La Nature
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- LA NATURE
- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L'INDUSTRIE
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- LA NATURE
- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L'INDUSTRIE
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ
- Paris. Un an. . . . . . 20 fr. » ABONNEMENTS Départements. Un an.. , 25 fr. « Union postale. Un an . . 26 fr.
- — Six mois. . . 10 fr. » — Six mois.. 12 fr. 50 — Six mois . 15 fr.
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- Paris, t— Imprimerie Lahurë, rue de Fleuras, 9.
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- LH NATURE
- ET ILTOUS MPFMœiiûMi
- làlL/J^T IBl&afe^H L'ÏÏMMJSTMïl
- QUARANTE-CINQUIÈME ANNÉE 1917 — PREMIER SEMESTRE
- MASSON ET C% ÉDITEURS
- LIBRAIRES DE L’ACADÉMIE DE MÉDECINE
- PARIS, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN
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- 45e ANNÉE. — N° 2258.
- 6 JANVIER 1917.
- LA
- REV
- NATURE
- UE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
- LE PRIX DES TISSUS ET VÊTEMENTS PENDANT LA GUERRE
- Par suite de la nécessité de se vêtir, la cherté croissante des tissus se fait vivement sentir en ces temps de vie chère. La femme qui songe à se commander un costume, l’homme qui renouvelle sa garde-robe défraîchie, se plaignent vivement d’en subir les effets. Quelles sont les causes de cette élévation de prix? Dans quelles proportions atteint-elle la consommation courante? Ce sont là deux
- signalée pour la soie (1), nous allons la préciser pour le coton et la laine qui sont avec elle les deux principales fibres le plus couramment consommées par rindusLrie. Cette précision va nous être aisée, car de tout temps l’un et l’autre ont été cotés à la Bourse du Havre. On pourrait s’étonner que, eu égard à leurs variétés d’aspect et de qualités, ils puissent être journellement cotés sous une seule
- Fig. i. — La Bourse des cotons et laines brutes au Havre.
- questions qu’il peut paraître intéressant d’élucider.
- En dehors de diverses causes secondaires que nous indiquerons plus loin, trois facteurs principaux ont amené la hausse du prix des étoffes, quelles qu’elles soient. Ce sont :
- 1° L’élévation extrême du coût de tous les filaments bruts sans exception, pour diverses causes que nous allons analyser ;
- 2° La rareté du tissu proprement dit, amenée par la suppression momentanée de la production des départements envahis;
- o° La hausse des prix de teinture et de matières premières servant au blanchiment et à l’apprêt, dont nous allons également indiquer l’origine.
- 1° L’élévation du prix de la matière première. — De quelque textile qu’il puisse être question, la hausse, comparativement aux prix d’avant la guerre, a été excessive. Nous l’avons déjà récemment
- rubrique et sous un seul cours, mais on a eu soin de prendre comme base des transactions un type unique auquel il est facile de rapporter les autres. Pour le coton, que nous pouvons donner comme exemple, la marchandise se spécifie en balles et pour en indiquer le degré de propreté on a imaginé trois types : le middling fair, très propre, le loiu middling, assez chargé de feuilles, et le middling, qualité moyenne ; mais il a été entendu que lorsqu’on achète ces balles, celles-ci sont arbitrables sur le type middling et que rien ne doit être livré au-dessous du low middling, ni au-dessus du middling fair\ de sorte que le vendeur peut à son gré livrer une qualité égale ou supérieure au coton le moins propre, le prix dans cts conditions n’étant qu’une base destinée à fixer le taux définitif, parce qu’il a la faculté au moment de la livraison de facturer 1 Voy. La Nature, n° 2228.
- 45" Année. — 1" Semestre
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- LE PRIX DES TISSUS ET VÊTEMENTS PENDANT LA GUERRE
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- la marchandise 5 francs de moins, par exemple, si elle se rapproche plutôt du type inférieur, en se conformant pour la. vérification de cet écart à l’appréciation rapide et sans appel d’un arbitre assermenté. Ceci entendu, voici quelles ont été les cotes moyennes du coton au cours des six premiers mois de l’année de la déclaration de guerre, décimales négligées :
- Janvier 1914. . . 85 Avril 1914. . . 85
- Février — ... 85 Mai — ... 86
- Mars — ... 82 Juin — . . . 89
- ce qui donne une moyenne de 84 fr. 65. Les prix des six premiers mois de cette année ont été par contre les suivants :
- Janvier 1916. . . 110 Avril 1916. . . 109
- Février — ... HO Mai ... 11 o
- Mars — ... 110 Juin — ... 115
- ce qui donne une moyenne d’environ 111 francs. Actuellement le prix du coton est monté à 155 fr.
- Contrairement à ce que l’on pourrait penser, cette hausse n’a pas eu pour cause principale un déficit dans la production mondiale. Aux États-Unis, qui sont les grands régulateurs des marchés cotonniers, on a bien constaté un recul dans la récolte, puisque celle de 1915 n’a été que de 11 954 000 balles alors que celle de 1914 s’était élevée à 16 958 000 balles, mais ce n est pas un vide de 4 984 000 balles qui a pu influencer les cours de la sorte. La vraie raison est avant tout l’élévation des frets, causée directement par l’état de guerre. Il faut se rappeler à ce propos que le coton américain est surtout expédié en Europe et notamment à Liverpool et au Havre, sièges des deux principales Bourses de ce textile en Europe, par trois ports, Galveston, New-Orléans et Savannah, mais que le premier à lui seul absorbe plus des trois quarts des expéditions américaines. Or, dans un rapport récent et abondamment documenté sur l’augmentation des frets, {'Association of Impor-ters and Exporters, de Manchester, a prouvé que le prix du fret de Galveston à Liverpool avait monté depuis le commencement des hostilités de 566 pour 100. D’autre part, le fret d’une balle entre Galveston et le Havre est passé de 8 francs à 80 francs, mais vu la pénurie de navires français, on ne charge pour la France qu’à de rares intervalles. Comment une matière première pourrait-elle supporter sans répercussion sensible des frais généraux de cette nature?
- La hausse a été également excessive pour la laine. Voici, en effet, la moyenne des cotes du Havre pendant les six premiers mois de l’année de la déclaration de guerre :
- Janvier 1914. . . 185 Avril 1914. . . 215 Février — . . . 197 Mai — . . 218
- Mars — . 205 Juin — . . . 228
- ce qui donne une moyenne de 205 francs ; et voici par comparaison les cotes sur la même place des six premiers mois de cette année :
- Janvier 1916. . . 520 Avril 1916. . . 550 Février - . . . 525 Mai - . . • ôS5
- Mars — . . . 525 Juin — . . . oo0
- ce qui donne une moyenne de 526 francs. Actuellement la laine est montée à 450 francs.
- Là aussi la hausse du fret a joué son rôle, car en raison de l’absence de consommation des pays envahis, de la Belgique et de l’Allemagne, la production normale des laines coloniales eût plutôt amené la baisse. Mais il y a eu autre chose. Nous avons eu d’abord une diminution quelque peu sensible dans la production des laines françaises, qui sont pour l’industrie un appoint important, par suite de l’occupation par l’ennemi d’un certain nombre de départements producteurs. En outre, les laines coloniales elles-mêmes se sont raréfiées par suite des achats considérables effectués en Argentine par l’Allemagne et dans le Dominion Australien par les Germano-Américains. D’une enquête faite par le correspondant du Times à Buenos-Ayres, il résulte, en effet, que le gouvernement allemand a acheté l’année dernière pour 75 millions de francs de laines dans l’Argentine et en Uruguay, et cette année pour 150 millions avant la tonte : ces laines ont été emmagasinées là-bas jusqu’à la paix et immobilisées, et les Argentins ont d’autant plus facilement consenti à ces ventes que, du fait des hostilités, ils se sont vus privés de leur principal et habituel débouché, celui de Roubaix-Tourcoing-. Les achats pour le compte de maisons allemandes des États-Unis en Australie et en Nouvelle-Zélande se sont élevés, semble-t-il, à 125 millions de francs; il est vrai que des mesures restrictives ont été prises récemment pour empêcher les expéditions des laines brutes australiennes en pays neutres, mais elles sont arrivées un peu trop tard. En Espagne, et notamment dans l’Estramadure, les Allemands ont fait également d’importants achats, à des prix supérieurs aux cours normaux, qu’ils ont emmagasinés sur les lieux jusqu’à cessation des hostilités. Si nous n’y mettons pas bon ordre au moment de la conclusion des conventions finales, les Allemands comptent employer ces laines dans leurs usines intactes aussi vite qu’une paix quelconque le leur permettra, pendant que de notre côté nous reconstruirons nos usines détruites.
- Ajoutons qu’en ce qui concerne la France, par suite de l’absence presque complète des établissements de peignage de laine, dont les principaux avaient leur siège dans les rayons de Roubaix, Tourcoing et Reims, nous sommes aujourd’hui obligés de faire venir d’Angleterre la presque totalité des laines peignées et fils de laine peignée nécessaires à nos industries. Les Anglais, qui n ont pas trop de ces matières pour eux-mêmes, se voient naturellement obligés de nous les fournir au « prix fort ». Observons du reste qu’en Angleterre même la hausse des matières premières textiles s est fait senlir d’une façon absolument anormale. Il y a quelque temps, le journal anglais The Statist a publié une série à' index-numbers se rapportant de juin 1914 à avril 1916, relatifs aux textiles. Partant du chiffre 100 comme prix moyen pendant la périoda
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- LE PRIX DES TISSUS ET VETEMENTS PENDANT LA GUERRE
- 1866-1877, il est arrivé aux données suivantes :
- Juin 1914. 80,6 Décembre 1915. 111,7
- Décembre — 77,8 Mars 1916. 118,1
- Juin 1915. 90,0 Avril — 119
- Pour l’année courante, l’augmentation semble un peu se tasser, puisque de mars à avril 1916 elle n’a été que de 0,8 pour 100, mais de juin 1914 à avril 1916 elle ne s’en est pas moins élevée à 47,4 p. 100.
- L’ensemble d’une hausse aussi profonde sur toutes les matières textiles dans leur ensemble est un fait unique depuis leur utilisation industrielle. On a pu enregistrer à des époques déterminées des surélévations subites sur le prix de certains textiles, permettant de remplacer dans l’usage courant les plus chers par d’autres à meilleur marché, mais seulement en raison de causes qui leur étaient propres, comme les maladies du ver pour la soie en 1855, laguerrede sécession américaine pour le colon en 1865, la grande mortalité du troupeau australien par suite de la .sécheresse en 1911, etc. : jamais à aucune époque on n’avait assisté à une progression de cette nature sur tous les textiles sans exception.
- De Foville, qui de son vivant fut un statisticien éminent, a, dans un travail étendu, analysé les variations de prix des marchandises en France pendant un demi-siècle. Lorsqu’on examine les chiffres qu’il a établis pour les textiles, on constate que dans une période de 25 ans ceux-ci n’avaient pas plus augmenté dans leur ensemble que depuis le commencement de la guerre actuelle.
- 2° Rareté du tissu. — La production des pays envahis faisant défaut à la vente, la demande est devenue supérieure à l’offre, et nous avons été obligés pour y satisfaire de chercher nos fournisseurs à l’étranger. Nous allons montrer par quelques chiffres combien nos importations de produits textiles manufacturés sont pendant les hostilités supérieures aux envois qui nous sont faits en temps normal.
- Prenons comme exemple les fils et tissus de coton et examinons comparativement quelles sont les quantités qui nous ont été expédiées avant et pendant la guerre par les quatre principaux, pays producteurs avec lesquels nous pouvons faire commerce : l’Angleterre, l’Italie, la Suisse et l’Espagne. Les relevés que nous allons donner se rapportent au commerce spécial et sont désignés en quintaux métriques :
- Pour les fils, les importations ont été en 1914 :
- Angleterre. Italie. Suisse. Espagne.
- 11 957 196 1058 190
- soit au total 19 285 quintaux. L’année précédente (1915), elles s’étaient élevées respectivement pour chacun de ces mêmes pays à 24 775, 61,1290 et 2, formant un total de 51 280.
- Or, voici les chiffres de 1915 :
- Angleterre. Italie. Suisse. Espagne.
- 175 909 27 598 1560 20 625
- Le total 225 499, donne un excédent de 204 204 quintaux !
- Arrivons aux tissus, pour lesquels les chiffres sont encore autrement impressionnants.
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- Les envois de 1914, toujours exprimés en quintaux métriques, ont été de :
- Angleterre. Italie. Suisse. Espagne.
- 22 722 4951 1057 5800
- Le total est de 49 498. Remarquons que pour 1915 ces mêmes données se chiffraient respectivement 25 749, 278, 1770 et 24 (total : 48 205), et pour 1912 : 25 955, 504, 1621 et 59 (total : 48 845).
- Comparons maintenant les importations de 1915 :
- Angleterre. Italie. Suisse. Espagne.
- 509 640 122120 4791 157 644
- celles-ci constituent un ensemble de 671 612 quintaux, présentant un excédent sur 1914 de 622156 quintaux! L’Espagne notamment a fait, grâce à la guerre, des affaires d’or avec nos départements méridionaux auxquels les tissus de coton des régions productrices septentrionales non envahies ne parviennent qu’avec la plus grande irrégularité, en raison de la crise des transports par voie ferrée. Bien entendu, l’étranger a su nous faire payer ses envois à prix très rémunérateurs pour lui.
- Nous pourrions citer pour les fils et tissus de laine des chiffres identiques que nous ne donnons pas pour ne pas surcharger cet article de statistiques.
- On a bien essayé de remonter le courant en déplaçant provisoirement ou en agrandissant quelques centres de production, mais ce supplément a été relativement infime et nous ne comprenons pas comment on a pu dire et écrire que le mouvement qui s’est produit en ce sens n’a de comparable que l’exode des filateurs d’Alsace chassés de Mulhouse en 1871 par l’annexion et venant implanter leurs établissements dans les Vosges et la Meurthe-et-Moselle. Assurément, une ou deux filteries (fabriques de fil à coudre) de lin sont venues s’établir en Seine-Inférieure, trois filatures de coton ont été remises en marche à Rouen, de même une retor-derie à Oissel, quelques immigrés ont repris des ateliers abandonnés dans le Calvados et l’Eure, d’autres ont tenté de monter dans quelques centres épars, et avec un matériel d’occasion qu’on leur a vendu du reste au double du temps normal en raison de la hausse des métaux, un certain nombre d’établissements textiles, des fabricants de toile d’Armentières ont eu le temps de transporter leur matériel ailleurs;'Lyon, enfin, dont les métiers de soieries peuvent assez facilement s’accommoder de la fabrication des lainages, semble avoir trouvé pour certains articles un chemin de Damas jusque-là ignoré; mais ces louables tentatives, dont quelques unes laisseront certainement des traces après la guerre, ne constituent, si l’on peut dire, qu’une goutte d’eau dans l’Océan. La meilleure preuve en est que les importations de tissus des premiers mois de 1916, bien qu’atténuées par l’arrivée de cet appoint nouveau, n’en ont pas moins continué. Pour nous en tenir aux seuls tissus de coton anglais, par exemple, janvier 1916 en a vu importer 13 725 contre 15 850 quintaux en janvier 1915, février 16 740 contre 16 891, mars 15 414 au lieu de 50 465,
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- avril 16 691 contre 29 084, etc. Il faut aussi pour apprécier ces relevés, tenir compte de ce fait que la demande a dû forcément se ralentir, lorsque les premiers besoins de la consommation courante, forcément restreints en temps de guerre, ont été satisfaits, et prendre en considération que beaucoup, avant quelque temps, ne seront pas renouvelés.
- 3° Augmentation des prix de teinture. — La majeure partie des tissus doit forcément subir les opérations de la teinture. En temps normal, le prix de celle-ci n’a qu’une influence assez relative sur celui du tissu lui-même; mais il ne saurait en être de même au cours de la guerre actuelle, par la raison que 75 pour 100 des matières colorantes artificielles de la consommation mondiale étaient avant les hostilités fabriquées par l’Allemagne; les teinturiers, qui en sont aujourd’hui privés, ont été obligés de majorer leurs prix dans des conditions exceptionnelles dont il n’est pas possible de ne pas tenir compte.
- L’augmentation dont nous parlons a eu lieu partout et nous allons en donner quelques exemples. '
- Depuis le commencement des hostilités et dans tous les pays industriels, il ne s’est pas passé de semestre sans que les teinturiers n’aient demandé à leur pienlèle une majoration dans les prix de teinture. À l’heure actuelle, celle-ci est en France d’environ 60 pour 100. En Suisse, où presque tous les manufacturiers de cette spécialilé sont syndiqués sous le nom d’« Union suisse de la teinture », elle est de 50 pour 100 depuis le mois d’août 1914. En Angleterre, à la suite de demandes successives d’augmentation de salaires par suite de la cherté de la vie faites par les ouvriers teinturiers et admises après discussions par les patrons, les prix de teinture ont dû être également majorés et sont actuellement de 65 pour 100. Mais ce qu’il y a de curieux, c’est que l’Allemagne elle-même s’est vue contrainte de subir cette hausse générale, la plupart de ses fabriques de matières colorantes artificielles ayant été transformées en fabiûques d’explosifs et de gaz asphyxiants. L’association des teinturiers de soie allemande, la seule qui actuellement ait sa raison d’être chez nos ennemis par suite de la rareté des autres textiles, a décrété une série de hausses successives sur les prix de teinture : la surélévation atteint aujourd’hui 100 pour 100, avec des ordres
- absolument limités. Pour la soie, la question se complique encore en Allemagne de celle de la charge. La propriété que possède ce textile d’absorber soit des matières organiques, soit des sous-sels ou des oxydes métalliques, est, en effet, utilisée en teinture pour donner plus de poids et partant plus de volume au fil ou au tissu : cette addition, appelée « charge » est parfaitement admise et ne devient frauduleuse que lorsqu’elle dépasse un certain taux; le public lui-même y est tellement habitué qu’un tissu de soie sans charge lui parait absolument maigre et sans consistance. Mais les principales matières employées sont le bichlorure d’étain hydraté et l’acétate de plomb, et comme l’Allemagne manque d’étain et de plomb, elle éprouve les plus grandes difficultés à se procurer les sels de charge qu’elle est obligée de remplacer souvent par des matières organiques qui sont loin de donner le
- même résultat. C’est là une conséquence singulière et inattendue du blocus.
- Mais les tissus teints sont en général apprêtés, pour avoir l’aspect ma rchand qui convient à la vente. Autre question qui vient compliquer encore celle des prix, en raison de l’augmentation exceptionnelle qu’ont subie toutes les matières mucilagi-neuses entrant dans la composition des apprêts les plus usuels; gommes de tout genre, gélatines, amidons, dextrine, etc. Le prix des apprêts proprement dits depuis le début de la guerre s’est accru de 30 à 40 pour 100.
- Les prix du blanchiment, enfin, ont suivi la même progression que ceux de la teinture, étant donné que toutes les matières utilisées par cette industrie spéciale ne sont plus aujourd’hui vendues qu’avec une augmentation considérable, qu’il s’agisse des produits en usage pour les fibres végétales comme le carbonate de soude, l’hypochlorite de chaux, etc. ; ou de celles nécessaires au blanchiment des matières animales, comme l’eau oxygénée, l’hydrosulfite de soude, le permanganate de potasse, le soufre pour la production de l’acide sulfureux, etc. ; ou encore des matières auxiliaires du blanchiment alcalines ou acides, comme l’ammoniaque, l’acide sulfurique, etc. La pénurie de ces produits, amenée par l’immobilisation en pays envahi de plusieurs grandes manufactures productrices (Manufactures
- Fig. 2. — La grande salle des marchés à terme (Room) de la Bourse de Liverpool. Au centre le Ring (corbeille) où sont affichés au fur et à mesure outre les prix locaux ceux des Bourses de Manchester, du Havre, de New- York.
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- de produits chimiques du Nord, usines de Saint-Gobain, usines Solvay, etc.), a été la cause première de la hausse qui atteint ces divers produits.
- 4° Autres causes. — Nous venons d’indiquer sommairement les raisons principales de la cherté des lissus, mais il en est d’autres, d’ordre plus général, qui n’en ont pas moins une répercussion étendue et profonde sur les prix et ne sauraient certainement être négligées. De ce nombre est l’irrégularité de l’alimentation en matières premières textiles. Maintes fois, pour n’en donner qu’un exemple, le syndicat normand de la filature de coton s’est plaint que la gare du Havre n’expédiât par jour aux manufactures de Normandie que 300 à 400 balles, alors que celles-ci, pour la production intensive qu’elles voudraient donner en ce moment, en auraient besoin de plus du double. Par ce fait, plusieurs établissements ont dù parfois arrêter plusieurs jours faute de coton.
- Il faut également faire entrer enligne de compte le manque d’ouvriers (tisseurs, monteurs,, gareurs, etc.) : la difficulté de les remplacer dans l’industrie textile où les machines sont en général assez complexes, a amené dans le personnel des tissages une augmentation passant de 2 fr. à 2 fr. 50 pour les femmes et de 4 fr. à 4 fr. 50 pour les hommes. Enfin il y a lieu également de mentionner la crise du charbon, commune à toutes les industries, et tout aussi intense qu’auparavant depuis qu’on a remplacé l’activité naturellement inventive et laborieuse d’une pléiade de négociants par un Bureau anonyme paperassier, en proie aux paralysies et aux intrigues qui accablent obligatoirement tous les bureaux.
- Les résultats. — Toutes les causes que nous venons d’énumérer rapidement ont naturellement influé sur le prix des tissus, mais il nous est matériellement impossible d’en fixer la proportion d’une manière aussi précise que nous l’avons fait pour les matières textiles brutes. Celles-ci sont ou Lien cotées en Bourse suivant un type, comme nous l’avons expliqué, unique ou sur les marchés d’après une classification sommaire. Les tissus, au contraire, en raison de leur complexité, ne sauraient
- être désignés sous un nombre aussi restreint de rubriques. On s’en rendra facilement compte si l’on veut bien considérer combien sont variés les tissus simplement unis, c’est-à-dire obtenus par un mode de croisement uniforme, non seulement suivant le nombre des éléments (chaîne ou trame) dont ils sont constitués, mais aussi selon qu’ils sont directement dérivés des armures fondamentales, pour former des nattés, reps, levantines, serges, chevrons, losanges, satinés, etc. De plus, lorsque ces tissus sont façonnés, leur complexité devient autrement grande ; car ils peuvent être façonnés par la
- croisure, pour donner des côtelines, côtes, matelassés, velours, gaufrés ou brochés, ou par la couleur, ou encore par la couleur et la croisure pour donner des damassés, pointillés, piqués, etc. Il n’est donc pas possible d’établir l’augmentation de prix de chaque genre, d’autant plus que chacun de ceux-ci comprend lui-même une foule de sous-catégories suivant la matière textile ou la grosseur et la torsion des fils entrant dans leur composition. Tout ce qu’il est possible de dire d’une manière générale, c’est que le tissu qui a le moins augmenté n’a subi qu'une hausse de 20 pour 100 et que la surélévation la plus forte a atteint jusque 100 pour 100 et plus : entre ces deux chiffres, on peu placer toute une gamme de prix des plus variés.
- Le vêtement a subi naturellement le prix du tissut dont il est fait, mais entre tous le costume de la femme a été l’objet de l’augmentation la plus forte en raison d’un élément dont il n’était guère possible de prévoir l’influence : la mode. Alors qu’avant la guerre la jupe entravée et le corsage ajusté n’exigeaient que 2 m. 50 à 3 m. d’étoffe suivant la largeur de celle-ci, la jupe large bien qu’écourtée, complétée par un corsage à larges plis en demande 4 ou 5 et parfois davantage. Ce que l’on peut regretter, c’est de voir l’outrance de la mode, qui est l’obsession du mannequin, se produire en un moment où elle devrait être effacée et discrète. Mais, comme l’a fait spirituellement remarquer un écrivain, « la guerre, ce n’est que la guerre, et une saison sans mode, ce serait une révolution )). Alfred Rexouard.
- Fig. 3. — La Bourse des cotons de Liverpool (Cotton exchange) la plus importante du globe. Créée en 1870 par la Liverpool Cotton Association.
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- L’INDUSTRIE DE L’ACIER EN FRANCE
- Au cours d’une guerre comme celle que nous menons, et dans l’issue de laquelle l’industrie apparaît comme devant jouer un rôle de plus en plus important, il nous semble intéressant de donner quelques indications sur ce qu’était la sidérurgie française à la grande date de 1914, qui a vu son essor brusquement arrêté. Beaucoup des détails qu’on trouve ci-dessous sont extraits, disons-le en passant, d’un ouvrage récent qui vient d’être consacré à cette question^) et qui la traite avec tous les développements nécessaires.
- Rappelons d’abord, sans y revenir plus longue-, ment, que le premier élément de la métallurgie, le minerai de fer, est très abondamment réparti en France. Nous disposons, en effet, de plus de la -moitié du colossal gisement lorrain, d’où nous extrayions, au moment de la déclaration de guerre, plus de 20 millions de tonnes. Le minerai est à la teneur de 33 à 40 pour 100, et contient — ceci est caractéristique — une p.oporlion importante de phosphore (jusqu’à 1 pour 100). Une autre partie du gisement lorrain était possédée, jusqu’en 1914, par l’Allemagne, qui en lirait annuellement, elle aussi, plus de 20 millions détonnes. Une autre partie, enfin, celle-ci très petite, appartient au Luxembourg, qui en extrait par an 7 millions de tonnes. Dans l’ensemble le gisement lorrain, qui produisait ainsi plus de 47 millions de tonnes de minerai par an, était le bassin ferrifère le plus puissant du monde après le gisement du Lac Supérieur. Le minerai extrait de la partie française venait principalement du bassin de Briey, où l’extraction s’était développée prodigieusement : entre 1895 et 1915, sa production était passée de 6000 à 15 000 000 de tonnes.
- Outre ce magnifique gisement de Meurthe-et-Moselle, la France possède des gisements imporiants en Normandie et en Anjou, constitués par du minerai moins phosphoreux et plus riche en fer que celui de Lorraine; mais, au moment de la guerre, ces gisements étaient encore peu exploités et ne fournissaient à eux doux, en 1915, que 900 000 t. environ.
- Enfin, nous avons les gisements des Pyrénées, qui fournissent un minerai de qualité exceptionnellement pure et de très grande val ur, dont il est produit chaque année entre 300 000 et 400 000 t.
- Au point de vue des combustibles, notre pays est malheureusement beaucoup moins bien partagé. Comme on le sait, nous consommions chaque année, avant la guerre, plus de 60 millions de tonnes de charbon et nous n’en produisions que 40 millions.
- 1. L’Industrie de l'Acier en France, par J. Tribot-Laspière, ingénieur civil des Mines, 1 volume de 555 pages avec 54 figures, 6 cartes, 5 graphiques el 20 photographies, librairie Vuibert, boulevard Saint-Germain, Paris, prix :
- 10 francs.
- La différence de 20 millions nous était fournie par l’Angleterre (pour moitié), la Belgique et l’Allemagne, et le prix en était fort élevé (25 francs la tonne de charbon au port ou à la gare-frontière). En ce qui concerne le coke métallurgique, l’un des aliments essentiels des hauts fourneaux, notre situation était encore plus défavorable : la France en consommait, en effet, plus de 6 millions de tonnes et n’en produisait que 5 millions. D’où la nécessité d’importer chaque année 3 millions de tonnes qui venaient en presque totalité de l’Allemagne et qui nous étaient vendues très cher (51 francs la tonne en 1915, non compris le transport de la frontière à l'usine).
- En résumé, la sidérurgie française avait du minerai très abondant à assez bon compte, et du combustible qu’elle payait très cher et qu’elle se procurait difficilement(*).
- Telles sont les caractéristiques de la France sidérurgique au point de vue des matières premières. Nous allons voir comment elles ont déterminé l’orientation de l’industrie tout entière.
- Sans remonter bien loin dans le domaine de la technique, nous devons rappeler ici que les principaux procédés de fabrication de l’acier sont le procédé au convertisseur et le procédé au four Martin.
- Le procédé au convertisseur a été découvert vers ! 860 par Bessemer, mais le revêtement de la cornue était silicieux et ne permettait pas d’utiliser les fontes phosphoreuses, car on ne pouvait éliminer l’acide phosphorique, qui passait dans l’acier. C’est en 1878 que deux Anglais, Thomas et Gilchrist, mettant en pratique les idées exposées par le Français Gruner, professeur à l’École des Mines de Paris, réalisèrent pour la cornue un revêtement basique, à base de magnésie, qui permit de traiter les fontes phosphoreuses par une simple addition de chaux : le phosphate de chaux formé passait dans la scorie et était éliminé avec elle. Cette découverte, qui donnait la possibilité de tirer parti des gisements de minerai phosphoreux, devait avoir une importance considérable. Nous allons y revenir dans un instant.
- Le second procédé a été inventé par le Français Pierre Martin, ancien élève de l’École des Mines de Paris, en 1865. Tandis que le procédé au convertisseur a pour principe de brûler successivement les diverses impuretés de la fonte par le passage d’un courant d’air dans la masse en fusion, le procédé Martin consiste essentiellement à fondre dans un four une masse de ferraillts et de riblons, auxquels on ajoute 25 à 50 pour 100 de fonte, et à éliminer les impuretés grâce à la scorie surnageante et à l’atmosphère du four, qu'on peut modifier à volonté en rendant tour à tour neutres, réducteurs
- 1. Ajoutons qu’elle avait cle la peine, surtout dans certaines régions, à recruter la main-d’œuvre nécessaire.
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- L’INDUSTRIE DE L’ACIER EN FRANCE
- ou oxydants, les gaz enflammés qu’on dirige sur la sole. Le procédé Martin a le grand avantage de permettre de pousser l’épuration du métal aussi loin qu’on le désire et d’utiliser tous les rebuts de fabrication ou tous les vieux fers qui resteraient autrement.
- Jusqu’en 1880 environ, la région sidérurgique principale était, en France, la région du Centre, qui s’était, depuis de longues années, illustrée par la qualité de ses produits et par l’excellence de sa main-d’œuvre.
- Le Nord et l’Est l’avaient à grand peine rattrapé et ne venaient qu’a-près lui au point de vue du tonnage de la production.
- Mais, à partir de 1880, l’application du convertisseur Thomas permit d’utiliser le minerai phosphoreux de Lorraine, et de nombreux hauts fourneaux se construisirent bientôt en Meurthe-et-Moselle : c’est ainsi qu’on vit ce département prendre une importance capitale dans la production française de fonte et arriver jusqu’à représenter 69 pour 100 de cette production totale, comme c’était le cas à la veille de la guerre.
- Cependant, cette région de l’Est, si elle était ainsi une productrice extrêmement abondante de fonte, avait un rôle un peu moindre au point de vue de l’acier, car elle vendait une part importante de sa fonte sans la transformer. Sa production d’acier brut ne représentait que 55 pour 100 environ de la production française et sa production de produits finis 43 pour 100 seulement. Le département de la Meurthe-et-Moselle produisait surtout, en raison de la nature de son minerai et de sa fonte, de l’acier Thomas, lequel, grâce à sa production rapide, convient à merveille à la fabrication de
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- tous les produits d’usage courant, tels que les rails, les poutrelles, les tôles, etc., qui s’accommodent d’un métal de qualité ordinaire.
- Après la Meurthe-et-Moselle venait — toujours au moment de la guerre — la région du Nord, et principalement nos deux départements du Nord et du Pas-de-Calais. Le Nord s’alimente facilement en charbon et en coke et dispose d’une main-d’œuvre experte. Ce sont là les deux éléments qui lui ont
- permis de suppléer à son éloignement du minerai. Sa production de fonte ne représente que 17 pour 100 de la production française, mais sa part est beaucoup plus importante en ce qui concerne l’acier brut : 25 pour 100, et surtout en ce qui concerne les produits finis : 52 pour 100. La région du Nord contient, en effet, beaucoup d’aciéries sans hauts fourneaux, ou des laminoirs sans aciéries, ainsi que nombre d’usines s’adonnant à la fabrication de telles ou telles spécialités qui ressortissent presque à la construction mécanique etpro-duisent elles-mêmes 1 eur acier.
- Le Nord produisait à la fois de l’acier Thomas, de l’acier Besse-mer et de l’acier Martin, en raison de son alimentation facile en minerais de différente nature et en ferrailles.
- Quant au Centre, dont les hauts fourneaux ont été presque tous éteints (il ne re^te plus guère que ceux du Creusot) à cause de la concurrence victorieuse de l’Est et du Nord, il n’avait pour lui que la qualité exceptionnelle de sa main-d’œuvre et la tradition de ses ingénieurs, car il payait son combustible très cher, bien que situé dans une région houillère et il était loin du minerai. 11 a su en tirer-
- Fig. i. — Un convertisseur Bessemer (.Établissements Delattre).
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- 8 ...L’INDUSTRIE DE L’ACIER EN FRANCE
- admirablement parti au cours des trente dernières années qui avaient menacé un instant d’amener sa ruine, et s’est spécialisé dans la fabrication de tous les produits de choix, tels que le matériel de guerre (canons, éléments de canons, projectiles de toute sorte, blindages, coupoles cuirassées, tourelles, etc...), les produits pour la construction mécanique et l’automobile, les éléments de machines à vapeur, etc.... Tous ces produits représentent un tonnage total relativement faible et ne correspondent en tout qu’à 14 pour 100 de la production française; mais, dans cette fabrication,
- Au total la production française de 1915 se partit, en gros, comme suit : Acier
- llégions. Fonte. brut(').
- 1000 t. 1000 t.
- Meurthe-et-Moselle .... 5.589 2.290
- Nord et Pas-de-Calais . . . Centre (Allier, Loire, Saône- 955 1.095
- et-Loire, Nièvre) .... 171 501
- Reste de la France .... 616 751
- Totaux. . . . 5.511 4.655
- Cette production assurait à la France le quatrième
- Fig. 2. — Le remplissage des creusets (Établissements Delattre).
- personne ne peut faire concurrence au Centre, car lui seul s’est adonné jusqu’ici à ce genre de travail, lui seul a l’expérience et l’outillage nécessaires, comme aussi les tours de mains et les secrets qui ont une part si importante dans le succès. Ses fabrications sont d’ailleurs telles que, dans le prix de revient total, la majoration relative du coût des matières premières s’atténue devant les frais d’usinage et de main-d’œuvre. Le Centre produit presque exclusivement de l’acier Martin.
- Ajoutons, pour être complet, qu’un certain nombre d’usines se sont créées, au cours des trente dernières années, sur les côtes de l’Atlantique ou de la Manche, notamment au Boucau, près de Bayonne, — à Trignac, près Saint-Nazaire, — et à Caen.
- rang dans le monde comme productrice d’acier (les Etats-Unis produisaient 51 000 000 de tonnes, l’Allemagne 19 000000, l’Angleterre 7 500 000).
- Parlons maintenant des principaux producteurs.
- Parmi les Sociétés sidérurgiques les plus importantes de France, nous citerons la Compagnie des Aciéries de la Marine et il'Homécourt, qui avait la plus forte production française de foute et qui en produisait 450 000 t. par an, soit plus de 1200 t. par jour. Sa production de lingots d’acier était d’environ 545 000 t. au moment de la guerre. Elle possède des usines sur plusieurs points du territoire : sa principale, celle d’Homécourt, a malheureuse-
- 1. Provenant d’une partie de la fonte.
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- L’INDUSTRIE DE L’ACIER EN FRANCE
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- ment été occupée par l’ennemi dès le 2 août 1914; elle fabriquait surtout des demi-produits et des laminés courants.
- Viennent ensuite les célèbres usines de Saint-Chamond et d’Àssailiy, dans la Loire, spécialisées dans le matériel de guerre et les aciers fins; puis celle du Boucau, dans les Basses-Pyrénées, au bord de l’Adour, et enfin celle de Hautmont, dans le Nord. Au total, la Société possède 9 hauts fourneaux, 6 convertisseurs, 15 fours Martin, et elle occupe 8000 ouvriers.
- A côté d’elle, il convient de citer la Société des
- avait été, en 1913, de 330000 t. de lingots d’acier. Cette usine de Joeuf a été fondée au lendemain de la guerre de 1870, pour continuer sur le territoire français la magnifique industrie que les ancêtres de MM. de Wendel avaient créée, dès le xvme siècle, en Lorraine.
- En même temps que les usines déjà signalées, l’occupation d’une partie de notre territoire nous a privés du concours qu'auraient pu apporter les. Aciéries de Longivy, qui produisaient 314000 t. d’acier en 1913 et qui comptaient 9 hauts fourneaux, 7 convertisseurs, 5 fours Martin et 14 trains
- Fig. 3. — Le laminage d'une plaque de blindage.
- Forges et Aciéries de Denain et Anzin, qui, elle, avait la plus forte production française d’acier, soit 404000 t. en 1912, 398 000 en 1913. Ses usines sont situées à Denain et à Anzin, dans le département du Nord, et comprennent 8 hauts fourneaux, 4 convertisseurs, 10 fours Martin et 18 trains de laminoirs. Ses vastes usines sont malheureusement entre les mains de l’ennemi depuis la fin du mois d’août 1914, et l’appoint de leur fabrication a cruellement manqué à la Défense nationale.
- Les usines de MM. de Wendel et Cie sont situées à Joeuf (Meurthe-et-Moselle) : c’est dire qu’elles sont, elles aussi, en territoire envahi. Elles comprennent 8 hauts fourneaux, 6 convertisseurs, et comptent plus de 2100 ouvriers. Leur production
- de laminoirs. Elles occupaient 7000 ouvriers.
- A côté de Longwy, étaient situées également les Aciéries de Micheville, qui avaient une production de plus de 300000 t. d’acier et qui possédaient 6 hauts fourneaux, 4 convertisseurs et 6 trains de laminoirs avec 5000 ouvriers.
- Heureusement, la région du Centre était éloignée de toute menace ennemie et s’était de plus, comme nous l’avons dit, spécialisée dans la fabrication de l’acier Martin, indispensable aux fabrications de guerre. Nous y trouvons l’importante Compagnie des Forges de CIAtillon-Commenlry et Neuves-Maisons, qui possède à Montluçon la célèbre usine de Saint-Jacques, où elle se livre à la fabrication du matériel de guerre ainsi que dans diverses petites usines du Centre. (Elle possède en outre,
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- aux environs de Nancy, l’usine de Neuves-Maisons.) Cette Compagnie avait produit en 1915 220 000 t. de produits finis et occupait 7200 ouvriers.
- C’est dans le Centre également, au Creusot, que sont situés les Établissements de MM. Schneider et Cie, qui sont, depuis longtemps, populaires et qui ont acquis une réputation mondiale. Leur importance vient de ce qu’ils sont non seulement producteurs d’acier, mais en même temps constructeurs de machines, constructeurs de navires de guerre, constructeurs mélalliques, fabricants de matériel de guerre. C’est le type de l’usine complète, qui produit tout elle-même, depuis le charbon jusqu’au minerai, et qui transforme entièrement sa production. L’établissement du Creusot possédait avant la guerre 5 hauts fourneaux,
- 5 convertisseurs, 10 fours Martin et un outillage de transformation extrêmement puissant, qui a, naturellement, été considérablement augmenté depuis le début des hostilités. MM. Schneider possèdent en outre des usines sur divers points du territoire, notamment au Havre, à Champagne-sur-Seine et à Chalon-sur-Saône.
- Avec (.es grandes usines du Centre, auxquelles s’ajoutent celles de Saint-Cha-rn.ond citées plus haut, il faut ajouter les Forges de Firminy, les Forges et Aciéries de Saint-Étienne, les établissements de MM. Marvel frères et ceux de MM. Uoltzer et Cie.
- À côté de ces grands producteurs, il convient de citer encore (nous parlons d’avant la guerre) la Société métallurgvjue de Senelle-Maubeuge, dont les usines sont malheureusement en territoire envahi, de même que celles de la Société des Hauts Fourneaux, Forges et Aciéries du Nord et de l'Est. Nommons aussi les Usines Métallurgiques de la Basse-Loire, situées près de Saint-Nazaire ; les Forges et Aciéries de Pompey, près de Nancy; les Aciéries de France à Isbergues (Pas-de-Calais), ainsi que la Société de Commentry-l ourchambault et Decazeville, qui fabrique notamment à Imphy (dans l’Ailier) des aciers fins et spéciaux.
- Dans l’ensemble, et à elles seules, les Sociétés que nous venons de passer èn revue ont produit plus de 5 millions de tonnes de fonte et plus de 5 millions de tonnes d’acier en 1915, soit les trois cinquièmes de la production française de fonte et plus des deux tiers de la production française d’acier.
- Quels étaient les emplois de ces tonnages énormes de métal?
- Nous disposons, pour le savoir, de la statistique publiée par le Ministère des Travaux publics et qui porte le nom de Statistique de l'industrie minérale. (Les chiffres ci-dessous sont relatifs à 1912, ceux de 1915 n’étant pas encore publiés.)
- La plus grosse part, soit 898 0U0 t., était constituée par ce qu’on appelle les « aciers marchands », c’est-à-dire par des barres de longueurs et de profils très différents, qui sont vendues principalement aux transformateurs de métal et aux marchands de fer.
- Après les aciers marchands, le plus gros tonnage était constitué par les tôles et les larges-plats :
- 545 000 tonnes. Les larges-plats sont utilisés principalement dans la construction métallique et surtout dans la construction des
- charpentes et des ponts. Quant aux tôles, qui sont de qualités très diverses, les unes, — de qualité très
- fine et fabriquées en acier Martin, — sont destinées aux chaudières. Les autres, de qualité plus ordinaire, sont destinées aux emplois courants de la construction.
- L’épaisseur des tôles est très variable : on appelle, en général, tôles minces, celles qui ont moins de 2 mm d’épaisseur, tôles
- moyennes celles de 2 à
- 10 mm d’épaisseur et grosses tôles celles de 10 à 40 mm d’épaisseur.
- Après les tôles, venaient les rails, boulons, éclisses, traverses, etc..., en un mot tout le matériel de la voie destiné aux chemins de fer qui donnait un total de 517 000 t. On voit que ce ton-
- nage représentait à lui seul environ J/6e de la production de l’acier en France. La plus grande partie de cet acier était constitué par de l’acier Thomas.
- L’acier trouve encore un emploi très large dans la construction des maisons, où il est utilisé sous forme de poutrelles. La production des poutrelles a représenté 491 000 t. en 1912. La consommation des poutrelles a été en augmentation très sensible depuis un certain nombre d’années et elle a doublé environ depuis 1904; il y a cependant beaucoup à faire encore de ce côté, car, dans un grand nombre de régions, c’est encore le bois qui est utilisé le plus fréquemment.
- A côté des 491 000 t. de poutrelles, venaient les
- 1503 0V 05 05 07 0 8 0^ 10 11 12 13
- Fig. 4. — Graphique de la production de l’acier en France de iço3 à igi3.
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- 228 000 t. de profilés divers, qui sont, eux aussi, utilisés principalement par 'industrie de la construction ; puis, sur le même rang, les 228 000 t. de fils d’acier vendus sous forme brute ou sous forme finie, destinés aux multiples usages que l’on connaît.
- Les différents produis que nous venons d’énumérer constituaient les plus gros tonnages. Après eux, nous trouvons 147 000 t. constituées principalement par des pièces de forge, des essieux, des ressorts, des bandages de roues, le tout destiné principalement aux chemins de fer, et par des éléments de canons. Puis des moulages d’acier pour 95 000 t., des tubes pour 51 000 t. et du fer-blanc pour 41 000 t. environ.
- Enfin, 10 000 t. environ étaient constituées par des plaques de blindage, des projectiles et des tourelles.
- Cette production totale d’environ 3 250 000 t. de produits finis était utilisée principalement par les grandes administrations. Les chemins de fer consommaient, outre leur matériel de voie et leurs pièces de forge pour le matériel roulant, un tonnage
- important de métal pour les constructions métalliques nécessaires à leur exploitation : halls, ponts, charpentes, etc.... Après les chemins de fer, venaient les travaux publics, avec la construction des ports, des ponts et des divers grands travaux nécessaires à l’activité nationale et les travaux d’é-dilité entrepris par les conseils municipaux : halles, abattoirs, tramways, usines, etc. La construction navale avait, elle aussi, un tonnage important, principalement des tôles et des profilés. Enfin citons encore, en même temps que l’industrie de la construction mécanique, le débouché que trouvaient nos aciéries dans le commerce de détail : ce
- débouché n’a jamais été chiffré, mais il était certainement très important.
- Quant à l’exportation, qui assure, elle aussi, l’écoulement de grandes quantités de métal, elle était plus considérable qu’on ne le croit généralement.
- Elle a été en 1913 de 457 000 t. de produits sidérurgiques en acier (rails, poutrelles, tôles, aciers marchands), auxquelles s’ajoutent 184 000 t. de riblons, 83 000 t. de machines et mécaniques et 147 000 t. de pro-
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- 12 ....L'UTILISATION DES FUMIERS
- duils divers (tubes, outils, quincaillerie, ferblanterie, véhicules, etc.)* ce qui représente un total de 871 000 t., soit environ 20 pour 100 de notre production.
- Dans l’ememble, la production de la sidérurgie française avait réalisé des progrès considérables, malgré des difficultés de tous ordres qu’avaient à vaincre nos maîtres de forges, notamment en ce qui concerne les combustibles. Au cours des seules atmées 1903-1915, sa production d’acier a augmenté de 152 pour 100. Ce chiffre est de beaucoup
- supérieur à ceux de l’Allemagne (118 pour 100), des États-Unis (115 pour 100), de la Russie (100 pour 100), de l’Autriche-Hongrie (97 pour 100) et de l’Angleterre (52 pour 100 seulement). Il n’est dépassé, et encore de bien peu, que par celui de la Belgique (154 pour 100).
- Cette comparaison mathématique montre que, si la sidérurgie française se classait la quatrième du monde p ir le tonnage, elle se classait certainement au premier rang par l’activité et la valeur de ses dirigeants.
- L’UTILISATION DES FUMIERS
- En ce moment où les engrais manquent aux cultivateurs, les uns, comme la potasse, parce qu’on n’en trouve plus sur le marché, les autres parce que leurs cours ont augmenté et que les bateaux et les wagons pour leur transport sont rares; il n’est peut-être pas inutile de rappeler que chaque ferme a une source importante d’engrais dans sa fumière et qu’elle peut faire de gros bénéfices en l’entretenant convenablement.
- Le fumier est un engrais complet en ce sens qu’il contient tous les éléments fertilisants demandés par la plante : azote, phosphate, potasse, chaux.
- Sa composition moyenne est la suivante.
- Matière Acide
- sèche. Azote. phosphorique. Potasse.
- — — — —
- Fumier de ferme
- frais 25 p. 100 4 p. 1000 2 p. 1000 4.5 p. 1000
- Fumier de ferme
- consommé . . 25 - 5 - 2.5 — 5.5 —
- — de bovidés . 18 — 3.5 — 1.3 — 5.5 -
- — de chevaux . 32 — 6-7 — 2.5 — 7.2 —
- — de moutons. 38 — 8 — 8 — 8.5 -
- — de porcs . . 27 - 4-5 — 2 — 6 —
- Bien préparé, bien utilisé, le fumier est l’engrais le plus parfait et aussi le plus commode à utiliser puisqu’il est produit à la ferme même. Malheureusement, les petits cultivateurs n’ont pas encore appris à lui faire rendre son maximum d’efficacité et perdent de ce fait des sommes considérables.
- Plusieurs agronomes ont déjà calculé la perte annuelle de l’agriculture française du fait de la mauvaise utilisation des fumiers.
- En 1892, par exemple, une statistique officielle évaluait à 6 438 000 tonnes le poids des animaux de ferme vivant sur notre territoire. Chaque animal fournissant en moyenne 22 fois son propre poids de fumier par année, cela représente 6 458 000x22 = 141656 000 tonnes de fumier. La même statistique, faite d’après les recensements des commissions cantonales, n’indiquait, comme production
- réelle du fumier, que 85153 000 t., soit 58 pour 100 seulement de la quantité possible. Et cette faible proportion ne s’est guère modifiée depuis.
- Si l’on évaluait la perte annuelle pour notre pays, d’après les valeurs actuelles du kilogramme d’azote, d’acide phosphorique, de potasse, ou même d’après les valeurs d’avant la guerre de ces éléments fertilisants (azote : 1 fr. 50 à 2 fr. le kilogramme; acide phosphorique : 0 fr. 25 à 0 fr. 50; potasse Ofr. 50), elle se chiffrerait par plus d'un milliard. Le fumier perdu par nos cultivateurs représente à peu près 50 fr. par hectare cultivé!
- Il y a donc lieu, surtout en ce moment où les engrais chimiques sont rares et chers, de se préoccuper partout d’une meilleure utilisation du fumier. Nous nous proposons de rappeler ici l’essentiel de ce qu’il faut savoir à ce sujet.
- Nous profiterons, pour les questions de construction, de la grande compétence de M. Ringelmann, qui a résumé en un petit livre (’) son enseignement sur ce sujet.
- Le fumier est composé des déjections, de la litière et du fourrage des animaux de la ferme. Sa quantité, comme sa qualité, dépendent donc de la composition des aliments, des litières et du bétail.
- On a proposé diverses façons d’évaluer la quantité de fumier produite par une ferme.
- On peut l’estimer aux chiffres moyens suivants :
- Un bœuf engraissé à l’étable donne
- par an 10 à 16 tonnes ou 25 à 40 m5
- Un bœuf de trav.il donne par an. 9 à 10 — 22 à 25 —
- Une vîiche à l’étable — 12 à 15 — 30 a o5 —*
- Un cheval — 7 à 10 — 18 à 25 —
- Un mouton — 0,6 — 1,5 à 2 -
- Un porc — 1 à 5 — 2 à 7 —
- M. Berthault admet que le poids du fumier produit annuellement est égal à celui de chaque
- 1. M. Rixgei.man-y. Aménagement des fumiers et des purins.. Librairie agricole île la Maison Patslique.
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- L’UTILISATION DES FUMIERS —.... ....... - 13
- animal multiplié par le coefficient 25,9 pour le cheval, 26,5 pour le bœuf de travail, 51,5 pour le bœuf à l’engrais, 56,7 pour la vache laitière, 18,8 pour le mouton, 125 pour le porc.
- Enfin, M. Garola a établi que le poids du fumier quotidien est donné par la formule :
- F étant le poids du fourrage sec et L la litière sèche.
- Les divers aliments du bétail donnent des quantités variables de fumier. D’après Block, 100 kg de chacun des aliments suivants donnent en kilogrammes de fumier :
- Seigle. Avoine. Foin. Paille. Pommes Betteraves Trèfle
- — — — — de terre. Carottes. vert.
- Cheval . 212 204 172 168 » » »
- Vache . , » » 275 268 88 58 66
- Mouton » 144 123 117 38 ,, „
- Les litières, de leur côté, absorbent des quantités variables d’eau selon leur composition. Les pailles peuvent retenir 200 à 500 kg d’eau par 100 kg, les tiges de topinambour, les feuilles sèches 160 à 200; les bruyères, genêts, ajoncs, 100 à 150; la tourbe 500 à 700, la sciure et la tannée 400 à 500, les cendres et les terres 50 environ.
- Enfin, chaque animal consomme et produit par
- jour : Aliments. Eau. Litière. Fumier. Purin.
- Cheval . 15-20 kg 10-20 1. 1.5-4 kg 20 kg 9.12 1
- Bœul'. . 7-20 — 20-25 1. ' 2-4 — 25 — 7-9
- Vache . 25-45 — 20-40 1. 2-4 - 40 — 7-9
- Mouton. 1- 2 — 1.5-2.5 1 0.1-0.6 — 1.8 — 1
- Porc. . 2- 4 — 4-20 1. 1-3 — 8.5 - 3
- Ces quelques données suffisent pour connaître si le rendement en fumier d’une exploitation agricole est normal et pour calculer ce qu’il devrait être. .
- La production du fumier à la ferme dépend de la bonne installation des écuries, étables, bergeries, porcheries, et surtout de ceUe de la fu-mière et de la fosse à purin.
- Le sol des logements d’animaux doit être dur, imperméable, incompressible et non glissant : le ciment ou le béton réalisent au mieux ces conditions.
- Il doit présenter une pente sensible des mangeoires aux rigoles d’écoulement des urines.
- La litière doit former une
- couche épaisse pour absorber les déjections. On enlève chaque jour la couche superficielle la plus souillée qu’on remplace par de la litière sèche en prenant par exemple la paille et le foin restant dans les râteliers.
- Quand toute la masse est imbibée de liquide, on l’enlève, on lave le sol et l’on apporte une litière neuve.
- Dans les pays à céréales, la paille forme une litière abondante et très absorbante. Là où elle est rare, on la remplace par des ajoncs, des bruyères (Bretagne), des fougères, des mousses, des feuilles, de la terre (Midi).
- À Paris, les Compagnies de transport qui ont une nombreuse cavalerie utilisent la tourbe fibreuse comme absorbant et le fumier qu’elles produisent ainsi est très recherché par les maraîchers.
- On a proposé de laisser le bétail sur son fumier, en se contentant d’apporter de la litière neuve à mesure que celle du sol était souillée (fig. 1). Ce procédé économise l’installation d’une fumière et la main-d’œuvre. Il pourrait être employé pour des moutons. Mais pour les bovidés, il a l’inconvénient de placer les animaux dans de mauvaises conditions hygiéniques.
- En Angleterre, on a préconisé un plancher à claire-voie séparant l’étable de la fosse placée immédiatement au-dessous ; mais ce système n’est pas plus recommandable que le précédent et pour les mêmes raisons.
- Le fumier est généralement rassemblé et mis en tas en un point de la cour de la ferme. Nos cultivateurs ont l’habitude d’installer leur fumière au beau milieu des batiments. Il vaudrait mieux, à tous points de vue, l’installer en dehors de la cour et plus particulièrement en aval 2)-
- En certaines régions, telles que la Hollande, la Suisse et en France la vallée de la Garonne, le pays de Bray, la fumière est installée contre le logement des animaux.
- Sauf dans des cas exceptionnels, quand la neige par exemple peut gêner le transport, ou quand on manque de place comme dans les vacheries installées dans les villes, il vaut mieux éviter cette disposition qui rend l’habitation des animaux moins salubre. La fumière ne doit ja-
- Fig. i. — Étable à litière persistante. La crèche est remontée à mesure que la couche de litière augmente. L’engraissement est terminé quand la litière est de plain-pied avec le sol extérieur.
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- 14 :------------- : L'UTILISATION DES FUMIERS
- mais être placée à même le sol, mais bien sur une surface imperméable. Le purin ne doit ni former une mare dans la cour, ni s’écouler au ruisseau.
- Actuellement, surtout dans les grandes exploitations, on préfère aux fosses les plates-formes (fig. 4) qui rendent plus facile le chargement e
- Puite
- fi/gûfë c/éfaurnanf-/es eaux de/a ferme vers /a prqtrte
- Fig. 2. — Emplacement rationnel du fumier dans une ferme.
- Le sol de la fumière doit être incliné légèrement | sont plus économiques de construction. La plate-vers une fosse également imperméable où se rassem- | forme présente également une pente allant du
- bleront le purin et les liquides suintant du fumier.
- L’emplacement destiné au fumier ne doit pas non plus recevoir d’eau extérieure. Il est toujours facile de placer en avant une rigole qui recueillera les eaux de pluie et les détournera vers l’aval.
- Le fumier peut être déposé dans un trou ou placé au niveau du sol.
- La fosse à fumier (fig. o), très recommandée autrefois. est une cuve en maçonnerie de forme variable. Son fond est incliné de manière à rassembler les liquides dans une citerne. Suivant les cas, cette citerne est placée au centre ou sur l’un des bords.
- centre à la périphérie dans les plates-formes convexes, des bords vers le centre dans les plates-formes concaves.
- Le tas de fumier doit toujours être protégé du veut. 11 suffit pour cela de planter tout autour des arbres à feuillages épais.
- Dans les régions très pluvieuses ou très ensoleillées on a l’habitude de recouvrir la fumière d’un abri léger et c’est
- Fig. 4. — Plaie-forme à fumier.
- aussi dans ces pays qu’on rencontre les lumières adossées aux étables. Le fumier est apporté chaque jour au tas et étalé soigneusement. De sa répartition dépend en grande partie la valeur qu’il aura plus tard. On peut intercaler entre les couches de fumier
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- L’UTILISATION DES FUMIERS —- .......... — 15
- des couches de terre qui serviront d’absorbant.
- La citerne à purin, strictement imperméable, est placée à la partie la plus déclive de la fosse ou de la p'ate-forme, reçoit les liquides provenant des écuries et des étables et les liquides s’écoulant du tas. Ce purin servira à arroser le fumier. On emploie pour cela une pompe qui, dans les grandes exploitations, est mue par la vapeur ou électriquement. Le tas de fumier doit être compact; l’air ne doit pas y pénétrer. Il doit être constamment humide; c’est pourquoi on l'asperge de purin et même au besoin, pendant les chaleurs, d’une petite quantité d’eau. Le purin est réparti sur le fumier au moyen de distributeurs ou plus simplement en le faisant tomber sur des fascines recouvrant le tas.
- Par un traitement bien conduit on arrive ainsi à transformer les litières et les déjections des animaux de ferme en un engrais de premier ordre. Le fumier s’imbibe d’eau dont il arrive à contenir
- même temps sa couleur change et ses éléments s’homogénisent. Le fumier complètement consommé est, comme disent les paysans, du « beurre noir ».
- Le fumier est transporté aux champs généralement à l’époque des semailles. Si c’est du fumier déjà consommé par un assez long séjour sur la fumière, on l'utilise convenablement ; les substances azotées qu’il renferme se transforment peu à peu en nitrates dans le sol.
- Si à ce moment on n’a à sa disposition que du fumier frais, l’air qui se trouve dans le sol retardera sa décomposition et les plantes n’utiliseront pas son azote pendant leur germination. Le mieux, semble-t-il, est encore d’enterrer le fumier frais quelques mois avant les semailles et de le laisser fermenter dans le sol même.
- Le fumier, pris sur le tas, est chargé au moyen de fourches sur des voitures de la ferme qui le
- Fig. 5. — Répartition des fumerons dans un champ.
- transportent dans les champs. Là, on le répartit par petits tas ou fumerons espacés de 7 m. environ (fig.' 5). On l’éparpille à la fourche et on l’enfouit par un labour léger.
- On a imaginé pour économiser la main-d’œuvre des chariots épandeurs (fig. 6) et des enfouisseurs (fig. 7) de divers systèmes utilisables dans les grandes exploitations.
- Le purin, qui est la partie la plus riche du fumier, est également transporté aux champs, dans des tonneaux ordinaires ou mieux dans des tonneaux spéciaux munis d’un tuyau d’écoulement à perforations multiples qui assurent un arrosage régulier.
- Il est à souhaiter que ces quelques notions très simples soient connues de tous nos cultivateurs, surtout en ces temps oùles engrais chimiques sont rares et coûteux. La bonne utilisation des fumiers est un des moyens
- Fig. 7. — Enfouisseur de fumier.
- les plus puissants que nous ayons aujourd’hui d’augmenter notre production agricole et par là de résoudre le problème de la vie chère. À. Bketox.
- 75 pour 100; son poids augmente passant progressivement de 300 à 800 ou 900 kg par mètre cube. 11 s’enrichit en azote par suite de la fermentation intense qui s’y produit. En
- Fig. 6. — Chariot épandeur de fumier
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- NOUVEAU SYSTEME DE TRANSMISSION PAR JOINT A BILLES
- Fig. i. — Principe du joint de transmission à billes Guillery.
- M. Guillery vient de présenter à l’Académie des Sciences un nouveau dispositif d’accouplement souple et sans jeu, très économique et à rendement presque total dont le principe vient d’être signalé.
- Quand une bille est tenue entre deux cuvettes sphériques symétriquement placées, l’ensemble résiste facilement aux efforts dirigés suivant la ligne des centres. Si un effort sollicite dans tout autre sens l’une des cuvettes, l’ensemble peut se déformer sans que l’écartement relatif des centres des cuvettes varie sensiblement.
- Supposons, par exemple, une bille de rayon r, à centre fixe 0, placée entre deux cuvettes de rayon R (fig. 1) dont l’une à centre fixe C, et l’autre à centre mobile D astreinte à tourner autour d’un point P qui, d’abord confondu avec C, peut glisser sur la ligne GOD.
- Lorsque la bille tourne sans glisser sur les cuvettes, la cuvette de centre C tourne sur elle-même ; le centre vient en D' et la rotation transporte de C en G' le pivot de la cuvette correspondante.
- Si on suppose que r — 10 mm,
- R == 25 mm et qüe le déplacement relatif des deux cuvettes,
- BB', soit égal à 2 mm, on trouve, pour le déplacement CG',
- 0 mm 15.
- Par suite, si
- on s’oppose au déplacement de P, chacun des contacts éprouve un aplatissement de 0 mm 075, parfaitement de l’ordre de grandeur des flexions élastiques de l’acier.
- Grâce à cette propriété on peut construire un
- Hg. 2 et 3.
- Un exemple de réalisation d'une transmission.
- îgigjajsiSJUSJSiaaiararaar
- accouplement à frottement de roulement, c’est-à-dire à rendement presque total. Les figures 2 et o montrent un joint universel permettant un angle des deux axes, un déplacement par mouvement de transport parallèle de ces axes : dans le sens de ces axes et dans des sens perpendiculaires à ces axes.
- L’organe ainsi représenté réunit donc, en un seul joint : l’inclinaison du cardan, le déplacement latéral du joint de Oldham (4), et en plus un déplacement longitudinal dans le sens des axes.
- Cet organe est de construction simple et économique, puisque les pièces peuvent rester brutes de for-geage ou d’estampage; seules les cuvettes demandent à être proprement embouties.
- Les figures 4 et 5 représentent sur le même
- principe une série d'éléments portant extérieurement, de deux en deux, nn roulement à billes. Cette série, introduite dans un tube métallique souple, fournit une transmission flexible très puissante par rapport à son 'diamètre et son poids, permettant de grandes vitesses, et à rendement presque parfait.
- /
- ( \ \ J,
- V-
- Fig. 4 et 5.
- Autre exemple de transmission souple par joints d billes.
- I. Le joint de Oldham est employé pour transmettre le mouvement d’un axe à un autre axe parallèle très peu distant de lui.
- Il consiste en un
- croisillon à 4 branches formant chacune tourillon et s’engageant dans des fourches pratiquées aux extrémités des deux arbres.' Le croisillon se déplace dans ses tourillons pendant la rotation de façon à assurer la jonction sans frottement.
- H. VOLTA.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahurk, rue de Fleuras, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 2259.
- 13 JANVIER 1917.
- PORTS FRANCS ET ZONES FRANCHES
- Depuis que les problèmes économiques et ceux de l’après-guerre préoccupent si justement les esprits on n’a cessé de préconiser le développement de nos exportations dans un double but : la résistance économique, facteur de la victoire au même titre que la résistance militaire, et la conquête de marchés extérieurs nouveaux par l’annihilation définitive de l’hégémonie commerciale de la Germanie.
- 11 convient de remarquer, en effet, que, loin de s’accroître dans la même mesure que chez nos voisins, notre commerce extérieur avait marqué
- de Commerce de Marseille. La France est un vaste carrefour, où se rejoignent les routes de l’Europe Centrale, des Pays-Bas et de ia Scandinavie, de l’Espagne et du Portugal. Des mers heureusement distribuées la mettent en communication à la fois avec l’Angleterre, les Indes occidentales, l’Afrique, le Levant et l’Orient. Notre territoire constitue naturellement une sorte de pôle magnétique vers lequel pourraient converger tous les trafics du monde civilisé. Comme l’écrivait naguère avec tant de perspicacité l’illustre historien Henri
- Fig. i. — Appontemenls du port de Bassens, près Bordeaux.
- avant la guerre une ascension de plus en plus pénible. Tandis qu’au lendemain des traités de 1860, qui nous furent si funestes, et consacrèrent la ruine de l’antique sidérurgie nationale, la France venait au second rang, immédiatement derrière l’Angleterre, pour les échanges avec le dehors, en 1915 notre pays n’occupait plus que la quatrième place, suivant l’Angleterre, l’Allemagne et les Etats-Unis.
- Bien plus, si l’on rapporte les chiffres du commerce extérieur au nombre d’habitants, on observe que l’exportation française ne figurait qu’après celles de l’Angleterre, de la petite Belgique, et de la Hollande minuscule.
- Cependant, notre pays est incontestablement bien placé « pour constituer le plus formidable marché de distribution qui se soit vu », pour reprendre le mot si juste de M. Artaud, président de la Chambre
- Martin, « elle forme la tête du corps immense que représente le continent asiatico-européen » et les montagnes, les mers et le fleuve (le Rhin) qui la protègent sans l’isoler « la relient à toutes les nations ».
- Malgré les avantages incomparables de sa situation topographique, la France avait, abdiqué devant l’Allemagne, beaucoup moins favorisée par la Providence, mais servie puissamment parla ténacité et l’esprit d’organisation d’une population en augmentation continue.
- A l’heure où se préparent les reconstitutions économiques, il importe de prendre des mesures pour rendre cà notre pays la place qui lui est due, et qu’il n’a pas su garder, mesures qui seraient d’autant plus facilement efficaces que la guerre elle-même n’a pu enrayer complètement les échanges instaurés jadis par nos négociants.
- 45" Année. — 1" semestre.
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- 18 .....PORTS FRANCS ET ZONES FRANCHES
- Mais quelles dispositions convient-il d’envisager et d’adopter? Si nous examinons les statistiques douanières, nous voyons qu’en dépit du régime protectionniste, établi pour réserver la consommation nationale à la production nationale, et écarter la concurrence étrangère, la France,
- « condamnée par ce régime à ne travailler qu’en vue de ses propres besoins », a reçu sur son sol et réexpédié une quantité de produits étrangers représentant 22 pour 100 environ de son commerce total.
- En 1906, l’excédent du Commerce général — qui comprend la totalité des achats et des ventes au dehors — sur le Commerce spécial qui n’englobe que les achats destinés à la consommation nationale et les ventes sur des produits nationaux ou nationalisés atteignait
- 3 milliards 26 millions.
- En 1913, il s’élevait à
- 4 milliards 683 millions.
- Dans le premier cas,
- cet excédent avait représenté 21,85 pour 100 du commerce total, et dans le second 231 /2 pour 100.
- Malgré le maintien de législations douanières restrictives, la France était donc demeurée avant le conflit le centre d’un transit international actif. On ne saurait douter que les opérations de transit n’aient contribué à l’enrichissement de notre pays. Mais il est aussi bien évident que nos bénéfices auraient été singulièrement plus élevés, si au lieu de jouer simplement le rôle de courtiers nous avions transformé ou amélioré la marchandise, si nous avions importé des matières premières et exporté des produits fabriqués avec ces matières, en un mot si bous avions fait œuvre d’industriels, et non de purs négociants.
- Or, notre législation douanière ne permet que dans une limite restreinte l’entrée en franchise d’une marchandise, sa manipulation, sa mise en œuvre, et sa réexportation. L'admission temporaire prévue par la loi ne s’applique qu’à 68 articles, sur les 1488 que comporte notre nomenclature douanière. 11 faut une résolution du Parlement pour toute inscription nouvelle, et celui-ci n’est intervenu depuis 25 ans que pour diminuer les facilités offertes aux importations.
- En fait, l’admission temporaire n’a procuré à notre commerce extérieur que des avantages secondaires. Des blés ont pu être transformés en farine, des sucres bruis raffinés, mais aucune fabrication véritable n’est praticable avec cette combinaison. Quant au système de l’entrepôt, rée, lorsque les marchandises sont placées dans des locaux officiels, fictif lorsque l’État autorise, moyennant certains contrôles, le négociant à déposer les produits dans ses magasins, il n’implique aucune manipulation. On en est donc venu à réclamer la création de zones franches, ou de ports francs ; cette dernière dénomination est à rejeter, car il ne saurait être
- question d’admettre à la franchise tel ou tel port intégralement, mais d’ex-traterrilorialiser au point de vue douanierunepor-tion de certains ports, d’affecter, par exemple, un bassin, des quais, des terre-pleins et une bande de terrains industriels aux marchandises étrangères destinées à la réexpédition, après transformation.
- L’idée n’est pas neuve, d’ailleurs. Elle a même été appliquée en France avant la Révolution, ce
- Wassens
- Bordeaux
- Fig. 2. — Carte de la région de Bordeaux montrant remplacement proposé pour la zone franche (partie hachurée).
- Nantes,
- Fig. 3. — Nantes. La partie hachurée montre les terrains où pourrait être créée la zone franche.
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- PORTS FRANCS ET ZONES FRANCHES
- qu’on ignore généralement. Notre grand Colbert, qui fut l’un des esprits les plus lumineux de notre histoire économique, fit signer par Louis XIV, le 26 mai d 669, un édit qui affranchissait le port de Marseille et la ville de toutes taxes douanières, et qui contenait ces mots qu’on ne saurait trop méditer : « Comme le commerce est le moyen le plus propre pour concilier les différentes nations et entretenir les esprits les plus opposés dans une bonne et mutuelle correspondance, qu’il apporte et répand l’abondance par les voyes les plus innocentes, rend les subjects heureux et les Estats plus florissants,... et comme les roys nos prédécesseurs ont bien connu les avantages qui peuvent arriver à leurs Estats par la voye du commerce, et que l’un des principaux moyens pour l’attirer est d’es-tablir quelqu’un des premiers ports de nostre royaume libre et exempt de tous droits d’entrée eL impositions, la ville de Marseille leur ayant
- franche, comme il en existait à Dunkerque, où la Ville Haute était extraterritorialisée, à Gênes, à Malte, à Héligoland, à Jersey et Guernesey. Mais la Chambre de Commerce de Marseille voulut le rétablissement pur et simple de l’édit de Colbert, et ses exigences firent échouer le projet.
- Elle devait, toutefois, obtenir gain de cause sous la Restauration. A cette date, l’industrie marseillaise considéra que la franchise offrait pour elle plus d’inconvénients que d’avantages, et, le 10 septembre 1817, l’ordonnance du 16 décembre 1814 fut abolie; Marseille n’eut plus que des facultés d’entrepôt, d’ailleurs largement conçues.
- En Allemagne, les villes libres avaient joui de tous temps de toutes les franchises commerciales et politiques. Elles n’acceptèrent d’entrer dans l’Union allemande qu’à la condition que leurs privilèges commerciaux leur seraient maintenus. Hambourg et Brême eurent donc leurs zones franches en 1888.
- Fig. 4. — Le port de Roche-Maurice, près Nantes.
- semblé la plus propre pour y establir cette franchise, il luy avoit accordé un affranchissement général de tous droits ».
- Cetle mesure aida singulièrement à la prospérité de l’établissement phocéen. La Révolution devait malheureusement détruire l’œuvre de Colbert. L’Assemblée de 1791 avait maintenu la franchise du port, comme « utile à la Nation », tout en la restreignant.
- La loi du 11 nivôse an III (51 décembre 1794), la supprima « parce que contraire aux principes d’unité, de liberté et d’égalité qui sont la base du gouvernement ».
- Sous l’Empire, Marseille tenta de reconquérir le privilège dont elle avait été dépossédée, et d’obtenir « un port ouvert à tous les bâtiments de commerce sans distinction, un point commun où vint aboutir, par une sorte de fiction, le territoire de toutes les nations, recevant et versant de l’un à l’autre toutes les productions respectives, sans gêne et sans droits. »
- Le ministre Chaptal et Napoléon lui-même, étaient enclins à consentir à Marseille une zone
- En 1891, Copenhague institua une zone analogue dans son port.
- La même année, Trieste et Fiume furent nantis de points francs. Quant à Gênes, qui possédait une organisation particulière, il devint un depot franc aux termes de la loi du 6 août 1876. Le port génois se vit ainsi confirmer les avantages qu’il avait tenus dès 1595, et qui avaient été enlevés en 1862 à Ancône, Livourne et Messine, naguère affranchis de toute servitude douanière.
- La zone franche de Gênes, dont l’activité nous a été particulièrement sensible, comporte 17160 m* de surface, et 12 quartiers. Cet établissement est géré par la Chambre de Commerce génoise. En 1912, le mouvement des marchandises y atteignait 100 000 t. environ.
- Les résultats enregistrés à la suite de la création des zones franches provoquèrent, il y a vingt ans, un mouvement en faveur de l’établissement en France d’institutions analogues. Dès 1896 et 1897, M. Charles Roux-signalait au Parlement le haut intérêt qu’il y aurait pour le pays à affranchir cer-
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- tains havres maritimes, et, en 1898, MM. Louis I Brunet, J. Thierry et Aristide Boyer déposaient des | propositions de loi dans ce sens.
- La Chambre des Députés en saisit sa Commission du Commerce et de l’Industrie, qui délégua plusieurs de ses membres dans les ports.
- La Commission ayant rapporté ses propositions à la fin de la législature, le projet devint caduc.
- La Chambre de Commerce de Marseille ne se rebuta pas devant cet échec. À la suite de ses démarches, les ministres compétents se décidèrent à déposer, en 1905, un nouveau projet concernant la création de ports francs. Une vigoureuse opposition des parlementaires, malgré les conclusions favorables de M. le rapporteur Chaumet, réussit à écarter toute discussion publique.
- Aussi, le 10 juillet 1914, à la veille même de la guerre, M. Bergeon, député des Bouches-du-Rhône, vint-il déposer une proposition tendant à la création non plus de ports, mais de zones franches, et reproduisant, au fond, le texte naguère accepté par le gouvernement.
- La question en est là au point de vue politique. Les événements actuels et les nécessités de l’avenir obligeront évidemment le Parlement à se prononcer à bref delai sur une réforme qui apparaît indispensable.
- M. Artaud a très précisément exposé les avantages de la mesure préconisée. Ils se peuvent résumer ainsi : liberté des manipulations, absence de formalités, rapidité et bon marché des opérations dus à la suppression des formalités. Le but à atteindre consiste effectivement à arrêter une marchandise et à l’améliorer ; or, il importe que ceci soit obtenu aux moindres frais, de manière à ne pas détourner le courant.qui fait passer cette marchandise par la France, et à pouvoir lutter efficacement sur les marchés de vente avec la concurrence étrangère, allemande surtout.
- Selon les circonstances, la zone franche sera donc industrielle ou commerciale, ou les deux à la fois.
- Quelques exemples typiques montreront ce que nous perdons faute d’avoir organisé des zones franches. Jadis, la côte occidentale d’Afrique recevait des bois du Nord par l’intermédiaire de Bordeaux. Le tarif douanier de 1892 nous ravit ce trafic.
- La côte occidentale d’Afrique, n’ayant pas de scieries, nous ne pouvions placer les bois en entrepôt fictif à Bordeaux, car il nous fallait les ouvrer avant de les expédier, et les règlements de l’entrepôt fictif n’autorisent le débitage qu’après acquittement des droits. Il en résulte que les maisons françaises, pour alimenter des colonies françaises, furent contraintes de s’approvisionner à Hambourg. Mais il arriva que le fret entre Hambourg et Grand-Bassam étant devenu beaucoup moins élevé que celui entre Bordeaux et Grand-Bassam, les Allemands se trouvèrent très avantagés vis-à-vis de nos compatriotes, et le commerce bordelais fut bientôt supplanté par ses concurrents germaniques.
- Autre exemple : l’industrie marseillaise avait
- pensé à traiter les graines de soja, d’un coût minime, pour fabriquer des huiles d’exportation. Dans le but de sauvegarder les intérêts des producteurs d’arachides, le Parlement greva le soja de droits d’entrée. Les industriels, ne disposant pas d’une zone franche pour procéder à leurs opérations de trituration, durent batailler pour faire admettre au bénéfice de l’admission temporaire la graine oléagineuse. Ils eurent satisfaction ; mais, avant que l’accord fut intervenu, l’Angleterre et l’Allemagne avaient acquis le monopole de ces affaires. . Marseille avait perdu la manutention de 500 000 t. de soja annuellement. Nous n’insisterons pas davantage. La zone franche ne saurait être un obstacle à la diffusion des produits nationaux, puisqu’elle favorise la navigation et l’accès des marchés extérieurs et, par là, facilite l’expansion au dehors de nos propres fabrications.
- Pourtant, on a fait aux zones franches d’acerbes critiques. Tandis que quarante Chambres de Commerce se prononçaient catégoriquement en leur faveur, quelques-unes, celles de Rouen, de Nantes, de Laval, témoignaient d’une hostilité accusée à leur endroit.
- On a incriminé la dépense que leur création entrainerà, et qui n’existe pas en réalité. On y a vu une atteinte au régime économique de la France. Cette objection tombe au moment où s’organise une refonte complète du régime économique du monde. Surtout on a parlé de sophistications des produits, de confusions de marques et d’origine. Des viticulteurs du Sud-Ouest se sont prononcés contre les zones franches pour cette unique raison.
- Le Syndicat girondin des vins a fait justice de cette imputation.
- De fait, il ne reste pas grand’chose des critiques formulées.
- L’institution de zones franches paraît devoir impliquer la réalisation d’un certain nombre de conditions : 1° la partie du port extraterritorialisée au point de vue douanier devra être facilement accessible aux navires de fort tonnage ; 2° elle devra être desservie par une voie ferrée; 5° elle devra offrir de vastes emplacements disponibles pour l’édification d’établissements industriels; 4° elle devra être isolée, et d’une surveillance facile.
- Or, plusieurs de nos grands ports, à la suite des transformations récentes opérées, peuvent ambitionner d’être dotés de zones franches répondant à ces desiderata.
- A Bordeaux, le nouveau port de Bassens, à l’aval de la ville, nettement délimité par les coteaux de Lormont au sud, la Gironde à l’ouest, la ligne de Paris à Bordeaux à l’est, se prêterait merveilleuse-. ment à un affranchissement. Le long du lleuve les terre-pleins sont étendus, et pourraient être couverts de magasins, tandis qu’en arrière de vastes terrains sont libres pour l’industrie et le commerce. On pourrait même utiliser toute la plaine qui s’étend vers Saint-Louis-de-Montferrand.
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- LE TCHERNOZÈME, GRENIER A BLÉ DE LA RUSSIE
- A Nantes, l’isolement du port de Roche-Maurice, le magnifique faisceau de voies qui le dessert, l’existence d’une large plaine à son voisinage, les profondeurs du lit du fleuve au droit de ses quais justifieraient également la création d’une zone franche en ces lieux. Marseille dispose dans les mêmes conditions de l’incomparable étang deBerre,auquel le reliera bientôt le canal du Rhône à Marseille, et Cette peut revendiquer l’institution d’une zone franche sur les bords de l’étang de Thau, prolongement naturel de son établissement maritime.
- Ne pourrait-on pas aussi aménager en zone franche le cours inférieur de l’Orne et du canal de Caen à la mer, qui constituera de plus en plus l’avanl-port de Caen?
- Nos lecteurs pourront juger parles cartes ci-dessus des facilités que la nature et les circonstances ont réunies à Caen, Nantes, Bordeaux, Cette et Marseille pour assurer aux nouvelles zones franches une prospérité certaine.
- Les événements présents nous font un devoir de ne pas les négliger. Auguste Pawlowski.
- LE TCHERNOZÈME, GRENIER A BLÉ DE LA RUSSIE
- Les événements de Roumanie comportent, parmi leurs diverses causes, la nécessité vitale pour les Empires centraux d’assurer leur approvisionnement en céréales. La Russie ne peut perdre de vue que, les Teutons ayant débouché dans les plaines va-laques, elle est menacée dans le grenier à blé de ses provinces méridionales. Dans les conjonctures actuelles, il n’est donc pas indifférent de rappeler en quoi consiste ce grenier à blé de la Russie et même d’une grande partie de l’Europe.
- C’est ce qu’on nomme la « région de la terre noire, d’autant plus intéressante qu’elle n’a point sa pareille dans les pays de l’Europe occidentale, sauf peut-être dans quelques provinces de la Hongrie, et que les propriétés caractéristiques du. sol recouvrant cette contrée, le tçhernozème, réputé si fertile, soulèvent toute une série de questions et nous posent souvent des problèmes que la science n’a pas encore suffisamment élucidés(1). »
- Le tçhernozème (on écrit aussi tchernozom), est en fait une large bande spécialement agricole qui s’étend du Nord-Est au Sud-Ouest de la Russie, depuis le grand coude de la Volga à Kazan — à travers les bassins du Don, du Donetz, du Dnjéper, du Bug et du Dnjester — jusqu’aux frontières de la Galicie, de la Bnkovine et de la Moldavie. Les régions russes de Bessarabie, de Podolie, de Kievv et d’Odessa surexcitent particulièrement les appétits austro-allemands.
- On évalue à 600000 ou 700 000 et même un million de kilomètres carrés la superficie de cette contrée agricole. C’est la lente décomposition des herbes de la steppe qui y a formé une couche d’humus épaisse en moyenne de 50 cm a l m. 50. Les pluies délayent celte terre en pâte noire comme •du charbon ; sa constitution est due aux résidus de la puissante végétation herbacée quaLernaire, qui se développa après le retrait de grands glaciers.
- Personne ne nous renseigne mieux sur le tcher-nozème que M. Yermoloff, ancien ministre de l’Agriculture de Russie, agriculteur pratiquant de
- 1. La Russie agricole devant la crise agrairp, pur Alexis A'eiimuloff, in-8°, Paris. Hachette et Cie, 1907. L’intérêt de ce •capital ouvrage est particulier en ce moment ; c’est d’après ce livre et une visite personnelle (pue le présent article est rédigé.
- haute expérience et savant agronome, correspondant de notre Académie des Sciences. Il a fait connaître et expliqué que le rendement en céréales de cette riche région est fort irrégulier. Les années de disette y son! plus fréquentes que dans les autres contrées agricoles de l’Europe; les écarts de rendement sont considérables et la population rurale est souvent obligée de recourir aux subventions gouvernementales pour ne pas mourir de faim..
- C’est qu’en effet, comme l’avait jadis supposé le professeur Stébout, la terre noire est plutôt prodigue que riche ; sa production dépendant surtout des conditions climatériques. Quand celles-ci sont favorables, les récoltes deviennent fabuleuses sans aucun engrais et pour ainsi dire sans procédé de culture, alors le paysan est convaincu « que la terre a produit et produira toujours » ; c’est pourquoi trop de cultivateurs ont compromis ou épuisé leur portion de tçhernozème en persistant trop longtemps à lui imposer la culture intensive. En éffèt, si la pluie ne vient pas en temps opportun, si la couche neigeuse de l’hiver est trop peu épaisse, s’il y a des gelées intempestives au printemps, des grêles, si le premier soleil d’été et le vent sec du Sud-Est brûlent les épis avant maturité complète (échaudage), la récolte manque et, parfois, plusieurs années de suite. Particulièrement, à la suite de Tannée de famine de 1891, on a bien été forcé de reconnaître que la richesse naturelle du sol devait être entretenue par les procédés de culture, de fumure, de défoncement indispensables en 1cher-nozème comme ailleurs. Par places même, il a fallu se résoudre à la jachère, c’est-à-dire à accorder au sol un repos nécessaire pendant les périodes de 3 à 12 années. Dans cet intermède, la terre n’est utilisée que comme pâturage.
- C’est le meilleur moyen d’obtenir que l’excédent de récolte des années normales fournissent un dédommagement aux années mauvaises.
- En outre, les particularités de la terre noire requièrent des procédés de culture appropriés. M. Yermoloff cite les déboires d’un riche lord anglais qui, ayant voulu faire valoir, comme une ferme modèle de Grande-Bretagne, un domaine de plusieurs milliers d’hectares de steppes russes a
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- LE TCHERNOZÈME, GRENIER A BLÉ DE LA RUSSIE
- échoué complètement dans ces terres « récalcitrantes contre les principes de la culture améliorante du Devonshire ».
- En effet « pour juger de la nature d’un sol, il faut en connaître les propriétés chimiques et physiques ». Or, le trait caractéristique de la terre noire, c’est sa richesse en matières organiques auxquelles elle doit sa couleur. D’après le professeur Sibirtzof, la teneur en humus varie de 4 à 16 pour 100, tandis que partout ailleurs, la proportion s’élève rarement à 5 pour 100; le sable et l’argile comptent en moyenne pour 55 pour 100. Les analyses chimiques ne révèlent cependant pas que la terre noire de Russie soit particulièrement riche et on sait que l’azote de l’humus ne sert pas directement à la nutrition des plantes; mais M. Grandeau a montré que cet humus développe surtout des végétaux qui jouent le rôle d’intermédiaires entre le sol et la céréale.
- L’humus facilite alors l’assimilation des matières minérales et augmente la faculté de production, pourvu, toujours, queleseondi ions climatériques soient favorables.
- On ne saurait entrer ici dans les explications techniques que M. Yermoloff résume ainsi : « Ces phénomènes ne sont certainement pas exclusivement propres à la terre noire, ils se produisent dans tous les sols; mais ils sont plus efficaces, plus propices à la végétation précisément dans le tchernozème, grâce à l’épaisseur de sa couche, à sa composition presque uniforme dans toute son épaisseur, et à la richesse du sous-sol, qui ne pourrait autrement, à moins de labours beaucoup plus profonds que de coutume, être appelé à servir aux besoins de la culture. C’est donc une espèce de garde-meuble, un fond de réserve qui nous est offert par le sous-sol de notre couche arable, dont les plantes profitent d’autant plus que les conditions climatériques de l’année, que le degré de l’humidité du sol et que ses propriétés, son état physique sont favorables à la circulation des solutions aqueuses dans toute la profondeur, et surtout de bas en haut, de la terre vers les racines des plantes (1). »
- 1. Rappelons qu’il existe également au Maroc des terres noires ou tirs qui, selon M. Louis Gentil, se sont formées exactement comme le tchernozème.
- Fig. i. — Paysans se rendant au marché du blé.
- Le parcours d’une exploitation agricole du tchernozème, en Podolie, par exemple, où les vues ci-jointes ont été prises entre Kiew et Odessa, offre un spectacle véritablement grandiose malgré son uniformité : à la veille de la moisson, à travers l’horizon infini des champs de blé, la contemplation est sans bornes sur l’océan doré des épis. Le panorama est saisissant comme ceux de tous les espaces illimités et la sève de la terre éclate dans une sensation de richesse inouïe. Les routes, pareilles à celles de la Puszta hongroise, ne sont que des pistes de 50 m. de largeur, fort peu accidentées, mais dont les ornières poudreuses se déplacent non seulement à chaque pluie, mais, pour ainsi dire, sous les roues de chaque véhicule. Les propriétaires ou fermiers y font leurs inspections, au grand galop des 4 chevaux de front de la linyeka,
- léger char très bas sur ses 4 roues, fait pour passer partout, dans les rivières et hors des chemins, et où 6 personnes se cramponnent à grand’peine contre les cahots sur des bancs extérieurs. Dans les chars des paysans, en grande partie moldaves, en cet angle sud-ouest de la Russie,, les costumes sont fort pittoresques; les femmes ont, pour coiffure, un shako blanc cylindrique, — et des colliers et bijoux rustiques pendent sur leurs chemisettes et corsages brodés, de couleurs éclatantes que rehausse encore le rouge des jupes. Des moulins carrés, aux ailes de bois, sont piqués ç.à et là dans la plaine sans fin, un peu déprimée de loin en loin par de très larges vallonnements sans profondeur. Les villages immenses ont plusieurs kilomètres d’étendue et se partagent en groupes distincts.
- Les marchés, tout bariolés de costumes, animés d’innombrables bestiaux et de chevaux vifs, encombrés de chars aux formes bizarres et d’immenses meules de paille, respirent la prospérité.
- Les granges, gorgées de grain, attendant d'être ënwagonné pour Odessa, ont jusqu’à 100 m. de longueur; les étables en mesurent parfois !25ü ; des vignes s’intercalent dans les cultures et leurs caves et celliers sont creusés à même la roche calcaire. De grands kourganes (tumulus) élèvent çà et là leurs bosses, dont beaucoup cachent encore les dépouilles des Scythes ou autres barbares qui y dorment
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- LE TCHERNOZÈME, GRENIER A BLE DE LA RUSSIE ======== 23
- depuis des siècles. Maintes surprises y sont réservées aux archéologues futurs.
- Toutes les églises sont bâties sur le type des anciennes églises de bois, dont il subsiste quelques rares spécimens ; on les recouvre de badigeon blanc
- lions atmosphériques. Dans la Russie méridionale, en effet, on a remarqué depuis peu d’années que le développement des érosions récentes, parmi les pénéplaines ou plateaux aplanis du tchernozème, s’accentue d’inquiétante façon, par suite de la culture
- ou de couleurs plus voyantes encore et leurs multiples coupoles à bulbe central métallique en forme d’oignon, peintes en vert, en bleu vif, quand elles ne sont pas dorées ou argentées, ont certes un ca- !
- exagérée qui avait conduit, en somme, à la dénudation. On s’est aperçu que l’usage de la terre poussé à l’excès enlevait au sol la couverture végétale spontanée et protectrice qui l’abritait jadis
- Fig 3. — Inspection des propriétaires en inyéka.
- chet qui ne lasse jamais. Rarement la cloche est dans un clocher proprement dit : presque toujours une bâtisse spéciale, véritable échafaudage, porte l’instrument, dont la corde n’agite que le battant.
- Mais les arbres sont plutôt rares en tchernozème, trop rares, car leur absence livre le sol aux dénuda-
- contre les intempéries ; les dévastations torrentielles menaçaient de devenir par suite de plus en plus actives.
- La formation des ravins s’était réveillée dans le tchernozème et constituait un danger dont M. A. Woeikoff a très sagement expliqué l’origine
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- 24 ===== AVANTAGES DES TRANSPORTEURS AERIENS
- et fait prévoir les conséquences (1).
- « Jadis la végétation sauvage et herbacée des steppes russes, spécialement bien adaptée aux conditions biologiques en quelque sorte du tchernozème, protégeait admirablement la terre noire contre l’érosion, qui ne pouvait s’y développer. Mais dès que la culture intensive eut remplacé presque partout l’ancien feutre végétal naturel, le ruissellement se mit à taillader la plaine immense; trouvant un niveau de base attracteur dans de larges lits fluviaux glaciaires, réduits à l’état de vallées sèches, les rigoles d’écoulement aboutirent à la constitution d’un réseau général de ravinements, qui change la face du tchernozème, et cela avec une rapidité d’autant plus surprenante (depuis cinquante à quatre-vingts ans environ) que c’est une des contrées de la terre où la pluie est le moins abondante. »
- ha démolition superficielle des terres par le ruissellement (averses ou fonte des neiges) ne pourrait être arrêtée que par la restauration de cette végétation spontanée, conforme aux conditions physico-géographiques du lieu.
- C’est pourquoi, après la disette de 1892, résultant de l’année de lamine de 1891, des travaux de barrage à la tête des ravins furent entrepris pour donner de l’ouvrage aux paysans et créer des bassins de retenue. Ils furent dirigés par le célèbre général Annenkof.
- 1. De l'influence de la culture sur la terre (Annales de Géographie, t. X, 1901, p. 100). — 2. Géographie Univer-
- Ges salutaires entreprises ont déjà quelque peu corrigé les eflêts de l’imprévoyance humaine qui, voulant trop vite faire fructifier le tchernozème, risquait de lui enlever la vie.
- D’autant plus qu’on a constaté que les eaux souterraines en tchernozème étaient affectées d’une baisse sensible, autre résultat probable de la culture intensive exagérée. Déjà Elisée Reclus avait fait remarquer en 1880 l’appauvrissement hydraulique de la contrée conformément à ce proverbe local : « Quand l’homme vient, l’eau s’en va(2) ».
- De nombreuses stations météorologiques et agronomiques ont été fondées et pourvues de laboratoires bien outillés pour l’étude des phénomènes atmosphériques, des problèmes de la chimie agricole, des modes de culture à appliquer, etc., etc., ces établissements ont déjà rendu les plus grands services pour là suppression des ignorances et des erreurs qui étaient en voie de préjudicier fatalement à la fertilité naturelle du tchernozème (3).
- Nous aurions voulu terminer ce bref résumé par des chiffres faisant connaître l’importance des dernières récoltes dans la terre noire ; mais, à l’heure présente, de tels renseignements intéressent trop vitalement la défense économique et militaire de la Russie pour qu’il soit permis de les publier.
- E.-A. Martel.
- .selle, t. Y. p. 465. — 5. Pour plus de détails, voir E.-A. Martel : La Côte d’Azur Russe, ch. III, Paris, Delagrave, 1909.
- AVANTAGES DES TRANSPORTEURS AÉRIENS
- ha lutte pour la con [uête des marchés qui suivra la cessation des hostilités exigera de ce pays non seulement une organisation économique et financière parfaite, mais en même temps, un développement de sa puissance industrielle et technique jusqu’aux limites du possible. Parmi les difficultés que rencontrera ce développement l’insuftisance numérique de la main-d’œuvre sera certainement l’une des plus graves. Il faudra, en effet, dan s un temps très court non seulement
- reconstruire les usines et les ouvrages d’art détruits, mais encore outiller et agrandir les ports, iracer des voies, transformer et perfectionner l’outillage des usines, en créer de nouvelles. C’est un vaste programme qu’il s’agira de réaliser. Pour résoudre les problèmes qui en dépendent on se trouvera en face d'une main-d œuvre limitée sinon réduite. 11 faudra donc envisager les questions en tenant compte de cet élément défavorable. Par l’organisation scientifique des ateliers
- 1750*
- Fig. i. — Profil du transporteur de la Société des forces motrices de la Grande Eau à Aigle (Suisse).
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- AVANTAGES DES TRANSPORTEURS AERIENS
- 2b
- d’après le système Taylor, par l’emploi plus large de machines-outils perfectionnées, on pourra dans une certaine mesure pallier cet inconvénient. Mais ce n’est pas tout. C^s mesures ne pourront être efficaces que dans un avenir plus ou moins rapproché. La grosse difficulté ce n’est, pas la question de la main-d’œuvre pour le fonc-tionnement normal . -
- ' . , • V . *
- de l’industrie,
- c’est la question ‘
- de la main-d’œuvre dont on aura besoin immédiatement après la cessation des hostilités, pour re construire, aussi rapidement que pas-sible, les ouvrages d’art, les habitations et les usines détruites, en même temps qu’en construire de nouvelles, outiller et agrandir les ports, etc.
- On voit toute la complexité du problème.
- La note présente a pour but de montrer que du moins en ce qui concerne le transport, les difficultés indiquées peuvent être, dans une grande partie, supprimées par l’emploi des transporteurs aériens. Ce mode de transport est encore relativement peu développé eu France et pourtant il présente de précieux avantages, précieux surtout au point de vue où nous nous sommes placés, et que nous passerons rapidement en \ue.
- Ces avantages sont :
- 1° Rapidité de rétablissement d’une ligne de transport reconnue nécessaire. Les poids à transporter ne dépassant généralement pas 500 à 700 kg. tandis que pour les chemins de fer sur terre, ces poids varient de 10 0UÜ à 20 000 kg. Les ouvrages à terre (pylônes, stations d’angle, etc.) peuvent être d’une construction légère, de peu d’importance et par conséquent construits rapidement. D’autre part, les ponts et les corrections du terrain ne sont pas nécessaires, la ligne se trouvant dans l’air, ce qui simplifie, dans une large mesure, la construction de la voie et concourt à la rapidité de son établissement.
- Parmi les avantages des transporteurs aériens
- Fig. 2. — Vue du transporteur aérien des mines de Covadonga (Asturies) en Espagne.
- c’est, dans les circonstances dont il s’agit, certainement l’un des plus importants. Grâce à lui on pourra rétablir la vie industrielle et économique du pays dans un bref délai, après la conclusion de la paix. 2° Diminution de frais de première installation, les terrains nécessaires pouvant être pour la plupart . loués et non expropriés.
- En effet, sauf les emplacements occu-^ és parles pylônes et les stations, le reste du terrain au-dessous de la voie peut être utilisé par les propriétaires. Il suffira donc, de leur payer une annuité correspondante our se réserver le droit de pouvoir utiliser le terrain au-dessous de la ligne pendant un certain temps. (Vérification de la ligne, réparation, etc.)
- 5° Indépendance presque complète du tracé de la topographie du terrain, les pentes pouvant, atteindre 100 pour 100. (.es graphiques figures 1 et o donnent les profils de quelques lignes aériennes construites.
- 4° Diminution du personnel pour desservir la igné. Le fonctionnement étant continu et automatique, le personnel est réduit au minimum. Un n’a besoin ni d’aiguilleurs, l’aiguillage se faisant automatiquement, ni de garde-ligne, ni
- ligne
- se
- Fig. 3. — Transporteur établi par le génie italien à Chaberton.
- de garde-barrière, la trouvant dans l’air, ni de conducteur de machine.
- D’autre part, le service peut être assuré par un personnel quelconque, comme l’a montré l’expérience des colonies, où on a pn employer des indigènes.
- ù° Suppression dans les ports de longs quais de débarquement, la ligne pouvant être prolongée dans l’eau jusqu’à l’endroit du mouillage du navire. Le dessin ci-dessous reproduit, à titre d’exemple, une construction de ce genre.
- 6° Possibilité d’utiliser /’hinterland des ports et des gares et la suppression de l’encombrement des quais.
- Cet avantage est très important, puisqu’il permet d’utiliser des terrains relativement bon mar-
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- AVANTAGES DES TRANSPORTEURS AERIENS
- Fig. 4. — Déchargement d’un bateau sur une côte inabordable.
- ché et empêche en même temps l’élévation trop considérable du prix des terrains situés près du port ou de la gare.
- L’État et les municipalités ne seraient pas obligés par conséquent, d’acheter à des prix exorbitants les terrains nécessaires à l’établissement ou à l’élar-d’un d’une
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- les frais d’exploitation qui, pour des distances inférieures à 20 km e^, pour Q— 60 tn/h, sont beaucoup au-dessous des frais exigés par d'autres moyens de transport. Ce fait peut s’expliquer facilement si l’on considère que les frottements absorbent dans ce mode de transport très peu d’énergie et que le fonctionnement se fait automatiquement
- (V. ¥).
- Parmi les inconvénients qu’on reproche aux transporteurs aériens le plus grave serait celui qui a trait au danger que présenterait une
- rupture du càble-porteur. Mais ce
- reproche n’est pas fondé.
- D’abord, la rupture du câble ne se produit qu’exceptionnellement et puis, elle peut être prévenue par une surveillance appropriée.
- Néanmoins il est prudent d’installer, soit des fdets - protecteurs, soit des ponts-abris aux endroits où une rupture du câble aurait des conséquences graves. De cette façon tout danger est écarté.
- 60
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- gissement
- ou
- port gare.
- 7° Possibilité
- dans certains cas de relier l'endroit d’utilisation ou de production avec les lieux de déchargement ou de chargement.
- 8° Possibilité de relier entre eux des endroits qu’il serait difficile sinon impossible de relier d’une autre manière.
- Les deux derniers avantages résultent du fait que le tracé de la ligne n’est pas beaucoup influencé par les constructions se trouvant sur son passage.
- 9° Diminution des frais d’exploitation.
- Le graphique figure 5 montre l’importance de cet avantage ainsi que les conditions dans lesquelles il a lieu.
- On voit qu’en augmentant la capacité de transport (Q) on diminue
- Fig. 5. — Diagramme montrant le prix de revient du transport de la tonne à différentes distances par les divers modes de transport.
- M. Zack.
- Ingénieur civil, licencié ès sciences.
- Fig. 6. — Filet protecteur sous un transporteur, à Solvar {New-York).
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- COMMENT DEPISTER
- LES EXAGÉRATEURS ET LES PERSÉVÉRATEURS DE SURDITÉ
- On pouvait craindre que les'terribles explosifs modernes ne déterminassent un nombre considérable de surdités graves et durables. L’expérience nous a montré qu’il n’en est heureusement pas ainsi. Et pourtant les malades venant consulter pour surdité, sont de jour en jour plus nombreux. Parmi cette foule de sourds, très peu sont véritablement gros sourds définitifs par lésions graves de l’oreille moyenne ou interne. La plupart sont exa-gérateurs ou persévérateurs de surdité : exagéra-teurs, ces sourds légers d’avant-guerre qui, d’une légère aggravation de leur mal, font une surdité presque complète; persévérateurs, ces commotionnés ou plutôt ces éblouis de l’audition, chez qui la fonction n’a été que momentanément inhibée ; mais sourds ils ont été, sourds ils veulent demeurer. Et pourtant ce éont là des braves, qui ont fait largement leur devoir au front; beaucoup d’entre eux ont la croix de guerre. Mais envoyés à l’arrière, remis en contact avec la vie normale, choyés de toutes manières, comme héros et comme victimes, au foyer familial, ou dans nos hôpitaux, leur courage s’est amolli; c’est à nous médecins, non pas par des punitions, mais par une saine thérapeutique, par des moyens d’examen indiscutablement précis, de leur montrer leur erreur, et de les ramener dans la bonne voie. Pour mettre en évidence leur très humaine et passagère supercherie, les méthodes classiques d’examen de la fonction auditive sont insuîlisantes. Celles-ci (acoumétrie phonique, diapason, montre), ne sont en effet basées que sur les réponses verbales du sujet, aux sensations auditives d’ordres divers que nous soumettons à son appréciation; pour dépister nos exagérateurs, ou nos persévérateurs, ce qu’il nous faut, ce sont des épreuves basées sur des manifestations extérieures objectives, réflexes de leur audition ou de leur surdité.
- Ne craignons pas de vulgariser ces épreuves ; peu nous importe que les malades les connaissent ; ils ne pourront que s’incliner devant leur précision. Et par le fait même qu’ils sauront l’existence de moyens précis de dépistage, ils se garderont d’exagérer ou de persévérer. Nous passerons successivement en revue : 1° les petits moyens de dépistage, procédés rapides ne donnant que des probabilités, des présomptions; 2° les grands moyens, procédés plus récents, plus précis nous donnant des certitudes.
- Procédés de présomption. — Et d’abord quelques vieux procèdes.
- Distrayons l’attention du malade ; laissons derrière lui tomber une pièce de cinq francs ; s’il se retourne brusquement croyant perdre sa fortune, c’est qu’il entend. C’est là une épreuve de peu de valeur, faisant entrer en jeu des vibrations massives, solidiennes, transmises par le plancher au squelette de l’individu.
- L’épreuve delà brosse est plus subtile. Effleurons le dos de notre malade, d’un côté avec une brosse,
- de l’autre avec la paume de la main ; s’il localise côté brosse et côté main, c’est qu’il entend, car la distinction ne peut se faire que par la perception auditive du grincement de la brosse sur le vêtement.
- Epreuves des réflexes de commandement. — 1° Au cours de notre examen otologique, l’oreille non examinée étant bouchée, brusquement à voix mi-haute, commandons au malade de fermer les yeux ou de tousser. Fréquemment le faux sourd bilatéral obéira, car ce sont là des réflexes irrésistibles; cette épreuve permet d’affirmer que le malade entend la voix parlée à environ 50 cm.
- 2° Plaçons notre malade, le dos tourné, à 5 m. de nous, l’oreille non examinée bouchée. A voix normale nous disons : « Quand tu m’entendras, tu lèveras la main ». Dirigeons-nous rapidement vers lui en répétant sans arrêt la voyelle A AA, etc., très fréquemment le faux sourd bilatéral, surpris, lève la main lorsque nous arrivons à son contact : il a donc entendu l’ordre donné à voix normale à 3 mètres.
- Epreuve des mots échelonnés. — Le malade ayant les yeux bandés, échelonnons 3 ou 4 assistants du côté de l’oreille dont on cherche à mesurer l’audition, l’autre oreille étant obturée ; chacun des assistants, à tour de rôle et rapidement, émettra , une série de mots quelconques ; le faux sourd bilatéral sera pris répétant, par surprise et confusion, les mots du ou des assistants placés au delà de la limite de perception déclarée par lui.
- Epreuve de /’assourdisseur de Lombard. — Si aux oreilles d’un individu normal lisant à voix haute, nous faisons vibrer des récepteurs téléphoniques, nous constatons une élévation très nette de la voix; il cherche ainsi à dominer le bruit des récepteurs qui l’assourdissent et l’empêchent de s’entendre parler. Le faux sourd bilatéral élèvera la voix comme l’individu normal. Le vrai sourd en principe n’élève pas la voix ; mais cette épreuve comprend des exceptions qui ne permettent pas de lui donner une valeur absolue. Tous ces procédés ne sont appli ables qu’aux surdités bilatérales très accentuées. En voici d’autres pour les surdités unilatérales.
- Epreuves des tuyaux acoustiques. — Deux assistants lisent, en voix chuchotée, deux textes différents dans deux entonnoirs séparés et reliés respectivement aux oreilles du malade par un tuyau en caoutchouc. Le monosourd répétera ce qui est lu du côté de la bonne oreille ; le simulateur de surdité unilatérale ne répétera plus rien : entendant les deux textes il les confondra.
- Epreuve de ïobturation simulée. — Soit un vrai sourd unilatéral, parlons-lui en voix normale du côté sourd, l’oreille saine obturée par un bouchon perforé : il répétera nos paroles les entendant de l’oreille saine. Le faux.sourd croyant celle-ci obturée ne répétera plus rien.
- Procédés de certitude (méthodes personnelles).
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- 28 ....: COMMENT DÉPISTER LES EXAGÉRATEURS DE SURDITÉ
- — Instrumentation. —Un même appareil va nous servir pour toutes ces épreuves. C’est l’appareil faradique de Gaiffe (type Lombard) que nous avons quelque peu modifié dans ses accessoires (fig. 2). L’appareil (fig. 2) est composé d’une bobine recevant le courant parin-duction d’une bobineinductrice fixe, sur laquelle elle s’emboîte et dont elle peut s’éloigner en glissant sur un chariot de 1 m. de long. A. l’intérieur de la boîte deux piles sèches donnent un courant constant jusqu’à leur usure.
- Un trembleur, réglé au maximum de sa vitesse, permet d’obtenir dans deux récepteurs téléphoniques très également accordés et branchés sur la bobine induite, des vibrations de valeur constante et voisines de ut2 (médium). Une poire, reliée par un long fil conducteur à l’appareil, nous
- male de perception), puis rapprochée lentement vers l’inductrice, jusqu’à ce que le malade accuse une sensation auditive (seuil de l’audition). Si l’épreuve est répétée 2 ou 3 fois, on met facilement en évidence la supercherie du sujet par les écarts dans
- ses réponses.
- Cet appareil permet de plus d’apprécier très exactement la valeur d’une audition et de suivre au jour le jour les effets d’un traitement otologique.
- II. Réflexe palpébral téléphonique (fig. 3). — La bobine induite à peine en contact avec la bobine inductrice (a,fig.2), appliquons sur l’oreille d’un sujet normal un des récepteurs téléphoniques; inopinément, surprenons son audition, en faisant vibrer électriquement ce récepteur : cette impression sonore subite déterminera par voie réflexe un clignotement brusque des paupières. En
- Fig. i. — Induction acoumètrique : {le malade lève la main quand il commence à percevoir les vibrations du récepteur).
- Trembleur
- réglable
- Inductrice
- abc
- PILES-!
- Interrupteur à main
- Fig. 2. — Inducteur acoumètrique à chariot permettant de faire varier l'intensité du son dans les récepteurs téléphoniques R et R'.
- permet à distance d’interrompre ou de rétablir le courant et, partant, les vibrations.
- I. Induction acoumètrique (fig. 1 ). — Pour cette épreuve, un des récepteurs est appliqué sur l’oreille examinée, l’autre sert de contrôle à l’opérateur. Le malade est assis le plus loin possible de l’appareil et lui tournant le dos. La bobine induite est placée à l’extrémité de la glissière à 1 ni. (distance nor-
- cas de surdité moyenne, il faut enfoncer de moitié la bobine induite sur l’inductrice pour obtenir ce réflexe [b, fig. 2)1 En cas de grosse surdité, le réflexe ne se produit que l’induite entièrement, enfoncée (c, fig. 2). En cas de surdité totale, pas de réflexe.
- Cette épreuve complète la précédente en ce sens que le malade qui prétend ne rien entendre au cours du déplacement de l’induite sur le chariot, ne doit
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- COMMENT DEPISTER LES EXAGERATEURS DE SURDITE
- 29
- Fig. 3. — Réflexe palpébral : chez Ventendant un clignement des paupières se produit brusquement quand le courant passe inopinément.
- pas avoir de réflexe eochléo-palpébral. Au cas contraire il y a supercherie évidente.
- III. Acoumétrie réciproque (fig. 5). — Cette épreuve repose sur le principe suivant : « Tout son perçu par une . oreille empêche du côté opposé la perception de son d’intensité égale mai s de plus grand éloignement ».
- Le malade est assis tournant le dos à l’appareil ; un masque sur la figure l’empêche de suivre nos différentes manœuvres. La bobine induite esta peine au contact de l’inductrice, et reste dans cette position pendant toute l’épreuve.
- Établissons le courant. Les schémas permettront d’interpréter les épreuves.
- 1° Chez un sujet normal (fig. 4a.), chaque oreille étant examinée séparément chacun des 0. droite
- récepteurs est perçu isolément par exemple à I m. 50, l’un en R et l’autre en R'.
- Si nous plaçons R au contact de T oreille droite (Ra), l’oreille opposée ne pourra plus percevoir R' qu’au contact (Ra').
- La perception de R au contact couvre la perception de IV. De même plaçant R par exemple à 0 m. 50 (Rb), il nous faudra mettre R' à environ 0 m. 50 de l’oreille gauche (Pib'), pour qu’il puisse être perçu.
- 2° En cas de surdité unilatérale complète (fig. 4 b.) celle-ci est réelle, si R' reste toujours perçu à 1 m. 50, que R soit ou ne soit pas au contact de l’oreille droite. L’oreille droite ne percevant rien, les perceptions de l’oreille gauche ne sont pas modifiées.
- La surdité est simulée (fig. 4), ' si R étant au
- Rb
- 0.50
- contact, on est obligé de mettre R'au contact (Ra'), pour qu’il soit perçu par le malade.
- 5° Soitune surdité unilatérale partielle ( fig. 4c.). Supposons par exemple que le malade ne perçoit à
- droite R qu’à . • . , - 25 cm. Cette sur-
- dite partielle est réelle, si R étant placé au delà du champ auditif accusé par le malade, par exemple, à 55 cm, le récepteur gauche R' reste perçu à la distance ordinaire de 1 m. 50.
- Cette surdité partielle est si mîi/ee(fig.4c.)si R étant placé comme ci-dessus à 55 cm en Ra, le récepteur IV doit être placé à 55 cm de l’oreille gauche pour être perçu (Ra'). En effet, le malade entend certainement à droite puisque la perception du récepteur gauche est influencée. Par tâtonnements, on peut dé-
- O. gauche
- Ra Rfl R’
- O droite
- b.
- O.gauche
- O. droite Ra R
- 0.351
- Fig. 4. — La disposition des récepteurs dans les 3 types d’audition. En haut : a. sujet normal; au milieu : b. surdité unilatérale; en bas : c. surdité unilatérale partielle.
- terminer la distance vraie de perception du récepteur R.
- Cette épreuve s’ap plique également à la surdité bilatérale partielle.
- IV. Procédé de la machine à écrire. — Et si dans quelques rares cas, malgré toutes ces épreuves, chez un sourd bilatéral absolument complet un doute persiste, voici une ultime ressource. Simulons à notre tour, en acceptant comme réelle sa surdité ; mettons-le un mois à la lecture sur les lèvres, Au bout de ce temps faisons-le comparaître devant nous. Voici la scène : A 5 m. en lace de nous, le malade. A 5 m. à notre gauche par exemple, une dactylographe, paraissant très absorbée par sa machine à écrire. Pendant quelques minutes, en voix chuchotée, parlons à notre malade ; pressé d’obte-
- O. gauche Ra’
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- 30 :. : LES SOUS-VÊTEMENTS EN PAPIER POUR SOLDATS
- nir sa réforme, il répond à merveille, beaucoup trop bien. A un signal convenu la dactylo se met à frapper avec ardeur sur sa machine, le bruit de la frappe couvre admirablement notre voix chuchotée; le malade n’entendant plus rien, ne comprend plus rien, ne répond plus rien ; il est simulateur ; je puis affirmer qu’il entend la voix chuchotée à 5 m. ; il ne peut donner aucune excuse ; rien n’a pu le troubler s’il est vraiment sourd, car tout se passe en dehors de lui.
- En trois mois de travail il n’en saurait d’ailleurs pas davantage, car il est impossible d’apprendre à lire sur les lèvres si l’on entend. Et, s’il se refuse à vouloir apprendre à lire sur les lèvres, c’est une confirmation de sa simulation. Un véritable sourd est trop heureux de pouvoir, même au prix de quelques efforts, entrer en relation avec ses semblables.
- Tels sont les divers procédés qui nous permettent
- d’apprécier très exactement la valeur fonctionnelle d’une audition. Mais, ainsi que me le faisait remarquer récemment mon maître Lermoyez, il faut faire une distinction dans ces évaluations, entre l’audition physiologique dont les limites sont bien
- au delà de nos besoins réels (voix parlée 50 m., voix chuchotée 15 m.) et l’audition utile, professionnelle, aux limites beaucoup plus restreintes (voixparléeôm., voix chuchotée 50 cm). C’est cette dernière seule dont nous devons, au point de vue militaire, déterminer l’étendue. Mon expérience personnelle me permet de conclure qu’un sujet entendant l’induite à 50 cm (induction acoumétri-que) ayant un réllexe cochléo-palpébral, l’induite à moitié enfoncée sur l’inductrice (b), possède une audition professionnelle utile, très suffisante.
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- >Dr Robert Foy,
- I Médecin, chef du Service de Rééducation / de l’Audition et de la Parole de la X' Région.
- LES SOUS-VÊTEMENTS EN PAPIER POUR SOLDATS
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- Fig. 5. — Acoumètrie réciproque : (le vrai sourd unilatéral n'entendant rien par son oreille droite, entend à gauche le récepteur à i mètre par exemple).
- Durant une partie de l’hiver dernier et surtout au cours de celui-ci, les Magasins généraux de l’armée, les particuliers et un grand nombre de comités pour les vêtements du soldat, ont envoyé dans les tranchées des sous-vêtements faits uniquement en papier. Ceux-ci paraissent appréciés des combattants, ils tiennent chaud, s’enlèvent facilement, et peuvent se loger à plusieurs exemplaires dans leur sac.
- L’idée n’est pas nouvelle : elle nous vient des Chinois. Encore aujourd’hui, pendant les rudes hivers de la Mandchourie, beaucoup d’indigènes de ces contrées qui n’ont pas encore adopté le costume européen conservent la même robe été comme hiver ; seulement, aussitôt qu’arrive la mauvaise saison, ils portent par dessous un long sous-vêtement en papier qu’ils renouvellent plusieurs fois à bon compte.
- Le papier chinois a d’ailleurs des qualités de souplesse spéciales qu’il tient des matières textiles abondantes dans la contrée servant à sa confection, qu’on extrait de certaines plantes par des procédés absolument rudimentaires, jouissant de propriétés
- de résistance et d’imperméabilisation naturelle absolument étonnantes.
- Les végétaux fibreux les plus employés dans ce but sont les broussonetia papyrifera, le trachi-carpus excelsus, le dolichos bidbosa, l’edgewortia papyrifera et diverses espèces d’hibiscus et de bambous. Il en est de même au Japon : on sait que le mouchoir, pour un certain nombre de Nippons, consiste dans un carré de papier solide qui ne leur sert qu’une fois, qu’ils jettent après usage et dont ils conservent toujours une petite provision sur eux. Quelques-unes des matières textiles employées pour œttes fabrication sont souvent les mêmes qu’en Chine, mais il y en a d’autres comme Venlalia ja-ponica, l’écorce du mûrier blanc, le wicks trœmia canecens et la passerina ganpi. On connaît aussi au Japon le sous-vêtement en papier, et on le porte dans l’armée.
- La civilisation européenne avait semblé méconnaître ces adjuvants rudimentaires contre la mauvaise saison ; mais on n’ignorait pas cependant com-
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- LES SOUS-VETEMENTS EN PAPIER POUR SOLDATS
- bien le papier représentait, sous une faible épaisseur et en raison de sa constitution physique, l’un des meilleurs isolants de la chaleur et de l’électricité ; les vieux chasseurs n’ignorent pas qu’en entourant leurs pieds de vieux journaux dans leurs chaussures ils les tiennent chauds et beaucoup savent qu’une large feuille de papier placée sur la poitrine garantit contre le froid aussi bien que tout autre tissu d’une épaisseur égale. Mais le principal inconvénient du papier de nos pays est son manque de solidité.
- Cependant, avant la guerre, un graveur de Paris, M. Crabbe, a inventé pour garantir les automobilistes contre le froid des sous-vêtements faits d’un papier dit indéchirable qui semble avoir eu un certain succès, puisqu’il a été récompensé à l’exposition d’hygiène du Touring-Club en. 1905 et qu’il a obtenu un prix la même année au concours organisé par le prince d’Arenberg à F Automobile-Club de France. Aujourd’hui le papier Crabbe se vend dans le commerce comme sous-vêtement du soldat à des prix relativement assez élevés (1 fr. 25 pour un plastron, 1 fr. 80 pour un giiel-plastron, 7 fr. 75 pour un « gilet ceinture », etc.), et une foule d’articles faits de ce papier sont débités dans la vente courante : foulards, cache-cols, chaussettes, genouillères, gants, couvre-nuque, casques, etc. Les sous-vêtements Crabbe se portent indifféremment sur la peau, sur le gilet de flanelle ordinaire, sur la chemise, etc.
- Il ne semble pas toutefois que ce papier, dont la composition est d’ailleurs tenue secrète et que conséquemment il n’est pas possible de discuter scientifiquement, constitue une solution définitive du problème de la lutte à bon marché contre le froid, car, au commencement de l’hiver dernier, le secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences, dans une réunion de cette Compagnie, exprimait le désir que la grande industrie se préoccupât de fabriquer en France pour nos troupes en campagne un ou plusieurs types de sous-vêtements en papier solide et bon marché, pouvant supporter un certain usage, imperméable et commode.
- Le problème ainsi posé comportait donc quatre données : 1° choix pour la fabrication du papier pour sous-vêtement d’une matière première résistante et peu coûteuse; 2° consolidation de ce papier par des moyens appropriés pour qu’il puisse être porté pendant une période relativement longue; 5° imperméabilisation; 4° coupe. Il fut étudié à fond sous cette forme par l’une des grandes papeteries de France, les établissements de Yidalon, dans l’Ardèche (ancienne manufacture Canson et Mont-golfier) qui lui ont donné une solution élégante que nous allons indiquer.
- On ne pouvait songer pour une matière première solide et bon marché à une coûteuse importation des végétaux fibreux d’Extrême-Orient qui ne croissent pas sous nos latitudes : il fallait donc se tourner d’un autre côté. On écartait de prime abord le chiffon, rare d’ailleurs et fort cher : il ne restait
- donc en tout et pour tout que les déchets des textiles courants. Mais il fallait faire un choix. La ramie réunit bien les qualités désirables et son écorce après décorticage constituerait l’une des meilleures matières premières pour fabriquer un très solide papier, mais sa culture dans le midi de la France et en Algérie n’a jamais donné que les résultats les plus incertains : tout ce qui est utilisé chez nous par la filature est presque entièrement importé et la majeure partie est retenue en ce temps de guerre par la Banque de France pour la fabrication de ses billets qui par suite de l’émission des petites coupures a pris une plus grande extension que de coutume : une petite papeterie de fibres de ramie a été, en effet, installée dans les sous-sols de l’immeuble principal, de façon que le papier des billets soit d’une composition différente de celui des produits du commerce. On n’a pu davantage, pour les sous-vêtements des soldats, songer à utiliser les déchets de teillage ou les étoupes provenant du peignage du lin : aujourd’hui que ce textile n’arrive plus de Russie, qui d’habitude subvient aux trois quarts de la consommation française et qu’il ne peut être régulièrement cultivé, ni roui, ni peigné dans le Nord et la Belgique envahies, c’est encore une matière première devenue rare. Les déchets de coton arriveraient bien de leur côté avec assez d’abondance sur le marché, s’ils n’e'taient accaparés par une foule d’autres usages, notamment pour la fabrication des très gros numéros de fil et pour le nettoyage des machines. Il ne restait donc plus que le chanvre. Non seulement celui-ci reste cultivé et travaillé dans des régions qui sont loin du théâtre de la guerre (Sarthe, Maine-et-Loire, etc.), mais encore il fournit, par le défibrage des vieux câbles usagés et hors de service, une étoupe grossière et bon marché, utilisée jusqu’à ce jour pour des emplois secondaires où elle peut être remplacée (matelasserie, literie, calfatage des navires, etc.) et dont on peut se procurer à un prix relativement bas d’assez fortes quantités. C’est de ce côté que s’est tournée l’usine de Yidalon pour la fabrication du papier destiné aux sous-vêtements pour les armées en campagne. C’était là un premier point acquis.
- Ce papier jouissait bien de grandes qualités de solidité et de souplesse appréciables, mais'il restait — deuxième point — à le consolider pour qu’il pût faire un bon u,sage. Le meilleur procédé qu’on ait trouvé pour y arriver a été l’entoilage, au moyen d’une étamine solide, mais peu coûteuse. Le secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences avait justement attiré l’attention dans sa communication sur les résultats probablement avantageux que pourrait donner ce procédé, et comme avant la guerre les papeteries de Vidalon possédaient un important matériel d’entoilage breveté dont ils s’étaient fait une spécialité, ils étaient bien désignés pour en faire l’application dans la fabrication des sous-vêtements du soldat.
- Restait le troisième point : l’imperméabilisation. Celle-ci est donnée au papier de chanvre d’après une
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- formule que le distingué directeur des papeteries, M. Maurice Rostaing, a fait récemment connaître; et qui consiste à incorporer dans certaines conditions de température un pourcentage très élevé d’huiles siccatives à un bouillon gélatineux concentré et chargé de graisse. En faisant passer ce
- 1° le plastron (en haut de la figure) qui est le véritable sous-vêtement militaire, mais convient aussi bien aux soldats qu’aux amateurs de sports, désireux de ne pas se refroidir après un exercice violent; 2° le gilet-plastron spécialement créé pour les sentinelles et les militaires qui ont passé l’hiver
- papier garni de toile dans cette émulsion, le faisant sécher quelques heures, et l’imbibant d’une solution antiseptique composée de formaldéhyde (qui a la propriété d’insolubiliser complètement la gélatine) et d’essence d’eucalyptus, on obtient une sorte de tissu imperméable susceptible de se conserver longtemps sans altération et à l’abri des insectes, et qui peut être lavé sans inconvénient et sans que la toile qui y adhère s’en détache.
- M. Maurice Rostaing a du reste fait à ce sujet quelques expériences dont il a rendu compte récemment à la Société d’encouragement de la rue de Rennes.
- C’est ainsi qu’il a pu constater, pour démontrer l’imperméabilisation, qu’un récipient confectionné avec un papier entoilé de sa fabrication avait supporté pendant plus de 25 jours une pression d’eau de 1 cm de hauteur. C’est ainsi encore qu’il a pu constater, par des essais effectués à l’aide de l’appareil employé en papeterie pour évaluer la résistance et l’allongement du papier, que le procédé d’imperméabilisation indiqué plus haut augmentait la résistance du papier brut de 80,6 pour 100 et l’allongement de 401 pour 100 et que l’entoilage augmentait cette résistance de 16 pour 100 et diminuait Rallongement de 16 pour 100 également.
- Quant à la coupe — quatrième point — la photographie qui accompagne ces lignes indique de quelle façon heureuse elle a été réalisée. Les sous-vèle-ments sont coupés aux papeteries de Vidalon sous trois formes, qui n’ont été adoptées qu’après une série d’essais effectués dans plusieurs régiments :
- dans les tranchées, rembourré en partie de cellulose et tenant pour cette raison beaucoup plus chaud que le plastron, apprécié également des aviateurs et automobilistes ; 5° le gilet, sorte de vêtement de luxe, pouvant se boutonner, plus cher que les précédents.
- Les deux premiers sont suffisamment dégagés pour la transpiration cutanée, de façon à ne pas avoir les inconvénients reprochés à cèrtains vêtements caoutchoutés. Le plastron, qui est le sous-vêtement le plus répandu, pèse 85 gr. et se vend dans, le commerce 75 centimes, il peut se plier de façon à ne pas tenir plus de place qu’un portefeuille.
- Comme accessoires des sous-vêtements en papier signalons également les semelles hygiéniques faites de même matière entoilée (au bas de la figure) et rembourrées de feutre de cellulose, isolant très bien du froid. Il en existe quatre types : 1° forme spéciale pour brodequins militaires; 2° forme droite pour toutes chaussures d’hommes ; 5° forme française; 4° forme droite pour femmes (infirmières, ambulancières, etc.).
- Les divers sous-vêtements militaires des papeteries de Vidalon ont fait l’objet d’un rapport de M. Georges Lemoine, membre de l’Institut, à l’Académie des Sciences, à. la suite duquel cette Compagnie a aussitôt voté une somme de 500 francs pour l’acquisition de plastrons. Ceux-ci ont été immédiatement distribués sur le front par les soins d'un grand journal quotidien de Paris.
- Alfred Rekouard.
- Fig. 2.
- Vêlement complet.
- Le Gérant ; P. Masson. — Imprimerie Lahure, rue de Fleuras, 9, à Pans.
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- LA NATURE. — N° 2260.
- 20 JANVIER 1917.
- LE COMMERCE DES FOURRURES
- Voici la bise qui souffle : l’hiver nous vient et ses frimas. Tous songent à se garer du froid; les uns ont recours à la laine, d’autres à la dépouille des animaux; et comme à cette époque de l’année, je rencontre sur mon chemin des hommes graves enroulés en de chaudes pelisses ou des jeunes femmes gracieusement emmitouflées dans des vêtements plus ou moins velus, j’ai pensé qu’en parlant aujourd’hui du commerce de la fourrure, j’abordais un sujet plein d'actualité, dont le côté
- nisation. Entre temps, je montrerai en quelqu e lignes comment se fait la teinture des fourrures avec les couleurs extraites du goudron de bouille, industrie toute moderne dans laquelle les Allemands étaient arrivés avant la guerre à une grande perfection. Enfin, je mentionnerai les efforts faits actuellement en France pour enlever à nos ennemis le grand commerce et la vente des fourrures dont ils essayaient par tous les moyens avant les hostilités de s’assurer en quelque sorte le monopole.
- Fig. i. — Marché des Astrakans à Boukhara f1).
- économique pouvait présenter quelque intérêt pour les lecteurs de La Nature.
- Je laisserai de côté tout ce qui concerne la partie industrielle de la question; elle a été traitée ici même avec tous les détails nécessaires (-) ; l’indication des provenances et variétés a été également mentionnée d’une façon suffisante. Je me placerai à un tout autre point de vue. Je prendrai comme point de départ, la fourrure sur le dos de l’animal, je ferai connaître comment dans les pays de production on arrive à capturer rapidement celui qui la porte et à la lui enlever, je suivrai celte dépouille dans ses premières ventes sur place et dans ses diverses pérégrinations jusqu’à son arrivée aux grands marchés mondiaux dont j’indiquerai l’orga-
- 1. Nous devons tes photographies qui illustrent cet article à l’obligeance de Mil. Révillon frères.
- 2. Voy. n° 1860.
- Le commerce des peaux de lapin. — C’est la peau du lapin domestique et des divers lépôrides qui, on le sait, constitue la base principale de la fabrication des fourrures imitation, industrie qui peut être considérée comme supérieure en importance, pour les quatre cinquièmes du commerce total, à celle des vraies fourrures. Je vais donc forcément commencer par dire quelques mots du commerce de ces peaux.
- Celui-ci était entièrement localisé avant la guerre, partie dans le nord de la France, partie dans la Flandre Occidentale belge. Dans ces régions, les peaux de lièvre, celles des lapins domestiques et de garenne, étaient achetées tout d’abord par les chiffonniers chez les marchands de gibier et de volailles, les écorcheurs et même les simples consommateurs. Lorsqu’ils en avaient réuni une certaine quantité, ils les livraient à des marchands
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- faisant à la fois le commerce de gibier, de volaille et de peaux, qui vendaient les premiers sur le marché, et ajoutaient leurs pelages à ceux que leur avaient livré les chiffonniers. Ces marchands entassaient ces peaux dans des greniers, sous des hangars, dans des réduits appropriés, et les faisaient travailler à domicile dans quelques communes des environs de Lille et surtout dans une foule de localités de la Flandre belge (Lokeren, Zele, Ecloo, etc.), se constituant ainsi les fournisseurs habituels des acheteurs de peaux pour la fourrure ou la chapellerie.
- C’était là toute une organisation pleine d’activité et de vie, que momentanément les hostilités ont fait complètement disparaître.
- La chasse aux vraies fourrures. — Les belles fourrures ne viennent pas toutes seules sur le marché. De plus, les animaux qui les portent sont le plus souvent difficiles à capturer et leur chasse ne peut se faire que sous des climats, par euphémisme qualifiés de rigoureux, mais que seuls en réalité peuvent sup porter de hommes décidés à faire fi de leur vie et dont l’énergie à toute épreuve s’exhausse devant 'imminence du danger et l’intempérie des saisons.
- Transportons-nous par exemple dans l’extrême nord de l’Amérique. Le commerce des fourrures s’y trouve concentré entre les mains de quelques grandes Compagnies : du côté de l’Alaska, je note deux Sociétés américaines; au Canada, l’importante Compagnie de la baie d’Hudson ; au Labrador, une Compagnie établie par une mission protestante, et, jointe à toutes, une Compagnie londonienne, la Société Lampson et Cie, qu’on rencontre dans le monde entier partout où il y a un trafic de fourrures et qui, à tort ou à raison, passe pour être la milliardaire, la reine de cette industrie.
- Une foule de traitants, qui connaissent tous les agents de ces Sociétés ou les commissionnaires revendeurs de pelleteries, s’aventurent aux approches de l’Iiiver vers les régions de l’abord le plus difficile et s’y enfoncent sans sourciller pour y acheter des fourrures. Us savent y rencontrer les trappeurs, chasseurs de profession, perpétuels nomades à la recherche du gibier à poil rare, qui dès les premières neiges, vers le milieu d’octobre, se sont installés dans la forêt pour y vivre jusqu’à l’été.
- Ceux-là ont fait la dépense d’un traîneau le plus souvent conduit par des chiens, mais parfois hélé à
- bras; ils y ont entassé tout le matériel nécessaire à la vie du désert — couvertures, munitions, pièges, une tente le plus souvent— et vogue la galère! Pas de vivres; le gibier y pourvoira sous la forme de la belette, du lièvre et de l’élan.
- Lorsque le temps est calme, les opérations se passent à 40 ou 50° sous zéro; mais lorsqu’il ne l’est pas, des tourmentes de neige aveuglante disloquent la forêt des journées entières, masquent les routes et changent l’aspect du bois au point que si le trappeur n’a pas, à l’instar du petit Poucet, marqué d’un coup de hache les arbres sur] sa route, il perd infailliblement son chemin au retour. L’homme est parfois obligé de s’absenter plusieurs journées, il couche alors non pas où il veut, mais où il peut, au sommet d’un arbre, sous une hutte abandonnée, dans les replis d’un terrain qui l’abrite du vent. De retour à sa tente, il prépare ses peaux.
- Fait très curieux, à la fin de l’hiver, aux premiers rayons d’un soleil encore froid, tous les animaux à
- fourrure disparaissent comme par en chante-ment. Il semble que la plupart se soient retirés dans leurs terriers.
- Vient le dégel définitif. Les seules ressources qui restent au trappeur sont le grizzly et Yours noir, qui sortent alors de leurs retraites d’hiver. Mais pour ne pas abîmer la fourrure, l’homme se contente de tendre de forts pièges en acier et parfois même — genre nouveau style qui n’a rien de cynégétique — se contente d’empoisonner les bêtes à la strychnine.
- Voici maintenant les chasses terminées : le moment est venu pour les trappeurs de tirer parti des fourrures qu’ils ont récoltées. Ils savent parfaitement de quel côté diriger leurs offres. Les grandes Compagnies, en effet, celle de la baie d’Hudson notamment, ont établi en forêt ce qu’on appelle des forts, sortes de factoreries où jamais il n’y a la moindre circulation d’argent, mais où l’on échange les fourrures contre des objets de première néces-, sité. L’étalon monétaire y semble être la couverture de laine et les marchés qui s’y concluent consistent surtout à troquer tant de peaux contre tant de couvertures. Les parties s’entendent rapidement.
- Les peaux achetées sont alors réunies dans les magasins annexés aux « forts », mises en ballots, placées sur des canots, et acheminées par les voies fluviales vers les grands ports de la côte.
- Et que je passe à l’Asie au lieu de rester en Amérique, les mêmes dangers se répètent pour les
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- indigènes des régions sibériennes qui se livrent à ces chasses mouvementées et pour eux les mêmes obstacles restent à surmonter. Cependant ici les engins de destruction différent. Certains se servent encore dans ces régions de mousquets à pierre, mais trop souvent alors les projectiles abîment les fourrures et leur moindre inconvénient est de les tacher de sang; d’autres, qui sont la majorité, préparent des arcs en fil d’acier fortement tendus, munis d’un appât et garnis d’une flèche en bois ou en os dont le choc assomme l’animal qui s’en approche. Pour l’hermine, dont la peau ne saurait être percée, l’engin est une guillotine émoussée qu’une clavette fait manœuvrer et dans laquelle la bête se trouve prise par la tête. Cet animal, soit dit en passant, constitue l’un des exemples les plus curieux de l’effet qu’exerce le climat ou la couleur du poil ; la robe d’été est brune, mais le pelage d’hiver est absolument blanc et immaculé à l’exception de la mèche noire de la queue.
- Mais aucune de ces expéditions n’est réglementée. Il est une espèce toutefois, celle des animaux marins fournissant la peau de loutre dite de mer, qui se trouve soumise, pour certaines espèces du moins, à une réglementation que je vais indiquer.
- Cette peau de loutre dont le prix est encore fort élevé (qu’il ne faut pas confondre avec celle de la loutre de rivière qui est petite et très commune) est fournie par deux espèces : la loutre du Kamchatka, sorte de phoque abondant dans le nord du Pacifique, notamment autour des îles Aléoutiennes et sur la côte orientale de l’Alaska; et l'otarie ourson qu’on voit surtout du côté de la mer de Behring, autour des îles Pribyloff, au large de l’Alaska.
- Pour abattre la première, il n’est pas besoin d’engins de mort bien terribles. Mais à la manière dont la chasse doit s’en faire, dans des canots
- séjournant des semaines entières au milieu des tempêtes répétées de ces régions ou même en temps de calme au travers des brumes épais-sesquipourunedu-rée plus ou moins longue barrent au chasseur tout chemin de retour, les expéditions ne se font pas sans danger.
- Quant à la seconde espèce, son corps est couvert de longs poils couvrant un duvet fin et soyeux, frisé et d’une nuance jau-
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- nâtre qu’accentue encore le séjour dans l’eau : c’est ce duvet qui constitue la peau de loutre de mer qui, débarrassée des longs poils et défrisée, donne à sec une fourrure noire à fond roux brunâtre et lustré. Pendant une partie de l’été les gros bataillons fréquentent la haute mer, mais au moment de la re-p roduction, les phoques à fourrure se réunissent en troupes énormes, au nombre de lu-sieurs milliers, sur les îles Pribyloff.
- Les premiers arrivés sont les vieux mâles, qui s’installent pour choisir les femelles dont l’arrivée a lieu habituellement le 15 juin. Mais l’époque de la saillie ne se fait pas précisément avec calme. Les femelles assistent impassibles à des combats furieux des mâles entre eux, quelques-unes reçoivent bien de temps en temps quelques horions, mais seulement au plus fort de certaines mêlées. Fin juin arrive un second convoi de mâles,, mais ceux-ci sont des animaux calmes qui vont s’établir sur une autre zone plus éloignée : les Anglais les ont désignés sous le nom de bachelors, lisez « célibataires ». Au mois de juillet, toutes les îles sont noires de phoques, il y en a des milliers qui à chaque instant poussent des cris stridents dont la note aiguë domine la nuit le fracas pourtant assourdissant des vagues.
- La capture de ces bêtes est, comme je l’ai dit, rigoureusement réglementée. Le gouvernement des États-Unis a concédé le monopole de leur chasse à une Compagnie qui n’a pas le droit d’en abattre plus de 100000, doit épargner les femelles et a pour mot d’ordre de s’attaquer surtout aux célibataires.
- L’élevage des bêtes à fourrure. — En présence du prix élevé des fourrures et de la difficulté de se les procurer par la chasse, un certain nombre d’éleveurs du Canada ont imaginé d’organiser chez eux l’élevage des animaux qui les portent et d’en faire le commerce à la façon dont on tire parti delà domestication de l’autruche au Cap, voire celle de l’éléphant aux Indes. Les renards noirs et argentés ont été surtout l’objet de cette industrie nouvelle, qu’on exerça tout d’abord dans l’ile du prince Édouard.
- L’expérimentation de cette industrie nouvelle en a fait ressortir toutes les difficultés. Tout d’abord l’élevage doit se fait au grand air et sur un espace qni ne soit pas trop restreint, afin d’imiter la
- Fig. 3. — Indiens chasseurs de fourrures à Moose.
- Fig. 4. — Déchargement des fourrures du steamer Adventure.
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- nature le plus près possible. La nourriture consiste non seulement en viande, mais encore en poissons, biscuits trempés dans du lait, pommes de terre, etc., que les animaux dévorent avidement bien que carnassiers; elle doit être abondante, mais non en excès, car les renards engraissés ne donnent qu’une fourrure de qualité inférieure.
- Les éleveurs s’exercent surtout à obtenir des animaux dont la robe soit le plus foncée possible. L’étude de la nature leur a prouvé que, par des croisements convenables, ils pouvaient améliorer la race et donner plus de lustre a sa fourrure.
- Quelques Canadiens cependant ont essayé de tirer parti d’autres espèces h fourrure. On cite le cas d’un « ranch » au Lac Chaud, dans la province de Québec, où se trouvent une soixantaine de visons, dont la fourrure est, on le sait, à poils soyeux plus ou moins bruns tirant sur le fauve. On a essayé également du skungs, dont la fourrure est fort à la mode en ce moment, connu en histoire naturelle sous le nom de « bête puante » à cause de l’odeur nauséabonde qu’il exhale lorsqu’il est en danger, dont le pelage est d’un noir brillant parsemé de poils blancs; mais l’odeur en question a fait constamment reculer les éleveurs les plus intrépides.
- Mentionnons que d’autres pays que le Canada font en ce moment l’élevage des bêtes à fourrure. L’élevage domestique du chinchilla se fait au Chili (4J ; aux îles Aléoutiennes on a organisé des phoqueriesÇ*), etc.
- La teinture des fourrures. — Les pelages communs, qu’on veut transformer en fourrures de prix, sont presque toujours, nous l’avons dit plus haut, des peaux de lièvres et de lapins. D’autre
- 1. Voy. n° 2248 (Informations).
- 2. Voy. n° 2250 (Informations).
- part, les matières* colorantes qui doivent être employées pour donner à ces peaux l’aspect des poils de valeur, doivent être appropriées au résultat qu’on veut en obtenir : on exige d’elles que leur teinture soit solide à la lumière, indégorgeable, et susceptible d’un autre côté de subir les traitements que doivent ultérieurement supporter les poils teints pour être lustrés. Longtemps on a usé pour la teinture des fourrures de couleurs appartenant aux trois ordres de la nature : minérales comme le noir au nitrate d'argent, le bistre au manganèse, la rouille à l’oxyde de fer; végétales, comme les divers extraits de bois, les couleurs au campêche, le sumac ou le rocou ; animales, comme la sépia. Mais l’emploi de ces divers colorants a été dans ces dernières années, largement renforcé par celui des couleurs artificielles que les Allemands ont perfectionnées dans des conditions inimaginables, comme les couleurs d’alizarine, l’acide pyrogallique, et les diverses marques de paraphénylènediamines.
- Deux méthodes sont employées d’une manière générale pour la teinture des peaux en poils ; l’une dite à la brosse, consistant à frotter mécaniquement ou à la main le poil de la peau étendue sur une table plane, et ce dans le sens normal, avec une brosse enduite d’une solution tinctoriale ; l’autre dite au plonger, ainsi nommée parce qu’on plonge la fourrure entière dans le bain de teinture, avec ou sans mordançage, après en avoir dégraissé plus ou moins complètement les poils par un brossage avec une dissolution à base de sel ammoniac, de sulfure d’alumine et de chaux.
- Gomme il ne nous est pas possible d’indiquer même sommairement, au cours de cet article, les divers procédés de teinture de poils pour les transformer en fourrures de prix, nous nous contenterons d’un exemple, emprunté justement à l’Allemagne, où il est l’objet d’une industrie très spéciale : nous voulons parler de la teinture des peaux de lapin pour en faire une grande loutre de mer. Nous supposons les peaux cousues ensemble et rasées à la machine. La difficulté pour le teinturier ne consiste pas seulement à donner la teinte noire de la peau de loutre, mais à en faire ressortir le reflet qu’on appelle dans le commerce « vert esmeraldine », qui caractérise la nuance de cette fourrure.
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- On commence alors par la méthode à la brosse et on complète par celle au plonger. Le poil reçoit un premier brossage au noir d’aniline-campêche, très léger pour ne pas attaquer le cuir qui serait brûlé, puis la peau est pliée poil contre poil et abandonnée 12 ou 48 heures dans un endroit frais; elle est ensuite séchée le même temps à l’étuve chauffée à 40 ou 50° G. Mais c’est là un premier passage qui n’a presque pas coloré le poil et qu’on devra recommencer. On n’applique cependant une seconde couche à la brosse qu’après avoir une fois de plus dégraissé la peau au tonneau et l’avoir battue. Elle est alors repliée comme la première fois poil contre poil, puis elle repose 12 ou 24 heures et est séchée : cette dessiccation fait « monter le vert esmeraldine », elle donne aux poils, une nuance verdâtre claire. Mais la teinte foncée n’est pas encore obtenue. On recommence à dégraisser et à battre, puis on donne une troisième couche. Ces mêmes opérations se recommencent six ou sept fois; finalement les poils sont d’un beau vert presque noir. Pour arriver au noir violacé et neutraliser l’acidité des poils, la peau est une dernière fois brossée et dégraissée au tonneau, puis passée dans la cuve barboteuse avec de l’eau alcalinisée à l’ammoniaque ou au carbonate de soude qui donnent le virage désiré. On essore finalement la fourrure humide, et on complète l’opération en passant la peau au plonger dans un bain de campêche. On lave et on égoutte.
- Mais ce n’est pas encore tout. Pour que la lein-ture au campêche se développe peu à peu par oxydation à l’air, on abandonne en tas pendant 24 heures en un endroit frais les peaux égouttées et pressées; puis on les lave à l’eau courante, on les essore encore et on les sèche à basse température. Elles sont encore une fois dégraissées à fond au tonneau, foulées avec de la sciure de . bois d’acajou de façon à en assouplir le cuir, battues à la baguette, étirées pour être « brisées » et repliées quelques jours poil contre poil pour que leur « brillant » se développe.
- La dernière opération est Yépilage, sorte de rasage à la machine dite à épiler qui, plus précise que la machine à raser, égalise les pointes des poils de façon que leur longueur soit absolument uniforme. Parfois encore on les assouplit, soit à la main, soit mécaniquement, en faisant passer le cuir sur le tranchant d’un fer; finalement on les assortit par douzaines et on les empaquette poil contre poil en les passant à la presse, après avoir eu soin parfois d’en-
- duire les poils, à l’aide d’une brosse, d’acide borique pailleté réduit en poudre fine. Cet acide est en même temps un antiseptique; on l’enlève facilement du reste par un simple battage au moment de mettre les peaux « en confection », avec le temps, le « brillant des poils » continue à se développer.
- Les marchés. — Le grand marché mondial de la fourrure, c’est Londres. Deux compagnies y ont leur siège dont il a déjà été question plus haut et en accaparent presque entièrement le commerce; j’ai nommé la compagnie de la baie d’Hudson et la firme C. KL Lampson et Cie. Les statuts de l’une et de l’autre exigent expressément la vente aux enchères ; c’est donc à la criée que sont livrées les peaux importées par elles. D’autres maisons d’importation les suivent : citons les firmes Nesbit and C°, Àrming and G0, Barber and C°, River and C°, etc. Ces enchères sont au nombre de 4 et ont lieu en janvier (14 jours), mars (20 jours), juin (15 jours), et octobre (8 jours) au lieu dit College Hill. Toutes les maisons de fourrures des deux mondes y sont représentées. En outre, chaque période a ses lots spéciaux; c’est ainsi par exemple, que les peaux de loutre ne sont vendues qu’en octobre. Pour en accaparer la vente, les maisons dont nous parlons les achètent d’avance aux importateurs, elles conviennent avec eux de n’en payer que 60 pour 100 et le reste après les enchères quYlles mènent ainsi à leur guise. L’organisation de ces ventes est assez simple. Les cargaisons débarquées sont aussitôt assorties dans des docks spéciaux par tailles, teintes et qualités, divisées en lots et cataloguées. Les relevés en sont adressés plusieurs jours à l’avance aux négociants en fourrures des deux mondes; au besoin des échantillons sont prélevés pour les maisons les plus connues et les plus importantes; puis, à jour déterminé, les adjudications commencent. Elles sont menées rondement; les acheteurs se placent sur les gradins d’un hémicycle au centre duquel se trouve le commissaire vendeur ; presque toujours ils sont silen-
- Fig. 6. — Pavillon de réception des fourrures à Edmonton (Canada).
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- deux; un mot, un geste leur suffisent pour arrêter le lot qu’ils convoitent et le choc d’un coup de marteau décide d’une adjudication, qui toujours est importante et roule sur un gros chiffre.
- Avec les ventes de Londres, il y a lieu de citer les foires à'Ischin et d’Irbit, qui reçoivent la majeure partie des pelleteries de Sibérie; malgré l’éloignement, la plupart des grosses maisons de fourrures trouvent moyen de s’y faire représenter.
- A citer encore, la fameuse foire de Nijni-Novo-gorod, grand marché de l’astrakan, de la chèvre de Mongolie, des peaux de l’Asie Centrale et de quelques fourrures sibériennes ; les transactions y atteignent annuellement une trentaine de millions. Copenhague doit aussi être mentionné comme principal marché des peaux d’ours blanc et de renard récoltées par les Esquimaux ; les adjudications des | principaux lots de ces espèces ont lieu en mars par les soins de la Compagnie Royale qui, par la force de l’habitude, a acquis en quelque sorte le monopole exclusif du commerce avec le Groenland.
- Mais le centre principal dans lequel le commerce des fourrures a acquis l’importance la plus marquée, en raison de la continuité ininterrompue de son commerce du 1er janvier au 51 décembre, c’est Leipzig. Avant la guerre, les acheteurs qui ne savaient le plus souvent s’approvisionner d’un seul coup sur les autres marchés se rabattaient sur cette ville où ils savaient trouver à tout instant les pelages dont ils avaient besoin. Il y avait dans ce centre tout un quartier de marchands de fourrures, traversé par la rue la plus animée de la ville et qu’on appelle le Brühl. On n’y rencontrait que de gigantesques magasins d’où se dégageait une odeur pénétrante de naphtaline, de pelage, de cuir et de graisse, dans lesquels les peaux de toute sorte étaient empilées ou pendues au plafond ; des salles -immenses d’où l’on entendait le bruit rythmé des baguettes avec lesquelles on battait les fourrures pour en éloigner les insectes, des comptoirs de tout genre au fond desquels grouillaient des trafiquants de toute espèce ; Arméniens au fez sordide, Grecs, Polonais, Israélites exotiques, la plupart en guenilles, mais auxquels n’hésitaient pas à s’adresser les acheteurs, parce que mieux que personne ceux-là connaissaient les cours et savaient trouver au bon endroit, moyennant commission, les pelages dont ils avaient besoin. Les peaux arrivaient à Leipzig de tous les pays du monde, de Londres, Irbit, Nijni, le plus souvent mal assorties; les trafiquants du pays se chargeaient d’en faire le classement par nuances, espèces, genres, dimensions, etc. De ce milieu se dégageaient une quarantaine de commissionnaires riches et une trentaine de maisons de premier ordre; le reste était littéralement innombrable au point de vue commercial. Au premier rang brillaient les maisons qui se sont fait en matière de fourrures une réputation mondiale; Thorer, le roi des astrakans; Konigswerter, prince de la zibeline; Ulmann, spé-
- cialiste des peaux américaines, qui tous du reste ont des succursales à New-York, Moscou, et quelques grandes villes de transit commercial.
- Joint à cela, le travail des peaux à domicile ou en ateliers occupe toute une population ouvrière à Leipzig même et dans les villages environnants, dont chacun s’est spécialisé dans un genre déterminé. Weisenfels se réserve les doublures de pelisses et le travail du petit-gris ; Markranstadt les peaux de renard, Skenditz d’autres genres, le tout composé en grande partie de Russes et de Polonais sous la direction de petits entrepreneurs qui ne leur distribuent du reste que des salaires de famine. C’est le sweating System dans toute sa splendeur. Des familles entières sont occupées à ces travaux : les femmes et les enfants cousent les peaux et rassemblent les morceaux dont quelques-uns atteignent à peine la dimension de l’ongle, les hommes les tannent, des aides les écharnent, etc. Tous les ouvriers qui s’adonnent à ce travail sont d’ailleurs fort habiles, car ils y ont toujours été entraînés par un apprentissage sérieux. La lutte pour la vie fait tout passer. On estime qu’il y avait dans ce rayon avant la guerre 7000 ouvriers et qu’il s’y faisait annuellement pour 180 millions d’affaires. Les pelletiers leipzigois du reste passaient pour acheter environ 65 pour 100 des peaux offertes aux enchères de Londres. C’est à Leipzig qu’on trouvait toujours les meilleurs connaisseurs en fourrures formés à l’expertise par une longue spécialisation. Auprès d’eux la fraude ne se risquait pas. Ils avaient une acuité delà vision, un sens'tactile si délicat, qu’à première vue ils étaient fixés sur la qualité d’une peau, sa provenance, la partie du pays dans laquelle l’animal qui l’avait portée avait été tué, et l’époque à laquelle sa mort avait eu lieu. La souplesse du cuir, la hauteur du poil, sa nuance, son épaisseur, étaient pour eux autant d’indications qui les fixaient sur la valeur d’une fourrure. Ils étaient en outre de véritables commerçants, et lorsqu’il y avait un coup à faire, ils saisissaient sans sourciller, pour leur compte personnel et non plus comme intermédiaires, l’occasion qui se présentait : à ce métier la plupart étaient devenus fort riches.
- A tout ceci il y a lieu d’ajouter que le crédit à Leipzig était facile, les propositions de paiement à six mois et même à un an étaient admises sans difficulté, pourvu que l’acheteur fût quelque peu connu ou présentât une certaine surface. On relevait même chez certains trafiquants de second ordre réputés honnêtes des habitudes commerciales assez singulières; celle notamment qui consiste, avec l’autorisation d’ailleurs du vendeur, à warranter des lots de fourrures chez des prêteurs à gages. Parfois même, ces derniers font un contrat avec le propriétaire et l’acheteur, leur permettant d’avancer à ce dernier 60 ou 70 pour 100 de leur achat, à retenir 2 1/2 pour 100 pour un magasinage qui généralement est court, et à payer le reste immédiatement aux vendeurs, tout disposés à
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- recommencer dix fois le même trafic au cours de l’année s’il en est besoin et à attendre paisiblement l’échéance au délai convenu. A celle-ci du reste presque toujours les acheteurs font face. Mais je suis persuadé que vous retiendrez, même avec un sourire, cette soixante-douzième et curieuse façon non prévue par Panurge de gagner de l’argent.
- Gomment suppléerons-nous, après la guerre à une pareille organisation? Comment parviendrons-nous à nous passer de ce marché et à transporter chez nous cette industrie si française des belles et
- riches fourrures? On y songe en ce moment. Sous le haut patronage du Ministre du Commerce et de la Chambre de Commerce de Paris, la Chambre syndicale des fourreurs et pelletiers organise, pour fonctionner aussitôt après les hostilités, un marché de fourrures aux enchères à Paris. Son initiative nous aura montré une fois de plus, que l’industrie française, rien qu’avec ses seules ressources, et en prenant l’offensive, peut sur le terrain commercial, battre l’ennemi, victorieusement.
- Alfred Rekouard.
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- Le développement du rôle de la science dans l’industrie, auquel on tend, à l’heure actuelle, a attribuer une importance primordiale, est, au premier chef, une question d’enseignement. Pour faire de la science, il faut savoir quelque chose; pour savoir, il faut avoir appris. Dans divers écrits et notamment dans l’article publié dans le numéro du 28 octobre 1916 de La Nature, M. H. Le Chà-telier a indiqué quelles modifications il lui paraissait nécessaire, pour obtenir un résultat dans ce sens, d’apporter à l’enseignement général, tel qu’il est donné en France. 11 est évidemment aussi important d’examiner, à ce même point de vue, l’enseignement technique, celui qui s’adresse seulement aux futurs spécialistes et qui doit leur permettre, suivant la formule si expressive de M. Millerand, « de dominer leur profession au lieu d’être dominés par elle ». Il est donc intéressant de jeter un coup d’œil rapide sur ce qu’est actuellement en France ou du moins ce qu’était en 1914, l’enseignement technique et professionnel, sur les modifications qui sont en cours d’élaboration, et sur les idées qui pourraient servir de guide dans l’étude des développements futurs.
- L’enseignement technique et professionnel est généralement divisé en trois degrés, correspondant aux trois degrés de l’enseignement général, mais moins nettement séparés ; ce sont ; le degré élémentaire ou primaire, suffisant pour la formation des ouvriers d’élite et des contremaîtres; le degré moyen ou secondaire, d’où doivent sortir les chefs d’atelier, les dessinateurs, les chimistes, etc... ; le degré supérieur enfin, école des futurs ingénieurs et chefs d’industries. Cette subdivision est adoptée dans le projet d’une loi relative à l’organisation de l’enseignement technique, industriel et commercial, qui a été établi depuis plusieurs années par M. le sénateur Àstier et que le Parlement adopte en ce moment même. Le projet Àstier est établi dans le but de constituer une « charte de l’enseignement technique », qu’il envisage par conséquent dans son ensemble; mais c’est, surtout pour le degré élémentaire qu’il introduit des dispositions nouvelles et importantes, notamment en établissant le principe de Vobligation.
- L’enseignement technique élémentaire était, jusqu’ici, donné principalement dans les écoles pratiques de commerce, d’industrie, d’agriculture, etc., et, en dehors de ces établissements, dont les élèves ne constituaient qu’une très faible proportion (2 pour 100 environ) du total des futurs artisans, ceux-ci n’avaient, pour s’instruire dans leur métier, que les cours complémentaires, organisés sans règle précise et suivant les idées les plus diverses, par certaines municipalités, par des syndicats patronaux ou ouvriers, ou par des associations privées.
- Comme il est facile d» e comprendre, ces cours, encore en nombre beaucoup trop restreint, sont en outre de valeurs très inégales ; le recrutement des professeurs est des plus difficiles ; enfin, les leçons ont lieu pour la très grande majorité dans la soirée, après la journée de travail; il faut donc aux jeunes gens qui les suivent régulièrement, une réelle énergie pour s’astreindre d’eux-mêmes à cette discipline, dont l’effet utile doit leur apparaître bien lointain, et on ne peut s’étonner que le nombre des jeunes ouvriers qui se l’imposent d’une façon effective soit relativement restreint. On peut donc dire que, jusqu’à ce jour, l’enseignement technique élémentaire n’est donné qu’à une très petite fraction de ceux qu’il doit atteindre, et qu’il y a urgence à le développer. Avec la loi Astier, les cours complémentaires seront d’abord généralisés ; les communes dans lesquelles il n’existera pas de cours professionnels jugés suffisants pour l’instruction des jeunes employés, ouvriers ou apprentis, seront, tenues de les créer et d’en assurer le fonctionnement de plus, les patrons seront obligés de donner aux jeunes gens qu’ils emploient, le temps nécessaire-pour suivre ces cours pendant la durée de la journée de travail ; enfin les jeunes gens et jeunes filles de moins de 18 ans, employés dans le commerce ou l’industrie, seront obligés de suivre les cours professionnels pendant trois ans, à moins qu’ils ne justifient, par des certificats ou des diplômes, qu’ils possèdent une instruction professionnelle suffisante. Cela fait bien des obligations et l’on peut croire que les critiques et les objections à cette manière de voir n’ont pas fait défaut. Il semble cependant, bien
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- difficile de prévoir une organisation sérieuse qui ne comporte pas le principe d’obligation et, si l’on se place au point de vue de l’intérêt général, on doit reconnaître que_Ies nouvelles dispositions comportent plus d’avantages que d’inconvénients.
- Comme sanction des études effectuées dans les cours professionnels, la loi Astier ne fait qu’adopter, en la consolidant, l’organisation qui avait été établie par les décrets rendus le 24 octobre 1911, par M. le Ministre du commerce Couyba, instituant un certificat de capacité professionnelle délivré après examen aux ouvriers et ouvrières de toutes les professions, âgés de moins de 18 ans.
- Ainsi se trouve constitué, après de très longues discussions, un cadre administratif complet pour l’enseignement technique élémentaire. Les solutions qui y sont adoptées rie sont pas les seules possibles ; elles donnent lieu à des objections qui ont été présentées par des personnalités très compétentes et qui ne sont certainement pas négligeables, mais il en est de même de toutes les solutions qu’on leur a opposées. La discussion a surtout duré entre les partisans des deux systèmes, dont l’un préconisait l’introduction de l'atelier dans l'école, tandis que l’autre prolongeait l'école dans l'atelier. C’est ce dernier système qui a finalement rallié la majorité des suffrages. Le régime établi est d’ailleurs suffisamment souple pour §e prêter, dans l’application qui va en être faite, à de nombreuses modifications qui permettront de l’améliorer progressivement. L’important est de commencer à agir, et de ne pas perpétuer des discussions stériles portant souvent sur de simples questions de mots ou sur les attributions respectives de tel ou tel Ministère.
- Pour notre part, nous ne ferons qu’une observation, il nous semble qu’il y aurait intérêt à supprimer la limite d’àge de 18 ans, indiquée pour l’obtention du certificat de capacité professionnelle, qui devrait pouvoir être obtenu à un âge quelconque. Il ne faut pas qu’un ouvrier qui n’a pu terminer son apprentissage à 18 ans soit exclu, pour le restant de sa vie, du bénéfice attaché au diplôme qui vient d’être créé.
- Comme nous l’avons déjà fait remarquer, la loi Astier ne constitue qu’un cadre et laisse, fort judicieusement, l’organisation des détails de la mise en pratique aux services techniques. 11 reste donc fort à faire et les difficultés seront nombreuses ; il est à espérer qu’elles ne paraîtront pas insurmontables. Les principales nous paraissent être le recrutement et la formation du personnel enseignant, et surtout l’établissement de programmes clairs, précis et détaillés. Quelles sont les connaissances que doivent posséder les ouvriers de divers métiers pour pouvoir être considérés comme qualifiés, suivant une expression bien souvent employée aujourd’hui?Ce n’est pas là une question facile à résoudre, et il faudra, pour y arriver, une côllaboration assidue et prolongée du corps enseignant et des techniciens les plus autorisés.
- Dans le degré moyen de l’enseignement technique, le rapport de M. le sénateur Astier ne cite que les Écoles nationales d’Arts et Métiers ; nous y ajouterions certaines Écoles de Chimie ou d’Électricité, en particulier l’École de Physique et de Chimie de la Ville de Paris et les plus prospères des instituts techniques récemment créés comme annexes de certaines Facultés des sciences, notamment l’Institut de Chimie industrielle de Nancy, l’École de Chimie industrielle de Lyon, l’Institut Électro-technique de Grenoble, etc...; dans un autre ordre d’idées, les Écoles supérieures de Commerce, réparties dans toute la France au nombre de 14, et certaines Écoles professionnelles doivent être aussi rattachées au degré moyen de l’enseignement technique qui se trouve, en fait, être le mieux pourvu et le mieux organisé.
- Tout le monde connaît les Écoles d’Arts et Métiers et les excellents résultats qu’elles ont donnés, spécialement dans les industries mécaniques. L’enseignement qu’on y donne ne porte que sur un nombre limité de matières, mais il est poussé très à fond; les élèves des Arts et Métiers ne savent pas tout, comme les bacheliers modernes, mais ils savent bien un certain nombre de choses ; ils savent travailler de leurs mains, souvent comme de très habiles ouvriers, assez, en tout cas, pour pouvoir comprendre et apprécier toutes les finesses du travail manuel et mécanique ; ils savent dessiner, ils savent calculer numériquement. Cet enseignement, restreint mais précis, forme un grand nombre d’excellents agents secondaires et n’empêche nullement les sujets d’élite, qui se rencontrent dans chaque promotion', de dépasser le cadre prévü et d’arriver aux plus hautes situations industrielles. Peut-être serait-il désirable de faciliter à ces sujets exceptionnellement doués, l’acquisition des connaissances générales qui sont d’ordinaire réservées à l’enseignement supérieur. C’est évidemment dans cet ordre d’idées qu’on a prévu, dans l’École des Arts et Métiers récemment créée à Paris, une quatrième année d’étude réservée aux meilleurs élèves ayant terminéles trois années réglementaires dans les différentes écoles de province ; ce n’est qu’à l’usage qu’on pourra juger cette innovation. Mais il serait très regrettable que, pour justifier le titre d’ingénieur qu’on vient récemment d’accorder aux anciens élèves des Arts et Métiers, on songe à modifier les programmes de ces établissements dans le sens encyclopédique qui est la plaie de notre enseignement général ou technique. Les mêmes observations s’appliquent aux autres Écoles que nous avons placées à côté des Écoles d’Arts et Métiers, et dont les meilleures comportent un programme assez restreint pour pouvoir être étudié à fond, et beaucoup d’exercices pratiques sérieusement faits.
- Reste enfin le degré supérieur de l’enseignement technique, qu’il est assez difficile de séparer nettement du degré moyen. En principe, une École supérieure technique est une école où l’on forme des
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- ingénieurs ; mais ce titre n’ayant aucune signification précise et pouvant être pris par le premier venu, sans aucune sanction, il est très facile de créer une école d’ingénieurs et on pourrait citer de criants abus qui ont eu lieu dans ce sens. Pour n’examiner que les cas sérieux, on doit reconnaître, nous semble-t-il, que c’est à tort que l’on classe souvent dans l’enseignement supérieur les Instituts techniques annexés aux Facultés des sciences. Ce sont les professeurs de ces établissements qui appartiennent à l’enseignement supérieur; mais les élèves se recrutent parfois avec de grandes difficultés et leur niveau intellectuel est souvent très nettement inférieur à celui des élèves des Écoles d’Arts et Métiers. Aussi a-t-on été entraîné logiquement à donner à ces derniers le titre d’ingénieur, ce qui n’a pas changé leur valeur réelle et n’a d’importance que pour les sujets médiocres; car les plus brillants avaient bien su, de tout temps, arriver par leurs propres moyens à se faire confier de réelles fonctions d’ingénieurs, ce qui est plus important que d’en prendre le titre. En fait, les seules écoles qui soient généralement et sans conteste considérées comme appartenant à l’enseignement technique supérieur sont : l’École centrale des Arts et Manufactures, l’École supérieure d’Électricité, l’École nationale des Mines, l’École nationale des Ponts et Chaussées, les autres Écoles nationales dites d’application (Génie-Maritime, etc.) restant à peu près exclusivement consacrées aux fonctionnaires. Nous ne parlons pas ici de l’Ecole polytechnique qui, malgré son titre, n’a aucunement le caractère d’une école technique et n’est qu’une sorte de Faculté des sciences à recrutement limité, dans laquelle les professeurs sont astreints à développer un programme régulier et où les élèves bénéficient de l’heureuse influence qu’exerce le régime de l’internat sur la régularité du travail des jeunes gens. Dans le rapport auquel nous avons déjà fait souvent allusion, M. le sénateur Astier place encore, en tête de l’enseignement technique supérieur, le Conservatoire des Arts et Métiers « qui est à l’enseignement technique, ce que la Sorbonne est à l’enseignement général » ; mais il exagère manifestement et, dans un autre rapport, son collègue, M. le sénateur Goy, déclare, avec une sévérité peut-être excessive, que le Conservatoire n’est aujourd’hui « qu’une sorte d’école primaire supérieure ».
- L’enseignement supérieur ainsi constitué est souvent considéré comme un peu maigre. On reconnaît bien, en général, qu’il y a en France des techniciens capables de supporter la comparaison avec ceux de n’importe quel autre pays, y compris l’Allemagne, et les nombreuses découvertes qui sont d’origine française sont là pour appuyer cette manière de voir. Mais on semble regretter que le nombre de ces techniciens soit trop réduit ; on déplore qu’il n’y ait pas en France cette profusion de docteurs-ingénieurs qui remplit les innombrables usines d’Allemagne. Ést-ce bien faute d’une orga-
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- nisation d’enseignement que l’industrie française restait relativement peu développée, que certains de ses établissements s’en tenaient à des méthodes surannées et se laissaient distancer par des concurrents étrangers plus enclins à améliorer constamment leurs procédés? La chose est au moins douteuse, et il serait utile d’éclaircir cette question, pour ne pas arriver à une déception le jour où l’on aura établi à grands frais un nouveau type d’enseignement technique. On cite souvent l’exemple de F Allemagne, mais il ne faut pas oublier celui de l’Amérique, où le développement de l’industrie a incontestablement précédé de beaucoup celui de l’enseignement technique, qui reste encore très rudimentaire.
- Quoi qu’il en soit, il est certain que le développement de l’enseignement technique supérieur ne peut avoir que d’utiles effets. Faut-il, en même temps, le réformer, remplacer les organisations existantes par de nouvelles plus méthodiquement conçues? C’est une idée qui paraît avoir à l’heure actuelle d’assez nombreux partisans et qui semble avoir servi de point de départ à la proposition de loi de M. le sénateur Goy, sur la création de Facultés des Sciences appliquées. Ce projet de loi a déjà fait couler beaucoup d’encre et soulèvera probablement encore de nombreuses discussions ; il est d’ailleurs conçu en termes trop généraux pour permettre à lui seul une réalisation pratique; c’est plutôt un avant-projet destiné à poser la question et de nombreux points de détail restent à fixer, ce qui ne se fera pas sans difficultés. On peut donc dire que l’idée de la réforme et du développement de l’enseignement technique supérieur est dans l’air, mais qu’aucun accord n’a pu être obtenu jusqu’ici sur des propositions susceptibles d’être appliquées à brève échéance. Pour ce travail qui reste à faire, quelques observations, qui ont été bien négligées jusqu’ici, nous paraissent devoir être prises en considération. C’est d’abord la nécessité d’établir un programme précis et bien défini. Quelles sont les différentes catégories d’agents techniques que l’on veut préparer? Quelles sont les connaissances que l’on doit exiger de chacun d’eux? La question est la même que nous avons déjà signalée à propos du degré primaire ; elle est aussi nécessaire et aussi difficile. Qu’est-ce qu’un ingénieur? Il serait peut-être bon de le savoir avant de créer des établissements destinés à en former. On sait très bien ce que c’est qu’un médecin, qu’un pharmacien ; ces titres correspondent à des études bien déterminées, qui ont été suivies plus ou moins fructueusement, mais qui ont du moins une existence. Pourquoi n’en serait-il pas de même pour l’ingénieur? Pourquoi ce tiLre ne serait-il pas réservé aux possesseurs de certains diplômes indiquant un minimum de connaissances, de même qu’un avocat doit forcément être licencié en droit? Lorsqu’on aurait établi clairement le programme de ces connaissances, on trouverait sans aucune difficulté
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- dans les Lycées et les Facultés existantes tous les éléments nécessaires à leur enseignement.
- Il semble bien que tout ingénieur digne de ce nom doit avoir étudié d’une façon approfondie les matières enseignées dans les Facultés pour l’obtention des certificats de mathématiques générales, de physique générale et de chimie générale. Il serait facile de faire coïncider sensiblement avec ce programme celui des classes de mathématiques spéciales et d’augmenter considérablement ainsi les centres d’instruction, sans avoir à faire de créations onéreuses.
- Une autre observation peut être prise en considération dans l’examen des questions relatives à l’organisation de l’enseignement technique supérieur. On a signalé souvent que beaucoup de chefs d’industrie sont d’accord pour reconnaître qu’il n’y a aucune corrélation entre le degré d’instruction technique acquis par un ingénieur dans les écoles d’application et les services qu’il rend dans l’industrie. Cela conduirait à conclure à l’inutilité des études techniques, telles qu’elles sont pratiquées aujourd’hui en France. Si l’on veut bien y réfléchir, on s’aperçoit qu’il est extrêmement difficile d’enseigner d’une façon sérieuse, dans des écoles, la technique proprement dite. La pratique industrielle est chose trop variée, trop continuellement changeante et généralement trop mal connue pour pouvoir être fixée dans un cours. De plus, le nombre des problèmes qu’un ingénieur peut être amené à rencontrer est tellement énorme, qu’il paraît illusoire de vouloir le mettre, à l’avance, en possession des connaissances nécessaires aux différentes branches de l’industrie dans lesquelles les circonstances de sa carrière peuvent l’amener à une époque quelconque. D’autre part, ce n’est qu’avec les plus grandes difficultés qu’il est possible de trouver des professeurs pour un enseignement réellement professionnel; les professeurs de métier n’arrivent pas à se tenir au courant des détails techniques et n’ont pas, le plus souvent, l’esprit industriel ; les praticiens de l’industrie ne sauraient généralement pas enseigner et ils n’ont pas le temps de se livrer à ce travail; enfin, les élèves eux-mêmes sont mal préparés à s’intéresser à des détails pratiques dont ils ne voient pas l’application et ils se contentent, pour la plupart, d’accumuler, en vue d’un examen, des connaissances assez disparates, qu’ils s’empressent d’oublier après.
- Mais si l’enseignement technique préalable paraît à la fois très difficile à réaliser et d’une utilité contestable, il serait extrêmement important de provoquer la création d’organisations qui permettraient aux ingénieurs entrés dans la vie pratique de continuer leurs études, de se tenir au courant du mouvement général des idées aussi bien que des inventions nouvelles, et surtout d’acquérir, aux divers instants de leur carrière, les connaissances d’ordre tant théorique et technique dont ils sentiront le besoin, en se basant sur l’instruction générale
- préalablement obtenue. Après avoir vécu quelque temps dans une usine, avoir suivi des opérations par lui-même, avoir entendu des appréciations diverses et avoir éprouvé le besoin de se former une opinion personnelle, le jeune ingénieur serait dans des conditions excellentes pour s’intéresser à un enseignement technique même un peu décousu. Il étudierait avec une ardeur et un intérêt qui rendraient son travail extrêmement profitable, parce qu'il aurait en vue l’application immédiate des données qu’il chercherait à acquérir.
- Il semble donc que la solution qui, comme nous l’avons dit plus haut, a paru, après un examen prolongé, être de beaucoup la meilleure pour l’enseignement technique élémentaire, celle qui consiste à créer des cours destinés aux ouvriers déjà engagés dans l’industrie, serait également applicable à l’enseignement supérieur. Le système dans lequel on chercherait à donner seulement dans les écoles, aux futurs ingénieurs, une instruction générale solide, et à leur faciliter ensuite l’acquisition de connaissances techniques spéciales par la création de cours, de conférences, de laboratoires, qui ne les absorberaient que pendant le temps laissé libre par leurs occupations pratiques, aurait Davantage de ne pas limiter forcément la carrière d’un individu par un examen ou un concours subi à une époque où l’esprit n’est pas toujours formé ; il permettrait à ceux que leur situation sociale a gênés dans leurs études ou à ceux qui se sont développés plus lentement, et qui ont pu ultérieurement devenir supérieurs à bien des petits prodiges, de corriger, avec le temps, ces lacunes de leur jeunesse. Il mettrait, enfin, nettement en évidence le devoir qui s’impose à un technicien digne de ce nom, de continuer à s’instruire pendant toute la durée de sa carrière, et il ne condamnerait pas les jeunes gens à une improductivité prolongée pendant les années où ils ont le plus soif d’action et où ils débordent d’énergie.
- Le système que nous venons d’indiquer très sommairement serait, semble-t-il, particulièrement intéressant à envisager, à l’heure actuelle, car, après la guerre, il sera nécessaire que tout le monde se mette immédiatement à la tâche et il serait bien regrettable à tous les points de vue, qu’une génération ainsi obligée de produire sans attendre, fût condamnée à rester dans une situation inférieure, au point de vue de l’instruction, à celle des générations qui l’ont précédée et de celles qui la suivront. L’enseignement technique d’après guerre nous paraît donc, pour des raisons de nécessité, devoir s’adresser aux gens déjà entrés dans la vie active, aussi bien pour les ingénieurs que pour les ouvriers, et, après en avoir fait l’expérience, il ne nous paraîtrait pas surprenant qu’on y trouvât la solution à conserver d’une façon déGnilive. G. Chabpy,
- Correspondant de l'Institut.
- Inspecteur départemental de l’enseignement technique
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- L’INDUSTRIE DES CARMINS DE COCHENILLE ET DES LAQUES VÉGÉTALES
- PENDANT LA GUERRE( )
- La guerre, qui enlèvera sans doute à l’Allemagne le monopole des matières colorantes artificielles, a pour conséquence actuelle de donner à la production des couleurs naturelles, dans les pays alliés ou neutres, une activité qu’elle ne connaissait plus depuis longtemps. Aux Indes, les cultivateurs d’indigotiers ont doublé leurs plantations pour la cam-
- sous le nom de Cochenilles du Nopal {Coccus cacti Lin.), ont la grosseur d’une lentille et vivent principalement sur les feuilles de certains cactus mexicains. Les femelles, privées d’ailes et pourvues de pattes rudimentaires, effectuent leurs mues sur place. Au moyen de leur suçoir, elles se fixent sur les parties charnues du végétal afin de s’y nourrir, et acquérant petit à petit une forme globuleuse, elles s’accouplent, pondent et meurent sur leurs œufs. Parvenues au terme de leur croissance, elles forment à la surface de la plante de petites tumeurs hémisphériques dont la teinte varie du rouge-brun au violet foncé. Dans leur jeune âge, les mâles „ ressemblent à leurs compagnes et ont, comme elles, des mœurs d’abord sé-
- pagne 1915-1916. Les exportateurs des Antilles dirigent sur les ports de France et d’Angleterre le plus de campêche que leur permet la réduction du fret disponible. La Sicile, l’Espagne et le Portugal expédient à Bordeaux de nombreuses balles de sumac, qui concurrencent sur les marchés de Montélimar et de Montauban, celui que nos nationaux récoltent dans la Drôme, le Var, le Lot et le Tarn-et-Garonne. De leur côté, les bois tinctoriaux du Brésil ont trouvé un emploi très rémunérateur dans les usines françaises depuis le début des hostilités. Enfin nous étudierons aujourd’hui l’industrie des carmins de cochenille et des laques végétales à laquelle la rareté des colorants artificiels vient de rendre également une partie de ses anciens clients.
- Le carmin proprement dit est une couleur d’un rouge vif éclatant, extrait par une série de manipulations assez simples du corps desséché de la femelle d’un petit hémiptère appartenant à la famille des Coccidés. Ces Gallinsectes, plus connus
- Fig. 2. — Soutirage, transvasement et ressuyage des cuves à laques végétales. Usine V. Roumel et Cie (Ivry-sur-Seine).
- dentaires; puis, ils se construisent des coques pour se transformer en pupes, en nymphes et finalement en insectes parfaits avec deux ailes transparentes, qui se croisent sur leur dos et dépassent l’extrémité de leur abdomen, prolongé lui-même par deux longues soies. Ils quittent alors leur retraite pour se. marier.
- A l’état sauvage, la cochenille sylvestre se recueille sur les mêmes arbustes très abondants dans les forêts du Mexique. Mais elle ne fournit qu’une couleur rougeâtre terne. La cochenille domestique
- 1. Voy. Industrie des matières colorantes, La Nature, n° 2244 (30 sept. 1916), 216-20; Les colorants naturels, Ibid., n° 2247 (21 oct. 1916), 257-64.
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- donne un produit tinctorial beaucoup plus estimé. Son corps ovoïde mesure environ 2 à I mm de diamètre formé de onze anneaux velus, recouverts de poussière blanchâtre, terminés en avant par deux antennes et en arrière par deux soies divergentes assez courtes. Pour établir une cochenillerie, on plante des boutures de Nopals dans le voisinage des habitations en les espaçant entre elles de 50 cm, sur des lignes distantes les unes des autres de 1 m. environ et on les abrite du vent au moyen d’une haie de roseaux. Au bout de deux ans, les jeunes arbustes sont suffisamment résistants pour nourrir les cochenilles. On recueille alors les femelles dans les bois, avant la ponte, et on les dépose sur les Nopals principalement à la bifurcation des raquettes. Peu de temps après, les jeunes larves qui naissent se répandent sur les cactus et les soins que l’éleveur donne à ses pensionnaires se bornent à les répartir sur les parties les plus vigoureuses de la plante.
- Trois à quatre mois plus tard, c’est-à-dire un peu avant la ponte, on procède à une première re'colte des gallinsectes femelles dont la taille atteint à ce moment celle d’une lentille ou d’un petit pois. On coupe, en vue de la reproduction future, quelques raquettes de nopal couvertes de nouveau-nés.
- Pour récolter, on dispose des nattes à terre et à l’aide de pinceaux, on y fait tomber les cochenilles en en laissant un certain nombre sur les raquettes. Les mères ainsi conservées produisent une nouvelle génération qu’on enlève à son tour, trois ou quatre mois avant la saison des pluies. Celte seconde cueillette se fait en raclant avec un couteau mousse toute la surface du végétal et on enlève, de la sorte, les jeunes en même temps que les insectes ayant acquis leur plein développement ; aussi cette Granilla, comme la nomment les exportateurs mexicains, constitue-t-elle un produit moins estimé. Quant aux raquettes de nopal qu’on a séparées de l’arbre lors de la première récolte, on les conserve, dans des hangars, jusqu’à la belle saison (août en plaine et novembre dans les endroits élevés). A ces époques, on transporte les insectes aux nopaleries, dans de petits nids mousseux enveloppés eux-mêmes dans des feuilles de palmier.
- Aux Canaries, la cochenille, apportée de Honduras, prospéra extraordinairement et on y obtient
- jusqu’à trois générations dans la même année. Son élevage s’y pratique de la façon suivante. En octobre, on dépose les femelles, surnommées « abuelas » ou grand’mères, sur les feuilles de cactus; elles s’y reproduisent abondamment au bout de cinq mois et on place alors les jeunes insectes sur des feuilles vierges principalement celles d’une variété de nopal à fleurs rouges (Opuntia punica Sagot) qui, étant veloutées, retiennent mieux le couvain. Les nouveau-nés se reproduisent vers juin-juillet et cette génération de « madrés » (mères) réparties uniformément sur d’autres cactus fournit, au bout de 70 à 90 jours, une importante récolte. Pour que l’éducation des abuelas et des madrés réùssisse bien, il faut que la nopalerie soit située au bord de la mer et que, pendant l’hiver, la température de la localité ne s’abaisse pas au-dessous de i 0°. D’ailleurs, après avoir déposé les Cocci-dés sur les feuilles, on les protège en enveloppant ces dernières avec des étoffes de coton. A Ténériffe, on recueille les mères au moyen de cuillers avec lesquelles on racle doucement les feuilles d’Opuntias et elles tombent dans des paniers qu’on met ensuite dans des étuves afin de hâter la ponte. Dans ces chambres de frai, on étend les cochenilles sur de grandes claies, couvertes de morceaux de toile découpés en forme de parallélogramme ; les jeunes s’at tachent sur ces bouts de chiffon, qu’on dépose sur les Nopals et qu’ils abandonnent au bout de 24 heures en été, pour passer sur les feuilles où ils se fixent. Quelques nopaliers procèdent un peu différemment ; ils déposent deux ou trois cuillerées de cochenilles mères dans des sacs de toile qu’ils suspendent aux feuilles des Cactus à ensemencer.
- Quoique ces méthodes d’éducation soient assez primitives, les éleveurs espagnols ou mexicains réalisaient de prodigieux bénéfices jusqu’aux environs de l’année 1870. Mais à partir de celte époque, la découverte de la uchsine, puis des couleurs d’aniline porta un coup terrible aux nopaleries. Alors qu’en 1860, la cochenille des Canaries valai 12 fr. la livre espagnole (460 gr.), ce prix tomba à 2 fr. en 1874. Avant la guerre, son cours ne dépassait pas 6 fr., tandis qu’en octobre 1916, on la cote à Marseille 12 fr. le kilogramme.
- Une fois les cochenilles récoltées, on les tue en
- Fig'. 3. — Petit moulin à broyer les cochenilles.
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- les plongeant quelque temps dans l’eau bouillante, puis on les sèche au soleil. Les insectes perdent ainsi le duvet blanc qui les recouvrait, deviennent rouge brun et on leur donne le nom de Ranagrida. Parfois aussi on les enferme dans un nouet de linge et on les passe au four : on les appelle alors Jaspeada. Enfin, si on les torréfie sur une plaque de métal chauffée, elles prennent une couleur noirâtre, qui les a fait surnommer Negra. Les femelles reproductrices mortes dans les nids perdent plus à la dessiccation que celles portant encore leurs petits; il faut, en effet, 4kg environ des premières et 5 kg seulement des secondes pour fournir 1 kg de produit sec, correspondant à 140000 insectes environ. Une nopalerie en plein rapport fournit près de 300 kg de cochenilles à l’hectare.
- Commercialement, on distingue quatre sortes de cochenilles mertèques ou fines recueillies sur les nopals cultivés, d’après leurs qualités et leur provenance. D’abord la cochenille Honduras qui arrive directement à Londres et s’exporte delà en France; elle comprend trois variétés : la Zaccatille ou cochenille noire qui donne une poudre rouge cramoisi devenant rouge brun très foncé au contact de l’eau; la cochenille jaspée, grise ou argentée moins foncée que la précédente et la cochenille rougeâtre ou rouge, inférieure aux deux autres au point de vue tinctorial. La cochenille Vera-Cruz, que reçoivent nos ports de Bordeaux et du Havre, tient le second rang et se subdivise également en trois catégories (Zaccatille, grise et rouge). La cochenille des Canaries, venant de Cadix par Marseille, offre seulement deux variétés très recherchées, la noire et l’argentée, qui se vendent d’ordinaire à un prix plus élevé que les produits similaires mexicains. En quatrième lieu, vient la cochenille de Java, que des maisons hollandaises importent en France; rougeâtre et peu estimée, elle ne comporte pas de sortes distinctes. Quant à la cochenille sylvestre ou sauvage, elle est de qualité inférieure et très peu utilisée en Europe.
- Pour fabriquer le carmin, en choisit de préférence la cochenille zaccatille qu’on broyé dans de petits moulins tournant à grande vitesse. L’ouvrière verse à la main, dans une trémie en entonnoir, la substance qui, après avoir passé entre les cannelures des cylindres broyeurs, tombe dans un récipient disposé devant chaque moulin. On met ensuite la masse pulvérulente dans de grandes cuves en bois et on l’épuise par l’eau bouillante
- chargée d’un sel alcalin. À l’aide d’agitateurs en bois le mélange se poursuit dans les bacs, jusqu’à la fin de l’opération. Puis on recueille le carmin sur des toiles et on le presse jusqu’à ce qu’il ait acquis une consistance suffisante pour pouvoir se découper en morceaux qu’on dispose ensuite sur des claies et qu’il ne reste plus qu’à sécher avec précaution pour le livrer aux fabricants de couleurs ou d’encre, les confiseurs, distillateurs et parfumeurs. Habituellement le prix du carmin de cochenille varie beaucoup selon sa pureté, la finesse et la beauté de sa nuance. Il a d’ailleurs considérablement augmenté depuis la guerre : ainsi le carmin fin qui valait 40 francs le kilogramme en 1915-1914 dépasse actuellement 75 li\, tandis que le carmin commun (mélangé parfois de 50 pour 100 de substances. étrangères) se vend encore aujourd’hui 45 fr. le kilogramme.
- Les belles laques végétales sont des combinaisons formées par des décoctions de cochenille, de garance, de gaude, des bois du Brésil, de Pernambouc ou de Sainte-Marthe avec les sels d’alumine basiques. Elles constituent de véritables sels dans lesquels le principe colorant joue le rôle d’acide. On les obtient en traitant, dans de grandes cuves semblables à celles qui servent pour la fabrication des carmins de cochenille, la solution de la matière colorante par l’alun ou le perchlorure d’étain, puis versant dans le mélange un carbonate alcalin destiné à séparer l’alumine ou l’oxyde d’étain. Ceux-ci se combinent alors à la matière colorante, la fixent et l’entraînent dans leur précipitation. Après lavages méthodiques, on soutire la laque ainsi formée sur des toiles à filtrer et quand la masse pâteuse a pris la consistance voulue, on la met en grains au moyen d’ün outil spécial nommé trochisque. Ces grains sont étalés au fur et à mesure sur des feuilles de papier-cuir qu’on place à leur tour sur des claies pour les porter à l’étuve. Une fois la dessiccation des laques végétales terminée, on les livre au commerce en grains ou bien on les passe au broyeur à boulet, puis à la bluterie d’où elles sortent en poudre impalpable. Depuis deux ans, on les utilise beaucoup dans la fabrication des papiers peints, la teinture, les impressions, l’ébénisterie, les peintures à la colle et à l’huile, industries dans lesquelles elles se substituent aux laques à base d’alizarine, de purpurine et autres colorants synthétiques, très difficiles à se procurer maintenant.
- Jacques Boyer.
- e&N&.'S'C&î
- A. CHAUVEAU
- (Nécrologie)
- Le doyen des physiologistes français vient de mourir, chargé d’ans et de gloire.
- Né en 1827 à Villeneuve-le-Guyard, dans l’Yonne, Chauveau fit ses études à l’École Vétérinaire d’Alfort ; sorti premier de sa promotion, il fut immédiatement nommé chef de service à l’École
- Vétérinaire de Lyon. C’est là qu’il commença ses nombreuses et importantes recherches. Il ne vint à Paris qu’en 1886, désigné comme professeur de Pathologie comparée au Muséum d’Histoire Naturelle et inspecteur général des écoles vétérinaires. Successivement, il fut président de la Société de
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- Biologie, de l’Académie de Médecine, membre de l’Académie des Sciences. Il meurt au seuil de sa 90e année, grand officier de la Légion d’honneur, laissant une œuvre considérable, remarquable d’ingéniosité et de précision, dont beaucoup de résultats sont aujourd’hui classiques.
- L’œuvre capitale de Chauveau, celle qui lui assurerait à elle seule l’immortalité, est l’étude du travail du cœur. Réussissant à introduire dans les diverses cavités du cœur du cheval vivant, et sans ouvrir le thorax, des sondes reliées à des appareils enregistreurs, il put analyser tous les détails du fonctionnement du muscle cardiaque. Les données ainsi acquises devinrent immédiatement la base de toutes nos connaissances sur le cœur et la circulation. Chauveau lui-même fixa les rapports des bruits entendus à l’auscultation avec le fonctionnement cardiaque, la signification des souffles artériels, etc. Il inventa, à ce sujet, un sphyg-moscope pour enregistrer les variations de pression des vaisseaux et un hémodromomètre pour riiesurer la vitesse du courant sanguin.
- Chauveau s’occupa beaucoup également du travail musculaire. Il démontra que la seule source d’énergie du muscle est le glucose qui lui est apporté par le sang, lequel l’emprunte au glycogène du foie. Cette importance du glucose amena Chauveau à calculer la valeur des aliments d’après la quantité de ce sucre qu’ils peuvent fournir. Il ramena le travail musculaire à une dépense énergétique mesurable qui dépend seulement de la charge soulevée et du
- chemin parcouru pendant la contraction du muscle.
- A ces travaux physiologiques de tout premier ordre, il faudrait ajouter une très longue liste de mémoires sur d’autres sujets fort variés : l’excitabilité de la moelle épinière, l’origine des nerfs crâniens, le rôle du pneumogastrique, etc., et en ces dernières années la vision binoculaire.
- Chauveau appliqua fréquemment les méthodes physiologiques précises à la pathologie. A une époque où la bactériologie naissait à peine, il soutint la nature corpusculaire — nous disons aujourd’hui microbienne — de la peste des bovidés et de la tuberculose humaine; sans avoir réussi à isoler l’agent pathogène de cette dernière, il démontra sa transmission, notamment par les voies digestives. D’importantes recherches sur la vaccine et la variole, il aboutit à cette conclusion que les deux infections sont différentes. Il réussit à atténuer des virus par la chaleur et l'oxygène. Il précisa le mécanisme de ” la gangrène avant que Pasteur ait découvert sa cause, le vibrion septique. Enfin, l’un des premiers, il mit en valeur le rôle des sécrétions microbiennes dans les phénomènes d’infection et d’immunité.
- Si la bactériologie a, depuis, marché à pas de géant, les travaux de Chauveau n’en restent pas moins du petit nombre de ceux qui ont ouvert le chemin, dans la période difficile du début. Et en physiologie, comme nous le disions tout à l’heure, ses recherches sur le cœur et sur le muscle sont encore et resteront la base de tout notre savoir en ces matières. René Merle.
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- Dès le temps de paix, des trains sanitaires étaient prévus pour le transport des blessés et, bien entendu, ils étaient en nombre insuffisant, comme toutes choses, puisque nul ne prévoyait la forme et l’intensité de cette guerre.
- Cinq trains sanitaires permanents avaient été organisés en 1892, un par le réseau de l’Ouest, deux par celui d’Orléans, deux par le P.-L.-M. Ils constituaient de véritables hôpitaux roulants avec leurs 25 voitures pouvant transporter 128 ou même 256 blessés selon les modèles, avec leur wagon de pansement, leur tisanerie, leur cuisine, etc.
- Dès août 1914, ils ne suffirent pas à assurer l’évacuation des blessés 'et il fallut créer de nombreux autres trains improvisés qui n’étaient guère composés au début que de fourgons à bagages et de wagons à bestiaux insuffisamment aménagés. La ventilation n’y était possible qu’en tenant une des portes ouvertes ; les chocs au démarrage et à l’arrêt étaient nombreux ; la suspension fort dure puisque les ressorts de ces wagons sont calculés pour de fortes charges.
- Avant la fin de 1914, les diverses compagnies de chemin de fer fournissaient au Service de Santé des
- trains de voyageurs adaptés pour le transport des blessés. Ces trains comprtnaient généralement 15 à 18 voitures de voyageurs et deux fourgons destinés à servir de cuisine, de lingerie et de salle de pansements.
- L'aménagement des wagons pour le transport des blessés couchés variait d’un train à l’autre ; chaque train présentait un modèle différent de suspension des brancards, et l’on pouvait voir tous les systèmes de portage rigides, par cordes ou par chaînes, à ressorts, etc.
- Peu à peu, l’expérience a éliminé ceux qui n’étaient pas satisfaisants, ou qui exigeaient des modifications trop grandes de l’aménagement des compartiments, ou qui étaient trop coûteux. Et l’on a peu à peu abouti à l’organisation actuelle.
- Aux trains permanents, préparés avant la guerre, sont venus s’ajouter de nombreux trains semi-permanents, tout aussi confortables, utilisés constamment et uniquement pour l’évacuation des blessés du front vers les hôpitaux de l’intérieur. Ils sont composés de wagons à couloirs communiquant le plus souvent par des soufflets qui assurent pendant la marche la circulation intérieure d’un
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- bout à l’autre du train et permettent aux médecins de visiter les blessés et de transporter l’un d’eux, en cas d’urgence, au wagon de pansement.
- Mais le nombre de ces trains est forcément limité. On ne saurait, en effet, en créer un nombre suffisant pour tous les cas sans réduire encore le matériel roulant afïec-1é au service commercial. Et pendant les périodes d’accalmie du front, ces trains, devenus par leur transformation inutilisables pour le Service courant, resteraient au repos, encombrant les voies de garage des gares de l’arrière et de l’intérieur.
- On s’est donc arrêté à ne constituer qu’un nombre limité de trains sanitaires permanents, ou semi-permanents, et à leur adjoindre des trains improvisés. Ces derniers ont leurs wagons pourvus d’un aménagement amovible qu’on peut
- soit au transport de troupes, soit au trafic commercial, ou bien être aménagés en wagons à blessés couchés et aider alors à l’évacuation des blessés d’un
- Fig. i.
- Transformation d'un wagon de 3e classe État (appliques modèles A et A bis).
- point du front où s’est produit une vive attaque. De tous les systèmes d’aménagement proposés, le Service de Santé a
- très rapidement mettre en place ou enlever.
- Ainsi, selon les besoins, ces wagons peuvent ou bien conserver leur aspect ordinaire et servir alors
- choisi ceux proposés par le médecin aide-major H. Beltzer pour leur commodité et leur simplicité.
- Le Dr Beltzer, affecté à. des trains sanitaires depuis le début de la guerre, a successivement appliqué son système aux wagons des divers réseaux, et même dernièrement, croyons-nous, aux chemins de fer à voie étroite qui sillonnent l’arrière du front. Il vient d’en donner la description dans les Archives de médecine et de j)harmacie militaires auxquelles nous empruntons les détails suivants :
- Le modèle pour wagons de 5e classe, du réseau de l’État, de 14 à 18 tonnes comporte (fig. 1) deux chevrons assemblés en forme de T à angle droit et renforcés par deux jambes de force en bois ou deux équerres métalliques. Le che-
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- vron horizontal porte à ses extrémités deux saillies destinées à maintenir les hampes des brancards supérieurs ; il est échancré en' son milieu pour épouser la plaque d’épaule du compartiment. On fixe le support à la cloison au mojen de 2 tirefonds ou mieux d’une pièce de bois rabattue sur la partie intérieure de la plaque d’épaule.
- A l’autre extrémité, un simple crochet métallique placé à cheval sur la cloison supporte les hampes des brancards supérieurs; une chaîne terminée par un anneau pend au-dessous et porte celle des brancards inférieurs. Le dernier point de suspension des brancards est fourni par un anneau tenu par une corde arrimée au porte-bagages, contre la paroi du wagon d’une part, sur la colonne du milieu d’autre part.
- Ce système très ingénieux ne nécessite aucun ressort et assure une suspension parfaite, sans oscillations transversales ni longitudinales. Il a cet
- Seules, les voitures des Compagnies du Nord, de l’Est et du Paris-Orléans, sont inutilisables à cause de l’étroitesse des compartiments et surtout des portières qui ne permettent ni l’entrée, ni l’installation des brancards.
- Cette brève description suffit à faire comprendre les avantages du système Beltzer et les raisons de son adoption.
- Il est simple, peu encombrant, très économique. Il permet instantanément l’aménagement d’un wagon de voyageurs en wagon pour blessés couchés et non moins rapidement le retour à sa destination primitive. Ainsi, le train devenu sanitaire, du front vers l’arrière, peut servir au transport de troupes pendant son voyage de retour. Il suffit pour cela d’enlever les chevrons et de les emmagasiner dans un fourgon. Les compartiments ne sont pas modifiés, aucune pièce n’en est enlevée, ni trouée, ni déformée.
- Le dispositif Beltzer est applicable, avec quelques
- Fig. 3. — Applique pour wagons de 3e classe État (face intérieure du support, regardant le compartiment). — Fig. 4. Applique modèle B pour tous brancards français et anglais, pour tous wagons de 3° classe État (face extérieure du support regardant le couloir). — Fig. 5. Appliques pour wagons de 30 classe P.-L.-M., accolées contre la cloison séparatrice des compartiments (coupe). — Fig. 6. Appliques pour wagons de 3e classe État, modèle D (coupe).
- autre mérite de revenir à 42 francs, tout compris, pour quatre brancards, et d’être utilisable aussi bien pour les brancards à traverses et à compas que pour les brancards anglais.
- Au lieu de ce modèle reposant sur le sol, on peut employer dans les mêmes wagons un autre prenant point d’appui sur le haut de la cloison et fixé à la tige verticale du porte-bagages par deux tiges de 1er plat boulonnées. Les brancards supérieurs sont alors tenus par deux crochets et deux anneaux.
- Les wagons de 3e classe du P.-L.-M., et du Midi ne se prêtent pas à cette disposition. Le Dr Beltzer leur a appliqué une modification de son système qui comporte deux équerres à chaque extrémité appliquées au dossier du compartiment et reliées par une charnière ou un crochet métallique. L’ensemble présente l’aspect de la figure 3. Le même dispositif, dont leprofil est simplement modifié selon les courbes du dossier, s’applique aux wagons de 5e classe du réseau du Midi.
- modifications à tous les modèles de wagons utilisables et supporte aussi bien le.s brancards anglais que les français, malgré leur différence de longueur. Il permet en deux minutes l’embarquement ou le débarquement de quatre blessés couchés et de deux rangs de blessés assis, sans difficultés. Les brancards peuvent être entrés par l’une ou l’autre des portes du compartiment, et les blessés couchés se trouvent à hauteur commode pour recevoir des soins pendant le voyage.
- Les multiples avantages de ce dispositif font aujourd’hui de nos trains sanitaires improvisés le digne complément de nos trains permanents et semi-permanents. L’économie qu’ils réalisent et la commodité de leur transformation les font même actuellement préférer aux trains semi-permanents.
- Grâce à eux, nos blessés sont assurés d’être transportés dans les meilleures conditions jusqu’aux hôpitaux de l’arrière et de l’intérieur, même pendant les périodes d’encombrement qui suivent les grandes offensives. R. M.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahüre, rue de Kleurus, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 2261.
- 27 JANVIER 1917
- L’ANTISEPSIE ET LA CHIRURGIE DE GUERRE (J)
- La méthode de Carrel, abortive de l’infection.
- L’antisepsie est née des travaux de Pasteur, et la formule établie alors par Lemaire « Pas de suppuration, si on tue les germes infectieux » est devenue dès ce moment le point de départ des méthodes nouvelles qui ont immortalisé les noms de lord Lister et de Lucas-Championnière; car, grâce à ces méthodes, on a vu s’ouvrir une nouvelle ère de la chirurgie.
- Peu à peu, à l’antisepsie s’est substituée l’asepsie; la stérilisation préalable des mains du chirurgien et de ses aides, celle du champ opératoire et des instruments ont, en supprimant presque totalement l’apport des microbes exogènes, permis l’opération au cours de laquelle l’antiseptique n’est guère employé que pour la stérilisation des téguments. La chirurgie aseptique prenait donc de jour en jour une place plus importante et limitait le domaine de la chirurgie septique (2) à la pratique thérapeutique des traumatismes et à celle de quelques affections consécutives aux infections d tes médicales. Avec la erre, a proportion des rge traumatique a considérablement augmenté; et ce fait a mis le corps médical dans la nécessité de reviser de fond en comble les notions si patiemment et laborieusement acquises de Vasepsie, et de s’adonner presque entièrement à l’emploi des antiseptiques.
- Toute plaie de guerre est une plaie infectée, et les projectiles qui pénètrent dans les tissus doivent toujours être considérés comme chargés d’éléments éminemment septiques, c’est là une des premières notions résultées de la'pratique chirurgicale de guerre; mais à côté de celle-là une autre notion s’est bientôt également fait jour à la lumière des faits, c’est qu’il est des infections consécutives aux
- '1. Gau h el et Deiieli.y. Traitement des plaies infectées. Collection Horizon, Masson et Cie, éditeurs. Prix : 4 francs.
- 2. Celle qui se pratique à grand renfort d'antiseptiques.
- 5. Voir : P. Delbet. Cytophylaxic. Ac. de Médecine et Tresse Médicale et la Pyoculture, ibid. ; J. Daxysz, communication à YAcad. des Sciences, 15 janvier 1915 et communication de Cazin à la Société de médecine de Paris, 20 février 1915 ; Lorrain-Smith. Brilish med. Journal.
- P'ig. i. — Ensemble de Vappareillage de Carrel.
- plaies de guerre, qui restent au-dessus du pouvoir, ^ des antiseptiques, et que ceux-ci n empêchent pas d'évoluer. En effet, malgré l’emploi de substance à pouvoir microbicide extrêmement puissant, et malgré l’emploi précoce de ces antiseptiques, nombre d’infections gangreneuses ou ultra -septiques sont nées et ont évolué, venant ainsi démontrer d’une façon absolue que l’antiseptique n’est pas tout.
- Nombre de chercheurs se sont dès lors employés à découvrir les raisons de cet état de choses, et toute une série de travaux sensiblement parallèles dans le temps sont arrivés à la conclusion, que le bon antiseptique n'est pas seulement celui qui agit sur l'agent microbien, mais surtout celui qui nuit au minimum à la défense de Vorganisme^).
- Voulez-vous défendre une position, vous emploierez une méthode qui vise à la destruction de l’assaillant, mais qui laisse indemne la défense; eh bien, la notion récemment acquise peut se résumer grossièrement dans l’image suivante. En employant les antiseptiques forts, onagit en quelque sorte, comme si l’on faisait jouer une mine qui tuerait nombre d’ennemis, mais qui détruirait également une partie des défenseurs et dé leurs ouvrages de retranchement.
- Quelles que soient les théories bactériologiq ues, cytologiques et chimiques, que l’on ait fait intervenir pour expliquer l’ensemble
- des phénomènes auxquels je viens défaire une allusion rapide, l’essentiel du problème était donc, au point de vue pratique, la découverte de l’antiseptique idéal, qui détruit le germe en ménageant la résistance des cellules de défense de l’organisme. Certains ont pensé le trouver dans des substances dites cytophy-lactiquesQ), telles que le sérum salé (eau distillée
- 24 juillet 1915; Lejiatte, Société de médecine de Paris,
- 8 janvier 1915.
- 4. À vrai dire, lc3 auteurs qui recommandent les substances dites jjcytopliy lactiques pensent que leur action est sensiblement nulle sur les éléments microbiens, mais que celte absence d’action élective est largement compensée et par l’action mécanique de détersion, et par l’action favorable sur la fonction de défense des cellules fixes et mobiles de l’organisme.
- -vv Yj
- Fig. 2. — Tubes distributeurs à deux, à trois et à quatre branches.
- 4.
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- 45* Année. — 1" Semestre
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- 50 ........., L’ANTISEPSIE ET LA
- avec chlorure de sodium à 7/1000e) ou le sérum de Ringer-Locke (L). Mais la plupart des chercheurs se sont actuellement rangés à l’opinion que l’antiseptique idéal est un élément de la série des hypo-çhlorites et en particulier l’hypochlorite de soude. L’hypochlorite neutre ou liquide de Dakin (2) est en ce xmoment Vantiseptique qui bénéficie de la faveur du monde chirurgical (3).
- Il présente en effet, sur les autres substances,
- Fig. 3. — Installation des drains.
- l’avantage de réunir les quatre éléments suivants :
- 1° Action indiscutable sur les microbes (voisine de celle de l’eau oxygénée, plus faible que celle de l’iode) ;
- 2° Action sur le milieu organique de la plaie, par dissolution rapide des tissus désintégrés (leucocytes du pus, globules rouges, caillots et fibres musculaires) ; ces éléments encombrants constituant un obstacle mécanique à l’action de l’antiseptique sur le microbe, et favorisant la pullulation de ce dernier ;
- 1. Le sérum de Ringer-Locke répond à la formule
- Chlorure do sodium.................8 gr.
- Chlorure de calcium................0 gr. 20
- Chlorure de potassium..............0 gr. 20
- Bicarbonate de soude...............0 gr. 20
- Glucose.............................1 gr.
- Eau distillée..................... 1000 cm3
- Oxygène....................{ad libit. a saturât.)
- Une série de travaux ont trait à l’emploi des solutions dites physiologiques : Gautrelet. Presse Médicale, 22 juillet 1915; Gleï. Société des chirurgiens de Paris, 19 juin 1915; Abadie. Soc. dé chirurgie, 12 mai 1915 ; M. de Fleury. Ac. de méd., 8 juillet 1915.
- 2. Substances chlorées antiseptiques propres au traitement des plaies infectées. H. Dakin. Acad., des Sciences, 2 août 1915 et Presse Médicale, n° 66, 30 sept. 1915. Discussion sür les liqueurs de Labarraque et Dakin, Soc. de Chirurgie, déc. 1915. Solution physiologique chlorée pour le traitement des plaies. Ciujet. Soc. de Biologie, 4 décembre 1915. Action cytophylaetique du chlorure de magnésium. Delbet. Ac. de Médecine, 7 sept. 1915. Les effets thérapeutiques du chlorure de magnésium. Rosenbi.ith. Ac. de Médecine, 28 sept. 1915.
- CHIRURGIE DE GUERRE ======
- 3° Action mécanique de détersion de la plaie ;
- 4° Enfin, point capital, « l’expérience chirurgicale montre que, si l’hypochlorite à réaction neutre dissout parfaitement les éléments mortifiés, il ne touche pas aux tissus vivants de la plaie, qui par contre se congestionnent, bourgeonnent et prolifèrent » (4j.
- D’autres antiseptiques ou d’autres substances ont l’avantage de posséder à un degré plus marqué une de ces propriétés ; mais ils n’en réunissent pas la totalité, et c’est cet ensemble qui fait la valeur des hypochlorites.
