La Nature
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- LA NATURE
- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L'INDUSTRIE
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- LA NATURE
- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ
- Paris. Un an............. 20 fr. »
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- LES QUATRE-VINGT-HUIT VOLUMES PRÉCÉDENTS SONT EN VENTE
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- Paris.
- Imprimerie Parure, rue de Fleuras, 9.
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- LA NATURE
- (SEUM©;
- QUARANTE-CINQUIÈME ANNÉE 1917 — DEUXIÈME SEMESTRE
- MASSON ET C'\ ÉDITEURS
- LIBRAIRES DE L’ACADÉMIE DE MÉDECINE
- PARIS, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN
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- 45e ANNÉE. — N° 2284.
- 7 JUILLET 1917.
- LA NATURE
- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
- L’AGGLOMÉRATION DE LA HOUILLE
- L’utilisation des menus combustibles a toujours été un problème pour les mines et les consommateurs. Ce problème s’est révélé à beaucoup cet hiver, quand le charbonnier ne livrait plus que du tout-venant... quand il en livrait! La fabrication des agglomérés, qui résout le problème pour les charbons domestiques et à vapeur, devient, en quelque sorte, d’actualité(l).
- Si cette fabrication, par les procédés rudimentaires que nous indiquerons plus loin, est de tous les temps et de tous les pays, la France a joué un grand rôle dans l’établissement de l’industrie de l’agglomération, telle qu’elle fonctionne actuellement et a toujours gardé un très bon rang parmi les producteurs de briquettes.
- C’est en effet à St-Étienne, en 1842, que Mar-sais construisit la première presse fonctionnant au brai gras, après avoir dix ans plus tôt employé le goudron de houille. L’année suivante, on employait le brai sec en Angleterre et presque simultanément en France. En 1848, Dobrée introduit l’usage de la vapeur surchauffée dans les malaxeurs.
- La France tient alors la tête des pays producteurs. En 1885, sur une production mondiale de 4000000 t. environ, 1 500000 sont de provenance française. L’Angleterre et la Belgique font chacune 1000000 de tonnes.
- Si nous n’avons pas gardé le premier rang, ravi par l’Allemagne, nous nous tenons sans conteste au second, fait très remarquable vu notre faible production houillère.
- Il est difficile de donner des chiffres exacts, les statistiques publiées ne visant que les ateliers attenant aux mines. Pour la France, par exemple, il y faudrait ajouter la production des usines réparties
- 1. Bibliogr. Colomer et Lordieu. Les Combustibles Industriels.
- dans les ports d’importation et les gros centres industriels comme Paris, et il y en a plus de 50!
- Les chiffres suivants, publiés parle Comité central des Houillères de France et par le Bergbau-Verein d’Essen, donnent pourtant une idée assez approchée de l’état de cette industrie en 1911. Allemagne 4 991 000 t., France 5 344 000, Belgique 2 779 000, Angleterre 1808 000, États-Unis 198000 seulement.
- En 1915, la production des houillères françaises et des ateliers du P.-L.-M. atteint 5 521 000 t., il y faut ajouter 1 085000 t. d’importation et défalquer
- 569 000 t. d’exportation. La France est leplus gros consommateur de briquettes. L’Angleterre exporte presque toute sa production, l’Allemagne en exporte 45 pour 100, la Belgique une notable partie.
- La production actuelle d’agglomérés des houillères non envahies est de 1 600 0001. environ. Elle avait été de 1 615 000 t. en 1915. Le développement est limité, d’une part par les difficultés de l’approvisionnement en brai, largement réquisitionné par les services de l’armée, de l’autre par le développement des fabrications de coke, qui emploient des menus utilisés auparavant pour l’agglomération (1).
- Pour jouir d’une telle faveur, les briquettes doivent posséder certaines qualités. Voici les principales.
- Elles doivent être régulières de poids, de taille et de formes appropriées à l’usage qu’on en fait. La marine préfère les grosses briquettes parallélépipédiques, qui tiennent peu de place et offrent peu de surface à l’usure. Le chauffage domestique emploie plutôt les petites briquettes et les boulets, d’allumage plus facile. Sur les grosses briquettes, des entailles facilitent la rupture et la fragmentation au moment de l’emploi. Les poids varient de 45 gr. pour les
- 1. Renseignements obligeamment fournis par le Comilé des Houillères et plusieurs Compagnies Minières.
- Fig. /. — Broyeur Carr.
- 45' Année. — 2' Semestre.
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- 2 .- ....L'AGGLOMERATION DE LA HOUILLE
- petits boulets, à 10 kg pour les grosses briquettes.
- Les briquettes doivent être sèches et peu cendreuses, 10 pour 100 de cendres au plus, beaucoup moins pour la marine de guerre. L’agglomération doit être bien faite, ce que l’on reconnaît à une densité suffisante, 1,2 à 1,4, à la sonorité* à l’aspect extérieur.
- Les briquettes doivent être-de garde, ne pas absorber l’humidité, ni s’altérer en stock ; le déchet dans les manutentions et le transport doit être inférieur à 5 pour 100.
- On attache une grande importance à cette qualité de cohésion, que l’on mesure, de façon fort empirique, par un procédé universellement adopté. Elle dépend de la nature et des proportions des constituants et de la fabrication, notamment de l’intensité de la compression.
- En outre, les bonnes briquettes doivent s’enflammer facilement, brûler régulièrement avec une flamme vive, ne pas s’émietter au feu et donner peu de fumée. Ce dernier point dépend beaucoup de l’agglomérant. Le brai gras et surtout le goudron donnent une fumée piquante et désagréable.
- Ainsi préparées, les briquettes sont fort appréciées; elles ne s’altèrent pas comme les menus, on économise de 10 à 20 pour 100 de place dans l’emmagasinage, elles peuvent être employées par des chauffeurs ordinaires alors que les menus exigent des foyers spéciaux et un personnel exercé.
- Mais pour obtenir ces résultats il faut des matières premières et une fabrication appropriées.
- Les matières premières. — Bien que tous les charbons puissent être agglomérés, on emploie surtout les houilles demi-grasses de 10 à 17 pour 100 de matières volatiles. Les menus d’anthracite sont bien transformés en boulets, mais il faut beaucoup de brai et les agglomérés de charbons trop maigres tiennent mal au feu, le brai distille et brûle trop vite pour leur rapidité de combustion. Quant aux houilles plus riches en matières volatiles, la fabrication du coke, ou du gaz d’éclairage, offre à leurs menus des débouchés généralement plus avantageux.
- Les menus à employer doivent être peu cendreux, 12 pour 100 au maximum, on est donc souvent amené à les laver, ce qui nécessite un séchage ultérieur pouf les ramener à un taux d’humidité de 3 à 4 pour 100. Les charbons trop humides, surtout avec les presses à marche rapide, donnent des briquettes feuilletées et fragiles.
- Les grains doivent avoir de 0 à 3 mm. Trop gros la cohésion diminue, les grains se clivant plus facilement; trop fins il faudrait trop de brai. II en faudrait 20 pour 100 pour agglomérer des schlamms.
- Avec un bon charbon, il faut un bon agglomérant : la pratique a consacré le brai.
- Comme on le sait, le brai est le résidu de la distillation du goudron de houille. Suivant le point où on arrêté l’opération, on obtient toute la gamme du brai gras au brai sec.
- Pour le premier, on arrête après le départ de la
- moitié des huiles lourdes, entre 220 et 300°; pour le brai sec, on enlève une partie des huiles à anthracène variant de 5 à 100 pour 100.
- EmAllemagne et en Angleterre, on emploie le brai gras et demi-gras ; en France on préfère le brai sec, qui colle moins et se manipule plus facilement, qui donne moins de fumée, mais qui d’autre part exige un dosage plus soigné.
- Le brai sec est un solide noir franc, cassant, cassure brillante, conchoïdale. Sous l’action prolongée du soleil il s’agglomère et s’affaisse.
- La réception demande beaucoup d’habitude. On pratique souvent un essai de mastication. Alors que le brai gras se mâche facilement, le brai très sec tombe en poussière sous la dent. L’essai donne une bonne indication.
- L’observation des points de ramollissement et de fusion donne des résultats plus précis. Vers 40° le brai pulvérisé se prend en masse, vers 75° on doit pouvoir l’étirer en fils de 0 m. 50 de long. Le brai gras est entièrement liquide à 70°, le brai sec exige de 110 à 200°, suivant les qualités. On corrige souvent le brai trop sec par addition de goudron ou d’huiles lourdes, mais ce succédané est loin de présenter la même valeur et la même homogénéité.
- Carbonisé, le brai laisse de 40 à 55 pour 100 de coke ; d’après certaines recherches, la nature de ce coke aurait une grande influence sur la qualité des produits. Les brais à coke boursoufflé, mal aggloméré, donnent des produits tenant mal au feu. La solubilité dans le sulfure de carbone serait également importante, elle doit être environ de 70 pour 100.
- La fabrication'. —- Le brai sec, livré en blocs plus ou moins gros, doit être pulvérisé. On emploie au dégrossissage des concasseurs à mâchoire et au finissage des broyeurs Carr (fig. 1). On évite les broyeurs à meules qui donnent lieu à des collages dans la saison chaude."
- . Le broyeur Carr convient bien également, le cas échéant, au broyage des charbons. Agissant par choc, il respecte les grains qui ont assez de cohésion et désagrège les grains trop tendres.
- On fera bien d’intercaler, avant le broyeur et après les appareils de dosage, des cribles à secousses pour éliminer les corps étrangers, boulons, éclisses, etc... amenés fréquemment avec le brai dans les wagons et qui détériorent les broyeurs et les presses.
- Le dosage est très important pour la qualité des produits et l’économie de la fabrication ; il faut le surveiller de très près.
- Très faible pour des teneurs en brai inférieures à 4 pour 100, la cohésion augmente avec cette teneur jusqu’à un maximum, qui exige d’ailleurs trop de brai pour être atteint. En fait la teneur varie de 5 à 10 pour 100. Elle dépend des matières premières et des appareils. Les perfectionnements de la fabrication tendent à la réduire et en France de 1903 à 1906 elle apassé de 7,3 à 6,5 pour 100.
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- L’AGGLOMERATION DE LA HOUILLE 3
- Les charbons maigres demandent plus de brai pour obtenir une combustion facile ; la consommation croît également avec la finesse des grains, la surface à enrober étant plus grande. Elle croît' encore avec la teneur en humidité, elle est d’autant plus forte que la compression est plus faible.
- Un dosage trop fort en brai revient inutilement très cher, la briquette présente des poches de brai et donne beaucoup de fumée.
- On emploie toute sorte d’appareils de mesures volumétriques : écoulement par des orifices de section convenable, chaînes à godets de capacité connue, etc. On voit fréquemment les soles doseuses représentées figure 2. Le réglage s’opère par l’enfoncement d’une raclette oblique dans le cône de matières pulvérulentes recouvrant la sole.
- Mais le meilleur dosage est encore le dosage pondéral. Certaines installations le pratiquent en versant un poids déterminé de brai dans la trémie d’alimentation du broyeur à chaque coup d’une sonnette actionnée par la presse. Si l’on songe que le dosage volumétrique exige une surveillance constante, le supplément de main-d’œuvre est bien faible.
- Entre les appareils de dosage et le malaxeur, s’intercale souvent un four de chaulfage. Ce four est indispensable avec l’emploi de menus lavés qui tiennent au minimum 10 pour 100 d’eau. Le but principal du four est alors de ramener la pâte à la teneur de 3 à 4 pour 100 nécessaire pour la majorité des presses.
- Mais ce n’est pas son seul effet. Le passage dans
- Fig. 3. — Presse Couffinhal.
- M, malaxeur ; P, plate-forme; N, pot de presse; C, cylindre cannelé.
- Fig. 2. — Dosage des constituants : C, charbon; B, brai; R, raclette de réglage jnanœuvrée au moyen du volant Y.
- le four prépare le travail ultérieur, les matières volatiles contenues dans les menus commencent à se ramollir, ce qui favorise l’agglomération et économise le brai.
- On emploie des fours verticaux ou horizontaux, chauffés à la vapeur ou par les flammes d’un foyer latéral, à sole fixe ou à sole tournante.
- Le chauffage par les vapeurs d’échappement évite les dangers d’explosion et de surchauffe, il nécessite peu de surveillance et consomme peu; mais l’usure des soles fixes est plus rapide et les frais de premier établissement sont élevés.
- La figure 4 représente le four Bietrix, modèle très répandu de four à sole tournante. Le brassage et l’évacuation des produits sont obtenus par des bras fixes; chauffage par les flammes d’un foyer latéral.
- Quand on emploie ce mode de chauffage, il faut pouvoir vider rapidement les fours en cas d’arrêt pour éviter les inflammations. Le séchage est très rapide et les appareils débitent beaucoup. Mais il faut une surveillance attentive; en cas de surchauffe, la perte en brai peut être notable et malgré l’intérêt qu’il y a, pour un bon mélange, à faire passer au four brai et charbon, on ne fait souvent qu’après chauffage l’addition d’agglomérant.
- Gela est d’ailleurs nécessaire si on marche au brai gras. Celui-ci employé à l’état liquide, ne peut être mélangé qu’à des charbons chauds, pour éviter qu’il ne se fige en boules aux dépens de l’homogénéité. Le dosage se fait alors tout simplement au robinet.
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- La pâte chaude, ou froide dans le cas de certaines installations au brai sec, est introduite dans le malaxeur qui doit parfaire l’homogénéité du mélange et amener le brai à l’état fluide.
- C’est un grand cylindre vertical en tôle, parfois muni d’une enveloppe de vapeur, de 0 m. 7 à 1 m. 5 de diamètre et de 1 m. 5 à 5 m. de hauteur, dans lequel se meut un arbre muni de bras, qui remuent la pâte et où débouchent des busettes amenant de la vapeur.
- il faudrait théoriquement 4 à 5 kg de vapeur par tonne, mais les rendements sont très inférieurs et l’on va jusqu’à 50 kg. La vapeur se condense plus ou moins et accroît la teneur en humidité.
- Si l’on n’a pas de four de séchage, on emploie de la vapeur surchauffée à 300°-400° pour éviter de trop accroître la teneur en eau.
- Le malaxeur demande une surveillance attentive pour obtenir un chauffage suffisant pour une bonne agglomération et éviter d’autre part des pertes par volatilisation du brai. La température optima de la pâte à sa sortie est 90° à 95°.
- Nous arrivons à l’appareil essentiel, la presse. Nous né saurions, dans le cadre de cette étude, décrire ni comparer les innombrables modèles en usage. Tous ont leurs qualités et leurs défauts et dans des conditions convenables ont donné de bons résultats.
- La compression sèfait dans des moules métalliques, sur une face ou sur deux. Avec le premier procédé on a des inégalités de densité entre les deux faces de la briquette, une notable partie de la pression, jusqu’à 70 pour 100, étant employée à vaincre le frottement contre les parois.
- Suivant l’épaisseur, les variations de densité peuvent atteindre 0,01 à 0,05. Il faudra donc limiter, autant que possible, la surface latérale des moules et proportionner l’épaisseur des briquettes à leur section.
- La pression à employer dépend de la forme et des dimensions des produits et aussi de la nature du charbon. Elle doit, être aussi forte que possible pour réduire la dépense de brai. Une trop forte teneur en humidité est un obstacle à l’emploi de pressions élevées. La dureté des charbons est au contraire favorable.
- Les qualités d’une bonne presse sont les suivantes : répartition régulière du mélange et remplissage parfait des moules, pression régulière et intense, autant que possible sur les deux faces; démoulage automatique, construction simple, marche sûre et sans ébranlements, usure faible et facile accès des
- pièces qui fatiguent, faible consommation de force. On les classe d’après le mode d’action de la pression.
- D’abord les presses à action tangentielle. Ce sont, en somme, des engrenages, dont les dents servent à la compression et dont les creux servent de moules. Les pressions possibles sont faibles. Elles ne conviennent qu’aux petits formats. Nous retrouverons ce principe dans les presses à boulets.
- Viennent ensuite les presses à simple compression, on en distingue de deux sortes.
- 1° A moules ouverts. La pâte y est comprimée dans un long tube contre les briquettes précédemment formées. Chaque coup de piston pousse ce long boudin d’une longueur égale à celle de la nouvelle briquette. On coupe à la sortie à la longueur voulue. L’usure des parois est forte, mais le frottement favorise le départ de l’eau et on peut admettre 10 pour 100 d’humidité.
- 2° A moules fermés. La compression s’opère contre un obturateur qui s’efface pour le démoulage. Les moules sont fixes comme dans la presse Dupuy, le remplissage, la compression et le démoulage s’opérant par le piston actionné par une came ; ou portés par une plate-forme mobile, comme dans la presse Mazeline où chaque moule, muni de son piston, vient, tour à tour, se placer sous le distributeur et sur le levier de pression.
- Les presses à double compression sont plus nombreuses. Un seul piston est sous l'action directe de la machine, le renvoi sur l’autre piston s’obtient par un jeu de leviers, avec ou sans intercalation de ressorts ou d’un joint hydraulique.
- Les figures 3 et 5 représentent la presse Couf-finhal, de construction française, un des modèles les plus répandus en France et en Westphalie.
- Les moules sont constitués par des formes en bronze phosphoreux ou en métal Delta, introduits à la presse hydraulique dans les alvéoles d’une plate-forme horizontale.
- Les déplacements de celle-ci et son verrouillage pendant la compression s’obtiennent par le moyen d’un cylindre à cannelures circulaires et hélicoïdales et de galets portés par la plate-forme.
- La liaison entre les deux pistons s’opère par le pot de presse hydraulique -k. En cas de résistance anormale, la soupape s laisse échapper l’eau du pot de presse, ce qui évite les ruptures. La pression sur la briquette peut atteindre et dépasser 200 kg/cm2.
- Dans des modèles de construction anglaise, la plate-forme est verticale, le mouvement s’obtient par un encliquetage et un piston auxiliaire sert au
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- remplissage, d’où réduction d’épaisseur possible pour la plate-forme. Ces presses, dites presses-revolver, sont de construction plus compliquée que la presse Couffmhal. On les emploie souvent pour la production simultanée d’un grand nombre de petites briquettes.
- Il faut enfin signaler un type tout différent, les presses à genouillère, type Tigler. La pression est exer-, cée par l’intermédiaire d’une articulation à genouillère qui résiste seule à l’effort maximum, d’où possibilité d’employer des pièces de commande plus faibles.
- Les moules sont fixes. Le remplissage et le démoulage s’opèrent par des mouvements indépendants d’une boîte de distribution et des extrémités des deux pistons de compression, actionnées par un arbre à cames.
- La construction est très compliquée, la marche assez lente, dix compressions à la minute. On produit à chaque coup jusqu’à 8 briquettes de 3 kg.
- Les presses à ovoïdes sont constituées par deux tambours, tournant en sens contraire, munis de demi-moules qui viennent en coïncidence sur la ligne de contact des tambours et entre lesquels vient se mouler la matière, distribuée par un système de trémies.
- Le démoulage s’opère par la gravité. Pour qu’il soit aisé, la pâte doit être distribuée aux cylindres à 50° environ. Il faut donc la refroidir un peu au sortir du malaxeur.
- Généralement les cylindres se commandent mutuellement par une couronne dentée. L’usure de l’engrenage aurait pour effet de détruire la coïncidence des alvéoles, le cylindre menant prenant de l’avance, le cylindre mené, du retard.
