’abdomen souple et pédonculé (fig. 3). Ils vivent non pas au grand air mais bien dans les pucerons.
- Récemment M. John J. Ward, dont nous avons maintes fois déjà présenté les photographies à nos lecteurs, a observé dans son jardin l’utile travail de.ces minuscules bestioles. Si l’on savait déjà les mœurs et le mode de ponte des Aphidies, on ne les avait point
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- UN ENNEMI DES PUCERONS : L’APHIDIE
- encore, que je sache, photographiées en action.
- L’Aphidie s’agite seulement au soleil. Elle sort alors de sa cachette que nous apprendrons à connaître tout à l’heure.
- Elle se livre aussitôt à une toilette soignée, brossant tout son corps et ses ailes au moyen de ses pattes, puis elle commence à courir parmi les feuilles et les rameaux, s’envolant seulement quand elle se transporte d’une plante à une autre. Arrivée en un point où les pucerons gras et mous, tranquilles et sans défense ne
- Fig. 2. — L’attaque du puceron.
- songent
- qu a sucer le suc plantes, l’Aphidie s’arrête, ses antennes en avant, vibrant et bruissant d’excitation, On a parfois dit que l’arrivée de l’Aphidie remplit les pucerons de terreur et qu’ils cessent aussitôt leur perpétuelle succion pour se mettre sur la défensive. Il ne semble pas en être toujours ainsi, si l’on en juge par la figure 2. L’Aphidie vient se poser derrière le puceron, le frôle de ses antennes, puis passe à droite l’ennemi comme si elle hésitait sur la tactique à suivre. Bientôt la petite guêpe s’arrête sur le côté du puceron, s’accroche à lui par ses quatre pattes antérieures, s’appuie au végétal par ses deux dernières pattes et tandis que ses ailes vibrent rapidement on voit son abdomen se courber brusquement en avant, passer sous le thorax et venir au contact du ventre dodu
- des
- et à
- gauche de
- Fig. 3. — Une Aphidie (très grossie)
- Fig. 4. Le puceron vide, le dos ouvert. — Fig. 5. Un autre puceron, dont le trou laisse voir une mue de l’Aphidie.
- du suceur de plantes. La figure 2, mieux qu’une longue description, montre cette brusque attaque. Que s’est-il passé? Une fine et longue aiguille est sortie du ventre de l’Aphidie une fraction de seconde pour traverser la peau du puceron et apporter dans ses tissus l’œuf qui causera sa mort. Aussitôt après, l’Aphidie s’éloigne, va piquer un autre puceron et recommence ainsi plus de douze fois en deux ou trois minutes.
- La bête piquée reste immobile, accrochée à sa feuille ou à sa tige. Sa peau change peu à peu de couleur, en passant du vert au brun ; elle gonfle et devient ronde comme une outre. Dans son corps, l’œuf s’est bientôt transformé en
- larve qui grossit en dévorant successivement tous les tissus de son hôte. Après douze ou quatorze jours un trou bien rond apparaît sur
- la peau du puceron (fig. 4),
- trou taillé mystérieusement de l’intérieur, et l’on voit apparaître une nouvelle Aphidie, ailée, antennée, prête
- à prendre son
- vol et à livrer de nouvelles ba-I ailles.
- Si l’on regarde parl’orifice,après la sortie de l’hy-ménoptère, on ne voit plus dans la peau du puceron que quelques débris des mues de l’Aphidie (fig. 5).
- Tel est le cycle de cette curieuse petite guêpe qui sait gîte et le couvert René Merle.
- trouver dans les pucerons le pour sa nombreuse postérité.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahuhe, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 2242.
- = 16 SEPTEMBRE 1916.
- L’INDUSTRIE MARSEILLAISE DES CORPS GRAS
- L’huilerie française, qui connut déjà, pour des causes diverses, tant de périodes critiques, se heurte de nouveau aujourd’hui à des difficultés qu’il faut désirer, dans l’intérêt commun, voir promptement aplanies. Un arrêt, ou même la diminution — déjà commencée — de notre production d’huile en France provoquerait une élévation notable des prix de substances alimentaires indispensables, entraînerait la cessation de travail de nombreuses usines pour lesquelles les huiles et les
- presque toutes les graines oléagineuses des contrées tropicales, Marseille devait tout naturellement, pour celte double raison, être le grand centre d’utilisation des graines et des fruits à huile; et elle l’a toujours été.
- Jusque vers les premières années du xixe siècle cependant toutes les fabriques marseillaises trituraient exclusivement le fruit du pays; la seule huile préparée était celle d’olive. Ce ne fut qu’après 1810 qu’on comrfiença à extraire les huiles de
- Fig. i. — Salles des presses à tourteaux.
- graisses sont la matière première essentielle, mettrait dans le plus grand embarras notre agriculture, qui trouve dans les tourteaux un appoint précieux à la fumure de ses champs et à la nourriture du bétail, et enfin, en nous contraignant à faire des achats au dehors, influerait sur la tenue de notre change.
- Notre intention n’est pas, du reste, ici d’envisager la question, sinon incidemment, du point de vue économique; nous voudrions seulement rappeler ce que sont toutes ces industries qui préparent ou-transforment les substances grasses, en particulier dans la région où, encore actuellement, elles sont principalement groupées.
- Située en pleine zone de l’olivier, et sur le bord de cette Méditerranée par laquelle nous arrivent
- graines, d’abord celles de lin, puis, à partir de 1855, et successivement, celles des sésames du Levant, des arachides du Sénégal, des sésames de l’Jnde, des coprahs, des palmistes; et vers 1870 44 huileries produisaient à Marseille 66 000 quintaux d’huiles diverses.
- Au fur et à mesure que ces nouvelles matières premières lui étaient fournies, la savonnerie, dont les premières véritables fabriques, dans la région méditerranéenne, remontent au xvne. siècle, subissait des transformations parallèles. Jusque dans les dix premières années du xixe siècle, ces fabriques ne connaissaient, comme huile végétale, que l’huile d’olive; mais, vers 1815, elles mélangeaient à cette huile celle d’œillette, en même temps que la découverte de la soude artificielle renouvelait leurs
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- 44* Année. — 2' Semestre.
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- procédés; et, à dater de 1850, elles tiraient progressivement parti de toutes les substances que leur apportaient les huileries voisines. A T heure présente, d’autres savonneries se sont établies en divers points de la France, dans la banlieue parisienne, à Nantes, à Lyon, à Bordeaux, à Lille, à Dijon, au Havre, mais les usines marseillaises contribuent encore pour plus de la moitié à la production totale.
- Issue des travaux de Ghevreul, la stéarinerie est une industrie plus récente. Après que Chevreul et Gay-Lussac eurent, en 1825, pris un brevet relatif à l’emploi des acides stéarique et margarique dans l’éclairage, une première fabrique de bougies fut montée en 1831 à Paris, par Adolphe de Milly. Son succès ayant été rapide, une seconde stéarinerie fut fondée en 1836 à Marseille par de Milly et Frédéric Fournier. Ce sont ces deux établissements qu’exploite encore aujourd’hui la maison Fournier, qui a su maintenir la vieille réputation des « bougies de l’Étoile ».
- Enfin, plus nouvelle encore est l’industrie des graisses végétales alimentaires. D’abord accueilli avec quelque méfiance, comme tout produit nouveau, le beurre de coco est devenu de plus en plus d’emploi courant. C’est vers 1892 que le problème, longtemps cherché, de sa fabrication était heureusement résolu à Marseille par la maison qui continue à livrer au commerce, sous le nom de « Yégétaline », une des marques les plus appréciées.
- Marseille ne fait donc bien que conserver ses vieilles traditions en restant la grande ville des oléagineux. Elle ne se contente pas de les recevoir, elle les travaille, avant de les réexpédier dans le reste de la France et au dehors sous leurs multiples transformations.
- En 1915 — dernière année normale — sur une importation française totale de 11 016 052 quintaux métriques de graines grasses, les importations marseillaises étaient de 5 895 970 quintaux, soit 54 pour 100. Le port recevait, en outre, 174 270 quintaux d’huile de palme de l’Ouest-Àfricain et 67 480 quintaux d’huile de coton des États-Unis et de l’Angleterre, auxquels il faut ajouter l’huile d’olive d’importation (133 980 quintaux) et de production locale.
- En cette même année, il y avait exactement à Marseille 44 huileries (dont 10 sont aujourd’hui fermées, beaucoup d’autres ne travaillant qu’à demi production); et les 1960 presses de ces huileries produisaient 2 400000 quintaux d’huiles et 3 millions de quintaux de tourteaux. L’exportation des graisses végétales alimentaires (qui avait été de 500 000 quintaux, en 1912) était de 195000 quintaux. Cinquante savonneries fournissaient 1 796 000 quintaux de savon. Les expéditions de bougies étaient de 45 000 quintaux, soit les quatre cinquièmes de l’exportation française;, et il faut encore mentionner 11800 quintaux
- d’acide stéarique et 26 000 quintaux d’acide oléique. La glycérine de saponification et les lessives glycérineuses à 80 pour 100 représentaient 83 625 quintaux, dont 57 710 pour les États-Unis et 11 816 pour l’Angleterre.
- Les graines que triture principalement l’huilerie marseillaise sont celles d’arachides, qui, décortiquées ou en coques, correspondent, au total, à 65 pour 100 environ des 5 895 970 quintaux d’importations que nous venons de citer. Et l’importance de l’huile d’arachide, en ces dernières années, est devenue d’autant plus grande, au détriment de l’huile de sésame, que les procédés actuels de désodorisation des huiles lluides, après neutralisation et blanchiment, permettent désormais de vendre pour l’alimentation une partie de l’huile, jadis exclusivement industrielle, que fournissent les arachides décortiquées de Coromandel.
- Après les arachides, les graines qui occupent la seconde place dans les statistiques d’arrivage sont les coprahs, qui représentent 17 pour 100 à peu près. Outre son utilisatiorî^côjïime graisse alimentaire, le beurre de coco est, en effet, après l’huile d’arachide, la substance grasse qu’emploient le plus les savonniers marseillais.
- Les sésames, qui ont un peu perdu de leur importance, ne représentent guère, dans les importations, que 4 pour 100 à peu près, autant que les lins de Russie, du Levant et de l’Inde. Se placent ensuite, par ordre d’importance : parmi les graines à huiles liquides, celles des ricins de Coromandel, de Bombay et du Levant (3,2 pour 100), des colzas de l’Inde et du Danube (1 pour 100), des cotons d’Égypte (0,9 pour 100), des pavots de l’Inde et du Levant (0,2 pour 100) ; et, parmi les graines à huiles concrètes, celles du palmiste de la côte occidentale d’Afrique (0,5 pour 100) et du mowra de l’Inde (0,6 pour 100).
- Les procédés de fabrication de ces huiles varient naturellement quelque peu dans les détails avec les graines productrices; dans l’ensemble cependant ils sont toujours sensiblement les mêmes.
- Les graines nettoyées avec soin, et décortiquées ou dépelliculées s’il y a lieu, sont amenées aux laminoirs, qui les transforment en une farine huileuse. Cette farine est plus ou moins grossière, selon qu’on a plus ou moins rapproché les cylindres en fonte de ces laminoirs. Elle est ensuite chauffée, ou non, suivant l’huile qu’il s’agit d’obtenir. On ne la chauffe pas si ce doit être, par exemple, de l’huile d’arachide comestible. On la fait passer au chauffoir, sur des plaques dont la température est très légèrement élevée par la vapeur, si ce doit être une huile industrielle, comme l’huile d’arachide de Coromandel, ou si la substance grasse est concrète, comme le beurre de coprah. La farine, en tout cas, est maintenant apportée aux presses.
- Les huileries marseillaises ont très rarement recours à l’entploi exclusif des presses métalliques à cages. On sait que, dans ces presses, qui consti-
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- L’INDUSTRIE MARSEILLAISE DES CORPS GRAS —-r=r=== 179
- Fig. 2. — Broyage des tourteaux à l'huilerie Marie-Antoinette.
- tuent l’outillage le plus moderne, la farine est placée sans être enveloppée; sa masse, à l'intérieur de la cage, est seulement entrecoupée, à intervalles égaux, par des plaques en acier, recouvertes, sur les deux faces, d’étreindelles en crin. A Marseille, la presse à scourtins — dite 0 presse marseillaise » — est toujours en grand usage, au moins pour la seconde pression. Les Etablissements Guis, par exemple, dont nos photographies reproduisent l’outillage, et qui comprennent plusieurs usinés, huileries et savonnerie, ont adopté pour certaines graines, comme celles d’arachides et de sésames, ce système mixte. La farine est passée une première fois dans les presses à cages. Après qu’une première et très forte proportion d’huile s’est ainsi écoulée, sous la pression énergique exercée, les tourteaux sont concassés, puis broyés süus des paires de meules verticales; qui tournent circulairement (fig. 2) ; et la nouvelle farine, arrosée d’eau chaude, est passée dans un chauffoir à assez haute température. C’est alors qu’elle est mise dans ces grandes enveloppes, faites de crin et de poils de chèvre, ou encore d’aloès, qui sont les scourtins. En passant dans la « presse préparatoire », où ils ne subissent
- qu’une légère pression, ces scourtins sont aplatis (fig. 4) ; il est donc plus facile, dès lors, de les empiler en très grand nombre, avec interposition de plaques métalliques, sur les plateaux des presses ouvertes, d’où s’écoule l’huile de seconde pression.
- Les coprahs, dont nous avons dit l’importance à Marseille, après les arachides, sont parmi les graines dont le traitement présente quelques variantes à cette méthode. On n’emploie pas les presses à cages. La farine chauffée est immédiatement placée dans les scourtins, qui, aplatis et déjà un peu pressés dans la grande « préparatoire », sont apportés dans des presses à scourtins fermées. Les graines étant: très richement oléagineuses, l’huilê, dont une certaine quantité a déjà été recueillie dans la « préparatoire », s’écoule en abondance. Après cette première pressée, les tourteaux sont descourtinés ; et ils sont désormais traités comme ceux des autres graines. Ils sont broyés sous les meules, arrosés d’eau, chauffés ; et les scourtins, au sortir de la « préparatoire pour seconde pression », sont mis sur la presse ouverte.
- Il n’y a plus aujourd’hui de troisième
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- 180 ===== L’INDUSTRIE MARSEILLAISE DES CORPS GRAS
- pressée, dont Je rendement ne compense pas les frais de travail.
- Un dégraissage plus complet des tourteaux n’a lieu que pour certaines graines, comme celles de sésame et de coprah, avec lesquelles on prépare des huiles sulfurées. Les tourteaux, en ce cas, après la première ou la seconde pression, sont rebroyés, puis traités par le sulfure de carbone, qui entraîne la presque totalité de la substance grasse restante. On a, comme sous-produit, le tourteau sulfuré.
- Les huiles de première pression destinées à l’alimentation n’ont à subir, pour la plupart, qu’un simple filtrage, si du moins elles proviennent de graines de bonne qualité, comme les arachides du Sénégal. Certaines, cependant, nécessitent un traitement plus complet; telle l’huile de coton, qui est toujours très colorée quand elle est brute, et doit être d’abord neutralisée par la soude, puis blanchie par la terre à foulon.
- Quant au raffinage plus; perfectionné encore, tel qu’il est pratiqué depuis trois ans environ, dans le but de transformer en huiles comestibles certaines huiles inférieures comme celles des arachides de Coromandel, il comprend trois phases : 1° la « neutralisation », qui a pour but de réduire au minimum l’acidité de l’huile, par l’action notamment des lessives de soude caustique ou de carbonate de soude ; 2° la « décoloration1 », ou « blanchiment », qu’on réalise avec des matières absorbantes comme le noir animal ou la terre à foulon ; 5° la « désodorisation », pendant laquelle on élimine les substances volatiles auxquelles les huiles doivent une odeur et une saveur désagréables, et qui est obtenue par l’entraînement de ces substances au moyen
- de la vapeur d’eau.
- Ce mode de raffinage n’est, au surplus, que l’application, qu’on a su étendre aujourd’hui aux huiles fluides, des procédés usités depuis quelque vingt-cinq ans pour la fabrication des graisses végétales alimentaires.
- Le beurre de coco est composé de lau-rostéarine, qui est son principal constituant, de lauroléine, de pal-mitine, de myristine, de butyrine, de caprine et de caproïne, qu’accompagne une petite quantité d’acides gras libres. Il s’agissait donc d’éliminer ces acides gras, puis, pour prévenir tout nouveau dédoublement ultérieur, les corps gras à acides volatils; il fallait également se débarrasser de toutes les autres impuretés qui se trouvent accessoirement dans la substance, et, en définitive, amener celle-ci à être à peu près exclusivement composée des corps gras des acides laurique, palmitique et oléique. Or, le principe de la méthode sur laquelle, vers 1896, la maison Tassy, Rocca et de Roux établissait à Marseille la fabrication de sa « Végétaline » était de traiter tout d’abord le beurre par un alcali, puis de le blanchir, et enfin de le soumettre à un courant prolongé de vapeur d’eau surchauffée. Ce traitement par la vapeur d’eau offre, en même temps, l’avantage de tuer tous les microorganismes dont la présence dans la graisse pourrait être plus tard une cause de rancissement. Le produit finalement est déshydraté.
- Et c’est par des procédés analogues qu’ont été obtenus depuis lors tous les beurres similaires, tels que « Cocose » et « Cocofruitine ».
- Ainsi préparée, la graisse végétale alimentaire est une substance de très bel aspect et très digestible, entièrement blanche, neutre au goût, consistante à la température ordinaire, et de très longue conservation en raison de sa stérilisation à la vapeur et de sa déshydratation.
- Nous avons dit que son commerce d’exportation s’était élevé en 1913, pour Marseille, à 195 000 quintaux; en 1914, les expéditions ont été de 173 080 quintaux, dont 122 120 à destination de l’Angleterre.
- Par les statistiques plus haut données, nous avons vu aussi que la production de la savonnerie marseillaise en 1913 était de 1 796 222 quintaux ; mais il est intéressant maintenant d’ajouter que celte
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- production se répartit en 1 755 222 quintaux de savonsunicolores à base d’huile concrète, 15000 quintaux de savon d’industrie blanc, à base d’huile d’olive, 25 000 quintaux de savon d’industrie vert à l’huile de pulpe d’olive, 20 000 quintaux de savons marbrés, pâles ou vifs, 5000 quintaux des mêmes savons talqués.
- Sous le terme de savons unicolores à base d’huile concrète sont réunis des savons divers, et notamment les savons mousseux, purs ou augmentés, des savons résineux, blanc paille ou jaunes, des savons à la crasse de coton, etc.
- Les savons blancs mousseux sont faits avec des huiles d’arachide, de sésame, de coton, etc., comme huiles fluides, et de coprah et de palmiste, comme huiles concrètes. « Les proportions relatives de ces huiles, écritM. Bontoux, l’un des spécialistes actuels les plus compétents en matière de savonnerie, varient suivant les conditions commerciales, mais surtout avec la saison et la nature du savon; et la proportion d’huiles de graines fluides peut aller de 65 à 70 pour 100, en hiver; à 45 à 50 pour 100, en été, pour les savons purs ; et de 50 pour 100, en hiver, à 55 ou 40 pour 100, en été, pour les savons destinés à être augmentés. »
- Les savons résineux, blanc paille ou jaunes, sont obtenus avec l’huile ou les acides gras de coprah, l’huile de palme, et des suifs ou des graisses, additionnés de proportions très variables de résines.
- Les savons à la crasse de coton sont faits avec les crasses qui proviennent du raffinage de l’huile de coton, et avec, comme matière concrète, le beurre ou les acides gras du coprah.
- Pour les savons blancs à base d’huile d’olive — les savons blancs d’huile d’olive pure étant aujourd’hui très rarement fabriqués — on emploie l’huile d’olive à fabrique, ainsi que certaines huiles de ressence ou l’huile d’enfer, avec une proportion variable d’huile d’arachide ou de sésame.
- Le savon vert à l’huile de pulpe d’olive est fait avec l’huile qui a été extraite par le sulfure de carbone des pulpes ou grignons d’olive. C’est un savon industriel, très employé particulièrement pour le « décreusage » des soies, c’est-à-dire pour l’opération qui consiste à débarrasser la fibroïne brillante de la soie de la matière gommeuse terne, ou grès, qui l’enveloppe.
- Les savons marbrés sont préparés avec les huiles de ressence ou de pulpe d’olive et avec les huiles industrielles ou sulfurées de sésame, très bonnes pour jouer le rôle que jouait jadis l’huile d’œillette, au lendemain de la découverte de Nicolas Leblanc, et qui était de corriger la dureté des savons faits avec l’huile d’olive seule.
- La marbrure est due aux savons et
- sulfures métalliques que la pâte contient. Le fer qui en forme la base peut déjà provenir des récipients dans lesquels les huiles employées ont été conservées. Mais on ajoute au besoin du sulfate de fer pour les marbrés bleu pâle, et, en tout cas, en outre, du colcothar, ou « rouge d’Angleterre », qui est du peroxyde rouge de fer, pour les marbrés bleu vif, qui acquièrent ainsi une teinte rougeâtre. Lorsque, pour augmenter le rendement des huiles en savon, on ajoute du talc au moment du coulage, ce sont les « savons talqués ».
- Les phases successives de la fabrication des savons marseillais sont : Y empâtage, qui est une saponification incomplète, accompagnée toutefois d’une émulsion parfaite; le relargage, dans lequel, au moyen de lessives salines, le savon et l’huile sont séparés de la lessive épuisée de l’empâtage; la cuisson, où la saponification s’achève par ébullition avec des lessives concentrées; enfin le madrage pour les savons marbrés, ou la liquidation pour les savons unicolores.
- Le madrage consiste à agiter fortement la pâte en y ajoutant peu à peu de la lessive faible qui s’y incorpore. L’agitation est obtenue au moyen de plaques en bois rectangulaires, fixées perpendiculairement à l’extrémité de longs manches, et qu’on manœuvre à la main dans le sens vertical. La séparation et le soutirage de la lessive se font dans les « mises » où la pâte ensuite se solidifiera.
- La liquidation, qui s’elFectue à l’ébullition, et avec addition, peu à peu, de petites quantités d’eau, a essentiellement pour but, en hydratant la pâte, de la rendre plus liquide; l’alcali et les sels en excès, ainsi que toutes les impuretés colorées, se séparent ensuite plus facilement de cette pâte, lorsque la température s’abaisse et que la masse est laissée au repos. La lessive chargée des impuretés se dépose alors en une couche inférieure, dont on se débarrasse par décantation.
- Fig. 5. — L’enlèvement du savon solidifié dans les « mises de la savonnerie « La Césarine » à Marseille.
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- La solidification de la pâte a lieu dans les « mises », qui sont des sortes de bassins cimentés et divisés en compartiments. Lorsque la pâte qui y a été coulée a acquis, après un temps variable, la consistance voulue, on la débite en pains ou
- Fig. 6. — -La coulerie de la stéarinerie Fournier à Marseille.
- en barres. Un ouvrier enfonce dans le savon une longue lame tranchante, ajustée à un manche qu’il tient presque verticalement; et deux aides, d’autre part, accroupis sur le bord de la mise, exercent une traction horizontale avec une longue chaîne reliée à cette même lame.
- Le découpage de ces blocs en morceaux cubiques est effectué au moyen d’une machine coupeuse, dans laquelle (fig. 5) le bloc .est placé sur un chariot qui est mobile dans deux directions perpendiculaires.
- Enfin, si ces morceaux doivent être moulés, c’est-à-dire marqués sur les faces, on se sert de machines actionnées à la main ou mécaniquement.
- Le savon est placé dans un moule dont les quatre faces verticales sont indépendantes les unes des autres et fixées seulement par une charnière sur le bord inférieur. Ces faces se relèvent et viennent frapper le savon par le jeu même de la presse.
- Contrairement aux habitudes de beaucoup d’autres
- centres de fabrication, français ou étrangers, les savonniers marseillais pratiquent peu la déglycé-rination préalable, qu’ils jugent, à tort ou à raison, préjudiciable à la qualité et à la beauté des savons ; et, même parmi les quelques usines qui possèdent des autoclaves, la plupart ne déglyeérinent que les huiles concrètes. C’est donc généralement l’huile elle-même qui est traitée par les lessives; et c’est ce qui explique que les statistiques d’exportation de Marseille indiquent, à côté de la glycérine de saponification, une forte proportion de lessives glycérineuses, qui ont été concentrées à, 80 pour 100 et sont surtout destinées aux États-Unis. Et la glycérine de ces statistiques est ainsi surtout un produit de la stéarinerie.
- Les substances grasses que traite cette autre industrie, dont Marseille, nous l’avons vu, fut encore le berceau, sont, en plus des suifs, l’huile de
- Fig. 7. —Machine à couler les bougies de la stéarinerie Fournier.
- palme, et, dans la mesure où il est possible de se les procurer, certaines autres huiles végétales concrètes, comme celles de mowrah et d’owala.
- Le premier traitement de ces substances est une saponification calcaire à l’autoclave. À l’usine
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- Fournier — dont les établissements fournissent à peu près la moitié de la production totale de la stéarinerie française, et où nous avons puisé les quelques renseignements qui suivent — 8 autoclaves, d’une contenance de 4000 à 5000 kg, permettent de travailler 120 000 kg de matière première par jour. Pendant que la glycérine, séparée des acides gras par décantation, est concentrée dans le vide, puis décolorée par le noir animal, les acides gras sont traités par l’acide sulfurique, dans le but d’augmenter la proportion des acides concrets, puis distillés. Ces acides sont ensuite conduits à l’état liquide dans les « mouleaux », où on les laisse se figer; et les gâteaux plats ainsi obtenus sont enfermés dans des scourtins, où ils sont pressés, d’abord à froid, puis à chaud. L’acide oléique s’écoule; une réfrigération en chambre spéciale le débarrasse du reste des corps gras solides qu’il peut encore renfermer. L’acide stéarique resté à l’état de tourteau est, d’autre part, fondu, lavé et clarifié; et il est prêt pour la coulerie.
- Dans la machine à couler (fig. 7) quelamaison Fournier faisait breveter en 1895, tout le travail est effectué automatiquement, aussi bienladistributiond’eau, à des températures qui sont appropriées aux différentes phases du coulage, que le déroulage des mèches et le démoulage de la bougie suffisamment refroidie.
- Lorsque les bougies démoulées ont été rognées par de petites scies circulaires tournant à grande vitesse, et devant lesquelles les a amenées un plan incliné, elles sont entraînées par une chaîne sans fin sous des brosses, qui les nettoient et les polissent, puis sur un bloc d’argent légèrement chauffé qui les marque. Une machine, à l’usine Fournier, coupe, lustre et marque 8000 bougies à l’heure.
- C’est toute cette vie industrielle, retracée ici dans ses très grandes lignes, qu’il importe, à l’heure actuelle plus que jamais, de ne pas laisser s’affaiblir. Et les causes qui tendent à paralyser une activité désireuse de s’exercer, même de s’étendre, sont surtout, d’une part, la situation désavantageuse des frets, d’autre part, l’insuffisance des moyens de transport vers l’intérieur.
- Les conditions du fret et certaines réglementations étrangères éloignent aujourd’hui de nos ports des chargements de graines oléagineuses qui
- devraient normalement y être débarqués et qui von t peut-être, au reste, constituer ailleurs un excédent d’importation.
- L’insuffisance des transports par voie ferrée entrave le commerce des huiles, et aussi celui des tourteaux, dont l’expédition par mer est, d’autre part, interdite. Or, il faut songer que, pour le fabricant, c’est le total de la vente de l’hûile et de celle des tourteaux qui doit représenter le total du prix d’achat des graines et des frais de fabrication. S donc le tourteau est vendu à un prix inférieur, ou, à plus forte raison, s’il reste invendu, les huiles ne peuvent plus être livrées au consommateur ou à l’industriel qu’à des cours anormalement élevés, qui faciliteront la concurrence étrangère. Une hausse se produira dans la suite, par contre-coup, sur les tourteaux qui seront demandés par l’agriculture à l’automne prochain.
- Toutes ces éventualités ont été bien comprises par l’Angleterre, qui, en conséquence, s’est efforcée de maintenir son chiffre de production, et cherche même à accroître l’importance de ses industries des oléagineux. Nos voisins et alliés multiplient à l’heure présente leurs huileries, leurs usines de déglycérination, et, ne fût-ce que pour l’utilisation de l’acide oléique que ces usines rendront disponible, leurs savonneries. Liverpool a déjà étudié le projet de construction de grands établissements dont l’emplacement est trouvé. Des usines de déglycérination doivent être créées également dans les colonies et dominions. Un comité spécial des oléagineux a été fondé à Londres pour protéger l’huilerie anglaise par diverses mesures, et notamment par des droits de sortie sur les graines des colonies. Un Comité gouvernemental est aussi chargé de trancher les questions relatives à ces graines grasses et d’organiser la défense du commerce anglais après la guerre.
- C’est pour nous, à tous égards, un devoir impérieux de suivre cet exemple, en recourant à tous les moyens qui découlent de la connaissance même des causes qui ont déterminé notre gêne actuelle, causes que nous nous sommes contenté ici de faire entrevoir. Henri Jumelle,
- Professeur à la Faculté des Sciences, Directeur du Musée colonial de Marseille
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- La fusée est l’organe le plus essentiel d’un obus; si la fusée ne fonctionne pas, l’obus n’est pas plus dangereux pour les combattants que l’ancien boulet de pierre, mais il reste dangereux pour les imprudents qui le manipulent ou qui veulent en retirer la fusée. Des obus tirés doivent toujours être détruits sur place, sauf quand ils doivent servir à des études.
- Si la fusée fonctionne trop tôt, alors les canons peuvent être éventrés.
- Les fusées sont percutantes ou à temps, fusantes suivant l’expression consacrée, même pour les fusées mécaniques. Si elles sont à la fois percutantes et à temps, elles sont dites à double effet.
- Fusées percutantes. — Les fusées percutantes pour engins lancés par avions ou par ballons diffèrent des fusées d’obus parce que les premiers engins partent sans vitesse initiale et ne peuvent pas être armés au départ. A côté de cette première dif-
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- férence provenant du mode de lancement, il en existe une aulre concernant l’arrivée au but. Suivant qu’il s’agit d’un obstacle a démolir, de troupes à atteindre, derrière un retranchement ou de troupes à arrêter pendant qu’elles montent à l’assaut, les fusées percutantes seront munies d’un retard ou n’en porteront pas. Un retard n’est pas autre chose que Vespolette des artificiers; la capsule de fulminate, au lieu de produire la détonation immédiatement (et nous allons voir plus loin comment), allume une charge de poudre noire comprimée sous la forme d’un cylindre, d’un tronc de cône, parfois d’une simple pastille. Cette poudre met un certain temps à brûler, c’est le retard; pendant ce temps, l’obus pénètre dans l’obstacle et après combustion du retard, la poudre à son tour amène la détonation du fulminate de mercure ou de l’azoture de plomb ou d’autres compositions fulminantes, employées de plus en plus par les Allemands pour remédier à la disette de mercure.
- Ces substances extrêmement sensibles produisent une explosion brutale, mais insuffisante souvent, pour amener la détonation complète des énormes charges d’explosifs renfermées dans un grand nombre d’engins. Une capsule de fulminate amène bien l’inflammation de la charge des poudres renfermées dans les gargousses quelle qu’en soit la quantité, parce que les poudres allemandes et autrichiennes sont soit à base de nitrocellulose, soit formées d’un mélange de. nitrocellulose et de nitroglycérine et tout le monde connaît leur facilité d’inflammation, mais il ne s’agit là que d’enflammer ; pour assurer la détonation de grandes masses d’explosifs fortement comprimés ou fondus — ce qui au point de vue de l’état physique revient sensiblement au même — il est nécessaire d’obtenir une détonation préalable suffisamment énergique. Il faut, en effet, ébranler cet ensemble instable, constitué par un explosif, suffisamment pour le démolir. Les explosifs trop sensibles ne sont pas assez sûrs pour être tirés dans un canon, ils amèneraient infailliblement, sous le choc violent du départ du coup, l’éclatement du projectile dans l’âme de canon et la destruction du canon. Le grand mérite de M. Turpin a été de trouver un explosif très puissant, mais, en même temps, très sûr. Pour rompre l’état de faux équilibre où se trouve un explosif sûr, il faut donc une détonation plus puissante que pour un explosif sensible; une comparaison grossière mettra mieux en évidence la chose. Imaginons deux pierres du même poids se présentant, l’une, sous la forme d’un tronc de pyramide et l’autre, sous celle d’un cube et plaçons-les toutes deux sur le bord d’un toit. Si on les pousse, elles tomberont et exerceront en tombant le même ravage; mais si le tronc de pyramide est placé sur sa petite base, il sera plus facile de le faire basculer et de le précipiter en bas que s’il repose sur sa large base. Le même effort qui a suffi à faire basculer le tronc de pyramide, appliqué
- au cube, ne l’ébranlera pas. La sensibilité de l’explosif est grossièrement comparable à l’instabilité du tronc de pyramide en équilibre sur sa petite base et plus cette base sera étroite, plus facilement le tronc de pyramide pourra basculer sur sa pointe; la pyramide ne se tiendrait que par un prodige d’équilibre. A la pyramide peuvent se comparer des explosifs que l’on n’a jamais pu maîtriser, tant ils étaient sensibles, comme le chlorure d’azote.
- Pour amener l’explosion complète d’un explosif sûr, il faut un détonateur puissant. Aussi place-t-on à la suite de l’amorce une gaine remplie d’un explosif sensible, celte gaine s’appelle le détonateur. Les Allemands appellent les fusées percutantes pour obus explosifs détonateurs.
- L’étude de leurs fusées n’est d’ailleurs point facile; sur ce point, comme sur. bien d’autres — leur uniforme dont les conditions de visibilité ont été scientifiquement étudiées, leurs 420 aux effets terribles contre les obstacles pour ne citer que les plus connus maintenant — le secret a été bien gardé et c’est seulement au cours de la guerre que l’on a pu apprendre comment étaient constituées la plupart de leurs fusées.
- Ainsi donc, une fusée percutante, un détonateur, comprend essentiellement le percuteur qui frappe sur une capsule, celle-ci transmet la détonation, soit directement, soit par l’intermédiaire d’un retard, à une gaine chargée en explosif qui renforce l’effort primitif, la détonation initiale.
- Les fusées percutantes les plus simples, les premières qui ont été utilisées vers 1873 et auxquelles sont revenus nos ennemis dans certains cas, sont constituées par une pièce qui, au contact de l’obstacle, s’enfonce en glissant et vient frapper la capsule de fulminate. L’obstacle peut être très léger. Aussi dans leurs balles explosibles les Allemands utilisent-ils simplement la pression de l’air qui refoule en arrière une capsule de fulminate en l’obligeant à heurter la pointe du percuteur. Contre nos dirigeables dont l’armature présente aux projectiles une résistance très faible, puisqu’ils sont en toile, la maison Krupp avait imaginé en dehors des projectiles à griffés, une fusée dont le percuteur très sensible était en bois ou en aluminium, afin de présenter au moment du choc au départ une inertie très faible. Tout mouvement de recul est encore empêché par un frein à pattes, dont les pattes sont constituées par des leviers (fig 1 et 2). La tête du percuteur est arrondie et percée de trous, afin d’opposer le moins possible de résistance à l’air. La courbure a pour but d’obliger Taxe du percuteur h reculer dans le corps de la fusée même si le choc a lieu obliquement (‘).
- Cilons encore dans le même ordre d’idées — percussion par recul du percuteur à la suite d’un choc contre le but — les grenades à fusil en forme d’épi de maïs. Le percuteur de cette fusée est libéré et
- 1. Brevet français 404.741 du 5 juillet 1909 et 421.556 du 24 février 1911 demandé en Allemagne le 14 janvier 1910.
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- Fig. i.
- peut reculer au moment du choc par suite de la chute d’une.petite bille au moment du départ du coup.
- Nous avons déjà vu dans les deux dernières séries de fusées la nécessité où l’on se trouve, pour éviter un fonctionnement prématuré des fusées, de lutter contre l’inertie. Le phénomène est trop connu de nos lecteurs qui l’ont tous éprouvé au moment de l’arrêt brusque de la voiture ou du train où ils se trouvaient pour insister longtemps sur ce point. L’effet dû à l’inertie est d’autant plus grand que le départ ou l’arrêt est plus brutal.
- C’est d’après le principe d’inertie à l’arrivée sur l’obstacle que fonctionnent les engins lancés par les avions ou les zeppelins à la main, quand ils ne les lancent pas avec des canons. Mais, à cause de l’atterrissage qui peut être brusque dans le cas des avions, il convient de munir les fusées percutantes d’appareils de sécurité ; sans cette précaution, le chargement de bombes serait plus dangereux pour l’aviateur que pour ceux qu’il désire atteindre. Aussi le percuteur n’est-il rendu libre qu’à l’aide d’une vis se dévissant pendant la chute de la bombe ou d’un verrou que le tireur déverrouille au moment de lâcher sa bombe.
- 11 serait certainement beaucoup plus avantageux de lancer les bombes avec un canon, mal-heu reusement un gros canon n’est pas facile à transporter, en avion surtout, peut-être cependant verra-t-on se réaliser, chez nous d’abord •— il faut le souhaiter et l’espérer — un canon permettant de lancer de grosses bombes du haut d’un avion.
- Dans les canons, l’armement des fusées se produit au départ. C’est même par suite de l’enfon-
- Fig. 4.
- en rencontrant
- cernent et de l’avalement du bouchon des premières fusées percutantes de 5 cm 7 que cette fusée (fig. o) a dû être abandonnée et que les Allemands ont adopté, en même temps que nous, les fusées fondées sur le principe d’inertie.
- L’enfoncement du bouchon de la fusée de 3 cm 7 se produisant par inertie et l’avalement était dû à la pression de l’air ; parce que les pièces nouvelles d’artillerie tiraient à plus fortes charges et communiquaient aux obus une plus grande vitesse. Malgré toutes les goupilles D et malgré tous les obstacles apportés à son déplacement vers l’arrière le bouchon qui, comme le montre la figure 3, doit s’enfoncer seulement en arrivant au but et amener la détonation par friction du rugueux E dans l’amorce A, reculait et s’avalait si les goupilles étaient trop faibles ; au contraire, si les goupilles étaient trop fortes, le bouchon refusait de s’enfoncer l’obstacle et l’obus n’éclatait pas.
- Dans les fusées de campagne modèles 1882 et 1884 (fig. 4 et 5) adoptées par les Allemands pour remédier à ces inconvénients se trouve utilisé pour l’armé du percuteur le principe d’inertie. Ces fusées sont tirées sur les champs de bataille avec les obus de gros calibre. L’armé se produit au moment du départ du coup, avec écrasement des bras du porte-mas-selotte a. La masselotte A coiffe le percuteur et, à l’arrivée, celle-ci entraîne le percuteur et l’explosion se produit dans la gaine D.
- La fusée modèle 1884 diffère de la fusée modèle 1882 sur les points suivants : le haut de la fusée recule en même temps que la masselotte pour adoucir le mouvement de recul et empêcher qu’il ne se produise un rebondissement du percuteur, surtout quand on tire aux fortes charges.
- Détonateurs et gaines.
- — Les détonateurs sont, comme nous l’avons vu, des fusées percutantes munies de gaines, c’est-à-dire de chambres cylindriques renfermant un explosif, assez sensible pour détoner sous l’influence du fulminate et en quantité suffisante assurer la détonation de la masse d’explosif renfermée dans l’obus.
- Fig. 5.
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- Les figures 6 et 7 correspondent au type des premières gaines employées pour les gros obus de 15 cm modèle 83 et de 21 cm modèle 83. La première employée seulement pour l’obus allongé porte la douille d’amorçage remplie d’un explosif qui renforcera la détonation de la capsule renfermant le fulminate. Cette dernière capsule détone sous l’action du retard qui se trouve dans le bouchon fileté modèle 83 porte-retard (Mundloch futter C/83). C’est dans ce bouchon fileté que se visse la fusée percutante modèle 82 décrite plus haut. Dans le cas où la détonation doit être instantanée, ce bouchon est dévissé et la fusée percutante seule est vissée au moyen d’un
- bouchon fileté intermédiaire qui ne renferme pas de retard. Le retard est ici de deux secondes. La figure 7 représente un autre dispositif, celui qui a été adopté dans la gaine détonante avec porte-retard pour obus de 21 cm modèle 83. La fusée percutante adoptée est la fusée modèle 1884; elle ne se visse pas dans le bouchon fileté porte-retard, mais sur le corps de la fusée. Le retard peut être enlevé sans qu’il soit nécessaire d’avoir un bouchon intermédiaire.
- Cette description un peu sommaire montre à quelle complexité étaient arrivés les Allemands peu de temps avant la guerre.
- Ils avaient si bien compris les inconvénients de leur système qu’ils se sont efforcés de le simplifier et qu’ils y ont réussi en grande partie.
- L’importance du retard, ainsi que nous l’avons vu, est très grande au point de vue de l'emploi des obus; elle l’est aussi au point de vue du réglage.
- L’explosion d’un obus qui a déjà pénétré dans l’obstacle,
- point de vue des effets de destruction, est moins visible pour le tireur.
- Le réglage pour être rapide, doit être exécuté avec des obus explosifs tirés sans retard. La fumée noire ou rousse produite par l’explosion est très visible. Mais il est fort ennuyeux d’être obligé d’avoir dans les caissons des fusées de deux types.
- Après avoir adopté une nouvelle fusée pour obus explosifs, la fusée percutante modèle 96 (fig. 8), qui était avec retard' ou sans retard, les Allemands ont réussi à la transformer en fusée modèle 1896-1904 (fig. 9), puis ils ont établi la fusée modèle 1904 (fig. 10), qui toutes Fig. 6 et 7. deux peuvent, à l’aide d’une
- simple clef de réglage, être transformées en fusée sans retard ou être tirées avec retard. Des ouvertures placées sur le plateau mobile permettent à la détonation du fulminate d’arriver à la gaine relai soit directement, soit par l’intermédiaire d’un retard. Le corps de la fusée n’est plus disposé comme celui de la figure 9 ; il est formé de trois compartiments cylindriques.
- Les lettres M. Y. et 0. Y. indiquent la position que doit occuper l’index suivant que l’on doit avec retard (mit Verzogerung) ou sans retard : (ohne Verzogerung). Pour les obus de 105 et de 150 une nouvelle fusée per -eu tante a également fait son apparition sur les champs de bataille.
- L’appareil percutant ne s’arme qu’a-près le tir et pendant le trajet de l’obus.
- L’organe de sécurité est un cylindre de poudre noire, souvent utilisé dans ce but par les Allemands.
- Fig 9 et jo. Tant que ce cy-
- lindre existe, il est impossible à la mas-
- si elle est plus efficace au | selotte de se déplacer et de venir frapper le per-
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- cuteur, soit dans les transports, soit dans le tir
- (fig. H).
- Au moment du tir, la petite capsule qui est à droite vient par inertie heurter le percuteur, le feu est mis au cylindre de poudre noire. Au fur et à mesure qu’il brûle, le cylindre diminue de volume et l'axe qui maintient la masselotte s’élève sous l’action du ressort antagoniste. La masselotte devient libre quand la combustion est terminée. [Jn évent placé sur le côté permet aux gaz produits par la combustion de s’échapper.
- Fusées à temps — Les fusées à temps allemandes et autrichiennes sont presque toutes fusantes; on n’a trouvé sur les champs de bataille qu’un très petit nombre de fusées à mouvement d’horlogerie. Celles-ci appartiennent à un des types des fusées mécaniques.
- Rappelons en quelques mots les diverses catégories dans lesquelles se classent les fusées mécaniques :
- Fusées à mouvement d’horlogerie ;
- Fusées fondées sur - le principe de la toupie ou du pendule et utilisant soit le mouvement de rotation du projectile, soit la rotation d’appareils entraînés au moyen d’ailettes extérieures ;
- Fusées à écoulement de liquides ou de grains métallique.
- Les fusées mécaniques ne sont pas encore au point; elles présentent de réels avantages sur les fusées fusantes notamment dans le tir contre avions.
- Les fusées à temps fonctionnent de la même manière que les retards décrits plus haut, mais le retard est de longue durée et
- de durée réglable. La poudre comprimée sous forme de cordeau est placée dans la gorge de deux plateaux appelés cadrans, placés l’un au-dessus de l’autre.
- Dans les fusées de très courte durée, il n’y avait qu’un seul cadran; mais actuellement les
- Fig. ii.
- Fig. 12 et i3.
- Fig. 14 et i5.
- Allemands cherchant à augmenter la portée de leurs pièces, ont dû également augmenter la durée de leurs fusées.
- Quand les deux cadrans sont placés à la position 0, les tubes fusants ne jouent aucun rôle et la flamme se transmet directement à la charge intérieure.
- Le maximum de durée s’obtient en tournant le cadran mobile de manière que la combustion de chacun des deux tubes ne commence qu’après combustion complète de l’un d’eux.
- Les durées intermédiaires s’obtiennent en plaçant le cadran mobile aux positions indiquées par des graduations. Ces graduations sont en secondes et dixièmes de secondes ou en hectomètres et fractions.
- Une graduation facile à lire présente l’avantage de rendre la tâche plus aisée au servant chargé de donner la distance, mais elle présente le grave inconvénient d’indiquer à la batterie ennemie la distance où se trouve la batterie à démolir.
- Les Russes avaient déjà indiqué et utilisé, il y a quelques années, ce procédé de repérage et depuis nous avons eu maintes fois l’occasion de nous servir de ce moyen très simple pour découvrir la position exacte des canons ennemis.
- Aussi la maison Krupp et d’autres ont-elles imaginé des clefs de réglage permettant de mettre automatiquement le cadran à la position voulue sans que la fusée porte d’indications. Deux encoches suffisent.
- Nous aurons peut-être l’occasion de revenir sur ce point. L’allumage
- des fusées à temps, fusantes, s’effectue de la même manière que l’allumage du détonateur dans les fusées percutantes.
- L’appareil est de dimensions plus faibles ; il s’appelle appareil concutant au lieu de se nommer appareil percutant. Le concuteur frappe l’amorce au
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- ACADEMIE DES SCIENCES
- Fig. 16.
- moment même du départ.
- Les figures 42, 15, 14 et 15 représentent l’appareil fusant des fusées à double effet modèle 1885 et 1888. La fusée percutante se visse dans la partie filetée. Le détonateur à double effet modèle 1888 n’a qu’un plateau alors que la fusée à double effet modèle 1885 en a deux. Cette dernière porte une
- lopp. 2.92 locmft
- Sp
- 0^=fiO)
- double graduation en secondes et en hectomètres. Au départ, les deux petits concu-teurs qui sont sur les côtés allument le cordeau fusant et la combustion se transmet à l’intérieur quand la graduation voulue est atteinte.
- Si l’étude des fusées percutantes allemandes, avant que l’on arrive à celles préparées pour cette guerre est complexe, celle des fusées à double effet l’est encore plus. Aussi les artilleurs allemands ont-ils vu apparaître avec satisfaction la fusée modèle 92 (fig. 46). Leurs écrits militaires entonnent de véritables louanges en faveur de cette fusée qui est vraiment un engin complet (fertig) comme ils le disaient.
- Plus de fusée percutante à visser au dernier moment, un simple anneau à
- relever en même temps que se déchire une toile et s’arrache une goupille et la fusée vissée sur l’obus est prête à recevoir la distance.
- Des fusées analogues ont été construites pour les calibres supérieurs comme le représentent les figures 4 7 et 48.
- Enfin, et c’est par là que nous terminerons cet exposé déjà fort long, pour assurer dans de
- Fig. 17.
- hi 11111 C—^ C)~ 0 fu,
- JLJ 3
- bonnes conditions le fonctionnement de leur obus unitaire, obus qui peut fonctionner comme shrapnell, c’est-à-dire comme un petit canon vomissant de la mitraille avec une gerbe relativement étroite ou comme explosif avec une gerbe largement ouverte, les Allemands ont construit une fusée que l’on pourrait appeler à triple effet, percutante et fusante de deux manières.
- Certains obus traceurs, à ogive détachable mais peu nombreux, ont encore des fusées allumant d’abord des charges dégageant une flamme ou une fumée colorée (ce qui permet de suivre la trajectoire de l’ogive) avant d’amener l’explosion finale de l’obus. Nicolas Flamel.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 3i juillet 1916.
- L'influence de Vénus sur les lâches solaires. — La Terre détermine, dans le cours de sa rotation autour du Soleil, un déplacement sensible de la latitude moyenne des taches solaires. Si cet effet pouvait être attribué à une simple action de masse, l’effet de Vénus devrait être double de celui de la Terre. C’est ce que M. Arctowski s’est proposé de rechercher. Déjà, en 1867, MM. Warren de la Rue, Stewart et Loewy avaient constaté que, lorsque Vénus traverse l’équateur solaire, les taches solaires ont une tendance à se grouper près de l’équateur, tandis qu’elles s’en éloignent lorsque la planète passe dans l’un ou l’autre hémisphère; l’étude de M. Arctowski confirme et précise ce résultat. Les observations de Greenwich de 1874 à 1915 donnent une courbe régulière,. dans laquelle une différence de 7° entre le maximum et le minimum doit être attribuée à Vénus ; mais l’effet se produit avec un retard d’environ cinq rotations solaires.
- Le feu Grégeois. — M. Zenghelis reprend cette vieille question; il fait remarquer que, d’après les
- descriptions, le feu était lancé par un tube de cuivre avec bruit de tonnerre et dégagement de fumée. Il en conclut qu’il y avait là un véritable canon, dans lequel on utilisait des mélanges explosifs et incendiaires à base de nitre et que, par conséquent, la découverte de la poudre doit être reportée à l’ingénieur byzantin Callinicus.
- Trottoir dynamographique. — M. Jules Amar a combiné un trottoir dynamographique double, enregistrant les phases du mouvement des deux jambes, soit que l’une soit malade et l’autre saine, soit que toutes deux soient malades. Cet ingénieux appareil permet de faire la rééducation locomotrice des blessés, de corriger les mauvaises démarches, d’établir le diagnostic des impotences et d’en suivre l’évolution. Il fournit, en outre, un utile contrôle pour les défauts que les appareils de prothèse du membre inférieur peuvent entraîner dans l’exécution du pas : défauts qui ont parfois un retentissement fâcheux sur l’état fonctionnel des moignons.
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- L’INDUSTRIE DE LA SIBÉRIE ET LA GUERRE
- La Sibérie a toujours été célèbre par ses immenses richesses naturelles, mais c’est surtout depuis la guerre qu’elle est devenue l’objet d’un inte'rêt particulier aussi bien en Russie qu’à l’étranger. Le manque de nombreuses matières premières principalement des métaux dont par contre abonde la Sibérie, y a beaucoup contribué. Mais quoique ce vaste pays mérite à tous points d’être bien connu, les notions qu’on possédait jusqu’ici sur lui et surtout sur son développement économique et industriel étaient très vagues et souvent inexactes.
- Dans la vie économique de la Sibérie, l’agriculture occupe une place importante. Des millions de tonnes de farine, qui forme 64 pour 100 de l’exportation par le chemin de fer Transsibérien, sont envoyées annuellement dans la Russie d’Europe. On a calculé que chaque famille de colons, établie en Sibérie, met sur le marché 2500 à 3250 kg de farine par an; de cette façon, les 400 000 familles, installées pendant les cinq dernières années, auraient accru la production annuelle du pays de 1 000 000-1 300 000 tonnes. La guerre, en rendant excessivement difficile le transport des marchandises, a contribué à amasser de grandes quantités de farine, destinée à être exportée en 1915, et même une partie de celle produite en 1914. L’aménagement de la voie aquatique Obi-Volga, projetée depuis longtemps, serait donc d’une grande utilité pour le développement de l’agriculture sibérienne, en permettant une exploitation rapide et à bon marché (50 francs par tonne).
- L’élevage du bétail est également développé en Sibérie, surtout parmi les peuplades nomades qui habitent certaines régions. II fournit des cuirs, de la graisse et du beurre, largement exportés même à l’étranger. La guerre arrêta cette dernière exportation et une grande quantité de beurre périt faute d’emploi. Actuellement 16400 t. de beurre étant préparées pour l’exportation, les industriels ont demandé récemment au Gouvernement l’autorisation de l’exporter en Angleterre, atin de l’empêcher de subir le sort de celui de l’année précédente.
- Les forêts immenses de la Sibérie qui offrent de telles ressources à l’exploitation restent encore presque inlactes, leur bois n’étant guère employé que comme combustible ou pour les constructions. C’est à peine s’il y existe une fabrique de papier, trois d’allumettes et quelques fabriques de caisses et de bouchons de bois, employés dans la préparation du beurre.
- Ces forêts abondent d’animaux à fourrures plus ou moins recherchées depuis le loup ou le renard vulgaire, employés sur place, jusqu’au superbe renard bleu, l’hermine royale, et la zibeline d’un prix exhorbitant, qui font la parure des élégantes de tous les pays. La chasse à ces animaux occupe un grand nombre d’habitants, surtout pendant
- l’hiver lorsque les fourrures sont les plus fournies. Leur destruction a même atteint des limites alarmantes qui ont provoqué une certaine réglementation de leur chasse. Les fourrures, après avoir passé par les grandes foires qui ont lieu annuellement dans quelques villes (la fameuse foire de fourrures d’Irbite), sont exportées en Russie d’Europe et à l’étranger, la Sibérie étant à ce point de vue le fournisseur du monde entier. Autrefois toutes les fourrures, mêmes celles employées en Russie, passaient par Leipzig où elles étaient préparées. La guerre, en l’interdisant, porta une grande atteinte au commerce de fourrures sibérien, dont le centre se transporte actuellement à Paris.
- Les cours d’eau et les lacs de la Sibérie ne manquent point de poissons de la meilleure espèce dont la mise en conserve aurait pu être une source de grands profits. Malheureusement, la population locale manque complètement d’initiative et de connaissances nécessaires et les entreprises de ce genre, quoique fort prospères, sont rares et toutes récentes. Il en est notamment quelques-unes, formées dernièrement par des prisonniers de guerre allemands et autrichiens. Le plus souvent la pêche n’est destinée qu’à la consommation immédiate et le précieux caviar, payé si cher ailleurs, est vendu à prix dérisoire et quelquefois même abandonné.
- Les richesses minérales, cachées dans les profondeurs du sol sibérien, sont non moins importantes. Op peut citer en premier lieu les réserves importantes de houille qui favoriseraient le développement de l’industrie en lui fournissant le combustible. Leurs gisements les plus importants sont situés dans le district d’Iénisseisk, dans le département d’Irkoutsk, dans celui de Siémipalatinsk et surtout dans le département de Tomsk (Sibérie occidentale). Si les trois premiers gisements offrent déjà une base suffisante au développement de l’industrie houillère, le. dernier, connu sous le nom d’houillères de Kouznetzk, présente des réserves de houille presque inépuisables. Il s’étend en effet sur 45 000 km*, dépassant ainsi sensiblement les gisements du Donetz (12 000 km2). La quantité de houille, contenue dans les houillères d’Irkoutsk, a été évaluée à 250 millions de tonnes et celle des gisements houillers de Kouznetzk à 920 millions de tonnes. !Sa qualité est excellente; la contenance en cendres ne dépasse pas 5 à 4 pour 100, celle en soufre 0,4 à 0,5 pour 100; sa puissance calorifique surpasse 8000 calories; elle se prête éminemment à la fabrication du coke de la meilleure qualité dont elle produit jusqu’à 60 pour 100.
- Malheureusement ces gisements sont encore insuffisamment exploités, quoique l’extraction de la houille se développe rapidement et s’est accrue de 125 pour 100 pendant les quatre dernières années. La construction récente des voies ferrées d’Altaï, de Kouloundinsk et de Minoussinsk, d’une
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- 190 ===== L’INDUSTRIE DE LA SIBERIE ET LA GUERRE
- longueur totale de 4 700 km, va sans doute donner un nouvel essor à l’industrie houillère de Rouznetzk dont les produits pourront servir à alimenter non seulement l’industrie locale, mais aussi celles de l’Oural et de la Russie d’Europe et même être exportés à l’étranger. En outre, le Ministre du Commerce et de l’Industrie russe a proposé dernièrement au Conseil des Ministres, dont il a d’ailleurs obtenu l’approbation, d’accorder des crédits spéciaux à la construction d’un port sur le fleuve Tome et d’une voie ferrée spéciale sur une de ses rives qui permettront le transport, aussi bien par terre que par eau, de la houille de Kouznetsk, destinée à alimenter l’industrie de l’Oural.
- <k. Ces immenses réserves de houille ont une importance d’autant plus grande qu’elles sont situées dans le voisinage des vastes gisements de fer. Ainsi, le bassin de Kouznetzk possède, à côté de ses houillères, des gisements de magnétite, fournissant jusqu’à 65 pour 100 de fer, et dont le contenu est évalué à 16,5! raillions de tonnes. Le minerai de fer existe également en quantités considérables dans le département d’Irkoutsk, dans les monts d’Altaï, dans la région maritime, etc....
- Quoique l’exploitation du fer en Sibérie ait déjà acquis un certain développement, ielle est encore loin d’avoir atteint les dimensions auxquelles la destinent les immenses réserves de minerai de fer de ce pays. La Sibérie aurait pu, en effet, fournir ce métal à la Russie tout entière, dont la consommation annuelle probable de fer et de la fonte pour la construction de ses chemins de fer seulement est calculée à 1 650 000 t. D’autre part, la Sibérie elle-même consomme une grande quantité de ce métal comme le montrent les chiffres de son importation en 1910 : 33 000 t. d’articles en fer par le chemin de fer Transbaïkalien, plus de 164 000 t. par le Transsibérien, et 41 000 t. de fer et de fonte par voie d’eau. Enfin on a calculé qu’en 1918 la consommation de la fonte seule par la Russie d’Asie atteindra 400 000 tonnes.
- La guerre a beaucoup accru la consommation du fer en Sibérie, car de nombreuses usines des régions envahies y ont été évacuées. En outre, par suite des grandes difficultés du transport en Russie, le Gouvernement n’autorise plus l’installation des nouvelles usines dans les départements de Pétrograd et de Moscou, dont le ravitaillement devient de plus en plus difficile.
- Le développement industriel de la Sibérie occupe sérieusement les sphères industrielles et gouvernementales de la Russie. La construction d’une vaste usine métallurgique dans la région de Kouznetzk serait d’une grande utilité. Malheureusement il ne s’est point trouvé jusqu’ici d’entrepreneur assez énergique pour créer une pareille- usine, si l’on ne compte la proposition récente d’un groupe d’entrepreneurs russes, repoussée par la Douma pour avoir exigé trop d’avantages et d’avances du Gouvernement. D’autre part, pour satisfaire à la
- demande toujours croissante d’automobiles et de machines agricoles, le Gouvernement a décidé à créer des usines de construction correspondantes.
- Enfin, la construction de nouvelles voies ferrées donnera certainement un grand essor à l’industrie métallurgique de la Sibérie, en exigeant d’une part des quantités considérables de fer dans le pays même et en facilitant, de l’autre, le transport de ce métal dans la Russie d’Europe et de la fonte de la province Maritime au Japon. Signalons à ce propos la séance du 13 juin dernier de la Conférence, chargée d’élaborer le plan des voies ferrées de l’Empire russe, où fut décidée la construction prochaine en Sibérie de plusieurs lignes de chemins de fer parmi lesquelles en premier lieu celle de Kouznetzk-Barnaoul qui réunira les régions houillères et métallurgiques de Kouznetzk à l’Oural.
- A côté des gisements du fer il faut signaler ceux du cuivre dont l’extraction a quintuplé de 1907 à 1913 en passant de 1120 t. à 5600 t. Les réserves importantes de ce métal permettraient non seulement de satisfaire pleinement la demande du pays, mais suffiraient même à l’exportation. Jusqu’à la guerre une grande quantité du cuivre, extrait dans la Sibérie-Occidentale, était achetée par les représentants du Syndicat du cuivre européen. Les événements actuels, en augmentant la consommation de ce métal, ont ouvert de nouvelles perspectives à l’industrie du cuivre sibérienne qui va sans doute acquérir prochainement un développement considérable.
- Une des industries le plus anciennement implantées en Sibérie est celle de l’or qu’on trouve surtout dans : la Transbaïkalie, les districts de Tomsk, d’Altaï, de Krasnoïarsk-Atchinsk,deMinous-sinsk, etc.... Son exploitation déjà importante s’accroît continuellement. Toutefois un auteur aussi compétent dans cette question que l’est M. Bar-botte de Marny trouve (Finansovaïa Gazeta du 21 janvier 1916) que cet accroissement n’est déterminé que par l’augmentation du nombre de placers et de mines d’or, car l’exploitation de ce métal dans chaque endroit, après avoir atteint son développement maximum, subit une certaine diminution. La quantité d’or qui s’y trouve s’épuisant peu à peu, leur exploitation ne peut plus être faite avantageusement par des procédés rudimentaires, employés au début. Or, l’usage de machines et de méthodes perfectionnées telles que dragues, excavateurs, procédé hydraulique et traitement chimique, exige des connaissances techniques et des capitaux importants qui le rendent inaccessible à la plupart d’exploitants. M. Barbotte de Marny croit donc que l’industrie de l’or est menacée d’un danger, auquel le Gouvernement peut et doit parer par des mesures opportunes. Il affirme qu’en aidant les exploitants à franchir la période dilfiçile, le Gouvernement éviterait l’abandon des nombreux placers encore riches en or, et qu’en conduisant lui-même des recherches et explorations, il contribuerait à la découverte des nouveaux gisements
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- L’INDUSTRIE DE LA SIBÉRIE ET LA GUERRE ----- 191
- du précieux métal aussi bien dans la Sibérie que dans la région nord de l’Oural.
- L’organisation de la navigation sur la Léna, depuis longtemps projetée, contribuerait aussi beaucoup au développement de toute la région aurifère du Vitime. Malheureusement le Gouvernement, à la poursuite de l’économie, se dispose à limiter cette navigation à la partie supérieure de la Léna, comprise entre Irkoutsk et Gigalovo, où ce fleuve n’est navigable qu’au printemps durant la période de grandes eaux.
- La guerre a exercé une grande influence sur rindustrie de l’or en la privant de la main-d’œuvre expérimentée et en augmentant le prix des matériaux dont elle se sert. D’autre part, la différence considérable des prix de l’or en Russie et à l’étranger a extraordinairement développé l’écoulement de l’or en fraude à l’étranger, surtout par voie de Chine. On espère empêcher ce phénomène par des mesures énergiques, qui sont en train d’être élaborées actuellement, et accroître la production de l’or en fournissant à ses exploitant s la main-d’œuvre et les matériaux nécessaires.
- A côté de ces trois métaux principaux on trouve en Sibérie des pierres précieuses, de minéraux d’argent et de plomb, des minerais de zinc (principalement dans les steppes Kirguizes, dans l’Altaï Occidental, dans les districts deMinous-sinsk et de Nertchinsk et dans la province Maritime), de manganèse (dans les districts de Siemipa-latinsk, de Karkaralinsk et de Minoussinsk qui renferment de grandes quantités de ce minerai, contenant jusqu’à 70 à 80 pour 100 d’oxyde de manganèse), du wolfram, de l’étain, de l’antimoine, du cinabre, du mercure, du soufre, du salpêtre, du graphite, du naphte, du quartz, du sulfure et du sulfate de sodium, de l’argile blanc, du sel de cuisine, etc.
- L’extraction du sel est très variable et diminue peu h peu. La faute en serait à la concurrence du sel de l’Oural, selon les uns, a la mauvaise qualité du sel sibérien, selon les autres, et aux défauts de sa préparation, d’après un troisième avis.... La plupart de ces substances sont encore peu exploitées et attendent tout de l’avenir, lorsque ces sources quasi-inépuisables de richesses naturelles devien-
- dront des facteurs importants du développement du pays.
- Il en est de même du développement industriel de la Sibérie qui a été jusqu’ici peu important. Les Anglais et, les derniers temps, les Américains exploitaient presque seuls ses richesses, tandis que les capitaux russes préféraient se diriger d’un autre côté. En général la Sibérie se trouvait en regard à la Russie dans la situation caractéristique d’une colonie par rapport à sa métropole. Seules les industries fournissant les matières premières, telles que les industries extractives, l’agriculture, la sylviculture, la chasse, la pêche, etc.... y sont plus ou moins développées. Leurs produits : les céréales, la houille, le bois, le lin, le chanvre, la graisse, la laine, les cuirs et les fourrures brutes, etc., font
- seuls l’objet de l’exportation sibérienne aussi bien dans la Russie d’Europe qu’eri Orient. Quant aux produits fabriqués de toutes sortes, tels que : tissus, machines, articles métalliques, papier, huiles minérales, savon, sucre, épices, fourrures dégrossies, etc...., la Sibérie les reçoit de la métropole ou de l’étranger. Elle ne possède elle-même que fort peu d’usines et fabriques et celles qui y existent sont le plus souvent de peu d’importance comme le montre le tableau suivant, donnant le nombre et la production d’usines et de fabriques de quatre provinces de la Sibérie Occidentale, les plus développées au point de vue industriel.
- 1900 1910 1913
- Nombre de fabriques
- et d’usines:- 12 200 16 800 21 500
- Leur production (en
- milliersdefrancs) : 122 000 173000 266 000
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- L'INDUSTRIE DE LA SIBÉRIE ET LA GUERRE
- Encore faut-il remarquer que la plupart de ces entreprises et les plus importantes sont
- Fig. 2. — Vue de la ville de Bargonzini ( Transbaïkalie) en hiver.
- celles qui traitent les matières alimentaires, c’est-à-dire des moulins, des usines d’alcool, etc....
- Quelles sont les cau-ses de ce phénomène ? r -
- Les plus importantes sont certainement : le manque de capitaux, et de bons moyens de transport, d’une part, l’absence des connaissances techniques et de l’initiative, de l’autre.
- Quant à celle alléguée habituellement, c’est-à-dire la faible densité de la population qui fait que la Sibérie ne présente pas de marché d’écoulement important et que la main-d’œuvre y manque, — elle est bien insuffisante pour justifier le retard industriel du pays. En effet, l’importation considérable montre
- que les besoins de la Sibérie sont assez élevés.
- Leur satisfaction et l’exportation de l’excès en Orient auraient suffi à occuper une industrie dé-
- veloppée. Quant à la main-d’œuvre, si la population locale n’en fournit pas assez, ce défaut est largement comblé par les colons.
- Les salaires bas (de 2 à 5 fr. par jour en moyenne) prouvent assez qu’en général la main-d’œuvre n’est pas rare. Ce ne sont pas, il est vrai, des ouvriers qualifiés, mais le faible développement de l’industrie en est la cause et son progrès attirerait suffisamment d’ouvriers professionnels.
- La guerre a tout bouleversé et quoiqu’il soit difficile de prévoir en ce moment le rôle qu’elle jouera dans le développement industriel de la Sibérie, on peut affirmer d’ores et déjà qu’elle ne passera point inaperçue et espérer qu’après sa fin la Sibérie
- Fig. 3. — Mines d’or du district de Bargonzini (Transbaïkalie). Une drague fonctionnant sur le Tzipikane, affluent de la Lena.
- marchera plus rapidement vers le progrès qu’elle ne l’a fait jusqu’à présent.
- A. Kaminer.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahdre, rue de Fleuras, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N“ 2243.
- 23 SEPTEMBRE 1916
- LE CORPS DE RÉÉDUCATION
- Nul ne met plus en doute aujourd’hui les services que peuvent rendre pour la guérison et la rééducation des blessés les divers traitements physiques : mécanothérapie, massage, hydrothérapie, thermothérapie, électrothérapie, radiothé-
- PHYSIQUE AU GRAND PALAIS ^
- ment appliquée, d’heureux et parfois même de surprenants résultats.
- Les succès qu’on lui doit depuis le début de la guerre dans le traitement des blessés ne se comptent plus aujourd’hui; ils ont conduit le Service de
- Salle de gymnastique.
- rapie, radiumthérapie, que l’on réunit sous le nom de physiothérapie.
- Qu’il s’agisse d’activer la cicatrisation d’une plaie, de mobiliser une articulation ankylosée, de réveiller des muscles inertes ou atrophiés, la physiothérapie donne, lorsqu’elle est rationnelle-
- Santé militaire à créer, dans les diverses régions du territoire, des centres de physiothérapie, confiés à des médecins spécialistes, qui reçoivent les blessés des hôpitaux et des dépôts de convalescents du voisinage, susceptibles d’être améliorés par un traitement physique.
- 44' Année. — 2' Semestre.
- 13 — 195.
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- LE CORPS DE RÉÉDUCATION PHYSIQUE AU GRAND PALAIS
- Paris possède un de ces centres qui mérite d’être connu pour son importance et sa remarquable installation. Annexé à l’hôpital militaire du Grand Palais, il profite du luxe et de la beauté des salles de ce monument qui en font un service grandiose, unique au monde. Recevant tous les blessés du Gouvernement militaire de Paris et de la IIIe Région (Rouen), il est certainement le centre qui traite le plus grand nombre de blessés. Enfin, situé dans la capitale, il est devenu un vaste laboratoire où l’on étudie et examine les nouveaux modes de traitement.
- Sa désignation militaire officielle est « Dépôt
- mission médicale qui observe les effets du traitement et prescrit sa continuation ou ses modifications.
- A la fin de leur séjour au Grand Palais, les blessés sont divisés en deux catégories : ceux qui ne peuvent reprendre leur service et sont par conséquent envoyés en convalescence, ou classés dans les services auxiliaires, ou proposés pour la réforme ; ceux qui, complètement guéris, peuvent retourner à leur corps.
- Ces derniers sont entraînés pendant quelque temps aux exercices militaires pour reprendre l’habitude du maniement d’armes et des mouvements du soldat.
- L’effectif du corps de rééducation physique dépasse fréquemment 2200 blessés. Lorsqu’on passe dans les salles, on a l’impression d’une ruche bourdonnante et pleine d’activité. Activité précieuse, puisque 80 pour 100 des entrants ressortent complètement guéris ou tout au moins assez améliorés pour reprendre
- L’école de massage. '
- de physiothérapie » ou « corps de rééducation physique »,
- Administrativement, le corps de rééducation physique est un véritable corps de troupe, avec ses cadres d’officiers et de sous-officiers. Médicalement, il est^i-rigé par un médecin-chef, le professeur agrégé Jean Camus, entouré de nombreux médecins spéci alistes. ?"•*•
- Les blessés, arrivant aibGrand -,
- Palais, passent d’abord au service de mensuration où l’on examine leur blessure et détermine, par des mesures précises, leur état; on note sur une fiche la longueur et la circonférence du membre lésé par comparaison avec le membre sain, les angles de flexion et d’extension des articulations malades, l’état d’excitabilité électrique des nerfs et des muscles, etc.
- Ces renseignements obtenus, les blessés passent devant la commission médicale qui décide du traitement à appliquer. Chaque blessé reçoit une fiche d’ordonnance indiquant au recto les traitements à suivre, et permettant de pointer chaque jour au verso le passage dans les services appropriés.
- A dates fixées, le blessé repasse au service de mensuration qui mesure les améliorations obtenues et les note sur la première fiche, puis devant la com-
- Atelier de prothèse et de moulage.
- leur service et que leur incapacité de travail évaluée en moyenne à l’entrée à 25,85 pour 100 n’est plus à la sortie que de 1,44 pour 100. Le Dr Camus a calculé (*) l’économie que représente pour le pays un tel service : les gratifications et pensions qu’il a évitées en 6 mois représentent plus de 20 millions, sans compter la valeur du capital humain qu’il a ainsi récupéré. Ces chiffres suffisent à montrer la nécessité et l’importance du corps de rééducation physique.
- Avant de présenter à nos lecteurs les salles de traitement, nous dirons un mot des distractions organisées pour les blessés par de généreux donateurs. Une superbe salle de lecture, de correspon-
- I. Archives de Médecine et de Pharmacie militaires, t. LXV, mars 1910.
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- LE CORPS DE RÉÉDUCATION PHYSIQUE AU GRAND PALAIS = 195
- dance et de jeux, destinée à attirer les hommes pendant leur' heures de loisir, ne désemplit pas. A certains jours, elle se transforme en salle de spectacle où l’on donne des représentations théâtrales ou cinématographiques. Une partie du grand hall de sculpture est devenue un terrain de jeux avec portiques, balançoires, jeux de boules et de croquet. Récemment, un comité de neutres amis de la France a offert à nos mutilés des ateliers de toutes sortes : tailleurs, cordonniers, menuisiers, serruriers, dessinateurs, comptables, etc., où ils peuvent faire l’apprentissage du nouveau métier qu’ils choisissent.
- La partie essentielle du corps de rééducation physique en même temps que la plus intéressante, ce sont les salles de traitement. Elles sont installées dans les salles de peinture du premier étage du Palais qui servaient jadis aux expositions de la Société Nationale.
- Tout le long de la salle de mécanothérapie s’ali-
- muscles et les procédés de traitement ; les murs de la salle de cours sont couverts de planches anatomiques et aussi de moulages en relief, car on a songé à utiliser des aveugles, mutilés de la guerre, et à leur apprendre cette profession qui utilise surtout le toucher ; c’est de cette école du Grand Palais que sortent tous les infirmiers de la salle de massage, et un grand nombre de ceux qu’on trouve aujourd’hui dans les hôpitaux de province.
- Une salle de gymnastique a été créée et pourvue d’agrès. Les blessés y viennent par groupes s’y livrer à des exercices progressifs, individuels ou collectifs, sous la direction de médecins et de professeurs.
- La thermothérapie donne, dans certains cas, de merveilleux résultats soit pour activer la cicatrisation des plaies atones, soit pour calmer certaines névrites rebelles, soit pour soulager des articulations douloureuses; une salle lui est consacrée où l’on trouve de nombreuses douches d’air chaud, des
- gnent sur deux rangs les appareils les plus divers, mus, les uns par un balancier, d’autres par une manivelle, d’autres encore par un moteur électrique. Ils sont construits" pôur faire exécuter passivement des mouvements corrects aux articulations paresseuses. L’un élève le bras, un autre l’étend, un autre le fléchit ; plus loin des poignets sont mobilisés, des doigts fléchis, des genoux pliés, des pieds tordus. Chaque machine est réglable selon la force du membre, l’amplitude du mouvement à obtenir. Des médecins et des infirmiers circulent, montrant ce qu’il faut faire, corrigeant un défaut, encourageant les hésitants.
- Dans une autre salle, on pratique des massages. Les deux côtés ont été en partie cloisonnés et divisés en chambrettes munies de lits où les blessés peuvent s’étendre. Une équipe de masseurs y peine du matin au soir, à frôler, tapoter, pincer les muscles atrophiés, pour leur redonner leur vigueur. Certains des masseurs sont aveugles.
- Il en est du massage comme de toutes les autres professions, il faut l’apprendre; une école de massage a été créée où l’on enseigne l’anatomie des
- plaques chauffantes, des bains de lumière, etc., alimentés par le courant électrique.
- L’hydrothérapie a également son domaine avec de très nombreux bains de bras, de jambes et de pieds, des salles de douches, etc.
- Le service d’électrothérapie traite particulièrement les plaies des nerfs et les atrophies musculaires consécutives. On y trouve des tables d’électrodiagnostic avetf; les appareils d’excitation et de mesures pour les courants galvaniques et faradiques des bains galvaniques pour les membres supérieurs et inférieurs, des machines statiques, des dispositifs de courants à haute fréquence pour la d’arsonvalisation.
- Il n’est plus aujourd’hui d’installation sanitaire importante sans appareils radiographiques. Les rayons X sont en effet.indispensables pour connaître l’existence de projectiles dans les tissus aussi bien que les déplacements des parties du squelette; ils peuvent même, dans certains cas, avoir une action thérapeutique- marquée. Le Grand Palais possède une installation de ce genre fort complète avec lit d’examen, pied porte-ampoule, écrans, appareils de repérage, etc.
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- 196 = LE CORPS DE RÉÉDUCATION PHYSIQUE AU GRAND PALAIS
- Il n’est pas jusqu’au radium qu’on emploie au corps de rééducation physique. On sait qu’il donne parfois d*extraordinaires résultats sur les tumeurs superficielles, les cicalrices vicieuses, etc. Des applications de radium sont faites aux blessés qui peuvent en espérer un soulagement.
- Comme on le voit, on trouve réunis au Grand Calais toutes les méthodes de traitement physique que la médecine a actuellement à sa disposition. Leur abondance permet de choisir, dans chaque cas particulier, les meilleurs et les plus efficaces, ce qu’on ne pourrait réaliser dans un centre moins important qui serait forcément limité par le prix de beaucoup d’appareils.
- ..Un atelier de prothèse est annexé à ces différents
- l’aquarelle et le moulage. Dès maintenant, les documents ainsi recueillis forment un musée très instructif qui permet de se rendre compte rapidement de l’évolution des blessures de guerre.
- La situation du corps de rééducation physique au centre de Paris, l’importance du nombre des blessés qu’on y soigne, le désignaient pour être aussi un centre de recherches scientifiques. Les questions d’ordre général ne manquent pas, dont beaucoup n’ont pas encore reçu de solutions parfaitement satisfaisantes, qu’il s’agisse des meilleurs appareils de prothèse, ou de l’évaluation des incapacités, ou du dépistage des simulateurs, etc.
- Le Dr Jean Camus a imaginé plusieurs appareils ingénieux pour la mesure de la capacité de travail
- Salle des archives et musée.
- services; on y fabrique les multiples appareils destinés à soutenir des membres atrophiés, à remplacer temporairement des muscles paralysés, à fléchir ou étendre sans arrêt des cicatrices rétractées, à corriger des attitudes vicieuses; chacun d’eux doit être rigoureusement adapté au blessé qui le porlera et ne peut être parfaitement réalisé qu’avec le concours du méde<iu traitant; ici, on les construit sur place, devant le blessé et son médecin.
- 11 eût été regrettable pour la science qu’on ne garde aucune trace du très grand nombre de cas pathologiques qui se présentent au Grand Palais. La conservation des fiches de traitement permettra de juger de la valeur des différents moyens thérapeutiques employés, dont certains sont nouveaux. De plus, les cas les plus typiques ou les plus intéressants ont été photographiés ou reproduits par !
- des membres; son service est chargé de l’examen physiologique des candidats à l’aviation dont La Nature a déjà parlé (n° 2225) ; il examine les dossiers de réforme particulièrement délicats et procède dans ces cas à des contre-expertises auxquelles il applique tous les procédés de mesures permettant une exacte appréciation.
- Tel est, dans son ensemble, le corps de rééducation physique du Grand Palais : immense hôpital où sont mis en œuvre tous les moyens de thérapeutique physique, vaste laboratoire d’étude de toutes les questions nouvelles relatives aux infirmités que causent les blessures de guerre, œuvre excellente qui s’applique, pour le plus grand bien, des individus et de la collectivité, à diminuer le nombre des invalides, à nous rendre des combattants.
- R. M.
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- UNE NOUVELLE MÉTHODE DE PRÉVISION DU TEMPS
- On sait quel rôle important joue dans la vie commune la prévision du temps. Des observatoires, dans presque toutes les grandes villes du monde, s'occupent journellement à déterminer tous les phénomènes qui se passent dans l’atmosphère, à les coordonner et à en tirer des conclusions susceptibles de donner une idée, la plus complète possible, de l’état atmosphérique. Des masses de renseignements sont ainsi recueillis annuellement et collectionnés afin de fournir un riche matériel expérimental aux recherches futures.
- Mais, tandis que la science moderne a pu, grâce à un travail ininterrompu, abandonner graduellement ses méthodes empiriques et arriver à des lois générales, valables non pour un seul phénomène, mais pour une classe de plus en plus étendue de phénomènes, la météorologie est restée, de l’aveu même des météorologistes les plus éminents, à l’état de science naissante. La prévision du temps qui en; constitue tout de même l’un des problèmes les plus essentiels est encore aujourd’hui, nonobstant le nombre incalculable de faits acquis, le résultat non d’un raisonnement rigoureux basé sur une théorie savamment élaborée, mais d’une induction appuyée sur une très longue expérience personnelle. Et il paraîtra alors bien étrange que les résultats soient si remarquables : ainsi pour ne citer qu’un exemple, si l’on prend les prévisions du temps du Bureau météorologique de Londres, on trouve que 56 pour 100 des prévisions se sont réalisées, et que 31 pour 100 ont été bien près de la réalité ; on peut donc dire que 87 pour 100 des prévisions se sont effectivement réalisées. Mais, justement à cause du manque d’une méthode rigoureusement scientifique, on a le droit de penser que la part du hasard doit y être bien grande.
- Est-il possible de baser la météorologie, et en particulier la prévision du temps, sur des méthodes purement scientifiques?
- Depuis longtemps on a reconnu qu’un diagramme de la pression atmosphérique, obtenu au moyen d’un type quelconque de baromètre enregistreur, présentait nonobstant son allure on ne peut plus irrégulière et désordonnée, une certaine régularité, d’autant plus visible que l’on se référait à un intervalle plus long de temps.
- La pression atmosphérique oscille entre certaines limites, qui sont données par la loi suivante :
- L’intervalle dans lequel oscille la pression barométrique augmente avec la latitude et, jusqu’à 60°, est à peu près proportionnel à la quatrième puissance de la latitude même.
- Jusqu’aujourd’hui on s’est contenté de constater l’existence de ces oscillations de pression, à en déterminer les éléments : ampleur et durée. On a ainsi découvert des oscillations de période de 1, 2, 4, 6, 8, 9, 16, 32 jours; oscillations masquées par un ensemble de phénomènes impossibles à
- prévoir d’avance à cause de leur enchevêtrement extrême. Cette découverte, bien que déjà importante, ne pouvait être utilisée que très imparfaitement à déterminer l’état atmosphérique d’une période de temps comprise entre des limites données. C’est ainsi que les météorologistes ont dû se borner à prévoir le temps de jour en jour, sans pouvoir rien dire d’avance sur l’état atmosphérique de toute une semaine ou d’un mois.
- Mais ces irrégularités des diagrammes barométriques sont-elles réelles? Ne peuvent-elles pas être plutôt une conséquence, compliquée il est vrai, d’un certain nombre de phénomènes très simples et réguliers? Les ondulations de la pression ne peuvent-elles pas être la résultante d’un certain nombre d’oscillations élémentaires d’allure très régulière?
- C’est justement à ce point que s’est attachée l’attention d’un météorologiste italien, le professeur Yercelli, lequel publie aujourd’hui les résultats de ses travaux sur la pression atmosphérique1.
- Ces résultats sont surprenants, et dès à présent, on peut dire qu’ils sont destinés à ouvrir une voie nouvelle à la météorologie.
- M. Yercelli a, en effet, reconnu que tous les diagrammes qu’il a observés* sont constitués par un petit nombre d’oscillations régulières, de période bien définie et constante, et d’amplitude décroissante avec le temps.
- 11 s’agit alors de résoudre le problème purement mathématique suivant : Étant donné une courbe, composée d’un nombre n d’ondes périodiques, déterminer les périodes des ondes composantes. Ce problème résolu, il est aisé de voir de quelle façon il pourra être appliqué à un diagramme barométrique. Une certaine onde étant déterminée, on pourra, par une méthode graphique appropriée, l'éliminer du diagramme. Le diagramme résultant de celte, élimination présentera un aspect plus simple permettant de reconnaître une autre onde composante qui pourra en être éliminée à son tour. Le problème serait évidemment très simple si les ondes n’étaient pas amorties, ce qui n’est pas le cas des oscillations atmosphériques. Il faut en ce cas se limiter à un certain degré d’approximation et tâcher d’obtenir, par synthèse des ondes composantes, l’allure générale de la courbe, puisque toutes les petites irrégularités n’ont d’ailleurs que très peu d’influence sur l’état atmosphérique général.
- Les diagrammes présentent des oscillations qui se réduisent à un nombre très restreint de types, pouvant être aisément reconnus tout de suite par toute personne un peu exercée. Une onde reconnue peut être tout de suite éliminée, en simplifiant ainsi la recherche et l’élimination des ondes successives.
- 1. F. Vercelu : Oscillations périodiques et prévision de la pression atmosphérique. Publications de 1 Observatoire oyal de Brera à Milan (Milan 1916).
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- 198 UNE NOUVELLE METHODE DE PREVISION DU TEMPS
- La figure ci-jointe est à ce point très instructive et servira mieux que toute autre description à montrer le principe de la méthode.
- La première courbe représente le diagramme de la pression, telle qu’il a été donné par un bon baromètre enregistreur à Turin, pendant les mois de juillet-août 1915.
- Ce diagramme est formé par cinq ondes principales dont les périodes sont de 1, 2, 4, 8, 16 jours. La courbe a) n’est que le diagramme même dont on a éliminé les ondes de 1 et de 4 jours. La courbe b) est obtenue en éliminant les ondes de 1 et de 8 jours ; c) en éliminant les ondes de 1, 2, 4 et 8 jours ; d) en éliminant celles de 1, 2, 8 et 16 jours ; e) celles de 1,2, 4 et 16 jours. La régularité des ondes résiduelles est déjà évidente; les cinq types d’ondes ne pourraient être plus régulières.
- Les courbes (III) représentent l’ensemble des ondes élémentaires, auxquelles on a attribué une certaine loi d’amortissement, obtenue par approximations successives au moyen de comparaisons sur lacourbedonnée par le baromètre enregistreur. On voit tout de suite l'étonnante régularité de ces courbes, dont les périodes sont de 1, 2, 4, 8 et 16 jours. Si toutes les ondes possibles avaient été déterminées et prises en considération, si la loi d’amortissement avait été exactement établie et appliquée, l’addition de ces ondes, ou la synthèse de ces courbes, devrait reproduire exactement le diagramme. La portion à gauche de la courbe IV, tracée à trait continu, représente la portion du diagramme de la pression atmosphérique entre le 20 et le 26 juillet 1915. La courbe pointillée est la synthèse des ondes élémentaires obtenues par la méthode indiquée, et représentées dans la figure III. On voit bien que la courbe synthétique suit la forme de la
- courbe donnée en en reproduisant toutes les singularités. L’écart moyen entre les courbes .4 et B est en moyenne de 1 mm de mercure. À quoi tient cet écart? Nous l’avons déjà dit : pour une plus parfaite coïncidence des deux courbes il aurait fallu tenir compte d’autres ondes de période plus courte et établir plus exactement la Joi d’amortissement. Mais les petites irrégularités n’ayant qu’une très faible influence sur le problème particulier de la prévision du temps, on peut conserver sans retouche, les courbes admises dans la figure III. Dès lors, il
- apparaîtclairque le problème de la prévision du temps est résolu. Si les courbes élémentaires ont une allure si sim-p!e, si la période des ondes composantes a été reconnue constante, il ne reste qu’à prolonger chaque courbe en tenant compte de l’amortissement. La synthèse de cette nouvelle portion de la courbe donnera alors la courbe de la pression pendant un intervalle de temps suivant celui déjà écoulé. La courbe pôin-tillée C à droite de la figure IV, est la courbe prévue, pour l’intervalle de lemps entre le 26 juillet et le 7 août 1915. Au 7 août on a pris la feuille donnée par le baromètre enregistreur, elle est représentée par la courbe D, dans la même figure. La prévision de la pression a été ainsi faite pour une période de treize jours, avec une précision absolument inespérée.
- Le plus souvent la difficulté du problème est bien plus grande ; des ondes à période de trente-deux jours interviennent, en même temps que de petites variations diurnes et semi-diurnes
- Des ondes nouvelles de période de 4 et 8 jours apparaissent puis disparaissent pour apparaiire à nouveau avec une autre loi d’amorti"sement. Mais bien que tout cela complique le problème, la solution en est toujours possible avec une approximar
- /. Courbe observée
- 1/. Courbes dérivées
- HI. Onoles composantes et synthèse du baroyromm e
- /Août
- /ÛJui/tet /S/J
- /Août
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- = LES BOULANGERIES ET LES CUISINES DE CAMPAGNE...— 199
- tion plus ou moins grande, puisque toutes les ondes étudiées ont été reconnues appartenir à quelques types très simples. Et ces types ne sont pas caractéristiques d’un lieu donné, mais se présentent indifféremment en tout lieu et en tout temps. M. Yercelli calcule ainsi la courbe de la pression à Biarritz, Palerme et Alexandrie d’Égypte et montre l’identité de ces types d’ondes composantes.
- On voit par ce que nous avons dit, quelle voie nouvelle ouvrent à la météorologie les résultats obtenus par M. Vercelli : détermination de plus en plus précise des types d’ondes et causes du phénomène ondulatoire de la pression atmosphérique.
- Ce dernier point surtout est de la plus grande importance : la cause du phénomène une fois découverte, il sera aisé d’obtenir une loi générale de l’amortissement des ondes, laquelle doit sûrement
- dépendre de tous les phénomènes physiques qui se manifestent dans l’atmosphère. Il sera de plus possible de prévoir les ondes passagères, d’ampleur variable; en d’autres termes il sera possible de connaître la manière dont se produisent les ondes composantes. Le phénomène essentiel est découvert, l’irrégularilé irréductible des variations de la prtssion est démontrée comme purement apparente. Quand on en aura découvert la cause, la météorologie possédera, elle aussi, des lois scientifiques. La prévision du temps pour une période de quelques mois ou d’une année entière, non seulement ne sera plus une utopie, mais sera au contraire réalisme sans que le hasard vienne seul aider le savant. La météorologie, de science empirique, deviendra ainsi une science rationnelle.
- Bejvé Paresce.
- LES BOULANGERIES ET LES CUISINES DE CAMPAGNE
- L’alimentation du soldat en campagne est le premier et le plus important des problèmes militaires à résoudre. Depuis le début des hostilités, il a fallu s’en préoccuper d’une manière à peu près complète, peu de chose ayant été fait dans ce sens pendant le temps de paix. Les corps d’armée étaient pourvus de fours de campagne bien construits et en nombre suffisant, mais on avait conservé les anciennes méthodes de préparation des aliments, méthodes qui donnèrent des résultats déplorables dès qu’il fallut passer de la théorie à la pratique. Ce n’est plus un secret pour personne que pendant la retraite de la Marne, nos soldats manquèrent de nourriture et même de pain, non du fait de la retraite elle-même, mais parce que nous ne possédions pas de cuisines roulantes.
- Le mal, à peine constaté, fut d’ailleurs presque aussitôt réparé. L’administration militaire s’adressa en toute hâte à tous les industriels capab'es de confectionner ce nouveau matériel : on imposa un cahier des charges laissant toute latitude aux fournisseurs quant aux formes à donner aux cuisines, et en peu de temps tous les corps de troupes furent pourvus de ces cuisines roulantes qui font l’admiration de tous ceux qui les ont vues, libèrent de l’office un grand nombre de combattants, et fournissent régulièrement aux hommes, dans les tranchées, une nourriture saine, bien préparée et toujours chaude grâce à l’emp'oi des marmites norvégiennes dont nous parlerons plus loin.
- On doit donc envisager le problème de l’alimentation des soldats en campagne sous deux aspects différents : la fourniture du pain et la cuisson des aliments. Ce sont deux services indépendants assurés l’un par les boulangeries des stations-magasins et celles de campagne et l’autre par les cuisines.
- Boulangeries — Le ravitaillement en général repose sur une base extrêmement solide, sur l’approvisionnement intense d’un entrepôt de denrées
- alimentaires de toutes espèces, que l’on nomme la station-magasin. C’est un dépôt où arrivent sans arrêt toutes les provisions et dans lequel puisent à pleins vagons les armées qui en dépendent. Elle entreprend aussi certaines fabrications et préparations comme la confection du pain de guerre dans des boulangeries fixes, le concassage des grains destinés à la nourriture des animaux, le grillage du café, le dépotage du vin avant d’être envoyé sur le front, etc. ; enfin un parc à bétail facilite l’approvisionnement des troupes en viande fraîche.
- Cette simple nomenclature suffit à faire ressortir toute l’importance de ces stations-magasins qui, en outre, reçoivent et réexpédient tout le matériel militaire nécessaire aux armées, les munitions de guerre y étant seulement entreposées ainsi que les produits pnarmaceutiques et le matériel médical.
- Le pain constitue, avec la viande fraîche ou la viande de conserve, la base de l’alimentation du soldat; aussi la station-magasin est-elle devenue e principal centre de sa fabrication. Mais, en raison de son éloignement du front et de la lenteur obligatoire des transports, il n’est possible de livrer le pain à la consommation que huit jours après la cuisson. Le pain ordinaire ne se prêtant pas à une conservation d’aussi longue durée, on n’a confié aux boulangeries des stations-magasins que la cuisson du pain biscuité ou pain de gue<re, un peu plus euil que l’autre et soumis à une dessiccation plus prolongée qui leur assure une durée de 12 à 15 jours en parfait étal de conservation.
- La « boule de son » devient alors une sorte de galette plus épaisse que celle des rois, plus résistante aussi, et plus volumineuse; elle représente deux rations journalières, soit 1500 gr. La date de la cuisson est compostée sur chaque pain.
- Le pain Irais est fabriqué plus près du front, soit dans 1 es boulangeries des localités où stationnent des unités de troupes, soit dans des boulangeries que
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- 200 . LES BOULANGERIES ET LES CUISINES DE CAMPAGNE
- l’on installe rapidement à l’aide de fours mobiles en pleine campagne, dans des endroits facilement accessibles' aux' arrivages et d’où peuvent partir aisément les convois de ravitaillement. Dans quel-
- ques stations-magasins, dans celles entre autres qui ont dû être organisées rapidement après la retraite des Allemands, au mois de septembre 1914, des fours appartenant aux systèmes mobiles et démontables ont remplacé les fours ordinaires en briques et rendent, depuis cette époque, les meilleurs services.
- Sans donner à cette étude un caractère technique, nous pouvons dire quelques mots des principaux systèmes de fours dont l’administration militaire fait usage, indépendamment des fours permanents affectés au service sédentaire.
- On les a classés en trois catégories : les fours de construction, les fours portatifs ou démontables, et les fours locomobiles.
- Les premiers sont construits en briques et en moellons, ils appartiennent à deux modèles différents : Espinasse et Eterlin. Le four Espinasse est particulièrement pratique en ce sens que si les
- briques sont rares ou font totalement défaut, on peut les remplacer, dans la construction de la voûte, par des fragments de tuiles plates ou des débris de terre cuite, le reste étant fait en moellons.
- Quelques pièces accessoires en fonte : châssis de bouche avec bouc-hoir en tôle, deux houras, deux tringles, complètent le matériel de ce four auquel on a donné la forme circulaire. Le chauffage se fait exclusivement au bois ; mais un second modèle comporte un fourneau avec foyer et cendrier pour permettre le chauffage au charbon.
- Les fours Éterlin sont construits obligatoirement en briques réfractaires pourvues de crochets. Après préparation convenable du sol, le montage a lieu très rapidement, les briques étant numérotées. Des carreaux forment la sole. Un les chauffe également au bois et, comme les précédents, ils contiennent 200 rations. En cas
- de besoin, plusieurs fours, quelquefois un grand nombre, sont assemblés sur une même ligne pour permettre une production intense.
- Ces fours fixes ne sauraient répondre aux besoins
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- LES BOULANGERIES ET LES CUISINES DE CAMPAGNE
- des armées en campagne. On les remplace alors par les fours démontables portatifs qui appartiennent à différents systèmes.
- L’àtre peut être fait en briques ou en terre battue, mais la voûte et les côtés sont constitués par des tôles que l’on doit généralement recouvrir de terre. La rapidité du montage et du démontage les rend d’autant plus précieux pour les troupes en déplacement, qu’ils peuvent être chargés à dos de mulets et installés à peu près partout.
- À cette catégorie appartient le four Go-delle, de forme octogonale. L’àtre est constitué par 450 briques et peut recevoir 200 rations. Huit feuilles de tôle rectangulaires forment la voûte; elles sont renforcées extérieurement par des fers pour leur permettre de supporter les terres de couverture.
- Pour répondre plus complètement aux nécessités des déplacements des armées, les établissements Geneste, Herscher et Somasco ont étudié la construc-
- tion de fours locomobiles pour ainsi dire prêts à fonctionner en permanence. Le coffre de la loco-mobile contient deux fours longitudinaux situés l’un au-dessus de l’autre et complètement indépen-
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- dants et les soles sont faites en briques de terre réfractaire supportées par un assemmage de tubes garnis d’amiante.
- Ils sont suivis dans leurs déplacements par des
- chariots-fournils destinés à la préparation des levains pendant la route.
- Les boulangeries de campagne, qu’elles soient françaises ou allemandes, se présentent toujours à peu près sous le même aspect et on peut dire que seul le couvre-chef
- ....'~"f des boulangers diffère.
- Ce sont des alignements interminables de fours quelquefois établis dans des locaux inoccupés se prêtant à une installation rapide, quelquefois en plein air. Toutes les aspirations se succèdent sans arrêt, sans trêve ni repos, nuit et jour, par tous les temps. Il faut que les armées mangent avant de se dévorer!
- Tous les fours peuvent, à volonté, cuire du pain biscuité ou du pain frais; dans la pratique ils sont plus particulièrement réservés au second. Le premier exige une cuisson de 1 heure 1/2 au .lieu de une heure pour le pain ordinaire. On fait généralement cinq cuissons par jour et cinq par nuit; la produe-
- Fig. 3. — Boulangerie allemande sur le front.
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- 202 LES BOULANGERIES ET LES CUISINES DE CAMPAGNE
- lion journalière d’un four est donc d’environ 2000 pains.-Actuellement les armées sont tellement nombreuses que les groupes de fours deviennent de plus en plus importants. Ainsi une station-magasin qui doit fournir 200 000 rations journalières devra disposer d’une boulangerie de 200 fours ! Cette boulangerie consommera 110 000 kg de farine, 10 000 kg de sel, 30 000 kg de bois sec, 75 000 litres d’eau ! Le pain de guerre est soumis à un ressuage de 48 heures sur des étagères avant d’être dirigé sur le front.
- Les combnttants ne sauraient vivre que de pain ; il leur faut encore un accompagnement indispensable constitué par un plat de viande et un plat de légumes. Quand l’ordinaire est riche, on. y joint des fromages, des confitures. Enfin le café, si irré-vérencieusemen t qualifia par nos troupiers, conserve un tel prestige que sans lui la journée commence mal.
- ! L’ancienne manière de préparer le menu du soldat a été complètement abandonnée; les marmites de campement et les marmites individuelles ont disparu et sont remplacées par les cuisines roulantes qui accom-pagnent leurs bataillons respectifs et s’installent en plein vent à 2 kilomètres du front. L’armée allemande était abondamment pourvue de ces cuisines roulantes au début de la campagne.
- Dans chaque compagnie, la cuisine est desservie par deux hommes seulement, un cuisinier et. un conducteur. Il existe donc quatre cuisines par bataillon et dans chaque régiment une cuisine supplémentaire assure le ; couvert à la compagnie hors rang. Les achats sont faits par le commandant de compagnie qui reçoit une prime fixe d’alimentation pour la viande, le pain et les petits vivres fournis par l’intendance, l’ordinaire achète les vivres dits remboursables : vin. confitures, fromages. Si, sur ces achats, le commandant de compagnie réalise des bénéfices, ces bénéfices constituent le boni qui permet d’introduire de petits suppléments dans le menu quotidien.
- Ce bien-être est du. à l’introduction des cuisines
- roulantes dont il existe un très grand nombre de types en raison de la grande latitude qui a été laissée à chaque constructeur. Chacun d’eux comporte en principe une grande marmite pour la soupe et un réservoir de plus faible contenance pour 1 a préparation du café. Mais les constructeurs n’ont pas toujours suffisamment vu le côté pralique des nouveaux appareils qu’on leur demandait d’établir.
- Certaines cuisines, à foyer unique, n’ont pas donné pleine satisfaction parce que le service seul du café entraîne une consommation de combustible égale à celle nécessitée par la cuisson de la soupe et du café. Dans d’autres cas, ce sont les marmites qui laissent à désirer soit par leur forme, soit surtout par leur sys tème de fermeture. Certaines sontpresquecom-plètement fermées à leur partie supérieure; seul un petit couvercle permet l’introduction et la sortie des aliments et constitue une gêne pour le nettoyage, les éclaboussures sur la partie interne du couvercle fixe ne pouvant être que difficilement détachées, communiquent un goût désagréable aux aliments les plus sains.
- Comme la description des nombreux types de cuisinés roulantes en usage dans tous les corps de troupes ne présenterait aucun intérêt, nous nous bornons à présenter un seul modèle, celui des établissements Geneste, Herscher et Cie, qui, en compagnie de beaucoup d’autres, a donné toute satisfaction à l’administration militaire.
- L’avant-train porte un caisson divisé en cinq compartiments dans lesquels on renferme les denrées alimentaires, celui qui reçoit la viande est recouvert intérieurement de feuilles de zinc et pourvu de grilles d’aération. Le fourneau fait partie de l’arrière-train; il possède une grande marmite de 325 litres pour là soupe et une autre de 70 litres pour le café, chauffées chacune par un foyer spécial dont les flammes entourent encore deux fours à rôtir.
- Dans certains services on a adopté des cuisines roulantes à trois marmites. Le fourneau est sou-
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- — LES BOULANGERIES ET LES CUISINES DE CAMPAGNE
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- vent à double paroi de tôles et l’espace libre entre elles est garni d’amiante. Deux marmites en tôle étamée de 5 mm d’épaisseur contenant 80 litres chacune, remplacent la grosse marmite de la compagnie; la troisième, de 40 litres, sert à la préparation du café. Enfin, un réservoir bain-marie est pourvu, comme les marmites, d’une fermeture automatique et d’une soupape de sûreté. De chaque côté du foyer principal sont encore disposés deux fours à rôtir. Le fourneau est établi avec retour de flamme, ce qui permet une complète utilisation du combustible et assure une grande rapidité de cuisson des aliments : en 45 minutes la marmite à soupe entre en
- ébullition, que le chauffage ait lieu au bois ou au charbon. Chaque marmite possède un robinet de vidange et se nettoie très facilement ; c’est là une
- de la remorque sont distribués des coffres pour les aliments et les accessoires.
- Les cuisines allemandes, du moins celle que re-
- Fig. 7.— Cuisine allemande sur le front.
- obligation que l’on impose à tous les fournisseurs. Enfin le fourneau peut être enlevé de sa remorque et installé à demeure fixe dans un local quelconque, comme un fourneau ordinaire. Sur l’avant-train
- Fig. 6. — Cuisine française sur le front.
- présente l’une de nos photographies, sont moins confortables que les nôtres, elles rappellent la vulgaire lessiveuse que les Allemands ont d’ailleurs largement utilisée pendant l’invasion de 1914, lorsque leur matériel normal faisait défaut. Ce matériel ne paraît ni très pratique, ni rapidement transportable.
- L’introduction des cuisines roulantes dans l’armée française, avantageuse à tous les points de vue et en particulier par le peu de personnel qu’elles exigent (2 hommes par compagnie), eût été une réforme incomplète si l'administration militaire ne s’était préoccupée d’assurer aux combattants dans les tranchées l’arrivée d’aliments chauds. Or, les cuisines étant installées à 2 km du front, le transport de la soupe par les chemins défilés, les boyaux de communication, faisait perdre le principal avantage d’une excellente préparation des aliments. On
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- 204 ri-.... LES CHEMINS DE FER HOUILLERS EN RUSSIE
- a résolu ce difficile problème des repas chauds en adoptant la marmite norvégienne, constituée comme les bouteilles Magic, par une double paroi métallique à l’intérieur de laquelle on a fait le vide. Ces marmites donnent des résultats merveilleux puisque, grâce à elles, les aliments conservent leur température de cuisson pendant plusieurs heures, de sorte que, jamais plus les soldats n’ont le spectacle écœurant de fragments de graisse surnageant leurs aliments. Plus de viandes ou de légumes
- presque froids quelle que soit l’heure de la soupe !
- Cette dernière amélioration a été accueillie avec plus de reconnaissance que beaucoup d’autres d’un ordre plus élevé, car un repas chaud et substantiel rétablit vite les forces qui s’épuisent; et puis les combattants aiment que l’on se préoccupe non seulement de leur fournir des armes et des munitions, mais aussi de leurs besoins matériels : leur alimentation est le premier à satisfaire.
- Lucien Fournier.
- LES CHEMINS DE FER HOUILLERS EN RUSSIE
- * L’exploitation du bassin du Donetz, qui se développe de plus en plus, exige avec une force toujours croissante les moyens de transport et des voies nouvelles qui permettraient d’écouler la houille extraite dans les grands centres industriels de la Russie. Dès lors la nouvelle ligne de Roda-kovo-Likhaïa du chemin de fer Nord-Donetz perd son intérêt purement local pour acquérir une grande importance pour toute la Russie qui souffre du défaut de combustible.
- Fonctionnant depuis le 26 janvier dernier, la nouvelle ligne continue à l’intérieur du bassin du Donetz la grande ligne de Nord-Donetz. Comme cette dernière elle se distingue par un tracé excellent, se dirigeant du bassin du Donetz au nord et au nord-ouest, en envoyant des branches à tous les gisements de houille importants, situés sur son parcours, et coupant deux branches du chemin de fer d’Ekatérina.
- La nouvelle ligne dessert ainsi de nombreuses régions houillères et décharge en même temps sensiblement la ligne d’Ekatérina, d’autant plus qu’elle transporte aussi une grande quantité de marchandises venant de Tzaritzine et des diverses régions houillères. Le comité des Usines Minières a déjà arrêté pour le mois de février 555 wagons à une station et 2680 à une autre.
- D’autre part, la ligne de Rodakovo-Likhaïa, grâce à son tracé plus court, diminue sensiblement les distances et permet le transport plus rapide de la houille du Donetz qui subissait autrefois des retards considérables par suite de l’encombrement des autres chemins de fer. Elle possède en outre l’avantage d’épargner aux voyageurs les nombreux changements, exigés par les lignes anciennes.
- Un autre chemin de fer, destiné également à satisfaire les besoins du bassin du Donetz qu’il traverse, est projeté actuellement entre Moscou et Marioupol, port sur la mer d’Azow. Ce projet intéresse beaucoup les milieux houillers, industriels et commerciaux de la région et la concession de sa construction vient d’être demandée au Gouvernement par MM. le baron de Rozène et Molodovsky.
- Cette ligne présentera sa plus grande importance dans la partie située entre le bassin du Donetz et Marioupol,, qui permettra de transporter la houille
- du Donetz à la mer d’Azow d’où celle-ci empruntera la voie d’eau pour aller alimenter les grands centres industriels de la Russie. La construction de celte ligne est d’autant plus nécessaire que le projet d’aménagement d’une voie d’eau ininterrompue depuis le bassin du Donetz jusqu’à Marioupol, ne semble pas devoir aboutir de sitôt. En effet, les communes d’Ekatérinoslav, de Marioupol et de Bakhmout qui l’ont sollicité au Ministère des Voies de Communication, viennent d’en recevoir la réponse qui, tout en alléguant le prix élevé et les difficultés d’une pareille entreprise, remet son exécution à un temps plus propice et, par suite, indéterminé.
- ‘D’autre part, la ligne de Moscou-Marioupol présenterait un grand intérêt non seulement pour le développement de Marioupol en tant qu’un port d’exportation de la houille du Donetz, mais encore pour sa transformation en un grand port d’importation. En effet, cette dernière perspective, caressée depuis longtemps déjà par les habitants de Marioupol, a éveillé ces derniers temps l’intérêt des milieux commerciaux de la France et de l’Italie. Récemment la Chambre de Commerce Franco-Russe a sollicité l’organisation de la communication par bateaux à vapeur entre Marseille et Marioupol, projet qui rencontra un bon accueil à la conférence organisée par le Ministère du Commerce. De son côté la Chambre de Commerce russo-italienne a exprimé le même désir relativement au fonctionnement des bateaux entre les ports italiens et Marioupol.
- L’idée de la transformation de ce dernier en un grand port d’importation semble également être vue favorablement par le Ministère du Commerce et de l’industrie russe, d’autant plus que les réserves du pays étant-épuisées par la guerre, une importation énergique de l’étranger des produits de toute sorte deviendra indispensable après la clôture des hostilités. Or, une grande partie des marchandises importées en Russie le sont par la mer Noire qui ne possède qu’un bon port d’importation, celui d’Odessa, qui ne pourra sans doute pas suffire à lui seul.
- Les dernières années ont été témoins des travaux incessants dans le port de Marioupol, travaux qui n’ont même pas été arrêtés par la guerre
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- NOUVEAU TYPE DE POMPE A VAPEUR DE MERCURE
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- et qui promettent de doubler la capacité du port.
- On comprend dès lors que la nouvelle ligne pourra être d’une grande utilité, d’autant plus que la distance de Marioupol à Moscou est plus courte que celle entre Moscou et Odessa et que le transport des marchandises par la nouvelle ligne pourra par suite
- être effectué à meilleur marché que par l’ancienne.
- Ainsi, qu’on considère la construction de la ligne Moscou-Marioupol au point de vue du transport de la houille du Donetz ou à celui du développement des importations sur la mer Noire, elle présente dans les deux cas des avantages qui plaident hautement en sa faveur.
- UN NOUVEAU TYPE DE POMPE A VAPEUR DE MERCURE
- L’usage toujours plus répandu de la technique radiographique a fait de la production des tubes à rayons X une branche très importante des industries que la guerre a développées.
- Les tubes Coolidge que produisent les établissements Pilon, par leur durée et leur émission de rayons extrêmement pénétrants, ont démontré quel chemin avait été parcouru, en un intervalle de temps si court, par les recherches radioscopiques.
- La production du vide a dû nécessairement suivre les progrès de la radioscopie : de nouveaux types de pompes ont été introduits dans l’industrie et dans les laboratoires, basés sur les principes les plus différents. Bien que l’on soit très loin de ce que l’on aime à appeler le vide absolu, on peut dire qu’on se rapproche toujours davantage d'un état de raréfaction tel, qu’aucune méthode actuelle ne sera capable de mesurer la pression résiduelle du gaz dans le récipient évacué.
- Une nouvelle voie a été ouverte par les célèbres recherches faites en 1909 par le physicien danois Knud-sen, sur les propriétés des gaz dont on pousse la raréfaction aux limites extrêmes permises par les méthodes actuelles de production du vide.
- Nombreux ont été les physiciens qui ont songé à utiliser les propriétés de cet état ultra-raréfié des gaz pour la construction des pompes à vide.
- Les premières pompes de ce genre ont été construites, il y a quelques années par Gaede et ont eu un rapide succès, à cause de la possibilité quelles offrent de fournir en un temps extrêmement court une pression résiduelle d’un centième de barie.
- Une telle pression ne pouvait être obtenue par les pompes ordinaires utilisant un jet de vapeur ou d’air. Il est en effet évident que, tant que le jet traverse un récipient contenant du gaz à pression ordinaire ou légèrement inférieure à cette pression, les molécules du gaz sont entraînées par le jet de vapeur. Mais, en poursuivant le vide,
- Fig. i. — Schéma du fonctionnement théorique d’une pompe à mercure.
- Fig. 2. — Nouveau type de pompe à mercure.
- une tendance se manifeste de façon toujours plus marquée : les molécules de la vapeur ou de l’air employé à faire le vide commencent à s’échapper du jet même, et à se répandre dans le récipient destiné à être vidé. Une limite existe donc pour le vide, dans ce genre de pompes, qui, dépendant uniquement des propriétés cinétiques des gaz, ne peut pas être dépassée; à moins que l’on tâche par quelque artifice d’empêcher les molécules du gaz qui s’échappent du jet, de rentrer dans le récipient.
- La pompe moléculaire originale est schématiquement représentée par la figure 1. Des deux cylindres métalliques concentriques A et B, l’un A tourne avec une très grande vitesse, à l’intérieur du cylindre fixe B. Bien que concentrique, la paroi de de ce dernier est extrêmement rapprochée de celle de A le long d’un secteur C. Le cylindre A, en tournant dans le sens de la tlèche, entraîne le gaz de n vers m. Si donc on pratique deux ouvertures en n et m, le gaz sera aspiré de n et transporté en m, d’où il sera éjecté, sans pouvoir revenir en n par la fente f à cause de sa petitesse. Pour un degré limité de raréfaction, la différence de pression en m et n ne dépendra que de la vitesse de rotation de A, puisque le coefficient de viscosité du gaz est indépendant, ainsi que Maxwell l’a démontré, de la densité ou, ce qui revient au même, de la pression du gaz. Sans insister sür les détails de cette pompe et sur son fonctionnement aux limites extrêmes de raréfaction, nous donnerons seulement un tableau des résultats que l’on peut en obtenir (*). Dans la première colonne sont inscrits les nombres de tours par minute du cylindre A; dans la deuxième, les pressions initiales en m ; dans la
- î. Pour la Ihéorie de la pompe Gaede, ainsi que pour tous les phénomènes des gaz ultra-raréfiés, voy. L. Dunoyer : Les gaz ullra-raréfiés en Les idées modernes sur la constitution de la matière. Gauthier-Yillars, 1913, p. 216-271.
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- troisième, les pressions données par la pompe moléculaire en n.
- Nombre de tours.
- 8200 8200 8200 8200 6200 6200 6200 6200 4000 4000 4000 4000
- v.
- Le débit de cette pompe est de 1300 cm3/sec., mais cette valeur diminue avec une rapidité extrême, dès que la pression devient inférieure à 0,001 mm de mercure.
- On voit donc que, tandis que le problème du’ vide peut se dire résolu quant à la limite de raréfaction, il ne l’est pas encore quant à la valeur du débit. Pour augmenter cette quantité, un nouveau type de pompe, utilisant un jet de vapeur de mercure!1), a été récemment inventé et décrit par le Dr Irving Langmuir dans le dernier fascicule de la Physical Review (2).
- La pompe est entièrement construite en verre, mais pourrait aussi bien être faite en métal.
- Par un réservoir A (fig. 2) chauffé, la vapeur de mercure monte au condensateur D à travers les tubes B et C. Un manchon annulaire E, autour de B communique au moyen de F avec le réservoir G uni au récipient destiné à être vidé. La partie inférieure de C élargie, est entourée par un condensateur à eau, dont le niveau peut être réglé à volonté par l’aspirateur K ; ainsi le mercure condensé est ramené en À par les tubes L et M. Le condensateur D communique en outre par N, avec une pompe qui maintient en D une pression notablement inférieure à la pression de la vapeur de
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- Pression
- à l’extérieur.
- dans la pompe.
- pas mesurable.
- mercure en A. S’il n’y a pas d’eau en I, les molécules de mercure rayonnées par A, et touchant la paroi élargie de G, se condensent et s’évaporent presque immédiatement. Une partie des molécules partant de A arrive en D ; une autre, après choc avec les molécules évaporées de la paroi G, est renvoyée dans le manchon E. Les molécules du gaz contenues en F, à cause des chocs qui se produisent avec les molécules de mercure provenant de E, sont forcées de monter à travers la pompe avec une vitesse beaucoup inférieure à celle qu’elles auraient s’il n’y avait pas de la vapeur de mercure.
- Mais dans le cas où l’on ferait fonctionner le condensateur I, les molécules de mercure qui touchent la paroi H sont toutes condensées. Le gaz venant de F, ne rencontrant plus de molécules en E, monte librement à travers E et, en rencontrant le jet de vapeur en P, est entraîné dans le condensateur E.
- La simplicité et la sûreté de fonctionnement de cette pompe se sont montrées tout à fait remarquables. Avec un récipient de 11 litres mis en commuuication avec R, et rempli d’air, on a trouvé les résultats indiqués par le tableau suivant :
- Temps en Pression en baries. Intervalle Débit
- secondes. en 1t. en D. de temps. (cm3/sec. )
- 0 1470 1160
- 50 294 720 > 30 S. 590
- 60 12,8 218 > 30 S. 1150
- 80 0,015 18 > 20 s. 3700
- La même expérience, répétée avec de l’hydrogène, a révélé un débit maximum de 7000 cm^/sec. Tandis que le débit de la pompe auxiliaire agissant en N, se réduit à zéro à la pression de 10 baries, celui de la pompe à vapeur de mercure augmente rapidement quand la pression diminue, en restant constant jusqu’aux plus basses pressions que l’on a pu atteindre.
- Le débit si élevé en comparaison avec celui de la pompe Gaede, et l’extrême simplicité de construction de l’appareil, font de cette pompe un instrument précieux pour les recherches de laboratoire et pour l’industrie. R. P.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 14 août 1916-
- La vision des mouches. — Les Arabes savent depuis longtemps que les mouches craignent la couleur bleue et c’est pourquoi les maisons de Constantine sont badigeonnées avec un lait de chaux passé au bleu. MAL Galaine et Houlbert constatent que les mouches sont daltoniennes. Leur œil ne perçoit bien que la lumière blanche; il n’est pas impressionné du tout par les radiations les plus réfrangibles, violet et indigo ; il l’est peu et désagréablement par les radiations bleues et vertes;
- 1. Le jet de vapeur de mercure a été aussi employé par Gaede, dans un de ses derniers types de pompes, construites pendant la guerre. Nous ne connaissons pas les détails de construction; nous savons seulement que le débit de cette pompe est de
- le rouge agit sur elles comme l’obscurité. Seul le jaune est toléré ainsique la lumière blanche. Le spectre vu par les mouches ne va donc que du vert à l’orangé clair. La conclusion pratique est que, lorsqu’une pièce a des vitrages bleus, les mouches y deviennent inactives comme dans l’obscurité. Si on ouvre un volet laissant passer un faisceau de lumière blanche, les mouches s’v précipitent et s’enfuient au dehors. On a donc là un moyen très pratique pour s’en débarrasser; et l’on peut
- 80 cm3/sec. ; mais ce désavantage est compensé par le fait que cette valeur se conserve constante jœqu’aux plus basses pressions. — 2. Irving Langmuir : A High Vacuum Mercury Pump of Extrême Speed. Physical Review, juillet 1910, p. 48.
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- remarquer en même temps que le bleu, arrêtant une partie des radiations calorifiques, rend les pièces plus fraîches. Ces observations expliquent le rôle des rideaux japonais, formés de billes de verre colorées, séparées par de petits tubes de bois peints et suspendus dans les embrasures des charcuteries et des pâtisseries. Ces rideaux laissent pénétrer l’air; les mouches sortent par les petites espaces libres qui séparent les chapelets, mais ne rentrent pas.
- Compresseur oculaire pour la recherche du réflexe oculo-cardiaque. — Dans l’étude de certains phénomènes nerveux et de l’épilepsie, on est amené à utiliser la compression digitale des globes oculaires, qui produit presque toujours une accélération du p^uls. M. Roubi-novitch a combiné un appareil en forme de luhettes, qui permet de réaliser cette compression mécaniquement d’une manière souple, régulière, durable et non douloureuse.
- Les coups de canons et les zones de silence. — M. E. Esclangon divise les détonations perçues en trois catégories: 1° coups de canon proprement dits ; 2° sillage aérien des projectiles animés de vitesses initiales supérieures à celle du son; 5° explosions de projectiles. Il laisse de côté les explosions de mines. Suivant lui, les groupes 1 et 5 s’éteignent à moins de 30 km et les bruits qu’on entend jusqu’à 200 km tiennent uniquement au second. Il établit, en outre, par le calcul qu’avec des conditions météorologiques réellement existantes, les rayons sonores issus clés points admetlent des caustiques, sur lesquelles l’intensité du son apparaît renforcée. C’est, à son avis, une cause d’inégalité beaucoup plus que les zones silencieuses par interférence dont l’existence a été supposée, mais non démontrée.
- La variation mensuelle de la natalité. — Dans deux communications successives, M. Charles Richet montre, d’après les statistiques, que, dans tous les pays, les nombres de naissance par jour décrivent une courbe régu-
- lière passant par un point maximum à un jour détermine de l’année. Ce jour reste à peu près constant dans le même endroit, ou plutôt u’y subit qu’une variation lente, correspondante au nombre même des naissances ; mais il est différent suivant les pays et, dans le même pays, suivant les régions. Si l’on se reporte au jour de la conception, on constate que le jour maximum passe du début de février dans le sud de l’Europe à la fin de mars dans le Nord. Pour l’ensemble de la France, c’est le 12 mars; mais avec une différence de département à département du Sud au. Nord dans le même sens. Après avoir éliminé toutes les autres causes, l’auteur arrive à cette conclusion qu’il y a là un phénomène physiologique, sur lequel influe la température et, par suite, la latitude. Plus cette température est élevée, plus le maximum des naissances est précoce. Entre ce maximum et la moyenne, il y a un certain écart d’environ 5 pour 100 que l’on peut considérer comme caractéristique de ce phénomène physiologique. D’autre part, on sait que le nombre des naissances tend partout à diminuer d’année en année. A mesure que ce nombre diminue, l’écart moyen se réduit aussi d’année en année. Pour la même raison, l’écart mensuel est deux fois plus grand dans les pays à forte natalité que dans les pays à natalité faible. Enfin, dans les pays illettrés, l’écart moyen est beaucoup plus fort et il est également plus élevé dans les campagnes que dans les villes. Tous ces faits concordants prouvent l’influence d’un phénomène psychologique en rapport avec la vie citadine et lettrée qui tend à éliminer l’influence du facteur simplement physiologique, en même temps qu’à réduire le nombre des naissances.
- Microbisme latent. — MM. Lesné et Phocas reviennent sur la question du microbisme latent de Yerneuil pour annoncer des observations montrant que des microorganismes vivants et même virulents peuvent exister à la surface d’un projectile dans une plaie dont l’entrée est complètement cicatrisée depuis plusieurs mois.
- APPLICATIONS INATTENDUES DE L’ÉLECTRICITÉ
- Chaque jour, la Fée électrique nous ménage quelques surprises. Non seulement elle a révolutionné l’industrie, perfectionné nos moyens de transport, prêté souvent à nos distractions ou à nos plaisirs le plus utile concours, mais actuellement que d’applications ne trouve-t-elle pas sur terre ou sur mer! Les lignes téléphoniques posées par les soldats du génie assurent la liaison des unités combattantes avec les postes de commandement; la nuit, les projecteurs électriques permettent de fouiller le ciel pour découvrir les zeppelins, les fokker ou les aviatiks tandis que, grâce à des fds souterrains, le courant va mettre le feu à la mine qui bouleversera les tranchées ennemies. Et à bord des navires de guerre l’électricité actionne, commande ou contrôle tout, des soutes jusqu’au pont, depuis le gouvernail et les lampes jusqu’aux moteurs et aux canons! Notre intention n’est pas d’ailleurs d’encourir les foudres de la Censure en
- dévoilant des secrets de la défense nationale, nous allons abandonner aujourd’hui les champs de bataille européens pour la patrie d’Édison afin de signaler deux inventions curieuses et inattendues qui y naquirent récemment.
- La première est une couveuse artificielle chauffée à l’électricité. Cet incubateur peut renfermer 250 œufs qu’on dispose sur des claies, étagées à l’intérieur d’une caisse rectangulaire aux parois isolantes. Des fils de fer tendus horizontalement entre ces dernières forment la bobine de résistance et peuvent, recevoir le courant soit d’une petite dynamo, soit du secteur. On maintient facilement la température de 18° à 20° dans l’enceinte pendant toute la durée de l’incubation et après l’éclosion, comme en témoigne notre photographie, la couveuse sert encore de chambre d’élevage. On estime à 65 watts-heure environ la dépense d’électricité nécessaire au fonctionnement de l’appareil. La
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- mère-poule se trouve donc remplacée à peu de frais !
- Quant à la seconde application originale du fluide, — que Franklin ravit jadis au ciel après avoir renversé les trônes terrestres, —- elle porte également la marqué yankee. Mais loin de contribuer à créer la vie, elle a pour but d’envoyer ad patres les indésirables toutous qui pullulent dans les cités américaines. Effectivement d’après les statistiques officielles, les agents de police ou autres ont mis à mort 480 848 petits quadrupèdes sur tout le territoire de l’Union, au cours de l’année 1914.
- Aussi pour la réalisation humanitaire et hygiénique de telles hécatombes, i’électro-cution semble le procédé idéal. Les premiers « bois de justice » destinés à la race 1911 à Boston sous les aus-, pices r de Y Animal Rescue
- League et 22 villes des États-Unis ou du Canada possèdent les leurs actuellement. Comme on s’en rend compte, « l’échafaud » électrique se compose d’une cabane mesurant environ 75 cm de profondeur sur 1 m. 10 de haut, 1 m. 25 de large et reposant sur quatre pieds. La cage intérieure, isolée électriquement, possède un plancher métallique et sur un des côtés, se Irouve un barreau d’où pend un ressort spiral qui se termine par un crochet connecté avec le pôle à basse tension de la source électrique tandis que le plancher métallique est relié à l’autre pôle.
- Au moment de l’exécution, le bourreau passe, autour du cou du condamné, un collier flexible en métal, qu’une chaîne rattache au crochet du ressort; puis il l’emprisonne dans sa cellule. Grâce à des contacts automatiques, l’électrocuteur ferme le circuit en même temps que la porte. Il n’a plus qu’à
- tourner un bouton de contact, sis à portée de sa main, et le fluide meurtrier fait passer de vie à trépas le malheureux « frère inférieur ! » Pour les chats et autres petits animaux de taille similaire, la cabane s’ouvre par le dessus. Les électrodes métalliques se trouvent fixées à chacune des extrémités d’un plateau d’ardoise et le contrôle du courant à basse tension est assuré par les contacts automatiques du couvercle.
- L’opérateur commande ce dernier, à l’aide d’une pédale et d’une corde passant sur une poulie de ren-'voi. De cette façon, l’exécuteur a les deux mains libres pour prendre le félin. 11 introduit l’animal dans l’appareil de manière que ses pattes de devant viennent se poser sur une des électrodes et celles de derrière sur l’autre ; puis il ferme le couvercle de l’appareil et en une minute l’électricité accomplit son œuvre. Il faut, à peu près, le double de temps pour amener la mort d’un chien.
- D’après les observations faites depuis quatre ans par M. Huntington Smith, président de The Animal Rescue League, qui a bien voulu nous documenter, les voltages de 4000 à 5000 volts employés au début pour les électrocutions animales sont inutiles et même offrent des inconvénients (mutilations, brûlures, phénomènes convulsifs, etc.).
- Cinq cents volts suffisent à provoquer le « sommeil éternel » de nos compagnons à 4 pattes et en pratique, quand on emprunte l’électricité à un secteur urbain, la dépense d’énergie pour tuer 800 à 1000 chiens ou chats de taille ordinaire n’excède guère un kilowattheure. Jacques Boyer.
- Fig. i. — Couveuse artificielle chauffée à l’électricité.
- canine se dressèrent en
- Fig. 2. — Boîte pour électrocuter les animaux.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahdre, rue de Fleuras, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 2244.
- 30 SEPTEMBRE 1916.
- LA MANUTENTION MÉCANIQUE CONTINUE DANS LES USINES
- Parmi les multiples problèmes qui se poseront dans l’après-guerre, celui de la main-d’œuvre,
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- tel
- en général, et de la main-d'œuvre industrielle, en particulier, n’est pas un des moins angoissants.
- Non seulement le nombre des ouvriers sera fortement diminué, mais encore les usines pour lutter contre le commerce allemand et pour prendre sur le marché mondial la place qui revient à la France seront forcées d’intensifier leur production. La manutention mécanique s’imposera donc de plus en plus, car c’est une règle fondamentale de l’économie industrielle qee les économies ne commenceront qu’au moment où l’élément humain diminue. Non seulement il y a tout intérêt, au point de vue de la production, à n’avoir qu’un personnel restreint, intelligent et actif, largement rémunéré, mais encore, étant données les tendances actuelles delà main-d’œuvre ouvrière, les dangers et les motifs de conflits
- dement diminués. C’est en Amérique, où la main-d’œuvre humaine, même la moins technique, telle que celle des manœuvres et des hommes de peine, atteint des prix extraordinaires que se sont surtout développées ces installations que d’autres nécessités imposeront en Europe.
- La manutention mécanique trouve des applications dans toutes les industries et dans toutes les phases de la fabrication. Tout le monde connaît les ponts roulants, les élévateurs, les grues, les transporteurs, etc., mais il est un genre particulier de manutention que nous allons étudier plus en détail parce qu’il est moins connu et que ses applications qui devraient être innombrables ne sont que très peu répandues en France, nous voulons parler
- Fig. 2.— Un changement de direction d’un transporteur Hunt.
- if
- mm.
- Fig. i. — Un trans porteur Hunt vertical montran t le mode de suspension des bennes.
- 2° Semestre.
- de la manutention mécanique continue.