- Un des avantages du liquide de Dakin semble paradoxal et demande quelques explications : comment s’établit par l’action de l’antiseptique l’enkys-tement de la région traumatisée? comment se constitue-t-il une barrière entre les tissus qui doivent être détruits et ceux qui devront se conserver? C’est ce que MM. Fiessinger, Moiroud, Guillaumin et Vienne expliquent par un phénomène analogue à celui du picklage utilisé en tannerie, et qui se produirait grâce à l’imprégnation des tissus par un sel neutre, chlorure de sodium par exemple (5). Dans la plaie, l’action se manifesterait de la manière suivante : les tissus libérés, leucocytes et débris de tissus seraient détruits, car aucun sel neutre ne vient empêcher l’hypochlorite de produire son action dissolvante ; au contraire, au niveau des
- Fig. 4. — Tube perforé appliqué sur une plaie en surface.
- tissus fixes, le plasma sanguin, qui contient une notable quantité de chlorure de sodium, produirait
- 3. Il existe deux formules de la solution de Dakin :
- La formule première manière. — On dissout 140 gr. de carbonate de soude sec dans 10 litres d’eau (au cas où on ne dispose pas d’eau stérile, on peut employer l’eau ordinaire), on ajoute 200 gr. de chlorure de chaux, on agite, on laisse déposer; le liquide clair est retiré au bout d’une demi-heure par siphonnage et filtré sur du colon. On ajoute au filtrat 40 grammes d’acide borique. La solution peut êt/re employée directement.
- La formule deuxième manière est, d’après le médecin principal Uffoltz (Archives de médecine et pharmacie militaires, janvier 1916), la suivante :
- Chlorure de chaux.................... 200 gr.
- Carbonate de soude . . .............100 gr.
- Bicarbonate de soude. . ............. 80 gr.
- pour 10 litres d’eau.
- Dans l’ensemble on constitue ainsi une solution d’hypochlo-rite à 0 gr.' 50 pour 100 qui, entre autres avantages, possède celui d’un prix de revient extrêmement minime.
- 4. M. Fiessinger. Annales de Médecine, page 150.
- 5. Picldagc vient, paraît-il, de pickles. En effet, les cornichons ne se conservent dans le vinaigre ou acide acétique que grâce au sel dont on les a imprégnés.
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- L'ANTISEPSIE ET LA CHR1URG1E DE GUERRE
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- Fig. 4. — Plaie de l’avant-bras. Fig. 8. — La même fermée (6e jour). -
- Types de plaies de guerre traitées par la méthode Carrel.
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- le phénomène de protection ou picklage des tissus!1).
- La découverte de /’antiseptique idéal est l'œuvre de Dakin, sa mise en pratique est celle de Carrel(2) et l’on peut dire que l’importance théorique et pratique de la deuxième partie de ce difficile problème ne le cède que de peu à la première.
- Avoir un bon antiseptique est bien, savoir bien l'employer est plus.
- Le liquide de Dakin, pour germicide qu’il soit, l’est cependant certainement moins que les antiseptiques employés couramment, jusqu’ici, en chirurgie : iode, sublimé, permanganate, eau oxygénée, etc. Ce fait indique la nécessité de la répétition de son action, répétition qui sera sans inconvénient pour les tissus (contrairement à ce qui se produit pour les antiseptiques forts) ; de là, la notion préconisée par Carrel, de l'irrigation ou mieux de l'humectage continu de la plaie par le liquide de Dakin applicable certes dès le pansement provisoire du poste de secours, mais qui par suite de la nécessité de l’humectage continu, ne prend vraiment toute sa valeur qu’à l’ambulance (5).
- Emploi d’un antiseptique spécial, humectage continu de la plaie, tels sont les deux éléments originaux de la technique de Carrel; mais celle-ci pour nouvelle qu’elle soit, met à profit les notions antérieurement acquises; et c’est ce qui détermine -un autre des éléments principaux de cette méthode.
- En raison du fait, mentionné au début de l’article, que presque toutes, sinon toutes les plaies de guerre sont septiques, que tous les corps étrangers (projectiles, débris de vêtements, terre) et même les fragments osseux sont infectés ou ne tardent pas à l’être; que les décollements et les trajets sont par excellence des points où la flore microbienne proliférera aisément, et enfin, qu’entre le moment de la blessure et celui où les microbes se répandent sur toute l’étendue de la plaie, il ne s’écoule qu’un petit nombre d’heures (de 6 à 24 en moyenne), on comprendra donc pourquoi Carrel insiste sur la nécessité de débrider largement la plaie, d’en extraire tous les corps étrangers, enfin dans la mesure du possible d’installer précocement /’humectage continu au Dakin; il faut dire d’ailleurs que l’immense majorité de ceux qui ont employé la méthode Carrel pensent comme lui que les résultats sont autrement favorables quand on a le bonheur de pouvoir y recourir dans les six premières heures.
- On interviendra donc aussi vite que le permettent les conditions matérielles, en ne négligeant aucun des éléments habituels, tant en général (état de shock) qu’au point de vue de l’asepsie en particulier, et le premier temps de l’in-
- 1. MM. Fiessinger, Moijrôud, Guiu.aüjiin, Vienne. Annales de Médecine. Masson et Cio, 1916.
- 2. Le traitement abortif de l’infection des plaies. Caurei..
- Presse Médicale, 11 oct. 1915.
- 5. Sur l’emploi du liquide de Carrd-Dakin au poste de
- secours. Ulfoltz. Notes 4659 et 5827 du S. S. C. A.
- CHIRURGIE DE GUERRE ==:
- tervention sera l’ouverture large des cavités anfractueuses, celle des sétons, des diverticules, en somme, de tout ce qui de près ou de loin ressemble à une cavité partiellement close, en se souvenant qu’il peut être utile de réséquer les bords déchiquetés d’une plaie et qu’il est désirable d’éviter les incisions par trop déclives. Au cours de l’intervention, on enlèvera les corps étrangers en ne se fiant pas seulement aux sens de la vue et du toucher, mais en ayant recours aussi à la radioscopie ou radiographie et même, si cela est possible, à Y électro-vibreur. Comme dans toute intervention chirurgicale, il faudra, bien entendu, savoir limiter l’étendue du délabrement opératoire, éviter aussi de traumatiser les plaies et assurer une soigneuse hémostase.
- Au nettoyage opératoire de la plaie, qui devra être méthodique et complet, va succéder le nettoyage chimique. On installera l’appareillage de Carrel; des tubes de caoutchouc ou drains stérilisés seront introduits dans les différents recoins, l’ensemble des extrémités extérieures de ces tubes vient aboutir à une canule en verre; comme on peut s’en rendre compte, cette canule est percée latéralement d’orifices auxquels viennent s’adapter les tubes de caoutchonc. Un orifice alimente la canule et est réuni à l’extérieur par un autre caoutchouc.
- Les tubes ou drains ont 6 mm environ de diamètre et sont percés à 1/2 cm de leur extrémité intérieure d’un ou de plusieurs orifices, enfin ils sont habillés de tissu éponge. La plaie est remplie de gaze et recouverte d’une couche de coton non hydrophile qui laisse passage aux tubes de caoutchouc. Il est absolument indispensable qu’à chaque diverticule corresponde un tube, car il faut que toutes les parties de la blessure soient en contact permanent avec l’antiseptique.
- Toutes les heures ou toutes les deux heures, aussi souvent qu’il est nécessaire pour maintenir humide la plaie, on laisse pénétrer dans l’ajutage la quantité nécessaire de liquide, quantité qui naturellement varie avec l’étendue et la profondeur des plaies et qui est généralement de 5 à 10 cm3 * pour deux heures. Mais on aura surtout soin, et cela d’une façon absolue, de ne pas chauffer le liquide et de ne pas l’associer à d’autres antiseptiques.
- Dans le cas où l’on emploierait le mode d’irrigation discontinue, l’instillation du liquide se ferait alors soit à l’aide d’une seringue, soit à l’aide d’une ampoule supportée par un porte-bock, et réunie à l’ajutage par un tube de caoutchouc muni d’une pince qui sert à interrompre le courant, et si l’on a recours à l’irrigation continue par l’intermédiaire d’un compte-gouttes, intercalé au milieu de l’ajutage et qui donne un débit de 5 à 20 gouttes à la minute (i).
- 4. De nombreux procédés ayant trait soit à une instrumentation spèciale, soit à des modes a de fortune » ont été décrits. Je me contenterai d’indiquer quelques références bibliogra-
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- La plaie est irriguée avec soin, le pansement sera changé et vérifié au moins quotidiennement, sinon plus souvent, et, pour éviter les inconvénients qui pourraient résulter du contact prolongé du liquide avec les téguments voisins, on enduira ceux-ci d’un corps gras ou mieux de com-
- ‘/u6e de Caoutchouc
- Fig. 5. — Appareillage. Instillation continue.
- presses imbibées de sérum physiologique (solution de chlorure de sodium) qui favorisera le picklage. Restera alors à observer l’évolution des lésions. Macroscopiquement, on ne verra pas le pus apparaître, ou, s’il préexistait à l’installation du Carrel, on le verra disparaître, remplacé par un liquide filant clair; la plaie n’a pas d’odeur, pas de magma grisâtre ,pas d’induration des tissus voisins, mais au contraire un aspect coloré vif et de bon aloi. L’évolution devra surtout être suivie pour ainsi dire microscope en main ; journellement, on prélèvera des sérosités de la plaie et on les examinera
- microscopiquement. Très rapidement on verra les espèces microbiennes décroître, puis disparaître et si la plaie a été traitée précocement, elle deviendra stérile de très bonne heure, dès le 5e jour et sûrement vers le 8e. Il faudra alors réunir les lèvres de la plaie, soit en suturant celles-ci comme d’habitude aux soies ou aux crins de Florence, mieux encore en les rapprochant
- phiques. N. Fiessinger. Journal des Praticiens, 8janvierl915 ; Uffoi.tz. Arch. de méd. et pharrn. militaires; Leroux. Presse Médica’e, 14 février 1916; A. Nimier. Arch. de méd. et pharm. milit. Juin 1916; Arth. Guimbert. Revue internat, de Méd. et de Ghirurg. Sept. 1916 ; Aktoixe. Journ. des Praticiens, n* 60, 50 sept. 1916.
- Fig. 6. — Pince de Mohr.
- avec des bandes adhésives. Une modalité particulièrement ingénieuse de ce procédé est décrite sous le nom de corsetaye. Elle est essentiellement constituée par l’application parallèlement aux lèvres, de deux bandes adhésives munies d’agrafes et qui permettent de fermer la plaie comme un soulier à l’aide d’un lacet de caoutchouc. Quel que soit le procédé de fermeture employé les tissus se réunissent et cicatrisent comme dans le cas île plaie aseptique opératoire.
- J’ai montré les raisons d’être de la méthode. Voyons maintenant les résultats. Récemment un des maîtres de la chirurgie moderne me disait que, à son avis, la technique de Carrel constiluait la plus importante découverte chirurgicale depuis celles de lord Lister. Les résultats publiés (les seuls dont on puisse faire état officiellement) sont à la hauteur de ce jugement et justifient la confiance que l’on a témoignée à la technique de Carrel dans les hautes sphères du Service de Santé. (Note de la direction générale du Service de Santé, 8 octobre 1915,
- Chavasse.)
- Prenons donc les observations et les statistiques publiées. Il me semble qu’avant toute chose, il faut faire état du mémoire présenté par M. le professeur Pozzi à l’Académie de Médecine, au nom d’une commission composée en outre deMM. Routier et Schwartz.
- Ce mémoire, dont l’auteur est le médecin principal de lre classe Uffoltz, médecin
- directeur du Service de Santé d’un corps d’armée, met particulièrement en lumière l’efficacité de la méthode de Carrel (méthode abortive de l'infection) ; car, de l’avis de l’auteur, les résultats ont été tels que la durée de traitement des plaies a été réduite du tiers ou de la moitié. L’étude deM. Uffoltz porte en effet, sur 18 plaies dont 12 par grenades ou obus et 6 par balles, plaies qui ont été suturées du 7e au 16e jour et dont la cicatrisation était achevée à des dates qui se sont échelonnées entre le 20e et le 48e jour.
- Le mémoire en question est loin d’être le seu qui plaide cette bonne cause, le succès de la méthode se confirmant, son emploi s’étendit et de plus en plus nombreuses furent les observations, publiées. Le Dr Perret a notamment apporté à l’Académie de Médecine une série de 111 cas de blessures toutes sérieuses (*) dont 78 des partie
- 1. Les blessés légers étaient dans la même période (27 août 1915 au 17 décembre 1915) évacués sur une autre formation .
- Fig. 7• — Infirmière appuyant sur la pince de Mohr pour faire P instillation.
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- molles et 33 comportant des lésions osseuses avec fracture; toutes ces blessures n’ont été, malgré la gravité d’un grand nombre, suivies d’aucun décès ni même d’aucune amputation.
- Mêmes constatations dans un mémoire présenté à l’Académie de Médecine par le Dr Georges Dehelly. Ce mémoire mérite de retenir tout particulièrement l’attention, car il vise tous les blessés d’un secteur entre le 8 décembre 1915 et le 11 janvier 1916, soit 76 blessés : parmi ceux-ci
- Fig. 8. — Réunion par bandes adhésives.
- 4 sont morts de shock immédiatement après leur arrivée à l’ambulance, 24 avaient des blessures si légères que l’on n'a pas eu besoin d’instituer le traitement antiseptique, c’est donc à 48 blessures moyennes et sérieuses que s’est adressé le traitement de Carrel. Ces 48 blessés avaient en tout 155 plaies dont 25 avec fractures, 135 ont été refermées (*) et 20 ont été laissées au processus de cicatrisation spontanée.
- La cicatrisation a été rapide : 119 plaies étaient cicatrisées au 30e jour, 8 du 31 au 40e, 3 au 43e, 1 au 41e, 1 au 51e, 3 au 60e jour. Enfin sur 25 plaies avec fracture, 18 étaient cicatrisées au 30e jour, 1 au 56e jour, 3 au 60e jour.
- Comme le fait remarquer l’auteur, par les procédés habituels la cicatrisation aurait au bas mot demandé au moins 5 mois; enfin ce qui est tout particulièrement remarquable, c’est le fait qu’il n’a été pratiqué que deux amputations dont l’indication ne résidait pas d’ailleurs dans l’infection, mais résultait pour l’une d’un grave délabrement osseux, et pour l’autre d’hémorragies répétées provoquées par une importante lésion artérielle.
- De nombreux autres travaux ont été publiés sur les résultats obtenus par cette méthode. Ceux de nos lecteurs qui désireront approfondir cette question, n’auront qu’à se reporter aux indications ibibliographiques (2). Mais la valeur de la méthode
- il. 121 avant le 12e jour; 21 du 13e au 18e jour; 1 le ‘22e jour; 1 le 42° jour.
- 2. Tüffier. Acad de méd., 21 sept. 1915. Soc. de chirurgie, 3 janvier l'ilO. F—ssinger et Louart. Journ. des Praticiens, K i '.n .* i' 1*11»; Dogue. Réunion méd. chir. de la ï¥*r.,n,ie, il déc. 1915; Deiielcy. Ac. de Méd., 2 mai 1916. Presse Médicale, 8 mai 1916. Société de chirurgie, 25 mai 1916; En. Vidai.. Réunion de la F° armée, 27 nov.
- de Carrel ne réside pas uniquement dans l’ensemble statistique d’une série de cas. Elle est pour le moins autant dans le succès obtenu dans le traitement de certains cas de particulière gravité, qui dans les conditions de traitement habituel donnent de si graves mécomptes. Je veux parler des fractures compliquées, des plaies articulaires et surtout des lésions qui s’accompagnent d’infection gangreneuse.
- Pour qui connaît la gravité habituelle et les conséquences ordinaires de ces trois formes d’atteintes, les faits publiés par nombre d’auteurs seront particulièrement probants en faveur de la méthode de Carrel.
- Le Dr Perret apporte trois cas de lésion articulaire, deux du coude, une autre du genou avec fracture grave de la rotule; ces lésions ont guéri sans température et le blessé du genou, mobilisé au 22e jour, se levait au 31e et marchait normalement et sans appui au 51e jour.
- Je viens de citer les résultats obtenus par la méthode de Carrel dans 25 plaies avec fracture dont l’observation est rapportée par le Dr Dehelly. Je n’insiste donc pas sur ces faits, pour envisager les résultats obtenus dans les cas de gangrène.
- Pour ce qui est de cette infection, le traitement abortif de Carrel, installé précocement, prévient cette grave complication ; mais, ce qui a plus de valeur, les cas de gangrène déclarée ne sont pas eux-mêmes au-dessus de sa puissance: lesDrsFies-singer et Moiroud(5) apportent l’observation de
- Fig. g. — Corsetage.
- deux cas de plaies gangreneuses traitées et guéries par la méthode de Carrel. Il s’agit de deux blessés arrivés à l’ambulance le lendemain de leur blessure et qui présentaient, 24 heures après, des phénomènes de sphacèle clinique avec flore bactérienne appropriée; en moins d’une semaine, la gangrène a disparu sans qu’il ail été besoin d’amputer.
- Le traitement abortif de l’infection des plaies
- 1915; Fresson. Réunion de la IVe armée, 7 nov. 1915; Le Fur. Soc. de méd. de Paris, 14 avril 1916; Ci.ermont. Réunion de la X° armée, 12 janvier 1916; A. Bowuiy. Lancet; Madrange. Réunion delà Pù armée, avril 1916; Hornds et Perrin. Soc. de chir., 23 mai 1916. Recherches sur la suture secondaire des plaiés de guerre, Bernard Dgspi.as. Lyon chirurgical, janvier et juillet 1916.
- 5. Paris Médical, 16 septembre 1916,
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- L'AVENIR ECONOMIQUE DE LA RUSSIE BORÉALE . 55
- par la méthode de Carrel a donc fait ses preuves, et nombreux sont actuellement ceux qui en reconnaissent l’efficacité. Il n’est donc pas abusif de dire avec son auteur que cette méthode « active beaucoup la guérison et supprime la plupart des complications qui provoquent la mort, l’amputation des membres ou des infirmités plus ou moins gênantes ».
- Mieux encore, il ne semble pas abusif de dire avec le Dr Perret que pour le blessé traité par celte méthode l'infection n'existe pas.
- Plus de lymphangite, plus d’adénite secondaire, plus d’ostéomyélite consécutive, telles sont les conséquences de cette découverte, et, dans l’avenir, le blessé qui lui doit souvent la conservation d’un membre, lui doit souvent aussi de guérir avec une cicatrice souple, non adhérente, ni rétractile et qui n’apporte pas d’obstacle aux libre fonctionnement des muscles.
- On peut donc conclure avec le professeur Tuffier que la méthode de Carrel donne des résultats ignorés jusque-là. À.-C. G.
- L’AVENIR ÉCONOMIQUE DE LA RUSSIE BORÉALE
- Tandis que dans les territoires où elle se déroule la guerre entraîne la ruine, dans d’autres éloignés du théâtre des hostilités, elle devient une source de richesses en déterminant la mise en valeur de ressources demeurées jusqu’ici inexploitées. Tel est e cas pour la Russie boréale.
- Bien loin de n’être composés que de terres vagues et de solitudes neigeuses, comme on le croit trop souvent, les immenses espaces qui encerclent la mer Blanche depuis la frontière de Norvège jusqu’à l’Oural et qui constituent le gouvernement d’Arkhangelsk renferment d’énormes richesses. Sur des centaines de lieues, il y a là une forêt continue d’arbres verts que la hache n’a encore entamée que sur une faible surface comparée à la superficie totale de cette mer de verdure; de plus, au 'sud de la mer Blanche, dans le bassin de la Dvina le sol est fertile et susceptible de produire d’abondantes moissons; en outre les mers qui baignent cette partie de l’empire russe sont remarquablement poissonneuses. La côte mourmane, dont il est si fréquemment question depuis quelque temps, possède des pêcheries de morue aussi abondantes que celles de Norvège, et chaque été d’énormes bancs de harengs pénètrent dans la mer Blanche.
- Enfin, dansle massif de l’Oumbdek (1240 m.), la saillie culminante de la presqu’île de Kola, le relief le plus élevé de la Russie boréale après les cimes de l’Oural, une prospection attentive découvrira peut-être des gîtes métallifères. Ce groupe montagneux est constitué par de la syénite éléolithique.
- Le nouveau chemin de fer de Petrograd à Kola longeant la base occidentale de ce relief, le transport des produits de l’extraction trouvera donc de grandes facilités.
- Jusqu’ici toutes ces richesses n’ont été exploitées que dans une très faible mesure. La principale, le bois, a été à peine écornée. Avant la guerre, en 1914, on ne comptait dans tout le gouvernement d’Arkhangelsk que 44 scieries occupant 19 750 ouvriers, la valeur de leur production atteignait tou-
- tefois 79 millions de francs (*). Seulement dans les arrondissements de la rive méridionale de la mer Blanche l’industrie forestière avait acquis un certain développement; sur les 44 scieries situées dans le gouvernement en question, 38 se rencontraient dans cette région, 4 à Arkhangelsk même, 22 dans l’arrondissement dont cette ville est le chef-lieu et 15 dans ceux de Kem et d’Onéga. Quant aux autres ressources du pays, l’absence de voies de communication paralysait tout essai de mise en valeur; en 1914 les fleuves constituaient, pour ainsi dire, les seules routes du pays, et un chemin de fer à voie étroite, partant d’Arkhangelsk pour aboutir à Vologda, sur la grande transversale ferrée Perm-Petrograd, et plus loin au Volga devant Iaroslav, raccordait seul ces vastes contrées au reste de l’empire.
- Par suite des circonstances créées par la guerre, cette situation si défavorable a pris fin et à la stagnation économique dans laquelle le gouvernement d’Arkhangelsk est demeuré si longtemps a succédé une activité féconde, tout au moins dans ses parties occidentale et centrale.
- Après que la Turquie eut joint sa fortune à celle des empires centraux et fermé les Dardanelles, les côtes de l’Océan Glacial et de la mer Blanche sont devenues le seul front maritime de la Russie d’Europe ouvert au commerce extérieur, et Arkhangelsk son principal port d’importation du matériel de guerre fabriqué en France et en Angleterre. De là la nécessité de créer des voies de communication adéquates à la nouvelle fonction économique de cette région. En deux ans, la voie étroite d’Arkhangelsk à Vologda a été remplacée par une voie à écartement normal russe, et, afin d’obvier au blocus de la mer Blanche par les glaces pendant plusieurs mois, une ligne à écartement de 1 m. 60 a été construite de Petrograd au fjord de Kola, sur la côte mour-
- 1. Meddelelser fra Norges ophjsningskontoi• for næ-ringsveiene, Kristiania, 15 aargang, n° 52, 12 août 1916, p. 128. Ce bulletin de renseignements commerciaux publié par le gouvernement norvégien olïre une excellente documentation économique concernant le nord de la Russie.
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- mane qui, en toute saison, demeure ouverte à la navigation. Au début de l’été dernier cette voie ferrée était terminée jusqu’à Soroka, sur la mer Blanche, par Petrozavodsk; aussi bien a-t-elle déjà servi aux transports devant la saison de navigation qui vient de prendre fin et allégé d’autant le trafic sur la ligne Arkhangelsk-Vologda. Depuis le tronçon reliant la côte mourmane à Kandalaks, village situé également sur la mer Blanche, plus au nord que Soroka, et celui compris entre ce dernier point et Kandalaks ont été achevés, si bien que dans quelques semaines les trains circuleront entre l'Océan Glacial et Petrograd.
- Ainsi donc deux excellentes voies de communication rattachent le bassin de la mer Blanche au reste de l’empire, à travers les régions occidentale et centrale du gouvernement d’Arkhangelsk et à la paix deviendront autant de routes commerciales capables de faire face à un trafic intense. L’utilisation des produits de la Russie septentrionale devient dès lors possible, et, sans attendre la fin de la guerre, la Norvège, la Suède et la Grande-Bretagne se préoccupent de participer à cette entreprise.
- En présence de la hausse considérable des bois du Nord l’exploitation des forêts qui couvrent la Russie boréale a attiré tout d’abord les initiatives. On a commencé par le district le plus septentrional de la Finlande.et la partie la plus occidentale du gouvernement d’Arkhangelsk. Dans cette région une société anglo-russe va mettre en coupe les vastes forêts vierges du bassin du lac Énara, l’immense nappe d’eau qui s’écoule dans l’Océan Glacial par le Pasvig. A raison de o francs par arbre cette société a acheté 2 millions de pieds de pin sylvestre, lesquels seront flottés par le Pasvig jusqu’à la mer. D’autre part, un consortium formé par plusieurs grandes maisons norvégiennes entreprendra prochainement l’exploitation d’un second canton forestier.
- D’après le Tidens Tegn de Kristiania, le gouvernement impérial aurait l’intention de ne plus accorder de nouvelles concessions et d’entreprendre lui-même l’exploitation des forêts du gouvernement d’Arkhangelsk, d’autant qu’elles appartiennent
- presque entièrement au domaine public. Pendant une période de trois ans à compter de la fin de la guerre l’état russe se réserverait le monopole de la vente à l’étranger de tous les produits de ces forêts. Afin de pouvoir mettre en valeur ces ressources dès la fin des hostilités, le ministre de l’Agriculture a déjà dressé un programme de construction de voies ferrées, de routes et de canaux destinés à amener à la mer Blanche rapidement et à bon compte tous les bois abattus dans l’intérieur du pays.
- Au commerce d’exportation également la Russie boréale offre de grandes possibilités. Pour en profiter une société norvégienne vient de se constituer, et, dans un rapport rempli de directions utiles, le consul de Suède à Arkhangelsk engage vivement ses compatriotes à préparer la conquête de ce marché. Les commerçants ne sauraient, dit-il, se laisser détourner de cette entreprise par la pensée que ce territoire ne renferme qu’un peu plus de 500 000 habitants et que ces 500000 habitants sont disséminés sur des espaces immenses ; tout au contraire la majeure partie de la population se trouve pour ainsi dire réunie dans une région relativement peu étendue, sur les côtes méridionales de la mer Blanche et dans la vallée de la Dvina; par conséquent les importateurs n’auront point à disperser leurs efforts sur un pays très étendu. Les produits dont la vente est assurée sont la machinerie pour scieries, les articles d’électricité, les moteurs, les chaudières, les cycles, les extincteurs, les fers. Envoyer des voyageurs de commerce entraînerait des frais considérables, et très aléatoires resteraient les résultats de cette méthode de pénétration. Le meilleur procédé pour conquérir la clientèle serait d’organiser à Arkhangelsk un dépôt bien achalandé, une sorte d’exposition permanente, où les indigènes pourraient s’approvisionner. A cet établissement il conviendrait d’attacher plusieurs monteurs et ouvriers capables de faire des réparations; c’est là une condition essentielle de succès, d’après le consul suédois, la remise en état des machines étrangères ne
- f*res9u
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- Mezen
- \Soroha\
- Le réseau de chemins de fer de la Russie boréale.
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- LES LOCOMOTIVES DE CONSTRUCTION RÉCENTE AUX ETATS-UNIS 57
- pouvant que très difficilement être exécutée par le personnel indigène. Ajoutons que, en temps normal, le fret sur Arkhangelsk est très bas, la plupart des navires allant charger du bois dans les ports de la mer Blanche s’y rendent sans lest.
- De leur côté nos amis anglais se préparent à faire un effort dans ce pays; dans ce but le gouvernement britannique a créé deux postes consulaires nouveaux avec mission de procéder à des enquêtes économiques, l’un à Alexandrovsk-Kola, au débouché du chemin de fer sur l’Océan Glacial, l’autre pour les deux villes de Kem et de Soroka sur la mer Blanche.
- Souhaitons que cet exemple soit suivi en France et que notre industrie se préoccupe de prendre part à la mise en valeur de ces territoires en même temps que notre commerce cherche à s’y ouvrir un débouché. À cette œuvre nous sommes invités d’ailleurs par l’exemple d’une grande maison française qui a pris une part importante.à la construction du chemin de fer de Petrograd à Kola, ainsi
- que par nos traditions historiques mêmes. Au xvie siècle, aussitôt après que les Anglais eurent découvert la mer Blanche et fondé une compagnie pour trafiquer dans cette région, les Français arrivèrent à l’embouchure de la Dvina, et par cette voie opérèrent leurs premières transactions en Russie. En 1580 un navigateur dieppois, Jehan Sauvage, visita les ports de la mer Blanche, — jusqu’au milieu du xixe siècle les Dieppois ont été des précurseurs dans toutes les parties du monde, — et, sept ans plus tard, des marchands parisiens recevaient du t&ar le privilège de commercer à Arkhangelsk et à Yologda, avec exemption de la moitié des droits de douane. C’est cette route que nous avions oubliée depuis quatre siècles et que nos amis, britanniques n’ont jamais délaissée, qu’il faudrait reprendre aujourd’hui ou tout au moins aussitôt après la guerre. Le pays est immense; il y a place au soleil pour tout le monde, pour les Russes comme pour leurs alliés.
- Chaules Rabot.
- LES LOCOMOTIVES DE CONSTRUCTION RÉCENTE AUX ÉTATS-UNIS
- Les locomotives en service aux États-Unis sont un sujet d’étude fort intéressant principalement au point de vue de l’énorme développement de puissance de ces machines depuis une vingtaine d’années et des dispositifs employés pour y parvenir. A un autre point de vue cette étude est d’autant plus intéressante que, si les Américains ont pu, dans ces dernières années, emprunter avec avantage certains points de la pratique européenne', c’est, en grande partie, à leur exemple qu’est dû l’accroissement de la puissance des locomotives européennes. Nous pensons donc intéressant de dire quelques mots de ces locomotives, en montrant leurs caractéristiques principales et en décrivant succinctement les types récents de locomotives américaines, tant pour la traction des trains de voyageurs que pour celle des trains de marchandises.
- Caractéristiques des locomotives américaines. — La puissance d’une locomotive dépend, comme on sait, de la puissance de vaporisation de sa chaudière, c’est-à-dire de la quantité de vapeur qu’elle peut produire dans un temps déterminé, une heure par exemple. Elle dépend donc de la surface de la grille sur laquelle on brûle le combustible et, comme conséquence, de la surface évaporatrice, c’est-à-dire de la surface de chauffe. Voyons ce qu’il en est aux États-Unis.
- Pour les locomotives destinées à la traction des trains de grande vitesse qui sont presque toutes actuellèment du type Pacific, la surface de grille dépasse toujours 5 m2 et la surface de chauffe 560 m2. Leur poids, sans le tender, est de 120 tonnes et le poids adhérent de 85 tonnes, soit plus de
- 28 tonnes par essieu. Ces machines sont de 1/4 à 1/3 plus puissantes que les locomotives Européennes du même type.
- Pour la traction des trains de marchandises le type le plus généralement employé actuellement est à quatre essieux accouplés avec un essieu porteur à l’avant et à l’arrière (type Mikado). La surface de grille dépasse 7,5 m2 et la surface de chauffe est en moyenne de 430 m2. Leur poids, sans tender, atteint 150 tonnes et le poids adhérent 105 tonnes, soit 27 tonnes par essieu. Ces machines sont d’une puissance à peu près double des locomotives européennes faisant le même service.
- Pour la traction des trains de marchandises très lourds et circulant sur des lignes à profil accidenté des types récents encore plus puissants ont été mis en service. Nous y reviendrons ultérieurement.
- Avec des chaudières d’une aussi grande surface de grille et de chauffe il ne devenait plus possible de placer la boite à feu entre les longerons du châssis, à moins de lui donner une très grande longueur, ce qui rendrait le chargement du charbon sur la grille impossible pour le chauffeur et serait une cause d’allongement de la chaudière qui, déjà, est très longue. De plus, la grande surface de chauffe oblige à donner au corps cylindrique un grand diamètre qui ne permet plus son inscription entre les roues de la locomotive. Il fallait donc aviser et c’est alors que les constructeurs américains prirent le parti radical d’élever l’axe de la chaudière à une grande hauteur (ce que permettait le gabarit américain beaucoup plus grand que le gabarit européen), afin que le corps cylindrique
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- ne soit plus gêné par les roues et afin qu’on puisse placer le cadre, du foyer au-dessus du châssis de la locomotive. Il devenait alors possible, pour obtenir la surface nécessaire de la grille, non plus d’allonger celle-ci, mais d’accroître sa largeur, ce qui facilite le chargement de la grille par le chauffeur. On obtenait ainsi le foyer débordant. Néanmoins, malgré cette nouvelle disposition, il était encore impossible à un chauffeur d’alimenter des grilles de 7 à 8 m2 de surface qui, avec une consommation de 600 kg de charbon par mètre carré et par heure, brûlent par heure, de 4200 kg à 4800 kg de charbon. Le maximum qu’un chauffeur peut charger par heure, varie entre 1500 et 1800 kg. Aussi, depuis quelque temps, les constructeurs américains tendent à munir les foyers de chargeurs automatiques. Les types de ces appareils sont assez nombreux, mais c’est le chargeur Crawford qui
- les courbes nécessitant une consolidation constante de la voie. La théorie et l’expérience ont démontré que cette surélévation de l’axe de la chaudière, les ressorts de suspension aidant, avait pour conséquence non seulement de diminuer dans de fortes proportions le ripage de la voie et, par conséquent, de rendre celle-ci plus stable, mais encore de rendre beaucoup plus doux le roulement de la machine. Aussi, en Europe, sans atteindre les hauteurs de ’axe de la chaudière qu’on admet aux États-Unis et qui, du reste, ne seraient pas possibles, étant donné le gabarit européen, ne redoute-t-on plus cette surélévation.
- Une autre caractéristique de la locomotive américaine et qui permet son augmentation de puissance est la charge permise par essieu moteur. Tandis que, en Angleterre, on admet 20 tonnes, en France 16 à 18 tonnes, dans l’Europe Centrale 14'à 16 tonnes
- semble être celui qui obtient la préférence aux États-Unis. En Europe, étant donné que les surfaces de grille n’atteignent pas encore celles des locomotives américaines, le foyer débordant n’est encore qu’une exception. Mais on est sur la limite et il n’est pas douteux que si le trafic continue à croître avec ses exigences, on se trouvera amené à y avoir recours dans les limites, toutefois permises par le gabarit européen. Il en sera de même du chargeur automatique.
- Mais cette surélévation de l’axe de la chaudière qui, dans certains cas, atteint 2 m. 70 et 5 m. au-dessus des rails n’aurait-elle pas des inconvénients au point de vue de la stabilité de la locomotive lors de la circulation dans les courbes. C’était l’avis de beaucoup d’ingénieurs, surtout en Europe ou, cependant, on avait l’exemple de la locomotive Crampton dont l’axe de la chaudière se trouvait à une faible hauteur (1 m. 60 en moyenne) et qui, aux grandes vitesses, produisait des réactions violentes contre les rails pendant le passage dans
- aux États-Unis cette charge est de 25 tonnes et atteint même, dans certains cas, 28 et 30 tonnes. C’est donc la résistance de la voie et des ouvrages d’art qui est la pierre d’achoppement. Une consolidation de la voie s’impose donc, surtout aux joints qui sont et ont toujours été le point faible.
- Une autre question qui, jusqu’ici, avait été un peu négligée aux États-Unis mais qui, depuis longtemps, avait attiré l’attention des ingénieurs de chemins de fer de l’Europe, est celle relative aux mouvements perturbateurs résultant des organes de la locomotive à mouvement alternatif, tels que les pistons, leurs tiges, une partie des bielles motrices.
- Ces mouvements perturbateurs qui agissent horizontalement doivent être équilibrés en tout ou en partie au moyen de contrepoids placés sur les roues qui, alors, devenant inutiles dans le sens vertical sont la cause de réactions verticales roulantes sur les rails de la voie.
- Afin de diminuer ces effets perturbateurs dans les limites du possible, il faut que le poids de ces
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- organes soit réduit au strict minimum. Pour toutes les locomotives européennes cette réduction au minimum du poids des organes à mouvement alternatif a toujours été la règle. Aux États-Unis, comme nous le disions, elle avait toujours été négligée au grand détriment de la stabilité de la
- manivelles élimine donc les actions perturbatrices horizontales dues aux organes à mouvement alternatif et aucun contrepoids d’équilibre n’est nécessaire pour les équilibrer. C’est cette disposition qui, en Europe, est employée, surtout pour les locomotives à grande vitesse, mais qui, malgré ses avan-
- Fig. 2. — Locomotive type Mikado pour trains de marchandises ou de voyageurs sur lignes accidentées.
- machine. Mais, depuis quelque temps, les ingénieurs américains construisent tous les organes à mouvement alternatif avec des aciers à grande résistance de manière à leur donner le poids minimum, tout en conservant la résistance nécessaire.
- tages, ne semble pas être goûtée par les constructeurs américains qui lui reprochent sa complication mécanique et des dépenses plus grandes d’entretien.
- Au point de vue de la chaudière, en dehors des dimensions considérables delà grille et du diamètre
- Fig. 3. — Locomotive type Pacific pour trains de voyageurs a grande vitesse.
- Un autre moyen d’éliminer l’action perturbatrice des organes à mouvement alternatif consiste à dédoubler les deux cylindres moteurs, en en mettant deux de chaque côté de la locomotive et en disposant chacun de ces groupes de telle sorte que dans chacun d’eux les manivelles soient à 180° l’une de l’aütre et à 90° des manivelles du groupe situé de l’autre côté de la locomotive. Cette disposition des
- du corps cylindrique signalées plus haut, la seule différence importante à indiquer avec les chaudières européennes est l’emploi des tôles d’acier pour la confection du foyer au lieu du cuivre qui est d’un emploi général en Europe. Ces tôles d’acier qui ont l’avantage de diminuer les pôles du foyer continuent à donner aux ingénieurs américains des résultats satisfaisants mais qui ne semblent
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- pas se confirmer en Europe où de nombreux essais i ont été faits et n’ont donné que des résultats I négatifs.
- Le châssis de la locomotive continue à se faire aux États-Unis au moyen de longerons de section rectangulaire de 4 00 X 100 mm contrairement à ce qui se fait en Europe ou ces châssis sont formés de tôles de 20 à 25 mm d’épaisseur. Jusqu’à ces derniers temps ces châssis américains étaient en fer forgé, mais aujourd’hui le fer forgé est remplacé par l’acier coulé, ce qui permet de faire venir de fonte, sans rivetage ni boulons, les glissières, de plaque de garde, tous h s bossages et organes de support nécessaires. Mais, par contre, les réparations deviennent difficiles. Ce type de châssis n’a été employé jusqu’ici en Europe qu’exceptionnelle-rnent malgré ses avantages, mais probablement aussi parce que sa grande épaisseur réduit l’espace libre entre les châssis et oblige à réduire la largeur de la boîte à feu dans le cas encore assez général en Europe où celle-ci doit passer entre les longerons.
- Nous ajouterons qu’au point de vue des organes mécaniques le tiroir cylindrique tend, de plus en plus, aux États-Unis à remplacer le tiroir plan équilibré. L’emploi de la distribution Walschaert, placée extérieurement, devient général. Beaucoup plus simple et plus légère elle remplace la coulisse Stephenson jusqu’ici exclusivement employée.
- Mode d'emploi de la vapeur. — A l’heure actuelle la locomotive américaine a atteint la limite fixée par le gabarit et la charge permise par essieu.
- Si donc les constructeurs améri- ains veulent obtenir de plus grandes puissances il faudra chercher à accroître cette puissance par une augmentation du rendement de la vapeur. Il y a pour cela, à l’heure actuelle, deux modes de fonctionnement tendant à celte augmentation de rendement : le système compound et l’emploi de la vapeur surchauffée, ou bien, comme en France, l’emploi du système compound combiné avec la surchauffe. Voyons ce qui a été fait, à ce point de -ue, aux États-Unis.
- Le système compound a été essayé sous ses différentes formes. Le système à deux cylindres s’est peu répandu à cause du diamètre considérable qu’il faut donner au cylindre basse pression, dans le cas de grande puissance, qui, alors, sort du gabarit. Le système Vavclain à deux cylindres superposés actionnant de chaque côté une seule bielle a eu un succès temporaire ; il est aujourd’hui abandonné. Le système Tandem où les deux cylindres haute et basse pression sont placés à la suite l’un de l’autre n’a été appliqué qu’à quelques locomotives à marchandises très puissantes. Le système à quatre cylindres et quatre manivelles, type très répandu en Europe, a été mis à l’essai sous ses diverses formes. Mais les ingénieurs des compagnies américaines ont trouvé, comme nous le disions plus haut, que les quatre cylindres compliquaient la locomotive et que l’économie due au compound ne compensait pas les frais d’entretien dus à l’augmen-
- tation du nombre des cylindres et, surtout, de la pression de la chaudière qui, pour une compound, doit être de 15 à 16 kg.
- L’emploi de la vapeur surchauffée est, au contraire, très à l’ordre du jour aux États-Unis. Le mode de surchauffe est le système Schmidt ou des appareils analogues basés sur le même principe.
- En résumé, on peut dire qu’aux États-Unis il y a des partisans beaucoup plus nombreux de la surchauffe que du compoundage. Toutes les locomotives récentes sont à deux cylindres, simple expansion et surchauffe. Les seules locomotives où le compound est employé sont les locomotives à marchandises, type Mallet, où le compoundage est une des caractéristiques de cette locomotive auquel on ajoute souvent la surchauffe.
- Locomotives de construction récente. — Avant de terminer nous allons décrire brièvement les types de locomotives de construction récente aux États-Unis pour la traction des trains de voyageurs ou de marchandises. Nous prendrons comme exemple les types récents construits par la Société Baldwin de Philadelphie qui nous a fourni obligeamment les photographies ci-jointes.
- Locomotives à grande vitesse. — Comme nous l’avons dit la traction des trains de grande vitesse se fait presque sans exception avec des locomotives du type Pacific à 5 essieux couplés, bogie à l’avant et essieu porteur à l’arrière. La figure 5 représente la locomotive Pacific du Pennsylvania R. R. Elle est à vapeur surchauffée. La surface de grille est de 5 m2 15 et la surface de chauffe de 542 m2. La surface du surchauffeur est de 52 m2. Le timbre de la chaudière est de 14 kg. Les deux cylindres à simple expansion ont un diamètre de 0 m. 66 et une course de 0 m. 66. Les tiroirs cylindriques sont actionnés par une distribution Walschaert. Le . diamèlre des roues motrices est de 2 m. 052. Le poids de cette machine, sans tender, est de 152 tonnes et le poids adhérent de 82 tonnes, soit 27 tonnes par essieu. Elle est munie d’un chargeur Crawford.
- Locomotives pour trains de marchandises. — La figure 2 représente la locomotive type Mikailo du Burlington et QuincyR.R. Ce type de locomotive est celui qui est employé actuellement sur les réseaux américains pour le transport des marchandises sur les lignes à déclivités modérées. Elle est à vapeur surchauffée. La surface de grille est de 7 m2 25 et la surface de chauffe de 415 m2 24. La surface du surchauffage est de 1*5 m2. Le timbre de la chaudière est de 12 kg 60. Les deux cylindres à simple expansion ont un diamètre de 0 m. 711 et une course de 0 m. 755. La distribution est du système Walschaert avec tiroirs cylindriques. Le diamètre des roues motrices est de 1 m. 625. Le poids de la machine, sans tender, est de 142 tonnes et le poids adhérent de 108 tonnes, soit 27 tonnes par essieu.
- Pour la remorque des trains de marchandises lourds sur les lignes à fortes rampes, les locomotives
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- du type précédent deviennent insuffisantes et les Compagnies américaines ont recours à la locomotive Decapod, à cinq essieux couplés et essieu porteur à l’avant et à l’arrière. Les Américains ont donné à ce type de locomotive le nom de Santa-Fe (fîg. 1). La surface de grille est de 8 m2 28 et la surface de chauffe de 512 m2 90. Le surcliauffeur a une surface de 125 m2 60. Le timbre de la chaudière est de 14 kg. Les deux cylindres à simple expansion ont un diamètre de 0 m. 762 et une course de 0 m. 813. Le diamètre des roues motrices est de 1 m. 270 et le poids, sans tender, est de 185 tonnes avec un poids adhérent de 152 tonnes, soit un peu plus de 30 tonnes par essieu.
- Deux cent quarante locomotives du même type Decapod, mais sans essieu porteur à l’arrière, viennent d’être construites par la Société Baldwin pour le gouvernement russe en vue des transports militaires nécessités par la guerre actuelle. Ces locomotives sont construites suivant les principes américains, sauf le foyer qui est en cuivre au lieu d’être en acier. Mais on a été amené à diminuer la charge par essieu-moteur afin de tenir compte du faible poids du rail russe et à tenir compte de la médiocrité du combustible employé dont la capacité calorifique est faible. Ces machines qui pèsent 90 tonnes (15,7 tonnes par essieu moteur), sans tender, ont une surface de grille de 5 m2 78 et remorquent 1000 tonnes sur une rampe de 8 mm par mètre à la vitesse de 15 km 5 à l’heure.
- Lorsqu’il s’agit de transports de charbon ou de
- minerais sur des sections de lignes à fortes rampes les Américains ont recours aux locomotives articulées, système Mallet. Ces machines sont très en faveur aux Etats-Unis et les décrire, en faisant ressortir leurs avantages, nous ferait sortir du cadre de cet article. Nous renverrons donc les lecteurs que cette question pourrait intéresser au n° 2170 de La Nature où a été décrite la plus puissante locomotive Mallet conslruite à l’heure actuelle. Elle est destinée au chemin de fer de l’Erié.
- Avant de terminer nous devons ajouter qiè la Compagnie du Pennsylvania R. R. vient de faire construire dans ses ateliers d’Altoona une locomotive type Pacific plus puissante que celle dont nous venons de parler.
- Cette locomotive à vapeur surchauffée a une surface de grille 6 m2 51, une surface de chauffe de 376 m2 et en plus un surchauftèur de 160 m2 de surface. Le timbre de la chaudière est de 14 kg. Le diamètre des cylindres est de 0 m. 686 et la course du piston de 0 m. 712. Le diamètre des roues motrices est de 2 m. 032. Le poids de la locomotive, sans tender, est, en service, de 143 tonnes et le poids adhérent de 91 tonnes, soit un peu plus de 30 tonnes par essieu moteur. Les proportions de la chaudière de cette locomotive sont d’autant plus intéressantes qu’elles ont été déterminées à la suite d’essais prolongés faits au laboratoire de la Compagnie à Altoona.
- R. Bonnin.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du ii décembre 1916.
- Les fluctuations de la constante solaire. — D’après M. Arctowski, pour les années de grande fréquence des taches solaires, toute augmentation momentanée de taches produit une augmentation de la radiation solaire, tandis que les années de moindre fréquence, c’est une diminution temporaire de l’étendue ou du nombre des taches qui produit une augmentation de la constante solaire.
- Les gelures des pieds et le tétanos. — D’après les recherches de MM. A. Lumière et E. Astier, il semble exister une affinité spéciale du bacille de Nicolaïer pour les plaies ulcéreuses produites par le froid et il y a lieu, par suite, de soumettre tous les soldats atteints de lésions de ce genre aux injections préventives de sérum antitétanique au même titre que les autres blessés.
- Oxydation des houilles. — M. Mahlcr avait déjà observé que certaines houilles, maintenues à 120° au contact de l’air, s’oxydaient avec augmentation de poids et diminution de pouvoir calorifique. MM. G. Charpy et Marcel Godchot ont repris cette question en essayant les houilles de Saint-Éloi, Noyant et Ferrières, dans la France centrale. Leurs observations montrent que l’augmentation de poids produite par oxydation à 100° varie de 3 à 5 pour 100 du poids initial du charbon, tandis que le pouvoir calorifique diminue de 5 à 15 pour 100
- et que les teneurs en cendres et en matières volatiles ne sont pas sensiblement modifiées. Il en résulte que l’on commet une erreur en appréciant le pouvoir calorifique d’un charbon d’après sa teneur en matières volatiles et en cendres, ce charbon ayant pu commencer à s’oxyder dans la mine, ou tout au moins en tas. Il est indispensable, pour apprécier un charbon, de déterminer directement son pouvoir calorifique.
- Conductibilité thermique des métaux. — M. Cari Benedicks montre que, contrairement à une opinion généralement admise, dans un métal homogène chauffé inégalement, de forts courants électriques prennent naissance et occasionnent un transport de chaleur très considérable. La conductibilité thermique des métaux n’est point indépendante, comme on le supposait, des dimensions de l’échantillon. Ainsi un faisceau de fils de cuivre isolés à l’émail donne strictement la. même conductibilité électrique qu’un cylindre homogène et massif de la même section; mais il conduit beaucoup moins bien la chaleur. On savait déjà qu’une différence de température non symétrique donne un circuit dans un courant hétérogène et qu’un courant électrique donne une différence de température dans un circuit hétérogène ou homogène. L’observation nouvelle vient compléter la série. Parmi les conséquences auxquelles on
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- peut penser, l’auteur signale ce qui peut se produire dans le cas du globe terrestre dont on peut considérer l’intérieur comme un conducteur métallique soumis à des différences de température notables. Si homogène qu’on le suppose, il doit en résulter des courants électriques, ayant leur contre-coup sur l’état magnétique.
- Les raies spectrales du fer. — M. Ilemsalech fait, sur le spectre du fer et sur le classement de ses raies, une communication dont M. de Grammont met en évidence la grande importance théorique. On sait que le spectre très compliqué du fer possède environ 4700 raies. Mais, parmi celles-ci, on peut établir un classement par des méthodes physiques et les séparer en diverses catégories par la variation de leurs conditions d’apparition : pression, température, champ magnétique ou électrique, ou encore en délimitant les régions des sources lumineuses dont les radiations donnent naissance à telle ou telle raie. M. Hemsalech a pu ainsi établir trois classes de raies distinctes : 1° la première comprenant les raies émises par la flamme extérieure du bec Bunsen et renforcées dans les flammes de température plus élevée ; raies particulièrement sensibles aux actions thermiques; 2° des raies émises sous l’influence des actions chimiques, très marquées dans le cône intérieur du bec Bunsen ; mais faibles dans la flamme ; 5° les raies du cône proprement dites, ou raies du spectre supplémentaire. Cette classification faite, on observe, dans chacune de
- ces catégories, de curieux groupes de raies, au nombre de trois, quatre ou même plus dont les caractères et les positions relatives donnent l’impression d’une distribution coordonnée et régie par quelque loi encore inconnue.
- Microbes parasites du hanneton. — La mortalité naturelle des hannetons tient surtout aux septicémies à Coccobacilles ; mais, dans le sang des individus infectés, on trouve, en outre, des microbes nouveaux qui ont été étudiés par M. Paillot.
- L’origine de VAcadémie des Sciences. — M. Bigour-dan, continuant ses recherches sur l’histoire scientifique du xvn0 siècle, étudie les « Conférences du Bureau d’Àdresse )), antérieures aux réunions chez le P. Mer-senne, que l’on considère généralement comme le berceau de l’Académie des Sciences. Ce Bureau d’Adresse avait été fondé en 1829 par Théophraste Renaudot qui, en 1655, y adjoignit « une Académie ouverte à tous les bons esprits, qui y venaient conférer en public de toutes les plus belles matières de physique, de morale, mathématique et autres disciplines ». Dans les séances, outre une discussion sur un sujet proposé d’avance, on faisait des expériences, on communiquait des inventions ou des remèdes nouveaux. Ces conférences durèrent de 1655 au le,\ septembre 1642. Il semble que la trop grande publicité de ces séances ait contribué à les faire remplacer par des réunions privées telles que celles du P. Mersenne.
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- C’est grâce à quelques photographies parues dans les journaux illustrés que nous avons appris l’existence de a l’âne des tranchées ». Le communiqué avait négligé de nous signaler son arrivée au front. Émettons l’espoir que les notes que nous allons lui con-
- ! Fig. i. — Convoi de bourriquots apportant de l'eau aux tranchées.
- sacrer ne se heurteront pas au veto de la censure. Tout publiciste sent sa plume trembler au bout de ses doigts avant d’aborder l’étude d’une innovation militaire!
- Innovation, ou résurrection? L’âne n’est pas un nouveau venu dans les armées. Les Éthiopiens,
- qui furent les premiers à domestiquer l’âne sauvage [asinus Africanus), en formèrent des troupes de cavalerie. Si nous en croyons les monuments
- égyptiens, l’âne de guerre fit son apparition en Égypte, plusieurs siècles avant le cheval, originaire de l’Asie.
- On considère généralement cette race comme la souche de toutes nos espèces, asines modernes. Mais il est probable que l’âne sauvage asiatique, ou onagre, ' fut' domestiqué de bonne heure, et qu’il donna naissance à des sous-races qui disparurent au cours des âges, ou qui se mélangèrent aux variétés d’origine africaine. Plusieurs auteurs de l’antiquité, Strabon parmi eux, parlent de peuplades de l’Asie Mineure qui employaient comme montures de guerre des ânes de grande taille, plus rapides et plus résistants que les chevaux des Perses. Une légende veut même que ce [peuple de
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- conquérants ait dressé des ânes à traîner ses chariots de combat. Cette pratique fut également en honneur aux Indes.
- Avec les Grecs, qui possédaient de belles races chevalines, l’âne connut la déchéance : de guerrier, il tomba au rang d’auxiliaire, et devint le portefaix des armées en campagne. L’Arcadie se spécialisa dans l’élevage d’une race d’ânes militaires qui fut sans rivale pour la pureté des formes et pour l’élévation de la taille, qui était d’un mètre et demi à la croupe, soit environ 35 cm plus grande que nos variétés modernes. Elle conserva sa réputation pendant des siècles. La Rome des Césars
- Les « hommes de soupe » firent merveille. Bravant la boue mouvante des boyaux et les balles perdues, ces modestes héros partaient la nuit des campements de deuxième ligne en emportant de pesantes jarres de tôle remplies de soupe, de vin, ou d’eau potable; d’autres se chargeaient du pain. Parfois, ils avaient à parcourir dans l’obscurité et dans la boue^avec leur lourde charge, de 10 à 12 km. Quand ils atteignaient leur destination,, le repas était froid, et les chutes le long des boyaux avaient vidé partiellement les jarres. Trop souvent, le ravitaillement restait en panne, soit que les porteurs se fussent égarés dans le dédale des boyaux, soit que la:boue les eût enlisés. Vers la fin de 1915, on mit à l’essai plusieurs modèles de véhicules à traction humaine, spécialement construits pour circuler le long des boyaux. . Ces expériences donnèrent des résultats médiocres. D’autre part, l’intensité croissante des combats d’artillerie, la fréquence de plus
- Fig. 3. — Les bourriquots circulant dans les boyaux.
- importait d’Arcadie des ânes qui se payaient plus cher que des chevaux de race.
- Comme convoyeur de vivres et de bagages, l’âne prit une part active à l’épopée macédonienne. Avant de franchir l’Hellespont avec ses 40 000 guerriers qui allaient conquérir l’Asie et l’Égypte, Alexandre le Grand fit réquisitionner tous les ânes du Pé-loponèse. Les Romains eurent recours au même système de transport pour leurs expéditions lointaines. On peut rappeler incidemment qu’à l’époque de César, l’âne n’avait pas encore fait son apparition en Europe* sauf en Grèce et en Italie. Ce furent probablement les légions romaines qui l’introduisirent dans les Gaules et en Germanie.
- Malgré ses grandes qualités d’endurance, de force et de sobriété, l’âne paraissait à jamais déchu de ses fonctions militaires, quand la guerre de tranchées lui rouvrit les rangs des armées. Parmi les problèmes qu’elle fit surgir, le ravitaillement des combattants prit bientôt la première place. Les feux de bivouac étant interdits dans les tranchées de première ligne, il fallut bien organiser de l’arrière à l’avant le transport des aliments tout préparés.
- Fig. 2. — A travers les ruines d’un village le convoi de ravitaillement chemine lentement.
- en plus grande des tirs de barrage effectués par l’ennemi, avaient rendu très périlleuse une mission qui n’avait été jusqu’alors que très pénible.
- Dans plusieurs secteurs, l’initiative des officiers et des soldats mit à l’essai des voiturettes traînées par des chiens. Mais il fallait affecter deux hommes à chaque véhicule, et l’économie de main-d’œuvre était nulle. En outre, les sinuosités et coudes brusques des hoyaux se prêtaient mal à la circulation des attelages.
- L’emploi des petits ânes algériens fut proposé vers la fin de l’hiver 1915-1916. Des officiers coloniaux avaient pu constater pendant les campagnes marocaines que les ânes étaient plus réfractaires à la peur que les chevaux. Stoïques, ils ne bronchaient pas, ne cherchaient pas à s’enfuir, quand un obus éclatait près d’eux. Mais, se montreraient-
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- ils aussi braves devant l’effroyable concert du front de France ? Comment se comporteraient-ils sous une avalanche de gros obus ?
- Les premières expériences eurent pour théâtre la région Fleury-Souville. Quelques douzaines d’ânes, conduits par des tirailleurs marocains ou tunisiens, furent employés au transport des munitions èntre Verdun et les lignes avancées. Ces essais furent encourageants. Les vaillantes bêtes ne demandèrent que quelques jours pour s’habituer au fracas des explosions d’obus et au tonnerre de notre artillerie. Chargées de 50 à 60 kg de cartouches ou de grenades, elles suivaient docilement leurs conducteurs dans le labyrinthe des boyaux, et, parvenues en terrain découvert, se faufilaient d’un jarret sûr, à travers le chaos des trous d’obus.
- On ne tarda pas à découvrir qu’un seul muletier suffisait à conduire un convoi d’une trentaine d’ânes, le nombre fut même porté bientôt à la quarantaine. Sous cette forme, l’innovation rendit d’inappréciables services à nos troupes combattantes pendant l’offensive de la Somme en assurant régulièrement le ravitaillement des premières lignes. Et ce fut par centaines que nos soldats virent trotter à travers les champs de bataille de Maurepas et de Combles les infatigables baudets qui leur apportaient aliments et munitions.
- L'économie de main-d’œuvre qui résulte de l’emploi des ânes convoyeurs est considérable. Chaque bête peut transporter une charge moyenne de 75 kg, alors qu’un homme peut difficilement transporter 50 kg à travers un terrain accidenté. En prenant le chiffre moyen de 50 ânes par caravane, un seul muletier suffit à assurer le transport de 2250 kg, charge qu’une corvée de 45 hommes transporterait difficilement.
- En choisissant les bêtes les plus robustes, on réalise une économie encore plus remarquable sur l’important chapitre du transport du fil de fer. Le « barbelé », dont il se fait sur le front une consommation phénoménale, est livré à l’armée sous forme de bobines pesant 50 kg. À l’aide de bâts spéciaux comportant des sacs en cuir épais qui protègent les flancs de la monture contre les piquants acérés, on peut charger deux de ces bobines sur un âne. Une caravane de 50 bêtes ainsi chargées exécute alors le travail de 60 hommes.
- Notons que cette économie de main-d’œuvre se
- traduit, pour nos braves soldats, par une énorme diminution de mortalité. Avec la fréquence des tirs de barrage exécutés avec de l’artillerie à longue portée, la zone dangereuse s’étend désormais à plusieurs kilomètres en arrière des premières lignes. Et l’on a pu dire avec juste raison que les convoyeurs étaient plus exposés que les défenseurs des tranchées de combat.
- La façon dont se comportent ces caravanes en terrain battu par le feu de l’ennemi nous a été contée par plusieurs permissionnaires. Les trente ou quarante ânes suivent leur conducteur à la file indienne, sans prêter attention aux obus qui éclatent même à courte distance. Quand le marmitage prend les proportions d’un tir de barrage, le soldat se jette à plat ventre ou se réfugie dans un trou d’obus, en prenant soin de se placer de telle façon que ses bêles servent d’écran entre lui et la direction probable des éclats. Dociles et loyaux, les petits ânes restent immobiles, et ne se remettent en marche que lorsqu’il se redresse.
- Un officier nous a affirmé que, plusieurs fois, des caravanes étaient arrivées au front sans conducteur. D’après lui, le soldat avait été tué ou grièvement blessé par un obus, et les ânes survivants se lassant d’attendre le signal du départ, avaient suivi spontanément la piste qu’ils étaient habitués à parcourir chaque jour. Mais, d’après d’autres permissionnaires, une caravane qui voit son chef tomber rebrousse toujours chemin et rentre droit à son écurie.
- Une pareille diversité de jugement est à noter quant à l’utilité des petits convoyeurs. Dans les secteurs encore organisés, leur emploi ne rencontre pas une approbation unanime. On leur reproche d’être un peu encombrants dans les étroits boyaux. Une relève qui s'y heurte à un convoi maudit les pauvres baudets dont les bâts bousculent où égratignent le soldat. Fuyant les cris et les horions, les bêtes tentent d’escalader les talus, et si les jarres et les tonnelets ne sont pas hermétiquement bouchés, adieu rata et pinard.
- Mais la difficulté disparaît dans les secteurs que les récentes offensives ont pratiquement nivelés; et les poilus de la Somme, comme ceux de Verdun, s’accordent généralement à louer les services des petits ânes d’Afrique. V. Forbin.
- Fig. 4. — A l’étable après une journée de travail.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahüre, rue de Fleuras, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 2262.
- 3 FÉVRIER 1917.
- LA GUERRE NAVALE EN 1916 et la bataille du Jutland
- AL Bertin, l’éminent Directeur du Génie maritime, a déjà, écrit pour La Nature l’Histoire dé la guerre navale des années 1914 et 1915♦ Il a bien voulu retracer et commenter pour nos
- lecteurs les événements de 1916♦
- La haute situation qu’il occupe dans le monde maritime donne à ce tableau d’ensemble un relief tout particulier. La Nature aura eu la primeur de la première histoire documentée des hostilités navales de la guerre actuelle, écrite par un spécialiste autorisé.
- Ce numéro décrit les engagements sur mer et la bataille du Jutland. La prochaine , ^ livraison contiendra le récit des événements diplomatiques, les efforts sous-marins de
- l’Allemagne et la riposte des Alliés. ;
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- La guerre navale en 1916 présente deux aspects : l’un purement militaire, dans les actions de guerre entre combattants, auxquelles seront consacrés les
- NJ
- France ont hâté parallèlement la construction des flottilles propres à détruire les sous-marins allemands. Les flottes de guerre n’ont pas été négligées.
- Fig. i. — Le croiseur anglais Indomitable [un des croiseurs engagés dans la bataille du Jutland).
- deux chapitres II et III ; l’autre en partie naval, mais plus souvent diplomatique, dans la campagne menée par les sous-marins contre le commerce de tous les pays, à laquelle sera consacré le chapitre IV.
- Les chantiers de construction n’ont pas été moins actifs que les flottes et la diplomatie. L’Allemagne a passionnément développé sa flotte sous-marine encore embryonnaire en 1914. L’Angleterre et la
- La France a complété sa première série de Dread-nought, avec la France et le Paris, et commencé à mettre en service la seconde série, Lorraine, Provence, Bretagne. Nous trouverons, au chapitre II, les nouveaux cuirassés et croiseurs de bataille mis en ligne par l’Angleterre et par l’Allemagne. L’Angleterre a été plus loin. Avec sa puissance productrice et sa prévoyance habituelle en
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- 66 ; --- LA GUERRE NAVALE EN 1916
- marine, elle se trouve avoir comblé, avant la fin de 1916, ses pertes en grands croiseurs de la bataille du Jutland.
- Les nouveaux sous-marins, dont l’apparition cause de légitimes préoccupations, sont de deux modèles très différents. Les uns, du faible déplacement de 250 L, sont, soit armés de torpilles Whitehead, soit munis de six puits contenant chacun deux mines qu’ils peuvent mouiller successivement; ils sont de formes simples et de construction presque grossière ; construits en série, ils peuvent se terminer dans le laps de temps exigé par la construction du moteur. Un poseur de mines de ce modèle a été capturé et exposé à Londres. Un sous-marin à torpilles Whitehead a été capturé chez nous près du Havre. L’autre modèle, d’un millier de tonnes, analogue
- aux sous-marins anglais et français, est bien armé en torpilles et en artillerie; il peut franchir, en surface, une distance d’un millier de milles à toute vitesse. Les poseurs de mines sont, de tous, ceux qui font le travail le plus odieux, car leur œuvre survivra à la guerre. Les sous-marins du grand modèle ont la charge des randonnées retentissantes. Partant de quelque anfractuosité de la côte nord du Maroc, ils vont à Madère torpiller les navires en rade de Funchal et bombarder la ville; ils bloquent les Canaries. Ravitaillés par des moyens de fortune, ils poussent jusque dans le golfe du Mexique, pour y arrêter les pétroliers.
- L’Allemagne a de plus abordé la construction du sous-marin commercial, avec le Deutschland qui sera étudié au chapitre III.
- , Je ne renouvelle pas cette fois, au sujet de la -pauvreté de ma documentation, mes prudentes réserves du 15 février 1915 et du 25 mars 1916. La publicité largement donnée en Angleterre aux
- documents officiels a permis de décrire, avec les garanties désirables d’exactitude, la grande bataille du 31 mai dernier. Les publications restreintes de l’amirauté allemande y contredisent peu, parce qu’elles n’ont fait que reproduire les aveux pleins de réticences de l’agence Wolf; elles ont été analysées dans le Génie civil du 2 décembre par une plume autorisée. Le seul doute qui pouvait subsister était relatif au sort du Seydlitz; il m’a paru dissipé par l’information, de source hollandaise, qui a compté ce bâtiment parmi ceux mis en réparation après la bataille.
- Postérieurement aux publications de La Nature sur la guerre navale de 1914 et 1915, il a paru des récits exacts, impressionnants quand ils sont l’œuvre d’officiers ayant eu part aux opérations.
- Ces récits ne vont pas au delà des douze premiers mois de guerre.
- De la Guerre navale de M. Hubert F..., je citerai le récit de la fin de YEmden. Le nom d’iles des Cocos donné par les journaux de 1914, qui appartient à deux petits archipels, l'un au sud du golfe d’Oman, l’autre dans la mer de la Sonde, m’avait trompé. L’Emden a été détruit dans la mer de la Sonde, près de la principale île Ke-lung, dont la côte élevée portait un appareil anglais de T. S. F. La dernière dépêche lancée par le télégraphiste a appelé le Sydney.
- La destruction de YEmden n’est qu’un incident. Plus poignant est le récit de la randonnée du Gœben et du Breslau donné par M. le Commandant Emile Vedel dans Nos marins à la guerre. L’arrivée des croiseurs allemands à Constantinople, qui a eu, et qui a toujours des conséquences si graves dans le Levant, n’a été permise que par le retard de la déclaration de guerre anglaise du 5 août à minuit. L’amiral Milne, quand avec Y Inflexible, Y Invincible et le Weymouth, il a croisé le Gœben et le Breslau entre la Sardaigne et la Tunisie, n’a pu les attaquer ; il n’a pas été le maître de l’heure. La puissante escadre française qui aurait pu détacher antérieurement deux cuirassés vers les Dardanelles, ne connaissait pas les projets allemands, soit que notre diplomatie ait été en défaut, soit qu’il manque un pont entre le quai d’Orsay et la rue Royale.
- A l’exposé du droit maritime antérieur à la guerre, qui figure aux numéros de La Nature du 25 mars et du 1er avril 1916, il y a peu à ajouter
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- sinon que le caractère précaire de la déclaration de Londres de 1909 n’est pas suffisamment indiqué. Cette déclaration, qui a reçu l’empreinte des sentiments pacifiques du temps en favorisant si étrangement l’Allemagne, n’avait été ratifiée par aucun des États participants à la Conférence, non même par l’Allemagne. C’est à l’ouverture des hostilités, et sans doute par condescendance pour les pays exportateurs de coton ou de nitrates, que l’Angleterre et la France ont conjointement annoncé leur intention de conformer à ses conclusions, les instructions données aux croiseurs. Pour les documents nouveaux intéressant e droit, on pourrait se reporter à la Revue de droit international public, et, quand il s’agit des premiers mois de guerre, au Recueil publié par M. Paul Fauchille. Les pièces données jusqu’ici, soit par la Revue, soit par le Recueil, ont peu de rapport avec la guerre sous-marine.
- Aucun changement n’a été apporté, en effet, au droit international maritime. Si plus tard on lui apporte des retouches afin de tenir compte des nouveaux engins de guerre, ce ne sera pas en faveur de la guerre au commerce confiée au sous-marin.
- L’heure approche, d’événements graves, probablement décisifs, dont la manifestation théâtrale du 13 décembre est l’avant-coureur.
- Si la note de la chancellerie allemande, aux puissances neutres n’est pas vide de sens, autant que la note adressée au Saint-Siège et l’ordre du jour du kaiser à son armée, il n’est possible de lui donner qu’une seule interprétation. L’Allemagne se prépare à pousser les hostilités, en multipliant les attentats au droit international, et tout particulièrement les attentats qui ont soulevé la réprobation la plus vive et qui lui ont attiré des observations allant jusqu’à la menace.
- L’Allemagne veut donner à ses procédés de guerre l’excuse de la nécessité : salus populi, suprerna le,r. Elle veut invoquer comme excuse le désir de paix qu’elle aura bruyamment proclamé sans fournir la plus vague indication sur ses espérances. Elle veut en un mot renverser les responsabilités, et faire imputer ses crimes futurs aux puissances qui ne peuvent, ni laisser impunies les anciennes atteintes au droit des gens, ni laisser subsister pour l’avenir le danger de crimes nouveaux.
- L’Allemagne sait d’avance, et même elle avoue
- que les conditions de paix dont elle a gardé le secret ne sont pas acceptables. Elle sait que ses adversaires ont pris en septembre 1914 des résolutions inébranlables, que leurs gouvernements sont et resteront les interprètes des générations mutilées, qui tiennent à assurer la sécurité des générations futures.
- Il ne rentre pas, dans le cadre modeste d’une relation des événements maritimes de 1916, de chercher à analyser dans le détail les desseins et les calculs secrets de la politique allemande. Son but, à coup sûr, n’est point la reconstruction « des innombrables monuments de la civilisation », dont la note adressée au Saint-Siège a déploré la perte, sans en flétrir les auteurs. Il n’y a guère lieu d’envisager comme probable une aggravation des attentats contre les non-combattants, dans la guerre
- Fig. 3. — Cuirassé Bretagne : déplacement 23 55o tonneaux ; 10 canons de 340, 22 de i38,6.
- continentale. L’Allemagne ne peut rien ajouter de pire à ce qui est fait; elle s’inquiète peu du blâme platonique des gouvernements, dont les populations ne connaissent pas par expérience l’invasion allemande. Elle n’occupera plus de nouveaux pays. Elle sait d’ailleurs maintenant qu’en cherchant à semer la terreur elle n’a récolté que la colère ; il lui faut des. avantages, des résultats plus palpables.
- La guerre politique, dont l’Allemagne a ouvert une nouvelle phase le 13 décembre, doit donc surtout êLre le prélude d’une recrudescence de la guerre sous-marine. Comprises en ce sens, les démarches solennelles auprès des neutres, avec le cortège des démonstrations populaires qu’elles visaient à soulever en Allemagne et chez les autres belligérants, prennent une signification précise.
- Cette supposition très plausible n’est point de nature à faire modifier les conclusions par lesquelles se termine le chapitre IV, rédigé avant le 15 décembre.
- Contre des sous-marins allemands plus nombreux et moins que jamais soucieux des scrupules d’hu-
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- manité, l’armement des navires de commerce, leur protection par des bâtiments de guerre, toutes les mesures de préservation qui les concernent, sont maintenant au premier rang des nécessités navales. La mesure la plus efficace de toutes consiste à accélérer l’armement général, décidé à la fin de l’an dernier. C’est celle-ci que la campagne sous-marine redoute évidemment par-dessus tout. Le navire de commerce qui, au cours de son trajet à destination pacifique, doit à ses canons l’occasion d’une victoire, n’a pas travaillé uniquement à sa propre défense. 11 a assuré, du même coup, le salut de ceux de ses congénères que la torpille du sous-marin envoyé aux abîmes aurait menacés à leur tour.
- Quant aux neutres, dont la marine de commerce a reçu une déclaration de guerre en forme au commencement de février 1915, et qui depuis lors ont
- qui semble avoir reçu le nom définitif de Hinden-burg. On achevait quelques croiseurs légers de 5000 tonnes, dont la présence sur les chantiers en 1914 est indiquée par le nom provisoire de VErsalz-Gefion, et qui devaient être au nombre de trois, l'Elbing, le Frankfurt et le Wiesbaden actuels. Enfin et surtout, on poussait le travail sur les trois nouveaux cuirassés de 28 000 tonnes, classe Ersalz-Wôrth, peut-être Ponimern nouveau, très peu avancés au début de la guerre, dont les noms actuels ne sont pas connus. Ces travaux se prolongèrent jusque dans les cinq premiers mois de 1916.
- Les forces navales anglaises s’accrurent dans le même temps, suivant une proportion plus forte, attendant le retour de l’offensive allemande.
- Le premier symptôme d’activité a été une courte apparition des Allemands, le long de la côte du Julland, au commencement de mars. Les informa-
- Fig. 4. — Cuirassé Ersatz-Wôrth : déplacement 28000 tonneaux; 8 canons de 38o, 16 de i5o.
- pu compter leurs pertes en hommes et en navires, c’est à eux de consulter leur conscience.
- Au moyen âge, et même plus tard au temps de l’artillerie, il était très imprudent de prendre la mer sans être convenablement armé. Alors s’est livré sur mer plus d’un combat entre les nationaux de pays différents dont les rois n’étaient point en guerre. Un navire neutre menacé par un sous-marin est, tout autant qu’un belligérant, en état de légitime défense.
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- La mer du Nord était restée silencieuse en 1915, après la canonnade du 28 janvier. En Allemagne, l’escadre des croiseurs de bataille, rudement éprouvée, heureuse d’avoir pu s’échapper derrière ses écrans de fumée artificiels, après la perte du Blü-cher, n’avait plus donné signe de vie. Le Seydlitz et le Derfflinger durent rester quelque temps, sur les chantiers de réparation, où le Moltke vint les retrouver en juillet, après, avoir été torpillé en Baltique. On terminait le Lütsow et le troisième navire du meme modèle, l’ancien Ersatz-Hertha,
- tions, de source hollandaise, parlent de vingt navires. Ce serait alors la première sortie de la Hoch-seeflotte, simple exercice d’essai, car aucune sortie correspondante de la grande flotte anglaise n’explique la brièveté du mouvement.
- Quelques semaines plus tard, les Anglais visitèrent à leur tour la côte de Schleswig. L’opération, qui rappelle un peu le bombardement de Cuxhaven le 25 décembre 1914, fut exécutée par une escadrille de torpilleurs et de croiseurs légers portant des hydravions. Elle visait l’ile de Skylt (voir la carte), le détroit qui la sépare de la terre ferme et. qui abrite une flottille, et surtout, à 10 kilomètres vers l’intérieur des terres, les hangars de dirigeables de Tondern. En dépit d’un vent de tempête, les hangars furent atteints et les dirigeables bombardés; la flottille fut dispersée et deux petits bâtiments détruits, dont l’un par l’étrave de la Cleo-patra. Trois des hydravions furent obligés d’atterrir dans l’ile et leurs équipages furent faits prisonniers. Un torpilleur anglais lut abordé et coulé par un confrère, mais son équipage fut sauvé.
- La réplique allemande, très allemande, vint un
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- mois plus tard, dans le bombardement de Lowestoft, petit port voisin de la ville de Yarmouth, celle qui eut en 1914 l’honneur du premier bombardement exécuté par l’escadre von Hipper. L’opération du 25 avril 1916, coïncidant avec un bombardement par zeppelins sur la côte du Sulfolk et du Norfolk et avec les troubles de Dublin, a toute l’apparence d’un corollaire à la tentative de sir Roger Casement contre l’Irlande. Le résultat fut nul, eu égard surtout aux forces engagées, croiseurs de bataille, croiseurs légers et torpilleurs. Appelée par la canonnade, l’escadrille anglaise de surveillance, quatre croiseurs légers et six torpilleurs, engagea le combat et le soutint vingt minutes, avec l’heureuse chance de ne pas subir de perte. L’escadre allemande n’attendit pas l’arrivée de l’amiral Beatty pour reprendre la route de l’île d’Helgoland. Le mouvement insurrec-
- tionnel irlandais était comprimé le même jour.
- Le 22e mois de guerre approchait de son terme, sans que la Ilochseeflotte eut brûlé une amorce, -y lorsqu’enfîn le 51 mai, elle risqua la sortie. Di-r verses hypothèses ont été faites sur les desseins qui l’ont inspirée; celle d’un but naval à atteindre, dont nous dirons un mot plus loin, étant écartée, il ne reste qu’une explication de politique intérieure.
- A terre, aucune opération n’a été entreprise par les armées allemandes sans une forte supériorité en matériel. Sur mer, la supériorité aurait été dans le rapport de trois à deux, au moins, sur la flotte française; ce rapport se trouva renversé, le 5 août
- 1914, vis-à-vis de la flotte anglaise, d’où le programme prudent suivi pendant 22 mois. La volonté d’un peuple nourri dans l’exaltation de ses droits souverains et de son invincible puissance exigeait une victoire navale ; elle ne fut pas moins impérieuse que la volonté de Louis XIV envoyant sa flotte à La Hougue. Là s’arrête l'analogie entre les deux journées du 29 mai 1692 et du 51 mai 1916. Le roi de France prescrivit de donner la bataille. Tour ville obéit de toute sa vaillance. Le Kaiser, en ordonnant que le canon fût tiré sur l’ennemi, recommanda surtout que l’existence de sa Hoc-h-seefloite fût sauvegardée. La contradiction, entre le caractère résolu de l’amiral allemand et les restrictions apportées à l’ordre de combattre, explique la contradiction, entre la marche hardie de la flotte allemande en avant et la retraite précipitée qui lui succéda.
- La sortie du 51 mai fut conduite par l’amiral von Sheer et réunit la totalité des grandes unités allemandes, toutes tenues prêtes à’l’heure fixée. L’avant-garde comprenait les cinq croiseurs de bataille, savoir : trois Derflinger, Seydliiz et Mollke. Elle était commandée par l’amiral Lipple, qui avait
- Fig. 5. — Cuirassé Koenig, 1913 : déplacement 255?5 tonneaux; 10 canons de 3o5, 14 de i5o.
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- remplacé von Ilipper. Venait ensuite le corps de bataille, composé- surtout des vingt Dreadnought allemands, dont les trois plus nouveaux, les Ersatz de 28 000 tonnes, sont armés de huit canons de 380 mm., taudis que les quatre plus anciens, les Nassau, portent douze pièces du calibre de 280 mm. seulement. Les treize bâtiments intermédiaires, les Kaiser, sont armés de canons de 305 mm., au nombre de douze pour les uns et de dix pour les autres. Gomme complément, pour atteindre les deux tiers du nombre des cuirassés de la grande Hotte anglaise, un emprunt de six, ou au plus de huit bâtiments, avait été fait à l’ancienne classe Deutschland, de 13 000 tonnes, inférieure à nos Patrie, armée de quatre pièces de 280 mm.
- Les deux amiraux Lipple et von Sheer disposaient chacun de plusieurs escadrilles de torpilleurs , avec des croiseurs légers en assez petit nombre.
- La marine allemande n’avait plus, en effet, que douze croiseurs légers, les trois nouveaux et le Bréslau compris ; elle en a possédé vingt et un au commencement de la guerre.
- Quelques sous-manns, dont les périscopes ont été aperçus près des croiseurs de bataille et qui n’ont trouvé aucune occasion d’intervenir, avaient dû être envoyés à l’avance, pour attendre la flotte et plonger dès son arrivée.
- Enfin, la flotte allemande portait des hydravions et elle était accompagnée de deux zeppelins.
- Du côté des Anglais, l’avant-garde commandée par Sir David Beatty, à bord du Lion, comprenait ses cinq croiseurs de bataille habituels, ceux de la bataille du 28 janvier 1914, et un sixième, Queen-Mary, analogue au Lion. Elle avait été puissamment renforcée par l’adjonction des quatre cuirassés rapides, armés de huit canons de 381 mm., Bar-ham, Malaya',. Vallant et Warspite de la classe Queen-Elisabeth, commandée par l’amiral Evan-Thomas. La Qùeen-Elisabeth était restée en Angleterre. De çes dix bâtiments, quatre ont une vitesse de 28 nœuds; les six autres ne filent guère que 25 nœuds.
- La grande flotte Jellicoe comprenait tous les Dreadnought et super dreadnought terminés en 1914, qui sont au nombre de 26, défalcation faite des cinq Queen-Elisabeth et de YAudacious, dé-
- truit par une mine dans la mer d’Irlande en octobre 1914, plus quatre cuirassés neufs, mis en chantier au début de 1914, soit :
- 4 cuirassés nouveaux armés de 8 ou 10 canons de 581 mm
- 5 — modèle Bahram armés de 8 — 581 —
- 4 — — Iron-Duke — 10 — 545 —
- 5 — — Ajax — 10 — 545 —
- 4 — Conqueror — 10 — 545 —
- 6 — ( Colossus \ t Collingwood i 10 — 505 —
- 4 — — Dreadnought — 10 — 505 —
- A ces trente bâtiments, on pourrait, sans crainte d’erreur, ajouter les deux chiliens et le turc, réquisitionnés en 1914 sur les chantiers; mais il convient de supprimer un ou deux navires retenus comme le Queen-Elisabeth par le roulement des passages du bassin et des charbonnages.
- En Angleterre, tous les cuirassés antérieurs au
- Dreadno ug h t, dont une trentaine sont égaux ou supérieurs au modèle allemand Deutschland, ont été réservés pour des services étrangers à celui delà grande flotte. Tous les cuirassés du modèle antérieur à celui du Majestic, c’est-à-dire de nos Patrie, ont été rayés de la liste de la flotte.
- Dans la flotte Jellicoe, figuraient une division de trois croiseurs de bataille de 17 000 tonnes, du modèle le plus ancien, commandée par l’amiral Ilood, et deux divisions de trois croiseurs cuirassés de 14000 tonnes environ, commandées parles amiraux Arbuthnot et fleath. L’expérience a prouvé que neuf cuirassés des modèles de 16 000 tonnes et 19 nœuds y eussent fait meilleur service.
- Chacune des deux flottes Jellicoe et Beatty possédait un fort contingent de croiseurs légers et d’escadrilles de torpilleurs.
- Les Anglais possédaient un seul et unique hydravion porté par le croiseur Engadine, de la Hotte Beatty.
- Les deux avant-gardes arrivèrent en vue le 31 mai, à trois heures et demie (temps moyen de Greenwich) à 315 milles environ dans le N.-N.-O. d’Helgoland. A ce moment, l’amiral Lipple, après avoir tenu sa route N.-N.-O., virait de bord. L’amiral Beatty accourait vers lui, venant du S.-O. ; il avait été informé, dès 2 h. 20 m., par un éclaireur, de l’apparition de fumées du côté de l’Est. L’amiral von Sheer était à soixante milles en arrière de son avant-gai de, ce qui, pour une différence dé vitesse
- ! <1 ! 'il I U ; tu ;
- Fig. 7. — Cuirassé Deutschland, 1904 : déplacement i3 200 tonneaux; 4 canons de 280, 14 de i5o.
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- LA GUERRE NAVALE EN 1916
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- Fig. 8. — Le Princess-Royal (un des vaisseaux anglais engagés dans la bataille du Jutland).
- de sept nœuds entre les croiseurs et les cuirassés, indique que les Allemands avaient terminé leur appareillage à 7 heures du matin. L’amiral Jellicoe, qui
- avait quitté l'Angleterre la veille et se trouvait à la même distance de l’amiral Beatty, dans le Nord-Est. Pour la clarté du récit, il faut se borner d’abord
- Fig. ç. — Le Lion (un des vaisseaux anglais engagés dans la bataille du Jutland).
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- aux manœuvres des cuirassés. Les mouvements des croiseurs légers,- et surtout ceux des torpilleurs qui ont joué un rôle très actif, auront ensuite leur histoire séparée. Les sous-marins allemands, d abord repoussés, égarés ensuite dans leur plongée devant des évolutions rapides, sont restés inutiles. Les deux zeppelins, après avoir essayé d’intervenir, ont été détruits par l’artillerie anglaise. Les pêcheurs danois ont signalé la chute de l’un deux au large du canal deTayboren, où l’équipage se serait noyé ; l’autre serait tombé à proximité de Rinkjeking.
- Le drame a eu trois actes, quatre, si l’on y comprend la nuit.
- De trois heures et demie à cinq heures et demie, les escadres Beatty et Lipple sont seules aux prises. Deux mouvements s’exécutent, parallèles et de même longueur : une descente aux S.-S.-E. au-devant
- de l’amiral von Sheer, une remontée au N.-N.-O. au-devant de l’amiral Jellicoe. Dans le second mouvement, les cuirassés allemands ont pris la file derrière les croiseurs.
- De cinq heures et demie jusqu’un peu après sept heures, la flotte allemande combinée exécute une grande évolution. Le défilé, en un point donné, d’une ligne de file d’une vingtaine de kilomètres, ne prend pas moins de trois quarts d’heure. L’escadre Beatty exécute une évolution concentrique, au cours de laquelle s’opère la jonction avec la flotte Jellicoe.
- Le troisième acte, qui se prolonge jusqu’à 9 heures du soir, est une course à peu après rectiligne et parallèle des deux flottes combinées vers le S.-O. C’est la grande canonnade et la phase décisive de la bataille.
- 1. Les figures 17 et 18 représentent ces mouvements, d’après la carte anglaise de la bataille. Il est permis de penser que la forme des boucles décrites par les deux llolles s’est, en réalité, rapprochée d’un triangle rectiligne. A. cinq heures et demie, l’amiral von Sheer a dû mettre franchement le cap à l’est, avec l’intention d’aller redescendre au sud le long du Jutland. Voyant l’amiral Beatty le gagner de vitesse vers l’est, en même temps que la Hotte Jellicoe était signalée
- Dans la nuit, de neuf heures du soir à trois heures du matin, rencontres accidentelles avec les éléments de la flotte allemande dispersée.
- A trois heures et demie, l’amiral Beatty a été renseigné exactement par l’hydravion del'Engadine, sur la composition de l’escadre Lipple et la direction nouvelle de sa route. Il évolue en conséquence courant à toute vitesse, sur un cap légèrement convergent. A 5 h. 48 m., le feu est ouvert entre les croiseurs, à 18 500 m. de distance. Les cuirassés Evan-Thomas, un peu distancés, y prennent part à très longue portée.
- Cette canonnade dure une heure, s’affaiblissant du côté allemand.
- En vue des cuirassés de von Sheer, les deux escadres Beatty et Lipple virent simultanément, cap pour cap, à 4 h. 42 m., la première sur tribord, la seconde sur bâbord. La contre-marche amène sur la ligne les cuirassés d’E-van-Thomas, qui échangentdesobus avec ceux de Sheer. La canonnade se poursuit, les cuirassés allemands tirant de loin. L’amiral Lipple règle sa vitesse sur celle de von Sheer. Les Anglais prennent les devants.
- Vers 5 h. 50 m., l’amiral Von Sheer, informé de l’approche de la flotte Jellicoe, prend le chemin de la retraite. Il décrit, à la hauteur du parallèle de Hausthorm, une large boucle embrassant un secteur de 250°, au terme de laquelle il aura le cap au sud-ouest. L’amiral Beatty décrit une boucle plus vaste, enveloppant au nord celle des Allemands, dont la longueur a dû, malgré son avance, le faire tomber sur l’arrière des croiseurs de Lipple (1). C’est l’heure difficile de la concentration anglaise très contrariée par l’état brumeux de l’atmosphère.
- Au premier appel annonçant l’arrivée de l’ennemi, l’amiral Jellicoé avait forcé de vitesse, cap au S.-E. Au bruit du canon, il fit prendre les devants à ses trois divisions de croiseurs.
- La division Hood, la plus rapide, arriva d’abord.
- dans le nord-nord-ouest faisant route au sud, il a pu craindre d’être pris entre scs deux adversaires, Beatty à bâbord, Jellicoe à tribord; de là sa brusque décision d'incliner sa route au sud-ouest, pour échapper à l’étreinte, en laissant ses deux adversaires clans l’est.
- L’arrivée de l’amiral Àrbuthnot a pu confirmer von Sheer dans sa détermination, en lui dissimulant la véritable manœuvre .de Jellicoe.
- Fig. io. — Cuirassé Ajax : déplacement 25 000 tonneaux; 10 canons de 343, jô de 102.
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- LA GUERRE NAVALE EN 1916 =............: 73
- Mise à la disposition de l’amiral Beatty, elle le dépassa vers l’est, et prit ensuite son poste à 6 h. 21 m. en avant du Lion. Elle s’y trouva en face des cuirassés de ligne allemands, des plus nouveaux et des plus puissants, très probablement.
- L’amiral Arbuthnot fut envoyé en avant-garde de la grande flotte avec quatre Croiseurs, les deux autres restant commeliaison, sous les ordres del’amiralHeath.
- Dans sa course au S.-E., il traverse le sillage des croiseurs de Beatty et il tombe, autant qu’on peut suivre son mouvement, sur la boucle où la ligne de file allemande termine son mouvement vers l’est. Il y entre en action dès 5 h.
- 55 m. canonnant des croiseurs légers. La brume lui a caché le voisinage des cuirassés allemands, les mêmes peut-être avec lesquels la division Hood aura affaire tout à l’heure. Il est soumis à un feu violent. C’est l’épisode douloureuse et l’heure des grandes pertes anglaises.
- À six heures et demie, la situation est renversée. L’amiral Jellicoe n’a pas eu trop de tout son sang-
- froid, pour discerner amis et ennemis, dans l’atmosphère épaisse où les navires ne se révèlent que par l’éclair de leurs canons. En quelques minutes il a discerné les deux lignes de navires qui se suivent en s’enveloppant. Il ouvre le feu à 6 h. 27 m. sur des cuirassés classes Kaiser et Kônig. Les Allemands, au sortir de leur boucle, sont à leur tour écrasés.
- La lutte reproduit le caractère de fuite éperdue et de poursuite acharnée du combat d’Ameland. L’amiral von Sheer court au sud-ouest, appuyant parfois à l’ouest pour se dérober aux coups. Il se fait couvrir d’un rideau de fumée par ses torpil-
- leurs, à l’aide des engins spéciaux étudiés d’abord à l’usage des dirigeables, dont l’amiral von Hipper s’était probablement déjà servi, le 28 janvier 1915, après dix heures du matin. La flotte anglaise ne
- lâche pas prise, se tenant à l’est à une distance variant de 9000 m. à 12000 m., isolant ainsi l’ennemi de ses bases. Le feu des cuirassés de Jellicoe dura jusqu’à 9 h 20 m. ; celui des croiseurs de Beatty se prolongea , avec quelques interruptions, jusqu’à 8 h. 40 m., soit 9 h. o m. à l’heure du lieu. Ce fut ensuite l’obscurité.
- Au cours de ces trois actes de la journée, les croiseurs légers furent activement employés, tantôt marchant en éclaireurs, plus souvent prenant leur poste sur le flanc de la ligne de file, parfois du bord combattant. Les torpilleurs exécutèrent, de part et d’autre, des attaques d’une extrême audace, aussi dangereuses contre un navire non désemparé que peut être l’assaut d’une tranchée sans préparation d’artillerie. Ces attaques, qui coûtèrent très cher aux assaillants, comme en 1914 à notre Mousquet, enregistrèrent des
- il ; « i II : /* !
- Fig. ii. — Cuirassé Colling-Wood : déplacement /g 25o tonneaux; îo canons de 3o5, 16 de 102.
- Fig. 12. — Cuirassé Colossus : déplacement 20600 tonneaux, 10 canons de 3o5, 16 de 102.
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- LA GUERRE NAVALE EN 1916
- succès dont on n’avait pas encore eu d’exemple.
- Dès l’ouverture du feü, l’amiral Beatty lança en avant une masse de douze torpilleurs tout
- d’abord rencontra une contre-attaque allemande et la mit en fuite. Ce combat, et la chasse donnée à des périscopes, disloquèrent l’escadrille anglaise. Un groupe de quatre torpilleurs prit pour but le dernier croiseur de bataille de la ligne allemande qu’il annonce avoir touché; il rejoignit ensuite son poste. Un second groupe, comprenant trois torpilleurs, s’attaqua à un croiseur de bataille, qui coula l’un des assaillants sans être atteint; les deux survivants envoyèrent leurs torpilles aux cuirassés de Sheer sans les toucher ; l’un d’eux fut coulé ; le dernier regagna la flotte. L’un des isolés des douze torpilleurs put aussi lancer des torpilles, mais sans aucun résultat.
- A 5 h. 10 m., un torpilleur, de retour près du Lion après avoir accompagné ÏEngadine, alla torpiller la ligne ennemie. Une explosion fut observée
- mand, lancé en éclaireur, s’approche pour torpiller. UOnslow, posté près du Lion à tribord avant, court à lui et l’arrête par sa canonnade. A ce moment apparaît la tête de la ligne allemande, VOnslow se dirige vers elle. Le commandant a donné l’ordre de lancer toutes les torpilles. Un gros obus allemand désempare le torpilleur qui revient à petite vitesse; le commandant apprend qu’il reste des torpilles à bord. Il retourne à portée du croiseur léger, et, cette fois, le torpille. L’Onslow est ensuite obligé de stopper, mais il rencontre un autre invalide, le Defender qui, avec une chaudière percée par un projectile, donne encore dix nœuds. Les deux vaillants torpilleurs, l’un remorquant l’autre, sortent de la ligne de feu : ils sont sauvés.
- Les croiseurs légers et les torpilleurs allemands, de leur côté, donnèrent avec entrain. L’activité des croiseurs légers est prouvée par le nombre de leurs pertes. Les torpilleurs firent deux attaques princi-
- Fig. i3. — L’escadre allemande qui fut mise en déroute par la flotte anglaise.
- sur le sixième bâtiment allemand qui, d’après son numéro, aurait été un gros bâtiment. La durée de huit minutes, mentionnée pour le trajet de la torpille, serait excessive, si la mesure du temps a été bien prise.
- A 6 h. 25 m. une des divisions de croiseurs légers de l’amiral Beatty attaqua la ligne allemande à la torpille. Le Yarmouth et le Falmouth lancèrent chacun deux torpilles au croiseur de bataille de tête et observèrent une explosion. La division osa ensuite ouvrir la canonnade sur les croiseurs et les cuirassés ; elle en sortit sans perte de navires, ce qui prouve combien, à ce moment, les bâtiments ennemis étaient éprouvés.
- A 8 h. 8 m. les escadrilles de l’amiral Jellicoe entrèrent en scène à leur tour, appuyées par les croiseurs légers. Une torpille atteignit un cuirassé de la classe Kaiser.
- La prouesse du torpilleur Onsloiv, commandant J.-G. Tovey, est à citer comme modèle de hardiesse et surtout de persévérance, bien qu’elle n’ait, eu qu’un succès partiel. A 6 h. 10 m., quand le mouvement à l’est se dessine, un croiseur léger alle-
- pales, celle dirigée contre l’escadre Beatty, qui fut repoussée comme nous avons vu, la seconde contre la flotte Jellicoe au moment même de son arrivée. Le Marlborough reçut une torpille à 6 h. 24 m. Les mesures protectrices se montrèrent efficaces. Le Marlborough put ouvrir le feu à 7 h. 12 m.
- A neuf heures du soir, le contact étant perdu entre les deux flottes, l’amiral Jellicoe prit ses dispositions pour la nuit. Il ignorait l’état exact de la flotte allemande et se préparait à une reprise du combat dès l’aurore. Pendant la nuit, il accomplit à petite vitesse un parcours d’une centaine de milles au S -S.-E., qui coupait la ligne de retraite de l’ennemi vers Helgoland. L’amiral Beatty l’accompagnait à l’Ouest. Les croiseurs légers, disposés en éclaireurs, formaient éventail. Plus à l’Ouest, les escadrilles de torpilleurs battaient la mer.
- La flotte allemande était hors d’état d’affronter une rencontre. Elle avait bravement fait son devoir et fourni matière suffisante aux dithyrambes attendus de la crédulité germanique. L’amiral von Sheer ne pouvait avoir qu’une pensée, celle de conserver à l’Allemagne sa Uochseeflotte désemparée. Il dis-
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- = LA GUERRE NAVALE EN 1916
- 75
- Manstlolm..
- Fktit banc pêcheurs
- Banc du Jutlancf
- BATAILLE DU JUTLAND 31 Mai 1916
- He/goland
- Flotte, de bataille Britannique Croiseurs de bataille Britanniques Croiseurs de bataille Allemands
- Les heures sont données en temps moyen de Greenwich
- mCuxhaven
- Hariingen
- 4° Longitude £st (PARIS) 5‘
- Fig. 14.
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- LA GUERRE NAVALE EN 1916
- PERTES ANGLAISES
- +A Destruction du Quen-Ztlary
- + B — c/i/o------Lnde/àfiguat/e
- +c. - dito ...... Intrincilile
- J Dèfence
- + D - -. dito---| Bkck-Phince
- l Warrior
- Le torpi/iage du JPd/ùorough a eu Lieu dans /a région dupoint C
- persa ses divisions,, avec, ordre de rejoindre isolément les ports.
- Le dernier acte est celui de la nuit.
- Les escadrilles anglaises rencontrèrent plusieurs des divisions allemandes qui fuyaient dans les ténèbres : une de six cuirassés, dont plusieurs de la classe Kaiser, escortée par des croiseurs légers, une seconde de quatre cuirassés de la classe D eutschland, une troisième restée mal déterminée, enfin un grand navire isolé ou peut-être deux. Elles attaquèrent chaque fois, presque toujours avec succès, non sans subir des pertes.
- Dans la première division, le troisième navire et ensuite le cinquième devenu quatrième furent torpillés. Des quatre Deutsch-
- land, l’un fut torpillé. Contre la troisième division, les torpilles donnèrent deux explosions. Un cuirassé isolé passa, projecteurs allumés, en détruisant un torpilleur. Le second, si ce n’est pas le premier ren-
- K
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- Fig. i5. — Bataille du Jutland {Bétail).
- quatre heures, observant la flotte anglaise. Dans la journée, le périscope d’un sous-marin apparut, menaçant le Marlborough qui avait pris iolément la route de l’Angleterre. À onze heures la flotte britannique se mit en mouvement vers le Nord;
- elle rencontra les débris qui promenaient au gré du courant les traces de la bataille, recueillit quelques naufragés, puis se dirigea vers l’Angleterre, l’Ecosse ou les Orcades. Elle étaitrentrée, le 2 juin.
- Les pertes ont été lourdes des deux côtés ; mais la sécurité du blocus contre la menace de la Hochseeflotte a été démontrée.
- La gravité des pertes anglaises immédiatement publiée, six croiseurs, dont trois croiseurs de bataille, afait croire un instant à la
- réussite d’un stratagème allemand. L’amiral Beatty, attiré par une retraite feinte des croiseurs allemands, aurait livré les siens aux coups des cuirassés de von Sheer. La vérité est autre. Deux croiseurs
- Petit banc d\e pêc/ieuns
- >5
- 4
- Fig. iô. — Bataille du Jutland. Les destroyers anglais entrent en action.
- contré plus loin, reçut une torpille dans son arrière.
- Les torpilleurs allemands n’exécutèrent pas d’attaque. Une flottille de quatre fut aperçue s’échappant à trois heures et demie. Un torpilleur isolé fut coulé.
- Le 1er juin au matin, aucun navire allemand n’était en vue. Seul un dirigeable fut aperçu vers
- seulement de la flotte Beatty ont péri, et cela au moment où la prépondérance de l’artillerie anglaise atteignait la proportion de quatre à un. La cause de l’explosion de soutes qui a détruit la Queen-Mary et Ylnclomitable, comme le Good-Hope à Coronel, reste inconnue. L’un edes explosions s’est produite huit minutes après l’ouverture du feu, alors que le
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- LA GUERRE NAVALE EN 1916
- 77
- télémétrage des Allemands n’était même pas terminé. Il n’y a eu de témérité que du côté de von Sheer; sa marche jusqu’au contact de Jellicoe, lui aurait coûté cher par une soirée plus claire et une nuit moins obscure.
- Les quatre croiseurs détruits de la flotte Jellicoe
- croiseur de 2600 t., dont l’équipage était recueilli et interné en Hollande, fut seul annoncé comme perdu. C’est le motif d'ordre militaire, que l’agence Wolf a donné le 8 juin, en déclarant pour la première fois la perte du Lütsow, 28 000 t. et celle du Rostock, 4800 t. Le Lütsow, équivaut à la
- §* O
- o
- Croiseur de bataille allemand Lutzow, 1913 : déplacement 26600 tonneaux; 8 canons de 3o5, 12 de i5o.
- sont le croiseur de bataille Invincible, l’un des vainqueurs des Falklands et les trois croiseurs Defence, Black-Prince, Warrior de la division Arbulhnot. La perte du Warrior est due àl’éloigne-
- j Queen-Mary. Vint ensuite, non sans réticences, l’aveu de la perte de YElbing et du Wiesbaclen. La perte d’un cuirassé de 18 500 t., faussement désigné du nom de Westphalien, est mentionnée dans
- Fig. 18. — Ce que voient les Allemands quand ils sont bombardés. Bombardement des côtes belges par monitors anglais. Un obus allemand éclate loin de la flottille, les autres sont mieux
- en direction.
- ment de l’Angleterre ; le bâtiment, pris en remorque par YEngadine, a été abandonné en mer le 1er juin, après que le personnel eut été recueilli.
- La perte de huit torpilleurs anglais a payé l’audace de leurs attaques, soit dans la journée, soit pendant la nuit.
- Les pertes allemandes sont encore inconnues. Afin de ne pas attrister les villes pavoisées pour la victoire et les écoliers en vacances, le Frauenlob,
- un radiotélégramme envoyé de Berlin à Y Associated Press de New-York. Celle d’un second cuirassé est établie par l’affirmation allemandè qu’il s’agit de l’ancien Pommern de 13 000 t. et non d’un des nouveaux cuirassés, les Ersatz de 28 000 t. Il y a souvent doute sur les noms des navires, quand leur classe est connue. Ainsi le Frauenlob détruit en 1915 dans la Baltique était sans doute un autre croiseur de la classe Arcona. De même le Westphalien
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- 78 —y: : — LA GUERRE NAVALE EN 1916
- indiqué pour le 51 mai doit être un autre Nassau. La vraie nature du 'Ponïmern reste une énigme.
- Le rapport de l’amiral Jellicoe signale la destruction certaine d’un croiseur de bataille, de trois cuirassés, de cinq croiseurs légers dont l’un pourrait être un grand navire, en y joignant la destruction probable d'un deuxième croiseur de bataille et d’un quatrième cuirassé. Il ajoute à cette liste, un sous-marin et six torpilleurs coulés ; trois autres torpilleurs ont été robablement hors d’état de gagner les ports. De plus une violente explosion annonçant la destruction d’un bâtiment inconnu a produit, à 8 h. 40 m., un choc violent ressenti sur les carènes de l’escadre Beatty.
- Des renseignements venus de Rotterdam font connaître les noms de quelques bâtiments qui sont revenus de la bataille, et qui étaient encore en réparation trois mois plus tard, d’abord celui du Seyd-litz, qui a dù à la proximité d’un port de refuge, le privilège de n’avoir pas le sort du Warrior. Les autres sont : cuirassés Grosser-Kurfiirst, Kônig et Markgraf de 26 000, Kaiser et Raiserin de 24000 t., Rheinland de 18600, Hessen de 13000; croiseurs de bataille Derfflinger, Moltke avec le mystérieux von der Thann ; croiseurs légers Frankfurt, Regensburg et Stetiin.
- L’état général de la Hochseeflotte, après sa rude épreuve du 31 mai, ressort clairement de sa faiblesse, dans la sortie exécutée le 19 uillet par l’amiral von Sheer, avec quatorze ou seize grands navires seulement. Cetle sortie n’alla d’ailleurs pas plus loin que la rencontre avec les éclaireurs anglais. Pendant la poursuite, les deux croiseurs Noltlngham, et Falmoulh se firent couler par les sous-marins allemands. L’amiral von Sheer perdit un sous-marin et peut-être un second; mais il put ramener le Weslphalien torpillé par le sous-marin anglais E-23. Cette o s le nom de Westphalien est certain, sinon son sauvetage.
- Depuis lors un sous-marin anglais a rencontré et torpillé le 7 novembre, un cuirassé de la classe Kaiser. Ainsi fut close, en 1916, la série des sorties de grands navires dans la mer du Nord.
- La fin de l’année a donné un regain d’activité aux torpilleurs allemands, auxquels Bruges fournit si
- fâcheusement une base d’opérations commode.
- Dans la nuit du 26 au 27 octobre, une flottille de dix torpilleurs profitant d’un temps brumeux a pu franchir le Pas de Calais sans être signalée. Elle a atteint la route des transports de troupes d’Angleterre en France et y a coulé un transport, vide heureusement, qui revenait de Boulogne. Elle a détruit également un petit torpilleur anglais de ceux qui patrouillent à la recherche des périscopes. Enfin elle a fait des victimes dans le groupe des chalutiers. La flottille de garde anglaise, composée de grands torpilleurs de 900 est accourue; les Allemands ont battu en retraite après un vif combat. Un torpilleur anglais, atteint par une torpille, a été péniblement ramené sur une. plage. Deux torpilleurs allemands ont été détruits par le canon, suivant le rapport anglais contredit en Allemagne.
- Une seconde tentative, exécutée le 28 novembre par six torpilleurs, a été signalée et arrêtée devant Douvres. La retraite s’est effectuée avant l’arrivée de l’escadrille anglaise.
- L’insuccès de la seconde expédition, après le succès incomplet de a première, semble avoir fait renoncer les Allemands à risquer ainsi leurs torpilleurs; en effet, pour leur dernier exploit, ils ont eu recours aux sous-marins. Il s’agissait d’aller attaquer les pêcheurs de Brixham sur le terrain habituel de leur pacifique métier. Les sous-marins ont accompli leur besogne sans aucun danger. Trois bateaux de pêche ont.été coulés. L’immunité des bateaux de pêche en temps de guerre était tellement entrée dans les mœurs, de temps immémorial, que le droit international ne prenait même pas le soin de consacrer la coutume.
- Ce sont là des événements, assez futiles d’apparence, après celui du 31 mai. Cependant le danger que présente un nid de torpilleurs et de sous-marins aussi voisin que Bruges maritime mérite une attention toujours en éveil. Les avions y bombardent de temps à autre les flottilles allemandes. Les nouveaux monitors anglais, beaucoup mieux protégés contre les mines et le canon que le Severn, la Mersey et YHunber, de 1914, l’ont canonné plus d’une fois sans doute; mais ce ne sont là que des destructions incomplètes et temporaires, g Bertin,
- Membre de t’Institut.
- Fig. ig. — Médaille commémorative de la bataille du Jutland.
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- LA GUERRE NAVALE EN 1916
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- Navires cités dans le texte. (Se reporter aux tableaux antérieurs, nos du 13 février 1915 et du 1er avril 1916 pour les navires déjà cités.)
- DES BATIMEKTS DÉPLACEMENT VITESSE H m en < -—. g ^ t=> U ARTILLERIE CHARBON ENTRÉE EN SERVICE OBSERVATIONS
- tonnes nœuds millim. millimètres. tonnes
- ♦ Marine anglaise.
- Barham 27.500 25 550 VIII-581 Pétrole 1914 Quatre bâtiments attachés le 31 mai à
- X XII-152 l’escadre Beatty.
- 254
- Humilies 25.750 21 350 VIII-581 )) 1914 Cinq bâtiments.
- X X11-152
- 254
- lron-Duke 25.000 21 505 IX-543 900 1914 Quatre bâtiments. •6 O
- X XII-152 —;
- X o
- Ajax 25.000 22 520 X-343 900 1913 ld. O
- X XYI-102 a
- 254 «y "O
- Conqueror 22.500 22 505 X-343 ' 900 1912 Id. S
- X XVD102 2.700 » o
- 254 >•§
- Colossus 20.000 21,5 287 X-305 900 1911 Trois bâtiments. su
- 65,5 XYI-102 en
- 279 . «
- Collingwood 19.250 21,5 254 X-305 900 1910 Id. *3
- 44,5 XVIII-102 -
- 279 « en
- Bellerophon 18.600 21,8 279 X-305 9(00 1909 Id. tp
- X XYI-102 i £
- 279 '
- Dreadnought 17.900 21,8 279 . X-305 900 1906 Un bâtiment.
- 70 XIV-76 2.700
- 279
- Queen-Mary 27.000 28 229 YII1-345 X 1915 Détruit le 31 mai 1916.
- X XVI-152 3.000
- 229
- Inde fatigable 18.750 25 178 VIII-305 1.000 1911 Id.
- X XYI-102
- 178
- Defence 14.000 25,5 152 IV-238 1.000 1909 kl.
- 25,4 X 191
- 205
- Black-Prince 15.550 25,7 152 IV-238 1.000 1906 Id.
- et 25,4 X-152
- Warrior. 152
- ISoltingham 5.440 25,5 X IX-152 650 1914 Détruit le 19 juillet 1916.
- Falmouth 5.250 25,5 70 XiII-152 650 1911 Id.
- Cleopalra 5.800 29 76 11-152 Pétrole 1914 Expédition de Skvit.
- YIII-102
- Engadine Probablement cl’un modèle analogue au Cleopatra.
- {-) Les trois épaisseurs de cuirasse se rapportent à la ce nture, au pont principal et aux tourelles.
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-
-
- 80
- LA GUERRE NAVALE EN 19(6
- g H
- NOMS W W CA (=3* C/3 C/3 S tü K O .g £
- ë H < « 33 es 5 “j OBSERVATIONS
- DES BATIMENTS -! £ ' P H s *5 «
- 'W 1=) CJ ce •< p
- tonnes nœuds milUm. milimètres. tonnes
- Marine française.
- France et Paris 23.000 20 270 XII-305 900 1916
- 70 XXII-138,6 3.000
- 500
- Bretagne 23.500 20 270 X-310 900 1916
- 70 XXII-138,6 3.000
- 270
- Suffren 12.500 18 300 IV-305 770 1903 Disparu dans l'Atlantique, après le
- 70 X-197,7 1.100 24 novembre 1916.
- 500 VUI-100
- Marine russe.
- Gangut 23.000 23 279 XII-305 1.200 1914 Quatre bâtiments, mer Baltique.
- 76 XVI-120 3.000
- 292
- Maria-lmperatrissa . . . 22.500 21 305 XII-305 X 1915 Trois bâtiments, mer Noire.
- 76 XX-1-7 3.000
- 305
- Borodino 32.200 27 305 XI1-356 X 1916 Quatre bâtiments, mer Baltique.
- X X XXI-130
- Marine allemande
- L’un des cuirassés, celui dont la perte est avouée, appartenait à l’un des deux modèles assez différents ci-dessous :
- Pommern ancien .... 13.040 20,5 240 IV-280 700 1907
- 76 XIV-150 1.800
- 255
- Ersatz? 28.000 23 X VIII-580 XVI-150 X 1916 Trois bâtiments.
- Kônig 26.573 25 355 X-305 1 500 1914 Quatre bâtiments.
- 75 XIV-150 3.000
- 555
- Kaiser 24.510 23,6 350 X-305 1.000 1912 ld.
- 75 XIV-150 3.600
- 505
- Helgoland 22.500 20,2 300 XII-305 900 1911 Id.
- X XIV-150 3.000
- 280
- Nassau 18.600 20,7 500 X11-280 950 1909 Id.
- X XII-150 2.900
- 305
- Ces dix-neuf cuirassés composaient la ilotte cle l’amiral Slieer le 51 mai, avec les bâtiments du modèle Deutschlatid, ou Pommern
- ci-dessus, au nombre de quatre depuis la destruction de l’un d’eux en 19'lo.
- Il y avait probablement aussi quelques cuirassés de la classe suivante :
- Braunschiveig 13.000 18 250 IV-280 700 1906
- 76 XIV-150 1.600
- 255
- Lütsow 28.000 27 180 VI11-305 X 1915 Détruit le 51 mai 1916.
- X XII-150 probable
- 255
- Seydlitz 24.640 29,2 280 X-280 1.100 1915 Gravement avarié, sinon détruit.
- 50 XII-150 3.600
- 280
- JJbing 5.000 28 0 XII-104 X 1915
- 50 1.400 ou
- Frankfurt 100 1916
- mesbaden Données probables.
- Frauenlob . . .... . 2.657 21 0 X-104 X 1904 Détruit le 51 mai, équipage interné en
- 50 700 Hollande.
- Le Gérant : P, Masson. — Imprimerie Lamure, rue de Fleürus, 9, à Pans.
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- LA NATURE. — N° 2263.
- 10 FÉVRIER 1917
- EA GUERRE NAVALE EN 1916
- Questions diplomatiques et guerre sous-marine
- II
- Après la bataille du Jutland, les autres événements maritimes de l’année 4916 ne méritent plus qu'une rapide énumération. L’attention publique a été surtout éveillée par la traversée des sous-marins, d’une rive à l’autre de l’Atlantique. Ce sujet, particulièrement intéressant pour les lecteurs d’une revue scientifique, sera traité avec quelque détail, surtout en ce qui concerne le sous-marin commercial. L’application de la navigation sous-marine au forcement du blocus est une véritable innovation, qui est due à l’Allemagne; avant la guerre, on n’y songeait guère, en Allemagne moins qu’ailleurs.
- Ràppelons brièvement les incidents du blocus effectif, maintenu par l’immense ligne de barrage, qui ferme l’Atlantique au delà du cercle polaire et la Méditerranée jusqu’au fond de la mer Noire, qui permet aux alliés leurs transports de troupes et de matériel, qui protège encore dans une large mesure le commerce des alliés et celui des neutres et lui assurerait une sécurité complète si le droit international était respecté, enfin qui, à partir de la fin de 1915, a jeté le trouble dans les conditions de la vie économique de l’Allemagne.
- Au nord de l’Écosse, nos marins participent activement à la garde du blocus. C’est un rude et périlleux service. La littérature maritime, qui a célébré la vigilance de nos croisières dans l’Adriatique en 1915, la tenue au feu de nos cuirassés dans les Dardanelles et les exploits de nos bataillons de fusiliers à Dixmude, n’a pas encore fait connaître l’endurance de ceux qui peinent sans relâche sur une mer inclémente et dans les brumes du nord. Ces derniers, sans doute, auront plus tard leur histoire.
- Comme témoignage de la rigueur avec laquelle
- le blocus est maintenu, nous pouvons invoquer le respect qu’il inspire à la marine allemande. Un seul croiseur auxiliaire, le Greig, a essayé, en février 1916, de rééditer la campagne du Môwe de 1915, après s’être maquillé en vapeur norvégien. C’est au croiseur auxiliaire anglais Alcantara qu’échut l’honneur de déjouer la tentative. Le récit du combat entre les deux paquebots armés, tel qu’il a été rapporté, semble une page détachée d’un roman maritime. Le Greig avait ajouté la peinture du pavillon norvégien sur sa coque, aux couleurs norvégiennes hissées dans sa mâture. Il répondit à la semonce, en laissant YAlcanlara s’approcher à portée, et il lui décocha ses torpilles. L'Alcantara mit dix minutes à sombrer; cet intervalle lui suffit à ouvrir un violent feu d’artillerie et à couler le Greig. Le navire allemand avait sans doute amené les couleurs neutres avant de lancer ses torpilles; mais, comme on en a fait justement la remarque, il n’a\ait pu, ni effacer le pavillon norvégien de sa coque, ni même le couvrir.
- L’impossibilité de forcer le blocus en naviguant en surface étant admise, restait le recours à la navigation sous-marine. Le problème a été résolu à deux reprises par le sous-marin commercial Deutsch-lancl. Un second sous-marin commercial, \&Bremenf n’est pas arrivé à destination.
- Partant chaque fois de Brême, le Deutschland est arrivé le 10 juillet à Norfolk en Virginie, à l’entrée de la Chesapeake, et le 1er novembre à New-London en Connecticut, après des voyages accomplis à huit nœuds de vitesse moyenne. Dans l’intervalle, un sous-marin militaire, le U-53, est entré à Newport le 7 octobre; il avait été pris pour un commercial, et, en cette qualité, piloté courtoi-
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- 45' Année.
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- sement par le D-S américain. Comme chargement, le U-53 apportait une lettre du Kaiser 'a Wilson, comme avait fait le U-35 pour le roi d’Espagne, lorsqu’il était allé un peu auparavant à Carthagèno. La solennité de l’opération était ainsi rehaussée dans les deux cas. La croi>ière établie par les Anglais devant la côte des États-Unis, à la suite de la course du Môwe, avait été retirée antérieurement pour donner satisfaction à des susceptibilités de M. Lansing. La traversée des trois sous-marins a pu s’accomplir tout entière en surface, une fois franchi le barrage au nord de l’É-cosse.
- Le U-53, comme ses congénères anglais, français et autres, a du combustible pour un parcours total d’un millier de milles à toute vitesse. Il a donc pu faire son voyage d’aller sans être accompagné d’un ravi-tailleur. Le mystère plane sur la manière dont il a refait le plein de ses soutes, avant son entrée à Newport où il n’est resté que *24 heures. En quittant Newport, il s’est mis de suite en chasse devant New-York et Nantucket, Fi^' 2‘ imitant en cela le U-35 au départ de Carthagène. Il coula, sur la grande route du commerce, 8 ou 9 vapeurs, dont un norvégien et un hollandais qui allait de New-York à Amsterdam, en touchant à un port anglais sans y déposer de cargaison. Cette réponse ironique aux protestations de M. Wilson, contre la guerre sous-marine au commerce, ne- fut pas goûtée à Washington. La chancellerie allemande fut avisée que « la continuation de ces pratiques ne serait pas « tolérée, car elles auraient « pour résultat, en « fait, le blocus des ports américains ». La lettre
- du Kaiser était acceptée, mais non sa zone de guerre.
- Le cas du Deutschlancl ne soulève pas de question de droit international. Les ambassadeurs de France et d’Angleterre ont simplement signalé à Washington la difficulté de distinguer, dans | les eaux territoriales, le caractère commercial ou militaire d’un sous-marin admis à y naviguer. L’examen de l’entreprise du Deutschlancl doit être
- d’ordre purement technique. Il s’agit de l’aptitude des sous-marins aux opérations commerciales, dont j’aborderai l’étude en me reportant à un mémoire rédigé en 1912, qui a été publié en 1913 et 1914 par l’Association technique maritime.
- Le tirant d’eau du Deutschland a été relevé après déchargement à Newport. Il était inférieur de 0 m. 93 au tirant d’eau normal, 5 m. 20 en pleine charge. Les dimensions du navire à la flottaison, 94 m. 40 de longueur et 9 m. 41 de largeur, indiquent un allègement correspondant de 500 t. environ. C’est un chiffre plausible, d’après le devis des poids établi de la manière suivante.
- L’inaptitude des sous-marins à recevoir du chargement tient à deux causes, au poids de la charpente nécessaire pour résister à îa pression de l’eau en plongée, et surtout au poids énorme des accumulateurs qui emmagasinent l’électricité du moteur de plongée.
- Un sous-marin commercial n’a pas à descendre à de grandes profondeurs. Pour un déplacement P de 2000 t., tel que celui du Deutschland, il peut très bien se contenter d’une fraction de poids de coque égale à 0,6, qui serait un peu faible pour un sous-marin militaire de même déplacement. Le
- Un sous-marin allemand arrive convoyé à Londres.
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- poids de la coque emménagée a P, ainsi estimé à 12-00 t., n’a peut-être pas été atteint.
- Un très grand bénéfice est à réaliser sur le poids du moteur en plongée b Pi proportionnel à la puissance deux tiers du déplacement, parce que le service commercial n’exige pas de longues plongées. Un sous-marin anglais, le E-11, a marché 24 heures en plongée dans les Dardanelles, en mai 1915, pour aller torpiller quelques navires turcs, canonnières et transports, dans la mer de Marmara. De telles prouesses exigent une valeur de b égale à 2,5 au moins. Le Deutschland a dû se contenter de 1,25, ce qui donne un poids de 200 t., accumulateurs et dynamos, pour la marche en plongée.
- La marche en surface demande au contraire un moteur très robuste, conforme aux usages de la marine de commerce, pesant environ 83 kg par cheval, ce qui donne 100 t. pour les 1200 chevaux de puissance réalisés aux essais du Deutschland.
- Le total des trois poids qui précèdent, poids morts en sty le d’armateur, laisse exactement 500 t., pour le poids du chargement débarqué à Newport et des appro visionne-ments consommés en cours de route. La marche à 8 nœuds de vitesse n’a demandé que le cinquième de la puissance aux essais, soit 240 chevaux. A une puissance aussi .réduite, la eonsommation a pu atteindre 0,3 kg par cheval. C’est pour une traversée de 500 heures, une dépense de 36 t. de pétrole. Ajoutons 6 ou 8 t. de vivres et d’eau pour l’équipage. Nous pouvons compter, en faisant la part indispensable à la prudence, sur 50 t. en tout.
- Le Deutschland a donc pu débarquer et ensuite embarquer à Newport un chargement de 450 t., poids modeste, par comparaison avec les 1200 t. que prendrait un cargo de 2000 t. marchant à 8 nœuds.
- Autant qu’on a pu le savoir, le Deutschland a reçu à Newport une cargaison de retour de 450 t. environ. Il est à remarquer que cette cargaison était de la contrebande de guerre absolue, presque entièrement de provenance étrangère. Le nickel, de provenance évidemment canadienne, qui y figurait pour 350 t., a pu servir en Allemagne à obtenir 7000 t. d’acier pour canonsAinsi la grande répu-
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- blique, si stricte dans la prohibition du voyage con tinu, a servi de pays interposé pour le passage de la contrebande, d’un pays belligérant vers son adversaire. Si le Deutschland doit faire d’autres voyages, le gouvernement du Dominion canadien agira sagement, en surveillant l’emploi du nickel’ qu’il exporte aux États-Unis.
- La date de la mise en chantier des sous-marins commerciaux, que l’on peut fixer aux environs du 1er août 1915, montre que l’Allemagne avait gardé pendant un an des illusions tenaces, sur la durée de la guerre qu’elle avait au début, estimée à quelques mois. Nos amis de Grande-Bretagne étaient plus clairvoyants, quand, en août 1914, ils concluaient au Havre et à Boulogne leurs baux de loyer pour trois ans.
- Sur la rive orientale de l’Atlantique, l’activité
- des sous-marins allemands a été attirée, en 1916, par les commodités de relâche et de ravitaillement que leur, offrent les fiords norvégiens. C’est l’embuscade facile, dans la ré-gionméridionale, contre les navires Scandinaves qui font le trafic dans la mer du Nord, plus haut, contre les convois destinés à la Russie. La Norvège ne pouvait voir d’un bon œil ses eaux territoriales servir de base à des opérations dont elle est la première victime. Fort de l’exemple donné en Suède par la fermeture de la passe de Kogrund, le gouvernement de Christiania décréta, le 13 octobre, l’interdiction de l’entrée dans les eaux norvégiennes aux sous-marins de toutes nationalités. La chancellerie allemande protesta aussitôt avec énergie, contre la mesure que, de la part de la Suède, elle avait probablement sollicitée. La Norvège tient tête. En vain l’Allemagne a voulu user de violence en multipliant les destructions de navires norvégiens. L’échange de notes, qui se poursuivait dans la première quinzaine de décembre, paraît devoir se conclure par un accord. L’Allemagne ne demande plus qu’un peu de poisson norvégien en échange de son acquiescement au décret norvégien; la Norvège aura beau jeu pour obtenir le respect de sa marine de commerce en échange de son poisson. La mansuétude germanique, le respect des droits d’un pays faible, ont été le résultat de l’appui donné à la Norvège par lés autres scandi-
- Fig. 3. — Le sous-marin Deutschland en Amérique.
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- naves, par la Suède aussi bien que par le Danemark.
- Entre temps, la Norvège, qui avait de bonnes raisons de ne point laisser signaler au large la sortie de ses navires, a interdit l’usage de la télégraphie sans fil dans ses eaux territoriales. Un bâtiment germanique, qui n’avait pas amené ses antennes à la suite du coup de canon de semonce d’un torpilleur, s’est exécuté après avoir entendu siffler dans sa mâture un'projectile norvégien. Ce jour-là, échut au canon norvégien l’honneur d’avoir, le premier, rempli effectivement, sans y prétendre, le rôle de défenseur et de protecteur des droits des nations neutres.
- Un incident diplomatique, de règlement plus
- sortie projetée dans la mer du Nord. L’entrée en service des quatre croiseurs de bataille russes modèle Borodino et la destruction du Lutsow ont d’ailleurs complètement renversé la balance des forces, entré les escadres rapides des deux pays.
- La liste des affaires de détail mentionnées dans la presse s’ouvre par la prouesse d’un sous-marin anglais détruisant un vapeur allemand le 18 mai. Treize jours plus tard, une escadrille russe de six torpilleurs rencontra près des côtes de Suède un convoi allemand escorté par un croiseur auxiliaire, des torpilleurs de classe inférieure et des chalutiers; elle coula le croiseur, dispersa le reste de l’escorte et détruisit le convoi. Le 19 juillet, eanon-
- Fig. 4. — Le sous-marin allemand U-53 devant la rade de New-York.
- facile que le différend germano-norvégien, a été soulevé par un torpilleur russe qui, en novembre, rencontra près de Vardoe un sous-marin allemand et se chargea de l’expulser des eaux norvégiennes. La Chancellerie russe s’est naturellement empressée de présenter les excuses de circonstance,
- Pour la Baltique, la chronique navale a été presque muette en 1916. De là sort la conclusion, très favorable à la marine russe, que toutes les villes du littoral et surtout l’aile gauche de l’armée russe, qui s’appuie au rivage dans le golfe de Riga, ont été parfaitement protégées contre toute entreprise des forces navales allemandes. LdHochsee flotte ne s’est pas montrée dans la Baltique. La nouvelle, lancée dans la presse neutre, d’une expédition préparée contre Riga le 26 mai, par une force puissante, dont aurait fait partie le Hindenburg, n’a été probablement qu’un stratagème pour dissimuler la
- nade entre Landsort et Goltka, qui se prolonge les fours suivants en s’éloignant vers le Sud, sans indication des navires engagés ni des résultats de l’engagement. Enfin, dans la nuit du 10 au H novembre, par temps brumeux, une escadrille allemande pénètre dans le golfe de Finlande et bombarde Port-Baltique; elle est attaquée par une force supérieure et s’enfuit en perdant plusieurs torpilleurs ; c’est le principal fait de guerre de l’année.
- La Baltique, ou plutôt les détroits qui y donnent accès, ont donné lieu à un vif débat diplomatique. Le passage dans les Belts est commandé par la côte allemande; le Sund seul reste accessible. Après avoir franchi l’étranglement d’Eiseneur, entre le Danemark et la Suède, les sous-marins anglais piquaient au Sud, en passant à l’Est de Pile de Saltholm. Us trouvaient, dans les eaux suédoises, au Nord de la presqu’île de Skanor, une passe assez
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- commode, bien qu’obstruée par quelques bancs, manquer, non plus que les patrouillages alle-entre lesquels les fonds atteignent 5 et même 6 m. ; mands. Les gouvernements alliés ont donc pu pré-
- Fig. 5. — Sous-marin couvert de glace dans la Baltique.
- l’un des bancs porte le nom de Kogrund. Le passage dans les eaux territoriales était de courte durée ; il ne lésait aucune convention internationale; il était, au point de vue de la neutralité suédoise, aussi légal ou même plus légal que l’entrée du U-36 à Carthagène et celle du U-53 à New-port tolérées par d’Espagne et par les Etats-Unis. Le 22 juillet, le gouvernement Suédois déclara la passe de Kogrund fermée aux sous-marins de toutes nationalités, et il y plaça des mines. Le droit strict de la Suède est indiscutable. La mesure est d’ailleurs, sous son apparence d’impartialité, très amicale à l’égard de l’Allemagne qui dispose du canal de Kiel et même du passage par les Belts. Les sous-marins anglais, en s’écartant de la côte suédoise, tombent dans une mer où les barrages de mines allemandes ne doivent pas
- senter des observations en juillet, en signalant comme peu amicale à leur égard, une décision qui a sans doute été le résultat d’une pression de
- l’Allemagne; ils ont eu plus tard une compensation légitime, dans la décision prise par la Norvège, qu’ils ne prévoyaient sans doute pas en juillet.
- Avant de passer aux événements de la Méditerranée et du Levant, signalons le deuil causé par la perte du Suffren, disparu dans l’Atlantique, au large de l’Espagne, ou delà France. Le Suffren était passé le 24 novembre devant Gibraltar.
- En Méditerranée, le résultat des petits engagements entre torpilleurs, sous-marins, hydravions, etc., que nous mentionneron s pour terminer, s’efface devant celui des belles opérations de transports qui ont sauvé l’armée Serbe, constitué l’armée de Salonique et
- Fig. 6. — L’un des sous-marins anglais qui réussirent à passer dans la Baltique au cours de l’hiver.
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- Fig.. 7. — Marins allemands recueillis dans la mer du Nord par un sous-marin anglais après torpillage de leur croiseur.
- préparé la campagne de guerre dont l’entrée à Monastir est la première étape. Le ravitaillement des Serbes n’a coûté que la perte de la Dague détruite par une mine dans le golfe d’Antivari. Dans la mer Ionienne, sous la menace constanle des sous-marins qui ont une base sûre à Cattaro et d’innombrables refuges sur la côte Illyrienne, nous avons perdu un seul transport, le Memphis. Le reste de la flotte, nos vieux transports de Cochinchine, Vinh-Long, Bien-Hoa, Dugag-Trouin, qui ont retrouvé un regain de jeunesse, les paquebots réquisitionnés, France IV, Bretagne, Ceylan, Canada, Divona, Tchad, Sphinx, sans oublier le petit François-d'Assises, les croiseurs et les torpilleurs qui les escortaient, ont su accomplir impunément des traversées répétées. C’est un succès que l’on devait à peine espérer et qui met en relief l'habileté manœuvrière des capitaines et la vigilance mise à barrer le canal d’Otrante. La mer Egée, où, dès le commencement d’octobre, nous avons : à enregistrer le désastre du Gaina entraînant la mort de centaines de victimes, a été, depuis lors, le théâtre d’actes de piraterie particulièrement odieux parce qu’ils ont été dirigés contre les navires-hôpitaux.
- En Egée, les sous-marins allemands trouvaient, dans des points de relâche en nombre infini, un
- ravitaillement assuré par la vénalité des marins du pays. Ils pouvaient compter sur la connivence de certaines autorités. Ils recevaient, pour opérer à coup sur, les avis d’un service d’espionnage bien organisé, dont la base était indubitablement h Athènes, dans les légations des empires centraux.
- Le 21 novembre, dans le détroit de Zéa, le navire-hôpital Britannic, réquisitionné pour le service à la Compagnie White Star, fut guetté et torpillé par un ou peut-être deux sous-marins. C’était le plus grand et le plus beau paquebot du monde, le rival heureux des paquebots de la Compagnie Hamburg-America sur la ligne de New-York. Sur son immense accastillage, il portait une croix de Genève de 10 m. d’envergure, dont les bras étaient illuminés la nuit par 300 lampes électriques.
- Le 24 novembre, dans le canal Myconi, le Brœiner-Castle, autre navire-hôpital, fut guetté et torpillé à son tour.
- Il est permis de rapporter à ces attentats, la mesure prise à Athènes par les alliés contre les légations ennemies.
- La prédilection des sous-marins allemands à l’égard des bâtiments de la Croix-Rouge, sur lesquels ils n’ont pas àcraindre la menace de l’artillerie, s’était auparavant manifestée dans la mer Noire. Le 50 mars 1916, le navire-hôpital français Portugal y fut torpillé le 5 juillet devant Odessa. Son successeur, le paquebot russe Yperiode eut le même sort. La destruction du Portugal fît 115 victimes : le délégué delà Croix-Rouge, la doyenne des infirmières de Russie, 1 médecin, 14 sœurs de charité, 30 infirmiers, etc., etc.
- Après de telles abominations, on aime à trouver quelques faits de guerre. Le plus intéressant est l’entreprise hardie des sous-marins italiens qui pénétrèrent dans la rade de Pola, pendant la nuit du 1er au 2 novembre, et y lancèrent des torpilles aux cuirassés autrichiens. Les filets Bullivant, ce jour-là, remplirent leur rôle protecteur. Un sous-marin français coula, le 18 mai, le transport autrichien qui faisait le service du ravitaillement entre Üurazzo, Cattaro et Sebenico. Un autre torpilla le 4 mai un torpilleur autrichien sous le feu de l’ennemi. Par contre le Le Benaudin a été torpillé par un sous-marin. Nous avons aussi perdu le Foucault, détruit le 1 7 septembre par les bombes d’un hydravion autrichien.
- Les Anglais ne publient leurs succès contre les sous-marins que dans le cas assez rare où ils font l’équipage prisonnier. Ainsi fut-il fait, quand le yacht armé en guerre Aeguisa fut avisé du voisinage d’un sous-marin, par un T. S. F. du Lipari, paquebot qui venait d’être torpillé. L’Aeguisa se mit en quête et ouvrit le feu sur le périscope. Au deuxième coup, le périscope fut abattu ; au troisième la coque fut touchée. L’équipage du sous-marin se rendit.
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- Une fastidieuse énumération d’attentats aux biens et à la vie des non-combattants et des neutres ne saurait trouver place à la suite de récits de bataille. Nous n’emprunterons donc, à la guerre des sous-marins contre le commerce, que le strict indispensable à l’intelligence des débats dip!omatiques auxquels elle a donné lieu. Les pièces dont nous reproduirons les passages décisifs seront les premières versées au procès, lorsqu’il sera possible de reviser le droit maritime international, dont l’état actuel a été exposé aux chapitres VI et VII de la « Guerre navale en 1915 ».
- . La charge d’assurer le respect du droit des gens a été assumée, surtout en 1916, par le Gouvernement de Washington. Les États-Unis suivaient ainsi leurs plus vieilles traditions. Dans tous les Congrès, de celui de 1856 d’où est sortie la déclaration de Paris, à ceux de La Haye qui l’ont développée, leurs délégués ont plaidé la cause de l’inviolabilité de la propriété privée sur mer comme sur terre. Il n’était pas prévu que la vie même des non-combattants pût être menacée. L’ardeur de leur conviction juridique avait peu à peu rallié les suffrages. La suppression prochaine du droit de capture, hors le cas de blocus, a été prévue. L’étude du droit des gens est particulièrement florissante à /’American Society of international law (Washington). Ainsi revenait aux États-Unis le rôle de défenseurs des droits des neutres et des non-combattants.
- Avant d’entrer dans le vif des débats de 1916, signalons un droit des belligérants également digne de respect. C’est celui de ne pas rester lié par les conventions internationales, à l’égard d’un adversaire qui s’en dégage. A deux reprises au moins, nous avons été victimes de notre respect pour le droit en vigueur avant les hostilités.
- Après la destruction de Y Audacious par une mine mouillée dans la mer d’Irlande, l’Angleterre prit le 30 octobre et le 3 novembre .1914, une série de mesures propres à contrecarrer dans la mer du Nord les opérations des sous-marins et des navires de commerce allemands maquillés en neutres. Des barrages étaient établis. Les routes laissées libres pour entrer ou sortir par le Pas de Calais étaient strictement délimitées. La Hollande adressa, le 16 novembre, une protestation qui fut reconnue fondée en droit. Lorsqu’on mars 1916 les sousr-marins ont torpillé le Palembang et le Tubantia à la limite de ses eaux territoriales, la Hollande a pu juger les opérations offensives des Allemands plus dangereuses que les mesures de défense de l’Angleterre.
- Le second exemple, qui a trait aux États-Unis, mérite d’autant mieux d’être cité qu’il y est fait uno allusion partielle dans la note allemande du 4 mai 1916.
- Le 23 décembre 1914, quatre mois après l’imprudente adhésion conjointe de l’Angleterre et de la France à la déclaration de Londres de 1909, les États-Unis adressèrent à la Grande-Bretagne au
- sujet de l’arrestation en mer des bâtiments et des cargaisons américaines, de leur conduite dans un port anglais, suivie parfois de saisie après la visite, enfin d’une inégalité de traitement parfois manifeste, selon que le cuivre, par exemple, était destiné à l’Italie ou à la Hollande, les observations que justifiait l’état un peu incertain et incohérent des instructions relatives à la contrebande de guerre, à la contrebande conditionnelle tout particulièrement. D’autre part,- le 12 février 1915, les États-Unis, répondant à la notification allemande de la zone de guerre, déclarèrent que le gouvernement allemand ne pouvait valablement prétendre fermer ainsi une partie de la haute mer et que, vis-à-vis des navires neutres, il ne pouvait lui être reconnu, en aucun cas, d’autre droit que celui de visite et de capture. Ce qui s’ensuivit a été exposé dans la « Guerre navale en 1915», mais il convient de faire ressortir le résultat matériel des notes américaines du 23 décembre" et du 12 février.
- L’Allemagne, peu soucieuse des « impondérables », poussa la construction des sous-marins, en vue de l’usage qui avait été condamné à Washington. Les Alliés, préoccupés de satisfaire l'opinion des pays neutres, retardèrent jusqu’à la fin de 1915 l’application des règles d’un blocus effectif. Pendant toute une année, l’Allemagne se trouva ainsi jouir du double privilège de construire des sous-marins et, en même temps, d’augmenter les approvisionnements de coton pour sa poudre de guerre. Les États-Unis, très involontairement, se trouvaient avoir favorisé l’Allemagne.
- Il convient de reconnaître la persévérante fermeté avec laquelle le gouvernement de Washington est toujours resté fidèle à son point de vue du 12 février 1915, étendant à la protection de tous les non-combattants ses protestations en faveur des droits des neutres. L’énergie de M. Wilson, à protester contre le crime du Lusitania se retrouva tout entière lorsque, le 27 novembre 1915, l’An-cona fut torpillé sans préavis, par un sous-marin autrichien, comme avait été le Lusitania. Il est
- Fig. 8. — Après la destruction d’un sous-marin
- le canot de sauvetage regagne le destroyer avec l’équipage prisonnier.
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- assez curieux d’observer -que, dans une réponse où dominait le persillage, le cabinet de Vienne tenta d’opposer une sorte de fin de non-recevoir à la note américaine parce que le précédent des protestations relatives au Lusitanici y était invoqué. La réplique de Washington ne se fit pas attendre.
- Passant sous silence les catastrophes, qui se succédèrent ensuite dans une .zone de guerre de plus en plus arbitrairement étendue, et dont Lune, celle du P. and 0. Persia, le l" janvier 1916, coûta la vie au consul des États-Unis à Aden, nous arrivons à l’e'vénement capital en raison de ses. conséquences diplomatiques, la destruction du Sussex, le 20 mars 1916.
- Le paquebot-poste Sussex appartenant à la Compagnie des Chemins, de fer du Nord fut guetté et torpillé sans préavis, par un sous-marin qui ne laissa rien voir 'de plus que le bout de son périscope. Le sous-raarin n’avait pu se tromper sur l’identité du navire. La route suivie écartait l’hypothèse d’un -transport de troupes. Le Sussex n’a pas de canons. Aucune circonstance atté- • nuante. Au nombre des passagers américain s, se trouvaient le professeur James Mark Baldwin avec sa fille et une équipe de dames de la Croix-Rouge. 11 y eut 80 victimes, tant blessés que tués et, parmi les blessés, la fille de M, Baldwin. On se rappelle le câblogramme au président Wilson, que dicta la fierté américaine au professeur Baldwin :
- « Une femme voyageant où elleenavait le droit, « avec un passeport américain, gravement blessée a sur le Sussex, étant entre la vie et la mort, défi mande que réparation soit exigée pour l’attentat « à la vie et à la liberté des Américains. »
- La chancellerie allemande, avisée de l’orage qui grondait à Washington, prit les devants par une note cauteleuse, où il était question de certains torpillages récents, dont pent-être celui du Sussex. M Wilson, après le délai nécessaire pour recueillir des informations indiscutables, associa le Congrès à ses résolutions par son discours du 19 avril; puis il adressa à Berlin la note qui a mis la question sur son vrai terrain, en concluant par un ultimatum.
- La pièce serait à reproduire en entier. Elle rappelle la protestation solennelle américaine contre la
- création de la zone de guerre et la promesse allemande de sauvegarder les droits des neutres et la vie des non-combattants. Elle rappelle le renouvellement implicite de cette promesse contenue dans la menace de traiter comme navires de guerre les bâtiments de commerce armés de canons, adressée par l’Allemagne à la lin de 1915. Elle spécifie que la démarché actuelle est faite au nom de l’humanité et au nom des droits des nations neutres. Pour abréger, nous ne reproduirons textuellement que la conclusion :
- « Le gouvernement américain constate que l’emploi des sous-marins pour la destruction du commerce ennemi est inconciliable avec les principes d’humanité, les droits incontestables des neutres et les privilèges sacrés des non-combattants.
- « A moins que l’Allemagne n’annonce immédiatement qu’elle abandonne ses méthodes d’attaque actuelles contre les navires transportant des passagers et des marchandises, les Etats-Unis n’auront d’autre choix que la rupture diplomatique. »
- La note allemande du 4 mai qui suivit n’est qu’une longue protestation de respect pour les principes sacrés de l’humanité aussi bien que pour les principes du droit international. La seule excuse est dans la volonté du peuple allemand, derrière laquelle la chancellerie s’abrite à deux reprises. Faut-il y ajouter l’assertion que le gouvernement allemand s'est déclaré deux fois prêt à faire la paix. Rien dans la note américaine n’appelait une telle déclaration. Enfin l’acquiescement à l’ultimatum, avec un corollaire ambigu desliné tout au moins à sauver les apparences, est donné dans les termes suivants :
- « Conformément aux principes généraux de la visite, de la perquisition et de la destruction des navires marchands, tels qu’ils sont reconnus parle droit international, lesdits navires, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur de la région déclarée zone de guerre, ne devront pas être coulés sans avertissement et sans que les vies humaines soient sauvées, à moins que ces navires ne tentent de s’échapper ou n’opposent de la résistance.
- « L’Allemagne attend des États-Unis qu’ils insisteront pour que le gouvernement britannique
- A
- Fig. ç. — Après la destruction d’un sous-marin allemand l’équipage est recueilli par le navire anglais.
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- observe les règles du droit international formulées dans la note qui lui a été adressée, le 23 décembre 1914, par le gouvernement des États-Unis. Au cas où les démarches dans ce seus n’obtiendraient pas le résultat que l’on désire à Washington, à savoir que les lois de l’humanité soient respectées par toutes les nations belligérantes, le gouvernement allemand envisagerait la nouvelle situation, dans laquelle il devrait se réserver à lui-même la liberté de ses décisions. »
- La diplomatie américaine pouvait dénier à la chancellerie impériale son espérance, vraie ou feinte, d’un compromis, tout en acceptant le terrain de discussion allemand. En effet, la note du 23 novembre 1914, reçue le 28, à Londres, est antérieure à l’origine des véritables difficultés de droit international, qui est dans la création sans précédents, le 1er mars 1915, d’une police de barrage, exerçant la pression économique d’un blocus militaire sur l’Allemagne, sans en faire peser les pénalités sur les neutres. Le gou-vernement de Washington préféra prendre les choses de haut; il repoussa durement toute tentative de marchandage, dans la note du 10 mai, qui enre gistre l’acquiescement à l’ultimatum.
- « Afin d’éviter tout malentendu, le gouvernement américain notifie au gouvernement impérial qu’il ne peut pour un seul instant admettre et encore moins discuter la suggestion que l’observation par les autorités allemandes, des droits des citoyens américains sur les mers, dépende en quoi que ce soil et le moins du monde de la conduite de tout autre gouvernement à. l’égard des neutres et des non-combattants. »
- Le refus de laisser le gouvernement de Berlin se prévaloir de négociations entamées entre Washington et Londres était aussi justifié, qu’avait été futile la fin de non-recevoir opposée a Vienne, dans le cas de l'Ancona, à la présentation par la diplomatie américaine d’une pièce émanant d’elle-mème.
- 11 n’y eut point de réplique allemande.
- L'ensemble des trois notes du 20 avril, du 4 mai et du 10 mai, est souvent désigné sous le nom de Convention germano-américaine du 4 mai 1916.
- L’effet immédiat, mais temporaire, de l’engagement pris par l’Allemagne apparaît clairement sur la figure .10, qui prolonge jusqu’à la fin de mai
- 1916, la courbe des destructions hebdomadaires pour l’année 1915 donnée fig. 18 du numéro de La ISalvre du 25 mars 1916.
- Le nombre des navires détruits en 7 jours, assez modéré en janvier, était descendu à 5 pour le mois de février, puis avait suivi en mars une courbe ascendante assez réguilère. En avril et en mai, époque du torpillage du Sussex et de l’échange dè notes diplomatiques, la brusquerie des variations oblige à fractionner le mois en plusieurs parties. On voit sur la figure que l’attaque du Sussex a eu lieu à un moment de croissance très rapide, signe d’instructions probables reçues de Berlin. Il y avait eu auparavant une chute qui correspond assez bien avec le départ de l’amiral von Tirpitz de l’Amirauté. Le mouvement de décroissance a suivi de très près la réception à Berlin, de la note du 20 avril; il s’est ensuite continué en mai, jusqu’à ce
- que le nombre fût descendu de 18 à 6. Après le mois de mai, la statistique tenue par le journal Land and Wa-ler est devenue muette.
- D’après les nouvelles éparses dans les journaux, les opérations des sous-marins ont été à peu près limitées en mai et juin à la Méditerranée. Puis la guerre s’est déchaînée partout avec violence, contre des navires de commerce neutres, aussi bien que contre les belligérants, avec quelque prédilection pour les Norvégiens. La distinction entre l’intérieur et l’extérieur de la zone de guerre a été supprimée comme l’avait promis la note du 4 mai. La zone de guerre s’est étendue partout ; elle a, comme nous avons vu, gagné un instant les côtes des Etats-Unis. Ou bien l’Allemagne a supposé que le Président Wilson avait dépensé dans ses notes toute son énergie de légiste convaincu et d’honnête homme, ou bien elle a compté sur l’agitation de la période électorale pour être libre d’agir en toute sécurité.
- Aujourd’hui, le Président des Etats-Unis est rentré à la Maison-Blanche avec une autorité renforcée par sa réélection. A Berlin, M. Zimmermann ne passe point pour être un homme à atermoiements. La situation devra s’éclaircir. L’ultimatum du 20 avril tient, ou il ne tient pas.
- L’action de l’Allemagne est aussi nette que sa diplomatie est tortueuse et ses protestations hypo-
- vner
- Fig. io. — Tableau, des destructions de navires par sous-marins allemands de février à mai içiô.
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- crites. Il n’y a que l’embarras du choix, parmi les destructions qui ont brutalement violé tous les engagements de février 1915 et de mai 1916. On peut découvrir quelques cas où, sur de très petits navires,
- page du bâtiment détruit a été recueilli à bord du sous-marin. Le sauvetage a été accompli ainsi sur les navires Scandinaves Lys-land et Lanao.
- Les sous-marins les plus accommodants accordent dix minutes aux passagers et à l’équipage pour embarquer dans les canots du bord. Le torpillage sans préavis supprime tout délai. Le feu a été quelquefois ouvert sur les embarcations chargées de monde; c’est une exception.
- Dès l’origine, M. Wilson a déclaré que la vie humaine n’est nullement sauvegardée lorsqu’elle est livrée au hasard de la mer dans de petites embarcations. Il peut, pour se confirmer dans cette appréciation, consulter, par exemple, la tragique histoire des naufragés du liant coulé sur la côte de Norvège en novembre dernier. La mer était mauvaise. Deux canots sans voilure se partagèrent l’équipage. De celui où était le capitaine, on n’a pas eu de nouvelles. L’autre, où était le second avec cinq hommes, a gagné la côte à l’aviron; l’un des rameurs avait succombé en route à la fatigue; un deuxième mourut après le débarquement. Restaient quatre survivants ; les Norvégiens sont de rudes hommes de mer. A la même époque une baleinière a débarqué au Havre quelques survivants du vapeur Scandinave liisay dont une autre embarcation a disparu. Les mines, qui survivront à la guerre font une besogne pire que celle des sous-marins.
- Le 10 juin 1916, Magnus Gjertsen, commandant en second et unique survivant du vapeur norvégien Prosper III, fut apporté à Pauillac par le Latèce. Son navire avait été coulé au large le 6 juin par une mine ; parti avec trois hommes, il avait vu mourir ses compagnons, avant d’ètre lui-même recueilli. Il serait facile d’allonger ce martyrologe pour les neutres seulement.
- Le soin de protéger la vie des citoyens des Etats-Unis n’a pas permis d’accepter sans protestation la destruction du Marina, à son départ deQueenstown dans les derniers jours d’octobre. Il y avait à bord une soixantaine d’Américains, passagers ou chauffeurs, dont six ont été tués et deux blessés. Plus récemment, la destruction du Paierait) a également entraîné la mort de plusieurs Américains.
- La destruction des grands paquebots à passagers, après celle du Lusitania et du Sussex, a repris comme aux plus mauvais jours. Ce fut, au commencement de novembre, le torpdlage sans préavis, dé l'Arabie, de la Compagnie P. and 0., qui portait 455 passagers. La mer était belle. Des navires de secours se sont trouvés à portée. Il n’y a eu, cette fois, d'autres victimes que des mécaniciens atteints par l’explosion. Les négociations diplomatiques engagées au sujet de l’A?’a-bic, par M. Lansing, semblent laborieuses.
- Lés actes attentatoires à des conventions internationales particulièrement sacrées,. ceux dirigés contre les navires couverts par la Croix de Genève, sont les plus odieux de tous. Lorsqu’en 1915 le navire-hôpital Asturias fut
- Fig. il. — Tous les passagers y compris les enfants sont munis de ceintures de sauvetage. Exercice de sauvetage à bord d’un paquebot.
- Fig. 12. — Une relique du Lusitania. Morceau de papier enfermé dans une bouteille qui fut jetée à la mer au moment du naufrage et retrouvée en juin igiô.
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- attaqué sans résultat par un sous-marin, le gouvernement de Washington adressa une protestation qui fut entendue à Berlin. La chancellerie allemande s’excusa le 10 mars, affirma que Y Asturias avait élé pris à tort pour un transport de troupes, et se félicita de ce que la torpille eût manqué le but. Dans le cas du Brilannic, l’erreur n’a pas été possible. De nuit comme de jour, à cinq milles de distance, pour ne pas voir la Croix-Rouge sur le Britannic, il fallait les yeux qui ont observé des appareils militaires sur les tours de Reims.
- Rappelons le Br œmer-C asile, le Portugal, le Vperiode, tous torpillés sans préavis, toujours avec des victimes, il serait pire qu’étrange, que les conventions de la Haye, dans le mépris dont elles sont l’objet, aient entraîné des conventions consacrées par un demi-siècle de respect universel.
- Ainsi s’offrent, à la méditation du Gouvernement de Washington tous les motifs de porter un jugement et de fixer sa décision.
- Au milieu de 1915, quand il était encore permis de juger impossible que le droit des gens
- restât sans champion chez les neutres, sinon sans avocats, un article de la Bevue des Deux Mondes fut consacré aux conditions créées par l’entrée en jeu du sous-marin. Ecrit en termes d’une modération voulue, il s’adressait surtout à l’opinion américaine. Par une ironie du sort, le courrier qui le portait aux amis de l’auteur et aux nombreux abonnés de la Bevue fut torpillé sur l’A-rabic. Comme sanction du droit maritime international propre à assurer le respect, le plus simple et le plus modeste avait paru être l’interruption des relations de commerce. On pourrait y revenir et y insister. Une telle interruption eût évité aux Etats-
- 9^ 3 'V*
- Fig. i3.
- Unis le désagrément d’avoir servi d’étape, d’ailleurs très légalement, pour ravitailler un belligérant, sur le 17-53, avec une contrebande de guerre absolue, provenant des usines de l’adversaire. Pour les Etats-Unis qui sont un pays strict, s’il en est, à condamner la contrebande absolue, qui en permet la saisie en tous temps et en tous lieux, à la seule condition que sa destination soit établie, l’envoi du nickel du Canada semble un peu humiliant.
- Sans perdre l’espoir d’assister à un éveil de la 1 consc ence uni-
- versels, les alliés pensent que le plus sur est de compter d’abord sur soi-même, ainsi que le conseille le bon La Fontaine. On combat efficacement l’action des sous-marins, en rendant leurs opérations plus dangereuses pour eux-mêmes et moins dangereusespour leurs victimes.
- La chasse, qui est parfois une pêche, est menée activement. Canonnières, torpilleurs, yachts et chalutiers armés d’artillerie battent la mer par milliers. Leurs appareils de recherche ont progressé. Les hydravions leur apportent quelque concours. A ceux qui s’impatienteraient, on
- peut répondre que les problèmes à résoudre sont ardus, sans être insolubles. Les chiens, qui ne se servent guère de leurs yeux, sont dotés d’un appareil olfactif dont l’équivalent est difficile à obtenir. Nous pouvons seulement nous accuser de quelque retard dans l’application du moyen le plus simple et le plus sur, dans l’armement des vapeurs de commerce eux-mêmes, qui n’a commencé qu’à la fin de 1915.
- Les sous-marins, les plus grands, qui filent 18 à 20 nœuds en surface, n’en filent que 9 ou 10 en plongée. Ils ne torpillent donc en plongée qu’en se tenant en embuscade et la torpille manque souvent
- Le sauvetage des femmes et des_ enfants, de /'Arabie.
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- le but. Ils ne poursuivent qu’en surface. Leur arme favorite est alors le canon; mais ils redoutent eux-mêmes le canon. Les navires armés d’artillerie, tels le Gallia et le Burdigala, n’ont été attaqués que par des sous-marins en plongée. On a estimé que le danger est réduit des cinq sixièmes au moins, pour les bâtiments de commerce qui portent deux pièces de 100 à 150 mm. : Les canons de modèle ancien suffisent parfaitement ; il s’en trouverait peut-être encore à utiliser.,
- Les mesures de protection de la coque des bâtiments sont moins faciles à improviser. Les cloisons étanches des bâtiments de commerce sont évidemment insuffisantes contre les torpilles. On peut du moins se préserver des mines, par une simple filière qui rencontre et écarte l’orin.
- La guerre actuelle, qui nous ramène à quelques siècles en arrière, avec l’artillerie armant les navires de commerce, a. fait un autre emprunt au temps où les convois de navires de charge partaient sous l’escorte des frégates et même des vaisseaux du roi. Paquebots et grands transports trouvent souvent la protection de convoyeurs qui parfois les accompagnent et, plus souvent, les attendent aux atterrissages et dans les passages dangereux.
- Les moyens de défense sont, comme on voit, nombreux. La question n’est pas de faire un choix entre eux. Tous sont à employer au mieux des circonstances, eh s’éclairant de l’expérience acquise chaque jour.
- La guerre sous-marine au commerce a été une surprise. Elle nous a trouvés mal préparés à la défense, ce qiii n’a rien d’humiliant pour nous. Elle ajoute des horreurs nouvelles aux horreurs imprévues de la guerre continentale telles que la dépor-
- ta lion des populations civiles. Nous n’en apprécierons que mieux tout le danger dont notre triomphe de demain sauvera le monde, le monde tout entier, y compris l’adversaire qui, mis dans l’impossibilité d’imposer aux autres nations un joug odieux, aura la consolation d’en être délivré lui-même.
- Si les monuments durables sont ceux que le temps édifie, chaque mois ajouté à la guerre ajoute des années radieuses à la paix qui verra refleurir les dogmes d’humanité deux fois millénaires. Les fils des générations mutilées pourront alors bénir leurs pères, ces braves que l’on peut voir chaque jour dans les gares de l’Est et du Nord, rentrant casqués et crottés, prêts à reprendre le chemin des tranchées. Avec leur gai et hon sourire, ils montrent, dans leur clair regard, le vrai métal de France, pur enfin des scories dont il fut trop souillé. Comme ils savent que la victoire est à qui tient une heure de plus, nos hommes nous disent, à leur seul aspect, qu’ils se tiennent prêts, eux, à tenir un an de plus que l’ennemi.
- La lutte, dont s’entrevoit le terme, aura été âpre et longue. À l’avantage de sa préparation, l’ennemi joignait deux éléments redoutables de supériorité, la situation centrale en face d'advei'saires dispersés, le commandement non moins central, accepté ou subi par des complices ou comparses. Les alliés ont eu surtout pour eux les impondérables, dont le travail est lent, mais continu, qui ont toujours le dernier mot. Ainsi l’assurent les hommes d’Etat qui ont médité sur le sens profond de notre vieil adage: L’homme s’agite et Dieu le mène.
- 25 décembre 1916.
- E. Bertin,
- Membre de 1’Instilul.
- Fig-. 14. — Steamer, coulé par une mine dans la mer du Nord.
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- LES PHYLLIES
- Études biologiques de M. l’abbé Foucher.
- M. l’abbé G. Foucher, conservateur des Collée- I métisme. Les Phyllies ressemblent, en effet, à s’y lions d’Histoire naturelle de l’Institut Catholique 1 méprendre, aux feuilles de goyavier sur lesquelles
- de Paris, vient de consacrer à quelques Orthoptères qui sont parmi les animaux les plus extraordinaires que nous connaissions, une série d’études biologiques, parues d’abord dans le Bulletin (le la Société nationale (VAcclimatation, puis réunies en un volume par les soins de cette Société (1). Nous nous proposons de faire connaître à nos lecteurs les principaux résultats des belles recherches de M. l’abbé Foucher (2).
- L’un de ses sujets d’étude a été une phyllie, PhyIlium bioculatum Gray (fig. 1), qui vit dans File de Ceylan.
- Les Phyllies ou « feuilles errantes » sont bien connues de tous les naturalistes comme l’exemple le plus parfait du mi-
- ellés vivent et dont elles se nourrissent communément. L’aspect de l’insecte est extraordinaire, comme le rappelle M. Edmond Perrier dans la préface du livre de M. l’abbé Foucher : « Il y a quelques années, dit-il, Charles Brongniart présenta à l’Académie des Sciences un goyavier sur lequel vivaient plusieurs Phyllies, il fallut les indiquer une à une pour qu’on pût les reconnaître. Un illustre anatomiste, membre de l’Académie, en fut tellement surpris qu’il demanda la permission d’en emporter quelques spécimens chez lui, afin de s’assurer par des expériences appropriées qu’il s’agissait bien d’animaux et non de feuilles mobiles comme celles de la sensitive ou des
- I. Abbé G. Fouciieu. — Etudes biologiques sur quelques Orthoptères.
- 1 vol. in-4°, avec planches, 1916; Société Nationale d’Acclimatation, 55
- Fig. 2. — Phyllie mâle à l’état parfait.
- rue de BulTon, Paris. | vrage qu’il
- 2. Nous remercions vivement M. l’abbé Foucher des beaux documents photographiques extraits de son ou-a obligeamment mis à jiotre disposition.
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- plantes carnivores. La ressemblance., entre la feuille et l’insecte était telle ici que les Pbyllies elles-mêmes s’y laissaient prendre et rongeaient en les découpant en demi-cercle les bords de l’abdomen de leurs camarades, absolument comme
- Fig. 3. — Phyllie femelle à l’état parfait.
- elles rongeaient les feuilles elles-mêmes. »
- La Nature a déjà, signalé (n° 1597) les nombreux essais tentés depuis 1855 pour élever en Europe des œufs de Phyllie, assister ainsi au développement de l’insecte et observer toutes ses particularités biologiques. Ces tentatives nous avaient appris déjà beaucoup de faits intéressants, mais aucune n’avait été aussi complète que celle de M. l’abbé Foucher.
- Les premiers individus lui furent rapportés de Ceylan par le professeur Bugnion, de Lausanne, à qui nous devons tant de beaux travaux sur les insectes, et particulièrement les termites de cette grande île. Lors de son dernier voyage, en 1915, M. Bugnion recueillit quelques Phyllies vivantes et un assez grand nombre d’œufs. En route, les adultes moururent tous, et M. l’abbé Foucher ne reçut que les œufs. Il les plaça dans un insectarium, et en vit sortir successivement 38 larves dont 5 seulement survécurent. Il put ainsi observer les trois premières mues, mais dut s’arrêter là, les derniers insectes étant morts pendant l’hiver.
- En 1914, M. l’abbé Foucher reçut, au moment de l’exiosition d’animaux vivants dont La Nature a parlé (n° 2146), quelques jeunes larves qui venaient d’éclore. Cette fois, il put mener son élevage à bien jusqu’au bout et il eut la satisfaction d’obtenir 17 insectes parfaits : 13 mâles et 4 femelles qui pondirent 643 œufs. Le 12 septembre 1915, plus de 400 avaient donné naissance à de nouvelles larves, et le cycle du développement était entièrement accompli.
- La Phyllie bioculée adulte est un bel insecte de 7 à 8 cm de long, large de plus de 4 cm chez les femelles. Elle fait partie de la famille des Phas-mides, de l’ordre des Orthoptères. Les deux sexes sont nettement différents.
- Le mâle (fîg. 2) est le plus petit, son développe-ment est aussi plus rapide et son existence plus courte. Les antennes ont 24 articles, tandis que celles de la femelle n’en ont que 9. La tête porte, outre deux yeux très proéminents, 3 petits ocelles rouges qui n’existent pas chez la femelle. Le mâle a des ailes transparentes, extrêmement délicates et presque aussi longues que le corps; la femelle en est dépourvue. Big. 4. — L’accouplement
- L’abdomen des Phyllies.
- du mâle est
- orné de 2 petites taches blanches, cerclées de brun.
- La femelle (fig. 3) est la plus extraordinaire au point de vue de sa ressemblance avec les feuilles de goyavier sur lesquelles elle vit. Ses organes sont rassemblés dans l’axe de la feuille, mais son abdo-
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- LES PHYLL1ES
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- Fig. 5. Jeune larve à la naissance.
- Fig. 6. Phyllie après sa première mue.
- mon, ses élytrès et ses pattes s'étalent en expansions foliacées de la même couleur vert émeraude que les feuilles. Tout y est, non seulement la forme et la couleur générale, mais aussi les plus petits détails ; les ély très portent une nervure
- centrale et 6 nervures latérales plus petites ramifiées comme
- chez le végétal. Bien plus, à
- l’automne, quand les feuilles jaunissent, puis brunissent, les Lords de la Phyllie passent par les mêmes couleurs. On comprend que les Phyllies elles-mêmes s’y trompent et dévorent par'erreur le bord de l’abdomen d’une de leurs compagnes. Les Phyllies, comme beaucoup d’autres. Orthoptères, ont la
- curieus.e propriété de s’autotomiser, c’est-à-dire de se sectionner un de leurs membres sans inconvénient; il reparaît à la mue suivante, un peu plus petit seulement.
- Les Phyllies femelles ne volent pas; elles passent leur temps à dévorer les feuilles à leur portée, ne se déplaçant: que rarement et lentement
- par un étrange balancement, du corps qui leur donne l’aspect d’une feuille agitée par le vent, Elles n’avancent guère que de quelques centimètres en plusieurs minutes.
- Les Phyllies mâles volent très souvent et rapidement, surtout au crépuscule. L’aspect de leurs ailes en plein vol rivalise avec celui des Libellules. À un moment donné, peu de jours après être devenus adultes, la femelle et le mâle s’accouplent (fig. 4).
- Le lendemain ou quelques jours après le mâle meurt. Une quinzaine de jours plus tard la femelle commence à pondre. On voit successivement chaque œuf sortir lentement de l’oviducte; puis brus-: quement par une violente contraction de l’abdomen, la femelle le lance au loin.
- Cet œuf est, lui aussi, une merveille. Son enveloppe brune et rugueuse présente cinq côtes inégales et un opercule qui donnera passage à la jeune larve. Sa ressemblance avec les graines de Conium est telle qu’on en a expédié plusieurs
- fois en Europe par erreur comme échantillons de graines. Dans l’œuf, la petite larve se développe, repliée sur elle-même, le thorax contre l’opercule.
- Lors de l’éclosion, on voit apparaître le thorax, puis la tête et enfin l’abdomen, suivi des pattes postérieures Aussitôt dehors, l’abdomen se déroule, s’étale, s’aplatit et, une demi-heure après, la jeune Phyllie court-çà et là dans l’insectarium (fig. 5). Elle est alors couleur rouge vif, et ce n’est que 4 ou 5 jours plus tard qu’elle prendrà peu à peu sa couleur verte définitive.
- Pour passer de ce premier stade à l’état adulte, les! mâles subiront cinq mues, les
- femelles six. La première larve, longue de 16 mm, changera de peau environ tous les 25 ou 50 jours. Les transformations successives du mâle auront 20, 28, 41, 48 et enfin 56 mm de long; celles de la femelle 25, 50, 44, 56, 72 et enfin 84 mm
- Fig. 7-Phyllie après sa deuxième mue.
- Fig. 8.
- Phyllie femelle après sa deuxième mue.
- mÈÊÊËm
- (fig. 6 à 11). À chaque mue, l’insecte qui vient de quitter son ancien tégument s’empresse de le dévorer.
- Dans les élevages de M. l’abbé Foucher, les femelles nées en juin 1914 et devenues adultes à la fin de novembre commencèrent à pondre le 17 décembre et moururent en avril 1915; leurs œufs donnèrent les premières larves en mai et les premiers adultes en septembre 1915.
- Depuis, plusieurs amateurs d’entomologie ont pu réussir à élever des descendants des premières Phyllies nées en France.
- Aujourd’hui, après plus d’un an, les Phyllies
- Fig. ç. — Phyllie femelle après sa quatrième mue.
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- LES PHYLLJES
- bioculées provenant des élevages de M. l’abbé Foucher sont très nombreuses et ceux de nos lecteurs parisiens qui désireraient en voir vivantes et à tous les stades de leur développement n’auront qu’à
- aller faire une visite à la Galerie des Reptiles du .Muséum National d’Histoire naturelle où un buisson peuplé de Phyll ies est exposé.
- &
- Ce remarquable élevage vun des plus beaux et des plu" curieux insectes de la nature fait grand honneur à celui qui l’a réussi. Ce n’est pas le seul que M. l’abbé Fou-cher ait mené à bien, comme on le verra dans un prochain article.
- Nous ne pouvons pas espérer peupler nos bois de cette merveille du mimétisme ; la température de notre pays ne s’y prête pas et il faut trop de soins et de précautions pour réussir à transformer
- Fig-, io. — Phyllie femelle après sa cinquième mue.
- l’œuf-graîne
- en feuille errante. D’ailleurs
- 1 introduction de la Phyllie dans notre faune — si elle était réalisable — ne serait pas à souhaiter ; les jeunes larves se nourrissent de feuilles qu’elles découpent fort proprement comme nous l’avons vu, et les femelles adultes préfèrent les bourgeons terminaux des tiges qu’elles rongent de telle façon qu’ils ne repoussent plus.
- Somme toute, comme lefaitremarquer M.l’abbé Foucher, les goyaviers subissent de la part des Phyllies le même sort que nos sapins du fait dés gracieux petits écui mis.
- Les écureuils nous suffisent.
- Mais les belles rechei -ches de M. l’abbé Foucher sont pleines d’observations biologiques très précieuses.
- Si ces observations précises et méticuleuses ne nous apportent pas la clef du mystère de la Phyllie, c’est que les grands problèmes biologiques de la signification du mimétisme, de l’autotomie, du dimorphisme sexuel, sont en réalité insolubles. C’est déjà un grand mérite d’avoir vu tout ce qu’on pouvait voir, sans gâter ses observations par des théories préconçues. René Meri.e.
- Fig. ii.
- Phyllie mâle au moment de sa dernière mue.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du ii décembre 1916. [Suite.)
- Production expérimentale d’exlrasxjstoles. — On appelle extrasystoles des contractions du cœur, qui se produisent hors de son rythme normal. Elles manifestent l’existence d’excitatioris survenant à des moments sans rapport régulier avec la périodicité habituelle de ses battements. Marey avait déjà montré le moyen de les produirë en distribuant sur la surface du cœur des chocs d’induction ou des piqûres d’aiguilles qu’on fait agir dans l’intervalle des systoles ordinaires. L’excitation de l’oreillette produit une systole auriculaire ; celle du ventricule produit une systole ventriculaire. L’excitation de l’oreillette, en se propageant au ventricule d’après les lois ordinaires de la conduction, produira secondairement une extrasystole de ce dernier, qui, par rapport à la systole normale antécédente, se comporte chronologiquement comme la systole auriculaire par rapport à la précédente. La transmission de deux contractions, l’une normale, l’autre cxtranormale se faisant sensiblement avec la même vitesse, le retard de la seconde sur
- la première sera le même pour les deux cavités. Pour préciser ce phénomène, MM. Morat et Petzetakis ont opéré sur des chiens, auxquels la moele épinière avait été préalablement sectionnée au niveau de la septième vertèbre cervicale. Le cœur peut alors continuer à battre après la poitrine ouverte. Les sujets ainsi traités prennent le caractère des animaux à sang froid. L’espacement des contractions du cœur devient tel que, si l’on choisit convenablement, au cours de la diastole, la place de l’excitation, la transmission rétrograde .de l’extrasystole du ventricule à l’oreillette a le temps de se réaliser. Or, en portant des excitations de plus en plus fréquentes et continues sur la surface du ventricule, on arrive à accélérer son rythme en même temps que le rythme auriculaire. Mais, en pareil cas, la systole auriculaire vient après celle du ventricule et l’on a un véritable rythme inversé, parfaitement net dont la transmission peut d’ailleurs s’être effectuée par voie nerveuse ou musculaire.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahure, rue de Fleuras, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 2264.
- 17 FÉVRIER 1917
- UNE FUTURE TRANSVERSALE ENTRE LA GRANDE-BRETAGNE ET LA RUSSIE
- La guerre entraînera de profondes modifications, non seulement dans la carte politique d’Europe, mais encore dans la géographie des transports. Avant 1914, grâce à leur position centrale, et grâce aussi à la bonne organisation de leurs chemins de fer, l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie possédaient le monopole des relations ferroviaires entre l’Europe occidentale et la Russie. Les voyageurs en provenance de Londres, de Bruxelles et de Paris à destination de Petrograd ou de Varsovie passaient tous par Berlin, tandis que ceux se rendant dans le sud de la Russie empruntaient les voies allemandes et autrichiennes. Pareillement pour gagner la Russie, Suisses et Italiens n’avaient d’autres ressources que de traverser les empires centraux. Or, voici que deux projets sont à l’étude, l'un dans les pays scan-
- Nord pour débarquer à Bergen; de là, par chemin de fer, ils coupent d’ouest en est la Norvège et la Suède centrale, contournent ensuite par le nord le golfe de Bothnie, puis, arrivés à l’extrémité septentrionale de ce bras de mer, redescendent au sud par le réseau finlandais, pour parvenir finalement à Petrograd. Bergen est ainsi devenu le terminus du transsibérien vers l’ouest.
- Les profits que la Norvège et la Suède retirent ed ce transit ont fait naître dans ces deux royaumes le
- Transversales projetées entre la Grande-Bretagne et la Russie par la péninsule Scandinave,
- dinaves, l’autre en France, ayant chacun pour objet la création de nouvelles transversales est-ouest qui ne toucheraient pas les territoires allemands et autrichiens. Les deux lignes projetées passeraient l’une au nord, l’autre au sud de ces Etats.
- . Occupons-nous d’abord de la première; dans un article ultérieur nous décrirons ensuite la route méridionale, celle du 45° de Latitude comme l’appellent ses auteurs.
- Depuis le début de la guerre la seule route terrestre demeurée ouverte entre les Etats de l’Entente d’une part, la Russie, la Sibérie, et l’Extrême-Orient de l’autre, passe par la péninsule Scandinave, Voyageurs et sacs de dépêches à destination de ces pays partent de Newcastle, franchissent la mer du
- désir de conserver après la paix cette source de bénéfices, d’autant qu’on prévoit, après les hostilités, une augmentation considérable des relations commerciales entre la Grande-Bretagne et la Russie, et que, d’autre part, Anglais et Russes répugneront à traverser l’Allemagne.
- Aussi bien, en Suède comme en Norvège, se préoccupe-t-on de créer, au rétablissement de la paix, une transversale est-ouest de Londres à Petrograd passant par ces pays et destinée à concurrencer la route Flessingue-Berlin-Wirballen qui, avant le 2 août 1914, jouissait d’un monopole de fait.
- La nouvelle ligne comportera la traversée de la mer du Nord, comme l’itinéraire suivi actuellement, puis celle de la presqu’île Scandinave d’ouest
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- 45e Année. — 1" Semestre.
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- en est en chemin de fer. À la paix les conditions de la navigation redeviendront normales; dès lors le long détour par rail que l’on fait aujourd’hui vers le nord pour contourner le golfe de Bothnie n’aura plus de raison d’être, et l’on franchira directement la Baltique d’ouest en est. Comme points de passage on a choisi en Suède Kapellskar, rade située dans la gibbosité que la côte dessine vers l’est et en Finlande Abo. Entre ces deux ports la Baltique est très étroite et presque entièrement obstruée par les îles d’Àland. D’où deux avantages : traversée très courte, et en même temps presque complètement calme; sauf pendant deux heures au plus, on navigue au milieu d’un archipel fort dense, sur des eaux aussi paisibles que celles d’un lac. D’Abo, on empruntera ensuite le réseau finlandais pour gagner Petrograd par Riihimâki.
- Ce projet entraîne l’exécution de divers travaux pour mettre les réseaux ferrés Scandinaves en état de faire face à un service international rapide et bien organisé. C’est d’abord la construction d’une ligne directe reliant Stockholm à Kapellskar. Sa longueur ne dépassera pas 88 km. — En outre, des réfections considérables devront être exécutées afin de mettre les voies en état de supporter de grandes vitesses. Actuellement les express sur les réseaux Scandinaves et finlandais sont plutôt lents; le plus rapide sur la ligne suédoise qu’empruntera la route Londres-Petrograd ne marche pas à plus de 55 km à l’heure, arrêts compris; en Norvège la vitesse commerciale ne dépasse guère 44 km et en Finlande elle s’abaisse à 42. Afin de pouvoir concurrencer les lignes de l’Europe centrale, les trains devront donc être singulièrement accélérés. De plus, les voies devront être doublées dans tous les parcours suivis par les rapides internationaux(').
- La future transversale Scandinave comporte entre l’Angleterre et la BalLique deux variantes, selon que les bateaux partant de la côte anglaise aborderont en Suède ou en Norvège. Les deux itinéraires se soudent au centre de la péninsule Scandinave à Laxâ.
- Examinons d’abord la variante suédoise. Suivant ce projet, le point de départ en Angleterre pour la traversée de la mer du Nord sera Grimsby et le point d’arrivée Gothembourg. De ce port les voyageurs gagneront en express Kapellskar pour franchir la Baltique et d’Abo atteindront ensuite Petrograd.
- Sections. ‘ Disl
- Londres-Grimsby ......................
- Grimsby-Gothembourg...................503 milles marins :
- Gollicmbaurg-Laxâ-Stockholin-Kapellskiir . — —
- Kappclskiir-Abo.......................107 —
- Àbo-Pelrograd.............................— —
- Voici les distances par cette ligne et la durée de leur parcours d’après les auteurs du projet (2) (voir le tableau ci-dessous).
- Pour un service international les vitesses prévues par le projet sont beaucoup trop faibles. Il faudrait qu’elles soient portées à 80 km à l’heure sur rail et à 22 nœuds sur mer; ce qui n’est certes point exagéré. Si ce progrès était réalisé, le trajet Londres-Petrograd pourrait être effectué en 46 heures environ, auxquelles il faudrait ajouter 1 h. 50 à 2 heures de battement pour l’embarquement à Grimsby et les deux débarquements à Gothembourg et à Abo. Alors seulement, la transversale par Gothembourg pourrait concurrencer la ligne Flessingue-Berlin-Wirballen, par laquelle le trajet Londres-Petrograd s’accomplissai t en 45 h. 50.
- Au point de vue du transport des marchandises ce projet mérite tout particulièrement de retenir l’attention. Les grandes associations économiques et les chemins de fer de Suède se préoccupent de développer leurs relations avec la Grande-Bretagne, et pour cela étudient l’établissement d’un service de bacs-transbordeurs de trains entre Gothembourg et un port de l’estuaire de l’Umber, Grimsby ou Immingham. On envisage la mise en service de bacs de 140 m. de long, de 8000 à 8500 tonnes de déplacement et filant de 14 à 17 nœuds. En outre, on propose la création de deux lignes de ferry-boats entre Abo, Port-Baltique et Kapellskar Cette organisation aurait pour résultat non seulement d’augmenter le chiffre d’affaires que la Suède fait avec la Grande-Bretagne et qui s’est élevé en 1914 à 618 millions de francs; mais encore, de faire bénéficier ce royaume Scandinave du transit d'une grosse partie des échanges entre la Russie et l’Angleterre. Les expéditions de beurre de Sibérie à destination de Londres auraient, par exemple, le plus grand avantage à prendre la voie de Suède. Grâce aux bacs en service sur la mer du Nord et sur la Baltique les wagons anglais pourraient venir charger dans les ports russes. Au point de vue du transport des denrées périssables cette organisation présenterait donc de grands avantages.
- Passons maintenant à l’itinéraire par la Norvège. Jusqu’à Hallsberg, à 201 km dans l’ouest de Stockholm, il se confond avec la section occi-
- nces. Temps et vitesses.
- 249 kilomètres. 5 heures 50'
- 51 heures 50' à la vitesse de 16,4 nœuds.
- __ ~ l 8 heures 45' à la vitesse commerciale
- ( cle 62,4 kilomètres.
- — 197 — 7 heures 10' à la vitesse de 15 nœuds
- 8 heures 30' à la vitesse commerciale de 72 kilomètres.
- 2535 — 59 heures 25'
- 1. Ce doublement des voies est en cours d’exécution. Sur la ligne Golhembourg-Slockiiolm il est déjà effectué entre Gothembourg et Alingsât (41 km); il est commencé eu outre d ôrebro à Hallsberg (24 km), section aujourd’hui congestionnée par le service international Londres-l’etrograd, et,
- entre Hallsberg et Laxâ (30 km) (lignes de Stockholm à Kristiania et à Gothembourg).
- 2. Hjalmar Cassel och Guslaf Asbrink, Kappclsliai banan ach en internationnell tran-itotecl Byssland-Sverige-England.
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- déni ale de la route suivie actuellement entre Londres et la Russie. Comme aujourd’hui, on franchirait la mer du Nord de Newcastle à Bergen. De là i un train direct ferait traverser aux voyageurs la pénin- 1 suie Scandinave de l'ouest à l’est dans sa plus grande largeur et les amènerait à Kapellskar aux bords de la Baltique, d’où ils suivraient vers Petrograd la route’ précédemment indiquée par Abo-Riihimaki.
- Au point de vue des distances cet itinéraire s’établit ainsi :
- Sections. Distances.
- Londrcs-Newcasilr* (cl eniin d° 1er) . 451km
- iVewcaslle-Bcrgi'ti (traversée de la
- mer du Nord)........................ 785 (425 milles marins).
- Bergen-lvrisliania (chemin de 1er). . 492 —
- Kristiania-Kapellskar tld.)...... 659 —
- Kapellskar-Abo (travers' e de la Bal-
- tique)........................ 197— ou 107 milles marins.
- Aho-Pelrograd (chemin de 1er) . . . 615
- Total. . 5178 km
- La ligne norvégienne est donc plus longue de G43 km que la ligne suédoise.
- Les vitesses pratiquées actuellement en Norvège restent très faibles. Le paquebot le plus rapide entre Newcastle et Bergen ne marche pas à plus de 16 nœuds et en palier l’express ne fait guère plus de 44 km à l’heure. Tous ces services devront donc être notablement accélérés. Les journaux de Kris-tiania demandent la mise en marche de paquebots filant 22 nœuds entre Newcastle et Bergen; par j cette amélioration la traversée se trouverait abrégée de 7 heures et demie sur l’horaire actuel le plus court. Le chemin de fer de Bergen à Kristiania franchit le relief de la péninsule Scandinave et atteint la cote 1501 m. à 175 km environ de son point de départ occidental; comme toutes les lignes en montagnes, il comporte de très fortes rampes et des courbes à faible rayon. Néanmoins, suivant toute vraisemblance, au prix de travaux de réfection et en employant de puissantes locomotives, la vitesse commerciale actuelle de 40 km pourrait être portée à 60 au moins et le trajet réduit à 8 h. 30. Enfin, de Kristiania à Kapellskàr, si l’on arrive à faire du 80, le parcours serait accompli en 8 heures et quelques minutes, de telle sorte que
- l’horaire s’établirait ainsi :
- . Londres-Newcastle................ 5 h. 45
- Newcastle-Bergen.................19 h. 30
- Bergen-Kristiania................ 8 h. 50
- Kristiania-Kapellskar............ 8 li. 50
- Kapellskar-Abo................... 5 h.
- Abo-l’etrograd................... 8 h. 50
- 55 h. 15
- Par la ligne norvégienne, le trajet Londres-Petro- J grad avec service accéléré prendrait donc environ ! 10 heures de plus que par la ligne suédoise, sans I compter les arrêts pour les embarquements et | débarquements. Cet inconvénient sera, il est vrai, ! compensé en été, aux yeux de beaucoup de voya- j geurs, par la beauté de la route. L’entrée de Bergen j par les fjords est très pittoresque et le chemin de î'er vers Kristiania dans la traversée des montagnes j olfre une suite incomparable de paysages gran-
- dioses. Cette ligne ferrée compte parmi les plus belles de l’Europe.
- Les Norvégiens ont en tête un second projet. Ce serait d’achever rapidement la ligne ferrée en construction de Kristiania à Krisliamand, près de la pointe sud-ouest de la péninsule Scandinave et d’utiliser la position centrale qu’occupe ce dernier port dans la mer du Nord pour en faire le point de départ de deux grandes routes internationales : l’une vers l’Angleterre, l’autre vers 1 Allemagne.
- Kristiansand se trouve à 565 milles marins (672 km) de Newcaslle et parla ligne ferrée en construction à 367 km de Kristiania. Avec des bateaux filant 22 r.œuds et des express atteignant une vitesse commerciale de 80 km, le trajet Londre'-New-caslle-Kristiania pourrait être accompli en 28 heures.
- Londres-Newcastle..................... 5 h 45
- Newcastle-Kristiansand.................16 h. 50
- Kristiansand-Kristiania................ 4 h. 45
- Embarquement et débarquement . 1 h.
- 28 heures.
- Si à ces 28 heures on en ajoute 22 pour le parcours Kristiania-l’etrograd, on arrive à un total de 50 heures de route effective et de 52 heures avec les arrêts nécessités par les transbordements.
- Les Norvégiens étudient, en outre, l'établissement d’un service de ferry-boats transbordeurs de trains de Kristiansand à Ilirtshals, à l’extrémité septentrionale du Jutland, sur la face nord de la pointe de Skagen. Entre les deux ports la distance est seulement de 151 km; c’est le passage le plus court de la côte norvégienne à l’extrémité septentrionale du Danemark. Ce service abrégerait notablement la durée du voyage entre Kristiania et Hambourg qui, pour les pays du nord, restera toujours une place de premier ordre.
- D’un autre côté, pour rendre plus rapides les communications entre Gothemhourg et le grand port allemand, les chambres suédoises viennent de voter la création d’un service de bacs transbordeurs de GolhembourgàFrederikshavn, tête delignevers le nord des chemins de fer du Jutland. Stockholm et le nord sud suédois se trouvant déjà reliés au réseau allemand par le service de bacs fonctionnant à travers la Baltique deTrelleborg à Sassnitz, il existera donc désormais deux jonctions entre les lignes ferrées suédoises et allemandes par-dessus la mer.
- Ainsi pour les pays du Nord la guerre n’aura entraîné que d’heureuses conséquences. Non seulement tous se sont grandement enrichis — en 1915 la Norvège a gagné plus d’un milliard de francs (1195 millions), ainsi qu’en font foi les déclarations des citoyens pour l’établissement de l’impôt sur le revenu, — mais encore, après la paix, ils garderont une partie des sources de revenu dont ils ont bénéficié pendant cette période de conflagration générale. Très certainement la Suède et la Norvège conserveront une grosse part du transii entre la Grande-Bretagne et la Russie, si elles savent faire à temps l’effort nécessaire. 'Charles Rabot.
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- LES MOYENS INDIVIDUELS DE PROTECTION DU SOLDAT
- Leur évolution depuis l’antiquité. — Leur avenir.
- Fig. i.
- Empereur romain.
- Dans la présente étude, après avoir retracé l’histoire du système individuel de protection du soldat, je me propose d’envisager dans quelle mesure les conditions de la guerre actuelle semblent justifier un retour au système protecteur.
- L’histoire de la transformation des armes défensives est entièrement liée à celle des armes offensives. C’est pourquoi il est légitime de distinguer deux périodes de leur évolution qui seront :
- 1° Période de l’arme blanche associée aux armes de jet à faible puissance (arc, arbalète, javelot) ;
- 2° Période des armes à feu. La limite commune à ces deux périodes répond à la fin du x\e siècle ou au début du xvie et leurs caractéristiques sont : pour la première, l’évolution progressive du système individuel de défense et, pour la seconde, l’évolution régressive de ce même système qui va s’atrophiant parallèlement aux perfectionnements des armes à feu.
- I. Période de l’arme blanche. — Si nous remontons aux premiers âges de l’histoire, les vestiges de l’industrie humaine préhistorique nous renseignent principalement sur les armes offensives de nos ancêtres; mais des armes défensives, rien ou presque rien.
- Faut-il conclure de l'a que ce système était alors inexistant, non certes, et il est probable que, pour le chasseur et pour le guerrier, cette partie de l’armement se confondait avec le vêtement lui-même. En tout cas, on ne peut pas considérer comme absolument improbable, qu’à côté de la protection assurée par d’épais vêtements de peau et de fourrure, l’homme ait cherché à se protéger à l’aide d’un bouclier qui, dans 1’évolution chronologique des armes, serait ainsi sensiblement contemporain de la hache et du trait.
- A côté du bouclier, le casque et la cuirasse occupent dans la protection du combattant une place importante, mais dont l’originé répond à une époque beaucoup moins éloignée de nous.
- Dans le groupe celto-slave, régions du Nord et de l’occident, et dès l’ère celtique (ixe à me siècle av. J.-C.) on
- trouve cependant la coiffure de bronze et, dès l'époque gauloise, les boucliers de bois ou d’osier renforcés de bronze ou de fer. Dans le bassin de la Méditerranée, les guerriers font de même usage de ces armes dès le début de l’histoire ; la cuirasse (Thorax chez les Grecs, Lorica chez les Romains), est complétée par un système de plaques destinées à la protection des membres. Ce haut degré de perfection n’a cependant pu survivre dans le bassin méditerranéen à la chute de l’Empire romain, et il n’a laissé après lui que des exemplaires d’une exécution tout à fait embryonnaire.
- C’est ainsi que chez les Francs, l’élément défensif n’était représenté que par l’association du bouclier et du casque, sans cuirasse, et lorsque celle-ci réapparaît ultérieurement (époque de
- Fig. 3. — Costume de g uerre du règne de Charlemagne.
- Fig. 2. Chef gaulois.
- Charlemage, ixe siècle), c’esfisous la forme d’un gilet fait de plaques métalliques
- juxtaposées et d’une exécution imparfaite; un beau modèle de cette arme se trouve au musée de l’armée aux Invalides. Sur la même reconstitution, on remarque un casque à haut cimier complété par un protège-tête et un gorgerin de cuir.
- Au xiB siècle, la tapisserie de Bayeux nous montre, comme d’ailleurs le sceau de Richard- Cœur-de-Lion (xne siècle), l’apparition de la cotte de mailles affectant d’abord la forme d’une redingote, puis celle d’un costume de bain; complétée par un casque conique à nasal, elle constitue l’équipement du guerrier normand dontles extrémités, pieds et mains, sont protégées par des plaques de cuir.
- Au xiue siècle, les sculptures de la cathédrale de Reims, de même que l’évangéliaire de saint Louis (Bibliothèque nationale), montrent une cotte de mailles perfectionnée, combinaison métallique réunie au casque par un passe-montagne en mailles d’acier; l’ensemble constituant le heanberl protège le guerrier avec le heaume, casque cylindrique en pièces métalliques
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- LES MOYENS INDIVIDUELS DE PROTECTION DU SOLDAT
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- battues, ajustées par des rivets et percées de deux trous.
- Au début du xiv° siècle, le souci de protéger les jointures l'ait placer, au niveau de l’épaule et des genoux, des plaques métalliques qui recouvrent ces articulations. Le heaume a disparu, et il .est remplacé par un casque du type bassinet avec une visière mobile percée de trous pour la vue et la respiration.
- Bientôt après (milieu du \ives.), on voit rapidement se constituer ïarmure vraie qui se substitue ainsi à Y armure de mailles; les plaques des jointures s’étendent aux parties interarticulaires, à la fois dans les deux sens, longitudinal et circulaire, de manière à enfermer le membre dans une gaine métallique; la main est protégée par une masse articulée, le gantelet, et le pied par un soulier de fer, le soleret ; le tronc reste couvert d’une cotte raccourcie à la longueur d’un veston, le haubergeon. Cet ensemble constitue le harnais auquel s’adjoint bientôt le corselet d'acier qui se prolonge sur le bassin par une sorte de jupe en cercles métalliques imbriqués, les tassettes. La cuirasse complète se montre enfin sous le règne de Charles VII, augmentée de pièces nouvelles, les épaulières et le gorgerin, qui réunit l’armure au casque rond ou armet. Dès lors, le chevalier est enfermé dans une carapace fort pesante (80 kg) qui le rend à peu près invulnérable. Ainsi, alourdi et gêné dans ses mouvements, il ne peut sans aide, monter à cheval ou en descendre ; désarçonné il est à merci : aussi, pour diminuer les chances d’être démonté, on complète la défense de l’homme par celle du cheval au moyen d’une armure dont les premiers échantillons étaient apparus sous le règne de Charles VU.
- L’homme de pied, le fantassin, est loin d’être aussi bien protégé : armé offensivement d’armes de jet qui nécessitent une grande liberté de mouvement, il n’éprouve nullement le besoin de s’cntrav. r comme le cavalier, aussi n’est-il protégé que par un casque, un bouclier, des épaubères, cuissards, brassards, genou i 11ères et cotl e de mailles courte ou haubergeon, à laquelle s’ajoute, dans cer-tainescondilions, une demi-cuirasse abdominale. Le
- Fig. 5. —- Costume franc archer du rèune de de guerre du régné ChaHcs y,, sc pul;Uise à
- Philippe Auguste. merveille le maximum de
- Fig. 4. — Costume de guerre du règne de Hugues Capet.
- développement de l’arme défensive pour le fantassin.
- II. Période des armes à feu. — Brusquement, en quelques années, on voit l’armure se simplifier, c’est qu’en effet l’usage de la poudre à canon est venu détruire en quelque dix ans ce qui avait été patiemment acquis pendant des siècles.
- La réorganisation et les perfectionnements que firent subir à l’artillerie les frères Bureau (règne de Charles VII), lui donnèrent la mobilité qui lui manquait pour jouer un rôleimportant. L’apparition sur les champs de bataille de longs canons mobiles portés par des chariots, les engins volants, changea quelque peu les conditions de l’armement défensif, moins cependant que celle des armes portatives, couleuvrines à main en particulier (1404), qui intervinrent à la bataille de Morat (2e moitié du xve s.), et délerminèrent la victoire des Suisses sur Charles le Téméraire.
- Pourtant, à ses débuts, l’arme à feu portative eut des qualités de rapidité de tir et de portée très inférieures à celles des armes de jet, mais les perfectionnements qu’elle subit lui donnèrent rapidement un facteur des plus importants : la force de pénétration liée cà la force vive. Au début du xvie siècle les projectiles sont capables de percer les armures, et l’artillerie devenue maniable décide souvent du sort des batailles.
- L’intenention des armes à feu change donc l’allure du combat qui, d’individuel qu’il était, devient anonyme; on lutte à distance et on ne voit pas venir les coups non plus que leur origine : le bénélice de la protection s’atténue ainsi considérablement, et tout naturellement le combattant cherche la sécurité dans la mobilité et la rapidité de manœuvre. L’allégement du soldat, tant cavalier que fantassin, s’impose donc et s’accélère rapidement, aussitôt.après l’importante réforme de Gaspard de Coligny (milieu du xvie s.). Le pistolet, introduit dans l’armement du cavalier sous les règnes de François I01' et de Henri II, est complété par l’arquebuse, et finalement l’arrivée dans les rangs français de nombreux retires allemands se servant principalement des armes à feu, oblige, en 1570, la
- Fig. û.
- Armure du règne de Charles V.
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- 102 ~. - LES MOYENS INDIVIDUELS DE PROTECTION DU SOLDAT
- cavalerie noble française à abandonner la lance et à réduire l’armure pour prendre un équipement plus léger.
- Les cause> de l’évolution régressive des armes défensives se manifestant de plus en plus vivement, celle-ci marche à pas de géants, tempérée seulement par le désir de conserver dans une certaine mesure une protection contre l arme b'anche, qui a récupéré une partie de son importance depuis la découverie (de source espagnole, 1660] de la baïonneite. Cette évolution régressive estmarquée par les étapes suivanies : tout d’abord le bouclier disparaît en même temps que les plaques métalliques destinées a îa protection des membres; le casque et la cuirasse persistent cependant encore longtemps; le premier disparaît pendant le règne de Louis XIII et la cuirasse enfin est sacritiée à son tour sous le règne de Louis XIV (*). Un timide essai de rénovation du casque est fait sous Louis XV avec la création des dragons, et la cuirasse est rétablie avec le casque chez les cuirassiers dans les dernières années de la Hévoludon; mais, fait particulièrement remarquable, on tend à substituer à la protection métallique contre l’arme blanche, celle lournie par d’épaisses couches de tissus. C’est de cette idée que naissent l’épaulette, la crinière, le shako et le bonnet d’ourson.
- Ces données fournies par l’empire restent la base del équipement militaire en France, pendant la presque totalité du xixR siècle. Mais avec les guerres modernes une nouvelle notion se fait jour : la protection individuelle par la diminution de visibilité et la dispersion des unités. C’est de cette doctrine que sont nés ruuiforme de carçqpagne et les méthodes d utilisatio i du terrain en ordre disper>é, méLhodes qui s’appliquent aux unités de toute importance.
- Mais si cet ensemble de conditions répond assez bien à «elles du combat à grandes distances tel qu’il se pratique dans la guerre de mouvement, il en est tout autrement dans la guerre de position ou de tranchées telle qu’elle se pratique aujourd’hui, et ceci m’amène à envisager le système de protection individuelle dans la guerre actuelle.
- III. Guerre actuelle. —A côté du système collectif de protection de la fortification de campagne, une tendance s’est dessinée chez les belligérants : adopter des méthodes de protection individuelle.
- 1. Sauf pour les ingénieurs (génie) qui dans la tranchée portèrent et porteront jusqu’au siège de Sébastopol une cuirasse et une sorte particulière de casque, le pot en tête.
- 2. La Nature a publié une étude sur les masques, contre les gax asphyxiants (n° 2245).
- 3. Dans les dix aimées antérieures à la guerre, on avait non seulement pensé au casque, mais aussi au bouclier portatif d’infanterie.
- 4 Sur 105 tués et blessés, il y avait 14 plaies de tête,
- Cette tendance s’est matérialisée dans la mise en service des masques et lunettes contre les gaz lacrymogènes et asphyxiants (1 2) et surtout dans celle d’un casque de combat que porte constamment le militaire sur la ligne de feu (armées alliées), ou qu’il met seulement au moment « d’un coup de chien» (bombardement ou attaque; armées des puissances centrales).
- L’adoption du casque ne s’est pourtant pas faite du jour au lendemain, l’idée en était lalente depuis longtemps. Mais c’est seul-ment devant la fréquence croissante des plaies crâniennes par projectiles à faible vitesse que l’on se décida dans la première moitié de l’année 1915 à faire un pas dans celle voie en mettant en service la cervelière ou calotte métallique portée sous le képi (3) Le succès fut faible parmi les soldats; ils en reconnaissaient l’efficacité mais accusaient la calotte d’être cause de maux de lête; aussi, à de rares exceptions près, était-elle employée à une série d’usages autres que ceux auxquels elle était destinée: tour à tour, elle servit comme quart, comme ustensile de cuisine (pour préparer le café notamment), enfin, ironie du sort, comme urinai. Son efficacité était pourtant certaine.
- Dans une communication qu’ils firent à l’Académie de médecine au cours de l’annee 1915, le professeur Le Dentu et le Dr Devraigne montrèrent avec l’appui de chiffres, l’utilité inconlesLable de la cervelière (4). Ils citent notamment l’exemple de plusieurs calottes bosselées ou brisées sans blessures du port- ur.
- Les constatations furent telles, que le casque fut-adopté; les caractéristiques en ont été décrites déjà dans La Nature, je n’insiste pas, me contentant d’en étudier les résultats ; ils furent remarquables, et, dès son entrée en service fin août 1915, les soldats se montrèrent enchantés; aux atiaques de septembre 1915 nombreux furent les nnlitaires sauves par leur casque Depuis, le fait est tellement avéré, qu’il paraît presque ridicule d’y revenir; citons cependant des preuves. Dans une communication faite à l’Académie de médecine le 7 mars 1916 sur la valeur du casque, le médecin principal Roussy démontre celle-ci par l’examen comparatif des chiffres de blessures du crâne observées au service de la place de Paris.
- soit 13,3 pour 100. Sur un ensemble de 55 cas de blessures crâniennes 42 appartenaient à des soldats non porleurs de la calotte, soit 26,3 pour 100 des blessures et 13 pour 100 des militaires porteurs de la calotte. Au pointdc vue de la gravité, parmi les 42 blessés sans calotte il y avait 23 fractures (soit 60 pour 100 des cas et plusieurs décès consécutifs) et 19 plaies du cuir chevelu, tandis que sur 13 blessés avec calotte, il n y a aucune fracture, mais seulement 8 commotions cérébrales, 5 plaies superlicieliea, pas un seul cas de mort.
- Fig. 7. — Costume de g uerre du règne de Charles VII.
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- LES MOYENS INDIVIDUELS DE PROTECTION DU SOLDAT
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- Il remarque que le pourcentage des blessures s’est élevé après adoption du casque; fait, en apparence défavorable, et qui est au contraire significatif de la haute valeur de protection. En ell'et, le nombre des blessés a augmenté, parce que celui des morts a diminué.
- Quant aux faits, prenons-en quelques-uns au hasard : le professeur Souques (Société de Neurologie, du 9 novembre 1916) a présenté un militaire dont le casque était largement déchiré et enfoncé par des éclats d’obus, le porteur accusant seulement une plaie du cuir chevelu a\ec commotion cérébrale. A la réunion médicale de la IVe armée (7 octobre 1916) le Dr de Fourmestreau, présentant une série de casques de blessés, exprime 1 opinion que cette « heureuse innovation a sauvé un nombre considérable d’existences ». Parmi les très nombreux faits publiés, je m’arrêterai surtout à deux, parce qu’ils sont particulièrement instructifs : l’un rapporlé par les Drs llroquet et Roullaud, l’autre par le médecin principal Roussy. Le premier concerne un traumatisme par balle tirée à 1800 m. et armant de plein fouet sous un angle de 50°, tel que sans casque le projectile eût pénétré le crâne; au lieu de cela, la balle a été déviée et s’est arrêtée sous le cimier, sans causer de blessure.
- Le deuxième cas, encore plus remarquable, concerne un soldat dont le casque fut atteint dans la région frontale, sous un angle de 45", par une balle de fusil tirée à 200 m. et arrivant de plein fouet; c’était la plaie mortelle, mais, grâce au casque, la balle a tout d'abord été déviée en d. hors pour venir enfin s’arrêter entre la coilîe et le métal. Les lésions du porteur se sont bornées à une plaie contuse du cuir chevelu.
- Les faits sont légion, qui démontrent la résistance du casque aux projectiles arrivant obliquement, assurant ainsi une protection moyenne suffisante; en tout cas, ce qu’il faut avant tout retenir pratiquement de cette étude sur le casque, c’est que même très mince (et léger) il améliore considérablement la statistique des plaies crâniennes, tant au point de vue de leur fréquence qu’à celui de leur gravité.
- Celte conclusion n’est pas seulement applicable aux lésions céphaliques, le principe doit en être étendu aux au ires régions dangereuses du corps humain.
- Les chiffres.' valent mieux que les phrases pour en prouver les raisons :
- D'un fort intéressant volume publié récemment t1) j’extrais, en ce qui concerne le projectile, leschilïres suivants se rapportant à 479 observations de plaies abdominales
- suivies de laparotomie immédiate ou hâtive :
- Eclats (faible force vive)......... 352 cas.
- Balles (grande force vive).......14/ cas.
- On pourrait, à cette manière de totaliser les projectiles, faire l’objection d’une distinction arbitraire; mais si une erreur est commise dans celte manière de faire, elle avantage considérablement les projectiles à grande vitesse au détriment de l’autre catégorie. En effet, dans les balles ont été comptés les shrapnels (faible vitesse) et les balles de fusils ; parmi ces dernières, les balles à grande vitesse sont naturellement éliminées puisque, nous l’avons dit, les chiffres fournis concernent des malades opérés (2) : or on sait qu’à courte distance les projectiles à grande vitesse produisent, au niveau des cavités organiques, des effets d’éclatement immédiatement mortels, de même que les projectiles de masse importante à grand volume tuent par l’étendue et la largeur de la plaie. En résumé on voit donc que, après plus ample examen, la
- catégorie des projectiles à faible force vive -jj- se
- trouve plus accrue que diminuée.
- En ce qui concerne les plaies du thorax, les chiffres obtenus par la totalisation des blessés de même catégorie, aux mêmes dates, sont les suivants :
- Une même ambulance du front, sur une série de date récente se montant à 15 plaies pénétrantes du poumon, a compté
- Obus . . Shrapnel. Grenaile. Douteux. Balles. .
- 10
- 1
- 1
- 2
- 1
- t.DrAbactie(d'Oran). Les plaies de l'abdo-men, collection Horizon, Masson etGic,19l6.
- Fig. 8. — Bas officier-porte-étendard des bandes de Picardie [règne de François /").
- Sur ces 15 blessures 2 seulement avaient deux orifices, c’est-à-dire qu’elles semblaient perforantes, toutes les autres se rapportent à des projectiles retenus dans le thorax (donc faible force vive).
- Bien que l’on ne puisse se fonder que peu sur les statistiques obtenues en totalisant les corps étrangers extraits secondairement, il y a lieu de les considérer, car elles montrent avec quelle fréquence des balles à bout de course, animées d’une faible force vive, viennent se loger dans le poumon.
- Sur 72 observations d'extractions de projectiles du poumon (concernant des blessés d’août 1914 à mai 1915) on trouve ;
- Balle. ... 33, soit 53,7 pour 100
- Shrapnell. . 11, soit 1 î.2 —
- Obus. . . . 26. soit 26,5 —
- Grenades. . 2, soit 2 —
- soit 55 balles contre 59 explosifs et shrapnell. Et l’on n’extrait pas
- 2. Dans les cas désespérés les blessés sont morts avant l'arrivée à l'ambulance.
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- 104 -...... LES MOYENS INDIVIDUELS DE PROTECTION DU SOLDAT
- les très petits éclats 1 et le fusil et la mitrailleuse jouaient un rôle plus important au début de la guerre !
- Contrairement à ce qui se produit au niveau de
- plaies de poitrine observées par lui la mortalité s’est élevée à 4,5 pour 100 pour les balles, et à 40 pour 100, soit 10 fois plus, pour les éclats; et, comme parmi ces derniers sur 5 cas d’éclats retenus il y
- Fig. ç.—La protection du soldai moderne; projet d’armure pour igi7.
- l’abdomen, les projectiles retenus dans le thorax sont surtout graves par l'infection qu’ils apportent avec eux et qui se développe autour du corps étranger.
- Le Dr Schmid (de Nice) établit que dans les
- a eu 4 morts par infection, on voit l'importance de celle-ci dans la cause, des décès.
- Les plaies articulaires conduisent aux mêmes conclusions. Une statistique obtenue en réunissant 00 observations publiées par la même ambulance
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- LES MOYENS INDIVIDUELS DE PROTECTION DU SOLDAT
- 105
- du front, à la suite des combats d’octobre 1916, donne les chiffres suivants :
- 100
- Delais d’obus 48 69,5
- Grenades ou bombes . . 15 18,8
- lialles île fusils . . . . 4 5,7
- balles de shrapncl .... 2 2,8
- Balles de revolver.... 1
- Torpille 1
- Douteux 1
- soit 66 blessures par projectile à faible force vive contre 5 balles.
- Cette statistique ne comporte que des plaies pénétrantes, c’est-à-dire que les corps étrangers à très faible force vive n’y sont même pas compris; or sur l’ensemble des plaies, 55, soit 79,6 pour 100, étaient à projectiles retenus et 15 étaient perforantes, soit 18 pour 100; la proportion était donc :
- Obus . Grenades Torpille lie vol ver Fusil .
- Obus . . .Fusil . . tîrenacle. 1.) oui eux.
- 42
- 12
- 1
- Projectiles
- retenus.
- 76 p.100
- 21,8 p. 100 2,8 p. 100 2,8 p. 100 0 p.100
- Projectiles
- perforants.
- 58,4 p. 100 50,7 p. 100 1.1 P 100
- À la suite de cet exposé statistique, est-il
- nécessaire d ajouter que la gravité des plaies articulaires est principalement liée à la rétention de corps étrangers dans la plaie; oui certes, car on comprendra mieux l’intérêt qui s’attache à la protection contre les projectiles à moyenne force vive.
- En ce qui concerne les" plaies des globes oculaires (entraînant la cécité de l’œil lésé), les statistiques du P1' de Lapersorme et du D1' Terson montrent que, dans les 4/5 des cas, la plaie est causée par un projectile de Faible volume et à minime force vive, donc évitable.