- Dans les presses Fou-quemberg, on commande les deux cylindres par une vis sans fin. Pour rattraper l’usure, on la fait coulisser sur son axe. Elle agit alors comme une crémaillère et fait tourner les deux cylindres dans le même sens. Mais il est plus difficile d’obtenir une parfaite simultanéité des mouvements et comme l’usure des alvéoles est plus rapide que celle des
- bons engrenages, ce subterfuge paraît inutile.
- La figure 6 représente la presse de L’Horme et Buire, fort répandue. Les couronnes porte-alvéoles sont rapportées sur les tourteaux, ce qui facilite le remplacement après usure ; les paliers sont à rattrapage de jeu, d’où réduction des bavures à leur minimum ; les trémies distributrices sont réglables en marche, d’où réduction des déchets de fabrication ; les tourteaux sont de grandes dimensions, jusqu’à 1320 mm de diamètre, pour obtenir une plus forte pression.
- La production horaire varie de 750 kg, pour de petites presses à ovoïdes, jusqu’à 15 et 20 tonnes pour les grosses presses à briquettes de marine.
- La force totale absorbée par une installation est de 10 à 20 chevaux par tonne de production horaire. La presse seule en absorbe de 2 à 5.
- Procédés divers d’agglomération, agglomération domestique. — Les frais de fabrication sont élevés, environ 5 à 7 francs par tonne(Q. Le brai en représente la plus forte partie, 60 à 70 pour 400.
- On a souvent cherché à s’en libérer.
- Les essais d’agglomération sans aucune addition n’ont pas manqué, lis ont été jusqu’ici infructueux. Les briquettes se conservent moins bien, l’usure et la dépense de force sont considérables.
- Ces essais ont été repris en Allemagne, en 1910, par Ronay, qui emploie une presse hydraulique développant très progressivement une pression atteignant 1000 et 2000 kg/cm2. 11 réduit à 1 ou 2 pour 100 l’addition de brai et obtient un départ complet de l’eau contenue dans la matière.
- Ce procédé, qui a donné des résultats techniques intéressants, ne s’est pas fort répandu, à notre connaissance.
- Quant aux succédanés du brai, on en a proposé un grand nombre, les uns d’origine organique, les autres d’origine minérale.
- Signalons parmi les produits organiques : l’a-1. Chiffre d’avant-guerre,
- Fig. 5. — Presse Couffinhal.
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- 6 : - APPLICATION PRATIQUE DE LA MÉTHODE TAYLOR
- phalte, la résine, la naphtaline, les mélasses, les farines avariées, les résidus de fabrication de la pâte de bois. .
- Généralement ces produits sont chers, ou il est difficile de se les procurer en quantité, ou bien les produits obtenus sont inférieurs pour la cohésion ou la conservation ; ils exigent souvent un séchage. Or, la briquette, pour être de vente, doit être un produit de qualité.
- On a pourtant employé en Allemagne, en temps de cherté du brai et sur une assez vaste échelle, une sorte de résine, Harz, résidu de distillation d’essences térébenthines. Son pouvoir agglomérant est le double de celui du brai, mais comme elle brûle trop vite, on ne peut l’employer seule. On la mélange au brai dont on réduit le pourcentage.
- Elle coûte d’ailleurs fort cher et quand les prix redeviennent normaux, on est toujours revenu à l’ancien agglomérant.
- On a également proposé de remplacer partiellement le brai par de la naphtaline, q*ui permettrait l’emploi de charbons plus humides. Ce procédé a fonctionné en 1913 en Allemagne; les résultats économiques sont douteux. Il semble que l’on ait surtout cherché un débouché pour la naphtaline.
- Les agglomérants minéraux sont surtout : l’argile, la chaux, les ciments. Leur défaut général est de n’avoir aucun pouvoir calorifique propre et d’accroître considérablement la teneur en cendres. Enfin ils exigent un séchage avant livraison.
- La chaux nécessite, pour faire prise, l’intervention de l’acide carbonique. Son emploi, comme agglomérant, est peu répandu, du moins en ce qui concerne la houille.
- Mais elle a l’avantage de neutraliser le soufre contenu dans les charbons et de donner des cendres plus basiques et moins fusibles.
- Aussi, dans certain charbonnage du Centre, ajoute-t-on parfois 2 pour 100 de chaux, sans changer le dosage de brai. Cette addition faciliterait également la combustion. Elle est trop faible pour influer notablement sur le poids des cendres.
- Les presses Decauville, dont La Nature a entretenu ses lecteurs (n° 2278), sont également employées au briquettage des poussiers. L’agglomérant est du ciment Portland, 10 à 13 pour 100 avec très peu d’eau. C’est là en quelque sorte de l’agglomération semi-domestique.
- L’agglomération domestique, on la fera fort bien avec de l’argile. On ajoute aux poussiers 10 pour 100 d’argile environ, plus ou moins, suivant la plasticité. On fait une pâte avec un peu d’eau et l’on moule dans une forme quelconque, une vieille caisse par exemple; on aura des briquettes. Ou bien on fera des boules et voilà des boulets. Laisser sécher avant l’emploi.
- Certes ces briquettes et ces boulets ne sont pas de premier choix. Ils ont peu de cohésion et beaucoup de cendres, pourtant ce procédé, fort employé par les populations des régions minières, rendra de réels services à ceux qui voudront bien l’essayer.
- Les citadins pourront employer aussi,’ comme agglomérant, du papier déchiqueté et malaxé dans l’eau : 6 parties de charbon environ pour 1 de papier. Les produits sont un peu moins cohérents, mais aussi moins cendreux. Soignez bien le malaxage; pour tous les agglomérés, c’est d’importance primordiale. Louis Renié.
- APPLICATION PRATIQUE DE LA MÉTHODE TAYLOR
- A UN ATELIER D’USINAGE
- Il est presque impossible d’exposer en un court article la méthode Taylor ; néanmoins, je tâcherai d’en expliquer le fonctionnement par quelques exemples pris dans un atelier d’usinage. Cet exemple ne peut être un type définitif, un cliché comme beaucoup peuvent le penser; au contraire les idées de M. Taylor ne constituent pas un cliché invariable et dont on ne peut sortir. M. Taylor a consacré sa vie à prouver que dans toutes les branches de l’activité humaine on peut considérablement augmenter la productivité sans augmenter la somme de travail, à la condition qu’on veuille bien étudier toutes les questions avec un esprit de méthode, un esprit scientifique si l’on veut. Nous avons tous entendu dire que le système Taylor n’était pas applicable en France, c’est une erreur grossière car, si M. Taylor a créé un système scientifique, son système se transforme suivant les cas et se résume à l’application de
- quelques principes élémentaires à toutes les branches de l’effort humain que ce soit en France ou en Amérique.
- Il ne n’agit donc pas d’un système mais d’une conception philosophique dont chacun peut tirer le plus grand avantage, s’il veut l’envisager sérieusement et sans parti pris.
- Pour illustrer une des applications des idées de M. Taylor, nous prendrons une commande de wagonnets à son arrivée dans une usine de construction mécanique et nous la suivrons jusqu’à l’exécution finale et la livraison.
- Marche d'une commande. — Le service commercial reçoit une commande et la transmet au directeur qui la vise et qui la transmet aussitôt au chef de la production. Celui-ci donne les ordres nécessaires au bureau de dessins et au bureau de préparation pour que le travail soit étudié et préparé. Ces deux bureaux sont en relation avec le ser-
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- APPLICATION PRATIQUE DE LA MÉTHODE TAYLOR —.........7
- vice de la fonderie, avec le chef de magasin et avec le service des achats. Nous pouvons résumer cela sous la forme suivante :
- Service commercial, ( Bureau de dessin- 1 Service de la fondu ction*3 ^ ^ / Bureau de prepa-l Chef de magasin.
- \ ration. ' Service des achats.
- Vient ensuite l’exécution du travail à l’atelier quand tout le travail préliminaire de préparation a été achevé. Examinons rapidement chacune de ces phases de la préparation.
- Chef de la production. — C’est un rouage essentiel, établissant la liaison entre le service commercial et l’usine productrice. Il formule ses ordres sous la forme d’un « Ordre de Travail » qui est communiqué à tous les chefs de service avec un numéro d’ordre indiquant de quelle façon la progression du travail doit être effectuée. Cet ordre de travail doit être scrupuleusement respecté, car il a été préparé en tenant compte des capacités disponibles de l’atelier et des demandes du service commercial et, seul, il permet de faire des livraisons systématiquement échelonnées suivant l’importance des commandes. En un mot le chef de la production détermine « quand » sera fait le travail et il élimine de ce fait toutes les difficultés qui, dans un atelier ordinaire, se résolvent trop souvent par des discussions entre le service commercial, la direction des ateliers et le Contremaître.
- Bureau de dessin. — Le bureau de dessin est analogue à un bureau de dessin ordinaire; seules, les méthodes de classification sont quelquefois modifiées.
- Bureau de préparation. — Quand les dessins sont achevés, le bureau de préparation les examine et détermine les conditions du travail, autrement dit, il indique « comment » le travail sera fait.
- Le préparateur a à sa disposition tous les renseignements relatifs à toutes les machines de l’atelier, leur puissance, leur capacité... et à tous ces documents il doit joindre sa valeur de praticien achevé.
- Il analyse le travail à exécuter et le décompose en groupes qui peuvent être assemblés séparément et en tenant compte des temps nécessaires à leur achèvement respectif. Il décompose chaque groupe en sous-groupes, puis en pièces individuelles. Enfin pour chaque pièce individuelle il étudie la façon dont le travail doit être fait, sur quelle machine, à quelle vitesse et avec quels outils. Pour chacune de ces pièces il se rend compte des matières premières nécessaires et il provoque, soit des commandes à l’extérieur, soit des ordres au chef de magasin pour assurer le stock nécessaire.
- Pour chacune de ces pièces individuelles il fait une feuille avec tous les renseignements nécessaires, il classe ces feuilles dans des chemises de sous-groupes, qui, elles-mêmes, sont classées dans des chemises de groupes, et enfin les groupes sont réunis dans un dossier contenant tous les rensei-
- gnements nécessaires à l’exécution de la commande.
- Prenons, par exemple, la fabrication d’un petit wagonnet pour voie de 60 cm. Le diagramme du travail de préparation peut se résumer de la façon suivante, d’ailleurs très abrégée (‘J.
- f Groupe essieux roues. Wagonnet. <
- l Groupe coffrage . .
- Sous-groupe essieux. Sous-groupe coussinet. Sous-groupe roues. Sous-groupe châssis. Sous-groupe coffrage.
- Si le préparateur est au courant, il arrive à ce que toutes les pièces détachées du sous-groupe arrivent en même temps au montage, de même tous les sous-groupes doivent arriver en même temps au montage du groupe.
- Préposé aux matières. —Cet employé est adjoint au préparateur et il examine soigneusement tontes les feuilles individuelles, il note toutes les matières premières ou semi-manufacturées qui sont nécessaires, et il provoque les commandes à l’extérieur ou les ordres au magasin.
- Il doit aller chez les fournisseurs et se rendre compte de l’état d’avancement des travaux pour qu'il n’y ait pas de retard imprévu au début du travail. En définitive, c’est grâce à lui qu’on doit pouvoir achever complètement un travail commencé sans être arrêté par une pièce qui manque, qui n’aurait pas été livrée ou qu’on aurait oublié de commander comme cela arrive si souvent dans un atelier ordinaire.
- Magasin. — On admet généralement que le magasin est la base d’une installation. Le magasin peut être divisé de la façon suivante :
- 1° Produits bruts ;
- 2° Produits semi-manufacturés par l’usine ;
- 5° Produits manufacturés venant du dehors ;
- 4° Produits manufacturés fabriqués dans l’usine.
- Tous les produits du magasin sont classifiés et rangés par casiers séparés. On peut employer une classification quelconque pourvu qu’elle soit « complète et extensible ».
- Dans les usines Taylor chaque pièce est représentée par un symbole indiquant sa nature et ses dimensions.
- Dans un atelier ordinaire les deux éventualités suivantes se présentent fréquemment :
- 1° Une pièce indispensable ne peut être fournie par le magasin, le stock est soi-disant épuisé depuis îa veille;
- 2° Il ne reste plus en stock que quelques pièces et elles sont nécessaires à un travail déjà en voie d’exécution.
- 11 résulte de là une perte de temps considérable.
- On peut éviter ces ennuis en mettant sur chaque
- 1. Il faut évidemment détailler les indications pour toutes les pièces des sous-groupes : châssis, coffrage et coussinets, comme elles ont été détaillées pour les pièces des sous-groupes : essieux et roues.
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- 8 :_ , = APPLICATION PRATIQUE DE LA METHODE TAYLOR
- casier une étiquette du genre ci-dessous. Les itvs-
- Quand le stock disponible tombe au-dessous L C 5 1/10. de 200, provoquer commande de 1000.
- Date. Ordre. Stock. Livré. Réservé. Disponible.
- — 16 D 500 y> » »
- — 16 3540 450 50 y> 450
- — 16 3541 450 » 100 350
- criptions suffisent à la compréhension du principe. J’insisterai seulement sur l’indication « Réserve ».
- Supposons que le 16 mars (ainsi que le tableau l’indique), le préparateur ait décidé que, pour la commande 3541 il fallait 100 pièces; quoique le travail ne soit pas commencé, il réserve ces pièces par un ordre au magasin.
- Du fait que ces pièces sont réservées, elles ne sont plus disponibles pour aucun autre travail et elles ne sortiront que lorsque le travail sur la commande 3541 aura commencé. De sorte que le préparateur est certain qu’il aura le matériel nécessaire et, que du fait qu’il l’a réservé on ne peut plus y toucher. Il est bon de remarquer que lorsque le stock disponible baisse il y a automatiquement une commande pour le compléter.
- Il est difficile d’insister suffisamment sur la question du magasin, car c’est le point vital de toute l’organisation ; malheureusement cette question n’a jamais été examinée avec la considération qu’elle mérite.
- En définitive le comptable du magasin doit pouvoir donner à chaque instant les renseignements suivants :
- 1° Quantités totales en magasin ;
- 2° Quantités commandées mais pas encore en magasin ;
- 3° Quantités réservées, c’est-à-dire, retenues en magasin par des commandes en cours ;
- 4° Quantités disponibles en magasin.
- Les indications précédentes, qui ne sont pas assez détaillées, peuvent cependant donner une idée de la préparation scientifique du travail. Si le mot « scientifique » paraît exagéré, on peut le supprimer en disant que cette préparation réalise tout ce que les industriels savent devoir être fait, mais qui, en pratique, n’est jamais réalisé d’une façon consciencieuse ou systématique.
- Il est incontestable que cette partie de l’organisation ne peut être attaquée ou critiquée par personne, et, comme elle n’est pas attaquable, il semble que cette partie de l’œuvre de M. Taylor ait été laissée à l’écart des discussions nombreuses qui se sont donné libre cours sur l’application de ses méthodes.
- Jusqu’à présent nous n’avons envisagé que la préparation du travail.
- Pour l’exécution de ce travail ainsi préparé, c’est-à-dire pour l’application des méthodes scientifiques à l’intérieur de l’atelier, il faudrait suivre pas à pas les opérations d’usinage ou de fabrication. La question n’est pas complexe, mais elle nécessite
- des détails qu’il est difficile d’exposer succinctement. Il suffira d’indiquer les quelques principes de l’organisation de l’atelier, mais en ne perdant pas de vue que l’organisation de l’atelier ou de la fabrication est sans valeur tant que le travail de préparation n’a pas été sérieusement envisagé.
- La marche de l’atelier organisé suivant une méthode scientifique est fondée sur les quatre principes suivants :
- 1° Etude scientifique des machines ;
- 2° Rôle du contremaître instructeur;
- 3° Méthode de travail et de paiement de l’ouvrier;
- 4° Organisation de la marche des matières dans l’atelier.
- Chacune de ces questions nécessite une étude assez longue, mais on peut admettre en principe qu’un atelier ainsi organisé a des avantages considérables.
- On peut faire travailler les machines à leur maximum.
- Le contremaître au lieu de s’occuper de tout comme c’est le cas fréquemment, s’occupe exclusivement de la bonne exécution du travail et de l’enseignement des ouvriers.
- L’ouvrier fait son travail conformément aux instructions reçues avec des outils préparés à l’avance; il est payé selon l’effort qu’il fournit, mais il n’est pas surchargé, au contraire il bénéficie largement du travail de préparation qu'on a fait pour lui.
- Enfin la marche des matières, dans l’atelier, est dirigée par un employé qui dispose de quelques manœuvres et qui applique un ordre de marche systématique.
- Résumé. — On a beaucoup parlé du système Taylor comme d’un système presque mystérieux, défendu par les uns, attaqué par les autres, avec la même violence d’ailleurs. Au lieu de toutes ces discussions, il vaudrait beaucoup mieux envisager la question sérieusement sans employer le mot « système » qui implique quelque chose de rigide et d’impératif.
- M. Taylor a mis en pratique toutes les idées de chacun de nous, mais que nous étions incapables de réaliser, il a ajouté à cés réalisations une conception qui n’est pas sans valeur et qui serait approximativement la suivante :
- « En analysant le temps perdu dans la plupart de nos travaux par le manque de méthode nous nous rendons compte, qu’avec un peu d’étude et d’analyse nous pouvons obtenir un résultat identique en travaillant beaucoup moins. »
- Il a développé cette théorie avec ses conséquences au point de vue social, et ses œuvres sont du plus haut intérêt philosophique.
- Qu’on le veuille ou non, les idées de M. Taylor, sous son nom ou sous un autre, feront leur chemin parce qu’elles sont saines et qu’elles sont le meilleur moyen de détruire la routine et le préjugé qui ont trop longtemps présidé aux méthodes de fabrication industrielle. pAÜL négrier.
- École centrale de Paris.
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- LES CHEMINS DE FER CHINOIS
- . ' La Chine, plus grande en superficie que l’Europe et presque aussi peuplée, est restée pendant tout le xixe siècle sans chemins de fer. Ce n’est que depuis 1900, qu’elle a compris leur importance et autorisé leur construction. Sa population, ses richesses assurant un trafic suffisant et rémunérateur, les lignes
- I. Lignes en exploitation. — Les lignes ouvertes actuellement à l’exploitation sont les lignes qui relient Pékin au Transsibérien, celles de Pékin au Yang-Tze-Kiang, celles qui vont des ports de Canton et Hong-Kong au Fleuve Bleu, celles de la frontière indo-chinoise. Elles assurent les communications
- &-
- L itj/fteô en exploitation ' I
- Karbin
- — Lignes en construction ou à /'étude
- Mouhbt-n-
- W-cham
- î Chu-choi
- Fig. i. — Les chemins de fer chinois.
- de chemins de fer se sont rapidement organisées en ces dernières années et offrent dès aujourd’hui un développement de 10000 km dont 7000 dans la Chine proprement dite, à l’intérieur de la Grande Muraille et 5000 à l’extérieur. Plus de 2000 autres kilomètres sont actuellement en construction et 40 000 à l’étude ou en projet.
- Nous profitons d’une récente conférence très documentée de M. A. J. H. Charignon à la Société des Ingénieurs civils de France pour faire connaître à nos lecteurs la situation exacte du réseau chinois.
- rapides entre la capitale et les grands centres des principales provinces et assurent ainsi une liaison plus étroite entre les diverses parties de l’immense République. Elles traversent les régions les plus prospères et augmentent le trafic des grandes cités commerciales et des ports avec le reste du pays. Les lignes mandchouriennes relient le réseau chinois à la grande voie ferrée venant d’Europe et permettent la communication rapide de celle-ci avec l’Extrême-Orient. À partir des grandes artères, quelques transversales sont déjà amorcées, dont la longueur ne dépasse guère encore le plus souvent quelques
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- LES CHEMINS DE FER CHINOIS
- Fig. 2. — La gare de Pékin des chemins de fer du Nord de la Chine.