- Dans cette désignation nous comprenons les transports des machines brutes ou manufacturées dont la production ou l’utilisation sont continues et régulières. Par exemple, le transport du charbon dans les usines génératrices de force, ou l’emmagasinage des paquets de sucre terminés dans une raffinerie, etc.
- On conçoit, en effet, que le problème soit tout à fait particulier.
- Un pont roulant ne travaille pas d’une façon continue, il ne sert qu’un nombre resireint de fois par jour et accomplit pendant son service des manœuvres différentes nécessitant la présence d’un cerveau humain qui le guide et lui fasse transporter à un instant une pièce de fonderie d’une travée à l’autre d’un atelier, et l’instant d’après soulever sur un tour un organe à usiner. Rien de tel dans le cas que nous envisageons où toutes les 10 secondes, par exemple, d’un atelier, toujours le même, sort un produit dont la forme et le poids sont toujours les mêmes et qui doit être dirigé vers un autre ' atelier, toujours le même lui aussi.
- Le prototype de ce genre de travail est le transport du charbon dans les stations centrales d’énergie ou du minerai dans les usines métallurgiques. En Amérique, toutes les installations de quelque importance sont équipées mécaniquement; en France, il n’y a guère que les grandes usines récentes qui aient recours à la manutention mécanique. Il n’y a pas si longtemps — avant que la guerre ne secoue les inerties — qu’une grosse fonderie, consommant 140 000 tonnes de charbon annuellement, employait une armée de manœuvres à décharger à la pelle les wagons de combustible !
- Les manœuvres qu’il faut effectuer pour transporter les matières d’un point à un autre peuvent toujours se décomposer en deux : d’abord, élévation verticale, puis ensuite, déplacement horizontal.
- Le premier mouvement peut être accompli à l’aide d’élévateurs à bennes oscillantes, de monte-charge, l’élévateur à plate-forme, etc.; le second peut être obtenu par l’emploi de convoyeurs à
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- MANUTENTION MÉCANIQUE CONTINUE DANS LES USINES
- bennes, de convoyeurs Belt, de convoyeurs pneumatiques, etc.
- Enfin, les deux mouvements simultanés peuvent être obtenus à l’aide des convoyeurs à courroie et même de dispositifs sans organes moteurs, tels que les divers types de chemin de roulement, mais dans ce dernier cas, le déplacement n’est qu’unilatéral, pourrait-on dire ; il est irréversible, c’est la pesanteur qui joue le rôle de moteur et le transport du corps ne peut avoir lieu qu’au prix d’un abaissement de sa hauteur au-dessus du sol.
- Nous allons donner quelques renseignements sur les principaux systèmes de manutention continue actuellement en service.
- La figure 1 montre la disposition schématique d’une manutention de charbon ou de minerai par transporteur à bennes.
- Chaque petite benne est attachée après un axe solidaire de deux chaînes sans fin se déplaçant entre deux séries de renés dont un certain nombre sont motrices.
- Commes les bennes sont folles sur leur axe, durant tout le trajet, la pesanteur les maintient dans leur position normale jusqu’au point de déversement où une came les culbute et fait tomber leur contenu. Ces élévateurs sont dits « à pesanteur » pour les distinguer de ceux dits « centrifuges » dans lesquels les bennes sont attachées à un seul brin de chaîne tendue entre deux roues à crochets. La vitesse de rotation de ces roues est telle que lorsque les bennes passent au sommet de la roue supérieure, la force centrifuge projette à l’extérieur es matières qu’elles renferment.
- Lorsque les marchandises à élever ne sont plus des matières pondéreuses, mais ont une forme bien déterminée, telle que les tonneaux, les sacs de blé, etc., les bennes sont remplacées par des dispositifs particuliers de suspension adaptés à chaque emploi particulier.
- La figure 5 représente, par exemple, un élévateur continu pour tonneaux. D’ailleurs l’élévateur, lorsque les circonstances le demandent, peut être incliné et non plus vertical.
- Citons encore dans la même classe d’appa-
- Fig. 3. — Le mode de suspension et d’entrainement des transporteurs à courroie (convoyeurs Belt).
- reils élévateurs, l’élévateur incliné Otis, combinaison du tapis roulant et de l’élévateur à crémaillère. La chaîne motrice est munie de dents qui se déplacent dans une rainure et sur ces dents on vient accrocher, comme le montre la figure 4, les diables chargés de tonneaux, de balles de coton ou de sacs.
- Les porteurs restent immobiles sur le tapis sans fin qui borde latéralement la chaîne de chaque côté et tout l’équipage est élevé ainsi sans fatigue.
- Les élévateurs sont toujours des appareils nécessitant une installation importante, et on ne peut
- songer à les déplacer suivant les besoins du moment; par suite, dans les magasins et entrepôts où souvent les caisses et les marchandises s’empilent sur de grandes hauteurs, les élévateurs ordinaires ne peuvent rendre tous les services qu’on peut en attendre et ne suppriment pas, en particulier, la manutention si longue et si pénible de l’engerbement des caisses.
- Les élévateurs mobiles ont été créés pour remédier à cet inconvénient. Disposé comme une échelle de pompier, sur un bâti monté sur roues, l’élévateur mobile peut être incliné à volonté de façon'.'à suivre l’ascension du niveau auquel il dépose les matières au fur et à mesure de la confection de la pile. Dans certains modèles même, il est constitué de plusieurs parties articulées qui peuvent prendre, l’une par rapport à l’autre, des inclinaisons différentes. Le moteur électrique ou à pétrole qui actionne la chaîne sans fin motrice est disposé sur le bâti même de l’élévateur dont le volume est par suite très restreint et la maniabilité très grande (fig. 7). .
- Lorsque les objets à transporter ont été par l’un des systèmes précédents élevés à une certaine hauteur, il faut ensuite leur faire, en général, parcourir un certain chemin horizontal. Gomme nous l’avons vu, pour les charbons et les minerais, les bennes de l’élévateur continuent leur progression sur le chemin de roulement horizontal et nous n’avons ici qu’à répéter ce que nous avons dit au sujet des élévateurs à bennes.
- Il en est de même pour les autres appareils,
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- mais nous allons donner en détail les transporteurs continus à courroie, les « tapis roulants » qui, s’ils peuvent aussi servir comme élévateurs, ont surtout des applications pour le déplacement horizontal des objets.
- Le transporteur à courroie, mis en marche par deux ou plusieurs poulies motrices, circule sur des jeux de poulies folles qui le soutiennent de distance en distance et qui forcent les bords du chemin de roulement à se relever, lui donnant ainsi la forme d’une rigole assez profonde dans laquelle les matières pondéreuses (chaux, grains, etc.
- Fig. 4.
- Un tapis roulant à crémaillère centrale permettant de monter sans fatigue les fardeaux placés sur diables.
- s’emmagasinent | facilement. Le brin de retour de la courroie repose,
- Fig. 5. — Un monte-charge continu spécialement agencé pour le transport des futailles.
- ui aussi, sur des poutres folles en moins grand nombre évidemment que pour le brin porteur. Les angles de relèvement des bords de la courroie varient suivant les cas de 10 à 45° (fig. 3).
- Mais si, dans ce dernier cas, la capacité de transport s’est notablement accrue, l’usure est aussi infiniment plus rapide, aussi un grand nombre de constructeurs ne dépassent jamais un angle de 25°.
- Quant à la capacité de transport d’une courroie donnée, la formule suivante, due à M. R. Trautschold, est assez exacte :
- 1 to»V. W,
- n 2 100000
- où W est le poids en tonnes transporté par heure ;
- iv la longueur en centimètres de la courroie;
- V la vitesse de marche de la courroie en centimètres par minute ;
- W, la densité du corps transporté.
- Les capacités ainsi calculées s’entendent pour transporteurs horizontaux ; il faut les diminuer de 5 à 10 pour 100 suivant les inclinaisons
- Quant à la puissance absorbée elle
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- Fig. 6. — Un transporteur à tapis métallique.
- dépend à la fois de la distance de transport, de la friction de la courroie au retour, de la vitesse de translation et de la charge supportée. Des tables fournies par les constructeurs donnent les renseignements complets.
- Pour fixer les idées disons simplement que pour un transporteur de 30 m. de long, de 60 cm de large se déplaçant à la vitesse de 60 m. par minute, la puissance absorbée est de 2 chevaux environ pour des matières de densité 3 environ.
- Les transporteurs à courroie ne se prêtent pas aux changements de direction, mais on peut les accoupler de façon à réaliser le transport dans n’importe quelle direction, un transporteur déversant les marchandises dans une manche qui alimente un second transporteur placé à un niveau légèrement
- i inférieur et orienté dans une autre direction.
- Un type de transporteur, antérieur à celui que nous venons de décrire consiste en deux chaînes sans fin-se déplaçant parallèlement et portant de distance en distance des crochets, ou des butoirs qui entraînent les marchandises, analogues en cela aux élévateurs continus dont nous avons parlé précédemment.
- Lorsque les matières à transporter déterminent une usui’e trop rapide de la courroie comme dans le cas du transport du charbon, des minerais, etc., ou lorsque l’installation doit être faite en plein air et être exposée ainsi aux intempéries, on a souvent recours à des transporteurs métalliques comme celui représenté figure 6. Deux chaînes sans lin parallèles sont réunies par des plaques de fer non solidaires les unes des autres. Chaque plaque est portée par deux roues sur un rail qui court le long de la chaîne sans fin. On a ainsi une plate-forme métallique articulée capable de supporter de gros poids et que l’on utilise avantageusement pour les transports, à faible distance, là où avec les transporteurs à courroie il faudrait avoir une tension trop considérable de la courroie pour assurer son entraînement.
- Enfin, pour terminer cette rapide revue des divers systèmes de manutention continue, nous dirons quelques mots des transporteurs à pesanteur, les plus simples et les plus anciens de tous, dont les montagnes russes et les tobogans sont l’application populaire.
- Ils consistent à employer la pesanteur comme force motrice, à placer la matière à transporter, qui alors ne doit pas être en poussière, mais en blocs assez lourds, en caisses ou en sacs, au sommet d'un plan incliné sur lequel elle se mettra en mouvement. Utilisant sa vitesse acquise
- Fig- 7- — Un élévateur portatif Brown dans un hangar d’approvisionnement.
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- Fig. 8. — Un transporteur spirale dans lequel les objets se déplacent par leur propre poids. Commenl s’opère le changement de niveau.
- on pourra lui faire à volonté changer de direction et franchir de petits obstacles. Le chemin de roulement doit être spécialement étudié dans chaque cas, car la seule force qui contrarie le mouvement est justement le frottement du corps transporté sur le plancher du transporteur.
- Aussi lorsqu’on ne dispose que d’un faible chemin pour une différence de niveau considérable, emploie-t-on le transporteur à plancher continu, aux parois latérales très hautes et changements de direction rapides, comme l’indique la figure 8.
- Si, au contraire, les matières manutentionnaires sont fragiles, on n’inclinera que très peu les spires de la vis de descente, et, au lieu du plancher continue dont le frottement est considérable, on utilisera un chemin formé de rouleaux fous autour de leur axe et qui n’opposent à l’avancement qu’une résistance insignifiante (fîg. 9). Cette dernière disposition est très avantageuse et permet avec une différence de niveau très faible d’assurer le transport des caisses assez lourdes à de grandes distances, aussi son emploi est-il indiqué à l’intérieur des magasins où l’on remise par jour un grand nombre de colis.
- Ajoutons d’ailleurs que par suite de l’absence de tout mécanisme, les transporteurs à pesanteur non
- seulement peuvent servir à effectuer dans le cours du parcours, les changements de direction qu’impose
- la plan de l’usine, mais encore ils sont essentiellement mobiles. On peut les établir par traverses démontables, repOîant sur de simples trépieds (fig. 10) et leur montage peut être effectué très rapidement en un point ou en un autre. La photographie que nous reproduisons montre une belle installation employée pour charger les wagons, facile à monter, elle permet avec un personnel restreint (un ou deux manœuvres à chaque extrémité) d’assurer un travail
- Fig. 9. — Transport des caisses dans un magasin par un plan incliné à rouleaux.
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- rapide qu’il faudrait une équipe de 15 hommes pour effectuer dans le même temps. On remarquera qu’un petit élévateur, placé à l’extrémité du che-
- article quelconque, on constate que les frais de transport entrent pour un pourcentage considérable dans le prix de revient. C’est une dépense qu’il
- min de glissement, reporte les caisses à un niveau suffisant pour leur chargement dans lé wagon. Ce dispositif qui enlève à un potentiel supérieur les matières transportées, intercalé entre deux transporteurs à pesan-teur, permet d’augmenter indéfiniment la distance à pa rcou rir.
- On voit, par la rapide revue que nous venons de faire, que la manutention mécanique peut s’appliquer à toutes les industries et à toutes les bourses, pourrait-on dire, depuis les installations coûteuses et a gros débit des transporteurs à bennes jusqu’au transporteur à gravité qui rachète par sa souplesse la modicité de ses moyens. Or, si l’on tient compte exactement du chemin que parcourt, au cours de fabrication et surtout dans la phase qui s’appelle conditionnement, emmagasinage et livraison, un
- est nécessaire de réduire au minimum, car elle ne se traduit par rien dans le produit. Pour les liquides en bouteilles, les eaux minérales par exemple, qui
- passent dans un grand nombre de mains et doivent être manipulés avec précaution, le prix de revient est surtout un prix de manutention. Or, cette manutention ne correspond pas à une qualité quelconque pour le liquide et grève seulement son prix.
- Il y a donc lieu de s’attacher à la réduire au minimum, aussi bien qu’il est indispensable pour une centrale électrique de ne pas décharger à la main le charbon qu’elle consomme.
- Nous espérons avoir donné assez d’exemples d’installations pour attirer l’attention des industriels et des commerçants sur ce point trop souvent négligé d’organisation rationnelle du travail. H. Volta.
- Fig. il. — La manutention par transporteur à double pesanteur dans un magasin.
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- POILS ET POILUS
- Poilu! Ce nom, pas très joli ni, même, très distingué, et, cependant, destiné à resplendir, d’une pure gloire, dans l’Histoire, a pris naissance presque au début de la guerre. Gomme la plupart des mots d’argot, son origine est incertaine et a, sans doute, des racines multiples : entre autres, la difficulté que l’on prévoyait pour nos défenseurs de pouvoir se raser convenablement dans les tranchées, « la-vatory » peu confortables, et l’habitude, très ancienne, d’appeler les vaillants des « braves à trois poils », sans parler de l’adage qui veut que « du côté de la barbe est la toute-pùissance ». Sans insister sur ce côté linguistique de la question, on peut remarquer que le système pileux présente de grandes variations, non seulement d’un sexe à l’autre, mais aussi avec les. différentes races humaines et les caractérise jusqu’à un certain point, de sorte qu’on a été amené, inconsciemment, à trouver une certaine relation entre son développement et la mentalité ou la force de ces races.
- Il est amusant, à cet égard, de remarquer que le plus « poilu » du genre humain est... l’enfant qui vient de naître, chez lequel, cependant, la force et le courage ne semblent pas briller d’un vif éclat. L’homme vient au monde, en effet, couvert presque complètement (sauf à la paume des mains et à la plante des pieds) de poils follets dont l’ensemble constitue ce que les anatomistes appellent le lanugo. Celui-ci tombe bientôt et, dans la première enfance, est remplacé par les poils définitifs encore presque entièrement cachés dans la peau. Ce n’est que dans quelques cas tout à fait exceptionnels et anormaux que cette pilosité, généralisée, persiste et même s’accroît plus tard, soit sur tout le corps — ce sont alors les êtres « velus » que l’on montre dans les foires—, soit sur certaines parties seulement du visage, donnant alors naissance aux « hommes-chiens » et aux « femmes à barbe ». Ces « phénomènes » n’ont, d’ailleurs, pas toujours une origine congénitale et —- beaucoup plus souvent même — ne se révèlent parfois que plus tard, aux dépens, alors, des poils définitifs. Certaines femmes, en effet, n’acquièrent de la barbe qu’après leur première jeunesse, à la suite d’une maladie ou durant leur vieillesse.
- Cette « pilosité » extrême des nouveau-nés fait penser que l’homme primitif devait être couvert de poils et que ceux-ci ont, peu à peu, disparu — en
- partie — sous des influences multiples, parmi lesquelles il pourrait se faire que le développement du cerveau (*) ne fût pas étranger, véritable « balancement organique » dont il y a tant d’exemples en Biologie. Au même point de vue philosophique on peut remarquer qu’il n’y a pas tout à fait identité, comme on le dit quelquefois à tort, entre la disposition des poils chez l’homme et chez les Singes anthropoïdes, où certains placent notre origine ancestrale. Chez ces Singes, en effet, les poils des bras sont tous dirigés vers le haut, ce qui, vraisemblablement, est dû à ce qu’ils tiennent presque sans cesse les bras vers les branches supérieures ou les disposent au-dessus de leur tête pour s’en abriter — de la pluie, en particulier—, toutes dispositions qui obligent presque les poils a obéir aux lois de la pesanteur, disposition qui finit par se transmettre héréditairement. Chez l’homme, au contraire, les poils sont tournés, en bas, vers le poignet dans la moitié supérieure du bras et presque transversalement dans sa moitié inférieure.
- Au point de vue du système pileux, l’homme paraît avoir des origines multiples, suivant les races envisagées. En ce qui concerne les cheveux on distingue principalement les cheveux droits, ondulés, frisés et crépus. Les cheveux droits sont lisses, rectilignes, ordinairement raides et gros et tombent, plus ou moins lourdement, en plaques sur les côtés du crâne ; on en a de bons exemples chez les Chinois, les Mongols, les Indiens de l’Amérique du Sud. Les cheveux ondulés décrivent une courbe ou une spirale plus ou moins lâche, s’enroulant parfois à l’extrémité,, auquel, cas on les dit bouclés; c’est un type très répandu chez les Européens, les Veddas, les Todas, etc. Les cheveux frisés décrivent plusieurs tours de spire formant des anneaux successifs d’un centimètre de diamètre ou plus ; ils se-montrent chez les Nubiens, les Australiens, certains Mulâtres. Quant aux cheveux crépus, les tours de spires y sont très étroits, très rapprochés et s’accrochent les uns aux autres à la manière de la laine du mouton ; tantôt, comme chez certains Mélanésiens et la plupart des Nègres adultes, la chevelure forme une toison continue, par suite de la longueur des cheveux et de la largeur des spires, tantôt, comme chez les Hottentots, les Boschimans, la plu-
- 1. Rappelons, pour ceux qui ont quelque connaissance d’embryogénie que le cerveau dérive de l’ectoderme — c’est-à-dire de la future peau.
- Poils coupés en travers et dessinés à la même échelle. a, Chinois; b, Esquimau; c et d, Papous de la Nouvelle-Guinée; e, Hottentot; f, Irlandais; g, Lapon; h, Australien; i, Guarani du Brésil.
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- part des Nègres jeunes, les‘cheveux, courts et à spires très étroites, s’enchevêtrent en petites touffes (.cheveux en grains de poivre) dont les dimensions varient et qui ne sont pas dues, comme on pourrait le croire, à l’absence de poils dans leurs intervalles.
- Les différentes sortes de cheveux diffèrent entre eux, non seulement par l’aspect, mais aussi par la largeur, qui, d’ailleurs, chez tous est maximum dans la partie moyenne. Si on les coupe au même niveau — ce qui est indispensable pour permettre des comparaisons exactes — on voit que les cheveux droits ont une section circulaire tandis que les cheveux crépus présentent une section en forme d’ellipse allongée, laquelle est un peu plus renflée dans les cheveux ondulés. Si on représente par 100 la longueur du grand axe de l’ellipse, on trouve, pour le petit axe: 40 à 50 (Bochimans et Hottentots), 50 à 60 (Nègres), 77 (Esquimaux), 80 (Tibétins), 85 (Japonais), 62 à 72 (Européens), etc. Les cheveux des Nègres sont crépus, à la fois parce que leur section est elliptique et aussi parce qu’ils sortent d’un follicule incurvé, tandis que celui-ci est droit chez les Européens. On peut aussi remarquer que les cheveux droits sont les plus longs et les cheveux crépus les plus courts. On peut également noter que cette longueur est à peu près la même chez les deux sexes dans certaines races à cheveux
- droits (Chinois, Peaux-rouges) et dans la plupart des races à cheveux frisés ; ce n’est guère que chez les races à cheveux ondulés, que la chevelure femelle devient plus ou moins manifestement plus longue que la chevelure mâle. Le nombre des cheveux est aussi très variable. Un anatomiste patient en a compté 272 par centimètre carré chez un Européen, 252 à 286 chez un Japonais, seulement 214 en moyenne chez les Aïnos, race bien connue cependant pour sa pilosité extrême. Les cheveux sont aussi plus nombreux chez les blonds que chez les noirs ou les bruns. On a compté, par exemple, par pouce carré, 147 cheveux noirs, 162 cheveux bruns, 182 cheveux blonds.
- Quant à la barbe et aux moustaches, elles sont très inégalement développées dans les diverses races humaines. Chez les Mongols, les Malais, il n’y a que quelques poils rares sur le menton et aux coins de la bouche et, chez les Nègres, la barbe n’atteint jamais la même dimension que chez les Européens, où, suivant la mode, on la considère, tantôt comme un ornement « impressionnant », tantôt comme devant être supprimée à ras de la peau. La plupart de nos soldats se rangent à ce dernier avis et il est assez curieux de constater que, dans l’armée moderne, ces fidèles disciples du rasoir sont précisément ceux que l’on a appelés des « poilus ».
- Henri Coupin.
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- L’art de colorer les étoffes remonte à la plus haute antiquité. On pratiquait donc la teinture bien avant la découverte de la première couleur d’aniline, mais ce qui donne à ces produits un intérêt tout spécial, c’est qu’ils ont permis de simplifier beaucoup les méthodes d’application tout en augmentant considérablement la diversité et la vivacité des nuances sans nuire à leur solidité.
- C’est pendant les vacances de Pâques de 1856 qu’un jeune assistant au Royal College de Londres, William Henry Perkin, découvrit la mauvéine, premier colorant dérivé de l’aniline. Dès l'année suivante la mauvéine était fabriquée; elle eut un succès considérable surtout pour la teinture de la soie en violet. Un an après, Yerguin, chimiste à la teinturerie Renard et Franc à Lyon, obtenait un magnifique colorant rouge, appelé fuchsine, en oxydant l’aniline par le chlorure d’étain. Enfin, la base de la fuchsine, chauffée à son tour avec l’aniline, fournit à Girard et de Laire le bleu de Lyon. Peu de temps après, MM. Poirrier et Bardy arrivaient à transformer l’aniline en une base nouvelle, la diméthylaniline, en la chauffant avec de l’alcool méthylique et un acide dans des appareils autoclaves, et cette diméthylaniline, oxydée dans des conditions particulières, conduisuit Laulh à la découverte d’un magnifique colorant violet, le violet de Paris exploité depuis 1866 à l’usine Poirrier à
- Saint-Denis. Enfin, le premier qui réussit à séparer industriellement la benzine du toluène et à préparer avec les carbures purs de l’aniline pure, fut Coupier dans son usine de Poissy.
- Comme on peut le voir, les découvertes françaises furent nombreuses et fécondes dans les premières années de cette industrie nouvelle. Aussi celle-ci fut-elle pendant quelques années — trop courtes, hélas 1 — centralisée en France et en Angleterre. Les petites fabriques allemandes qui s’étaient installées sur les bords du Rhin, eurent des débuts très modestes, car il leur était difficile de lutter avec les maisons françaises et anglaises d’où elles devaient tirer leurs matières premières. Pour réussir elles s’appliquèrent à perfectionner les méthodes de fabrication afin d’abaisser les prix de revient.
- Pendant cette première période de 10 années, qui suivit la synthèse de Perkin, on est forcé de reconnaître que Te hasard avait bien souvent joué le plus grand rôle dans la genèse des découvertes. On avait oxydé l’aniline, la diméthylaniline, la toluidine, etc., dans les conditions les plus extraordinaires et l’on avait eu la chance d’obtenir des colorants nouveaux, sans trop savoir ni pourquoi, ni comment. Mais le terrain était si neuf et si fertile en surprises qu’il paraissait plus facile et surtout plus lucratif de chercher du nouveau plutôt | que de s’attarder à pénétrer le mécanisme encore
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- mystérieux des réactions de l’aniline. En Angleterre, un chimiste éminent entre tous, A.-W. Hofmann, avait commencé depuis 1862 à appliquer les méthodes rigoureuses de la recherche scientifique aux matières colorantes, et avait déterminé la composition et la formule de la fuchsine; mais Hofmann, allemand
- et ancien préparateur de Liehig, cédant aux sollicitations de son gouvernement, quitta Londres en 1865 pour la chaire de chimie de l’université de Berlin. Il y fut suivi par beaucoup de ses élèves, qui avaient acquis des situations dans les maisons
- apportant leur expérience acquise. L’enseignement de la chimie, organisé par Liebig dans les universités allemandes, reçut avec Hofmann et Ive-kulé une impulsion nouvelle et les chimbtes formés à leur école ne devaient pas tarder à trouver l’occasion de mettre en œuvre leurs connaissances scientifiques. Un vaste domaine d’une richesse inouïe devait bientôt s’offrir à leurs in vestigations.
- En 1875, R o us s in, pharmacien au Val-de-Grâce, et simultanément Caro et Witt, en Angleterre, découvraient les premiers colorants azoïques sulfonés
- d’origine
- Fig. i. — A, chaudière à sulfonation ; B, cuve à précipitation; M, monte-jus; F, filtre-presse.
- A, bacs à nitrate de sodium;
- B, jauge pour mesurer du nitrate; C, cuve à diazotation; D, cuve à copulation; E, monte-jus; F, filtre-presse ;
- T, tribune.
- Fig. 2. — Fabrication des colorants azoïques.
- anglaises de matières colorantes Jet qui contribuèrent à fonder les fabriques allemandes en y
- dérivés de la naphtaline. Déjà en 1864, Griess avait trouvé que l’aniline et les amines réagissent avec
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- le nitrite de soude en présence d’un acide pour donner des nouveaux composés appelés dia-zoïques qui sont incolores mais qui jouissent de la propriété inattendue de se combiner aux phénols, aux amines pour donner des matières colorantes jaunes teignant la laine. Roussin eut l’idée d’appliquer ces réactions aux dérivés de la naphtaline ; naphtols, naphtylamines et leurs acides sulfoniques et obtint des colorants orangés et rouges d’une très grande pureté.
- Ces produits furent fabriqués à l’usine Poirrier à Saint-Denis dès 1876, mais devant l’immense variété de combinaisons possibles il fut décidé de ne pas breveter la découverte de Roussin. Quelques mois après, Hofmann analysa ces colorants, en déduisit leur composition et publia leur mode d’obtention.
- La découverte de Roussin tombait de ce fait dans le domaine public et ainsi, le vaste champ de recherches qu’il avait pensé se réserver, devenait accessible a l’activité des chimistes. Il suffisait de généraliser la réaction avec les divers produits intermédiaires dont il a été question pour obtenir des séries entières de colorants nouveaux.
- Comme la reconnaissance parfaite des innombrables cas d’isomérie était devenue intelligible, il fallait entreprendre systématiquement la préparation et l’étude de ces multiples composés que la théorie permettait de prévoir.
- Pour mener à bien un travail aussi formidable, il était nécessaire de s’assurer le concours d’un nombreux personnel de chimistes, familiarisés par des études spéciales avec les travaux de recherche de la chimie organique.
- Tandis que chez nous le recrutement d’un tel personnel était impossible, les universités allemandes pouvaient le fournir immédiatement à leurs fabriques.
- Ces chimistes, engagés dans les laboratoires des usines de matières colorantes, accomplirent alors, dans ce seul domaine des dérivés de la naphtaline, un travail gigantesque, de telle sorte que l’industrie des colorants azoïques, née chez nous, se trouva dépourvue de l’assistance scientifique nécessaire, précisément au moment où celle-ci était plus indispensable que jamais.
- Les usines allemandes, au contraire, allaient disposer ainsi d’un nombre considérable de matières premières nouvelles qu’elles étaient les seules à savoir fabriquer et dont elles s’étaient réservé la propriété par des brevets. L’importance de ce domaine des colorants azoïques est telle que c’est lui qui
- fournit encore, actuellement, le plus grand nombre de colorants nouveaux sans qu’on puisse prévoir l’époque à laquelle on aura épuisé toutes les combinaisons possibles.
- Il est incontestable que c’est de là que date l’avance rapide et la puissance de plus en plus formidable des fabriques allemandes. Mais déjà, à l’occasion de l’Exposition de 1878, Ch. Lauth déplorait dans son rapport que si l’Allemagne produisait pour 50 à 60 millions de francs de colorants, l’Angleterre n’en produisait que pour 11 millions, la Suisse pour 7 et la France, seulement pour 4 ou 5. Ainsi, déjà il y a 40 ans, nous nous trouvions en état d’infériorité manifeste vis-à-vis de l’Allemagne ; cette situation n’a fait qu’empirer et bien qu’elle ne semble avoir été connue par le grand public que depuis la guerre, on voit que malheureusement son origine remonte fort loin.
- Il existe actuellement des groupes entiers de colorants, comme l’alizarine et l’indigo et leurs dérivés qui sont monopolisés par les fabriques allemandes.
- Ces fabriques, en ne comptant que les plus importantes, sont au nombre de 8, et réunissent un capital global de 300 millions de francs; la plus importante est sans doute la Badische Anilin und Soda fabrik de Ludwigshafen au capital de 67 millions et demi, avec plus de 10000 ouvriers, plusieurs centaines de chimistes ; elle a donné en 1913 un dividende de 28 pour 100; les Farbwerke de Hoechs, (capital de 62 millions 1/2) ont distribué 30 pour 100 à leurs actionnaires.
- En 1913, les exportations de l’Allemagne se décomposaient ainsi :
- Poids en Valeur en kilogr. francs.
- 7.264.000 7.598.500
- 3.106.400 3.797 500
- 198.300 131 250
- 64.287.900 177.598.750 6.152.600 11.657.500
- 4.907.000 15.508.750
- 13.332.800 66.653.700
- 256.500 1.181.250
- 119.506.200 285.727.500
- La lutte avec une telle organisation en pleine prospérité sera forcément des plus dures. Ces maisons disposent de moyens tellement puissants et perfectionnés qu’ils leur permettent d’étudier d’une manière intense et rapide les découvertes intéressantes qui peuvent être faites en dehors d’elles.
- Fig. 3. — Cuve pour la précipitation de la fuchsine, procédé à l’arsenic.
- Aniline et sel d’aniline .... . .
- Naphtols et naphtylamines. . . . . .
- Nitrite de sodium.......................
- Couleurs dérivées de l’aniline . . . .
- Alizarine............ . . .............
- Couleurs dérivées de l’anthracène . .
- Indigo.................................
- Carmins d’indigo................... . .
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- Nous avons vu ce qu’il était advenu de la découverte de Roussin; plus récemment, il s’est produit un fait analogue qui a conduit aux mêmes conséquences funestes.
- En 1873, deux teinturiers français, Croissant et Bretonnière, trouvaient qu’en chauffant certains produits organiques tels que la sciure de bois, le son, etc., avec des alcalis et du soufre il se forme des co-lorants bruns pour coton connus sous le nom de Cachou de Laval. Cette observation resta isolée jusqu’en 1896, époque à laquelle un autre chimiste français,
- Vidal, eut l’idée de remplacer ces produits par des substances chimiques définies : amido-phénols, nitrophénols, diamines, etc., et obtint des noirs et des bleus pour coton, qui furent fabriqués à la Société des matières colorantes de Saint-Denis.
- Les brevets Vidal ouvraient une voie nouvelle d’une importance extraordinaire ; immédiatement les maisons allemandes mobilisèrent leurs laboratoires bien plus puissamment organisés qu’à l’époque des azoïques. Leur activité atteignit un tel degré que dans le domaine des colorants sulfurés il n’a pas été pris moins de deux brevets par semaine dans la période qui s’est écoulée du 1er janvier f900 au 1er juillet 4912. Il en est résulté que le groupe de ces colorants a été presque totalement accaparé par les Allemands; on peut juger de l’intérêt de ces colorants par leur consommation qui dépasse 15 millions de kilogrammes par an.
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- Mais entre l’époque de la découverte des azoïques (1876) et celle de Vidal (1896) il s’est écoulé 20 ans pendant lesquels la chimie des matières colorantes a subi un développement inattendu. Les premières couleurs d’aniline, comme la fuchsine,
- le Violet de Paris, le Bleu de Lyon ont été l’objet de nombreuses recherches scientifiques, lesquelles ont conduit à imaginer de nouvelles méthodes de fabrication. Celles-ci, par leur généralisation, ont fourni des séries entières de colorants bleus, rouges, violets, verts, etc. Enfin, les travaux lentement accumulés dans les laboratoires des usines ont révélé l’existence d’un très grand nombre de familles de matières colorantes comprenant ensemble plusieurs milliers d’individus. Mais le temps ajpermis d’opérer
- une sélection et le nombre de colorants importants. dont l’usage s’est maintenu dans la pratique courante ne dépasse pas quelques centaines.
- A côté de ces matières colorantes produites par des procédés chimiques et qui, avant cette indus-trie, étaient inexistantes, la chimie s’est également efforcée de concurrencer la nature et de reproduire par des moyens évidemment compliqués, les colorants les plus importants retirés des plantes dans lesquels ils se forment par des procédés naturels, plus simples, mais encore inconnus.
- Nous avons déjà vu qu’on ne cultive plus beaucoup de garance, mais qu’on fabrique l’alizarine qu’elle contient, au moyen d’anthracène retiré du
- Fig. 4.— Usine Poirrier à Saint-Dénis. Atelier de fabrication des matières colorantes.
- Fig. 5, — Usine Poirrier à Saint-Denis.
- Autre vue de l'atelier de fabrication de matières colorantes.
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- 220 ____LA « CROISADE » DE L'ŒUF FRAIS STERILISE
- goudron. Il en est de même de l’indigo qu’on importait d’Orient et qui est fabriqué depuis 20 ans par des procédés chimiques dans lesquels on utilise comme point de départ la benzine ou la naphtaline. Cette fabrication a exigé plus de 20 années d’études et de recherches, qui, il faut le reconnaître, ont été poursuivies par les Allemands avec une méthode et une patience remarquables; aussi, cette fabrication spéciale se trouve-t-elle presque entièrement entre leurs mains.
- Les exportations allemandes ont suivi une marche ascendante continue pendant que,
- inversement, la surface des cultures diminuait.
- Exportations Culture de
- allemandes. l’Inde.
- 1898 . . 7.600.000mk »
- 1904 . . 21.700.000 »
- 1906 . . 51.600.000 487.000 acres (d
- 1911. . . . . . . 41.800.000 265.700 »
- 1912. . . . . 54.200.000 271.000 »
- iyi3. . . . . 57.000.000 170.000 »
- Depuis quelques années la Suisse exporte également de l’indigo synthétique (3910 830 fr. en 1913).
- Ainsi, quel que soit le groupe auquel on s’adresse : azoïques, alizarine et dérivés, indigo et dérivés, colorants sulfurés, etc., on doit reconnaître que la production allemande l’emporte de beaucoup. On a multiplié les rapports, les enquêtes, les missions pour essayer de déterminer les causes de cette
- suprématie afin d’en déduire les moyens de la combattre. Les raisons pour lesquelles notre industrie des colorants a périclité sont simples : manque de personnel compétent, enseignement retardataire des
- Universités. Ces raisons n’existent plus et l’influence de notre législation sur les brevets a été moins grande qu’on le pense. De telle sorte que théoriquement rien ne s’oppose à l’établissement, en France, d’une in-dustrie florissante des matières colorantes. Le seul facteur sur lequel nous n’ayons aucune prise c’est le temps. Or, l’Allemagne a consacré 50 ans d’efforts continus pour établir ses usines où travaillent des centaines de chimistes et d’ingénieurs ; la somme d’expérience acquise est formidable. Il est impossible de songer à arriver à un résultat semblable dans un espace de temps aussi court que celui qui nous sépare de la paix, même si la guerre devait être encore longue. Le développement de cette industrie ne pourra être que progressif et il faudra lutter pendant ce temps avec la concurrence allemande qui sera plus âpre que jamais. De tous côtés, malgré les difficultés de l’heure présente, on s’organise et on se prépare à la guerre commerciale, espérons et souhaitons qu’avec de la patience et du travail, on réussira à s’affranchir peu à peu du made in Germamj. ’ A. Wahl,
- Professeur de chimie industrielle à la Faculté des Sciences de Nancy.
- Fig. 6. — Usine Poirrier. Fabrication des produits intermédiaires.
- LA « CROISADE » DE L’ŒUF FRAIS STÉRILISÉ
- La « question des œufs », au même titre que la « question de la viande », est un des problèmes de première importance dans l’alimentation publique, non pas seulement au point de vue du ravitaillement, c’est-à-dire de la rareté ou de l’abondance et des fluctuations des cours des œufs, mais aussi au point de vue de l’hygiène alimentaire, eu égard à la qualité des œufs.
- On peut dire que, par suite de l’état de guerre et de ses conséquences économiques, le problème 1. Un acre = 4046 m2.
- s’est singulièrement corsé, en ce sens, que le double objectif auquel sont intéressées l’alimentation et la santé publiques, a rencontré des conditions plutôt défavorables : diminution de la production nationale, difficultés pour s’approvisionner à l’étranger, qualité plus ou moins douteuse des œufs importés, et enfin dépréciation que, dans l’esprit du public, subissent les œufs de conserve.
- Envisageant surtout la question de l’œuf frais, c’est à ce dernier point de vue que, dans cette étude, nous nous placerons, car on a beaucoup discuté sur
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- LA « CROISADE » DE L’ŒUF FRAIS STÉRILISÉ
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- les œufs conservés, étant donné que les œufs vieux et plus ou moins gâtés constituent un danger pour la santé publique.
- La production française, même avant la guerre, ne suffisait pas aux besoins toujours plus grands de la consommation; aussi la France importait-elle en quantilés énormes, des, œufs en provenance de Russie, de Sibérie, d’Italie, du Danemark, et plus récemment, du Maroc. Les arrivages.de Russie et des pays Balkaniques. étaient assez réguliers. La guerre ayant presque complètement arrêté le trafic, il en résulta une « crise des œufs » quelque peu atténuée par cerlaines mesures, comme les prohibitions desortie, mais qui pourrait reprendre toute
- la guerre ils achetaient beaucoup en Russie, durant les mois de juin et de juillet, pour conserver jusqu’en octobre et novembre. En 1911, l’Allemagne achetait en Russie 1100 millions d’œufs, pour une valeur de 60 millions de francs. L’Angleterre en achetait 1508 millions, pour une valeur de 80 millions de francs. Gette même année, le total des exportations de la Russie s’élevait cà 1683 millions d’œufs, représentant une valeur de 215 millions de francs.
- Il est intéressant d’examiner les conditions dans le squelles est réalisée industriellement, c’est-cà-dire en grand, la conservation des œufs qui font l’objet d’un trafic si considérable, et eu égard à ce que nous appelons la « croisade de l’œuf frais stérilisé », traduisant ainsi les desiderata, les légitimes exigences du consommateur au point de vue de la qualité desœufs, de leur fraîcheur, de leur conservation parfaite, il
- pro-
- son intensité dès l’automne, à moins que les dispositions prises pour faciliter la reprise des importations d’œufs russes et d< s arrivages plus importants et plus réguliers d’œufs du Maroc, suffisent pour prévenir la raréfaction et la cherté des œufs.
- Mieux encore, il faudrait se mettre résolument à pratiquer en France, l’aviculture industrielle; exploiter de grands couvoirs, produisant beaucoup d’œufs et beaucoup de poussins ; vulgariser dans les campagnes la sélection et l’aliinenta-tion raisonnée des poules pondeuses. Il y a, dans ce sens, tout un enseignement pager.
- Bon an mal an, notre production d’œufs atteint environ 300 000 tonnes ; elle est surpassée par celle des Etats-Unis, qui est de 800 000 t., tandis que celle de l’Allemagne n’est que de 250 000 à 270000 t., celle de l’Angleterre 120 000 t., et celle du Danemark 55 000 tonnes.
- C’est à la conservation par le froid que les Etats-Unis doivent le développement considérable de leur commerce d’œufs. En 1911, il est passé, dans les établissements frigorifiques des États-Unis, près de 2 milliards d’œufs représentant une valeur de 150 millions de francs. L’Allemagne possède aussi d’importants établissements frigorifiques qui achètent les œufs en Bulgarie, en Turquie; avant
- Fig. i (en haut). Les caisses remplies d’œufs sont sorties de l'autoclave et chargées sur des chariots, pour être trahs--portées en chambre froide. (A droite : batterie de bouteilles d’acide carbonique et d’azote. Au fond, le long du mur : tuyau de prise d’air reliant l’autoclave à' la pompe à vide.) — Fig 2. (en bas). Les œufs sont placés, sur des cadres et ces derniers rangés dans des caisses en fer-blanc. (Au fond, au second plan : l’autoclave.)
- très
- remar-
- est utile de mentionner les progrès quables accomplis dans cette voie.
- Le critérium étant celui-ci : mettre à la disposition du consommateur, pendant tout le cours de l’année, des œufs de bonne qualité et à un prix raisonnable, la ponte n’étant pas régulière en toutes les saisons, il est nécessaire, pour conserver les œufs, pendant la période d’abondance, de recourir à une méthode perfectionnée, afin de pouvoir les amener sur le marché au moment où la ponte se ralentit.
- Les principes essentiels de la conservation des œufs peuvent se résumer comme suit : 1° N’utiliser que des œufs fraîchement pondus, n’ayant pas plus de quelques jours; contrôler cette fraîcheur par le mirage à la lampe ; 2° empêcher la pénétration
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- 222 =========== LA « CROISADE » DE L’ŒUF FRAIS STERILISE
- des germes, ceux-ci ayant une tendance à traverser la coquille pour combler le vide qui résulte de l’évaporation constante des liquides contenus à l’intérieur, l’oxygène étant l’agent principal de la corruption; 3° rejeter les œufs vieux, ayant souffert de l’humidité et de la chaleur et ne conserver que des œufs sains, récoltés au moment où la nourriture des poules et leur état physique sont un sûr garant de leur bonne qualité ; 4° éviter d’emmagasiner les œufs quand surviennent les grandes chaleurs et, surtout, par les temps orageux.
- On sait que les systèmes proposés pour conserver les œufs sont nombreux. Les plus employés, parce que les plus connus, sont les procédés par immersion dans un liquide (eau de chaux, solution de silicate de potasse et de soude ou verre soluble, eau salée, etc.) et les procédés par enrobage dans une substance grasse (paraffine, vaseline, saindoux, etc.). Ces derniers conviennent plutôt à l’Économie domestiqué; ils sont assez coûteux et ne se prêtent pas à l’application industrielle, contrairement aux procédés à l’eau de chaux et au silicate de potasse et de soude, avec 10 pour 100 de sel marin, procédés qui n’ont encore qu’une valeur pratique relative, car les œufs ainsi conservés ont parfois le « goût de vieux » ou « de chaux », leur coquille se brise quand on les met dans l’eau chaude; enfin, ce qui est à retenir, avant tout, c’est que l’œuf n’est pas stérilisé, c’est-à-dire rendu inaccessible à l’action des microorganismes; il est seulement protégé pendant une période plus ou moins longue.
- La méthode frigorifique, elle-même, qui constitue cependant un grand progrès, ne suffit pas pour assurer une conservation parfaite. Le froid ne tue pas les germes fermentescibles, il arrête seulement leur développement, et ces germes que, souvent, recèlent les œufs ayant souffert avant d’être emmagasinés peuvent continuer à se développer même à la température basse de -+-1°. Le déchet atteint souvent 5 pour 100. Au delà de quatre mois de conservation, l’œuf perd peu à peu son goût d’œuf frais, il prend le goût « de vieux » ou « de glacière » ; à cinq mois, il n’est plus consommable à la coque, et à huit ou neuf mois, il n’est guère meilleur qu’un œuf conservé à l’eau de chaux. En somme, le froid ne peut améliorer la qualité des œufs, il ne fait que les conserver tels qu’ils sont au moment de l’emmagasinage. Il faudrait, dans tous les cas, établir les dépôts frigorifiques au centre même des pays de production, afin de réduire la durée des transports de ces lieux de production à l’usine frigorifique.
- Pour conserver l’œuf frai s et sain, avec toutes ses qualités organoleptiques, il est nécessaire d’associer à la réfrigération la stérilisation en vase clos ; c’est ce que réalise la méthode Lescardé, dont l’application commença à se répandre en France, quelque temps avant la guerre. Par cette méthode,
- les œufs sont conservés dans un milieu privé d’oxygène, et en présence de gaz carbonique et d’azote, milieu suffisamment antiseptique pour qu’avec le concours d’une température basse, les bactéries et moisissures soient détruites en peu de temps. Les œufs étant ainsi stérilisés, leur conservation de longue durée est assurée.
- Il existe actuellement, en France, une technique minutieusement réglée dans tous ses détails, laquelle permet d’obtenir, grâce à cette méthode combinée de réfrigération et stérilisation, des résultats de premier ordre dans la conservation des œufs.
- Cette méthode, due à un ingénieur distingué, M. Lescardé, ancien élève de l’École polytechnique, se résume à ceci : les œufs, à leur arrivée à l’usine, sont déballés « toqués », mirés, afin d’éliminer ceux qui sont vieux ou fêlés. Le « mirage » se fait au moyen d’une simple feuille de carton perforée de 168 trous destinés à recevoir les œufs introduits verticalement. Cette feuille de carton est fixée sur cadre en bois, lequel repose sur une caisse vide en bois doublée de fer-blanc à l’intérieur. Au-dessous de ce dispositif sont placées deux ampoules électriques; les rayons lumineux, arrêtés par le carton, traversent les œufs, et, très facilement, on peut distinguer et éliminer les œufs tachés ou pourris. Pour chaque million d’œufs à conserver, on utilise deux appareils à mirer et deux chambres noires. Après avoir été mirés, les œufs sont mis à refroidir dans une salle spéciale où s’opère le remplissage des caisses à six cadres en vue de la conservation (fig. 1). Ces caisses sont en fer-blanc, elles contiennent chacune 1000 œufs, leur poids est de 75 kg; l’intérieur est garni d’un doublage à claire-voie, préservant des chocs, et l’extérieur porte une chape en bois permettant l’arrimage des caisses dans les chambres froides.
- Quand ces caisses ont été remplies, on met à l’intérieur un peu de chlorure de calcium pour absorber l’excès d’humidité atmosphérique, après quoi on soude le couvercle, mais en laissant une ouverture circulaire de 5 millimètres de diamètre. Les caisses, placées sur un chariot, sont alors introduites dans un autoclave — analogue à ceux qui servent pour l’injection des traverses de chemin de fer — et dans lequel on fait le vide au moyen d’une pompe. On introduit aussi de l’acide carbonique et de l’azote provenant de bouteilles d’acier, où ces gaz sont liquéfiés ou comprimés. Après avoir fait le vide de manière à extraire les gaz de la chambre à air des œufs, et ceux qui sont dissous dans l’albumine, on envoie du gaz carbonique, préalablement réchauffé par son passage, dans un serpentin plongé dans de l’eau courante, afin d’éviter que, arrivant très froid sur les œufs, ce gaz brise les coquilles. L’introduction de gaz carbonique est arrêtée quand la. pression dans l’autoclave est légèrement supérieure à celle de l’atmosphère. Les œufs sont saturés de ce gaz quand le manomètre reste immobile. La durée d’action et la pression sont fonctions de l’état de
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
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- fraîcheur des œufs traités. Une légère surpression facilite le passage du gaz à travers la coquille et sa dissolution par l’albumine, et, par suite, réduit la durée des opérations. Afin d’éviter qu’à la longue l’anhydride carbonique liquéfie l’albumine, on veille à ce qu’il n’y ait pas excès de pression dans l’autoclave, cela en enlevant, avec la pompe à vide, une certaine quantité de gaz carbonique, que l’on remplace par de l’azote à l’état comprimé, fabriqué, au besoin, sur place en faisant passer de l’air sur du cuivre porté au rouge ; on a de l’azote pur, stérilisé et refroidi à 15° par son passage à travers un refroidisseur. On détermine ensuite la proportion de ces deux gaz de manière que leur mélange soit suflisamment antiseptique, et ne puisse, cependant, attaquer l’albumine. Lorsque l’albumine des œufs est saturée d’azote, on ouvre vivement l’autoclave et on en retire les chariots (fig. 2). À ce moment, deux ouvriers ferment, par un grain de soudure, la petite ouverture laissée libre sur le couvercle de chaque caisse, pour le passage des gaz ; l’herméticité est encore assurée par un mélange de graisse et d’huile appliqué sur la soudure.
- Le dégagement d’acide carbonique absorbé par les œufs durant assez longtemps, on n’a pas à craindre que l’air rentre dans les caisses. Ces dernières sont alors replacées sur les chariots et transportées dans les chambres froides où est maintenue une température constante, comprise entre 0 et H-2°, et avec laquelle on n’a plus à se préoccuper de la ventilation des locaux ni de l’état hygrométrique de l’air; par conséquent, on peut employer le refroidissement par simple circulation de saumure incongelable et conserver, en même temps que les
- ACADÉMIE I
- Séance du 2
- Les roches volcaniques des colonies françaises. — M. Lacroix décrit de nouveaux types de roches provenant des îles françaises du Pacifique et revient à cette occasion sur les principes de la classification pétrogra-phique. Cette classification est très difficile à établir parce que les roches éruptives forment des séries continues dans toutes les directions, tandis que, pour classifier, on est amené à diviser. En principe, M. Lacroix se guide sur la prédominance, la présence ou l’absence des éléments blancs (feldspaths ou feldspathoïdes) et des minéraux colorés en se fondant, par conséquent, sur la composition minéralogique.
- Les pétrographes norvégiens et américains ont préféré se baser sur l’analyse chimique, dont ils déduisent une composition minéralogique théorique, qui est, en réalité, la composition dés magmas. La vérité semble être la combinaison des deux méthodes : l’une donnant en quelque sorte la qualité, l’autre la quantité des minéraux.
- }
- Périodicité de l’activité solaire. — M. Kostitzin discute un travail récent de M. Arctowski. La périodicité
- œufs, d’autres denrées dans les mêmes chambres froides.
- A leur sortie du frigorifique, les caisses d’œufs sont transportées dans un local chauffé à 20/25°; lorsqu’elles ont atteint une température de 7 à 8°, si la température extérieure est de 15°, on les ouvre et on en retire les œufs, qui sont emballés suivant les procédés ordinaires, et expédiés dans les centres de consommation.
- On remarquera que le réchauffement des œufs est, ainsi, très facile; ils ne sont pas exposés à se couvrir de buée si favorable à leur altération ultérieure, et ils peuvent attendre un certain temps, à leur sortie des chambres froides, avant d’être livrés à la consommation.
- L’œuf est stérilisé à l’abri de toute évaporation, il conserve son plein, l’albumine a conservé sa couleur blanche; l’œuf peut être mangé à la coque après dix mois de conservation, sa chambre à air est restée très petite et, au mirage, rien ne le différencie de l’œuf frais pondu.
- Cette méthode de conservation par réfrigération et stérilisation était déjà appliquée, avant la guerre, en France et à l’étranger, soit dans des usines spécialement aménagées à cet effet, soit dans des usines à glace, notamment à Dijon, à Morlaix, à Courtrai, à Turin, à San Francisco, etc. Il faut convenir qu’eu égard à cette « croisade » de l’œuf frais stérilisé, préconisée depuis si longtemps par les hygiénistes, une semblable méthode, passée dans le domaine des réalisations pratiques, grâce à son efficacité éprouvée, est appelée à rendre de grands services à l’alimentation publique.
- Henri Blin.
- «<§&
- :S SCIENCES
- août 1916.
- de l’activité solaire semble influencée par les planètes. 11 est possible que celles-ci provoquent dans les régions extérieures du soleil une sorte d’onde de marée ayant pour effet de ralentir la rotation solaire et exerçant peut-être même par là une influence sur le dégagement de la chaleur solaire. Il peut également y avoir production d’une marée électromagnétique.
- Embryogénie de l’huître. — M. Dantan a étudié le naissain de 1 ’Ostrea edulis. Les œufs se développent dans la cavité palléale de la mère, ce qui avait fait considérer cette espèce comme vivipare, alors qu’elle est simplement embryophore. Les observations de l’auteur, que développe M. Perrier, montrent les analogies remarquables qui existent entre la larve de l’huître et les larves des Vers et des Pélécypodes et qui semblent établir le lien d’origine entre les Vers et les Mollusques. Les conditions de vie auraient progressivement amené les modifications qui nous frappent aujourd’hui. Mais les appareils ciliaires des deux larves et leurs systèmes nerveux sont identiques ; elles possèdent toutes les deux des reins céphaliques, etc....
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- UN ŒIL EN CAOUTCHOUC POUR LES BLESSÉS DE GUERRE
- Fig. i.
- Por te-empreinte et empreinte d’une cavité orbitaire.
- Le grand nombre de blessures entraînant l’énucléation d’un œil, a conduit MM. Lemaitre etTeuil-lières à perfectionner la technique de la prothèse oculaire.
- Conçue, en effet, dans des limites assez restreintes avant la guerre pour la confection de la « façade » d’un moignon oculaire que le chirurgien avait
- confectionné avec habileté, elle est dc-venue absolument insuffisante en présence des délabrements lamentables intéressant très souvent le globe oculaire et l’orbite et que la nature de la blessure ne permet pas de réparer de façon à y adapter, comme par le passé, une pièce d’une collection faite en série. Il faut pour chaque blessé une pièce spécialement établie pour lui et qui, dans tous les cas, puisse satisfaire l’esthétique, suivre le mouvement des moignons restants et se trouver placée sur le même plan que l’autre œil.
- Pour parvenir à ce résultat, MM. Lemaitre et Teullières ont tout d’abord cherché à établir le moulage des cavités orbitaires. On a dû renoncer à employer les substances fusibles à une température légèrement plus élevée que celle du corps, car on ne peut compter sur des moulages fidèles. On a donc eu recours au plâtre ou plutôt à l’albâtre que la muqueuse supporte très bien. Pour que la pièce sorte sans retouches, on utilise un porte-empreinte spécial composé d’un petit entonnoir à large ouverture servant à l’admission du plâtre liquide.
- Du côté opposé à cet entonnoir est une partie convexe, reproduisant la surface interne des paupières. Cette partie est destinée à maintenir les paupières dans la position qu’elles occupaient sur le globe oculaire.
- Les paupières ainsi soutenues, le plâtre liquide garnit aisément toute la cavité orbitaire et prend, on peut dire, toute la place occupée jadis par le globe oculaire absent.
- La pièce moulée est obtenue très facilement et donne l’aspect absolu de l’orbite dans ses moindres détails.
- Mais on ne peut se servir de ce moulage intégral,
- Fig.
- lage
- - Contre-mou-deux parties
- d’une empreinte.
- Fig. 3.
- car il faut chercher à en sélectionner les parties utilisables qui conserveront le plus grand nombre de mouvements. On constate, en effet, que certaines
- parties de la cavité de __
- l’œil sont animées de '
- mouvements, d’autres sont immobiles, d’autres enfin se forment sous l’influence du mouvement.
- Ce travail fait, pour lequel la science du praticien joue un rôle fondamental, la pièce prothétique définitive est exécutée en caoutchouc de façon que ses rapports avecl’orbitc soient maintenus dans les moindres mouvements.
- MM. Lemaitre et Teuillières constituent
- la partie antérieure en caoutchouc dur, en vulca-nite ; c’est elle qui recevra la « façade » reproduisant l’aspect de l’œil, réalisé soit par l’émail, soit par quelque autre procédé de peinture. C’est elle qui constituera la partie interpalpébrale du globe; c’est contre cette surface rigide qu’agira la force opposante des paupières.
- Lapartiepostérieure ainsi que les parties latérales de la pièce sont faites en caoutchouc mou, élastique. L’espace existant entre les deux parois antérieure et postérieure est vide ou plutôt occupé par de l’air.
- C’est donc un appareil essentiellement élastique, pneumatique, épousant sans les meurtrir les sinuosités de la cavité orbitaire, se prêtant aux déformations, mais transmettant les mouvements.
- Sa souplesse contribue à le maintenir dans un contact élastique entre les paupières et le fond de la cavité orbitaire.
- La pièce transmet ainsi les moindres mouvements soit des paupières, soit du fond de la cavité. Elle est en perpétuelle « réaction ». Enfin il n’est pas inutile d’ajouter qu’elle n’est pas susceptible.de se casser, Ce dernier avantage est très appréciable, car un grand nombre de blessés reprendront après la guerre leur dur travail d’ouvrier.
- Blessé porteur d’une pièce de prothèse {œil gauche).
- Le Gérant .* P. Masson.
- Imprimerie Lahurf., nm île Kleurus, 9, ù l'ar:s.
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- LA NATURE. — N° 2245.
- 7 OCTOBRE 1916.
- LA GUERRE DE MINES
- Chaque guerre nouvelle se développe dans des circonstances qui lui sont propres, qui la différencient de la précédente, et quand on cherche à en tirer des enseignements, on est tenté de croire à un complet bouleversement des anciennes méthodes.
- Pendant la guerre de 1870, l’occasion ne s’est pour ainsi dire pas présentée de creuser des mines, alors qu’elles avaient joué un si grand rôle pendant le siège de Sébastopol, par exemple, et l’on a cru pouvoir en conclure que les procédés d’attaque des places avaient subi des changements si radicaux qu’on n’aurait plus à en faire usage; on prédisait que tout se ferait par des assauts de vive force, que la lutte d’artillerie aurait la prédominance, et que les grandes portées empêcheraient de s’approcher assez pour permettre les lents cheminements par la sape ou la mine.
- Immédiatement, dans tous les régiments du Génie, on supprima les compagnies spéciales de mineurs. Tout le monde devint sapeurs-mineurs, c’est-à-dire qu’à tout le monde on donna une instruction écourtée sur l’emploi des galeries de mine à la guerre.
- Or, après la bataille de la Marne, en 1914, et la stabilisation des deux fronts derrière des retranchements, on s’aperçut qu’il fallait revenir aux vieux errements du temps passé. 11 n’est point de jour que le communiqué ne signale qu’un fourneau de mine a fait sauter quelque blockhaus ou • quelque bout de tranchée, d’un côté ou de l’autre, et qu’on s’est disputé l’entonnoir.
- On se bat sous terre comme à la surface, et dans cette guerre de taupes, nos sapeurs du Génie se montrent les dignes émules de ceux des anciens sièges ; ils y déploient une ardeur et une bravoure d’autant plus méritoires qu’on n’y trouve pas l’excitant de la charge ou de l’assaut, et qu’il ne s’agit pas cependant, comme on pourrait le croire, d’un métier de tout repos, à l’abri de tout danger, mais qu’au contraire les travailleurs sont constamment
- Sous la menace de sauter eux-mêmes, d’être broyés ou ensevelis.
- Voyons donc* en quoi consiste cette guerre de mines.
- Dans un siège — et la guerre de tranchées n’est pas autre chose— l’assaillant s’efforce d’approcher peu à peu de la ligne des retranchements où s’abrite le défenseur. Comme il ne peut s’avancer à découvert sur le sol naturel, il creuse, en profitant de la nuit, des tranchées successives — des parallèles,
- comme on dit — qu’il relie entre elles par des boyaux de communication, tracés en zigzag afin que l’artillerie ne puisse pas les enfiler.
- Il arrive un moment où les distances sont assez faibles pour qu’il soit très difficile d’ouvrir ainsi brusquement une parallèle nouvelle en sape dérobée. Immédiatement signalés par le bruit, éclairés par les fusées et les projecteurs, les travailleurs seraient aussitôt copieusement arrosés de projectiles et mis dans l’impossibilité de continuer leur ouvrage. On use alors d’artifice et l’on commence par lancer de la tranchée des boyaux cheminant de proche en proche. Pour les mieux dissimuler, au lieu de jeter les déblais sur la berme et d’en constituer un parapet facile à voir, on les évacue vers l’arrière. C’est là ce qu’on appelle proprement une sape, et il y en a de bien des genres.
- Le travail, on s’en doute, est long et pénible, dangereux par surcroît dès qu’on est éventé. En tout cas, lorsqu’on a réussi, en réunissant toutes les têtes de sape par une tranchée avancée, à s’établir à 30 ou 40 m. de la tranchée adverse, c’est à peu près, tout ce que l’on peut faire, à moins de circonstances favorables, et il devient bien difficile de progresser davantage à ciel ouvert, à si bonne portée des canons de tranchées et des grenades.
- Il faut cependant préparer l’attaque. Nous sommes trop près de l’ennemi pour que nos canons puissent détruire ses ouvrages sans courir le risque de nous atteindre. Or, nous avons devant nous, par
- 15 — 225.
- Fig. i. — Soldat du génie travaillant dans un rameau de combat.
- 44' Année — T- Semestre.
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- LA GUERRE DE MINES
- exemple, un centre de résistance particulièrement dangereux, et il ne faut pas songer à jeter une vague d’attaque sur ces fils de fer intacts, sous le feu de ces mitrailleuses bien dissimulées.
- Eh bien, nous allons essayer de faire sauter tout cela.
- C’est .alors
- J
- qu’abandonnant la sape pour la mineJ1), nous creuserons des galeries souterraines, assez profondément enterrées pour n’avoir rien à craindre des projectiles du plus fort calibre, travail de taupe que nous conduirons aussi près que possible de * l’ennemi, sans trop de bruit afin de bénéficier de la surprise. Au bout de la galerie, dans la paroi, le mineur prépare une chambré, et
- il bourre rapidement de terre, de sacs à terre ou de gazons, pendant que l’infanterie se prépare et se presse dans la tranchée de départ. Tout est prêt :
- une étincelle électrique met le feu au fourneau; l’ouvrage saute avec ses défenseurs, et il ne reste plus à sa place qu’un énorme cratère, un entonnoir de 10 à 15 m. de diamètre, dans lequel la vague d’assaut' se précipite.
- Les choses ne se passent pas toujours aussi simplement. Il est bien difficile que l’ennemi n’entende pas le travail souterrain; il prendra alors ses précautions et cherchera à détruire prématurément la galerie de l’assaillant. Pressé par le temps, celui-
- Forages
- £n/ève/nentc/,., deé/aïl /iar vâ-et-viend et u n /*etcé wagonnet \
- Fourneau
- Fa m eau de corn bai
- d'écouté
- Fig. 2. — Établissement d’un fourneau de mine sous une tranchée ennemie. Plan des travaux d’approche.
- Tranchée "\ ennemie
- \ tr
- fourneau de Mine
- Fig. 3. — Coupe des travaux d’approche. Le pointillé montre la limite de la zone d’action
- du fourneau qui produit l’entonnoir.
- constitue un fourneau en la remplissant d’explosif;
- l. Depuis quelque temps, clans beaucoup de périodiques, ou appliqué le nom de sape aux travaux des deux genres; c’est une erreur complète; la sape ne comporte que les cheminements de surface.
- ci sera souvent forcé de placer son fourneau trop loin de la tranchée pour pouvoir l’endommager; mais le travail n’est pas perdu; l’explosion donnera encore un entonnoir où l’assaillant pourra trouver un abri et qu’il pourra organiser en
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- LA GUERRE DE MINES
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- y taillant les talus et les banquettes nécessaires, j D’ailleurs, Si l’on a soin de faire éclater plusieurs four- i contre-mine. neanx simultanés, les
- à la mine, la seule riposte est la Dès qu’on s’aperçoit que l’ennemi
- - Enlèvement des déblais transportés à la brouette
- de la galerie jusqu’au treuil d’extracli/.n.
- petits groupes qui s y précipitent et réussissent à s’y maintenir, travailleront à les rejoindre rapidement par une tranchée, et l’on voit que l’emploi de la mine permet en définitive * de réaliser l’approche, alors que celle-ci était impossible à ciel ouvert.
- Nous parlons d’assaillants et de défenseurs ; mais 'a la vérité les deux partis sont logés à la même enseigne. Un assiégé ne doit pas subir passivement la volonté et l’avance de son adversaire ; il doit marcher à sa rencontre et s’efforcer de détruire
- ses ouvrages. En sorte que, des deux côtés, il se peut bien que, dans le même dessein, les mi-
- Fig. 5. — Entrée d'une galerie de mine.
- neurs se mettent à l’œuvre en même temps et à l’insu l’un de l’autre.
- s’avance en galerie, il s’agit d’employer les mêmes moyens pour contrarier ses projets, et d’aller le faire sauter lui-même, en logeant un fourneau à proximité de sa galerie, en dessous s’il est possible, car l’effet de l’explosion est beaucoup plus fort de bas en haut que de haut en bas ou même latéralement.
- Il n’est pas nécessaire que ce fourneau de contre-mine soit fortement chargé ; il suffit qu’il crève la galerie, en ensevelissant les travailleurs, sans que ses effets se fassent sentir à la surface du sol. On a alors ce qu’on nomme un camouflet.
- Enfin, il arrive que, les deux galeries avançant à la rencontre, un dernier coup de pioche met en présence les deux équipes ennemies. C’est alors, dans l’étroit passage, un combat sauvage à coups de pioche, de pelles, de couteaux; heureux celui des deux adversaires qui, ayant prévu ce dénouement, se sera armé de revolvers ou de grenades.
- Comme on le voit, ce n’est pas par une exagération de langage qu’on a donné à ces opérations le nom de guerre de mines. C’est bien une guerre où chacun des partis marche à l’ennemi à l’aveuglette, au jugé, écoutant le moindre bruit, cherchant à distinguer où l’adversaire en est de son travail, à apprécier la direction et la distance ; il s’agit de le gagner de vitesse et, le moment venu — quelques minutes peuvent faire tourner la chance — de préparer à la hâte le fourneau dévastateur qui doit exploser avant que l’autre ne soit prêt.
- Pour l’entrée en galerie, il faut chercher un j point aussi abrité que possible et suffisamment | rapproché du but à atteindre pour abréger le Ira-
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- LA GUERRE DE MINES
- vail souterrain. On se placera dans une tranchée ou une excavation spéciale qu’on recouvrira d’im plafond en rondins et en terre, pour protéger l’installation et la soustraire aux vues des avions. Quant à la galerie elle-même, elle s’enfoncera rapidement à une profondeur qui la mette à l’abri de la destruction par les projectiles de gros calibre.
- La vitesse d’avancement dépend évidemment du volume des terres à extraire, ce qui conduit à réduire les dimensions du passage souterrain; on cheminera en demi-galerie mesurant 1m. de largeur et 1 m. 50 à 1 m. 50 de hauteur seulement; quelquefois même, on se contentera d’un grand rameau de 1 m. de hauteur sur 0 m. 80 de largeur, lorsque la distance à parcourir ne dépasse pas une trentaine de mètres/ vv;v;7," r.
- Certes,;) ce. tunnel n’e.st pa;s fait pour circuler avec , toutes -ses* aises; le,s .-mineurs; sont forcés de se courber un peu, mais, ils en ont l’habitude.
- coffres jointifs en madriers de 25 à 50 cm de largeur et 8 à 10 cm d’épaisseur. Un conçoit qu’une pareille gaine offre par elle-même une grande résistance et qu’il faudra un camouflet sérieux pour la démolir. C’est au bout de ce rameau qu’on creusera latéralement la chambre du fourneau.
- Lorsqu’il s’agit de creuser un rameau de combat, le travail n’est pas commode; le mineur, à genoux, ne peut faire usage que d’outils à manche court,
- et l’avancement n’est pas rapide. Pour évacuer les déblais, le mineur de tête les charge dans un petit wagonnet que son aide tire au moyen d’une corde jusque dans la demi-galerie. Là, on a plus d’espace; un homme s’attelle au chariot, un autre le pousse, et par ce procédé un peu rudimentaire les terres: dé l’excavation finissent pan arriver à Pair libre. Si la galerie est longue, cependant, on pourrait faciliter le travail en établissant deux rails constitués par de simples madriers écartés de 0 m. 40,
- Fig. 7. — L’explosion d’un camouflet vient interrompre l’avance de la galerie ennemie.
- À moins que le terrain ne soit très résistant — dans la craie ou la roche tendre par exemple — il faut soutenir les terres au moyen d’un boisage composé de cadres en bois régulièrement espacés, sur l'es chapeaux desquels on glisse des planches de ciel, et l’on garnit de même les parois.
- Dès que l’on approche du but, on diminue encore les dimensions du passage, non pas seulement pour aller plus vite, mais pour offrir moins de prise aux mines de l’ennemi. On construit alors ce qu’on appelle un rameau de combat de 0 m. 80 de hauteur et 0 m. 65 de largeur, garni par une série de
- sur lesquels le wagonnet roule plus aisément.
- Bien entendu, tout cela ne va pas sans éclairage, et l’on installera dans ce petit tunnel en miniature des lampes électriques dont les fils sont suspendus au boisage; mais il faut songer aussi que, dans cet étroit espace, la respiration des travailleurs aura vite fait de consommer le peu d’oxygène qui s’y trouve contenu. Il faudra donc renouveler l’air au moyen d’un ventilateur placé au dehors, .mû à bras ou mieux par l’électricité, et qui refoulera de l’air frais dans une gaine en bois ou un tuyau en tôle, disposé au pied d’une des parois.
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- Il ne faut pas compter que tous ces travaux — excavation, évacuation des déblais, boisage — vont s’effectuer aussi vite qu’on le voudrait. En bonne terre, on n’avance jamais que de 5 à 6 m. en vingt-quatre heures, et, dans un terrain dur, il arrivera parfois que cet avancement se réduira à 1 m., ce qui est terriblement lent. On peut essayer, pourtant, d’accélérer la marche en ayant recours à des perforeuses mues électriquement; mais l’espace est si restreint qu’il est difficile d’y loger une machine puissante, d’autant plus qu’il est nécessaire qu’on puisse approcher du front de taille, afin de parer à l’imprévu — un outil qui se casse, ou une grosse pierre qui l’arrête inopinément et
- DE MINES -......... ...... 229
- un officier même, muni d’un petit appareil extrêmement sensible aux vibrations du terrain, la tête coiffée du casque microphonique, restera l’oreille tendue au moindre bruit, cherchera à distinguer sa nature, sa direction, son éloignement. On comprend qu’il y faut l’oreille fine, du discernement, une grande habitude.
- Mieux encore, au bout du rameau, au moyen d’un outil spécial, il sera possible de forer des trous de 8 cm de diamètre environ, des forages d’une vingtaine de mètres de long, disposés en éventail, comme des tentacules qui vont permettre d’ausculter les entrailles de la terre à grande distance, et à l’extrémité desquels ou pousse l’appa-
- Fig. 8. — L’organisation défensive d’un entonnoir au moyen de sacs de terre.
- qu’il faut dégager à la pince. Et si le déblai est trop rapide, ce sont les moyens d’évacuation qui sont en défaut. On peut, il est vrai, user de quelques artifices dans le détail desquels nous ne saurions entrer ici.
- Voilà, rapidement esquissée, l’organisation du chantier ; mais pour le mener à bien, il faut écouter ce qui se passe chez l’ennemi qui ne reste pas inactif, soit qu’ayant entendu le bruit du travail souterrain, il prépare une contre-mine, soit que, sans se douter de rien, il s’avance de son côté pour attaquer.
- En dehors de l’équipe de travailleurs, on devra donc organiser un service de guet ou d'écoute, pour lequel on creusera des rameaux spéciaux divergeant du tronc commun, au bout de chacun desquels un homme expérimenté, un sous-officier,
- reil sensible dont les fils viennent jusqu’aux récepteurs que l’écouteur a sur les oreilles. Et c’est à l’abri de ce réseau de sûreté que nos travailleurs vont poursuivre leur tâche.
- L’ennemi ne semble pas se douter de ce que nous faisons nous-mêmes, car il travaille sans précaution et en piochant comme un sourd. Un moment de silence, cependant... et les coups de pioche sont plus discrets et comme étouffés; on dirait que l’outil ne fait plus que gratter la terre pour éviter de donner l’éveil ; on devine aisément que l’ennemi nous a éventés.
- L’officier, chef de notre chantier, est homme de décision; que va-t-il faire? Si la distance est encore assez grande, il commande qu’on dévie l’un de ses rameaux en marchant droit sur le bruit. Si le temps manque, il poussera vivement un forage
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- plus rapide et moins bruyant. Mais voilà que, chez l’adversaire, le travail s’arrête ; le silence dure plus qu’une simple pause ou la relève des travailleurs : sans doute un fourneau se charge là-bas; il faut gagner l’ennemi de vitesse, et rapidement on pousse au bout du forage des cartouches de mélinite ; on bourre à la hâte; par les fils on lance l’étincelle qui doit déterminer l’explosion. Un coup sourd, lointain... et le camouflet a produit son effet, bouleversant toute l’organisation de la mine ennemie.
- Le camouflet, c’est le coup d’arrêt paralysant l’ennemi et permettant à nos mineurs de poursuivre leur, tâche, c’est-à-dire d’allonger leur galerie ou leur rameau jusqu’au but, jusqu’à ce qu’il puisse établir un fourneau de grande puissance susceptible de crever la terre superposée et de faire sauter tout ce qu’elle supporte.
- On le voit, la guerre de mines n’est dépourvue ni d’incidents ni d’imprévu. C’est la petite guerre d’embûches et de ruses, où le mineur se passionne. Quand il sent que le dénouement approche, il ne veut pas qu’on le relève; il veut être là pour le moment suprême; ses muscles se tendent pour taper encore plus fort et abattre à grands coups son front de taille, tandis que son aide tire à lui
- les déblais avec la même hâte. Ah ! que d’allégresse lorsque le fourneau est chargé, bourré, que tout est prêt ; et la minute est solennelle, de l’attente du coup.
- L’explosion est, si l’on peut dire, une arme à double tranchant, car elle disloque toute la tête de travail, en sorte que, si elle est provoquée par la défense, le front de celle-ci s’en trouve reculé. Dans les anciennes guerres de mines, le mineur de la défense se faisait un point d’honneur de regagner immédiatement le terrain perdu, en dégageant le bourrage, en reconstruisant sa galerie à travers les terres bouleversées par l’explosion. C’est d’autant plus difficile que ces déblais sont tout imprégnés de gaz délétères et qu’on y risque l'asphyxie. 11 y a quelque quarante ans, dans les grasses argiles de l’Artois, le modeste lieutenant que j’étais, en voulant pousser trop vite en avant, est tombée n arrière juste sur le chariot qu’un mineur, sans perdre de temps, a roulé rapidement jusqu’à l’air frais. Frictions à l’épigastre et autres soins appropriés eurent vite rétabli les choses ; mais j’étais resté d’une sensibilité excessive aux gaz de la dynamite — l’explosif d’alors — et Dieu sait si l’on en respirait dans cette guerre de mine, encore que ce ne fût qu’un exercice. . Un vieux mineur.
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- T AU MUSÉE DU
- ’î • f
- Le sous-secrétaire d’Etat du Service de Santé i pris l’heureuse initiative de rassembler en un musée au Val-de-Grâce tous les documents de son service intéressant la guerre actuelle.
- Le Val-de-Grâce est, on le sait, en même temps qu’un immense hôpital, la pépinière des médecins militaires par son École d’Application du Service de Santé. Il était donc tout désigné pour réunir et classer les renseignements de toutes sortes que recueillent chaque jour les formations sanitaires de l’avant, les organisations techniques de l’arrière, les hôpitaux de l’intérieur.
- Les documents ainsi groupés forment déjà une grande leçon de choses où l’on trouvera, après la fin des hostilités, des renseignements précis et complets sur la médecine et la chirurgie de guerre, la matière des futurs règlements d’administration, les nombreuses inventions nécessitées par les développements et les innovations sans cesse croissants du grand conflit actuel.
- Le nombre des objets exposés, leur variété, ne permettent pas de les signaler tous dans un seul article. On voit, dans deux grandes salles du rez-de-chaussée, de nombreuses pièces anatomiques, des moulages, des radiographies, représentant tous les genres de blessures causées par les projectiles modernes. Ailleurs, des photographies, des modèles réduits, des maquettes, montrent tous les stades du
- VAL-DE-GRÂCE
- traitement et du transport des blessés depuis la ligne de feu jusqu’à l’hôpital. Des types d’ambulances, de voitures sanitaires rappellent les progrès accomplis depuis deux ans. Des vitrines montrent les efforts heureux des"grands services techniques : pharmacie militaire, laboratoire de sérums de l’Institut Pasteur, laboratoire antityphique du professeur Vincent, etc.
- Nous voudrions nous arrêter spécialement aujourd’hui dans une des salles où sont groupés les documents relatifs à ce qu’on a appelé la « guerre chimique », tout au moins en ce qui concerne le Service de Santé.
- La guerre chimique, c’est tout ce qui est produit de l’industrie chimique : les projectiles, les poudres, les explosifs ; c’est aussi — puisque nos déloyaux ennemis ont imaginé ce nouveau genre de combat — les gaz asphyxiants.
- Dans une des salles voûtées du premier étage (fig. 1) où reposent en une vitrine centrale les précieux casques Adrian, bosselés, déchirés par la mitraille, on a réuni d’une part les engins asphyxiants allemands, d’autre part les moyens de protection français.
- Des engins allemands, nous dirons peu de chose. On sait quel effet de surprise ils produisirent, en avril 1915, quand pour la première fois nos-troupes se virent enveloppées dans un nuage suffocant et
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- irritant. Depuis, nos adversaires ont largement usé sur tous les fronts de ce procédé, interdit cependant par la Convention de La Haye.
- Aux vagues de fumées asphyxiantes, ils ont bientôt ajouté les tirs d’obus lacrymogènes, suffocants, etc., qui, en se brisant sur le sol, répandent des liquides ou des vapeurs telles que l’air devient rapidement irrespirable.
- Le public connaît déjà quelques-uns de ces produits : le chlore, le brome, les vapeurs nitreuses. Beaucoup d’autres ont été employés depuis : dérivés chlorés ou bromés de diverses substances, que les
- qui empêchent les intoxications, permettent aux hommes de rester sur leurs positions pendant la vague ou l’éclatement des obus, et leur laissent la faculté de combattre, pour arrêter l’attaque ennemie qui suit généralement une telle émission de gaz.
- Notre défense a été rapide, parfaite, et aujourd’hui, tous nos soldats savent qu’ils n’ont rien à craindre des gaz allemands, s’ils ont toujours sur eux, prêts à le mettre, leur appareil protecteur.
- Les gaz toxiques employés par nos ennemis attaquant uniquement les „yeux et les voies respira-
- ressources de l’industrie chimique allemande permettaient de produire en grandes quantités et à bon compte.
- Le Musée du Val-de-Grâce a réuni une collection de ces .engins chimiques : cylindre de chlore liquide qu’on ouvre dans la tranchée pour produire un nuage de gaz toxique que le vent pousse dans les lignes opposées; obus, bombes, grenades, dont l’enveloppe est remplie de liquides agressifs, etc.
- La composition des produits chimiques recueillis par nous dans des projectiles non éclatés a, bien entendu, été analysée. La liste de ces substances est déjà longue, mais le temps n’est pas encore venu d’en parler.
- A cette nouvelle forme de guerre, il nous a fallu répondre par des moyens de protection efficaces
- toires, on s’est préoccupé de protéger ces deux organes.
- Pour les yeux, le problème était facile. Des lunettes s’appliquant exactement, étanches, suffisent pour tous les cas. On peut voir dans une vitrine et sur le buste de gauche de la figure 5 comment sont faites ces lunettes. Les verres, trop fragiles, ont été remplacés par des disques de mica ou d’ace'-tate de cellulose; ces disques sont sertis dans une feuille épaisse de caoutchouc qui se modèle exactement sur les plans du visage et est retenue par un cordonnet s’attachant derrière la tête. Somme toute, ce sont de simples lunettes d’automobilistes, mais sans aucune perforation.
- Le problème de la protection des voies respiratoires est plus difficile puisqu’on ne peut plus songer
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- ici à enfermer simplement le nez et la bouche dans un espace clos qui provoquerait très rapidement l’asphyxie.
- On l’a résolu de deux manières différentes qui correspondent chacune à des conditions particulières.
- On sait que la respiration est essentiellement un échange gazeux entre les poumons et l’air extérieur. Ce dernier contient 21 pour 100 d’oxygène et des traces seulement d’acide carbonique. Au contraire, l’air pulmonaire est pauvre en oxygène et riche en acide carbonique. A chaque inspiration, l’homme introduit dans ses poumons environ un demi-litre d’air pur; à chaque expiration, il expulse une quantité égale d’air vicié renfermant .16 pour 100
- lutte des sapeurs-pompiers contre l’incendie, certaines manutentions d’industries toxiques ou à poussières. On l’avait déjà résolu de diverses façons, souvent ingénieuses, qui permettaient d’orienter les recherches. Mais jamais, on n’avait eu à fournir, en un très court espace de temps, un nombre considérable d’appareils qu’il fallait, simples, sûrs, solides et peu coûteux. Ce sera le mérite de nos chimistes, de nos physiologistes et de notre organisation industrielle d’avoir réalisé ce tour de force de fournir presque instantanément toute l’armée, c’est-à-dire plusieurs millions d’individus, d’appareils respiratoires protecteurs qui ont maintenant fait leurs preuves.
- Fig. 2. — L’appareil Draeger ......... allemand: \
- Fig. 3. — L’appareil Draeger français.
- d’oxygène et 4 pour 100 'd’acide carbonique. Cette ventilation .se répète au moins 16 fois par minute. Son arrêt, même momentané, est impossible sans entraîner la mort. Un appauvrissement en oxygène de l’air inspiré ou son enrichissement en acide carbonique ne tardent pas à provoquèr dès malaises asphyxiques.
- 11 faut donc, tout en protégeant les voies respiratoires contre le contact des gaz nocifs, assurer l’échange incessant de l’air, la rentrée d’oxygène, la sortie d’acide carbonique.
- On y parvient soit en respirant dans un espace complètement clos générateur d’oxygène et fixateur d’acide carbonique, soit en respirant l’air extérieur à travers un filtre qui arrête les vapeurs toxiques.
- Le problème n’est pas nouveau. Il existait avant la guerre pour le travail dans certaines mines, la
- Le danger conjuré, on a pu améliorer, perfectionner, et le dernier mot n’est probablement pas encore dit du meilleur masque respiratoire, mais enfin l’essentiel est fait ; nos soldats ont pu tenir contre les attaques méphitiques de nos ennemis et sans grands accidents ni grosses pertes.
- Les appareils étanches sont connus depuis longtemps. Le premier réellement pratique fut celui de Denayrouse-Rouquairol, utilisé dans les mines à partir de 1867. Puis vinrent les appareils Neupert, Meyer en Allemagne, Guglielminetti-Draeger, Van-ginot en France, etc. En ce moment, nos ennemis emploient principalement le Draeger (fig. 2) et le Westphalia, tandis que nous et nos alliés nous nous servons du Draeger (fig. 3) et de l’appareil à oxylithe.
- Nous ne décrirons pas en détail le Draeger que nos lecteurs connaissent déjà (La Nature, nos 1628
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- et 171-4), les appareils actuels ne différant de ceux des mines que par quelques modifications peu importantes. L’homme qui s’en sert a les narines fermées par une pince et la bouche prise dans une embouchure tenue entre les mâchoires et les joues. Une soupape dirige l’air expiré dans une boite contenant de la potasse où l’acide carbonique est fixé ; un obus d’oxygène comprimé, qu’on ouvre par un robinet pointeau donne une certaine quantité d’oxygène qui se mélange au gaz résiduel et arrive à la bouche par un tube d’inspiration muni d’une autre soupape. L’obus d’oxygène, la cartouche de potasse, la tuyauterie et un grand sac détendeur et régulateur de pression sont réunis soit sur le dos, soit sur la poitrine (fig. 5). L’homme a ses voies respiratoires complètement isolées du milieu extérieur et peut vivre par conséquent au milieu de n’importe quel gaz toxique. Les seuls défauts du Draeger sont son poids et la disposition de son embouchure qui empêche de parler.
- Dans l’appareil Vanginot, l’oxygène est remplacé par de l’air comprimé; on y respire donc une
- fixe l’acide carbonique, ce qui ne nécessite qu’une seule boîte très légère pour l’élimination de l'acide carbonique et la récupération de l’oxygène; malheureusement, cette réaction est longue à amorcer et de plus elle dégage tellement de chaleur que l’air inspiré est désagréablement chaud.
- Tous ces appareils, parfaits au point de vue de la protection, sont encombrants, assez lourds et d’un fonctionnement non automatique. Aussi les réserve-t-on à certains corps spéciaux : sapeurs-mineurs, mitrailleurs, etc.
- La grande majorité des poilus, fantassins, artilleurs, etc., est munie d’appareils plus simples et d’un principe tout différent.
- L’air vicié par les gaz toxiques conservant tous ses éléments, il suffit de le filtrer sur un réactif chimique approprié pour qu’il; se dépouille de ses vapeurs irritantes. On peut donc vivre dans une atmosphère irrespirable en y prenant l’air à travers un masque filtrant.
- Mais, il faut que ce masque applique bien sur le visage, qu’il ne soit pas trop résistant, ce qui rendrait pénibles les mouvements respiratoires, qu’il
- Fig. 4. — Le masque allemand.
- Fig. 5. — Au centre, masque allemand; à droite et à gauche, masques français.
- atmosphère normale, mais sa durée est limitée par le fait qu’on ne récupère pas l’air expiré et qu’il faut fournir un demi-litre à chaque inspiration au lieu de 20 centimètres cubes d’oxygène seulement.
- Les appareils à oxylithe seraient de beaucoup supérieurs, puisque l’oxylithe est du peroxyde de sodium qui dégage de l’oxygène par sa transformation en soude en même temps que celle-ci
- soit neutralisant pour les divers produits nocifs que les Allemands emploient, que les substances qui le composent ou l’imprègnent ne soient pas irritantes pour la peau, et enfin que la pluie ne les entraîne pas.
- On n’a répondu que progressivement à tous ces desiderata.
- Lors des premières attaques, on eut recours
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- uniquement à des appareils de fortune, à des mesures provisoires, improvisées, « système D » ; puis les masques firent leur apparition.
- Chaque poilu reçut de l’arrière un appareil protecteur tout imprégné qu’il n’avait plus qu’à appliquer sur le visage en cas d’alerte. La forme en fut modifiée heureusement plusieurs fois pour aboutir au masque actuel. Ce fut d’abord une cagoule, grand sac dans lequel on emprisonnait la tête et qu’on serrait autour du cou sous la capote, un bâillon qu’on enroulait autour du nez et de la bouche, un groin qui enfermait les orifices respiratoires et s’attachait derrière la tête.
- Puis apparut, à l’attaque de Champagne, en septembre 1915, une demi-cagoule mieux étudiée qu’on voit sur le buste de droite de la figure 5.
- Peu après, elle fut remplacée par le masque en deux parties qu’on voit à gauche de la même figure. Il comprenait d’une part des lunettes, et d’autre part un groin entourant le nez et la bouche. Très efficace, son seul défaut était le temps trop long qu’il fallait pour l’adapter.
- Actuellement, on lui a substitué un nouveau modèle d’une seule pièce comprenant une fenêtre rectangulaire munie d’une feuille transparente pour la vue, cousue dans un sac qui s’applique sur le front, sur les joues et sous le menton. Deux élastiques la fixent vers le haut et derrière la tête. Ainsi fait7 il se met en un instant. Le sac est constitué par un certain nombre de couches de mousseline imprégnées de produits chimiques choisis pour arrêter tous les gaz toxiques qu’envoie
- l’ennemi. Il est protégé contre la pluie par un tablier imperméable. Les hommes le portent constamment au côté, enfermé dans une boite métallique ou dans un sac imperméable à l’eau.
- Nos alliés anglais ont conservé la cagoule munie d’une soupape d’expiration.
- Par contre, les Allemands ont, depuis le début, un appareil respiratoire tout différent qu’on voit sur les figures 4 et 5.
- Il est formé d’un sac en tissu caoutchouté épousant les lignes du front, des joues et du menton, comme le nôtre, mais ce tissu est imperméable à l’air. Au niveau des yeux, sont deux grandes fenêtres rondes serties dans des cercles métalliques. Le filtre est constitué par une cartouche métallique cylindrique qui pend devant la bouche et se fixe au masque par un pas de vis; Elle peut donc être remplacée après usage sans qu’on renouvelle tout le masque. C’est par passage à travers cette cartouche remplie de poudres imprégnées de produits chimiques que l’air inspiré se dépouille des vapeurs toxiques. Ce dispositif a, par rapport au nôtre, des avantages et des inconvénients, mais, tout compte fait, ne semble pas sensiblement préférable.
- Tels sont les divers appareils respiratoires fabriqués depuis la guerre pour la défense contre les gaz asphyxiants.
- Le Musée du Val-de-Gràce en conservera le souvenir en même temps qu’il montrera l’ingéniosité que nous avons dû déployer pour nous défendre contre un des procédés les plus déloyaux de nos adversaires.
- COMMENT ON DÉCÈLE LES EFFORTS INTERNES DANS LES MÉTAUX
- L’importance de l’étude de la résistance des matériaux s’est tellement accrue avec le développement de l’industrie moderne, que la connaissance globale des efforts auxquels est soumise une force quelconque n’est plus suffisante ; on désire maintenant savoir exactement comment ces efforts se décomposent, quelle est leur distribution et par cela même quel est le travail de chaque élément de matière.
- Si cette connaissance peut dans certains cas sembler un peu superflue au premier abord, il en est d’autres où elle est indispensable. C’est ainsi, par exemple, que dans les méthodes d’essais des ciments, c’est-à-dire dans des déterminations de la plus haute importance par la solidité de nos constructions, si on compare les méthodes officielles des différents pays, il est impossible d’arriver à formuler des conclusions valables, la forme des briquettes d’essais changeant dans ohaque pays(1). G. Goker,
- 1. On rappelle que pour essayer les ciments, on en con-l'ectionne des briquettes dont la l'orme générale est représentée sur les figures 1 et 2. Ces briquettes, saisies par deux machines, sont soumises à une traction et on mesure la force pour amener leur rupture.
- en Angleterre, ët M. Mesnager, en France, se sont consacrés à la solution de ces problèmes dont l’importance, comme nous le verrons, s’est encore accrue avec la généralisation de l’emploi du béton armé.
- Le procédé d’étude mis en œuvre par les auteurs précités est très simple et bien connu des physiciens. C’est le phénomène de la double réfraction. On sait que lorsqu’on fait passer un faisceau de lumière blanche à travers un nicol, c’est-à-dire à travers un prisme de spath d’Islande, le faisceau sortant est constitué par de la lumière polarisée dans un plan(1). S’il traverse un milieu transparent homogène, il n’est pas modifié et sort tel qu’il est entré; c’est encore un faisceau de lumière polarisée dans le même plan. Mais, en disposant un
- i. On admet que la lumière est formée par les vibrations de l’éther, vibrations qui s’effectuent dans un plan normal à la direction de propagation du faisceau lumineux. Dans ce plan, les particules d’éther vibrent dans des directions quelconques, changeant d’orientation à chaque instant (niçois, tourmaline, etc.). Si par passage à travers divers milieux on arrive à ce que la vibration ne s’effectue que suivant une direction donnée, la lumière est dite alors polarisée reclilignemenl,
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- second nicol dont le plan de polarisation est à angle droit avec celui du premier nicol, on peut éteindre ce faisceau lumineux. Si maintenant le milieu transparent interposé entre les deux niçois n’est plus homogène, par exemple, s’il est soumis à des efforts irrégulièrement distribués, le faisceau lumineux qui le traverse est altéré : en général il se divise en deux faisceaux de lumière polarisée dans des plans rectangulaires, mais qui font, avec le plan de polarisation du faisceau incident des angles quelconques. Par suite, le nicol qui éteignait tout à l’heure entièrement la lumière en laissera passer une partie et il faudra, pour arriver à l’extinction, le tourner d’un certain angle. Ce que nous venons de dire s’applique à chaque point du corps. Pour chaque position du second nicol, qu’on appelle pour cette raison l’analyseur, il y aura donc extinction complète pour un certain nombre de faisceaux lumineux, qui dans le champ visuel détermineront une courbe .
- Pour tous les points de cette courbe, le faisceau de lumière incidente a tourné du même angle, et on en déduit que les efforts que ces points supportent sont les mêmes. Les matières employées comme milieu transparent sont eu général le verre ou le celluloïd .
- Naturellement leurs propriétés élastiques ne sont pas les mêmes que celles du ciment ou des métaux, mais on peut admettre que la répartition des efforts n’est pas très différente et, en particulier, que les sections de résistance minimum sont très voisines dans tous les cas.
- La figure 2 montre la forme d’une briquette pour l’essai du ciment. Cette briquette est saisie entre les deux mâchoires d’une machine de traction spéciale et en détermine l’effort nécessaire pour amener sa rupture. La figure 1 montre un aspect typique que présente la briquette en verre destinée
- à l’étude de la répartition des efforts lorsqu’elle est placée dans la machine d’essai à la place de la briquette de ciment. On remarquera les quatre taches noires correspondantes aux points auxquels s’exerce la traction des mâchoires et les lignes noires'd’égal effort.
- Le phénomène est plus intéressant à observer
- en réalité, car les teintes des diverses plaques lumineuses sont différentes..
- Par rotation du nicol analyseur on peut facilement déterminer les lignes pour lesquelles le plan de polarisation a tourné de 10, 20, 50 degrés (fig. 2). Les normales à ces courbes sont les courbes d’égal effort (fig. 5).
- Le même procédé a permis d’étudier le travail des rivets, la distribution des efforts dans les poutres encastrées, etc., mais l’application la plus élégante a été sans nulle doute réalisée par M. Mesnager dans la construction du pont de la Balme sur le Rhône (fig. 6).
- Ce pont de 95 m. de long en une seule arche est en béton armé. Or, le calcul des divers éléments entrant dans des constructions de cette importance est très difficile, par suite de la nature même des éléments.
- L’ensemble forme un bloc unique dans lequel le fer et le béton se partagent, d’une façon inconnue, les travaux résistants.
- De plus, il suffit de jeter un coup d’œil sur la figure 6 pour se rendre eompte que la chaussée en béton augmente la force de l’arche, mais dans quelle proportion?
- Le calcul exact n’est pas impossible, quoique fastidieux, mais il est plus simple de supposer, comme l’a fait M. Rabut, que l’ensemble, arche et chaussée, forme une seule poutre dont la fibre moyenne à la flexion est déterminée par le milieu de l’épaisseur à la clé, le milieu de l’épaisseur de la voûte aux naissances et dans l’intervalle, par une courbe joignant les points pré-
- Fig. 2. — A gauche, les lignes d’égale polarisation dans une briquette tirée entre 2 mâchoires. A droite, les lignes d'égale résistance dans la même briquette.
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- 236 COMMENT ON DÉCÈLE LES EFFORTS INTERNES DANS LES MÉTAUX
- cédents. Gela revenait à admettre que l’ensemble fonctionne comme un arc ayant un tracé intermédiaire entre celui de la voûte et celui du tablier.
- La difficulté est de situer la fibre moyenne et c’est à l’examen en lumière polarisée d’un bloc de verre reproduisant à l’échelle l’ouvrage à exécuter, que M. Messager s’est adressé pour,résoudre la question. La figure 3 représente, d’après M. Mesnager, l’apparence observée quand une poutre encastrée chargée symétriquement de deux poids' est examinée en lumière, polarisée à 45°.
- Dans ’ ce pas- il n’y a pas de relèvement de la ligne neutre. Les bosses que l’on remarque sont dues à l’effet local de la charge qui est appliquée à ces endroits, effet qui disparaît très rapidement quand on s’en éloigne.
- Àuix extrémités, la ligne neutre tend à se relever, indiquant l’existence d’une tension et d’nüe compression inclinées à 45° sur l’axe ' neutre.
- L’étude optique des arcs encastrés a permis de vérifier que les formules théoriques de Besse sont exactes à plus de 1 pour 100, ce qui est remarquable. On peut donc les appliquer sans crainte dans le calcul des voûtes, des arcs et des ponts.
- Pour la confection des modèles de verre, en particulier pour celui du pont de la Balme il faut prendre des précautions multiples. Ne pouvant les réaliser en un seul bloc, on les construit en plusieurs morceaux coupés dans des feuilles de glace recuites avec soin et collées avec de la gélatine rendue soluble à froid. Mais il est impossible de tailler deux pièces avec des assemblages portant également en tous les points. La colle compense bien les différences de taille, mais en séchant, elle
- diminue de volume et rapproche les pièces jusqu’au contact en certains points en exerçant des efforts du même ordre que ceux qu’on aurait voulu
- mesurer. M. Mesnager tourne la difticulte en assemblant les pièces par collage suivant des plans perpendiculaires; à la direction du rayon lumineux de telle sorte que la double réfraction n’apparaisse pas par durcissement de la colle. Il ne suffit pas de confectionner un modèle, il faut encore proportionner ses différents éléments de façon que les tensions qui s’y produisent soient en relation simple avec celles de l’ouvrage à construire, afin que les résultats du laboratoire aient une valeur pratique.
- Dans le modède .du pont, pour exercer- les efforts on s’est servi d’une monture en bois prenant appui sur deux points du cadre en verre dans lequel le pont était encastré. Six pesons à ressorts tarés au préalable pouvaient exercer des efforts en six points équidistants du tablier. A cet effet, ils agissaient sur des étriers dont la partie appuyant sur le modèle était une tige de bois rond pour éviter les détériorations. Les pesons étaient attachés à une tige filetée qu’on déplaçait en tournant un écrou.
- On examinait, à l’aide d’un compensateur de Jamin, le même point de Ja voûte du modèle en verre d’abord lorsque le pont ne supportait aucune charge, ensuite lorsqu’il supportait une combinaison de charges déterminées. Toutes les mesures relatives à une même section ont été faites successivement et sans interruption afin d’éviter les erreurs provenant des changements de température.
- En effet, une élévation de température produit les mêmes tensions intérieures qu’un rapproche-
- Fig. 3. — La ligne neutre mise en évidence dans un arc encastré soumis à une charge en un point.
- Fig. 5. — Système de chargement du modèle du, pont.
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- NOUVEL HYGROMÈTRE A CONDENSATION —...= 237
- ment des culées ; de même une diminution de température ou le retrait du béton produit les mêmes tensions qu’un écartement des culées. On peut donc avoir non seulement les pressions produites en chaque point de l’ouvrage pour les charges et les surcharges isolées, mais aussi celles produites par les variations de température. En les combinant en chaque point on a cherché à avoir le maximum des efforts que pourrait avoir à supporter ce point.
- et même 100 pour 100 quand on ne tient pas compte, comme c’est l’usage, des encastrements.
- D’un autre côté le prix d’un modèle est insignifiant vis-à-vis de celui de l’ouvrage à construire, surtout si on tient compte des économies de toute sorte qu’il permet de réaliser, aussi la méthode d’examen optique dont la consécration pratique est l’étude de M. Mesnager du pont du Rhône, mérite-t-elle d’être étendue non seulement à toutes les
- Fig. 6. _ Le pont de la Balme sur le Rhône dont la construction a été déterminée par l'emploi de la méthode optique.
- On a ainsi constaté qu’en faisant abstraction du retrait du béton il ne se produisaitépas de tensions mais seulement des pressions dans la voûte quelle que soit la position de la surcharge envisagée. L’accord entre les calculs et les résultats d’expérience est très satisfaisant, l’écart-ne dépassant pas de 15 pour 100 les résultats du calcul. Dans les ponts métalliques on arrive rarement à pareille exactitude ; les dépassements atteignent souvent 25 pour 100
- constructions, mais encore à l’étude de toutes les pièces de machines. C’est ainsi que M. Coter a montré l’importance insoupçonnée qu'a un trou circulaire percé dans une plaque au point de vue de la résistance de cette plaque, qu’il a étudié le travail des rivets réunissant deux pièces, etc., études que les ingénieurs auraient le plus grand-intérêt ;à voir étendues à un grand nombre de cas.
- II. Yoi.ta.
- NOUVEL HYGROMÈTRE A CONDENSATION
- Les hygromètres sont des instruments destinés à mesurer l’humidité de l’air. Les plus commodes et les plus exacts sont les hygromètres à condensation qui emploient comme moyen de refroidissement le barbotage de l’air dans l’éther.
- Trois types de ces instruments sont aujourd’hui classiques.
- Le plus ancien, celui de Régnault (fig. 1), com-
- prend deux parties identiques formées chacune d’un tube de verre terminé à sa base par un mince dé d’argent poli ; l’un d’eux reste vide ; dans l’autre on verse de l’éther et l’on fait barboter de l’air au moyen d’un aspirateur ; un thermomètre plonge dans chaque tube; celui du tube vide marque la température du milieu ; celui qui plonge dans l’éther se refroidit à mesure que
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- l’évaporation se produit; on notera température au moment où la rosée commence à apparaître comme un voile sur le dé d’argent brillant. La différence des températures mesurées est d’autant plus grande que l’atmosphère est moins humide.
- En 1878, Alluard a imaginé un hygromètre, dérivant de celui de Régnault et présentant plusieurs p e r f e c tionnem ents (fig. 2). Le thermomètre témoin T' est placé à l’air libre et donne par conséquent des indications plus exactes. L’autre thermomètre T plonge dans une mince caisse de laiton D à paroi dorée qui s’équilibre beaucoup plus vite avec la température intérieure que le tube de Régnault. Enfin, cette caisse est encadrée par une mince plaque métallique C également dorée, sans contact avec le réservoir et qui facilite, par' opposition, l’observation de la moindre trace de rosée sur la caisse D.
- En 1885, Crova apporta un nouveau perfectionnement à l’hygromètre à condensation en faisant passer l’air dont on cherche l’état hygrométrique dans une enveloppe fermée entourant la surface où l’on observe le dépôt de rosée. De cette façon, on peut opérer sur n’importe quelle atmosphère, même celle d’une conduite difficilement accessible, et surtoüt on évite l’évaporation du dépôt de rosée qui rend les. résultats moins précis dès qu’on opère dans le vent, en plein air.
- Depuis cette époque, croyons-nous, aucune modification nouvelle ne fut apportée à ces appareils désormais classiques.
- Récemment, M. Charles Margot a repris l’étude des hygromètres à condensation et a abouti à créer un modèle simplifié qu’il vient de décrire dans les Archives des Sciences “physiques et naturelles.
- Le nouvel appareil ressemble à celui de Crova; comme ce dernier, il comporte deux chambres closes, l’une d’évaporation, l’autre d’observation, mais toutes deux traversées par le même air, ce qui n’exige qu’un seul aspirateur. La figure 5 fait suffisamment comprendre sa construction et son fonctionnement.
- La chambre de refroidissement E est un cylindre de 8 cm de diamètre sur 2 de large. Ce cylindre est fermé en avant par une mince feuille circulaire de laiton nickelé et bien poli sur laquelle se fera le dépôt de rosée. La face postérieure est percée d’une petite R'A SfWI ifls^R fenêtre ronde en glace F 1K j (|| ffi
- qui permet d’observer le ^ niveau qu’atteint l’éther. —~TTïlIIlPl'
- En avant de ce cylin- F BoftytMHfiY d**
- dre, une autre chambre Fig. 2.
- est fixée ; elle a une Hygromètre d’Alluard
- forme tronconique ; sa
- petite base est le disque de laiton de la chambre d’évaporation, sa grande base une glace circulaire. Un thermomètre T plonge dans la chambre cylindrique remplie préalablement d’éther jusqu’à moitié.
- L’air, aspiré par une trompe ou l’écoulement d’eau d’un flacon, sort de l’hygromètre par le tube A après y être entré par le tube C.
- Son cheminement dans l’appareil est le suivant : il entre par C dans la chambre antérieure d’observation ; il en sort par le tuyau D d’où un raccord en caoutchouc le dirige par lé tuyau B au fond du réservoir d’éther. L’air y barbote et évapore l’éther et le mélange sort par le tube A vers l’aspirateur.
- Le même gaz circule donc dans tout l’appareil. L’observateur placé devant la glace voit facilement apparaître le dépôt de rosée sur le disque poli, la condensation commençant toujours au centre du disque.
- Des mesures de contrôle faites avec cet appareil ont montré qu’il est d’une précision suffisante pour la plupart des recherches physiques et que la circulation de l’air dans les deux chambres réunies ou séparées n’a aucune influence.
- A. Breton.
- Fig. 1.
- Hygromètre de Régnault.
- Fig. 3. — Hygromètre de Margot.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séances du 4 au 18 septembre 1916.
- Expérience de Fizeau reprise par Zeeman. — Le célèbre physicien hollandais a repris l’expérience classique de Fizeau sur l’entraînement de la lumière dans un courant d’eau. Les valeurs calculées du déplacement des franges sont assujetties à une incertitude parce qu’il faut connaître exactement la vitesse axiale de l’eau dans les tubes. M. Zeeman a imaginé un artifice nouveau pour mesurer cette vitesse. De petites bulles d’air sont introduites dans le courant d’eau et illuminées par un faisceau très intense et très fin dans l’axe du tube. Par une fenêtre dans la paroi du tube on peut observer ces bulles, qui apparaissent en lignes brillantes sur un fond noir. En observant les trajets des bulles dans un miroir tournant, on peut déterminer directement la vitesse. On constate ainsi que celle-ci varie d’une manière compliquée le long du tube et ne reste pas la même en un point déterminé du tube quand on renverse la direction du courant d’eau. La détermination de la vitesse moyenne confirme et précise les résultats antérieurs de l’auteur.
- Nécrologie. Pierre Duhem. — Pierre Duhem, membre non résident de l’Institut, décédé subitement le 14 septembre 1916, laissera un nom marquant dans la physique et dans l’histoire philosophique des Sciences. Il avait, on peut le dire, créé une science nouvelle que l’on peut appeler l’Énergétique, en associant les principes de la mécanique à ceux de la thermodynamique. Il avait notamment insisté sur la mécanique chimique où il a repris l’œuvre de Gibbs. Ses travaux historiques témoignent d’un esprit singulièrement large et profond
- qui ne se bornait pas à défricher avec minutie un petit coin de champ, mais qui, sans jamais quitter le terrain solide de l’observation, savait néanmoins apercevoir les rapports les plus généraux des phénomènes et l’évolution des idées. Il a étudié notamment l’histoire de la statique, celle des théories astronomiques, jusqu’à Copernic, les manuscrits de Léonard de Vinci, développant, sans cesse les vues nouvelles, et mettant en lumière le rôle glorieux joué par l’Université de Paris. Depuis la guerre, son esprit de généralisation et ses connaissances encyclopédiques lui avaient permis d’analyser avec une compétence spéciale les divers caractères propres à.la science allemande. Né le 10 juin 1861, ancien élève de l’Ecole normale, il professait depuis de longues années la Physique théorique à l’Université de Bordeaux.
- Action des rayons X sur l’iodure d’amidon. — L’action des rayons X réalise, d’après M. Bordier, en quelques minutes ce que les rayons ultra-violets produisent en plusieurs heures. Les uns et les autres font cesser l’état colloïdal de l’iode en déchargeant les particules électrisées. Celles-ci, avant l’irradiation, restaient en présence des éléments de l’eau sans entrer en combinaison avec eux; à mesure que l’ionisation produit son effet, les particules d’iode libérées entrent en combinaison avec l’hydrogène de l’eau pour former de l’acide iodhydrique qui n’a plus d’action sur l’empois d’amidon. On voit ainsi se décolorer peu à peu la teinte bleu qui caractérise la présence de l’iode en présence de l’amidon.
- HAVEUSE MÉCANIQUE AMÉRICAINE
- Le travail d’abatage du charbon dans les galeries de mines se fait encore en France avec les mômes procédés que dans l’antiquité. Le mineur frappe à coups redoublés la veine charbonnière et détache avec son pic les morceaux de charbon. De temps en temps, si les blocs sont plus durs ou si l’on veut fendre une grosse masse de minerais les explosifs interviennent et fendillent, fissurent et désagrègent partiellement la masse à enlever.
- En Amérique, le travail n’est pas organisé de la môme façon et les procédés mécaniques mis en service permettent, tout en ne fatiguant pas le mineur, d’arriver à un travail plus rapide, et d’un meilleur rendement par suite de la très faible quantité de poussière qui est formée dans la taille. Si les machines ont ainsi pu être employées presque exclusivement aux Etats-Unis, c’est que la forme des filons carbonifères s’y prête particulièrement bien : les veines sont très longues, très régulières, presque planes, tandis que dans les mines françaises elles serpentent capricieusement dans le sol, tantôt très grosses, tantôt réduites presque à rien, changeant à chaque pas de direction. Aussi, après quelques tentatives a-t-on renoncé cà l’emploi des traverses mécaniques en France, tout au moins telle qu’elles existent actuellement.
- Les haveuses, dont nous donnons le modèle construit par la Jeffrey C° comme type, sont essentiellement constituées par un long bras mobile sur lequel circule une chaîne sans fin munie de dents destinées à mordre dans le charbon. Le bras mobile, en même temps que ses dents coupent la veine, animé d’un mouvement de rotation autour d’un axe vertical, peut décrire un arc de cercle de 90°.
- La manœuvre est donc très facile à concevoir; on place l’appareil le long de la veine, le bras mobile étant dans le prolongement du socle et appuyé contre la paroi à entailler. On met les moteurs en marche et au fur et à mesure que les dents mordent, le bras tourne autour de son articulation pour venir occuper finalement une position à angle droit de la position de départ. Le bras a une longueur de 1 à 2 m. et on peut découper, grâce à ce dispositif, dans toutes lés directions. Le socle de l’appareil a une longueur de 2 m. 50 environ et son poids est voisin de 3 tî, y compris celui des moteurs qui actionnent, le bras.
- Comme l’indique la figure 2,; la chaîne qui porte les dents destinées à couper le terrain est mue par une vis sans fin commandée par un moteur électrique ou un moteur à air comprimé par l’intermédiaire
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- HAVEUSE MÉCANIQUE AMÉRICAINE.
- d’un train d’engrenage et d’une roue à rochet. Sur le même arbre est monté un pignon droit actionnant un manchon d’engrenage aonique qui communique le mouvement au câble servant à faire
- voile des communiqués, e travail souterrain gigantesque qu’il a fallu accomplir. Nos alliés les Italiens ne font-ils pas sauter des pics enliers pour avoir raison des ennemis qui les occupent. Perfo-
- Fig. i. — Vue d'une baveuse mécanique en fonctionnement dans une galerie de mine.
- Roue dentée commandant ^ y
- fa chaîne coupante \ j
- Vis sans fin \ I
- Manclon daccouplementareciemoteur /
- Moteur y
- Levier de commande de ia roue à rochets ' ' Roue à rockets-Engrenage du pignon-
- Cot/peAA'
- Roue a rockets
- Engrenage commandant l'enroulement du caù/e tracteur
- --Vilebrequin
- JTambour
- d'enroulement
- Axe du tambour d enroulement du câble tracteur
- Fig. 2. — Plan de la baveuse mécanique montrant le mode de commande de la chaîne coupante
- et de l’avancement.
- mouvoir la haveuse au fur et à mesure de l’avancement de la taille.
- Dans la guerre moderne, où l’art du mineur, pourtant si développé, a pris encore un nouvel essor, on n’a pas été sans remarquer à travers le
- ratrices mécaniques, électriques, pneumatiques, haveuses, forets de mines, tous les outils pacifiques des mineurs ont trouvé leur utilisation, aussi un vif intérêt s’attache à tous les outils dont nos vaillants soldats ont pu se servir utilement.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahure, rue de Fleuras, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 2246.
- LES MAGNETOS D’ALLUMAGE
- 14 OCTOBRE 1916.
- Depuis le début des hostilités, nous avons eu l’occasion devoir déjà maintes fois la quantité considérable des produits qui malheureusement étaient importés d’Allemagne. Nos industries tinctoriales par exemple dépendaient presque totalement de la « Badische Anilin und Soda Fabrik » qui leur fournissait les matières colorantes dont elles faisaient usage.
- L’automobile et l’aviation, en ce qui concerne les magnétos d’allumage, n’avaient point échappé à cette emprise germanique. La plus grosse firme, la Société Bosch, qui produisait 250000 magnétos, nous livrait annuellement le tiers environ de sa production, soit plus de 80000 d’une valeur de 12 millions de francs; toutes proportions gardées, les livraisons de Simms et de Ruthardt étaient analogues, et, l’on peut presque affirmer qu’en 1914 sur 100 voitures, camions ou avions 5 seulement étaient munis de magnétos françaises.
- On comprend aisément quelles perturbations intenses la guerre devait apporter à cet état de choses.
- Dès le début des hostilités, les magnétos allemandes qui existaient en stock furent réquisitionnées ; mais, ce stock s’épuisa bien vite par suite du nombre toujours croissant des poids lourds et des avions. La crise se fit plus spécialement sentir sur les magnétos à 6 et 8 cylindres destinées à l’aviation, pour lesquelles les constructeurs français n’étaient guère sortis de la période de mise au point; on fut bientôt obligé de « récupérer » les magnétos montées sur les voitures à 6 et 8 cylindres.
- Pendant ce temps, les quelques usines existantes augmentaient leur production tandis que d’autres maisons étaient sollicitées d’entreprendre cette fabrication ; certaines d’entre elles réalisèrent même de véritables tours de force, car, ce n’est pas en quelques jours qu’on peut improviser une usine de construction de magnétos ! Trois causes s’y opposent :
- 1° La question de l’outillage. — Une production intense nécessite l’emploi d’un outillage très perfectionné, or, par suite de la demande considérable de machines-outils, les délais de livraison sont nécessairement longs, que Ton s’adresse à l’industrie nationale ou à l’industrie américaine.
- 2° La question des matières isolantes. — Certaines matières premières telles que Tébonite, les isolants moulés, les fils émaillés nécessaires au bobinage des induits, venaient pour la plus grande
- Fig. i. — Allumage électrique du moteur Lenoir.
- partie d’Allemagne et les fournisseurs français durent en commencer l’étude puis la fabrication en série ; des résultats assez satisfaisants du reste ont été obtenus dans cet ordre d’idées.
- 5° Les questions de fabrication. — Alors même qu’on disposerait d’une usine pourvue de machines-outils excellentes, possédant en magasin les matières premières appropriées, il ne suffit point pour construire des magnétos au fonctionnement irréprochable de donner à l’atelier les plans des magnétos Bosch (nous citons celles-là, car elles sont en quelque sorte les magnétos « étalons »). En opérant ainsi, on s’exposerait à voir la moitié sinon la presque totalité de la production défectueuse : il y a, en effet, dans la fabrication de ces machines toute une série de tours de mains, de précautions à observer scrupuleusement qui exigent un personnel habile et bien entraîné. Nous n’en citerons qu’une au hasard : il est nécessaire que les ouvrières qui effectuent le bobinage des induits aient les mains extrêmement propres et parfaitement sèches, de plus, le bobinage doit se faire dans un atelier bien ventilé et exempt de poussières sous peine de voir tous les induits malgré leur imprégnation de vernis isolant dans le vide « claquer » lors des essais de tension. En oulre, certains détails de construction, négligeables à première vue, ont la plus haute importance.
- C’est dans le choix judicieux des matières premières employées et dans l’étude minutieuse des moindres détails qu’il convient de chercher le succès des magnétos Bosch, succès qui n’est nullement dû à la qualité des aimants comme le croit communément le public. Le jour où les isolants français utilisés posséderont les mêmes qualités tant au point de vue électrique que mécanique, la magnéto allemande aura vécu en France !
- Examinons maintenant le fonctionnement de l’allumage électrique des moteurs à explosions.
- L’invention de l’allumage électrique des moteurs à gaz ou à essence est essentiellement française : Lenoir, qui construisit en 186(Me premier moteur à explosions ayant réellement fonctionné, y avait appliqué son dispositif breveté dont dérivent les procédés actuels.
- Ce système (v. fig. 1) utilisait l’étincelle d’une bobine de Buhmkorff B, produite entre la masse M du cylindre et la pointe isolée A d’un inflamma-teur I identique à nos bougies modernes. La bobine
- V.a..
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- alimentée par des piles P fonctionnait d’une façon continue tandis qu’un distributeur D, calé sur l’arbre du moteur,-reliait au moment opportun la pointe A à l’une des extrémités de la bobine.
- Ce système, après avoir été modifié, fut appliqué de nouveau en 1893 sur les tricycles De Dion lors de leur apparition. Le distributeur (v. fig. 2) ne commande plus le circuit secondaire : il ferme le circuit primaire au moment précis où l’étincelle doit jaillir dans le cylindre, évitant par là même la marche continue de la bobine.
- En outre, la lame métallique élastique L et la vis platinée isolée V étant solidaires d’une plaque A susceptible d’un certain déplacement autour de l’axe de la came,
- l’instant d’allu- ^ig. 2.
- mage peut être modifié et l’on réalise ainsi pour la première fois l’avance à l’allumage. Enfin, la fréquence des interruptions du courant primaire étant assez élevée, de l’ordre de 700 par minutes, la lame L remplace le trembleur de la bobine.
- Déjà très perfectionné, ce mode d’allumage devait céder le pas six ans plus tard aux magnétos à basse tension fonctionnant avec rupteurs puis aux magnétos à haute tension alimentant des bougies. D’abord, qu’est-ce qu’une Magnéto?
- Qu’elle soit de l’un ou de l’autre type, la magnéto se compose toujours :
- 1° D’un groupe d’aimants inducteurs A (v. fig. 4) en acier de composition spéciale, réalisant à la fois une grande intensité d’aimantation et une très forte résistance à la désaimantation, soit par trépidation, soit par toute autre cause. Nos aciers à aimants d’Allevard, particulièrement intéressants à ce double point de vue, sont au moins égaux aux aciers allemands analogues ;
- 2° D’un induit tournant constitué par un noyau en tôle N terminé par deux épanouissements polaires E lui donnant la forme d’un double T.
- 5° D’un bobinage enroulé sur le corps du noyau, bobinage dont une des extrémités est à la masse
- tandis que l’autre aboutit à une bague isolée.
- Pour concentrer le flux magnétique sur l’induit et utiliser le mieux possible les aimants inducteurs, les extrémités de ceux-ci sont munis de pièces polaires P en fer doux ou en fonte.
- Théoriquement, les angles a (v. fig. 5) de ces pièces polaires P et ceux a des épanouissements E doivent être égaux à 90°; mais, en pratique, il en est différemment car, pour éviter la désaimantation des aimants, il est nécessaire de ménager un léger recouvre -ment et de prendre pour chacun de ces angles une valeur voisine de 100°; de la sorte, quelle que soit la position de l’induit pendant sa rotation, le flux magnétique peut toujours se fermer soit par les deux épanouissements, soit par le noyau lui-même.
- Si l’on fait tourner l’induit d'une telle machine (v. fig. 4) dans le sens de la flèche, on voit que l’aimantation change deux fois de sens par tour : l’induction magnétique dans le noyau, d’abord maxima pour la position XX', décroît, passe par un minimum en YY', croît de nouveau en changeant de signe pour être maxima en X'X, puis décroît jusqu’en Y'Y où elle repasse par un minimum, etc., donnant ainsi naissance à un courant alternatif dans le bobinage quand ce dernier est fermé sur un circuit extérieur.
- Comme la magnéto d’allumage, de par son utilisation même, ne doit fournir du courant que lors de l’inflammation des gaz, il suffit de faire débiter l’induit, c’est-à-dire de le mettre en court-circuit, quelques instanls seulement avant l’allumage et de rompre brusquement ce court-circuit au moment de l’étincelle en mettant à profit les phénomènes bien connus de self-induclion. Le reste du temps la machine fonctionnera à vide.
- Toutefois, pour obtenir le rendement maximum, il n’est pas indifférent d’effectuer ces diverses opérations à un instant quelconque de la rotation de l’induit. Sans entrer dans des considérations tech-
- Allumage électrique du moteur De Dion.
- Fig. 3. — Magnéto française à haute tension, de la Compagnie générale, pour moteur à 6 cylindres.
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- LES MAGNETOS D'ALLUMAGE
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- Fig. 4
- niques qui sortiraient du cadre de cette revue, qu’il nous suffise de dire que le court-circuitage doit avoir lieu pour la position de flux maximum, c’est-à-dire en XX' et en X'X (v. flg. 4) tandis que la rupture du court-circuit se produit en YY' et en Y'Y lors de la variation la plus rapide de flux, c’est-à-dire quand l’intensité du courant dans le bobinage est maxima.
- Dans les magnétos à basse tension fonctionnant avec rupteurs, le court-circuitage se produit à l’intérieur même du cylindre (v fig. 7) grâce à un levier qui, sollicité par un ressort, vient buter sur la pointe isolée de l’inflammateur. L’ouverture du circuit s’effectue, sous l’influence d’une came G solidaire de l’arbre du moteur, par séparation brusque du levier L et de la pointe isolée P de l’inflammateur I, entre lesquels jaillit à ce moment une étincelle ou mieux un véritable' arc de self-induction qui enflamme le mélange détonant.
- Un tel dispositif permet également l’avance à l’allumage en utilisant une came à rampe hélicoïdale, pouvant se déplacer parallèlement à l’axe du moteur tout en continuant à tourner avec lui. Cependant, comme l’ouverture et la fermeture du circuit se font alors à des points variables de la rotation de l’induit, le fonctionnement est moins satisfaisant.
- Un autre procédé pour produire la variation du champ magnétique consiste à faire tourner dans l’entrefer, l’induit et les aimants demeurant fixes, un volet (v. fig. 8) formé de
- Fig. 5.
- Fig. 4, 5, 6. Magnéto française à haute tension de Lavalelte, p oui-moteur à 6 cylindres.
- deux portions de tubes en fer doux V et Y' diamétralement opposés. Mais, tandis qu’aimants ou induits tournants donnent lieu par tour à deux inversions d’aimantation dans l’induit, chaque rotation complète du volet en produit quatre : les deux maximums de cou- ,
- rant, c’est-à-dire les
- deux minimums de flux se trouvent en aa' etyy' et les deux positions de flux maximum en (3(Y et oo'. Par suite, à nombre égal de cylindres, la vitesse de rotation d’une telle machine sera deux fois plus
- faible. En outre, l’induit demeurant fixe peut être connecté directement au dispositif de rupture, d’où suppression du collecteur et du balai de charbon. Cependant, à côté de ces avantages, la présence du volet, diminue légèrement le rendement par suite de l’allongement de l’entrefer, allongement qui se traduit par une augmentation du flux de fuite.
- Tel était le principe de la première magnéto construite eu 1898 par Simms et Bosch. Sans nous appesantir sur les magnétos à rupteurs, indiquons seulement qu’après avoir été très employées, elles sont aujourd’hui complètement détrônées par les magnétos à haute tension, sauf peut-être sur certains moteurs fixes tournant à faible vitesse. Le réglage du rupteur est en effet assez délicat, la vérification et le nettoyage malaises, et 1 oscillation de l’axe du rupteur sans déperdition de gaz et sans frottements excessifs difficile à réaliser aux pressions et températures élevées que l’on rencontre dans les cylindres lors de l’explosion.
- Avec les magnétos à haute tension, ce n’est plus l’arc de self-induction mais bien une étincelle de haute tension, éclatant entre les pointes d’une bougie, qui enflamme dans le cylindre le mélange détonant. cL’induit, tournant entre les branches d’un système d’aimants, porte deux enroulements : le primaire ou enroulement basse tension
- en fil gros et court, constitué par une centaine de spires de fil de cuivre émaillé de 7/10 de mm. et le secondaire ou enroulement haute tension comportant environ 9000 spires de fil émaillé de 12/100 de mm. Une extrémité du primaire est mise à la masse M par construction tandis que l’autre vient aboutir à la vis platinée isolée Y (v. fig. 10) du dispositif de rupture solidaire de l’induit. Un levier mobile L relié lui aussi à la masse et sollicité par un ressort R porte un contact platiné P qui normalement repose sur la vis V. Deux bossages B et B' (visibles sur les
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- -= LES MAGNETOS D’ALLUMAGE
- Fig.
- figures 6 et H) montés sur une couronne D fixée sur la carcasse de la machine, agissent sur l’extrémité du levier L lors de la rotation de l’induit et séparent brusquement les deux contacts au moment opportun. Cette couronne portant les bossages est susceptible d’un certain déplacement autour de son axe pour les besoins de l’avance à l’allumage. Enfin en dérivation sur la coupure du rupteur et monté sur un des flasques de l’induit, se trouve un condensateur C de 1/10 à 2/10 de microfarad qui joue ici le même rôle que dans les bobines d’induction.
- Quant à l’enroulement haute tension, il est relié d’une part à la masse M et de l’autre à l’axe 0 d’un distributeur tournant entraîné par l’enduit grâce à un système de pignons. Ce distributeur a pour objet de former au moment opportun le circuit haute tension sur chacune des bougies. En effet, tandis que sur un moteur monocylindrique,, pour un rapport convenable des vitesses du moteur et de la magnéto (rapport égal à 4 dans le cas d’un moteur à 4 temps et d’une magnéto à induit tournant), la pointe isolée de la bougie peut être reliée directement à l’extrémité haute tension du bobinage secondaire, il n’en est plus de même pour les moteurs polycylindri-ques et la présence du distributeur est alors nécessaire. Dans ce dernier cas, on peut dire d’une façon générale que, si la vitesse d’un moteur ayant un nombre pair N de cylindres est de X tours par minute, le distributeur portera N plots et tournera à X tours tandis que la vitesse de la magnéto sera de NX/2 pour une magnéto à induit tournant et de NX/4 pour une magnéto à volets.
- Pour protéger l’induit contre toute élévation accidentelle de la tension secondaire provenant soit d’un, fil de bougie rompu, soit de.lo.ut autre cause, l’axe du distributeur est relié à l’une des
- Allumage par magnéto à basse tension avec rupteur.
- pointes d’un éclateur monté sur la machine elle-même, éclateur G dont l’autre pointe est réunie à la masse, la coupure étant comprise entre 7 et 10 mm suivant les magnétos. Ce dispositif de sécurité, improprement appelé « parafoudre », n’est en somme qu’un limiteur de tension à pointes.
- Enfin, pour réduire les frottements au minimum et simplifier le graissage, tous les axes sont montés
- avec paliers à billes II.
- Examinons maintenant le fonctionnement de la magnéto à haute tension. Nous avons affaire à une véritable bobine d’induction tournante, alimentée par un alternateur dont l’enroulement constitue le primaire et sur lequel se trouve bobiné le secondaire. Cette
- bobine ne fonctionne qu’à partir de l’instant où le primaire est parcouru par un courant, c’est-à-dire où l’alternateur est mis en court-circuit par le rupteur.
- Le courant qui traverse alors le primaire part de zéro pour atteindre un maximum correspondant comme précédemment à la position dé flux nul; mais, pour ce courant maximum, la différence de potentiel secondaire qui suit sensiblement la même variation est encore trop faible, puisqu’elle ne dépasse guère 300 volts, pour qu’une étincelle jaillisse entre les pointes de la bougie dont l’écartement est de 4/10 à 5/10 de mm.
- Lors de la rupture du circuit, si les phénomènes de self n’entraient point en jeu, l’intensité primaire passerait brusquement de sa valeur maxima à zéro et cette variation extrêmement rapide produirait par induction une différence de potentiel très élevée aux bornes du secondaire. Il n’en est point ainsi, car la brusque variation d’intensité donne naissance dans le primaire à un courant de self qui, d’après la loi de Lenz, tend à prolonger le courant initial, par suite, à diminuer la rapidité de la coupure et,
- Magnéto à volets.
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- LES MAGNÉTOS D’ALLUMAGE -...... ; v .::.- 245
- par là même, la valeur de la différence de potentiel.
- L’énergie de self LI2/S, fonction de la self L du bobinage et de l’intensité I lors de la coupure, se dissipe Bougies dans une étincelle qui éclate entre les contacts du rupteur et les mettrait rapidement hors d’usage si la présence du condensateur ne tempérait ces effets destructifs.
- Le condensateur absorbe en effet cette énergie de self qu’il restitue ensuite sous forme d’une succession de décharges dans le bobinage, décharges dont la fréquence très élevée est de l’ordre de 5000 pour les magnétos courantes. En d’autres termes, comme l’indique la théorie de la décharge d’un condensateur sur un circuit contenant de la self, nous avons affaire aune décharge oscillante amortie dont la durée totale est si faible qu’elle peut être considérée comme instantanée. Le condensateur permet donc d’obtenir des variations beaucoup plus rapides du courant primaire et, par là même, une force électromotrice primaire beaucoup plus élevée. Lord Rayleigh a du reste montré expérimentalement l’influence qu’avait sur la force électromotrice induite la rapidité de la coupure et, pour cela, il interrompait le courant primaire d’une bobine d’induction en sectionnant un fil à l’aide d’une halle de fusil.