- En résumé, de tout ce qui précède, on peut tirer les cinq conclusions suivantes.
- 1° Les projectiles à moyenne force vive (éclats et shrapnel) sont les plus fréquemment en cause (5/4 sinon plus du chiffre total) dans le combat actuel. La halle (fusil ou mitrailleuse), fréquente
- Fig\ io. — Une blessure du crâne qui sans le casque eût été mortelle.
- au début de la guerre, est devenue de beaucoup moindre importance.
- 2° Les petits projectiles à faible force vive sont très souvent la cause déterminante de dégâts mortels ou d’invalidité (infection).
- 5° Nombre de projectiles sont facilement arrêtés par une plaque métallique mince : l’adoption du casque a montré l’importance de la protection.
- 4° Seule la moyenne statistique (tués et blessés) doit entrer en ligne de compte.
- ..... 85 lignes censurées..................
- Les objections que je m’efforce de combattre ont d’ailleurs été formulées à propos du casque. Cependant celui-ci a considérablement amélioré le pronostic de gravité et de fréquence des plaies crâniennes, démontrant péremptoirement que, là comme ailleurs, seul le principe du rendement était à envisager; d’ailleurs toute rose a des épines, et, comme toute chose, le système de protection a des dangers et des inconvénients; mais alors, pour être absolument logique, il faudrait en renonçant à ce système prendre une série de mesures qui, cela saule aux yeux, seraient mauvaises, par exemple : supprimer le casque, renoncer à creuser des tranchées ou des abris bétonnés parce qu’ils peuvent s’écrouler sous le feu de l’artillerie et ensevelir les combattants; et si l’on demande à la protection de résister à la balle de fusil, pourquoi ne pas non plus exiger son efficacité contre l’obus plein.
- ..........20 lignes censurées.....................
- La guerre de tranchées a créé de nouvelles conditions, rompons donc avec les tendances d’allégement nécessitées par la guerre de mouvement, et prenons les mesures qui s’imposent ; si un jour la guerre de rase campagne reprend son cours, il sera toujours temps de faire suivre au système de protection, le sort de toutes les innovations de la guerre de tranchée. Pensons avant tout à éviter la mort ou l’invalidité de nos soldats. A. G.
- MAINS ARTIFICIELLES D’AUTREFOIS
- À diverses reprises, La Nature a entretenu ses lecteurs de la fabrication des appareils de prolhèsepour mutilés.Cette question est aujourd’hui d’une grosse mportance. La main et le bras sont particulièrement intéressants, les membres antérieurs étant
- par excellence des membres professionnels. Ces temps derniers, les revues spéciales appelaient encore l’attention sur une main artificielle, en construction à Zurich, main précieuse permettant à un amputé de saisir des objets de 90 millimètres
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- 106 ======== LA CRISE DU CHARBON... ]L Y A UN SIÈCLE
- à un dixième de millimètre, comme une main naturelle. Nul doute que l'on n’arrive dans cet ordre d’idées à une très haute perfection.
- La question des mains artificielles a passionné plus d’un mécanicien au cours des siècles pas-és. Justement, dans un ouvrage tout à fait récent, MM. Charles Perregaux et Perrot viennent de rappeler l’atiention sur un artiste qui, au xvme siècle, fut un habile fabricant de mains mécaniques : Leschot, associé et ami des Jaquet L)roz,les fameux constructeurs d’automates dont La Nature parla il y a quelques années.
- Les biographies et encyclopédies rapportent le cas du fils du fermier général La Reynière dont les deux mains avaient été fracassées dans un accident de chasse. La Reynière s’adressa à Jaquet Droz fils, en ce moment à Paris où son Écrivain, son Dessinateur et sa Joueuse de clavecin faisaient courir les curieux, et le mécanicien de laChaux-de-Fonds fit confectionner par Leschot au jeune homme des mains artificielles dont celui-ci lut fort satisfait.
- Dans les livres de comptes de l’artiste, on trouve également mention d’un bras pour une dame Roman, née Odier, de Paris, d’un autre pour un M. Carteret, de Dijon, d’une jambe pour un capitaine russe qui se fit tirer l’oreille au règlement.
- Dans une lettre adressée à un M. de Luze-Beth-mann, en 1795, Leschot donne des explications sur le fonctionnement du bras et de la main qu’il propose à la baronne Strakham, de Francfort.
- Il explique que les divers mouvements du bras et des doigts s’obtiendront au moyen de la pression d’une détente masquée par un gant dans le creux de la main artificielle. La disposition adoptée permettra de lever et abaisser le bras, de le tourner à druite et à gauche, de mouvoir la main sur sa jointure, les phalanges sur leurs arti-
- culations, et d’appuyer le pouce contreTindex. Ces deux doigts peuvent ainsi servir de pince pour les objets légers ou de petit volume, comme carte, aiguille de tricot, etc.
- Un bras de ce genre valait 50 louis.
- Peut-être nous donnera-t-on un jour quelque dessin relatif à ce système qui présente 1 avantage d’avoir fait l’objet d’une sorte d’exploitation commerciale.
- En attendant, nous pouvons rappeler que les bras et jambes artificiels de Jaquet Droz et de Leschot avaient été précédés des essais du fameux mécanicien que fut l’académicien Truchet, plus connu sous le nom de Père Sébastien. Il est question de ces essais dans l’éloge du Père Sébastien par Foutenelle. Jean Truchet n’avait pas craint de s’atteler à la tâche ingrate — sinon impo sible — de faire mouvoir des doigts artificiels au moyen de fils rattachés à deux moignons coupés au-dessus du coude. Ce problème lui avait été posé par un suédois dont les deux bras avaient été emportés par un boulet de canon et que la réputation du mécanicien français avait amené à Paris. L’ancienne Académie des Sciences eut connaissance de ces essais, paraît-il.
- Nous pouvons rappeler également que c’est à un serrurier de Paris, qu’il appelle Le Petit Lorrain, que notre grand Ambroise Paré attribue l’invention de la jambe de bois articulée et pratique et des bras et mains artificiels.
- C’est avec plaisir que nous enregistrons dans l’histoire de la prothèse ancienne c>s divers noms bien français. Et nous sommes reconnaissants à MM. P erregaux et Perrot — ce dernier descendant des Jaquet Droz — d’avoir fait revivre pour nous des artistes qui aujourd’hui nous sont doublement sympaihiques par leurs origines et par leur talent.
- LÉOPOUi) Revekchon.
- <gj'5v^3j'3s&.
- LA CRISE DU CHARBON... IL Y A UN SIÈCLE
- Il appartient à de plus compétents que nous de dire pourquoi il n’a pas été tiré meilleur parti de nos richesses naturelles en énergie calorifique, afin de laisser la plus grande quantité possible de charbon disponible pour les eokeries et pour les usines à gaz. Sans parler de nos cours d’eau et de nos chutes d’eau, appelés depuis longtemps : houille verte et houille blanche, qui ne sauraient être trop utilisés — puisque ces forces naturelles permettent de préparer acier, aluminium, explosifs — nous possédons des tourbières et des mines de lignites qui auraient permis de suppléer, dans bien des cas, et pour des usages locaux, au charbon rare et coûteux.
- Paris, au commencement du siècle dernier, ne connaissait pas encore l’usage du charbon de terre;
- seuls, le bois et la tourbe avaient droit de cité. Les tourbières de Corbeil étaient alors exploitées avec activité; elles rapportaient des sommes considérables à leurs propriétaires.
- Si nous avons pu, dans les quelques lignes qui précèdent, arriver à secouer l’inertie admini.-trative, en rappelant qu’il existe en France même d’autres combustibles que le charbon, dont on se contentait fort bien autrefois pour les usages domestiques, nous aurons fait œuvre utile.
- En développant plus longuement la thèse précédente, qui n’a cependant pas besoin d’être défendue, nous sommes amenés à prendre l’exact contre-pied de celle soutenue, il y a plus de cent ans, par un grand nombre de personnes avisées et désireuses de voir utiliser, en France, le charbon de terre au
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- LA CRISE DU CHARBON... IL Y A UN SIECLE
- lieu du bois, et cela, afin de remédier au renchérissement du bois.
- Sous nos yeux sont, en effet, tombées deux brochures—qu'il nous a paru piquant de rappeler aux lecteurs de La Nature : l’une est une réclame établie par la Socié é des mines de la Charbonnière, près de Decize, l’autre a été imprimée par ordre du Préfet de la Moselle, d’après le vœu émis p r le Conseil général dans sa session de l’an X. Touns deux ont pour but d’indiquer les « moyens de substituer avec avan âge le charbon de terre au bois dans les ménages, faïenceries, tuileries, poteries, fours à chaux; dans les états à chaudières, tels que les baigneurs-étuvistes, brasseurs, teinturiers, chapeliers, distillateurs, chymistes, etc. » Elles le font sous une forme différente.
- La première expose très nettement combien il serait facile d’amener, à l’aide des fleuves et des canaux, le charbon du bassin de la Nièvre, jusqu’à Paris. Au début, il rappelle l’exemple de notre vieille Lorraine, utilisant le charbon des provinces rhénanes.
- « À peine voyait-on (dans le département de la Moselle) quelques particuliers consommer de la houille; maintenant toutes les classes de citoyens ont adopté cet usage. Ce combustible est presque le seul employé à Metz par les administrations et dans les établissements publics, civils et militaires »
- (bicK
- Puis se trouve une statistique des plus intéressantes, mais dont les chiffres feront sourire sur le développement que l’auteur de la brochure considère comme rapide, voire, comme considérable.
- En 1802, il a etc consommé de la houille environ 200 000 kg
- — 1803, — — — 500.000 —
- — 1804, — — — l.OOO.OO' —
- — 1805, — — — 5.000.00O —
- — 18(6, — — — 4.000.000 —
- — 1807, — — — 6.000.000 —
- — 1808, — — — 8.000.00(1 —
- — 18H9, — — — 12.UU0 000 —
- Enfin suivent de nombreux conseils sur la manière de conduire un feu dans un poêle avec du chai bon de terre et surtout sur la manière de construire les poêles. L’économie, la salubrité, la sécurité contre les incendies, l’économie de place, l’utilisation des cendres de houilles, tout est examiné et les conclusions sont toujours en faveur du charbon de terre.
- La brochure, rédigée par ordre du Préfet de la Moselle, est sous la forme de dialogue. Pierre rencontre Jean fort mélancolique, car il est comme beaucoup de personnes actuellement, « il enrage contre ceux qui courent à l envi aux adjudications des bois et font monter les cours ». Il écoute Pierre
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- qui lui vante les avantages du charbon de terre et lui pose quelques objections, celles qui ont traîné partout et qui sont opposées même encore actuellement. Il lui décrit la richesse en houille du département de la Sarre.
- « Ce n’est ni conte, ni radotage de ma part, dit Pierre. Ecoutez-moi bien, mais sur-tout sans prévention.
- « Vous connoissez le charbon de terre, autrement la houille : il y a, à quelque distance de Metz, un pays qu’on appeloit autrefois le Nassau; il apparte-noit au prince de ce nom, et ce prince, comme bien d’autres, a abandonné son pa\s à l’approche des François, pendant la Révolution. Aujourd’hui, le Nassau est à la France; il est compris dans le département de la Sarre. Ce pays renferme des mines de charbon de terre; il y en a tant, que des montagnes entières ne contiennent pas autre chose. Les habitans d^ ces heureuses contrées ne pensent plus au bois; la houille leur suflit pour tous Fs usages; ils en consomment, dans de petits poêles, pendant l’hiver; leur soupe se fait au feu de la houi le; l’on en emploie pour cuire le pain, pour faire la bière, pour les fours à chaux, dans les verreries, dans beaucoup de forges, dans les fayenceries et dans les tuileries. »
- Et Pierre, à la fin, décrit les débuts de la fabrication du coke métallurgique et de la sidérurgie actuelle.
- « J’ai entendu causer plusieurs savans que l’on nomme chimistes et minéralogistes, ils éloient d’accord sur ce point, qu’en France on pouvoit employer la houille dans beaucoup de forges et même dans les hauts-fourneaux: qu’il ne s’agissoil que de carboniser ce charbon de terre, c’est-à-dire le convertir en charbon comme on fait du bois pour en obtenir le charbon que nous connoissons. La houille ainsi préparée est dépouillée de ses parties sulfureuses. C’est cette sub.->tance bitumineuse qui est un vrai poison pour le fer ; elle s’y incorpore et le rend cassant. L’on prétend qu’il est impossible de dégager lout-à-fait le charbon de terre de ces substances; mais en purifiant autant que l’art peut le permettre, il sera bon pour tous les fourneaux qui ne produisent actuellement que du fer tendre, c’est-à-dire, cassant par sa nalurr; il conviendra de même pour la fonte destinée aux munitions de guerre, comme bombes, obus, boulets. J’ai même entendu dire à un savant minéralogiste que le charbon épuré pouvoit également convenir pour faire de la poterie de fer. »
- Jean s’est déclaré convaincu après avoir entendu Pierre. Les nécessités actuelles le feraient revenir, mais à regret, à son opinion première, et il ne serait pas le seul.
- Nicolas Flajiel.
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- NOUVELLE PREPARATION DU CATGUT
- POUR LES OPÉRATIONS CHIRURGICALES
- Les chirurgiens ne chôment guère à l’heure actuelle. Mais pour assurer les vicloires du bistouri, la science et la dextérité ne suffisent pas aux praticiens. Il leur faut encore un matériel chirurgical perfectionné et parfaitement aseptique, du chloroforme pur, donné par des aides expérimentés et enfin, après avoir tranché dans le vif, ils doivent recoudre avec du catgut stérile, solide et souple ; de la sorte, ils pourront effectuer les sutures les plus délicates sans crainte d’infections secondaires. Or l’obtention de fils à ligature possédant ces trois qualités indispensables, — que les hommes de l’art ont baptisé qualités des o-S, — ne va
- industriel de la région parisienne, M. Wilt, qui l’a adoptée depuis peu.
- Le catgut se prépare avec l’intestin grêle des moutons, composé de trois membranes : l’externe ou musculeuse dite « filandre )) en termes de métier, l’interne ou muqueuse appelée « raclure » ou
- Fig. 2. — Appareil employé dans Vusine pour le refendage des boyaux.
- pas sans difficultés techniques. Parfois une méthode assurant une excellente stérilisation du catgut compromet sa résistance tandis que d’autres procédés sacrifient sa souplesse pour conserver sa solidité. Aussi, comme vient de le démontrer M. A. Goris, professeur agrégé à l’École supérieure de pharmacie, au cours de récentes expériences faites à l’instigation du Service de santé militaire, il est nécessaire de recourir à des moyens de préparation plus rationnels que ceux suivis jusqu’ici afin d’é-viler les accidents post-opératoires d’infection cat-gutique.
- Nous allons décrire les phases de la nouvelle fabrication telle qu’elle s’opère maintenant chez un
- Wilt
- Fig. i. — Raclage des boyaux à leur arrivée à l’usine.
- « chair » et la moyenne ou celluleuse qui doit sa ténacité aux nombrfux vaisseaux (artères, veines) la parcourant. On conserve seulement cette dernière, les deux premières devant disparaître au cours des manipulations. Dès que l’animal est abattu, on les purge du sang, de la bile et du résidu alimentaire qu’ils renferment ainsi que de la graisse qui y adhère, puis on les met dans des glacières qu’on transporte immédiatement chez le boyaudier. Là, on commence par les jeter dans l’eau froide par paquets de dix, dans de grands baquets. Afin qu’ils ne remontent pas à la surface du liquide, on passe les écheveaux dans des barres en bois posées sur le bord des récipients. Après ce lavage, on procède à leur raclage. De la main gauche, les ouvrières maintiennent le paquet d’intestins dont elles étalent unè des extrémités sur une plaque de marbre encastrée dans un banc en bois légèrement incliné et disposé devant chacune d’elles. De leur main droite, elles raclent l’intestin, d’un bout à l’autre, avec le dos d’un morceau de roseau ;
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- NOUVELLE PREPARATION DU CATGUT POUR LES OPERATIONS
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- elles détachent ainsi la membrane interne ou muqueuse, qui tombe dans un bassin en pierre dure régnant le long de l’atelier. D’autres femmes arrachent ensuite la filandre des intestins, réduits alors au 1 /20 environ de leur volume et constitués uniquement par la membrane celluleuse avec son armature de tissu vasculaire.
- A ce moment, on les plonge dans des terrines en grès vernissées remplies d’eaux alcalines et on les porte dans l’atelier de refendage. Cette opération consiste à fendre le boyau, dans toute sa longueur, suivant les deux extrémités d’un diamètre. Elle s’exécute au moyen d’un appareil variable selon les usines.
- Chez M. Witt, c’est une sorte de couteau qui se compose d’une lame tranchante disposée verticalement. En avant de celle-ci, se trouve un doigt métallique sur lequel l’ouvrière enfile l’intestin comme un gant, puis
- s’est, en effet, rendu compte par des observations répétées que les cordes se réinfectent aisément au cours du filage, opération qui achève de
- transformer l’intestin grêle du mouton en fil chirurgical.
- On réunit donc les lanières par 2, 5, 4 ou 5 et on les tord à l’aide d’un rouet à 2 crochets. Ce métier est un simple châssis portant d’une part plusieurs chevilles fixes en bois, tandis que des trous ménagés sur un autre côté peuvent recevoir des chevilles mobiles. Pour s’en servir, l'ouvrière choi-
- Fig. 4. — Rouet à deux crochets pour filer et tordre les lanières.
- elle le tire à elle avec ses deux mains, de façon à: le partager en deux demi-boyaux. On met alors ces fragments macérer dans des solutions alcalines. Les diverses opérations précédentes doivent s’exécuter dans la même journée afin d’éviter le développement des bactéries.
- Les lanières ainsi réalisées passent, après macération alcaline et lavage, dans l’eau oxygénée à 50 pour 100 et on les y laisse séjourner pendant 48 heures pour assurer leur stérilisation. Il faut alors les transporter dans un local différent de celui où s’effectue le raclage et qu’en outre un personnel spécial les manipule ultérieurement avec un matériel imputrescible et facile à désinfecter. M. Goris
- Fig. 3. — Polissage du catgut à la main.
- sit plusieurs boyaux humides et les attache par une de leurs extrémités au crochet du rouet, puis elle passe chacun de leur autre bout à une cheville fixe. Elle tourne alors la manivelle et, une fois le filage terminé, elle enlève les chevilles avec le faisceau, et les tend successivement sur le cadre jusqu’à ce qu’il soit garni entièrement. Ensuite, on porte les cadres remplis de cordes au soufroir où elles séjournent pendant une nuit. Ce soufrage a pour but de les blanchir, après quoi on expose les métiers à l'air humide, on leur fait subir un second filage suivi d’un nouveau séjour dans le soufroir et on répète plusieurs fois ces opérations. Enfin on dispose les lanières filées et blanchies dans des séchoirs. Là, on les suspend entre des poutres en bois percées de trous et dans lesquelles on peut enfoncer les chevilles servant à les tendre. Quelques jours après, on polit les cordes à la main, en promenant sur elles du papier de
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- verre. Il ne reste plus qu’à les couper à la longueur voulue et à les enrouler en cercles sur des bobines pour les expédier à des spécialistes qui se chargent de les stériliser.
- M. Goris a expérimenté cinq méthodes de stérilisation, qu’il partage en deux groupes selon qu’elles nécessitent des manipulations en tuhe ouvert (iode ou eucalyntolJ ou en tube fermé (tyndallisation, chauffage à diverses températures dans des lii/ui les anhydres ou dans leurs vapeurs).
- La stérilisation des cordes par contact avec une solution iodée se fait en introduisant les bobines dans des tubes en verre préalablement passés au four à flamber et dans lesquels on verse un liquide iodo-ioduré à 0,50 pour 100. On décante au bout de 24 heures et on remplace la solution par de l’alcool stérile à 70, 80 ou 90° selon qu’on tient à réaliser un catgut plus ou moins souple. On scelle ensuite le tube à la lampe. Les catguts obtenus par ce procédé sont colorés et restent imprégnés d’iode. 11 faut, en outre, les utiliser rapidement, car ils perdent leur solidité au bout de quelque temps. La stérilisation des cordes commerciales par une solution iodée demande 24 heures au minimum; pour parvenir au même résultat avec l’eucalyplol l’immersion doit durer quelques jours.
- La tyndallisation, employée d’ailleurs par le Service militaire de l’armée française, parait la méthode de choix. Elle consiste en un chauffage discontinu, durant cinq jours, dans l’alcool. On introduit les bobines dans des tubes stérilises au four à flamber; on y verse ensuite de l’alcool à 9ü°, et, après les avoir fermés à la lampe, on les plonge dans un bain-marie maintenu à la température constante de 60° durant cinq jours, à raison de 10 heures de chauffe quotidienne. Quant à la stérilisation par la chaleur au moyen de liquides anhydres (alcool, chloroforme, acétone) elle ne pré-
- sente pas de difficultés. Cependant, il vaut mieux, au lieu d’immerger complètement les bobines dans les liquides stérilisants, en verser seulement quelques gouttes sur un tampon de coton disposé au fond du tube de verre qu’on scelle, puis qu’on porte à la température de 120° pendant une heure en-virnii.
- Concluons avec M. Goris que la préparation d’un catgut stérile et solide dépend beaucoup pl us du boyau-dier « que des moyens mis en œuvre pour assurer la stérilisation de cette corde, une fois terminée ». Avec une lanière réalisée selon les règles de l’asepsie bactériologique, en s’entourant des précautions indispensables pour que les boyaux ne se réinfectent pas par contact au cours des manipulations ci-dessus décrites, on obtient facilement un catgut stérile par l'un ou l’autre des procédés énumérés plus haut *alors qu’avec une corde infectée à l’abattoir ou dans la bojauderie, la stérilisation devient très difficile, sinon impossible. Aussi le Dr Quénu, rapporteur de la Commission spéciale nommée par l’Académie de médecine pour étudier les conditions dans lesquelles devait se préparer le catgut afin de donner toute sécurité aux chirurgiens, demande que le fil à ligatures ne soit jamais fabriqué qu’avec des boyaux frais et que les administrations introduisent cette clause essentielle dans leur cahier di s charges. Il réclame, en conséquence, qu'on perfectionne la façon de recueillir les viscères intestinaux dans les abattoirs, que dans les boyauderies on consacre des ateliers spéciaux au traitement de la corde chirurgicale, qu’on apporte à la fabrication les améliorations nécessaires tant au point de. vue de l’installation matérielle que de l’instruction technique du personnel. Enfin il voudrait que les tubes de catgut stérilisé subissent un contrôle, dont chacun d’eux porterait la mention à côté de la marque de leur origine industrielle. Jacques Boyer.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du io décembre 1916 (suite).
- Conductibilités de l'air et du mica. — M. Branly a eu l’occasion d’étudier la résistance qu’opposent aux courants des piles de très nombreuses feuilles minces de mica blanc et, en présence de certaines anomalies, a été amené à penser que la conductibilité était notablement augmentée par l’existence, dans ces feuilles, de trous circulaires extrêmement minces. Des expériences
- confirmatives, qui sont encore en cours, ont porté sur un circuit simple comprenant : l°une source électrique; 2° deux disques métalliques entre lesquels est intercalée une feuille mince de mica, soit pleine, soit perforée ; 5° un galvanomètre. Il semble que les couches gazeuses emprisonnées soient susceptibles de devenir progressivement et franchement conductrices.
- PAPIER PHOTOGRAPHIQUE PELLICULAIRE
- Au début même de la photographie, on avait essayé d’exécuter les clichés sur du papier rendu plus ou moins transparent par la cire ou quelque autre corps gras ou résineux. Le verre a généralement prévalu, à cause de sa translucidité plus parfaite, mais cette qualité est plus que balancée par de graves défauts : le poids de ce support constitue une gêne, non seulement pour le touriste, mais
- aussi pour le photographe de profession, dont les archives ne lardent pas à devenir singulièrement lourdes et encombrantes, et sa fragilité rend incertaine la conservation de documents dont la valeur s’accroîtrait avec le temps. A ces inconvénients vient maintenant s’ajouter le prix plus élevé du verre, qui contribue à rendre encore plus coûteuses les plaques photographiques, déjà notable-
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- ment majorées par la hausse des bromures et des sels d’argent.
- Quant au celluloïd, il est suffisamment léger et transparent, il résisle bien aux chocs, mais il est facilement inflammable; les émulsions s’allèrent assez vile, à son contact, et lui-même subit aussi une altération; ses succédanés ininflammables sont encore'plus altérables, de telle sorle que la conservation des « minutes du photographe » serait de ce chef peut-être plus précaire même qu’avec le verre.
- Une solution qui paraît préférable, à tous les points de vue, consiste à couler l’émulsion sur papier ou sur carton, en préparant le support de manière que la pellicule de gélatine puisse en être facilement séparée, après les opérations.
- L’idée de cette combinaison est ancienne. Nous la voyons déjà essayée, à l'époque du collodion. En 1863, Alexandre Arnstein se servait de papier gé-latiné sur lequel il coulait la solution de nitro-cellulose. Une fois le négatif achevé, il renforçait la pellicule de collodion d’une épaisseur de gélatine, puis, après dessiccation, la détachait du papier Q). La même méthode fut appliquée au gélatino-bromure, dès les débuts de celui-ci. Milsom étendait l’émulsion sur un papier d’abord gélatiné, puis frotté de cire blan -he. L’interposition du corps gras permettait de séparer facilement la pellicule, et les négatifs ainsi obtenus étaient conservés dans des cahiers de papier buvard;2). En 1885, M. de Chen-nevières indiquait plusieurs procédés pour préparer des papiers pelliculaires, dont le plus usité consiste cà frotter de talc un papier géLtiné et à couler sur la surface talquée, d’abord une couche de collodion, puis une émulsion au gélatino-bromure;3]. C’est par des méthodes analogues qu’étaient préparés les cartons Thiébaut et les plaques souples Balagny. Les pellicules Marandy étaient basées sur ce principe que la gélatine étendue sur une surface couverte d’un vernis à base de résine n’y adhère solidement que si elle est additionnée d’une substance qui lui laisse une certaine plasticité, par exemple, la glycérine. Cette substance étant éliminée par le lavage du cliché, la gélatine une fois sèche se détache aisément du papier enduit du vernis résineux.
- Les papiers pelliculaires présentent des avantages appréciables : ils pèsent beaucoup moins que le verre et permettent l’emploi de châssis plus minces et plus légers; ils ne sont ni fragiles ni altérables ; la surface en contact avec la couche sensible évite complètement le halo et facilite par conséquent la reproduction des sujets à contre-jour, sans emploi d antihalo spécial. A sensibilité égale, le papier sous-jacent permet une pose plus courte que les supports transparents, comme l’a montré M- R. ColsonQ), parce que la lumière qui a traversé l'émulsion se réfléchit sur la surface blanche
- 1. Bulletin de la Société française de photographie, 1865, p. 112.
- ‘2. Odagir, Le procédé au gélatinobronmn, 1877.
- et revient impressionner le bromure d'argent. La pellicule une fois détachée est assez solide, quoique extrêmement mince (on en conserve des milliers dans des registres peu encombrants), et sa faible épaisseur permet d’en appliquer indifféremment l’une ou l’autre face contre la photocopie; avantage appréciable, soit dans le procédé au charbon, où l’on peut alors avoir l’épreuve positive dans son vrai sens par simple transfert, soit dans les procédés photomécaniques, qui exigent des négatifs retournés.
- Malgré ces qualités, les papiers pelliculaires furent délaissés, quand parurent les films en celluloïd. Ceux-ci jouissent encore d’une vogue très légitime, mais qui ne doit cependant pas nous faire perdre de vue leurs réels défauts : conservation in7 suffisante, danger d’incendie et prix élevé.
- Ces inconvénients et le coût actuel du verre justifiaient donc un retour aux papiers pelliculaires. Celui que prépare maintenant, dans son usine de Clichy, la Compagnie française des papiers pelliculaires « Pin » offre d’ailleurs sur les précédents une notable supériorité de fabrication : solidité de la couche, grande sensibilité, commodité de traitement, poids et volume très réduits (une centaine de fois moins que les plaques de verre). Quant au prix, il est très inférieur à celui des plaques et des films en celluloïd : une douzaine de plaques 13x18 se vend actuellement, en moyenne, 6 à 7 fr. ; un film pour 12 poses de même format vaut environ 8 ou 9 fr., tandis qu’une pochette de 12 pellicules Pin .15 X 18 ne coûte que 4 fr. L’économie n’est pas négligeable.
- Pour employer le papier pelliculaire dans un châssis ordinaire, il faut glisser chaque feuille dans une gaine en fer-blanc mince, très simple (fig. 1) et de prix très modique (2 fr. 25 la demi-douzaine, pour le format 9x 12). Ces gaines.servent du reste indéfiniment. Dans les porte-plaques des appareils à chargeurs, il suffit de compenser l’épaisseur du verre par un carton quelconque. La Compagnie Pin s’occupe en ce moment de construire un chargeur spécial, permettant l’escamotage automatique d’un certain nombre de pellicules, par une combinaison sans doute analogue aux tilms-packs.
- Tous les révélateurs usuels conviennent au développement des pellicules Pin ; néanmoins, les fabricants recommandent plus particulièrement celui-ci :
- Eau.................................................. 1 litre.
- ♦ Métol................•........................... 5 gr.
- llydroquinone ....................................... 7 —
- Sulfite de soude anhydre............................50 —
- Carbonate de soude cristallisé......................80 —
- Solution de bromure de potassium à 10 p. 100. 30 gouttes.
- Ces divers ingrédients doivent être versés dans
- 5. Bulletin de la Société française de photographie, 48 5, p. 104, 119, 150.
- 4. Ibid., 1897, p. 169.
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- l’ordre indiqué, et il faut attendre que chaque substance solide soit entièrement dissoute, avant d’ajouter la suivante. Filtrer ensuite. On a ainsi un bain concentré, de bonne conservation et que l’on diluera, au moment de l’emploi, dans un volume d’eau égal au sien.
- Le développement est surveillé en regardant l’image par lumière réfléchie, au fond de la cuvette, comme s’il s’agissait d’une photocopie sur papier au bromure, avec cetle dilférence qu’il faut le pousser davantage, jusqu’à ce que les détails semblent disparaître et que les blancs commencent à griser. On rince alors un instant dans l’eau claire, et l’on fixe dans une simple solution d’hyposulfite de soude 'a 20 pour 100, sans aucune addition de bisulfite ou d’acide.
- On y laisse la feuille au moins 10 minutes, afin d’être sûr qu’elle est bien fixée, car on n’a pas, ici, le moyen de contrôle qu’offrent les supports transparents, où l’achèvement du fixage se reconnaît à la disparition de l’aspect laiteux au verso du cliché.
- Aussitôt après, la feuille est immergée dans une solution de formol à 6 pour 100, où elle séjourne 5 minutes. On la lave ensuite, pendant une demi-heure au moins, dans l’eau courante ou dans une cuvette que l’on vide toutes les 5 minutes, puis on la laisse sécher naturellement, c’est-à-dire sans en accélérer la dessiccation par l’alcool.
- Dès qu’elle est sèche, on peut procéder au pel-liculage; cependant, il est pré- Fi&'-
- férable de vernir la pellicule, avant de la séparer de son support. Rien n’empêche d’employer un vernis qui sèche en quelques minutes. Le pelliculage est très facile : la pellicule est d’abord soulevée par un de ses coins, avec l’ongle ou la pointe d’un canif;
- on passe ensuite un coupe-papier ou tout, autre instrument similaire le long des bords de la feuille, entre la pellicule et le. papier, puis on achève de les séparer, soit en passant l’outil de plus en plus près du centre, soit en exerçant une traction régulière sur la pellicule, tenue par un de ses angles par la. main droite, tandis que la main gauche maintient le papier, à plat sur une table. On peut alors vernir aussi le côté de la pellicule qui se trouvait auparavant en contact avec le papier, de façon qu’elle soit protégée sur chacune de ses faces.
- La retouche s’exécute, après le pelliculage, comme sur les phototypes ordinaires.
- Le cliché obtenu de la sorte est suffisamment résistant, quoique extraordinairement mince et léger. J’en ai mesuré l’épaisseur au palmer : elle n’atteint pas tout à fait 5 centièmes de millimètre. Son poids, pour le format 18 X 24, est de 1 gr. 4, tandis qu’une plaque de mêmes dimensions pèse environ 170 gr. si elle est en verre ordinaire, et bien davantage si c’est une glace de
- belle qualité, comme on en emploie dans F industrie photo-mécanique.
- L’image pel-liculaire peut être expédiée par la poste, à peu de frais, comme une lettre ou un simple imprimé, au lieu que les plaques ne voyagent sans risques de casse qu’à la condition d’être très soigneusement emballées.
- On a cité le cas d’un plancher effondré sous le poids formidable d’une collection de clichés sur verre : voilà un accident qui ne serait guère à redouter, dans des archives constituées par des pellicules.
- Ernest Coustet.
- Coupe
- Fig. i. — Gaine en fer-blanc pour placer le papier pelliculaire dans un châssis ordinaire.
- . — Le décollement de la pellieule de sou support...
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Laiiure, rue de Fleuras, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 2265.
- 24 FÉVRIER 1917
- LE CYPHOCRANE GÉANT
- Études biologiques de M. l’abbé Foucher.
- Les Orthoptères sont certainement parmi les insectes les plus intéressants. Sans parler du criquet, de la blatte, du grillon, de la courtillière, de la libellule, communs dans nos pays, sans citer la
- Fig.
- i. — Jeune larve se promenant au sortir de l'œuf.
- mante religieuse et ses curieux procédés de chasse, la famille des Phasmides tout entière mériterait d’être décrite en détail. Son nom même indique l’étrangeté des êtres qui la composent, puisqu’il signifie monstre, prodige, fantôme. C’est dans cette famille que l’on rencontre les Phyllies dont nous avons raconté les mœurs dans un récent article, à propos des élevages de M. l’abbé Foucher; les Gcirausius morosus dont La Nature a déjà décrit les singulières attitudes cataleptiques (n° 2127), les Bacilles du Midi de la France, semblables dans leur immobilité à de petites branches, etc.
- Nous voudrions présenter aujourd’hui à nos lecteurs un des géants de celte famille, le Cyphocrane d’Amboine, qui, mal connu jusqu’à ce jour, vient de livrer tous ses secrets à l’observation patiente de M. l’abbé Foucher.
- L’élevage de cet énorme Phasmide fut obtenu à partir d’un lot de 450 œufs envoyés dans un Lube de bambou par un naturaliste d’Amboine, M. Rey.
- Amboine est, au milieu des îles Moluques, le paradis des naturalistes, et particulièrement des collectionneurs d’insectes. On y trouve plusieurs espèces rarissimes, des papillons fort grands et le Cyphocrane géant, objet de cet article.
- Ce Cyphocrane est signalé depuis longtemps dans les livres, puisque Linné lui donna, en 1758, son nom scientifique de Cyphocrania gigas. Mais il ne fut guère décrit que d’après des exemplaires de collection, morts et desséchés. Son habitat semble localisé à l’archipel de la Sonde : Java, Sumatra, Bornéo, Célèbes, Moluques, Nouvelle-Guinée. Tous les essais d’acclimatation et d’élevage tentés en
- Europe jusqu’à ce jour avaient échoué, si bien qu’on ne connaissait pas ses mœurs et son développement. ;
- Il mérite cependant d’attirer notre curiosité, pour beaucoup de raisons comme on va le voir, et tout d’abord pour sa taille : 29 à 51 centimètres, les pattes étendues!
- M. l’abbé Foucher reçut donc, en 1914, un lot d’œufs de Cyphocranes, dont il entreprit l’élevage, malgré les difficultés que faisaient présager les échecs de tous ses devanciers.
- Les œufs, placés dans une cage chaude et humide, ne donnèrent pas tout d’abord de grandes espérances. Fin juin, deux larves seulement étaient nées, longues de 24 millimètres, et toutes deux moururent dans les quatre jours. Découragé, M. l’abbé Foucher rangea les œufs restants dans une boîte, sans plus s’en préoccuper. Cependant, au début d’octobre, une nouvelle éclosion se produisit et tout le lot d’œufs reçut à nouveau des soins empressés. La peine ne fut pas inutile puisque, le 50 juillet 1915', le 584e Cyphocrane naissait dans l’insectarium et que presque tous atteignirent leur complet développement. Le 25 septembre 1915, M. l’abbé Foucher possédait 17 à 18000 œufs pondus dans ses cages !
- Ce brillant succès lui permit de très nombreuses et très complètes observations de la vie du Cyphocrane géant.
- Les œufs ovales, brun foncé, brillants, ressemblent à des graines. Leur enveloppe ne présente pas toute l’ornementa ti o n compliquée des œufs de Phyllie, mais toutes les graines n’ont pas non plus unaspectaus-si particulier que celles de G o niu m.
- Tombés sur le sol, au milieu des débris, des grains de sable, les œufs de Cyphocrane sont très difficilement visibles. C’est là un premier mimétisme : l’œuf-graine, en attendant le second plus parfait, insecte-branche.
- L’œuf est fermé par un opercule en forme de
- Fig. 2.
- En place pour la métamorphose.
- 45' Année. — 1" semestre.
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- bouton arrondi qui s’applique si exactement qu’on ne voit ni charnière, ni raccord. L’opercule a le même aspect et la même couleur que l’œuf et ne se laissera deviner qu’au moment de l’éclosion.
- A ce moment, l’opercule est repoussé, une tête apparaît par l’orifice, immédiatement suivie du corps, d’un très long abdomen et des pattes. La sortie ne dure qu’un instant. Le jeune insecte se
- Fig. 3 à ç- — La dernière mue du Cypliocrane. — 3. Le corps se dégage ; 4. L'insecte est sorti; 5. Il pend, suspendu par l’abdomen; 6. Le rétablissement ; 7. Il pend, accroché par les pattes antérieures ; 8. Les élytres et les ailes s’allongent; g. La forme devient définitive [au 1I4 de la grandeur réelle).
- Le développement de la larve dans l’œuf dure longtemps. Des œufs reçus en juin 1914, la dernière éclosion se fit à la fin de juillet 1915. Des pontes obtenues dans l’insectarium, la première éclosion eut lieu six mois après.
- déroule, s’allonge, et part aussitôt avec rapidité et décision vers les branches sur lesquelles il va vivre. Il n’a alors que 24 millimètres de long dont 15 pour son abdomen (fig. 1). Il est d’un beau vert foncé taché de bandes rouge vif.
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- Lors des premières éclosions, M. l’abbé Foucher fui fort embarrassé, ne connaissant rien des mœurs de ses nouveaux hôtes. Les feuilles de goyavier, si chères aux Phyllies, n’eurent aucun succès, et le jeune insecte ne se décida à dévorer que lorsqu’on lui présenta des feuilles de ronce, de rosier ou de hêtre pourpre- La première larve indiqua, par une agitation désordonnée, qu’il lui fallait encore autre chose et l’on ne comprit son désir qu’en la voyant pomper avec avidité les gouttes d’eau condensées sur' la vitre supérieure de la cage. Toute leur vie, les Cyphocranes, comme les Phyllies d’ailleurs, doivent trouver à boire chaque jour, et il faut, chaque matin, vaporiser des gouttelettes d’eau sur le feuillage. Le jeune insecte ne reste pas en place un instant; il parcourt sa cage en tous sens, grimpe sur la plus haute branche et s’y adonne à une gymnastique incessante, battant Pair de ses pattes antérieures à. coups redoublés, tournant la tête de tous côtés.
- Peu à peu, il s’assagit et ne sé livre plus à ses ébats que la nuit venue. Le jour, il reste absolument immobile, caché sous le feuillage, la tête et les antennes enchâssées entre les pattes antérieures étendues. On dirait alors un rameau ou une petite branche, et rien, même pas le bruit le plus violent, ne lui fera changer son attitude.
- Par contre* dès le crépuscule, l’insectarium s’anime; un bruit de cisailles l’emplit; les Cyphocranes se mettent à table. Accrochés par leurs pattes postérieures, soulevant la feuille qu’ils maintiennent verticale entre leurs palpes, la tête relevée, ils mangent par petits morceaux, faisant une série d’entailles circulaires. Les jeunes larves se contentent d’un dixième d’une feuille de ronce ; aux adultes, il faudra au moins 2 ou 5 feuilles sèches. Ils peuvent même s’attaquer aux rameaux, grâce à la puissance de leurs mâchoires.
- Le repas terminé, ils errent toute la nuit, d’une branche à l’autre, s’agitant, se bataillant. Les adultes, plus calmes, prennent un moindre exercice et si les mâles s’envolent assez facilement, les femelles, paresseuses, se contentent d’un léger balancement sur leurs longues pattes, comme celui que produit le vent dans les branches.
- Comme les autres Orthoptères, les Cyphocranes n’ont pas de métamorphoses complètes et ne passent pas par les stades de larve, nymphe, adulte. Chacune de leurs mues les rapproche progressivement de l’état parfait. Ces mues sont leur seul
- moyen de croissance, car ils ne s’allongent guère que de 2 ou 5 millimètres entre deux transformations.
- On compte, pour le mâle, 7 mues successives qui portent la longueur de l’animal de 24 millimètres à 55, 44, 55, 65, 80, 108 et 130. La femelle subit 8 mues qui la grandissent de 24 millimètres à 53, 46, 64, 85,112,135, 165 et 190 millimètres.
- La dernière transformation est la plus intéressante. M. l’abbé Foucher a pu la suivre de bout en bout et même en photographier les différentes phases, bien qu’elle se produise la nuit.
- L’insecte qui va la subir s’isole de ses compagnons; tandis que, le soir venu, ces derniers grimpent au haut des branches, il choisit une branche basse, s’y suspend solidement, les pattes accrochées, leurs pelotes terminales faisant ventouse. La tête
- et l’abdomen s’abaissent un peu ; le corps forme un arc de cercle. Un tremblement de tout le corps, des soubresauts annoncent le grand changement qui se prépare. Après plus d’une heure d’efforts pendant lesquels la peau se gonfle et se plisse alternativement, le corselet se fend (fig. 2) ; une nouvelle membrane verte apparaît, sort peu à peu; on distingue les élytres, les ailes; le sommet de la tête vient au jour. Le moment le plus difficile de la mue est arrivé. Après de nouveaux efforts, la tête se dégage suivie des antennes et des pattes antérieures (3). Le Cyphocrane n’est pas encore reconnaissable, avec sa tête repliée contre son thorax, les pattes à moitié sorties. Quelques contractions violentes et les pattes antérieures se libèrent qui vont fournir un nouveau point d’appui. Les pattes postérieures sortent à leur tour et le jeune insecte reste suspendu à son ancienne dépouille par l’extrémité de l’abdomen (4); Un quart d’heure ou une demi-heure de repos suit cette pénible naissance; pendant ce temps, le corps s’allonge d’une manière continne'qui si elle est imperceptible va cependant aboutir: à’ un allongement très marqué (5). : '
- Dans le cas reproduit par les photographies ci-jointes, le travail commsfncéuà 23 heures 25 dura jusqu’à 2 heures du ma’tih AA ce moment, ^Insecte, ayant grandi de 22 millimètres, se redréâsa. Les pattes antérieures s’accrochent à la peau vide, puis à la branche (6), la tête se relève, l’abdomen sort de son fourreau et l’insecte1 reste immobile^ pendu
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- parles pattes antérieures (7). Un nouveau phénomène se produit cependant : les ailes, molles et frippées, les élytres se gonflent, s’allongent sans qu’aucun mouvement soit perçu (8) ; elles prennent leur forme définitive (9), celle d’un merveilleux éventail vert pâle, soigneusement plissé.
- La métamorphose est terminée; le nouvel être mesure, ainsi pendu, 30 centimètres; c’est le géant du monde des insectes.
- Il commence par dévorer son ancienne enve-1 o p p e, après quoi, il se dirige vers les feuilles de ronces qu’il préfère.
- L’insecte parfait est une pure merveille. Latête bombée, qui justifie le nom générique (xUCpOV, convexe ;xçav'o v, crâne), forme un ovale vert foncé tacheté de brun noir; deux yeux d’un beau vert, striés de lignes brunesetmobiles sur les côtés lui donnent un aspect étrange. Le corselet vert est parsemé de 96 petites protubérances brillantes semblables à des perles. L’abdomen énorme puisqu'il mesurejus-qu’à 15 centimètres de long et 5 de circonférence est rouge orange,
- taché de bandes noires ou brunes ; il se termine par des lamelles carénées dont l’inférieure présente un tubercule vert. Les pattes, vertes, très solides, sont armées de fortes épines et se terminent par deux crochets et une ventouse très adhérente.
- On a raconté que les Cyphocranes mordent et même coupent les doigts de l’imprudent qui les touche. En vérité, ils ne mordent jamais et seules les épines terminales des pattes piquent les doigts, rarement jusqu’au sang, d’après l’expérience de M. l’abbé Foucher.
- Les élytres de la femelle sont vert pâle avec une grande tache argentée, celles du mâle sont rouge
- Fig. n. — Cyphocranes au milieu des ronces.
- brun quadrillées, de blanc. Les ailes sont verdâtres en dessus, et en dessous jaune clair taché de brun foncé. La femelle ne déploie ses ailes que lorsqu’elle est dérangée de son repos, mais elle ne s’envole jamais; le mâle vole fréquemment. Le bruissement des ailes s’entend à plusieurs mètres de distance.
- Cette merveille géante nous pose les mêmes
- problèmes que les Phyllies. Si celles-ci ressemblent à des feuilles, les Cyphocranes immobiles se confondent — surtoutquand ils sont jeunes — avec des rameaux, et une colonie de ces insectes est difficilement visible au milieu des ronces sur lesquelles elle vit (fig. 11).
- Comme les Phyllies, les Cyphocranes perdent leurs pattes facilement et sans grands inconvénients, puisque celles-ci repoussent à la mue suivante restant seulement un peu plus courtes que celles qui ne furent pas autoto-misées.
- M. l’abbé Foucher, possédant de nombreux individus adultes, a pu observer l’accoupl ement et la ponte. Au
- mois de mars 1915, il vit le mâle s’accrocher au dos de la femelle, se laisser tomber en arrière, tête en bas, puis, se redressant, rester 12 à 14 heures immobile. Pendant ce temps, la femelle ou bien cherche à se débarrasser du mâle en le frappant de ses pattes postérieures et lui coupant les antennes et les pattes antérieures, ou bien continue de dévorer le feuillage sans autre souci. Le mâle ne tarde pas à mourir.
- La femelle pond comme celle de la Phyllie en lançant chaque œuf au loin, à 5 ou 6 mètres, par une contraction brusque de l’abdomen. Elle donne en moyenne 9 ou 10 œufs par jour. M. l’abbé
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- LA FABRICATION DES POTERIES DE GRES ===== 117
- Fouclier a compta 1284 œufs provenant d’une seule femelle entre le 21 mars et le 28 juillet 1915.
- Le premier élevage réussi, il est donc aisé d’avoir à sa disposition de nombreux Cyphocranes, et nul doute que cette espèce se multipliera bientôt dans les divers insectariums d’Europe^1), comme le fait s’est produit en quelques années pour le Carausius morosus.
- Peut-on espérer plus ? Le fait que leur développement nécessite une température de 25 degrés rend
- peu probable leur acclimatation en plein air. Et cependant, si elle réussissait sur la côte d’Azur par exemple, quelle curiosité s’ajouterait là à notre faune et quel défricheur de ronces!
- Quoi qu’il en soit, félicitons M. l’abbé Foucher de l'heureux succès de ses belles « Études biologiques sur quelques Orthoptères » et remercions-le des remarquables documents photographiques qu’il a bien voulu nous autoriser à reproduire.
- Rexé Merle.
- LA FABRICATION DES POTERIES DE GRES
- A LA MANUFACTURE NATIONALE DE SÈVRES
- Les explosifs puissants que consomme l’artillerie dans la guerre moderne sont principalement à base de dérivés organiques nitrés. Plus exactement ces composés sont des phénols ou des hydrocarbures trinitrés (acide picrique ou trinitrophénol, trini-trotoluène, par exemple). Leur fabrication repose sur l’action de l’acide nitrique sur ces composés organiques ; il est donc nécessaire pour leur obtention de disposer de grandes quantités d’acide nitrique. Ce dernier acide attaquant tous les métaux communs, sa fabrication et le traitement des phé-
- Là, comme ailleurs, l’industrie allemande avait su prendre une place et les fabricants français, quoique capables de livrer des poteries de grès, étaient mis à une rude épreuve lorsque se produisit une demande de livraison prompte d’une quantité considérable de ces poteries sous des formes qui diffé-raient notablement de celles des produits commandés en temps de paix.
- Toutes les fabriques furent mises à contribution et la Manufacture nationale de Sèvres dut apporter aussi sa contribution. Outillée pour une fabrication
- De/ayeur d'arqi/e
- Pompe servant a envoyer
- te contenu du Cylindre dans le mélanoeur
- Pompe servant a envoya, (e Contenu du mélangeur a travers le filtre-presse
- Broyeur à meu/es
- Cylindre broyeur
- Fiiïre presse
- Malaxeur
- W
- mm
- Fig. i. — Schéma de la préparation de la pâte d’argile qui sert à fabriquer les poteries de grès.
- nols ou hydrocarbures par cet acide demandent des récipients capables de résister à son action corrosive. Les matériaux céramiques conviennent très bien pour cet usage et, parmi les produits céramiques, le grès cérame est le mieux approprié. Le grès cérame est une poterie à pâte compacte qui, quand il est convenablement fabriqué, peut subir sans accidents l’action de l’acide nitrique et les variations plus ou moins brusques de température qui accompagnent les réactions chimiques.
- La production de ces récipients en quantité suffisante pour répondre aux besoins de la Défense nationale n’était pas assurée aux débuts de la guerre.
- 1. On peut voir on ce moment des Phyllies et des Cypbo-craues vivants provenant des élevages de M. l’abbé Fouclier dans la galerie des reptiles du Muséum National d’bisloire naturelle de Paris.
- très ^spéciale elle ne disposait pas, au début, d’un matériel permettant une fabrication intensive, mais avec le personnel entraîné (en nombre restreint vu la mobilisation) qu’elle avait sous la main elle était à même de fabriquer surtout des pièces difficiles de façonnage et de produire des types qui pourraient servir de modèles aux usines ne s’étant pas occupées auparavant de la confection de pièces d’un façonnage délicat ou de format inusité. De plus, la pâte employée pour cette poterie spéciale devait répondre à des conditions d’emploi plus précises que celles qu’on exige des poteries de grès ordinaires.
- . Le grès cérame peut se fabriquer par deux moyens différents. Les petits potiers de grès ont ordinairement recours à des argiles dites à grès; c’est-à-dire à des argiles contenant naturellement et en quantité suffisante des roches fusibles, comme les
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- micas, qui donnent à l’argile une fusibilité relative. Ces argiles, à la suite d’une vitrification incomplète survenue par cuisson à une température convenable,
- permettent d’obtenir une pâte compacte. Cette manière de procéder a l’inconvénient de laisser le fabricant absolument tributaire de la nature de l’argile qui lui sert de matière première, et de l’obliger à faire une poterie qui cuit à une température déterminée par suite de la composition de ladite argile sans qu’il soit possible d’v remédier.
- Le potier est obligé de plus de se contenter de l’argile telle qu’elle est sans pouvoir modifier aisément sa plasticité puisqu’il ne fait aucune addition. Le seul travail qu’on effectue dans le but de donner à la pâte la plasticité cherchée consiste à faire des coupages d’argiles grasses avec des argiles maigres. Le-; premières sont difficilemen t façonna-bles parce qu’elles sont collantes (d’où leur nom de grasses) et les secondes sont insuffisamment plastiques pour un bon façonnage.
- Un autre procédé, plus compliqué en apparence mais plus élastique dans l’application, consiste à
- partir d’une argile plastique, plus ou moins réfractaire, et à l’additionner de matériaux fusibles en quantité convenable pour que la masse prenne la texture désirée à la température où s’effectue la cuisson. C’est ce dernier mode opératoire qui est suivi à la Manufacture de Sèvres. La pâte est formée avec de l’argile de Saint-Àmand en Puysaie (près de Cosne), argile qui employée seule donne le grès fabriqué par les potiers de cette région, de l’argile de Diou (près Moulins) qui est assez réfractaire pour ne pas cuire en grès et du sable de Decize (près Nevers). Cette dernière matière renferme des débris micacés qui lui donnent un peu de fusibilité et permettent d’abaisser le point de cuisson que l’argile de Diou avait relevé. Les argiles, quelque soin qu’on mette à les trier au sortir de la carrière, contiennent des impuretés souvent fâcheuses : petits cailloux, pyrites de
- fer, etc., qui détruisent l’homogénéité de la pâte et peuvent provoquer de petits éclatements. On les délaye tout d’abord dans l’eau de manière à amener en suspension la partie argileuse qui est la plus
- Fig. 3. — Collage des tubulures à un récipient.
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- fine, les gros grains restant au fond de la cuve du délayeur. Cet appareil se compose en principe d’une cuve verticale remplie d’eau dans laquelle tourne un arbre garni de palettes qui coupent l’argile et facilitent la désagrégation. L’argile passe à l’état de lait clair ou barboline qu’on vide dans une cuve une fois le délayage terminé. Comme de petites particules non argileuses pourraient être entraînées par le mouvement du liquide on fait passer le liquide à travers un tamis fin (à 80 fils par pouce linéaire) qui retient les débris entraînés.
- Le sable n’arrive pas de la carrière au degré de finesse voulue; il est encore en grains trop gros pour être introduit tel quel dans la pâte. On le broie dans un tambour tournant garni d’un revêtement de grès dur et dans lequel se trouvent des galets en quantité pondérable notablement supérieure à celle du sable. Le moulin, une fois sacharge introduite, est rempli d’eau et soumis à une rotation pendant plusieurs heures, mais à une vitesse modérée (30 tours à la minute) . Le frottement de gros galets sur le sable l’amène à un grain d’autant plus fin que la rotation est plus prolongée.
- Par ces moyens on a les argiles et le sable à l’état de barbolines. 11 n’y a plus qu’à mélanger les deux liquides. On les envoie dans une grande cuve dans laquelle tournent des palettes dont le mouvement empêche les matières solides de se déposer. Le mélange contient beaucoup trop d’eau pour former une pâte plastique ; on le pompe alors et l’envoie dans un filtre-presse. La plus grande partie de l’eau est chassée et quand la pressée est finie la pâte a pris de la fermeté tout en conservant encore assez d’eau pour être plastique. Le filtre-presse comprend une série de compartiments de peu d’épaisseur dont les parois sont garnies de toiles ; sous l'influence de la pression l’eau s’échappe à travers la toile tandis que les matières solides sont retenues par cette dernière. Il est facile de comprendre que la pâte est beaucoup moins riche en eau au contact de la toile qu’au centre, puisque l’eau au cœur de la masse a un chemin plus long à parcourir que celle qui se trouve à la périphérie. En ouvrant les compartiments du filtre-presse on trouvera donc des galettes de pâle plus dures à la surface qu’au milieu. Il est nécessaire de les rendre homogènes; le malaxage va
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- donner à la pâte une plasticité régulière. La pâte est jetée entre une paire de cylindres qui la poussent dans une auge où tourne une vis qui la chasse devant elle et la force à sortir par un orifice relativement étroit. Pendant le trajet qu’elle parcourt dans le malaxeur la pâte est écrasée, déchirée, remuée et pressée de telle sorte qu’elle s’échappe de l'appareil ayant acquis la souplesse et la régularité convenables.
- Quand il s’agit de grandes pièces comme celles dont la fabrication fait l’objet de cet article, une pâte aussi fine que celle que nous venons de préparer présente des inconvénients. En grande épaisseur elle sécherait mal, la partie supérieure perdant son eau plus vite que la partie inférieure; il y aurait un retrait inégal pendant le séchage et comme conséquence des tractions superficielles se traduisant par des déchirures et des fentes. Une pâte aussi serrée supporterait également mal les changements brusques de température.
- On remédie à ces deux défauts en incorporant à la pâte une matière en grains relativement gros qui forme une sorte de squelette aidant à la dessiccation, en écartant la masse plastique et en donnant du jeu aux molécules. Cette matière est appelée dégraissant parce qu’elle diminue la tendance que possède une argile à coller aux doigts. La matière dégraissante la mieux appropriée est formée par des débris de poterie de grès ou tessons. Pour la fabrication du grès on peut aussi très bien utiliser le tesson de porcelaine qu’on se procure relativement avec facilité. Ce tesson est broyé à la meule et ensuite passé dans un tamis ayant 11 fils au pouce linéaire. On l’incorpore à la pâte avant le passage au malaxeur.
- La pâte sortie du malaxeur est prête pour le façonnage. Le seule mode de façonnage qui convienne à l’obtention des pièces dont nous nous occupons, est le moulage. Le moule est fait en plâtre, en plusieurs pièces réunies par une chape si besoin est : pour la confection des grosses pièces on emploie plusieurs moules donnant des fragments qu’on assemble ensuite.
- La pâte est d’abord coupée, car elle contient des bulles d’air ou vents qu’il faut faire disparaître. Ces bulles lors de l’échauffement des pièces pendant
- Fig. 4. — Finissage d’un condenseur de 1200 litres.
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- la cuisson se dilateraient et provoqueraient des fissures ou des éclatements. On coupe donc la pâte dans divers sens avec un fil, on superpose les morceaux ainsi détachés et les bat de manière à constituer un bloc homogène.
- De ce bloc on découpe 5 des tranches ou croûtes qu’on applique dans le moule en les tassant, puis on joint les diverses croûtes et unit la surface.
- Nous allons maintenant passer en revue rapidement le façonnage de quelques pièces.
- La plus grande pièce actuellement fabriquée est le condenseur de 1200 litres que nous représentons : il se compose de cinq parties moulées et assemblées. Le fond et la partie circulaire qui le supporte forment une première pièce sur laquelle on adapte
- endroits où se trouvent les tubulures sont ajourées avant l’assemblage et les tubulures moulées à part sont adaptées en fin de façonnage.
- Les tubes en U ne comportent que trois fragments. On moule d’abord les pieds sur lesquels on monte deux tubes allant jusqu’à la naissance de la courbure, puis on termine en collant la partie cintrée.
- Les terrines sont d’un façonnage plus simple. Un premier moule donne la terrine et le bord extérieur. Dans un second moule on fait le bord intérieur qu’on applique ensuite sur le bord supérieur.
- Les pièces terminées ne peuvent encore subir la cuisson immédiatement, il est indispensable de les laisser sécher complètement. Elles passent dans un
- | Vers la i \cheminée\
- Fig. 5. — Coupe d’un four.
- Fig. 6. — Une grosse pièce dans le four.
- successivement trois anneaux, puis le dôme. L’assemblage se fait en mouillant les bords avec de la pâte délayée et en serrant les parties en contact de manière à assurer une union intime des bords. Les
- séchoir où règne une chaleur douce de manière à obtenir une dessiccation lente.
- Quoique le grès soit une poterie à pâte compacte par suite de sa vitrification on applique à la surface
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- des pièces de grès une couverte, c’est-à-dire les éléments d’un verre dur qui fond pendant la cuisson et recouvre toute la surface d’une couche complètement vitrifiée et par suite étanche. Cette couverte se compose comme une couverte de porcelaine; à Sèvres on se sert de la couverte qu’on applique sur la porcelaine nouvelle. La pose de cette couverte se fait naturellement sur cru, autrement dit sur les pièces non cuites. On délaye les ingrédients (sable siliceux, feldspath, kaolin décanté et craie) et on pose au pinceau.
- Le four dans lequel s’effectue la cuisson a la forme d’un cylindre vertical chauffé par des foyers disposés sur la périphérie. Les flammes montent le long des parois jusqu’à la voûte et redescendent ensuite pour passer à travers des carreaux répartis sur la sole qui les conduisent, par un canal qui les réunit tous, jusqu’à la cheminée. Ce four est donc un four à flammes renversées.
- L’introduction de grosses 'pièces, par conséquent pesantes, dans un four, est une opération pénible. On l'effectue à la manufacture de Sèvres de la manière suivante. Les pièces enlevées par un treuil supérieur sont amenées à l’entrée du four, de là un wagonnet les conduit dans l’intérieur du four. Au moyen de chaînes passant par des orifices ménagés clans la voûte du four, la pièce est soulevée à nouveau et déposée à la place qu’elle doit occuper. Elle ne repose pas directement sur la sole mais sur hàti en briques, agencé de manière à ne pas boucher les
- carneaux. Comme la pâle prend du retrait par la cuisson on aide ce retrait par un dispositif spécial. Posée simplement sur des briques, la pièce serait soumise à des tractions que son poids l’empêcherait de suivre. On place alors des rouleaux sous les briques sur lesquelles porte la pièce ; cet agencement donne toute latitude à la masse pour prendre son retrait sans risque de fente. On entoure ensuite totalement ou partiellement les pièces au moyen de gazettes.
- Ce sont des anneaux de terre réfractaire qui enferment les pièces, les protègent de l’attaque brutale des flammes et les isolent des débris de combustible entraînés par la flamme. La cuisson d’un four contenant des pièces de grosse dimension doit être fatalement lente ; un refroidissement lent doit lui faire suite. À Sèvres, la cuisson a lieu à 1250°, elle demande avec le refroidissement environ dix jours.
- Ce changement dans la fabrication a amené naturellement des transformations dans la Manufacture qui a dû, non seulement modifier sa manière de faire, mais agencer de nouveaux locaux et installer un nouvel outillage mieux adapté que l’ancien aux exigences modernes. Les deux schémas que nous reproduisons donnent une idée de l’organisation des appareils et du type de four employé.
- À. Granger.
- Chef des laboratoires d’Essai la Manufacture Nationale de Sèvres.
- CHRONIQUE
- Locomotives à charbon pulvérisé. — Tandis qu’en France l’étude de l’emploi du charbon pulvérisé comme combustible industriel, semble rencontrer la plus complète indifférence de la part des ingénieurs, si l’on en juge par l’absence totale des recherches, il n’en est pas de même en Angleterre et en Amérique. Le haut rendement calorifique désinstallations, l’avantage qu’elles présentent de pouvoir utiliser toutes sortes de houilles, avantage inappréciable en ces temps de crise charbonnière, ont retenu l’attention, non seulement des ingénieurs, mais encore des grandes Lompagnies industrielles, qui n’ont pas hésité à effectuer des essais réels importants. C’est ainsi que la New-York Central Railroad a équipé une locomotive et constaté que le système donnait un rendement comparable à celui de la traction électrique... avec les frais d’établissement des lignes en moins.
- Les meilleurs résultats sont obtenus, ainsi que nous l’avons déjà signalé (*), lorsque le charbon est réduit en grains de la dimension de ceux du ciment Portland et lorsque l’humidité de la poudre ne dépasse pas 1 pour 100. La dépense supplémentaire pour la pulvérisation du charbon est d’environ 1,5 franc par tonne.
- 1. Voir La Nature, n° 2250.
- Le chargement des tenders s’effectue comme pour l’approvisionnement en huile des locomotives à combustible liquide et en 5 ou 4 minutes Rembarquement de 15 tonnes de charbon est terminé.
- Un transporteur à hélice analogue à celui que nous avons déjà décrit amène le charbon du tender aux tuyaux d’alimentation des tuyères. La flamme de combustion a une température voisine de-2600 degrés centigrades etjes scories liquides à celte température s accumulent en se solidifiant dans un cendrier spécial, facile à vider.
- Les réservoirs d’air comprimé pour l’alimentation des tuyères sont placés sur le tender et permettent un débit de 250 à 1500 kg de combustible à l’heure. D’un autre côté il faut remarquer que le rendement du combustible est augmenté par suite de la suppression des fumées.
- Le charbon pulvérisé peut aussi être employé avantageusement pour le chauffage des foyers industriels ordinaires, car il est prouvé, d’après les expériences de M. Fuller, qu’il est plus simple de brûler et gazéifier du charbon pulvérisé que de gazéifier du charbon dans un gazogène. Par ce nouveau mode de chauffage on augmente donc encire les avantages que présente la chauffe au gaz sur Remploi du charbon.
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- LA SUISSE. ÉTUDE GÉOGRAPHIQUE ET MILITAIRE
- La question de la neutralité de la Suisse est, depuis plus de deux ans que dure la guerre, un sujet qui intéresse vivement le public. Cette question est tout particulièrement d’actualité à l’heure présente et c’est pourquoi,la géographie militaire de la Suisse et son armée méritent d’être étudiées avec quelque détail.
- .............Il lignes censurées.................
- L’Allemagne a-t-elle un intérêt militaire à emprunter le territoire suisse? Certes oui, et même un intérêt considérable dans l’hypothèse d’une attaque dirigée contre l’Italie. Rappelons-nous l’offensive de 1916 où les états-majors des empires centraux ont cherché à obtenir l’abandon des lignes du Carso en agissant sur l’arrière de ce système, au travers du Trentinet du plateau des Sept Communes ; il est donc légitime de penser que, devant un front considérablement renforcé, nos ennemis pourraient tenter une manœuvre débordante de plus grande envergure en visant les communications du front Trentin et Carso au travers de la Suisse. Obnubilée par la stratégie de la carte de guerre et réduite aux coups de tête, l’Allemagne aura-t-elle recours encore une fois à une violation du droit des gens, c’est ce que l’avenir nous dira.
- I. Géographie de la Suisse au point de vue militaire. — La Suisse, qui a des frontières communes avec la France, l’Allemagne, l’Autriche et le Liechtenstein, l’Italie, est constituée par une grande plaine ou plateau de forme triangulaire, dont le sommet est marqué par l’union des Alpes et du Jura, les côtés par ces mêmes chaînes et la base par un fleuve, le Rhin, de Bàle à Constance. Ces éléments ont au point de vue militaire une valeur protectrice des plus importantes.
- La plaine ou plateau s'étend du lac Léman au lac de Constance, et présente une pente générale tournée vers le nord ; parsemé de collines et de petites chaînes aux pentes douces, ce plat» au a une hauteur moyenne de 500 à 600 m. au-dessus du niveau de la mer.
- Le Rhin naît principalement du massif du Go-thard (Rhin antérieur et moyen) et accessoirement de l’Adula (Rhin postérieur) ; après réunion de ses origines, il chemine entre le Liechtenstein tt la Suisse, puis l’Autriche et la Suisse, et arrive enfin au lac de Constance dans lequel il pénètre, pour en sortir vers Stein où il s’infléchit vers l’ouest, poursuivant son cours de l’est à l’ouest jusqu’à Bàle en passant par Schaffhouse. Large et rapide dans tout son trajet, le Rhin est cependant militairement franchissable dans cette région ; d’ailleurs en 1800 les troupes françaises le franchirent hDiessenhoffen près de Schaffhouse.
- Le Jura est orienté du sud-ouesl au nord-est, de Rellegarde à Bàle. Présentant une hauteur moyenne de 1000 m. et des points culminants s’élevant de 1500 à 1700 m., il est militairement renforcé sur
- le versant suisse par deux lacs disposés à ses pieds parallèlement à la chaîne (lacs de Neuchâtel et de Bienne). Au point de vue des passages, le Jura est formé de chaînons parallèles entre eux et à la direction générale et qui limitent des vallées longitudinales, ces chaînons s’abaissent en certains points et livrent passage à des vallées ou à des cluses transversales. Les principales sont : le col de la Faucille (pays de Gex) ; le col de Saint-Cergues complété par celui des Rousses où aboutissent les vallées longitudinales de Saint-Cergues et longitudinale de l’Orbe; la vallée de l'Orbe inférieur est prolongée vers l’ouest par deux routes qui, partant de Yal-lorbe, vont à Frasnes et à Pontarlier; la vallée de l’Areuse par le val de Travers et le col des Verrières communique avec Pontarlier.
- Plus au nord, le Jura s’élargit, sa partie ouest s’abaisse, tandis que sa partie Est reste élevée, traversée cependant entre Bâle et la ligne Soleure-Olten par les passages de Pierre Pertuis et du Hauen-stein.
- Somme toute, le Jura est militairement loin d’êlre infranchissable ; aussi du côté français l’a-t-on fortifié, mais les ouvrages sont pour la plupart fort anciens et sans valeur militaire : Fort l’Écluse (vallée du Rhône), Fort des Rousses, Fort de Joux et du Larmont, près de Pontarlier; tous éléments qui s’appuient sur les camps retranchés de Lyon et de Besançon.
- Les Alpes, contrairement au Jura, les Alpes constituent un obstacle bien autrement important qui couvre un bon tiers de la superficie totale du pays, et se dispose en gradins en trois chaînes parallèles d’autant plus élevées qu’on s’avance vers le sud.
- 1° La première chaîne ou préalpes comprend trois systèmes orientés du sud-ouest à l’est : Alpes de Fribourg, des Quatre-Cantons, de Claris et Appen-zell. Ces chaînes sont militairement complétées par des lacs situés à l’orée des vallées transversales et obturant partiellement leurs débouchés (lac Léman, vallée du Rhône; lac deThoune et de Brienz vallée de l’Aar; lac des Quatre-Cantons, vallée de la Reuss ; lac de Zurich et de Wallen, canal de la Linth).
- Les préalpes sont moyennement élevées avec des altitudes maxima de 2000 mètres et ne portent ni glaciers, ni neiges persistantes.
- Éludions chacun des systèmes préalpes.
- a) Les Alpes de Fribourg s’étendent du Léman au lac de Thoune. La vallée de la Sarine de Gesse-nay de Saanen (1000 m), à Bulle (700 m.) coupe cette chaîne.
- b) Les Alpes des Quatre-Cantons : comprises entre les lacs Thoune-Brienz et Zoug, atteignent 2100 m. au Pilate. Une série de vallées longitudinales fait communiquer les vallées transversales, en particulier la vallée de Sarnen qui remonte de Alpnach
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- LA SUISSE —- - I
- (sur le lac des Quatre-Cantons) au col du Brünig, et qui, par conséquent, met en communication le lac des Quatre-Cantons, la vallée du Hasli (lac de Brienz et de Thoune) et la vallée de Stanz (Stanz-tads au col de Surènes) et fait communiquer l’extrémité ouest du lac des Quatre-Cantons avec la partie basse de la vallée de la Reuss au-dessus d’Àltdorf.
- Les Alpes de SchivijU, comprises entre le lac des Quatre-Cantons et le lac de Zurich, prolongent ce système à l’est.
- c) Enfin, les Alpes de Saint-Gall et d'Appenzell comprises entre la Linth, le lac de Wallen et la Seez, d’une part, le Rhin et le lac de Constance,
- nombre de ses sommets dépassent 2800 m., et par conséquent sont couverts de neiges permanentes et de glaciers.
- a) Dans la moitié ouest de la chaîne des Alpes Bernoises on trouve une série de sommets très élevés entre lesquels une série de passages transversaux font communiquer les vallées comprises entre les trois grands systèmes montagneux : Pas de la Cheville (entre Moeveran-Diablerets), col de Sanetsch, unissant la vallée de la Sarine et Sion en passant entre Diablerets et Wildhorn; col de Rawill faisant communiquer la vallée de la Simme (Sim-menthal) avec celle de la Cienne (affluent du Rhône),
- d’autre part, forment un bastion latéral d’une hauteur de 2504 m. en certains points (Saentis) mais très facilement isolable militairement car, entre Savgahs et Ragatz, les deux vallées de la Seez et du Rhin sont seulement éloignées de 7 à 8 km et communiquent l’une avec l’autre.
- 2° La 2e rangée des Alpes est constituée de l’ouest à l’est par : les Alpes Bernoises (Oberland Bernois), les;Alpes d’Uri et celles de Glaris. Cette chaîne qui va de Saint-Maurice (sur le Rhône) à Maienfeld (sur le Rhin) est beaucoup plus élevée que la première ;
- 1. En remontant la vallée du Hasli on contourne le massif des Alpes Bernoises et, par le col de Grimsel, on débouche sur le Rhône supérieur de même que par le col de la Furka et le val d’Urseren on arrive à la partie élevée de la Reuss à Andermalt.
- entre Wildhorn et Wildstrubel ; enfin, entre ce dernier et le Balmhorn, le col de la Gemmi\ puis Loetschen-Pass entre Balmhorn-Breithorn, faisant communiquer la vallée de la Kander avec celle de la Lonza.
- Nous venons de voir, à l’occasion des préalpes, que le col du Grimsel fait communiquer la vallée de l'Aar (val de Hasli) avec le Rhône supérieur.
- b) Les Alpes d’Uri prolongent les Alpes bernoises et s’interposent entre la vallée de l’Aar et celle de la Reuss; le col de Susten est la voie de passage entre les vallées de la Reuss et du Hasli.
- c) Les Alpes de Glaris continuent la direction générale des Alpes Bernoises. Deux cols traversent ce massif, faisant communiquer la vallée de la Sernf, affluent de la Linth, avec ,1a vallée du
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- Rhin antérieur (col de Panix et col de Segnes).
- 3° La 3e rangée est' constituée à l’ouest par les Alpes Pennines, à l’est par les Alpes Léponlïennes ; plus élevée que la précédente, et comme elle, pourvue dé.glaciers.
- - a i Les Alpes Pennines, très élevées, présentent une série de sommets qui joignent le Mont Blanc (4810 m.) au Monte Leone Grand Combin (4317 m.) ; dans cette région quelques passages seulement : col du Grand-Saint-Bernard (2500 m.) qui fait communiquer le val d'Eniremont avec le val d'Aoste, col de Fenêtre, entre le val de Bagnes et le val
- communication le val Bregaglia (Italie) avec, pour Je premier, le Rhin postérieur et, pour le second, la vallée de l’inn ; les deux vallées de l’Inn et du Rhin postérieur communiquant, en outre, entre elles, par le col de Julier; enfin, la route de la Bemina unit Samaden (sur l’inn) à Tirano (sur l’Adda) et est prolongée au nord, au travers du col de l’Albula et la Schynpass, jusqu’à Filisur (vallée de Baros) pour descendre par deux routes différentes sur la vallée du Rhin dans la région de Coire.
- En dernier lieu enfin col de Fluela entre la partie ouest de la vallée de Davos et Sus sur l’inn.
- /. Strasbourg 4 v. Francfort
- Sa Mulhouse
- Constance
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- v er$ ^ Besançon
- Lucerne*
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- Airolo l^otogrtt
- Lausanne
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- iNovare ver\ Milan
- Fig. 2. — Carte des voies de chemin de fer internationales traversant la Suisse.
- Pelline, col de Saint-Théodule entre le Cervin et Mont Rose, col du Simplon entre Brigue sur le Rhône et Domo d’Ossola sur la Toce ; enfin le col de Gries, entre la vallée de Couchés (Rhône) et le val de Formazza. (partie supérieure du Toce).
- h) Les Alpes Léponliennes sont très élevées, leurs plus hauts sommets dépassant 5400 m., séparent la vallée du Rhin de celle de l’inn (Enga-dine) ; cette dernière est bordée au sud par. le massif de la Bemina (4052 m.). qui la sépare de la Valteline (vallée de l’Adda). Une série de cols mettent en communication les différentes vallées; de l’ouest à l’est on trouve : le col du Lukmanier entre la vallée Médels (Rhin moyen) et le val Blénio (Brenno), le col de Saint-Bernardino entre la vallée du Rhin postérieur et la vallée de la Moësa (val Mesocco), le col de Splügen et Maloya, mettant en
- Entre les deuxième et troisième systèmes, et formant position centrale, le massif du Gothard constitue, du fait de la disposition des vallées, le point stratégique important.
- Du Gotliard, en effet, partent une série de cours d’eau : Reus s au nord, Rhin antérieur et moyen à l’est, Rhône à l’ouest, Tessin au sud. C’est donc, à la fois, un carrefour des voies de transgression et un nœud militaire de toute première: importance commandant les communications entre l’Italie du Nord et le plateau suisse.
- Dans l’ensemble, les Alpes sont un obstacle d’autant plus sérieux que les neiges les obstruent jusqu’à la fin de mars.
- L’étude du terrain et des routes doit être complétée par celle des chemins de fer et des voies navigables.
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- Un grand système longitudinal suit le plateau suisse de Genève à Zurich. Ce système est dédoublé entre Lausanne et Olten, entourant ainsi les lacs de Neuchâtel et de Bienne ; en outre, à partir de Zurich, les voies bifurquent, pour gagner respectivement S chafîhouse et Constance, Bienne parle Vorarlberg. Trois grands systèmes transversaux sont liés cà des voies internationales :
- Paris à Milan par Lausanne et le Simplon;
- Paris à Milan par Berne, le Lœtschberg et le Simplon; lignes de Francfort et de Strasbourg par Bâle, tunnel du Hauenstein, Olten, tunnel du Gothard et Milan; enfin ligne de Stuttgart à Milan, par Schaffhouse, Zurich et le Gothard. Outre ces lignes principales, nombre de lignes de moindre importance sillonnent le plateau et les vallées qui y débouchent. Les voies de navigation empruntent les lacs ; les cours d’eau n’étant pas navigables en général. C’est ainsi qu’entre Romanshorn (rive suisse du lac de Constance) et Friedrichshafen (rive allemande) un service de ferry-boats maintient la continuité de la ligne de chemin de fer Zurich-Ulm.
- IL Voies militaires de transgression. — Comment une armée allemande voulant emprunter le territoire suisse tenterait-elle de progresser et quels seraient ses buts probables. C’est ce qu’il nous faut
- .*?*< ....
- Fig. 3. — Vallée d’Hospenthal et origine de la roule du Gothard.
- maintenant étudier. Deux manœuvres sont invraisemblables, celles qui consisteraient à écorner le territoire suisse pour gagner les territoires voisins, soit de la France au nord, soit de l’Italie au sud (‘). En effet le gain d’une marge d’une dizaine de kilomètres ne compenserait pas l’inconvénient d’entrer en guerre avec la Suisse. Seule une manœuvre de grande envergure est plausible, bien que nécessitant de grands effectifs et un matériel énorme.
- Cette manœuvre consisterait à envahir la plaine suisse sur la base Bâle-Rorschach (lac de Constance) en forçant la ligne du Rhin, puis à sœtendre plus ou moins loin dans cette plaine, suivant que l’on vise seulement la France, seulement Fltalie, ou les deux à la fois et principalement leur liaison. Dans ce cas extrême, c’est toute la plaine qu’il faudrait occuper pour effectuer un double changement de direction, vers la France au travers du Jura et de la vallée du Rhône, vers l’Italie au ravers des différentes vallées d’accès (vallée du Rhône, vallée de l’Àar, vallée de la Reuss en visant principalement Milan au travers (du Gothard). Cette manœuvre extrême demanderait d’ailleurs à être complétée par deux attaques excentriques sur la France par Bâle-Por-
- 1. Manœuvre par Bâle-Porrentruv pour déborder le système de Belfort. Manœuvre par la vallée del’Inn (Engadinc) pour gagner le lac de Côme.
- Fig. 4• ~ Vallée de l O ber al p, une des voies d'accès du Gothard.
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- Fig. 5. — La vallée du Rhône vue du col de la Furka.
- rentruy, et Sur le Saint-Gothard par la vallée du Rhin, côriime sur la Yalteline par la vallée de l’Inn. ........ 8 lignes censurées ...............
- Mais, pour réussir, il faudrait affronter l’armée suisse qui. sans nul doute défendra courageusement son territoire et sera digne de son passé. C’est ce qui rend l’exécution pour le moins très hasardeuse, quant au résultat final.
- ............. 29 lignes censurées ........
- III. Les fortifications permanentes. — Elles barrent les voies d’accès du Gothard qui, nous venons de le voir, constitue la position centrale de la Suisse.
- Certaines de ces forteresses sont anciennes, antérieures à 1886 et sans valeur militaire sérieuse ; telles celle de Luziensteig à l’orée suisse de la vallée du Rhin entre Coire et Vaduz ; celle de Bel-linzona (Tessin) ; celles d’Aarberg, So-leure, Aarburg sur l’Aar.
- Depuis 1886, des systèmes extrêmement puissants ont été établis sur la vallée du Rhône et sur le Gothard, et sont groupés autour de Saint-Maurice et du Gothard.
- a) Système de Saint-Maurice. —
- Les défenses occupent la rive est du Rhône autour de Mordes et sont constituées par les for-
- teresses de Dailly et de Savatan.
- Au plateau de Dailly, on trouve des pièces de très gros calibre montées sur rails et pouvant ainsi changer d’emplacement.
- A Savatan, il y a des coupoles armées d’obusiers dont les abords sont organisés défensivement.
- b) Système du Gothard. —Les fortifications duGotbard forment un vaste camp retranché à cheval sur toutes les vab lées qui aboutissent au massif, central: 1° Au nord, vallée de la Reuss, barrée par le pont fortifié de la Reuss avec batterie rasante, et les fortifications latérales de Bühletdu Bâtzbery, enfin le blockhaus de Rrückenwàldboden. Dans l’ensemble, la vallée de la Reuss est!barrée : au-dessous et au-dessus d’Andermatt, au-dessus d’Hos-penthal.
- 2° A /’ouest, la route stratégique de la Furka et rUrserentlial sont barrés par la batterie .cuirassée et casematée de Galenhütte et l’ouvrage barrage du col de la Furka. •
- 3° A l'est, la vallée du Rhin et la rouie de l'Oberalp sont défendues par les ouvrages de l'Ober-alp et du Tschamutt, notammént, Y'ouvrage de Cal-mot, la position de Grossboden, le camp de Loch.: 4° Au sud, la vallée du Tessin est barrée: (lier--
- Fig. 6. — La voie du Gothard, vallée de Tremala.
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- LA SUISSE
- sant italien du Gothard) par les ouvrages d'Airolo, notamment le fort cuirassé de\Fondo del Bosco, la batterie de Motlo-Barlola, la batterie de Stucci, la position fortifiée de Bia?ichi, le blockhaus de Cavanna et de Pusmeda, Youvrage de l'hospice du Gothard.
- Dans l’ensemble, les fortifications du Gothard se développent sur près de 60 km et comportent des défenses extrêmement puissantes, soit casematées (pièces défilées dans des chambres rocheuses), soit cuirassées. D’ailleurs, à côté des fortifications, il y a l’armée suisse.
- IV. Armée suisse. — Bien que n’ayant pas d’armée permanente, la Suisse peut lever une armée forte de 410 000 hommes, divisée en élite,
- 148 000 hommes, landwehr (réserve)
- 87 000 hommes, landsturm (territoriale) 275 000 hommes.
- Ces troupes sont réparties en 6 divisions d’élite, une de landwehr et des formations de landsturm. La division d’élite comprend un effectif de 21000 hommes et 5000 chevaux, 4 groupes d’artillerie de campagne,
- 1 groupe lourd. Les divisions qui comportent une brigade de montagne (4 sur 6) sont à 24 000 hommes, 6000 chevaux et 1 groupe d’artillerie de montagne. La division de landwehr comporte 6 brigades d’infanterie avec leurs services complets, exception faite de l’artillerie. En outre, les fortifications ont une garnison importante, le Gothard (garnison mixte d’environ 12 à 15 000 hommes), Saint-Maurice (4 à 5000 hommes).
- Enfin, il faut faire mention des troupes non endivisionnées rattachées aux états-majors de l’armée et des trois corps d’armée complétant l’armée de choc : elles sont surtout constituées par de la cavalerie (4 brigades indépendantes), des cyclistes, des groupes d’artillerie et des compagnies de génie.
- Enfin le landsturm comporte 83 bataillons d’infanterie et des compagnies des autres armes.
- Dans l’ensemble, l’infanterie comprend 104 ba-
- 127
- taillons d’élite, 55 de landwehr et 83 de landsturm représentant ainsi les 2/3 des effectifs du service armé, chiffre plus élevé proportionnellement que ceux des armées actuellement en campagne. Il ne faut pas oublier cependant que, dans la guerre de montagne, l’artillerie a une moindre importance que dans la guerre de plaine. Armée d’un fusil à petit calibre, d’un canon 7,5, système Krupp et d’obusiers de campagne de 12 cm, l’armée suisse est, au dire de tous ceux qui l'ont vue manœuvrer, une des premières du monde, tant par sa discipline, que par son instruction et surtout la valeur de son tir.
- Un autre avantage est la rapidité de la mobilisation. En moins de 48 heures les troupes sont réunies, grâce au double système du recrutement local et de l’armement (équipement et cheval compris, à domicile). Actuellement d’ailleurs,la moitié de l’armée d’élite est sur pied. Dans ces conditions, la Suisse, ne laisserait pas impunément violer son territoire. Rappelons, pour terminer, ce mot d’un soldat à l’empereur d’Allemagne lors des grandes manœuvres suisses auxquelles il assistait. « Certainement, vous tirez très bien et combien êtes-vous ainsi? » — 200 000, sire. — Et si j’envoyais 400 000 hommes?— Nous n’aurions chacun qu’à tirer un second coup. »
- Le kaiser médite-t-il suffisamment cet avis; c’est ce que l’avenir nous dira.
- André Grandpré.
- Fig- 7• — Un des forts du Saint-Gothard.
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- LE PYRANOMÈTRE, INSTRUMENT DE MESURE DU RAYONNEMENT
- Quelle est l’intensité des radiations solaires, du rayonnement céleste, pendant le jour, du rayonnement terrestre pendant la nuit?
- MM. C. G. Abbotet L. H. Àldrich viennent de réaliser , pour la mesure sensible et précise de ces différents rayonnements, un nouvel instrument qu’ils ont appelé le pyranomèlre. Le pyranomètre dérive directement comme principe du pyrbéliomètre de K. Ang-strôm. Celui-ci, destiné à mesurer seulement la chaleur du soleil, comporte essentiellement deux bâtons .de manganine noircis identiques dont un est exposé au soleil tandis que l’autre est conservé à l’obscurité. On chauffe ce dernier par un courant électrique jusqu’à élever sa température exactement au même degré que celle du bâton ensoleillé; l’égalité de température mesurée au galvanomètre étant obtenue, il est évident que la chaleur absorbée par le bâton au soleil est égale à l’énergie fournie au second par le courant électrique qu’on mesure avec précision.
- Le pyranomètre de MM. Abbot et Aldrich permet la mesure du rayonnement solaire et du rayonnement céleste avec une extrême précision.
- L’instrument a l’aspect représenté figure \. Sur un pied est monté un cercle équatorial E dont l’axe supporte une petite calotte métallique m et un couvercle nickelé o percé d’un trou central, tous deux déplaça blés par les mouvements à vis qu’on voit à droite de l’équatorial. Sur le pied repose l’appareil principal qui a une forme hémisphérique. Il est recouvert d’une calotte de verre K en crown-glass constituant écran contre les rayons ultra-violets et d’une autre nickelée, mobile l.
- Celte série d’écrans permet d’étudier le ciel entier, tous écrans écartés sauf la calotte du crown-glass, ou le ciel-sa.uf le soleil dont les rayons s’arrêtent sur la pièce o, ou de cacher tout l’instrument sous le grand écran o.
- Le pyranomètre, vu de dessus (fig. 2) montre les deux petits bâtons de manganine a et b, exposant tous deux la même surface de 6 millimètres de long et 2 de large, et soudés avec grand soin
- aux petits blocs de cuivre c, c', d et d'qui viennent affleurer juste au même niveau ; entre les deux lignes parallèles ainsi constituées est placée la réglette de cuivre f. Un disque de cuivre recouvert en nickel poli c entoure tout le dispositif. Ainsi les deux bâtons de manganine sont dans des conditions absolument identiques et également enveloppés dans une masse polie et très conductrice. L’isolement est obtenu au moyen de très fines lames de mica placées verticalement.
- Le tout repose sur un bloc de bois entouré par une enveloppe nickelée n, qui le protège contre les variations de température; extérieure et
- les courants d’air.
- De chacun des bâtonnets et des pièces de cuivre soudées, part un conducteur qui traverse la boite n,
- . arrive au celai h et aboutit à la borne g. Dans la boîte, se trouvent des résistances. appropriées qui permettent de chauffer 1 ’un et l’autre des bâtons de manganine par-un courant électrique réglé. Au-dessous des bâtons, sont deux thermoéléments enV, i et f, placés en série et attachés par de minces papiers pa-ralfinés au dos des bâtonnets et reliés à un gal vanomètre ; ils indiquent les moindres variations de température entre les deux éléments.
- Quand on expose l’instrument à la lumière, les radiations frappent simultanément les deux bâtonnets a et b et leur communiquent la même quantité de chaleur puisqu’ils ont même surface placée dans les mêmes conditions. Mais le bâtonnet b, dix fois plus mince et plus conductible s’échauffe, moins, d’où déviation du galvanomètre. On lit cette déviation, puis on abrite l’appareil des radiations au moyen de la calotte o et l’on règle l’intensité du courant arrivant aux deux bâtonnets de manière à ramener le galvanomètre au même point qu’aupara-vant. A ce moment, l’énergie fournie et transformée en chaleur est égale à celle absorbée par les bâtonnets à la lumière.
- L’instrument a sa place marquée dans les observatoires et les grandes stations météorologiques.
- A. Breton.
- Pyranomètre.
- 0 ®,
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahüre, rüe de Fleurus, 9, à Paris.
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- LA NATURE.
- N° 2266.
- 3 MARS 1917.
- LA PREPARATION GUERRIERE AUX ETATS-UNIS
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- Au moment où les Etats-Unis viennent de rompre leurs relations diplomatiques avec l’Allemagne, et où l’on peut envisager la possibilité de leur entrée en guerre à nos côtés, il n’est pas sans intérêt d’examiner rapidement la situation actuelle de l’Amérique, au point de vue de sa préparation militaire et navale.
- Les renseignements ne manquent pas à ce sujet, car depuis le début de la guerre européenne, le gouvernement et le peuple sont fort préoccupés de leur état- de défense. Projets d’ « Army Bill s » et de « Navy Bills » se succèdent, au milieu des meetings de la foule, des con-férences, des « Training Crusses », des « National’ Guard Exercises », des « Naval and Mi-litary Exhibitions ». Toute la presse est pleine d’articles sur ce grand mouvement, de discussions sur les effectifs, l’armement des navires, l’organisation des services, etc. On sent depuis deux ans le souci croissant de la « preparedness » à la guerre possible.
- Notre conflit a ouvert les yeux aux Américains sur l’insuffisance de leurs moyens de défense immédiate, en proportion de leur immense puissance.
- Où en sont aujourd’hui la marine et l’armée des Etats-Unis? Quel concours immédiat peuvent-elles apporter aux Alliés? Quelles réserves de forces représentent-elles?
- En France, on s’est empressé de nous prévenir que nous ne pourrions compter sur une aide immé-
- diate, l’armée américaine n’existant pour ainsi'dirc pas. Chez nos ennemis, quelques sons de cloche plus justes ont été entendus. La Leipziger Volks-zeitung, par exemple, montre son inquiétude en déclarant à ses lecteurs : « En Allemagne, on
- cherche à nier la
- Fig. i. — Le cuirassé Nevada arrivant à la revue navale de New-York, le 25 octobre igi5, photographié du haut du pont de Manhattan.
- force militaire de l’Amérique. Il est vrai qu’ac-tuellement les Etats-Unis ne peuvent mettre à la disposition de nos ennemis que leur flotte de guerre, qui cependant est plus forte que la flotte allemande. Mais quand on se souvient des dérisions de nos conservateurs lorsque, il y a deux ans, ils parlaient de| la « petite armée anglaise », de cette armée anglaise qui atteint maintenant le chiffre de plusieurs millions d’hommes, on ne peut pas penser sans épouvante à ce qui pourrait se produire si les Etats-Unis devaient se décider à créer une armée destinée à lutter contre nous. »
- A vrai dire, dès maintenant,
- la flotte américaine existe et peut entrer en ligne immédiatement. Elle est presque égale en puissance à la flotte allemande et dépasse la nôtre. L’armée n’est pas mobilisée, mais des cadres existent et les industries de guerre sont déjà bien organisées puisqu’elles travaillent pour les Alliés. Les Etats-Unis sont donc beaucoup plus prêts à entrer efficacement en guerre que ne l’était la Grande-Bretagne au début du conflit actuel.
- Un coup d’œil d’ensemble sur l’état actuel de préparation guerrière des États-Unis permettra
- 9. — 129.
- 45° Année. — 1" Semestre
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- LA PREPARATION GUERRIERE AUX ETATS-UNIS
- d’ailleurs à chacun de se faire une opinion raisonnée.
- I. La marine. — La marine est la première ligne de défense des Américains. Après avoir joué un rôle important dans la guerre de Sécession, elle fut délaissée au point que, vers 1888, elle ne comptait pour ainsi dire plus.
- La guerre avec l’Espagne, la conquête de Cuba, celle des Philippines, les difficultés avec le Japon, le percement du canal de Panama furent autant de raisons Successives de se préoccuper de la flotte et de la réorganiser:
- De 1898 à 1905, elle prit un tel développement qu’au moment de l’apparition des dreadnoughts, la marine américaine occupait le deuxième rang dans le monde, immédiatement après l’Angleterre; elle pouvait opposer 22 pré-dreadnoughts armés de 96 canons de 12 et de 13 pouces aux 20 navires allemands de même classe armés seulement de canons de 275 (1).
- A partir de 1905, les constructions navales se ralentirent : on ne fit plus guère qu’un cuirassé par an et, en 1914, la flotte américaine était passée au troisième rang (Grande-Bretagne :
- 40 dreadnoughts,
- Allemagne : 22,
- États-Unis : 10).
- Au mois d’août 1914, la marine américaine comprenait 42 cuirassés d’un déplacement total de 627 790 tonnes, 10 croiseurs cuirassés (1400801.), 15 croiseurs éclaireurs (74450 t.), 48 destroyers (25 750 t.), 8 torpilleurs (14471.), 27 sous-marins (8696 t.). Le tonnage total de la marine de guerre atteignait 878 213 t. contre 2 224 865 en Angleterre, 1054000 en Allemagne et 793206 en France.
- Les dangers de la navigation commerciale par suite de la guerre sous-marine allemande et surtout le grave incident du Lusitania montrèrent aux
- Fig. 2.
- Américains la nécessité de renforcer leur flotte.
- Une véritable campagne d’opinion commença en 1915, marquée par l’exposition à New-York de la Ligue de Sécurité Nationale, la Revue Navale de la flotte de l’Atlantique, la croisière des volontaires civils, etc. En même temps, toute la presse réclamait de nouveaux navires : des cuirassés, des croiseurs, des sous-marins.
- Cette campagne aboutit en 1916 au vote d’un important programme naval ; en 3 ans, le Département de la Marine doit construire 10 cuirassés, 6 croiseurs de bataille, 10 croiseurs éclaireurs, 50 destroyers, 58 sous-marins et 13 navires auxiliaires.
- Le 25 octobre 1916, les constructions commencèrent pour 4 cuirassés de 52 600 t., filant 21 nœuds, armés de 8 canons de 16 pouces, 22 de 5 et 4 antiaériens ; 4 croiseurs cuirassés de près de 40 000 t. filant 30 à 35 nœuds et armés de 10 canons de 14 pouces; 4 croiseurs éclaireurs de 71000 t. filant 35 nœuds; 20 destroyers de 1185 t. filant 35 nœuds ; 27 sous-marins de côtes; 3 bateaux charbonniers; 1 bateau de réparations ; 1 transport; 1 navire-hôpital ; 2 allèges pour destroyers ; 9 sous-marins de haute mer de 800 t. ; 2 navires de ravitaillement et 2 monitors. En même temps, le personnel, officiers et matelots, était augmenté en conséquence. Le budget naval, qui était de 702 millions en 1913-1914, est passé à 1600 millions en 1916-1917 et dépassera 2 milliards l’année prochaine.
- Par ces mesures, l’Amérique est certaine de reconquérir la deuxième place qu’elle avait abandonnée. En effet, elle possédera en 1921, quand le Great Naval Bill sera exécuté, 27 cuirassés de première ligne, 25 de deuxième, 6 croiseurs de bataille, 9 croiseurs cuirassés, 13 croiseurs éclaireurs, 108 destroyers, 142 sous-marins.
- Le cuirassé Pennsylvania, avec ses tourelles de trois canons.
- '1/Voy. La Nature n° 1808.
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- Pour le moment, la flotte de guerre des États-Unis comprend les 10 cuirassés existant en 1914 qui sont :
- Tonnage Longueur Vitesse Armement Cuirasse
- Michigan ) South Carolina) 10.000 135“ 18“, 8 t YIII-12 p. i XXII-3 p. T 275
- Delaivare ) Norlh Dahota ) 20.000 155“ 21",6 ( X-12 p. j XIV-5 p. 275
- Florida ) Ulah ) 21.825 155“ 21" ( X-12 p. ( XYI-5 p. 275
- Arkansas / Wyoming C 26.000 166“ 20",5 ( XII-12 p. j XXI-5 p. (2 tubes torpilles 275
- \ Oklahoma / Nevada ( 29.000 171» 21" ( X-14 p. XX-5p. (4 tubes torpilles 275
- Le Nevada ne fut complètement terminé qu’en 1915.; notre figure 1 le représente arrivant à la Revue Navale de New-York, photographié du haut du pont de Manhattan le 25 octobre 1915.
- En 1916, la flotte américaine s’est accrue de deux cuirassés de 27 000 t., New-York et Texas mis en chantier en 1915 et de trois autres de 51500 t. Pennsylvania (fig. 2), California et Arizona. Elle a en construction trois cuirassés de 52 000 t.' New-Mexico, Mississipi et Ida ho mis en chantier en 1914. Enfin, cette année 1917 a vu le commencement de la construction des quatre nouveaux cuirassés du Grand Bill Naval : Colorado, Maryland, Washington et West Virginia.
- Voici les caractéristiques de ces nouvelles unités :
- Tonnage Vitesse Armement Cuirasse
- New-Mexico Texas j 27.000 21" ( X-14 p. j XXI-5 p. (4 tubes torpilles 300mm
- Pennsylvania Californ ia Arizona | 31.500 21“ ( X11-14 p. J XXII-5 p. (4 tubes torpilles 538mm
- New-Mexico Mississipi ldaho ! 32.000 21» ( X1I-14 p. < XXII-5 p. (4 tubes torpilles 550”'“
- Colorado Maryland Washington \Y esl-Virgina | 32.600 21” ( YIII-16 p. \ XXII-5 p. ) 4 anti-aériens \2 tubes torpilles 550mm
- Comme on le voit par ces tableaux, la tendance, aux États-Unis comme partout, est de constituer une flotte de cuirassés de vitesse homogène, mais de plus en plus longs, gros, et puissamment armés et protégés.
- Les canons ont passé en quelques années du calibre de 12 pouces à celui de 16 (*); l’artillerie moyenne est de 5 pouces sur toutes les unités
- récentes. On a muni les cuirassés de tubes lance-torpilles et même on prévoit sur les nouveaux types des canons contre aéroplanes.
- Le système de tourelles à 5 canons qui tendait à se généraliser ne se retrouvera plus sur les futurs cuirassés à canons de 16 pouces.
- Enfin le blindage s’est accru de 275 millimètres à 550 qui est la limite actuelle.
- Tous les cuirassés américains sont munis de deux mâts militaires treillagés qui leur donnent un aspect caractéristique.
- Les unités récentes sont mues par des turbines actionnées par des moteurs à huile; celles du programme de 1916 auront une force motrice de 26 800 chevaux assurant une vitesse de 21 nœuds.
- Les croiseurs, on le sait, ont sur les cuirassés l’avantage de la vitesse et le défaut d’une moindre protection. Jusqu’à ces derniers temps, la marine américaine s’était peu préoccupée de ce genre de navires. Les combats navals du début de cette guerre et notamment la chasse faite par les croiseurs anglais à l’escadre de von Spee montrèrent Futilité des unités rapides pour conserver la mer libre; le programme naval de 1916 prévoit la construction immédiate de 4 croiseurs de bataille et de croiseurs éclaireurs. L’Amirauté américaine est encore très discrète sur ces nouvelles unités et nous n’en connaissons que les caractéristiques générales :
- Déplacement. 34.800 tonnes.
- Longueur . . 262 mètres.
- Force motrice. 18.000 chevaux.
- 35 nœuds.
- 10 canons de 14 pouces.
- 20. canons de 5 pouces.
- 5 canons de 3 pouces aériens.
- 8 tubes lance-torpilles.
- Les turbines actionnées directement par les chaudières fournissent le courant électrique à des moteurs branchés directement sur les 4 arbres propulseurs.
- Les nouveaux croiseurs cuirassés seront donc aussi armés que des cuirassés et aussi rapides que des torpilleurs.
- Les États-Unis possèdent une flottille de sous-marins, de valeur très inégale il est vrai. Ceux du programme de 1910 n’ont qu’une longueur de 42 m. et une vitesse maxima de 14 nœuds; ceux de 1912, 47 m. ; ceux de 1914, 80 m. Les manœuvres navales de 1915 ont montré toute leur insuffisance. Les meilleurs, ceux de la classe K, ne peuvent tenir la mer que 0 jours.
- Les 75 sous-marins actuellement en service ou en construction ne peuvent servir qu’à la défense des côtes et des ports. Le nouveau Bill prévoit la mise en chantier de 9 sous-marins de
- Vitesse . . . Armement. .
- 1. Un canon de 14 pouces envoie à 13 km. 5 un projectile du poids de 634 kilogrammes ; un canon de 16 pouces envoie à 10 kilomètres un obus de 951 kilogrammes. L’Angleterre
- a actuellement des canons de 17 et même 18 pouces et la presse américaine préconise leur emploi sur les nouveaux cuirassés à construire.
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- 132 ======= LA PRÉPARATION GUERRIÈRE AUX ÉTATS-UNIS
- haute mer d’un déplacement de 800 tonnes qui seront comparables aux sous-marins récents des flottes belligérantes.
- Une flotte a besoin d’un certain nombre de navires auxiliaires : charbonniers, trans-ports, docks flottants,’ etc.
- La marine américaine ne possède que trois « supply ships » : Cul-goa, Celiic et Glacier. Avant la guerre européenne, deux de ces navires servaient à la flotte de l’Atlantique et un à celle du Pacifique. On y compte quatre charbonniers N e p t u n e O rion, Gyclops et Jupiter, un navire de réparations Ves-tal et un bateau-hôpital Solace. Le récent programme prévoit la construction de nombreuses autres unités de cette sorte. -
- Sans attendre sa réalisation, les Américains ont
- à pouvoir se servir en cas de besoin de leurs bateaux pour les services de surveillance. Déjà quelques citoyens avaient décidé de construire des bateaux à pétrole de 12 m., avec moteur de 155
- chevaux, marchant à 27 milles à l'heure, munis de T. S. F. et pouvant être armés de canons à tir rapide. Le Volun-teer Patrol Squadron s’est constitué par initiative privée et a exécuté en septembre dernier d’intéressantes manœuvres. Depuis, on a réalisé des « scouts » de 20 m., à moteur de 800 chevaux, pouvant parcourir 500 milles.
- Malh e u r e u-sement, la marine de commerce américaine n’est pas très développée. De l’immense commerce des Etats-Unis, 10 pour 100 seulement se faisait avant la guerre sous le pavillon étoilé. En août 1914, le tonnage total dé la marine de com-
- Type Arkansas ” 72 canons de 305.
- %
- 350
- * ,350 —J. s—,350 ^
- =310 < y®
- ^ < T25
- rv—^
- Type vCalifornia ” 72canons de 350
- Type " Co/orac/o " 8 canons de 400.'%
- Fig.'3. — Caractéristiques des types successifs de cuirassés américains.
- Fig. 4. — Un des canons de 14 pouces des cuirassés américains nouvellement mis en service.
- (d'après le Scientific American.)
- songé à utiliser certaines unités de leur flotte privée.
- Une note du secrétaire de l’Amirauté en date du T‘ mai 1916 a signalé aux possesseurs de yachts et de canots automobiles, l’intérêt qu’aurait l’Etat
- merce américaine s’élevait à 1 576 809 t. ; la suppression de 5 500000 t. sur les routes du monde par suite de l’état de guerre, fit rapidement .sentir les inconvénients de cette infériorité. Le 18 août 1914, le Shij> Registry Act suspendit l’action de la
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- LA PRÉPARATION GUERRIÈRE AUX ÉTATS-UNIS ===== 133
- loi du 12 août 1912 qui exigeait des baleaux bat- | tant pavillon américain qu’ils aient été construits aux États-Unis, que 75 pour 100 des hommes parlent anglais et que les officiers soient américains. Peu après, le gouvernement décida d’assurer contre les risques de guerre les vaisseaux américains. En 1915, un Ship Purchase Bill fut présenté au Congrès, qui intéressait le gouvernement dans toutes les entreprises de navigation commerciale.
- En même temps, les chantiers de constructions navales développaient leur activité, autant que le leur permettaient les commandes croissantes de la marine de guerre. Au 1er juillet 1915, 4-4 vaisseaux étaient en construction ; au 1er décembre, 52 autres étaient commandés. En mai 1916, la flotte commerciale américaine s’était accrue de 187 unités représentant 55 829 tonnes. Malgré l’augmentation énorme du coût des constructions et les difficultés de se procurer certaines pièces, la durée en chantier fut notablement diminuée.
- En cas de conflit armé avec l'Allemagne, les États-Unis auraient la ressource d’utiliser pour leur service les nombreux navires ennemis réfugiés dans leurs ports, et cet appoint ne serait pas sans intérêt puisqu’il forme un total de 550000 tonnes. Rien que dans le port de New-York, et pour ne citer que les vaisseaux de plus de 5000 tonneaux, on trouve actuellement rassemblés.
- Adanisturm
- Armenia
- Barbarossa . 10.984 —
- Bohemia . 8.414 —
- Dora ...., . . 7.037
- Friedrich, der Grosse. . . . . 10.771 —
- George Washington . . . . 25.570 —
- Grosser Kurf'ürsl . . . , . . 13.102 —
- Ilamburg , . . 10.532
- Kaiser-Wilhelm 11 . . . . . 19.361 —
- Konig-Willielm 11 ... , . . 9.410 —
- Marthe-Washingtun. . . . . 8.312
- President Cirant. . . . . .- 18.072
- President Lincoln . . . . . 18.168
- Prinzess-lrène. .... . . 10 881
- Yaterland . . 54.282
- Une des faiblesses de la marine américaine est son manque de personnel : officiers et matelots.
- Les États-Unis possèdent seulement deux bateaux-écoles ; Ranger et Newport qui instruisent chaque année 100 cadets destinés, à devenir officiers ou ingénieurs de la marine marchande. La Naval Academy d’Annapolis prépare les officiers de la marine de guerre. Le nombre des officiers est notoirement insuffisant puisqu'on n’en comptait que 700 en 1915 dont 182 seulement ayant au moins rang de lieutenant de vaisseau.
- La situation est la même en ce qui concerne les hommes. Jusqu’en 1914, on ne pouvait équiper que les vaisseaux de première ligne, les autres n’ayant que 10 à 20 pour 100 de leur personnel. |
- Les effectifs furent portés de 48 000 hommes
- en 1914, à 52 000 en 1916. Le 7 décembre dernier,
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- 134 ====== LA PRÉPARATION GUERRIÈRE AUX ETATS-UNIS
- le Congrès a autorisé l’enrôlement de 26 000 nouvelles recrues dont 2524 ont déjà rejoint. On compte qu’il faudrait cette année à la flotte américaine pour être prête environ 85 000 hommes, plus 20000 autres pour les navires auxiliaires, patrouilleurs, poseurs de mines, etc. Les aura-t-on?
- La réserve de l’armée de mer n’existe pour ainsi dire pas. La milice navale organisée compte seulement 523 officiers et 5846 hommes. L’an dernier, 2800 volontaires civils se sont engagés pour une croisière d’exercices. Et c’est tout !
- H. La défense des côtes. — Si la flotte est la
- Tels sont aux États-Unis l’entrée du port de New-York, le canal de Panama, etc.
- Avant la guerre, la défense des côtes était assurée par des batteries, telle celle du Fort Hamilton, Brooklyn, représentée figure 8. On avait même installé des canons à tir commandé automatiquement, comme celles du fort Trotten, Staten Island, que montre la figure 9. La guerre actuelle a démontré d’une part que les batteries de côte doivent avoir une artillerie au moins égale à la plus puissante dont soient armés les navires assnil-lants, d’autre part que toutes les pièces doivent
- Fig. 6. — Le monitor Tonopah et les sous-marins E-i, F-2, D-2, D-i, B-3 à la revue navale de New-York.
- première ligne de défense, les batteries de côtes doivent constituer la deuxième.
- Les Etats-Unis ont une telle longueur de rivages qu’on ne peut songer à les protéger d’une manière continue et à établir une ligne ininterrompue de batteries. Cette impossibilité, qui d’ailleurs existe chez; tous les belligérants, est encore plus grande sur cette immense étendue de côtes où les points de débarquement ne manquent pas. La seule défense efficace contre une tentative de débarquement est la présence d’une armée bien préparée et très mobile qu’on transporte rapidement au point menacé.
- Mais certains endroits de la côte sont particulièrement sensibles ou présentent une importance telle qu’ils méritent d’être spécialement protégés.
- être mobiles et pouvoir se déplacer rapidement.
- La défense côtière américaine a tenu compte de ces enseignements; dès 1915, elle a été pourvue des diverses pièces suivantes :
- Canons de Calibres. Poids des projectiles. Trajectoire maxima à 15°.
- 12 pouces . . . 40 517 lcilog. 55 kilom.
- — . . 46 485 — 59 —
- — . . 55 517 — 56 —
- — . . 55 485 — 52 —
- — . . 15 517 — 18 —
- — . . 15 475 — 10 —
- 14 pouces . . . 40 545 — 44 —
- — . . 40 752- — 5b —
- 16 pouces . . . 55 815. — 42 —
- — . . 55 1.087 — 54 -
- La première batterie montée sur truck tracteur
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- LA PREPARATION GUERRIERE AUX ETATS-UNIS ===== 135
- automobile a fait ses essais le long de la côte de Californie au début de 1916. Le canal de Panama vient d’être fourni de canons de 16 pouces montés sur deux trucks circulant sur rails ; ce nouveau canon de 45 calibres peut envoyer sous un angle
- ne reste pour défendre l’immense territoire de l’Union que 80 000 soldats! 11 est vrai que théoriquement, 14 millions de miliciens sont mobilisables, mais à peine 120000 d’entre eux ont reçu un début d’éducation militaire pen-
- Fig. 7. — Le sous-marin M-i, actuellement le plus grand sous-marin américain.
- de 15° un projectile de 1087 kilogs à 16,6 km
- (fig- 10).
- Ce qui manque à la défense des côtes, c’est le personnel. Il y faudrait, estime-t-on, 19 divisions,
- dant les courtes périodes qu’ils ont effectuées.
- Le nombre des officiers est insuffisant. L’école de West-Point, qui correspond à notre école de Saint-Cyr fournit, après 4 ans d’études, d’excel-
- Fig. 8. — La batterie de côte de fort Hamilton, Brooklyn, pendant un tir d’exercice.
- soit 580 000 hommes, dont 275 000 pour la côte atlantique seule. L’armée active tout entière n’en compte que .80 000 !
- III. L'armée. — Bien que peuplés de 110 millions d’habitants, les États-Unis n’ont qu’une armée rudimentaire. Cette faiblesse s’est déjà fait sentir récemment lors des difficultés avec le Mexique. 20000 hommes sont employés aux Philippines et il
- lents instructeurs, malheureusement trop peu nombreux.
- Cette question des effectifs inquiète beaucoup les àméricains depuis la guerre actuelle. Tous les journaux, toutes les revues en ont signalé les dangers immédiats Rien qu’à New-York, dit l’un, nous avons 10 000 policemen pour proléger 5 millions d’hommes contre les attentats individuels et les
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- 136 ...— LA PRÉPARATION GUERRIÈRE AUX ÉTATS-UNIS
- iOO millions d'Américains ne peuvent compter que sur 80 000 soldats pour les. défendre contre les actes de violence possibles d’une puissance étrangère ! Un autre signale que, dans le cas d’une invasion menaçante, il faudrait 30 jours rien que pour mobiliser ce rudiment d’armée!
- En réalité, elle comprend seulement 30 000 hommes en service actif (infanterie, cavalerie et artillerie), 16 000 hommes dans les défenses côtières et 127 000 miliciens dont 60000 au plus
- immédiatement mobilisables.
- Derrière cette armée régulière si réduite, aucune réserve, un officier de remplacement.
- Or, en cas de guerre, il faudrait immédiatement au moins 380000 hommes pour la défense des côtes et 500 000 pour marcher contre l’ennemi !
- Dès 1915, l'Etat-major proposa la formation d’une armée active de 200 000 hommes et d’une réserve de 300 000. On recruta des volontaires. On proposa même une propagande analogue à celle qu’employèrent les Anglais au début de leur mobilisation. On réclama des écoles militaires et l’enrôlement des étudiants comme officiers de réserve.
- Le Congrès autorisa l’organisation de 31 régiments d’infanterie, 15 de cavalerie, 6 d’artillerie de campagne, 12 compagnies du génie, 170 compagnies d’artillerie de côte, comprenant en tout 87 000 cà 120 000 hommes.
- D’autres projets plus efficaces furent déposés, le Chamberlain Bill, le Hay Bill, la proposition de service obligatoire pour tousj1), mais le Congrès sembla
- 1. Pendant la mise en pages de ect article, les journaux nous ont appris que ‘ la Commission de l’Armée du Sénat américain vient d’accepter un bill imposant six mois d’ins-iructkn militaire ou navale à tous les citoyens âges de 19 à
- craindre que cette mobilisation ne donnât à farinée une puissance trop grande et il fallut que le Président intervînt pour obtenir un recrutement suffisant. Son appel du 18 juin 1916 aux milices fut entendu.
- Aujourd’hui, l’armée régulière comprend les troupes accordées par le Congrès en 1915 et augmentées en 1916 et les milices recrutées et organisées dans chaque Élat. Ces milices sont exercées dans des camps d’instruction et participent aux
- grandes manœuvres de l’armée régulière ; elles sont commandées par des officiers élus par elles et choisis parmi les anciens élèves des grandes écoles, les anciens sous-officiers, etc.
- Les 31 régiments d’infanterie sont à 5 bataillons de 4 compagnies. Les deux portant les nos 24 et 25 sont composés de nègres. On prépare l’organisation de 34 autres unités. Toutes sont munies du fusil Springfield à ré-pétition et de mitrailleuses de divers types (Lewis, Colt, etc.).
- Les 15 régiments de cavalerie sont à 3 groupes de 4 escadrons ; 10 autres ont été prévus. L’artillerie comporte 3 régiments de campagne, 1 à cheval et 2 de montagne comprenant chacun 6 batteries.
- Les divers types de canon en usage sont :
- Petit { can()n êe campagne de 5 pouces calibre j canon de campagne ancien de 3,2 pouces ( canon de montagne de 2,95 pouces.
- f canon de 4,7 pouces Moyen 1 canon de siège de 5 pouces calibre ) howilzer de 4,7 pouces ( howitzer de 7 pouces.
- Il n’existe encore aucun canon de gros ca-
- 26 ans et à tous les hommes en instance de naturalisation. Ces recrues constitueront ensuite une réserve mobilisable jusqu’à 28 ans.
- Fig. 9. — La batterie de côte de Fort Trolten, Staten Island, à tir automatiquement commandé à distance.
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- libre. Le nombre total des canons de campagne en service est de 900; il en faudrait au moins 2000 autres.
- L’arme du génie se compose de 5 bataillons de pionniers et 4 compagnies de signaux comprenant le télégraphe, le téléphone et l’aéros-tation.
- L’État-Major forme un service qui s’étend du chef d’État-Major jusqu’aux officiers détachés dans les bataillons. Le « Quartermaster-Corps » correspond à notre intendance et 1’ « Ord-nanre-Corps » à notre ministère de l’armement et des munitions.
- L’armée de campagne est composée de deux divisions d’infanterie ou plus, d’une ou plu-
- sieurs brigades de cavalerie et est commandée par un major général. La division d’infanterie comporte 5 brigades d’infanterie, un régiment de cavalerie, une brigade d’artillerie légère, un bataillon de pionniers, un de signaux, un de munitions, d’intendance, de santé, d’ingénieurs.
- Parmi les services de l’armée, il faut dire un mot de l’automobile et de l’aéronautique.
- Fig. io. — Un canon de 16 ponces sur trucks accouplés, pour la défense du canal de Panama (d'après le Scientific American).
- ricaines organisée par le Motor Truck Club, la construction de voitures de T. S. F. à portée de 200 milles, de camions ateliers, de voitures de radiologie, etc.
- Si l’armée américaine est encore maigrement pourvue, l’industrie nationale est largement outillée aujourd’hui pour la fournir.
- Le pays des Wright a également appris l’importance militaire de l’aviation et de l’aéronautique.
- 1915 a vu la nais-' - "'y:?:;;-::.-- sauce du premier diri-
- geable naval, long seulement de 52 m. il est vrai.
- Les Etats-Unis qui
- avaient eu le premier aéroplane en 1909 et le premier hydroaéroplane en 191 1, s’étaient laissé dépasser par presque toutes les nations européennes. Les huit appareils envoyés en
- 1916 au Mexique firent bien peu d’usage puisque après trois semaines, aucun ne volait plus. Le Congrès a récemment voté un crédit de 70 millions pour l’aviation et de 17,5 millions pour les hydroaéro-
- planes.
- D’ici peu, les Américains auront donc des
- appareils;- déjà 175 aéroplanes de divers types,
- Fig. ii. — Exercices de la milice au camp de Platlsburg en août içi5 (.d'après le Scientitic American).
- On sait quel rôle l’automobile joue dans la guerre actuelle. Les Etats-Unis ont profité de cet enseignement. D’une part, ils ont intensifié leur fabrication; après nous avoir livré 66. voitures en août 1914, ils en fournissaient 1502 en février 1915, 2990 en juin et leur exportation n’a fait que croître depuis. D’autre part, ils se sont amplement servis de voitures à moteur dans leur campagne contre le Mexique. On y a vu notamment des autos blindées, certes moins puissantes que nos tanks (lig. 12).
- 1916 vit une mobilisation civile de voitures amé-
- 100 hydroaéroplanes et 100 appareils d’école sont commandés ; il restera à former des aviateurs pour s’en servir.
- Comme on le voit, l’armée américaine est loin d’être aussi prête que la flotte et il y aurait beaucoup à faire pour la mettre en état de servir utilement.
- Les approvisionnements sont presque nuis.
- Les 900 canons n’ont en réserve que 650 coups pour chacun. Il n’y a que 700 000 fusils fabriqués et seulement 500 balles par fusil. Les équipements ne sont préparés que pour 450 000 hommes, etc.
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- 138 ===== LA PRÉPARATION GUERRIÈRE AUX ETATS-UNIS
- Seulement, les États-Unis ont pour eux l’exemple de la guerre européenne; ils savent maintenant les nécessités d’un conflit, le nombre d’hommes à mettre en ligne, les armements indispensables, la consommation des munitions, etc. ; ils peuvent profiter de notre expérience si durement acquise pour éviter les tâtonnements, les essais longs et coûteux, entreprendre uniquement et immédiatement les fabrications nécessaires, choisir les armes les plus efficaces.
- Bien plus, leur industrie, en nous servant de fournisseur, s’est préparée, outillée, entraînée pour les fabrications de guerre et pourrait sans délai suppléer aux insuffisances de leur préparation guerrière.
- Depuis plus de deux ans, les fabriques améri-
- cartouches, des aéroplanes, de tout ce qui nous est nécessaire.
- Curtiss produit maintenant plus de 5000 aéroplanes par an, Colt plus de 200 mitrailleuses par jour, etc. L’outillage existe donc; il est en plein fonctionnement; rien ne serait plus simple que de s’en servir pour approvisionner le pays même.
- Un comité de préparation industrielle s’est d’ailleurs constitué l’an dernier pour organiser le plan de mobilisation des fabrications de guerre.
- Les États-Unis pourraient donc, comme nous le disions au début de cet article, sinon riposter immédiatement à une attaque ou à une insulte, du moins mobiliser plus rapidement que ne le fit la Grande-Bretagne.
- Fig. 12. — Type d'automobile blindée récemment mise en service.
- ARMÉE ACTivE wmmmA MiLicE
- ARTÏLLERiE DE CÔTE ACTIVE WÊÊÊEMM Mib-iCE — , f
- ARTÏLLERiE DECAMPAGNE ACTiVE «' 1 MiLicE
- CANONS
- MUNiïiONS
- ARMES PORTATiVES
- Fig. i3. — Ce que les Américains ont et ce qui leur manque pour leur défense (d'après le Scientifîc American).
- caines ont fabriqué en masse des chaussures., des harnais, des vêtements, des automobiles, du matériel de chemin de fer, des fils de fer barbelés, des ponts, des revolvers, des canons, des obus, des
- L’organisation est prête, les cadres sont prêts, il n’y a plus qua les remplir. Et pour cela la République d’Amérique a 110 millions d’habitants !
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- LE PORT DE PARIS ET SON COMMERCE
- Le ravitaillement de Paris est, depuis 2 mois, cruellement affecté par une crise de transports et le rôle de la Seine est apparu plus que jamais comme primordial, dans l’apport des matières de toutes sortes qu’absorbe la capitale, quand la navigation s’est trouvée suspendue, d’abord par une crue intempestive, puis par une série de froids qui ont arrêté la circulation des trains de bateaux. L’attention se trouve donc plus que'jamais attirée sur les graves problèmes de Paris Port-de-Mer, des crues de la Seine et des canaux de France.
- M. Georges Lemarchand, conseiller municipal de Paris, vient de publier un intéressant ouvrage sur
- ne rend pas tous les services et ne produit pas tous les bénéfices qu’on devrait en tirer.
- « Une occasion propice, et que l’on ne pourra indéfiniment négliger, s’offre de transformer et de multiplier la valeur du port de Paris : ce sont les travaux d’ensemble à exécuter pour mettre la capitale à l’abri des inondations.
- « Les deux questions sont liées par une corrélation étroite, et ce serait faire acte de très mauvaise administration, d’incurie même, que de vouloir solutionner la seconde sans résoudre, en même temps, la première. »
- C’est sur cette base qu’il importe de rechercher
- Fig. i. —, Vue générale de la Seine à Rouen.
- ces importantes questions : Le Port de Paris et ses affluents commerciaux (*).
- Le problème y est défini en termes excellents dans l’introduction : « Malgré la guerre, les Allemands continuent de tous côtés leurs méthodiques efforts pour garder leur situation industrielle et commerciale après la fin des hostilités.
- « C’est pour nous un devoir non moins rationnel et impérieux de maintenir aussi, en la perfectionnant, notre activité économique.
- « Un des moyens les plus féconds et les plus puissants que nous ayons entre les mains est le port de Paris qui, on le sait, occupe, par son tonnage, le rang de prémier port de France. Mais son transit reste inférieur à ce qu’il serait, si ses affluents commerciaux des régions de l’Est et du Centre étaient l’objet de sérieux perfectionnements et se trouvaient enfin dotés de moyens de traction et d’exploitation modernes.
- « Tel qu’il existe actuellement, le Port de Paris
- I. In-8° Paris. Dunod et Pinat, édit. 1916. 280 pages. Prix : 6 francs.
- et de dégager les imperfections du Port de Paris et des affluents commerciaux de la Seine et de montrer les améliorations urgentes qu’il faut y apporter.
- Nous laisserons de côté l’historique et l’évolution physique et économique de la Seine, depuis les temps préhistoriques jusqu’à nos jours.
- .En ce qui touche les ouvrages d’art, on constate que leurs plans ont toujours été conçus avec des vues trop courtes. Jamais ils n’ont donné les résultats de longue durée qu’avaient espérés- les techniciens. « Les premiers barrages et écluses construits, de 1838 à 1855, pour permettre le mouillage de 1 m. 60, ont dù être modifiés, dès 1866, époque où l’on décida, en même temps, de réaliser le mouillage de 2 m. Ces derniers travaux furent encore reconnus insuffisants, puisque les lois de 1878 et de 1880 eurent pour objet de réaliser le mouillage de 3 m. 20. Ces nouveaux travaux ont été exécutés entre 1880 et 1886. »
- Maintenant, il faut atteindre un mouillage de 4m. 50, et, pour cela, démolir ou modifier tous les ouvrages précédents.
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- LE PORT DE PARIS ET SON COMMERCE
- C’est la répétition de l’erreur, tant de fois commise pour le port du. Havre et qui, par peur des trop grandes entreprises, a multiplié les dépenses inutiles et empêché d’obtenir un résultat efficace.
- Aussi ne saurait-on mieux faire que de demander « aux ingénieurs de se montrer plus larges dans leurs conceptions, plus clairvoyants dans leurs projets, d’envisager en même temps les questions dans leur ensemble et non par prévisions successives et morcelées.
- « Il est un fait avéré, c’est que lorsque l’on exécute des travaux de cette importance et de cette
- Les caprices de la Seine navigable.
- montée. . . 15 francs.
- descente . . 9 francs.
- montée. . . 12 francs.
- descente . . 6 IV. 50.
- montée . 6 fr. 00.
- descente . . 4 fr. 85.
- montée. . . 3 fr. et 2 IV. 50.
- descente . . 2 fr. et 1 IV. 75.
- Corrélativement, le taux du fret de Paris à Rouen s’est abaissé de lu façon suivante :
- 1787. .
- 1850. .
- 1879. .
- 1909. .
- Le 18 décembre 1915, le fret de Rouen à’Paris remontait à 7 fr. 50; le 26 avril 1916, à 8 francs et 8 fr. 50.
- Le chapitre II de l’ouvrage expose le curieux tableau des crues et débâcles de glaces jusqu’à celle de 1910 qui fut due, on se le rappelle, aux débits exceptionnels de la Marne, de la haute Seine, et de l’Yonne provoqués par deux séries très rapprochées de grandes pluies, du 18 au 21 janvier et du 24 au 25 janvier. Cette crue eut pour conséquence un long arrêt du trafic fluvial de Rouen à Paris, parce que les ponts sont trop bas en aval de la capitale.
- Fig. 2. — Péniches bloquées par la banquise.
- complexité, comme premier établissement, la question des dimensions plus ou moins grandes à leur donner immédiatement n’influe que dans une proportion relativement infime, et pour ainsi dire négligeable, sur la dépense totale.
- « Par contre, lorsqu’il s’agit ensuite de démolir pour élargir ou surhausser, cette dépense nouvelle s’ajoute aux frais de la démolition qui, parfois, est plus ou moins contrariée par des sujétions de toutes .sortes. »
- Il n’en est pas moins vrai que les travaux exécutés de 1879 à 1888 (dragages et relèvement du plan d’eau), ont fait progresser comme suit le tonnage du Port de Paris :
- 1877 : 34.879 baleaux transportant 5.583.091 tonnes.
- ~ 1889 : 36.002 — — 6.146.916 —
- 1899 : 52.048 — — 10.481.483 —
- 1913 : ? — — 15.228.085 —
- De leur côté, le mouvement des marchandises par voie ferrée s’élevait
- en 1889 à 8.112.467 tonnes, en 1899 à 10.567.554 — en 1909 à 19.553.958 —
- Fig. 3. — Péniches bloquées par la crue.
- A la suite de cèt événement sensationnel, une grande commission dite « des Inondations » futcons-tituée au ministère de l’Intérieur, le 9 février 1910; elle décida l’exécution immédiate de mesures sommaires, qui n’ont été que partiellement réalisées et elle élabora le projet de tout un ensemble de grands travaux dont aucun encore n’a été exécuté (*).
- La Commission des Inondations a demandé :
- 1° L’élargissement du bras de la Monnaie, dans Paris (prix : 22 millions) ; 2° l’approfondissement delà Seine entre Suresnes et Bougival (30 millions) ; 5° l’ouverture d’un bras de décharge de la Marne de Meaux à St-Denis, plus exactement d’Annet (à l’embouchure de la Beuvronne) jusqu’à Épinay.
- 1. Commission' des Inondations, Rapports et documents divers, in-4° de 710 pages. Paris, imprimerie Nationale, 1910
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- Une dépense de 170 millions ferait de cette décharge un canal de navigation.
- Le Conseil municipal de Paris a accepté les deux premiers points, mais il a demandé que le canal de décharge de la Marne fût reporté à l’aval, avec point de départ à Gournay ou à Ville-Evrard.
- Enfin, de 1911 à 1915, le Conseil municipal de Paris et le Conseil général de la Seine, conformément au désir de la Commission administrative de Paris Port de mer, ont demandé l’approfondissement de la Seine à 4 m. 50 entre Paris et Rouen, pour que le Port de Paris soit accessible aux bateaux de 4 mètres de tirant d’eau.
- entre ces deux entrepreneurs de transports, et, jusqu’à ce jour, les résultats obtenus pour arriver à la solution du problème oui été presque négatifs.
- « En ce qui concerne les ports de l’agglomération parisienne on a, à la suite de nombreuses démarches, et non sans difficultés, pu obtenir que les Compagnies de chemins de fer soient reliées aux ports suivants :
- « La Compagnie du Nord à Saint-Ouen;
- « L’Orléans, à Saint-Bernard et Ivry ;
- « L’État, à Javel et à Saint-Cloud ;
- « Le P.-L.-M. à Bercy, Charenton et Yilleneuve-Saint-Gcorges ;
- Il serait trop long de résumer les indécisions et hésitations qui ont, jusqu’ici, fait échec à tout commencement d’exécution. Quant à Paris Port de mer, il va sans dire que tous les projets sont passés en revue par M. G. Lemarchand, depuis les idées de Vauban et du cardinal Fleury sur un canal de Paris à Dieppe, jusqu’aux plans de Bouquet delà Gryeet au canal souterrain du BasMeudon à Yillennes-sur-Seine proposé en 1915 par M. Georges Nègre.
- Le régime fiscal du Port de Paris, son administration, les abus auxquels il donne lieu, les réformes qu’il importe d’y introduire, la question des taxes et péages, sont d’ordre trop technique pour nous arrêter.
- « La question du raccordement des voies de fer aux voies d’eau est assurément la plus épineuse qui existe, en raison de la concurrence inévitable
- a L’Est, à Villeneuve-Triage et la Villette. » La Commission de Paris Port de mer n’a pas cessé d’insister sur la nécessité de ces raccordements et de la création de tarifs communs aux deux modes de transports. Dès 1878, M. de Freycinet, dans un rapport au Président de la République, montrait l’opportunité de ne pas laisser les chemins de fer supplanter et annihiler les canaux. On connaît la vaillante campagne depuis longtemps entreprise par M. Audifîred, sénateur de la Loire, pour l’extension, on pourrait presque dire la résurrection de notre réseau de voies navigables. Le 27 janvier 1916, il obtenait du ministre des Travaux publics, une décision prescrivant l’établissement de plus d’une trentaine de points de jonction entre les voies ferrées et les rivières et canaux.
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- LE PORT DE PARIS ET SON COMMERCE
- En effet, c’est uniquement par ces raccordements que « les affluents commerciaux de la Seine », suivant l’heureuse expression de notre auteur, pourront relier toute la France à son centre vital : Paris.
- Parmi les documents fournis sur les canaux français, il faut rappeler notamment le projet d’élargissement du canal du Rhône au Rhin.
- Fig. 5. — Berges de la Seine à Bougival. Fig. 6. — Berges du Rhin.
- 9 septembre 1916), 1 amélioration du Rhône est tout aussi vitale, pour le midi de France, que l’extension du Port de Paris, pour le Nord. Personnellement, j’ai déjà fait remarquer (La Géographie, 15 mars 1914) que la seule voie commerciale qui puisse, dans le S.-E. de la France, faire concurrence au Gothard, au Simplon, au Lœtschberg, c’est la voie d’eau du Doubs et de la Saô
- « La Suisse qui est intéressée à l’opération, a examiné la question et elle a admis que les travaux projetés pourraient réaliser une économie de 50 pour 100 sur le prix actuel du transport par rail. L’importance du transit serait de 600000 tonnes par an. Il s’agiraitde porter le mouillage à 2 ni. 20 entre Saint-Symphorien et Besançon, et à 5 m. 70 le tirant d’eau des ponts.
- « Actuellement, le canal du Rhône au Rhin est impraticable aux péniches du type normal et aux chalands de 100 tonnes, sur une section de 52 kilomètres en territoire annexé et sur 112 kilomètres entre Mulhouse et Besançon.
- « La mise au gabarit du canal, d’après une enquête de M. Hang, secrétaire général de la Chambre de commerce de Strasbourg, aurait permis de faire accéder par voie d’eau dans les provinces qui nous feront retour d’ici peu, les vins du Midi, les graisses et les huiles et graines oléagineuses de Marseille. »
- Mais cette amélioration rend nécessaire celle du Rhône à l’aval de Lyon, soit par un canal latéral évalué à 506 millions de francs, soit par un aménagement du fleuve lui-même.
- Comme l’ont expliqué, de récents articles de M. Coustet sur le tunnel de Rove et sur l’étang de Berre (LaNature n° 2238, 19 août 1916.et n° 2241,
- trouée de Belfort. C’est là qu’il faut effectuer des dépenses plus utiles que celles projetées pour l’utopie du Rhône navigable de Lyon à Genève, par le canon de Bellegarde. Maintenant surtout, ce serait, en dehors des difficultés matérielles et des dangers géologiques de réalisation, une erreur très pré-*• udiciable à la France
- : - - que de poursuivre le
- vieux rêve de faire arriver les chalands du Rhône jusqu’à Genève. Cette chimère, forgée par Céard en 1774, n’a même pas le mérite de la nouveauté, et ce n’est pas par un canal en Suisse occidentale, que l’on doit réunir Marseille aux marchés de l’Europe Centrale.
- L’industrie suisse, en effet, n’existe que dans le bassin du Rhin, Winterlhur, Zürich, Bàle, Neuchâtel. C’est donc par Bàle et Mulhouse qu’il faut viser la jonction du Rhône français avec le Rhin, pour drainer le trafic des usines suisses et germaniques à la fois. Le bon sens indique bien l’élargissement de la voie d’eau du Doubs et de la Saône par la trouée de Belfort et par l’amélioration de nos canaux français de Franche-Comté, à travers une riche province, pour porter les marchandises du Rhin au nouveau tunnel de Rove et à Marseille. Le prochain retour de l’Alsace à la France ne donne que plus de poids à cette solution.
- Fig. 7. — Endiguement du chenal sur le Rhin.
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- Il serait injuste de ne pas rappeler les efforts développés depuis 1875, c’est-à-dire depuis plus de 40 ans, par un propagandiste convaincu, M. Auguste Mahaut et par son Comité de la navigation par les canaux pour la restauration de notre réseau fluvial et particulièrement pour l’amélioration de la Loire (*).
- Mais revenons à M. Lemarchand et à sa révélation sur le canal du Midi, la grandiose mais défunte œuvre de Riquet.
- « Les canaux du Midi ont appartenu, de 1852 à 1897, à la Compagnie des chemins de fer du Midi qui a profité de celte situation pour supprimer la concurrence de la voie d’eau en laissant le canal s’envaser. C’est ainsi que le trafic kilométrique, qui, en 1853, était encore de près de 60 millions de tonnes, n’était plus que de 52 millions de tonnes en 1858 et de 16 millions en 1884. »
- D’où celle conséquence que, de 1900 à 1906, pour la récolte des vins du Midi, le chemin de fer en transportait 68,43 pour 100 et le canal seulement 8,95 pour 100.
- Tel est l’aboutissement de l’indifférence dont les canaux de France ont été si longtemps victimes. Elle a eu de terribles conséquences dans la guerre actuelle, en provoquant l’insuffisance des transports par eau dès le début de la mobilisation; alors, en effet, les bateaux vides ont été arrêtés pour être mis à la disposition des Ponts et Chaussées et cela a encombré les voies d’eau et suspendu la navigation pendant 12 jours; la pénurie du matériel de déchargement au port de Rouen a amené son engorgement; la main-d’œuvre a manqué; les crues de la Seine en janvier et février 1916, ont paralysé la batellerie ; le canal du Nord et le doublement de celui de Saint-Quentin n’étaient pas achevés; et les autres canaux se sont immédiatement obstrués, etc.
- Au contraire que s’est-il passé pour la navigation intérieure de l’Allemagne?
- De 1875 à 1905, le trafic de cette navigation est monté de 2 900000 000 à 15 milliards de tonnes kilométriques, tandis qu’en France, de 1879 à 1909, il s’élevait seulement de 2 900 000 000 à 5 971 000000 tonnes kilométriques.
- Au cours de cette même période, le tonnage du Rhin allemand s’accroissait six fois plus que celui de la Seine. Il est vrai que le Rhin n’est pas entravé par des écluses ; mais il est plus rapide et son mouillage moyen n’est que de 2 m. 50 au lieu de 5 m. 20 pour la Seine.
- Le port de Berlin sur la toute petite Sprée a vu, grâce à ses canaux, son mouvement passer de 3200000 t. en 1875 à 10114000 t. en 1905. Sa progression annuelle est un peu plus forte que celle du port de Paris. Ici encore, il nous faudrait citer trop de chiffres pour montrer quels résultats obtiennent les efforts et les travaux allemands à Francfort-sur-le-Mein, à Mannheim, etc.^). Ces
- 1. La navigation intérieure et les transports, 1910. Librairie Nationale, 5 francs.
- chiffres conduisent à cette triste conclusion : « Chez nous, les lenteurs administratives et les rivalités locales ou personnelles paralysent les meilleures volontés, au détriment de la prospérité de notre commerce, de notre industrie et de nos finances.
- « Pendant ce temps, les Allemands, non contents d’être largement dotés par la nature, accroissent et fortifient leurs avantages, en créant ce magnifique réseau de voies navigables qui a joué un rôle capital dans le développement de leurs grands ports, en particulier à Hambourg (dont le trafic provient, en majeure partie, on l’ignore trop, des voies fluviales et canaux auxquels cette ville se trouve reliée). »
- En résumé, les mesures qu’on a préconisées pour protéger Paris des inondations sont précisément celles que nécessite l’amélioration du régime commercial de la Seine : approfondissement général réalisant le mouillage de 4 m. 50 entre Paris et Rouen (avec coupure de certaines boucles) ; élargissement du bras de la.Monnaie; bras de décharge dérivé de la Marne et raccordé au canal de l’Ourcq.
- Comme corollaires ou mesures complémentaires, il faut multiplier les raccordements avec les voies ferrées; mettre à grandes sections les principales voies d’eau de la France et construire de nouveaux canaux (Berry, Loire, Loing, Saône, Doubs, Rhône, Midi, Loire à la Garonne).
- C’est ainsi que Paris sera mis à même d’utiliser au mieux, tant pour son profit que pour celui de la France en général, l’admirable instrument naturel qu’est la Seine. Et au point de vue des applications pratiques du trafic, il faut bien se pénétrer de cette distinction (qui peut permettre de résoudre les conflits de concurrence entre les chemins de fer et les canaux), que les voies fïu-
- pondéreuses, notamment des houilles et des fers. C’est pourquoi M. Lemarchand termine par cette judicieuse formule : « à l’eau les marchandises pondéreuses et agglomérées en grande masse, et au chemin de fer le soin de former ces masses et de les dissoudre. » E.-A. Martel.
- 1. Voir l’article de M, Cambon sur Le Rhin, La Nature, n° 2163, 15 mars 1915.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séances des 8
- Courbe décrite par le pôle magnétique boréal depuis 1541. — M. Emile Belot s’est proposé de construire la courbe réelle décrite par le pôle magnétique au moyen de ses tangentes déduites des courbes de déclinaison. Il constate ainsi que le pôle magnétique ne fait pas le tour du- pôle géographique comme on le croyait, mais oscille,' en 800 ans environ, dans la région boréale qui regarde le Pacifique. Actuellement il paraît décrire une boucle qui aura pour effet de réduire beaucoup la surface entourée par jsa trajectoire. On peut ajouter que la vitesse moyenne de déplacement a été d’environ 12 km par an de 1580 à 1765, tandis que, depuis un siècle, elle est réduite à 8 km. Elle serait assimilable à un mouvement pendulaire qui se ralentirait aux points extrêmes de son oscillation. Le pôle magnétique sud doit avoir une oscillation inverse réduite dans le rapport de 1,62 à 2,05 qui représente les intensités magnétiques aux deux pôles.
- Taches solaires et orages magnétiques. — Diverses théories ont été proposées relativement aux orages raa-
- et i 5 Janvier 1917.
- gnétiques. Terby a cru remarquer que les orages magnétiques coïncident avec le passage et souvent avec le retour d’une tache au méridien central du Soleil. Yeeder suppose une influence prédominante au moment de l’apparition des taches au bord Est du disque solaire. Pour Ricco, les perturbations magnétiques sont en retard par rapport au passage des taches à la moindre distance du disque solaire. Pour Arrhénius, les aurores polaires, ainsi que les orages magnétiques sont dus à des particules chargées négativement, chassées de l’atmosphère solaire par la pression de radiation. M. Henryk Arctowski, reprenant la question, conclut que les hypothèses de Veeder et de Terby sont démenties par l’observation, celle de Ricco partiellement vérifiée. Il admet comme démontrée une corrélation entre la position des taches solaires et les orages magnétiques, telle qu’il faut croire que les radiations qui produisent les orages se trouvent déviées de la normale et que, de plus, elles se propagent avec une vitesse qui n’est pas notablement inférieure à celle de la lumière.
- MISE EN PLACE RAPIDE D’UN PONT DE CHEMIN DE FER
- Le remplacement d’un pont de chemin de fer, comme son élargissement sont des opérations extrêmement longues, car il s’agit non seulement d’ouvrages d’art qui doivent être établis avec un soin tout particulier, mais encore parce qu’il faut que tous les travaux puissent être effectués sans interrompre et sans gêner notablement le trafic.
- Aussi l’opération dure longtemps et les Parisiens se rappellent encore le chantier dont la présence au pont d’Asnières (*) occasionnait un retard quotidien à tous les voyageurs de banlieue. Les Américains ont simplifié les méthodes actuellement suivies etle lancement du nouveau pont de chemin de fer à Omaha sur le Missouri constitue certainement le record de la rapidité.
- Il s’agissait, sur une ligne à trafic particulièrement intense, de substituer un pont moderne à l’ancien pont.
- L’opération futelfectuée en une heure et le trafic
- ne fut même pas interrompu pendant 50 minutes. Pour arriver à ce résultat, on se servit pour le nouveau pont des piles déjà existantes. Lorsque le nouveau tablier fut prêt, on fit glisser l’ancien
- pont sur des piliers provisoires et le nouveau pont se déplaçant parallèlement à lui-même vint reposer sur les massifs de l’ancien.
- La figure montre côte à côte les deux ponts après le remplacement.
- Le travail fut commencé en mai 1916, et le nouveau pont est entré en service le 22 décembre. Il comporte deux voies, pèse 5000 tonnes ; sa longueur est de 600 m., sa largeur est de 25 m. et son prix est de 5 millions de francs.
- Six lignes de chemin de fer empruntent ce pont : Union Pacific, Chicago Burlington and Quincy, Wabush, Chicago and Northwestern, Chicago Great Western et Chicago Milwaukee et Saint-Paul.
- 520 trains passent sur ce pont par jour dans les deux, sens, soit un train en moyenne toutes les 4 minutes et demie. H. Volta.
- 1. Yoy. La Nature, n° 1841.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahure, rue de Fleuras, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 2267.
- 10 MARS
- LES LABORATOIRES NATIONAUX ET L’INDUSTRIE
- Au lendemain de la victoire, la France doit sortir de ses épreuves retrempée, matériellement et moralement, ayant acquis une nouvelle mentalité, ou plutôt ayant mis en évidence des qualités fondamentales qui préexistaient, trop peu visibles parfois, dans sa mentalité. Nulle question plus actuelle, plus urgente, que de renouveler notre industrie en utilisant à la fois toutes nos forces naturelles et toutes nos valeurs scientifiques. Un mouvement qui se dessine dans ce sens et dont M. Le Chatelier a exposé ici le principe a déjà trouvé un accueil favorable à l’Académie des Sciences. Mais, plus peut-ctre que les Instituts et les Commissions scientifiques, le grand public peut exercer une action efficace en amenant, par cette pression de l’ambiance sociale que chacun subit à son insu, savants et industriels à se mieux comprendre, à collaborer plus fructueusement.
- Il existe, à cet égard, en France, un malentendu qu’il est inutile de dissimuler. On a trop répété, dans les sujets de discours et de dissertations scolaires, que la science avait son seul but en elle-même, qu’elle devait être essentiellement désintéressée : ce qui a conduit à la considérer comme une sorte d’art ou de poésie. Oui, c’est incontestable, le seul but direct du vrai savant est la poursuite de la Vérité. Mais il n’en résulte pas nécessairement que cette Vérité doive rester inutile, ou qu’entre deux points de la Vérité à atteindre, on doive, par point d’honneur, préférer à celui qui présente une application immédiate et directe, celui qui paraît, jusqu’à nouvel ordre, ne pouvoir servir pratiquement à rien. Aucune raison de logique ou de sentiment ne prouve qu’une étude sur un composé chimique inutilisable soit scientifique et qu’elle perde son caractère scientifique en s’appliquant à la houille ou à l’acier, parce que, dès le lendemain, elle pourra être appliquée dans les usines. Il n’est pas vrai que la science se diminue en collaborant avec l’industrie et nous ne sommes plus au temps où il fallait faire une exception en faveur de la verrerie, pour qu’on ne perdît pas sa noblesse en travaillant de ses mains. Le jour où le savant ne méprisera plus, comme on le fait trop souvent dans certains milieux officiels, les résultats pratiques, les industriels, de leur côté, ne considéreront plus le savant comme un Mandarin, avec lequel ils ne sauraient avoir aucun rapport efficace. La cloison entre la Science et l’Industrie tombera.
- Une revue comme La Nature, qui s’adresse à un public très nombreux pour lui faire connaître les progrès de la science, aussi bien théorique qu’appliquée, a pour devoir d’aider par tous ses efforts à la propagation de telles idées. Elle saura collaborer au renouveau de toute notre industrie qui, demain, apparaîtra dans son essor prodigieux.
- (§ 81811 OTHEÇlÉ Sj
- Parmi toutes les questions qui se posent à ce sujl /J*1
- et qui seront traitées ici tour à tour, nous en abor-^Oj' dons une aujourd’hui qui doit logiquement précéder toutes les autres : l’organisation des grands laboratoires industriels. Nous voulons faire connaître ce qui existe à l’étranger et ce qu’on essaie d’organiser en France.
- Relisons ce qu’a écrit à ce sujet M. Le Chatelier dans son rapport à l’Académie des Sciences :
- « Toutes les grandes nations industrielles, à l’exception de la France, possèdent des laboratoires nationaux de recherche scientifique systématiquement orientés vers l’étude des problèmes techniques ; ces laboratoires ont exercé une action féconde sur le développement économique de nos concurrents.
- En Angleterre, le National Physical Laboratory de Teddington, créé sur l’initiative du professeur Glazebrook, son directeur actuel, de lord Rayleigh, de sir Robert Hadfield et placé sous le contrôle de la Société royale de Londres, a pris rapidement un grand développement. En outre, depuis la guerre, le Parlement a voté une subvention annuelle dépassant 1 million de francs pour les encouragements à la recherche scientifique. Aux États-Unis, le Rureau of Standards dispose de crédits plus considérables encore. D’autre part, le Ministère de l’Agriculture, à Washington, et les divers États consacrent annuellement près de 20 millions à l’entretien de laboratoires et de stations expérimentales travaillant à des recherches de science agricole. Enfin la fameuse Institution Carnegie, fondée'-au capital de 100 millions, a créé des centres d’étude devenus célèbres par la publication de travaux scientifiques de tout premier ordre. En Allemagne, le Phvsika-lische Reichsanstalt a été organisé sous l’impulsion de Werner Siemens ; plus récemment, le Technische Reichsanstalt a pris une situation considérable sous la direction du professeur Martens; aujourd’hui enfin, la Wilhelm Gesellschaft fonde de nombreux Instituts de recherche, grâce à une subvention de 50 millions versée à l’empereur par les grands industriels allemands. »
- Ce sont ces grands laboratoires étrangers que nous nous proposons de décrire en commençant par le laboratoire anglais de Teddington. La France se doit à elle-même et à son passé de ne pas rester en arrière. Or, au moment où l’on s’occupe d’y organiser un grand laboratoire physicochimique centralisé, la comparaison avec le laboratoire de Teddington sera précieuse.
- « Dans le passé, continue M. Le Chatelier, notre pays a, pendant longtemps, gardé l’initiative de toutes les études tendant à appliquer les découvertes scientifiques au progrès de l’industrie. Faut-il rappeler les travaux de Vieat sur les ciments, point de départ de l’industrie des produits hydrauliques dans le monde entier ; les recherches de céramique
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- 146 : LES LABORATOIRES NATIONAUX ET L'INDUSTRIE
- inaugurées par Brongniart à la Manufacture de Sèvres et si brillamment continuées par Salvetat, Ebelmen et Vogt; les études de Régnault sur les propriétés de la vapeur d’eau, titre de gloire inoubliable pour les laboratoires du Collège de France ou encore les travaux de science agronomique effectués au Conservatoire des Arts et Métiers par Bous-singault et Schlœsing. Dans l'industrie privée, le laboratoire delà Compagnie parisienne du Gaz, créé sur les indications de Régnault, et dirigé successivement par Àudoin et Émile Sainte-Claire Deville, nous a longtemps maintenus à la tête de tout progrès dans l’éclairage au gaz. Les recherches sur les alliages métalliques, dirigées et subventionnées par la Société d’Encouragement à l’Industrie nationale, sont partout citées avec honneur. Mais, aujourd’hui, tous ces centres de recherches sont en sommeil. »
- Pour revenir à ces grandes traditions du passé, il faut à notre pays des laboratoires vraiment industriels, appliquant toutes leurs forces à examiner, dans un intérêt commun, des questions industrielles par des moyens industriels et, pour cela, des laboratoires centralisés ne faisant pas double emploi les uns avec les autres, afin de ne pas gaspiller des fonds qui, pour obtenir un résultat réel, devront monter à des chiffres élevés. Chacun de ces laboratoires doit avoir son programme défini et limité, tout en restant associé avec les autres laboratoires. La France possède le sens de l’organisation qui est une qualité latine; elle montrera demain, dans cet ordre d’idées comme dans les autres, ce dont elle est capable quand tous les cœurs et tous les esprits s’y unissent ensemble pour vouloir. L. de Launay.
- LE LABORATOIRE NATIONAL DE PHYSIQUE DE TEDDINGTON
- I
- Après les enseignements de la paix, l’expérience de la guerre a révélé tant aux savants qu’aux industriels, les liens de plus en plus intimes entre la science pure et l’industrie moderne. Une nouvelle branche de la science notamment s’est déve-
- Comme conclusion d’une campagne en faveur d’un établissement physico-technique, un comité fut constitué en 1897, sous la présidence du grand savant, Lord Rayleigh, en vue de discuter la nécessité d’une telle institution, et d’en établir le plan
- Fig. i. — Vue générale du laboratoire national de Physique de Teddington : r, bassin; 2, métallurgie ; 3, nouveau bâtiment pour l’étude des alliages des métaux; 4, métrologie; 5, administration et optique; 6, laboratoire de physique; 7, êlectrotechnique, photométrie, aéronautique, résistance des matériaux et ateliers divers.
- loppée d’une façon inespérée en ces dernières années, dont l’importance fondamentale a été sanctionnée d’une façon éclatante par la période de luttes actuelle. La physico-technique, en constituant le plus intime anneau d’union entre la science pure et l’industrie, a été et restera encore la base de tout développement industriel d’une nation, une aide précieuse à sa préparation militaire et un soutien à sa puissance dans le monde.
- Un des principaux laboratoires où cette science a pris son développement est le Laboratoire National de Physique d’Angleterre, qui mérite d’être étudié ^ surtout à cause de la rare perfection d’organisation à laquelle il a pu parvenir en peu de temps, et du rôle immense qu’il joue dans toute la vie scientifique et industrielle de la nation alliée.
- fondamental. Le rapport de ce comité, présenté l’année suivante, concluait qu’un laboratoire devait être construit pour l’étalonnage et la vérification des instruments d’usage scientifique et industriel, pour les essais des matériaux et pour la détermination des constantes physiques. Il fut de plus spécifié que la nouvelle institution devait être placée sous le contrôle de la Société Royale de Londres, ce qui, dès ses premiers pas, conférerait une autorité décisive à toutes ses conclusions. La Trésorerie de de l’Empire accepta immédiatement les conclusions du rapport; on put ainsi, après avoir surmonté quelques petites difficultés, établir les lignes principales de son organisation. Un laboratoire, il est vrai, existait déjà en Angleterre; c’était l’Observatoire de Kevv qui, tout en ayant rendu des services
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- très appréciables, ne pouvait plus suffire à la tâche nouvelle. Il fut simplement incorporé au nouveau laboratoire, en vertu de ce principe qui lui permit d’atteindre sa grandeur et son importance actuelle : la centralisation la plus complète dans une unique institution et sous une unique direction.
- La direction supérieure du Laboratoire appartient à un conseil général et à un comité exécutif. Le conseil général est constitué par le président, le trésorier et les secrétaires de la Société Royale de Londres, le vice-président qui est en même temps président du comité exécutif, le secrétaire général du ministère de l'industrie et du commerce et 56 membres ordinaires, dont 24 nommés par le Président de la Société Royale et les autres par les institutions suivantes représentées chacune par deux membres : l’Institution des ingénieurs civils, celle des ingénieurs mécanicien s, celle des ingénieurs électriciens , le Iron and Steel lnsli-tnte, l’Institution des ingénieurs navals et la Société des industries chimiques. Le comité exécutif, en contact plus direct avec le laboratoire, estforméde douze membres, aussi nommés par la présidence de la Société Royale. Un sixième des membres du conseil général et du comité exécutif est renouvelé chaque année.
- A son origine le Laboratoire ne fut qu’une extension de l’Observatoire de Kew ; mais il put être définitivement constitué seulement en 1900, quand la Reine Victoria céda gracieusement au comité sa propriété de Roushy Ilouse à Teddington, près de Londres. Un fonds initial de 14 000 livres mis à la disposition du comité par le Trésor, permit d’adapter rapidement les locaux à leurs buts nouveaux, et le laboratoire put ainsi être inauguré solennellement le 19 mars 1902.
- Dès le commencement il put se livrer à ses travaux ; grâce au fait que tous les détails d’organisation intérieure avaient été étudiés en tous leurs détails.
- L’établissement s’est développé d’année en année; des bâtiments nouveaux n’ont pas cessé de surgir du sol; le Laboratoire de 1902 est aujourd’hui une petite ville, entourée de grands jardins et de terrains immenses attendant de nouveaux bâtiments qui y sont construits sans cesse.
- La Trésorerie contribue aux frais du laboratoire en versant, à ce but, à la Société Royale de Londres, une somme annuelle de 7000 livres. Les divers travaux d’étalonnage et de vérification permettent d’atteindrela somme de 40 000 livres, représentant le bilan moyen annuel du laboratoire. Les études plus complètes demandées par le gouvernement, l’amirauté, le ministère de la guerre, les instituts coloniaux, et les grandes usines de l’Angleterre permettent de procéder à de nouvelles recherches et, quand il le faut, à de nouveaux agrandissements. Les grandes institutions, dont nous avons parlé, contribuent pour une large part aux frais généraux, soit par des donations en argent ou en matériel scientifique, soit par des aides financières pour que certains plans de recherches y soient étudiés et poursuivis. Sans avoir un budget comme celui, vraiment américain, du Bureau of Standards de Washington, budget absolument inconnu à toute institution de notre vieille Europe, le laboratoire de Teddington peut aujourd’hui, grâce au revenu de ses travaux et aux donations privées, élargir tou-jours plus le champ déjà immense de son activité et rendre des services toujours plus grands à la science et à l’industrie anglaise.
- Aujourd'hui le laboratoire est divisé en quatre grands départements : Physique, Science des ingénieurs, Métallurgie et chimie métallurgique, et enfin le National Experimental Tank (grand bassin artificiel dont nous aurons occasion de parler dans un deuxième article). Chaque département est placé sous le contrôle d’un chef. Celui de Physique dépend directement de M. Glazebroolt, directeur général du laboratoire, qui a sous ses ordres six assistants principaux, chacun chef d’une division spéciale : métrologie, chaleur et thermométrie, électricité, optique, radium et électro-technique.
- Le personnel, en dehors des employés, garçons de bureau, ouvriers, etc., est composé d’assistants (« senior assistants » et « junior assistants ») et de « observers », chargés surtout du contrôle et éta: lonnage d’instruments usuels.
- On pourra se rendre facilement compte du prodigieux essor de la nouvelle institution, en pensant
- Fig-. 2. — Appareil pour la comparaison des thermomètres. Au premier plan : interrupteurs et résistance du chauffage électrique des barres; au second plan : auges et agitateurs.
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- qu’en 1902, son personnel technique et scientifique était de 26 personnes dont 1 directeur, 1 « super-intendent » et 4 assistants assurant la direction scientifique. En 1912, 126 personnes travaillaient à Teddington, dont 3 « super-intendents », 1 chef assistant, 5 assistants principaux, 17 assistants ordinaires.
- Aujourd’hui le Laboratoire occupe presque 350 personnes ; dans ce nombre ne sont pas compris tous les travailleurs volontaires venus combler les vides produits par la guerre, et le grand nombre d’employés extraordinaires, surtout femmes, qui ont été engagés pour la durée de la guerre et travaillent aux recherches, contrôles et vérifications demandés par l’Amirauté et le Ministère de la Guerre.
- Tout le Laboratoire est aujourd’hui devenu un centre scientifique sous la dépendance du Ministère de la Guerre, du Département des inventions et des munitions, qui, dès le commencement de la guerre, ont trouvé un personnel déjà formé et apte non seulement à imaginer de nouveaux procédés, mais à faire tous les essais des découvertes nouvelles présentées au ministère des Inventions.
- Ce prodigieux développement, dans un si court laps de temps, il faut toujours le répéter, n’est pas seulement dû à la générosité de la Trésorerie anglaise, mais encore à l’initiative privée. Beaucoup des meilleurs appareils scientifiques que possède le Laboratoire, ont été gracieusement offerts par des particuliers, tels un transformateur de 100 000 volts pour l’essai des isolants, un des types les plus parfaits de la machine Bleythsvvood à tracer les réseaux de diffraction, la grande machine de Lorenlz pour la détermination absolue de l’ohm, etc.
- Aujourd’hui le Laboratoire peut être considéré comme un modèle du genre ; tout y esl centralisé, coordonné sous la direction énergique et intelligente d’un savant universellement connu, M. R. T. Glazebrook.
- Une course rapide à travers les différentes sections, nous donnera une idée de l’importance que ce Laboratoire a acquise en Angleterre.
- Le Laboratoire de métrologie, un des premiers construits, occupe un immense bâtiment entièrement isolé. Une longue base murale de 50 mètres
- permet l’étalonnage des rubans et des fils géodé-siques; une auge, longue de 50 mètres, en face de la base mu raie, munie de conduites de chauffage, permet la détermination de la dilatation des fils et des rubans. Les autres salles sont aménagées pour les pesées de précisions, les me-suresdesmasses, des volumes, des longueurs, des densités, pour le contrôle des baromètres, des vis, des divers types dejauges. Desinstruments variés permettent l'étalonnage et le contrôle de tout instrument de précision dont peut avoir besoin la science ou l’industrie.
- Une salle spéciale est destinée à l’élude des éléments des vis; un appareil extrêmement ingénieux, dû au chef du Laboratoire, M. Sears, permet l’étude complète d’une vis, par des méthodes opliques. Une grande salle est destinée à l’étude des grandes vis pour marhines à mesurer, à celle des jauges pour canons, fusils. Aujourd’hui c’est le département le plus absorbé par les contrôles dépendants du Ministère de la Guerre, puisque c’est de là que sortent les jauges employées dans toutes les usines de munitions du Royaume-Uni. Depuis 1907 une nouvelle sous-division a dû être créée, sur la demande de la direction de la police, pour le contrôle des taximètres. C’est là qu’en 1916 on contrôla 74 707 taxi-
- Fig. 3. —Petit four à tube de charbon pour la vérification et l’étalonnage des pyromètres optiques.
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- mèlres. Le nombre d’instruments qui sont étalonnés dans le Laboratoire de métrologie (étalons de longueurs et de masse, jauges de toutes formes et types, vis, micromètres, ré- ^
- seaux de dilïrac- i
- tion,baromètres, ^ hydromètres, montres, chronomètres, elc.) est énorme : 46 000 environ en 1914,
- 61 000 en 1916, sans compter dans ce chiffre les travaux de contrôle et d'étalonnage faits pour le compte du Ministère de la Guerre, dont le genre et le nombre sont, pour des raisons évidentes, tenus entièrement cachés.
- Un autre bâtiment contient le département de physique. Le laboratoire le plus important de ce département est celui de chaleur et thermoméLrie. Quelques chiffres statistiques nous montreront l’importance de cette section et les services immenses qu’elle rend à la science et à l’industrie. Une des questions essentielles aujourd’hui est justement rétablissement de l’échelle fondamentale de température. Dans ce but des recherches ininterrompues sont poursuivies pour établir, d’une façon toujours plus exacte, les différences entre l’échelle du thermomètre en platine (fondé sur le principe de la variation de résistance d’un fil de ce métal avec la température) et celle des autres thermomètres. La commodité extrême des thermomètres en platine, la possibilité qu’ils offrent de se prêter à la mesure de températures extrêmement basses, comme à celle des plus hautes, sont des avantages indéniables. L’étude complète de leurs propriétés, de l’échelle du thermomètre à résistance, est d’une importance capitale. Des études minutieuses sont aussi faites à Teddington en vue
- de la détermination des différences entre l’échelle du thermomètre à résistance et celle du thermomètre à verre dur, choisi par le Comité International des Poids et Mesures com-j me thermomètre j étalon.
- Des salles spéciales sont destinées à l’étalonnage et à la comparaison des thermomètres de pré-cision, et des thermomètres d tous types et formes pour usage industriel ou médical. Le Laboratoire examine annuellement une moyenne de 18 000 thermomètres médicaux, et 10000 thermomètres d’autre nature, dont presque 200 étalons. Une telle masse d’instruments ne pouvait pas être étudiée avec les méthodes usuelles , auxquelles seule la précision est demandée.Pour un travail si grand, le facteur vitesse prenait une importance essentielle. Le problème a été résolu d’une façon extrêmement ingénieuse et élégante par M. Harker, chef du département de « Chaleur et Thermométrie », qui a construit des appareils spéciaux per-mettan t de procéder aux comparaisons avec une rapidité et une précisionextrêmes,d’une façon presque automatique.
- La ligure 2 donnera une idée de l’appareil. Elle en représente seulement une partie. Une série d’auges de toutes formes, bien que basées toutes sur le même principe, sont placées les unes à la suite des autres ; elles contiennent de l’eau mise en agitation par une série d’agitateurs mus simultanément par un moteur. Le chauffage du liquide est obtenu électriquement. Devant chaque auge, une table porte la lunette d’observation, une manivelle de commande permet-
- Fig. 5. — Balance électrique pour la mesure absolue de l’intensité du courant.
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- tant à l’observateur de donner à un cylindre supportant les thermomètres la rotation nécessaire dans le bain, afin de porter successivement chacun d’eux dans le champ de la lunette. Une se'rie d’interrupteurs, visible dans le premier plan de la figure, règle le courant passant dans les différents spiraux en constantan qui sont immergés au fond de chaque auge. En quelques minutes le bain atteint la température voulue qui peut être maintenue constante pendant toute la durée de l’expérience, au moyen d’une résistance additionnelle à curseur (visible aussi sur la figure). Mais là où le Laboratoire rend les plus grands services, c’est dans les instruments
- les méthodes pratiques de production des hautes températures. C’est ainsi que ce département s’est fait une spécialité dans la construction de fours. L’un d’entre eux permettant d’atLeindre facilement la température de 2000°, est indiqué dans les figures 5 et 4. Le type choisi en général pour atteindre des températures si élevées est celui du tube en charbon, qui peut fonctionner sans interruption I pendant une période de cinq ou six mois sans qu’on ait besoin de le changer. La figure 5 montre l’aspect général du four et la figure 4 les supports du tube, qui, refroidis par l’eau, amènent le courant.
- Passons au laboratoire d’électricité. Sous la di-
- pour la mesure des hautes températures et dans les études très approfondies sur la conductibilité à la chaleur des matières réfractaires, sur les pertes de chaleur par des surfaces de dilïérente nature et sur les températures de fusion ou d’ébullition d’un grand nombre de substances (métaux, composés organiques, etc.) aptes à donner des points fondamentaux pour l’échelle thermométrique des températures élevées. Ainsi des études sont faites pour créer de nouveaux types de thermopiles, pour déterminer les causes d’erreurs dans les indications des pyromètres optiques, et pour le calibrage de ces instruments, qui en ce moment sont employés par le Ministère dé la Guerre aux usines de munitions. La nécessité de calibrer ces instruments si précieux pour la science et pour l’industrie a obligé d’étudier
- rection d’un physicien éminent, M. Campbell, ce laboratoire s’occupe soit des déterminations d’étalons fondamentaux électriques, soit de recherches plus spéciales. C’est ainsi qu’on y étudie un nombre très grand d’instruments d’usage scientifique : capacités, inductances, etc. De là sortent les étalons électriques de premier ordre pour les laboratoires scientifiques et industriels. Quelques instruments frappent tout de suite le visiteur. Une « ampère-balance » construite au laboratoire même (fig. 5) pour la détermination de l’unité électrique de courant en mesure absolue (indépendamment donc de tout phénomène électrique) permet de déterminer l’ampère au mojen d’une pesée. Un autre instrument d’une haute précision est représenté par la figure 6 ; c’est le grand appareil de Lorentz pour la déter-
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- LES LABORATOIRES NATIONAUX ET L’INDUSTRIE = 151
- mination absolue de l’olim. Oulre ees mesures de haute précision, des recherches complètes sont poursuivies sur les propriéte's magnétiques des métaux.
- Les mesures industrielles et la vérification, l’étalonnage des instruments de mesure sont faits dans le département d’éleclrotech nique, immense centre de travail, qui, quoique en ce moment entièrement occupé à des travaux de guerre, a pu \é-ritier ou étalonner en 1916 plus de 10 000 instruments de toute nature, contre 5000 en 1915 et 4000 en 1914.
- La guerre n’a pas interrompu non plus, nonobstant la surcharge de travail, les essais sur les matériaux isolants. La figure 7 représente, mieux que toute description,une des salles des laboratoires. A droite on y voit les cabines pour la vérification des instruments électriques. Dans le fond, un escalier conduit au laboratoire de photométrie.
- Un des départements tout à fait nouveaux est celui d’optique, qui est destiné à jouer un grand rôle dans l’industrie d’après guerre. Originairement il occupait quelques salles du département de physique. On y vérifiait presque uniquement es sextants et les théodolites^).
- Mais avec le développement toujours croissant de l’industrie optique anglaise, le petit laboratoire dut se transformer; aujourd’hui il occupe un immense bâtiment à plusieurs étages. Après s’être occupé de la vérification de tous genres d’instruments d’optique (lunettes, binocles, pe'ri-
- 1. Un des appareils de vérification est représenté par la figure 6.
- scopes, etc.), on y commença l’étude des objectifs, des obturateurs photographiques. La guerre a chargé encore ce programme déjà si vaste de travail. Ce n’est plus aujourd’hui un simple laboratoire des recherches, mais, sous la direction d’un physicien
- qui est en même temps un opticien de tout premier ordre, M. T. Smith, un centre de travail d’où doit sortir une branche presque nouvelle de l’industrie anglaise, l’optique, jusqu’aujourd’hui presque entièrement dans les mains de l’Allemagne. Tout en continuant le travail de vérification des divers instruments (2), en construisant de nouveaux appareils, on y poursuit inlassablement l’étude de nouveaux types de verres d’optique, on suggère aux industriels la production de nouveaux verres, dont l’utilité a pu être suffisamment constatée. Le Laboratoire aide l’industrie anglaise pour les grandes luttes d’après guerre; il prépare le terrain d’où sortira lé renouvellement de toute l’industrie du Royaume-Uni, loutenétantpour l’instant le grand centre d’essai et de mise au point de tout nouveau procédé inventé en vue de hâter la victoire
- Dans un autre article nous ferons une course rapide à travers les départements industriels : aéronautique, navigation et les divers ateliers annexes. II. Paresce.
- 2. Quelques chiffres donneront une idée plus claire de l’intensité de travail dans ce département. En 1914 on y avait étudié 7846 instruments; en 1915, 10 579, et en 1916, 19 542 sans compter les travaux spéciaux pour le Ministère de la guerre et pour l’Amirauté.
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- LA THEORIE DES ACCUMULATEURS AU PLOMB
- L’accumulateur, comme son nom l’indique, est un réservoir dans lequel on accumule de l’énergie électrique pour la dépenser ensuite selon les besoins.
- En principe, il comprend une cuve d’eau acidulée dans laquelle plongent deux lames de plomb oxydé. Les accumulateurs industriels ne diffèrent de l’élément théorique que par la grande surface qu’on s’est ingénié à donner aux lames de plomb.
- Quand on fait passer un courant électrique dans l’accumulateur, en se servant des lames comme électrodes, celles-ci changent de composition sous l’inffuence des éléments de décomposition de l’eau sulfurique. Quand, ensuite, on relie ces deux électrodes par un conducteur, elles reviennent à leur état chimique primitif en rendant l’énergie électrique qu’elles avaient accumulée.
- Jusqu’ici, tout le monde est d’accord, et cela suffit d’ailleurs pour comprendre le fonctionnement pratique des accumulateurs. Mais quand on veut connaître la nature exacte de la réaction chimique qui se produit, soit pendant la charge, soit pendant la décharge, les avis sont alors partagés. Cette question théorique a pourtant son intérêt, ne serait-ce que pour guider les recherches en vue des perfectionnements à apporter à la construction des accumulateurs.
- La première théorie et la plus simple est celle de Planté, l’inventeur de l’accumulateur au plomb. Pour lui, pendant la charge, l’eau est décomposée en ses éléments : l’hydrogène se porte sur la plaque négative qu’il réduit, l’oxygène sur la plaque positive qu’il oxyde. Les deux réactions suivantes se produisent ;
- à la cathode: PbO-b 211 = Pb-+-H20. à l’anode : Pb0 -h 0 = Pb O2.
- La charge est terminée quand la transformation des deux éléments est complète et que les gaz se dégagent en bulles à la surface du liquide.
- Pendant la décharge, l’anode devient cathode et inversement. Les réactions inverses se produisent : à la cathode : Pb O2 -b 2H = PbO -b H2 O à l’anode : Pb -b 0— PbO.
- et l’accumulateur déchargé est revenu à son état primitif.
- Rapidement, on s’aperçut que cette réaction si simple ne suffisait pas à expliquer tous les détails observés et d’autres théories apparurent, nombreuses, variées, jusqu’aux dernières recherches toutes récentes de M. Ch. Féry, professeur à l’École de Physique et de Chimie, qui vient d’en rendre compte dans la Revue générale de l'Électricité.
- Faiire qui, en 1880, a rendu pratique la découverte de Planté en préparant les plaques par dépôt à leur surface d’une pâte à l’oxyde de plomb, a supposé que la décharge des accumulateurs s’accompagnait de la formation de sous-oxyde de
- plomb (Pb20) et de minium (Pb203). Drewieeki en 1889 a soutenu qu’il se formerait de l’anhydride perplombique (Pb20s) agissant comme dépolarisant.
- La théorie la plus communément admise est celle de Gladstone et Tribe d’après laquelle les deux électrodes se sulfateraient pendant la décharge selon la formule :
- PbO2 + 2 S04H2 ~b Pb = 2 S04Pb + 2H20.
- Toutefois, la quantité de sulfate de plomb qu’on trouve à la fin de la décharge n’est pas suffisante pour que la réaction précédente explique complètement le fonctionnement de l’accumulateur.
- M. Ch. Féry vient de reprendre toute la question. Il a constaté que la substance active recueillie à la surface des plaques positives à la fin de la charge ne correspond en rien à l’oxyde de plomb PbO2; elle en diffère par la couleur noire au lieu de puce, les propriétés oxydantes, la résistivité, etc. ; elle fournit une décharge normale commençant à 2,5 volts, tandis que l’oxyde PbO2 donne un voltage moyen de 0,5 volt. L’analyse chimique montre qu’elle répond à la formule Pb507. Cette matière positive active est instable et se réduit peu à peu à l’air en PbO2. Elle provient elle-même delà décomposition très rapide de l’anhydride perplombique Pb205 que Drewieeki avait indiqué et qui seul existe dans le bac de l’accumulateur, à la fin de la charge.
- Pendant la charge, les deux lames composées de sulfate de plomb et d’oxyde puce fixent les gaz de l’eau de la manière suivante : k l’électrode négative : PbS04-b 2 H Pb -b SOLH2 à l’électrode positive : 2 PbO2 -b 0 = Pb2Os.
- A la fin de la charge, en effeL, l’électrode positive prend la belle teinte noire de l’anhydride perplombique.
- Pendant la décharge les réactions inverses se produisent :
- Pb -b S O4 H2 — S 04Pb -b H2 Pb2 0S-b H2 = 2 Pb O2 -b H20.
- La quantité double de plomb nécessaire à la positive correspond bien à cette donnée pratique, observée par tous les constructeurs, que les plaques positives doivent être plus épaisses que les négatives. Cette réaction explique aussi le danger de laisser les batteries d’accumulateurs déchargées, le plomb qui sert de support et de conducteur à la masse de sulfate de plomb de la négative se sulfatant peu à peu et rendant de plus en plus difficile la recharge.
- Ainsi, la nouvelle théorie de l’accumulateur au plomb donne partiellement raison à toutes les théories antérieures : elle admet que la plaque positive ne se sulfate jamais tandis que la négative se sulfate et que l’oxyde formé à la positive pendant la charge n’est pas PbO2 mais bien Pb20s.
- A. Breton.
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- LES MINES DE FER FRANÇAISES ET LA GUERRE
- La France était considérée avant la guerre comme l’un des pays les plus riches du monde en minerais de ier. Au congres géologique international, tenu à Stockholm en 1910, on avait estimé que les réserves mondiales de fer absolument certaines atteignaient 22 milliards 408mil-lions de tonnes, représentant 10 milliards 192 millions de tonnes de métal.
- L’Europe figurait dans ce total pour 12052 millions de tonnes de minerais et 4435 millions de tonnes de métal.
- Il était apparu, il y a six ans, que l’Allemagne occupait le premier rang en Europe pour les réserves certaines de minerai de fer, avec 3608 millions de tonnes de minerais, con-
- seconde place avec 3500 millions de tonnes de minerais et 1140 millions de métal, laissant fort en
- arrièrelaGrahde-Bretagne (1500 millions de tonnes de minerais), la Suède (1158 millions de tonnes), la Russie (865 millions) et l’Espagne (711 millions).
- La découverte d’immenses gisements minéralisés dans l’ouest avait toutefois, en 1912 et 1913, accru dans une proportion inattendue la part reconnue à la France. Pour la seule région de l’Anjou, M. Bel-langer considérait que nos réserves métalliques devaient dépasser 2 milliards de tonnes. La richesse en fer de notre pays semblait donc, à la veille des hosûlilés, supérieure
- jIdg. i. — Carte des mines de fer de Normandie.
- — Chemins de Fer llijpj Concessions (Perl ===» Bandes de Fer HgHf Charbonnages
- ' c H
- Guingamp
- ALENÇON
- Loudear
- RENNES \/4e »
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- LAVAL)
- Ploermel
- Æuimperle ^
- iLa Flèche
- IVANNES
- Saumur
- NANTES
- Fig. 2. — Mines de fer de Bretagne.
- tenant 1270 milliops de tonnes de métal. La France à celle des contrées les plus favorisées du Nouveau prenait, selon les évaluations des géologues, la Monde : les États-Unis, avec 4258 millions de
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- LES MINES DE FER FRANÇAISES ET LA GUERRE
- Fig. 3. — Bassin minier des Pyrénées-Orientales.
- tonnes certaines, et 2304 raillions de tonnes probables, et Terre-Neuve avec 3655 millions et 1961 millions de tonnes. Les moins optimistes s’accordaient à reconnaître que nous devions disposer de 8 à 10 milliards de tonnes de minerais, au minimum, soit de 5 milliards de tonnes de métal. Cette situation privilégiée n’avait, d’ailleurs, pas été sans préoccuper les sidérurgistes germains, qui tendaient à l’hégémonie métallurgique, et la guerre actuelle, aux yeux de la plupart d’entre eux, devait nous ravir une partie des minerais dont la Providence nous avait largement gratifiés.
- La mise en valeur des gîtes reconnus avait contribué à développer assez rapidement l’industrie extractive du fer en France, particulièrement dans les quinze années qui ont précédé le conflit actuel, et en raison même des progrès de la métallurgie. Notre production nationale était, en effet, passée de 4 791 000 tonnes en 1901 à 7 395 000 en 1905,
- 10 057 000 en 1908, 14 606000 en 1910,
- 19 160 000 en 1912, et 21714 000 en 1913.
- La plus grande partie du tonnage extrait provenait, il faut l’observer immédiatement, des dépôts de Meurthe-et-Moselle. Le bas- , sin de Nancy fournissait en 1913,
- 1911 889 t., celui de Longwy 2 754312, et le bassin de Briey, le dernier mis à jour, mais le plus productif, 15147371 t. ; au total 19 813572 tonnes.
- La production pour tout le territoire ne dépassant pas 21 715000 t. en 1913, les gisements lorrains livraient donc, à eux seuls, les neuf dixièmes des minerais nationaux.
- De même que les Allemands ont voulu priver notre Défense Nationale des charbons nécessaires en occupant les houillères du Nord et du Pas-de-Calais, ils ont envisagé
- de nous dépouiller, pour le présent et pour l’avenir, des dépôts lorrains, pensant que notre métallurgie se trouverait immobilisée faute de matières premières.
- C’est dans ces vues qu’ils envahirent le bassin de Briey dès le 3 août 1914, avant la d éclaration de guerre, qu’ils se sont emparés de la région de Longwy en août, et qu’ils ont tenté, par des attaques sur Lunéville, Pont-à-Mousson et. Nancy, de nous arracher le bassin de Nancy.
- La proximité du front de combat ayant empêché, pendant de longs mois, la reprise de l’exploitation dans les dépôts de ce dernier bassin, la France s’est trouvée effectivement réduite aux seules ressources en minerais de fer que lui offraient les régions de l’intérieur. Celles-ci étaient, il est vrai, fort importantes.
- Nous possédons dans l’Ouest un champ de fer remarquable. De Brest à Chartres, de Cherbourg à La Roche-sur-Yon, notre sous-sol recèle de grandes réserves de minerais. Toutefois, l’exploitation en était encore très restreinte au début dr?1914. Le nombre des concessions n’atteignait que 27, pour 250 demandes formulées. Parmi ces 27 concessions, 15 seulement étaient outillées pour l’extraction : 5 en Maine-et-Loire, le Pavillon d’Angers et les 4 concessions de Segré; 3 dans l’Orne : Larchamps, Halouze et la Ferrière-aux-Étangs, au sud de Fiers; 3 dans la Manche : Diélelte, au nord-ouest du Cotentin, Mortain et Bourberouge au sud-est; enfin 6 dans le Calvados : Saint-André, May-snr-Orne, Jurques, Saint-Rémy, Sou-mont et Barbery.
- Les concessions de l’Orne, exploitées par de puissantes sociétés métallurgiques, Denain et Anzin, les Aciéries de France, la Basse-Loire, avaient reçu les aménagements les plus complets, et pouvaient rivaliser pour les installations avec les mines de l’Est. Il en allait de même à Segré.
- Dans le Calvados et la Manche, de grands métallurgistes allemands, séduits par la richesse des
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- LES MINES DE FER FRANÇAISES ET LA GUERRE ===== 155
- Mauriac
- Riblrac
- .PERIGUEUX
- AURILLAC
- Bergerac
- bourdon
- Durave/
- .CAHORS
- RODEZ
- AGEN
- Fig. 5. — Gites miniers du Tarn, dit, Gard, du Lot.
- gîtes et les facilités d’exporter les minerais en Allemagne, avaient mis la main sur Soumont et Diélette (M. Thyssen), Saint-André (Phoenix),
- Barbery (Guteholïnung), et procédé à des travaux considérables pour intensifier la production. La Société française des mines de fer, qui opérait aussi pour l’exportation, avait con venablemen t ou tillé Mor I ain, Bour-berouge et Jurques. Et, devant ces exemples, les exploitants de Saint-Bemy, May, Angers avaient du moderniser leurs installations. Tout concourait, par conséquent, à favoriser une extraction active, en attendant la mise en valeur des autres concessions octroyées et des dépôts nouvellement découverts.
- En outre, on avait reconnu dans la Loire-Inférieure et l'Ille-et-Vilaine, autour de Châteaubriant, et dans le Morbihan, d’importants dépôts superficiels, dont le seul gîte de Rougé livrait annuellement 100000 tonnes.
- De petits chemins de fer avaient été posés pour relier les minières aux gares, et les chemins de fer de l’Etat avaient sensiblement augmenté leurs moyens d’évacuation.
- Notre grand bassin minier des Pyrénées-Orientales, qui fournissait des minerais à haute teneur en fer et purs de tout phosphore, donc très recherchés pour la fabrication des aciers fins, avait été également organisé pour une production régulière et croissante.
- Les mines de Batère, de la Pinouse, de Palalda, sur le flanc Est du Canigou; de Fillols, de Vernet,
- de Sahorre, de Thorrent, d’Escaro nord et sud; d’Aytua, d’Escoums, sur l’autre versant, toutes en activité, présentaient des installations aussi modernes que possible.
- Nos deux grands bassins miniers de fer de l’intérieur pouvaient donc prétendre, sinon à remplacer les bassins lorrains durant les hostilités, du moins à suppléer à leur occupation.
- Mais nous avions encore bien d’autres richesses sur notre territoire. Dans l’Ariège, la formation des Pyrénées-Orientales se prolonge sur le Rancié, où s’exploite la fameuse mine aux mineurs, concédée aux habitants de Vicdessos et de son canton par les comtes de Foix, Rabat, Miglos, les Cabannes (mine de Roquelaure).
- Sur le flanc occidental du Massif Central, aux portes de Decazeville, se rencontrent les gîtes
- d’Aubin et de Monda--j lazac qui alimentaient
- ! les usines de Decaze-
- ville. Les fourneaux du Saut-du-Tarn s’approvisionnaient, ainsi que ceux de Fumel, aux mines d’Alban (Tarn) et aux minières de la Dordogne (Vey-rines), du Lot et du Lot-et-Garonne (Fumel, Salles, Duravelj. Le Gard recèle des dépôts au voisinage des charbons d’Alais, dépôts utilises pour les besoins des usines de Tamaris — qui recevaient aussi des produits de l’Hérault — comme ceux de Privas sont traités aux fourneaux du Pouzin.
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- 156 rr——..: LES MINES DE FER FRANÇAISES ET LA GUERRE
- Les hauts fourneaux de l’Isère, à Àllevard, employaient les produits -de la Taillat, recueillis à courte distance des usines, et les forges de la Haute-Marne les minerais de la Biaise. Il faut citer aussi les minerais de Chaillac dans l'Indre, les minerais en grains du Cher, pour ne point parler des minerais de Beausoleil dans le Var, abandonnés au début de 1914, de ceux de Change et Mazenay, épuisés après avoir alimenté pendant plus de 50 ans les fourneaux du Creusot, des gîtes d’Ou-gney et Laissey, dans le Jura, dédaignés des usines franc-comtoises.
- En 1913, nos mines et minières de l’intérieur livraient 1 900 000 tonnes environ. Elles auraient pu facilement débiter le triple.
- Voilà les réserves où notre sidérurgie, dépossédée des couches de Briey, pouvait encore puiser. Or, nous voyons que la production de nos mines et minières de l’intérieur a baissé depuis 1913, malgré les besoins de la Défense Nationale, ainsi qu’il résulte de la statistique suivante que nous avons établie d’après des documents certains :
- Mines. 1913 1914 1915
- / St-Remy . . 77-620 65.771 . 30.882
- 1 May ..... 100.189 75.000
- Calvados . 1 St-André. . . 1 Soumont. . . 89.225 71.637 69.000 42.000 18.313
- I Barbery . . . 16.624 49.000 —
- \ Jurques . . . 40.671 22.000 —
- 395.971 527.771 enr. 49.195
- t Diélette . . . 5 Mortain . . . ( Bourberouge. en préparation. —
- Manche. . 6.835 15.000 —
- 34.553 23.000 —
- 41.398 38.000
- ( Larehamps. . 136.000 80.000 —
- Orne . . . 5 Ilalouze . . . 152.655 113.000 17.800
- [ La Ferrière . 150.850 88.255 —
- 439.505 281.255 cm. 17.800
- Minières de l'Ile-et-Vilaine et | 200.000 200.000 4,000
- de la Loire-Infèrieure . .
- Maine-et- 1 Segré < Pavillon d’An- 100.000 81.000 14.300
- Loire. . ( gers .... 30.000 17.000 —
- 130.000 98.000 14.300
- Palalda . . . 10.622 —
- La Pinouse . . 35.271 16.190 12.786
- Batère.... 75.922 35.271 43.597"
- 1 Fillols .... 34.946 2.282 24.576
- 1 Vernet. . . . 25.221 13.111 22.963
- Pyrénées- J Sahorre . . . 51.485 )
- Orientales. \ Thorrenl. . . 9.988 22.000 enr. j 55.000 enr.
- j Escaro Sud. . 24.978 ’
- f Escaro Nord , 39.250 23.885 29.055
- Aytua .... 9.254 13.955 24.200
- Escoums . . . 21.773 .14.482 16.693
- \ St-Paul. . . . 18.120 7.250 16.019
- Total général. 332.019 168.426 224.899
- f Rancié. . . : 16.545 12.508 14.040
- Ariège . . \ Babat .... 10.582 2.368 —
- ) Roquelaure. . 2.347 TJ .505 20.648
- ( Miglos.... 351 3.386 2.313
- 30.805 29.565 57.001
- Tarn . . . Alban .... 11.250 9.680 18.520
- Aveyron. . ( Mondalazac. . 116.036 55.764 31.800
- ( Aubin.... 20.440 10.321 2.570
- 136.476 66.085 54.370
- Gard . . . . Alais .... 22.481 23.375 15.456
- Ardèche. . . Privas .... 26.785 14.364 4.690
- Hérault. . 585 — 290
- Indre . . . . Chaillac . . . 14.000 . 12.400 18.000
- Var. . . . . Beausoleil . . — — —
- Dans l’Ouest, la production a baissé de 1915 à 1915 de plus de 85 pour 100 pour le Calvados, de 95 pour 100 pour l’Orne. L’extraction a complètement cessé dans la Manche. En Anjou, le fléchissement est aussi de 85 pour 100. Pour les Pyrénées-Orientales, la réduction n’est que de 32 pour 100. Dans le Tarn, la régression dépasse 25 pour 100, dans l’Aveyron également ; dans le Gard elle atteint 42 pour 100, dans l’Ardèche 85 pour 100.
- Deux déparlements seulement accusent un accroissement de la production : l’Indre, dont l’extraction est faible, et l’Ariège, grâce à la mise en valeur du gîte de Roquelaure, hier ignoré.
- La régression totale a dépassé 70 pour 100 de 1913 à 1915, nos mines et minières ayant fourni l’an dernier moins de 500 000 tonnes, c’est-à-dire 44 fois moins que nous ne produisions en 1913.
- Le déficit que nous devons constater à notre très grand regret s’explique, mais ne saurait se justifier. A la mobilisation, les mines de fer ont dû fermer leurs portes, faute de personnel, tandis que nos houillères poursuivaient leur exploitation. Une seule exploitation n’a pas connu l’arrêt total des opérations, celle d’Aytua.
- Depuis lors, un grand nombre de mines n’ont jamais repris le travail interrompu. Tel fut le cas à Allevard (Isère), Soumont, Barbery, Jurques, Mor-tain, Bourberouge et Diélette, en Normandie, Angers en Maine-et-Loire. On a même laissé noyer tout ou partie des galeries àMortain, Bourberouge, Diélette, Barbery, etc. Certaines mines, où l’exploitation a été entreprise à nouveau après une période d’inactivité, ont même conservé plusieurs de leurs niveaux sous les eaux, comme on l’observe à Saint-Remy.
- Dans la région pyrénéenne, productrice de minerais purs, les mines ont été assez rapidement rendues à l’activité, à l’exception du gîte de Palalda, regardé comme provisoirement inutilisable. Néanmoins, l'arrêt des travaux dura deux mois à Balère et Fillols, trois mois à Escaro Nord, à Yernet et à Escoums, neuf mois à la Pinouse.
- Une interruption prolongée de l’extraction a affecté profondément les résultats de 1915 dans le Gard et l’Ardèche.
- Cependant, le déficit constaté ne provient pas uniquement de la fermeture de certaines mines ou de la suspension momentanée de l’activité d’autres sièges. Il résulte aussi d’une insuffisance notoire de la main-d’œuvre. Celle-ci a diminué dans une large mesure. En 1915, les mines du Calvados n’occupaient plus que 120 ouvriers contre 1422 en 1913.
- A Segré, au lieu de 547 mineurs employés au fond au 51 décembre 1915, on n’en comptait plus que 20 le 51 décembre 1914, et 101 le 31 décembre 1915.
- Dans les Pyrénées, Batère n’accusait que 197 ouvriers en 1915 pour 348 en 1915, et la Pinouse 80 pour 189.
- Celte crise de la main-d’œuvre n’a pu, en effet,
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- LES MINES DE FER FRANÇAISES ET LA GUERREl
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- être conjurée môme dans les Pyrénées, les Espagnols recrutés étant instables, et abandonnant la raine au moment de la moisson et des vendanges.
- la production normale, ainsi que dans l’Aveyron et le Tarn.
- Depuis deux ans, deux exploitations nouvelles
- D’un autre côté, le personnel ouvrier a beaucoup perdu en qualité, comme dans les houillères, et cette circonstance a contribué à la chute de l’extraction.
- On a bien pallié à cette crise par des mises en sursis, par des importations de bras étrangers, mais les derniers appels sous les drapeaux ont
- nouveau fait le vide dans les exploitations.
- Cependant, sous la pression des pouvoirs publics et de la sidérurgie nationale, un effort a été fait en 1916 pour accroîtrel’extrac-tion. La mine de May (Calvados) a été remise en activité en mars.
- Fig. 7. — Mine de Lesquade à Saint-Paul de Fenouillet (Pyrénées-Orientales). Vue d’ensemble prise de la station supérieure.
- À Halouze et la Ferrière (Orne) on a pratiqué des travaux de préparation pour le jour où les métal-
- lurgistes accepteront les carbonates de fer normands. Ailleurs, on a poussé l’abatage. Saint-Remy a donné 49 900 tonnes du 1er janvier 1916 au 51 août, contre 50882 en 1915.
- Dans les Pyrénées on a tendu à se rapprocher de
- se sont fait remarquer par leur développement rapide : celle de Roque'aure, aux Cabannes d'Ariège,
- et celle de Saint-Paul de Fenouillet. Cette dernière avait interrompu, d’août 1914 à janvier 1915, ses travaux de recherches.
- Depuis lors, la Société Minière des Py^ rénées a pourvu son siège de vastes installations, qui lui ont permis d’extraire présentement de 2500 à 5000 tonnes par mois, avec 150 à 180 ouvriers. Cet effort est à donner en exemple, ainsi que celui de la Société d’Aylua, qui s’était outillée pour 4 à 5000 tonnes par mois.
- Il n’en demeure pas moins que notre production de minerais de fer est très insuffisante, et en recul marqué pour les mines de l’intérieur. La France qui, en 1915, exportait 9 746 000 tonnes de minerais, non seulement a cessé ses expéditions, mais est deve-
- Fig. 8. — Embranchement des mines d’Aytua à Serdinya.
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- nue grande importatrice, malgré la richesse de son sous-sol. Le seul port de Saint-Nazaire qui, en 1915, avait chargé pour l’étranger 146 000 tonnes de minerais de fer, en avait reçu, en 1915, 69 208 tonnes, et 55 281 tonnes durant les sept premiers mois de 1916.
- Il apparaît donc que la France n’a su tirer qu’un parti médiocre de ses ressources propres en fer, et, contrainte d’importer une bonne part des minerais qui lui sont indispensables, elle a accru ainsi ses exportations d’or au détriment de la fortune nationale. Auguste Pawlowski.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séances du i5 janvier au 5 février 1917.
- Origine du magnétisme terrestre. — Dans une ancienne expérience de Wilde, on a imité le magnétisme terrestre en recouvrant un globe terrestre de minces feuilles de fer sur la superficie des océans. D’après M. Raclot, ce fait aurait pu se trouver réalisé par le refroidissement plus rapide sous les océans; la couche superficielle y serait alors au-dessous de la température critique où le fer cesse d’être magnétique, tandis que, sous les continents, tout le noyau ferrugineux analogue aux météorites, dont on peut supposer l’existence en profondeur, aurait passé au-dessus de cette température critique (8 à 900°) et ne serait pas magnétique.
- Nécrologie. Le général Bassot. — Le général Bassot a collaboré avec le général Perrier au service géographique de l’armée et pris sa succession. On lui doit quelques observations géodésiques : notamment pour la jonction de la France gu de l’Espagne avec l’Algérie. Il a fait également partie de la mission envoyée en Floride en 1882 pour l’observation du passage de Vénus sur le Soleil.
- Théorie satellitaire des phénomènes orogéniques. — M. Emile Belot fait remarquer que l’hypothèse habituelle du rempli de la croûte terrestre produisant les plissements montagneux par contraction interne suscite quelques objections et propose d’y substituer une théorie ingénieuse mais discutable, d’après laquelle il y aurait eu, à diverses époques critiques, chute dans la région équatoriale d’anneaux satellites qui, après s’être approchés lentement de la Terre, y seraient tombés successivement. M. Belot pense que ces anneaux équatoriaux ont dû amener l’aplatissement, progressif des pôles par attraction vers l’équateur, puis par accélération de la rotation, en sorte qu’il en serait résulté un flux interne de matières ignées descendant entre la croûte et la barysphère du pôle vers l’équateur. Il croit également que les géosynclinaux ont dû constituer un barrage interne ayant eu pour effet d’arrêter ce flux et de provoquer, par conséquent, une chaîne montagneuse suivant la corrélation que Ton observe habituellement entre les deux phénomènes.
- Procédés permettant d’augmenter la production du blé. — A un moment où la disette future du blé commence à inquiéter sérieusement dans toute l’Europe, les observations de M. Devaux, fondées sur l’examen de méthodes culturales chinoises, sont à retenir. Il préconise : 1° la précocité des semailles ; 2° l’espacement entre les lignes; 5° des buttages réglés ; 4° le repiquage des plans les plus beaux à des distances pouvant aller jusqu’à 40 cm. On peut ainsi obtenir des champs entiers couverts de grosses touffes possédant chacune 50, 100 tiges et plus.
- Problèmes scientifiques à résoudre. — M. Henry Le
- Chatelier insiste sur l’utilité de proposer aux savants un catalogue de problèmes offrant un intérêt industriel immédiat, afin de sérier des efforts qui risqueraient autrement de se disperser sur d’autres questions théoriques dont l’utilisation pratique ne se fera peut-être que dans un siècle. Il signale, par exemple : en verrerie, les mesures de la variation de viscosité du verre en fonction de la température et de la composition chimique ; en métallurgie, la mesure de la dureté de l’acier trempé et la pyrométrie; pour le chauffage, la conductibilité calorifique des matières poreuses telles que les briques des foyers; en agriculture, les lois de la germination des graines en fonction de l’humidité, de la température et de l’oxygène.
- Mission économique en Espagne. — M. Lallemand rend compte de la mission économique de l’Institut qui a récemment visité l’Espagne afin d’étudier les moyens de resserrer les liens industriels et commerciaux entre ce pays et la France. Cette mission comprenait, MM. Schloesing, De Launay et Lallemand, Liesse, Teis-sier, Isaac et Bachellery. Son attention a été particulièrement attirée sur l’unification des voies ferrées et sur la mise en valeur plus intensive du bassin charbonnier des Asturies qui pourrait, pendant quelque temps, jusqu’à ce que l’industrie espagnole se soit plus développée, fournir un utile appoint au midi de la France.
- L'heure à bord des navires. — M. Renaud remarque que, sur un navire en marche, les montres sont réglées chaque jour sur 12 heures quand le Soleil passe au méridien. Jusqu’au midi suivant, l’heure est donc inexacte et elle peut être très variable sur des navires suivant des routes opposées, en sorte qu’au midi précédent, ils présentaient une grande différence de longitude. D’où de nombreux inconvénients pratiques. La solution qu’il propose serait d’adopter, sur mer comme sur terre, les fuseaux horaires en utilisant la télégraphie sans fil avec brusque saut d’une heure au moment où on passerait d’un fuseau à l’autre. Si les horloges portaient le numéro du fuseau à côté de l’heure locale, on obtiendrait l’heure universelle en retranchant de l’heure de la montre le numéro du fuseau.
- Moisissures causant l’altération du papier. — M. Pierre Sée étudie les livres « piqués » et montre qu’il y a là une maladie dont les germes préexistaient dans la pâte et devaient venir de ses matériaux, alpha, etc. Ce sont des champignons inférieurs constituant une florule très spéciale.
- La mesure du temps légal. — Le système de l’heure d’été présente l’inconvénient de deux brusques changements. M. Lecornu émet, à ce propos, l’idée qu’il pourrait y avoir lieu de réaliser une modification progressive qui aboutirait au même résultat. Pour cela, il suffirait
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- que les horloges publiques eussent, au moment du solstice d’hiver, la longueur de leur balancier légèrement modifiée de manière à réduire de 50 secondes l’intervalle de temps séparant deux minutes consécutives. On réaliserait ainsi, par degrés insensibles, une avance totale atteignant environ 45 minutes à l’équinoxe et 1 h. 30 au solstice d’été. Après quoi, du solstice d’été au solstice d’hiver, on ferait l’inverse. Les particuliers
- auraient simplement toutes les semaines à modifier l’heure de leur montre d’environ 5 minutes en se réglant sur les horloges publiques; ce qui n’entraînerait aucune difficulté et aucun trouble. Le gain serait ainsi en moyenne de 45 minutes pour l’ensemble de l’année, tandis que l’avance constante d’une heure appliquée pendant 6 mois ne donne, pour l’année, qu’un gain moven de 51 minutes.
- STÉNOGRAPHIE MÉCANIQUE POUR AVEUGLES
- Un éminent professeur à l’Université de Caen, M. Pierre Villey, frappé de cécité dès sa plus jeune enfance, vient de réaliser une très originale machine à sténographier pour les aveugles. Comme on le sait, ces derniers lisent et écrivent au moyen de l’alphabet de Braille, constitué par des signes en points saillants, au nombre de 6 au maximum. La lenteur d’écriture d’un.tel procédé — excellent à tous autres points de vue — resta grande, malgré l’emploi de machines munies de 6 touches, actionnant autant de poinçons, qui permettaient de tracer un signe en une seule frappe. Le problème de la sténographie mécanique pour aveugles semblait donc presque im-possible à résoudre. Pour le solutionner, il fallait adopter des signes syllabiques et, parlant, multiplier le nombre de poinçons, puis les distribuer en trois groupes correspondant aux trois éléments constitutifs de toute syllabe (consonnes initiales, voyelles,- consonnes finales).
- Supposons, pour fixer les idées, que nous adoptions comme signes syllabiques un signe formé de 12 points. Divisons ce signe en trois tranches; en réservant 5 points pour figurer les consonnes initiales aux combinaisons assez nombreuses; 5 points également pour la seconde tranche (voyelles) et 2 seulement pour la troisième destinée à représenter les consonnes finales minimes en français. Or 5 points peuvent se combiner de 51 manières différentes, nous pourrons alors, grâce à ces conventions abréviatives, écrire 51 consonnes initiales ou groupes de consonnes (pl, tr, etc.), 51 voyelles ou groupes de , voyelles, et enfin 5 combinaisons de consonnes finales. Donc avec
- 12 touches, commandant chacune un poinçon, on écrira, en une seule frappe, une syllabe quelconque et on réalisera ainsi la rapidité de l’écriture. D’autre part, la division des inscriptions syllabiques en trois tranches facilite l’apprentissage du système qui serait très compliqué, sans cela. En effet, 12 points se combinent entre eux de 4095 façons différentes
- correspondant à autant de syllabes dont on devrait apprendre la valeur. Heureusement le partage de ces signes sténogra-phiques en trois tranches dispense l’opérateur de cet énorme et fastidieux labeur; il lui suffira de connaître la signification des 65 com-binaisons auxquelles donnent lieu lesdi tes tranches. Et même on peut encore réduire l’effort demandé à sa mémoire, en représentant les sons simples par des points uniques et les sons complexes par des combinaisons desdils points; par exemple, si l’on figure le son tr par les deux points représentant respectivement t et r.
- Ce mode de notation présente, en outre, un autre avantage ainsi que le fait remarquer M. Villey; plus on représente les sons par des signes formés de peu de points, plus on évite les frappes complexes qui ralentissent l’écriture. Toutefois l’emploi fréquent des points isolés gêne la lecture tactile, le doigt appréciant très mal leur valeur et ne jugeant facilement que des rapports géométriques entre plusieurs reliefs assez rapprochés pour être perçus simultanément. D’autre part, le champ de tactilité pratique du doigt ne dépasse guère les dimensions du rectangle à 6 points, qui constitue le signe générateur de Braille.
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- Le sagace inventeur répondit à la fois aux desiderata contraires de l’écriture et de la lecture dactylographiques par l’adjonction d’un repère en relief que sa machine à sténographier imprime automatiquement dans chaque signe syllabique. Le cette façon l’espace à explorer se trouve subdivise pour le doigt et la position de chaque point, par rapport au repère fixe, en détermine la valeur Enfin, après une expérimentation méthodique, M. Yilley résolut de remplacer le repère unique par deux autres, qui permettent au sténographe aveugle de lire simultanément avec ses deuT mains. Pour cela, les points représentant les consonnes initiales viennent se grouper autour du premier repère, tandis que les voyelles et les consonnes finales se placent auprès du second. Une même frappe permet d’imprimer ces deux parties de la syllabe qui s’inscrivent sur la bande, à peu de distance l’une de l’autre et sur deux lignes superposées.
- Naturellement les trois principes ci-dessus posés (notation syllabique avec un signe divisé en trois tranches, emploi de deux repères et lecture par les deux mains) peuvent donner lieu à de multiples combinaisons mécaniques. Dans le modèle actuellement construit,
- M. Villey adopta le nombre de 20 points, comme le plus élevé pratiquemént possible, car la main du sténographe doit se déplacer très peu pour obtenir une rapidité suffisante d’écriture. M Lejeune, sténo-dactylographe aveugle fort expert il est vrai, réalise une vitesse de 140 mots à la minute avec cette machine. Le clavier se compose de deux rangées contiguës de dix touches, dont le sténographe embrasse exactement la largeur avec ses deux mains. De sorte qu’un de ses doigts, en se déplaçant légèrement, frappe à volonté une touche de l’une ou l’autre rangée ou même les deux touches à la fois. Cependant le pouce, doué d’une moindre mobilité, commande une seule touche alors que l’index, le plus agile de tous, peut en actionner trois. Tel un pianiste consommé, l’aveugle plaque donc un groupe quelconque des 20 touches en un accord sans avoir besoin de déplacer son avant-bras. En somme, cette disposition extérieure du clavier rappelle exactement celle de la Sténophile Bivort pour voyants
- mais avec des valeurs différentes pour les touches.
- La main gauche de l’opérateur met en mouvement cinq touches sur chaque rangée, qui commandent elles-mêmes, par l’intermédiaire de leviers, les dix poinçons correspondant aux consonnes initiales, tandis que les dix touches frappées par sa main droite servent à écrire les voyelles et les consonnes finales. La bande de papier s’enroule autour d’une bobine qui se trouve sur la droite de la machine et avance vers la gauche, à chaque frappe. Au sortir de l’étroit défilé qu’on lui a réservé entreles poinçons et les cuvettes nécessaires pour l’impression, la bande porte deux lignes d’écriture. Les deux moitiés du signe syllabique s’inscrivent à la suite l’une de l’autre, la seconde un centimètre plus bas que la première. De cette façon, la main gauche, chargée exclusivement de la ligne supérieure, lit les moitiés de tous les signes
- syllabiques, tandis que la droite, à qui incombe la ligne inférieure, déchiffre les secondes moitiés des mêmes syllabes. D’antre part, chaque frappe déclenche 2 repères correspondant à chaque moitié de signe syllabique, celu de la main gauche se compose d’un trait horizontal de 4 à 5 mm et celui de la main droite d’un trait vertical de 7 à 8 mm. Enfin, pour faciliter la lecture de la bande, on peut l’enrouler sur une liseuse, qui comprend , essentiellement deux cylindres séparés par une tablette d’une largeur de 30 à 40 cm. Avant de commencer son travail de recopie, l’aveugle la met sur un des rouleaux, puis elle s’embobine progressivement sur l’autre, au fur et à mesure de l’opération. Il la lit pendant qu’elle se trouve sur la tablette et une fois la lecture du passage achevée, il donne un coup de pédale qui amène la suite sous sa main, tandis que la partie lue s’enroule sur la seconde bobine. Le modèle primitif de la nouvelle machine que nous venons de décrire a été construit par M. Léon Patrix de Caen ; sa forme actuelle est un peu massive, mais exécutée en aluminium, elle pèsera 4 kg environ et quelques retouches permettront encore de l’alléger sans compter que M. Yilley étudie, en ce moment, des systèmes sténographiques à 12 et 16 poinçons qui réduiront encore ce poids de façon notable.