- kilomètres; ces tronçons sans grand rendement augmenteront beaucoup d’importance lorsqu’ils seront plus étendus, surtout ceux qui doivent relier les grandes artères aux ports de la côte.
- Les lignes mandchouriennes sont surtout internationales. Elles traversent des régions où les Chinois sont peu nombreux ; la Russie et le Japon s’y intéressent, l’une parce qu’elles aboutissent à sa ligne .de Vladivostock, l’autre parce qu’elles lui assurent une voie de pénétration en Chine et vers l’Europe. Commencées en '1900, elles atteignent aujourd’hui 5000 km. Elles traversent des régions peu peuplées assez mal connues encore, où le mouvement d’immigration se développe rapidement; la moyenne des arrivées des émigrants russes vers ces régions approchait en ces dernières années d’un million par an.
- La ligne de Pékin à Moukden est certainement la plus prospère. Construite par l’État chinois en 1906, à l’instigation de Li-hung-Chang, elle s’étend aujourd’hui sur 1180 km. La voie est double entre Pékin et Tien-Tsin sur 150 km. Elle rapporte de 25 à 40 pour 100 par an au gouvernement chinois. De Moukden, deux lignes se dirigent vers le sud, l’une sur Port-Arthur, l’autre sur An-Tung où elle se reliera au réseau coréen.
- De Pékin, une ligne est prévue vers la Mongolie dont un tronçon est déjà construit; il franchit la Grande Muraille pour arriver à Kalgan, point de départ des caravanes et se poursuivre jusqu’à Ta-Tung-Fu d’où il continuera prochainement vers Our-ga, sanctuaire du grand lama mongol et le lac Baï'kai.
- Les Allemands avaient construit
- une ligne de 455 km qui relie le port de Tsing-tan, dans la baie de Kiao-tchéou, centre de leur concession, à Tsinan, capitale du Shantung. La ligne, construite en 1904, a été confisquée par les Japonais en 1914 en même temps que la concession allemande.
- Tien-Tsin est relié à Nanking par une voie de 1088 km à laquelle le chemin de fer allemand se raccorde à Tsinan. Elle se continue ensuite de Nanking jusqu’à Shanghaï, à l’embouchure du Yang-tze-Kiang. Ouverte à l’exploitation en 1912, elle a nécessité des travaux importants : pont de 1800 m. à piles en béton pour la traversée du Fleuve Jaune à Tsinan, pont sur le Hoang-Ho, gare de Nanking dans les alluvions du Fleuve Bleu.
- La petite ligne de 150 km de Tao-Kow à Tsing-oha-cheng construite en 1904 par le « Péking Syndicate », a pris peu de développement à cause de son éloignement de la mer.
- Les capitaux français et belges ont une large part (40 pour 100) dans la construction des chemins de fer chinois, puisqu’ils ont assuré la réalisation des grandes lignes suivantes :
- 1° La ligne de Pékin à Hankow, longue de 1588 km qui longe le pied des montagnes bordant la grande plaine de Chine, traverse le Fleuve Jaune sur un pont de 5400 m. et aboutit sur le Fleuve Bleu à Hankow, ville de 900000 habitants, le « Creusot chinois », centre de fonderies, d’aciéries et arsenal. La ligne, très prospère, a été rachetée par le gouvernement chinois en 1908.
- 2° La ligne du Shansi, grande transversale qui part actuellement de Su-Chow-Fu, embranchement de la ligne Tientsin-Nanking, rejoint la ligne Pékin-
- Fig. 3. — Le personnel d’une gare chinoise.
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- LES CHEMINS DE FER CHINOIS
- U
- Iiankow à Cheng-Cho et se continue vers l'intérieur du Fleuve Bleu, d’autre part vers l’intérieur de jusqu’à Sian-Fu; elle dessert un riche bassin d’authra- l’Asie jusqu’au Gobi et au delà jusqu’au Transsi-
- Fig. 4. — Deux locomotives « Rocket of China », petit et grand modèles, construites en Chine.
- cite et de minerai de fer et se développe rapidement. Les mêmes capitaux franco-belges sont également
- bérien par l’Iénisséi, Semi-Palatinsk et Omsk. Cette immense ligne assurera les rapports directs
- État des chemins de fer chinois en 1913.
- N» RÉSEAUX Nombre de kilomètres Delai de construction en années
- i Exploités. En constructior Projetés. Des grandes lignes. Du réseau total.
- 1 Yunnan occidental 0 0 3.000 10 20
- 2 Canton à Hankow 431 670 1.445 5 10
- 3 Kvvang-Si et Yunnan oriental 465 0 2.055 5 15
- 4 Canton au Kwang-Si. . . 60 2 1.938 4 • 8
- 5 Canton au Kwei-Chow 27 0 1.643 8 15
- 6 Hankow au Fu-Kien ... 28 0 2.272 8 1 i
- 7 Shanghaï-Hankow et Kiang-Si 145 160 1.977 10 12
- 8 Shanghaï-Nanchang 409 89 1.672 5 15
- 9 Shanghaï-Hankow par l’An-IIwei. . . . . . . . . î 728 470 1.130 5 5
- 10 Hankow-Chung-King . . 0 200 2.485 10 20
- 11 Hankow au Kan-Su et au Sze-Chwan. . . . . . . 0 0 2.910 15 20
- 12 Pékin-Hankow . 1.548 0 1.690 5 10
- 13 Mer Jaune au Kan-Su 197 500 4.265 8 15
- 14 Shan-Si au Shen-Si. 258 40 2.655 10 16
- 15 Tientsin au Shan-Si 396 0 1.484 4 8
- 16 Shan-Tung 891 0 1.447 5 10
- 17 Pékin à la Mandchourie 1.180 0 1 890 2 “ 10
- 18 Sud Mandchourie 1.250 0 1.963 5 12
- 19 Nord Mandchourie . 1.741 0 670 3 5
- 20 Mongolie. 410 0 1.725 8 10
- 21 Turkestan 0 0 1.600 15 20
- 9.971 2.129 41.816
- intéressés au développement, non encore réalisé de cette grande transversale du Shansi dans les deux sens, d’une part vers la mer jusqu'à l’embouchure
- entre l’Europe et la Chine centrale et servira de débouché au Turkestan chinois riche en pétrole e/ en bétail.
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- ACADEMIE DES SCIENCES
- Au sud du Fleuve Bleu, les lignes actuellement en exploitation sont celles de Nanking à Shanghaï, deHankow à Canton et du Yunnan.
- La voie Nanking-Shanghaï, longue de 350 km, ouverte en 1908, fait suite à celle de Tientsin-Nanking; elle longe la rive droite du Fleuve Bleu et transporte surtout des voyageurs vers le grand port européen de la Mer Orientale.
- La voie Hankow-Canton, qui fait suite à celle Pékin-Hankow, n’est pas encore complètement ouverte au trafic; elle constituera le Grand Central Chinois, reliant la capitale aux grands ports de Canton et Hong-Kong; 1100 km en sont déjà construits et son ouverture est prévue l’année prochaine.
- Le chemin de fer du Yunnan, entreprise française due aux efforts de M. Doumer, est destiné à drainer vers le Tonkin le trafic de la province chinoise voisine du Yunnan. C’est une ligne à voie •étroite de 1 m. dont la construction a présenté de multiples difficultés, mais dont l’exploitation est des plus prospères.
- II. Lignes projetées. — Outre ces grandes urtères, déjà réalisées, un plus grand nombre d’autres restent à construire.
- En 1878, un projet de Freycinet prévoyait un •réseau chinois de 22 000 km. Aujourd’hui, l’ensemble des lignes construites ou projetées atteint 54000 km.
- 7600 km sont déjà en voie de construction par les soins de sociétés chinoises ou étrangères; sur •ce nombre, 5000 km sont confiés à des capitaux français et belges.
- 44 000 km sont à l’étude et ont été l’objet d’un programme d’exécution de la part du gouvernement chinois. Ce plan d’ensemble, indiquant le degré d’urgence de chaque nouvelle ligne, a été établi en 1913, avant la guerre actuelle qui retarde forcément son exécution. Il prévoit l’emploi d’un
- capital minimum de 11 milliards et un temps de réalisation de 20 ans.
- Nous ne pouvons songer à le décrire en détail dans les limites de cet article et nous nous contenterons de renvoyer le lecteur au tableau ci-contre et à la carte page 9, qui suffisent à en donner une idée.
- Les plus urgentes de ces lignes sont les grandes artères Nanking-Ilankow, Pékin-Shan-Si, Kan-Su-Mer Jaune, Hankow-Yunnan, Hankow-Sze-Chwan, Hankow-Canton, Tonkin-Sze-Chwan, déjà concédées par le gouvernement chinois à des sociétés d’entreprises.
- Lorsque le nouveau programme sera complètement réalisé, c’est-à-dire vers 1930, la Chine aura accompli un immense progrès; ses richesses innombrables trouveront enfin des débouchés en même temps que les méthodes occidentales pourront la pénétrer. Et cependant, sa densité en chemins de fer sera encore très faible.
- M. Charignou donne la comparaison suivante du développement du réseau chinois tel qu’il sera en 1930 aux réseaux des autres grands pays du monde en 1904, par rapport à la superficie et à la population.
- Longueur des voies ferrées pour
- 100 km2 10.000 habitants.
- Chine 0.9 1.1
- Belgique 15.4 7.4
- France 6.3 8.7
- Etats-Unis .... 4.4 43.8
- Japon 1 .8 1.6
- Russie d’Europe . . 1.4 4.7
- On voit qu’il y aura encore place alors pour un nouveau programme de nombreuses voies ferrées afin de diminuer les mailles du réseau actuellement en exécution. A. Breton.
- ACADEMIE DES SCIENCES
- Séances du 29 mai au 11 juin >917.
- Carte du massif de Gavarnie. — M. Schrader a exécuté, à l’échelle au 20 000e, un travail d’orographie pyrénéenne, aussi remarquable par l’exécution que par Je caractère individuel de l’entreprise. La précision des levés et le mode de rendu font ressortir, d’une manière -singulièrement frappante, les caractères géologiques du ^terrain.
- L’heure des repas. — M. Bergonié développe les avantages hygiéniques qu’il y aurait à changer l'heure •de nos repas, en faisant les provisions d’énergie par l’alimentation du matin vers 7 h. 30 sous la forme d’un -repas principal et le soir vers 18 heures sous la forme d’un repas secondaire. Suivant lui, les avantages de cette réforme sociale seraient : plus complet et plus long repos; grosse économie dans les repas pris hors du domicile et les transports en commun ; possibilité de logements extra-urbains pour les travailleurs;, aide effi-
- cace à la lutte contre l’alcoolisme, etc. On a objecté avec raison à cette communication toutes les difficultés pratiques qui s’opposeraient à ce repas matinal, à commencer par la nécessité de préparer auparavant la cui-suine. En outre, pour que la nourriture profite, il faut qu’elle soit absorbée avec appétit; et l’appétit fait défaut chez la plupart des gens à l’heure du réveil, etc., etc.
- Le temps nécessaire à l’apparition de la propriété anlivirulente du sérum est fonction de la quantité de vaccin inoculée. — M. Camus montre que la propriété virulicide apparaît d’une façon plus précoce quand la dose de vaccin introduite dans l’organisme est plus grande. Les deux procédés d’étude de l’immunité, la vaccination d’épreuve d’une part et la détermination de l’activité virulicide du sérum d’autre part, ont une concordance remarquable. La vaccination d’épreuve est inefficace à une époque d’autant plus précoce que la
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- L'UTILISATION MENAGERE DES FRUITS, SANS SUCRE ......•.-. 15
- quantité de vaccin primitivement employée est plus faible ; et, de même, le pouvoir virulicide du sérum apparaît beaucoup plus tôt quand la quantité de vaccin inoculée est plus grande.
- Influence du traumatisme sur la gangrène gazeuse expérimentale.— MM.Vincent et Stodel ont montré que l’inoculation par le Bacillus perfringens demande, pour être amorcée in vivo, un terrain nutritif à vitalité diminuée ou éteinte. Ils en apportent la vérification expérimentale. La tumeur gangréneuse se manifeste chez des cobayes lorsque le traumatisme intervient après l’inoculation du bacille, dans un délai d’une dizaine de jours. La gangrène, ainsi réveillée par le traumatisme, a une incubation brève en moins de 18 heures et une marche rapidement mortelle.
- Mammifères fossiles. — M. Depéret, en étudiant la curieuse faune fossile d’Euzel-les-Bains (Gard), montre comment, lorsqu’on étudie méthodiquement et non suivant des idées préconçues, l’évolution paléontologique des êtres organisés, on trouve le plus souvent, aux deux termes historiques d’une série, deux hiatus. Le rameau vivant apparaît brusquement, évolue quelque temps, puis disparaît avec non moins de brusquerie. C’est le phénomène qu’au temps de Cuvier on interprétait par des créations successives. Aujourd’hui on donne, comme
- explication de l’apparition des nouveaux êtres, une migration d’origine lointaine,; presque toujours tout à fait hypothétique et l’on admet que leur disparition est une « mort » de l’espèce analogue à celle des individus, mort presque toujours amenée par le gigantéisme.' Si plausibles que soient ces deux interprétations, il ne faut pas oublier qu’elles dépassent la portée des faits observés, qui sont uniquement le hiatus initial et le hiatus final et qu’en allant au delà on entre dans le champ de l’hypothèse.
- Changements de dilatation des alliages de fer sous diverses influences. — M. Guillaume, poursuivant une série d’études commencées sur l’invar, rappelle que la dilatabilité de l’invar est abaissée par la trempe et par l’écrouissage, tandis qu’elle est relevée par une chauffe avec refroidissement lent. En étudiant d’autres alliages de fer, nickel, manganèse et silicium, l’auteur constate que, si l’on part des premiers alliages réversibles en élevant progressivement la teneur en nickel, on trouve d’abord des changements en partie de sens contraire à ceux qui ont été constatés pour l’invar; puis ces changements prennent tous le même signe que dans l’invar, mais vont en s’atténuant, pour n’être plus que difficilement perceptibles aux teneurs où l’anomalie elle-même est près de disparaître.
- L’UTILISATION MENAGERE DES FRUITS, SANS SUCRE
- II. — La préparation des jus ou sucs de fruits.
- On appelle jus ou sucs de fruits les liquides contenus dans les cellules des fruits, liquides qui entraînent avec eux des éléments solubles et nutritifs que certaines manipulations rendent susceptibles de concourir à notre alimentation. Je les divise en trois groupes : les jus simples, composés ou concentrés, selon que, d’après leur mode d’obtention, ils ne résultent pour les deux premiers que de l’extraction du jus d’un seul ou du mélange de plusieurs genres de fruits; tandis que, pour le troisième groupe, ils sont le produit de leur propre concentration par la chaleur, le froid ou le vide. Dans les circonstances actuelles les jus concentrés de quelques fruits ont une réelle importance parce qu’ils peuvent, dans une certaine mesure remplacer le sucre déficitaire.
- Notions générales. — En temps habituel, leur préparation dans les ménages se fait sur une petite échelle; elle est presque toujours suivie de leur fransformation en sirops ou en gelées, mais comme on doit y renoncer, momentanément, il convient de ne les envisager que sous la forme de provisions d’attente.
- Cette préparation comporte toujours trois opérations : 1° l’extraction; 2° la clarification et filtration; 3° la stérilisation, auxquelles j’ajouterai une quatrième manipulation, la concentration.
- 1° Extraction. — Elle consiste à diviser les fruits de manière qu’ils cèdent facilement leur jus sous l’influence de la pression ; deux méthodes sont
- suivies : à froid ou à chaud, en raison de la nature des fruits. Quand ils sont formés d’une pulpe molle et juteuse comme chez les groseilles, les framboises, etc., on applique l’une ou l’autre méthode; lorsque leur chair est déjà un peu plus ferme, on opère à froid ; quand elle est pauvre en jus et de consistance un peu visqueuse, ce qui est le cas des abricots, des prunes, etc., on ajoute auparavant un peu d’eau, et enfin, lorsqu’elle est ferme comme chez les pommes, les poires, les coings, etc , on la travaille de préférence à froid après l’avoir finement divisée avec une râpe.
- Les fruits écrasés ou pulpés sont exprimés à travers un tamis ou un nouet ou soumis à la presse — une petite presse de laboratoire — et le jus est recueilli dans un récipient qui, autant que possible, doit être en terre ou en porcelaine mais jamais en fer, à cause des combinaisons ferrugineuses qui se formeraient et altéreraient les propriétés organoleptiques, chimiques et physiques de ces jüs toujours plus ou moins acides.
- 2° Clarification et filtration.-----Le jus ainsi
- obtenu ne peut être mis de suite en bouteilles pour deux raisons. La première, c’est qu’il est généralement trouble à cause des débris entraînés et plus ou moins épais par suite de la quantité variable des principes pectiques et des matières visqueuses nommées « mucilages » qu’il contient. La seconde raison,^ c’est que s’il était stérilisé dans ces conditions-, on courrait le risque de le voir se prendre
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- 14 :: L’UTILISATION MÉNAGÈRE DES FRUITS, SANS SUCRE
- en gelée. Il faut donc le clarifier, d’abord, par l’un des trois procédés suivants :
- a) .Par le repos et une légère fermentation. — C’est le plus simple, il est d’ailleurs recommandé par le Codex pharmaceutique pour la clarification des sucs végétaux. Il consiste à porter le jus des fruits acides : groseilles, cerises, etc., dans un lieu frais, c’est-à-dire où la température oscille
- Fig. i. — Machine à pulper les fruits et à presser les pulpes.
- entre 12° et 15°, de l’y laisser fermenter légèrement jusqu’à ce qu’il se soit éclairci, ce qui demande de 24 à 36 heures, selon la maturité des fruits et la température du lieu. Les praticiens reconnaissent ie moment convenable à ce fait que nombre de petits moucherons commencent à voltiger au-dessus du jus. Il importe beaucoup de surveiller la fermentation pour qu’elle ne se développe pas trop, car, en produisant une certaine quantité d’alcool au détriment des sucres en présence, elle altérerait la saveur particulière et l’ensemble des propriétés des jus en les transformant partiellement en vins de fruits.
- b) Par un faible mutage. — Lorsque les jus sont peu boueux ou peu chargés de matières albumino-pectiques, on peut leur appliquer le mutage auquel recourent les vignerons pour empêcher momentanément la fermentation et faciliter le débourbage des vins. L’acide sulfureux produit par la combustion de 0 gr. 02 de soufre, par litre, ou l’addition de 0 gr. 10 de métabisulfite de potasse en solution, arrête la fermentation durant 24 heures et permet au jus de se déféquer naturellement et suffisamment. Il est indispensable d’agir de suite, autrement, les ferments en présence n’étant pas paralysés par l’antiseptique commenceraient à provoquer une fermentation nuisible au résultat cherché.
- c) Par collage. — On utilise la propriété qu’a la caséine de se coaguler dans les liquides d’autant plus rapidement qu’ils sont plus acides, et d’entraîner dans son coagulum toutes les impuretés en
- suspension et une partie des substances à l’état colloïdal. Le tanin, par un autre mécanisme, jouit aussi de cette influence. La dose à employer, par litre de jus, est de 0 gr. 10 de caséine et de 0 gr. 08 à 0 gr. 10 de tanin; celui-ci doit être pur, à l’eau ou à l’alcool, mais non à l’éther. La précipitation se fait généralement, en 24 ou 36 heures.