- Cette force électromotrice primaire induit à son tour dans le secondaire une force électromotrice
- très considérable, atteignant et souvent même dépassant 10 000 volts, valeur suffisante pour qu’une étincelle éclate entre les deux pointes de la bougie. Nous sommes alors bien loin des 500 volts obtenus au secondaire pendant la période de court-circuit !
- Tel est succinctement expliqué le principe des magnétos à haute tension.
- C’est encore un Français, M. Boudeville, qui construisit et fit breveter en 1900 la première magnéto de ce type alimentant directement des bougies. Cette machine donnait déjà des résultats intéressants, encore que très imparfaite puisqu’elle ne comportait point de condensateur aux bornes du rupteur, ce qui, comme nous venons de le voir, diminuait la tension secondaire, tandis que les étincelles de rupture mettaient rapidement hors d’usage les contacts en platine.
- Le condensateur n’apparaît que deux ans plus
- tard sur la première magnéto Simms-Bosch à haute tension, munie de volets comme la magnéto à rupteurs du même cons tructeur.
- Dès lors, la magnéto à haute tension entre dans le domaine pratique ; mais, dans les divers modèles actuels français à part une seule exception, on retrouve toujours une copie plus ou moins servile des modèles Bosch.
- Il y aurait lieu de dire égale, ment quelques mots des différents systèmes de machines à haute tension constitués : soit par une magnéto à basse tension alimentant une bobine
- Fig. io. — Allumage par magnéto à haute tension avec bougies.
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- séparée et permettant ainsi le double allumage, solution proposée par Bosch et par Bassée Michel en 1906, soit des magnétos à étincelles jumelées, pourvues de deux bobinages secondaires et de deux distributeurs haute tension (fîg. 15), soit enfin des magnétos à bobinage fixe et à fer tournant ; mais, outre que cela nous entraînerait dans des descriptions beaucoup trop développées, ces divers systèmes n’ont pas donné ce qu’on en attendait. Pour apprécier les progrès réalisés dans la construction de ces machines, nos lecteurs n’auront qu’à se reporter au n° 1665 du 22 avril 1905 de La Nature.
- Examinons pour terminer les qualités principales inhérentes à ce genre d’appareil :
- 1° La magnéto doit pouvoir à faible vitesse permettre le démarrage aisé du moteur; en d’autres termes, chaque étincelle doit mettre en jeu, à la vitesse minimum de 60 tours par minute, une énergie au moins égale à 0,02 joule;
- 2° Le moteur à explosions ayant une allure essentiellement variable, l’énergie produite aux grandes vitesses ne doit pas être trop considérable sous peine d’entraîner un échaufïement exagéré de la magnéto. Une énergie de 0,05 joule par étincelle paraît nécessaire pour enflammer dans de bonnes conditions le mélange détonant ;
- 5° 11 semble qu’il faille s’en tenir d’autre part à des inductions de 12 000 dans les bonnes tôles et de 9000 dans la fonte ;
- 4° Les isolants moulés qui entrent dans la cons-
- truction des magnétos doivent résister parfaitement à la tension et demeurer à peu près insensibles à l’humidité ;
- 5° Le balai de charbon du distributeur haute tension doit être de dureté convenable pour ne point encrasser son chemin de frottement et ne pas former avec les gouttelettes d’huile qui pourraient être projetées dans le distributeur un enduit conducteur susceptible de produire des courts-circuits entre plots;
- 6° Enfin, le dispositif de rupture doit être par-iaitement accessible et facilement démontable.
- Les constructeurs français ne se sont point rebutés devant la difficulté de la tâche à entreprendre : les quelques sociétés qui existaient avant les hostilités ont accru notablement leur production, de nouvelles usines se sont fondées et les différentes firmes sont actuellement en mesure de fournir de 600 à 2500 magnétos par mois.
- Il est à souhaiter qu’elles ne s’arrêtent pas en si bonne voie et que des efforts énergiques se poursuivent en vue de développer encore cette fabrication tout en créant des modèles originaux. En un mot, on peut
- espérer que les diverses sociétés qui s’occupent
- de cette question profitent de leur expérience mutuelle pour éviter les tâtonnements toujours
- longs et onéreux et construisent enfin des magnétos vraiment françaises capables de détrôner à tout jamais les magnétos allemandes.
- Jean Sarriau.
- L’ORGANISATION DU TRAVAIL ET LE SYSTÈME TAYLOR
- De tous côtés, en ces temps de grandes préoccupations nationales, on cherche à améliorer l’organisation des activités de notre pays. Et parmi ces efforts de l’heure présente, viennent en première ligne ceux relatifs au travail et à la production des ateliers et des usines. Questions capitales en ce moment où de plus en plus la guerre est une question d’industrie, nécessitant constamment une activité plus intense des usines, la création de nouvelles fabrications, la production toujours plus rapide et plus nombreuse de mille produits différents. Questions capitales de demain, lorsque après la paix militaire il faudra réorganiser l’industrie, préparer la renaissance commerciale, et reprendre
- la lutte économique qui sera probablement aussi âpre que la guerre d’aujourd’hui.
- Parmi les systèmes d’organisation du travail, il n’en est pas dont on parle plus souvent que le système Taylor.
- Quel est-il? Quels services peut-il rendre? La publication récente d’une étude critique du systèmej1) nous engage à exposer aujourd’hui cette question aux lecteurs de La Nature.
- I. L'homme.—Frédéric Winslow Taylor (fig. 1) naquit en 1856 à German Town. Enfant, il vint en Europe, alla à l’école primaire en France, puis
- J. M. Lahy, Le système Taylor et la physiologie du travail professionnel, in-8, Masson et Cie, éditeurs, Paris, 1916.
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- L’ORGANISATION DU TRAVAIL ET LE SYSTEME TAYLOR —_____. 247
- en Allemagne, voyagea beaucoup et de retour en Amérique, entra au collège d’Exeter et s’y prépara à l’Université d’Harvard. On le retrouve ensuite, non à l’Université, mais apprenti dans un atelier de moulage de Philadelphie, puis dans une fabrique de machines.
- Son apprenlissage terminé en 1875, il devient manœuvre dans une autre usine du même genre, puis employé, chef d’équipe, contremaître, maître mécanicien, directeur du bureau d’études, et enfin ingénieur en chef de l’établissement. Entre temps, il a étudié l’affûtage des outils et a inventé sa première machine; il a parfait son instruction théorique et conquis le diplôme d’ingénieur. En 1890, il devient directeur général d’une grande fabrique de moulins qu’il quitte trois ans plus tard, en conflit avec les propriétaires au sujet de leurs conceptions du problème ouvrier.
- Taylor se consacre alors entièrement aux recherches relatives à l’organisation du travail dans les usines; il étudie, pour diverses industries, les améliorations à apporter au fonctionnement général de ces affaires et il termine sa vie par une propagande de tous les instants en faveur de ses idées. C’est l’époque de ses publications.
- Taylor est mort à Philadelphie, le 21 mars 1915, laissant une œuvre écrite intéressante, et plus encore un mouvement d’idées fort actif.
- II. L’œuvre. — Comme écrits, Taylor ne laisse qu’un petit nombre de publications parues pour la plupart dans des revues américaines et dont les plus importantes sont certainement The Art of Cutling Metals et Princi-ples ofScientific Management. Ce dernier a été traduit en français!1).
- 1. Dunod et I’inat, éditeurs,
- Paris, 1912.
- Comme découvertes, le nom de Taylor est associé à trois questions importantes : les aciers à coupe rapide, le travail des métaux, l’organisation scientifique des usines.
- Les aciers à coupe rapide sont des aciers conservant leur dureté à chaud et permettant la taille des métaux à grande vitesse. Taylor les rechercha spécialement et trouva que les meilleurs sont composés de carbone (0,7 pour 100), tungstène (18 pour 100), chrome (6 pour 100), vanadium (0,5 pour 100) et de fer sans impuretés. Trempés à 1200°, ils supportent des vitesses deux ou trois fois plus grandes que les aciers ordinaires et coupent encore quand leur pointe est au rouge sombre, d’où une forte augmentation du rendement des machines qui les utilisent. Ces aciers furent répandus dans le monde avant que Taylor fit connaître qu’il en était l’auteur, puisqu’on les vit à Paris à l’exposition de 1900 tandis que leur inventeur n’en parla qu’en 1906.
- Le travail des métaux fut l’objet pour Taylor de 25 années d’études dans diverses usines. L’ensemble des résultats obtenus est exposé dans The Art of Cutling Metals. Taylor rechercha systématiquement les facteurs qui interviennent dans le travail des métaux par les machines-outils et détermina l’optimum de chacun d’eux, c’est-à-dire les conditions nécessaires pour diminuer le prix de revient de la taille. Ces facteurs sont au nombre d’une douzaine : la vitesse de l’outil, la profondeur de coupe, la largeur des copeaux, la composition et la trempe de l’outil, son angle de coupe, son mode d’arrosaae, sa fixation, sa flexibilité, la nature du métal travaillé, etc. Toutes ces conditions étant connues, on peut déterminer pour chaque nature de travail le prix de revient minimum ob-
- Fig. i. — F. W. Taylor.
- I0R.P.M.
- No 1050°ct- 1612
- GILBRETH CL0CK
- NEW ENGLAND BUTT C0
- Fig. 2. — Horloge de Gilbreth pour le chronométrage des mouvements.
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- tenu par l’économie de temps, de main-d’œuvre et d’amortissement.
- Ces premières découvertes purement techniques sont comme le prélude de l’œuvre la plus importante de Taylor, l’organisation scientifique du travail à laquelle nous consacrerons cet article.
- Les principes de cette organisation, rapidement connus sous le nom de système Taylor, sont aujourd’hui appliqués un peu partout. En Amérique Gantt, Barth, Cooke, Dodge,
- Hathaway; en Angleterre, Gilbretb,
- Sanford Thompson ; en France, Le Chatelier; en Allemagne, Wallichs se sont faits les propagateurs enthousiastes du système. Diverses usines l’ont appliqué, les unes intégralement du jour au lendemain, les autres progressivement, en quelques-unes de ses parties.
- Si les premiers essais en France se sont heurtés à l’opposition des ouvriers, par suite du changement trop brusque apporté à leurs habitudes, il n’en faut pas conclure que la réalisation du système Taylor est impossible dans notre pays, mais bien plutôt que, créé par un Américain pour des Américains, il devra probablement s’adapter à nos mœurs et subir de ce fait certaines transformations. Mais sa base est tellement solide qu’il mérite d’être essayé, de bonne volonté, après que patrons et ouvriers auront compris son intérêt et se seront entendus sur son mode d’application.
- Cette question d’économie politique n’est pas du domaine de La Nature. Le principe du système est au contraire d’ordre purement scientifique et mérite que nous le fassions connaître à nos lecteurs qu’il intéressera certainement.
- III. L’organisation scientifique du travail. — « Le principe essentiel du système Tajlor, dit M. Le Chatelier (*), est l’application systématique de la méthode scientifique à l’étude de tous les phénomènes industriels. » Certains détails tels que le chronométrage, l’économie des mouvements, la tenue d’un magasin, la circulation dans l’usine, les salaires, ont surtout frappé quelques vulgarisateurs du système et ont pu faire croire que le système tout entier n’était que cela. En réalité, il est beaucoup plus général puis-1. Revue de Métallurgie, vol. XII, avril 1915.
- qu’il vise à la détermination de tous les éléments du travail et par là à l’économie de la production qui doit aboutir à l’augmentation du rendement en même temps qu’à la diminution de l’effort.
- Pour cela, il faut, dans une industrie donnée, étudier minutieusement tous les facteurs : qualité et rendement des outils, rapidité de travail, simplification des manipulations et suppression des mouvements inutiles, encouragement des ouvriers par des salaires à primes, fixation précise des tâches nécessaires, sélection des ouvriers, organisation intérieure de l’usine et extérieure de la vente, etc.
- C’est l’ensemble de toutes les règles ainsi établies qui constitue le système Taylor.
- IV. Détermination du travail. — Les questions les plus élémentaires sont.celles relatives aux machines. On commencera donc par étudier celles-ci à fond, déterminer leur production, rechercher tous les facteurs qui interviennent dans leur rendement. Taylor analyse en détail toutes les conditions du travail des machines qu’il examinées. Nous avons déjà cité les douze facteurs de la taille des métaux ; pour les courroies, Taylor en énumère neuf : la matière première, le mode d’attache, la largeur, la tension, etc.
- L’examen minutieux de tous les détails conduira à bien connaître l’outil, les conditions de son rendement et à choisir, sinon même à perfectionner le meilleur de ceux dont on dispose.
- La machine rigoureusement déterminée, on passera aux conditions du travail. Pour cela, Taylor préconise les règles suivantes : « -^Trouver 10 à 15 hommes, entraînés spécialement au travail que l’on désire analyser ; 2° étudier la série exacte des opérations et des mouvements élémentaires que fait chacun de ces hommes en exécutant le travail considéré et les outils qu’il emploie; 5° étudier au compteur à secondes le temps exigé par chacun de ces mouvements élémentaires et choisir le procédé permettant de gagner le plus de temps; 4° éliminer tous les mouvements lents et inutiles; 5° cette élimination faite, grouper la série des mouvements les plus rapides et les plus efficaces, et employer les meilleurs outils. »
- Fig. 3. — Étude cinématographique du travail : Vajustage d'une machine; à droite, l'horloge de Gilbreth..
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- L’ORGANISAT]ON DU TRAVAIL ET LE SYSTÈME TAYLOR 249
- Taylor a appliqué ces règles à un grand nombre d’opérations : pelletage de la terre, portage des gueuses de fonte, triage des billes de bicyclette, etc.
- Dans chaque cas, les ouvriers choisis pour le travail sont accompagnés d’un observateur chronométreur qui suit tous leurs mouvements et les mesure exactement (fîg. 2). Par exemple, dans le pelletage de la terre, on note, pour chaque ouvrier muni d’une pelle et d’une brouette données, le temps de remplissage de la brouette avec de la terre, du sable, de l’argile, etc., le temps du roulage de la brouette, le temps de son renversement, celui de son redressement, celui du retour, etc. On obtient ainsi une série de mesures provenant d’ouvriers et d’outils différents et qui montrent bien les diverses in-
- plète du travail; on aboulit à connaître tous les détails d’une fabrication ou d’une manutention ; on y découvre toujours de nombreux perfectionnements, d’importantes économies à réaliser.
- Il reste à transporter ces données dans la pratique des usines.
- V. L’organisaüon des usines. — Taylor a appliqué la même méthode expérimentale à toute l’organisation d’une industrie.
- Toutes les conditions d’un travail étant déterminées, on les enseigne par l’exemple à tous lês ouvriers chargés de cette besogne; on leur fournit les outils choisis comme les mieux appropriés. Une fois l’ouvrier entraîné, on lui impose une tâche fixe,
- | qu’il doit exécuter dans un temps donné sous peine
- Fig. 4. — Maquette pour l’étude de la circulation des matériaux dans une usine.
- tluences des outils et des mouvements. On choisit alors ceux du meilleur rendement qu’on enseigne à toute l’entreprise.
- Quelquefois les mouvements à étudier sont assez complexes et rapides pour être difficiles à suivre. Certains disciples de Taylor, Gilbreth entre autres, ont appliqué à cette analyse les ressources du cinématographe (fig. 3).
- Cette économie de temps, Taylor la cherche partout et elle Ta conduit à une autre application intéressante : l’utilisation par l’ouvrier delà règle à calcul. Dans tous les travaux de mécanique et notamment dans le travail au tour, on a besoin conslamment de connaître la profondeur de coupe, l’avance du tour, sa vitesse, etc. ; Taylor a remplacé les calculs exigés ou les estimations insuffisantes par des données rapides et précises que peut fournir une règle à calcul appropriée.
- On arrive ainsi à une analyse expérimentale com-
- de renvoi ou de grosse diminution de salaire ; par contre, on stimule son activité par une prime à la surproduction.
- Cela ne suffirait pas, si l’on n’étendait la méthode à tous les rouages de l’usine : direction, bureau d'études, comptabilité, service de ventes, etc.
- La méthode Taylor devra donc être appliquée à tous les services d’une affaire industrielle sans exception. Taylor a exposé sa conception de l’usine moderne dans ses Principles of Scienlific Management.
- En dehors de la direction, Taylor crée un bureau de préparation et de répartition du travail dans les ateliers, intermédiaire entre la direction et l’ouvrier. Ce bureau comprend quatre services ; 1° la direction de route des matériaux (Order of Works Route) ou bureau de manutention et de répartition ; 2° la direction de fabrication; 3° la direction des temps et salaires; 4° la direction disciplinaire du personnel.
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- Le bureau de manutention et répartition étudie des retards, etc. Ce même service de préparation
- toutes les manipulations de l’usine ; il dresse les du travail s’occupe des achats, de l’état d’avanee-
- GoVrunancé t^e vxé ù, Slbocêi,y\Xj &XxSàaio 9’bcmv 3e tVuvtle'c : 9b ? 3e Iwjîcêt 9ï>?.3e E'ouvvmj 99k Sts ?3e tamadilrie
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- INSTRUCTIONS POUR MONTER UN ESSIEU DE LOCOMOTIVE
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- Fig. 5. — Fiche de fabrication.
- Fig. 6. — Fiche de travail.
- plans .de circulation des matières en s’aidant au besoin de vues perspectives ou de schémas en relief (fig. A) ; il dresse les fiches de travail (fig. 5) indiquant à l’ouvrier la nature de son ouvrage et le temps à y dépenser. Le bureau de fabrication établit les fiches de fabrication (fig. 6) donnant aux ouvriers tous les renseignements nécessaires pour leur travail. Le bureau des salaires inscrit sur chaque fiche de travail le salaire et la prime alloués. Le bureau du personnel s’occupe de l’embauchage, des punitions,
- ment des commandes, de l'établissement des prix de revient, du choix des outils et en général de tous les perfectionnements pouvant être apportés dans l’usine.
- Dans l’atelier même, chaque ouvrier a quatre chefs différents : un chef d’exécution ou de manutention, un chef de vitesse ou de fabrication, un inspecteur ou chef contrôleur, un chef d’entretien et de réparation. Le chef de manutention instruit l’ouvrier. Il lui explique sa fiche de travail, il lui fournit les outils et les matériaux nécessasires
- Direction
- Fiches de travail
- Temps et
- Route des matériaux
- 'Discipline
- frais
- Etude
- Exécution
- Chef \ \ (Chef de dequipe J M vitesse.
- Réparation] J ( Contrôle
- Ouvrier
- Fig. ?. —Diagramme montrant le principe du fonctionnement dans l’organisation scientifique {d’après Gilbreth).
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- L'HEURE A TRAVERS LES TEMPS
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- Le chef de fabrication contrôle la stricte exécution des travaux indiqués sur la fiche de fabrication, il surveille notamment la vitesse des machines. Le chef contrôleur vérifie la travail et contresigne la fiche de l’ouvrier à la fin de chaque labeur. Le chef d’entretien surveille le graissage des machines, le bon état des outils et fait au besoin les petites réparations d’urgence.
- L’ouvrier est ainsi en contact, non plus avec un seul contremaître mais bien avec huit chefs directs qui tous lui donnent des ordres. Gilbreth oppose cette organisation à la hiérarchie traditionnelle ou militaire et la résume dans le schéma représenté figure 8.
- La direction, elle aussi, est entourée d’un certain nombre de services : service de laboratoire et de recherches, bureau d’études de projets et de dessins, bureau de comptabilité, magasin, bureau de vente, etc.
- Telle est dans ses grandes lignes l’organisation d’une usine suivant le système Taylor. Somme toute elle repose sur une division du travail, une spécialisation et un entraînement de tous les travailleurs, une surveillance constante de ceux-ci. Le système Taylor n’est pas une utopie. Il a été réalisé par Taylor d’abord, puis par de nombreux disciples dans des usines les plus variées : depuis des entreprises aussi importantes que les compagnies de chemins de fer jusqu’à des magasins plus modestes de vente au détail. Il n’est pas jusqu’au gouvernement de la maison et à la cuisine que des disciples
- enthousiastes ont proposé d’améliorer selon les principes de Taylor.
- En France, comme nous le disions au début de cet article, les premiers essais d’application de ce système, dans les usines (*) n’ont pas été très heureux, les ouvriers se sont opposés à son application et n’ont pas hésité à recourir à la grève pour faire abandonner le système. Il semble que le point qui les irritait le plus était le chronométrage et la surveillance constante par plusieurs contremaîtres. Était-ce la forme américaine du système qui les choquait ou le changement trop brusque apporté à leurs habitudes? Eût-on mieux réussi en introduisant peu à peu la réforme et en commençant par exemple par substituer le salaire à prime au salaire à la jouimée qui eût tout doucement amené la nécessité du chronométrage?
- Quoi qu’il en soit, il est certain qu’on ne peut considérer l’organisation du travail selon la conception qu’en exposaient plusieurs ingénieurs à M. Lahy : « nos ouvriers sont des artistes ». Assurément, certains travaux exigent une habileté, une virtuosité qui font de leurs artisans des exceptions, mais la grande majorité des travaux d’usines nécessitent une discipline, une organisation qu’il faut bien établir.
- Taylor a eu le mérite de montrer tout le bénéfice qu’on peut tirer d’une organisation scientifique, expérimentale. Il faut qu’on utilise ces avantages pour la guerre économique de demain.
- A. Breton.
- L’HEURE A TRAVERS LES TEMPS
- « L’heure d’été » vient de s’enfuir avec les hirondelles. Elle nous reviendra sans doute aux beaux jours, car elle a su se concilier les faveurs de ceux-là mêmes qui, par seule crainte de la nouveauté, protestaient il y a quelques mois contre sa venue. Mais, savaient-ils, ces laudatores temporis acti, que pendant de longs siècles, nos ancêLres ont distingué « l’heure d’été » et « l’heure d’hiver », horam æstivam et ho'ram brumalem, comme le disent expressément les auteurs latins?
- Il ne faut point s’en étonner, car pendant longtemps le soleil demeura le souverain arbitre en matière d’horlogerie. Or, on sait que deux fois par an seulement, au moment de Yéquinoxe, la durée de la lumière naturelle est égale à celle de l’obscurité; à toute autre époque, il y a inégalité, et cette inégalité se répercute dans la longueur des heures elles-mêmes, si, comme on le faisait chez les Romains, on divise d’une part le jour en 12 parties égales, d’autre part, la nuit en 12 autres parties égales, quelle que soit la durée respective de l’un et de l’autre. Les heures de jour pendant l’été étaient donc sensiblement plus longues que les heures de jour pendant l’hiver : le contraire avait lieu pour les heures de nuit.
- Il eût été difficile qu’il en fût autrement à l’époque des cadrans solaires. Mais on est surpris d’apprendre que ce système persista jusqu a la Renaissance : les horloges à poids existaient alors depuis longtemps et l’on était obligé de modifier tous les soirs et tous les matins leur balancier pour actionner plus ou moins rapidement leurs aiguilles. A la lueur des événements récents, cette persistance s’explique : si nous cherchons aujourd’hui à éviter le travail de nuit pour économiser la lumière artificielle, nos ancêtres l’évitaient avec plus de soin encore parce que leurs chandelles manquaient d’éclat; en hiver, les heures passaient plus rapides et sans s’en apercevoir ils besognaient plus vile; avec la chaleur de l’été, l’heure semblait s’alanguir et donnait l’exemple de la paresse. Je n’ose pas dire maintenant que « l’heure d’été » de nos pères valait mieux que la nôtre, mais d’un côté leur système était plus parfait que l’actuel. D’ailleurs, il n’empêchait pas leurs savants et leurs médecins de se servir au besoin de Yheure moyenne ou heure équinoxiale, qui restait l’heure type.
- Quand on eut cessé de régler les pendules à
- 1. L’essai fait en 1913 aux usines Renault a abouti à une grève.
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- 252 ==. L’HEURE A TRAVERS LES TEMPS
- chaque lever et a chaque coucher de soleil, on n’osa pas mépriser complètement, comme nous le faisons aujourd’hui, les. indications du roi des astres. Or, celui-ci, à cause de l’inclinaison de la terre sur l’écliptique, ne met pas toujours le même temps pour revenir au même méridien : l’écart entre le <i temps solaire » et le « temps moyen » varie de 0 à 16 minutes. Jusqu’en 1780 à Genève, jusqu’en 1792 à Londres, jusqu’en 1816 à Paris, on eut le respect du « temps solaire ». Théoriquement, il fallait donc chaque jour donner un coup de pouce aux horloges; pratiquement, on le faisait quand on avait à les remonter, ce qui amenait une grande confusion. Les mauvais horlogers en profitaient pour répondre à leurs clients mécontents : La montre est bonne, c’est le soleil qui a tort. « Peu de personnes, dit Arago, se contentaient de cette •explication, que certaines taxaient d’impiété. »
- Par contre les bons ouvriers s’efforçaient d’imaginer des mécanismes capables de suivre les variations solaires. C’est ainsi que le célèbre Lepaute inventa en 1780 une « horloge automatique » parfaite pour le méridien de Paris, et en 1806 une « horloge à équation » dont le cadran était mobile et qui fut couronnée à une exposition organisée sur le Champ-de-Mars. De précieux conseils lui avaient été fournis par l’astronome La Lande, qui était amoureux de Mme Lepaute : ce détail intime nous est fourni par La Lande lui-même dans sa curieuse Bibliographie astronomique, où un peu plus loin il félicite Moreau d’avoir en pleine guerre évité tout dommage à l’observatoire de Cremsmunster : « Il est flatteur, dit-il, pour les Français d’avoir des généraux qui se distinguent par le goût des sciences ; on ne dira plus que les militaires sont, par état, ignorans et féroces. »
- Ainsi il y a exactement un siècle que les aiguilles des cadrans Parisiens tournent régulièrement sur leurs axes sans plus se soucier des fantaisies du soleil. Il y a seulement 25 ans que les aiguilles de province marquent midi au même moment qu’elles ot non plus quand le soleil passait au méridien du lieu : les heures locales ont cédé la place à l’heure nationale en 1891. Mais à son tour l’heure nationale fut battue et chassée en 1911 par celle du fuseau horaire auquel la France est géographiquement rattachée, le fuseau de Greenwich. Il en coûta beaucoup à quelques patriotes exaltés de sacrifier ainsi 21 secondes.
- Ils se seraient moins émus s’ils avaient pu prévoir l’actuelle Entente, ou si seulement ils s’étaient rappelé qu’un grand ministre Français, Richelieu, avait, dès 1635, projeté l’unification de l’heure : une commission internationale, réunie par ses soins, décida d’adopter comme méridien étalon celui d’une île Canarie, mais l’état de la science fit avorter cette réforme hardie. En 1884 au contraire, date où ce projet fut repris dans la conférence de Washington, les savants purent se mettre d’accord -et choisir comme heure universelle l’heure moyenne
- de Greenwich : ce furent les gouvernements qui n’essayèrent même pas de s’entendre. Une telle réforme évidemment ne toucherait pas les habitants de notre « fuseau », mais elle troublerait un peu les habitudes de ceux qui appartiennent aux 25 autres : suivant la longitude, le même chiffre désignant l’heure correspondrait à des moments de la journée absolument différents : on s’accoutumerait vite au changement, mais il faudrait renoncer, comme on s’y applique depuis quelques années, à diviser le jour entier en deux séries de 12 heures et compter de 0 à 24.
- Cette bipartition surannée remonte à l’antiquité Égyptienne et nous amène à examiner dans le passé les divisions du jour en elles-mêmes et leurs dénominations variées. Chez les peuples primitifs, comme on le devine, aucune division mathématique : seulement quelques termes vagues empruntés à la météorologie ou à la religion : Aurore, temps du sacrifice, heure du vent, début des veilles, etc. Dès l’invention du cadran solaire, le numérotage apparaît.
- Les Babyloniens et les Chinois partageaient la journée entière en 12 fractions valant chacune deux de nos heures, les Hindous en 60 fractions ou « nadi », dont chacune se divisait en 60 « pala », lesquels se subdivisaient eux-mêmes en autant de « vipala ».
- L’Egypte nous a donné les 12 heures de jour et les 12 heures de nuit, dont les Grecs, avant denous les transmettre, firent poétiquement de gracieuses divinités. Leurs horaï ouvraient et fermaient les portes de l’Olympe, attelaient les coursiers célestes, dansaient en chœur autour d’Aphrodite, présidaient à la naissance et au mariage des dieux. Les Romains, recevant les heures, les militarisèrent au lieu de les poétiser : ils divisèrent le jour et la nuit en deux fois quatre parties de trois heures chacune ou « trihories », correspondant au temps de garde des sentinelles. Les trihories de la nuit s’appelaient lre, 2e, 3e et 4e veilles ; les trihories du jour, anciennement dénommées mane, ad medium, meridie, suprema finirent par prendre le nom de l’heure avec laquelle elles commençaient : prime, tierce, sexte et none. On sait que la liturgie catholique a conservé avec quelques modifications ce système horaire : elle distingue 7 heures canoniales, soit parce que le Psalmiste avait promis au Seigneur de chanter 7 fois par jour ses louanges, soit en souvenir des sept principales circonstances delà Passion :
- « A Matines le Christ, qui des liens du crime
- Dégage les pécheurs, est lui-même lié ;
- Des plus sanglants affronts il est couvert à Prime,
- Sous un arrêt de mort à Tierce humilié.
- À Sexte sur la croix l’amour le sacrifie;
- A None de son sang un fer est arrosé ;
- A Vêpres de la croix son corps est déposé;
- Au sépulcre il descend à l’heure de Compile. »
- L’heure « militaire » des Romains n’a pas autrement prévalu puisque nous avons encore des jours de 24 heures. Est-ce définitif? Il ne faudrait pas
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- — LES ALIMENTS POUR LE BÉTAIL ET LA GUERRE :-- 255
- en jurer. Là Convention nationale, en ordonnant l’unification des poids et mesures suivant le système métrique décimal, avait compris la mesure du temps dans cette grande et utile réforme. Son décret du 4 frimaire an II (24 novembre 1793) porte que le jour sera « divisé en dix parties ou heures, chaque partie en dix autres, ainsi de suite jusqu’à la plus petite portion commensurable de la durée. La centième partie de l’heure est appelée minute décimale, la centième partie de la minute... seconde décimale. »
- Beaucoup de maires et de notaires rédigèrent les actes en se conformant à la nouvelle heure et des « horloges décimales » vinrent orner le fronton de plus d’une mairie. Mais la réforme n’entrait pas
- vite dans l’usage courant : on se lassa trop tôt et le décret du 18 germinal an III en suspendit « indéfiniment » l’application.
- La lutte a été reprise avec vigueur en 1895 par un savant Toulousain, M. J. de Rey-Pailhade, qui a écrit et provoqué des milliers d’articles sur la question. Il propose de diviser le jour en cent « cés », unité qui vaudrait 14 minutes 24 secondes et se subdiviserait en décicés (1 minute 1/2), en cenlicés et millicés. L’adoplion de ce nouveau système horaire, aurait, comme celle de Y heure universelle, des avantages indiscutables, mais attendons pour en reparler qu’une autre sagesse soit venue aux gouvernements et aux nations.
- E.-Il. Guitard.
- LES ALIMENTS POUR LE BÉTAIL ET LA GUERRE
- Récemment La Nature décrivait (n° 2230) les perturbations apportées par la guerre actuelle au commerce des engrais. Celui des aliments pour le bétail n’a pas été moins troublé, comme le prouvent suffisamment les nombreux essais effectués en Allemagne pour substituer à la nourriture habituelle des animaux d’élevage les produits les plus variés et même les plus inattendus.
- La publication récente par VInstitut international d'Agriculture de la statistique du mouvement international des aliments concentrés pour le bétail nous permettra de donner un aperçu d’ensemble de la situation actuelle.
- Les principaux produits utilisés pour la nourriture des animaux sont, outre le foin et les fourrages, les résidus des industries qui préparent les aliments de l’homme : résidus de meunerie, d’hui-
- leriè, de sucrerie et d’industries de fermentation, résidus d’origine animale.
- Le plus souvent, l’importance de ces résidus est en rapport avec le développement de l’industrie alimentaire dans les différents pays.
- Ainsi, pour le son de blé, les pays producteurs se classent à peu près dans le même ordre que pour la culture du blé, comme le montre le tableau suivant :
- États-Unis.................
- Russie d’Europe et d’Asie. .
- France................... .
- Inde anglaise..............
- Grande-Bretagne. ....*.
- Au I riche-Hongrie.........
- Italie ....................
- Allemagne..................
- Production en milliers de
- tonnes en :
- 1911 1912 1913 1914 1913
- 3522 4094 4019 4241 4782
- 1974 5842 5259 5596 —
- 24 4 2206 2318 2140 1845
- 1829 1699 1795 1602 2038
- 1649 1752 1701 1720 1602
- 1545 1544 1358 ?(i) ?(i)
- 1508 1426 1764 1265 1256
- 1475 1501 1585 n1) ?(')
- Ces chiffres suffisent à montrer l’énorme supériorité de la production des pays alliés et les res-
- 1. Gomme pour les engrais, nous ne possédons aucune donnée statistique relative aux empires centraux depuis le début de la guerre.
- sources de ravitaillement dont ils disposent. Si l’on remarque que la culture du blé a certainement diminué chez tous les belligérants* et que les empires centraux utilisent actuellement une grande partie du son pour augmenter la quantité de pain dont ils disposent, on voit qu’il doit leur rester insuffisamment de sou de blé pour l’alimentation de lçur bétail.
- La même remarque s’applique au son de seigle, bien qu’à un moindre degré.
- Production du son de seigle en milliers de tonnes :
- 1911 1912 1913 1914 1913
- Russie d’Europe et d’Asie . . 4699 7072 6789 5355
- Allemagne 2790 28 )4 3045 ? 7
- Autriche-Hongrie 1112 1262 1156 O ?
- France 538 568 573 307 268
- Les résidus de riz, qu’ils soient produits dans les pays de culture ou dans les ports européens d’importation, manquent totalement aujourd’hui aux empires centraux. Avant la guerre, la production de ces aliments : balles et brisures de riz, se répartissait ainsi (année 1915) :
- Milliers de tonne-.
- ( Inde britannique. . . . . . 9083
- Pays \ Japon < Indes néerlandaises . . . 2410 1025
- producteurs. j Italie . . . 170
- ( États-Unis . . . 154
- ( Allemagne. ..... . . . 49
- Pays \ Grande-Bretagne . . . . . . 26
- importateurs. j Autriche-Hongrie. . . . . . . 25
- 1 France . . . 14
- Les résidus d’huilerie montrent une situation encore plus défavorable à nos ennemis. On connaît leur, pénurie actuelle de madères grasses, conséquence du strict blocus de la mer du Nord.
- Déjà, avant la guerre, ils étaient de faibles producteurs et ne traitaient guère que les graines qu’ils importaient.
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- 254 r.:..LES ALIMENTS POUR LE BÉTAIL ET LA GUERRE
- Son de
- Rés/Sus de riz
- Russie
- france !
- Indes ne’er/ano/aises
- Allemagne
- Au/riche -//on art 6
- Fig. i. — La production des résidus de meuneries en içr3.
- puisque les graines exotiques ne leur parviennent plus.
- Les résidus de sucrerie : cossettes et mélasses de betteraves, sont les seuls produits dont ils peuvent quelque peu disposer. Encore ne faut-il pas oublier que leur gêne alimentaire croissante leur a fait chercher l’utilisation de ces résidus pour l’alimentation humaine, notamment par mélange avec la farine de blé ou de seigle.
- Avant la guerre, en 1913, la production des principaux pays sucriers était la suivante :
- Allemagne. . . . 1185 milliers de tonnes
- Autriche-Hongrie. 827 —
- Russie d'Europe. 641 —
- France. ..... 421 —
- États-Unis. . . . 358 —
- Italie 190 —
- Le tableau situation :
- suivant résume cette
- Produc lion en milliers de tonnes en :
- 1911 1912 1913 1914 1915
- Tourteaux de lin.
- Etals-Fois. . . . 257 569 257 234
- Grande-llretagnc . 131 151 508 231
- Allemagne. . . . 155 162 278 ?
- Canada 94 166 — —
- Russie d’Europe.. 77 94 145 —
- Pays-Bas . . 70 78 102 98
- France OO 75 119 63
- Tourteaux et farines de graines de coton
- Elais-Unis. . . . 1951 1813 1896 2296
- Allemagne. . . . 76 106 109 '!
- Grande-Bretagne . 30 51 31 38
- France . . . 15 17 8 nt
- Tourteaux de colza et de navette.
- Indes Britanniques 486 547 504 426 —
- Japon 65 74 134 12 26
- Aulriche-Ilongrie. 147 19 22 ? 9
- Allemagne. . . . ' 7 59 74 9 7
- Grande-Bretagne . 21 17 25 29 18
- France . . 60 1 1 0.02 4
- Tourteaux d’arachides de sésame, de coprah, de palmiste.
- Allemagne. . . . I 2701 3041 3211 ? I ? France.........| 292| 284| 275| 289| 290
- On y voit que la production des lourteaux d’huilerie doit être à peu près nulle dans les empires centraux,
- Si l’on ajoute à cet ensemble de statistiques, que normalement, l’Allemagne était le grand importateur de grains d’orge,de féveroles, de lupin, de vesce, etc., dont elle recevait chaque année plus de 5 500 000 tonnes, on peut imaginer quels
- troubles la guerre apporte à l’élevage dans les empires centraux. Certainement, eeman-
- Flg. 2.
- Neuires
- La production des résidus d'huilerie en iqi3.
- que de nourriture pour le bétail contribue plus que l’accroissement de consommation de viande, à diminuer le cheptel; il explique en partie les difficultés alimentaires de l’heure présente que ne peuvent résoudre la réglementation de la répartition des vivres, les cartes de viande, etc. Il est une menace
- Russie
- Alll iés
- fnnemis
- i Aleufres
- Fig. 3. — La production des résidus de sucrerie en içi5.
- croissante de lassitude et de découragement.
- Pour nous et nos alliés au contraire, si la situation internationale du commerce des engrais comme nous l’avons vu, ne nous est pas entièrement favorable, celle du mouvement des aliments pour le bétail ne peut nous fournir que des sujets de réjouissance, d’autant plus que les cours de ces produits n’ont nullement augmenté et sont même actuellement en baisse légère sur les cours du début de 1915. René Merle.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séances du 4 au 1 8
- Les roches ci’Aller Pedroso {Portugal). — M. Lacroix étudie un cas curieux de roches éruptives syénitiques transformées par déformation mécanique et recristallisation sans changement de composition chimique en roches statiformes à éléments bien alignés: leptvnites et gneiss syénitiques à riebeckite.
- Influence du vent sur les conditions d’audition du son. — L’influence du vent sur la transmission du son à faible distance est bien connue; sous le vent d’une source sonore, on entend beaucoup mieux qu’à contrevent. Les événements récents et notamment l’attaque de Picardie ont rappelé l’attention sur un autre phénomène, l’audition à très grande distance des sons intenses, avec une zone de silence. La continuité du bombardement a permis de fixer définitivement un point intéressant : c’est par les vpnts de Sud à Ouest, c’est-à-dire à contre-vent, que le bruit du canon est perçu dans des localités éloignées d’environ 120 km de l’endroit de l’émission; par le vent du Nord ou de l’Est, le bruit y est rigoureusement nul. Le phénomène peut s’expliquer, dit M. Perot, si l’on admet que le vent existe dans une zone assez épaisse de l’atmosphère, et qu’au-dessus règne, soit le calme, soit un vent de sens contraire, ou même un vent de même sens, mais moins fort. S’il existe un vent constant, d’une vitesse de 10 m. par seconde, par exemple, la vitesse du son, pour un observateur fixe, sera de 540 m. dans la direction du vent, de 520 m. dans la direction contraire; c’est-à-dire que dans la direction du vent, on pourra considérer la réfringence acoustique du milieu comme d’autant plus
- NOUVEAUX GROUPES DE
- Depuis le début des hostilités le matériel du a Service de Santé militaire » a subi des progrès considérables. L’adaptation aux conditions de la guerre scientifique qui* se déroule avec une intensité de plus en plus formidable, a nécessité toute une organisation nouvelle et multiplié les automobiles spécialement équipées.
- La chirurgie a perfectionné et étendu son domaine au moyen des « Ambulances chirurgicales automobiles » qui fonctionnent aux armées en campagne au nombre de vingt et une.
- Toutes les spécialités utiles (Radiologie, Stomatologie, etc...), ont „eu successivement leurs voitures pour le plus grand bien de nos blessés.
- Le service des évacuations ne se fait plus guère aujourd’hui qu’au moyen d’automobiles et fonctionne très remarquablement.
- On n’a rien négligé pour la désinfection, la propreté et l’hygiène. C’est ainsi qu’il existe des voitures de « désinsectisation-douches », des « groupes de buanderie-séchage » et des voitures « usines à glace ». D’autres progrès
- itembre 1916 {Suite).
- faible que le vent est plus fort, croissant par suite, à mesure qu’on s’élèvera dans l’atmosphère à partir de la région où le vent diminue, et comme décroissant, pour la direction contraire. Dans cette dernière direction, c’est-à-dire à contre-vent, la variation de cette réfringence est donc inverse de celle de la réfringence optique dans le cas du mirage, et les rayons sonores émis sous un certain angle au-dessus de l’horizon pourront passer par le point où se trouve l’observateur et le son aura d’ailleurs une intensité beaucoup plus grande que si la transmission était normale. Il semble résulter d’expériences particulières que le son n’arrive pas à l’oreille tangenliellement au sol, mais sous un angle très notable, ce qui correspond bien à un cas de mirage. Les conditions atmosphériques, vitesse du vent, épaisseur de la couche où il souffle, ferait d’ailleurs varier l’étendue de la zone de silence, et les conditions de l’audition. Sous le vent il se produira au contraire une dispersion des rayons sonores, et par suite aucun effet de mirage n’aura lieu; le son ne parviendra pas à grande distance. D’autre part, dans le cas d’un bruit terrestre faible, la vitesse du vent est diminuée à la surface du sol par les obstacles naturels et le frottement, de sorte qu’elle va en augmentant quand on s’écarte de celui-ci. On est donc dans des conditions inverses de celles de l’audition du son du canon à grande distance. Dans le sens du vent les rayons sonores seront rabattus vers le sol. tandis que dans l’autre sens ils s’en écarteront. Il résulte de là que l’énergie reçue par un observateur placé sous le vent sera accrue et par suite le bruit plus intense que si l’observateur est à contre-vent.
- CHIRURGIE AUTOMOBILES
- dans ce sens sont encore en voie de réalisation.
- Mais il importe de signaler tout spécialement une innovation récente et particulièrement heureuse de notre Service de Santé. Il s’agit des « Groupes complémentaires de chirurgie ». Ces « Groupes », sont composés de deux véhicules automobiles, un camion et une remorque. Ils ont pour but de procurer aux ambulances divisionnaires un complément de moyens de stérilisation, la radioscopie, l’éclairage électrique, ainsi qu’un petit pavillon opératoire démontable et transportable à volonté. Le camion spécialement carrossé et judicieusement aménagé, est divisé en deux compartiments distincts et nettement séparés. À l’avant, derrière le siège du conducteur, le premier compartiment renferme un groupe électrogène, ainsi que les appareils de protection, de commande pour l’installation radioscopique. En outre, deux caisses contiennent l’appareillage électrique. Deux hayons s’ouvrant de chaque côté permettent l’accès facile et la circulation autour du groupe électrogène, tout en formant abri en haut, et prolongement du plancher
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- NOUVEAUX GROUPES DE CHIRURGIE AUTOMOBILES
- en
- eu bas. Dans le deuxième compartiment qui est le plus grand, se trouvent aménagés : à droite,
- Voiture de désin fection, désinsectisation, douches.
- Groupe complémentaire de chirurgie. Vue du groupe èleclrogène, à l’avant panneaux ouverts.
- l’appareillage radioscopique; à gauche les appareils de stérilisation qui comprennent : lauto-clave, 1 stérilisateur Poupinel,
- 1 stérilisateur de campagne, 2 bouilleurs d’eau de 25 litres, 1
- pulvérisateur Yermorel, d armoire chauffe-linge, des boîtes de stérilisation, grandes et petites, d lavabo (type Plisson-Forgue), d stérilisateur Adnet. Il y a, en outre, une table d’opérations, 4 guéridons, I provision de pétrole, d’alcool, de formol, de peinture, etc...
- Le groupe électrogène est un Aster d’une puissance de 2,5 kilowatts sous d 10 volts, courant continu fourni par un générateur Compound-Thomson. La distribution de la lumière est assurée par des conducteurs bandes souples d’illumination, qui permettent une installation et un démontage rapides des lampes qu’on fixe suivant les besoins sur le irajet de la bande souple. Le groupe Aster étant muni d’un régulateur très sensible fournit un éclairage sans fluctuations perceptibles.
- En ce qui concerne la radioscopie on se sert des appareillages Gaiffe, Drault, Massiot, Malaquin, Ropiquet, pour les générateurs de haute tension, les tables d’opérations, et les appareils de localisation. Pour les ampoules radiogènes les tubes de Ghabaud-Yillard, et de Pillon, sont utilisés avec des soupapes Chabaud-Villard nécessaires à leur bon fonctionnement sur les installations bobine et inter-
- rupteur turbine constituant les génératrices de courant interrompu à haute tension.
- Le petit pavillon opératoire chargé sur la remorque, est formé de panneaux à double paroi, légers et interchangeables. La partie intérieure est recouverte d’une toile cirée blanche facilitant le maintien de l’asepsie au moyen d’une éponge imbibée de solution antiseptique. Deux pièces le composent : une petite pièce servant de salle préparatoire et de désinfection, et une deuxième pièce plus grande servant de salle d’opérations. Parquet recouvert de linoléum. Chauffage à eau chaude à basse pression atteignant une température de 52°, au moyen de tubes à ailettes raccordés à une toute petite chaudière très légère et montée sur deux petites roues.
- Les armées en campagne vont être pourvues de 140 de ces (( Groupes complémentaires de chirurgie » qui rendront les plus grands services.
- L’organisation et l’aménagement de tous ces organes nouveaux sont réalisés aux « Ateliers généraux du Service de Santé ». Il se déploie dans cet Établissement, de création récente, une acti-vité intense, sous la haute direction du Sous-Secrétariat d’É-tat du Service de Santé, et l’impulsion intelligente d’un officier gestionnaire actif, compétent, et énergique, secondé
- Groupe de buanderie, séchage.
- Ensemble en ordre de marche de Vambulance chirurgicale automobile.
- par des officiers de valeur animés d’un dévouement à toute épreuve. Paul d’Augel.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahure, rue de Fleuras, 9, à Paris,
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- LA NATURE. — N° 2247.
- 21 OCTOBRE 1916
- LA RENAISSANCE D’UNE INDUSTRIE PENDANT LA GUERRE
- Les colorants naturels.
- Cela devait arriver. La pénurie des matières colorantes artificielles, fabriquées en majeure partie par l’Allemagne et dont la privation se fait partout sentir en ce moment, devait faire revivre pendant la guerre l’industrie des colorants naturels que les premières avaient notablement amoindrie. Mais ce qui se passe à l’heure actuelle est plus qu’une rénovation : les manufacturiers se ressaisissent en quelque sorte et découvrent aux colorants végétaux des
- Fig. i. — Indigotier, Indigofera tinctoria.
- qualités oubliées et d’autres qui avaient passé inaperçues ; de sorte qu’il est à supposer qu’après la guerre, même lorsque l’industrie des couleurs extraites du goudron de bouille, auxquelles on tente maintenant de donner une grande extension en France et dans les pays alliés, aura repris chez nous et nos amis une nouvelle vigueur, il faudra tenir compte de la concurrence des colorants de la nature qui, peut-être avec moins d’éclat, présentent des qualités de solidité et de résistance à l’air, à la lumière, au lavage et au frottement, qui en maintiendront l’usage dans un grand nombre de cas. Ajoutons que les producteurs ont mis à profit ce renouveau pour perfectionner leurs procédés d’extraction et obtenir les matières commerciales dans
- un plus grand état de pureté : c’est encore là un facteur que devront prendre en considération ceux qui voudront en faire usage.
- Les colorants naturels dont l’emploi s’étend le plus en ce moment sont, en première ligne, l’indigo et le campêche; puis après eux le sumac, la gaude, le fustet, le quercitron, les graines de Perse et les divers bois de teinture.
- Nous allons les passer en revue d’une façon som-
- Fig. 2. — Campêche, Hœmatoxylone campechianum.
- maire, en indiquant les causes qui les ont fait momentanément délaisser et celles qui les font revivre en ce moment. Nous laisserons de côté la garance, que nous ne mentionnons que pour mémoire, parce que sa culture qui faisait autrefois la richesse du Vaucluse a reculé au point d’en être annihilée devant la découverte de l’alizarine artificielle qui vaut 75 pour 100 meilleur marché.
- L’indigo. — Rappelons en quelques mots que l’indigo est une matière colorante connue depuis la plus haute antiquité et employée déjà par les Égyptiens, et qu’elle est principalement produite par des arbustes croissant dans les régions tropicales, connus sous le nom d'Indigofera, dont les principales variétés sont les Indigo tinctoria,
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- 44* Année — T- Semestre.
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- Indigo disperma, Indigo argenteci et Indigo anil. Les pays où se pratique le plus leur culture sont avant tout les Indes Anglaises (Bengale et Madras), puis Java, le Tonkin, Manille, la Chine, le Japon et l’Amérique Centrale. Dans les Indes, on en obtient souvent trois récoltes la même année : on sème en mars d’abord et on fait une première récolte en juin, puis une seconde en septembre et une troisième en janvier; la première est toujours la plus abondante, mais la dernière donne la meilleure qualité. Le principe colorant, localisé presque exclusivement dans les feuilles de l’arbuste qui en contiennent 1 kg 500 à 2 kg 500 par tonne de feuilles fraîches, est extrait sur place au moyen d’une macération dans l’eau de chaux qui donne par fermentation de la leuco-indigotine, d’une décantation, puis d’une précipitation obtenue en insufflant un courant d’air dans la liqueur ainsi préparée : l’indigo, obtenu d’abord en pâte, est séché, puis découpé en morceaux cubiques, et séché à nouveau avant d’être expédié dans les pays européens consommateurs de cette substance.
- On conçoit qu’une préparation faite suivant une méthode aussi rudimentaire donne des produits de qualité très variable. La teneur en matière colorante pure des indigos du commerce varie depuis 50 jusque 60 pour 100 pour les produits indiens, de 70 à 80 pour 100 pour ceux de Java, et de 50 à 54 pour 100 pour ceux de l’Amérique Centrale. Aussi cette inctrlitude sur la composition des indigos du commerce nécessite-t-elle toujours l’essai préalable.
- Nous passerons rapidement sur les diverses méthodes d’essai des indigos, ce qui nous entraînerait trop loin. Nous considérons comme absolument insuffisants les essais par comparaison effectués sur les marchés de production en écrasant sur une planchette un morceau d’indigo dont on compare la teinte à une nuance type que l’acheteur a toujours en réserve. Il n’y a en somme de bien exacts que les procédés de laboratoire au nombre de cinq : 1° dosage par ;pesée; 2° titrage par oxydation; 5° titrage par réduction; 4° essais colorimétriques; et 5° essais par teinture. Toutes les expériences effectuées portent sur deux indigos : l’un raffiné préparé pour les usages du laboratoire, et le type d’indigo commercial à essayer. En général, les chimistes considèrent la méthode par pesée comme trop longue et c lie par oxydation comme assez inférieure; ils ne font usage également qu’avec une grande réserve des essais colorimétriques; et ils préfèrent les procédés par réduction associés aux essais de teinture, en particulier celui de M. Engel au moyen d’une solution de sulfate de vanadyle ou encore celui à l’hydrosulfite de chaux, nécessitant tous deux l’emploi d’une atmosphère inerte.
- On désigne généralement les indigos du commerce par le nom des pays d’où ils sont originaires, ce qui ne peut fournir au point de vue de la qualité aucune indication sérieuse; rien que pour les provenances du Bengale on compte, en effet, jusque
- quarante et quelques sortes et on ne saurait raisonnablement se guider dans le choix des pains ni par l’aspect extérinur, ni par la forme et la dimension des cubes, ni par des indicatious empiriques comme le ton cuivré que donne le frottement de l’ongle, le happage à la langue, la friabilité, la douceur au toucher, qui n’ont en somme de valeur qu’autant qu’elles concordent avec d’autres. U y a dans tous les pays d’excellents indigos, dont la qualité dépend des soins apportés à la récolte et à la préparation. Au Tonkin, par exemple, qui nous intéresse plus particulièrement puisqu’il s’agit d’une de nos meilleures colonies, on trouve d’excellents produits; mais, tout d’abord, on n’en exporte que de petites quantités, les acheteurs indigènes s’en réservant l’usage; puis, on ne considère la culture de l’indigofère que comme assez secondaire. On mélange d’habitude la semence dans la cendre avec de la graine de moutarde, melon ou sésame, et on sème le tout au commencement du deuxième mois annamite ; on effectue la récolte de la moutarde, du melon ou du sésame qùi mûrissent les premiers, on laisse l’indigo grandir et la récolte s’en fait au sixième mois : immédiatement les feuilles sont alors traitées à l’eau de chaux, parce que le ferment qui donne lieu à la formation de la leuco-indigotine se trouve partiellement détruit lorsque les feuilles sont desséchées au soleil. On laisse dans la plantation les plus beaux pieds jusqu’au douzième mois, époque où la graine est mûre, on les arrache et on les fait sécher pour de nouvelles semailles. Dans tous les villages de la colonie où l’on cultive l’indigo, une partie des habitants sont teinturiers et vont de marché en marché exercer leur profession.
- La majeure partie des indigos qui nous arrivent en France sont de provenance indienne et nous sont livrés par le marché de Londres. Le commerce leur a donné différents noms suivant les défauts qu’on y rencontre et qui tous viennent soit d’une préparation trop hâtive à l’origine, soit d’un emballage défectueux : éventé (recouvert de moisissures dans ses cassures), rubané (diversement nuancé), écorcé (gris verdâtre à la surface), robé (de nuance différente à l’intérieur et à l’extérieur), brûlé (s’émiettant facilement), écartelé (crevassé jusqu’au centre), etc. Il y a aussi des falsifications avec l’argile, la laque de campêche, le bleu de Prusse, l’amidon ou des matières minérales. Aussi l’incertitude dans la composition des pains d’indigo est-elle une des causes qui en ont restreint l’emploi.
- C’est à cette incertitude qu’a voulu remédier le Congrès de producteurs et négociants qui s’est tenu en février 1916 à Delhi, dans l’Inde. Diverses mesures ont été prises dans le détail desquelles nous ne saurions entrer; contentons-nous de dire qu’elles ont été de trois genres : les premières relatives à l’agriculture et concernant les encouragements officiels à la production et la sélection des graines d’indigotier pour obtenir un meilleur rendement ;
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- les secondes, formant un ensemble que les Anglais appellent l'esearch (recherches), relatives surtout à l’établissement | ar des chimistes de l’Etat, de types officiels d'indigos d’après leur composition et à la publication de méthodes de purification et d’extraction sous une forme convenant mieux à la clientèle ; les troisièmes concernant le commerce proprement dit et les meilleures méthodes pour lutter contre la concurrence de l'indigo synthétique.
- C’est en effet ce dernier qu’ont à craindre les producteurs d’indigo naturels et à ce propos, il nous paraît intéressant de rappeler rapidement comment a eu lieu la découverte de ce corps qui a fait époque dans les annales de la chimie moderne.
- Letude de la matière colorante de l’indigo, l’in-digotine, ne pouvait manquer tout d’abord de passionner les chercheurs, et, sans songer dès le début à fabriquer industriellement cette substance, ceux-ci jugeaient intéressant d’en établir la formule de constitution. Le point capital fut atteint par von Baeyer en 1875 : en publiant sa découverte, il écrivit qu’a-près « quinze ans de recherches », il pouvait annoncer avec certitude qu’il avait « déterminé par l’expérience la place de chaque atome de la molécule ».
- Mais le travail de ce chimiste était incomplet, parce qu’il reposait uniquement sur des analyses immédiates ou élémentaires. Suivant une tradition introduite dans la science par Ber-thelot dans ses recherches sur les synthèses organiques, il fallait, pour compléter la démonstration, refaire l’indigotine en partant de substances moins complexes dérivées elles-mêmes artificiellement des éléments C,H, Az et 0. En 1879, Von Baeyer résolut le problème, mais au laboratoire seulement. En réduisant l’acide ortho-nitro-phénylacétique, il le transformait en acide ortho-amido-phénylacétique; il traitait ce dernier par l’acide nitreux, obtenait l’isatoxime, qu’il transformait par réduction en amido-oxyndol ; celui ci, oxydé avec précaution, lui donnait l’isatine, qui traitée par le trichlorure de phosphore produisait le chlorure d’isatine, que le zinc en poudre transformait facilement en indigotine. Comme on peut en juger, le procédé était long, laborieux, et le moins qu’on pût en dire, c’est qu’il était en outre
- très complexe; mais il conduisait au but, et c’était là le principal. Cette première synthèse ouvrit la voie : elle fut suivie de plusieurs autres dans le détail desquelles nous ne saurions entrer; nous nous contentons de la donner seule comme exemple.
- Ces travaux de laboratoire ne reçurent qu’à la longue l’application industrielle. La Société de la Badische Anilin trouva la première une solution dans ce sens, mais non une solution économique : elle traita l’aniline pure par l’acide monochloracé-tique, soumettait à l’action de la potasse lephényl-glycocolle obtenu, dissolvait le produit dans l’eau
- après refroidissement, et, en soumettant le liquide à un courant d’air, précipitait l’indigotine. On imagina, en 1891, un autre procédé dans lequel la matière première était non plus l’aniline, mais l’acide anthranilique (aniline orthocarboxylée) : la méthode donnait ici plus de rendement, mais l’acide, anthranilique était difficile à préparer économiquement et industriellement. Il fallait trouver autre chose. Après sept années d’efforts, le pro^ blême fut résolu en 1905 par la Badische Anilin qui prit cette fois pour base un produit à bas prix*, la naphtaline, qu’elle oxydait par un autre produit dont le procédé bien connu dit de contact permet de se procurer d’énormes quantités, l’anhydride sulfurique : nous n’entrons pas dans le détail. On a du reste découvert depuis d’autres ' systèmes de
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- fabrication tout aussi avantageux : celui dit à l’orthonitrobenzaldéhyde, un autre au sodium amide, puis les procédés Sandmeyer découverts en 1899 et qui sont la propriété des établissements Geigy, de Bâle, remarquables par la simplicité des matières premières nécessaires à la fabrication et qui sont ici l’amidon, le sulfure de carbone, les cyanures, le sulfhydrate d’ammonium et l’acide sulfurique, tous corps industriels dont la préparation ne réclame pas, comme l’acide anthranilique et l’orthonitrobenzaldéhyde indiqués par la science allemande, de longues et patientes recherches et des installations particulièrement coûteuses. D’autres procédés ont été imaginés depuis lors; mais, dans tous les cas, on peut estimer aujourd’hui que la préparation industrielle de l’indigo synthétique est absolument au point.
- La lutte après la guerre sera plus âpre que jamais entre les deux corps. Mais il y a place pour les deux, et il est possible que la production de l’indigo naturel, mieux fécondée par la science et rationnellement conduite, soit de force à supporter le choc.
- Il nous semble superflu de parler ici de la façon dont on applique l’indigo en teinture. Rappelons sommairement que nous avons affaire ici à un „
- corps qui n a pas besoin Quercus tinctorla. de mordant; mais comme en réalité il n’est
- que déposé sur la fibre, il est indispensable qu’il soit dissous pour pouvoir être appliqué sur fils ou tissus. Toute fixation de l’indigo en teinture est, on le sait, basée sur la réduction de l’indigoline en indigo blanc soluble dans les liqueurs alcalines qui, exposé à l’air, se réoxyde en passant de nouveau à l’état d’indigo bleu insoluble. Les bains dans lesquels l’indigo est dissous prennent en industrie le nom de cuves et il en existe deux genres : celles pour fermentation qui sont nombreuses et qui se divisent en cuves chaudes (à l’urine, au vouède, au pastel, à la potasse, à la soude) et cuves froides (à la couperose, à l’étain, au zinc) et les cuves chimiques dont la plus connue est celle à l’hydrosulfite de soude.
- La culture de l’indigo aux Indes a décliné d’année en année depuis 1905, époque où l’on en cultivait 775 200 acres : elle tomba en 1906 à 330 400 et en 1907 à 329 800; mais il serait trop
- long d’en énumérer la statistique décroissante. Depuis la guerre, elle semble renaître, parce que les cultivateurs indiens ont jugé que les prix de l’indigo qui avaient cessé d’être rémunérateurs le sont devenus à nouveau. Au mois d’août 1914, l’indigo indien était coté à Londres 2 sh. 9 den. la livre et voici qu’il vaut aujourd’hui 11 sh. 6 den. Aussi la superficie cultivée en indigotiers qui n’était plus aux Indes en 1914-1915 que de 116 500 acres est-elle passée en 1915-1916 à 258 100 acres. Cette impulsion, coïncidant avec une préparation plus soignée et des garanties analytiques officielles, ne peut manquer de se maintenir si le gouvernement des Indes veut bien y tenir la main. II était temps du reste de réagir, car l’Allemagne avait déjà importé aux Indes même, en 1912, 500 000 kg d’indigo synthétique et 400 000 en 1915 : les indigènes avaient été séduits par le bon marché de ce colorant.
- Nous n’apprendrons rien à personne en rappelant qu’il y a actuellement de nombreux substituts de l’indigo en teinture. Ce sont, notamment pour le coton et le lin, le bleu para-phénylène, l’indoïne, le bleu métaphénylène et la benzoazurine. Mais aucune de ces couleurs artificielles n’est aussi solide que celle de la nature, et la meilleure preuve c’est qu’on ne peutobtenir de teintures pleines qu'en les remontant avec l’indigo lui-même. Pour la laine, le principal substitut est le bleu d’alizarine, mais lui aussi est loin de l’égaler en solidité.
- L’indigo est aussi d’un usage courant dans l’impression des tissus. Ou bien on imprime sur calicot une réserve et on teint, ou bien on teint d’abord et on décharge ensuite, ou encore on imprime directement en se servant d’épaississants très divers, notamment la glucose. Ici encore l’indigo naturel a des concurrents dans les colorants artificiels, entre autres le bleu d’acétine et l’induline.
- Le campêche. — Le. campêche (hœmatoxylon campechicinum) est un arbre épineux croissant dans toutes les parties de l’Amérique méridionale et des Antilles, dont le nom vient de ce qu’il croît notamment dans la baie de Campêche, d’où il s’est prodigieusement multiplié et étendu. Non seulement, en effet, il est peu exigeant pour son sol et pousse
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- sans aucun soin de culture, mais sa croissance est si rapide qu’au bout de dix ou douze ans un arbre venu de semence peut être exploité : les graines qui tombent de ses branches suffisent aie faire pulluler, et on en détruit les jeunes plants comme de mauvaises herbes dans les champs qui l’avoisinent. De là l’origine des nombreuses forêts qu’on rencontre de ces arbres dans l’Amérique équatoriale, exploitées du reste sans aucun ménagement par des bûcherons auxquels on donne carte blanche pour l’abatage des arbres à la hache, qui choisissent ceux qu’ils veulent, les écorcent et les amènent au port d’expédition pour les y entreposer jusqu’à la vente : ces travailleurs reçoivent immédiatement un réal par quintal ; il est encore des propriétaires qui afferment leurs forêts et se contentent comme rémunération d’un tiers du produit en nature dont il leur est aisé de se débarrasser.
- L’abatage se fait surtout en janvier, on attend les pluies d’équinoxe pour conduire les arbres par eau jusqu’au chantier où on les débite. Les plus belles exploitations se trouvent au Yucatan, et les navires européens viennent surtout les charger à l’ile de Carmen. Le campêche nous arrive de là en bûches décortiquées variant suivant la grosseur des arbres et leur longueur de 1 m. 50 à 2 m., dures, pesantes, noires bleues à l'extérieur, d’un rouge vif à l’intérieur. C’est le Mexique qui fournit les meilleures qualités, le Honduras et les petites Antilles les sortes moyennes, Saint-Domingue et la Jamaïque les moins estimées. Les ports d’embarquement sont : pour les proxenan.ces d’Haïti, Fort-Liberté, Saint-Marc, Aquin et Miragoane ; pour celles de la Jamaïque, Falmouth, Montego-Bay et Savannah-la-Mar ; et pour celles des petites Antilles, Fort-de-France, Sainte-Lucie, Pointe à Pitre.
- Comme le bois est trop lourd à manier pour les teintureries, on le transforme à l’arrivée dans des établissements spéciaux en extraits, dans le but de fournir au commerce un produit possédant sous un petit volume un pouvoir colorant élevé. Le principe contenu dans le bois, Yhématoxyline, n’est pas coloré, mais sous l’influence de l’air il se transforme par oxydation en un colorant, Yhéma-téine, nom sous lequel il est vendu par les fabriques d’extrait, ainsi que sous ceux d'hémol, héma-
- tine, hémoline, qui en représentent les diverses « marques » commerciales.
- Parfois cependant les teinturiers achètent à ces fabriques le bois en copeaux. Ils en extraient alors dans leurs ateliers la matière colorante par ébullition, dans des « extracteurs » en cuivre qu’on trouve facilement sur le marché. Les uns placent ces copeaux dans un sac qu’ils introduisent dans l’extracteur rempli d’une eau qu’ils portent à l’ébullition : l’opération dure de 20 à 40 minutes et elle est répétée trois ou quatre fois ; d’autres additionnent leur eau de soude qui leur donne une liqueur plus foncée et font arriver la vapeur qu’ils maintiennent durant 50 minutes. Mais beaucoup d’industriels préfèrent acheter l’extrait, dont nous allons rapidement indiquer la fabrication.
- Les bûches de campêche arrivant dans les fabriques d’extraits sont soumises à une première opération qui consiste à les déchiqueter en menus fragments. On se contentait autrefois pour y arriver de la division à la varlope, sorte de grand rabot circulaire ressemblant à l’outil de menuiserie du même nom, mais on n’en obtenait que des copeaux tirés sur la face longitudinale de la bûche. Cette ancienne opération est remplacée dans les usines modernes par ce qu’on appelle le varlopage coupé en bout qui permet d’extraire les copeaux de la face transversale du bois. La machine se compose d’un chariot à charivari de forme angulaire animé d’un mouvement de va-et-vient ; on y place les troncs face aux couteaux assujettis dans un disque ayant la forme de deux cônes tronqués soudés par le sommet et figurant en quelque sorte un gigantesque taille-crayon. La rapidité du travail de cet outil est surprenante et permet de varloper en un jour 5000 à 20 000 kg de bois suivant la dimension de la machine. Les copeaux sont alors ensachés et pesés.
- On les soumettait autrefois à une opération qu’on appelait le « nourrissage », qui consistait à les mouiller en tas dans des salles spéciales et à les retourner pour les oxyder et produire à leur surface une couche vert foncé d’hématéine; aujourd’hui on n’oxyde plus les bois, mais les jus, comme nous allons le voir. Autrefois encore les copeaux étaient passés en autoclave, noyés dans l’eau,
- Fig. 6. — Garance, Rubia tinctorium.
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- chauffés à la vapeur, et le jus qui en provenait passait après décantation dans un appareil de concentration; cette opération, que quelques usines ont conservée est remplacée dans un grand nombre par celle de la diffusion.
- L’appareil diffuseur est une batterie de bacs en bois coniques, placés en circuit et à ciel ouvert, munis d’un tampon à leur partie inférieure et qu’on remplit d’eau et de copeaux. Au moyen d’une pompe, le liquide passe d’un bac à l’autre. Tous les bacs sont munis de copeaux à intensité différente d’épuisement jusqu’au dernier qui seul est chargé de bois neuf. Un barboteur se rattachant à une conduite de vapeur porte dans chaque bac le bouillon à 100° C. Le jus fort doit peser, suivant les bois traités, de 1°,8 à 2°,5 B. Le poids de l’eau employée varie entre 4 et 6 fois celui du bois neuf. L’opération dure 6 heures; puis les jus sont renvoyés dans des bacs où on les laisse reposer et où on va les oxyder.
- h’oxydation a pour but de transformer l’héma-toxyline en hématéine. On opère soit en faisant agir l’oxygène en présence de solutions alcalines, soit à l’aide d’oxydants directs comme le chlorate de potasse ou le nitrite de soude. L’expérience indique les quantités à intervenir; une trop forte oxydation précipite une certaine quantité de résine avec la matière colorante utile et nuit à la qualité du produit. C’est à ce moment également que peut intervenir la fraude en fabrique pour l’introduction de matières impures pour diminuer le prix de revient de l’extrait. Ces matières consistent en sirops de mélasse, glucoses, extraits de châtaignier ou léiogommes, qu’on additionne pour les empêcher de fermenter de carbonate ou sullate de soude, sulfate de zinc ou même carbonate de chaux.
- C’est alors qu’on procède à la concentration des jus. Autrefois on employait pour cette opération un appareil dit « chenailler » composé d’un bac en cuivre rectangulaire à double fond chauffé à la vapeur, où l’on introduisait le jus à concentrer et dans lequel on produisait artificiellement l’évaporation en faisant tourner à la surface du liquide des lentilles creuses de 1 m. de diamètre chauffées à la vapeur et tournant sur un axe horizontal. Aujourd’hui l’évaporation se fait au double ou triple effet, appareil bien connu appliqué d’une façon classique dans les sucreries. Afin de permettre à l’opérateur de suivre avec son aéromètre les différentes phases de la concentration, chacune des caisses tubulaires est munie de robinets de jauge qui donnent à volonté de petites parties d’extrait.
- Reste une dernière opération, la dessiccation. Elle se fait à l’étuve suivant différents procédés : ou bien la pâte d’extrait est disposée en couche mince sur des plateaux exposés à un courant d’air chaud continuellement renouvelé, ou elle est placée dans des récipients métalliques chauffés à la vapeur et fonctionnant sous le vide, ou bien encore elle est étendue sur une toile métallique qu’on fait passer à l’aide de rouleaux tournants dans des « chambres
- chaudes » métalliques analogues à celles qui servent à sécher les tissus à la continue et de la surface de laquelle elle est extraite à la sortie par des brosses métalliques. Traité par les deux premiers procédés, l’extrait est ensuite broyé pour être vendu en poudre;.mais dans la troisième il se présente sous la forme de paillettes cristallisées imitant les produits d’aniline. Toute poudre est embarillée.
- Le campêche en bûches arrive surtout en France au port du Havre : celui-ci en a reçu en 1915 22 000 tonneaux.
- Le sumac. — Cette revue des colorants naturels nous a fait voir jusqu’ici l’indigo en cubes, le cam-pêche en bûches ; voici maintenant le sumac en poudre. Celle-ci sert à la fois comme matière tannante ou colorante.
- On la prépare en coupant chaque année les tiges d’un arbrisseau, le rhus coriaria, qu’on sèche, qu’on bat pour en détacher les extrémités et les feuilles, qui à leur tour sont écrasées sous un système de deux meules en pierre tournant sur une piste circulaire semblable à celles en usage pour le broyage des olives. On eu obtient ainsi une poudre grossière jaune verdâtre fortement astringente, désignée sous le nom de feuilles de sumac, vendue de préférence aux exportateurs. Mais la plus grande partie est broyée une seconde et même une troisième fois, jusqu’à ce qu’elle soit réduite en une poudre qui, tamisée et pulvérisée au moulin, devient à peu près impalpable sous le nom de sumac fin.
- Le meilleur sumac est celui dit de Sicile ou de Palerme, qui nous arrive à Bordeaux, Le Havre et Marseille en balles de toile fine de 50 ou 75 kg et dont on connaît deux qualités : l’une dite de Carini, d’un beau vert velouté tirant sur le jaune; l’autre inférieure, plus roussàtre et moins odorante, renfermant quelques débris de pétioles. Viennent ensuite les sumacs d’Espagne comprenant trois qualités : Malaga, Molino et Valladohd, dont le principal port expéditeur est Malaga ; et ceux de Portugal,.à poudre moins fine, contenant une plus grande quantité de bûchettes, venant principalement de Porto. Ce sont les sumacs d’importation, mais nous avons aussi chez nous des produits français très appréciés : celui de Donzère, à poudre un peu grossière, livré en balles de toile de 100 à 150 kg, dont le marché est à Montélimar, et celui de Redoul, vert clair grisâtre, se rapprochant du sumac de Sicile, qui se traite et se vend surtout à Montauban.
- Il faut malheureusement pour ce colorant tenir compte des falsifications : mélange de débris de branches aux feuilles, mixture avec le sumac neuf de poudre ayant déjà servi et rachetée à vil prix, mélange avec un certain nombre de feuilles provenant d’arbustes plus ou moins riches en tanin et qui après pulvérisation ne modifient pas sensiblement l’apparence et la teinte du vrai sumac (feuilles des pistaria fenticus, tamaris Africana, rhus gla-bra, coryaria myrtifolia, osyris compressa, etc.). En vue de faire obstacle à ces fraudes, dont était
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- surtout l’objet le sumac de Sicile, le gouvernemenl italien a promulgué en 1897 une loi qui sous les peines les plus sévères oblige les expéditeurs :< indiquer sur leurs sacs, emballages, factures et
- fabricants d’encre, en raison de la quantité d’acide gallique et de tanin qu’il renferme, en moins grande proportion cependant que la noix de galle. Les uns et les autres emploient à peu près le tiers
- Fig. 7. — Une batterie d’autoclaves en marche (ateliers de la Société des Extraits colorants
- et tannants, du Havre.
- lettres de voitures, la nature et la qualité des mélanges dont ils pourront s’être servis : un laboratoire officiel a en outre été créé à Palermepour l’analyse soit privée, soit faite d’office par les autorités, du sumac exporté.
- Si l’on songe qu’il nous arrive en moyenne en France 100000 quintaux environ de ce produit sicilien, on ne peut que se féliciter de ces mesures de sauvegarde.
- Le sumac est employé couramment dans la teinture en noir et en gris, associé avec le campêche; son grand centre de consommation est la région du Rhône, où l’usage se répand de plus en plus de l’employer sous forme d’extrait. Il est utilisé également en cet état par les 1
- delà production française et de l’importation; les deux autres tiers servent comme mature tannante, et, à ce titre, ils sont achetés aux fabriques d’extraits par les mé-ghsiers, les maroquiniers et quelques corroyé urs de peaux de veaux. On considère dans celte spécialité comme le plus estimé tout sumac qm colore le moins les cuirs à traiter : on l’utilise pour le tannage et surtout le relannage des peaux, en vue d’en obtenir une nuance claire, tout en leur conservant leur souplesse naturelle.
- Autres colorants naturels. — Nous ne mentionnerons que les principaux. Voici d’abord le fuslet, connu également sous le nom de îustic, vieux
- Fig, 8. — Appareils de concentration à effets multiples.
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- fustet, bois de Cuba, bois jaune, fourni par le bois d’un arbre, le morus tinctoria, qui vient du Mexique, du Brésil, de Cuba, de la Jamaïque, des I ides et croît dans les parties méridionales de l’Europe et en France. Ses ports d’embarquement sont Corinto, San Juan del Sur, Punta-Àrenas, Tampico, etc. Nous en avons reçu au Havre 9700 tonneaux en 1915. Il est employé sous forme de copeaux, extraits pâteux ou extraits solides, et les provenances américaines sont de beaucoup préférées à celles d’Europe. Il contient une matière colorante jaune (fustine), une madère rouge et un principe astringent. Peu solide sur fils ou tissus* il a toujours trouvé un emploi assez étendu dans la teinture des cuirs; il change dé teinte avec les mordants et c’est ainsi qu’il est jaune avec l’alumine, vert olive avec le fer ou le cuivre, jaune verdâtre avec le chrome, jaune orangé avec l’étain ; on l’utilise également mélangé au campêche pour l’obtention des noirs. Délaissé peu à peu avant la guerre pour les couleurs d’alizarine, comme l’azo-fkvine, la tartrazine, le jaune indien, le jaune naphtol, etc., il a repris depuis avec une nouvelle vigueur. Il sert de base à la teinte kakhi, des draps dont sont habillés les soldats anglais, belges, etc.
- Voici encore la gaude (réséda lutoela), plante bisannuelle de 1 m. à 1 m. 30 de haut qui croît dans toute l’Europe et qu’on emploie en teinture en raison de la matière colorante jaune (lutéoline) qu’elle renferme. On distingue dans le commerce les gaudes française, anglaise et allemande ; c’est la nôtre la plus estimée. Elle donne de belles nuances jaunes brillantes et solides sur tissus de colon, laine ou soie, mordancés à l’alun; mais elle a trouvé un concurrent dans un autre colorant naturel qui lui est souvent préféré parce qu’il est plus riche en matière colorante jaune, le quercitron. Aussi son emploi était-il restreint avant la guerre à l’usage des peintres et des fabricants de papiers peints qui l’utilisaient à l’état de laque.
- Le quercitron, dont nous venons de citer le nom, est l’écorce du chêne jaune (quercus coccinea) ou du chêne noir (quercus nigra) que les États-Unis nous expédient moulue en boucants de divers poids jusque 70U kg. En 1915, il en a été importé 800 tonneaux par le Havre. On distingue les sortes commerciales de Philadelphie, New-York et Baltimore. La teinture l’emploie sous forme d’extrait. L’écorce de ce chêne renferme un tanin spécial (acide quercitannique) et des matières colorantes rouge, brune et jaune, mais cette dernière (quercitrin) est la seule active : elle brunit avec les alcalis et se colore en vert par le perchlorure de fer, l’alun ou les sels d’étain.
- Un autre colorant jaune est le curcuma, qui provient des racines d’une plante que l’on rencontre dans l'est Indien et en Chine, le curcuma tinctoria, dont la meilleure qualité, celle du Bengale, nous est
- expédiée moulue. Elle est à saveur astringente et à forte odeur aromatique. Son principe colorant (curcumine) peut être facilement fixé sur tissu sans mordants, mais comme il e-t peu solide à la lumière, son emploi était forcément restreint avant la guerre à la coloralion des bois, papiers, pommades, et aussi des cuirs avec addition d’une petite quantité d’alun ou d’acide.
- La rareté des colorants artificiels a donné depuis les hostilités une certaine extension à l’emploi de bois de teinture qui, sous le nom de bois de Brésil, de Sainte-Marthe, de Bahia, de Nicaragua, de pêcher, de Lima, de Sapan ou de Pernambouc, sont reliés les uns aux autres au point de vue botanique (Cœsalpina crista, C. echinata, C. vesica-toria, etc.), et donnent tous une matière colorante rouge par simple infusion dans l’eau ou par décoction. Tous contiennent probablement le même principe colorant et leurs extraits sont vendus sous le nom d’extraits de bois du Brésil. Ils .produisent des teintes rouge sombre avec les mordants d’alumine et des teintes rouge violacé avec les mordants de chrome.
- Mentionnons encore un produit dès Indes anglaises, le cachou, importé d’Angleterre en blocs irréguliers de couleur sombre de lüO livres environ constituant l’extrait obtenu en faisant bouillir dans l’eau les branches et les feuilles de l’acacia cate-chu, du gambier ou du palmier aréquier. Comme l’indigo, la plante ne contient pas à proprement parler de matière colorante ; l’élément tinctorial se compose de différentes quantités de catéchine et d’acide cachoutannique, deux substances incolores qui donnent par oxydation un colorant brun insoluble qu’on nomme acide japonique. Son grand emploi a toujours été l’obtention sur coton de noirs, olives, nuances modes, et principalement de bruns, mais il a été surtout concurrencé dans ces dernières années par les colorants artificiels dits substantifs (bruns diamine, benzo-bruns) qui d’abord employés avec réserve à cause de leur peu de solidité ont fini par s’implanter avec les procédés de diazo-tage, de fixage aux sels métalliques et de copulation, et aussi par les couleurs sulfines dont la gamme est si étendue.
- Dans les lignes qui précèdent, nous avons surtout voulu montrer l’importance en industrie des colorants naturels, que les matières colorantes artificielles avaient trop fait perdre de vue avant les hostilités. Nous avons voulu indiquer également combien la guerre avait permis de mettre ces produits en relief et de mieux dégager le parti que peuvent en tirer nos manufacturiers. Les couleurs artificielles sont momentanément mortes, pourrait-on dire, vivent les colorants naturels!
- Et c’est ici le cas d’appliquer une fois de plus l’aphorisme latin : lino avulso, non déficit alter. Alfred Renoüard.
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- L’ÉPILOGUE DE L’EXPÉDITION SHACKLETON
- Les vingt-deux hommes de l’expédition Shackleton demeurés à l’île de l’Éléphant, dont le sort inspirait les plus vives inquiétudes, ont été sauvés, au moment même où l’on commençait à désespérer de leur salut.
- Pour permettre au lecteur de se rendre compte , de la situation angoissante dans laquelle se trouvaient ces malheureux, rappelons les faits. Le 16 avril dernier, six mois après la perte de Y Endurance, le navire de la mission, englouti dans une convulsion de la banquise, l’équipage de ce bâtiment parvenait à cette île de l’Éléphant, une des Shetlands du sud, à 550 km du cap Horri. Cette terre antarctique ne forme qu’un bloc montagneux s’élevant à pic au-dessus de l’Océan et échancré seulement de très rares petites plages, que la mer recouvre lors des grandes marées comme par les tempêtes. Dresser le camp sur une de ces plages, c’était donc s’exposer à une noyade certaine; dans ces conditions les naufragés prirent le parti de s’installer dans une grotte taillée dans l’épaisseur d’un glacier, au-dessus de la « conche » où ils avaient abordé. Les approvisionnements touchaient à leur fin; même en les ménageant avec la plus stricte économie, les vivres ne dureraient pas plus de cinq semaines. Dans cette détresse, Shackleton partit dans un canot avec cinq hommes chercher du secours à la Géorgie du Sud où des baleiniers norvégiens possèdent des établissements permanents : un voyage de 1367 km à travers l’Océan austral ! Quatre semaines plus tard, le 19 mai, l’intrépide explorateur arrivait à destination; sans prendre le temps de se reposer après cette dure traversée, il repartait aussitôt sur un baleinier au secours de ses camarades en détresse.
- Dans l’Àntarctique, où le cours dés saisons est inverse de celui de notre hémisphère, mai c’est le début de l’hiver, et aux approches de l’île de l’Éléphant une banquise impénétrable obligea les sauveteurs à la retraite. Après ce premier échec, Shackleton ne se tint pas pour battu ; par deux fois encore, en juin, puis en juillet, il essaya d’atteindre les Shetlands du Sud, toujours les glaces l’obligèrent à rebrousser chemin.
- Depuis longtemps les naufragés doivent se trouver à la portion congrue. Peut-être sont-ils en proie à la famine? Peut-être même ont-ils déjà succombé aux tortures de la faim? En présence de cette angoisse un admirable élan de solidarité humaine se manifesta dans l’Amérique du Sud. Le gouvernement de l’Uruguay avait fourni à Shackleton le navire avec lequel il avait fait sa seconde tentative; à son exemple le Chili tint à honneur de collaborer, lui aussi, au sauvetage des vaillants explorateurs. Il mit à la disposition du chef de la mission britannique un solide vapeur, le Yelcho, commandé par le capitaine Pardo, et sur ce bâtiment, le 4 août dernier, Shackleton quittait Punta-
- Arenas pour tenter un quatrième forcement de la banquise amassée autour de l’île de l’Éléphant. Cette fois les circonstances furent favorables; le Yelcho découvrit une brèche à travers les glaces flottantes, et le 50 août il arrivait devant le camp anglais. Une heure plus tard, tous les naufragés se Irouvaient à bord sains et saufs, puis immédiatement, le navire reprenait la route dePunla-Arenas où il rentrait le 5 septembre. Quelles souffrances ces vaillants marins ont supportées pendant leur captivité et quelle énergie surhumaine ils ont déployée dans cette lutte pour la vie, le télégramme de Shackleton publié par le Daily Chronicle en donne la claire vision.
- Le lendemain même du départ du chef de l’expédition pour la Géorgie du Sud, une banquise enveloppa l’île de l’Éléphant, la même banquise qui si longtemps devait paralyse^ toutes les tentatives de délivrance. Souvent à quelque chose malheur est bon. Le long des rivages les glaçons s’amoncelèrent en une large et solide digue contre laquelle les vagues venaient se briser. Dès lors, les explorateurs abandonnèrent leur tanière de glace et s’installèrent sur la petite plage voisine désormais protégée, semblait-il, contre la submersion. Un espace de 150 m. de long et de 40 de large, tel était le domaine des naufragés; partout ailleurs à l’entour ce n’était que falaises à pic et glaces inaccessibles. Sur ce lambeau de sol les marins britanniques édifièrent très ingénieusement un abri au moyen de deux canots retournés la quille en l’air et reposant par leurs plats-bords sur des mû-rettes en pierres sèches. Dans ce gourbi ouvert à tous les vents, les hommes souffrirent cruellement ; quatre d’entre eux tombèrent malades et plusieurs éprouvèrent de graves congélations. Un marin eut tous les orteils gelés et pour arrêter le développement de la gangrène il fallut l’amputer. Bien que dans de telles circonstances les règles de la méthode antiseptique ne pussent être strictement observées l’opération réussit complètement. L’air de l’Antarctique est si pur !
- Dans leur abri les explorateurs se trouvaient exposés non seulement au froid, mais encore à maints autres dangers. Un jour ils faillirent être écrasés par la chute d’énormes blocs de glace détachés d’un glacier voisin; une autre fois, peu s’en fallut qu’ils ne fussent engloutis par des paquets de mer.. Ce jour-là le vent soufflait à raison de 112 km à l’heure. Sous la poussée de cet ouragan, la mer passant par-dessus la digue de glace qui prolongeait la plage, venait s’abattre jusque sur le toit de l’abri.
- Mais la question des vivres demeurait la principale préoccupation. Une fois que la banquise se fut établie autour de l’île, les emmurés comprirent qu’ils ne pourraient être secourus avant
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- plusieurs mois. Il fallait donc durer jusqu’au printemps tout au moins, c’est-à-dire jusqu’en septembre. Or-, quelque réduites que fussent les rations, les approvisionnements seraient épuisés avant. Ce furent les pingouins et les phoques qui sauvèrent l’expédition britannique. Non seulement ils lui fournirent la subsistance nécessaire, mais en outre l’éclairage et la lumière, grâce à l’épaisse couche de graisse dont sont recouverts ces oiseaux comme ces mammifères. Phoque et pingouin, tel fut le menu des explorateurs pendant plus de quatre
- mois avec, de temps à autre, du varech bouilli en guise de légumes et des coquillages que les hommes s’en allaient recueillir à basse mer. Que dans de telles conditions des hommes aient résisté aux rigueurs de l’hiver antarctique, cela tient du miracle, aussi bien l’hivernage de l’équipage de Shackleton à l’ile de l’Éléphant, lorsqu’il sera connu dans tous ses détails, deviendra un des chapitres les plus émouvants de l’histoire de l’exploration polaire déjà si riche en aventures dramatiques.
- Charles Rabot.
- L’AFRIQUE ORIENTALE ALLEMANDE
- Sa valeur économique et son avenir (')
- La guerre suscitée par l’Allemagne se trouve amener l’effondrement du domaine colonial qu’elle s’était créé au prix de grands efforts.
- Pour nous en tenir à l’Afrique où l’Allemagne avait ses quatre colonies les plus étendues, trois d’entre elles sont déjà conquises par les Alliés : le Togo, le Cameroun et le Sud-Ouest africain.
- L’Afrique Orientale, la plus vaste de toutes, a résisté plus longtemps, mais sa conquête, désormais assurée, sera très prochainement achevée.
- On pouvait d’autant mieux compter sur ce résultat que celte colonie, en bordure de l’océan Indien, était complètement entourée,sursesau très faces, de possessions appartenant à ses adversaires : au nord, elle confinait à l’Afrique Orientale anglaise, à l’ouest au Congo belge, au sud aux possessions
- 1. Nous devons à l’obligeance de Mgr Le Roy, supérieur général des Pères du Saint-Esprit, la communication des photographies dont la reproduction accompagne cet article, et nous lui en exprimons toute notre gratitude. ’
- anglaises de la Rhodésia et du Nyassaland et à la colonie portugaise du Mozambique. Grâce à cette situation favorable, nos Alliés ont pu encercler l’ennemi commun et pénétrer au cœur du pays.
- Ils se sont rendus maîtres de la grande voie ferrée qui le traverse de part en part, et ils en tiennent les extrémités, Oud-jidji, sur le lac Tanganyika, et le port de Dar-es-Salam, capitale de la colonie. L’entrée des Belges à Tabora, point très important de la ligne, le 19 septembre, est venu porter un coup décisif aux Allemands qui, serrés de plus en plus, ne trouveront plus de terrain de refuge-
- D’une' superficie d’environ 995 000 k il o -mèires carrés, alors que l’Allemagne en compte seulement 540 827, cette vaste colonie qui n’avait pas paru tout d’abord devoir apporter aux Allemands les résultats qu’ils en attendaient, a réalisé dans ces dernières années d’assez notables progrès au point de vue de ses productions et de son commerce, surtout depuis la création de voies fer-
- Tâiori*
- Fig. i. — Carie d'ensemble de l’Afrique occidentale et des possessions allemandes.
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- rées, pour que l’on puisse entrevoir un avenir brillant de ces territoires entre les mains des nations dans le domaine desquelles ils entreront.
- C’est en 1884 que furent fonde's par une société de colonisation les premiers établissements allemands sur la côte de Zanguebar, mais depuis longtemps déjà le commerce allemand avait pris une grande place dans les Etats du Sultan de Zanzibar. Mais sur ces territoires, les nouveaux venus se heurtaient aux intérêts anglais, et c’est par des arrangements avec l’Angleterre, en 1886, puis en 1890, que furent déterminées les frontières de l’Est-Africain allemand.
- *0n sait que cette colonie occupe, dans l’Afrique Orientale, une partie de cette zone tourmentée du continent où se dressent de très hautes montagnes, comme le Kilima Ndjaro et le mont Merou, et que sillonnent ces deux longues lignes de fracture si remarquables, dans lesquelles de grands lacs, Rivou,Tan-ganyika, Nyassa, formentde vastes et profondes cuves; et c’est dans le nord de la colonie que, sur un plateau granitique, s’étend aussi, coupé par la frontière, l’immense cavité du lac Victoria, le plus grand de l’Afrique, d’une superficie de 80000 km2.
- S’il est certain que de nombreux explorateurs allemands ont parcouru et étudié en détail la nouvelle colonie entrée dans leur domaine national, ce sont néanmoins de grands voyageurs anglais, tels que Burton, Speke, Grant, Livingstone, Stanley, qui ont eu le mérite de révéler les premiers les principaux traits de la configuration physique de cette merveilleuse région africaine.
- Mais il est juste aussi de ne pas oublier que quelques explorateurs français ont également apporté une fructueuse et active contribution à la connaissance de l’Afrique Orientale.
- Rappelons le nom de l’enseigne de vaisseau Maizau qui, en 1845, lut assassiné, alors qu’il remontait le Pangani; de l’abbé Debaise qui, en 1879, put aller de Zanzibar au lac Tanga-nyilca, mais mourut à Oudjidji; de l’enseigne de
- vaisseau Victor Giraud qui, parti aussi de Zanzibar, atteignit le nord du lac Nyassa, puis le Tanganyika et, après de terribles péripéties, vint déboucher à Qui-limane.
- Nous devons citer aussi les travaux des Pères du Saint-Esprit qui ont établi une station à Ba-gamoy.o et ont sillonné tout l’intérieur du pays ; parmi eux, une mention spéciale doit être faite de Mgr Alexandre Le Boy, évêque d’A-linda, qui, au cours de son long-séjour en Afrique Orientale, a visité diverses parties du centre de la colonie, ainsi que la région du Kilima Ndjaro, sur laquelle il a écrit un ouvrage contenant une précieuse documentation géographique et ethnographique, complétée par d’excellents dessins i
- Enfin, il nous faut mentionner encore un aulre Français, M. Charles Alluaud, qui a accompli avec Mme Alluaud et le Dr Jeannel, de fructueux voyages dans l’Afrique Orientale afin d’en étudier la latine et la flore, dont il publie la descriplion scientifique la plus complète qui ait jamais été faite.
- Un pays de relief aussi varié que l’Est Africain allemand, ne pouvait offrir partout, sur son immense étendue, une valeur uniforme. Il pré-
- Fig. 2. — Un torrent^près de Morogoro.
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- sente, selon les régions, des conditions climaté- -riques très variées et, par suite, des possibilités de production très différentes. On a estimé qu’un sixième seulement du territoire pouvait être utilisé, et c’est là encore une assez belle proportion, étant donnée sa configuration physique, mais il semble bien que l’on puisse la dépasser.
- La zone littorale, qui s’étend sur six degrés de latitude, se prolonge vers l’ouest jusqu’au rebord du haut plateau intérieur. C’est une plaine basse et malsaine, couverte de palétuviers et de cocotiers, dont le climat, tout à fait tropical, est caractérisé par une température chaude et constante. Il pleut beaucoup sur la côte qui est soumise au régime des moussons.
- La région des hautes terres offre une température beaucoup plus variable, selon le relief et le degré d’humidité. Dans l’ensemble, le climat est plus sec que dans la zone littorale, et la température est sujette à des écarts plus sensibles. Seules, les régions les plus élevées de certains plateaux, atteignant de 2000 à 3000 m., ont un climat plus humide et moins chaud. Quant au Kilima Ndjaro, dont l’altitude est de 5892 mètres, son sommet porte des neiges perpétuelles. Les contrées situées à l’ouest du lac Victoria forment transition entre le climat sec et chaud des plateaux et celui du bassin du Congo, qui est franchement tropical.
- De ces différences de climat dépend la flore naturelle, et ce sont elles aussi qui devaient déterminer le choix par les Allemands des meilleures zones de culture. La végétation du pays est celle des steppes ou savanes. Tantôt ce sont des étendues de hautes herbes et de pâturages, parcs de savanes avec des bouquets d’arbres, sycomores, tamariniers, baobabs, où se rencontrent surtout les terrains propices aux cultures; tantôt c’est la steppe proprement dite, d’aspect plus désertique, où l’herbe se fait plus rare et qui est garnie seulement de broussailles épineuses et d’arbres de moindre taille : acacia parasol, cactus, euphorbe. Quelques régions sont plus favorisées, comme l’Ouganda, à l’ouest du lac Victoria, ôù les indigènes cultivent autour de leurs cases des bananiers, des
- légumes, du maïs; ou encore ce vaste plateau de l’Ounyamouezi, situé au centre du pays, et qui est tout à fait propre à la culture des céréales indigènes.
- Mais, jusqu’à l’occupation allemande, on n’avait tiré aucun profit des produits végétaux de ces contrées.
- La principale richesse que le pays procurait consistait dans le commerce des esclaves et de l’ivoire, qui était aux mains des Hindous et des Arabes, et était surtout concentré à Zanzibar. Aujourd’hui la traite des esclaves ne se pratique plus et le trafic de l’ivoire, que l’on faisait transporter par les esclaves, a en même temps beaucoup diminué. Aussi est-ce sur les plantations que les Allemands ont fait porter tous leurs efforts. Un certain nombre de sociétés furent fondées pour assurer leur développement.
- Ce fut d’abord dans la zone littorale, sur le plateau sain et fertile de l’Ousambara, situé à l’angle nord-est de la colonie, et sur le versant méridional du Kilima Ndjaro et du Mont Merou que furent créées les premières exploitations agricoles européennes. Les autres régions sur lesquelles les Allemands portèrent aussi particulièrement leur attention furent le Rouanda, au sud-ouest du lac Victoria, l’Ounyamouezi et, au nord du lac Nyassa, le Kondeland.
- On avait essayé d’attirer vers les colonies africaines l’émigration européenne, mais cette tentative n’avait pas donné les résultats attendus; le nombre des émigrants allait sans cesse en diminuant à raison des besoins considérables de main-d’œuvre que réclamait l’industrie allemande et, d’autre part, les Européens n’étaient pas à même de faire sur ces terres tropicales des séjours suffisamment prolongés. Ces premiers immigrants contribuèrent néanmoins à la mise en valeur de la colonie,, mais il fallut bientôt faire appel à la main-d’œuvre indigène que l’on tira surtout de l’intérieur ;jon fit venir aussi des coolies d’Extrême-Orient.
- Sur toute la côte, notamment près de Tanga et de Pangani, on a planté un très grand nombre de
- Fig. 3.
- Une chute d'eau au Kilima Ndjaro.
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- cocotiers. Il est à remarquer que cet arbre se propage même à l’intérieur du pays, dans les terrains bien irrigués et qu’on le rencontre jusqu’à Tabora et même à Oudjidji, sur les bords du lac Tanga-nyika, où il avait été introduit par les Arabes. Sur les rives orientales de ce lac, on a pu également faire avec succès des plantations de palmier à huile.
- Les bananiers, très prospères dans les zones humides de la côte, viennent également sur les pentes montagneuses bien exposées, et eux aussi jusque sur les rives du Tanganyika.
- De très importantes plantations de café furent faites par les soins de plusieurs sociétés sur les pentes et le plateau du Handeï, ainsi que sur la côte, près de Tanga et de Pangani.
- C’est la culture qui paraissait alors offrir le plus d’avenir. Par contre, on diminua celle du coton, qui n’avait pas donné de résultats suffisants. Dans cette région du bas Pangani, on cultive aussi le cacao et la vanille ; il y a des cannes à sucre, qui sont aux mains des Arabes. Le tabac vient bien dans le delta du Roufidji. À ces diverses productions, il faut ajouter encore le caoutchouc, le cacao, le. sisal, la kola.
- Les contrées fertiles, à population très dense, situées au sud-ouest du .lac Victoria, Karagwe,
- Rouanda, sont susceptibles de se prêter à toutes sortes d’entreprises agricoles. Il en est de même des hauts plateaux du centre, comme l’Ounya-mouezi, qui peuvent convenir à toutes les cultures européennes, céréales, pommes de terre, légumes, arbres fruitiers, et fournir aussi de riches terrains d’élevage.
- Le pays de Ivondé, au nord du lac Nyassa, est particulièrement fertile. Du Mahenge et du sud-est de la colonie, on tire même du caoutchouc, extrait de lianes de landolphia qui y viennent à l’état, sauvage.
- Les eaux du littoral sont très poissonneuses, surtout entre Dar-es-Salam et Kilwa, et la pêche, pratiquée avec méthode, pourrait fournir d’abondantes ressources. Toute la steppe intérieure est l’une des régions les plus giboyeuses du monde.
- Parmi les grands mammifères, on y trouve en premier lieu l’éléphant, malheureusement très réduit en nombre, puis les zèbres, les girafes, les buffles et les bœufs zébus, les sangliers, les antilopes et gazelles, pour ne citer que quelques-unes des plus notables d’entre les espèces animales.
- On n’a jusqu’ici signalé, dans l’Afrique Orientale allemande, que fort peu de minéraux. Cependant, il existe des gisements de houille et du fer dans le pays de Kondé; il y a quelques mines de sel gemme; enfin, l’on a trouvé de l’or sur différents points. Il est fort possible que des recherches plus complètes fassent découvrir de plus
- grandes richesses minières, et notamment davantage d’or.
- L’Allemagne a poussé son œuvre colonisatrice sur cette partie de l’Afrique avec une très grande ardeur. Les sociétés qui avaient été créées pour sa mise en valeur exploitaient dans la colonie un capital global de près de 154 millions de francs et le commerce avait toujours été croissant. Mais ce qui pendant longtemps avait fait défaut à la colonie pour qu’elle pût recevoir un plus complet développement, c’étaient les voies de communication. Elle était cependant parvenue à créer deux lignes de chemins de fer, qui suivent à peu près les anciennes routes de caravanes et qui ont réveillé l’activité dans tout le pays.
- La première, au nord de la colonie, est celle de l’Ousambara qui, partant de Tanga, sur la côte, suit la rive gauche du Pangani et, après un parcours de 552 km, atteint Moschi au pied du Kilima Ndjaro; elle se continue ensuite vers le sud-ouest, jusqu’à Aruscha qui est, ainsi que Moschi, un centre agricole. Les Allemands se proposaient de la prolonger jusqu’au lac Victoria.
- La seconde ligne, dont le point de départ est le port de Dar-es-Salam, gagne le lac Tanganyika à Kigoma, au nord d’Oudjidji, après avoir traversé toute l’Afrique Orientale allemande de l’est à l’ouest en passant par Tabora, la plus grande ville du centre, au milieu de l’Ounyanyembe, dans le sud du plateau de l’Ounyamouezi ; sa longueur est de 1250 km. Achevée le 1er février 1914, cette ligne
- Fig. 4.
- Un bananier sauvage, dans la montagne.
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- devait être solennellement inaugurée quand éclata la guerre. .
- La construction de ces voies ferrées a donné une impulsion nouvelle au développement des plantations en procurant des facilités de transport qui n’existaient pas auparavant. La situation se trouvait, par exemple, bien changée, quand on songe qu’au lieu de mettre 42 jours pour aller de l’Océan au Tanganvika, il ne fallait plus désormais que o6 heures, et même pourrait-on réduire ce temps. Les apports de l’agriculture se sont accrus et ont beaucoup contribué à élever le chiffre du mouvement commercial.
- * Aujourd’hui, les plantations couvrent environ 100 000 hect., dont 45 000 occupés par le caoutchouc, 24 700
- par le chanvre sisal, 15 000 par le coton, 8 000 par les cocotiers,
- 4800 par le café.
- Le nombre des travailleurs noirs employés dans les plantations est d’env}ron 85000.
- Le commerce total de la colonie, qui n’était en 1895 que de Tl millions et demi de marks, et en 1902 de 14 200 000, est passé en 1912-1915 à 81 200 000 marks, dont I 49 865 000 pour les importations et 51 555 000 pour les exportations. Ce chiffre se trouve meme dépasser, notamment pour les importations, celui du Sud-Ouest africain, qui occupait précédemment le premier rang à cet égard parmi les colonies africaines. Le caoutchouc, qui était le principal produit d’exportation, est en voie de recul, et c'est maintenant le chanvre sisal qui tend à prendre sa place. Ce textile peut être regardé comme l’un des produits d’avenir de l’Afrique orientale. Viennent ensuite les peaux, les produils oléagineux, le
- coton, le café, l’or et l’ivoire. Les principaux articles d’importation sont les denrées alimentaires, le riz, les cotonnades, la quincaillerie.
- Mais, si accentués qu’aient pu être les progrès réalisés par les Allemands, leur colonie de l’Afrique orientale ne se trouvait, en réalité, qu’à l’aube d’une période de prospérité véritable. Malgré leurs efforts, ils ont eu d’abord à vaincre les difficultés et les hésitations des débuts delà colonisation dans
- un pays neuf, puis ils ont eu à lutter contre le manque de main-d’œuvre, les séditions, l’insuffisance de l’outillage économique, et surtout contre la concurrence de colonies voisines ayant déjà acquis une situation puissante. Il est hors de doute qu’aujourd’hui, grâce à l’amélioration des méthodes et à l’expérience acquise, grâce aux facilités nouvelles de communicatio n, les plantations pourront être de plus en plus étendues ; certaines productions prendront une importance de plus en plus grande et il pourra en être essayé d’autres. Il faut tenir compte aussi des possibilités de développer l’élevage dans les pâturages des hauts plateaux et des nouvelles découvertes minières qui pourraient être laites. Enfin le passage de la colonie allemande en d’autres mains supprimera la gêne résultant des rivalités économiques et le commerce trouvera désormais son libre mouvement d’expansion.
- Tel est l’avenir de ce riche pays tropical aux frontières faites pour une grande part de montagnes ou de lacs, que les Anglais, les Belges et les Portugais ne sont pas moins parvenus à envahir et qui ne tardera pas à être entièrement conquis. Gustave Regelsperger.
- Fig. 5. — Un cocotier.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 25 septembre 1916.
- Le principe de Doppler et le sifflement des projectiles. — Le principe de Doppler a été souvent vérifié expérimentalement pour des vitesses relativement faibles, de l’ordre du dixième de la vitesse du son par exemple. On peut se demander ce que devient cette loi pour des vitesses très grandes, de l’ordre de celles du son, réalisées notamment par les projectiles. M. Esclangon a étudié le problème et il a montré que, tandis que la période de la vibration enregistrée est bien celle déduite du principe de Doppler, le timbre peut être affecté, ce qui explique la variété et la transformation des sons émis dans le sifflement des projectiles.
- Les modifications des coups de bélier dans les conduites d’épaisseur et de dimension variable. — Dans des expériences récentes, M. Camichel a montré que, dans une conduite entièrement purgée d’air et d’épaisseur et de diamètre constants, c’est-à-dire où la vitesse de propagation de l’onde est cons'ante, le coup de bélier provenant d’une fermeture brusque d’une vanne se transmet intégralement le long de la conduite conformément aux formules théoriques. M. Eydoux a examiné la même question en étudiant le cas d’une conduite formée de tronçons d’épaisseurs et de diamètres différents, comme celles qu’on utilise généralement dans l’industrie.
- Si la variation d’épaisseur, et c’est le cas de la pratique, se produit par changements brusques et non d’une façon continue, la diminution du coup de bélier sera bien marquée. Si l’on ajoute à cela les effets d’amortissement dus en outre aux renforcements qu’on trouve à chaque joint, on arrive à une diminution très marquée dans le haut de la conduite. Cette particularité, jointe à ce que la surpression dans le haut dure peu (car l’onde de retour sur la surface libre vient l’annuler beaucoup plus rapidement qu’en bas), est de nature à atténuer les graves dangers que fait courir à la partie supérieure d’une conduite la conservation du coup de bélier.
- Origine des révolutions directes ou rétrogrades des planètes. — M. Emile Belot propose une nouvelle explication mathématique des rotations directes et rétrogrades, que la théorie de Laplace n’explique pas et dont Faye avait déjà donné. une interprétation, à laquelle M. Belot fait des objections.
- Détermination des constantes pratiques du tube Coolidge. — Le tube Coolidge est une nouvelle ampoule à rayons X basée sur l’émission d’électrons par les corps incandescents. MM. Marcel Boll et Lucien Mallet en font une étude systématique, dans laquelle ils examinent tour à tour : courbes du régime électrique ; puissance rayonnée et degré de pénétration ; hétérogénéité du rayonnement. Ils en tirent ces conséquences pratiques que le tube Coolidge est très stable et très souple; que son rendement est supérieur à celui des autres tubes focus dès qu’on applique de grandes différences de potentiel; enfin que le rayonnement peut atteindre plus.de 20 fois celui des ampoules usuelles, avec application à la radiographie instantanée.
- Variolisation des génisses immunisées contre la vaccine. — On sait que la variole peut être inoculée à la génisse, mais que cet animal y est assez peu réceptif. Une note de MM. R. Wurtz et E. Huon montre qu’il en va tout autrement chez les génisses vaccinées avec du vaccin jennérien, dans certaines conditions déterminées. La vaccination des génisses avec le vaccin jennérien leur confère, au bout d’un temps relativement court, une immunité durable. On peut inoculer la variole à des génisses, vaccinées 8 jours auparavant avec le vaccin jennérien et déterminer chez elles unq éruption variolique déterminée; mais 15 jours après, la variole ne prend plus ; l’animal a la double immunité. Il semble légitime d’en conclure que la variole et la vaccine sont dues à deux organismes différents. Les auteurs ont obtenu avec le sérum des animaux ainsi variolisés des résultats encourageants pour le traitement de la variole.
- UNE EXPOSITION EN CHEMIN DE FER
- Le Ministère de l’Intérieur des États-Unis vient d’ouvrir une originale Exposition ambulante qui a pour but de vulgariser, parmi la population américaine, les inventions, les règles hygiéniques, les appareils et les progrès scientifiques destinés à sauvegarder la vie ainsi que les biens des individus.
- Le mérite de cette curieuse et très pratique innovation appartient d’ailleurs à la « Baltimore and Ohio Railroad Company », qui fournit gracieusement 12 wagons aménagés pour recevoir les différents objets exhibés. Ce train s’arrêtera dans les
- principales villes de l’Union afin de permettre aux habitants de chacune d’elles de le visiter à loisir.
- Après son inauguration par le président Wilson, le premier mai dernier, la Safety First Exposition quitta Washington et se dirigea vers les grands centres de ia Pennsylvanie, de l’Ohio, de l’Indiana, de l’Illinois et de la Virginie. Durant le premier mois, le convoi stationna entre autres à Chester, à Hagerstown, à Winchester, à Philadelphie, à Baltimore, à Saint-Louis, à Louisville et à Cincinnati, pendant un jour ou deux. Depuis cette tournée, le
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- UNE EXPOSITION EN CHEMIN DE FER
- train-exposition exécute quelques voyages sur les lignes secondaires du réseau et à notre tour nous allons en parcourir les différentes sections.
- Yoici d’abord le wagon réservé au Service de l’hygiène publique. Au moyen de cartes et de modèles, les visiteurs peuvent se rendre compte des méthodes employées aux États-Unis pour combattre les épidémies, lutter avec succès contre le typhus, le choléra ou la fièvre jaune. On y apprend
- d’une incontestable utilité, sont les Services destinés à conserver les propriétés des individus et les richesses terrestres, si grandes dans la patrie de l’Oncle Sam. L’Administration forestière par exemple, montre les méthodes qu’elle emploie pour combattre et éteindre les incendies dans les immenses forêts de la Californie ou de la Floride, du Nevada ou de l’Arkansas. De son côté, le « Réclamation Service » indique les moyens dont il se sert pour fertiliser les landes incultes et rendre les déserts habitables ; parmi les plus frappantes exhibitions de cette branche de l’administration yankee signalons les vues en couleurs représentant les améliorations apportées à 40 millions d’acres de terres désertiques. Enfin les Départements de la guerre et de la marine exhibent une collec-
- Vue de l’exposition de la Société des ingénieurs militaires américains.
- également à connaître les procédés en usage de l’autre côté de l’Atlantique pour protéger les aliments et l’eau ; on y étudie à loisir les conditions des travailleurs américains et les statistiques aidant, on constate le taux très bas de la mortalité dans les grandes cités du Nouveau \ Monde.
- Les applications les plus directes de préservation de la vie humaine ressortissent des garde-côtes qui, grâce aux bateaux de sauvetage, aux canons porte-amarres, aux bouées, aux équipements télésanfilistes, et autres engins, secourent les personnes en péril ou victimes d’accidents. De même, le Bureau des Mines expose de nombreux modèles d’appareils qui permettent de conserver l’existence aux ouvriers souterrains. D’autre part le « Weather Bureau », en signalant la marche des orages aux navires, diminue les dangers de la navigation tandis qu’en prévenant les riverains de la montée des eaux, il empêche les désastres de l’inondation
- Quoique d’importance moindre mais néanmoins
- Vue de l'exposition du bureau des mines.
- lion d’artistiques modèles afin de montrer ce que le gouvernement fédéral a accompli dans le domaine de la défense nationale.
- Coupoles blindées des superdreadnoughts, canons de campagne ou de marine, submersibles, fusils, torpilles et mines sous-marines: rien n’y manque. Comme on le voit le plan de cette curieuse exposition ambulante est fort bien conçu et répond parfaitement à son but. L’idée mérite d’ailleurs d’être reprise en France en l’étendant à des objectifs variés. Ne pourrait-on pas, par exemple, vulgariser, de la sorte, les notions d’hygiène et de sciences agricoles, si ignorées encore de nos
- paysans
- Jacques Boyer.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahore, rue de Fleuras, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 2248. ^===__, -- ..............28 OCTOBRE 1916.
- LES HOUILLÈRES FRANÇAISES DURANT LA GUERRE
- En 1912, le rapporteur du budget des Travaux Publics, M. Péchadre, constatait que 1485 concessions minières avaient été octroyées sur le territoire français, et couvraient une superficie de 1 200000 hectares. Sur ce total, 641 concessions, soit près de la moitié, intéressaient la houille. Et cependant, la France a toujours été considérée — et non sans raison malheureusement — comme pauvre en charbons. Le développement de nos industries, depuis 25 ou 50 ans, exigeait, en effet, l’emploi
- des houillères du Nord et du Pas-de-Calais. De fait, les charbonnages flamands et artésiens, à eux seuls, extrayaient, en 1915,27519 7541., soit près des deux tiers du tonnage national de charbons. Notre industrie houillère devait donc se trouver « décapitée », suivant le mot si juste d’un de ses dirigeants.
- Néanmoins les Allemands n’ont pas réussi dans leurs calculs. Tout d’abord, ils n’ont pu nous enlever toutes les exploitations du Pas-de-Calais, et nous avons poursuivi, malgré les mille difficultés inhé-
- Photo Crozet. Saint-Étienne.)
- Fig. i. — Usine métallurgique du bassin de Saint-Êlienne. Prisonniers occupés au déchargement du coke.
- d’un tonnage considérable de combustibles. Aussi étions-nous contraints avant la guerre d’importer près du tiers des charbons nécessaires à notre consommation.
- Les quelques trois cents concessions en exploitation ne-nous fournissant en 1915 que 41 145 000 t., nous devions demander à l’étranger plus de 18 millions et demi de tonnes, dont plus de 11 millions en provenance des mines anglaises. Notre déficit annuel atteignait à peu près 20 millions de tonnes.
- L’Etat-Major allemand, très versé dans les questions économiques grâce à la création d’un bureau spécial d’informations industrielles au Ministère de la Guerre de Berlin, pensa qu’il nous mettrait dans l’impossibilité d’assurer la production sidérurgique indispensable à notre Défense Nationale en nous privant à la fois du bassin de fer de Briey et
- rentes à l’état de guerre et à la raréfaction de la main-d’œuvre, une exploitation importante dans les mines de l’intérieur.
- On comprendra, sans qu’il soit besoin d’insister, que nous ne puissions parler ici des mines du front français, encore exposées aux entreprises de l’Allemagne. Du moins, pourrons-nous présenter brièvement un état des charbonnages de l’arrière depuis les hostilités. Il ne saurait manquer d’intéresser nos lecteurs.
- Les mines de l’intérieur avaient livré en 1915 15 454 511 t. de combustibles. Pendant le premier semestre de 1914, leur production se maintint à 6 522605 t. Mais durant le second semestre, affecté par les hostilités, l’extraction ne dépassa pas 5 464 590 t. Le tonnage total de 1914 se trouva ainsi ramené à 11 987 195 t., en diminution de
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- 44° Année. —• 2° Semestre,
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- \ 467 116 t., sur 1915 ou plus de 10 pour 100.
- Ce n’est pas, toutefois, que les mines aient été contraintes d’interrompre complètement leurs travaux. La mobilisation n’imposa, pour ainsi dire, nulle part l’arrêt de l’exploitation, contrairement à ce qu’on a pu observer dans les mines de fer. Seules quelques Compagnies durent procéder à une suspension temporaire de leur activité. A Àhun, dans la Creuse, on arrêta pendant dix jours l’extraction, et à la Roche-la-Molière-Firminy, dans la Loire, il fallut fermer quelques puits. Ce fut l’exception.
- Mais, la mobilisation avait fait le vide dans les exploitations. Roche-la-Molière avait perdu brusquement 1500 ouvriers sur 4600,
- Montrambert, à Saint-Étienne, 700, pour ne citer que ces entreprises puissantes du bassin de la Loire, et la production baissa en conséquence dans une proportion considérable. La Compagnie des houillères de Saint-Étienne, qui avaitextrait55600t. en juillet 1914, n’en accusait plus que 56 600 en août, et 42 500 en septembre.
- Grâce à l'ingéniosité des exploitants, à un afflux de réfugiés des pays envahis, à des mises en sursis d’ouvriers par l’autorité militaire, la production fut peu à peu relevée, et en 1915 on enregistra un tonnage de 12416 051 t., inférieur de 1 058 280 t. à celui de 1915, mais supérieur de 428 856 t. à celui de 1914.
- Voyons comment l’extraction s’est répartie entre les diverses régions du territoire. En dehors du bassin du Nord et du Pas-de-Calais, la France possède des gisements assez riches dans le Centre et le Midi. Les gisements du Centre furent, d’ailleurs, exploités bien antérieurement aux charbonnages flamands, car dès le xve siècle il est fait mention de redevances dues sur les houilles recueillies dans la Loire. Celles-ci commencèrent à alimenter le marché de Paris en 1660, mais la dissémination des efforts eut pour effet de maintenir la production à un tonnage restreint. En 1844, se
- fondèrent les deux Sociétés de la Loire et de Saint-Étienne, qui fusionnèrent en 1845. Celte « coalition )) ayant effrayé les populations, l’État partagea les gites entre quatre Sociétés, dont trois ont subsisté, cependant que d’autres se sont créées. Aujourd’hui, le bassin de Saint-Étienne est exploité par les Sociétés de Saint-Étienne, de la Loire, de Montrambert et de la Béraudière, de Roche-la-Molière-Firminy, de la Péronnière, de Villebœuf, de Janon-Terrenoire, de la Haute Cappe, duCros et delà Compagnie P. -L.-M., propriétaire des mines de
- la Chazotte-la-Ta-laudière.
- Vers le Nord, le bassin se prolonge en Saône-et-Loire, où trois grandes exploitations ont été installées à Montceau-les-Mines (Compagnie de Blanzy), au Creusot, et àEpinac, et deux de moindre importance cà Perre-cy-les-Forges et la Chapelle-sous-Dun.
- Au Sud-Ouest, le terrain houiller se retrouve dans lePuy-de-Dôme, où sont les mines de Messeix, de Brassac, du Charbonnier, et surtout de Saint-Éloy et de la Bouble, dans la vallée de cette rivière.
- Au Sud, la houille se retrouve dans la Haute-Loire (houillères de la Société de la Haute-Loire, de Mégecoste, de Marsanges).
- En dehors de ces zones, il nous faut citer les petits bassins de la Creuse (Ahun, Bosmoreau), du Cantal (Champagnac et Vendes), et de la Nièvre (Decize).
- Le bassin houiller du Gard occupait, en 1915, le troisième rang pour la production des combustibles, après ceux du Nord-Pas-de-Calais et de la Loire. Plus de 50 concessions sont groupées dans le pays noir d’Alais, et de puissantes Compagnies y exploitaient le sous-sol : Grand-Combe, Bessèges, Alais, Rochebelle, Portes et Sénéchas, Gagnières, Lalle, Nord d’Alais dans le Gard, Arc, Prades et Sumène dans l’Ardèche, cette dernière utilisant des cuvettes isolées de la formation principale. L’essor de cette industrie extractive a déterminé le développement de nombreuses industries dans la vallée de la Cèze et du Gardon
- LAVAL '
- LE MANS
- <aè>ë-sur-Sarèhe
- Mouzei/
- ANGERS
- IANTES
- [LA ROCHE SUR-YON
- POi TIERS)
- Faymoreau
- NIORT
- Fig, 2. — Charbonnages de VOuest de la France. --------------- exploités ==-- inexploitées.
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- LES HOUILLÈRES FRANÇAISES DURANT LA GUERRE
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- Citons encore dans la même région les charbonnages de Graissessac (Société des Quatre Mines Réunies et Société Houillère de l’Hérault), dans l’Hérault.
- Moins favorisé que le versant oriental, le flanc méridional du Massif Central dispose, cependant, d’importantes réserves de charbons. L’existence des gisements houi 11ers d’Aubin a donné naissance à l’active cité de Decaze-ville, où la bouille atteint jusqu’à 70 m. d’épaisseur. Le combustible est exploité dans le Tarn et l’Aveyron à Carmaux,
- Albi, Decazeville et Cam-pagnac (Société de Com-mentry-Fourchambaultet Decazeville), Bouquiès, la Planquette, Rodez.
- Le sous-sol français recèle d’autres dépôts de combustibles. Dans l’Ouest, de petits gisements,' se rencontrent dans la Mayenne (anthracites de le Genest, Mon-tigné, la Bazouge), la Sarthe (Sablé), Maine-et-Loire (bassin de Chalon-nes), la Loire-Inférieure (Mouzeil), la Vendée et les Deux-Sèvres (Faymo-reau et Saint-Laurs).
- Dans les Alpes, de grandes exploitations ont été créées à la Mure et Notre-Dame de Vaulx, au sud de Grenoble, dans
- Vosges (Saint-Menge), le Doubs (Saint-Denis), l’Ain (Sablay) et surtout dans les Bouches-du-Rhône, ou la haute vallée de l’Huveaume fournit à la consommation 600 000 t. chaque année. Nous avons
- évidemment laissé de côté les dépôts abandonnés, comme ceux du Plessis, de Littry, en Normandie, jadis prospères, ou inexploités pour des causes diverses.
- Dans presque tous les gisements précités, l’exploitation a été maintenue 'depuis la guerre, comme on pourra s’en rendre compte dans le tableau suivant de la production pour les années 1915, 1914, 1915. (Voir le tableau ci-dessous.)
- Ainsi, dans toutes les régions d’extraction, on constate un recul de la production pour l’année 1914. En 1915, le tonnage a été sensiblement relevé dans la plupart des départements. Néanmoins, l’année 1915 a marqué un nouveau fléchissement pour la Loire, principal centre de notre industrie houillère de l’intérieur, le Cantal, la Creuse, la Mayenne, et les départements de l’Ouest et de l’Est. Un seul département a réussi à extraire en 1915 un ton-
- ’Oisans. Drès de Bouro-- nag e suüérieur à celui
- d’Oisans (Isère), dans O la Fig. 3. - Charbonnages du Centre et du Midi de la France. de 1915, la Saône-et-
- Irômeetles Hautes-AIp es, Loire, grâce à un in-
- tandis que quelques travaux étaient poursuivis tense effort fourni par les mines de Blanzy.
- en Maurienne et en Tarentaise. Enfin, dans la Les charbonnages français de l’intérieur ont eu
- Production houillère (en tonnes). Production houillère (en tonnes).
- 1913 1914 1915 1913 1914 1915
- Loire 5.791.055 3.529.925 5.286.810 Sarthe 6.340 5.015 »
- Gard 2.114.002 1.829.505 1.778.154 Maine-et-Loire ..... 5 512 5.285 »
- Saôue-et-Loire . ••• . . . 2.210.152 2.048.080 2.270.780 Vendée 25-657 25.657 27.115
- Allier 579.012 327.961 349.165 Deux-Sèvres 16.227 11.150 5.921
- Puy-de-Dôme 669.556 605.295 628 958 Isère, Drôme et lltM-Alpes. 570.185 521.782 515.651
- Nièvre 145.562 124.246 124.805 Savoie; 20.792 18 885 18.857
- Haute-Loire 189.668 157.711 158.571 Haute-Saône 191.308 148.147 129.119
- Cantal 159.996 120.965 107.725 Bouches-du-Rhône (li-
- Creuse 128.990 117.700 79.512 gnites) 693.169 619.2S6 636.172
- Ardèche 48.405 58.846 54.105 Yonne (lignite) 88 82 20
- Tarn et. Aveyron .... 1.963.741 1.809.762 1.898.422 Doubs (lignite) 519 256 »
- Hérault 221.015 207.708 205.890 Vosges (lignite) )) )) ».
- Mayenne 25.076 19.525 13.891 Ain (lignite) )) )> )) I
- Haute-Saône, le charbon s’extrait à Ronchamps.
- Nous possédons également quelques gisements de lignites dans la Haute-Saône (Gouhenans), les
- à vaincre deux difficultés essentielles, à résoudre deux crises graves, provenant de la raréfaction de la main-d’œuvre et de l’insuffisance des transports
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- par chemins de fer. Après le vide produit par la mobilisation d’août 1914, qui avait enlevé 20 pour 100 du personnel dans les mines de la Loire, et 30 pour 100 dans le Gard et Saône-et-Loire, les Compagnies minières avaient, tant bien que mal, reconstitué leurs équipes en employant des réfugiés mineurs du Nord et du Pas-de-Calais, des mineurs territoriaux mis en sursis d’appel, et des ouvriers étrangers, italiens ou espagnols.
- La réintégration dans le service armé d’un nombre assez élevé d’auxiliaires maintenus dans les exploitations et de réformés, puis l’appel des jeunes classes causèrent de nouveaux embarras aux exploitants. Il fallut obtenir de l’au-
- ont été très défectueux, et ont provoqué l’encombrement du carreau des mines, comme celui des ports. Au moment de la mobilisation, et durant six semaines, tout trafic commercial fut suspendu sur les chemins de fer. Les Compagnies durent donc stocker les produits extraits de la mine Cependant, les services reprirent d’une façon assez satisfaisante, et les exploitants avaient dégagé leurs carreaux lorsqu’éclata la grande crise du matériel roulant.
- À partir d’octobre ou de novembre 1915, la plupart des mines se trouvèrent empêchées d’expédier leurs charbons. Au 10 février 1916, les houillères de Saint-Mienne avaient dû mettre en stock
- Fig. 4. — Charbonnages de la région de Saint-Êtienne.
- Gadanne
- « Trets
- IARSEILLE
- Fig. 6.
- Lignites des Bouches-du-Rhône.
- torité militaire le renvoi de mineurs mobilisés, renvoi qui fut décidé par la Commission militaire des mines, 1 affectation aux mines de prisonniers de guerre, et recourir à la main-d’œuvre coloniale, algérienne et marocaine principalement, dont les Sociétés de charbonnages du Nord avaient pu apprécier l’intérêt avant les hostilités.
- Des cités nouvelles durent être construites pour le logement de ces hôtes temporaires dans certains bassins.
- Progressivement, le chiffre du personnel occupé tendit ainsi à se rapprocher de ce qu’il était avant la guerre. Il faut, néanmoins, reconnaître que la qualité de ce personnel hétéroclite est très inférieure à ce quelle était naguère, les meilleurs éléments ayant été mobilisés, et remplacés par des travailleurs de fortune. Ainsi s’explique la baisse constatée dans la production.
- D’un aiitre côté, les transports par voie ferrée
- 20 850 tonnes de combustibles. La Compagnie de Roche-la-Molière, du 23 novembre 1915 au 10 février 1916, immobilisa de même 30000 tonnes.
- Les petites mines, disposant de carreaux peu étendus, ont particulièrement souffert de cette situation. A Buxières-les-Mines, dans l’Ailier, les charbons avaient véritablement enseveli les bâtiments d’exploitaLion. Les voies disparaissaient sous des amas de houilles de plusieurs mètres de haut. Nous avons vu les portes des chaudières desservant les appareils à récupération bloquées par des entassements de combustibles, 1 accès du trieur de secours interdit par des agglomérations de charbons. Une énorme butte de 10 m. de hauteur menaçait le toit d’un atelier. Les produits entassés débordaient de tous côtés, et l’on pouvait craindre que la voie économique de Moulins à Cosne-sur-l’(Eil, qui dessert la mine, fût quelque jour coupée.
- Ronchamf)
- f BELFORT Gouhenans Ç
- BESANÇON
- Grand-Denis
- Fig'- 7- — Charbonnages du Jura.
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- LA SCIENCE ET L’INDUSTRIE
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- On dut restreindre la production, la ramener de 200 à 120 t. par jour, et l’on crut devoir l’abaisser à 80 t. Pour activer l’évacuation, les propriétaires furent réduits à organiser des charrois par tombereaux jusqu’à la gare du réseau d’Orléans la plus voisine, située à 10 km du siège. Et cependant une voie ferrée longeait la mine. A la Condemine, à Saint-Hilaire, le spectacle était aussi pitoyable.
- Les mesures prises en ce qui touche les transports et le personnel ont permis d’accroître le rendement des mines de l’intérieur. Le mois de mai de 1916 a fourni 500 000 t. de plus que le mois correspondant de 1915. Un relèvement de l’extraction peut encore être obtenu, mais il ne faudrait, toutefois, pas exagérer les possibilités de cette augmentation. Si elle atteignait 200 000 t. par mois, le résultat devrait être considéré comme satisfaisant.
- Une telle amélioration, d’ailleurs, ne pourrait être réalisée qu’en renforçant le personnel occupé par le renvoi à la mine des trois classes de territoriaux mobilisés au front.
- La mise en activité de certaines
- Fig. 8. — Ouvriers espagnols occupés au. déchargement et au tronçonnage des bois destinés au soutènement d’une mine.
- La crise se prolongea plus ou moins, suivant les régions. Elle n’a pris fin qu’aux environs de juin.