- Jacques Boyer.
- - Fig-. 2. — Vue de la machine à sténographier montrant le mécanisme.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahure, rue de Fleuras, 9, à Paris.
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- LA NATURE.
- — N° 2268.
- 17 MARS 1917.
- MANUTENTION DANS LES USINES
- La manutention mécanique
- Dans une série d’articles publiés dans cette revue même ont été décrits les principaux appareils de manutention mécanique qui pouvaient être utilisés dans les usines. Mais l’emploi de la manutention mécanique ne se borne pas à cela. Dans tous les endroits tels que ports, gares de chemin de fer, entrepôts, magasins, etc.,
- du charbon en Amérique.
- leurs de grandes transformations et peut être effectuée avec des dépenses peu considérables en comparaison des avantages de rapidité et d’économie qu’ils présentent. Il serait à souhaiter vivement que ces procédés fussent de plus en plus répandus en France.
- Nous ne dirons rien des installations spéciales
- Fig. i.
- Appareil. Jeffrey pour le chargement des voilures et des wagons.
- où il y a des matières, pondéreuses à manipuler, la manutention mécanique peut être adoptée.
- Parmi ces matières le charbon occupe une place spéciale, tant par la fréquence de son emploi que pa*T la quantité à manipuler.
- Dans les circonstances actuelles où la main-d’œuvre est si rare, il nous a donc paru intéressant d’exposer aux lecteurs de La Nature les procédés spéciaux utilisés par les Américains pour la manutention du charbon. Du reste, les mêmes appareils peuvent servir également à la manutention d’autres matières analogues telles que sable, gravier, pierres concassées, minerais, etc.
- L’introduction de ces procédés n’exige pas d’ail -
- qui dans les ports servent à charger les transports ou les wagons. Elles consistent en général en de grands, élévateurs supportant des silos dans lesquels le charbon s’emmagasine, pour être ensuite déversé par des conduits de longueur et d’inclinaison variables, soit dans les bateaux, soit sur les wagons.
- Le problème est d’ailleurs complexe et les installations doivent pouvoir non seulement avoir un très gros débit, mais encore ne pas manipuler trop brutalement le charbon pour que les morceaux ne s’effrittent pas et ne se réduisent pas en poussier.
- Mais le machinisme n’intervient pas seulement dans les ports et les mines et le charbon, lorsqu’il quitte l’entrepôt pour l’usine, doit
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- 45" Année.
- 1" semestre
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- MANUTENTION DANS LES USINES
- encore subir un nombre de manutentions suffisant.
- Nous étudierons en premier lieu le cas où le charbon étant mis en tas, il s’agit seulement de le charger sur un camion.
- Pour ce but, la maison « Jeffrey Mfg Y. G0 » construit un chargeur spécial. Ce chargeur peut être transporté d’un point à un autre soit à bras, soit à l’aide d’un moteur de 5 à 6 chevaux.
- Lorsqu’il s’agit d’une usine ou d’un entrepôt étendu, le chargeur à moteur est certainement préférable, le temps perdu entre deux opérations étant minimum. Pour desservir ces chargeurs, un seul homme suffit. L’élévateur du chargeur est construit de façon à pouvoir être plié, ce qui permet de le trans-
- Fig. 2. — Chargeur mobile Jeffrey.
- geur, ce qui rend son maniement assez commode. L’élévateur peut être remonté ou baissé à l'aide d’un arbre. Si on emploie un chargeur à
- bras on peut l’atteler à une locomotive de service pour le transporter d’un point à un autre du chantier.
- Différents accessoires peuvent être adjoints au chargeur, par exemple un tamis pour ne laisser passer que le charbon pur et d’une certaine grosseur, une trémie qui dirige le charbon automatiquement et empêche la poussière provenant du charbon de se répandre, etc.
- Les figures 1 et 2 permettent de se rendre compte des dimensions et de la disposition de ces chargeurs, ainsi que
- de la façon dont ils peuvent être utilisés. Ajoutons que le moteur peut être un moteur
- Fig. 3.— Appareil Myers Whaley pour Je chargement des minerais.
- porter dans les différents endroits du chantier, même sur un sol très rugueux ou à travers des portes basses, des échafaudages, etc. Le mécanisme de commande est situé d’un côté du char-
- électrique à courant continu ou à courant alternatif aussi bien qu’un moteur à explosion.
- Le poids total d’un appareil manutentionnant un mètre cube par minute à une hauteur de 2 m. 50
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- environ est de 5 t. entièrement équipé et son prix est de 5000 francs environ. On voit combien la dépense est minime comparée à l’économie journalière réalisée sur la main-d’œuvre. En effet il faut pour charger un wagon de 10 t. de sable environ o à 4 heures à une équipe de 3 hommes. Le chargeur Jeffrey conduit par un seul homme ne mettra pas plus de 15 à 20 minutes pour effectuer le même travail.
- Pour enlever de grandes masses de charbon et pour en charger les wagons, la maison « Myers Whaley C° », construit un appareil pour voie normale à plaque tournante. Cet appareil est plus spécialement destiné à eiffever le coke provenant des fourneaux des usines à gaz et à en charger les wagons.
- Par l’emploi d’un transporteur à raclettes, le coke peut être amené sur un tamis au moyen duquel on peut éloigner la braise pour ne charger les wagons que de coke pur. La braise peut être . ensuite soit laissée sur place, soit dirigée au moyen des raclettes de retour vers une ouverture pratiquée dans le fond de l’appareil pour passer ensuite dans un wagonnet spécial. Le charbon peut être nettoyé et chargé dans les mêmes conditions que le coke.
- L’appareil est muni quelquefois d’un. tambour et d’un câble au moyen desquels on peut, soit avancer l’appareil le long des wagons à charger, soit avancer les wagons le long de la machine.
- Le caractère universel de cette machine permet son utilisation pour le chargement d’autres matières que le charbon, par exemple, des différents minerais (fig. 5)._
- La suite des petites figures 4 montre le fonctionnement delà pelle mécanique qui représente la partie principale de l’appareil. Le mouvement de la pelle est obtenu au moyen d’un arbre qui tourne toujours dans le même sens. Ce mouvement est très rapide, la pelle revenant à sa position initiale 15 fois par minute dans les grandes machines et jusqu’à 18 fois dans les machines moyennes.
- Dans tous les appareils de manutention, la question de l’organe de prise de la matière,
- benne, raclette, pelle, etc., est de la plus grande importance, car c’est de cet organe que dépendent le rendement de l’appareil et sa commodité.
- Aussi y aurait-il une curieuse étude à faire en passant en revue les modèles si variés qui ont été proposés. En France où l’on ne suit que d’assez loin les progrès, le type classique des bennes est la forme wagonnet que l’on charge à la main, ce qui est un non sens.
- Les bennes automatiques n’ont fait ' leur apparition qu’il y a fort peu d’années et les pelles à vapeur sont d’un usage encore trop restreint.
- Mais, quoi qu’il en soit, les appareils ont un rendement assez médiocre, car les exploitants n’ont pas compris encore. qu’à chaque usage correspond un matériel spécial et que la même grue et la même benne, excellentes pour décharger du sable, n’auront qu’un rendement très médiocre quand on s’en servira pour manutentionner du char-^ bon tout venant.
- S’il s’agit de déposer de grandes masses de charbon en tas qu’il faut enlever ensuite, on peut utiliser la combinaison d’appareils proposée par la « Link-Belt Company ». Cette combinaison (fig. 5) consiste dans l’emploi d’une grue roulante à grand rayon d’action sur une voie circulaire au centre de laquelle est établie une trémie. Les wagons déchargent le charbon dans cette trémie d’où il.est enlevé ensuite par une benne automatique dont la grue est munie.
- Ce système permet la manutention de très grandes masses de charbon, 5000 à 100000 tonnes avec une grande rapidité, 40 . à 250 tonnes par heure. La figure 0 montre la disposition générale de cette combinaison.
- La zone d’action de la grue, qui se déplace sur la voie circulaire dont le rayon est égal à sa distance maxima de prise, sera donc, comme on s’en rend parfaitement compte (fig. 6), de 4 fois cette longueur.
- C’est-à-dire que le tas final formé sera le même que celui que l’on obtiendrait en employant une grue ayant un bras 2 fois plus long et dont on ferait varier l’inclinaison depuis la
- Fig. 4.
- Le mécanisme de la pelle chargeuseMyers Whaley.
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- MANUTENTION DANS LES USINES
- Fig. 5. — La gue Link-Belt commence le dépôt des matériaux.
- Æ&—T'
- verticale jusqu’à l’inclinaison correspondant à la partie maxima.
- Après avoir érigé un tas on peut au moyen de la même grue, qu’on transporte dans un autre endroit, ériger le tas suivant et ainsi de suite. On voit qu’il est possible de former plusieurs tas avec une seule grue, ce qui présente un grand avantage.
- Pour l’enlèvement du charbon des wagons, la même maison construit un déchargeur spécial fixe ou mobile.
- Ce déchargeur se compose d’un élévateur à flèche mobile munie d’u n contrepoids.
- L’élévateur est descendu dans le wagon à décharger où un ou deux ouvriers remplissent les godets.
- Le charbon peut ensuite être déchargé dans des petits wagonnets au moyen d’une disposition spéciale qui est représentée sur la figure cor-
- respondante.
- <N^\ \ \
- Fig. 6. — Schéma montrant le rayon d’action de la grue et la façon de constituer le las.
- Si la distance à laquelle il faut amener le charbon est considérable on peut employer des transporteurs supplémentaires à bandes, par exemple, les différents systèmes de ces transporteurs qui ont déjà été décrits en détail ici même dans les articles précédents relatifs à la manutention mécanique à l’intérieur des usines.
- Ils sont soit à bande (transporteur Hunt) flexible ou métallique articulée, soit à godets.
- Pour enlever le char-
- jodets suspendu à une | bon pulvérisé d’un wagon, la maison « Webster
- Mfg C° » construit un déchargeur spécial (fig. 7 et 8) qui, en principe, se compose d’une vis dont les parties de droite et de gauche ont un pas opposé; il amène le charbon vers un élévateur à raclettes qui l’enlève ensuite et le dirige vers l’endroit désigné. L’éléva-
- Fig. 7-
- Appareil Webster pour le chargement des wagons en position de travail.
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- teur à raclettes est mobile autour d’un arbre, de façon que sa partie inférieure, suspendue au moyen d’un câble fin, puisse être soit élevée, soit abaissée à volonté.
- Pendant que le wagon est vidé, il est bon de l’avancer tout doucement pour permettre au déchargeur d’enlever le charbon de tout le wagon.
- Ajoutons que cet appareil peut aussi servir pour manipuler les substances très grenues telles que le blé, le sable fin, etc.
- J'indiquerai pour terminer la disposition pour le chargement rapide des locomotives proposée par a maison Hunt, et adoptée par la plupart des chemins de fer américains.
- Cette disposition est représentée sur la figure 9 qui donne la vue de la station de Watterville et ne nécessite aucune explication; je remarquerai seulement que le (hargement des locomotives se fait de deux côtés de la station de chargement et que les wagons
- chargés arrivent par les deux voies centrales passant sous les silos d’emmagasinage.
- Enfin, un dispositif automa-
- Fig. 8.
- Appareil Webster montrant la vis hélicoïdale du chargement des godets.
- tique mesure le charbon déversé dans les tenders des locomotives et permet un contrôle facile de la consommation.
- Grâce à ce genre d’installations, très répandu en Amérique mais presque ignoré en France, les wagons ne restent immobilisés pour leur déchargement que le temps minimum, ce qui leur permet d’avoir un rendement en tonnes toujours plus élevé et, d’un autre côté, le chargement des locomotives se fait en un temps très court qui réduit la durée de l’arrêt du train.
- C’est par de telles installations que les Américains ont résolu le grave problème de la main-d’œuvre et enfin du rendement maximum du matériel.
- En France, où les mêmes questions se posent avec une acuité encore plus grande, espérons que les industriels n’hésiteront pas à s’engager dans la voie où les Américains les ont précédés.
- Souhaitons que les appareils que nous venons de décrire nous soient bientôt familiers et n’oublions pas que dans l’industrie les problèmes se résolvent avec du matériel et non avec des lois.
- M. Zack.
- Ingénieur civil des Constructions navales, Licencié es Sciences
- Fig. 9. — Station de chargement des locomotives à Watterville. Le transporteur Hunt et le mesureur de charbon sont actionnés par l’air comprimé.
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- L’ALIMENTATION RATIONNELLE ET RATIONNÉE
- L’homme n’a pas plus attendu, pour manger, les raisons des physiologistes que, pour respirer, la découverte de l’oxygène, par exemple. Chacun de nous suit la Lradition de son pays, de sa famille et choisit parmi les innombrables substances alimentaires celles qui lui plaisent : l’un aime les choux, l’autre les pommes de terre, celui-ci les viandes saignantes, celui-là le gibier faisandé. La cuisine intervient aussi pour modifier les qualités des aliments par toutes ses ressources qui sont
- Fig. i.
- puissantes et nombreuses : sa palette de sauces, sa gamme de recettes suffisent à transformer en des plats très variés une même substance alimentaire.
- Notre instinct nous guide généralement fort bien en ces matières. Chacun de nous sait ce qu’il peut manger et ce qui ne lui réussit guère. L’appétit règle souverainement les quantités de nourriture que nous absorbons et ne nous trompe pas..
- U semblerait donc que les savants n’ont pas à mettre le nez dans notre cuisine et que notre goût, les choix de la maîtresse de maison et l’habileté de notre cuisinière suffisent totalement.
- Cela est vrai — ou presque — en temps normal, pour celui qui peut avoir un cordon bleu et choisir sans compter ce qu’il préfère, parmi l’immense
- variété des denrées arrivant de tous les points du monde dans une grande ville. Et encore, risque-t-il ainsi d’avoir affaire quelque jour au médecin pour sa goutte ou ses rhumatismes!
- Mais, dès le temps de paix, pour l’ouvrier ou l’employé au salaire modeste, le goût doit se régler sur le porte-monnaie: et comme on ne peut diminuer son appétit, surtout quand on travaille, comme d’autre part on est fort limité dans ses dépenses, il y a grand intérêt à connaître les aliments les plus nourrissants et les moins coûteux.
- Ces données précises sur la valeur alimentaire des aliments ont encore plus d’importance en ce moment où la guerre diminue la production agricole, augmente le prix de toutes choses et fait de chaque importation une sortie d’or sans compensation.
- Aussi l’Europe entière se préoccupe-t-elle aujourd’hui du problème de l’alimentation rationnelle. Les gouvernements s’efforcent tous à l’assurer par les uniques ressources du pays, sans achats à l’étranger ; les particuliers s’appliquent à conserver une ration alimentaire suffisante malgré l’augmentation du prix de la vie et la diminution de leurs revenus.
- Et à l’agréable empirisme des cuisinières, se substituent — inconsciemment ou volontairement — les rigides notions des rations alimentaires.
- Nulle part plus que dans les empires centraux, et surtout en Allemagne, la nécessité n’a fait loi. L’esprit de discipline et d’organisation les y avait préparés certes; leurs laboratoires avaient réglé depuis longtemps la valeur alimentaire de tous les aliments (Pettenkoffer et Voit, Riibner, etc.). Le blocus, en empêchant les importations du monde entier, en réduisant les ressources uniquement à celles du pays très peuplé et peu fertile, a trans-
- GRAMMES
- QUANTITÉS
- MATIÈRES HYDROCARBONÉES
- CONTENUES DANS 100 Gr.
- 30 ALIMENTS USUELS
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- = L’ALIMENTATION RATIONNELLE ET RATIONNÉE .....—.. 167
- formé les règles théoriques des physiologistes en articles de lois et même en cartes de pain, de pommes de terre, etc. Songez que le règlement prussien prévoit pour la ration journalière du soldat en campagne : 750 gr. de pain, 500 gr. de viande, 160 gr. de riz ou 320 gr. de légumes secs ou 2 kg de pommes de terre et 24 gr. de café torréfié. Le riz, le café n’existent plus en Allemagne! A combien sont réduits les 500 gr. de viande et les 2 kg de pommes de terre?
- La ration normale est calculée pour une dépense d’énergie de 5200 calories environ qui n’a rien d’excessif; quelle peut être la ration actuelle des troupes ennemies?
- Quels efforts leur permet-elle et combien de temps résisteront-elles à un régime insuffisant?
- L’alimentation du soldat est encore plus facile à régler que celle de la population civile. Tout d’abord on le soigne selon son importance qui est grande, puis l’organisation de l’armée fait que les pertes et les déchets sont réduits au minimum. On a bien essayé en Allemagne de régler la consommation civile au moyen de cuisines collectives, mais il semble qu’on a dû y renoncer. La réglementation s’arrête à la répartition, aussi égale que possible (?), des aliments dans tout le pays par un ministère spécial des vivres et à la limitation de la consommation par les diverses cartes de viande, de pain, de pommes de terre, de graisse, etc.
- Heureusement, la France ne connaît pas cette disette, grâce à sa richesse agricole et à la liberté des mers. Les gênes momentanées que nous ressentons ne tiennent qu’à des insuffisances de transports et peuvent être rapidement enrayées. Nous n’avons dû rationner ni réduire la nourriture de personne. Le seul inconvénient, que nous subissons est l’augmentation du prix des choses, inconvénient que nous partageons d’ailleurs avec le monde entier, neutres y compris.
- Pour y remédier dans la mesure du possible, il
- n’est pas mauvais de nous rappeler ce que les physiologistes ont acquis en matière d’alimentation et ce qu’ils peuvent nous apprendre d’intéressant et d’immédiatement utilisable.
- S’ils ne se mêlent point encore de nous parler cuisine, parce qu’ils n’ont pas assez de lumières en cette matière; s’ils sont incapables aujourd’hui de décider des plus sages formules de roux ou de sauces vertes, ce qu’ils savent, ma foi, n’est pas sans intérêt.
- Ils peuvent nous dire pourquoi nous mangeons, le sort des aliments introduits dans notre organisme, les effets physiologiques de tel ou tel plat,
- les régimes préférables selon notre état de santé, notre nature et notre hérédité. Et ce que nous apprendrons ainsi pourra utilement corriger les erreurs possibles de notre instinct ou les fantaisies de l’art culinaire.
- Et puis, la science peut aussi nous aider à soigner notre porte-monnaie et cela n’est pas à dédaigner en ces temps de vie chère où tout augmente.
- L’appétit, la gourmandise n’y suffiraient point; ils ne sauraient nous guider dans le choix des aliments selon notre bourse. Tandis que les analyses du laboratoire nous apprendront que l’albumine mangée à l’état d’œufs frais coûte 8 fois plus que la même quantité mangée dans des légumes secs ; que pour la graisse, les olives sont 5 fois plus chères que le lard, etc., etc.
- FROMAGE GERVAIS
- QUANTITÉS
- JAMBON FUMÉ
- JAUNE D’ŒUF
- MATIÈRES GRASSES
- CONTENUES DANS ÎOO Gr.
- SOJA, LÉGUME
- 29 ALIMENTS USUELS
- Fig. 2.
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- 168 - L’ALIMENTATION RATIONNELLE ET RATIONNÉE
- En ce moment où le coût de la vie a augmenté en moyenne de 100 pour 100, ces données méritent qu'on les examine avec attention.
- Rappelons donc simplement ce que la physiologie de la nutrition nous apprend en ces sujets d’actualité :
- Tout d’abord, pourquoi mangeons-nous? La vie, -a-t-on dit, est une continuelle combustion. Constamment, nous usons notre organisme, nos cellules meurent, des produits de déchet se forment que nous éliminons par l’expiration, la sueur, l’urine, les sécrétions de toutes sortes. Pour que l’équilibre persiste, il faut remédier à ces sorties par des entrées correspondantes. La nourriture est avant tout destinée à compenser nos pertes de matière. Une partie sert à former de nouvelles cellules, en remplacement des mortes, à fournir de nouvelle substance celles qui ont utilisé leurs réserves pour travailler, sécréter, se mouvoir. Nous agissons contamment, nos muscles ne sont jamais tous au repos puisque le cœur et le thorax ne cessent pas leurs fonctions; ce travail musculaire représente une dépense d’énergie que la nourriture sert à entretenir. Enfin, nous sommes des animaux à sang chaud ; notre température est constamment supérieure à la température extérieure, malgré le rayonnement ; ce sont encore les aliments qui représentent le combustible de notre chaleur intérieure.
- Donc, nous mangeons pour vivre..., et aussi travailler et nous chauffer. Premier point établi.
- Maintenant, que faut-il manger? quelle est la valeur de chacun des plats sortant de . là cuisine pour notre chauffage, notre travail et notre vie? Deuxième question plus difficile que la physiologie peut éclaircir, au moins en partie. Remarquons d’abord que l’on s’échauffe quand on travaille, et qu’on travaille, même si l’on ne s’en doute pas, pour se maintenir chaud. Nous n’aurons donc à considérer les aliments qu’a deux points de vue : leur pouvoir d’entretenir nos cellules vivantes, leur capacité d’énergie.
- On ne peut pas dire qu’il y a des aliments correspondant uniquement à l’un ou l’autre de ces
- besoins; tous sont des mélanges de très nombreuses subslances; tous sont plus ou moins utilisés par l’organisme pour toutes ses fonctions. Certes, les aliments azotés, les albumines, servent surtout à la réparation de notre matière vivante; les sucres et les farines qu’on groupe sous le nom d’hydrates de carbone sont essentiellement des générateurs d’énergie, consommés par le travail musculaire et la production de chaleur ; mais les graisses peuvent servir aux deux besoins, et même aussi partiellement les albumines et les hydrates de carbone, et l’on sait qu’ils se suppléent, tout au moins pour certaines fonctions.
- La classification des aliments par les physiologistes est toute différente de celle des cuisiniers. Ils n’envisagent pas la belle ordonnance du repas en potage, rôti, légume, entremets, etc., mais bien la composition de chaque plat, de chaque mets. Pour eux, ce qui compte, c’est la nature chimique de notre nourriture dans laquelle ils ont patiemment mesuré les substances inorganiques; eau, sels, et les composants organiques qu’ils groupent en trois catégories : albumines, graisses, hydrates de carbone.
- Tous nos aliments contiennent de l’eau en proportion plus ou moins grande. Cette quantité est encore insuffisante pour équilibrer les 2 à 5 litres que nous perdons journellement par les urines, la sueur, l’évaporation, etc. Nous ajoutons donc à notre nourriture solide une boisson quelconque pour « faire le plein ». Seulement, l’eau prise au robinet ne coûte rien, tandis que l’eau contenue dans les aliments nous est vendue avec ceux-ci à des prix très variables.
- Le lait, les fruits, les légumes verts, renferment 75 à 90 pour 100 d’eau ; la viande 55 à 75 pour 100 ; le fromage 55 à 45; le pain 25 à 55; les légumes secs et les farines 10 à 14 pour 100 seulement. Quand nous achetons 1 kg. de biïteak, nous payons pour 600 ou 700 grammes d’eau et seulement 25 .à 40 pour 100 de viande. Les haricots secs ou les lentilles nous fourniraient donc de l’albumine à meilleur marché. .
- Les sels nécessaires à l’organisme se trouvent en
- GRAMMES Or 10 F- 20 r 30 F 40 r
- 36.76 HARENG FUME |
- 29.49 GRUYERE 1
- 28.21 HOLLANDE |
- 25.6 POIS SECS I
- 25. JAMBON FUMÉ |
- 24.2 AMANDES |
- 23.6 HARICOTS SECS |
- 23.5 LENTILLES 1
- 22.08 RAIE
- 21.6 SAUMON |
- 20.96 BŒUF | QUANTITÉS
- 20.2 PORC
- 19.82 VEAU |
- 19.70 POULET | <nM.BUMIN6
- 19.3 MAQUEREAU |
- 18.97 BRIE |
- 17.5 MOUTON | CONTENUES
- 17.0 NOISETTES |
- 14.55 HARENG FRAIS |
- 14.32 FROMAOE^FRAIS | dans 100 gr.
- 12.55 ŒUFS |
- 1 1.50 FARINEJMAiS | de NT
- 10.21 | FARINE FROME
- 7.06 6.11 | PAIN FROMENT | PAIN DE SEIGLE 33
- 3.66 1 LAIT
- 3.49 1.46 Epinards 1 SALADE ALIMENTS
- 1.30 1.23 J POMMES DE TERRE I CAROTTES USUELS
- 0.67 1 CERISES
- 0.36 POMMES
- Fig. 3.
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- L’ALIMENTATION RATIONNELLE ET RATIONNÉE 169
- quantité suffisante dans notre nourriture et nous n’avons pas à nous en préoccuper, sauf du chlorure de sodium que nous ajoutons à la plupart de nos aliments. Les autres matières minérales : iode, soufre, phosphore, potassium, calcium, fer, manganèse, etc., indispensables à l’équilibre de notre organisme, sont absorbés sans que nous leur prêtions attention.
- Les matières organiques forment la très grande part de notre nourriture. Le premier groupe, les hydrates de carbone, comprend les farines et les sucres.
- L’organisme les transforme tous en glucose et les consomme pour le ravail musculaire et la production de chaleur. Lorsqu’on en absorbe en plus grande quantité qu’il est nécessaire, ils se changent en glycogène dans le foie et en graisse qui se dépose en réserve dans nos tissus. Tous nos alie ments contiennent des hydrates de carbone ; le tableau suivant indique en quelles proportions
- (%• *) , ;
- Le deuxième groupe, les
- graisses, comprend le beurre, le lard, l’huile, etc., il n’est guère d’aliment qui n’en contienne, même si nous ne les voyons ni sentons. Leur rôle est double : de même que les hydrates de. carbone peuvent se transformer en graisses, de même les graisses peuvent les suppléer pour produire du travail et de la chaleur; en plus, les graisses se trouvent dans , tous nos tissus, toutes nos cellules; elles sont donc indispensables au maintien de l’équilibre de notre organisme.
- La figure 2 représente les quantités de matières grasses contenues dans divers aliments.
- Le dernier groupe, les albumines, comprend les matières azotées qui constituaient déjà la
- matière vivante des animaux et des végétaux que nous consommons. C’est le maigre de la viande, le blanc d’œuf, la caséine du lait, le gluten du pain, etc. Le tableau 5 indique la
- richesse en albumines des principaux aliments. Si l’on peut sans inconvénients substituer une graisse ou un hydrate de carbone à un autre produit de même nature, il n’en est pas de même des albumines. Certaines, la gélatine par exemple, peuvent bien nous fournir de l’azote, mais elles ne peuvent aucunement suffire à notre besoin d’albumines; d’autres comme la gliadine qu’on trouve dans le blé permettent bien à un adulte de se maintenir en bonne santé, mais ne suffiraient pas à assurer la croissance d’un enfant.
- En ces dernières années on a découvert que les vitamines qui se trouvent uniquement dans les aliments crus sont indispensables, leur suppression amenant des troubles fort graves, d’où la nécessité de ne point se nourrir que de substances cuites. Le plus sage est donc de varier notre alimentation en albumines pour être sûrs d’absorber en quantité suffisante les diverses sortes d’albumines nécessaires.
- Avant de calculer ce que nous devons man-
- CALORIES
- FOURNIES A LORGANISME
- PAR ÎO GRAMMES
- DE 23 ALIMENTS USUELS
- *(Calculées d’après les Coefficients d’Alwaler)
- Fig. 4.
- CALORIES
- D fr. 05 0 fr- 10 O O O r 30
- 0.30 VIANDE DE BOUCHERIE
- 0.30 SALADE
- 0.19 FRUITS FRAIS J
- 0.18 LEGUMES FRAIS r
- 0.16 ŒUFS |
- 0.15 PORC FRAIS |
- 0.14 POISSON 1 PRIX
- O.II BIÈRE ! (Prix de Paris mouen 1903)
- 0.10 CHOUX
- DE
- 0.07 VIN J
- 0.06 JAMBO - 100 CALORIES
- 0.06 FROMAGE
- 0.03 CHOCOLAT
- 0.05 FRUITS SECS Fournies
- 0.04 BEURRE
- 0.04 LAIT PAR
- 0.02 1 LARD SALÉ
- 0.010 _ 1 LÉGUMES SECS 23 ALIMENTS
- 0.018 SAINDOUX
- 0.018 SUCRE
- 0.015 1 PAIN USUELS
- 0.014 1 RIZ
- 0.011 1 POMMES DE TERRE
- Fig. 5.
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- 170 ... L'ALIMENTATION RATIONNELLE ET RATIONNÉE
- gcr, avant de composer nos repas il faut encore nous rappeler que toute la nourriture ingérée n’est pas utilisée et qu’une petite partie est rejetée sans transformation. En général les aliments animaux sont plus facilement assimilables que les végétaux, comme le montrent les chiffres suivants :
- Hydrates
- Utilisation des aliments °/0. de carbone. Graisses. Albumines
- Animaux (viande, œufs, etc.). . 9S 95 97
- Végétaux (légumes, fruits, etc.), 97 90 85
- Régime mixte..................... 97 9b 92
- Essayons maintenant d’établir notre ration alimentaire en nous rappelant bien toutefois que l’appétit est généralement le meilleur des juges et qu’il suffit le plus souvent à nous indiquer ce qu’il faut prendre.
- On peut employer dans ce but divers procédés plus ou moins approximatifs. Par exemple, connaissant le nombre des habitants de Paris et les arrivages des Halles, la statistique nous donnerait la ration moyenne de chaque habitant ; mais comme toutes les statistiques, elle ne- nous fournirait qu’une moyenne et ne nous renseignerait nullement sur mille détails d’importance : l’influence delà taille, du poids, de l’âge, de la quantité et de la nature du travail, etc.
- On pourrait encore déterminer la ration alimentaire par l’observation suivie de quelques individus vivant dans des conditions bien déterminées et se nourrissant comme ils veulent.
- Ou bien on peut, de l’observation d’un groupe bien défini : lycéens, soldats, déduire la nourriture qu’il leur faut.
- M. Armand Gautier, dont l’important ouvrage sur Y Alimentation et les régimes chez l'homme sain ou malade (5e édition, Paris, 1912. Masson et Cie, éditeurs) a fait connaître dans tous leurs détails ces questions de rations alimentaires, a ainsi examiné récemment la nourriture du soldat français pendant cette guerre (Comptes Rendus de l'Académie des Sciences, 1er février 1915).
- Contenant en grammes.
- Celui-ci reçoit Albumines. Graisses. Hydrates de carbone.
- Pain Pain île guerre . . 750 gr. 600 — | 60 9 397
- Viande fraîche . . 500 - )
- Viande sans os . . 400 — 75 20,25 1,4
- Conserves .... Potage condensé . 280 — S 2 7 14,4 21
- Légumes secs. . . 100 — 18,7 1,7 58
- Sucre 51 — — — 50,5
- Lard ou graisse. . 50 — 0,5 20 —
- Cale. 24 — 0,8 — 2,0
- Vin ...... . 0 lit. 25 0,7 55
- Soit. . . 158,2 65,55 525,5
- Cette ration fournit en calories :
- Albumines. ...... 4,1 x 158,2 = 585,5
- Graisses.......... 9,5 x 65,55= 555
- Hydrates de carbones . 4,1 x 525,5 =2.019,4
- 5.189,7 Calories.
- Cette ration suffit à entretenir l’organisme et à fournir l’énergie nécessaire au travail habituel du soldat. En cas d’efforts exceptionnels et pendant les grands froids, elle est augmentée d’une certaine quantité de graisse, sucre, pain, pommes de terre et vin apportant à l’économie le supplément de chaleur et de forces nécessaires.
- Il est aussi une autre méthode plus précise que les physiologistes ont beaucoup employée en ces dernières années et qui fournit seule des renseignements scientifiques précis. Supposez qu’on prenne un individu et qu’on cherche la nature et la quantité des aliments à lui fournir pendant une longue période pour le conserver en équilibre parfait de poids et de santé, de telle façon que les produits ingérés correspondent exactement aux produits excrétés : on pourra ainsi se faire une idée du rôle que doivent jouer nos différents aliments.
- Ils servent, nous le savons, à réparer l’usure de nos organes et à nous fournir l’énergie nécessaire au maintien de notre température et au travail que nous devons effectuer. Selon l’état de notre organisme, le déséquilibre plus ou moins grand avec.la température extérieure, la grandeur des efforts que nous devons accomplir, la ration alimentaire devra varier de composition et de quantité.
- Des expériences nombreuses et méticuleuses ont permis de connaître la puissance d’énergie des différents aliments. Les mesures étant faites généralement au moyen d’un calorimètre, et l’énergie étant dépensée surtout sous forme de chaleur, on a pris l’habitude d’évaluer en calories les dépenses d’énergie de l’organisme et l’énergie fournie par les divers aliments.
- Un homme moyen, au repos absolu* au lit, perd en un jour environ 2000 calories. Travaillant modérément, ce chiffre s’élève à 2400 et pendant un dur labeur à 3500.
- Or, un gramme d’albumine ou d’hydrate de carbone fournit 4 calories, et un gramme de graisse 9 calories. Au point de vue de la production d’énergie, on peut donc aisément savoir ce qu’il faut manger chaque jour pour compenser la dépense d’énergie. On voit que, théoriquement, un gramme de graisse équivaut à un peu plus de deux grammes d’albumine ou d’hydrate de carbone. Mais en réalité on ne saurait s’alimenter d’une seule sorte de substance. Outre que les albumines sont indispensables à la réparation de l’organisme, elles produiraient, consommées exclusivement, des troubles fort graves et très rapides. Il faut donc en revenir aux notions du bon sens et s’assurer une nourriture variée.
- La figure 4 indique la puissance d’énergie d’un certain nombre d’aliments usuels.
- Le tableau suivant montre la composition de di-
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- PROCÉDÉ NOUVEAU D’ÉLECTRO-DIAGNOSTIC: LE CHRONAXIMÈTRE 171
- vers aliments, tels qu’ils sont achetés au marché, et la quantité de calories qu'ils fournissent.
- 100 gr. d’aliments donnent : Déchets. ! Eau. Albumines. Graisses. | Hy.irates 1 de carbone. | Sels. ! Calories utilisables.
- Bœuf frais 15 55 15 15 _ 0,7 200
- Bœuf ,-aIé 6 55 17 19 6 250
- Veau frais 20 56 16 7 0,8 150
- Mouton frais 18 42 15 ü8 — 0,7 312
- Agneau 17 53 16 13 0,9 190
- Porc frais 19 42 13 24 0.8 275
- Lard salé _ 8 2 86 — 4 7.838
- Jambon fumé 15 55 14 33 — 4 560
- Poulet 42 44 13 1,4 — 0,7 67
- Oie 17 58 13 50 — 0,7 525
- Poisson 42 44 10 2 — 1 .58
- Sardines à l’huile . . . 5 5i 24 12 — 5 209
- Harengs fumés 44 19 20 9 — 7,4 166
- Œufs 11 65 13 9 — 0,9 140
- Luit — 87 3 4 5 0,7 68
- Crème — 74 2 18 4 0,5 190
- Beurre — 11 1. 85 — 5 751
- Farine — 11 14 2 72 1 364
- Macaroni, vermicelle. . — 10 13 1 74 1,3 363
- Itiz — 12 8 0,3 79 0,4 357
- Pain. — 35 9 1,3 53 1,' 264
- Sucre — — — — 98 —. 578
- Légumes secs — 10 23 1 60 5 340
- Choux 15 78 1 0,2 5 0,9 25
- Pommes de terre . . . 20 65 2 0,4 15 0,8 65
- Harhots verts 7 85 2 0,3 7 0,7 37
- Fruits frais 25 60 1 1 10 0,4 55
- Comme on le voit, le prix des calories ainsi produites varie dans des proportions considérables n général, les aliments les plus riches en hydrates de carbone et en graisses sont les plus économiques ; à poids égal ils fournissent plus d’énergie et coûtent moins cher.
- La figure 5, établie d’après les prix d’avant la guerre, permet de se faire une idée de ces différences de coût.
- 11 sera aisé à chacun d’établir, d’après l’ensemble de ces données, la valeur énergétique de ce qu’il consomme et de chercher à remplacer les aliments les plus chers par d’autres équivalents comme puissance.
- En ce moment où aucune économie n’est négligeable, où l’augmentation du prix de la vie nous oblige, pour la plupart, à régler strictement les dépenses d’alimentation, il est utile de savoir choisir la nourriture la moins dispendieuse, celle qui, à égalité de poids, a la plus grande valeur nutritive.
- C’est la seule manière, de nous nourrir bien en dépensant peu, « de faire bonne chère avec peu d’argent >). René Merle.
- PROCÉDÉ NOUVEAU D’ÉLECTRO-DIAGNOSTIC : LE CHRONAXIMÈTRE
- L’étude des troubles qui résultent de maladies ou de blessures intéressant les nerfs moteurs s’appuie, en première ligne, sur Y électro-diagnostic, c’est-à-dire sur l’examen des réactions du nerf malade, et des muscles qu’il innerve, aux excitations électriques. Par rapport à celles des nerfs et des muscles normaux, ces réactions sont modifiées de la façon suivante :
- 1° La contraction musculaire provoquée par une excitation est plus lente que celle d’un muscle normal.
- 2° Le muscle devient peu excitable par les ondes produites par la bobine d’induction ou par les décharges de condensateurs (excitation faradique), tandis que son excitabilité vis-à-vis des courants de pile (excitation galvanique) n’est généralement pas modifiée.
- o° L’excitation électrique s’effectuant par deux électrodes dissemblables, l’une de petite surface posée au niveau du point où le nerf pénètre dans le muscle (point moteur du muscle), l’autre couvrant une large surface d’une région quelconque du corps, on constate que, normalement, cette excitation est plus efficace quand l’électrode située au niveau du muscle est négative que quand elle
- Fig. /. — Plan et coupe schématiques du chronaximèlre.
- est positive; au contraire, quand le nerf est, lésé, c’est l’électrode positive qui semble prendre la prépondérance (inversion de la loi polaire).
- Ces signes, dont l’ensemble constitue la réaction de dégénérescence, apparaissent d’une façon indiscutable quand le nerf est assez profondément touché. Il n’en est plus de même lorsqu’il s’agit de lésions très minimes : apprécier si la contraction musculaire est légèrement ralentie, si l’électrode positive semble agir d’une façon un peu. plus efficace que normalement, si l’excitabilité vis-à-vis des chocs d’induction ou des décharges de condensateurs est un peu diminuée, constitue alors une investigation délicate reposant entièrement sur l’habileté et le sens clinique de l’opérateur, et n’étant pas indépendante, d’ailleurs, de l’instrumentation qu’il emploie.
- On comprend donc quel intérêt s’attache à la découverte d’un signe parfaitement objectif, indépendant de l’opérateur et de l’installation électrique; c’est ce que M. le professeur Lapicque, du Muséum d’flis-toire naturelle, est parvenu à réaliser. Pour bien saisir l’utilisation de son procédé, il faut rappeler brièvement les données physiologiques lui servant de point de départ.
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- 172 PROCÉDÉ NOUVEAU D’ÉLECTRO-DIAGNOSTIC : LE CHRONAX]MÈTRE
- De même que les muscles des différents animaux présentent des rapidités de contraction variables, l’expérience a montré qu’ils se comportent diversement vis-à-vis des excitations électriques agissant sur eux soit directement, soit par l’intermédiaire de leurs nerfs. Si l’on fait parvenir à un muscle des passages de courant de pile de durée variable, mais toujours supérieure à une cerLaine valeur qui va être précisée, on constate que l’intensité du courant juste suffisante pour provoquer une contraction est la même pour les diverses excitations employées; en d’autres termes, la durée de passage du courant ne semble être d’aucuneimportance. Pourtant, si l’on emploie des excitations de plus en plus brèves, on s’aperçoit qu’en dessous d’une certaine durée, il faut, pour obtenir une contraction, augmenter l’intensité, et l’augmenter de plus en plus à mesure que les excitations deviennent plus courtes; autrement dit, l’intensité juste nécessaire pour produire une secousse musculaire reste d’abord constante quand la durée de l’excitation décroît, puis, à partir d’une certaine durée limite, appelée temps utile de l’excitation, elle croît d’autant plus que le temps de passage du courant diminue davantage. Le temps utile a toujours la même valeur pour une espèce donnée de muscle : sa considération est souvent remplacée par celle d’un autre paramètre, dont la définition, un peu plus complexe que la précédente, peut être résumée comme suit.
- Si l’on étudie de près la relation qui existe entre la durée t des excitations et l’intensité i juste suffisante pour obtenir une contraction,: ôn trouve qu’elle est exprimée d’une manière assez exacte, par la formule :
- dans laquelle (3 et x désignent des constantes. Comme on le voit, (3 est la valeur limite de l’intensité quand la durée devient infiniment grande. En réalité, ainsi qu’il a été dit plus haut, cette valeur limite est atteinte dès que la durée est supérieure au temps utile : la formule n’est donc qu’approchée. Quant à la constante r, sa signification est la suivante : si l’on fait l’excitation à l’aide d’un courant d’intensité double de l’intensité limite (3, la durée nécessaire pour obtenir une réponse du muscle, donnée par l’équation :
- Fig. 2. — Le chronaximèlrc du Professeur Lapicque.
- *=e(r
- + 1
- a précisément pour valeur r. A cette constante qui représente un temps, Lapicque a attribué le nom de chronaxie. Pour une espèce donnée de muscle, la chronaxie a une valeur invariable, envi-
- ron dix fois plus petite que celle du temps utile.
- Les deux caractéristiques précédentes (chronaxie et temps utile) sont parfaitement indépendantes des conditions de l’expérience et constituent donc une donnée objective et numérique relative à l’excitabilité. De plus, l’expérience a montré qu’elles sont en rapport avec la rapidité de la contraction musculaire. En classant les différents muscles des divers animaux d’après la valeur de leur temps utile (ou de leur chronaxie), on constate qu’ils sont classés, en même temps, selon leur rapidité de contraction;
- les muscles sont d’autant plus rapides que leur temps utile est plus petit. Par exemple, les muscles rapides de la patte postérieure de la grenouille ont un temps! utile de 5 millièmes de seconde, tandis que les muscles lents du pied de l’escargot en ont un de l’ordre du dixième de seconde. Ces résultats physiologiques sont d’une application immédiate pour l’électrodiagnoslic. Le temps utile et la chronaxie augmentent au cours de la dégénérescence, au fur et à mesure que les contractions musculaires deviennent plus lentes; leur détermination précise, par des chiffres indépendants de l’installation instrumentale et de l’opérateur, l’état de la dégénérescence à chaque instant, et permet d’en suivre pas à pas l’évolution, comme la température permet de suivre celle d’une fièvre. Il suffisait, pour rendre pratique la méthode, de réaliser un appareil peu encombrant, de construction simple, et facile à manier. Le chronaximètre du professeur Lapicque remplit ces conditions. Comme le montrent les figures 1 et 2, il se compose d’un plateau horizontal, circulaire, portant à sa périphérie une graduation au zéro de laquelle est fixé un contact électrique A. Un autre contact B porté par l’extrémité d’un bras mobile, peut être fixé au moyen de la vis b en un point quelconque de la graduation. Le plateau est traversé en son centre par un axe vertical dont la tête est solidaire d’une baguette horizontale d’acier D ; cet axe, au-dessous du plateau, porte une poulie E en forme de limaçon, sur laquelle s’enroule un fil passant sur une poulie de renvoi et supportant un poids P. Quand on abandonne le poids P a l’action de la pesanteur, par suite du mouvement accéléré qu’il prend et grâce à la forme de la poulie, la baguette D se met à tourner d’un mouvement suffisamment accéléré pour que, au bout d’une fraction de tour, son extrémité décrive, en un millième de seconde, une longueur d’arc de cercle de l’ordre du centimètre. Dans son déplacement, cette baguette rencontre successivement les contacts B et A et heurte dans chacun
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- PROCÉDÉ NOUVEAU D ÉLECTRO-DIAGNOSTIC : LE CHRONAX]MÈTRE 173
- d’eux une came dont le mouvement de bascule ferme un contact en B, en ouvre un autre en À. Le circuit électrique comprend ces deux contacts À et B ; il en résulte que la durée de passage du courant est égale au temps employé par la baguette pour parcourir l’espace B A; pour une plus parfaite compréhension de ce mécanisme, nous prions le lecteur de se reporter à un article antérieur, traitant de la mesure des temps courts en électro-physiologie (*). La durée en question est immédiatement donnée par le numéro du trait de la graduation en face duquel se trouve le contact B. En éloignant ou en rapprochant ce dernier de A, on la fait varier à volonté,
- utile est de l’ordre du dixième de seconde, il importe de remarquer que, pour les plus légères altérations nerveuses perceptibles par les procédés habituels, il a déjà une valeur dix fois plus grande que la normale. Aussi sa détermination peut-elle servir à dépister de légers troubles pour lesquels n’apparaissent pas les signes classiques de la réaction de dégénérescence. En particulier, l’application de ce procédé a montré que, lorsqu’un muscle dégénère à la suite de la section de son nerf, les muscles voisins dont les nerfs ont été respectés, présentent néanmoins une très faible dégénérescence, traduite par une petite augmentation du
- Fig. 3. —La table de chronaximètrie du Grand Palais.
- en sorte qu’il est facile par une série d’excitations de durées régulièrement croissantes ou décroissantes de déterminer le temps utile du muscle considéré.
- Pour les muscles de l’homme normal, le temps utile est d’environ trois millièmes de seconde. Il augmente au cours de la dégénérescence et peut devenir cent fois plus grand. Ce fait, joint à celui que le muscle perd sa rapidité de contraction, montre que les tissus dégénérés sont devenus des tissus lents : toutes proportions gardées, les muscles dégénérés sont aux memes organes sains ce que les muscles de l’Escargot sont à ceux de la Grenouille.
- Si, dans les dégénérescences accusées, le temps
- 1. La Nature, 41e année, n° 2105, p. 290.
- temps utile. En outre, cette technique nouvelle, complétant l’observation clinique par. une donnée objective et numérique, permet de suivre pas à pas l'évolution de la dégénérescence. Grâce à elle, il est possible de déterminer très rapidement, en observant les variations du temps utile pendant quelques jours seulement, si les effets d’une lésion s’aggravent ou s’amendent, ce qui conslilue un renseignement précieux dans les cas où est discutée l’opportunité d’une intervention chirurgicale. Conçue à une époque où les lésions des nerfs sont devenues, du fait de la guerre, une des préoccupations dominantes des médecins électrolhérapeutes, le chi'onaximètre du professeur Lapicque semble appelé à rendre les plus grands services.
- H. C.
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- COMMENT LES ALLEMANDS FABRIQUENT LEUR HYDROGÈNE
- La Nature ayant publié un article sur les procédés de fabrication de l’hydrogène en France pendant la guerre, j’ai pensé que ses lecteurs auraient satisfaction à connaître le procédé adopté par les Allemands.
- Ce procédé est d’ailleurs assez inattendu pour retenir notre attention. Il est basé sur la décomposition de l’eau par le fer porté au rouge, vieille réaction, que beaucoup d’élèves et même de maîtres seront stupéfaits de voir élevée au premier rang, parmi les réactions industrielles.
- Avant la guerre, le procédé Messerschmitt était pour ainsi dire inconnu. Cependant quelques installations fonctionnaient en Allemagne, mais depuis trop peu de temps pour qu’on pût en admettre la supériorité affirmée par l’auteur j1).
- Dans un article de Melallurgical and Chemical Engineering du 15 octobre 1916, Harry Barnitz, se basant sur une information reçue d’Allemagne et émanant du Dr Anton Messerschmitt lui-même, fait connaître les détails de la fabrication.
- Les autorités militaires allemandes ont adopté le procédé Messerschmitt à l’exclusion de tous ceux connus ou proposés jusqu’à ce jour. D’autre part, une installation fonctionne en Amérique par le même procédé, l’hydrogène étant utilisé pour l’hydrogénation des huiles.
- Le principe est très simple et bien connu :
- Un courant de vapeur d’eau passe sur du fer chauffé au rouge. L’eau est décomposée en ses éléments et fournit d’une part de l’hydrogène, d’autre part de l’oxygène qui se combine au fer à l’état d’oxyde de fer.
- L’oxyde est alors régénéré par réduction au moyen d’un courant de gaz réducteurs. Le fer est donc alternativement oxydé, puis réduit.
- La réduction est opérée par du gaz à l’eau qui contient presque uniquement de l’oxyde de carbone et de l’hydrogène. Ce gaz s’obtient à très bas prix, en faisant passer un jet de vapeur d’eau sur du coke surchauffé.
- O -f-H2 0 = CO H- H2
- En résumé, les réactions qui se produisent alternativement sont :
- Fe H-H20 = FeO -t-H2 2 Fe 0 + CO H-H2 = 2 Fe 4-CO2-4-H2 0 elles ne nécessitent pas d’autres matières que du coke, de l’eau et du fer (théoriquement non consommé), matières qui se trouvent à bon marché et n’importe où.
- Le procédé Messerschmitt n’est pas le premier en date, mais il a su vaincre les difficultés tech-
- 1, Dans une conférence faite au YIIIe Congrès international de chimie à New-York, M. A. Bernthsen, directeur scientifique de la Badische Anilin, signalait ce procédé et admettait qu’il pouvait fournir de l'hydrogène à peu près au même prix que l’électrolytique ou que celui obtenu à partir du gaz à l’eau par liquéfaction de l’oxyde de carbone.
- niques. Il faut, en effet, que la « masse de contact » (c’est-à-dire le fer) soit portée à une température optima déterminée (700 à 800°), difficile à réaliser et à maintenir uniforme dans toute la masse sans surchauffer le métal, ce qui peut souder les parcelles les unes aux autres et détruire l’état de division indispensable pour une réaction intense.
- L’appareil Messerschmitt (2) est disposé de façon que le chauffage, la réduction et la génération de gaz s’effectuent dans le même four.
- En principe, un générateur est constitué par deux cylindres verticaux, coaxiaux, en fer entre lesquels est disposée la masse de contact. A l’intérieur du cylindre central se trouve un massif de briques réfractaires permettant la circulation des gaz. Le cylindre extérieur est lui-même enveloppé de briques réfractaires.
- On procède d’abord au chauffage du générateur, ce qui ne demande que quelques heures, la réduction du fer s’effectue en même temps. Dans ce but, on insuffle dans la chambre centrale en briques, un mélange de gaz réducteurs et d’air, ce dernier étant en quantité insuffisante pour la combustion complète.
- Ce mélange brûle et échauffe les briques, puis les gaz non brûlés passent sur la masse de contact, et la réduisent pour se dégager ensuite, entre le ) cylindre de fer et la paroi de briques qui l’enveloppe. De l’air est alors introduit, de façon à achever la combustion avant l’élimination par la cheminée.
- Quand le générateur est convenablement chauffé on injecte de la vapeur dans la chambre centrale, les briques la surchauffent à la température convenable, puis élle passe sur le fer incandescent et réagit avec dégagement d’hydrogène. Pendant cette' période, les briques intérieures et même extérieures transmettent de la chaleur à la masse dê contact et permettent à cette phase de la réaction de se pro onger pendant 15 minutes. On chauffe et réduit alors comme au début, mais cette période ne demande pour s’accomplir qu’une vingtaine de minutes.
- La surveillance des appareils est facile, leur capacité de génération peut varier de 100 à 600 m3 par heure.
- A sa sortie de l’appareil, l’hydrogène barbote dans un laveur à eau, pour se débarrasser des poussières, et dans un purificateur à oxyde de fer et chaux pour éliminer les traces de combinaisons sulEurées ou de gaz carbonique.
- L’hydrogène produit est à 99,2 pour 100, c’est-à-, dire presque pur. Il contient seulement des traces d’âzote.
- Barnitz indique que le prix de revient dans une installation américaine serait de 6 à 7 centimes le mètre cube. Abel Caille.
- Agrégé des Sciences.
- 2. Protégé par 6 ou 7 brevets allemands de 1914-1915.
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- UN TOUR DE FORCE INDUSTRIEL AUX ÉTATS-UNIS
- Une grande usine incendiée et reconstruite en 7 semaines.
- Faisant suite à l’article que nous avons consacré le 25 décembre 1916 aux Compagnies d’assurances ' préventives contre les incendies, nous donnons aujourd’hui un spécimen de la rapidité avec laquelle une usine peut être reconstruite après un sinistre qui l’avait anéantie.
- Le 28 février 1916, la fabrique de matériel électrique P était totalement détruite par un incendie : la figure 1 en montre les ruines. Le 2 mars, les propriétaires signaient un contrat avec un entrepreneur pour la reconstruction en acier et béton de leur établissement mesurant 26 mètres de largeur sur 160 mètres de longueur. L’entrepreneur s’engageait à ce qu’il fût achevé le 15 avril, sous peine d’indemnités.
- Le magasin d’approvisionnements et de pièces fabriquées de l’usine ayant été épargnés par le feu, la plus grande partie des marchandises y étaient intactes et pouvaient devenir disponibles aussitôt après l’évaluation des dégâts, c’est-à-dire le 10 mars.
- Constatons en passant la célérité des Compagnies d’assurances qui ont éva-, lué et réglé un sinistre aussi considérable en 10 jours !
- La maison dès lors écrit à ses clients de lui télégraphier quelles parties de leurs commandes passées antérieurement à l’incendie leur sont le plus urgentes, afin qu’elle puisse les expédier à l’aide du stock resté intact en magasin; de plus, elle leur demande de passer éventuellement toutes commandes nouvelles afin de pouvoir les exécuter aussitôt la reprise de l’exploitation.
- Après une semaîne. — Les exploitants répondent aux journaux qui avaient signalé l’incendie comme dû à la malveillance, que jamais ils n’ont fabriqué de matériel de guerre. Ils déclarent qu’ils ont commandé par téléphone du matériel nouveau, lequel leur a été expédié en grande vitesse et fonctionne provisoirement nuit et jour dans le magasin, afin de réparer ce qui peut être restauré de l’ancien. Pendant ce temps, on a déblayé les décombres de l’incendie; déjà 20 pour 100 des assises du nouveau bâtiment sont fondées. Les pièces d’acier de la charpente font route. Les stocks de marchandises épargnées ont été transportés sous une vaste tente de cirque, qui sert
- à la fois de magasin et de hall d’expédition.
- Après deux semâmes. — Un tiers de la charpente est en l’air sur l’emplacement de l’ancienne, et la construction avance avec rapidité sous les efforts de 350 hommes travaillant jour et nuit. Une partie du bâtiment pourra être occupée le 1er avril. L’atelier provisoire d’outillage fonctionne jour et nuit avec l’énergie électrique de la Duquesne Light C°. Simultanément on livre à la clientèle de nombreuses commandes grâce au stock.
- Après trois semaines. — Quatre-vingts pour cent des charpentes d’acier, un tiers de la couverture en ciment et tuiles et la moitié des murs en briques et poutres d’acier sont terminés et on
- pousse la pose des planchers avec une telle rapidité que les exploitants pourront occuper la moitié de l’Usine dès le premier avril. Pendant ce temps ils continuent à expédier à leurs acheteurs la plupart des types d’objets décrits dans leur catalogue illustré.
- Après quatre semaines. — Les magasins du nouveau bâtiment de 26 m. sur 160 sont achevés et mis à la disposition des industriels. Soixante menuisiers sont occupés à poser les planchers. On y installe le stock de marchandises sauvées de l’incendie. La salle des machines se termine : on pourra reprendre la fabrication dans 10 jours.
- Après cinq semaines. — Les machines sont placées; on est en train d’en terminer le montage. On continue les expéditions. Dans la salle des presses, on pose les planchers en bois d’érable. Cinq arbres moteurs sont en montage et l’un d’entre eux qui actionne 5 machines-outils est en fonctionnement. Quand tout sera achevé, la puissance de production de l’usine sera le double de ce qu’elle était avant le sinistre.
- Après six semaines. — On commence déjà à charger des marchandises fabriquées dans l’usine reconstruite. Les neuf dixièmes du grand hall sont terminés. L’atelier de mécanique, ainsi que la voie des grues sont en achèvement. Le travail de fabrication est déjà aussi important qu’avant l'incendie.
- Après sept semaines. — 29 avril. — Tout est terminé, malgré qu’il y ait eu, pendant la reconstruction, quatre tempêtes de vent, et deux orages
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- avant que la couverture ne fût placée, et malgré l’encombrement actuel des chemins de fer. Ainsi, l’achèvement a été complet avant l’époque garantie. Il avait fallu établir la lumière et l’énergie électriques pour le travail de nuit, ce qui avait été fait en 10 jours. Toutes les installations électriques intérieures ne demandèrent pas plus d’une semaine. Le matériel avait été entièrement amené par grande vitesse et le personnel ouvrier avait montré un zèle et une activité à toute épreuve.
- La puissance de production de l’usine s’est trouvée portée, dès le mois qui a suivi la restauration, au double de ce qu’elle était auparavant.
- Les propriétaires adressent leurs chaleureux remerciments tant à leurs fournisseurs qu’à leur personnel et à leurs clients, qui ont bien voulu consentir à leur maintenir leurs ordres antérieurs et en passer de
- d’anthracite de la Lehig Yalley, en Pennsylvanie, un incendie se déclarait et le détruisait complètement. C’était un de ces Breckers en bois qui, successivement, font place à des constructions en acier.
- Le projet de reconstruction demandait 740 tonnes d’acier, 25 mille rivets, 8500 boulons, etc., et beaucoup de fonte.
- Le premier poteau d’acier fut mis en place .le 28 février et le premier rivet a été écrasé le 14 mars; l’ensemble fut achevé et accepté le 11 mai, c’est-à-dire 91 jours après la signature du contrat et 8 jours avant l’expiration des délais impartis. Aussitôt après, les charpentiers en fer se sont mis aux travaux de couverture et de clôture métallique, et, le 1er août, les monteurs avaient achevé l’installation du matériel, et le nouveau brecker était mis en marche exactement six mois et demi après la destruction du vieux brecker en bois.
- Fig. 3. — Aspect de l'usine terminée au bout de 7 semaines.
- nouveaux pendant la période de reconstruction.
- Ainsi, de même que Dieu créa le monde en six jours, les Américains reconstruisent une usine en six semaines, et, de plus, ils ne se reposent pas la septième !
- Voici un autre exemple d’extraordinaire rapidité d’exécution.
- Dans un des énormes Breckers (triage et laverie)
- Les industriels américains estiment qu'un incendie est aussi fâcheux par la perte de temps que par la perte de matériel.
- Que d’exemples nous pourrions prendre chez eux, tant pour l’organisation des précautions préventives d’incendie que pour cette célérité de réparation des établissements sinistrés!
- Victor Cambox.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- LA NATURE.
- N° 2269.
- 24 MARS 1917
- LE PORTUGAL ÉCONOMIQUE
- L’un des derniers venus parmi les collaborateurs de l’Entente, le Portugal est peu connu et mal apprécié du public français, surtout sur le terrain économique. La chanson nous a présenté un Portugais léger et éternellement gai, et la légende nous a imposé cette optique singulièrement fausse. Les Lusitaniens valent, en vérité, beaucoup mieux que cette réputation.
- Les difficultés financières qui ont poursuivi le royaume portugais pendant vingt-cinq ans ont fait
- 5151 565 femmes, et seulement 2 828 691 hommes. Cette disproportion entre la population masculine et féminine n’est pas l’un des traits les moins caractéristiques de la situation démographique du Portugal. L’accroissement a été régulièrement de 400000 à 500000 individus par décade depuis 1878 (4 698 984 habitants).
- L’augmentation moyenne annuelle (0,85 par 100 habitants) est très supérieure à celle des autres pays Latins, mais beaucoup moindre que dans les
- Fig. i. — Vue générale de Porto.
- croire que le Portugal était un pays très pauvre, et sans ressources naturelles. Cette conception a incontestablement nui à son développement industriel, et retardé l’évolution de cette contrée neuve, dont les richesses sont encore en grande partie latentes. Le Portugal prélude aujourd’hui à sa transformation. Ceux qui ont parcouru, il y a vingt ans, les plus prospères de ses cités ne les reconnaîtraient plus à l’heure actuelle. A côté de l’Espagne, qui s’éveille péniblement d’un sommeil de plusieurs siècles, la jeune République, secouant résolument sa torpeur, est courageusement venue apporter son concours aux Alliés.
- D’après le recensement de 1911, le Portugal comptait (y compris les Açores et Madère) 1 411 527 foyers et 5 960 056 habitants, dont
- petits pays à vie industrielle ou agricole intensive (Hollande, Belgique, Danemark).
- L’élément étranger n’a contribué d’aucune façon à la progression. L’immigration est presque invariable aux environs de 41000 personnes. Le Portugal demeure donc bien aux Portugais.
- L’accroissement de la population a d’autre part été réduit par l’émigration à 584 860 âmes de janvier 1901 à décembre 1911. Durant cette période décennale, l’excédent des naissances sur les décès a atteint 749 575 individus; le nombre des célibataires est singulièrement élevé : 1 766 754 hommes et 1 855 567 femmes en 1911, soit plus de la moitié de la population totale. Il s’ensuit que l’accroissement de la richesse générale devra pro-
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- voquer rapidement une nouvelle augmentation de la population en facilitant la création de nouveaux foyers.
- La densité de cette population, 56,5 pour le continent, est déjà largement supérieure à celle de l’Europe (40 habitants par kilomètre carré).
- Gomme en tous pays, l’accroissement a été beaucoup plus important dans les villes que dans les campagnes, mais au Portugal ceci ne s’explique pas par l’extension de l’activité industrielle. Alors qu’en 1864. la population des villes principales atteignait 458 898 âmes, celle des chefs-lieux de districts ,626 562, et celle des paroisses rurales 2 775 451, en 1911 elle s’élevait respectivement à 929514, 1 847 855 et 2 770 559 habitants.
- La population des campagnes a même diminué et cela a tenu, semble-t-il, à l’insuffisance des salaires consentis aux ouvriers ruraux, à une organisation administrative défectueuse, et à des considérations d’ordre politique. Cependant, la population rurale représentait encore les deux tiers de la population totale du Portugal avant la guerre.
- L’agriculture lusitanienne dans le sud du pays est pratiquée en vastes domaines, favorisés par un régime spécial; dans l’Estrémadure et la Beira Baïxa certaines propriétés couvrent plus de 5 000 hectares, alors que dans le Nord du Portugal le morcellement est infini. Bans le Minho, par exemple, plus de 20000 propriétés ne sont pas inscrites au rôle des contributions parce qu’elles ne rapportent pas 100 reis annuellement.
- En outre, le régime successoral, aggravé par la loi du 18 mai 1880, a provoqué la dispersion des propriétés. Le Portugal est ainsi couvert d’une poussière de biens, fonciers, d’une multiplicité d’enclaves et de parcelles. Aussi l’aire moyenne des domaines ne dépasse-t-elle pas 19 hect. 59 dans le district d’Evora, le plus favorisé, et s’abaisse-t-elle à 0,29 dans celui de' Viannado Castello, le plus morcelé.
- La plus grande propriété d’un seul tenant, celle de Monte-R^al, près de Vendas Novas, mesure 9900 hectares.
- Ce régime agraire suranné a contribué, avec des procédés de culture un peu archaïques, à maintenir l’agriculture portugaise en marge du progrès; selon M. Angel Marvaud, historiographe averti de l’Ibérie, « le petit propriétaire est vite réduit à la condition de travailleur indigent ». De là l’exode vers les villes, et l’émigration des travailleurs ruraux. Les terres de culture du Portugal semblent pouvoir être réparties en quatre zones principales, d’après M. Antonio Arrovos (Notes sur le Portugal, fort intéressantes, publiées à l’occasion de l’Exposition de Rio de Janeiro).
- La première zone, au Nord, se compose de terrains anciens, accidentés, et soumis à des températures essentiellement variables.
- Elle comprend les provinces du Minho, de Tras os Montes, de Beïra, et partie de celle du Douro.
- Dans les plaines, on cultive le maïs et le seigle; sur les hauteurs croissent le pin, le chêne, l’amandier et le châtaignier.
- La seconde zone, constituée par des sols secondaires et tertiaires, peu tourmentés, jouissant d’un climat tempéré, englobe l'Estrémadure et partie du Douro. Au point de vue agricole, elle est la mieux-exploitée du pays.
- Au Sud, l’Estrémadure méridionale et l’Alemtejo forment une zone, presque désolée, de terrains anciens, ou ne poussaient guère que des oliviers, des chênes-lièges, des chênes verts, et où le blé a été largement répandu.
- Enfin l’Algarve, à l’extrême Sud, participe du climat méditerranéen. Son sol, riche mais desservi par une population décimée, nourrit les arbres du midi : figuiers, caroubiers, amandiers et palmiers.
- Sur 8 910 648 hectares, 5 068454 hectares seraient cultivables, plus de 2 millions d’hectares sont constitués par des landes arides.
- La circonscription de Porto, la plus réduite, est particulièrement propice cà la culture. Puis viennent les provinces de Santarem, Béja, Lisbonne et Portalègre, Guarda et Evora, Coirnbra et Viseu.
- La culture des céréales et l’horticulture occuperaient, d’après les statistiques officielles, 2 558 571 hectares, la vigne 513164, l’olivier 329 155, le figuier, l’amandier, le caroubier 151 221 ; on compterait, en outre, 1956 500 hectares de forêts, dont 463 646 pour les chênes, 566 005 pour le chêne-liège, 83 987 pour le châtaignier, 450 189 pour le pin, 612 675 pour les essences diverses.
- La viticulture occupe le premier rang, car le sol et le climat se prêtent particulièrement à l’extension des vignobles : vins blancs (Bucellas), rouges (Collares) et vins de liqueurs (Porto).
- La production moyenne du pays approche de 7 à 8 000 000 d’hectolitres, dont 1 million d’hectolitres pour la distillation et 500 000 de vins de choix.
- La consommation nationale n’absorbant que 4100 000 hectolitres, le Portugal doit exporter l’excédent de sa production. Mais les achats de l’étranger ne couvrent pas, en temps normal, cet excédent. Il en est. résulté une crise grave dans la viticulture, que le gouvernement a essayé d’enrayer en prohibant les plantations à une altitude inférieure à 50 m., et en cherchant des débouchés à ses vins.
- La culture des céréales, médiocrement favorisée par le climat, ne fournit pas à la population lusitanienne le blé, le seigle et l’avoine dont elle a besoin naturellement, et celle-ci doit importer 40 pour 100 de sa consommation de céréales.
- Le blé occupe à lui seul 450 000 hectares au centre et au sud. Le maïs et le seigle sont l’apanage des terres du Nord, le seigle croit dans la montagne, aux sols maigres, et le maïs dans les plaines littorales du Minho.
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- La production de bié moyenne ne dépasse guère 4 millions d'hectolitres. Celle du maïs oscille entre 1500 000 et 5 millions d’hectolitres. L’avoine, l’orge, le seigle sont insuffisamment cultivés. Quant au riz, il ne fournit guère plus de 6500 tonnes par an.
- La culture fruitière et maraîchère, qui pourrait progresser considérablement, n’est pratiquée que sur une échelle restreinte.
- La culture de l’olivier, tout au contraire, s’est sensiblement développée depuis 50 ans :
- 150 000 hectares en 1868, 550000 hectares actuellement (Béja, San-tarem, Evora, Portalè-gre, Caslellp/Branco,
- Leiria et Bragance).
- On considère, que 500 000 hectolitres d’huile sortent annuellement des moulins à huile du Portugal.
- Mais, à ce développement des oliveraies a correspondu une réduction des bois jusqu’au jour où le gouvernement, inquiet des progrès de la déforestation, assura par la loi du 24 décembre 1901 l’exploitation rationnelle et la conservation des bois, et le reboisement des landes ou des terrains à consolider.
- Ainsi, l’État a planté plusieurs milliers d’hectares de bois, et il a encouragé les initiatives privées, qui ont reboisé jusqu'à «5000 hectares par an. L’amélioration des facilités de transport, et l’accroissement des exportations sur l’Angleterre ont aidé à cette heureuse politique. L’élevage occupe une place importante. Les statistiques de 1906 évaluaient à 5 786 610 têtes le troupeau portugais, dont 2 977 454 moutons, 624568 bœufs, 971 085 porcs et 956 865 chèvres. Le cheptel ovin est assez fourni. Le mouton vit, en effet, facilement dans les régions centrales surtout du pays, presque incultes.
- Les plaines littorales entre le Mondego et le Minho se prêtent aussi à l’acclimatation du bétail.
- Le.trafic de celui-ci a été activé par le traité de 1895 qui a rendu l’accès du marché espagnol libre aux bestiaux portugais.
- Au cours de ces vingt dernières années, d’importantes beurreries se sont créées; leur production dépasse 700 000 kg, et la fromagerie livre plus de 5 millions et demi de kilogrammes.
- Pour les lièges,le Por tugal produit, en concurrence avec l’Algérie, 750000 quintaux de liège, soit la moitié de laproduclion mondiale.
- L’agriculture portugaise pourrait se développer malgré le climat trop chaud ici, ailleurs trop pluvieux ou trop sec, parfois insalubre, mais susceptible d’être améliore par l’établissement de zones irriguées, et par un reboisement étendu. Mais il faudrait moderniser les méthodes et le matériel de culture, répandre le crédit agricole, et surtout renoncer à des législations restrictives (lois des céréales de 1889 et 1899 ; tarif douanier de 1892, loi des successions) qui ont paralysé les initiatives, au lieu de les susciter.
- L’avenir du sous-sol portugais est beaucoup plus certain que celui de son sol, car il renferme le prolongement des gites minéraux de l’Ibérie septentrionale et centrale.
- En 1801, le Portugal ne comptait que trois mines en exploitation, la législation imposant une lourde charge aux concessionnaires privés et réservant de fait l’extraction à l’État.
- Une loi plus libérale, votée en 1852, donna une nouvelle impulsion à l’industrie extractive portugaise. En 1908, on enregistrait déjà 506 concessions, couvrant une superficie de 28 450 hectares. En 1912, 546 concessions s’étendaient sur
- 51 462 hectares.
- Bien qu’un petit nombre seulement de ces concessions fussent exploitées, à la suite de tentatives
- Fig. 2. Les climats du Portugal. — 1. Régions de terrains anciens : climat très variable, pins et chênes dans les terres basses, châtaigniers et amandiers sur les hauteurs, maïs en plaine. — 2. Climat tempéré. — 3. Régions des terrains anciens ; oliviers, chênes-lièges, blé. — 4. Climat tropical : oliviers, figuiers, palmiers.
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- malheureuses qui éloignèrent les capitalistes des gîtes lusitaniens, 8231 ouvriers étaient employés à la mise en valeur du sous-sol portugais.
- Celui-ci ne paraît malheureusement pas renfermer de sérieuses réserves de combustibles. Le géologue Carlos Ribeiro évalue à 1 200 000 m5 le tonnage probable des gîtes de Valverde et de Cabeca do Veado, età 540 000 t. le tonnage exploitable de ces mines, qu’on pourrait avantageusement réunir au Tage par un chemin de 1er de 15 km et un canal de 18 km de longueur.
- Dans le district de Leiria, de Fonte do Oleiro aux Filippes, des affleurements décéléraient l’existence de 25 millions de mètres cubes de houille.
- Enfin, à 7 km de Figueira da Foz, les mines de Cabo Mon-dego fournissent un combustible de choix, tandis qu’à 10 km au nord de Porto un magnifique gisement s’étendrait de San Pedro de Pardigo à San Lourenço d’As-mes. Une Société anglaise en a assumé l’exploitation.
- Cependant, l’extraction de charbon n’a pas dépassé 15366 t. en 1912.
- Les formations cuprifères de la région d’Huelva se poursuivent au delà de la frontière portugaise, jusque dans l’Alem-tejo, où elles mesurent 132 km de long et 20 de large. L’exploitation des dépôts de cuivre, d’ailleurs, constitue la branche la plus importante de l’industrie minière portugaise.
- Le cuivre s’y rencontre sous forme de minerai, de ciment ou de pyrites. Il est exploité sous forme de minerai aux mines d’Algarve, de Cova Uedonda (district de Beja) et de Barrancos, et dans quelques petites formations des circonscriptions de Castello Branco, Aveiro, Guarda, Villa Real et Bragance.
- Les pyrites et précipités cuprifères s’extraient à Sao Domingos, dans l’Alemtejo, où une Société anglaise a aménagé les plus puissantes installations minières du Portugal, à Aljustrel, à Lousal et dans la Serra de Caveira (district de Grandola).
- La production totale de cuivre, en 1912, a atteint 354 426 t., la mine de Sao Domingos ayant
- fourni à elle seule un excédent de 31000 tonnes.
- Le plomb se trouve aux environs de Porto. De 1901 à 1904, les gîtes, exploités depuis plus d’un demi-siècle, avaient été abandonnés en raison des prix peu rémunérateurs du métal et de l’obligation de porter les travaux à plus de 300 m. de profondeur. Une légère (reprise s’était produite de 1904 à 1911. En 1912, la production de minerai n’a, toutefois, pas dépassé 693 t. Toutes les mines, sauf celles de Rracal (Aveiro), chômaient avant les hostilités.
- L’argenl est associé au plomb à Bracal et à Adorigo. Un le recueille à l’état pur à Varzen de Trévoes, mais on n'en pratique pas l’extraction, sauf à la Serra de Caveira, qui a fourni 4650 kg en 1912 provenant du traitement du cuivre.
- Pour l’étain, au contraire, il est exploité depuis une date fort lointaine dans les régions de Iras os Montes, Marao, BeiraAlta. La production en a atteint 196 t. en 1912, et elle est susceptible d’un considérable développement dans l’avenir.
- Les Romains exploitaient déjà les quartz aurifères qui forment, dans la région méridionale du pays, une longue traînée de 60 km de longueur, sur laquelle sont situées les mines de Banjas et Fisga. L’or est, d’ailleurs, fort abondant en Portugal. On a reconnu sa présence au contact des pyrites de la Serra da Caveira, dans les filons de
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- Fig. 3. — Carte minière du Portugal.
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- LE PORTUGAL ÉCONOMIQUE ---- " ....-.18»
- cuivre de Barrancos, dans les quartz de uRos-maninhal et de Ribeiro de Ocreza, dans la Beira Baixa, dans les torrents de la Serra de Estrella et les sables des rivières.
- Le plus souvent l’or est accompagné de stibine ou minerai d’antimoine. L’extraction de l’antimoine était jadis active. L’avilissement des prix de l’antimoine a amené une sensible réduction de la production de stibine. Les mines de Yale de Àche et de Ribeiro da lgregia n’avaient livré, en 1912, que 100 t. de minerai. Corréla’ivement, la production d’or n’avait pas dépassé 5 kg 142.
- Le Portugal paraît riche en fer et en manganèse, quoique le fer ait été jusqu’ici assez peu exploré. Les districts de Coimbra, Evora, Santarem, Porto, Leiria, comptent plusieurs dépôts. Celui de Bra-gance s’honore de posséder le gisement de Mon-corvo, le plus puissant de la République. Les 35 concessions octroyées au voisinage du Douro couvrent 1710 hectares. La Société du Creusot s’en est assuré la propriété, mais l’exploitation n’en avait pas été commencée en 1915.
- Une zone minéralisée, orientée du nord au sud, s’étend dans les districts de San Thiago de Cacem et Odemira. L’absence de voies de communication en a retardé l’utilisation.
- Pour la région de l’Alemtejo Central elle a fourni jusqu’en ces derniers temps un tonnage total de 500000 t. environ.
- En 1912, les mines portugaises avaient livré 29 000 t. de minerai à 45 pour 100 de fer en moyenne, tonnage insignifiant si l’on songe que le Congrès géologique international de Stockholm a évalué à 75 millions de tonnes les ressources du Portugal en minerais de fer
- Le manganèse est exploité dans 54 concessions
- Importations totales Importations pour\ ia consommation l nationale I
- Importations i nationales, (
- et nationalisées /
- Commerce total
- Importations
- Exportations
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- Fig. 4.'— Commerce du Portugal.
- réparties, dans l’Alemtejo, sur la bande minéralisée qui, de la zone de Huelva, se poursuit jusque vers Alcacer do Sal. Le Portugal a, enfin, l’heureuse fortune de renfermer un peu de nickel (Palhal), du cobalt (Telhadella), de l’arsenic en pyrites (950 t. en 1912) et surtout du wolfram et de l’uranium.
- Les minerais d’uranium de Guarda et Sabugal n’ont été exploités qu’à partir de 1909. Néanmoins, leur production a été si intensive que les mines de Borréga ont pu extraire 154 t. en 1912, et que le Portugal a exporté 850 kg d’uranate de soude, 50 270 kg de chlorure de baryum radio-actif et 124 500 kg d’autres minerais, sans compter le tonnage de Borrega.
- L’usage toujours plus développé du wolfram (minerai de tungstène) pour la fabrication des aciers à outils, a assuré l’essor des mines portugaises de wolfram, qui sont essaimées dans les districts de Coïmbra, Yiseu, Castello-Branco, Guarda, Bragance, Yilla Real. Les principales exploitations sont celles de Cabeças de Prâo, de Bor-ralha, de Menoitas et d’Efîanès. En 1912, on enregistrait officiellement la production de 982 t. de minerais à 65 pour 100; en réalité, des vols continuels avaient réduit de 10 pour 100 environ le tonnage extrait.
- N’oublions pas, aussi, de mentionner l’industrie du sel marin (Setubal), qui débite 300000 t.
- Fig. 5. — Les importations au Portugal.
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- 182 LE PORTUGAL ÉCONOMIQUE
- annuellement. Dans son ensemble, l’industrie minière portugaise se développe donc dans des conditions satisfaisantes. Son avenir dépend de la réalisation de certaines conditions : 1° la
- création de routes reliant les exploitations aux ports voisins ou aux gares ; 2° l’aménagement de chutes d’eau pour substituer la force hydroélectrique à l’énergie produite au moyen de charbon, et, de ce chef, très dispendieuse; 3° l’adoption d’une législation encore plus favorable à l’expansion de l’industrie extractive.
- Aucune autre industrie n’a vér ritablement prospéré jusqu’ici en Portugal, la population ayant montré peu de propension pour le travail collectif.
- Cependant celle du cotoii prit essor vers 1875. En 1880 elle comptait 108000 broches et 1000 métiers, contre 50 000 et 400 en 1875. Protégée par des tarifs draconiens, elle atteignit son complet épanouissement en
- 1899.
- La surproduction, les hauts cours du coton, la réduction des exportations lui ont porté un coup terrible après
- 1900.
- En 1910, elle faisait vivre, toutefois, 30000 ouvriers, répartis entre 90 usines.
- L’industrie lainière a également périclité de 1890 à 1900. En 1910, elle occupait 12000 ouvriers dans ses 225 fabriques.
- A Lisbonne, Porto et Braga, l’industrie de la soie est assurée par 20 fabriques. On signale également une industrie du lin, pratiquée par 500 ouvriers, et qui dispose de deux importantes usines à Guis-
- maraes, quelques verreries, 25 papeteries, quelques tanneries, des raffineries de su<re, des fabriques d’épingles, de plumes, et surtout de nombreuses usines de conserves. La résistance des pêcheurs bretons à moderniser leur pêche, la
- mauvaise volonté des ouvriers des usines bretonnes de préparation des sardines, la disette de plus en plus grande de poissons sur nos côtes ont conduit nos fabricants de conserves à s’expatrier et à monter des établissements dans l’Ericeira et l’Al-garve, à Setubal et Espinho en particulier. Une centaine d’usines préparent aujourd’hui les poissons portugais.
- L’industrie de la pêche a donc pris un développement remarquable en Lusitanie, où elle était déjà llorissante dès le xvie siècle : 15 000 pêcheurs
- pratiquent la pêche maritime.
- Cependant, la pêche de la morue sur les bancs de Terre-Neuve, inaugurée à la fin du xvie siècle par les Portugais, a été quasi abandonnée à la suite des droits excessifs imposés sur les morues par le fisc de Lisbonne.'
- La pèche côtière absorbait, en 1900, d’après les statistiques officielles, 59 500 individus. Elle n’a cessé d’être fort lucrative, mais elle se heurte, aujourd’hui, à un dépeuplement intempestif du littoral, et à l’impossibilité d’acheminer ses produits sur l’intérieur faute de matériel roulant frigorifique.
- Le Portugal, servi par des côtes étendues (1000 kilomètres) et des ports nombreux, est bien placé pour développer les échanges commerciaux.
- Fig. 6. — Coïmbre. Vue générale.
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- LE PORTUGAL ECONOMIQUE
- Des fleuves profonds, Douro, Tage, Guadiana, ouvrent à l’intérieur du pays des voies d’accès faciles. En outre, le gouvernement s’est efforcé, depuis plus de 50 ans, de multiplier les voies terrestres de communication. Il a construit plus de 14 000 kilomètres de routes. Mais 5000 kilomètres de voies ferrées ont seulement été établis, ce qui est fort peu et met le Portugal, à ce point de vue, sur le même plan que la Russie ou les Balkans.
- De plus, la marine marchande portugaise est en déclin. En 1864, 582 navires portugais étaient inscrits sur les contrôles de l’État. En 1897, on n’en comptait plus que 567, dont 178 seulement supérieurs à 100 tonneaux. En 1913, moins de 500 étaient enregistrés.
- L’État a tenté par des subventions d’entraver cette décadence.
- Il n’a pu y parvenir. Aussi, en 1913, d’après les statistiques officielles, sur un tonnage à l'entrée (Açores et Madères incluses ) de 24 568120 tonneaux, le long cours portugais ne figurait que pour 103 566 tonneaux, le grand cabotage pour 504 582 tonneaux, et le petit cabotage pour 1 424 846 tonneaux. Au total, 1 832 994 tonneaux, c’est-à-dire que le pavillon portugais venait loin derrière le pavillon britannique (10 060 888 tonneaux), le pavillon allemand (7428092 tonneaux), et même derrière le pavillon français (1886121 tonneaux) .
- Il est vrai qu’il avait employé 3569 navires, sur 10638, cependant que les Anglais n’en utilisaient que 2418, les Allemands 2013 et les Français 596.
- Les chiffres touchant les sorties de navires sont sensiblement les mêmes que pour les entrées.
- Le port de Lisbonne représente, à lui seul, plus de la moitié de l’activité maritime du pays.
- En 1913, 3441 navires, jaugeant 10557414 tonneaux y avaient été enregistrés à l’entrée, et 3456 navires, jaugeant'10 652 897 tonneaux, à la sortie; au total 6897 navires et 21191311 tonneaux.
- Le port du Tage a, d’ailleurs, été outillé d’une
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- manière très moderne par un de nos compatriotes M. Ilersent.
- Vient ensuite Leixoes (port au débouché du Douro), avec 866 navires à l’entrée en 1913 (2178 840 tonneaux) et 870 à la sortie (2 185 005 tonneaux). Tous les autres ports accusent moins d’un million de tonneaux au total.
- Le Portugal n’a cessé d’accroître ses importations dans une proportion plus considérable que ses exportations. Conséquemment sa balance commerciale s’alourdit.
- D’un autre côté, il n’apparaît pas qu’un régime protectionniste outrancier ait beaucoup accru la production nationale. Les faits condamnent donc virtuellement l’ancienne politique économique du Portugal.
- Les événements présents orienteront évidemment le Portugal vers de nouvelles formules. Si
- l’Angleterre figurait au premier rang des pays en relations d’affaires avec la République, avec 54964 200 écus en 1915, l’Allemagne venait au second rang avec 25 445 900 écus. Suivaient l’Espagne (13 894600 écus) et les États-Unis (15 957 900). La France n’occupait que la 5e place avec 9 580 600 écus. Le Portugal devra étendre ses échanges avec l’Angleterre et surtout avec la France. Nous pourrions demander au Portugal des bras qui nous feront défaut. Il pourrait diriger sur nos campagnes ses 40 000 émigrants annuels. Nous pourrions, par contre, exploiter activement les mines lusitaniennes.
- Le Portugal est un pays d’avenir qui se développera par la mise en valeur de son sous-sol, la rénovation de son agriculture, la réorganisation de sa marine de commerce, et l’extension de ses voies ferrées. Nous pouvons être son guide et son collaborateur dans cette direction, comme nous le fûmes dans le passé.
- Toutefois, cet avenir ne sera prospère que si un gouvernement aux vues larges rompt définitivement avec les errements du passé, et, s’inspirant de la politique commerciale anglaise, stimule les bonnes volontés et les oriente vers l’effort libérateur. !
- Auguste Pawlowski.
- Fig. 8. — Quais de Porto.
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- LES LUNETTES VISEURS D’ARMES A FEU
- Chère h eu
- Il aurait été inutile d’augmenter la portée des armes à feu, si l’on n’en avait pas en même temps perfectionné les organes de visée.
- L’efficacité du tir est, en effet, limitée par la faculté d’accommodation de l’œil, par le pouvoir séparateur de la rétine et par les effets de parallaxe résultant d’un pointage insuffisamment précis.
- Dans le procédé ordinaire de visée, l'œil doit fixer à la fois le cran de mire, le guidon et le but. Or, il est absolument impossible de voir simultanément avec netteté trois objets dont les distances sont si différentes : il faut accommoder la vision tour à tour sur ces trois distances et imposer à l’œil une gymnastique fatigante. D’autre part, le moindre déplacement de la pupille par rapport au cran de mire détermine une déviation de la visée et écarte le projectile d’autant plus loin du but que celui-ci est plus éloigné.
- Enfin, les vues un peu faibles sont hors d’état de viser efficacement au delà d’une certaine distance.
- Les armuriers ont été ainsi amenés à adapter, d’abord aux canons, puis aux armes portatives, des lunettes de visée analogues à celles qui sont employées dans les opérations géodési-ques. Ces lunettes offrent plusieurs avantages : elles permettent aux tireurs les plus myopes de distinguer nettement les buts éloignés ; elles assurent surtout une extrême précision au tir à grande distance, tout en évitant la fatigue de la vue.
- La visée dans la lunette s’effectue simplement en regardant un réticule disposé au foyer de l’objectif. Ce réticule est généralement composé de deux fils fins tendus en croix, et il suffit d’amener l’image du but sur le point de croisement pour être certain de l’efficacité du tir. La mise au point de l’oculaire amène d’ailleurs l’image du but au foyer, c’est-à-dire qu’elle se trouve sur le même plan que le réticule, de sorte que l’œil n’est plus obligé de modifier son accommodation.
- La hausse ordinaire peut être remplacée par le déplacement vertical du réticule. Cependant, cette disposition, suffisante pour les armes portatives, ne convient plus aux distances qu’atteint maintenant l’artillerie. Il arrive souvent que l’objectif du tir est difficilement visible, ou même complètement
- Fig. l. — Vue panoramique
- masqué par un obstacle, une forêt, une colline, etc. En outre, le vent a pour effet de faire dévier le projectile, de telle sorte qu’il est nécessaire de pointer dans une direction qui s’écarte plus ou moins de celle du but. On a donc été conduit à viser, non plus le but lui-même, mais un objet plus rapproché, dont la direction fait avec celle du but un angle préalablement déterminé. 11 s’ensuit que la lunette de visée doit être susceptible de se mouvoir indépendamment du canon, à la condition que l’angle formé entre la direction de l’axe optique et celle de la bouche à feu soit très exactement mesuré.
- Ces conditions sont actuellement réalisées avec beaucoup de précision. Nous devons à l’obligeance de MM. Schneider et Cie les deux photographies (fig. 1) représentant l’appareil de visée du mortier de ... Oculaire ............L’organe essen-
- tiel, le viseur, est une lunette panoramique dont la figure 2 montre la disposition. L’oculaire est fixe, ainsi que le prisme inférieur, mais le prisme supérieur peut décrire un tour complet autour d’un axe vertical. L’image est redressée par un prisme tétraèdre, monté sur un engrenage planétaire qui le fait tourner en sens inverse et d’un angle deux fois moindre que les déplacements du prisme supérieur : cette combinaison est nécessaire pour maintenir droite l’image des objets, comme nous l’avons déjà expliqué en décrivant le périscope panoramique (*).
- L’axe autour duquel s’opère la rotation doit être rigoureusement vertical. Or, sur le terrain, les roues et la bêche de crosse se trouvent rarement placées sur un plan horizontal.
- C’est pourquoi l’appareil de visée est monté, à gauche de la pièce, sur un support articulé relié au secteur de pointage. Il est muni de niveaux à bulles d’air et de goniomètres gradués en millièmes.
- Le millième, nouvelle unité d’angle adoptée par l’artillerie française, équivaut à 3' 26". Son importance pratique tient à ce fait qu’il représente l’angle sous lequel on voit un objet de 1 m. éloigné à 1 km.
- 1. Les périscopes de sous-marins, n° 2178, du 26 juin 1915, p. 410.
- de la lunette Schneider.
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- LES LUNETTES VISEURS D'ARMES A FEU
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- Le grossissement de la lunette est de 4; son champ réel, de 10°. Le réticule est gravé sur une lame de verre placée au foyer de l'oculaire et éclairée par une fenêtre latérale à verre rouge.
- A côté du prisme supérieur est un viseur-chercheur, constitué par un tube portant un réticule et une fenêtre de visée. Le chercheur se déplace, comme le prisme, non seulement autour de l’axe vertical dont nous avons déjà parlé, mais aussi autour d’un axe horizontal, entraînant dans ce mouvement l’oscillation du prisme. Ce double mouvement, mesuré par les goniomètres, permet de choisir un repère dans un azimut quelconque et dans un site compris entre 0 et rh 500 millièmes.
- Les lunettes destinées aux armes portatives doivent satisfaire à d’autres conditions. Il faut qu’elles soient légères et peu encombrantes; il faut encore qu’elles offrent un champ assez étendu, car elles servent aussi de chercheurs, et que l’objectif en soit faciliter puscule
- assez lumineux
- pour
- le tir par les temps sombres, au cré-dans les bois ; il faut, enfin, que
- ou
- d’appliquer son œil tout près de l’oculaire, il n’est pas possible d’y monter un réticule, car il ne s’y forme point d’image réelle, mais seulement une image virtuelle.
- La lunette astronomique n’est pas plus compliquée, puisqu’elle ne comporte que l’objectif et l’oculaire, tous deux formés de systèmes convergents ; elle est plus longue que la précédente, mais, comme il s’y forme une image réelle, on peut adapter un réticule au foyer de l’objectif. Malheureusement cette image est renversée : ce n’est pas là un inconvénient sérieux, dans l’observation des astres ; mais, pour viser sans hésitation un but qui se déplace plus ou moins vite, il est nécessaire de le voir dans son vrai sens et de suivre ses mouvements dans leur véritable direction.
- Le redressement peut s’opérer à l’aide d’une lentille convergente, intercalée entre l’objectif et l’oculaire. C’est d’ailleurs sur ce principe qu’est construite la lunette terrestre, bien connue sous le nom de « longue-vue ». En réalité, on y ajoute une quatrième lentille, verre de champ ou collecteur, qui augmente à la fois le grossissement et l’amplitude du champ.
- La figure 3 fait voir la disposition de cet instrument : 1 est l’objectif, 2 la lentille collectrice, 3 le système redresseur, 4 l’oculaire, 5 le réticule et 6 le mécanisme qui commande le déplacement vertical du diaphragme à réticule. Ce déplacement est effectué à l’aide d’une vis micrométrique dont la tête s’étale, à l’extérieur, en un tambour portant la graduation des distances.
- Diverses formes ont été données au réticule : la
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- Fig. 2. — Disposition optique de la lunette Schneider.
- Fig. 3. — Coupe de la lunette viseur terrestre.
- l’œil du tireur reste suffisamment éloigné de l’oculaire pour n’être pas blessé par l’effet du recul.
- La lunette de Galilée neconvient pas à cette appli-cation, bien qu’elle constitue le plus simple et le plus court des instruments d’approche, sa longueur étant égale à la différence, entre les distances focales de l’objectif (lentille convergente) et de l’oculaire (verre divergent) : outre que son champ est restreint et que l’observateur est obligé
- figure 4 reproduit les plus usitées, et la figure 5 en montre un modèle qui permet d’évaluer la distance du but, quand ses dimensions sont approxi-
- mati vement connues. En effet, la longueur de chacun des trois fils fins (fig. 5); à partir du centre, est réglée de manière à couvrir, sur l’image du but, une largeur égale au cinquantième de sa distance. Certaines lunettes sont livrées avec plusieurs réticules interchangeables ; ces réticules sont parfois tous
- Fig. 4. — Principales dispositions données aux réticules.
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- LES LUNETTES VISEURS D’ARMES A FEU
- contenus dans la monture, et l’on fait apparaître à volonté, en l’amenant au foyer de l’objectif, celui que l’on désire utiliser.
- Comme toutes les lunettes, celle-ci se règle, suivant la vue du tireur, en sortant ou en rentrant plus ou moins le tube qui porte l’oculaire. Ce dernier est séparé de l’œil par un intervalle de 8 cm, de façon à éviter tout accident, au recul.
- La lunette terrestre n’est pourtant pas sans inconvénient. D’abord, le champ en est encore relativement restreint, malgré le concours du verre collecteur; ensuite, la monture atteint des dimensions assez encombrantes, dès que le grossissement dépasse 3 ou 4 diamètres.
- En effet, pour mettre l’œil du tireur à l’abri des chocs de recul, on est obligé d’employer des oculaires à long foyer, et, dans ces conditions, on n’obtient des images assez grandes qu’en adoptant aussi un long foyer pour l’objectif.
- Les opticiens ont donc dù rechercher un autre moyen de redresser l’image de la lunette astronomique, et ils l’ont trouvé dans l’emploi des prismes redresseurs, déjà utilisés avec tant de succès pour les jumelles. Ils ont d’abord inler-
- Fig. 5.
- Réticule à évaluation des distances.
- calé un double prisme entre deux systèmes convergents, comme le montre la ligure 6 : 4 est l’objectif, 2 et 3 les prismes, 4 l’oculaire et 5 le réticule, dont l’axe est déplacé dans le sens vertical, suivant l’éloignement du but, au moyen d’une vis à tête moletée, disposée en arrière des prismes.
- Cette combinaison a été rendue plus simple et plus légère par la suppression d’un des prismes.
- La figure 7 donne un schéma de la lunette à prisme tétraèdre unique, et le dessin suivant (fig. 8) en fait voir l’aspect extérieur, ainsi que son mode d’attachement au fusil Mauser. Ce viseur est caractérisé par ses dimensions très réduites et par l’amplitude de son champ visuel (43° 4/2). Malgré cette amplitude, l’extrémité antérieure du canon ne risque pas de masquer une partie de l’image, car l’objectif se trouve situé notablement plus haut que l’oculaire. La clarté de' l’instrument est telle qu’il permet encore de viser avec sûreté, quand le crépuscule
- est devenu assez sombre. L’oculaire se règle, comme d’habitude, suivant la vue du tireur, et peut être immobilisé, après ce réglage, de manière à ne pas se déplacer sous l’action des chocs d’un tir prolongé.
- Quant au réglage du réticule, suivant la portée du tir, il s’effectue à l’aide d’une bague moletée qui entoure l’objectif. Une autre bague sert à bloquer le mécanisme de réglage.
- Une bonnette en caoutchouc s’adapte à l’oculaire, dans les cas où la visée serait gênée par la lumière ambiante.
- Le mode de montage de cette lunette permet de la retirer rapidement du fusil; il est d’ailleurs facile de ménager, au-dessous de l’instrument, une sorte de canal pour la visée ordinaire avec le guidon et le cran de mire.
- Le grossissement des objets (généralement compris entre 2 1/2 et 5 fois), leur rapprochement apparent, réalisés par cette combinaison optique, permettent de découvrir plus facilement l’ennemi et de le suivre dans ses moindres déplacements. La vision simultanée du but et de la croisée ramenées par les à
- Fig. 6. — Coupe de la lûnette à deux prismes redresseurs.
- dont les images sont
- Fig. 7.
- de fils,
- lentilles au même plan, évite à l’œil toute fatigue d’accommodation, et la précision du pointage rend redoutable, le plus médiocre tireur.
- Néanmoins, lorsqu’on vise de la sorte à de grandes distances, le but ne serait point encore atteint à coup sûr, si l’on se bornait à épauler le fusil. En effet, il n’est jamais possible d’éviter complètement de petits mouvements des bras et un léger tremblement des mains. Ces déplacements, imperceptibles et sans im-
- Schéma de la lunette prisme poi tance dans le tir à faible
- tétraèdre. distance avec le mode de
- visée primitif, se traduisent au contraire par des écarts notables, quand il s’agit de cibles éloignées, et l’observation à la lunette permet du reste de se rendre compte que l’image des objets visés s’écarte à tout instant de l’axe optique. La précision du tir ne peut donc être assurée qu’en posant le fusil sur un support rigide.
- . Il s’ensuit que le iusil à lunette a été surtout utilisé dans les postes de tireurs aux tranchées, où
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- LES INCENDIES A PARIS
- sa place était tout indiquée. L’arme, solidement assujettie, permet d’atteindre à coup sûr tout ce qui semble anormal dans le champ visuel, et c’est par ce moyen que, dès le début de la guerre, les Allemands se sont fait un jeu d’abattre, à longue distance, tout ce qui, dans un groupe, pouvait désigner un chef.
- Naturellement, les soldats à qui était confié ce rôle devaient à leur tour servir tout particulièrement de point de mire, et il fallait songer à les protéger. A cet effet, la lunette de visée a été combinée avec le p o lém os-cope(l). On a trouvé, dans les tranchées allemandes conquises par nos troupes, des fusils pourvus d’une contre-crosse et d’un jeu de miroirs. L’arme placée sur le parapet peut ainsi être
- manoeuvrée en dessous, par le tireur resté à l’abri.
- Quant à nous, ce n’est pas un secret que, bien avant la guerre, nos fabriques d’armes avaient déjà appliqué des lunettes-viseurs, non seulement au fusil Lebel, mais aussi à des carabines destinées à
- la chasse au gros gibier. De nos méthodes de protection, nous ne devons rien dire, pour le moment, mais c’est un fait bien connu que tout perfectionnement des procédés d’attaque appelle forcément une amélioration dans la défense, et les faits de guerre ne font, sur ce point, que confirmer une loi générale de la lutte pour l’existence : l’instinct de conservation finit toujours par l’emporter sur les moyens de destruction. Ernest Coustet.
- LES INCENDIES A PARIS
- La Ville de Paris vient de publier la Statistique des incendies et des sauvetages pendant Vannée 1915, établie par les soins du régiment de sapeurs-pompiers. Des nombreux documents rassemblés dans cette brochure, nous extrairons les quelques données suivantes qui donneront à nos lecteurs une idée des dangers d’incendie à Paris et de l’efficacité des moyens de protection actuels.
- En 1915, le régiment des sapeurs-pompiers de Paris a été appelé 5087 fois, dont 1414 pour des incendies, 2755 pour des feux de cheminées, 545 pour des sauvetages à Paris, 75 fois en banlieue et enfin 500 fois par fausses alertes.
- Les 1414 incendies se répartissent ainsi dans le temps et dans l’espace :
- Le plus grand nombre a lieu le soir, entre 18 et 21 heures, le plus petit le matin, de minuit à 0 heures (fig. 1), en rapport étroit avec le nombre de feux allumés.
- Les jours de la semaine ne montrent pas de grandes différences, toutefois, le samedi et le lundi sont des jours de maximum, surtout pour les petits feux.
- L’été est une période minima, et surtout le mois de septembre. En hiver, le nombre des incendies est maximum en décembre, faible en février, avec une recrudescence marquée en mars (fig. 2).
- Suivant la nature des locaux, on peut signaler comme les plus fréquents foyers d’incendie : les
- 1. \oy..n° 2190, du 18 septembre 1915, p. 191.
- chambres (584), les cuisines (207), les caves (152), les ateliers (99), les voitures (81), les boutiques (77). etc. Les feux les plus nombreux sont ceux qui se produisent dans les logements particuliers (766) ; aucune catégorie de locaux industriels ou commerciaux n'en approche, même de loin, puisque l’on ne compte que 45 feux chez des épiciers, 55 chez des marchands de vin, 25 chez des boulangers, 24 chez des serruriers, 16 chez des pharmaciens ou chimistes, 15 chez des imprimeurs, 15 dans les restaurants et autant chez des tailleurs, 12 chez des emballeurs et menuisiers, 11 chez des blanchisseuses, etc.
- Les feux se déclarent le plus souvent au rez-de-chaussée.
- Les 1414 incendies de 1915 se répartissent ainsi
- par étages : 2° sous-sol . . . . 9 5° étage. . . . . . . 116
- 1er — . . . , . 179 4° — . . . . . . 86
- Rez-de-chaussée . , . 465 5° — . . . . . . 74
- 1er. étage . . 256 6e — . . . . . . 66
- 2» . 151 7e — . . 12
- Les sinistres sont très inégalement répartis dans les différentes parties de Paris. Très nombreux dans le centre, assez fréquents dans les quartiers industriels et peuplés du nord et de l’est, ils sont les plus rares à la périphérie et sur la nve gauche. Le plan de la figureS suffit pour s’en faire une idée.
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- LES INCENDIES A PARIS
- Outre ces 1414 incendies, il y a eu à Paris en 1915, 2755 feux de cheminées dont 13 seulement ont été éteints par les habitants et 2742 ont nécessité l’intervention des pompiers. Ceux-ci sont également intervenus dans 57 sauvetages de personnes à la suite d’accidents ou de suicides ; ils ont pu ainsi retirer 16 morts et 108 vivants. Ils ont aussi dégagé 75 animaux dont 66 vivants. Enfin, ils ont collaboré à 85 autres opérations : déblaiements, barrages de conduites d’eau et de gaz, sauvetages de bateaux, asséchages de locaux inondés, ventilation de fumées, etc.
- Les causes des 1414 incendies de 1915 sont extrêmement variées. La statistique officielle les classe ainsi :
- Appareils d’éclairage. 292 Substances inflammables ou dangereuses 274 Appareils de chauffage 146 Vices de construction. 98
- Appareils industriels. 70
- Allumettes. . Imprudences. Explosifs. . . Foudre . . . Malveillance . Causes inconnues.
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- 8
- 6
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- Les pompiers ont été avertis 202 fois par le public, 17 fois par les agents, 44 fois par téléphone et 1151 fois par les avertisseurs publics.
- Dans 1379 cas, l’attaque du feu a commencé de 2 à 10 minutes après l’avertissement; dans 16 cas, de 10 à 15 minuies ; dans 19 cas seulement l’attaque a été plus retardée par la difficulté de trouver le foyer d’incendie.
- Entre l’attaque et l’extinction com-plèle, il s’ëst écoulé : 5 minutes dans 748 cas; 10 minutes dans 175;
- 15 dans 130; 20 dans 81 ; 25 dans 68 ; 30 dans 30; 35 dans 29 ; 40 dans 14; 45 dans 10, etc. Un seul feu a duré 22 heures; 5 autres ont duré 10 heures.
- 493 feux ont été éteints simplement avec des seaux d’eau par les habitants, 245 de la même façon
- par les sapeurs, 161 avec du sable ou des chiffons mouillés, 20 avec des extincteurs, 121 avec des pompes à main, 17 avec des robinets de secours, 500 avec 1 lance, 39 avec 2, 12 avec 5, 5 avec 4, 1 avec 5, 5 avec 6, 2 avec 7. Un incendie a nécessité 60 lances et un autre 25 (incendie de l’annexe du Bon Marché et explosion d’une fabrique de grenades, rue de Tolbiac).
- Les morts survenues dans les incendies sont au nombre de 52, dont 45 rue de Tolbiac. Dans 271 incendies, les dégâts étaient supérieurs à 1000 fr., 270 sinistres ont détruit une valeur de 4 048 000 fr., soit en moyenne 14 992 fr, par feu. L’incendie de l’annexe des magasins du Bon Marché a coûté à lui seul 14 millions. 1145 incendies ont causé des dégâts de moins de 1000 francs; leur destruction totale s’élève à 188 918 fr., soit en moyenne 165 fr. par feu. Les dégâts totaux atteignent donc 4 236 918 fr. non compris les 14 millions de l’incendie du Bon Marché.
- Dans 1209 cas, il y avait assurance contre les pertes mobilières et dans 1412 contre les pertes immobilières. Dans 2 cas seulement, le sinistre n'était couvert par aucune assurance.
- Depuis 1904, le régiment des sapeurs-pompiers a organisé un service de protection qui s’occupe, lors de chaque incendie, de déplacer et mettre à l’abri les objets de valeur, de recou\rir de bâches ee qui serait détérioré par l’eau ou la fumée, de graisser les machines et les moteurs, d’assécher les parquets, étayer les planchers, etc. En 1915, ce service a fonctionné dans 488 cas et sauvé une valeur de près de 800 000 fr., d’après les estimations du Syndicat général des Compagnies d’assurances contre l’incendie.
- Une statistique, aussi complète qu’elle soit, n’a d’intérêt que si elle porte sur plusieurs années. On pourrait croire, en effet, que 1915 est une année particulière, par suite des modifications dues à l’état de guerre. La comparaison avec les années immédiatement précédentes montre.qu’il n’en est rien.
- Fig. 2. — Les incendies aux diverses heures de la journée.
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- LES INCENDIES A PARIS . := 189
- Mais si l’on établit un tableau chronologique portant sur un plus grand nombre d’années, on peut en tirer quelques conclusions intéressantes.
- La surface et la population de Paris ayant aug-
- pompiers de Paris est remarquablement organisée et entraînée. Répartie dans 12 casernes et 12 postes disséminés sur toute la surface de Paris, elle détache en outre, chaque jour, des petits postes dans
- Surface Population Nombre
- Années. Paris. de de
- Ha Paris. pompiers.
- 1841.. . 3.439 955.261 808
- 1857. . . 1.278.705 889
- 1860. . . 1.537.486 1238
- 1867. . .( 7.802 1.848.075 1498
- 1879. . .( 2.126.230 1690
- 1915. . . 2.847.229 1803
- Nombre d'habitants pour un sapeur. Nombre d’incendies. Soit un incendie toutes les Nombre de grands feux.
- 1.145 203 43 heures 5
- 1.438 298 29 — 8
- 1.241 445 19 — 3
- 1.253 690 12 — 7
- 1.258 870 10 — 14
- 1.579 1.414 6 h. 10m. 3
- menté dans la proportion de 1 à 5, le nombre des incendies est devenu 7 fois plus grand. Au lieu d’un incendie toutes les 41 heures en 1841, le régi-
- les établissements publics, les théâtres, et fait de nombreuses rondes. 540 avertisseurs téléphoniques publics situés sur la voie publique à 400 m. environ
- Fig. 3. — Protection de Paris contre l’incendie : répartition des postes de secours
- et des avertisseurs.
- ment de sapeurs-pompiers en a maintenant à combattre un toutes les 6 heures. Toutefois, le nombre des grands incendies n’a pas sensiblement changé.
- Cet heureux résultat est dû sans aucun doute à la perfection actuelle du service de protection et de défense.
- La troupe d’élite qu’est le régiment des sapeurs-
- les uns des autres; 555 avertisseurs particuliers permettent d’avertir très rapidement les postes dont ils dépendent, de tout commencement d'incendie. Chaque petit poste est relié téléphoniquement à une caserne et celle-ci aux casernes voisines et à l’état-major. Paris se trouve ainsi divisé en secteurs (fig. 3), proportionnels à la densité de la
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- 190 :.." 1 . : = ACADEMIE DES SCIENCES
- population, communiquant les uns avec les autres et assurant un secours très rapide. Lors.d’un appel, ia'station avertie fait partir immédiatement le matériel et les hommes nécessaires et prévient la station voisine; celle-ci envoie des renforts s’il est besoin.
- L’engin de premier secours est automobile; il possède un moteur de 20 HP; il transporte 6 hommes, 400 litres d’eau alimentant une pompe centrifuge actionnée par le moteur et 500 m. de tuyaux. Le plus souvent, il suffit à éteindre l’incendie à son début.
- Le fourgon-pompe, muni d’un moteur de 4-5 60 HP, porte 15 hommes, 3 dévidoirs, 600 m. de gros tuyaux, 160 m. de petits, 1 appareil respiratoire, 1 compresseur d’air, 1 matériel de sauvetage, 1 ventilateur. La pompe centrifuge, multicellulaire à haute pression, peut débiter 2 m3 par minute.
- La grande échelle développée, peut atteindre 20mètres.
- Outre ces 3 voitures qui constituent le parc technique de chaque secteur, le régiment dispose de pompes d’épuisement réparties le long des voies d’eau, de fourgons de matériel d’étaiement, etc.
- L’eau est prise aux bouches d’incendie qu’on rencontre au nombre de 7797, à environ 100 m.. les unes des autres. Elles sont branchées sur les canalisations d’eau de source ou de rivière dont la pression est généralement de 5 à 4 atmosphères.
- Un.service technique d’officiers-ingénieurs imagine, construit, répare le nombreux matériel employé.
- En même temps qu’une statistique de sinistres, il est bon de connaître les moyens dont on dispose pour les enrayer. Cette brève indication de l’organisation du service des sapeurs-pompiers suffit à donner toute tranquillité. Si le nombre des incendies augmente, leur gravité n’augmente pas, loin de là. A. B.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séances du 5 au 19 Février 1917.
- Nécrologie : Bazin. — M. Bazin, membre non résident de l’Académie des Sciences qui vient de mourir, était un maître universellement reconnu de l’hydraulique. Depuis près d’un demi-siècle, tous les cours de.mécanique appliquée reproduisaient ses formules sur le régime uniforme dans les canaux et les cours d’eau. Expérimentateur de premier ordre, il a, par exemple, découvert ce fait inattendu que, dans les canaux à ciel ouvert, la vitesse maxima du courant se présente fort souvent au-dessous de la surface de l’eau. Il a également expliqué le phénomène fameux connu sous le nom de mascaret.
- Rôle des microbes dans la fossilisation. — M. Stanislas Meunier émet l’idée ingénieuse que les vides et géodes rencontrés dans certains terrains peuvent tenir à la destruction microbienne de mollusques dont ces vides représenteraient, en quelque sorte, le négatif. Par exemple, des éponges enfouies dans la craie ont pu être détruites ainsi, tandis qu’une dissolution chimique serait difficilement explicable à l’intérieur d’une craie soluble. Ultérieurement, il a pu se déposer, dans ces vides, des cristaux, soit de quartz emprunté aux spiculés, soit de calcite venant de la craie elle-même. L’auteur suppose que les bélemnites, dont la structure est toujours restée énigmatique, pourraient également être attribuables à une destruction microbienne de la matière organique, à la suite de laquelle la calcite aurait cristallisé dans le vide avec une symétrie,. sans cela'presque, in explicable.
- U organisation scientifique de V après-guerre. — On sait quels efforts sont faits actuellement en France pour organiser les rapports de la science et de l’industrie. La Nature a déjà consacré plusieurs articles à celte question capitale. M. G. Lippmann signale ce qui a été fait dans le même ordre d’idées, depuis la guerre, en Angleterre et aux États-Unis et montre que, dans ces deux pays, on est passé de la discussion à l’exécution. Le Parlement anglais a notamment voté deux subsides de
- 650 000 francs et 1 million et s’est occupé de dresser une statistique fournissant les noms des personnes susceptibles de ournir des cadres à cette mobilisation nouvelle. On a constaté ainsi que ces cadres étaient insuffisants et on s’est immédiatement occupé de modifier en conséquence l’enseignement public.
- Diagnostic de la surdité de guerre. — Pour reconnaître les surdités réelles et dépister les simulateurs, M. Ranjard remarque qu’il faut se défier des réflexes. L’étude du labyrinthe vestibulaire ne peut prouver la surdité réelle et son origine labyrinthique. La recherche du réflexe cochléo-palpébral peut également faire suspecter injustement un sourd de bonne foi. De même l’acoumétrie par un seul bruit ou même par des sons musicaux est insuffisante et peut faire suspecter un blessé à tort. L’acoumètre à vibrations vocales évite, d’après l’auteur, ces inconvénients, si l’on procède par des expériences comparatives très simples et dont les résultats devront être concordants.
- Sur les prétendues dents de poissons africains. — M. Boulanger a étudiédes Cypridines dugenre Barbus dont la bouche semble garnie de dents. L’étude faite montre que ces dents sont réservées aux mâles et temporaires. M. Boulenger les désigne sous le nom de tubercules nuptiaux et considère que ces excroissances cornées sont une arme utilisée pour les combats que se livrent les mâles dans la période des amours.
- Le soja. — On commence à voir apparaître sur nos tables, grâce à la guerre, ce produit nutritif originaire du Japon. Il accompagne d’autres légumineuses exotiques que nousapprenons également à connaître : arachide, cajan, dolique, voanzeu. Le soja peut fournir une bonne alimentation; car il confient jusqu’à 40 pour 100 de matières azotées et 20 pour 100 de matières grasses, alors que nos haricots donnent à peine 20 pour 100 de matières azotées et 2 pour 100 de matières grasses.
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- DERNIERS.PERFECTIONNEMENTS DES POMPES A VIDE = 191
- Une curieuse association animale des profondeurs atlantiques. — M. Ch.-J. Gravier décrit une éponge pêchée par 828 m. de profondeur aux îles du cap Vert, le Sarostegia Oculala, qui se montre couverte de très nombreuses actinies dont les plus grandes ont au plus 4 mm. de largeur et qui se présentent comme de petites taches grisâtres sur le fond jaune brun de l’éponge. Cette actinie nouvelle est très peu active et parait se nourrir des organismes divers en suspension dans les couches d’eau qui se déplacent à la surface de l’éponge. On sait que, chez les éponges cornées, la vie est intense et détermine un mouvement d’eau continu autour de l’animal. L’actinie en profite par un parasitisme, en
- échange duquel elle défend l’éponge contre les organismes encroûtants, comme les Bryozoaires, qui pourraient l’envahir peu à peu et amener la nécrose de ses tissus. L’éponge ne joue pas seulement le rôle d’un support ; car, sur ses rameaux morts, aucune actinie ne persiste. Quand on examine les ramifications de l’éponge, on y découvre un ver qui trouve, dans les galeries où il demeure, de nombreuses portes d’entrée et de sortie à sa disposition. Ce ver semble à son tour rendre service à l’éponge en empêchant l’envahissement des galeries par des organismes sédentaires. Ce second parasite, bien armé pour la lutte et beaucoup plus indépendant que l’actinie, est aussi beaucoup moins sédentaire.
- DERNIERS PERFECTIONNEMENTS DES POMPES A VIDE
- Depuis l’introduction dans l’industrie des appareils dans lesquels un vide plus ou moins parfait , est nécessaire à leur fonctionnement (ampoules électriques, tubes de Geissler, lampes à vapeur de mercure, baromètres enregistreurs, ampoules à rayons X, etc.), la pompe à vide des laboratoires, au fonctionnement primitif et pénible., a été considérablement perfectionnée. Nous avons entretenu nos lecteurs à plusieurs reprises de ce sujet et montré qu’en même S temps que la pompe s’indus-Fig. i. trialisait, son rendement devenait meilleur et le vide obtenu plus parfait. Ce dernier résultat est particulièrement intéressant maintenant que le tube Coolidge pour la radiographie et les lampes relai pour la télégraphie sans fil sont d’un usage de plus en plus général.
- Dans le numéro de décembre du Journal of the Franklin institut, le Dr Langmuir, auteur lui-même de types de pompes très ingénieux, publie une étude d’ensemble sur ce sujet que nous analysons d’après Engineering(’).
- L’idée directrice est d’employer un jet de mercure gazeux pour entraîner le gaz à éliminer dans le « condenseur » où le mercure lui-même se reliquéfie.
- Une pompe ordinaire est reliée à ce condenseur et entretient un vide inférieur à la pression de vapeur du mercure dans l’appareil d’évaporation. Plusieurs dispositifs peuvent être adoptés pour introduire le gaz dans le courant de vapeur de mercure. Gaede utilise la diffusion ou l’aspiration. La figure 1 montre le principe de son appareil. Un jet de vapeur de mercure passe k travers le tube AB qui communique par une paroi
- 1- Voy. La Nature, n° 2078 el 2243.
- 2. Rappelons qu’un gaz est constitué par une infinité de molécules animées de vitesses très grandes cL dirigées dans des directions quelconques, de sorte qu’un volume gazeux
- poreuse C et un tube de verre E avec le récipient à vider. est un petit ballon refroidi dans lequel se condense la vapeur de mercure qui a traversé la paroi C. Si la vapeur de mercure passe de AB vers D à travers la paroi, les molécules du gaz à extraire traversent la paroi C en sens inverse et sont entraînées par le courant circulant dans AB.
- Pour accélérer l’opéra lion, le diaphragme G doit être pu très long, ou très mince, mais il y a une limite à sa réduction d’épaisseur sans quoi on arriverait à la conclusion, évidemment absurde, que la vitesse d’évacuation du gaz serait infinie lorsqu’il n’y aurait pas de paroi. Ce diaphragme peut être assimilé à un grand nombre d’ouvertures faisant communiquer les deux parties de l’appareil, chacune de ces ouvertures ayant des dimensions de l’ordre de grandeur du libre parcours moyen des molécules du gaz (2).
- Appliquant les lois de la théorie cinétique, Gaede arrive à la conclusion que la diffusion du gaz est inaxima lorsque les dimensions des ouvertures sont approximativement égales au libre parcours moyen des molécules de la vapeur de mercure. On peut donc remplacer la paroi poreuse C par une fente étroite CC' (fig. 2) pratiquée dans le conduit AB. Dans ce type de pompe, le récipient auxiliaire D entoure le tube AB et est refroidi extérieurement par le bain F. Ce nouvel appareil présente la particularité de produire un vide inférieur à la tension de vapeur
- dans un récipient est comparable à un essaim d abeilles sous une cluclie. Le libre parcours moyen est le chemin que peut parcourir une molécule sans changer de direction, c’est-à-dire heurter une molécule voisine.
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- Fig. 2.
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- 192 :::.DERNIERS PERFECTIONNEMENTS DES POMPES A VIDE
- du mercure dans la pompe, ce qui surprend à première vue.
- Le fonctionnement de cet appareil peut, dans une certaine limite, être comparé à celui d’une trompe à eau ordinaire, ou d’un injecteur Gifïard. La figure 3 montre la coupe théorique d’un de ces appareils et son assimilation à la pompe Gaede-Long-muir : le courant de vapeur de mercure passe de AB en G et se condense grâce au réfrigérant D, la veine gazeuse se contracte et détermine une diminution de pression au voisinage du rétrécissement K. Le gaz du récipient est ainsi aspiré à travers le conduit F. Mais l’analogie cesse quand on examine de plus près le fonctionnement : par suite de la grandeur de la coupure entre B et K, le courant chaud de vapeur de mercure vient frapper les parois, les échauffe et le mercure condensé se revaporise et envahit tout l’appareil, y compris le récipient à vider.
- Si, au contraire, on refroidit toute la partie KG de l’appareil, le vide, ainsi que l’a constaté Longmuir, peut être poussé très loin.
- Les particules de mercure choquant violemment la paroi en K pourraient être réfléchies dans toutes les directions et par suite empêcher l’obtention d’un vide parfait. Le fait que ce vide peut être réalisé, montre que la réflexion n’a pas lieu et Longmuir en a conclu, ce que ses expériences sur les lampes à incandescence Lavaient déjà amené à formuler, que les vapeurs métalliques ne sont pas réfléchies par les parois qu’elles frappent. Il y a là un phénomène curieux qui mérite d’être étudié en détail et sur lequel nous reviendrons.
- Longmuir a construit une série de pompes, en verre ou en métal, dont nous donnons simplement la description. La figure 4 représente le dernier modèle de pompe en verre. Le mercure est vaporisé dans le récipient À chauffé électriquement et s’écoule à travers le col B, isolé calorifiquement
- 1. D’après Kundscn, le débit q à travers un tube donné est fourni par la formule
- q = (pa — j/} W \' d
- par un revêtement H, jusqu’à l’orifice L. Le récipient à vider est relié par le tube R, qui plonge dans le trop-plein G, et le tube F à l’espace annulaire E où se fait le mélange des molécules du gaz et des molécules de la vapeur de mercure. Un manchon réfrigérant J dont les deux orifices d’alimentation sont K et C assure la condensation du mercure qui retourne par D et M à la chaudière. La pompe auxiliaire est tranchée en N.
- La pompe métallique représentée figure 5 est constituée par un cylindre A relié d’une part à la pompe auxiliaire par N et d’autre part au récipient à vider par R. Le manchon B recouvert de la coupe renversée C coiffe la chaudière D remplie de mercure. Les vapeurs de mercure montent dans B, sont infléchies en C et se condensent le long des parois de A refroidies par la chemise d’eau J. Le gaz arrive dans l’espace E compris entre C et A et est ensuite évacué par N.
- Les résultats obtenus sont des plus intéressants : pour une pompe dont le tuyau B avait 3 cm de diamètre et le cylindre A, 7 cm de diamètre, le débit, pour une consommation de 100 à 500 watts, est de 3000 cm3 par seconde, la dépression régnant dans l’appareil, grâce à la pompe auxiliaire, étant de 600 baryes ( 1 barye = 1 dyne par centimètre carré), soit environ l/120e d’atmosphère. Mais pour obtenir un pareil débit, il faut que le tube R soit très large, car au fur et à mesure que la pression diminue, le frottement de l’air contre les parois augmente l1).
- C’est ainsi qu’aux très basses pressions, dans un tube de 1 cm de diamètre et 10 cm de long, qui à la pression atmosphérique débite 13,6 cm5 par seconde, il ne passe que 0 cm3, 0012. Aussi le diamètre de R est-il relativement très grand (4,5 cm pour un tube de 30 cm).
- H. VOLTA.
- pa et p' étant les pressions aux deux extrémités du tube, d la" densité du gaz et W la résistance du tube. W augmente très rapidement quand le chemin moyen J.des molécules est grand par rapport au diamètre du tube.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahure, rue de Fleuras, 9, à Paris.
- -G
- Fig. 4•
- Fig. 5,
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- LA NATURE. — N° 2270.
- 31 MARS 1917.
- LA TREMPE DES PRODUITS MÉTALLURGIQUES
- Il est peu d’opérations métallurgiques qui, depuis le début des hostilités, aient donné lieu à un nombre plus grand de recherches, à une-surveillance plus active, à des soucis plus constants et importants que le traitement thermique, qu’il s’agisse d’obus, d’outils, etc.... Cela provient de ce que, malgré toutes les campagnes déjà faites, malgré tout le développement donné à ce sujet dans certains enseignements!1), le grand public industriel n’est pas au courant des principes scientifiques qui peuvent et doivent servir de directives et beaucoup d’usiniers se complaisent encore dans les recettes culinaires.
- On veut bien me demander de combattre ici ces tendances fâcheuses qui sont d’une autre époque. Je m’efforcerai donc à bien indiquer les principaux facteurs qui influencent trempe et revenu, restant, bien entendu, dans les grandes lignes, en dehors de toute question touchant la fabrication des munitions.
- Qu’est-ce d’abord que la trempe?— La trempé est une opération qui consiste à porter un produit métallurgique à une température élevée et définie, et à le refroidir brusquement par immersion soit dans un liquide — ce qui est le cas le plus général, — soit dans un gaz — trempe à l’air.
- Quel est le but de la trempe ? — Le but de la trempe est essentiellement de produire un changement dans les propriétés du métal ; le plus souvent, on cherche à donner une augmentation de résistance et de dureté; quelquefois, bien plus rarement, l’homogénéisation du métal est le but poursuivi. Mais, depuis peu, on utilise la trempe avec revenu convenable pour augmenter la résistance au choc.
- 1. Dans mon cours du Conservatoire, je consacre, tous les trois ans, environ 12 à 15 leçons à cette question des traitements thermiques.
- Quels sont les produits métallurgiques qui prennent la trempe ? — Puisque la trempe conduit à une modification de certaines propriétés considérées à la température ordinaire, cela ne peut provenir que d’un changement d’état. Le chauffage, suivi d’un refroidissement brusque, qui constitue l’opération de la trempe, ne peut apporter cette modification que si l’état du métal, si — pour dire le mot — sa constitution au moment où on le refroidit n’est pas la même qu’à la température
- ordinaire : alors la trempe a pour effet de maintenir, du moins partiellement, dans le métal refroidi, l’état stable à température élevée, f Pour cela, il fauL,^
- que le métal pos- Ç R R THp r^ sède un point <3b ! B LMJ t rt ^ t. — I
- transformation yf
- c’est-à-dire que, V*ï
- Fig. /. — Trempe d'un cylindre dans un appareil à immersion.
- chauffé à une certaine température, il soit le siège d’une réaction chimique. Donc, pour qu’un produit métallurgique prenne la trempe, il faut qu’il possède un point de transformation (l).
- Quelles sont les conditions à remplir pour qu'il y ait trempe? — On voit de suite apparaître les deux conditions capitales à remplir pour qu’il y ait trempe :
- a) Il faut qu’au moment. du refroidissement le métal soit porté à une température supérieure à son point de transformation.
- b) Il faut que la vitesse de refroidissement soit assez grande pour maintenir au moins partiellement l’état stable à température élevée. Nous insistons sur le mot partiellement, car, dans la plupart des produits trempés, le microscope indique la présence de constituants extrêmement divisés (mar-tensite, osmondite, etc.) qui ne sauraient être
- 1. La réciproque n’est point vraie : à certaines transformations peuvent correspondre des changements de propriétés qui ne soient pas — même partiellement — maintenues par trempe.
- 45“ Année. — 1“r Semestre
- 15 . - 195.
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- 194 . ...: LA TREMPE DES PRODUITS MÉTALLURGIQUES
- confondus avec les constituants à température élevée (généralement solution solide).
- Quels sont les facteurs interv«nant dans l'opération de la trempe, connaît-on leur influence ? — C’est là la que tion capitale. Les principaux facteurs qui peuvent influencer le résultat d’une opération de trempe proprement dite — je parlerai plus loin du revenu — sont :
- La composition du métal;
- Ses impuretés, ses defauts ;
- L’état sous lequel se trouve le métal avant la trempe;
- Le chauffage proprement dit en vue de la trempe ;
- La trempe, elle-même, qui intervient :
- influence immédiate sur la position du ou des points de transformation, par conséquent sur la température de trempe : un acier demi-dur (C = 0,4-0) se trempe à 850°; un acier dur (C = 0,900) à 750°.
- Les impuretés et les défauts physiques du métal peuvent avoir une très grande influence tant sur la production des tapures que sur l’hétérogénéité de trempe. C’est ainsi que les scories, les soufflures, les criques, si elles sont assez importantes, constituent des amorces de fente.
- L’état sous lequel se trouve le métal avant trempe joue aussi un rôle important : C’est ainsi qu’il ap-I paraît bien qu’un recuit — réchauffage à lempéra-
- Fig. 2. — Prise de la température au moment de la trempe avec la lunette Fèry.
- a) Par le milieu dans lequel on trempe ;
- b) Par les conditions dans lesquelles se fait l’immersion ;
- c) Par la durée de cette immersion.
- Je voudrais montrer, par quelques exemples très typiques, l’influence de ces facteurs. Tout d’abord, la composition du métal : il n’est point besoin d’insister, tout le monde sait qu’un acier extradoux (C = 0,100) durcit très peu par trempe, qu’un acier à outil (C = 0,900) est au contraire très influencé par ce traitement. Mais il y a de très nombreuses données qui sont encore peu connues : il suffit, par exemple, de faibles variations dans la teneur en manganèse d’un acier pour que la trempe conduise aux accidents les plus graves, se traduisant par des fentes que l’on appelle généralement tapures.
- D’autre part, la composition du métal a une
- ture supérieure au point de transformation, suivi de refroidissement lent — fait avant trempe, produise d’excellents effets en diminuant les chances de tapure, sans doute en détruisant les tensions provenant des opérations antérieures.
- Le chauffage de trempe a, évidemment, une influence primordiale, puisque, d’une part, il faut atteindre une température déterminée et que, généralement, il est important de ne pas la dépasser de plus de 50, degrés, sans quoi on peut avoir à craindre un surchauffage, par suite une plus grande fragilité. Mais, dans ce chauffage pour trempe, la température atteinte n’est pas le seul point intéressant, contrairement à ce que pensent la plupart des praticiens : la durée du chauffage d’une part, l’homogénéité de la température d’autre part, sont des facteurs de première importance.
- Veut-on un exemple de l’influence de la durée et
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- de la température de chauffage; nous le prenons dans un travail récent (*) ; l’acier employé avait pour composition :
- G = 0,25 Mn = 0,47.
- Chauffage à 800° S. Chauffage à Uof 0 S.
- Temps de chauffage en Charge de Allongements. Charge de Allongements.
- minutes. rupture. — rupture. —
- 9 45,7 29 45.7 29
- 2 61,2 4,5 101,5 2
- 20 71 2,5 120,5 5,5
- 00 71,2 U 128,1 5
- Nous n’avons pas à insister sur l’homogénéité de température de la pièce à tremper dont le rôle
- études systématiques ont éclairci cette importante question. Caron avait bien indiqué l’influence considérable de la température de l'eau et montré que l’eau chaude donne une trempe douce ; mais ce sont les éludes de MM. Le Chàtelier, Lejeune, Benedicks, qui ont jeté un jour définitif sur les liquides de trempe et leurs emplois. Qu’il nous suffise de rappeler que leur action se traduit par une trempe plus ou moins accentuée, donc par une différence plus ou moins grande dans les propriétés avant et après trempe; que le liquide agit par :
- Sa température : plus elle est élevée, plus douce est la Irempe;
- Fig. 3. — Trempe de petites pièces au bain de plomb. Revenu au bain de sel.
- saute aux yeux des moins avertis et qui seule permet d’éviter soit de l'irrégularité de trempe, soit des tapures. Il est bien difficile de fixer dans quelle limite doit être oblenue cette homogénéité, car cette limile est plus étroite avec un acier dur qu’avec un acier doux, et est essentiellement fonction des pièces à tremper, de leur variation de section, etc.
- Le liquide de trempe est assurément le plus anciennement connu des facteurs des traitements thermiques ; on en trouve trace dans toute la littérature, depuis Pline — qui signale la trempe à l’huile —jusqu’à Shakespeare qui tient à affirmer la bonne qualité de l’épée d’Othello, par suite d’une énergique trempe dans les ruisseaux glacés. Et cependant il y a fort peu de temps que des
- 1. Poutevin, Bulletin de la Société d’encouragement pour L'industrie nationale, août 1914.
- Sa masse, qui, dans une certaine limite, s’oppose à la variation de température du liquide;
- Sa chaleur spécifique : plus celle-ci est élevée, moins s’élève la température du bain pour une même trempe, donc plus la trempe est active;
- Sa conductibilité : le refroidissement est d’autant plus rapide et partant la trempe plus accentuée que la conduclibililé est élevée ;
- Sa volatilisation, qui nuit au contact entre le métal et le liquide ;
- Sa viscosité, qui agit sur la convection et diminue l’activité du bain.
- On conçoit alors toutes les recettes de trempe qui courent encore les ateliers, mixtures extraordinaires, de composition secrète possédant les propriétés les'plus mirifiques. Il est fort aisé de les remplacer par des liquides simples, peu coûteux'J
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- 196 =:. LA TREMPE DES PRODUITS MÉTALLURGIQUES
- que l’on peut aisément se procurer, toujours iden tiques à eux-mêmes et- qui conduisent aux mêmes résultats. Les bains les plus usités sont : l’eau à diverses températures, les huiles (les huiles minérales ayant une tendance à se substituer aux huiles végétales ou animales). Diverses solutions aqueuses, les unes pour trempe douce (eau de savon, eau de chaux), les autres pour trempe active (solution très étendue de soude ou d’acide sulfurique).
- Les conditions dans lesquelles se fait l’immersion ne sauraient trop attirer l’attention des trempeurs ; de tous temps, ils connaissent l’importance de l’agitation de la pièce à tremper dans le bain, agitation
- mersion ; si elle est très courte, si elle permet de retirer la pièce encore chaude du bain, l’effet de la trempe est moindre. La trempe interrompue, ainsi pratiquée de façon courante, pour des aciers durs, évite bien des accidents, notamment des « tapures ».
- Qu’est-ce que le revenu? — Le revenu est une opération dans laquelle un produit trempé est porté à une température plus basse que celle de trempe. Des produits ayant subi une trempe active sont généralement soumis à un revenu qui a pour effet de détruire les tensions internes et de provoquer un retour vers l’état d’équilibre stable à la température ordinaire. Donc un produit revenu perdra
- Fig. 4. — Atelier de trempe et revenu des pièces en série.-
- qui, en renouvelant le contact, entre liquide et métal, active le refroidissement; mais encore, faut-il choisir le sens de l’agitation, sans quoi des déformations et de l’hétérogénéité de trempe prennent naissance. Mais il y a plus : il semble bien qu’à la trempe par immersion complète dans un bain doive se substituer de plus en plus la trempe au jet, — l’objet étant placé dans un appareil de forme convenable, et le liquide arrivant en veines puissantes, pour atteindre la pièce en toutes ses parties, chassant devant lui toute vapeur produite. Il apparaît bien que cette méthode donne une homogénéité de propriétés, une sécurité que l’on ne peut atteindre par d’autres modes opératoires. Elle a cependant un grand inconvénient, elle nécessite, en effet, des appareils de formes variables avec les pièces à traiter.
- Inutile d’insister sur l’inlluence de la durée d’im-
- partie des propriétés acquises par trempe. Le revenu est d’autant plus accentué que la température à laquelle est porté le produit trempé est plus élevé, ceci est bien connu ; mais un autre facteur — auquel on fait moins attention — est la durée de ce revenu. Elle a une importance tout aussi grande que la température et l’on peut très bien, en ménageant des temps convenables, obtenir des effets identiques sur un même produit trempé par un revenu à 500° pendant un temps court et un revenu à 500° pendant un temps prolongé.
- On conçoit aisément que l’on ait toujours cherché à supprimer ce complément de traitement qu’est le revenu et que l’on se soit efforcé d’obtenir en une seule opération le résultat désiré; d’où les recettes de trempe douce, trempe à l’huile, trempe aux eaux de savon ou de chaux, trempe à l’eau
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- chaude, à l’eau glycérinée, etc., dont l’emploi est d’autant plus recherché qu’il permet d’éviter l’accident le plus redoutable des traitements thermiques, la fente souvent invisible qui se développe dès que la pièce est mise en service. Mais il est bien des cas où ces trempes douces ne peuvent être employées, soit que le métal utilisé ne s’y prête pas — aciers peu carburés —, soit que la forme de la pièce conduise à une hétérogénéité de trempe, toujours plus à redouter avec les bains peu actifs; car il faut bien ajouter que le revenu a un effet merveilleux, à savoir d’opérer la disparition de l’hétérogénéité de trempe. En un mot, toute question de tapures laissée de côté, une pièce trempée et revenue, présente, toutes propriétés égales, une plus grande sécurité, une plus complète homogénéité, qu’une pièce ayant subi une trempe douce.
- Voici donc bien fixés — autant qu’on peut le faire en aussi peu de mots — les différents facteurs de la trempe et du revenu. Encore un mot sur les méthodes de chauffage et le contrôle de la température.
- On conçoit aisément l’influence considérable du mode de chauffage, qui peut donner de l’irrégularité de température, produire une altération en surface. Notamment, un four mal conduit peut décarburer l’acier, par suite d’une atmosphère oxydante; d’où des modifications considérables, souvent inacceptables, dans les propriétés du produit trempé. L’emploi des fours à gazogène, le chauffage méthodique, lorsqu’il s’agit de trempe en séries, ont faci-
- lité beaucoup l’obtention des résultats constants ; pour les pièces de faible dimension, l’utilisation des bains métalliques fondus — notamment du bain de plomb — ou de sels, conduit à des résultats des plus intéressants, et donne — plus encore peut-être, pour le revenu que pour la trempe — la solution d’une question particulièrement épineuse.
- Ajoutons, enfin, que tout industriel peut et doit, à l’heure actuelle suivre aisément la température de ses fours : rien n’est plus facile que l’emploi du couple thermo-électrique Le Châtelier ou de la lunette Féry, et l’on n’a même plus l’excuse d’un appareil de prix élevé puisque les substitutions au couple platine — platine rbodié de fils beaucoup moins coûteux (fer — constantan — et autres) ont mis ces procédés à la portée de toutes les usines.
- Quant au contrôle du résultat obtenu, il se fait, à l’heure actuelle, sur une telle échelle — on peut dire plus de 500 000 essais par jour — qu’aucune hésitation n’est permise, l’essai de dureté a fait toutes ses preuves, dans tous les milieux ; il a pénétré dans les usines les plus vastes, comme dans les ateliers les plus restreints. Ainsi, la guerre, avec ses fabrications intensives, aura chassé hors de notre industrie un empirisme — que beaucoup combattaient avec vigueur, quelquefois avec insuccès, mais qui ne saurait réapparaître à l’après-
- guerre. Léon Goili.et,
- Professeur au Conservatoire des Arts et Métiers
- et à l’École Centrale des Arts et Manufactures.
- CURIEUSES INFRACTIONS AU SYSTÈME MÉTRIQUE
- DANS L’INDUSTRIE FRANÇAISE
- D’après les idées qui, à la fin du siècle dernier, ont, chez nous, si heureusement présidé à la réforme du système des poids et mesures, toutes les unités de diverses grandeurs dérivent de l’unité de longueur qui est le mètre.
- Il semble qu’en France, berceau de la réforme, confirmée d’ailleurs, depuis lors, par une loi du 4 juillet 1857, le système métrique doive être appliqué sans aucune restriction. Nous étonnerons beaucoup de monde en montrant qu’il n’en est pas ainsi, et pour préciser nous prendrons comme exemple l’industrie textile sous toutes ses formes, parce que dans son détail elle est l’une de celles qui soient le plus en contact avec le grand public.
- Entrez avec moi dans un magasin d’articles de bonneterie. Si vous demandez des bas et chaussettes pour enfants, on vous désigne toujours leurs dimensions en pouces, depuis les articles du premier âge comportant de 4 à 6 pouces jusqu’à ceux pour garçonnets et fillettes variant de 18 à 20 pouces. Il s’agit ici de l’ancien pouce français, dixième du pied, dont la longueur est exactement 0m02707. Ce qu’il y a de plus singulier, c’est qu’à partir de ces tailles, on laisse là les anciennes mesures pour
- désigner les pièces de tricot sous des dénominations assez pittoresques, comprenant pour le sexe faible les dimensions dites « petite femme, femme, grande femme » et, pour le sexe fort, celles de « cadet, page, homme et patron ».
- Suivez-moi dans un magasin d’articles confectionnés. Là, encore, c’est le pouce qui est employé, qu’il s’agisse du tour de taille ou de la longueur de l’article ; seulement, les professionnels emploient cette ancienne mesure dans le langage courant, à la façon dont M. Jourdain faisait de la prose, c’est-à-dire, sans le savoir. La taille « homme » de la bonneterie est appelée ici « taille 56 », ce qui veut dire sans que ces négociants s’en doutent que la longueur de la cheville à la hanche est de 56 pouces; il y a aussi la « taille 58 » correspondant à demi-patron et la « taille 40 » à patron. Lorsqu’il s’agit d’articles confectionnés destinés à l’exportation, les mêmes dimensions sont un peu plus courtes, parce qu’on emploie inconsciemment au lieu du pouce français le pouce anglais qui est de 0m,0255995.
- Ce qu’il y a d’assez anormal dans ces diverses industries, c’est que les mesures de poids y sont
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- bien basées sur le système métrique, tandis que pour les longueurs, on - a continué l’emploi des mesures d’autrelois. Ceci tient vraisemblablement à ce que les anciennes mesures de longueur ont été prises sur une des parties du corps humain que l’on avait près de soi à tout insUini —pouce, main, coudée, pas, pied — alors que ces' points de comparaison ont toujours tait défaut pour les unités de poids : les unités métriques ont remplacé les premières et on a conservé les secondes.
- Dans le commerce des tissus, les anciennes mesures sont rappelées à tout instant par de singulières coutumes. Ainsi, par exemple, à Lyon, toutes les belles soieries se font en 54 centimètres de largeur. Pourquoi pas le chiffre rond qui semblerait plus naturel ? tout simplement parce que la largeur imposée parles anciennes corporations était de onze vingt-quatrièmes de Y aune de 120 centimètres, ce qui correspond à celte mesure dont la dimension a été conservée. Mais ily a mieux que cela et on sera très étonné d’apprendre que c’est encore l’aune qui règle actuellement la largeur de la plupart des tissus de lin ou de coton en France. Toute largeur de pièce de toile est désignée dans le Nord par les expressions 2/3, 5/4, 4/4, 7/8, qui viennent de ce que les largeurs d’a"trefois étaient communément indiquées par la fraction exprimant leur rapport à l’aune de 12l) centimètres; moitié* quart, tiers, huitième, etc.
- L’expression 2/3 signifie 80 centimètres, 5/4 désigne 90 centimètres, etc. Une toile de coton de 155 centimètres dans les Vosges a sa largeur désignée sur les factures par la fraction 9/8, et comme le huitième de l’aune est de 15 centimètres, on constate que neuf fois ce huitième fait bien 155. Ces coutumes ont donne lieu à un amusant quiproquo. Les tapissiers do Paris emploient, parmi leurs tissus d’ameublement, un genre d’étoffe dont la largeur est facturée 15/16, et qui veut dire 15/16 d’aune. Ignorant l’origine de cette dénomination, quelques-uns de ces professionnels l ont traduite à leurs clients « taffetas xve et xvie siècle » ; puis l’habitude en a été prise par d’autres, et depuis ce temps elle est passée dans le langage usuel.
- Avec certains articles nécessaires, ceux du vêtement notamment, on voit reprendre les anciennes mesures et parmi celles-ci la ligne, douzième du pouce, exactement 0 m. 0 022 565. C’est par numéros correspondant à leur largeur en lignes que sont vendus les rubans ei les franges d’or ou d’argent, et qu’est désignée la largeur des boutons et des ceintures de cuir pour dames et enfants. Les numéros 12, 18, 24, qu’on applique à ces articles ne signifient pas autre chose que 12,18, 24 lignes. Les mèches de lampe se vendent également en lignes. Quant aux chaussures, leur pointure s’exprime en quarts de pouce : le 43, par exemple, veut dire 43 quarts de pouce ou 10 pouces 3/4 ou en mesures métriques 29 cm. Avec la pointure des gants, on revient aux pouces: les numéros 7, 7 1/2, 7 1/3,
- 8, etc., désignent des pouces. On se sert.aussi des pouces exprimés en chiffres pour la vente des canevas servant à la tapisserie au petit point : vous achetez un canevas n° 12; si vous appliquez sur cet article un pouce de 27 mm., vous trouvez 12 fils au pouce.
- Du reste, le calcul du nombre de fils entrant dans la composition d’un tissu simple se mesure dans les fabriques et les magasins avec une lentille dont le champ visuel permet de compter les croisures des fils dans un espace déterminé, lequel entièrement ou partiellement correspond toujours au pouce. Mais ce qu’il y a d’original, c’est que les dimensions de cet espace varient suivant les localités : à Roubaix, c’est un carré de 1 pouce de côté; à Lyon, l’un des côtés du rectangle correspond au centimètre et l’autre au quart de pouce ou 0 m. 00 676 748. L’instrument du reste porte d’une manière générale le nom de quart de pouce. Nous n’avons pas besoin de dire cependant que, dans les admiiiLtrations officielles et pour les adjudications publiques, le champ visuel du même instrument est un carré de I cm de côté; il eût été curieux de voir l’État lui-même ne pas se conformer au système métrique.
- Dans l’industrie de la dentelle mécanique, on trouve également en usage de singulières dimensions, mais qui cette fois ont une autre origine. Les pièces de tulle expédiées de Calais ont, en effet, toutes 11 m. 50 de longueur. L’adoption de ce chiffre vient de ce que cette industrie ayant une origine essentiellement anglaise, les premiers fabricants français plièrent leurs pièces sur 12 yards (environ 11 m.) comme à Nottingham; mais, pour compenser la perte subie par le tulle lors de son passage à la teinture ou à l’apprêt, ils ajoutèrent 50 cm de plus. Ce qui rappelle bien du reste l’origine britannique de cette industrie, c’est que dans les fabriques les ouvriers des m< tiers à dentelle travaillant aux pièces sont payés au rack, unité de mesure représentant 1920 battements du métier, enregistrés, du reste, automatiquement pendant le travail sur les machines qui sont presque toutes de construction anglaise : c’est le nombre le plus bas qu’on ait pu trouver qui soit en même temps exactement divisible par le plus de sous-multiples et permettant conséquemment de définir aisément combien de fois il doit contenir le nombre de mailles de dentelles formant le dessin à répéter le long de la pièce.
- Mais l’exemple le plus frappant de l’emploi des anciennes mesures aussi bien que des mesures étrangères, est donné pour l’industrie de la filature sous toutes ses formes, à l’exception de deux ; celle du fil de soie qui, dans ces dernières années, a pu être ramené au système métrique comme nous allons l’indiquer et celle toute moderne de la schappe ou déchets de soie, parce que contrairement aux autres elle à été imaginée après le système métrique lui-même. Mais les filatures de lin, coton, laine et autres, appliquent au numérotage des
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- fils qu’elles fabriquent, des mesures n’ayant aucun rapport avec le système légal, et cela ouvertement. Le numéro du fil de lin, par exemple, est basé sur le nombre d'échevettes de 300 yards compris dans une livre anglaise de 453 grammes, la longueur de ce fil contenue dans un paquet étant invariablement de 560000 yards.
- Pour le coton il y a deux sortes de numérotage, l’un anglais, l’autre français ; mais fort heureusement le français qui représente le nombre de millimètres nécessaires pour obtenir le poids d’un demi-kilogramme, est le plus répandu. En laine, il existe également deux genres de numérotage, l’un dit légal, où le poids fixe est le kilogramme et dans lequel le numéro représente la longueur de fil exprimée en kilomètres; l’autre dit ancien, tout aussi répandu, représenté par le nombre d’éche-vettes d’une certaine longueur nécessaire pour parfaire ce poids d’une livre, c’est-à-dire d’un demi-kilogramme; mais ce qu’il y a de curieux, c’est que la longueur de ces échevetles, basée sur la longueur de l’aune locale, différente suivant les régions, est à Reims de 700 m., à Paris de 710 m., dans le Nord de 714 m. et ailleurs de 1425 m. Pour la soie, le (( titre » autrefois longtemps usité était le nombre de « deniers » que pesait une échevette de 476 m. de longueur, le denier équivalant àO gr. 05 315. Pourquoi 476 m.? simplement parce que cette mesure correspond à 400 aunes. Pour faire adopter un titrage métrique, les Chambres de commerce des régions productrices
- de soie ont usé d’un subterfuge : elles ont décidé d’adopter un numéro légal se rapprochant des anciennes mesures et qui petit à petit est entré dans les mœurs, indiquant le poids en demi-déci-grammes (50 milligr.), pour un écheveau de 451 m. Les habitudes n’étaient guère changées et la réforme a pu être adoptée sans heurls, ni réclamations. Ce qui s’est fait pour la soie pourrait peut-être avoir lieu pour les autres textiles. Il convient à ce propos de se rappeler qu’une loi très ancienne qui n’a jamais, que nous sachions, été abrogée, oblige l’industrie textile à se conformer pour le numérotage de ses fils au système décimal et punit toute infraction d’une forte, amende et même de prison ; mais les tribunaux n'ont évidemment jamais relevé ce nouveau genre de dlit.
- De temps en temps, les journaux nous font savoir que l’Angleterre, considérée comme arriérée en cette matière parce qu’elle en est encore au système duodécimal, manifeste le désir, dans des réunions industrielles ou scientifiques, d’adopter le système métrique. C’est bien possible. Mais il nous semble que, tout en jetant les yeux sur ce qui se passe chez le voisin, nous ferions bien de temps en temps de regarder ce qui se passe chez nous. « Connais-toi toi-même », a dit un philosophe grec. Si cet aphorisme eût été appliqué en France au sujet dont il est ici question, nous ne serions certainement pas tenté de rappeler à ce propos l’histoire toujours actuelle de la paille et de la poutre.
- Alfred Rekouard.
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- L’empire russe est un des pays de la terre les plus riches en houille blanche. C’est à pas moins de 12 millions de chevaux-vapeur qu’une statistique officielle évalue sa puissance hydraulique. Sous ce
- Ferganah et l’extrémité du Tian-Chan dans le Tur-kestan, les disiricts montagneux du gouvernement d’Irkoutsk et de la Sibérie orientale. Très riches également en chutes d’eau sont les vastes territoires
- Ligne de partage des eaux entre /'Océan Glacial d h Mer Blancfie
- Bassin de la Mi va
- Bassin de la r/e/ère de Kola
- Pe/esmozero
- J
- Lac /manc/da -US '/ /w ™ *+-3Ô-nmim /sfJ
- Fig. i. — Profil en long de la presqu'île de Kola, de la mer Blanche
- à l'océan Glacial.
- rapport il occuperait donc le premier rang en Europe, et dans le monde il ne serait surpassé que par les États-Unis et le Canada. Mais jusqu’à présent cette énorme source d’énergie a été laissée sans emploi ou à peu près: lüOUO chevaux-vapeur! voilà à quoi se réduisent actuellement les forces hydrauliques utilisées en Russie.
- Les régions de l’empire possédant les plus grandes ressources hydrauliques sont, cela va sans dire, les chaînes de montagnes. Tels le Caucase occidental et central avec ses énormes glaciers, les massifs du
- relativement peu accidentés du nord-ouest de la Russie d’Europe, la Carélie et la presqu’île de Kola, en d’autres termes les solitudes boisées qui s’étendent au nord du hassin de la Volga et à l’ouest de la Dvina et qui couvrent le gouvernement d’Olenetz et la partie occidentale de celui d’Arkhangelsk.
- Les régions montagneuses sont très éloignées du centre de l’empire; aussi suivant toute vraisemblance, il s’écoulera quelque temps avant que leurs-rivières ne soient aménagées. Par contre, l’achèvement du chemin de fer de Petrograd à l’océan.
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- Glacial offre dès maintenant la possibilité d’utiliser une partie des forces hydrauliques de la Carélie et de la presqu’île de Kola. Cette nouvelle ligne ferrée, on ne saurait trop insister sur ce point, ne présente pas seulement un intérêt militaire pour le
- Fig. 2.
- La Jorét sur les bords de Vlmandra, àRasnavalok. (Phot. de M. Charles Rabot.)
- «
- ravitaillement de la Russie en munitions ; elle possède en outre une importance économique de premier ordre. Ainsi que nous l’avons indiqué dans un précédent article, toute la région qu’elle traverse est couverte de forêts d’arbres verts. j „ _
- Dans la presqu’île de Kola ces forêts sont même restées vierges ; il y a là pour le moins 150 000 km2 de bois magnifiques que la hache n’a pas encore touchés. Grâce au nouveau chemin de fer ces pays, jusque-là isolés du monde, possèdent maintenant un débouché à la fois vers l’intérieur de l’empire par Petrograd et vers l’extérieur par le port créé dans le fjord de Kola et ouvert en toute saison à la navigation.
- Dès lors l’exploitation
- accidenté de rares monticules isolés atteignant à peine 500 mètres d’altitude, bref une terre pareille à l’intérieur de la Finlande voisine. La presqu’île de Kola constitue, elle aussi, une plate-forme de même niveau moyen, mais surmonté dans ses parties occidentale et centrale de gros reliefs isolés s’élevantjusqu’à 1250 mètres. Carélie et presqu’île de Kola forment le bord oriental de la Fennoscandie, le vaste massif primitif qui s’étend en direction méridienne du golfe de Finlande à l’océan Glacial et dans le sens est-ouest de la côte occidentale de Norvège jusqu’à la Dvina et à la mer Blanche, et qui comprend la péninsule Scandinave, la Finlande et le nord-ouest de la Russie. C’est le bouclier baltique de Suess, l’homologue dans l’ancien monde du bouclier canadien. Sur ce socle de roches archéennes comme sur le plateau laurentien du Canada les cours d’eau sont tous formés de lacs
- ü
- Fig. 3.
- La cascade de Padout, formée par la Tulom, à 3 kilomètres en aval du grand lac Notozero.
- (Phot. de M. Charles Rabot.)
- de ces forêts devient praticable ainsi que la création de scieries et de fabriques de pâte de bois. Nous croyons d’ailleurs savoir que le gouvernement russe se préoccupe de la mise en valeur rapide de ces ressources.
- La Carélie ne renferme ni montagnes, ni même de groupes de collines ; elle forme une sorte de plateau bosselé, élevé d’une centaine de mètres,
- étagés, séparés par des seuils qui descendent en cascades et en rapides. Les belles photographies reproduites dans cette notice et qui ont été exécutées par M. Reimers, conseiller honoraire de la Légation de Norvège à Paris, au cours d’un voyage sur le Pasvig mettent en évidence cette disposition topographique. Un lac formé par un barrage rocheux ou morainique, ou encore constitué par un
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- as (*) que son émissaire franchit en un ou plusieurs bonds ; puis de nouveaux lacs suivis de nouveaux seuils et de nouvelles cascades, telles sont les rivières de la Carélie et de la presqu’île de Kola comme celles de la Finlande et de la Suède. Le nord-ouest de la Russie n’a encore fait l’objet d’aucun lever régulier; quelque inexactes et incomplètes que soient les cartes existantes, elles suffisent cependant à mettre en évidence l’abondance des eaux dans ce pays. Partout c’est un enchevêtrement inextricable de réseaux lacustres. Le sol est littéralement criblé de lacs, et combien grands ! Les nappes possédant les dimensions du Léman ne sont
- fusion des neiges. Comme les torrents des pays de montagnes d’altitude moyenne, qui emmagasinent en hiver des quantités énormes de neige, elles ont leur étiage pendant la saison froide et leurs hautes eaux au début de l’été. Les plus bas niveaux s’observent au début du printemps qui n’est que le prolongement de l’hiver, c’est-à-dire en mars et avril. En mai les neiges commencent à fondre, aussitôt les écoulements augmentent pour atteindre leur maximum en juin et juillet. Après quoi se produit une baisse progressive très lente qui ne devient jamais extrême. Les pluies d’été sont relativement abondantes, 80 mm en juin, juillet et
- Fig. 4. — Rapide sur le Pasvik. (Phot. M. Ii. Reimers.)
- pas rares. Et entre tous ces bassins ce sont des séries de rapides. La puissance hydraulique de la Finlande, en eaux moyennes est évaluée à 3 millions de chevaux-vapeur. À égalité de surface la Carélie et la presqu’île de Kola doivent pour le moins être aussi riches.
- Dans la Russie boréale comme en Finlande les chutes d’eau né possèdent qu’une faible hauteur; Rarement les seuils rocheux ou morainiques que franchissent les rivières sont demeurés intacts et donnent naissance à de véritables cascades ; démantelés presque partout ils engendrent seulement des rapides. En revanche les débits sont très abondants.
- Du fait du climat presque polaire régnant dans ces régions, ces rivières de plaine suivent un régime nivale, c’est-à-dire influencé principalement par la 1. Singulier à’âsar.
- août à Kola, alors que le total annuel ne dépasse pas 180 mm. D’autre part, des températures de 25 à 50° au-dessus de zéro ne se manifestant que pendant quelques heures en juillet et en août, et encore pas tous les ans, l’évaporation demeure très faible. Parfois en automne, c’est-à-dire pendant la seconde quinzaine d’août ou durant le mois de septembre, ou encore en octobre, il se produit un relèvement des débits, engendré soit par des pluies, soit par la fusion des neiges précoces. Ajoutons que partout le sous-sol rocheux est imperméable. Pour toutes ces raisons les courbes des débits ne dessinent pas de « creux de sécheresse ». Une seule rivière de ces régions, le Pasvik, l’émissaire du grand lac Enara en Finlande, qui dans sa partie moyenne et inférieure forme un chapelet de six bassins étagés et qui dans ces dernières régions
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- 202 —..... ... . LA HOUILLE BLANCHE EN RUSSIE
- marque la limite entre la Russie et la Norvège, a été étudiée. Par les soins du service hydrologique norvégien il est depuis plusieurs1 années procédé à des lectures quotidiennes d’échelle dans une station établie sur le cours inférieur du fleuve. Ces observations mettent eu évidence la régularité de son régime. Le 1er janvier 1915 le Pasvik marque 1 m. 53 et le 12 avril il atteint son étiage, soit 1 m. 10. Deux mois plus tard, le 21 juin, on observe son plus haut niveau :2m 36 ; ensuite le fleuve décroit régulièrement jusqu’à 1 m. 24 le 31 décembre. En 1913 et 1914 s’est produit après le maximum un léger relèvement de la courbe, déterminé par les causes indiquées plus haut. Ainsi en 1913, après être descendu à 1 m. 64 le 1er août, douze jours plus tard le Pasvik est remonté à 1 m. 98 ; pareillement en 1914, le 4 octobre il a marqué 1 m. 73 après être descendu à 1 m. 64 le 24 septembre. Ce sont donc des condilions très favorables à l’utilisation de ces rivières; mais il y a une ombre au tableau.
- Le climat de la Carélie et de l’intérieur de la presqu’île de Kola est très rigoureux. Le thermomètre y descend à 40° sous zéro. Non seulement l’hiver est très froid, mais encore il est très long. Les glaces s’établissent sur les lacs en novembre et ne disparaissent souvent qu’à la fin de juin. A l’échelle établie sur le Pasvik la durée de la prise du fleuve varie de 6 mois et demi à 7 mois et 6 jours, et cette partie de la vallée appartient à une zone privilégiée, notablement moins froide que la Carélie. Ces vicissitudes climatiques obligeront donc les ingénieurs à adopter des dispositions spéciales dans la construction des canaux d’amenée et des chambres. Dans les usines construites au milieu de montagnes de Norvège et de Suède où la température est déjà très rigoureuse en hiver, pour être défendus contre le froid, ces ouvrages ont été construits souterrai-nement. Mais en Carélie et dans l’intérieur de la presqu’île de Kola, le thermomètre descend beaucoup plus bas qu’en Norvège. Dans ces régions des minima de —40° se produisent.
- Il n’existe aucun inventaire des forces disponibles dans la Carélie et la presqu’île de Kola, et il est impossible d’en établir un actuellement. On n’a point encore exécuté .de jaugeages et tant que les nivellements opérés pour la construction du chemin de fer de Pétrograd à Kola n’auront pas été
- publiés, on ne disposera pour la détermination des hauteurs de chute que de très rares cotes dépourvues de précision, surtout pour la Carélie. Néanmoins, les quelques mémoires publiés par les rares géographes et géologues qui ont parcouru ces régions, montrent l’étendue des ressources hydrauliques qu’offrent la Carélie et la presqu'île' de Kola à proximité immédiate de la voie ferrée. Exemple : le Kemijokk, un puissant fleuve de la Carélie que franchit le chemin de fer à Kem, sur une distance de 125 km environ, depuis sa sortie des grands lacs de l’intérieur ju-qu’à son embouchure dans la mer Blanche, ne forme pas moins de dix-neuf rapides dont plusieurs longs de 5, 6 et même de 7 kilomètres. La chute totale sur ce parcours doit être d’une centaine de mètres. Tous les cours d’eau côtiers de la rive méridionale de la mer Blanche coupés par la ligne présentent la même abondance de chutes.
- Dans la presqu’île de Kola, le long même du chemin de fer, les forces hydrauliques sont encore plus considérables. Pour celte région, grâce aux nivellements barométriques exécutés par nous-même en 1885 et ultérieurement par des expéditions scientifiques russes et finlandaises, on possède quelques indications sur les hauteurs de chute.
- Pour passer de Kan-dalaks, c’est-à-dire de l’extrémité occidentale de la mer Blanche à Kola, la voie ferrée emprunte un large et profond sillon ouvert en direction méridienne dans toute l’épaisseur de la presqu’île et occupé par deux vallées lacustres s’écoulant en sens inverse, celles de la Niva et de la rivière de Kola. La première qui se déverse au sud dans la mer Blanche, longue de 150 km, présente un étagement de quatre biefs. Le plus septentrional est occupé par le Pelesmozero (ozero, lac en russe) et se trouve à 120 m. d’altitude environ, le second, à la cote 116 (moyenne de dix observations barométriques) est formé par le lac Imandra long de plus de 100 km. A partir de l’extrémité méridionale de ce bassin, le sol présente une déclivité très accusée; sur une distance de 35 km, la Niva descend en deux étages, la différence de niveau entre l’Imandra et la mer Blanche, soit 116 m. Le premier sis à 5 km en aval de l’Imandra est marqué par le Pinozero (altitude : 95 m., différence de niveau 11 m.), le second par un tronçon calme de la Niva, à 5 km et à une dizaine de mètres plus bas. L’Imandra aurait une
- Fig. 5. — Sur le Pasvik. Ilalage d'un canot sur un chemin de rondins pour contourner une cascade.
- (Phot. M. H. Keimers.)
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- LA PRODUCTION LÉGUM1ÈRE RESSOURCE DE GUERRE
- superficie triple de celle du lac de Genève et dans cette évaluation n’est pas comprise une longue digitation occidentale du lac qui n’a jamais été encore visitée, à notre connaissance du moins. Cet énorme bassin, s’il est très étendu, ne possède en revanche qu’une très médiocre profondeur. Les plus grands creux sondés ne dépassent pas 50 m. ; presque partout l’épaisseur de la tram he d’eau n’est pas supérieure à 2 ou 5 m. Quoi qu’il en soit, la Niva entre l’Imandra et la mer Blanche constitue une très puissante source d’énergie.
- A ce point de vue, la rivière de Kola, longue de 150 km environ, qui draine le versant nord de la dépression est non moins bien partagée. De son lac supérieur, le Kolozero, sis à 155 m., elle descend à l’océan Glacial par un escalier de quatre marches principales; deux sont occupées par des nappes d’eau, le Poulozero (altitude 110 m.) et le Mourdozero (100 m.) ; les deux autres par des tronçons de rivière calme entre des seuils. Le dernier barrage dù à d'énormes dépâts morainiques se trouve immédiatement en amont de Kola.
- D’après cela, il est permis de penser que les ressources hydrauliques de la Niva et de la rivière de Kola*sont suffisantes pour permettre l’électrification du chemin de fer, tout au moins dans la section Kota-Kandalaks et l’installation d’autres usines hydro-électriques sur Kurs rives. Nous n’avons indiqué que les chutes situées le long de la ligne, mais cette liste n’est nullement limitative. Comme la Niva et la rivière de Kola, les affluents de l’Imandra donnent naissance à de nombreux rapides. Du massif de l’Oumbdek ( 1000 à 120ü m.) situé sur ,1a rive orientale du lac et que longe la voie ferrée, descend un torrent issu d’une nappe
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- d’eau. Sa hauteur de chute totale doit atteindre 500 m. Très certainement, le bassin versant de l’Imandra renferme une puissance disponible s’élevant à des centaines de mille de chevaux-vapeur.
- Très riche également en force hydraulique est la rivière de Tulom qui débouche, comme la rivière de Kola, dans le Ijord de Kola et qui forme la décharge du'Nolozero. A 5 km environ de ce réservoir et à 60 km environ de l’extrémité supérieure du fjord ce cours d’eau forme à Padout nue véritable chute. Il saute un barrage rocheux d’une quinzaine de mètres pour le moins. Tous les fleuves de la presqu’île de Kola constituent d’ailleurs de très abondants réservoirs de houille blanche. A ce point de vue, le Pas\ik qui dans son cours inférieur trace la frontière entre la Russie et la Norvège mérite tout particulièrement de retenir l’attention. Cette dernière partie de sa vallée renferme six lacs étagés dont les eaux se déversent par-dessus des seuils rocheux. Entre la mer et la troisième nappe à partir de l’embouchure, le Bosi-jauri ; il existe ainsi cinq chutes dont la hauteur vraie de 7 à 10 m. environ. Jusqu’ici la Russie et la Norvège ne sont pas parvenues à se mettre d’accord pour employer les forces considérables produites par ce fleuve-frontière; il serait à souhaiter qu’une convention puisse intervenir dans l’intérêt même des deux riverains.
- L’utilisation des ressources hydrauliques de la Russie boréale préoccupe même les Américains; aussi doit-on ardemment souhaiter que nos industriels abandonnant leurs habitudes de prudence excessive ne refusent pas de participer à la mise en valeur de ces pays dont l’avenir apparaît plein de promesses. Charles Rabot.
- LA PRODUCTION LÉGUMIÈRE RESSOURCE DE GUERRE
- A-t-on suffisamment compris, chez nous, la nécessité, pour chacun, de faire un effort en vue d’augmenter les ressources du pays? Sait-on que c’est accroître la force de résistance de la nation que de dépenser moins ou de produire plus? Chacun en examinant ses actes peut-il dire : j’ai fait ceci, j’ai obtenu cela?
- Certes, beaucoup de louables efforts sont faits, mais il en reste infiniment d’au res à accomplir. Et quelle est la force d'un peup e qui du plus riche au plus humble, du plus grand au plus petit dit : je veux, et tend tout sou esprit, toute sa volonté comme toutes ses forces vers ce but qui devient son unique préoccupation : fournir à la France le moyen de résister et de mener cette guerre jusqu’au bout!
- Parmi les préoccupai ions multiples, celle de l’alimentation joue un grand rôle. Et ce n’est pas parce que nous trouvons encore de tout sur nos marchés que nous ne devons pas songer à produire nous-mêmes. Augmenter la production, réduire les transports, c’est économiser des forces vives et créer des ressources.
- Nous connaissons tels jardins, tels coins de parcs qui, cette année, au lieu de s’orner de somptueuses corbeilles, produiront des légumes. L’exemple est à suivre.
- Il n’est pas de serre, si réduite soit-elle, si mal exposée puisse-t-elle être, qui ne soit en état de produire des légumes pendant la belle saison.
- Sait-on qu’un maraîcher des environs de Paris, ce maître de la production, tire bon an mal an, 10 fr. de produits par mètre carré? Certes vous n’arriverez pas, pour un coup d’essai, à obtenir autant. Mais rassurez-vous, lès moindres efforts seront encore couronnés de succès et dites-vous que la plus modeste corbeille que vous plantiez en géraniums ou en bégonias au prix d’une dépense élevée, vous rapportera facilement quelques kilogrammes de haricots verts délicieusement frais ou quelques litres de haricots secs constituant une utile provision.
- Bien des légumes sont à faire. Encore ne faut-il pas se lancer dans des essais fantaisistes, coûteux et improductifs. 11 faut faire de la culture pra-
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- tique. Pour réussir, il suffil d’avoir en main un guide sur et précis où chaque point essentiel est indiqué.
- En principe, la nature du sol importe peu. Les légumes viennent en toute terre pourvu qu’elle soit fumée si elle est trop pauvre. Ce qui importe plus c’est son exposition. L’action directe du soleil est nécessaire. Vous n’obtiendrez presque rien à l’ombre des grands arbres. Cependant vous réussirez encore à faire venir certains produits : tels les haricots, les choux raves, la chicorée sauvage, les bettes, les poireaux.
- Si vous disposez d’un terrain en plein soleil alors faites des pommes de terre avant tout. Plantez des tubercules germés, de bonne heure et dès juin vous récolterez. Semez radis, carottes, oignons, salades diverses, pois, et encore des haricots qui, choisis parmi les bonnes variétés, s’accommodent de tous terrains et rendent de si grands services à l’alimentation.
- En culture potagère plusieurs points sont essentiels. D’abord le choix de la variété, chacune d’elles étant, par sélection, adaptée à une fonction spéciale. Puis, l’époque du semis; semées trop tôt les
- plantes gèleront ou lèveront mal, trop tard, elles n’auront pas le temps de venir. A cet égard, le choux vulgaire ne réussit jamais s’il n’est semé à l’époque voulue et pourtant sa culture est simple pour qui observe la règle de la pratique. Nous nous sommes appliqués à fixer ces règles d’une façon précise (*) et en ne s’en écartant pas on réussira toujours.
- Les professionnels se livreront cette année, comme de coutume, à la production de tous les légumes si variés et souvent si exigeants. Mais les nouveaux venus à la culture ne devront s’exercer qu’à produire des végétaux qui d’une part constituent la base de l’alimentation et qui n’exigent, pour venir à bien, que des soins que chacun peut fournir. A cette condition leurs efforts seront couronnés de succès.
- Signalons enfin que les collectivités devront s’adresser à la Ligue du Retour à la terre (2) qui leur fournira toute l’aide nécessaire pour conduire à bien leur utile et patriotique entreprise.
- J. Dybowski.
- Professeur à l’Institut national agronomique.
- UN NOUVEAU TRAITEMENT RATIONNEL DE LA MYOPIE
- On sait que la myopie est due à un allongement du diamètre antéro-postérieur de l’œil et, comme
- Ces modes de traitement sont de deux ordres :
- Le premier, généralement employé, consiste à corriger le défaut par le port de verres. Une lentille biconcave placée en avant de l’œil reporte l’image plus en arrière et si elle est appropriée au degré de myopie vient faire converger les rayons sur la rétine elle-même.
- Les seconds, traitements curatifs, sont d’inégale valeur, c’est pourquoi jusqu’ici ils étaient réservés aux myopies fortes et pour éviter la production des complications. C’est ainsi que successivement on a pratiqué la section de certains des muscles moteurs du globe oculaire pour combattre la compression qu’ils exercent et l’extraction du cristallin. Mais ces procédés restaient des procédés d’exception.
- Tout autre est le procédé que l’on peut décrire sous le nom de traitement par la gymnastique de l’œil et dont la première idée revient au professeur Hirschmann.
- L’œil étant trop long, il faut le raccourcir, et pour cela exercer une pression continue ou discontinue sur
- conséquence, à un déplacement de l’image qui vient se constituer en avant de la rétine et d’autant plus loin de celle-ci que le degré de myopie est plus marqué. La myopie est causée par un œil trop long; c’est la notion qu’il faut garder présente à l’esprit pour comprendre les divers modes de traitement de cette infirmité.
- le globe oculaire de manière à redonner à la membrane extérieure, la sclérotique, toute son élasticité latérale indispensable, et lui faire récupérer sa résistance à la pression musculaire exercée par les
- 1. Traité de culture potagère, petite et grande culture. Masson et Cie, éditeurs, T20, boulevard Saint-Germain.
- 2. 15, rue de la Ville-l’Evêque, Paris.
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- muscles voisins. C’est à ce but que répond l’appareil présenté à Y Académie de Médecine, le 16 janvier dernier par MA1. Bacchi et d’Ansan (fig. i et 2).
- L’appareil a la forme générale d’une paire de lunettes dans laquelle les verres sont remplacés par des tampons dont la pression est réglable, un appui fait contre-pression sur le nez. Au point de vue opératoire, on exécute à la chambre obscure des séances de pression de 1 à 2 secondes avec repos de 1 à 2 secondes pendant 10 minutes. Les séances sont répétées aussi souvent qu’il est nécessaire et d’autant plus longtemps que le sujet est plus âgé.
- Le traitement par cette méthode semble procurer une amélioration notable ; je n’en veux pour exemple que l’observation suivante : un homme de 55 ans (âge défavorable) ne pouvait lire avant le traitement au delà de 0 m. 29 ; après les séances de gymnastique, sa vue lui permet de lire les mêmes caractères.à 1 m. 60. Les complications seraient soit prévenues, soit améliorées par ce traitement, notamment le décollement de la rétine.
- Quel que soit l’avenir de cette méthode, et elle semble en avoir, elle mérite de retenir l’attention.
- A.-C. G.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séances du 26 février et 5 mars 1917.
- Nécrologie : Achille Müntz. — Achille Müntz, membre de l’Académie des Sciences dans la section d’Économie rurale, né à Soultz-sous-Forèt (Bas-Rhin), le 10 août 1846, est mort le 20 février 1917. Élève de Bôussingault, il a continué fructueusement dans la même voie, en appliquant à l’exploitation agricole les ressources de la physiologie, de la physique et de la chimie. On lui doit des travaux importants sur le rapport qui existe chez les animaux entre l’alimentation et la production du travail. Avec Schloesing, il a expliqué la formation des nitrates dans le sol par l’intervention d’un microbe oxydant, d’une ténuité extrême. Il a étudié la composition de l’air et sa teneur en acide carbonique, en cherchant les modifications que présente cette composition suivant l’altitude et la latitude. Il a montré ainsi la diminution considérable de l’acide carbonique au voisinage de l’Antarctide en l’expliquant par un abaisse-ment de température et une augmentation de solubilité qui en résulte. Il a également découvert la présence de l’alcool dans notre atmosphère. Enfin ses travaux sur la viticulture sont devenus classiques.
- Jean-Gaston Darbnux, né à Mmes le 15 août 1842, secrétaire perpétuel de l’Académie des Sciences, a commencé par des travaux d’analyse mathématique ; il s’est occupé ensuite de géométrie pure, puis de géométrie analytique, enfin de géométrie infinitésimale. Il était surtout connu par ses traités de géométrie. Ses travaux lui avaient valu d’appartenir à 25 académies étrangères. D’un aspect sévère comme l’a rappelé M. d’Arsonval dans son éloge funèbre, autoritaire par tempérament, ainsi que l’a signalé ensuite son collaborateur M. Lacroix, il a, pendant près de dix-sept ans, exercé une influence très active sur l’administration intérieure de l’Académie des Sciences.
- Un parasite de l’homme. — On désigne souvent /’Aspergillus glaucus comme un parasite de l’homme. Ce nom désigne, non une espèce, mais une forme d’ap-
- pareil de dissémination, réalisée par plusieurs Eurotium. Ainsi l’Eurotium malignum, signalé dans l’oreille. On a également signalé à diverses reprises VEurotium repens, qui n’est pas à proprement parler un parasite, puisqu’il ne végète pas à 57°,5, mais qui, après avoir été introduit accidentellement dans les voies respiratoires, et digestives, peut y être saisi par les phagocytes et entraîné ainsi par la circulation jusque dans la profondeur de l’organisme. M. Yuillemin étudie un autre champignon analogue, Y Eurotium Amstclodami qui a provoqué, chez des infirmières, des cas de tourniole particulièrement rebelle et dont on a pu réaliser la culture à 57°, par conséquent dans les conditions de l’organisme humain.
- Élection. — L’Académie, reprenant ses élections interrompues depuis la guerre, élit dans la section de botanique, en remplacement de M. Prillieux, M. Henri Lecomte, professeur au Muséum et explorateur, par 24 voix, contre 20 voix à M. Dangeard, professeur à la Sorbonne.
- Polarisation rotatoire. — M. Paul Gaubert continue ses études sur les cristaux liquides. Pour mesurer leur pouvoir rotatoire, il leur superpose des sphérolites à croix noire, dont les bras de la croix coïncident avec les fils croisés du réticule placé dans l’oculaire. En lumière monochromatique, les bras de la croix se déplacent dans un sens ou dans l’autre suivant le sens de la rotation, et la mesure du déplacement permet de mesurer le pouvoir rotatoire. Le procédé permet également d’étudier la polarisation circulaire. Deux quadrants opposés du sphéroïde sont alors plus colorés que les deux autres. En employant des cristaux liquides qui présentent la surfusion, on voit la couleur observée par réflexion se modifier peu à peu avec la température et on constate que la substance, d’abord dextrogyre, devient ensuite lévogyre, avec une phase intermédiaire où le pouvoir rotatoire disparaît.
- LE SAUVETAGE DES ÉPAVES. LE SOUS-MARIN F-4
- La guerre atroce que font les Allemands aux navires de toutes les nations a remis la question du relevage des épaves au premier rang des préoccupations des ingénieurs. Tous les millions qui gisent au fond de la mer, soit sous forme d’espèces monnayées, soit sous forme de navires et de
- marchandises, sont-ils perdus à tout jamais? La plupart des bâtiments coulés reposent à des profondeurs relativement faibles, beaucoup d’entre eux à moins de 90 m. en dessous de la surface des flots. Le Lusitania, par exemple, torpillé le 7 mai 1915 à 12 milles au sud de Rinsale (Irlande),
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- repose par 85 m. d’eau et renferme dans ses chambres de soute au moins 5 millions en or et bijoux et plusieurs millions de valeurs négociables. Dans la Manche, beaucoup de bateaux torpillés ou
- coulés par les mines sont à moins de 40 m. de profondeur. Citons encore, parmi les trésors connus ainsi perdus... momentanément peut-être, le Minda coulé par suite d’une collision avec Y Admirai t'ar-ragut à l’est du cap Charles dans 91 m. d’eau ayant à son bord pour plus de 5 000 000 de lingots et de titres,
- Ylrlander disparu dans 98 m. d’eau sur les côtes de l’Alaska avec 10 000 000 d’or,
- YOceania sombré en 1912 au large de Beachy Head avec 10 000000 en or et en argent composant une partie de l’emprunt chinois, le Titanic et la fameuse Hotte espagnole de 17 galbons coulés dans la baie de Vigo avec plusieurs centaines de millions de lingots d’or sur lesquels plus de la moitié n’ont pas encore pu être recueillis.
- Par suite des récents perfectionnements apportés aux appareils des scaphandriers par le Ministre de a Marine des États-Unis et le succès du relevage du sous-marin F4 on peut espérer arriver un jour à recouvrer tous ces trésors et relever les palais flot-
- tants, les vaisseaux de guerre et même les humbles cargos. Aussi les deux compagnies qui viennent de se former en Amérique dans ce but, Yfnier Océan Submarine Engineering C° et la Deep Sea Salvage
- Corporation sont-elles fondées à escompter de fructueuses opérations.
- Jusqû’en 1914, la profondeur maxima à laquelle les scaphandriers avaient pu descendre et travailler était de 64 m. Ce record, établi par deux officiers anglais, date de 1907.
- On comprendra la difficulté de la question lorsque l’on saura qu’à une profondeur de 50 m. la pression qu’exerce l’eau est de 5,4 kg par centimètre carré de la surface des corps et qu’à 90 m. elle est de 9 kg! Malgré cette 'énorme pression, les scaphandriers des États-Unis ont réussi à descendre à cette profondeur et à y rester de 5 à 20 minutes se livrant à un examen sérieux et à des observations suffisamment précises
- pour permettre le relevage de l’épave. Le record ainsi atteint est double pourrait-on dire, car le sous-marin qui dans le cas considéré faisait l’objet de la tentative a pu être ramené à la surface.
- Autrefois on faisait parvenir l’air au scaphandrier à l’aide d’une pompe à main; la distribution se faisait de la surface et le scaphandrier devait fournir
- Fig. i. — Le scaphandre pour travail à grande profondeur de la marine des États-Unis. L’homme indique de la main gauche la valve de réglage de l’admission d’air.
- Fig 2. — Les caissons de relevage sur le pont du transport qui les amena sur les lieux du sinistre.
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- les indications nécessaires. D’après la nouvelle méthode, le tuyau conducteur d’air est relié à un cylindre d’air comprimé sous forte pression et le plongeur lui-même en agissant sur une valve que porte son plastron règle la quantité d’air suivant ses besoins.
- La nécessité d’avoir une pression d’air dans le scaphandre pour compenser la pression extérieure de l’eau qui écraserait le plongeur est ce qu’il y a de plus dangereux dans le travail du scaphandrier. En effet la pression qu’il doit supporter pour contre-balancer celle de l’eau est de 4 at-mqsphèçs pour une profondeur de 30 m. et de 12 à 13 atmosphères pour une profondeur de 90 m. ! .Lorsqu’on est soumis à de pareilles pressions, on est exposé aux dangereux effets physiologiques auxquels on a donné le nom de « mal du caisson » et dont nous avons entretenu déjà nos lecteurs (*). Aussi comprend-on la valeur qu’ont les expériences faites
- par le Ministère de la Marine américaine et qui permis
- à1 la surface après 4 h. 1/2 de plongée don. 3 heures 40 minutes à une profondeur variant de 76 à 91 m. ! Aussitôt revenu à la surface on le plaça dans la chambre de compression. Pendant un certain temps il fut très malade mais finit par se rétablir, démontrant ainsi qu’un être humain peut rester à ces extrêmes profondeurs pendant un temps très long et qu’en le soumettant à une décompression lente et graduelle, il peut revenir à son état normal.
- Fig.
- Disposition des caissons autour du sous-marin.
- A côté des enseignements et des perfectionnements relatifs aux scaphandres, l’opération du relevage du sous-marin F^ coulé lé 25 mars 1915 au large du port de Honolulu (îles Sandwich), par 91 m.de fond, mérite d’être étudiée en elle-même car la méthode employée avec succès est sans doute applicable dans un grand nombre de cas.
- On avait d’abord à choisir entre deux systèmes différents : soit opérer avec des caissons superficiels, soit utiliser des caissons foncés. Dans le premier cas, la mer elle-même est le facteur principal de l’opération. Si les marées sont fortes à l’endroit du sinistre, au moment de la marée basse, lorsque la distance entre la surface de la mer et
- l’épave est minima, les câbles qui relient les caissons à l’épave sont raidis. À la marée haute, les caissons qui sont soulevés par le flot élèvent l’épave d’une certaine hauteur. On remorque rapidement l’ensemble de façon à l’échouer à une profon-
- Fig. 4. — Comment les caissons ont été foncés autour de /’F-q.
- mer dans laquelle peuvent être entreprises les explorations. Un fait particulièrement intéressant le prouve.
- Lors du relèvement du sous-marin F* sur lequel nous allons d’ailleurs revenir, un des scaphandriers eut son appareil enchevêtré de telle sorte que lorsqu’il voulut remonter, il ne put arriver qu’à 76 m. de la surface de la mer. Après être redescendu au fond et avoir pris de nouvelles dispositions, il essaya de remonter mais dut encore s’arrêter à la même profondeur. On envoya alors à son secours un autre plongeur qui parvint à le libérer. Il remonta
- 1. Voy. la Nature, n° 2205.
- deur moindre avant que la marée ne commence à descendre et on recommencera l’opération.
- Lorsque la marée ne donne que des différences de niveau insignifiantes, comme c’est le cas en pleine mer, on remplit Ls caissons d’eau de façon à augmenter de quelques mètres leur tirant d’eau, on raidit les câbles, puis on vide les caissons à l’aide de pompes; leur flottaison diminue et si le poids d’eau enlevé est supérieur à celui de l’épave, celle-ci est soulevée et on peut la remorquer vers un fond moins considérable où l’on recommence la même manoeuvre.
- Dans le cas du sous-marin Ft, les ingénieurs se
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- sont arrêtés à une troisième solution. Six grands cylindres pontons de 9 m. 55 de long et d’un diamètre variant de 5m. 35à3m. 65 furent foncés en les remplissant d’eau de façon à venir reposer le long du sous-marin et de chaque côlé comme l’indiquent les figures 5 et 4. Les scaphandriers amarèrent ces pontons après le sous-marin à l’aide d’énormes chaînes de fer dont le passage sous le bâtiment naufragé fut des plus pénibles et dont la fixation après les caissons nécessita une étude toute spéciale.
- A l’aide ded’air comprimé que l’on emprunta à des réservoirs de torpilles dans lesquels la pression initiale est de 150 atmosphères, on chassa l’eau des pontons qui revinrent flotter à la surface élevant avec eux le sous-marin que l’on put ensuite ramener au port.
- La méthode que nous venons d’indiquer peut donc, d’après l’expérience, convenir pour relever les épaves de 260 tonnes au moins, même lorsqu’elles sont échouées à de grandes profondeurs. Mais le même procédé peut-il être appliqué dans le cas de bâtiments de grandes dimensions?
- La réponse n’est guère facile à donner et à vrai dire le nombre des sauvetages de bateaux coulés par fonds moyens n’est pas très élevé. En général, le navire est simplement échoué, ses superstructures sont visibles et la blessure ayant occasionné le sinistre facile non seulement à découvrir mais encore à fermer. Il s’agit alors plutôt de renflouer le navire que de l’arracher aux profondeurs de la mer.
- Dans quelques cas particuliers cependant l’opération a nécessité la mise en œuvre de moyens puissants, mais alors ceux-ci étaient appropriés aux circonstances spéciales du problème et on n’en peut
- tirer d’utiles indications générales. Comme exemple on peut citer le sauvetage du cuirassé Maine dont l’explosion et le naufrage à Cuba furent une des causes de la guerre hispano-américaine. Le procédé employé et que La Mature a décrit en son temps a consisté à construire un véritable mur entourant l’épave et le séparant de la mer. Une fois cette enceinte hermétiquement close, l’intérieur du bassin ainsi constitué fut' vidé et l’épave reposant sur le
- fond put être renflouée et examinée comme un navire sur une cale de radoub.
- Triste examen d’ailleurs et qui est propre à enlever leurs illusions à ceux qui rêvent de voir voguer de nouveau sur les flots, après une réparation rapide, les magnifiques transatlantiques que les barbares modernes ont détruit. C’est qu’en effet l’eau de mer est un ennemi terriblepourtous les corps qu’elle désagrège rapidement, ronge inlassablement jusqu’à les transformer en une masse informe qu’elle résorbe finalement.
- Les paquebots ont besoin pour que leurs coques, attaquées par les animalcules qui fourmillent dans la mer, et par les sels qu’elle renferme, ne soient pas perforées trop vite, d’être à chaque voyage recouverts d’une couche protectrice de peinture qui elle-même résiste la durée d’une traversée seulement.
- Aussi peut-on imaginer les ravages que causera l’eau de mer aux machines, aux charpentes en bois ou en métal, aux coques, à tous les organes moteurs d’une de ces cités mouvantes qui reposent maintenant sur les fonds de l’Océan. Elles ne seront plus guère que de la vieille ferraille et seul l’or, le métal éternel, gardera intact pour les sauveteurs sa valeur et son attrait. H. Volta.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahdre, rue de Fleuras, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 2271.
- 7 AVRIL 1917.
- LE « WOOLWORTH BUILDING »
- Le (( Woolworth Building » de New-York, commencé en 1911 et aujourd’hui complètement terminé, est bien la plus haute et la plus grande maison qui existe au monde. Il dépasse de beaucoup les autres sky-scrapers, les autres gratte-ciel, déjà si nombreux en Amérique et particulièrement à New-York.
- Nous nous demandons parfois l’utilité de bâtir de ces maisons monstres, nous qui sommes habitués tout au plus aux immeubles de sept étages, et nous avons tendance à n’y voir qu’une manifestation de l’amour de la nouveauté et du grandiose chers
- tion formidable. New-York seul compte 5 millions d’habitants, et sa banlieue, dans un rayon de 100 milles, est encombrée d’usines et d’industries de toutes sortes.
- Le centre de la ville, la Cité, est construit le long de l’île Manhattan. Dans sa partie sud, le district de Wall Street, se trouvent rassemblés tous les services importants, toutes les grandes affaires. Le terrain y a acquis une valeur fantastique, ce qui a conduit à lui chercher le meilleur rendement. On a été ainsi amené à élever de plus en plus les édifices qui ont passé en l’espace de trente ans d’une
- Fig. i. — Le quartier des grands sky-scrapers de New- York; à gauche, le « Woolworth Building ».
- aux Américains. Ce n’est cependant pas le désir d’étonner par la hardiesse et l’habileté des ingénieurs qui a conduit à construire cette maison de 55 étages.
- Comme les autres gratte-ciel, ses voisins, elle répond à une nécessité.
- La plupart des grandes industries, des grandes affaires commerciales et financières ont leur centre à New-York, ou tout au moins une succursale, des bureaux, des dépôts. Les chemins de fer, les mines, les banques, les principales usines et manufactures entretiennent des représentants dans le grand centre des États-Unis, l’immense port»en eau profonde est la grande voie de communication avec l’Europe, de nombreux chemins de fer y aboutissent; tout contribue à faire de New-York la métropole des immenses États de l’Amérique du Nord. Cette situation privilégiée, aussi bien au point de vue national qu’international, a groupé là une popula-
- hauteur maxima de 8 à 10 étages à celle du Woolworth Building : 55.
- L’aspect de cette partie de New-York s’en est trouvé transfiguré (fig. 1). Aujourd’hui, les immeubles de 15 étages sont chose commune, beaucoup en ont plus de 20 et plusieurs plus de 30.
- Ces nouveaux gratte-ciel sont tous construits en acier et leurs murs extérieurs reposent à chaque étage sur des poutres et des colonnes d’acier ; tous sont amplement pourvus d’ascenseurs et de monte-charge rapide.
- Aucun n’est plus intéressant à étudier en détail que le plus grand et le dernier construit, le Woolworth Building, dont M. Frank W. Skinner vient de décrire les détails de construction dans Engineering. Nous emprunterons à soh étude les renseignements suivants :
- Le Woolworth Building a été réalisé sur les
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- plans de l’architecte Gilbert. Sa construction a coûté 60 millions de francs. Il occupe une surface de 2680 m2, limitée par trois voies, Broadway, Barclay Street et Park Place. Jusqu’au quatrième étage, l’immeuble occupe toute cette surface ; au-dessus, la construction prend la forme d’un U limitant une cour intérieure de 28 m. 8 de long sur 10 m. 5 de large. Au-dessous du sol, les bâtiments sont utilisés jusqu’à 11 m. de profondeur. À parlir du trentième étage, l’immeuble diminue de surface et n’occupe plus qu’une tour de 25 m. de côté qui s’élève verticalement jusqu’au quarantième étage. Elle se rétrécit à 20 m. jusqu’au quarante-septième étage, puis à 20 m. sur 18 jusqu’au cinquantième. Au-dessus, s’élève une pyramide de 51 m. de haut divisée en cinq étages, surmontée d’une lanterne. La hauteur totale au-dessus du sol est de 228 m.; le bloc tout entier, y compris les fondations, atteint 275 m, presque celle de la Tour Eiffel.
- Il domine donc de beaucoup tous les autres gratte-ciel de New-York.
- Les murs extérieurs sont en pierre de granit régulièrement assemblées jusqu’au quatrième étage, les murs y sont recouverts de terre cuite, les surfaces inclinées sont recouvertes de cuivre et celles planes sont carrelées. La charpente repose sur des piles enfoncées jusqu’au roc. Tous les murs et planchers sont supportés par des colonnes et des poutres d’acier. Jusqu’au premier étage, ils sont en ciment armé épais de 12,5 cm. Les étages supérieurs ont leurs murs creux supportés par des poutres d’acier. Les étages de bureaux sont enduits de ciment; les salles de toilette sont carrelées et leurs murs recouverts de marbre blanc. Les escaliers sont tout en fer, les couloirs en marbre.
- Les fenêtres sont en cuivre, les portes et les ornements en métal, l’entrée principale en marbre et fer (fig. 5).
- La circulation dans cet immense immeuble est assurée par 24 ascenseurs à grande vitesse, 2 monte-charge et un ascenseur spécial pour la tour. Celui-ci qui a le plus long trajet parcourt 211 m. en hauteur. Les câbles d’acier nécessaires à l’équipement de tous ces ascenseurs ont une longueur de 42 km. La force motrice est assurée par six chau-
- dières d’une puissance totale de 25 000 chevaux-vapeur et 4 dynamos pouvant fournir 1500 kilowatts.
- 22 000 tonnes d’argile ont été employées pour les carrelages et les revêtements. L’immeuble comporte 5000 fenêtres, 5000 portes intérieures et 2000 lavabos. Il est éclairé par 80000 lampes électriques reliées à 140 km de 61s, sans compter plus de 570 km de lignes téléphoniques et de sonneries. L’eau y est distribuée par près de 70 km de tuyaux de plomberie ; elle provient d’un réservoir de 181 ms, outre une réserve de même capacité servant de piscine de natation.
- Le Woolworth Building est aménagé pour 10000 personnes qui peuvent y vivre complètement, travaillant, mangeant, dormant sans avoir besoin de sortir. Il est relié aux deux métropolitains, aérien et souterrain, auxquels on peut accéder sans sortir dans la rue.
- Dans le sous-sol sont installés une boutique de coiffeur, une de manucure, un restaurant pour 500 personnes, un café, etc. On y trouve aussi une cave de dépôts de valeurs aux murs de 60 cm doublés d’une armature de 7 cm à l’épreuve du vol ; des salles de dépôt et 1700 boites de sûreté protégées par un système électrique d’alarme.
- Au rez-de-chaussée, on voit l’entrée principale (6g. 5), 18 boutiques et 12 étalages. Le premier et e second sont occupés par la National Bank, le Broadway Trust Company, les services postaux et ;téléphoniques, etc. Les étages supérieurs sont utilisés par de nombreux bureaux d’avocats, de manufactures, de chemins de fer, d’ingénieurs, etc.
- Le poids total de l’immeuble est évalué à plus de 250000 tonnes.
- La construction d’une pareille masse a nécessité des travaux de fondation prodigieux. Le soi sur lequel repose le Woolworth Building est composé de sable, de gravier et de sol meuble jusqu a une profondeur de 50 mètres et est inondé au-dessous de 10 m. ; il fallut donc creuser plus bas pour rencontrer le sol ferme.
- On commença par raser les maisons de briques et de pierres qui existaient et leurs fondations jusqu’à près de 5 m. ; puis on creusa tout le sol jus-
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- Fig-, 2. — Coupe du Woolworth Building montrant la disposition des fermes.
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- qu’a 8 m. Les déblais étaient ramassés directement par deux excavateurs, élevés au niveau de la rue au moyen de 5 grues et chargés sur des wagons stationnant dans le chantier. On étaya les murs des immeubles voisins au moyen de poutres en fer de 6 m. groupées et boulonnées. L'excavation fut coffrée au moyen de 5000 m. de bois et de près de 6000 m. de pieux en fer enfoncés par un bélier de plus de 2 t. travaillant à 150 coups par minute et un autre de 585 kg.
- Les puits de fondation (fig. 4) du type des caissons pneumatiques, furent creusés à la mine Jusqu’au roc; leur profondeur est en moyenne de 20 m. Leur disposition e s t calculée pour une répartition rationnelle des charges. La plupart sont circulaires et mesurent de 2 à 6 m. de diamètre; quelques-uns et notamment ceux qui longent Barclay Street sont rectangulaires.
- L’apparente irrégularité de leur distribution dépend des modifications apportées au cours de la construction. En effet, l’immeuble avait été d’abord prévu moins haut et moins grand, ne devant occuper que
- l’angle de Broadway et de Parle Place; il fallut donc renforcer les fondations déjà exécutées en ce point; d’autre part, la municipalité interdit d’empiéter sur le sol de Barclay Street, ce qui obligea à construire des piliers rectangulaires en bordure de cette rue.
- Le plus gros des piliers, en façade de Broadway, est calculé pour supporter 4200 tonnes, tant du fait de la charge des murs que de la pression du vent.
- Pour ne pas entraver la circulation dans les rues voisines très passagères, on dut installer tout le chantier dans le terrain. Un plancher construit à hauteur de la rue supportait les concasseurs et
- Fig. 3. — Entrée principale du Woolworth Building.
- mélangeurs de ciment qui versaient directement le béton dans les puits; ce plancher fut déplacé à mesure de l’avancement des travaux.
- Les fondations terminées, on commença de monter et d’assembler l’énorme carcasse d’acier.
- Une pareille surface, exposée au vent, est destinée à subir des pressions latérales considérables. Il fallut en tenir compte dans la construction et calculer la résistance des matériaux en conséquence. On résolut le problème par le choix d’un excellent acier et le mode d’assemblage.
- Toutes les pièces d’acier employées turent soumises à un contrôle sévère ainsi que les rivets tous en acier également.
- Toutes les pièces furent
- nettoyées etpein-tes avant d’être a ssemblée s. Tous les rivets, également peints, furent posés à la machine.
- Les pièces mé-talliques arrivaient par eau d’un chantier situé à 20 milles de là. On les déchargeait sur des trucks qui les amenaient à pied d’œuvre. Deux grues de 50 tonnes les hissaient à la hauteur voulue.
- En six mois,
- 19 000 tonnes d’acier furent ainsi mises en place, élevant l’immeuble jusqu’au trentième étage. La charpente du trentième au quarantième étage fut terminée en moins de deux mois. 80 hommes, munis de marteaux pneumatiques, posaient 8000 rivets par jour. Ils suivaient de près le travail des monteurs et précédaient de peu les peintres. Le
- record de la vitesse fut établi pour un ensemble
- de 1553 tonnes mis en place en six journées de huit heures.
- Pour augmenter la résistance au vent, les assemblages furent soigneusement calculés et réalisés dans l’ensemble comme le représente la figure 2. Les colonnes furent calculées aussi en conséquence.
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- La tour fut construite de façon à avoir une résistance à la pression du vent indépendante de la stabilité du reste de l’édifice. Pour cela, les 4 angles de la pyramide répartissent l’effort sur le plan du
- tefois, la minceur des colonnes au sommet de l’édifice est telle que, d’après l’opinion du constructeur lui-même, on ne saurait dépasser 2-40 m. de hauteur pour un immeuble sans modifier du
- Fig. 4. — Vue des caissons de fondation le 25 septembre iço8.
- 50e étage supporté à cet endroit par quatre séries de colonnes renforcées. Celles-ci reposent à leur tour sur le plan du 47e étage plus étendu. Les mêmes dispositions se répètent au 42e et au 28e étage à partir duquel les murs sont beaucoup plus épais («g- 2).
- Jusqu’au 4e étage, les murs sont renforcés par des poutres diagonales partant de l’angle du plancher et du mur et aboutissant au milieu du plafond.
- Tandis que la pression du vent sur une colonne peut être au maximum de 100 kg par cm carré, le moment de résistance maximum des colonnes est de 665 000 kg. La stabilité de l’immeuble est donc parfaitement assurée. Tou-
- tout au tout la construction, notamment en rapprochant les' colonnes à tel point que le coût en serait sérieusement augmenté et que la distribution intérieure des salles ne permettrait plus une utilisation commerciale avantageuse.
- Le Woohvorth Building est bien près de cette limite. Restera-t-il le roi des sky-scrapers ou bien sera-t-il bientôt détrôné?
- Dans une ville aussi active et aussi audacieuse que New-York, il ne faut jurer de rien.
- Peut-être la silhouette du Woolwort Building sera-t-elle un jour diminuée par celle d’un sky-scraper plus imposant encore? A. Breton.
- Fig. 5. — Un des piliers de fondation.
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- DES MODIFICATIONS A APPORTER A LA LOI SUR LES BREVETS D’INVENTION
- Depuis longtemps, la loi de 1844 sur les Brevets d’invention est, de la part de certains groupements industriels, l’objet des plus vives critiques. A la suite de cette sorte « d’examen de conscience » que la guerre a provoqué à propos de nos diverses institutions, ces critiques se sont multipliées pendant ces derniers mois, et des modifications profondes ont été proposées pour sauver « l’industrie française » (*). Certains esprits pensent, en effet, que la stagnation relative de notre industrie, pendant les années qui ont précédé la guerre, sa résistance insuffisante à l’envahissement des industries étrangères, spécialement de l’industrie allemande, son manque d’initiative, proviennent essentiellement de l’insuffisance de notre législation industrielle, spécialement de notre loi sur les Brevets'.
- Par un raisonnement peut-être un peu simpliste, ils proposent, pour remédier au mal, de la modeler sur celle des États dont l’industrie s’est montrée particulièrement florissante, en première ligne desquels ils inscrivent l’Allemagne.
- Ils oublient, en soutenant cette thèse, que le malaise de notre industrie avant la guerre, tenait bien plus à la situation économique de notre pays, à la crainte qu’inspirait la perpétuelle menace allemande, au désir de jouissance immédiate des classes laborieuses, soigneusement entretenu par certains groupes politiques* à la place, chaque jour plus grande, prise dans le Parlement, par les discussions politiques au détriment des lois d’affaires, et enfin au développement du fonctionarisme étouffant l’esprit d’initiative, qu’à l’insuffisance, d’ailleurs très exagérée par eux, de la loi spéciale des Brevets.
- Il est incontestable cependant que la loi de 1844 sur les Brevets, aujourd’hui plus que septuagénaire, quoique très remarquable pour son époque, a vieilli, qu’elle ne répond plus entièrement aux besoins de l’industrie moderne et qu’au moment où, après les hostilités, tant de problèmes économiques et sociaux vont être soulevés, il serait sage d’en profiter pour introduire dans cette loi les perfectionnements dont elle paraît susceptible.
- Le problème de la révision de la loi des Brevets est actuellement posé devant l’opinion publique, voyons comment il pourrait être résolu.
- D’après la loi de 1844, le droit de l’inventeur consiste dans la faculté qui lui est reconnue, pendant un temps qui ne peut excéder quinze ans, d’exploiter son invention et d’en tirer, à l’exclusion de tout autre, tous les profits qu’elle comporte. Le
- 1. Voir notamment : les travaux de la Réunion d’étude en vue de réformer la législation sur les Brevets d’invention. Paris, Villain, 1915 — le projet de loi déposé à la Chambre des Députés, par MM. de Monzie, Maurice Damar, Jules Delaliaye, Pierre Laval, qui proposent l’établissement en France de l’examen préalable «à l’Allemande », la création de petits brevets (modèle d’utilité allemand), etc..., et antérieurement la brochure de M. Couhin, Les inventeurs aux Etats-Unis et en France, Paris, Larose.
- droit étant ainsi limité dans le temps, il est nécessaire d’en fixer le point de départ : c’est le but du Brevet d’invention. Le Brevet, dans le système de la loi de 1844, est l’acte de naissance de l'invention. Il est délivré, sans aucun examen préalable, pour toute invention, réelle ou chimérique, à toute personne qui en fait la demande dans la forme régulière. Il ne prouve donc pas que le titulaire du Brevet a réellement fait une invention, mais seulement qu’il prétend être inventeur, et il appartient aux seuls Tribunaux, en cas de contestation, de dire si le Brevet a été ou non valablement pris.
- Dans d’autres pays, le système de délivrance des Brevets est différent. Les Brevets sont soumis, avant leur délivrance, à un examen préalable plus ou moins rigoureux qui, si des antériorités sont découvertes par les examinateurs, aboutit à la modification, à la limitation ou même au refus du Brevet. C’est le système de « l’examen préalable » pratiqué en Allemagne, en Autriche, en Bussie, aux États-Unis et dans un certain nombre d’autres pays.
- Un système intermédiaire est celui de « l’avis préalable officieux » dans lequel l’examinateur n’a pas, en général, sauf le cas d’antériorité évidente, le droit de refuser le brevet, mais se borne à signaler au demandeur du brevet, les antériorités découvertes par lui, en exigeant, s’il y a lieu, qu’elles soient mentionnées sur la description. C’est le système qui avec des variantes est adopté par les lois de la Suisse, de la Grande-Bretagne, etc.
- Tandis que la loi française, très logique dans ses déductions, exige, pour qu’un monopole temporaire soit accordé à l’inventeur, que l’invention décrite soit absolument nouvelle, c’est-à-dire qu’elle n’ait pas reçu, avant le dépôt du brevet, une publicité suffisante pour pouvoir être exécutée, la plupart des lois étrangères qui organisent un système plus ou moins complet d’examen, ont été conduites à limiter la sphère d’investigation des examinateurs et à exiger, non la nouveauté absolue de l’invention, mais une nouveauté relative. C’est ainsi qu’en Allemagne, l’invention, pour être brevetable, doit ne pas être pratiquée industriellement en Allemagne, et n’avoir pas été décrite dans une publication imprimée ayant pénétré dans ce pays depuis moins de cent ans; qu’en Grande-Bretagne, l’examinateur limite ses investigations aux seuls Brevets anglais des cinquante dernières années.
- La loi anglaise admet, par suite, que l’invention non exploitée en Angleterre et n’ayant pas fait l’objet d’une demande de brevet anglais, depuis plus de cinquante ans, peut être valablement brevetée même si elle avait été connue à une époque antérieure à cette période de cinquante ans. La « résurrection de l’invention » constitue, dans ce cas, pour le législateur anglais, un service rendu à l’industrie, suffisant pour justifier le brevet.
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- MODIFICATIONS A APPORTER A LA LOI SUR LES BREVETS
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- Dans tous les pays à examen, on admet, sous une forme ou sous une autre -r- et c’est là un point qu’il ne faut pas perdre de vue — que la décision des examinateurs est susceptible de révision et que c’est à un organe judiciaire, tribunal administratif ou tribunal de Droit commun, qu’il appartient, en dernière analyse, d’apprécier la valeur d’un brevet. C’est ainsi qu’en Allemagne, les brevets délivrés après examen peuvent néanmoins être encore attaqués en nullité pendant cinq ans, devant l’Administration (Patentamt) et qu’à toute époque, ils restent, en cas de poursuites en contrefaçon, soumis à l’appréciation des tribunaux saisis du litige.
- En France et, en général, dans les pays de race latine, dans lesquels le principe de la séparation de pouvoir administratif et judiciaire est nettement formulé, le système de l’examen préalable n’a pas, jusqu’ici, rencontré la faveur des spécialistes. Écarté en 1791, lors de la discussion en France de la première loi sur les Brevets, et aussi en 1844, vivement combattu par les auteurs, il a été repoussé après de brillants débats au Congrès de la propriété industrielle en 1898; il s’est largement développé, au contraire, pendant ces dernières années, dans les législations des pays de race ou d’origine germanique et anglo-saxonne. Les Allemands, notamment, ont vu dans le système de l’examen préalable tel que le pratique le Patentamt de Berlin, un moyen de domination industrielle et une source précieuse de renseignements sur les inventions de leurs concurrents.
- Grâce à une propagande conduite avec une habileté et une persévérance consommées, à laquelle nos industriels et nos financiers se sont, un peu facilement, laissé prendre, le système allemand jouit aujourd’hui, dans le monde des affaires, d’une indéniable faveur. Il est courant d’entendre dire, sans tenir compte d’ailleurs des différences profondes qui séparent les lois des deux pays, notamment au point de vue des caractères de brevetabililé, et, ainsi que nous l’avons indiqué plus haut, de la nouveauté exigée, que les Brevets français sont sans portée, et qu’une invention qui n’est pas sanctionnée par l’obtention du brevet allemand est sans valeur industrielle. Aussi certains milieux industriels, persuadés, bien à tort, que l’examen préalable allemand donne à l’inventeur une garantie sérieuse et complète de la validité du Brevet qui lui est délivré, demandent-ils en France l’établissement du régime de l’examen préalable « allemand » (1).