- Filtration. — Lorsque la clarification a eu lieu par un des procédés ci-dessus et que le dépôt s’est bien rassemblé au fond du récipient, si le liquide surnageant est limpide, on le soutire au moyen d’un siphon en verre ou d’un tube de caoutchouc, en ayant soin qu’il ne passe aucune particule de sédiment.
- Quand la limpidité laisse un peu à désirer, on le filtre à l’étamine ou au papier spécial pour la filtration des sirops et des huiles; puis, la partie liquide passée, on y jette le dépôt par petites fractions, afin que le léger feutrage qui s’établit tout d’abord assure la limpidité complète de la totalité à égoutter.
- 3° Stérilisation. — Le jus très transparent est mis aussitôt en bouteilles pour être stérilisé au bain-marie à 100° pendant cinq minutes environ; cependant, une cuisson à 90°-95° pendant dix minutes serait suffisante. J’ai indiqué, dans un article antérieur, les précautions à prendre.
- 4° Concentration. — Ce procédé, qui a déjà donné de beaux résultats industriels dans la Bretagne, est inconnu dans les ménages où il ne peut être pratiqué que par le chauffage à feu nu ou mieux encore au bain-marie. On ne peut encore indiquer, pour les jus de fruits très acides, la proportion exacte de la réduction à effectuer, mais l’on sait de recherches faites, il y a quelques années, en Angleterre, aux Etats-Unis et au Canada, que, pour le jus de certaines variétés de pommes à cidre, la concentration de 7 ou de 6 litres en un seul permet d’obtenir, sans addition de sucre, des sirops servant de base à des recettes culinaires appréciées, ainsi que des gelées de consistance normale.
- Préparation des Jus. — Voici Fig- 2-la préparation des jus qui mé- Dénoyauteur. ritent d’attirer davantage l’attention des maîtresses de maison ou des ménagères.
- Jus ou suc de groseilles. — On n’y emploie que les groseilles à grappes, rouges ou blanches, dont les variétés les plus recommandables portent, pour les unes comme pour les autres, les mêmes noms de Hollande et de Versaillaise. Les rouges sont beaucoup plus acides que les blanches, elles leur sont, cependant, presque toujours préférées à cause de la plus belle coloration de leur jus.
- A froid. — On égraine les grappes pour éviter
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- L’UTILISATION MÉNAGÈRE DES FRUITS, SANS SUCRE 15
- une légère amerlume qu’elles pourraient céder ; on les écrase, selon leur quantité, avec les mains ou avec un broyeur à fruits sur un tamis de crin placé au-dessus d’une terrine; on exprime le marc dans un nouet ou à la presse; on porte le jus dans un endroit frais, et quand, à la suite d’une légère fermentation, la masse gélatineuse s’est bien réunie à la surface du liquide qui est suffisamment éclairci, on clarifie, filtre et stérilise comme je l’ai expliqué plus haut. Pour que la clarification se fasse bien, il ne faut pas prendre des fruits trop mûrs. On estime que les groseilles rendent entre 60 à 75 pour 100 de jus.
- A chaud. — On fait crever les groseilles égrappées dans une bassine avec un peu d’eau, sur un feu vif, en ayant soin de remuer constamment pour qu’elles ne bouillent pas et ne s’attachent pas; lorsqu’elles sont éclatées, ôn verse la pulpe et le jus sur un tamis pour qu’ils s’égouttent et, au besoin, on presse le résidu; on réunit les deux jus qui sont souvent assez limpides pour se passer de clarification, être embouteillés de suite et stérilisés.
- La pratique a consacré certaines additions aux groseilles d’autres genres de fruits pour les motifs suivants : a) augmentation de la coloration du jus, notamment quand on a employé des groseilles blanches : on ajoute par kilogramme, 100 grammes de cerises rouges acides et 50 grammes de mûres; b) augmentation de parfum; 100 grammes de framboises. Dans ces deux cas, ce ne sont plus des jus simples mais des jus composés.
- Jus ou sucs de cas-sis, de framboises, de mûres. — On les prépare comme celui de groseilles. Les variétés à préférer sont ; pour le suc de cassis, le cassis ordinaire et le cassis royal de Naples ; pour le suc de
- Fig. 4. - Gr oseille noire framboises ; Hornet et ou Cassis. Pilate. On rehausse
- souvent la coloration de ce dernier en y mélangeant le jus du quart de Son poids de cerises rouges. Le rendement des framboises varie entre 40 et 55 pour 100.
- Jus ou suc de cerises. — S’obtient comme celui de groseilles avec cette différence que les cerises doivent être bien mûres. Les meilleures variétés sont les Montmorency ; à courte ou à longue queue; la Montmorency de Sauvigny, l’Anglaise hâtive, etc. On relève parfois la coloration par l’addition d’un dixième en poids de merises bien mûres.
- Fig. 3. Groseilles à grappes. Fruit rouge.
- Fig. 5. — Framboise ordinaire, à gros fruit rouge.
- Le rendement en jus oscille de 50 à 75 pour 100.
- Jus ou suc d’abricots, de pêches, de prunes. — On en prépare rarement dans les ménages, d’abord, parce qu’il est très agréable de consommer les fruits à l’état naturel, ou arrosés d’un vin liquoreux, surtout pour les deux premiers genres; puis pour ce motif sérieux qu’ils sont très pauvres en jus qui, épais et visqueux, se sépare difficilement de la pulpe. Leur préparation, toujours délicate, n’est donc pas à conseiller ; cependant, si l’on veut l’entreprendre avec succès, il est nécessaire d’ajouter à ces fruits une quantité d’eau potable variant du vingtième au dixième de leur poids, de les dénoyauter, de les triturer dans un mortier, de renfermer la pâte liquide dansun linge pas trop fin et de l’exprimer lentement, afin d’éviter qu’il ne passe presque autant de pulpe que de jus. Terminer ensuite comme pour le jus de groseilles.
- Jus ou suc de pommes. — La consistance ferme de la chair de ces fruits exige une désagrégation assez complète des cellules soit à froid, soit à chaud, afin de faciliter la sortie du jus. Bien que la presque totalité des pommes de table et des pommes à deux lins puisse servir à cette préparation, les variétés qui, dans les ménages, ont eu jusqu’ici la préférence pour la confection des divers genres de confitures, sont tout indiquées pour l’obtention du jus. Ce sont, d’abord, la majorité des Reinettes et, en particulier, les Reinettes du Canada, de Caux et les reinettes grises pour les sortes de table, puis les Court-Pendu, les Châtaigniers, les Lo-cards, etc., pour les sortes à deux fins.
- Il n’y aurait rien d’éton-nant à ce que dansun temps non très éloigné, on ne recourût aussi à l’usage de certaines variétés de pommes à cidre qui ont été déjà, de me. part, l’objet d’une étude spéciale.
- Obtention à froid. — On prend des pommes moyennement mûres, mais très saines — elles peuvent être d’un volume inférieur — on les équeute, on les écrase complètement dans un mortier ou, ce qui est préférable, on les réduit en pulpe avec une râpeétamée à l’étain fin; on réunit la pulpe dans un sac de toile grossière et on l’exprime lentement au moyen d’une petite presse de laboratoire, afin de ne point entraîner de débris végétaux. On recueille
- Fig. 6. Montmorency à courte queue (Gobet).
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- 16 L’UTILISATION MÉNAGÈRE DES FRUITS, SANS SUCRE
- le jus dans un récipient en bois, en terre ou en porcelaine mais non en métal ; on le laisse déposer en lieu frais pendant une heure ou deux, et, selon qu’il est plus ou moins trouble, on le passe à la chausse ou on le fdtre au papier. On le stérilise ensuite à la manière habituelle.
- Le jus ainsi obtenu est finement bouqueté de l’arome propre à la variété dont il est extrait, parce que la chaleur ne l’a pas modifié en lui communiquant un léger goût de cuit, mais comme il ne contient pas la totalité des principes pectiques dont une partie est restée dans le marc, il convient mieux pour la préparation du sirop et du cidre sans alcool que pour celle des gelées et des sucs concentrés. Pour ces fins, il vaut mieux opérer à chaud.
- Obtention à chaud. — On coupe les pommes en quartiers sans les peler ni leur enlever l’endocarpe, c’est-à-dire les pépins et les loges, car c’est dans la peau et les susdites parties que se trouvent dans une très grande proportion, ainsi que je m’en suis assuré par une série d’analyses, les principes albumino-pectiques générateurs de la géléifi-cation. On met ces quartiers dans une bassine avec juste assez d’eau pour les recouvrir ; on porte à l’ébullition que l’on maintient pendant 10 minutes environ. A ce moment la chair doit être cuite, ce qu’on vérifie en s’assurant qu’elle lléchit sous la pression des doigts.
- On jette le mélange pâteux sur un tamis où on le laisse s’égoutter naturellement sans presser le marc, du moins non avant qu’il ne s’écoule plus de liquide. On clarifie ensuite et on termine l’opération comme précédemment; la stérilisation est de 5 minutes à 100° et de 10 minutes entre 90° à 95°.
- Jus de Poires. — C’est un produit qui, jusqu’à présent, n’a guère été usité dans les ménages. On peut, cependant, l’obtenir avec succès en ne mettant en œuvre que des poires à chair demi-fine et cassante tout en étant assez juteuse comme le sont en grande partie les poires à cuire, et en prenant de préférence les variétés Messire Jean, Martin Sec et Catillac.
- Jus ou suc de Coings. — On ne le fait, habituellement, qu’au moment de confectionner la gelée; mais, cette armée, ce sera une mesure de prévoyance d’en avoir une certaine provision, d’autant plus que l’abondance des autres fruits pourrait causer des inconvénients contre lesquels son emploi réagirait efficacement. A froid. On prend des coings un peu/
- avant leur maturité complète, on les essuie avec un linge rude pour enlever le duvet qui les recouvre; on les débarrasse des pépins qui, par suite de la grande quantité de mucilage qu’ils contiennent, risqueraient de rendre le jus gras et filant ; on les réduit en pulpe avec une râpe étamée pour que le tanin du suc ne se combine pas avec le fer, ce qui donnerait naissance à des tannates ferriques qui le coloreraient en noir violet et lui communiqueraient un goût d’encre. On réunit la pulpe, on la soumet à la presse et on traite le jus ensui te comme celui des pommes. — Quand le jus a pour but la gelée, on travaille les coings à chaud ainsi qu’il a été dit ci-dessus.
- A noter que plus encore que pour le sirop, on doit éviter que les coings soient d’une maturité avancée, parce que les matières pectiques y étant moins abondantes, la gelée ultérieure prendrait moins vite. Les deux variétés à préférer sont : le coing-ordinaire et le coing d’Angers. En terminant cet article, j’appelle tout spécialement l’attention sur les avantages pratiques que l’on peut retirer du jus de pommes. Dans les ménages l’importance de sa préparation n’est guère plus grande que celle des autres jus, tandis qu’elle est considérable dans la confilurerie où il est presque toujours la base des confitures industrielles ou de fantaisie; beaucoup de gelées dites d’orange, d’ananas, de rose, au rhum ou au kirsch ne sont autres que de la gelée de pommes aromatisée avec des essence^ de ces fruits ou d’origine synthétique....
- Aussi y a-t-il lieu pour les ménagères, surtout cette année où l’économie doit s’imposer dans l’obtention de nos ressources alimentaires, de préparer le jus de pommes concentré en vue de confectionner avec lui un produit susceptible : 1° d’entrer directement tel quel dans certaines préparations culinaires; 2° d’être transformé en gelée de pommes sans l’emploi de sucre ordinaire; 3° d’être mélangé à d’autres jus pour leur fournir, en dehors du sucre indispensable, la quantité de matières pectiques nécessaire pour une geléification normale.
- Je reviendrai sur ce sujet un peu avant la maturité des pommes, afin de donner tous les renseignements voulus pour que l’on puisse entreprendre et réussir ces diverses préparations basées sur l’utilisation rationnelle du jus de pommes.
- A. Truelle.
- Fig. 8.
- Poire Martin-sec.
- Le Gérant: P. Masson. — Imprimerie Laiidre, rue de Fleuras, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 2285.
- LA FONTE SYNTHÉTIQUE
- 14 JUILLET 1917
- Pendant des siècles, la fonte a été préparée exclusivement au bois dans des fourneaux primitifs, dont il reste de rares et précieux spécimens dans nos campagnes. Le département des Pyrénées-Orientales possède encore un appareil de ce genre, celui de Ria, près de Prades, que les nécessités de l’heure ont conduit à remettre à feu.
- A la fonte au
- bois se substitua la fonte au coke, qui permit à l’Angleterre de se classer en toute première ligne pour la fabrication du fer et de l’acier. Le traitement du minerai de fer au haut fourneau se poursuivit durant deux siècles avec des progrès incessants, et la dimension des appareils s’accrut avec les besoins de la consommation.
- Mais, la mise en valeur de puissantes chutes d’eau, la production à bas prix de l’énergie électrique devaient, à la fin du xixe siècle, provoquer une évolution dans l’industrie de l’acier, et le développement, durant les années qui ont précédé la guerre, de l’aciérie électrique. 11 parut qu’aussi bien la fonte pourrait être tributaire de la houille blanche. On tenta donc la préparation de la fonte au fourneau électrique. En 1912, trois appareils étaient déjà en fonctionnement à Baird et Welland (Canada), à Sault-Sainte-Marie, également au Canada, et enfin des essais étaient pratiqués à Livet, dans le Dauphiné. Au Canada, on employait le four Héroult, à Livet le four Relier.
- L’installation de Baird pouvait livrer 20 tonnes par jour sous un courant de 50 000 ampères 50 volts, et les prix de revient se trouvaient
- 45” Année. — 2° Semestre'
- Fig. i. — Vue de la chute alimentant les usines de Livet.
- abaissés de 150 francs à moins de 90. Aussi la Norvège avait-elle décidé l’établissement de 5 fourneaux électriques de 2500 HP chacun.
- 11 est, toutefois, bien évident que le four électrique ne pouvait rivaliser avec le haut fourneau traditionnel que dans les régions où le coke était cher et l’énergie électrique abondante et à bon-
- marché. Par contre, le nouveau procédéavaitl’in-contestable avantage de fournir des fontes très pures, et de pouvoir utiliser des minerais contenant des matières nuisibles à la bonne marche des hauts fourneaux ordinaires comme le titane.
- La guerre surprit la sidérurgie au moment où la fonte électrique semblait devoir être fabriquée sur une plus large échelle. La France, qui, jusque-là, n’avait procédé qu’à des essais restreints, mais à laquelle le combustible fait en partie défaut, devait être amenée, en raison des gros besoins de ses usines de guerre, à employer ses ressources en houille blanche
- pour la production de fontes pures réclamées par l’artillerie. Toutefois, le haut fourneau électrique n’y a pas encore fait son apparition, On a préféré partir de déchets d’acier, au lieu du minerai, pour préparer des fontes synthétiques, et ainsi s’est créée une industrie nouvelle, qui a rendu d’incontestables services à la défense nationale.
- Dès l’année 1908, M. Ch.-A. Relier, dont le nom restera lié à l’histoire de l’électrométallurgie, prenait un brevet (n° 40277) pour un procédé de fabrication de la fonte synthétique consistant à introduire du carbone et du silicium en quantités dosées
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- LA FONTE SYNTHÉTIQUE
- dans un lit de fusion constitué par des tournures d’acier.
- La- méthode avait besoin d’être perfectionnée. Les établissements Reller-Leleux, de Livet, dans la vallée de la Romanche, poursuivirent en 1915 une campagne industrielle pour fixer tous les détails professionnels d’obtention précise des fontes des qualités les plus diverses au moyen d’une marche continue. Le brevet de 1908 reçut conséquemment une addition du 11 septembre 1915 (n° 19 550).
- Au mois de décembre 1915, et en raison même de l’intérêt que présentait l’emploi de la fonte aciérée pour la fabrication des projectiles, M. Ch.-A. Relier mettait au point l’obtention directe au four électrique de la fonte aciérée pour projectiles. Peu après, les usines de Livet recevaient des agrandissements pour procéder à la fonderie d’obus et à
- fonte légèrement différentes, afin de satisfaire même aux fonderies dont les conditions de marche seraient exceptionnelles.
- Le procédé réalisé est d’une rare souplesse, puisque l’affectation du carbone introduit dans le lit de fusion est métallurgiquement déterminée par la température et la composition de la scorie employée.
- Les tournures d’acier étant placées dans un four électrique à chargement continu, et le charbon nécessaire introduit préalablement dans le lit de fusion, les tournures sont fondues sous l’effet d’une carburation plus ou moins accentuée par rapport à leur siliciuration* et les compositions extrêmes seront pour le carbone 4 0/0, pour le silicium 0,50 0/0, le pourcentage du carbone pouvant être abaissé et celui du silicium augmenté à volonté.
- La désulfuration complète du métal s’obtient
- Fig. 2. — Vue de Vusine de Livet.
- l’utilisation d’une partie de la production de la fonte obtenue, le reste du métal étant mis à la disposition de fondeurs qui l’emploient par simple refusion au cubilot.
- Pour ce dernier cas, M. Relier détermina une composition de fonte, prenant comme base les teneurs de l’artillerie, et en tenant compte de deux facteurs essentiels : 1° la fusion au cubilot recarbure de 0,20 environ, et oxyde le silicium dans la proportion de 0,25 environ; 2° il y a lieu de faire état du pourcentage des jets de coulée et de masse-lote réintroduits dans la fusion. Ces données, d'ailleurs, peuvent varier un peu suivant les fonderies, la forme des cubilots, la poussée du vent.
- On est ainsi arrivé à une teneur en carbone de 2,80 à 5 pour 100 et en silicium de 1,80 à 2 pour 100.
- L’emploi de la fonte ainsi dosée rend pratiquement inutile l'addition d’acier au cubilot, ou, tout au moins, l’addition d’acier est très réduite et le pourcentage nécessaire ne saurait influencer la marche du cubilot, quel qu’en soit le type. //
- On peut, par ailleurs, obtenir des teneurs en
- d’autant plus facilement, en présence d’une scorie basique, que le four électrique permet d’atteindre les hautes températures. •
- Quant aux teneurs en phosphore et manganèse elles ne varient pas sensiblement.
- Elles demeurent à peu près telles qu’elles étaient avant la fusion des rognures d’acier.
- Les fontes synthétiques ainsi préparées sont : 1° exactement dosées; 2° très pures; 5° à peine sulfureuses; 4°elles contiennent 0,05 de phosphore avec les rognures utilisées présentement. Cette fabrication offre donc un intérêt technique considérable.
- Mais M. Relier est arrivé à un autre résultat. Puisqu’il est possible d’abaisser à volonté le carbone, il a paru à l’éminent ingénieur qu’on pourrait transformer avantageusement la fabrication actuelle de l’acier électrique.
- Il a donc songé à fondre les tournures, par voie continue, dans des fours électriques & élaboration, pour obtenir un acier brut d’une teneur en carbone et silicium supérieure à celle qu’on voudra réaliser finalement.
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- LA MESURE DES TEMPÉRATURES ÉLEVÉES —. .... 19
- L’acier élaboré est transvasé dans un four à'af-finage, qui peut être un four Martin. Ce four d’affinage pourra accuser un débit élevé, en raison de la rapidité avec laquelle on peut mettre au point puisqu’il suffit seulement de pousser le chauffage oxydant jusqu’au point d’arrêt choisi pour passer aux additions finales.