- Pour l’atténuer, la Commission militaire des mines a divisé la France en zones; chacune d’elles correspond à un bassin houiller, et les mines d’un bassin, jadis libres de leurs opérations, ne peuvent plus expédier, depuis le 15 avril dernier, que dans les limites de la zone correspondante. Ces zones se recouvrent partiellement ; leur ensemble, desservi concurremment, bien entendu, avec les charbons anglais, est limité au nord par la ligne Saint-Nazaire, Laval, Montereau, Troyes, Chaumont, Épinal, frontière.
- (Photo Crozet.)
- Fig. 9. — Vue d’une batterie de fours en construction.
- concessions inexploitées pourrait aussi être tentée, mais il faudrait à cet effet de la main-d’œuvre nouvelle, et celle-ci étant occupée à l’armée, on ne conçoit guère où elle pourrait être recrutée.
- Il n’est donc que trop certain que la France devra, durant la guerre, demander aux houillères britanniques le formidable tonnage de combustibles qui lui fait défaut.
- Auguste Pawlowsiu.
- LA SCIENCE ET L’INDUSTRIE
- C’est une aflirmation banale aujourd’hui de proclamer le rôle des sciences expérimentales dans le magnifique développement de l’industrie moderne ou encore d’avouer modestement sur ce terrain notre regrettable infériorité. Mais les déclarations verbales ne suffisent plus, il faut agir; c’est la condition essentielle de notre relèvement économique après la guerre. Il ne sera pas inutile d’examiner dans ce but le mécanisme des services rendus par la science à l’industrie. Cela nous permettra de
- comprendre nos fautes passées et nous indiquera les réformes nécessaires. Nous verrons comment les lacunes de notre enseignement scientifique sont la cause première de notre faiblesse industrielle. L’effort principal doit être dirigé aujourd’hui vers la réforme de nos méthodes d’éducation.
- L’intervention prépondérante de la science dans le développement de l’industrie est trop souvent méconnue chez nous. Combien voit-on d’affaires industrielles dirigées par des notaires, des avocats,
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- des commis-voyageurs, des cabaretiers, c’est-à-dire par des hommes étrangers à toute culture scientifique. Ils' disent sans hésiter, et on pourrait être tenté de les croire sur parole : nous n’avons jamais rencontré la science dans nos affaires, la pratique n’a rien à voir avec la théorie. En fait, cependant ils font, tout comme M. Jourdain, de la science sans le savoir. Le constructeur prenant dans un aide-mémoire le tableau des tensions de vapeur de l’eau utilise, sans s’en douter, les remarquables expériences de Régnault sur les propriétés de la vapeur d’eau. Le céramiste, faisant faire par un manoeuvre une analyse chimique d’après les règles formulées dans un manuel, met en œuvre les fameuses lois de Lavoisier sur la conservation de la masse et des éléments. Sans la loi de Descartes, pas de microscope, pas de lunette astronomique, pas d’appareil photographique. En un mot, sans la science, toute notre technique en serait encore aux vieilles recettes des alchimistes; elle ne différerait guère de l’industrie des peuplades sauvages du centre de l’Afrique.
- Il est certainement possible, sans instruction scientifique, de copier ce qu’a fait un voisin plus savant et même d’y apporter parfois, au prix d’efforts énormes, de petites améliorations de détail ; mais l’industriel, qui se contente de faire de la science sans le savoir, reste loin derrière ses concurrents plus instruits.
- Nos ingénieurs ne sont pas cependant moins documentés que les ingénieurs étrangers ; à la sortie des écoles, ils leur sont certainement supérieurs. 11 n’y a pas à l’étranger d’écoles où le niveau de l’enseignement soit aussi élevé qu’à l’École Polytechnique, à l’École Centrale, à l’École supérieure d’Électricilé, à l’Institut Agronomique, aux Écoles des Mines et des Ponts et Chaussées. Mais le nombre des ingénieurs ainsi formés est trop restreint. A ce point de vue spécial de la documentation scientifique, c’est la quantité et non la qualité qui nous manque. Nos grandes écoles, recrutées par voie de concours, s’ouvrent seulement à une élite; elles arrêtent par la limite d’âge les jeunes gens qui n’ont pas commencé de bonne heure à en préparer les examens. Tout fils d’industriel, tout étudiant appelé à jouer plus tard un rôle important dans notre industrie devrait pouvoir trouver sans difficulté l’enseignement dont il a besoin. Cela n’existe pas aujourd’hui.
- Sans toucher à nos écoles techniques, qui sont une gloire de la France, on pourrait demander aux Universités, répandues sur tout le territoire, de donner un enseignement un peu plus élevé, un enseignement réellement supérieur. Trop nombreuses pour vivre honorablement, elles avilissent tous les jours le niveau de leurs diplômes ; elles versent de plus en plus dans l’enseignement primaire, à ce point qu’un grand nombre de leurs élèves ne sont même pas bacheliers. Pour remédier à cette situation, il faut deux choses : réduire con-
- sidérablement le nombre des Universités, quatre au plus suffiraient : Paris, Lille, Lyon et une dans le Midi, Toulouse ou Bordeaux. Ensuite donner à l’enseignement de ces Universités une organisation permettant aux étudiants d’acquérir les connaissances désirées dans un temps raisonnable et les incitant à profiter des moyens d’étude mis à leur disposition. Il faut renoncer à l’anarchie dont l’enseignement supérieur universitaire se fait gloire aujourd’hui, sans en soupçonner le danger. Bien des professeurs de Faculté demandent l’étranglement de l’École Polytechnique et des écoles techniques supérieures dans l’espoir d’améliorer le recrutement de leurs élèves. Ils ne se rendent pas compte que la désertion des bancs de Facultés par les jeunes gens sérieux et travailleurs tient à une tout autre cause que l’attrait de Funiforme de l’École Polytechnique. Les grandes écoles ont le très grand mérité d’avoir une organisation et une discipline. Cela permet aux jeunes gens d’obtenir de leurs efforts un rendement dix fois supérieur à celui qu’ils peuvent espérer atteindre en suivant les cours des Universités.
- Voudra-t-on faire cette réforme, le pourra-t-on? C’est le pendant de l’éternelle question des sous-préfets. De multiples intérêts particuliers sont en opposition avec l’intérêt général du pays.
- Mais la connaissance des résultats acquis de la science : la documentation ne suffit pas à elle seule pour faire progresser l’industrie. Si la science était dès à présent infiniment parfaite, un directeur d’usine, désireux de créer une nouvelle branche de fabrication, n’aurait qu’à s’asseoir à son bureau, à compulser les documents accumulés dans les publications scientifiques et à calculer, comme un simple mathématicien, les conditions déterminantes du résultat cherché : nature des réactifs chimiques et température de réaction, actions de présence nécessaire pour -vaincre les résistances passives ; formes et dimensions des appareils, etc. Nous sommes loin d’en être là. Il faut à chaque instant, dans les usines, faire de nouvelles études, découvrir des faits, des lois encore inconnues, sinon les lois les plus générales de la science, au moins certains cas particuliers d’une utilité plus immédiate. En un mot, on doit chaque jour, si l'on veut progresser ou simplement se maintenir à un niveau dépassant la médiocrité, créer de nouveaux chapitres de la science, c’est-à-dire faire preuve d’esprit scientifique.
- Pour expliquer l’emploi de la méthode scientifique dans les usines, prenons un exemple particulier, celui de la fabrication des outils en acier : outils de tour, fraises, forets, etc., et limitons notre examen à un point particulier de cette fabrication, le plus délicat il est vrai, celui de la trempe. Quel est d’abord le but cherché? On désire obtenir un outil aussi dur que possible, pour éviter une usure trop rapide et en même temps aussi solide que possible, pour éviter la rupture.
- L’étude scientifique, dans tout problème
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- LA SCIENCE ET L’INDUSTRIE
- technique, nécessite les opérations suivantes :
- 1° Acceptation du déterminisme. — C’est-à-dire croyance absolue à l’existence de relations nécessaires entre les qualités des objets fabriqués et les conditions ou facteurs de la fabrication. Ces facteurs ramenés constamment à la même valeur donneront un produit toujours identique à lui-même. Il n’y a pas, comme on l’entend souvent dire, de déchets dus à des causes accidentelles ; le hasard n’existe pas dans la nature. Il y a seulement des facteurs négligés, quelquefois par le fait de notre ignorance, mais plus souvent par suite de notre inertie.
- 2° Énumération complète des facteurs. —C’est un cas particulier du fameux principe de Descartes :
- « diviser chacune des difficultés en autant de parcelles qu’il se peut ; faire des dénombrements si entiers que l’on soit assuré de ne rien omettre ». On trouve ainsi une douzaine de facteurs essentiels de la trempe : nature du métal ; composition chimique, structure, scories et soufflures, forme et dimensions des pièces. Chauffage du métaf ; température maxima atteinte ; durée du maintien de cette température ; température finale au moment de la trempe. Liquide de trempe ; nature chimique (eau, solutions salines, huile, etc.) ; vitesse de circulation du liquide; durée de l’immersion. Revenu; température de réchauffage, durée du maintien de la température maxima. Il y a encore un certain nombre de facteurs d’importance moindre : oxydation du métal pendant le chauffage, présence d’hydrogène dans l’atmosphère du four, etc.
- 5° Institution des méthodes de mesure. — Il faut savoir déterminer d’une façon exacte la grandeur de chacune des qualités cherchées et celle de leurs différents facteurs. Les moyens à mettre en œuvre sont de complication très inégale : emploi du mètre ou du pied à coulisse pour déterminer les formes et dimensions des objets; analyse chimique pour en préciser la composition ; métallo-graphie pour en reconnaître la structure. La qualité du métal s’appréciera par une mesure de dureté avec le scléroscope de Shore ou la bille de Brinell. Mais on peut aussi employer l’outil sur une machine appropriée et mesurer le poids de copeaux enlevés avant la mise hors de service de cet outil. C’est ainsi que F. W. Taylor a déterminé les conditions de composition et de traitement thermique les plus avantageuses pour ses aciers à coupe rapide.
- 4° Établissement des lois. — Une fois ce travail préliminaire achevé, il reste à déterminer les lois cherchées, c’est-à-dire les relations numériques qui rattachent les qualités de l’outil fabriqué à chacun de ses facteurs. La dureté, la malléabilité de l’outil (X, Y) sont fonction des conditions multiples précédemment énumérées (x, y, z...), c’est-à-dire :
- X = F(x,y, z...)
- Y = F [x,y,z...)
- On établit ces relations par de multiples expériences dans lesquelles on modifie systématique-
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- ment la grandeur de chacune des variables. On met ensuite ces relations sous forme de tableaux numériques ou de formules algébriques ; cela est indifférent.
- On sera peut-être effrayé d’un programme semblable. Est-il possible de réaliser dans une usine des recherches conduites avec une méthode réellement scientifique? N’est-ce pas trop compliqué et trop coûteux? Cela est certainement possible. Depuis le début de la guerre, M. Guillet a achevé aux chantiers de l’Atlantique, à Saint-Nazaire, une étude semblable sur la trempe des projectiles. Elle sera publiée ultérieurement dans la Revue de Métallurgie, Cela est même infiniment plus économique que les recherches empiriques. Depuis des siècles, des milliers d’usines font journellement des recherches empiriques sur la trempe. Si l’on pouvait chiffrer les dépenses ainsi faites, on en serait stupéfait. Les recherches scientifiques faites en un endroit sont ensuite utilisables sans nouveaux frais dans toutes les autres usines et à toutes les époques ; par contre, les recherches empiriques, où les différents facteurs en jeu ne sont pas définis, restent inutilisables en dehors des conditions même où elles ont été réalisées.
- A l’appui des affirmations précédentes, je donnerai ici deux exemples vécus.
- Un grand fabricant de machines-outils voulait améliorer la fabrication de ses fraises, d’une qualité trop irrégulière. Il incriminait avec raison le traitement thermique : trempe et revenu. De tous les facteurs énoncés plus haut, un certain nombre se trouvaient fixés a priori : les formes des pièces à tremper, par l’usage même auquel les outils étaient destinés; la nature de l’acier, par une longue tradition de l’atelier ; le bain de trempe alcalin par la nécessité d’éviter la rouille ultérieure des dents des fraises, etc. Finalement, on limita l’étude à deux facteurs, les plus importants il est vrai : la température de trempe et celle de revenu. L’acier renfermait 1,1 pour 100 de carbone et 0,8 pour 100 de manganèse. La trempe fut faite à température montante, après 10 minutes de chauffe. A 760°, trempe irrégulière, qualité détestable; à 780° très bons résultats; à 800°, diminution sensible et ensuite chute très rapide aux températures plus élevées. Le revenu de même durée donne à 200° un . métal trop fragile, les dents de l’outil s’égrenaient; à 225° et 250° excellent travail; à 275° métal trop mou s’usant rapidement. La température optima était comprise entre 225° et 250°. Vérification faite, la trempe habituelle se faisait dans l’usine en question à la bonne température ; mais le revenu, laissé au jugement de l’ouvrier, variait d’une pièce à l’autre. On se décida à faire le revenu dans un bain d’azotates fondus, à la température invariable de 250°. Résultat : la durée des fraises, c’est-à-dire leur rendement, fut augmentée de 50 pour 100.
- C’est là un bénéfice énorme, obtenu au prix
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- 280 . ... LA SCIENCE ET L’INDUSTRIE
- d’expériences prolongées seulement quelques semaines, par suite très peu coûteuses. Dans l’espèce même, elles'ne coûtèrent rien, les études ayant été faites par un expérimentateur bénévole. Voici pour la science.
- Voyons maintenant l’empirisme. Au cours de recherches sur la trempe, je cherchai à me documenter au sujet de l’emploi du mercure ; je consultai dans ce but deux ingénieurs très expéri-mentés et bien au courant de la question. Au dire de l’un, la trempe au mercure est très énergique, bien supérieure à la trempe à l’eau. Elle permet, avec des aciers trop doux, pauvres en carbone, d’obtenir de très bons forets. Au dire du second fabricant très réputé d’instruments de chirurgie, la trempe au mercure est une trempe très douce ; on l’emploie pour les instruments de forme compliquée et fabriqués en acier dur. Ils taperaient et se déformeraient par la trempe à l’eau. C’était donc le jour et la nuit. Mes recherches me mirent sur la voie de l’explication de cette contradiction ; un nouvel interrogatoire de mes deux ingénieurs confirma toutes mes prévisions. Ils avaient négligé un facteur d’importance capitale, la température du bain de trempe. Le premier trempait ses forets dans une grande masse froide de mercure et il obtenait effectivement ainsi une trempe très dure. Le second trempait ses outils dans le plus petit volume possible de mercure, de façon à en élever la température par l’immersion de la pièce chaude, jusque vers 200° à 300°, réunissant ainsi le revenu à la trempe. La faible chaleur spécifique du mercure, de deux à trois fois plus faible à volume égal que celle de l’eau, et son point d’ébullition beau--coup plus élevé permettent d’obtenir par son emploi une trempe très douce. Des observations empiriques, sans valeur en dehors des conditions où elles ont été faites, sont ainsi transformées, par des études scientifiques parfois très simples, en vérités universellement et éternellement vraies.
- Il faut de toute façon pour ces études un personnel entraîné à l’emploi des méthodes scientifiques de travail, des laboratoires convenablement outillés et surtout des chefs d’industrie assez imprégnés de l’esprit scientifique pour savoir poser à leurs collaborateurs des questions réellement utiles et, en même temps, résolubles avec les moyens mis à leur disposition. Ces études entraînent certainement des dépenses importantes, mais elles payent largement quand elles sont bien dirigées. Le judicieux emploi delà recherche scientifique a été dans ces vingt-cinq dernières années une des raisons principales de la suprématie de l’industrie allemande. Nous devons malheureusement reconnaître à ce point de vue notre infériorité. Un petit nombre seulement de nos grandes usines ont des laboratoires et bien peu savent en tirer parti. Nos syndicats industriels n’ont pas de laboratoires installés à frais communs pour l’étude des questions générales intéressant l’ensemble de leurs membres.
- Enfin nous n’avons pas de grands laboratoires nationaux pour la recherche scientifique, comme il en existe en Allemagne, en Angleterre, et aux États-Unis. Presque tout est à faire sur ce terrain.
- Ce mépris des méthodes scientifiques de travail est la conséquence directe d’une orientation fâcheuse de notre enseignement scientifique. Sous la poussée de préoccupations démocratiques certainement légitimes, on a voulu le rendre exclusivement utilitaire; malheureusement des avocats, des députés tout à fait étrangers aux questions industrielles ont cru pouvoir décider, sans prendre l’avis d’aucune compétence, les choses utiles à apprendre et ils ont été exactement à l’encontre du but qu’ils poursuivaient. Ils ont cru faire œuvre de génie en introduisant dans l’enseignement de vagues notions sur la locomotive, la fabrication de la porcelaine, la métallurgie, qui viennent coudoyer, sans aucune liaison, de prétendus aperçus philosophiques sur la science de l’Énergie et une documentation à outrance sur tous les faits particuliers de la science. Us ont voulu faire de tous les petits Français des dictionnaires vivants.
- Or, de l’avis de toutes les personnes qui joignent à une réelle compétence sur les questions industrielles, une certaine pratique de la science, le seul objet réellement utile de l’enseignement scientifique est une bonne formation de l’esprit. Les connaissances acquises viennent par surcroît; elles ne doivent pas être un but. Il ne s’agit pas de meubler la mémoire, mais avant tout de développer l’intelligence.
- Ce principe admis, les réformes désirables deviennent évidentes. C’est pendant l’enseignement secondaire que l’intelligence des enfants prend son moule définitif et c’est par suite cet enseignement qui doit être l’objet de nos préoccupations principales, Pour la formation de l’esprit, il faut demander aux élèves un travail personnel très actif. Lesméthodes suivies dans les classes de lettres seraient plus utiles encore pour les classes de science. Les changements indispensables consisteront à multiplier les devoirs, les lectures, les exercices pratiques en réduisant parallèlement la durée des cours et surtout le nombre des choses différentes apprises.
- il suffit d’avoir fait passer une fois des examens de baccalauréats pour se rendre compte que les élèves, même les plus intelligents, ne se sont pas assimilé la moitié, parfois le quart de ce qu’on leur a enseigné. Ils savent par cœur des formules, des démonstrations, mais sont incapables d’en faire usage. Quand on voit, comme je le faisais récemment, un excellent élève, sachant son cours sur le bout du doigt, composer la force vive initiale d’un projectile avec son poids par le parallélogramme des forces et calculer ainsi, pour le point de chute de ce projectile librement lâché d’un zeppelin, une distance de plusieurs kilomètres en avant de son point de départ, on peut être certain que tout ce que ce candidat a appris de mécanique lui sera
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- parfaitement inutile pour le reste de son existence.
- L’enseignement primaire apprend pour la vie aux enfants les quatre opérations de l’arithmétique, les fractions, le système métrique et la règle de trois ; l’enseignement secondaire doit obtenir le même résultat pour les notions essentielles de la science, c’est-à dire, comme le demande le Dr G. Le Bon, faire passer ces notions dans le domaine de l’inconscient. La répétition d’un même point de vue et la multiplication des points de vue auxquels une même idée peut être envisagée, la matérialisation de ces idées et leur fixation définitive dans l’imagination par des exercices pratiques répétés, par des manipulations actives ; leur discussion dans des devoirs écrits rédigés à la suite de lectures per-
- sonnelles ; l’étude historique du développement de chaque loi importante ; les applications numériques à des problèmes particuliers sont des procédés pédagogiques bien connus. Mais pour avoir le temps de les mettre en œuvre, il faut de toute nécessité limiter considérablement le nombre des faits parti* culiers auxquels on veut les appliquer.
- Désirant appeler l’attention sur ces graves problèmes, l’Académie des Sciences a mis à l’étude un certain nombre de propositions relatives aux rap-^ ports de la Science et de l’Industrie et a chargé une Commission de lui soumettre un rapport. Les lecteurs qui s’intéressent à ces questions pourront utilement communiquer leurs idées au président de cette Commission. H. Lr Ciiatelier,
- de l’Académie des Sciences.
- UNE VISITE A LA CITÉ RECONSTITUÉE
- Nous avons mentionné, en son temps (n° 2224, 15 mai 1916), l’exposition dite de la Cité reconstituée et expliqué comment elle posait le problème de la réédificalion des agglomérations détruites par la guerre, particulièrement aux points de vue de l'hygiène et de l’esthétique. Mais les détails d’ordre pralique qu’il faudra nécessairement prendre en considération quand les territoires envahis seront enfin libérés et quand l’heure des reconstructions aura sonné, nous engagent à reve-nir sur la partie matérielle de la manif es tati on technique du mois de mai.
- Il faudra, en effet, reconstituer les régions dévastées, remettre en marche les usines arrêtées, reconstruire les usines détruites, ensemencer les terres pour les récoltes futures. Des mesures sont prises, dès maintenant, dansce but, et, nous le savons, tout ce qu’il est possible de laire à l’heure actuelle est déjà fait. Mais il faudra, surtout, et avant tout, assurer un logement aux populations des régions envahies. Pour une reprise immédiate du travail, une reconstruction immédiate des cités s’impose, et c’est précisément pour montrer comment peut être résolue cette question qu’a été organisée, à Paris, aux Tuileries, l’Exposition de la Cité reconstituée.
- Le public a pu voir là, et comparer, un grand
- nombre de constructions légères, rapidement mon-tables et démontables non moins rapidement, — en vue d’un déplacement nécessité par les circonstances, — et qui, toutes, ou presque toutes, présentent de l’intérêt.
- II serait impossible, dans les limites d’un court article de revue, d’étudier en détail chacune de ces
- constructions. Nous devrons donc nous borner, et ne présenter que quelques types, choisis, autant que possible, de façon à donner une idée de l’ensemble de l’Exposition,
- Nous parlerons, en premier lieu, des cons-tructions où le bois entre pour la plus grande partie, etqui sont de beaucoup les plus nombreuses. Parmi, celles-ci, il est un ensemble élégamment groupé, bien conçu, qui attire immédiatement l’attention, et qui, exposé sous le nom de « Village France » a été élevé par la Sociélé anonyme des aéroplanes Borel sous la direction et d’après les procédés de C.-A. Roux, c’est-à-dire en panneaux muraux, établis en séries et interchangeables, à double paroi avec matelas d’air, revêtement extérieur et intérieur recouvert d’enduit ignifuge formant isolant, plafonds en plaques d’amiante et couvertures en tuilettes d’amiante. Ce village comprend une douzaine de constructions : abri, garage
- Fig. i. — Construction de ü’Idéale' Économique.
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- pour auto, pavillons divers, restaurant, ferme, bureau de poste, mairie, école, église. Les pavillons, en général, sont élégants et bien conçus, le restaurant-café d’aspect accueillant, la mairie-école et le bureau de poste acquis par l’État, aménagés de façon rationnelle. L’église, avec frise de M. Du-thoit, statues de MM. Savine, Debert, Thennissen, Chemin de Croix de M. Maurice Denis, en est le morceau capital. Le prix des pavillons variait, en juin, suivant leur importance, entre 3000 et 7000 fr. Le bureau de poste était coté 9950 fr., la mairie-école, 11000 fr., l’église, 40 000 fr. Le prix de la ferme agricole n’était que de 4950 fr.
- Elle comprend, en outre, des locaux d’habitation, quelques constructions accessoires. Il est regrettable qu’on n’ait pas cru devoir donner plus d’importance à cette habitation, pour laquelle le nom de « Ferme » est manifestement exagéré. Les maisons agricoles à reconstruire après la guerre seront nombreuses. Un type important, bien étudié, avec toutes ses constructions accessoires au complet et parfaitement utilisables, eût présenté le plus grand intérêt.
- Cette même société a établi un devis de reconstruction d’un village de 100 habitants, y compris la mairie-école et la chapelle. L’ensemble ne dépasse guère 100 000 fr., soit un millier de francs,
- 1035 fr. exactement, par tête d’habitant. Il y a là une indication précieuse à retenir.
- Non loin du village France, la maison des constructions démontables E. Gillet a édifié une villa d’aspect gracieux et séduisant : planchers, parois extérieures, cloisons, plafond, sont tous établis en panneaux de parquet de 5 m. sur 1 m., en frises bouvetées de 25 mm d’épaisseur pour plancher et plafond, de même épaisseur pour parois et cloisons, ces derniers étant assemblés à l’intérieur d’un cadre de 50 mm d'épaisseur. Des fers U en acier très rigides, maintenus à l’aide de boulons à clavettes, relient entre elles toutes les parties de la construction et en font un ensemble très résistant. La couverture est en ardoise idéale (amiante et
- ciment). La véranda très large est un des agréments de cette villa, qui peut se monter en une journée, et dont le prix de revient actuel est de 7200 francs.
- L’intérieur, très confortable, est meublé par la maison Nowak. Le prix total de cette villa, avec son ameublement : salle à manger, salon, bureau, chambre à coucher et cuisine, est de 11 800 francs.
- La maison portative canadienne Mackenzie (maison Humphreys), expose une habitation tout en sapin qui peut être montée ou démontée, en une demi-jour-née, à l’aide d’un simple marteau et d’un tournevis et qui, d’après le fabricant, peut durer vingt-cinq années. Dans cette construction ne rentre que du bois. Les pièces étant interchangeables, et les cloisons mobiles, la disposition intérieure peut être modifiée et la maison agrandie ou réduite à volonté.
- Presque en face une longue construction fort simple, qu’ornent les drapeaux des Alliés, abrite deux salles de classe. Ce n’est qu’une des multiples constructions démontables édifiées par la maison Hamon frères et Brossard, qui a fourni plus de mille pavillons démontables aux armées et gouvernements alliés. L’air et la lumière entrent à profusion dans ces deux salles de classe, complètement aménagées à l’intérieur, et les municipalités soucieuses de rouvrir au plus tôt leurs écoles, dans des conditions parfaites d’hygiène,verront là une des nombreuses applications pratiques de l’industrie des constructions en bois. Les baraques démontables, extensibles par panneaux interchangeables, de la maison Haour, conviennent surtout pour reconstructions provisoires : hôpitaux, groupes scolaires, logements collectifs ou individuels d’ouvriers. Elles suppriment la charpente et les pièces détachées et se composent d’un élément unique : le panneau. Ces baraques, qui ne visent pas à l’élégance, peuvent se faire avec simple paroi, à partir de 50 francs le mètre carré, et avec double paroi, à partir de 70 francs le mètre carré.
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- La maison Albert Levanneur présente, elle aussi, des constructions fort simples, quoique non dépourvues d’élégance, en parquet mouluré de 24 mm, avec peinture carbonyle, et couverture en carton cuir briqué.
- Avant la hausse des matières premières, qui a naturellement entraîné une hausse des prix, un coquet chalet d’habitation n’était coté que 1 725 francs.
- C’est là un type d’habitations à bon marché qui, dans nombre de cas, peut rendre des services.
- L’œuvre excellente du « Bon Gite » a été abritée dans une construction démontable fort simple par la Société des Chalets-Kiosques. La même maison présente également une baraque militaire. Les Baraques Collet ont exposé aussi une maison démontable sans ornements et une petite chapelle de village.
- D’autres constructions en bois, fort nombreuses, mais qu’il est impossible de passer toutes en revue, présentent non moins d’intérêt que celles que nous avons décrites. Elles n’en diffèrent que par des détails sans importance, et ce rapide exposé suffira pour donner une idée des constructions en bois présentées, des villas élégantes aux plus simples baraquements.
- Toutes, d’ailleurs, quoique à des degrés différents, présentent les mêmes inconvénients : sonorité, trépidations exagérées, variations fort grandes de température suivant les variations extérieures.
- Pour ces raisons, elles ne nous paraissent devoir constituer que des habitations essentiellement provisoires et conviennent surtout, croyons-nous, et suivant leur importance, pour la reconstruction immédiate d’usines, de logements d’ouvriers, d’ingénieurs ou de chefs d’industrie, permettant une prompte reprise du travail, cependant que
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- s’édifieront, plus lentement, sur leur emplacement définitif, les constructions permanentes qui devront les remplacer à bref délai.
- Nous avons pu voir également, à l’Exposition, une très élégante villa, aux murs et toiture de carton compressé, aménagée luxueusement. Son prix très élevé, une trentaine de mille francs,
- croyons-nous — car nous n’avons pu obtenir de renseignements précis sur cette villa — lui enlève malheureusement une partie de son intérêt, car nous pensons que le propriétaire susceptible de débourser cette somme pour la construction et l’aménagement d’une habitation provisoire, préférera une villa établie en matériaux de plus longue durée. Pour le cultivateur, dont on connaît l’attachement à la terre, conviennent mieux, à notre sens, les constructions plus durables que toutes celles que nous avons jusqu’alors passées en revue.
- Le paysan vit et meurt sur ses terres, et son rêve est de les laisser à ses enfants. Au contraire de l’ouvrier, qui se déplace plus facilement, suivant les besoins de l’industrie, il préférera, dès la cessation des hostilités, plus tôt même, dès la libération définitive de son coin de terre, une habitation qui, bien que rapidement édifiée, présente un caractère moins provisoire que les constructions en bois. Dans cet ordre d’idées, l’Exposition a montré également des modèles intéressants.
- Nous citerons, en premier lieu, la construction stérile système Sano, type d’habitation rurale commandée par le Comité de ravitaillement de la sous-préfecture de Verdun, et présentée par la Compagnie française de marine et de commerce. Cette habitation est rapidement montée, à bon marché, incombustible, et habitable immédiatement, sans que l’on
- Fig. 4. — Maison d’école belge Hamon frères (de Bruxelles).
- Fig. 5. — Intérieur de l’église du village de France.
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- ait besoin d’attendre que les murs soient secs. Les bois, matériaux divers, plaques de revêtement, sont stérilisés par le chauffage et imprégnés decuprinol,
- sel cuprifère soluble dans l’huile, qui empêche l’humidité, la putréfaction et champignon.
- Ces constructions sont donc très recommandables et méritent, à tous points de vue, le choix qui en a été fait par le Comité de ravitaillement de Verdun.
- Non moins intéressante est la maison 1’ « Idéale Économique » édifiée par MM. Pe-titpas et Fournier. Sa charpente est entièrement démontable au moyen de clavettes. Le parquet, la couverture, sont en panneaux de chêne, le plafond en panneaux de staff. Les panneaux extérieurs et les cloisons sont en gypse durci, à base de liège, avec composition et enduit formant isolant contre le froid, la chaleur et surtout l’humidité.
- Ces panneaux sont facilement démontables et les croisées, ayant mêmes dimensions que ces panneaux, peuvent se placer au gré de l’acheteur.
- Le ravissant chalet exposé aux Tuileries a été monté par 4 hommes en 6 heures.
- D’une construction non moins rapide, pouvant être également habités immédiatement, sont les logements élevés d’après les procédés de la Construction manufacturée, à base de fibro-ciment, produit déjà bien connu, et que cette maison utilise pour la fabrication d’éléments simples, toujours semblables, et manufac-
- turés en série. La couleur grise des panneaux donne à ces constructions l’aspect d’une maison dont les murs ont reçu un enduit régulier en ciment.
- Les constructions coulées de la maison Cohier comprennent : une ossature formée de poteaux et sablières en ciment armé, teinté à volonté, les intervalles étant remplis par des panneaux doubles, l’un, extérieur, en ciment armé enduit d’un fouet-tis tyrolien en chaux, l’autre, intérieur, en plâtre armé, avec une forte épaisseur de matières calorifuges au centre de ce panneau, un matelas d’air étant ménagé entre les deux panneaux. Les planchers sont composés de
- solives en sapin ou en chêne, les plafonds et les cloisons de panneaux en plâtre armé. Des chaînages verticaux et horizontaux reliés entre eux assurent la solidité de l’ensemble. Ces constructions, d’un caractère plus définitif, peuvent être édifiées en moins de deux mois.
- La maison Bonmar-chand, de même que la précédente, emploie des panneaux en plâtre armé.
- Toute la construction repose sur un cadre créosoté l’isolant du sol. La toiture, en carton bitumé, peut être recouverte d’une légère couche de ciment par qui lui donne une couleur blanchâtre et la rend incombustible. Gé-•néralement agrémentées d’une véranda, ces habitations sont montées très rapidement, fort économiques, et habitables immédiatement.
- Nous ne parlerons que pour mémoire des maisons
- Fig. 8. — Bungalow sur pilotis bois.
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- édifiées, non moins rapidement, à l’aide de la brique Decauville.
- Beaucoup d’autres modèles exposés, au même titre que ceux dont nous venons de parler, mériteraient une description. Il nous faut nous borner. Nous mentionnerons, cependant, avant de terminer, quelques expositions présentant un réel intérêt, et, en premier lieu, la Boizine, produit inaltérable à la chaleur et à l’humidité, imputrescible et ininflammable, et qui peut s’employer pour travaux artistiques à l’extérieur aussi bien qu’à l’intérieur; les parquets hygiéniques en terrazzo-lith, sans joint, qui ne se fendent ni ne se gondolent, et sont d’une longue durée ; les ardoises de la Commission des ardoisières d’Angers, dont les ap-
- plications peuvent être fort nombreuses dans les constructions à édifier ; l’ardoisite extra-légère quia toutes les applications des dalles en fibro-ciments ; les hourdis, planchers et briques spéciales pour constructions rapides du Comptoir général des Hourdis; les poutrelles et planchers métalliques du Comptoir des poutrelles, nous excusant, là encore, de ne pouvoir citer tout ce que l’Exposition a présenté de pratique et d’ingénieux. Aussi bien, cette
- courte visite suffira pour montrer, à tous ceux que la question intéresse, les ressources que leur offrent, à l’heure actuelle, les industries nationales et alliées et leur permettra, dès maintenant, une étude préliminaire qui facilitera et préparera leur choix définitif.
- Georges Lanorville.
- Fig. 9. — Construction coulée Cohier.
- LE VOLCANISME EXPÉRIMENTAL
- Disciples fidèles du Dieu qui forge les cataclysmes, Vulcain, les Barbares modernes ont copié tout dans son arsenal de feu; bombes, nuages asphyxiants, explosions souterraines et sous-marines : tout, sauf l’élégance des moyens simples de la nature qui se sert seulement de vapeur pour produire les éruptions les plus formidables. Les émissions gazeuses des volcans sont constituées en majeure partie de vapeur d’eau : et l’eau a son réservoir principal dans les mers. On comprend dès lors que les volcans soient nombreux dans les îles et près des côtes des Océans. Cependant des géologues, plus amis du paradoxe que de la Physique, nient cette évidence : mais la statistique est là, inexorable. Celle de Fuchs montre que sur 523 volcans actifs depuis trois siècles, il y en a 194 dans les îles, 124 en bordure des Océans et 5 seulement au centre de l’Asie.
- Mais, dira-t-on, comment l’eau de la mer peut-elle alimenter les volcans des Andes dont plusieurs sont à 200 km de la côte? D’abord il s’agit de vapeur d’eau, matière plus subtile que l’eau; et puis la géologie elle-même ne démontre-t-elle pas que l’eau, des puits artésiens de Paris vient des sables verts de la haute vallée de l’Aisne après un parcours souterrain de 200 km?
- O11 objecte ensuite que l’eau de la mer étant en quantité illimitée, un volcan en activité devrait fonctionner indéfiniment : on oublie que l’eau de mer contient 5,65 pour 100 de sels capables d’obstruer les conduits souterrains comme ils boucheraient les tuyaux d’une chaudière. L’eau émise par l’Etna en 1865 et évaluée par Fouqué, contenait,
- si elle venait de la mer, assez de sels pour obstruer 40 km d’un conduit ayant un mètre carré de section.
- Reste une troisième objection dont la réputation va nous donner la clé du problème : si l’eau de mer pénètre profondément dans les fissures de la croûte sous-marine, elle se vaporise et sa pression de vapeur doit être telle qu’elle chasse l’eau des fissures qui l’ont amenée. Raisonner ainsi, c’est ignorer complètement le fonctionnement d’une chaudière : dans aucune d’elles le chemin suivi par l’eau jusqu’à la surface de vaporisation 11’est le même que prend la vapeur pour s’en éloigner parce que l’eau descend, obéissant à la pesanteur, tandis que la vapeur suit les surfaces isothermes.
- Par quel mécanisme la vapeur d’eau produite dans les fissures sous-marines se dirige-t-elle sou-terrainement vers les continents? Tout simplement parce que les surfaces isothermes à l’intérieur de la croûte se relèvent vers les côtes des Océans. En effet, le fond des mers un peu profondes est à une température voisine de zéro comme le haut des montagnes près des rivages. En s’enfonçant en profondeur dans la croûte sous-marine comme sous les montagnes côtières, on trouvera de même les iso-géothermes de 100°-200n 500°, etc., relevées vers le continent, et ces surfaces montantes dirigeront les vapeurs sous-marines, comme le dôme d’un alambic vers le sommet continental.
- Il était possible de vérifier expérimentalement cette induction, et c’est par cette voie que je suis arrivé à reproduire facilement les phénomènes du volcanisme, Dans un bassin peu profond de 0 m. 60 sur 0 m. 60, plaçons du sable argileux humide et
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- 286 ... — LE VOLCANISME EXPÉRIMENTAL
- de l’eau, de telle fzçon que le côté B figure la mer et le côté C le continent (fig. 1). Le fond U est en pente relevée vers le continent; chaulïons-le vers le bas de pente E aussi uniformément que possible au moyen d’un réchaud R de 10 à 12 cm de diamètre à flamme réduite brûlant à quelque distance du fond. À cause de la conductibilité métallique du fond, on réalisera à peu près ainsi une surface isotherme D. Au bout d’une dizaine de minutes, commenceront à se manifester les phénomènes volcaniques en Y sous forme de fumerolles s’échappant d’une cheminée volcanique dont les déjections s’accumulent en forme de eralère. Le volcan Y est toujours près du haut de pente du fond D, ce qui vérifie le principe énoncé plus haut, et l’on produit cet effet paradoxal d’une surface V en ébullition, tandis que la « mer » est complètement froide en B au-dessus du réchaud.
- Dans la nature, il arrive le plus souvent que des couches imperméables alternent avec des couches perméables. On peut imiter cet effet en plaçant une ardoise F à quelque distance du fond D:; alors on peut produire simultanément plusieurs volcans qui s’alignent en plan avec le bord le plus haut de l’ardoise. De plus, le volcanisme peut alors apparaître très loin du réchaud R. On comprend dès lors comment se forment les alignements de volcans naturels et pourquoi la distance à la mer de certains volcans peut être considérable.
- On peut faire varier la position et le nombre des ardoises près du fond D : le volcanisme se concentre toujours vers leur sommet de pente. On conçoit que les vapeurs sous-marines se concentrent ou se dispersent suivant que les surfaces imperméables ont la forme d’un cône droit ou renversé. Dès lors peut s’énoncer la loi suivante : le volcanisme est proportionnel à la raideur des versants et à leur convexité' vers la mer(l). Par là s’explique que les îles en pleine mer soient presque toujours volcaniques et que les côtes de l’Atlantique, beaucoup moins raides que celles du Pacifique, ne soient pas volcaniques.
- Mais il y a plus : la convexité de la croûte sous-
- 1. Notes de M. E. Belot, présentées par M. \'iolle à l’Académie des Sciences les 25 avril et 7 août '1910.
- marine peut être considérée par rapport à un axe horizontal (au lieu d’un axe vertical), et la loi reste encore vraie. Dès lors le renflement équatorial de la terre doit donner lieu à un volcanisme plus intense que sur le reste du globe : et en effet on trouve que sur un million de kilomètres carrés il y a entre les tropiques 0,87 volcan ayant manifesté de l’activité depuis trois siècles tandis qu’il y en a seulement 0,49 sur le reste de la surface. Cette activité équatoriale doit être rapprochée de celle du Soleil pour les taches qui ne se manifestent guère au delà de =t 30° de latitude.
- Un effet nouveau se produit quand le fond D touche l’ardoise F le long de son bord élevé; la vapeur empêchée de sortir par le haut de pente refoule l’eau jusqu’à ce qu’elle puisse s’échapper par le bas. On voit alors monter lentement dans le
- bassin le niveau del’eau qui baisse brusquement^ la condensation de vapeur dès quelle tend à s’échapper. C’est la reproduction d’un raz de marée, c’est-à-dire d’un retrait de lamer suivid’une ou plusieurs vagues énormes semblables à celles qui détruisirent une partie de Lisbonne en 1755.
- Notons maintenant les diverses phases d’un volcan expérimental (fig. 1 et 2). Sur le continent C, après l’apparition de fumerolles, le plan d’eau monte dans la masse de sable saturée de vapeurs qui se transforme en un volcan de boue remontant à la surface les matériaux de profondeurs ainsi qu’on peut s’en assurer par des couches de sable de diverses couleurs. Peu à peu se creuse un cratère dont le diamètre s’élargit jusqu’à 6 à 8 cm, tandis que de la cheminée centrale ayant un diamètre de 2 à 5 mm seulement jaillissent des bombes volcaniques boueuses, bien visibles avec leurs trajectoires paraboliques et fumantes. Ces bombes contribuent à édifier le cratère qui s’assèche de plus en plus et finit par lancer en sifflant une colonne de fumée de plusieurs décimètres de hauteur. Supposons qu’on arrête le chauffage pour le reprendre quelques heures plus tard, le premier effet sur un cratère ancien est de le transformer en cratère-lac semblable à celui que l’on voit au milieu de la photographie. Il arrive aussi que la colonne de fumée au lieu d’être verticale est très
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- oblique et rasant presque le sol comme les nuées ardentes de la Montagne Pelée.
- Nivelons maintenant le continent C à quelques centimètres au-dessous du plan d’eau de la mer B pour produire un volcan sous-marin : en chauffant, le cratère se formera sous l’eau au-dessus de laquelle apparaîtra bientôt la crête circulaire d’une île sous-marine analogue à l’île Saint-Paul ou à Santorin. Le lac cratérique par ébullition et par projection perdra assez d’eau pour que son niveau baisse au-dessous de celui de la mer : alors la pression extérieure arrivera à rompre en un point la crête circulaire. Le lac se remplit de nouveau : le cratère se reforme complet et le phénomène peut se reproduire plusieurs fois de suite. Supposons qu’on arrête le chauffage.au moment où le lac cratérique ne communique pas avec la mer. La condensation interne des vapeurs fait aspirer par la cheminée vol-canique toute l’eau du cratère dont le fond reste à sec à quelques centimètres au-dessous de la « mer ». Des phénomènes- analogues ont dû produire les brèches des îles Saint-Paul et Santorin.
- Pour réaliser avec de l’eau salée le phénomène
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- des paroxysmes (arrêt et reprise du volcanisme d’un même volcan) il faudrait, en raison de la grande durée de l’expérience, assurer dans le bassin un renouvellement du liquide salin pour empêcher qu’il n’entre en masse en ébullition. En outre après dépôt du sel près du fond D, il faudrait pouvoir le chauffer jusque vers 700° (point de fusion ignée et de volatilisation des sels) afin que les conduits soient débouchés. On obtiendrait alors
- ces fumerolles sèches chlorurées par lesquelles débute en général une éruption volcanique Pour reproduire au laboratoire les paroxysmes volcaniques, on rencontrerait, comme on le voit, des difficultés expérimentales qui n’existent à aucun degré dans les expériences suggestives présentées ici.
- Tous ceux qui les ont vues ou qui verront les films qu’avec son généreux dévouement à la science M. Gaumont a bien voulu en prendre, demeureront convaincus que la mer est bien en relation souterraine avec les volcans et que le phénomène dirigeant les vapeurs internes des fissures sous-marines vers les côtes des Océans est bien celui de l’inclinaison des surfaces isothermes relevées vers les rivages. Émile Belot.
- Fig. 2. — Volcans expérimentaux de M. Belot. Cratère-lac d’une précédente expérience (au milieu); Éruption au début (à droite); Éruption formant un cratère entassant des déjections concrétisées (à gauche); Cratère asséché avec orifices de la cheminée volcanique (à gauche en avant).
- ACADEMIE DES SCIENCES
- Scancd du 2
- Le premier méridien. — M. Bigourdan, continuant la publication de ses études sur l’histoire de l’astronomie, examine aujourd’hui la déclaration de Louis Xlll datée du 1er juillet 165-4 et relative au premier méridien. Le but de cette déclaration n’était pas scientifique, mais pratique; c’était un acte de police maritime destiné à fixer un point important de droit commercial. Ce méridien, passant par l’île de Fer, ne fut abrogé explicitement qu’à l’époque de la fondation
- octobre 1916.
- du calendrier républicain. Comme la longitude de File de Fer était mal connue, on admit 20° exactement à l’ouest de l’Observatoire de Paris. Mais, en fait, dès la seconde moitié du xvnc siècle, le méridien de l’Observatoire de Paris fut employé à peu près seul en France.
- Le bruit du canon. — M. Bigourdan cite également une curieuse observation faite par un ingénieur totalement sourd depuis une cinquantaine d’années au point
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- de ne pas entendre auprès de lui une locomotive qui siffle.
- Cet ingénieur, placé à 120 km du front de la Somme, entend les coups les plus sourds de la canonnade sous la forme d’une vibration qui lui arrive par le sol. Il les entend en même temps qu’une oreille normale ; ce qui porte à conclure que, pour l’oreille normale, le son arrive également, à ces grancles distances, par la terre. La question est curieuse et demande à être encore étudiée.
- Recherche du 'sélénium. — M. Jean Meunier attire l’attention sur la possibilité de confondre le sélénium en petites quantités avec l’arsenic dans l’appareil de Marsh
- et donne le moyen d’opérer la distinction. Cette re1 marque est intéressante pour la fabrication de l’acide sulfurique par les procédés catalytiques. Il faut, en effet, dans cette méthode, purger entièrement le gaz sulfureux de l’arsenic qui peut se trouver entraîné dans le grillage des pyrites, sinon, le catalyseur, constitué par de l’amiante platinée, est rapidement mis hors d’usage. Pour rendre au catalyseur son activité, on l’imprègne d’un sulfate soluble alcalin ou magnésien ; en lavant à l’eau, on dissout le sulfate qui entraîne les poussières. Mais il est essentiel que le sulfate magnésien soit ëxempt d’arsenic. La présence du sélénium pourrait donc induire en erreur à cet égard. Le procédé nouveau permet de vérifier.
- LE FORGERON MÉCANIQUE
- Depuis les temps lointains oit Vulcain forgeait dans son antre souterrain les armes des Dieux, il ne semble pas que son art ait jamais suivi la marche du progrès. Les forgerons sont restés ce que Lucrèce les décrit : dans un local obscur qu’enfume le feu de la forge, sur l’enclume sonore le forgeron et son aide martellent à coups rythmés le métal incandescent. Il semble cependant que nous soyons à la veille d’un changement important : le machinisme qui avait jusqu’ici respecté la forge vient d’y faire son apparition avec le marteau mécanique que représente notre figure.
- Il est spécialement destiné à supprimer pour tous les travaux de forge l’emploi du frappeur. Le forgeron reste seul à l’enclume et la machine qu’il commande à sa guise frappe avec une force plus ou moins grande, à volonté, la pièce à façonner. La machine travaille les matériaux jusqu’à 65 mm de côté, et, ce qui est à considérer, permet de se servir des outils courants. Le forgeron peut ainsi travailler seul, vite et longtemps.
- La faculté qu’a ce marteau de se mouvoir latéra-
- lement au-dessus de la face supérieure de l’enclume est très importante, puisque ce mouvement permet d’amener la tête du marteau au-dessus des orifices et outils sur l’enclume; le marteau est
- alors en posilion voulue pour frapper, refouler, façonner , forger des têtes, ou tous autres travaux similaires.
- La puissance de frappe varie suivant la pression sur la pédale au pied que l’on voit sur la photographie.
- Le déplacement latéral du marteau pour l’amener en face des diverses parties de l’enclume cor-respondant au travail à effectuer (étampage, refoulage, etc.), est obtenu par des engrenages commandés par le levier que l’on distingue sur la figure au-dessous du levier de commande. La force nécessaire pour actionner ce marteau est inférieure à 1 cheval et la quantité de travail qu’il peut réaliser est des plus considérables. Aussi son emploi est-il officiellement recommandé en Angleterre pour le travail des obus et nul doute qu’en France, dans un grand nombre d’industries de guerre, il puisse rendre de grands services. H. Voi/ta.
- Le frappeur mécanique forgeant une barre de fer {un seul ouvrier).
- Le Gerant : P. Masson. — Imprimerie Lahure, rue de Fleuras, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 2249.
- 4 NOVEMBRE 1916
- LES CHANTIERS MARITIMES ALLEMANDS
- Au moment où la guerre a éclaté les Allemands venaient d’achever le plus imposant ensemble de chantiers maritimes qu’il y ait au monde ; moins nombreux sans doute, mais plus neufs que les chantiers anglais, plusieurs les surpassaient par la puissance de leur outillage.
- Les Français seraient mal venus à prétendre qu’ils l’ignoraient, car outre les descriptions sommaires que j’en ai données en 1911 et 1914 (*), nous avions la bonne fortune de posséder un ouvrage, aussi remarquable par ses considérations économiques que complet au point de vue technique, d’un jeune consul de France à Hambourg, M. André Dussol (1912).
- passer quelques mois dans une usine américaine taylorisée, les Allemands étant les seuls en Europe à avoir réellement appliqué les méthodes du célèbre ingénieur de Philadelphie.
- 11 n’est primes, barrières douanières, ni encouragements qui puissent compenser les différences d’installation entre nos établissements de France et ceux de l’étranger. Fort heureusement l’un de nos chantiers français vient de passer en des mains qui ne sont pas celles de l’État, lesquelles ont résolu de le transformer complètement.
- L’éclosion inattendue, les attentats inouïs et les raids audacieux des sous-marins allemands depuis
- Fig. i. — Chantiers Germania-Krupp à Kiel.
- Faut-il tristement ajouter que comparés aux installations germaniques, nos arsenaux et la plupart de nos chantiers navals actuels font la même figure que présenterait la locomotive de Stephenson à côté des grosses machines de traction modernes.
- Après la visite des chantiers de navires anglais, hollandais ou allemands, celle de nos arsenaux est quelque chose de navrant. Passons sur ce fait que le peu d’outillage moderne qu’ils renferment vient exclusivement d’Angleterre et d’Allemagne, mais les méthodes de travail, la disposition des ateliers, a non-coordination des efforts, l’encombrement, le désordre, les pertes de temps, le gaspillage des outils et des matières premières, y dénotent une absence complète des notions du travail industriel moderne. L’enseignement qui serait le plus nécessaire aux chefs de ces établissements serait de
- 1. U Allemagne au travail et Derniers jnvgrcs de l’Allemagne.
- deux années sont une preuve décisive de la puissance technique et de la rapidité des construction dans les chantiers de nos ennemis.
- Toutefois je ne parlerai ici que de la construction de leurs navires de commerce, aussi bien en ont-ils mis en chantier malgré la guerre environ 800 mille tonnes, prêts à prendre la mer si les Alliés vainqueurs le leur permettaient.
- Les chantiers allemands n’ont acquis de l’importance que depuis une date très récente. Leurs origines furent plus que modestes et il faut arriver à la période postérieure à 1880, pour pouvoir dire que l’Allemagne construisait des navires de mer d’un tonnage élevé; jusque-là tous leurs grands vaisseaux sortaient des chantiers anglais.
- C’est sous l’impulsion du ministre prussien von Stock que les armateurs de Hambourg se hasardèrent à commander quelques paquebots à l’indus-
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- 44' Année.
- 2” Semestre.
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- 290 ======= LES CHANTIERS MARITIMES ALLEMANDS
- trie nationale en 1885 ; mais leur méfiance était telle que la tiamburg-Amerïka exigea, pour se couvrir contre les malfaçons, la garantie des grands banquiers de Berlin qui se prêtèrent à cette combinaison. C’est la maison Vulean de Stettin qui obtint ces premières grosses commandes ; elle les réussit à satisfaction. Dès lors la construction navale allemande se classa parmi les premières dü monde et l’on vit successivement sortir de ses chantiers les liners aussi remarquables par leur tonnage^que par leurs vitesses qui portèrent les noms de Wilhelm der Grosse, Deutschland, Kaiser Wilhelm II, Kaiserin Auguste-Victoria, et enfin les géants actuels Imperator et Vaterland de 56000 tonnes. *
- Les augmentations de tonnage et de vitesse imposèrent aux chantiers des changements radicaux et un outillage d’une puissance inconnue jusque-là.
- 11 est à remarquer que les moyens de construction marchèrent plus vite que les moyens de réparation des navires, et que jusqu’à ces dix dernières années les grands paquebots construits en Allemagne étaient obligés d’aller se faire réparer en Angleterre.
- Les difficultés que le génie civil allemand avait à vaincre pour établir et perfectionner la construction navale étaient au début de deux sortes : 1° ils n’avaient pas à bon marché, sur les lieux, le fer, l’acier et les métaux nécessaires, les chantiers étant fort éloignés des usines métallurgiques ; 2° ils manquaient absolument du personnel technique expert en cette profession.
- Jusqu’en J 895, les constructeurs de la Baltique et de la mer du Nord employaient comme matières premières des produits anglais. A cette date, les chemins de fer des États allemands consentirent pour ces marchandises des tarifs de transport tellement bas (1,4 à 1,2 pfennigs pardonne kilométrique) que les chantiers purent dès lors éliminer les métaux anglais; la première difficulté était vaincue.
- . Pour arriver à former des ingénieurs de constructions navales, des efforts plus laborieux encore furent mis en oeuvre. Les premiers cours de génie maritime avaient été ! créés au polytéchnicum de Charlottenbourg ; ils s’y perfectionnèrent d’année ,en année ; puis fut fondé en 1905 le polytéchnicum de Danzig (décrit dans l'Allemagne au travail), tout particulièrement installé, .pour former des ingénieurs navals, à proximité des grands chantiers de cette ville où les connaissances pratiques s’associent à l’instruction théorique.
- Il existe en outre, notamment à Brême, à Hambourg et à Kiel, des écoles techniques secondaires pour les mécaniciens de la marine.
- Toutefois les Allemands ont avoué que l'art de la construction des navires est celui qui leur a donné le plus de peine à acquérir; ils déclarent que c’est grâce à leur méthode scientifique qu’ils .purent, au début, lutter contre les Anglais, qui
- avaient sur eux une avance décourageante et qu’en plus il leur fallut devenir des praticiens, ce qu’ils n’étaient pas.
- Ils disent encore qu’un homme purement scientifique ne saurait infuser ses idées à un praticien chargé de les appliquer, il faut que le scientifique soit simultanément praticien. La construction des navires est de tous les métiers celui qui met en œuvre le plus de techniques diverses.
- C’est pour compléter leur maîtrise que les chefs de chantiers allemands avaient fondé, vers 1897, l'Association des constructeurs de navires qui a joué un rôle de premier ordre dans les progrès de cette technique en étudiant et en expérimentant à frais communs les idées et les découvertes qui s’y rapportent. Les membres de cette association, qui étaient au nombre de 614 en 1899, se montaient à 1665 en 1912.
- Cette association possède tant à Brême qu’à Berlin des laboratoires de chimie, de physique, de mécanique, d’électricité et d’hydraulique uniques au monde. L’un des compartiments les plus curieux de ces ateliers d’expérimentations est une vaste nappe d’eau où l’on essaie, à la stabilité, à la vitesse, à la puissance de propulsion, des modèles réduits des navires nouveaux à construire, modèles réduits qui atteignent souvent plusieurs dizaines de mètres de longueur.
- Toutes les innovations pratiques des Allemands en matière de navigation ont été expérimentées là, notamment maintes inventions françaises qu’ils ont mises au point les premiers, telles les sous-marins, les turbines à vapeur dont notre éminent ingénieur Rateau a imaginé le type sur lequel les autres sont plus ou moins copiés ; enfin là est née l’application à la marine du moteur Diesel.
- L’une des réalisations les plus utiles de l’association des constructeurs de navires a été l’unification des types, notamment pour les chaudières qui, du plus grand liner au plus petit canot à vapeur, sont du même système. Cette tendance vers l’unification et l’interchangeabilité des organes est générale en Allemagne. , : :
- Les chantiers navals, au nombre de 7 en 1870, étaient en 1913 au nombre de 119; cette statistique comprend les chantiers affectés à la batellerie fluviale, mais elle laisse en dehors les nombreuses usines qui se sont créées et développées depuis 20 ans pour fabriquer du matériel et des pièces accessoires spécialisés en vue de la navigation.
- Ces chantiers d’importance très inégale se répartissent à raison de 55 dans la mer du Nord, 33 dans la Baltique, 12 sur le Rhin, 12 sur l’Elbe êt 7 sur l’Oder.
- C’est dire que presque tous sont neufs, et que la plupart de ceux qui construisent des navires de mer ont totalement créé ou renouvelé leur matériel dans les 15 dernières années. La surface de terrains qu’ils occupent a passé de 224 hectares en 1900 à plus de 800 en 1913
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- — LES CHANTIERS MARITIMES ALLEMANDS —. . — 291
- Ils peuvent produire environ 400000 tonnes bluff — qu’ils ont continué à travailler à plein, par an de navires à vapeur ; le chiffre de 780 000 Nous n’examinerons ici que quelques-uns des
- Fig. 2. — Cale sèche chez Blohm et Voss. (Lancement du V~aterland.)
- Fig. 3. — Dock flottant chez Blohm et Foss.
- tonnes de bateaux construits depuis le début des hostilités indiquerait donc — s’il n’est pas un
- grands chantiers maritimes qui sont au [nombre d’une cinquantaine. Les principaux sièges de ces
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- 292 ============ LES CHANTIERS MARITIMES ALLEMANDS
- installations sont à Danzig, Stettin, Lubeck et Kiel sur la Baltique; Hambourg et Bremerhaven sur la mer du Nord.
- La plupart ont été installés avec des plans d’ensemble soigneusement étudiés pour que les matériaux destinés à la construction puissent parcourir directement les divers ateliers pour aboutir aux cales où s’élève le navire. De plus tout est prévu de telle sorte que les diverses parties puissent être respectivement agrandies ou transformées.
- Les cales sont de 5 sortes : rarement découvertes ; le plus souvent surmontées d’un immense réseau de ponts roulants sur poteaux d’acier d’une grande hauteur, comme chez Vulcan, et chez Blohm et Voss ; parfois, enfin, sous hangars gigantesques, complètement fermés, sauf du côté du flot, comme aux chantiers Germania-Krupp de Kiel. Cette dernière disposition permet aux ouvriers de travailler à l’abri en toute saison et par tous les temps.
- Ce sont d’ailleurs ces trois établissements Vulcan, Blohm et Voss, et Germania qui se classent comme les plus importants de l’Empire. Tous sont des entreprises privées qui construisent à la fois des navires de guerre et de commerce. Contrairement à ce qui se passe chez nous, 20 pour 100 seulement des vaisseaux de guerre allemands sont construits dans l’arsenal impérial de Wilhelmshafen, tandis que les arsenaux français construisaient, avec la lenteur que l’on sait, 56 pour 100 de nos navires de guerre.
- Les plus anciennement renommés, je le répète, sont les chantiers de Vulcan. Situés à Bredow près de Stettin à l’embouchure de l’Oder où ils couvrent une trentaine d’hectares, ils furent longtemps les plus importants de l’Allemagne. Le nombre des ouvriers employés là s’est élevé jusqu’à 8500 et ce sont eux qui, en dehors d’un grand nombre de vaisseaux de guerre, ont construit jusqu’en 1910 les plus grands paquebots connus, le Kaiser Wilheimder Grosse (1897) ; le Deulschland (1900), long de 209 m.; le Kronprinz Wilhelm (1902); le Iironprinzessin Cecilie (1903), longueur 215 m. ; le Kaiserin Auguste-Victoria (1906), long de 213 m. C’étaient les plus grands navires de leur époque, et les cales de Bredow au nombre de 4, dont la plus longue est de 217 m., ne peuvent respectivement recevoir de coques plus longues que 180, 210 et 217 m. C’est alors que la Société décida de créer de toutes pièces un chantier plus vaste à Hambourg.
- Bien que beaucoup plus récents les chantiers Germania de Kiel sont plus connus du public; sans doute parce qu’ils appartiennent à Krupp, et construisent principalement des navires de guerre. Ce n’est cependant qu’en 1896 que le grand métallurgiste d’Essen se décida, sur les instances réitérées du Kaiser, à acheter le petit établissement qui se trouvait là, et à le transformer en un formidable chantier maritime.
- Le front de mer ouvert aux ateliers dépasse
- 1 km, les terrains occupés mesurent 24 hectares et sont couverts de 90 000 m2 de batiments métalliques fermés. Les cales, qui en sont la partie essentielle, sont au nombre de 8; les deux plus grandes peuvent recevoir chacune un superdreagh-nougt de 225 à 250 m. de long et de 40 m. de largeur. Chaque cale est munie de 2 ponts roulants munis de flèches à rotation dans un plan horizontal pouvant ainsi déposer ou enlever leur fardeau sur tous les points de la surface.
- Outre les cales, les chantiers Germania renferment des ateliers munis d'un outillage colossal. Ainsi dans le hall de travail des tôles qui, dans tous les arsenaux, nécessite le plus vaste espace, et qui est long de 160 m. et large de 45, il y a des machines à cintrer et à cisailler capables de travailler des tôles de U m. de long et de 40 mm d’épaisseur. Je n’ai pas besoin de faire remarquer que j’ai visité en Angleterre sur la Clyde et sur la Mersey des chantiers pourvus de machines tout aussi imposantes.
- Dans les ateliers de menuiserie, de serrurerie, d’ébénisterie les transmissions sout toutes en sous-sol.
- Tous ces ateliers sont disposés de façon que les matières premières au fur et à mesure de leur usinage prennent toujours le chemin le plus court pour arriver aux cales de montage.
- Une autre série d’ateliers contiennent les halls de moulage, de fonderie fer et cuivre, de chaudronnerie et la station centrale d’énergie électrique; on y constate la présence d’une multitude d’instruments de levage et de transport de toutes dimensions. La chaudronnerie seule dispose d’un hangar de 156 m. sur 66, avec ponts roulants jusqu’à 75000 kg de puissance.
- L’énergie est transmise aux outils sous des formes très variées : vapeur, électricité, air comprimé, pression hydraulique. Tous les ateliers sont chauffés à la vapeur et ventilés artificiellement; des aspirateurs de poussières sont placés partout où le travail produit des copeaux ou de la sciure de bois.
- En dehors des ateliers il existe sur les quais un grand nombre de grues fixes ou mobiles dont l’une sur terre-plein fixe de 150 tonnes et l’autre de 200 t. sur ponton à flot. La figure 1 donne la photographie de cet ensemble qui est d’autre part sillonné de voies ferrées à divers écartements, pouvant pénétrer dans tous les halls, avec bascules jusqu’à 75 000 kg de puissance.
- Mais il semble bien que le plus puissant des chantiers maritimes allemands soit celui de Blohm et Voss à Hambourg. Je l’ai visité deux fois, en 1908 et octobre 1913. Entre ces deux dates, les directeurs m’ont affirmé y avoir dépensé 15 millions de marks. La surface dont ils disposent atteint 50 hectares, avec 2800 m. de quais, qu’il a fallu élever à l’aide de 500 000 m3 de sable de l’Elbe.
- Blohm et Voss sont depuis longtemps spécialisés
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- LE COMMERCE DES ANIMAUX EXOTIQUES VIVANTS
- dans la construction de grands navires de guerre ou de commerce. Ils refusaient toute commande de bateaux ayant moins de d 20 m. de longueur. Ils possèdent 10 cales de construction, surmontées de treillis aériens, de ponts roulants qui s’élèvent à 55 m. au-dessus du sol sur une surface de plus d’un hectare. Les cinq premières cales peuvent recevoir des bateaux de 200 m.; sur les cinq autres, plus nouvelles, on peut construire des navires géants jusqu’à 530 m. de longueur et 55 m. de large (fig. 2).
- Un autre atelier ouvert à ponts roulants aériens du même type est consacré au cisaillage, découpage et cintrage des tôles.
- Un immense hall bourré de machines-outils de toutes grandeurs sert à la construction des turbines à vapeur; c’est probablement le plus important qu’il y ait au monde pour ce genre de fabrication.
- Mais l’appareil le plus sensationnel que contiennent ces chantiers, celui qu’on voit de tous les points du port, est la grue fixe de 250 t. qui se dresse sur le quai de l’Elbe, à une hauteur de plus de 70 m. Lors de mon passage elle était occupée à armer le Vaterland de 55 000 tonneaux, le plus grand des navires construits jusqu’à ce jour (actuellement bloqué dans le port de New-York) ; frère cadet deV Imperator et frère aîné du Bismarck qui
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- aura lui-même 58 000 tonneaux, et que l’on assure avoir été lancé et armé à Hambourg depuis le commencement des hostilités.
- L’Imperator a été construit dans les nouveaux chantiers de Vulcan à Hambourg qui dressent leur architecture aérienne de ponts roulants à quelques centaines de mètres de Blohm et Voss, tandis que le Vaterland et le Bismarck sortent de ces derniers chantiers.
- Blohm et Yoss sont en même temps les plus grands constructeurs et propriétaires de docks Bottants pour réparations de navires (fig. 5). Us se sont constitués les apôtres de ce système, en concurrence avec les cales sèches en maçonnerie qu’ils estimaient un système suranné. Nonobstant on construisait en même temps (1913) plusieurs cales sèches à Bremerhafen, dont une de 320 m. de longueur.
- Le temps est loin déjà où les Allemands allaient faire réparer leurs navires en Angleterre.
- Mais quand on réfléchit à ce formidable amoncellement de matériaux et d’outillage que renferment les chantiers maritimes allemands, on se demande à quoi tout cela pourra bien être utilisé quand les Alliés auront jeté bas la puissance navale de nos ennemis. Victor Caîibon.
- Ingénieur E. G. P.
- LE COMMERCE DES ANIMAUX EXOTIQUES VIVANTS
- Les animaux exotiques vivants que nous pouvons voir en France, y ont été introduits soit par des organisations officielles dont la plus importante est la ménagerie du Muséum national d’histoire naturelle, soit par des sociétés privées, telles que le Jardin d’Acdimatation, soit par des ménageries ambulantes, dont les plus connues furent en France celle du dompteur Bidel, après celle de Martin, soit encore par des amateurs de curiosités, des voyageurs, des naturalistes, des artistes, des marins, des marchands.
- Peu à peu, le goût des animaux exotiques se développant, leur vente est devenue assez fréquente pour donner lieu à un commerce fort intéressant et souvent assez avantageux.
- Malheureusement, ce commerce, qui exploite une des richesses coloniales, s’était peu organisé en France et se trouvait avant la guerre presque tout entier aux mains des Allemands et des Anglais.
- L’an dernier, M. de Southoff a signalé, dans le Bulletin de la Société nationale d’Acclimatation de France, et son importance croissante et l’effort que mériterait son développement dans les pays alliés, possesseurs de colonies importantes.
- Nous passerons en revue les principaux marchés, en nous servant des renseignements recueillis par M. de Southoff et de ceux réunis par le Dr G. Loisel
- dans sa très complète Histoire des Ménageries.
- Les marchands de mammifères exotiques sont très nombreux. Tout le monde connaît la ménagerie d’Hagenbeck, à Stellingen, près de Hambourg; mais il est en Allemagne d’autres maisons aussi importantes : Fockelmann à Hambourg, Gross-bortel, Kuntzschmann à Hambourg, Menger à Lune-bourg, Mohr à Donataul, Dorendorff à Halle, Rei-cher à Hanovre, etc. Si Hagenbeck s’était fait une célébrité de la chasse, de l’élevage et de la vente des bêtes féroces, les autres importateurs faisaient un commerce aussi important de petits Mammifères.
- En Angleterre, Cross possède à Liverpool, un « zoo », établi primitivement à Londres au xvme siècle, dont la vieille renommée dépasse encore celle de Hagenbeck; Hamlyn à Londres est certainement le plus grand marchand de singes du monde; Jamrach à Londres, Payne et Wallace à Bath font également de grosses ventes d’animaux.
- En Belgique, Anvers était un des grands marchés internationaux et son Jardin zoologique faisait un commerce, important de transit, surtout vers l’Allemagne.
- Depuis longtemps, il existe à Constantinople, un marché aux singes qui fournit FEurope.de babouins et de cynocéphales. Les ours savants se vendent à Trieste où ils arrivent d’Asie Mineure et de Syrie.
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- 294 =rr--: LE COMMERCE DES ANIMAUX EXOTIQUES VIVANTS
- Depuis quelques années, plusieurs maisons anglaises se sont organisées dans l’Est Africain, à Naerobi notamment, pour capturer et expédier les grands animaux du centre de l’Afrique.
- En France, seule la maison Casartelli de Bordeaux compterait quelque peu à l’heure actuelle. Les rares autres marchands de Marseille, Bordeaux, Le Havre, font très peu d’affaires et ne reçoivent guère que des animaux assez communs : ours, chats-tigres, singes, tatous, etc.
- On ne trouve donc guère chez nous — et très irrégulièrement — que les espèces les plus banales. Les mammifères de nos colonies étaient chassés, expédiés et vendus le plus souvent par des marchands allemands.
- En ce qui concerne les oiseaux, la situation est certes moins mauvaise.
- En Allemagne, la sœur d’Ilagenbeck avait organisé à Hambourg une oisellerie remarquablement achalandée. Hambourg, Berlin, Leipzig, Ulm, etc., étaient devenus de grands centres du commerce des oiseaux exotiques.
- En Angleterre, la passion des oiseaux et les riches volières de nombreux amateurs suffisent à alimenter un commerce important. Presque tous les perroquets, les oiseaux de Russie et de Sibérie, la plupart des espèces rares ou nouvelles, sont importés par les marchands anglais.
- Cependant, la France fait aussi un commerce assez important d’oiseaux vivants, leur élevage étant généralement moins coûteux et nécessitant moins de place que celui des mammifères. Nos ports de l’Atlantique et de la Méditerranée reçoivent, chaque printemps, de nombreuses « collections du Sénégal » apportées par les transatlantiques, ainsi que des « oiseaux des Iles » venant de Java et de l’Indo-Chine, et moins souvent des « oiseaux du Brésil ». De plus, les marchands italiens et espagnols venaient fréqueminent s’approvisionner dans nos ports.
- Le commerce de reptiles et des batraciens est fort peu développé; ces animaux, faciles cependant à garder en Captivité et même à élever, ne trouvent que peu d’amateurs, .probablement à cause d’une certaine répulsion injustifiée qu’ils inspirent. Les principaux marchands étaient Scholze et Poelzschke, à Berlin, et quelques autres maisons allemandes. On y trouvait de nombreux individus des espèces les plus variées, depuis les boas et les salamandres géantes du Japon jusqu’aux caméléons et aux rainettes exotiques.
- Les poissons exotiques sont importés en Europe soit pour repeupler les eaux, soit comme espèces ornementales d’aquariums. D’Amérique nous sont ainsi venus la truite arc-en-ciel, et le saumon de fontaine, excellentes espèces, le poisson-soleil et le poisson-chat moins recommandables. En ces dernières années, la mode s’cst introduite d’élever dans des aquariums des petits poissons aux formes
- curieuses ou aux couleurs éclatantes, provenant pour la plupart des pays chauds. En France, la Société « Aquaria » fait une active propagande en leur faveur. Mais leur grand marché était allemand et l’on ne comptait guère chez nous que deux ou trois marchands.
- Il n’est pas jusqu’aux Invertébrés qui ne soient objets de vente. Les insectes, et même les araignées, ont leurs amateurs. Hambourg et Vienne tenaient des marchés actifs où un grand nombre d’espèces étaient cotées. En Angleterre, il existe une ferme d’élevage de papillons exotiques.
- Récemment, les Allemands avaient lancé, outre les terrariums et insectariums, des aquariums d’eau de mer pour la conservation en captivité des actinies, oursins, étoiles de mer, mollusques, etc., et avaient commencé la vente de ces animaux.
- En France, rien de tel n’existe. Faut-il continuer à nous désintéresser de ce commerce, ou voulons-nous attirer chez nous, après la guerre, les marchands, les naturalistes, les amateurs et les artistes qui achètent ces divers animaux? Voulons-nous garder pour nous ou laisser à nouveau aux Allemands le profit de cette exploitation de notre faune coloniale ?
- M. de Southoff vient de nous indiquer ces jours-ci ce qu’il convient de faire :
- Développer le goût des animaux vivants, agréable distraction en même temps que source d’intéressantes observations zoologiques. Ceci peut être le rôle de notre grande Société Nationale d’Acclimata-tion.
- Encourager les éleveurs, les acclimateurs en leur fournissant tous les renseignements utiles, pour leur éviter les déboires et les pertes du début, en leur apprenant à connaître les mœurs, la nourriture, les maladies des animaux qu’ils veulent conserver, apprivoiser ou faire reproduire.
- Donner plus de facilités aux voyageurs qui vont chercher les animaux dans leurs pays d’origine. Les chasses sont toujours des expéditions onéreuses ; il faudrait donc pouvoir les organiser soigneuse ment et complètement avant de les entreprendre, et ne pas se heurter, en arrivant dans les colonies, aux multiples- règlements administratifs, prohibitions, limitations qui sont toujours cause de coûteuses pertes de temps. Enfin, il faudrait que les compagnies de navigation voulussent bien ne plus taxer les transports d’animaux vivants à des prix inabordables, quand même elles ne vont pas jusqu’à refuser l’embarquement sur leurs paquebots, obligeant ainsi les importateurs à ne se servir que de caboteurs qui infligent aux animaux une traversée lente et pénible d’où ils débarquent en Europe trop souvent épuisés.
- L’effort à faire n’est pas considérable ; il procurerait à nos colonies aussi bien qu’à la métropole une nouvelle source de bénéfices qui n’est pas à mépriser. René Merle.
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- Pour la première fois depuis la guerre, les organisateurs du Concours Lépine ont pu réunir leur exposition habituelle dans la salle du Jeu de Paume aux Tuileries. Pourtant un grand nombre de Petits Inventeurs n’ônt pu répondre à l’appel de leur comité : ils se battent dans les tranchées. Plusieurs déjà.manquent; il faut-que d’autres les remplacent dans la; lutte commerciale et industrielle pour le succès de laquelle ceux-là ont donné leur vie.
- Telle qu’elle, l’exposition de cette année se présente avec des.idées neuves révélant un réel effort imaginatif et commercial en vue d’imposer notre production à l’attention des étrangers qui viennent la visiter. Les concours antérieurs étaient très suivis par les commis sionnaire s allemands qui inspiraient leurs industries des modèles exposés chez nous ; ils ont disparu, non sans espoir de retour; nous devons nous armer dès maintenant contre leurs visées. Les idées de nos inventeurs doivent être exploitées chez nous, par nous-mêmes et se faire connaître dans le monde entier avec leur origine. D’ailleurs tous les étrangers qui ne savent, en ces moments tragiques, comment manifester leurs sympathies à la France, sont prêts à nous accueillir avec enthousiasme.
- Contrairement à ce qu’il nous était possible de faire les années précédentes, nous devons nous contenter cette fois de consacrer au Concours Lépine quelques pages dans lesquelles nous nous efforçons de dégager le côté original et personnel de la création française en signalant rapidement les nouveautés qui nous ont paru devoir plus particulièrement retenir l’attention.
- La poupée française. — La fabrication de la poupée de porcelaine, née en France, était passée à
- l’Allemagne qui, par la mise en œuvre d’un puissant outillage, produisait à un prix de revient moitié moins élevé que celui de nos fabricants. Ceux-ci durent l’abandonner pour se consacrer à celle des bougies d’allumage. Depuis la guerre, plusieurs tentatives de reprise de cette industrie ont été faites, notamment par les maisons Damerval et Lafranchi, de Montreuil-sous-Bois, Verlingen, de Boulogne-sur-Mer, Lanternier, de Limoges. Si l’outillage permet de fabriquer de très grosses quantités les prix de revient pourront baisser suffisamment pour lutter avec ceux de nos ennemis qui ne peuvent plus qu’augmenter. N’oublions pas qu’en pleine guerre ils travaillent avec acharnement. On nous cite le cas d’un Allemand, établi à Paris avant la guerre,ayanttransporté son usine en Espagne d’où il se propose denous inonder de ses produits.
- Un inventeur, M. Duhamel, expose quelques têtes de poupées faites avec une pâte incassable, remplaçant la porcelaine ; il y a là une idée intéressante à exploiter si le produit est moins coûteux que la porcelaine et réellement incassable.
- Une nouvelle poupée française est née : c’est la poupée en tissu. Quelques artistes en ont exécuté différents modèles qui constituent une innovation très heureuse. La tête de ces poupées est faite d’un bourrage de déchets sur lequel on applique un tissu, peint ensuite. C’est la poupée absolument incassable. Mais les difficultés d’exécution sont telles que l’on ne peut envisager la fabrication en grandes quantités : de plus tous les modèles étant faits entièrement à la main les figures présentent encore parfois quelques imperfections qu’il importe de faire disparaître. Les artistes, trop habitués à voir de loin, n’ont pas le sens commercial; c’est
- Fig. i. — Poupées en tissu brodé et tricot à la main.
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- Fig. 2. — Poupées en tissu de soie avec têtes peintes à la main.
- aux industriels qu’il appartient de mettre au point cette nouveauté et d’en faire un article d’exportation. Citons dans cet ordre d’idées les poupées de Mme Andrée Noelles et celles de Mme Mazer-gue.
- M. Léon Bernard expose des modèles qui diffèrent des précédents en ce sens que la figure non peinte est constituée par une tapisserie qui lui donne beaucoup de relief quoique le bourrage n’en comporte aucun.
- Silhouettes. — De nombreux fabricants exposent de belles collections de silhouettes presque toutes articulées, en bois ou en carton. Nous ne signalons que pour mémoire les « kamarad » en général fort peu intéressants.
- Voici les soldats artistiques de M. F. Métereau en bois découpé, articulés et peints. Cette collection rassemble tous les soldats des armées alliées, fantassins et cavaliers, attelages d’artillerie complets, brancardiers, etc.
- Chaque sujet- prend toutes les positions que l’on désire lui donner. La collection Joanny Bousquet mérite également une mention spéciale avec une belle chasse et paysage tropical (plantation de cannes à sucre) peuplé de
- Fig. 3. — Poupée en tissu avec tête en tapisserie.
- Fig. 4. — Silhouette Matle. « La revanche du coq gaulois.
- nègres travaillant sous la direction d’un colon. Les silhouettes de M. Humbert, non articulées, reposent sur un bâti par l’intermédiaire d’un axe ; un contrepoids dissimulé dans le bâti leur communique des oscillations. M. Luc a installé chaque silhouette sur une plate-forme montée sur quatre roues. I/es-sieu, coudé, est relié pàr une tige à un organe du sujet qui obéit à la commande lorsque l’enfant tire l’animal avec une ficelle.
- M. Hubert expose la Victoire de Verdun : un zouave et un allemand sont aux prises. Pendant que le zouave avance à la baïonnette, l’allemand fait demi-tour.
- Citons encore, du même artiste, la Laitière belge, chariot traîné par un âne. Les pots de lait sont en bois et creusés afin de pouvoir être utilisés pour la confection des gâteaux de sable. Les silhouettes de M. Gourny sont constituées par deux sujets : un conducteur et un cheval ou un âne montés sur roues. L’essieu coudé commande une partie mobile de l’une des silhouettes et les rênes transmettent le mouvement h la seconde,
- La Revanche du Coq Gaulois s’inspire de cette belle affiche d’Abel Faivre dans laquelle le coq sort de la pièce d’or pour terrasser le soldat allemand.
- Fig. 5. — Soldats en bois découpé. (Silhouette de M. Métereau.)
- Fig. 6. — Brancardier et chien sanitaire. (Silhouette de M. Métereau.)
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- ci la silhouette du coq est montée à l’extrémité d’une lame d’acier très flexible et le bec de l’oiseau vient, à chaque oscillation, atteindre le soldat allemand terrassé à ses pieds.
- M. Philippi est l’auteur de silhouettes en carton particulièrement intéressantes. Elles comportent plus ieurs parties mobiles actionnées à la main en tirant sur l’extrémité d’une bande de carton. Le principe de cette mécanique est loin d’être nouveau, mais les diverses applications qui en ont été tirées sont particulièrement intéressantes.
- C’est François-Joseph dont la figure prend toutes les expressions depuis la somnolence béate jusqu’au désespoir le plus profond. C’est le général Joffre étreignant l’aigle allemand. C’est la « misérable petite armée » représentée par un tout petit soldat anglais en face d’un immense Guillaume gouailleur et qui devient peu à peu un géant pendant que la figure de l’adversaire prend une expression de terreur de plus en plus accentuée. C’est enfin le soldat français, debout, dans une belle attitude pleine de noblesse et de fierté qui au commandement exécute un « portez-arme » et un « reposez-arme » avec une grâce, un.charme qui lui vaut les applaudissements unanimes ; cette pièce est certainement la plus remarquable au point de vue petite mécanique de toute l’exposition.
- Jeux et jouets. — La construction mécanique fait un beau progrès avec le système « Constructor » qui relève de l’art de l’ingénieur et constitue un système nouveau dont il est impossible de méconnaître l’intérêt exceptionnel.
- L’invention, d’ailleurs, n’a reçu qu’accidentelle-
- ment une application enfantine. Nous ne pouvons que nous féliciter de cette idée qui a eu pour résultat de mettre entre les mains des jeunes gens un
- jouet bien français et nettement supérieur à tout ce qui leur a été offert jusqu’ici:
- En principe, lé système est constitué par la réunion d’éléments et de demi-éléments métalliques. Chaque élément est un losange rigide renforcé par ses diagonales et le demi-élément est un demi-losange. On les assemble au moyen déboulons serrés par des contre-écrous. Des traverses plates ou coudées à leurs extrémités interviennent dans les liaisons de fermes. Un tournevis et une clé à écrous suffisent pour effectuer le montage. En suivant les indications données dans une brochure spéciale, les jeunes gens peuvent se permettre la construction de différents modèles de ponts, de hangars, de postes d’observation, de postes sémaphoriques, d’appareilsdelevage, etc., ayant tout à fait l’allure d’une construction réelle dont tous ces modèles respectent la technique. Nous conseillons vivement aux parents de compléter ce joint en donnant aux jeunes gens les premières notions de moulage en plâtre qui les initieront à la construction maçonnée qui sert d’assises à la construction mécanique. Ne se trouvera-t-il pas un ingénieur pour constituer une boîte avec formes à l’usage de ses futurs collègues?
- L’inventeur du cons-tniclor, M. Goyffon, aidé deM. Dalic, exposent une première boîte d’éléments suffisamment garnie pour donner satisfaction aux exigences de jeunes gens. C’est le jeu technique qui convient à l’âge où l’on quitte le jouet enfantin
- Fig. 9. — Carte postale articulée de Philipfi. (Soldat à l’exercice.)
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- pour chercher des distractions d’un ordre plus élevé.
- M. Gasselin présente un certain nombre de créations dont plusieurs sont fortintéressantes.
- Voici la « Grenouillère », sorte de jeu de tonneau de salon qui exige autant d’adresse que son aîné. Sur une planchette d’assez grandes dimensions sont placées en ligne, six grenouilles métalliques à la bouche largement ouverte et mobiles autour d’un axe. Au repos, la bouche effleure la table de jeu. On lance les billes en frappant du doigt sur un levier. Si elle entre dans la bouche de la première grenouille, on passe à la suivante, sinon on recommence avec une deuxième bille et ainsi de suite. Les billes qui ont manqué le but reviennent soit dans un garage où elles sont perdues, soit dans une rampe d’où elles font retour au joueur.
- Le jeu du serpent est également un jeu d’adresse : le reptile est creusé dans une planchette oscillante; il s’agit de faire gravir par une grosse bille toute la longueur du serpent, de la queue à la tête et ensuite de la tête à la queue ; la bille ne peut progresser qu’en imprimant à la planchette une succession de mouvements oscillants qui exigent beaucoup d’attention.
- Popol et son avion est un petit jouet mécanique à bas prix, actionné par un ressort.
- Le sujet tient un avion à l’extrémité d’une tige flexible et le fait tournoyer au-dessus de sa tête.
- MM. Bassompierre et Dor exposent un jouet d’actualité qui s’appelle le pilori. Il est constitué par un cylindre métallique auquel les inventeurs ont donné le nom irrévérencieux de Tinette, en raison des « produits » qui viennent s’y précipiter. Du cylindre partent six rayons en bois terminés par une sorte de porte-fejuille servant de sup- '
- port aux personnages les plus en vue du Mittel Eu-ropa et par un mât avec le drapeau français. L’axe central dû cylindre porte un avion captif qu’un mouvement d’horlogerie met en mar-che. L’avion prend son vol, se détache peu à peu de l’axe et à un moment don-néalteintles mâts des rayons, alors un déclic se produit, des ressorts agissent l’un après l’autre et les « personnages ». piquent une tête dans la « tinette » !
- M. Hurm a construit un hydroplane pourvu de deux flotteurs métalliques supportant une nacelle circulaire autour de laquelle sont distribuées des bouches à feu. Dans le cylindre, un ressort actionne une hélice aérienne qui fait progresser l’hydravion. Chaque bouche à feu est armée d’une petite fusée que l’on allume et l’ensemble doit produire un gentil effet de combat naval sur une pièce d’eau pendant la nuit. M. Claparède a imaginé un carnet avec tringle remplissant les fonctions de pantographe; l’appareillage est extrêmement simple et permet la reproduction fidèle de petits dessins.
- Pour le jardin, M. E. Moïse a inventé une balançoire très confortable qui s’installe sur deux supports quelconques, entre les deux branches d’une échelle double, par exemple. L’enfant prend place sur le siège pourvu d’un dossier et agit par .tractions rythmées sur les deux poignées de la colonne de montage qu’il a en face de lui et qui est solidaire du bras de support horizontal. Un contrepoids régularise les oscillations. L’appareil est très simple, très solide et ne présente aucun danger.
- Nous ne parlerons que pour mémoire des nombreux Tirs qui figurent dans cette exposition et qui ne diffèrent de tout ce qui existe dans ce genre que par
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- la cible généralement représentée par un boche levant les bras en l’air dans une altitude grotesque. Le plus souvent ces cibles ne révèlent qu’un mauvais goût très caractérisé que nous aimerions voir disparaître des concours.
- Contrairement à ce que l’on pourrait s’imaginer on rencontre très peu de canons. Quelques-uns, en plomb, révèlent une belle facture : il en existe également en bois. Leur petit nombre nous laisse
- supposer que les fabricants de ces jouets ne sont pas tous venus exposer au Concours. Nous le regrettons sincèrement puisque nous attribuons au Concours Lépine une importance exceptionnelle au point de vue industriel et commercial ; nous le considérons volontiers comme l'antichambre de l’une des branches les plus importantes de l’industrie parisienne dont tous les membres doivent grouper leurs efforts en vue de la conquête des marchés mondiaux.
- LE NOUVEL ACCIDENT. DU PONT DE QUÉBEC
- Le nouveau pont de Québec dont La Nature a déjà eu l’occasion de s’occuper (n° 2008) est destiné à remplacer celui qui, à moitié terminé et pendant son montage, s’est effondré le 50 août 1907 dans le Saint-Laurent à la suite de la rupture d’une des pièces principales de la superstructure.
- Dans le numéro de La Nature du 9 novembre 1907, nous avons donné des détails circonstanciés sur cette catastrophe. À la suite de cet
- des charges, et même, en fin de compte, la limite élastique du métal, c’est-à-dire la charge à partir de laquelle la rupture des pièces est à craindre. Enfin la disposition des pièces comprimées était défectueuse, en ce sens que le système de treillis qui relie à la partie supérieure et inférieure, les poutres verticales constituant les pièces comprimées et qui avait pour but de rendre celles-ci solidaires Tune de l’autre était de dimensions insuffisantes
- Fig. i. — Projet adopté par la Commission et présenté par la « St-Lawrence Bridge C° » chargée de son exécution.
- événement, le gouvernement canadien chargea une commission composée d’ingénieurs d’en rechercher la cause, et le 9 mai 1908, elle déposait son rapport dont les conclusions étaient les suivantes :
- La chute du pont de. Québec provient.de la rupture d’une pièce comprimée formant la membrure inférieure d’une des poutres de la travée de rive, rupture due à des erreurs commises par les ingénieurs chargés de l’étude de la construction du pont, et aussi à la disposition défectueuse des pièces comprimées.
- L’erreur commise provient : d’une part, d’avoir admis comme base de calcul, des dimensions à donner aux différentes pièces de l’ossature du pont, un poids trop faible de ce pont et d’avoir ensuite négligé, comme cela se fait toujours, de faire un nouveau calcul; d’autre part, chose plus grave, d’avoir admis pour le travail à faire subir au métal par millimètre carré de Surface des valeurs de beaucoup supérieures à celles habituellement admises.
- 11 résulte de ces deux erreurs, l’une de calcul, et l’autre d’appréciation, que le travail auquel se trouvaient soumises les pièces de l’ossature du pont, dépassait, celui déjà très élevé admis par le cahier
- pour résister aux effets de flambage. En présence des conclusions de cette enquête et pour éviter le retour de pareilles erreurs, le gouvernement canadien chargea une commission d’ingénieurs très compétents d’étudier la reconstruction de cet important ouvrage, et, après des études et discussions longues et minutieuses, confia ce travail à la Compagnie Lawrence Bridge C° qui est la fusion de deux autres sociétés métallurgiques. Au point de vue des pièces comprimées, des essais très sérieux ont été faits dans l’usine, dans le but de comparer la résistance au flambage des diverses pièces étudiées et de choisir la disposition la plus résistante.
- C’est ce nouveau pont de Québec dont nous allons indiquer les principales caractéristiques, qui, à son tour le 11 septembre dernier, vient de subir pendant son montage une avarie certainement grave, mais dont l’importance n’approche pas, comme nous le verrons, de celle du premier pont de Québec. Les détails manquent encore pour déterminer d’une manière certaine la cause de l’accident ; après l’enquête, qui certainement va être faite, nous en ferons connaître les résultats. En attendant nous nous bornerons à résumer les faits.
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- Le nouveau pont. — Le nouveau pont (fig. 1) est exactement dans le même axe que l’ancien, seulement/ afin d’éviter les piles qui soutenaient l’ancien pont dont on doutait de la solidité, on déplaça celui-ci longitudinalement de quelques mètres. Comme le pont primitif, le nouveau est un pont en cantilever. Il se compose de trois ouvertures dont voici les caractéristiques principales :
- L’ouverture de la travée centrale est de 548 m. 60, c’est-à-dire la même que celle du pont écroulé. Celte travée centrale est formée de deux poutres en cantilever de 176 m. 80 de longueur chacune, et d’une poutre centrale les réunissant de 195 m. de portée. Le poids de cette travée centrale est de 5000 tonnes environ. L’ouverture des travées d’ancrage est de 156 m. 97, de telle sorte que la
- mitif, les semelles inférieures des poutres en encorbellement et des poutres d’ancrage qui sont comprimées au lieu d’être courbes sont rectilignes. Le nouveau pont n’est destiné qu’à supporter deux voies de chemin de fer et des passerelles pour piétons, le Gouvernement canadien abandonnant complètement l’idée des voies de tramway et charretières, ce qui a permis de diminuer le poids de la superscruture.
- Montage du pont et accident du i i septembre 1916.— Le montage des travées dérivé s’est fait sur échafaudage et celui des poutres en encorbellement de la travée centrale s’est opéré, ainsi que cela se fait le plus généralement, en porte à faux : ces opérations n’ont présenté aucune difficulté.
- Toutes ces poutres d’ancrage et d’encorbellement étaient terminées dès la fin du mois d’août dernier.
- longueur totale dupont,entre les culées d’ancrage, 1 est de 802 m. 54. Les poutres principales ont une hauteur de 94 m. 48 à l’aplomb des piles en rivière, et de 21 m. 54 aux extrémités. La hauteur de la poutre centrale de jonction est de 55 m. 55 au milieu de la portée, et de 21 m. 54 aux appuis sur les poutres en encorbellement. La largeur du pont d’axe en ax>e des poutres de_ rives est de 26 m. 82. Quant à la triangulation de l’âme des poutres principales, elle est formée par des montants verticaux avec diagonales disposées en forme de K, disposition qui a pour avantage de diminuer les modifications des poutres sous l’influence des charges roulantes.. Toutes les pièces composant les poutres d’ancrage et celles immédiatement en dessus des piles en rivière sont en acier au carbone.
- Il en est de même du plancher supportant les voies. Quant aux poutres en encorbellement et à celles de la travée centrale, le métal employé est l'acier au nickel. Contrairement à ce qui existait au pont pri- |
- I II ne restait plus pour terminer le pont, qu’à monter la poutre centrale de jonction des deux poutres en encorbellement de la travée centrale. Deux méthodes pouvaient être suivies pour cette opération ; l’une consistait à monter la poutre centrale en porte à faux, à partir des extrémités des poutres en encorbellement, puis à faire, au milieu de la portée, le jonctionnément de ces deux parties de poutre; l’autre consistant à construire sur les bords du Saint-Laurent la poutre centrale, à l’amener au moyen de chalands par flottaison au-dessous du pont qu’elle, doit occuper dans le pont définitif; puis enfin, au moyen d’organes mécaniques la soulever jusqu’à la hauteur du plancher du pont où elle sera ensuite fixée définitivement. C’est cette dernière méthode que les ingénieurs de la S1 Latv-rence Bridge C° ont adoptée, malgré les dangers qu’elle pouvait présenter étant donnés la rapidité des courants de marée dans le Saint-Laurent et le | peu de durée de l’étale entre le flot et le jusant.
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- Comme on le voit sur la figure 2, à l’extrémité de chacune des poutres en encorbellement de la travée centrale est fixée une charpente très résistante, s’abaissant jusqu’au-dessous des
- travée centrale. Des presses hydrauliques agissent sur ces tiges verticales, soulèvent la poutre centrale pour l’amener à son niveau définitif.
- Le montage du pont qui forme la travée centrale
- Après l’effondrement de la travée centrale.
- Fig. 3.
- eaux du Saint-Laurent. Cette charpente peut tourner autour de son axe supérieur, de telle manière que cette charpente peut être amenée au niveau du plancher du pont définitif; et empêcher ainsi, en cas de besoin, toute gêne à la navigation du Saint-Laurent.
- Cette charpente a été calculée de manière qu’elle puisse, lorsque la poutre centrale y sera fixée, résister aux efforts, agissant sur celle-ci, dus au courant du fleuve et qui sont variables, se dirigeant tantôt vers l’amont, tantôt vers l’aval.
- Des tiges verticales en acier, également fixées aux poutres en encorbellement, descendent verticalement et se terminent par des supports sur lesquels viennent s'appuyer les extrémités des poutres de la
- s’est opéré sur la rive du Saint-Laurent à quelques kilomètres en aval du pont définitif. Ce montage terminé, on amena ce pont par flottaison au moyen
- d’un remorqueur, au pont définitif, où on l’a marra aux charpentes dont nous avons parlé plus haut (fig. 2). Puis enfin, on le fit reposer sur les semelles dont nous avons également parlé, et qui devaient servir à amener ce pont à son niveau définitif, qui était d’environ 45 m. au-dessus du niveau des eaux du Saint-Laurent.
- Toutes ces opérations, dont l’une, le remorquage du pont, était des plus scabreuses, se sont effectuées sans aucune difficulté. Il ne restait plus maintenant qu’à soulever le pont et à l’amener à
- Fig. 4. — La pièce à la rupture de laquelle on attribué l’accident : a gauche, avant l'accident; à droite, après l’accident.
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- 302 DÉTERMINATION DES DISTANCES EN MER
- son niveau définitif. Cette opération fut commencée dans la matinée du 11 septembre dernier et tout allait bien, jusque vers 10 h. 1/2, où le pont avait atteint une hauteur d’environ H m. au-dessus des eaux du Saint-Laurent, lorsque, une des semelles supportant le pont céda ; celui-ci ne portant plus que sur trois points d’appui s’inclina, puis après s’être brisé vers le tiers de sa longueur s’effondra dans le Saint-Laurent, dans des profondeurs de 70 m. environ. Sera-t-il possible de retirer du fond du fleuve une partie des matériaux qui constituait
- le pont et de le reconstruire. L’avenir seul le démontrera.
- En résumé, c’est à la rupture d’une des semelles de support du pont que l’accident est dù. Cette rupture est-elle due à des fissures ou a des criques dans le métal, quelques-uns le supposent ; d’autres, au contraire, mettent en avant la malveillance, ce qui serait loin d’être impossible. Dans tous les cas, nous attendrons l’enquête, qui certainement sera faite, et qui nous permettra de déterminer la véritable cause de la rupture de cette semelle. R. Bonnin.
- DÉTERMINATION DES DISTANCES EN MER
- PAR TEMPS SOMBRE OU DE BROUILLARD
- Par temps clair, les phares, les bateaux-feux et les amers situés le long de la côte permettent au marin de déterminer la position de son navire et, par conséquent, sa distance à un point quelconque de la côte ou d’un écueil. Par une nuit claire l’éclairage des phares et des bateaux-feux lui donnent la même facilité. Mais, par temps sombre ou de brouillard la question devient difficile. Les phares, les bateaux-feux et les phares installés à l’extrémité des jetées de la plupart des ports, sont munis de sirènes ou de trompettes à anches qui envoient périodiquement des signaux aériens indiquant bien que le navire se trouve dans le voisinage d’un point dangereux. Mais à quelle distance? Rien ne le dit. Dans quelle direction par rapport à celle du navire se trouve le point d’où est parti le signal aérien. Rien non plus ne l’indique. Le problème reste donc indéterminé. M. J. Joly, physicien anglais bien connu, vient de soumettre à la Société Royale de Londres un mémoire dans lequel il propose un mode de procéder permettant de résoudre cette question, si importante pour la navigation maritime. Le marin pourrait ainsi, par temps de brouillard, non seulement se garder contre les points dangereux et les écueils, mais aussi éviter les collisions avec d’autres navires si, toutefois, ces derniers sont munis des appareils nécessaires pour la production des signaux. C’est ce nouveau procédé que nous nous proposons d’indiquer sommairement. - Cette méthode est basée sur la différence de vitesse des signaux hertziens, des signaux sous-marins et des signaux aériens traversant des milieux différents. Ainsi les signaux hertziens, dont la vitesse de propagation est de 500 000 km à la seconde, peuvent être considérés comme se propageant instantanément entre le point de départ et d’arrivée dans le cas qui nous occupe. Les signaux sous-marins, produits par des cloches, se propagent dans l’eau avec une vitesse de 1400 m. par seconde tandis que ceux aériens n’atteignent qu’une vitesse d’environ 530 m. à la seconde. Si, donc, on envoie simultanément des signaux à travers deux milieux différents l’avance de celui qui se propage avec la plus grande vitesse sur celui
- qui se propage le plus lentement sera proportionnelle à la distance parcourue. Il sera donc possible à un navire recevant successivement ces deux signaux, envoyés simultanément, de déterminer à quelle distance il se trouve du point où ces signaux ont été émis (1).
- Ainsi, si une cloche sous-marine émet un son simultanément avec une autre cloche ou une sirène placée au-dessus du niveau de la mer, le signal émis par la cloche sous-marine précédera de 4,3 secondes celui émis par la cloche aérienne ou la sirène à une distance de un mille marin (1852 m.). A une distance de 5 milles marins l’avance sera de 21,5 secondes. Le marin, muni d’un téléphone et d’une montre à secondes, entendant le signal sous-marin peut aisément estimer, à 1/2 seconde près, l’intervalle entre l’arrivée de ce signal et de celui du signal aérien. Cette approximation de 1/2 seconde correspond à une erreur de distance de 215 m. ; elle est largement suffisante dans la pratique, mais elle peut être améliorée avec certains dispositifs. Ainsi, on peut émettre des signaux sous-marins à intervalles réguliers, un coup de cloche toutes les deux secondes ou même un coup de cloche par seconde. Ces signaux sont émis par groupes de 50 coups de cloche successifs suivis d’un intervalle de silence d’une demi-minute. Au moment où le premier signal de chaque groupe est émis au poste de départ, celui-ci envoie le signal aérien et le marin sur son navire, entendant le premier signal sous-marin du groupe, n’aura plus qu’à compter le
- 1. En se basant sur ces chiffres, si nous appelons D le temps en secondes qui s’écoule entre l’arrivée du signal sous-marin et celle du signal aérien, L étant la distance au point de départ des signaux; nous aurons :
- I
- 1 1 35Ô ÎTÔÏ)
- = D;
- L =
- D .
- 0,00232’
- D = 0,00232 L.
- Dans le cas d’un signal hertzien cl d’un signal sous-marin, nous aurons :
- L = 1400 D;
- Dans le cas d’un signal hertzien et d’un signal aérien, nous aurons :
- L = 330 D ;
- D —
- 330*
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- L’APPLICATION DU TELEPHONE A LA CONSTRUCTION DES PONTS 303
- nombre de signaux sous-marins jusqu’au moment où il percevra le signal aérien. Il pourra alors déterminer la distance à laquelle il se trouve de la station d’origine du son. Ainsi, si les coups de cloche sous-marine sont espacés de une seconde, le signal aérien parviendra au navire un peu après le 5e coup de cloche sous-marine s’il se trouve à une distance de un mille marin. Dans le cas où, dans le groupe, les signaux sous-marins seraient espacés de 2 secondes le signal aérien sera perçu au 3e signal sous-marin. Dans la pratique on pourrait modifier les groupements de signaux sous-marins afm0 de permettre au navigateur de reconnaître la station d’où les signaux sont émis.
- Jusqu’ici nous n’avons parlé que des signaux sous-marins et aériens, mais on. peut également y adjoindre les signaux hertziens, d’autant plus que la majorité des grands navires actuels sont munis des appareils de télégraphie sans fil. Ils peuvent être employés comme complément des signaux sous-marins et aériens. Cette addition des signaux hertziens a ce grand avantage que, dans certaines conditions climatériques où la propagation des signaux aériens se trouve modifiée, sinon arrêtée, le navire pourra toujours déterminer sa distance
- par le retard du signal sous-marin sur le signal hertzien. Dans ce cas, le retard est de J,3 seconde par mille marin. Si le navire n’était pas muni de l’appareil nécessaire pour recevoir les signaux sous-marins, il pourrait déterminer sa distance au moyen des signaux hertziens et des signaux aériens. Le retard, dans ce cas, entre l’arrivée des deux signaux serait de 5,6 secondes par mille marin. A une distance de 5 milles marins, le retard entre l’arrivée des deux signaux serait de 28 secondes.
- Tel est, brièvement résumé, le nouveau procédé proposé par M. Joly pour déterminer les distances en mer par temps sombre ou de brouillard. Nous aurions encore à indiquer, étant donnée la distance ainsi déterminée, par rapport à un point quelconque, les méthodes géométriques proposées par M. Joly pour déterminer la position du navire connaissant sa direction et sa vitesse. Nous aurions également à décrire l’instrument étudié par M. Joly pour remplacer ces méthodes géométriques, difficiles à appliquer en mer. Mais ce serait sortir du cadre de cette note et nous ne pouvons que renvoyer le lecteur, que cette question pourrait intéresser, aux numéros des 1er janvier et 1er février 1916 des Proccedings of the Royal Society. • Boureuil.
- L’APPLICATION DU TÉLÉPHONE
- A LA CONSTRUCTION DES GRANDS PONTS MODERNES
- La guerre ayant raréfié la main-d’œuvre et élevé par suite le prix de celle qui reste, chaque invention ou procédé qui permet de réduire le nombre d’ouvriers ou la durée du travail rend les plus grands services. C’est ainsi que récemment la construction d’un grand pont métallique a pu être exécutée dans un délai très bref grâce à l’emploi du téléphone.
- Le pont en question fait partie d’un viaduc, long de plusieurs milles, qui décrit une grande courbe, comprenant les tunnels du Pennsylvania Railroad, et aboutit à New-York après avoir franchi l’East River entre Ward’s Island et Long lsland, connu en cet endroit sous le nom de Hell Gâte (Porte d’Enfer). Les travaux, commencés en janvier 1915, furent terminés en octobre de la même année, lors- _ que les énormes bras métalliques, tendus pendant dix mois au-dessus du fleuve s’étaient enfin rejoints.
- Le pont qui ne comporte qu’une seule arche de 310 mètres de longueur sur laquelle passeront quatre voies ferrées et qui est destiné à porter des charges plus lourdes qu’aucun autre ouvrage dé ce genre, non seulement possède la plus grande arche du monde, mais présente encore un intérêt particulier au point de vue de sa construction, car on y a employé pour la première fois le téléphone dont l’utilité a été considérable. Son fonctionnement commença le jour où furent terminées les deux culées et dès lors tout le travail, depuis la pose de la moindre, poutre jusqu’à la
- fonction finale, a été dirigé à l’aide du téléphone.
- Sans nous attarder trop sur les détails de construction, relatés dans Electrical Review and Western Electrician, indiquons seulement la disposition générale du pont et la méthode employée. Les deux branches, construites simultanément et de la même façon, reposent chacune sur une culée de pierre par l’intermédiaire de deux gigantesques semelles d’acier et de chariots de dilatation. À la base des branches métalliques on a élevé sur chaque culée une colonne également métallique, surmontée de deux énormes vérins hydrauliques. A chaque branche étaient reliées des poutres, fixées par une des extrémités au pont et supportant à l’autre des masses métalliques considérables, du poids égal à celui des branches de l’arche, c’est-à-dire de 13000 tonnes chacune, qui maintenaient en équilibre tout ce système de balance, mû par des vérins hydrauliques qui pouvaient l’élever ou l’abaisser par centimètres.
- Le fonctionnement des vérins ainsi que le travail des ouvriers étaient dirigés et contrôlés à l’aide de tout un système de léléphones aussi ingénieux que simple. Des appareils téléphoniques ont été disposés dans tous les points de construction de quelque importance, ainsi que dans les stations électriques, les bureaux, les cabines d’ingénieurs et de contremaîtres, sur les vérins hydrauliques, dans le bâtiment du compresseur, etc. Tous les postes du côté de Ward’s Island étaient réunis en une ligne, tous ceux de Long Island en une autre. Les deux lignes
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- 304 L'APPLICATION DU TÉLÉPHONE A LA CONSTRUCTION DES PONTS
- aboutissaient (la première par un câble immergé,, la seconde directement) à la centrale de Long Island, chargée de donner les communications demandées. De cette façon chaque poste téléphonique pouvait communiquer avec n’importe quel autre poste du système. Tout l’ensemble fonctionnait parfaitement, évitant aux ingénieurs et contremaîtres la nécessité de se déplacer et épargnant aux ouvriers le temps qu’ils auraient dépensé pour aller chercher des ordres.
- Mais l’utilité du nouveau dispositif atteignit
- son point culminant le jour où il fallut réunir en une seule arche les deux branches du pont présentant une différence du niveau de 575 mm. La tâche était
- Fig. i. — La vue de Varche du pont de Ilell Gâte achevée.
- poste téléphonique a été installé à l’extrémité d’une des branches d’où le contremaître dirigeait le mouvement des vérins. Vu la gravité de la situation,
- où toute erreur pouvait être fatale, ses ordres devaient être répétés avant d’être exécutés.
- D’autre part des graduations ont été fixées aux deux tronçons, car, le tronçon de Ward’s Island devantêtrebaissé de 51 cm, i et celui de Long Island de 55 çm,5 on abaissait le premier de 7/8. cm pendant que le second exécutait le trajet égal à un centimètre. Le travail n’était pas facile, néanmoins au bout de trois heures les extrémités des deux branches se touchèrent lentement et furent immédiatement rivées, formant ainsi la plus grande
- Fig. 2. — Le poste téléphonique installé sttr le pont en construction.
- Fig. 3. — L’installation du téléphone au bureau de l’ingénieur.
- difficile et non sans danger, car le moindre faux mouvement pouvait précipiter dans le fleuve le fruit du travail d’une année, ayant coûté 300000000 de fr. avec tout le personnel qui se trouvait dessus. Un
- arche qui ait jamais existé. Les projets étant exécutés avec uüe grande précision, aucune pièce ne fut mal placée et les poids d’équilibre purent être enlevés sans inconvénient.
- Le Gérant ; P. Masson. — Imprimerie Lahïïre, rue de Fleurus, 9, à Paris,
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- 1 NOVEMBRE 1916
- LA NATURE. — N° 2250.
- LE HALAGE FUNICULAIRE ÉLECTRIQUE SUR LES CANAUX
- De tous les problèmes qui doivent être examinés actuellement en vue de la lutte économique de l’après-guerre, un des plus importants est certainement le développement de nos moyens de transports industriels.
- Dans ce domaine, c’est surtout la voie navigable qui peut assurer à un prix suffisamment bas le déplacement de grandes quantités de matières brutes, telles que charbons, minerais, matériaux de construction, etc.... Il serait donc de tout intérêt
- que tout s’est développé autour de lui, le halage,. fidèle à la tradition, a jalousement conservé ses antiques moyens.
- Ce n’est certes pas que de nombreux essais n’aient été faits en vue de rénover les procédés de balage ; mais les difficultés techniques étaient plus grandes qu’elles ne le paraissaient a priori, et, généralement, pour assurer un fonctionnement suffisamment robuste, il fallait donner une telle importance à l’installation qu’elle ne se justifiait plus
- Fig. i.— Halage funiculaire au souterrain de Foug. Vue de la courbe de 25o mètres de rayon
- à l’amont du tunnel.
- de la développer et de l’exploiter économiquement.
- Or, si la construction d’une voie navigable nouvelle représente toujours de grands déplacements de fonds et un travail de longue haleine, il serait certainement facile de tirer un bien meilleur parti des voies que nous possédons et qui représentent déjà un réseau extrêmement important. En comparant les perfectionnements incessants de nos voies ferrées avec nos moyens de halage sur canaux, il est surprenant de constater que, tandis que l’exploitation des chemins de fer n’est plus comparable à ce qu’elle était jadis, nos canaux en sont restés à cet égard aux principes d’il y a plus de cinquante ans : les bateaux sont encore presque partout traînés par des chevaux ou des ânes avec une lenteur d’un autre âge (1800 m. à l’heure), et, tandis
- au point de vue économique, dans l’exploitation.
- C’est ainsi que successivement ont vu le jour sans cependant recevoir le développement espéré, divers procédés dont les plus connus sont : le touage sur chaîne, le remorquage par tracteur flottant ou roulant sur berge, la propulsion directe par hélice, et enfin le halage funiculaire.
- 11 appartenait à l’Administration des Ponts et Chaussées, de chercher et de choisir dans le chaos de ces recherches, le procédé le mieux adapté à chaque cas : c’est ce qu’elle fit en assurant à deux reprises la réalisation du système funiculaire, qui paraît plus économique que tout autre et qui s’adapte mieux aux différentes circonstances pouvant se présenter : écluses nombreuses, courbes, souterrains, passages rétrécis, etc....
- 44' Année. — 2' Semestre.
- 20 — 505.
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- LE HALAGE FUNICULAIRE ÉLECTRIQUE SUR LES CANAUX
- 306
- Le système funiculaire dont les premiers brevets d’invention datent de 1867, consiste, comme son nom l’indique, en un câble sans fin, mobile et courant sur des galets le long de la berge, et sur lequel peuvent s’amarrer les bateaux.
- Bien que la conception du halage funiculaire soil simple, sa réalisation pratique comporte de grandes difficultés et ce n’est guère qu’en 1887 que, pour
- trouve disposée une série de câbles sans fin, actionnés chacun par un cabestan électrique; l’ensemble d’un cabestan et d’un câble sans fin forme une section.
- Le brin supérieur du câble tracteur sans fin assure la circulation dans un sens et le brin inférieur l'assure dans l’autre sens.
- La section a, selon les conditions particulières de son emplacement, une longueur variant de 300 à 1000 m. et les cabestans sont calculés de manière à donner aux bateaux une vitesse de 3 à k km à l’heure.
- Le fonctionnement de l’ensemble est le suivant : le bateau à haler est amarré au câble sans fin par les soins d’un convoyeur qui circule sur la berge et joue
- Fig. 2. — Le convoi entrant dans le tunnel 0côté Rhin).
- la première fois, Maurice Lévy, alors ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, parvint à imaginer des perfectionnements suffisants pour assurer une exploitation industrielle sur la Marne et le canal de Saint-Maur à Saint-Maurice.
- Toutefois, ces premières installations ne se développèrent pas comme on aurait pu l’espérer ; la cause en fut attribuée aux machines à vapeur, qui seules pouvaient être employées à cette époque, et dont l’installation était évidemment trop onéreuse pour les canaux de moyenne circulation.
- Mais, depuis 1887, l’industrie fit de grands progrès, et actuellement les précieuses ressources de l’électricité permettent de résoudre, dans toute son ampleur, l’application d’une énergie souple et docile à la mise en mouvement des câbles funiculaires.
- C’est dans ces conditions que le Service du Canal de la Marne au Rhin, M. Imbeaux, ingénieur en chef, avec l’autorisation de M. le Ministre des Travaux Publics, a bien voulu encourager et permettre sur le canal la mise à l’essai d’un halage funiculaire électrique réalisé par la Compagnie Générale électrique de Nancy.
- Système de la Compagnie générale électrique de Nancy. — Sur une berge (et parfois sur les deux berges lorsque l’intensité du trafic le justifie), se
- Fig. 3. — Le convoi sortant du tunnel (télé Marne) dans la tranchée de Lay-Saint-Rèmy.
- à peu près le rôle du charretier actuel ; le convoyeur commande la mise en marche et l’arrêt des cabestans avec une facilité enfantine, à l’aide de simples commutateurs d’éclairage, répartis le long du chemin de halage en nombre aussi grand qu’on peut le désirer.
- De cette façon, le service fonctionne avec plus de sécurité que par la traction animale, tout en réalisant une vitesse des bateaux augmentée dans la proportion de 200 à 500 pour 100.
- Le croisement des bateaux se fait généralement entre deux sections, mais peut avoir lieu en n’importe quel point.
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- = LE HALAGE FUNICULAIRE ÉLECTRIQUE SUR LES CANAUX = 307
- Les bateaux peuvent circuler isolément ou par rames, selon les nécessités du trafic.
- Il n’est pas de difficultés que ne puisse surmonter le halage funiculaire électrique, en ce sens qu’il fonctionne indistinctement en biefs, au passage des écluses, sous des ponts, le long des courbes, et à la traversée des souterrains. De toutes façons, il semble bien que l’on soit arrivé à la solution pratique et économique, dont le développement s’imposera impérieusement dès la fin des hostilités.
- Les premiers essais faits par la Compagnie générale électrique eurent lieu, en 1910, à Jarville près Nancy ; ils furent si encourageants que l’élude approfondie du système funiculaire électrique fut immédiatement entreprise et continuée avec une grande persévérance.
- Successivement, la Compagnie générale eut l’occasion d’appliquer son procédé, tout d’abord pour l’exécution des travaux de réfection du grand souterrain de Mauvages, puis comme premier début de service public : de Foug à Pagny-sur-Meuse.
- Fig. 4. — Les deux cabestans et le poste électrique à ’entrée du tunnel de Foug (tête Rhin).
- Installation de Foug. — C’est cètte dernière installation, naturellement la plus perfectionnée, puisqu’elle n’a été terminée qu’au début de 1916, qui
- doit servir d’exemple pour l’extension qu’il y aura lieu d’apporter à la traction mécanique des bateaux. En dépit des difficultés savamment choisies par le service des Ponts et Chaussées (les 5 km de canal de Foug à Pagny-sur-Meuse, comportant 3 écluses très rapprochées, 2 ponts, 2 gares d’eau, un souterrain très étroit de 867 m. de longueur et des courbes de très petit rayon), la réussite du service public de halage funiculaire électrique à Foug a brillamment couronné les efforts de la Compagnie générale électrique.
- La longueur à desservir est divisée en 10 sections, dont une, la section 6, est spécialement consacrée au souterrain et à la tranchée de Lay-Saint-Remy, à une voie, qui lui fait suite vers la Marne. Dans les sections ordinaires, il n’y a généralement qu’un Bateau chargé en marche, et on a obtenu des vitesses de 5 kg 500 à 3 kg 600 à l’heure, aussi bien en bief rectiligne qu’en courbe : seulement il a fallu pour les courbes des dispositions spéciales des supports et des galets.
- Une très grande attention a été apportée à la traversée des écluses.
- Fig. 5. — Détail des supports sur berge concave.
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- 308 : L’EXAMEN INTERNE DES MÉTAUX AU MOYEN DES RAYONS X
- On sait que l’entrée d’un bateau chargé montant clans une écluse (de 5 m. 90 de largeur) produit un effet de pistonnage exigeant des efforts considérables des chevaux, lesquels s’y reprennent à plusieurs fois et mettent finalement 10 à 12 minutes pour faire entrer le bateau entièrement. Or ici, c’est le cabestan qui réalise l’effort voulu et cela d’une manière continue : le temps pour l’entrée dans l’écluse est réduit à 4 minutes.
- Pour la section du souterrain, les bateaux sont réunis par rames de 2, 3 ou 4 bateaux chargés. Le cabestan (25 à 30 HP) est beaucoup plus puissant que pour les autres sections, car il s’agit aussi de vaincre un effet de pistonnage interne, le tunnel n’ayant que 6 m. 20 de largeur au plan d’eau. La vitesse dépend du nombre de bateaux tractionnés : de 1800 m. à l’heure pour 2 bateaux elle descend entre 1400 et 1500 m. pour un convoi de 4 bateaux chargés. La traversée du souterrain et de la tranchée demande donc moyennement une demi-heure.
- Le courant est fourni par la Compagnie Lorraine d’Electricité : c’est du triphasé à 11000 volts, qui est transformé à basse tension dans 5 cabines ou postes électriques. Tout est préparé pour permettre une extension du système soit vers Toul, soit vers Pagny-sur-Meuse et Void.
- Un téléphone spécial permet aux agents et convoyeurs de se prévenir entre eux.
- Enfin le tunnel a été muni de lampes électriques
- .v>& » 0^‘tr
- Fig. 6.
- et est éclairé pendant le passage des convois.
- Aux prix d’avant la guerre, l’équipement d’un canal suivant ce système ne coûterait pas plus moyennement de 25 000 francs par kilomètre. Quant aux frais d’exploitation, ils sont fonction d’une part de la fréquentation du canal, et d’autre part du prix du courant électrique. Les circonstances actuelles ne permettent pas de se prononcer à fond sur ce point, la fréquentation du canal étant fortement réduite par la guerre et le prix du courant se trouvant majoré par la hausse considérable du charbon ; mais on peut penser qu’en temps normal __________ la traction mécanique reviendrait à 30 pour 100 moins cher que la traction par chevaux.
- En résumé, le système nouveau permet d’espérer sur les canaux la réalisation d’une vitessedou-ble de celle d’aujourd’hui, à un prix inférieur de un tiers à celui de la traction par chevaux.
- P. S.—L’Advient de déci-nouvelle appli-avec cabestan
- fl6?
- du halage £ V éiectrique
- Carte de la partie du canal de la Marne-au-Rhin-, où est installé le halage électrique.
- ministration des Travaux Publics der l’exécution immédiate d’une cation de la traction funiculaire électrique : il s’agit de la traversée en biais de la Moselle entre Frouard et Pompey, pour les bateaux qui ont à passer du canal de la Marne au Rhin dans la Moselle canalisée, ou inversement. Cette traversée ne pouvait plus se faire dès que les eaux étaient un peu fortes : on compte la faciliter beaucoup et la rendre possible même en crue moyenne, avec des vitesses de courant allant jusqu’à 4 m. par seconde.
- L’EXAMEN INTERNE DES MÉTAUX AU MOYEN DES RAYONS X
- On sait que tout récemment, grâce à l’invention par W. D. Coolidge du nouveau tufie qui porte son nom, l’examen interne des métaux par les rayons X est entré dans une phase vraiment pratique.
- Nous eûmes dernièrement la bonne fortune d’assister, aux Établissements II. Pilon (Q, à quelques-unes de ces intéressantes expériences. Leur court résumé aura certainement quelque attrait pour nos lecteurs.
- Nous ne reviendrons pas sur la description de l’ampoule « Coolidge » déjà publiée dans ce journal,
- 1. Constructeurs en France du tube « Coolidge ».
- lors de son apparition (Q. Il est bon néanmoins de rappeler que ce nouveau tube peut fonctionner des temps excessivement longs à des régimes inconnus des autres tubes, qu’il peut aisément se régler avec précision, tant au point de vue de la quantité des rayons émis qu’au point de vue de leur pénétration, que c’est grâce à ces perfectionnements que des résultats pratiques furent obtenus en radio-métallographie.
- Le laboratoire spécial oii furent tentés les essais dont nous allons donner un aperçu est aménagé de telle sorte que l’opérateur se trouve ahso
- 1. La Nature, n° 2129, 14 mars 1914.
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- L’EXAMEN INTERNE DES METAUX AU MOYEN DES RAYONS X == 309
- luraent protégé des rayonnements, direct ou secondaire, surveillant et réglant l’ampoule à distance dans une pièce contiguë. Ces conditions de protection ont un intérêt capital, étant donnés, les régimes atteints par le tube.
- L’appareillage producteur de courant à haute tension, qui diffère par quelques détails des installations ordinaires de radiologie , permet d’obtenir des voltages dépassant 100 000 volts.
- C’est, du reste, sous un régime d’environ 120 000 volts que furent prises les épreuves dont nous allons parler.
- Sous ce voltage, le rayonnement peut arriver à traverser ure plaque d’acier épaisse de 55 mm; mais, pour cette épaisseur d’acier, le temps de pose semble être quelque peu prohibitif pour une application industrielle courante, alors que quelques minutes seulement d’exposition permettent d’obtenir une image photographique à travers 42 mm d’acier.
- La figure 1 représente une des deux épreuves prises pour Une vue stéréoscopique. Une éprouvette d’acier, épaisse de 40 mm, fut percée dans le sens vertical de deux trous, l’un de 3 mm de profondeur, l’autre de 10 mm. mais rebouché, sur une profondeur de 9 mm. en partant de la surface, si bien qu’un cylindre d’air d’un diamètre et d’une hauteur de 1 mm respectivement se trouvait emprisonné au sein même du métal. L’éprouvette, ainsi préparée, fut posée sur une plaque photographique. Sous et sur l’éprouvette furent placés deux cercles de plomb de même diamètre et de même largeur et centrés chacun par rapport à l’axe
- de l’éprouvette, ce, afin de donner à l’image stéréoscopique le relief voulu. Ces deux cercles de plomb devant délimiter, à l’examen stéréoscopique, les deux plans des deux surfaces, les cercles, de par la position relative de l’un par rapport à l’autre et de par la déformation de celui se trouvant sur le dessus de l’éprouvette, permettraient de retrouver facilement l’épaisseur du métal sachant que l’anti-cathode de l’ampoule se trouvait à 45 cm de la plaque photographique et décalée de 7 cm par rapport à l’axe de l’éprouvette.
- Sur l’épreuve nous retrouvons les deux cercles de plomb ainsi que l’image excessivement nette des deux trous artificiels. La projection du trou profond de 1 mm, n’est pas déformée, vu la faible longueur de celui-ci; par contre, la projection du trou profond de 3 mm est nettement elliptique. A l’examen stéréoscopique on
- se rend très facilement compte de la position relative de l’un et l’autre Irons par rapport aux deux cercles de plomb.
- Cette expérience montre qu’une différence d’épaisseur de mêlai de 1 mm sur 42 mm d’acier (épaisseur du métal traversé en cet endroit par le rayonnement oblique) est nettement visible. D'autres expériences tentées sur des éprouvettes d’acier de 30 mm d’épaisseur ont fait voir qu’une différence d’épaisseur de 1/10 de millimètre pouvait être enregistrée sur la plaque photographique, l’anti-calhode du tube se trouvant à 45 cm de la plaque.
- La ligure 2 est la radiographie d’une éprouvette
- Fig. i. — Éprouvette d’acier de 40 mm d’épaisseur percée dans le sens vertical de 2 trous, l’un de 3, l’autre de 10 mm de profondeur.
- Fig. 2. — Radiographie d'une éprouvette d’acier percée verticalement de 2 trous et horizontalement d’un trou éauidistanl des deux surfaces.
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- 310 L’EXAMEN INTERNE DES METAUX AU MOYEN DES RAYONS X
- d’acier percée verticalement de deux trous du diamètre de 1 mm, l’un profond de 1 mm, l’autre de 5 mm, et horizontalement d’un trou de 1 mm de diamètre parallèle et équidistant aux deux surfaces.
- La vue a été prise, l’anticathode du tube se trouvant à 1 m. de la plaque photographique ; si l’on lient compte que la décroissance du rayonnement est fonction du carré de la distance on jugera aisément de l’intérêt de cette épreuve.
- La figure 3 est la radiographie d’une section de barre de fer étirée hexagonalement, épaisse de 25 mm; ce métal excessivement défectueux laisse voir nombreuses porosités, l’une des faces porte une fente très marquée.
- La figure 4 est la radiographie d’une barre de laiton hexagonale, épaisse de 20 mm, présentant un défaut d’étirage invisible sur la partie externe de la barre.
- Un examen approfondi du métal des pièces représentées aux figures 3 et 4 pouvait, à la rigueur, faire retrouver la présence d’une partie des défauts signalés par les radiométallographies. Au contraire,' les pièces faisant l’objet des 2 figures 5 et 6 avaient une surface absolument saine ne permettant pas de supposer un défaut interne. Ces deux vues représentent des incorporations de scories.
- La figure 5 est un fond de piston en acier coulé de 6 mm d’épaisseur. Les scories sont visibles au voisinage de la paroi cylindrique du piston. Un numéro 87 est visible dans un des quadrilatères for mes par les nervures du métal, c’est un numéro venu de fonte.
- La figure 6 est la radiographie d’une roue d’engrenage en acier qui présente également des hétéro-
- généités de valeur atomique moindre que l’acier, donc plus perméables aux rayons X et représentées par les taches blanches figurées au bas et à gauche de la figure 6. Les différentes valeurs de teinte correspondent à diverses épaisseurs traversées, comme le montre la coupe du pignon figure 7. La partie A correspond à une épaisseur de 24,5 mm, la partie B à 8 mm, la partie C, en réalité composée des deux parties C et C', correspond à 13,5 mm, la partie D à 36 mm. Chacune de ces diverses épaisseurs fut entièrement traversée par le rayonnement, ainsi qu’il est aisé de s’en rendre comptp par la comparaison des teintes du pignon et des parties entièrement protégées par du plomb, comme l’entourage même de l’ensemble ou la partie E.
- Ces caches de plomb, épaisses de 5 mm, n’adhérant pas strictement à tous les points de la partie d’acier, laissent passer des rayons qui viennent détourer la pièce.
- Ces quelques clichés ont été obtenus avec une très grande rapidité. Ainsi le cliché (fig. 5) fut pris en 20 secondes. Nous assistâmes également à l’examen d’une
- pièce d’aluminium épaisse en certains endroits de 120 mm dont le cliché fut pris en 15 secondes.
- Cette nouvelle application des rayons X à l’examen interne des métaux nous semble devoir être à bref délai complément indispensable des moyens d’analyse actuels. Non seulement elle pourra devenir un guide certain pour les autres modes d'investigation qui sont plutôt des procédés de surface, mais encore être par elle-même une méthode d’une grande précision. On comprendra facilement que l’on peut localiser le défaut à un endroit
- Fig. 3. — Radiographie d'une section de barre de fer étirée hexagonalement.
- Fig. 4. Radiographie d’une barré de laiton.
- Fig. 5. — Fond de piston en acier coulé montrant les scories au voisinage de la paroi.
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- strictement défini par la simple prise de deux clichés, sans parler du procédé de stéréogra-phie dont nous parlions au début de ces notes.
- Le défaut du métal peut être évalué par la comparaison des teintes, en disposant sur le même cliché un étalon d’épaisseurs diverses du même métal que l’objet radiographié. Et du fait que le passage des rayons X à travers un corps simple dépend de sa masse atomique, on voit qu’il devient possible d’établir divers moyens très précis d’investigation.
- Cette dernière remarquefait même voir que l’on peut établir aisément un barême pour les temps de pose, puisque ce temps est le seul inconnu à trouver.
- On connaît, en effet, le poids atomique de l’objet, à radiographier, la distance du point d’émission du rayonnement à'la plaque, la quantité
- des rayons appliqués (milliampérage du tube), leur pénétration (voltage aux bornes).
- Quant à l’examen à l’écran fluoroscopique, il
- Fig. 6. — Radiographie d’une roue d’engrenage en acier avec des hétérogénéités.