- Ces avantages attribués au brevet allemand sont-ils réels?
- Que la procédure devant le patentamt soit lente, coûteuse et tracassière, personne ne le conteste; certains prétendent même, non sans vraisemblance, que les examinateurs allemands sont fort enclins à favoriser leurs compatriotes au détriment des inventeurs étrangers.
- 1. Une proposition a été récemment déposée en ce sens par M. de Monzie, député.
- D'autre part, malgré une science et un effort réels, ils sont loin d’être infaillibles.
- Si l’on consulte les annales judiciaires des deux pays, on constate, ce qui est fait quelque peu pour surprendre, que le nombre des brevets déclarés sans valeur par les tribunaux est comparable, en Allemagne, pays d’examen, à ce qu’il est en France, pays de non examen, et aussi que le nombre des brevets allemands maintenus jusqu’à l’expiration de leur durée légale est, proportionnellement, sensiblement le même en Allemagne et en France (4 à 5 pour 100 environ). Cependant les brevets allemands, passés au crible de l’examen préalable, devraient tous se rapporter à des inventions réellement intéressantes et profitables, et par suite être tous maintenus en vigueur avec un soin jaloux jusqu'à leur expiration légale par leurs heureux possesseurs.
- A la réflexion cependant, on conçoit qu’il doive en être ainsi. Étant donné le.grand nombre de brevets à examiner, la documentation technique et le travail de recherches qu’exigerait un tel examen pour être réellement efficace, on ne peut espérer que l’Administration, dans ce procès fictif et sans contradicteur qu’est l’examen, fournisse un effort comparable à celui du contrefacteur poursuivi qui, dans un procès véritable, cherche, par la découverte d’antériorités, à faire tomber le brevet qui lui est opposé. En réalité, l’examen préalable allemand ne vaut guère mieux qu’une recherche d’antériorité ordinaire faite avec quelque soin. Il élimine les inventions fantaisistes qui, en France, meurent naturellement par non-paiement de la seconde annuité; il en laisse passer d’autres qui ne valent quelquefois guère mieux ; mais, par contre, il en arrête certaines qui présentent un réel intérêt, c’est un peu une question de chance.
- D’autre part, ainsi que nous l’avons signalé plus haut, sous peine d’être arrêté par des difficultés insurmontables, le législateur a dû, en Allemagne, limiter le champ des recherches des examinateurs. Il en résulte qu’un brevet accordé en Allemagne peut fort bien n’avoir aucune valeur en France, s’il se heurte à une antériorité exclue par la loi allemande du champ d’investigation du patentamt. C’est ainsi qu’avant l’impression intégrale de tous les brevets français (1902) un certain nombre de brevets ont pu être obtenus en Allemagne pour des inventions complètement décrites dans des brevets français antérieurs, mais qui n’avaient pas fait l’objet d’une publication imprimée ayant pénétré en Allemagne. D’autre part, inversement, telle invention, très valablement et justement brevetée en France comme combinaison ou application nouvelle de moyens connus, ne peut l’être en Allemagne, la loi allemande n’acceptant que d’une façon très limitée les brevets de combinaison.
- Malgré les mesures prises pour faciliter sa tâche, le Patentamt qui cependant constitue une administration d’état formidable, comportant des milliers d’employés, serait absolument débordé si la loi du
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- 1er juin 1891 n’avait institué à côté du brevet soumis à l’examen, le « modèle d’utilité » qui n’est autre qu’un brevet non soumis à l’examen, non publié, et assurant, pour une dépense moindre, une protection de courte durée.
- L’idée de créer une protection courte et bon marché pour les petites inventions, séduisante dans son principe, se heurte inévitablement, en pratique, à la difficulté de différencier ce qu’est une petite invention par rapport à une grande invention. Il est souvent fort difficile, au moment où la protection est demandée, de savoir quel sera l’avenir de l’invention, si elle sera grande ou petite.
- Avec l’institution du petit brevet, l’inventeur peu fortuné demandera toujours le petit brevet, et si son invention rencontre le succès, il éprouvera dans l’avenir un gros mécompte.
- Le résultat recherché par les partisans de cette réforme serait tout naturellement atteint en France par l’adoption d’une taxe de dépôt très faible au début et croissant chaque année. L’adoption d’une taxe de 25 francs par exemple, croissant de 25 francs chaque année, paraîtrait très désirable. Elle aurait le double avantage d’être modérée au début, et cependant, en raison de la proportion des annuités, de procurer au Trésor des ressources supérieures à celles que produit la taxe actuelle, et rendrait absolument inutile l’institution d’une protection spéciale, à bon marché, mais de durée restreinte pour les petites inventions(*).
- Certaines personnes voudraient aller plus loin. Elles demandent la suppression des taxes annuelles et leur remplacement par une taxe unique, à l’exemple de ce qui se fait aux Etats-Unis. Indépendamment des considérations budgétaires, qui permettent de qualifier de chimérique à l’heure actuelle un tel projet de réforme, il ne semble pas qu’il soit de l’intérêt bien entendu des inventeurs d’en poursuivre la réalisation.
- Avec la suppression des taxes annuelles disparaîtrait nécessairement la déchéance pour non-paiement des taxes, ce qui serait un avantage pour les inventeurs peu fortunés ou négligents, mais aussi le moyen offert à tous les intéressés de savoir, par la seule inspection de l’état de paiement des annuités, si l’inventeur a entendu ou non maintenir son monopole.
- On ne peut, d’autre part, songer à organiser en France l’examen préalable intégral, un tel syslème exigerait une dépense hors de proportion avec le résultat qu’il produirait.
- Il conviendrait mal d’ailleurs au tempérament français; les inventeurs éprouveraient, il faut le reconnaître, une certaine défiance, à être jugés par des fonctionnaires de l’administration quelque zélés et dévoués qu’ils puissent être.
- Ce qu’il semblerait possible de faire, ce serait,
- 1. Elle est proposée clans le projet de réforme de la loi des Brevets déposée par le Gouvernement.
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- comme le prévoit le récent projet déposé par le Gouvernement pour la réforme de la loi des brevets, d’organiser en France, à l’exemple de ce qu’a fait l’Angleterre, « l’avis préalable », mais en limitant les recherches de l’Office National de la propriété industrielle aux documents postérieurs à une certaine période avant la demande du brevet, 50 ans par exemple.
- Il faudrait alors corrélativement, ce que ne fait pas le projet, modifier pour rester logique, les caractères de brevetabilité écrits dans la loi, et se contenter d’une nouveauté relative, en admettant franchement le brevet de « résurrection ». Cette innovation peut fort bien se défendre. On peut admettre que celui qui reprend, pour l’appliquer à la satisfaction d’un besoin industriel, une idée qui n’a, depuis 50 ans, fait l’objet d’aucune application et n’a été indiquée nulle part, rend à l’industrie un service justifiant l’attribution d’un brevet.
- II est d’ailleurs fort difficile, quand un document opposé comme antériorité remonte à un délai de 50 ans par exemple, de l’interpréter comme il doit l’être, c’est-à-dire tel qu’il a été conçu, en faisant abstraction des connaissances acquises depuis ; si l’on y réussit, il est rare qu’on y trouve autre chose qu’une vague ressemblance loute d’apparence, qui ne permet pas de l’accueillir comme une antériorité.
- Si l’on voulait entrer dans la voie indiquée plus haut, il serait difficile, sous peine de frapper de discrédit les brevets non examinés, de ne pas rendre l’avis officieux obligatoire pour tous les brevets. Il faudrait alors sans doute, pour couvrir les frais qu’occasionnerait un tel travail , exiger une taxe d’examen, c’est-à-dire augmenter la taxe de dépôt qui, réduite à 25 francs, ne suffirait que très juste au paiement des frais d’impression du brevet déposé.
- On a proposé cependant, pour simplifier la tache des examinateurs, soit de spécifier que la recherche des antériorités ne serait effectuée qu’à la demande du déposant, soit de l’ajourner après le paiement de la deuxième annuité, 50 pour 100 des brevets disparaissant d’eux-mêmes par non-paiement de la deuxième annuité, à la fin de la première année; c’est une question qui mérite d’être examinée.
- L’avis facultatif pourrait être très utilement complété par l’introduction dans notre loi, à l’exemple de ce qu’admettent beaucoup de lois étrangères, du droit d’opposition à la délivrance du brevet pendant un certain délai après la publication, par son titre, du brevet demandé.
- L’examen des intéressés compléterait ainsi efficacement celui de l’administration. On peut même se demander s’il ne serait pas suffisant. La question délicate de cette organisation serait de décider à quelle autorité devrait être confié le soin de statuer sur le mérite des oppositions et, le cas échéant, d’en prononcer la mainlevée. Les faire juger par l’Administration répugnerait à beaucoup; confier ce soin aux tribunaux ordinaires, juges normaux
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- des questions de propriété, entraînerait des lenteurs et des frais considérables. La constitution de jurys techniques d’arbitrage, qui statueraient après avoir entendu contradictoirement les intéressés et l’Administration elle-même, serait peut-être, la solution à choisir.
- Il serait en outre désirable, si l’on voulait lutter avec succès contre l’influence mondiale que les Allemands ont su donner au patentamt, de réaliser un système central de dépôt des demandes de brevets entre alliés, auquel les neutres pourraient ultérieurement être admis à participer. Ce dépôt analogue au dépôt international des marques devrait être complété par un examen auquel collaboreraient des délégués de pays adhérents, de manière à aboutir à la délivrance d’un brevet unique international.
- Sans se dissimuler les grosses difficultés d’une telle organisation, qui se heurterait nécessairement aux divergences des lois et des jurisprudences nationales, on peut cependant la concevoir et en souhaiter la réalisation, car nos inventeurs y trouveraient des avantages manifestes.
- Nous nous sommes étendu un peu longuement sur les modifications proposées au mode de délivrance des brevets, car la question présente, à raison des discussions auxquelles elle a donné lieu, et des projets déposés, une importance toute spéciale; mais d’autres points mériteraient encore de retenir l’attention du législateur. Nous voudrions en dire quelques mots.
- D’une façon générale, les caractères de brevetabilité écrits dans notre loi, commentée par une législation vieille déjà de plus de 70 ans, sont nets et précis!1), autant du moins que la matière le comporte. 11 n’y a pas de raison pour les modifier, sauf peut-être sur le point suivant :
- La possibilité de breveter les produits industriels nouveaux, indépendamment des procédés qui ont permis de les obtenir, est générale; elle s’étend notamment aux produits de l’industrie chimique. Il s’ensuit que l’inventeur qui, par une méthode, peut-être lente, difficile et coûteuse, a obtenu un corps chimique nouveau qu’il fait breveter, conserve le monopole de ce produit quels que soient les procédés découverts ultérieurement, pour la préparation de ce corps; qu’il est en droit, par conséquent, de s’opposer, tant que subsiste le monopole, à la production du même corps par un procédé même permettant de l’obtenir dans des conditions
- 1. Sont considérées comme inventions ou découvertes nouvelles : l’invention de nouveaux produits industriels, l’invention de nouveaux moyens, ou l'application nouvelle de moyens connus pour l’obtention d’un résultat ou d’un produit industriel. Ne' sont pas susceptibles d’être brevetés les plans ou combinaisons de crédit ou de finances (ces plans ou combinaisons sont dépourvus du caractère industriel exigé par la toi), et les compositions pharmaceutiques et remèdes de toutes espèces.
- industrielles beaucoup plus favorables, et peut paralyser ainsi les efforts de ceux qui viennent après lui.
- Celte disposition de notre loi est, pour les produits chimiques, vivement critiquée. Certaines personnes pensent même que c’est là une des causes de la stagnation de l’industrie chimique en France, et se demandent si, en matière de produits chimiques tout au moins, il ne conviendrait pas, comme le décide la loi allemande, d’interdire la prise de brevets pour des corps chimiques, indépendamment des procédés de préparation, et de ne protéger le corps lui-même que comme conséquence du procédé, étant entendu que si le corps est fabriqué et vendu par d’autres que celui qui a breveté le premier procédé pour l’obtenir, c’est à ceux-ci qu’il appartiendra, en cas de poursuites, de prouver, à l’encontre du premier breveté, que le corps est obtenu par un procédé différent. Cette réforme dont il a été peu parlé en dehors des milieux qu’elle intéresse spécialement, malgré l’importance que présente la question, semblerait devoir être accueillie; en tout cas, elle mérite un examen très sérieux!1).
- Si tout le monde est d’accord pour exclure de la brevetabilité les plans et combinaisons de finances, dont la mention spéciale dans la loi s’explique par des raisons historiqnes, par contre, beaucoup s’élèvent, non sans raison, contre l’interdiction de breveter les compositions pharmaceutiques et les remèdes. Il faut reconnaître que cette interdiction, qui ne peut se défendre que par des raisons de sentiment, par la crainte bien théorique, qu’un inventeur ne puisse sous le couvert d’un brevet, accaparer un remède nécessaire à la santé publique et spéculer sur cette nécessité même, est peu justifiée. La disposition conduit à de graves difficultés, à des injustices même, car selon que le produit inventé ne peut servir que comme remède, ou bien est susceptible d’autres usages, le brevet est ou non refusé. Il semble, sous réserve de ce qui a été dit plus haut pour les produits chimiques, qu’il conviendrait de faire disparaître de la loi cette exception, sauf à organiser, au besoin, pour rassurer les esprits, et parer à des cas exceptionnels, une procédure générale d’expropriation des brevets, pour cause d’utilité publique.
- Il faudrait en profiter alors pour régler d’une façon permanente et définitive les droits de l’État vis-à-vis des inventions intéressant la Défense Nationale. Un projet, longuement étudié, sommeille depuis déjà bien des années dans les cartons du Ministère du Commerce ; il serait facile de l’y retrouver et de le remettre au point.
- La prolongation de la durée des brevets dont beaucoup ont été arrêtés dans leur exploitation par la guerre, est également l’objet de discussions. Certaines personnes souhaiteraient le vote d’une pro-
- 1. Elle figure dans le projet de loi déposé.
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- _________: MODIFICATIONS A APPORTER
- longation accidentelle, correspondant à la durée de la guerre. D’autres, plus sagement, voudraient en profiter pour augmenter, par une mesure définitive, la durée des brevets. La plupart des lois limitent la durée des brevets à 15 ans à dater du dépôt (Grande-Bretagne 14 ans), quelques-unes, comme la loi Belge et la loi Espagnole, accordent une durée de 20 ans; d’autres, comme la loi Américaine, 17 ans à dater de la délivrance du brevet. L’augmentation de la durée des brevets à 20 ans est désirée par beaucoup.
- Certains réformateurs établissent un parallèle entre la longue protection accordée à la Propriété littéraire et artistique, aux créations de la forme, et celle parcimonieusement accordée aux inventions, et réclament pour les inventeurs une protection sinon perpétuelle du moins de longue durée, 50 ans au moins. Ils oublient qu’il ne peut y avoir de comparaison à établir entre le dessin ou modèle qui peut, sans inconvénient, jouir d’une longue protection parce qu’il ne répond pas à un besoin, n’augmente pas l’utilité de l’objet auquel il s’applique et peut, sans gêner personne, rester presque indéfiniment dans le patrimoine de son créateur, destiné qu’il est par les caprices du goût et de la mode à être supplanté par un autre, et 'invention qui, solution parfois unique d’un problème industriel, répond à une utilité, souvent à une nécessité, et, comme telle, ne peut rester trop longtemps monopolisée sans risquer d’arrêter l’essor de l’industrie au détriment de la société tout entière.
- Une légère augmentation de la durée des brevets est désirable, une augmentation considérable n’est pas à envisager.
- Une question ardemment débattue depuis bien des années est celle de la suppression de la déchéance pour non-exploitation. Aux termes de la loi de 1844, combinés avec ceux de la Convention d’Union de 1883 et de la loi du 1er juillet 1905, relative à l’application, en France, des conventions internationales concernant la propriété industrielle, la déchéance peut être encourue par le breveté s’il n’a pas mis en exploitation son invention, par fabrication en France dans les trois ans qui suivent le dépôt de son brevet, à moins qu’il ne justifie des causes de son inaction.
- L’obligation d’exploiter est généralement combattue par les inventeurs et les Associations s’occupant de questions de propriété industrielle. Les Congrès internationaux ont, depuis 1897, surtout sous l’inspiration du groupe allemand, émis des vœux tendant à la suppression de la déchéance pour non-exploitation.
- Actuellement, sauf aux États-Unis, l’obligation d’exploiter est inscrite dans la plupart des législations, avec, pour sanction, la déchéance ou au moins l’obligation pour le breveté, de concéder, en cas de non-exploitation, une licence aux industriels la demandant.
- En Angleterre, alors que la loi de 1883 ne prévoyait, en cas de non-exploitation, que la sanction
- A LA LOI SUR LES BREVETS -------------------: 217
- de la licence obligatoire, la loi du 28 août 1907 a renforcé cette sanction en accordant à tout intéressé le droit, après trois ans, de demander, soit une licence, soit la déchéance du brevet, s’il n’est pas satisfait, au point de vue de l’exploitation, aux exigences raisonnables du public.
- Les inventeurs soutiennent, non sans logique, que l’obligation d’exploiter constitue une restriction anormale et abusive de leur droit, que chacun doit rester libre d’user ou de ne pas user de sa propriété.
- On conçoit fort bien qu’il soit, au moins en théorie, préférable d’organiser l’exploitation de l’invention par fabrication dans un seul pays, celui qui, par les ressources qu’il possède, s’y prête le mieux. On peut se demander toutefois si, au moins dans certains cas, l’obligation d’exploiter ne répond pas à une nécessité économique, celle d’éviter à certains pays d’être à la merci de pays à industrie plus florissante et plus puissante. Dans certains petits pays comme la Belgique, l’obligation d’exploiter a été longtemps considérée comme la sauvegarde indispensable de l’industrie nationale.
- Il est impossible de présenter ici, même en raccourci, les arguments que s’opposent les partisans et les adversaires de l’obligation d’exploiter. Ce qu’il faut constater, c’est que, dans ces dernières années, il s’est établi une sorte d’accord tacite entre les partisans des deux opinions extrêmes pour accepter, comme pis aller, le système de la licence obligatoire, comme sanction de la non-exploitation. Les partisans de l’obligation la préfèrent à la suppression de toute obligation d’exploiter, qu’ils redoutent non peut-être sans raison si l’on considère les efforts faits par l’Allemagne pour obtenir cette suppression dans les relations internationales; les partisans de l’abrogation acceptent de leur côté la licence obligatoire, qui leur parait une sanction plus douce et un progrès sur l’état de choses actuel.
- Le système de la licence obligatoire, complété autant que de besoin, par une loi générale d’expropriation des brevets, paraît pouvoir être accepté, surtout si la suppression de l’obligation d’exploiter avait lieu simultanément dans divers états à la suite d'un accord international.
- D’autres réformes pourraient être avantageusement apportées à la loi de 1844, notamment en ce qui concerne la transmission des brevets, la saisie et la mise en gage, la réglementation des expertises, les pénalités applicables à la contrefaçon, la complicité en matière de contrefaçon, certains délais de procédure, etc....
- Ces réformes qui touchent à des points purement techniques, et qui ne soulèvent pas des questions de principe figurent, pour la plupart, dans le projet déposé par le Gouvernement.
- Nous ne croyons pas devoir y insister.
- André Taille fer.
- Ancien élève de l’École Polytechnique Dr en droit, avocat à la Cour de Paris Membre de la Commission technique de l'Office national de la propriété industrielle.
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- LES PLANTES MÉDICINALES ET LA GUERRE
- La guerre, qui a tant de répercussions dans tous les domaines commerciaux et économiques, n’a pas laissé de côté — loin de là — les humbles plantes, les « simples », comme on les appelait autrefois, qui viennent en aide à l’humanité souffrante et dans lesquelles un très grand nombre de personnes ont une confiance extrême... et peut-être exagérée. Tandis qü’autrefois, l’herboriste et le pharmacien les vendaient, en général, à un prix très bas et ne se donnaient même pas la peine de les peser, aujourd’hui on n’en trouve plus qu’avec difficulté et à beaux deniers comptants Q). La camomille est hors de prix, le tilleul fait prime, les « quatre fleurs » s’arrachent, et l’on se dispute la guimauve et la salsepareille. Cet état de choses, qui a, d’ailleurs, quelques inconvénients pour la santé de nos combattants atteints par les balles ou la maladie, tient à trois faits principaux : d’abord la consommation extrême des plantes médicinales, car jamais nous n’avons eu à soigner en même temps autant de malades; ensuite la diminution de la main-d’œuvre pour la récolte des espèces sauvages ou la culture de quelques autres ; enfin l’augmentation du fret pour l’importation des plantes coloniales. A ce dernier point de vue, on peut même remarquer qu’après la guerre, nombre d’estropiés pourraient trouver dans la collecte des plantes médicinales des ressources non négligeables pour augmenter sensiblement leur pension et cela, dans des conditions très agréables et très hygiéniques.
- A ce propos, voici, extrait d’un document officiel de notre Ministère de VAgriculture, comment, au point de vue du débit, peuvent être classées quelques plantes médicinales récoltables en France, avec, entre parenthèses, le prix au kilo et après dessiccation, prix d’avant la guerre et qui, comme je viens de le dire, s’est considérablement augmenté depuis :
- Vente forte : Arnica (1 fr. 25 à 1 fr. 50), Bouillon blanc (1 fr. 50 à 2 fr. 50), Bourrache (5 fr. 50), Coquelicot (2 fr. 50 à 3 fr.), Guimauve, Lavande, Mauve, Pied-de-Chat (1 fr. 25), Camomille (1 fr. 25), Tilleul (2 fr. 50 à 2 fr. 75 pour les bractées et 4 fr. 50 à 5 fr. les fleurs seules), Tussilage (1 fr. 25), Violettes d’Auvergne (3 fr. à 4 fr.), Genêt (0 fr. 50), Frêne (0 fr. 40), Noyer (0 fr. 50), Ronce (0 fr. 60), Jusquiame (0 fr. 80), Mélisse officinale (0 fr. 80), Datura (0 fr. 80 à 0 fr. 85), Morelle (0 fr. 50), Sauge mondée (0 fr. 50), Chiendent (0 fr. 60 à 0 fr. 70), racine de Saponaire (0 fr. 75 à 0 fr. 80), Valériane (0 fr. 45), Colchique (1 fr.), Airelle (0 fr. 80 à 1 fr.), Pin (1 fr. à 1 fr. 10 les bourgeons), Queues de cerises (1 fr. 50 à 2 fr.).
- 1. A titre d’exemple citons la belladone, dont le prix est passé de 1 fr. 50 à 22 fr. le kilogramme depuis le début des hostilités.
- Vente bonne : Millefeuilles (0 fr. 30), Muguet (7 fr. pour les fleurs et 0 fr. 80 pour les feuilles), Ortie blanche (6 à 7 fr., sans le calice), Sureau (0 fr. 80 à 0 fr. 90), Buglosse (0 fr. 60 à 0 fr. 80), Armoise (0 fr. 40 à 0 fr. 50), Aigremoine (0 fr. 70), Bourrache (0 fr. 75), Mélilot jaune (0 fr. 60), Mercuriale (0 fr. 45), feuilles de Reine-des-prés (0 fr. 50), Feuilles de saponaire (0 fr. 70), Lierre terrestre (0 fr. 80), Serpolet (0 fr. 65), Verveine (0 fr. 70), Aunée (0 fr. 40 à 0 fr. 50), Bryone (0 fr. 40 à 0 fr. 50), Carex (0 fr. 40 à 0 fr. 50), Consoude (0 fr. 60), Chicorée (0 fr. 45 à 0 fr. 50).
- Vente moyenne : Arrête-bœuf, Bistorte, Patience (0 fr. 45), Pissenlit (0 fr. 60).
- Vente faible : Bleuet (2 lr.), Anémone pulsatile (1 fr. 20), fleurs de Reine-des-prés (0 fr. 85), Aubépine (2 fr. 50 à 5 fr.), Aspérule odorante (0 fr. 60), Bec-de-grue (0 fr. 45), Caille-lait jaune (0 fr. 60), Cassis (0 fr. 70), Euphraise (0 fr. 50), Galega (0 fr. 50), Pavot (0 fr. 70 les feuilles), Plantain (0 fr. 70), Scolopendre (0 fr. 50), Poly-pode (0 fr. 70), Tormentille (1 fr. à 1 fr. 10).
- Vente très faible : Origan (0 fr. 50), Bourse à Pasteur, Cuscute (3 fr.), Scrophulaire (0 fr. 50). Tanaisie (1 fr.), Véronique (0 fr. 80), Sceau-de-Salomon (0 fr. 75), Bourgeon de Peuplier (0 fr. 50 à 0 fr. 60).
- Les espèces dont on se sert en France ont des origines multiples, que l’on peut grouper en quatre catégories : 1° celles que l’on récolte à l’état sauvage; 2° les espèces indigènes que l’on cultive; 5° les espèces exotiques que l’on élève dans les jardins; 4° les drogues que l’on importe des pays chauds et, notamment, de nos colonies.
- Dans la première catégorie — celle des plantes indigènes vivant à l’état sauvage — se placent un nombre d’espèces très grand, bien que nous en laissions perdre des quantités considérables, ce qui, espérons-le, n’aura pas lieu après la guerre. C’est ainsi qu’avant le cataclysme que nous subissons, nous étions obligés de faire venir des coquelicots d’Espagne, des colchiques d’Autriche, de l’écorce de bourdaine de Russie, des feuilles de noyer d’Italie, de même que le tussilage venait de Belgique, d’Italie, de Suisse, et la racine de fougère mâle d’Allemagne. Toutes les plantes que nous venons de citer existent cependant chez nous et il n’est pas besoin d’être botaniste pour savoir que les coquelicots abondent dans les moissons, les colchiques dans les prairies au premier automne, la bourdaine dans certains bois, les feuilles de noyer... sur les noyers, le tussilage sur tous les talus de chemin de fer, la fougère mâle — terreur des vers solitaires — dans certaines forêts ou le long des haies : pour toutes ces plantes il n’y a— c’est le cas de le dire — qu’à se baisser pour s’en procurer en abondance. Il n’en est pas de même heureusement, pour
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- = LES PLANTES MÉDICINALES ET LA GUERRE ===== 219
- d’autres espèces, dont la cueillette a lieu systématiquement par des professionnels — ou des demi-professionnels — qui en vivent ou, tout au moins, en augmentent leur revenu. Il serait trop long de les énumérer toutes ; mais, à titre d’exemples, nous citerons l’armoise, fréquente le long des routes; le millepertuis, aux feuilles semblant perforées; la
- bouillon-blanc, aux larges feuilles tomenteuses, la bryone, qui grimpe le long des haies ; la petite centaurée, si gentille avec ses petites fleurs rouges; le lumeterre, à la feuille si élégamment découpée; le lierre terrestre qui rampe sur le sol; la valériane, dont les senteurs sont particulièrement goûtées des chats; la digitale, providence des cardiaques.
- i. Aconit; 2. Tilleul; 3. Colchique; 4. Camomille; 5. Belladone; 6. Jusquiame; 7. Digitale; 8. Bourrache ; 9. Datura ; 10. Arnica.
- reine-des-prés, hôte des rives humides; la mercuriale, plus souvent considérée comme « mauvaise herbe » ; la gentiane jaune, plante des régions montagneuses ; le Pied-de-chat, si répandue dans les montagnes d’Auvergne; la violette, que chacun a récolté dans les bois ; la lavande et le romarin, aux senteurs odorantes; la pulsatille, si agréable à cueillir dès la fin de l’hiver; l’arnica, à la vieille réputation ; la bardane, dont les gamins connaissent bien les capitules « accrochants » ; le
- La difficulté qu’il y a pour certaines espèces médicinales à être récoltées en abondance suffisante et au moment voulu, a fait que quelques-unes d’entre elles ont été jugées avantageuses à être cultivées. Les uns se sont mis,'entièrement, cultivateurs de plantes médicinales ; les autres — les plus nombreux — les ont annexées à des exploitations très différentes mais laissant des espaces disponibles, au moins pendant une partie de l’année. À titre d’exemple, voici quel fut le rendement d’une de ces
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- LE GRAND LAC VENER ACCESSIBLE A LA NAVIGATION
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- cultures dans l’arrondissement de Valenciennes, avant les hostilités naturellement :
- ' . ( racines
- Guimauve j fleurs.
- Mauve ((leurs). . . Bouillon blanc (fleurs) Camomille (fleurs).
- Rendement Prix
- par des
- hectare. 100 kg (avant la guerre).
- 1200 kg 62 fr.
- 400 — 90 —
- (500 — 175 —
- 500 — 200 —
- 800 — »
- On a prétendu que les plantes médicinales indigènes cultivées perdent, de ce fait, une partie de leur activité. Il se peut que cela soit vrai pour la digitale — et, s’il en est ainsi, il n’y a qu’à la récolter à l’état sauvage (1), car, certes, elle n’est pas rare dans certaines localités.— mais le fait a été reconnu faux pour les aconits cultivés, dont l’aco-nitine est tout aussi bonne et abondante que celle des aconits sauvages, et pour les pavots, dont la morphine est tout aussi recommandable — dans certaines conditions... — quelle provienne de Clermont-Ferrand ou d’Orient.
- On cultive non seulement quelques plantes médicinales indigènes, mais aussi bon nombre d’espèces qui ne vivent pas chez nous à l’état sauvage. Parmi les principaux centres de ces cultures en France, il faut citer : Saint-Lambert-du-Lattay (Maine-et-Loire), pour la camomille romaine, la menthe, l’byssope, la mélisse ; le Maine-et-Loire,
- également, pour les roses dites de Provins, qui sert au miel rosat, les queues de cerises, diurétique réputé, les fruits de persil, qui nous donnent l’apiol ; Crespin (Nord), pour la guimauve, la mauve, le bouillon blanc, la racine de chicorée, le chiendent, la camomille du Nord; Yaure et Tilleuls (Loire), pour les fruits de diverses Ombellileres (Fenouil, Angélique, Carvis, Anis, Coriandre); Au-bervilliers et Montreuil, près Paris, pour la valériane, la belladone, l’aconit, la cochlearia, le raifort, la menthe; Milly, Houdan, Etrechy, en Seine-et-Oise, pour la menthe poivrée, le datura, la mélisse, l’absinthe pontique, le basilic, l’hysope, la pensée sauvage, la belladone, la jusquiame, la ciguë, la mélisse, la camomille, la laitue vireuse, l’ache des marais, la rue, le pavot, la saponaire, la bourrache, le thym, la sauge, le cochlearia, le raifort, etc. Enfin, çà et là, on cultive encore, principalement ou accesssoirement, le tilleul, la guimauve, l’aunée, la patience, la lobélie, le serpolet, la fougère mâle, le Tamus communis, YArgemone mexicana, YHydrastis canariensis, etc.
- Quant aux drogues végétales qui viennent des pays chauds et dont beaucoup pourraient être cultivées dans le Midi de la France, ou, tout au moins, dans nos vastes colonies, il suffira, pour rappeler leur importance, de citer les quinquinas, l’ipéca, la kola, la jusquiame, la coca, le camphre.
- Henri Coupin.
- LE GRAND LAC VENER ACCESSIBLE A LA NAVIGATION MARITIME
- Depuis son divorce avec la Norvège en 1906, la Suède a abandonné la vie douce et facile dans laquelle elle s’était longtemps complue, pour travailler à la mise en valeur de ses richesses naturelles avec une énergie à laquelle on ne saurait trop rendre hommage. La diminution de prestige et la blessure d’amour-propre que cet événement politique lui avait fait subir, elle les a réparées par la plus heureuse activité économique. Dans cet ordre d’idées vient de se produire un grand événement appelé à exercer une influence profonde sur le développement commercial et industriel de ce royaume, je veux parler de l’achèvement du nouveau canal de Gothie destiné à rendre accessible aux navires de mer l’immense lac Vener, au centre de la Suède industrielle et agricole.
- On sait que des bords du Cattégat à la Baltique, ou plus exactement des environs de Gothembourg à ceux de Stockholm, s’étend, dans toute l'épaisseur de la péninsule Scandinave, une large dépression jalonnée par les grands lacs Vener, Vetter, Hjalmar et Màlar, ancien lit d’un vaste détroit qui unissait les deux mers au début de l’ère quaternaire. Nulle part le sol ne s’élève au-dessus de 200 m. et
- 1. On sait, cependant, que la digitale des Vosges est très riche en digitaline tandis que celle des Ardennes n’en contient que très peu.
- presque partout demeure en dessous de la cote 100 ; bien plus, les cuvettes des grands lacs forment à sa surface d’énormes trous dont le fond descend en dessous du niveau de la mer. Les dépressions les plus creuses du Màlar, du Vetter et du Vener, se trouvent rapidement à 51, 42 et 38 m. en contrebas de la surface de l’Océan. Ajoutez à cela qu’au milieu de cette vaste dépression les différents réseaux hydrographiques se trouvent entremêlés et ne sont souvent séparés que par des langues de terre dépourvues de relief.
- Dès le début du xixe siècle ces circonstances géographiques furent mises à profit pour créer une voie de navigation intérieure reliant le Cattégat à la Baltique, le fameux canal de Gothie lequel part de Gothembourg à l’ouest pour aboutir à l’est à Norr-koping, dans le sud de Stockholm en empruntant le Vener et le Vetter. Cette voie n’offre que des profondeurs inférieures à 3 m. ; néanmoins à la veille de la guerre, sur la section de Thollhâttan, c’est-à-dire entre Gothembourg et le Vener, le mouvement de la navigation était devenu considérable, pas moins de 1 500 000 tonnes en 4913. Par cette voie montent la houille et le coke destinés aux usines sidérurgiques de la Suède centrale (379000 t. en 4913) et descendent pour l’exportation les bois du Vermland et de la région forestière située au
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- LE GRAND LAC VENER ACCESSIBLE A LA NAVIGATION
- nord du lac (554-921 t. de bois et 118110 tonnes de pâte de bois en 1913); cette voie ne peut être utilisée que par la battellerie. En vue d’augmenter ce trafic, en 1909, le parlement suédois vota les crédits nécessaires à la transformation du canal entre Gothembourg et le Vener, afin de rendre ce grand iac, situé seulement à la cote 45, accessible aux navires de mer de 4 m. de tirant d’eau. En sept ans cette grande œuvre a été achevée et, le 25 octobre dernier, on procédait en grande pompe à son inauguration.
- Le nouveau canal mesure une largeur de 84 km jusqu’à Bommen, à 75 km de Gothembourg; il emprunte le lit du Gôta elf, ne s’en écartant que pour franchir le seuil rocheux de Trollhàttan, puis traverse la langue de terre séparant le fleuve de la baie du Vener, sur les bords de laquelle se trouve Venersborg. Sur ce parcours le Gôta elf descend par quatre marches les 45 m. de différence de niveau entre le lac et le Cattégat. La première
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- Akersstrom, ne dépasse pas 1 m. et le quatrième, à Lilla Edet, 3 m. 5. Ces différences de niveau sont rachetées au moyen de deux écluses entre le Vener
- et Bommen, par cinq à Trollhàttan et deux à Lilla Edet. Ces écluses possèdent une longueur de 97 m. 9 etunelar-geur de 13 m. 7 aux portes.
- La largeur du canal au plafond varie de 24 m. dans les sections creusées à 40 m. dans celles établies dans le lit du fleuve, et sa profondeur de 4 m. 4 dans les premières et 4 m. 8 dans les secondes (’).
- Alors que l’ancien canal n’admettait que des vapeurs de 155 tonnes de registre portant au maximum 290 tonnes de marchandises, le nouveau peut donner passage à des unités de 730 tonnes de registre avec un chargement de 1350 tonnes.
- Dans un esprit de sage prévoyance tous les travaux d’art que comporte la nouvelle voie ont été construits de manière à permettre ultérieurement l’approfondissement et l’élargissement nécessaires
- Fig. i. — Le réseau ferré de Suède méridionale autour du lac Vener.
- Venersborq
- Bommen Trollhàttan
- Gothembourg
- Fig. 2. — Profil en long du nouveau canal de Gothembourg au lac Vener.
- située immédiatement en aval du point où le fleuve sort du Vener à une hauteur de 5 m. 7 ; la seconde, à Trollhàttan, donne naissance à la célèbre cascade haute de 32 m. 6; le troisième seuil, à
- pour l'admission de bateaux calant 5 m. Consi-
- t. Pour les détails techniques, consulter Trollhâtte Kanal och dess omoyggnad, 1909-1916.... Utgivcn at KungL Yatlenfallsstyrclsen, Stockholm, 1916.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- dérables sont les conséquences économiques de l’ouverture de ce canal. Après le Ladoga et l'Onega, le Yener est le plus grand lac d’Europe; sa superficie n’est pas moindre de 5660 km2, soit dix fois celle du Léman et sa profondeur atteint 86 m. — Grâce à la nouvelle voie de navigation intérieure, cette vaste nappe se trouve donc former maintenant un prolongement de la mer du Nord dans l’intérieur de la Suède jusqu’à plus de 200 km de la côte du Cattegat. Autour de ce grand lac s’étendent de riches campagnes habitées par une population relativement nombreuse : la densité de la population y atteint 25 habitants par kilomètre „ carré. Désormais ces agriculteurs pourront recevoir dans de bien meilleures conditions qu’auparavant les produits dont ils ont besoin et envoyer leurs denrées à l’étranger. La préfecture, située sur la rive orientale du Vener, est une des deux régions de la Suède possédant le plus nombreux troupeau. Mais c’est surtout pour l’exportation des bois et des minerais de fer que le nouveau canal rendra de grands services.
- Au nord du Yener s’étend l’immense région forestière du Yermland, plus de 1 350 000 hectares en futaies de pins et sapins, dont les produits sont flottés, par le Iilarelf et par plusieurs autres rivières et réseaux lacustres, jusqu’à la rive nord du lac. D’autre part au nord-est se trouve le Bergslagen, le grand bassin sidérurgique de la Suède centrale, produisant annuellement environ 1 300 000 tonnes de minerai, lequel se trouve relié au Yener par un
- ACADÉMIE E
- Séances des 5
- Roches de l'Auvergne. —M. Lacroix étudie les roches dites phonolites et fait ressortir une anomalie qu’elles présentent. En principe, la condition indispensable à la production de la néphéline (minéral réputé caractéristique des phonolites) est que la teneur en silice soit inférieure à celle qui est nécessaire pour convertir en feldspaths l’alumine et un nombre égal de molécules d’alcalis. Or beaucoup de phonolites d’Auvergne sont en désaccord complet avec cette théorie. Cela lui parait tenir à la facilité extrême avec laquelle s’altèrent les feldspathoïdes, comme la néphéline et l’hauyne, le reste de la roche restant intact, en sorte que cette altération locale peut passer inaperçue. Celte décomposition se traduit par une élimination d’alcalis. Une conséquence d’un intérêt général est qu’il faut, en pétrographie, se délier des données chimiques qui ont été si à la mode depuis quelques années. Bien des divergences que l’on a attribuées ainsi à des différenciations magmatiques originelles sont, en réalité, dues à des altérations récentes.
- Mesure de la salinité de Veau de mer au réfraclo-mètre. — M. Alphonse Berget présente un réfractomètre différentiel destiné à mesurer, avec rapidité et précision, la salinité de l’eau de mer, d’après son indice de réfraction comparé à celui d’une eau à salinité déterminée,
- réseau ferré relativement dense. Désormais les bois du Vermland, au lieu d’être envoyés à Gothem-bourg pour être expédiés à l’étranger, seront chargés à l’embouchure même des rivières qui les amènent sur le lac. Karlstad, à l’embouchure du Klarelf, est ainsi appelée à devenir un grand port d’exportation de produits forestiers. Cette ville a déjà fait construire 350 m. de quai le long desquels la profondeur en basses eaux atteint 4 m. 5.
- D’autre part, les minerais du Bergslagen destinés à l’Europe occidentale et qui jusqu’ici étaient expédiés par le port d’Oxelôsund, situé dans le sud de Stockholm, seront désormais aiguillés vers le Yener, où ils seront chargés sur des navires de mer. Par ce nouvel itinéraire la distance par rails entre les puits d’extraction et le port d’embarquement sera moindre que par Oxelôsund et le trajet par mer réduit de plusieurs jours. Kristi-neham à la jonction des voies ferrées desservant le bassin du Bergalagen deviendra ainsi un des trois grands ports exportateurs de minerai de la Suède (4).
- 11 est probable en outre que des centres industriels se créeront sur les bords du Yener, en raison des facilités que le nouveau canal procurera pour l’arrivée de la houille à meilleur compte au centre de la Suède. La partie ouest de la région centrale de ce royaume est ainsi appelée à une prochaine transformation industrielle dont la répercussion se fera sentir jusque dans nos pays.
- Charles Rabot.
- S SCIENCES
- 12 Mars 1917.
- prise pour échantillon. Cet. appareil pourra rendre de grands services en océanographie.
- Vaccination antituberculeuse. — M. Rappin, qui avait déjà étudié la vaccination du cobaye contre la tuberculose, a modifié sa méthode pour pouvoir la rendre applicable à l’homme. Il a ainsi préparé un vaccin à la fois inoffensif et suffisamment actif. Il cherche maintenant à donner à ce vaccin une fixité d’action et une activité plus grande tout en lui conservant son caractère d’innocuité absolue.
- Cristaux liquides. — Les cristaux liquides sont un des sujets d’étude théorique les plus à l’ordre du jour. M. Grandjean a reconnu et signale aujourd’hui une curieuse propriété des liquides anisotropes compris entre deux lames de verre. Ces liquides présentent, au contact du verre, une même pellicule biréfringente qui garde son orientation lorsqu’on provoque la fusion isotrope, de sorte qu’on voit ensuite, en revenant à la température initiale, les mêmes plages biréfringentes reparaître aux mêmes endroits avec les mêmes orientations et les mêmes couleurs, comme un dessin que la fusion aurait un moment rendu invisible mais sans l’altérer.
- 1. Les deux autres ports sont Oxelôsund et Luleâ pour le bassin de la Laponie.
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- RELIEF STÉRÉOSCOPIQUE MONOCULAIRE
- Au chapitre consacré à la vision stéréoscopique, les livres de physique nous disent que, seule la vision binoculaire d’un objet (ou, ce qui revient au même, la vision binoculaire des deux images stéréoscopiques de cet objet), peui faire nettement naître en nous la sensation du relief. La théorie sur laquelle est basée cette assertion peut paraître irréprochable, mais l’expérience donne, hélas! parfois un démenti aux raisonnements en apparence les mieux fondés. Nous invitons le lecteur à se procurer une épingle et un petit morceau de papier noir. Avec l’épingle il fera un trou dans le papier noir puis, au travers de ce trou, il examinera, avec un seul œil, là figure i placée en pleine lumière, en ayant soin de maintenir le trou d’épingle à une distance de 5 à 4 centimètres, au plus, de la gravure ainsi considérée. L’hémisphère se détache alors du fond noir avec un relief au moins égal à celui que donnerait la vision binoculaire de l'objet même. Le phénomène est si saisissant que bon nombre d’observateurs abandonnent aussitôt le trou d’épingle pour la vision binoculaire dans la croyance que celle-ci leur montrera l’hémisphère estampé en ronde bosse dans le papier. L’examen de laffigure
- Fig'. 2.
- rieure à celle de la vision distincte, car les pinceaux lumineux très déliés qui passent par le trou d’épingle assurent au cristallin une profondeur de foyer qu’il ne saurait avoir quand la pupille est son seul diaphragme.
- Si le lecteur possède une loupe il peut d’ailleurs se passer du trou d’épingle. La loupe lui donnera des résultats analogues. La plus grande quantité de lumière qui pénètre alors dans l’œil rend l’observation du phénomène plus commode qu’avec le trou d’épingle. Il faut néanmoins remarquer que, bien que très réel et entièrement comparable au relief produit par la .vision binoculaire d’objets à trois dimensions, celui que procure l’examen de la figure 1 avec la loupe n’atteint pas le degré d’intensité procuré parle trou d’épingle quand celui-ci est placé à moins de 2 centimètres de la gravure. Dans ce dernier cas, l’hémisphère prend la forme d’un cylindre à sommet arrondi qui parait littéralement sortir du papier pour s’avancer à la rencontre de l’œil. Les premiers essais sur la vision stéréoscopique monoculaire furent publiés ailleurs f1) par l’un de nous. Bien que le relief fut obtenu alors par une simple combinaison géométrique de lignes et sans
- Fig. 3.
- Fig. i. — Placer cette gravure sur une table, en pleine lumière, et l’examiner au travers d’un trou d’épingle pratiqué dans un morceau de papier noir, en ayant soin de maintenir le trou d’épingle à une distance de 3 à 4 centimètres au plus de la gravure. L’hémisphère se détache alors en fort relief stéréoscopique.
- avec les deux yeux fait au contraire absolument disparaître tout vestige de l’illusion, qui revient d’ailleurs immédiatement et avec la meme persistante intensité aussitôt qu’on reprend le trou d’épingle.
- L’image est d’ailleurs nette, bien que la distance de 3 à 4 centimètres soit considérablement infé-
- la fidélité de reproduction qu’assure la photographie d’objets à trois dimensions, ce relief était déjà remarquable, mais nous ne pûmes alors en donner une explication entièrement satisfaisante. Nous avons depuis répété ces premières expériences en
- 1. Scienti/ic American, 50 mars 1907.
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- donnant les formes les plus diverses aux lignes et en changeant la position du diaphragme. Les résultats de ces essais nous ont conduits à la théorie suivante :
- Tsherning a montré que l’œil n’est pas rectiligne et que les droites de la figure 2, vues à quelques centimètres de distance, forment sur la rétine une image semblable à la figure 3. Le champ visuel paraît se rétrécir en allant du centre à la périphérie. Cette distorsion en barillet de droites parallèles, résulte d’abord de la forme concave de la rétine, car elle serait la conséquence nécessaire de la projection d’un dessin plan sur un hémisphère concave. Elle est encore accrue par la position de la pupille en avant du cristallin. On sait que tout diaphragme placé devant une lentille détermine dans celle-ci une localisation des faisceaux lumineux émis par l'objet. Les faisceaux partis de la région centrale de l’objet sont réfractés surtout par la partie centrale de la lentille, c’est-à-dire faiblement. Ceux qui émanent de la périphérie de l’objet sont au contraire réfractés principalement par les bords opposés de la lentille, c’est-à-dire fortement, ce qui revient à dire que les premiers forment leur foyer loin de . la lentille, comme s’ils émanaient d’un point rapproché d’elle; tandis que les seconds se croisent près de la lentille, comme s’ils venaient de loin. L’image formée par les premiers est donc amplifiée alors que celle que forment les faisceaux périphériques est diminuée. De là le rétrécissement de l’image vers la périphérie.
- Cet effet du diaphragme placé devant la lentille est bien connu de ceux des amateurs photographes qui ont eu l’occasion de photographier un édifice en employant un « objectif simple à paysage ».
- On peut d’ailleurs le vérifier facilement pour l’œil en examinant, au travers d’un trou d’épingle, pratiqué dans du papier noir, une série de lignes parallèles distantes d’environ 1/2 millimètre (telles qu’on en trouve dans les hachures des gravures au trait publiées un peu partout). Si l’on a soin de tenir le trou d’épingle plutôt éloigné de l’œil, on voit les lignes marginales s’infléchir vers les bords en dirigeant leur concavité vers le centre du champ visuel.
- A l’aide de son œil artificiel, Tsherning a montré que cette déformation du champ visuel est encore très apparente même pour des objets relativement éloignés de l’œil, mais il ne paraît pas que nous la percevions nettement en vision directe. L’élément nerveux de l’œil peut être doué de la propriété de la dissimuler par une faculté analogue à celle qui nous fait voir droite l’image renversée qui se peint sur la rétine.
- Cette déformation est d’autant plus grande que l’objet est plus près de l’œil et nous sommes d’autre' part arrivés à cette conclusion que la distorsion, toute latente qu’elle soit, joue un rôle considérable dans l’appréciation monoculaire de la profondeur. Pour des distances notablement plus grandes que le punctum proximum, l’importance de ce phénomène est sans doute subordonnée à celle des autres facteurs de la perception monoculaire de la distance (accommodation, connaissance de la dimension, occultation d’un objet par un autre, perspective aérienne résultant de la diffusion vdu bleu par l’atmosphère), mais à une distance voisine du punctum proximum, alors que l’œil n’accommode plus qu’avec difficulté, il n’est pas douteux que cet organe n’interprète une distorsion exagérée comme signifiant une distance très courte.
- Les lignes fortement distordues en baril tracées à la surface de l’hémisphère, les cavités symétriquement distribuées par rapport à ces lignes n’ont pas d’autre but que de faire naître cette illusion, dont elles sont le seul facteur essentiel. Qu’on supprime lignes et cavités et le relief disparaît presque totalement. Qu’on imprime aux lignes une courbure inverse à celle que l’œil communique aux droites très rapprochées de lui et la convexité fait place à la concavité.
- Le lecteur peut se convaincre de ce dernier phénomène en examinant, soit avec le trou d’épingle, soit avec une loupe, le fond noir sur lequel repose l’hémisphère. Bien que ce fond résulte de la photographie d’un plan, les lignes tracées à sa surface suffisent pour lui communiquer une concavité peu accentuée, néanmoins manifeste.
- Gustave Michaud et Fidel Tristan.
- Professeurs au Collège de Costa-Rica.
- Fig. 4. — Image d’une pénétré dans l’œil artificiel du Dr Tscherning.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahure, rue de Fleuras, 9, à Paris.
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- LA NATURE.
- N° 2272.
- 14 AVRIL 1917.
- NOTRE MARINE MARCHANDE
- La France qui, par sa situation géographique et l’étendue de son domaine colonial, aurait dû rester en tête des grandes puissances maritimes, s’est longtemps désintéressée des choses de la mer. L’opinion publique a vu avec indifférence notre marine marchande descendre pas à pas du second au cinquième rang, et se placer ainsi après l’Angleterre, l’Allemagne, les États-Unis et la Norvège, — suivie d’ailleurs de près par le Japon et les Pays-Bas. Voici dans quel ordre se classaient, à la veille de la guerre, les principales Hottes de commerce :
- Pavillon. Tonnage brut en 1911. Pavillon. Tonnage brut en 1914.
- Anglais 20.476.160 Italien. . . . . 1.450.310
- Allemand . . . . 5.157.610 Suédois. . . . 1.038.849
- Américain (E.-U.) 2.388.540 Autrichien. . . 1.026.203
- Norvégien . . . . 1.962.834 Russe. . . . 987.363
- Français 1.926.757 Espagnol . . 896.383
- Japonais 1.705.149 Grec .... 832.512
- Néerlandais. . . . 1.544.273 Danois . . . 757.539
- pour le transport des troupes et des munitions, en même temps que nos chantiers navals cessaient de construire et que les torpillages et. les mines réduisaient encore la flotte restée disponible. En 1915,
- Fig. 2. — La France, salon de conversation.
- Nous étions ainsi devenus tributaires de l’étran- I ger, pour l’importation des produits les plus indis- J
- Fig. i. — La France (Compagnie générale Transatlantique).
- pensables et pour les échanges avec nos colonies. 11 y a 20 ans, nous payions 360 millions par an aux bâtiments de tout pavillon qui venaient dans nos ports disputer au pavillon national le fret de sortie. Ce tribut de près d’un million par jour inquiétait déjà quiconque s’intéressait à l’avenir de notre marine marchande et des industries qui gravitent autour de l’armement maritime; mais, pour la plupart des économistes, il n’y avait là rien d’alarmant, puisque l’étranger restait quand même notre débiteur, et l’essentiel semblait être de donner à notre commerce d’échanges le plus d’extension possible, sans s’arrêter aux moyens de transport employés. La marine marchande était presque traitée comme un facteur négligeable, et les conséquences de cette erreur n’ont pas manqué de se faire durement sentir. A la veille de la guerre, la dîme annuelle payée aux marines étrangères était montée à 415 millions, et ce fut bien pis, quand les hostilités exigèrent la réquisition des navires
- -1. Ce sont là des chiffrés que nous pouvons considérer comme officiels, puisqu’ils ont été cités au cours des discussions parlementaires. Ils sont nécessairement modifiés par
- nous avons donné près de 2 milliards aux armateurs étrangers; en 1916, il a fallu débourser 2 milliards et demi, et l’on évalue à plus de 3 milliards la somme qui sera nécessaire en 1917. Et, comme le montant de nos exportations est actuellement loin de balancer celui de nos importations, nous contractons vis-à-vis de l’étranger des dettes dont nous ne pouvons nous libérer qu’en exportant du numéraire.
- La guerre nous a déjà fait perdre, en navires coulés, plus de 350000 tonneset, pour peu qu'elle se prolonge, il n’est pas téméraire de supposer que ce chiffre dépassera un demi-million de tonnes. Ce n’est pas tout : aux naufrages, il faut ajouter l’usure d’un matériel surmené- Quantité de navires, réquisitionnés pour le transport des troupes ou du charbon, ne pourront plus, après la guerre, reprendre leur service dans nos lignes commerciales, et il y a déjà un grand nombre de chaudières hors
- Fig. 3. — La France. Une avenue de chaudières.
- d’usage. Nous risquons ainsi dé nous trouver, à la
- les récents torpillages, comme celui de VAihos (12 800 t.) ; mais il est impossible, actuellement, d'avoir des chiffres précis, qui changent d’un jour à l’autre et qu’il est interdit de publier.
- 45° Année. — 1" Semestre
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- fin des hostilités, avec une marine marchande appauvrie, épuisée et dans l’impossibilité absolue d’aider à l’expansion du commerce et de l’industrie de la nation, et ayant, ce qui est plus grave, à soutenir la concurrence la plus rude contre des pays dont l’effort ne doit pas être ignoré.
- Au 30 septembre dernier, l’Angleterre avait 469 navires en achèvement, représentant un tonnage de 1 789 000 t. De plus, elle a lancé, depuis le commencement de la guerre, environ 600 navires représentant 1 500 000 t. A la même époque, les Etats-Unis avaient en chantier 385 vapeurs représentant 1225 000 t. Au Japon, les Établissements d’Osaka travaillent à bloc; depuis le début du conflit, ils ont mis à flot 725 0001. En Hollande, 11 vapeurs ont été lancés, dans le seul mois de novembre 1915. Le mois suivant, l’Italie avait en constructions nouvelles — je ne dis pas en achèvement de constructions anciennes — 82 482 t., et cette activité n’a fait que se développer depuis lors.
- Quant à l’Allemagne, il est assez difficilé de savoir au juste ce qui se fait dans ses chantiers navals. D’après les renseignements fournis par le Comité central des armateurs de France (Q, le Reichstag a mis à la disposition des compagnies privées un million de marks pour augmenter leurs flottes. Des paquebots représentant un total minimum de 750 000 t. sont déjà construits ou en construction, et l’on compte qu’avant la fin de la guerre le nouveau tonnage de la marine marchande allemande dépassera le chiffre de 5 millions de tonnes. La Hambourgeoise achève l’armement du Bismarck (56 000 t.), destiné à la ligne Hambourg-New-York, ainsi que ceux du Zeppelin, paquebot de 18 000 t., pour la ligne Brême-Baltimore, et du München, pour Je service de la Méditerranée; elle est en train d’équiper le Hindenburg, du type George-Washington, actuellement interné dans le port de New-York; elle a terminé 3 navires de 18 000 t. chacun, affectés aux lignes de l’Amérique du Sud : le Burgmeister-Oswald, le Burgmeister-Berchard et YAndral-Tirpiz. La Compagnie subsidiaire Ilam-bourg-Soulh-Amerika a achevé le Cap-Poloni, du type Trafalgar (qui a été coulé). Mais, ce qui doit retenir encore davantage l’attention de tous ceux qu’intéresse l’avenir de notre marine marchande, c’est la constitution de la nouvelle flotte de cargô-boats, de 12 000 t. chacun, par la Compagnie Bré-moise, et les constructions nouvelles de la Ilamburs-Bremen-Afrika, de la Hans et de la Compagnie Hansa-Woermann. Dès à présent, constructeurs èt armateurs allemands écrivent dans le monde entier, pour proposer leurs affrètements et leurs transports, affirmant qu’ils seront prêts dès la fin de la giierre. Il convient cependant de faire la part de l’exagération. Bien que les Allemands aient en abondance les matières premières extraites de leur sol et qu’ils disposent de la main-d’œuvre exigée de
- I. Renseignements publiés par le Journal officiel du 24 novembre 1916, p. 3469.
- leurs prisonniers de guerre, il est certain que leurs besoins militaires ne sauraient leur permettre de donner à leurs constructions navales toute l’ampleur qu’ils auraient désirée. Néanmoins, rien ne nous autorise à nier que nos ennemis aient fait pour leur flotte marchande ce qu’ils viennent de faire pour leur flotte de guerre,, en particulier pour leurs sous-marins.
- Pendant que les autres marines de commerce s’accroissaient dans les conditions qui viennent d’être indiquées, nos chantiers navals, presque entièrement réservés aux besoins de l’artillerie, privés, en outre, des matériaux de construction et des ouvriers spécialistes indispensables, ne parvenaient qu’à grand’peine à achever 60 000 t. Le Paris, qui sera notre plus importante unité (36000 t.) et dont les chantiers de Penhoët poursuivaient fébrilement l’armement, ne sera pas en état de naviguer avant longtemps, ses tuyautages ayant été à l’improviste réquisitionnés’
- Il y a actuellement, sur les chantiers français, 150 000 t. de constructions anciennes en voie d’achèvement; mais il faut d’abord en déduire environ 20 00Ô t. représentées par de petits remorqueurs, des bateaux des Ponts et Chaussées, des phares et des balises : on ne doit donc compter que 130 000 t. réellement utiles aux transports commerciaux. De plus, 90 000 t. représentent des navires commandés avant les hostilités et dont la construction se poursuit comme elle peut. En sorte que nous n’avons vraiment mis en chantier, depuis le début de la guerre, que 40000 t.
- On a prétendu que nous avions récupéré à peu près l’équivalent de nos pertes, en ajoutant aux constructions actuellement sur nos chantiers 136 000 t. représentant le montant des prises ou saisies, et 123 000 t. en achats à l’étranger. Il faut pourtant remarquer que dans le chiffre des prises figurent 68 000 t. de navires réfugiés en Portugal et attribués à la France. Or, jamais le gouvernement portugais n’a entendu se dessaisir définitivement de ses prises maritimes ; les navires réfugiés dans les ports de Lisbonne et d’OportO ont été affrétés à une Compagnie anglaise, qui les a, à son tour, sous-affrélés, partie à l’Angleterre et partie à la France; on.ne peut donc pas considérer ces na vires comme incorporés à notre flotte.
- De plus, il importe de tenir compte du'service intensif de notre ancienne flotte. En effet, le Comité des armateurs de France a nettement affirmé, dans une note fournie à la Commission de l'a marine marchande, qu’à la fin de cette guerre, même considérée comme très prochaine, ce qui restera de notre flotte de commerce sera dans un tel état de vétusté et de délabrement, qu’il sera impossible à nos navires de lutter avec les bateaux neufs et en parfait état de l’étranger.
- Ainsi, les récupérations ne compensent pas les pertes, tandis qu’il faut prévoir, à la cessation des hostilités, un essor du commerce avec les autres I pays et avec nos possessions coloniales. Des subven-
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- tions aux armateurs sont prévues depuis six mois : 100 millions pour construire sur les chantiers français, et 60 millions pour les achats à l’étranger. Cette mesure n’a pas reçu une approbation unanime : les uns l’ont jugée inutile; d’autres, insuffisante. Inutile, parce qu’on offre aux armateurs ce qui leur manque le moins : l’argent; tandis que c’est surtout la main-d’œuvre et l’acier qui leur font défaut. Insuffisante, parce que 100 millions accordés à la construction ne représentent guère que 125 000 t. soit, par exemple, 25 cargos de 5000 t., coûtant environ 4 mi -lions chacun.
- Quant aux achats, où les faire, à présent ?
- En Norvège, un décret du 5 décembre 1915 interdit la vente des navires à l’étranger. La même prohibition existe aussi en Danemark. Au Japon, une vingtaine de navires sont offerts, mais à des prix qu’il convient de retenir :
- et visent surtout à revendre, en temps opportun, avec bénéfices. Pour l’Anglelerre, le seul transfert qu’elle ait consenti est celui de YEole, de 8000 t., vendu à la Compagnie des Affréteurs
- Fig. 4 — Le Timgad construit à Port-de-Bouc four la Compagnie générale Transatlantique.
- Réunis. De nouvelles ventes sont désormais rendues impossibles par une loi d’août 1916, qui prohibe toute espèce de transfert de navire britannique,
- non seulement à des
- Fig. 5. — L’Armand-Behic (Massageries maritimes) sortant de Marseille (bassin de la Joliette).
- 1500 francs par tonne en lourd! Nous avons dit plus haut ce que les États-Unis ont en construction; mais 60 pour 100 en sont déjà promis à la Norvège, et le surplus est retenu par des Américains, dont plusieurs ne sont pas des armateurs
- Compagnies étrangères, mais même aux Compagnies anglaises qui ne seraient pas composées suivant les prévisions du bill Pretlymann, qui exige un certain nombre de dirigeants ou d’actionnaires anglais. Les 40 000 tonnes qui sont en construction pour notre compte sur les chantiers anglais ne constituent donc pas, à proprement parler, des navires français. Il est.du moins permis d’en douter, la question du transfert de pavillon n’étant pas encore résolue. Il apparaît ainsi, de toute évidence, que le seul moyen de reconstituer et de développer notre marine marchande est de construire, sur nos propres chantiers, beaucoup de navires. Ni le manque d’acier, ni le défaut de main-d’œuvre ne sont des obstacles
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- insurmontables. Les Anglais considèrent avec raison la construction navale comme une œuvre de guerre, « war work », et l'État français s’est déjà montré disposé à fournir aux chantiers privés les tôles
- Fig. 6. — Le Lafayette construit à Port-de-Bouc par les chantiers de Provence pour la Compagnie générale Transatlantique.
- nécessaires. Le Gouvernement britannique, de son côté, a promis de livrer, à bref délai, un contingent mensuel régulier de tôles affectées spécialement aux'fconstruc-
- étaient réduits au rôle de vulgaires manœuvres. Non sans peine, M. d’Àllest a obtenu, pour les chantiers de Port-de-Bouc, des spécialistes recrutés parmi les prisonniers de la XVe région, et a pu
- former ainsi des équi-" pes de travailleurs
- i dont le rendement
- J utile avait été trop
- longtemps négligé. Il ~ serait à souhaiter que
- cet exemple fût imité diins tous les autres chantiers. Enfin, de nouveaux chantiers sont en préparation : plusieurs Sociétés ont acquis des terrains dans les estuaires de nos grands fleuves; elles vont incessamment s’outiller et ne tarderont point à être en état de construire.
- . Afin de réaliser des économies de temps et d’argent, les armateurs ont préconisé la construction en série, l’unification des types de navires, ou tout au moins des éléments de construction, tels que tôles profilées, chaudières, accessoires de coques, d’armement et de machines.
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- ons navales, en dehors et en sus des quantités convenues pour les besoins de la défense nationale. Il y a, du reste, du fer ailleurs qu’en Angleterre. Quant au personnel, la plupart des travaux peuvent être exécutés par des ouvriers quelconques, que l’on pourrait facilement recruter en Italie ou en Espagne, et qu’il suffirait d’encadrer d’un millier de spécialistes, mis en sursis d’appel. On s’est aussi avisé un peu tard — d’utiliser d’une façon rationnelle nos prisonniers de guerre. Ceux-ci, en principe, ne sont employés qu’à transporter des fardeaux, pousser des wagons ou empierrer des routes, et c’est ainsi que trois chefs de chantiers maritimes de Hambourg
- Fig. 7. — Motricine. Cargo pétrolier de 5aoo tonnes à 2 hélices moteur à combustion interne construit sur les chantiers de Normandie.
- Les chantiers devront donc s’outiller pour créer des spécialités, à l’exemple de ce qui se pratique en Italie. C’est d’ailleurs ce que fait aussi l’Allemagne, où des Compagnies se sont spécialisées dans
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- la construction des cargos de 7 à 8000 tonnes.
- Le gros cargo est économique, mais cependant il ne faut pas dépasser le tonnage ci-dessus, qui permet encore l’accès de tous les ports et laisse la possibilité de remonter les fleuves jusqu’à des stations assez éloignées de leurs embouchures. Il est aussi avantageux de spécialiser au moins un certain nombre de cargos pour un seul chargement déterminé : les charbonniers sont ceux dont l’aménagement est le plus simple ; les porteurs de grains (blé, riz, etc. ), doivent être cloisonnés de façon que le chargement, très mobile, ne s’accumule sur un des bords, par l’effet du roulis; les pétroliers exigent des cales étanches, fortement rivetées, et ainsi de suite. Tous les cargos ont cependant des caractères communs, qui les distinguent du paquebot : l’extrême économie qui préside à leur fabrication et à leur conduite, la simplicité de leurs machines et le faible emplace-
- neuf dixièmes des cales. Il est vrai qu’entre ces deux extrêmes se placent des types intermédiaires, qui tiennent à la fois du cargo et du paquebot. C’est ainsi que la Compagnie des Messageries maritimes
- ||HiiL
- ment qu’elles occupent : à peine un dixième de la capacité des cales; tandis qu’à bord des paquebots de luxe, l’économie est sacrifiée à la vitesse, et le moteur occupe, avec son combustible, jusqu’aux
- Fig. 8. — Le paquebot Asie (Compagnie des Chargeurs réunis).
- fait alterner, sur ses lignes de l’Extrême-Orient, les voyages rapides par des navires qui ne portent des marchandises que jusqu’à concurrence de 22 pour 100 de leur déplacement et des navires plus lents (ils mettent 50 jours pour aller de Marseille à Yokohama), mais dont le charge-1 ment atteint 44 pour 100 de leur déplacement. '
- Le cargo sera rendu plus économique encore,, et sa capacité de transport accrue, par l’adoption du moteur à combustion interne, qui supprime les chaudières, les condenseurs et leurs réservoirs, diminue l’encombrement du combustible et réduit considérablement le personnel de la machine, puisqu’il ne comporte ni chauffeurs ni soutiers. On évalue à 500 m3 l’espace ainsi gagné sur
- Fig. ç. — Le cargo Saint-Louis construit par les chantiers de la Loire pour la Compagnie navale de VOcéanie.
- un cargo-boat de 6000 tonneaux; c’est le cas, par exemple, de la Molricine, représentée figure 7. Il y a, de plus, économie de temps et d’argent, par suite de la facilité et de la rapidité avec lesquelles
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- on renouvelle le combustible liquide dans les ports de relâche : une manche vissée sur les réservoirs à pétrole et une pompe d’alimentation remplacent les équipes qui, sur les autres navires, procèdent à l’opération si longue, si pénible et si salissante que les marins désignent par l’expression « faire du charbon ».
- Enfin, le maximum d’économie et de capacité serait réalisé par l’emploi de navires mixtes, à voiles et à propulsion mécanique. L’idée du navire mixte, utilisant le vent quand il est favorable, et ses machines, lorsqu’il est contraire ou fait défaut, est aussi vieille que la marine à vapeur. Mais le poids, l’encombrement des chaudières et des soutes, la lenteur de la mise sous pression détruisaient l’avantage théorique de cette combinaison ; si bien que peu à peu le gréement des navires à vapeur disparut et qu’il n’en reste plus aujourd’hui que des mais rudimentaires pour les signaux ou le levage des marchandises. Au contraire, le moteur à pétrole, si léger, si simple, prêt à marcher en quelques instants, a paru s’adapter parfaitement aux navires à voiles et y suppléer à l’absence de vent ou aux vents contraires. Déjà, en 1911, l’adjonction de deux moteurs Diesel au quatre-mâts Quevilly avait justifié l’espoir de ses armateurs. Peu après était lancé le cinq-mâts mixte France, dont nous avons déjà dit un mot dans notre étude sur les chantiers maritimes (Q. Ses machines (deux moteurs développant 1800 chevaux), n’occupent que 523 m3, et les soutes à pétrole 530 m3, qui suffiraient à une marche de 47 jours sans arrêt, représentant une
- PROJET D’UN INSTITUT
- La science moderne de l’optique a pris naissance en France; son développement est dù aux immortels travaux de Fresnel, continués par Foucault, Fizeau et Cornu, pour ne citer que ceux-là.
- Pourtant l’industrie de l’optique a émigré en Allemagne ces trente dernières années. Le physicien Àbhe dirigeait les efforts du verrier Schott et de l’opticien Zeiss : ceux-ci recevaient une subvention annuelle de cent mille marks de l'État prussien et ainsi s’est rapidement développée à Iéna une industrie dont nous étions avant la guerre largement tributaires. D’autres usines allemandes se sont créées dont la fabrication égale à certains points de vu.e en qualité celle de la maison Zeiss.
- Quant à l’importance pour nous de la fabrication allemande, elle apparaît dans nos statistiques douanières.
- Si l’on considère la dernière période décennale (1904-1913), sur laquelle nous avons des renseignements positifs, nous voyons que sur un chiffre d’importations évaluées au total à 54 millions l’Allemagne figure pour plus de 23 millions, c’est-à-dire qu’elle nous fournit à elle seule plus de 1. Yoy. n° 2257, du 50 décembre 1916, p. 425.
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- distance de Tl 000 milles, soit environ deux fois la traversée d’Europe à New-York, aller et retour. Il reste ainsi, pour les cales à marchandises, un espacé disponible de 11 600 m3. Ce cargo mixte, destiné à transporter du minerai de la Nouvelle-Calédonie en France, ne met guère que 60 jours pour effectuer le trajet, en dépensant très peu d’huile minérale. Sa vitesse moyenne, supérieure à celle des cargos à vapeur, démontre bien l’avantage qu’il y aurait à généraliser eetle alliance de la propulsion mécanique avec la navigation à voiles.
- La guerre nous a procuré du fret lourd en grande abondance, et la flotte de charge qu’il nécessite nous sera encore indispensable à la fin des hostilités. Le commerce général extérieur de la France était, en 1913, dernière année normale, ainsi composé : en poids, 75 millions de tonnes; en valeur, 20 milliards de francs. Là-dessus, le commerce par mer représentait, en poids, 40 millions de tonnes, soit 54 pour 100, et, en valeur, 13 milliards de francs, soit 65 pour 100. CeLte prépondérance du commerce maritime va encore s’accroître, car une grande partie du commerce, terrestre était auparavant constituée par nos échanges avec l’Allemagne, et cette dernière se trouvera supplantée par l’Angleterre, la Russie et les États-Unis. D’autre part, notre domaine colonial a des ressources qui ne demandent qu’à se développer par des relations plus étendues avec la métropole. Cette expansion économique exigera une puissante marine marchande, qu’il faut dès à présent préparer.
- Ernest Coustet.
- D’OPTIQUE APPLIQUÉE
- 70 pour 100 dès appareils d’optique de précision que nous demandons à l’étranger.
- Cet état de choses est doublement regrettable :
- 1° les qualités et l’adresse manuelle nécessaires dans le travail des verres d’optique exislent à un haut degré chez l’ouvrier français. Il est fâcheux d’avoir été distancé malgré cette supériorité naturelle;
- 2° des savants, des industriels se trouvent gênés faute de pouvoir acquérir ou faire exécuter chez nous les instruments que réclament leurs recherches.
- L’armée elle-même, à certains moments, a difficilement obtenu ce dont elle avait un impérieux besoin.
- Pourquoi nous sommes-nous laissé distancer? Le mal est venu en optique comme en d’autres industries du manque de liaison entre le savant et le constructeur; les recherches du laboratoire sont trop souvent inconnues du constructeur dont le savant, de son côté, connaît mal les besoins ; le constructeur ignore les nouvelles possibilités, les débouchés qui en résultent, et les moyens de résoudre les problèmes qui lui sont posés. D’autre part, quand il essaie de fabriquer tel appareil nouveau tant soit peu délicat, il manque souvent
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- des mains nécessaires pour un pareil travail, et les contremaîtres dont il dispose connaissent à merveille certains travaux, mais d’autres spécialités leur échappent.
- Si le constructeur ayant créé quelque appareil veut en connaître les qualités et les défauts, ou avoir la mesure de ses constantes optiques et de ses différentes aberrations, à qui devra-t-il s’adresser pour avoir des documents précis et des certificats indiscutables?
- Enfin le verrier désireux de satisfaire aux besoins de l’optique doit, s’il veut créer des fontes nouvelles, constituer lui-même un laboratoire où il étudiera ses propres verres : c’est là une charge lourde, que peu d’industriels peuvent assumer. Encore faudrait-il que ses efforts fussent dirigés et que les besoins futurs de l’optique lui fussent signalés.
- Alors que partout on recherche le moyen de supprimer notre dépendance économique vis-à-vis d.e l’Allemagne, il est d’un grand intérêt de ramener en France une industrie qui aurait du se développer sur notre sol.
- Comment le pourrions-nous? En rapprochant, ainsi que l’ont fait les Allemands, le savant du constructeur, le laboratoire de l’usine.
- Il semble que le problème puisse être résolu par la création d’un Institut d’optique appliquée. Tel que nous le comprenons cet institut serait divisé en trois sections :
- 1° Une École Supérieure d’Optique qui formerait des ingénieurs opticiens au courant des théories optiques les plus modernes, et répandrait chez les étudiants le goût des recherches d’optique;
- 2° Un Laboratoire Central d’Optique où se ferait pour le compte des savants, des pouvoirs publics, et des industriels l’examen des appareils et des verres, ainsi que des recherches d’intérêt général ;
- 3° Une École Professionnelle qui formerait des ouvriers connaissant toutes les spécialités de leur métier.
- L’Institut publierait, sous forme d’annales, une Revue d’Optique Instrumentale, analogue à certaines revues allemandes dont le succès a été si général dans ces dernières années.
- Il y aura sans doute intérêt dans l’avenir, quand les besoins de l’Institut seront mieux connus, quand le nombre de ses élèves sera déterminé, à réunir ces diverses sections en un local unique. On conçoit, en effet, que certaines salles de conférences de l’École supérieure puissent servir aux élèves de l’École professionnelle, dont les ateliers, à leur tour, seront visités avec fruit par les futurs ingénieurs. Le Laboratoire central, de son côté, servira aux élèves de l’Ecole supérieure qui viendront y faire leurs travaux pratiques et pourront, en même temps qu’ils se livrent aux manipulations classiques, collaborer dans une certaine mesure aux essais d’instruments demandés par les constructeurs.
- : Les élèves de Y École Supérieure d'optique seraient recrutés dans un milieu intellectuel cultivé,
- mais leurs origines pourraient être diverses : officiers des armées de terre et de mer, élèves ou anciens élèves des Facultés et des grandes Écoles, astronomes, fonctionnaires chargés des services d’éclairage public, constructeurs d’instruments touchant par quelque point à l’optique, médecins faisant de l’optique physiologique....
- Il semble que l’enseignement pourrait comprendre deux cours fondamentaux : l’un d’optique générale, l’autre d’optique instrumentale. Ces cours seraient complétés par des conférences portant sur les questions d’optique les plus actuelles.
- La durée des études serait fixée à une année. Un diplôme d’ingénieur signé des ministres du Commerce et de l’Instruction publique, serait accordé aux élèves ayant subi l’examen de sortie. D’autre part, une chaire d’Optique Appliquée pourra être fondée à l’In>titut d’Optique par l’Université de Paris, laquelle créerait en même temps un certificat correspondant, donnant les mêmes droits que les certificats de licence habituels.
- Le Laboratoire central serait à la fois laboratoire de mesure pour les Constructeurs et les verriers, centre de manipulations pour les élèves, laboratoire de recherches pour le personnel de l’Institut. Il pourrait aussi être chargé de rédiger les cahiers des charges relatifs aux commandes faites par l’Etat, et de vérifier la qualité des livraisons ; ceci pour les instruments d’optique de la guerre et de la marine, et pour un certain nombre d’appareils tels que phares, projecteurs, etc.
- L'École professionnelle s’adresserait à de tout jeunes gens, qui pendant une durée de trois ans au moins apprendraient dans une section toutes les spécialités du travail du verre, et dans une autre la construction et le montage des instruments d’optique.
- Les meilleurs parmi les élèves pourraient être orientés vers l’École Supérieure, où ils seraient susceptibles d’entrer après avoir complété leur éducation scientifique.
- Le nombre des élèves, tant à l’Ecole supérieure qu’à l’École professionnelle ne serait pas considérable, comparé par exemple au nombre des élèves de l’École supérièure d’électricité ou d’une École professionnelle de mécanique. L’industrie électrique emploie, en effet, un nombre d’ouvriers beaucoup plus grand que l’optique, et. demande par conséquent des cadres plus nombreux; il ne faut pas pourtant oublier que la maison Zeiss employait avant la guerre plusieurs milliers d’ouvriers et que d’autres maisons allemandes avaient des productions du même ordre que celle-là.
- Le projet d’institut d’Optique tel que nous venons de l’exposer à grands traits, a reçu des pouvoirs publics, des savants et des industriels l’accueil le plus favorable. L’un des encouragements les plus précieux est venu de l’Académie des Sciences, qui, songeant à fonder un laboratoire naLional de physique, a supprimé de son programme tout ce qui regarde
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- J optique pour le réserver au futur Institut d’Optique.
- Les membres de l’Université pourront, en conservant leur titre, faire partie de l’Institut : le recrutement du personnel enseignant sera grandement facilité de ce fait.
- 11 est bien évident que le budget d’un tel établissement ne peut s’équilibrer que par de larges subventions, même en supposant les frais d’installation couverts.
- D’ores et déjà, nous avons des promesses de subventions annuelles des ministères delà Guerre, de la Marine, du Commerce et de l’Instruction publique ainsi que de la Chambre de commerce de Taris. D’autre part la .Ville de Paris nous donnera un concours très efficace, et les principaux constructeurs et verriers s’intéressent à notre effort ; la
- Société de Physique a déjà voté une subvention. Enfin l’édition des Annales de l’Institut est dès à présent assurée.
- Il sera peut-être difficile d’installer pendant la guerre l’École professionnelle ; l’aménagement des locaux, les machines nécessaires demanderaient une main-d’œuvre très rare en ce moment. Mais il semble qu’on puisse étudier le programme des cours, et rassembler un personnel enseignant restreint afin d’inaugurer .les cours fondamentaux pendant Tannée scolaire 1917-1918.
- On peut espérer, si l’Institut d’Optique Appliquée, répond aux espoirs qu’on est en droit de fonder sur lui, voir l’Industrie française suffire d’abord à ses propres besoins, et concurrencer bientôt la production allemande sur le marché mondial. A. G.
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- Des Ilots d’encre ont été versés sur cette passionnante et délicate question de la coopération japonaise. La guerre mondiale n’avait pas encore atteint ses six mois d’existence, que, déjà, des publicistes commençaient à nous griser de l’espoir que 500000 Nippons viendraient incessamment combattre dans nos: rangs. Des projets détaillés, avec cartes géographiques à l’appui, ; que pu-: blièrent d’importants' journaux, déchaînèrent nos imaginations : débarquant en Albanie, plusieurs corps d’ar- p-g j. méé i japonais allaient renforcer
- les vaillants soldats.du Roi Pierre de Serbie, qui venaient, de rejeter les Austro-Hongrois au delà de la Save et.du Danube.,
- Nous, saurons plus tard — mais-que ne saurons-nous pas un jour! — si de pareils projets furent envisagés par les gouvernements de l’Entente. Nous ne trahirons aucun secret diplomatique en rappelant qu’ils ne furent pas discutés que dans la presse française, et que les grands journaux de Tokyo s’en occupèrent également. Mais la collaboration militaire de nos alliés d’Extrême-Orient ne s’exerça qu’entre des limites fort étroites : la destruction de la domination allemande à Kiao-Tchéou et dans la Micronésie, et l’entrée en action d’une escadre japonaise qui, donnant la chasse à l’escadre allemande
- du Pacifique, rendit possible la brillante victoire anglaise des lies Falkland.
- Ce paragraphe comporte une addition, car nous ne saurions négliger de mentionner que des volontaires japonais combattent dans nos rangs comme dans ceux de l’armée anglaise, que des aviateurs militaires japo-naisj anciens élèves de nos écoles, Sont accourus s’enrôler dans nos escadrilles, que des centaines d’officiers japonais spécialistes (artillerie, génie, etc. ) servent dans l’armée russe, et que les Japonais résidant en Nouvelle-Calédonie ont formé un corps de volontaires qui, versé dans nos troupes coloniales, recevra bientôt le baptême du feu sur nos champs de bataille.
- La part contributive du Japon à la grande guerre mondiale nous apparaît beaucoup plus importante si nous limitons notre attention à son apport industriel. Ici encore, nous espérons bien ne violer aucun secret .d’Etat, en parlant des services que les arsenaux et les manufactures du Royaume du Soleil-Levanf ont rendus, et continuent à rendre, aux,armées alliées et plus spécialement à l’armée russe.,
- Quand la guerre éclata, le Japon, à l’instar de tous ses alliés, fut surpris par les événements : il était aussi mal outillé qu’eux pour entreprendre
- La cartoucherie d'Osaka qui travaille jour et nuit pour la Russie.
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- Fig. 2. — Ateliers de constructions navales de la Mitsubishi Nagasaki.
- la fabrication intensive des armes et des munitions. Il n’avait encore qu’une seule manufacture de fusils, où se fabriquait son fusil à répétition Murata (modèle 1905, inventé et perfectionné par le Général Baron T. Murata). Jusqu’en ces dernières années, c’était à l’industrie étrangère qu’il demandait ses canons de campagne et de siège. L’Arsenal d’Osaka n’avait commencé à fondre des canons qu’en
- 1885, et sa production était restée très limitée.
- La fonderie de pièces de marine n’était guère plus avancée dans la première moitié de 1914. Des quatre arsenaux maritimes nationaux, ceux de Yokosuka, de Sasebo, de Maizuru et de Kure, seul, le dernier était outillé pour fondre des canons de marine et forger des plaques de blindage, et encore sur une petite échelle.
- Fig. 3. — Le hall d'une usine travaillant pour les Alliés.
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- Cependant, la construction navale avait accompli de notables progrès. Débutant en 1875, àYokosuka, avec un petit navire de 870 tonnes (le Seiki), elle s’était enhardie, vingt-huit ans plus tard, à mettre en chantiers les croiseurs du type Hashidale (4278 t.). En 1906, les arsenaux de l’État lançaient deux cuirassés, le Kurama (14 600 t.) et le Satsuma (19500 t.). Enfin, en octobre 1910, l’Arsenal de Yokosuka lançait le dreadnought Kawachi, de 20 800 t., et celui de Kure mettait en chantiers à la même date une unité du même type.
- Des entreprises privées de construction navale
- du Gouvernement Japonais, la nouvelle société se développa très rapidement. Avant sa création, l’industrie de l’acier dépendait presque exclusivement de l’étranger, puisque les trois seules mines de fer que possédait l’archipel, celles dé Kamaichi, de Sennin et de Akaïva, ne produisaient que 125 000 t. du métal, alors que sa consommation était de plus de 750000 t.
- Le Japon, cependant, était riche en gisements de fer granulé (iron-sand), mais le traitement de ce minéral n’avait procuré jusqu’alors qqe de coûteuses déceptions. Après de laborieuses recherches
- Fig. 4. — Un canon de 14 pouces en construction.
- obtenaient enfin des commandes de l’État. Quatre sociétés (celles de Mitsubichi, de Kawasaki, d'Osaka et d'üraga) entreprenaient la construction de canonnières, de torpilleurs, de destroyers ; elles fournissaient même de petites unités de guerre à la Chine et au Siam. En 1915, deux de ces sociétés mettaient en chantiers deux dreadnoughts de 27 000 t.
- Enfin, quelques années avant la guerre, la puissante firme anglaise de Viçkers. and Armstrong établissait une succursale à Muroran, et s’associait bientôt avec une importante firme japonaise, pro2-priétaire des charbonnages de Hokkaido et d’une ligne de paquebots, firme connue dans les milieux industriels sous son nom anglais de Hokkaido Col-liery and Sleamship C°.
- Fondée en 1908 avec l’agrément et le concours
- conduites par des savants japonais, auxquels la nouvelle société adjoignit des chimistes et ingénieurs anglais et américains, la mise au point fut enfin réalisée. Il fut établi que ce fer alluvionnaire, qui ne contenait que des traces infinitésimales de phosphore et de soufre, se prêtait admirablement à la fabrication de l’acier. Ajoutons qu’il s’accompagne d’une teneur en palladium dont l’extraction assure d’importanls bénéfices.
- Nos statistiques et renseignements sur l’exploitation des mines de fer japonaises s’arrêtent à la fin de 1915. Mais nous tenons de bonne source que la fonderie de Muroran qui venait d’entreprendre l’exploitation des vaste* gisements de fer granulé de Hokkaido, produirait déjà plus de 150000 f. d’acier durant la première moitié de 1914. Tout nous porte
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- à croire que la déclaration de guerre stimula son activité, et que sa production fut au moins doublée en 1915.
- Signalons enfin que de très riches mines de fer, découvertes par des prospecteurs américains à Chailyong, en Corée, étaient en pleine exploitation dès 1910. À cette date, elles fournissaient déjà d’importantes quantités de minerai à la Fonderie d’Acier Nationale.
- Bref, le développement delà métallurgie japonaise s’était réalisé au bon moment, à la veille d’une guerre qui allait lui assurer des débouchés illimités.
- Parmi les chiffres qu’ont cités nos confrères de Tokyo, nous mentionnerons une commande de 6 millions de mètres de drap militaire, une autre de 500 000 paires de bottes, une troisième de 20000 selles de cavalerie, commandes qui furent exécutées et livrées dans le courant de l’automne de 1916. Précédemment, l’industrie japonaise avait fourni à l’armée russe deux millions de couvertures de laine.
- En 1915, le Gouvernement japonais avait fourni au Gouvernement russe une quantité de fusils et de canons, fabriqués dans les arsenaux nationaux,
- Fig, 5. — Le tournage d'un canon de gros calibre.
- Dans quelles mesures et dans quels domaines l’industrie japonaise s’est-elle appliquée à seconder les puissances de l’Entente? On comprendra qu’il nous soit difficile de donner ici des précisions. Force nous est de nous contenter des faits et des chiffres publiés par les journaux japonais.
- Ils nous apprennent tout d’abord que la valeur des bons à court terme émis par le Gouvernement russe pour couvrir les commandes faites à l’industrie de l’archipel formait l’imposant total de 4 milliards de roublesà la iln de 191G. Si importante que soit celte somme, elle est loin de représenter la totalité de la valeur des commandes de cette même année, puisque le Gouvernement russe a réglé en especes plusieurs ordres en se servant des fonds déposés dans les grandes banques de Londres.
- d’une valeur totale de 400 millions de francs; l’industrie privée lui en avait fourni de son côté pour une valeur de 550 millions. En 1916, les commandes exécutées par le Ministère de la Guerre ont monté à environ 450 millions, et celles exécutées par le Ministère de la Marine, à 55 millions
- Des chiffres exacts sur la contribution des entreprises privées font défaut, mais les journaux évaluent son importance à 700 million^. Ainsi, en cette même année 1916, le Japon aurait fourni à la Russie pour un milliard et quart d’armes de toutes catégories.
- L’industrie des munitions dut être organisée de toutes pièces au Japon, quand on comprit, un peu tardivement, que la guerre européenne en consom-
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- merait des quantités qui dépasseraient toutes les prévisions basées sur les enseignements de la guerre de Mandchourie. Les arsenaux de l’État étaient tout juste outillés pour faire face aux besoins nationaux, et l’industrie privée ne s’était jamais occupée de cette fabrication.
- Mais la promesse d’importantes commandes stimula l’initiative des industriels, et, grâce au concours des États-Unis d’Amérique, les arsenaux nationaux et les entreprises privées purent assez rapidement installer des ateliers spéciaux. Une première commande de 4 millions d’obus fut acceptée par le Ministère de la Guerre, dans les premiers mois de 1916, elle fut entièrement exécutée dans les arsenaux de l’État. Une nouvelle commande d’une valeur de 45 millions de livres sterling (soit environ 1260 000 000 francs) fut bientôt faite par un des gouvernements de l’Entente. Cédant aux justes réclamations de l’industrie privée, le Ministère de la Guerre distribua la plus grosse partie de cette commande à quatre sociétés métallurgiques de Tokyo, Yoko-suka, Saseho et Ivure, mais en conservant son droit de contrôle sur la qualité de l’acier employé et sur l’exécution du travail, contrôle qu’il confia à des officiers spécialistes.
- Les journaux japonais déclarent que les ateliers de munitions travaillent fiévreusement, jour et nuit, pour aider les armées alliées. Voici quelques chiffres qui viennent àl’appui de cette information. En 1913, d’après le Japan Year book, recueil de statistiques,
- la Fonderie Nationale de Wakamatsu occupait 7544 ouvriers. En juin 1916, elle en occupait plus de 28 000.
- Glanant de nouveau dans les journaux de Tokyo imprimés en langue anglaise, nous relevons que
- l’Arsenal Naval, à Matzuru, qui avait déjà livré à la Russie plusieurs batteries de canons lourds, a exécuté pour le même pays une « grosse » commande de mines flottantes, d’unsystèmeima-giné par un inventeur japonais. Le personnel ouvrier de cet arsenal, qui n’était que de 1455 personnes avant la guerre, a quadruplé, et un quotidien de Tokyo, VAsahi, nous apprend que ces ouvriers ont accepté de tra-vailler quatorze heures par jour.
- Une société de constructions navales, la Kawasaki Dockyard C°, a accepté de la Russie une commande de 3000 wagons de chemin de fer. Des quantités considérables de rails, employés pour l’amélioration du Transsibérien, ont été demandés à l’industrie japonaise.
- D’après le journal cité plus haut, une société d’Osaka, la Matau-da Seisalcusho, avait accepté de la Russie une commande de 1 300000 fusées. Constatant tardivement que son mauvais outillage l’empêcherait de tenir ses engagements, elle se décida soudain à acheter en bloc une fabrique des États-Unis, dont les machines furent transportées à Osaka par les voies les plus rapides. Cette hardiesse quasi-américaine eut sa récompense. Après l’exécution de la première commande, la Russie lui en passa une
- Fig. 6. — Fabrique de chaussures pour les armées russes.
- Fig. 7. — Caisses de présents pour les soldats russes prêtes à partir d’un couvent grec-orthodoxe japonais.
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- nouvelle de 1 500 000 fusées, puis, une troisième, de 5 millions.
- Une commande peu banale fut celle que le gouvernement russe fit en 1915 à la Monnaie d’Osaka, qui frappa pour lui une quantité de monnaie divisionnaire d’une valeur totale de 5250 000 roubles. Le 50 avril 1916, vingt wagons transportèrent ce trésor à bord d’un vapeur russe.
- Autre commande non moins curieuse. Après des expériences conduites sur le front anglais, il fut prouvé que la paille remplaçait avantageusement la toile pour la fabrication des sacs à terre. Une première commande de 10 millions de sacs fut faite l’année dernière par le War Office britannique.
- Elle fut exécutée dans le district de Ivansaï (préfecture de Ilyogo), centre de l’industrie de la paille tressée. En examinant: attentivement les photographies les plus récentes prises sur le front de l’Ancre par le service photographique de l’armée britannique, on pourra constater que, dans plusieurs secteurs, le grain des sacs à terre est moins compact que de coutume. N’est-il pas étrange, n’est-il pas touchant, que ce soit derrière des sacs tressés par des paysans du lointain Japon que s’abritent les vaillants « tommies » qui barrent de leurs poitrines une partie du front français ? Cette guerre est bien une guerre mondiale!
- En terminant cette étude que nous aurions voulue plus complète, nous signalerons que la marine de commerce japonaise a prêté un concours très actif aux Alliés en assurant le transport des marchandises et matières premières des États-Unis et d’Extrême-Orient. Ainsi que l’ont annoncé les dépêches officielles, plusieurs navires japonais ont été torpillés en Méditerranée et dans l’Atlantique par les sous-marins ennemis.
- Enfin, nous rappellerons que le Gouvernement japonais a prouvé ses sentiments d’amitié envers la Russie en lui restituant quatre navires de guerre dont ses victoires de 1905 lui avaient assuré la possession, à savoir : le Hizen (anciennement Rel-vizan, 12 520 t.), le Suwo (Bovieda, 12674 t.), le Tango (Poltava, 10 960-1.), et le Mishima (Amiral-Seniavin, 4960 t.). Une indemnité globale de 100 millions de francs fut versée au Japon. Les quatre navires reprirent leur place dans la flotte russe en avril 1916.
- Ne craignons pas de répéter que ce n’est qu’a-près le rétablissement de la paix que nous saurons tout ce que la victoire des Alliés devra à la collaboration japonaise. Mais soyons assurés dès à présent que le Nippon continue à travailler ardemment au succès de la commune cause.
- V. Forbin.
- LES PISTOLETS AUTOMATIQUES
- Nous avons exposé précédemment aux lecteurs de La Nature (1) les principes du fonctionnement des divers systèmes de mitrailleuses étrangères, sans rien dire delà mitrailleuse française — la meilleure cependant—,1a Censure, dont la prudence est infinie, ne permettant pas d’exposer aux Français ce que connaissent parfaitement les boches.
- Les pistolets automatiques, plus communément appelés brownings, qui jusqu’à ces derniers temps étaient restés les armes du civil, sont entrés dans l’armée depuis que la guerre de tranchée a rendu le corps à corps inévitable. Aussi méritent-ils d’être décrits avec quelques détails, étant donné surtout que les solutions qu’ils réalisent sont différentes de celles que nous avons rencontrées pour le même problème, dans le cas des mitrailleuses.
- Si l’on peut faire remonter à Sir Henri Bessemer, le célèbre ingénieur métallurgiste, en 1854, le premier brevet décrivant une arme automatique, il faut venir jusqu’en 1895 pour trouver, dans le pistolet Borchardt, les principales qualités de nos pistolets automatiques actuels. .
- 1. Voir La Nature, n°2169 et 2210
- Les formes extérieures dépendent non seulement du mécanisme, mais encore de la place du magasin qui peut être constitué par la crosse même de l’arme (Luger) dénommé aussi Parabellum, Borchardt, Browning) ou par une partie spéciale de
- l’arme (Mauser, Bergmann). Tous les . autres modèles peuvent être rattachés à l’un de ces types. En particulier les formes du pistolet Browning sont les plus connues.
- Nous avons vu, lors de la description des mitrailleuses, que la force motrice nécessaire pour exécuter les opérations d’extraction de la cartouche tirée, d’introduction de la nouvelle cartouche, de fermeture de la culasse d’armé du percuteur, pouvait être obtenue soit par l’emprunt d’une partie des gaz de la poudre (mitrailleuses Colt, Hotchkiss, française), soit par l’utilisation de la force du recul de l’arme (mitrailleuses Maxim, Bergmann, Nordenfeldt, Schwartzlose, etc.).
- Si le premier système n’a eu que peu d’application aux pistolets automatiques (pistolet Clair) en revanche le recul est utilisé dans tous les types ayant eu un succès commercial. Nous
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- pouvons les distinguer en deux classes : pistolets à verrouillage et pistolets sans verrouillage. Cette différenciation mérite quelques explications.
- Après le départ du coup, tant que la balle n’a pas quitté le canon, elle reste soumise à l’action propulsive des gaz, aussi pendant longtemps a-t-on cru qu’il était indispensable, pour obtenir des effets de pénétration suffisante des balles, de fixer ou, comme on dit, de « verrouiller » la culasse au canon jusqu’au moment de la sortie de la balle du canon, de façon à ne pas réduire l’action des gaz.
- Le problème mécanique que l’on avait à résoudre était donc le suivant : fixer la culasse au canon de manière que ces deux pièces reculent ensemble tant que la balle est dans le canon, puis arrêter le canon, laisser la culasse continuer son mouvement de recul en accomplissant les diverses opérations de
- rechargement de l’arme. Nous allons décrire à titre j d’exemple le pistolet Mannlicher qui fonctionne I d’après ce principe.
- Au moment du tir, le percuteur P sous l’action du chien c frappe sur la cartouche Le coup part (fig. 6). Le recul qui se produit à cet instant projette le verrou V vers l’arrière, mais cette pièce liée à la boîte de culasse B par un levier L pivoté surjette dernière en provoque le déplacement vers l’arrière et par suite celui du canon C. Le ressort R est alors comprimé jusqu’au moment où une saillie s de la boîte de culasse B vient heurter la carcasse, limitant ainsi le recul. Pendant ce temps le chien qui passe au travers du levier L a reçu une impulsion suffisante pour le ramener à la position d’armé.
- A ce moment, le levier L échappe la petite butée b sur laquelle il reposait et s’abaisse sous
- l’action du verrou qui peut ainsi continuer son chemin vers l’arrière. Le canon est immobilisé et ne peut revenir en avant malgré l’action du ressort R', pas plus que la boîte de culasse B, car le levier L est engagé dans le cran inférieur de la butée b.
- L’éjection de la douille vide se produit alors grâce à l’extracteur E, tandis qu’une nouvelle cartouche, sous la poussée du ressort du magasin, s’introduit à sa place. Elle est poussée dans la chambre par le ressort R qui ramène en position le verrou F. Celui-ci, à un certain point de. son parcours, lève le levier L qui sous l’action du ressort R' se relève permettant à la boîte de culasse B de reprendre sa première position. L’arme est de nouveau prête à tirer.
- Les opérations types que nous venons de décrire
- Pistolet Mauser.
- se reproduisent dans tous les pistolets automatiques, la seule différence réside dans le mode de verrouillage adopté qui peut être obtenu soit par une pièce mobile (Mannlicher, Mauser, Charola Anita, etc.), par une bielle (Borchardt, Luger-Parabellum), soit soit par déplacement latéral (Colt, Knoble) ou enfin par la rotation du verrou (Schwartzlose, Ilell-fritzsch). Passons-les rapidement en revue.
- Dans les pistolets Borchardt et Parabellum, le verrou est réuni'à la boîte de culasse par deux bielles articulées entre elles par une charnière disposée de telle sorte que dans la position du verrouillage, cette charnière et les pivots des bielles sur la boîte de culasse et sur le verrou, soiënt en ligne droite. Quel que soit l’effort exercé, suivant cette direction, l’articulation se comporte comme un ensemble
- Fig. 5.
- Browning de guerre.
- rigide. Si, au contraire, la charnière n’est pas sur la ligne des deux pivots, ce même effort augmente l’écartement réalisant ainsi l’ouverture de la culasse. Prenons comme exemple le pistolet Borchardt (fig. 7).
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- LES PISTOLETS AUTOMATIQUES : 239
- Quand le coup pari, le canon C et la boite de culasse B ainsi que le verrou V sont projetés en arrière, la force de recul s’exerçant suivant la ligne v~xb, v et b étant les deux pivots des deux bielles articulées en X. L’ensemble passe de la position 1 à la position 2, A ce moment le canon bute contre la carcasse B' du pistolet et le petit galet g porté par le prolongement de la bielle arrière est dévié vers le bas. L’articulation X se relève, les deux bielles pivotent alors autour des points d’articulation v et b et le verrou s’écarte en comprimant le ressort récupérateur Ri Lorsqu’il est arrivé à fond de course, l’extraction s’est produite, une nouvelle cartouche.a été introduite comme dans le pistolet Mann-licher et la détente du ressort R referme l’arme.
- Fig. 6. — Fonctionnement du pistolet automatique Mannlicher.
- Parmi les pistolets à verrouillage par déplacement latéral, il y a lieu de citer le Bergmann, dans lequel c’est le verrou qui se déplace et le Colt (ou Browning américain) dans lequel c’est le canon qui
- est mobile. Dans cette dernière arme, le mouvement est obtenu par l’intermédiaire de deux bielles
- Fig. 7. — Fonctionnement du pistolet Borchardt.
- Le canon b porte des dents d k sa partie supérieure, pénétrant dans des encoches e du verrou. Lorsque ce dernier recule, en entraînant le canon, celui-ci s’abaisse par le jeu des bielleltes jusqu’à ce que les dents d sortent des encoches de manière à libérer le verrou qui continue seul sa course arrière comme l’indique la ligure.
- Dans les pistolets à verrouillage par rotation (des types Schwartzlose, Ilellfritzsch, Roth, Sauer, Browning modèle 1897, etc.), le canon et le verrou sont entraînés l’un par l’autre, grâce à des tenons solidaires de Pun d’eux et pénétrant dans des encoches portées par l’autre et dont ils peuvent se dégager par rotation.
- La figure 9 représente la coupe d’un Hellfritzsch dans lequel c’est le verrou V qui porte des tenons t pouvant passer au travers de rainures portées par le canon. Lorsque le verrou est tourné ses tenons buttent contre ceux que porte le canon et lés deux pièces forment un ensemble rigide. Grâce àla forme des rainures la séparation se produit au moment
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- LES PISTOLETS AUTOMATIQUES
- opportun. Le ressort récupérateur znoni représenté est logé dans le verrou, et le canon est
- Fig. 8. — Le mécanisme du pistolet Colt.
- entouré d’un ressort R le sollicitant vers l’arrière.
- On voit, par le rapide exposé précédent, que la nécessité de verrouiller l’arme pendant une partie du tir entraîne une assez grande complication du mécanisme malgré les solutions élégantes du problème qui ont été trouvées.
- Aussi les pistolets non verrouillés, plus simples et moins coûteux, ont-ils v eu un succès considérable. Ils sont fort connus, aussi n’insisterons-nous pas sur leur fonctionnement.
- Puisque l’on ne réalise plus dans ces armes la liaison du canon et de la culasse au moment du
- Une des particularités de l’arme est la facilité avec laquelle on la démonte. Il suffit pour cela, après avoir légèrement tiré vers l’arrière le verrou dans la position représentée, de tourner le canon à la main de façon à dégager ses ergots b des nervures correspondantes a de la carcasse.
- La figure 10 représente le Browning du genre 9 m /m^ de l’armée belge et la figure 11 le Browning 6 mm 35 ou modèle 1900 dans lequel la tringle g du ressort récupérateur, au lieu d’être fixée directement au verrou, est fixée à une bille k pivotée sur le verrou en i et dont l’extrémité inférieure agit sur le
- Fig. io. — Le mécanisme du Browning de guerre.
- départ du coup il faut employer un autre moyen pour éviter l’ouverture immédiate du canon [vers l’arrière qui aurait pour effet, en permettant à la plus grande partie des gaz de la poudre de s’échapper, de diminuer la puissance du tir.
- Les moyens employés sont: ressort récupérateur, masse du verrou et frottement supplémentaire.
- Browning a eu l’idée de donner au verrou une masse aussi grande que le permet la dimension de l’arme, pour supprimer ou tout au moins réduire au minimum le défaut capital du ressort récupérateur. En effet le ressort est moins résistant au début de la compression que lorsqu’il est déjà diminué de volume. Dans le cas qui nous occupe c’est au moment où la pression des gaz est la plus forte, lorsque le coup part, que le ressort qui n’est pas comprimé résiste le moins.
- Browning a réalisé la masse maximum en prolongeant le verrou au-dessous du canon.
- Fig. g. — Mécanisme du pistolet Hellfritzsch.
- percuteur. Lorsque le verrou est chassé vers l’avant par le ressort récupérateur, le percuteur est comme d’habitude retenu à l’arrière par le mécanisme de la platine; mais, au lieu d’être sollicité vers le tonnerre par un ressort spécial, il l’est par le récupérateur par l’intermédiaire de la bielle K.
- L’étude du mécanisme ingénieux du chien, qui est dissimulé dans la crosse même de l’arme nous entraînerait trop loin ainsi que l’examen, même rapide, des systèmes plus ou moins heureux de pistolets à retour par freinage (Bergmann, White, Francken, Mannlicher, etc.).
- Nous n’avons voulu que donner quelques indications très succinctes sur des armes dont le fonctionnement est mal connu en général, malgré leur extrême diffusion... même avant la guerre, puisqu’au banc d’essai de Liège, où se fabriquaient les Brow-
- Fig. ii. — Méca-nismedu Browning ordinaire 6,35.
- nings les meilleurs, la moyenne des pistolets essayés était de 20 000 par mois! H. Volta.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahure, rue de Fleuras, 9, à Paris.
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- 21 AVRIL 1917.
- LA NATURE. — N° 2273.
- LA LUTTE CONTRE LES ENNEMIS DES PLANTES
- AUX ÉTATS-UNIS ET EN FRANCE
- L’agriculture a réalisé, au cours du dernier siècle, d’importants progrès, qui se sont traduits par un accroissement notable dans le rendement des récoltes. Mais ce rendement n’est pas encore ce qu'il devrait être ; l’attention des savants et des praticiens s’est portée presque entièrement sur les besoins nutritifs des plantes en ne s’arrêtant qu’à peine sur les maladies d’ordre parasitaire dont elles ont à souffrir; aussi, après a voir satisfait aux conditions essentielles de la production végétale, reste-t-il à protéger les cultures contre leurs ennemis. Les plantes, comme les animaux, sont sujettes à de nombreuses maladies, causées par des insectes, des microbes ou des champ i-gnons, dont la fréquence est la cause principale du déficit que subissent nos récoltes. Le mal apparaît aujourd’hui plus sensible que jamais; la facilité des échanges commerciaux , l’extension des transports à longue distance ont accru les causes de contagion; la spécialisation et l’in-tensivité des cultures modernes ont favorisé la multiplication des parasites; pour l’ensemble des grands pays agricoles, on évalue à 4 ou 5 milliards la perte annuelle que causent les grandes invasions parasitaires nettement déclarées; ce chiffre est certainement trop faible et peut être facilement doublé si l’on tient compte des dommages constants occasionnés par les parasites habituels.
- Nulle part, plus qu’aux États-Unis, on n’a eu à souffrir des maladies des plantes, par suite des immenses étendues occupées par les mêmes cultures qui facilitent la pullulation des parasites et
- rendent plus onéreux leurs dégâts, par suite aussi de l’adaptation remarquable des insectes de nos pays aux plantes américaines, puisque sur les 73 espèces les plus nuisibles qu’on trouve aux États-Unis, 30 sont de provenance européenne. Les dommages causés aux cultures dos États de l’Union
- par les insectes se ihiffrent chaque année par 5 milliards environ, d’après les évaluations très précises de Mariait et Sanderson.
- Nulle part non plus, la lutte contre les ennemis des plantes n’a été menée plus largement et plus énergiquement.
- La Nature a déjà conté quelques épisodes de cette lutte (n- 2030). Aujourd’hui, M. le professeur Marchai, membre de l’Inslitut, nous en fait connaître tous les détails dans une très importante étude publiée d’abord dans les Annales des Epiphyties, puis éditée en un fort volume (J).
- Cette étude est basée sur les renseignements recueillis sur place au cours d’un voyage d’études en Amérique entrepris sur l’invitation deM. Carnegie en compagnie de M. L. 0. Howard, chef du Bureau d’Entomologie de Washington.
- Nous ne pouvons songer à donner ici une vue d’ensemble du livre de M. Marchai; un article n’y suffirait pas. Nous nous contenterons d’indiquer l’organisation générale du service de défense contre les ennemis des plantes tel qu’il fonctionne actuellement aux États-Unis, et d’insister un peu plus
- 1. Paul Marchai. Les sciences biologiques appliquées à l'Agriculture et la lutte contre les ennemis des Plantes aux Etats-Unis. Annales des Epiphylies, t. 111, 1916, et 1 volume in-8. Lhomme, éditeur, Paris.
- Fig. i.—Appareil avec moteur à grande puissance, employé pour traiter à Varséniate de plomb les arbres le long des roules. Le dispositif en balancier surmontant le toit de la voiture permet d'éviter l’emploi des longs tuyaux. (D’après Rogers et Burgess.)
- 45’ Année. — 1" Semestre.
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- 242 LES ENNEMIS DES PLANTES
- longuement sur les principaux moyens employés.
- Le Département de l'Agriculture des États-Unis est certainement la plus vaste organisation scientifique et administrative qui existe au monde pour mettre en valeur la production du sol. Fondé en 1862, il occupe aujourd’hui plus de 13 000 fonctionnaires et son budget atteint 90 millions. Dans ce Département, quatre services ont à s’occuper de la lutte contre les ennemis des plantes: les Bureaux d’Entomologie, des Cultures, du Bétail et le « Biological Survey ». Ces services sont installés à Washington à côté de la Smithsonian Institution, du National Muséum et du Bureau des Pêches.
- Le Bureau d’Entomologie est divisé en 8 sections s’occupant des insectes nuisibles aux diverses catégories de plantes. Le Bureau des Cultures (Plant Industry) a plusieurs services chargés de la pathologie végétale, des maladies des arbres fruitiers, des forêts, du coton, des céréales, etc. Le « Biological Survey » étudie la protection du gibier, l’importation des animaux étrangers, les oiseaux et mammifères dans leurs rapports avec l’agriculture. Enfin le Bureau du Bétail a plusieurs sections qui étudient spécialement la pathologie animale.
- Chacun de ces services publie de nombreux rapports et bulletins abondamment distribués sur tout le territoire. En 1912, le Département de l’Agriculture a ainsi édité 1462 publications nouvelles, tirées à 24900 557 exemplaires et réimprimé 648 ouvrages à 9 778 000 exemplaires.
- Chacun des États de l’Union américaine possède au moins une station expérimentale d’agriculture qui reçoit du gouvernement une subvention annuelle de 100 000 francs en plus des crédits votés par l’État. Ces stations, au nombre de 58, dépendent du Collège d’Agriculture de l’État correspondant et sont en relation directe avec le Département d’Agriculture de Washington. Leur rôle est avant tout pratique ; elles poursuivent l’amélioration des cultures de la région, y vulgarisent les résultats obtenus par les divers services et sont chargées des recherches et observations demandées par les services fédéraux. Dans chaque station est organisé un service d’entomologie dirigé par un « entomologiste d’État » et pourvu de laboratoires, insecta-riums, serres, etc.
- La Californie, pays' des immenses vergers, a en outre une organisation horticole spéciale très considérable ; les îles Hawaï ont un service entomo-logique important. Beaucoup d’Étatsont un service forestier spécial qui s’occupe activement des ennemis des arbres.
- A ces différents services, il faut ajouter les universités où l’on enseigne l’agriculture, dont la plus importante est Cornell, dans l’État de New-York, les collèges d’Agriculture de chaque État, tous pourvus de laboratoires et de stations d’expériences et plusieurs sociétés 'savantes dont la plus puissante est la Société des Entomologistes économistes américains. *
- AUX ÉTATS-UNIS ET EN FRANCE =
- Toute cette organisation a déjà obtenu de remarquables victoires dans la lutte contre les ravageurs des plantes cultivées.
- Les trois formes de la lutte : méthodes culturales, biologiques et techniques, ont pris un développement et sont arrivées à un perfectionnement inconnu partout ailleurs.
- Tandis qu’en Europe, on n’a guère cherché à sélectionner les plants que.contre le phylloxéra et quelques maladies cryptogamiques, aux État-Unis, on a choisi systématiquement et répandu les variétés les plus résistantes de céréales et de cotonnier, on a obtenu des pommiers à l’épreuve du puceron lanigère, etc. Dans le cas du trèfle, Howard a montré qu’une simple coupe faite aussitôt avant la floraison suffit à arrêter les ravages de la Cécidomye en empêchant la première ponte; dans le cas de la luzerne, quelques soins culturaux suivant la fau-chaison faite en temps opportun empêchent la pullulation du charançon, etc.
- Dans beaucoup de cas, les entomologistes, américains se sont débarrassés des insectes nuisibles en leur trouvant des parasites ou des ennemis qu’ils ont multipliés, acclimatés, répandus dans les cultures.
- L’exemple le plus typique est celui de Ylcerya purchasi, parasite des orangers d’Australie, qui ravageait les immenses cultures de cet arbre en Californie ; l’introduction d’une coccinelle, Novius cardinalis, dont les larves dévorent Ylcerya et ses œufs suffit à enrayer le fléau, puis 'a le faire disparaître. Le même moyen, employé en France par M. Marchai, aboutit d’ailleurs au même heureux résultat [La Nature, n° 2109).
- De même, les choux attaqués par la chenille du chou (Apanieles glomeratus) furent sauvés par l’acclimatation d’un hyménoptère parasite. La cochenille noire de l’olivier (Lecanium olæ) disparut devant le 'Rliizobius ventralis apporté d’Australie et le Scutellista cyanea expédié du Cap. Les caféiers des îles Hawaï, envahis par le Pulvinaria Psidii en furent débarrassés par le Cryptolaemus Montrouzieri recueilli en Australie. Les cannes à sucre des mêmes îles, menacées par des pucerons furent délivrées par la Coccinella repanda abondante dans tout l’Extrême-Orient ; les mêmes plantations envahies par un hémiptère, Perkinsiella saccharida, qüi causait une dizaine de millions de dégâts chaque année, furent sauvées par l’introduction de plusieurs parasites des Perkinsiella recueillis en Australie, et la production de sucre qui était tombée à 100 tonnes remonta à son chiffre normal de 11000 tonnes. La lutte la plus importante de toutes fut celle entreprise contre le Liparis dispnr et le Liparis chrysorrhœa, papillons importés d’Europe, qui, partis de Medford, près de Boston, envahirent tous les États de l’Est, pullulant partout, faisant mourir tous les arbres et devenant un tel fléau que l’État de Massachusetts à lui seul dépense actuellement 5 millions par an pour lutter contre
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- = LES ENNEMIS DES PLANTES AUX
- ces deux pestes. La Nature a raconté en son temps (n° 2030) l’organisation de cette guerre. Celle-ci continue actuellement et a déjà abouti à la limitation de la zone infestée et à l'introduction de divers insectes utiles.
- La lutte biologique n’utilise pas que les insectes auxiliaires ; elle fait appel à tous les ennemis des insectes nuisibles. C’est ainsi que divers champignons parasites ont été propagés pour se débarrasser de la punaise (Blissus leucopterns) des céréales, des hannetons, des cochenilles, des aleurodes, etc. Il est vrai que les résultats ainsi obtenus sont moins satisfaisants que ceux réalisés avec les insectes.
- On a tenté également d’utiliser les cul-tures microbiennes.
- L’essai le plus important a été fait contre le Liparis dispar au moyen d’un virus appelé par les entomologistes américains le choléra des chenilles ; ces recherches continuent à l’heure actuelle.
- Outre les méthodes de lutte culturales et biologiques, on emploie aux États-Unis les mêmes procédés techniques : mécaniques , physiques et chimiques, qu’en Europe. Seulement, leur application est infiniment plus développée et certaines méthodes d’application sont très particulières.
- Tandis qu’en France, les pulvérisations ne sont guère,employées que dans la cullure de la vigne, elles font couramment partie, en Amérique, ' des façons culturales appliquées aux vergers et aux plantes sarclées. Parmi les arsenicaux, l’arséniate de plomb a la préférence surtout dans la lutte contre le ver des pommes et le charançon des prunes ; les bouillies sulfo-calciques sont systématiquement appliquées non seulement aux vignes, mais aussi aux pommiers; les émulsions de pétrolè, associées ou non à la nicotine servent au traitement des poiriers, etc.
- Les appâts toxiques sont employés couramment contre les sauterelles et les chenilles de noctuelles ; dans certains États on en répand à jours fixes sur. tout le territoire attaqué.
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- On a imaginé de nombreux appareils pour récolter en masse et détruire les sauterelles, les altises du houblon, les charançons du pommier, etc.
- La désinfection des sols (voir La Nature, n° 2103) est fréquemment appliquée aux planches de semis, aux couches, châssis et serres : on emploie pour cela la vapeur d’eau, le feu, le sulfure de carbone, le formol ou la chaux vive. La vapeur d’eau appliquée au moyen de la cuve renversée donne les meilleurs résultats (fig. 3).
- Les fumigations d’acide cyanhydrique sont systématiquement pratiquées en Californie sur tous les orangers et citronniers soit par les cultivateurs, soit par le Conseil d’Hor-ticulture; un matériel spécial a été construit à cet effet (fig. 4).
- Les mêmes fumigations servent à désinfecter toutes les plantes importées ou exportées d’une région dans une autre ou des États-Unis àl’étranger.
- 11 ne suffit pas, en effet, pour lutter efficacement contre les insectes nuisibles d’inventer des méthodes satisfaisantes et de les appliquer en un seul point limité. Il faut, pour obtenir un résultat, voir grand, entreprendre le combat sur tout le territoire et ne laisser intact aucun foyer qui bientôt annulerait tous les efforts et serait l’origine d’une nouvelle dissémination. Les États-Unis ont très bien compris cette nécessité. En 1912, le Conseil Fédéral vota une loi, le « Plant Quarantine Àct », chargeant le Département de l’Agriculture de surveiller les végétaux échangés entre les États ou importés de l’étranger.
- Pour les plantes provenant de l’étranger, l’entrée aux États-Unis n’est autorisée qu’aux conditions suivantes : 1° l’importateur doit avoir obtenu du Ministère de l’Agriculture un permis d’introduction ; 2° les produits végétaux doivent être accompagnés d’un certificat phytopathologique délivré par un agent officiel compétent du pays exportateur attestant que ces produits ont été examinés et reconnus exempts de toute maladie contagieuse et de tout insecte nuisible.
- Fig. 2. — Grand pulvérisateur avec moteur à gazolène et becs latéraux immobiles, spécialement employé pour les vignobles.
- (Photo communiquée jpar M. Quaintance.)
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- Fig. 3. — Désinfection du sol par la vapeur : méthode de la cuve renversée.
- (D’après Gilbert.)
- Par cette mesure, les États-Unis agissent efficacement sur les pays étrangers avec lesquels ils sont en relations d’affaires. Ils obligent les autres gouvernements à entreprendre partout la même lutte qu’ils mènent si énergiquement et si efficacement.
- Sous cette impulsion, la France qui fait un grand commerce de graines et de plantes avec l’Amérique, a dû prendre diverses mesures législatives et organiser un service phytopathologique, afin de maintenir son chiffre d’exportation.
- La feuille d’informations du Ministère de l’Agriculture française a fait connaître récemment ces nouvelles dispositions :
- Tout d’abord, fut institué, par le décret du 19 février 191Î2, un Comité consultatif des épiphyties; ce comité auquel les savants les plus compétents apportent leurs concours désintéressé, est chargé d’étudier les questions relatives aux insectes, cryptogames et autres parasites nuisibles à l’agriculture et, notamment, les procédés à employer et les mesures à prendre pour prévenir et combattre les épiphyties. Le- comité donne, notamment, son avis sur l’opportunité des mesures proposées par les préfets pour combattre les parasites qui peuvent apparaître dans leur département et contre lesquels il importe de prendre rapidement des mesures temporaires. La loi du 21 juin 1898 per-
- met, en effet, au ministre de l’agriculture de prescrire aux préfets de prendre des arrêtés permanents ou temporaires pour arrêter ou prévenir les dommages causés à l’agriculture par les insectes, les cryptogames ou autres végétaux nuisibles, lorsque ces dommages prennent ou peuvent prendre un caractère envahissant ou calamiteux (art. 76 à 80). Cette même loi permet au ministre de l’agriculture de provoquer la signature de décrets ayant pour objet d’interdire l’entrée en France des végétaux, fleurs, feuilles, terres, composts et objets quelconques susceptibles de servir à l’introduction d’animaux, de larves, de plantes ou de cryptogames reconnus dangereux (art. 81), et aussi de prendre des arrêtés en vue de réglementer les conditions sous lesquelles peuvent entrer et circuler en France les végétaux,
- Fig. 4. — Traitement des orangers par les fumigations d’acide cyanhydrique. En avant : la voiture chargée de tout le matériel nécessaire (balance, cuve à acide sulfurique, tonneau rempli d’eau, déversoirs, boîte cylindrique à cyanure, verres gradués, tableaux de dosage, etc...). Au niveau de la première tente : deux ouvriers : l’un s’apprête à mettre sous la tente le vase contenant les quantités d’acide sulfurique et d’eau, qu’il a lui-même dosées, tandis que l’autre, qui a dosé le cyanure, maintient la tente relevée et n’ajoutera le cyanure qu’au dernier moment. Au niveau de la seconde tente : opérateur chargé de cuber le volume recouvert et s’apprêtant à l’énoncer à haute voix dès que les ouvriers passeront du premier arbre au second.
- (D’après Woglum.)
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- (leurs, feuilles, terres, composts et objets soupçonnés dangereux et provenant de pays étrangers ou de parties du territoire français déjà envahies et auxquelles ne s’appliquent pas les décrets d’interdiction (art. 82).
- En vertu de ces dispositions législatives, le Comité des épiphyties a établi un modèle d’arrêté contre les ennemis permanents de nos cultures, applicable à tous les départements. Cet arrêté-type fixe les principales mesures sanitaires indispensables pour combattre et prévenir d’un façon constante l’extension des parasites les plus redoutables pour notre agriculture. Il vise l’ensemble des mesures permanentes qui concernent l’échenillage (Bombyx cul-brun et
- conditions déterminées comportant, notamment, une inspection au bureau de douane de Vintimille par deux naturalistes désignés par le ministre de l’agriculture; conformément à ce décret, un service d’inspection a été établi à la frontière italienne de Vintimille et, du 1er mai au 1er novembre, sont seuls admis en France les envois de fleurs coupées fraîches et diverses plantes provenant d’Italie qui sont accompagnées d’un certificat phytopatholo-gique spécial.
- Afin de permettre au Comité des épiphyties de se prononcer en connaissance de cause sur les multiples et délicats problèmes qui lui sont soumis, il importait de lui donner les moyens de pour-
- Fig. 5. — Colonisation, dans un champ de luzerne de VUtah, des parasites importés d’Europe pour combattre le charançon.
- (D’après Webster.)
- autres papillons nuisibles ), le hannetonnage, l’échardonnage, la destruction du gui, de la cuscute, de l’orobanche et de l’épine-vinette. Le Comité des épiphyties a, d’autre part, fixé les termes d’arrêtés préfectoraux concernant la lutte contre : la pyrale de la vigne dans le département de la Marne, la teigne de la pomme de terre dans le Var, Ylceri/a purchasi dans les Alpes-Maritimes, les cochenilles nuisibles dans le département d’Alger, les campagnols dans divers départements. Pour protéger notre pays contre le Diaspis penlagona, cochenille fort nuisible aux mûriers en Italie, le décret du 12 octobre 1913 a interdit l’importation et le transit de tous les végétaux à l’état ligneux, ainsi que leur débris frais, d’origine ou de provenance italienne ; toutefois, ce décret autorise l’importation des fleurs fraîches, des fleurs destinées à la parfumerie et de certains végétaux, à des époques fixées et à des
- suivre les études et les recherches scientifiques indispensables. A cet effet, en 1915 (décret du 11 mai) furent groupées les Stations d'études dont dispose actuellement le ministère de l’agriculture, c’est-à-dire : la station d’entomologie de Paris, les stations entomologiques temporaires de Châlons, Beaune, Montpellier, Bordeaux et Blois, les stations de pathologie végétale de Paris, Cadillac et Antibes, la station d’essais de semences, la station de recherches viticoles, le laboratoire des fermentations et les deux stations séricicoles de Draguignan et d’Alais.
- En même temps, s’organisait I’ Inspection phyto-pathologique de la production agricole. Celle-ci était rendue nécessaire par les exigences de plusieurs pays étrangers, qui disposent contre les parasites des cultures de mesures législatives analogues aux nôtres. Les États-Unis, l’Espagne, l’Égypte,
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- 246 r~---: LES ENNEMIS DES PLANTES
- les Etats sud-Africains, l’Australie, la République Argentine interdisent, depuis plusieurs années, l’entrée de leur territoire aux plantes vivantes et aux divers produits agricoles d’origine végétale, à moins que les envois ne soient accompagnés d’un certificat délivré par les autorités du pays d’origine certifiant qu’ils sont exempts de toute maladie parasitaire susceptible de se propager. Les « produits de pépinière », dont nous exportons, aux États-Unis surtout, une notable quantité, étaient particulièrement visés; aussi, pour permettre à nos horticulteurs d’exporter leurs produits, le ministre de l’agriculture organisa-t-il tout d’abord un service d’inspection de la production horticole (décrets du 1er mai 1911 et du 16 janvier 1913), chargé de
- AUX ÉTATS-UNIS ET EN FRANCE =
- inspecteur principal, chef du service, — d’un inspecteur principal-adjoint, — d’inspecteurs chargés de visiter les établissements d’exportation de « produits de pépinière » ou de produits agricoles d’origine végétale, de constater si les cultures et les produits qui en proviennent sont indemnes de tout parasite dangereux, et de délivrer, s’il y a lieu, les certificats d’inspection phytopathologique, — d’inspecteurs adjoints chargés de suppléer les inspecteurs, — de contrôleurs, chargés plus spécialement de la surveillance des expéditions des « produits de pépinière », au point de vue sanitaire j1).
- Les certificats accompagnant les expéditions, doivent établir sans contestation possible que les endroits (pépinières, vergers, etc.) où sont cultivés
- Fig-. 6. — Convoi effectuant à Lahore (Indes anglaises) le transport des orangers contaminés par FAleurodes citri, en vue de leur expédition en Amérique et de l’acclimatation des parasites de cet insecte.
- (D’après Woglum.)
- délivrer aux exportateurs français de produits horticoles des certificats donnant toutes les garanties désirables aux pays importateurs. La loi américaine du 20 août 1912, connue sous le nom de « Plant Quarantine Act », oblige d’ailleurs tous les horticulteurs expédiant aux États-Unis à se faire inscrire au service phytopathologique. Ce service, uniquement horticole au début, a été étendu à la production agricole par le décret du 5 février 1915.
- Les dépenses nécessitées par le contrôle technique des produits agricoles et par la délivrance des certificats sont à la charge des horticulteurs contrôlés et réparties entre eux proportionnellement à la valeur de leurs exportations; l’État fait d’abord face à toutes les dépenses, puis à la fin de chaque exercice, recouvre à son profit les sommes dues par les exportateurs contrôlés. — Le service d’inspection phytopathologique se compose : d’un
- les végétaux exportés ne sont infestés d’aucun insecte nuisible ni de maladies cryptogamiques dangereuses susceptibles de se propager dans les plantations. Aussi, pour ce qui concerne les produits horticoles, exige-t-on que les cultures et les expéditions remplissent certaines conditions au point de vue du bon état sanitaire.
- 1° Les pépiniéristes doivent prendre toutes, les mesures utiles et appliquer les traitements appropriés pour assurer la destruction des insectes nuisibles, la prévision de leurs dégâts et le bon
- 1. La recherche et l’examen des diverses maladies des végétaux a nécessité la création dans ce service, de deux sections ayant pour attributions : l’une tout ce qui concerne l’entomologie et la parasitologie horticoles, l’autre la cryptogamie et la microbiologie. La France est divisée en un certain nombre de circonscriptions d’inspection déterminées, chaque année, par arrêté ministériel; il y avait, en 1914, vingt-cinq circonscriptions.
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- LES ENNEMIS DES PLANTES AUX ETATS-UNIS ET EN FRANCE == 247
- état de leurs cultures sous le rapport tant des parasites animaux que des maladies cryptogamiques; ils doivent, en tout ce qui concerne cette question, se conformer aux avis ou aux prescriptions du personnel du service phytopathologique ;
- 2° La destruction des nids de chenilles (Liparis chrysorrhœa), des pontes de papillons (éponges du Liparis dispar, bagues du Bombyx neustria) doit être effectuée pendant l’hiver (décembre, janvier, février, première quinzaine de mars) dans toutes les cultures des horticulteurs et dans les haies vives qui les entourent. A partir du mois de septembre, les nouveaux nids de chenilles qui apparaissent à cette époque doivent, en outre, être recherchés et détruits dans les cultures formées de plantes destinées à être expédiées pendant le cours de l’automne ou de l’hiver suivant;
- 3° Avant l’arrachage des plants d’arbres fruitiers, les cultivateurs doivent procéder à leur effeuillage complet et, à ce moment, les passer soigneusement en revue pour supprimer tous les nids de chenilles et les pontes ou cocons quipour-raient encore subsister à cette époque ;
- 4° Les ouvriers chargés du triage des plants, soit dans la campagne, soit dans les magasins, doivent très bien connaître les nids de chenilles, les cocons et les pontes d’insectes qui doivent être éliminés, et ils doivent vérifier à ce point de vue tous les plants qui leur passent par les mains. Les triages en magasin ne doivent être faits que dans des locaux très bien éclairés ;
- 5° Lorsque les plants d’arbres . fruitiers ou forestiers, manetti, rosiers multiflores, sauvageons divers, épines, sont apportés en bottes liées par les cultivateurs au domicile de l’expéditeur, ils ne doivent jamais être emballés dans les caisses, sans avoir été préalablement déliés, s'ils mesurent au collet plus de 5 millimètres.
- Pour les petits plants de 1 à 5 mm, les bottes peuvent ne pas être déliées; mais après avoir été rognées elles doivent être examinées par un ouvrier qui écarte les tiges jusqu’au lien, ce qui lui permet rapidement de vérifier si la botte ne renferme aucun nid ou cocon de chenilles. Cet examen des bottes non déliées est fait soit par un ouvrier spécialement préposé à cet effet, soit au cours de l’emballage par l’homme qui prend les bottes pour les tendre à celui qui est chargé, de les disposer dans la caisse.
- Les inspecteurs du service phytopathologique doivent assurer l’exacte observation, par les exportateurs contrôlés, des prescriptions ministérielles. En outre, ils doivent les conseiller et les informer : leur indiquer, le cas échéant, les moyens de lutte reconnus efficaces ou susceptibles d’être essayés, leur fournir les renseignements nécessaires sur les législations spéciales des divers Etats oh sont dirigées les expéditions. D’autre part/ ces inspecteurs
- doivent profiter de leurs déplacements pour s’informer de tout ce qui concerne les maladies des plantes dans leur rayon d’action, pour procéder à des investigations que leur rend facile le libre accès des cultures, pour suivre l’évolution des maladies et l’efficacité des procédés de traitement. Ils doivent utiliser, pour se tenir parfaitement au courant de l’état sanitaire des cultures, le concours de correspondants que le Service des épiphyties a institué (arrêté du 25 juin 1916) pour être averti au plus tôt de la présence de parasites dangereux.
- Un semblable service d’inspection est bien préparé pour répondre aux exigences des diverses réglementations étrangères. Sa nécessité est d’autant moins contestable que, de plus en plus, la lutte contre les ennemis des cultures s’organise sur une base internationale. L’Institut international d’agriculture de Rome ayant engagé tous les États à chercher un terrain d’entente au sujet des mesures à adopter pour enrayer la propagation des maladies des plantes, une Convention internationale, non encore en vigueur, fut signée A Rome, le 4 mars 1914, entre la plupart des Etats du monde entier; d’après les dispositions de cette Convention, tous ces États doivent prendre, notamment, les mesures législatives et administratives nécessaires pour exercer la surveillance efficace des pépinières, jardins, serres et autres établissements livrant au commerce des plantes vivantes (plants, boutures, greffes, oignons à fleurs, et fleurs coupées), pour inspecter les envois et délivrer des certificats phytopatholo-giques.
- A bref délai, des' services phytopathologiques existeront dans les divers pays, en vue d’assurer les échanges internationaux des produits végétaux. L’inspection des cultures, telle qu’elle est comprise en France, constitue en même temps un véritable service d’informations qui permet d’établir, à tout moment, la situation phytopathologique de l’agriculture française; les renseignements précis que fournit ce service sont centralisés fréquemment par le ministère de l’agriculture et mettent l’administration à même de prendre, en parfaite connaissance de cause, des mesures parfois urgentes concernant la production et le commerce des matières agricoles d’origine végétale ; ils peuvent également l’engager à provoquer des recherches scien tifiques.
- L’institution d’un Service des épiphyties répond donc à une nécessité absolue. Elle offre à notre agriculture une protection efficace contre les parasites des plantes et constitue une œuvre d’un grand intérêt pratique et scientifique.
- 11 ne restera plus, après la guerre, qu’à doter assez largement ce service pour qu’il montre la même utile activité que les nombreux organismes du Département de l’Agriculture des États-Unis.
- Daniel Claude.
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- L’HIVER 1917 DANS LA SCANDINAVIE Ç)
- Ce n’est pas seulement en France que l’hiver a sévi avec une rigueur inaccoutumée, également dans la Norvège et dans la Suède méridionale, ainsi qu’en Danemark il s’est manifesté avec une intensité qu’il n’avait pas eue depuis une vingtaine d’années.
- A Kristiania la période de froid a duré trois mois environ. Commençant le 25 décembre, elle s’est prolongée jusqu’au milieu de mars. Dans cette ville, du 23 décembre au 9 février, toujours le thermomètre est demeuré en dessous de zéro; jamais depuis 1861, date de l’organisation du service météorologique en Norvège, une suite aussi longue de basses températures n’avait été encore observée. Par suite, la température moyenne de janvier a été extraordinairement basse : — 10°,9, inférieure de 6°,9 à la normale; la plus faible relevée depuis 56 ans. En revanche le minimum absolu n’a pas été excessif : — 19°,5 alors que le 21 janvier 1875 le thermomètre était descendu à — 26°,5. Février également a été très froid. Si sa température moyenne, —5°,5 est inférieure d’un degré à la normale, par contre son minimum, comme celui de janvier, n’est pas très bas : —18°,5. Pareillement pendant la première quinzaine de mars, la seule pour laquelle nous possédions actuellement des renseignements, la température est restée très rigoureuse. Le 7, à 8 h. du matin, dans les montagnes du Dovre, une des régions les plus froides de la Norvège méridionale, il est vrai, on observe —18°. A Kristiania, le 6, le maximum ne dépasse pas -^-6° et le minimum est — 10°,7 ; le 13 dans la nuit on note — 15°,2.
- A Krisliania comme à Paris, se sont produites de brusques hausses thermiques qui semblaient annoncer le dégel et qui, au contraire, étaient suivies d’une recrudescence de froid. Ainsi dans la soirée du 19 janvier, en une demi-heure, le thermomètre monta de —10° à — 2° pour atteindre à minuit— 1°, là plus haute température du mois; après quoi il retomba plus bas qu’auparavant. De même le 9 février, sous l’influence d’un coup de fœhn, le thermomètre monta, en quelques heures, de plusieurs degrés sous zéro à -+- 9° pour redescendre à — 6°.
- Ces froids ont été accompagnés de chutes de neige extrêmement copieuses dans certaines régions littorales. Ainsi, la nuit du 2 au 3 février, par un coup de vent de sud, la neige tomba en telle abondance dans le Sætersdal, la longue vallée débouchant à Kristiansand, près de la pointe sud-ouest de la péninsule Scandinave, que le lendemain une énorme avalanche se détacha des montagnes, et tombant sur la voie ferrée juste au moment du passage
- 1. D’après les renseignements fournis par le Handels og .Sjôfartstidende, le Tidens Tegn et VAftenpost de Kristia-mia, le Svenska Dagblad, de Stockholm.
- d’un train, ensevelit le convoi; seulement, après plusieurs heures de travail, on parvint à sortir les voyageurs de leur prison de glace. Dix jours plus tard un ouragan, accompagné d’une neige extraordinairement serrée, sévit sur toute la Norvège, du cap Nord à Kristiania. A Vardô, petite ville située sur les bords de l’océan Glacial à l’extrémité nord-est du pays, le vent soufflait avec une telle violence et les flocons formaient une muraille mouvante si dense que toute circulation devint impossible. Pour avoir voulu braver la tourmente une femme s’égara en pleine ville et n’ayant pu réussir à regagner un abri, mourut de froid; le lendemain matin seulement on releva son cadavre. Lorsque le cyclone prit fin, les maisons de Vardô, qui d’ailleurs ne possèdent pour la plupart qu’un rez-de-chaussée, se trouvaient presque enfouies.
- La Suède, également, a subi un hiver long et froid. Dans l’étendue presque entière du royaume, tous les jours en janvier le thermomètre est descendu en dessous de zéro; pendant] ce mois, le nombre des jours de gelée a été inférieur à 51 seulement dans les quatre départements de Blekingie, Malmô, Kristianstad et Iialland ; encore dans ces circonscriptions a-t-il atteint un total de 27 à 50. Durant cette période, les températures sont devenues extraordinairement basses. A Vuonatjviken, station météorologique située à l’altitude de 500 m. dans le Norrbotten, le département le plus septentrional de la Suède, le thermomètre a marqué 55° sous zéro! A Karesuando, le poste météorologique du royaume le plus avancé vers le nord, le 4 janvier, on a observé — 41°, et, le 20 — 42° dans le Yermeland occidental (Suède centrale). Aussi bien, partout, sauf dans une station du nord, la température moyenne de janvier s’est montrée notablement inférieure à la normale. L’écart atteint 10° en Dalé-carlie et 5°,1 à Gothembourg. Par suite de ces froids intenses, la couche de glace formée sur les lacs a acquis une épaisseur considérable : 0 m. 57 dans le nord, 0 m. 48 dans le centre du pays. En Suède de même qu’en Norvège le froid a persisté en février et une grande partie de mars. A Hapa-randa, au fond du golfe de Bothnie, le 20 février, à 8 heures du matin, on a noté — 38°, une température polaire !
- Le même régime a régné en Danemark. Jusqu'en mars l’hiver y a fait des retours offensifs. Le 14, par exemple, il s’est produit dans le nord du Jutland une chute de neige extrêmement abondante, comme on n’en avait pas observé depuis quarante cinq ans dit-on, si bien que tout le trafic par voie ferrée s’est trouvé interrompu.
- A la suite de ces froids persistants, dès janvier la glace commença à se former dans les mers riveraines de la Scandinavie et bientôt le nord du Skagerack, des côtes de Norvège et de Suède à la
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- pointe nord du Jutland, le Gattégat, les détroits danois et la Baltique méridionale prirent l’aspect de l’Océan polaire.
- A partir du milieu du mois, les fjords et les canaux de l’archipel côtier de la Norvège méridionale se trouvaient remplis de masses épaisses de glace et vers le large s’étendait à perte de vue une nappe rigide, sur laquelle il eût été possible de circuler en traîneau, assure-t-on.
- Le 2 février, du feu de Færder, situé en avant de l’embouchure du fjord de Kristiania, la surface de la mer ne formait qu’une étendue blanche sans fin. Ce même jour, au témoignage du capitaine d’un vapeur qui avait réussi à accomplir la traversée de Gothembourg à Mandai (Norvège méridionale) en se frayant un passage de vive force entre ces deux villes, le Skagerack était entièrement rempli de flaques épaisses de 2 à 8 pouces enchâssant des blocs volumineux atteignant une puissance de plusieurs pieds; si le froid continuait, on pourrait prochainement aller en traîneau de la côte de Norvège à la pointe du Jutland, ajoutait-il. Plus de 200 navires se trouvaient pincés dans cette banquise, racontait ce marin.
- Pendant la première semaine de mars il y avait encore de la glace dans le fjord de Kristiania et une banquise demeurait entre l’embouchure du canal et l’archipel des Hvalôer.
- Même sur la côte ouest de Norvège, beaucoup plus favorisée que la côte sud, des fjords ont été pris et à Bergen le froid s’est montré particulièrement rigoureux.
- La côte suédoise du Skagerack et les eaux danoises sont demeurées non moins encombrées pendant six semaines environ. Le 27 janvier le port de Frederikshavn, à l’extrémité du Jutland et à l’entrée nord du Cattégat, se trouvait fermé par une puissante banquise; en même temps, devant le Kullen, dans la partie méridionale de ce dernier détroit, de nombreux navires restaient emprisonnés. Une semaine plus tard, à l’entrée nord du Sund, les glaces devenaient si abondantes que les bacs à vapeur qui transportent les trains à travers ce goulet, entre Helsingborg et Elseneur, devaient suspendre leur service. Le 8 février, toute cette partie du détroit était complètement prise et de la côte suédoise on pouvait gagner à pied l’île de Hvem située au milieu de ce bras de mer. Vers le 20, il se produisit une amélioration; il devint alors possible d’assurer le transport des voyageurs à travers le Sund, d’Else-neur à Helsingborg, mais en se servant uniquement de brise-glaces. Seulement au milieu de mars la débâcle a eu lieu dans ce détroit et dans le Cattégat ; toutefois le 14 de ce mois les ferry-boals allant de Copenhague et d’Elseneur à la côte suédoise n’avaient pu encore reprendre leur service. Dans les Belts l’état des glaces n’a pas été plus favorable. Le 10 février, en essayant de traverser le Grand Belt
- entre Àarhus, sur la côte est du Jutland, et Kalund-borg, sur la côte ouest de l’ile de Séiland, un vapeur faillit éprouver le sort que tant de navires ont subi en tentant de forcer les banquises polaires. Après avoir été sur le point d’être jeté à la côte par des.glaces en dérive, il se trouva coincé et soulevé hors de l’eau par des flaques épaisses de plus d’un mètre; le capitaine n’eut d’autre ressource que de battre en retraite dès qu’il put se dégager. A la date du 15 mars les glaces restaient encore-abondantes dans le Grand Belt.
- La Baltique méridionale est demeurée également obstruée pendant des mois. Le 15 mars, dans la baie de Norrkôping, sept vapeurs, dont six allemands, se trouvaient bloqués au large au milieu d’une banquise, dans une situation très critique.
- Depuis vingt-deux ans, les mers riveraines de la Scandinavie méridionale n’avaient jamais été aussi remplies de glace. De même que l’hiver de 1895, celui de 1917 peut être rangé parmi les manifestations climatiques extraordinaires comme il s’en produit en Danemark environ cinq fois par siècle, d’après la consciencieuse enquête à laquelle s’est livré le commandant C. I. H. Speerenschneider (*).
- Au point de vue de nos intérêts, l’encombrement des détroits danois et de la Baltique méridionale par d’épaisses banquises n’a pas été sans exercer une heureuse influence. Pendant près de deux mois, les services des ferry-boats transbordeurs de trains à travers le Sund et les Belts ont été suspendus ou ralentis; par suite, le transport des denrées et des marchandises expédiées des pays Scandinaves en Allemagne s’est trouvé singulièrement entravé. Le 14 février, 420 wagons en destination du Danemark et de l’Allemagne étaient immobilisés à Malmô et à Helsingborg. D’autre part, les glaces ont paralysé les opérations des sous-marins dans ces parages.
- De plus un certain nombre de caboteurs allemands ont été immobilisés pendant plusieurs semaines dans les banquises et y ont subi des avaries. A la date du 7 février, d’après le récit de pêcheurs danois, qui affirment les avoir vus, 53 submersibles allemands étaient bloqués dans les glaces du Cattégat.
- Enfin la débâcle dans le Sund a détruit en par lie le barrage de mines que nos ennemis ont placé à l’entrée méridionale de ce détroit. Entraînés par le courant portant dans le nord vers Copenhague et Malmô, ces engins, à la suite de chocs contre de gros glaçons, ont fait explosion. Heureusement aucun navire ne se trouvait aux environs. Bref, dans le nord le froid s’est montré un auxiliaire de notre cause. Chahi.es Rabot.
- 1. G. I. II. Speerenschneider. Om Isforholdene i danske Farvande i œldre og nyere Tid aarene 690-1860. Copenhague, 1915. Publication de l'Institut météorologique danois.
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- LES FOYERS MÉCANIQUES
- La raréfaction du charbon, dont l’industrie subit
- ctuellement les fâcheuses conséquences, a remis à l’ordre du jour l’étude des moyens propres à réduire consommation du trop rare combustible. La méthode simpliste consistant à supprimer la -cause, c’est-à-dire l’emploi du charbon, en réduisant les applications,' si elle .est la plus rapide et : celle nécessitant le moindre effort, n’en est pas moins un pis-aller lamentable.
- Depuis plusieurs années, de tous côtés on a prêché l’économie du générateur de force industrielle et si la crise actuelle n’a pas été prévue par suite des conditions spéciales dans lesquelles elle s’est produite, elle n’en est pas moins aggravée par suite de l’indifférence que les usiniers ont toujours témoignée à ceux qui leur proposaient d’améliorer le rendement de leurs chaufferies.
- En Prusse, des écoles de chauffeurs avaient été créées il y a déjà longtemps et avaient permis de constater que le rendement calorifique pouvait être presque doublé, lorsque la conduite du feu était confiée à un personnel expérimenté. En Amérique, on a surtout cherché à rendre mécaniques toutes les opérations plutôt que . de compter sur l’habileté individuelle des ouvriers. En France rien ou presque n’a été fait et si les grandes usines modernes, de construction récente, ont été aménagées scientifiquement, on peut compter les industriels qui ayant des installations existantes, les ont modifiées dans le but d’économiser le charbon.
- La question est d’ailleurs très délicate et les foyers mécaniques, excellents dans les grandes usines, ne peuvent guère être employés aussi avantageusement dans les usines produisant moins de 800 à 4000 chevaux-vapeur, car les chargeurs mécaniques ne sont pas utiles dans ce cas, et, au point de vue de la main-d’œuvre, que l’on charge le
- charbon dans le dispositif d’alimentation du foyer ou qu’on le lance à la pelle dans le foyer lui-même, l’opération en définitive estpresque aussi onéreuse.
- Ces restrictions mises à part, les avantages des
- foyers mécaniques sont, outre 'économie de personnel : un gain de 15 à 20 pour 100 dans la dépense de combustible, une augmentation notable (150 à 200 pour 400) de la puissance de la chaudière, une combustion parfaite du combustible aussi bien en ce qui concerne les matières volatiles qu’en ce qui concerne le carbone fixe, enfin une souplesse de conduite plus grande permettant de baisser les feux ou au contraire de les pousser avec une entière facilité. Précisons l’importance de ces différents avantages.
- Les foyers mécaniques permettent de brûler des charbons de qualité inférieure à celle que nécessitent les installations ordinaires, grâce à l’alimentation régulière et continue de la grille et grâce aussi au fait que l’arrivée d’air est toujours la même, ce qui ne peut se produire lorsqu’on est obligé d’ouvrir sans cesse le carneau pour enfourner le charbon. Cet avantage est surtout marqué, comme nous le verrons, dans les systèmes à tirage forcé.
- Une combustion sans fumée, signifie une bonne combustion.
- Une cheminée couronnée d’une épaisse volute noire est l’indice d’un fonctionnement onéreux. Le bon feu ne fait pas de fumée, contrairement au proverbe. En effet il y a dans les charbons ordinaires, à peu près autant de calories disponibles dans les portions volatiles (qui représentent pour les charbons bitumeux jusqu’à 45 pour 100 du poids) composées d’hydrocarbures qui se dégagent quand la houille commence à être chauffée, que dans le charbon lui-même. Il y a intérêt à ce que ces hydrocarbures brûlent sans se décomposer en donnant du carbone pulvérulent, ce qui a lieu lorsque la cheminée fume, aussi doit-on chercher soit à les mélanger
- Fig. /. — Grille à chaîne système Playford.
- Fig. 2. — Installation d'un chargeur Playford surUne chaudière.
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- LES FOYERS MECANIQUES . :r":. — 251
- avec une quantité d’air chaud suffisante pour les brûler complètement, soit à les faire passer au travers du lit de matières incandescentes. Les fluctuations de puissance qui sont si rapides et si marquées dans les centrales électriques demandent une grande souplesse dans le fonctionnement des chaudières, c’est-à-dire en définitive des foyers.
- Dans certains secteurs électriques, la consommation moyenne qui est 8000 kilowatts par exemple entre 14 et 16 heures passe brusquement à 12 000 entre 16 et 18 heures pour retomber ensuite au voisinage de 6000 kilowatts.
- 11 y a deux méthodes scientifiques de brûler le charbon et elles ont amené la construction de trois séries de foyers mécaniques que l’on peut ranger sous les dénominations suivantes : grilles à chaînes, grilles à alimentation supérieure, grilles à alimentation par en dessous.
- La première méthode, méthode de combustion
- progressive pourrait-on dire, consiste^ enfourner régulièrement le charbon à l’extrémité de la grille voisine du regard, à la partie la moins chaude. Le charbon se cokéifie alors progressivement, et les
- matières volatiles hydrocarbonées qu’il renferme distillent. Ces gaz se déplacent alors à la surface du lit incandescent, mélangés à la quantité d’air nécessaire pour leur combustion complète et brûlent,
- Foyer à chaîne Laclids Christy.
- tandis que le charbon cokéifié entraîné parcourt peu à peu le foyer à une vitesse telle qu’arrivé à l’autre extrémité il est complètement brûlé. C’est sur ce principe que fonctionnent les foyers à chaîne et les foyers à alimentation supérieure.
- La seconde méthode consiste à introduire e charbon neuf par le fond du foyer, de façon qu’il soit recouvert par le charbon en combustion. 11 s’échauffe alors, distille en se cokéi fiant des gaz combustibles qui brûlent en traversant le lit incandescent.
- Les divers modèles de foyers à alimentation a par en dessous » emploient ce procédé.
- Il ne nous reste plus qu’à dire quelques mots des plus caractéristiques des appareils de chaque type.
- Les foyers Babcock et Wilcox, Playford, La-clide-Christy, etc., sont constitués en principe par une grille sans fin flexible formant un foyer horizontal supporté par deux tambours montés sur un bâti. L’ensemble forme un tout rigide que l’on peut
- Fig. 4. — Vue transversale d’un foyer Roney.
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- 252 --- . : LES FOYERS MÉCANIQUES
- facilement retirer de la chaudière soit pour le nettoyer, soit pour le réparer.
- Les figures 1 et 2 représentent un foyer Playford. Le charbon esL réparti par une trémie disposée sur le
- devant de la chaudière et les cendres tombent à la partie arrière dans une canalisation spéciale. La chaîne se refroidit pendant son trajet de retour et, à aucun moment, iln’y a plus de 30 pour 100 de sa longueur qui porte du charbon incandescent. Un refroidisseur à eau est placé à la gueule du foyer. Un dispositif analogue se rencontre dans le système Babcock et Wilcox.
- La grille Laclide-Christy (fig. 3) est légèrement en pente vers l’arrière de façon à diminuer la force nécessaire pour actionner la grille.
- Les barreaux de la grille Keystone sont formés de disques circulaires qui tournent autour de leur axe en même temps qu’ils se déplacent dans le foyer. Cette rotation non seulement évite leur détérioration par le feu, mais encore agite le lit de charbon. Les axes qui passent dans ces disques sont solidaires des chaînes sans fin de traction et portent un pignon qui s’engage dans une crémaillère, forçant ainsi les disques à tourner. Dans ces conditions, chaque point de la grille n’est en contact avec le charbon incandescent que pendant 25 pour 100 du temps d’une révolution. Une commande par excentrique permet de lever ou de baisser à volonté la partie arrière de la grille pour éliminer les scories.
- Bien que basés sur le même principe, les foyers
- mécaniques à alimentation supérieure ont un fonctionnement tout différent. Il en existe deux types distincts : ceux à alimentation frontale (Roney, Wilkinson, etc.) et ceux à alimentation latérale (Murphy, Détroit, etc.).
- La figure 4 représente une coupe perspective du foyer Roney. Il est composé d'une série de barres horizontales munies de dents qui constituent la surface sur laquelle brûlera le charbon et forment des étages successifs dont l’ensemble a une pente d’environ 30 degrés vers la partie arrière du foyer. Le charbon est déversé à la partie avant de la grille par un système de bascule fonctionnant environ 10 fois par minute. Les barreaux de la grille s’inclinent en même temps que se produit l’alimentation, ce qui facilite l’extinction du charbon. Tous ces différents mouvements peuvent être réglés pour obtenir l’allure de combustion désirée.
- Le mouvement des narreaux fait descendre d’un étage à l’autre le charbon et finalement les cendres tombent dans la partie terminale du foyer dont la figure 4 montre la disposition particulière.
- La distillation du charbon se produit sur les
- premiers gradins voisins de l’entrée, où la voûte
- Fig. 6. — Vue d’un foyer Sandsford Riby à alimentation « par en dessous ».
- dans cette région reste parallèle à la grille.
- Parfois un jet de vapeur, amené par un dispositif spécial, est employé pour activer la combustion, lorsque l’on force la marche du foyer.
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- Les foyers du type à double action comme celui de la Detroit O ne diffèrent pas essentiellement de ceux du type précédent. Le charbon est introduit des deux côtés du foyer par des grilles symétriques par rapport à l’axe de la chaudière et les cendres qu tombent à la partie inférieure sont enlevées par une chaîne sans fin (fig. 5).
- Les foyers à alimentation par la partie inférieure utilisent les appareils chargeurs Jones, Reley, Taylor,
- American et Kokomo.
- Le chargeur Taylor comprend un lit de combustion incliné composé de tuyères rectangulaires en fonte disposées en escalier. Entre deux rangées de tuyères se trouvent deux pistons dont l’un situé à la partie supérieure prend le charbon à la trémie de chargement. Ces deux pistons agissent simultanément, le piston supérieur étant mû par un arbre à vilebrequin placé sur la façade de la chaudière. Pour prévenir tout accident dû à l’obstruction par les corps étrangers, des chevilles transmettent le mouvement de l’arbre au piston; suffisantes pour un usage normal
- elles se cisaillent si l’effort à fournir est exagéré.
- Le piston inférieur est relié à la tige du piston supérieur de manière que sa course puisse être modifiée suivant le combustible employé (fig. 8).
- A la base de la boîte à A'ent se trouvent les plaques à bascule mues par levier de la façade de la chaudière. Ces plaques ne sont pas perforées puisque toute la combustion a dû être effectuée précédemment.
- Le charbon introduit dans la trémie est poussé et tassé dans la chambre de combustion par les pistons supérieurs. Les gaz distillés se mélangent à l’air chaud projeté horizontalement et brûlent alors complètement et sans fumée. L’action des pistons a pour but de distribuer régulièrement le combustible de façon à rendre inutile le piquage du feu.
- En moyenne l’arbre à vilebrequin commandant l’ensemble fait 30 tours à l’heure.
- Le chargeur Jones comprend 3 organes distincts : un piston, un cylindre à vapeur et une trémie de
- chargement. Il est placé devant la chaudière. Le piston, mû par la vapeur, pousse le charbon dans le loyer ; son mouvement est réglé automatiquement.
- Les valves d’admission de la vapeur sont commandées par le ventilateur fournissant l’air nécessaire à la combustion, lui-même mû par un moteur indépendant. Quand la production de vapeur dans la chaudière augmente, la vitesse du moteur diminue, grâce à une valve régulatrice qui se ferme, réduisant dans les mêmes proportions l’admission de combustible et d’air (fig. 9).
- A l’intérieur du foyer, le chargeur comporte un magasin ou une cornue, un ensemble de tuyères, et un piston auxiliaire. Les tuyères servent à la distribution de l’air sur le lit de combustible.
- A chaque coup de piston, une dizaine de kilo-
- Fig. g. — Coupe d'un chargeur Jones.
- grammes de charbon passent dans la cornue d’où ils sont entraînés par le piston auxiliaire qui brasse d’un mouvement alternatif d’avant en arrière toute la masse de combustible, repoussant,
- Fig. 7. — Foyer à alimentation « par en dessous » American.
- Fig. 8. — Dispositif d'un chargeur Taylor.
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- LES FOYERS MÉCANIQUES
- Fig. io. — Dispositif d’ensemble d’un chargeur Taylor monté sur une chaudière Sterling.
- sur les côtés où elles sont éliminées, les matières inertes et les scories.
- Le lit de combustion est formé de trois couches, le charbon neuf, le charbon en voie de cokéifica-tion, enfin le charbon en ignition qui forme la couche supérieure à travers laquelle doivent passer les hydrocarbures qui se dégagent.
- Ce chargeur, comme ceux du type American et Kokomo, sont particulièrement étudiés pour les installations de faible puissance.
- Les autres types de chargeurs à ali-mentation inférieure ne diffèrent guère que par des détails de construction dans lesquels nous n’entrerons pas.
- Quels sont les
- avantages et les inconvénients de ces chargeurs et de ces types variés de foyers mécaniques? S’il est difficile d’entrer dans la discussion précise de leur valeur individuelle il est cependant possible de formuler quelques remarques générales.
- Les foyers à chaîne et les foyers type Ri-ley dans lesquels les cendres sont enlevées automatiquement sont les meilleurs.
- Tous les foyers mécaniques d’ailleurs peuvent brûler des charbons pauvres avec un excellent rendement, mais les foyers à chaîne ne conviennent que pour des
- charbons donnant beaucoup de cendres. Les charbons qui ne laissent que peu de résidus, en effet, forment à la partie arrière de la grille une couche trop mince à travers laquelle l’air passant facilement détermine une combustion trop intense capable de détériorer les éléments de la grille.
- Charbon
- Fig. ii. — Coupe schématique.d’un foyer mécanique Stoker.
- Pour -ce type de charbon ce sont les foyers à alimentation inférieure qu’il y a lieu d’employer.
- Naturellement, comme la capacité d’une chaudière dépend de la quantité de charbon brûlée dans son foyer, les systèmes utilisant le tirage
- forcé sont préférables, quoiqu’il ne soit pas toujours recommandé de forcer les feux dans une trop grande proportion.
- Avec les systèmes à alimentation inférieure, on peut, sans risquer d’endommager le toit du foyer et les parois, arriver à brûler, pendant de courtes périodes, jusqu’à 4 tonnes par heure et par mètre carré de grille et on peut normalement adopter l’allure de 3 tonnes par mètre carré.
- Ajoutons enfin que ce type de foyer est celui qui présente le maximum d’efficacité quant à la combustion sans fumée, l’épaisseur de la couche
- de charbon que doivent traverser les gaz étant facilement de 50 centimètres.
- Par contre* pour ce qui est de la combustion totale du carbone fixe, ce sont sans nul doute les foyers à chaîne qui donnent les meilleurs résultats.
- On voit donc que bien des facteurs interviennent pour la détermination du choix d’un foyer mécanique, mais il nous suffit d’avoir indiqué la variété des types et les principes sur lesquels il reposent, pour montrer tout le parti que l’on peut tirer de ces appareils.
- H. Volta.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du
- Dosage de Vozone. — M. David a combiné un procédé qui permet de doser très rapidement l’ozone et, par exemple, de déterminer en 2 ou 5 minutes la quantité d’ozone contenue dans l’air d’une salle où l’on a répandu de l’oxygène ozoné. Il utilise un corps s’oxydant instantanément sous l’influence de l’ozone en très petites quantités : le sulfate de fer ammoniacal pur, en solution sulfurique très étendue qui, d’autre part, ne s’oxyde pas à l’air. On ajoute ensuite une solution titrée de permanganate jusqu’à ce qu’une goutte fasse apparaître la coloration rosée.
- Réactions sensorielles chez le poulpe. — Mlle Marie Goldschmidt a fait de curieuses observations sur la psychologie du poulpe qui constitue un invertébré supérieur (connaissance des objets environnants, mémoire, acquisition d’habitudes) et elle a pu constater ainsi que, con-
- M ars 1917 (suite).
- trairement aux idées reçues, ces animaux sont susceptibles de compléter leur instinct par de nouvelles connaissances acquises. Par exemple, en associant plusieurs fois un objet coloré avec de la nourriture, on habitue assez vite l’animal à se jeter sur la même couleur, alors que la nourriture ne l’accompagne plus. L’accoutumance au rouge a été particulièrement rapide. On croyait jûsqu’ici que, pour l’œil du poulpe, le rouge se confondait avec le noir ; l’expérience a montré qu’il distinguait le rouge du noir. On provoque ainsi par la répétition la création d’un véritable souvenir, qui disparaît ensuite progressivement et est généralement effacé au bout de 2 ou 3 heures, mais qui laisse cependant une empreinte ; car, en renouvelant l’expérience au bout de quelque temps, le même souvenir est déterminé plus rapidement que la première fois.
- LA FOIRE D’ÉCHANTILLONS DE LYON
- Avril 1917
- Parmi les manifestations de l’expansion économique à laquelle tendront les forces de la nation, après la guerre, la foire d’échantillons de Lyon tient certainement une des premières places.
- Organisée sous la direction de M. Herriot, sénateur-maire de la ville, par M. Victor, adjoint au maire, elle réunit le long des quais du Rhône les représentations des formes les plus diverses de l’industrie, dans une série d’élégants baraquements dont la longueur dépasse 9 km. Ces innombrables stands suffisent à peine à contenir les 2700 adhérents qui se groupent autour des fondateurs. On peut en augurer le brillant avenir promis à cet organisme, et l’intérêt immédiat qu’ont trouvé à se rassembler dans un grand centre, pendant une période relativement courte ne motivant qu’une brève absence, les producteurs les plus notoires et les commerçants les plus accrédités du pays.
- La Foire d’échantillons se différencie d’uneexpo-sition universelle en ce que les objets en vitrine ne figurent qu’en nombre restreint et se réduisent à quelques types essentiels ; ils ne sont pas immédiatement accessibles au public; les transactions ont lieu d’après ces modèles, entre vendeurs et acheteurs en gros, qui peuvent se renseigner en comparant les articles contenus dans des stands voisins, et passer rapidement ensuite les plus gros marchés.
- En parcourant la longue suite des maisonnettes alignées au bord du fleuve, le promeneur se documente sur les questions les plus diverses ; tout y figure : habillement, jouets, machines agricoles, fournitures du bâtiment, papeteries se suivent dans un merveilleux diorama. Les pays étrangers, comme l’Amérique et le Portugal, des pays lointains, comme le Japon, n’ont pas hésité à y présenter des spécimens de leur production; un très louable e'ffort a été fait par diverses sociétés coloniales
- d’Indo-Chine, de Madagascar, d’Algérie-Tunisie, et surtout de notre nouvel et magnifique apanage d’avenir ultra-marin, le Maroc, pour attirer l’attention sur les richesses végétales et minières de ces terres lointaines.
- Mais le point capital de la Foire, celui vers lequel se porte naturellement la plus vive attention, demeure sans conteste l’exposition des industries métallurgiques et minières.
- Dans le cadre formé par l’entrée du Parc de la Tète d’Or, devant les arbres et la verdure où se devine l’eau bleue du lac, le pavillon du Greusot attire immédiatement les regards; une coquette construction en bois, élégante et légère, découpe sa silhouette. Quelle 11’est pas la surprise du passant de trouver dans ce fragile esquif les engins les plus puissants de fer et d’acier de l’industrie moderne ! Devant la porte, un immense étambot de cuirassé, en acier moulé, fait penser à quelque monstre antédiluvien exhumé là comme gardien de mystérieux secrets ; des chaînes, des obus barricadent l’entrée; et puis un modeste tracteur semble convier le visiteur à quelque partie de plaisir, lorsque l’hôte étonné découvre soudain que cette minuscule locomotive est capable de remorquer à 8 km à l’heure un train de 60 t. ! — A l’intérieur, on bute de suite contre un monstrueux obus de 520, lourdement campé sur sa base, réplique monumentale aux 420 de Krupp. Accrochées aux murs, des photographies d’usines, des vues de machines et de grues tita-niques, sur terre, sur mer, montrent la puissance de l’homme lorsqu’il s’attaque pour les vaincre aux obstacles naturels. Des collections d’aciers spéciaux présentent leurs cassures homogènes, cristallines, et parlent du développement remarquable de la micrographie chimique dans la métallurgie; des pièces et des moteurs électriques de toutes puis-
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- 256 : - --- ....LA FOIRE DE LYON
- sances, de tous diamètres, expriment la production de l’énergie, et permettent d’instructives comparaisons avec des groupes moteurs à explosion de 1800 et 2200 chevaux; des graphiques et des appareils de mesure indiquent la méthode scrupuleuse avec laquelle l’ingénieur suit et dirige les efforts de l’ouvrier. Un élégant salon, enfin, permet de juger de la perfection à laquelle sont arrivés les maîtres verriers de la Société d’Optique et de Mécanique de Haute Précision, par l’exposition d’une collection d’instruments uniques : des verres taillés et moulés, des pièces de cristal limpides comme une eau de roche prouvent que la France sait aussi exploiter le rayonnant domaine de la Lumière, y supplanter et distancer même sa concurrente allemande; des lunettes binoculaires d’Artillerie, à grand relief stéréoscopique, un périscope de 3 m. 15 de tige font toucher de l’œil, si l’on peut dire, les résultats du travail minutieux et patient de nos opticiens.
- Plus loin, le stand des Aciéries de la Marine et d’Homécourt contre-balance puissamment l’impression grandiose produite par l’exposition duCreusot.
- L’industrie de guerre y tient encore une place prépondérante. Deux canons de 70 mm, de montagne et de campagne, vis-à-vis l’un de l’autre, tendent leurs gueules, celui-ci long et mince, agile et rapide, l’autre plus trapu, court, prêt aux escalades, aux chemins aventureux. Des ressorts pour tourelles de cuirassés enroulent leurs spires susceptibles de porter 19 tonnes sans s’écraser, et ce chiffre paraît formidable pour un boudin dont le diamètre ne dépasse pas quelques centimètres. Des châssis en tôle emboutie, des vilebrequins pour moteurs à 6 cylindres, taillés et découpés dans un lingot d’acier de 1 m. 50, s’alignent le long des murs. Et des collections d’aciers au tungstène, au manganèse, cassés, tordus, martyrisés en tous sens par des instruments tortionnaires, montrent les plaies et les fractures incomplètes que ces puissants outils ont eu peine à produire. Des obus enfin, des obus et des obus encore, des 340 pesant vides plus de 500 kg, des 420 dépassant 700 kg édifient les visiteurs sur l’état d’âme des troupes allemandes pilonnées sans merci par ces niasses énormes tombant à profusion.
- Les autres concessions métallurgiques se succèdent ensuite : Firminy voisine avec Decazeville, les Hauts Fourneaux de Givors rivalisent avec ceux de Pont-à-Mousson. Chacune des nombreuses et puissantes sociétés françaises du fer tient à prendre place à la Foire ; sans doute y verrons-nous l’année prochaine les Hauts Fourneaux et Aciéries de Caen, puisqu’on annonce la mise en feu du premier four de cette Compagnie, un joli cubilot coulant quotidiennement ses 400 tonnes de fonte.
- La place des appareils d’usinage était tout indiquée près de la grosse métallurgie : les stands voisins contiennent des perceuses, fraiseuses, transporteurs et outils divers entre lesquels on a peine à marquer une préférence. Nous voudrions
- noter l’initiative de l’Allied Machinery C° de France : pour attirer la clientèle, le manager fait fonctionner devant ses yeux un tour Loswing à mèches multiples : un obus brut de fonte se transforme en quelques minutes en un 75 calibré, net et poli comme un miroir : et l’acheteur étonné suppute devant cette prestidigitation l’économie que lui permettrait de réaliser un pareil outillage.
- Plus loin, les spécialités alternent entre elles et font de la foire une exposition fort instructive, même pour un profane. Dans le groupe des autos, de jolies magnétos Ericsonn montées sur même arbre donnent chacune ses 2, 4 ou 8 étincelles par rotation, régulièrement et sans fatigue : les chauffeurs, — qui ne se croit un chauffeur en puissance ! — se félicitent in a parte d’être enfin délivrés des magnétos germaniques, « bosches », devrais-je dire.
- Enfin le matériel pour l’industrie chimique est présenté sous la forme concurrente des deux pâtes d’avenir où se joueront, inoffensifs, les acides les plus corrosifs : les grès et les quartz fondus. Les grès témoignent des résultats auxquels atteint déjà notre céramique : des monte-jus automatiques, vitrifiés et indéréglables, encadrent un énorme serpentin de 100 mm de diamètre, enroulé comme un boa à la sieste; les quartz fondus, de l’Argen-tière-la-Bessée, retiennent le regard charmé par leur transparence opaline, leur émail translucide, blanc, givré, décorant les murs, comme pour quelque féerie, de pièces de toutes formes et de toutes dimensions : vases, tubes, capsules à becs et serpentins aussi, appareils remarquables, inattaquables et insensibles à la chaleur.
- D’autres domaines mériteraient une visite : leur spécialité s’écarte trop du cadre des industries scientifiques dont nous avons désiré donner ici un rapide aperçu : citons seulement en passant les écoles professionnelles techniques, et les institutions si remarquables de rééducation des mutilés agricoles, dont Lyon a été l’un des centres novateurs (château de Sandar, près Limonest).
- La Foire d’Échantillons de Lyon n’est assurément pas une nouveauté. Gomme l’avait judicieusement remarqué M. Herriot, dans son bref historique de l’année passée, d’autres pays, d’autres villes de France en d’autres temps, Lyon même au xv° siècle, montèrent des foires annuelles, centres d’échanges commerciaux intensifs ; ces manifestations tombèrent en désuétude et disparurent, à l’exception de la foire de Leipzig, qui, attirant à elle les débris de ces marchés, contribua du même coup à en parfaire la déchéance.
- Les échevins de Lyon ont eu le rare mérite de ressusciter, en l’adaptant aux besoins du jour, une coutume ancienne, source de gains et de profils pour les hôtes aussi bien que pour les habitants; la magnifique réussite de leur œuvre, en pleine guerre, demeure un sûr garant de la vitalité de la puissance économique de notre pays.
- A. K.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahure, rue de Fleuras, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 2274. r
- 28 AVRIL 1917.
- LA QUESTION DU PAIN
- Un des problèmes économiques les plus importants de l’heure présente est certainement la question du pain. On la trouve exposée et discutée dans les journaux, les revues, avec une insistance croissante : Aurons-nous une carte de pain? notre consommation sera-t-elle limitée? les prix de la taxe actuelle pourront-ils être maintenus ?
- Le pain formant la base de l’alimentation des Français, de par nos habitudes de nourriture, son prix réglant en partie le cours des autres denrées, la question vaut d’être examinée dans son ensemble, avec toutes les précisions techniques nécessaires.
- La situation actuelle.
- — La France mange en moyenne 92 millions de quintaux de blé par an. En temps normal, son propre sol produit 86 millions de quintaux (*)
- (moyenne de 1909 à 1913:86447150 quintaux) . La très faible différence : 6 millions de quintaux, est fournie par l’importation. Cette situation est extrêmement avantageuse : notre pays peut se suffire, ou presque; il est donc indépendant du marché mondial; il a peu d’achats à faire à l’étranger. Aucune autre nation européenne, sauf la Russie, n’est aussi privilégiée à ce point de vue.
- Mais la guerre actuelle a fortement troublé cette heureuse situation. En 1915, la France n’a produit que 60 millions de quintaux de blé, en 1916, 58 millions et l’on prévoit pour la récolte de 1917 un peu plus de 50 millions seulement. C’est un déficit de 40 pour 100 sur les récoltes normales et une insuffisance de 40 millions de quintaux de blé par rapport aux besoins. Les causes de cette crise sont nombreuses : diminution de la superficie cultivée (5202 580 hectares en 1916 contre 5489 230 en 1915) et diminution du rendement (Il quintaux par hectare en 1916 contre 13,2 en
- 1. Les données numériques suivantes sont extraites du Bulletin de Statistique de l’Institut International d’Agriculture.
- temps normal) provenant du manque de main-d’œuvre : hommes et animaux, de l’insuffisance des engrais, de la taxe des cours qui restreint les bénéfices d’exploitation et encourage à délaisser la culture et la vente du blé pour celles d’autres produits plus rémunérateurs, etc.
- En temps normal, les conséquences d’une mauvaise récolte sont corrigées par les stocks des années précédentes et par les importations. Mais, à la troisième année de guerre, les stocks sont épuisés et les importations difficiles.
- En effet, les autres pays sont dans la même situation que nous. Partout, on constate le même déficit de production pour diverses causes : les pays belli-gérants manquent comme nous de main-d’œuvre, les neutres ne reçoivent plus d’engrais en quantités suffisantes; enfin, les conditions climatériques de 1916 ont fortement diminué la production des grands greniers à blé de l’Amérique du Sud.
- Dans l’hémisphère septentrional, on n’a cultivé en 1916 que 77 millions d’hectares au lieu de 86 en 1915 ; on n’a récolté que 691 millions de quintaux au. lieu de 917 ; le rendement n’a été que de 9 quintaux par hectare au lieu de 10,6.
- Dans l’Afrique du Sud, la récolte a été déficitaire de 20 à 25 pour 100. En Argentine, la sécheresse et aussi l’utilisation du blé en herbe pour la nourriture du bétail ont amené ce résultat que 2 200 700 hectares n’ont pas été moissonnés sur 6 511 000 ensemencés.
- Le monde entier manque donc de froment. Ajoutez à cela les difficultés de transport, les dangers de la navigation, la hausse énorme des frets; toutes ces considérations conduisent à conclure que l’année 1916-1917 est la plus mauvaise de toutes, depuis longtemps, au point de vue de la production des céréales. Il est à craindre que la prochaine, 1917-1918, soit encore pareille, sinon pire.
- 17. — 257
- Fig. i. — L’importance des semailles précoces et des opérations culturales : trois pieds de blé arrachés en février igif dans le même sol; à gauche, grain semé en août et butté en septembre; au milieu, grain semé en septembre et butté en novembre; à droite, grain semé en novembre et non butté.
- (D’après H. Devaux, dans la Revue Scientifique.)
- 45” Année, — 1" Semestre.
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- Chaque pays ne peut guère compter que sur lui-même et doit trouver sur son propre sol sa nourriture principale. Encore une fois, la France est parmi les mieux partagés.
- Il nous manque pourtant cette année: plus du tiers du froment nécessaire; seule l’Amérique du Nord dont la récolte fut satisfaisante peut nous venir quelque peu en aide.
- Nous sommes donc obligés de chercher tous les moyens d’économiser notre blé pour avoir du pain en quantité suffisante.
- Déjà, l’exportation des blés et farines est interdite depuis le début de la guerre (décret du 31 juillet 1914). Cela ne suffisant pas, il faut y ajouter l’utilisation maxima de notre récolte par l’emploi des meilleurs procédés de meunerie et de boulangerie, l’usage des farines autres que celle de froment, la consommation du pain sans gaspillage et même au besoin sa réglementation ét sa limitation.
- Si la crise du pain n’était que temporaire, si l’on pouvait espérer de pro-chaines récoltes abondantes, ces mesures suffiraient.
- Malheureusement, il n’en sera rien, et il est prudent d’envisager, outre ces moyens d’une nécessité immédiate, tous ceux qui permettront d’assurer des récoltes plus proches de la normale, afin de faire cesser au plus tôt la période de disette dans laquelle le monde entier entre en ce moment.
- Nous examinerons successivement les mesures nécessaires à appliquer à la culture, la meunerie et la panification.
- La culture du blé (l). —Comme nous l’avons dit, les perfectionnements à apporter à la culture du blé ne peuvent avoir d’influence sur la récolte prochaine; leur action est à plus longue échéance, mais ils n’en méritent pas moins d’être connus puisque la période de crise dans laquelle nous entrons se prolongera certainement même après la fin de la guerre.
- L’insuffisance de notre récolte nationale tient
- 1. Parmi les récentes publications sur la culture du blé, on pourra consulter: Le blé, par J. et P. Berlliault, Librairie agricole delà Maison Rustique, 191‘2; La culture rémunératrice du blé, par E. Rey, Baillière, 19B; Nouvelles méthodes de culture du blé, par H. DerauRevue scientifique, 1917.
- surtout aux faibles rendements de la grande majorité de nos terres cultivées en blé. Tandis que les régions de culture intensive comme le Nord produisent couramment 25, 30 et même 40 quintaux de grain à l’hectare, beaucoup de champs donnent moins de 10 quintaux. Or une récolte de ce genre n’est pas rémunératrice et peu à peu les paysans tendent à renoncer à la culture dans ces conditions. C’est là certainement la cause principale de la mort de la terre, de l’émigration vers les villes tentaculaires, de la dépopulation rurale, sur lesquelles tant d’auteurs ont gémi en ces dernières années; c’est là la cause de notre crise du pain actuelle. Ne peut-on pas y remédier? . .
- Certes, les terres à faible rendement sont le plus souvent , des terres médiocres, dont on ne peut attendre des récoltes comparables à celles d’une
- ferme modèle comme Rotham-sled ou Grignon. Mais i on peut certainement augmenter fortement leur productivité, et il ne faut pas oublier, comme le rappelle M, Devaux, qu’ « une augmentation d’un seul quintal par hectare représente un accroissement de plusieurs millions de quintaux pour l’ensemble de la France » et que « si la récolte montait seulement à 20 quintaux, la France aurait largement de quoi se suffire ». Comment y parvenir?
- Toutes les terres franches sont de bonnes terres à blé, à condition d’être travaillées. Le froment demande un sol meuble, perméable et frais. On le trouve le plus souvent sur place et l’on peut l’améliorer par simple chaulage ou marnage.
- Les labours, la bonne préparation du sol maintiennent ces qualités.
- Les engrais, la fumure et la pratique de l’assolement doivent être utilisés d’autant plus que la terre est moins riche.
- Le choix des variétés ou des mélanges de grains en rapport avec la nature du sol et le climat a une grosse importance.
- Les semailles précoces économisent la semence et donnent de plus forts rendements (fig. 1).
- Ceux-ci peuvent être considérablement accrus dans certains cas par diverses pratiques telles que le binage, le sarclage, le tallage, le buttage, le
- Dépenses en cu/fure
- 30 C | Grain jlè/llej /O Hecfo/itrei
- Grain
- Paille
- Grain
- Dépenses en eu//ru ne
- Dépenses en Cu/Ture
- Fig. 2. — Les bénéfices réalisés à l'hectare selon les soins culturaux. Un hectare de terre, mal cultivé, donne io hectolitres de blé; perte : 3o fr.- Le même, pour une augmentation de ’jo fr. des frais de culture, donne 20 hectolitres de blé; gain : 100 fr. Le même, très bien cultivé, pour 70 fr. de plus de frais donne 3o hectolitres de blé; gain : a5o fr.
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- repiquage, l’écimage. On trouvera la description de ces améliorations des procédés de culture dans les ouvrages indiqués plus haut.
- L’ensemlde de ces soins culturaux suffit à tripler le rendement d’une terre médiocre et à assurer un gros bénéfice à une culture qui, sans eux, couvre à peine ses frais (fig. 2).
- Que faut-il pour que ces améliorations se réalisent rapidement? D’abord, que les cultivateurs les connaissent et pour cela qu’ils trouvent des renseignements pratiques et précis auprès des laboratoires et services techniques que le Ministère de l’Agriculture a organisés dans toute la France, que les
- précaires et in suffi saii les. Le seul remède efficace et durable sera l’introduction des machines perfectionnées dans la pratique agricole; la motoculture est sortie aujourd’hui de la période des essais, divers modèles de tracteurs et de machines ont fait leurs preuves ; il n’y a plus qu’à les employer. Leur construction, pendant la guerre, esL malheureusement arrêtée par l’utilisation des matières premières et des ateliers pour des besognes plus urgentes encore, mais, dès la fin des hostilités, il sera nécessaire que de nombreuses usines métallurgiques se consacrent à la fabrication de machines et de moteurs agricoles. Un obstacle à l’emploi de la moto-
- Fig. 3. — Quelques appareils de motoculture : au centre, faucheuse; aux angles, tracteurs et laboureuses.
- meilleurs modes de culture ne restent pas connus seulement des agronomes, mais qu’ils soient divulgués, répandus, propagés partout. Ensuite, que les conditions économiques de la culture soient aussi favorables que possible. Elles se ramènent essentiellement à deux : les avances de fonds et la main-d’œuvre.
- L’insuffisance de la main-d’œuvre est générale aujourd’hui et elle continuera de nous inquiéter longtemps encore après la guerre. On cherche actuellement à y remédier en ce qui concerne l’agriculture par diverses mesures partielles telles que l’utilisation des prisonniers, les permissions agricoles, la démobilisation des plus vieilles classes de cultivateurs, l’importation de travailleurs indigènes de nos colonies. Toutes ces solutions sont
- culture-dans notre pays est le morcellement de la propriété. Il faudra y remédier par l’organisation des associations agricoles et celle du crédit agricole à long terme qui offriront aux groupements de cultivateurs les avances de fonds indispensables à l’achat des machines et des engrais et seules assureront une meilleure mise en valeur des terres.
- La meunerie. — En attendant ces transformations indispensables delà culture qui ne peuvent immédiatement porter leurs fruits et remédier à la crise actuelle, il faut rechercher tous les autres moyens dont nous disposons pour augmenter- dès aujourd’hui la production du pain.
- Les vieux moulins à vent, aux ailes battantes, perchés sur les collines, les petits moulins à eau,
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- cachés dans la verdure, au long des ruisseaux, tous ces pittoresques ornements du paysage ont
- Broyeur a fan ne noire
- Cylindres broyeurs
- c m Grossesi
- b^oujtjures jernouteSj Finots / semou/es fines \ ffmmmmmffmi
- Farine
- cfo
- Convertisseur à gruaux
- Fig. 4. — Schéma d’une minoterie.
- disparu ou sont inutilisés. Leur faible production, leur mauvais rendement, la variabilité de leurs produits, les farines colorées qu’ils fournissaient, les firent abandonner et aujourd’hui, la part qu’ils gardent dans la production nationale est insignifiante.
- Après 1870, la concurrence étrangère, les exigences du public quant à la blancheur du pain, ont amené la meunerie à remplacer à peu près partout les petits moulins à meules de pierre par de grands établissements à cylindres métalliques, où la main-d’œuvre est presque entièrement supprimée par la multiplicité et l’ingéniosité des appareils mécaniques ('). Le blé, à son arrivée à la minoterie, est déchargé automatiquement, transporté par des plans inclinés, des chaînes à godets, des élévateurs, etc., où toutes les ressources de la mécanique sont mises à profit. Les grains sont criblés par des tamis à secousses qui en séparent les impuretés, puis lavés et brossés au cours d’une descente dans un tuyau. Arrivés à un degré d’humidité convenable, les grains sont versés par une trémie entre deux cylindres d’acier horizontaux de 25 cm de diamètre environ, à surface rayée, écartés l’un de l’autre de 2 à 5 mm et tournant, l’un à 550 tours, l’autre deux fois moins vite. Les grains sont simplement fendus, leur embryon détaché, avec un minimum de production de farine. Le mélange obtenu est tamisé puis séparé par ventilation. Le tamis en soie, très fin, ne laisse passer que la farine. Le courant d’air produit par un ventilateur sépare les enveloppes et les germes des particules de blé non broyé. Ces dernières passent entre deux nouveaux cylindres plus rapprochés qui les transforment en farine pure. Les enveloppes
- 1., Yoy. La Nature n° 2135.
- et les grains d’amidon y adhérant passent entre deux autres cylindres et les produits sont à nouveau
- séparés, donnant une nouvelle quantité de farine. Le blutage se fait dans de grands tamis à fond plat placés dans des caisses fermées et appelés plansich ter. Un mouvement complexe alternatif et circulaire trie les farines par grosseurs. La boulange arrive au haut par des tuyaux souples; les farines blutées sortent au bas par d’autres manches aboutissant directement aux sacs.
- La circulation des farines à travers les appareils est produite par des courants d’air.
- La minoterie moderne est donc complètement industrialisée.
- Elle assure avec un minimum de main-d’œuvre, le maximum de rendementet, de ce fait, on ne voit pas la possibilité d’augmenter. la pro-duction du pain.
- Cependant, on y peut parvenir, et cela de deux façons : d’abord en augmentant le taux d’extraction de la farine, ensuite en l’additionnant de farines d’autres céréales : orge, maïs, seigle, riz, manioc ou d’autres graines telles que les fèves.
- Le grain de blé est constitué (fig. 5) par un embryon ou germe E excentrique, une masse d’albumen D formée de cellules
- Fig. 5. — Coupe longitudinale d’un grain de blé. A et B, enveloppe mince ou péricarpe. C, région dite assise digestive. D, albumen. E, Embryon ou germe.
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- remplies de grains d’amidon, une couche externe G pauvre en amidon, une enveloppe ou péricarpe A et B riche en cellulose.
- L’embryon est particulièrement riche en matières grasses et minérales; on le sépare généralement sous prétexte qu’il rancit rapidement et donne un goût particulier au pain. L’albumen est en son centre très riche en amidon et très pauvre en gluten ; cette partie s’écrase le plus facilement et donne la fleur de farine, très blanche et très fine. La phériphérie de l’albumen est au contraire plus dure, plus riche en gluten, plus pauvre en amidon; elle fournit le gruau blanc qu’on mélange à la fleur pour obtenir la farine ordinaire. La couche externe encore plus dure donne le gruau bis; on ne le mélange à la farine que pour la fabrication du pain bis. L’enveloppe et le son n’ont pas de propriétés nutritives.
- En temps ordinaire, le public considérant la blancheur du pain comme plus importante que toutes ses autres qualités, on n’utilisait que la fleur et le gruau blanc, limitant ainsi le taux d’extraction entre 60 et 70 pour 100 pour les blés tendres.
- Les administrations elles-mêmes (armée, hôpitaux, etc.) exigeaient un rendement inférieur ou tout au plus égal à 70 ou 72 pour 100, maison
- Fig. 6. — Un modèle de pétrin mécanique.
- peut largement dépasser ce taux d’extraction et atteindre jusqu’à 77 ou 80 pour 100 de farine comme on le fait actuellement (blutage à 77 pour 100 obligatoire, loi du 25 avril 1916) sans aucun inconvénient et même avec avantage (*). Le pain 1. Une expérience de Magendie le démonlre : un chien
- 261
- blanc est en effet moins nourrissant que le pain bis. 11 contient moins de gluten, moins d’azote et moins de phosphore; le seul avantage de la farine blanche est de se conserver mieux.
- Fig. 7. — Un four de boulangerie moderne.
- Le pain bis diffère, d’ailleurs, du pain complet fait avec le son et la farine qui est moins nourrissant et moins digestible.
- Chaque Français consommant de 250 à 260 kg de pain par an, on pourrait facilement calculer l’économie réalisée actuellement par la substitution du pain bis au pain blanc.
- Le second moyen d’augmenter notre provision de farine est d’ajouter au froment les farines d’autres plantes. En temps normal on tolère l’addition de 4 pour 100 de farine de fèves au maximum, mais le mélange de 5 à 6 pour 100 de farine de riz ou de maïs, ou de 5 à 10 pour 100 de farine de seigle est considéré comme une falsification.
- En ce moment on abandonne ces règles rigoureuses, et ces temps-ci le ministre du ravitaillement a même déposé à la Chambre un projet de loi par laquelle les meuniers seront d’abord autorisés, puis obligés à ajouter 15 pour 100 de farines étrangères à la farine de blé, du type actuelf3).
- Le maïs abondamment cultivé en France, en Amérique et dans nos colonies, a l’avantage de coûter en ce moment moitié moins que le blé; égermé, puis moulu très fin, il ne cbafigé guère l’apparence du pain. Les fèveroles qu’on récolte dans l’Est et en Vendée donnent au pain une plus grande richesse en azote et le font lever plus facilement. Le seigle, abondant en Bretagne, en Champagne, etc., fournit un pain brun de saveur et d’odeur agréables, recherché dès le temps de paix et se desséchant moins vite que le pain de pur froment. L’orge mélangé au blé permet également^ nourri exclusivement de pain bis se porte bien; un autre nourri exclusivement de pain blanc meurt au bout de 50 jours.
- 2. Projet voté pendant l’impression de cet article. La nouvelle loi autorise jusqu’à 50 pour 100 de farines étrangères au froment.
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- LA QUESTION DU PAIN
- quand il est moulu fin, de préparer un pain d’aspect mat et de saveur particulière.
- Le riz, dont la culture couvre d’immenses espaces dans nos colonies d’Asie, a justement fourni cette .année une récolte très abondante. Or, il se moud sans aucun déchet et donne un pain très blanc; tout au plus a-t-il le défaut de retenir plus d’eau que le blé et de donner ainsi un pain plus humide. Le manioc de la Réunion, de Madagascar, des Antilles, de la Nouvelle-Calédonie qui fournit le
- brables boulangeries dont le rendement est inégal. A cela, il ne semble pas qu’il y ait de remède immédiat. Chaque village, chaque hameau a son boulanger, celui ci dût-il se limiter à un très petit nombre de fournées chaque jour. On ne trouve d installations réellement industrielles que dans les grands centres.
- On sait que le pain résulte du mélange de la farine, avec de l’eau, du sel et du levain, le tout pétri et cuit au four.
- Fig. 8. — Un Jour chauffé au gaz.
- tapioca peut donner également un pain d’une conservation parfaite. L’addition de ces farines à celle de froment augmentera nos ressources alimentaires sans nous ob’iger à d’importantes sorties de numéraire, puisque les graines dont on les extrait se récoltent en abondance dans notre pays ou nos colonies.
- Les deux mesures précédentes suffisent à assurer plus du quart de la quantité de pain qui nous est nécessaire.
- La boulangerie(‘). — Si la meunerie est aujourd’hui centralisée dans de grosses installations où le rendement est maximum, la fabrication du pain est en grande partie éparpillée dans d’innom-
- 1. Consulter le manuel Roret : Boulanger, 2 vol., 1914.
- Selon que le mélange est plus ou moins bien fait le résultat est plus ou moins heureux, et c’est encore aujourd’hui un art de savoir arrêter à temps la fermentation sous l’influence du levain et de la levure, de régler la température du four et la durée de cuisson.
- Ce n’est pas à dire cependant qu’il n’y ait pas avantage là aussi à remplacer la main-d’œuvre humaine par les machines.
- Au pétrissage de la pâte à bras d’homme, pénible, coûteux et malsain, il y a tout intérêt à substituer les pétrins mécaniques.
- La grève des boulangers de Paris, il y a quelques années, les introduisit dans de nombreux fournils j1). Il n’est pas douteux que a situation actuelle en augmentera beaucoup le nombre pour le plus grand bénéfice du boulanger et du consommateur.
- De même, le four ordinaire de boulanger avec chauffage par le bois sur Pâtre peut être remplacé par des fours de formes mieux étudiées, économisant le combustible. Il existe aujourd'hui de très nombreux modèles de ces fours utilisant soit le bois, soit d’autres combustibles : charbon, coke, gaz. Dans les modèles les plus perfectionnés, les produits de combustion ne pénètrent pas dans le four mais servent à produire de Pair chaud (fours aéro-thermes) qui est distribué rationnellement dans les diverses parties du four au moyen de registres. La Nature a déjà décrit de nombreux types de ces fours, notamment ceux à gaz (n° 1972) et à l’électricité (n° 1848) ; nous n’avons donc pas à y revenir ici.
- Parmi les procédés de panification qui donnent le plus grand rendement en pain, il y aurait lieu, en ce moment, de reprendre la méthode préconisée jadis par Mège-Mouriès et bien mise au point depuis son apparition; et, d’autre part, de remettre à l’étude les méthodes de panification directes à partir du grain de blé proposées à plusieurs reprises . 1. Voir La Nature, n° 1859.
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- UN SOUVENIR BOTANIQUE DE 1870
- et qui ne semblent pas avoir pratiquement abouti.
- Le procédé de panification de Mège-Mouriès permet d’utiliser 86 pour 100 du blé. Par un seul passage aux meules et un seul blutage il sépare d’une part la Heur de farine et les gruaux blancs, d’autre part les gruaux b s et les sons.
- Les gruaux bis et le son sont traités d’une façon particulière qui constitue la grande économie du procédé. Mège-Mouriès ayant reconnu que les gruaux bis renfeiment des débris de la membrane embryonnaire, et que celle-ci contient un ferment actif, appelé par lui céréaline, qui provoque la formation d’acides aux dépens du gluten et qui colore le pain en bis, il a cherché les moyens de neutraliser ce ferment et par suite d’utiliser pour la panification les parties du grain qu’on rejette généralement.
- A cet effet, le mélange de gruaux bis .et de sons est mis en contact avec un mélange de levure et de glucose en pleine fermentation alcoolique. Le liquide obtenu par tamisage sert à faire avec la farine blanche la pâte, à laquelle on ajoute les gruaux blancs. On obtient ainsi un pain blanc un peu coloré qui contient sans exception tous les éléments nutritifs et utilisables du blé.
- Le fort rendement du procédé Mège-Mouriès
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- fait qu’il mérite d’être repris en ce moment.
- On pourrait également remettre à l'étude des procédés de panification sans mouture du blé préconisés à.diverses reprises par MM. Sézille, Desgoffe et Degeorges (*) qui permettent de passer directement du blé au pain. Les grains de blé sont mis à tremper dans l'eau tiède jusqu’à ce qu’ils gonflent et se ramollissent ; on y ajoute alors le levain et le sel ; le mélange est en même temps broyé et pétri et la pâte obtenue est mise directement au four. Dans les divers essais de ces procédés on a pu obtenir 150 kg de pain de 100 kg de blé. ; ,
- Comme on le voit par ce rapide examen de la question du pain, la situation actuelle, pour être sérieuse, n’est; cependant, pas inquiétante; nous pourrons vraisemblablement avoir notre pain quotidien assuré pour l’année prochaine. Mais il sera bon, si nous né voulons pas être rationnés et même réduits à la portion congrue, de ne pas gaspiller la moindre quantité de pain utilisable. Il faudra nous contenter dm pain bis actuel et même peut-être d’un pain plus bis encore. Il serait utile que toutes les mesures que nous avons indiquées dans cet article soient immédiatement décidées ou mises à l’étude afin que nous ne nous trouvions point pris au dépourvu. Daniel Claude.
- UN SOUVENIR BOTANIQUE DE 1870
- Influence des guerres sur la flore d’un pays.
- Il est un peu regrettable, au point de vue de la science pure, que le gouvernement n’ait pas cru devoir, de-ci de-là, faire accompagner nos armées par des scientifiques « purs ». Ils auraient peut-être pu glaner quelques observations qui, évidemment, ne pouvaient avoir aucune influence salutaire sur la guerre elle-même, mais auraient été intéressantes à noter pour ceux qui se plaisent à faire de la science l’objet de leurs méditations.
- 11 est bien certain, par exemple, que la flore de la France sera profondément bouleversée — au moins pour un temps — du fait de la guerre, soit par l'apport et l’acclimalalion — peut-être — de plantes exotiques, introduites avec les importations étrangères, par le massacre des forêts et par le bouleversement du sol, ne fut-ce que celui des tranchées.
- Après la guerre de 1870, qui fut, certes, moins « cataclysmale » (au point de vue de la végétation) que celle que nous subissons depuis bientôt trois ans, des botanistes ont pu fixer quelques faits relatifs sur le sujet auquel nous venons de faire allusion. MM. Gaudefroy et Mouille-farine ont noté en divers endroits de Paris ou de ses environs l’apparition d’une flore nouvelle, qu’ils ont qualifiée pittoresquement d’obsidiortale et qu’ils
- ont déterminée avec soin dans le but de voir si, plus tard, quelques-unes de ces plantes ne se maintiendraient pas sur notre sol. On savait en effet depuis longtemps que le « Corispermum Marc-schalli » et le « Bunias orientalis » avaient suivi les armées russes, le premier jusque dans le grand-duché de Bade, le second jusqu’au bois de Boulogne ; M. Aug. Gras avait donné aussi, dans le temps, la liste des plantes amenées en Lombardie, par nos troupes. Mais cela n’élait rien auprès de la flore (( adventice » amenée par la guerre et qui était si luxuriante qu’elle frappait le regard, même des profanes. Les auteurs cités plus haut l’ont particulièrement constaté dans la plaine des Bruyères-de-Sèvres, au rond-point des Bergères sous le mont Valérien, au Champ-de-Mars, sur le chemin de ronde aux environs du grenier à fourrages, dans la zone militaire près de la porte d’Orléans, aux forts d’Issy et de Montrouge, au Moulin-Saquet, à la redoute des Hautes Bruyères et à celle de Cliâtil-lon, à Bièvre, à Palaiseau, sur les bords de l’étang de Trivaux, au parc de Buzenval, sur le plateau de la Bergerie, et, surtout, au Petit-Bicêire et au Mouton-Fidèle. La flore était particulièrement riche, là où les chevaux avaient labouré la terre avec leurs sabots, écartant ainsi toute végétation 1. Voy. La Nature, n° 1887.
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- concurrente; ces animaux avaient ensemencé le sol en éparpillant leurs fourrages, et, enfin, l’avaient abondamment fumé. Les deux botanistes ont établi la liste des plantes nouvelles pour notre flore occupant ces régions ; il serait trop long et trop spécial de la donner ici, car elle renferme 190 espèces, dont 58 légumineuses, 54 composées, 52 graminées, 66 plantes d’autres familles. L’examen attentif de ces végétaux montre qu’on ne peut l’attribuer qu’aux fourrages de l’armée française, lesquels étaient, alors, tirés de l’Algérie et, très exceptionnellement, de l’Italie et de la Sicile ; le rôle de l’armée allemande dans cette importation paraît à peu près nul ; on ne peut guère lui attribuer que trois plantes, le « Vicia villosa », de Villiers-le-Bel, le « Stenactis annua », trouvé à Bièvre et, peut-être, sorti d’un jardin, le « Le-pidium perfolialum » recueilli au bois de Boulogne, où les Allemands n’ont campé que quelques jours, — ce qui était encore de trop.
- L’année suivante, les deux mêmes savants ont voulu savoir — curiosité légitime — ce qu’il était advenu de cette flore, dont la réapparition paraissait d’autant plus problématique que le thermomètre, en décembre 1871, était descendu jusqu’à — 25°, mais qui, cependant, n’était pas a priori impossible étant donné l’épaisse couche de neige qui l’avait protégée pendant des mois. Des 190 espèces, 60 seulement avaient disparu — les « Medi-cago » avaient particulièrement été atteints —. Par contre, les deux herborisateurs constatèrent l’existence d’une seconde source d’importation végétale par la présence de 7 espèces qui ne pouvaient avoir qu’une origine commune, la Russie méridionale, et étaient venues dans nos campements avec les avoines d’Odessa.
- . Les mêmes faits ont été constatés dans bien d’autres localités que dans les environs de Paris. M. Nouel, par exemple, a noté 124 espèces adventices qui ont été recueillies à Orléans pendant l’année 1871 et qui avaient la même origine. La moitié de ces espèces avaient disparu au bout d’un an et les autres avaient, pour la plupart, un aspect malingre ; il n’y en avait guère que 5 qui paraissaient vouloir se maintenir (Alyssum incanum, Trifolium resupinatmn, Rapistrum rugosum, Melilotus sul-cata, Vulpia ligustica) ; elles font encore partie de notre flore, mais les pieds que l’on rencontre ont, très probablement, une autre origine. Les autres s’en sont allées... où va la feuille de rose et la feuille de laurier, et de l’envahissement de notre territoire il ne reste qu’un cruel souvenir et, dans nos cœurs, la fleur de la vengeance.
- Il est certain que les origines très diverses des fourrages et des multiples produits que nous avons fait venir de l’étranger depuis 1914, auront donné naissance à une flore beaucoup plus copieuse que
- celle de 1870. Il viendra s’y ajouter les germinations des graines qui ont été sorties de leur sommeil par le creusement des tranchées et l’apparition des « entonnoirs ». Il est, en effet, reconnu qu’à plusieurs reprises, en certains endroits, on a vu reparaître une flore que l’on croyait disparue depuis de nombreuses années, là où l’on venait à bouleverser le sol, ce qui avait pour conséquence de mettre à jour des graines qui, enfoncées, avaient pu continuer à vivre d’une vie « latente », attendant d’avoir suffisamment d’oxygène pour germer. Le fait a été mis en doute, mais, cependant, il n’a pas été réfuté aussi nettement qu’il eût été désirable pour entraîner la conviction; on sait,d’ailleurs, que,conservées en sachets ou dans des tubes, certaines graines peuvent vivre durant environ cent ans, mais il n’estqias dit qu’enfouies dans la terre, mises ainsi, en grande partie, à l’abri de l’air, leur vie latente ne puisse pas se poursuivre beaucoup plus longtemps sans, cependant, aller aussi loin que celle du « blé des pharaons » qui n’est qu’une,.légende. M. J. Poisson, ancien assistant au Muséum, a recueilli, il y a quelques années, de nombreuses observations faites par différents auteurs sur cette conservation de la vitalité des graines dans le sol.
- M. A. Peter, en particulier, a fait aux environs de Gôttingueun prélèvement d’échantillons profonds de terre dans des forêts ou des champs et les a mis au germoir. Il a obtenu ainsi, outre les espèces qui occupent encore le sol actuellement, d’autres, au nombre de 70, qui ont disparu de la région depuis un temps indéterminé, qui semble être de 20 à 40 ans, peut-être plus. On constate aussi que la proportion des graines conservées diminue suivant la profondeur du sol, ce qui, d’ailleurs, était à prévoir. Deux espèces (Linaria Elatine et Centun-culus minimus), qui n’existent presque plus dans la région, furent ainsi retrouvées.
- M. Ed. Bureau a aussi constaté que, dans un certain bois de la Loire-Inférieure, lorsqu’une coupe était pratiquée, le « Corydalis elaviculata », une jolie Fumariacée annuelle, se montrait abondamment, dès le printemps suivant; mais que, dès que la futaie commençait à se reformer, peu à peu, le « Corydalis » disparaissait. Cependant, il réapparaît périodiquement, car, dans cette contrée, on coupe les bois tous les dix-huit ans.
- Les semences peuvent aussi se conserver dans les lieux humides, du moins celles des plantes aquatiques. Au jardin botanique de Bordeaux, par exemple, on vit pousser sur la vase de curage d’un fossé une Scytaminée, le « Thalia dealbata », qui y avait vécu trente-cinq ans auparavant.
- Tout ceci prouve que les graines ont la vie dure et qu’il est probable que la guerre actuelle les fera souvent sortir de leur torpeur.
- Henri Coupin.
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- A PROPOS DE LA PÉNURIE DU JUTE
- Les substituts de la toile d’emballage en Allemagne.
- Personne n’ignore que les marchandises lourdes et encombrantes sont enveloppées pour être transportées d’un emballage en jute ou placées à l’intérieur de sacs faits de cette matière textile, depuis les laines en suint ou les cotons bruts débarqués dans nos ports jusqu’au ciment de nos constructions, aux légumes secs et pommes de terre de nos épiciers, aux charbons débités aux particuliers.
- Malheureusement le jute, qui de tous les filaments courants est le meilleur marché, ne croît que dans les Indes Anglaises, au Bengale, d’où il est embarqué en Europe par le port de Calcutta, et il ne se trouve en aucun autre lieu. En temps de paix, cette colonie britannique en expédiait bien directement d’assez fortes quantités en France et dans d’autres pays d’Europe, mais depuis la guerre le jute prend de plus en plus la route de l’Angleterre et nous sommes obligés de nous en approvisionner aux docks de Londres. Au point de vue botanique, c’est une tiliacée qui comprend deux espèces, les Corchorus olitorius et Corchorius capsularis, dont les fibres ne sont pas différenciées par l’industrie, mais dont la production est assez restreinte comparativement aux autres textiles : le coton, par exemple, dans le monde entier donne 20 millions de balles en moyenne annuelle, le jute aux Indes arrive à peine à 9 millions produisant 1 500 000 tonnes de filaments. On a bien essayé de le cultiver en Indo-Chiné et la maison Saint-Frcres a fait à ce propos dans notre colonie pendant plusieurs années des dépenses considérables, mais elle a dù. y renoncer, les indigènes préférant se livrer à des cultures alimentaires directement utilisables comme celle du riz plutôt qu’à des cultures industrielles comme celle du jute dont il faut se donner la peine d’extraire la libre après récolte.
- Très rapidement nous indiquerons qu’aux Indes cette récolte se fait par arrachage ou fauchage, et
- qu’elle donne environ à l’hectare 55 000 kilogrammes de tiges qu’on fait rouir immédiatement sans les sécher soit à l’eau courante, soit à l’eau dormante, suivant la nature des eaux à proximité du terrain de culture. Les bottes de jute sont immergées quinze jours dans le rou-toir : au bout de ce temps, l’indigène entre dans l’eau, prend les tiges par poignées, indifféremment par la cime ou la racine, jusqu’à ce qu’elles soient débarrassées de la matière gluante qui les entoure : le bois se brise dès les premiers mouvements et les débris s’en éliminent au cours de ce lavage. Un rinçage supplémentaire à l’eau courante et un séchage au soleil terminent les opérations : le jute est prêt pour la vente.
- Les fibres sont alors achetées au cultivateur (ryot) par deux genres de petits négociants indigènes (faria et paikar) dont le métier est d’aller de porte en porte dans la campagne acquérir au meilleur compte les bottes de jute roui au fur et à mesure de la récolte, ou bien elles sont livrées directement aux filatures de Calcutta. Parfois encore on les trouve concentrées entre les mains d’un gros commissionnaire (ma-gadjan), dont les courtiers (beparis) visitent tous les marchés, domicilié dans les districts de culture, et qui opère pour le compte du négociant en jule (arat-dar) de Calcutta. Toute cette organisation commerciale met aux prises les différents genres d’acheteurs et de vendeurs que nous venons de nommer, surenchéri s s a n t naturellement les uns sur les autres et en arrivant trop souvent pour abaisser leur prix à frelater la marchandise en la mouillant ou la saupoudrant de terre ou de sable. Les jutes destinés à l’exportation sont comprimés à la presse hydraulique en balles de 400 livres (181 kg 400) par les négociants spéciaux (shippers) faisant partie d’une vaste Association (Calcutta balled jvte Association) à laquelle sont également affiliés les patrons emballeurs (ballers) et courtiers (brokers). L’action
- Fig. i. — La confection d'un fil de papier à l’aide d'une petite bande tordue.
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- 266 ======== A PROPOS DE LA PÉNURIE DU JUTE
- corporative de cet important groupement s’exerce auprès des pouvoirs publics auxquels elle expose les desiderata et les besoins de la profession, et auprès de ses membres obligés d’après ses statuts à maintenir aux marques enregistre'es sur ses contrôles une valeur commerciale déterminée. Quand nous aurons ajouté que, pour éviter toute spéculation, l’évaluation provisoire officielle de la récolte (fore-çast) est proclamée vers le milieu de septembre par les soins du directeur de l’agriculture au Bengale au Toivn Hall de CalcuLta, nous aurons terminé ces explications préliminaires qui nous ont paru indispensables pour donner une idée de ce qu’est le commerce proprement dit du jute aux Indes.