- Avec la nouvelle méthode, les avantages sont de deux ordres différents. L’élaboration de l’acier désulfuré et surcarburé, dosé à volonté en silicium, s’obtient par fusion continue, à rendement thermique maximum, dans les fours électriques. Co-rollairement le travail n’exige pas l’emploi de spécialistes, et la consommation d’énergie par tonne ne dépasse pas 600 kilowatts-heure. En second lieu, le four d’affinage présente un grand débit horaire, l’opération qui s’y effectue étant essentiellement courte.
- La déphosphoration s’effectue en seconde phase,
- au four électrique fonctionnant en marche oxydante, avant la période des additions.
- La fabrication des fontes synthétiques constitue une nouvelle et précieuse application du four électrique employé avec toutes ses qualités caractéristiques, puisque l’absence de toute oxydation permet l’affectation exacte du carbone introduit dans le lit de fusion, et qu'on peut réaliser ainsi un procédé métallurgique précis. Elle caractérise, d’autre part, l’adaptation du four électrique aux fabrications de températures relativement réduites.
- Les résultats acquis à l’usine de Livet, où la production journalière de fontes atteint plusieurs centaines de tonnes,, prouvent, en outre, que l’électro-métallurgie a franchi l’étape des usines de petit tonnage et peut envisager des productions intensives.
- Plusieurs autres usines, celle de Limoges, filiale des établissements Keller-Leleux de Livet, l’usine de Villefranche (Pyrénées) à la Société Fonte Synthé-
- avant les additions de désoxydation et de dosage.
- En métallurgie ordinaire de l’acier, l’inverse a lieu, puisque la fusion est déphosphorante, et la désulfuration précède les additions. De même, le nouveau procédé utilise le four électrique d’une manière opposée à la méthode du passé par charge liquide, le four métallurgique fournissant le métal brut et le four électrique étant réservé à la mise au point et à l’épuration.
- 11 est bien entendu que la seconde phase de l’opération pourrait être aussi réservée désormais
- tique du Midi, mettent en œuvre le procédé Relier, qui aura bientôt fourni 100000 t. à l’armée. L’inventeur ayant mis son brevet gratuitement à la disposition de l’État, une usine nationale considérable produisant 300 t. par jour a été mise récemment en service à....
- La fabrication des fontes synthétiques non seulement aura rendu des services immenses au pays, mais elle a permis l’emploi des tournures d’acier sans usage; elle aura ainsi procuré à la nation des économies non méprisables. À. Pawlowski.
- LA MESURE DES TEMPÉRATURES ÉLEVÉES
- Science. — La mesure des températures élevées occupe un tout petit domaine de la physique générale; son défrichement a nécessité cependant les persévérants efforts de travailleurs particulièrement bien outillés. Le nombre était grand, en effet, des avenues intérieures à débroussailler, des tenants et aboutissants voisins à explorer.
- Dans la nature, tous les phénomènes forment des chaînes ininterrompues aux maillons rigides qu’il
- nous est impossible de briser. Si notie action sur le monde extérieur est ainsi limitée à l’étude de sa structure et de ses réactions internes, cette étude n’en est pas moins très profitable, car elle nous permet de nous glisser au milieu des phénomènes pour en utiliser au mieux de nos intérêts les forces toujours agissantes. C’est ainsi que le nautonier rentre au port en se laissant porter par la marée montante. Il serait bien embarrassé de modifier le
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- 20 ====== LA MESURE DES TEMPERATURES ELEVEES
- rythme ou l’amplitude du flux et du reflux de la mer,, mais il peut en connaître les lois et les faire alors servir à ses besoins.
- Cette connaissance des relations inéluctables des phénomènes fait précisément l’objet de la science. Dans cet article, je me propose de montrer ce qu’est l’étude scientifique d’un problème, en prenant comme exemple la mesure des températures élevées, ou plus exactement je m'efforcerai de le laisser entrevoir, car pour traiter la question dans tous ses détails, il faudrait un gros volume (*).
- Importance. — Parmi les aboutissants des mesures de température, un des plus importants est leur application aux fabrications industrielles. Cette préoccupation pratique a été le point de départ de toutes les études scientifiques que je me propose de résumer ici. Pour en saisir l’importance, il suffit de jeter un coup d’œil sur nos usines de guerre. Dans les fabriques de canons et de projectiles, tous les fours sont munis de pyromètres. Depuis le début des hostilités, on en a certainement installé plus d’un millier. Pour obtenir un bon acier, il faut le tremper à une température rigoureusement déterminée; une erreur de 10° en moins supprime tout durcissement. Trempés à une température trop élevée, les projectiles deviennent fragiles et peuvent alors par leur rupture prématurée faire éclater les canons, accidents particulièrement démoralisants pour les troupes.
- Cette imporlance industrielle de la mesure des températures élevées a été pour la première fois mise en évidence, il y a plus d’un siècle, par Wedgwood, célèbre potier du Staffordshire, inventeur de la faïence fine et du grès cérame.
- « Le plus grand nombre des produits obtenus par l’action du feu voient leur beauté et leur valeur marchande considérablement dépréciés par de très faibles écarts dans le degré de la chaleur. D’autre part, l’artiste perd souvent le bénéfice de ses recherches, faute de pouvoir reproduire exactement le degré de chaleur réalisé une première fois sous ses yeux. Plus difficile encore est pour lui la mise à profit des expériences des autres, en raison de l’absence de tout moyen de se communiquer, même d’une façon imparfaite, l’idée que chacun de nous peut se faire de ces degrés de chaleur. »
- C’est l’évidence même et l’on est en droit de s’étonner qu’il ait fallu un siècle pour combler une lacune signalée avec autant de précision.
- Difficulté théorique. — La mesure courante des températures élevées date de mes recherches (1886) sur les pyromètres thermoélectrique et optique. Pouillet, Becquerel, Sainte-Claire Deville et Violle avaient auparavant donné quelques mesures isolées, mais d’une précision contestée et faites surtout par des méthodes trop compliquées pour être susceptibles de généralisation.
- 1. H. Le Ciiatemer et G.-K. Bdrgess. The measurement of high températures (John “Wiley and Sons, New York; Chapman and Hall, London).
- Une difficulté théorique a longtemps obscurci ce problème. Toutes les grandeurs ne sont pas à proprement parler mesurables. La violence d’une tempête ne peut pas être évaluée numériquement. C’est un ensemble complexe dont les effets dépendent à la fois de la vitesse de translation de l’air, de ses mouvements tourbillonnaires, de la hauteur et de la fréquence des vagues stationnaires ou des lames de fond.
- On mesure au contraire une longueur, une masse, une quantité de chaleur. Pour le faire, on choisit arbitrairement un corps destiné à servir de terme de comparaison, appelé unité. Ce sera, par exemple, un corps d’une longueur de 1 cm, d’une masse de 1 gramme. On cherche ensuite combien de fois il faut juxtaposer ce corps unitaire pour constituer un système équivalent au corps à mesurer. Ce nombre donne la mesure de la grandeur étudiée. En comparant toutes les grandeurs mesurables, on reconnaît sans peine qu’elles obéissent aux deux lois suivantes :
- Loi d'équivalence. — Deux corps, équivalents à un troisième par rapport à une certaine propriété, le seront encore vis-à-vis de tout autre corps de comparaison. Deux longueurs superposables à une même division d’un mètre en fer, le seront encore vis-à-vis d’un mètre en bois.
- Loi d’additivité. — Il est possible d’obtenir par la juxtaposition d’un certain nombre de corps identiques, un système possédant la propriété étudiée à un plus haut degré que chaque corps isolé. La réunion de plusieurs corps de 1 gr. pèse plus que l’un d’entre eux.
- Repérage. — Les grandeurs insoumises à ces deux lois ne sont pas mesurables. 11 en est encore de même si elles obéissent seulement à l’une des deux lois. On ne peut pas, en juxtaposant deux corps à la même température, obtenir un corps plus chaud ; la loi d’additivité est en défaut, par suite la température n’est pas une grandeur mesurable. On peut cependant, grâce à la loi d’équivalence, la repérer. C’est là ce que l’on appelle très improprement la mesure des températures.
- Pour le repérage, on choisit arbitrairement un corps thermométrique, une des propriétés de ce corps, variable avec la température et qui soit mesurable. On fixe toujours arbitrairement l’unité de mesure et enfin l’origine de la graduation, ce que l’on appelle le zéro des températures. Dans tout repérage, il faut donc quatre conventions arbitraires: pour les mesures, il suffit d’une seule, le choix de l’unité. Entre les différentes échelles de repérage d’un phénomène donné, il n’existe aucune relation nécessaire; dans les mesures, au contraire, les valeurs numériques varient rigoureusement en raison inverse de la grandeur des unités. Mesurées en mètres, les longueurs sont cent fois moindres qu’exprimées en centimètres.
- Comme corps tliermométriques, on a employé l’alcool, le mercure, l’air, le platine, le fer, etc.
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- LA MESURE DES TEMPERATURES ELEVEES ' -. — 21
- Les propriétés mesurées ont été le volume, la pression, la résistance électrique, etc. Le choix des unités et celui du point zéro n’ont pas été moins variables. On conçoit sans peine à quelle confusion cela devait nécessairement aboutir. Voici à titre d’exemples, différentes déterminations faites sur le point de cuisson de la porcelaine :
- Wedgwood. Retrait de l’argile...........140°
- Régnault . Chaleur d’échauffement du fer 1800° Lauth . . Pyromètre à circulation d’eau. 18°40 LeChatelier. Pyromètre normal à air . . 1375°
- Échelle normale. — On est d’accord aujourd’hui sur l’emploi d’une échelle unique de repérage des températures, à laquelle on rapporte, au moyen de comparaisons appropriées, les observations faites en réalité par des procédés expérimentaux tout différents. Plus exactement, on admet encore trois échelles normales, mais tellement voisines que l’on peut dans la pratique les confondre et les employer indifféremment.
- La plus satisfaisante au point de vue théorique, celle de l’avenir, est l’échelle thermodynamique déduite du principe de Carnot. Elle définit les températures par le rapport des quantités de chaleur échangées par voie réversible entre les sources comparées. Ce rapport, indépendant de la nature du corps servant au transport de la chaleur, dispense de toute convention arbitraire sur la nature du corps thermométrique et sur le choix de la propriété mise en œuvre. Le nombre des conventions arbitraires est ainsi réduit de quatre à deux. C’est là le grand mérite de ce mode de repérage de la température. Il a par contre l’inconvénient de ne comporter aucune réalisation matérielle pouvant servir à l’évaluation directe des températures. On détermine seulement par le calcul les écarts entre cette échelle fictive et les échelles effectivement réalisables.
- Le thermomètre normal du bureau international des Poids et Mesures est un thermomètre à gaz où une masse d’hydrogène a été enfermée dans une enveloppe de dimensions invariables, à la température de la glace fondante et sous une pression de 1 mètre de mercure. La température est définie par les changements de pression de cette masse maintenue à volume constant.
- Pour les températures élevées, on emploie un pyromètre (Syn. de thermomètre) à azote ou plus simplement à air, fonctionnant à pression constante. Voici la comparaison de ces trois échelles :
- Echelle thermodynamique. . . . —100° 50° 500° 1000°
- Thermom. normal. — 100°,005 50°,0004 499°,985 9990,354 Pyromètre à air. . — 100°,314 50°,0186 499°,460 998°,540
- Difficultés expérimentales. — L’emploi direct du pyromètre à air pour le repérage courant des températures est pratiquement irréalisable; on se heurte à des difficultés 'expérimentales presque insurmontables. À peine possédons-nous aujourd’hui une douzaine de bonnes évaluations de températures faites par cette méthode. Et chacune
- d’elles a demandé des semaines, des mois, on pourrait même dire des années de travail, si on tient compte des études préparatoires nécessitées par la mise au point du procédé.
- Employé pour la première fois par Pouillet, puis repris par Becquerel, ce pyromètre fut d’abord construit en platine. Plus tard, Sainte-Claire Deville, après avoir établi la porosité du platine à l’hydrogène, gaz toujours présent dans les foyers chauffés par combustion, recommanda l’emploi de la porcelaine. Ce ne fut pas un progrès, car la porcelaine se montra encore plus perméable à la vapeur d’eau que le platine l’était à l'hydrogène. Finalement, on est revenu au platine, mais avec l’emploi de fours chauffés électriquement, de façon à éviter toute possibilité de production d’hydrogène.
- Cette méthode comporte une cause d’erreur spéciale due à l’espace nuisible qui existe nécessairement dans les tubes à température variable destinés à relier le réservoir de gaz aux appareils de mesure. On réduit l’importance relative de ce petit volume en augmentant les dimensions du réservoir. Avec un volume de 500 c. c. l’erreur serait négligeable. Mais il est impossible de trouver dans un four de laboratoire un espace aussi considérable à température uniforme. On l’obtient bien dans les fours industriels, mais alors l’épaisseur des parois et la température élevée au voisinage des fours rendent les opérations précises à peu près impossibles. On s’est finalement arrêté à un volume de 50 c. c. Dans ces conditions, de très habiles expérimentateurs pensent pouvoir répondre des températures voisines de 1000° à 1° près et de celles de 1500° à 5° près. Cependant les écarts entre observateurs également habiles dépassent encore ces chiffres.
- Points fixes. — La difficulté d’emploi du pyromètre à air ne permet pas de songer à s’en servir pour la graduation courante des pyromètres usuels. On tourne cette difficulté, comme je l’ai proposé, en graduant les pyromètres au moyen de certains points fixes de fusion et d’ébullition repérés une fois pour toutes par rapport au pyromètre normal. La détermination de ces points fixes a été l’objet de recherches prolongées, bien des fois recommencées avant d’avoir donné des résultats satisfaisants. Ces mesures constituent la douzaine de déterminations exactes de températures auxquelles je faisais précédemment allusion. Elles sont dues principalement à MMrs Ilolborn, Callendar et Burgess. Voici la liste des points fixes actuellement admis.
- Phénomènes- Corps. Température. Incertitude.
- Ébullition. . Eau. . .~. . . . . 1ÔÔ°‘ (Définition)
- » Naphtaline. . . . . 218 0,2
- » Soufre. . . . . . . 444,7. 0,5
- Fusion . . . Plomb. . . . . . . 327,4 0,3
- B Zinc. . . . . . . . 419,4 0.5
- Aluminium. . . . . 658 1°
- Chlorure de sodium. 800 . . \ . 1063 2°
- Or ... . 3°
- Si O2 Lis 0 . . . . . 1202 10°
- Nickel. . . . . . . 1450 15°
- On n’a pu faire de mesures avec le pyromètre à
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- air au dessus de 1500°, mais par extrapolation d’autres échelles de températures repérées par rapport aux points fixes précédents, on a fait les évaluations suivantes :
- Platine . 1755 20°
- Arc électrique . . . 5500 150
- Soleil . 6000 500
- Choix des méthodes pyrométriques. — En raison des difficultés d’emploi du pyromètre à air, on se sert toujours pour les mesures courantes de procédés différents de repérage, dont on établit la correspondance avec l’échelle normale par l’intermédiaire des points fixes. Le nombre des méthodes pyrométriques possibles est illimité, car n’importe quelle propriété de n’importe quel corps peut constituer une échelle de repérage. En fait on a déjà essayé au moins une centaine de pyromètres. Bien peu ont donné satisfaction, aucun même n’est irréprochable.
- Les points de vue à envisager dans le choix de telle ou telle méthode sont multiples. La propriété physique utilisée pour le repérage doit être d’une mesure facile. La dilatation des corps solides, par exemple, cent fois moindre que celle des gaz, sera d’un emploi moins avantageux.
- Mais surtout les propriétés physiques des corps dépendent, en dehors de la température, de beaucoup d’autres facteurs. Pour un repérage exact de la température, il faut donc, ou bien calculer l’influence perturbatrice de ces facteurs parasites (on procède ainsi pour le pyromètre à gaz en tenant compte par le calcul de l’influence des variations de la pression atmosphérique) ou bien, plus simplement, maintenir invariables tous les facteurs étrangers à la température. Dans le premier des pyromètres, celui de Wegdwood, qui évalue la température d’après le retrait de petits cylindres d’argile, ce retrait dépend encore de la nature chimique de l’argile, de la grosseur de son grain, de la proportion d’eau de gâchage, de la pression de moulage. N’ayant jamais pu régulariser toutes ces conditions, on a depuis longtemps renoncé à l’emploi de ce pyromètre....
- Il faut en second lieu tenir compte des conditions relatives au milieu échauffé que l’on se propose d’étudier. Une température trop élevée ou la présence de gaz réducteurs dans les fumées, s’opposera, par exemple, à l’emploi d’appareils en platine.
- Il y a enfin à tenir compte de l’habileté des opérateurs. Tel appareil excellent dans un laboratoire ne pourra être confié à un ouvrier.
- Pyromètres usuels. — Il y a actuellement six méthodes pyirométriques en usage tant dans les laboratoires scientifiques que dans les usines. Rappe-lons-en rapidement les caractéristiques.
- Le pyromèlre normal à air est constitué par un réservoir en platine ou en porcelaine, renfermant de l’air ou de l’azote. Il sert uniquement à la détermination des points fixes.
- Le pyromètre à résistance électrique Siemens-
- Callendar consiste en une spirale en fil de platine enfermée dans un tube étanche de platine ou de porcelaine. Un peu moins délicat et beaucoup moins volumineux que le pyromètre à gaz, il est aujourd’hui le dispositif pratique le plus précis que nous possédions pour la détermination des températures comprises entre 500° et 1500°. Son usage est limité aux laboratoires, car son maniement ne peut être confié qu’à des savants entraînés aux mesures de précision.
- Le pyromètre thermoélectrique Becquerel-Le Chatelier est le plus simple et le moins volumineux des appareils servant à l’évaluation des températures élevées; c’est aussi le plus employé dans les laboratoires et les usines. Il se prête facilement à l’enregistrement photographique.
- Le pyromètre optique Le Chatelier-Wanner utilise la mesure de l’intensité de la radiation rouge monochromatique transmise à travers un verre au cuivre. 11 convient pour l’évaluation de toutes les températures supérieures à 1000°. Ses indications sont influencées par le pouvoir émissif des corps incandescents.
- Le pyromètre à radiation calorifique Féry a le même champ d’application. Son usage se répand beaucoup dans les usines, parce qu’il est plus facile de faire lire à des ouvriers des indications écrites sur un cadran que de leur demander une mesure photométrique. Mais cet appareil n’a pas encore été soumis, au point de vue de la précision, à un contrôle aussi rigoureux que les précédents.
- Les montres Seger très employées dans l’industrie céramique mettent en jeu la fusibilité de mélanges de kaolin et de divers fondants.
- Pyromètre thermoélectrique. — Nous prendrons comme exemple l’étude du pyromètre thermoélectrique. Comment se fait-il que cette méthode devenue aujourd’hui d’un emploi aussi général ait demandé cinquante ans pour sa mise au point. Proposée en 1830 par Henri Becquerel, elle ne fut réellement employée qu’aprèsmes recherches de 1886.
- Becquerel (Henri), Pouillet', Becquerel (Edmond) et Piegnault cherchèrent à comparer les indications des couples thermoélectriques avec celles du pyromètre à air, mais sans arriver à aucun résultat. Régnault tira même de ses expériences la conclusion que la méthode ne valait rien. L’exactitude des mesures de Becquerel fut vivement contestée par Sainte-Claire Deville. Quant à celles de Régnault, leur inexactitude saute aux yeux. Il avait négligé de tenir compte des variations de résistance du circuit électrique. Pour lever les difficultés de graduation, je proposai de rapporter les indications des couples aux points fixes de fusion et d’ébullition de quelques corps bien purs. Cela suffisait pour asseoir le repérage des températures sur des bases inébranlables.