- D
- Fig. 7. — Coupe de la roue d’engrenage dont la radiographie est reproduite figure 6.
- n’est pas possible, tout au moins pour l’instant, à cause de l’insuffisance de luminosité des écrans pour ce travail spécial. Cette méthode radioscopique nous semble du reste ne présenter sur la méthode radio-graphique que des avantages plus apparents que réels et qui, à première vue, paraissent être : gain de temps et économie de clichés, mais la rapidité de prise des clichés doit cer tainemen t contre-balancer le temps de l’accommodation de l'œil à l’obscurité et la recherche qui serait forcément longue de défauts en général très petits.
- On peut remarquer de plus qu’il est possible de radiographier plusieurs éprouvettes en même temps, alors qu’on ne pourrait en examiner qu’une seule à la fois par le procédé radioscopique. Quant à l’économie des clichés, elle disparaît devant l’intérêt d’un document certain, facile à examiner à loisir et sur lequel peuvent être opérés les travaux de repérage.
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- L’exploitation de l’ardoise à Fumay.
- Depuis longtemps déjà les journaux ont annoncé que la pénurie du cuivre avait forcé les xVllemands à enlever les toits des palais impériaux et des édifices publics, faits de ce métal, pour les remplacer par l’ardoise. Mais comme l’Allemagne et l’Autriche ne possèdent de cette pierre que d’insignifiants et mauvais gisements, que d’autre part la France et
- l’Angleterre ont interdit l’exportation de leurs ar doises si réputées, on en était arrivé à se demander d’où l’ennemi pouvait extraire le schiste ardoisier qui lui était nécessaire. On avait oublié Fumay, envahi aujourd’hui, et qui en temps normal fournit au commerce français ou international un appoint important d’ardoise sous toutes les formes. Les
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- carrières de ce pays sont aujourd’hui exploitées par les Allemands qui en retirent, à leur profit, la matière' première qui leur est indispensable; et à ce propos il nous a paru intéressant d’expliquer à cette place ce qu’est le gisement de Fumay et de rappeler l’activité à laquelle son exploitation donnait lieu avant la guerre dans toute la région Ardennaise.
- Les Ardennes, en effet, avec le Maine-et-Loire, renferment les carrières d’ardoise les plus importantes de France, les unes constituant en grande partie le bassin dit des Ardennes, dont le centre le plus en vue est justement Fumay, l’autre formant la majeure partie de ce que les géologues appellent
- les travailleurs détachent l’ardoise en s’attaquant à la voûte et en remontant. Ils sont placés sur des ponts volants accrochés à des anneaux de fer scellés dans l’ardoise et eux-mêmes y sont attachés par une corde dont l’extrémité métallique est elle-même vissée dans la paroi. Ils détachent à chaque dépait de mine un prisme volumineux qu’ils débitent ensuite en pièces multiples susceptibles d’être remontées par une machine d’exLraction. C’est ce que l’on appelle la méthode par gradins renversés, due à M. l’ingénieur Blavier. L’aérage s’établit naturellement par suite des communications entre les chantiers de sorte qu’on ne rencontre nulle part de ventilateur mécanique. Dans les chambres on entend
- Fig. i. — Exploitation d’un « ouvrage » dans une ardoisière ardennaise.
- e bassin breton et dont le noyau principal est Angers.
- Le service géologique a bien relevé d’autres carrières en Bretagne, dans les Pyrénées, en Savoie, etc. ; ce sont là toutes exploitations minuscules dont aucune n’approche des deux principales que nous venons de mentionner.
- Mais la manière dont se fait l’exploitation angevine est essentiellement différente du travail arden-nais.
- Du côté d’Angers, à part quelques travaux qui sont l’exception, effectués à ciel ouvert et par gradins droits en descendant, suivant une méthode imaginée par M. Le Chàtelier, l’extraction se pratique le plus souvent dan,* des « chambres » sèches de 100 à 120 m de haut auxquelles on accède par un puits d’extraction, éclairées à l’électricité, dans lesqûelles
- sans relâche les explosions de dynamite par allumage électrique, les coups de pics des travailleurs attaquant les blocs d’ardoise, et la chute de ceux-ci tombant de la voûte avec fracas. L’oreille du profane ne s’habitue pas facilement à ce bruit de bataille.
- A Fumay, il en est tout autrement. L’exploitation s’y pratique exclusivement par galeries, placées au milieu des eaux et dans lesquelles l’humidité est excessive, l’éclairage s’y fait à la chandelle dans des conditions traditionnelles et anciennes que je vais expliquer, et l’air saturé d’acide carbonique a toujours besoin d’être énergiquement \ entilé. Je vais du reste entrer dans quelques détails.
- L’exploilation de l’ardoise ardennaise, de beaucoup moins importante qu’en Maine-et-Loire, et qui en temps de paix occupe à peu près 3000 ouvriers,
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- est répartie dans trois carrières : Fumay, la plus importante de toutes, s’étendant sur les communes de Fumay et d’Haybes ; puis Pumogne et Mon-thermé.
- Chose curieuse, partout l’ardoise extraite y a des teintes fort variées : rouges, lie de vin, violettes, bleues, grises, noires, vertes et noires bleutées; certaines veines même changent brusquement de teintes sans qu’il y ait solution de continuité, de sorte qu’on peut souvent voir provenant de Fumay des ardoises lie de vin, par exemple, barrées de vert sur une assez grande étendue. On attribue ces particularités aux différents degrés d’oxydation du fer que les couches contiennent ou à une plus grande quantité de fer combinée avec le schiste.
- tance, sont établis dans toute la longueur des puisards pour en recueillir les eaux, de façon à ne pas être obligé de déplacer les pompes au fur et à mesure de l’approfondissement des travaux. Enfin l’entrée est toujours consolidée au moyen d’une voûte en briques en plein cintre, s’étendant sur une épaisseur moyenne de 40 cm, et sur une longueur parfois de 60 m. de long, recouverte d’une chape en ciment, reposant sur du schiste ou sur une fondation en béton. Au delà de 60 m., le toit est soutenu avec des poutrelles de bois si les travaux ne doivent pas avoir une longue durée, avec des pieux en fer si on l’estime longuement exploitable.
- La galerie, aussi droite que possible, est toujours sillonnée d’un bout à l’autre d’une voie ferrée sur
- Fig. 2. — Chargement des ardoises pour l’expédition.
- Ces diverses teintes d’ailleurs, lorsqu’elles sont uniformes, rendent plus particulièrement le schiste propre à certains usages ; l’ardoise noire, par exemple, est plus spécialement réservée dans les exploitations pour les écoles et les bureaux et l’ardoise violette pour les toitures.
- Il est à remarquer quejamais l’ardoise n’affleure au soL Pour arriver à rencontrer le schiste utilisable, il faut débarrasser la surface d’environ 25 m. au minimum, parfois beaucoup plus, d’une couche de schistes inutilisables, décomposés sous Faction de. l’eau et des agents atmosphériques, auxquels on donne le nom de cosses. Cette disposition géologique est du reste la même partout.
- Toute galerie à Fumay suit la direction inclinée de la couche : sa largeur moyenne est de 2 à 3 m. seulement, sa hauteur de 2 m. ; quant à sa longueur, elle est le plus étendue possible et n’a de limite que la fin de la couche. De distance en dis-
- laquelle circulent, actionnés par un câble, les wagonnets servant au transport de la pierre. D’un bout à l’autre également sont établis les tuyaux servant au refoulement des eaux. C’est au milieu de ce chaos que circulent les ouvriers.
- De chaque côté de la galerie centrale sont de vastes excavations qu’on appelle des ouvrages, dans lesquelles on procède à l’extraction de la pierre : elles ont une quinzaine de mètres en profondeur et sont séparées les unes des autres par des piliers de 4 à 5 mètres de hauteur et épaisseur.
- Voici, par exemple, un bloc de schiste ardoisier mis à découvert par l’ouvrier. Le mineur doit le diviser en dalles s’il est entier, puis le transporter à dos jusqu’aux wagonnets de la galerie. Mais souvent le bloc en tombant du toit s’est divisé en plusieurs morceaux suivant les joints : si ces morceaux sont petits, il les séparera l’aide du pic; s’ils
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- sont trop gros, il doit de toute nécessité employer la poudre : les déchets qui en résultent sont utilisés pour la construction de murs devant lui servir à s’exhausser pour l’abatage des veines situées au-dessus de la première exploitée.
- Les « ouvrages » sont eux-mêmes sillonnés de voies ferrées transversales, simples ou doubles suivant l’importance de l’exploitation, aboutissant par une faible pente à la galerie principale à laquelle elles sont reliées par une plaque tournante..Dans cette galerie, les wagonnets qui y circulent transportent chacun 1500 kg* de blocs d’ardoise, ils sont doucement remontés par le câble pour être transportés à l’orifice et portés à la surface du sol. Des crémaillères en acier, placées à leur intérieur, les retiennent constamment en cas de rupture du câble.
- Les caisses de ces wagonnets sont en bois, mais leurs côtés sont garnis de tôle de fer à leur partie supérieure pour recevoir le choc des pierres lors de leur chargement. Quant aux câbles, ils sont plats ou ronds, indistinctement en aloès ou en acier et à six aussières et ils s’enroulent sur une énorme bobine que dirige un machiniste en haut de la galerie. On les attache aux wagons au moyen d’une patte ,en fer et des galets en fonte sont placés tous les 20 mètres pour les supporter dans leur marche. Bien entendu les bobines d’enroulement sont mises en mouvement par une machine à vapeur munie d’un appareil de marche et elles sont munies d’un frein pour régler la descente des wagons et les arrêter aux points de chargement. On estime que chaque wagon exige une force de traction de 10 à 15 chevaux.
- Le travail du machiniste dans une exploitation ardoisière ardennaise, n’est pas absolument une sinécure. Il entend a tout instant à ses côtés tinter une sonnette aboutissant à un fil qui court sur la paroi de la galerie c’est là le signal convenu qui lui vient de l’intérieur des travaux et
- qui règle son travail; le nombre de coups lui indique s’il doi.t remonter le wagon, le faire redescendre, remonter un blessé à la surface, etc. Ce chef de service encourt en somme une grande responsabilité.
- L’une des grandes dépenses de toute exploitation ardennaise résulte de la nécessité d’épuiser constamment les eaux souterraines. Celles-ci suintent
- goutte à goutte ou sortent en filet des nombreuses fentes de la paroi : on les entend parfois bruire et murmurer comme un ruisseau. Dans les galeries à travers bancs, elles déposent sur les murs latéraux des matières provenant des parties tendres des couches supérieures qu’elles ont traversées, de sorte que la main de l’ouvrier qui se pose sur la paroi trempe souvent dans une matière gluante. L’épuisement de ces eaux se fait au moyen de pompes, mises en mouvement suivant les exploitations par des machines à vapeur, des moteurs hydrau liques, des machines à air comprimé ou à pression d’eau, des pulsomètrcs, etc., ou bien, dans
- certains cas où elles sont trop abondantes, au moyen de bennes qu’on remonte sans cesse à la surface. Les pompes d’épuisement sont généralement placées dans la galerie principale et ont la même inclinaison qu’elle.
- L’aéraye des galeries constitue encore en temps habituel l’une des grandes préoccupations des exploitants. L’air est vicié par une foule de causes : gaz provenant de l’inflammation des matières explosibles, dégagements délétères issus des eaux qui séjournent, odeur des champignons s’attachant aux bois de soutènement dans les galeries humides, déjections des ouvriers dans les anciens ouvrages, etc. Évidemment le mineur n’a pas comme pour la houille à redouter le grisou, mais il a toujours besoin de prendre certaines précautions lorsqu'il pénètre dans certains ouvrages où l’hydrogène carboné s’est accumulé. Il n’est pas jusqu’aux cadavres de rats, très abondants dans ces souterrains humides, qui ne soient pour lui une cause d’incommodité.
- Fig. 4. — La fente des ardoises.
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- Lorsque les ardoisières ardennaises ont plusieurs embouchures, il se produit un courant d’air assez vil qui renouvelle naturellement l’atmosphcre des souterrains, mais qui dans la mauvaise saison produit un froid intense. On,est alors obligé en hiver, pour garantir les ouvriers, déplacer une porte entre les galeries de communication ou même des doubles portes à l’entrée : des cheminées d’aérage sont installées au dehors en communication avec la galerie principale, et, lorsque le temps est clair, on voit souvent une buée s’en échap- . per. Par contre, la température des souterrains est parfois si élevée en été que les ouvriers y transpirent abondamment, les chandelles d’éclairage brûlent alors difficilement et l’on est obligé d’avoir recours aux ventilateurs pour faire circuler l’air frais ; ceux-ci s’imposent dans tous les cas à l’entrée des ardoisières à une seule embouchure.
- Pour activer cette circulation, quelques points, sont de-ci de-là surmontés d’une cheminée en briques. Ces ventilateurs sont le plus souvent mis en mouvement par une pression d’eau provenant de la colonne de refoulement des pompes : l’eau agit en ce cas sur une turbine sous une pression de 5 à 6 atmosphères ; ils sont généralement agencés de façon à aspirer l’air, mais il en est qui le refoulent notamment dans les cas exceptionnels où les galeries ont leur direction en hauteur et qu’il s’agit d’en chasser les gaz provenant de matières explosives ayant une tendance à s’accumuler à leur partie supérieure.
- Comme nous l’avons dit plus haut,
- Y éclairage se fait à la chandelle. Chaque ouvrier est, en effet, porteur de chandelles de suif qu’il fixe aux parois des ouvrages à l’aide d’un morceau de terre glaise. On les lui remet par paquets de 18 coûtant 1 fr. 25 retenus sur son salaire au paiement de quinzaine : il en brûle 4 à 5 par journée de 8 heures. Ces chandelles sont fabriquées spécialement pour cet usage : leur mèche est en fil de chanvre, dont la combustion est lente et donne peu de fumée. Cependant, dans les galeries très fréquentées, on fait usage de lampes à pétrole munies d’un verre.
- . Mentionnons quelques particularités locales. Les ouvriers se rendent à pied dans les galeries et les ouvrages et ils en sortent de la même manière. Ils
- 'ouvrage l’arrivée
- Fig. 5. — Machine à main pour la taille des ardoises ordinaires.
- Fig. 6. — Machine pour la taille des araoises rectangulaires dites anglaises.
- glissent sur des échelles avec les mains, en se retenant par les pieds aux échelons. Naturellement, pendant leur entrée et leur sortie, les wagonnets ne circulent pas, et il leur est interdit soit d’y monter, soit d’enjamber les câbles pour arriver plus rapidement à leur travail ou le quitter. On les divise en deux postes, alternant toutes les semaines de façon à accomplir un travail égal : le premier descendant à 4 heures du matin et remontant à midi, le second descendant à midi et quittant le travail à . 7 h. 1/2; mais les ouvriers du premier poste doivent attendre pour quitter ' de ceux du second.
- En outre, en dehors, de cette règlementation générale il y a des usages spéciaux : c’est ainsi que les lundis, samedis et lendemains de fête, les ouvriers ne font que 6 heures, le premier poste descend alors à 5 heures du matin et le second quitte le travail à 5 h. 1 /2 ; de même, à la veille des grandes fêtes, tous les ouvriers descendent à 4 heures et remontent à TI, avec repos d’une heure entre 8 et 9 heures du matin.
- Chaque ardoisière comporte un directeur des travaux, ayant parfois sous ses ordres des facteurs et contremaîtres. Quant à l’exploitation, elle se faisait avant la guerre à l’entreprise et sur soumissions cachetées : l’adjudicataire payait les ouvriers et s’engageait à livrer les ardoises moyennant un prix fixe et déterminé.
- Fabri cation des ardoises. — L’appropriation du schiste pour en faire des objets déterminés et principalement des couvertures pour toi-tures, porte dans toutes les exploitations le nom de fabrication del’ardoise.
- La pierre, extraite du sous-sol, est travaillée au jour par des fen-deurs spéciaux. On voit ces ouvriers chaussés d’énormes sabots, les jambes parfois guêtrées d’une forte épaisseur de chiffons maintenus par des cordes, frapper à tour de bras les blocs de sçhiste, les diviser en morceaux de moindre dimension 11 finalement en ardoises aux formes les plus variées. Leurs ateliers sont de deux genres : les anciens et les modernes. Les premiers, désignés du nom générique de baraques, sont couverts de fortes dalles afin d'y entretenir l’humidité nécessaire au travail, peu élevés, étroits, assez obscurs, ils sont du reste fort malsains. Les seconds, spacieux,
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- éclairés par de grands châssis, traversés par des voies ferrées permettant d’y amener à pied-d’oeuvre les wagonnets chargés de pierres, sont munis de conduites d’eaux avec robinets : les ouvriers puisent là l’eau nécessaire pour maintenir constamment humide la couche, de terre glaise dont ils couvrent la tranche des dalles d’ardoise, car la pierre sèche se fend naturellement.
- Tous les wagonnets amenés à l’un ou l’autre de ces ate'iers passent avant toute livraison sur l’un de ces ponts à bascule bien connus, à tablier oscillant, montés sur des brides mobiles dans tous les sens pour éviter les chocs qui détérioreraient les couteaux : ils y repassent ensuite lorsque le travail est terminé et que les wagonnets sont à nouveau chargés d’ardoises prêtes à être livrées au commerce. La différence entre les deux poids permet de juger non seulement la qualité de la pierre, mais aussi l’habileté des fendeurs. Pour mieux fixer les idées, nous dirons que 1000 kg de schiste ardoisier produisent en moyenne 1500 à 1650 ardoises de toiture pesant au mille 560 kg, ce qui donne un déchet excessif auquel il faut joindre les 70 à 75 pour 100 de perte résultant de l’extraction et de l’abatage.
- Quant aux opérations proprement dites de la fabrication, elles portent dans les diverses exploitations les noms de : 1° quernage; 2° fente; 5° taille.
- Le quernage consiste d’abord à faire le « bou-cage » de la pierre, c’est-à-dire à pratiquer au moyen d’une scie, sur un côté de la dalle de schiste à diviser, une entaille en forme de V, puis à placer dans cette entaille un coin en fer, et à déterminer par un coup de maillet une cassure divisant cette dalle en deux morceaux.
- Pour la deuxième opération, la fente, on divise ces parties en deux morceaux d’égale épaisseur à l’aide d’un ciseau en fer dont le biseau est très allongé et que l’ouvrier frappe à l’aide d’un maillet. Chaque lame ainsi obtenue est divisée en deux autres de la même manière, et ainsi de suite jusqu’à ce que l’on obtienne des feuilles de 2 à 5 millimètres d’épaisseur.
- La troisième opération, la taille, est un peu plus complexe parce qu’elle se fait à la mécanique. Deux machines concourent au résultat qu’elle doit donner : le découpoir et la machine à tailler. La première sert à faire le petit côté de l’ardoise pour toitures, celui qui doit être taillé en chanfrein, et à préparer les autres côtés pour la confection desquels on va justement avoir recours à la machine à tailler : elle se compose en principe de deux couteaux, l’un horizontal fixe, l’autre mobile et actionné par une pédale, ce dernier frottant contre le premier avec lequel il forme cisaille. Dans 1a. machine à tailler, construite d’après les mêmes principes, le couteau fixe est remplacé par une sorte de matrice ayant les mêmes dimensions que l’ardoise taillée, et au couteau mobile ont été substitués trois couteaux assemblés et inclinés de
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- telle sorte qu’ils peuvent tailler d’un seul coup de pédale trois autres côtés de l’ardoise. Les deux appareils à main, mus par un ouvrier habile, taillent chacun de 600 à 700 ardoises à l’heure : ils sont vendus dans le département par un mécanicien de Monthermé qui s’est spécialisé dans leur construction.
- Dans quelques exploitations, certains perfectionnements ont été apportés à ce travail primitif. Ainsi par exemple, le gérant de l’ardoisière du Moulin Sainte-Anne, M. Brassart, a remplacé le découpoir par une scie à rubans mue à la vapeur qui donne un déchet moins grand et fait également actionner au moteur ses machines à tailler qui, quelque peu modifiées et desservies par deux femmes, peuvent ainsi débiter par minute beaucoup plus d’ardoises.
- Les ardoises rectangulaires de grand modèle, dites anglaises, sont taillées à la main à l’aide d’une machine formée par une table supportée par quatre pieds en bois et dans laquelle deux couteaux agissant verticalement sont fixés sur une sorte de balancier mobile autour d’un axe horizontal, qu’on peut manœuvrer à l’aide de poignées. Cet outil ne sert qu’à tailler les grands côtés : les petits côtés sont toujours faits au découpoir.
- Production et commerce. — La moyenne de la production française étant estimée 18 millions de francs, la région des ardoises en fournit 4 millions, le Maine-et-Loire 9 millions, le reste étant disséminé dans une foule de petites exploitations de peu d’importance. L’industrie française de l’ardoise est la plus ancienne du monde. Dans le Maine-et-Loire, une légende angevine veut que la fissililé de cette pierre ait été découverte au temps de Clotaire et de Chilpéric par le moine Lucinius, qui le premier convertit cette matière en « feuilles » pour en couvrir son habitation et dont les corporations d’ouvriers ardoisiers de la région ont fait leur patron sous le nom de saint Lézin ; et du côté de Fumay, on fait remonter l’extraction du schiste ardoisier à 1551 ; cette date semble attestée par divers documents conservés dans les archives de Fumay, émanant du prévôt de la cité et confirmant les usages et privilèges des ardoisiers réunis en confrérie. Deux autres pays dans le monde ont seuls une production ardoisière importante, mais moins ancienne : l’Angleterre (qui interdit depuis quelques mois l’exportation de ses ardoises) cotée pour 15 millions de francs et les États-Unis pour 25 millions, mais la première exploitation du pays de Galles ne remonté guère au delà du règne d’Élisabeth et la plus ancienne ardoisière de la Pennsylvanie n’a été découverte qu'en 1850.
- Ce que le commerce recherche surtout dans l’ardoise, c’est le poli, qualités d’où découlent à la fois un bon poids et une grande résistance. L’ardoise bien plane et à grain fin a sur les ardoises métalliques en zinc ou en fer galvanisé des avantages sérieux : elle conduit mal la chaleur, est infusible, incombustible, et dure plus longtemps.
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- Une ardoise à surface rugueuse a par contre le grave inconvénient de retenir les poussières, et, lorsqu’on l’emploie pour toitures, de se couvrir de végétaux parasites qui entretiennent une humidité constante et aident à la décomposition du schiste.
- Le prix et la dimension des ardoises sont variables : on les distingue dans les Ardennes en flamandes, démêlées, Saint-Louis, Barras, Fourgeau, ardoises rectangulaires dites anglaises, etc. Ces dénominations sont spéciales à la région, car dans l’Anjou la classification se fait plutôt en carrées, grandes et petites moyennes, flamandes, carte-lettes, etc. Il n’est pas possible d’indiquer de prix
- moyen : les communes valent 12 francs le mille, et on a vu des extra-fines à 100 francs et des rectangulaires à 200 francs.
- A côté des ardoises pour toitures, on fait encore avec le schiste ardoisier une foule d’objets d’usages divers : dalles, tables, planchettes à écrire, éviers, revêtements, marches d’escaliers, urinoirs, plinthes, carrelages, appuis de croisées, cheminées, trottoirs, pierres tumulaires, tables de billards, cuves à eau ou à acides, caniveaux, caisses à fleurs, bassins, etc. ; tous usages qui prouvent combien de professionnels ont pu reconnaître les qualités d’une pierre dont les applications ont pris dans ces dernières années de si multiples extensions. Alfred Renouard.
- L’ÉTAIN ET LE FER-BLANC MÉTAUX DE GUERRE
- Dans la forme prise par la guerre moderne, il est bien peu de substances qui ne contribuent à l’armement, comme suffit à le montrer la liste, chaque jour plus longue, de la contrebande de guerre. Cependant il y a des nuances et on ne peut évidemment mettre l’abaca, l’agar-agar ou l’atropine sur le même pied que l’acide sulfurique ou le fulminate de mercure. L’étain, sans jouer un rôle militaire de premier ordre, est cependant un métal indispensable aux belligérants. Il en faut pour l’étamage : par exemple, dans l’intérieur de certains obus explosifs en acier qui, sans cette précaution, s’attaqueraient. Le bronze à canons particulièrement dur qu’emploient parfois les Autrichiens et dont ils gardent la composition très secrète en consomme également. La fabrication du laiton en nécessite. On a employé du tétrachlorure d’étain comme gaz asphyxiant, etc. Mais, en outre, les besoins de paix du pays continuent, quoique restreints, pendant la guerre et eux aussi exigent une consommation d’étain importante. Dans ces conditions, cherchons quelle est, en ce qui concerne l’étain, la situation de F Allemagne.
- Un premier fait est remarquable, c’est le rôle que l’Allemagne avait su prendre dans le commerce d’un métal, pour lequel elle n’a qu’une production de minerai à peu près nulle. Sa Metallgesellchaft y tenait une place prépondérante. C’est l’Allemagne qui fournissait le monde de cuillers et de fourchettes d’étain. Elle exportait, en grandes quantités, des planches d’étain pour gravure ; elle avait, depuis quelques années, commencé à concurrencer la spécialité anglaise pour le fer-blanc ; elle possédait, comme je vais le dire, pour le désétamage de ce même fer-blanc, une sorte de monopole. Inutile d’ajouter que les produits chimiques à base d’étain lui appartenaient : notamment les chlorures employés à teindre et à charger la soie. Pour sa propre consommation, elle utilisait près de 20000 t. d’étain par an.
- Cependant, elle était forcée d’importer à peu près
- tout l’étain qu’elle travaillait. Ses vieilles mines de Saxe ne sont plus que des curiosités minéralogiques; et, en admettant qu’on en ait réouvert quelques-unes depuis le blocus, leur extraction doit à peine se chiffrer par dizaines de tonnes à Altenberg et en Bohême. L’importation de minerai elle-même est restreinte et comprend surtout des concentrés Boliviens. On peut citer incidemment les minerais d’Erongo, dans l’Afrique sud-occidentale allemande, une des fameuses colonies germaniques, dont il est venu en 1912 l’équivalent de 300 kg de métal. Tout le reste était importé, sous la forme d’étain brut, des Indes néerlandaises, d’Angleterre ou d’Australie.
- Il est facile d’en conclure que le blocus a du exercer une action efficace depuis le jour où l’Allemagne aura achevé d’absorber, avec ses propres stocks et ceux des pays envahis, les ressources venant de la Hollande. Depuis un an, la Société de surveillance hollandaise, la N. 0. T., arrête les exportations d’étain, sous une forme quelconque, en Allemagne. C’est pourquoi on a fait, dans les camps de prisonniers allemands, la chasse aux boites de conserves et c’est pourquoi il est aujourd’hui interdit par les gouvernements alliés d’envoyer aux prisonniers d’Allemagne, des boîtes de conserve en fer-blanc (si mauvaise que soit cette source d’étain).
- La situation des mines d’étain dans le monde, attribue tout naturellement le marché de ce métal à l’Angleterre et permet d’envisager, pour l’après-guerre, une sorte de monopole assuré aux possessions britanniques avec participation des peuples alliés et élimination des Austro-Allemands. La production de l’étain est, en effet, très localisée dans le monde. Les États-Unis, qui tiennent la tête pour la plupart des productions métallifères et qui nous imposent, par exemple, leur contrôle pour le cuivre ou pour le plomb, ne produisent pas d’étain, ou si peu qu’il est inutile d’en parler. La production mondiale qui peut monter, par an, à 105 000 t., vient, pour les trois quarts (75 000 t.) de la région,
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- dite des Détroits, comprenant la presqu’île de Ma-laccaet les petites îles hollandaises voisines (Bangka, Billiton; etc.). L’autre quart est fourni, par la Bolivie (18 000 t.) et par trois pays à peu près équivalents comme tonnage moyen, l’Australie (Mount Bischoff en Tasmanie), le Cornwall (Dolcoath) et le Yunnan, qui fournissent chacun environ 5000 t. 11 commence en outre à venir un peu d’étain de l’Afrique australe anglaise, du Swaziland, du Transvaal, de la Nigeria et du Congo belge. Par suite de cette situation, il y a deux groupements principaux : le groupement anglais qui aboutit au marché de Londres et qui représente près des 5/4 de l’étain et le groupement hollandais qui aboutit à Amsterdam, où la « Société du commerce » vend l’étain appartenant à la couronne hollandaise : soit 1 /6 de l’état mondial. D’année en année, cette production des Indes néerlandaises, que l’on peut considérer comme destinée à l’Allemagne, tend à diminuer. La production de la presqu’île deMalacca augmente, au contraire, et l’on voit intervenir en proportion croissante la Bolivie. Il faut ajouter, comme outsiders échappant aux statistiques exactes, les producteurs chinois d’Extrême-Orient, notamment ceux du Yunnan qui exportent cependant maintenant en grande partie par le Tonkin. En temps de paix, l’Allemagne exerce en Hollande son emprise habituelle et traite en sous-mains avec les petits producteurs chinois, difficiles à agglomérer ; mais on peut lui soustraire à peu près tout le reste de la production mondiale : y compris même la Bolivie, sur laquelle la Grande-Bretagne a de sérieux moyens d’influence.
- L’étain le plus pur est celui des Détroits; les autres contiennent de l’antimoine (Australie), de l’arsenic et du plomb (Bolivie).
- . Une question fort intéressante qui se relie à celle de l’étain est celle de l’étamage et du désétamage des fers-blancs.
- L’industrie du fer-blanc est importante; elle consomme environ 15 pour 100 de l’étain mondial. Contrairement à ce que nous verrons pour le désétamage, l’Allemagne n’y joue qu’un rôle secondaire et se contente de fournir les deux tiers de sa propre consommation. C’est l’Angleterre qui est le pays d’exportation pour le fer-blanc. La meilleure tôle de fer-blanc est fabriquée dans le sud du Pays de Galles (Welsch Steel), où on en fait environ 100 000 t. par an. Les Etats-Unis se fournissent eux-mêmes, mais exportent peu. La France fournit environ la moitié de sa consommation.
- Quelques mots seulement sur l’étamage lui-mênie. La tôle à étamer est laminée à basse température et reste noire par oxydation superficielle. On s’attache à l’obtenir très lisse et on soumet les derniers laminages à des pressions extrêmement élevées. La tôle, réchauffée à 2 ou 500°, est ensuite trempée dans un bain de chlorure de zinc destinée à déposer une première couche de zinc très mince, sur laquelle l’étain adhérera ensuite solidement.
- Elle passe de là dans un bain d’étain fondu, puis entre des laminoirs.
- On emploie quelquefois aussi, sur une moindre échelle, l’immersion à 70° dans une solution de soude avec courant électrique, l’étain allant se déposer sur la cathode.
- Il entre en moyenne 30 gr. d’étain par mètre carré de fer-blanc ou, pour l’épaisseur la plus courante de 3 dixièmes de millimètre, 2 pour 100 du poids total en étain.
- Depuis que l’étain leur manque, les Allemands prétendent avoir trouvé le moyen, depuis longtemps cherché, d’étamer sur une seule face. Ils remplacent également letamage par un émail.
- L’industrie du désétamage est à peu près monopolisée par les Allemands. Le procédé Goldschmidt d’Essen, qui est tenu secret dans ses détails, est exploité, soit dans les usines de Westphalie, soit dans un certain nombre de filiales, notamment en Italie. L’existence de telles filiales en pays alliés permettra sans doute, dans une période de guerre où les Allemands ont appris à ne respecter aucune légalité antérieure, la vulgarisation du procédé Goldschmidt.
- D’après ce qu’on en sait, ce procédé consiste à appliquer le chlore gazeux sous pression. On met les chutes de fer-blanc en paquets que l’on comprime fortement et que l’on introduit dans des récipients fermés, où l’on fait arriver du chlore sous pression. Ce chlore, pénétrant dans les interstices, produit du perchlorure d’étain que l’on emploie directement pour la teinture. Les difficultés d’application tiennent à la nécessité d’éviter toute introduction d’eau, pour que le chlore n’attaque pas le fer. 11 faut, en outre, faire pénétrer le chlore dans tous les interstices et enfin chasser ou récupérer le chlorure d’étain ; ce qui est peut-être la partie la plus difficile de l’opération; car ce chlorure reste emprisonné dans les feuilles serrées de tôle. Le procédé n’est avantageux que parce qu’on récupère, en même temps, d’excellente tôle d’acier. Pour la même raison commerciale, il n’est viable que si une industrie connexe fournit le chlore à bon marché.
- Pour pratiquer le désétamage, l’Allemagne va chercher en temps normal des chutes de fer-blanc dans le monde entier ; la plupart de celles qui se produisent en France (environ 14000 t.) étaient accaparées par les agents de Goldschmidt qui les payaient en moyenne 12 fr. 50 la tonne avant la guerre. On estime que le désétamage allemand a porté : en 1910, sur 15 000 t. de fer-blanc; en 1915, sur 57 000 t. Il en sort un acier excellent et très estimé, parce que les opérations compliquées de pliage et de bordage auxquelles le fer-blanc doit être soumis exigent elles-mêmes des qualités tout à fait supérieures.
- Quand on calcule à combien peuvent monter les chutes de fer-blanc chez les Alliés, on voit qu’il serait possible d’en traiter au moins 50000 t.
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- L’UTILISATION INDUSTRIELLE DU CHARBON PULVÉRISÉ = 319
- Mais, tout au moins dans [les conditions de paix, l’opération n’est avantageuse qu’avec des matériaux choisis, dont l’acier peut être refondu, tel que les chutes découpées à l’emporte-pièce et non rouillées (non avec les vieilles boites), et elle donne une quantité assez restreinte d’étain ; 2000 t. pour 100000 t. de fer-blanc.
- Actuellement, la disette de fer-blanc est telle en Allemagne, qu’on recherche officiellement tous les objets usagés, tels que vieilles boîtes ayant renfermé des conserves de sardines, de viande ou de fruits; boîtes pour le thé, pour les biscuits, boîtes à cirage, moules à pâtisserie, lanternes, lampes, brocs,
- capsules de bouteilles, sans parler, bien entendu, des cuillers d’étain et des ustensiles de ménage. « Les enfants, dit une circulaire, doivent être encouragés à aider à la collecte de ce vieux métal qui est considéré comme devant avoir une valeur inestimable pour le pays dans les conditions qu’il traverse. » Aussi, ces enfants sont-ils récompensés par le don d’une bague en fer. En Suisse, les agents allemands avaient rassemblé 5000 t. de rognures représentant environ 80 t. d’étain qu’ils se sont attachés avec une insistance spéciale, mais sans succès, à faire parvenir en Allemagne.*
- P. Sallior.
- l utilisation industrielle du charbon pulvérisé
- Les combustibles n’ont pas que le rôle de générateurs de puissance, ils servent aussi à créer des atmosphères réductrices à haute température dans un grand nombre d’industries. C’est ainsi, par exemple, que dans la préparation du ciment Port-land, la cuisson se fait, surtout en Amérique, dans les fours rotatifs chauffés à l’huile. Mais le prix élevé de l’huile lui a fait chercher un remplaçant et le charbon pulvérisé, la poussière de charbon, désespoir des chauffeurs, s’est révélée comme un combustible de choix pour un grand nombre d’applications.
- La première utilisation eut lieu en Angleterre, dans les fours métallurgiques, puis étendue à la calcination du ciment Portland, qui en consomme d’énormes quantités. D’autres industries étudièrent l’emploi du charbon pulvérisé et aujourd’hui on l’utilise couramment pour le chauffage des fours .à sécher l’argile, à préparer la chaux, à fondre les minerais, les métaux et même à la production de la vapeur.
- Nous allons passer rapidement en rev.;e ces diverses applications d’après Y Engineering Magazine.
- Tout d’abord, le charbon qui donne les meilleurs résultats est celui qui contient le plus de matières volatiles, le charbon le plus « gras » possible. Il ne doit pas renfermer plus de 0,75 pour 100 d’humidité, ce qui implique qu’on ne le prépare pas trop longtemps avant son emploi, la poussière de charbon étant très hygroscopique. De plus, si le pourcentage de soufre est assez élevé, 2 à 5 pour 100 on peut redouter des inflammations spontanées des grandes masses si le tas de poussière est exposé à l’air ; aussi convient-il de dessécher le charbon préalablement et lorsqu’il a été concassé le plus
- fin possible, pour assurer sa combustion complète et l’emmagasiner dans des silos fermés.
- Le principe de l’utilisation de la poudre de charbon est bien simple : on fait arriver dans une buse d’une part un violent courant d’air, d’autre part le charbon en poussière; il se produit alors une pulvérisation, de ce dernier, une sorte d’émulsion-nage des fines particules dans l’air, ce qui leur permet ensuite de brûler complètement en dégageant la quantité totale des calories qu’elles peuvent fournir. Le phénomène physique est analogue à celui qui se produit dans la combustion des particules de naphtaline dans le gaz d’éclairage, ou encore à la combustion rapide de l’essence, émulsionnée dans l’air par le carburateur des automobiles. Ce dernier exemple montre que la réaction peut être très vive, si vive même quelle peut prendre une allure explosive. Aussi a-t-il fallu, avant d’appliquer industriellement ce nouveau procédé de chauffage, élucider minutieusement ses conditions de fonctionnement. Actuellement le problème est résolu. La figure 1 montre un type de pulvérisateur employé à cet usage.
- Il consiste en un système qui mélange intimement l’air et la poussière de charbon et en même temps assure la proportion des deux corps pour une combustion complète. L’air, sous une pression d’environ 1 kg par centimètre carré, sort de la buse intérieure qui est animée d’un mouvement de rotation. La grande vitesse de sortie de l’air détermine, comme dans les injecteurs Giffard pour l’alimentation des chaudières, un vide partiel à l’embouchure de la buse qui détermine l’aspiration du charbon qui se trouve en même temps intimement mélangé à l’air. Une série d’ou-
- Arrivée dt charbon pulvérise
- Régulateur et robinet pointeau agissant m sur ta canalisation de l'air
- Fig. i.— Schéma de Vinjecieur de charbon.
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- L’UTILISATION INDUSTRIELLE DU CHARBON PULVERISE
- Cheminée
- vertures réglables à l’arrière de la chambre de mélange empêche le charbon de s’y accumuler et sert à l’introduction du complément d’air nécessaire pour la combustion.
- La figure 2 représenle la disposition schématique d’une installation complète.
- Dans l’industrie du ciment Port-land, qui est l’application la plus considérable*de ce nouveau procédé de chauffage, les pierres à chaux à brûler sont disposées dans des fours cylindriques de 12
- à 15 m. de long et 1 m. 5 à 2 m. de diamètre tournant autour de leur axe incliné de 8 à 10° sur l’horizontale. La rotation dont la vitesse varie de 1 à 3 tours par minute fait parcourir lentement au minerai toute la longueur du four en le brassant méthodiquement de sorte que la transformation est complète lorsque la matière sort à la base du four.
- Pendant tout ce temps le minerai est soumis à la chaleur intense dégagée par la combustion de la poussière de charbon projetée à l’intérieur du four par un violent courant d’air.
- La préparation de la chaux hydraulique se fait de la même façon dans des formes analogues.
- Dans les industries textiles, particulièrement dans les manufactures d’alpaga, une des opérations que subissent les tissus est le flambage que l’on pratique généralement en passant l’étoffe sur une barre de cuivre portée au rouge vif à une vitesse de 8 à 10 m. à la seconde. Le combustible généralement
- utilisé pour le chauffage de cette barre de cuivre était l’huile, jusqu’à ce que la mise au point du chauffage par le charbon pulvérise ait permis une économie de .40 pour 100 sur le prix de cette opération.
- Fig. 2. — Dispositif d'ensemble d'une chaufferie.
- Fig. 3. — Machine a vapeur chauffée au charbon pulvérulent.
- Le chauffage des chaudières par le charbon pulvérisé a été plus long à réaliser, mais tout récemment Fernald a décrit une installation qui a donné les meilleurs résultats (fig. 3).
- Le combustible en morceaux* qui passe de la
- soute à charbon au pulvérisateur, est ensuite amené à la chaudière par un courant d’air chaud en traversant un séparateur qui retient les particules insuffisamment pulvérisées. Il est injecté verticalement de bas en haut dans la chaudière, la force du courant d’air étant réglée pour que la flamme ne s’écrase pas sur le dôme du foyer. Les tubes d’eau disposés verticalement sont entourés extérieurement par un mur en briques réfractaires de sorte que la perte par radiation est réduite au minimum. Les cendres et les scories tombent à la partie inférieure d’où elles sont facilement enlevées.
- Le rendement de ces installations est excellent non seulement par suite de la bonne utilisation du combustible qui est entièrement brûlé et dont toute la chaleur est utilisée, mais encore par suite du bas prix de ce combustible. La puissance absorbée par la pulvérisation et l’insufflation ne dépasse pas 2 à 3 pour 100 de la puissance totale de la chaudière.
- Il faut signaler de plus que la manutention est singulièrement simplifiée, puisqu’un seulouvrierpeut surveiller plusieurs chaudières, régler à sa volonté et très simplement l’intensité du feu. Les cendres sont aussi très faciles à enlever et la fumée des hautes cheminées d’usines dans laquelle une proportion considérable de charbon en poussière se retrouve est complètement supprimée par ce mode de chauffage Aussi tend-il de plus en plus à se généraliser dans les régions industrielles. H. Yolta.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahüre, rue de Fleuras, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 2251. 1=7:.:—-........... "........= 18 NOVEMBRE 1916.
- L’ÉVOLUTION DES AUTOMOBILES BLINDÉES
- Il entrait dans les plans de l’offensive brusquée des Allemands de procéder, sur toutes les routes d’invasion, par une irruption rapide, où les partis de reconnaissance, lancés à de grandes distances en avant des colonnes, bénéficiaient de la surprise et cherchaient à paralyser par la terreur tout le pays en désarroi.
- En Belgique comme en France sur le chemin de Paris, pour ces raids de la première heure, des automobiles blindées firent leur apparition subite, se lançant sur les routes avec audace, pénétrant à grande allure dans les villes et les maîtrisant d’autant plus facilement que rien n’était préparé pour faire obstacle à des interventions aussi imprévues.
- L’emploi immédiat de ce matériel nouveau suffit à démontrer avec quel soin dans tous les détails avait
- rée cette guerre chez nos adversaires; mais ce n’est pas à dire que • l’on n’eût point envisagé, chez nous comme dans la plupart des autres armées, les services que pouvaient rendre des automobiles rapides spécialement aménagées pour les usages de la guerre, non plus seulement comme moyens de transport de matériel ou de troupes — ce qui est le propre des autocamions — mais dans un but de reconnaissance offensive.
- On se rappelle en particulier comment le capitaine Genty, il y a quelques années déjà, ne craignit
- pas de s’aventurer presque seul à travers le Maroc ennemi, sur une automobile organisée par ses soins et pour laquelle la meilleure sauvegarde résidait dans sa vitesse et dans la mitrailleuse dont elle
- était munie.
- Ce qu’il faut exiger d’une pareille voiture, c’est avant tout la solidité de sa construction, la robustesse de son moteur, sa maniabilité et sa facilité d’évolution. Si, par surcroît, l’on protège par une forte tôle d’acier les parties vitales, c’est-à-dire le moteur et les réservoirs d’essence, on aura en définitive un véhicule qui ne différera pas essentiellement d’une voiture de tourisme, et suffisamment protégée pour affronter les randonnées les plus téméraires.
- Que pourrait craindre, en effet, un pareil bolide
- surgissant inopinément et traversant à toute vitesse une zone où l’ennemi,clairsemé, n’est pas toujours en éveil et sur ses gardes? Le temps de courir aux armes, le véhicule est déjà loin ; que vaudrait d’ailleurs le tir de quelques fusils isolés sur ce but mobile?
- Si la randonnée doit être longue, le téléphone va jouer sans doute pour prévenir sur le parcours probable; mais le temps manque pourtant à l’ennemi pour élever de solides barricades. ,Tout au plus pourra-t-on tenter de tendre en travers de la route des fils de fer à hauteur de la tête du chauffeur, fragile obstacle, sans doute ; mais, à peu près invi-
- 21 — 52J.
- Fig. 2..
- Mitrailleuse montée sur une automobile de tourisme.
- 44’ Année.
- 2” Semestre
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- Fig. 3. — Auto-canon de Dion.
- sible, il suffit à faucher les hommes qui montent la voiture lancée à pleine vitesse; toutefois, pour s’en garantir, on peut munir l’auto de deux guides métalliques fixés à l’avant du capot, courbés vers l’arrière, qui, s’ils ne réussissent pas à couper le fil, le relèvent et le font passer par-dessus tout l’équipage.
- Yoilà donc une première tâche où une automobile de tourisme peut suffire à la rigueur.
- Les .conditions sont à peu près les mêmes pour une auto-mitrailleuse, ou une auto-canon, destinée au tir contre avions. La protection y est condition secondaire, car le véhicule ne s’aventure pas sur le front immédiat; mais ce qu’on lui demande, c’est d’être toujours prêt à courir où le navire aérien est signalé et à le suivre à toute allure. Ce qui importe c’est l’armement : une mitrailleuse, ou mieux encore un canon de petit calibre, un 75 commodément et solidement installé sur l’affût spécial qui lui permettra de tirer jusque vers la verticale. On y pourra joindre aussi un bon projecteur pour la recherche de l’oiseau nocturne, aveuglé dans le faisceau lumineux.
- Les automobiles de reconnais--sance courent assurément plus de dangers. Dans l’exécution des raids en pays ennemi, elles peuvent tomber dans des embuscades, rencontrer en travers de la route un fossé qui les immobilise, ou traverser des zones battues par les fusils ou les mitrailleuses. Grâce à leur vitesse, elles parviendront à forcer les barrages cependant, et à accomplir leur mission, mais à la condition que les organes de marche aussi bien que le personnel soient efficacement protégés contre les balles ou les éclats de projectiles. On ne peut songer évidemment à les mettre
- à l’abri du canon de fort calibre; les blindages qui seraient nécessaires auraient un tel poids que la voiture cesserait d’être maniable et d’évoluer.
- Des plaques d’acier spécial capables d’arrêter une balle de fusil sont déjà d’une épaisseur et d’un poids tels que l’automobile n’aura plus les mêmes qualités de souplesse qu’une voiture de tourisme; mais en bien des cas, cette protection sera nécessaire, et nous abordons ainsi la question de l’auto blindée proprement dite, avec ses conditions contradictoires entre lesquelles le constructeur s’ingéniera à tenir la balance égale.
- Il en sera récompensé par une extension notable du champ d’utilisation de son engin. L’auto blindée pourra n’être plus cantonnée dans l’exécution de raids audacieux et rapides ; il lui sera permis d’intervenir directement dans le combat, en s’avançant jusque sur le front des troupes, dans la zone interdite au tir de l’artillerie adverse parce que celle-ci atteindrait ses propres soldats.
- On se souvient que des communiqués russes ont signalé à plusieurs reprises, dans l’offensive de 1916, cette heureuse intervention des automobiles blindées d’origine belge dont les mitrailleuses contribuèrent largement au succès.
- Au mois d’octobre 1916, un groupe d’autos dont le personnel se composait de jeunes gens appartenant aux meilleures familles belges, a accompli une prouesse incroyable de hardiesse. Le projet était assez téméraire pour justifier quelque hésitation du haut commandement, qui finit pourtant par y donner son adhésion. Après une minutieuse préparation — une pareille entreprise ne doit laisser que
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- le minimum à l’imprévu — les autos partirent, traversèrent en trombe les lignes ennemies, pénétrèrent en Galicie sur une profondeur de 150 km, balayèrent le pays sur une vaste étendue, et, revenant par un autre chemin, prirent à revers les lignes autrichiennes .qu’elles crevèrent de nouveau, pour rejoindre l’armée Russe sans avaries au bout de deux semaines et après avoir parcouru 600 kilomètres.
- Dans cette course folle, les redoutables autos, renversant tout sur leur passage, avaient partout semé la terreur, dispersé la cavalerie prise de panique, bousculé les fantassins en désordre, nargué l’artillerie impuissante et désorganisé les services de l’arrière. Les dépôts et magasins de l’ennemi leur avaient fourni en abondance les vivres et le combustible qui leur étaient nécessaires, sans toucher aux approvisionnements dont elles s’étaient munies au départ.
- L’armée du Caucase, à son tour, eut l’occasion d’utiliser des automobiles blindées de construction britannique. Il s’agissait d’opérer à 300 ou 400 kilomètres de toute voie ferrée, ce qui rendait fort utile l’emploi d’automobiles ; mais les routes de montagne en Asie Mineure sont affreuses, à peine praticables aux attelages de bœufs, et les pentes y étaient si raides, qu’en maints endroits on dut haler les voitures au moyen de cordes. Il arriva qu’elles se heurtaient aux parois de roche; des réservoirs d’essence furent crevés, qu’on répara à la hâte en y collant des emplâtres médicaux. Les équipages durent parfois construire des passerelles pour leur faire franchir des vallées marécageuses; la tâche fut donc malaisée, mais les autos rendirent les plus grands services.
- Fig. 5.
- Automobile allemande Mercèdès en service au début de la guerre.
- Fig. 6. — Type d’automobile blindée de la maison Charron.
- Aux premiers jours de la guerre les Allemands possédaient en grand nombre des voitures de tourisme N. A. G. et Opel, légèrement blindées de plaques d’acier de 4 mm qui ne leur enlevaient aucune qualité de vitesse et de maniabilité. Ces autos, destinées aux "raids de surprise dont nous avons parlé, ne comportaient ni canon, ni mitrailleuses, et les occupants étaient simplement armés de fusils. Des lames tranchantes à l’avant étaient disposées pour couper les-fils de fer qu’on pouvait rencontrer ou les relever au-dessus du véhicule.
- En dehors de ces autos rapides, les Allemands ont également construit des voitures plus lourdes et fortement blindées, rentrant par conséquent dans la seconde catégorie de ces engins. Ce sont de véritables trucks portés par de solides bandages jumelés sur les roues d’arrière, tandis que les roues directrices d’avant, qui doivent pouvoir pivoter, né comportaient, comme à l’ordinaire, qu’un bandage simple. Les tôles avaient jusqu’à , . . 12 mm d’épaisseur. L’armement était
- ’ constitué par un canon Krupp ou i - ' t- > Erhardt de 5 à 7 cm.
- A la même époque, les Belges possédaient quelques spécimens d’automobiles protégées par des tôles de 5 mm, très souples parce qu’élles étaient légères ; leur facile manœuvre leur permettait de tourner sur place et de se dérober rapidement. Elles portaient des moteurs de 26 à 28 chevaux. Un autre type, dit S. A. Y. A., assez fortement blindé, était armé d’un canon protégé par un bouclier.
- L’usine Minerva, qui les construisait, se trouvait à Anvers et fut détruite par le bombardement; mais nous avons vu que l’industrie belge
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- a su reconstituer des voitures analogues . en grand nombre et même en- fournir à nos alliés les Russes.
- En France, dès le début, les principaux constructeurs d’automobiles proposèrent des solutions variées du problème. La maison Panhard-Levassor avait déjà fourni l’automitrailleuse du Capitaine Genty ; elle aménagea une voiture de tourisme pour le tir contre aéronef.
- Dans le même but, l’usine de Dion-Bouton organisa une auto-canon dont les organes essentiels étaient assez sérieusement blindés.
- Dans la catégorie des autos fortement cuirassées, on peut citer la voiture « Charron-Girardot-Yoigt », véritable fort roulant enveloppé de plaques d’acier de toute part et surmonté d’une tourelle contenant l’armement, derrière lequel est aménagé un magasin à munitions.
- On pourrait en rapprocher une auto-canon de construction italienne, à la fois robuste et bien protégée, dont les roues elles-mêmes sont enve-oppées dans des coffres en tôle. Cette auto, munie à l’avant de deux guides inclinés chargés de soulever les fils de fer tendus sur la route, porte en outre une tourelle cylindrique.
- L’emploi d’une tourelle blindée, pivotante et quelquefois à éclipse, dominant toute la voiture est assurément séduisant; on peut même fermer complètement cette tourelle au moyen d’un toit et le personnel est ainsi garanti le mieux possible.
- Toutefois, dans cette chambre close de petites dimensions, les hommes sont vite incommodés par les gaz et la fumée. Au point
- de vue de la commodité, on se contente souvent de protéger le tireur par un simple bouclier hémisphérique ou polygonal.
- Les auto-blin-dées pour l’attaque id’une position. — Quoi que l’on fasse, un véhicule, si robuste soit-il, ne peut guère se mouvoir en terrain labouré par les projectiles et. creusé de trous d’obus ou de mine. Il serait arrêté d’ailleurs par les réseaux de fil de fer et ne saurait franchir les tranchées. Or, ce sont là précisément les conditions auxquelles devrait satisfaire une automobile blindée pour intervenir utilement dans la guerre de tranchées et pour coopérer à l’attaque d’un centre de résistance fortifié.
- Tant de difficultés se trouvaient conjurées qu’il semblait bien qu’un engin de ce genre fût impossible à réaliser, lorsque, le 15 septembre 1916, à la surprise générale, on apprit que, dans l’attaque britannique sur un front de 10 kilomètres, entre le bois de Leuze, à l’ouest de Combles et Pozières, un assez grand nombre de monstres d’acier s’étaient élancés, rampant, tangant, et roulant à travers les trous d’obus et les fossés. Ces sortes de chenilles . énormes brisaient les arbres comme des allumettes, écrasaient les réseaux de fils de fer, crevaient les
- murs, franchissaient les tranchées, s’arrêtant tout juste pour les balayer d’enfilade sous le feu de leurs mitrailleuses, avant de poursuivre leur route.
- On eût dit quelque saurien anté-diluvien. L’un d’eux crevant l’abri d’un lieutenant-colonel bavarois, celui-ci se trouva tout à coup pris, ficelé etembarquédans les flancs de l’a-
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- Fig. 7.— Automobile belge munie d’un canon de J7 de marine.
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- nimal. Un autre, apercevant une sucrerie farcie de mitrailleuses, fonce sur la porte solidement barricadée (ju’il enfonce, rejette à droite et à gauche les sacs de terre qui lui barrent le chemin, nettoie le nid de mitrailleuses et reprend lourdement sa marche en grondant.
- Cette apparition de fortifications roulantes sur le champ de bataille fut une surprise pour les deux camps, tant le secret avait été bien gardé dans les ateliers où l’on construisait ces mystérieux engins, en Angleterre (1).
- « A quoi travaillez-vous? demandait-on aux ouvriers.
- — Nous fabriquons des tanks (réservoirs). »
- Et le nom leur est resté. Les hommes qui les manient les appellent aussi les Willies-machines, et chacune d’elles est baptisée comme un navire.
- Il y a a Crème de menthe » ; il y a « Diplodocus » ; on raconte leurs exploits, et comment l’une d’elles coopéra à la prise du château de Thiepval.
- Les tommies qui les habitent, ne sont pas sur un lit de roses. On y a chaud et l’on y est terriblement secoué, cahoté dans les trous d'obus, car si le tank franchit l’obstacle, il ne le « boit » pas. Le « mal de Tank » vaut le « mal de mer », disait un des servants de la terrible machine.
- Sur sa carapace sonore, les balles de mitrailleuse crépitent impuissantes ; mais ce n’est pas à dire que le monstre ne court aucun danger, n’étant pas à l’abri des gros obus. Les Allemands n’épargnent pas leurs peines pour le mettre à mal; quelques Willies ont été atteintes sans doute par l’artillerie; mais contre elles; les fusants et les shrapnels sont impuis-
- 1. L’jEngineering donne sur l’histoire des « tanks » quelques details que nous reproduisons. C’est M. Tennyson d’Eyncourt, directeur des constructions navales, qui étudia, sur la demande de M. Churchill, alors lord de l’Amirauté, la réalisation pratique d’une forteresse mouvante dont l’expérience, des Flandres avait montré l’intérêt. Une petite commission (naturellement)
- sants et le tir de percutants est difficile sur ces buts mobiles.
- En quoi consiste la nouvelle machine? Nous ne pouvons, à cet égard, on le comprend, dire que ce que tout le monde a pu voir et ce que la censure a laissé raconter. '
- Qu’on oublie l’image spontanée qu’éveille en nous l’idée de « véhicule » ; qu’on essaie plutôt de
- se représenter à l’aide de comparaisons le nouveau Monstre né de l’industrie humaine : une sorte de reptile accroché et fixé au sol, portant en lui une force de propulsion invisible, écrasant le terrain de son poids. Tout l’ensemble de l’appareil, si l’on nous permet une autre comparaison zoologique, progresse comme un énorme mille-pattes qui descend dans les trous ou remonte sur la contre-pente. Rencontre-t-on des tranchées profondes mais étroites, l’avant franchit le vide, en porte-à-faux, s’appuie sur le bord opposé, où, de nouveau, le monstrueux animal reprend sa marche.
- Enveloppez tout cela de tôles épaisses ; percez dans les parois des portes étroites et des embrasures pour les mitrailleuses et les canons : voilà la forteresse roulante.
- Elle pèse un poids très considérable, que met en branle un puissant moteur, et l’on comprend que rien ne résiste à une pareille masse, ni arbre, ni mur, et à plus forte raison les réseaux de fils de fer qui sont littéralement écrasés.
- Les Allemands, qui n’aiment pas être devancés lorsqu’il s’agit de matériel nouveau, annoncent qu’ils construisent des engins semblables plus
- composée des colonels Stern, Swinton, commodore Sueler, commandants Briggs, Iletherington, Wilson et d'industriels, MM. Tritton, Bussell, fut adjointe à M. d’Eyncourt pour étudier les détails et l’adaptation militaire. La construction fut commencée à la fin de l’été dernier et les premiers engins essayés en présence de lord Kitchener.
- Fig. 9. — Automobile blindée anglaise avec mitrailleuse Maxim.
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- * *Y* *T
- Fig. 10. — Mode de propulsion par catter pillar.
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- puissants encore ; mais il y faut un certain temps et ils ont perdu le bénéfice de la surprise qu’ils ont du. subir au contraire.
- Comme on le voit, cette guerre, où l’artillerie a joué un rôle insoupçonné, est aussi la guerre de l’automobile.
- Les véhicules sans chevaux y auront tenu large place dans tous les domaines. Tandis que nos vieux autobus parisiens ont servi à transporter des troupes, des blessés, des vivres, que les autos-camions ont suffi aux approvisionnements, alors même que les voies ferrées man-
- quaient, c’est encore sur des trucks automobiles qu’on a déplacé l’artillerie lourde et qu’on a placé les projecteurs, les canons contre avions, les mitrailleuses, tout ce qui nécessite enfin des déplacements rapides. Nous venons de voir enfin comment des automobiles blindées ont pu intervenir dans les reconnaissances et les raids à travers les pays ennemis. Il ne restait plus, en souvenir des antiques chariots armés de faux, qu’à constituer les automobiles de bataille; voilà qui est fait.
- X...
- CENSURÉ
- Fig. il.
- Comment nous nous représentons les tanks.
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- Fig. i.— Type turc d’Asie Mineure.
- La péninsule des Balkans, cause de tant d’agitation et de guerres, est composée de six nationalités distinctes : Albanais, Grecs, Roumains, Serbes ou Monténégrins, Bulgares, Turcs. Leur étude ethnographique et linguistique présente .une actualité spéciale.
- Une remarque préliminaire s’impose : la langue parlée par un peuple n’indique pas toujours son origine; nous le verrons par les Bulgares. Le plus souvent, le peuple vainqueur impose son langage au vaincu; mais, parfois aussi, le contraire se produit.
- Les nationalités balkaniques se divisent au point de vue ethnographique, en deux groupes : 1° Les peuples d’origine indo-européenne : Albanais, Grecs, Roumains et Serbes. 2° Les peuples d’origine ouralo-altaique : Bulgares et Turcs.
- En linguistique, le classement est un peu différent. Les Bulgares, ayant adopté une langue slave, rentrent avec les Albanais, les Grecs, les Roumains et les Serbes, dans la grande famille des langues indo-européennes, qui sont llexionnelles ; seuls lés Turcs parlent encore une langue agglutinante du groupe ouralo-altaïque.
- Étudions successivement ces diverses nationalités.
- Albanais. — Les Albanais ont une origine encore mystérieuse. Ils sont, sans doute, les derniers représentants des peuples dont parlent les auteurs anciens, habitants des régions situées au nord de la Grèce; mais sont-ils Illyriens, Thraces ou Macédoniens? Peut-être y a-t-il dans leur sang un peu
- de tous ces ancêtres! D’ailleurs, l’Albanie n’est pas un pays au type uniforme. Dans la vallée du Mati, aux enviroms de Kroja, où résidait jadis la tribu des Albani, apparaît un type très pur, descendant des Illyriens. Dans la région de Scutari, nous trouvons les anciens Labéates, d’une physionomie très différente. Les caractères ethniques entre Albanais du Nord et Albanais du Sud sont, du reste, aussi dissemblables que leurs coutumes, leurs traditions et leur langue.
- Le mot « Albanais » serait un dérivé du mot celtique « Alb ou Alp », qui signifie « haute montagne ». En Écosse, les Highlanders désignent leur contrée montagneuse sous le nom d’Albanach et l’Écosse est pour eux l’Albanie.
- La langue albanaise appartient au groupe des langues indo-européennes, voilà qui n’est pas douteux. Mais dans quelle famille faut-il lui donner place? C’est ici que l’incertitude commence. La grammaire est nettement indo-européenne, mais le vocabulaire est fortement mélangé d’éléments étrangers.
- Dans son Dictionnaire étymologique de la langue albanaise, Gustave Meyer établit que sur 5140 articles, 1420" sont d’origine romane, 540 sont slaves, 1180 turcs, 840 grecs, 400 seulement appartiendraient au fond primitif indo-européen. Il n’est donc pas possible de rattacher l’albanais aux lan-
- Fig. 2. — Portefaix (Hamal)
- de Constantinople.
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- gués slaves, comme on l’avait cru longtemps.
- Pour M. Guillaume Lejean, la langue albanaise est fille de l’ancien illyrien.
- « Deux choses, dit cet auteur, prouvent que l’albanais moderne ou skip est, dans tout ce qu’il n’a pas emprunté au grec, au latin et au turc, fils de l’illyrien : d’abord, la presque impossibilité de le faire dériver d’une autre langue antique; puis, l’explication donnée par M. de Hahn, des noms géographiques de l’Illyrie ancienne par des mots empruntés au skip. »
- L’albanais comprend deux dialectes très distincts : celui parlé par les Guégues au nord, et celui usité chez les Tosques au midi. Les différences entre
- Les Achéens, qui dominèrent d’abord dans le Péloponnèse; les Éoliens qui peuplèrent le centre et l’ouest de l’Hellade; les Ioniens réfugiés dans l’At-tique et qui fondèrent Athènes; les Doriens qui occupèrent une partie du Péloponnèse et devaient être les aïeux des Spartiates.
- Il est superflu de rappeler que nous devons aux Grecs la civilisation la plus brillante et la plus élevée de toute l’antiquité et dont le rayonnement se poursuit encore de nos jours. Mais ce qu’il faut admirer surtout, c’est la force d’expansion, la prodigieuse vitalité du génie grec. Les invasions se sont succédé : Assyriens, Perses, Macédoniens, Romains ont foulé le sol de la Grèce, parfois en
- Fig. 3. — Costume de fête des femmes serbes.
- ces deux dialectes sont telles que Guégues et Tosques ont peine à se comprendre entre eux.
- Grecs. — Les similitudes de noms et de traditions prouvent l’étroite parenté qui relie les anciens Hellènes aux plus anciens peuples aryens : Iraniens, Perses et Hindous. A une époque difficile à préciser, des tribus hellènes quittèrent les rivages de l’Oxus, traversèrent la Thrace et la Macédoine, non sans y laisser quelques traces de leur passage, et descendirent jusque dans le Péloponnèse, habité par des populations qu’elles durent subjuguer.
- Ces populations étaient des Pélasges, d’origine aryenne aussi très probablement, tant fut profonde la fusion entre vainqueurs et vaincus. Si les Pélasges avaient appartenu à une race non aryenne, leur langue aurait laissé quelques traces de son existence.
- Les Hellènes étaient divisés en quatre, tribus :
- vainqueurs ; n’importe. Ils ont tous subi l’empreinte de la culture grecque, sans presque rien lui donner en échange.
- Au moyen âge, des tribus slaves s’établissent en Grèce; elles se fondent dans la population hellénique; enfin les Turcs ont pu tenir sous leur joug brutal les populations de l’antique Ilellade, la Grèce a fini, néanmoins, par reconquérir sa place au soleil.
- La langue grecque d’Homère et de Thucidyde offre des analogies frappantes avec les plus anciennes langues aryennes : sanscrit, zend et vieux perse. L'* grec moderne diffère sensiblement de l’ancienne langue; ainsi, il a perdu le duel et le datif; l’infinitif « ein » n’est plus employé; l’accent tient lieu de prosodie. Cette langue est parlée, non seulement, dans la péninsule Hellénique, mais dans la Thessalie,
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- Fig. 4. — Mariés serbes.
- une partie de la Macédoine et de l’Albanie, dans les îles Ioniennes, les Cyolades et sur une bonne partie des côtes de l’Asie Mineure.
- Roumains. — On sait que pour repeupler la Dacie, décimée par ses armées, l'Empereur Trajan y implanta, en l’an 107, des colons romains de diverses parties de son Empire et permit aux soldats de ses légions de s’y établir. Tous ces éléments parlaient latin, langue officielle, qui avait pénétré un peu partout. Il est probable, d’ailleurs, que ces colons provenaient surtout des provinces voisines et que Celtes, Illyriens, Grecs et Romains formèrent la majorité de la colonie.
- Moins de deux siècles plus tard, les Goths ayant fait irruption dans les contrées danubiennes, Aurélien permit a ces colons de s’établir de l’autre côté du Danube, en Mésie; mais il n’est pas douteux que le plus grand nombre resta en Dacie, où ils avaient fait souche et où ils étaient attachés au sol par la culture.
- Les Daces ont été confondus par les auteurs anciens avec les Gètes. Strabon fait cependant une distinction. Il place l’habitat des Daces en haut du Danube et les Gètes dans la partie inférieure. Mais à quelle souche appartenaient ces peuples?
- D’après un grand nombre de termes d’origine celtique relevés en Roumanie, on peut supposer qu’ils étaient Celtes.
- Les Roumains revendiquent avec raison la possession de la province austro-hongroise de Transylvanie, peuplée de près de trois millions de leurs frères, parlant la même langue qu’eux. Cette pro-
- vince faisait autrefois partie de la Dacie et a été, comme l’actuelle Roumanie, peuplée par les colons appelés par Trajan. La revendication roumaine est donc des plus logiques.
- La diversité des types rencontrés en Roumanie s’explique par l’origine du recrutement opéré par Trajan; on rencontre cependant le type ro-
- main, si caractéristique, dans certains comitats et dans les monts Bihar, mais la majorité de la population se rapproche du type celte, tel que nous le connaissons en France par les Bretons et les Au vergnats. Quant à la langue roumaine, elle est bien fille du latin. Elle a l’harmonie de la langue italienne, avec quelque chose de „plus mâle. Si son vocabulaire a beaucoup emprunté à l’étranger, sa grammaire tout au moins est restée très latine.
- Fig. 5. — Femmes sert es.
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- Fig. 6. — Comitadjis bulgares.
- Serbes et Monténégrins. — Les Serbes font incontestablement partie de la grande famille slave et, sous ce vocable de Serbes, nous comprenons les Monténégrins, épave glorieuse de l’ancien empire serbe, qui s’est croisée avec les habitants de la Tsernagora.
- Vers le début du vie siècle, des colonies slaves, établies en Russie, dans la région des cours supérieurs de la Vistule et du Dnieper, descendirent vers le Danube el occupèrent une partie de la péninsule balkanique. La première colonisation serbe s’étendait jusqu’à Du-razzo et devint un puissant empire qui succomba, au xve siècle, sous les armes turques.
- La grande famille slave ne comporte pas, dans son ensemble, une parfaite unité de types.
- D’Omalius d’Halloy fait remarquer avec raison que la diversité de leurs caractères extérieurs provient de leurs fréquents mélanges avec les peuples qu’ils ont
- soumis et que si nombre de Russes ont les cheveux blonds ou châtains et les yeux bleus, on trouve aussi, surtout dans le Midi, des bruns aux yeux noirs.
- En revanche, on remarque chez les populations serbes, une certaine homogénéité de type : taille moyenne ou au-dessus, cheveux châtain foncé, profil accentué, épaules larges.
- La langue serbe ou serbo-croate appartient à la famille des langues slaves et y occupe une place importante, car elle s’étend bien au delà de la Serbie; en Bosnie, en Herzégovine, au Monténégro, dans une partie de la Hongrie méridionale, en Croatie, Istrie et Dahnatie.
- Bulgares. — Avec les Bulgares, nous abandonnons les peuples d’originè indo-européenne pour un autre cycle de populations, celles dites ouralo-altaïques, dénommées aussi touraniennes, appellation que je repousse, car elle ne correspond à aucune idée linguistique ni ethnographique.
- On avait classé longtemps les Bulgares parmi les populations aryennes, à cause de leur langue slave ; mais nous savons aujourd’hui que les Bulgares (appelés indifféremment par les Byzantins, Unnogonduri ou Bulgari), descendus du sud de la Sibérie,
- - étaient établis au ve siècle sur les bords du Volga dans une région appelée la grande Bulgarie ou la Bulgarie noire. Aux siècles suivants, ils dévalèrent vers les provinces danubiennes et, en 679, une branche importante, sous la conduite d’Asparouk, vint s’établir dans la région qu’elle habite encore aujourd’hui.
- C’est, sans doute, pendant leur séjour en Russie que les Bulgares adoptèrent la langue slave, qu’ils parlaient déjà au ixe siècle; mais cette langue n’a pas la pureté .>lave du serbe; son vocabulaire s’est, corsé d’un grand nombre de mots étrangers,
- Fig, y, _ Types"et costumes bulgares.
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- 330 BASSIN D’ESSAI POUR REPRODUIRE LE MOUVEMENT DES VAGUES
- empruntés au turc, au grec, à l’albanais, au roumain.
- Turcs.. — La nation ottomane conquérante, qui fut si glorieuse et maîtresse de toute la péninsule balkanique, n’a plus aujourd’hui, sur la carte d’Europe, qu’un point très limité, destiné sans doute à disparaître complètement. Si la Turquie fut longtemps « l’homme malade » comme on l’appelait, elle est bien près, aujourd’hui, d’être « l’homme mort ».
- Europe au xme siècle, mais leur grande fortune poli tique date de la prise de Constantinople, en 1455.
- La langue turque est une langue agglutinante, comme toutes les langues ouralo-altaïques ; mais le turc vulgaire, parlé par l’immense majorité des Osmanlis, diffère sensiblement du turc littéraire, fortement mélangé de farsi ou persan.
- Telles sont les populations, si diverses d’origine, d’idées et de langage, qui s’agitent dans cette
- Fig. 8. — Coin de bazar turc à Smyrne.
- Les Turcs appartiennent à la famille ouralo-altaïque et au groupe turco-tatar. Les Tatars habitaient le Nord-Ouest de la Chine. Ce nom leur AÛent des Chinois qui les appelaient Ta-ta; la terminaison « tar » indique le pluriel. Ils apparurent en
- immense péninsule des Balkans. Nous n’en avons donné qu’une idée sommaire, suffisante toutefois pour faire connaître l’ethnographie et le système de langage de ces différents peuples.
- Georges de Dibor.
- BASSIN D’ESSAI
- PERMETTANT DE REPRODUIRE LE MOUVEMENT DES VAGUES
- Le roulis des navires sur mer agitée a une importance capitale pour les navires de guerre, principalement au point de vue du tir de l’artillerie ; son importance n’est pas moins grande pour les navires de commerce transportant des voyageurs, comme les transatlantiques, au point de vue du confort. Aussi cette question a-t-elle été un sujet d’études, depuis de longues années, pour les ingénieurs des constructions navales, parmi lesquels nous pouvons citer, en France, M. Berlin, ancien directeur du génie maritime et, en Angleterre,
- M. Fronde. Divers instruments ont été étudiés et construits pour observer et étudier le roulis des navires à la mer, tels que l’alidade de M. de Maupeou, l’enregistreur photographique de M. Huet et l’oscillographe double de M. Bertin qui lui a permis d’établir un çertain nombre de lois importantes relatives au roulis des navires. Mais ces appareils ne permettent d’étudier les questions nautiques que sur le navire lui-même et, plus ou moins complètement, selon les conditions de mer rencontrées. Il ne remplit donc pas entièrement
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- le but qu’on cherche à atteindre, c’est-à-dire pouvoir étudier le roulis des navires par un procédé analogue à la méthode des modèles pour la recherche de la résistance des carènes. C’est dans ce but que M. Rosso, ingénieur du génie maritime italien, a étudié et fait construire un appareil qui atteint en partie ce but et auquel il a donné le nom de Navipendule. Cet instrument très ingénieux a permis de faire, au point de vue nautique, des constatations fort intéressantes et fort utiles. Mais,
- duisant un choc qui amène dans le bassin des vagues en retour qui, par interférence, modifient complètement l’ondulation primitivement produite.
- Divers bassins d’essai ont été construits en vue de la production artificielle des vagues. En 1889 le colonel Rota employa dans ce but, à la Spezzia, des roues à aubes. A Dumbarton, la Société de construction navale Denny essaya de produire des vagues artificielles dans son bassin d’essai au moyen d’une planche immergée dans l’eau et mise
- Fig. 2.
- cependant, il n’est pas encore l’idéal. Ce qu’il faut c’est pouvoir étudier l’effet du roulis dans un bassin d'essai comme cela se fait pour étudier sur des modèles, et en se basant sur les lois de la similitude, la résistance des carènes ainsi que la forme la meilleure à donner à un navire à construire, ou bien, avec ce même modèle, les dimensions et le pas 'a donner à l’hélice. Or, pour ces derniers cas, la surface de l’eau dans le bassin d’essai reste horizontale, cela suffit. Mais, pour étudier le roulis d’un navire ainsi que les divers moyens à employer pour réduire ce roulis, il est de toute nécessité que la masse d’eau contenue dans le bassin puisse prendre un mouvement ondulatoire comme celui d’une vague en pleine mer et que, de plus, on puisse, pour observer les diverses circonstances pouvant se présenter en mer, faire varier la période, l’amplitude et la hauteur de cette vague artificielle. Mais, jusqu’ici, les chercheurs se, sont heurtés à une difficulté qui provient de ce que, lorsque, par un moyen quelconque, on produit dans ce bassin, à une de ses extrémités, une ondulation artificielle, celle-ci, en progressant, vient frapper la paroi de l’autre extrémité en pro-
- en mouvement à la main. Ces essais n’eurent aucun résultat satisfaisant pour la raison indiquée plus haut. Tout dernièrement l’amiral D. W. Taylor a annoncé qu’il venait d’installer dans le bassin d’essai de Washington un appareil permettant de
- produire artificiellement des vagues et qu’il espérait avec ce dispositif obtenir des résultats satisfaisants. Mais rien n’est encore connu du dispositif employé.
- De son côté le colonel Rosso, le créateur du ÎNavi-pendule, a, tout dernièrem eut, étudié un bassin d’essai de disposition spéciale qu’il a soumis à Ylnstiiution of Naval’architects, en avril dernier et qui, d’après lui, remplit complètement les conditions nécessaires pour obtenir dans un bassin d'essai des vagues artificielles de formes parfaitement régulières et permettant de faire varier à l’infini les circonstances de mer, d’examiner, au point de vue du roulis, les conséquences d’une modification métacentrique ou de forme du navire, ainsi que les moyens les plus efficaces pour réduire le roulis et obtenir un amortissement rapide des oscillations. Ce dispositif pourra permettre de comparer entre eux les divers systèmes d’amortissement employés jusqu’ici, tels que les quilles de
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- roulis, les gyroscopes (voir Nature 1919, I, 98 et n° 2231) et les chambres d’équilibre avec lest liquide. C’est de ce bassin d’essai dont nous nous proposons de dire quelques mots.
- L’appareil en question est basé sur la théorie des vagues que La Nature a donnée dans un article précédent (1906, II, 178). D’après cette théorie les vagues de la mer qui ont la forme trochoïdale lorsque celles-ci ont pris leur forme régulière, s’avancent dans une direction perpendiculaire à la crête et au creux
- de cette vague ; " '
- mais cette translation, comme on le montre dans l’article précédent, n’est qu’apparente et résulte du déplacement des molécules de la masse d’eau sur les orbites qu’elles décrivent pour produire la vague.
- Toutes les molécules qui se trouvent sur le plan horizontal formant la surface de l’eau ainsi que toutes celles placées dans les plans horizontaux au-dessous de cette surface parcourent, avec des vitesses angulaires égales, des orbites circulaires dont le diamètre qui, à la surface, est égal à la hauteur de la vague, va en diminuant à mesure que la profondeur augmente pour devenir nul à une profondeur variable suivant l’agitation de la mer.
- Quant à la durée de la rotation de ces molécules d’eau sur leur orbite elle est toujours égale à la période de la vague variant elle-même avec la longueur de celle-ci.
- Soit donc (fig. 1) une masse d’eau ayant le plan ABC 1> comme surface et limitée sur les côtés par les plans fictifs ADHE, BGGF, ABFE et DGGF et, à la base, parle plan également fictif EFGH. Divisons cette masse d’eau par dés plans horizontaux (A dans ce cas) et par des plans verticaux (10 dans ce cas). Nous formerons ainsi dans cette masse d’eau un certain nombre de prismes rectangulaires qui seront au nombre de 60. Supposons que dans cette masse d’eau il vienne à se propager une vague régulière (fig. 1) telle qu’il s’en produit dans la mer
- et dont la forme soit celle d’une trochoïde. La surface de l’eau ABCD prendra alors la forme trochoïdale ainsi que les quatre surfaces horizontales se trouvant au-dessous de la surface de l’eau. Quant aux plans verticaux ils changeront de position comme’le montre la figure 1. Dans le creux de la vague ils iront en s’écartant l’un de l’autre à partir de la base et, à la crête de cette même vague, ils iront, au contraire, en se rapprochant à partir de cette même hase. Entre le creux de la vague et la
- crête les différents plans verticaux prendront la direction indiquée sur la figure. Il en sera de même des surfaces fictives extrêmes ABFF et DGGF. Ces mêmes plans horizontaux et verticaux se modifieront avec l’avancement de la vague comme le montre la figure 2 qui représente la nouvelle position de ces plans après une période égale à la moitié de la période de la vague, c’est-à-dire au moment ou la crête d’une vague vient à la place du creux et vice versa.
- Il résulte de là que, pour obtenir dans un bassin
- d’essai une vague de mer de forme trochoïdale sans qu’il se produise de choc sur la paroi aval et, par conséquent, sans qu’il se produise de vague en retour amenant des interférences modifiant la forme de la vague, il suffit d’imiter ce qui se produit dans la nature en s’arrangeant de manière que les plans horizontaux qui divisent la masse d’eau puissent changer leur forme suivant l’avancement de la vague et que les plans verticaux et ceux extrêmes ABFE et BDCG puissent aussi modifier leur inclinaison avec le même avancement de la vague. C’est ce que le colonel Bosso fait dans son appareil en matérialisant les faces latérales et extrêmes que nous avons supposé fictives. Pour cela il forme les côtés latéraux et les deux faces extrêmes du bassin de plaques constituées de matières extensibles, telles que le caoutchouc, pouvant ainsi modifier leur forme et leur inclinaison avec l’avancement de
- Fig. 5. — Photographie instantanée montrant l’appareil, en opération avec un modèle sur la vague, celle-ci se trouvant dans une période
- différente.
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- LE ROLE MINIER DE L’AUSTRALIE PENDANT LA GUERRE r~~—: 333
- la vague et il relie d’une manière permanente les cinq surfaces limitant la masse d’eau. De cette façon les plans horizontaux et verticaux peuvent modifier leur forme et leur inclinaison suivant l’avancement de la vague. Pour obtenir la forme trochoïdale de la vague il munit, sur chacune des deux faces latérales du bassin, chacun des points de croisement a des plans horizontaux avec les plans verticaux, d’un mécanisme permettant de donner aux molécules d’eau le mouvement circulaire ayant le diamètre vojilu pour chacun des plans horizontaux, diamètre allant naturellement en diminuant avec la profondeur au-dessous de la surface. Ce mécanisme est également disposé de manière à pouvoir faire varier ce diamètre suivant la vague que l’on veut produire dans le bassin.
- Le seul bassin de ce type construit à l’heure actuelle n’a que 1 m. 20 de longueur et 1 m. de largeur; la profondeur d’eau est de 0 m. 50. On peut y produire des vagues d’une longueur variant entre 0 m. 40 et 5 m. 60 et d’une hauteur pouvant atteindre 90 mm. Le bassin, comme le dit le colonel Rosso, a été, surtout, construit comme appareil de démonstration, mais rien ne s’oppose à en construire de plus grands et, suivant lui, un bassin de 8 à 10 m. de largeur et de 15 à 20 m. de longueur permettrait, pour les expériences de
- roulis, de se servir des mêmes modèles que ceux servant à la résistance des carènes. La figure 5 représente ce bassin montrant les 78 mécanismes, espacés horizontalement et verticalement de 0 m. 10, qui, sur une des faces latérales, comme nous l’avons indiqué, produisent les ondulations tro-choïdales de la vague. Les différents mécanismes sont liés et mis en mouvement par un moteur que l’on voit sur la figure mais sur lequel le colonel Rosso ne donne aucun détail pas plus que sur le mécanisme donnant le mouvement orbitaire des molécules d’eau.
- Les figures 4 et 5 sont la reproduction de photographies instantanées prises sur une vague de 1 m. 80 de longueur et de 60 mm de hauteur produite dans le bassin.
- Ce bassin d’essai a donné, d’après le colonel Rosso, des résultats très satisfaisants et il y a lieu de penser que ces mêmes bons résullats se renouvelleront avec les bassins de plus grande dimension qu’on a l’intention de construire. On pourra alors, comme nous le disions, établir d’une manière définitive la valeur comparative des divers appareils employés jusqu’à ce jour pour amortir le roulis et d’en étudier d’autres que les essais pourraient indiquer comme préférables.
- R. Bonmx.
- LE ROLE MINIER ET INDUSTRIEL DE L’AUSTRALIE
- PENDANT LA GUERRE
- Depuis l’ouverture des hostilités la question des métaux est devenue d’une importance capitale non seulement pour l’Australie, pays producteur, mais aussi pour la Grande-.Bretagne et ses alliés qui sont des consommateurs, surtout en ce moment pour la production des munitions de guerre et, en temps normal, pour leur emploi dans les arts ou l’industrie.
- Antérieurement à l’année 1915 une grande partie des mines australiennes, surtout celles de plomb et de zinc étaient dans les mains allemandes qui exportaient le minerai en Allemagne. Dans ces conditions il devenait donc nécessaire de se prémunir contre cette intrusion allemande. Aussi, dès le début des hostilités le gouvernement du Com-monwealth prend-il la sage résolution de prohiber toute exportation soit de minerais pouvant être traités en Australie, soit de métaux. Les résultats de cette grave décision ne se firent pas attendre ainsi que l’indique The Engineering and Mining Journal d’où nous extrayons les renseignements suivants :
- La Compagnie de Broken Ilill qui exploite en Australie des mines de plomb argentifère réunit autour d’elles toutes les autres sociétés minières australiennes exploitant ce minerai et forma une association sous le nom de Broken Bill Associated Smelters Proprielary Ld, dont tous les membres
- se sont engagés à envoyer à l’usine de Port Parie tout leur minerai pour y être traité. De plus, la majorité des membres de cetie association apporta les fonds nécessaires, c’est-à-dire 25 millions de francs, pour agrandir l’usine de Port Parie et la mettre en état de faire face à cette augmentation de production. Lorsque l’usine de Port Parie aura reçu les agrandissements prévus elle pourra produire annuellement 160000 tonnes de plomb raffiné et 468 tonnes d’argent. C’est ce tonnage qui, avant 1915, passait en Allemagne.
- Il en a été de même, pour le zinc. A la suite de conférences entre le premier ministre du Com-monwealth et les propriétaires de mines de zinc ceux-ci ont également formé une Association et se sont engagés, comme pour le zinc, à livrer à cette association tous leurs produits, y compris le zinc électrolytique. Cette association a son bureau à Melbourne; un autre bureau existe également à Londres. Au bureau de Melbourne le gouvernement australien est représenté par un de ses membres de même qu’à Londres le Gouvernement impérial est représenté par un de ses membres de telle sorte que tous les intérêts se trouvent garantis. Actuellement cette association représente 70 pour 100 des produits de zinc en Australie et il y a tout lieu de penser que la Birmanie, très riche en minerais de zinc, entrera prochainement dans cette association.
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- LES ORIGINES GRECQUES DE MARSEILLE
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- En outre de ce développement de l’industrie du plomb et du zinc qui, jusqu’ici, comme nous l’avons dit, était dans les mains des Allemands, d’autres industries se sont développées en Australie depuis le début de la guerre. Une Société importante a été fondée pour la fabrication des fils de cuivre et de laiton, ainsi que pour la confection des tubes et des plaques de cuivre ; elle fabrique également du bronze et ses alliages. Son capital est de 5 millions de francs. Une autre Société, au capital de 6 200 000 francs, fabrique du zinc électrolytique. Il s’est également fondé une Société pour la fabrication de l’acier au four électrique.
- D’autres usines moins importantes ont été également créées dans le but d’extraire du minerai d’antimoine aurifère l’or qu’il contient. La question de la fabrication des alcalis n’a pas été négligée et des usines importantes sont en cours de construction pour développer cette industrie. Une usine pour la fabrication du carbure de calcium vient d’être installée par la Hydro-Electric and Complex Ore C°.
- Comme on le voit l’Australie, depuis le début des hostilités, est largement entrée dans la voie du
- progrès non seule cnt au point de vue industriel, mais aussi au point de vue métallurgique. A ce dernier point de vue qu’en résultera-t-il après la guerre? Afin de répondre à cette question il nous semble intéressant de résumer les conclusions prises le 22 mai dernier, à Londres, par la Société anglaise Broken Bill. Sur la proposition du premier ministre d’Australie Hugues il fut décidé, que 60 pour d 00 du minerai de zinc produit en Australie serait envoyé en Grande-Bretagne pour y être traité et que les 40 pour d 00 restant seraient envoyés, après la guerre, en France et en Belgique. Quant au minerai de plomb il fut décidé que ce qui serait le plus avantageux serait, comme pour le zinc, d’envoyer le minerai en Grande-Bretagne pour y être traité. Teutefois ces propositions n’ont reçu jusqu’ici aucune sanction et ce ne sera qu’après la guerre que des décisions définitives pourront être prises. Quoi qu’il en soit, en attendant cette solution on ne peut que se féliciter de la décision radicale prise par le gouvernement Australien et des efforts faits pour le développement métallurgique et industriel de l’Australie depuis le début de la guerre. Boureuil.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 9 octobre 1916.
- L'audition des canonnades lointaines. — M. Frédéric Iloussay appcrie une contribution à cette question très étudiée en c : moment. Suivant lui, aux grandes distances de 1-0 a 150 km, on n’entend pas un canon isolé, mais l’ébranlement produit par une canonnade prolongée. 11 se produit, à une grandiose échelle, ce qu’on appelle en acoustique des battements. Ces battements sont une fonction d’un certain nombre de conditions qui se modifient très vite avec un faible déplacement de l’artillerie : en sorte que, sans modification notable du front, il peut arriver qu’on n’entende plus rien en un point où le bruit était auparavant très perceptible.
- L’attaque des verres de France, de Bohême et d’Allemagne. — On fabrique aujourd’hui en France des verres de laboratoire pour remplacer ceux qui nous venaient auparavant d’Allemagne. Ces verres nouveaux n’ayant plus les mêmes compositions que les anciens,
- une étude est nécessaire pour savoir dans quelles conditions ils sont attaqués par les réactifs et quelles erreurs d’analyse sont alors à craindre. M. Paul Nicolardot a entrepris cette étude. D’après ses conclusions, les verres de France sont aujourd’hui comparables aux meilleurs verres allemands de Thuringe ou d’téna.
- Destruction clés moustiques par les poissons. —Pour lutter contre le paludisme dans nos colonies, M. Jean Legendre a eu l’idée d’utiliser, à la destruction des larves d’anophèles, l’avidité de certains poissons. Le Cyprin doré a donné d’excellents résultats à Madagascar, où, en même temps, il se développe avec une rapidité surprenante. Les Malgaches sont très avides de ces poissons qu’ils pêchent dans les rizières où le hasard des irrigations en a introduit. Le jour où cet élevage, extrêmement simple, sera généralisé, l’auteur du travail considère que Madagascar pourra produire 35 000 tonnes de poisson.
- LES ORIGINES GRECQUES DE MARSEILLE
- Tout le monde sait ou croit savoir que Marseille fut bâtie par les Phocéens. Cela se lit dans toutes les encyclopédies. Mais il était utile de préciser cette histoire antique en l’appuyant sur des documents archéologiques et ces documents archéologiques sont plus rares qu’on ne le croirait : la superposition d’une grande ville moderne, riche et prospère, à la ville antique rendant les fouilles presque impossibles. Cependant un excellent géologue, mort récem-
- ment, Vasseur, a su trouver en 1908, dans le fort Saint-Jean, un terrain accessible à ses tranchées; il y a exécuté des explorations fructueuses qui, groupées par lui avec les résultats obtenus précédemment en des points voisins, ont fait l’objet d’une belle publication dans les Annales du Musée de Marseille(Q. Au moment où le peuple grec semble enfin, malgré
- 1. Tome XIII. Marseille, 1914, 1 vol. in-4° de 296 p. et XVII planches en couleurs.
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- LES ORIGINES GRECQUES DE MARSEILLE ===== 335
- son gouvernement, se souvenir d’anciennes affinités avec la France, on peut trouver intérêt à extraire de ce bel ouvrage ce que ses conclusions offrent de plus intéressant pour un public qui n’est spécialement ni marseillais ni archéologue.
- Il est assez curieux qu’on n’ait trouvé dans la
- Fig. i. — Morceau d’une coupe des petits maîtres (milieu du vie siècle).
- Cadix pour lequel l’histoire de cette entreprise coloniale nous a été conservée par Hérodote.
- À Marseille, la ville du vne siècle s’édifia et grandiL rapidement sur le bord de ce qui est au-
- Fig. 2. — Tesson ayant très probablement fait partie du' vase précèdent.
- région de Marseille aucune trace de l’industrie paléolithique. Au contraire, l’industrie néolithique est largement représentée dans les Bouches-du-Rhône et les départements voisins. La population se maintint dans ce pays jusqu’à l’âge du cuivre ou du bronze pauvre ou étain; mais, à l’époque du bronze proprement dit, le pays semble avoir été abandonné et cet abandon singulier paraît s etre prolongé à la première époque du fer (Hallstadt).
- Peut-être, comme on l’affirme généralement en se fondant sur l’onomastique des noms de lieux, les Phéniciens firent-ils en Provence des apparitions rapides ; mais, comme on n’a trouvé jusqu’ici aucun objet phénicien et même aucun objet indigène antérieur à l’établissement des Grecs, on est en droit de penser que, lorsque cet établissement se fit, le pays était encore fort peu habité et dénué de ville importante.
- Les historiens placent généralement en 600 l’arrivée des Phocéens. On peut faire remonter l’installation des Ioniens un demi-siècle auparavant, jusqu’en 650. Il dut y avoir, à ce moment, dans la Méditerranée orientale, une expansion coloniale des Grecs analogue à celle qui, 2000 ans plus tard, devait porter les Portugais ou les Génois vers des mers plus lointaines. Diverses expéditions, qui suivaient sans doute les rivages, abordèrent, à quelques années de distance, en Étrurie, en Ligurie, en Provence et jusque dans le pays des Tartessiens vers Malaga et
- jourd’hui le vieux port et qu’on appelait alors le Lacydon, surtout an Nord, entre le vieux port et la Joliette, sur la colline où se trouvent le fort Saint-Jean, l’Observatoire et l’Hôtel-Dieu.
- Les fouilles de Vasseur ont été particulièrement fructueuses pour l’histoire de cet établissement primiLif qui était resté inconnu jusqu’à lui. Elles ont, en effet, permis de retrouver au Fort Saint-Jean toute une couche de poteries cassées, un « Monte Testaccio », le produit des balayures de la ville, où se présentent pêle-mêle des céramiques importées par le commerce ionien dont on reconstitue généralement sans peine l’origine (Rhodes, Archipel grec, Égypte, Attique, Corinthe). Je ne voudrais pas faire ici une étude de céramique, mais j’ai été particulièrement frappé en retrouvant sur les planches de Vasseur des types identiques 'a ceux que j’ai moi-même rapportés autrefois de Rhodes. La provenance rhodienne des décorations reproduites sur les figures 2, 3, 5 est évidente. En même temps, on a là de la céramique ionienne de . Naucratis (Égypte) et des types qu’on a considérés comme protocorinthiens.
- Après ce premier essor de Massalia, il dut s’en produire un autre vers l’an 600 qui correspond à la date donnée par les historiens pour la fondation de la ville. En même temps, on peut se rendre compte que la population indigène venait se grouper, autour des Phocéens, dans des maisons aux murailles en
- Fig. 3.
- Fragment d’un vase ionien apparentéà la céramique rhodienne.
- Fig. 4. — Poteries cyrènéennes.
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- 336 .LES ORIGINES GRECQUES DE MARSEILLE
- pierre sèche dont on a retrouvé de nombreux spécimens sur les sommets des environs de Marseille.
- L’intensité des mouvements commerciaux qui en résulta se traduit par la distance jusqu’à laquelle on rencontre aujourd’hui dans le midi de la France, à Toulouse, à Port-Sainte-Marie et jusque dans le Jura, àChâteau-sur-Salins, les poteries grecques du vie siècle qui furent importées à celte époque par Marseille.
- Dans ces poteries du vie siècle, il y en a qui proviennent encore de Rhodes; comme une tête d’Aphrodite creuse ayant servi de vase, tout à fait analogue à une* statuette rhodienne du Louvre. De fort beaux débris viennent de la Cyrénaïque, représentant par exemple un génie volant (fîg. 4). Des cratères ornés d’animaux ont une origine corinthienne. D’autres poteries sont atliques ; tel ce personnage barbu tournant le dos à une palmette (fîg. 1), ou une coupe sous laquelle on peut lire : « réjouis-toi et bois bien ». A cette même période du vie . siècle, remonte le beau trésor de plus de 2000 monnaies grecques en argent trouvées en 4867 près d’Auriol : monnaies où toutes les villes de l’Égéide sont représentées : Mitylène, Méthymnos et Antis des Lesbos, Phocée, Clazomène, Co-lophon, Aby-dos, etc.
- Au ve siècle, les importations continuent, comme le montre un beau débris atti-quefigurantl’his-toire de Poly-nice etd’Àmphia-raos, roi de Thè-bes (fîg. 6). Cependant les guerres médiques amènent certainement un ralentissement, auquel succède l’essor particulièrement remarquable du ive siècle. C’est à cetle époque que les relations de la Provence avec la Grèce paraissent avoir atteint leur apogée, comme le montrent les poteries attiques trouvées depuis Marseille jusqu’à l’Aude et à l’Hérault. En même temps, les oppidums indigènes se multiplient autour de Marseille, point de jonction entre l’Orient et l’Occident« Marseille porte d’Orient », comme l’a représentée Puvis de Chavannes.
- Ce qu’étaient ces relations des indigènes avec leurs visiteurs, dans lesquelles nos ancêtres de Gaule jouaient le rôle des nègres africains, on en a eu la démonstration particulièrement frappante par Ips fouilles faites en 1905-1909 à Montlaurcs, près de Narbonne. Il y a là, d’après M. PotGer, la plus curieuse juxtaposition de deux civilisations opposées : d’une part, une vie misérable et pauvre par des réduits étroits, avec un outillage très peu perfectionné, des meules à broyer le grain de forme primitive, des outils de pierre ou de corne, grossière poterie, dite ibérique, peu de métal, et, d’autre part, les apports de la civilisation grecque en plein épanouissement, avec ses beaux vases attiques aux figures peintes et l’abondance de ses monnaies.
- Au nie et au ne siècle, Marseille reçoit toutes les importations de la grande Grèce et de la Campanie, sous la forme d’innombrables poteries à couverture noire, souvent ornées d’une rosette ou de palmettes imprimées à l’aide de cachets. Mais nous rentrons ici dans l’histoire qui nous est connue par les textes et non plus seulement par les fouilles : histoire que nous n’avons pas à
- traiter. Nous nous contenterons de signaler encore, comme découvertes anciennes faites dans le sol marseillais, une galère de l’époque romaine qui a été trouvée dans la rue de la République et un autre grand navire antique reconnu, sur 15 m. de long, dans la rue de la Coutellerie. On . y a également découvert, en 1845, une fameuse inscription phénicienne portant un tarif des taxes que les prêtres de Baal percevaient sur les sacrifices. M. Vasseur a pu, par un examen minéralogique et par la paléontologie des foraminifères englobés dans la pierre, montrer que cetle stèle provenait de Carthage. Elle est considérée comme du ive siècle.
- L. De Launay.
- Fig. 5. — Morceau de panse d’un grand vase rliodien, probablement une amphore.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahure, rue de Fleures, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N“ 2252.
- 25 NOVEMBRE 1916.
- AMORTISSEURS ET RÉDUCTEURS DE SONS ET DE LUEURS
- Ne pas être va et voir, entendre et ne pas être entendu, tels sont les deux plus grands facteurs des succès tactiques; il en est d’ailleurs de même en stratégie. Il importe, en effet, tout autant de connaître les points faibles et les accumulations de forces de son adversaire que de lui cacher les siens propres.
- Dans cette revue purement technique il ne saurait être question de stratégie. Quels moyens ont été mis en œuvre pour n’être vu ni entendu? Voir n’est pas toujours facile; ne pas se laisser voir n’est pas simple non plus à réaliser. La fumée ne vient plus comme autrefois révéler l’emplacement des batteries ni gêner leur tir; elle ne trace pas d’une buée légère la ligne de tirailleurs ou n’entoure pas les
- sels de calcium, de diminuer les lueurs. Ils n’y ont pas réussi. Avec les canons, la lueur existe toujours, elle est diminuée, il est vrai; mais, au moment où la lueur devient moins visible, la fumée apparaît. Dans le cas des obusiers et des mortiers, et en général dans le tir de toutes les pièces courtes, à faible longueur de calibre, la lueur est peu visible, même sans addition de matières' minérales.
- Les substances les plus variées ont été proposées (*) pour être ajoutées aux poudres sans fumée afin de faire disparaître les lueurs — vaseline, bicarbonates alcalins, savons alcalins et alcalino-terreux, oxalates, résinâtes de soude, de baryte et d’alumine. M. Villa (2) place au-dessus de la poudre en sachets
- Fig .2.
- mitrailleuses de tons révélateurs ; et tout cela grâce à M. Vieille qui, le premier, quoi qu’en aient dit ses détracteurs et malgré les antériorités qu’on a cru pouvoir lui opposer, a su réaliser une poudre vraiment stable, mais poudre à qui on n’aurait dû demander que ce qu’elle pouvait donner, comme durée et comme stabilité. La fumée ne sert plus qu’à former un masque momentané, à signaler par avions l’emplacement des batteries, l’arrivée des réserves ou à régler le tir par les éclatements des obus fusants et percutants. Là se limite son rôle, déjà fort important.
- Procédés chimiques. — S’il a été possible de supprimer la fumée par l’emploi de poudres sans
- dans les gargousses des canons des rondelles, des pastilles ou des baguettes et dans le cas des fusils, des grains de paraffine et d’hydrate de magnésie. La proportion employée varie, suivant les cas, de 3 à 10 pour 100 du poids de la charge. Dans le mélange, la magnésie hydratée entre pour 78 pour 100. Aucune solution efficace n’a été en réalité trouvée.
- Et, seuls, au milieu de tous ces ingrédients, les sels d’alcalis fixes sembleraient devoir agir d’une manière prépondérante, d’après les expériences de Dantriche (3), sur la quantité de chaleur dégagée pendant l’explosion des explosifs. (Voir le tableau ci-dessous) :
- décani trique.
- Seul....................
- Avec 1 °/0 CO3 IlNa. . .
- — 2 % NO5 K. . -
- — 2 % CO3 Ca .
- — 4 % CO3 Mg. . .
- Coton-poudre___________________________' Trinitrotoluène.
- ennéanitrique. —
- 184 calories. Seul.....................164 calories. Seul >........... . 250 calories.
- 88 — Avec 10 % CO3 H Na. . 61 — Avec 2%. ..... 117 —
- 88 - — 5 °/0........ 66 —
- 152 — — 10 °/0....... 66 —
- 152 — — 10 % N30°Ba. . 175 —
- matières minérales, à la nitrocellulose pure, puis à la nitrocellulose et à la nitroglycérine, il n’a pas été possible de supprimer les lueurs.
- Les Allemands, les premiers, ont essayé, en ajoutant en faible quantité aux poudres des sels d’alcalis fixes ou de métaux alcalino-terreux comme les
- Les métaux alcalino-terreux calcium, baryum et le magnésium ont une action bien moindre. Il est possible que la présence de sels alcalins dans la
- 1. Br. français, n° 564 415 et addition n° 7749.
- 2. Br. français, n° 585 769.
- 3. C. R., t.* 14(7, p. 535, 1908.
- 44' Année. — 2" Semestre.
- 22 — 557.
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- 338 -.. AMORTISSEURS ET RÉDUCTEURS DE SONS ET DE LUEURS
- nilrocellulose des poudres joue un rôle semblable. En 1888, la Commission des substances explosives avait trouvé que les produits de détonation du coton-poudre décanitrique ne s’enflammaient pas à l’air; or, à celte époque le coton-poudre contenait de 2 à 4 pour 100 de carbonate de sodium. Aux poudres allemandes de Rottweil étaient ajoutés depuis une dizaine d’années de 1 à 3 pour 100 de sels d’alcalis fixes.
- Cette solution présente toutefois de graves inconvénients dans le cas des poudres. La diminution de la quantité de chaleur très a vanta g eu se pour les explosifs dits de sécurité, utilisés dans l’exploitation des mines grisou-teuses, modi-lie notablement l’énergie de la poudre.
- La présence de sels minéraux fixes augmente la détérioration des armes à feu et la production de fumée. Au fur et a mesure que la lueur diminue d’intensité, la quantité de fumée produite augmente. On peut admettre presque la loi suivante.
- La somme— lueur -f- fumée — reste constante. Néanmoins, il y a un progrès d’accompli et l’atténuation de la lueur avec une très légère fumée fournit dans la plupart des cas une solution assez avantageuse. A la tombée du soir et la nuit, la
- carbone, soit de refroidir brusquement les gaz, en les obligeant à effectuer après avoir communiqué au projectile une vitesse initiale suffisante, un nouveau travail de décomposition.
- Si l’on réfléchit que cette dilution ou ce refroidissement doit se produire en moins d’un centième de seconde, afin que le mélange des gaz qui s’échappent de la bouche de la pièce ne puisse plus s’enflammer, on est en droit de se demander ce que pourra produire cette nouvelle réaction, explosive elle aussi, puisqu’elle doit s’effectuer en
- moins d’un centième de seconde. Mais peut-être y arriverait - on par l’emploi de gros spar-klets remplis d’acide carbo-niqueliquide, de réservoirs pleins d’eau ou de récipients remplis d’azote comprimé, qui éclateraient au moment du départ du coup?
- Procédés mécaniques. — Cette solution serait-elle trouvée et la lueur aurait-elle disparu que la présence de la pièce d’artillerie serait trahie encore par le bruit. Or, il faut entendre et ne pas être entendu.
- Par des procédés mécaniques, il est possible d’arriver à une solution plus générale, diminution de la lueur et amortissement du bruit. On ne peut pas songer à obtenir, à l’heure actuelle,
- Fig. 3.
- J
- su
- A
- Fig. 5.
- fumée ne se voit plus, alors que la moindre lueur révèle une mitrailleuse, un fusil et à plus forte raison un canon. La fumée gêne si peu la nuit que bien des poudres noires ont été utilisées.
- Le problème de la suppression des lueurs peut être résolu d’une autre manière. Les canons ne sont pas autre chose que des moteurs à explosion, à rendement médiocre et à durée très éphémère, quelques minutes au plus; sans parler du rendement mécanique, il reste après le départ du projectile, dans l’âme de la pièce, sous une pression et une température élevée, un mélange de gaz combustibles, dans lequel prédomine l’oxyde de carbone. Un tel mélange rie s’enflamme ou ne continue à brûler qu’en présence d’oxygène ; aussi serait-il possible soit de diluer la proportion d’oxyde de
- Fig. 4.
- un canon silencieux et n’émettan! aucune lueur.
- Et cependant c’est ce queM. Humbert prétendait avoir trouvé, il y a déjà près de quinze ans. En réalité, il n’étudia qu’un dispositif pour fusil.
- Cet appareil a été décrit à l’époque, avec figures à l’appui, par la France militaire. Il avait pour but de supprimer dans les armes à feu, l’éclair, le son et la fumée.
- Cet appareil se composait d’un tube en acier à éompartiments fermés par des cloisons, percées d’orifices de diamètre légèrement supérieur au calibre de l’arme. Ce tube était fixé au fusil par un pas de vis continu ou sectionné, ou de la même manière que la baïonnette. Il ne s’adaptait au fusil qu’au moment du tir. En marche, il était utilisé comme canne ou fixé au sac comme un
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- piquet de tente. Le fonctionnement s’opérait ainsi :
- Quand le culot du projectile est engagé dans le tube, une partie des gaz qui le suivent vient s’épanouir en tronc de cône à partir de l’orifice, et est arrêté par la première cloison du tube. A mesure donc que le culot s’éloigne de la bouche de l’arme, il est suivi d’une quantité de gaz de plus en plus petite, jusqu’à la sortie, où cette quantité est si minime qu’il ne se produit plus ni détonations, ni éclair, ni fumée. Les gaz, arrêtés momentanément par. les cloisons, s’échappent ensuite successivement sans bruit, ni flamme, ni fumée.
- Le tube du fusil pesait 700 gr., et mesurait 70 cm de longueur. Muni d’un poignard au bout, il supprimait la baïonnette.
- D’autres solutions, et nombreuses, ont été proposées depuis; mais, toutes, pour le fusil ou la mitrailleuse, quoique les inventeurs aient ajouté
- bruit que de Hiram Percy Maxim, le fil du célèbre inventeur de la mitrailleuse. De nombreux brevets ont été pris, parmi lesquels nous citerons deux brevets français et leur certificat d’addition (n°392-506 — certificat 10-160 — et n° 401-168). Le son serait supprimé en évitant le heurt violent des gaz comprimés au sortir de l’âme contre l’air ambiant. L’appareil n’est pas autre chose qu'un silencieux. Nous lui voyons subir des modifications assez nombreuses que nous allons essayer de suivre.
- Cet appareil dont le poids varierait entre 170 et 250 gr. est formé d’un tube en tôle d’acier de 58 mm de diamètre et de 100 à 150 mm de long suivant que le calibre du fusil varie de 6 à 7,50 mm. Il se place à la bouche de l’arme au moyen d’un agrafage analogue à celui de la baïonnette. Les figures 5, 4 et 5 représentent l’appareil au bout
- Fig. 6
- négligemment qu’avec une petite modification, leur système s’appliquerait au canon.
- Un Russe, M. Evangelidi (*) a eu l’idée de faire le vide dans le fusil à l’avant de la balle et dans un réservoir. A cet effet, un tube A (fig. 1) est muni à l’une de ses extrémités d’un orifice du diamètre du fusil avec des encoches permettant de le fixer sur l’arme. A l’autre extrémité, le tube A est fermé par une boîte B en forme de bec de canard. Le bec est maintenu fermé grâce aux ressorts G (fig. 2). Sur le pourtour d’un tube A se trouvent des ouvertures D, qui sont placées en regard d’ouvertures plus grandes ménagées dans le réservoir à vide E. Le vide partiel est produit dans ce réservoir à l’aide du piston F tiré par le fil G (fig. 1). Celui-ci avant le départ du coup est accroché à la crosse. La figure 1 représente le montage complet.
- Le dispositif, assurément ingénieux, n’est guère compatible avec la rapidité du tir demandée dans la guerre actuelle. On ne le voit pas très bien non plus monté sur un canon.
- Avec M. Hiram Maxim, la solution semble devoir être plus proche et plus sûre. En 1909, il n’est
- 1. Br. français ri® 356 256, 20 juillet 1905, 27 juillet 1905, 24 novembre 1905.
- du fusil, le démontage, et montre comment sont disposés à l’intérieur les chicanes formées de 10 à 13 disques en tôle. M. Hiram Percy Maxim espérait étouffer plus rapidement le son en communiquant un mouvement tourbillonnaire. Au début, il disposa les diaphragmes symétriquement par rapport à l’axe de la bouche à feu (fig. 6, 7 et 8).
- Dans la boîte A se trouvent 'des aubes analogues à celles d’une turbine; elles n’arrivent pas jusqu’aux parois de la boîte A, afin de permettre aux gaz de tourbillonner. Elles parcourent ainsi un chemin en hélice. Pour augmenter la vitesse de rotation, l’inventeur disposa son silencieux dissymétriquement par rapport à l’axe de la bouche à feu (fig. 5) ; il obligeait ainsi les gaz à tourner aussi autour de l’axe longitudinal du détonateur et de l’enveloppe. 11 compare le phénomène à celui qui se produit quand de l’eau arrive avec une grande vitesse dans le bas d’un réservoir. Si le liquide est animé d’un grand mouvement de rotation, l’écoulement par le trop-plein se produit lentement.
- Le raisonnement parait ingénieux; les gaz se déplaçant longitudinalement avec une grande vitesse due à la chaleur et à la pression sont obligés de tourbillonner et, comme l’eau, ils ne s’échappent que lentement.
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- AMORTISSEURS ET RÉDUCTEURS DE SONS ET DE LUEURS
- Fig. 9.
- M. Maxim n'a pas trouvé cette solution pratique, et il a imaginé un autre dispositif fondé sur un principe tout différent. Il coiffe l’extrémité du fusil d’une chambre annulaire qui peut avoir deux formes différentes'
- (fig. 9 et 10). Cette chambre assourdisseuse À est divisée par une ou deux cloisons transversales en deux ou plusieurs compartiments de volume relativement grand. Le premier B entoure des fentes pratiquées dans le fusil même. La fabrication des fusils automatiques avait tout naturellemen
- conduit à cette solution; la prise de gaz faite sur le côté diminuait le recul et amortissait un peu le
- bruit. Dans la figure 10, la seconde _____________
- chambre est prolongée par un tube, qui permet à la balle d’obturer plus longtemps la plus grande ouverture C (celle par où s’est échappé le projectile) et aussi aux gaz de se diffuser dans l’atmosphère.
- Ce dispositif est à tous les points de vue supérieur aux précédents.
- L’appareil de M. Hiram Percy Maxim a d’ailleurs été essayé, notamment en Espagne, en 1910. Les résultats obtenus montrèrent combien l’appareil pouvait rendre d’utiles services.
- La Commission espagnole examina en même temps le silencieux proposé par un Français, M. Bordenave. Ce silencieux, simple et léger, couvrait si bien le bruit du départ qu’à 10 mètres on n’entendait plus rien. Il se composait de trois parties; l’une, troneonique fixée au canon, l’autre d’un diamètre plus étroit par où s’échappait la balle. Ces deux parties étaient réunies par un cylindre plus large, rempli de diaphragmes hélicoïdaux. Dans la paroi de ce cylindre Fig. n. étaient percés des trous d’échappement.
- En Allemagne, le problème est étudié avec activité. Le silencieux pour armes à feu portatives de tout genre et pour mitrailleuses, breveté parM.Gus-tawGenschow et l’Aktien gesellschaf t
- long, en plaçant des cônes A (trois ou quatre) dont l’ouverture la plus étroite est tournée vers le fusil (fig. 11). Ces cônes portent sur la face externe des canaux hélicoïdaux à parois rugueuses qui se raccordent aux parois du tube-enveloppe B. Les cônes sont séparés par des chicanes circulaires formées par des bagues, où viennent se détendre encore les gaz. Dans l’enveloppe B sont pratiquées, de distance en distance, des ouvertures permettantaux gaz de se diffuser dans
- Bague
- . : <>-• - i - ..J i! V ü\ V ü\i i! |
- l’atmosphère. Les inventeurs prévoient l’emploi non seulement des métaux : fer, cuivre ou aluminium, mais aussi du verre et de la porcelaine, ce qui est pour le moins assez étrange.
- Le silencieux cylindrique rempli d’aubes et de diaphragmes par M. Maxim contient dans le dispositif de M. George Furgison Childress (fig. 12 et 13) des sphères ajourées. Il espère obtenir un tourbillonnement des gaz. Ces sphères sont en aluminium et leur nombre varie avec le calibre de l’arme.
- L’appareil de M. Thurler (Br. français 421 874, 7 mars 1911) rappelle celui de Maxim par le nombre et la disposition des diaphragmes et comme dansNfe silencieux allemand, décrit plus haut, les diaphragmes affectent la forme de troncs de cônes dont la plus petite section est tournée du côté du fusil. La seule idée nouvelle est l’emploi de treillis pour envelopper ces rondelles tubulaires tronco-niques. Un tube plus grand B entoure encore (fig. 14 et 15) le tube précédent A en treillis. Pour empêcher encore la détente trop rapide des gaz comprimés de la paille de fer est interposée entre les deux tubes.
- Avec M. King (fig. 16) la baïonnette sert de silencieux. Elle se renfle vers la base pour emmagasiner des diaphragmes et peut cependant
- jouer le rôle
- A
- Fusil
- Fig. 12.
- (Br. français,
- n° 409-595, 26 avril 1910), oblige les gaz à parcourir à leur sortie de l’âme un chemin assez
- de baïonnette comme on le voit par la figure 17, qui la représente de profil. L’idée nouvelle et intéressante, brevetée par cet inventeur(1), est 1. Br. franç. n°425170,50nov. 1910, 91‘év.lOH, 10 avril 1911.
- Fig. i3.
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- de réaliser un assourdisseur évitant l’emploi d’une pièce supplémentaire qui complique l’armement et l’équipement du soldat. À cause de leur forme hélicoïdale, les diaphragmes renfermés dans la baïonnette obligent encore les gaz à tourbillonner. Ce mouvement absorbe une grande partie de leur force vive.
- M. Moore (*) a été plus loin encore dans la voie de l’amortissement du son et de l’étouffement de
- seuses ; des fusils Lefaucheux ont déjà été construits en France, il y a plus de vingt-cinq ans d’après les idées du capitaine de Place. Nos mitrailleuses comme les mitrailleuses allemandes ont un masque qui cache leur lueur; mais le bruit caractéristique des moulins à balles n’a pas disparu.
- Le problème est d’ailleurs plus intéressant pour les lueurs surtout quand il s’agit des canons longs
- Pou/Jeae fer
- Fig. i5.
- la lueur; il prétend empêcher tous les gaz de sortir. Il est par suite bien sûr, s’il atteint son but, d’étoufîer toute lueur et tout bruit. Il utilise dans son appareil (fig. 18) un dispositif spécial à chicanes. Les chicanes servent, comme nous le savons déjà, à ralentir la vitesse des gaz, mais en outre un
- et à longue portée. Le soir ou la nuit, deux observateurs, en notant l’heure, peuvent avec des chronomètres réglés et à cadran lumineux, situer une batterie ou encore trois observateurs,, en groupant leurs observations, sans indication d’heure. Mais il y a grand intérêt surtout à réduire le bruit du
- Fig. rj. Fig. 16.
- certain nombre de ces chicanes sont disposées de telle manière qu’elles rejettent en arrière une certaine quantité de gaz. Ceux-ci opposent un obstacle aux autres veines gazeuses et les gaz ne pourraient plus s’échapper. Pour éviter la détérioration de la bouche du fusil, sous l’action des gaz chauds refoulés
- coup de départ des canons. Certes leur voix puissante rassure les fantassins comme au bord de la tranchée le crépitement des fusils, le claquement continu des mitrailleuses tiennent en haleine et tendent les nerfs; mais la voix puissante du canon déprime, aussi par sa répétition
- en arrière, des élargissements successifs A s’ouvrent devant la veine gazeuse et un compartiment B en forme de colimaçon les rejette à la partie inférieure de l’arme et un peu en arrière de la bouche.
- De tels dispositifs n’ont pas été utilisés encore, du moins sous la forme décrite plus haut ; mais depuis longtemps déjà des fusils de chasse américains sont munis de fentes et de plaques amortis-
- 1. Br. français n° 443 271, 27 mars 1912, 10 juillet 1912-20 septembre 1912.
- intense presque autant que l’éclatement des obus.
- L’idéal serait, (semble-t-il, d’avoir de notre côté une ligne de canons invisibles et silencieux, alors que du côté où tordent les obus s’étend une zone de mort et de fumée, où le ciel rougeoie et poudroie avec éclats d'acier, où l’air est déchiré par le vacarme des éclatements, où rampe l’oxyde de carbone dégagé par les explosifs en attendant l’arrivée des gaz corrosifs. De notre côté régnerait un calme relatif, un peu reposant, alors que la
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- région ennemie serait bouleversée par les explosions, la mitraille et le bruit. Il y a plus, nos ennemis ont créé des sections de repérage et de réglage (Schall-Béobachtungs; Stellen) par le son (Schall-Messtrupp) qui utilisent le son, émis au départ, quand le vent n’est pas trop fort, moins de 5 m. à la seconde, pour repérer l’emplacement de nos canons et de nos batteries.
- Aussi serait-il très intéressant de voir nos grands établissements, comme Le Creusot, étudier et construire un réducteur de son et de lueurs.
- ....................................Peut-être nos
- pièces se révéleront-elles par d’autres bruits, ou d’autres procédés, entre autres au moyen du sismographe, étudié dans ce but, depuis 1907, par un professeur autrichien, M. Belar, qui prétendait
- distinguer le nombre des batteries ennemies et même, par des recoupements, leur emplacement. Il est probable que les indications de ces sismographes seraient bien faussées par l’éclatement de nos projectiles et le tir des pièces ennemies. En tout cas, un résultat certain serait obtenu. Nos 95, 120 et nos 155 de position ne seraient plus révélés par le coup de départ et, silencieusement, ils créeraient une zone de mort, qui engagerait bientôt les Barbares à quitter la douce terre de France, à moins qu’ils ne la veuillent, comme l’a dit si énergiquement, en beaux vers, M. Denarié :
- Oui, notre terre vous l’aurez,
- Vous l’aurez la terre promise Et même, ne vous en déplaise,
- Bien plus que vous ne l’espérez.
- Vous aurez notre terre enfin,
- Mais sur la tète et plein la bouche.
- Nicolas Flamel.
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- 11 n’est pas nécessaire d’être en guerre pour que l’industrie de l’acide sulfurique soit une industrie de premier ordre, susceptible par son importance de faire apprécier toute la valeur industrielle d’un pays. Mais la guerre a amené une transformation totale dans les usages normaux de l’acide sulfurique; elle a provoqué partout la création de nouvelles usines, elle a même entraîné en Allemagne l’utilisation de minerais nouveaux.
- Enfin, l’acide sulfurique et l’acide sulfureux jouant tous deux un rôle essentiel dans la fabrication des explosifs, le blocus des Empires centraux s’est attaché à paralyser l’entrée en Allemagne des minerais contenant du soufre. 11 y a donc là une série de questions très actuelles qui méritent une étude rapide. Nous allons examiner successivement, en insistant sur les traits d’actualité : les minerais utilisés, les procédés de fabrication récents, les applications du temps de paix et du temps de guerre, les effets du blocus.
- Minerais utilisés. — On a longtemps fabriqué l’acide sulfurique ou l’acide sulfureux en partant du soufre natif qui est le minerai le plus naturellement indiqué. Depuis la découverte de Michel
- Perret qui, en 1857, trouva le moyen de substituer la pyrite au soufre, le soufre natif n’a plus joué qu’un rôle restreint. Cependant les qualités de pureté que présente le soufre natif ont continué à lui assurer une place pour certaines applications spéciales et cette place s’est trouvée accrue dans ces
- dernières années par le développement du procédé de contact qui réussit particulièrement bien avec le soufre et donne alors des rendements impossibles à atteindre avec les pyrites. Pratiquement, l’Europe n’est alimentée en soufre natif que par un seul gisement : la Sicile, dont la production annuelle monte environ à 2 800 000 tonnes représentant 52 millions de francs. La production de la Louisiane est réservée aux Etats-Unis.
- Le second minerai utilisé (qui est de beaucoup le premier p>r ordre d’importance), ce sont les pyrites de fer dont la teneur en soufre théorique est de 55,5 pour 100 et la teneur en soufre moyenne dans la pratique de 45 à 48 ou 50 pour 100 suivant les mines. Une tonne de pyrite donne en moyenne 1500 kg d’acide sulfurique monohydraté.
- On utilise : soit des pyrites pures, telles que
- Fig. i. — Broyeur concasseur de minerais Davidsen.
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- celles de Sain-Bel (Rhône) en France ou certaines pyrites espagnoles; soit des pyrites lavées dont on a extrait préalablement par dissolution les 2 ou 3 pour 100 de cuivre qu’elles contenaient, comme les pyrites de Rio Tinto, Tharsis, Sulitjelma, etc. D’une façon générale, il y a lieu de remarquer que, surtout avec les procédés électrolytiques, les minerais doivent présenter des conditions très rigoureuses de structure physique et de pureté chimique. De très faibles quantités d’arsenic, de phosphore, de mercure, de chlore, de fluor, de zinc, de plomb, de cuivre même (au-dessous de 1 pour 100) déprécient, dans ce cas, une pyrite et peuvent la rendre inutilisable. Notamment, la présence de
- Procédés de fabrication. —On trouve, dans tous les cours de chimie, la description du vieux procédé de fabrication de l’acide sulfurique par les tours de Glover et de Gay-Lussac et les chambres de plomb, avec concentration finale dans un alambic en platine.
- Le principe est d’amener l’acide sulfureux à subir l’action oxydante de l’acide azotique et de la vapeur d’eau : l’acide azotique étant théoriquement régénéré par l’oxygène de l’air, mais constituant un intermédiaire nécessaire, ou du moins jouant, pour accélérer la réaction oxydante, un rôle analogue à celui des catalyseurs. Ce procédé offre deux inconvénients : le matériel encombrant qu'il exige et l’intervention nécessaire de l’eau qui donne comme
- l’arsenic rend la masse de contact tout à fait inactive.
- Lés pyrites lavées, c’est-à-dire dépouillées de leur cuivre, se vendent (rendues dans un port espagnol) sur un taux de 0,40 à 0, 50 l’unité de soufre, soit 20 à 25 fr. la tonne pour des pyrites marchandes tenant 48'à 50 pour 100 de soufre. Le cuivre, s’il y en a, se compte, en outre au cours du jour.
- En troisième lieu, les blendes (sulfure de zinc) contiennent 15,8 pour 100 de soufre et donnent 475 kg d’acide sulfurique monohydraté par tonne.
- Ce sont laies trois minerais normaux et courants. Cependant on utilise un peu les mattes de cuivre, les produits d’usines à gaz et l’on commence, comme nous allons le voir, à employer le sulfate de chaux, de même que l’on a longtemps utilisé la calcination du sulfate de fer peroxydé pour avoir l’acide de Nordhausen.
- produit, non de l’anhydride sulfurique, mais de l’acide à 50° B.
- Depuis bien longtemps, on s’était donc proposé comme but de préparer l’acide sulfurique industriellement, au moyen de ses constituants, sans chambre de plomb, sans acide nitrique et sans azotates. Le premier brevet dans cet ordre d’idées a été pris en 1831 en Angleterre; mais il a fallu plus de 60 ans pour en rendre l’application pratique et c’est seulement en 1898 que la Badische Anilin und Soda Fabrik a divulgué par un brevet français le procédé qu’elle était arrivée à mettre au point après de longs efforts et de très grosses dépenses. Le procédé de contact et de catalyse a pris rapidement une place croissante dans la préparation des acides concentrés et purs ; mais il a lui-même deux défauts ; il reste plus coûteux que le procédé des chambres,
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- de plomb et il est, en outre, d’une susceptibilité extrême qui exige un personnel très exercé, ainsi que des minerais très purs. Aussi continue-t-on, en Allemagne comme en France, à construire des chambres de plomb parallèlement aux appareils catalytiques. Les chambres de plomb servent toujours à obtenir l’acide peu concentré destiné à la préparation des superphosphates, de la soude et du sulfate d’ammoniaque.
- La méthode de contact consiste, en deux mots, à provoquer la combinaison directe de l’acide sulfureux avec l’oxygène de l’air au contact d’une substance catalysante, telle que l’amiante platinée, ou simplement l’oxyde de fer, pour obtenir de l’anhydride sulfurique, de l’acide concentré ou de l’anhydride dissous dans le monohydrate, qui constitue l’acide sulfurique fumant, vulgairement appelé oleum (huile) d’après le vieux nom de l’acide : oleum vitrioli.
- La fabrication a déjà été décrite ici (4) et je me borne à en rappeler les grandes lignes.
- On commence par griller les pyrites, dans un des fours connus {Maletra, etc.). On obtient ainsi des gaz sulfureux, qu’il faut absolument purifier et refroidir très progressivement. La purification des gaz, qui est un point tout à fait essentiel du système, a lieu en les refroidissant et en les soumettant à un contact intime et prolongé avec de l’acide sulfurique ou simplement avec de l’eau. Le mélange de gaz sulfureux et d’oxygène purifié et séché est alors envoyé aux catalyseurs : c’est-à-dire qu’on le fait circuler dans une série de tubes verticaux renfermant, dans leur moitié inférieure, la substance catalysante. L’anhydride sulfurique provenant de la réaction se dégage par la partie inférieure du catalyseur et est absorbé par dissolution dans de l’acide sulfurique concentré de 97 à 98 pour 100 : la dissolution s’opérant dans des appareils en fer.
- 4. La Nature 1703.13 janvier 1906. Les revues de chimie allemande consacrent des comptes rendus annuels aux progrès du procédé.
- Le résultat de l’opération est de donner un acide tout particulièrement pur en raison même des précautions qu’il a fallu prendre pour purifier les gaz. Cet acide peut être ensuite étendu d’eau dans les cas où on le juge utile.
- Il est à retenir que cette fabrication est d’une application très délicate et demande infiniment de soin si on veut réussir. J’ai déjà fait remarquer, à propos des minerais, le rôle néfasle que jouent les impuretés. La manière dont les minerais se prêtent au grillagea également son influence, car on est exposé à voir les appareils paralysés par des incrustations dues à la poussièreentraînée. Une conclusion pratique est qu’une fois les appareils réglés pour une catégorie de minerais, on a grand intérêt à ne pas changer la nature et la qualité des substances traitées.
- La nécessité d’employer du platine et des métaux rares du même groupe pour la masse catalytique est un des moyens accessoires par lesquels le blocus de l’Allemagne exerce une légère influence paralysante sur cette industrie, puisque tout le platine provient pratiquement de Russie. Aussi a-t-on constaté qu’il était expédié en Allemagne des feuilles minces de platine entre deux feuilles de papier par lettres recommandées et qu’il se faisait des collections de platine chez tous les dentistes et bijoutiers européens. Mais la consommation du platine pour l’acide sulfurique est restreinte et on peut le remplacer par du fer titané.
- On doit enfin mentionner un procédé tout nouveau qui consiste à utiliser de la pierre à plâtre, au lieu de calcaire, dans la fabrication du ciment, c’est-à-dire à calciner du gypse avec de l’argile et de l’oxyde de fer. L’acide sulfureux se dégage comme le ferait l’acide carbonique ; mais il est lui-même mêlé d’acide carbonique dont il faut se débarrasser. Il reste du ciment qui fait prise. L’emploi de ce système allait entrer en exécution dans une usine française avant la guerre. Les journaux allemands prétendent qu’on aurait commencé
- Fig. 3. — Un four américain à palettes tournantes pour le traitement des pyrites.
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- à l’appliquer en Allemagne pour remédier à la disette de pyrites et de soufre, dans une usine montée par la Deutsche Kriegschemikalien Gesellschaft et dans une autre située en Hongrie à Torda, près de Siebenburg, où l’on utiliserait comme combustible les gaz hydrocarburés naturels. 11 est impossible actuellement de savoir dans quelle mesure a bien été trouvée la solution pratique d’un problème qui, théoriquement, était déjà résolu; car en matière industrielle, la distance es't grande de la théorie à la pratique.