- Cette, concentration dans un seul pays d’une fibre textile dont l’emploi chaque année devient de plus en plus important et dont la consommalion industrielle ne cesse d’augmenter, puisque le nombre des broches de filature aussi bien aux Indes qu’en Europe et en Amérique, croit chaque année de nouvelles unités, en a fait hausser considérablement le prix dans ces dernières années.
- Il y a dix ans, le jute valait GO francs les 100 kg; en 1914, avant la guerre, nous le trouvons en moyenne à 80 francs; il vaut aujourd’hui 120 francs. Joint à cela, des fabrications spéciales autres que les emballages et les sacs, comme les tissus d’ameublement, les tapis communs et certains velours, en absorbent des quantités appréciables. De ces divers faits il est résulté qu’avant la guerre, on éprouvait déjà certaines difficultés à se procurer le jute nécessaire à la marche des établissements industriels. Depuis la guerre, plusieurs usages inattendus, les sacs de terre des tranchées, ceux servant à garantir des obus les bâtiments à caractère artistique, etc., ont tellement raréfié celte matière textile, qu’il y en a aujourd’hui une véritable pénurie.
- En Allemagne, c’est naturellement la disette absolue. Nos ennemis ont vécu quelques mois sur leurs anciens stocks, et comme ils ne pouvaient songer à se procurer le textile lui-même dans une colonie anglaise, même par voie détournée, il a bien fallu qu’ils songeassent à le remplacer. Mais
- par quoi? Ils ont marché de l’avant comme toujours, habitués à ne douter de rien : la Zeitschrift für technischen Forlschrilt du 25 mai 1916 commença même par déclarer qu’ « aucun textile n’est irremplaçable ». A cette affirmation M. Tobler, professeur à l’Université de Cologne, mettait une sourdine en écrivant dans la Gazette de Cologne que malheureusement a il ne s’agissait pas seulement de trouver un seul textile, mais plusieurs, de variétés et qualités ditlêrentes, nécessitant pour chaque cas particulier un traitement et des machines spéciales ». C’était bien là le problème.
- Pour remplacer le jute, les Allemands ont tout d’abord eu recours à^l’ortie d’Europe (urtica dioica), dont la fibre était exploitée déjà au début de 1914 dans une usine du Hol-stein. Mais cette manufacture en était à ses prémisses et rien n’indiquait encore qu’elle fût en possession d’un procédé d’exploitation qui eût fait ses preuves : le brevet Richter-Pick appliqué par elle permet, semble-l-il, après un double traitement successif mécanique et chimique d’extraire d’un lot d’orties 25 pour 100 de bonnes fibres. Mais ce qui lui a fait surtout défaut au moment où l’on exigeait d’elle un effort considérable, a été la matière première elle-même. Quelques champs avaient bien été . mis en exploitation pour l’établissement dont nous parlons, mais très prudemment il n’avait pas entendu se lancer dans une vaste entreprise avant d’être certain du résultat de la récolte et plus encore du placement de ses produits : la quantité de fibres à obtenir de ce côté était donc relativement insignifiante. Ce fut alors que le gouvernement fit appel à son esprit d’organisation; il créa de divers côtés des Offices spéciaux et engagea les cultivateurs à y apporter contre une rémunération convenab’e les orties sauvages qu’ils auraient pu récolter ; mais il ne parait pas que les paysans se soient beaucoup pressés de répondre à cette invitation, aussi on dut y renoncer. Il n’y avait du reste rien de bien nouveau dans l’idée d’utiliser l’ortie comme plante textile : jadis ou l’employa à cet effet dans le centre de l’Europe et les orties des pays chauds sont bien connues pour leurs qualités
- Fig. 3. — Métier allemand à fabriquer le fil de papier. A) Bobine de fil en cours de fabrication. B) Bobine fabriquée se détachant automatiquement lorsqu’elle est pleine et prèle à être enlevee.
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- A PROPOS DE LA PENURIE DU JUTE
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- textiles utilisées dans un grand nombre de cas pour la fabrication des cordages et des filets de pêche; V Ut lie a œünans, à Tahiti; VU. aqualica, à Ceylan; VU. argenlea, dans les îles de la mer
- Fig. 4. — Ce que l'on distingue au microscope:
- 1) Dans un tissu de iute; 2) Dans le texti-lose jute dont la c/iaine est en papier et la trame en jute; 3ï Dans le tex-tilose papier entièrement composé de Jits de papier.
- du Sud ; VU. canabin-na, à Vancouver ; VU. here-tophylla, en Chine; VU. macrophylla. au .binon, etc L’Allgemeine Texti l-Zeitung ( nos \ et 2 de 1916) a d'ailleurs clairement indiqué à la suite de ces expérimentations que ïa solution indiquée n’était pas possible, surtout parce qu'il manquait et qu’il manquerait toujours en Allemagne des terrains disponibles et des espaces cultivables à bon marché, comme des capitaux disposés à courir les risques d’entreprises aussi aléatoires.
- Le second essai officiel des Allemands a porté sur le genêt (spartium junceum, joncacées), pour l’extraction de la fibre duquel je Patentamt avait délivré un brevet en 1912 et qui croît à l’état sauvage dans un grand nombre de terres sablonneuses. Cette plante, en elïet, est depuis longtemps très connue comme riche en fibres textiles ; chez nous, dans quelques villages pauvres du Languedoc, on en fait une toile forte et nerveuse, roussàtre d’abord et qui avec le temps finit par devenir blanche. Sur la pente des collines où les terres ont peu de valeur, des paysans établissent par semis une « genetière » qui, au bout de trois ans, sans aucun soin de culture, donne un arbrisseau dont on coupe les reje-
- tons les plus jeunes pour en extraire les filaments. Ceux-ci sont séchés, battus au maillet pour être assouplis, rouis à l’eau, séchés et ballus à nouveau jusqu a ce que l’épiderme constituant la partie filamenteuse se détache du ligneux central. On étend ensuite les poignées en éventail sur le sol pour les faire sécher, on les remet en bottes, et on attend l'hiver pour faire le triage des brins. La filasse est épurée sur un peigne grossier, puis livrée aux femmes qui la filent au fuseau tournant. Les essais faits sur cette plante, qui aurait pu être utilisée avantageusement par nos ennemis s’ils l’avaient eue en abondance, constituèrent pour eux une déception de plus, car ils trouvèrent encore moins de genêts que d’orties.
- Les Allemands ont encore essayé des tiges grimpantes du houblon (humulus lupulns, urticées) que travaillait une usine de la Haute Franconié et pour l’exploitation desquelles un brevet avait été pris chez eux avant la guerre; du kapok, dont les propriétés ont été étudiées ici même (*) ; de la tourbe, dont on a longtemps fait en France avant la guerre un tissu connu sous le nom de « bé-raudme » et dont une mai&on île \ îenne construit des machines propies à 1 extraction de la nbre ; puis encore de 1 osier, uu jonc com-
- mun, de l’écorce du saule, des poils fins dont sont recouverts les fruits du peuplier, etc.
- Signalons encore qu’à Sorau, où se trouve une Ecole textile spécialisée dans la filature et le tissage
- 1. Voy. n° 2201.
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- 268 :.= A PROPOS DE LA
- du lin et du jute (Hohere Fachschule fur Textilin-dustrie), on a poussé assez à fond, mais sans grand succès, l’étude de Yepilobium angustifolium (ona-grariées) qui croît plus particulièrement en Hongrie, mais aussi en Allemagne. Différentes sociétés ont également breveté des procédés de fabrication de textiles artificiels auxquels elles ont donné des noms de fantaisie : citons le stranfa de la Gesell-schaft für Veredlung und verwertung von Faser-stoffen, de Berlin, mixture de paille, herbe et autres végétaux, dont un tissage de Westphalie, s’il faut en croire une note du Ministère prussien, fabriquerait des sacs pour la farine; le solidania et la cellonia, brevetés par la Deutsche Fasersloff-gessellschafl, mélanges paraissant plutôt des substituts de la laine, etc.
- L’un des derniers efforts des Allemands a été signalé par la revue Der Konfeklionar qui, dans son numéro du 5 octobre 1916, a annoncé qu’une Commission constituée par l’Association berlinoise pour le développement de l’activité industrielle, pour la recherche de substituts du jute et du coton, avait travaillé avec le plus grand succès « les fibres d’une plante poussant en très grande quantité, d’une façon simple et bon marché » pouvant produire 600 600 tonnes de fibres avec facilité, et qu’une société d’industriels et de banquiers avait été créée pour l’exploiter. Il s’agissait du typha qui comprend un très grand nombre de variétés utilisables (T. angustifolia, T. lancifolia, T. truxïl-lensis, etc.), sorte de plante à feuilles rigides, d’une hauteur de 2 m. 50 à 3 m., croissant dans tous les terrains marécageux. Cette prétendue découverte, sur les résultats de laquelle nous restons absolument sceptique, n’est pas une nouveauté: sous le nom de massette, le typha est bien connu dans tout le midi de la France où il est utilisé pour le rempaillage des chaises grossières, couverture de cabanes, calfatage de tonneaux, etc. Un industriel de Nîmes a breveté il y a quelques années pour en extraire les fibres un procédé de rouissage suivi d’un traitement chimique dont l’application ne parait pas avoir été longtemps poursuivie, et, il y a une quinzaine d’années, une exploitation de typha a été entreprise sur une grande échelle par une société américaine en Allemagne même et dut être abandonnée au bout de quelques années.
- A bout de recherches, les Allemands ont fini par trouver leur voie, et ceci avec un réel succès, dans l’utilisation du fil de papier, dont la fabrication du reste avait déjà été brevetée chez eux avant la guerre et dont on tentait l’introduction en France sous le nom de textilose. C’est qu’en effet, comme nous l’avons dit au début de cet article, le jute était déjà à un prix fort élevé au début de l’année 1914, et on avait intérêt alors à lui trouver des substituts.
- Pour fabriquer ce fil, on prend comme point de départ la cellulose de bois qui, traitée à la soude, donne un papier brunâtre dont la couleur se rap-
- PÉNUR1E DU JUTE -
- proche de celle du jute, à faible poids spécifique, élastique et solide. Ce papier est divisé en lanières assez semblables aux bandes du Morse ou aux serpentins des jours gras; on le roule en disques pour lui faire occuper moins déplacé, on renferme ceux-ci entre deux plaques en forme d’assiettes et chaque bande de papier se déroule par le milieu de la pelote d’où elle est immédiatement saisie par une broche qui tourne à 5000 ou 6000 tours par minute. Cette façon de dérouler le ruban de papier à 1 abri de l’air extérieur empêche tout ballonnement des bandelettes, leur propre force centrifuge agissant pour les freiner.
- Chaque machine comporte environ 15 à 16 rouleaux avec leurs broches correspondantes. Dans les premiers appareils de torsion mis à l’essai, les disques se déroulaient petit à petit à l’extérieur et à l’air libre et le papier qui s’en dévidait se dirigeait vers les broches à un angle favorable, mais trop souvent des parties de bandelettes venaient fouetter l’air et s’entortillaient sur les rubans voisins ; le procédé de déroulement par le centre dans un espace fermé a obvié à ces inconvénients. En outre, la torsion était dans les appareils du début facilitée par le mouillage des disques, ce qui occasionnait des ruptures dans les rubans par suite de l’inégale répartition de l’humidité sur les bandelettes : aujourd’hui l’opération se fait à sec. Mieux que cela, le fil ainsi fabriqué n’est pas suffisamment solide. Pour lui donner la ténuité qui lui fait défaut, assujettir la torsion, et rendre jusqu’à un certain point le produit imperméable, les Allemands, après avoir essayé l’huile de lin, la résine, la paraffine et le savon, qui ne leur ont pas donné satisfaction, se sont arrêtés à un dérivé du formaldéhyde, dont la fabrication a été brevetée avant la guerre par l’usine de produits chimiques Scheering, de Berlin. Dans son numéro de septembre 1916, 1 e Zeitschrift für technischen Fortschritt explique qu’une colle spéciale, dont sont légèrement imprégnées les bandes de papiers est coagulée au passage dans une atmosphère de ce formaldéhyde. Des essais auraient prouvé qu’un séjour de 24 heures à l’eau ne dissociait pas les fils ainsi fabriqués et qu’un séchage subséquent suffisait pour leur faire récupérer toutes leurs propriétés.
- Les perfectionnements à la fabrication du fil de papier s’arrêteront-ils là? Arrivera-t-on à"en faire des tissus pour vêtements d’un usage courant? Parviendra-t-on à les rendre lavables? Tout est possible. En attendant, après la fabrication des toiles à sacs ou d’emballage tissées en armure toile (contexture du calicot) et manquant de souplesse, les Allemands sont arrivés à faire avec le fil de papier des tissus d’ameublement beaucoup plus souples en employant l’armure sergé (contexture du treillis), des tissus imprimés, des tabliers, etc. Plusieurs établissements importants de tissage, comme ceux de F. E. Jagenberg, de Dusseldorf et Julius Glatz, de Neidenfels, dans le Palatinat, dont
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- le matériel était inactif par suite du manque absolu de fil de coton, tissent aujourd’hui la textilose. Au début on a fabriqué des tissus chaîne papier, trame déchets de coton (Halbpapiergewebe) ou encore soit pour consolider les toiles fabriquées, soit pour mieux maintenir les lisières des tissus qui se rompaient parfois à leur passage dans le peigne du métier à tisser, on a fait des lisières en fil de déchets de coton retors ; mais cette utilisation ayant été interdite en vue de ne plus distraire un brin de coton de la fabrication des explosifs, les tisseurs allemands ont tourné la difficulté en utilisant le papier seul ou employant pour des lisières un fil de textilose (pflcinzenfaser) tordu à trois bouts. A l’heure actuelle, la fabrication est intense en Allemagne. Les fabriques spécialement installées pour découper le papier ne peuvent suffire à la demande des filateurs de textilose. Les fils de papier sont aujourd’hui plus chers ou tout au moins aussi chers que le jute : une cote de Munchen-Gludbach indiquait dernièrement qu’on les vendait de 6 à 10 marks le kilogramme suivant qualité : à ce cours, les fabricants doivent y trouver un gros bénéfice qui leur permettra certainement d’amortir rapidement leur matériel et d’abaisser dans la suite le prix de vente.
- Mais, depuis les hostilités, toujours en raison de la pénurie du jute, le fil de papier est utilisé dans
- certains pays neutres, notamment en Espagne. La Société minière et métallurgique de Penarroya, entre autres, en vue de remplacer les toiles dont elle a besoin pour l’ensachage de ses minerais, fabrique elle-même du fil de textilose et a monté un établissement pour les tisser, découperet coudre les sacs, etc. La fabrication par le procédé allemand y a subi quelques modifications : c’est ainsi que le fil de papier se déroule de l’extérieur des disques à angle droit sur un espace assez court pour ne pas subir de rupture et que le fil se consolide par un passage dans un bain de cellulose dissoute qui l’enrobe et lui donne plus de corps. La couture des sacs ne peut se faire qu’au fil de jute ; mais certains tissus sont tissés moitié jute, moitié papier. La matière première du fil est fournie à la Société par le bois d’eucalyptus, dont elle a créé une plantation de plusieurs hectares qu’elle a l’intention d’agrandir d’année en année.
- Avant la guerre, le fil de papier était considéré par beaucoup de manufacturiers comme une curiosité, une sorte d’innovation sans grand avenir. Voici qu’aujourd'hui nous sommes en présence d’une fabrication nouvelle qui pointe à l’horizon et veut devenir importante. La crainte de manquer de jute aura été pour les industriels dont nous parlons le commencement de la sagesse.
- Alfred Renouard.
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- Il n’est à l’heure actuelle personne en France — ni même de l’autre côté du Rhin — qui ne connaisse et n’admire les superbes troupes noires que l’Afrique nous a envoyées. Ce qu’on sait moins, c’est que sous l’étiquette « Sénégalais » se cache un nombre considérable de races et de tribus qui n’ont souvent entre elles que des rapports assez éloignés. Différentes très souvent par la langue qu’elles parlent, elles le sont beaucoup plus par les croyances, les coutumes, et le degré de la civilisation. A côté de musulmans fervents, voire même sectaires, comme les Peulh, les Toucouleur, les Soninké, il se trouve des fétichistes non moins convaincus, comme les Lobi, les Mossi, les Ilabé, les Rariba, appartenant aux, religions les plus divergentes par les buts et les moyens. Les agriculteurs se mêlent aux pasteurs, les chasseurs aux pêcheurs, les riverains des grands fleuves aux habitants des régions à demi désertiques qui avoisinent le Sahara. Le degré de civilisation atteint par les divers groupes présente aussi des écarts considérables. Le Ouolof européanisé coudoie le Dagari ou le Birifo qui, armé de ses flèches empoisonnées, courait naguère entièrement nu dans sa brousse natale.
- Si l’on se place au point de vue anthropologique, on constate des différences encore plus grandes. L’athlète Bambara ou Malinké a pour voisin un
- Peulh maigre et sec, tandis qu’un Maure presque blanc, au fin profil caucasique, se trouvera à côté d’un Ouassoulonké ou d’un Nago à la face simiesque et à la peau d’ébène. Les nez càmards font ressortir les nez busqués, les muscles massifs et les fortes ossatures contrastent avec les membres grêles et les torses émaciés. On se convainc facilement, en les voyant, que des mélanges de toutes sortes ont dix se produire pour arriver à créer cette variété presque infinie de types physiques. L’histoire nous apprend d’ailleurs que, dès l’antiquité, cette merveilleuse pépinière d’hommes qu’est l’Afrique, a été l’objet des convoitises de ses voisins. Égyptiens, Romains, Phéniciens, Grecs, Arabes, ont multiplié les établissements et les expéditions dans cette inépuisable réserve. De plus il s’est produit, sous des influences mal connues, des migrations intérieures qui ont contribué à brasser et à mélanger les différents groupes qui constituent la race noire. Les grandes rafles des marchands d’esclaves ont produit un effet analogue. Il n’est donc pas surprenant de voir chez nos tirailleurs une diversité aussi grande de types physiques, d’idiomes, de croyances et de civilisation.
- Et cependant, ces êtres si divers se ressemblent tous par un point : la mentalité. Malgré le vernis très mince que leur a communiqué le contact avec les Arabes ou les Européens, ils ont gardé un en-
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- semble de caractéristiques qui leur font une âme collective, qui ne diffère pas beaucoup d’un individu à l’autre. .
- . C’est ce qu’a très bien vu et mis en lumière dans une publication récente, le D1' Paul Courbon, médecin aide-major du 66e bataillon Sénégalais (*). Cette contribution à l’étude de l’âme noire est précieuse parce qu’elle est faite par un observateur qui probablement voyait des noirs pour la première fois et ignorait tout d’eux en ethnographie : organisation sociale, folk-lore, croyances, mœurs, etc.
- Ce qui a frappé le Dr Courbon, c’est avant tout la prédominance de l’élément sensoriel sur l’élément intellectuel : en d’autres termes le mécanisme de perception est excellent, la réflexion est faible.
- Ainsi les tirailleurs possèdent un don réel pour l’observation : ils imitent l’infirmier qui fait un pansement, ils apprennent bien le maniement d’armes et le tir du fusil.
- D’ailleurs leur excellente mémoire les sert beam coup pour tous ces actes, mais ils ne peuvent que . répéter ceux qu’ils connaissent, sans y ajouter aucune initiative personnelle. Dans ces conditions, il n’y a pas lieu de s’étonner que l’expérience arrive à s’implanter chez eux, tandis que le progrès reste forcément stationnaire.
- , Leur jugement est à l’état rudimentaire : ils sont très faciles à persuader, à entraîner : la méfiance, la circonspection leur sont inconnues. Elles exigeraient des efforts de réflexion, des comparaisons qui fatigueraient vite leur esprit peu entraîné aces opérations. C’est qu’en réalité, ils ont besoin d’une sensation, d’une image pour avoir une idée : sans perception, pas de pensée. Le fâcheux est qu’ils ne peuvent provoquer eux-mêmes cette représentation : ils manquent d’imagination. Aussi pour eux le seul moment qui existe est l'instant présent : le temps n’est rien. Ils s’inquiètent peu de savoir leur âge et tout ce qui est le passé se recule dans un lointain imprécis. Faute d’une représentation nette du passé et du futur, ils vivent dans une insouciance et dans une résignation qui n’ont, rien à voir avec le fatalisme, et qui expliquent largement la stagnation de la race.
- 11 y a toutefois un domaine dans lequel leur imagination s’est révélée comme riche et variée en
- 1. Psychologie du tirailleur sénégalais. Iconographie de la Salpêtrière.
- même temps : les légendes et les contes. C’est un sujet que M. Courbon n’a pas eu l’occasion d’approfondir. Il aurait vu que des recueils de folk-lore existent qui prouvent l’existence d’une littérature merveilleuse, spécifiquement nègre, et ne devant rien à la littérature arabe. Bien des récits dus à de simples griots (2) ne le cèdent en rien à ceux que nous offre la littérature européenne.
- Une conséquence du fonctionnement mécanique du cerveau des noirs est la rigueur de leur raisonnement. Souvent les prémisses sont erronées, mais la conclusion est d’une inattaquable logique, exclusive de toute nuance. Aussi ne comprennent-ils pas que l’on ne massacre pas les prisonniers, puisqu’ils sont les plus faibles. De même la part prépondérante faite à la femme dans notre société leur apparaît-elle comme peu logique Tous les voyageurs ont remarqué leur manque de curiosité. C’est même un des traits dominants de leur caractère. Un objet nouveau fixe un instant leur curiosité, mais ils ne cherchent jamais à le comprendre. L’effort intellectuel considérable que nécessite la compréhension aurait besoin d’être provoqué par une image, qui fait presque toujours défaut. Ce n’est donc pas la stupéfaction occasionnée par des conditions de vie nouvelle qui les rend indifférents, comme le pense le Dr Courbon : c’est leur état normal, et la conséquence logique de leur faiblesse intellectuelle.
- Ainsi donc le tirailleur, au point de vue intellectuel, est nettement un être inférieur. Pour ce qui est du caractère, il apparaît tout différent. Il a incontestablement une bonté native : il aime ses parents, ses enfants, ses camarades ; il secourt les pauvres. Si parfois il se laisse aller à des actes de violence, c’est que sa sensibilité trop fruste, ne lui suggère pas d’actes moins extrêmes : c’est toujours le manque de nuances qui en est cause. Il se rend d’ailleurs compte qu’il a dépassé le but, et në récrimine pas contre le châtiment, car il a le sentiment inné de la justice. Lorsqu’il a encouru une punition méritée, il l’accepte avec un sentiment d’estime pour celui qui l’a infligée. Le sens de la discipline est très fort chez lui, toujours par suite
- 2. Le griot est une sorte de barde, ou de héraut, remplissant les fonctions de louangeur officiel des grands chefs : il est à la fois poète et musicien, très redôuté à cause de ses chansons satiriques et de sa rapacité.
- Fig. t. — Tirailleurs sénégalais se mettant à l’eau pour dèsèchouer le vapeur qui les emmène en France.
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- de son respect de la puissance. Des influences mauvaises viennent souvent l’affaiblir chez le irailleur, car il ne sait pas distinguer parmi les blancs qui l’approchent les bons des mauvais.
- ger et l’abnégation dont ils font souvent preuve. Ce que nous prenons pour du fatalisme n’est que la croyance en une force supérieure qui les protège. Les tirailleurs, observés par le Dr Courbon, lui
- Fig. 2. — Revue d'une compagnie de tirailleurs sénégalais avant son départ pour la France.
- Le côté religieux de l’existence est très développé chez le noir. Musulman ou, fétichiste, il a une confiance très grande dans les pratiques extérieures et les amulettes. Celles-ci sont l’œuvre de spécialistes à qui leur expérience en ces matières a donné une influence considérable sur l’âme simpliste des noirs. Les porteurs de ces petits charmes, généralement appelés gri-gri, sont certains d’être à l’abri des malheurs, et s’il leur en arrive néanmoins, c’est à eux-mêmes, à leur négligence qu’ils attri-
- ont paru dénués de sens plastique : peut être eût-il modifié son opinion en les voyant chez eux, où ils ont des manifestations artistiques très expressives. En campagne, ils se bornent à exercer sur eux-mêmes leur goût pour l’art décoratif, en s’incisant et se cautérisant la peaü, pour produire des cicatrices du plus bel effet -— à leur idée. — Il est certain que l’auteur n’a pu voir les formes très variées que prend la décoration chez les noirs, suivant qu’ils ornementent les cuirs,
- Fig. 3. — Tirailleurs sénégalais partant pour la Mauritanie.
- huent l’insuccès. Les purs musulmans ont plus confiance dans la lecture du Coran et l’emploi des formules convenablement choisies qu’on y rencontre. On s’explique dès lors leur superbe mépris du dan-
- les tissus, les bois, les métaux, les calebasses, etc.
- D’autre part, il a pu constater l’existence d’un goût très vif pour la musique; à l’aide d’instruments improvisés, les tirailleurs organisent des
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- noubas très habiles, et encore faut-il noter que les exécutants habituels ( des fêtes nègres, les griots, font défaut.
- Enfin ce qui frappe le plus l’observateur qui peut suivre un groupe de ces noirs guerriers, c’est le sentiment de leur faiblesse individuelle. Ils n’existent vraiment qu’en groupe : leur âme simplette a besoin de se sentir soutenue par d’autres âmes analogues. Isolé, le tirailleur ne vaut plus rien ; il n’a pas la force intellectuelle nécessaire pour faire les actes de voli-" tion importants que nécessite l’indépendance. Ainsi s’expliquent aussi ces alternatives d’apathie et de violence, qui obligent leurs chefs à une vigilance et à une activité constantes.
- En résumé, il faut reconnaître à nos auxiliaires
- noirs de sérieuses qualités de bonté, de dévouement, de bravoure, de justice, et même d’énergie. Mais ne nous dissimulons pas l’envers de la médaille : la paresse, la versatilité, l’incuriosité, la vanité, l’in-
- Fig. 4. — Tirailleurs aidant à charger un bœuf.
- capacité à raisonner.\Ce sont là de sérieux défauts. Songeons toutefois à la lourde hérédité qu’ils traînent, à ce milieu déprimant dans lequel ils vivent et qui les a faits ce qu’ils sont ; songeons aussi combien peu différents d’eux sont les moins élevés d’entre nous, malgré les siècles de culture qui les ont formés. Espérons surtout que, revenus des illusions de la politique d'assimilation, nous trouverons enfin la formule de la politique d’association qui nous permettra de réaliser l’évolution de la race noire suivant ses possibilités et suivant ses aspirations. Également éloignés des excès de l’ancienne manière forte et des sensibleries d’un humanitarisme pleurnichard, nous acquitterons par des bienfaits durables la dette de reconnaissance que
- nous avons contractée vis-à-vis de ceux qui versent sans hésiter leur sang pour une cause dont ils ne peuvent encore comprendre la grandeur.
- L. Quérany.
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- Séances des 12
- La culture mécanique des terres. — Le manque de main-d’œuvre met à l’ordre du jour les questions de motoculture. M. Tisserand divise les engins mécaniques en deux grands groupes : ceux qui imitent la charrue classique et les engins plus nouveaux qui agissent, au contraire, à là manière d’une fraise. Ceux-là attaquent le terrain au moyen de dents portées par un axe qui est animé d’un rapide mouvement de relation. Tantôt, ces dents sont fixes, rigides; tantôt elles sont individuellement indépendantes, flexibles, élastiques et imitent un peu le travail que les animaux fouisseurs exécutent avec leurs griffes.
- Equivalents pharmaceutiques et unités thérapeutiques. — M. Yves Delage fait remarquer qu’en raison du nombre considérable des substances et préparations mises à la disposition des médecins par le Codex, ceux-ci sont amenés à se constituer un petit formulaire personnel très restreint, dont ils ne sortent pas, ne pouvant consulter un livre devant le malade, malgré les avan-
- et 19 mars 1917.
- tages que présenterait souvent telle autre formule; La difficulté n’est pas pour eux de connaître l’existence, le nom et les propriétés des médicaments nouveaux, mais de savoir les doses à utiliser. M. Delage propose, pour rendre aux ordonnances des médecins la variété et l’élasticité désirables, d’inscrire, dans une liste contenant toutes les drogues simples et composées, à la suite du nom de chacune d’elles, un nombre fixe indiquant* en poids ou en volume, selon l’espèce, la dose convenable par jour, pour un adulte de poids moyen. C’est ce qu’il appelle l’équivalent pharmacologique par analogie avec les anciens équivalents chimiques. Le médecin pourrait ignorer ces équivalents; seul, le pharmacien, qui lui, a toujours son livre sous la main, aurait besoin de les connaître. Le rôle du médecin consisterait uniquement à inscrire le nombre de dixièmes d’équivalent qu’il croit devoir ordonner suivant l’âge et l’état du malade. On éviterait de plus ainsi toute possibilité d'empoisonnement par suite d’erreur du médecin. La Commission du Codex pourrait être chargée d’établir ces équivalents.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahure, rue de Fleuras, 9, à Paris.
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- LA NATURE.
- N° 2275.
- 5 MAI 1917
- LES GRAINES OLÉAGINEUSES FRANÇAISES ET LA GUERRE
- Le blocus des corps gras et la nitroglycérine. — Quel rapport peut-il y avoir entre les noix de palme, l’arachide, le sésame et les hostilités? Bien peu de personnes s’en doutent Combien d’excellents Français font, sans le savoir, de la contrebande de guerre en envoyant des corps gras, de la glycérine, du savon à un prisonnier d’Allemagne, surtout depuis que les gardiens des camps allemands quêtent les savons des prisonniers ; et, parmi ceux qui respec-tent la règle, combien ne la comprennent pas !...
- Le blocus des huiles et corps gras nécessaires à la fabrication de la glycérine est cependant un de ceux sur lesquels nous comptons le plus pour gêner la fabrication des explosifs chez nos ennemis. On sait, en effet, que la plupart des explosifs se préparent par la nitratation d’un élément carburé : charbon dans la poudre noire, cellulose dans les cotons-poudre, etc.... La nitroglycérine est la base bien connue des dynamites et intervient aussi dans les poudres sans fumée analogues à la cordite anglaise, à la balistite italienne, qui sont des solutions colloïdales de coton-poudre dans la nitroglycérine, où la nitroglycérine entrait autrefois pour moitié et intervient aujourd’hui pour 57 pour JOü.
- La conséquence est que les Allemands ont besoin de glycérine pour leurs explosifs de guerre ; ils en ont besoin aussi sur le front pour les dynamites destinées à faire sauter les fourneaux de mines. Il leur en faut plus encore pour leurs exploitations
- de mines, qui continuent avec une activité croissante afin de remédier à la disette des métaux importés. En temps de paix, les mines allemandes, à elles seules, absorbent au moins 150 000 t. de glycérine, chiffre certainement de beaucoup dépassé en ce moment. Si l’on compte, en outre, 600000 t.
- pour la guerre, on arrive, simplement sous forme de glycérine, à un bc-soinde750000t. Or on obtient la glycérine en saponifiant les corps gras pour obtenir le savon ou la stéarine (Q.
- Mais, à n’envisager même que la guerre, la production de la glycérine n’est pas la seule application des huiles et des graisses. Il faut encore, quoique en quantités bien moindres, des huiles pour tous les graissages de machines, pour les tours qui fabriquent les munitions, pour les bains où l’on trempe les canons. Si les transports allemands ont beaucoup souffert l’hiver dernier, cela tient en grande partie à ce que nos ennemis manquent d'huile de graissage pour leurs wagons.
- Et enfin, l’alimentation humaine nécessite des corps gras. En temps de paix, l’Allemagne, qui ne produit pas de graines oléagineuses, importait 80 pour 100 des corps gras végétaux et 50 pour 100 des corps gras animaux nécessaires à sa consommation : importations qui lui font aujourd’hui à peu près défaut. Rien que pour la bouche, il lui fallait 1 800 000 t. de corps gras par an (beurre, mar-
- 1. Voir Y Industrie marseillaise des corps gras, n° 2224. 10 septembre 1016
- Pied de soja.
- 45' Année.
- 1" Semestre.
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- LES GRAINES OLÉAGINEUSES FRANÇAISES ET LA GUERRE
- Fig. 2. — Pied d’arachides.
- garine, graisses et huiles végétales, etc.), alors qu’elle en produit au total 1 600 000 t. par an pour subvenir à tous les emplois....
- Le blocus des corps gras a pu être réalisé avec assez de facilité, pour les huiles végétales que l’Allemagne tirait presque totalement des colonies anglaises et françaises. Il est évidemment moins complet pour les beurres et les graisses animales que peuvent fournir la Hollande, le Danemark, etc. Mais, par contre, on estime que la production de beurre indigène a dû diminuer d’un bon quart, soit de 180000 t., faute de fourrages. Et, finalement, quand on établit le calcul, on arrive à cette conclusion que les Empires Centraux doivent disposer d’environ 460000 t. de corps gras par an pour faire face à une consommation qui, sur le pied de paix, était’ au moins quadruple.
- On s’explique maintenant comment, tout étant sacrifié en Allemagne à la fabrication des explosifs, il a fallu réduire la proportion de graisse dans l’alimentation, interdire le graissage et arrêter les savonneries.
- On sait que, depuis la fin del9l5, les Allemands sont soumis au régime des Feltlosetage (jours sans graisse) de plus en .plus multipliés. Il est défendu d’employer les huiles et graisses pour le graissage, le chauffage ou le travail des
- métaux sans les avoir préalablement falsifiées par 75 pour 100 de matières étrangères.
- Quant aux savons, jamais nos pauvres prisonniers ne nous en ont tant demandé par ordre que dans ces derniers temps. Il leur en fallait par douzaines, si l’on n’y avait mis obstacle et si on n’avait arrêté une exportation destinée, plutôt à graisser, qu’à dégraisser la patte de leurs geôliers. Le savon est généralement remplacé en Allemagne par une composition bizarre dans laquelle il entre de tout sauf de la graisse.
- Et cependant on a fait les efforts les plus scientifiques pour récolter, avec l’aide des enfants, les noyaux et les pépins de fruits et en extraire de l’huile.
- En 1916, on prétend avoir obtenu 5000 tonnes de noyaux donnant 126 000 kg d’huile. Les pépins de citrons et d’oranges surtout, qui donnent 20 pour 100 d’excellente huile comestible, sont payés par « la Commission de guerre des huiles et graisses » à raison de 0 fr. 50 le kilogramme.
- Ce n’est pas là le seul côté par lequel la question-des huiles et des glycérines se trouve d’actualité. Le besoin qui se manifeste en Allemagne sous une forme cuisante existe, en effet, également, avec plus ou moins d’intensité, chez tous les belligérants. Tous ont besoin de glycérine et en manquent si bien qu’avec des formes courtoises, les compétitions finissent par devenir très vives entre alliés.
- L’Angleterre et la France, dont les colonies africaines alimentent l’Europe en graines oléagineuses, se disputent jalousement cette glycérine qu’elles veulent toutes deux utiliser à l’envi sur les champs de batailles communs et, les difficultés de transport et de fret intervenant, il en est résulté, notamment, une crise grave dont souffre, depuis plusieurs mois, la ville de Marseille. L’histoire de cette crise vaut d’être racontée.
- Les huileries de Marseille obtiennent, comme résidu de leur fabrication, des tourteaux d’arachides qui, avant la guerre, étaient en grande partie, exportés, notamment en Hollande, en Danemark et en Allemagne.
- Naturellement, la vente de ces tourteaux représente un élément industriel important, sans lequel le reste de la fabrication ne peut subsister (environ 20 à 40 pour 100 de la valeur totale). Or, dès le début de la guerre, on fut amené à interdire l’exportation des tourteaux et des huiles qui, par la Hollande et les pays Scandinaves, passaient trop aisément en Allemagne.
- Pour remédier à ce déficit, on fit de beaux rapports administratifs sur l’utilisation des tourteaux
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- par l'agriculture française; mais on oublia que nos agriculteurs avaient leur éducation à faire et surtout que, lorsqu’ils se décidaient à demander des tourteaux, le transport sur nos voies ferrées embouteillées était pratiquement impossible. Nos chemins de fer se déclarèrent incapables de transporter les 300 000 t. de tourteaux que Marseille produit par an. Par des mesures successives et contradictoires, on autorisa alors, puis on défendit l’exporLalion des tourteaux en Angleterre, accusant, comme dans tous les cas pareils, la spéculation, l’accaparement, ou la mauvaise volonté des fabricants, sans vouloir voir la situation de fait, indépendante de toutes les bonnes volontés. Finalement, les fabricants durent réduire la production des tourteaux qu’ils ne pouvaient plus expédier ni à l’étranger, ni en France, et furent forcés, par conséquent, de proportionner leur fabrication d'huile au nombre de wagons mis à leur disposition par le 4e Bureau de l’Etat-Major chargé des chemins de fer. Il en résulta, chez nous, le manque d’huile qui commence à nous gêner légèrement, le manque de savon et aussi le manque de tourteaux pour notre bétail; par conséquent, la nécessité d’importer l'équivalent et, dès lors, un encombrement croissant de nos voies ferrées que l’on avait eu la prétention de dégorger. La conclusion fut, en même temps, la fermeture des usines marseillaises et la crise sociale que l’on eût pu aisément prévoir.
- Dans le premier trimestre de 1916, nos exportations de Marseille ont baissé de 53 millions pour les huiles, les graisses végétales, les bougies, les savons, les acides gras et la glycérine.
- La question des tourteaux n’est pas seule en cause dans cette crise très sérieuse. Il faut également faire intervenir le problème de la glycérine qui se relie à la fabrication du savon et de la stéarine : donc à l’industrie de l’huile et des tourteaux, donc au commerce des graines oléagineuses. Tout cela se tient. Or le problème de la glycérine a pris rapidement une forme aiguë.
- Dès le début de la guerre, notre service des poudres français en avait fait interdire l’exportation et s’en était réservé le monopole pour des explosifs qu’il ne produit pas encore (les trouvant trop corrosifs), mais qu'il pourrait un jour songer à fabriquer.
- En attendant, cette glycérine restait inutilisée et d’autre part, l’Angleterre, qui emploie des explosifs à base de nitroglycérine et qui ne demandait qu’à utiliser les 3 ou 4000 t.. de glycérine fournie annuellement par Marseille, n’arrivait plus à s’en procurer. Y compris les besoins de l'industrie, l’Angleterre a besoin actuel-
- lement d’au moins 27 000 I. de glycérine par an. Le Gouvernement anglais dirigea alors les graines oléagineuses de ses colonies vers ses propres ports afin de s’en réserver la glycérine et ce fut, pour Marseille, une perte de plus.
- Actuellement, le mal est fait et on en cherche les remèdes. On en a proposé deux. Le prunier est de faciliter le transport des tourteaux, jusqu’à nos agriculteurs français qui, paraît-il, ne demandent maintenant qu’à s’en servir. Mais ici la difficulté (en partie résolue) est toujours la même : c’est celle des transports insuffisants et que les divers besoins du commerce et de l’industrie se disputent entre eux dans la faible proportion où les besoins militaires les laissent libres. De plus, il ne suffit pas de vendre les tourteaux : il faut encore écouler la glycérine.
- Le second remède comporte dans des négociations délicates avec l’Angleterre pour obtenir qu’elle renvo:e les-.graines oléagineuses de ses colonies à Marseille, ou du moins à Bordeaux; en échange de quoi, on lui fournirait les deux sous-produits qu’elle tient à en extraire et dont elle a intérêt à voir la production marseillaise s’intensifier : la glycérine d’abord, puis les tourteaux.
- L’attention étant ainsi attirée sur la question . des graines oléagineuses, disons quelques
- Fig. 3. — Régime de palmiste.
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- mots de leur production et de leurs utilisations.
- Production de l’Ouest-Africain. — On emploie surtout, comme graines oléagineuses exotiques, les arachides et les palmistes de la côte occidentale d’Afrique, les graines de coton d’Égypte, les sésames, arachides, lins et coprahs des Indes anglaises ou néerlandaises.
- Pour la France, la question intéressante concerne principalement les noyaux de palme et les arachides de nos colonies africaines.
- Le commerce de tout l’Ouest-Africain anglais, français et allemand en huiles végétales et en substances produisant de l’huile est monte, en 1915, à 271 millions de francs, dont plus de 200 millions pour les seuls produits de palmes. Sur ce total, 188 millions venaient des possessions britanniques, 70 millions des possessions françaises et 15 millions des colonies allemandes. Et ce commerce est en voie d’accroissement rapide.
- Rien que pour les possessions britanniques, son produit a triplé dans les dix dernières années.
- Si l’on exafnine vers quels pays se faisait l’exportation de l’Ouest-africain anglais (Gambie et Côte-d’Or), on est conduit à une constatation alfligeante, dont on n’avait que trop d’occasions avant la guerre.
- Tandis que les exportations vers la France montaient seulement à 12 millions et celles vers le Royaume-Uni à 65, l’Allemagne à elle seule absorbait 227 000 t. de produits oléagineux valant près de 100 millions.
- Je donne seulement la décomposition pour les exportations vers la France. Celles-ci comprenaient surtout 45 000 t. d’arachides, puis 5000 t. d’huile de palme et 2000 t. d’amandes de palme, 620 t. de
- coprah et 115 t. de graines de sésame. II est vrai que les exportations de l’Afrique Occidentale française (Sénégal, Guinée, Haut Sénégal, Niger français, Côte d’Or et Dahomey) nous étaient, en outre, pour les trois quarts destinées et comprenaient 156000 t. d’arachides, 15 000 t. d’huile de palme, 4000 t. d’amandes de palme.
- Avant la guerre, Hambourg était le seul cenIre du commerce des amandes de palme. Là seulement,
- un acheteur pouvait être certain d’obtenir livraison. C’était aussi le grand centre de distribution, Cette situation a vivement attiré l’attention du gouver nement anglais qui a mis à l’étude la possibilité de détourner vers l’Angleterre, après la guerre, la totalité du commerce absorbé jusqu’ici par l’Allemagne. La même question mérite d’être également examinée en France.
- Je laisserai de côté les arachides, déjà étudiées dans un article précédent etdont 180 000 t. sont exportées d’Afrique Orientale à Marseille ; j’examinerai seulement la ques-tionplus neuve de l’huile de palme qui a surtout attiré l’attention du comité anglais.
- Industrie de l’huile et de l'amande de palme. — On sait comment se présentent les fruits de palme. Ces fruits sont attachés à la partie centrale d’une grappe en forme de cône ayant la dimension d’un gros ballon, et s’en détachent facilement quand ils sont mûrs.
- Aussi bien la production des arbres que la qualité des fruits, la minceur de la coque, etc., varient beaucoup suivant les localités.
- En principe, on utilise deux parties du fruit : l’enveloppe charnue fournit l’huile de palme; la noix, une fois brisée, donne une amande qui est
- Fig. 4. — Pied de sésame.
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- LES GRAINES OLEAGINEUSES FRANÇAISES ET LA GUERRE = 2/7
- exportée. Parvenus en Europe, ces deux premiers produits sont traités à leur tour. L’amande, broyée, fournit une huile différente de la première, dite huile d’amande de palmier et une farine plus ou moins comprimée dite tourteau. Enfin, l’huile peut être transformée en savon, en saindoux végétal ou en margarine.
- j’ai déjà dit quelques mots de la question des tourteaux. Le tourteau de palme n’est guère utilisé qu’en Allemagne, où il était assez apprécié comme fourrage. A la condition de le garder au frais et au sec, il se conserve bien sans rancir.
- Des expériences allemandes ont paru prouver qu’il avait pour effet d’augmen ter la quan-tité de lait gras des bestiaux : ce qui serait un cas exceptionnel parmi les produits de ce genre servant à la nourriture du bétail.
- Quant à l’huile, elle doit être raffinée de manière à donner une substance neutre et insipide si on veut la rendre comestible.
- Le raffinage, qui est une opération chimique, est conduit différemment suivant le produit que l’on désire et suivant l’importance que l’on attache à la production de la glycérine dans le cas d’une saponification.
- Le plus souvent, l’huile de palme est employée pour des usages non comestibles, dont le principal est la fabrication du savon. Cependant, depuis 1900, on en utilise aussi pour la margarine. On sait que la première idée des margarines est d’origine française; mais elle n’a été vulgarisée qu’en Hollande après 1870 et le nom même de margarine n’a été introduit légalement en Angleterre qu’ën 1887. Ces sortes de produits, d’abord très imparfaites, ont reçu progressivement de nombreuses améliorations, en substituant les corps gras végétaux aux corps gras animaux employés au début et en ajoutant certains ferments destinés à donner le goût du beurre.
- C’est aujourd’hui une industrie très florissante.
- On a remarqué que, dans l’industrie des amandes de palme, la première opération est effectuée par les indigènes ; elle est très imparfaite et l’huile de . palme ne peut concurrencer l’huile d’amandes de palme comme comestible. On a songé, pour augmenter les' profits, à perfectionner le premier broyage. Il faudrait que le fruit fût traité, étant absolument frais et sans avoir eu le temps de rancir. Alors seulement on ne dépasserait pas, dans l’huile, la proportion de 6 pour 100 d’acides gras libres qui est un maximum. Mais il est difficile à une fabrique d’Afrique de réunir assez rapidement et continûment la quantité voulue de fruits parfaitement frais.
- L’opération faite en Europe est beaucoup plus soignée C’est elle qui donne le tourteau et l’huile. On admet, en moyenne, que la valeur du tourteau représente un sixième du produit et l’huile les cinq sixièmes.
- Pour obtenir l’huile d’olive, on utilise, tantôt le broyage proprement dit, tantôt l’extraction. Les avantages et les inconvénients des deux procédés sont discutés. Dans le broyage, l’amande, finement écrasée, est chauffée et soumise à une forte pression sous une presse spéciale.- La grande dureté des noix nécessite une presse très forte qui donne, par conséquent, un tourteau très dur. Dans l’extraction plus coûteuse, on fait agir, sur l’amande broyée, un dissolvant tel que la benzine ou le trichlorétylène. Le tourteau est, dans ce cas, une farine légère et veloutée qui demande une utilisation spéciale. La valeur du fourrage obtenu est un peu réduite et le dissolvant laisse parfois à l’huile un goût qu’on a de la peine à éliminer; mais, en revanche, on obtient une proportion beaucoup plus forte de l’huile: jusqu’à 99 pour 100 au lieu de 94 et même 90 pour 100 par le broyage.
- P. Sallior.
- Fig. 5. — Fruit du cocotier ouvert et montrant a Vintérieur du noyau la graisse desséchée {coprah).
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- LES MUTILÉS DANS LA VIE AGRICOLE1
- La question de l’utilisation des mutilés est un problème doublement important, au point de vue moral et national. La Nature qui s’intéresse à tout ce qui concerne et nos glorieux blessés et l'industrie, s’est déjà occupée de celte question. Il restait cependant à traiter le problème de l’utilisation des mutilés en agriculture.
- Comme le lait remarquer le D1' Boureau, l’agriculture qui manquait de bras avant la guerre en manquera encore plus après, car notre armée comptant 70 pour 100 de cultivateurs, logiquement c’est cette même proportion que l’on retrouvera chez les mutilés, aussi faut-il, à tout prix, maintenir ceux-ci au travail du sol, et cela d’autant qu’à la campagne les pensions ont plus de valeur qu’à la ville (surtout dans les grandes) et que l’on y trouve plus facilement secours et assistance auprès des voisins. Enfin la réadaptation des blessés de la guerre constituera, sous l’impulsion de la nécessité et par le fait même de la force du nombre, un premier pas vers la réutilisation des autres catégories de mutilés, ceux du travail et ceux de la maladie.
- Pour adapter le mutilé à sa nouvelle profession, il faut non seulement tenir compte du type et du degré de l’invalidité, mais encore améliorer, dans la mesure du possible, la lésion et surtout donner au sujet une éducation en rapport avec les fonctions qu’il est appelé à remplir dans l’avenir. Ce sont là les trois éléments principaux de cette importante question; nous allons successivement les étudier.
- I. Adaptation d’après le type des lésions. — L’obstacle à la reprise normale du travail pourra avoir pour cause des lésions très différentes, et les variétés des lésions imposent un choix et une classification professionnelle du mutilé.
- Il est en effet certain que, dans la mesure du possible, il y a intérêt à utiliser différemment un borgne, un aveugle et un blessé des membres, les lésions de ce dernier pouvant présenter des degrés de gravité différents, équivalant ou non à la perte partielle ou totale d’un membre.
- 1° Les aveugles. — A vrai dire l’individu atteint de cécité ne pourra guère être que « réemployé », aux mêmes lieux et dans des conditions particulières (travaux de ferme et plus spécialement travaux d’intérieur), mais il est certain, et de fréquents exemples sont venus le prouver depuis le début de la guerre, que de nombreux aveugles ont été à même de reprendre leurs occupations, de
- 1. Signalons à ce propos le petit volume tout d'actua’ilé qui vient de paraître dans la cc Collection Horizon » : La prothèse des Amputés, de À. Broca, professeur à la Facullé de Médecine de Paris, et Ducroquet, orthopédiste de 1 hôpital Rothschild.
- Appelés depuis deux ans à examiner des centaines de mutilés, MM. Broca et Ducroquet se sont inspirés de cette idée directrice qu’ils fout partager à leurs lecteurs, que l’ulilisalion fonctionnelle d’un appareil doit primer les considérations de
- vaquer aux soins du bétail, et de la traite ainsi qu’aux travaux de jardinage. En laissant de côté les mutilés borgnes, qui sont à même d’assurer leur travail comme des ouvriers ordinaires (2), un champ beaucoup plus vaste est ouvert à tous les autres mutilés.
- 2° En ce qui concerne les blessés du membre inférieur, surtout cuisse et jambe au tiers supérieur, il y aura intérêt à les écarter des travaux qui nécessitent de grands ou de rapides déplacements ; en effet, les difficultés de marche dans une terre demi-consistante, et le poids de l’appareil prothétique arriveraient rapidement à créer un état de l’aligne intense; la place de tels ouvriers est donc plutôt, soit à l'intérieur des fermes comme leurs camarades aveugles, soit sur les tracteurs auto ou hippomobiles où ils peuvent servir comme conducteurs, ou enfin dans la conduite des machines agricoles immobiles telles que les batteuses. C’est ainsi que 1’induslrialisation de l’agriculture dans les pays à vastes étendues cultivables, donnera progressivement une place de plus en plus large à l’emploi de cette catégorie de blessés.
- 3U Au contraire, la place du mutilé du membre supérieur est surtout dans les champs ; muni d’un appareil de prothèse suffisant, il peut, tour à tour, conduire l’attelage, faucher et même bêcher, enfin s’occuper des arbres et des plantes. Comme son camarade blessé du membre inférieur, il pourra, dans la mesure des besoins, contribuer à la direction et la conduite des machines agricoles.
- Dans 1’ènsemble, c’est une répartition intelligente des mutilés qui conduira à placer, « the right man in the right place » pour le plus grand profit du rendement général; et, certainement, à défaut d’initiatives locales ou de dispositions d’ensemble, la force même des choses et l’importance du problème détermineront un tassement salutaire; peut-être, alors, la guerre et ses mulilations auront comme contre-coup assez inattendu de rapprocher et de grouper des familles agricoles comportant chacune un ou des mutilés de catégories différentes, qui se consacreront selon leur.s aptitudes personnelles à tel travail particulier, pour le plus grand bien de la collectivité.
- II. Amélioration des lésions. — Ce point de l’étude présente ne s’applique guère qu’aux lésions des membres. 11 est bon, cependant, d’ouvrir ici une parenthèse pour envisager le cas de l’aveugle.
- forme extérieure. La conclusion de leur élude est que la rééducation des mutilés doit avant tout être œuvre rationnelle : Elle ne doit pas restaurer au hasard, mais en vue de l’utilisation du membre et permettre, le plus souvent, de ramener le blessé vers tout ou partie de son ancienne profession au lieu de l’orienter un peu à 1 aventure au risque de rompre pour lui toutes les attaches avec le passé.
- 2. Il est certain que le cas de cécité unilatérale, n’a de valeur que par les dangers qu’encourt 1 œil restant.
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- Si, en effet, il est impossible dans l’état aciuelde la science, de rendre la vue aux malheureux affligés de cécité, il est indiqué, sinon indispensable, de mettre tout en œuvre pour améliorer « leurs lésions ». Ne pouvant agir directement sur le sens de la vue, c’est aux autres sens que l’on fera appel, et en les perfectionnant on tentera de diminuer la gêne continuelle qui résulte de l’absence de vision. A la vue des yeux, il faudra substituer celle des oreilles et des mains. Les méthodes préconisées dans ce but sont nombreuses et, pour beaucoup, anciennes.
- En ce qui concerne les lésions des membres, on se trouve ramené aux règles générales de toutes les rééducations, qui nécessitent, de la part du mutilé, à défaut d’intelligence véritable, de la volonté et de la persévérance, et principalement de la confiance. Le problème de l’amélioration des lésions comporte la réalisation de deux buts.
- 1° Tendance à la restitution fonctionnelle du membre le'sé au moyen du traitement chirurgical ou médical par des traitements appropriés.
- 2° Tendance à créer et à « orgamiser » la suppléance du membre diminué ou aboli fonctionnellement, par son homologue du côté opposé('). L’éducation devra toujours être double et comporter trois temps successifs :
- a) L’éducation du membre sain comme membre principal se passe de commentaires, elle sera certes guidée par le rééducateur médecin ou non, mais elle sera surtout l’œuvre personnelle du blessé lui-même, et de son application soutenue; de nombreux exemples viennent chaque jour confirmer cette affirmation et sont vérité courante. Le l)r Julliard a consacré récemment, à ce sujet, un volume fort intéressant : L’Accoutumance aux mutilations (2J ; de très nombreuses observations y sont rapportées qui démontrent qu’en dehors de touLe prothèse, il est possible, même dans les mutilations étendues,
- 1. Instinctivement, le blessé donl le bras est immobilisé se sert de l'autre pour ses menus besoins et arrive rapidement à une dextérité suffisante de suppléance.
- 2. Félix Alcan, 1916, Paris.
- de récupérer par accoutumance une grande partie des facultés de travail.
- J'emprunte au D1' Julliard quelques lignes de l’observation de E. ; celui-ci est un ouvrier qui, à la suite d’un accident de chasse, a perdu la presque totalité de son avant-bras droit (amputation au '1/5 supérieur). Après une année d’efforts, l’accoutumance était réalisée et E. travaillait comme manœuvre, sans appareil, à extraire du sable. Aujourd’hui, à l àge de 40 ans, après vingt ans de travail, il passe pour un ouvrier vigoureux et recherché, qui, payé à la tâche, réussit à gagner un salaire plus élevé que celui de ses camarades indemnes.
- b) La modification du moignon constitue, en
- quelque sorte, une préparation du blessé à recevoir son appareil. Il faudra tendre à rendre au membre lésé sa souplesse, sa force, sa sensibilité, et pour cela rechercher la mobilité des articulations de voisinage, épaule pour les amputés de bras, coude pour les amputés d’avant-bras et pour ces derniers, en outre, il faudra tendre à restituer les mouvements de pronation et de supination, c’est-à-dire les mouvements de torsion autour de l’axe longitudinal. 11 faudra rendre au moignon sa force musculaire par une gymnastique appropriée, des massages et par la méeanolhérapie.
- Quant à l’œdème, les massages le combattront efficacement, mais il sera bon surtout d établir un lever et un travail, précoce à l’aide, si besoin est, d un appareil provisoire, et cela pour éviter l’œdème, l’atrophie des muscles, et les ankylosés secondaires. Ceci est, somme toute, assez simple.
- c) Au contraire, le choix de l’appareil prothétique demande une étude plus approfondie.
- Après des années de somnolence, la prothèse, science française d’origine, retrouve, sous l’impulsion des nécessités de guerre, la vigueur qu’elle n’aurait jamais dû perdre, et le prouve eu élaborant une série d’appareils des plus intéressants.
- 1° Les appareils pour membre inférieur, de 1 l'agriculteur, ne diffèrent en presque rien des appa-
- Fig. i. — Avant-bras prothétique avec articulation du coude vue de profil.
- Fig. 2.
- Articulation du coude avec verrou fixant l’avant-bras sous certains angles.
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- reils ordinaires déjà décrits dans La Nature. Insistons cependant sur la nécessité d’un appareil solide, robuste, et de- conception simple, pas trop lourd, en outre. Il ne faut pas, en effet, que le paysan éprouve, du fait de son appareil, une fatigue supplémentaire évitable, et, d’autre part, il e.-t indispensable que les réparations nécessaires soient aussi rares que possible et exé-
- Fig. 3. — Crochet main de terrassier.
- cutables par un mécanicien même novice; enfin, il serait bon que la grande majorité des appareils soient à pièces interchangeables exécutées en séries et faciles à se procurer à un prix minime.
- 2° Les appareils pour membre supérieur comportent une description plus longue, du fait de leur extrême spécialisation, en vue de l’usage agricole.
- L’appareil de prothèse tire principalement sa valeur du levier huméral (bras) qui le met en mouvement; plus le levier est court, moins il est efficace, et si l’opération détruit le moignon au niveau des muscles rotateurs de l’épaule, celui-ci n’a plus de valeur fonctionnelle.
- Au contraire, toutes les amputations qui siègent plus bas, permettent de labourer, bêcher, semer, s’il s’agit d’un moignon uniquement huméral, et, en outre, de conduire une machine agricole lorsque l’amputation, pratiquée au niveau de l’avant-bras, permet la conservation de l’articulation du coude.
- Le membre artificiel comme tous les appareils orthopédiques du même genre, se composera tout «d'abord, d’une coiffe destinée à recouvrir la partie
- lésée et à assurer, en outre, la solide continuité du nouvel ensemble. Les dimensions de la coiffe varieront naturellement avec le type de l’amputation, moins cependant que la longueur de la tige qui lui fait suite, et qui est nécessairement l’élément le plus influencé.
- En effet, s’il s'agit d’une amputation du 4/5 supérieur ou moyen de l’avant-bras, il n’y aura nécessité de prolongement que par un fragment de tige antibrachiale ; au contraire, s’il s’agit d’une amputation de bras au 1/3 moyen, il faudra, comme dans la figure 1 : 1° une tige humérale partielle; 2° une articulation; 5° une tige antibrachiale représentant les os de l’avant-bras et terminée par une douille porte-main, dont la surface de section est elliptique à grand diamètre antéro-postérieur, de manière à permettre au nouvel avant-bras de supporter de grands efforts; en outre, ainsi qu’il résulte des recherches de Gripouilleau et de Boureau, la lige devra être raccourcie de 25 pour 1 (JO par rapport à l’avant-bras amputé. Il faut aussi que l’articulation du coude soit immobilisable dans certaines positions, soit à l’aide d’un écrou, soit au moyen d’une lige qui supporte un verrou, ou soit enfin au moyen d’un dispositif mixte; en tout cas, les angles de90°, 65°, 45° semblent être les points les mieux choisis pour la solidarisation de l’avant-bras sur le bras au moment du travail.
- La main, ou ce qui en tient lieu, a été tour à tour figurée par des courroies, en particulier celle de Nové-Josserand, et la courroie à rotule d’Aubert; et des pinces, notamment celles d’Amar, Eslor, Lumière. Ces sys-lèmesont l’inconvénient d’une
- Main de vigneron.
- mobilité insuffisante. Il faut donc leur préférer, pour l’agriculteur, soit le porte-outil de .Julien, soit mieux encore la série de mains de travail de Boureau.
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- Le porte-outil de Jullien ou tube porte-bêche est constitué par un tube métallique percé de trous, au travers desquels joue, dans la direction cherchée, une vis destinée à assurer un serrage suffisant de l’outil dans le tube. Celui-ci est supporté et réuni à l’appareil d’avant-bras par une pièce de cardan en acier.
- Cet ensemble permet une laxité absolue dans les mouvements. Il a, cependant, l’inconvénient, qu’il partage d’ailleurs avec l’anneau de Gribouilleau, de permettre beaucoup moins d’actes divers que la série de mains de Boureau; celles-ci auront, en effet, sur les autres appareils, l’avantage d’être changées suivant les besoins, et de venir s’adapter sur la douille
- . Fig-. 6. — Crochet porte-guides.
- mains : la main du terrassier est constituée par un anneau oscillant muni d’un crochet qui, à volonté, peut être oscillant ou fixé en reelilignité dans l’axe de son support, constituant ainsi un ensemble rigide. Il permet l’exécution d’un très grand nombre
- d’actes de la vie agricole, en particulier ceux de : bêcher, labourer, pousser une brouette, traîner une charrette à bras, manœuvrer un volant de pompe, prendreun seau ou un panier; la possibilité de mouvements de latéralité autorise l’exécution de certains actes avec un minimum de fatigue, comme ceux si indispensables au cultivateur de : verser une brouette, charger du fumier, et conduire la charrue (*). Ces caractères du cro-
- Fig. 7- — Crochet de conducteur de tracteur.
- Fig. 5. — Main d'arboriculteur.
- porte-main qui, nous l’avons vu, termine l’appareil antibrachial.
- Boureau a imaginé six mains différentes, cinq sont des mains de travail, la sixième est une main de repos qui, le dimanche, donnera, avec l’aide de la manche de veston, l’illusion complaisante du membre dans son intégrité.
- Les mains de travail sont les suivantes : main de terrassier, main de vigneron, main de conducteur de
- chet rendent son utilisation commode dans l’emploi du coupe-betteraves, du hache-paille, des laveurs, semoirs à bras, etc., enfin, par rapport aux pinces, il possède l’avantage considérable d’une
- économie de temps, car, contrairement à celles-ci, point n’est besoin de serrer à l’aide de l’écrou pour fixer la prise.
- Ce crochet est la main du laboureur, et ne pourra être employé par celui qui est appelé à conduire unevoi-
- lOiturc, enfin les deux mains de conducteurs de ture à chevaux; il faut donc, pour celui-ci, un
- tracteurs et de machines. Ces appareils ont l’avantage de n’employer aucun ressort (sauf la main de vigneron) et de réaliser tous les mouvements du poignet.
- Etudions successivement ces différents types de
- aulre appareil, non que le crochet soit absolument inutilisable à ce point de vue, mais parce que,
- 1. Dans tous ces cas les oscillations latérales liées aux conditions du terrain détermineraient dans une main fixée latéralement des ébranlements gênants pour le porteur.
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- dans certaines circonstances, il pourrait devenir dangereux. Supposez un mutilé dont les chevaux s’emballent, ou un autre qui vient à tomber de sa voiture en marche; les guides rivées à sa main prothétique lui font alors courir les plus grands dangers. C’est pourquoi, dans ces conditions, il y a intérêt à remplacer le crochet par un porte-gui'de du type de la figure 6. Cet appareil agit par inclinaison du système qui coince alors la guide et la maintient solidement; au contraire le redressement du porte-guide, en donnant libre champ aux courroies, leur permet de s’échapper facilement.
- L’agriculture comporte également des soins aux arbres; aussi, pour l’ouvrier vigneron, comme pour l’arboriculteur, il sera nécessaire d’employer une main spéciale qui leur permettra de tailler certains rameaux sur pied, et aussi d’effectuer un certain nombre de travaux d'intérieur, tels que la préparation des grefles pour le vigneron et des boutures pour le jardinier.
- La main de vigneron est essentiellement constituée par une tige métallique llanquée sur une de ses faces d’une série de crochets fixes, et doublée sur l’autre d’une lame ondulée mobile, à ressort. Elle permet ainsi soit d’attirer, au moyen d’un des crochets, la branche à travailler sur pied, soit de maintenir un fragment détaché grâce à l’usage du ressort ; un perfec tionnement à cet appareil est préconisé par son auteur : il consiste en l’établissement d’une articulation qui permet à la main de tourner autour de son axe longitudinal. Ce perfectionnement permet donc de travailler successivement aux deux extrémités d’un fragment maintenu dans le ressort. La fixité de la main est dans ces cas, obtenue à chaque moment grâce à l’usage d’une vis de pression.
- Un dernier type de main agricole est le double crochet pour conducteur de machines automobiles. 11 est constitué par une tige longitudinale sur laquelle se branchent deux crochets. Dans le premier type, les deux crochets sont du même côté de la tige, dans le deuxième type ils sont, l’un d’un côté et l’autre du côté opposé; les crochets ont pour but de permettre des mouvements
- de propulsion et de rétropulsion (sens antéropostérieur) et des mouvements de traction en bas et en haut (sens vertical) ; ces mouvements sont ceux nécessités par la manœuvre des leviers de machines.
- Les instruments de culture.,— C’est un point auquel il ne faut pas trop tout toucher. Demander aux chefs d’entreprise de changer leur matériel pour le mettre au niveau des nécessités du personnel est en effet un problème infiniment plus complexe que l’inverse; il y a donc lieu, dans la mettre du possible, d’adapter le mutilé aux grands instruments aratoires; faire l’inverse serait exposer l’ensemble à un échec, tout au plus pourra-t-on éviter l’usage d’instruments simples et peu coûteux qui ne seraient pas conformes aux néccs-ités des appareils prothétiques, telles, les pelles et les bêches à manches compliqués dits béquilles ou poignées. Mais vouloir dans l’état actuel des choses modifier la charrue ou le tracteur automobile est un problème de solution beaucoup plus délicate : la question doit donc être résolue l’aide de l’appareil prothétique.
- En ce qui concerne la conduite des machines agricoles la main de Boureau est à même de permettre au mutilé d’en assumer la tâche, car elle rend possible l’action sur les leviers qui se borne à deux mouvements simples : pousser et tirer. Dans cet ordre d’idées peut-être pourrait-on cependant perfectionner les leviers en fixant la manette à angle droit sur la tige principale, la prise deviendrait ainsi plus facile dans le cas de la traction purement verticale.
- Donc, même sans des modifications appréciables de rinstrumenlaLion agricole, le mutilé est apte à être réutilisé grâce à l’appareil prothétique de bras et à l’usage d’une série de mains robustes d’un prix peu élevé, et c’est un devoir pour la collectivité de lui fournir ces moyens de travail.
- Doter le blessé d’un bras et d’une série de mains prothétiques n’est pas tout cependant, il faut encore, après avoir éduqué la main saine, rééduquer l’ensemble des deux membres sain et prothétique, travaillant ensemble; c’est à ce but que tendent les diverses écoles et centres de rééducation agricole des mutilés.
- Fig. 9. — Groupe de mutilés à l’éco-le de rééducation de Juvisy.
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- Les centres de rééducation. — Bien que nombreux déjà, ils ne sont pas encore suffisamment développés.
- Il faut signaler cependant le centre agricole d’Ondes et Grenade (17e région) qui comporte :
- 1° Des cours théoriques portant sur l’agriculture générale, l’économie rurale, la viticulture, la chimie, la technologie agricole (vinification, laiterie), l’horticulture, la zootechnie, l'e génie rural, l’arpentage et la comptabilité.
- 2° (Jne instruction pratique qui est de deux ordres :
- a) Purement agricole, travaux des champs.
- b) P ara-agricole, travaux de forge, de vannerie, du bois et du cuir.
- Un tel centre comporte donc un système complet d’instruction qui met ceux qui en bénéficient à même de profiler non seulement d’un réapprentissage manuel, mais encore d’acquérir des connaissances variées et diverses, destinées à leur rendre les plus grands services.
- Il en est de même à l’école de Sandar-Limonest (région de Lyon), créée sous les auspices des syndicats agricoles de l’union du Sud-Est, comme aussi à Y Institut militaire Belge de Port-Vil lez; enfin il ne faudrait pas terminer cet article sans
- signaler le très important centre créé récemment à Juvisy, appelé à devenir un modèle de centre de rééducation agricole, car en dehors d’une rééducation professionnelle particulièrement bien comprise il comporte une série de services de physiothérapie dont Tutilité a été mise en évidence au début de l’article; enfin signalons aussi l’école de rééducation pour aveugles de Septfons. Actuellement il existe chez nous 50 centres différents répartis dans 25 départements.
- Toutes ces écoles, bien que trop peu nombreuses, ont en dehors du fait immédiatement utile du placement d< s mutilés, un rôle social et national considérable, assurant non seulement une rééducation du blessé, mais aussi une éducation intellectuelle et professionnelle qui contribueront à rendre plus scientifiques et plus modernes les méthodes de culture et à augmenter avec le rendement la richesse nationale comme la richesse particulière. Mais avant Lout et surtout, ces écoles contribueront à rendre à leur profession ceux qui ont été lésés en protégeant la nation. A.-C. Guillaume.
- La couverture de ce numéro représente un amputé fauchant à l’aide du porte-outil Jullien et d’une faux gauche, d’après une publication de la Chambre de Commerce de Lyon.
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- et les méthodes d’exploitation des carrières américaines.
- La France est la mieux partagée des nations, au point.de vue de l’industrie marbrière. Sous ce rapport, elle n’avait jusqu’ici que l’Italie pour rivale. Encore avant la guerre, la majeure partie des marbres de la péninsule se travaillaient-ils sur notre territoire et principalement à Paris. Cette situation privilégiée, notre pays la doit à la beauté et à l’abondance des variétés marmoréennes des Pyrénées et aux nombreux débouchés que l’exportation lui assurait Mais pour ne pas perdre leur supériorité sur leurs concurrents étrangers et retrouver leur prospérité commerciale dès la cessation des hostilités, les marbriers français doivent s’inspirer des méthodes utilisées aujourd’hui aux États-Unis où, depuis quelques années, certaines carrières prennent une importance de plus en plus grande, grâce au perfectionnement de leur outillage. En parlh ulier, les couches marmoréennes de l’Etat de Vermont, découvertes à la fin du xvme siècle, s’exploitent maintenant, de façon rationnelle, au moyen de machines mues électriquement que nous allons voir à l’œuvre, débitant la roche avec une faible dépense, d’une manière beaucoup plus uniforme et fournissant des blocs mieux préparés pour leurs applications ultérieures.
- La Vermont marble Company s'établit, près de Sutherland Falls, il y a une quarantaine d’années et celte entreprise se développa peu à peu, au milieu
- de ces hautes collines schisteuses voisines du Dominion Canadien et de-l’État de New-York. Au début, elle ouvrit d’abord une seule carrière autour de laquelle s’édifièrent, indépendamment des bâtiments de la société, quelques rares maisons servant d'habitations au personnel et aux commerçants. Celte agglomération forma le village de Procter, surnommé le Carrare américain et devenu aujourd’hui le plus grand centre d’exploitation du marbre qui existe dans le monde. On y emplova d'abord des procédés d’extraction primitifs, lents et d’un prix de revient élevé. Des bœufs amenaient les blocs à l’usine. L'a, on les débitait avec des scies à mains, on les sculptait au ciseau, on les transformait en luts cylindriques, en urnes et autres objets similaires, au moyen de simples tours à pédale. Maintenant la Vermont marble Company a en activité plus de 75 carrières d’où elle tire annuellement 1 000 000 pieds cubiques (28 516 mèlrts cubes) de marbre et sur l’emplacement des baraquements de Procter s’élèvent de vastes ateliers de sciage, de polissage et de sculpture mécanique dont quelques-uns mesurent 1500 pieds (457 m.19; de longueur. Elle possède, en outre, des installations analogues à Center Rutland, West Rutland, Florence, Brandon, Middlebury, Swanton, Roxbury, Danby, Dorset, Manchester, Bluff Point (New-York), à San Seba (Texas) et à Tokeen (Alaska). Enfin, dans une cin-
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- quantaine de villes des États-Unis, elle a établi de petits ateliers -pour le montage et le finissage des objets en marbre qu’elle leur expédie inachevés.
- À West Rutland, on ne voit pas moins d’une douzaine de carrières à flanc de coteau dont l’une aune profondeur maximum de 300 pieds (91 m. 438). La voie électrique souterraine s’y étend sur une longueur de 800 pieds (243 m. 83). La portée du câble incliné au moyen duquel on remonte le marbre à la surface, a 500 pieds (152 m. 40) de long et s’élève sous un angle de 45 degrés.
- À Proctor, le transporteur aérien, long de plus de 2 milles, passe au-dessus de la montagne, alimentant de Sable les chantiers et les ateliers; chacune de ses bennes qui se succèdent, les unes les autres, le long de la ligne, toutes les 50 secondes, possède une capacité de 500 livres (226 kg 8).
- L’Otter Creek, petite rivière qui, après avoir arrosé Vermont, se jette dans le lac Champlain près de Vergennes, actionne les turbines de quatre centrales hydro-électriques. Ces dernières, avec l’aide de deux stations à vapeur, fournissent la force motrice aux diverses installations mécaniques qu’on y rencontre et qui exigent une puissance totale d’environ 12000 H. P. La distribution s’opère au moyen de 11 sous-stations et la longueur des lignes de transmission dépasse 70 milles.
- Passons maintenant en revue quelques-unes des plus intéressantes machines qui fonctionnent sur les chantiers et dans les ateliers de la Vermont marble Company.
- À cause des dispositions rencontrées dans les couches marmoréennes des carrières américaines, les perforatrices doivent travailler sous divers angles jusqu’à l’horizontalité mais pratiquement un seul type de machine s’emploie pour les surfaces de niveau. Quand il faut creuser-les trous le long
- d’une ligne inclinée, on se sert d’un autre modile de foreuse électrique dite gadder (flâneuse) dont l’unique burin reçoit un mouvement de va-et-vient au moyen d’un compresseur d’air, branché lui-même sur une dynamo-électrique. On rencontre une centaine de perforatrices en action dans les marbrières de Vermont, y compris deux douzaines d’anciennes a flâneuses » du type à double levier. Les perforatrices électro-pneumatiques sont équipées uniformément avec des moteurs à induction de 12 chevaux.
- Pour extraire en pleine roche un quartier de marbre de la dimension désirée, on creuse, au moyen de perforatrices, une série de trous parallèles aux lignes de clivage naturel et on les approfondit jusqu’à ce que l’on atteigne le premier dessous, séparant la masse des assises inférieures. De la
- sorte, on rend possible le dégagement du massif sur tout son pourtour à l’aide de leviers et de coins. On n’a pas besoin de se servir d’explosifs; toutes les opérations s’effectuent mécaniquement.
- Les foreuses électropneumatiques reposent sur le même principe que les perforatrices, mais il existé une petite différence dans leur construction : l’appareil de forage est séparé du compresseur d’air et un tube flexible les relie l’un à l’autre. Naturellement la plus grande partie des carrières de Vermont est à ciel ouvert. Toutefois, comme nous l’avons déjà indiqué plus haut, quelques strates marmoréennes de West Rutland se trouvent à 300 pieds sous terre. Elles s’exploitent alors , par puits et galeries. On y éclaire les travailleurs au moyen de l’électricité et on se sert également de locomotives électriques pour amener les blocs de marbre du front d’attaque jusqu’à l’élévateur qui les remonte à la surface.
- Mais les machines les plus perfectionnées et à plus fort rendement, se voient dans les ateliers de la Compagnie où les blocs de marbre brut se transforment en plaques pour le revêtement des cheminées, en dessus de tables ou de comptoirs de magasins, en colonnes, en vases ou autres objets sculptés.
- Dans l’atelier de débitage en plaques, on voit une soixantaine de châssis à scier à descente automatique et actionnés tous électriquement. Ces machines
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- remplacent les châssis ordinaires, qui fonctionnent encore chez nombre de marbriers français et auxquels un arbre à manivelle mû par une poulie imprime le va-et-vient nécessaire. Selon l’épaisseur des tranches à obtenir, les châssis américains comprennent jusqu’à 50 lames et plus, chacune de celles-ci pouvant se rapprocher ou s’écarter à volonté;-‘et on en règle la descente suivant la dureté du marbre. En outre, entre les piliers de soutien, se place l’arrosage mécanique ou instrument distributeur d’eau et de sable.
- Pour polir le marbre scié, on se sert à Vermont d’une machine dont rassise- plate est animée d’un mouvement lent de va-et-vient, semblable à celle d’un planeur. Puis, au moyen de disques de carborun-dum, de différents calibres, qui servent d'éléments mépiants, on produit des cannelures et autres motifs de décoration.
- Enfin plusieurs centaines de machines - ou til s électro - pneumatiques se rencontrent encore dans les ateliers de la Compagnie; entre autres, une scie circulaire diamanlée, des scietteuses, des moulu-reuses et des raboteuses, destinées à façonner les blocs pour les diverses applications mais n’of-
- frant rien de particulièrement digne de remarque.
- Toutefois à l’encontre des carrières européennes et à cause de la disposition particulière des couches de marbre aux États-Unis, on n’y emploie guère la
- scie hélicoïdale, inventée par un ingénieur beige Paulin Gay et très usitée maintenant aussi bien dans les Pyrénées qu’à Carrare (Italie). Cèt appareil se compose d’une corde sans fin réalisée par la torsion
- en hélice de trois fils d’acier. D’un côté, elle s’enroule sur une poulie fixe calée sur l’arbre du moteur et d’autre part sur la poulie folle d’un chariot tendeur, posé lui-même sur les rails d’un plan incliné et chargé de poids destinés à équilibrer l’effort de1 traction. On installe la débiteuse (ou instrument de sciage proprement dit) à l’endroit voulu du circuit. Celte ‘dernière comprend quatre poulies maintenues et guidées entre des colonnes dont l’écartement varie avec la longueur de la masse de marbre à découper. Le déplacement des poulies inférieures se réalise à l’aide d’un mécanisme ingénieux. Les chariots qui les supportent sont fixés par des coulisses aux extrémités de vis verticales dont les écrous se trouvent au sommet des châssis. Un levier à . deux branches articulées, mû par l’arbre de la poulie supérieure, commande chacune de ces vis et, à chaque révolution, un corbeau agencé sur la
- Fig. 2. — Perforatrices électro-pneumatiques'au travail sur le front d’attaque de la Vermont Marble C° à West Rutland.
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- branche inférieure du levier attaque une roue dentée dont le mouvement se transmet, à l’aide d’engrenage, à la vis de suspension de la poulie mobile. Comme la vitesse de translation est d’autant plus rapide que la branche du levier est plus courte, l’ouvrier règle celle-ci selon le degré de dureté du marbre.
- Indépendamment de ces mouvements de translation et de descente, la cordelette est animée d’un mouvement giratoire qui a pour but de dégager continuellement le fond de l’entaille de la boue produite par le sciage. Un sablier, déposé au-dessus de la masse, fournit le sable humidifié, qui se trouve rapidement véhiculé ainsi le long du trait, en même temps que sur tous les points de la périphérie du brin engagé dans la pierre.
- Cette combinaison jointe à la continuité du
- sciage, assure la grande rapidité du travail. En définitive, le fil découpe la roche sur tous les points de la carrière et il divise la pierre, pour en faciliter le transport ultérieur. L’emploi de la scie hélicoïdale, qui permet de débiter les blocs d’une manière plus expéditive et plus économique, constitue la seule supériorité d’outillage des exploitations marbrières françaises sur celles des États-Unis dont l’agencement mécanique est très parfait. On devrait donc généraliser l’application de l’électricité sur les chantiers pyrénéens car, dans ce pays, privilégié sous le rapport de la houille blanche, elle revient à bon marché. En outre, la force électrique convient particulièrement au travail des carrières n’étant pas affectée par! les variations de température et rendant faciles les déplacements ou les nouvelles installations de machines. Jacques Boyer.
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- Séances du 19 .Mars au 10 Avril 1917.
- Élections. — M. Ilaug, professeur de géologie à la Sorbonne, est élu dans la section de minéralogie en remplacement de M. A. Lacroix, nommé Secrétaire perpétuel, par 29 voix contre 10 voix à M. Cayeux, professeur au Collège de France.
- Essais de résilience. — La plupart des auteurs qui ont publié des recherches sur les essais de métaux à la flexion par choc de barreaux entaillés, semblent avoir renoncé à obtenir des mesures ne présentant pas de différences accidentelles : les uns attribuent cette irrégularité des résultats au mode d’essai lui-même ; les autres incriminent l’hétérogénéité des métaux mis en œuvre. MM. Georges Charpy et André Cornu-Thénard s’élèvent contre la première interprétation et montrent comment il y a là un ordre de questions étroitement rattaché aux préoccupations de mesures rigoureusement précises qui suggèrent actuellement l’idée des laboratoires nationaux de recherches. Ils ont pu, en effet, mettre clairement en évidence, dans plusieurs séries de mesurés, la précision dés chiffres obtenus : précision qui semble élémentaire dans un travail scientifique, mais que l’on était trop porté à négliger dans les essais industriels de ce genre. Ils ont, commencé par vérifier la sensibilité et la régularité des appareils employés (moutons-pendules Charpy de 500 kg et 50 kg). Puis ils ont réussi à préparer; des métaux qui donnent, avec sécurité, à l’épreuve au choc sur entaille, des résultats d’une régularité rigoureusement comparable à ceux obtenus à la traction, à la flexion ou à la dureté. Il résulte de leur travail que la résilience d’un métal, tout en ne présentant aucune corrélation avec les constantes définies par les essais mécaniques usuels de traction ou de flexion, est une grandeur parfaitement déterminée, à laquelle on peut attribuer une valeur numérique à la condition de ne comparer entre eux que des barreaux de formes géométriques définies : l’appareil de choc employé pouvant d’ailleurs être quelconque, pourvu qu’il soit correctement gradué.
- L’origine possible des amas d’étoiles. — M. Emile Belot compare les amas d’étoiles au système de nos huit cents petites planètes, exclusion faite du Soleil. Bemarquant que les conditions de formation des amas
- ont dû être très spéciales, il examine quelles conditions auraient pu transformer notre système solaire en un amas d’étoiles et considère son système de Cosmogonie tourbillonnaire comme rendant compte du phénomène.
- L’incontinence d’urine. — M. Pierre Bonnier explique cette infirmité, fréquente chez les enfants, par une panne nerveuse, à laquelle il remédie très rapidement au moyen de cautérisations légères de filets nasaux du nerf trijumeau qui prennent naissance dans le bulbe au niveau des centres bulbaires préposés à l’activité sphinc-térielle vésicale.
- Procédés opératoires applicables aux blessures des nerfs par les projectiles. — M. Ed. Delorme préconise une méthode qui, en deux mots, consiste dans l’excision, couche par couche, jusqu’à la limite du système ’nerveux sain. Cette méthode a été très vivement combattue par le Dr Pozzi.
- Recherche d'une boisson hygiénique. — M. Ambroise Rendu avait demandé à l’Académie de mettre au concours le remplacement de l’alcool par une boisson tonique et excitante. Une Commission de l’Académie ayant pour rapporteur M. Laveran, objecte que le vin joue un rôle peu important dans les méfaits de l’alcoolisme, que le cidre et la bière méritent également le titre de boissons hygiéniques et que ces diverses boissons, n’étant pas nuisibles à dose modérée, n’ont pas besoin d’être remplacées. Cette Commission inûste en outre sur un argument qui paraît étranger au débat : à savoir le tort qu’une campagne contre le vin pourrait causer à nos viticulteurs.
- Le massif sino-lhibétain. — D’après M. Legendre, le fait saillant dans la structure de ce massif est l’existence d’énormes sillons rectilignes orientés presque Nord-Sud, d’où s’échappent souvent les rivières par des cluses ou par des failles. Une pénéplaine ancienne a subi des phénomènes do rajeunissement dus à des mouvements orogéniques récents et qui se traduisent par la profondeur des gorges et l’énorme élévation des chaînes. Ce phénomène paraît être général pour toute la Chine de l’Ouest et pour une grande partie de l’Indo-Chine. L’auteur n’a pas constaté de charriages analogues à ceux décrits par M. Deprat, dans le Yunnan, au sud du fleuve Bleu.
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- On appelle communément « Mitrailleuses » clans le jargon spécial du personnel égoutier des grandes villes des appareils plus ou moins rudimentaires, généralement construits par les égoutiers eux-mêmes et destinés, soit à faciliter le travail des ouvriers chargés du curage des égouts, soit même,
- est en égout : l’eau coule,les feuilles et fumiers filent vers les collecteurs et le sable reste, car une trop grande pente donnée aux galeries entraînerait un affouillement des maçonneries et des accidents pour le personnel.
- Pour pousser ce sable vers les collecteurs et
- 6 — Les sablières sont remblayées
- 1. Le sable est extrait
- des sablières
- dans certains cas, à remplacer la main-d’œuvre presque complètement.
- On sait que le travail presque exclusif des égoutiers consiste à débarrasser les égouts des sables qui les obstruent; avec le développement du tout-à-l’égout et l’aménagement de nombreux réservoirs de chasse, les fumiers, feuilles ou matières de vidange sont rapidement entraînés et seul le sable pollué se dépose dans les galeries souterraines.
- Ce sable provient des dépôts
- de matériaux d’immeubles en construction, des travaux de voies publiques ou tramways, des contre-allées sablées ravinées par les pluies et des graviers répandus sur les chaussées, broyés par la circulation et poussés à l’égout le lendemain matin.
- C’est un curieux cycle que celui du sable à Paris par exemple : extrait des sablières de Draveil ou d’ailleurs il arrive à Paris en bateau, les différents services qui l’emploient vont le chercher surfes berges, aux ports et le déposent en las le long des trottoirs et allées; qu’il serve à sabler une'piste ou soit répandu sur la chaussée le résultat est le même : au premier orage dans le premier cas, au premier passage de la balayeuse dans le second cas, le sable
- Fig. 2. — Coupe des divers types d’égouts de Paris.
- Fig. i. — Le cycle du sable à Paris.
- bassins de dessablement d’où il sera extrait, porté aux décharges et finalement renvoyé en remblai aux sablières, les égoutiers font ce qu’ils appellent des mitraillages : un barrage mobile en bois, tenu par deux manches et portant un clapet à sa partie inférieure, permet de retenir un peu d’eau et d’obtenir en ouvrant la vannette une chasse du sable à 8 ou 10 mètres ; les ouvriers se déplacent avec leur
- « Mitrailleuse » et de proche en proche amènent le sable vers les collecteurs, quand l’épaisseur de la couche n’oblige pas à charger à la pelle et rouler en brouette, travail fort pénible
- dans les conditions dans lesquelles il s'opère.
- Depuis longtemps déjà on avait essayé d’obtenir le déplacement automatique de ces barrages mobiles sous la poussée de l’eau retenue, mais les résultats étaient peu encourageants; il ne fallait pas compter sur des flotteurs, déclics, roues ou autres appareils délicats qui ne sauraient fonctionner dans les eaux chargées des égouts, d’autre part les barrages roulant ou glissant sur patins partaient trop vite, ou, si on les chargeait, basculaient sous la poussée d’eau accidentelle provenant d’un réservoir ou d’une forte pluie.
- On en était là quand la guerre arrivant augmenta les difficultés du service du curage. La construction
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- hâtive d’un grand nombre d’usines travaillant pour la Défense Nationale et dans l’exécution desquelles l’application des règlements sanitaires a été trop oubliée, les déversements importants d’acides, de pétrole ou d’essence provoqués par les décapages de métaux, le lavage des voitures ou des pièces de mécanique, les projections de chaux et quelquefois de carbure mal décomposé dont la soudure auto-
- (7^
- en plus grande, ainsi qu’on peut s’en rendre compte sur la figure 5.
- L’appareil se compose essentiellement d’une vanne inclinée dont les deux ailes mobiles, montées sur charnières simples, et garnies de lames de caoutchouc ou de vieilles courroies peuvent se fermer plus ou moins pour suivre les irrégularités de la maçonnerie des piédroits et retenir parfaitement
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- Fig. 3. — Mitrailleuse à bras.
- Fig. 4. — Vanne de mitrailleuse à ailes mobiles permettant le curage des galeries de types divers.
- gène au chalumeau oxy-acétylénique a multiplié l’usage, la pénurie de main-d’œuvre produite par la mobilisation d’une partie du personnel permanent et la difficulté de recrutement des ouvriers temporaires mieux payés dans les usines rendaient le travail plus pénible chaque jour pour les quelques ouvriers qui restaient en service.
- C’est frappé par ces graves inconvénients qu’un adjoint du Service des Égouts étudia et mit au point un petit engin léger et démontable pour le curage et le mitraillage quasi-automatique des galeries.
- L’idée du barrage se déplaçant sous la poussée de l’eau retenue tout en laissant une chasse à la base pour repousser les sables était à conserver, mais il fallait que l’appareil pût fonctionner sous les différentes hauteurs de retenue que les déversements brusques d’eau amènent en égout, autrement dit il fallait que des charges croissantes d’eau amènent un freinage croissant de l’appareil.
- La solution fut trouvée en faisant propulser la « mitrailleuse » par la résultante de deux forces, l’une verticale, l’autre horizontale; la force verticale croissant avec la hauteur de retenue transmet alors aux patins de l’appareil une pression de plus
- les eaux; un clapet à la base permet de laisser une chasse suffisante et une grille légère retient les fumiers et îeui\les qui seraient susceptibles d’obstruer le passage de l’eau, le tout est porté sürdeux patins ou longrines qui glissent sur lès radiers, dos ailes de rechange permettent de modifier la vanne pour que cette dernière épouse les types d’égouts les plus divers.
- La manœuvre de ce traîneau -mitrailleuse est des plus simples et un seul: égoutier suffit à le guider et le remettre d’aplomb quand des accidents de marche se produisent ; en temps normal, l’unique travail de l’ouvrier chargé de cet appareil consiste à dégager de temps à autre la grille et à ouvrir plus ou moins la vannette mobile pour éviter que l’eau, se déversant par-dessus la vanne, ne produise un travail inutile.
- Le prix d’un tel appareil est des plus minimes et son rendement est supérieur à celui d’une équipe de quatre hommes.
- Par ces temps où la main-d’œuvre est rare et coûteuse, il serait à souhaiter qiie toutes les grandes villes emploient dans leurs réseaux d’égouts le traîneau-vanne dont nous nous sommes efforcés dans ces quelques lignes de faire apprécier les avantages. P. Chevolot.
- Fig. 5. —Traîneau-mitrailleuse en service.
- Le Gérant ; P. Masson. — Imprimerie Lahure, rue de Fleuri.s, 9, à Paris.
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- LA NATURE.
- — N° 2276. =ri—-.......................... 12 MAI 1917
- LA FABRICATION DES CANONS
- I
- Fabrication métallurgique.
- L'effort militaire demandé actuellement à la France, le plus considérable qu’elle eut jamais à fournir, se double d’un effort industriel dont nul ne méconnaît plus aujourd’hui l’ampleur ni la nécessité, le rôle primordial du matériel dans la guerre moderne ayant enfin été compris. La production du matériel de guerre en général, et principalement des canons, des munitions, est devenue l’opération militaire la plus importante, et le public a appris avec satisfaction l’abondance avec laquelle les lignes ennemies ont été « arrosées » lors des dernières attaques des Alliés. Comme on le sait, la menace seule de la continuation de cet « arrosage » dévastateur a fait reculer dernièrement les Allemands, d’Arras à Soissons.
- On a surtout salué avec joie l’apparition, dans notre artillerie, des pièces de très gros calibres : 520, 540, 570, 400 et même 520 mm de diamètre. Pourtant, on s’est demandé bien souvent pourquoi les canons de gros calibre, réplique des 420 allemands, n’étaient pas apparus plus tôt sur le front des armées alliées. De là à accuser de négligence et d’incurie notre administration de l’armement, il n’y a plus qu’un pas, vite franchi grâce à nos habitudes de libre critique. C’est que, alors que la fabrication des projectiles est maintenant bien connue, grâce aux études auxquelles elle a donné lieu dans les revues scientifiques, notamment dans La Nature, la fabrication des canons modernes, au contraire, est bien peu connue du public. Bien des techniciens même ne se rendent pas compte qu’il faut, en temps normal, environ deux ans pour produire un canon de gros calibre.
- Nous voudrions pouvoir répondre à cette question si souvent posée : « Combien faut-il de temps pour fabriquer un canon ?» A défaut de le faire d’une façon précise, nous essaierons de montrer la complexité du problème. La fabrication d’une pièce d’artillerie complète, avec ses accessoires, comporte, comme nous le verrons par la suite, un nombre considérable d’opérations, de durées très diverses, dont la plupart ne peuvent être exécutées que successivement, et qui relèvent de presque tous les corps de métiers : les métallurgistes de toutes spécialités, les forgerons, les ajusteurs, les mécaniciens de précision, les charrons, les opticiens, les menuisiers, les bourreliers, les chaudronniers, les tanneurs, les tisserands, les imprimeurs même,'etc.
- Lorsqu’un de nos grands arsenaux, de l’Etat ou privé, entreprend, après les longues études que l’on imagine, la fabrication d’un type de canon déterminé, ses ateliers ne se proposent pas de construire une seule pièce pour la reproduire ensuite exemplaire par exemplaire. On en met en construction
- une série. Or, le travail « en série », s’il est économique et permet de produire un grand nombre de pièces semblables dans un temps total réduit, retarde d’autre part la livraison de l’ensemble de ces pièces. En effet, la même opération doit être effectuée pour toutes les parties sur la même machine-outil ou sur un petit groupe de machines semblables, avant qu’on puisse commencer l’opération suivante. De plus, les opérations successives étant de durée parfois très variable, il y a forcéT ment des « temps perdus » entre le passage des pièces d’une machine à la suivante. Pour supprimer ces temps perdus, il faudrait, en quelque sorte, « faire le vide » dans l’atelier, dont tout le matériel devrait être disponible pour usiner chaque pièce à mesure que l’opération précédente viendrait d’être achevée. Il est à peine besoin de faire remarquer que dans un tel système les machines-outils seraient fort mal utilisées, et que le rendement de l’usine serait déplorable. Or, si l’on peut négliger dans une certaine mesure les considérations de prix de revient en temps de guerre, on doit par tous les moyens chercher à accroître la production des usines de guerre, et, pour cela, on ne peut que chercher à étendre et à perfectionner le travail en série.
- La durée totale de fabrication d’une pièce d’artillerie dépend évidemment de celle de l’organe le plus long à produire. Or, cet organe n’est pas le même pour toutes les pièces, et la question change d’aspect suivant le calibre. Pour les pièces de petit et de moyen calibre, c’est l’affût et le frein, pièces très compliquées, dont la fabrication est la plus longue et qui, par suite, déterminent la durée minimum de production du matériel. Pour les pièces de gros calibre, au contraire, c’est le tube du canon, dont la préparation et le traitement thermique sont les plus longs. Mais dans l’un ou l’autre type de canon, on doit usiner un nombre considérable de pièces diverses. C’est ainsi qu’un obusier de moyen calibre ne comporte pas moins de 2145 pièces, constituées par les matières les plus variées : des aciers et de la soie, du verre et du cuir, du bronze et du papier, etc. Suivant a matière dont ils sont faits, les quelque 1000 organes qui consti1 tuent la pièce d’artillerie seule peuvent se décomposer comme suit : 5 pièces en acier canon, 150 en acier doux, 168 en acier extra-aoux, 180 en acier mi-dur, 276 en acier mi-dur trempé rectifié, 196 en acier dur, 8 en acier dur trempé, 54 en acier à ressort, 15 en acier moulé, 1 en acier à outils, 1 en tôle d’acier mi-doux, 65 en tôle d’acier mi-dur, 1 en tôle d’acier pliée et soudée, 5 en tôle d’acier dur, 1 en aluminium, 28 en bronzes di-
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- 45' Année. — 1“ Semestre..
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- LA FABRICATION DES CANONS
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- vers, 3 en bronze forgé, 1 en bronze à lentilles, 2 en bronze delta, 6 en bronze d’aluminium, 3 en chanvre, 28 en chêne, 1 en cristal, 62 en cuir, 3 en dermatine, 63 en frêne, 59 en fer doux, 43 en laiton, 5 en maillechort, 1 en noyer, 139 en toile, 1 en soies de porc, etc.
- Cette énumération abrégée permet de comprendre que la fabrication des canons, aussi accélérée que le commandent les circonstances actuelles, demande de cinq à dix-huit mois, suivant le calibre et le type. Nous nous proposons de décrire cette fabrication avec quelques détails, et de compléter ainsi les renseignements donnés dans La Nature des 6 novembre et 4 décembre 1915, sur les polygones d’artillerie et les essais de canons et de munitions. Cette fabrication exige : 1° la production d’un métal de choix, sous forme d’une ébauché de la pièce, et sous forme de matières premières pour ses accessoires; 2U l’usinage précis d’un grand nombre de pièces. Nous étudierons aujourd’hui la première partie, l’ébauche métallurgique de la bouche à feu.
- I. Élaboration du métal et ébauche de la bouche à feu. —
- On a renoncé depuis une quarantaine d’années, d’üne manière presque générale, à l’emploi de la fonte et du bronze pour la fabrication des bouches à feu.
- Au moment de la déclaration de la guerre, cependant, l’Autriche avait encore en service des canons de campagne en bronze. Actuellement, les bouches à feu sont fabriquées entièrement en acier. La figure 1, qui donne la coupe d’un canon de 381 mm (modèle Schneider), montre que le canon n’est pas constitué par une pièce unique; il se compose d'un tube central renforcé par plusieurs éléments annulaires posés à chaud; ces éléments sont appelés, suivant leur forme et leurs dimensions, frettes, corps, manchons, jaquettes. Le canon composé d’un tube et de frettes concentriques est plus résistant qu’un canon d’une seule pièce et de même épaisseur totale. Cette propriété s’explique de la façon suivante : Avant d’être mises en place, les frettes ont un diamètre légèrement inférieur à celui du tube sur lequel elles doivent s’appliquer, et elles ne
- peuvent être placées qu’après avoir été dilatées par la chaleur. Les frettes, en se refroidissant, exercent une pression considérable contre le tube, dont le métal subit ainsi une contraction élastique, d’une manière permanente, et au repos. Lors de la déflagration de la poudre, pendant le tir, une première partie de la pression développée dans le canon est employée à vaincre cette compression élastique, et à ramener le métal du tube à son état d’équilibre primitif. Ce n’est que l’excès de la pression finale sur cette première partie qui
- fait travailler le métal du tube à l’extension, et l’on a réduit, en somme, le travail unitaire final du tube de- la valeur de l’effort que lui a fait subir le frettage.
- Signalons en passant que, dans la fabrication des gros canons anglais, le frettage est obtenu en partie par un enroulement de fils d’acier. Il faut ainsi un nombre respectable de kilomètres de fils pour fretter un canon de moyen calibre. ,
- Choix du métal. — Étant donnés les efforts considérables que supportent les canons au moment de la déflagration de la charge, la haute température à laquelle ils sont porr tés, l’action érosive des gaz de la poudre, on conçoit que le métal dont on les constitue doit avoir le maximum de résistance que les métallurgistes puissent produire. Ce métal doit posséder en outre certaines qualités spéciales, ce sont notamment une grande résistance au choc, pour qu’il puisse supporter les violents efforts dynamiques qui se produisent dans l’âme ; une limite d’élasticité élevée, pour qu’il résiste sans déformation permanente aux pressions considérables développées pendant le tir, et qui peuvent dépasser 3000 kg par centimètre carré; enfin, une dureté suffisante pour retarder le plus possible l’usure de l’âme. Cette dernière qualité, qui est dans une certaine mesure contradictoire avec les précédentes, est cependant indispensable. La figure 2 montre, en effet, l’état auquel peut être amenée la surface intérieure d’un canon après un service poussé jusqu’à la limite extrême.
- Le métal capable de réunir ces qualités est de
- Fig. i. — Coupe d’un canon de 381 millimètres, de 40 calibres de longueur d’âme, système Schneider.
- Fig. 2. — Vue de Vintérieur d'un canon de moyen calibre montrant l’érosion produite par les gaz de la poudre.
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- l’acier, élaboré soit au creuset, soit plus couramment, surtout pour les pièces de moyen ou de fort calibre, au four Martin acide, c’est-à-dire dans un four dont le revêtement intérieur est constitué par de la silice. Nous ne décrirons pas en détail cet appareil, qui a été l’objet d’une étude complète dans La Nature du 6 janvier 1917.
- Rappelons seulement que le four Martin, inventé par l’ingénieur français dont il porte le nom, se compose d’une sorte de bassin plat en matériaux réfractaires, renforcé extérieurement par une armature d’acier, et recouvert par une voûte également réfractaire. A l’une des extrémités se trouvent des
- que représente la figure 5. Lés fours de ce système ont été établis d’abord pour de faibles capacités, mais actuellement on construit, pour la fabrication des aciers de construction ordinaires, des fours Martin oscillants ayant une capacité de plus de 200 tonnes.
- Contrairement à ce que l’on pourrait croire, si l’on choisit soigneusement, pour obtenir un métal de la meilleure qualité, des constituants appropriés, on n’emploie pas pour cela des matières premières neuves. Le four Martin dans lequel on produit le métal à canons est chargé en grande partie avec des ferrailles de toutes sortes, des riblons, qui
- Fig. 3. — Vue d’un four Martin basculant de 12 tonnes, pendant ïa coulée de l’acier.
- brûleurs, par lesquels arrivent les gaz d’un gazo- ] gène spécial, et dont la combustion porte les matières chargées sur la sole du four à la température de fusion. À l’autre extrémité se trouve le départ des gaz brûlés qui sont aspirés dans une haute cheminée. La coulée du métal fondu se fait par un trou que l’on débouche une fois l’opération terminée, ou par un bec approprié dans le cas des fours basculants. Pour faciliter la coulée et la marche continue de l’opération, on a établi en effet, depuis quelques années, des fours Martin oscillants; monté sur des galets, un four de ce type tourne autour de son axe et verse à volonté une partie de sa charge dans la poche de coulée; c’est l’opération
- sont toutefois sélectionnés et proviennent eux-mêmes de métaux plus lins que ceux que l’on admettrait pour produire de l’acier ordinaire; D'ans les aciers les meilleurs entrent donc les objets les plus hétéroclites à première vue : des ressorts de montre ou des buses de corset. La charge d’un four Martin devant produire de l’acier à canon se composera par exemple de fonte fine, de vieux rails, de riblons d’acier, de ferro-manganèse, de fer puddlé, etc. La préparation de ce « lit de fusion » est une des dernières applications du fer puddlé, ou fer pur, que l’on prépare spécialement à cet effet. Pour presque tous les autres usages, comme on le sait, le fer est remplacé par l’acier.
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- Quand cette charge est fondue, on fait sur un échantillon un essai rapide, d’après lequel on détermine les éléments qu’il faut ajouter au métal fondu pour obtenir exactement la composition et la qualité voulues. On ajoute ainsi en dernier lieu du ferro-manganèse, du nickel, etc.
- Le métal étant ainsi élaboré dans le four, on doit le couler dans des moules ou lingotières. Pour cela, le four est vidé d’abord dans une poche de coulée chauffée au préalable, dans laquelle sa composition peut encore être modifiée, soit par addition dernière d’éléments utiles, soit par un mélange du métal provenant de plusieurs fours. Ce mélange s’impose d’ailleurs pour la production du lingot qui doit servir à la fabrication d’un canon de très gros calibre. En effet, alors que pour obtenir le tube d’un canon de 75 mm il suffit d’un lingot de 450 ou 500 mm de côté ou de diamètre, pesant 1600 kg, pour la fabrication d’un canon de 580 mm, on est amené à couler un lingot de 1 m. 50 de côté ou de diamètre, pesant 100 tonnes. C’est un lingot de ce genre qui est représenté, au moment du démoulage, sur la couverture de ce numéro. On ne peut obtenir un tel lingot qu’en réunissant dans la même lingotière verticale, les coulées de plusieurs fours Martin de 35 à 50 tonnes. Les grosses lingotières employées à cet effet sont à section carrée ou de préférence, pour la fabrication des canons, à section circulaire; leur poids dépasse souvent celui des lingots qu’elles servent à couler.
- Le lingot doit d’ailleurs se composer d’un poids de métal beaucoup plus grand que le poids qui sera en réalité utilisé dans la pièce qu’il doit servir à former. En effet, lorsque l’acier se refroidit dans une lingotière, il se produit, à la partie supérieure et vers le centre du lingot, un vide déterminé par la contraciion du métal, et qu’on appelle la retas-sure. D’autre part, pendant la solidification, les divers éléments constitutifs de l’acier ne sont pas distribués uniformément du haut en bas du lingot : certaines impuretés se concentrent à la base, et la teneur en carbone est plus élevée au sommet que
- dans le reste du lingot. Ce dernier phénomène constitue la ségrégation. La retassure et la ségrégation obligent à sacrifier la base et le sommet du lingot, pour ne conserver que la partie moyenne, la plus saine et la plus homogène. La chute de pied imposée varie de 4 à 6 pour 100 et celle de tête, ordinairement voisine de 30 pour 100, pour les lingots devant servir à la fabrication * des rails, par exemple, peut, pour satisfaire à certains cahiers des charges, atteindre jusqu’à 50 pour 100. Elle constitue la masse lotte.
- On conçoit que ces conditions augmentent sensiblement le prix du métal à canon. Elles accroissent aussi considérablement la difficulté lorsqu’il s’agit de produire un lingot suffisant pour une pièce de très fort calibre. Aussi a-t-on eu recours à divers procédés pour limiter l’importance de la retassure. On a eu l’idée notamment de réchauffer la partie supérieure du lingot pour y maintenir le métal liquide le plus longtemps possible. C’est ainsi que dans le procédé de Sir Robert Hadfield on coiffe le lingot d’un chapeau en terre réfractaire, de section intérieure moindre que celle du moule, et sur lequel on jette du charbon de bois ; celui-ci s’enflamme au contact du métal en fusion, et un jet d’air, amené au-dessus du lingot par une tubulure appropriée, entretient la combustion.
- Un autre procédé consiste à comprimer fortement le métal pendant sa solidification, de manière à produire à chaque instant une déformation compensant exactement le retrait du métal. C’est cette méthode qui est employée en particulier aux usines Schneider, du Creusot.
- Dans ce système (fig. 4), la lingotière, contenant le métal liquide, est amenée au-dessus d’un piston qui la soulève et vient présenter son ouverture supérieure devant un plongeur fixe, de diamètre correspondant, porté par le sommier supérieur de la presse. La distance entre les sommiers est de 8 m. 20 et la hauteur maximum des lingotières est de 6 m.; la course du piston mobile est de 1 m. La pression de l’eau qui agit sur le piston est
- Fig. 4. — Vue d'une presse hydraulique de 10000 tonnes pour la compression de l’acier coulé dans les lingotières.
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- variable suivant l’importance des lingots à comprimer et peut atteindre 500 kg par centimètre carré. Les lingotières sont formées de viroles en acier moulé de 1 m. de hauteur, assemblées avec de forts boulons. L’intérieur est garni dedouvesen fonte, sur lesquelles on applique un enduit de sable très réfractaire d’environ 2 cm d’épaisseur. La plus grande lingo-tière de la presse, qui permet d’obtenir un lingot de 105 tonnes, al m. 77 de diamètre intérieur, et pèse 140 tonnes. Enfin, pour éliminer encore plus sûrement tout risque de défaut dans la structure du métal, on supprime du lingot la partie centrale, le noyau, dans lequel pourraient peut-être se trouver encore quelques traces de retas-sure ou de souf-llures. Pour cela, on fore dans les gros lingots un trou de diamèLre variable suivant la masse du lingot, et qui facilitera, comme nous allons le voir, le forgeage sur mandrin.
- Forgeage et traitement thermique. — L’acier préparé comme nous venons de l’indiquer n’a pas encore les qualités nécessaires, dont nous avons énuméré ' précé-demment les principales. Pour augmenter la cohésion du métal, le rendre plus homogène encore et transformer, en l’améliorant, sa structure moléculaire primitive, il faut avoir recours au forgeage; cette opération donnera au canon la résistance suffisante pour l’empêcher d’éclater ou de se déformer sous l’inlluence des pressions énormes développées par les gaz de la poudre. Le forgeage donnera en même temps au lingot la forme approximative de la pièce que l’on veut obtenir : tube, manchon ou frette, laiorme définitive étant réalisée à l’aide de machines-outils.
- Les cahiers des charges de l’Artillerie, qui règlent la fabrication des canons dans ses grandes lignes, imposent d’ailleurs des conditions bien déterminées pour le forgeage. Celui-ci est défini principalement par ce que l’on appelle le « coefficient de corroyage »,
- c’est-à-dire le rapport de la section primitive S
- du lingot, à la section finale après forgeage s. La valeur de ce coefficient, qui est au minimum de 5 ou de 4, varie pour les différentes parties du canon.
- Exécution du forgeage. — Pour préciser la description de cette opération, nous prendrons deux exemples particuliers : le forgeage d’un tube de canon de 75 et celui d’un tube d’obusier de moyen calibre.
- Le tube d’un canon de campagne de 75 millimètres est fabriqué à partir d’un lingot de 1600 kg, ayant les dimensions indiquées sur la figure 5. Ce lingot est chauffé dans un four à la température de 1050° environ, puis porté sous un marteau-pilon ou sous une presse hydraulique spéciale pour le forgeage.
- Pour ces manutentions, on supporte le lingot à l’aide d’énormes tenailles ou pinces, suspendues au chariot d’un pont-roulant ou à la volée d’une grue ; ces pinces saisissent le lingot par la masselotte qui, comme nous l’avons vu, doit être sacrifiée, et qui constitue la queue d’amarrage.
- Lorsque le lingot a pris, par martelage ou corroyage, une section uniforme, octogonale (fig.6) ougrossièreraent cylindrique, on coupe à sa partie inférieure (côté pied) une chute d’au moins 5 pour 100 en poids, et à la partie supérieure (côté tête) une chute qui dépasse généralement 40 pour 100. Après l’enlèvement de ces chutes, l’ébauche est réchauffée à nouveau, puis façonnée au pilon ou à la presse, au moyen d’étarn pes qui lui donnent la forme et les dimensions définitives représentées sur la figure 7. Ce travail peut être exécuté à l’aide d’un marteau-pilon à vapeur de 6 t., ou d’une presse hydraulique de 800 t. Récemment, on s’est rendu compte que la première partie du forgeage, aboutissant à l’ébauche représentée sur la figure 6, pouvait sans inconvénient être remplacée par un laminage, beaucoup plus rapide et plus économique que le fargeage proprement dit; aussi, depuis quelque temps a-t-on fabriqué un assez grand nombre de canons de campagne à partir d’éléments laminés.
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- Fig. 5. — Lingot pour la fabrication d'un tube de canon de y5.
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- Fig. 6. — Lingot forgé.
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- Fig. 7. — Tube d’un canon de 75.
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- Fig. 8. — Lingot foré pour la fabrication de tubes d’obusiers de moyen calibre.
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- Pour la fabrication d’obusiers de moyen calibre, on emploie des lingots de 16 400 kg, auxquels on donne, par un forage et un tronçonnage appropriés, les dimensions de la figure 8. Un tel tronçon pèse 9800 kg et fournit six corps d’obusiers. La suite des opérations qui permettent d’ébaucher ces pièces est clairement indiquée sur les figures 9 à 15.
- L’ébauchage est exécuté en sept opérations ou chaudes successives.
- Pour préparer la première, le tronçon est placé pendant 10 heures dans le four et amené ainsi à la température d’environ 1100°. On introduit ensuite à l’intérieur de la pièce un mandrin constitué par une barre d’acier cylindrique de 0 m. 21 de diamètre, et on porte le tout sous une presse à forger de 1200 t. Sous l’action de cette presse, la pièce prend la forme représentée sur la figure 9 ; cette forme est ensuite accentuée en deux autres chaudes, précédées chacune d’un chauffage de 3 heures ; puis une quatrième chaude donne la forme représentée sur la figure 10. Les opérations suivantes continuent l’étirage du métal, qu’une septième chaude amène à la forme d’un tube régulier de 9 m. 70 de longueur.
- Ce tube est sectionné lui-même en trois tronçons, dont chacun doit servir à préparer deux tubes. L’ébauchage proprement dit de ces tubes est réalisé, pour chacun d’eux en six chaudes sur mandrin; les figures 11 à 13 montrent la forme de l’ébauche après les 2e, 3e et 5e chaudes.1 Après la 6e, le tronçon est coupé en deux parties, qui constituent chacune un tube prêt pour le finissage.
- Lorsqu’il s’agit de fabriquer des pièces de très gros calibre : de 400 millimètres ou plus, le procédé d’ébauchage est en principe le même, mais le travail est naturellement plus long et l’outillage
- pins compliqué. Ce dernier se compose alors des machines les plus puissantes qui soient utilisées en métallurgie : le marteau-pilon de 100 t., dont le premier exemplaire est le fameux marteau-pilon à vapeur du Creusot, construit en 1875, ou plus souvent la presse à forger, de 8000 à 10 000 t.
- Cette dernière machine est actuellement, en effet, de beaucoup l’outil le plus employé pour le forgeage des grosses pièces, notamment des canons. La presse à forger de 10 000 t. qui forge les tubes de nos gros canons est actionnée par de l’eau à la pression de 5u0 kg par centimètre carré, fournie par deux accumulateurs-multiplicateurs à vapeur. L’écartement des colonnes est de 5 m. 65, et la course maximum des pistons plongeurs est de 3 mètres. Ces deux dimensions déterminent la section des pièces que l’on peut forger, et on voit quelle est considérable.
- Recuit après forgeage et ébaucliage. — Le martelage ou le forgeage à la presse produisent dans le métal des tensions locales, et les chauffages et refroidissements successifs que l’ébauche a dû subir, occasionnent une cristallisation qui serait un élément de fragilité. Pour faire disparaître ces tensions et cette fragilité, il faut appliquerau tube brut déforge un premier traitement thermique : le recuit de forgeage. Ce traitement consiste à chauffer l’ébauche, puis à la laisser refroidir peu à peu. Pour cela, on place l’élément dans un four spécial, dit four à recuire, où il atteint la température de 950° environ. On le laisse refroidir brusquement, de 950° à 600°, puis lentement de 600° à la température ordinaire, dans une enceinte spéciale.
- Pour les gros éléments de canon, on doit reconstruire à chaque opération une partie du four. Les
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- Fig. 9 et io. — Coupes du lingot ébauché, après la ire et la 4e chaude. (Les hachures croisées indiquent les parties chaudes.)
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- Fig. ii à i3. — Coupes de l'ébauche pendant la fabrication du iule après la 2e, la 3e et la 5e chaude. (Les hachures croisées indiquent les parties chaudes.)
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- portes notamment doivent être démolies pour sortir la pièce, et remaçonnées pour la pièce suivante. Il en est de même d’ailleurs pour chaque chaude dans le travail du forgeage.
- Après ce recuit de forgeage, les cléments subissent, avant la trempe, un premier travail mécanique, ou dégrossissage. Cette opération comporte un tournage extérieur qui élimine les irrégularités de formes dues au martelage, puis un forage pour les éléments qui n’ont pas été forgés sur mandrin, et qui sont encore constitués par une pièce pleine, c’est-à-dire pour les canons de petit calibre seulement. Ce tournage et cette perforation amènent la pièce à quelques millimètres de ses dimensions définitives.
- Trempe et revenu. — L’acier forgé simplement recuit, quoique bien supérieur à l’acier coulé, ne possède pas encore toutes les qualités qu’on exige du métal à canons.
- Il est nécessaire de soumettre l’élément forgé à de nouveaux traitements thermiques : trempe et revenu, pour lui donner la dureté, la non-fragilité, et la limite d’élasticité qui assureront sa bonne tenue en service et sa durée.
- L’opération bien connue de la trempe, qui a été étudiée avec autorité par M. L. Guillet, dans La Nature n° 2270 (51 mars 1917) est destinée à durcir le métal, à accroître la finesse du grain et à augmenter la résistance à la rupture. Elle consiste à chauffer le métal, puis à le refroidir brusquement en le plongeant dans un liquide.
- Les éléments de canon sont chauffés à la température de 875° environ, puis plongés verticalement dans une bâche remplie d’eau à 25 degrés.
- L’immersion doit être aussi rapide que possible, et elle nécessite, lorsqu’il s’agit de tubes de canons de gros calibre et de grande longueur, une installation extrêmement puissante et compliquée. On en aura une idée par la photographie de la figure 14, qui montre la trempe d’un tube d’obusier de fort calibre aux usines Schneider, au Creusot. L’installation est presque entièrement contenue dans une fosse, dite fosse de trempe, qui contient le four vertical de réchauffage.
- La fosse proprement dite a 21 m. de profon-
- Fig. 14. — Vue du four et de la fosse de trempe des canons de gros calibre aux usines Schneider du Creusot.
- deur; elle contient un four de 25 m. de hauteur, au pied duquel se trouve la bâche ou puits de trempe, de 51 m. de profondeur à partir du fond de la fosse. La hauteur totale de l’installation est donc de 56 m. Un pont roulant de 100 t. la dessert. C’est grâce seulement à un outillage aus§i perfectionné et aussi puissant que l’on peut produire une trempe parfaite ; si le refroidissement était irrégulier, il se produirait dans la masse des tensions ou des compressions nuisant à la résistance, et qui provoqueraient des tapures.
- La trempe à l’huile, qui était très en honneur autrefois, est pour ainsi dire complètement abandonnée depuis quelques années, et le bain de trempe est le plus souvent constitué simplement par de l’eau.
- Après la trempe, proprement dite, la dureté acquise par l’acier est considérable, et telle que le métal ne pourrait être que difficilement travaillé sur les machines-outils; d’autre part, les tensions . déterminées par cette opération entraîneraient une fragilité extrême. Pour éliminer ces défauts, on fait suivre la trempe d’un recuit à basse température appelé revenu, suivi d’un refroidissement lent. La température du revenu est prise habituellement entre 500° et 675°; elle varie, ainsi que la durée du refroidissement, suivant la masse de l’élément et les caractéristiques physiques et chimiques du métal.
- Les autres parties de la pièce, et notamment l’affût, doivent être l’objet de traitements thermiques analogues. La figure 15 montre, au cours d’une de ces dernières opérations, l’affût d’un canon de moyen calibre, enfermé dans une caisse 'métallique, de forme appropriée.
- Essais mécaniques. — On aura une idée des modifications que la trempe et le revenu apportent aux caractéristiques de l’acier par les chiffres suivants :
- Avant Après trempe trempe. et revenu.
- Limite d’élasticité..................35 50
- Limite de résistance ou de rupture .60 75
- Allongement avant îupiuie .... 25 18
- Allongement de striction ..... 70 59
- Des essais mécaniques très précis sont imposés à
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- ce moment de la fabrication, et avant l’usinage proprement dit. Ils comprennent des essais de traction, de ployage, de choc, effectués sur des éprouvettes découpées en travers aux deux extrémités de chaque élément. Ces épreuves sont complétées par des essais donnant quelques renseignements particuliers : l’analyse chimique, l’examen micrographique, la mesure de la résilience, etc.
- Pour compléter l’étude de l’élaboration du métal, nous devrions maintenant examiner comment on fabrique les nombreuses espèces de métaux énumérées au début de cet article : acier doux, dur, mi-dur, aluminium, bronze, etc., et qui toutes, doivent
- posséder des qualités spéciales bien déterminées. Les tôles d’acier au manganèse de 6 mm d’épaisseur seulement qui doivent résister à la balle du
- fusil d’infanterie tirée à 150 m., et qui constituent le bouclier du canon de 75, nécessitent une fabrication spéciale, et il en est de même des tôles, extra-résistantes des flasques de l’affût. Un tel examen nous conduirait à passer en revue toute la métallurgie et nous devons y renoncer. L’ébauchage du tube que nous avons seulement étudié, fait com-prendre suffisamment la complication du travail et en montre la durée(Q. Dans une prochaine étude, nous décrirons l’usinage des canons.
- Fig. i5. — Traitement thermique de Vaffût dhin canon de moyen calibre.
- CORRESPONDANCES SECRÈTES D’AUTREFOIS
- À en croire la description parue daùs nos grands périodiques à quelques mois d’intervalle, la réception réservée aux étrangers qui ont besoin de pénétrer en Allemagne ou dans la Belgique opprimée, n’est rien moins qu’agréable.
- « On ne se fait pas une idée de ce qu’est une « visite » au sens que lui donnent les Allemands. J’étais là dans une toute petite salle de la gare d’IIerbesthal, au milieu d’un aréopage d’officiers et de sous-officiers prussiens, présidé par un capitaine. C’est cet officier qui s’assura personnellement de mon honnêteté. Il fouilla dans mes poches, examina mes papiers, palpa mes doublures, puis finalement m’ordonna de me déshabiller. Lorsque ce fut fait, il s’arma d’une éponge imbibée d’une substance spéciale, puis le plus consciencieusement du monde me frictionna vigoureusement l’épiderme. Après quoi il se recula de quelques pas et attendit. Comme rien n’apparaissait, que j’étais blanchi, comme on dit en terme du métier, je pus me rhabiller et regagner mon compartiment, où la porte se referma sur moi. »
- Ceci se passait il y a cinq mois, mais voici le rite adopté à l’heure actuelle; il semble que l’on ne puisse rien y ajouter, comme on va en juger. On ne se contente plus d’éponger les malheureux
- que leur devoir oblige à pénétrer dans les pays martyrisés par les Teutons.
- « La visite de douane et de police, dans un petit pavillon au bord de l’eau, donne lieu à maints incidents, quelques-uns comiques. On saisit livres, gravures, journaux, papiers. Seul, le passeport est laissé au voyageur. On ne tolère même pas le Bædeker en raison des descriptions détaillées qu’il contient. Mes mouchoirs ont été dépliés un à un. Quelques-uns ont paru aux cerbères teutons d’un blanc trop immaculé pour être sincère ; alors ils les ont plongés dans un bain chimique avec l’espoir de faire apparaître des encres sympathiques. Mes crayons, mon stylographe, ont été minutieusement examinés. Quelques-uns de mes compagnons ont subi un véritable conseil de révision, on a exploré jusqu’à leurs oreilles et aux parties les plus intimes, comme on le fait pour les forçats. Ils avaient été probablement signalés comme suspects par l’espionnage secret. »
- Pour éponger les malheureux obligés d’aller en Germanie, nos ennemis se rappelaient les procédés de correspondance secrète d’autrefois que nous
- 1. Les photographies et les croquis de forgeage qui illustrent cet article nous ont été obligeamment fournis par MM. Schneider et Cie.
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- allons rappeler et entre autres l’emploi du tithy- | male.
- Le suc laiteux du tithymale que les Romains appelaient herbe au lait ou laitue de chèvre et qui est une euphorbiacée servait, d’après Pline, à tracer des caractères sur le corps. Quand les caractères étaient secs, il suffisait de les saupoudrer de cendre pour les faire apparaître. Pline ajoute gravement que des amants ont préféré aux billets ce moyen de correspondre avec leurs maîtresses adultères, il ne nous décrit malheureusement pas la moindre scène de lecture.
- Il ne faut pas désespérer de voir les Barbares faire mieux encore; ils se rappelleront certainement comment Ilistiée, gouverneur de Milet, prévint son neveu Aristagoras, que le moment de soulever l’Ionie contre le joug des Perses était arrivé. Il fit raser la tête du plus fidèle de ses esclaves. Le message fut écrit sur le crâne ainsi dénudé et quand les cheveux furent repoussés, Ilistiée envoya l’esclave à Aristagoras avec ordre de dire à son neveu qu’il lui fasse raser la tête et qu’il lise ensuite le message. Celui-ci indiquait quand et comment devait commencer la révolte.
- Gageons qu’après avoir lu ces lignes, nos ennemis vont raser la tête de tous ceux que leur devoir force à pénétrer au pays de la Kultur. Nous les plaignons et nous croyons devoir les prévenir, en leur indiquant quel est le sort qui les attend, à moins toutefois qu’ils n’aient les cheveux fort longs et que nos ennemis — mais la chose est douteuse — aient la finesse de Panurge.
- D’ailleurs, il faut le reconnaître, cette surveillance si odieuse qu’elle soit, est de bonne guerre et s’il n’y avait que de tels faits à reprocher à nos ennemis, ils n’auraient pas attiré sur eux la haine et le mépris de toutes les nations civilisées.
- Le maréchal de Beausobre (*), qui a traduit les Commentaires d’Œneas le Tacticien, s’exprime à ce sujet dans les termes suivants qu’il nous paraît imprudent de modifier.
- « J’ajouterai aux préceptes d’Œneas, qu’il faut fouiller les passagers qui peuvent porter les lettres, jusqu’cà la nudité. Pendant que je couvrois le siège de Bruxelles, un soldat ennemi, arrivé comme déserteur, ayant voulu s’évader et ne l’ayant pu, fut fouillé si exactement qu’on lui trouva une lettre dans l’anus, qu’il s’étoit chargé de porter au commandant de Bruxelles. Les femmes suspectes ont plus de moyens. U n’y a point d’indécence où il y a sûreté. Ne négligez pas la doublure du chapeau, celles des oreilles de souliers, des plis de l’habit, de la ceinture de culotte. Un petit billet écrit bien menu peut se cacher dans l’oreille, les cheveux, pendans dessus. Une bande de papier peut se cacher sous le col ou dans le col de la chemise, dans une jarretière, dans le soulier; un petit billet peut aussi se cacher dans un bouton d’habit, etc.
- Il ne s’agira dans cette étude que de la manière
- 1. Commentaires d’Œneas le Tacticien, p. 156, note 11.
- de correspondre secrètement et d’envoyer des renseignements ou des messages et non d’expédier des renforts, des armes, des vivres ou des matières premières secrètement. Le cheval de Troie n’est pas d’un emploi toujours facile et actuellement les envois des armes, même cachées dans des ballots ou sous des fruits, comme l’indique Œneas, ne sont point faciles. Cependant il convient de signaler que nos ennemis ont su bien souvent tourner le blocus en se faisant envoyer sous des noms, parfois forgés, des minerais de cuivre, de nickel, de tungstène ou bien en déguisant les métaux même sous une forme presque immédiatement utilisable, en les cachant sous des débris quelconques ou en leur donnant une forme inusitée.
- Les moyens employés pour correspondre secrètement, en dehors des écritures secrètes, sont si nombreux et si variés qu’il paraît difficile d’y mettre un ordre quelconque. L’auteur qui, au xvie siècle, s’en est le plus occupé et s’est efforcé de les réunir dans une sorte de code est Porta.
- Porta, au seizième livre de la Magie naturelle, insiste tout particulièrement sur les moyens employés pour communiquer avec les assiégés, les prisonniers et, en général, avec tous ceux enfermés et maintenus au secret, comme les cardinaux pendant le conclave. Ce seizième livre semble être d’actualité pendant cette guerre qui a vu renaître des procédés et des engins à jamais oubliés, semblait-il.
- Les deux derniers chapitres sont consacrés notamment : l’avant-dernier, à l’art de parler au loin et le dernier aux signaux la nuit avec la lumière, et le jour avec la fumée.
- La plus ingénieuse de toutes les manières dont les anciens se sont servis pour leurs correspondances secrètes, d’après le maréchal de Beausobre, c’était en effet celle des pyrseutes qui n’employaient que des flambeaux. Il conseille de l’appliquer, en mettant un gros flambeau dans un clocher vis-à-vis d’une lucarne, de tenir la lucarne fermée tant qu’il n’y a pas lieu de communiquer et quand on veut communiquer d’ouvrir le volet en le remplaçant par une planche de mêmes dimensions dans laquelle se trouvent découpées des lettres. C’est encore de nos jours le moyen le plus sùr et celui qu’emploient nos ennemis avec le plus d’efficacité sans révéler leurs communications. Ils utilisent pour cela le trièdre construit par Zeiss. Le principe de cet appareil repose sur la propriété des miroirs plans disposés à angle droit. Si un rayon lumineux frappe dans un plan perpendiculaire à l’arête d’un dièdre droit, Tune des faces réfléchis-- santés, il est renvoyé dans une direction parallèle à sa direction primitive avec un léger déplacement sur le côté; si au lieu de frapper un dièdre, le rayon lumineux arrive sur la face réfléchissante d’un trièdre formé de trois dièdres droits aux arêtes perpendiculaires entre elles, alors tout rayon lumineux est renvoyé dans sa direction primitive. Au signal
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- « éclairez-moi » du commandant en chef sur terre sur mer, les chefs n’ont qu'à projeter le rayon lumineux de leurs projecteurs sur le trièdre du commandant en chef, pour recevoir, à l’insu de tous, par brèves et longues lumineuses, tous simultanément, l’ordre secret d’attaque ou de contre-attaque. Ainsi se trouve porté à sa perfection le mode de correspondance considéré, il y a deux siècles, par le maréchal de Beausobre comme le plus ingénieux de tous.
- Porta a d’ailleurs indiqué comment à l’aide de fumées blanches, rousses ou noires, il était possible de correspondre de jour. Bientôt nous verrons apparaître sur le champ de bataille des engins traçant en l’air et de jour, des sillons rouges, bleus ou violets en réponse aux Allemands qui avaient su utiliser les cheminées de certaines de nos usines ou même les fumées des incendies.
- Quand la distance est trop grande pour que la fumée ou la lumière soit visible, le meilleur moyen de garder sa correspondance secrète consiste à la faire transporter par un messager, sans qu’il s’en doute. Les souliers furent utilisés autrefois pour transporter les messages secrets et (Eneas ajoute qu’il faut pour éviter que ni la boue ni l’eau ne gâtgnt ce qui est écrit, écrire sur du plomb blanchi qui a été réduit en feuilles minces. Les lettres ne s’effacent point ainsi. Pour que le secret soit mieux gardé, ajoute-t-il, le messager involontaire ne doit rien savoir : ses souliers sont ouverts pendant son sommeil, le message est retiré, lu puis remplacé par un autre s’il y a lieu, qui revient au premier correspondant par le même moyen.
- Quand il n’était pas possible de cacher son rôle au messager, on employait les procédés les plus divers. Au concile d’Ephèse, les partisans de Nes-torius ne pouvant pas communiquer avec Constantinople confièrent à un mendiant le soin d’emporter à leur parti un message enfermé dans une plume.
- Indiquons, d’après Porta, à titre de curiosité, parce que le moyen- est difficile à employer aujourd’hui, celui dont l’emploi était, semble-t-il, fort courant au moment du conclave. Les nouvelles et les avis parvenaient aux cardinaux à l’aide d’œufs ; ils étaient inscrits le plus souvent sur la coquille même, mais parfois aussi sur l’albumine coagulée, à travers la coquille. Les encres peuvent être écrites sur la coquille et apparaître sous l’action des acides ou du feu ou encore par la projection des poudres.
- Sur l’œuf enveloppé de cire on écrit, avec un stylet, en enlevant la cire jusqu’à la coquille sans l’entamer. L’œuf est ensuite plongé dans de l’eau-forte ou dans du jus de citron pendant un temps suffisant et la cire est ensuite enlevée en chauffant légèrement jusqu’à 65°, assez pour que la cire fonde, mais pas assez pour coaguler l’albumine. Les lettres peuvent être lues par transparence en mirant l’œuf. En écrivant avec du jus de fruits ou du lait de figues sur la coquille, les lettres appa-
- raissent sous l’action du feu. Enfin, si les lettres ont été tracées avec de l’huile, de la graisse, de la gomme, en général des matières mucilagineuses sur la coquille de l’œuf, elles retiendront une poussière légère comme le pollen qui, en s’attachant sur les traits, les rendront visibles.
- Pour que l’écriture soit plus cachée encore et ne se lise qu’à l’intérieur même de l’œuf, d’autres correspondants cuisaient l’œuf de manière à coaguler l’albumine et le plongeaient ensuite dans la cire. Après avoir enlevé la cire avec un stylet, l’œuf est plongé dans une infusion de noix de galle, renfermant de l’alun, puis dans du vinaigre fort. L’albumine est marquée à travers la coquille ; mais, comme le fait remarquer Porta, il est prudent de retirer l’œuf assez tôt du vinaigre pour que toute la coquille ne soit pas dissoute. Enfin, des procédés purement chimiques, emploi d’une solution de fer, attaque par l’acide sulfurique, permettent d’écrire sur la coquille le message secret et, sous l’action de la chaleur ou par trempage dans une infusion de noix de galles, de faire apparaître le message.
- D’autres ont écrit sur une tablette de bois et l’ont ensuite enduite de cire. Le destinataire n’eut qu’à enlever la cire pour lire le message, au beu de cire on a utilisé aussi du vernis, mais la dissimulation est enfantine. En imprimant sur du bois tendre (peuplier), le message, puis en rabotant le bois on dissimule toute sa correspondance qui reparaît sous l’action de la vapeur d’eau. Il serait possible de réaliser le même mode de correspondance secrète en imprimant les lettres sur une barre de fer que l’on polirait ensuite pour effacer les signes. Un nouveau polissage enlèverait la rouille et un effort de traction ou de compression mettrait en évidence les caractères imprimés par suite de la variation de l’écrouissage. Bien mieux, et nos ennemis l’ont certainement utilisé, il suffit de reproduire le phonographe de M. Poulsen. Des rouleaux de fils de fer inoffensifs ont franchi les frontières dans les deux sens et ont permis à nos ennemis d’envoyer et" de recevoir impunément des correspondances très instructives en clair. Il nous paraît inutile d’insister sur ce point.
- (Eneas indique que l’on peut encore faire passer des lettres en les pendant aux oreilles des femmes dans de petites plaques de plomb que l’on prenait pour des boucles d’oreilles ; les crayons et les slylographes ont été beaucoup utilisés par les Allemands pour dissimuler leurs correspondances.
- D’autres moyens ont été utilisés. Des ulcères ont été recouverts de feuilles ou de linges sur lesquels étaient inscrits les messages. Trajan pendant la guerre contre les Daces reçut un avis écrit sur un champignon, d’après Plutarque. Le procédé qui consiste à écrire à l’intérieur de ses doigts semble bien peu sûr à côté de ce que nous venons de rappeler.
- Et de tous les procédés indiqués par (Eneas le Tacticien, le plus ingénieux se trouve être celui-ci.
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- « Faites sécher une vessie de la grandeur nécessaire. Après l’avoir enflée et bien liée à son col, écrivez dessus avec de l’encre, à laquelle vous aurez ajouté un peu de gomme. Lorsque les lettres seront sèches, désenflez la vessie et la faites entrer dans une bouteille.
- Après cela remplissez cette vessie d’huile, elle s’appliqueraparfaitement' à l’intérieur de la bouteille. Coupez ensuite ce qui déborde de la bouteille ; appliquez-en le col si bien à celui de la bouteille, qu’il n’en paraisse rien et il ne paraîtra y avoir que de l’huile. »
- Les autres procédés rappellent beaucoup l’emploi de la scytale laeédémo-nienne. Sur un cylindre était enroulée une bandelette ou un fil et le message écrit sur le cylindre ainsi obtenu. Pour le lire, il fallait enrouler le ruban sur un cylindre de même rayon et on arrivait à retrouver ce rayon en enroulant sur un tronc de cône à angle d’ouverture assez faible. On peut encore essayer systématiquement si les lettres écartées de 15 en 15, de 16 en 16, etc., paraissent un peu.
- D’après (Eneas la manière la plus secrète de correspondre consiste à employer les dés percés de six trous sur quatre de leurs faces. On convient de choisir l’un de ces trous comme origine que l’on appelle a Par ce trou on passe d’abord le fil, puis on l’introduit dans le trou correspondant à la première lettre du message. On repasse le fil dans ce trou et en suivant l’ordre alphabétique on repasse le fil dans le trou de la seconde lettre et de même dans le trou de la troisième et ainsi de suite. Le fil est ainsi enroulé comme le serait un peloton de fil; en le déroulant il suffit de noter les trous et les lettres pour écrire à rebours le message. Au lieu de dés, on peut prendre un bout de bois ou un bâton avec des trous inutiles au milieu pour permettre d’écrire les lettres doubles.
- L’appareil représenté par la figure 1 remplacerait avantageusement les dés percés d’Œneas, d’après Descremps.
- En fixant un ruban, une ficelle ou un fil aux deux extrémités A et z, on marque par un nœhd ou une tache d’encre le ruban en face du trait correspondant à l’une des lettres. Le nœud ou la tache est ensuite placé sur la lettre e, le ruban tendu à nouveau et la nouvelle lettre marquée de même. Tout le message est ainsi marqué. A la réception le destinataire prend une règle semblable et lit en sens inverse le message. Mais il n’y a là aucune garantie, moins encore qu’avec la scytale. Il suffit de prendre quelques écartements et celui qui se reproduit le plus fréquemment correspond à l’E. Tout l’alphabet s’en déduit.
- Bien peu sûr est aussi le moyen de correspondre, fondé sur la dissimulation des mots significatifs dans un texte quelconque. Il en est de même du procédé suivant.
- Dans son livre, Commentaires sur la défense des places, (Eneas le Grec indique l’emploi d’un livre en apparence insignifiant, dont certaines lettres ou certains mots sont pointés; il suffit de les relever pour correspondre. Nos poilus n’ont-ils pas souvent employé on tel moyen pour indiquer leurs coordonnées exactes en longitude et en latitude? Tous ces modes de correspondance qui nous rapprochent des écritures cryptographiques ne sont pas sûrs. Ces lignes de musique (fig. 2), en apparence insignifiantes pour d’autres que des musiciens, elles seront examinées attentivement par un déchiffreur, qui saura reconstruire le cadran (fig. 5), malgré les changements de clef, les dièzes, les bémols et les autres accidents, servant à illusionner les censeurs non prévenus sur la valeur du message.
- Nicolas Flamel.
- Fig. i.
- Ce s t A v e c 25 e
- u p
- Fig. 2
- Fig. 3.
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- LES DÉPÔTS DE CHARBON DU CANAL DE PANAMA
- Pendant que la terrible guerre, déchaînée par les appétits germaniques, ensanglante l’Europe, les États-Unis s’organisent pour la lutte à laquelle ils vont, eux aussi, se trouver mêlés.
- L’ouverture du canal de Panama a, en effet, considérablement intensifié la vie industrielle des États de l’Est de l’Union, car il rend plus aisés leurs échanges par mer avec ceux de la côte du Pacifique. Les céréales, les bois et autres matières premières, que les riches territoires de l’Ouest produisent en abondance, ont trouvé de nouveaux débouchés, grâce au percement de l’isthme américain. Ce « trait d’union » rapproche singulièrement New-York de l’Équateur, du Pérou et du Chili. Après la cessation des hostilités, San Francisco et autres ports californiens noueront aisément des relations avec le Brésil
- 9.750 milles; la différence des distances était donc jadis insignifiante; mais depuis l’ouverture du canal de Panama, New-York n’est plus qu’à 3.565 milles de Callao, tandis que 5.860 milles séparent encore Plymouth du principal port péruvien. En outre, la nouvelle voie maritime permettra aux Américains de reprendre la première place dans l’océan Pacifique, alors que l’activité nippone avait, au cours de ces dernières années, fait fléchir leur commerce avec la Chine.
- Aussi, afin d’attirer les nouveaux courants d’échange vers ce point et de faciliter les transports maritimes, les États-Unis dotent Santiago de Cuba et San Juan de Porto-Rico d’un matériel perfectionné, puis sur le continent ils approfondissent des bassins, montent des grues puissantes à Cal-veston, le grand port du Texas et <à Coloi, débouché
- Fig. i. Plan du dépôt de charbon de Cristobal (canal de Panama). Capacité d’emmagasinage 485ooo tonnes. A. Grues de déchargement; C. Charbon conservé sous Peau pour l’Amirauté des'États-Unis; D. Ponts roulants; E. Chantier d’emmagasinage du charbon; F. Quais de
- rechargement.
- et l’Argentine. Les négociants yankees pourront diriger vers les centres Sud-Amérique, dans des conditions très avantageuses, du fer ou des machines, du pétrole et surtout du charbon, qui se paye hors de prix actuellement à Yalparaiso.
- De leur côté, les agriculteurs du Texas se procureront, en échange, à très bon compte les guanos péruviens et les nitrates chiliens dont ils ont tant besoin pour fertiliser leurs régions désertiques.
- Avant la guerre, l’Europe a joui d’une influence commerciale prépondérante dans les républiques de l’Amérique du Sud, mais le canal de Panama modifiera petit à petit la situation. Les minerais de cuivre ou d’argent et les produits forestiers de l’Amérique méridionale iront sans doule dans les ports des États-Unis au lieu de venir s’échanger en Europe contre des vêtements, des articles de Paris, des liqueurs, des outils et autres produits manufacturés de l’ancien monde. Il y a, en effet, de New-York à Callao 9.613 milles par le détroit de Magellan et de Plymouth (Angleterre) à Callao
- du canal sur l’Atlantique; ils ont terminé en 1915, la voie ferrée établie au-dessus de la mer, sur près de 100 milles, afin de réunir à l’extrémité de la Floride la petite île de Ivey-West, et de raccourcir ainsi la route vers Panama. Enfin, ils viennent d’achever les installations de deux dépôts de charbon capables d’emmagasiner 700000 tonnes, pour les besoins commerciaux des navires étrangers ou américains, et, le cas échéant, pour leur propre flotte de guerre.
- La plus importante de ces stations, dont la capacité d’emmagasinage atteint 485 000 t., se trouve à Cristobal sur la côte de l’Atlantique tandis que l'autre, sise à Balboa sur le Pacifique, ne peut en contenir que 215 000 t. D’ailleurs, l’Amirauté américaine, voulant se réserver un certain stock pour les ravitaillements, militaires en conserve, sous l’eau, 100000 t. au premier endroit et 50 000 t. au second, diminuant d’autant les approvisionnements disponibles pour la marine marchande.
- Décrivons d’abord les installations de Cristobal qui fonctionnent depuis plusieurs mois. Elles com-
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- LES DÉPÔTS DE CHARBON DU CANAL DE PANAMA-- 301
- portent un terrain d’emmagasinage bordé par trois wharfs établis sur pilotis. Le plus long de ces quais sert pour les déchargements; l’autre, sis en face du précédent, pour les rechargements et celui qui les relie du côté de la mer, forme la jetée extrême
- 32 roues qui se déplacent le long des voies parallèles, sur les wharfs. Sur la travée supérieure de chacun de ces ponts, fonctionnent des grues à portique pouvant se mouvoir longitudinalement. De la sorte, les bennes sont capables d’aller prendre le
- Fig. 2. - Vue des dépôts de charbon du canal de Panama à Cristobal.
- de l’ouvrage. On a dragué tout autour de façon à avoir une profondeur d’eau de 13 m., sur une longueur de wharfs utilisable de 762 m. environ. Le niveau ne s’abaissant guère de plus de 30 cm, par les plus fortes marées, les bateaux peuvent accoster
- charbon en n’importe quel point du dépôt. En outre, sur le quai de déchargement, 4 grues mobiles indépendantes munies de 16 roues, circulent sur deux paires de rails à fleur de sol et sur le quai opposé, se voiént 4 autres tours de rechargement.
- Fig. 3. — Les apponlements charbonniers du canal à Balboa.
- à n’importe quelle heure. Le plancher de tous ces quais, construit en ciment armé, se trouve uniformément élevé de 3 m. environ au-dessus du niveau moyen de l’Océan.
- Deux ponts-roulants desservent le chantier de gerbage du charbon sur toute la longueur; leur solide charpente d’acier repose, de chaque côté, sur
- Enfin, une double voie de service règne sur un viaduc d’acier, élevé d’environ 9 m. 25 au-dessus des quais et fait le tour complet de la station afin de faciliter la manutention des charbons.
- Les grues de déchargement marchent à la vapeur; mais l’électricité, amenée par câble sous-marin de la station centrale de Cristobal, sous la
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- tension de 2300 volts, actionne le reste des installations. Une sous-station abaisse le courant à 440 volts pour les engins de levage ou de traction et à 110 volts pour l’éclairage. La voie de service est reliée aux lignes du chemin de fer de Panama afin que le charbon puisse arriver par rail jusqu’au chantier.
- Ces grues ont une capacité de 250 t. à l’heure; chacune d’elles peut puiser le charbon dans le bateau et dans les wagons ou l’amener du chantier d’emmagasinage dans un navire. Grâce à des voies de croisement et à des aiguillages, les wagons viennent à un point quelconque du dépôt; contenant chacun 10 t., ils marchent à la vitesse d’environ 1 m. par seconde et un seul manœuvre suffit pour les mettre en route ou les arrêter.
- Les tours de rechargement sont équipées avec des bennes de 5 t. et peuvent manutentionner chacune 500 t. à l’heure. Des trémies, le charbon repris par des courroies sans fin, prolongées par des goulottes télescopiques articulées, tombe dans les soutes des navires ou bien un système de con-’ voyeurs inclinés le déverse dans des wagons. Des balances semi-automatiques, établies en plusieurs poinls du chemin de fer aérien, pèsent le charbon en cours de route, avant son emmagasinage ou son transbordement, qui peuvent s’opérer de jour comme de nuit.
- Aussi toutes les installations remarquablement agencées de Cristobal permettent le charbonnage simultané de plusieurs navires à raison de 1200 t. chacun par heure.
- Quant au dépôt de Balboa moins important que le précédent, les conditions locales ont imposé des modifications de détail à ses quais et à ses appareils de levage, mais leur fonctionnement est à peu près identique.
- La longueur totale des wharfs y atteint seulement 488 m. utiles; on n’y voit, d’autre part,
- que 2 ponts-roulants, 2 tours de rechargement et l’emmagasinage du charbon s’y opère au moyen de 4 grues du type cantilever. Ce dernier dépôt rendra dans l’avenir des services à notre flotte marchande car nous possédons dans le Pacifique l’île de Tahiti, qui peut devenir, vu sa situation géographique, un lieu d’escale très fréquenté par les paquebots à destination de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande. En conséquence, le rapport de la commission technique envoyée en 1912 en Océanie et aux Antilles par le Gouvernement français proposa l’amélioration du port de Papeete. D’abord, selon ce document, il faudrait éclairer les approches de Tahiti en construisant quatre phares, puis faciliter l’entrée de la rade de Papeete, — les dimensions de sa passe étant insuffisantes, — approfondir ses bassins, modifier ses quais et les pourvoir d’engins de levage modernes afin de permettre l’accostage, le chargement et le déchargement des plus grands paquebots. Quelque temps avant la guerre, on avait commencé les premiers travaux de mise en état de nos colonies polynésiennes; on les estimait alors à une dizaine de millions et ils développeront considérablement les ressources locales (café, vanille, coton, etc.}. L’administration française se propose également d’établir prochainement un dépôt de charbon à Papeete, destiné à devenir, une fois la paix signée, un point de transit important. Le déroutement des navires passant par Tahiti et se dirigeant vers l’Australie sera, en effet, peu considérable : 200 milles environ pour Sydney et 250 milles pour Auckland. En outre, ce léger désavantage sera compensé par une navigation plus aisée.
- Les bateaux auront donc intérêt à remplacer par du fret une partie du charbon qu’ils devraient embarquer pour effectuer sans arrêt le long parcours de Panama à l’Australasie.
- Jacques Dover.
- AMORTISSEURS DE CHOCS
- pour prévenir les accidents dé chemins de fer.
- Par suite de l’accroissement constant de la vitesse des locomotives, du poids et du nombre des convois, les ingénieurs des chemins de fer doivent imaginer sans cesse de nouvelles méthodes d’exploitation et solutionner de difficiles problèmes techniques afin d’assurer la sécurité des voyageurs. Les statistiques prouvent qu'ils n’ont pas failli à cette tâche ingrate. Au temps des messageries royales, nationales ou impériales, on enregistrait, en effet, 299 morts et 3369 blessés pour 100 millions de personnes transportées en France, mais depuis que le rail sillonne notre territoire, on compte seulement 19 individus tués et 175 plus ou moins mutilés par 100 millions de voyageurs circulant sur nos voies ferrées. Nous avons donc aujourd’hui
- 16 fois moins de chances de mort et 20 fois moins de chances de blessures quand nous prenons un train, que nos pères lorsqu’ils montaient dans une diligence !
- Cependant la fatalité veut que, de temps en temps, une catastrophe arrive, semant l’épouvante dans le public, qui en rend responsable la direction du réseau. <
- En dépit de la solidité des rails et des roues, malgré l’ingéniosité des dispositifs d’enclenchement et des systèmes d’aiguillages, quoiqu’on surveille constamment les essieux et les roues, des déraillements et, — ce qui est généralement plus grave, — des collisions se produisent quelquefois par suite d’un concours de circonstances rnalheu-
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- reuses. Par exemple, deux rapides se prennent en écharpe au voisinage d’une aiguille ou un convoi en marche tamponne une rame arrêtée dans une gare ou bien deux trains allant soit dans le même sens, soit dans des directions opposées, se rencontrent.
- .Aussi les inventeurs ont préconisé de nombreux moyens pour rendre moins terribles les collisions de chemins de fer. Mais jusqu’ici le palliatif le plus pratique consiste à construire des wagons dçnt les caisses peuvent supporter : des chocs considérables sans se rompre. Les compagnies françaises et étrangères entrent résolument dans cette voie depuis plusieurs années et n’établissent guère maintenant de voitures à voyageurs sans ossature métallique. On diminue, de la sorte, les dangers du télescopage. Toutefois lorsqu’un express se jette sur un train, à une vitesse de 100 km à l’heure, la force vive détruite atteint un chiffre formidable et les véhicules tamponnés rentrent l’un dans l’autre, pulvérisant parois et voyageurs.
- En 1913, un technicien américain, s’inspirant du vieil adage latin Similia similibus curantur,
- proposa d’utiliser le télescopage d’une ou de plusieurs voitures interposées dans un convoi pour absorber instantanément la force vive de la collision.
- 11 met donc, entre le tender et le fourgon de tête un véhicule métallique, agencé de manière que les deux parties, formant sa caisse, coulissent l’une dans l’autre. En outre, des pistons à joints serrés peuvent se mouvoir à l’intérieur de 5 cylindres horizontaux s’appuyant sur la paroi de tête de la caisse à gauche, tandis que les tiges des pistons se trouvent solidement rivées sur la partie de droite. Au moment de la collision, le télescopage des deux
- moitiés de la caisse se produit automatiquement pendant que les pistons refoulent dans les cylindres une solution incongelable d’eau et de glycérine dont l’écoulement s’opère lentement à travers des trous de petite section. Un wagojq, semblable en tous points au précédent, s’altèle à l’arrière du convoi, derrière le fourgon de quepe et joue un rôle identique en cas d’accident. Cependant ce remède mécano-homéopathique, bien qu’intéres-
- sant, exige des surcroîts de dépense et de traction, qui empêchèrent son adoption.
- Actuellement plusieurs compagnies anglaises expérimentent des organes destinés à prévenir les accidents et susceptibles d’être fixés sur les véhicules eux-mêmes.
- Mais, avant de décrire ces amortisseurs, rappelons que deux systèmes d’attelage se disputent la faveur des spécialistes.
- D'ordinaire, on munit chaque extrémité des wagons et des voitures circulant sur les voies ferrées soit de deux tampons de choc dont les disques concaves ou convexes s’appuient par l’intermédiaire de leurs tiges sur un ressort transversal disposé horizontalement sous le châssis, soit d’un tampon central terminé par des arcs de cercles métalliques ayant leur concavité tournée vers le véhicule. Le premier dispositif est défectueux pour l’inscription en courbe des essieux, car, vu la faible course de chaque tige, les boisseaux des tampons, dans lesquels elles se meuvent, arrivent vite au contact lorsque deux voitures voisines se trouvent pressées.
- Dans le second mode d’attelage, au contraire, il suffit de donner aux ressorts et aux tiges des tampons centraux une grande rigidité et une course allongée pour faciliter le passage des longs
- Fig. 2 — L’appareil de sécurité après une collision. C. Boulons de retenue du tampon ordinaire. D. Boulons de retenue brisés du tampon amortisseur. E. Dents des caissons amortisseurs en prise après choc.
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- véhicules dans les courbes.
- Lés amortisseurs de chocs, récemment inventés en Angleterre, ont pour but de combiner les avantages des deux systèmes précédents. Ce sont des tampons latéraux très robustes et à ^longue course; leurs disques, se touchent quand les voitures se trouvent dans un train, séparées l’une de l’autre par la distance normale d’un mètre environ. Comme des passerelles métalliques, abritées à 'intérieur de soufflets en cuir,
- Fig. 3. — Vue des wagons munis de l’appareil de sécurité.
- métalliques est formé de 2 séries d’ondulations très accentuées dont l une s’appuie sur le panneau d’une voiture. Extérieurement une dent de l’un cor-respond à un creux de l’appareil similaire, installé sur le véhicule voisin.
- Quand le convoi marche d’une façon normale, les amortisseurs ondulés ne se touchent pas, mais dès qu’un choc se produit, les panneaux de tête des voitures se rapprochent, en même temps que la course de
- permettent l’intercommuni-cation, on n’utilise en service normal, qu’une partie de la course de ces tampons, mais en cas de collision, la tige d’un boulon, de résistance calculée, se brise sous le choc.
- Alors immédiatement une importante portion de course desdits amortisseurs fonctionne automatiquement. L’entrée en jeu de cette « course de réserve » permet à des rondelles Belleville ou piles de ressorts d’acier, de s’aplatir et d’absorber la force vive rendue disponible.
- On intercale, en outre, de chaque côté des panneaux de têle des véhicules, des caissons creux en tôle d’acier ondulée qui complètent l’action des tampons latéraux à course de réserve et des boulons de rupture. Chacun de ces accordéons
- Fig. 4. — Vue des dents des tampons amortisseurs.
- réserve des tampons joue automatiquement.
- Les quatre amortisseurs entrent en action deux à deux, les dents de l’un s’insèrent dans les creux correspondants de celui qui lui fait vis-à-vis.
- Cette pénétration absorbe déjà une partie de la force vive. Mais l’aplatissement des rondelles Belleville et l’écrasement des parois en tôle ondulée contribuent surtout à combattre les effets destructeurs du télescopage.
- Palliatifs naturellement incomplets pour les très graves accidents de chemins de fer, ces amortisseurs combattront efficacement les chocs anormaux, qui se produisent assez fréquemment sur les lignes ferrées, et causent des avaries plus ou moins sérieuses au matériel.
- J. De la Cerisaie.
- Le Gérant : P. Masson.
- Imp. Lahdre, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- LA NATURE.
- N° 2277.
- 19 MAI 1917
- L'ÉLECTRIFICATION DES LIGNES DE BANLIEUE
- des chemins de fer de l’État.
- Comme beaucoup d’autres entreprises, l’électrification des lignes de banlieue des chemins de fer de l’Etata subi du fait delà guerre d’importants retards; malgré cela, les travaux se poursuivent suivant le programme qui a été exposé ici même (Voy. La Nature, n° 2100 du 25 août 1915), et peu à peu on a pu voir surgir les usines génératrices du courant électrique ainsi que les sous-stations de transformation.
- Ainsi que nos lecteurs le savent, l’énergie électrique nécessaire doit être produite sous forme de courants triphasés à la tension de 15 000 volts et à la fréquence 25 par deux usines : l’une, l’usine Nord, située à Bezons, l’autre, l’usine Sud, située aux Mou-
- courants triphasés mais à la tension de 5000 volts seulement, c’est la sous-station d’éclairage et de force motrice. On a dû admettre la tension de 5000 volts pour pouvoir utiliser le matériel électrique de l’ancienne sous-station pour le fonctionnement duquel cette tension avait été adoptée.
- Le courant arrivant sous ces deux tensions aboutit à un poste de sectionnement qui permet de l’envoyer soit vers les sous-stations voisines, soit de l’utiliser dans la sous-station même ; des groupes de transformateurs dits de « déversement » permettent de passer aisément d’une tension à l’autre. La fréquence des courants étant la même pour
- Fig. i. — Vue de la sous-station Cardinel.
- lineaux, ces deux usines alimenteront des sous-gares chargées de convertir les courants triphasés à haute tension en courant continu. Or tandis que les usines génératrices ne sont pas complètement terminées, on vient d’achever une des plus importantes sous-stations de transformation, celle du pont Cardinet que nous nous proposons de décrire.
- Sous-station Cardinet. — Etablie près de la station des Batignolles, cette sous-station correspond à la partie des voies où la circulation des trains présente le maximum d’intensité ; elle remplace en outre l’ancienne sous-station d’éclairage et de force motrice qui alimentait les gares voisines de Leval-lois et des Batignolles : elle présente donc à ce double point de vue des particularités intéressantes.
- La sous-station du Pont-Cardinet a été divisée en deux parties : l’une est prévue pour recevoir l’énergie sous forme de courants triphasés à la fréquence 25 et à la tension de 15000 volts, c’est la sous-station de traction ; l’autre utilise les mêmes
- l’ensemble, cette façon de procéder permet, en cas d’accident à une ligne, de se servir d’une autre très facilement puisque par le jeu des transformateurs on obtient les tensions que l’on désire.
- Des sectionneurs, limiteurs de tension, para-foudres, etc., sont disposés sur l’arrivée des lignes à haute tension qui suivent dès leur entrée dans la sous-station des cellules ou gaines en brique ou en ciment armé, ainsi que le veut la technique actuelle.
- Avant les transformateurs, des interrupteurs à huile permettent de couper sans trop d'inconvénients les courants à haute tension. Afin d’éviter l’inflammation de l’huile (accident qui a déjà occasionné des incendies graves), sous les bacs des interrupteurs, tous cellulés, on a disposé des châssis grillagés disposés en quinconce, dans lesquels passe l’huile qui est ensuite dirigée vers l’extérieur pour y être refroidie. En cas d’explosion d’un bac, l’huile est ainsi rapidement évacuée et refroidie.
- Sous-station de traction. — Cette partie de la
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- 45e Année. — 1er Semestre.
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- 306 ::.......L’ELECTRIFICATION DE
- sous-station a pour but de transformer les courants triphasés à haute tension fournis par le poste de sectionnement en courant continu à 650 volts pour l’alimentation des voies électriques.
- On commence par abaisser la tension des courants alternatifs à une valeur suffisante et c’est avec ces courants à basse tension que l’on alimente les commutatrices chargées de convertir ces courants en courant continu.
- Il y a actuellement quatre commutatrices de 1500 kilowatts installées, avec leurs appareils accessoires; on dispose donc d’une puissance de 6000 kw, qui pourra être portée plus tard à
- Fig. 2. — Accouplement automatique
- 9000 kw par l’addition de deux machines , supplémentaires dont les emplacements ont été réservés.
- En plus de ces machines, deux ventilateurs puissants ont été prévus, absorbant chacun une puissance de 40 chevaux; ces ventilateurs sont actionnés par des moteurs triphasés asynchrones; ils ont pour but d’évacuer l’air chaud autour des transformateurs et de maintenir une température raisonnable autour de ces derniers.
- Il est intéressant d’ouvrir ici une parenthèse sur ce sujet. On peut se demander pourquoi il est besoin de ventilateurs si énergiques absorbant à eux seuls une puissance de 80 chevaux ; la réponse est simple, la quantité de chaleur à évacuer est loin d 'être négligeable, qu’on en juge plutôt.
- Nous avons dit que la sous-station a une puissance de 6000 kilowatts qui pourra plus tard être
- LIGNES DE BANLIEUE ..
- portée à 9000 kilowatts ; or, cette puissance est fournie sous forme de courants triphasés à haute tension ; ces courants triphasés ont leur tension abaissée par des transformateurs dans lesquels se produisent nécessairement des pertes, puis le courant triphasé à basse tension sortant des transformateurs est repris par des commutatrices qui en font du courant continu. Ces commutatrices, tout comme les transformateurs, ont un excellent rendement, mais qui n’est pas de 100 pour 100. Evaluons à 95 pour 100 le rendement de l’ensemble des deux appareils, transformateur et commuta-trice ; ce chiffre est encore au-dessus de la vérité
- nouvelles voitures système Boirault.
- puisqu’il suppose 97 pour 100 pour chaque machine, ce qui est une valeur rarement atteinte. Nous en conclurons que 5 pour 100 de la puissance totale sont dissipés en pure perte dans la sous-station sous forme de chaleur. Or, 5 pour 100 de 6000 kilowatts sont représentés par 300 kilowatts, et par 450 kilowatts s’il s’agit de la puissance définitive de 9000 kilowatts.
- On comprend très bien, dès lors, que les 300 ou 450 kilowatts ainsi rayonnés par les machines sous forme de chaleur fassent le meme effet que s’ils émanaient de radiateurs absorbant 300 à 450 ampères sous 100 volts. Et nous avons supposé des machines à excellent rendement! Que serait-ce s’il était mauvais?
- Les commutatrices sont à douze pôles du type hexaphasé, c’est-à-dire à six bagues reliées deux par
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- deux aux secondaires de trois transformateurs monophasés dont les primaires à 15 000 volts sont montés en étoile. Ces machines présentent une particularité curieuse : elles démarrent sur le courant triphasé et s’accrochent automatiquement.
- Jusqu’ici, en effet, dans les sous-stalions de ce genre comme celles qui alimentent le Métropolitain et le Nord-Sud, on se contentait de démarrer la machine par son côté continu en la faisant tourner en moteur et on l’accrochait ensuite comme un alternateur. A la sous-station du Pont Cardineton a monté en bout d’arbre de chaque commutatrice un moteur-série à collecteur traversé par le courant alternatif qui se rend aux bagues.
- La machine étant au repos on ferme le circuit du courant alternatif, ce dernier traverse la commutatrice par les bagues ainsi que le moteur-série qui développe un couple suffisant pour entraîner l’induit de la commutatrice; la vitesse croît et la machine s’excite du côté continu comme une dynamo.
- D’autre part les courants synchronisants qui circulent par les bagues provoquent l’accrochage automatique au passage au synchronisme; à ce moment on met en court-circuit le moteur-série et la marche normale est obtenue.
- Ce démarrage n’absorbant qu’un faible courant (50 pour 100 du courant de pleine charge) il n’y
- courants triphasés à 5000 volts en courant continu, 500 volts en deux ponts de 250 volts chacun.
- Deux groupes convertisseurs de 600 kw ont été installés, la place d’un troisième a été réservée, ces deux groupes sont formés chacun par un moteur
- Fig. 4. — Coupe du rail conducteur montrant le système de protection.
- a pas de renversement de polarité à craindre et pas d’étincelles aux balais, ce qui constitue un avantage marqué sur les procédés employés jusqu’ici.
- Sous-station d’éclairage et de force motrice. — Ainsi que nous l’avons dit, cette sous-station utilise l’ancien matériel établi en vue de transformer les
- Fig. 3. — Le patin de prise de courant des automotrices.
- asynchrone triphasé 5000 volts p : s. accouplé à une dynamo de 600 kw à 500 volts. Les moteurs asynchrones de ces groupes sont à cage d’écureuil, ce fait paraît étonnant eu égard à leur puissance qui exigerait pour le démarrage l’emploi de rotors bobinés, mais ici on a cherché à avoir des machines particulièrement ro-bustt s quitte à les démarrer du côté continu. L’expérience a montré que ce choix était parfaitement justifié, ces machines se sont admirablement comportées et n’ont donné lieu à aucune observation.
- Deux égalisatrices formées chacune de deux dynamos de 100 kw sous 250 volts accouplées ensemble servent à assurer l’équilibrage des deux ponts de la distribution à trois fils qui alimente les gares voisines. En outre deux batteries d’accumulateurs installées dans une salle spéciale au-dessus de la salle des machines complètent la sous-station.
- Matériel roulant. — Elégant et
- O
- confortable, le matériel roulant prévu pour desservir la banlieue de l’État sera semblable à celui que nos lecteurs peuvent voir circuler sur la ligne des Invalides à Meudon Val-Fleury et à Versailles.
- Chaque voiture motrice contient deux postes de manœuvre, un à chaque extrémité de la caisse, ce qui la diffère des motrices du Métropolitain en lui permettant de circuler isolément dans un sens ou
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- dans l’autre aux heures où l’affluence est faible. Les voitures motrices du dernier modèle sont montées sur boggies à trois essieux ; les deux essieux extrêmes de chaque boggie portent chacun un moteur de 160 chevaux, en sorte que la voiture dispose d’une puissance de 640 chevaux, soit environ 9 chevaux par tonne de poids puisqu’en charge elle pèse 80 tonnes.
- L’accouplement des voitures entre elles se fait par le système Boirault qui évite les accidents malheureusement toujours fréquents lorsqu’un homme doit s’introduire entre les tampons. La figure 2 donne une vue d’ensemble de l’accouplement qui réalise aussi bien la liaison mécanique
- des voitures que celle des conduites d’air comprimé et des câbles électriques.
- La prise de courant sur le rail latéral, visible figure 3, est un peu différente de celle employée sur le Métropolitain ou le Nord-Sud ; ce système, qui a fait ses preuves sur la ligne des Invalides, se prête assez bien aux grandes vitesses.
- Le rail latéral ou troisième rail a, lui aussi, une forme quelque peu différente de celle des rails classiques des autres lignes électriques, le contact peut être pris en dessus ou en dessous : ce dernier cas est avantageux lorsque le verglas ou la neige recouvrant le rail empêchent tout contact direct du patin de prise de courant.
- Il est assez curieux de faire observer ici que le rail en fer ou en acier ne serait pas à conseiller comme conducteur de prise de courant s’il s’agissait de trains électriques marchant à de très grandes vitesses. Avec ces derniers, en effet, le cou-
- rant ne suivrait pas le train ! C’est peut-être une façon imagée de parler et cependant elle a quelque apparence de réalité. Comment peut-il se faire, en effet, que le courant électrique auquel on attribue la vitesse considérable de 500 000 km par seconde ne se traîne que péniblement derrière un train rapide? En réalité, le courant se propage toujours avec la vitesse énorme de 500 000 km qui est aussi celle de la lumière, mais il éprouve une certaine résistance pour s’engager dans le rail en fer.
- En effet, en circulant dans ce conducteur, il développe un champ magnétique qui a pour effet de retarder l’établissement du régime à cause du phénomène bien connu de la self-induction. II en résulte que le rail offre une résistance apparente plus grande que celle que l’on trouve en régime continu, résistance qui se traduit par une chute de tension non négligeable lorsque le frot-teur circulant à grande vitesse insère des longueurs de rail de plus en plus considérables entre le train et l’usine génératrice.
- Des ingénieurs ont calculé j1) cet accroissement apparent de la résistance et ils ont trouvé qu’à la vitesse de 60 km à l’heure, laquelle cependant n’a rien d’exagéré, la résistance d’une section de rail atteint trois fois la résistance réelle. On comprend facilement que, pour peu que la vitesse augmente, la perte cesse d’être négligeable et fasse préférer un conducteur en cuivre au conducteur en fer ainsi que nous le disions plus haut.
- Une des conséquences et non des moindres de l’électrification sera de permettre de distribuer dans toutes les gares de la banlieue l’énergie sous toutes ses formes : éclairage, force motrice et peut-être même chauffage, cela dans des conditions des plus économiques. Tel est en quelques mots l’état de la question de l'électrification des lignes de l’État; espérons que ce mode de traction s’étendra à d’autres réseaux lorsque l’on aura enfin compris l’intérêt qu’il y a à utiliser une de nos plus incomparables richesses naturelles, la houille blanche.
- À. Soulier.
- i. Bulletin de la Société' Internationale des Electriciens, de décembre 1911, p. 554.
- Fig.15. — Vue intérieure d’une cabine d’aiguilleur. Toutes les commandes sont faites électriquement et au fond de la cabine sont répétées par des lampes placées sur un graphique de la voie.
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- LE LAIT ÉCRÉMÉ
- Les journaux, ces temps derniers, nous ont parlé de la possibilité de l’établissement d’une carte de lait. C’est admettre implicitement que l’apport de cet aliment est déficitaire dans les villes. Le Ministre du Ravitaillement a dû, il y a quelques jours, reconnaître à la tribune du Parlement que le chiffre des entrées de lait à Paris, pour le mois de mars a passé de 27 millions de litres en 1914, à 21 en 1915,18,5 en 1916 et 15 seulement en 1917.
- Pour Paris, c’est près de 400 000 litres qui manquent journellement sur le million consommé en temps normal, soit 40 pour 100. Dans certaines grandes villes de province, ce taux s’élève jusqu’à 50 pour 100.
- S’il existe une crise du lait, il faut en chercher la cause, moins peut-être dans une diminution de la production qui résulterait alors d’un amoindrissement du cheptel frappé par la guerre, que dans un déplacement de la destination du lait à sa sortie de l’étable. Le prix très rémunérateur des fromages et des beurres a détourné des villes sur lesquelles elle était dirigée jusque-là, une partie importante du lait.
- Ce ne sont ni les taxations, ni les réquisitions, qui vont généralement à l’encontre du but qu’elles visent, qui changeront quelque chose à la situation.
- La venue du printemps et le relèvement de la température permettent d’en envisager la relative amélioration par une augmentation de la production du lait.
- Bien qu’il nous paraisse difficile qu’on puisse atteindre aux chiffres d’avant-guerre, nous pensons toutefois que ce n’est pas le moment présent qui doit retenir noire attention. Notre devoir est de fixer les yeux sur l’avenir, plus ou moins proche, et de rechercher (dans l'hypothèse où nous devrions être en guerre l’année prochaine encore), comment il nous serait possible de faire face aux circonstances engendrées par la raréfaction du lait qui se fera senlir l’hiver prochain avec plus de force que jamais.
- Le lait est un aliment précieux, irremplaçable. Sa composition est tout à fait spéciale, l’harmonie de sa constitution physique et chimique si remarquable qu’elle resle inimilable; aussi n’est-il pas possible de réaliser un mélange nutritif qui puisse égaler le lait.
- Quelle que soit l’intensité de la crise qui, en mauvaise saison, pourra sévir sur la production du
- lait, l’état de notre cheplel nous permet de dire que l’enfant et le malade auront toujours suffisamment de lait à leur disposition. Mais l’emploi du lait a pris un tel développement aujourd’hui, que de nombreux esprits ne manqueront pas de se demander comment ils pourront satisfaire leur goût pour cet aliment si utile. Ce sera le moment pour eux de songer à faire usage du lait écrémé.
- Fig. i. — Une écrémeuse automatique.
- (Cliché Gaulin.)
- L industrie de la laiterie fabrique des machines appelées écremeuses qui sont basées sur le principe de la centrifugation (fig. 1 ). Le lait qui les traverse est séparé en deux parties : la crème * et le lait écrémé.
- C’est de la crème qu’on retirera le beurre par barattage, au bout de quelques heures, lorsqu’elle aura « mûri », c’est-à-dire lorsqu’elle aura été le siège de fermentations lactiques qui feront apparaître, dans le beurre à en extraire, l’arome particulier, le (( goût de noisette » auquel tiennent les amateurs.
- Le lait écrémé, tel qu’il sort de l’écrémeuse, ne contient guère que 0 gr. 50 à 1 gr. 50 de crème par litre selon que la machine est plus ou moins bien réglée. C’est à ce liquide qu’il faut vraiment réserver le nom de lait écrémé. On a souvent parlé, en effet, de lait totalement écrémé et de lait écrémé à 15 gr. de matière grasse par litre. Reconnaître comme type courant et adopté un lait ayant 15 gr. par litre est une faute, parce qu’on tend par cela même à admettre qu’un tel lait, du fait qu’il contient encore de la matière grasse, est susceptible de soutenir la comparaison avec le lait entier. Rn face du lait entier, du lait complet, du lait intégral, qui contient toute la matière grasse originelle, il ne doit exister qu’un seul lait écrémé, celui qui a pour ainsi dire perdu toute sa matière grasse.
- . C’est un préjugé très répandu, que toute ou presque toute la valeur du lait réside dans la matière grasse, et on a été ainsi amené à condamner d’excellents laits sous le fallacieux prétexte que le chiffre de matière grasse par litre était au-dessous d’une moyenne, d’ailleurs arbitrairement fixée. Ce fut là une décision regrettable et qui contribua fortement à fausser le jugement du plus grand nombre. Dans le public, et malheureusement aussi dans le milieu médical, le lait apparaît trop comme une émulsion de. graisse d’autant meilleure
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- qu’elle est plus grasse; c’est une notion aussi fausse que celle qui conduirait à classer les vins d’après leur richesse alcoolique.
- La matière grasse n’est pas tout dans le lait. Cet aliment contient d’autres principes nutritifs également indispensables : 1° des matières albuminoïdes dont la principale est la caséine, substance très digestible, qui se présente sur nos tables, l’été, sous la forme de fromage blanc; véritable bifteck blanc, ne contenant pas, comme le meilleur bifteck de viande, des débris conjonctifs et tendineux mal attaqués par les sucs digestifs; 2° un sucre, la lactose, ou sucre de lait, utilisé complètement par l’organisme au même titre que le sucre ordinaire, la saccharose ;
- 5° des matières minérales riches en acidcpbosphorique.
- La figure 2 place à côté l’un de l’autre un litre de lait entier et un litre de lait écrémé ; la figure 3 nous donne le détail de l’analyse de l’extrai t sec de chacun de ces laits.
- Si nous traduisons la composition de ces extraits en calories utilisables par l’économie, nous voyons que le nombre de ces calories est de 680 pour un litre de lait entier et de 373 pour un litre de lait écrémé. Mais cette comparaison globale est insuffisante; il faut tenir compte de la qualité chimique de ces laits, ce qui revient à rechercher dans quels principes l’économie va puiser les calories dont elle a besoin. C’est que, en effet, on ne peut pas toujours remplacer indifféremment une calorie en provenance de la matière azotée par une calorie fournie par un sucre ou de la matière grasse. L’alimentation courante a tout autant besoin de matières azotées, de sucres et de matières salines que de graisse; celle-ci est, il est vrai, absente du lait écrémé, mais rassurons-nous, l’adulte saura trouver ailleurs celle que sa nutrition exige. Pourquoi alors ferait-il fi du lait écrémé sous le prétexte que celui-ci est un aliment dégraissé? Pourquoi n’irait-il pas y chercher des principes qui y sont abondamment contenus et à très bon marché, comme nous le verrons : matières albuminoïdes, sucrées et minérales?
- La question du lait écrémé revient à l’ordre du jour.
- Deux tendances contraires se manifestent au-
- jourd’hui en ce qui concerne le lait écrémé.
- Les uns, au nom de l’hygiène, veulent formellement en condamner l’emploi à l’état liquide dans la consommation courante; les autres, reconnaissant au lait écrémé une grande richesse nutritive, désirent au contraire mettre à la disposition de l’adulte un aliment qui reste agréable et bon marché.
- Pour les uns et les autres, nous croyons qu’il est possible de trouver un terrain d’entente, car le discrédit que certains jettent sur le lait écrémé ne s’explique que parce que ceux qui l’attaquent et ceux qui le défendent ne peuvent se comprendre, puisqu’ils ne parlent pas le même langage.
- On a accusé le lait écrémé d’être dangereux pour la santé de l’enfant, et on a fait appel pour soutenir une telle assertion aux chiffres déplorables de la mortalité infantile dans le Nord de la France où le lait écrémé est souvent employé, à tort d’ailleurs, pour la nourriture du bas-âge. Or, les faits mis en avant, se retournent, par leurs conséquences, contre ceux qui les ont invoqués.
- En incriminant le lait écrémé d’être la cause du chiffre très élevé de la mortalité infantile dans cette région de la France, on a pensé qu’une campagne très vigoureuse de la répression de la fraude du lait, en élevant le taux de celui-ci en matière grasse, ferait, par contre-coup, baisser la morbidité et la mortalité de la première enfance.
- Les résultats ne justifièrent pas un pareil raisonnement et le pourcentage de la mortalité infantile ne fut pas diminué du fait d’une augmentation de la richesse du lait en matière grasse.
- Rien n’est plus facile à expliquer. On confondait des choses qui demandaient à être distinguées et la déconvenue dans les conclusions participait d’une erreur dans les prémisses. Le lait écrémé était dangereux, non parce qu’il contenait moins de matière grasse, mais bien parce que c’était un lait sale, pollué, souillé, très ensemencé. Un lait riche en beurre serait, pour ces dernières raisons, aussi nocif qu’un lait écrémé.
- Supprimons donc la flore du lait écrémé et du même coup nous faisons récupérer à celui-ci une valeur alimentaire qui était réduite en quelque sorte à zéro, du fait d’un ensemencement microbien trop
- Lait Normal Un litre pèse 1032gn
- Lait Ecréme
- Un litre pèse 1033gi
- Extrait Sec.
- 907gr.
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- LE LAIT ECREME ~- , . 311
- copieux. L’opération ne changera cependant pas la destination du lait écrémé; celui-ci restera uniquement un aliment de Vadulte; en aucun cas, il ne devra être donné régulièrement aux enfants en bas âge.
- Le lait écrémé idéal est celui qu’on obtient par l’écrémage d’un lait Irais. Or, il s’en faut de beaucoup que ces conditions, qui cependant apparaissent toutes simples, reçoivent satisfaction dans la pratique.
- Les résultats sont subordonnés aux circonstances, et celles-ci sont, à leur tour, régies par le mode d’exploitation adopté de la matière première : le lait, c’est dire qu’ils varient avec la région.
- Les grandes villes ont de plus en plus besoin delait qu’elles vont chercher dans un rayon qui s’accroît tous les jours.
- Pour Paris ce rayon varie suivant l’orientation, de 200 à 350 kilomètres. Dans les départements qui en dépendent, il ne saurait s’agir de voir se développer l’industrie du lait écrémé ; on n’y va chercher que du lait entier. C’est aux grandes régions laitières particulièrement orientées vers la production du beurre qu’il faudra s’adresser pour trouver en abondance du lait écrémé; mais il sera indiqué de distinguer entre les bonnes et les mauvaises tournées de ramassage; celles-ci apportent à l’usine des laits acides, déjà fermentés qui ne seront travaillés qu’en vue de la fabrication du beurre. Celles-là seules fourniront un lait écrémé qui sera susceptible d’être utilisé par l'homme.
- Les formes sous lesquelles le lait écrémé peut entrer dans l’alimentation humaine sont assez variées. Nous en reconnaîtrons quatre :
- 1° Sans concentration ; 2° concentré à la moitié
- de son volume ; 5° concentré au tiers de son volume, non sucré et sucré ; 4° desséché.
- Les deux premières réclament une utilisation immédiate; les deux dernières répondent, au contraire, à des aliments de conserve.
- Le lait écrémé est un liquide très altérable, d’abord parce que l’écrémage du lait entier dont il provient est souvent tardif, ce qui donne aux microbes dont celui-ci est ensemencé à l’origine tout le temps de se développer largement et ensuite, parce qu e l’écrémage opère une sorte de brassage mécanique très favorable à la distribution uniforme des germes dans le lait et à leur pullulation.
- Pour obtenir un bon lait écrémé, il ne faut travailler qu’un lait frais, celui de la traite du matin; l’écrémer dès son arrivée à la laiterie et ensuite, sans tarder aucunement, le pasteuriser énergiquemen t, c’est à-dire le chauffer à 82®, 85° et même 85° pour en détruire la flore, ou tout au moins en annihiler la plus grarïde partie, dont les microbes pathogènes.
- En prévision d’une large consommation de lait écrémé, nous avons antérieurement émis l’idée de déverser,7 sur le marché, du lait écrémé concentré à la moitié de son volume. Il serait obtenu dans des appareils à grand rendement que l’industrie est, à l’heure actuelle, à même de fournir. Avec ce « lait double » on éviterait le transport de 50 kg d’eau sur 103 kg de lait, ce qui est fort appréciable.
- Le « lait double » constituera un aliment d’une grande valeur nutritive, puisque par litre il contiendra 185 à 190 gr. d’extrait sec.
- Pasteurisé, il devra, comme le lait non concentré, être consommé dans les mêmes conditions
- Composition des Extraits S
- La té Entier
- Calories:
- Matière
- Calories:
- 10
- Fig. 3.
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- LE LAIT ÉCRÉMÉ
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- que celui-ci, c’est-à-dire peu après la livraison.
- Entre lès quatre formes de lait écrémé dont nous avons parlé un "peu plus haut, le lait non concentré et le « lait double » retiendront seuls notre attention, parce qu’ils constituent des aliments bon marché.
- A égale énergie calorifique, le lait écrémé sera moins cher que le lait entier et pourra se substituer à lui dans une foule de circonstances culinaires courantes : potages, purées, entremets, crèmes parfumées, petits déjeuners, etc....
- Dans les conditions habituelles de l’exploitation du lait, le beurre qu’on en relire paie à peu près tous les frais d’exploitation, si bien que le prix du lait écrémé ressort à la beurrerie à 2 cent, 1/2-5 centimes le litre. C’est un chiffre vraiment bas; il y a même là comme une iniquité économique et l’on s’explique les efforts de ceux que l’industrie laitière intéresse pour tenter de faire rendre au lait écrémé sa vraie valeur par une hausse qui ne peut être légitimée que par une présentation convenable du produit. Or, nous trouverons cette présentation convenable dans un lait non concentré ou dans un « lait double » obtenus en partant de laits originels aussi frais que possible et pasteurisés dans d'excellentes conditions.
- En semblable occurrence, le lait écrémé devrait être vendu au consommateur en période normale, aux environs de 15 centimes le lait double et de 30 à 35 centimes. A de tels prix, lait non concentré et « lait double » sont des aliments très bon marché.
- Il peut paraître intéressant de voir ce que devrait être payé, si on le traduisait en bifteck et en sucre, le « lait double » en question.
- Le lait double renferme, par litre, environ 185 à 190 gr. d’extrait, se décomposant en 100 gr. de lactose, 75-80 gr. de matières protéiques, 15 gr. de matières salines.
- Au point de vue énergétique, le lactose vaut le saccharose; 100 gr. de saccharose seraient payés 7 centimes 5.
- Les 75-80 gr. de matière protéique correspondent à un bifteck de 300 gr. au moins, car dans ce bifteck, il y a de ,l’eau, des débris conjonctifs lendineux et aussi de la matière grasse. Or,
- nous savons ce que valent 300 gr. de bifteck; ce n’est pas loin, en en déduisant le prix de la matière grasse qu’ils renferment, de 1 fr. (x). Enfin, il y a 15 gr. de matières salines (chlorure de sodium, a. phosphorique, chaux, etc...) qui ont une grande valeur nutritive, laquelle nous paraît difficile à traduire en argent. Nous ne leur donnerons pas de prix et nous nous contenterons de totaliser ce qui correspond à la lactose et aux matières protéiques; nous avons ainsi 1 fr. 075, soit plus de trois fois ce que coûte le a lait double » (fig. 4).
- Le lait écrémé est donné jusqu’ici, le plus souvent, aux jeunes animaux de la ferme, veaux et porcelets. Or, ceux-ci ne « payent » le lait écrémé un prix suffisant que dans les premières semaines; plus tard, ils ne le « payent » pas assez cher, c’est-à-dire que le prix de la viande
- correspondant à leur augmentation de poids est trop faible pour régler le coût du lait écrémé consommé.
- Pour une quantité donnée d’énergie, le lait écfémé est donc, il est utile de le redire, un ali-ment fort bon marché. Faut-il ajouter qu’il est d’une utilisation totale, point qui est d’une grande importance physiologique; il ne comporte que très peu de déchets, parce qu’il est d’une digestion rapide.
- Pour toutes les raisons dont on a pu suivre le développement plus haut et qui peuvent se résumer dans les trois points suivants :
- 1° Grande valeur nutritive du lait écrémé ;
- 2° Bon marché de cet aliment ;
- 5° Difficultés de l’heure présente, plusieurs maires de la banlieue parisienne ont eu la pensée de faciliter la vente, à un prix fixé, du lait écrémé dans leurs communes. Les arrêtés qu’ils ont été amenés à prendre à cette occasion ont remis en question la légalité de la vente de cet aliment. Cette légalité n’est pas douteuse.
- Qu’on nous permette de terminer en rappelant la résolution que nous fîmes voter en juin 1914 au 6e Congrès international de laiterie à Berne, à la veille de la guerre. Si elle n’est pas plus vraie aujourd’hui qu’elle ne l’était à cette époque, du
- 1. Pas à l'heure actuelle bien entendu; d’ailleurs, j’ai préféré dans ces calculs rester au-dessous de la vérité.
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- L’ORGANISATION DES HALLES CENTRALES DE PARIS = 313
- moins se présente-t-elle encore avec plus de force :
- « Le Congrès, considérant que le lait écrémé est un aliment de premier ordre en raison de sa richesse en matière azotée, remarquablement digestible, estime que vouloir en interdire la vente est une faute au point de vue physiologique, en face des acquisitions scientifiques sur la valeur nutritive du lait écrémé; une faute, au point de vue social, en face des exigences alimen-
- taires des populations laborieuses; une faute encore, au point de vue économique, en face des débouchés qui sont largement offerts aujourd’hui, et émet le vœu que la vente du lait écrémé sous toutes ses formes soit facilitée, tout en restant soumise à une réglementation qui évile toute fraude possible, toute confusion avec le lait entier ».
- Professeur Ch. Porcher,
- de l’Ecole Vétérinaire de Lyon.
- L’ORGANISATION DES HALLES CENTRALES DE PARIS
- Les Halles centrales de Paris, sur lesquelles en I Dans les lignes qui suivent, j’indiquerai d’abord ces temps de vie chère tant de regards sont tournés, | de quelles administrations dépendent les Halles, je
- Fig. i. — Vue de V-aUée~-cmHale. des Halles.
- ne sont pas, comme les marchés de quartier de la capitale, un emplacement pour revendeurs ; mais au contraire un marché de première main, à qui ses approvisionnements sont directement fournis par les producteurs de tous les points de la France. Cette situation spéciale me permet de les regarder comme le grand régulateur des prix de l’alimentation générale, exerçant leur répercussion dans tous les départements, et à ce titre l’étude de leur organisation me semble, en ce moment surtout, digne d’attirer l’attention.
- De temps immémorial du reste elles ont toujours constitué dans Paris une sorte de cité d’approvisionnement, au propre sens du mot, ayant ses voies spéciales pour chaque négoce, et cette destination est rappelée à tout instant par les vieilles dénominations qui subsistent encore des rues avoisinantes, depuis celles des Potiers d etain et de la Lingerie jusque celles des Fourreurs et de la Cossonnerie.
- donnerai ensuite quelques détails sur la topographie de cette importante institution, je suivrai les marchandises à leur arrivée au travers des cadres
- administratifs et commerciaux par lesquels elles doivent passer, je dirai en les décrivant quels sont les divers pavillons qui leur sont réservés, et je terminerai en donnant quelques exemples de la hausse actuelle des prix en comparant entre eux ceux d’avant et ceux de pendant la guerre.
- Direction générale. — En principe les halles de Paris sont un marché libre, mais leur réglementation dépend de deux administrations très distinctes : la Ville et l’État. Cette dualité s’explique. La Ville est propriétaire du terrain et a pris à sa charge l’édification des pavillons et leur entretien, l’État a la responsabilité de la police et de l’ordre et il va de soi qu’il exerce son autorité en un point où la passion du gain pourrait inciter à commettre des actes irréguliers. La Préfecture de police représente
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- Fig. 2. — Les marchandes des Halles.
- aux Halles les intérêts de l’État, le Conseil municipal et la Préfecture de la Seine ceux de la Ville. De chacun les attributions sont bien définies : la Préfecture de police a la haute main sur toutes les questions de voirie, circulation, police des établissements, services d’hygiène, répression des fraudes et enquêtes sur le personnel, en un mot sur tout ce qui concerne la police proprement dite ; la Ville a dans ses attributions l’organisation des services, la perception des taxes, la nomination des titulaires des charges, la distribution des emplacements, les questions de bâtiments, en d’autres termes tout ce qui concerne le propriétaire du terrain.
- Topographie des Halles. —Dans leur ensemble, les halles comprennent 34517 ms, ayant la forme d’un quadrilatère, et sont traversées par deux voies perpendiculaires l’une à l’autre sur lesquelles donnent dix pavillons se prolongeant en deux groupes : le groupe ouest, comprenant les pavillons 5 à 6 et le groupe est, les pavillons 8 à 12. 11 va de soi que tout pavillon a une affectation spéciale. En dessous de chacun d’eux se trouvent les resserres, vastes sous-sols où se gardent les marchandises invendues et dans lesquels un emplacement était réservé, avant Î909, aux pourfendeurs (cabocheurs) des têtes-de mouton et de veau qui en retiraient la cervelle et la langue, aujourd’hui supprimé pour cause d’infection et occupé maintenant par le mirage des œufs.
- On appelle carreau pour le public et « Grand fruit » pour le personnel des halles, le marché des légumes qui se tient tout autour des Halles proprement dites,, sur le trottoir des voies avoisinantes, depuis la rue Montmartre jusque celle des Prouvâmes. Aujourd’hui, il comprend 22 subdivisions ayant chacune leur spécialité et est divisé en deux régions : l’une pour les abonnés qui ont une place fixe, l’autre pour ceux qui n’ont pas de place réservée parce qu’ils ne viennent pas tous les jours.
- Les droits perçus sur tout ce monde, bien entendu en dehors des taxes d’octroi auxquelles sont assujetties certaines mar-chandisesentrant dans l’enceinte de la ville, sont très divers. Il y a d’abord la « taxe de place », sorte d’impôt de répartition commun au commerce de gros et de détail; puis le « droit d’abri », proportionnel à la surface de l’emplacement; la « taxe du poids public », frappant certaines denrées proportionnellement à leur poids, les taxes de « balayage » et de « garde du pavillon », ne visant que le commerce du détail ; les taxes des forains abonnés et non abonnés, variant avec l’emplacement occupé et les marchandises en vente; enfin la « taxe de resserre » frappant uniquement les denrées attendant leur vente dans les sous-sols et qui se perçoit soit par abonnement suivant la marchandise, soit à la journée. On tolère cependant que du jour au lendemain la resserre se fasse parfois dans les pavillons, en ce cas elle est gratuite. Toutes ces taxations rapportent, bien entendu, au budget municipal de Paris une recette brute annuelle de plusieurs millions.
- L'arrivée des denrées aux Halles. — Ce sont les légumes de la banlieue qui arrivent toujours les premiers à partir de 11 heures du soir, transportés par de lourdes voitures, car on a renoncé depuis longtemps au projet de construction d’une voie souterraine qui relierait les Halles au chemin de fer de ceinture; elles sont immédiatement déchargées par une équipe d’employés qui les entassent le long des rues. Les voitures affectées au service des gares viennent ensuite : les premières sont celles des bouchers/auxquelles font suite le gibier, les fromages, la marée, les oignons, les pommes de terre, etc. À ce moment d’autres acteurs, les vendeurs et les acheteurs, entrent en scène. Tous ceux dont je parlerai tout à l’heure sont à leur poste ; du côté des vendeurs : mandataires, forts, dames de la Halle, filles de comptoirs, caissiers, basculeurs, sou-chiers, etc.; du côté des acheteurs : revendeurs de quartier, chefs des grands restaurants, pourvoyeurs des établissements d’enseignement et d’assistance, etc., les uns habitués et se trouvant h comme chez eux, les autres isolés et perdus dans la foule, au risque de devenir la proie des courtiers avec lesquels ils apprennent presque toujours à leur détriment, s’ils les écoutent, que les conseilleurs ne sont pas les payeurs. Plusieurs heures du-
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- rant, on n’entend que des cris, des interpellations, qui joints aux chocs des ballots qu’on enlève et au crépitement des caisses qu’on ouvre, font un bruit continu de bataille qui ne prend fin qu’à 9 heures du matin. Alors on remballe hâtivement les invendus, on charge sur camion les marchandises prêtes, on balaie les déchets, les arroseurs nettoient et lavent, ce pendant qu’au milieu de ce fourmillement de la dernière heure quelques revendeurs circulent encore discrètement à l’affût des bonnes occasions.
- Les cadres administratifs. — Ceux-ci se divisent en deux groupes : les agents de la Préfecture de la Seine et ceux de la Préfecture de police.
- De toute cette foule de fonctionnaires, une catégorie mérite avant tout de fixer l’attention : c’est celle des forts de la Halle. Ceux-ci, en effet, constituent au milieu des autres, une corporation d’ancien régime comprenant 690 membres, à la tête desquels se trouvent un chef-syndic et un syndic-chef adjoint choisis par le Préfet de police, divisés en 5 catégories correspondant aux pavillons en gros : fruits et légumes, viandes, beurres et œufs, marée, volaille. Non seulement la rémunération est la même pour tous, mais nul chez eux n’a le droit de s’approprier son gain; tout ce qui est recette est versé à une seule caisse et partagé par tête après des prélèvements réglementaires pour les caisses spéciales de maladie et de retraite. Les taxes de décharge, de sortie et de resserre auxquelles ont droit les forts, sont fixées par la Préfecture de police.
- La discipline de la corporation des forts est des plus sévères. On requiert surtout d’eux qu’ils soient sobres, exacts et probes. Toute infraction avec récidive peut être au besoin punie de la révocation. Si l’on considère que le salaire d’un fort varie entre 2500 et 5000 francs par an suivant les années, que le médecin de la corporation soigne gratuitement les malades, que les accidents du travail sont à la charge de leur syndicat et qu’enfin durant leur service militaire ils reçoivent une indemnité, on conviendra que la situation est plutôt avantageuse. J’ajouterai qu'un fort reçoit S00 fr. de retraite après 45 ans de services, 4200 fr. après 20 ans, et qu’arrivé à cette période il peut encore continuer, s’il le veut, l’exercice de sa profession pendant la matinée et dans la
- catégorie de son choix, en se réservant pour l’après-midi une occupation à sa volonté. Est-il besoin de dire qu’on n’entre pas facilement dans la corporation et que, là comme ailleurs, il y a beaucoup d’appelés et peu d’élus? La Préfecture de police ne les admet, en effet, qu’après avoir pris sur eux les renseignements moraux les plus minutieux et avoir constaté en outre qu’ils possèdent un minimum d’instruction.
- Les diverses catégories de forts sont très variables comme nombre, aussi certaines ont-elles l’autorisation de s’adjoindre des auxiliaires, dits renforts, ouvriers libres recrutés à 4 franc l’heure parmi des porteurs munis d’une autorisation de la Préfecture de police.
- On le voit donc, il ne suffit pas, pour être fort de la Halle, de porter avec crànerie un grand chapeau de cuir et d’être vigoureux (ce dont on s’assure en exigeant du candidat qu’il sache porter sur son dos un cageot plein de pavés du poids de 100 kg), il faut encore des garanties morales dont la nécessité se comprend du reste et dont tout l’honneur rejaillit sur la corporation.
- Les c-adres commerciaux. — Ceux-ci comprennent trois genres de personnes : l°les mandataires, chargés exclusivement de la vente en gros des marchandises expédiées dans leur pavillon respectif et dont ils ont la responsabilité; 2° les compteurs-mireurs, préposés à la vérification des œufs ; 3° les dames de la Halle qui se chargent de la vente au détail.
- A l’exception de quelques propriétaires maraîchers qui, par tolérance, sont autorisés à vendre sur le carreau comme ils le peuvent les produits qu’ils y apportent, les mandataires sont seuls chargés de vendre; ils ont remplacé depuis 1896 les facteurs et les commissionnaires. Naturellement, ils doivent être Français, jouir de leurs droits civils, et s’être fait inscrire au Tribunal de Commerce de
- Fig. 3. — La criée sous les pavillons.
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- la Seine : cependant ils ne sont pas considérés comme commerçants, mais comme de simples courtiers, et leur moralité à cet égard est assurée par l’injonction qui leur est faite de ne jamais acquérir soit par eux-mêmes, soit par leurs employés, soit par des personnes interposées, les denrées qu’ils sont chargés de vendre. Ce sont eux qui adressent directement aux expéditeurs le montant de leur vente le jour même ou le lendemain au plus tard : et s’ils consentent à accorder des crédits aux acheteurs, c’est à leur charge.
- Le personnel qui se trouve sous les ordres directs d’un mandataire est composé d’abord d’hommes de peine et de déballeurs, puis de souchiers, basculeurs, caissiers, crieurs et vendeurs, ces derniers ne pouvant être commerçants en dehors de leurs fonctions.
- La resserre après la criée n’est permise que
- dans le cas où la marchandise n’a pas trouvé d’acquéreur ou est arrivée trop tard au marché : la déclaration en est alors faite par écrit aux agents des deux Préfectures. Si, dans les denrées expédiées il en est d’impropres à la consommation, le mandataire fait parvenir à l’expéditeur un certificat de saisie. Les livres de comptabilité sont de leur côté soumis à un double contrôle * celui de la Préfecture de police qui s’assure de la loyauté des transactions et celui de la Préfecture de la Seine qui vérifie si la perception des taxes municipales a été régulièrement effectuée. Enfin, en temps. de paix, les cours de chaque catégorie de denrées sont garantis par une affiche placardée chaque jour après la clôture des ventes par les soins du Préfet de police dans un cadre spécial à la porte de l’inspection principale : ces cours sont établis dans chaque pavillon par une commission composée de l’inspecteur principal et de trois mandataires désignés par leurs collègues. On sait que depuis la guerre la composition de cette Commission a été renforcée et
- que les cours sont affichés dans Paris un ou deux jours par semaine suivant une ordonnance de police du 15 novembre 1915. Avec les mandataires, j’ai désigné comme faisant partie des cadres commerciaux des Halles les compte urs-mireur s. Ceux-ci forment en effet une corporation spéciale, relevant de la Préfecture de police, composée d’un chef, de 3 chefs adjoints, de 4 sous-chefs, de 17 compteurs proprement dits et de 10 auxiliaires. Les compteurs sont payés 60 centimes par 1000 œufs mirés à la lueur de la flamme d’une bougie ou d’un bec de gaz, 25 centimes pour leur comptage et 15 centimes pour leur passage dans des anneaux en vue d’en vérifier la grosseur : on estime que ces professionnels peuvent manipuler 1250 œufs à l’heure. Leur travail se fait dans les resserres du pavillon n° 10, mais ils peuvent le faire en ville et alors ils reçoivent une indemnité de déplacement. Leur salaire individuel, non assuré, varie en moyenne de 7 à 10 fr. par jour. Une retenue sur leurs salaires leur assure en cas d’infirmités une retraite de 800 fr. au bout de 15 ans, mais en cas de bonne santé leur service peut être continuéindéfiniment.
- Enfin les dames de la Halle constituent, elles aussi, une corporation qui a surtout des règlements de tradition et à ce titre on les voit souvent intervenir dans des manifestations de bienfaisance ou de charité. Celles qui sont titulaires d’une place y arrivent le matin de bonne heure et y passent presque toute la journée : cette place est considérée par elles comme leur propriété et elles peuvent la céder et même la mettre en adjudication. Généralement elles sont aidées dans leur travail par une fille de boutique, payée en moyenne 5 francs par jour, qui fait la vente avec elles et approvisionne le comptoir. Sous chaque emplacement sont des caves qui tiennent lieu de resserres.
- Les pavillons, — J’ai dit plus haut qu’il y en avait dix et vais très sommairement passer en revue les principaux.
- Voici d’abord ceux de la marée : c’est le n° 9 pour le gros et le n° 11 pour le détail. Des claies posées sur le sol, au milieu de la circulation des vendeurs et acheteurs, soutiennent le poisson. Le minimum des lots pour la vente est fixé par des règlements spéciaux : 1 kg pour les crevettes, 15 kg * pour les moules, 12 paquets pour, les sardines,
- Fig. 4. — La vente du beurre au pavillon de gros.
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- 20 pièces pour les maquereaux, 100 pour les huîtres, 1000 pour les escargots, etc.; mais les poissons qui arrivent dans des caisses sont vendus tels quels. Le coup de feu de la vente a lieu le vendredi, mais traditionnellement on chôme le lundi.
- Voici maintenant les beurres, œufs et fromages, qui se font dans le pavillon 10 pour le gros, et dans le 12 pour le détail. D’après les règlements, le minimumdeslotsdefromages y est fort variable : 10 kg pour le brie, 100 pour les livarots, etc. La vente des mottes de beurre s’y fait à la criée à partir de 9 heures du matin et se termine quand tout est vendu : on les divise en supérieurs, ordinaires, petits beurres et beurres salés ; Isigny et Charentais ; on les pèse dans le linge qui les enveloppe en déduisant 300 grammes par 10 kg si la toile est trop grosse : la livraison se fait au kilogramme, après vérification par le service sanitaire. Enfin dans le même pavillon les œufs se vendent au mille, avec au besoin une réfraction de deux tiers pour les tachés, trois quarts pour les gelés, et un tiers pour les œufs passés à la chaux.
- La volaille et le gibier se vendent au pavillon n° 4. En temps de paix, ce côté des Halles n’est guère pittoresque qu’au moment de la chasse et il n’est pas besoin de dire que nombre de chasseurs figurent parmi les plus assidus acheteurs. A l’exception des perdrix, les trois quarts des pièces de gibier sont de provenance étrangère. La volaille seule est toujours de provenance française et se vend toute l’année. Le minimum pour l’une et l’autre est depuis 1 pour les grosses pièces (cerf, sanglier, etc.), jusque 20 pour les petites ; mais les bourriches sont vendues telles quelles, de même que. les apports d’une pièce et les soldes d’approvisionnement.
- La triperie en gros se traite dans le pavillon n° 6. Ses règlements sont ceux de l’ancien « marché aux tripes ;> de Paris. Là, par exception, il n’y a ni mandataires, ni forts : rien que des tripiers, aidés par trois manutentionnaires payés par la Ville et recrutés par elle. Les approvisionnements s’y font au jour le jour, d’après des marchés d’un an conclus avec les bouchers du Vendredi-Saint d’une année au Vendredi-Saint de l’année suivante, garantissant la livraison de tous les abats des échaudoirs.
- L’un des pavillons les plus curieux est celui de la boucherie.
- Outre les expéditions directes de l’élevage, on y reçoit les envois des bouchers de Paris qui y expédient les quartiers du marché de la Villette pour lesquels ils n’ont pu trouver acheteurs dans leur clientèle. Les pièces de vente ne peuvent y être inférieures à 7 kg.
- A leur service de déchargement les forts occupés dans ce pavillon ajoutent le découpage de la
- viande, qui se fait la nuit et doit être achevé à 6 heures du matin, heure d’ouverture de la vente. Les bureaux du contrôle sanitaire y sont établis en permanence : on y apporte toute marchandise saisie et lorsque celle-ci est discutée auprès de l’inspection, un vétérinaire de l’école d’Alfort est aussitôt appelé par téléphone et vient trancher le différend sans appel : la marchandise est alors immédiatement enlevée par le service des déchets et envoyée au Jardin des Plantes après un procès-verbal dont le mandataire reçoit copie.
- Enfin les fruits et légumes se vendent en gros dans les pavillons nos 6 et 8, mais le marché aux enchères s’en tient également sur la voie publique dans quelques annexes séparées du carreau par une clôture. Il est ouvert, en règle générale, à 4, 5 et 6 heures, suivant les saisons; mais certaines denrées, le cresson par exemple, sont soumises à cet égard à un régime spécial. La Vente à la criée cesse à la fin des enchères et celles, à l’amiable à 10 heures ; toutefois, celle de certaines marchandises comme les oranges se poursuit jusqu’à midi et parfois 3 heures. Le marché est divisé en cinq catégories. C’est l’un des coins les plus originaux des Halles; en hiver, les bananes et les raisins forcés du Nord y avoisinent les oranges; au renouveau, on voit apparaître les primeurs d’Algérie et de Bretagne ; puis en été, c’est un foisonnement de fraises, melons, pêches, abricots, aspergés, champignons et légumes de tout genre; enfin en automne apparaissent les poires, pommes et fruits tardifs.
- Cependant les pommes en gros ne se vendent pas toujours aux Halles, mais sur les berges mêmes de la Seine, au marché dit du Mail, où se trouvent constamment, durant la saison, 15 à 16 chalands accostant au fur et à mesure que l’inspecteur de la navigation a signé le « permis d’avancer et de décharger » sur leur lettre de voiture. On y voit importer les pommes d’Auvergne, de l’Aveyron, de la Normandie, etc. ; vingt-cinq jours sont laissés à chaque chaland pour la vente et le déchargement, celui-ci effectué par 14 forts dits du Mail, qui seuls de la corporation portent sur leur plaque de cuivre l’ancre marine avec ces mots « Cie des forts de Mira-mioune » pour rappeler que le comte de Miramioune fut le fondateur de ce Syndicat de pauvres ouvriers du port devenu plus tard un rouage administratif.
- Je signalerai encore aux Halles les marchands dits au petit tas qui, après le départ des marchands forains du Carreau, s’installent aux abords des pavillons
- 6 à 8 sur les trottoirs, moyennant 15 centimes par place et par jour et ont le droit de vendre jusqu’à
- 7 heures en été et 3 heures en "Hiver.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Enfin, je ne voudrais pas passer sous silence les grandes maisons de commission qui, autour des Halles régleméntairès, constituent en quelque sorte une série de Halles libres, dirigeant elles aussi une partie du transit parisien, drainant les produits de toute sorte, se pliant à toutes les souplesses de la vente à l’amiable et se réservant même la possibilité de faire des criées dans leurs factoreries. Elles sont au nombre d’environ 80.