- D’autre part, les anciens galvanomètres à aimants mobiles présentaient une telle instabilité que leur
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- lecture était toujours difficile, même impossible là | où le sol subit des trépidations, comme cela se présente toujours dans les usines. L’emploi du galvanomètre à cadre mobile leva cette difficulté. En donnant enfin aux cadres une résistance de 200 ohms pour annihiler l’influence des changements de résistance des couples et en employant des fils de suspension en maillechort écroui au lieu d’argent recuit, on obtient des indications tout à fait régulières.
- Une dernière difficulté à lever concernait les couples. On ne s’était pas aperçu que certains fils métalliques chauffés en un de leurs points donnaient des forces électromotrices parasites. Le couple platine-platine rhodié ne présente pas ce défaut ou plus exactement il ne se présente qu’à un très faible degré.
- Graduation de9 couples. — Il est indispensable de répéter fréquemment la graduation des couples. Ceux-ci s’altèrent en service; d’autre part, la sensibilité des galvanomètres varie avec le temps, soit par la perte du magnétisme des aimants permanents, soit par des changements dans la verticalité de l’appareil. Les cadres mobiles, toujours assez lourds, ont rarement leur centre de gravité exactement sur la ligne des points de suspension. Il en résulte un couple perturbateur tendant à modifier les indications du galvanomètre.
- La relation entre la force électromotrice d’un couple et la différence de température de ses deux soudures est de la forme :
- Log E = a Log T H- b.
- Il suffit donc de deux points fixes pour une graduation. On a l’habitude d’en prendre trois, l’un devant servir de contrôle. On les choisit de préférence dans l’intervalle de température sur lequel doivent porter les mesures.
- Pour les points d’ébullition de l’eau, de la naphtaline et du soufre, on emploie des tubes à essai, entourés de plâtre sur la moitié centrale de leur hauteur et on place le couple au milieu de cette région. La vapeur condensée dans la partie supérieure libre du tube retombe constamment le long des parois de la région isolée où se trouve le couple.
- Pour les points de fusion des métaux : aluminium, or, palladium, on entoure la soudure du couple de quelques tours d’un fil de 0,5 mm de diamètre et on la place dans un milieu dont réchauffement soit très régulier. Au moment de la fusion, un léger arrêt de l’élévation de température, du à l’absorption de la chaleur latente, indique la fusion.
- Pour le chlorure de sodium, on plonge le couple dans un petit creuset rempli du sel fondu et on laisse refroidir. La température reste très longtemps stationnaire pendant le refroidissement.
- Causes d’erreurs. — Il semblerait qu’une fois l’étude de la méthode achevée et les facteurs perturbateurs déterminés avec soin, les mesures devraient être exactes à tout coup. Or trop souvent dans ces
- mesures, comme dans toute recherche scientifique, on se heurte à des erreurs imprévues et parfois fort difficiles à démêler. Des facteurs insoupçonnés entrent brusquement en jeu et déroutent toutes les prévisions. En voici quelques exemples typiques :
- L’accident le plus fréquent est le desserrage des fils du couple, quand on se contente de les tortiller au lieu de les souder ensemble ou encore la rupture dans le cas de chauffage en atmosphère réductrice. Si le contact cesse complètement, il n’y a pas de mal, parce que l’on en est averti; souvent cependant les fils séparés continuent à se toucher en laissant passer le courant, mais avec une réduction d’intensité par suite des résistances supplémentaires au contact et les mesures sont faussées sans que rien en avertisse.
- Une difficulté très fréquente au début, mais aujourd’hui disparue par suite de la meilleure construction des galvanomètres, provenait du frottement de brins de soie mal vernis contre le noyau central de fer doux. Cette perturbation était intermittente, les fibres de soie se couchant ou se dressant suivant l’état hygrométrique de l’air.
- Une cause d’erreur analogue, et très fréquente dans les usines, provient de la fixation sur le noyau de fer aimanté de poussières de fer métallique. Elles se dressent perpendiculairement au cadre et le freinent très légèrement. Cette cause d’erreur est plus difficile encore à reconnaître que la précédente.
- Enfin dans les expériences de laboratoire, quand on immerge les fils du couple sur une trop faible longueur dans le corps chaud étudié, la conductibilité calorifique des fils refroidit la soudure et fausse les indications.
- Enregistrement photographique. — Un des
- grands avantages de la méthode thermo-électrique est de se prêter facilement à l’enregistrement photographique. Il suffit de faire tomber un faisceau lumineux, émanant d’une fente ou d’un trou, très étroit sur un miroir porté par le galvanomètre et l’envoyer de là impressionner une plaque photographique. Cette méthode a été souvent mise à profit pour l’étude des points critiques des aciers, qui depuis les travaux d’Osmond ont joué un si grand rôle dans le développement de la métallurgie scientifique.
- J’ai fait mes premiers enregistrements en recevant sur une plaque fixe, un rayon lumineux lancé à des intervalles fixes, toutes les secondes, par exemple. Malgré ses avantages, cette méthode ne s’est pas répandue et l’on préfère recevoir l’impression sur une plaque mobile, animée d’un mouvement de translation uniforme, de façon à obtenir directement une courbe donnant en abcisses le temps et en ordonnées, la température.
- M. Saladin a imaginé un dispositif photographique très ingénieux qui permet d’enregistrer des courbes de toute nature sur plaque fixe au moyen de deux miroirs animés l’un et l’autre d’un mouvement dt
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- rotation autour d’un axe vertical, commandés par exemple par deux galvanomètres parallèles. Il suffit pour cela d’intercaler entre les deux miroirs mobiles un miroir fixe incliné à 45° sur le plan horizontal. Le rayon lumineux réfléchi par le premier miroir et animé ainsi d’un mouvement,horizontal, voit son déplacement devenir vertical après. réflexion sur le miroir fixe à 45°. Il va de là se réfléchir sur le second miroir qui lui communique un second et dernier déplacement horizontal. Finalement la composition de ces deux mouvements perpendiculaires dessine une courbe sur la plaque photographique fixe. On peut ainsi enregistrer directement des courbes de résistance électrique, de dilatation, de force électromotrice en fonction de la température.
- Conclusion. — En entrant dans ces détails, j’ai voulu montrer ce qu’est l’étude scientifique d’un problème et par contre-coup indiquer ce que devrait être l’enseignement scientifique.
- La Science a pour seul objet l’étude des relations mutuelles et inéluctables des phénomènes naturels, c’est-à-dire la recherche systématique des facteurs, L'estimation de leur degré relatif d’influence sur le but poursuivi et enfin la détermination expérimentale de leurs lois numériques. La science ainsi comprise est intéressante, non seulement par la connaissance plus parfaite qu’elle nous donne du monde où nous vivons, mais encore par l’action qu’elle nous permet d’acquérir sur les forces natu-
- relles pour en tirer parti dans nos différentes industries.
- L’objet essentiel de l’enseignement scientifique devrait être d’éveiller dans l’esprit des étudiants le sentiment de l’interdépendance des phénomènes, leur donner le désir de connaître les lois qui les régissent et enfin mettre à leur disposition les méthodes de travail utiles pour acquérir par eux-mêmes la connaissance de ces lois, dans toutes les circonstances de la vie où ils seront placés.
- Dans l’enseignement classique de la physique, on décrit bien les thermomètres le plus fréquemment employés, mais cela est de peu d’utilité, car on peut facilement trouver les mêmes renseignements dans les livres. Le pourquoi des dispositions adoptées importe seul, il ne s’agit pas de meubler la mémoire d’une documentation plus ou moins importante, mais de donner une certaine orientation intellectuelle. C’est là une question d’une importance capitale pour le relèvement de notre industrie après la guerre. Il faut développer l’esprit scientifique, ce doit être maintenant la préoccupation dominante de l’enseignement secondaire. Son rôle, et son seul rôle, doit être de donner à l’esprit une bonne formation, les connaissances acquises par surcroît étant d’importance secondaire. Et ne pas oublier que les lettres, l’histoire, la philosophie concourent autant et parfois plus au développement de l’esprit scientifique que les mathématiques ou la chimie. Henry Le Ciixtelieii.
- Membre de l’Institut.
- LA GUERRE NOUS PRIVERA-T-ELLE D’ALLUMETTES?
- Certaines catégories d’allumettes deviennent de plus en plus rares en France. Depuis le début des hostilités, on ne trouve pas de lisons dans les bureaux de tabac, car le Ministère de la guerre les a réquisitionnés. Voilà également plusieurs mois que les suédoises manquent dans la région parisienne ainsi que dans nos départements du nord et du centre. En revanche, on se procure sans difficultés jusqu’à présent des allumettes ordinaires soufrées et des allumettes-bougies. Mais en dépit des mesures prises par la direction des manufactures de l’État français, la crise du charbon, l’intensification de la guerre sous-marine qui rend difficile le transport des bois spéciaux venant de Russie ou des allumettes fabriquées au Japon et aux États-Unis, ainsi que la pénurie de main-d’œuvre ralentiront la fabrication et épuiseront rapidement les stocks existant aujourd’hui. Déjà en temps de paix la production des sept usines de Pantin, d’Aubervilliers, de Saintines, de Bègles, de Trélazé et de Marseille ne ’ suffisait pas à nous approvisionner : en 1913, elles fabriquèrent seulement 46 milliards 492 allumettes alors que la consommation française dépassait 49 milliards. On comprend donc que la guerre, en
- arrêtant les améliorations projetées, et l’occupaLion momentanée par les Allemands delà manufacture de Saintines (Oise), qui se dresse sur la lisière de la forêt de Compiègne et où on débite les troncs de peupliers en petites tiges, aient singulièrement compliqué la situation. Aussi en 1916, vu les difficultés d’importation du bois, la fabrication des allumettes ne dépassa pas 39 milliards 730 millions alors que les Français en brûlèrent près de 54 milliards. Il fallut demander à l’Amérique, à l’Indo-Chine, au Japon, à la Suède et à l’Italie de combler le déficit.
- A Pantin ou à Aubervilliers, le bois arrive tout débité et soigneusement emballé dans de grandes caisses. Gomme essences d’arbres, on emploie le peuplier, le bouleau, et surtout, avant la guerre, le tremble de Russie qui offre plus de résistance que les bois analogues français. Des ouvriers déballent ces baguettes et les alignent dans un « bateau » ou forme carrée qu’ils déposent à la partie supérieure d’une machine qui va les mettre en presse, c’est-à-dire les classer et les isoler dans un cadre de fer. En pressant du pied la pédale, l’homme fait avancer une rangée de cent allumettes qu’il recouvre d’une planchette. Chaque rangée se trouve donc bien distincte
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- et à égale distance de ses deux voisines. Un organe sert alternativement à embrayer et à débrayer le magasin de façon à remuer automatiquement les tiges et à faciliter par suite leur insertion régulière. Le contrepoids, qu’on aperçoit sur le devant de la photographie (fig. 3), contre-balance le cadre et le chariot porteur. Une fois le remplissage effectué, le serrement s’obtient à l’aide d’un chapiteau et on l’enlève pour porter le châssis à l’atelier de soufrage.
- La machine employée pour la mise en presse des allumettes-tisons diffère de la précédente. Une fois les brins empilés côte à côte, on les place verticalement sur une plaque à tube. Chacun de ces derniers ne laisse passer qu’une seule tige d’allumettes et la conduit à sa place dans le
- ensuite l’appareil, serre la presse qu’il remplace par un châssis vide et la même opération recommence.
- Fig. 2. — Vue de la machine Cahen et Sevène permettant de se rendre compte des opérations d'emboîtage et de dégarnissage.
- châssis préparé où il descend par l’action de son propre poids. 11 passe par coup de levier autant de h indilles qu’il existe de trous. L’ouvrier relève
- Fig. i. — Mise en boîte des allumettes-tisons.
- Les châssis, chargés d’allumettes régulièrement espacées, arrivent dans les ateliers de soufrage et
- d’imprégnation de la pâte phosphorée. Un ouvrier les appuie sur des plaques de tôle chauffée qui portent l’extrémité des tiges de bois à la température voulue pour favoriser l’adhérence du soufre, puis un autre de ses compagnons les plonge dans le bain de soufre en fusion. Ce deuxième personnage saisit le cadre garni ; il le pose ensuite dans la cuve sise devant lui et dont les rebords l’arrêteront dans son mouvement, de manière que les extrémités des allumettes plongent de la quantité nécessaire dans le liquide maintenu à un niveau constant. Des générateurs à vapeur permettent le réglage automatique du bain. L’homme qui exécute le soufrage doit posséder une grande habitude de son métier, car
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- une immersion trop longue ou trop courte de la presse occasionne souvent la perte ou. tout au moins, la mauvaise qualité des allumettes qui la garnissent.
- L’allumette ordinaire soufrée passe ensuite au trempage ou chimiquage. Les appareils destinés à cet usage se composent, somme toute, d’un cylindre horizontal immergé dans la pâte jusqu’au tiers de son diamètre et qui, dans sa rotation, entraîne une couche de cette pâte constamment renouvelée. L’allumettier glisse les presses sous un autre rouleau qui force les tiges à s’imprégner de pâte.
- Pour les tison*, la mise de la pâte phosphorée ressemble beaucoup au soufrage des allumettes ordinaires. Mais la dextérité de l’ouvrier doit être fort grande. Il étend au préalable sa pâte chloratée de manière uniforme sur une plaque métallique et donne un coup de main très précis, car le bouton d’inflammation est plus gros.
- Ouvrons une parenthèse à propos de la pâte. Les inconvénients qui accompagnaient pour les allu-mettiers le maniement du phosphore blanc lui ont fait substituer le phosphore rouge. Les allumettes ainsi préparées ne renferment plus de phosphore dans leur: pâte qui se compose de 100 parties de chlorate de potassium et de 40 parties de sulfure d’antimoine agglutinés par 20 pour 100 de gélatine. Elles s’enflamment seulement sur un frottoir recouvert de phosphore rouge, mélangé de 80 pour 100 desulfure d’antimoine et de 50 pour 100 de gélatine.
- Lorsqu’on remplace le soufre par d’autres matières inflammables, la stéarine ou la paraffine, on incorpore à la pâte un peu de chlorate de potassium pour obtenir une température plus élevée durant l’inflammation.
- On procède de la sorte pour les allumettes-bougies qui se fabriquent exclusivement à Marseille et dans lesquelles les mèches de coton stéa-rinées remplacent les bûchettes de bois. Ces pâtes, phospho-rées ou non, se préparent dans un laboratoire spécial. -Les éléments en sont pesés et dosés soigneusement, on les malaxe dans des broyeurs automatiques que des ouvriers surveillent.
- Mais revenons à nos allumettes ordinaires qui, soufrées et « chi-miquées », sont au trois quarts fabriquées. Cependant, ce sont des nouveau-nés encore délicats qu’il faut sécher pour qu’ils ne se désagrègent pas. On les roule sur des chariots de fer chargés de presses dans des séchoirs, hermétiquement clos à chacune de leurs extrémités par de lourdes portes. Le séchage s’opère dans ces étuves sous la double action d’une énergique ventilation et d’un chauffage à l’aide de tuyaux à circulation de vapeur. Quelquefois le feu se déclare dans ces longs tunnels. On se contente de laisser brûler les allumettes et une fois que l'incendie a tout consumé, il s’arrête faute d’aliments. Ces petits inconvénients de la fabrication n’ont d’ordinaire pas d’autres effets que de détruire un peu de marchandise et si une fumée nauséabonde se répand dans la salle par les interstices des étuves, la maçonnerie n’en soufre guère..
- A leur sortie des séchoirs, les chariots garnis d’allumettes sont roulés jusqu’aux salles de dégarnissage. Là, des ouvrières vont démonter les cadres et mettre les allumettes dans des caisses à compartiments appelées « bateaux ». Cette opération s’exécute aussi mécaniquement. Une femme dispose la presse à la partie supérieure de la machine à dégarnir et, d’un coup sec, une fois le cadre desserré, elle retire les lattes de bois au fur et à mesure, appuie sur une pédale et les allumettes tombent d’elles-mêmes dans les bateaux disposés au-dessous. Une des camarades de la dégarnisseuse retourne, à l’aide d’une pince, les allumettes placées tête-bêche dans les casiers. On emporte alors les bateaux dans l’atelier d’emboîtage.
- Les boîtes d’allumettes ordinaires sont confectionnées à la machine dans une pièce voisine et amenées pèle mêle dans de grandes caisses auprès de chaque emboîteuse qui, avec une grande habi-
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- leté, les remplit très vivement. L’emboîtage se fait encore à la machine ; dans ce cas, le bateau prend place derrière un vitrage, permettant à l’ouvrière de surveiller son travail. Puis, sous l’action d’une trépidation mécanique continuelle et de leur propre poids, les allumettes glissent dans un canal calibré de manière à ne laisser passer que le nombre d’allumettes voulu à la fois. La conductrice en agissant sur une pédale provoque automatiquement chaque descente, tandis que deux autres de ses compagnes ferment les boîtes. Une dégarnisseuse mécanique et deux emboîteuses emplissent et ferment, en moyenne, 20 000 boîtes par jour. Quant à l’emballage et au collage des étiquettes de contrôle, il n’offre rien de particulier à signaler, sinon la dextérité des ouvrières qui en sont chargées.
- L’emboîtage des lisons se pratique un peu différemment. Les ouvrières, assises devant une table, disposent verticalement à côté d’elles, les presses toutes garnies et, après les avoir desserrées, elles enlèvent d’un seul coup, entre le pouce et l’index, les allumettes d’une rangée, les disposent en petits tas sur la table et les mettent ensuite dans les boîtes. Cette manipulation que, vu l’inflammabilité des tisons, on ne saurait faire à la machine, ne va pas sans danger.
- Parfois, au cours du travail, une allumette prend feu, l’ouvrier doit alors vivement se retirer et jeter à terre la presse avec les boîtes d’allumettes enflammées. D’ordinaire, ces petits incendies s’éteignent facilement ; il en est de même de ceux provoqués par les tisons ou autres allumettes qui jonchent inévitablement le sol, car, étant donnée leur valeur minime, on ne se donne pas la peine de les ramasser à chaque fois, on les balaye quotidiennement et on les incinère dans un four spécial.
- Mais les boîtes pour les tisons, les suédoises et autres allumettes au phosphore rouge doivent porter sur leurs parois latérales une pâte dont le frottement avecle bouton d’inflammation donne la lumière. Il faut donc procéder à leur gralinage, comme disent les techniciens. L’opération se fait soit à la main, soit à la machine. Dans le premier cas, l’ouvrier trempe l’extrémité de la boîte dans la pâte phosphorée. Dans le
- second, la machine employée est curieuse. C’est, somme toute, trois rubans d’acier servant de rails aux files de boîtes qu’une ouvrière pousse sous des rouleaux qui les font avancer petit à petit vers des brosses rotatives, disposées les unes au-dessus des autres, sous cette espèce de chemin de fer. Les côtés des boîtes s’enduisent de pâte phosphorée. Elles pénètrent ensuite automatiquement dans un couloir chauffé où elles sèchent et arrivent finalement devant les tables des empaqueteuses qui les emballent au fur et à mesure.