- Enfin, de nombreuses usines de concentration récupèrent les acides dilués que laisse notamment la fabrication des explosifs.
- Dans cette fabrication, l’acide sulfurique ne fait en somme qu’absorber de l’eau, qu’il suffit ensuite de lui enlever pour que, dans une certaine mesure, il puisse de nouveau servir.
- Applications du temps de paix. —
- Indépendamment des explosifs qui vont être étudiés spécialement dans un autre paragraphe, les applications pacifiques de l’acide sulfurique sont très nombreuses. Les deux principales sont la fabrication des engrais (superphosphate et sulfate d’ammoniaque) et des matières colorantes. Il faut, en outre, compter : les produits chimiques et pharmaceutiques, la fabrication du sulfate d’ammoniaque, celle de la soude par le procédé Leblanc, le raffinage du pétrole brut, l’épuration des huiles, etc. Enfin, si nous envisageons la question en ce qui concerne le blocus actuel de l’Allemagne, on ne doit pas oublier que les mêmes minerais de soufre sont employés à produire l’anhydride sulfureux et le bisulfite de soude qui sert dans le traitement des fibres de bois pour obtenir la cellulose sulfitique; c’est d’eux aussi que l’on tire divers sulfates, le sulfure de carbone, etc. Tout cet ensemble absorbait annuellement (1915) environ 2 000 000 de tonnes d’acide sulfurique mono-hydraté dans les deux empires centraux (Allemagne et Autriche-Hongrie). On peut' donc regarder
- comme un résultat très remarquable du blocus d’avoir, dès à présent, réduit ces consommations industrielles à moins du quart de ce qu’elles étaient en temps de paix. Faute d’acide sulfurique et faute de phosphate, il a fallu, en Allemagne, arrêter à peu près complètement la fabrication des superphosphates, qui avait en 1915, consommé à elle seule 1400 000 t. d’acide sulfurique. Malgré l’emploi généralisé des scories de déphosphatation, ce manque d’engrais est une des raisons essentielles pour lesquelles, après une détestable récolte en 1915, l’Allemagne en aura certainement encore une
- médiocre en 1916.
- L’industrie des matières colorantes et des produits chimiques est également, chacun le sait, d’une très grande importance pour l’Allemagne, à laquelle elle fournit une matière d’exportation susceptible de relever son change fléchissant.
- Le commerce allemand des matières colorantes se chiffrait en 1915 pai 250 millions de francs. Cette question intéresse tellement nos ennemis qu’ils viennent de constituer, en pleine guerre, un trust colossal englobant, pour une durée de 50 ans, des sociétés dont le capital-actions représente près de 400 millions. En attendant que ce trust puisse essayer de reconquérir le monde dans l’après-guerre, le manque d’acide sulfurique réservé aux explosifs, force les usines à arrêter leur fabrication de matières colorantes et, à mesure que s’épuisent leurs stocks, elles sont obligées de supprimer des exportations qui, dans la première année de guerre, avaient été très avantageuses pour les finances du pays.
- Applications de guerre. Explosifs. — L’acide sulfurique intervient, en proportions plus ou" moins fortes, dans la fabrication de presque tous les explosifs modernes, quoique, dans certains cas, on puisse lui substituer des produits chlorés. En chiffres ronds, on peut compter que chaque tonne de poudre exige une tonne d’oleum ; chaque tonne de trinitrotoluène, 400 kg d’oleum; chaque tonne
- Fig. 4. — Pompe à acide sulfurique.
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- d’acide picrique, 4 tonnes d’acide sulfurique. Avec les quantités énormes d’explosifs qui sont brûlées chaque jour, on voit quelle dépense d’acide sulfurique est nécessaire. Pour l’Allemagne, c’est peut-être de ce chef seul 1200 000 tonnes par an.
- En outre, je rappelais tout à l’heure qu’il fallait de l’acide sulfureux pour la fabrication de la cellulose sulfitée qui, en temps normal, sert surtout pour la préparation des papiers et des cartons. Depuis que le ravitaillement de l’Allemagne en coton, a été d’abord réduit, puis arrêté, c’est sur cette cellulose que comptent nos ennemis pour remplacer le coton dans la fabrication des explosifs. La question est donc connexe de la précédente.
- Effets du blocus. — En temps de paix, l’Allemagne employait à la fabrication de son acide sulfurique (1915) plus de 1 300 000 tt. de pyrites, dont 852 000 venant d’Espagne, 54 000 du Portugal et 24000 de France lui manquent aujourd’hui. Elle traitait en outre près de 600 000 t. de blendes, dont près de 200 000 lui font également défaut (165 000 t. d’Australie, le reste venant d’Italie, du Japon, d’Espagne et de France). Les minerais de soufre dont elle importait 46 000 t. (59 000 de Sicile et 7000 de Louisiane) lui ont été également supprimés. Quand on fait le calcul, on arrive à cette conclusion que, réduite à elle-même et aux minerais d’Autriche ou de Turquie, elle ne devrait pas pouvoir produire plus de 750 000 t. d’acide sulfurique par an. Comment a-t-elle subvenu, jusqu’ici, à une production presque double? D’abord, avec des ressources aujourd’hui disparues, les stocks conslitués pendant l’avanbguerre ; les stocks pris en Belgique ou dans nos départements envahis; les importations d’Italie, jusqu’au moment où l’Italie est entrée en guerre. Mais, pendant un an, l’Allemagne, ne croyant pas à une guerre aussi longue, a continué sa fabrication de superphosphates, qui a contribué à faire disparaître ces réserves. On ne peut donc plus faire entrer en ligne de compte ces ressources
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- Si répandu aujourd’hui qu’on peut le rencontrer jusque dans les bourgades les plus infimes et les plus reculées, le cinéma a connu rapidement le revers de toute gloire, et d’éloquents et nombreux contempteurs n’ont pas tardé à le représenter comme un puissant instrument de démoralisation.
- Et l’on ne peut que donner raison à ces bons esprits lorsque l’on a assisté, une fois seulement, à la projection de ces films policiers qui suscitent, parmi les jeunes spectateurs, une si déplorable et si malsaine émulation. Moralistes, criminalistes, se sont élevés à l’envi contre ces projections nuisibles, et il est infiniment regrettable qu’une censure vigilante ne les interdise pas absolument.
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- exceptionnelles quand on parle de l’avenir. Il faut, pour expliquer la fabrication allemande, ajouter encore la contrebande très active qui s’est exercée et qui, malgré les mesures restrictives, continue à s’exercer par ces deux portes toujours ouvertes ou du moins entre-bâillées, la Hollande et la Suisse. Et surtout on doit faire entrer en ligne de compte toute la production norvégienne que des irrésolutions, des maladresses et des économies mal placées ont laissé passer en Allemagne, alors que, moyennant quelques millions d’une dépense perdue en apparence, les Alliés auraient sans doute pu l’accaparer. La Norvège, où, naturellement, les mines ont profité ce cette aubaine pour se développer, fournit annuellement à l’Allemagne plus de 400000 t. de pyrites représentant plus de 500 000 t. d’acide sulfurique. A côté d’un tel chiffre, l’appoint fourni par le procédé nouveau où l’on utilise les ressources abondantes de sulfate de chaux qui existent en Allemagne un peu partout, est certainement encore fort peu de chose. Mais tout cela ne comble pas la grosse lacune des exportations espagnoles et australiennes. Aussi ne faut-il pas s’étonner si l’industrie de l’acide sulfurique paraît très gênée chez nos ennemis. Je ne m’arrête pas au prix de vente qui a été fixé au minimum au double du temps de paix ; c’est un prix fictif, puisque l’acide est monopolisé par le Ministère de la guerre. Mais nous savons pertinemment qu’il a fallu renoncer, d’abord, aux superphosphates. On a ensuite réduit la fabrication des matières colorantes. Le jour peut arriver où les fabrications d’explosifs, elles aussi, seront atteintes, à un moment où celles des Alliés parviendront à des chiffres dont on ne se faisait aucune idée il y a deux ans. En cette matière comme en toutes les autres, il importe de ne pas croire aux réclames savantes, par lesquelles les Allemands s’affirment orgueilleusement vainqueurs et sûrs du succès, et possesseurs d’une pierre philosophale qui leur permet toutes les transmutations, à l’heure même où ils se sentent le plus sérieusement atteints.
- P. Sallior.
- A L’ÉCOLE
- Mais, si le cinéma peut faire beaucoup de mal, en dépravant de jeunes intelligences, il est susceptible également de faire le plus grand bien et de développer, au contraire, ces mêmes intelligences, en les instruisant et en les éduquant.
- Comment, en effet, acquérons-nous de nouvelles connaissances, et comment les conservons-nous? A l’aide, évidemment, des facultés d’acquisition : perceptions externes et internes, et de la mémoire. En ce qui concerne l’enfant, chez qui la conscience psychologique n’est pas, ou n’est encore qu'insuffisamment développée, les perceptions externes et la mémoire s’éveillent et agissent tout d’abord.
- Ces perceptions externes, ou connaissance du
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- LE CINÉMA A L’ÉCOLE
- monde extérieur, nous les devons à nos sens, au premier rang desquels il faut placer la vue.. Tout le monde reconnaît, aujourd’hui, la valeur de la méthode intuitive dans l’enseignement, et, dans leurs ouvrages scolaires, nos éditeurs multiplient, avec juste raison, les gravures destinées à éclairer le texte. Dans le même ordre d’idées, nos musées scolaires s’enrichissent, chaque jour, de produits, bruts ou manufacturés, qui rendent les leçons de choses, les leçons de sciences, si attrayantes, si vivantes, si profitables. 11 est ainsi possible aux maîtres de donner aux enfants une compréhension plus complète et plus claire de ce qu’ils doivent retenir, et c’est là, évidemment, le meilleur moyen d’aider la mémoire.
- La conservation de ces perceptions sera, d’autre part, d’autant plus longue que l’impression ressentie sera plus vive, et celle-ci sera d’autant plus vive que l’attention sera plus soutenue.
- De ce point de vue, en raison de la mise en scène, de la grandeur des images obtenues, l’enseignement par l’aspect, organisé par le Musée Pédagogique et la Ligue française de l’Enseignement avec projections de vues fixes, a donné et donne encore d’excellents résultats. Que dire, alors, de l’enseignement donné par le cinéma? Avec lui, au lieu des images fixes, figées, froides, par conséquent, c’est la vie elle-même qui est transposée sur l’écran.
- Combien vivement sont intéressés les enfants devant qui se déroule un film bien choisi ! Certes, ici, l’attention est intense et soutenue, l’impression est profonde, et la mémoire des choses, vues sera évidemment durable.
- L’imagination elle-même, tributaire de la mémoire, bénéficiera largement de ce mode d’enseignement, car le cinéma fournit une fouie de matériaux qui permettent au maître de l’exercer avec le plus grand profit.
- Le langage, enfin, la faculté d’élocution, seront puissamment développés. Ce sont, en effet, suivant une expression pittoresque, et fort juste, des .« tranches de vie •)> qui passent sous les yeux des enfants, et qui, mieux que l’illustration la plus abondante, la plus minutieuse, leur montrent ce que le maître veut leur enseigner. Alors, ils comprennent, ils sentent, profondément, intimement, et, Boileau l’a dit :
- « Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement,
- « Et les mots, pour le dire, arrivent aisément. »
- Lorsque l’enfant devra, après une leçon à l’aide du cinéma, établir le compte rendu de cette leçon, travail d’autant plus attrayant pour lui, qu’il a été plus vivement impressionné, il lui faudra tout d’abord, pour exprimer ce qu’il a vu et ressenti, — et c’est là un phénomène bien connu, —élucider ses pensées, les dégager des confusions et des incertitudes au milieu desquelles elles sont un peu noyées, leur donner une forme correcte et précise, et cette analyse constituera pour lui une gymnastique intellectuelle des plus profitables.
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- Tels sont, du point de vue général, les principaux avantages que le maître peut retirer de l’enseignement donné à l’aide du cinéma. Le comparant, cependant, à l’enseignement donné à l’aide de vues fixes, projetées au moyen de la lanterne magique, on l’a présenté comme très inférieur à ce dernier, pour la raison que ces vues fixent l’image, aussi longtemps qu’on le désire, et, par voie de conséquence, fixent l’attention de l’enfant.
- Pour répondre à cette objection, nous ne pouvions mieux faire que de nous adresser k l’apôtre convaincu du cinéma à l’école, au novateur qui, le premier dans l’Enseignement primaire, comprenant tous les avantages qu’il présente, l’a introduit à l’école, à M. Collette, enfin, Directeur, à Paris, de l’École publique de garçons de la rue Étienne-Marcel.
- « Le cinéma, nous dit M. Collette, serait peut-être, en effet, inférieur à la lanterne magique s’il était vraiment impossible, avec lui, de fixer les vues. Fort heureusement, il n’en est pas ainsi. Notre appareil permet, lorsque le maître le désire, et aussi longtemps qu’il le désire, de fixer sur l’écran une vue intéressante. Pendant que cette vue est sous les yeux des élèves, le maître peut la commenter à loisir, l’expliquer, et en tirer tous les enseignements qu’elle comporte. Il reprend ensuite sa projection, et s’arrête à nouveau, s’il le juge à propos, pour continuer sa leçon. Le Cinéma, de ce point de vue, n’est donc pas inférieur à la projection à l’aide de vues fixes. Il lui est nettement supérieur, par contre, en ce qu’il donne l’image de la vie elle-même, en un raccourci saisissant, et qu’il laisse ainsi, dans l’esprit de l’enfant, des impressions indélébiles.
- « On lui a reproché également, ajoute M. Collette, de présenter, en quelques minutes, une suite d’opérations, de travaux, de phénomènes, qui ne s’accomplissent qu’en un laps de temps beaucoup plus long. N'est-ce pas également le défaut des projections fixes? Qu’on veuille montrer, par exemple, aux enfants, la moisson et le battage du blé, qui demandent, pour le moins, plusieurs jours, on Je fera,’ avec les projections ordinaires, en vingt ou trente vues qu’on projettera sur l’écran en une heure, une heure et demie au plus. Les ouvriers occupés à ce travail seront figés en des attitudes aussi naturelles que possible, évidemment, mais cependant préparées et quelque peu irréelles.
- « Avec le Cinéma; au contraire, on disposera, pour cette leçon, de plusieurs milliers de vues, prises sur le vif, qui permettront aux enfants d’assister réellement à la moisson et au battage, ce qui n’empêchera pas le maître, s’il le juge à propos, de s’arrêter, autours de sa leçon, aussi souvent que cela sera nécessaire, pour mieux montrer aux enfants les phases successives de ces travaux.
- « Évidemment, de même qu’avec les vues fixes, il sera indispensable d’expliquer aux élèves que ces travaux, qui vont se dérouler sous leurs yeux en une heure, demandent en réalité beaucoup plus de temps.
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- Ceci, c’est l’affaire du maître. Il faut bien se rendre compte, d’ailleurs, que lorsqu’on fait passer un film d’enseignement devant les yeux des élèves, ce n’est pas à un spectacle qu’on les convie, mais bien à une leçon, et à une leçon classique par excellence.
- « Lorsque les enfants connaissent déjà, d’après leurs livres ou d’après une leçon précédemment faite, le sujet qui va être traité, qu’ils l’ont étudié, et ont reçu à ce propos les explications habituelles du maître, la projection commence immédiatement, coupée par les arrêts nécessaires, sur vues intéressantes fixées, pour les commentaires et le développement. Cette projection se termine — toujours suivant la forme de la leçon classique — par un résumé de ce qui a été vu, et une mise en relief des points à retenir.
- « Lorsque le sujet, au contraire, est inconnu des enfants, il faut faire précéder la séance d’un exposé. Nous donnerons alors aux élèves toutes les indications nécessaires pour que le film qui va être projeté devant eux ne laisse dans leur esprit aucune idée fausse. On termine, après projection du film, par le résumé de la leçon.
- « Ce qu’il faut encore, ajoute M. Collette, pour obtenir de bons résultats, et concentrer l’attention de Penfant, c’est ne projeter qu’un seul film à la fois, et un film de peu de longueur. Un film d’enseignement ne doit pas dépasser 150 m. au maximum ; un film plus grand nécessite une leçon plus longue, d’où bénéfice médiocre au point de vue enseignement, parce que l’attention se trouve dispersée.
- « Avec un film court, l’attention est soutenue; le maître peut s’arrêter plus souvent, développer à la fois l’esprit d’observation de l’enfant et sa faculté d’élocution, en lui posant, pendant les arrêts, des questions auxquelles il devra répondre correctement.
- « Des films peu longs permettent, de plus à l’aide d’exercices de vocabulaire, l’acquisition de mots nouveaux, et il est tout un ensemble de termes, relatifs au mouvement par exemple, dont on ne peut donner l’idée aux enfants qu’à l’aide du cinémq.
- « Celui-ci convient surtout pour l’enseignement de l’histoire naturelle et de la géographie. Nous avons étudié ainsi la circulation du sang dans la patte d’une grenouille ; l’évolution du même animal, et ses métamorphoses successives, depuis l’œuf et le têtard dans l’œuf, jusqu’à sa forme définitive; l’écrevisse, sa vie, sa marche, sa pèche, etc., et, dans un autre ordre d’idées, le peuple japonais, quelques artisans japonais, — film très intéressant — Pompéi, la vie dans un village nègre, etc.
- « Dans divers cas, les enfants prennent des croquis, au cours même de la leçon, d’après une vue fixée par arrêt de l’appareil. Nous faisons, de plus, au moment de l’exposition de cette leçon, un ou plusieurs croquis, ou, pour les films géographiques, des cartes, que les élèves prennent en même temps sur leurs cahiers. L’enseignement 'donné à l’aide
- A L’ÉCOLE : -...... ........................
- du cinéma, n’est donc pas une simplification, bien au contraire, mais il donne des résultats merveilleux.
- « Les gravures et cartes des livres classiques sont des plus utiles, certes, mais, Corneille l’a dit :
- Les exemples vivants sont d’un autre pouvoir
- et laissent dans l’esprit de l’enfant des souvenirs autrement durables. »
- La réalisation de l’Enseignement dans les écoles avec le concours du Cinéma paraissait cependant présenter une grosse difficulté : appareils et films coûtent cher et le modeste budget des écoles primaires ne semble pas devoir facilement s’accommoder de semblables dépenses.
- C’est à la résolution de cette question que s’est activement employée la Commission du Cinéma dans l’Enseignement, instituée par M. le Ministre de l’Instruction * publique au printemps dernier. Sur son initiative, les constructeurs ont élaboré le programme d’un appareil type, économique, robuste, facile à manœuvrer par une personne peu expérimentée, muni de toutes les sécurités nécessaires dans une école et permettant d’arrêter la projection sur une vue quelconque sans détériorer le film. Ils pensent que le prix d’un tel appareil ne dépassera pas 450 francs environ.
- C’est là une somme fort abordable, si, comme la Commission en a émis le vœu, elle peut être payée pour une partie par une contribution de l’Etat, pour une autre par le Département et, pour le reste, par la commune qui trouvera, certes, le concours de la Caisse de l’école, de Sociétés d’anciens élèves ou des Amis de l’École.
- Les éditeurs de films, de leur côté, rivaliseront d’émulation pour établir des catalogues de films variés et pris spécialement pour l’Enseignement; quelques-uns d’entre eux possèdent déjà de très belles collections. Ces films se loueront aux écoles à des prix modiques et chaque école, au moyen d’un abonnement, pourra changer ses vues toutes les semaines.
- Ajoutons que la Ligue française de l’Enseignement s’occupe activement de cette question. Elle fera vraisemblablement l’acquisition d’un choix de très bons films d’éducation qu’elle prêtera à ses membres. Dans une répétition générale qu’elle a donnée il y a quelques jours dans ses locaux de la rueRêcamier : « Une séance de Cinéma à l’École», elle a certes fait de nombreux adeptes à ce procédé moderne d’Ensèignement.
- Bientôt, nous T espérons, jusque dans les plus modestes écoles de village, sous la direction de nos maîtres dévoués, nous verrons le cinéma, le Cinéma Educateur, contribuer dans une large mesure, au perfectionnement intellectuel et moral des générations nouvelles, et combattre le bon combat pour détrôner rapidement le film vulgaire, le film policier, qui a déposé et dépose encore tant de mauvais germes en ces jeunes cerveaux.
- Georges Lanorville.
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- LES PETITES INVENTIONS AU CONCOURS LEPINE
- Toujours nombreuses, toujours intéressantes et empreintes d’une originalité bien personnelle, les petites inventions qu’abrite le concours Lépine retiennent l’attention des visiteurs, que ceux-ci soient des industriels avisés ou de simples curieux. Nous en avons retenu un certain nombre que nous nous empressons de signaler à nos lecteurs.
- Photographie. — La photographie forme toujours une classe à part ; elle ne souffre aucune promiscuité Gardons-lui ses prérogatives.
- Appareil à impressionner les papiers sensibles. Cet appareil est plus spécialement destiné au tirage des cartes postales. A l’intérieur se trouve une glace E (fig. 4), formant réflecteur, qui envoie la lumière sous le châssis G. Au-dessus, une série d’écrans H enroulés sur deux rouleaux fixés de chaque côté de l’appareil et actionnés à l’aide de deux boutons extérieurs. Un obturateur de verre rouge K masque la lumière et un autre, horizontal, à double volet, occupe la partie supérieure de la chambre, au-dessus des écrans. Ce dernier obturateur est constitué par deux volets métalliques s’ouvrant par le milieu : le système de commande par un boulon extérieur est intéressant.
- Le châssis supérieur est muni d’une forte glace Q dont les dimensions permettent le décentrement de tous les clichés inférieurs à 18x24cm. Ce châssis, fermé par un couvercle à charnière est pourvu d’une ouverture de format carte postale par la-
- agit sur le bouton extérieur pour amener sous le cliché la teinte de l’écran qui convient, au lieu d’agir sur l’intensité lumineuse.
- Le Tout petit. Voici un appareil photographique qui représente plus qu’une idée neuve.
- C’est un nouveau système, un
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- Fig. i. — Appareil à tirer tes cartes postales.
- vise*
- Bouton oie déclic
- Echelle des distances
- Disgue portant les diaphragmes
- des diaphragmes
- Fig. 2. — Nouvel appareil photo,graphique.
- quelle on introduit le papier vierge qu’un dernier couvercle T maintient.
- Les opérations sé succèdent normalement; on
- nouveau principe presque, qui mérite toute l’attention des amateurs et des industriels. L’inventeur a cherché à supprimer l’apprentissage en éliminant la question du temps de pose sous sa forme habituelle. Le réglage devient pour ainsi dire automatique (fig. 2). ,v
- L’appareil porte à l’arrière deux ouvertures dont l’une sert à l’introduction de la boîte de plaques qui se présente avec une sorte d’appareillage constitué par autant de
- ^^vitesses0 ^an(^es Papier Tu’il Y a de plaques, cha-d'obturation (ïue ^an(ïe étant fixée à l’une d’elles par une de ses extrémités. L’extrémité libre permet l’escamotage de la plaque impressionnée, L’inventeur a ensuite dressé un tableau d'éclairement qui donne, dans la plupart des cas que l’on renconlre en photographie, le nombre d'éclairement qu’il faut choisir pour obtenir un bon cliché. Ce nombre sert au réglage de l’appareil dont les graduations sont établies d’après le tableau..
- L’appareil se compose de deux boîtes rentrantes. Il suffit de tirer l’avant jusqu’au repère indiqué par la distance du sujet pour obtenir la mise au point. Pour l’infini — au-dessus de 10 m. — la boîte mobile est enfoncée complètement. Le nombre d’éclairement est déterminé par le chiffre indi-que par l’aiguille des vitesses de l’obturateur auquel on ajoute celui du diaphragme. Dans ce système les sections des diaphragmes et les vitesses de l’obturateur sont établies suivant une
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- LES PETITES INVENTIONS AU CONCOURS LÉP1NE
- progression de raison 2. Les numérotages sont logarithmiques, variant d’une unité par facteur 2 et dans un sens tel que l’on puisse exprimer l’expression lumineuse ou mieux l’intensité lumineuse par un nombre égal à la somme de ceux utilisés sur chaque graduation.
- Le premier terme de la progression des diaphragmes numéroté 0 est f/l ; c’est un diaphragme fictif dont le diamètre serait égal à la distance focale et pour lequel on admettrait la même loi de variation d’éclairement que pour les petits diaphragmes utilisés dans la pratique courante. On aurapar exemple :
- F/l = F/2° numéroté 0
- F/8 = F/23 — C
- F/if=F;25>3 — 7
- F/16 = F/24 — 4
- Le premier terme de la progression des vitesses numéroté 0 est la seconde.
- On aura, par suite :
- I seconde = 1/2° numéroté 0
- 1/2 — =1/2* — 1
- 1/4 — =1/2^ __ 2
- 1/8 —- =l/23 — 3, etc.
- II en résulte que toute combinaison des vitesses et du diaphragme dont la somme des valeurs des graduations respectives est la même donneront une même impression lumineuse puisque si l’on varie les diaphragmes dans un sens on est amené, pour conserver la même somme, à varier les vitesses en sens inverse dans une proportion rigoureusement égale. Ce système s’applique également aux poses de plusieurs secondes qui sont la prolongation au delà du zéro de
- l’échelle positive des fractions de seconde.
- Le mécanisme de l’obturateur est entièrement nouveau; il comprend un disque et une aiguille visible sur le devant de l’appareil.
- L’aiguille a la forme d’une languette formant ressort qui peut tourner autour d’une vis servant d’axe; l’autre extrémité porte une pointe se déplaçant devant la graduation et un petit frein frot-Jtant sur le disque, selon les différentes vitesses à obtenir correspondant aux différentes positions de l’aiguille, ce frein agit au centre du disque ou à une distance variable de ce centre. On obtient ainsi, depuis le 1 /100e de seconde jusqu’à la seconde et même
- , Languette servant à ouvrir ta boite
- m
- ôanote de nppier pour t'escamotage
- Fig. 3. — Mécanisme du magasin de l’appareil photographique.
- plusieurs secondes, avec une régularité étonnante. Le fonctionnement ne peut être obtenu que grâce à un estampage de disque lui donnant une épaisseur variable des surfaces frottantes. Il porte, en effet, deux cavités formant une ondulation convenablement calculée pour faciliter et les mouvements d’ouverture et de fermeture. Ajoutons encore que le cliquet de déclenchement de l’obturateur est sans ressort et n’exige qu’un effort des plus minimes; son enclenchement est automatique ; la languette servant à armer l’obturateur l’amène en prise d’elle.-même lorsqu’elle arrive en fin de course.
- 11 nous reste à dire un mot de la boîte-magasin telle que l’a conçue l’inventeur (fig. r>).
- Elle se compose d’un tiroir ouvert à son extrémité supérieure portant à l’autre extrémité une fente garnie et une languette métallique, d’une boîte-enveloppe du tiroir et d’une cloison mobile évidée. Un rouleau relie le tiroir à l’enveloppe et les plaques sont fixées par leur partie inférieure sur une bande de papier noir qui passe par-dessus la cloison et vient sortir par la fente.
- En tirant sur cette bande, la plaque remonte dans l’enveloppe puis vient se placer derrière la cloison en repoussant les autres, opération qui amène la plaque suivante à occuper même place que la première. Le dessin en coupe que nous publions de cette boîte permet de saisir le mécanisme d’escamotage.
- Bec J. Maire. —Dans ce nouveau bec, le pointeau À qui • livre passage au gaz a été placé sur le côté du tube d’arrivée d’air ; les mélanges s’effectuent comme dans les becs ordinaires, mais les matières provenant de la combustion et qui tombaient sur le trou d’arrivée du gaz ne
- IF® C
- Fig. 4. — Nouveau système de bec Bunsen.
- peuvent plus l’atteindre. IIy a là un avantage incontestable. L’arrivée de l’air s’effectue à la base du tube 0 ; une manette G en permet le réglage. Enfin, aucune des pièces mobiles n’est vissée ; toutes sont engagées à frottement dur et peuvent être remplacées très rapidement (fig. 4). Appareil propulseur pour oiseaux nageurs. —— Voici une pièce mécanique très originale; c’est, en somme, un système propulseur
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- à rames commandées par un moteur. Ici le moteur est un mouvement d’horlogerie actionnant un disque B qui, par l’intermédiaire de la bielle G, communique un mouvement de va-et-vient à la patte D calée à 180°. Un dispositif commande, de l’autre côté, la patte D' de l’oiseau (fig. 5).
- La patte est constituée par deux palmes de forme à peu près triangulaire montées à charnière sur un arbre vertical, lequel est articulé sur un axe horizontal situé à la base du bras D. L’arbre des palmes peut donc se replier sous le corps de l’animal (ou du bateau), le mouvement étant arrêté par la tête de l’arbre qui vient buter contrelaparoi intérieure du bras tubulaire D.
- On voit de suite que les pattes se déplaçant dans le sens de la flèche i éprouvent une résistance dans l’eau qui se traduit par l’avancement de l’animal. Pendant le mouvement contraire, les palmes tournent librement autour de leur axe, se ferment et reviennent, sans éprouver de résistance, occuper la position utile. On obtient ainsi deux mouvements alternatifs conjugués qui obligent le mobile à avancer sans temps d’arrêt appréciable.
- Machine à pelotonner la laine. — Cette intéressante machine mérite le succès ; malheureusement nous estimons que le fabricant insuf-fisammentoutillé, sans doute, se voit obligé de la mettre en vente à un prix qui en rend l’achat presque prohibitif. C’est là une considération qu’il convient dé faire intervenir lorsque l’on se propose d’améliorer un outillage quelconque; le prix trop élevé d’une machine nuit toujours à sa diffusion.
- La machine à pelotonner
- la laine est accompagnée de son dévidoir; on les fixe l’une et l’autre sur une table comme l’indique la figure 6. Le nouvel appareil est placé à gauche. Le cadre métallique supporte un volant D sur lequel est fixé le mandrin de bois. On introduit le bout de laine dans le trou A de la ma-
- Fig. 5. — Le canard automatique.
- Fig. 6. — Machine, à pelotonner la laine.
- chine, puis on le fait passer dans l’œillet B qui termine une tige métallique recourbée et on fixe la laine sur le mandrin par un simple enroulement à la main. Le disque est ensuite entraîné et la laine s’enroule automatiquement autour du mandrin avec la possibilité d’obtenir la pelote de la forme que l’on désire et d’un poids quelconque.
- Beaucoup d’autres inventions seraient encore à décrire ; malheureusement beaucoup d’inventeurs hésitent à donner des renseignements suffisants. Nous nous contenterons donc de' signaler, pour ne pas paraître les ignorer, l’omégaphone et une machine à piquer les dessins de MM. Bas-sompierre et Dorr; une fermeture de sûreté pour wagon, de M. Faron ; le compas indéréglable de M. Loiseau, etc. M. Charpentier est l’auteur d’un lance-bombes particulièrement original dont on peut aisément comprendre le principe sans recourir au dessin ou à la photographie. Que l’on imagine une énorme roue à jante très profonde dans laquelle sont creusés une cinquantaine d’alvéoles pouvant contenir chacun une petite bombe. La bombe pèse sur un ressort et un solide levier l’empêche de sortir. Sur le côté de la jante une sorte de distributeur a cinq ou six touches permet de libérer un groupe de bombes pendant la rotation de la machine.
- Deux hommes tournent la manivelle qui commande la roue par une multiplication formidable. La vitesse devient vertigineuse et les bombes libérées sont projetées au loin par la
- force centrifuge. Cette conception n’a pas été adoptée par la défense nationale bien quelle fût destinée à économiser les canons de tranchée. Le retour à l’antique devait faire naître des conceptions de ce genre; certaines ont reçu un accueil favorable, mais celle-ci dépassait les limites de l’encombrement disponible.
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- Nous serons moins précis en parlant du déclencheur et du parachute Robert que l’administration militaire a retirés du concours Lépine. Le parachute est particulièrement intéressant parce qu’il se développe à peu près instantanément, à une hauteur quelconque. Des expériences faites en présence d’officiers du service de l’aéronautique ont été tout à fait réussies.
- C’est là un beau succès pour le concours Lépine dont l’utilité a été si souvent contestée. Nos inventeurs, qui parviennent si difficilement à se faire entendre lorsqu’ils proposent leurs conceptions, trouvent, dans cette exposition, un tremplin d’autant plus intéressant que l’on sait en haut lieu, combien les étrangers sont à l’affût de tout ce que l’on peut y trouver d’utile. Lucien Fournier.
- LE PROJECTEUR SPERRY
- La puissance et, par conséquent, la portée des projecteurs a toujours eu une grande importance ; mais, depuis le commencement des hostilités de la guerre actuelle, elle est devenue capitale. Avec l’artillerie lourde à tir à grande distance le pointeur et l’officier chargé du tir ont besoin, pendant la nuit, d’être exactement renseignés sur les points à atteindre. Les zeppelins qui, le plus souvent, sont à grande hauteur doivent pouvoir être rendus visibles par les projecteurs afin de faciliter le tir du canon antiaérien. Beaucoup d’autres exemples pourraient être cités. Des projecteurs d’une puissance considérable et supérieure à celle qu’on peut obtenir avec le projecteur actuel deviennent donc indispensables.
- C’est dans cet ordre d’idées que Sperry vien
- d’étudier aux États-Unis un nouveau projecteur très puissant dont le Journal of the United States Artillery donne une description et dont Engineering donne un résumé qui va nous permettre d’indiquer le.principe de ce nouveau projecteur.
- Dans ce projecteur l’intérieur du charbon positif contient certaines matières spéciales qui, en brûlant, produisent une flamme d’une puissance lumineuse très grande. Le mémoire ne dit pas quelles sont ces matières, mais il est plus que probable que ces matières sont certaines terres rares qui ont la propriété de produire une flamme d’une très grande puissance lumineuse. Cette puissance se trouve encore augmentée par le fait de l’arc venant du charbon négatif qui refoule la partie lumineuse et l’oblige à rester à l’intérieur du cratère qui lui-même est profond. L’éclat intrinsèque de ce cratère se trouve donc notablement augmenté.
- Cet éclat intrinsèque, par millimètre carré, pour le projecteur Sperry est de 50 becs Carcel, tandis que, avec le charbon pur, il n’est que de 15 becs Carcel; il se trouve donc triplé. Avec un projecteur de 1 m. 014 d’ouverture, le projecteur avec charbon pur a donné 4200 becs Carcel, tandis que, dans les mêmes conditions, le projecteur Sperry a donné 105000 becs Carcel. Dans ce dernier cas, la source de lumière a de faibles dimensions par suite de la surface du cratère qui est beaucoup plus faible que celle qu’il est possible d’obtenir avec des charbons purs. La divergence des rayons est donc faible. Avec un courant de 150 ampères le diamètre du charbon positif est de 15,9 mm et celui du charbon négatif de Tl ,12 mm. Les avantages sont contre-balancés par une usure considérable du charbon positif provenant de la fuite des vapeurs gazeuses malgré le refoulement produit par le charbon négatif. Le charbon positif doit donc être souvent renouvelé. C’est pour cela qu’on donne à ce charbon une longueur de 1 m. 12 pour un courant de 150 ampères. Le charbon positif est placé horizontalement et en face du miroir parabolique. Quant au charbon négatif il est placé dans une direction faisant un petit angle avec l’axe horizontal de manière à intercepter le moins de rayons possible, ce que facilite, du reste, la faible surface du cratère. L’appareil est muni d’un régulateur très ingénieux.
- La Sperry Gyroscopic C° vient de construire des appareils de 0 m. 610, 0 m. 762, 1 m. 014 et 1 m. 520 d'ouverture qui vont être soumis à des essais dont lès résultats seront intéressants à constater. R. R.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 2253.
- 2 DÉCEMBRE 1916.
- FLEURS D’HIVER
- Les fleurs d’hiver commencent à se montrer aux brouillards de novembre : la pieuse coutume d’en fleurir les tombes, en a notablement accru la vente en ces temps exceptionnels où les deuils, hélas! sont si nombreux. Mais le*commerce s’en poursuit encore durant de longs mois au cours de la mauvaise saison, car elles sont l’emblème du souvenir et elles ont le privilège d’apporter un rayon de gaîté aussi bien dans le boudoir de la grande dame que dans la chambre de la midinette. On les aime surtout à Paris.
- Mais d’où viennent-elles? qui les produit? dans
- la Reine, sont expédiées des alentours de Brie-Comte-Robert. On les y cultive en plein champ et on les force, dès la fin de l’automne, dans de petites serres basses spéciales. Il y a trois périodes successives de forçage au cours de l’hiver : l’une qui dure deux mois, les deux autres un peu moins longues. La lumière et la chaleur excitent à un si haut point la croissance des tiges que celles-ci s’amincissent et qu’on est obligé de les soutenir par un fil de fer. Les quelques pousses qui ne fleurissent pas fournissent le feuillage dont on a besoin pour accompagner les fleurs. Voilà pour les premières.
- Fig. i. — Établissement horticole de la Ville de Paris. Serres aux Azalées.
- quelles conditions spéciales se fait leur culture à une époque où le soleil, qui leur serait si nécessaire, devient de moins en moins chaud? La réponse à ces questions se trouve dans les lignes qui vont suivre.
- Provenances et variétés. —Les fleurs nous arrivent, surtout coupées, soit des environs de Paris, soit du Midi et notamment de Nice, Cannes, Hyères, Solliès-Pont, Toulon, etc.
- Celles qui nous sont expédiées des départements avoisinant la Seine sont les roses-thé, les lilas blancs, les orchidées, les chrysanthèmes et le muguet; celles qui sont plutôt la spécialité de la région méditerranéenne sont les œillets, les mimosas, les giroflées, les roses d’hiver, les violettes.
- Les roses-lhé, notamment la variété dite rose de
- 44° Année. — 2” Semestre.
- Le lilas blanc, provenant surtout de la variété dite deMarly, nous arrive notamment des environs de Vitry-sur-Seine. Deux cents hectares environ sont consacrés à cette culture, mais on ne peut forcer avantageusement les plants que lorsqu'ils sont âgés de cinq ans, souvent huit; aussi n’exploite-t-on guère chaque, année que le sixième de l’étendue cultivée, trente-cinq hectares à peu près. Un hectare contient de 50 000 à 55 000 pieds, soit 1 200 000 à 1 500 000 touffes susceptibles d’être forcées. Il y a amplement de quoi suffire à la moyenne des demandes. D’habitude, pour son industrie, le forceur n’arrache les plants qu’au fur et à mesure des besoins, ayant soin de laisser aux racines une motte de terre adhérente; il les apporte chez lui, les émonde et les taille, supprime toutes les pousses ne portant
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- pas de boutons à fleurs et les place dans sa serre à raison de 8 à 12 par mètre carré. Il , ne lui reste qu’à chauffer très fortement et à recouvrir les vitres de paillassons en laissant les plants dans une obscurité complète : trois à quatre semaines plus .tard, la Heur est à point. S’il chauffe moins fort et laisse filtrer un peu de lumière, le forceur obtient le lilas rose qui se vend à un prix moins élevé; mais la croissance exige alors six semaines environ. Ceci pour la seconde fleur que nous avons nommée.
- Les orchidées, mentionnéés ensuite, sont les fleurs coupées qui,Anisés à l’eau, se' conservent le plus longtemps : plusieurs semaines, et pour certaines variétés plusieurs mois. Aucune, on peut l’affirmer, ne présente plus de variétés de formes et de coloris, plus de bizarrerie d’aspect ni plus d’éclat. Leur culture a ceci de particulier pour les industriels qui l’exploitent qu’elles ne se laissent jamais influencer par le forçage pour devancer leur époque de floraison.
- Il en existe des variétés pour chaque saison, mais le plus grand nombre fleurit l’hiver. Passons à la quatrième variété.
- Les chrysanthèmes, ce sont eux, constituent l’une des tleurs occupant la plus grande place dans l’industrie horticole, en raison surtout de ce qu’ils croissent facilement en serre non chauffée et abondent en une saison où les autres espèces ne peuvent être obtenues que par des artifices coûteux. Tous les horticulteurs des environs de Paris s’adonnent à leur culture, mais ils ont même en pleine guerre comme concurrents très redoutables les forceurs du Nord, eux aussi très expérimentés. Grâce à des expositions spéciales annuelles à Paris le public s’est familiarisé avec elles, tout en restant chaque fois étonné des contrastes stupéfiants que présentent ces fleurs* depuis la forme bien connue de la reine-marguerite ou de l’anémone de mer jusqu’aux fleurons les plus échevelés des variétés japonaises. Mais bien que tous ces p'ants aient un tempérament rustique expliquant leur résistance à l’air, cependant leur floraison ne peut atteindre sa beauté que si on les protège constamment du froid et de la pluie; en outre, ce n’est que par un traitement particulier et très
- minutieux et grâce à toute une série de pincements et de suppressions de boutons, que l’art du jardinier parvient à donner naissance aux fleurs monstrueuses que nous admirons l’hiver à la vitrine des fleuristes élégants. A remarquer que les plantes ainsi traitées ne portent souvent que trois ou quatre fleurs, parfois une seule.
- Enfin, le muguet, qu’on trouve si communément et si abondamment dans les bois avoisinant Paris, est récolté prématurément en octobre, et les plantes choisies forcées avec la plus grande facilité, jusqu’en avril, au moment où il peut croître en pleine terre. Mais les greffes de nos bois passaient à tort
- pour donner de moins bons résultats que celles qui étaient expédiées avant la guerre, sèches, de Hollande ou d’Allemagne, notamment d’Er furth; aussitôt arrivées on les posait dans la mousse et, au bout de vingt jours, leurs fleurs étaient écloses et pouvaient être débitées coupées. Il a fallu les hostilités pour détruire la légende de la supériorité du muguet étranger. Lorsqu’on veut faire des potées, le forçage est assez lent : il faut un mois; mais alors de jolies fleurs lisses vert clair entourent les petites fleurs blanches à peine ouvertes. Aux approches de mai, le forçage constitue une véritable industrie parisienne, et au 1er du mois les grappes « porte-bonheur » sont vendues par charretées. « Qui n’a pas son muguet? ». Tout le monde a entendu ce cri de nos camelots.
- . Bien évidemment, nous ne nommons pas toutes les fleurs qui se débitent sur le pavé de Paris ; leur énumération nous mènerait trop loin, l’industrialisation de la fleur ayant pris dans ces dernières années une importance considérable. Dans les faubourgs de Paris même, on force les rosiers d’une autre variété que le thé; les tulipes, tubéreuses, jacinthes et narcisses, sont élevées avec succès à Montrouge; les orchidées constituent le monopole de l’avenue de Châtillon; Vanves et Grenelle paraissent s’être réservé les bouvardias; les cultures d’orangers trouvent plus particulièrement comme abri, Charonne et le boulevard d’Italie; Picpus force plutôt le réséda et la giroflée ; la Glacière, les cyclamens et les héliotropes — et tout cela en
- Fig. 2. — Un chrysanthème d’exposition.
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- serre l’hiver, — sans compter que, dans les communes suburbaines, Montreuil débite abondamment les gardénias, camélias, azalées et hortensias; Fontenay-sous-Bois les cinéraires, hybrides et primevères de Chine; Bourg-la-Reine, Sceaux et Verrières, la violette de Parme et celle des quatre-saisons ; Ivry, ses plantes bulbeuses ; Bagneux, ses hoteias et son muguet ; les bois de Yincennes et la forêt de Sénart, les bouquets de narcisses jaunes et coucous disposés en lourdes boules avec une touffe de feuilles en forme de houppe.
- Passons.maintenant aux fleurs qui nous viennent du midi. Ah, le midi ! il fournirait tout si on l’entendait. Mais, Dieu merci, il a sa large part.
- Nous avons indiqué en première place l'œillet, l’un des ornements reconnus les plus aptes à être portés sur la personne. Un beau garçon, avec un œillet à la boutonnière, devient un conquérant. Dans toute la Provence et durant les hivers doux, certaines espèces remontantes, c’est-à-dire émettant successivement des tiges florales portant et déve-
- Fig. 3. — Serres de M. Vacherot.
- Le forçage des œillets.
- loppant les uns après les autres des boulons et des fleurs, ne cessent de fleurir en pleine terre. Les autres sortes restent également faciles à cultiver avec quelques soins sommaires, en les recouvrant par exemple la nuit d’un châssis, d’un paillasson ou d’un abri en toile pour les préserver des gelées.
- L’espèce provençale qui se débite le plus sur le marché de Paris est une race locale à fleur blanche et cœur carné, dite enfant de Nice. Mais, depuis quelques années, un assez grand nombre d’horticulteurs, de Lyon notamment, obtiennent en serre dans les environs de cette ville, de très belles variétés à ufloraisoperpétuelle, qui leur fontconcur-
- Fig. 4. — Établissements de M. Vacherot. Serre d’Orchidées-Lœlia-Cattleya.
- rence et sont dans la contrée l’objet d’importantes cultures industrielles.
- Après l’œillet, nous avons nommé le mimosa, qui provient de divers acacias de la race de la Nouvelle Hollande. Ce sont les plus populaires parmi les fleurs d’arbustes. Ces grappes jaunes s’harmonisent très heureusement avec la violette et « font 1rès bien » dans les bouquets. Les unes, comme Y acacia dealbata, aux rameaux longs et fermes, fleurissent delà mi-janvier à la mi-mars; les autres, notamment l'acacia longifolia, que les vendeurs des Halles appellent « la chenille », à fleurs ses-siles à l’aisselle des feuilles, fleurissent de mars en mai; il est même une espèce jaune citron, l’acâ-cia floribunda, qui donne des fleurs toute l’année. Pour beaucoup de gens, la première espèce, de beaucoup la plus belle, représente à elle seule le genre tout entier.
- La giroflée, dont il existe dans les départeménts septentrionaux de si nombreuses variétés, dérivant toutes plus ou moins directement de la giroflée
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- quarantaine, ainsi nommée de ce qu’elle fleurit quarante jours après le semis, est une plante annuelle dont quelques espèces, particulières au Midi, se vendent également l’hiver à Paris. Les deux sortes bien méridionales que nous recevons le plus, sont la giroflée à grande fleur blanc lilacée, bien colorée, et la blanche de Nice, à fleurs plus petites, mais plus touffue et d’une nuance extrêmement pure. Il faut y ajouter une espèce écarlate foncée : la quarantaine remontante à fleur rouge sang.
- Toute une . série d& roses d'hiver nous arrive encore de Provence; mais, entre toutes, celles qui donnent lieu au commerce le plus considérable sont les roses-thé safrans qui, en boutons, d’un .beau jaune saumoné, sont, à l'épanouissement, presque blanches. On les connaît si bien . que le public les 'appelle constamment roses de Nice. L’abondance de leur production vient de ce qu’elles continuent toujours à (lcurifr à un degré de température que ne peuvent suppobt^r les autres espèces et qui est à peu près le minimum ordinaire de la côte provençale dans ses parties les plus douces. C’est en quelque sorte une rose perpétuelle, alors que la floraison des autres subit, suivant la température, des interruptions plus ou moins longues.
- \ Voici maintenant la violette, la modeste violette, 'fredonneraient les poètes, si appréciée du haut en bas dé l’échelle sociale. Des bouquets à deux sous et les couronnes mortuaires en absorbent la plus grande quantité. De septembre à mai, il en arrive parfois à Paris plus de 1000 kg en 24 heures ; on nous leà expédié en paniers remplis de petits bouquets tout faits entourés de feuilles fraîches.
- La sorte qui originairement s’est cultivée le plus a été celle dite des quatre-saisons ; mais elle a la queue trop courte et se voit peu à peu supplantée par une espèce plus vigoureuse, le tzar, à grandes fleurs et à longue queue. A Paris, on cultive également ces espèces sous châssis pour le marché et les fleuristes, mais en petite quantité. Quant à la violette de Parme, qui se cultive en pleine terre et par hectares en Provence et dans les environs de Toulouse, elle nous arrive dans lès mêmes conditions et se débite surtout en aigrettes entourées de fine mousse qui, mieux qu’un bouquet massif, met plus particulièrement en relief leur teinte douce et leur jolie forme.
- Nous pourrions citer encore, mais comme moins important, Y arum d’Ethiopie, dont on connaît les cornets évasés d’un blanc pur au centre desquels se détache une mèche jaune d’or. Ces fleurs, expédiées, coupées du Midi et que le peuple connaît sous le nom de lys en cornet, ont le grand avantage de bien supporter le transport et de se conserver longtemps da.” ' ’eau.
- Il y a aussi les polygalas, dont la fleur violette rappelle un peu celle du pois de senteur à demi ouverte. On en détache les rameaux d’arbustes qui, dans le Midi, croissent en pleine terre et donnent des fleurs presque tout 'l’hiver. Enfin, citons comme un ornement des plus gracieux des fêtes officielles.à Paris, les azalées de l'Inde que les Parisiens sont conviés chaque année à aller admirer à l’époque de la floraison dans les serres de la Ville.
- L’arrivée des fleurs aux halles de Paris. — Le centre du commerce des fleurs à Paris se trouve aux Halles centrales. On peut considérer ce marché comme le plus considérable du monde, et cependant il se tient depuis de longues années en plein courants d’air, sous le simple abri du passage couvert qui sépare les pavillons 7 et 8 des Halles et rejoint la rue Rambuteau à la rue Berger.
- L’arrivée des colis a lieu'la nuit. C’est un spectacle des plus curieux auquel les profanes n’assistent généralement pas. On ne peut sans l’avoir vu que se faire difficilement une idée de l’importance de ce commerce et du nombre de personnes gravitant autour de lui. Nous allons
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- tenter de l’esquisser et de le suivre pas à pas.
- Les fleurs du Midi sont celles qui arrivent les premières aux Halles, elles y sont apportées par les lourds camions des chemins de fer de Lyon et Orléans : les unes dans des caisses, d’autres dans des paniers rectangulaires en lattes de roseaux de Provence tressées. Tous ces envois pèsent uniformément 5, 5 et 10 kg, de façon à pouvoir au besoin être expédiés à l’unité comme colis postaux; les fleurs qui s’y trouvent sont délicatement enveloppées de papier de soie, voire même de ouate.
- lies horticulteurs des environs de Paris suivent les camions à une demi-heure près, apportant leurs produits dans des charrettes à deux roues couvertes de bâches. Les uns arrivent tôt pour retenir une bonne place; d’autres, ayant leurs représentants à Paris, les chargent de prendre celles qu’ils occupent d’habitude en attendant leur arrivée.
- Les marchandises sont débarquées sur le trottoir, elles débordent même un peu sur une partie de 'asphalte de la rue. Il y a là environ 2000 paniers de fleurs appartenant à 200 ou 500 horticulteurs ou maraîchers. Les places se louent 30 à 40 centimes le mètre suivant qu’elles sont abritées ou non ; une trentaine environ sont données à l’abonnement. Des passages restent libres entre les divers emplacements pour permettre aux acheteurs de circuler enire eux.
- Lorsqu’il gèle, les fleurs sont abritées sous des couvertures par leurs propriétaires qui grelottent en attendant la vente. Cependant, si la bise est par trop forte, on les autorise à descendre dans de Vastes sous-sols aménagés à cet effet et à installer leurs marchandises sur de grandes tables élevées sur tréteaux. À la lumière des lampes, ces amoncellements de fleurs prennent un aspect des plus pittoresques.
- A trois heures du matin en été, à quatre en hiver, la vente commence. C’est le moment le plus actif et le plus animé de la nuit.
- Deux crieurs, qui seuls d’ailleurs ont le droit d’annoncer et d’adjuger la marchandise, et qui du reste ont été obligés pour exercer leur charge de déposer un cautionnement de 10000 francs, débitent avec entrain et à tour de rôle les apports ; et, comme tout se passe entre gens d’affaires qui se
- connaissent et se rencontrent tous les jours, les amateurs bénévoles étant naturellement assez rares à cette heure matinale, la vente marche toujours activement et bon train.
- Les acheteurs sont de deux sortes : d’abord les intermédiaires, qui vendent plus tard en ville les fleurs qu’ils auront achetées le matin ; puis ceux qu’on désigne plus; particulièrement du nom caractéristique de « regrattiers ». Ceux-là sont en quelque sorte une manière de spéculateurs qui, au début de la vente, lorsque certaines espèces abondent, choisissent le moment propice pour les acquérir à bas prix, et qui vers la fin, entre huit et neuf heures, louent une place de vendeur, y disposent leurs produits avec le plus d’élégance possible, et savent les débiter avec profit lorsque la marchandise a monté.
- En dehors de ces habitués du carreau, deux catégories de spécialistes se rencontrent dans le compartiment des fleurs : ce sont les commissionnaires et les forts.
- Les commissionnaires sont au nombre de quarante, tout comme les immortels de l’Académie, mais ils n’ont que cela de commun avec eux. Leur rôle est double ; ils se chargent tout d’abord de vendre les fleurs pour ceux des horticulteurs qui s’adressent directement à eux, gardant naturellement une part du bénéfice; puis ils se donnent pour mission d’en faire le classement. Ils deviennent ainsi en quelque sorte les représentants attitrés de certains horticulteurs et petit à petit leurs conseils, se chargeant de leur indiquer les tendances du marché et de les renseigner sur les probabilités de hausse lorsqu’il leur semble que pour certaines
- sur la Côte d’Azur.
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- sortes la demande est supérieure à l’offre. En classant les lots qu’ils reçoivent et en les divisant en très beau midi pour les fleuristes et midi ordinaire pour les Halles, ils rendent souvent un signalé service à leurs clients, car il n’est pas rare que la vente d’articles de choix couvre et au delà les frais de culture et d’expédition, ce qui permet : parfois aux marchands des quatre-saisons qui ont ; acheté le reste à vil prix, de les débiter dans les ! rues de Paris meilleur marché que nous ne les trouverions à Nice et à Cannes. !
- Quant aux forts des Halles, ils constituent une | corporation bien connue qui rend aux horticulteurs | de réels services en déchargeant leurs voitures. Ils I remettent aux marchands de fleurs un billet de ! stationnement dont ils perçoivent le prix, ce qui permet à ces derniers d’aller abriter tranquille-m<nt leur véhicule dans les rues avoisinantes, alors, qu’eux-mêmes, responsables de la marchandise qu’ils ont accepté de mettre en place, vont arranger les fleurs sous le marché couvert et les surveiller jusqu’à l’heure de la vente. Les voitures, d’autre part, ne sont pas absolument abandonnées sur la voie ; alignées à la suite les unes des autres, elles sont confiées à la surveillance d’une entreprise dite de gardage, créée il y a quelques années, qui se fait payer 50 centimes par voiture et qui du reste est très prospère. Ces à-côlés de l’industrie des fleurs nous ont paru assez originaux pour être rapportés.
- À neuf heures, tout est fini. Les grands fleuristes emportent les fleurs coupées et les potées dans de grandes voitures à étages, les marchands des quatre-saisons empilent leur butin sur des charrettes à bras, les horticulteurs reprennent doucement la grande route en dormant sous la bâche verte de leur véhicule qui déambule lentement sur la chaussée au pas cadencé de leurs chevaux. Et toutes ces fleurs que nous avons vu débiter s’éparpillent dans le commerce de la grande ville : sur les marchés, chez les fleuristes, dans les échoppes, sur les petites charreltes des marchands. Beaucoup de ces petits ambulants y ont risqué leurs économies — virtulibus copiosores quam pecunia (plus riches de vertus que d’argent) — il s’agit maintenant de les débiter. Allons donc rendre visite aux fleurs partout où nous les rencontrerons offertes au public et achetées par lui.
- Marchés et marchands. — Il y a à Paris onze marchés aux fleurs : la Cité d’abord qui est à proprement parler le « Marché aux Fleurs » de Paris, puis Clichy, Batignolles, la Chapelle, la Madeleine, Passy, place de la République, boulevard Raspail, place Saint-Sulpice, les Ternes et place Voltaire. Ces divers marchés vendent bien des bouquets faits et des fleurs coupées, mais ils offrent surtout des plantes en mottes ou en pots.
- Il en est qui sont fort anciens; celui de la Madeleine date de 1834, celui de la place de la République (autrefois dit du Château-d’Eau), de 1836,
- celui de Saint-Sulpice de 1845, etc. Inutile de décrire comment sont faites ces installations en plein vent, parfois perchées vaille que vaille, mal abritées sur les côtés contre le vent et la pluie, amoncellement aussi bien à terre que sur gradins de potées, plantes vertes, bouquets enveloppés de papier blanc, au milieu desquels majestueuse, les pieds sur une chaufferette, abritée sous une fourrure commune, trône la marchande qui s’essaie à « faire l’article » : tout le monde connaît ce tableau, spectacle peu banal et toujours pittoresque, avec décor variable.
- Mais c’est encore là ce que nous appellerons la demi-noblesse de la fleur. Le peuple nous semble plus intéressant. Le plus humble est la revendeuse qui, un panier au bras rempli de fleurs communes et de quelques débris des Halles, mendie plus qu’elle ne commerce et va toujours à pied. Mais le plus populaire est le marchand des quatre-saisons. Celui-là est un véritable négociant. D’abord il paie patente sous la forme d’une redevance hebdomadaire de 5 francs, il verse en outre un impôt, doit se procurer une médaille et obtenir pour 20 centimes un permis de circulation. Àh! il n’est pas permis au xxe siècle de pousser devant soi gratuitement le long des trottoirs et dans les ruisseaux une charrette d’où s’écroule une montagne de bouquets odorants : tout cela paie au fisc. Le matin, le marchand s’est rendu aux Halles, il a suivi les fluctuations du marché, et s’il n’a pu réussir dans la fleur, il change momentanément l’objet de son commerce : de fleuriste il se fait marchand de fruits, poissonnier, que sais-je? On compte qu’il y a à Paris et dans la banlieue environ 6500 voitures remplies de marchandises plus ou moins périssables suivant le goût des titulaires et le caprice des marchés. Voici maintenant les tenanciers des kiosques. Ceux-là aussi sont des modestes — simples concessionnaires du reste de leur boutique volante — mais ils ont l’avantage de pouvoir tenir des fleurs plus délicates que celles des ambulants, qui ne supporteraient pas le grand air, et aussi quelques potées peu transportables sur voitures. Ils n’oublient pas chaque jour de tracer bien en vedette sur une ardoise, en plein centre de leur étalage, le nom du saint dont on célèbre la fête, ce qui leur vaut des « coups de feu » sensationnels aux époques où l’on rappelle certains noms des plus courants : Marie, Louis, Charles, Jean, Léon, Joseph ou Antoine.
- Mais les rois du commerce de la fleur sont les fleuristes proprement dits. Ceux-là achètent aussi aux Halles, mais ils ont souvent à eux des serres et des jardins dans la banlieue ou des fournisseurs attitrés à la campagne. Pour eux, les commissionnaires achètent partout le dessus du panier, chaque fois qu’un envoi est fait. Ils ont la clientèle du public riche, disposé à payer n’importe quel prix pour un mariage, un enterrement, une soirée, un bal ou une bonne fortune quelconque. Ajoutons que ce sont de véritables artistes, jouant avec les fleurs
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- comme le peintre avec ses couleurs; ils savent aider la nature et donner à leurs créations une grâce et un cachet personnels tout particuliers. A eux la palme pour l’arrangement d’un étalage ou la façon de présenter une corbeille ou un bouquet! C’est un vrai régal pour le passant que s’arrêter devant des devantures où des directrices fleuristes, qui sont presque des grandes dames, savent avec l’aide d’un personnel adroit et intelligent surveiller la composition de chefs-d’œuvre iloraux qui font honneur à leur imagination éveillée et à leur main habile. Généralement ces fleurs leur arrivent des fournisseurs l’après-midi ou le soir; on les trie et ôn les met dans l’eau ; elles se refont durant la nuit, et le lendemain, plus fraîches, elles présentent au public un ensemble harmonieux dans lequel la vannerie et la poterie artistique ont certainement une grande part.
- Le commerce des fleurs. — En ne considérant que le Midi, principal fournisseur des sortes hivernales, et notamment les Alpes-Maritimes, le nombre d’hectares consacré à la production de la fleur dépasse actuellement 2000, divisés entre petits propriétaires qui, avec l’aide de leur famille, mettent en valeur des espaces morcelés à l’infini. Il y a une trentaine d’années, un hectare cultivé pour les fleurs pouvait s’acquérir pour 2000 francs, il en vaut aujourd’hui 15 000 en moyenne. Rien à craindre, sinon les gelées; mais c’est là un terrible fléau capable d’anéantir en quelques heures le fruit de longs travaux. Le couvert des orangers et oliviers, les paillassons sur fil de fer, les serres démontables pour l’entrée de l’automne, sont les seuls moyens de préservation.
- Il y a tous les jours en hiver un train qui part de Nice et qu’on appelle le train des fleurs. Partout, sur la côte d’Azur, il ramasse des paniers tressés en lattes de roseaux que nous avons vu vendre tout à l’heure aux Halles. La statistique moyenne des colis expédiés des gares est annuellement de 750 000. Non seulement la France, mais
- INSTALLATIONS FRIGORIFIQUES
- ET COMMERCE DE DI
- Les augmentations considérables et successives des prix de la viande fraîche, dues en partie à une diminution très importante de notre cheptel national, par suite des réquisitions opérées par l’Intendance, ont attiré, depuis quelques mois, l’attention du grand public sur l’emploi de la viande congelée, dite viande frigorifiée ou plus simplement frigo.
- La production mondiale des viandes congelées et réfrigérées, en 1915, a été estimée, par la revue Le Froid (G à 882 658 tonnes. L’appellation de viandes congelées s’applique aux viandes trans-
- 1. Numéro de janvier-juin 1916.
- un grand nombre de pays s’en fournissent : les États-Unis, la Hollande, l’Angleterre, la Suisse, et avant la guerre l’Allemagne.
- De toute évidence, le commerce des fleurs en général et des sortes d’hiver en particulier — qui d’après une statistique récente a été estimé .à 60 millions de francs rien que pour le département des Alpes-Maritimes, avec rendement à l’hectare de 6000 à 8000 francs dans les bonnes années — prendrait encore plus d’extension s’il y avait à Paris une Halle aux fleurs Mais il y a .des opposants. Les horticulteurs du Midi craignent ce qu’on est convenu d’appeler la surproduction et surtout la concurrence de la Riviera italienne qui, mieux favorisée par la clémence de la température, ne manquerait pas d’expédier à ce centre de vente une partie de sa production qui aujourd’hui prend une autre route. Il y a à Nice une Ligue florale et horticole du Sud-Est qui régente le commerce : elle dirige vers Paris et l’étranger les fleurs que nous avons nommées et vers les parfumeries de Grasse d’autres espèces à odeur plus pénétrante (menthe, verveine, oranger, jasmin et géranium rosat).
- Il faut bien en prendre son parti. Les fleurs sont une richesse volante qui, en tous endroits, s’accommode de tous les locaux. Si à Barcelone elles se concentrent sur la Gran Rumbla, à Madrid elles se débitent à la porte des églises et des théâtres ou sont transportées dans les rues sur des tablettes à dos d’ânes ou de mulets ; en Italie, la vente s’en fait surtout par des enfants ambulants oudes jeunes filles munies de corbeilles ouvertes; l’Américain, lui aussi, n’a guère le temps d’aller visiter un marché et il exige que les fleurs des contrées chaudes lui soient amenées à sa porte. Partout dans les pays ensoleillés la production est intense; et nul n’est plus heureux que moi, pur septentrional, de constater combien ces créations en grande partie méridionales, savent nous consoler dans nos peines, nous apporter souvent la gaieté, et enfanter la richesse. Alfred Renouard.
- PRATIQUES POUR BOUCHERIES
- NRÉES PÉRISSABLES
- portées à 8° au-dessous de zéro, et qui, arrivant gelées et dures, doivent être dégelées avant de pouvoir être consommées. Par viandes réfrigérées, on entend simplement celles qui sont transportées à une température de 1° à 1°,6 au-dessous de zéro, et qui peuvent être consommées à l’arrivée.
- Sur ce total de 882 658 t., 664508 t. ont été importées dans le Royaume-Uni, et 218150 t. sur les autres marchés européens, et notamment en France et en Italie. L’importation totale des viandes congelées et réfrigérées n’ayant été, en 1915, que de 46640 t. pour tout le continent européen, on voit de suite qu’elle est devenue,.
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- en 1915, près de vingt fois plus importante.
- Presque toutes les viandes congelées ont été utilisées par l’Intendance militaire pour l’alimentation des troupes en campagne. Une faible partie seulement a été consommée par la population civile, et il faut bien avouer que cette viande n’a pas obtenu, auprès du public, tout le succès auquel lui donnent droit ses qualités, qui ne le cèdent en rien à celles de la viande fraiche, et, surtout, son prix de revient, notablement inférieur.
- Cette défaveur imméritée tient uniquement à sa mauvaise présentation. Dans la plupart des cas, en effet, cette viande a été mise en vente par le boucher dans son état de congélation, les détaillants, en général, n’étant pas outillés pour sa
- Mais ces installations sont fort coûteuses, et, parfaites pour ces grandes maisons, elles ne sauraient convenir, d’une façon générale, pour de simples boucheries, même très importantes. 11 est possible, cependant, à l’aide d’appareils plus simples, de réaliser des installations moins dispendieuses. Ceci peut être obtenu, par exemple, grâce au Frigorigène Audifîren-Singriin, déjà décrit dans La Nature(1), qui ne demande ni surveillance, ni entretien et ne nécessite aucun personnel spécial.
- Une installation frigorifique complète, pour boucher détaillant la viande congelée, comprend deux chambres : la première, la plus grande, est la chambre dite de congélation dans laquelle la viande congelée est entreposée dès son arrivée, et
- Fig. i. — A, moteur électrique; B, frigorifique Audffren-Singrün; C, pompe de circulation de liquide incongelable; D, Ventilateur aspirant et refoulant; E, chambre de conservation de la viande congelée à — 5?; F, chambre de décongélation à -f/ à + 8°; G, serpentin réchauffeur d’air.
- décongélation progressive, absolument indispensable, surtout dans la saison chaude, pour qu’elle conserve la bonne apparence et les qualités de saveur qui lui vaudraient la faveur du public.
- C’est pourquoi cette viande a surtout été vendue aux Halles qui, presque seules, possèdent l’outillage approprié à sa décongélation en vue de la revente.
- En raison de son prix notablement inférieur, il y aurait grand intérêt, cependant, non seulement pour le détaillant lui-même, mais encore pour le public, — car tous deux y trouveraient avantage — à ce que les boucheries de grande et de moyenne importance fussent munies du dispositif spécial permettant, tout d’abord, la conservation, puis, en second lieu, la décongélation, des viandes congelées importées sur le marché.
- C’est ce qu’ont bien compris quelques grandes maisons d’alimentation qui ont organisé, chez elles, une installation frigorifique appropriée à leur commerce.
- dont la température doit être maintenue à —5°.
- La seconde est la chambre de décongélation ou de détail. On y dispose la quantité de viande à décongeler destinée à la vente d’une journée. La température y varie, suivant les besoins, entre 0° et 8°.
- La première chambre, suivant l’importance de la boucherie, doit pouvoir contenir de 1000 à -4000 kg de viande congelée, la surface nécessaire étant d’environ 4 m2 par tonne de viande à conserver.
- La seconde, avec une surface proportionnellement semblable, doit contenir le quart environ des quantités ci-dessus; soit 250 à 500 kg lorsque la première en contient 1000, et un millier environ lorsque la première en contient 4000. Ces quantités correspondent à la vente des boucheries de moyenne et de grande importance.
- 1. Frigorigène Audiffrcn. Yov. n° 1828, du 6 juin 1908,
- I». H-
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- Indépendamment des deux chambres de congélation et de décongélation, une troisième pièce, de 4 à 6 m2 de surface au minimum, est nécessaire pour loger le matériel mécanique.
- Ce matériel comprend, en premier lieu :
- 1° Un moteur — généralement électrique — pour actionner le frigorigène ;
- 2° Un frigorigène de \ 500 ou de 5000 frigories à l’heure, suivant que la boucherie est de moyenne ou de grande importance.
- 5° Une pompe rotative pour la circulation du liquide incongelable dans les faisceaux frigorifères, ladite pompe étant actionnée par l’arbre du frigorigène. (Pendant les arrêts de ce frigorigène, les faisceaux frigorifères forment accumulateurs de froid et conservent à la chambre une température sensiblement constante.)
- 4° Un dispositif pour le réchauffage de l’air de la chambre de décongélation.
- congelée. Elle serait, de plus, utilisée avantageusement pour le commerce de la viande simplement réfrigérée, ainsi que de la viande fraîche, qui peuvent ainsi être conservées pendant quinze jours à trois semaines. Même dans ce cas, l’installation frigorifique que nous venons de décrire présente de réels avantages. En effet, elle soustrait la viande à l’influence néfaste de l’humidité provenant de la glace employée généralement par les bouchers pour sa conservation ; elle permet de conserver plus longtemps cette viande et de ne la débiter que rassise, sans pour cela qu’elle ait perdu de sa fraîcheur, ce qui augmente sa qualité; elle facilite, enfin, la constitution de réserves qui parent aux défauts de vente, par insuffisance d’approvisionnements, qui peuvent se produire au moment des grandes chaleurs, lorsque le boucher ne disposant pas d’installation frigorifique, redoute de conserver des viandes qui pourront être perdues.
- Fig. 2. — H, tuyau d’aspiration d'air ; I tuyau de refoulement d’air réchauffé; J, faisceaux
- de tuyau réfrigérant.
- 5° Un ventilateur, ayant pour but de brasser l’air de cette chambre, afin d’en augmenter graduellement la température et de réaliser ainsi la décongélation méthodique de la viande.
- 6U Un petit moteur électrique actionnant ce ventilateur.
- 7° Enfin, un dispositif permettant le renouvellement périodique de l’air des deux chambres, l’air introduit étant préalablement dépouillé de son humidité.
- Le prix d’ensemble de tous les appareils énumérés ci-dessus, tuyauterie comprise, est d’environ lu à 11 000 francs pour un frigorigène de 1500 frigories et de 14 à 15 000 francs pour un frigorigène de 5000 frigories. Dans ce prix ne sont pas comptés les frais de pose, non plus que les dépenses de maçonnerie, qui varient considérablement suivant l’importance des constructions neuves à établir ou des modifications à apporter aux constructions déjà existantes.
- Cette installation, nous l’avons dit, convient tout particulièrement pour bouchers détaillant la viande
- Les bouchers ne sont d’ailleurs pas les seuls commerçants à qui puisse convenir une installation frigorifique du genre de celle que nous venons d’étudier. Celle-ci, en effet, peut être utilisée pour la conservation et la vente de toutes denrées périssables. Volaille, gibier, poisson, œufs, fruits de toutes provenances, peuvent y être emmagasinés dans des conditions parfaites, ainsi d’ailleurs que les fourrures. Les hôteliers, laitiers, crémiers, confiseurs, se trouveront également bien de leur emploi. Pour tous ceux, au surplus, pour qui cette installation frigorifique complète paraîtrait trop onéreuse par rapport à l’importance du commerce, il existe un meuble spécial, que nous avons vu fonctionner à l’Exposition de la Cite Reconstituée, et qui convient à la fois, pour la conservation des denrées alimentaires et des produits périssables, et pour la fabrication de la glace.
- La constance de température, à l’intérieur de ce meuble, qui a été maintenue à 4° pendant toute la durée de l’Exposition, c’est-à-dire pendant les mois les plus chauds, est assurée par un accumulateur
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- de froid parant aux de'perditions pendant les arrêts du frigorigène, dont la puissance est de 600 frigo-ries à l'heure,- permettant d’obtenir 5 kg de glace à l’heure. Il est actionné par un moteur d’un demi-cheval, avec une dépense d’eau de condensation de 120 litres à l’heure. Le prix de ce meuble, èn temps ordinaire, n’est que de 5075 francs, auquel il convient d’ajouter seulement le prix du moteur, qui s’élève à 250 ou 300 francs.
- Le détaillant de petite ville qui a réalisé chez lui, à peu de frais relativement aux nombreux avantages qu’elle présente, une installation frigorifique complète, ou qui s’est simplement procuré un meuble du genre de celui dont nous venons de parler, se trouve placé, en somme, dans les mêmes conditions
- que les commerçants des grandes villes, Paris, par exemple, qui possède un Entrepôt frigorifique à la Bourse du Commerce (*),-Dijon et Lyon^), qui disposent, elles aussi, d’installations frigorifiques. Le détaillant se trouve même avantagé par rapport aux commerçants de ces grandes villes, puisqu’il a chez lui, sous la main, pourrait-on dire, les approvisionnements que ceux-ci sont obligés d’entreposer dans les installations frigorifiques communes.
- En raison de leur faible prix et des nombreux avantages qu’ils présentent, une installation frigori-lique complète, pour bouchers, ou un meuble frigorifique, sont donc des plus intéressants pour le commerce de l’alimentation en général et ne sauraient être trop recommandés. Georges Lanorville.
- LES USINES MAUSER D’OBERNDORF
- Une de nos escadrilles a bombardé il y a quelque temps avec plein succès la célèbre fabrique d’armes Mauser dont les ateliers s’étagent sur les rives du Neckàr, à peu de distance de la petite ville d’Obern-dorf. L’objectif assigné à nos valeureux pilotes avait une importance de premier ordre. Il ne s’agissait pas d’aller survoler une cité populeuse ou de grandes agglomérations urbaines telles Londres et Nancy afin d’assassiner des vieillards, des femmes et des enfants, comme le font les équipages des Zeppelins ou les apaches-aviateurs allemands. Ce raid avait un but militaire nettement défini : détruire des usines dans lesquelles plusieurs milliers d’ouvriers travaillent, jour et nuit, à confectionner ou à réparer les fusils et les revolvers automatiques de nos ennemis d’outre-Rhin !
- D’après une étude publiée quelques mois avant la guerre, la Waffenfabrik Mauser occupait alors 174300 m2 de terrains répartis en trois endroits voisins : la fabrique extérieure bordant la voie ferrée près de la gare d’Oberndorf; à proximité de celle-ci, la fabrique basse, de beaucoup la plus importante (15904 m2 de surface bâtie) et enfin la fabrique haute dominant le tout. Gomme on le voit, la cible à atteindre ne manquait pas d’ampleur et nos courageux « as » ont réalisé une excellente besogne en mettant hors de service, des tours-revolvers, des perceuses, des foreuses, des mortaiseuses et autres machines-outils perfectionnées difficilement remplaçables à l’heure actuelle, sans compter les ouvriers spécialistes qu’ils ont tués ou blessés!
- Un fusil doit, en effet* passer par des centaines de mains habiles, avant de pouvoir tirer une cartouche. Sa construction comporte une succession de phases, qui se partagent en deux séries bien distinctes : le travail du bois et celui des métaux. Aussi pour obtenir la précision et la rapidité de la fabrication, on a réparti ces diverses manipulations entre les trois usines d’Oberndorf. Dans la fabrique basse, se construisent le canon du fusil, l’embase
- du guidon et le guidon, la plaque de crosse, l’appareil de détente, le ressort en spirale, le fût et le pontet. Après vissage du canon et montage du fusil, on procède aux épreuves de résistance et d’élasticité de chaque mécanisme, on contrôle les vitesses imprimées aux projectiles tandis que d’autres magasins servent pour la réception des matières premières et des outils, pour l’emballage et l’expédition.
- La force motrice alimentant les différents ateliers se produit dans le hall des machines de la fabrique extérieure où se confectionnent également la boîte de culasse, les différentes parties de la platine, la monture du magasin, la baguette, les vis et boulons. On rencontre, en outre, dans ce coin de la Waffenfabrik Mauser, l’outillage nécessaire à la trempe et au polissage ainsi que les dépôts et séchoirs à bois.
- Avant la guerre, les hangars d’Oberndorf abritaient continuellement 100 000 blocs de noyers, les séchoirs en contenaient autant et 50 à 40000 autres se trouvaient prêts à subir les divers façonnages. Mais depuis le début des hostilités, vu le grand nombre de fusils et de revolvers brisés, perdus ou détériorés par les troupes impériales, les stocks de bois de la manufacture wurtembergeoise ont singulièrement diminué s’ils n’ont pas disparu en totalité. Maintenant elle s’approvisionne sans doute, au jour le jour, et surtout où elle peut.
- - Dans son ensemble, cet ancien et très actif centre armurier du cercle de la Forêt-Noire, joue, en Allemagne, le rôle de nos manufactures de Saint-Étienne, de Tulle et de Châtellerault. Notre intention n’est pas de visiter en détail les établissements Mauser, en décrivant les nombreuses manipulations qu’y exécutent aujourd’hui des milliers d’ouvriers.
- 1. L'Entrepôt frigorifique de la Bourse du Commerce. Yoy. La Nature, nu 1551, du 14 février 1903, page 164.
- 2. Les installations frigorifiques de l’abattoir de Dijon et de
- la Boucherie lyonnaise. Yoy. La Nature, n° 1589, du 7 novembre 1903, p. 164. .
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- Nous allons signaler simplement certaines particularités permettant de se rendre compte que quelques bombes lancées à propos suffisent pour désorganiser pendant longtemps une fabrication aussi
- tenon et son écrou, 13 pour l’élévateur et 14 pour la baguette. Mais pour transformer en canon de fusil la barre d’acier fondu au creuset, les ouvriers doivent d’abord etlecluer 7 manipulations successives'
- Fig. i. — Vue des usines Mauser.
- délicate. Les différents organes d’un fusil Mauser ne se réalisent pas sans une « Kolossale » série d’opérations. La boîte de culasse, par exemple, en exige 152 à elle seule pour être achevée. Petit, à petit, le bloc d’acier prend tournure sous la dent des foreuses et des fraiseuses ; travaillé intérieu rement et extérieurement, il chemine de machine en machine, passant, après chacune de ces étapes, sous un contrôle très sé-vèr.e d’instruments de précision. Il faut opérations pour produire le cylindre, et 70 pour le chien; en revanche, 18 suffisent pour le percuteur. Toutefois les plus petites pièces de la fermeture du magasin réclament également un nombre respectable de façons : 28 pour la pièce de sûreté, 10 pourle porte-
- puis 67 tournages, étirages, forages, filetages, rayages et autres opérations diverses à la machine. Rien que le forage du canon d’un Mauser prend trois
- quarts d’heure avec des foreuses cependant très perfectionnées et qui marchent à la vitesse de 2000 tours par minute!
- D’autre part, parmi les épreuves qu’on fait subir aux fusils Mauser, une fois terminés, distinguons les expériences de justesse, qui s’exécutent dans un vaste hall, sous le contrôle des délégués du Ministère de la Guerre. Là, 10 stands couverts, éclairés artificiellement, sont accolés les uns aux autres et simplement séparés par des cloisons vitrées. Les vérificateurs s’assoient, côte à cô1e, et un mécanisme électrique leur permet d’amener les silhouettes près d’eux afin
- Fig. 2. — Stand d’essai des fusils.
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- LES USINES MAUSER D’OBERNDORF
- qu’ils puissent se rendre compte des effets de leur tir. Avant la guerre, on contrôlait très sévèrement toutes les armes qui sortaient de la fabrique. Ainsi au cours d’une expérience faite en présenced’une commission technique, on lira 15 005 coups successifs avec un fusil Mauser à raison de 720 par jour. Dans un autre essai, on compara un Mau-
- graduation inférieure à 400 m. ni supérieure à 2000 mètres. Pour le tir à des distances inférieures
- à 400 m., malgré la tension de la trajectoire, il faut corriger à l’œil et viser notablement plus bas que le point que l’on désire atteindre. C’est pourquoi à très courte distance, à 50 ou 100 m. par exemple, il faut un tireur expérim enté
- ser venant de tirer 12 750 fois à un autre Mauser tout neuf et, malgré ce tir prolongé, le premier n’accusait qu’une variation assez minime sur le second.
- Un dispositif particulièrement heureux du fusil Mauser est la hausse dont il est muni.
- On peut reprocher à la hausse de notre célèbre fusil Lebel d’être trop fragile; la planchette a une tendance fâcheuse à se relever et si à ce moment elle s’accroche dans un fil de fer ou heurte un obstacle, elle peut se casser, rendant ainsi le tir précis impossible.
- La hausse allemande est beaucoup plus robuste comme on s’en rend compte d’après les figures 5 et 6. Un ergot solidaire de la hase coulisse dans une glissière dont le profil est calculé de façon à élever à la hauteur nécessaire le cran de mire de la planchette mobile.
- Remarquons que la hausse ne comporte pas de
- pour atteindre le but; à ces distances, il faut viser 55 à 40 centimètres en dessous, du but. Nos
- Lebel d’ailleurs possèdent une justesse supérieure. Il est probable qu’à présent , on abrège beaucoup les épreuves du contrôle à Oberndorf et surtout que la comtnis-sion militaire chargée de prendre livraison des commandes estampille les fusils ou les revolvers sans se montrer aussi difficile qu’en temps de paix sur le pourcentage des coups justes. Enfin, on ne brûle sans doute pas deux cartouches à charge renforcée développant une pression de 4000 à 4200 atmosphères, pour éprouver la résistance de l’acier du canon, les Empires centraux n’ont pas trop de poudre pour essayer de contenir la victorieuse offensive des soldats alliés ; en tous cas, nos « as » n’ont certes pas perdu la leur en bombardant la « Waffenfabrik » vvurtem-bergeoise. Jacques Boyer.
- Fig. 5,
- La hausse du Mauser
- ^ CO 00
- O M ^ d) ai Q
- Fig. 6. — La hausse baissée.
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- CONCENTRATION DE L’ACIDE SULFURIQUE
- Ces quantités inouïes d’acide sulfurique, aujourd’hui indispensables à la préparation des poudres de guerre, il eût été singulièrement difficile, sinon impossible, de les obtenir avec les anciens procédés de fabrication, dont l’une des phases devait s’accomplir dans des chaudières en platine. La hausse qu’a subie le prix de ce métal eût rendu la préparation extraordinairement onéreuse ; sa rareté eût même pu devenir un obstacle insurmontable. Pour mieux montrer l’importance de ce détail, en apparence
- plications. Pour la plupart des usages auxquels il est destiné, on doit le concentrer. Pour faire passer sa densité de 50 à 60° Baumé, on peut l’évaporer dans des bassines en plomb chauffées à feu nu ou à la vapeur; mais, à la fin de cette opération, il contient encore 23 pour 100 d’eau. 11 n’est pas possible de le concentrer davantage dans des appareils en plomb, qui seraient attaqués, au delà de 62° B., en formant du sulfate de plomb.
- Jadis, la concentration était achevée dans de
- Fig. i. — Vue d’un atelier de concentration à l’usine de Saint-Rollox, Glasgory. Détail d’un appareil.
- futile, rappelons brièvement comment se fabrique habituellement l’acide sulfurique.
- Les matières premières les plus usitées actuellement sont les pyrites qui, calcinées dans des fours, en présence de l’air, dégagent de l’acide sulfureux. Le soufre pur n’est plus guère employé que pour préparer l’acide sulfurique destiné à la pharmacie. Du reste, dans un cas comme dans l’autre, l’acide sulfureux passe dans des chambres revêtues intérieurement de feuilles de plomb ; il s’y oxyde, au Contact de la vapeur d’eau et d’une petite quantité d’acide azotique, et se transforme en acide sulfurique.
- L’acide ainsi formé dans les chambres de plomb est fortement allongé d’eau (56 pour 100) et ne peut .servir en cet état qu’à un petit nombre d’ap-
- grandes cornues en platine. Cette méthode était déjà onéreuse, à l’époque où le platine valait beaucoup moins qu’aujourd’hui ; outre le coût de l’installation, il fallait tenir compte de l’usure rapide du matériel : la perte de métal précieux atteignait 8 ou 9 grammes par tonne d’acide concentré. Cette perte n’était un peu atténuée qu’en ajoutant au platine 10 pour 100 d’iridium (métal qui vaut environ 12 000 fr. le kilo) ou en le recouvrant d’une couche d’or qu’il fallait fréquemment renouveler.
- On avait bien essayé des cornues en verre ou. en porcelaine ; mais elles sont fragiles et exigent beaucoup plus de combustible que les chaudières métalliques. Une solution plus parfaite a été trouvée par Kessler, dont les procédés sont maintenant appliqués dans les plus grandes installations.
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- Jacques-Louis Kessler, né à Boulay (ancien département de la Moselle) en 1825, est bien connu pour diverses inventions, telles que la gravure chimique du verre à l’acide fluorhydrique, la peinture ' au caoutchouc et l’Erorateur (appareil d’évaporation). En 1871, après l’annexion de son pays à l’Allemagne, il vint s’établir à Clermont-Ferrand et s’y associa avec Faure, fabricant d’acide sulfurique. En appliquant le principe de son érora-teur à la concentration de l’acide, il créa un appa-
- reil qui eut un immense succès, parce qu’il contenait beaucoup moins de platine que les appareils similaires antérieurs. Cependant, en 1890, le prix du platine ayant triplé, par suite de l’accaparement effectué par d’autres industries, Kessler n’hésita pas à faire concurrence à son propre concentrateur, et il en créa un autre, dans lequel il n’y avait plus de platine du tout.
- Kessler avait eu l’idée d’utiliser à cet effet la lave des anciens volcans d’Auvergne, dont les carrières étaient voisines de sa résidence : la pierre de
- Volvic, cette matière bleuâtre dont on ne se servait guère auparavant que pour faire des trottoirs, n’est pas attaquée par l’acide sulfurique, même à haute température. La lave volcanique, taillée en plateaux, recevait l’acide d’où l’eau était chassée par insufflation d’air chaud. Le Saturex de Kessler fut immédiatement reconnu si avantageux que la plupart des industriels possesseurs de concentrateurs en platine s’empressèrent de les revendre, afin de bénéfîcer de la hausse du métal.
- Après la mort de Kessler, en 1905, son gendre, M. Teisset, apporta au saturex primitif diverses améliorations de détail, qui sont appliquées à présent dans toutes les grandes installations récentes. Dans l’ancien appareil, les gaz chauds arrivaient par trois canaux longitudinaux en pierre ponce, pour barboter dans le bain d’acide. Le nouveau saturex ne contient plus de pierre ponce : les gaz arrivent en sens inverse de l'acide, rencontrant sur leur , parcours des barrages successifs en pierre de Volvic,, qui les forcent chaque fois à lécher le courant d’acide. La lave de Volvic n’est pas friable comme la pierre ponce; elle est plus résistante et supporte parfaitement le nettoyage.
- La circulation de l’air chaud s’obtient à l’aide d’un ventilateur électrique, qui assure une vitesse constante et une concentration uniforme. En barbotant dans l’acide, l’air chaud se charge de vapeur d’eau, mais il entraîne aussi un peu d’acide : il n’est donc rejeté dans l’atmosphère qu’après avoir traversé une caisse à coke, où il se dépouille de son acidité. E. C.
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- Séances du 9 au 3o octobre 1916.
- Théorie de la lune. — M. P. Puiseux résume des observations très curieuses et nouvelles qu’il a faites sur des clichés lunaires obtenus à l’Observatoire de Paris entre 1894 et 1909. Des mesures précises effectuées sur ces photographies lui ont permis d’étudier la libration physique de la lune pendant une période de quinze ans et il en a tiré des conclusions imprévues. On sait en quoi consiste la libration. La lune tourne toujours vers
- nous la même face et cela depuis un temps très ancien, ce qui montre que la rotation complète est égale à la révolution sidérale et que cette rotation s’effectue autour d’un axe perpendiculaire au plan de l’orbite. Mais cette double coïncidence n’est pas absolue cl une légère oscillation permet d’apercevoir ou de perdre une région de 6°,5 autour des pôles, un fuseau de 8° en longitude. Pourquoi Taxe de rotation n’csl-il pas invariable et pourquoi
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- la vitesse de rotation n’est-elle pas constante? cela peut tenir à la complexité de structure de la lune et à des déplacements de matière interne. Les mesures de M. Puiseux ont eu pour base l’établissement d’un réseau imprimé sur les plaques diapositives. Puis, en déterminant le centre et le rayon moyen du cercle, on a pu corriger le rayon de la réfraction différentielle et obtenir ensuite des coordonnées polaires de points caractéristiques par rapport à un observateur fictif qui serait placé au centre de la lune. Ainsi a été établie d’abord la réalité d’une libration physique (et non seulement optique), jusque-là discutée. Après quoi on a pu constater que l’équateur lunaire n’est pas circulaire et que son ellipticité est voisine du tiers de celle d’un méridien terrestre. La libration principale est un phénomène annuel, sur lequel ne semblent influer d’une manière systématique, ni la position de la lune sur son orbite ni la phase. Mais il existe deux autres périodes : l’une'de 6 mois, l’autre de 18 ans 2/5, égale à celle de la révolution des nœuds de la lune. Peut-être ces oscillations prennent-elles naissance sous l’influence de marées internes. En résumé, on arrive à conclure que notre satellite ne peut être considéré comme un solide indéformable. Il subit, au contraire, des sortes de pulsations internes périodiques, dont le procédé employé par M. Puiseux lui permettra sans doute ultérieurement de déterminer les causes.
- Les rapports de la houille el du pétrole. — Il est, depuis longtemps, admis par la majeure partie des géologues (sinon des chimistes) que les pétroles n’ont rien à voir avec l’activité volcanique interne et résultent, comme la houille, d’une décomposition des matières organiques. MM. Aimé Pictet, Ramsever et 0. Kaiser apportent un argument nouveau en faveur de. cette thèse, en même temps qu’ils précisent nos connaissances sur la houille. En opérant sur une houille grasse de la Sarre, ils montrent que cette houille se présente comme une matière hydrocarbonée solide, imprégnée d’un liquide chimiquement très voisin du pétrole. Ils remarquent notamment que cetle partie liquide de la houille est, comme la plupart des pétroles, douée du pouvoir rotatoire. Quant à l’hydrocarbure solide, il est identique à un produit retiré, soit du pétrole de Galicie, soit du goudron du vide.
- Liquides cristallins. — Ce sujet est étudié dans deux notes distinctes de MM. Paul Gaubert et Grandjean. M. Gaubert s’occupe des séparations qui se produisent à l’état liquide dans les solutions sursaturées et qui peuvent constituer des cristaux liquides. Il étudie, à ce; propos, un certain nombre de substances. Par exemple, le cyanbenzalalamocinnamate d'amyle présente de grands sphérolithes à larges fibres avec d’autres sphéro-lithes plus petits, qui passent rapidement à une forme stable. Ce mode de production des cristaux liquides par évaporation d’une solution permet de mesurer leurs indices à la température ordinaire. Le travail de M. F. Grandjean est relatif à l’orientation des liquides anisotropes sur leur phase solide, cristallisée. Il montre que cette orientation est un cas particulier d’un phénomène plus général s’appliquant à tous les cristaux.
- Les verres volcaniques du massif du Cantal. — On trouve, dans les régions volcaniques des roches essentiellement, ou exclusivement constituées par un verre. M. A. Lacroix étudie celles du Cantal. Il montre que ces roches vitreuses sont toujours filoniennes. Leur
- texture vitreuse n’est due qu’aux conditions de leur consolidation, à un refroidissement brusque affectant des veinules de petite masse. On voit ainsi des filons dont le bord commence par devenir vitreux et qui deviennent entièrement vitreux lorsqu’ils diminuent encore de largeur. Toutes ces laves vitreuses, quelle que soit leur composition minéralogique, renferment des quantités notables de chlore.
- Détermination de la vitesse de propagation dans les conduites forcées industrielles. — M. Camichel montre que les expériences donnent une vitesse de propagation notablement supérieure à la valeur théorique, mais que cette contradiction provient de la méthode expérimentale employée. Pour cette détermination il est inexact d’utiliser, comme on l’a fait jusqu’ici, l’observation dè la période d’oscillation et il est nécessaire d’employer un procédé faisant intervenir une perturbation de courte durée : par exemple la méthode de la dépression brusque. L’utilisation du robinet de vidange des conduites permet, en général, l’application de cette méthode avec la plus grande facilité.
- Les aurores boréales. —MM. L. Végard et 0. Krogness rendent compte d’observations faites à l’observatoire norvégien de Haldde créé en 1911-1915 sur l’initiative du professeur Birkeland pour étudier spécialement cette question. Ces expériences montrent que la masse principale des rayons cosmiques qui produisent les aurores consistent en deux groupes ayant chacun des puissances de pénétration bien distinctes. On peut en conclure, en outre, que les trois formes les plus fréquentes : arcs diffus, arcs en draperies et draperies sont essentiellement de même nature et doivent être produites par des rayons de même espèce.
- La densité des corps solides. — MM. Le Chûtelier et Bogitch montrent que la densité des corps solides a généralement été très mal déterminée pour trois causes principales : impureté des corps étudiés, insuffisance du poids de matière, adhérence d’une mince couche d’air à la surface des corps solides immergés. C’est pourquoi des ouvrages classiques donnent pour le quartz, par exemple, une densité « comprise entre 2,55 et 2,74 » alors que cette densité est absolument fixe et égale à 2,6507. Bien des chimistes se refusent cependant à admettre cette constance de propriétés définies pour des combinaisons définies et croient à des variations possibles dans la densité qui s’expliqueraient par les condilions variables de la .cristallisation et par les différences de composition chimique qui existent même dans des minéraux parfaitement définis. Les auteurs ont donc repris une série d’expériences démontrant qu’il est. nécessaire d’utiliser comme liquide, au lieu d’eau, du benzène, de l’essence, minérale ou du tétrachlorure de carbone.
- Les variétés de vanille. — MM. Costantin et Bois étudient les divers types de vanilles cultivés, notamment celles de Tahiti, qui ont une importance variable au point de vue cultural et commercial et montrent comment certains types ont fait leur apparition sans qu’il y ait eu aucune importation de nouvelles boutures dans l’Archipel.
- Phénomènes g'aciaires de la Haute-Savoie. — M. Kilian étudie la Plaine des Rocailles, située près la Roche-sur-Foron (Haute-Savoie) et analyse la série des phénomènes üuvio-glaciaires en montrant le rôle important qu’a joué, dans l’histoire des temps quaternaires, I la ride anticlinale tronçonnée Salève-Cruseilles-Lovagny.
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- LE CANON SANS RECUL DAVIS
- Les deux facteurs principaux qui limitent le développement de l’artillerie aérienne sont, d’une part, le poids du canon, d’autre part, la force de recul de la pièce. Très peu sensible pour une mitrailleuse, cette dernière devient très appréciable dans les cas par exemple des canons de 37 dont sont munis les avions-canons
- français, puis- . r* -
- qu’elle équivaut à une tonne et demie. Aussi a-t-on été conduit à les munir de freins qui absorbent le recul, mais ces engins pèsent lourd et leur poids joint à celui de la pièce alourdit l’avion et lui retire de ses propriétés manœuvrières.
- Le canon Davis cherche à supprimer ces deux inconvénients et son principe très original mérite d’être signalé. Si nous supposons que la culasse d’un canon soit enlevée, et que l’on tire un obus, le projectile partira dans un sens et la cartouche en sens inverse avec des vitesses fonctions de leurs masses respectives. Quant au canon lui-même il nereculerapas.
- Le recul, en effet, est dû à ce que les gaz prennent appui sur le fond de culasse pour pousser l’obus hors de la pièce.
- Si donc nous t, *
- supprimons ce
- point d’appui, Fig.
- l’obus ira moins
- loin, c’est entendu, mais le canon ne reculera pas. C’est ce qui est réalisé dans le canon Davis en usage sur les avions alliés.
- La cartouche se présente extérieurement comme une cartouche ordinaire, le projectile est à une extrémité, derrière se trouve la charge de poudre et à l’arrière des grains de plomb contenus dans un petit sachet et dont la masse est à peu près égale à celle du boulet, la différence de poids étant fonction
- Fig. i. — Le canon monté sur un aéroplane.
- du frottement dans la pièce des deux ensembles différents que chassera la poudre.
- Le canon lui-même est formé d’un long tube d’acier à parois minces et la cartouche est placée en son milieu, comme l’indique la figure 2. Un système de fermeture très simple et très léger, permet de
- clore l’âme du canon. Lorsqu’on aüit sur la détente, les gaz de la poudre propulsent l’obus dans une direction et projettent en sens inverse, dans la partie arrière du tube canon, les grains de plomb contenus dans les douilles. Le recul, comme nous venons de l’expliquer, est donc supprimé. Mais, tandis que le projectile parcourt sa trajectoire, les grains de plomb s’éparpillent en gerbe et comme la résistance qu’ils opposent à l’air est très grande, au bout de quelques minutes leur vitesse s’annule.
- Bien que rien ne s’oppose, tout au moins théoriquement, à ceque ces singuliers canons, qui partent dans les deux sens, soient d’un diam être quelconque, c’est surtout-dans les petits ca-libres, tels que ceux employés en avion qu’ils rendent des services considérables par suite du poids très faible de la pièce.
- Un canon Davis de 2,5 m. de long pèse 35 kg environ et lance à une vitesse initiale de 300 m. — très suffisante pour l’emploi qu’on en veut faire — un projectile pesant 550 à 600 grammes.
- En service uniquement dans l’aviation, ce canon semble devoir pouvoir être avantageusement utilisé dans l’armement de petits bâtiments de patrouille sur rivière, sur les automobiles blindées, par les cavaliers, etc. H. Yolta.
- Le canon sans recul Davis.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahühe, rue de Fleuras, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 2254.
- 9 DECEMBRE 1916.
- LE SENS PHOTOTROPIQUE DES PLANTES
- big. /. — Répartition conique des feuilles au soleil.
- Dans un article du Bulletin des armées M. Edmond Perrier a fait très justement remarquer combien les périodes d’immobilité' sur front se prêtent à l’étude de . la nature. L’observateur attentif y trouve, en effet, mille occasions de voir et d’expérimenter.
- Dans le domaine végétal, laboratoire tou-ours à portée, il est particulièrement facile et intéressant d’étudier les effets de la lumière sur les plantes, et les moyens si ingénieux qu’elles ont de recevoir et d’absorber les rayons solaires.
- Des observations journalières et des expériences très simples (celles qui sont ici rapportées ont été faites pour la plupart en campagne 1915-1916) peuvent conduire à des données nouvelles et utiles, applicables notamment à la cure solaire qui est un moyen très efficace de guérison des malades et des blessés.
- La Plante puise dans le rayonnement solaire une grande part de son énergie et tend vraisemblablement pour cette raison à se faire au soleil la plus large place possible. Elle s’étale en feuilles minces et vertes (le vert presque autant que le noir absorbe la lumière) (*) sur une surface extraordinairement grande relativement à sa masse totale.
- Voici, par exemple, un figuier de 5 m. 50 de hauteur; il porte environ 2150 feuilles, faisant une surface totale d’environ 49 mètres carrés pour un poids de feuilles de 17 kg. Un tiers environ de cette surface baigne dans la lumière solaire directe et le reste dans la lumière diffuse. Les feuilles s’étagent et s’étalent, leur face supérieure vernissée, la plus verte, regardant la lumière. D’après des expé-
- 1. Miramond de Laroquette. Expériences sur les lumières de couleur. Paris Médical, juillet 1912.
- Fig. 2. — Répartition hémisphérique des feuilles au soleil.
- 44-* Année
- T Semestre-
- riences antérieures (*) nous avons pu calculer que ce figuier absorbe en une journée d’été plus de 40000 grandes calories de rayonnement solaire.
- La plus grande partie de cette énergie (environ 52 000 calories) est dépensée par l’évaporation d’environ 45 (2) litres d’eau qui provoque dans les racines un appel proportionnel d’eau chargée de sels. Le reste sert vraisemblablement aux fonctions vitales, à la statique de la plante et à l’élaboration de la matière vivante et de ses réserves.
- Toutes sortes de procédés sont bons à la plante pour se mettre au soleil : courbures, allongement et croissance régulière ou inégale, torsion ou rotation des tiges et des pétioles, flexion, redressement, retournement des limbes, mouvements variables suivant les circonstances mais toujours adaptés au but qui est d’absorber par la face supérieure des feuilles le maximum possible de radiations.
- À l’air libre, s’il n’y a nul obstacle, la plante s’oriente vers le ciel et au midi; certaines (tournesol) suivent même le soleil dans son déplacement journalier. Si l’éclairage est unilatéral, la plante se tourne toujours du côté d’où vient le plus de lumière, quelle que soit d’ailleurs l’orientation de ce côté; elle sait pour cela et juste dans la mesure utile se courber, se dresser, se retourner, s’allonger.
- Il y a dans l’ensemble des feuilles d’une même plante, et aussi, semble-t-il, des plantes de même espèce vivant sur un même terrain, une coordination manifeste
- 1. Miramond de Laroquette. Sur l’absorption du rayonnement solaire. Bull, de la Soc. depathol. exotique, mai 1914-
- 2. Chiffres retenus dans un cas déterminé, mais naturellement variables dun jour à l’autre suivant les conditions de lumière, température, humidité, etc.
- 24 - 309.
- Fig. . — Le lierre sur le mur.
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- LE SENS PHOTOTROPIQUE DES PLANTES
- Fig. 4.
- Un plant de canna.
- qui parait correspondre à une volonté commune, à une entente pour le meilleur rendement total. Il y a même, semble-t-il, dans certain cas un respect apparent des situations acquises.
- Le plus grand nombre des arbres et des arbustes par un allongement mesuré des tiges et des branches tend
- à la forme conique ou hémisphérique qui permet aux feuilles de s’étager et de se mieux répartir la place au soleil (fig. 1 et 2).
- Le lierre s’étend sur le sol ou escalade les murs et s’imbrique de manière que chacune de ses feuilles ait le plus possible de lumière sans porter ombre à ses voisines (fig. 3).
- Voici un plant de Canna à deux longues et larges feuilles orientées nord-sud; a feuille nord se dresse verticalement et expose au midi sa face supérieure vernissée; la feuille sud pareillement dressée, regarderait le nord et gênerait sa voisine; elle évite ce double écueil en se retournant et s’inclinant vers le sol (fig. 4).
- Sur l’étang les
- euilles de nénuphar se répartissent l’espace disponible : les plus anciennes reposent à la surface de l’eau, absorbant à la fois air, eau et soleil ; les feuilles plus jeunes sont encore immergées, ou bien se haussent quand la place est prise, entre deux feuilles anciennes et se maintiennent à demi fermées au-dessus de l’eau dans une attitude qui réduit l’ombre portée (fig. 5).
- Le sens ou si l’on préfère l’instinct phototropique des plantes, visible dans leurs attitudes naturelles, apparaît plus encore dans des dispositifs d’expériences qui les obligent à se déplacer, à faire sous nos yeux pour atteindre leur but des mouvements
- Fig. 5. — Trois feuilles de nénuphar.
- /O '
- Fig. 6. — Retournement d’une jeune tige de lentille vers la lumière, mouvement dans un plan vertical. 180° en 3 ou 4 heures.
- B
- V/|\\
- Fig. 7 — Mouvement dans un plan horizontal.
- relativement étendus et rapides.
- Plaçons un se-misdelentilles dans une caisse fermée par haut et ouverte d’un seul côté.
- Dès leur sortie de terre les jeunes tiges se portent vers le côté éclairé et poussent vers la lumière; elles vont au-devant des radiations et se courbent de manière à leur être
- parallèles tandis que les feuilles se disposent perpendiculairement La nuit les jeunes tiges se redressent, mais dès le jour elles se recourbent vers la lumière.
- Mettons dans la caisse un jeune plant de lentilles poussé droit à l’air libre; aussitôt il se courbe du côté éclairé et en 1 ou 2 heures atteint l’angle droit ; retournons-le vers le fond de la caisse (fig. 6) ; la tige commence immédiatement à se redresser,
- puis se courbe en sens inverse; en une heure elle est droite; en 2 ou 3 elle est de nouveau courbée vers la lumière. En 120 ou 150 minutes le sommet de la tige a fait dans un plan vertical un mouvement de 150 à 180°.
- Tournons maintenant le pot de 90° seulement (fig. 7), le sommet de la tige vers un des côtés de la caisse : la plante cette fois ne se redresse pas, son extrémité supérieure reste horizontale et, sans s’incurver en avant, se tourne vers la lumière par un mouvement de rotation dans un plan horizontal sur la partie inférieure de la tige qui sert de pivot ; elle prend ainsi le plus court chemin pour revenir à la lumière.
- Les tiges font leurs mouvements et leurs courbures phototropiques le plus souvent sur leur partie supérieure, la partie inférieure restant verticale quand la tige est courte et résistante; mais quand elle est longue et grêle, il se
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- produit souvent sur cette partie inférieure une courbure inverse, une courbure de compensation qui permet à la plante de résister à la pesanteur (fig.S).
- Les feuilles par le dispositif des tiges et par leur répartition phyllotaxique se trouvent orientées vers* la lumière; elles répondent aussi directement individuellement à l’appel de la lumière; chacune sait se placer de manière à la recevoir normalement et par sa face supérieure, chacune s’arrange au besoin et fait son mouvement pour son compte, à sa manière et généralement sans gêner ses voisines.
- Voici dans un appartement, un pot de géranium ; toutes les tiges terminales et toutes les feuilles « regardent )) la fenêtre; re-tournons-le face au mur; en deux ou trois jours toutes les tiges et toutes les feuilles font demi-tour et face à la lumière (*).
- Le mouvement se fait le plus souvent sur le pétiole qui se courbe et se déplace exactement comme les tiges ; mais si un obstacle s’oppose à la courbure des pétioles, le mouvement se fait sur le limbe lui-même ou sur la partie du limbe restée libre.
- Retournons et attachons contre un mur une feuille de géranium grimpant, le limbe vertical et dos à la lumière; en 2 ou 3 jours, la feuille se retourne en pivotant sur le pétiole.
- Des feuilles de vigne (lig. 10) étroitement attachées dans ces conditions contre la treille ont mis 15 à 20 jours pour se retourner complètement; mais leur mouvement a été plus complexe ; les 3 premiers jours, la feuille collée au mur a relevé ses bords, puis elle a commencé sur le pétiole un double mouvement de rotation d’arrière en avant et de torsion latérale.
- Avec du liège et deux épingles, fixons par sa base sur le bord d’une planche horizontalement et
- 1. Ce phénomène si remarquable du retournement des feuilles à la lumière, est à peine indiqué par quelques auteurs; décrit en 1756 par Ch. Bonnet, Recherches sur l'usage des feuilles, il n’a été depuis, croyons-nous, l’objet d’aucune élude complémentaire.
- la face supérieure vers le sol une feuille de fraisier (fig. 11). En 3 ou 4 jours, souvent moins, les 3 lobes de la feuille, chacun séparément et de manière différente, se redressent ou se retournent vers la lumière, soit par une courbure du limbe, soit par une torsion du pétiole dont les fibres superficielles prennent un aspect spiralé.
- Attachons par un fil ou une épingle deux feuilles de capucine (fig. 12 à 17), de manière que leurs faces supérieures soient accolées verticalement ou horizontalement; dès le lendemain, les bords des deux feuilles sont écartés en X, relevés ou abaissés, et la lumière pénètre entre les limbes. L’écartement se continue les jours suivants et les limbes arrivent à se retourner, à se replier complètement. Des mouvements analogues se produisent si les feuilles sont disposées dos à dos, ou bien superposées les faces supérieures ou les faces inférieures vers la lumière. Dans chaque cas (les dispositifs d’expérience peuvent être très variés), le limbe de chaque feuille fait exactement ce qu’il faut pour remettre en lumière sa face supérieure. Ces expériences qui donnent des résultats identiques avec toutes sortes de plantes, arbres, arbustes, plantes
- herbacées, montrent que le tissu propre de la feuille est doué de motilité aussi bien que celui des tiges et des pétioles ; le renflement appelé pul-vinel ou coussinet, situé à la base du pétiole et qui a été décrit comme organe moteur exclusif des feuilles (notamment de la sensitive) ne joue dans ces mouvements phototropiques qu’un rôle très limité; toutes les parties souples des plantes paraissent d’ailleurs capables de mouvements.
- Les fleurs subissent, elles aussi, la loi héliotropique et veulent recevoir la lumière normalement et pour la plupart sur leur face supérieure. Elles aussi s’étagent, s’étalent, se haussent sur leur tige, s’inclinent ou se redressent vers la lumière. Comme les feuilles, elles font des mouvements étendus et relativement rapides pour retrouver la lumière si on les en détourne.
- Fig. 8. Fig-. 9.
- Fig. 8. — Double courbure d'une tige grêle: A, courbure photolr0pique ; B, courbure de compensation. — Fig. 9. Courbure en chambre noire vers une bougie.
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- 372 ...:::.:::: LE SENS PHOTOTROPIQUE DES PLANTES
- Attachons tête en bas par un fil, une fleur de zinia, de capucine, de reine-marguerite (fig. 18); en quelques heures la fleur se redresse (1) par une courbure de la tige. Le mouvement est aisé et rapide si l’attache est à une certaine distance de la fleur, plus lent et parfois incomplet si l’attache est juste à sa base.
- Voici un cas plusdifficilepour la fleur et qui montre son habileté et la complexité de son effort vers la lumière : couvrons d’un capuchon de papier noir convenablement mais pas trop étroitement attaché, la moitié ou deux tiers d’une fleur de zinia (fig. 19) ; en quelques jours la fleur parvient à se désencapuchonner.
- A quelques variantes près, les résultats de ces expériences sur les tiges, les feuilles et les fleurs sont constants et peuvent être obtenus avec des
- plusieurs épreuves rapprochées et de sens différents, les mouvements sont plus lents, la plante paraît fatiguée.
- Si on expose sous une cloche de verre à des vapeurs d’éther de jeunes plants de lentilles, ceux-ci restent ensuite plusieurs heures (12 à 20 heures)
- sans obéir au phototropisme ; mais il n’est pas certain qu’il s’agisse là d’une véritable anesthésie ; le phototropisme exige, en effet, pour se manifester normalement une vitalité normale. Les sujets malingres, malades ou meurtris, obéissent mal. Les jeunes plants très souples sont particulièrement sensibles et mobiles. A un certain âge, les tiges trop rigides ne s’incurvent plus, mais les feuilles et les fleurs quel que soit l’âge de la plante se tournent presque toujours vers la lumière en un temps plus ou moins long.
- Fig', ii. — Retournement d'une feuille dé fraisier attachée la ace supérieure vers le sol.
- Fig. 12 à ip. — De jeunes feuilles de capucine attachées deux à deux par un fil, verticalement ou horizontalement, face à face (12 et i3), dos à dos (14 et i5) ou superposées (16 et îp), s’arrangent en peu de temps pour remettre le plus possible leur face supérieure à la lumière.
- espèces et des plants différents et plusieurs fois de suite sur un même sujet. La plante obéit chaque fois à l’incitation de la lumière. Cependant après
- 1. Dans nos recherches bibliographiques nous n’avons trouvé aucune mention de ce retournement des fleurs, ni d’expériences de ce genre, mais il est bien connu que certaines fleurs suivent le déplacement du Soleil, que d’autres s’ouvrent le jour et se ferment la nuit. Les L as du Kil ferment le soir leurs fleurs et les retirent dans l’eau pour les ramener à la surface et les rouvrir le lendemain au lever du Soleil (Ed. Grimard).
- Parfois, mais très rarement, la plante fatiguée ou maladroite ne réussit pas son mouvement. Nous avons vu une feuille de poirier, mourir en se retournant au soleil par torsion sur le pétiole. La torsion a été tellement accentuée que la circulation s’est arrêtée brusquement le 3e jour, la feuille s’était étranglée de son propre mouvement.
- La rapidité du phototropisme ne dépend pas de l'intensité de la lumière. — Au contraire, pour les jeunes tiges, le rayonnement diffus résullant
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- LE SENS PHOTOTROPIQUE DES PLANTES
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- d’un éclairage intense paraît retarder les mouvements ; ceux-ci sont d’autant plus rapides et accusés que l’éclairage est plus unilatéral. En chambre noire, la lumière d’une lampe ou d’une bougie le ' provoque aussi vite que la lumière du jour. Mettons un jeune plant de lentille dans une caisse complètement fermée, mais ayant sur un de ses côtés une petite fenêtre, et près de celle-ci, au dehors, allumons une bougie; en deux ou trois heures, la ge se courbe complètement et les feuilles terminales viennent se placer au centre delà fenêtre (fi g. 9). On sait d’ailleurs quelles longueurs de tige et quelles courbures extraordinaires présentent les plantes en cave pour arriver à la lumière.
- « Lorsqu’un végétal est privé de lumière, il allonge « ses tiges comme s’il cherchait quelque issue pour « retrouver la lumière qui lui manque » (l). Il semble que l’effort de la plante est d’autant plus accusé que son appétit de lumière est moins satisfait.
- Un autre fait très remarquable est que les mouvements phototropiques commencés le jour se continuent la nuit et que le retournement des feuilles et des fleurs peut même se faire entièrement dans l’obscurité. En effet si l’on couvre avec une caisse un plant de fraisier (fig. 11) dont une feuille a été retournée vers le sol, celle-ci se redresse quand même en deux ou trois jours dans la direction
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- Fig. 18. — Une fleur de zinia, de reine-marguerite, etc., attachée tête en bas, se retourne en 12 ou 14 heures vers la lumière.
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- Fig. iq.
- d'où lui venait la lumière.
- Comment expliquer ces diverses manifestations du phototropisme des plantes ?
- Les anciens naturalistes tendaient à voir dans les attitudes héliotropiques des feuilles et des Heurs une orientation instinctive de la plante. Dans la suite on a cherché à les expliquer par des causes purement physiques.
- Darwin, qui a particulièrement étudié les mouvements dits de circumnutation des tiges et des racines en voie de développement, les a comparés aux mouvements inconscients des animaux inférieurs ; les mouvements héliotropiques
- 1. Gaston Bonnier. Le monde végétal. E. Flammarion, éditeur, Paris.
- 2. Certains phénomènes de sensibilité et de mobilité observés sur quelques plantes rares : sensitive, drosera, sainfoin oscillant, etc., ont été depuis Linné 1res étudiés et très discutés. A leur propos, Geoffroy Saint-Hilaire a reconnu aux végétaux des « mouvements automatiques » et Claude Bernard « des apparences de mouvements volontaires ». Paul Bert ayant vu l’anestbésie par l’éther abolir chez la sensitive
- des tiges et des feuilles dériveraient, par adaptation à un but utile, de la circumnutation et seraient « régularisés mais non directement déterminés par la direction des rayons lumineux ».
- Pour d’autres auteurs les courbures phototropiques résulteraient d’une action mécanique directe, d’une sorte de pression des rayons lumineux sur les tiges et les pétioles ou d’une modification de la turgescence et de la croissance du côté éclairé. Cette théorie mécanique du phototropisme particulièrement soutenue par les Allemands était en dernier lieu la plus généralement acceptée.
- Les observations et expériences précédentes montrent, croyons-nous, qu’il y a dans le phototropisme des plantes, comme dans celui des animaux, non un phénomène mécanique passif, ni simplement une modification de la croissance due à la lumière, mais la manifestation d’une sensibilité et d’une motilité (2), qui par ailleurs se révèlent de bien des manières.
- Il n’est pas exagéré, croyons-nous, de voir aus dans le phototropisme végétal la manifestation d’une fonction directrice, intelligente (3) en ce sens qu’elle préside dans les différents cas à l’adaptation des moyens au but et permet à l’individu de se défendre et d’atteindre, malgré les obstacles les plus divers, ce dont il a besoin. Comme les animaux, les
- plantes cherchent
- Une fleur de zinia encapuchonnée de noir se découvre en 3 ou 4 jours.
- leurs aliments : l’air, l’eau, le soleil, savent aller au-devant d’eux et les trouver, faisant preuve de sensibilité spéciale et d’un admirable sens de direction.
- A les regarder de près, elles apparaissent comme des êtres très perfectionnés, assez proches de nous, supérieurs même à certains points de vue biologiques.
- Le médecin et l’hygiéniste trouvent en elles plus d’un exemple à suivre dans l’art de vivre et de guérir et doivent particulièrement étudier et chercher à imiter leur merveilleuse manière d’utiiser l’énergie solaire. Dr Miramond de Laroqdette.
- les mouvements au contact, mais non les mouvements périodiques, supposait que cette plante a, comme les animaux, des mouvements volontaires et d’autres comparables à ceux dépendant du sympathique. Le botaniste français Édouard Ilecke a, d’autre part, mis en lumière certains mouvements trè remarquables des fleurs et des graines et Mœterlink a rassemblé sur ce sujet dans un livre récent les faits les plus curieux.
- 5. « 11 semble que la plante agisse pour sa conservation avec sensibilité et discernement » Ch. Bonnet (toc. cit.).
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- AMÉNAGEMENT MODERNE DES USINES
- Transports et manutention dans l’usine.
- Dans une étude précédente (*) nous avions passé en revue les principaux dispositifs de manutention continue applicables dans les diverses industries.
- Fig. i. — Le diable ordinaire et sa transformation pour le transport des tonneaux.
- Aucun de ces mécanismes, comme nous l’avons vu, ne peut se passer d’une installation spéciale préalable, sauf peut-être certains transporteurs à pesanteur. Or, souvent, les usines sont construites au fur etcà mesure des développements de l’entreprise, sur des terrains plus ou moins commodes à utiliser et l’installation des transporteurs mécaniques est parfois difficile. Il faut, par exemple, que les courbes des transporteurs puissent être installées; puis les bâtiments sont, pour des raisons spéciales, assez éloignés les uns des autres, l’installation mécanique continue serait trop onéreuse et d’un mauvais rendement, etc.
- Nous allons examiner les véhicules industriels que l’on peut employer dans les usines pour effectuer la manutention économique et rapide de pièces de volume et de poids moyens. Un grand nombre de ces instruments sont inconnus en Europe, et particulièrement en France, où pourtant leur utilisation serait tout indiquée dans un grand nombre de cas.
- Dans les usines manufacturant des pièces de grand poids, comme les fonderies et certaines usines métallurgiques, les grues et les ponts roulants sont d’un emploi plus indiqué que les trucks et les autres véhicules industriels, quoique ceux-ci puissent rendre des services dans le transport des pièces plus légères.
- Au contraire, dans les usines dont les produits sont de poids moyens et dont la fabrication journa-
- 1. Voir La Nature. n° 2244.
- Fig. 2.
- Un petit chariot à 6 roues.
- lière n’est pas assez considérable pour justifier la dépense d’appareils de manutention continue, c’est aux petits véhicules qu’il faut avoir recours.
- Tout le monde connaît les « diables » et les chariots, mais ces appareils sont, tout au moins en France, d’un type presque uniforme et on les utilise indifféremment pour le transport des caisses, des sacs de farine ou des tonneaux.
- Au contraire, en Amérique, à chaque nature des colis correspond un type bien défini. La figure 1 représente un diable destiné au transport des tonneaux de toutes dimensions. On remarquera qu’un doigt mobile sur la tringle de commande permet de fixer la partie supérieure du fût
- de façon à l’empêcher de se renverser et de tomber de l’appareil.
- De même les chariots sont adaptés suivant le travail qu’on leur fera exécuter. La figure 2 montre un chariot bas spécial pour le transport des caisses. Il est à 6 roues, mais les 2 roues du milieu sont d’un diamètre, légèrement supérieur à celui des 4 autres,
- a ouverture latérale.
- ce qui permet, dans les tournants, d’effectuer sans effort le changement de direction. Les figures 3 et 4 montrent une des nombreuses dispositions en
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- AMENAGEMENT MODERNE DES USINES r.—. 375
- Fig. 5. — Appareil pour le transport des obus dans une usine américaine travaillant pour les alliés.
- usage lorsque les matières à véhiculer sont en petits morceaux ou en poussière. Les parois latérales, en bois ou en métal suivant les cas, peuvent s’ouvrir par basculement autour d’un axe horizontal rendant ainsi le déchargement extrêmement acile.
- Depuis quelques années, il s’est développé, surtout en Amérique, un système de trucks qui a augmenté le rendement de ces appareils. Ils permettent, en effet, de prendre les charges à un endroit quelconque, de les transporter et de les déposer à un autre endroit. Leur principe est le suivant. Les objets à transporter sont déposés non sur le sol, mais sur de petites plate formes analogues à celles représentées figure 5. Le truck proprement dit s'engage sous cette plates-forme et, en appuyant sur une pédale, on soulève la plateforme. On peut alors déplacer l’ensemble à volonté, puis arrivé à l’endroit choisi, on débraye la pédale, la plate-forme descend, repose de nouveau sur le sol et le truck libéré peut servir pour un nouveau transport. Avec quelques-uns de ces appareils, on peut effectuer une très importante manutention, non seulement très rapidement, mais moyennant
- une dépense des plus minimes, car les plates-formes peuvent être confectionnées à la demande dans les usines mêmes.
- En général, ces appareils ont 5 roues dont les diamètres varient de 18 à 25 cm. Ils peuvent soulever des charges de 500 à 2000 kg. Quant aux plates-formes elles sont soulevées de 3 à 10 cm pour le transport.
- Les mécanismes employés pour le soulèvement des plates-formes différencient les divers modèles de trucks. Dans ceux du système Clark, une série d’engrenages commandés par un engrenage à crémadhère, mu lui-même par la tige de traction assurent le levage. Lorsque la plate-forme a été le-j vée elle est maintenue ! en position par deux i chevilles qui l’immobi- I lisent. On tourne alors la poignée de 180 degrés et on l’incline pour déplacer l’ensemble.
- Dans les trucks Co-wan le soulèvement est obtenu par l’intermédiaire d’un mécanisme hydraulique commandé par la tige du chariot, une sorte de petite presse hydraulique, qui permet de soulever la plate-forme sans effort de 10 cm environ, ce qui permet de passer sans crainte les légers obstacles qui existent toujours sur le sol des
- Fig. 6. — Appareil pour le transport sans manutention des piles de briques.
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- AMÉNAGEMENT MODERNE DES USINES
- usines. Le poids d’un truck Cowan de l tonne est de 90 kilogrammes environ.
- Il y a environ 5 ans, les compagnies de chemins de fer américains, en particulier la Pennsylvania railroad, étudièrent des trucks à accumulateurs
- une vitesse de 15 km à l’heure à vide et de 12 km à l’heure en charge. Enfin le véhicule peut gravir des pentes assez fortes.
- La conduite est des plus simples. Le wattman se tient sur une petite plate-forme et commande au pied le frein, tandis qu’il a sous la main le levier de commande électrique, le « controlleur », et sous l’autre le levier de direction. En appuyant les pieds sur la pédale, on desserre les freins et en même temps on ferme le circuit électrique de la batterie sur le controlleur. On agit ensuite sur celui-ci pour faire avancer ou reculer à volonté le véhicule, tandis que l’autre main agit sur le levier de direction qui se déplace verticalement. Pour arrêter, il suffit de lâcher la poignée du controlleur, qui revient automatiquement au point mort et de débrayer au pied.
- Les autres systèmes ne diffèrent que
- Fig. 8. — Autre modèle de chariot transporteur électrique.
- Fig. 7.
- Chariot électrique pour le transport à l'intérieur des usines.
- pour le transport rapide des bagages sur les quais des gares.
- Le succès de ces appareils fut tel que actuellement c’est par milliers qu’on compte ceux en service, non seulement dans les gares, les entrepôts, les docks, mais encore dans les usines et nous ne nous occuperons ici que de ces dernières.
- Ils sont d’ailleurs tous reconnus en France.
- Les figures 7 et 8 montrent divers types de ces tracteurs électriques. Celui de la figure 7 que nous décrivons comme exemple est construit par le General Véhiculé Q. La charge utile est de 1 tonne et le poids à vide de 1100 kg. Les dimensions de la plate-forme sont 2 m. de long et 1 m. 20 de large. Les roues ont 25 cm de rayon. Deux moteurs électriques cuirassés commandent chacun une des roues arrière qui sont motrices. Les roues sont indépendantes et les moteurs étant couplés en parallèle sont également indépendants l’un de l’autre. La batterie génératrice débite 10 ampères sous 85 volts et permet de marcher pendant toute une journée à
- par des détails du type que nous venons de décrire.
- Ajoutons que l’on a également construit des appareils électriques analogues aux Trucks Cowan (fig. 6).
- Un autre moyen d’utiliser les véhicules électriques est de s’en servir comme de tracteurs et de leur faire remorquer toute une série de petits wagonnets, mais alors le véhicule moteur ne transporte pas lui-même de marchandises et ne remplit que son rôle de locomotive. L’emploi de ces tracteurs ne serait pas économique si les trajets à effectuer étaient inférieurs à 200 m.; au contraire, dans les grandes usines où les divers ateliers sont
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- INDUSTRIE FRANÇAISE DES PARFUMS DE SYNTHÈSE —- 377
- souvent situés loin les uns des autres et où le trafic interne est actif, les tracteurs auxquels s’accrochent facilement les wagonnets ne font jamais de parcours à vide.
- De plus, ces wagonnets peuvent être des types différents, chacun d’eux étant construit suivant la nature des objets qu’il doit transporter (fig. 9).
- Les tracteurs employés pèsent en général 1 tonne environ et la vitesse qu’ils permettent d’atteindre varie de 2 à 10 km à l’heure.
- D’autres trueks électriques sont destinés à des besognes spéciales.
- C’est ainsi que dans certains modèles, la plate-forme est très basse et peut s’engager sous une voiture par exemple, tandis qu’une petite grue permet de saisir les objets à décharger (fig. 10). En faisant machine arrière, on dégage le truck
- nœuvre commode, sur les ponts de marchandises des paquebots, des immenses caisses qui renferment les marchandises destinées à faire une longue traversée.
- Nous ne parlerons pas ici des petits wagonnets
- Fig-, io. — Grue montée sur un chariot électrique permettant le déchargement et le transport des matériaux sans main-d’œuvre.
- et on repose ensuite les marchandises sur la plateforme pour le transport dans l’usine.
- De même, d’autres modèles permettent la ma-
- Fig. 9.
- Un chariot électrique remorquant un train de wagonnets.
- sur rail qui sillonnent le sol des usines, car nous n’avions en vue que les véhicules ne nécessitant aucune installation permanente et dont un grand nombre de types pour-. raient être avantageusement employés dans les usines de guerre où s’imposent de plus en plus, par suite des nécessités de la main-d’œuvre, la manutention mécanique et l’application rationnelle des principes d’organisation, nouveaux pour beaucoup d’industriels.
- H. Yolta.
- INDUSTRIE FRANÇAISE DES PARFUMS DE SYNTHESE
- Pour bien comprendre la situation de l’industrie française des parfums de synthèse et pour s’efforcer de faciliter son essor après la cessation des hostilités, il faut se rendre compte qu’elle se compose de deux parties bien distinctes.
- Par la première, elle s’apparente à la grosse industrie chimique et souffre, par conséquent, des
- mêmes malaises; par la seconde, elle confine à l’industrie des huiles essentielles et des parfums naturels et participe à sa prospérité.
- Selon leur spécialisation plus ou moins complète dans un sens ou dans l’autre, les chimistes-parfumeurs s’estiment satisfaits de la position de l’industrie nationale dans cette partie ou bien, au
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- contraire, souhaitent des changements radicaux. Les uns.et les autres ont raison.
- La France occupe dans cette branche une place de premier ordre, mais qui pourra être considérablement améliorée si nous nous en donnons la peine et si les pouvoirs publics consentent à s’intéresser aux progrès d’une spécialité trop uniquement considérée jusqu’ici, comme industrie de luxe, taillable et corvéable à merci.
- Avant la guerre, la fabrication des parfums de synthèse était répartie entre vingt-cinq à trente usines : un petit nombre se spécialisaient dans les grosses productions de chimie pure ; les fabriques de matières colorantes apportant leur appoint en « corps intermédiaires » utilisables par les laboratoires de parfumerie. Vingt usines de seconde importance et laboratoires annexés aux distilleries d’huiles essentielles de la région grassoise, s’occupaient de préférence de la transformation chimique des constituants naturels. Enfin, trois fabriques étaient affectées exclusivement à la préparation du musc artificiel.
- Nous ne citerons que pour mémoire quelques laboratoires particuliers appartenant à des chimistes de recherches et produisant de préférence 'des nouveautés rares et coûteuses. Nous devons signaler aussi les succursales fondées en Suisse, par plusieurs firmes françaises qui allaient y chercher la liberté d’emploi de plusieurs réactifs et notamment de l’alcool-dissolvant.
- De l’Allemagne, nous ne connaissons que les
- chiffres globaux pour tous parfums (naturels et artificiels), soit 54 millions de marks d’importation contre 37 millions d’exportation. Notre exportation totale dépasse certainement 60 millions de francs annuels ; notre importation étant fixée par le Tableau du Commerce à un million et demi de
- francs seulement.