- La hausse des prix pendant la guerre. — Ici je serai bref, car il ne saurait entrer dans mon intention de passer en revue toutes les denrées transitant par les Halles. Je me contenterai donc de quelques exemples. Voici le poisson. Le 25 octobre 1915, le cabillaud entier cotait 2 fr. le kg après 1 fr. 25 le 1er mai de la même année, alors qu’en 1912 et 1915 les cotes du prix de gros n’excédaient pas 47 et 51 centimes. La dorade en gros valait en mai 1915, de 1 fr. 25 à 2fr. 25, elle cote en octobre de 2 fr. à 2 fr. 50 le kg. Les harengs qui en 1913, valaient de 5fr.59 à 9 fr. 65 le 100, valent aujour-
- ACADÉMIE E
- Séances des io
- Le conseil national de recherches aux Etats-Unis. — M. Le Chatelier fait connaître qu’il y a déjà un an, le 19 avril 1916, un conseil national de recherches scientifiques a été organisé, sur la demande du président Wilson, par l’Académie des Sciences de Washington : conseil comprenant des membres des grandes administrations de l’Etat avec des représentants de la Science et. de l’Industrie et dont le but, aujourd’hui connu, était de se préparer discrètement à l’éventualité d’une guerre. Ce conseil s’est subdivisé en comités qui ont silencieusement et activement travaillé : comité militaire ; comité des nitrates, destiné à organiser aux Etats-Unis la fabrication de l’acide nitrique synthétique; comité de l’aéronautique, etc. Au moment où les États-Unis entrent en guerre à nos côtés, il est précieux de constater cette prévoyance, qui pourrait opposer un rapide démenti à la boutade de Ilindenburg : « Tant qu’ils auront des bateaux, ils n’auront pas d’hommes et quand ils auront des hommes ils n’auront... plus de bateaux. »
- La forme du globe lunaire. — MM. Puiseux et Jek-howsky ont, en vue de recherches sur la libération de la Lune, choisi 40 clichés lunaires de l’Observatoire de Paris, présentant, avec une bonne définition, des positions très diverses du centre apparent. Ils ont pu ainsi calculer une série de rayons moyens et déterminer plus exactement qu’on ne l’avait encore fait, la forme exacte de la Lune. On sait que cet astre est, toutes proportions gardées, plus hérissé de montagnes que la terre. D’où des irrégularités accidentelles, difficiles à éliminer pour reconnaître des inégalités systématiques. La méthode adoptée a permis de constater qu’il n’existe pas d’inégalité systématique importante. Les différences entre les divers rayons sont au plus de 500 m. Il paraît y avoir une légère intumescence au Pôle Nord, contrairement à ce qui se produit pour la Terre. Les différences sont proportionnellement beaucoup plus faibles que sur la Terre.
- La supériorité du travail agricole pour le traitement
- d’hui 15 fr. Les œufs à la coque au détail, autre exemple, valaient en mai 1915 de 2 fr. 50 à 2 fr. 50 la douzaine pour les gros, 1 fr.90 à 2 fr. pour les moyens, 1 fr. 60 à 1 fr. 80 pour les œufs frais,
- 1 fr. 50 à 1 fr. 40 pour les importés; le plus élevé de ces prix est aujourd’hui celui qui est le plus bas. Et ainsi de suite.
- On sait que plusieurs de ces denrées ont depuis la guerre été soumises à la taxation officielle. Je ne saurais entrer dans le détail des inconvénients d’une pareille mesure, absolument antiéconomique, ne pouvant amener que des déceptions, mise en pratique, partie sous le prétexte d’enrayer la spéculation, partie pour donner satisfaction à l’opinion publique simpliste qui croit qu’on peut facilement fixer les prix d’une marchandise par un simple décret. Mais en ces temps de crise, la logique perd ses droits, et vraisemblablement pour appliquer la taxation, l’administration doit avoir eu ses raisons que la raison ne connaît pas.
- Alfred Renouard.
- ES SCIENCES
- et 16 Avril 1917.
- des séquelles de blessures de guerre. — D’après M. Ber-gonié, le traitement des agriculteurs convalescents se ferait dans des conditions beaucoup plus favorables en les faisant travailler aux champs sous une surveillance médicale, qu’en leur appliquant n’importe quel appareil de mécanothérapie. Physiquement, l’homme retrouve des mouvements accoutumés, presque involontaires, à peine conscients, auxquels il a été entraîné depuis son enfance, au lieu de mouvements factices ; moralement, il y prend un intérêt, tandis que la gymnastique inutile ne lui inspirait que de l’ennui.
- La synthèse de l’ammoniaque. — M. Henri Le Chatelier rappelle que, dès 1901, il a breveté un procédé de synthèse de l’ammoniaque identique à celui qui, sept ans plus tard, a été repris en Allemagne et mis au point par Ilaber. N’avant à cette époque qu’un but purement scientifique et non industriel, il a abandonné les expériences en cours à la suite d’une explosion qui avait failli tuer son préparateur. Mais c’est un exemple de plus du peu d’initiative des Allemands qui, dans ce cas comme dans tant d’autres, se sont montrés de simples imitateurs.
- Sur l’action des composés arsenicaux. — M. Armand Gautier montre l’activation produite par les composés organo-métalliques de l’arsenic dans des propriétés curatives de la quinine et dti mercure. Ses expériences présentent un intérêt d’actualité tout particulier à un moment où nos soldats de l’armée d’Orient sont exposés à la malaria. Les bons résultats ont. été vérifiés par bien des médecins coloniaux, surtout en Algérie. Le chlory-drate de quinine additionné d’arrhénal guérit rapidement des fièvres qui résistaient à toutes les injections de quinine simple. Il en est de même avec le mercure dans les maladies à tripanozomes. Suivant M. Gautier, ces bons effets seraient dus, non à ce que les arsenicaux stérilisent directement le sang, mais à ce qu’ils activent l’action phagocytaire : ce qui explique la généralisation de leur action.
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- LES CHANGES
- La guerre a appris au public la complexité et le caractère propre des transports maritimes, si différents des transports terrestres. Elle a posé également devant la masse le problème des changes, qui n’était étudié jusqu’alors que par des spécialistes et quelques intéressés. Mais il ne semble pas que le mécanisme du change ait été enseigné plus que celui du fret, de sorte que les peuples assistent à des fluctuations de cours qui les déconcertent parfois parce qu’on n’a pas pris soin de les éclairer.
- Les transactions entre les nations ne se peuvent effectuer que s’il existe une monnaie d’échange. Or, dans la vie moderne des empires, les règlements de compte entre les divers pays s’élèvent à des sommes considérables, car il s’agit d’acquitter non seulement les opérations commerciales, mais encore les achats de titres, le paiement des coupons, qui représentent souvent des chiffres énormes. Le paiement en or des différentes dettes ne serait pas sans présenter des difficultés sérieuses, car, outre que les envois d’or entraînent à des frais nombreux (emballage, port, assurance), il n’est pas toujours facile de réunir le métal nécessaire. Les déplacements de numéraire sont, d’ailleurs, plus onéreux que tous les autres. Aussi, a-t-on renoncé, dans une large mesure, à des transferts d’or pour se contenter d’échanger des effets.
- Or, que se passait-il dans l’occurrence avant la guerre? Il y a lieu de distinguer deux cas : celui des pays à finances bien assises et celui des peuples dont la situation de trésorerie était délicate. Dans le premier cas, les changes ne subissaient pas des variations illimitées. Prenons l’exemple de là France et de l’Angleterre. En vertu de la loi de l’offre et de la demande, qui joue en matière financière comme en matière de commerce, le change sur Londres s’élevait toutes les fois que la demande s’exagérait, c’est-à-dire lorsque la France avait à effectuer de gros paiements en Angleterre. Mais, à un certain moment, il y avait intérêt à acheter de l’or en France et à l’expédier au delà de la Manche, les frais d’envoi étant moins élevés que la prime exigée pour la délivrance d'effets. Le change a'ait alors atteint le gold point, le point d’or, c’est-à-dire la limite à partir de laquelle les règlements se font plus avantageusement en or.
- Il y avait également une limite inférieure, de sorte que le change oscillait entre les deux extrêmes, lesquels, d’ailleurs, étaient susceptibles de varier suivant les prix du métal, le taux des assurances et des transports, les exigences des courtiers.
- La valeur absolue de la livre sterling — le pair comme on l’appelle — étant de 25fr.25, le change de Paris sur Londres s’est longtemps maintenu entre 25 fr. 05 et 25 fr. 45.
- Mais cette stabilité du change ne pouvait exister en ce qui touche les pays dont les finances étaient
- avariées, où dont l’étalon monétaire n’était pas l’or. Les nations qui ont conservé l’argent comme monnaie de circulation ne peuvent, en effet, présenter des garanties aussi complètes que celles qui ont adopté la monnaie d’or.
- L’argent métal est sujet à des fluctuations de prix déconcertantes. Aussi la monnaie d’argent, en matière d’échanges internationaux, est-elle moins considérée que le papier-monnaie même, le billet de banque dont la valeur repose sur le crédit du pays. ,i. < •
- Lé change avec les états à circulation d’argent, tels que l’Inde, la Chine, témoignait donc de soubresauts caractéristiques. Il en allait de même en ce qui concernait les états à demi ruinés ou dont les finances étaient mal gérées.
- Leurs importations surpassant leurs exportations, ces pays devaient, à un moment donné, être contraints d’expédier de l’or à leurs créanciers. Mais si les nations n’avaient pas, en la circonstance, les réserves d’or nécessaires, les règlements ne pouvaient plus être effectués qu’en papier-monnaie. C’était l’aventure, la limite du gold point se trouvait donc dépassée, et le change, déséquilibré, pouvait exécuter une sarabande décourageante.
- On l’a vu en Espagne naguère, en Italie, en Grèce. En 1898, le change était tel en Espagne qu’il suffisait de verser 100 francs pour recevoir 225 piécettes, ou inversement. Depuis cette date, la situation de l’Espagne s’est bien améliorée, et présentement le change espagnol est au-dessus du pair, c’est-à-dire qu’il faut donner plus de 100 fr. français pour avoir 100 francs espagnols.
- La guerre a, comme on pouvait l’appréhender, renversé les rôles. Des pays à finances prospères, à crédit offrant toute sécurité, comme la France, et même l’Angleterre, ont été obligés d’accroître leurs importations dans une proportion inattendue. Leurs exportations non seulement ne compensant plus lesdites importations, mais ayant été réduites par un fléchissement de la production, ce qu’on appelle la « balance commerciale » a été rompu. La France a dû demander beaucoup plusHd’effets de change que par le passé, tandis que l’offre était plus réduite. Elle a donc dû les payer sensiblement plus cher : d’où une hausse du change.
- A plusieurs reprises, la France a eu avantage a exporter de l’or pour remédier à la hausse. Mais, ne voulant pas diminuer exagérément ses réserves métalliques, qui garantissent sa circulation de billets de banque, elle a expédié des titres des pays qui étaient ses créanciers, et qui, pour ces derniers, offraient le même intérêt que l’or.
- Par le jeu des événements, les pays naguère en posture financière délicate, comme l’Espagne, l'Argentine, ont vu le change s’élever à leur profit, en raison même du développement des exportations
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- LES CHANGES
- qu’ils pratiquaient. Mais le change est egalement fonction du crédit, de la confiance qu’on a dans le débiteur, dans sa solvabilité.
- L’entrée en scène des États-Unis a considérablement amélioré le change français et anglais dans le monde parce qu’on a jugé que la victoire était désormais acquise aux Alliés membres de l’Entente.
- C’est pourquoi, du 5 au 15 avril 1917, la livre sterling atteignait presque le pair sur les marchés de la Suisse et de la Hollande, le papier français avait regagné 6 points en Suisse (90 fr. pour
- courtiers libres, qui fixent, sous le contrôle du Syndicat des banquiers, les cours du change.
- Le papier sur l’étranger est à vue, c’est-à-dire payable sans délai, court lorsque l’échéance n’en dépasse pas 50 jours, ou à 5 mois. Les négociations relatives aux valeurs sont le plus généralement à vue.
- Ce papier affecte soit la forme d’effets de commerce, soit celle de chèques, ou encore de versements.
- Il y a un grand intérêt, surtout lorsqu’il s’agit de grosses sommes, à rechercher quel mode de
- Cotation au pair
- FinJuit. COct rjanv. 7 rAvril ÏÏJuil KOct. ILJanv. JrAvril VJuii iCOct. TJanv. H Avril
- 19M 1911 1915 1915 1915 1915 1916 1916 1916 1916 1917 1917
- Variation du change depuis le début de la guerre.
- 100fr.) et le papier italien 10 (74 pour 100 lires), cependant que les créances sur l’Autriche ne dépassaient pas le taux de 49 pour 100 et sur l’Allemagne de 79 pour 100.
- Un graphique que nous donnons ci-dessus montre les fluctuations essentielles des changes à Paris depuis les hostilités. On y voit que pour avoir des effets sur Londres, New-York, Genève, Madrid ou Amsterdam, il faut payer des primes parfois élevées ; par contre, les effets sur Home et la Russie sont au-dessous du pair.
- Pour faciliter les transactions en lettres de change, il existe dans les principales places financières une bourse des changes, où opèrent des
- règlement serait préférable d’après le cours des changes.
- Vaut-il mieux acheter du papier sur telle place et l’expédier sur telle autre pour couvrir une dette, ou bien est-il plus avantageux de faire tirer une traite directement par son créancier? Ou encore le débiteur doit-il envoyer à son vendeur une remise? La recherche des combinaisons les plus favorables s’appelle arbitrage.
- On voit par ces brèves notations combien la question du change .est multiple, et qu’il est nécessaire de recourir à des professionnels lorsque — surtout en cas de guerre — on a à effectuer des paiements internationaux. A. P.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahure, rue de Fleuras, 9, à Paris.
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- LA NATURE.
- N° 2278.
- 26 MAI 1917
- L’INDUSTRIE DE LA TOURBE
- Parmi les remèdes proposés à la crise du charbon, l’exploitation et la mise en valeur de nos tourbières retient l’attention publique. La grande presse en entretient ses lecteurs, un projet de loi est déposé au Parlement. Il a paru opportun de résumer ici l’état de nos connaissances sur la tourbe, son industrie et son utilisation (1).
- On sait que la tourbe est une matière charbonneuse, résultant de la décomposition sur place de certains végétaux. La végétation reprend chaque année sur les parties en décomposition et les préserve de l’accès de l’air. La tourbe s’entasse ainsi sur de grandes épaisseurs et la tourbière présente parfois un bombement en son milieu, au-dessus des régions avoisinantes.
- La tourbe, à l’observation, montre un feutrage défibrés peu altérées, enveloppant une substance pulvérulente très foncée, constituée par des dérivés humiques et ulmiques nettement acides, qui lui donnent ses propriétés antiseptiques et colorent les eaux des régions tourbeuses. Le rôle des microorganismes dans la formation de la tourbe a été nettement mis en évidence par M. B. Régnault.
- On distingue généralement, en France, les tourbières de plateau et les tourbières de vallée, cette distinction parait artificielle et il est préférable de les classer d’après la nature des végétaux constitutifs. Une même tourbière peut, en effet, présenter, dans son épaisseur, les diverses variétés de tourbe.
- On distinguera donc les tourbes de mousse et les tourbes d’herbe. Chacun de ces groupes pourrait se subdiviser à son tour. —
- Le type de la tourbe de mousse est la tourbe de sphaignes, riche en cellulose, généralement peu humiûée, de séchage difficile. Ses propriétés élastiques et absorbantes la font employer à l’emballage, aux usages médicaux et surtout au couchage des animaux. La tourbe d’herbe s’emploie plutôt comme combustible; pour
- In g. i. Grand loachet.
- Fig. 2. — Couteaux rotatifs et fixes dans la machine Aurep.
- Nous avons emprunté aux publications officielles du Ministère canadien des mines: Tourbe et Lignite(E. Nystrom) Peut, Lignite and Coal (B. F. Haanei). Enquêtes sur les tourbières canadiennes (Al. Aurep) de nombreux renseignements et notamment les figures 2, 3, 4, 5, 6.
- cet usage, la meilleure est celle d’ériophores, qui donne un combustible noir, lourd, compact, de séchage rapide et peu cendreux, parfois moins de 1 pour 100 de cendres. .
- La formation de tourbe est un mode très général de sédimentation. Beaucoup de lacs de montagne lui doivent leur assèchement, tels les lacs volcaniques du Massif Central. M. Glangeaud signale à l’Académie des Sciences l’existence de 200 tourbières, rien que dans le Massif du Mont Dore. Une grande partie du territoire hollandais, toute la côte frisonne, etc..., ont été gagnées sur la mer par la tourbe.
- Les conditions d’installation d’une tourbière, qui sont : une eau suffisamment stagnante pour éviter la destruction totale des parties végétales par excès de l’apport d’oxygène, un climat humide, assez doux pour un fort développement de la végétation, pas trop chaud pour que la décomposition ne soit pas totale, se trouvent réalisées de façon optima dans la zone d’extension des anciens glaciers. Le surcreusement glaciaire a laissé des dépressions où l’eau stagne, le climat est favorable. De là le grand développement des tourbières en Scandinavie, en Russie, en Allemagne, au Canada.
- On estime qu’elles couvrent I /25e de la superficie totale en-Allemagne, 1/16® au Danemark, 1/17e en Irlande. En Russie on compte plus de 58 OUO 000 d'hectares de tourbières, plus de 50 000 miles carrés au Canada. La production russe dépasse 4 000 000 de tonnes, la production hollandaise est supérieure à 1 000 000 tonnes j1).
- Dans tous ces pays l’industrie tourbière est très ilorissante, l’État l’encourage de son appui. En Suède, en Russie il existe des écoles tourbières et des Sociétés d’encouragement subventionnées. En Allemagne, en Autriche, en Hollande, ces Sociétés se préoccupent surtout de récupérer les tourbières pour l’agriculture.
- Pour la France, en l’absence de statistiques récentes, il est difficile de donner des chilîres. On peut cependant compter sur une superficie tourbière de plusieurs dizaines de milliers d’hec-1. E. Nystrom. Tourbe et Lignite.
- 45° Année. — 1" Semestre.
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- L'INDUSTRIE DE LA TOURBE
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- tares (*) répartie sur plus de 50 départements. Les seuls marais de la Grande Brière, près Saint-Nazaire, couvrent 15 000 hectares. La production totale; en 1;015 a été de 58 500 L, d’un prix moyen de 12.fr. 57 la tonne. La plus forte production venait des départements de la Somme et de l’Aisne.
- La tourbe et son industrie. — L'industrie de la tourbe était chez nous, avant la guerre, en grande décroissance. La production en 1908 était de 80 000 t.; en 1909, 78 600 ; on a vu les chiffres pour 1915. Parmi les causes de cette situation, il faut noter la multiplicité des petites exploitations: 1078 dans l’Isère en 1912 pour 5215 t. (2). La loi des mines concède le droit d’exploiter au propriétaire du sol. Les petits exploitants ne peuvent faire les frais nécessaires de drainage et d’outillage. La pénurie de main-d’œuvre aidant, on s’explique le déclin de la production.
- L’extraction de la tourbe ne se pratique guère qué pendant la belle saison, une fois la tourbière dégelée et les conditions atmosphériques favorables au séchage. On voit là un gros obstacle au recrutement de la main-d’œuvre et à la création de coûteuses installations mécaniques, qui ne travaillent qu’une partie de l’année. À Koskivara, Suède, par 66°39' de latitude, la campagne ne dure que deux mois !
- La tourbe en place contient jusqu’à 90 pour 100 d’eau, toutes les fois que ce sera possible on fera précéder l’exploitation d’un drainage soigné, surtout près de la surface. Ainsi on la raffermira et facilitera l’accès des chantiers et l’installation des appareils; enfin, l’exploitation terminée, la tourbière pourra être livrée à l’agriculture. L’exploitation sans drainage, au contraire, ne laisse que des étangs ou des marais. Ce sont de beaux terrains de chasse, mais des espaces perdus pour la culture et leur voisinage est peu salubre.
- L’extraction, elle-même, se fait à la bêche ou à la machine. Quand on exploite sans drainage, la bêche se transforme et l’on a le grand louchet (fig. i). Comme on ne peut descendre dans la tourbière, le manche doit être assez long pour permettre l’extraction de la tourbe jusqu’au fond.
- Quant aux machines, quelques-unes sont, en somme, des louchets mécaniques, mais on emploie plus souvent des excavateurs à godets à bord tranchant. Après drainage préalable, on les installera aisément sur le fond de la tourbière, ou sur une voie parallèle au bord de la tranchée en exploitation, que l’on ripe en suivant l’avance des travaux.
- Si la tourbière n’est pas drainée, le mieux est de, placer la machine sur un bac, la tourbe en porterait difficilement le poids. Le point d’attaque doit pouvoir être facilement déplacé sur le front d’aba-tàge pour ne pas arrêter le travail, quand la ren-
- 1. En 1858 Challeton les estimait à 600.000 hectares. ?
- 2. Chiffres extraits des rapports des ingénieurs des Mines
- aux conseils généraux. . '
- contre d’une souche nécessite son dégagement à la main.
- Ces machines 'permettent une grande réduction de main-d’œuvre, elles sont robustes et fonctionnent dans de bonnes conditions économiques quand la production est importante et que la tourbe se prête à leur emploi ; c’est-à-dire qu’on n’y trouve que peu de souches et de troncs enlisés. Les méthodes dépendent étroitement de la tourbière, il faut se garder des solutions a priori.
- Que l’extraction se fasse à la bêche ou à la machine, on installe toujours, dans les grandes exploitations, des moyens de manutention mécanique, transporteurs à raclettes et toiles sans fin, qui amènent la tourbe du fond de la tranchée à I l’usine ou à l’aire de séchage.
- Les emplois principaux de la tourbe se groupent sous deux chefs : 1° utilisation de son pouvoir calorifique et de ses sous-produits ; 2° utilisation de ses propriétés physiques, pouvoir absorbant et élasticité. Les autres emplois, pour lesquels on a préconisé la tourbe, ne sont guère que des curiosités de laboratoire, loin d’être au point pour une exploitation industrielle rémunératrice.
- 11 ne sera pas inutile de rappeler la composition et le pouvoir calorifique des divers combustibles. Les chiffres, donnés par le professeur Klason de Stockholm, se rapportent aux produits secs, abstraction faite des cendres. Une tourbe hien séchée, contenant 25 pour 100 d humidité et 8 pour 100 de cendres, donnera au maximum 4000 Cal/kg; environ la moitié du pouvoir calorifique de la houille.
- Composition. Bois Tonrlie. Lignite. Houille.
- Carbone. 52 58 66 81
- Hydrogène 6,2 5,7 4.6 5,2
- Uxvgène 41,7 35 28 1J,5
- Soufre » » » 1
- Azote 0,1 1,2 1 1,3
- Pouvoir calorifique. . 4 900 5700 6000 8000
- Humidité normale.. . 20 % 25 0/o 25% 7,5%
- La tourbe est un combustible médiocre : son pouvoir calorifique est faible, elle a peu de consistance et s’émiette facilement au feu, enfin son poids spécifique est peu élevé. L’utilisation directe de la tourbe n’a guère lieu qu’au voisinage des tourbières, sauf dans les pays dépourvus de houille comme en Scandinavie, ou à production insuffisante, comme en Russie ou au Canada. Elle peut alors concurrencer la houille grevée de lourds frais de transport. Combustible national, elle est protégée par des tarifs de faveur, ou des droits sur le produit importé. Une solution nouvelle consiste à la transformer en énergie électrique au voisinage des tourbières. Combinée avec la récupération des sous-produits, elle présente un grand intérêt.
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- Fig. 3. — Machine Aurep à faire les bûches de tourbe.
- Avant son utilisation, La tourbe doit être soumise au séchage. Celui-ci peut s’opérer sur les mottes extraites de la tourbière et l’on a la tourbe coupée, ou être précédé d’une préparation mécanique sommaire, consistant en un malaxage avec ou sans addition d’eau et l’on a la tourbe malaxée et la tourbe pressée à la machine.
- Cette dernière préparation, surtout, est intéressante. Elle donne un produit beaucoup plus homogène, mélangeant les diverses couches de la tourbière, broyant et incorporant à la pâte les fibres et racines qui s’y trouvent et qui, au séchage, gênent le retrait. Enfin elle augmente le poids spécifique du produit.
- Des essais comparatifs sur une même tourbe ont donné, après séchage, un poids spécifique de 0,7 pour la tour fie coupée et de 1.05 pour la tourbe pressée à la machine. Les frais de traitement sont minimes.
- Les machines à tourbe pressée ressemblent fort à celles qui servent à la fabrication des briques. Une barre à couteaux hélicoïdaux malaxe énergiquement la tourbe et la presse à travers une embouchure de section appropriée. I a tourbe qui sort est coupée à la longueur voulue, les pains obtenus sont envoyés au séchage.
- Un inventeur a proposé de donner à l’embouchure une forme circulaire et de la munir de saillies rayonnantes. Ses bûches de tourbe ne reposant que sur une génératrice, on évite la main-d’œuvre pour retourner la tourbe pendant le séchage. Les fentes radiales activent le séchage et facilitent la combustion.
- Un point important est d’éviter l’enroulement des fibres et des racines autour de l’arbre. Une bonne machine, à ce point de vue, est la machine suédoise Aurep (fig. 5). Les couteaux hélicoïdaux de l’arbre tournent entre des couteaux fixes, adaptés au bâti, dont la partie centrale entoure à demi l’arbre, ce qui évite tout entortillement (fig. 2).
- Coupée à la bêche, malaxée avec de l’eau ou pressée à la machine, la tourbe arrive au séchage.
- Ce séchage se fait toujours sous l’action des agents atmosphériques, soleil et vent, à l’air libre ou sous de légers hangars. On amène ainsi la tourbe à un taux d’humidité, variable avec la saison, entre 25 et 50 pour 100. La tourbe, surtout la tourbe coupée, reprend facilement l’humidité qu’elle a perdue et le résultat du séchage est toujours aléatoire.
- On a fait de nombreux essais pour sé libérer de cet aléa. On
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- L’INDUSTRIE DE LA TOURBE
- a tenté de chasser l’eau par compression ; de très fortes pressions, obtenues à la presse hydraulique, laissent encore dans la tourbe 60 à 70 pour 100 d’eau. On a essayé l’application d’un courant électrique parallèle à la pression; l’eau aurait tendance à s’écouler au point de sortie du courant. Ces essais ont été infructueux. Quant à l’emploi de la chaleur artificielle, un calcul simple, ;basé sur le pouvoir calorifique de la tourbe et la chaleur de vaporisation de l’eau, montre le peu ;qu’on en peut attendre économiquement.
- La difficulté du séchage par la pression, tient à la consistance gélatineuse de la tourbe, analogue à celle de la silice ou de l’alumine. M. Ekenberg, de Londres, a montré que la tourbe chauffée peu de temps, sous pression, à une température supérieure à 150° perd sa consistance gélatineuse et peut
- Fig. 5. — Gazogènes à tourbe.
- être séchée par compression. Le produit obtenu se transforme facilement en briquettes, sans addition d’agglomérant.
- Cette idée est séduisante, le procédé, expérimenté à Stafsjô, Suède, ne s’est pourtant pas répandu. On semble avoir été arrêté par des difficultés dans le fonctionnement continu des fours, par les pertes de l’opération qui ne rend que 80 pour 100 (avec, il est vrai, un léger accroissement de 10 pour 100 du pouvoir calorifique), enfin, par le fait que le filtre presse, à 10 kg/cm2 ne permet guère d’obtenir un produit à moins de 70 pour 100 d’humidité. Il faudrait d’autres moyens qui ne paraissent pas avoir été réalisés industriellement.
- L’analogie qui existe entre la tourbe séchée'et le lignite a naturellement conduit à tenter la transformation en briquettes. On opère sur de la tourbe à 50 pour 100 d’eau, broyée, séchée et comprimée sans additions, à de très fortes pressions, dans des presses à moule ouvert. Les briquettes obtenues
- sont cohérentes, mais se tiennent mal au feu. Les frais de séchage et de fabrication, vu les pressions nécessaires, sont prohibitifs. Les usines ouvertes, en Allemagne, en Russie, en Hollande, ont dù fermer.
- On a proposé, au contraire, l’emploi du 'poussier de tourbe (comme on a préconisé l’usage du poussier de houille). Une usine a été montée à Back, Suède, d’après le procédé Ekelund que l’on tient secret. Ce procédé qui, d’après son inventeur, résoudrait, la question de la tourbe, ne semble pas s’être généralisé.
- Le poussier de tourbe exige des foyers spéciaux. Il n’en est pas de même des autres combustibles solides obtenus à partir de la tourbe. On peut les employer directement pour le chauffage domestique ou les usages industriels. La tourbe brûle lentement et convient bien aux poêles d’appartement.
- j Pour l’emploi sous les chaudières, il faudra, à égale puissance de vaporisation, de plus grandes surfaces de grille, des barreaux plus rapprochés et une modification du tirage. On emploiera utilement des grilles en gradins, comme pour les menus, afin d’éviter les pertes par l’émiettement.
- Il ne faut pas, bien entendu, demander à la tourbe plus que ne peut donner son pouvoir calorifique, on doit s’attendre à des réductions de puissance. Voici des résultats obtenus pour la production de vapeur.
- Kg de vapeur. ) Tourbe pressée. Demi-coke. Houille.
- par kg de ) 4,3 6,6 7,4
- Comme les autres combustibles, on peut carboniser la tourbe pour en retirer du coke et des produits volatils. La figure 6 représente le fourZiegler employé en Allemagne et en Russie. C’est une cornue très baule, chauffée extérieurement par les gaz produits. L’appareil est à fonctionnement continu ; on retire le coke périodiquement à la partie inférieure et le laisse éteindre dans des wagonnets étouffoirs. On peut opérer une carbonisation complète ou une demi-carbonisation pour obtenir du coke de tourbe ou du demi-coke.
- Ces deux produils diffèrent surtout par les teneurs en carbone et en oxygène et par le pouvoir calorifique, qui est de 7900 pour le coke et 6700 pour le demi-coke.
- Le coke peut être employé aux usages mélallurgi-
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- L’INDUSTRIE DE LA TOURBE
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- Fig. 6. — Four Ziegler.
- ques, le demi-coke sert surtout à la production de vapeur.
- La matière première est la tourbe séchée, on obtient 25 à 35 pour 100 de coke, ou 45 à 50 pour 100 de demi-coke. Les gaz obtenus suffisent largement à la chauffe des fours ; il ne paraît pas que l’on ait tenté d’en récupérer une partie par l’emploi de régénérateurs de chaleur, ni d’en, extraire les benzols, d ailleurs en faible quantité (1 pour 100 de carbures supérieurs).
- La production de goudrons et d’eaux ammoniacales est plus intéressante. On obtient en fabriquant le coke 4 à 5 pour *100 de goudrons et beaucoup d’eaux. Ces goudrons donnent à la distillation des huiles légères, des huiles lourdes et du phénol; il reste une sorte de paraffine et de l’asphalte. On obtient plus de produits volatils qu’avec le goudron de houille, environ 50 pour 100. Quant aux eaux, on en retire par tonne de tourbe 3 kg 7 d’alcool méthylique. 5 kg de sulfate d’ammoniaque et 9 kg d’acétate de chaux.
- Les frais de fabrication sont élevés, mais en grande partie couverts par la vente des sous-produils ; ils le seront même entièrement si le marché est favorable.
- De la carbonisation à la gazéification, il n’y a qu’un pas. L’emploi de la tourbe au gazogène est aujourd’hui très général. Depuis longtemps on le pratique en Suède pour les besoins de la métallurgie. Les avantages, chaque jour reconnus, des combustibles gazeux lui ont conquis un champ de plus en plus vaste. Le gaz de tourbe, après avoir servi au chauffage des fours et à la production de vapeur, est employé maintenant dans les moteurs à gaz pauvre. Comme dernier effort vers une utilisation rationnelle, il faut noter la récupération des sous-produits contenus dans le gaz, spécialement de l’ammoniaque.
- La production de gaz pour le cbauf- Kôrting.
- fage n'offre aucune difficulté spéciale; ces appareils sont très répandus. Un obtient, par tonne, 2000 à 3000 m3 de gaz donnant 1200 à 1400 Cal/m5.
- Pour l’emploi dans les moteurs, le gaz doit être soigneusement épuré. L’épuration se fait comme pour le gaz d’éclairage. Il y a peu de composés sulfurés; il faut surtout bien condenser les eaux
- ammoniacales et les goudrons. Ceux-ci, en brûlant dans le cylindre, forment de petites croûtes de coke et collent les soupapes.
- Korling s’est efforcé d’éviter la formation de goudrons de la façon suivante. Les gaz produits par la distillation de la tourbe en A (fig. 7), sont amenés par T à la partie inférieure du gazogène et mêlés à l’air soufflé; les goudrons entraînés distillent en traversant la couche de coke incandescent en B; la sortie définitive des gaz se fait en S. L’étranglement E doit opposer une résistance suffisante au assige direct des gaz de À en B. Aux essais, un gazogène Korting a donné le cheval-heure effectif pour 1 kg 37 de tourbe à 32 pour 100 d’eau.
- On sait depuis longtemps qu’on obtient les meilleurs rendements en ammoniaque, en opérant en présence d’un grand excès d’eau et à t° aussi basse que possible. Le gazogène Mond, qui fonctionne sur ce principe, a donné, avec la houille, de bons résultats. On a voulu l’employer avec la tourbe,pour utiliser la grande quantité d’eau que contient ce combustible. Des usines ont été montées à Orentano (Italie) et Osnabrück (Allemagne).
- A Orentano, la tourbe reçue renferme
- 33 pour 100 d’eau ; on en parfait le séchage à la chaleur jusqu’à 15 pour 100. On obtient alors par tonne 1610 m3 de gaz à 1380 Cal ; 1 /3 est disponible pour les moteurs, le reste est pris par la récupération du sulfate et le séchage de la tourbe. La vente du sulfate couvre à peu près tous les frais et l’énergie est à un prix de revient très bas. La main-d’œuvre est, il est vrai, très bon marché.
- A Osnabrück, où on employait delà tourbe à 60 pour 100 d’eau, l’usine a dû fermer. Les rendements en sulfate,
- 34 kg 5 par tonne de tourbe sèche-(76 pour 100 de l’azote total récupéré) étaient pourtant satisfaisants; mais la force disponible était faible. Il fallait encore une forte addition de vapeur dans le vent. L’eau évaporée à la partie supérieure ne paraît pas entrer en réaction.
- M. Haanel estime le procédé intéressant pour des teneurs en humidité inférieures ou égales à 35 p. 100 et des teneurs en azote supérieures ou égales à 1,5 pour 100 dans le produit sec.
- Nous passerons rapidement sur le second groupe
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- 326 —:.. NOUVELLE BRIQUE EN CIMENT
- d’emplois de la tourbe, la France étant pauvre en gisements convenables. La tourbe de sphaignes, qui convient le mieux à ces usages, sera aussi peu humiliée que possible. Un essai sommaire, fait par pressage à la main, doit donner une eau limpide et laisser comme résidu une mousse légère, non décomposée et de couleur claire.
- L’extraction se fait comme pour la tourbe combustible, mais la campagne commence généralement à l’automne et se poursuit jusqu’aux gelées. On laisse geler sur place, ce qui ne nuit pas au travail ultérieur, comme pour la tourbe combustible, mais facilite le séchage et le déchiquetage.
- La mousse litière, après séchage, est en effet déchiquetée entre des rouleaux munis de dents. Ou tamise pour séparer le poussier produit et les fibres ainsi isolées sont agglomérées en balles, comme du foin pressé.
- Bien séchée à l'air, la mousse litière absorbe plus d’humidité que les autres substances de couchage. Elle absorbe également mieux l’ammoniaque et les gaz malodorants. Les essais de la Svenska Moss-Kulturforeningen à Flahult ont donué :
- Nature Poids d’eau Poids de fumier par animal Azole dans
- de la litière. absorbé par kg. et par jour. le fumier.
- Sciure de bois . . 2,8 — 5,2.b 20 kg 7 0,138
- Paille 3,6 — 4,5 13 kg 7 0.157
- Mousse de tourbe. 8 — 16 18 kg 3 0,185
- Cette industrie est très prospère en Allemagne et en Suède.
- La mousse de tourbe s’emploie aussi pour l’isolation et l’emballage; elle conduit mal la chaleur, on en enveloppe les tuyaux à préserver de la gelée ou de la condensation ; légère et élastique elle protège et couvre bien les objets qu’on y emballe.
- On a proposé de l’employer pour remplacer le coton hydrophile dans les pansements et cet usage paraît s’èlre répandu en Allemagne pendant la guerre. On profiterait môme des propriétés légèrement antiseptiques de la tourbe.
- Ses propriétés antiseptiques et son fort pomoir décolorant ont fait employer le poussier de tourbe pour l'assainissement des fosses d’aisances et l’épuration des eaux d’égout.
- On a enfin proposé l’emploi delà tourbe, matière cellulosique pour la fabrication du papier, de tissus, d’alcool, etc.... Il n’y a là que des essais qui n’ont pas encore donné de résultat.
- On a pu voir l’extension prise par l’industrie tourbière dans certains pays. 11 faut souhaiter que cet exemple soit suivi en France. Si on compte 500 kg de combustible par m3 en place, un ha de tourbière de 2 m. d’épaisseur fournira 6000 t. Nous avons donc des réserves notables, dont l’utilisation serait précieuse pour diminuer nos achats à l’étranger. Le sulfate d’ammoniaque et les autres sous-produits trouveraient des débouchés pour l’agriculture d’une part, la jeune industrie des matières colorantes de l’autre. L’heure paraît propice à l’épanouissement de l’industrie de la tourbe. Louis Renié.
- NOUVELLE BRIQUE EN CIMENT
- Alors que la guerre, et, avec elle, toutes les dévastations dues au vandalisme teuton, soulève nombre de problèmes pour la reconstruction, la reconstitution plutôt, des cités et régions envah es et meurtries, il a semblé utile à La Nature de faire connaître à ses lecteurs une nouvelle invention due à M. Paul Decauville, le célèbre créateur du chemin de fer qui porte son nom, et qui, soit pour la défense contre l’eau, soit pour le revêtement de tranchées, soit, enfin, pour l’édification rapide et économique de constructions, peut recevoir dès maintenant et pourra recevoir après la guerre dé nombreuses applications.
- Après avoir, par son chemin de fer, facilité le transport de la terre, M. Decauville a voulu défendre celle-ci contre les érosions fluviales et maritimes. Pour cela, il a imaginé, à l’aide de briques d’une forme spéciale, une sorte de cuirassement flexible des berges, talus, digues, qui les met absolument à l’abri de l’eau.
- Jusqu’alors on employait dans ce but des perrés à surface plus ou moins rugueuse, d’un poi Is énorme, et reposant sur le fond. Au moment des grandes crues, des tempêtes violentes, l’eau rapide
- des cours d’eau, les vagues tumultueuses de la mer, s’accrochant aux rugosités des pierres des perrés, les frappent comme à coups de bélier, et, presque toujours, finissent par les détruire.
- Sur la cuirasse qui ne présente aucune aspérité, l’eau glisse, au contraire, comme sur une surface huilée, sans rencontrer la moindre résistance, sans produire aucun dégât, et il semble bien que cette cuirasse mérite la cote n° 1 (surface 1res unie), de la formule de Bazin, pour les calculs de l’écoulement de l’eau.
- Tout le poids des perrés, de plus, repose sur le fond de la mer ou des cours d’eau. Lorsque ce fond est aiïouillé par les eaux — et c’ist le cas le plus habituel — ces perrés finissent par s’écrouler. La cuirasse flexible, par contre, est f&sée à la berge par sa partie supérieure, et ne fait que se poser, sans y peser, sur la partie inférieure de la berge. De plus, alors que le perré n’est qu’un revêtement, elle est, elle, un vêtement, et un vêtement souple, et, comme tout vêlement qui se respecte, elle épouse les formes du corps qu’elle doit protéger, quel qu’il soit : dune, berge ou talus.
- Enfin, en cas d’affouillement de la partie infé-
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- rieure par les eaux, la souplesse de cette cuirasse lui permet de s’appliquer sur la nouvelle configuration des terres qu’elle continue, par suite, à protéger.
- La brique. — Voyons, maintenant, ce qu’est la brique qui sert cà la confection de cetle cuirasse. Celle-ci, fabriquée là où on doit l’employer, est faite avec un mortier très peu mouillé, composé de 300 kg de ciment Portland pour un mètre cube de sable pris sur place. Elle mesure 26 cm de longueur sur la grande face, 21 cm sur la petite face, 85 mm d’épaisseur et 140 mm de hauteur. Son poids est de 5 kg et il en faut 3<> par mètre carré. Elle est percée, dans le sens de la hauteur, de deux trous de 18 mm de diamètre.
- L’assemblage de ces briques a lieu à l’aide de fils d’acier galvanisé n° 18 (5 mm 4) ou bien, pour l’eau salée, de fils d’aluminium pur n° 19 (3 mm 9) ou, encore, de fil Steelcop n° 18 (5 mm 4) composé d’une àme d’acier de 2 mm 7 enrobée d’une couche de cuivre qui lui donne le diamètre de 3 mm 4. Le fil Steelcop résiste à l’eau de mer tout aussi bien que le fil d’aluminium pur, mais sa résistance plus grande le rend préférable pour les hauts revêtements.
- Il semble, à première vue, que le diamètre des trous soit exagéré. Il est cependant nécessaire, tout d’abord pour que les broches qui doivent faire ces trous dans le mélange de sable et de ciment aient une résistance suffisante, ensuite pour que l’enfilage des briques puisse se faire rapidement. Mais ces trous sont excentrés de telle façon que, les briques étant en place, ils ne laissent entre eux .qu’un intervalle de .5 mm et que les fils sont forcés d’appuyer sur la tangente extérieure du trou, obligeant ainsi les briques à se serrer.
- Le profil des extrémités de ces briques est remarquablement étudié. Lorsque deux d’entre elles sont placées l’une à côté de l’autre, la première grande face en avant, la seconde grande face en arrière, les deux extrémités en contact coïncident dans toutes leurs parties, suivant une ligne sinueuse qui fait que les briques assemblées et maintenues par les fils d’acier ne peuvent se déplacer les unes par rapport aux autres et forment cette surface unie, sans aucune aspérité, qui offre à l’eau le minimum de résistance.
- Deux rainures sont ménagées sur et sous chaque brique. Elles devaient, en principe, recevoir un
- joint en alfa destiné à protéger les talus sablonneux contre l’action de l’eau, mais il a été bientôt constaté que ces rainures se remplissent rapidement d’un limon qui obture parfaitement.
- Fabrication des briques. — Ces briques, avons-nous dit, sont faites sur place. On les obtient au moyen d’une presse portative dont le modèle le plus perfectionné date de 1913. Cette presse est . manœuvrée par deux ouvriers, un chei de presse et son aide. Elle se compose essentiellement : 1° De deux moules juxtaposés que ferme un couvercle à glissière manœuvré à l’aide d’un levier à excentrique; 2° d’un chargeoir à glissière dans lequel on verse le mortier, et qui peut être poussé au-dessus des moules; 5° de deux grands leviers qui donnent la pression et compriment le mortier dans les moules; 4° d’un levier de démoulage qui permet de sortir les briques; 5° comme accessoire, d’une pince spéciale avec laquelle on enlève les briques.
- La fabrication de ces briques est simple, les moules étgnt ouverts, le chargeoir est rempli jusqu’au niveau indiqué, puis poussé deux ou trois fois au-dessus des moules dans lesquels il se vide par le fond. II est alors ramené en place, et les .moules sont fermés à l’aide du couvercle. Le chef de presse et son aide, en trois coups de levier, donnent alors la pression. Pendant que les deux leviers sont
- relevés par l’aide, le chef de presse fait glisser le couvercle des moules au moyen du levier à excentrique. L’aide appuie alors sur le levier de démoulage, pour sortir les briques et, à l’aide de la pince spéciale, le chef de presse les enlève, pendant que l’aide remplit le chargeoir. 11 faut 40 secondes en moyenne pour faire deux briques. La production de cetle presse, pour une journée de 10 heures de travail est, par suite, d'environ 1800 brii)ues (pour trois ouvriers, en y comprenant celui qui est chargé de la préparation du mortier), avec lesquelles on peut faire 60 m2 de cuirasse. Le rendement est donc des plus satisfaisants. Les briques peuvent être employées au bout d’une huitaine de jours, mais elles sont d’autant meilleures que leur fabrication est plus ancienne.
- Pente des talus. — Avant la pose des briques doivent avoir lieu le réglage et le nivellement du talus. Celui-ci n’est en somme que l’hypoténuse d’un triangle rectangle dont l’angle droit se trouve
- Fig. i. — Vue d'une brique en ciment.
- Fig. 2. — Mode d'assemblage des briques.
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- au point de rencontre de l’horizontale passant par la base du talus et de la verticale abaissée sur cette base du sommet-de ce talus.
- La pente s’indique à l’aide d’une fraction dont les numérateur et dénominateur expriment la longueur de la base horizontale par rapport à la hauteur verticale. Celle-ci, par exemple, étant de i m., la pente sera de d/2 si la base mesure seulement un demi-mètre, de d/l si la base mesure un mètre, de 5/4 si la base mesure 1 m. 25, de 3/2 si la base mesure 1 m. 50 et ainsi de suite.
- Les talus à recommander sont : 1/1 pour les terres taillées: 5/4 ou 3/2, pour les terres rapportées; 3/2 ou 3 4/2 pour les dunes de sable fin.
- Pose des briques. — La pose des briques est très simple et facilitée par un outillage approprié. Il est fait usage pour cela, de claviers de 3 m. de long, maintenant chacun 25 fils à l’aide de clavettes serre-fils en bois.
- Ces claviers sont peints de couleur rouge et blanche pour que le poseur, d’en bas, puisse guider plus facilement le lanceur.
- Dès que les fils sont coupés à la longueur voulue, c’est-à-dire de façon à dépasser les claviers de 10 à 15 cm, on les attache, à la partie inférieure, autour d’un câble fait de deux fils tordus qui constituera la base de la cuirasse. La boucle entourant le câble doit être assez lâche pour glisser facilement sur ce câble, afin que les briques puissent être serrées le plus possible.
- Ceci fait, il ne reste plus qu’à enfiler les briques dans les fils de fer. Un ouvrier placé au clavier est chargé de ce soin. A la partie inférieure, pour éviter les chocs, le poseur reçoit la brique sur une sorte de balai et effectue la mise en place à l’aide d’un petit maillet de bois. Pour que le travail soit parfait, le rang inférieur de briques doit être placé bien horizontalement, ce dont on s’assure à l’aide d’un niveau. Au fur et à mesure que le revêtement monte, il faut, de plus, vérifier la pente au moyen d’un gabarit muni d’un niveau d’eau et correspondant à la pente adoptée.
- Le revêtement terminé, les fils sont sortis du clavier, tordus deux par deux, puis quatre par
- quatre et le câble ainsi obtenu est enroulé autour de briques ou de grosses pierres enfoncées profondément dans le sol à la partie supérieure de la berge ou de la dune et qui font l’office de corps morts. Avant de faire ces ancrages, les fils sont tendus régulièrement à l’aide d’un treuil portatif.
- Lorsque le sol sur lequel est posée la cuirasse est argileux et ne peut être délayé par l’eau, le revêtement offre une résistance absolue. S’il est, au contraire, constitué de sable très fin, bien que l’eau ne tarde pas à déposer un colmatage qui obture les interstices, il n’est pas nuisible de le recouvrir de carton bitumé sur lequel sera posée la cuirasse de briques.
- Suivant les cas, la cuirasse peut être construite
- de diverses manières, soit à sec sur base ferme, soit même dans l’eau. Elle peut d’ailleurs être établie à sec, puis descendue dans l’eau à toutes profondeurs en la faisant glisser tout entière sur une sorte de gril fait de rails Decau-ville posés parallèlement sur le sol, rails qu’on peut abandonner en place, en raison de leur prix peu élevé, ou arracher après la pose au moyen d’engins suffisamment puissants. Les applications de ce sys^-tème de revêtement, nous l’avons dit, sont fort nombreuses.
- Il peut servir à protéger les berges des canaux, rivières, torrents impétueux des montagnes, dunes de sable de la mer et, dans tous ces cas, il se montre d’une résistance à toute épreuve/ainsi que le prouvent de nombreux travaux effectués depuis quelques années, dans toutes les parties du monde, et qui ont victorieusement résisté aux gels et dégels successifs, aux plus grandes inondations et aux plus violentes tempêtes.
- Application aux tranchées. — La solidité de ces revêtements a donné à M. Decauville l’idée de les utiliser dans la construction des tranchées nécessitées par la guerre actuelle.
- Les Allemands paraissent d’ailleurs avoir, de leur côté, fait un usage très fréquent du béton armé pour la construction des réduits des tran-
- Fig. 3. — La presse permettant de faire des briques.
- Le: chargeur empli de mortier va être posé sur les 2 moules.
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- chées qui constituent la fameuse ligne ïïinden-burg.
- fi Heureusement la puissance de l’artillerie franco-britannique a eu raison de ces formidables entassements de blocs de ciment.
- Appl i cation aux constructions. — 11 est une autre application qui présente plus d’intérêt encore. Le fabricant, en construisant un pavillon de démonstration à l’aide d’élément s posés à sec, a prouvé que ce type de briques pouvait servir à élever des murs, permettant d’établir des constructions très économiques et anti-sismiques et même des planchers ou, tout au moins, les planchers du rez-de-chaussée.
- Les briques employées sont de trois types : d° sable et ciment, de 100 mm d’épaisseur, pesant 180 kg au mètre carré (la même brique peut être utilisée, ainsique l’a montré l’expérience pour construire des murailles de 40 cm d’épaisseur, formées de deux rangs de briques avec remplissage de l’intérieur en mâchefer pulvérisé) ; 2° sable et ciment, de 85 mm d’épaisseur, d’un poids de 150 kg au mètre carré pour constructions plus légères;
- 5° mâchefer et ciment, de 85 mm d’épaisseur, pesant 105 kg au mètre carré. Ces briques, moins lourdes, conviennent particulièrement pour cloisons intérieures.
- Pour l’édification de ces constructions, il n’est nullement besoin des claviers employés pour les cuirassements. M. Decauville recommande, pour leur
- montage, l’emploi de fil de fer de 5 mm, du même type que celui qui est utilisé dans les constructions en ciment armé. Ce fil est coupé en tronçons de 0 m. 98, 0 m. 84, 0 m. 70 ou 0 m. 56, toutes ces longueurs élant des multiples de 0 m. 14, hauteur delà brique. Ces fils sont introduits dans les trous des briques au fur et à mesure que le mur s’élève. Une seule recommandation, très importante : ne jamais poser l'un près de l'autre deux fils de même hauteur. Moyennant cette simple précaution, l’assemblage de briques produit une muraille d’une solidité et d’une rigidité extraordinaires, en même temps que sa construction est très rapide. Les deux rainures ménagées en dessus et en dessous de chaque brique peuvent être garnies d’un mortier léger ou servir de passage à des fils de fer
- qui relieront les angles, où l’on peutfixerune tige de fer de 15 cm, aux poteaux placés pour la charpente ou les ouvertures.
- Les briques d’angle peuvent encore être remplacées par des blocs d’angle fabriqués à la main dans des moules spéciaux.
- D’autres moules, d’ailleurs, sont en fabrication pour l’obtention de blocs permettant d’élever rapidement des cloisons à l’endroit où l’on voudra. La forme particulière et si remarquable de cette brique, la simplicité de sa fabrication, la modicité de son prix de revient," et la multiplicité de ses applications nous ont paru justifier l’étude que nous lui avons consacrée. Georges Lanorvilre.
- Fig. 4. — La confection d’un revêtement en briques.
- Fig. 5. — Travaux de cuirassement contre la mer effectués au Japon.
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- Dans les éludés précédentes nous avions indiqué très rapidement les moyens et les dispositifs employés pour améliorer le rendement des installalions industrielles. Nous avions parlé de l’éclairage de la manutention mécanique, dès moyens de transports à l’intérieur de la fabrique. Le public français et les industriels commencent à accorder à ces questions l’importance qu’elles méritent, nous n’en voulons pour preuve que la création au sous-secrétariat d'État des munitions d’un service chargé d’étudier
- atlantique pour assurer la ventilation rationnelle des usines, la propreté des ateliers et le confort des ouvriers.
- Dans un espace fermé où travaillent plusieurs personnes, l’air devient rapidement vicié et de plus ' des machines qui toujours provoquent des vibrations plus ou moins sensibles, déterminent la mise en suspension des poussières.
- L’aération par les seules fenêtres est en général insuffisante, sauf lorsque les dimensions des pièces sont considérables et qu’il n’y a pas dans l’atelier dégagement abondant de lumière ou de poussières. D’une façon générale, tout système de ventilation naturelle, c’est-à-dire basé sur les courants d’air qui peuvent s’établir normalement, est nettement médiocre, surtout qu’il ne peut être ni modifié ni contrôlé. Les étages supérieurs sont peu ou
- Fig. i. — Une usine malpropre comme on en voit trop souvent de nos jours.
- et d’imposer même aux usines travaillant pour la Défense nationale, des mesures propres à réduire la main-d’œuvre employée aux diverses manutentions.
- Si louable que soit celte innovation, on peut rester sceptique quant aux résultats pratiques qu’elle obtiendra : perfectionnements et administration étant, l’expérience l’a malheureusement trop prouvé, incompatibles en France.
- Le matériel n’est pas tout dans une fabrication, il est une machine qu’il importe par-dessus tout de soigner, car c’est d’elle que dépend le fonctionnement des autres ; nous voulons parler de la machine humaine. En France, on ne s’en occupe pour ainsi dire jamais, et ce ne sont pas les prescriptions et les règlements de l’inspection du travail dont le moins qu’on puisse dire est qu’elle est incompétente, qui peuvent être données en_exemple. Ici encore, il faut regarder ce qui se passe à l’étranger, en Amérique particulièrement. Nous allons passer rapidement en revue ce qui a été fait oulre-
- Fig. 2. — L’usine moderne type, propre, hygiénique et rangée.
- pas chauffés, tandis que les parties inférieures de l’usine sont au contraire surchauffées. De plus, le prix du chauffage et de la ventilation par un tel système est infiniment plus élevé que lorsqu’on emploie un ventilateur distribuant l’air sous pression.
- Une bonne installation doit donc être constituée par un ventilateur forçant l’air au travers d’un réchauffeur approprié et le distribuant ensuite sous pression dans des canalisations alimentant les divers ateliers.
- Le réchauffeur sera constitué par une série de tubes formant une sorte de jeu d’orgue dans lequel circule la vapeur d’échappement de la chaudière, ce qui n’entraîne pas de dépense exagérée
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- et ne crée pas de résistance notable au passage de l’air.
- Les tuyaux de distribution, économiquement fabriqués en tôle galvanisée, munis de bouches rectangulaires, en général déboucheront à environ 1 mètre en dessus du plafond des ateliers.
- Dans un certain nombre d'usines de construction récente, les ventilateurs sont installés sur le toit et les canalisations de distribution passent à l’intérieur de colonnes creuses munies d’ouvertures assez nombreuses pour qu’un grand volume d’air puisse être introduit dans les ateliers à faible vitesse.
- 11 est bon d’avoir deux prises distinctes pour l’alimentation du ventilateur assez éloignées l’une de l’autre de façon à pouvoir, surtout dans un centre industriel, tenir compte de la direction du vent qui peut rabattre les fumées et les poussières vers l’une des prises d’air.
- Une bonne ventilation n’est pas seulement obtenue lorsque l’air est fréquemment renouvelé. Il faut encore que cet air soit à un degré d’humidité con-
- venable que l’on peut admettre devoir être égal à 70 pour 100 du degré hygrométrique à la température considérée, c’est-à-dire que l’air ne doit pas contenir plus de 70 pour 100 de la quantité maxima de vapeur d’eau qui peut y exister en suspension à une température fixée et qui correspond à ce qu’on appelle la saturation.
- Un air trop sec, bien que procurant une sensation moins pénible qu’un air trop chargé d’humidité, détermine cependant une impression de malaise préjudiciable à la bonne exécution du travail, sans compter que dans certaines industries où les poussières sont abondantes, celles-ci
- restent plus facilement en suspension dans l’air. Enfin comme la capacité d’absorption de l’humidité est d’autant plus grande que l’air est plus loin de son point de saturation, les matières contenues dans les ateliers se dessèchent rapidement, ce qui, dans les filatures ou les manufactures de
- tabac par exemple, est à éviter.
- Il faut donc humidifier l’air que le ventilateur aspire. Plusieurs méthodes peuvent être employées. La plus mauvaise, mais la plus simple, consiste à faire passer l’air au travers d’une sorte de rideau d’eau, mais outre que la consommation d’eau est relativement élevée, le réglage du degré hygrométrique est très difficile.
- Un peu meilleure est la méthode consistant à faire passer l’air à travers une couche de coke, mais il faut une puissance supplémentaire pour vaincre la résistance qu’éprouve l’air à la traverser.
- Le meilleur procédé consiste à faire passer l’air à travers une chambre dans laquelle se produit une pulvérisation de très fines gouttelettes d’eau.
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- Dans un certain nombre d’industries où l’air est chargé d’odeurs plus ou moins agréables et où le renouvellement total'de l’atmosphère est difficile,
- Fig. 5. — Une forge n’est pas forcément un endroit sale et insalubre
- on se sert avec succès d’appareils à ozone. L’air ainsi ozonisé, non seulement détient les odeurs par son action oxydante, mais régénère aussi et revivifie l’atmosphère.
- On" voit, par les quelques lignes qui précédent, la complexité du problème et les dépenses qu’entraîne l’établissement d’un système d’aération rationnel. Ces dépenses ne sont d’ailleurs pas inutiles et l’expérience a montré qu’elles étaient justifiées par le rendement supérieur des ouvriers dont on économise ainsi la santé.
- Parmi les facteurs qui intluent sur la santé, la force et le rendement des ouvriers, il faut citer en première ligne, quelque imprévu que cela puisse paraître à la majorité des industriels, la propreté minutieuse non seulement de l’usine, mais aussi du personnel.
- Il est certains produits, ceux de l’alimentation par exemple, pour lesquels ces conditions sont indispensables. Dans d’autres industries, elles sont utiles surtout par l’action indéniable qu’exerce sur l’individu le milieu qui l’entoure.
- Dans une usine, mal organisée, où régnent le désordre et la malpropreté, l’ouvrier fatalement travaille sans goût, sans soins, quelle que soit sa bonne volonté.
- Un exemple typique a été constaté dans les chemins de fer. Au début les locomotives avaient de nombreux organes en cuivre poli que les chauffeurs entretenaient soigneusement.
- Lors du développement des grosses locomotives on jugea ce luxe de garnitures brillantes inutiles et on les supprima dans certains modèles. La comparaison entre le rendement et l’usure de ces nouvelles machines et de celles dans lesquelles les organes étaient polis conduisit rapidement à reconnaître que loin d’être inutiles ces organes qui forcent le mécanicien à nettoyer minutieusement et fréquemment sa machine étaient une garantie du bon entretien de toutes les autres pièces. Pour que l’on puisse exiger une propreté minu-
- Fig. 6. — Dans les usines où les matières à travailler nécessitent une certaine humidité, une canalisation aérienne assure la constance du degré hygrométrique de l’air.
- tieuse dans une usine, il est évident qu’il faut que lors de sa construction on ait eu cette préoccupation et que Ton ait réduit au minimum les
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- coins, les endroits difficilement accessibles où s’accumulent fatalement les débris et les poussières au détriment des machines et des pièces fabriquées.
- Des surfaces murales très lisses, en ciment ou eu faïence, [des plafonds et des planchers à arêtes arrondies ne coûtent pas plus cher que les constructions ordinaires et permettent un nettoyage bien plus facile et bien plus complet.
- Dans un grand nombre d’usines, par suite de la nature même des produits fabriqués, il y a accumulation de poussière, particulièrement sur le sol.
- Cette poussière mise en suspension par les ouvriers qui se déplacent s’introduit dans les engrenages des machines, et surtout pour les outils de précision, amène rapidement leur détérioration.
- Cela est particulièrement sensible dans les usines où le sol est un ciment dont la surface se désagrège constamment. Aussi faut-il répandre sur les planchers de la graisse, de l’huile ou des corps analogues, faciles à enlever et qui retiennent les poussières.
- Les machines elles-mêmes, qui toutes sont plus ou moins abondamment graissées, huilées, savonnées, etc., doivent être munies de carters spécialement étudiés pour recueillir le lubrifiant sans qu’il puisse en gicler dans toutes les directions, ce qui est presque toujours le cas.
- On peut dire qu’il n’y a pas d’industrie malpropre par essence et la figure 5 montre comment une forge, le type de l’atelier sale par excellence, peut être aménagée pour que le travail s’yfasse proprement, sans fumée et sans poussière.
- Si l’atelier doit être propre, l’ouvrier doit l’être aussi et c’est une idée qui en France n’a pas cours généralement.
- Tandis qu’en Angleterre ou en Amérique rien
- ne différencie dans la rue, l’ouvrier de l’employé, il semble qu’en France, le premier mette une sorte de gloriole à conserver hors de l’usine les traces visibles de son travail.
- La question des lavabos ne préoccupe guère ni les industriels ni leur personnel ; c’est un tort.
- Des lavabos autant que possible individuels, alimentés par l’eau chaude et l’eau froide à l’aide de robinets manœuvrés au pied, simples mais robustes, faciles à laver (en tôle émaillée par exemple) ne représentent pas une dépense exagérée et devraient être installés dans toutes les usines.
- Le savon doit être liquide ou en poudre, contenu dans des récipients spéciaux, pour éviter le gaspillage et par suite de sa commodité d’emploi.
- Dans certains cas même, lorsqu’il s’agit de travaux particulièrement durs ou sales, il y a lieu d’installer des bains.
- Des vestiaires, avec armoires en fer, — les armoires en bois s’imprégnant rapidement de l’odeur des vêtements de travail — doivent enfin compléter l’installation.
- Sans aller si loin dans la voie du confort que certaines usines qui, travaillant les produits alimentaires, ont des équipes de manicures et de coiffeurs, il est évident que l’amélioration des conditions de travail — une des
- façons de résoudre la question sociale — devrait être l’objet des préoc-cupations des industriels au moment où l’industrie française va être appelée à prendre dans le monde la place qui lui est due et qu’elle avait peu à peu perdue , par suite de l’ignorance de tous les facteurs que nous avons essayé de passer en revue et qui sont la caractéristique d’une usine modrrne. A côté de l’hygiène de l’habitation, celle de l’atelier n’a pas été assez étudiée, et l’œuvre de l’Inspection du travail devrait être poursuivie avec plus d’énergie... et de compétence. H. Volta.
- Fig. 8. — Les lavabos individuels d’une grande usine moderne.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séances du 16 avril au 7 mai 1917.
- Élections. — L’Académie élit, dans la section de médecine et de chirurgie, en remplacement de M. Ch. Bouchard, le Dr Quénu par 31 voix contre 14 au Dr Pozzi et 5 au D' Bazy.
- Dans la section de géographie, le vice-amiral Fournier est élu au troisième tour de scrutin par 25 voix contre 22 au vice-amiral Perrin.
- Origine hybride de la luzerne cultivée. — M. Trabut montre que la luzerne existe, à l’état spontané, sous deux formes primitives, le Medicago falcata et le Medicago getula, dont est issu, par hybridation naturelle au contact de deux plantes dans une végétation luxuriante, la forme cultivée, le Medicago saliva de Linné. Ce dernier comprend toutes les innombrables formes intermédiaires entre les deux espèces spontanées. Cette origine hybride de la luzerne explique la grande facilité avec laquelle la luzerne varie avec les différents climats et y constitue rapidement des' races, locales ayant des aptitudes toutes différentes. Il en résulte également cette considération d’un réel intérêt pratique que les botanistes chargés de stations d’expériences peuvent, par hybridation, obtenir des races de luzernes donnant des résultats avantageux dans des conditions de sols et dë climats nouvelles. Au contraire, la culture des luzernes spontanées ne donne que des plantes très médiocres comme fourrage;
- Influence des canonnades intenses sur la pluie..— M. Deslandres discute celte question, quia été si souvent abordée dans le public en présence des pluies persistantes de ces derniers temps et rappelle quelques coïncidences analogues signalées pendant les guerres de l’Empire. La question est la même que celle des canons paragrêles quia, elle aussi, suscité de vives controverses. L’opinion de l’auteur est que la canonnade, nécessairement impuissante vis-à-vis de l’air sec, peut agir sur l’air humide et voisin de la saturation; les décharges d’artillerie devant électriser ou ioniser fortement l’atmosphère, ce qui provoque la condensation de la vapeur d’eau sursaturée. Il conclut qu’il serait utile d’instituer une recherche expérimentale complète en notant et mesurant, dans chaque cas particulier, les éléments qui peuvent intervenir, tels que le degré d’ionisation de l’air, l’intensité et le signe du champ électrique, etc.
- Dans une séance ultérieure, le général Sebert revient sur la même question pour examiner la possibilité d’actions lointaines exercées par des canonnades prolongées sur le régime des vents à grande distance. Il rappelle des observations faites par M. Le Maout. pendant la guerre de Crimée et se demande si des tirs violents ne peuvent pas déterminer l’ascension de courants chauds venant déplacer des volumes notables d’air froid dans les couches élevées de l’atmosphère.
- L’enseignement agricole en France. — M. Tisserand montre que nous ne tirons pas de nos terres à beaucoup près ce qu’elles peuvent donner. Si nos rendements se rapprochaient des plus faibles de ceux de nos voisins, la production agricole de la France s’accroîtrait, rien que pour les céréales, de plus de 2 milliards de francs par an que nous payons à l’étranger. Notre viticulture est, au contraire incomparablement supérieure à celle de n’importe quel autre pays producteur de vin, parce qu’elle a toujours été l’objet d’études attentives et sui-
- vies. Il est urgent d’organiser de même l’étude des autres cultures.
- Germination des graines dans les solutions salines. — D’après M. Pierre Lesage, les limites de germination peuvent être traduites par une courbe construite avec les durées de séjour pour ordonnées, les concentrations pour abscisses et dans laquelle il y a trois points critiques : A correspondant à la solution de dilution zéro ou au corps considéré pur; B à la limite au-dessus de laquelle la germination ne se fait plus; C à une concentration telle que, au-dessous, la germination commence dans les solutions elles-mêmes et ne se fait plus au-dessus de cette concentration limite.
- Les antiseptiques. — MM. Charles Bichet, Henry Cardot et Paul Le Holland dissocient les antiseptiques en deux groupes, selon que leur action est régulière ou irrégulière et montrent qu’il pourrait y avoir intérêt, au point de vue de. la pratique chirurgicale, à employer ceux dont l’action est très régulière et dont le fluorure de sodium fournit un exemple typique. Ils introduisent ainsi, dans l’étude de ces corps, un élément qu’on n’y avait pas recherché, à savoir la régularité.
- Mouvements récents du rivage en Algérie. — MM. De-péret et Joleaud montrent qu’il existe, vers la Calle, une ligne de rivage très constante entre 90 et 100 m. qui parait correspondre à l’étage sicilien de Palcrme (terme le plus' élevé du pliocène avant le quaternaire). Ces dépôts marins de 90 à 100 m; sont constamment inclinés vers la mer actuelle et se prolongent bien au-dessous de son niveau; ce qui prouve qu’il y a eu, dans cette région, après le sicilien, un mouvement considérable d’émersion du continent par rapport à la mer. Les niveaux des lignes de rivage et des terrasses d’abrasion reconnus dans la région de Bône correspondent très sensiblement avec ceux observés dans le Sahel d’Alger et sur la côte niçoise. .
- Utilisation industrielle des vapeurs naturelles et des sources chaudes. — Dans un temps où le combustible fait défaut, M. Gabrié demande l’ouverture d’un pli cacheté relatif à des observations anciennes sur la possibilité d’utiliser certaines sources chaudes. L’idée, déjà ancienne, reçut un commencement d’application dans les soffioni de Toscane. Cette note montre, par exemple, que les sources algériennes d’IIammam Meskoutine pourraient fournir pratiquement 160 chevaux; soit l’équivalent de 64 000 fr. par an.
- La panification de. guerre. — Le laboratoire des farines des Invalides a entrepris, depuis 1915, une série de recherches pour le choix des succédanés à la farine de blé qui, depuis la Révolution, est exclusivement employée à la préparation du pain de munition. D’après M. Balland, on est arrivé à la conclusion que l’incorpora lion à la farine de blé, des farines d’orge, de seigle, de maïs, de riz et de manioc peut être conseillée en cas de nécessité, à la dose de 10 à 15 pour 100. La farine d’orge doit avoir la préférence. Les pains obtenus se conservent dans les limites de consommation du pain de munition et du pain biscuité. Le travail est favorisé par l’emploi des levains jeunes uniquement obtenus avec de la belle farine de blé. La valeur alimentaire serait intermédiaire entre les pains de seigle et de froment.
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- LES ARBRES FRUITIERS ABIMES PAR L’ENNEMI
- Fig. i.
- Greffe en fente simple.
- On sait que les Allemands, avant d’effectuer leur retraite « triomphale » (?), ont scié les arbres du bord des routes et ceux des vergers à peu de distance du sol et abattu la cime, symbole de leur méchanceté innée et de leur barbarie invétérée. Les arbres fruitiers ainsi mutilés sont, pour la plupart, irrémédiablement perdus; mais, cependant, certains pourront être en partie sauvés si l’on greffe sans tarder sur la souche soit des branches d’une autre variété, soit des branches même de l’arbre abattu ; en quelques années, si la greffe réussit, l’arbre sera, en partie, régénéré et
- même amélioré. Sur la proposition de M. Schlœsing, une Commission a été nommée par le Ministre de l’Agriculture et envoyée sur place pour déterminer exactement ce qu’il convient de faire et donner aux habitants des conseils sur la manière de procéder.
- D’aulre part, M. Truelle a signalé à Y Académie d'Agriculture de France les soins à donner aux pommiers endommagés.
- A priori, si l’on se reporte aux faits déjà bien connus en arboriculture fruitière, on peut dire que certains des arbres fruitiers mutilés pourront être sauvés, mais, hélas! ne reprendront pas leur production fruitière normale avant dix ans. Il faut, cependant, se mettre au travail dès maintenant, car, même pour les variétés dont la végétation est la plus tardive, on ne peut guère opérer au delà de la fin de mai.
- Ce qui est vraiment machiavélique, c’est de voir les procédés multiples que les bandits ont employés pour arriver à leurs fins. Suivant les localités et, sans doute aussi, leurs ressources, ils ont fait appel soit à la dynamite pour faire sauter les souches, soit à la scie ou à la hache pour les abattre, soit enfin au simple écorçage partiel.
- Quand le tronc a été simplement entaillé à coups de hache par des sections obliques placées vis-à-vis l’une de l’autre, laissant ainsi intactes, une partie du bois et deux bandes d’écorces, on peut se contenter de combler les cavités avec du
- Fig. 2. — Greffe en fente double.
- Fig. 3. -en cou
- goudron ou du ciment, la sève pouvant continuer à circuler dans les parties non atteintes.
- Si les portions détachées consistent simplement en « copeaux » de bois ou d’écorce, il suffit de
- remettre ceux-ci, plus ou moins grossièrement, en place; on maintient les fragments avec un fil de fer serré au moyen d’un raidis-seur et on mastique le tout avec du mastic à greffer oir à défaut avec de l’onguent de Saint-Fiacre ou même avec de la glaise ; les plaies se cicatrisent d’elles-mêmes.
- Plus souvent, le tronc a été coupé transversalement à quelque distance du sol ; la manière de le traiter est classique. Mais, avant de reconstituer par la greffe la tête de l’arbre abattu, il faut, d’abord, laisser opérer la nature.
- « Après l’élimination des très vieux arbres, à l’écorce trop crevassée ou trop gerçurée, et condamnés sans espoir de retour, dit M. Ch. Arranger!1), il convient de conserver ceux d’un certain âge* de vingt ans au plus, dont le tronc ne dépasse guère 25 cm de diamètre, et d’attendre, comme disent les arboriculteurs, le « repercement » de nombreux rameaux dont on gardera les quatre ou cinq plus vigoureux, qui pourront alors être greffés l’an prochain avec succès.
- Parmi les sujets ainsi abandonnés à eux-mêmes, un certain nombre avaient, à la plantation, été greffés « rez de terre » ; les nouvelles pousses qui surgiront sur le tronc rtcépé à 80 cm de hauteur, donc au-dessus de la greffe, reproduiront exactement la variété fruitière primitive. D’autres, étant « francs de pied », c’est-à-dire issus de semis et non de greffe, et d’écorce encore lisse, repartiront aussi avec force et reconstitueront de même très rapidement. Quant aux arbres mutilés, âgés de moins de vingt ans, et dont le tronc ne mesure pas plus de 18 à 22 cm de diamètre, c’est à ceux-là que le procédé dit de la greffe en couronne (fig. o) permettra de reconstituer une charpente régulière. Au préalable, on
- 1. U Illustration, 28 avril 1917.
- - Greffe ronne.
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- LES ARBRES FRUITIERS ABÎMÉS PAR L’ENNEMI
- donnera un nouveau trait de scie légèrement oblique, pour faciliter l’écoulement des eaux de pluie; on insérera ensuite sur le pourtour, entre l’écorce et le bois, de 5 à 6 greffons, disposés suivant le diamètre de 8 à 10 cm de distance l’un de l’autre. Les greffons posés seront ensuite ligaturés, point trop serrés, et le tout, plaie, écorce et ligature, sera soigneusement recouvert d’une couche de mastic à greffes. Pour les greffons, que l'on doit employer en complet état de repos, ils sont là sous la main, constitués par les rameaux de la couronne de l’arbre abattu. N’a-t-on point de greffons préparés, à « œil dormant », en terme technique? l’œil est-il « poussant »? employons tout de même* avec 60 pour 100 de chances de réussite, ce rameau' dont les yeux commencent à se développer, mais coupez ceux-ci aux deux tiers de leur longueur, « rabattez-les » jusque sur 1’ « empâtement » (point d’attache) et du sillon situé entre cet empâtement et le jeune bour-peon, surgira un autre œil « stipulaire » et qui fournira plus tard une branche. Pour éviter toute déperdition dans la sève qui commence à entrer en mouxœment, on aura soin de recouvrir de mastic la coupe supérieure du greffon. »
- Lorsque les arbres fruitiers ont été dépouillés de leur écorce sur une hauteur de 10 à 20 cm — cruauté raffinée certainement due à des spécialistes horticulteurs — on peut difficilement les sauver. On pourra toutefois l’essayer en réunissant les deux parties indemnes par des greffons taillés en biseau aux deux extrémités et, ainsi, susceptibles de se souder à leurs deux bouts; on constitue, de la sorte, des ponts, ou plutôt des passerelles, permettant à la sève de circuler (fig. 5).
- Il semble aussi que l’on pourrait encore remédier à cette mutilation en comblant — même en par-
- Fig. 4.-— Greffe anglaise.
- Fig. 5.
- Greffe américaine.
- tie — la partie dénudée par de larges bandes d’c-corces fraîches empruntées aux branches de l’arbre lui-même—et replacées dans le même sens (fig. 6).
- — Il faut bien savoir, en effet, que la sève brute monte par le bois (vaisseaux), mais que la sève élaborée descend par l’écorce ou, pour parler, plus exactement, par la couche interne de celle-ci, le liber (tubes criblés), comme on l’appelle. Cette descente — indispensable pour la nutrition des tissus placés dans le bas, les racines, par exemple — s'effectue normalement par tout le pourtour interne de l’écorce, mais elle peut aussi s’opérer par de simples lambeaux de cette dernière, à la condition qu’il n’y ait pas de trop larges solutions de continuité dans le sens vertical. L’enlèvement partiel, de l’écorce des branches n’a aucun effet nuisible sur leur vitalité et c’est même une pratique courante en horticulture que de pratiquer sur elles quelques « décortications annulaires » pour améliorer les fruits.
- Quant aux meilleures variétés de greffons à employer, M. de Vilmorin est d’avis de reprendre les variétés mêmes qui étaient greffées afin d’avoir le plus de chances de succès. D’autre part, les Pépinières nationales de plants de Trianon, gare Versailles-Chantiers, font appel à tous nos horticulteurs pour leur donner des greffons des variétés suivantes :
- Pommiers : Fréquin rouge, Vagnoiï, Legrand,
- Amère de Berthecourt, Martin Fossard, Rouge Bruyère,
- Pomme de Bramlôt, Bedan des Parts, Peau de Vache,
- Marin Àuffray, Châtaignier,
- Court-Pendu.
- Poiriers : Carisi blanc,
- Poires de Souris.
- Pruniers : Quetschd’Àlsace.
- Dont elles ' assurent le transport et l’utilisation immédiate dans les régions dévastées.
- Hàtons-nous de sauver les vergers des pays qui viennent d’être libérés. Agissons sans tarder. Bientôt, il serait trop tard et le mal serait irréparable. Henri Coupin.
- Fig. 6. — Greffe de lanières d'écorces.
- Le Gérant : P. Masson. — lmp. Lahtjre, rue de Fleuras, 9, à Paris.
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- LA NATURE.
- N° 2279.
- 2 JUIN
- LA GUERRE SOUS-MARINE
- Fig. i. — Transport par voie ferrée d’un segment de sous-marin.
- D’après l'Amirauté anglaise, l’Allemagne était au 1er janvier 1914 en possession de 26 bâtiments sous-marins terminés et de 18 en chantiers; l'Autriche de son côté avait 6 unilés terminées et 5 en chantiers en Allemagne. Immédiatement après la déclaration de la guerre, la flotte allemande s’accrut de 6 unités en réservant pour elle les sous-ma-rins étrangers sur ses chantiers.
- A ce moment, la flotte des empires centraux comprenait donc : 33 bâtiments terminés, 5 en essais,
- 16 en construction. Soit, en tout, 52 unités,
- dont seulement 8 submersibles à grand rayon d’action et armés de canons. Dans l’ensemble, cette flotte était très inférieure à celle des Alliés qui ne comptait pas moins de 257 unités sous-marines.
- Impuissants en haute mer contre les escadres de lisrne et devant la révélation de l’efficacité de leurs
- O
- unités sous-marines dans la destruction des flottes ennemies, les dirigeants de l’Allemagne résolurent de reprendre, à l’aide de ces bâtiments, la guerre de course étouffée pour leur croiseurs aussitôt que commencée. Dès lors fut
- 1. I/ingénieur italien Lorenzo d’Adda, qui visita les chantiers allemands en décembre 191 4, admettait, à celte date, te chiffre de 8 bâtiments par trimestre.
- 2. En effet, si les premiers bâtiments allemands (en 1905) se sont inspirés des bâtiments type Laubeuf, les submersibles actuels sont construits d’après les modèles anglais. Les plans et les copies des détails les plus importants sont, multipliés et envoyés, s’il est nécessaire, à 20 usines différentes.
- 45* Année. — 1" Semestre.
- Fig. 2. — Le premier submersible allemand.
- Fig. 3. — Modèle de içiô
- projetée la construction d’une flotte importante
- Avant la guerre, les chantiers allemands n’étaient à même de construire simultanément que 25 bâtiments sous-marins dans les chantiers affectés à cette construction (chantiers de la Germania à Kiel, chantiers impériaux de Dantzig). Depuis, ils ont considérablement intensifié leur production en utilisant de nombreux chantiers notamment Vul-kan à Steltin, Blohm et Voss à Hambourg, ceux de la Weser à Brême et d’autres encore parmi les 3 chantiers impériaux et les 21 chantiers privés, sans compter les chantiers de Pola et les ateliers Whitehead à Fiume, au service de l’Autriche.
- La durée de construction a été de même très notablement réduite (*) et cela, d’une part, en apportant un moindre soin à l’exécution des navires ; d’autre part, en travaillant en série d’après des modèles inspirés sinon copiés (en ce qui concerne les submersibles)
- des navires de la classe E anglaise (2). Grâce au travail intensif ainsi réalisé, le nombre des bâtiments mis en service par les chantiers s’est considérablement accru, et en ce qui concerne l’année 1916, semble devoir être compris entre les chiffres de 1 à 2 unilés par semaine. De telles conclusions sont, bien qu’imprécises, des bases d’appréciation, dans l’estimation du nombre d’unités sous-marines alle-construites; d’autres éléments semblent être tirés de la numérotation qui, on le sait, sert en Allemagne à désigner les petites unités navales (3). Par ce procédé, on arriverait jusqu’au milieu de 1916 à dénombrer 180 bâtiments environ (4). En ajoutant donc les bâtiments mis en service depuis le milieu de 1916 et en comptant à raison de 2 par semaine, on
- 3. Ce procédé d’estimation est d’ailleurs sujet à caution, car il existe des trous dans la suite des chiffres, et, nombre de bâtiments détruits ont été remplacés par d’autres portant le meme chiffre de désignation.
- 4. <i5 bâtiments offensifs ou submersibles de haute mer, 50 unilés défensives ou sous-marins côtiers, 65 bâtiments sous-marins poseurs de mines.
- 22 — 537
- mandes
- pouvoir
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- atteint un total de 250 unités construites. A ces chiffres, qui répondent aux constructions allemandes, il faut ajouter ceux qui traduisent lés constructions autrichiennes, soit environ 20 unités et les bâtiments capturés et remis en service, soit : 3 par les Turcs et 2 par les Autrichiens. Le nombre total des sous-marins des Empires centraux est ainsi d'environ 275 unités.
- Ce chiffre ne traduit d’ailleurs nullement celui des bâtiments en service actuellement, et pour obtenir ce dernier, il faut préalablement retran-
- mis à mal quelques sous-marins turco-allemands.
- Parmi les accidents, nous sont seuls connus ceux qui sont survenus sur des côtes neutres, mais nous avons, outre ces faits, la certitude que d’autres accidents de diverses natures sont venus enlever le bénéfice de nombre d’unités à nos ennemis.
- Quant à l’usure, elle est particulièrement marquée dans les bâtiments de la classe U-C (poseurs de mines) nécessitant rapidement leur mise à la réforme(Q. Enfin nous savons que plusieurs unités
- cher les unités disparues : 1° Bâtiments détruits ou capturés par les Alliés; 2° bâtiments détruits par accident; 3° bâtiments mis hors d’usage par usure. Ces trois catégories, les deux dernières surtout, sont d’une estimation difficile. En ce qui concerne la première, il nous est possible de dire, en nous référant à des sources autorisées, qu’en mai 1915, 25 unités avaient été détruites et qu’en mars 1916 beaucoup plus de 80 l’avaient été; vers cette dernière date même, VU. S. Intelligence service était en possession d’informations lui permettant d’affirmer que 127 bâtiments sous-marins avaient été détruits par les forces alliées ; ce chiffre nous semble trop élevé, bien qu’aux destructions les plus importantes effectuées par les marines anglaise et française, il faille ajouter celles de nos alliés italiens et russes. Les premiers annonçaient, fin 1916, avoir détruit 7 bâtiments ennemis et, récemment, une quinzaine dans l’Adriatique. Les Russes ont, de leur côté, dans la mer Noire,
- de la classe 800/1000 tonnes U-61 à U-66, etc.... avaient été si rapidement construits que leurs essais, particulièrement mauvais, imposèrent leur retrait du service. • *
- De tout ce long exposé, on peut conclure qu’au 1er février 1917, si les empires centraux avaient été capables de construire successivement 275 unités sous-marines, ils en avaient perdu au moins 100. Il ne leur en resterait ainsi qu’environ 180 (*).
- Mais , ces navires ne sont pas tous en mer en même temps : le tiers, sinon plus, des unités est d’une manière constante au mouillage dans les
- 1. Ces navires construits en 4 ou 6 semaines sont expédiés par voie ferrée* en trois tronçons et remontés dans les ports. Lorsqu'ils sont usés, on enlève toutes les parties importantes (instruments de bord, machines) et on les remonte sur une autre earcasse.
- 2. Disons que les chiffres émis par les personnes les plus autorisées varient autour du nombre 200.
- Il est intéressant de sigqalor que le prince de Bülow, ancien chancelier de l’empire, parlait récemment de 220 unités.
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- Fig. 6. — Sous-marin allemand, modèle igiè-igi?.
- bases. Voilà qui restreint considérablement les chances de torpillage.
- Voyons maintenant les conclusions qui peuvent être tirées de l’élude des caractéristiques principales des unités sous-marines allemandes. Gës caractéristiques sont exposées dans le Tableau (p. 542), qui montre le rapide accroissement du tonnage et parallèlement celui de l’armement et du rayon d’action. Nos ennemis sont donc arrivés à réaliser de véritables destroyers plongeurs, ayant en surface des vitesses supérieures à celles des cargos, armés de deux canons dont le ca- • libre est au moins égal à celui de la plupart des destroyers, et dont le rayon d’action moyen varie de 8000 à 10000 milles, c’est-à-dire presque trois fois le trajet de Cuxhaven à Constantinople par mer. Les qualités de tenue à la mer sont très suffisantes, enfin l’habitabilité se juge par le fait suivant, que nous trouvons relaté dans le London Magazine : « Le navire Norvégien Luidfeli ayant élé coulé par le U-70 les 27 hommes de l’équipage furent recueillis à bord du sous-marin. Il y avait ainsi dans ce navire environ 60 personnes, qui restèrent 4 jours en mer effectuant des plongées de plusieurs heures sans avoir à se plaindre d’aucune gêne sérieuse ».
- Ajoutons encore quelques mots sur les caractéristiques des derniers sous-marins allemands.
- Peints de manière à être camouflés surtout en plongée, ces navires sont munis de plaques de blindage au niveau des parties qui émergent en la surface, le reste de coque, protégé par le matelas d’eau, l’est d’une /façon bien suffisante contre de petites pièces. Les canons sont d’un modèle Krupp court, certains sont disposés pour tirer contre les appareils aériens. La Torpille automobile est du
- système Schwartzkopf, pesant près de 4000 kg dont 180 kg de trinitrotoluène, elle a une vitesse de 40 à 45 nœuds, une portée de 6000 mètres avec une précision remarquable jusqu’à 800 mètres environ.
- Il semble enfin qu’actuellement les navires sous-marins allemands soient munis d’un moteur spécial analogue à celui de l’ingénieur français M... et évitant l’emploi de la propulsion électrique en plongée. On a parlé d’un système de double coque
- avec interposition d’une substance obturant les voies d’èau; on a parlé aussi de sous-marins coupe-filets. Ceci est du domaine de l’hypothèse. Enfin certains auteurs parlent de véritables croiseurs sous-marins à tonnage élevé et grande vitesse, avec un rayon d’action d’environ 5 fois le trajet d’Europe en Amérique. C’est un point douteux (1). En tout cas la réalisation de bâtiments de 1000 à 2000 tonnes n’a rien qui doive étonner, car les unités anglaises des classes F et G de 1915 auraient, d’après M. Laubeuf, respectivement 1000/1200 t.
- avec 20/12 nœuds et 1200/1500 t. avec 21/15 nœuds.
- Cette Hotte est-elle suffisante pour assurer un blocus complet, effectif, comparable à celui que réalisent les flottes alliées depuis les trois premiers mois de 1916? certes non, car il faudrait à nos ennemis au moins le double, sinon plus,degrossesunités(2) pour obtenir un semblable résultat, et les bâtiments sous-marins de haute mer ne représentent
- 1. La lecture des derniers quotidiens allemands confirmerait l’existence de ces bâtiments, nous donnons leurs caractéristiques dans le tableau de la page 342. — 2. M. Laubeuf, estime à au moins 500 unités le nombre de bâtiments nécessaire à assurer le blocus « non pas de toutes les côtes des lies Britanniques, mais seulement de leurs principaux ports ».
- Fig. 8. — Motor Launches.
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- Fig. 9. — Chasseurs de sous-marins : en haut, à gauche, dirigeable de marine; en haut, au milieu, hydroplane; en haut, à droite, molor> Launches; en bas, à gauche, canonnière spéciale; en bas, à droite, chalutiers armés.
- dans leur flotte que le tiers environ du nombre total d’unités.
- Le premier résultat (de la campagne) a été de soulever chez nous l’émotion indispensable à la conduite rationnelle des opérations maritimes. En outre la guerre sous-marine a eu une répercussion fâcheuse pour les Empires centraux dans leurs relations avec les neutres, notamment avec l’Amérique, et a conduit celle-ci à la guerre. Par contre beaucoup d’autres neutres, les Scandinaves, en particulier, ne naviguent pour ainsi dire plus et
- complet, ils succomberaient au nôtre, absolument effectif depuis un an, avant de recueillir les fruits du leur. Il s’agit dès lors, pour nous, plutôt d’une lourde gêne que d’un danger fatal, et les chiffres officiels traduisant le mouvement maritime de nos ports depuis le début de février montrent que si les pertes ont été très élevées la navigation n’en est pas moins restée très active.
- Durant les 18 premiers jours de février, environ 12 000 navires ont circulé au voisinage des côtes anglaises dans la zone dite bloquée(*), et comme
- Fig. 10. — Un canon de sous-marin en position de tir.
- comme leur tonnage occupe un rang important dans la flotte mondiale, c’est pour nous une sérieuse cause d’ennui. L’armement des navires marchands est pour nous également une gêne, car il distrait des disponibilités de notre armée un nombre appréciable de canons de moyen calibre et de canonniers. Les deux côtés de la question se balancent-ils, il est difficile de le dire : ce qui est certain en tout cas, c’est qu’une des raisons qui ont conduit à décider cette campagne a été le désir de maintenir le moral du peuple allemand, et quand bien même nos ennemis arriveraient à réaliser le blocus
- on évalue à 3000 environ le nombre des navires qui se tiennent à la fois dans la zone dangereuse, on conçoit combien peu effectif est le blocus en sachant qu’en totalité (2) les pirates ont coulé dans les 18 premiers jours de février 134 navires représentant un déplacement de 304596 tonnes.
- Il ne faut pas oublier cependant que le chiffre qui
- 1. Le Board of Trade montre qu’en février 1917, les importations et les exportations du Royaume-Uni s’élèvent notablement par rapport aux périodes correspondantes de 1916 et 1915.
- 2. Trafic général sur toutes les mers.
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- Fig. il. — Chasseurs de sous-marins. Types de destroyers français et anglais.
- exprime le tonnage total détruit depuis février est voisin de 3 000 000 de tonnes; perte considérable, à la vérité, mais les dernières semaines marquent une notable amélioration et une augmentation du nombre de sous-marins détruits.
- Dans l’ensemble, il est prématuré d’exprimer une opinion définitive quant aux résultats de la guerre sous-marine intensive. Contentons-nous de signaler que, plusieurs années avant la guerre, le nombre des navires de commerce de la marine anglaise s’élevait à plus de 21 000 unités. Depuis, ce chiffre s’est notablement accru. Mais l’importance des pertes éprouvées n’en doit pas moins nous faire un devoir d’apporter une énergie toute exceptionnelle dans la lutte maritime.
- Méthodes de destruction des sous-marins. — Nous décrirons seulement les procédés généraux employés à cet effet et qui sont de deux ordres :
- difficiles pour les sous-marins. Le champ d’investigation augmente avec l’altitude, mais a pour limite l'acuité visuelle de l’aéronef et les conditions atmosphériques; une hauteur de 300 m. est une bonne hauteur moyenne, et la pénétration de la vue directe est encore augmentée par des instruments optiques spéciaux qui accroissent considérablement la vision des objets contenus dans l’eau.
- Divers types d’aéronefs sont employés à la découverte des sous-marins : cerfs-volants, ballons captifs, et surtout hydravions et dirigeables, ces derniers présentant des avantages, car ils sont à même de s’arrêter sur place et d’observer d’une façon plus complète que l’hydravion trop rapide. Aussi les Anglais, puis nous, avons construit nombre de petits dirigeables de marine qui repèrent non seulement les bâtiments sous-marins, mais
- Fig. 12. — Le capot ouvert va livrer passage au canon.
- Procédés de découverte; procédés de destruction.
- Découvrir un sous-marin est, de toute nécessité, le premier acte indispensable à sa destruction. Pour un observateur placé sensiblement au niveau de l’eau, seul le sillage du périscope est un élément indicateur, mais il en est tout autrement si l’on s’élève tant soit peu. C’est là un fait d’observation d’avant-guerre qui avait conduit à camoufler les unités sous-marines. Les meilleures conditions d’observation sont réalisées par une mer claire et calme; au contraire, dès que la houle creuse l’eau et l’agite, celle-ci se trouble et se couvre d’écume; il devient alors difficile d’observer; mais parallèlement, les conditions de navigation deviennent plus
- encore les mines et les navires, et sont à même de régler un tir. C’est pourquoi les Anglais les ont surnommés les yeux de la flotte.
- Le sous-marin décelé, il faut le détruire. — La chose est souvent difficile. L’aéronef pourra — et des résultats ont été obtenus de cette façon — attaquer à la bombe le bâtiment ennemi. Mais c’est surtout aux navires que l’on a recours dans la chasse aux pirates : croiseurs légers, destroyers, torpilleurs, canonnières spéciales, chalutiers et canots automobiles en sont les éléments agissants; les trois derniers types de bâtiments demandent une étude particulière. Les patrouilleurs, canonnières et contre-sous-marins sont de grands bâtiments assez sem-
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- LA GUERRE SOUS-MARINE
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- blables aux deslroyers par leur dimension et leur aspect, mais beaucoup plus armés, moins rapides et à très faible tirant d’eau. Les chalutiers ressemblent à tous les bâtiments de pêche de la même catégorie et sont armés de pièces d’artillerie; enfin les canots automobiles ou molor Launches « M. L. S. » comme les ont appelés les Anglais, sont de très petits bâtiments à moteur à explosion,
- affectés à la chasse. La France s’est efforcée de produire un grand nombre de ces bâtiments, enfin l’Amérique s’est mise à l’œuvre et construit sur une grande échelle.
- Tous les bâtiments que nous venons de décrire sont de taille à lutter efficacement en surface, grâce à leur artillerie, avec la plupart des unités sous-marines actuellement en service. Il serait désirable
- (Caractéristiques des bâtiments sous-marins allemands.
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- C/3 I U-2 ! 1906-08 59 3,65 2,75 220 280 600 240 ' 12 9 0 1-457 5
- U-I 1902-06 38 2,75 2,15 197 236 400 200 0 1-457 3 1000/50 12
- . t/3 1 UC-1 à UG-61 1915-16 33,50 3,50 3,50 182 205 90 120 6 4 1 canon 12 1000/90 15
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- 1. Nous donnons les chiffres de ces deux classes sous toutes réserves. Le pont supérieur est cuirassé.
- à faible tirant d’eau armés d’un canon à tir rapide. Ils sont, par leur très grand nombre (au delà de 500), une arme très efficace.
- Un effort considérable a été effectué dans la voie de la construction de ces petites unités. En Angleterre, les bâtiments inférieurs comme caractéristiques aux petits croiseurs, à l’exclusion, d’une part, des sous-marins et, d’autre part, des petits navires de commerce armés pour la chasse, ont quintuplé depuis le début de la guerre, tandis que l’ensemble des navires patrouilleurs s’est élevé de 150 à 5000 et que plus de 2000 navires de commerce ont été
- cependant de voir l'armement des « chasseurs » augmenter parallèlement à celui des sous-marins récemment créés. Un bâtiment en plongée ne peut rien contre eux, du fait de leur très faible tirant d’eau, tandis qu’ils sont à même de détruire l’ennemi en lui cassant son périscope ; le rendant ainsi aveugle, ils l’obligent à remonter à la surface, où ils le canonnent à loisir avant qu’il ait pu démasquer ses pièces. Le tir est d’ailleurs délicat, le périscope ayant 14 cm de diamètre seulement, et n’apparaissant que de temps à autre pour régler la route.
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- LA GUERRE SOUS-MARINE .... ....- —. = 343
- Dans nombre de cas, ces bâtiments procèdent d’une autre manière et suivant une méthode qui n’est qu’une application du procédé bien connu de la pêche à la grenade. Les organismes délicats du sous-marin se trouvant profondément ébranlés et mis hors d’état de servir par la déflagration de l’importante charge contenue dans les engins spéciaux ou grenades, les navires chasseurs sèment sur la roule du pirate pourchassé qu’ils entourent, de véritables mines, explosant avec un retard prévu et à une profondeur calculée d’avance.
- D’autres méthodes sont employées : les fdets et les chaluts tirés par des chalutiers et les haus-sières qui entravent l’hélice— le sous-marin dans les deux cas est obligé de remonter et est détruit parle canon; —les barrages de mines sur les points de passage des sous-marins, les fdets à demeure, l’occupation des bases de ravitaillement ou des navires ravitailleurs et la capture du bâtiment lorsqu’il vient chercher le combustible dont il a besoin.
- Comment reconnaître qu'un sous-marin est détruit? —• En dehors des cas de capture, l’affirmation est difficile ; un élément de présomption est cependant fourni par l’apparition d'une large tache d’huile et de volumineuses bulles d’air ; mais l’apparition de « Mazout » à la surface n’est pas caractéristique, car il suffit qu’un sous-marin plonge avec une de ses soutes à pétrole pas tout à fait vide pour que l’eau, pénétrant dans la soute chasse le pétrole et qu’une tache s’étende à la surface. 11 est donc difficile d’affirmer la destruction.
- Mesures de précaution. — Détruire les sous-marins n’est pas tout. 11 faut, pour réduire au minimum les inconvénients de la guerre sous-marine, recourir concurremment à tous les moyens capables d’en diminuer les effets, et en premier lieu modifier les conditions de notre circulation maritime.
- L’armement des navires marchands tient le premier plan parmi ces mesures et changerait du tout au tout les conditions de la lutte, car les bâtiments sous-marins obligés de combattre en plongée et disposant au maximum de 10 à 16 torpilles n’auraient, par suite de la fréquence des erreurs de tir, que 6 à 8 chances d’atteindre un navire. C’est le point faible de la cuirasse, car que pèseraient dans la balance toutes les unités sousi-marines, si les navires marchands étaient aptes à les détruire à coups de canon, et c’est le fait qui diminuera de beaucoup l’audace des pirates quand bien même l’armement des navires
- marchands ne serait réalisé que dans la proportion de 1 à 2 ou 3. D’ailleurs, mieux que des affirmations, les chiffres viennent le prouver. Sur 100 bâtiments marchands non armés et attaqués, 24 échappent, tandis que sur 100 bâtiments armés, 70 à 75 se tirent d’affaire, et jusqu'ici les navires marchands n’ont été armés que de canons petits calibres.
- L’éperonnage tenté parfois comme ultime ressource, est d’une application difficile, d’autant que la coque d’un sous-marin en demi-plongée est au moins à 5 m. de la surface.
- Armer les navires marchands n’est pas tout, il faut faire plus et parmi les mesures à prendre plusieurs sont d’une réalisation aisée : 1° Contrecarrer l’espionnage; 2° Constituer des convois de navires marchands précédés et suivis d’un râteau de patrouilleurs et chalutiers et veillés par des destroyers qui tournent autour du convoi comme des chiens de berger; 3° Etablissement de routes maritimes particulièrement surveillées et si possible protégées par des champs de mines formant de véritables détroits; 4° Réduction au minimum des transports maritimes (suppléance par voie de terre, réduction de la consommation du superflu); 5° Camouflage des navires marchands et suppression de leur fumée; 6° Défenses par des filets et des estacades descendant assez profondément pour que les grands sous-marins à coque très résistante ne passent pas au-dessous. D’autres mesures Sont à prendre, les constructions doivent être pressées activement, et comme le fait remarquer M. Meunier-Surcouf, nous pourrions mettre à profit l’exemple des Allemands et construire des sous-marins de commerce ayant 700 à 800 t. utilisables, ou tout au moins créer des bâtiments immergeables se composant de deux parties superposées, l’une inférieure constituant le bâtiment, l’autre supérieure, doublée de cellulose contenant le kiosque et là cheminée et restant un flotteur, même lorsque percée de coups de canons.
- On ne saurait enfin trop reconnaître la nécessité d’une action encore plus complète, dans le but de supprimer radicalement tous les ravitaillements clandestins, car malgré leur grand rayon d’action, les sous-marins allemands y trouvent encore avantage.
- D’un point de vue plus général, concluons avec l’amiral Degouy « que les maîtres dé la mer ont toujours à leur disposition une solution radicale », celle d’agir sur les bases de sous-marins. Les bases de la mer du Nord peuvent être efficacement attaquées au moyen de monitors et d’aéronefs ou obstruées par des champs de mines.
- A. G.
- Fig. i3. — Arrière d'un &azg%> armé.
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- Sans examen, le choix est aveugle.
- Vous connaissez la formule ironique répétée il y a quelque temps que « n’importe qui, étant bon à n’importe quoi, on peut, n’importe quand l’employer n’importe comment et n’importe où ». Le fait même qu’on en faisait une satire indique que tout le monde se rend compte qu’on doit « utiliser les capacités » et pour cela les connaître.
- Le vieux système des examens et des concours répond à ce besoin de sélection. Nous savons tous qu’il y répond mal, parce qu’il ne juge le plus souvent que des qualités de mémoire et que celles-ci ne sont pas tout. Nous n’en entreprendrons cependant pas icila critique qui nous entraînerait trop loin.
- Même dans les professions qui exigent le moins de connaissances, on emploie les méthodes d’examen et de sélection. Qu’il s’agisse des forts de la balle ou des débardeurs, beaucoup s’essaient à ces métiers qui y renoncent après un ou deux jours ; seuls les plus puissants continuent.
- D’autre part, nous savons tous aussi qu’il y a, pour chaque profession, une question d’apprentissage, d’entraînement : « C’est en forgeant qu’on devient forgeron ». Le rendement du travail peut être considérablement accru par l’habitude, et plus encore lorsqu’on corrige les défauts, les altitudes vicieuses, les gestes inutiles, etc. Les recherches de Taylor et de ses adeptes nous ont appris tout ce qu’on peut tirer d’une étude scientifique du travail à ce sujet et de l’énorme amélioration du rendement d'un établissement quelconque, quand on y applique les principes scientifiques d’organisation.
- De tous temps, l’armée a, le plus souvent inconsciemment, cherché des méthodes d’examen et de sélection des hommes. En temps de paix, on mesurait aux conseils de révision la taille, le poids, le périmètre thoracique des conscrits pour déterminer leur aptitude à telle ou telle arme; il fallait une hauteur minima pour être versé dans tel ou tel corps de cavalerie, etc.
- En ce moment où il faut utiliser tous les hommes mobilisés, quels qu’ils soient, on est arrivé — sans règles bien précises cependant — à diviser le contingent en service armé et auxiliaire, à séparer les hommes du service armé en aptes et inaptes à l’infanterie, à l’artillerie, à l’automobilisme, etc.
- Des examens sont prévus à l’entrée des armes spéciales, pour la nomination des officiers, etc. C’est dire que l’on reconnaît la nécessité de choisir, de faire une sélection selon les aptitudes de chacun, avant même d’entreprendre un apprentissage.
- Dans quelques cas, où les qualités de courage, de sang-froid, de rapidité, de décision et d’exécution sont particulièrement nécessaires, on a même poussé beaucoup plus loin les procédés d’examen qu’on a rendus tout à fait précis et scientifiques. Tel est le cas des méthodes pour le choix des aviateurs (La Nature n° 2225) ou des mitrailleurs.
- Ces méthodes n’ont rien de particulier à l’armée et n’emploient pas de procédés spéciaux. 11 y a longtemps que les psycho-physiologistes ont imaginé des procédés d’examen des divers mécanismes humains et qu’ils ont proposé de nombreux tests d’épreuve permettant de mesurer la mémoire, l’association des idées, l’attention, la rapidité des réflexes moteurs, l’émotion, la fatigue, etc.
- Certes, tous les procédés d’examen proposés ne sont pas parfaits, tous sont sujets à quelque critique, du fait de la complexité des actions humaines, même les plus simples. Cependant lorsqu’on soumet un individu à une série de tests bien choisis et suffisamment nombreux, on peut obtenir un ensemble de réponses qui permettront de classer cet homme sans erreur notable, avec une justesse beaucoup plus grande que n’importe quel examen écrit ou oral dans la forme habituelle que nous connaissons, et surtout, on pourra ainsi juger de nombreuses qualités importantes sur lesquelles l’examen ordinaire ne donne aucune indication. Il est évident par exemple, que pour un employé, le fait d’être bachelier, et de connaître le latin n’a pas plus d’importance que d’être rapide en ses décisions, ou d’avoir la mémoire des physionomies, ou de connaître le calcul mental, ou de pouvoir quitter brusquement une besogne pour répondre judicieusement à une question posée, etc. Toutes ces qualités, précieuses dans la vie commerciale de tous les jours, restent ignorées et par suite trop souvent inutilisées par le chef qui se contente de choisir son personnel au petit bonheur ou sur le simple vu de diplômes universitaires.
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- COMMENT CHOISIR UN EMPLOYE
- Voyez en France, nos administrations publiques où le personnel de fonctionnaires si nombreux — beaucoup trop nombreux — n’est choisi que sur le vu des parchemins, n’avance qu’à l'ancienneté, et est affecté à une besogne quelconque sans choix et sans suite.
- C’est un bureau de ministère où les affaires les plus importantes passent par les mains d’employés peu actifs,’sans mémoire, qui oublient les dossiers sur les tables ou dans les cartons. C’est le bureau de poste, où l’on trouve au guichet un homme lent dans ses mouvements, de caractère inégal, incapable de passer rapidement d’une besogne à l’autre, etc. Les exemples abondent tellement que point n’est la peine de les multiplier. La physionomie de M. Lebureau nous esta tous familière; nous connaissons trop ses défauts, ses erreurs, ses faiblesses. Mais, au lieu d’en rire et d’en faire l’objet de caricatures, ne vaudrait-il pas mieux y chercher un remède?
- La guerre présente a au moins cet avantage de sortir chacun de son train de vie habituel, de lui révéler ses qualités et ses défauts, de mettre en valeur des lormes d’activité particulières, sans la limitation due au milieu coutumier à chacun de nous. Tel petit employé sans initiative et sans grand avenir s’est montré un homme entreprenant; tel fonctionnaire a manqué de décision; tel chef d’industrie, à commander des hommes, a reconnu ce qu’on peut obtenir d’eux et ce qu’il faut faire pour cela. Chacun a pu découvrir l’importance de qualités trop méconnues en temps ordinaire : l’énergie, l’activité, l’esprit de suite, l’autorité, la rapidité d’exécution, etc.
- Demain, en présence de la crise économique qui suivra la paix, quand il faudra rétablir, développer notre production nationale pour panser, effacer rapidement toutes les plaies de cette guerre, quand il faudra réorganiser toutes nos industries, tout notre commerce avec une main-d’œuvre réduite, rare, coûteuse, il est bien certain que chacun ne retournera pas à son ancienne profession, à son ancienne routine.
- D’une part, l’employé qui s’est découvert une activité qu’il ignorait ne reprendra pas sa place de commis, d'expéditionnaire, où ses facultés ne peuvent pleinement servir et où son gain sera toujours trop limité. D’autre part, le commerçant, le chef d’industrie, ayant appris à mieux connaître les hommes, obligé de s’occuper plus activement de ses affaires, d’en accroître le rendement, de limiter les frais de main-d’œuvre au strict nécessaire, cherchera à choisir au mieux son personnel et à en obtenir le travail le plus utile et le mieux approprié.
- Nous pouvons donc prévoir de grands changements dans nos habitudes de travail, d’organisation, de direction des maisons de commerce.
- Les Américains sont, depuis longtemps déjà, dans des conditions comparables à celles où nous allons nous trouver; le développement rapide de leurs industries coïncidant avec la raréfaction de la main-
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- d’œuvre les ont conduits à se préoccuper de plus en plus de l'organisation scientifique de leurs affaires et de l’utilisaLion rationnelle des moyens de travail. Le système Taylor n’est que la codification de leurs efforts dans ce sens et son succès grandissant n’est dû qu’à la nécessité de plus en plus pressante d’employer au mieux toutes les énergies.
- Il faut que nous aussi, nous nous préoccupions de cette sélection des hommes, de leur utilisation selon leurs aptitudes. Et nous avons beaucoup à apprendre de nos nouveaux alliés d’outre-Atlan-tique, aussi bien pour choisir celles de leurs méthodes les plus efficaces que pour bien comprendre les avantages de l’organisation rationnelle du travail, et pourfaire disparaître les craintes, les préven-tionsqu’elle a déjà soulevées dans le monde ouvrier.
- La Nature a parlé de ces questions à maintes reprises. Elle a fait connaître en ces derniers temps à ses lecteurs, les principes du taylorisme, les divers systèmes de salaires, de nombreux détails d’organisation des usines, tels que les transports et les manutentions mécaniques.
- Je voudrais aujourd’hui indiquer les méthodes proposées et essayées actuellement aux États-Unis pour le choix rationnel des employés. Ce n’est pas que nous de vions les employer à la lettre, sans modifications et sans critique, mais elles peuvent nous servir de base, de point de départ, d’exemple de la voie où l’on poui'rait avantageusement s’engager.
- La revue Industrial Management qui, comme son titre l’indique, s’occupe uniquement de l’organisation bien entendue des affaires, a consacré en ces derniers mois, à la question du choix des employés, plusieurs études très complètes. Je résumerai ici la méthode d’examen de la capacité des employés préconisée par M. William Fretz Kemble.
- Après un examen physique, intéressant surtout dans les cas où la besogne prévue exige une certaine dépense de force, le candidat est soumis à une série d’épreuves destinées à mettre en valeur les diverses qualités qu’on compte utiliser : habileté manuelle, rapidité de copie, mémoire des phy-r sionomies, qualités d'observation et de jugement, connaissances générales, etc.
- A cet effet, M. Kemble propose de pratiquer successivement la série des tests suivants :
- Epreuve de dextérité manuelle (fig. 1). —On présente au candidat un tableau percé d’une série de trous alignés et on lui demande de placer dans chacun de ces trous une allumette le plus vite possible. Au bout d’un temps donné, une demi-minute par exemple, on compte le nombre d’allumettes plantées dans le tableau. Le même essai est répété successivement avec la main droite seule (A), la main gauche (B), les deux mains (C). Un maladroit n’en met pas plus de 12, un homme très rapide dépasse 20, un homme moyen atteint 44 à 16. On peut répéter l’essai à diverses reprises et connaître ainsi la rapidité d’adaptation et d’entraînement.
- Le même test de la boîte d’allumettes permet
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- également de juger de la rapidité de la vision, de l’ouïe, du calcul mental simple. Par exemple, on dicte un nombre et l’on chronomètre le temps nécessaire pour introduire l’allumette dans le trou correspondant du tableau E; ou bien on présente une pancarte où ce nombre est écrit, ou bien l’on demande de marquer le total, la différence, le produit ou le quotient de deux nombres écrits ou énoncés.
- Le même procédé permet de juger de la rapidité d’imilalion et de mémoire des formes : en F, l’examinateur constitue un dessin : carré, rectangle, croix, étoile, etc'. ; en G, l’examiné le reproduit, soit à mesure qu’il se constitue, soit après l’avoir vu terminé, le modèle ayant disparu.
- Pour connaître la manière de' comprendre les instructions verbales, on emploie le tableau H.
- L’employé reçoit l’ordre d’aller porter son allumette dans le deuxième trou de la troisième rue à droite où dans le troisième de la quatrième à gauche, etc.
- Les tableaux I, J et K qui comportent des groupes de 3, 5 et 8 allumettes, servent à examiner la rapidité d’estimation des groupements de choses.
- On peut, en donnant l’ordre d’exécuter un de ces actes, pendant qu’un autres’aecomplit, juger de la promptitude à quitter un travail pour un autre, à réalise^ plusieurs commandements à la fois.
- On pourrait imaginer encore beaucoup d’autres tests praticables avec ce seul tableau. Chacun pourra en chercher, en dehors des quelques exemples que nous venons de mentionner.
- Épreuves d’écriture. — On donne un texte à copier. On note la rapidité d’exécution et l’exactitude de la copie. On peut interrompre la copie à divers moments pour observer l’effet des distractions.
- Cette épreuve est bien connue et depuis longtemps appliquée à l’étude psycho-physiologique des enfants, des aliénés, etc.
- Épreuves de calcul. — On fait le même examen pour la rapidité et l’exactitude de diverses opérations mathématiques.
- Épreuves de connaissances générales, de dessin, de comptabilité, etc. — Elles ressemblent aux méthodes d’examen courantes. Suivant la nature du travail pour lequel l’employé concourt, on lui
- donne à résoudre diverses questions appropriées :
- Quelle est la composition du mortier? ou du verre? ou des briques.?
- Quel est le prix actuel du sucre? du charbon? du cuivre?
- Traduisez une phrase donnée dans les diverses langues que vous connaissez.
- Inscrivez au journal ou au grand livre l’opération suivante : MM. A. et Cie achètent le... telles quantités de marchandises, payables en leur traite au..., à tant pour cent d’escompte.
- Faites un croquis coté de tel ou tel objet de dimensions données, etc., etc.
- Plus particulières et plus difficiles aussi d’appréciation sont les épreuves suivantes destinées à connaître, non plus du savoir ou de l’adresse manuelle,
- mais des qualités de jugement, de bon sens, de mémoire, d’observation, descandidats. Plus importantes aussi, car ces qualités sont d’une bien plus grande valeur.
- Épreuves de mémoire. — M. Kemble propose de montrer au candidat une série de photographies, par exemple celles de la figure 2, chacune accompagnée du nom de la personne représentée ; après deux minutes d’observation, il doit indiquer le nom de chaque personnage dont on lui montre le portrait au hasard. Généralement on n’obtient guère que cinq ou six réponses correctes.
- Un autre exercice consiste à mettre sous les yeux du candidat des dessins représentant des affiches communes : réclames de pneumatiques, d’horlogerie, de lampes électriques, de produits alimentaires, etc., en demandant à quelle marque spéciale elles appartiennent. Ce test donne une indication non seulement de la mémoire, mais plus encore des qualités d’observation habituelles et presque inconscientes.
- Épreuves de compréhension. — On remet au candidat une feuille semblable à celle de la figure 5 et on lui demande de teinter au crayon le carré central ou de tracer une croix de cinq carrés ou de hachurer toute autre combinaison indiquée. On peut encore lui présenter un dessin tel que celui de la figure 4 et lui demander de donner des ordres pour le faire reproduire exactement! Cette seconde épreuve plus difficile donne une idée du talent d’exposition et de l’habileté à exprimer des idées clairement.
- Fig. i. — Tableau servant à apprécier la dextérité manuelle.
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- 1 Épreuves de jugement. — Les questionnaires proposés pour ces épreuves peuvent être de difficultés très variables selon les capacités exigées de l’employé. On peut lui demander par exemple, de répondre en trente secondes au plus grand nombre possible des questions suivantes :
- Le nom d’un végétal? d’un métal? d’un insecte?
- On peut encore poser une série de questions pour lesquelles les réponses sont affaire d’opinion personnelle.
- Enfin M. Kemble va jusqu’à proposer de demander de juger sur la vue de photographies du caractère de personnes représentées; par exemple, sur le vu des portraits de la figure 2 on demande de dire de
- Fig. 2: — Série de photographies pour l’épreuve de mémoire visuelle.
- d’un reptile? d’un poisson? d’un homme? d’une femme! d’un océan? d’un lac? d’une ville? La couleur de l’eau? du thé? de la bière? de l’iyoire? du ciel?-de l’herbe? etc. La plupart des hommes ne peuvent guère écrire que huit réponses de ce questionnaire dans le laps de temps accordé.
- On peut utiliser des questionnaires beaucoup plus difficiles, nécessitant une plus grande ré-llexion, par exemple : quelle est la nourriture la moins chère, la force la plus puissante, la plus grande découverte moderne, la nécessité la plus impérieuse du commerce, etc....
- On peut encore employer d’autres épreuves qui laissent, il est vrai, plus d’incertitudes que les précédentes: en demandant à l’examiné de répondre à une lettre de demande assez difficile, par exemple d’écrire au nom d’un commerçant dont il est le secrétaire pour refuser d’accorder un secours, pour expliquer les qualités d’une marchandise, pour préciser les conditions dune vente.
- chaque personne si elle est active, confiante, instruite, irritable, ingénieuse, tempérée, etc....
- . Certes tous ces tests ne sont pas des modèles que l’on doive répéter dans tous les cas sans réflexion. Plusieurs donnent certainement des réponses peu
- claires, peu précises, difficilement évaluables. Mais ces méthodes d’examen psycho-physiologiques ont déjà fourni d’intéressants résultats entre les mains d’esprits avertis. En France Binet, Toulouse, Piéron en ont obtenu de remarquables renseignements en les appliquant aux enfants, aux aliénés, etc.... ïl semble donc que dans la pratique elles peuvent aussi être introduites utilement.
- Aux États-Unis où le désir d’évaluations précises est poussé à l’extrême, 'on n’hésite pas à employer ces moyens concurremment avec les examens physiques pour juger de la capacité des employés. Dans les maisons qui emploient ce nouveau système, chaque candidat est l’objet d’une fiche où sont notées en chiffres toutes ses qualités psychiques, morales.
- I É tt
- ü 11
- i H
- -
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- B È I
- Fig. 3. Fig. 4.
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- 348 = LA PRODUCTION MONDIALE EN TONNAGE COMMERCIAL
- professionnelles d’après les résultats d’épreuves semblables aux précédentes. Ges procédés d’examens répondent au désir de « standardisation » qui se révèle aujourd’hui dans tous les domaines d’activité de nos amis d’outre-Atlantique.
- Peut-être pourrions-nous réfléchir à l'intérêt qu’ils peuvent présenter pour nous et chercher leur meilleure adaptation à nos besoins et à notre caractère. Ce serait probablement un excellent moyen de faire disparaître les défauts du fonctionnarisme. A. B.
- LA PRODUCTION MONDIALE EN TONNAGE COMMERCIAL
- PENDANT LA GUERRE
- Quelle a été depuis le début de la guerre dans le monde entier la production en tonnage neuf destiné au commerce? Quelles sont les prévisions pour 1917 concernant cette production?
- Bans les circonstances actuelles ces deux questions présentent une importance capitale. Les torpillages créent, en effet, de larges vides dans les flottes commerciales non seulement des Alliés, mais encore des neutres ; il s’agit de savoir si les constructions neuves permettent de récupérer les pertes et dans quelle mesure?
- A cet égard, le Teknisk Ukeblad, de Kristiania, l’excellent organe du génie civil norvégien, apporte des renseignements du plus haut intérêt.
- Au moment de la déclaration, les chantiers travaillaient à toute puissance dans la plupart des étals. En 1913 ils avaient livré aux armateurs 3353000 tonnes en nombre rond, soit 500000 de plus qu’en 1912 et pendant le premier semestre de 1914 leur activité ne paraît pas avoir diminué. Après le début des hostilités, la courbe descend progressivement, les belligérants employant leurs établissements à renforcer leurs marines militaires. Quoi qu’il en soit, pendant la première année de guerre, la production mondiale s’éleva encore à 2 850 000 tonnes, en diminution seulement de 500000 sur l’année précédente. Après cela une chute brusque se produit. Les chantiers anglais, les plus achalandés de tous, sont en grande partie accaparés pour les besoins de la flotte et dans tous les autres pays, sauf en Norvège et en Danemark, la construction se trouve ralentie par le manque de main-d’œuvre, comme par la difficulté de se procurer les matières premières. Aussi bien, en 1 DJ 5 oh n’obtient dans le monde entier que 1 400000 t, , moins de la moitié de ce qui avait été lancé l’année précédente; par rapporta 19131e déficit atteint 1 900000 t.
- Entre temps, la guerre sous-marine déclarée en février 1915 devient relativement meurtrière : en juin les pirates allemands coulent 83 bateaux, en juillet 74, en août 82. Dès lors la nécessité de récupérer leurs pertes s’impose aux belligérants, comme aux neutres et dans tous les pays les constructions pour le comiherce sont reprises avec une nouvelle énergie. Au témoignage du Teknisk Ukeblad, à aucune époque les chantiers n’ont réalisé un effort aussi considérable qu’en 1916, étant données les conditions du travail. Cette activité s’est traduite l’an dernier par une production mondiale
- de 1 900 000 t., soit 500000 tonnes de plus qu’en
- 1915. Les pertes éprouvées par l’ensemble des marines marchandes depuis le 2 août 1914 jusqu’en novembre 1916 sont évaluées à 3 millions et demi de t. en chiffres ronds par M. A. Rousseau, le très distingué rédacteur maritime du Temps (Q, à 4 millions et demi jusqu’au 1er mars 1917 par le Teknisk Ukeblad. En 1915 et en 1916 les chantiers ont construit 3,3 millions de tonnes neuves, et dans le second semestre de 1914, au moins un million de tonnes. — A l’heure actuelle, la production depuis le début de la guerre ne doit donc être inférieure que de 300000 à 400 000 t. aux pertes causées à la marine-marchande mondiale par les sous-marins, les mines, les corsaires, etc., jusqu’au début de mars.
- Le tableau suivant, emprunté à notre confrère de Kristiania, montre les vicissitudes de la construction navale pour les navires au-dessus de 100 t. brutes dans les divers pays durant ces quatre dernières années.
- Ce tableau met en lumière trois points sur lesquels il importe d’insister, à savoir l’augmentation énorme de la production aux États-Unis, au Japon et en Hollande. Alors que jusqu’ici la construction des navires de commerce semblait peu préoccuper les Américains, subitement cette industrie a pris chez eux un essor remarquable. En
- 1916, leurs chantiers ont livré près de 555 000 t., soit le double de ce qu’ils avaient mis à l’eau en 1913, le triple du tonnage qu’ils avaient construit en 1915, si bien que l’an dernier la production des États-Unis a atteint presque le niveau de celle delà Grande-Bretagne (582 000 t.). A cette fabrication les établissements des bords des Grands-Lacs ont fourni un contingent important; ils ont notamment construit dix vapeurs de 2000 t. pour le compte d’armateurs norvégiens. Fâcheusement les dimensions des écluses du canal que les navires montés sur les bords de ces mers intérieures, doivent emprunter pour gagner l’Océan limitent à 75 m. la longueur de ces unités. Un avantage que possèdent les chantiers américains, très appréciable dans les circonstances actuelles, c’est la rapidité de leur construction. En huit mois l’un d’eux a monté la coque d’un vapeur de 5000 t. et cinq mois plus tard le bâtiment était paré pour l’appareillage.
- Non moins remarquables sont les progrès du
- 1. A. Rousseau, Sous-mnrrns et Blocus, publicalion de ['Informateur parlementaire, Paris, librairie Félix Alcan, 1917.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Japon. Alors qu’en i 913 et '1914, il avait construit moins de 100000 t. et seulement 50 000 en 1915, en 1916 sa production a atteint 246 000 t. Enfin, l’an dernier, les Pays-Bas ont lancé un tonnage double de celui qu’ils avaient mis à l’eau en 1915.
- Loin de se ralentir, cetle activité paraît devoir augmenter dans une proportion considérable en 1917. Grâce à la construction en série adoptée par la Grande-Bretagne, on prévoit que cette année elle
- pourra fournir plus de 2 millions de tonnes. Le Canada est également entré dans la voie de la construction à toute puissance ; à la fin de 1916 ses chantiers achevaient 22 gros vapeurs pour le compte de la Norvège. D’autre part au 1er janvier dernier 405 unités représentant un million et demi de tonnes étaient en cours de montage aux États-Unis.
- En raison du prix très élevé de l’acier, la construction en bois a retrouvé une nouvelle faveur.
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- Aux États-Unis ce matériel se trouve déjà employé pour 116 unités représentant 160 000 t., qui doivent être terminées en 1917. La moitié de ces navires sont construits dans les chantiers de la côte ouest, sur les bords du Puget Sound, de la rivière Colombia et en Californie. La plupart sont des voiliers munis de moteurs. En Norvège également on compte 20 vapeurs en bois actuellement sur les chantiers. La construction en bois parait appelée à prendre
- une extension considérable. Les journaux ont, en effet, annoncé que dans un conseil de cabinet le président Wilson et ses ministres ont envisagé la construction d’une Hotte nationale de navires de commerce en bois, en vue d’assurer le remplacement constant du tonnage qui pourrait être détruit par les sous-marins et de faire ainsi échouer le plan allemand de raréfaction des transports maritimes. Chaules Rabot.
- 1913 1914 1915 1916H
- Nombi e des Tonnage Nombre des Tonnage Nombre Tonnage Nombre Tonnage OBSERVATIONS
- unités. brut. unités. brut. unités. brut. unités. brut.
- Grande-Bretagne et
- Irlande .... 688 1.932.153 656 1.683.553 527 650.919 412 582.305
- Allemagne .... 1G2 465.226 89 587.192 50(?) 200.000? 20 81.950 Pour l’Allemagne, la
- Etals-Unis d’Amé- statistique est in-
- rique 205 276.448 94 200.762 84 177.460 178 554.810 complète.
- Pays-Bas. .... 95 104.296 130 OO CT? w-l 120 113.075 500 211.693
- France 89 176.095 33 114.052 6 25.402 10 39.457
- Japon 152 64.664 32 85 861 26 49.408 250 246.234
- Norvège Colonies brilau- 74 50.637 61 54.204 59 62.070 70 44.902
- niques 91 48.339 80 47.534 31 22.014 ï> )>
- Italie 58 50.356 47 42.981 30 22.132 50 60.472
- Autriche-Hongrie . 17 61.757 11 (?) 34.335 )) » )) »
- Danemark .... 31 40.932 25 32.815 23 45.198 50 57.150
- Autres pays . . . 108 61.970 61 (?j 41.311 57 (?) 33 960 83 59.125 Dans le total pour 1915, la part de la Suède estde27uui-
- Total .... 1.750 3.552.882 1.319 2.852.753 793 1.401.638 1.383 1.918.096
- » tés et de 20.319 t.
- 1. Les statistique s pour 1913, 1914 et 1915 ont été établies d’après les registres du Lloyd, tandis que celle de 1917
- est empruntée au Glascow Herald.
- CHRONIQUE
- Examen toxicologique rapide des eaux en campagne. — MM. Ricard et Barrai viennent de signalera la Société médico-chirurgicale militaire de la XIVe Région un procédé très simple pour connaître rapidement et simplement si une eau a été empoisonnée.. 11 consiste à placer quelques poissons : ablettes, goujons ou autres dans un bocal plein de cette eau. 2 gouttes de nicotine par litre tuent les poissons en moins d’une minute; 2 gouttes de conicine les paralysent en 6 minutes et les tuent en 8 ; 1 décigr. de solanine a un effet mortel en j h. 1/2, la même quantité de cocaïne en 1 heure ; la même quantité de stovaïne en 10 minutes; 1 milligr. d’aconitine tue en 5 h. 1/2; 20 gouttes d’aniline en 1 h. 5/4; 7 milligr. de digitaline ne font qu’incommoder le poisson en 4 heures ; la vératrine ne semble pas avoir
- d’action ; 1 décigr. de cyanure de potassium tue en 2 minutes ; 2 décigr. de sublimé en 10 à ! 2 minutes ; 2 gr. d’acétate de plomb en 5 heures; 5 gr. de sulfate de zinc en 2 heures ; 2 gr. de sulfate de cuivre en 45 minutes; 35 centigr. d’acide picrique en 5 heures-Par contre, les poissons ne sont pas incommodés par la morphine, la cantharidine, l’atropine, la pilocarpine, l’hyosciamine, la scopolamine, les sels arsenicaux, etc. Quoi qu’il en soit, une eau dans laquelle les poissons meurent en moins de 4 heures peut être considérée comme dangereuse. De plus, les solutions alcaloïdiques réduisent à froid le permanganate de potassium à 0,5 pour 1000. Ces deux essais peuvent donc fournir un premier renseignement rapide sur les eaux suspectes d’être empoisonnées.
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- LES EMPLOIS INDUSTRIELS DU CHALUMEAU
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- Nous avons ici même et à plusieurs reprises entretenu nos lecteurs des chalumeaux dont l'usage s’est extraordinairement répandu dans l’industrie depuis 1895, date à laquelle M. Le Chatelier signala les applications delà flamme oxhydrique ou oxy-acétylénique. La soudure autogène a conquis ses lettres de noblesse métallurgiques et son développement au cours de la guerre actuelle a été extraordinaire. Nous ne citerons pas tous les engins de tranchée, bombes de crapouillots, obus à ailettes, obus d’aviation, grenades spéciales et ogives d’obus d’artillerie, sans compter tous les récipients, organes d’aéroplanes, etc.... qui sont soudés à l’autogène. Mais nous voudrions attirer l’attention des industriels sur les autres usages possibles du chalumeau oxvacétylénique et sur les méthodes générales de construction dont il permet l’application.
- Dans un avenir sans doute très proche, le travail au chalumeau aura sa place marquée auprès des autres procédés d’assemblage depuis longtemps employés : soudage, rivetage, boulonnage, forgeage. C’est qu’en effet il permet d’assembler avec plus de solidité et avec une dépense moindre les divers organes des machines dont on n’a pas à envisager le démontage ultérieur. L’élimination des boulons et des rivets, dans l’automobile en particulier, réduit les risques de dislocation des pièces, en même temps qu'elle diminue le poids de l’ensemble de la machine. Les pneumatiques dans le cas spécial envisagé s’useront donc moins et le moteur sera soulagé. Le réglage et l’entretien seront aussi notablement simplifiés.
- L’élimination des organes d’assemblage que permet la soudure autogène est particulièrement bien mise en évidence dans les raccords utilisés dans l’industrie du gaz aux États-Unis depuis que la nécessité de transporter le gaz à de grandes distances a imposé la distribution sous forte pression. On reconnut qu’il était impossible de réunir entre eux d’une manière étanche les différentes canalisations à l’aide des systèmes de jonction ordinaires. L’emploi des têtes de raccords et de branchements en acier fondu soudé à l’autogène fournit la solution.
- Nous ne décrirons pas les différents systèmes de chalumeaux proposés pour réaliser la flamme oxy-acétylénique, mais il n’est pas inutile de rappeler le processus chimique de leur fonctionnement. Théoriquement la combustion de l’acétylène dans l’oxygène donne de l’eau et de l’anhydride ou de
- l’acide carbonique suivant la proportion d’oxvgène. Mais à la température de la réaction, l’eau est dissociée en ses éléments et'par suite le rôle actif est joué uniquement par le carbone de l’acétylène, qui ne peut former comme composé stable que de l’anhydride carbonique. Il ne se produit pas d’aulre réaction dans le dard d’un blanc éblouissant du chalumeau. Il peut y avoir une quantité notable d’oxygène non combiné qui passe à travers la flamme et c’est à lui qu’il faut attribuer les effets si variés que l’on observe suivant le régime de combustion adopté. Nous en verrons un exemple frappant en parlant du découpage au chalumeau.
- C’est le réglage de la combustion qui est le point délicat du procédé. Une soudure faite avec un appareil bien réglé a un reflet bleuté tandis que lorsque l’oxygène est en excès la soudure est noirâtre et moins résistante. Chose curieuse, un chalumeau onctiormant mal semble souder plus vite qu’un appareil bien au point, par suite du volume plus grand qu’occupe le fer oxydé. Aussi la soudure autogène ne doit-elle être faite que : par des ouvriers très consciencieux, étant donné surtout que rien ne permet, une fois la soudure terminée, de vérifier sa bonne exécution. Quelles sont les matières qui peuvent être assemblées par ce procédé?
- L’application la plus répandue de la soudure autogène est le travail du fer. Ce métal se prête remarquablement à ce mode de travail car il a, fondu, une grande viscosité, ce qui permet de le souder dans toutes les positions. La soudure de la fonte est, à certains points de vue, plus simple encore que celle du fer à cause de la grande fluidité du métal fondu qui assure une union beaucoup plus intime entre les deux pièces à réunir. La résistance mécanique des soudures dans ce cas est excellente ét le procédé tend à devenir d’un usage très général pour réparer les pièces de fonte cassées et corriger les défauts de fonderie. Une difficulté cependant qui est loin d’être négligeable provient de la grande différence de volume spécifique de la fonte à l’état liquide et à l’état solide. Quand la fonte passe de l’état liquide à l’état solide, elle augmente de volume, comme la glace et par suite la solidification de la soudure peut amener la formation de tensions dangereuses pour le reste de la pièce.
- Les alliages de cuivre, le laiton, le bronze, peuvent être soudés à l’autogène, la seule précaution à prendre est de ne pas employer une llamme trop
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- LES EMPLOIS INDUSTRIELS DU CHALUMEAU
- chaude qui volatiliserait le zinc ou l’étain de l’alliage, rendant la soudure très poreuse.
- La fonte malléable et la fonte cémentée, dont la surface est pratiquement de l’acier et les couches profondes de la fonte, a été jusqu’à ces dernières années le désespoir des soudeurs autogènes. On arrive maintenant à souder ce métal en employant comme liant entre les deux pièces un bronze spécial.
- Le cuivre pur, le métal Monel (alliage de cuivre et de nickel avec une trace de fer) , se prêtent très mal au travail au chalumeau, les propriétés du mêlai' fondu étant toutes différentes de celles du même métal laminé ou embouti et dans un grand nombre d’applications nettement inférieures.
- L’aluminium, par contre, est maintenant couramment soudé au chalumeau grâce à l’emploi de divers corps éliminant l’oxyde ou empêchant sa formation.
- Le plomb est aussi travaillé au chalumeau pour la réparation des gros appareils industriels. Enfin, signalons comme application intéressante en ces temps d’économie de métal, la soudure des pointes d’outil en acier spécial, sur un corps d’outil en acier ordinaire.
- 11 nous reste maintenant, après avoir vu quels métaux pouvaient être travaillés au chalumeau, à dire quelques mots des genres de travaux qui peuvent être effectués. Jusqu’à présent nous avons surtout parlé de la soudure. Mais une autre application, peut-être moins connue, en France, est le découpage au chalumeau, dont le promoteur est un Belge, F.sJotrand, dont les premiers brevets datent
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- de 1907. Cette opération est totalement différente de la précédente ; au lieu que ce soit une fusion locafe du métal, c’est-à-dire un phénomène physique,
- c’est au contraire une oxydation, c’est-à-dire un phénomène chimique qui se produit dans l’opération.
- On comprend facilement alors pourquoi le procédé de découpage ne peut s’appliquer qu’au fer et à l’acier et ne donne aucun résultat avec la fonte et les métaux non ferreux beaucoup moins facilement oxydables. Dans la fonte, la présence du carbone graphitique semble être l’obstacle principal. Certains aciers spéciaux, au tungstène, ne peuvent être coupés d’une façon satisfaisante, tandis qu’au contraire, le manganèse et le chrome, même à forte teneur, ne gênent pas l’opération. Quant au ciment, que certains prétendent arriver à découper, il ne peut s’agir d’une combustion quelconque, mais simplement d’une déshydratation locale amenant un effritement de la matière.
- Le processus de l’opération est, dans le cas général, le suivant; le métal, est chauffé au rouge blanc par le chalumeau, puis on envoie un jet d’oxygène qui se combine à cette température au métal, avec dégagement de chaleur qui vient s’ajouter à celle du chalumeau et permet de continuer le travail sur les régions voisines.
- On comprend immédiatement que la méthode généralement suivie et consistant à découper le métal avec le même chalumeau que celui qui sert à faire la soudure est absolument fausse. Le mécanisme qui n’est pas le même exige un régime de combustion de la flamme
- Fig. 2. — La machine à découper au chalumeau.
- Fig. 3 et 4. — Travaux de découpage au chalumeau.
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- totalement différent, le rapport des débits de l’oxygène et de l’acétylène nécessitant, pour chaque opération, un appareil dont les dimensions sont calculées en vue de l’opération à produire.
- Si on tient compte de cette observation, on peut lors, comme nous allons le voir, arriver à produire, pour le découpage, des dards aussi petits et aussi pointus que ceux que l’on obtient dans les chalumeaux à soudure, ce qui permet des travaux de découpage extrêmement précis.
- En effet, si l’opération la plus connue et déjà courante est le déboulonnage des pièces de charpente et la coupure des ailes des fers profilés, travaux plutôt grossiers et ne nécessitant pas de la part de l’opérateur une grande habileté, des machines récemment mises sur le marché américain permettent d’arriver à effectuer très facilement des travaux de découpage qui auparavant ne se pouvaient réaliser qu’à l’aide de presses très puissantes et d’un outillage compliqué.
- Quand le chalumeau est conduit mécaniquement à une vitesse déterminée et absolument constante, l’admission des gaz étant réglée et le dard toujours à la même distance de la pièce à travailler, le résultat de l’opération est aussi net, aussi précis que celui d’une machine-outil. Il suffit ensuite de donner à la pièce une passe de finissage pour qu’elle soit complètement terminée.
- L’une de ces machines, « l’oxygraph », sera décrite ici à titre d’exemple. Elle est basée sur le principe bien connu du pantographe. Le chalumeau est sur le grand bras et l’ouvrier conduit sur un dessin à échelle 1/2 par exemple la pointe conjuguée. On a ainsi évité les tremblements qui se produiraient inévitablement si le chalumeau était mû directement à la main, sans compter que la vitesse du déplacement étant déterminée par l’avancement du sillon, il aurait été très difficile pour l’ouvrier de suivre à la fois les contours du dessin et l’état d’avancement de la coupe. Pour assurer la progression à une vitesse constante du chalumeau, un moteur électrique par l’intermédiaire d’un train d’engrenage actionne une petite roue à molette qui suit sur le plan les contours du dessin avec une vitesse constante et entraîne par suite le déplacement du chalumeau.
- L’ensemble de l’appareil est représenté sur la figure 2 dont la légende suffit à faire comprendre le
- fonctionnement. On a constaté que lorsque l’acier à forte teneur en carbone est coupé froid, le sillon est rugueux tandis qu’il est parfaitement lisse si la pièce a été chauffée préalablement.
- La figure 5 montre un détail de l’appareil, l’organe conducteur A est la roulette qui suit le dessin que l’opérateur saisit par la tige B ; le moteur C communique son mouvement par l’engrenage D. La vis E permet de modifier le vitesse du moteur en agissant sur le rhéostat F. Deux pointes G de chaque côté de la molette indiquent le point qui est en contact avec le dessin de sorte qu’aux angles on sait exactement le moment où il faut changer de direction. On peut d’ailleurs se servir de ces pointes pour suivre les lignes du dessin au lieu d’employer la molette elle-même, ce qui permet, comme on peut les écarter plus ou moins de cette molette, de tenir compte de l’épaisseur du dard du chalumeau. En H on voit quelques échantillons des résultats obtenus par cet appareil : ils permettent de se rendre compte de la précision atteinte.
- On peut couper non seulement un bloc unique, mais encore une pile de lames, ce qui permet lorsque l’on ne veut pas faire les outils nécessaires par le travail au balancier ou à la presse, d’obtenir un certain nombre de pièces à un prix acceptable. La figure 3 montre une pile de 24 plaques de tôle que l’on avait rivées ensemble et dans lesquelles on a découpé simultanément les lettres figurées à droite et à gauche du bloc dont l’épaisseur totale était de 5 centimètres.
- La figure 4 montre un autre exemple de travail sur une pièce relativement épaisse. On voit donc par ce rapide exposé que le chalumeau oxy-acétylé-nique est appelé à jouer dans l'industrie un rôle important pour l’exécution d’un grand nombre de travaux. Sans aller jusqu’aux records américains où des arbres cassés de machines de 40 cm de diamètre ont été réparés en l’utilisant, bien que cette opération semblât, jusqu’à présent, être l’apanage exclusif de l’aluminothermie, le procédé nouveau sera à même dans dans un grand nombre d’applications (réparation des engrenages cassés dans les automobiles, découpage de profilés, etc...), de remplacer des outillages coûteux, compliqués et dont l’établissement ne correspond pas parfois à l’importance du travail à exécuter. H. Volta.
- Fig, 5. — Vue du dispositif de manœuvre du chalumeau.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahdre, rue de Fleuras, 9, à Paris.
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- LA NATURE.
- N° 2280.
- 9 JUIN 1917
- L’ÉLECÎRIFICÀTION DES CHEMINS DE FER DU MIDI
- La Compagnie des chemins de fer du Midi vient de commencer l’électrification de son réseau par l’installation de la traction électrique sur les lignes de Lourdes à Pierrefitte et de Tarbes à Bagnères-de-Bigorre. Ce premier essai ayant donné un excellent résultat, puisqu’il réalise une économie de plus de 500 francs par jour, sera étendu à une grande partie du réseau pyrénéen et aux lignes franco-espagnoles en construction ou en projet.
- Les deux premières usines hydro-électriques dont l’une est aujourd’hui terminée et l’autre en construction, ont été réalisées par les soins de MM. G.
- volants destinés à emmagasiner Beau pendant les heures mortes pour la restituer avec abondance aux heures surchargées. Enfin, ces usines étant actuellement les seules construites, il a fallu prévoir toutes les garanties de fonctionnement, aucune autre ne pouvant les suppléer en cas d’accident.
- Les conditions imposées aux usines que nous allons décrire sont donc beaucoup plus sévères que celles d’une régime normal où des usines nombreuses. reliées entre elles, peuvent fournir l’énergie nécessaire, au secteur de l’une d’elles momentanément défaillante. Si le coût de ces installations s’en
- Camichel, directeur de l’Institut Electrotechnique de Toulouse, D. Eydoux, ingénieur principal de la voie et J. Lhériaud, ingénieur de la traction des chemins de fer du Midi, k qui nous devons les renseignements qui vont suivre (').
- Ces usines présentent un certain nombre de caractères spéciaux, du fait qu’elles alimentent un service public qui ne peut souffrir aucun arrêt, lia d’abord fallu les calculer non d’après le débit moyen des cours d’eau, mais d’après leur débit minima afin d’éviter les interruptions de service pendant les-périodes de sécheresse. Puis l’irrégulière utilisation de l’énergie que comportent des trains nombreux à certaines heures et rares à d’autres, a obligé à construire de vastes réservoirs, véritables
- 1. Nous remercions MM. Camiclicl, P. y doux et Lhériaud de l'obligeance qu’ils ont eue de nous autoriser à reproduire les photographies qui illustrent cet article.
- est trouvé notablement augmenté, par contre, leurs dispositifs peuvent servir de modèles de sécurité.
- L’usine de Soulom, complètement terminée, est située au pied du Pic de Viscos sur le Gave de Pau, au confiuent du gave de Cauterets, non loin de Pierrefitte. Elle utilise l’eau des deux gaves provenant d’altitudes différentes.
- L’eau du Gave de Cauterets est captée à 4 km. de l’usine, à l’altitude de 752 m. dans une gorge étroite et à forte pente. Le débit utilisable est au minimum de 1500 litres et atteint 14 000 en hautes eaux. L’eau, arrêtée par un barrage, passe par des chambres de décantation, puis arrive dans le canal d’amenée construit en souterrain et enduit de ciment lissé. Ce canal, de 1 m. 50 de large, a une pente de 1 /1000e. Il peut débiter 2200 à 5100 litres d’eau.
- Un kilomètre avant l’arrivée à l’usine, le canal s’élargit à 4 m. 50 et s’approfondit progressive-
- 25. — 555
- 45' Année. — 1" Semestre.
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- 354 L'ELECTRIFICATION DES CHEMINS DE FER DU MIDI
- ment, formant un réservoir souterrain auquel succède un autre réservoir à l’air libre de 500 m. de long sur 12. de large et 4 m. 50 de profondeur, puis une chambre de mise en charge d’où partent les conduites forcées. Le départ de celles-ci est à 726 m. 50 d’altitude; l’usine étant à 473 m. 60, la hauteur de chute est donc de 253 m. La capacité des réservoirs étant de 22 000 m3. environ,on dispose ainsi d’une réserve de force de 19 500 chevaux-heures, autorisant de grandes variations horaires d’utilisation.
- [.es conduites forcées, au nombre de trois, communiquent chacune directement avec une turbine, un alternateur et un transformateur, formant trois groupes indépendants qui permettent l’entretien et la réparation de l’un d’eux sans arrêt total. Les conduites sont en tôle d’acier de 7 à 20 mm d’épaisseur, d’un diamètre intérieur de 81 cm, formées d’éléments de 18 m. de long assemblés par des joints à brides et boulons.
- Elles peuvent débiter 1,2 m3 par seconde et doivent résister à une augmentation de pression de 20 pour 100 pendant les coups de bélier. Chacune donne à l’arrivée à la turbine une puissance moyenne de 3750 poncelets.
- Pour éviter les dégâts considérables qu’en cas de rupture d’une conduite, le vidage des réservoirs occasionnerait à l’usine située au-dessous, on a donné au départ des tuyaux la forme d’un siphon. L’amorçage en est effectué par une trompe à eau actionnée par l’eau du réservoir selon un dispositif imaginé par MM. Bouchayer et Viallet. Le siphon est muni d’un tube de sûreté ouvert à l’air, il se désarmorce par entrée d’air dès que la vitesse de l’eau dans la conduite devient trop considérable* De cette façon, on réalise un arrêt automatique du débit en cas de rupture ou pour toute cause produisant un accroissement dangereux de vitesse de l’eau.
- Les débits sont jaugés au moyen de tubes de Yenturi placés sur les conduites.
- L’eau du Gave de Pau est captée à 6,5 km de l’usine, au village de Chèze, à l’altitude de 592 m. 50. Le débit utilisable est au minimum
- de 4400 litres; il atteint 30 000 litres en hautes eaux. L’eau, arrêtée par un barrage, traverse deux séries de grilles, puis deux chambres de décantation successives et pénètre dans le canal d’amenée, semblable à celui du Gave de Cauterets, mais plus grand; il peut débiter 5 à 6000 litres d’eau. Il aboutit, au-dessus de l’usine, à la chambre de mise en charge de 2000 m3 formée d’une série de tunnels communicants. Trois conduites forcées en partent qui aboutissent à trois turbines actionnant chacune un alternateur. La hauteur de chute est seulement de 115 m. donnant une puissance aux turbines de 5000 poncelets. Un dispositif spécial permet d’envoyer aux conduites du Gave de Pau l’eau des conduites du Gave de Cauterets qui descendent parallèlement et viennent d’un niveau supérieur. Les trois conduites ont un diamètre de 1 m. 20 et une épaisseur de 7 à 15 mm; elles peuvent débiter m3 par seconde. Comme celles de la haute chute, elles présentent à leur origine un siphon avec système d’arrêt automatique du débit et sur leur parcours des tubes de Yenturi.
- L’usine proprement dite comprend une salle des machines, une salle des transformateurs, une salle des interrupteurs et deux tours de départ des lignes de distribution du courant à haute tension.
- La salle des machines (fig. 3) comprend trois turbines de 5500 chevaux et deux de 350 actionnées par la chute de Cauterets et le même nombre de turbines des mêmes forces actionnées par la basse chute du Gave de Pau. L’eau des conduites forcées est distribuée aux turbines par des robinets vannes; elle en sort dans un canal de fuile situé au-dessous. Les petites turbines sont branchées sur des dérivations des conduites.
- Chaque turbine (fig: 4) actionne un alternateur tournant à 500 tours par minute pour la basse chute et à 330 pour la haute, et accouplé à la turbine d’une façon rigide. L’alternateur fournit du courant monophasé à 6000 volts à la fréquence de 16,66 par seconde; il a une puissance effective de 2400 kilowatts. Les petites turbines de 550 che-
- Fig. 2. — Vue des siphons automatiques d’arrêt de débit placés sur la chute du Gave de Pau en cours de montagne.
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- L’ÉLECTRIFICATION DES CHEMINS DE FER DU MIDI
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- vaux, tournant à 600 tours par minute, actionnent des dynamos donnent du courant continu à 125 volts qui sert à alimenter les services auxiliaires et à exciter les alternateurs.
- Le courant continu à 125 volts des dynamos est conduit à un tableau de distribution disposé sur une estrade dominant la salle des machines (fig. 5). Le courant alternatif à 6000 volts est conduit par six circuits distincts formés de barres d’aluminium à la salle des transformateurs située au sous-sol. Là, six transformateurs à bain d'huile l’élèvent à 60 000 volts. Des barres de cuivre le conduisent alors à la salle des interrupteurs où il traverse six interrupteurs à rupture dans l’huile, placés en parallèle. Deux interrupteurs généraux placés aux extrémités envoient le courant dans les deux tours de départ, d’où partent des câbles d’aluminium qui conduisent le courant aux sous-stations de transformation. Celles-ci abaissent la tension du courant de 60 000 à 12 000 volts et le distribuent au trolley de la voie. Les trains de voyageurs l’y recueillent par un archet placé sur une automotrice de 56 tonnes qui diminue la tension et utilise le courant dans 4 moteurs monophasés de 125 chevaux; ils peuvent atteindre
- Fig. 3. — Vue d'une salle des machines.
- une vitesse de 85 km à l’heure. Les trains de marchandises ont une locomotive du poids de 85 t., à archet également, à 2 moteurs de 600 chevaux, pouvant remorquer 500 t. sur une rampe de 1,6 pour 100.
- La protection contre la foudre est assurée par des parafoudres électrolytiques installés sur les canalisations de l’usine; celle contre les décharges lentes, par des déchargeurs hydrauliques placés en dérivation sur les lignes de départ, au pied des tourelles.
- L’usine de Soulom, avec ses deux sources d’énergie et ses deux groupes de machines pouvant fonctionner en parallèle ou en dérivation, présente un coefficient de sécurité d’autant plus grand qu’un des groupes électrogènes de la chute du Gave de Pau est prévu comme groupe de secours et ne travaille pas en régime normal. Elle peut fournir une énergie totale de 12000 kilowatts constamment disponibles,plus une réserve de 2400.
- L’usine d’Eget, non encore terminée, est située dans la haute vallée de la Neste d’Aure, laquelle se réunit à Arreau à la Neste de Louron pour former la Neste, affluent de gauche de la Haute-Garonne. Elle s’élève en aval du confluent de la Neste d’Aure et de la Neste
- Fig. 4. — \ ue d’une turbine de la chute du Gave de Pau avec son régulateur.
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- 356 -~r—..L’ELECTRIFICATION DES CHEMINS DE FER DU MIDI
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- Fig. 5. — Carte cTmsemble de l’usine de Soulom.
- de Couplan au débouché d’un vaste bassin de torrenls et de lacs de montagne déjà aménagés (fig. 5).
- En effet, les affluents de la Garonne qui partent en éventail du plateau de Lanne-mezan étant à sec une grande partie de l’année, on avait constitué dans la montagne des lacs réservoirs destinés à régulariser le débit. Sauf le lac de Caillouas, d’une capacité de 6500000 m3 situé en dehors de la région d’Eget, tous les autres réservoirs sont groupés dans ce qu’on appelle la vallée de Couplan et se déversent dans le lac d’Orédon, d’une contenance de 7 millions de mètres cubes. De celui-ci, la Neste de Couplan amène les eaux à la Neste d’Aure jusqu'à Arreau, où se détache le canal de Sar-rancolin qui prend à la Neste au moins 7 m3 d’eau par seconde pour les distribuer aux rivières du plateau de Lannemezan.
- Une partie du travail était donc déjà effectué. Toutefois, pour assurer un débit suffisant, même
- au cas de fonctionnement du réservoir de Caillouas, on décida la construction d’un barrage sur TOule qui constituera un second réservoir de 6 500000 m3, alimenté par une série d’autres lacs et de ruisseaux dont l’ensemble forme la vallée de l’Oule.
- L’usine d’Eget est donc alimentée par un canal d’amenée venant du réservoir de l’Oule, lequel reçoit d’autre part, les eaux du lac d’Orédon conduites par un canal de dérivation.
- Le barrage de l’Oule est formé par un mur de blocs de granit hourdis au mortier de ciment, de 168 m. de long sur 30 de haut et 28 d’épaisseur. Le lac qu’il retient en amont est à l’altitude de 1799 m. L’eau s’en échappe par un tunnel d’où partent six tuyaux de 40 cm de diamètre à obturation rapide et à fermeture hermétique par robinets vannes. Les tuyaux sont couplés deux par deux et arrivent dans trois cylindres continués chacun par une conduite de 50 cm de diamètre assurant un débit d’au moins 2,1 m3 par seconde.
- Les eaux du lac d’Orédon viennent se jeter dans le canal collecteur de ces trois conduites, canal de 5 km, 5 de long sur 2 m. de large, qui peut débiter au moins 4,8 m3 par seconde. Ce canal aboutit à un réservoir de 5000 m3 suivi d’une chambre de mise en charge. Tous ces canaux et
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- Fig. 6. — Carte d’ensemble de l’usine d’Eget.
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- LA SYNTHÈSE PRATIQUE DE L’ALCOOL.....357
- conduites sont forcément souterrains pour éviter les effets des gelées à ces altitudes.
- De la chambre de mise en charge partent 7 conduites forcées de Om. 50 de diamètre, longues de 1250 m., présentant les mêmes siphons et les mêmes coefficients de sécurité que celles de Soulom qui descendent l’eau à l’usine construite 710 m. plus bas. Elles actionnent 7 groupes générateurs indépendants, 6 prévus pour la marche normale et le 7e comme secours.
- Les conduites présentent une particularité intéressante : pour limiter les efforts de traction et de compression dus aux variations de température, qui agissent surtout au moment du montage, quand la conduite est vide, on a noyé celle-ci dans des massifs de ciment qui sont ancrés sur la roche et qui absorbent la majeure partie des efforts; entre ces massifs, on a placé des manchons, scellés également dans le roc, dans lesquels les conduites peuvent être fixées au moyen de colliers de serrage : cette dernière opération, faite par température convenable, répartit une portion de l’effort sur les massifs intermédiaires et soulage d’autant les principaux.
- Chaque groupe électrogène de l’usine comprend une turbine de 5000 chevaux tournant à 500 tours par minute, commandant un alternateur qui fournit du courant alternatif monophasé à 6000 volts, comme à Soulom; un transformateur élève la tension à 60 000 volts ; deux turbines de 450 chevaux actionnent deux dynamos à courant continu à 125 volts dont l’une alimente les services auxiliaires et l’autre excite les alternateurs. Le courant produit est envoyé aux sous-stations de la ligne de Tarbes à Bagnères-de-Bigorre.
- L’usine d’Eget est prévue pour être conjuguée avec celle de Soulom et leurs régimes d’eau, tout différents, permettront d’assurer un service régulier, quelles que soient les variations saisonnières ou autres du débit de leurs bassins d’alimentation.
- Il nous a paru intéressant de faire connaître les débuts de l’application aux voies ferrées pyrénéennes de l’énergie électrique si abondante en cette région. Les usines de Soulom et d’Eget ont d’ailleurs été réalisées avec un soin et un souci de sécurité qui en font des modèles qu’on aura intérêt à étudier lors de l’électrification d’autres réseaux de montagnes. A. Breton.
- LA SYNTHÈSE PRATIQUE DE L’ALCOOL
- Toutes les nouvelles qui nous arrivent d’Allemagne par les neutres ne sont pas exactes : même, le croirait-on, celles qui ont pour but d’exalter la puissance industrielle et la force de résistance indéfinie des Allemands. La façon dont ces nouvelles se répandent est, d’ailleurs, très suggestive. Le même jour, par un singulier hasard, il se trouve que tous les gens bien informés de Paris les connaissent par des voies en apparence diverses, avec les mêmes précisions et les mêmes preuves. C’est ainsi que, récemment, il a été fait grand bruit au sujet de l’alcool synthétique que les Allemands auraient réalisé en grand et à des prix infimes pour remédier à la disette d’alcool naturel. On en donnait comme preuve que le procédé fonctionnait déjà pratiquement dans une usine suisse dont on citait le nom; on mentionnait de grands marchés conclus à 40 francs l’hectolitre, etc.... Vérifications faites, il semble bien que, dans ce cas comme dans celui du caoutchouc, la vérité soit la suivante. La synthèse théorique de l’alcool est depuis longtemps réalisée comme celle du caoutchouc. Elle fonctionnera donc industriellement un jour ou l’autre (que les Allemands s’en mêlent ou non). Les hauts prix payés actuellem nt ont amené à tenter des essais industriels, auxqu-ds on n’aurait pu songer auparavant pour des raisons économiques. La gu* rre aura donc fait faire un pas à la réalisation d’un problème très anciennement posé. Mais rien ne prouve que les usines allemandes fonctionnent déjà avec succès comme on l’avait annoncé. D’après la manière dont les réclames sont conçues, le contraire semblerait plus vraisemblable.
- En tout cas, l’usine suisse que l’on citait comme ayant acheté et mis en pratique les brevets allemands, en est encore à la période des essais préparatoires. La morale est qu’il ne faut pas ignorer ni déprécier la force de nos adversaires, mais qu’il reste toujours prudent de penser à leur puissance illimitée de mensonge.
- Cette remarque faite, il peut être intéressant de résumer, autant qu’on peut le connaître, l’état actuel de la question.
- Rappelons d’abord les données théoriques. Dès que l’on ouvre un livre de chimie ou un Larousse au chapitre alcool, on y lit que la synthèse de l’alcool vinique, ou alcool éthylique, a été réalisée par Ber-thelot en partant de l’éthylène, ou du chlorure d’éthyle. L’éthylène C2H4, agitée avec de l’acide sulfurique, donne l’acide éthyi-sulfurique, qui, distillé avec de l’eau, donne de l’acide sulfurique et de l’alcool. Le chlorure d’éthyle, chauffé avec de l’acétate de potassium, donne l’acétate d’éthyle, qui, traité par une solution de potasse, donne de l’alcool. D’autre part, le même Berthelot a réalisé la synthèse directe de l’éthylène par l’union de l’acétylène et de l’hydrogène. Quant à l’acétylène CMi2, Berthelot la frabriquait, par divers procédés classiques : passage d’une étincelle électrique entre deux charbons dans l’œuf électrique rempli d’hydrogène ; ou encore fabrication préalable de l’acétylure de cuivre, ultérieurement traité par l’acide chlorhydrique étendu. Enfin, pour achever de résumer l’état scientifique de la question, c’est un autre chimiste français, Moissan, qui a produit le carbure de calcium, source
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- actuelle de l’acétylène au four électrique et c’est à son collaborateur Bullier, qui, chose extraordinaire sans doute, n’était lui non plus pas allemand, que nous devons la fabrication industrielle du carbure de calcium, et, par conséquent, de l’acétylène, dont la méthode Berthelot permet ensuite de tirer de l’alcool.
- Dans les essais d’applications pratiques, auxquelles nous avons fait allusion au début, on part, en effet, du carbure de calcium qui, au contact de l’eau, donne, comme chacun le sait pour l’avoir expérimenté dans un phare d’automobile ou de bicyclette, de l’acétylène. Puis, pour passer de l’acétylène à l’alcool, on peut employer deux procédés.
- Le premier est presque celui de Berthelot. On commence par hydrogéner l’acétylène en utilisant la méthode catalytique si bien étudiée par notre chimiste lyonnais, Sabatier. Après quoi on passe de l’éthylène à l’alcool par l’intermédiaire de la mono-chlorhydrine du glycol, qui s’obtient par l’acide hypochloreux et que l’on réduit ensuite par l’hydrogène.
- C2 H4 -f- Cl OH — (CH2 Cl — CH2 OH)
- (CH2 Cl — CH2 OH) -+- II2 = (CH3 — CH2 OH) (alcool) -4- HCl
- Dans un second procédé, qui semble le meilleur, on transforme l’acétylène en aldéhyde acétique (CH5 — CHO) par l’addition d’une molécule d’eau en faisant passer un courant d’acétylène dans de l’acide sulfurique dilué en présence d’un sel de mercure. Puis l’action catalytique du nickel divisé, bien connue par les travaux de Sabatier, donne le moyen de combiner à 140° un mélange d’hydrogène et d’aldéhyde acétique en vapeur pour avoir de l’alcool vinique. D’autres procédés permettent, avec la même substance, d’obtenir l’acide acétique.
- Dans tout cela, il n’y a rien de très nouveau, sinon ce dont nous continuons à ignorer la réalisation pratique : une mise au point très possible, qui se-
- rait intéressante si elle était économiquement effectuée, mais au sujet de laquelle on peut émettre beaucoup de doüles.
- On dit quje les Allemands emploient la seconde méthode, dans laquelle la monochlorydrine glycolique peut à volonté donner : avec de l'hydrogène, de l’al-coql ; ou, avec un hydrate métallique, du glycol. Ce glycol, à son tour, transformé en nitroglycol. aurait, chez eux, des applications analogues à celles de la nitro-glycérine. Ce qui semble bien certain, c’est que la Société Suisse, la Lonza, dont on chiffrait la production, les fournitures à l’Allemagne et les prix de vente, commence seulement à monter une usine à Viège en Valais, avec l’intention d’y appliquer un jour le traitement par l’aldéhyde acétique pour obtenir de l’alcool et surtout de l’acide acétique. Dans ces conditions et en présence d’une augmentation de capital destinée à couvrir les frais de ces installations nouvelles, ce serait sortir de notre domaine scientifique et industriel pour empiéter sur le domaine financier que de parler prix de revient. Sans faire intervenir aucune considération anti-alcoolique et même en souhaitant le succès à une curieuse entreprise scientifique, il est cependant permis d’indiquer combien le chiffre de 40 francs l’hectolitre, dont nous ignorons l’origine, paraît peu vraisemblable. Pour obtenir 1 kg. d’alcool, il faut théoriquement 1 kg. 62 de carbure de calcium à 0 fr. 15 le kg, et 1 m5 d’hydrogène électrolytique, valant, au minimum, 0 fr. 15 : soit, 0 fr. 39 de matières premières. Si le rendement pratique était les deux tiers du. rendement théorique, ce que l’on devrait estimer très convenable, celte dépense de matières premières serait déjà de 0, 58 : soit 45 francs l'hectolitre. Et cela sans faire intervenir en quoique ce soit, ni les substances accessoires, nickel, mercure, acide sulfurique, ni l’entretien des appareils, ni les frais généraux, ni l’amortissement.
- LES GRANDS LABORATOIRES NATIONAUX
- LE LABORATOIRE DE PHYSIQUE DE TEDDINGTON
- II
- Pour terminer notre course à travers le Laboratoire de Teddington, il nous faut donner un rapide coup d œil aux départements industriels. Leur importance, surtout en ces derniers temps, est devenue immense, car on peut dire que de là sortent à peu près toutes les nouvelles inventions suggérées par les nécessités de la guerre, là sont faits tous les essais en vue de modifier et d’améliorer toutes les inventions et les procédés en usage dans la grande industrie ang’aise.
- Le « Engineering Department » consiste en quatre laboratoires et des bâtiments annexes : pour l’essai des matériaux ; l’étalonnage et la vérification
- d’appareils, instruments et machines pour ingénieurs ; l’essai et les recherches sur les différents matériaux de construction pour roules et chemins; enfin les laboratoires d’aéronautique qui ont commencé à s’agrandir notablement depuis peu de temps.
- Le « Engineering Départaient » étudie les méthodes d’essai des matériaux et les vastes problèmes qui ne cessent de se présenter dans la pratique industrielle et dans l’art de l’ingénieur. C’est ainsi que presque tous les types de machines à essai de matériaux passent par ce département et peuvent y être étudiés dans les moindres détails de leur
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- LE LABORATOIRE DE PHYSIQUE DE TEDD1NGTON -
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- fonctionnement. Mais la plus grande partie de son activité est représentée surtout par les nouvelles machines que le Laboratoire a pu construire sur des principes absolument nouveaux et faire adopter par les laboraloires scientifiques et par l’industrie. L’outillage de ce département, pour les essais statiques des matériaux, est représenté par deux machines Buckton à levier, l’une de 10 t., l’autre de 100 t. La figure 1 représente une de ces machines.
- Bien que déjà, avec ces machines, une grande masse de travail ait pu être accomplie surtout en ce qui concerne les mesures d’élasticité des matériaux dans des intervalles très étendus de température, le Laboratoire a préféré se spécialiser dans les essais dynamiques, champ dont l’exploration a donné des résultats étonnants, grâce surtout aux travaux de M. Stanton, chef de ce département. En effet,
- M. Stanton a construit dans ce but un certain nombre de machines aptes à produire ées efforts alternatifs sur des pièces de matériaux destinées à l’essai.
- Dans celle de ces machines représentée par la
- figure 2, la pièce d’essai est placée entre deux marteaux qui glissent entre deux guides. L’un d’eux est animé, au moyen d’un système d’excentrique, d’un mouvement très rapide de va-et-vient qui est transmis par la pièce d’essai au deuxième marteau, solidaire de la pièce elle-même. Cette dernière subit ainsi une rapide série de tensions et compressions.
- Cette machine a permis non seulement de procéder à de nombreux essais d’une importance primordiale pour l’industrie, mais de confirmer d’une façon inespérée les conclusions bien connues auxquelles étaient arrivés Ewing et Humfrey sur la manière dont se brisent les métaux sous
- l’action d’efforts alternatifs et sur la « fatigue » des métaux. Elle a encore permis de réfuter définitivement l’opinion communément admise selon laquelle le métal devient cristallin sous l’action d’efforts alternatifs.
- Des recherches nombreuses, poursuivies pendant de longues années, ont permis au Laboratoire d’éclaircir définitivement le mécanisme de la rupture soit par déformation, soit par choc d’un corps élastique.
- Pour produire la rupture d’un métal par simple choc, diverses machines ont été construites. Dans l’une d’elles, adoptée’désormais dans tous les laboratoires du monde, la pièce d'essai est placée entre deux supports prismatiques et est brisée par un marteau tombant d’une certaine hauteur.
- Le laboratoire possède trois de ces machines : l’une peut casser d’un seul coup une pièce d’accouplement de wagons (1); une autre, plus petite, est deslinée à produire la rupture de pièces métalliques ne mesurant pas plus de 1 cm2 de section. Cette
- 1. Cette machine a été, en effet, construite en vue d’étudier, les différents types d’a« couplement de wagons, pour les différentes C'impagnios de chemins de fer de l’Angleterre et de ses colonies.
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- dernière machine est représentée par la figure 3.
- Une autre division du département industriel, établie plus récemment, et qui a pris 1res vite un développement inespéré, est eonsiituée par le « Road Board Laboratory ». Ce Laboratoire, destiné à l’essai des matériaux pour routes et chemins, a été fondé, en 1911, sous les auspices du ministère des Voies et Communications. Non seulement on y procède à des essais sur des échantillons de matériaux, mais aussi à l’essai de différents types de routes à l’aide d’une grande « Road Testing Machine », représentée par la figure 4.
- ' La route destinée à être étudiée est construite sur une piste circulaire, large environ de 60 cm, et d’un diamètre d'environ 10 m. Cette piste est creusée et peut être remplie avec les matériaux choisis ; une route « d’expérience » est ainsi con-struite, reproduisant en échelle réduite une route vraie et propre, pouvant être aisément étudiée à fond, quant à sa résistance et à sa durée, au moyen de la « Road testing machine ». Du centre de la piste circulaire, visible dans la figure, partent huit bras de longueurs différentes, portant à leurs extrémités huit lourdes roues cer-cléesd’acier. Ces roues, tournant donc chacune sur une portion différente de laToute artificielle, roulent à une vitesse de 8 milles par heure.
- Afin de reproduire artificiellement autant que possible les conditions réelles du mouvement sur une route vraie et propre, chaque roue de la machine peut être chargée et son mouvement ralenti ou accéléré indépendamment des autres. On arrive ainsi à reproduire toutes les conditions de trafic d’une route moderne, et on a l’avantage de pouvoir concentrer et accélérer le trafic ordinaire en réduisant considérablement, il est vrai, la durée de vie de la route, mais en rendant ainsi possible de procéder dans le minimum de temps à un grand nombre d’essais et comparaisons (1).
- L’importance .que ce département spécial a acquise en si peu de temps, est suffisamment prouvée par quelques chiffres statistiques. En 1913, 72 nouveaux types de matériaux pour routes ont été étudiés, dans leur dureté, leur durée et leur
- 1. L’expérience a, en effet, prouvé .qu’aucune route ainsi construite ne peut résister plus que quelques jours à l’action de cette machine. La durée est eneore diminuée si la surface est maintenue humide ou tout à fait trempée.
- résistance selon les différents ciments employés. Pendant les années 1914-1915, nonobstant la guerre et nonobstant les nombreux travaux poursuivis au laboratoire en vue de la nouvelle situation faite à l’Angleterre par la guerre européenne, le travail s’est ralenti, mais n’a pas perdu de son intensité : 49 matériaux ont pu être étudiés, et un très grand nombre de types de routes ont pu ainsi être construits en petites échelles et expérimentés.
- Une autre division du département industriel est celle de l’aéronautique, qui fut introduite en 1909 au laboratoire de Teddington, sur la demande du gouvernement anglais. Le développement des laboratoires d’aéronautique a été très rapide; la guerre non seulement ne l’a pas interrompu, mais l’a tout au contraire énormément accéléré. La plupart des jeunes savants occupés dans cette division ont été envoyés par le gouvernement, dès le commencement delà guerre, dans les nombreuses usines anglaises d’aéroplanes ; mais bien vite on dut s’apercevoir que le vrai centre de l’aviation était Teddington et reconnaître les services rendus par ce laboratoire. On en augmenta les locaux et le personnel, après s’être convaincu de l’impossibilité de soustraire aucune force à cette grande institution sans lui enlever, par cela même, une notable partie de sa puissance. Le développement, pour un instant interrompu, a repris avec une vigueur accrue; aujourd’hui poussé par les nécessités de découvrir toujours de nouveaux procédés aptes à assurer la défense du territoire, les bâtiments de 1910 ont formé une petite ville, où naît et se développe la puissance aérienne de la grande nation alliée.
- En étroite collaboration avec les autres départements industriels, aidé dans toutes ses tentatives par les recherches du laboratoire de métallurgie, le département de l’aéronautique a pu, en peu de temps, résoudre un nombre immense de problèmes, mettre au point de nouveaux modèles d’avions et procéder aux essais de tous les types d’avions employés aujourd’hui par toutes les nations en guerre.
- Le travail du département de l’aéronautique est de deux genres : il s’agit avant tout d’établir les principes fondamentaux de la technique de l’aviation, les principes et les formules relatives à la résistance de l’air selon la forme des surfaces, etc. Il s’agit
- Fig. 3. — Machine de Charpy pour essai de rupture des matériaux par le choc.
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- ensuite de construire et essayer les modèles représentant en échelle réduite les différents types d’avions, afin de connaître en tous les détails leurs propriétés et leur stabilité. Deux genres d’appareils constituent donc l’équipement d’un laboratoire de ce genre : appareils aptes à mesurer les forces exercées sur un de ces modèles en mouvement dans l’air, et appareils pour la mesure des mêmes forces
- agissant sur un modèle immobile dans un courant d’air de vitesse donnée.
- L’une des méthodes sera jugée plus avantageuse que l’autre selon le genre de recherche que l’on poursuit. Le laboratoire possède une machine du premier genre pour essai des hélices. Un bras de 5 à 6 mètres tourne autour d’un axe, avec une vitesse pouvant être réglée à volonté ; à l’extrémité de ce bras, un moteur électrique met en mouvement, au moment voulu, l’hélice qui doit être étudiée ; de la variation de vitesse du bras, produite par le mouvement de l’hélice, on déduit aisément les propriétés caractéristiques du modèle.
- Mais lorsqu’il s’agit de l’étude de modèles complets d’aéros, on préfère ordinairement les immobiliser sur le bras d’une balance spéciale, permettant d’enregistrer avec la plus grande précision les efforts exercés sur les différentes parties du modèle par un courant d’air le frappant avec une vitesse facilement
- déterminable. Le modèle est renfermé dans un canal où l’air est injecté, au moyen de ventilateurs, à travers un système de fentes établies en vue d’uniformiser le mouvement de l’air à l’intérieur du canal. Le nombre de ces canaux est allé en augmentant à Teddington soit de nombre, soit de grandeur; la figure 5 donne une idée d’ensemble du plus grand. Dernièrement construit (1915), de 7 pieds de largeur, il est situé dans une grande salle, d’une longueur de presque 55 m. sur une hauteur d’environ 15 m.
- Nous n’avons pas besoin d’insister sur le laboratoire d’aéronautique de Teddington, d’autant plus que l’Université de Paris en possède un tout à fait remarquable pour l’importance’de ses travaux. Ce que le laboratoire anglais présente en plus, outre les dimensions bien plus grandes, c’est la possibilité de production intensive et rapide; possibilité qu’il doit surtout à la centralisation de tous les services de tCus les laboratoires en un même lieu et sous une même direction, ce qui permetune unité début et une collaboration très étroite entre les différentes parties de l’ensemble.
- C’est grâce à ce besoin d'unité et de collaboration, qu’un département originairement destiné à des études métallographi-ques a dû se transformer en un grand laboratoire de métallurgie et chimie métallurgique. Ce laboratoire, sous la direction d’un des plus éminents savants de notre temps, M. Ro-senhein, a pu rendre
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- des services incalculables et inappréciables dès le commencement de.la guerre.
- Le laboratoire de « métallurgie et chimie métallurgique » peut être considéré comme formé de plusieurs divisions. La principale s’occupe de métallurgie physique; on y étudie donc toutes les propriétés physiques des métaux et des alliages, leurs variations soüs les différentes actions thermiques ou mécaniques. Une autre division est uniquement consacrée à l’analyse chimique des métaux. Une autre se spécialise dans les applications à l’aéronautique, la dernière enfin et la plus récente est destinée à l’étude des verres d’optique.
- Le département de chimie métallurgique s’occupait avant la guerre d’analyses de différents types d’aciers, et en général des propriétés des alliages.
- Mais la guerre a apporté un changement profond au programme primitif; aujourd’hui on peut dire qu’il touche à presque toutes les questions relatives aux nombreuses branches de l'industrie de guerre. Une sous-division a dû être créée, destinée à l’étude des produits dont la guerre a privé l’Angleterre (verres pour chimie, porcelaines papiers pour filtres, etc.). L’intensité de travail est devenue telle, en un si court espace de temps, que dès à présent on projette la construction d’un grand laboratoire pour la technologie chimique. Une autre division se réserve les applications de la chimie à l’aéronautique.
- Les nécessités de la défense empêchent pour l'instant de divulguer les travaux et les recherches qui y sont poursuivies et les méthodes employées. A titre de curiosité nous pouvons citer un instrument nouveau, inventé par M. Rosen-hein pour l’étude des étoffes pour ballons et dirigeables, afin d’en déterminer avec le maximum de
- précision le degré de perméabilité à l’hydrogène.
- L'étoffe à essayer forme une cloison séparant en deux parties un lambour en fer. Dans l’une des parties l’on fait passer un courant d’air, dans l’autre un courant d’hydrogène à une pression un peu plus élevée que celle de l’air.
- L’hydrogène traversant l’étoffe pénètre dans l’air; celui-ci passe ensuite dans un tube de silice chauffé contenant un peu de silice platinisée. L’hydrogène se combine ainsi avec l’oxygène de l’air, l’eau qui en résulte est absorbée par du chlorure de calcium. De cette façon en pesant l’eau formée, on peut déterminer avec une très grande précision la quantité d’hydrogène qui traverse une surface donnée d’étoffe (').
- Mais tous ces problèmes suscités par les besoins actuels, ne cessent pas d’en suggérer d’autres, auxquels le merveilleux outillage du département de métallurgie peut apporter toujours des solutions satisfaisantes. Ainsi les recherches méthodiques sur les alliages des métaux, qui constituaient l’une des préoccupations essentielles du Laboratoire, ont pris un essor immense. La nécessité de jour en jour plus impérieuse, d’avoir des alliages légers en vue de leurs applications aux dirigeables, a attiré l’attention du Laboratoire sur les alliages de l’aluminium et du zinc. Ces études ont pu être poussées activement grâce à l’aide financière très importante de l’Amirauté anglaise et du Bureau des Inventions. Les propriétés de ces nouveaux alliages, la possibilité de les laminer et forger, ont pu être étudiées à fond; des résultats de tout premier ordre ont été ainsi obtenus et seront publiés, pour des raisons évidentes, seulement après la guerre. L’outillage pour la fonte des métaux est très développé : différents types de fours sont en action, et un grand nombre d’autres sont constamment créés ou étudiés, surtout en vue de leur application à la fabrication des verres d’optique. Ce problème, que la guerre a rendu presque angoissant, est un de ceux qui ont le plus retenu l’attention du Laboratoire de Teddington. Des salles spéciales sont réservées uniquement à la fabrication de verres
- 1. Nous pouvons parler de cet appareil si ingénieux, sans craindre de traliir un secret, puisque il a été adopté en France et... en Allemagne.
- Fig. 6. — Salle pour le laminage et la forge du département de la métallurgie.
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- LE MÉCANISME DES FRETS
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- d’optique et à l’étude de leurs propriétés. C’est ainsi que des types de verres absolument nouveaux ont pu être trouvés, d’autres qui étaient fournis exclusivement par l’Allemagne peuvent aujourd’hui être produits en Angleterre. La coulée, une fois obtenue et étudiée, est passée au Laboratoire d’optique, qui en détermine toutes les propriétés optiques en vue de leur utilisai ion la plus profitable.
- Le dernier département constituant une des plus grandes attractions du Laboratoire, est le « William Frende National Experimental Tank », le grand bassin pour l’étude des carènes de navires et hydroplanes. En avril 1908, M. A. F. Yarrow de la « Institution of Naval Architects » offrait une somme de 20 000 livres pour la construction du bassin. D’autres aides financières considérables permirent de commencer immédiatement les travaux. Ceux-ci, entrepris en 1909, étaient terminés vers la fin de l’année 1910, et le 5 juillet 1911, lord Rayleigh inaugurait le nouveau Laboratoire.
- L’installation est constituée par un bassin artificiel d’environ 300 m. de longueur sur une largeur de 10 m. La profondeur est d’environ 5 m. Une ide'e bien faible de ses dimensions et de l’effet saisissant qu’il produit par la perfection de sa construction et la beauté des effets de lumière et de reflet est donnée par la figure reproduite dans notre précédent article.
- Aux deux côtés du bassin, dans toute sa longueur, sont placés des rails sur lesquels court un wagon, mû électriquement par de puissants moteurs et qui peut très vite atteindre une vitesse uniforme qu’il conserve à volonté pendant toute sa course. Des modèles en échelle réduite sont rigidement fixés à ce wagon, et déplacés avec une vitesse, fonction des dimensions du modèle lui-même.
- Le wagon remorque ainsi le modèle; les forces exercées sur lui par la résistance de l’eau sont transmises, au moyen d’un système de leviers, à des appareils enregistreurs, placés sur la plate-forme du wagon, qui en permettent la mesure avec une très grande exactitude.
- Des salles latérales sont affectées à la fabrication des modèles. Afin de les obtenir dans le minimum de temps et de pouvoir les modifier facilement, ils sont faits d’un mélange de cire et de paraffine. On creuse une ébauche grossière du modèle ayant les dimensions voulues (2-3 m.), dans un bloc d’argile,
- dans lequel on verse la paraffine liquide. En injectant de l’eau sur le bloc, le modèle est détaché et, après un premier nettoyage, il est placé sur la plate-forme d’une machine spéciale à découper. Son fonctionnement est aussi simple qu’ingénieux : une pointe traçante suit les lignes du dessin représentant le bateau. Un système de leviers (constituant une sorte de grand pantographe) transmet ce mouvement à une série de couteaux qui tracent ces mêmes lignes en échelle plus grande, sur la maquette en paraffine. Le modèle est ainsi obtenu automatiquement ; on n’a plus qu’à le retoucher légèrement à la main et le polir. Grâce à l’emploi de cette machine, la vitesse du travail a été notablement accrue. Ainsi, tandis que 9 modèles seulement lurent étudiés en 1912, dans les 15 mois suivants, jusqu’au mois de mars 1914, le Laboratoire a pu étudier 101 modèles différents de bateaux et d’hydravions.
- Ces chiffres prouvent déjà l’importance de cette nouvelle institution. Aujourd’hui il n’y a pas un chantier anglais qui ne s’adresse au Laboratoire pour renseignements ou même pour lui soumettre des types nouveaux de bateaux. Les grands navires de guerre de la marine anglaise, les nouveaux transatlantiques, les bateaux spéciaux pour les grands fleuves des colonies anglaises doivent leur perfection au Laboratoire. Les données statistiques publiées par la direction du Laboratoire sont surprenantes. La forme exacte de la carène, étudiée dans tous ses détails, a permis, pour ne citer qu’un exemple, à un des plus grands constructeurs anglais, de réduire de 25 pour 100 la puissance qui avait été projetée, avec une immense économie de matériel et de charbon.
- Notre course rapide à travers les différents dépar-lements du National Physical Laboratory, est terminée.
- Le Laboratoire, qui pendant de longues années d’intense labeur avait aidé au développement pacifique de l’Angleterre, est aujourd’hui un instrument précieux pour sa puissance militaire.
- Les laboratoires nouveaux et ceux en voie de construction nous démontrent avec quelle volonté, quel effort obsliné et patient l’Angleterre se prépare à l’après-guerre, à la grande lutte pacifique de demain pour le rayonnement toujours plus grand de sa puissance dans le monde. H. Paresce.
- LE MÉCANISME DES FRETS
- Les événements actuels ont fait entrer dans l’usage courant un certain nombre d’expressions, d’ordre technique, qui n’étaient jadis employées que par des spécialistes. Les journaux parlent, en effet, à tout propos, de frets, de chartes parties, de surestaries, et le public, qui n’est pas initié aux problèmes des transports maritimes, se rend ainsi malaisément compte des phé-
- nomènes dont on prétend lui donner l’explication.
- Les transports maritimes sont devenus singulièrement onéreux. Cela nul ne l’ignore. Mais dans quelles conditions sont-ils effectués? Quel e.-t, en réalité, le mécanisme des affrètements? C’est ce que nous allons essayer d’exposer pour l’instruction de nos lecteurs.
- Les transports maritimes, comme les transports
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- terrestres, font l’objet d’un contrat entre l'armateur qui s’engage à acheminer les marchandises sur leur lieu de destination, le fréteur qui loue le bateau et le chargeur, appelé aussi affréteur, qui l’emploie. Ce contrat se nomme affrètement, et le prix convenu porte le nom de fret. Le fréteur et le j chargeur sont, d’ordinaire, représentés au port d’ar- | rivée par des intermédiaires, qu’on appelle consignataires du navire et consignataires de la cargaison.
- Les affrètements peuvent évidemment être totaux ou partiels, suivant les cas. Lorsque l’affrètement est total, l’affréteur peut sous-affréter le navire, dont il dispose pleinement. Mais il arrive fréquemment que les chargeurs n’ont à faire transporter qu’un tonnage restreint; dans l’occurrence, l’affréteur traite non plus au temps — entime charter — mais au voyage et au poids ou au volume. Telle marchandise paiera au tonneau (1000 kgs en principe ou 1 m5 44), telle autre au quintal.
- Les conventions intervenues entre l’armateur et ses clients pour la location d’un navire sont constatées par un document nommé charte partie qui fait loi. Il existait autrefois d’innombrables types de chartes parties. Dès 1912, la conférence de la Baltique et de la mer Blanche faisait adopter une formule « universelle », qui s’est généralisée, bien que certains contrats avec l’Amérique diffèrent quelque peu du modèle de la charte officielle anglaise.
- Ce document, trop inconnu du public, indique le nom et le tonnage du navire, les noms du capitaine, du fréteur et du chargeur, le lieu et le temps convenu pour le chargement et le déchargement de la cargaison. Il stipule les fournitures qui incombent à l’armateur et les obligations des affréteurs.
- Ces derniers ont à leur charge, d’après la charte en usage, le paiement des droits de port, des droits de pilotage, des droits consulaires, des droits de stationnement, des frais de commissions, de prise en charge, d’arrimage, de déchargement, de pesage, et de surveillance. Les combustibles sont payés par l'affréteur, ainsi que l’eau pour les chaudières, mais l’armateur est tenu de racheter, après déchargement de la cargaison, les charbons qui restent daus les soutes au cours du port où son bateau séjourne.
- La location d’un bateau s’affectue mensuellement et d’avance, en espèces et sans escompte.
- La charte partie fixe presque toujours un délai pour le chargement, et le déchargement de la cargaison, délai d’ailleurs variable suivant la nature de la marchandise et les ports. On appelle les jours de stationnement ainsi autorisés staries, ou, dans le langage courant, jours de planche.
- En principe, les staries sont de 15 jours pour le long cours, de 5 jours pour le cabotage.
- En temps de paix, les jours fériés ne comptent pas dans le délai imparti pour les opérations. Il peut arriver, toutefois, que les manutentions ne soient
- pas terminées dans le temps donné. La charte partie prévoit donc des pénalités pour les jours supplémentaires. Ce sont les fameuses surstaries ou sures-taries dont on a tant parlé depuis la guerre, du fait de l'engorgement de nos ports, car le mauvais temps et l’encombrement des quais ne sont pas considérés, en matière de transports maritimes, comme cas de force majeure.
- Avant les hostilités, les taux des surestaries attei-! gnaient environ 0 fr. 50 par tonne de jauge nette et ! par jour. Us ont décuplé en raison des hauts prix j des transports.
- Le délai fixé pour les surestaries étant écoulé, le capitaine peut donner l’ordre de départ, même si la cargaison n’a pas été entièrement chargée ou déchargée. Si, néanmoins, le navire attend pendant une nouvelle période, une indemnité plus, élevée que la surestarie est due à l’armateur. C’est la contre-sureslarie ou contre-slarie, qui a tant pesé sur nos charges d’importations depuis deux ans.
- Dans le cas d’une location totale, aussi bien que lorsqu’il s’agit d’un transport limité, le capitaine, après réception de la marchandise, rédige un connaissement, qui représente la lettre de voiture des expéditions voyageant sur mer.
- Ce document est, d’ordinaire, établi en triple exemplaire : le connaissement chef reste entre les mains du capitaine, les deux autres vont à l’affréteur et au destinataire du chargement.
- Les connaissements peuvent désigner nommément les destinataires, ou bien être à ordre. Dans ce dernier cas, ils jouent le rôle des traites, et peuvent être endossés. Ce sont des valeurs au porteur transmissibles, garanties par la marchandise.
- Comme on peut s’en rendre compte par les brèves explications qui précèdent, les opérations touchant les transports maritimes sont beaucoup plus complexes que celles relatives aux transports par fer. Les affrètements se lont plus volontiers par la voie d’intermédiaires, en France en particulier. Il existe, à cet effet, tout un corps de courtiers, assermentés ou non, qui procurent au commerce les frets dont ils ont besoin, et à l’armement les clients qui le font vivre.
- En Angleterre, la corporation des courtiers maritimes est également très puissante, mais de nombreuses maisons d’armement opèrent directement et font de l’affrètement.
- Avant les hostilités, les taux d’affrètement étaient établis par la bourse des frets qui fonctionnait à Londres. C’est vainement que les Allemands avaient tenté d’instituer une bourse rivale à Hambourg. Depuis plusieurs mois, les frets ne sont plus libres en Angleterre pour les navires au-dessus de 1000 tonneaux. Les affréteurs sont tenus d’oblenir l’autorisation préalable du Chartering Committee, institution d’essence gouvernementale, qui a la haute main sur la marine marchande. D’un autre côté, les
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- PRÉCIPITATION ÉLECTRIQUE DES VAPEURS D'ACIDE PHOSPHORIQUE 365
- frets au poids ont tendu à disparaître, et les lime-charters sont devenues la règle.
- Ces explications données, nos lecteurs comprendront plus aisément les raisons qui ont porté à de hauts cours les frets maritimes. L’affréteur français, qui doit payer fort cher la location du navire dont il a besoin — local ion dont le prix a crû avec la diminution du tonnage et les exigences de la construction —, qui doit assumer aussi la charge écrasante du combustible, et qui se trouve presque toujours contraint de verser des surestaries et con-tre-staries par le fait de l’engorgement des ports, l’affréteur a dû encore accepter un relèvement considérable du taux des assurances.
- Dans ces conditions, les produits importés se trouvent grevés de frais supplémentaires énor-
- mes, qui expliquent la cherlé croissante de la vie.
- Pour la navigation intérieure, les affrètements s’opèrent d’une façon analogue, mais il n’existait avant le conflit qu’une bourse de fret fluvial, la Schiffs Borse, à Ruhrort, en Weslphalie. Il avait été question de créer une bourse à Lille. Le projet n’a pas été mis à exécution. Toutefois, le gouvernement français a pris, depuis la guerre, deux décisions qu’il convient de signaler dans cet ordre d’idées. Pour faciliter le trafic sur la Seine entre Paris et Rouen, un bureau d’affrètements a été créé à Rouen par les soins de l'Office National de la Navigation. D’autre part, un local a été mis le 10 mai à la disposition des mariniers, à Paris même, et on peut espérer qu’il constituera le noyau d’une future bourse du fret fluvial, Auc. Pawloyvski.
- PRÉCIPITATION ÉLECTRIQUE DES VAPEURS D’ACIDE PHOSPHORIQUE
- Le phosphate naturel tricalcique, a besoin, pour être utilisable en agriculture, d’être solubilisé, c’est-à-dire transformé en phosphate dicalcique ou superphosphate. A cet effet le procédé classique consiste à chauffer le phosphate naturel pendant 24 ou 36 heures avec son poids d’acide sulfurique commercial . Le produit final contient environ 18 pour 100 d’anhydride phosphorique combiné sous forme de sel de chaux mais, inconvénient assez grave, il reste assez fortement acide, ce qui fait qu’on doit éviter de le mélanger avec de la chaux qui le neutraliserait et empêcherait son assimilation par le sol, et avec des nitrates, ce qui produirait un dégagement de vapeurs nitreuses.
- Un grand nombre de procédés ont été proposés pour extraire l’acide phosphorique des phosphates et parmi eux, le procédé à sec est le plus intéressant. Le minerai est chauffé avec du charbon ou de la silice pour transformer le phosphate en silicate et libérer les vapeurs de phosphore. Celles-ci sont alors soit condensées, soit oxydées à l’air pour former l’acide.
- A Mount Ilolly dans la Caroline du Nord par exemple, le procédé Ilechenblickner consiste à chauffer au four électrique (triphasé à 250 volts) un mélange de 1 partie de phosphate tricalcique, 2 de silice et 5 de charbon, disposé autour des électrodes. La vapeur de phosphore est oxydée dans des tours et ensuite envoyée dans des scrubbers où l’acide est aboli par l’eau. Mais si l’acide est très soluble dans l’eau, pour que l’absorption soit complète il faut employer beaucoup de liquide et l’acide finalement obtenu est à très faible concentration (50 pour 100 environ). De plus la dissolution e>t plus difficile si le minerai traité contient des fluorures.
- Pour supprimer ces graves inconvénients, MM. Ross et Merz du Bureau of Agriculture des États-Unis ont cherché à appliquer la méthode de Cottwell de précipitation électrique des poussières et lès résultats obtenus, que nous extrayons de l’Engineering, sont des plus encourageants.
- Le disposif électrique dont nous avons déj à parlé (1) est alimenté par un transformateur de 8 kilovolts-ampères alimenté par du courant alternatif à 60 périodes sur 110 volts redressé par une petite machine auxiliaire. Le pôle positif fut relié à la terre, le pôle négatif connecté avec des fils disposés axialement dans des tubes dans lesquels devait se produire la précipitation. Ces tubes, au nombre de 3, avaient 3 mètres de long et 15 centimètres de diamètre. Ils étaient reliés électriquement au sol pour faciliter la décharge des fils en métal Monel ou en nichrome.
- Un ventilateur de 150 mètres cubes par minute en métal antimonieux recouvert d’un vernis de bakélite envoyait les vapeurs dans l’appareil à 175° environ, la température de sortie étant voisine de 100 degrés. Grâce à un réglage convenable de l’humidité du gaz, l’acide condensé coulait sur les parois des tubes, sans former de « pont » entre les fils et les parois et avait finalement une concentration de 98 à 95 pour 100.
- Chose curieuse, la pureté du produit fut plus grande que l’on ne l’avait espéré, une grande partie de l’acide sulfurique et de l’acide fluorhydrique enlrainé échappant à la précipitation.
- Bien qu’aucun renseignement sur le prix de revient ne soit donné par les auteurs, les expériences qu’ils ont réalisées méritent d’être poursuivies et signalées aux industriels.
- 1. Yoy. La Nature, n° 2222.
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- L’INDUSTRIE DES PÂTES ALIMENTAIRES ET LA GUERRE
- Vu la cherté des viandes et la rareté des légumes frais, secs ou conservés, la consommation des pâtes alimentaires s’est considérablement accrue depuis le début des hostilités, Pour sa part, l’armée française en réclame 2 500000 kg par mois. Aussi les 150 usines de notre pays, — que la guerre a peu contrariées dans leur fonctionnement sauf pendant les 8 premiers mois, — ne peuvent suffire à ravitailler aujourd’hui poilus et civils, caries demandes
- les clients ne lui manquent pas. Le « lazarone » est aussi friand de son mets national que le gavroche parisien de pommes de terre frites; ignorant l’usage de fourchettes, de cuillers ou de couteaux, il élève le macaroni aussi haut qu’il peut au-dessus de sa tête et le laisse filer avec une remarquable adresse dans sa bouche sans en casser les tubes !
- Depuis le commencement du xixe sièc'e, la France fabrique des pâtes alimentaires dans d’importantes usines localisées principalement à Paris ou dans sa banlieue, à Lyon, Marseille, Nancy, Poitiers, Grenoble et Clermont-Ferrand. Quelle que soit leur forme, les différentes pâtes alimentaires se préparent avec de la farine de blé d ur ou de semoule (gruau remoulu), à laquelle on ajouté un tiers à un quart d'eau bouillante. On y incorpore parfois une certaine quantité de gluten, le mélange devient
- dépassent d’un bon tiers leur capacité de production, qui atteint pourtant le chiffre respectable de 400 à 425 000 kg par jour. En temps de paix, ces mêmes fabriques écou [aient à grand’peine leurs produits, très estimés d’ailleurs dans le monde entier.
- Les pâtes alimentaires se con- Fig.
- fectionnent de préférence avec les gruaux de blés durs qui, renfermant beaucoup de matières visqueuses, permettent à la pâte de filer. Il en existe de plusieurs formes ayant reçu des noms différents. Les unes sont des fils {vermicelles), certaines représentent des lentilles, des étoiles, des lettres, des graines de melon, etc. (petites pâtes et pâtes à potages) ; d’autres simulent des tubes {macaroni), des rubans minces et étroits ou à bords gaufrés {nouilles ou lazagnes).
- Les Italiens monopolisèrent durant longtemps cette industrie, et encore aujourd’hui le macaroni de Naples jouit d’une juste renommée. Les peintres et les dessinateurs ont, du reste, popularisé le type du marchand napolitain vendant du macaroni en plein air. Installé avec son modeste attirail sur les quais ensoleillés de l’admirable baie que domine le Vésuve,
- 2. — Moulin à pâtes dans une fabrique de la banlieue parisienne.
- alors très plastique, très nourrissant et capable de mieux supporter la cuisson. D’autres fois on remplace un quart de ces farines ou semoules par des fécules qui rendent le produit plus blanc, mais plus facilement délayable par la cuisson et mo'ns nutritif; en outre, on colore souvent la pâte en jaune au moyen du safran qui lui communique une saveur particulière.
- En tout cas, on doit avoir une pâte ferme susceptible de sécher très vite. D’ordinaire 34 kg de farine de blé dur et 10 à 12 kg d’eau bouillante fournissent 50 kg de pâtes sèches. Si l’on emploie du blé ordinaire, le même poids de pâte exige 30 kg de farine, 10 kg de gluten frais et 5 à 6 kg d’êau..
- Autrefois les « vermicelliers » pétrissaient le mélange en se mettant nus jusqu’à la ceinture comme
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- L’INDUSTRIE DES PÂTES ALIMENTAIRES ET LA GUERRE = 367
- les boulangers. Une fois le frasage achevé’, ils étalaient la pâte dans le pétrin ; et la recouvrant d’une toile, ils la'piétinaient durant quelques minutes afin de l’agglomérer, enlevant ensuite la planche qui fermait le pétrin par devant, ils achevaient de pétrir la pâte à l’aide de la « barre à sauter >'. Cet appareil se composait d’un boudin en bois arrondi long d’environ 4 m. et taillé en biseau sur une longueur de 1 m. La barre se fixait par un anneau au sommet du.triangle formé par le pétrin et l’homme, en sautant et se laissant tomber vigoureusement, appuyait de tout son poids sur l’extrémité de ce levier.
- Actuellement la fabrication des pâtes alimentaires comprend trois opérations : le pétrissage, l’étirage et séchage.
- Le pétrissagp, qui comporte le frasage et le laminage, s’effectue aujourd’hui mécaniquement. Le frasage, consistant à mélangtr intimement l’eau et la farine, s o-père à l’aide d’un pétrin mécanique. Une fois la pâte pétrie, on se dépêche de la réduire en lames minces pour la préparer à recevoir les formes ultérieures. Dans la vermicellerie, en effet, il faut, à l’inverse de ce qui se passe dans la boulangerie où on laisse fermenter la pâte, procéder le plus rapidement possible à ce laminage avant toute fermentation, car on se propose simplement de produire dt s mélanges très riches en gluten et en farine. Cette opération s’exécute de deux façons différentes selon les substances employées. Si l’on se sert de farine, on la lamine sur un plam her en tôle avec une « harpie » ou roue dentée en fonte à laquelle on imprime un mouvement rectiligne de va-et-vient. La pâte pressée entre la feuille de tôle et la roue s’amincit au point de ne plus présenter qu’une faible épaisseur. Des ouvrières la replient sur elle-même et la remettent plusieurs fois sous le laminoir, de façon qu’elle acquière une densitécf une ténacité déplus en plus considérables. Après trois quarts d’heure de laminage, elle est devenue assez consistante.
- Pour le laminage des semoules, le pétrissage s’effectue au moyen d’une meule tronconique en fonte dont la jante présente des cannelures. Cette meule tourne dans une auge portée par un support de maçonnerie, au centre duquel s’élève l’arbre
- vertical de commande. Un releveur automatique, qui suit la meule amoncelle la pâte en un ad( s circulaire; en outre, l’ouvrier, surveillant la machine, repousse de temps en temps les morceaux qu’a laissé passer le releveur.
- Ainsi préparée, la pâte reçoit ensuite les formes les plus diverses au moyen de presses spéciales. Pour faire le macaroni, on introduit la pâte dans un cylindre creux (paston) en bronze, dont la partie inférieure porte une double enveloppe annulaire chauffée par la vapeur afin de maintenir ladite pâte à la température voulue. On couvre ensuite la pâte d'un couvercle qui glisse dans le cylindre et sur lequel agit le piston d’une presse hydraulique. Sous l’action du piston, la pâte s’échappe par le fond du cylindre percé de trous évasés; chacun de ces derniers porte une tige centrale ou mandrin, en sorte que la pâle
- qui s’échappe par le trou annulaire ressemble à un tube creux. En Erance, l’ouvrier coupe généralement ces tubes en bouts longs de
- 0 m. 7 5 à 1 m. 11
- on les porte ullé-ri eu renient au séchoir où on les suspend sur des' bâtons arrondis. Dans les usines perfectionnées desElats-Unis,les tubes de macaronis sont efttrai-nés au sortir des trous de la presse par une sorte de courroie san s fin ; un homme les sectionne quand leur longueur atteint 4 à 5 m., puis les étend par poignées, sur des chevalets, qu’un autre manoeuvre monte ensuite dans de vastes séchoirs. En dépit des soins pris pour le séchage dans des étuves à 25°, les fabricants américains et français ne sont pas encore parvenus à obtenir du macaroni aussi ferme et translucide que celui de leurs concurrents napolitains qui étalent leurs pâtes à l’air libre, mais à l’abri du brûlant soleil d’Ilalie.
- Le vermicelle se fabrique d’une manière identique, seulement le fond de la presse est percé de trous circulaires et plus fins, qui donnent h la pâte la forme de fils. Un ventilateur centrifuge dirige sur ces fils un rapide courant d’air ; grâce à ce refroidissement, les produits ne se déforment pas quand on les porte, par paquets, coupés à la longueur d’un mètre environ, dans l’atelier d’étendage. Là, des femmes les disposent en boucles, sur des claies ou châssis à fond de toile qu’on place ensuite, durant deux à quatre jours, dans des séchoirs à courant
- Fig. 3. — Empaquetage des nouilles dans une usine américaine.
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- L’INDUSTRIE DES PATES ALIMENTAIRES ET LA GUERRE
- d’air chaud de 20° à 50°. Quant aux vermicelles chinois ou japonais, dans la composition desquels entrent des farines de riz, de fèves ou de haricots anguleux, ils présentent un aspect nacré translucide.
- Pour les nouilles ou les Ictzagnes, le fond du cylindre porte des fentes longues et étroites ; pour les petites pâtes, la presse, au lieu d'être verticale comme pour le macaroni, se trouve disposée horizontalement et le fond du cylindreprésente des trous en forme de chiffres, de lettres, d’étoiles, de cœurs, de trèfles, etc.
- Puis au fur et à mesure de la sortie de la pâte en filaments sous l’action du piston, un couteau circulaire à mouvement rapide la découpe en plaques peu épaisses. L’épaisseur voulue s’obtient en variant la vitesse du couteau, qui tourne à raison de d 50 à 200 tours par minute selon la forme des pâtes.
- Les petites lamelles tombent sur un plan incliné et de là sur un tamis qu’une ouvrière emporte au séchoir une fois rempli. Enfin les pâtes dites « de ménage » se fabriquent d’ordinaire à la main avec de la farine et des œufs. D’un goût agréable, elles se conservent bien moins longtemps que les pâtes ordinaires et doivent se consommer à l’état frais.
- Au cours des dernières années qui précédèrent la lutte actuelle, l’industrie des pâtes alimentaires s’était beaucoup développée en Allemagne, quoique la consommation y fût plus restreinte que chez nous. De son côté, la maison Rivoire et Carret, de Lyon, avait installé une de ses usines à Mulhouse en 1880 afin de faciliter ses ventes en Alsace
- et en Lorraine annexées ; mais depuis 1910, les fabricants d’outre-Rhin s’efforçaient de l’évincer comme ils boycottaient d’ailleurs toutes les autres marques françaises les plus connues : Courtines, de Maisons-
- Fig. 4. — Machines à fabriquer des « petites pâtes > alimentaires dans une usine française.
- Fig. 5. — Le séchage des nouilles.
- Alfort, Ferrand et Renaud, d’Ivry, par exemple. Avant la guerre, l’exportation française des pâtes alimentaires ne représentait pas un gros chiffre d’affaires puisque, selon les statistiques qu’a bien voulu nous fournir M. Y. Carret, président du Syndicat général des fabricants, elle atteignait seulement 8 000 000 de kilogrammes en 1913. L’Italie lui faisait une grande concurrence principalement aux États-Unis, en Belgique, au Canada et dans F Amérique du Sud, car les exportateurs de la péninsule arrivaient à vendre meilleur marché; en outre, beaucoup d’émi-grants italiens disséminés en divers points du globe recherchant les pâtes de leur pays, favorisent leur vente à l’étranger.
- Du reste, de très importantes usines, pourvues d’un outillage perfectionné, se montèrent depuis peu aux Étals Unis et gêneront encore l’exportation de nos nationaux après la cessation des hostilités. Dans ces vastes établissements américains, la plupart des manipulations s’exécutent mécaniquement et grâce à un personnel féminin pittoresquement revêtu de blouses-culottes en toile blanche. Jusqu’à l’emballage et l’étiquetage des boîtes qui s’opèrent à l’aide d’ingénieuses machines, servies seulement par quelques ouvrières habiles. Au bout de chaque journée, des milliers de kilogrammes de pâtes diverses s’empilent ainsi dans les magasins de ces puissantes sociétés. Dans l’avenir, nos pâtes alimentaires ne sauraient donc lutter avec chances de succès contre les produits similaires d’Italie et d’Amérique que si nos fabricants s’entendent et se groupent pour leurs affaires d’exportation afin d’éviter, sur les marchés étrangers, la concurrence maladroite' -qu’ils se faisaient jusqu’ici. Jacques Boïer. •
- Le Gérant : P. Masson. — lmp. Lahure, rue de Fleuras, 9, à Paris.
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- LA NATURE.
- — N° 2281.
- 16 JUIN 1917
- LA FABRICATION DES CANONS
- II
- L’usinage mécanique.
- Nous avons vu dans un précédent article comment on obtenait l’ébauche d’un canon. Pour terminer la pièce, il faut exécuter un travail mécanique long et compliqué : le finissage à des dimensions rigoureuses (parfois à un centième de millimètre près) d’une part, du canon proprement dit et de sa
- récupérateur, qui emmagasine cette énergie et la restitue pour ramener le canon à sa position primitive, c’est-à-dire en batterie; 5° le modérateur, qui, comme son nom l’indique, ralentit l’action du récupérateur, et ramène le canon en batterie sans brutalité. Deux variétés principales de récupérateur
- Alésage d’un mortier de très gros calibre.
- Fig. i. —
- culasse, d’autre part de I’alîùt - et du lrein; ce dernier organe est une pièce mécanique plus compliquée que le canon lui-même, et dont l’importance est capitale pour le bon fonctionnement de la pièce. Comme on le sait, le frein, généralement du type hydro-pneumatique, doit limiter le recul et assurer le retour automatique en batterie, précis et rapide, du canon; c’est la perfection de cet appareil qui a valu en grande partie à notre artillerie ses premiers succès.
- À propos du frein, il n’est peut-être pas inutile de rappeler la constitution de ce mécanisme si important. Les freins des canons modernes se composent, en principe, de trois organes : 1° le frein proprement dit, qui absorbe l’énergie du recul de la pièce et empêche qu’elle ne déplace l’affût; 2° le
- se sont partagé la faveur des artilleurs : le récupérateur à ressort, et le récupérateur à air comprimé. Dans le frein hydro-pneumatique, adopté pour nos canons de campagne, le canon, en reculant, produit le déplacement d’un piston dans un cylindre rempli de liquide, et celui-ci est chassé à travers de très petits orifices, ce qui ralentit le mouvement. En même temps, de l’air est comprimé soit par un piston, soit simplement par le déplacement du liquide, et l’action de cet air comprimé ramène l’ensemble du mécanisme à sa position primitive.
- Nous passerons rapidement en revue les différentes opérations qui constituent l’usinage d’un canon.
- Frettage. — La première opération est le frettage, dont nous avons exposé précédemment le
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- 45' Année — 1,r Semestre
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- LA FABRICATION DES CANONS
- principe. Elle consiste à placer sur le tube les frettes proprement dites, disposées en une ou plusieurs rangées, suivant le calibre de la pince, puis le corps, qui recouvre les fretles et agit de la même façon qu’elles.
- Le tube constituant l’ébauche, dont le métal a été éprouvé par des essais appropriés présente, lorsqu’il est livré à l’atelier de finissage, des surépaisseurs qu’il faut supprimer. Le premier travail consiste donc à l’aléser intérieurement à un diamètre voisin’ du diamètre définitif, et à le tourner extérieurement au diamètre précis. Pour cela,
- Pour les canons de faible calibre, ces opérations sont légèrement simplifiées.