- Maintenant que nous avons vu la série successive des opérations que nécessite la fabrication des allumettes parles anciens procédés, décrivons la remarquable machine imaginée par MM. Cahen et Sevène et dont les merveilleux rouages remplacent tant de mains! A la nouvelle manufacture d’Aubervilliers, près Paris, fonctionnent, depuis plusieurs années, une vingtaine de ces chefs-d’œuvre de mécanique qui transforment automatiquement les petits morceaux de bois en allumettes et les emboîtent même.
- Une ouvrière, qu’on aperçoit sur notre photographie, entre les deux premières travées du système, alimente le monstre de tiges de bois blanc, tandis qu’un homme veille à ce que le soufre et la pâte phosphorée ne manquent pas dans les chaudières. Enfin, à une extrémité de la machine, une allumet-tière met les boîtes dans une sorte d’entonnoir ; sa compagne, qui est assise en lui faisant vis-à-vis (sur la vue de face de l’appareil), recevra tout à l’heure ces boîtes toutes garnies d’allumettes et n’aura plus qu’à les empiler dans une grande caisse
- Fig. 4. — Machine Cahen et Sevène pour la fabrication automatique des allumettes ordinaires. (La vue montre les opérations de garnissage, soufrage et chimicage mécanique '
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- ayant deux côtés ouverts et qu’on dirigera vers l’atelier de gratinage. Une série de plaquettes d’acier, larges de 5 cm, longues de 1 m. 20 et dans lesquelles se trouvent percées cinq rangées de trous équidistants, constituent l’organe essentiel, appelé « presse )>, qui supporte les allumettes durant le cours de leurs pérégrinations. Une chaîne de Galle sans fin, dont l’entraînement par des cliquetis assure et régularise la marche, relie entre elles l’ensemble des plaquettes. Chaque rangée comporte cent dix trous qui fournissent à volonté une boîte de cent allumettes ou deux de cinquante. L’expérience a montré effectivement la nécessité d’ajouter quelques orifices supplémentaires afin de remplacer les manquants. Les trous sont circulaires et d’un diamètre (2 mm) sensiblement égal au côté du carré formé par la section d’une allumette. En sorte que les petites tiges de bois s’encastrent solidement dans les trous.
- Examinons à présent la presse en action. Sous les trépidations imprimées à la machine, les petits bâtonnets tombent sur les rainures ménagées dans une table horizontale en fonte, dont les expulse à chaque seconde, une rangée correspondante de poinçons destinés à les amener dans un chariot-transporteur. Cette pièce se compose d’une tablette de fonte, animée d’un mouvement de va-et-vient, et dans laquelle se trouvent creusées cent dix rainures disposées en face de celles précédemment signalées. Quand le chariot garni de tiges s’avance horizontalement vers la presse verticale, un couteau se relève à l’arrière des rigoles et empêche les morceaux de bois de reculer. Comme la largeur de la tablette métallique est inférieure à la longueur des tiges, celles-ci débordent en avant et lorsqu’elles rencontrent les orifices de la presse, elles s’y enfoncent et y restent fixées lors du recul du chariot. Toutefois, la pression élevée que nécessite cet enfoncement occasionnerait des ruptures, si une pièce de fonte horizontale en arasant le haut des rainures ne s’opposait à la flexion.
- Ceci posé, comment s’opèrent le soufrage et le chimicage des bâtonnets. Ceux-ci plongent d’abord par leur extrémité libre dans un bain de paraffine, puis dans une solution de soufre. Un rouleau trempeur, garni de pâte par sa rotation dans un réservoir, les attend ensuite. Elles sèchent pendant le parcours qui les amène au dégarnissage. Pour obtenir l’expulsion des allumettes engagées dans les trous de la presse, il s’agissait de faire pénétrer avec précision dans ces minuscules orifices autant de poinçons expulseurs mesurant à peine 2 mm de longueur. MM. Cahen et Sevène sont arrivés à résoudre le problème en munissant le banc des poinçons dégarnisseurs de ressorts très flexibles lui permettant de suivre la plaquette dans son mouvement, comme le ferait la main d’une personne. L’adaptation se produit alors sans le moindre heurt. Les allumettes tombent par groupes de cinq dans les alvéoles d’où les expulse un jeu de pistons qui les pousse dans les boîtes. Celles-ci, ouvertes mécaniquement pour les recevoir, se remplissent en passant devant le garnissage et se referment aussi d’une manière automatique. Le machinisme effectue donc toutes les operations jusqu’à l’emboîtage. La main de l’homme intervient seulement pour fournir les matières premières à la machine qui, servie par trois ouvriers ou ouvrières, produit en dix heures de marche environ 50 000 boîtes de 50 allumettes. Le même travail exige avec les anciens procédés de fabrication une vingtaine de personnes. De tels chiffres suffisent à montrer l’importance du progrès que réalise cette invention. Malheureusement la crise des transports et le blocus sous-marin apportent des fluctuations dans le fonctionnement de nos manufactures nationales d’allumettes. Ainsi leur production n’atteignit que 866 millions en janvier 1917, 700 millions en février, mais elle se releva à 1 milliard 500 millions en mars dernier et l’administration commence à distribuer à nouveau des allumettes suédoises.
- Jacques Boyer.
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- Les récoltes vont être déficitaires presque dans le monde entier et l’on commence à être sérieusement inquiet sur la façon dont on pourra alimenter l’Europe, indépendamment même du blocus et des sous-marins, pendant le printemps 1918. Quelques-unes des causes qui ont préparé celte crise sautent aux yeux Si, en 1914, on nous avait dit que le monde presque entier pourrait rester pendant des années à l’état de guerre, avec mobilisation de tous les hommes valides, sans que la vie fût complètement suspendue, nous aurions été bien surpris. Aujourd’hui, après trois ans de guerre, nous commençons à éprouver une légère gêne dans des
- cas encore assez restreints et quelques-uns de nous s’en étonnent. Que la gêne ne soit pas plus forte doit être considéré comme presque miraculeux. La saison détestable que nous avons traversée l’hiver dernier est venue ajouter ses effets aux inconvénients causés par la défectuosité et la mauvaise qualité de la main-d’œuvre. Mais il y a une autre cause du mal, la seule dont nous voulions parler ici; c’est le manque d’engrais minéraux. L’emploi de tels engrais, qui était inconnu par les anciens, a été la découverte capitale de l’agriculture scientifique moderne. On s’est rendu compte que les plantes se nourrissent comme les
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- animaux et qu’elles puisent les éléments de cette nourriture : soit dans l’air inépuisable, soit dans le sol. De ces éléments empruntés au sol, quelques-uns sont restitués par les vieux procédés classiques, soit par l’addition de fumiers, soit par l’alternance des cultures, par les jachères, etc. Mais ce ne sont là que des palliatifs qui ne permettent pas les cultures intensives modernes et qui n’empêchent pas le sol de s’épuiser peu à peu. Quand on cesse de restituer artificiellement au sol du phosphore, des nitrates et de la potasse, ce sol s’appauvrit et sa fertilité diminue. Il est fatal que la seconde récolte soit, à conditions météorologiques égales, inférieure à la première et la troisième à la seconde. Or, pour n’envisager d’abord que les très grandes lignes du problème, outre les difficultés croissantes de main-d’œuvre et de transport, l’emploi des superphosphates nécessite de l’acide sulfurique que réclame de son côté la fabrication
- souffrir beaucoup et que le blocus trouve, dans ces circonstances accessoires, un adjuvant destiné peut-être à devenir décisif. Mais ce n’est pas une raison pour ne pas étudier avec attention le problème français, afin d’en chercher, dans une certaine mesure, le remède. C’est ce que nous allons faire en examinant successivement les trois éléments principaux des engrais minéraux : le phosphore, l’azote et la potasse.
- Phosphates. — Je viens déjà d’indiquer en deux mots comment se pose la question pour les phosphates. Là, nous ne manquons pas en France (ou plutôt dans nos possessions françaises) de la matière première essentielle. Nos gisements tunisiens et algériens peuvent nous fournir du phosphate en surabondance, puisqu’ils sont de taille à alimenter le monde entier. Mais le fret intervient dans leur transport. Et, de plus on sait que les phosphates sont difficilement assimilables quand on ne les a
- CONSOMMATION DES PHOSPHATES EN FRANCE EN 1913, 1914, 1915, 1916
- (en tonnes métriques).
- Provenances 1913 1914 1915 1916
- f Gafsa 63 : 68 . . 112.000 72.500 70.000 \ S>
- 1 Gafsa 58/63 . . 385.000 320.000 240.000 1 ))
- V Kalaat 58/63 . . 90.000 37.500 15.000 / *
- ,n • • ) Rebiba (Saint-Gobain). . . runis,c ) Kalaat-Ojerda. ..... . . 15.000 » 4.000 r »
- . . ' 72.000 » 5.000 1 »
- 1 Bir-el-Afou . . 5.000 » 1) \ ^
- ! Maknassy . . 24.000 » D i d
- Y Gouraia . . 3.000 7.000 )) / »
- Total Tunisie. . . . . . 706.000 437.000 336.000 251.553
- Algérie • Floride . . 93 000 . . 125 000 121.000 91.500 8.000 » J
- Caroline. . . 8.000 5.500 4.000 34.564
- Egypte (Sabaieh) . . 1.500 )) ))
- Production française . . 240.000 130.000, 5) ))
- A déduire exportations . . 21.000 11.000 2.000 »
- Consommation française. ... . , . 1.153.000 774.000 346.000 286.000
- des munitions et, pour les nitrates également, l’armée fait concurrence à l’agriculture. Dans les deux cas, nous sommes en train de gaspiller notre pain en fumée. Le problème est sérieux pour la France; il est nécessairement bien plus grave encore pour l’Allemagne, puisque nous disposons, dans les deux cas, de ressources étrangères qui manquent aux Empires centraux. Nous avons les phosphates du monde entier, et les nitrates chiliens; nous avons pu, jusqu’à ces derniers temps, faire venir, pour fabriquer notre acide sulfurique, les pyrites espagnoles et norvégiennes, tandis qu’en Allemagne, l’acide sulfurique devient plus rare de jour en jour même pour l’armement, en même temps que les phosphates font presque totalement défaut. Le froid, qui a gelé par endroits nos ensemencements de l’automne 1916, a sévi, lui aussi, bien plus cruellement sur l’Allemagne. Nous pouvons donc nous dire — et c’est, en temps de guerre, une consolation — que, si nous sommes appelés à souffrir un peu, nos ennemis auront à
- pas transformés en superphosphates qui permettent leur dissolution dans les eaux souterraines légèrement acidulées, par l’intermédiaire desquelles celte nourriture est apportée aux plantes. Pour faire venir des pyrites espagnoles ou norvégiennes, il faut également des bateaux qui sont occupés ailleurs. Quand ces pyrites arrivent, le service des munitions les réquisitionne. Et surtout, les fabriques d'acide sulfurique sont de plus en plus accaparées, malgré leur production chaque jour croissante, par une fabrication de munitions qui ne sera jamais trop forte.
- La conséquence peut assez aisément se chiffrer. En 1913, nous importions en France 934 689 t. de phosphates naturels; en 1916, nous n’en avons importé que 266 292 t. La différence est de 668 000 t. en chiffres ronds, ou des deux tiers. Commencée dès 1914, la baisse s’est accentuée, avec la prolongation de la guerre, d’année en année. En 1915, la France avait reçu 800000 t. de phosphates africains et 228 000 t. venant d’autres
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- pays ; elle en avait extrait en outre, sur son propre sol, 240 000 t. Comme les exportations étaient à peu près milles (21 000 t.), sa consommation pouvait être estimée, sur le taux normal, à 1 150 0001. ; et cette consommation allait sans cesse en croissant. L’agriculture française a eu, en 1914, seulement les deux tiers de ce qu’elle demandait; en 1915, la moitié; en 1916, le tiers. Lés causes sont celles que j’ai déjà indiquées et qu’un tableau ci-joint, emprunte à la Revue Parisienne des mines, met en évidence. Les importations de Floride et de Caroline sont tombées de 155 000 t. à 12 000. Avec les taux actuels du fret, les navires qui viennent des États-Unis ont mieux à nous apporter que des phosphates. La Tunisie, au lieu de 706 000 t., ne nous en a fourni que 556 000 en 1915 et 251 000 en 1916. Il y a là d’abord, sur place, difficulté de main-d’œuvre, puis gêne pour les transports. Quant à la production française, elle était tombée à rien en 1915 et est encore à peu près nulle. (Voy. le tableau p. 29).
- Nitrates. — Le besoin d’azote minéral est peut-être moins évident que celui de phosphore, puisque nos alliés, les nitro-monades, se chargent d’emprunter de l’azote à l’air pour le fixer sur les plantes. Mais cette fixation est trop lente et trop incomplète pour suffire à notre impatience. Il faut donc apporter au sol des nitrates et ceux-ci ont deux sources : les nitrates chiliens et les nitrates fabriqués par des procédés électriques avec l’azote de l’air. Je ne parle pas des seconds. Leur fabrication s’organise à peine en France. L’Allemagne qui, grâce à eux, a pu sortir d’une crise terrible lorsqu’on 1915, les nitrates ont failli un moment lui manquer pour la fabrication des explosifs, en a tout juste assez pour ses munitions et, comme les nitrates chiliens n’arrivent naturellement pas en Allemagne, l’agriculture germanique doit se passer de nitrates. En ce qui concerne les nitrates chiliens, on se les dispute dans le monde; mais leur production et leur exportation s’accroissent sans cesse, malgré les difficultés pour se procurer du fret et. malgré les efforts faits par les sous-marins ou corsaires germaniques pour entraver leur exportation, grâce à quelques connivences qu’ils ont pu trouver en certains pays de l’Amérique du Sud.
- On estime les exportations de 1916 vers l’Europe et l’Égypte à 1 600 000 t. contre 1 059000 en 1915 et 1 218 000 en 1914. Au mois de décembre 1916, la quantité à flot pour l’Europe était estimée à 470000 t., sur lesquelles 65000 t. se trouvaient à bord des bâtiments allemands retenus dans les ports neutres.
- Cet accroissement considérable de l’exportation dépasse celui de la production et entame les stocks. On compte que la production totale de l’année 1916 a été de 5160000 t. contre 1 910 000 en 1915 et 2 675 000 en 1914, tandis que les expéditions en tous pays s'élevaient de 2005000 en 1914 à 2 200 000 en 1915 et 5 200 000 en 1916. La
- production et l’exportation de 1916 constituent ainsi un record dans l’industrie des nitrates. De 1900 à 1910, la production oscillait entre 1 500 000 et 2 060 000 t. Le résultat est d’autant plus remarquable qu’avant la guerre, 750 000 à 800 000 t. allaient en Allemagne. D’après des listes de production, 108 « officinas » chiliennes sur 172 auraient travaillé à la fin de l’année 1916. On remarque que, depuis le mois d’août 1916, plusieurs des usines allemandes du Chili se sont décidées à fermer; mais on croit néanmoins qu’il leur reste en travail des officinas produisant la moitié de leur capacité normale (environ 450 000 t. par an; et on dit même qu’une de leurs usines, produisant environ 78 000 t. par an, après avoir fermé un moment à la fin de 1915, a rouvert de nouveau.
- Dans cette forte consommation de nitrates, l’Europe n’intervient pas seule. L’Amérique a passé de 790 000 t. en 1915 à 1 500000 t. en 1916; c’est-à-dire qu’elle a contribué, pour sa forte part, à l’accroissement signalé plus haut. Il ne faut pas en chercher seulement la raison dans les progrès de son agriculture, mais aussi dans les énormes quantités de munitions quelle fabrique à l’usage des belligérants. Aussi l’une des premières mesures prises après l’entrée en guerre des États-Unis a-t-elle été d’organiser en grand la fabrication des nitrates artificiels sur le territoire de l’Union, afin d’échapper à la nécessité absolue des achats au Chili.
- Pour l’Europe, la plus grande partie des nitrates qui arrivent dans nos ports échappe malheureusement à l’agriculture. On ne saurait donner, à cet égard, des précisions de chiffres; mais il suffit d’entendre les doléances des agriculteurs pour savoir qu’ils sont très parcimonieusement desservis. La France, qui consomme en temps normal 550000 à 400000 tonnes de nitrate de soude par an, n’en a qu’une très faible fraction en ce moment pour ses champs.
- Quant au prix, il était en moyenne de 22 francs la tonne vers 1900. Il était monté à 28 francs en 1907, puis redescendu à 21 en 1911. Par suite de la hausse du fret, on est monté à 54 francs, pour le « délivré », au printemps 1916, et 42 francs actuellement; mais il s’agit d’un marché purement nominal. Nous n’examinons pas ici la question en ce qui concerne les avantages financiers des industries nitratières qui donnent lieu, en temps normal, à une active spéculation sur le marché de Paris. Il est certain que la guerre va avoir eu pour effet de faire créer dans tous les pays, d’abord en Allemagne, puis en Angleterre, enfin en France et en États-Unis, l’industrie des nitrates artificiels avec des développements et des amortissements rapides d’installations qui n’auraient pu être réalisés en temps de paix. Cependant, il faut prévoir, pour les premières années de paix, une telle demande destinée à compenser les lacunes actuelles qu’il y aura, pendant quelque temps, de la place pour tous les producteurs.
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- Potasse. — La question de la potasse a été traitée récemment ici même. Je ne la mentionne donc que pour résumer les conclusions de ce travail antérieur. On sait qu’avant la guerre toute la potasse consommée dans le monde venait d’Allemagne et se trouvait entre les mains du très puissant Kali-Syndicat. On a donc pu craindre, au début des hostilités, que la potasse fît entiè-
- rement défaut à nos industries et à nos champs. Outre de petites sources accessoires : auxquelles on a eu recours, les' gisements de l’Erythrée italienne sont heureusement venus en partie combler cette lacune. Il n’en est pas moins vrai que nos champs pâtissent, là aussi, de ne pas recevoir les sels de Slassfurt, auquels nos fermiers étaient accoutumés.
- P. Sallior.
- LES JEUX DES AVEUGLES
- Les aveugles, par le fait de la guerre, sont devenus beaucoup plus nombreux; aussi, les raisons qu’avaient déjà les personnes charitables de chercher tous les moyens d’adoucir leur malheureux sort sont de plus en plus impérieuses. La cécité, qui frappe accidentellement le jeune soldat, dans la force de l’âge, inspire vivement la pitié, la société est débitrice à son égard d’attentions toutes particulières : au plus déshérité le plus d’amour.
- A côté des occupations que l’on peut procurer aux aveugles, et qui sont malheureusement peu variées (vannerie, brosserie, rampaillage de chaises, travaux agricoles, musique pour les mieux doués), i s’agit de trouver des délassements, des distractions véritables.
- De ce nombre sont les jeux de société qui sont pratiqués à la maison aussi bien entre aveugles, qu’entre aveugles et voyants. Il y en a toute une série qui sont autant de liens nouveaux de l’aveugle avec le monde extérieur. Ces jeux remplissent alors un rôle vraiment familial. Le père aveugle, entouré de ses enfants au foyer domestique, trouve dans ces jeux une occasion de les retenir auprès de lui; ainsi il vit davantage de la vie de famille, et prenant part aux divertissements de ceux qui l’entourent, il oublie son infirmité.
- Mais pour que les jeux puissent vraiment amuser l’aveugle, il importe que toute difficulté d’emploi soit soigneusement écartée ; en un mot, ces jeux doivent être disposés de façon spéciale, adaptés, afin que le tact puisse remplacer complètement les yeux.