- Nous occupons donc la première place, malgré la réputation que nos concurrents ont su se faire par leur copieuse littérature scientifique qui en a imposé pendant de longues années à la clientèle de tous les pays. En réalité, l’industrie des parfums organiques e s t due en grande partie à nos chimistes et les principales découvertes qui ont modifié, ces années dernières, la technique de la fabrication de maints produits sont exclusivement le fait de nos compatriotes.
- Les parfums sont généralement divisés en deux
- groupes : les produits naturels et les produits de synthèse.
- Les parfums naturels sont d’o-rigine animale ou végétale. Le musc, la civette, l’ambre gris sont les principaux produits a n i-maux. Les parfums d’origine végétale sont généralement des huiles volatiles qu’on appelle essences : essences chimiquement définies ou mélan ges complexes et variables. On extrait industriellement les essences par différents procédés. En Italie notamment, on exprime encore simplement les écorces de citron, d’orange, de bergamote, pour en retirer l’essence contenue dans les cellules.
- D’autres parfums sont obtenus par distillation
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- Fig. 3.
- Intérieur d’une fabrique de parfums artificiels {Flora).
- Fig. 4.
- Salle des essoreuses dans une usine de parfums industriels.
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- d’eau contenant en suspension des fleurs ou des plantes odorantes; dans les usines actuelles on épuise'ainsi par la'vapeur d’eau les fleurs d’oranger, les pétales de rose, etc., l’essence se sépare de l’eau de condensation et contient la plus grande partie du parfum ; l’eau est également utilisée (eau de fleurs d’orangers, etc.).
- Depuis l’antiquité, on sait extraire les parfums au moyen de corps gras; les essences étant insolubles dans l’eau et solubles dans les huiles et les graisses, imprègnent peu à peu le suif, l’huile d’olive ou minérale mis au contact. Tantôt l’opération se fait à chaud (macération), tantôt à froid (enfleurage). On traite ainsi les roses, les violettes, les fleurs d’orangers, les asmins, les tubéreuses, etc. ; le produit obtenu est une pommade ou une huile parfumée.
- Actuellement, on remplace souvent les corps gras par l’éther de pétrole désodorisé. La méthode, imaginée par Robiquet, perfectionnée par Massignon,
- Naudin, Chara-hot, etc., donne, après récupération du dissolvant, des extraits d’odeurs très concentrés.
- Enfin, on extrait aussi les parfums par infusion avec de l’alcool.
- L’analyse organique a permis de connaître la composition d’un grand nombre de parfums naturels et de les isoler à l’état de pureté. Ils forment presque tous un groupe homogène, la famille du terpène dont le groupement caractéristique est le paracy-mène C10HU voisin de l’essence de térébenthine. Les principaux hydrocarbures terpéniques sont le pinène de l’essence de térébenthine, le camphène du camphre, le limonène de l’essence de citron.
- Les principaux alcools terpéniques sont le géra-niol du géranium, de la citronnelle, de la rose, le linalol des essences de bois de rose, de lavande, de bergamote, de néroli, etc., le bornéol du camphre, le terpinéol et le terpinénol de l’essence de térébenthine, le citronellol de la rose et du géranium, le menthol de la menthe poivrée, le santalol, etc. On trouve aussi des aldéhydes terpéniques : le citral ou géranial et le citronnellal ; des célones : la car-vone, le camphre, la thuyone de l’absinthe, la menthone, la jasmone, l’irone de la racine d’iris, etc.
- On peut le plus souvent transformer chimi-
- quement un corps déterminé en un autre de la même famille. L’industrie utilise fréquemment ces réactions qui font d’un parfum naturel toute une série de produits artificiels. On sait, par exemple, qu’en ajoutant à un hydrocarbure un certain nombre d’atomes d’oxygène, dans certaines conditions, on obtient d’abord des alcools, des phénols, puis des aldéhydes, des cétones, des acides. Chaque fois que le corps change de fonction, il change d’odeur. C’est ainsi que le pinène, hydrocarbure de l’essence de térébenthine, devient l’alcool terpinéol ou lilas artificiel, lequel combiné à l’acide acétique forme l’éther acétate de terpényle ou bergamote artificielle. Le safrol, tiré de l’essence de bois de sassafras de la Guyane ou des résidus de la fabrication du camphre, se transforme en aldéhyde pipéro-nylique ou héliotropine, base de tous les extraits d’héliotrope. Le gé-raniol, alcool des essences de ci-tronelle ou de géranium, et succédané de l’essence de rose, se transforme en cétone citral à odeur de citron, laqu elle est transformée à son toureniono-ne, ou violette artificielle, (en pratique on retire le citral de l’essence de lemongrass que le Tonkin produit maintënant en fortes quantités). La vanil-line artificielle, dont la production annuelle représente le parfum de plus de 7000 tonnes de gousses de vanille naturelle, est produite à partir de l’essence de clous de girofle, les procédés du gaïacol ou à l’aldéhyde protocatéchique étant actuellement trop coûteux.
- A côté de ces parfums qui sont déjà des produits de synthèse, l’industrie utilise encore d’autres corps, dérivés des goudrons de houille. Nous ne reviendrons pas ici sur la condensation et la séparation des goudrons, ni sur leurs transformations successives, dont La Nature a déjà parlé à propos des matières colorantes. Actuellement, la chimie organique permet de fabriquer des corps de synthèse absolument comparables aux parfums naturels, et même des corps ayant des odeurs nouvelles inconnues dans les plantes.
- Le premier produit de ce genre fut la nilroben-zine, découverte par Mitscherlich en 1834, et fabriquée à Paris en 1848 par le pharmacien Collas sous le nom d’essence de mirbane. Actuellement ces
- Fig. 5. — Vue d’une partie de l’usine Chiris à Grasse.
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- produits sont nombreux : alcool phényléthylique à odeur de rose; aldéhyde anisique obtenu par action du chloroforme sur le phénol, à odeur d’aubépine; acétate de benzyle à odeur de jasmin; anthra-nilate de méthyle (néroli artificiel) ; éthers méthy-lique et éthylique du naphtol (3 (fleurs d’oranger et d’acacia) ; aldéhyde benzoïque (essence d’amandes amères artificielles); coumarine; indol, etc.
- Les muscs artificiels méritent une mention spéciale à cause de leur importance commerciale : en 1888, Baur obtint le premier à partir de l’isobutyl-toluène traité par un mélange d’acides sulfurique et nitrique. On en fabrique également aujourd’hui par plusieurs autres procédés donnant tous des benzènes di- ou trinitrés et polysubstitués dont le plus répandu est le trinitropseudobutylxylène.
- La fabrication des parfums chimiques est donc basée sur les variations de fonctions des dérivés des hydrocarbures aromatiques, qu’on obtienne ces corps à partir des produits de la distillation de la houille, en passant par une série de « corps intermédiaires », ou qu’on utilise les « corps intermédiaires » extraits des huiles essentielles naturelles et appelés « constituants des essences ». Comme pour les matières colorantes, nous sommes, pour les fabrications de la première catégorie, débordés par la grosse industrie allemande. Nous lui demandions notamment l’aldéhyde benzoïque ou essence d’amandes amères artificielle et l’acétate de benzyle (jasmin artificiel), dérivés tous deux du chlorure de benzyle.
- Le benzol et le chlore étaient jusqu’ici préparés en abondance, outre-Rhin, et au contraire difficul-tueusement chez nous. Cette situation change, nous allons le voir tout à l’heure.
- Pour presque tous les autres corps odorants nous tenions la première place. Une exception, cependant, est à faire pour le terpinéol, lilas artificiel, obtenu par oxydation ménagée de l’essence de térébenthine française. Par le jeu des primes d’exportation, la térébenthine revenait moins cher à Hambourg qu’à Bordeaux, son pays d’origine, et trois usines allemandes, très importantes, se consacraient exclusivement à cette préparation. Une simple mesure administrative nous mettra en possession de cette fabrication du plus haut intérêt.
- La réputation qui s’attache aux produits artificiels de n’être que de la « Camelote allemande » est donc tout à fait erronée. Non seulement les produits de synthèse et surtout le musc artificiel, sont très généralement français, mais encore ce sont des produits très loyaux, identiques à ceux que produisent les plantes et possédant les mêmes propriétés olfactives.
- La prévention qui existait à leur égard, il y a une quinzaine d’années, a disparu non seulement chez les parfumeurs et les savonniers, mais aussi chez les distillateurs d’huiles essentielles du Midi, qui tous, les uns après les autres, installent des laboratoires de synthèse.
- La fabrication des parfums organiques dépend
- donc surtout de la facilité d’approvisionnement en essences naturelles ou en drogues aromatiques susceptibles d’être distillées. A ce point de vue nous sommes éminemment favorisés : le sol de la France produit déjà un grand nombre de plantes odorantes et nos colonies peuvent nous fournir toutes les autres. Il faudra, bien entendu, qu’il soit aussi économique de faire traiter ces produits exotiques en France qu’en Allemagne, munie de ports francs et d’usines en zone franche. Dès que ces avantages nous seront acquis, notre suprématie en matière de parfums naturels et artificiels sera inattaquable.
- La guerre actuelle a d’ailleurs augmenté la superficie d’un certain nombre d’usines de parfums et les a dotées d’un matériel neuf en habituant le personnel à des manipulations nouvelles et de gros tonnage. L’État a confié la rectification de ses benzols et toluènes, la fabrication du chlore liquide et de certains dérivés aux usines moyennes ; les plus importantes, et les fabriques de muscs nitrés ont été chargées de la fabrication des explosifs.
- Cinq usines de premier ordre produiront bientôt le chlore; le benzol, réclamé par les fabriques de matières colorantes, sera désormais abondant et bon marché : il ne reste plus aucune raison pour que nous ne supplantions pas rapidement l’Allemagne pour les produits dont nous lui abandonnions encore la préparation.
- Il ne nous reste qu’à obtenir des pouvoirs publics les modifications indispensables des tarifs douaniers, la création de ports et d’usines franches, et enfin la suppression des droits et formalités pour l’usage de l’alcool-dissolvant ou réactif.
- Cette dernière entrave est une des plus lamentables dont nous ayons à souffrir : non seulement nos prix de revient sont majorés dans des proportions excessives, mais encore des vexations continuelles, un contrôle aux procédés mesquins, amènent les plus courageux à renoncer à des fabrications qui pourraient, dans d’autres conditions, être infiniment fructueuses.
- Nous aurons aussi à assurer l’unité de notre effort par une entente entre producteurs. La collaboration des Facultés et des usines semble aisée à réaliser, un grand nombre de professeurs ayant, dès maintenant, accepté de collaborer aux recherches nécessaires. L’exemple de la Faculté des Sciences de Lyon qui possède depuis peu dans son Institut de Chimie, une classe de parfumerie, sera certainement suivi, et nous aurons, avant peu, assez de chimistes pour remplacer ceux, trop nombreux, hélas, qui se sont fait tuer dans les tranchées du front.
- Quoi qu’il en soit, en bonne posture déjà, avant les hostilités, favorisée par les fabrications chimiques de guerre, riche et bien outillée, l’industrie française des parfums artificiels s’avance avec confiance vers son destin. Toutes les probabilités sont en faveur d’une prochaine extension et d’une prospérité sans précédent. R. M. Gattefosse.
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- LE PAIN DES PRISONNIERS DE GUERRE
- L’envoi du pain à nos malheureux compatriotes prisonniers en Allemagne, d’abord individuel, est devenu collectif à la suite des exigences des autorités allemandes; il est maintenant effectué par le gouvernement français. La situation antérieure reste seulement applicable aux officiers.
- Parmi les grandes nations européennes, notre pays tient le premier rang pour la consommation du pain. Voici en effet les quantités de blé consommées dans les principaux états par tête et par an :
- France 246 kilogrammes.
- Angleterre . . . 165 —
- Italie 125 —
- Autriche-Hongrie. 116 —
- Allemagne. . . . 79 —
- Russie 56 —
- Si nous transformons ce blé en pain, nous voyons que la consommation française se chiffre par une moyenne de 600 grammes par tête et par jour. Or, si nous considérons les besoins moyens d’énergie à récupérer, qui se chiffrent à 3400 calories par jour et la valeur calorifique du kilogramme de pain, correspondant à environ 2600 calories, les 600 gr. de pain ingérés fournissent 1560 calories, ce qui est égal à 46 pour 100 de nos besoins journaliers. Si nous traduisons ceci en termes concrets, nous dirons donc qu’en France, le pain représente près de la moitié des besoins énergétiques moyens nécessaires à notre vie quotidienne ; c’est donc, comme nous le disions plus haut, le Français qui est le plus grand consommateur de pain ; il se plaint lorsque le prix s’en élève, et il souffre quand il en est privé.
- En Allemagne, au contraire, on ne mange que le 1 /3 de la quantit é de pain consommée chez nous ; malgré cela, chez nos ennemis, la culture de froment ne suffît pas à des besoins, même plus restreints. L’Allemagneproduit environ 37 000000 de quintaux de blé, sa consommation dépasse 48 000 000 de quintaux, ce qui l’oblige donc à importer annuellement 11 000000 de quintaux de froment. On conçoit, dès lors, que le blocus des alliés ait gêné sérieusement cette importation, aussi a-t-on été amené là-bas à fabriquer à l’aide de mélanges divers, comme la fécule par exemple, un produit brun foncé, lourd, pâteux, indigeste qui n’a plus du pain que le nom et auquel on a donné le nom de « Pain K K ». Il était alors facile de prévoir que ce produit, peu nourrissant, ne pourrait satisfaire nos prisonniers, déjà peu avantagés sous lë rapport des autres aliments et habitués à l’excellent pain blanc que nous voyons tous les jours sur nos tables et qu’ils avaient à leur suffisance, avant les hostilités. Aussi nos malheureux compatriotes n’ont-ils pas tardé à réclamer, avant toute chose, du pain, à leur famille C’est ainsi qu’est née l’importante question du pain des prisonniers de guerre, qui se pose de la manière suivante : Faire parvenir
- dans les camps allemands du pain, qui après avoir voyagé pendant 3 ou 4 semaines, au moins, parviennent à destination dans un état de conservation tel, qu’il convienne encore à l’alimentation des prisonniers.
- Il ne faut pas oublier qu’au taux actuel de blutage des farines (80 pour 100 d’après la loi) le pain frais ne contient pas moins de 56 à 37 pour 100 d’eau. (Avant la guerre, le taux moyen d’humidité avec les farines plus blanches qu’on extrayait, était de 54pour 100 environ). Cette proportion d’eau est évidemment la principale cause d’altération des pains conservés pendant un certain temps. C’est qu’en effet l’humidité est l’ennemi du pain, comme elle l’est, du reste, de la plupart des produits alimentaires. Son action réside surtout en ce fait qu’elle favorise le développement des spores de mucédinées ou moisissures comme le pénicillium glaucum et l’oïdium aurantiacum qui sont déposées à la surface du pain. Si le pain se dessèche, en vieillissant, cette action microbienne se ralentit et le pain reste intact plus longtemps; si, au contraire, il conserve son humidité normale, ou si, celle-ci même, par suite de circonstances extérieures, augmente, le pain se couvre des moisissures, citées plus haut.
- Il résulte de ces faits que l’envoi de pain à nos prisonniers, peut s’effectuer avec moins de risques, par des temps secs et chauds que par des temps froids ou humides qui conservent au produit son humidité primitive. Ceci explique le grand nombre de pains qui sont arrivés détériorés dans les camps allemands.
- Comment tourner cette difficulté? Au moment où la question s’est primitivement posée, un certain nombre de boulangers, ignorant les véritables causes d’altération, ont fabriqué des produits divers mélangés, plus ou moins bis ou plus ou moins cuits, sans arriver au résultat désiré. Ils se sont attirés les observations du service de la Répression des fraudes qui a dû sévir.
- En réalité, la science montre qu’il n’y a que deux moyens pour résoudre le problème :
- 1° Fabriquer des produits secs, analogues au biscuit ou au pain biscuité de guerre, préparés par l’intendance militaire et aux biscottes ou pain grillé vendus pour les estomacs fatigués. C’est un système auquel l’Etat, à l’heure actuelle, semble s’être arrêté, ainsi qu’il résulte des déclarations de M. le sous-secrétaire d’État à l’intendance, dans sa réponse à l’interpellation de M. Levasseur. Ces produits, à cause de leur dureté, ne peuvent être consommés tels quels à leur arrivée en Allemagne: ils ont besoin d’être mouillés pour les ramollir. Certes, cela vaut mieux que le « fameux pain KK » de nos ennemis et entre deux maux, il faut choisir le moindre. Mais, malgré tout, on peut se demander si ces produits remplacent vraiment auprès de nos
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- LA PLUS GRANDE FERME A CANARDS DU MONDE . . ::.383
- compatriotes, le pain normal qu’ils avaient l’habitude de consommer chez eux. Poser la question, c’est naturellement la résoudre dans le sens négatif.
- 2° Fabriquer, à l’aide de pain normal, une sorte de conserve momentanée, le pain se trouvant, au moment d’être consommé, rassis évidemment, mais encore tendre, puisqu’il a conservé la plus grande partie de son humidité primitive. C’est le procédé conseillé par M. Fleurent, professeur au Conservatoire national des Arts et Métiers, dont la description et les résultats pratiques ont été communiqués à l’Académie des sciences dans deux notes datées du 19 juillet 1915 et du 51 juillet 1916. Ce procédé a ceci de particulier et d’intéressant, qu’il est d’une extrême simplicité. On peut en juger par la description suivante. La pâte est faite à la manière ordinaire. Pour la fermentation, on la place dans des hannetons de forme parallélépipédique et au moment de la cuisson, la croûte sera maintenue lisse, sans grignes, suivant l’expression technique. De préférence, ne pas faire de pain de plus d’un kilogramme et prolonger un peu la cuisson, de façon à rendre la stérilisation parfaite. On obtient ainsi un produit qui se prête facilement au paquetage. Au sortir du four, chaque pain encore chaud est enveloppé successivement dans deux feuilles de papier fort, en contrariant les fermetures de pliage, puis ficelé. Tous les papiers d’emballage solides conviennent, ceux de nuance claire, étant évidemment préférables. Lorsque la température du four est descendue à 120°-130°, on y replace les produits empaquetés et on les abandonne pendant 15 à 20 minutes à cette même température. Défournés définitivement, ils peuvent, après refroidissement, être expédiés. On prépare, de la sorte, une espèce de conserve sommaire, dont l’enveloppe elle-même, stérilisée par le chauffage, s’oppose au retour des germes de moisissures qui sont nuisibles à la con-
- servation tout en maintenant au pain une humidité favorable d’environ 28 pour 100. Celui-ci, sorti de son enveloppe, au moment d’être mangé est resté tendre et se présente comme du pain rassis ordinaire. La pratique a du reste sanctionné les essais faits par M. le professeur Fleurent. Des pains gardés durant un mois et plus dans une cave sombre et humide n’avaient subi aucune altération, ils étaient très bons au goût.
- Plus de 50000 pains préparés par divers boulangers ont été envoyés en Allemagne et la correspondance reçue montre quel bon accueil les prisonniers leur ont fait. Le papier d’emballage utilisé était généralement constitué par du papier jaune clair fait d’un mélange de cellulose et de bois mécanique avec encollage ordinaire à la fécule. Après cuisson, ce papier présente une odeur agréable due à la formation de principes extractifs caramélisés. Il est probable que la formation de ce caramel s’accompagne de la production de traces d’aldéhyde formique qui favorise la stérilisation et par conséquent la conservation ultérieure.
- Ces observations montrent les avantages du procédé livré au domaine public par M. Fleurent. Il faut remarquer d’ailleurs qu’il a été, en même temps, appliqué à divers autres produits contenant des œufs et des matières grasses, d’une valeur alimentaire supérieure, par conséquent, et cela avec autant de succès.
- C’est la première fois que le papier est appelé à jouer un rôle analogue à celui qu’on demande à l’enveloppe métallique des conserves alimentaires, l’expérience ainsi faite, permet donc de prévoir que cette enveloppe pratique, peut, dans certaines occasions, avoir une application plus générale.
- Lucien Lévi.
- Chef de laboratoire au Conservatoire national des Arts et Métiers.
- LA PLUS GRANDE FERME A CANARDS DU MONDE
- On se livre, de par le monde, à l’élevage des animaux les plus divers. La Normandie engraisse des moutons et des bœufs. Les Pampas de l’Amérique du Sud nourrissent d’innombrables troupes de chevaux. Des « stockyards » de Chicago s’exportent chaque année, des millions de porcs. Plus modestes dans leur ambition, certains de nos compatriotes, suivant les conseils d’un ouvrage célèbre, se font trois mille livres de rentes (et même plus depuis la guerre), en élevant des lapins tandis qu’en exploitant des escargotières, plusieurs agriculteurs bourguignons augmentent notablement leurs revenus. Mais l’élevage du canard domestique est un des plus faciles et des plus productifs, car ce complaisant Anatidé, se montre aussi peu difficile sur le choix de sa nourriture que sur le confort et la propreté de sa demeure; aussi on s’y adonne de-
- puis longtemps dans certaines villes d’Europe, en particulier, dans les environs de Rouen et d’Ailes-bury (Angleterre), petit bourg du comté de Buckingham qui approvisionne les marchés de Londres. Cependant les fermes à canards les mieux aménagées se trouvent aujourd’hui aux États-Unis et nous allons visiterda plus importante d’entre elles.
- De cet établissement, situé à Speonk (Louisiane), sortent, bon an mal an, des centaines de mille de canards, canes et canetons. Les femelles pondeuses y sont au nombre de 2500 et la récolte des œufs y atteint le joli total quotidien de 1800. Comme le montrent nos vues, les pensionnaires ailés ont tout l’espace désiré pour leurs ébats terrestres ou aquatiques. On les y a répartis en un certain nombre de parcs entourés de barrières et bordés, d’un côté, par une rivière. En outre, une
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- petite voie ferrée, soutenue par des pieux en bois à peu de distance du sol, dessert toute la ferme et permet aux garçons de distribuer facilement la nourriture des volatiles aux endroits Voulus.
- La variété qui peuple Y « Atlantic Duck Farm » est la race anglaise d’Ailesbury. Gomme forme et comme grosseur, elle ressemble à nos beaux rouen-nais mais s’en distingue par son plumage blanc. Le bec de ces jolis canards a généralement une teinte « rose comme l’ongle d’une dame », selon les dires du propriétaire ; leur chair est fine, savoureuse et ils s’engraissent vite.
- Voyons maintenant comment ils passent leur existence à Speonk. On commence d’abord par placer les œufs sur des plateaux de bois, puis on les porte dans des incubateurs, disposés dans une salle spacieuse capable d’en renfermer plus de 25 000 à la fois et maintenus à la température de 30°.
- L’incubation dure 28 jours et il en éclôt de 4000 à 7000 par
- blé, d’orge et de maïs, de pâtées de son, de pommes de terre cuites, etc. Ils complètent d’ailleurs leur menu, par des escargots, des larves d’insectes et autres bestioles qu’ils trouvent dans la vase ou sur le sol de l’établissement, au cours de leurs pérégrinations. Le soir, on les fait rentrer dans des cabanes en bois.
- La vie des canards qu’on destine à l’engraissement n’est pas longue. A trois mois, après un court gavage, on les plume et on les tue, puis on les dirige vers le hall d’expédition. Dans 1’ « Atlantic Duck Farm », on sacrifie ainsi chaque semaine de 4000 à 6000 canetons qu’on véhicule dans des barils recouverts de glace.
- Vue de la mare d’Atlantic Duck Farm.
- semaine. Après leur naissance, on laisse les canetons jeûner pendant 14 heures ; on les met ensuite par 200 ou 500 dans les compartiments d’autres incubateurs dont on diminue graduellement la chaleur jusqu’à 26°. On les achemine ainsi, de case en case, jusqu’à la « brooder house », ou couveuse, formée également d’une série de tiroirs dont la température s’abaisse, de proche en proche, jusqu’à 21°. Chaque fournée de jeunes oiseaux reste 24 heures dans chacun de ces tiroirs, et, au bout de deux semaines pendant lesquelles on leur donne des pâtées de farine, des herbes hachées, des œufs durs et des vers de terre, on les amène dans les parcs d’élevage à l’air libre.
- Dans ces enclos, sablés et tenus très propres, on leur distribue, deux ou trois fois par jour, une nourriture substantielle, composée de déchets de
- Les compartiments renfermant les canards aux différents âges.
- D’autre part, on conserve tou-ours 120000 reproducteurs soigneusement sélectionnés parmi les plus beaux hôtes de l’établissement ; on les met au printemps, par groupe de cinquante oiseaux dont six mâles, dans des enclos spéciaux comprenant chacun une mare, une terrasse avec des graviers et une cabane en bois Les canes de la race d’Ailesbury, se sont très bien acclimatées en Louisiane et pondent un œuf, près que quotidiennement, lorsqu’elles atteignent l’âge de deux et de trois ans, se reposant seulement un jour par quinzaine environ. Il serait donc à souhaiter que nos éleveurs normands installent des fermes similaires dont l’exploitation rationnelle leur laisserai de jolis bénéfices.
- Ün nourrit, en effet, le canard avec des débris de cuisine, des déchets de distillerie, des viandes d’équarrissage, toutes sortes de graines et de pâtées; trois ou quatre mois après leur naissance, on peut engraisser les races rouennaises, pékinoises blanches ou d’Ailesbury en une vingtaine de jours et les vendre alors à un prix rémunérateur.
- Jacques Boyer.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahure, rue tle Fleuras, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 2255..........'......
- LE KATANGA ET SES
- Le Katanga africain n’est pas inconnu de nos lecteurs. Un article antérieur (*) a déjà montré quelle devait être dans l’avenir l’importance industrielle de cette grande colonie belge. Le fait qu’elle a été particulièrement visée par les Allemands dans la guerre actuelle et que, désormais, elle est à l’abri de leurs prétentions, nous amène à en reparler et à dire quelques mots du rôle qu’elle a joué récemment.
- Nous rappelons que le Katanga est la partie la plus méridionale du Congo belge, bornée à l’Ouest par le Congo portugais, au Sud par la
- • ~ * •- : - 16 DÉCEMBRE 1916.
- RICHESSES MINÉRALES
- avoir pu emporter ni notes ni archives, je suis forcé d’avoir simplement recours à ma mémoire j1)-Géologie etgéograplve physique. — Géologiquement, le Katanga appartient à une région surélevée du continent Sud-Africain. Le manteau permotria-sique qui recouvre une grande partie du sol plus au Sud a été ici généralement enlevé et laisse presque partout apparaître la série primaire où se trouvent les minerais de ce pays. On observe en outre quelques sédiments fluviolacustres d’âge indéterminé probablement tertiaire et des indices de mouvements récents qui ont constitué soit des plateaux surélevés
- _ Tabora
- Brazzaville m/fJ. ^Ç/Lëopjpdvifi/p
- Laanda
- Moero
- I irhanw
- O
- Chemins de fer
- Parties navigables des cours d’eaux
- K i/o m è très
- Fig. i. — Carte d’Afrique montrant la région du Katanga.
- Rhodésie et à l’Est par l’Afrique Orientale allemande.
- Le Katanga, par sa situation relativement centrale par rapport au Continent africain, est resté longtemps la province la moins bien connue de la Colonie belge. En 1900, on ne le connaissait que par les relations de quelques rares explorateurs. Aujourd’hui, l’étude scientifique et économique en a été faite avec un tel soin qu’il peut être considéré comme la plus riche province du Congo.
- J’en parlerai ici au triple point de vue historique, géologique et minier.
- Je m’excuse auprès du lecteur, s’il trouve dans la présente note des lacunes en ce qui concerne les dates, ou bien encore, si la chronologie des faits n’est pas d’une rigoureuse exactitude : ayant dù quitter le sol belge depuis de longs mois sans 1. K® 1975, 1" avril 1911.
- (Kundelungu), soit des zones d’affaissement (Tan-ganyika) accompagnées de phénomènes volcaniques et agitées par des tremblements de terre.
- Régions minéralisées. — Il est actuellement admis que les venues métallifères se sont localisées spécialement dans les zones de l’écorce terrestre découpées par des fractures normales (verticales) qui, étant des zones de moindre résistance, ont favorisé par une voie relativement directe l’épanchement vers la partie externe des matières lourdes qui constituent le noyau.
- Il n’est donc pas étonnant de trouver des gisements métallifères à la périphérie du Bassin du Congo.
- 1. Wons devons un grand nombre de eos renseignements à la complaisance de plusieurs ingénieurs de la Compagnie géologique et minière et nolammeut à MM. Szumski et Xhigncsse à qui nous adressons ici tous nos remerciements
- 25 — 585.
- 44° Année. — 2° Semestre
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- 386 ====== LE KATANGA ET SES RICHESSES MINÉRALES
- Fig. 2. — Entrée d’une galerie des charbonnages de la Lukuga.
- On y découvrit successivement du cuivre, de l’étain, de l’or et du diamant. Les gisements se trouvent à proximité des zones de fracture.
- Les gisements d’or les plus impor lants se trouvent à Kilo, au nord de la région fracturée du Tanga-nyika. Depuis quelques années, on a extrait de l’or des mines de Kilo pour une valeur d’une dizaine de millions de francs.
- On trouve également dé l’or dans beaucoup d’en-droils dans le Ivatanga. Les rivières, dans le lit desquelles on en a trouvé des traces, sont nombreuses. En faisant des recherches en amont de ces traces, on a découvert en certains endroits des filons de quartz aurifère ; mais, jusqu'à ce jour, aucun de ces gisements ne s’est montré d’une richesse suffisamment constante pour être exploitable. Nous croyons cependant à la possibilité de découvertes intéressantes dans l’avenir, parce que souvent les gisements d’or échappent aux premières investigations géologiques et ne sont découverts que dans la suite, au fur et à mesure.del’occupation d’un pays. C’est ainsi que les choses se sont passées dans la Colonie anglaise voisine, la Rhodésie.
- Deux zones affaissées, orientées vers le Sud-Ouest, alternant avec des plateaux à escarpements peu érodés, se détachent du Katanga. L’une d’elles, dénommée par les géologues dépression de l’Upemba, est jalonnée par des gisements d’étain.
- Trois Sociétés, dont une anglo-belge et deux belges, y ont démontré l’existence de minerais d’étain pour une valeur de plus de 60 millions.
- La partie du plateau qui borde l’autre zone affaissée (plateau des Kundelungu) constitue une zone faible de l’écorce, qui a joué pendant diverses périodes géologiques successives. Elle est parsemée de cheminées que les Anglais appellent « pipes », renfermant une roche basique qui contient, parmi d’autres métaux, une certaine proportion de diamant.
- Deux Sociétés belges ont découvert de nombreuses
- cheminées parmi lesquelles quelques-unes ont été reconnues diamantifères. Mais les recherches ne sont pas encore suffisamment avancées pour savoir si la proportion de diamant qu’elles contiennent est suffi santé pour rémunérer des travaux d’exploitation réguliers.
- Les gisements de cuivre sont aussi très nombreux au Katanga. La Société anglo-belge « l’Union Minière » possède dans le Sud des gisements de carbonate de cuivre donnant un minerai qui contient 12 à \k pour 100 de cuivre et qui sont à juste titre classés parmi les plus riches du monde.
- On n’a pas encore trouvé une explication géologique rationnelle à leur répartition d’ailleurs fort irrégulière. La cause en est à la nature de ces gisements. Les investigations et les exploitations n’ont encore mis à jour que leur partie supérieure, partie qui se présente sous la forme de couches sédimen-taires imprégnées de carbonates.
- On ne pourra trouver l’explication de la répartition de ces gisements que lorsqu’ils seront mieux connus en profondeur.
- Enfin, au cours de ces dernières années, on a découvert au Katanga d’importants gisements de charbon. L’histoire de cette découverte mérite d’être signalée :
- L’existence de couches de charbon à la base de série des terrains permotriasiques était connue depuis de nombreuses années. Au Transvaal et même en Rhodésie ce niveau carbonifère y est exploité en divers endroits.
- D’autre part, au fur et à mesure qu’on s’avance vers le Nord, les lambeaux de terrain permotria-sique deviennent plus rares et s’isolent les uns des autres. Cette disposition provient de ce que le Continent africain est resté surélevé par rapport à des voussoirs de l’écorce voisins plus affaissés. L’érosion a donc plus fortement entamé la partie centrale que la partie périphérique moins surélevée. Dans cette partie centrale (Katanga) il ne reste donc que des lambeaux de permotriasique.
- Les couches de combustible ne sont pas non plus répandues uniformément à la base du terrain, elles sont sporadiques, mais il n’en résulte pas moins que l’on ne peut espérer trouver des gisements de charbon que dans les endroits où l’écorce est localement et relativement affaissée et où, par suite, le permotriasique inférieur a été préservé
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- du grand rabot naturel que constitue l’érosion.
- C’est en se basant sur ce principe que la Société géologique et minière des ingénieurs et industriels belges de Liège a poursuivi ses recherches de charbon au Katanga.
- Depuis 1910, elle a orienté ses recherches le long des zones affaissées et notamment dans la région des lacs Tanganyika et dans la dépression géologique de l’Upemba, sous la direction de MM. Max Lohest, professeur de géologie à FUniversilé de Liège et sous celle de l’auteur de cet article.
- liai 1911, l’un des ingénieurs de cette Compagnie, M. Maurice Mercenier, découvrit non loin du Tanganyika, des traces fossiles de fougères (glos-sopteris) que l’on trouve généralement dans les terrains charbonneux du permotriasique.
- Quelques mois après, M. Armand Xhignesse. un autre ingénieur de la Compagnie, prospectant dans la même région, accompagné d’un maître-ouvrier mineur de Liège, M. Lambert Beutels, dé couvrit l’affleurement d’une couche de charbon de plus de 1 m.
- Depuis lors, d’autres recherches méthodiques ont été entreprises dans la dépression de l’Upemba par le personnel de la Société géologique et minière mis temporairement au service d’une autre Société. Ces recherches ont amené la découverte d’un autre lambeau de terrain contenant des couches de houille dans la région de Bukama. Ces couches se trouvent dans un terrain d’âge difficile à déterminer, mais probablement plus récent que le permotriasique.
- Enfin, d’autres recherches poussées plus au Nord des gisements découverts le long du Tanganyika ont démontré le prolongement de la formation houillère vers le Nord au delà du cinquième parallèle.
- Les deux gisements de charbon actuellement découverts sont extrêmement bien placés au point du vue de leur exploitation. Le premier se trouve, en effet, à 10 km environ du lac Tanganyika et le chemin de fer qui réunit le lac au fleuve Congo passe à quelques mètres de la galerie d’exti principale. Le ment est actuellement complètement étudié et l’on y trouve au moins quatre couches presques horizontales de charbon ayant une épaisseur variant de 0 m. 80 à 1 m. 70.
- Ce charbon est assez cendreux et contient
- une grande proportion de matières volatiles, mais une préparation mécanique ultérieure en améliorera la qualité.
- L’exploitation est, dès maintenant, commencée. Plusieurs dizaines de milliers de tonnes sont prêtes à être extraites de la mine et le gisement s’étend sur plus de 100000 hectares (fig. 1).
- Les premières livraisons de charbon ont eu lieu et les steamers du lac Tanganyika en consomment d’une façon régulière.
- Le deuxième gisement de charbon qui a été découvert dans la région de Bukama se trouve également à quelques centaines de mètres du chemin de fer actuellement en construction qui doit relier Bukama — situé à l’extrémité du dernier bief navigable du fleuve Congo — à Kambove et Elisa-bethville.
- L’intérêt de ces deux gisements réside surtout dans leur proximité avec le bief navigable et avec les gisements très importants de cuivre de la Société de l’Union minière, qui se trouvent répartis le long delà ligne de Kambove à Elisabethville.
- Historique. — Lorsque la conférence de Berlin eut attribué au roi des Belges Léopold II la souveraineté sur le bassin du Congo, il eut à vaincre d’énormes difficultés et lorsque, une vingtaine d’années après, des critiques lui furent adressées sur la façon dont il exploitait cette vaste colonie, on oublia un peu de rendre hommage aux mérites du Souverain qui sut, le premier, se convaincre lui-même et convaincre les autres du brillant avenir réservé au Congo belge.
- Léopold II se heurta d’abord à des difficultés financières sans nombre. Puis, il eut à lutter contre le préjugé des Belges que les idées coloniales n’avaient pas encore conquis.
- La pénétration du bassin du Congo se fit progressivement et, comme d’habitude, en matière coloniale, ce furent d’abord les produits du sol et
- Fig. 3. — La « paire » des charbonnages de la Lukuga en décembre 1914.
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- LE KATANGA ET SES RICHESSES MINÉRALES
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- plus spécialement les produits naturels de la surface qui furent exploités. On s’occupa de recueillir du caoutchouc, de l’ivoire, du copal, etc.
- Pendant une dizaine d’années, on ne s’occupa gm're des richesses minières et l’idée se répandit nu ine en Belgique que le bassin du Congo était fort pauvre à ce point de vue.
- Il n’est pas étonnant que cette opinion se soit implantée, étant donné que les premières régions qui furent mises en exploitation furent les zones basses avoisinant le ileuve Congo et c’est là que se trouvent déposés horizontalement tous les sédiments tertiaires et relativement récents pauvres en matières minérales exploitables.
- Ce n’est qu’au lur et à mesure de la pénétration vers la périphérie, c’est-à-dire dans les terrains anciens formant les massifs surélevés et fracturés que se firent les découvertes minières.
- Les premiers explorateurs qui firent formellement mention des richesses minières au Congo et S} écialement au Katanga et dans la région des grands lacs, furent le commandant Lemaire et le professeur de géologie, Jules Cornet. Ils signalèrent l’existence de gisements de cuivre' et d’or dans le Katanga, mais l’exploration ayant été relativement rapide, ces premiers pionniers parlèrent de ces gisements sans pouvoir en préciser l’importance.
- Depuis longtemps, les indigènes utilisaient d’ailleurs le cuivre et le fer pour s’en faire des armes et des ornements. Ils tirent notamment leur minerai de fer de gisements d’hématite et fondent celle-ci avec du charbon de bois.
- L’un des ingénieurs de la Société géologique et minière, M. Szumski, a notamment rapporté la photographie ci-après d’un four pour la fusion du minerai de fer à Inga (Katanga) (fig. 5).
- Ces fours construits par les indigènes marchent très bien et les notions de métallurgie qu’ils pos- I
- sèdént sont à ce point exactes que les morceaux de fonte non utilisés à la forge sont mélangés à nouveau au minerai et retournent au four. Mais ce furent les Ang'ais, intéressés au Katanga belge par son voisinage avec la Rhodésie du iNord, qui organisèrent les premières recherches méthodiques, il y a environ une quinzaine d’années.
- La prospection du Katanga se liait d’ailleurs à l’idée de Cecil Rhodes, de la construction du chemin de fer du Cap au Caire dont le tracé passait à travers le Katanga et la région des Grands Lacs. 11 était donc tout indiqué pour les Anglais, qui projetaient cette grande jonction, de se rendre compte de la valeur du pays traversé.
- Le souverain du Congo conclut alors des arrangements et donna diverses concessions à des sociétés anglaises, mais où intervenaient également des capitaux belges, et c’est ainsi que naquirent successivement des compagnies comme La Tanganyika Limited, la Gie du Katanga, et que se constitua l’organisme dénommé Comité spécial du Katanga.
- La Société du Tanganyika entreprit la prospection méthodique du Katanga, au point de vue du cuivre et de l’étain, et des gisements d’une richesse et d’une puissance consi d é r a h 1 e s furent bientôt découverts.
- Dès lors, les Anglais poussèrent fébrilement l’avancement du chemin de fer, en partant du tronçon rhodésien.
- C’est également à ce moment que se produisit la campagne anglaise de la Congo Reform Association, qui avait son siège à Liverpool. Ce groupement prit en main la défense des indigènes qu’elle prétendait opprimés et marLyrisés contrairement aux stipulations de l’acte de Berlin. Un vit alors surgir, comme principal accusateur, Roger Case-ment, récemment devenu fameux par sa tentative de soulèvement irlandais, mais qui, à ce moment, était consul d’Angleterre au Congo. Sur la foi de ses rapports, une campagne anti-congolaise fut entreprise par M. Morel dans les milieux commerciaux de Liverpool.
- En réalité, l’administration du Congo n’était évidemment pas parfaite, étant donné qu’il s’agissait pour l’état indépendant, travaillant en somme I sous le patronage des Belges, alors novices en matière coloniale, de tout créer. Le département des finances de Léopold II, souverain absolu du
- Fig. 4. — Mise en valeur des terrains vierges; détroussement et incendie final.
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- Congo, traversa quelquefois aussi des moments difficiles.
- Il peut donc y avoir eu quelques abus et quelques défaillances de certains agents, mais d’une façon générale , l’administration était paternelle et avait pour but de tirer du Congo des ressources immédiates et suffisantes pour pouvoir continuer l’œuvre coloniale.
- Cette campagne, basée surtout sur les rapports de Roger Casement, fut donc tendancieuse, et, si l’on y réfléchit, avec ce que l’on sait aujourd’hui du rôle du traître à l’Angleterre et de ses accointances avec les Allemands, on peut évidemment imaginer bien des choses. On peut notamment voir, dans cette campagne, la main de l’Allemagne qui avait évidemment intérêt à susciter des difficultés à ll’administration du souverain du Congo et aux Belges, de manière à amener une révision du traité de Berlin, dans laquelle elle eût trouvé son avantage sans avoir, dans l’histoire, le mauvais renom d’avoir suscité l’incident.
- La vérité sera certainement connue un jour, si elle ne l’est déjà dans les milieux compéteuts et on verra alors comment la bonne foi de l’Angleterre fut probablement surprise.
- Quoi qu’il en soit, cette campagne eut deux effets : Le premier c’est que, pressé par ces réclamations, le souverain du Congo, Léopold II, et, après sa mort, le gouvernement belge, introduisirent toute une série de réformes, notamment pour protéger l’indigène. Ces réformes, basées sur des principes très humanitaires, furent évidemment bonnes dans leur ensemble, mais cependant, on peut leur reprocher de protéger tellement l’indigène qu’elles rendent pour l’Européen, le recrutement et la bonne utilisation de la main-d’œuvre très difficiles.
- La seconde conséquence de cette campagne fut que les Belges appréhendèrent vivement la mainmise de l’Angleterre sur le Congo et, spécialement, sur les richesses minières du Katanga.
- Ces appréhensions semblaient justifiées par les gros intérêts que les Anglais possédaient dans la plupart des chemins de fer construits au Katanga, et dans les deux ou trois seules affaires existant à cette époque.
- On vit alors surgir en quelques mois une ville nouvelle, Élisabethville, à peu de distance de la frontière rhodésienne et les Belges créèrent de
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- toutes pièces la capitale du Katanga, Si l’on examine la situation géographique de Élisabethville, on ne peut manquer d’en être surpris, car elle ne correspond ni' à une région minière déterminée, ni à un nœud de voies de communication, et sa seule raison d’être à cette place est d’affirmer aux yeux du monde que la Belgique étend son domaine jusque-là. Élisabethville est donc en quelque sorte un drapeau belge planté vis-à-vis d’un voisin que l’on croyait menaçant.
- Le Katanga, tout en permettant des espoirs agricoles intéressants, n’est cependant pas tout à fait une colonie de peuplement. Cependant le climat y est relativement bon, à cause de l’altitude générale de la région et, lorsque le débroussement se sera étendu, il sera certainement possible à une population blanche d’y vivre aussi bien qu’en Rhodésie.
- Au même moment et dans le but d’augmenter l’influence belge au Katanga, le Gouvernement suscita la constitution d’un assez grand nombre de groupements financiers auxquels des privilèges furent accordés, privilèges agricoles pour certains et privilèges miniers pour la plupart. Une véritable fièvre de prospection surgit alors, et, en deux ans, Je Katanga tout entier fut parcouru, étudié et fouillé à tel point que les grandes lignes géologiques en furent rapidement établies. La Société géologique et minière, notamment, qui découvrit les gisements de charbon, publia, en 1913, un Essai de carte géologique du Katanga, basé presque uniquement sur les levés de son propre personnel.
- C'est ainsi que furent découverts les divers gisements mentionnés précédemment. On peut calculer qu’il lut dépensé entre 1910 et 1914 plus de 15 millions en recherches et en prospections.
- Il en résulte que le Katanga belge est actuellement mieux connu au point de vue géologique et minier que toutes les colonies voisines qui furent cependant parcourues et étudiées longtemps avant lui.
- Tandis que la campagne anglaise provoquait directement l’occupation belge et la mise en valeur du pays, les Allemands, eux, ne perdirent pas de vue l’intérêt qu’il présentait et, au fur et à mesure que se calmait l'effervescence en Angleterre contre le Gouvernement du Congo, étant donné que les Anglais, foncièrement honnêtes, avaient rapidement reconnu la bonne volonté du Gouvernement belge, on vit surgir les appétits allemands.
- A la suite de l’incident d’Agadir, la colonie allemande poussa deux tentacules au travers du Congo français qui aboutirent à la colonie belge.
- D’autre part, la construction du chemin de fer de Darressalam au lac Tanganyika fut poussée fébrilement. On pouvait donc clairement discerner le désir de l’Allemagne d’établir une domination transversale, de l’Atlantique au Pacifique, pour contrecarrer l’influence anglaise le long du chemin de fer projeté et en construction du Cap au Caire.
- Le chemin de fer allemand atteignit le lac Tanganyika au début de l’année 1914. Cette voie de pénétration est d’un très grand intérêt, car c’est la voie la plus courte qui conduit de la mer au Plateau central africain. Elle ne mesure, en effet, que 1800 km environ qui peuvent être franchis en un peu plus de deux jours. Elle met donc le lac Tanganyika à 19 ou L20 jours de Naples. C’est également la voie la moins onéreuse pour amener du matériel et des marchandises au Tanganyika et pour exporter les produits.
- Le Katanga pendant la guerre. — Les Européens qui résidaient au Katanga furent surpris par l’état de guerre, comme nous le fûmes tous d’ailleurs.
- Il n’y avait notamment au poste d’Albertville, sur le Tanganyika, en face de la Station allemande de Kingoma, où aboutissait le chemin de fer, qu’un seul blanc commandant 70 soldats indigènes. Les Allemands attaquèrent à plusieurs reprises au cours des premiers mois la station d’Albertville, dans le but non seulement de tenir la tête du tronçon de
- chemin de fer belge devant aboutir au Tanganyika, mais aussi, peut-on croire, afin de mettre la main sur les gisements de charbons découverts par la Société Géologique et Minière et qui se trouvent à 10 km du Lac.
- On raconte, notamment, qu’une des premières attaques allemandes, exécutée avec des bateaux allemands du Lac transformés en canonnières, fut repoussée par deux nègres ti-
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- rant avec des fusils de chasse sur l’ennemi qui se trouvait à plusieurs centaines de mètres de distance.
- Quoi qu’il en soit, toutes ces attaques furent repoussées et les Allemands ne parvinrent jamais à se maintenir sur la rive belge du Tanganyika.
- D’ailleurs, la défense fut rapidement organisée et des tranchées furent creusées au Tanganyika comme en Europe. On amena des canons de 16 cm, qui avaient été achetés anciennement par le roi Léopold II lorsqu’il craignait nos bons amis actuels, les Anglais. 11 vint aussi d’Europe des canons de 75.
- La guerre n’arrêta pas d’ailleurs la construction du chemin de fer reliant les biefs navigables du fleuve Congo au Tanganyika et le rail belge atteignit le lac dans le courant de l’année 1915.
- La construction de ce chemin de fer facilita le ravitaillement des troupes assez nombreuses concentrées aux environs d’Albertville. Il fut également beaucoup facilité par la présence, à proximité d’Albertville mise en état de défense, du poste important de Greinerville de la Société géologique et minière, poste ainsi nommé en souvenir du premier président de la Société, M. Greiner, directeur de la Sociélé John Cockerill, hélas 1 décédé depuis la guerre sans avoir eu le bonheur de voir les Allemands chassés du territoire Belge.
- Le bateau Y Alexandre Delcommune fut endommagé par les obus allemands à la fin de 1914, mais il fut rapidement réparé, son armement fut complété et il Hotte de nouveau sur les eaux du Lac, portant un nouveau nom le Vengeur.
- Les quelques bateaux allemands qui existaient furent coulés ou passèrent aux mains des Belges.
- Dès la fin de l’année 1915 on pouvait donc consi-
- dérer la position fortifiée de Lukuga comme à l’abri des incursions allemandes.
- Les soldats noirs ont montré au Tanganyika beaucoup découragé et possèdent un moral excellent. Lorsqu’un obus allemand éclatait sans les atteindre, ce qui arrivait la plupart du temps, on les voyait sourire en prononçant flegmatiquement ce seul mot « n’bulé », ce qui veut dire « rien ». C’est le « il ne faut pas s’en faire » du noir. Les indigènes interprètent d’ailleurs la guerre a leur manière : ils considèrent les Allemands comme de mauvais blancs, parce qu’ils viennent de la région précédemment occupée par les Arabes qui, avant la domination belge, les emmenaient comme esclaves. Celte façon de comprendre la situation en Afrique n’est d’ailleurs pas si éloignée de la vérité, étant donné que les Allemands utilisent couramment les services des Arabes ou des populations arabisées de l’Afrique Orientale.
- Les indigènes considèrent donc les Allemands comme les associés de leur ennemi héréditaire et se battent courageusement pour défendre « Bula-matari » (c’est ainsi qu’ils appellent le roi des Belges), car ils ont la conviction qu’il les protège contre un retour de l’époque de l’esclavage.
- René d’Andrimort,
- Professeur de géologie à l'Institut, agricole de l’État belge, conférencier à l’École coloniale de Bruxelles.
- LES REMPLAÇANTS DU CUIVRE EN ALLEMAGNE
- L’Allemagne ne manque pas de cuivre pour ses munitions, et elle n’en manquera peut-être jamais, malgré le tonnage important que celles-ci néces-silenl ; mais c’est à la condition d’absorber peu à peu pour la guerre tout le cuivre destiné aux industries de paix et tout le cuivre précédemment employé à des applications quelconques. Il faut
- ajouter que la guerre de tranchées a facilité jusqu’ici la tâche en permettant de récupérer une grande partie du cuivre consommé dans les munitions. Devant un blocus qui, de jour en jour, devient plus strict, les Allemands se sont ingéniés à remplacer le cuivre par d’autres métaux et, si beaucoup de ces substitutions coûteuses ne sauraient
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- LES REMPLAÇANTS DU CUIVRE EN ALLEMAGNE
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- survivre à l’état de guerre, d’autres pourront garder leur valeur. Toutes offrent du moins, pour nous, un intérêt de curiosité.
- Dans.l'armée elle-même, on a commencé à restreindre l’emploi du cuivre en fabriquant les fusées d’obus avec l’aluminium que les Suisses fournissent malheureusement en abondance à leurs voisins de l’Est; on a également fabriqué les douilles de cartouches en tôle de b r ; mais c’est naturellement surlout les industries pacifiques qui ont été mises cà la portion congrue. Chacun a pu lire, dans les journaux quotidiens, l’énumération des mesures prise-; pour réquisitionner le cuivre. On a ainsi refondu des multitudes d’objets, des cloches d’église, des toitures, de vieux louleaux d’impression sur tissus, des chaudières et des tuyauteries, des boutons de porte, des cas-eroles, des samovars, des objets de bureau, des installations électriques, etc. Mais ce n’est pas ce côté du sujet que nous voulons traiter. Ce qui nous intéresse en ce moment, ce sont les efforts tentés pour substituer au cuivre les deux seuls métaux abondants en Allemagne, le fer et le zinc : notamment dans les installations électriques où le cuivre semblait particulièrement indispensable.
- L’Allemagne avait, avant la guerre, un stock énorme de matériel électrique et de machinerie préparé pour l’exportation ; elle a commencé par l’utiliser; mais il est pourtant venu un moment où elle s’est trouvée arrêtée, notamment devant le développement que les installations d’éclairage électrique étaient amenées à prendre, par manque de pétrole.
- tin a prêté alors une attention particulière au remplacement du cuivre par d’autres métaux dans les fds et câbles électriques. La question était déjà à Tordre du jour avant la guerre et nous en avons parlé ici; mais elle a certainement fait un pas.
- En comparant, pour divers métaux, la conductibilité, la résistance, le poids spécifique, etc., on arrive à celte conclusion prévue que le cuivre est préférable, mais que l’aluminium peut le remplacer et même avec certains avantages. Sa conductibilité n’est que de 54,8 contre 57 pour le cuivre; mais il est beaucoup plus léger. Seulement on n’a pas pu, en Allemagne, adopter l’aluminium comme on l'aurait voulu, parce que l’aluminium y est rare, malgré la fissure qui existe malheureusement sur ce point dans le blocus. On a alors eu recours à des câbles de fer, parfois recouverts d’un enduit de cuivre, ou même de zinc. Ces câbles doivent être plus de 7 fois plus forts que ceux de cuivre; mais, à la rigueur, ils peuvent servir. On utilise le fer surtout quand la résistance propre du conducteur importe peu, et quand les câbles sont de faible longueur. Dans les installations domestiques de sonnerie ou même d’éclairage, on a adopté ainsi des fils de fer,
- en utilisant du papier comme isolant, faute de coton. Peut-être continuera-t-on dans cet ordre d’idée restreint; mais, dès que l’on atteint 100 m. de distance, une transmission aérienne en fer coûte presque deux fois ce qu’elle coûterait en cuivre, notamment pour l’achat du métal et pour la pose. Elle est de plus exposée à se rouiller. Les inconvénients sautent aux yeux et, si un tel procédé peut donner des résultats provisoires, il est facile de prévoir que les installations où on a recours à de tels artifices dureront peu; mais cette difficulté regardera l’après-guerre.
- D’autre part, les fils de fer ne peuvent être employés en téléphonie à cause de l’accumulation de courant qui se produit à la surface et les téléphones militaires, qui consomment des quantités extraordinaires de fds, ont été forcés de continuer à employer du cuivre. Cependant certains périodiques allemands ont affirmé qu’on était arrivé à utiliser, dans ce cas, des fils de fer magnétiques.
- Ailleurs, on a remplacé les poids de cuivre par des poids de fer, de même qu’on a remplacé la monnaie de nickel par une monnaie de fer toute Spartiate. On s’est mis à fabriquer des foyers de locomotives, dans lesquels il entre de moins en moins de cuivre : foyers faits d’acier Siemens avec des boulons en acier. Le menu outillage remplace aussi le cuivre par du fer ou par du zinc : coupe-circuits, prises de courant, etc. Les appareils et réservoirs de brasseries, les bassines pour la fabrication du vernis, qui étaient en cuivre, sont maintenant en fer émaillé; à plus forte raison, les casseroles. Les appareils d’éclairage sont en fer et les Allemands s’en consolent en trouvant qu’ils ont pris ainsi un caractère national.
- Pour les coussinets de bronze phosphoreux, pour les transmissions, pour les paliers graisseurs, c’est encore le fer fondu qui prend la place du cuivre.
- La généralisation de telles mesures, la gêne croissante qu’elles causent à l’industrie, les remplacements coûteux que l’Etat allemand est conduit à exiger, le mécontentement et le malaise que ne peuvent manquer d’entraîner ces intrusions dans la vie courante : tout montre les résultats déjà obtenus par un blocus qui commence à peine à être à peu près efficace. Quand quelques mois de plus se seront écoulés et que la guerre de mouvement aura succédé sur tous les fronts à la guerre de tranchées en empêchant la récupération des douilles, les Allemands s’apercevront sans doute encore davantage que, si on peut toujours remplacer à peu près une substance quelconque par une autre, on ne fausse pourtant pas impunément les lois expé^-rimenlales qui ont depuis longtemps conduit à adopter tel ou tel métal dans tel ou tel cas.
- P. S.
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- LA PLAIE DE GUERRE
- Étude de ses caractères généraux (1).
- L’exposition d’une question aussi vaste dans un cadre forcément restreint m’oblige à m’en tenir aux limites du schéma. C’est dire que seule la plaie type, envisagée dans ses éléments caractéristiques et son évolution, fera l’objet de cette étude, et c’est pourquoi aussi j’élimine dès maintenant les plaies des cavités crâniennes, thoraciques et abdominales, qui sont à la fois totalement différentes entre elles les unes des autres, et totalement différentes également des plaies des membres.
- Étudions donc la plaie schéma, ou lésion d’un segment de membre; ses caractères dépendent de | deux facteurs principaux qui sont : tout d’abord la mécanique des tissus, ensuite l’agent vulnérant et ses éléments balistiques.
- L’agent vulnérant, chacun le sait, peut appartenir à cinq types différents :
- 1° Projectile à grande vitesse, arrivant de plein fouet, conservant sa forme de fabrication et pénétrant le corps humain sans avoir rencontré d’obstacle préalable (balles de fusil ou de mitrailleuses.)
- 2° Projectile à grande force de pénétration n’arrivant pas de plein fouet, parce que ayant basculé sur sa trajectoire et ayant généralement subi une déformation et une souillure appréciable (balle de fusil ou de mitrailleuse retournée ou ricochée).
- 5° Projectiles à faible vitesse initiale, sans stabilité sur la trajectoire, non moditiés dans leur forme, balle de shrapnell par exemple.
- 4° Fragments de projectile à explosif, de forme irrégulière animés de mouvements échappant à toute systématisation : cas des éclats d’obus, grenades, torpilles aériennes, mines aériennes.
- 5° Agents vulnérants à très faible vitesse ne provenant pas d’une arme à feu (arme blanche).
- 1. J'ai volontairement écourté ou passé sous silence certains points de cette importante question, cous-ci ayant été étudiés dans une étude parue dans le numéro de La Nature, n° 2I9r>, du 23 octobre 1915, p. 267.
- Le contact entre l’agent vulnérant et les tissus déterminera des lésions qui pourront appartenir soit au type de la contusion, soit à celui de la pénétration, et dans cette deuxième éventualité revêtir l’une des formes suivantes : sillon, séton, pénétration, perforation de part en part, avec atteinte à des degrés 'divers des éléments constituants du membre, celle de l’os aggravant notablement le pronostic, de la lésion.
- Du côté des tissus, le membre au point de vue résistance des matériaux doit être considéré comme formé de deux couches compactes et résistantes qui
- enferment entre
- ,Sillon e^es une couche
- ‘Perforation c/e part enparfi plus d i f 11U en t e.
- lavée fracture esquittaire de tos. En effet, de l’ex-
- / /Pénétration terieur vers 1 in-
- térieur, on trouve successivement : la peau, le tissu cellulaire, l’aponévrose, cet ensemble étant à la fois résistant et élastique; puis le muscle qui est bien un peu élastique mais infiniment moins résistant; enfin l’os, pas élastique du tout, mais très résistant. Somme toute le membre doit être considéré comme formé d’une couche passive entre deux couches résistantes, c’est là un point qu’il faut conserver présent à l’esprit pour comprendre quelques-uns des caractères de la plaie de guerre.
- Quoi qu’il en soit, on peut ramener les différents types de plaies à trois principaux :
- 1° La plaie par balle à grande vitesse, de plein fouet, non basculée sur sa trajectoire, et qui ne reste en général pas dans les tissus (fusil ou mitrailleuse).
- 2° lia plaie par balle à faible vitesse non ricochée et qui souvent reste retenue (shrapnell).
- 3° La plaie par éclat irrégulier qui toujours, pour ainsi dire, reste dans les tissus (balle ricochée ou fragmentée et surtout éclat de projectile à explosif).
- Chacun de ces types peut être considéré comme représentant un des stades de classification de gravité croissante des plaies de guerre.
- Nous allons donc successivement en décrire les caractères.
- /
- Os-, /
- Vaisseaux e/nerfs
- Peô
- Tissu __ cettu/aire
- Aponévrose
- c/'énve/oppe
- Cloison intermuscu/aire
- Muscle
- Pro/ectife
- Fig. i. — Coupe schématique d'un membre montrant à la fois, la disposition des diverses couches constituantes et les divers types de lésions.
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- = LA PLAIE DE GUERRE
- I. Pla'e par balle de fusil, de plein fouet non ricochée. — Au point de vue des caractères anatomiques; c’est, soit un sillon, soit un tunnel, plus évasé alors vers la sortie que vers l’entrée et dont les bords congestionnés saignent légèrement. La plaie n’est que très peu infectée et la guérison se fait presque par réparation aseptique si aucun organe profond, vaisseau ou os, n’est lésé gravement (*).
- II Plaie par balle de shrapnell à faible vitesse non TÎcochée, retenue dans les tissus. — La plaie dans ce cas occupe une place intermédiaire entre celles de la catégorie précédente et celles que nous envisagerons plus loin. C’est-à-dire que faiblement infect - . la plaie pourra aboutir, soit à des phénomènes de guérison en apparence aseptique par enkystement rapide de l’infection autour du pro-
- Or/Z/ce cfentrée______________________
- jectile, soit à une infection de gravité en général moyenne qui cède à l’ablation du corps étranger et à la désinfection du trajet.
- I11. Plaie par éclat irrégulier retenu dans les tissus. — Ce sera de beaucoup la partie la plus importante de cette étude, caria fréquence actuelle de ces cas, leurs caractères, les indications thérapeutiques qu’ils comportent en fait l’élément capital.
- Qu’un éclat (obus, mine ou grenade) vienne, avec une force suffisante, frapper les téguments d’un membre, il va pénétrer et tout d’abord passer au travers de la couche élastique superficielle (peau, tissu cellulaire et aponévrose), en y forant un trajet
- Puis le projectile pénètre dans la couche musculaire, couche non résistante dans laquelle, aux mouvements de translation qu’il avait précédemment, s’ajoutent des mouvements de rotation dont
- 1. Dans le cas contraire, les troubles d’irrigation sanguine ou les esquilles osseuses (qui jouent le rôle de projectiles., secondaires) modifient le tableau clinique.
- l’importance est aisée à concevoir, car ils sont facteurs de la constitution d’une chambre de dilacération ou cavité anfractueuse intramusculaire.
- Enfin le corps étranger rencontre l’os qui, en raison de sa puissante résistance, l’arrête; le projectile alors se place à son contact, soit par pénétration à l’intérieur de la portion spongieuse aréo-laire d’une extrémité^), soit encore, en se plaçant entre ou au delà des fragments d’une fracture esquilleuse qu’il provoque au niveau de la partie compacte ou diaphyse (2).
- Ce type de plaie de guerre se caractérise donc : par un petit orifice extérieur, une cavité anfractueuse sous-aponévrotique créée par dilacération du muscle, un foyer esquilleux au niveau de l’os. Ce qui revient somme toute à la constitution d’une
- cavité close dont le contenu est de deux ordres :
- 1° Les corps étrangers infectés ;
- 2° Un magma des tissus dila-cérés.
- Cavité close (3), microbe, milieu de culture; la plaie de guerre du 5e type réunira, au m a x i m u m, les conditions qui font par excellence le lit des infections de gravité particulière.
- Étudions main-tenantcouchepar couche l’état ana-tomo-bactériolo-gique de la plaie et cela chronologiquement depuis le moment de la blessure jusqu’aux conséquences pussibles de la lésion.
- Dans les instants qui suivent le traumatisme une coupe montrerait :
- 1° Au point de vue macroscopique, un trajet de petites dimensions faisant communiquer l’orifice cuLané avec une cavité anfractueuse intramusculaire.
- L'orifice cutané est irrégulier, déchiré, contus, violacé, refermé sur le projectile. Le tissu cellulaire est infiltré de sang extravasé et des débris de vêtement parsèment le trajet qui, dans la profondeur, se termine par l’étroit orifice qui caractérise e lieu de perforation de Y aponévrose cl’ enveloppe.
- Tout de suite, au delà de celle-ci, le doigt sent
- 1. Cas d'un os long.
- Ll. Los fragments osseux doivent vraisemblablement faire office de projectile secondaire et intervenir en contribuant considérablement à dilacérer les tissus de voisinage.
- 5. Le professeur Dieulafoy a insiste sur le rôle de la cavité I close dans la virulence des infections.
- -Aponévrose a ’envefoppe
- Point de
- perforation de i aponévrose
- Ûéùr/s cte _. vêtements
- Musc/e
- Pro/ecti/e
- Coupe schématique d’une plaie, par éclat d'obus retenti dans les tissus.
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- LA PLAIE DE GUERRE —=. , -- ---- 395
- une cavité qu’il ne peut vraiment explorer qu’après un débridement préalable des plans superficiels aponévrose comprise. C’est dans cette cavité anfractueuse intramusculaire qu’on trouvera un magma constitué par du muscle arraché, des caillots, de la sérosité et du sang liquide, des effilochures de tissu fibreux, enfin la série des corps étrangers : projectile en premier lieu, puis débris vestimentaires, boue, fragments de projectiles secondaires (pierres, cailloux, morceaux d’acier), esquilles osseuses. Les parois musculaires de la cavité sont infiltrées de sang, qui fuse entre les fibres et, plus en dehors, le muscle ne redevient normal qu’après avoir présenté sur une certaine étendue un aspect congestif.
- Plus important est l’aspect microscopique, qui afaitl’objetd’im-portantes études de MM. Policard et Phelip d’une part ; N. Fiessin-ger, d’autre part.
- À l’intérieur de la géode intramusculaire, le microscope ne révèle que des éléments anatomiques détachés de leurs connexions par le traumatisme, fibres musculaires ayant perdu leur irrigation sanguine, possédant cependant encore (avant la oe heure), leur striation normale; fibres conjonctives et élastiques, caillot sanguin enrobant souvent les corps étrangers au niveau desquels on trouve des agents microbiens. Mais, fait caractéristique, tant du côté du contenu microbien (‘) de la plaie, que de la paroi tissulaire de celle ci, il ne se passe rien. Il semble qu’après le traumatisme il y ait indifférence dans la réaction. Il n’en est rien, les partis s’observent, bien qu’aucun phénomène apparent ne vienne encore révéler ces faits, le microbe prépare son attaque, les tissus leur défense. On peut donc qualifier cette phase de me'canu/ue, car tous les éléments .constatés résultent uniquement de l’action directe du projectile.
- Différente sera la situation vers la huitième heure, l'attaque microbienne a commencé. Macro-
- I Qui reste au niveau des corps étrangers.
- scopiquement peu de chose en apparence ; seuls, le caillot et le sang prennent un aspect noir. Mais microscopiquement il en est autrement, les microbes(’) sortent de leurs repaires, on les voit apparaître au voisinage des fibres vestimentaires et dans le caillot qui englobe les débris. C’est en quelque sorte une phase de manœuvres préparatoires qui marque le début de la prolifération microbienne.
- De la 15eà la Hfcheure l’attaque s’est déclenchée sur toute la ligne, la riposte a commencé, aussi l’aspect a-t-il changé considérablement.
- Macroscopiquement on constate une modification dans l’aspect du magma qui, de noir rougeâtre qu’il
- était, devient grisâtre puis nettement purulent.
- Microscopiquement, vers la 15e heure, les microbes se sont généralisés progressivement à la presque totalité de l’étendue de la plaie, trouvant un milieu de culture particulièrement favorable dans les albumines qui résultent de la désintégration des cellules fixes et mobiles de l’organisme détachées de leurs connexions humorales (fibres musculaires, globules rouges et blancs), mais surtout, fait capital, la réaction organique a commencé de se produire, car un afflux de leucocytes polynucléaires neutrophiles est apparent dans les zones hémorragiques signalées précédemment, et quelques-uns mêmes commencent de tomber dans la cavité où ils dégénèrent après avoir phagocyté quelques bacilles (*).
- Cette troisième phase, marquée par l’apparition du pus, sera celle de la lutte générale, ou de la réaction de l’organisme.
- Vers cette période de l’évolution des lésions tout dépendra (en dehors du traitement), de la virulence des éléments microbiens, et du degré de résistance
- 1. B. perfringens. B. capsulatus aerogenes.
- 2. Là phagocytose est, on le sait, un phénomène de destruction des microbes par les globules blancs, par enclavement et digestion.
- Fig. 3. — Les principaux agents de l'infection d'une plaie. A, culture de perfringens ; B, culture de staphylocoque; C, staphylocoque (pus) avec polynucléaires; D, culture de streptocoque (4 types : longus, brevis, conglomeralus, tennis); E, streptocoques et polynucléaires {pus).
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- de l’organisme; malheureusement trop souvent la virulence des microbes est extrême, et l’évolution non contrecarrée de l’infection a tendance à gagner les régions voisines et même à dépasser les limites locales pour atteindre l’économie générale. Au niveau de la plaie les tissus prennent alors un aspect bronzé et sec; le pus, peu abondant, est mal lié et fétide, des traînées gazeuses peuvent même apparaître au voisinage. En tout cas, les fusées séro-purulentes remontent le long des gaines et des interstices, et le muscle prend un aspect œdémateux infiltré. Toutes les conséquences d’une telle lésion sont possibles : gangrène gazeuse, dont un des agents pathogènes, le bacille hystolytique, vient d’être isolé par MM. Weinberg et Séguin (*), infection ultra-septique avec septico-pyohémies liées aux décharges microbiennes dans le sang et surtout toxémie dont l’importance a été mise en lumière récemment ; car en effet les phénomènes généraux au cours de l’évolution des plaies de guerre résulteraien t principalemen t de la résorption des albumines au-tolysées, désintégrées et putréfiées ; en dernier lieu, il faut signaler comme complications moins précoces l’ostéomyélite de voisinage, les coques suppurant indéfiniment et déterminant des dégénérescences d’amyloïdes des viscères. Toutes ces conséquences possibles sont celles de la plaie par petit éclat retenu.
- Heureusement le nombre de ces cas est réduit au minimum, grâce au traitement chirurgical. Je décrirai plus loin l’évolution de la plaie vers la réparation, auparavant je veux consacrer quelques lignes à la si intéressante flore microbienne de ces lésions, flore dont le caractère dominant est la complexité. Elle est le plus souvent mixte, anaéro-aérobie (2), c’est-à-dire que dans sa série anaérobie on isole les espèces suivantes :
- Bacillus sporogenes, fallax (Weinberg et Séguin), œdematiens (Weinberg), micrococcus fetidus (Fies-singer) ; et surtout le bacillus perlringens (Weinberg, Reverchon et Vaucher)et Je vibrion septique, entre lesquels viennent encore se classer cinq espèces intermédiaires (Costa et J. Troisier).
- t. Académie des Sciences. Le B. Hystolylique est un microbe dont le rôle esl, comme son nom l’indique, facteur de désagrégation des tissus.
- 2. Les microbes aérobies sont ceux qui se développent dans les milieux contenant de l’oxygène libre, les anaérobies ceux qui ne peuvent exister dans un tel milieu.
- Dans la série aérobie comme toujours c’est au streptocoque et au staphylocoque qu’il faut donner la première place, et plus accessoirement il faut décrire : le pneumocoque, le colibacille, le diplo-coque (de Sartory et Spillmann).
- On a voulu considérer cette formule mixte d’association anaéro-aérobie comme symptomatique de gangrène gazeuse. Actuellement une tendance très vive se dessine qui conduit à penser que cette flore mixte est surtout fonction d’attrition musculaire (la fibre musculaire en voie d’autolyse lui constituant un des meilleurs milieux de culture), la preuve en serait dans le fait que cette flore a été individualisée jusque dans de la fibre en voie de destruction au niveau de plaies ouvertes.
- Les auteurs qui se sont plus particulièrement occupés de la microbiologie des plaies de guerre pensent que les anaérobies en sont les premier
- commensaux auxquels viennent se surajouter ensuite les microbes d’infection aérobie. Ces derniers agiraient en absorbant l’oxygène du milieu et favoriseraient ainsi le développement des anaérobies.
- La lésion évoluant spontanément comporte un maximum de gravité ; il en est tout autrement quand les conditions de cavité close sont supprimées, soit spontanément par suite de la nature de la blessure, soit opératoirement par suite de l’intervention du chirurgien.
- La plaie est-elle débridée et nettoyée? l’organisme va reprendre le dessus et la lésion évoluera vers le stade de la détersion, stade qui consiste en une séparation lente qui s’opère entre les tissus mortifiés qui doivent disparaître, et les tissus encore sains qui doivent être conservés. Tout se passe dans la plaie de guerre comme au niveau des escarres.
- L’élément qui joue le principal rôle dans la détersion est la barrière leucocytaire ;. couche néoformée constituée par une accumulation de globules blancs et qui s’interpose entre celles qui sont destinées à être séparées, la barrière leucocytaire joue donc un rôle limitant qui est de deux ordres.
- 1° A l’égard des produits toxiques de désintégration des tissus. ' -
- 2° A l’égard des microbes et de leurs toxines microbiennes.
- Comment se produit celle action? Du côté des produits toxiques tissulaires c’est le phénomène de
- Peau
- Tissu ce//u/aire j Aponévrose
- ^ Tissu mortifié. Barrière leucocytaire Barrière de réparation.
- Fig. 4. — Schéma montrant le stade de réparation.
- Tissumusculaire normal
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- LA VENTE DE L’ELECTRICITE A PAIEMENT PREALABLE--: : 397
- la sécrétion par les leucocytes de ferments dissolvants des substances protéiques qui est en cause. Ces ferments semblent agir, en produisant un véritable acte de digestion et de liquéfaction des albumines mortifiées, favorisant aiusi leur détachement et leur élimination. En outre de l’action sur les albumines une action sur les graisses serait possible également, car à côté des protéases leucocytaires (*) il existe une lipase leucocytaire agissant sur les graisses qui sont dédoublées en glycérine et acides gras comme l’ont montré nombre d’auteurs, notamment Achalme, Poulain, Ramond, N. Fiessinger et P.-L. Marie.
- Du côté des microbes, c’est une phagocytose tardive, et qui, bien que peu accentuée, n’en est pas moins importante quand même.
- Quels sont les éléments constituants de la barrière leucocytaire ? ce sont principalement les neutrophiles, polynucléaires à coloration neutre, mais il faut aussi décrire, à côté d’eux, des éosinophiles ou acidophiles qui, bien que moins abondants, n’en sont pas moins importants; car si les premiers agissent surtout contre les microbes, les seconds ont leur action surtout dirigée contre les éléments toxiques. (Policard et Phelip ; Fiessinger, Moiroud et Vignes.)
- Somme toute la barrière leucocytaire a un triple rôle de : détersion, défense antitoxique, défense antimicrobienne.
- La barrière que je viens de décrire est doublée par une véritable barrière de suppléance qui se constitue plus en dehors, aux dépens des éléments conjonctifs et par l’intermédiaire de cellules qui se sont mobilisées : cellules plasmatiques, grands macrophages, cellules embryonnaires à grands noyaux ou néocytes. Elle a pour rôle la réparation.
- Donc de dedans en dehors trois couches de : mortification, limitation, suppléance ou réparation.
- Débridée et soumise à l’action d’un antiseptique, la plaie va se déterger par le. mécanisme de l’élimination des tissus mortifiés et par modification quantitative et qualitative de la llore microbienne, qui deviendra de plus en plus aérobie en diminuant d’abondance pour disparaître à peu près complètement avec les derniers vestiges des tissus mortifiés; c’est-à-dire (pour une plaie traitée par la méthode Carrel-Dakin) du 8e au 15e jour.
- A la détersion succède la réparation, elle se fait par bourgeonnement et épidermisation. Celle-ci commence par les parties les plus élevées de la plaie et se termine par les plus déclives quand toute suppuration est tarie, car l’exsudation à polynucléaires gène l’épidermisation (Moiroud et Vignes).
- Voilà donc les divers états anatomiques et bactériologiques de la plaie de guerre ; pour être complet il faut rappeler que toute infection ne s’éteint pas avec la cicatrisation de la lésion ; car dans la cicatrice, comme au niveau des projectiles retenus dans les tissus après fermeture, persiste un certain degré d'infection microbienne latente et qui se réveille à l’occasion d’un acte opératoire, se manifestant alors par des phénomènes d’infection aiguë locale, par des poussées septicémiques, ou même par du tétanos.
- L’ensemble des faits que je viens d’exposer montre bien que la plaie de guerre possède une individualité de caractère qui n’est comparable en rien à ce que l’on observe dans la pratique civile. Il était donc naturel que l’on cherchât des méthodes nouvelles de diagnostic et de traitement.
- Parmi les méthodes de diagnostic, la pyo-séro-culture de Wright et la pyoculture de Delbet ont donné des résultats contradictoires à ceux qui les ont étudiées ; aussi ne peut-on fonder la décision thérapeutique sur ces techniques, car mieux vaut en matière de plaie de guerre s’entourer de toutes les garanties et traiter une plaie qui pouvait n’en pas avoir besoin que de laisser sans soins spéciaux une plaie qui doit être traitée.
- Une méthode intéressante, bien que particulière, est à signaler, c’est celle qui a trait au diagnostic radiologique de la gangrène gazeuse; celle-ci se révélant sur l’écran ou la plaque par des zones claires. (Woodburn, Morison, Journal anglais de Radiologie, 1915 et de Keating-Hart, Paris-Médical, n°' 42, 1916.)
- Quant aux méthodes de traitement dont il faut dire un mot, les techniques vaccinolhérapiques et sérothérapeutiques Q) peuvent avoir leur A7aleur, comme adjuvant du traitement rationnel, mais c’est encore aux méthodes chirurgicales qu’il faut accorder toute confiance et en particulier à celle de Carrel qui a déjà fait ses preuves.
- A.-C. Guillaume.
- LA VENTE DE L’ÉLECTRICITÉ A PAIEMENT PRÉALABLE
- La crise du charbon qui sévit à l’heure actuelle conduit à réduire l’éclairage électrique. Parmi les nombreuses solutions que l’on a proposées pour arriver à économiser le précieux combustible il en est une qui mérite d’être signalée, nous voulons parler des compteurs à paiement préalable. Ce système de vente qui oblige l’abonné à payer son
- 1. Au nombre de trois d’après Acludme. Soc. de biologie, 1“ juillet 1889.
- électricité au moment même où il la consomme, l’incite certainement à l’économie.
- Les compteurs à paiement préalable offrent divers avantages, que La Nature a déjà signalés, à propos de la consommation du gaz (voy. n° 1240 du
- 1. Vaccinothérapie préventive de Wright et auto-pyo-vaeem de W'einberg et Séguin. Sérothérapie univalente anti-perfrin-gens, anti-vibrion, anti-œdémateuses de "Weinberg et Séguin* Sérum polyvalent de Leclainche et Vallée.
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- = LA VENTE DE L’ELECTRICITE A PAIEMENT PREALABLE
- 6 mars 1897, p. 220, et n° 1345, du 48 février 1899, p. 191). Pour les mêmes raisons, les électriciens devaient être amenés, eux aussi, à admettre ce mode d’encaissement : pour avoir droit au courant, l’abonné doit d’abord en acquitter le prix, en introduisant, par une fente ad hoc, une ou plusieurs pièces de monnaie.
- La figure 1 montre l’aspect extérieur d’une de ces modernes tirelires, et les gravures suivantes en expliquent le fonctionnement.
- Le compteur proprement dit est un petit moteur qui enregistre, sur des cadrans totalisateurs, les hectowatt-heures consommés et supprime le courant aussitôt que la consommation dépasse la quantité correspondant aux sommes versées.
- Ces sommes sont
- Fig. i.
- sommes
- payées en pièces de 10 centimes. Chaque pièce est introduite par la fente A (fier. 2) et poussée, à l’aide d’une manette extérieure P, par un ca-nillon F dans le couloir BCDE. La disposition de la rainure en B est telle que la pièce de monnaie n’y est maintenue que par ses bords extrêmes. Il s’ensuit que, si l’on essaye de faire passer un petit sou, il s’échappe et ressort de la boîte par un orifice spécial. Pour éviter d’être privé de lumière à l’improvisle, l’abonné n’a qu’à verser un certain nombre de pièces, qui occupent alors la rainure depuis C jusqu’à E. Si l’on en introduit une de plus que la capacité du couloir n’en comporte, elle est
- rejetée à l’extérieur par le trop-plein HH'. Une lucarne ménagée en D permet de vérifier s’il reste une provision.
- Quand une pièce arrive à l’extrémité EE' du couloir, où elle est figurée en pointillé (en M), elle
- déplace par son poids l’extrémité L d’un disjoncteur intercalé dans le circuit de l’installation.
- Ce disjoncteur (fig. 5 et 4) est constitué par un interrupteur à mercure I, monté sur un axe pivotant I( et lié au levier L. A l’état de repos, l’extrémité de ce levier émerge dans la partie supérieure de la rainure verticale EE', et le circuit est ouvert (fig. 3). Lorsqu’une pièce est introduite, elle abaissele levier L (fig. 4), ferme le circuit et vient se poser sur l’une des quatre encoches de la came G (vue de face dans la figure 2). Cette came est liée à l’horlogerie du compteur par un train tel que son quart de tour représente l’enregistrement d’énergie électrique équivalant à 10 centimes. Elle comporte une gorge centrale, dans laquelle la pièce M
- vient engager le levier L (lig. 4). Celui-ci y reste jusqu’à ce que le fonctionnement du comp-leur ait fait tourner la camed’un quart détour. A ce moment, s’il n’y a plus de pièces dans le couloir, le levier quitte la gorge de la came et, en se relevant, rompt le circuit. Si, au contraire, une autre pièce suit la première, elle vient progressivement, durant la précédente rotation, occuper la seconde encoche de la came, empêchant ainsi le levier de remonter. Celui-ci reste donc engagé dans la gorge pour un nouveau quart de tour, et ainsi de suite.
- Chaque pièce est entraînée par la came vers la droite et tombe dans la tirelire. Celle-ci est fermée à l’aide d’un cadenas dont l’entrée de clé est cache-
- Vue d'ensemble dit compteur.
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- : ACADEMIE DES SCIENCES .. :..;- = 399
- tée par une feuille de papier : comme il n’est pas possible d’introduire la clé sans perforer cette feuille, on a une garantie certaine d’inviolabilité. De temps à autre, un encaisseur vient ouvrir le coffre et en retire le contenu.
- rainure d’arrivée des pièces
- circuit ouvert
- lui est présentée, et s’il est insolvable, le fournisseur subit une perte proportionnée à la quantité d’énergie livrée pendant un mois, et parfois davantage.
- Si l’on exige le dépôt d’un cautionnement, on
- circuit fermé
- ç èj onction avecThorlogérie
- Fig. 3 el 4. — Fonctionnement du disjoncteur, a, circuit ouvert; h, circuit fermé.
- Ce mode de perception réduit les frais de personnel, puisqu’il évite l’opération des relevés de consommation et l’envoi des factures. D’autre part, le compteur ordinaire comporte un crédit ouvert à l’abonné : - si ce dernier ne paie pas la quittance qui
- se prive inévitablement de la petite clientèle, hors d’état de faire cette avance relativement importante, tandis qu’elle effectue facilement de petits versements successifs. Le paiement préalable supprime ainsi tout crédit et tout risque de perte. E. C.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séancts du 3o octobre
- Variations d’épaisseur d’une lame de caoutchouc sous l’influence d’un champ électrostatique. — M. L. Bouchet montre que, sous l’action d’un champ électrostatique, le caoutchouc vulcanisé se contracte dans la direction des lignes de force. Des expériences analogues, faites sur le verre avec des disques de 4 mm d’épaisseur, n’ont révélé aucune déformation analogue.
- Cultures expérimentales au bord de la mer. — M. Lucien Daniel a entrepris des recherches suivies sur diverses plantes transportées de Rennes au bord de la mer : notamment des arbres fruitiers, des arbres ou arbustes d’ornement propagés par bouture ou par greffe, des plantes herbacées vivaces. Au bout de 15 ans, il constate que ces plantes, malgré l’infiuence des embruns et de l’arrosage intermittent à l’eau saumâtre, n’ont acquis aucun caractère des végétaux halophytes. Les seules variations nettes sont celles causées par les oscillations très prononcées du régime de l’eau (quantité, qualité et concentration saline) qui provoquent le nanisme ou le gigantisme dans les cas-extrêmes, avec tous les intermédiaires. Cette action est purement momentanée, tant chez les végétaux en expérience que chez leurs descendants et ne semble pas héréditaire.
- Sur les pressions artérielles basses des blessés. — Beaucoup de blessés meurent par l’abaissement de leur pression artérielle. D’après M. William Townsend Porter il est possible d’y remédier. Le choc produit là des effets analogues à ceux de l’hémorragie. Or, après une hémorragie abondante, un animal meurt immédiatement s’il reste dans la position verticale, la tête en haut. On peut, au contraire, relever la pression et le sauver en le mettant la tête en bas. On doit donc placer les blessés
- au 20 novembre 1916.
- atteints de choc ou ayant perdu beaucoup de sang sur un brancard, la tête plus bas que les pie’ds.
- Sur les effets de l’arrosage capillaire. — M. Lucien Daniel a étudié les effets produits sur certaines plantes potagères par l’arrosage capillaire continu (une goutte d’eau par 20 secondes par exemple) comparé avec l’arrosage intermittent usité dans la culture maraîchère. 11 a constaté que dans tous les cas, cet arrosage, très simple à établir, s’est montré supérieur à l’arrosage habituel.
- Sur l’iode colloïdal. — D’après les recherches de MM. Bordier et Roy, dans les solutions d’iode dans l’eau, ce métalloïde est à l’état colloïdal, mais sous forme de granules trop petits pour être vus à l’ultra-microscope. L’addition de gélatine dans des proportions convenables, facilite l’agglomération de ces particules en des particules plus ' grosses décelables alors par les procédés classiques.
- L’assèchement de la baie du Mont-Saint-Michel. — Par suite d’un exhaussement progressif du fond de la baie, le Mont-Saint-Michel perd petit à petit son caractère insulaire. Quoi qu’on en puisse penser, la digue ne joue, d’après MM. Houlbert et Gâlaine, aucun rôle dans l’évolution du phénomène et sa suppression ne ramènerait pas les eaux autour du célèbre rocher. La véritable cause de l’ensablement, est constituée par les importantes barrières récifales édifiées par les 11er-melles (Hermelles alveola) lesquelles s’étendant par le travers de la baie barrent complètement les estuaires côtiers sur une étendue qui n’est pas inférieure à 10 km. Les récifs d’Hermelles qui se développent depuis les bancs de sable du nord de Cherrueix jusqu’à la hauteur
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- 400 —...=r LE CROISEUR CUIRASSÉ AMÉRICAIN « MEMPHIS »
- de Dragey, dans la direction du Cantonnement, continuent à s'accroître en hauteur, sinon en étendue; pareils à d’immenses troupeaux de moutons couchés, ils forment actuellement, sur une largeur d’environ 5 km, une digue d’ilots, tantôt réunis, tantôt séparés, entre lesquels et en arrière desquels, d’année en année, s’accumulent les sables amenés par les courants. Les masses récifales, cela se conçoit, sont enfouies petit a petit; mais, comme elles végètent sans cesse à leur partie supérieure, leur muraille s’é'ève continuellement, consolidée par les sables qu’elle a arrêtés. Ces sables, avec les vases qui les continuent vers l’Est et vers le Sud, ont déjà tellement modifié l’estuaire du Couesnon que ce fleuve, d mt les eaux s’écoulaient encore en 1790, bien à gauche du Mont-Saint-Michel, le long « des digues dugrand marais de Dol », est maintenant refoulé vers les grèves coten-tines et coule directement vers le Nord, entraînant avec lui les eaux de la Guintre, de la Sélune et de la Sée. Tout le fond de la biie du Mont-Saint-Michel subit
- donc, du fait de la présence des Ilermelles, un ensablement et un envasement continus; on peut estimer que l’épaisseur des dépôts est aujourd’hui d’environ 5 m. à 6m. (15 à 18 pieds); le sommet d^ la Grande-Bosse dépasse peut-être actuellement de 12 m. le zéro des cartes marines. Les conclusions, en face de ces faits, sont faciles à tirer : ce sont les Ilermelles qui construisent, soit sur les bancs d’huîtres, soit sur des affleurements rocheux, de véritables digues qui arrêtent les sables amenés par les courants. Pour permettre aux eaux de s’avancer plus loin vers le fond de la baie, il faudrait détruire, sans trop tarder, les récifs d’IIermelles, à la dynamite ou à la drague ; par les modifications ainsi rapportées à la topographie sous-marine, peut-être 1rs courants arriveraient-ils à remporter vers la haute mer les sables accumulés. Mais ce résultat n’est nullement sur; il exigerait, en tout cas, une étude très approfondie de la question, car on ne peut pas espérer défaire en quelques mois ce que la nature a mis 80 ans à édifier.
- LE NAUFRAGE DU CROISEUR CUIRASSÉ AMÉRICAIN « MEMPHIS »
- Le naufrage du croiseur cuirassé américain Memphis, s’est produit le 20 août 1916, dans des condilions si curieuses et si anormales qu’il y a intérêt à les faire connaître aux lecteurs de La Nature.
- Ce navire se trouvait ce jour-là au mouillage devant la ville de Santo-Domingo.
- A 16 heures, sans qu'un souffle de vent se soit éievé, la mer commença à s’agiter, et très rapidement s’enfla en vagues gigantesques. A 16 h. 40 elles atteignaient une telle hauteur que le Memphis, qui une heure auparavant avait 13 m. d’eau sous sa quille, fut mis à sec dans le creux des vagues, et vint heurter les roches du fond avec une si grande violence qu’il creva sa coque en plusieurs points. Le choc ayant démantelé les tuyaux d’amenée de la vapeur des chaudières aux machines, les fonds du navire furent plongés dans l’obscurité par l’extinction complète de l’électricité.
- A 17 heures, les vagues monstrueuses avaient transporté le croiseur, cependant plein d’eau, à 15 m. en dedans des roches du rivage, et au moyen d’un va et vient, l’équipage fut mis à terre en sûreté, à l’exception de 41 officiers et marins qui étaient .morts brûlés ou noyés au courant de la catastrophe.
- Au matin s livant, la mer était parfaitement calme, et on put commencer en toute tranquillité la recherche des corps et le sauvetage du. matériel.
- L’absence totale du vent dans cette circonstance rend assez vraisemblable l’explication d’après laquelle les vagues qui se sont ainsi élevées s ubitement et sans cause apparente, sont dues à un phénomène volcanique qui se sera produit à proximité de la rade de Santo-JJomingo.
- On pourrait aussi penser à un de ces raz de marée extraordinaires comme l’histoire en a enregistré quelques-uns aux Antilles, et dont le plus célèbre vida, il y a quelque 50 ans, la rade de l’ile de Saint-Thomas, et la remplit à nouveau quelques minutes après, en détruisant tout ce qui y flottait quelques instants auparavant, et aussi une partie de la ville pourtant bâtie en amphithéâtre. Mais ces raz de marée sont toujours provoqués par le passage dans un rayon plus ou moins éloigné d’un cyclone de grande violence.
- Rien de pareil ne s’est produit à Saint-Domingue ni aux environs, vers le 20 août. 11 faut donc, pour trouver une explication à la perte du Memphis, en revenir à la possibilité d’un bouleversement souterrain. S. J.
- Le Memphis échoué sur les rochers de Santo-Domingo.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Laiicre, rue de Fleuras, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 2256.
- 23 DÉCEMBRE 1916.
- RESTAURATION DES FORÊTS DÉVASTÉES PAR DES FAITS DE GUERRE
- Toute la région du Nord-Est de la France est bien boisée : il devait donc forcément arriver que de nombreuses forêts souffrissent des faits de guerre :
- Comme je le répète chaque fois que j’ai à parler des forêts, une forêt n’est pas seulement un assemblage d’arbres vivant les uns à côté des autres. Ces
- Fig. i, 2 et 3.
- Aspect habituel des forêts qui ont été le théâtre de combats : le peuplement n’est pas anéanti, mais beaucoup d’arbres ont leur cime brisée ou endommagée ; leur fût est, en outre, criblé de blessures trop petites pour être apparentes sur la photographie.
- leur dévastation a été d’autant plus intense que les lieux boisés sont tout naturellement choisis par les belligérants pour y établir des centres de résistance ou pour y dissimuler des batteries, que l’ennemi bombarde avec furie, — tout naturellement encore. Il suffit de lire les « communiqués » pour voir l’importance qu’ont eue dans les sanglantes batailles de cette guerre les forêts des Vosges alsaciennes et lorraines, celles du Bois-le-Frêtre, de la Gruerie et de tant d’autres, ou même de petits bois de modeste étendue comme ceux que l’on rencontre dans la vallée de la Somme.
- Onsedoutedu « marmitage » efîrené que nos pauvres peuplements forestiers ont dû subir soit de l’artillerie ennemie, soit de la nôtre.
- Les ravages sont littéralement effroyables, il ne faut pas se le dissimuler. Il ne faut pas non plus perdre courage et croire que ces forêts sont détruites.
- arbres peuvent être anéantis ou mis dans un état tel qu’il est avantageux et nécessaire de les couper à brève échéance, mais il y a une chose que ni les obus ni la pioche du terrassier militaire ne peuvent détruire du jour au lendemain, c’est le sol forestier.
- Le sol forestier est la terre du lieu que la forêt elle-même a pendant de longues années modifiée peu à peu pour la rendre plus apte à assurer sa propre régénération naturelle, donc sa perpétuité : chaque année, en effet, une épaisse couche de feuilles mortes (5500 kgparhect.) est tombée des arbres, formant une litière, qui s’est décomposée en terreau, lequel, en se mélangeant à la terre minérale, a considérablement amélioré ses qualités physiques et chimiques (J). Ce n’est pas tout : la fraîcheur du sol forestier y attire de
- 1. Les travaux de M. le professeur Henry ont établi que les feuilles mortes fixent l’azote atmosphérique et,, par
- 26 — 401,
- 44* Année — 2° Semestre-
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- 402 RESTAURATION DES FORÊTS DÉVASTÉES
- nombreux invertébrés, lombrics, myriapodes, etc.... qui le perforent de leurs galeries et entretiennent sa porosité : pour peu qu'un couvert quelconque, — fut-ce meme seulement ce'ui d’une végétation arbustive, —parvienne à se maintenir, ces animaux poursuivront leur travail, qui met un terrain boisé dans une situai ion tout autre que celle d’un terrain nu, friche, lande, etc....
- Bien plus, le sol forestier, après le recépage de tous les arbres qui le couvraient, renferme des souches d’essences feuillues prêtes à émettre des rejets, — des racines dont certaines (celles des ormes, des trembles, des cerisiers, des robiniers faux-acacias, par exemple) sont à même de produire des rejets d’une nature spéciale (drageons), — des semences prêtes à germer.
- Tout cet ensemble constitue T état boisé, conséquence tout à la fois de la nature spéciale du sol forestier et du couvert assuré par les frondaisons des arbres qui abritent le sol contre les effets asséchants du vent et des radiations solaires. Les dommages résultant des faits de guerre peuvent avoir anéanti ce couvert, mais le sol forestier subsiste avec ses qualités qui, sans doute, disparaîtraient à la longue, une fois que le terrain serait exposé sans protection aux effets pernicieux de l’asséche-ment (Q, mais qui ne s’atténuent que très lentement et survivent toujours pendant plusieurs années à une coupe à blanc-étoc.
- En d’autres termes, le fait qu’un terrain était boisé constitue un acquit très considérable, facilitant énormément la reconstitution d’une nouvelle forêt. Ce serait une faute grave de ne pas l’utiliser, et il convient de le faire Je plus tôt qu'il sera possible, les qualités propres à un sol forestier survivant assez longtemps, je l’ai dit, mais non.pas éternellement à la destruction des peuplements qui l’abritaient. Je suis persuadé que les propriétaires de forêts dévastées ne perdront pas courage et tiendront à honneur de rétablir l’ancien taux de boisement de tout le Nord-Est de la France, qui dépassait 20 pour 100. e ne doute pas d’ailleurs que tous les Français se solidarisent avec eux et consentent quelques sacrifices pécuniaires pour qu’il soit possible de distribuer aux sinistrés les dommages de guerre auxquels ils ont droit.
- Sans aucun doute, les terrains dévastés se reboiseraient spontanément grâce aux semis, aux rejets et aux drageons qui apparaîtraient de toutes parts. A fortiori, les petites trouées ouvertes çà et là dans Jes peuplements par l’explosion d’un obus isolé seraient-elles bientôt comblées , par la végétation forestière spontanée. Mais ce n’est pas un motif pour se croiser les bras et attendre patiemment
- conséquent, enrichissent le sol forestier en produits azotés. Quant à la potassé, à l'acide phosphorique, etc., les feuilles en contiennent qui sont puisés par les racines des ,arbres à des profondeurs considérables et, après la chute de ces feuilles, se mélangent aux couches superficielles du sol.
- 1. Sous l’influence d’une vive insolation, les éléments orga-
- que la forêt veuille bien panser toute seule les blessures faites par les Boches. Il est indispensable, au contraire, que l’activité humaine s’emploie à la seconder. Voici pourquoi :
- La forêt peut évidemment se réinstaller toute seule sur un sol forestier dont elle a été momentanément évincée, mais elle y parvient par des méthodes à elle, qui ne sont pas sans quelques inconvénients. Certes, ces méthodes sont bonnes; ce n’est pas un sylviculteur qui osera prétendre le contraire, mais elles sont longues : la forêt, agissant par ses seuls moyens, est légèrement égoïste : elle travaille pour elle et non pas pour... son propriétaire!
- Son procédé est ordinairement le suivant : une végétation d'arbustes s’installe tout d’abord pour couvrir le sol, c’est-à-dire pour parer au plus pressé, tout comme, si je ne me trompe, — je ne suis pas chirurgien, — un cal osseux provisoire recouvre d’abord les extrémités en contact des deux fragments d’un os brisé. Plus tard seulement des arbres émergent du milieu de ces arbustes et peu à peu deviennent assez nombreux pour constituer à eux seuls un peuplement complet, sous le couvert duquel disparaissent les végétaux arbustifs. Encore ce peuplement, composé d’essences quelconques, souvent peu longévives, saules, trembles, coudriers, etc.... n’a-t-il pas une valeur économique bien considérable, et demande-t-il de longues années pour s’améliorer.... Pendant tout ce temps le propriétaire ne trouve rien à récolter dans sa forêt, sauf, peut-être, quelques fagots d’une valeur vénale bien faible aujourd’hui. Son intérêt serait, au contraire, de récolter dans la forêt reconstituée du bois d'œuvre et de le faire à échéance aussi brève que possible. On peut y parvenir, mais il faut pour cela s’armer d’une pioche et se mettre résolument au travail.
- Avant tout, il faut se rendre un compte exact de l’importance des dommages. Parmi les arbres atteints par les projectiles ou par les outils des terrassiers militaires, les uns sont complètement brisés ou coupés, les autres simplement meurtris. Dans le premier cas, l’arbre est évidemment perdu sans retour ; pourtant, s’il appartenait, à une essence feuillue, il convient de recéper soigneusement et rez-terre l’étoc resté debout et qui le plus généralement dépasse le sol de quelques décimètres ou même plus ; il suffit alors que l’arbre ne soit pas I rop âgé pour que des rejets émergent de sa souche (*). Quand il s’agit de résineux, on ne peut espérer l’évolution d’aucun rejet. l'cur.aiil, s’il existe dans le voisinage des peuplements résineux encore sur pied, il est à recommander de recéper les étocs
- niques de la couverture morte fondent, littéralement, par suite d’une oxydation excessive. Sous l'influence du dessèchement, les lombrics et autres invertébrés fouisseurs meurent ou émigrent.
- 1. Un éloc émettrait bien des rejets, mais ceux-ci n’auraient pas grande valeur, car, trop éloignés du sol, ils ne pourraient se constituer un enracinement qui leur soit propre.
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- pour éviter qu’ils servent de lieux de ponte, où risqueraient de se multiplier des insectes fort nuisibles. Quand l’arbre n’est que blessé (branches brisées, perforations de son écorce par des éclats d’obus ou des balles, etc...), la question peut se poser de savoir s’il convient ou non de le conserver sur pied. Je n’hésite pas à dire que dans la plupart des cas, l’abatage est à conseiller : les blessures dont l’arbre est atteint sont généralement, en effet, des plaies à bords déchiquetés, grâce auxquelles des champignons parasites pourront presque toujours pénétrer dans les tissus qu’ils auront tôt fait de désorganiser. Un arbre mutilé est inapte à produire dans l’avenir le bois sain qui peut seul être vendu comme bois d’œuvre; on a tout intérêt à le faire disparaître pour planter à sa place un sujet vigoureux.
- Une fois exploités les arbres qu’il ne convenait pas de laisser sur pied, on se trouve en présence de vides plus ou moins étendus, qu’il s’agit de combler en y plantant des essences avantageuses. Il faut entendre par là :
- 1° Que ces essences favoriseront l’œuvre de reconstitution naturelle de la forêt en arbres appartenant aux espèces spontanées, ou, tout au moins, ne l’entraveront point par un couvert excessif de leurs cimes;
- 2° Qu’elles seront susceptibles de fournir à brève échéance du bois d’œuvre estimé, dont la vente permettra au propriétaire d’attendre que sa forêt soit rétablie sur son plan primitif.
- Deux cas bien distincts doivent être envisagés successivement :
- 1° Le vide consécutif aux exploitations occupe un grand espace d'un seul tenant-,
- 2° Le vide est de minime étendue et bordé de peuplements restés sur pied, dont la hauteur suffit à intercepter une quantité notable des radiations solaires. Un peut considérer comme tel tout vide dont le diamètre n’est pas supérieur au double de la hauteur des arbres qui l’entourent.
- 1er cas. — Le vide étant largement éclairé et, d’autre part, ne bénéficiant d’aucun abri qui le protège contre le dessèchement ni contre les gelées printanières, il est possible et nécessaire d’y planter une essence à tempérament robuste et ne souf-
- frant pas des gelées. D’autre part, notre intention est d’installer une essence qui produise du bois d’œuvre à brève échéance. Enfin nous poursuivons le but de faciliter la réinstallation naturelle des essences qui existaient primitivement dans la forêt et cette considération nous conduit à préférer la plantation d’une essence transitoire dont le couvert soit assez léger pour ne pas entraver le développement des semis de chêne (Q dont les semences existaient dans le sol forestier, non plus que celui des rejets issus des souches des arbres recepés. Un assez grand nombre de Pins répondent simultanément à tous ces desiderata et je crois pouvoir recommander tout spécialement leur emploi : en terrain calcaire superficiel, le pin noir est particulièrement indiqué; le pin sylvestre, au contraire, donnera les meilleurs résultats sur les sols sablonneux; une espèce exotique, enfin, lapin de Banks, d’une rusticité absolue et acceptant indiffé-remment tous les sols, même les plus stériles et les plus superficiels, se recommande par la facilité de sa « reprise » après la plantation, sa résistance à la sécheresse et la rapidité de sa croissance en hauteur ; il est malheureusement douteux qu’il fournisse des produits aussi rémunérateurs que le pin noir ou le pin sylvestre. Il convient de ne pas perdre de vue que tous ces pins sont des essences de lumière, c’est-à-dire qu’ils ne prospèrent que si leurs jeunes cimes sont largement éclairées : il faut donc faire une plantation peu serrée — à l’espacement minimum de 1 m. 50 en tous sens. Etant donné que des feuillus, semis ou rejets apparaîtront bientôt spontanément sur le sol et contribueront à protéger celui-ci contre le dessèchement, on pourra même le plus souvent adopter sans inconvénient un espacement plus considérable — o m. par exemple, — ce qui fera une économie sérieuse (2).
- En tout cas, pendant les années qui suivront, la plantation, des éclaircies se succéderont pour dï-minuer le.nombre des pins au fur et à mesure que,
- 1. Si l’éclairement suffit au développement du chêne, céïùf des essences d’ombre (hêtre, sapin) ou d’exigences moyennes' (charme, érable, etc...) sera possible, a fortiori.
- 2. Le nombre de plants utilisés^ à l’hectare est d’environ 4400 si l’espacement est de 1 m. 50 et de 1100 si l’espacement est de 5 mètres.
- Fig. 4. — Peuplement forestier complètement saccagé : la plupart des arbres sont tombés; les quelques survivants devront être immédiatement abattus; la conséquence du dommage sera la création d’un vide de grande étendue.
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- d une part, leurs cimes deviendront plus étolîées et que, d’autre part, les essences feuillues se développeront-. Les . produits de ces diverses éclaircies seront d’une vente facile, ceux des premières comme étais de mines ou poteaux télégraphiques (4), ceux des dernières comme bois de charpente ou bois de sciage : il sera donc facile d’aménager les exploitations de pins de façon à assurer une production ininterrompue de bois d’œuvre jusqu’au moment où la forêt feuillue, pleinement reconstituée, sera susceptible d’en fournir elle-même (1 2).
- 2e cas. — Quand il s’agira de vides de minime étendue, les pins dont nous venons de parler ne pourront être avantageusement utilisés : exigeant, en effet, un éclairement intense, ils ne pourraient prospérer si on les plantait au fond d’un « puits de verdure(3 * 5) ». Il convient donc d’utiliser une essence se contentant d’un éclairement moyen ou même faible.
- D’autre part, le désir d’obtenir du bois d’œuvre à brève échéance nous conduit encore à préférer un résineux ; il vient alors immédiatement à l’es-
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- prit l’idée d’utiliser le sapin ou l’épicéa, qui sont les deux grandes essences de nos montagnes françaises (4), et qui acceptent avec suffisamment d’aisance le climat des plaines et des coteaux du Nord-Est de notre pays, du moins quand ils sont introduits dans une forêt existante, où l’humidité de l’atmosphère et celle du sol sont plus grandes que dans une station découverte. Et de fait ces arbres semblent tout indiqués pour être plantés au milieu des trouées même les plus étroites, un abri latéral leur étant favorable bien plutôt que nuisible. Ils fournissent d’ailleurs rapi-
- 1. D’ailleurs tous ces pins fournissent un bois de chauffage assez estimé.
- 2. Ces pins auront une excellente végétation, car ils seront largement éclairés puisqu’ils domineront les feuilles, tandis
- que ceux-ci, couvrant le sol, entretiendront une fraîcheur
- éminemment favorable dans les couches superficielles du terrain.
- 5. Le pin noir pourrait, peut-être, convenir à cet emploi, car il exige moins de lumière que la plupart de ses congénères et, d’autre part, j’ai pu constater que le bois du pin noir renferme peu de nœuds et se prête bien aux emplois industriels lorsque l’arbre s’est développé au milieu d’essences feuillues dont le couvert a provoqué un prompt dépérissement de ses branches basses. Employé dans ces conditions, il fournirait, très probablement, des produits bien supérieurs en
- dement des produits intéressants par leur quantité comme par leur qualité; on pourrait seulement objecter que leur couvert pourra devenir gênant ultérieurement pour le développement des essences feuillues qui se trouveront dans leur voisinage. Cette crainte ne me parait pas suffisamment fondée pour exclure leur emploi : d-’une part, en effet, ces résineux seront trop peu nombreux pour que leur influence puisse être très sensible sur l’ensemble du peuplement (s) ; d’autre part, il ne faut pas oublier que si leur couvert est très épais, la forme pyramidale de leur cime fait qu’ils tiennent en définitive assez peu déplacé,
- — beaucoup moins que les hêtres dont la cime est tout aussi opaque et bien plus étoffée, et que l’on réserve pourtant, — avec beaucoup de raison,
- — dans les taillis-sous-futaie dont le sol, trop superficiel, ne convient pas à la culture du chêne.
- Ayant à choisir entre le sapin et l’épicéa, à laquelle de ces deux essences faut-il donner la préférence? Cela dépend du tempérament du... propriétaire. Comme je l’expliquerai plus loin, je crois l’ù-tilisation du sapin plus logique au point de vue cultural, mais celle de l’épicéa serait peut-être plus avantageuse au point de vue commercial. Aux personnes « pressées », en tout cas, je conseille l’épicéa, parce que, dans la jeunesse, il croît en hauteur beaucoup plus vite que le sapin. Mais ce dernier présente l’avantage —^ fort important — de supporter bien mieux que l’épicéa les étés chauds et secs des stations de faible altitude(e). Sans doute, il se développe tout d’abord avec une lenteur désespérante; mais, au bout de quelques
- qualité à ceux que l’on est accoutumé d’attendre de lui. La chose vaudrait la peine d’être essayée.
- 4. Il ne saurait être question du mélèze qui exige encore plus de lumière que le pin sylvestre.
- 5. Je n’aurais pas conseillé de les utiliser en grand nombre dans les vides de vaste étendue où l’on doit compter sur l’évolution de rejets ou de semis naturels d’essences feuillues.
- 6. Il y soulfre moins que l’épicéa des invasions d’insectes ou de champignons parasites. Encore ne faut-il pas exagérer l’inconvénient de celles-ci quand il s’agit de l’épicéa : cultivé à l’état isolé au milieu de feuillus, l’épicéa est beaucoup moins exposé de ce chef qu’à l’état de massif pur; il ne l’est même nullement au point de voir là une raison de ne pas l’utiliser.
- Fig. 5. — Perclus de hêtre dont la plupart des arbres sont restés debout, mais sont mis dans un état tel qu’ils devront être tous abattus à brève échéance. La conséquence du dommage sera encore la création d'un vide de grande étendue.
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- années, son activité se réveille et, se contentant d’un éclairement moindre que n’importe laquelle de nos grandes essences forestières, il arrivera toujours à sortir du puits de verdure au fond duquel il aura d’abord semblé perdu.
- Cette plantation de sujets isolés au milieu de trouées ouvertes çà et là dans les peuplements forestiers est une excellentema-nière d’installer le sapin dans les forêts feuillues où il n’existe pas spontanément.
- Peut-être agirait-on sagement en profitant des blessures faites à nos peuplements par les obus boches pour les enrichir par l’introduction du sapin.
- « A quelque chose malheur est bon! » Nous avons une excellente occasion de mettre à profit cet adage....
- Je ne veux pas allonger démesurément cet article ; je me contenterai donc de signaler brièvement les avantages de diverses essences qui pourraient aussi nous rendre des services. Auparavant je dois m’excuser de deux choses, d’abord de parler d’essences exotiques, le momen pouvant paraître mal choisi pour entreprendre des expériences, ensuite de citer des Boches à l’appui de ma thèse. En ce qui concerne les essences exotiques, il faut toujours être très prudentdansleur emploi qui appartient encore au domaine de l'expérimentation; pourtant certaines d’entre elles sont aujourd’hui suffisamment connues et répandues pour que leur acquisition ne soit pas beaucoup plus dispendieuse que celle d’essences indigènes (*)
- 1. Lorsqu’il s’agit seulement de planter quelques sujets, çà et là, dans des trouées, une différence de 1 ou 2 fr. dans le prix
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- et pour qu’on soit certain d’obtenir avec elles des résultats au moins passables.
- Quant aux Boches, en ma qualité de Nancéien j’ai vu tomber leurs obus d’assez près pour ne pouvoir être accusé d’avoir pour eux la moindre sympathie ; mais n’est-il pas de bonne guerre de
- leur prendre ce qu’ils peuvent avoir de bon, fort peu dechose, il est vrai....
- Je citerai donc comme très intéressants le sapin Concolore [Abies concolor Lindl. et Gord.] (2) et le sapin de Douglas (Pseudolsuga Douglasii, Carr ). Le premier présente sur notre sapin indigène l’avantage de résister beaucoup mieux aux étés très chauds et très secs, de braver impunément les hivers exceptionnels les plus rigoureux qui endommagent parfois l’espèce indigène quand on la cultive en pays de plaine, enfin d'être mis par sa végétation tardive en état d’échapper presque toujours aux dommages des gelées
- printanières. Je n’ignore pas que des forestiers di tingués conseillent la « méfiance » à l’égard du sapin Concolore. Pourquoi!., ls ne le disent pas, tandis que 'ai constaté chez Ions les auteurs américains, français, belges et... allemands une complète unanimité à proclamer la complète rusticité du sapin Concolore. Originaire des régions occidentales de l’Amérique du Nord, le sapin Concolore a été introduit dans le Nord-Est des États-Unis, où il a résisté aux hivers très froids de ce pays, dont le climat est au contraire funeste à la plupart des ré'ineux provenant
- du cent de plants est peu sensible. —- 2. Je ne parle que de l’espècc-type et non de sa variété lasiocarpa, moins rustique.
- Fi Z- 6. — Perchis dans lequel quelques arbres seulement ont élé brisés par l'explosion d’un obus isolé (au milieu de la figure). Leur exploitation' aura pour conséquence la création d'un vide de minime étendue.
- Fig. ?• — Simple trouée faite par un obus isolé dans un peuplement de iaillis-sous-futaie, ayant pour conséquence la création d'un vide de minime étendue.
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- de* Etats tributaires de l’Océan Pacifique. Le bois du sapin Concolore est de qualité médiocre, il est vrai, mais il est probable qu’il équivaudrait à peu près au bois du sapin indigène cultivé en région de très faible altitude. Le sapin Concolore fait preuve dans sa jeunesse d’une croissance en hauteur très supérieure à celle de l’espèce indigène et comparable à celle de l’épicéa; il paraît aussi devoir acquérir rapidement un fort diamètre, c’est-à-dire être avantageux par la quantité, sinon par la qualité dubois d’œuvre qu’il fournira.
- Le sapin de Douglas, lui, pousse vite et en même temps fournit du bois d’œuvre de première qualité. Si sa rusticité était aussi certaine que celle i'u Sapin Concolore, il conviendrait de lui donner la préférence sans hésiter. Malheureusement on n’est pas encore très bien fixé à cet égard. Dans une publication boche J. Booth affirme sa résistance à des froids prolongés de —50° et dit l’avoir vu rester indemne à côté de pins sylvestres gelés (!). Je crois certes plus volontiers à la véracité des affirmations de J. Booth qu’à celle des « Communiqués » de l’Etat-Major de son pays. Et pourtant?.!. Il est incontestable qu’en 1879-1880 il y a eu des Douglas gelés en France. Il s’agissait, je le veux bien, d’arbres de parcs, isolés, tués par une insolation assez vive succédant à une forte gelée nocturne. Peut-être aussi ces sujets étaient-ils issus de graines récoltées sous les climats les plus doux des côtes du Pacifique, alors que des sujets appartenant aux nombreuses races locales adaptées aux
- LA GUERRE ET
- Les Allemands ont essayé de justifier cette guerre en lui donnant un prétexte biologique : la lutte pour la vie et la survivance des plus aptes. Leur théoricien de guerre, le général von Bernhardi, l’a exposé à diverses reprises de la manière la plus nette : « La loi de la nature à laquelle toutes les autres peuvent être réduites est la loi de la lutte ». o Dès la première apparition de la vie, la guerre a été la base de tout sain développement; la lutte n’est pas seulement un principe destructeur, mais aussi un principe qui favorise la vie. La loi du plus fort domine partout. Les formes survivent qui sont capables de s’assurer les conditions les plus favorables à la vie, les plus faibles succombent. » Et ailleurs Bernhardi ajoute : « Ou que nous regardions dans la nature, nous trouvons que la guerre est la loi fondamentale de l’évolution ». Cette grande vérité, qui avait été déjà reconnue dans les siècles
- 1. Celte lenteur de croissance me semble, à vrai dire, avoir été exagérée et n’être que relative par rapport à celle de l’espèce-typo, qui est exubérante. Des arbres de la race du Co'orado, bien caractérisés, et âgés d’une quinzaine d’années, ont maintenant dans la Haute-Saône, sur sol argilo-calcaire, des pousses annuelles d’environ 30 cm de longueur. Sur ces mêmes sols argilo-calcaires du Bajocien,
- E DARWINISME —.......................... =
- climats continentaux de l’intérieur du pays auraient pu résister. Tout cela est très probable; il n’en est pas moins vrai que pour être assuré de la rusticité complète du Douglas il faut, pratiquement, utiliser la seule race de cette espèce dont le Commerce offre des sujets d’origine certaine : celle du Colorado, dont la croissance un peu lente fait perdre une partie des avantages de l’essence (‘).
- A chacun de choisir suivant ses goûts, mais je me permets de conseiller aux propriétaires qui sont à même de le faire, de profiter de l’occasion pour tenter des essais.
- Pour terminer, je dirai aux personnes qui préfèrent les feuillus aux résineux que plusieurs parmi les premiers, peuvent être substitués aux seconds.
- Ainsi, dans le cas de vides d’une grande étendue à reboiser, le bouleau et le robinier faux-acacia peuvent être substitués aux pins ; dans le cas de petites trouées éparses, on peut y planter, au lieu de sapin ou d’épicéa, un hêtre, ou même, plus avantageusement, un frêne ou un érable sycomore, ce dernier surtout, qui se contente d’un assez faible éclairement (2).
- Aucune essence ne doit être négligée dans l’œuvre si considérable et si nécessaire qu’il va falloir entreprendre pour restaurer les malheureuses forêts de tous les pays belges et français d’en deçà du Rhin. . ,
- A. .loi,VET,
- Professeur à l’École Nationale des Eaux et forêts.
- E DARWINISME
- passés, a été démontrée d’une manière convaincante dans les temps modernes par Charles Darwin. Il a prouvé que la nature est gouvernée par la lutte incessante pour l’existence, par le droit du plus fort et que cette lutte dans sa dureté apparente produit une sélection en éliminant les faibles et les nuisibles.
- Nous pourrions attendre la fin de la guerre pour montrer aux Allemands le danger de leur soi-disant loi en la leur appliquant, mais les biologistes des pays alliés ont tenu à protester tout de suite contre l’inexactitude, la fausseté de cette conception brutale et cruelle. De toutes parts des voix autorisées se sont indignées de ce travestissement germanique des théories darwiniennes.
- Parmi eux un dès élèves et des continuateurs du grand naturaliste anglais, M. P. Chalmers Mitchell, secrétaire de la Société Zoologique de Londres, vient
- l’espèce-type a, d’ailleurs, une végétation remarquablement belle.
- 2. Le chêne, malheureusement, exige trop de lumière pour être utilisable ici. J’ajoute, à ce propos, que le Sapin Concolore et le Sapin de Douglas, dont je parlais plus haut, ont, au point de vue de la lumière, des exigences voisines de celles de l’épicéa (plutôt que de celles du sapin).
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- =r~' = LA GUERRE ET
- de réfuter avec énergie et bon sens la monstrueuse théorie biologique des militaires allemands.
- Non, la guerre actuelle n’est pas une nécessité de la nature. L’évolution n’est pas la guerre, le struygle for Life n’est que 1’elïort pour vivre et non la nécessité de tuer. Et puis alliés =et ennemis sont-ils donc des êtres d’espèces différentes? Ou même de races ? Et n’y a-t-il pas une autre grande hypothèse biologique, l’entr’aide de lvropotkine, qui s’appuie sur nombre de faits directement opposés aux hypothétiques justifications de Bernhardi.
- M. Chalmers Mitchell s’est posé ces questions et y a répondu dans un petit livre dont la traduction française vient de paraître Q).
- 11 commence par signaler l’absurdité de cette conception de la guerre, base de tout développement. Comment, en effet, des êtres se perfectionneraient-ils « non pas en développant leurs propres qualités, mais en exterminant tous leurs concurrents » ? On ne voit pas, en effet, quels progrès pourraient en résulter, si ce n’est le développement de plus en plus grand de la force. Et cette question nous fait sentir la différence qui existe entre l’évolution et la lutte pour la vie. Qu’on admette l’é\o-lution progressive et lente qu’imaginait Darwin ou l’évolution discontinue par sauts brusques qu’ont prétendu les mendéliens, qu’on la voit comme la lente avancée d’un immense flux ou comme la suite des ressauts de mille petites vagues l’évolution ne peut s’expliquer par la lutte. Elle est une chevauchée dans l’inconnu, une marche dans une direction que nous ne pouvons comprendre et ce n’est pas par la guerre entre espèces ou par la guerre entre individus qu’on pourra l’expliquer.
- Dirait-on que les ammonites des mers secondaires ont disparu par suite des luttes qu’elles se livraient, soutiendrait-on que les reptiles monstres, diplodocus et autres se sont éteints à cause d’un ennemi plus puissant? N’y a-t-il pas mille autres raisons plus valables? La lente transformation de chaque espèce, les moditications du milieu où elle vit, les forces inconnues qui dirigent sa destinée, la rendant féconde ou infertile, naine ou grandissante, etc.... La lutte pour l'existence n’est qu’une des faces de l’immense problème, un détail de l’ensemble dont iL ne faut pas exagérer la valeur.
- M. Chalmers Mitchell fait justement remarquer que jamais Darwin n’a conçu la survivance des plus aptes comme étant la victoire de ceux qui sont les plus cruels, les plus méchants, les mieux armés, mais bien des mieux adaptés à leur milieu, au climat, à la nourriture de la région où ils vivent. « On n’a jamais supposé qu’une espèce avance en rangs serrés contre une autre espèce, les loups contre les ours, les aigles contre les vautours, les sapins contre les hêtres et ainsi de suite. »
- M. Chalmers Mitchell cite trois exemples typiques
- 1. P. Chalmers Mitciiell. Evolution and tke War. John Murray, éditeur, Londres. Traduction française par M. Solo-vine. Alcan, éditeur, Paris.
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- de la forme exacte de la lutte pour la vie et de la survivance des plus aptes. Il y avait autrefois en Australie, comme seul gros mammifère, un marsupial, le thylacine qu’on ne trouve plus aujourd’hui qu’en Tasmanie. A l’arrivée des blancs, ils ne trouvèrent dans la grande île qu’une sorte de chien, le dingo. Comment la substitution du dingo au thylacine s’était-elle opérée? Rien que nous ne connaissions pas les détails de ce changement, nous ne pouvons le considérer comme une guerre d’extermination, mais bien plutôt comme une concurrence où le thylacine fut vaincu par manque d’adaptation au milieu ou par quelque maladie particulière.
- L’exemple des rats cités par Darwin est ercore plus concluant. On sait que dans toute l’Europe le rat brun s’est mis à pulluler tandis que le rat noir diminuait de nombre. Mais on n’a jamais vu en liberté de luttes sanglantes entre les deux espèces et la multiplication des rats bruns est uniquement due au milieu favorable qu’ils trouvent dans les égouts, dans les canaux, dans tous les trous creusés par l’homme.
- Les diverses espèces de blattes orientale, allemande et américaine, après avoir envahi le monde entier se sont localisées en certains points sans que nous en trouvions l’explication dans des guerres acharnées.
- Pourquoi, par exemple, la blatte orientale a-t-elle pullulé en Allemagne et en Angleterre, tandis que l’allemande a colonisé l’Amérique?
- Dans le cas des parasites même oh il semblerait qu’il y ait antagonisme avec l’hôte, il ne peut cependant y avoir entre eux guerre à mort sans que le parasite lui-même disparaisse.
- Si de ces exemples pris au hasard des rapports d’animaux d’espèces différentes, nous passons aux animaux de même espèce nous ne trouverons pas plus de traces de guerre biologique. Les sociétés des abeilles, des fourmis, des guêpes, des termiies, celles des pingouins, des canards ne nous fournissent aucun exemple de lutte. Nulle part, nous ne trouvons rien qui ressemble à la guerre actuelle.
- Ge n’est pas non plus dans chaque famille que nous trouverons l’exemple de la lutte d’extermination. Si dans une famille, certains enfants disparaissent tandis que d’autres atteignent aisément l’âge adulte, si certains ont une nombreuse descendance tandis que d’autres sont les derniers rejetons de leur lignée, qui ne sait que tous ces faits s’expliquent sans avoir recours à la force, à la guerre et par des raisons toutes différentes.
- Question de races? Nous ne voyons nullement les diverses races de chiens, ou de moutons ou de bœufs, en conflit nécessaire. Et puis, malgré leur prétention d’être une race élue, supérieure, directrice, les Allemands ne sont comme nous qu’un mélange d’hommes des races nordique et alpine ; leurs caractères ethniques ne les différencient point. Seule leur conception prussienne et militariste de;
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- l’État les a peu à peu éloignés des nations civilisées de l’Europe, et il faut espérer que ce n’est là qu’un caractère acquis qui ne se transmettra plus aux générations futures.
- D’ailleurs, je ne sais pas jusqu’à quel point les obs< rvations qu’on ferait sur des animaux pourraient s’appliquer aux hommes, puisque'ceux-ci présentent un développement de l’intelligence, une conscience morale qui empêcheraient de justifier leurs mauvaises actions par l’exemple des animaux inférieurs. Si les lions sont féroces, si les loups sont cruels, si les renards sont fourbes, ce n’est pas une raison our que nous le soyons.
- Quelle raison biologique les théoriciens allemands de la guerre pourraient-ils donc invoquer pour la justifier?
- Si, renonçant à justifier la guerre par des raisons biologiques, nous examinons ses effets sur la race, le peu que nous en savons ne nous la montrera pas comme un heureux facteur de sélection.
- Darwin disait déjà : « Dans tout pays ou il existe une armée permanente, les jeunes gens les mieux constitués sont incorporés par la conscription. Ils sont ainsi exposés à une mort prématurée pendant la guerre, sont souvent tentés par le vice et empê-
- chés de se marier à la fleur de l’âge. Et d’autre part, les hommes plus faibles et plus petits, doués d’une mauvaise constitution, ont toutes les chances de se marier et de propager leur espèce ».
- M. Chalmers Mitchell a rassemblé de nombreux témoignages des conséquences désastreuses de la guerre pour la race, de la sélection régressive qu’elle occasionne et il est, hélas ! fort à craindre que cette époque-ci n’en fournisse d’autres, des plus navrants. Déjà, en 1870-71, on avait noté 75 000 mariages de moins qu’en temps normal et les conscrits de 1890-1892, nés pendant la guerre ou aussitôt après, se firent remarquer par leur petite taille, la fréquence de leurs tares et le nombre des réformes qu’il fallut prononcer.
- L’avenir nous dira l’effet de la guerre présente . sur la race, mais qui ne se rend compte dès maintenant qu’elle n’est pas une cause d’amélioration.
- Ainsi, qu’on examine la guerre dans ses effets ou qu’on la considère àla lumière des faits biologiques acquis, rien ne peut scientifiquement la justifier.
- Elle n’est et ne sera jamais pour nous que la manifestation de l’indignation de notre conscience outragée, la révolte de la morale violée, la défense contre la mort. René Merle.
- LES ASSURANCES PRÉVENTIVES CONTRE L’INCENDIE AUX ÉTATS-UNIS
- Quand on dit en Europe qu’on s’assure contre l’incendie on emploie un terme impropre puisque les Sociétés avec lesquelles on fait un contrat ne vous sauvegardent pas du feu, mais se contentent de vous en payer les dégâts.
- AuxÉtats-l'nis, au contraire, il existe des entreprises, qui ont adopté la forme de sociétés mutuelles, dont la préoccupation maîtresse est de prévenir les incendies à l’aide d’ins talla tions techniques ingénieusement étudiées. La diffusion considérai) le qu’elles ont réalisée par suite de leur efficacité reconnue mérite de fixer notre attention.
- L’origine en est déjà ancienne. En 1835, un propriétaire de tissage à Allendale dans le Massachusetts, du nom de Zaccharie Allen, qui était eu même temps un mécanicien remarquable, auteur de nombreuses inventions, non seulement dans son ndustrie, mais dans toute la région nord-améri-
- caine (il fut le premier à jauger le débit du Niagara) avait étudié méthodiquement les causes des incendies et adopté certains moyens de les prévenir. Ayant engagé à cet objet de fortes dépenses, il crut
- devoir réclamer à ses Compagnies d’assurances des réductions, puisqu’il avait diminué leurs risques. Celles-ci s’y refusèrent.
- Sans se décourager il se mit à visiter les industriels de sa région et leur persuada d’adopter ses procédés de sauvegarde contre le feu et de s’unir pour s’assurer mutuellement. Ainsi fut créée la première mutuelle incendie, sous le titre de Manufacturer Mutual fire insurance C° of Providence, Rhode lsland.
- Maintes autres mutuelles analogues furent fondées successivement à son exemple.
- La Société Àrkwright C°, qui a célébré en 1910 le cinquantenaire de sa création, est le résultat de la
- lagastn
- Fig. i. — Plan d'une installation contre Vincendie. Un feu s'étant déclaré dans le magasin /, les robinets automatiques marqués en noir ont fonctionné et l’incendie s’est arrêté avant d’atteindre les magasins 2 dont les robinets marqués en blanc n’ont pas fonctionné.
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- usion de toutes ces entreprises. Ce jour-là elle a pu annoncer qu’elle avait fait tomber pour l’industrie le prix de la prime annuelle par lOOJdollars, de 40 cents à 4 cents 1/5 (par 500 fr. de 2 fr. à 20 c. 5).