- Le premier alésage terminé, on passe au tournage extérieur complet du tube. Ce tournage est exécuté au diamètre intérieur des frettes de premier rang, augmenté du serrage transversal. Pour cette opération, le tube est monté sur un tour à l'aide de mandrins qui pénètrent à l’intérieur de la partie alésée, par rapport à laquelle est alors réalisé le centrage. La surface extérieure, du tube est ainsi rigoureusement concentrique à la surface intérieure. Le tube est alors prêt pour le frettage.
- Fig. 2. — Usinage d'un canon de gros calibre.
- le tube est pris entre deux mordaches sur les plateaux d’un banc de tour, et dans le cas des canons de fort calibre on tourne dans sa longueur trois portées exactement cylindriques. On le place ensuite sur le banc d’alésage où on le centre par rapport à ces portées, pour procéder à l’alésage. Ce travail est exécuté en plusieurs opérations ou passes ; on fait une entrée, sur une longueur de 5 à 6 cm, à l’aide d’un chariot de tour ordinaire; le diamètre de cette entrée est comparé, après chaque passe, à une broche ayant exactement le diamètre intérieur à réaliser. Cette entrée faite, on règle la saillie de l’outil d’alésage à l’aide de lunettes calibrées, et on poursuit l’opération; on l’interrompt d’ailleurs à de fréquents intervalles pour vérifier si le diamètre intérieur ne dépasse pas celui qu’on s’est imposé.
- Les frettes ont été fabriquées en même temps que le tube et d’une manière analogue, avec un métal de même qualité et des précautions aussi minutieuses que celles prises pour la production du tube.
- Chaque frelte est chauffée, soit dans un four à sole tournante, soit de préférence actuellement dans un four à gaz muni de brûleurs spéciaux, de manière que réchauffement soit lent et limité au minimum indispensable ; la température ne doit pas dépasser 350 degrés. Pendant le chauffage, on observe la dilatation à l’aide de broches appropriées qui indiquent si le diamètre voulu a été atteint. D’autre part, des règles à contacts électriques sont présentées après chauffage sur trois génératrices des frettes et permettent de vérifier rapidement et avec précision, par un signal acoustique, si l’opéra-
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- Fig. 3. — Canons de moyen calibre, dans l’atelier de finissage.
- tion de dilatation n’a pas vérification est surtout importante pour les frettes de grande longueur, ou manchons, que le chauffage pourrait déformer.
- La frette chaude est placée sur le tube, et poussée jusqu’à son emplacement par une pièce annulaire en fonte butant contre sa tranche et manœuvrée à l’aide d’un cric. Une fois la frette placée, on la refroidit par un arrosage superficiel, pour produire immédiatement le serrage voulu. Les frettes suivantes sont nosées de la même manière. Le premier rang de frettes posé, on tourne de nouveau la piece, pour donner à la surface extérieure des frettes une forme rigoureusement cylindrique, et dont le diamètre soit égal au dia-
- produit d’arcure. Cette
- mètre intérieur du second rang de frettes, s’il y a, lieu, ou du mamelon augmenté du serrage. On pose alors de la même manière le second rang ou le mamelon.
- La mise en place des frettes se fait actuellement dans une fosse, ce qui permet de manœuvrer verticalement le canon et les éléments de frettage. L’installation de frettage des Ateliers d’artillerie du Creusot présente les dispositions suivantes. Le tube à frettes est suspendu à un pont roulant à portique de 100 tonnes, avec crochet auxiliaire de 15 tonnes, de 14 m. de portée. La fosse de frettage, de 40 m. de profondeur environ, est divisée en trois étages. Le premier étage au-dessous du sol sert aux manœuvres des pièces en cours de frettage ; il comporte
- Fig. 4. — Usinage d’un berceau d’obusier de très gros calibre.
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- une chambre latérale voûtée qui renferme les appareils de chauffage. Au' second étage se trouve l’appareil destiné Spécialement au chauffage des gros éléments. Enfin, le troisième étage, de section circulaire, permet de placer les canorts les plus longs la volée en bas, pour certains frettages. Un ventilateur spécial assure le renouvellement de l’air des étages inférieurs, qui peut se vicier en cours d’opération.
- Finissage. — Les éléments qui doivent constituer le canon étant ainsi assemblés, il reste à terminer l’usinage par une série d’opéra-
- barre de rodage pénètre dans l’intérieur de l’àme et se déplace longitudinalement. La barre porte des briques d’émeri qui viennent user lentement l’excédent d’épaisseur. Un coin longitudinal fait saillir plus ou moins les briques d’émeri, de façon à accélérer ou à réduire l’usure en différents points de la longueur de l’àme, selon qu’on est plus ou moins près du diamètre définitif. Pour s’en assurer, on fait passer fréquemment dans l’àme de la pièce un appareil de mesure appelé étoile mobile, qui permet de mesurer le diamètre à un centième de millimètre près. On n’enlève d’ailleurs, par le rodage,
- tions dont nous signalerons les principales.
- Un dernier alésage est effectué pour amener l’âme à un diamètre très voisin du diamètre définitif.
- Le tournage extérieur au diamètre exact est ensuite réalisé, sur un tour ordinaire. En même temps, on dresse la tranche de culasse suivant un plan rigoureusement perpendiculaire à l’axe de la pièce. Le tournage extérieur est parfois exécuté en même temps que l’alésage.
- Le rodage de l'âme a pour but d’atteindre le diamètre définitif d’une manière absolument rigoureuse, et sans risquer de le dépasser, comme on poûr-rait le craindre à l’aide d’un outil tranchant. Pour cela, le canon est monté sur un banc de tour, et reçoit un mouvement de rotation, tandis qu’une
- qu’une épaisseur de deux dixièmes de millimètre seulement.
- Pendant le rodage, lefe blocs d’émeri sont graissés à l’huile d’olive, qui conserve Faction abrasive de l’émeri.
- L’opération suivante est Yebauchage de la chambre àpoudr'e. Celle-ci, destinée à contenir la gargousse de poudre propulsive (ou la partie arrière de la cartouche, pour les petits calibres), doit être plus large que l’âme même du canon, dans laquelle se déplace le projectile. Pendant cet alésage, la barre porte-outil est appuyée à l’avant sur l’âme établie à son diamètre définitif, à l’aide d’un guide en bronze. On alèse ensuite, de la même manière, le logement de l’obturateur et de la vis culasse, qui doit constituer la fermeture du canon. On sait, en
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- effet, que les canons français sont en général obturés par une culasse mobile formée d’un bouchon fileté, à filets interrompus, que l’on visse à l’arrière du tube(1). Le logement ou écrou de cette vis doit être naturellement Iaillé avec le plus grand soin. On se sert pour tarauder cet écrou d'un outil qui a le profil du filet de la culasse, augmenté du jeu nécessaire au fonctionnement. Le taraudage est réalisé par passes successives, dans lesquelles on enlève d’abord 0 mm 4, puis 0 mm 1, puis 0 mm 05 seulement de métal.
- Jusqu’ici, le canon esta âme lisse, c’est-à-dire exactement cylindrique. Il reste à le rayer, c’est-à-dire à creuser les rainures hélicoïdales qui imprimeront au projectile, par l’intermédiaire de sa ceinture de cuivre, le mouvement de rotation qui l’empêchera de basculer sur sa trajectoire. On se sert pour le rayage, d’une machine spéciale sur laquelle les rayures sont faites une à une. Le canon est placé sur des supports ou empoises dans l’axe de la machine, et il est muni d’un diviseur, ou cercle muni de dents de grand diamètre et de construction précise. Ce diviseur présente un nombre de dents égal à celui des rayures, et il sert à faire tourner le canon de la distance angulaire de deux rayures consécutives, après chaque passe. L’outil ou couteau de rayage, dont le profil est celui de la gorge à creuser, est porté à l’extrémité d’une barre qui pénètre dans l’axe du canon. Une saillie convenable est donnée progressivement à
- Fig. 6. — Fabrication des appareils de visée.
- l’outil à l’aide d’un coin commandé par une tringle coulissant dans l’axe de la barre. Le canon étant immobile, c’est le mouvement de rotation de la
- barre de rayage qui détermine la forme de la rayure. Ce mouvement de rotation lui est donné par une crémaillère qui se déplace tran sver salement et agit sur un pignon fixé à l’extrémité de la barre. Le rayage se fait en plusieurs passes ; les premières enlèvent une épaisseur de métal de 0 mm 1 et les dernières, une épaisseur de ^ à 1 centième de millimètre.
- La dernière opération est Yale'sage dé-
- \. Pourtant, un certain nombre de canons de marine français de petit calibre, ainsi que de canons de tranchées (crapouillots) ont une fermeture à coin
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- finitif de La chambre à poudre. Pour la réaliser, on replace le canon sur le banc d’alésage pour donner à la chambre à poudre son diamètre définitif, à un dixième de millimètre près; on fait cet alésage en dernier, parce que les différents outils qui ont travaillé jusqu’ici dans le canon ont pris leur poinl d’appui sur la paroi de la chambre et ont pu l’user et y tracer des stries. Après l’alésage, on rode enfin la chambre, pour enlever les moindres stries qui pourraient provenir de l’alésage.
- Pendant ces opérations, on a pu préparer l’app.a-reii de fermeture, la culasse mobile, qu’il faul maintenant réunir au canon proprement dit. C'est encore une opération de mécanique de précision, dans le détail de laquelle nous n’entrerons pas. On voit, sur la couverture du présent numéro, le travail dn bloc de culasse d’un obusier de très gros calibre.
- Affût et frein.
- — Nous ne pouvons pas non plus décrire en détail la fabrication de l’affût, du berceau sur lequel repose le canon, etdutraîneauqui renferme les organes constituant le frein hydropneumatique.
- Ces organes doivent être travaillés par des méthodes aussi précises que celles employées pour l’usinage du canon, et le temps nécessaire à ces opérations est fort long. On en aura l’idée par l’examen du tableau ci-dessous qui montre la durée de fabrication minimum, sans temps perdu, d’un canon de moyen calibre.
- Journées de travail de 10 heures nécessaires
- pour la confection des différentes pièces d’un canon de moyen calibre.
- Affût.
- Corps d’affût.........................fit jours.
- Entretoise d’essieu......................115 —
- Bêche fixe............................. 119 — "
- Sous-bandes et sus-bandes .. *. ... 109
- Chape du levier................... - 94 —
- Support du bouclier mobile ..... 102 —
- Boites à galets....................91 - —
- Levier de pointage....................... 75
- Bêche mobile.......................... 7 (S
- Boite de vis sans fin.................. 65
- Verrou pointage L........................ 54
- Pointage L. . . ........................ 50
- Support du bouclier fixe. -:............. 85
- Essieu. . . ........................... 180
- Pointage Y.............................. 64
- Accrochage de route .... 75
- Berceau.
- Berceau............................... 91 jours.
- Armature à tourillons.................156 —
- Enlretoise ÀAf........................104 —
- — Alt.......................... . 122 —
- Secteurs..............................154 —
- Ti •aîneav.
- Traîneau...........................156 jours.
- Tube canon.
- Canon................................ 258 jours.
- Volet................................ 60 —
- Vis.................................. 64 —
- On voit que, pour celte pièce, c’est le canon proprement dit qui est le plus long à fabriquer, mais c’est l’affût qui exige la plus grande somme de travail.
- Dans le cas des pièces de très gros calibre, la
- construction de l’affût et surtout du frein constitue un travail long et délicat, étant données la masse des pièces à travailler et la précision que doit atteindre l’usinage. Celle-ci met en œuvre les machines-outils les plus puissantes, comme le montre la fig. 4.
- L’affût proprement dit n’est plus composé simplement de deux flasques et d’une bêche, montées sur un essieu, c’est une charpente monumentale, portée par des châssis de wagons de chemins de fer, et disposée pour faire circuler la pièce sur les voies ferrées, comme le montre la figure 8.
- Appareils de pointage. — Le canon est enfin complété par des organes délicats : les appareils de pointage et de visée. Ce sont des combinaisons de supports articulés et d’engrenages qui permettent de déplacer le canon et son frein dans le plan horizontal et dans le plan vertical, suivant les indications d’un appareil optique, qui sert à la visée proprement dite. La fabrication de ces accessoires se fait dans des ateliers spéciaux où travaillent des mécaniciens de précision, et où l’on a pu faire appel avec succès à la main-d’œuvre féminine (fig. 6), ou bien dans des ateliers d’optique (fig. 7) où sont occupés les meilleurs lunettiers.
- Montage et essais. — Il reste a assembler les diverses parties du canon, du frein et de l’affût; ce
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- montage est l’occasion de nouvelles vérifications, et. il doit être réalisé avec une grande précision, pour permettre le fonctionnement exact des différents organes qui, comme l’on sait, se commandent mutuellement presque tous.
- Le montage terminé, le canon est soumis à une série d’épreuves dont la principale est le tir, dans des conditions plus dures que les conditions normales. Ce tir est réalisé soit en
- matières premières diverses causée par la guerre, les canons étaient des « machines » fort chères. Leur prix s’était élevé depuis près d’un siècle, variant toutefois beaucoup, dès l’origine, suivant qu’il s’agissait de pièces en fonte ou en bronze.
- Nous donnons ci-dessous le prix moyen des canons, évalué par kilogramme, suivant la pratique usitée dans l’industrie.
- Fig. 9. — Vue d’un atelier de peinture et d’expédition de canons de campagne.
- augmentant la charge de poudre, de manière à accroître la pression dans l’àme au départ du coup, soit en employant un projectile plus lourd que celui que doit tirer la pièce en service, ce qui augmente d’ailleurs également la pression. C’est ce second procédé qui esl le plus employé actuellement.
- Les canons définitivement terminés sont alors peints ou graissés avec le plus grand soin, sur-toutes leurs faces (fig. 9), la rouille étant l’un de leurs plus grands ennemis, puis emmagasinés, prêts pour l’expédition., qui, aujourd’hui, ne se fait pas attendre.
- On conçoit, étant donné le mode de construction des canons actuels, que leur prix de revient soit élevé.
- Même avant la hausse énorme des métaux cl
- Prix moyen des canons par kilogramme, avant la guerre.
- Canons se chargeant par la bouche, à àme lisse, antérieurs à 1850 : en fonte, 0 fr. 50; en bronze, 3 fr. 50 à 4 francs.
- Canons se chargeant par la bouche, à àme rayée, vers 1800: en fonte, 0 fr. 70; en bronze, 5 fr. 75 a i fr. 50. Canons se chargeant par la culasse, frettés, à âme rayée, vers 1870 : en fonte, 1 fr. à 1 fr. 50.
- Canons modernes en acier.
- Canons se chargeant par la culasse, à âme rayée, vers 1880 : 7 fr. à 8 francs.
- Canons se chargeant par la culasse gros calibres, pour la marine, en 1905: 7 fr. à 7 fr. 50.
- Canons se chargeant par la culasse petits calibres, vers 1907: 12 à 15 francs.
- Pour fixer les idées, nous rappellerons que les locomotives étaient vendues couramment à des prix correspondant de 1 fr. 40 à 1 fr. 50 le kilogramme.
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- LES EAUX DES PISCINES
- Les établissements de bains et de natation en France, ne sont point spécialement réglementés, l’autorité s’étant seulement réservé les mesures propres à remédier aux inconvénients de l’écoulement d’eaux trop abondantes ou chargées de matières malodorantes ou nuisibles. Au point de vue hygiénique, cela est notoirement insuffisant, du moins à l’égard des piscines, dont les eaux véhiculent forcément des particules épidermiques avec leurs microbes pathogènes.
- Au cours d’une enquête récente, en Angleterre,
- PUBLIQUES ET L’HYGIÈNE
- diennement; mais dans l’intervalle, rien n’est fait pour l’épurer. L’eau est simplement aspirée par une pompe ou un pulsomètre à l’extrémité de moindre profondeur et réintroduite à l’extrémité profonde.
- Sans doute, certains établissements ont soin de rajouter constamment un peu d’eau froide et limpide, mais ce moyen, si on veut l’appliquer d’une manière vraiment efficace, est trop coûteux pour être pratiqué à un degré convenable. La consommation d’eau nouvelle serait, en effet, formidable.
- Fig. i. — Coupe d'une piscine avec installation filtrante Rom.
- sur l’épuration de l’eau des bassins de natation, on a trouvé qu’une piscine d’eau fraîche, contenant 450 m5, en usage pendant un jour seulement, mais qui avait été fréquentée par près de 400 baigneurs, renfermait 542 400 bactéries par centimètre cube d’eau à la fin de la journée, le nombre moyen de bacilles dans l’eau propre utilisée pour remplir la piscine étant de moins de 500 par centimètre cube.
- Il serait superflu d’insister sur les risques de propagation de maladies transmissibles qu’un tel état de choses comporte et il faut reconnaître que, dans les installations telles qu’elles sont faites jusqu’à ce jour — à part quelques bien rares exceptions, il est difficile d’obtenir une amélioration réelle. Généralement, l’eau usagée est évacuée à certains jours de la semaine, plus rarement quoti-
- Même objection à la combinaison de faire passer les baigneurs préalablement sous la douche, en plus de cette autre critique que ce ne sont que les premiers qui jouissent alors du bain en piscine, pur et rafraîchissant.
- Ces inconvénients ont suscité en Angleterre différents procédés d’aération et de filtration continues de l’eau, avec ou sans addition de produits chimiques, de manière à éviter principalement la dépense qu’occasionneraient de fréquents renouvellements d’eau. A Manchester, à Bradford, à Leeds, à Bury, etc., dans bon nombre d’établissements de bains avec piscines, on utilise le procédé « Row » dans lequel (fig. 1) une pompe (pompe à vapeur, pulsomètre ou pompe centrifuge) aspire constamment une partie de l’eau de la piscine
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- LES EAUX DES PISCINES PUBLIQUES ET L'HYGIENE . 377
- au point le plus profond de celle-ci. Cette eau est élevée à un aérateur, où elle est complètement régénérée par l’action de l’oxygène de l’air. Cet aérateur, placé à une certaine hauteur, consiste en un châssis dans lequel sont superposées une série de tôles perforées munies d’un léger rebord. Ces tôles constituent en somme des bacs plats dans lesquels l’eau prend un niveau très bas, pendant qu’elle s’écoule à travers les trous sous forme d’un grand nombre de jets sur la tôle suivante. L’aérateur est libre de tous les côtés et installé de telle sorte que l’eau y ait partout accès.
- Après cette préparation de l’eau qui consiste, comme on le voit, en une évaporation et une oxydation de ses impuretés, l’eau est amenée dans un filtre à gravier et à soufflerie, où les impuretés en suspension sont retenues.
- L’eau s’écoule ensuite dans un état absolument clarifié dans un réchauffeur, dans lequel elle est réchauffée par la vapeur d’échappement de la pompe, et, s’il y a lieu, par un complément de vapeur, afin d’obtenir une température plus élevée. Ce réchauffage, qui fait que l’eau de la piscine conserve toujours la température désirée, n’est évidemment pas nécessaire en période d’été, parce qu’alors la fréquentation est maximum.
- Après cette épuration, l’eau de bains peut rester en service beaucoup plus longtemps que précédemment, et même si l’eau contient à l’état naturel des matières colorantes organiques, elle s’améliore à la longue. Et non seulement la faible consommation d’eau fraîche permet d’amortir rapidement la dépense de l’installation, mais encore augmente le rapport de l’établissement, d’une part, par la réduction des dépenses d’exploitation, et, d’autre part, par un accroissement de la clientèle. De nombreuses analyses chimiques et bactériologiques des eaux ainsi traitées montrent non seulement l’amélioration de ces eaux en regard de ce qu’elles étaient avant la mise en service des appareils épurateurs, mais encore l’absence des bac-
- téries susceptibles de provoquer des maladies.
- Le procédé suivant est un procédé chimique, c’est-à-dire que l’eau de bain est traitée par un liquide électrolytique. C’est ainsi qu’aux bains de Poplar (Angleterre), on ajoute à l’eau de la piscine une solution d’hy-pocblorite de magnésie en quantité suffisante pour avoir une partie de chlore libre pour chaque million ou deux de parties d’eau. D’après leur rapport de novembre 1912 de la Commission de « The Royal Sanitary Institule » non seulement l’eau serait stérilisée ou débarrassée de tous éléments organisés, mais également, conservée fraîche et exempte d’odeur, et il n’y aurait pas de tendance dans l’eau au dépôt de sédiments organiques sur le fond de la piscine. Sur les parois de celle-ci, au niveau où la surface de l’eau se déplace constamment sous l’action ondulatoire provoquée par les mouvements des baigneurs, s’accumulerait seulement une certaine quantité de ces matières, mais qui peut être aisément enlevée par un surveillant au moyen d’un torchon.
- La solution d’hypochlorite de magnésie est préparée par l’électrolyse de l’eau du « water board » contenant certaines proportions de chlorure de sodium et de chlorure de magnésium. Ce liquide électrolytique n’est pas employé avec l’idée de rendre inutile le renouvellement périodique de l’eau de la piscine, mais pour conserver dans la piscine l’eau fraîche et exempte d’organismes nuisibles tout le temps qu’elle est en usage.
- La préparation coûterait environ 2 livres sterling par 1000 gallons, ou un peu moins de d/2 penny (0,05) par gallon (4 litres 500). Trente gallons sont ajoutés à un bassin de natation d’une capacité de 85 000 gallons (382 m3, 500) au premier remplissage, et des additions subséquentes sont faites suivant qu’il est nécessaire, à intervalles de 2 ou 5 jours. Enfin le bassin est vidé toutes les semaines ou, au moins, tous les 10 jours. Au Congrès tenu en 1913 en Amérique par
- Fig. 2. — Détails d’un élément de filtration de la piscine Ledru-Rollin.
- Fig. 3. — Coupe d’un filtre clarificateur.
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- 378 . — LES EAUX DES PISCINES PUBLIQUES ET L’HYGIÈNE
- « l’Association américaine d’Hygiène publique », M. John Norton, de l’Institut technologique du Massachusets,- a relaté les essais effectués par lui sur une piscine de Harvard, au moyen d’un procédé mixte ou physico-chimique. Cette piscine? qui appartient à une association d’étudiants, avait une profondeur maximum de 2 m. 15 et une capacité d’environ 210 m3; son eau provient d’un puits artésien de 120 m., débitant près de 3 litres à la seconde.
- Lorsqu’on procédait au nettoyage, l’eau était pompée au travers d’un filtre constitué par un réservoir cylindrique de 1 m. 80 de hauteur sur 1 m. 40 de diamètre, rempli de fragments de quartz. En tête du filtre était disposé un by-pass commandé par un robinet, ce qui permettait d’envoyer l’eau dans un bac cylindrique contenant de l’alun qui se dissolvait ainsi dans la proportion de 17 milligr. par litre. On procédait à cette opération de filtration chaque jour après la fermeture de l’établissement, et, quand elle était terminée, on versait environ 450 gr. d’hypochlorite de calcium. Le matin, les parois et le fond de la piscine étaient nettoyés, à l’aide d’un appareil à succion.
- On procéda à des analyses bactériologiques et chimiques en prenant des échantillons au milieu de la piscine. Pendant les deux premiers jours, où le nombre des baigneurs fut de 125, on n’employ.i pas d’hypochlorite, mais on le fit durant les sept semaines suivantes que durèrent les essais. Les échantillons étaient prélevés quelques instants avant l’ouverture de l’établissement aux baigneurs.
- Les résultats de l’examen physique ont été les suivants. Dans aucun cas, on n’a observé que l’eau gardait une odeur ou une couleur quelconque, sauf une seule fois où l’échantillon prélevé conservait une légère odeur de chlore. Au surplus, en aucune circonstance, aucun baigneur n’a formulé de plaintes quelconques à ce sujet. De même, on ne découvrit jamais de dépôt dans les échantillons prélevés, sauf une fois où des traces d’alun furent relevées.
- Les examens chimique et bactériologique conduisirent à un certain nombre de conclusions dont la première était qu’une piscine constitue bien un milieu de culture particulièrement favorable pour les bactéries; secondement, que l’addition d’hypochlorite de calcium avait entraîné de suite une diminution du nombre de bactéries qui, grâce à cette opération et à toutes celles que comportait le dispositif de purification décrit plus haut, se maintint dans des limites raisonnables pendant les sept semaines d’essais. La même observation s’appliquait aux organismes générateurs du gaz.
- M. Norton estime que le maintien du nombre de bactéries à un faible taux provient, en dehors de l’action de l’hypochlorite de calcium, du dépôt contre les parois de la piscine des sédiments enlevés ensuite par l’appareil de succion. A partir d’une durée de quatre semaines il observa que toutes les
- colonies se résumaient à un type de bacille chromogénique jaune, dont la présence, d’après lui, finirait par contrarier l’action de l’hypochlorite, de sorte qu’à ce moment, il n’y aurait plus d’autre ressource que de l’éliminer en vidangeant complètement et en nettoyant à fond la piscine.
- Quant à la présence de chlorures et à leur proportions, elles ne devraient pas être considérées comme un critérium de l’état de pollution de l’eau de la piscine expérimentée, parce qu’il a été reconnu par ailleurs et par d’autres expérimentateurs, que le nombre de bactéries pouvait varier considérablement avec une proportion de chlorures à peine modifiée. De même, l’ammoniaque libre ne donnerait qu’une idée imparfaite de la quantité de germes générateurs de gaz.
- En France, fort peu de piscines publiques comportent des dispositifs de filtration d’eau.
- La ville de Paris, cependant, est entrée dans cet ordre d’idées; un an avant la guerre, elle complétait la piscine municipale de l’Avenue Ledru-Rollin par une installation de clarification. Cette piscine, alimentée par les eaux de condensation de l’usine élévatoire des eaux de Seine du quai de Bercy à laquelle elle se trouve contiguë, est très fréquentée, environ 1000 entrées par jour, ce qui nécessite un renouvellement d’eau de la piscine au moins une fois par 24 heures afin qu’elle ait toujours une limpidité convenable, d’autant que les eaux de la Seine sont fréquemment troublées en hiver et au printemps par suite des crues qui les chargent de fines matières terreuses, calcaires ou argileuses. Le passage des eaux dans les condenseurs n’ayant aucun effet sur ces matières, on décida en 1915 de les clarifier afin qu’elles n’arrivent pas,commeauparavant, aussi troublesqu’en rivière.
- Ladite installation de clarification faite dans l’usine élévatoire se compose de six réservoirs cylindriques F (fig. 2 et3) de 1 m. 10 de diamètre et de 2 m. 80 de hauteur contenant une couche de 1 m. 10 de sable, fin qui repose sur une dalle poreuse placée à 0 m. 40 au-dessus du fond. L’eau à clarifier arrive au sommet de ces réservoirs par des conduites telles que B, branchées sur le collecteur A, traverse la couche de sable et la dalle poreuse et sort par le fond, d’où une conduite R la mène au collecteur D d’eau clarifiée qui, à son tour, la mène à la piscine.
- Les six réservoirs représentent une surface filtrante de 6 m2 de surface; ils reçoivent 1200 m3 par 24 heures, c’est-à-dire 200 m3 par mètre carré, chiffre très important pour la circulation de l’eau à travers le sable, car il correspond à une vitesse de 8 m. 35 à l’heure et auquel on s’est arrêté après expériences et essais.
- Pour faire disparaître le colmatage du sable qui se produit très vite, en période de crues, on a appliqué la méthode connue, basée sur l’envoi d’air comprimé dans le sable pendant qu’un courant d’eau propre le traverse de bas en haut.
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- SUR LE BOMBARDEMENT AÉRIEN
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- Quant à l’alimenta Lion des filtres, elle est faite au moyen d’une pompe centrifuge électrique qui puisant l’eau de condensation dans un réservoir, l’élève dans une bâche divisée en trois compartiments par deux cloisons munies chacune d’un déversoir; c’est avec le second compartiment qu’est en communication le collecteur d’alimentation des filtres.
- Cette installation très ingénieuse, et qui a donné jusqu’ici d’excellents résultats, est due à M.Dejust, ingénieur du Service des Eaux de la ville de Paris. Mais l’hygiène publique exige que l’on ne se contente pas de la clarification et que l’épuration soit pratiquée par l’un ou l’autre des procédés chimiques qui ont fait leurs preuves en Angleterre et aux États-Unis. M. Bousquet,
- Ingénieur-architecte.
- SUR LE BOMBARDEMENT AÉRIEN
- Dans le courant du mois de février, une escadre aérienne allemande, composée d’une vingtaine de gros bi-moteurs de bombardement, convoyée par quelques avions de chasse rapides, franchissait nos lignes pour bombarder une de nos plus fortes usines de la Moselle.
- Sa mission terminée, elle profitait d’un fort vent arrière pour rentrer dans ses lignes, mais pas assez rapidement, pour éviter le Capitaine Guy-nemer qui, au cours d’un foudroyant combat, forçait l’un des gros mastodondes à s’abattre à quelque 1600 m. des siens, derrière nos premières lignes.
- Le Capitaine Guyne-mer abattait un avion du plus récent modèle de la Gotha-Wagonen-Fabrik. Cet avion, admirablement aménagé en vue de ses fonctions de bombardement, peut nous donner par l’examen de ses divers organes des enseignements précieux tant au point de vue technique que pour connaître les efforts et le soin apporté par nos ennemis au perfectionnement d’une nouvelle arme offensive.
- Nous allons rapidement et aussi clairement que le permet la complexité de ces problèmes encore mal résolus, étudier les difficultés du bombardement aérien, la méthode qui a été adoptée par nos ennemis, puis suivre son application sur leur dernier type d’avion de bombardement.
- Voici d’abord les conditions générales d’un jet de projectiles à bord d’un avion. Une bombe jetée d’un point fixe, sans vitesse initiale et sans vent est soumise dans sa chute à deux forces : l’accélération due à la pesanteur et la résistance de l’air, ces forces restent constantes pour toutes les bombes du même type; la trajectoire de chute est alors une verticale du point de jet A au point de chiite R (fig. 1)
- Si la bombe est jetée d’un avion volant à une certaine vitesse, cette bombe, au moment du jet, est animée d’une vitesse initiale égale et de même sens que la vitesse de l’avion. Cette nouvelle force se compose avec l’accélération et la résistance de l’air pour constituer une trajectoire courbe AG
- (fig- 4)-
- Si cette bombe est jetée avec une certaine vitesse initiale dans une couche d’air en mouvement, c'est-à-dire dans le vent, elle subit une dérive; avec vent arrière, la trajectoire s’allonge, courbe AD (fig. 1), avec vent debout, elle diminue (fig. 1), courbe A F.
- Si la bombe est jetée d’un avion que la force du vent immobilise par rapport au sol, c’est-à-dire au cas où la vitesse de translation de l’avion est sensiblement égale et opposée à la vitesse du vent, la bombe jetée dans ces conditions ne possédera pas de vitesse initiale et la courbe de sa trajectoire sera fonction uniquement de la dérive produite par le vent, soit la figure 1, courbe Ab-, la bombe tombera alors en arrière du point de jet.
- Ce dernier cas est d’ailleurs extrêmement rare puisqu’il suppose une vitesse de vent égale à la vitesse de l’avion, soit de 120 à 150 km à l’heure, vent de tempête qui ne permet pas aux avions de sortir en mission.
- Étant donné ces trajectoires, l’angle de visée sera l’angle formé par la verticale A-V au point de jet A avec la droite qui réunit ce point de jet A au point de chute O, soit l’angle V-A-O.
- Ces trajectoires sont des courbes, la hauteur de l’avion au-dessus de l’objectif est donc un élément qui modifie la valeur de cette trajectoire.
- Les bombes étant dérivées sous l’action du vent, cette dérive varie avec la forme du pro-Wlile et avec la vitesse de chute. Ce sont là deux
- £ F f C D
- Fig. i. — Trajectoire d’un obus tombant d’avion en tenant compte de la direction
- du vent.
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- SUR LE BOMBARDEMENT AÉRIEN
- éléments constants pour chaque type de bombe. En résumé la trajectoire d’une bombe lancée
- d’un avion est la résultante des forces suivantes :
- Poids...............
- Forme........... .
- Dérive. ......
- Vitesse de l’avion dans le vent.............
- Éléments constants des bombes pour un type de bombe.
- Élément considéré comme constant pour un type d’avion.
- Puis de ces autres éléments :
- Hauteur du jet. . . . \
- Vitesse initiale de la J bombe (ou vitesse ( de l’avion par rap- f Éléments variables. port au sol). . . . )
- Vitesse du vent debout. J
- De ces trois principaux éléments variables qu’il faut connaître pour chaque cas de bombardement, l’un d’eux, la vitesse du vent debout, est déduite aussitôt, dès que l’on connaît la vitesse de l’avion par rapportau sol, puisque cette vitesse du vent est la différence entre la vitesse de l’avion par rapport au sol et sa vitesse normale dans le vent, élément connu une fois pour toutes pour un type d’avion.
- Soit un avion ayant une vitesse normale de 150 km heure : si par rapport au sol il ne parcourt que 100 km dans l’heure, c’est qu’il vole contre un vent de 50 km-heure.
- Il suffit donc de connaître la hauteur de l’avion et la vitesse initiale de la bombe pour déterminer une trajectoire. Cette méthode de calcul des trajectoires essaie de s’appuyer sur la science pour obtenir dans ses résultats une précision mathématique.
- Malheureusement elle se base sur la connaissance probable des conditions atmosphériques qui sont essentiellement capricieuses. Notamment, on tient compte de la vitesse du vent à la hauteur de l’avion,
- par exemple à 4000 m., mais on suppose que celte vitesse ne se modifie pas jusqu’au sol, ce qui se vérifie rarement en réalité.
- Il se peut aussi qu’à partir de 5000 m. le vent change de sens de telle façon que les meilleurs calculs, les meilleurs viseurs et les meilleurs bombardiers commettent souvent des écarts de tir, tels que certains désespèrent de jamais pouvoir arriver à produire par le bombardement aérien des résultats proportionnés aux efforts fournis.
- Viseur Goerz. —Le viseur Goerz est certainement ce que la science allemande a produit déplus soigné et de plus perfectionné pour tenter de détruire les gares, usines et populations trop éloignées de la portée de leurs grosses pièces.
- Ce viseur est constitué par une lunette d’environ un mètre; montée à cardan, elle peut s’orienter dans toutes les directions et être maintenue rigoureusement à la verticale quelle que soit la position de l’avion (fig. 2).
- Le schéma ci contre montre l’ensemble du système optique, le champ obtenu est de 500/1000 et le grossissement de 1,5 (fig. 3).
- A la base de cette lunette se trouve un prisme monté sur pivot et commandé par un disque gradué en degrés. Le viseur étant vertical, le jeu de ce prisme permet au rayon visuel de s’incliner d’un nombre de degrés correspondant aux graduations du disque.
- Sur ce disque deux index, dont l’un correspond à la vitesse verticale, soit le point mort du viseur, et l’autre à la vision de 22°,30. Un autre index sert de base, il est fixé sur le corps de la lunette.
- A 0°, le viseur voit le sol suivant la verticale (fig. 4), à 20°, l’inclinaison du rayon visuel est de 20° en avantdel’avion (fig-5), à 5°, l’inclinaison est de 5° en arrière de l’avion (fig. 6).
- Un petit index l est mobile sur le disque, mais peut en être rendu solidaire par le moyen d’une petite molette. Cet index une fois fixé devant une graduation du disque, lors de son passage au point mort tombe dans un petit cran qui avertit le bombardier qu’il voit le sol suivant l’inclinaison qu’il avait marquée avec cet index ; celui-ci se dégage par une pression un peu plus forte de la main.
- Dans le corps de la lunette se trouve un niveau
- Echelle
- Œillère|| _:z ^ len caoutchouc -Mise au point
- /---L- T {Chronotjraphe
- Niveau—L, j.
- -t
- Disque commande du prisme
- .Tige
- Commande au prisme
- Cardan
- Fig. 3.
- Schéma du viseur Goerz.
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- - SUR LE BOMBARDEMENT AÉRIEN
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- Sens c/e marche de l'avion
- à bulle d’air. Les bords de cette bulle sont réfractés de telle sorte qu’ils apparaissent comme un cercle noir qui sert de centre de mire de la lunette.
- Au cours de toutes ses opérations de visée, le bombardier doit conserver cette bulle au centre de l’oculaire, ce qui maintiendra le viseur vertical, quelle que soit l’inclinaison de l’avion.
- Le montage à cardan permet au viseur de s’incliner librement de droite à gauche ou d’avant en arrière, mais, quand il lourne autour de son axe vertical, c’est-à-dire quand le rayon visuel, au lieu d’être dirigé en avant ou en arrière de l’avion, est dirigé à droite ou à gauche de la route suivie, le viseur agit sur un correcteur de route.
- Ce correcteur est constitué par un dispositif électrique. Des résistances agis-
- Vision
- Disque
- sent sur un galvanomètre très sensible, placé devant le pilote et qui lui indiquera les rectifications à apporter à sa route pour passer exactement au-dessus de l’objectif à bombarder.
- Méthode. — Il n’y a que quelques-uns des éléments constitutifs d’une trajectoire qui peuvent être différents au cours de chaque bombardement : la hauteur de l’avion au-dessus de l’objectif, la vitesse initiale de la bombe (ou vitesse de l’avion par rapport au sol), la vitesse du vent.
- La méthod e allemande du viseur Goerz permet de calculer ces trois éléments.
- 1° La hauteur s’obtient en défalquant de l’altitude portée à l’altimètre de l’avion, l’altitude de l’objectif bombardé, exemple : Si l’avion vole à 4200 m. au-dessus du niveau de la mer, si l’usine à bombarder se trouve à 200 m., la hauteur dont il faudra tenir compte sera 4200 moins 200, soit 4000 mètres.
- Vision en arrière Disque à-5‘
- Fig. 4, 5, 6. — Direction de visée dans la lunette.
- Siège
- mitrailleur
- avani
- Fig. 8. — Disposition d'ensemble du viseur sur l’avion.
- Cet élément d’ailleurs ne peut donner lieu pour les hautes altitudes qu'à de faibles erreurs. Exemple : à 90 km, une erreur d’altitude de 500 m. pour un avion se trouvant à 4000 m. ne correspond qu’à une erreur de 25 m. au sol (fig. 7), page 582;
- 2° Vitesse initiale de la bombe. C’est en réalité la vitesse de la bombe par rapport au sol. Cet élément est le plus difficile à connaître, parce que celte vitesse varie avec la vitesse du vent qui est en perpétuelle instabilité.
- Si un avion possède une vitesse propre de 150 km et que le vent en ait une de 50 km, avec vent arrière, l’avion parcourra sensiblement 200 km à l’heure, tandis qu’avec vent debout, il ne parcourra plus que 100 km-heure.
- Cette différence de vitesse modifie considérablement les trajectoires comme l’on peut facilement s’en rendre compte en examinant les courbes (fig. 7) pour lesquelles l’avion parcourt respectivement 120 et 60 km-heure.
- Au lieu de s’ajouter ou de se défalquer, cette vitesse du vent et cette vitesse propre de l’avion
- peuvent se composer si l’avion reçoit par exemple le vent 3/4 arrière (175 km-h.) ou 3/4 avant (125 km-h.).
- En principe, pour simplifier les calculs, l’avion devra exécuter son bombardement vent debout, c’est-à-dire avec la vitesse kilométrique la plus réduite possible.
- Tour déterminer cette vitesse kilométrique de l’avion, on calcule le temps que met un point du sol 0 à parcourir un angle fixe soit 45°, soit 22°,30.
- On comprend facilement par la figure que le temps mis par un avion pour viser successivement le même point, d’abord avec un angle de 22°,5,
- Correcteur c/e rouie
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- 382 SUR LE BOMBARDEMENT AÉRIEN
- puis ensuite à la verticale, est proportionnel à la vitesse de cet avion par rapport au sol. On obtient une valeur en secondes.
- Une table préparée d’avance indiquera que si, l’avion étant à une altitude de 4000 m., un point du sol met 36 secondes à parcourir un angle de 22®,30, l’avion fera 100 kilomètres à l’heure par rapport au sol et que si ce point ne met que 18 secondes à parcourir ce même angle, l’avion fera 200 km à l’heure.
- Cette valeur est la vitesse initiale horizontale de la bombe.
- 3® D’autre part, on sait que les avions du type Gotha parcourent 150 km à l’heure de vitesse kilométrique quand les moteurs tournent à leur vitesse habituelle; si par la visée précédente on s’aperçoit que la vitesse au sol n’est que de 100 km à l’heure, on en déduit que le vent debout a une valeur de 50 km.
- Tous les éléments de Ja trajectoire cherchée sont ainsi connus; il ne reste plus qu’à lire sur la table de tir quel sera, étant donnés ces éléments, l’angle de tir convenable pour que la bombe tombe sur l’objectif.
- Voyons l’application de cette méthode au bombardement par l’intermédiaire du viseur Goerz et de sa table.
- Application. — Le viseur se trouve à la disposition du mitrailleur avant.
- Le déclencheur de bombes se trouvant à portée de sa main droite, se manœuvre en appuyant sur des leviers qui libèrent des bombes par l’intermédiaire de commandes souples (fig. 8).
- Quelques minutes avant d’arriver sur l’objectif à bombarder, il faut prendre connaissance des deux éléments qui vont permettre de lire sur la table de tir l’angle de visée convenable.
- L’altitude portée au baromètre moins l’altitude de l’objectif donne la hauteur de chute du projectile.
- Pour obtenir le deuxième élément qui fera connaître toutes les valeurs de vitesses, on a recours à la méthode de visée préalable au sol, méthode étudiée précédemment.
- L’index du disque gradué est fixé à 22°,30.
- Un point quelconque du sol est visé en avant de l’avion, une route perpendiculaire à la route suivie, une rivière, l’orée d’un bois, une maison. Ce point est saisi dans le cercle formé par la bulle et on le suit en tournant le disque jusqu’à ce que l’index tombe dans le cran du point mort ; à ce moment on déclenche le chronographe à secondes et on continue à suivre le point terrestre dans le viseur jusqu’à ce que le 0° du disque soit bloqué au point mort, le chronographe aussitôt arrêté, donne un nombre de secondes qui recherché sur la table de tir dans la ligne de. hauteur indique la vitesse de l’avion au sol et l’angle de visée à appliquer, soit par exemple 10°.
- Aussitôt, l’index est fixé au nombre de degrés de l’angle de visée, donc 10°. Le viseur est prêt à fonctionner. Environ 2 ou 3 km. avant de survoler l’objectif, on saisit celui-ci dans le champ du viseur, puis dans le cercle de la bulle. A ce moment le correcteur de route fonctionne et le galvanomètre indique au pilote s’il suit une route qui fera passer l’avion exactement au-dessus de l’objectif.
- A l’instant précis, où l’index fixé au nombre de degrés de l’angle de visée tombe dans le cran du point mort, c’est-à-dire au moment où
- 200 300 4-00 500 600 700 800 300 IQOO
- lOO 200 300 400 500 600 700 800 900 lOOO
- Déviation en mètres
- Fig- 7- — Les courbes de chute des bombes allemandes aux différentes vitesses de l’avion.
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- NOUVELLE ROUE A RAIS EXTENSIBLES ET INTERCHANGEABLES - 383
- le viseur vise avec un angle de 10°, le bombardier manœuvre le déclencheur de bombe. Celles-ci. tombent vers l'objectif.
- Pendant toute la durée du bombardement le pilote doit maintenir son avion strictement face au vent, la bulle d’air doit être maintenue' rigoureusement au centre de l’oculaire, le jeu du prisme devant seul servir à la recherche de l’objectif.
- Ce viseur Goerz est d’une simplicité élémentaire pour qui l’a manœuvré au cours de quelques opérations d’entrainement, son prisme mobile permet une recherche aisée de l’objectif, sa bulle annulaire permet de le centrer immédiatement à la verticale, merveilleusement construit, il semble en progrès réel sur tous les viseurs qui ont été créés jusqu'à ce jour.
- Les erreurs ne peuvent provenir que d’éléments
- nouveaux et pratiquement incalculables, comme des variations de forces et de directions du vent entre l’altitude à laquelle sont exécutées les visées et le sol, ou encore de l’impossibilité de maintenir l’avion vent debout. La visée est scientifiquement parfaite en temps qu’application d’une méthode dérivée de calculs, s’ensuit-il que les bombes doivent tomber exactement sur les objectifs visés? Les résultats nous crient que non.
- Des centaines de bombes lancées sur des gares, des soudières fameuses, de puissants terrains d’aviation, n’ont pas donné des résultats autres que des entonnoirs dans les ballasts, quelques ouvriers tués, des hangars transpercés.
- Les visées sont délicates à exécuter d’un avion entouré d’éclatements ou à la merci d’une de ces salves de nos « as » qui ne pardonnent pas. Jean-Abel Leebanc.
- Fig. 9, — Dispositif de déclenchement des bombes.
- NOUVELLE ROUE CONSTANCIA
- A RAIS EXTENSIBLES ET INTERCHANGEABLES
- En campagne, les pièces d’artillerie comme les caissons de munitions, les camions automobiles aussi bien que les chariots de batterie doivent rouler vite et bien.
- Or, sur le front, le matériel roulant subit un travail intensif; les chocs, les influences atmosphériques le fatiguent énormément sans compter *" les obus qui le détruisent parfois.
- Aussi le capitaine Constancia vient de faire breveter une roue très résistante et dont les éléments constitutifs interchangeables peuvent se remplacer immédiatement sur le champ de bataille, en cas d’accidents ou de détérioration par l’ennemi.
- Jusqu’à présent, en dépit des essais tentés pour remplacer le bois par le métal, la roue des véhicules lourds comprend un assemblage de pièces de bois qu’une bande de fer maintient en place et protège contre l’usure.
- Au sortir de l’atelier de charronnage, cet assem-
- blage constitue un tout homogène et compact. Malheureusement la pesanteur des charges transportées, les cahots de la route, les secousses brutales ou saccadées, les rayons de soleil qui provoquent le fendillement des fibres ligneuses-ou la pluie, qui les gonfle démesurément puis finit par les pourrir, compromettent petit à petit la cohésion de l’ensemble.
- Alors les rais se déboîtent, le moyeu travaille à l’arrachement, les jantes jouent, le bandage ferraille et le flottement dé la roue, tout en exigeant un accroissement de traction pour un même poids transporté, cause l’usure prématurée du véhicule.
- Si donc on pouvait donner une cohésion permanente aux éléments constitutifs de la roue, le problème serait résolu.
- C’est à quoi tend l’invention du capitaine Constancia qui repose sur les considérations expérimentales suivantes. Comme le flottement d’une
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- 384 = NOUVELLE ROUE A RAIS EXTENSIBLES ET INTERCHANGEABLES
- roue tient à l’exagération de l’écart entre la jante pt le moyeu, il compense cette distance par un allongement -des rais.
- .Pour cela d’un moyeu métallique et très solide, tournant sur la fusée de l’essieu, partent des rais extensibles ei interchangeables qui vont rejoindre une jante en bois bandée de fer.
- Des segments en U extensibles et reliés entre eux au moyen de languettes enveloppent celle-ci; ils portent des godets à patins dans lesquels les rais se logent sans frottement tandis que des boulons à tête fraisée maintiennent l’ensemble (bandage en fer, jante en bois et segments métalliques) et permettent le rattrapage de jeu. En
- dire avec des outils qu’on rencontre dans tous les parcs d’artillerie, garages de camions automobiles, dépôts ou casernes.
- La réparation peut même se faire immédiatement sur le champ de bataille, si le commandement dispose d’un stock de pièces de rechange.
- En conséquence, l’inventeur propose de munir chaque batterie des éléments constitutifs de 3 roues de réserve (3 moyeux, 42 rais, 21 jantes et 21 fers en U).
- Sans être considérable, cet approvisionnement permet de remédier sans retard aux avaries ordinaires qui se produisent au cours des combats et
- La roue extensible Consiancia (Photo Dard).
- outre, se trouve, dans le logement, une douille à fond fermée, filetée extérieurement à son sommet et munie à sa base d’un ergot coulissant dans une fente qui reçoit le rai. Un écrou permet de faire monter ou descendre la douille et par suite d’augmenter ou de diminuer la cohésion entre moyeu et jante, par l’intermédiaire du rai dont un contre-écrou, qui bloque à fond, maintient la pression.
- D’après ce qui précède, le fonctionnement de la roue Constancia s’explique sans peine. Dès qu’on s’aperçoit du moindre flottement, il suffit de serrer ou de desserrer des écrous de douille, des boulons à tête fraisée et des contre-écrous pour rendre à la roue sa cohésion et son élasticité primitives.
- Un homme exécute l’opération en un quart d’heure avec un cric et une clef anglaise, c’est-à-
- de ne plus immobiliser des canons ou des caissons quand le tir ennemi a mis leurs roues hors d’usage.
- En définitive, le système Constancia comporte un certain nombre d’avantages : il supprime l’opération coûteuse du chàtrage, évite les pertes de force motrice, prolonge la durée de la roue et du véhicule.
- En essai depuis le mois de mars 1917, au parc d’artillerie de Dunkerque, ces nouvelles roues à rais extensibles et interchangeables ont. déjà parcouru jusqu’ici plus de 600 km sur des routes pavées sans que leur cohésion diminue; leur emploi se généralisera donc non seulement à l’armée, mais dans les poids lourds industriels et peut-être même, vu sa robuste légèreté, dans les automobiles de tourisme.
- Jacques Boyer.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahure, rue de Fleuras, 9, à Paris.
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- LA NATURE.
- N° 2282.
- 23 JUIN 1917
- LA RENOVATION DE LA FRANCE PAR LA HOUILLE BLANCHE
- Le passé a connu l’âge de la pierre, l’âge du fer et celui du bronze; on nous a fait entrevoir un âge de l’aluminium succédant à celui de l’acier qui est nôtre, mais il est bien certain que demain va s’ouvrir 1 âge de la houille blanche.
- L’électricité, on n’en saurait plus douter, est un bienfait social.
- Elle est inconies-tablement un facteur de progrès dans tous les domaines.
- L’électricité, toutefois, est fille de la houille blanche. Ce n’est que par la mise en valeur d'innombrables chutes d’eau qu’on peut l’obtenir à très bon marché et dans une proportion telle qu’elle puisse alimenter toutes les. consommations.
- Or la'France a été, à cet égard, particulièremen t favorisée par la Providence. La naturel’avaitpar-cimonieusement dotée en ce qui touche le combustible. Elle ne pouvait guère extraire que les deux tiers des charbonsqui sont indispensables à son activité.
- Par contre, ses ressources en houille blanche
- sont très considérables. La puissance disponible sur le territoire national a été diversement évaluée. M. de la Brosse, ingénieur en chef du service des grandes forces hydrauliques des Alpes, considérait, il y a huit ou neuf ans, que l’énergie disponible à l’étiage — c’est-à-dire pendant la période des basses eaux — devait atteindre 4600000 éhev.
- M. Ader, tout en conservant les estimations de
- M. de la Brosse pour les puissances minima, pensait en 1911 que la force disponible en eaux moyennes — d’une durée de 180 jours par an au minimum — devait s’élever à 9 200 000 chev.,
- chiffre que M. Louche nr ramenait à 5 900000 chev.
- Ces évaluations semblent aujourd’hui inférieures à la réalité. Alors qu’on admettait que la puissance utilisable dans les seules Alpes françaises devait voisiner 1 million de chevaux à l’étiage et 2 millions en eaux moyennes, M. l’ingénieur en chef de la Brosse pouvait affirmer récemment, avec la haute autorité qui s’attache à ses fonctions, que les Alpes doivent re-céler 4 millions de chevaux en eaux moyennes, ce qui porterait à 40 millions de chevaux la force réalisable sur notre soU1).
- Dans ces conditions (et sauf mod ifications analogues dans les calculs relatifs aux autres pays) la France serait le pays le plus riche de l’Europe en houille blanche. Sans
- vouloir prétendre à supplanter les États-Unis, qui disposent, parait-il, d’au moins 30 millions de chevaux, nous occuperions la première place devant la Norwège (7 500 000 chev.), la Suède
- 1. Voy. Etudes et travaux du service des grandes forces hydrauliques, Région des Alpes (tome VII, 1916) publication du Ministère de l’Agriculture, Direction générale des Eaux et Forêts.
- Fig. i.— Carte des principales usines hydrauliques de la région des Alpes : s Chutes achevées depuis la guerre. — Installations très avancées. — Chutes en voie d’installation depuis une date récente.
- 45* Année.
- 1" Semestre.
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- 386 :.LA RÉNOVATION DE LA FRANCE PAR LA HOUILLE BLANCHE
- (6 750000), l’Autriche-Hongrie (6450000), l’Italie (5 500 000), l’Espagne (5 000 000), devançant de très loin la Suisse-(1 500 000), et surtout l’Allemagne (1425 500) et la Grande-Bretagne (596000 chev.).
- La Norwège, de ce chef, dispose de 56 chev. 60 par kilomètre carré de superficie, la Suède de 20 chev., l’Autriche-Hongrie de 19 chev. 46, l’Espagne et l’Italie de 10 chev, la Suisse de moins de 10 chev., et l’Angleterre et l’Allemagne de 2 à 5 chev. Notre pays, en tenant compte des nouvelles estimations, doit figurer pour 25 chev. environ, c’est-à-dire que ses ressources par kilomètre carré de sa surface ne seraient surpassées en Europe que par celles de la Norwège.
- 1910, la puissance aménagée sur notre territoire s’élevait à 600000 chev., suivant M. Pinot, secrétaire général du Comité des forces hydrauliques, 650000 d’après M. le commandant Audebrand, 800000 selon l’électricien Pacoret.
- De 1910 au milieu de 1914, 150000 chev. au maximum avaient été installés. En adoptant même les évaluations de M. Pacoret, on doit avouer que la France n’avait pas mis en œuvre le dixième de ses forces naturelles. Sans doute nous avions devancé, à ce point de vue, les autres nations du continent européen. La Norwège et la Suède n’accusaient eu 1910 que 550 000 chev. chacune —
- Fig. 2. — Usine de Fontan sur la Roy a (Alpes-Maritimes).
- Certaines personnalités, jusqu’ici insuffisamment informées, ont cru découvrir, il y a peu de temps, l’existence de ces richesses. Elles n’étaient pas ignorées, mais il faut bien reconnaître qu’elles n’avaient pas été mises à profit autant qu’il eût convenu. Bien que la France eût été à l’avant-garde du mouvement d’utilisation des chutes d’eau, quoique la première idée de l’emploi rationnel des eaux de montagnes remonte'à Fourneyron (1840) et à Girard (1850), que, dès 1868-1869, des papetiers dauphinois, Fredet et Bergès, eussent réalisé les premières hautes chutes alpestres, qu’enfin le transport de l’énergie à distance' eut été résolu de 1885 à 1900 par Marcel Deprez, en un mot que la France ait été l’initiatrice en matière de houille blanche, nous n’enregistrions en 1902 que 200 000 chev. réalisés, en 1906 que 500 ou 550 000. En
- contre 600 000 pour la France — l’Autriche-Hongrie et l’Italie 515 000 environ, les autres moins de 400 000. Mais, dès 1910, nous nous étions laissé distancer, sur ce terrain comme sur tant d’autres, par l’Allemagne (445 000 chev. installés), qui utilisait déjà 51 pour 100 de sa puissance hydraulique réalisable, et cela malgré ses incontestables ressources en combustibles. La minuscule Suisse elle-même, annexe industrielle, il est vrai, de la Germanie, nous précédait avec 25 pour 100 de ses chutes réalisées. Les initiatives de l’Allemagne en cette matière auraient bien dû nous ouvrir les yeux 1 Quoi qu’il en soit, nos réserves de houille blanche demeurent considérables. Elles ne sont, toutefois, pas également réparties sur toute l’étendue du territoire. Suivant M. Ader, qui écrivait en 1911, la puissance en eaux moyennes des Alpes septentrio-
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- LA RÉNOVATION DE LA FRANCE PAR LA HOUILLE BLANCHE == 387
- nales (Savoie et Dauphiné) atteindrait 2 000 OOOchev., celle des alpes provençales et niçoises (de la Drôme aux Alpes Maritimes) 2 600000 chev., le Massif central, les Vosges, le Jura pourraient fournir 1 800000 chev., les Pyrénées 2 000 000 et le reste du territoire 800000 chev. Aujourd’hui, on admet que les Alpes peuvent assurer 50 pour 100 de la puissance disponible, les Pyrénées 25 pour 100, le Massif central 12 pour 100, le Jura et les Vosges 8 pour 100, le reste du pays 5 pour 100.
- Voici donc établi, avec toute la précision qu’on peut apporter dans un domaine où ies inconnues ne man^ quent pas, le bilan de nos richesses en houille blanche.
- premières n’ont pas empêché d’audacieux industriels de continuer l’œuvre qu’ils avaient commencée.
- C’est l’Énergie électrique du Littoral Méditerranéen qui inaugure son usine de Fontan sur la Roya (10000 chev.), au nord-est de Nice, et installe de toutes pièces, en deux ans, l’usine du Largue sur la Durance (9000 chev.). La Société de l’Eaud’Olle, fdiale de l’Aluminium français, achève de réaliser sa chute du Rivier d’Allemont, dans la région de Bourg d’Oisans (15 000 chev.). Entre Vizille et Grenoble, des groupes industriels poussent activement l’établissement d’une puissante chute sur sur le Drac (10 000 chev.). Deux stations hydro-
- Fig. 3. — Usine du Largue sur la Durance (Basses-Alpes).
- Nous devons reconnaître que, contrairement à toute attente, la guerre n’a pas ralenti la mise en valeur de nos forces naturelles, et c’est là un phénomène vraiment digne d’attention. L’état de guerre, au lien d’être une cause de retard, a été un stimulant, qui a suscité de nouvelles initiatives, et déterminé une plus grande rapidité dans l’exécution des travaux projetés. Certaines chutes, que les sociétés propriétaires gardaient en réserve, pour les aménager à une date ultérieure, ont été entreprises et réalisées dans le plus bref délai. D’autres installations, dont les travaux avaient du être interrompus lors de la mobilisation, ont éié poursuivies à partir de 1915 avec toute la célérité compatible avec les circonstances. La pénurie de main-d’œuvre, la raréfaction des transports, le resserrement du crédit, les hauts prix des matières
- électriques sont en cours d’exécution dans la vallée de la Bourne, bien connue des touristes. La Société de la Haute Bourne aménage l’établissement de la Goule-Noire (6000 chev.) et M. Mertz la Ghute de l’Écancière (2800 chev.).
- Au nord de Grenoble, M. Fredet, dont le père fut l’un des promoteurs de la houille blanche, a créé une chute de 3000 chev. pour alimenter de force une fabrique électro-chimique. Son condisciple, M. Ber-gès, achevait également d’installer la chute de la Grande-Valloire, surleBréda (4400 chev.), en même temps que la puissante Société de Force et Lumière, portant plus haut ses ambitions, organisait sur le plateau de Belledonne, à plus de 2000 m. d’altitude, le réservoir des Sept-Laux, qui va bientôt assurer 8000 chev. à sa centrale de Fond de France.
- C’est encore la Société des Forces motrices du
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- Bens qui active la construction de son usine d’Arvil-lard, non loin d’Allevard (11 000 chev.), la Société Hydro-Électrique de Lyon qui poursuit la réalisation de son usine du Val de Fier, près de Seyssel (25000 chev.).
- Des Allemands avaient, avant la guerre, entrepris l'édification d’une station à Bonnevaux, sur la Dranse d’Abondance, en Haute-Savoie. Les travaux ont été poursuivis avec énergie par la Société d’élec-tricDé du Châblais et l’usine est prête à fonctionner (3000 chev.).
- Dans la vallée de la Durance, la Société d’Alais et de la Camargue a entrepris l’installation des chutes du Poet (15000 chev.) et de Chàteau-Arnoux (25 000).
- La fièvre de la houille blanche a même gagné le Massif central. La Société de Firminy s’occupe de discipliner le Bès (Cantal) et d’outiller une usine de plus de 20 000 chev. et un groupe industriel particulièrement puissant construit une station de 40 000 chev. sur la Truyère. Ainsi voilà encore 160000 chev. en voie de réalisation. Ajoutons que la société du Centre et de la Loire a inauguré en 1916
- Fig. 4. — Une des plus audacieuses entreprises de captation de force hydraulique dans le massif de Belledonne. La prise d’eau est au glacier a 2i3o mètres et l'usine Fond-de-France dans la vallée
- à io3o mètres seulement.
- Additionnons les chiffres, si vous le voulez bien. La force totale déjà aménagée ou qui le sera d’ici moins d’un an dépasse 105 000 chevaux.
- Mais ce n’est pas tout. De nouveaux travaux ont été engagés plus récemment. La Société de la Basse-Isère installe près de Romans (Drôme), une chute de 28 500 chev. sur l’Isère ; la Société de Saint-Gobain discipline l’Arc près de Modane pour obtenir une puissance de 8000 chev. ; les établissements Keller-Leleux renforcent leur station de Livet en s’assurant une force nouvelle de 15000 chev.; les établissements Girod, d’Ugines, créent une chute complémentaire de 5000 chev. sur le Doron de Beaufort; l’Eau d’Olle accroît de 5000 à 7000 chev. la puissance de sa station du Verney d’Allemont.
- une station de 10000 chev. sur l’Anse, dont les travaux avaient été commencés avant la guerre, et dont l’appoint a été précieux pour l’industrie de Saint-Etienne. D’autre part une chute de 2500 chev. est en voie d’installation sur la Sélune, dans la Suisse normande. Si les hostilités devaient se prolonger jusqu’à la fin de 1918, plus de 500000 chev. nouveaux seraient aménagés au cours du conflit.
- Mais, ainsi que l’a très justement signalé M. de la Brosse, à côté de ces nouvelles sources d’énergie, ont paru sur quelques-unes de nos hautes chutes « des appareils qui utilisent directement Veau sous sa pression statique en vue de fabrications jusqu’ici inédites », et ces nouveaux emplois de l’eau prise directement sur les conduites forcées, sous des près-
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- sions élevées, ont provoqué les plus ingénieuses solutions pour certains problèmes qui n’avaient pu être encore élucidés.
- L’industrie de la houille blanche s’est donc non seulement prodigieusement développée, mais encore perfectionnée. Enfin, de nouvelles applications de l’électrochimie et de l’électrométallurgie ont été réalisées sous l'aiguillon de la nécessité. L’électro-mêtallurgie a multiplié ses fabrications et ses fours, inauguré avec un succès complet la préparation de la fonte synthétique, du fer électrolytique, des métaux résistants aux acides, du magnésium; l’électrochimie a rendu à la France d’inappréciables services par des découvertes dont il sera possible de parler q uelque jour et d’innombrables ateliers ont été créés de toutes pièces grâce à l’extension nouvelle donnée aux réseaux de distribution et à l’augmentation de l’énergie captée De quelque côté qu’on tourne son regard « s'offre le spectable d’une intense activité matérielle et celui, bien plus admirable encore, des efforts coordonnés, des
- dévouements soutenus sans défaillance et de celte union dans le travail qui fait la force. »
- Toute celte activité s’éteindra-t-elle avec la guerre? Non certes, car on peut prétendre, sans crainte d’un démenti, que la houille blanche seule peut régénérer la France au lendemain de la paix, et assurer sa grandeur économique.
- Nous manquons de charbon. Avant la guerre nous devions en importer 20 000 000 de tonnes annuellement. Demain, nous aurons besoin de 50 millions de tonnes. Devrons-nous les faire venir du dehors et consentir les hauts prix qui nous
- Fig. 5.— Usine du Val de Fier (Seyssel). Chantier du Barrage pour le fonçage et le remplissage du caisson avant {en içi3).
- seront demandés pour les combustibles? Notre industrie verrait ses prix de revient relevés de telle manière qu’elle serait incapable de soutenir la concurrence avec ses rivaux étrangers. Il faudra donc que la houille blanche se substitue à la houille noire toutes fois que se pourra. Or, sait-on ce que représentent en charbon nos 9 millions de chevaux encore disponibles? D’après les calculs autrefois
- faits par M. Lou-cheur. chaque cheval-heure produit sur les locomotives corres-pondàlaconsom-mation de 2 kg 5 de charbon. Par conséquent, l’énergie non recueillie correspondrait à plus de 20 000 t. de houille par heure, et 180 millions détonnes par an. Pour les seules Alpes, la force certaine non installée atteindrait 30 millions de kilowatts-heure au très grand minimum, ’ soit 50 millions de tonnes de houille.
- Admettons qu’il se produise quelque déchet dans la pratique, l’énergie hydroélectrique n’en pourrait pas moins remplacer l’énergie thermique, saufdansles régions, comme le Nord, où la houille blanche fait défaut, et
- pour les industries qui ne peuvent vraiment se passer de charbon.
- Il y a, corollairement, lieu d’envisager l’électrification non plus seulement des lignes du réseau du Midi situées au sud de l’artère Bordeaux-Cette, mais encore de tout le réseau du Midi, duP.-L.-M., et de la plus grande partie du réseau d’Orléans. Les grandes villes, comme Paris, doivent suivre l’exemple de Lyon. Elles deviendront, par la force même dès choses, tributaires de la.houille blanche . Qu’on veuille bien songer aux facilités qui auraient été offertes aux Parisiens pour leurs transports
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- urbains, pour leurs industries et pour leur éclairage, si la chute du Rhône à Génissiat avait été réalisée avant la guerre. Non seulement nous n’aurions pas dû restreindre notre consommation, mai s-nous .aurions payé le courant beaucoup moins cher qu’aujour-d’hui.
- Beaucoup d’industries peuvent se dispenser du combustible dans leur fabrication pourvu qu’elles soient assurées d’une force motrice quelconque. L’industrie textile, les industries extractives, l’industrie chimique, la papeterie, son t dans ce cas. Elles doivent
- Fig. 6. — Chutes de l'Anse {mai içiô). Le Barrage en construction.
- — —r. désormais, sauf dans les
- régions éloignées des chutes d’eau, demander à la houille blanche l’énergie qui leur est nécessaire.
- Mais il est d’autres industries où la houille blanche a jusqu’ici peu pénétré, et ce sont précisément celles qui consomment le plus de charbon;
- le haut fourneau exige 1500 kg de houille pour la production d’une tonne de fonte; la verrerie, la poterie, la porcelainerie, la fabrication du zinc absorbent énormément de combustibles. Mais en sera-t-il toujours ainsi? L’acier électrique s’impose de plus en plus; la fonte synthétique détrônera quelque jour la fonte au coke, comme la fonte au bois avait dû céder le pas à cette dernière.
- L’électrométallurgie du zinc est devenue pratique et sera désormais la règle. La céramique pourra, quand elle le voudra, se moderniser, et la boulangerie électrique n’est pas une utopie.
- Il y aura intérêt à substituer la houille blanche à la houille noire dans la plupart des domaines, parce que il y aura non seulement économie de charbon, mais encore avantage industriel, en ce sens que les fontes électriques, le zinc électrique, par exemple, sont plus purs que les. autres.
- Source de chaleur, la houille blanche est aussi bien une source de froid. C’est par les basses températures qu’on peut obtenir les produits azotés synthétiques, la cyanamide, la potasse électrolytique, le permanganate, substances que nous avions la malencontreuse idée
- Fig. y. — Chute de l’Anse. La conduite forcée et l'usiné.
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- de demander aux Allemands, et que nous pouvons produire à bon compte. Nous ne mentionnerons pas les nombreuses industries qui procèdent du froid, depuis la brasserie jusqu’à la laiterie, et qui pourraient tirer un large profit de la mise en valeur de nos chutes d’eau.
- La houille blanche, enfin, peut aider puissamment à la rénovai ion de notre agriculture, non seulement en l’alimentant d’engrais, nitrates et cyanamide, mais encore en faisant fonctionner les tracteurs, dontl’insuffisance de main-d’œuvre généralisera de plus en plus l’emploi, en éclairant les fermes, en irriguant les prés, en actionnant les batteuses, les pompes, les ventilateurs des sécheries, les divers appareils de la ferme, les écrémeuses et les malaxeuses, les meules et les concasseuses, les hache-paille et les presses, les stérilisateurs, et voire en chauffant les couveuses ou en trayant les vaches, comme on le pratique si heureusement en Danemark.
- La Houille blanche est universelle en ses appli-
- cations. Elle est le plus précieux facteur de richesse pour un pays. A l’heure où nous devons utiliser toutes nos ressources, faire jouer toutes nos initiatives, nous ne saurions laisser inemployées les forces naturelles que nous avons l’heureuse fortune de posséder, car par elles la France pourra être modernisée, transformée, rénovée et portée à son maximum de prospérité.
- Auguste Pawlowski.
- LA MACHINERIE D’UN HOTEL MODERNE
- Il est, en ce moment, pour notre industrie hôtelière en France, deux prévisions bien faciles à faire et dont elle doit d’avance tenir compte. La première est que la conclusion de la paix amènera chez nous un énorme afflux de touristes cosmopolites, en particulier d’Américains et d’Anglais. Mais une seconde prévision, qui vient un peu à l’encontre de la première, c’est que le personnel hôtelier manquera étrangement pour recevoir ces hôtes. La crise de main-d’œuvre, qui va se faire sentir dans tous les domaines, se produira là comme partout, accrue sans doute par la disparition de tous ces innombrables Allemands, plus ou moins déguisés en Suisses, qui nous fournissaient tant de garçons d’hôtel ou de café, aux oreilles toujours ouvertes et en relations constantes avec leurs chefs d’espionnage. On aura donc beaucoup de visiteurs avec peu de monde pour les servir, et la conclusion à laquelle il faudra arriver, là comme dans tous les domaines, sera le développement du machinisme. Nos grands hôtels vont prendre une physionomie de plus en plus américaine. Attendons-nous à ce que, de plus en plus, nos palais s’appellent des Palace, nos chambres
- des room, nos vestibules des hall et nos ascenseurs des lift. Peut-être voudra-t-on bien nous conserver quelques bons hôtels un peu plus français. C’est déjà ce qui se produit dans telle capitale, où la même Société, très pratique, exploite à la fois deux hôtels en concurrence : l’un, suivant le modèle moderne que nous allons décrire, où défile sans cesse une bruyante et brillante cohue; l’autre, beaucoup moins bien,machiné, où l’on peut néanmoins maintenir des prix plus élevés parce que les familles tranquilles s’y réfugient avec bonheur. Suivant un vieux proverbe, tous les goûts sont dans la nature.
- La caractéristique de l’hôtel vraiment moderne, que nous allons étudier maintenant, est qu’il constitue une véritable usine, conduite par un ingénieur, ayant sa chambre de machines et ses chaudières dans le sous-sol et ses mécanismes à tous les étages ; une usine réversible, dans laquelle on introduit un voyageur comme le lapin dans la classique fabrique de chapeaux américains pour le sortir, au bout de quelque temps, nourri, reposé, chauffé, blanchi, baigné, coiffé, imbibé d’harmonies tziganes et de littérature journalistique, opéré au besoin
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- de l’appendicite et surtout soulagé de son argent.
- Entrons donc dans le bureau de l’ingénieur-directeur de l’usine (pardon, de l’hôtel), et, en attendant qu’il nous fasse visiter, son installation, examinons les graphiques suspendus aux murs. Car, ainsi qu’il sied dans une industrie bien organisée, tous lès phénomènes sont ici traduits en tableaux graphiques, de manière que, du premier coup d’œil, on puisse en saisir la loi, en suivre les variations, en percevoir, en discuter et en corriger les anomalies. Ce premier aspect à lui seul est déjà très caractéristique. Voici, par exemple, la courbe des voyageurs, où nous voyons que l’hôlel est prévu pour 700 lits (je prends un chiffre relativement faible). La courbe annuelle suit une évolution régulière, comparable à celle d’un diagramme météorologique et qui paraît bien, en effet, comme les phénomènes météorologiques, être en relation avec la distribution des taches sur le soleil. On pouvait aisément le prévoir; mais ce qui frappe surtout, ce sont certaines brusques inflexions excentriques qui amènent de brusques maxima ou minima pour tel ou tel phénomène exceptionnel. On prend là, sur le vif, et on peut mesurer l’influence exercée sur la population d’un hôtel par l’arrivée d’un souverain, d’un ministre, d’un chanteur ou d’un toréador ; on peut en comparer les effets avec ceux de l’ouverture d’une exposition et les mesurer en chiffres. Notre graphique pourrait renseigner l’économiste curieux sur le degré d’attraction exercée par la philosophie, comparée avec la boxe ou avec la politique.
- D’autres diagrammes permettent d’apprécier par voyageur la dépense journalière de charbon, d’eau, d’électricité ou, plus généralement de force sous toutes les formes et de reconnaître ainsi immédiatement s’il se produit une fuite d’une nature quelconque. Là encore, l’anomalie vient se greffer sur une sinussoïde dont l’évolution se reproduit chaque année avec un décalage tenant à des influences étrangères, telles que la précocité ou le retard du beau temps. Par exemple, la dépense de charbon affecte un minimum en janvier, puis baisse jusqu’en avril, mais remonte ensuite malgré la chaleur parce que l’afflux des voyageurs devient plus considérable. L’étiage correspond à peu près à septembre. Enfin un autre diagramme, que l’on n’étale pas sur les murs mais que l’on réserve aux actionnaires, montre la variation des bénéfices bruts et nets et permet de calculer la rémunération du capital engagé. Disons de suite à ce propos que, malgré les prix très élevés demandés aux voyageurs, les bénéfices de ces vastes entreprises sont souvent fort inférieurs à ce que l’on imagine. Pour les 700 chambres que j’ai supposées tout à l’heure dans mon hôtel type, il faut rémunérer un capital de 15 à 20 millions et entretenir un personnel de 450 à 500 personnes. Or même l’hôtel le mieux achalandé a généralement une proportion de vides que l’on soupçonne mal parce que tout le monde arrive au même mo-
- ment et s’étonne alors de ne pas trouver de place.
- Après cette remarque incidente, descendons maintenant dans les sous-sols où se trouve la force motrice qui actionne toute l’usine. L’existence d’une belle machinerie peut être aisément prévue; néanmoins on se fait difficilement une idée, sans l’avoir vu, des proportions qu’elle atteint ici. Et encore, dans la plupart des hôtels qui desservent des capitales, ne fournit-on pas soi-même la force électrique. Mais rien que comme machines à vapeur, il faut s’imaginer une vaste installation de chaufferies, avec tous les systèmes de manutention mécanique et de chargement automatique les plus perfectionnés, qui, tout en économisant par les procédés scientifiques, n’en dévore pas moins bien près d’un demi-wagon de charbon par jour. Voyons, en effet, tout ce que l’on va demander à ces machines à vapeur. Et d’abord le chauffage en hiver ou l’aération en été. II faut procurer, suivant les saisons, à toutes les chambres, de l’air chaud ou de l’air humidifié. Il faut spécialement ventiler les salles de bains annexées à chaque chambre, que l’on se trouve souvent amené à établir sans fenêtres, les parties en façade étant naturellement réservées pour les habitations. Puis il faut actionner les machines à fabriquer la glace que nous verrons dans une salle voisine : glace destinée notamment à la conservation delà viande et de la bière. Prévoyons 2000 kg de glace par jour en hiver et le double en été. Enfin, nous devons actionner les ventilateurs à haute pression destinés à la brasserie et les compresseurs pour les monte-charge destinés aux bagages, aux meubles, etc.... Je ne parle pas de tous les mécanismes mus à l’électricité.
- Toujours dans le sous-sol, nous avons alors, après la salle des moteurs, la salle des machines souillantes; puis la salle des machines à glace (fonctionnant par exemple au chlorure de calcium et à l’acide carbonique). Et nous passons de là dans la salle de transformation électrique avec ses plaques de marbre blanc et ses appareils de mesure : salle nécessaire puisque le courant, venant de la ville, doit être employé à des usages très divers, depuis l’éclairage jusqu’au brossage des tapis. Un peu plus loin, nous passons dans les ateliers de réparation, qui continuent à donner l’impression d’une grande usine : ateliers de menuiserie, serrurerie, etc. Un a avantage dans ces vastes installations à exécuter soi-même et à pouvoir exécuter de suite toutes ces petites réparations et installations courantes qui font partie de la pratique journalière. De là nous passons enfin dans le « Ventre de l’Hôtel ». Il est inutile d’insister sur les proportions que prennent, pour une semblable petite ville, les cuisines, la boulangerie, la pâtisserie, etc., dans lesquelles le mécanisme trouve fréquemment moyen d’intervenir.
- Quand nous quittons enfin ces sous-sols mystérieux, dans lesquels le public n’a pas accès, nous trouvons parfois, surtout dans les pays où l’influence germanique se fait sentir, un second étage plus élevé mais encore souterrain, qui constitue la brasserie de
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- type berlinois avec ses innombrables rangées de sièges ét de tables, ses salles de billards aux 60 ou 80 billards juxtaposés, son music-hall et, n’oublions pas ce détail pratique mais réaliste, les vastes installations nécessaires pour restituer les formidables consommations de liquides absorbés incessamment.
- Nous montons maintenant au rez-de-chaussée et il suffira de mentionner les cabines téléphoniques, la salle des postes où le courrier de chacun est mis sous enveloppe dans sa case numérotée ; ou encore, dans la salle à manger, l’habitude qui se répand de servir le pain et le sucre sous une gaine de papier réputée antiseptique, qui elle-même aura été mécaniquement appliquée. Au fumoir, des systèmes de crachoirs et de cendriers ont également exercé l’ingéniosité des constructeurs-mécaniciens. L’atelier du coiffeur a, lui aussi, ses appareils.
- Les chambres possèdent, inutile de le dire, cha-eune sa salle de bain et son water-closet, électricité, radiateur, communication téléphonique, etc. On n’y réalise pas assez souvent cet idéal du silence et de l’isolement qui, dans de semblables agglomérations, seraient particulièrement désirables. Cependant quelques efforts commencent à être faits dans ce sens. Mais je passe rapidement sur ces installations plus ou moins banales, pour atteindre les combles de l’hôtel qui en constituent, comme les sous-sols, la partie industrielle : le machinisme s’étant réfugié dans les parties où l’on pouvait difficilement loger des voyageurs.
- A l’entrée de ces combles, mais encore accessible à une partie des voyageurs, on rencontre souvent une salle d’opération. Il faut, en effet, prévoir, dans un semblable groupement humain, de fréquents accidents nécessitant un traitement immédiat, le besoin d’opérer d’urgence quelque appendicite, etc. Dans certaines capitales, les grands hôtels ont, en outre, constitué en commun une véritable clinique, vers laquelle ils évacuent leurs voyageurs à opérer ou à soigner. Tous les cas de maladie, et spécialement de maladie contagieuse, sont un gros problème pour les hôteliers, chez lesquels la philanthropie n’intervient qu’acçessoire-ment et qui veulent avant tout se débarrasser
- d’hôtes encombrants. Les entrepreneurs de logement doivent également songer à un cas plus grave, qui ne manque pas de se présenter, surtout dans les stations d’eaux ou sur la Corniche, et qui a suscité des solutions d'une ingéniosité macabre. Il s’agit d’éliminer les morts sans contrister les vivants. On a vu, pour y réussir, combiner des divans creux pouvant emboîter un cercueil, de telle sorte que, lorsqu’on descendait un défunt dans la salle des morts, on semblait simplement exécuter une légère transformation du mobilier.
- Les combles doivent, en outre, servir au logement du personnel. Tous les 450 ou 500 individus qui apparaissent dans la journée pour le service sont loin de loger dans l’hôtel. Aucune installation n’y suffirait. On n’tn garde qu’une partie; mais il faut néanmoins trouver une place pour ceux qui collaborent au service de nuit. C’est au même étage que sont aussi les réserves de mobiliers et de tapis, dont la visite fait songer aux magasins d’un grand théâtre comme l’Opéra. Enfin, c’est là surtout qu’est placée l’organisation compliquée de la blanchisserie. Pour laver tout le linge du service, draps, serviettes, etc. ; pour blanchir et repasser en vingt-quatre heures le linge de corps des voyageurs toujours pressés, il faut nécessairement une installation savante et complexe. La buanderie comportera des premières cuves où agit la vapeur ; puis des cylindres à rotation alternative; ensuite des essoreuses; enfin des machines à calandrer, à repasser; notamment des engins compliqués pour le repassage des faux cols, où il faut résoudre ce problème géométrique d’étaler une surface gauche sur un plan. Je ne parle pas de la comptabilité qui doit être ici très strictement tenue pour éviter les erreurs et assurer la fourniture de linge à chaque garçon ou fille d’étage, sans confusion ni gaspillage. Dans le même ordre d’idées, c’est là également que fonctionnent les machines à cirer les chaussures ou à brosser les vêtements, les ateliers de réparations, etc. Enfin, le toit même n’est pas perdu. Souvent, on y a organisé des terrasses qui peuvent servir à battre les tapis, à aérer et sécher les matelas, couvertures, etc. : le tout disposé de manière 'a ne pas être vu de dehors.
- LES PROJECTEURS ÉLECTRIQUES AMÉRICAINS A GRANDE PUISSANCE
- (Système Sperry).
- On affirmait, il n’y a pas très longtemps encore, que les projecteurs électriques avaient atteint leur maximum de développement et que les perfectionnements, s’il s’en produisait, ne porteraient que sur des questions de détail. On se basait pour le dire sur ce que le point d’ébullition du carbone étant la température maximum que Ton pouvait atteindre dans l’arc électrique, la portée du projecteur qui dépend essentiellement de l’éclat de la source se trouvait ainsi fixée.
- Mais de même que la lampe à filament de carbone est restée pendant de longues années le type unique
- et le plus pratique de lampe à incandescence pour être subitement détrônée par la lampe à filament métallique, de même l’arc électrique classique jaillissant entre baguettes de charbon paraît avoir trouvé un concurrent sérieux avec l’arc Sperry.
- De création récente, le projecteur Sperry réalise un réel progrès et il ouvre une nouvelle voie aux chercheurs de sources à très forte intensité lumineuse.
- L’aspect général de ce nouvel arc est celui de la figure 2.
- Le charbon négatif n’offre rien de particulier si ce n’est qu’il est légèrement incliné vers le positif.
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- Ce dernier est constitué par un tube de charbon servant de conducteur, il est rempli de substances spéciales sur lesquelles les inventeurs ne donnent aucun détail, mais qui paraissent être formées de matières à point de fusion très élevé, des terres et oxydes rares très probablement.
- Avec des courants relativement faibles (moins de 100 ampères), des vapeurs incandescentes s’échappent du cratère et rendent la flamme lumineuse comme dans un arc à flamme; mais si on pousse l’intensité la partie centrale de la flamme jaillissant du négatif acquiert une puissance et une vitesse suffisantes pour maintenir les vapeurs dans le cratère; à partir de ce moment ce dernier devient extraordinairement brillant, ce qui le différencie nettement d’un arc à charbons ordinaires. Toutefois si la flamme n’est pas correctement dirigée ou si des précautions spéciales ne sont pas prises, précautions que nous indiquerons plus loin, les bords du cratère se rongent par place, ce qui permet aux gaz de s’échapper en rendant moins efficace le fonctionnement d u projecteur.
- Quelques chiffres permettront de fixer les idées sur les résultats obtenus : tandis qu’avec un arc jaillissant entre deux électrodes ordinaires en charbon on obtient pour lé cratère un éclat intrinsèque sensiblement constant de 170 bougies par milli-
- mètre carré, dans Tare Sperry le même éclat atteint jusqu’à 500 bougies par millimètre carré.
- Un autre avantage de l’arc Sperry sur les anciens dispositifs est la grande réduction de la surface du cratère.
- Il devient possible en employant le nouveau type d'arc de concentrer la vapeur dans un cratère ayant une surface beaucoup plus petite que le cratère d’un arc ordinaire absorbant la même intensité et ceci a pour résultat de réduire l’angle de divergence du faisceau lumineux dont les éléments deviennent très sensiblement parallèles. Dans l’arc du type de 150 ampères qui est employé avec un projecteur à miroir de 4,5 m. de diamètre, le charbon positif a un diamètre de 16 mm seulement et le cratère un diamètre un peu moindre. Le diamètre du charbon négatif est de 11 mm et ce charbon avec son petit support ne
- projette que peu d’ombre sur le centre du miroir, augmentantaiiisi la proportion de lumière réfléchie. Le principe dont dépend la réalisation satisfaisante de cette haute intensité lumineuse est, comme nous Lavons dit‘plus haut, entièrement différent de ce qui a été antérieurement imaginé. On a d'abord cru que la densité de courant était le facteur principal dans la production de tels arcs, et l’on avait trouvé expérimentalement en portant les densités de courant de 0,1
- Vue d’ensemble du projecteur Sperry.
- Bourant d'air provenant du porre^eharbon
- Fig. 2.
- Schéma du fonctionnement de la partie éclairante du projecteur.
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- LES PROJECTEURS ÉLECTRIQUES A GRANDE PUISSANCE— .nos
- à 1 ampère par mm2 que la densité de courant n’est pas le facteur principal mais que la valeur du courant elle-même est importante.
- 11 est évident que pour obtenir cette source de lumière extrêmement concentrée et pour produire en même temps une quantité de vapeur suffisante pour remplir le cratère positif, une combustion rapide de l’électrode positive est nécessaire. Aussi les charbons positifs sont-ils beaucoup plus longs que ceux In-
- utilisés antérieurement et atteignent-ils une longueur de 1,10 m. dans le cas de l’arc de 150 ampères. Dans les anciens arcs de projecteur une rapide consommation du charbon positif n’était pas nécessaire puisque les produits gazeux n’étaient pas du tout utilisés dans la production de la lumière, tandis que dans l’arc Sperry cette rapide combustion du charbon positif est indispensable pour obtenir une quantité suffisante de gaz incandescent.
- Bien qu’on ait été conduit comme il est déjà dit ci-dessus à employer des charbons spéciaux dans la lampe Sperry il n’en est pas moins exact que le vrai problème de la réalisation de projecteur à grande puissance n’a pas consisté dans le perfectionnement des charbons, mais plutôt dans l’établissement d’une lampe convenable pour 1 utilisation de ces charbons parce que, en raison de la sensibilité et des caractéristiques spéciales de l’arc, jaillissant entre ces charbons, un certain nombre de conditions nouvelles ont été introduites qui ont augmenté grandement le nombre de celles auxquelles doivent satisfaire les.lampes de ce genre.
- De ces conditions la plus importante fut la nécessité de refroidir les charbons. Ce refroidissement fut
- jugé nécessaire pour empêcher les charbons de se consumer trop rapidement sous l’action de l’intense chaleur de l’arc et du fait de Ja haute densité du courant, ce qui avait pour effet d’empêcher la constitution d’un cratère ayant une forme telle qu’elle puisse aisément retenir les vapeurs incandescentes.
- On a déjà employé une méthode de refroidissement des charbons, consistant à entourer les extrémités
- des charbon s près de Tare par une flamme d’alcool (projecteur Beck) qui en raison de sa température relativement basse, protège les charbons contre une oxydation trop rapide et les empêche de brûler en pointe. La Compagnie Sperry estima qu’il était difficile d’obtenir de bons résultats avec ce procédé.
- Dan s F arc Sperry, le refroidissement du charbon positif est obtenu au moyen d’un fort courant d’air produit par une petite turbine placée dans le corps de la lampe. L’air refoulé par cette turbine est amené par les bras creux de la lampe jusqu’aux porte-charbone qui sont pourvus d’ailettes de refroidissement en faisant partie intégrante. En second lieu on trouva qu’il était nécessaire de
- faire tourner le charbon positif dans son porte-
- charbon afin de conserver pendant le fonctionnement un cratère uniforme dans lequel des vapeurs incandescentes puissent être convenablement maintenues. Si le charbon ne tourne pas, le bord supérieur du cratère brûle et dans ces conditions la vapeur incandescente s’échappe aussitôt formée.
- Un troisième perfectionnement jugé nécessaire lut l’alimentation de l’arc en courant électrique, directement par les porte-charbons en lieu et place de l’alimentation des charbons par leur extrémité comme
- Mo heur du ventn'ateu.
- Ampèremètre
- Thermostat-
- Charbon
- pos.
- Charbon i nég.
- Interrupteur
- ventilateur
- \Electro-ah wnt th'er/nosta 1
- Interrupteur de (a ligne M
- Conéenaariu, (so^noidede fan
- Coupe
- -Circuit
- interrupteur de Parc
- Contrôle à main
- Con de nia heu: i des cont icAs
- Fig. 3. — Connections électriques du projecteur et de ses organes dé réglage.
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- 396=== LES PROJECTEURS ÉLECTRIQUES A GRANDE PUISSANCE
- cela a lieu dans les anciens types' de projecteurs.
- L’angle sous lequel la flamme du négatif frappe le cratère a été soigneusement déterminé pour chaque type de lampe et le support du charbon négatif a été étudié en conséquence. •
- La fig. o représente la lampe du projecteur Sperry et ses connections.
- Le corps de la lampe contient un moteur Shunt entraînant, d’une part, un ventilateur centrifuge et, d’autre part, un train d’engrenages commandant les mouvements de rotation du charbon positif et de réglage de l’arc. Le ventilateur envoie de l’air par les tubes (fig 4) aux porte-charbons positif et négatif. L’air envoyé dans le porte-charbon positif est chassé entre un certain nombre de disques réfrigérants qui entourent l’extrémité du porte-charbon la plus voisine de l’arc. Le charbon positif est animé d’un mouvement de rotation au moyen d’un arbre vertical et d’une vis sans fin qui le relient au moteur. Une petite manivelle portant une couronne
- dentée qui engrène avec un pignon placé sur l’arbre vertical permet de faire tourner les charbons à la main en cas de besoin. Le réglage du positif est Obtenu au moyen de l’arbre vertical par une commande thermostatique des électro-aimants.
- Le thermostat est monté sur le tambour du projecteur et il est disposé de telle sorte que lorsque en brûlant le charbon positif s’éloigne du foyer du miroir, la lumière provenant de la divergence du faisceau qui en résulte frappe le thermostat dont il fait varier la résistance. Des relais entrent aussitôt en jeu produisant la mise en marche du mécanisme de réglage du charbon positif jusqu’à ce que le cratère soit de nouveau revenu au foyer. A cette commande automatique du charbon positif est adjointe une commande à main.
- Le réglage du charbon négatif est commandé par un électro-aimant relié directement aux bornes de l’arc et qui fait déplacer le charbon dans un sens ou dans l’autre suivant que la tension augmente ou diminue. Une commandeàmain est également adjointe à cette commande automatique. L’allumage se fait à l’aide d’un électroaimant série qui écarte le porte-charbon négatif tout entier au moment où le courant est envoyé dans la lampe à travers les charbons.
- Le support du charbon négatif peut pivoter tout entier vers la droite de manière à permettre la mise en place d’un nouveau charbon. Quand il est ainsi tourné, le collier de serrage du charbon peut se desserrer légèrement, permettant de glisser facilement un nouveau charbon.
- Le fonctionnement de la lampe Sperry est très sûr et ne demande que peu de soins une fois que l’on a réglé la longueur de l’arc, la vitesse de rotation du charbon positif et l’alimentation en courant. A cet effet un rhéostat est intercalé en série avec la lampe et la source à courant continu de façon à laisser aux bornes de l’arc une tension de 75 volts avec le courant normal.
- La commande à distance du projecteur se fait à l’aide d’un petit poste renfermé dans une boîte en bronze de 75 mm. X 75 mm. en hauteur et en largeur et de 125 mm. de longueur pour un poids de o kgs environ. Un index, pourvu d’une poignée de 15 cm de longueur, sort de la boîte ; il suffit de le maintenir dans la direction vers laquelle on veut pointer le faisceau du projecteur pour qu’aussitôt un ingénieux combinateur, disposé à l’intérieur de la boîte, provoque la mise en marche des moteurs d’orientation et d’inclinaison disposés dans le socle du projecteur, ce dernier suit le mouvement. Un important progrès dans la construction a été la fabrication, en Amérique même où ce projecteur a vu le
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- = LA QUESTION DE LA VIANDE — .......r 397
- Fig. 5. — Vue du mécanisme de ventilation et de commande des charbons.
- jour des charbons appropriés à l’arc décrit plus haut. Autrefois la seule source où il était possible de se procurer des charbons convenables était l’Allemagne, mais après plusieurs mois de travaux elï'ec-tués en commun par les fabricants et la Compagnie Sperry on a pu arriver non seulement à égaler
- mais encore à dépasser la fabrication allemande.
- Tout ceci est d’excellent augure et montre que les Alliés, par leur ténacité, leur volonté et leur ingéniosité arriveront à supplanter l’industrie allemande sur les marchés du monde.
- PlERRE NORMIER.
- LA QUESTION DE LA VIANDE
- Nous avons récemment exposé à nos lecteurs la situation actuelle de la France en ce qui concerne le pain (voy. La Nature, n° 2274). Nous voudrions aujourd’hui examiner le problème de la viande.
- Le moment en est opportun, puisque nous commençons à être rationnés et que de nouvelles mesures de restriction se préparent.
- Le Ministère du Ravitaillement, dont la tâche est difficile certes, semble bien n’avoir pas encore trouvé la juste solution, puisqu’il nous a déjà soumis successivement aux jeudis et vendredis sans viande, puis aux soirs sans viande et enfin aux lundis et mardis végétariens, tandis que de toutes parts, on propose l’établissement d’une carte de consommation. Il semble même qu’il n’ait pas bien posé le problème si l’on en juge par certaines déclarations récentes sur la valeur alimentaire des diverses viandes, qui sont absolu-
- ment contraires à toutes les données physiologiques.
- Voyons donc comment se pose celte question.
- En ce moment, nous consommons chaque mois 52000 têtes de bétail. Notre cheptel, déjà très entamé après près de trois ans de guerre, ne peut nous en fournir, sans s’appauvrir dangereusement pour l’avenir, plus de 30 000. Que- faire en présence de cette différence? Produire plus? Restreindre? ou bien produire et restreindre à la fois ?
- Produire plus de bétail ne peut être résolu immédiatement. Il faudrait au moins une année de faible-^consommation pour que notre troupeau s’accroisse. De plus, la rareté et les prix des aliments pour le bétail ne permettent guère de développer l’élevage en ce moment. Les fourrages secs ont passé de 10 à 50 francs le quintal: les tourteaux, les drèches sont rares, la paille est insuffi-
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- 398 ...: LA QUESTION
- santé, le son plus rare encore; les céréales vont être toutes maintenant utilisées pour la nourriture de l'homme. On ne peut donc espérer augmenter le cheptel ni la production de viande de boucherie.
- Les arrivages de viande frigorifiée ou conservée pourraient remédier à notre pénurie, mais ils ont l'inconvénient de nous obliger à exporter de l’or en échange, et de plus la difficulté actuelle des transports les rend tout à.fait insuffisants.
- Nous arrivons donc, pour la viande comme pour le pain, à cette conclusion qu’à mesure que la guerre dure, tous les pays doivent compter uniquement sur eux-mêmes pour se nourrir eLrégler leur consommation en conséquence.
- Avant la guerre, la consommation moyenne de viande en France était d’environ 33 kg par an et par habitant, sans compter la charcuterie, la volaille, le gibier et le poisson. Elle était beaucoup moindre dans les campagnes, mais beaucoup plus élevée dans les grandes villes pour atteindre 76 kg par Parisien. Les Anglais mangeaient en moyenne 47 kg et les Allemands 60 kg par an et par personne.
- Ces quantités sont-elles donc nécessaires?
- Pour y répondre, il suffit d’abord de rappeler que de tous temps, il y a eu des végétariens se contentant de légumes, de fruits, d’œufs et de laitage et même des ascètes à qui les végétaux seuls suffisent. La viande n’est donc pas absolument indispensable.
- Actuellement, les Allemands, habitués à consommer 166 gr. de viande par jour n’en reçoivent plus que 450 gr. par semaine sans que nous sachions que leur combativité en soit diminuée. On peut donc rationner la consommation de viande.
- On comprendra mieux la possibilité de le faire en connaissant la composition des viandes de boucherie et le besoin auquel répond leur consommation.
- La viande, telle que nous l’achetons, contient environ 20 pour 100 de déchets inutilisables : os, tendons, et 50 pour 100 d’eau. Le reste, c’est-à-dire 30 pour 100, est la seule partie nutritive; selon que la viande est plus ou moins maigre, on y compte plus ou moins de matières azotées : 13 pour 100 en moyenne, les autres 15 pour 100 étant de la graisse.
- Somme toute, d’un kilogramme de viande nous tirons :
- 200 gr. d’os et tendons. . . valeur nutritive . . 0
- 500 gr. d’eau. ................ — . . 0
- 150 gr. de matières azotées. — 4 x 150= 600
- 150 gr. de graisse........ — 9 x 150 = 1550
- En tout 1950 Calories!1) environ.
- Nous verrons tout à l’heure d'autres aliments contenant plus de 150 gr. d’albumine au kilogramme et fournissant plus de 2000 Calories.
- Bien entendu, les viandes peuvent différer selon l’espèce et l’animal dont elles proviennent,’ selon le morceau, etc.
- 1. Yoir l’explication de ce calcul clans le n° 2268 de La Nature. .
- DE LA VIANDE
- Le tableau suivant, emprunté à Armand Gautier!2), permettra de se faire une idée de la composition des principaux morceaux.
- 100 grammes contiennent: Déchets. Eau. Albumi- noïdes, Graisses. I 1 Calories utilisables.
- Bœuf frais :
- Paleron, côtes 16.- 52.6 15.5 15.0 200
- Aloyau. . 13.5 52.5 16.1 17 5 275
- Côles couvertes 20.8 45.8 13.9 21.2 250
- Culotte ”20.8 45.«I 13.8 20 2 237
- Bond et gîte à la noix. 7.2 60.7 19.0 12.8 240
- Paleron et macreuse 16.4 56.8 16.4 9.8 157
- Poitrine, plat de côte-. Bœuf salé ou en conserves : 18.7 49.1 14.5 17.5 219
- Bœuf salé 8.4 49.2 14.3 23.8 274
- Langue salé 6.0 58.9 11.9 19.2 222
- Bœuf fumé 4.7 53.7 26.4 6.9 174
- Conserve en Boite 0 51.8 25.5 22 5 310
- Veau :
- Poitrine 21.3 52.0 15.4 11.0 164
- Mouton :
- Poitrine 9.0 39.0 13.8 36.9 390
- Gigot 18.4 51.2 15.1 14.7 196
- Côtelettes 16.0 42.0 13.5 28.3 512
- Agneau :
- Poitrine 19.1 45.5 15.4 19.1 237
- Gigot . . . . . .. . 17.4 52.9 15.9 13.6 189
- Porc frais :
- Jambon 10.7 48.0 13.5 25.0 291
- Côtelettes 19.7 41 8 13.A 24.2 2‘4
- Épaule. 12.4 44.9 12.0 29.8 319
- Porc salé ou fumé :
- Jambon fumé 13.6 34.8 14.2 33.4 360
- Épaule fumée 18.2 36.8 13.0 26.6 294
- Lard salé 0 7.9 1.9 86.2 783
- Saucisson 3.3 55.2 18.2 19.7 254
- Saucisse 0 39.8 13.0 44.2 457
- Cheval :
- Chair moyenne . . 0 74.2 21.7 2.5 110
- Volailles :
- Poulet 41.6 43.7 12.8 1.4 67
- Oie 17.6 38.5 13.4 29.8 525
- Dinde . ..... 22 7 42.4 16.1 18.4 233
- Canard 15.9 51.4 15.4 16.0 206
- Pigeon. . . 13.6 55.2 19.7 9.5 165
- Pourquoi mangeons-nous de la viande? D’abord pour fournir les albumines nécessaires à notre organisme; ensuite parce que c’est un aliment agréable, d’une digestion, et d’une assimilation faciles.
- On sait que notre nourriture est destinée à alimenter notre corps en substances plastiques, les albumines et en substances énergétiques, les graisses et les hydrates de carbone. Le besoin d’albumines a été mesuré par de nombreux physiologistes. Pettenkoffer et Voit ayant indiqué le chiffre de 120 gr. par jour, Hirschfeld, Kumagawa, Rübner montrèrent qu’il est exagéré ; Lapicque observa sur lui-même qu’on peut vivre avec 57 gr. d’albumine par jour et montra que les Malais n’en consomment que 60 et les Abyssins 50. Fauvel se maintint cinq ans en excellente santé avec 60 gr. par jour et Hindhede constata qu’on peut vivre plusieurs mois avec 30 gr. seulement. En admettant comme quantité d’albumine le chiffre de 1 gr. par jour et par kilogramme de poids, nous sommes donc assurés de rester au-dessus de la limite, sauf pour les jeunes enfants et les adolescents.
- 2. Armand Gautier. U alimentation et les régimes,i Masson et Cie, éditeurs, 5e édition, 1908.
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- LA QUESTION DE LA VIANDE ....^ :t.. : 399
- Si, en temps normal, nous mangeons plus de viande, c’est uniquement par plaisir, par goût pour une nourriture succulente, agréable, facilement digérée.
- Il nous suffit de 60 à 80 gr. d’albumine par jour et nous pouvons vivre parfaitement bien avec cette petite quantité.
- Est-ce à dire qu’il faut demander à la viande seule cette ration d’albumine? Non, car tous nos autres aliments en contiennent plus ou moins, certains même en proportions plus notables que la viande. Le pain en renferme 6 à 7 pour 100, le lait 3 à 4, les œufs 11, les haricots 25, les pois et les lentilles 18, etc. On peut en conclure que le rationnement de la viande ne présente aucun inconvénient.
- Le régime actuel des jours sans viande ne semble pas le plus efficace, ni le plus économique. Quels que soient les jours choisis, il y aura toujours, hélas, trop de gens irréfléchis qui essaieront de tourner la réglementation, soit en achetant d’avance une plus grande quantité de viande fraîche, provoquant ainsi une hausse exagérée des prix, soit en accumulant des conserves, pâtés, salaisons, pour les jours végétariens. On l’a bien vu dès l’entrée en vigueur du nouveau décret. De plus, ces jours sans viande seront pour certaines localités justement ceux des foires, marchés, réunions d’approvisionnements de toutes sortes, d’où une autre difficulté. Enfin, les animaux blessés, malades ou morts au début, de ces jours-là seront difficilement conservés jusqu’à la réouverture des abattoirs.
- Toutes les viandes ayant des valeurs alimentaires comparables, le mieux semble être d’établir une carte de viande, comme on a créé une carte de sucre. Libre alors à chacun de régler sa consommation comme il voudra : un petit morceau tous les jours ou un gros tous les deux ou trois. Pas de difficultés d’abâtage, de transports, de conservation pendant les jours végétariens. Il suffit de savoir exactement la quantité de viande dont nous pouvons disposer et de la répartir entre tous, de façon à assurer la distribution jusqu’à L’année prochaine. Une simple division permettra d’établir la ration quotidienne de chacun. Qu’elle soit de 100 gr. ou même de 60, j l’hygiène alimentaire n’y voit pas d'inconvénient.
- La quantité d’albumine nécessaire sera toujours assurée par les autres aliments riches en matières | protéiques : poissons, œufs, lait, fromages, pain, légumes et fruits
- Les poissons contiennent 8 à 10 pour 100 d’albumine. Si la pêche en mer est forcément limitée par les dangers qu’elle court en ce moment, la pêche en eau douce et l’élevage intensif dans les rivières et étangs pourraient être pour nous une ressource notable.
- Les œufs renferment 11 pour 100 d’albumine, presque autant que la viande. Chacun d’eux pesant en moyenne 60 gr., on peut aisément calculer ce que leur introduction dans notre menu apporte à
- notre ration. Aux prix actuels, ils ne représentent pas une dépense plus grande que la viande.
- Le lait renferme 3 pour 100 d’albumine. L’absence de viande pourrait donc être totalement compensée par la consommation d’œufs et de lait, comme le préconisent les végétariens, sous la forme, par exemple, d’entremets et de soupes. En ce moment de l’année, les vaches étant au pâturage, le lait nous arrive en quantités suffisantes.
- En l’absence de lait frais, on pourrait y suppléer par la consommation des laits concentrés qui abondent sur le marché, bien que ces laits en boîtes soient notablement plus coûteux. A ce sujet, signalons que parmi les innombrables marques de boîtes mises en vente, certaines constituent véritablement une fraude alimentaire; ce sont des laits écrémés sucrés, privés de leur graisse, trop peu concentrés, dont les prix de vente mettent le lait frais quia servi à les fabriquer à des valeurs absolument exagérées. Une surveillance des importations de laits concentrés s’impose (*).
- Dans beaucoup de régions, les Charentes, par exemple, on emploie d’énormes quantités de lait à la production du beurre. Or, on sait que le beurre n’est fait qu’avec la crème et ne contient que la matière grasse du lait. Le petit-lait restant renferme encore le sucre (5 pour 100) et la matière azotée (3 pour 100) ; avant la guerre, il ne servait guère qu’à engraisser des cochons et à faire des colles de caséine ; nos ennemis actuels en utilisaient une partie à fabriquer des boutons, des manches de parapluie, etc., en galalithe, après avoir traité la caséine sur place ou l’avoir expédiée chez eux. Actuellement, on peut faire œuvre plus utile en employant cette caséine pour l’alimentation humaine. M. Clemenceau a çes jours-ci signalé le fait au 'Ministère du Ravitaillement sous la forme humoristique d’une découverte de 450 000 bœufs ou tout au moins d’une quantité d’albumine correspondante. La caséine, sans goût ni odeur, pourrait être mélangée à de nombreuses préparations culinaires.
- Les fromages contiennent toute l’albumine du lait sous une forme concentrée, facile à conserver, aisée à digérer, et peu coûteuse. Un quart de brie i vaut une demi-livre de bifteak; son prix d’achat est cependant beaucoup moindre.
- Les matières azotées nécessaires à nos besoins ne se trouvent pas que dans les aliments d’origine animale; les végétaux en contiennent également, certains mêmes en proportion beaucoup plus grande que.la viande.
- Le pain renferme 6 à 7 pour 100 d’albumine sous forme de gluten; c’est donc une demi-viande au point de vue de la richesse en azote et 800 gr. de pain par jour assureraient notre ration.
- Les légumes secs sont beaucoup plus riches : les lentilles, les pois, les haricots contiennent environ 20 pour 100 et même 25 pour 100 d’albumine;
- 1. Yoy. II. de Rothschild et Porcher. Annales des Falsifications, 1917.
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- 400 —............. ' - LA QUESTION
- c’est dire que 500 gr. de ces légumes équivalent à 500 gr. de viande et qu’ils sont le plus économique des bifteaks.
- Les amandes, les noix, les noisettes sont comparables à la viande comme richesse en albumines : 10 à 15 pour 100. Tous nos autres aliments, sauf le sucre et les graisses, renferment aussi plus ou moins de matières azotées.
- On voit donc que notre besoin quolidien d’albumine est largement assuré, même si nous devions nous priver totalement de viande. Et d’une pareille mesure il n’est nullement question! Acceptons
- DE LA VIANDE r...... ~ — ' =ir
- Le Dr Combe a récemment conté (*) leurs efforts à ce sujet. La levure de bière desséchée contient 50 pour 100 d’albumine et ne coûte que 2 francs le kg; sa production est illimitée. Malheureusement, elle conserve un goût très amer qui en rend l’utilisation difficile. Aussi, après diverses tentatives infructueuses, l’a-t-on remplacée par une autre levure qui se multiplie dans des mélanges de mélasses et de sulfate d’ammoniaque et produit une poudre renfermant 46 pour 100 d’albumine, 3 pour 100 de graisse et 26 pour 100 d’hydrates de carbone. Actuellement, la fabrique d’amidon d’Harburg sur
- J\Totre bejsoiri yuotictieri d^fllbvmirie eut êtrejSatijS^ait joar:
- A
- 'jSjSurez votre ratio ri au mojreri deplunie vrj J’eptre eux.
- = ctioisià Joarmi lep moi/is coûteux.
- donc de bon gré les limitations nécessaires qui nous seront imposées; observons-les pratriotique-ment; ne cherchons pas à les enfreindre. Les Japonais, les Chinois, les Malais ne connaissent pas la viande; ils vivent; nos paysans en mangent fort peu et il ne paraît pas qu’ils soient moins forts ni moins bien portants que les Parisiens qui en mangent trop. Limitons-nous pour permettre la victoire d’abord, pour sauver notre cheptel ensuite.
- Signalons, pour terminer, ce qu’ont fait les Allemands a^n. d’économiser leur troupeau. Pour remplacer la viande, leurs chimistes ont abouti à un Fleischersatz qui n’est autre que la levure.
- l’Elbe en produit de grandes quantités et l’usage s’en répand dans toute l’Allemagne comme « Ersatz » pour les jours 'sans viande. On en mélange au moins 10 grammes par jour aux divers aliments qu’on enrichit ainsi en azote. Sa digestibilité, moindre que celle de la viande, est encore très remarquable puisqu’elle atteint 86 pour 100.
- Sans aller jusqu’à recommander l'usage de la levure à nos compatriotes, répétons qu’il faut diminuer la consommation de viande, orienter notre alimentation vers le végétarisme pour sauver notre cheptel. Daniel Claude.
- 1. Dr Comité. Comment se nourrir en temps de guerre. Payot, éditeur, 1917.
- Le Gérant : P. Masson. — lmp. Lahïïre, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- LA NATURE.
- — N° 2283.
- = 30 JUIN 1917
- LES RESSOURCES DE L’INDO-CHINE
- Leur utilisation actuelle (‘).
- Toutes nos productions métropolitaines qui ne sont pas directement et immédiatement utilisées pour la guerre diminuent. La farine, le cuir, l’huile, cent autres produits, ne se trouvent plus en France en quantités suffisantes pour assurer les besoins normaux. Les stocks baissent ou sont épuisés. On commence à rationner la consommation ; on prêche au public l’économie ; on prévoit des limitations de plus en plus nombreuses et sévères. Il faut tenir, et tenir plus longtemps que l’ennemi.
- La tâche du gouvernement, difficile certes, est de prendre les mesures nécessaires pour, éviter une pénurie trop grande des denrées et produits les plus nécessaires. Il doit limiter la consommation avec prudence, avec fermeté, sans la moindre imprévoyance. Mais il doit aussi rechercher tous les moyens de. diminuer la gêne croissante par, l’utilisation de toutes nos ressources métropolitaines et coloniales. Beaucoup a déjà été réalisé dans cette voie, mais beaucoup reste encore à faire.
- Les charbonnages de Hongay.
- Fig. i. —
- Le devoir strict de la population est de comprendre les nécessités du moment, leur importance capitale, les magnifiques résultats qu’on en peut attendre ; son devoir est de se soumettre de bon gré aux rationnements nécessaires, sincèrement, sans fraude aucune.
- Supportons une gêne momentanée, d’ailleurs peu pénible, pour en recueillir les fruits prochains, une victoire complète et définitive. Les soldats ont fait le sacrifice de leur sang, de leurs affections les plus chères, de leur vie facile et agréable; les civils peuvent bien consentir à se restreindre pendant quelque temps. Us le doivent et nul doute qu’ils le feront avec leur bonne humeur habituelle. Les civils tiendront.
- 1. Les ressources de Vbulo-Chine et leur mise en valeur après la guerre, par M. Henri Brenier, Office colonial du Ministère des Colonies, 1917.
- Prenons aujourd’hui comme exemple notre grand domaine colonial d’Extrême-Orient, l’Indo-Chine, et voyons quels secours nous pouvons en tirer.
- L’Indo-Chine nous a déjà donné des hommes, combattants et travailleurs; le courage des uns, l’habileté des autres nous servent grandement. Mais justement, ces envois d’hommes de notre colonie en France créent un mouvement actif de navigation. Les bateaux qui les amènent sont-ils utilisés au maximum? L’homme est un fret encombrant et de faible poids; les transports qui nous arrivent ont des cales spacieuses; quel lest y met-on? Ne pourrait-on lester ces navires, non de sable ou de pierres, mais bien de riz, de maïs, de peaux, etc.? Certes, le poivre, le thé, la soie, les bois précieux sont aussi des ressources intéressantes, mais ne vaudrait-il pas mieux charger les cargos de riz tout d’abord ?
- 26 — 401.
- 45* Année
- 1" Semestre
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- 402 —....—......... LES RESSOURCES
- Notre Indo-Chine peut, doit et veut certainement nous venir en aide; que devons-nous lui demander, aujourd’hui, pour accroître notre résistance, demain, la paix revenue, pour développer notre richesse, accroître la sienne en même temps, et supprimer sans pertes le commerce qu’elle faisait avec l’Allemagne?
- Depuis le début de la guerre, nous demandons à nos colonies les matières nécessaires à la défense nationale. L’Indo-Chine en possède un lot très varié qu’elle nous fournit avec abondance.
- Le charbon du Tonkin (mines de Hongay) ravitaille les flottes d’Extrême-Orient et procure au Japon le combustible nécessaire à ses nombreuses industries de guerre dont les produits vont principalement en Russie.
- Le minerai de zinc (calamine à 54 pour 100 de métal tin) qui allait autrefois en Belgique et en Allemagne, est dirigé maintenant, après calcination, sur l’Angleterre, les États-Unis, le Japon et la France.
- Le minerai de wolfram est exploité intensivement puisqu’il fournit presque seul aux besoins des Alliés en tungstène.
- L’huile de ricin, nécessaire aux moteurs d’aéroplane et à divers accessoires de guerre, nous est envoyée en partie du Tonkin qui en produit 8 à 9000 quintaux par an.
- Diverses résines, la gomme laque, les damars, le camphre trouvent leur utilisation dans la fabrication des projectiles.
- Le kapok du Cambodge remplit les ceintures de sauvetage tandis que la soie forme les enveloppes des ballons et les ailes des aéroplanes ; le coton est expédié, partie en France, partie au Japon, pour la fabrication des explosifs qui servent sur les deux’ fronts, occidental et oriental. Le caoutchouc nous est expédié par une Société qui groupe tous les producteurs et fournit un millier de tonnes environ.
- Nous ne citons là que les principaux produits que'nous procure l’Indo-Chine; bien d’autres servent encore aux fabrications de guerre, en quantités moins considérables il est vrai.
- Mais avec la prolongation du conflit, de nouveaux besoins apparaissent. Il ne suffit plus aujourd’hui de fabriquer des munitions et du matériel ; il faut encore assurer la subsistance du pays dans des conditions de plus en plus difficiles. On peut dire sans exagération, qu’aujourd’hui la question la plus grave, la plus pressante à résoudre n’est pas la fabrication du matériel de guerre ; celle-ci est assurée suffisamment et nous ne pouvons plus beaucoup l’intensifier; le grand problème est maintenant de manger pour tenir, pour vivre. Nos colonies, moins éprouvées que la métropole, peuvent nous y aider largement.
- L’Indo-Chine doit être à ce point de vue un de nos plus précieux secours.
- Elle est un grand grenier à riz. Après la Birmanie, c’est le plus fort exportateur de riz du monde. Depuis quelque temps déjà, ses expéditions dépassent un million de tonnes par an. Et justement la récolte de 1916 a été exceptionnellement
- DE L’INDO-CHINE ---------------~
- bonne. En temps ordinaire, la France n’en importait pas même 200 000 tonnes, la majeure partie allant ravitailler l’énorme ventre chinois tout proche. Mais aujourd’hui que nous manquons de blé et que le pain risque de nous être rationné, nous devons faire venir du riz en abondance; il nous servira de légume et nous donnera une farine excellente à mélanger au froment; il nous faut donc sans aucun délai en importer tout ce que nous pourrons. Outre le riz décortiqué, nous pourrions utiliser le paddy, riz cortiqué, que les chevaux mangent volontiers et qui suppléerait en grande partie l’avoine si coûteuse et si rare.
- L’Indo-Ghine produit du maïs en abondance depuis quelques années; elle en exportait pour près de 16 millions de francs avant la guerre; nous pourrions donc y trouver une ressource de plus de 100000 tonnes de farine à mélanger à notre pain.
- Le manioc qui donne le tapioca, l’arrow-root qui fournit une fécule facilement digestible doivent nous être expédiés aussi bien pour la nourriture humaine que pour l’alimentation du bétail.
- Les fèves, les pois, les haricots, peuvent fournir une partie de nos achats de légumes secs qui dépassent 100 millions de francs.
- Outre ces ressources en plantes alimentaires, l’Indo-Chine possède un troupeau de plus de 5 millions de bêtes à cornes et de plus de 2 millions et demi de porcs. La distance l’empêche de nous ravitailler en viande fraîche, et les transports de viande frigorifiée nécessitent un outillage qui nous manque. Tout au moins pouvons-nous lui demander les peaux des.animaux abattus pour remédier à notre pénurie de cuir, d’autant plus que les palétuviers, abondants sur toutes les côtes, contiennent 18 à 24 pour 100 de tanin dans leurs écorces et suffisent Jt la préparation des peaux.
- L’Indo-Chine exporte en temps ordinaire plus de 50 000 tonnes de poissons secs ou salés. Ses 2500 km de côtes, le Mékong, les grands lacs du Cambodge forment des réservoirs presque inépuisables. Toute cette production va à Singapour et à Hong-Kong. Peut-être pourrions-nous en distraire une partie pour notre consommation métropolitaine, à condition de nous habituer à cette nourriture que nous ne connaissons guère.
- La végétaline, la cocose, les graisses alimentaires végétales dont l’usage se répand beaucoup à cause du manque de beurre et des graisses animales sont, on le sait, des graines de coprah provenant du cocotier. La Cochinchine, l’Annarn et le Cambodge en ont de belles plantations qui nous donnaient 8000 tonnes de coprah avant la guerre. Il est indiqué d’augmenter cette production.
- La canne à sucre pousse fort bien dans toute l’Indo-Chine et particulièrement en Annam. En 1901, la France recevait jusqu’à 3000 tonnes de sucre par an sur une production totale de 6000 t. Les mesures législatives ont tari cette exportation, mais aujourd’hui que la betterave est rare, elle
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- doit reprendre, et la culture de la canne, très rapide, doit être développée partout.
- Le coton est cultivé un peu partout et sa qualité est remarquable, surtout au Cambodge qui produit près de 8000 tonnes. La soie est abondante, puisque le Tonkin arrive à en exporter 100000 kg par an. Le jute, la ramie, le kapok, le coir (fibre de noix de coco), moins abondants, peuvent cependant fournir des textiles utilisables.
- Nos besoins énormes de papier, l’appauvrissement de nos forêts rendent particulièrement intéressants les bambous, la paille de riz qui pourraient fournir un important appoint à nos papeteries.
- Fig. 2. — Une livraison de
- relèvement de la France ne doit pas se limiter à l’heure présente. Elle doit grandir plus encore après la paix. A ce moment, il faudra en effet, non seulement reprendre notre vie économique normale d’avant-guerre, mais encore l’intensifier suffisamment pour supporter les très lourdes charges qui s’accumulent avec la durée du conflit, et aussi pour conquérir la place commerciale considérable que l’Allemagne s’était taillée partout. Notre tâche sera facilitée par la ruine probable de l’empire colonial allemand, par la perte de ses escales lointaines, et plus encore par l’amitié de nos alliés et la sympathie que le monde entier nous témoignera. Mais cela ne
- salés à Kampong-CJiaris.
- Un service d’achats bien organisé, l’utilisation maxima des transports et des cargos nous permettraient donc de tirer de l’Indo-Chine un secours efficace à notre crise présente. Et nous n’avons pris ici cette colonie que comme exemple. Nous pourrions répéter cet article à propos de notre Afrique occidentale, de notre Afrique équatoriale, de Madagascar. L’utilisation intensive de nos possessions d’outre-mer, l’importation immédiate de toutes leurs productions suffiraient à pallier en grande partie nos insuffisances, sinon même à satisfaire totalement à nos besoins. Le tout est d’entreprendre immédiatement leur exploitation, d’organiser les achats, les transports, d’obtenir un rendement maximum du concours loyal et généreux qu’elles nous ' offrent.
- La part de nos colonies dans la défense et le
- suffit pas ; il faut que nous fassions un effort personnel, un très grand effort, pour mettre en valeur le plus rapidement possible tout ce que peuvent produire nos possessions si étendues et si diverses. Avant la guerre, l’Indo-Chine importait pour 235 millions de francs par an dont 107 millions provenant de la France et de ses colonies. La part de l’Allemagne élait de près de 4 millions représentant surtout des machines, des ouvrages en métaux, de la bimbeloterie, de la bière et des produits chimiques;
- L’exportation dépassait 285 millions dont 80 mil: lions en France. L’Allemagne achetait plus de 4 millions d’étain, de riz, etc.
- La guerre a peu atteint l’Indo-Chine qui, grâce à son éloignement, a pu continuer de produire normalement, sinon d’importer et d’exporter avec
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- LES RESSOURCES DE L’INDO-CHINE
- facilité. La dernière récolte de riz a été particulièrement abondante et peut être pour nous une précieuse ressource pendant l’hiver prochain.
- Nul doute que lorsque _
- le conflit actuel aura cessé, l’Indo-Chine prendra rapidement un nouveau développement. 11 ne tiendra qu’à nous d’y aider par une meilleure utilisation de la colonie, par l’apport de capitaux et d’activité venant de la métropole.
- Le développement agricole sera le premier a requérir nos soins, car au moment de la reprise industrielle nous aurons un grand besoin de matières premières et nous avons vu plus haut leur abondance et leur diversité. Certes nous avons déjà fait beaucoup pour augmenter la production du riz, du maïs, du coton, de la soie, mais ce que nous avons fait ne suffit pas, nos services agricoles et forestiers devront orienter de mieux en mieux la main-
- d’œuvre indigène dans la sélection des races les mieux adaptées, les plus productives et les plus rémunératrices.
- L’exploitation rationnelle des forêts indo-chinoises et de leurs sous-produits, l’extension des cultures de riz, de maïs, de manioc, de café, de thé, de canne à sucre, de coton, etc., devra être systématiquement poursuivie.
- La guerre nous à fait augmenter l’extraction des minerais d’étain,
- de zinc et du Fig.
- tungstène, mais h'€‘  ’
- nous n’avons pas encore exploité comme il convient les nombreux gisements de charbon. Nous n’employons encore que 10000 indigènes dans les mines bien que la main-d’œuvre soit abondante. Nous
- n’extrayons encore que 6 à 700’000 t. de houille bien que les gîtes soient énormes, et puissent fournir toutes les qualités de charbon et saiisfaire
- à une grande partie des :/r.besoins d’Extrême-: Orient.
- . ' Les minerais de fer
- abondent au Tonkin et ilsne sont pas exploités. Le jour où on les mettra en œuvre, l’Indo-Chine deviendra l’un des pays les plus importants du Pacifique. On peut prévoir que notre empire d’Asie sera rapidement, si nous le voulons, un pays industriel dé premier ordre. Ses richesses en fer et en houille, sa situation maritime au point de rencontre de la Chine, de l’Inde et de l’Australie, ses ports et ses rades, sa population maritime, l’abondance de la main-d’œuvre éduçable, intelligente et adroite assureront à l’Indo-Chine, le jour où elle sera mise en valeur, la suprématie pour les constructions navales, les chemins de 1er, les machines de toutes sortes, aussi bien que pour la
- marine de commerce de" tout l’Extrême-Orient. Ce bref aperçu des multiples richesses d’une de nos colonies, du secours qu’elle nous apporte aujourd’hui, de la puissance qu’elle peut nous donner demain nous montre notre devoir. La guerre finie, il nous faudra sans tarder, quitter nos habitudes anciennes
- 4- — Ouvriers-nègres égrenant le coton. d’indifférence,
- J i • porter notre effort
- vers nos colonies, les organiser, développer leur production, leur fournir les capitaux et les techniciens nécessaires pour les transformer en grandes puissances lointaines et assurer ainsi notre avenir. A. B.
- Fig. 3. — Plantation de canne à sucre.
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- LES ARGULES
- A plusieurs reprises, quelques-uns de nos abonnes nous ont demandé ce qu’il convenait de faire contre le pou des poissons qui envahissait leurs pièces d’eau et anéantissait leurs carpes ou leurs salmonidés.
- Nous voudrions donner ici quelques renseignements sur ce parasite et sur les moyens d’en préserver les étangs où il peut pulluler.
- Le pou des poissons, ou pou des carpes, a pour nom scientifique Argule. foliacé (Argulus folia-ceas L.). C’est un petit crustacé du groupe des Branchiures qui par moments pullule dans les eaux peu courantes et se rencontre alors, collé parfois en très grand nombre, sur la peau des poissons. Ses victimes les plus fréquentes sont les carpes, moins souvent les tanches et les brèmes, quelquefois les truites d’élevage.
- Grand de 1 à 5 mm, suivant son âge et son sexe, l’Argule foliacé a une forme ovalaire (fig. 1). Vu de dos, il ressemble à un bouclier, tandis que sa face ventrale présente de nombreux appendices. Mince comme une feuille de papier il apparaît sur le poisson comme une petite tache jaune verdâtre. Il se fixe solidement et rapidement au moyen de deux fortes ventouses situées au-dessous des yeux et par deux crochets dont sont ornées ses antennes antérieures. La bouche est munie d’une trompe aux mandibules finement dentelées et de mâchoires aiguisées; elle est surmontée d’un stylet acéré, rétractile, percé d’un canal où s’écoule le venin de glandes digestives. Le tube digestif est très ramifié et ses nombreux diverticules permettent l’emmagasine-ment d’une quantité suffisante de nourriture pour que l’Argule reste sans peine plus d’une semaine sans manger.
- Ainsi armé, le pou des carpes a tout ce qu’il faut pour bien vivre. Et sa vie n’est pas si monotone qu’il semblerait. Tantôt ils s’accroche à un poisson, et surtout là où la peau est fine, principalement au pli des nageoires que le poisson ne peut frotter contre les herbes ou sur le fond. Tantôt, ayant abondamment mangé, il quitte sa proie et s’en va nageant soit pour muer, soit pour se reproduire. Ces besognes terminées, il cherche à nouveau un hôte qu’il pourra, sucer.
- Le plus souvent, les Argules sont en trop petit
- nombre pour causer des désastres. Mais parfois, quand les conditions sont favorables, ils pullulent rapidement, et les poissons piqués, sucés par des centaines de poux, finissent par s’anémier, s’ulcérer et mourir.
- Les mâles des Argules sont plus petits que les femelles et nagent plus rapidement; ils sont aussi beaucoup moins nombreux; on les reconnaît à deux points noirs situés à la base de l’abdomen. Les femelles pondent leurs œufs, au nombre de plusieurs centaines et les collent sur les pierres ou les plantes immergées. Un mois après environ, les larves en sortent, déjà munies de crochets, mais sans ventouses. Quelques jours après, la première mue se produit, suivie bientôt d’autres, et six semaines après la naissance, les Argules commencent à se reproduire. Chaque femelle pondant le plus souvent trois fois pendant l’été, on voit combien les poux peuvent rapidement envahir une pièce d’eau et devenir dangereux pour les élevages de poissons.
- Généralement, il n’en est pas ainsi. L’eau froide arrête leur multiplication, les petits poissons de surface dévorent en grand nombre les larves, et enfin, les poissons bien portants « n’en paraissent pas plus incommodés qu’un chien de ses puces », selon l’expression de Wilson, naturaliste du Bureau des Pêches américain.
- Mais que l’eau s’échauffe pendant quelque temps, que les poissons souffrent et deviennent moins résistants, alors, les Argules ne tardent pas à devenir une véritable calamité.
- La chaleur provoque, en effet, la rapide multiplication du parasite en même temps qu’elle affaiblit l’hôte. Ce dernier ne tarde pas à être couvert d’Argules ; ses nageoires sont rongées, sa queue déchiquetée; sa peau devient piquetée, déchirée, sanglante. Bientôt l’étang se couvre de cadavres et le mal ne fait qu’empirer. Les Argules quittent leur victime aussitôt morte et se précipitent sur les survivants. On a vu ainsi des pièces d’eau complètement dépeuplées en quelques jours.
- Contre cette engeance, il est plus facile de prendre des mesures prophylactiques que thérapeutiques.
- Les plantes aquatiques, formant ombrage, empêchent l’eau de s’échauffer, l’abondance des poissons de surface détruit de grandes quantités d’Argules et arrête leiir multiplication. Les pièces
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- d’eau profondes sont toujours moins envahies, de même que celles alimentées par des sources de fond. On peut aussi filtrer l’eau d’alimentation de l’étang au moyen d’un barrage de sable.
- Quand les Argules ont apparu, les remèdes sont beaucoup moins efficaces. On peut et l’on doit jeter dans l’eau dés branchages contre lesquels les
- poissons viennent se frotter pour décoller leurs parasites. Et surtout, on réussit à se débarrasser de l’invasion en profitant des froids de 1 hiver suivant pour mettre la pièce d’eau à sec et l’y laisser quelque temps.
- Mais là comme en beaucoup d’autres cas, mieux vaut prévenir que guérir. Rêvé Merle,
- L’ÉLECTRIFICATION DE LA CATALOGNE
- La question de la houille blanche était posée longtemps avant la guerre ; mais la guerre a contribué à en démontrer l'intérêt puissant et lui a prêté un degré d’acuité, jusqu’alors insoupçonné. De plus en plus, les pays qui manquent de combustibles minéraux sont conduits à utiliser la force de leurs cours d’eau. Et ces pays sont nombreux.
- En restant dans l’ouest de l’Europe, il suffit de citer, après la France où la disette de charbon nous est apparue si cruelle, l’Espagne, l’Italie, la Suisse, les États Scandinaves, etc. Nous nous proposons d’étudier aujourd’hui le cas de l’Espagne, en commençant par quelques observations sur la distribution et l’utilisation de la houille blanche dans l’ensemble de la péninsule pour insister ensuite sur la véritable révolution qui s’est produite depuis 1912 dans le pays le plus industriel de l’Espagne, la Catalogne.
- D’une façon très générale, on peut dire que ce problème des applications hydro-électriques est entré dans sa voie de réalisation pratique depuis qu’on a envisagé, pour les distributions d’énergie électrique, des rayons d’action de plus en plus étendus.
- L’emploi industriel des courants alternatifs, la possibilité d’obtenir des alternateurs à tensions élevées, la facilité de modifier à volonté la tension au moyen d’appareils statiques ont été, à cet égard, les facteurs capitaux. Il n’entre pas dans notre sujet d’examiner ici la production d’énergie électrique par des centrales thermiques. Cependant nous pouvons dire en passant que cette question est également sur le point de trouver une large solution en Espagne, où elle permettra de remédier à tous les défauts bien connus du réseau ferré espagnol en reliant les mines de houille aux grands sentres de consommation et permettant ainsi à ces mines de se développer. La Société de Penarroya, qui possède quelques-uns des gisements de houille les plus importants dans le centre de l’Espagne, est entrée résolument dans cette voie.-
- 1° Distribution et utilhation de la houille blanche en Espagne. — Quand on veut apprécier en chiffres les ressources de houille blanche que présente un pays, il existe toujours une forte marge d’incertitude. On peut, en effet, grossir ou
- réduire les nombres, suivant que l’on envisage le problème d’une manière plus théorique ou plus pratique. Et, de même, quand il s’agit d’apprécier la portion utilisée, on peut, ou bien se borner aux grandes installations, ou, au contraire, faire entrer en ligne de compte les innombrables petits établissements, moulins, scieries, etc., qui correspondent, pour la plupart, à un état de choses antérieur. Un inventaire, récemment fait par Urrutia, énumère les disponibilités d’énergie hydro-électrique utilisables en Espagne par de grandes centrales et aboutit au tableau suivant :
- 1° Nord-Ouest de la Péninsule (versants atlantique et cantabrique) pariieulièrement dans les Bassins
- du Silet du Mifio. ..... 70.000 kw.
- 2° Asturies (fleuves Navia, Nar-
- ceo, Nalon, Sella).............. 40.000 »
- 3° Santander..................... 30.000 »
- 4° Bassin de l’Ebre, dans la province de Burgos.................. 15.000 »
- 5° Provinces d’Alava, Logrono et Navarre (Ebre et Aragon) . . 20.000 »
- 6° Hauts cours du Gallego et du Cinca (affluents de l’Ebre). . 95.000 »
- 7° Rivargorzana (affluent pyrénéen de l’Ebre) ...... 100.000 »
- 8° Pallaresa (affluent pyrénéen
- de l’Ebre)..................... 180.000 »
- 9° Segre et Valira (affluents pyrénéens de l’Ebre)..... 47.000 »
- 10° Garona (affluent pyrénéen de
- l’Ebre)................... 25 000 »
- 11° Bassin du Ter.................. 40.000 »
- 12° Ebre, de la Navarre à la mer 145.000 »
- 13° Partie espagnole du bassin duDouro,couvrant 78 000 km2, avec dénivellation de 425 m. et débit de 100 m3. ..... 300.000 »
- 14° Provinces de Zamora et de Leon. .......... 105.000 »
- 15° Bassin du Tage. . . . . . 185.000 »
- 16° Andalousie..................... 40.000 »
- 1.437.000 »
- En ajoutant diverses autres régions secondaires énumérées dans le travail de M. Urrulia et tenant
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- compte de tous les petits affluents qu’il a négligés, on arrive à pouvoir affirmer que l’énergie hydroélectrique utilisable en Espagne dépasse deux millions de kilowatts, soit 2 720000 chevaux-vapeur. Cela suppose simplement un premier plan de régularisation des débits des principaux fleuves, déjà en parlie en exécution.
- Si l’on voulait étudier l’ensemble du plan de régularisation par barrages et si l’on amplifiait les cours d’eau secondaires possédant de grandes pentes, on arriverait à atteindre le chiffre de 3 000 000 de kilowatts (4000000 de chevaux-vapeur) pouvant permettre de réaliser une production annuelle supérieure à dix milliards de kilowatts-heure : soit l’équivalent de 30 à 40 millions de tonnes de houille par an. Sur ce total important, on n’utilise pas encore la dixième partie, tout au plus 250 000 kilowatts, donnant une production annuelle de 750000 000 kilowatts-heure.
- Avant de passer à cette portion utilisée, il n’est peut-être pas inutile de chercher un terme de comparaison en France. D’après les calculs de M. de la Brosse, on arrive, pour notre pays, aux chiffres suivants (Q :
- 1° Puissance minima (basses
- eaux)........................... 4.500.000 HP
- 26 Puissance moyenne .... 9.200.000 HP
- 3° Quantité d’énergie annuelle 40 milliards de kilowatts-heure.
- Sur ce total, on estime, par exemple, que les forces hydrauliques actuellement aménagées dans la seule région des Alpes, représentent environ 220000 HP aux basses eaux, ou 500000 HP moyens.
- 1. Voir La Nature, n° 2282.
- Les projets plus ou moins étudiés portent sur 700000 HP environ.
- Je ne donnerai pas le détail des usines hydroélectriques existantes en Espagne. Une carte ci-jointe y suppléera dans une certaine mesure. On en compte une soixantaine dépassant 1000 HP. En nous bornant à celles qui dépassent 10 000 HP et laissant de côté la Catalogne, nous avons :
- 1° Union electrica Madrilena, au Salto de Bo-larque sur le BioTajo : 21 000 HP, à 50000 volls,
- alimentant Madrid.
- 2° Hidro-elec-trica I ber ica (Usines de Puen-telarra,Quintana, Leizaran, fourni s s an t 16 000 HP à 35000 volts àBilbao, Victoria, Miranda, etc.
- 5° Electra de Viesgo à Santan-der (12000 HP à 55000 volts).
- 4° Hidranfica Santillana, avec usines aux Saltos de Colmenar et du Pardo, sur le Manzanares, fournissant 10000 HP à Madrid.
- 5° Electricas ReunidasàeSaTVL-gosse (12000 HP à 50000 volts).
- Ce développement, déjà considérable et destiné à s’accentuer rapidement, est, en grande partie, récent. 11 contribue à mettre en évidence une Espagne industrielle, travailleuse et ouverte à toutes les formes les plus modernes du progrès que l’on ne connaît pas toujours assez dans notre pays.
- La Catalogne. — Quand on visite aujourd’hui les usines si importantes et si prospères de Barcelone et de ses environs, Tarrasa, Sabadell, etc., tissages de laine et de coton, ateliers de construction, papeteries, on est aussitôt frappé par cet aspect propre et silencieux, presque vide, qui caractérise les installations électriques. Cette impression s’accentue quand, parcourant le pays, on rencontre, sur toutes les routes, ces transports à haute ten-
- I7 5 ; ’1
- fS>/ Reus
- Sarajosst
- 'Médina de! Camp o
- Madrw'
- Séville
- Usine
- |p . d° en projef ou m Construction
- Fig. i.
- Usines hydro-électriques d’Espagne en 1916. — 1. Electra del Jallâs. — 2. Hidro. del Almofray. — 3. Electra.pop. de Vigo. — 4. La Electra ind. Corunesa. — 5. Cu pop. de Gas y Elect. de Aviles. —6. Salto de Somiedo. — 7. Energia Elect. de Asturias. — 8. Léon Industrial. — 9. Electra de Viesgo. 10. Fuerzas motrices del Gandara. — 11. Hidro Elect. Ibe-rica. — 12. Electra Puente Marin. — i3. Electra Becajo. — 14. Electricas Reunidas. — i5. Electrica de Cinca. — 16. Catalana de Gas y Electr. — 17. Energia Elect. de Cata-luna. — 18. Hiiro Elect. del Freser. — 19. Empresas Electricas. — 20. Riegos y Fuerzas del Ebro. — 21. Porvenir de Zamora. — 22. Hidro Elect. de Pesquera. — 23. Canal de Isabel IL — 24. Hidraulica Santillana. — 26. Union Electrica Madrilena. — 26. Hidro Electrica Espanola. — 27. Energia elect. del Centro de Espaha. — 28. Mengemor. — 29. Cia gen. de Elect. de Granada. — 3o. El Chorro de Malaga.
- 01. Hidro Electrica de Guadario.
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- sion qui donnpnt à cette région méridionale une sorte d’aspect américain. Tout cela est neuf. Si Ion remonte seulement à 1912, deux ans avant la guerre, il n’existait pas en Catalogne de grandes distributions régionales d’électricité ; on y citait seulement deux compagnies importantes possédant deux centrales à vapeur à Barcelone, qui distribuaient le courant dans cette ville pour la lumière et la petite force motrice. Ces Compagnies, que nous allons retrouver, l’une sous sa même forme, l’autre incorporée dans une compagnie nouvelle, étaient : 1° la « Compania Catalana de Gaz y Elec-tricidad », ou, plus brièvement, la C. G. E., fondée en 1845 pour le gaz seul avec des capitaux catalans, qui produisait 4000 à 5000 IIP et possédait 15000 abonnés;
- 2° la « Comparu a Barcelonesa de Electricidad », émanation de P « Allgemeine Electricitats Ge-sellschaft » allemande, fondée en 1894, produisant 20 000 kilowatts et possédant^ OOOàbon-né's. Cette seconde société est maintenant fondue avec une puissante société canadienne, la « Riegos y fuerza del Ebro (R. y F.) ».
- A cette date, si voisine de nous, aucune Société n’avait encore entrepris la grande distribution de force; toutes les fabriques importantes de Catalogne étaient mues par des machines à vapeur de modèle ancien, renforcées, dans quelques cas, par des turbines à eau, à marche très intermittente en raison du régime capricieux des cours d’eau catalans. 1
- C’est alors que s’est engagé, entre deux grandes j Sociétés, l’une française, l’autre canadienne, fondées toutes les deux en 1911, un véritable match, dans lequel on peut dire, sans chauvinisme, que la France a obtenu un glorieux succès.
- Ce départ simultané tient à ce que la question avait offert longtemps de grosses difficultés utiles à signaler et à ce que la solution de ces difficultés était mûre.
- Les rivières de Catalogne présentent des régimes très irréguliers dus aux causes principales suivantes :
- Sur le versant sud des Pyrénées, les chutes de pluie atteignent annuellement 1 m. 60 à 1 m. 80; mais elles ont lieu surtout au printemps et à l’automne. Les chaînes de montagnes sont assez hautes pour retenir leur couverture de neige pendant une partie de l’hiver. Ces neiges fondent pendant les mois d’avril, mai et juin et remplissent alors les lits des rivières jusqu’à les faire déborder. Un peu plus tard, la plupart des cours d’eau tarissent et le pays est desséché. 11 existe une autre saison sèche
- en décembre et en janvier, due à la gelée des sources dans les montagnes. La Catalogne souffre ainsi, non pas d’une insuffisance d’eau, mais de l’irrégularité du débit ; elle passe de l’inondation à la sécheresse.
- Pour utiliser ses ressources hydrauliques, il fallait donc de grands réservoirs régulateurs et, par conséquent, de gros capitaux, que la mentalité des capitalistes espagnols ne permettait pas de trouver dans le pays. Je vais décrire sommairement les installations réalisées par les deux grandes Sociétés, auxquelles je viens déjà de faire allusion.
- Energia électrica de Cataluna. — Cette Société, que l’on appelle plus simplement en Catalogne la Compagnie française, a été fondée à la fin de 1911 sous les auspicés de la Compagnie générale d’Élec-tricité et de la Société suisse d’industrie électrique; son capital est aujourd’hui de 40 millions actions et 55 millions obligations. On aura aussitôt une idée de son succès en sachant qu’elle compte déjà près de 30 000 abonnés et distribue annuellement 120 000 000 kilowatts-heure.
- Parmi les nombreuses'chutes d’eau disponibles, le choix des promoteurs s’était porté sur les chutes du Rio Flamisell, affluent de la Noguera Pallaresa, affluent elle-même du Rio Segre qui se jette dans
- „ . _ . „ Chutes dv Cardof
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- F.ig. 2.
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- L’ÉLECTRIFICATION DE LA CATALOGNE . . ..409
- Fig. 3. — Tunnel du chemin d’accès à la chambre d’eau du lac d’Estangento.
- l’Ebre. Le bassin du Flamisell comprend une série de 25 lacs naturels échelonnés entre 2000 et 2600 m. d’altitude, qui représentent une réserve de 14 millions de mètres cubes pouvant être facilement portée à 22 millions. La région de ces lacs est soumise à des températures très basses qui arrivent en moyenne à 25° au-dessous de zéro en hiver.
- Néanmoins la théorie pouvait faire prévoir et l’expérience a montré qu’il n’en résulte pas de difficulté.
- On voit seulement se former, à la surface, une couche de glace atteignant 1 m. d’épaisseur, au-dessous de laquelle l’eau reste liquide à sa température de densité maxima, soit environ à 4° centigrade. Il suffit de n’employer qqe des tunnels ou des canaux couverts ; ce qui est nécessaire, d’autre part, pour mettre les ouvrages d’amenée d’eau à l’abri des avalanches.
- Les eaux des divers lacs sont donc conduites par des tunnels ou galeries couvertes au lac Estangento,
- r?-v.
- Fig. 4. — Prise d’eau au lac de Tort.
- qui constitue la réserve générale d’où part l’unique canal d’amenée. Ce canal aboutit dans une chambre d’eau, d’où sortent les conduites forcées, longues de 2 km, qui vont distribuer l’eau à l’usine située à 855 m. en dessous. Un barrage élève le niveau de l’eau dans le lac Estangento et la prise d’eau est établie dans le barrage même. Les conduites forcées traversent le Rio Flamisell sur un pont comprenant un arc en ciment armé. Elles sont accouplées par deux et vont distribuer l’eau à deux groupes de quatre unités de 6600 HP chacun, tournant à 500 tours et à deux groupes destinés à fournir le courant d’excitation des alternateurs.
- L’usine située à Capdella possède, dès à présent, 58 000 IIP installés dont elle réalise 50000. Il est remarquable que, l’usine ayant été commencée à la fin de janvier 1912, trois mois après on avait réussi à la desservir par une route d’accès caros-sable comptant 55 km en pays montagneux. Actuellement, on construit à Molinos, à 7 km en aval de Capdella, une autre usine de 20000 I1P, où sera réutilisée à peu de frais l’eau de la première chute.
- Indépendamment’de son usine de Capdella, la même société en a installé deux autres : l’une thermique à San Adrian, de 40 000 IIP, l’autre à Ribas, de 4500 HP. La création d’une usine thermique à San Adrian a été motivée : tant par le désir de pouvoir satisfaire rapidement et dès les premiers mois de 1915 une nouvelle clientèle que pour rassurer les services publics contre toute possibilité d’interruption. En un an, cette usine était construite et fournissait déjà 20 000 HP. Elle atteint maintenant 40 000. La ligne à haute tension est établie sur des pylônes en acier qui, après avoir
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- L’ÉLECTRIFICATION DE LA CATALOGNE
- fait l’objet des calculs habituels, ont été soumis à des essais jusqu’à rupture. L’isolement est réalisé au moyen d’isolateurs à chaîne. La première ligne à haute tension comprend six fils de cuivre de
- 10 mm de diamètre.
- Au total, la société disposera prochainement de 94 500 HP. Elle possède 4 postes de distribution abaissant la tension de 80000 à 22000 et
- 11 000 volts et près de 400 postes de transformation secondaire (*).
- Il est permis de citer ce développement industriel qui se continue en pleine guerre comme un bel exemple d’initiative et de technique française;
- une tournure d’esprit nécessairement différente et étaient arrivés à une conclusion analogue. La R. y. F. est une émanation espagnole de la Barce-lona Traction and Light and Power C° Limited, formée à Toronto en septembre 1911. Au lieu que la Compagnie, française, grâce à une grande hauteur de chute, pouvait se contenter d’une capacité relativement faible, la R. y. F., qui envisageait seulement des chutes de 50 à 75 mètres, fut conduite à établir des réservoirs appropriés donnant lieu à de; très grands travaux. Ces travaux ont consisté dans la régularisation du Rio Noguera Pallaresa par un barrage important établi à Tremp
- Fig. 5. — Salle des turbines de l’usine de Capdella.
- mais on doit également rendre hommage à la courtoisie chevaleresque du personnel espagnol qui a redoublé ses efEorts pour suppléer à ses camarades français mobilisés.
- Riegos y Fuerza del Ebro (R. y. F.). — À peine la Société française commençait-elle ses travaux qu’elle subissait la concurrencé d’un puissant groupe financier canadien connu par ses grandes distributions d’électricité dans les Amériques et qui, dès ses débuts, avait racheté aux Allemands la seule distribution électrique importante existant à Barcelone.
- Les deux groupes avaient étudié la question tout à fait indépendamment l’un de l’autre, avec
- i. On trouvera tous les détails techniques dans une conférence de M. Raoul Bigot (Bulletin de la Société des anciens °lèves des écoles d’arts et métiers, n° 5, mai 1T;13).
- et dans la canalisation des eaux du Rio Segre entre Lerida et Seros.
- À Tremp (usine de Talarn), on a établi un barrage en béton de 82 m. de hauteur et 290 m. de long, ayant 70 m. de largeur à la base et 4 m. au sommet, qui a déterminé un bassin de 200 millions de mètres cubes, portant le débit d’étiage de 12 m5 à 50 m3 par seconde. L’usine, située à 500 m. en aval du barrage, contient 3 turbines de 12 000 HP, actionnant chacune un alternateur de 8000 kw à 6000 volts.
- Sur le Rio Segre, on a établi un barrage de 390 m. de long et 6 de haut au voisinage de Lerida. Le canal d’amenée, long de 20 km, aboutit à l’usine de Seros, après avoir traversé 43 aqueducs d’irrigation et 36 ponts en béton armé. La réserve est de 20 000 000 m3.
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- L’ÉLECTRIFICATION DE LA CATALOGNE -—-...... ....: 411
- La salle des machines contient 4 turbines de 11 000 à 14000 HP sous une chute de 46 à 49 m. actionnant chacune un alternateur de 8000 kw. À l’arrière de la salle des turbines se trouve un poste élévateur comprenant 4 transformateurs triphasés
- Compania Catalana de Gaz y electricidad. —
- Cette société, que je me borne à mentionner pour compléter le sujet, aménage actuellement une chute de 150 m. du Rio Esera dans la province d’Iiuesca. La centrale, placée à 760 m. d’altitude,
- Fig. 6. — Centrale hydraulique de Capdella (Vue panoramique).
- de 15 555 kw, formés chacun de 5 transformateurs monophasés de 4444 kw groupés en triangle et élevant la tension de 6000 à 110000 volts. •
- Le transport de l'énergie électrique est fait par une ligne double à 6 fils à 110 000 volts de Tremp à Camarasa, de Seros à Camarasa et de Camarasa à Sans, posée, suivant la pratique américaine, sur des « tours » ou pylônes à grand empattement en acier galvanisé entièrement assemblés par boulons et montés sur place. Chaque fil est constitué par un câble de cuivre dur de 107 mm2 ; un fil de terre en acier de 70 mm2, placé au sommet des tours, protège les lignes.
- La longueur totale des lignes à 110000 volts est de 220 km. La réception est faite à Sans, faubourg industriel de Barcelone, où un poste de transformation abaisse la tension de 110 000 k 25 000 et 6000 volts. La tension de 25 000 est utilisée pour la distribution aérienne régionale et pour la liaison avec l’ancienne usine thermique de la compagnie, devenue usine de secours. La tension de 6000 volts est utilisée pour l’alimentation du réseau souterrain de Barcelone.
- est prévue pour recevoir 5 groupes répondant aux caractéristiques suivantes : chute, 158 m. ; débit, 6700 L; kilowatts, 7000; tours 500. L’énergie sera transportée à la tension de 110000 volts à Barcelone par une ligne de 22 km de long à 5 fils, équipée avec des isolateurs de suspension à chaîne et des pylônes rectangulaires. Mais ces travaux, commencés en 1915, ne sont pas encore achevés et les1 nouvelles usines ne sont pas en service. Cet ensemble montre toutefois, comme nous l’annoncions au début, quel a été, depuis 1915, un développement industriel que les préoccupations de la guerre ont pu faire passer un peu inaperçu en France, mais qui n’en a pas moins son intérêt immédiat pour nous ; car il contribue efficacement aux très nombreuses fournitures que l’Espagne, suivant son programme de correcte neutralité, envoie à ses voisins transpyrénéens, comme elle aurait le droit strict d’en envoyer à nos adversaires...., si ceux-ci avaient d’autres moyens pour les recevoir que leurs sous-marins. P. Salï.ior.
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- LES NOUVELLES ACQUISITIONS DE LA MARINE DES ÉTATS-UNIS
- LE NAVIRE A PROPULSION ÉLECTRIQUE
- Nos alliés d’Amérique font un effort puissant pour s’assurer une marine de guerre de tout premier ordre; ils ne négligent rien pour arriver à ce but et joignent aux innovations les plus audacieuses la mise en chantiers de nombreux bâtiments. La Nature s’est déjà à plusieurs reprises occupée de la marine des Etats-Unis; récemment encore, dans un de nos articles l'Amérique et la guerre, nous indiquions dans leurs grandes lignes les progrès les plus récents de nos alliés et les caractéristiques probables des navires chefs de file. Les renseignements dont nous disposons maintenant nous permettent de préciser nombre de points restés forcément obscurs dans nos précédentes études (‘j.
- Nous avons en octobre 1915 fait connaître à nos lecteurs qu’un nouveau type de bâtiment de guerre, le cuirassé à propulsion électrique projeté en 1914, avait été mis en chantier; depuis cette date, de nombreuses modifications ont été apportées aux caractéristiques de ces navires. Il nous semble donc intéressant de revenir sur cette question et d’apporter quelques précisions à l’occasion du lancement d’un'de ces cuirassés, le New Mexico; cette opération, en tous points réussie, a eu lieu le 25 avril dernier et elle met à Ilot, en même temps que lê plus grand cuirassé du monde, un navire réellement remarquable en ce qui concerne la construction maritime.
- Le Neiv Mexico appartient à une série de 5 bâtiments de type très voisin en deux classes successives (projet de 1914 et de 1916) (New Mexico, Idaho, Mississipi, California, Tennessee). Tous ces navires ont un déplacement normal de 52 000 tonnes et un déplacement en pleine charge qui doit dépasser 55 000 t., tous sont chauffés au pétrole et leur propulsion est assurée électriquement. Leur longueur à la flottaison est de 185 m. et leur longueur totale atteint 190 ,m. par suite de la présence •d’une guibre assez prononcée analogue à celle des bâtiments de guerre japonais, le tirant d’eau maximum est de 9 m. 50 et la largeur atteint
- .1. La Nature, n" 2196 et 2266.
- 29 m. 50. Puissamment armée pour l’offensive, l’artillerie de ces navires comprend 12 canons de 556 mm (14 pouces) en 4 tourelles de 5 pièces chaque (ces pièces sont agencées pour tirer sous un très grand angle), 22 canons de 127 mm de 51 calibres de longueur, enfin quelques pièces légères dont 5 anti-aériennes et 4 tubes sous-marins destinés au lancement de torpilles de gros calibre. La défense est assurée par une cuirasse très épaisse dans toute la partie principale du navire (556 mm pour les trois premiers, 500 mm pour les deux derniers) et prolongée vers les extrémités par des plaques de moindre épaisseur. En ce qui concerne les superstructures, trois de ces bâtiments ont une seule cheminée, les deux autres en posséderont 2, enfin les mâts sont du type Tour Eiffel
- actuellement adopté dans la marine américaine.
- L’ensemble de la machinerie représente un poids total de 2275 t. pour le New Mexico et de 2478 t. pour les autres; la puissance sera de 27 000 chevaux pour le Neiv Mexico, 52 000 chevaux peut-être même 40 000 chevaux pour les autres. Comme nous l’avons dit, la propulsion est assurée électriquement ; des chaudières Babcock chauffées au pétrole alimentent, en effet, deux turbines qui actionnent les générateurs, les hélices étant mues directement par quatre moteurs.
- Grâce à ce système nos alliés américains comptent obtenir une vitesse de route de 18 noeuds et une vitesse maximum de 21 nœuds. La provision de bord en pétrole est de 2200 t., chiffre normal et peut même atteindre pour le New Mexico et les bâtiments de sa classe 5271 t., chiffre maximum. Pour le Tennessee et le California elle sera de 5528 t. Enfin l’équipage de ces navires doit dépasser 1000 hommes.
- Ces cuirassés géants sont construits par différents chantiers américains, New-York Yard, New York S. B. Cie, Newport News et Mare Island Yard. Leurs plans constituent en quelque sorte une amélioration des types Pennsylvania de 1915 et Nevada de 1914, mais si le chauffage au pétrole est l’apanage de nombreux autres cuirassés américains depuis YOklahoma et le Nevada de 1914, la propulsion
- Fig. i. — Le cuirassé New Mexico.
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- LES NOUVELLES ACQUISITIONS DE LA MARINE DES ETATS-UNIS 413
- électrique n’avait pas encore été appliquée au cuirassé. Des essais avaient été faits dans la marine américaine, notamment à bord du Jupiter, navire de charge de 19 300 t., et c’est l’excellence des résultats obtenus, grâce au système Melville-Macalpine. qui a conduit les autorités navales américaines à étendre ce moyen de propulsion aux cuirassés.
- Quoiqu’il en soit, le tonnage de 33 000 t. fait de ces bâtiments les plus grands cuirassés du monde à flot (pour autant que l’on puisse savoir), car le chiffre de 30 000 t. n’est atteint que par le Fo-Soo de la marine japonaise (50 600 t.) et les navires italiens de la classe Christophe Colomb (50 000) ; le Borodino (Russie) que l’on pensait devoir être au moins égal n’atteignant d’après Jane (Fighting ships) que 28000 t. et, d’après le commandant de Balincourt (Flottes de combat en 1917), 32 590 t. Il y avait donc là un fait intéressant à signaler à nos lecteurs et qui confirme l’opinion émise dès 1910 par M. Bertin : L’électricité a trouvé dans la marine son domaine d’élection.
- La mari n e américaine ne détient pas seulement pour le moment le record du tonnage des unités de guerre construites, les navires mis récemment en construction ou projetés dépassent encore et de beaucoup les caractéristiques des navires des autres marines.
- D’après les données qui sont à notre disposition et que nous empruntons soit à la Rivista maritima, soit au Scientific American, soit encore aux Flottes de combat du commandant de Balincourt, les plus grands bâtiments cuirassés mis en chantiers seraient actuellement des cuirassés rapides ou croiseurs de bataille américains qui porteront les noms dt Constitution, Constellation, Congress, Alliance et dont le déplacement atteindra 35 560 tonnes.
- Leur longueur doit être de 254 m., leur largeur de 30 m. et leur tirant d’eau dépasser 9 mètres.
- Armés de 8 canons de 406 mm ou de 10 pièces de 356 mm comme artillerie principale, ils disposeront en outre de 20 pièces de 127 mm, la plupart en casemates et de 4 canons de 76 mm pour le tir contre aéronef, enfin de 4 tubes sous-marins latéraux. La défense sera assurée par une cuirasse de 5 m. 28 de haut s’élevant à 2 m. 44 au-dessus de la flottaison et descendant à 2 m. 84 au-dessous, mais qui ne protégera guère plus des 2/3 du bâtiment avec une épaisseur de 210 mm; la cuirasse de tourelles atteindra
- 550 mm et celle du blockhaus 406 millimètres.
- La coque triple réaliserait un mode de défense très complet notamment au point de vue des explosions sous-marines.
- Les chaudières doivent être du type Babcok et Wilcox et placées sur deux étages; elles fourniront la vapeur à quatre machines turbo-motrices de 180000 chevaux capables d’imprimer au navire une vitesse de 55 nœuds, vitesse des destroyers les plus rapides, ce qui permettra à ces cuirassés de refuser ou d’imposer le combat. Au point de vue des formes générales, l’avant sera à guibre, disposition qui semble devoir devenir la règle dans la marine américaine, les cheminées seront au nombre de 5 et les mâts toujours du type Tour Eiffel.
- Nous avons donné, dans notre numéro 2266 du 3 mars 1917, une reproduction de l’aspect futur de ces navires d’après une composition officielle de l’Amirauté; nous joignons aujourd’hui un schéma qui montre la disposition de leur armement et de leur cuirasse. Ces navires sont
- jusqu’à nouvel ordre l’échantillon le plus formidable de la construction maritime de guerre. Les Anglais eux-mêmes ne disposent (il est vrai qu’ils sont actuellement prêts) que de quatre croiseurs de bataille de 30000 t., 32 nœuds et armés de 8 canons de 406 mm; mais l’Amérique ne s’arrête pas en chemin et, après une série de quatre cuirassés (Colorado, Maryland, Washington, West Virginia) de 34 000 t. armés de 12 pièces de 406 mm et 22 pièces de 117, elle projette la mise en chantiers de bâtiments cuirassés de 40 000 tonnes.
- L’effort maritime de l’Amérique ne se borne d’ailleurs pas à réaliser de puissants cuirassés, les bâtiments légers et de flottilles ne sont pas non plus négligés et le budget qui a été voté avant la déclaration de guerre à l’Allemagne comportait la mise en chantiers immédiate de 4 cuirassés, 4 battle cruisers, 4 éclaireurs de 750 t. et 35 nœuds, 20 destroyers, 1 navire hôpital, 1 pétrolier, 1 ravitailleur d’escadre, une canonnière, 30 sous-marins dont 3 d’escadre ; en outre, en sus de ces navires on devra avant le 1er juillet 1919 avoir entrepris la construction de 6 cuirassés, 2 battle cruisers, 6 éclaireurs, 10 destroyers, 6 sous-marins d’escadre, 14 sous-marins côtiers et de plus de 10 navires auxiliaires. La guerre fera-t-elle augmenter encore le nombre d’unités, c’est ce que l’avenir nous dira. A. G.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séances du 14 au
- Nécrologie. — Le Professeur Landouzy a été, avant tout, un clinicien et un observateur. Il a, notamment, montré la part énorme qui revient à l’infection tuberculeuse dans nombre de maladies réputées vulgaires, telles que la pleurésie, l’emphysème, certaines broncho-pneumonies de la rougeole, même bénignes et curables; enfin certaines arthrites. En même temps, il a dénoncé les causes du mal et indiqué les moyens de le prévenir, ou de le guérir. Il a également, contre l’école allemande de Koch, soutenu que la contamination pouvait se faire par l’alimentation et prouvé qu’il y a lieu d’organiser la lutte contre la tuberculose bovine pour garantir contre la tuberculose humaine. Comme doyen de la Faculté de Médecine, il a rendu des services très importants. Né à Reims le 27 mars 1845, il était, depuis le 14 avril 1913, membre libre de l’Académie des Sciences.
- Propriétés réfractaires de l’argile. — MM. Le Cha-telier et Bogitch étudient les qualités réfractaires de l’argile. La plupart des argiles ont un point de fusion très élevé qui atteint 1780° pour les argiles rigoureusement pures, exclusivement composées de kaolinite et qui reste encore de 1580° pour des argiles renfermant 4 pour 100 d’oxyde de fer et de bases alcalines. Néanmoins on ne peut pas se servir de briques réfractaires argileuses pour les voûtes des fours d’aciérie ; il faut alors se servir de briques de silice dont le point de fusion n’est cependant pas plus élevé que celui de la kaolinite pure : 1780°. Cela tient à ce que l’argile se ramollit progressivement bien avant de fondre, en sorte que les briques argileuses s’écrasent sous la pression.
- Les auteurs ont étudié méthodiquement l’influence de la pression, celle de la cuisson, celle de la pureté et donné une théorie scientifique du phénomène.
- Action de l'étain dans les infections ù staphylocoques. — MM. Albert Frouin et R. Grégoire sont partis de cette observation vulgaire que les étameurs n’ont jamais de furoncles, pour étudier, d’abord in vitro, puis sur des animaux, l’effet des composés stannifères^sur le développement des staphylocoques. Ils concluent que l’emb ploi des sels d’étain est justifié dans le traitement des furoncles : 1° par l’absorption de ces sels dans les voies digestives; 2° par leur innocuité; 3° par leur effet thérapeutique et leur action microbicide.
- Election. — Dans la section de botanique, M. Dangeard est élu en remplacement de M. René Zeiller par 38 voix contre 9 à M. Molliard.
- 11 mai 1917.
- Influence de la température sur les phénomènes élec-trG-capillaires. — M. Décombe étudie par le calcul les phénomènes électro-capillaires en leur appliquant le second principe de la thermodynamique. Il montre que la chaleur latente d’extension du ménisque doit être considérée comme généralement positive, malgré quelques cas contraires qui manifestent une augmentation de tension superficielle avec la température (solutions de sulfate de soude contenant de la résorcine ou de la caféine). D’autre part, l’épaisseur de la couche double qui se forme à la surface du ménisque est, dans les mêmes conditions, indépendante de la température.
- Absorption des radiations ultraviolettes par les dérivés iodés du méthane. — MM. Massol et Faucon continuent cette étude méthodique en l’appliquant au tétraiodure de carbone, à l’iodoforme, à l’iodure de méthyle, etc.
- Stéréo-radioscopie. — M. Lièvre a essayé de réaliser pratiquement l’idée déjà ancienne de voir directement sur l’écran les images en relief : ce qui doit permettre au Chirurgien de voir les projectiles dans leur plan réel, de connaître les rapports entre eux et avec les plans osseux, d’apprécier la distance qui sépare ses instruments des projectiles cherchés.... Il se sert de deux ampoules ordinaires ou d’une seule ampoule à double anticathode. Les deux anticathodes, actionnées alternativement au moyen d’un commutateur tournant placé dans le circuit du secondaire, projettent sur l’écran une double image. Cette double image vient impressionner la rétine en passant par un obturateur ormé de deux disques tournant en sens inverse, dont les pleins et les ajourements correspondent aux périodes de fermeture et d’ouverture du courant sur l’anticathode correspondante.
- La musique des Hindous. — M. Gabriel Sizes rappelle qu’au vie siècle avant J.-C. Pythagore détermina les rapports numériques des intervalles d’une gamme déjà fort ancienne en usage chez les peuples hindous. Leur gamme primitive commençait par 4 sons, puis 7, pour atteindre 22 sons, y compris l’octave, appelé cruti (ou son). Ce fut l’origine du tétracorde sur lequel repose tout le système musical de l’antiquité grecque. Mais la codification de ces fonctions modales fut l’œuvre des Grecs, particulièrement de Ternandre, Pythagore et Aristoxèhe, du vin' au ive siècle avant J.-C. De même, dans la gamme arabe, on trouve des intervalles d’un comma alternant avec d’autres qui atteignent une tierce mineure moins un comma, mais jamais des tiers de ton, comme on l’a prétendu par erreur.
- L’UTILISATION MÉNAGÈRE DES FRUITS, SANS SUCRE
- I — La préparation des conserves.
- La pénurie du sucre, pendant l’époque où les jardins et les vergers, les haies et les bois vont nous offrir successivement l’agréable tribut de leurs fruits succulents et diversement parfumés et nutritifs; nous impose l’impérieux devoir de nous ingénier à pouvoir les garder, en dehors de cet important agent de conservation, avec le maximum de leurs
- qualités, afin de les faire entrer, à mesure du besoin, dans notre ration alimentaire. Or, de quelles méthodes dispose-t-on pour atteindre ce but? De deux méthodes principales : 1° la transformation ménagère et industrielle basée sur la chaleur ou le froid; 2° la dessiccation ou séchage.
- Je me propose d’indiquer dans quelques articles
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- L’UTILISATION MENAGERE DES FRUITS, SANS SUCRE
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- les divers procédés qu’elles comportent en ne retenant absolument que ceux qui se rapportent aux emplois ménagers.
- Je commencerai par la préparation des conserves sans sucre qui possède, aux yeux des maîtresses de maison, les précieux avantages d’être d’une exécution
- .O
- simple, facile et peu dispendieuse.
- Les conserves, en raison de la nature du liquide qui sert de véhicule aux fruits, se classent en trois catégories : a) les conserves au naturel ou à l’eau; b) les conserves au jus ou au sirop de fruits; c) les conserves au sirop ou sirop de sucre, mais dans les circonstances actuelles où le sucre fait défaut, on ne saurait recourir qu’au premier mode de pre'paration, à moins de ne mettre en œuvre le second qu’après lui avoir fait subir la modification que j’indiquerai plus loin. Toutefois, il me semble indispensable, auparavant, de donner succinctement, une fois pour toutes, quelques conseils généraux pour mener à bonne fin les manipulations que comportent cette préparation et celles dont je parlerai ulté-rie u rement.
- Fruits. — On doit les cueillir ou les acheter peu de temps avant de les traiter, les choisir peu mûrs, sauf pour les groseilles à grappes, très sains et
- par moitiés ou quartiers quand elles sont trop grosses et se servir alors d’un couteau en argent, pour éviter la coloration noirâtre et la saveur métallique qui se produiraient autrement.
- Récipients.
- On les classe gories : 1
- Fig. i.
- en deux caté-les flacons en verre; 2° les boîtes métalliques.
- Flacons en verre. — Actuellement, ils sont encore les plus employés. Ils consistent, parfois, en bouteilles ordinaires en verre vert ou blanc, mais presque toujours en flacons en verre blanc, épais, à large ouverture, de contenance variable, un ij2 litre, un litre, etc., et, si on les préfère souvent aux boîtes métalliques, c’est qu’ils ont sur elles l’avantage d’être transparents. On les range en deux séries, selon que leur bouchage a lieu au liège ou avec une fermeture spéciale.
- Bouchage au liège. — Les bouchons, qu’on appelle « broches » doivent être en liège souple, de forme cylindrique et non conique. Au moment voulu, on les enfonce à la main, avec une batte ou à la machine, après avoir eu la précaution de les assouplir et
- de les stériliser
- Pas de vis
- Rondelle mêlais lique.
- assortis de grosseur.
- Il faut les monder et les diviser en cas de besoin : enlever le calice des fraises, la queue et la monche des groseilles à maquereau, égrener les groseilles à
- grappes, couper la moitié des queues des cerises et des prunes, dénoyauter, parfois, les grosses prunes, les abricots, les pêches et les diviser par moitié, peler celles-ci. Pour les poires et les pommes, enlever les cœurs et les couper
- Rondelle de caoutchouc
- Bande de caoutchouc
- Couvercle en verre
- au préalable en les plongeant dans de l’eau froide qu’on porte à l’ébullition.
- Le bouchage à la main laisse entre la surface du liquide, eau, jus ou sirop, et le miroir du bouchon, un petit espace rempli d’air qui augmente de tension quand le liquide se dilate, et cette pression
- Fig. 2. intérieure ferait
- sauter le bouchon s’il n’était
- fortement maintenu, ce qu’il est facile de réaliser avec une ficelle assez résistante, puisque le bouchon fait plus ou moins saillie au-dessus de la bouteille.
- Lorsque le bouchage a eu lieu à la machine ou
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- 416 == L’UTILISATION MÉNAGÈRE DES FRUITS, SANS SUCRE
- de manière que le bouchon soit complètement enfonce dans le goulot, on le recouvre d’une petite plaque de tôle, qiie l’on peut fabriquer soi-même, et que l’on fixe au moyen d’un fil de fer. On peut aussi la remplacer par des fixe-bouchons que l’on trouve dans le commerce.
- Bouchages avec une fermeture spéciale. — Il en existe dans le commerce plusieurs systèmes très pratiques. Je citerai entre autres le bouchage pneumatique de l’ingénieur Borde.
- 2° Boites métalliques. — Depuis que l’industrie a' substitué les boîtes métalliques aux flacons en verre trop fragiles pour les fréquentes manipulations auxquelles ils sont soumis, les ménagères peuvent s’en servir également. Toutefois, comme c’est encore l’exception, attendu que lorsque ces boîtes sont garnies, il faut les souder, je me contenterai de dire qu’elles sont en fer-blanc étamé à l’étain fin, d’une contenance variable : un demi-litre à plusieurs litres, que leur couvercle est soudé ou serti et que, si elles peuvent être stérilisées comme les llacons à 100° au bain-marie, il est préférable de les soumettre à 108°,4 au moyen du bain-marie d’eau salée à saturation.
- Préparation. — Simple et facile, elle ne demande que quelques précautions en raison de la structure des fruits. Lorsqu’ils ont été mondés ainsi que je l’ai expliqué plus haut et que leurs tissus sont très mous, comme c’est le cas des fraises, des framboises et des mûres, on les met en bouteilles en ayant soin de les tasser suffisamment, en imprimant quelques secousses aux flacons, de manière que, tout en permettant à l’eau de pénétrer partout, il ne reste pas de vide dans lequel les baies surnageraient.
- Pour les fruits à noyau, deux cas sont à considérer : a) Les fruits restent entiers comme les prunes (reine-claude, mirabelle, etc.); on les essuie avec soin, on les pique jusqu’au noyau avec une aiguille en acier, on les jette dans de l’eau froide pour qu’ils se raffermissent, on les égoutte et on les met en flacons. On peut aussi les blanchir, ainsi que cela a lieu pour les abricots de plein vent, les pêches, etc.; on les plonge dans une bassine ou un poêlon contenant de l’eau entre 95° à 100° ; on retire du feu, on laisse 10 minutes en contact, on chauffe à feu doux, puis, à mesure qu’ils remontent à la surface, on les enlève, on les raffermit comme ci-dessus et on les embouteille, h) Si, au contraire, les fruits sont dénoyautés, tels les oreillons d’abricot, etc., on les traite de même que les fruits mous ou on leur fait subir un très léger blanchiment.
- Lorsque les fruits sont en flacon, on les recouvre, s’il s’agit de conserves au naturel, d’eau potable jusqu’à 2 cm du bord. Cependant, si l’on veut, en l’absence de sucre, employer un liquide sucré qui ne soit pas du sirop de fruit, voici un procédé inconnu jusqu’ici et que je recommande. On extrait de fruits semblables à ceux que l’on conserve un volume suffisant de jus que l’on clarifie et concentre jusqu’à ce qu’il marque au pèse-sirop 18 à 20° ou 1.15 au densimètre; on laisse refroidir ce suc concentré et on le verse sur les fruits en guise d’eau ou de sirop.
- Stérilisation. — Elle repose sur l’application de la méthode Appert, et elle a pour but d’assurer pour un certain temps la durée des conserves en paralysant ou en tuant les germes qu’elles contiennent.
- . Dans les ménages ordinaires, elle se fait généralement à la température de l’eau bouillante ou à celle de solutions salines bouillantes avec des bains-marie simples ou spéciaux; mais dans les grandes maisons ou les châteaux qui préparent beaucoup de conserves, il est bien préférable de recourir aux marmites autoclaves ou autoclaves de ménage que fabrique l’industrie.
- Voici comment on opère au bain-marie ordinaire. On pose les flacons debout sur de la paille, du vieux linge ou sur un double fond, etc., on lés entoure de foin ou de chiffons et on verse de l’eau jusqu’au niveau de la bague du flacon, afin d’éviter la rentrée de l’eau pendant le refroidissement. On chauffe légèrement pour n’élever la température que progressivement. L’ébullition obtenue, on la maintient pendant 12 à 15 minutes, environ, sauf pour les fraises, les framboises et les mures pour lesquelles 4 à 5 minutes suffisent, afin qu’elles ne se prennent pas en bouillie. On laisse refroidir les flacons dans le bain-marie pour éviter la casse, puis on les cachète à la cire s'ils sont bouchés au liège, ou bien l’on s’assure que les autres modes de bouchage ferment hermétiquement. Enfin, pour éviter que les fruits ne remontent dans le haut du flacon et qu’il ne se forme un vide entre le bouchon et le liquide intérieur, il importe de maintenir les flacons complètement couchés, de les changer de côté de temps en temps et de veiller à ce que le lieu de garde soit, autant que possible, sec et frais.
- Je donnerai successivement la préparation des jus, pulpes, vins de fruits, fruits à l’eau-de-vie, fruits secs.
- A. Truelle.
- Fig. 3.
- Autoclave de ménage (Egrot).
- Le Gérant : P. Masson.
- Imprimerie Lahure, rue de Fleuras, 9, à Pans.
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- LA NATURE
- QUARANTE-CINQUIÈME ANNÉE — 1917
- PREMIER SEMESTRE
- INDEX ALPHABETIQUE
- A
- Académie des Sciences : origine, 62.
- — : élection, 205.
- — : élections, 334.
- — : élection, 414.
- Accidents de chemins de fer : amortisseurs de chocs pour les prévenir, 302. Accumulateurs au plomb : théorie, 152. Acide pliosphorique : précipitation électrique des vapeurs, 365.
- Acier : industrie en France, 6.
- Action des composés arsenicaux, 318. Aéroplanes (Bombardement par), 379. Agriculture : les mutilés dans la vie agricole, 278.
- Air et mica : conductibilités, 110.
- Alcool (Synthèse pratique de 1’), 357. Alimentation rationnelle et rationnée, 166.
- Amas d’étoiles : l’origine possible, 286. Aménagement moderne des usines : le confort. 330.
- Ammoniaque : sa synthèse, 318.
- Ane à la guerre (L’y 62. •
- Antisepsie et chirurgie de guerre, 49. Antiseptiques, 334.
- Arbres fruitiers abîmés par l’ennemi, 535. Argile : ses propriétés réfractaires, 414. Argules, 405.
- Armes à feu ; lunettes-viseurs, 184. Armures : leur évolution, leur avenir, 100.
- Association animale curieuse des profondeurs atlantiques, 191.
- Aveugles : sténographie mécanique, 159.
- Supplément au n* 2283 de La Nature
- B
- Bassot (général) : nécrologie, 158.
- Bataille du Jutland, 65.
- Bazin : nécrologie, 190.
- Blé : procédés permettant d’en augmenter la production, 158.
- Blessures des nerfs par les projectiles : procédés opératoires applicables, 286.
- Boisson hygiénique (Recherche d’une), 286.
- Bombardement aérien, 379.
- Brevets d’invention : modifications à apporter à la loi, 215.
- Brique en ciment, 526.
- c
- Canal de Panama : ses dépôts de charbon, 500.
- Canonnades intenses : leur influence sur la pluie, 534.
- Canons : leur fabrication, 289.
- — : leur fabrication, 369.
- Carmins de cochenille et laques végétales : industrie pendant la guerre, 43.
- Catgut pour les opérations chirurgicales : nouvelle préparation, 108.
- Chalumeau :ses emplois industriels, 550.
- Changes, 519.
- Charbon : manutention mécanique dans les usines, 161.
- Chauveau (A.) : nécrologie, 45. du 30 juin 1917.
- Chemins de fer : amortisseurs de chocs pour prévenir les accidents, 302.
- — de l’Etat : électrification des lignes
- de banlieue, 305.
- — du Midi : leur électrification, 353. Chirurgie de guerre : antisepsie, 49. Chronaximètre, 171.
- Ciment (Nouvelle brique en), 326. Commerce des fourrures, 33.
- Confort moderne des usines, 330. Constante solaire : fluctuations, 61. Correspondances secrètes d’autrefois, 296.
- Crise du charbon il y a un siècle, 100. Cristaux liquides, 222.
- Culture mécanique des terres, 2'2. Cyphocrane géant, 113.
- D
- Darboux (Jean-Gaston) : nécrologie, 205. Dépôts de charbon du canal de Panama, 300.
- E
- Eau de mer < mesure de la salinité au réfractomètre, 222.
- Électrification de la Catalogne, 406.
- — des chemins de fer du Midi, 353.
- 27
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-
-
-
- 418
- Électrification des lignes de banlieue des chemins de fer de l’État, 305. Électro-diagnostic : procédé nouveau par le chronaximèt're, 171.
- Emplois industriels du chalumeau, 350. Employé (Le choix d’un), 344. Enseignement agricole en France, 334.
- — technique et professionnel, 39. Épaves : sauvetage, 204.
- Essais de résilience286.
- États-Unis : Conseil national de recherches, 318.
- — : préparation guerrière, 129.
- — : un tour de force industriel, 175. Exagérateurs et persévérateurs de sur-
- dite : comment les dépister, 27. Extrasystoles : production expérimentale, 96.
- F
- Fabrication des canons, 289.
- — : usinage mécanique, 369.
- Fer : raies spectrales, 62.
- Foire d’échantillons de Lyon (avril 1917), 255.
- Fossilisation : rôle des microbes, 190. Fourrures : commerce, 33.
- Foyers mécaniques, 250.
- Frets : leur mécanisme, 563.
- Fruits sans sucre (Utilisation ménagère des), 414.
- Fumiers : utilisation, 12.
- G
- Globe lunaire : sa forme, 518J Graines oléagineuses françaises et la guerre, 273.
- Guerre navale en 1916, l'e partie, 65.
- — 2° partie, 81.
- Gueire sous-marine, 537.
- H
- Halles centrales de Paris : Leur organisation, 513.
- Hanneton : ses microbes parasites, 62.
- Haug : Élections, 286.
- Heure à bord des navires, 158.
- Hiver 1917 dans la Scandinavie, 248.
- Hôtel modernc(Lamachinerie d’un), 391.
- Houille blanche en Russie, 199.
- — : oxydation, 61.
- Houille blanche (Rénovation de la France par la), 385.
- Hydrogène : comment les Allemands en fabriquent, 17 4.
- I
- Incendies à Taris, 187.
- Indo-Chine (Utilisation actuelle des rcs-souiees de l’j, 401.
- INDEX ALPHABÉTIQUE
- Industrie de l’acier en France, 6.
- — de la tourbe, 321.
- — des pâtes alimentaires et la
- guerre, 366.
- — japonaise et les aUiés, 232.
- — marbrière et méthodes d’exploitation des carrières américaines, 285.
- Infeclions à staphylocoques (Action de l’étain dans les), 414.
- Insecte géant : le eyphocrane, 113.
- — : lutte contre (aux États-Unis), 241.
- J
- Japon : L’industrie japonaise et les alliés, 232.
- Jute : A propos de sa pénurie, 265.
- L
- Laboratoires nationaux et l’industrie, 145. — nationaux (Laboratoire de physique de Teddinglon), 358.
- Lac Yencr accessible à la navigation maritime, 220.
- Lait écrémé, 509.
- Landouzy (Professeur) : nécrologie, 414.
- Laques végétales et carmins de cochenilles : industrie pendant la guerre, 43.
- Légumes : production, 203.
- Locomotives à charbon pulvérisé, 121. — de construction récente aux Etats-Unis, 57.
- Loi sur les brevets d’invention : Modifications à y apporter, 213.
- Lunettes-viseurs d’armes à feu, 184.
- Lutte contre les ennemis des plantes aux États-Unis et en France, 241.
- Luzerne cultivée : son origine hybride, 334.
- Lyon : Foire d’échantillons (avril 1917), 255.
- M
- Machinerie d’un hôtel moderne, 591. Magnétisme terrestre : origine, 158. Mains artificielles d’autrefois, 105. Manutention mécanique du charbon dans les usines, 161.
- Marine des États-Unis (Les nouvelles acquisitions de la), 412.
- Marine marchande, 225.
- Massif sino-thibélain, 286.
- Mécanisme des frets, 363.
- Métallurgie : la fabrication des canons, 289.
- — : la trempe, 193.
- Métaux : conductibilité thermique, 61. Mines de fer françaises et la guerre, 153.
- Mission économique en Espagne, 158. Mitrailleuses, 287.
- Mouvements récents du rivage en Algérie, 334.
- Müntz (Achille) : Nécrologie, 205. Musique des Hindous, 414.
- Mutilés dans la vie agricole, 278. Myopie : nouveau traitement rationnel* 204.
- N
- Navire à propulsion électrique. 412. Nécrologie : Achille Miintz, 205.
- — : Bazin, 190.
- — : général Basset., 158.
- — : Jean-Gaston Darboux, 205.
- — : professeur Landouzy, 414. New-York : le Woohvorlh Building,209.
- O
- Organisation des halles centrales de Paris, 313.
- — scientifique de l’après-guerre, 190.
- Ozone : dosage, 255.
- P
- Pain (La question du), 257.
- Panification de guerre, 534.
- Papier : moisissures causant son altération. 158.
- — photographique pelliculaire, 110.
- Parasite de l'homme, 205.
- Paris : le port et son commerce, 139.
- Pâtes alimentaires : leur industrie pendant la guerre, 366.
- Pharmacie (produits équivalents) et unités thérapeutiques, 272.
- Phénomènes électro-capillaires (Influence de la température sur les), 414.
- PhyUies (Les), 93.
- Pieds : les gelures et le tétanos, 61.
- Piscines publiques : les eaux et l’hygiène, 376.
- Pistolets automatiques, 257.
- Plantes médicinales et la guerre, 218.
- Poissons africains : sur leurs prétendues dénis, 190.
- Polarisation rotatoire, 205.
- Pôle magnétique boréal : courbe décrite depuis 1541, 144.
- Pompes à vide : derniers perfectionnements, 191.
- Pont de chemin de 1er : mise en place rapide, 144.
- Port de Paris et son commerce, 139.
- Ports francs et zones franches, 17.
- Portugal économique, 177.
- Poteries de grès : fabrication à la Manufacture Nationale de Sèvres, 117.
- Préparation guerrière aux Etats-Unis, 129.
- Problèmes scientifiques à résoudre, 158.
- Production légumière ressource de guerre, 203.
- — mondiale en tonnage commercial pendant la guerre, 348.
- Produits métallurgiques : la trempe, 193.
- Projecteurs électriques américains à
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-
-
-
- grande puissance (Système Spcrrv), 593.
- Projet d’un Institut d’optique appliquée, 230.
- Uyranomètre, instrument de mesure du rayonnement, 128.
- R
- Radiations ultra-violettes (Absorption des) par les dérivés iodés du matliane, 414. Réactions sensorielles chez le poulpe, 255.
- Relief stéréoscopique monoculaire, 223. Rénovation de la France par la houille blanche, 585.
- Ressources de l’Indo-Chine, leur utilisation actuelle, 401.
- Roches de l’Auvergne, 222.
- Roue Constaricia à rais extensibles et interchangeables, 583.
- Russie boréale : avenir économique, 55.
- — : la houille blanche, 199.
- — : le tchernozème, grenier à blé,
- 21
- — : transversale future entre elle
- et la Grande-Bretagne, 97.
- S
- Sauvetage des épaves, 205. Scandinavie : L’hiver 1917, 248. Soja, 190.
- : INDEX ALPHABÉTIQUE
- S butions salines : Germination des graines, 354.
- Sourds : comment dépister les exagéra-teurs et les persévérateurs, 27.
- Sous-marins : guerre, 557.
- Sous-marin F-i : sauvelage, 205.
- Sous-vêtements en papier pour soldats, 30.
- Souvenir botanique de 1870, 263.
- Sténographie mécanique pour aveugles, 159.
- Stéréo-radioscopie, 414.
- Stéréoscopie : Relief monoculaire, 223.
- Suisse : étude géographique et militaire, 122.
- Surdité de guerre : diagnostic, 190.
- Synthèse pratique de l’alcool, 357.
- Système métrique : curieuses infractions dans l’industrie française, 197.
- T
- Taches solaires et orages magnétiques,
- 141.
- Tchernozèin'1, grenier à blé de la Prnssie,
- 21.
- Teildington : le laboratoire naLional de physique, 145,358.
- Temps légal : mesure, 158.
- Théorie satellitaire des phénomènes orogéniques, 158.
- Tirailleurs sénégalais, 269.
- Tissus et vêtements : prix pendant la guerre, 1.
- Tourbe : Son industrie, 521.
- ..-.......—. 419
- Toxicologie : Examen rapide des eaux en campagne, 549.
- Trains sanitaires à aménagement instantané, 46.
- Traitement des séquelles de blessures de guerre (supériorité du travail agricole pour le), 318.
- Transmission : nouveau système par joint à billes, 16.
- Transporteurs aériens : avantages, 24.
- Transversale future entre la Grande-Bretagne et la Russie, 97.
- Trempe des produits métallurgiques, 193.
- U
- Urine : Incontinence, 286.
- Usine incendiée et reconstruite en 7 semaines aux Etats-Unis, 175.
- Usines : Aménagement moderne, 330. Usines : manutention mécanique du charbon, 161.
- Utilisation ménagère des fruits sans sucre, 414.
- V
- Vaccination antituberculeuse, 222. Vapeurs naturelles et sources chaudes Leur utilisation industrielle, 334. Viande (La question de la), 597. Woohvorlh Building, 209.
- Zones franches et ports francs, 17 •
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-
-
-
- LISTE DES AUTEURS
- PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE
- A.-B. — Les incendies à Paris, 187. — Comment choisir un employé, 344. — Les ressources de lTndo-Chinc, leur utilisation actuelle, 401.
- A.-C. G. — L’anlisepsie et la chirurgie de guerre, 49. — Un nouveau traitement rationnel de la myopie, 204.
- A. G. — Les moyens individuels de protection du soldai, 100. — Projet d’un Institut d’optique appliquée, 230. — La guerre sous-marine, 337. — Les nouvelles acquisitions de la marine des Etats-Unis. Le navire à propulsion électrique, 412.
- A. K. — La foire d’échantillons de Lyon (avril 1917), 235.
- A. P. — Les changes, 319.
- Bertin (E.). — La guerre navale en 1916 et la bataille du Jutland, lre partie, 65. — La guerre navale en 1916, 2e partie, 81.
- Bonnin (R.). — Les locomotives de construction récente aux États-Unis, 57.
- Bousquet (M.). — Les eaux de piscines publiques et l’hygiène, 376.
- Boyer (Jacques). — L’industrie des carmins de cochenilles et des laques végétales pendant la guerre, 43. — Nouvelle préparation du catgut pour les opérations chirurgicales, 108. — Sténographie mécanique pour aveugles, 159. — Notre industrie marbrière et les méthodes d’exploitation des carrières américaines, 283. — Les dépôts de charbon du canal de Panama, 300. — L’industrie des pâles alimentaires et la guerre, 366. — Nouvelle roue Constancia à rais extensibles et interchangeables, 383.
- Breton (A.). — L’utilisation des fumiers, 12. — Le pyrano-mètre, instrument de mesure du rayonnement, 128. — La théorie des accumulateurs au plomb, 152. — Le Wool-worlli Building, 209. — L’électrification des chemins de fer du Midi, 353.
- Caille (Abel). — Comment les Allemands fabriquent leur hydrogène, 174.
- Camron (Victor). — Un tour de force industriel aux États-Unis, 175.
- Cerisaie (J. de la). — Amortisseurs de chocs pour prévenir les accidents de chemins de fer, 302.
- Charpy (G.). — L’enseignement technique et professionnel, 39.
- Ciievolot (P.). — Mitrailleuses, 287.
- Claude (Daniel). — La .lutte contre les ennemis des plantes aux Etats-Unis et en France, 241. — La question du pain, 257. — La question de la viande, 397.
- Coupin (Henri). — Les plantes médicinales et la guerre, 218:
- — Un souvenir botanique de 1870, 263. — Les arbres fruitiers abîmés par l’ennemi, 335.
- Coüstet (Ernest). Papier photographique pelliculaire, 110.
- — Les lunettes viseurs d’armes à feu, 184. — Notre marine marchande, 225. . .
- Dybonvski (J.). — La production légumière ressource de guerre, 203.
- Flamel (Nicolas). — La crise du charbon il y a un siècle, 106. — Correspondances secrètes d’autrefois, 296.
- Forbin (V.). — L’âne à la guerre, 62. — L’industrie japonaise et les alliés, 232.
- Foy (Dr Robert). — Comment dépister les exagérateurs et les persévérateurs de surdité, 27.
- Grandpré (André). — La Suisse. — Étude géographique et militaire, 122.
- Granger (A.). — La fabrication des poteries de grès à la Manufacture nationale de Sèvres, 117.
- Guillaume (A.-C.). — Les mutilés dans la vie agricole, 278.
- Guillet (Léon). — La trempe des produits métallurgiques, 193.
- II. C. — Procédé nouveau d’électro-diagnostic; le chronaxi-mètre, 171.
- Lanorville (Georges). — Nouvelle brique en ciment, 320.
- Lefranc (Jean-Abel). — Sur le bombardement aérien, 379.
- Martel (E.-A.). — Le tchnerno/.ème, grenier à blé de la Russie, 21. — Le port de Paris et son commerce, 139.
- Merle (René). — Chauveau (A.). (Nécrologie), 45. — Les Phyllies, 93. — Le cyphocrane géant, 113. — L’alimentation rationnelle et rationnée, 166. — Les argules, 405.
- Michaud (Gustave) et Fidel Tristan. — Relief stéréoscopique monoculaire, 223.
- Normier (Pierre). — Les projecteurs électriques américains à grande puissance (système Sperry), 393.
- Pargscf. (II.). — Les laboratoires nationaux et l’industrie, 145. — Les grands laboratoires nationaux (Le laboratoire de physique de Teddington), 358.
- Pawlowski (Auguste). — Ports francs et zones franches, 17.
- — Les mines de fer françaises et la guerre, 153. — Le Portugal économique, 177. — Le mécanisme des frets, 363. — La rénovation de la France par la houille blanche, 385.
- Porcher (Ch.). — Le lait écrémé, 309.
- Quérany (L.). — Nos tirailleurs sénégalais, 269.
- Rabot (Charles). — L’avenir économique de la Russie boréale, 55. — Une future transversale entre b Grande-Bretagne, et la Russie, 97. — La houille blanche en Russie, 199. — Le granl lac Yener accessible à la navigation maritime, 220. — L’hiver 1917 dans la Scandinavie, 248. — La proluciion mondiale en tonnage commercial pendant la guerre, 548.
- Renié- (Louis). — L’industrie de la tourbe, 321.
- Renouard (Alfred). — Le prix des tissus et vêtements pendant la guerre, 1. — Les sous-vêtements en papier pour soldats, 50. — Le commerce des fourrures, 35. —Curieuses infractions au système métrique dans l’industrie française, 197. — A propos de la pénurie du jute, 265. — L’orga-nisat’on des halles centrales de Paris, 313.
- Reverchon (Léopold). — Mains artificielles d’autrefois, 105.
- R. M. — Trains sanitaires à aménagement instantané, 46.
- Sai.lior (P.). — Les graines oléagineuses françaises et la guerre, 273. — L’électrification de la Catalogne, 406.
- Soulier (A.'. — L’électrification des lignes de banlieue des chemins de fer de l’État, 305.
- Taillefer (André). — Des modifications à apporter à la loi sur les brevets d’invention, 213.
- Truelle (A.). — L’utilisation ménagère des fruits sans-sucre, 414.
- Volta (II.). — Nouveau système de transmission par joint à billes, 16. — Mise en place rapide d’un pont de chemin de fer, 144. — Derniers perfectionnements des pompes à vide, 191. — Le sauvetage des épaves; le sous-marin F.-4, 205..
- — Les pistolets automatiques, 237. — Les foyers mécaniques, 250. — L’aménagement moderne des usines. Le confort, 330. — Les emplois industriels du chalumeau, 550.
- Zack (M.). — Avantages des transporteurs, aériens, 24. — Manutention dans les usines, 161.
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- TABLE DES MATIERES
- N. B. Les articles de la Chronique, imprimés dans ce volume en petits caractères, sont indiqués dans cette table en lettres italiques.
- ART MILITAIRE. — MARINE
- Les sous-vêtements en papier pour soldats (Alfred
- Renouard). .......................................... 30
- Trains sanitaires à aménagement instantané (R. M.). . 46
- La guerre navale en 1916 et la bataille du Jutland,
- lre partie (E. Bertin)............................... 65
- La guerre navale en 1916, 2e partie (E. Bertin). . . 81
- Protection du soldat : moyens individuels. 100
- La préparation guerrière aux États-Unis.................129
- Les lunettes-viseurs d’armes à feu (Ernest Coustet) . 18i
- Le sauvetage des épaves. Le sous-marin F.-4 (H. Yolta). 205
- Notre marine marchande (Ernest Coustet)..................225
- Les pistolets automatiques (H. Volta)....................237
- La fabrication des canons ...............................289
- La guerre sous-marine (A. G.)............................337
- La fabrication des canons. L’usinage mécanique. . . . 369 Sur le bombardement aérien (Jean-Adel Lefranc) . . . 379 Nouvelle roue Conslaneia à rais extensibles et interchangeables (Jacques Boyer)............................ . 383
- Les projecteurs électriques américains à grande puissance
- (système Sperrv) (Pierre Noriiier)....................593
- Les nouvelles acquisitions de la marine des États-Unis.
- Le navire à propulsion électrique (A. G.)............412
- CONDITIONS ÉCONOMIQUES DE LA GUERRE
- Le prix des tissus et vêtements pendant la guerre
- (Alfred Renouard)................................... 1
- Ports francs et zones franches (Auguste Pawlowski) . . 17
- Le tchernozème, grenier à blé de la Russie (E.-A.
- Martel).............................................. 21
- L’avenir économique de la Russie boréale (Charles
- Rabot)............................................... 55
- Le port de Paris cl son commerce (E.-A. Martel). . . 139
- Les mines de fer franc lises et la guerre (A. Pawlowski). 155 Le Portugal économique (Auguste Pawlowski) .... 177
- La bouille blanche en Russie (Charles Rabot).............199
- L’industrie japonaise et les alliés (Y. Fokbin)..........252
- La question du pain (Daniel Claude)......................257
- A propos de la pénurie du jute (Alfred Renouard) . . 265
- Les graines oléagineuses françaises et la guerre (P.
- Sallior). ........................................... 273
- Les mutilés dans la vie agricole (A.-C. Guillaume). . . 278
- Les changes (A. P.)......................................319
- La production mondiale en tonnage commercial pendant
- la guerre (Charles Rabot).............................548
- Le mécanisme des frets (AùÏJ. Pawlowski).................363
- La rénovation de la France par la houille blanche
- (Auguste Pawlowski)................................. 585
- La question de la viande (Daniel Claude).................597
- Les ressources de l’Indo-Chine, leur utilisation actuelle
- (A. B.)...............................................401
- L’utiliSation ménagère des fruits sans sucre (A. Truelle). 414
- La culture mécanique des terres. . . . ................272
- La panification de guerre................................334
- CONDITIONS GÉOGRAPHIQUES ET ETHNIQUES DE LA GUERRE
- Une future transversale entre la Grande-Bretagne et la
- Russie (Charles Rabot)........................... 97
- La Suisse. — Étude géographique et militaire (André Grandrré).............................................122
- CHIMIE-
- Comment les Allemands fabriquent leur hydrogène (Abel
- Caille).............................................174
- La synthèse pratique de l’alcool....................357
- Oxydation des houilles.............................. 61
- Dosage de l'ozone...................................255
- La synthèse de. l’ammoniaque........................318
- Sur l’action des composés arsenicaux................318
- Examen toxicologique rapide des eaux en campagne. 349
- MÉDECINE, CHIRURGIE ET HYGIÈNE.
- Comment dépister les exagérateurs et les persévérateurs
- de surdité (Dr Robert Foy).......................... 27
- L’antisepsie et la chirurgie de guerre (A.-C. G.). . . . 49
- Mains artificielles d’autrefois (Léopold Reverchon). . . 105 Nouvelle préparation du catgut pour les opérations chirurgicales (Jacques Boyer)...............................108
- L’alimentation rationnelle et rationnée (René Merle) . 166
- Procédé nouveau d’électro-diagnostic : le chronaximètre
- (II. C.)..............:.............................171
- Un nouveau traitement rationnel de la myopie (A.-C. G.). 204
- Le lait écrémé (Ch. Porcher).............................309
- Les eaux de piscines publiques et l’hygiène (M. Bousquet). - 376
- Les gelures des pieds et le tétanos...................... 61
- Diagnostic de la surdité de guerre.......................190
- Vaccination antituberculeuse.............................222
- Equivalents pharmaceutiques et unités thérapeutiques...................................................272
- Procédés opératoires applicables aux blessures des
- nerfs par les projectiles.............................286
- L'incontinence d’urine.................................. 286
- Recherche d'une boisson hygiénique.......................286
- La supériorité du travail agricole pour le traitement des séquelles de blessures de guerre .... 318
- Les antiseptiques .......................................334
- Action de l'étain dans les infections à staphylocoques' 414
- GÉOGRAPHIE. — ETHNOGRAPHIE ARCHÉOLOGIE. — GÉOLOGIE-
- Le grand lac Yener accessible à la navigation maritime (Charles Rabot) , . . ............ . . . 220
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- 422 z=z : — TABLE
- Nos tirailleurs sénégalais (L. Que'rany).......
- Roches de TAuvergne............................
- Le massif sino-thibétain........... ...........
- Mouvements récents du rivage en Algérie........
- HISTOIRE NATURELLE BIOLOGIE. — ZOOLOGIE. — BOTANIQUE
- Les Pliyllies (René Merle).........................
- Le cyphocrane géant (René Merle)...................
- Les plantes médicinales et la guerre (Henri Codhin). . Un souvenir botanique de 1870 (Henri Codpin) ....
- Les ar0ules (René Merle) . :.......................
- Microbes parasites du hanneton.....................
- Moisissures causant P altération du papier.........
- Rôle des microbes dans la fossilisation............
- Sur les prétendues dents de poissons africains. . .
- Le soja . .........................................
- Curieuse association animale des profondeurs atlantiques.............................................
- Un parasite de l’homme.............................
- Réactions sensorielles chez le poulpe..............
- Germination des graines dans les solutions salines .
- INDUSTRIE, TRAVAIL INDUSTRIEL MÉCANIQUE-
- L’industrie de l’acier en France......................-
- Nouveau système de transmission par joint à billes
- (II. Yolta)........................................
- L’industrie des carmins de cochenilles et des laques végétales pendant la guerre (Jacques Boyer) ..... La fabrication des poteries de grès à la Manufacture
- Nationale de Sèvres (A. Grakgkr)...................
- Manutention dans les usines (M. Zack).................
- Un tour de force industriel aux Etats-Unis (Victor
- Carbon)...............................................
- La trempe des produits métallurgiques (Léon Guillet).
- Les foyers mécaniques (II. Yolta).....................
- Notre industrie marbrière et les méthodes d’exploitation des carrières américaines (Jacques Boyer) . . .
- L’industrie de la tourbe (Louis Renié)................
- Nouvelle brique en ciment (Georges Lanouville) . . . L’aménagement moderne des «usines. Le confort
- (II. Yolta)........................................
- Les emplois industriels du ebalumeau (U. Yolta) . . . L’industrie des pâtes alimentaires et la guerre (Jacques
- Royer) ............................................
- L’clectrilîcation de la Catalogne (P. Saluor).........
- Utilisation industrielle des vapeurs naturelles et des sources chaudes......................................
- PHYSIQUE. — ASTRONOMIE. MÉTÉOROLOGIE
- Papier photographique pelliculaire (Ernest Goustet). . Le pyranomètre, instrument de mesure du rayonnement (À. Breton)................................
- Les laboratoires nationaux et l’industrie (H. Paresce),. . La théorie des accumulateurs au plomb (A. Breton). . Sténographie mécanique pour aveugles (Jacques Boyer). Derniers perfectionnements des pompes à vide (II.
- Yolta).......................................
- Curieuses infractions au système métrique dans l’industrie française (Alfred Renouard)................
- MATIÈRES
- Relief stéréoscopique jponoculaire (Gustave Michàud et
- Fidel Tristan).................................... 225
- L’hiver 1917 dans la Scandinavie (Charles Rabot).. . , 248
- Précipitation électrique des vapeurs d’acide phospho-
- rique...............................................365
- Les grands laboratoires nationaux (Le laboratoire de
- physique de Tcddington) (H. Paresce)................358
- Les fluctuations de la constante solaire............... 61
- Conductibilité thermique des métaux.................... 61
- Les raies spectrales du fer............................ 62
- Production expérimentale d’exlrasysloles............... 96
- Conductibilités de l’air et du mica....................110
- Taches solaires et orages magnétiques..................144
- Courbe décrite par le pôle magnétique boréal depuis
- 1511 ........................................... 141
- L'heure à bord des navires.............................158
- Origine du magnétisme terrestre........................158
- Théorie satellitaire des phénomènes orogéniques. . 158
- La mesure du temps légal...............................158
- Polarisation rotatoire.................................205
- Mesure de la salinité de l’eau de mer au réfraclo-
- mètre............................................. 222
- Cristaux liquides .....................................222
- Essais de résilience.................................. 286
- L’origine possible des amas d’étoiles..................286
- La forme du globe lunaire..............................318
- Influence des canonnades intenses sur la pluie. . . 534
- Absorption des radiations ultra-violettes par les
- dérivés iodés du mafhane............................414
- Influence de la température sur les phénomènes
- électro-capiU aires.................................414
- Propriétés réfractaires de l’argile....................414
- Stéréo-radioscopie................................... 414
- ORGANISATION SCIENTIFIQUE ET ÉCONOMIQUE
- L’enseignement technique et professionnel (G. Charpï). 39 Des modifications à apporter à la loi sur les brevets
- d’invention (André Taillefer)........................213
- Projet d'un Institut d’optique appliquée (A. G.). . . 230
- La foire d'échantillons de Lyon (avril 1917) A. 1(. . . 255
- L’organisation des balles centrales de Paris (A. Re-
- nouard)............................................. 313
- Comment choisir un employé (A. B.)......................344
- L’organisation scientifique de l'après guerre. . . . 190
- Mission économique en , Espagne.........................158
- Problèmes scientifiques à résoudre......................158
- CHEMINS DE FER - TRAVAUX PUBLICS
- Avantages des transporteurs aériens (M. Zack) .... 24
- Les locomotives de construction récente aux Etats-Unis
- (R. Bonnin)....................................... • 57
- Mise en place rapide d’un pont de chemin de fer (II.
- Yolta).,.........................................• 14i
- Le YVoolworth Building (A. Breton).................. • 209
- Mitrailleuses (P. Chevolot)................................287
- Les dépôts de charbon du canal de Panama (Jacques
- Boyer)........................................... • • * 500
- Amortisseurs de chocs pour prévenir les accidents de chemins de 1er (J. de la Cerisaie). . . . • • • • • 502
- L’clectrilîcation des ligues de banlieue des chemins de
- fer de l’État (A. Soulier)............................. 505
- L’électrification des chemins de fer du Midi (À. Breton) , 353
- Locomotives à charbon pulvérisé............................121
- DES
- 269
- 222
- 286
- 334
- 93
- 113
- 218
- 265
- 405
- 62
- 158
- 190
- 190
- 190
- 191
- 205
- 255
- 334
- 6
- 16
- 43
- 117
- 161
- 175
- 193
- 250
- 283
- 321
- 326
- 530
- 350
- 366
- 406
- 331
- 110
- 128
- 145
- 152
- 159
- 191
- 197
- p.422 - vue 426/427
-
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- TABLE DES MATIÈRES ------423
- AGRICULTURE
- I/utilisation des fumiers (A. Breton)................. 12
- La production légumière ressource de guerre (J. Dr-
- bowski)................ ....................... . . . 203
- La lutte contre les ennemis des plantes aux Etats-Unis
- et en France (Daniel Claude).......................241
- Les arbres fruitiers abîmés par l’ennemi (Henri Coupin). 533 Procédés permettant d'augmenter la production du
- blé................................................. 158
- L’enseignement agricole en France.....................554
- Origine hybride de la luzerne cultivée................554
- NÉCROLOGIE.
- A. Chauveau (René Merle).........,............... 45
- Le général Bassot................................158
- Bazin..............................................190
- Achille Müntz......................................205
- Jean-Gaston Darboux............................. 205-
- Proeesseur Jjandouzy.............................414-
- DIVERS
- Le commerce des fourrures (Alfred Renouard). ... 35
- L’âne à la guerre (V. Forisin)..................... 62
- La crise du charbon ... il y a un siècle (Nicolas Flajiel). ÎOG’
- Les incendies à Paris (A. B.)......................187
- Correspondances secrètes d'aulrelois (Nicolas Flajiel) . 296-
- La machinerie d’un hôtel moderne......................391
- L’origine de VAcadémie des Sciences................ 62
- Académie des sciences : élection.................... 205-
- Élidions : Havg.......................................286
- Le conseil national de recherches aux Etats-Unis . 318-
- Académie des Sciences : Elections............. 334 414
- La musique des Hindous................................414
- FIN DBS TABLUS
- Le Gérant : P. Masson-
- p.423 - vue 427/427
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