- Pendant ce demi-siècle, les mutuelles réunies avaient assuré 5 milliards 680 millions de dollars; les pertes totales n’ont été que de 5 millions 118 000 dollars, et elles ont pu rendre aux assurés 84,5 pour 100 des primes qu’elles avaient préalablement encaissées, aujourd’hui cette proportion s’élève à 94 pour 100. On peut dire que toutes les chances d'incendie sont éliminées grâce à l’organisation et aux appareils que Y Arkwright met en œuvre. Je rappelle ici qu’Arkwrighl est bien connu dans l’industrie du tissage grâce au métier qui porte son nom.
- Pour y parvenir, l’Arkwright préconise et impose à ses assurés simultanément deux conditions : d’abord un mode de construction déterminé ; plus de toitures surélevées à charpentes inclinées en bois, mais des terrasses ou des toitures basses en matériaux incombustibles; secondement, elle établit dans toutes les usines un agencement spécial de pompes pouvant envoyer de l’eau dans toutes les parties de l’établissement, et comme secours à ces pompes, doivent être installés des réservoirs aériens constamment pleins d’eau qui se trouve ainsi partout en charge dans les tuyauteries.
- Mais l’appareil fondamental sur lequel repose la sécurité est le sprinkler.
- C’était primitivement des tuyaux fixes, perforés d’une multitude de trous,« que l’on disposait sous le plafond des ateliers, de telle façon qu’ils pouvaient au moment voulu projeter l’eau en pluie; son entrée en action était autrefois commandée à la main ; aujourd’hui elle est automatique.
- Les sprinklers automatiques détrônèrent les tubes perforés.
- Les premiers que l’on construisit se composaient d’un capuchon de laiton ajusté sur l’orifice et ainsi maintenu par une soudure fusible à 160° Fahrenheit (71° centigrades). Quand un commencement !
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- d’incendie se produit, l’air au plafond atteint bien vite cette température et le tuyau est décapuchon né. Alors un tourniquet hydraulique placé dans le capuchon projetait l’eau dans tous les sens. Toutefois la masse de laiton était assez forte pour que cet appareil fût lent à fonctionner.
- Aussi depuis 1875 a-t-on giné de multiples perfectionnements à ces appareils : des valves avec d’ingénieuses dispositions de bras et de leviers. Sur plusieurs centaines de brevets suc cessivement pris pour cet objet, les Compagnies n’en ont adopté que six et ce sont ceux qu’elles imposent aux assurés.
- On comprend quelles conditions délicates et compliquées ces valves ont à remplir. Il faut réaliser un type qui à la longue ne s’immobilise pas par adhérence, qui, grâce aux leviers, permette aux fusibles de s’échauffer presque instantanément, qui soit suffisamment simple et robuste, qui re-:te insensible au climat, aux intempéries, à l’humidité et cela pendant des années d’inaction.
- D’autre part, quand un incendie éclate, le sprinkler doit fonctionner dans la fumée, les vapeurs acides, en plein air comme dans n’importe quel réduit.
- Enfin le jet d’eau qu’il provoque doit atteindre tous les points de l’espace soumis à son rayon d’action. La pression de l’eau a, comme on peut l’imaginer, une grande importance et on l’a successivement augmentée de 55 livres à 250 livres par pouce carré.
- Le problème est aujourd'hui résolu et plus de 10 millions de sprinklers sont placés dans les nombreuses usines assurées par Y Arkwright.
- Il n’est pas inutile de rappeler que les principes posés par les mutuelles de préservation rencontrèrent de vives résistances tant à cause des habitudes prises et du coût élevé des installations, que de l’opposition faite par les autres Compagnies. Une des objections les plus spécieuses était que, les primes étant ainsi considérablement diminuées, les courtiers d’assurances renonceraient à leur métier et les
- Fig. 2. — Un robinet automatique de prise d’eau contre l’incendie.
- Fig. 3. — Autre modèle de robinet automatique.
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- capitalistes se détourneraient des valeurs d’assurances.
- Les. adeptes du nouveau système répondaient avec raison que prévenir un incendie c’est sauver une partie du patrimoine national et que c’est surtout éviter les pertes de temps et d’argent
- u’entraîne la reconstruction des bâtiments et du matériel. Aujourd’hui la cause est gagnée.
- Une statistique déjà bien ancienne, puisqu’elle concerne la période décennale de 1877àl887,nous apprend que 759 incendies ont éclaté dans des usines sans sprinkler et ont causé une perte de 5 707 000 dollars, avec une moyenne
- Fig. 4. -Une ancienne de 7500 dollars Par
- usine non prémunie contre sinistre, alors que
- l’incendie. dans les usines pour-
- vues de sprinkler oh ne constata que 206 incendies ou commencements d’incendies ayant occasionné 220000 dollars de pertes, soit 1080 dollars chacun en moyenne.
- Pour que l’application des sprinklers ait toute son efficacité, il faut établir sous le plafond des ateliers un véritable réseau de tubes parallèles munis chacun de plusieurs fusibles, et il faut aussi que l’eau aftlue avec une pression suffisante dans tous ces tubes. En pratique, chaque sprinkler protège 9 mètres carrés.
- Enfin on ne doit pas oublier que les sprinklers sont des appareils qu’une cause ou une autre peut empêcher de fonctionner et qu’ils doivèrtt avoir pour éléments de secours des pompes intérieures et surtout extérieures à jets puissants et des murs de séparations en matériaux incombustibles.
- Il arrive aussi que le sprinkler et les tuyaux qui les alimentent soient placés dans des locaux où la température descend au-dessous du point de congélation de l’eau. La solution de cette difficulté a nécessité d’ingénieuses recherches. Le moyen le plus employé consiste à maintenir de l’air injecté sous pression dans la partie du tuyau soumise au froid. Quand le feu se déclare, la pression de l’air en augmentant fait sauter la valve et aussitôt l’air s’échappe et l’eau, qui se trouvait reléguée par l’air dans des parties moins froides de l’établissement, se précipite dans la tuyauterie et remplit son office d’extinction.
- Mais la large application et les longues études du principe de mesures préservatrices contre le feu ont donné lieu à une institution du plus haut intérêt pratique.
- Pour qu’un établissement puisse être assuré normalement par une Mutuelle, il faut qu’elle soit certaine que les dispositions prescrites ont été prises et qu’elles sont constamment maintenues. A cet effet l’inspection fréquente et minutieuse des ateliers est le principe fondamental.
- Les inspecteurs des Mutuelles sont des agents qui ne cessent de circuler dans les établissements assurés; ils visitent minutieusement toutes les parties, non seulement des appareils disposés contre l’incendie, mais encore les agencements généraux de l’usine et de la construction. Ces visites ont lieu tous les trois mois et elles ne sont jamais exécutées deux fois de suite par le même inspecteur, afin que si certains défauts échappent à un premier ils soient découverts par les suivants. Fréquemment ils font donner l’alarme pour des simulacres d’incendie. Ils établissent à chaque visite un rapport détaillé.
- Mais l’institution des Arkwright se développant et se perfectionnant sans cesse, comme toutes choses aux États-Unis, les nombreux inspecteurs sont tenus de se réunir en conférence une fois par mois. Là sont agitées toutes les questions concernant les incendies qui ont pu éclater, leurs causes, leur sauvegarde, les nouveaux procédés proposés par les inventeurs.
- Et comme leurs travaux ne sauraient êire pratiques sans des essais et des expériences il a été fondé en 1890, par la Fédération des Mutuelles, à frais communs, un vaste laboratoire de physique mécanique et chimie où tout ce qu’on propose est recherché, essayé et expérimenté. Dans ce laboratoire travaillent des techniciens qui deviennent de véritables spécialistes en matière de protection contre le feu et de dispositions appropriées dans la construction des établissements industriels, C’est là notamment que sont éprouvés tous les sprinklers.
- A ce laboratoire on a été amené à annexer un grand atelier de dessin où s’élaborent es
- Fig. 5. — Une usine moderne munie d’une installation de protection contre l’incendie.
- plans d’usines et d’installations de sauvegarde.
- A Providence, cité mère de l’Arkwright, une formidable usine construit uniquement du matériel contre l’incendie. Elle peut fabriquer 20 mille Sprinklers par jour. Toute sa fabrication est sous le contrôle minutieux du laboratoire.
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- Ainsi s’est créé aux États-Unis un compartiment technique de premier ordre qui nous est complètement inconnu.
- Il m’a été donné de visiter et de voir en action un agencement intégral placé par les soins de l’Arkwright.
- C’était en Pennsylvanie chez un industriel français qui possède un des plus beaux et des plus vastes ateliers de tissage qu’il y ait au monde.
- Là ont été appliqués jusqu’aux plus rigoureux détails les appareils de la Mutuelle de Providence. Outre les Sprinklers qui avec leurs tuyauteries
- marchandises. En quelques secondes le fusible fondit et fut projeté, l’eau se répandit en une averse abondante dans le rayon de l’appareil. En courant dans le tuyau l’eau déclencha un levier qui électriquement donna un signal dans les bureaux et dans la chambre des chaudières. Les sirènes se mirent à siffler, des lampes à lumières rouges s’éclairèrent dans tous les ateliers; des portes spéciales pour cas d’incendie s’ouvrirent automatiquement, et instantanément les 1300 ouvrier* s s’élancèrent hors des ateliers, sans encombrement, ni confusion, car partout se lisent des affiches indi-
- Fig. 6. — Le rideau d'eau empêchant la propagation d'un incendie.
- forment un réseau régulier dans tous les ateliers, s’étendent tout autour des bâtiments des conduites d’eau souterraines avec prises de distance en distance. Toutes ces conduites sont constamment remplies d’eau sous pression provenant d’un réservoir placé à une quinzaine de mètres d’élévation.
- En outre une grosse pompe à vapeur toujours en état, peut puiser un torrent d’eau dans la rivière et servir de secours au réservoir en cas d’accidents.
- Comme je me trouvais là depuis deux jours, le propriétaire me dit un matin : « Je vais vous offrir le spectacle d’un simulacre d’incendie ».
- A midi moins un quart, un ouvrier apporta un marchepied et une lampe et se mit à chauffer un sprinkler dans un magasin, naturellement vide de
- quant ce que chacun doit faire et par où sortir en cas de sinistre. En moins de deux minutes les bâtiments étaient déserts.
- Pendant ce temps les ouvriers désignés d’avance pour faire partie de l’équipe des pompiers, couraient aux prises d’eau, vissaient les tuyaux flexibles toujours placés, avec leurs lances, à portée des prises d’eau et se mettaient en devoir d’inonder de partout, au premier commandement, l’édifice entier.
- Tout cet assemblage de manœuvres, qui ressemblent fort à une machinerie de féerie, n’avait pas duré cinq minutes.
- Au bout de ce temps, on remplaça le sprinkler, l’eau cessa de couler, tout rentra dans le calme et le personnel s’en fut prendre son repas.
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- FABRICATION DES TUYAUX DE FONTE
- Les considérations que font valoir les Mutuelles pour justifier leur admirable organisation, sont que si les dépenses d’installation et de surveillance sont onéreuses, la prime annuelle de l’assuré est insignifiante : quelques cents dollars pour une police d’une quinzaine de millions. A cet avantage, il faut ajouter qu’un incendie fait presque toujours des
- viclimes, qu’un sinistre payé par une compagnie n'indemnise pas le sinistré de la perte de temps et de la peine que lui impose la reconstruction ; enfin que tout établissement dévoré par les flammes est une perte sèche pour le patrimoine national de l’Union Américaine. V,CTor Cambon.
- Ingénieur E. C. P.
- FABRICATION DES TUYAUX DE FONTE PAR LA FORCE CENTRIFUGE
- Nous avons déjà parlé des procédés Mannesman pour l’obtention des tubes de fer et d’acier et signalé à cette occasion l’originalité puissante de la
- quelques secondes le refroidissement est suffisant pour que le tuyau soit retiré, au rouge blanc, de l’appareil. Le succès de cette méthode est très vif au Brésil dont l’importation de tuyaux de fonte atteignait 150 à 200 000 t. par an.
- D’après l’auteur du procédé, le métal tombant sur les parois froides du moule se solidifie d’abord formant une croûte solide sur laquelle s’exerce l’action de la force centrifuge; elle se détache ensuite de la surface du moule et l’espace compris entre le moule et le
- Fig. i.
- Vue de la partie avant de l’appareil montrant l’entrée pour le métal en fusion.
- méthode. Voici que, d’après 17ron Age, pour la préparation des tuyaux de fonte du commerce servant pour les conduites d’eau par exemple, une méthode, différente de la mélhode Mannesman mais tout au moins aussi originale, vient d’être mise au point par un ingénieur brésilien, M. Lavaud.
- Le principe consiste à utiliser la force centrifuge pour projeter la fonte en fusion sur les parois d’un moule permanent. En quelques mots le fonctionnement de l’appareil est le suivant : des quantités déterminées de fonte en fusion sont introduites dans un cylindre tournant à grande vitesse et refroidi énergiquement par une circulation d’eau extérieure. La force centrifuge répartit uniformément la fonte sur la surface interne du moule et au bout de
- Vue de la partie arrière de l’appareil,
- tuyau d’amenée de la fonte liquide devient une chambre chaude isolée, dans laquelle la température s’élève jusqu’à une valeur telle que d’une part la croûte solide se ramollit et, d’autre part, la fonte liquide se refroidit suffisamment pour devenir pâteuse. Si la température des moules atteint 500 ou 600° centigrades, la croûte solide disparaît et la masse entière se solidifie rapidement sans contraction appréciable, ce qui rend le démoulage difficile, et impose un choix judicieux de l’épaisseur des parois du moule et une réfrigération
- Fig. 2.
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- AVANT-TRAIN TRES SIMPLE POUR MACHINES AGRICOLES
- appropriée. Celle-ci est obtenue par une circulation d’eau, le moule étant muni d’ailettes comme l’indique la figure 5.
- Pour avoir une bonne répartition de la fonte tout le long de l’axe, l’auteur emploie le dispositif suivant : la quantité de métal fondu est envoyée dans une gouttière axiale que l’on vide
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- surtout que la solidification s’effectue en un temps court, 2 ou 3 secondes d’après M. Lavaud.
- Grâce à cette vitesse de refroidissement, le carbone graphitique de la fonte n’a pas le temps de se transformer en carbone combiné et par suite on n’a pas à craindre la ségrégation et le développement des cristaux. Enfin la force centrifuge qui
- Fig. 3. — Coupe de l’appareil à mouler les tuyaux de fonte.
- brusquement en la faisant tourner de 180° autour de l’axe ; de cette façon le métal tombe uniformément et au même instant tout le long du moule.* La vitesse de production des tubis est d’environ 40 à l’heure.
- Une question importante qui se pose concerne la valeur du métal qui a été ainsi traité, et la résistance mécanique des tubes obtenus, étant donné
- comprime la fonte empêche la formation des soufflures et le métal a une résistance 2 à 3 fois plus grande que la fonte de coulée ordinaire.
- Ajoutons que la machine est très robuste et que la seule pièce qu’il soit nécessaire de changer après la fabrication de 5000 à 10 000,tuyaux est le cylindre tournant dont le prix est très peu élevé.
- H. Volta. .
- AVANT-TRAIN TRES SIMPLE POUR MACHINES AGRICOLES
- Le Bulletin de l'Institut international d'Agriculture nous apporte la description d’un avant: train de machines agricoles, imaginé par Wilhelm Knobloch et publié par lui dans la Deutsche Land-wirtschaftliche Presse du mois d’août dernier.
- Cet ayant-train, très simple, pratique et peu
- comprendre l’économie. L’essieu a est une barre de fer carré de 30 mm sur 30, il porte à ses deux extrémités les roues b, écartées de 1 m. ; ces roues peuvent être empruntées à n’importe quelle machine agricole, une déchaumeuse par exemple. En son milieu, l’essieu est percé d’un trou où s’engage un
- Fig. j. — Plan de l'avant-train pour machines agricoles.
- coûteux, pourra rendre service à nos cultivateurs en ce qu’il est réalisable par n’importe quel maréchal-ferrant de village, tandis que les avant-trains construits parles ateliers de machines agricoles sont géné râlement compliqués et par suite assez dispendieux.
- Les deux figures ci-,ointes qui le représentent en plan et en coupe longitudinale suffisent à en faire
- tourillon c de 20 à 25 mm. de diamètre fixé par une clavette plate supérieure et un écrou inférieur.
- Le timon f est fixé à l’essieu d’une manière i igide par un fer en U dont les deux branches inégales sont reliées par une traverse. A 60 cm de l'essieu, on y fixe les palonniers g et à 3 m. 60 une-traverse h permettant l’attelage.
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- L’avant-train est relié à la moissonneuse par une pièce de fer en U de 2 m. de long j, courbée comme l’indique la figure 2. Sa partie avant, en col de cygne, porte- rivée une équerre i en fer plat de 50 mm. sur 10, percée d’un trou où s’engage le tourillon. Vers l’arrière, la pièce de fer porte vissée
- permet d’utiliser le même avant-train pour une faucheuse.
- Cet avant-train très pratique permet de tourner de 90° à droite et à gauche aussi bien que de reculer. Son point de suspension a, étant seulement a. 50 cm du sol, l’empêche de verser.
- une pièce de bois de 65 cm de long. A sa partie supérieure, elle tient vissée une solide tige de fer m destinée à empêcher les râteaux de couper les guides quand l’attelage tourne.
- Un second trou cl percé latéralement dans l’essieu
- Sa construction, très simple et très facile, est réalisable n’importe où, C’est dire qu’il pourra rendre service à nos cultivateurs en ces temps où les machines agricoles sont souvent difficiles à réparer ou remplacer. A. Breton.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 27 novembre 1916.
- L’ancien observatoire de la rue Vivienne. — M. Bi-gourdan dans une étude où il cherche à situer, par rapport à l’observatoire actuel, le lieu où furent faites les premières observations astronomiques à l’aide de lunettes au lieu de pinnules en 1667 donne d’intéressants détails sur les débuts de l’Académie des sciences.
- Cette compagnie fondée en 1666 et dont les séances avaient lieu dans une des salles de la Bibliothèque du roi, transférée de la rue de la Harpe à la rue Yivienne par ordre de Colbert, se composa au début de 3 ou 7 savants, presque tous astronomes (Carcavi, Huyghens, Boberval, Frenicle, Auzout, Picard et Buot) et leur première observation importante fut celle de l’éclipse de soleil du 2 juillet 1667 dans les jardins de la bibliothèque.
- L’emploi des antiseptiques. — Le professeur Richet a montré que très rapidement les microbes placés dans un milieu toxique s’accoutument à la substance inhabituelle qui leur est imposée. Il y a lieu d’étendre cette remarque aux antiseptiques, aussi le professeur Richet propose-t-il l’emploi alternant des antiseptiques au lieu delà coutume qu’ont les chirurgiens d’utiliser un antiseptique auquel ils donnent la préférence. Il ne faut jamais, deux
- jours de suite, laver une plaie avec la même liqueur. 11 est possible que cette méthode d’alternance s’applique aux maladies internes el c’est ce qui explique sans doute que chaque médication nouvelle produit pendant quelques jours des résultats très favorables puisqu’elle devient inopérante quand les microbes et l’organisme se sont accoutumés au nouveau remède.
- La dilatation de l’invar. — M. Ch.-Ed. Guillaume, au cours de ses recherches sur les aciers au nickel qui devaient le conduire à la découverte de « l’invar », avait reconnu que la trempe ou l’écrouissage abaissaient sensiblement la dilatabilité de l’invar et que les deux actions pouvaient se superposer jusqu’à un certain degré. Il est ainsi possible, en combinant les actions thermiques et mécaniques, de conférer successivement à un même morceau d’alliage des dilatabilités diverses, jusqu’à des dilatabilités négatives, correspondant à des contractions de la barre quand sa température augmente. M. Ch.-Ed. Guillaume a repris l’étude détaillée de ces phénomènes, étude très délicate, puisque pour certains fils d’invar recuits et reposés, la dilatabilité est si faible qu’une élévation de température de 10° n’affecte pas encore le millionième des longueurs mesurées.
- CORDONNIERS, SABOTIERS ET BOTTIERS MILITAIRES
- Les chaussures de notre armée se fabriquent dans de grandes usines' de Paris,, de Fougères, d’Angers, de Liancourt, de Lyon et autres villes françaises (‘j. Mais les « godillots » les plus solides
- V. La Nature n° 2231 (Ier juillet 1916). Fabrication mécanique des chaussures, p. 1-5.
- ont besoin de réparations. Aussi l’administration militaire a dû installer des e'quipes de spécialistes dans les cantonnements de repo-, à proximité du front. Là, de braves cordonniers territoriaux remettent des clous, des pièces ou des semelles aux brodequins de leurs frères d’armes. Quand les
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- CORDONNIERS, SABOTIERS ET BOTTIERS MILITAIRES
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- Fig. i. — Classement des chaussures, retour du front par pointure au- moyen d’un gabarit.
- chaussures sont plus usées, on les dirige à l’arrière dans un centre d’équipement où on les reçoit pêle-mêle, par wagons entiers. Après les avoir nettoyées puis graissées, d’autres R. A. T. les appareillent, les classent par pointure au moyen d’un gabarit et si elles en valent la peine on les répare afin de les renvoyer ensuite dans les dépôts pour y être utilisées, sinon on les met définitivement au rebut.
- D’autre part, les pluies transformant les tranchées en véritables égouts, il a fallu, pourvoir nos soldats de chausses imperméables quand ils se trouvent en première ligne : ils ont de la sorte les jambes et les pieds à peu près secs. L’intendance ne pouvait songer à donner des bottes de cuir à tous les « poilus » du front, cela eût été trop dispendieux. On a donc dû s’ingénier à les confectionner avec des matériaux moins coûteux et voici comment on résolut le problème.
- Les bottes de tranchées, réglementaires aujourd’hui dans l’année française, se composent d’une semelle de galoche en bois et de tiges en toile à voile imperméabilisée. De la sorte, leur prix de revient et leur poids sont minimes.
- La confection de la semelle constitue la partie la plus originale de la fabrication à laquelle nous assisterons, dans l’importante usine L. Bonnette et J. Nolly, sise à Coussey (Vosges). On y reçoit le bois (hêtre ou bouleau) en tronçons; les ouvriers s’emparent alors de ces derniers et les débitent à la scie à ruban, en plateaux d’épaisseurs diverses suivant les pointures. Puis avec des gabarits représentant le profil d’une
- semelle brute, ils procèdent au traçage. Les gabarits varient naturellement selon les pointures, qui vont de centimètre en centimètre et il en existe de quatre formes correspondant aux quatre sortes de semelles ;• 1° Les galoches proprement dites, appelées « sabotines » avec talons en bois creusé et seulement la partie antérieure garnie de cuir; dans la zone d’arrière, nos soldats portent des sabots munis de telles semelles comme chaussures de repos.
- 2° Les socques avec talon creusé en bois également mais moins hautes que les sabotines et partant plus légères.
- 5° Les bois plats avec talon plein, talon évidé napolitain ou mousquetaire, garni de cuir derrière et devant; nos officiers ne dédaignent pas de chausser dans les cantonnements des sabots très pratiques ainsi fabriqués.
- 4° Les semelles fourrées, genre de bois plats mais portant des rainures qui permettent de monter des brodequins ou d’y clouer des tiges en toile afin de réaliser les bottes de tranchées.
- Mais qu’il s’agisse de l’une ou de l’autre catégorie, on chantourne encore la semelle avec la scie à ruban, en suivant les traits faits au cours du traçage. Puis après en avoir aplani le dessous avec une machine appelée « raboteuse », on la porte sur des toupies doubles pour façonner les talons et les devants. Ces toupies consistent en deux arbres verticaux tournant à une vitesse minima de 3000 tours à la minute et portant des mandrins sur lesquels se montent des lames destinées soit à former le
- Fig. 2.
- Le graissage et l’entretien des godillots.
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- CORDONNIERS, SABOTIERS ET BOTTIERS MILITAIRES
- talon, soit à réaliser le devant de la semelle. Les arbres tournent chacun dans un sens opposé afin d’éviter les éclats et les arrachements du bois. Ensuite, on fixe les semelles sur des porte-gabarits, sortes de presses en acier munies d’une tôle de|4 à 5 millimètres d’épaisseur, que l’ouvrier maintient sur a table en les poussant contre des guides disposés au-dessous des mandrins. Ces tôles ont la forme du talon ou du . devant de la semelle et il suffit de les re tourner pour faire le pied droit ou le pied gauche avec un seul gabarit.
- De là, cette ébauche passe à la gougeuse qui rabote son intérieur. L’outil de cette machine comprend un plateau circulaire en fer muni de deux gouges, la semelle est maintenue, grâce à un chariot mobile sur les côtés duquel se fixent deux gabarits en tôle que l’ouvrier manœuvre à l’aide de deux leviers. Ceci pour les bois plats, napolitains, mousquetaires et fourrés.
- Pour les sabotines et les socques, après avoir gougé la semelle, on y creuse le talon au moyen d’une machine composée d'un arbre vertical portant une mèche à son extrémité supérieure. Pour ce travail, on monte la semelle sur un chariot avec, gabarit s’appuyant contre des galets. L’ouvrier imprime un mouvement de va-et-vient audit chariot, faisant descendre la mèche qui fouille le bois au-dessus du talon en ménageant le contrefort. Cette opération est très délicate à cause des risques d’éclatement de la pièce dont on attaque les fibres en bout.
- A ce moment, la semelle subit le déborclage, qui consiste à enlever avec un couteau spécial,
- Fig. 3. — La confection de la tige en toile imperméable des bottes de tranchées.
- Fig. 4. — Cordonniers dans un cantonnement de repos.
- le bord trop vif | du contrefort et à aplanir avec un grattoir l’intérieur du talon; elle passe enfin sur une autre machine destinée à pratiquer les rainures nécessaires pour le clouage ultérieur des tiges .en toile ou des dessus en cuir. Les semelles ont pris maintenant leur aspect définitif, il ne reste plus qu’à procéder à leur polissage. Les outils servant à ce travail comportent deux poulies qui actionnent une courroie sans fin sur laquelle se trouve, collé du papier de verre. Après quoi, on empile les semelles polies sur des wagonnets qu’on place dans des étuves chauffées et en quelques heures, le bois s’y ressuie de façon parfaite.
- Les semelles terminées et sèches sont alors acheminées vers l’atelier de montage. Là, des soldats de l’armée auxiliaire clouent la toile à voile imperméabilisée sur les bords des semelles. Enfin, les bottes pourvues de leurs tiges subissent encore une seconde imperméabilisation dans un bain chaud à base d’huile de lin. Cette ultime opération a pour but de boucheries trous d’aiguilles des coutures. Avec ces bottes, les poilus peuvent affronter les boyj. 1 de communication les plus détrempés et les tranchées les plus boueuses de l’Argonne ou de la Somme.
- En chaussant leurs sabots, dans les cantonnements de repos, ils laissent à leurs « godillots » humides le temps de s’assécher. La plupart de ces sabots se confectionnent mécaniquement dans de vastes usines, mais un certain nombre de sabotiers militarisés travaillent également dans les forêts de France à « mettre dans leurs bois » nos valeureux défenseurs ! Jacques Boyeu.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahdre, rue de Fleuras, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 2257.
- 30 DÉCEMBRE 1916
- LE CACAOYER A LA COTE D’IVOIRE
- Si nous devons avoir la franchise de reconnaître que nous n’avons pas suffisamment, jusqu’alors, demandé à nos colonies toutes les ressources qu’elles peuvent nous offrir — et nous croyons l’avoir établi ici dans un précédent article — nous n’en sommes que plus autorisés, par là même, à constater avec satisfaction les initiatives qui se manifestent en vue de rompre à cet égard, comme à tant d’autres, avec la trop grande indolence du passé; et l’extension qu’a prise, en ces tout derniers temps, sous une impulsion énergique, la
- Gold Coast, et, malgré quelques tentatives de culture par les Européens, la production n’était encore en 1908 que de 2753 kg. II ne semblait pas qu’on pût vaincre l’apathie des Noirs, alors pourtant que c’est seulement en stimulant la culture indigène qu’il est possible de donner à ces pays un véritable essor agricole. Or, les cacaoyères nécessitent de grands soins.
- Planter ne suffit pas; il faut encore que les plantations soient établies dans les conditions voulues, puis soigneusement entretenues. Il faut savoir
- Fig. i. — Indigènes des environs de Bingerville apportant leur récolté de cabosses de cacao
- à la station agricole (Côte d’ivoire).
- culture du cacaoyer dans notre Côte d’ivoire mérite d’être signalée. C’est une justice rendue envers ceux à qui ce résultat est dû ; et c’est, en même temps, la preuve nette de ce que nous sommes capables de faire si nous le voulons bien.
- En 1914, c’est-à-dire au début des hostilités, la Côte d’ivoire n’exportait que 55 tonnes de cacao, quantité bien insignifiante si on la compare aux 55000 t. qui sortaient la même année de la possession anglaise voisine, la Gold Coast; mais voici que, en 1915, les exportations de cacao de notre colonie sont de 115 t., et on estime qu’elles seront de plus.de 500 t. en 1916 et de 3000 t. aux environs de 1920.
- Ce résultat était peut-être d’autant moins à prévoir que c’est dès 1870 que le cacaoyer était introduit à la Côte d’ivoire par des indigènes de la
- choisir le terrain , et bien faire choix aussi de la variété qui* tout en donnant un bon produit, sera adéquate à ce terrain et au climat. Il est indispensable de régler les écartements et l’ombrage des arbres d’après leur exposition; il importe encore de reconnaître quels sont les arbres-abris qui conviendront le mieux d’après la région. On doit établir quand, comment et à quel degré on taillera et élaguera; une certaine fumure est enfin nécessaire. Sans tous ces soins de tous les instants, et qu’il faut donner méthodiquement, les arbres viennent mal, fructifient tardivement et peu abondamment, et finalement succombent sous l’envahissement des insectes et des parasites.
- De première importance également est une préparation rationnelle du cacao récolté.
- Lorsque les fruits, ou cabosses, ont été cueillis,
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- 44* Année.
- 2° Semestre,
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- es graines que ces fruits contiennent, et que le planteur extrait immédiatement, ne sont pas encore à l’état voulu pour être livrées aux choco-ateri;. ncore enveloppées par la pulpe qui remplissait l’intérieur de la cabosse, elles doivent, sur place, être tout au moins soumises à une fermentation, puis séchées. Ce seront seulement ces graines ainsi fermentées et séchés qui, après avoir subi à l’usine une torréfaction et avoir été décortiquées, seront mélangées avec une quantité à peu près égale de sucre pour constituer le chocolat.
- La fermentation consiste à entasser les graines fraîches dans-.de.s- caisses en bois ou des bacs cimentés, qui sont au nombre de 1 à 3 suivant les exploitations.
- S’ily atroisdeces bacs — ce qui semble généralement le dispositif préférable — les graines sont laissées pendant 2 ou 3 jours dans le premier, 2 jours dans le second, et 36 à 48 heures dans le troisième; soit, au total, 5 à 6 jours. La température de la masse ne doit jamais dépasser 48° à 50°.
- La durée de la fermentation varie d’ailleurs quelque peu suivant la saison ou le climat.
- Le but de ce traitement est à la fois mécanique et chimique. Mécaniquement, la fermentation facilite la désagrégation des débris de pulpe qui recouvrent les graines, débris dont il faut se débarrasser pour bien obtenir la dessiccation. Chimiquement, elle provoque dans l’amande des transformations qui diminuent l’amertume de cette amande et font déjà apparaître un certain arôme que complétera plus tard, à l’usine, la torréfaction.
- Mais ces graines fermentées sont ensuite desséchées; et elles le sont naturellement ou artificiellement. Artificiellement, la dessiccation est obtenue dans de grandes salles-étuves ou avec des séchoirs rotatifs, tels que les séchoirs Guardiola. Pour la dessiccation naturelle, qui est la simple dessiccation à l’air et est le procédé ordinaire de la Côte
- Ivoire, on étend les graines en couches minces,
- au soleil, sur de grands parquets ou dans de grands cadres en bois. On doit toujours pouvoir, en cas de pluie, ou la nuit, repousser rapidement, par un moyen quelconque, ces parquets ou ces cadres sous des hangars voisins.
- On conçoit que tous ces travaux nécessitent, pour être menés à bien, uri apprentissage préalable, sans lequel le planteur, et surtout le planteur indigène, n’obtiendra jamais un résultat vraiment satisfaisant, et en dépit parfois des apparences. Ce qui s’est passé à ce point de vue, à la Gold Coast
- est un précieux enseignement pour notre colonie.
- Les exportations de la possession anglaise, qui étaient de 52 88G tonnes en
- 1914, se sont élevées à 77 218 tonnes en
- 1915, ce qui représente une valeur de 91 284 000 francs. On ne peut, pensera-t-on, souhaiter mieux. En réalité, l’Administration anglaise ne cache pas aujourd’hui son inquiétude sur l’avenir de son industrie cacaoyère en Afrique occidentale, parce qu’elle se rend compte que, en raison même des larges surfaces cultivées, la culture du cacaoyer n’a pas été faite avec un soin suffisant. De mau-vaiseshabitudesdans le mode de préparation se sont implantées, qu’il devient di fficile de faire
- disparaître, et la main-d’œuvre n’est pas en rapport avec l’importance des récoltes. La quantité nuit finalement à la qualité. Comme conséquence, les rendements diminuent avec une vitesse anormale, et les derniers rapports des fonctionnaires anglais, en notant l'affaiblissement rapide de production des plus vieux arbres, insistent sur Tur-' gence de mesures destinées à améliorer les méthodes de culture et de préparation.
- Ces faits connus, et puisque, dans cette culture du cacaoyer, notre Côte d’ivoire en est encore presque à ses débuts, qu’elle profite donc de la leçon que nous donne à ses dépens la possession voisine! Nous nous empressons d’ajouter que c’est
- Fig. 2. — La sortie des graines de cacao des cuves de fermentation à Bingerville.
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- LE CACAOYER A LA COTE D’JVOIRE
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- ce qu’a bien su faire le gouverneur à qui depuis 1908 était confiée la haute direction de notre colonie. En quittant au commencement de 1916 le pays
- recruté serait chargé de former des auxiliaires indigènes et de surveiller étroitement les plantations.
- Il ne faut pas, au reste, se dissimuler que toutes
- Fig. 3. — Le cassage des cabosses après la récolte.
- qu’il administrait depuis huit ans, pour assumer la charge du gouvernement par intérim de toute l'Afrique occidentale française, M. Àngoulvant, avec sa profonde connaissance du sujet, et avec l’autorité que lui donne sa longue expérience personnelle, a bien indiqué toutes les mesures qui doivent être prises, dès qu’il sera possible, pour que son œuvre soit continuée et que la culture du cacaoyer dan s notre colonie devienne réellement prospère.
- La création qui s’imposera notamment, après les hostilités, sera celle d’une Station d’Essais centrale, à laquelle seront rattachées des Sous-stations de culture, de fermentation et de séchage, réparties dans les grands centres de production. Un personnel européen soigneusement
- les populations de la Côte d’ivoire ne manifestent pas un goût égal pour ces occupations agricoles ; il y a peu à compter, par exemple, sur les Attiés et
- les Abbeys. Mais les Agnis mon-trentlesaptitudes les plus réelles, ainsi que les employés ou artisans sénégalais ou fan-tis venus s’installer dans le pays; c’est donc de ce côté qu’il faut chercher à développer le goût d’une, culture méthodique, en apportant la préuve des avantages qu’elle procure.
- L’élan est déjà sérieusement donné, puisque, en décembre 1915, on comptait, dans les 2598 plantations indigènes, plus de .1 675 000 cacaoyers, dont 159 000 en rapport. A la même époque, d’autre part, la surface plantée en mêmes arbres par 15 exploitations européennes
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- était de 600 hectares. Presque toutes ces plantations sont établies dans la zone forestière du littoral; et, par ordre d’importance, les principaux cercb s d’exploitation sont ceux du Bas-Gavally, vers la frontière du Libéria, et d’Assinie, des Lagunes et de l’Agné-by dans la partie orientale, du côté de la Gold Coast.
- Les cacaos obtenus sont reconnus de qualité au moins égale aux bons « Accra » ; espérons donc que nous pourrons de plus en plus nous approvisionner sur notre propre sol.
- En ces dernières années, la France importait annuellement 27 000 t. de cacao, la consommation de ce cacao par habitant et par an étant passée de 321 gr. en 1889 à 700 gr. en 1913. Or, sur les 27 000 t. employées annuellement par nos usines, nos colonies ne nous ont guère donné encore que 1500 à 2000 t. ; et nous recevions de la Gold Coast, en 1913, 8576 t. et, en 1914, 11 762. Nous croyons avoir démontré qu’il nous serait cependant
- possible de moins recourir désormais à l’étranger.
- Remarquons encore — puisque l’occasion s’en présente — que le cacao n’est pas le seul grand produit de culture qui doive attirer notre attention sur la Côte d’ivoire Sous cette même impulsion qui a su provoquer un si rapide accroissement des plantations de cacaoyers, notre colonie est notamment en voie de devenir également colonie cotonnière.
- Alors que ses exportations de coton égrené étaient encore milles en 1912, elles étaient de 18 t. en 1913, de 100 t. en 1915, et on les prévoit de 400 à 5001. en 1916. N’avions-nous pas raison de dire, dans un précédent article — alors que nous ignorions encore ces derniers chiffres — que, pour cette autre si importante matière première qui nous vient aussi aujourd’hui presque entièrement du dehors, nous pouvons fonder sur cette même Côte d’ivoire les plus sérieuses espérances? HE„nI jUMEUÆi
- Directeur du Musée colonial de Marseille.
- DEUX NOUVELLES MALADIES DE GUERRE
- La fièvre des tranchées et la spirochétose ictéro-hémorragique
- Parmi les acquisitions médicales qui ont pour origine déterminante : la guerre, deux affections méritent de retenir l’attention, la fièvre des tranchées et la spirochétose ictéro-hémorragique.
- La fièvre des tranchées a été reconnue et isolée par des médecins anglais sur le front d’Artois et de Flandre dès la fin de l’année 1915; Mac-Nee et Renshaw notamment en ont donné une description sous le nom de Trench fever, Le Dr Mori-cheau-Beauchânt, qui a observé 9 cas de celte maladie, donne une description qui concorde à peu de choses près avec celle des auteurs anglais. Après une courte incubation l’infection se caractérise à son début par des frissons, un mal de tête violent et une élévation de la température qui atteint 40°; dans les jours qui suivent la température reste élevée, oscillant autour de 39°, en même temps que l’on constate des douleurs, surtout nocturnes et siégeant au niveau de la région lombaire, et aux jambes; à cette période initiale succède un stade caractérisé par des accès fébriles intermittents, d’une durée de 2 ou 3 jours, qui apparaissent tous les 4 ou 5 jours avec dans leur intervalle une température voisine de la normale. Enfin, après deux ou trois semaines (c’est-à-dire un mois environ après le début), la température se maintient à la normale, et la guérison est atteinte. L’état de la rate est variable, augmentée de volume pour les auteurs français elle resterait normale d’après les auteurs anglais. Toujours est-il que la fièvre des tranchées est une affection bénigne. Il y aurait cependant intérêt à connaître son agent pathogène causal. Jusqu’ici les recherches effectuées dans cette voie, sont restées sans résultat net. Les deux seuls éléments positifs obtenus sont: d’une part, le fait que l’élément en cause est contenu dans l’intérieur du
- globule rouge, et, d’autre part, qu’il se transmet par l’intermédiaire des parasites suceurs et piqueurs, notamment par les poux ; enfin les recherches expérimentales et de laboratoire montrent qu’il est différent des microbes de la typhoïde, de la paratyphoïde, de la grippe et du paludisme.
- Quant à la spirochétose ictéro-hémorragique, il ne s’agit pas en réalité d’une affection absolument nouvelle, mais seulement d’une affection retrouvée en France à l’occasion de la guerre, par les Drs Louis Martin et Auguste Pettit ; les symptômes semblent en avoir déjà été décrits chez nous voilà quelque 10 ans par Moneret et par Lancereaux, plus récemment les Japonais, notamment Inada et Ito, en ont fait une étude approfondie et en ont découvert l’agent causal, un spirochète, ce qui n’a pas empêché les Allemands d’en démarquer l’origine et de la classer sous le nom de maladie de Weill.
- La spirochétose ictéro-hémorragique ou ictère infectieux, se caractérise par de la fièvre, des hémorragies, des douleurs musculaires et une jaunisse d’un type spécial; c’est donc en somme, suivant l’expression du professeur Chauffard, une hépato-néphrile; association de lésions du foie et des reins. D’un pronostic relativement bénin, cette maladie, rare jusqu’ici (environ dix cas ont été isolés en France jusqu’à présent par les auteurs français et anglais), est une affection curable, grâce aux moyens thérapeutiques soit chimiques arsenicaux et arsénobenzol en particulier, soit sériques. Enfin la maladie est 'très facilement évitable par une hygiène suffisante.
- Ces deux affections méritent donc à l’heure actuelle de retenir l’attention, plus au titre de la curiosité qu’à celui des dangers d’épidémies.
- A. G. G.
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- NOS CHANTIERS DE CONSTRUCTIONS NAVALES
- La Nature a publié récemment (*) une étude très remarquablement documentée de M. Victor Cambon sur les chantiers maritimes allemands. Leur développement rapide y était opposé à l’état « navrant » des nôtres, et le remède proposé pour guérir ce mal était d’envoyer les chefs de nos ateliers passer quelques mois dans une usine tajlo-risée. Il n’est que trop vrai que, depuis trente ans, les chantiers français n’ont construit ni autant de navires que leurs rivaux d’outre-Rhin, ni des lévia-thans tels que VJmperalor ou le Bismarck; cependant, il me parait excessif de le leur reprocher, car
- À l’embouchure de la Loire, 25 hectares sont occupés par la Société des Chantiers et Ateliers de Saint-Nazaire (Penhoët) et par la Société des Ateliers et Chantiers de la Loire. La première n’a été créée qu’en 1900, mais en réalité l’entreprise est beaucoup plus ancienne, ayant été exploitée d’abord par les Chantiers et Ateliers de Penhoët, en 1861, puis par les Chantiers de l’Atlantique, en 1881.
- Depuis ses origines jusqu’à 1900, elle avait été la propriété de la Compagnie Générale Transatlantique, qui est d’ailleurs restée son principal actionnaire
- Fig. i. — Vue d'ensemble d'une partie des chantiers et ateliers de la Ciotat.
- ils ne demandaient pas mieux que d’occuper et d’agrandir leurs cales, et, si celles-ci sont souvent restées vides, indépendamment de toute grève, si elles n’ont jamais porté des coques de 300 m., c'est uniquement parce que nos compagnies de navigation hésitaient à développer ou à rajeunir leurs Hottes. 11 ne serait pas plus injuste de faire, un grief à nos constructeurs de n’avoir presque plus lancé de nouvelles carènes depuis le mois d’août 1914, la plupart de leurs établissements ayant été réquisitionnés et restant encore actuellement affectés aux besoins de l’artillerie. Nous allons parcourir quelques-uns de ces chantiers tant décriés, et nous verrons si vraiment leur outillage est contemporain de la « locomotive de Stephen-son ».
- 1. Yov. n° 2249, du 4 novembre 1916, p. 289. .
- et son meilleur client. Les chantiers actuels de Penhoët s’étendent sur un terrain de 13 hectares, dont 40 000 m2 sont couverts par des ateliers. Le personnel comprend 5000 ouvriers. Cinq cales de construction, en maçonnerie, sont rangées sur les bords du fleuve, et l’une d’elles est affectée aux navires de plus de 230 m. Elles sont entourées de pylônes en fer, de grues roulantes électriques, de riveuses hydrauliques et de tout un outillage pneumatique. Une grue de 50 m. de hauteur et de 180 tonnes de puissance permet de soulever et de porter à 31 m. en dehors du quai les plus grosses chaudières, la plupart des turbines, d’une seule pièce, en passant par-dessus les superstructures des cuirassés et des grands paquebots.
- Parmi les principales unités construites à Penhoët,. nous citerons : pour la Compagnie Transatlantique, la Provence ( 19 000 tonneaux), la France ( 2 7 00,0 t. ) r
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- le Paris (36 000 t.), ce dernier lancé le 12 septembre 1916 et actuellement en armement; pour la Compagnie Sud-Atlantique, le Lutetia (15 000 t.); pour la marine nationale, le croiseur cuirassé Ernest-Renan, ainsi que les cuirassés Diderot et Lorraine, celui-ci livré tout récemment.
- Outre ses établissements de Penhoët, la Société des Chantiers et Ateliers de Saint-Nazaire possède, à Grand-Quevilly, près de Rouen, les Chantiers de Normandie, où ont été construits, sur 6 cales, un grand nombre de torpilleurs, de contre-torpilleurs, de paquebots et de cargos, tels que les pétroliers Rhône, Radioléine, Motricine, qui ont chacun un port en lourd de 5200 t. (la Motricine est à deux hélices mues par moteurs Penhoët-Werkspoor), et
- Meuse, pétrolier de 7400 t. de portée. Enfin, les mêmes ateliers viennent de livrer les cargos Ohio et Omnium, de 12 200 t. de portée.
- L’ensemble des paquebots,, des cargo-boats et des navires de guerre construits depuis 1900 à Penhoët et à Grand-Quevilly représente un tonnage de 348 000 t. pour la marine march mde et de 122 000 t. pour la marine militaire. Nous aurons une idée des progrès réalisés sur ces chantiers, en comparant deux paquebots lancés à Penhoët : le Labrador (1865) avait pour caractéristiques 108 m. de long, 5200 tonneaux de jauge, 3376 chevaux : le Paris (1916) a 253 m. de long, 29 m. 60 de largeur, 18 m. de creux sur quille; son tirant d’eau en charge sera de 9 m. 50, son déplacement atteindra 36 000 t. ; ses machines développeront une puissance de 45 000 chevaux ; il pourra recevoir 3000 passagers. Ce navire n’étant pas encore achevé, nous ne pouvons pas en décrire les somp-
- tueuses installations, et, si nous voulons nous rendre compte de ce qui a été réalisé de plus parfait à Penhoët, nous n’avons qu’à visiter la France, dont les caractéristiques ne diffèrent d’ailleurs pas beaucoup de celles de son « sister-ship ». La Nature a déjà consacré un article à la construction de ce paquebot et à ses machines (*j ; il serait par conséquent inopportun de rééditer ces détails techniques, mais nous voudrions y ajouter quelques notes sur les aménagements mis à la disposition des passagers et souligner ce qui fait la supériorité incontestable de la construction française : le goût, le sens de la mesure, l’équilibre des lignes, l’harmonie des tons, la pureté des styles.
- Pénétrons donc, à bord de cet hôtel flottant, sous la rotonde du grand escalier. Un dôme ovale, en ferronnerie finement ouvragée, surmonte une colonnade entourée de panneaux en marbre vert et de hauts reliefs en bronze doré. Les volées de l’escalier sont entourées d’une rampe en fer forgé. Une statue en bronze, de grande allure, la France, de Nelson, s’inscrit dans une niche, sur un socle veiné de rouge. Deux galeries conduisent au salon de" conversation, qui est bien l’un des plus élégants qui se puissent concevoir. Au fond, une cheminée surmontée du portrait en pied de Louis XIV, excellente copie de l’œuvre de Rigaud, au Musée du Louvre. Sur les côtés, quatre jolis portraits : la Princesse de la Tour du Pin, Mme de Mainlenon, Henriette d'Angleterre et la Duchesse de Rourgogne. Face m Louis XIV de Rigaud, un grand tableau, d’après Van der Meulen (Musée de Versailles) représentant Louis XIV revenant d'une partie de chasse. Sur les flancs, de petits salons sont adroitement ménagés; de larges fenêtres, ornées de ferronneries, s’encadrent de draperies rouges. Des fauteuils, des bergères, des sièges recouverts de tapisseries d’Aubusson; des damas pourprés, des velours Gênes jardinière, tout ce riche ameublement ressort vivement sur le tapis bleu de roi. Au plafond, les fresques délicates de Boucher, VAurore et le Crépuscule. 11 y aurait bien d’autres salles à visiter en détail,
- 1. Yoy. n° 2031, du 27 avril 1912, p. 358.
- Fig. 2. — Une cale de construction, chantiers de la Ciolat (Messageries maritimes).
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- NOS CHANTIERS DE CONSTRUCTIONS NAVALES
- la bibliothèque, du plus pur style Régence; les galeries de communication, en style Trianon; un petit salon mauresque, aux murs couverts de mosaïques et fleuris d’arabesques, avec une fontaine en marbre surmontée d’une fresque, l’Algérie, de l’orientaliste Poisson. Arrêtons là cette description déjà trop longue, quoique très incomplète, »mais qui me paraissait nécessaire pour donner un aperçu de ce que peuvent faire nos constructeurs. D’autres marines possèdent de plus grands vaisseaux; il n’y en a point dont l'aménagement soit plus confortable, il n’y en a point surtout qui égale les nôtres pour Part raffiné et le goût exquis qui ont présidé à l’ornementation et à l’ameublement.
- Les Ateliers et Chantiers de la Loire, constitués ren 1881, avaient construit, au 50 juin 1914, 454 coques de navires d’un déplacement total de 850 000 tonneaux, 360 appareils moteurs ayant ensemble une puissance de 730OOu chevaux et divers autres travaux, tels que ponts, estacades, chaudières, etc. La valeur des commandes reçues s’élevait à 720 millions.
- Les trois grands établissements de celte Société, situés à Saint-Nazaire, à Nantes et à' Saint-Denis, occupent une superficie de 236 200 mètres carrés, dont 67 550 sont couverts; leur outillage est desservi par une force motrice de 5925 chevaux. La moyenne du personnel utilisé est de 6500 ouvriers.
- L’établissement de Saint-Nazaire, sur la rive droite de la Loire, est bordé par le fleuve sur une longueur de 400 m. Il possède 5 cales de construction en maçonnerie, fondées sur le roc, de 120 à 170 m. de longueur, et un vaste bâtiment (300 X50 m.) où sont réunis la plupart des ateliers. Les cales sont desservies par des grues électriques Titan. Un atelier spécial a été édifié pour la fabrication des turbines ; il comprend un hall de 206 m. sur 25 m., plus une annexe de 106 m. sur 10 m., surmontée d’un étage, le tout desservi par 5 ponts roulants, dont 2 de 120 tonnes. En outre, sur le quai de Penhoët, la Société de la Loire a installé, pour l’armement de ses navires, une grue de 175 t., qui a 47 m. de longueur, 27 m. de contre-volée, et tourne sur une plate-forme portée par un pylône de 45 m. 50. C’est du chantier de Saint-Nazaire que sont sorties les grosses unités livrées à la marine française. La dernière livraison effectuée avant la guerre a été celle du cuirassé de 23 500 t. France. On se rappelle que c’est sur ce bâtiment que le Président de la République était allé en Russie, à la veille des hostilités.
- L’établissement de Nantes comprend un chantier naval de 6 hectares environ, avec 7 cales, dont 2 de 140 à 150 m., desservies par des grues Titan, et toutes les installations nécessaires à la construction et à l’armement. Les ateliers mécaniques occupent une surface de 31 000 m2. Leur puissanl outillage leur permet d’exécuter les appareils mo-
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- teurs et évaporatoires des plus grandes dimensions. Tous les outils et ponts roulants sont actionnés électriquement. C’est à Nantes qu’ont été construits la plupart des cargos et navires de commerce livrés par la Société de la Loire.
- L’établissement de Saint-Denis est spécialement destiné à la construction des machines de la marine militaire et des matériels d’artillerie, affûts, tourelles, etc. Il occupe un terrain de 25 700 m2, compris entre le canal Saint-Denis et la Seine, relié par une voie de raccordement au réseau des chemins de fer du Nord. C’est là que sont étudiés, exécutés et essayés les appareils moteurs des navires construits à Saint-Nazaire ou dans les arsenaux. Le même établissement construit aussi des moteurs Diesel à 2 et 4 temps, pour navires de guerre et de commerce, et pour machines fixes. En 1907, la Société de la Loire a acquis la licence de construction des turbines Parsons, qu elle exécute, suivant leur importance', soit à Saint-Denis, soit à Saint-Nazaire.
- Les principales unités navales construites par cette Société sont les suivantes :
- Pour la marine militaire française : les cuirassés Jemmapes, Valmy, Masséna, Liberté, Condorcet, France, Normandie; les croiseurs Tage, Descartes, d'Assas, Guichen, Desaix, Amiral-Aube; un grand nombre d’avisos, canonnières, croiseurs légers, torpilleurs et contre-torpilleur s.
- Pour la marine marchande, 70 paquebots et eargos à vapeur, 80 voiliers, dont plusieurs quatre mâts.
- Depuis la guerre, la Société des Ateliers et Chantiers de la Loire a, comme la précédente, consacré l’activité de ses usines à des fournitures pour l’artillerie. Elle a pu néanmoins entreprendre, pendant cette période, la construction à Saint-Nazaire d?un cargo, le Kaolack, destiné au transport de la viande frigorifiée.
- Les Chantiers Dubigeon, à Nantes-Chantenay, se sont spécialisés dans la construction des navires à voiles. A l’époque de leurs débuts, qui remontent à une centaine d’années, ils ne faisaient que des bateaux en bois ; plus tard, développant leur outillage, ils ont mis à flot des carènes en fer et en acier.
- Dans ces dernières années, leur exploitation avait principalement pour objet les grands voiliers de près de 100 m. de long et 5000 t. de port en lourd; mais ils ont aussi livré des torpilleurs, des dragues et de très beaux yachts à voiles ou à moteurs.
- Les Chantiers et Ateliers de Bretagne, établis sur la rive gauche de la Loire, à la Prairie-au-Duc, ont pour origine les anciens ateliers Oriolle et Yoruz, réunis aux chantiers de la Compagnie de Navigation et de Constructions navales, en 1909. Ils occupent 55 000 m2 et emploient 1200 à 1500 ouvriers, construisant entièrement, de la quille à la pomme du mât, des bâtiments de tous genres et
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- de tous tonnages. Les cales de construction sont au nombre de 9.
- . Une intéressante spécialité à signaler est le navire à très faible tirant d’eau, particulièrement applicable à la navigation fluviale dans les colonies. Telle est, entre autres, la canonnière Doudart-de-Lagrée, commandée par notre marine militaire pour la défense des intérêts français sur le Yang-Tsé-Kiang. Ce bâtiment déplace 225 t. à un tirant d’eau de Om. 95 et réalise aisément une vitesse de 14 nœuds et demi, avec une puissance de 800 chevaux; c’est le record du monde pour les bateaux de ce genre, et, seul jusqu’à ce jour, il a pu franchir sans halage les rapides du « Fleuve bleu ». Une autre canonnière du même type, le Bahiy, est en livraison. Citons encore le Fram, bateau porteur à 2 hélices, en service sur la Loire, entre Tours et Nantes, susceptible de recevoir un chargement de 70 t. au tirant d’eau de 0 m. 65seulement. A noter aussi que la construction du steamer Trouville, de la Compagnie Normande de navigation, a été adjugée aux chantiers de Bretagne, après un concours ouvert à tous les spécialistes anglais.
- La Société des Chantiers et Ateliers de Bretagne a obtenu des résultats très remarqués dans la construction des bâtiments à grande vitesse. Sous ce rapport, les torpilleurs de lre classe 558, 559 et 540, ainsi que les contre-torpilleurs Sabretache et Oriflamme, se sont classés les meilleurs de la flotte française, ayant successivement détenu les records de vitesse des vaisseaux de leur catégorie. Le contre-torpilleur Voltigeur, à machine alternative centrale et turbines latérales, a remporté, lui aussi, les records de vitesse et de moindre consommation des bâtiments de sa série commandés par la marine française; il a réalisé 51,5 nœuds, au lieu de 28 prévus au contrat. Pour les contre-torpilleurs Fourche et Faulx, de 750 t . la vitesse
- Fig. 3. — Panorama d<« chantiers de la Seyne.
- stipulée dans le marché devait être de 51 nœuds ; elle a été largement dépassée, surtout pour le second, où elle a atteint 55,58 nœuds, record de la vitesse pour tous les torpilleurs français à 2 hélices de ce tonnage.
- De la collaboration des ateliers de Bretagne avec M. Bateau, inventeur de la turbine à vapeur, est né le moteur spécialement adapté à la propulsion des navires. Les mêmes ateliers fabriquent également la chaudière multitubulaire Fouché, ainsi que le bouilleur Fouché, adopté par la Marine française.
- Les Ateliers et Chantiers de Bacalan, de la Société anonyme de Travaux Dyle et Bacalan, fondée en 1879, sont situés à Bordeaux, au quartier de Bacalan, sur la rive gauche de la Garonne. Leur superficie est de 104 000 m2, et plus de 1500 ouvriers y travaillent. Ils peuvent mettre simultanément en construction 4 navires de 100 m. de long
- et 12 m. de large, ou l’équivalent de ces unités, plus un certain nombre de petites unités, telles que chaloupes automotrices, canots à vapeur, pontons, etc. Entre autres vaisseaux, ils ont construit quantité de torpilleurs de lre classe, les contre-torpilleurs Étendard, Fanion, Lansquenet, Boutefeu; les avisos Écureuil, Pingouin, Salamandre, etc.
- Les Chantiers et Ateliers de la Gironde occupent, sur la rive droite de la Garonne, un terrain de 10 hectares; ils longent le fleuve, au quai de Brazza, sur une longueur de 445 m., où les eaux sont assez profondes pour y lancer les plus gros navires. Leurs quatre cales en maçonnerie ont servi à la construction d’un grand nombre de navires de guerre, des torpilleurs et des contre-torpilleurs, des avisos, des croiseurs rapides, des croiseurs cuirassés et des cuirassés d’escadre, tels que le Requin, la Vérité et le Vergniaud. Ce dernier a fait l’objet
- Fig. d, — Vue d'ensemble des chantiers de Penhoci avec la grue de 180 tonne-
- d’une étude(i) où l’on a pu voir les difficultés qu’occasionne le courant violent de la Garonne pour le lancement et l’achèvement des navires. C’est pourquoi il a fallu construire un vaste bassin à flot en béton armé.
- Des navires de commerce y sont aussi construits, et il n’est pas inutile de rappeler que c’est de l’une de ces cales qu’est sorti le cargo mixte France, qui est à la fois le plus grand voilier du monde et le premier navire mixte à moteurs de pHrole. C’est un cinq mâts barque, de 151 m. de long, 17 m. 50 de largeur hors membres, 8 m. 50 de creux au livet du pont, 10 180 tonnes de déplacement en charge et 6500 t. de port en lourd. Deux moteurs à pétrole actionnant chacun une. hélice développent une puissance totale de 1800 chevaux, qui fournissent une vitesse de 10 à 11 nœuds, en ne consommant que 220 gr. de pétrole par cheval-heure, tandis que les meilleures machines à vapeur brûlent 700 gr. de charbon.
- Quand le vent est favorable, les moteurs sont arrêtés, et les 6500 m2 de toile que portent les 5 mâts impriment au voilier une vitesse gratuite de 17 nœuds. Ce cargo, qui appartient à la Société des Navires Mixtes, est aménagé pour recevoir quelques passagers. Il contient 7 cabines de luxe, un salon spacieux, un fumoir élégrnt et de vastes aménagements pour l’équipage, avec éclairage électrique et chauffage central à la vapeur.
- Le Creusot ne doit pas être oublié dans cette énumération des principaux constructeurs de navires. Les Établissements Schneider ne se bornent pas à fournir à divers chantiers et aux arsenaux des étraves, des étambots, des tourelles, des blockauss, des tôles, des blindages, des chaudières, des moteurs : ils ont aussi, à Chalon-sur-Saône, des cales
- 1. Yov. n° 1927. du 50 avril 1910, p. 519
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- et des ateliers outillés pour la construction de bâtiments légers, notamment des torpilleurs et des submersibles du type Laubeuf.
- . La Société des Forges et Chantiers de la Méditerranée, constituée en d 856, avait pris à cette époque l’exploitation de vieux chantiers navals situés à la Seyne et d’un groupe d’ateliers mécaniques, à Menpenti, faubourg de Marseille. En 1872, elle acquit, lors de la dissolution de la Société des Ateliers et Chantiers de l’Océan, les installations que celle-ci possédait au Havre. Peu après, elle y ajoutait 80 000 m2 de terrain sur les bords de la Seine, dans la commune de Graville-Sainte-Honorine. Enfin, en 1895, elle achetait à Michel-Pacha un terrain de 40 800 m2, vis-à-vis l’arsenal de Toulon, et y faisait édifier ses ateliers des Mouissèques.
- Les Chantiers de la Seyne avaient été fondés, en 1855, par M. Mathieu, directeur de la Compagnie de Navigation sur le Rhône « l’Aigle ». Ils n’occupaient alors que 4000 m2. Aujourd’hui, leur superficie atteint 22 hectares, et les ateliers couvrent à eux seuls 50 000 m2. Le personnel, primitivement de 150 à 200 ouvriers, a dépassé 4000. Le front de mer s’étend sur une longueur de plus de 1200 m., à l’extrémité sud-ouest de la rade de Toulon. Une darse d’armement, mesurant 155 m. sur 70 m., suffisamment profonde pour recevoir les plus gros navires à leur tirant d’eau définitif, occupe le milieu des chantiers. De part et d’autre de cette darse sont les cales de construction, au nombre de 7, toutes en maçonnerie et susceptibles de purler les plus grands bâtiments. Le hissage des matériaux s’exécute à l’aide de grues électriques Titan, ayant 22 m. 50 de portée, 57 m. de hauteur, se déplaçant parallèlement aüx cales, avec une vitesse de 50 m. à la minute et pouvant lever une charge de 4 t. à raison de 1 m. par seconde.
- A signaler aussi les mâtures flottantes à volée variable et à grande portée, dont l’une a une puissance de 170 t. et sert à embarquer les chaudières, les turbines et les tourelles de 505 mm entièrement terminées.
- La force motrice employée par les chantiers de la Seyne atteint 2500 chevaux. Elle est fournie en partie par un groupe de turbines à vapeur, le complément étant distribué par la Société de l’Énergie électrique du Littoral méditerranéen. Les chantiers sont reliés par un embranchement spécial à la gare de la Seyne et se raccordent ainsi directement au réseau P.-L.-M.
- Les ateliers des Mouissèques, organisés pour produire annuellement plusieurs milliers de tonnes de chaudières marines, emploient environ 400 ouvriers chaudronniers et plus de 100 ouvriers de divers corps de métiers pour le montage des machines.
- Les ateliers de Menpenti ont aussi une organisation de chaudronnerie, mais sont plus spécialement
- affectés à la fabrication des grandes machines à vapeur et des engins mécaniques très puissants, tels que dragues, grues hydrauliques, phares, docks flottants. Leur superficie est de 45 525 m2, et l’on y compte environ 700 ouvriers et employés. Il y a là un outillage très puissant, en tours, machines à aléser, à raboter, à percer, etc., absorbant une force de plus de 400 chevaux.
- Les ateliers du Havre ont une superficie de 45200 m2 ; leur personnel comprend environ 1600 ouvriers et employés. Ils construisent les machines marines des plus puissants croiseurs cuirassés et des grands paquebots, notamment les turbines Parsons et les moteurs à pétrole Diésel-Sulzer. Leur outillage Leur permet aussi de fabriquer les grandes pièces de forge et de fonderie.
- Les chantiers de Graville occupent 112 550 m2 et possèdent 12 cales de construction, dont 4 sont abritées par des halles en fer, couvertes en tôle ondulée et vitrées. Les matériaux leur sont amenés par un embranchement particulier des chemins de fer de l’État. L’achèvement des navires, après leur lancement, s’effectue au poste d’armement, dans le port du Havre, sur le canal de Tancarville. Un ponton-atelier est utilisé pour les navires qui ne peuvent être amarrés au poste d’armement.
- Depuis ses débuts, la Société des Forges et Chantiers de la Méditerranée a construit plus de 1450 navires, dont 1090 dans les chantiers de la Seyne et 560 dans ceux de Graville. Elle a livré, en appareils mécaniques, près de 1 500000 chevaux-vapeur. Ces travaux représentent plus d’un milliard de francs, ainsi répartis :
- Travaux pour la marine militaire française. 522 509 040 fr.
- — pour les marines étrangères . . 289 420 150
- —‘ pour la marine du commerce. . 476 287 315
- Total. .... 1 288 216505
- Dans la longue liste de ces livraisons, nous relevons :
- Pour la marine de guerre : le Marceau, le Jauréguiberry, le d'Entrecasteaux, le Linon, le Bouvines, \eLatouche-Tréville,\ePothuau, 1 eSully, la Patrie, la Justice, le Voltaire, et quantité de torpilleurs et de sous-marins.
- Pour la marine marchande : la Bourgogne et la Gascogne qui, à l’époque de leur construction, étaient nos plus grands transatlantiques ; la Seine, premier navire à 2 hélices pour la traversée rapide de Dieppe à Newhaven; plus récemment, les magnifiques paquebots de la Compagnie Cyprien-Fabre, Sant'Anna, Canada et Patria ; le Théodore-Mante, de la Compagnie de Navigation Mixte; le G allia et le Massilia, delà Compagnie Sud-Atlantique ; l’Italie et 1 ’Algérie de la Compagnie des Transports Mari-limes; le Cholon et le Chodoc, pour la Compagnie Nationale de Navigation; VAmiral-Courbet, pour les Chargeurs Réunis, etc.
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- Les ateliers de la Giotat remontent à 1820. Ils avaient été fondés par L. Benet, qui les céda, en 1851, à une société ayant pour raison sociale « Services maritimes des Messageries Impériales ». A la proclamation de la République, la Société prit le nom de « Messageries Maritimes ». La construction et l’entretien de ses paquebots constituent l’industrie principale de la petite ville de la Ciotat. C’est là que la Compagnie des Messageries a lancé elle-même la plupart de ses somptueux bâtiments, qui sillonnent depuis tant d’années les mers du Levant, de l’Extrême-Orient et de l’Australie, ainsi
- ment du port. Dans l’état actuel, le lancement d’un gros navire est une opération excessivement délicate, et il serait tout à fait impossible de mettre à flot une coque de 200 mètres.
- Tout autre est le cas des chantiers de Port-de-Bouc, dont la situation est particulièrement favorable à de grands développements. Ces établissements, créés de toutes pièces en 1899 par la Société des Chantiers et Ateliers de Provence, ont le double avantage d’une position très heureusement choisie et d’une construction homogène. Leurs cales, actuellement au nombre de huit, font face à la rade de
- Fig. 5. — Le paquebot France (Compagnie Générale Transatlantique) en construction sur les chantiers de Penhoët.
- que la côte occidentale d’Afrique et la côte orientale de l’Amérique du Sud.
- Nous avons décrit (l) les plus récents dec es palais flottants; le plus grand, VAndré-Lebon, sera dépassé par le Général-Duchesne, qui va prochainement être mis sur cale.
- Une nouvelle organisation, un consortium composé des Messageries Maritimes, de la Société Schneider (Creusot) et de sociétés financières, va donner une grande extension aux chantiers de .la Ciotat et une vive impulsion à des constructions navales dont les dimensions exigeront l’agrandisse-
- 1. V'oy. n° 2208, du 22 janvier 4910, p. 60.
- Port-de-Bouc, où les fonds de 6 m. 50 permettent l’accès des grandes carènes, et des quais en bordure des ateliers sont destinés aux navires en achèvement ou en réparation, de manière à ne gêner en rien les opérations de lancement. Nous avons déjà montré(1) que.les voies d’accès ne manqueront pas à Port-de-Bouc : la mer (golfe de Fos), le canal d’Arles à Bouc et le canal de Bouc à Martigues (futur canal de Marseille au Rhône, donnant accès dans l’étang de Berre), chemin de fer de Bouc à Miramas et de Bouc à Marseille (nouvelle ligne de Miramas à l’Estaque). Il y a ainsi les plus grandes
- 4. Yoy. n° 2241, du 9 septembre 1916, p. 466.
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- Fig. o.
- Vue générale des chantiers de la Loire {Établissement de Nantes)
- facilités pour amener les matériaux à ^ pied d’œuvre.
- La plupart de nos autres chantiers sont anciens; il a fallu les agrandir peu à peu et les remanier, de sorte que l’ensemble en est parfois disparate et peu favorable à la division du travail; au lieu que la disposition de ceux de Port-de-Bouc se prêle on ne peut mieux au groupement logique des matières, à la surveillance des équipes et à la rapidité d’exécution des travaux. Cette disposition se rapproche d’ailleurs de celle des chantiers de Bar-row-in-Furness, avec cet avantage que les ateliers de Port-de-Bouc sont au niveau du sommet des cales, tandis que ceux deBarrow se trouvent presque au niveau de la mer.
- Sur le quai de montage à flot est installé un appareil de levage capable de soulever un poids de 60 tonnes et d’embarquer les plus grandes chaudières. La hauteur des bigues est de 54 m. 50, et la portée en dehors de l’aplomb du mur du quai est de 11 m. 50.
- L’ensemble des ateliers et occupe une vingtaine d'hectares.
- La même société possède un autre établissement, à Marseille, au quartier de la Madrague : ce sont les anciens ateliers Fraissinet, qui existaient depuis 1858, mais qui ont été considérablement agrandis et dont l’outillage a été remanié et complété. Ces ateliers, situés tout près des bassins de radoub des ports nord de Marseille, sont affectés à la construction des chaudières, des mote'urs, et aux petites réparations, —les travaux de longue durée s’effectuant à Port-de-Bouc.
- Quoique relativement récents, les Chantiers et ateliers de Pro-.ence ont déjà livré un assez grand nombre de navires de tous ton-
- des chantiers
- nages, parmi lesquels nous notons : à la Compagnie des Transports Maritimes, le Valdivia, de 7900 tonnes; à la Compagnie Fraissinet, le Louis-Fraissinet, de 4500 tonnes ; à la Compagnie générale Transatlantique, YEspagne, paquebot de 12 000 tonnes de jauge et 1500 chevaux, navire de grand luxe destiné à la ligne de la Vtra-Cruz ; le Timgad, de 5600 tonnes et le Duc d'Aumale, de 4800 tonnes, courriers rapides, en service sur les lignes postales de Marseille à Alger et à Tunis; enfin, le Lafayelte, de 12 700 tonnes et 15 000 chevaux, à quatre hélices actionnées par deux machines alternatives et deux turbines B. P. Ce navire a été conçu et aménagé avec le soin et la richesse d’ameublement que la Compagnie Transatlantique exige pour les unités qui desservent ses grandes lignes : c’est un des plus beaux spécimens de sa flotte. Fai voie d’achèvement au moment de la mobilisation, il est entré en service au mois d’octobre 1915. Trois navires plus petits ont également été terminés depuis lors, et un gros cargo-boat a été mis sur cule; il est en cours d’exécution, malgré les difficultés actuelles.
- Avant la guerre, la Société occupait 1500 ouvriers à Port-de-Bouc et 1000 à Marseille. Les travaux dont elle est maintenant chargée pour les besoins de la défense nationale ont absorbé et au delà ses moyens de production. 11 a fallu faire appel à des ouvriers mobilisés, à des femmes, à des prisonniers autrichiens et allemands, qui sont emplojés en
- Fig. 7. — Le cuirassé France construit par les chantiers de la Loire (iuillet iqia',.
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- L’USURE ONDULATOIRE DES RAILS
- grand nombre, surtout à Port-de-Bouc. En outre, les Chantiers et Ateliers de Provence ont eu à exécuter de nombreuses réparations et de nouvelles installations à bord de navires français ou anglais affrétés pour le transport des troupes et des viandes frigorifiées, ou armés pour la chasse aux sous-marins. Enfin, une grande partie des ateliers a dû être aménagée pour la fabrication du matériel de guerre : éléments de ponts métalliques, réservoirs et appareils spéciaux pour les poudreries et usines chimiques, caissons d’artillerie, affûts de canons de 240, châssis de freins de canons de 75, obus de 75 et de 155, bouées pour filets de barrages, radeaux de sauvetage, etc.
- Nous avons énuméré quelques-uns des navires français sortis de ces divers établissements; mais le lecteur n’aurait qu’une idée imparfaite de la capacité de production de nos chantiers navals et de la réputation qu’ils ont su acquérir, si nous ne disions aussi un mot, des commandes qu’ils ont eu à exécuter pour les marines étrangères. La nomenclature complète en serait fastidieuse : réduisons-la à,quelques exemples caractéristiques.
- En 1910, à la suile d’un concours ouvert par le gouvernement de la République Argentine entre les principaux constructeurs du monde entier, l’exécution de quatre contre-torpilleurs de 1000 tonnes était confiée aux Ateliers et Chantiers de Bretagne. C’est également à la suite d’un concours international que les Chantiers de Bacalan ont fourni au même État deux contre-torpilleurs de 950 tonneaux.
- Les Chantiers de la Loire ont exécuté le cuirassé Hydra, pour la marine hellénique; le croiseur cuirassé Amiral-Korniloff et le superbe yacht Strela, pour la marine impériale russe ; le croiseur cuirassé Azumd et l’aviso Ghishima-Kan, pour la marine impériale japonaise; le Mar maris et cinq garde-côtes pour le gouvernement ottoman; YAïda, pour l’administration des phares, à Alexandrie; les paquebots Dacia, Romania et Imperatul-Traian, pour l’État roumain.
- Le Creusot a construit, sur ses cales de Chalon-sur-Saône, 29 torpilleurs pour le gouvernement japonais, 3 pour le gouvernement bulgare, 4 pour le gouvernement turc. La Grèce lui a commandé plusieurs submersibles du type
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- Laubeuf, dont le premier livré a été le Dauphin.
- Des Chantiers de Provence sont sortis : YU.ru-bamba, paquebot de 5000 tonnes pour le Pérou, 3 bateaux pour passagers destinés au Bosphore, Moda, Bourgas et Kadi-Keng, un ferry-boat pour le canal de Suez, ainsi qu’une drague porteuse, le Triton.
- La Société des Forges et Chantiers de la Médb-terranée a fourni : au vice-roi d’Égypte,, la canonnière Ramameh-, à l’Italie, le cuirassé Terrible; au Brésil, la corvette cuirassée Brazil,.puis deux monitors cuirassés à deux hélices, Solimoïs et Javary; au Japon, les garde-côtes Itsukushima et Matzushima; au Chili, les croiseurs Presidente-Errazuris et Presidente-Pinto, ainsi que le cuirassé Capilan-Prat; au gouvernement mexicain, le croiseur protégé Zaragoza ; au Portugal,: les croiseurs Sâo-Gabriel et Sâo-Rafael; à l’Espagne, la Numari-cia et le croiseur Rio-de-la-Plata ; à la Russie, la Svetlana, puis les cuirassés Bayan et Gesarevilch.
- Ces travaux, confiés par l’étranger à nos chantiers, méritent de retenir tout particulièrement l’attention. Deux conclusions s’en dégagent. D’abord, la valeur indéniable dé nôtre construction, universellement appréciée. Ensuite, la puissance de production de nos ateliers : si notre marine a déchu ; si elle est main tenant bien au-dessous du rang qu’elle occupait autrefois, ce n’est certes pas aux constructeurs navals qu’il faut s’en prendre, puisqu’ils sont à même de satisfaire, non seulement aux demandes françaises, mais encore à celles qui leur viennent du dehors. Du reste, n’oublions pas que, malgré cet appoint appréciable, plusieurs cales sont souvent demeurées inoccupées pendant des mois, et que ce chômage n’était pas imputable à des grèves.
- Outillage et méthodes de travail étaient donc plus que suffisants, jusqu’ici. Il n’en sera plus de même, le jour où la France se sera résolue à prendre les mesures nécessaires pour s’affranchir du lourd tribut qu’elle paie aux armateurs étrangers, depuis quelle n’a plus assez de navires pour ses exportations et pour ses échanges avec ses colonies. Alors, pour que notre marine marchande regagne promptement le terrain perdu, il faudra que nos chantiers s’agrandissent, et'l’importance de la tâche qui s’offrira à leur activité y imposera l’application de toutes les méthodes les plus modernes de travail. Ernest Coustet. .
- L’USURE ONDULATOIRE DES RAILS
- La Revue électrique vient de publier une intéressante étude sur cette usure particulière des rails, .inconnue jusqu’alors et qui s’est manifestée sur la presque totalité des réseaux. Nous en extrayons les indications suivantes.
- La table de roulement des rails devient ondulée et le matériel roulant prend des mouvements périodiques qui ne tardent pas à le détériorer, d’où
- augmentation des frais d’entretien tant du matériel que de la voie elle-même.
- M. Renard, ingénieur du chemin de fer du Nord, avait remarqué qu’un bruit caractéristique analogue à celui que l’on perçoit au passage des ponts métalliques ou devant les obstacles continus situés le long de la voie se produisait en des points où la voie est en remblai et complètement dégagée.
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- Ayant examiné les rails en ces points il y reconnut l’existence de petites taches polies et brillantes espacées de 20 à 4-0 mm formant saillie de 0,1 à 0,2 mm et donnant au rail un profil nettement ondulé. Les taches brillantes sont sur les faces des aspérités tournées du côté de l’arrivée des trains et on les remarque aux endroits où la vitesse des convois varie de 80 à 120 kilomètres à l’heure.
- M. Pénard proposa l’explication suivante : une roue quittant le sommet d’une aspérité vient retomber sur le rail en un point qu’elle martèle. En cet endroit le métal devient poli et plus dur que le reste du champignon, résistant par suite mieux aux deux causes principales d’usure : l’oxydation et le frottement.
- L’usure ondulatoire constatée sur les voies de tramways où les vitesses sont de 16 à 20 km à l’heure existe donc aussi pour des trains lorsque les vitesses sont de l’ordre de 100 km à l’heure.
- L’écart entre ces vitesses ne peut être attribué qu’à une différence essentielle entre le matériel roulant des chemins de fer et celui des tramways. En recherchant cette différence essentielle on devait donc trouver la cause principale du développement de cette usure. C’est ce qu’a fait M. À. Manaut, qui arrive à cette conclusion que cette cause principale est la présence, sur les voitures de tramways, d’un moteur électrique, lourd, généralement mal suspendu étayant avec l’essieu une liaison rigide. Cette conclusion se trouve d’ailleurs confirmée par la comparaison des observations faites sur la ligne électrique Invalides-Versailles où les moteurs sont entièrement suspendus et sur les lignes du Métropolitain où les moteurs sont du type ordinaire à engrenages : sur la première ligne on n’a constaté, après huit ans d’exploitation, que deux légères traces d’usure ondulatoire dans le voisinage de deux points d’arrêt; sur les secondes, au contraire, bien que la vitesse des convois n’y dépasse pas 30 km : h, soit presque le tiers de celle atteinte sur Invalides-Versailles, l’usure ondulatoire est très accusée particulièrement sur les parties qui précèdent immédiatement les points d’arrêt.
- M. Résal entreprit en 1913 une étude systématique de la question et est arrivé à formuler un certain nombre de conclusions en ce qui concerne la fabrication des rails et du matériel roulant et que l’on peut résumer ainsi :
- Lorsqu’une voiture à essieux parallèles montée sur truck genre Brill circule sur une voie en ligne droite, dès que la vitesse de marche atteint 12 à 15 km: h, les essieux prennent, de temps à autre, un mouvement vibratoire horizontal ; la période de ce mouvement, de l’ordre de 5/100 de seconde, est indépendante de la vitesse propre de la voiture; l’amplitude de ce mouvement croît avec la vitesse propre de la voiture. Ce mouvement vibratoire a pour conséquence un glissement ou patinage des roues sur les rails, qui est susceptible d’être augmenté par la torsion vibratoire de l’essieu, dont la période est également de l’ordre de 5/100 de seconde.
- L’usure ondulatoire des rails n’existe pas pour ainsi dire sur les parties de voie où la vitesse des voitures ne dépasse pas 12 à 15 km. Des circonstances spéciales, notamment le démarrage ou le freinage brutal, peuvent provoquer les vibrations, même lorsque la vitesse critique n’est pas atteinte. Ces vibrations engendrent l’usure ondulatoire par une suite de phénomènes qui forment deux stades successifs.
- Dans le premier stade, les roues exercent un frottement énergique sur les rails ; si la dureté des rails présente des variations alternatives, le frottement agit davantage sur les parties moins dures et il se produit de faibles ondulations par arrachement du métal ou abrasion.
- Lorsque la vitesse d’une voiture atteint une valeur critique, comprise entre 12 et 15 km : h., ses essieux sont susceptibles de prendre de temps en temps un mouvement vibratoire horizontal qui s’amortit plus ou moins vite : d’une part la longueur des ondulations n’a aucune corrélation avec les vibrations des essieux, donc elle est due à la nature du métal; d’autre part les ondulations n’apparaissent pas surles voies parcourues à faible vitesse, donc une vitesse minimum des voitures est une condition nécessaire à leur formation.
- Lorsque le relief de ces ondulations atteint une grandeur suffisante, au frottement vibratoire des roues vient s’ajouter le martelage dû au choc des roues dans le creux des ondulations : c’est le deuxième stade. Ce martelage change la forme des ondes en les modelant sur les variations de structure du métal.
- Les effets du frottement et du martelage dépendent non seulement de la nature du métal du rail, mais encore de la nature du métal du bandage. Si le martelage prédomine et que les rails soient particulièrement peu malléables, l’ondulation ne se déplace pas et tend à s’approfondir. Si le frottement prédomine ou si le métal du rail est très malléable, l’ondulation chemine dans le sens de la marche des voitures : la crête se déplace du côté du creux de l’onde suivante en même temps que la saillie diminue, soit par abrasion, soit par laminage à froid ; la profondeur de l’ondulation diminue et il peut arriver qu’elle disparaisse.
- M. Résal conclut, au point de vue pratique, à l’amélioration de la fabrication des rails par la suppression ou l’atténuation des variations de structure du métal dues au broutement du laminoir, à l’établissement des voies sur sous-bassements élastiques pour diminuer les effets du martelage. Pour le matériel roulant il recommande l’emploi d’un métal moins dur que celui des rails pour la fabrication des bandages des roues, l’adoption de bandages cylindriques assez larges pour déborder toujours le rail, une meilleure suspension des trucks pour diminuer les mouvements vibratoires de l’essieu dans les plaques de garde et l’augmentation de l’empattement des voitures à essieux parallèles pour diminuer les effets du lacet sur les essieux et du tangage qui amorce les vibrations.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Seance publique annuelle du 18 décembre 1916.
- L’Académie a tenu sous la présidence de M. Jordan sa séance publique annuelle. M. Jordan suivant l’usage a rendu un dernier hommage aux membres de la Compagnie morts au cours de l’année et dont la liste est exceptionnellement longue : elle ne comporte pas moins de douze noms ! ceux du chirurgien Labbé, de Henri Léauté, membre de la section de mécanique, du physicien Pierre Duhem, du géologue Gosselet, du mathématicien Richard Dedekind, du bactériologiste Elie Metchnikoff, du phy-sicochiraiste sir William Ramsay, du chirurgien Guiclo Raccelli, de l’astronome Oscar Racklund, d’Edouard Htckel, créateur de l’Institut colonial de Marseille, du zoologiste Maupas, et enfin celui du général Gallieni, correspondant de la section de géographie.
- M. Lacroix fait ensuite une lecture sur le colonel Bory de Saint-Vincent, botaniste, né à Agen en 1778, mort en 1846, membre libre de l’Académie des Sciences. Le personnage est bien différent du type classique de l’Académicien établi par les littérateurs, dit M. Lacroix qui résume ainsi sa vie :
- « Le colonel Bory de Saint-Vincent fut un véritable cadet de Gascogne ; il en eut les brillantes qualités et aussi les brillants travers.
- « Brave officier, voyageur intrépide, fin naturaliste, écrivain scientifique d’une inépuisable fécondité, homme politique et patriote ardent, journaliste et polémiste à la plume mordante, il a exploré, -dans sa jeunesse, les îles Canaries, la Réunion et l’ile de France, la Grèce
- dans son âge mûr, puis dans sa vieillesse l’Algérie, au soir de la conquête. Il a parcouru l’Europe, sous les aigles de Napoléon, de Varsovie à Séville ; il y a erré plus tard comme exilé. Il a rempli de nombreux volumes de ses descriptions de voyage et de ses écrits consacrés aux sujets les plus divers de l’histoire naturelle, exécuté dé fort belles planches de botanique, levé et dessiné de nombreuses cartes topographiques; il a dirigé de grandes missions scientifiques, créé des revues et des dictionnaires ; il a été aussi rédacteur politique d’un journal satirique, il a rimé dçs fables ; il a même commis deux pièces de théâtre, et elles ont été jouées.
- (( Pendant les périodes calmes de son existence, cet homme extraordinaire, sorti sans une égratignure de tant de batailles, a été grièvement blessé en duel; il a rempli d’importantes fonctions au dépôt des cartes et plans du ministère de la guerre ; enfin il a été deux fois député, non sans avoir trouvé, dans l’intervalle, le temps de faire un déplacement de quelques années à Sainte-Pélagie; les créanciers d’alors ne respectaient la liberté de personne, même pas celle des botanistes, même quand ils étaient colonels en demi-solde !
- « Après avoir été correspondant de l’Institut pendant vingt-six années, il est mort membre libre de notre Académie, commandeur de la Légion d’honneur, comblé de distinctions et aussi parfaitement dépourvu d’argent que pendant tout le cours de son aventureuse existence. »
- LA FORCE MOTRICE
- Alors que le charbon a atteint des prix très élevés, qui se maintiendront peut-être longtemps encore, la possibilité d’utiliser industriellement la chaleur naturelle, provenant du sous-sol terrestre, devient fort intéressante.
- Cette idée, à première vue, peut faire sourire, et sembler du domaine des romanciers de l’école Jules Verne, mais elle a été réalisée d’une manière remarquable en Italie à Larderelle, dans une Centrale thermo-électrique d’environ 15 000 chev.-vapeur qui fonctionne régulièrement, distribue le courant électrique dans tout le pays environnant.
- On sait que dans toute la région au sud de Vol-terre on rencontre de nombreuses manifestations volcaniques, qui ont une intensité particulièrement importante à Larderelle et dans tout le pays du voisinage. Là, sur une étendue, qui mesure plusieurs kilomètres carrés, s’élèvent, des déchirures du sol, de puissants jets de vapeur d’eau très chaude, riche en sels de bore et en divers gaz, qui sont utilisés pour l’extraction de l’acide borique et ses sous-produits.
- Si, au lieu de recueillir seulement les matières salines de ces émanations, on provoque l’échappement de ces vapeurs dans une tuyauterie convenablement disposée, formée de tubes de fer d’un diamètre variant de ‘20 à 40 cm, on obtient des
- SANS COMBUSTIBLE
- quantités considérables de vapeur à des pressions de 2 à 3 atmosphères et à une température de 150 à 165°, qui atteint parfois 190°.
- Les jets de vapeur se continuent sans changement de pression et de température pendant des années. Même si l’on perce d’autres trous à une certaine distance des précédents, le régime de cette production n’est pas altéré, tant est grande la richesse thermique du sous-sol.
- Les premières expériences en vue de l’exploitation ont été faites par le prince Ginori Conti en 1903, suivant les conseils du comte Florestan de Larderelle.
- Il commença par projeter un fort jet de vapeur contre une roue à palettes, puis il actionna un moteur à vapeur à.piston commandant une petite dynamo. Encouragé par ces essais, Ginori Conti, en 1905, utilisa la vapeur naturelle des terrains volcaniques dans un moteur à piston de 40 chevaux, en ne se servant que d’üne très faible partie du trou de Venella, qui produit le jet le plus puissant à la pression de 5 atmosphères à une température de 160° et à raison de plus de 5000 kg à l’heure. Les résultats obtenus pendant plusieurs années furent absolument satisfaisants au point de vue du travail mécanique produit, mais un peu moins au point de vue de la conservation des organes métalliques du moteur, par suite des traces d’acide
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- LA FORCE MOTRICE SANS COMBUSTIBLE
- sulfhydrique, et peut-être sulfurique, et d’autres substances entraînées par la vapeur et qui corrodent les métaux et le fer en particulier.
- Entre temps, Ginori Conti continua à établir de nouvelles canalisations dans le terrain en perçant des trous plus larges et plus profonds ; il obtint ainsi des jets de vapeur de puissances variables et dont l’un pouvait fournir 25 000 kg de vapeur surchauffée, à l’heure, à une pression de 2 à 5 atmosphères. Ces courants de vapeur réunis auraient été capables d’alimenter des moteurs de plusieurs milliers de chevaux. Par prudence, l’expérience fut d’ahord faite en petit relativement, suffisante cependant pour
- dans des tours d’aération. Et afin d’écarter l’action chimique des vapeurs naturelles, mêlées au gaz, sur le métal de la turbine, il imagina d’utiliser ces vapeurs seulement comme moyen de chauffage de trois groupes de chaudières multi-tubulaires à basse pression (1 atmosphère et demie). La vapeur, qui alimente les turbines, est produite avec l’eau de condensation de la vapeur sortant de ces mêmes turbines tandis que les vapeurs naturelles, après avoir cédé leur chaleur aux chaudières, sont employées comme précédemment dans l’industrie du borax. En un mot, on se trouve en présence de trois groupes de turbo-alternateurs alimentés avec delà
- Vue générale des soffioni et des usines de Larderello.
- donner des résultats concluants. En 1912 fut installé un turbo-alternateur de 300 chevaux pour fournir le courant qui sert à l’éclairage de l’établissement de Larderelle.
- Les choses en étaient rendues à ce point quand, avec l’énorme renchérissement du charbon, se manifesta le besoin d’augmenter considérablement la production de l’énergie électrique de l’usine pour la distribuer aux particuliers. Le prince Ginori Conti décida alors l’utilisation sur une vaste échelle, de l'énergie thermique souterraine.
- Comme suite aux études de l’ingénieur Brighenti, directeur des travaux, la maison Tosi de Legnano — dit le professeur Luiggi dans la Nuova Antolo-gia — fit l’installation de trois turbo-alternateurs de 3000 kilowatts chacun avec condenseur à surface alimenté par une circulation d’eau refroidie
- vapeur à basse pression réchauffée, non par du charbon ou autre combustible, mais par des vapeurs naturelles à la température d’environ 165°. Ainsi on se passe de charbon !
- Le courant électrique, au moyen de transformateurs, est porté à 36 000 volts et envoyé par cinq lignes aux centres principaux de consommation des environs : Volterra, Sienne, Cecina, Livourne et Florence.
- Il y a là une nouvelle utilisation des richesses naturelles de l’Italie. Il ne s’agit plus de houille blanche, mais d’énergie d’origine volcanique. Comme la quantité de vapeur disponible à Larderello est pour ainsi dire illimitée, et dépend des travaux à effectuer pour la capter, on y trouvera une très importante soux-ce de force motrice à bon marché. Norbert Lai.lié.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahdre, rue de Fleuras, 9, à Paris.
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- LA NATURE
- QUARANTE-QUATRIÈME ANNÉE — 1916
- DEUXIÈME SEMESTRE
- INDEX ALPHABÉTIQUE
- A
- Académie des Sciences : Séance publique annuelle, 431.
- Acide sulfurique et la gugrre, 342.
- — : concentration, 3tro.
- Aéronautique et la guerre, 72.
- — et la guerre, 129.
- Afrique orientale allemande, 266.
- Ailes des insectes et des vertébrés, 145. Algues des filtres à sable submergé :
- influence dans l'épuration des eaux, 175.
- Aliments pour le bétail et la guerre, 253. Allemagne : ports de pêche, 102.
- — : consommation de l’énergie élec-
- trique pendant la guerre, 141.
- — : chantiers maritimes, 289.
- — : les remplaçants du cuivre, 391. Ammoniac : synthèse, 62.
- Ammonites : mode de reproduction de
- leurs cloisons, 15.
- Amortisseurs et réducteurs de sons et de lueurs, 337.
- Animaux exotiques vivants : commerce, 293.
- Antiseptiques : emploi, 414.
- Aphidie, ennemie des pucerons, 175. Appareil cinématographique nouveau, 143.
- Appareils respiratoires : exposition au musée du Val-de-Grâce, 230. Applications inattendues de l’électricité, 207.
- Ardoise : exploitation à Fumay, 311. Arrosage capillaire : effets, 399. Assurances préventives contre l’incendie aux États-Unis, 408.
- Astres : découverte de la visibilité en plein jour, 62.
- Aurores boréales, 367.
- Australie : rôle minier et industriel pendant la guerre, 535. Automicrographe, 96.
- Automobiles : nouveaux groupes de chirurgie, 255.
- — blindées : évolution, 321. Avant-train très simple pour machines agricoles, 413.
- Aviation : fuselage, 156.
- B
- Bacille typhique : rapidité d’évolution dans le lait, 51.
- Balkans : peuples et langues, 326.
- Bassin d’essai permettant de reproduire le mouvement des vagues, 350.
- Bétail : aliments et la guerre, 255.
- Bibliographie : organisation, 101.
- Blessés : pressions artérielles basses, 399.
- Boucheries : installalions frigorifiques pratiques, 359.
- Boulangeries et cuisines de campagne, 199.
- c
- Cacaoyer à la Côte d’ivoire, ,417.
- Canards (La plus grande ferme à), 383.
- Canaux : halage funiculaire électrique, 305.
- Canon sans recul Davis, 368.
- Canon : bruit, 287.
- — : son, 62.
- Canonnades lointaines : audition, 354. Caoutchouc et la guerre, 33.
- Carbone : dosage dans les aciers, 14. Carte internationale du monde au millionième, 106.
- Casque : évolution, 47.
- Chantiers maritimes allemands, 289. Chantiers français de constructions navales, 421.
- Charbon pulvérisé : utilisation industrielle, 519.
- Chaussures de l’armée : fabrication mécanique, 1.
- Chemins de -fer de campagne à voie étroite, 49.
- — : organisation et rôle en temps
- de guerre, 97.
- — dans la conduite et la poursuite
- de la guerre, 145.
- — houillers en Russie, 204.
- — (une exposition en), 271.
- Chimie du goudron, 86.
- Cinéma à l’école, 546.
- Cinéma commis voyageur, 50. Cinématographe : appareil nouveau,
- 143.
- Cité reconstituée, 281.
- Cœur : vitesses musculaires dans les diverses cavités, 175.
- Colorants naturels, 257.
- Commerce des animaux exotiques vivants, 293.
- — extérieur russe par Vladivostok
- pendant la guerre, 119. Compresseur oculaire pour la recherche du réflexe oculo-cardiaque, 207. Concentration de l’acide sulfurique, 365.
- 28
- Supplément au n* 2257 de La Nature du 50 décembre 1916.
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- Concours Lépino 1916 : les jouets, 295.
- — : les petites inventions, 549. Conduites d'épaisseur et de dimensions
- variables : modifications des coups de bélier, 27 J.
- Congo belge : richesses minérales du Katanga, 385
- Constructions navales : nos chantiers, 421. Cordonniers, sabotiers et bottiers militaires, 414.
- Corps gras : industrie marseillaise, 177. Corps solides : densité, 567.
- Côte d’ivoire : le cacaoyer, 417.
- Coups de canons et zones de silence, 207.
- Cristal : dévitrification, 47.
- Cristaux mixtes : angles, 51.
- Croiseur cuirassé américain Memphis : naufrage, 400.
- Cuisine électrique en Amérique, 15. Cuisines et boulangeries de campagne, 199.
- Cuivre : ses remplaçants en Allemagne,
- 391.
- Cultures expérimentales au bord de la mer, 399.
- D
- Darwinisme et la guerre (Le), 406.' Dicyémides : une phase nouvelle, 127. Dirigeables et la guerre, 129.
- Distances en mer : détermination par temps sombre ou de brouillard, 302. Duhem Pierre : Nécrologie, 259.
- E
- Eau oxygénée : catalyse, 14.
- Éclairage des usines, 109.
- Éclairs en boule : observations au sommet du Puy de Dôme, 14.
- Écriture phonographique, 175.
- ElForts internes dans les métaux : comment on les décèle, 234.
- Électricité : applications inattendues, 207.
- — : vente à paiement préalable, 597. Électro-vibreurs puissants montrant un
- courant faible, 127.
- Embaumement chez les Incas, 14. Engins allemands et Autrichiens : l'usées, 183.
- Espagne : gisements de sels de potasse naturels, 105.
- — : industrie et la guerre, 150. Étain et fer-blanc métaux de guerre,
- 317.
- Étang de Berre : industries, 161.
- Étoiles B : galaxie, 47.
- Évolution des automobiles blindées, 521. Expédition Shackleton dans la mer de Weddell, 37.
- — : épilogue, 265.
- Expérience de Fizeau reprise par Zec-man, 239.
- Exposition en chemin de fer, 271.
- F
- Fabrication mécanique^ des chaussures de l’armée, i<
- INDEX ALPHABÉTIQUE
- Fabrication des tuyaux de fonte par la force centrifuge, 412.
- Fccule : industrie en France, 40.
- Fer : points critiques, 127.
- Fer-blanc et étain, métaux de guerre, 317.
- Feu grégeois, 188.
- Fièvre clés tranchées et la spirochétose icléro-hémorragique (La) : deux nouvelles maladies de guerre, 420. Fleurs d’hiver, 353.
- Force motrice sans combustible, 451. Forêts submergées'de Belle-Ilc-en-Mer, 126.
- — dévastées par la guerre : restauration, 401.
- Forgeron mécanique, 288.
- Foudre : protection contre, 62.
- Fusées d’engios allemands et autrichiens, 183.
- Fuselage en aviation, 156.
- G
- Galènes employées comme détecteurs :
- fonctionnement, 143.
- Galbzine (Prince B.) : Nécrologie, 127. Gaz : emplois industriels, 55.
- Gazogène automatique nouveau, 76. Gelure des pieds, 14.
- Génisses immunisées contre la vaccine :
- variolisation, 271.
- Goudron de houille : emplois, 5. Goudron : chimie, 86.
- Guerre de mines, 225.
- H
- Halage funiculaire électrique sur les canaux, 505
- Baveuse mécanique américaine, 239. Heure à travers les temps, 251.
- Houille et pétrole : leurs rapports, 367. Houillères françaises durant la guerre, 275.
- Huître : embryogénie, 223.
- Hygromètre à condensation, 237.
- I
- Incendie : assurances préventives aux États-Unis, 408.
- Industrie féculièrc française, 40.
- — emplois du gaz, 55.
- — minière et métallurgique au
- Japon, 65.
- — espagnole et la guerre, 150.
- — de l’étang de Berre, 161.
- — marseillaise des corps gras, 177.
- — de la Sibérie et la guerre, 189.
- — des matières colorantes, 216.
- — des colorants naturels, 257.
- — minière en Ardennc envahie, 311. Insectes qui fabriquent du papier, 59.
- > Installations' frigorifiques pratiques pour boucheries, 359.
- Invar : dilatation, 414.
- Inventions au Concours Lépine (Les petites), 349.
- Iode colloïdal, 599
- J
- Japon : industrie minière et métallurgique, 65.
- K
- Katanga : richesses minérales, 385.
- L
- Lame de caoutchouc : variations de l’épaisseur sous 1’infiuence d’un champ électrostatique, 399.
- Laminaires : sexualité, 31.
- Liquides cristallins, 367.
- Lumière : séparation de ses effets lumineux et calorifiques, 127.
- Lune : Théorie, 566.
- M
- Machine à sténographier pour aveugles,
- 14.
- Machines agricoles : avant-tram très simple, 413.
- Magnétos d’allumage, 241.
- Maladies de guerre nouvelles : la fièvre des tranchées et la spirochétose ictérohémorragique, 420.
- Manutention mécanique continue dans les usines, 209.
- Marseille : industrie des corps gras, 177.
- — : origines grecques, 354.
- Marteau mécanique, 288.
- Massif du Cantal : les verres volcaniques, 367.
- Matières colorantes : industrie, 216. Méningite cérébro-spinale : guérison par trépanation, 62.
- Méridien (le premier), 287.
- Métaux : examen interne au moyen des rayons J, 308.
- Mexique : industrie, 17.
- Microbisme latent, 207.
- Mines (Guerre de), 225.
- — : sous-marin allemand pour les poser, 169.
- Moignons : valeur fonctionnelle et éducation sensitive, 31.
- Mont Saint-Michel : assèchement de la baie, 399.
- Mouches : vision, 206.
- Moulins de la mer à Argostoli (Cépha-lonic), 79.
- Moustiques : destruction parles poissons, 334.
- Mouvement brownien, 15.
- N
- Natalité : variation mensuelle, 207. Naufrage du croiseur cuirassé américain Memphis, 400.
- Nébulosité moyenne en France : distribution mensuelle, 27.
- Nécrologie : Metchnikoff, 112.
- — : Sir William Ramsay, 127. Niagara: transbordeur aérien, 125. Nickel et la guerre, 93.
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- Observatoire de la rue Yivienne, 414. Œil en caoutchouc pour les blessés de guerre, 224.
- Œuf frais stérilisé, 220.
- Organisation et rôle des chemins de fer en temps de guerre, 97.
- — du travail et système Taylor, 246.
- Origines grecques de Marseille, 334.
- P
- Pain des prisonniers de guerre, 382. Parfums de synthèse : industrie française, 377.
- Pâte préhistorique, 15-Peaux : tannage, 21.
- Peuples et langues des Balkans, 326. Phénomènes glaciaires de la Haute-Savoie, 567.
- Pisciculture industrielle, 121.
- Plaies de guerre : microbisme latent, 14.
- — : caractères généraux, 593. Planète Mars : les canaux, 47.
- — : origine des révolutions directes
- ou rétrogrades, 271.
- Plantes : sensphototropique, 309.
- Platine et la guerre, 166.
- Poils et poilus, 215.
- Pompe à vapeur de mercure : nouveau type, 205.
- Pont de Québec : nouvel accident, 299.
- — modernes : construction. Applica-
- tion du téléphone, 303.
- — roulant à bascule, système Selier-tzer, 138.
- Ports de pêche allemands, 102.
- Potasse : gisements de sels naturels en Espagne, 105.
- Projecteur Sperry, 352.
- Prévision du temps : nouvelle méthode, 197.
- Pucerons : leur ennemie l’aphidie, 175.
- Q
- Québec : nouvel accident du pont, 299.
- INDEX ALPHABÉTIQUE
- R
- Piails : usure ondulatoire, 429.
- Ramsay (Sir William). Nécrologie, 127.' Rayons X : action sur l'iodure d’amidon, 239.
- — : emploi pour l’examen interne
- des métaux, 508.
- Réactions psycho-physiologiques aux excitations visuelles et auditives : durée, 175.
- Réducteurs et amortisseurs de sons et de lueurs, 337.
- Rééducation physique au Craml Palais, 193.
- Rhône navigable et tunnel du Rove, 113. Roches d’Aller Pedroso (Portugal), 255.
- — volcaniques des colonies fran-
- çaises, 223.
- Rotalion des corps célestes : influence de la pression de radiation, 15. Russie : chemins de fer houillers, 204.
- S
- Sabotiers, cordonniers et bottiers militaires, 414.
- Salaires • théories mathématiques, 136.
- Scaphanlre nouveau entièrement métallique, 158.
- Science et industrie, 277.
- Science : rapports avec le développement économique du pays, 14.
- Scoliose abdominale du Muqil auratus, 143.
- Sélénium : recherche, 288,
- Shackleton dans la mer de Weddel], 37.
- Sibérie : industrie et la guerre, 189.
- Sifflement des projectiles et principe de Doppler, 271.
- Soldat-mitrailleur : psycho-physiologie, 127.
- Soldats sourds : classement d’après leur degré d’audition, 15.
- Soleil : périodicité de son activité, 223.
- Son : influence du vent sur les conditions de son audition, 255.
- Sous-marin allemand poseur de mines 169.
- Spectres de haute fréquence : existence d’un nouveau groupe de lignes, 15.
- Stabilisation des navires au moyen du gyroscope, 9.
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- Stations de cure d’air, j stations de repos, 70.
- Stérilisation des œufs, 220.
- Synthèse biochimique d’un galaclabiose, 143.
- Système du monde (Le), 14.
- — métrique et la guerre, 77.
- — Taylor et organisation du travail, 246.
- T
- Taches solaires : influence de Vénus, 188.
- Tannage des peaux, 21.
- Thon : migration et pêche sur nos côtes méditerranéennes, 127.
- Transbordeur aérien du Niagara, 125.
- Transformateur de 1 000 000 volts, 31.
- Tremblement de terre : localisation de l’épicentre, 62.
- Trottoir dynamographique, 188.
- Tube Coolidge : détermination des constantes pratiques, 271.
- Tuberculose des marchands de vin, 61.
- Tunnel du Rove, 113.
- — sous la Manche, 81.
- Tuyaux de fonte : fabrication par la force centrifuge.
- Typhus exanthématique : vaccination préventive, 145.
- U
- Usines : éclairage, 109.
- — : manutention mécanique conti-
- nue, 209.
- — : Transports et manutentions
- 374.
- — Mauser d’Oberndorf, 362.
- V
- Vanille : variétés, 367.
- Verres de France, de Bohême et d’Allemagne : attaque, 334.
- Ville sainte des Incas : découverte, 88.
- Vitesse de propagation : sa détermination dans les conduites forcées industrielles, 567.
- Volcanisme : théorie, 14.
- — expérimental, 285.
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-
- LISTE DES AUTEURS
- PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE
- A.-C. G. — Deux nouvelles maladies de guerre : la fièvre des tranchées et la spirochétose ictéro-hémorragique, 420.
- Andrimont (Piexé d’). — Le Katanga et scs richesses minérales, 385.
- àegel (Paul d’). — Nouveaux groupes de chirurgie automobiles, 255.
- Belot (Emile). — Le volcanisme expérimental, 285.
- Berget (Alphonse). — La carte internationale du monde au millionième, 106.
- Bigourdan. — Distribution mensuelle de la nébulosité moyenne en France, 27.
- Blin (Henri). — L’industrie féculière française, 40. — La pisciculture industrielle, 121. — La « croisade de l’œuf frais stérilisé, 220.
- Breton (A.). — Sir William Ramsay, 127. — Théories mathématiques des salaires, 156. — Nouvel hygromètre à condensation, 237. — L’organisation du travail et le système Taylor, 246. — Avant-train très simple pour machines agricoles, 413.
- Boccaccio (Paul). — Le fuselage en aviation, 156.
- Bonnin (R.). —Pont roulant à bascule système Scherlzer, 138.
- — Le nouvel accident du pont de Québec, 299. — Bassin d’essai permettant de reproduire le mouvement des vagues, 350.
- Bouiieuîl..— Détermination des distances en mer par temps sombre ou de brouillard, 302. — Le rôle minier et industriel de l’Australie pendant la guerre, 353.
- Boyer -'(Jacques). — Applications inattendues de l’électricité, 207. — Une exposition en chemin de fer, 271. — Les usines Mauscr d’Oberndorf, 362. — La plus grande ferme à canards du monde, 385. — Cordonniers, sabotiers et bottiers militaires, 414.
- Camuon (Victor). — Les chantiers maritimes allemands, 289.
- — Les assurances préventives contre l’incendie aux Etats-Unis, 408.
- Claude (Daniel). — L’évolution du casque, 47.
- CoufiN (Henri). — Les insectes qui fabriquent du papier, 59.
- — Poils et poilus, 215.
- Coustet (Ernest). — Le Rhône navigable et le tunnel du Rove, 113. — L’étang de Berre, 161. — Nos chantiers de constructions navales, 421.
- Creuzé (P.). Hansen (N.). — L’automicrographe, 96.
- Dobor (Georges de). — Peuples et langues des Balkans, 526.
- E. C. — Concentration de l’acide sulfurique, 365. — La vente de l’électricité à paiement préalable, 397.
- Flamel (Nicolas). — Tannage des peaux, 21. — Fusées d’engins allemands et autrichiens, 183. — Amortisseurs et réducteurs de sons et de lueurs, 337.
- Forbin (V.). — Découverte de la ville Sainte des Incas, 88.
- Fournier (Lucien). — Les boulangeries et les cuisines de campagne, 199. — Les petites inventions au concours Lé-pine, 349.
- Gariel (C.-M.). —Stations de cure d’air, stations de repos, 70.
- Gattefosse (R.-M.). — Industrie française des parfums de synthèse, 377.
- Guillaume (A.-C.). — La plaie de guerre, 393.
- Guitàrd (E.-H.). — L’heure à travers les temps, 251.
- J. V. — Le commerce extérieur russe par Vladivostok pendant la guerre, 119.
- Jolyet (A.). — Restauration des forêts dévastées par des faits de guerre, 401.
- Jumelle (Henri). — L’induâtrie marseillaise des corps gras, 177. — Le cacaoyer à la Côte d’ivoire, 417.
- Kaminer (A.). — L’industrie de la Sibérie et la guerre, 189.
- Knoblaucii-Cottenet (Max). — L’industrie espagnole et la g-uerre, 150.
- Lallié (Norbert). — La force motrice sans combustible,
- 451.
- Lannoy (P. de). —Le tunnel sous la Manche, 81.
- Lanorville (Georges). — Une visite à la Cité Reconstituée,
- 281. — Le cinéma à l’école, 346. — Installations frigorifiques pratiques pour boucheries, 359.
- Launay (L. de). — L’industrie au Mexique, 17. — Les origines grecques de Marseille, 334.
- Le Chatelter (II.). — La science et l’industrie, 277.
- Le'vi (Lucien). — Le pain des prisonniers de guerre, 382.
- Martel (E.-A.). — Les moulins de la mer à Argostoli (Cé-phalonie), 79.
- Miramond de Laroquette. — Le sens phototropique des plantes, 369.
- Merle (René). — Metehnikoff, 112. — Un ennemi des pucerons : l’aphidie, 175. — Les aliments pour le bétail et la guerre, 253. — Le commerce des animaux exotiques vivants, 295. — La guerre et le Darwinisme, 406.
- Naïto (J.). — L’industrie minière et métallurgique au Japon, 65.
- P. S. —L’organisation de la bibliographie, 101. — Les remplaçants du cuivre en Allemagne, 391.
- Paresce (René). — Une nouvelle méthode de prévision du temps, 197.
- Pawlowsiu (Auguste). — Les houillères françaises durant la guerre, 273.
- R. B. — Le projecteur Sperry, 352.
- R. M. — Le corps de rééducation physique au Grand-Palais, 193.
- R. P. — Un nouveau type de pompe à vapeur de mercure, 205.
- Rabot (Charles). — Le drame de l’expédition Shaeldeton
- dans la mer de Weddell, 37. — L’épilogue de l’expédition Shackleton, 265.
- Regelsperger (Gustave). — L’Afrique orientale allemande, 265.
- Renouard (Alfred). — La fabrication mécanique des chaussures de l’armée, 1. — La renaissance d’une industrie pendant la guerre : les colorants naturels, 257. — Une industrie minière en Ardenne envahie, 311. — Fleurs d’hiver, 353.
- Reverchon (Léopold). — La guerre et le système métrique, 77.
- S. J. —Le naufrage du croiseur cuirassé américain Memphis, 400.
- Sallior (P.). — Le caoutchouc et la guerre, 53. — Létain et le fer-blanc métaux de guerre, 317. — L’acide sulfurique et la guerre, 342.
- Sarriau (Jean). —Les magnétos d’allumage, 241.
- Verseau (Du). — Contre le roulis! La stabilisation des navires au moyen du gyroscope, 9. — Un sous-marin allemand poseur de mines pêché par les Anglais, 169.
- Vichniak (J.). — Transformateur de 1 000 000 volts, 31. — La consommation de l’énergie électrique en Allemagne et la guerre, 141. — Le nouveau scaphandre entièrement métallique, 158. — Le platine et la guerre, 166.
- Volta (IL). — Les emplois du goudron de houille, 5. — Le cinéma commis-voyageur, 30. — Les emplois industriels du gaz, 55. — Le nickel et la guerre, 95. — L’éclairage des usines, 109. — Le transbordeur aérien du Niagara, 125.
- — Nouvel appareil cinématographique, 145. — L’écriture phonographique, 173. — Manutention mécanique continue dans les usines, 209. — Comment on décèle les efforts internes dans les métaux, 234. — Le forgeron mécanique, 288. — L’utilisation industrielle du charbon pulvérisé, 319. Le canon sans recul Davis, 368. — Amenagement moderne des usines. — Transport et manutention dans l’usine, 374. — Fabrication des tuyaux de fonte par la force centrifuge, 412.
- Wahl (A.). — La chimie du goudron, 86. — Industrie des matières colorantes, 216.
- X. — Les chemins de fer de campagne à voie étroite, 49. — L’aéronautique dans la grande guerre, 72. — L’organisation et le rôle des chemins de fer en temps de guerre, 97.
- — Les chemins de fer dans la conduite et la poursuite de la guerre, 145. — L’évolution des automobiles blindées, 321.
- Un vieux mineur. — La guerre de mines, 225.
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- TABLE DES MATIERES
- N. B. Les articles de la Chronique, imprimés dans ce volume en petits caractères, sont indiqués dans cette table en lettres italiques.
- ART MILITAIRE. — MARINE
- Contre le roulis ! — La stabilisation des navires au
- moyen du gyroscope (Du Verseau)..................... 9
- L’évolution du casque (Daniel Claude).................. 47
- Les chemins de fer de campagne à voie étroite (X...). 49
- L’aéronautique dans la grande guerre (X...)............ 72
- L’organisation et le rôle des chemins de fer en temps
- de guerre (X...)....................................... 97
- L’aéronautique et la guerre...............................129
- Les chemins de fer dans la conduite et la poursuite de
- la guerre (X...).......................................145
- Le fuselage en aviation (Paul Boccaccio)..................156
- Le nouveau scaphandre entièrement métallique (J. Yicu-
- niaiv).................................................158
- Un sous-marin allemand poseur de mines pêché par les
- Anglais (Du Verseau).................................. 169
- Fusées d’engins allemands et autrichiens (Nicolas Fla-
- mel).................................................. 183
- Les boulangeries et les cuisines de campagne (Lucien
- Fournier)..............................................199
- La guerre de mines (Un vieux mineur)......................225
- Détermination des distances en mer par temps sombre
- et de brouillard (Buurëuil)........................... 502
- L’évolution des automobiles blindées (X...)...............321
- Amortisseurs et réducteurs de sons et de lueurs (Nicolas
- Flamel)................................................337
- Le projecteur Sperry (R. B...)............‘............352
- Les usines Mauser d’Oberndorf (Jacques Boyer). . . . 362
- Le canon sans recul Davis (II. Yolta).....................368
- Le naufrage du croiseur cuirassé américain Memphis (S. J.)...........................................400
- CONDITIONS ÉCONOMIQUES DE LA GUERRE
- L’industrie au Mexique (L. de Launay)................... 17
- Le caoutchouc et la guerre (P. Sallior)................. 33
- L’industrie minière et métallurgique au Japon (J. Naïxo) 65
- Le nickel et la guerre (H. Yolta)....................... 93
- Les ports de pêche allemands............................102
- Le commerce extérieur russe par Vladivostok pendant
- la guerre (J. Y.).......................................119
- La consommation de l’énergie électrique en Allemagne
- et la guerre (J. Viciiniak).............................141
- L’industrie espagnole et la guerre (Max Knoblauch-
- Cottenet)...............................................150
- Le platine et la guerre (J. Viciiniak)....................16ii
- L’industrie de la Sibérie et la guerre (A. Kaminer) . . 189
- Les chemins de fer houillers en Russie.....................204
- Les aliments pour le bétail et la guerre (René Merle). 253 Les houillères françaises durant la guerre (Auguste
- Pawlowski)..............................................273
- Les chantiers maritimes allemands (Victor Cambon) . . 289
- Une industrie minière en Ardenne envahie (Alfred
- Renouard).....................;......................311
- L’étain et le fer-blanc, métaux de guerre (P. Sallior). 517 Le rôle minier et industriel de l’Australie pendant la guerre (Boureuil)..........................................553
- Le pain des prisonniers de guerre (L. Lévi) . v . . . 582 Les remplaçants du cuivre en Allemagne (P. S.) . . . 591 Restauration des forêts dévastées par des faits de guerre
- (A. Jolyet)...................................... 401
- Cordonniers, sabotiers et bottiers militaires (Jacques
- Boyer)............................................. 414
- Nos chantiers de constructions navales (Ernest Coustet). 421
- CONDITIONS GÉOGRAPHIQUES ET ETHNIQUES DE LA GUERRE
- Le tunnel sous la Manche (P. de Lanxoy)........ 81
- L’Afrique Orientale allemande (Gustave Regelsperger). 265
- Le Katanga et ses richesses minérales (Piene' d’Andrimont). 585
- CHIMIE.
- Les emplois du goudron de houille -(II. Yolta) .... 5
- La chimie du goudron (A. Wahl) ...................... 86
- Industrie des matières colorantes (A. Wahl)..........216
- La renaissance d’une industrie pendant la guerre : les
- colorants naturels (Alfred Renouard).................257
- L’acide sulfurique et la guerre (P. Sallior).........342
- Concentration de l’acide sulfurique (E. C.)..........565
- Dosage du carbone dans les aciers.................... 14
- Dénitrification du cristal.............................. 47
- Synthèse de l'ammoniac.................................. 62
- Recherche du sélénium. .................................288
- L‘attaque des verres de France, de Bohème et d’Allemagne .................................................33 4
- MÉDECINE, CHIRURGIE ET HYGIÈNE.
- Stations de cure d’air, stations de repos (C.-M. Gariel) 79 Le corps de rééducation physique au Grand Palais
- (R.M)............................................195
- Un œil en caoutchouc pour les blessés de guerre . . . 224
- L exposition des appareils respiratoires au Musée du Yal-
- de-Grâce...........................................239
- Nouveaux groupes de .chirurgie automobiles (Paul
- d’Augel).........................................255
- La plaie de guerre (A.-C. Guillaume)................593
- Deux nouvelles maladies de guerre : la fièvre des tranchées et la spirochétose ictéro-hémorragique (A.-C. G.). 420
- Gelure des pieds.................................... 14
- Le microbisme latent dans les plaies de guerre. . . 14
- Classement des soldats sourds d'après leur degré
- d’audition......................................... 15
- Rapidité d'évolution du bacille typhique dans le lait 31
- Valeur fonctionnelle et éducation sensitive des moignons................................................... 31
- La tuberculose des marchands de vin................. 61
- Guérison de la méningite cérébro-spinale par trépanation .................................................. 62
- Psycho-physiologie du soldat mitrailleur............127
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- 438 : , TABLE
- Vaccination préventive contre le typhus exanthématique .......................................... •
- Trottoir dynatnographique.......................
- Compresseur oculaire polir la recherche du réflexe
- oculo-cardiaque............................. .
- Microbisme latent...............................
- Variolisation des génisses immunisées contre la
- vaccine . ....................................
- Sur l’iode colloïdal............................
- Sur les pressions artérielles basses des blesses. . . L’emploi des antiseptiques......................
- GÉOGRAPHIE. — ETHNOGRAPHIE ARCHÉOLOGIE.
- Le drame de l’expédition Shackleton dans la merde
- Weddell (Charles Rabot).........................
- Les moulins de la mer à Argostoli (Céphalonie) (E.-A.
- Martel).........................................
- Découverte de la ville Sainte des Incas (Y. Forces) . . La carte internationale du monde au millionième (Alphonse Berget)......................................
- Le Rhône navigable et le tunnel du Rove (Ernest
- Coustet). ......................................
- L’étang de Berre (Ernest Coustet)...................
- L’épilogue de l’expédition Shackleton (Charles Rabot) . Peuples et langues des Balkans (Georges de Dübor) . Les origines grecques de Marseille (L. de Launat) . .
- Les forêts submergées de Belle-lle-en-Mer...........
- La variation mensuelle de la natalité...............
- L’assèchement de la baie du Mont Saint-Michel . .
- GÉOLOGIE.
- Les gisements de sel de potasse naturel en Espagne. .
- Le volcanisme expérimental (Emile Belot).........
- Théorie du volcanisme............................
- Localisation de l’épicentre d’un tremblement de terre Les roches volcaniques des colonies françaises. . .
- Les roches d’Aller Pedroso (Portugal)............
- Les rapports de la houille et du pétrole.........
- Les verres volcaniques du Massif du Cantal .... Phénomènes glaciaires de la Haute-Savoie.........
- HISTOIRE NATURELLE. BIOLOGIE. — ZOOLOGIE.
- Les insectes qui fabriquent du papier (Henri Coupin) . .
- La pisciculture industrielle (Henri Blin)..........
- Les ailes des insectes et des vertébrés............
- Un ennemi des pucerons : l’aphidie (René Merle). . .
- Poils et poilus (Henri Coupin).....................
- La « croisade x> de l’œuf frais stérilisé (Hehri Blin) . . Le commerce des animaux exotiques vivants (Rei,é
- Merle)...........................................
- Fleurs d’hiver (Alfred Renouard)...................
- Le sens phototropique des plantes (Miramond de Laro-
- quette)........................................
- Le cacaoyer à la Côte d’ivoire (Henri Jumelle) ....
- Mouvement brownien.................................
- Mode de reproduction des cloisons d'ammonitoïdes.
- Sexualité des laminaires..........-................
- La migration et la pêche du thon sur nos côtes méditerranéennes ....................................
- Une 'phase nouvelle des Dicyémides . ..............
- Scoliose abdominale du Mugil Auratus...............
- Synthèse biochimique d’un galaclabiose.............
- MATIÈRES ----
- Influence des algues des filtres à sable submergé
- dans Vépuration des eaux................. 175
- Sur la durée des réactions psycho-physiologiques
- aux excitations visuelles et auditives............175
- Vitesses musculaires dans les diverses cavités du cœur. 175
- Vision des mouches..................................206
- Embryogénie de l'huître . . . .................223
- Destruction des moustiques par les poissons . . . 354
- Les variétés de vanille.............................367
- Cultures expérimentales au bord de la mer .... 399
- Sur les effets de l’arrosage capillaire.............599
- INDUSTRIE, TRAVAIL INDUSTRIEL MÉCANIQUE.
- La fabrication mécanique des chaussures de l’aimée
- (Alfred Renouard)....................................... 1
- Tannage des peaux (Nicolas Flajiel)....................... 21
- L’industrie féculière française (Henri Blin).............. 40
- Les emplois industriels du gaz (H. Volta)................. 55
- Nouveau gazogène automatique............................. 76
- L’éclairage des usines (11. Yoltaj.......................109
- Le transbordeur aérien du Niagara (11. Yolta) .... 125
- Théories mathématiques des salaires (A. Breton). . . 136
- Pont roulant à bascule système Schertzer (R. Bonnin). . 138
- L’écriture pbonographique (H. Yolta)......................175
- L’industrie marseillaise des corps gras (Henri Jumelle) . 177
- Manutention mécanique continue dans les usines
- (11. Yolta)............................................209
- Baveuse mécanique américaine ............................239
- Les magnétos d’allumage (Jean Sariuau)....................241
- 1/organisal.ion du travail et le système Taylor (A. Breton) ................................................... 246
- La science et l’industrie (II. Le Chatelier), ..... 277
- Une visite à la Cité Reconstituée (Geurges Lanorville). 281
- Le forgeron mécanique (II. Yolta).........................288
- Le nouvel accident du pont de Québec (R. Bonnin; . . 299
- L’application du téléphone à la construction des grands
- ponts modernes.........................................503
- Le halage funiculaire électrique sur les canaux .... 305
- L’utilisation industrielle du charbon pulvérisé (H. Yolta). 319 Installations frigorifiques pratiques pour boucheries
- (Georges Lanorvii.le)...........;.....................559
- Aménagement moderne des usines. Transport et manutention dans l’usine (II. Yolta) . . .................374
- Industrie française des parfums de synthèse (R.-M. Gat-
- tefosse)...............................................577
- La vente de l’électricité à paiement préalable (E. C.). . 597
- Les assurances préventives contre l’incendie aux Etats-
- Unis (Victor Cambon)...................................408
- Fabrication des tuyaux de fonte par la force centrifuge
- (H. Yolta).............................................412
- Avant-train très simple pour machines agricoles (A. Breton)................................................... . 413
- L’usure ondulatoire des rails.............................429
- La force motrice.sans combustible. ....................431
- La science dans ses rapports avec le développement
- économique du pays..................................... 14
- Une machine à sténographier pour aveugles .... 14
- PHYSIQUE. — ASTRONOMIE.
- Distribution mensuelle de la nébulosité moyenne en
- France Bigourdan) ...................................... 27
- Le cinéma commis-voyageur (H. Yolta).................... 50
- Transformateur de 1 000 000 volts (J. Iiciiniak). ... 51
- La protection contre la foudre . . . .................. 62
- La guerre et le système métrique (Léopold Reverciion). 77
- L’automicrographe (P. Creuzé-N. Hansen)................. 96
- Nouvel appareil cinématographique (II. Yolta; .... 145
- Une nouvelle méthode de prévision du temps (René Paresce) ................................................
- DES
- 145
- 188
- 207
- 207
- 271
- 599
- 399
- 414
- 37
- 79
- 88
- 106
- 113
- 161
- 265
- 326
- 334
- 126
- 207
- 599
- 105
- 285
- 14
- 62
- 223
- 255
- 367
- 567
- 567
- 59
- 121
- 143
- 175
- 215
- 220
- 293
- 353
- 569
- 417
- 15
- 15
- 31
- 127
- 127
- 143
- 145
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- TABLE DES MATIÈRES
- 439
- Un nouveau type de pompe à vapeur de mercure (R. P.)- 205 Applications inattendues de .l’électricité (Jacques Boyer). 207
- Comment on décèle les efforts internes dans les métaux (H. Yolta).......................................234
- Nouvel hygromètre à condensation (A. Breton) .... 237
- L’heure à travers les temps (E.-II. Guitard)......251
- L’examen interne des métaux au moyen des rayons X. 308
- Bassin d’essai permettant de reproduire le mouvement
- des vagues (R. Bonnin)..............................330
- Le cinéma à l’école (Georges Laxorville)..............346
- Catalyse de l'eau oxygénée........................... .14
- Le système du monde................................... 14
- Observations d'éclairs en boule au sommet du Puy
- de Dôme............................................. 14
- Existence d’un nouveau groupe de ligne dans les
- spectres de haute fréquence......................... 15
- Influence de la pression de radiation sur la rotation
- des corps célestes................................. 15
- Les angles des cristaux mixtes........................ 31
- La galaxie des étoiles B.............................. 47
- Les canaux de la planète Mars......................... 47
- Découverte de la visibilité des astres en plein jour. 62
- Le son du canon....................................... 62
- Electro-vibreurs puissants montrant un courant
- faible..............................................127
- Les points critiques du fer...........................127
- Séparation des effets lumineux et calorifiques de la
- lumière........................................... 127
- Sur le fonctionnement des galènes employées comme
- détecteurs..........................................143
- Influence de Vénus sur les taches solaires............188
- Le feu Grégeois.......................................188
- Les coups de canons et les zones de silence...........207
- Périodicité de l'activité solaire.....................223
- Action des rayons X sur l’iodure d'amidon .... 239
- Expérience de Fizeau reprise par Zeeman. . . . 239
- Influence du vent sur les conditions d audition du
- son................................................ 255
- Détermination des constantes pratiques du tube
- Coolidge............................................271
- Le principe de Doppler et le sifflement des projectiles ................................................271
- Les modifications des coups de bélier dans les con-
- duites d’épaisseur et de dimension variables. . . 271
- Origine des révolutions directes ou rétrogrades des
- planètes.............................................271
- Le bruit du canon......................................287
- Le premier méridien....................................287
- L’audition des canonnades lointaines'...................334
- Théorie de la lune.....................................566
- Détermination de la vitesse de propagation dans
- les conduiles forcées industrielles..................567
- La densité des corps solides.........................• 367
- Les aurores boréales....................................567
- Liquides cristallins....................................367
- Variations d’épaisseur d’une lame de caoutchouc sous l’influence d’un champ électrostatique . . . 399
- L’ancien observatoire dé la rue Vivienne................414
- La dilatation de l’invar...............................414
- NÉCROLOGIE.
- Metchnikoff (René Merle)...............................112
- Sir William Ramsay (A. Breton).........................127
- Le prince B. Galitsine..................................127
- Pierre Duhem...........................................239
- DIVERS
- La cuisine électrique en Amérique.................... 15
- L’organisation de la bibliographie (P. S.)...........101
- Une exposition en chemin de for (Jacques Boyer) ... 271
- Le concours Lépine 1916 : les jouets.................295
- Les petites inventions au concours Lépine (Lucien Fournier) ................................................ 349
- La plus grande ferme à canards du monde (J. Boyer) . . 583
- La guerre et le darwinisme (Rene' Merle)................406
- Embaume vent chez les Incas............................. 14
- Une pâte préhistorique.................................. 15
- FIN DES.TABLES
- Le Gérant : P. Masson.
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