- A l’Établissement de la Persagotière, à Nantes, où étaient éduqués précédemment de jeunes aveugles, et devenu provisoirement un centre de rééducation des aveugles de la guerre, l’ingéniosité de l’un des professeurs, M. Hirschauer, s’est très heureusement employée à confectionner une collection de jeux de société. Ils sont d’autant plus intéressants que depuis longtemps ils ont reçu l’épreuve de l’expérience.
- Il y en a pour tous les goûts depuis le jeu de cartes ou de lotos jusqu’au jeu d’échecs.
- Le jeu de cartes est le jeu ordinaire, tel que nous le connaissons, avec cette seule différence que les cartes sont pointées. Dans un des coins, sur
- chaque carte, sont imprimés en relief des points ou signes conventionnels qui permettent de la distinguer au toucher. On dira peut-être que ce système rend la triche possible et même, relativement facile pour le joueur, mais pratiquement il paraît que les aveugles jouent aux cartes avec un très vif plaisir et très honnêtement. Par conséquent, la critique du dispositif tombe d’elle-même.
- Le jeu de lotos comprend une série de tableaux ou planches formés chacun d’une feuille métallique mince (le zinc a été choisi de préférence), qui recouvre une feuille de carton. Et pour que l’oxydation du métal ne soit pas un inconvénient pour l’aveugle qui le frotte du doigt, la surface est enduite d’un vernis chargé de poudre d’aluminium. Les jetons qui servent à marquer les numéros sortis sont retenus à leur place sur le tableau par autant de petits godets disposés au-dessous de chaque numéro indiqué en écriture Braille — c’est-à-dire par des points en relief — dans chaque case. Les cases rectangulaires sont marquées par des lignes pointillées en relief.
- Le jeu de l’Oie, qui a amusé des générations d’enfants, est exécuté d’après le même système. Les dés seuls sont légèrement différents des [dés habituels en ce qu’ils sont hérissés de têtes de clous arrondis qui permettent de compter les points amenés par le sort.
- Les jeux de l’Éléphant, du Lièvre, de la Marelle, de la Forteresse, sont du même genre. On y voit appliqué le système des petites cuvettes ou godets servant à déterminer la place exacte et immobile d’un pion ordinaire ou d’un pion auquel est fixée une tige ou pivot qui s’enfonce dans le carton servant de soutien. Ces divers jeux sont très simples ; ils consistent, pour gagner la partie, à placer finalement les pions suivant des lignes déterminées ou à repousser et enfermer certains pions dans une des extrémités du tableau. Le jeu de la Forteresse est le plus goûté et le plus amusant de cette catégorie.
- Le jeu de dominos ne diffère du jeu usuel que par les points en saillie, qui remplacent les points en creux, et par le cadre qui est, comme le montre la figure, pourvu d’un double bord en relief laissant devant chaque joueur un espace où les dominos non encore joués sont réunis.
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- Le jeu de dames se joue sur un damier dont les cases sont creuses de deux en deux de façon à empêcher le déplacement des pions par glissement. Les pions noirs se distinguent très aisément des pions blancs par un clou à petite ou à grosse tête fixé sur chacun.
- Les pièces des échecs sont pourvues d’un pivot inférieur qui s’enfonce dans un trou percé au centre de chaque case.
- Le jeu de dames est extrêmement apprécié par les aveugles et il n’est pas très rare de trouver des aveugles jouant bien aux échecs; il faut supposer
- établi dans un cadre carré, ou des rangées de cuvettes renferment des pions à déplacer. Les jeux de patience, qui ont repris, les années précédentes, une certaine faveur sous la dénomination de « puzzles », peuvent donner lieu à des combinaisons de découpures extrêmement complexes et variées. Il est aisé de rendre même le jeu de patience des plus instructifs pour l’aveugle, par la confection de cartes géographiques, cartes de France, découpées par exemple, par provinces, par départements.
- Si nous avons décrit ici avec quelques détails,
- Ensemble des jeux spéciaux pour aveugles créés par M. Hirschauer.
- cependant que l’aveugle, dans ce cas, doit avoir une mémoire très fidèle et précise pour se représenter mentalement tout ou partie de l’échiquier où se meuvent les nombreuses pièces surtout au début de la partie.
- Mentionnons rapidement les jeux qui peuvent occuper l’aveugle abandonné à lui-même et seul. Le Labyrinthe est un jeu qui consiste à suivre du doigt, ou une tige en main, les nombreux méandres tracés sur le cadre sans s’égarer, revenir sur ses pas, se buter dans un cul-de-sac, tomber dans un puits. Le casse-tête est une boîte renfermant 24 petits carrés en bois numérotés et qu’il s’agit déplacer dans l’ordre normal 1, 2, 3, etc... alors qu’une seule case est laissée libre pour les évolutions des carrés par glissement. Le jeu du solitaire est
- tous ces jeux, c’est afin de signaler la nouveauté de l’application et plus encore, afin de montrer à toute personne un peu adroite la facilité de les construire. Ils seront des cadeaux très appréciés par des établissements d’aveugles ou même par des aveugles de la guerre isolés que l’on connaît dans son entourage, ou qui sont en traitement dans un hôpital voisin.
- Nous ne doutons pas que les types indiqués ici éveillent l’émulation et l’esprit inventif de quelques-uns des lecteurs de La Nature, qui, par d’autres créations nouvelles, seront heureux de procurer aux aveugles des distractions vraiment utiles et qui contribueront à les attacher davantage à la vie sociale dont leur infirmité les écarte.
- Norbert Lallié.
- Le Gérant : P. Masson.
- lmp. Laiiure, rue de Fleuras, 9, à Paris.
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- la NATURE. — N° 2286.
- 21 JUILLET 1917
- LE MOTEUR DIESEL DE GRANDE PUISSANCE
- La cherté croissante des combustibles et les difficultés qu’éprouve l’industrie à s’en assurer drs stocks suffisants donnent actuellement un surcroît d’intérêt au moteur Diesel, déjà très en faveur depuis quelques années. A son rendement thermique très élevé (35 pour 100, tandis que celui de la machine à vapeur atteint rarement 15 pour 100), ce moteur à combustion interne joint, en effet, l’avantage de s’accommoder parfaitement de com-
- Ces avantages ont mis longtemps à s’affirmer. Après de très laborieux essais, qui remontent à 1893 et dont les résultats étaient encore douteux en 1897 (*), après d’innombrables tâtonnements, le moteur Diesel n’a commencé à donner des résultats incontestablement satisfaisants que vers 1900, et, depuis cette époque, il a fait l’objet de perfectionnements importants, qui ont été signalés aux lecteurs de La Nature (2). La plus grave difficulté à
- Fig. i. — Un moteur de 4500 HP de la Maison Sulzer frères.
- bustibles jusqu’ici peu recherchés et restés de ce fait très abondants et très bon marché, — notamment les résidus de la distillation des naphtes et des goudrons de houille ou de lignite : gazéol, mazout, huiles de créosote et d’anthracène, dont l'utilisation réduit à 2 ou 5 centimes le prix de revient du cheval-heure. Un autre élément à ne pas négliger, surtout dans les circonstances pré-senles, est la réduction de la main-d’œuvre : le personnel de chaufferie est supprimé, puisqu’il n’y a ni chaudières à alimenter, ni foyers à charger, ni scories à enlever ; le combustible liquide est automatiquement amené dans les cylindres, au moyen d’une pompe, et un ou deux hommes suffisent pour surveiller plusieurs moteurs groupés dans une même salle.
- 45° Année — 2* Semestre.
- vaincre a été la réalisation des très grandes puissances, en raison des pressions énormes qu’ont à supporter les cylindres et de l’épaisseur que l’on est amené à donner à leurs parois, de sorte que l’on arrive à une construction monumentale, lourde et dispendieuse.
- A l’origine, surtout, le moteur Diesel était extraordinairement volumineux et pesant, parce qu’il n’utilisait que le cycle à quatre temps. Dans ce système, en supposant un moteur vertical à cylindre unique, le piston, dans une première course descendante, aspire seulement de l’air, introduit par
- 4. Yoy. n° 4264, du 24 août 4897, p. 486 et n° 1277, du 20 novembre 4897, p. 595.
- 2. Voy. n° 4950, du 19 novembre 4910, p. 590 ; n° 4991, du 22 juillet 1911, p. 118, et n° 2181, du 17 juillet 1915, p. 42.
- 5 — 55.
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- 34 ===== LE MOTEUR DIESEL DE GRANDE PUISSANCE
- une soupape. Celle-ci étant ensuite fermée, le piston remonte et comprime l’air jusqu’à fin de course, de façon que la compression atteigne 30 à 55 atmosphères. En se comprimant, l’air s’échauffe et sa température s’élève, dans le cas envisagé, à un degré supérieur au point d’inflammation des
- Fig. 2,
- Coupe par la soupape de balayage et le cylindre.
- huiles lourdes et des goudrons. A ce moment, le soulèvement d’un pointeau ouvre passage à un jet de combustible pulvérisé par de l’air comprimé. La : combustion commence aussitôt, et le piston effectue une seconde course descendante, en produisant cette fois du travail. Enfin, dans une nouvelle course ascendante, les gaz résultant de la combustion sont expulsés. Le piston doit donc
- accomplir quatre mouvements, pour une seule course utile.
- Ce mode de fonctionnement fait du moteur Diesel un engin très lourd, plus lourd que le moteur à explosion, parce que la forte compression y exige une construction beaucoup plus solide; de telle sorte que, bien que le rendement du moteur à explosion soit inférieur à celui du moteur Diesel, celui-ci pèse bien plus que celui-là, à puissance égale, occupe plus de place et coûte notablement plus cher.
- Heureusement, le moteur Diesel se prêtait beaucoup mieux que le moteur à explosion à l’application du cycle à deux temps. En effet, dans le moteur Diesel, la compression ne se fait qu’avec de l’air, et le combustible n’est injecté dans le cylindre qu’en fin de compression : on peut donc, sans risquer de perdre de l'huile ni de provoquer un allumage prématuré, profiter du moment de l’échappement pour lancer dans le cylindre un volume d’air comprimé suffisant, d’abord pour chasser les gaz brûlés, puis pour prendre leur place. La compression recommence dès lors, et l’on supprime ainsi les courses supplémentaires d’échappement et d’admission.
- La réalisation du cycle à deux temps doublait la puissance effective du moteur Diesel; néanmoins, jusqu’à ces derniers temps, la force de 300 à 350 chevaux par cylindre était considérée comme une extrême limite, et M. R. Bonnin expliquait ici même (le 17 juillet 1915) les causes qui s’opposaient à la construction de machines développant 5000 à 4000 chevaux par cylindre. Aussi ne dépassait-on guère des puissances de 2000 chevaux.
- Cependant, comme le prévoyait justement notre distingué confrère dans l’article précité, la métallurgie n’avait pas dit son dernier mot, et, de fait, les limites précédemment assignées aux unités motrices viennent d’être largement dépassées.
- La figure 1 représente un moteur de 4500 che-
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- LE MOTEUR DIESEL DE GRANDE PUISSANCE ====== 35
- vaux exécuté par la maison Sulzer frères, à Winterthur. Cette robuste machine, aux proportions imposantes dans ses lignes simples et harmonieuses, a les caractéristiques suivantes :
- Nombre de cylindres moteurs.
- Alésage ....
- Course.........
- Nombre de tours
- par minute. . 152
- Les pièces mobiles du mouvement principal et de la distribution sont presque toutes enfermées dans des carters, de façon à éviter les projections d’huile de graissage.
- Ces organes sont néanmoins rendus accessibles par des portes étanches. À côté des cylindres moteurs sont disposées deux pompes, qui fournissent l’air de balayage.
- On remarque, au-dessus de la galerie (fig. 2), un carter horizontal en forme de cheneau : il con-
- ler chacun des six cylindres. Au-dessus du carter, on voit devant chaque cylindre trois bielles verticales ; elles commandent les trois soupapes de distribution : soupape à combustible, soupape de démarrage par l’air comprimé et soupape de réduction de la pression.
- Le régulateur se trouve au centre de la machine; il est entièrement enfermé dans un manchon, mais facilement accessible.
- Une innovation importante est la disposition de colonnes en acier transmettant à la plaque de fondation la réaction considérable des pistons, qui était supportée autrefois par la chemise du cylindre. On préserve ainsi de tout effort excessif les organes construits en fonte. Une autre innovation à signaler est l’aménagement de lumières latérales pour l’arrivée de l’air de combustion. Ces lumières
- ferm de la soupape
- des lumières decbappement
- échappement
- de ’a soupape 1e oa'ayaqp
- Fig. 4. — Diagramme de distribution.
- tient l’arbre de distribution. Au-dessous de ce carter, au milieu de sa longueur, se trouve la pompe à combustible, munie dé six leviers permettant d’iso-
- occupent la demi-circonférence du cylindre, et font face aux lumières d’échappement. On évite par là les grandes soupapes de balayage dans les culasses,
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- 36 :— ...'....LES MARMITES NORVÉGIENNES
- qui affaibliraient considérablement ces dernières, et l’on obtient un refroidissement plus uniforme. La culassè n’est percée que de trois ouvertures de petit diamètre, pour les trois soupapes mentionnées plus haut.
- L’air de balayage pénètre par une double rangée de lumières (fig. 3), la rangée inférieure communiquant constamment avec le réservoir d’air comprimé, tandis que la rangée supérieure ne reçoit de l’air qu’aussi longtemps que la soupape à double siège reste ouverte.
- Pendant la descente du piston, il se produit 'd’abord la combustion, puis la détente des gaz. L’expansion dure jusqu’à ce que le piston découvre les lumières d’échappement; à ce moment, une grande partie des résidus de la combustion est expulsée, par l’effet de la pression qui règne dans le cylindre. Immédiatement après, le piston découvre la rangée inférieure de lumières à air, directement opposées aux lumières d’échappement, et le balayage s’effectue.
- La rangée supérieure de lumières à air s’est découverte la première, mais leur soupape de distribution ne s’ouvre que lorsque les lumières inférieures ont été découvertes. L’air entrant achève alors le balayage, et le cylindre se remplit d’air frais.
- Le balayage cesse dès que le piston, dans sa course ascendante, recouvre les lumières d’échappement; mais les lumières supérieures demeurent ouvertes, de sorte que la pression du réservoir s’établit dans le cylindre. Celui-ci reçoit donc une charge plus forte, et la compression part d’une pression plus élevée que celle de l’atmosphère; au lieu que, dans les anciens systèmes de balayage, où l’admission fermait avant l’échappement, la charge d’air frais se faisait sous la pression atmosphérique, et même sous une pression un peu inférieure, puisque la vitesse de l’air dans le canal d’échappement créait une légère dépression dans le cylindre et diminuait sa capacité de travail.
- Le régulateur ne modifie pas seulement l’admission du combustible, en agissant sur la soupape d’aspiration de la pompe à combustible, mais il
- contrôle aussi l’admission de l’air au compresseur, et par suite la pression d’insuffiation. En outre, il règle indirectement la durée d’ouverture de la soupape à combustion : de ce fait, quand la charge est faible, il passe moins d’air à travers le pulvérisateur, et l’allumage reste sur et régulier, malgré la petite quantité de combustible introduit dans le cylindre.
- Les essais auxquels a été soumis ce moteur, en brûlant de l’huile brute, ont donné les résultats
- 4/4 3/4 2/4 1/4
- 132 132 132 132
- 3740 2816 1870 933
- 6,45 5,28 3,81 2,54 5252 4293 3098 2065 71,3 65,6 60,4 45,2
- en grammes............... 208,2 211,3 231,5 299
- Ces mesures ont été prises dès le début de la mise en marche de la machine. En service normal, la dépense de combustible sera probablement plus faible, car le rendement organique va en s’améliorant.
- Les constructeurs du moteur qui vient d’être décrit ont envisagé la réalisation de puissances plus élevées. Afin d’étudier les phénomènes de la combustion dans les très gros cylindres, et pour voir comment se comportent en pareil cas les matériaux, MM. Sulzer frères ont installé, dans leurs ateliers de Winterthur, un moteur d’essai à un seul cylindre développant 2000 chevaux. L’alésage de ce cylindre est de 1 m. ; la surface du piston est donc à peu près double de celle de chacun des six cylindres du moteur précédent. La poussée qu’il subit pendant la combustion est d’environ 300 tonnes; néanmoins, la marche reste régulière. On peut, par conséquent, s’attendre à voir établir sur ces données des engins de très grande puissance, puisqu’il suffirait de réunir six cylindres de 1 m. d’alésage pour créer un moteur de 12000 chevaux.
- Ernest Coüstet
- que voici :
- Charge
- Nombre de tours par minute. . . Puissance effective freinée, en
- chevaux ...................
- Pression moyenne sur le piston,
- en kg. par cm3.............
- Puissance indiquée, en chevaux. Rendement organique, en °/„. . Dépense d’huile par cheval-heure,
- LES MARMITES NORVÉGIENNES
- Données scientifiques sur leur construction et leur fonctionnement.
- Le rationnement du gaz, la rareté et les prix du charbon, nous ont tous amenés à ce fâcheux dilemme : ou de manger nos aliments mal cuits et froids, ou de dépenser pour leur préparation presque autant que pour leur achat, ce qui n’est pas peu dire!
- Les plats les moins coûteux, les légumes secs, le pot au feu, le ragoût par exemple, deviennent onéreux parce qu’il faut les cuire plusieurs heures. Les aliments qui cuisent vite, comme les légumes
- verts, sont le plus souvent très chers et moins nourrissants.
- Nécessité rend ingénieux.
- On s’est tout à coup avisé que l’on emploie généralement très malles combustibles, que nos réchauds à gaz ne permettent guère d’utiliser plus de 20 ou 25 pour 100 de la chaleur produite, nos fourneaux à charbon 4 ou 5 pour 100.
- On a donc vu paraître, signaler, conseiller toutes sortes de moyens de faire sa cuisine avec économie,
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- LES MARMITES NORVEGIENNES
- 37
- 'æ if ' L' '7*"'' 1 O v - •
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- Yu//F//y/r/r^//Z'//f/////7//////>/,
- Fz'.g'. i. — La marmite faite chez soi.
- de cuire ses plats avec peu de feu, et par suite peu d’argent.
- Je ne parlerai pas aujourd’hui des procédés préconisés pour augmenter le rendement calorifique des divers modes de chauffage; nous y reviendrons, si vous le voulez bien, un autre jour.
- La vogue s’est surtout portée sur les moyens de tenir chauds les aliments déjà portés à l’ébullition. On s’est rappelé l’usage, fréquent dans beaucoup de campagnes et particulièrement dans les régions froides comme la Lorraine, de placer la soupe dans le lit, sous l’édredon, pour la conserver chaude jusqu’à l’arrivée des consommateurs ; on a ressuscité une vieille invention, la marmite dite norvégienne, qui n’est qu’un lit petit, portatif, exclusivement employé a la cuisine.
- Une propagande active a convaincu toutes les maîtresses de maison et même les cuisinières les plus sceptiques et les plus rebelles. Toute une littérature a déjà paru à propos de cette marmite : Le Pays de France a édité une brochure humoristique de Louis de Forest sur la manière de s’en servir; Mme Faussemagre et Mlle L. Laugier ont rédigé à l’usage des écoles une notice plus didactique; des journaux se sont emparés de la fameuse marmite et lui consacrent chaque jour une rubrique, longue d’une colonne au moins, malgré la place qui leur est limitée ; ils organisent des démonstrations pratiques un peu partout, et y voient affluer le public.
- La cause est donc aujourd’hui gagnée,- la marmite est la reine du jour; on en parle et l’on s’en sert.
- Chaque mère de famille a installé dans sa cuisine une caisse ou un carton à chapeau, soi-goeusement bourré de papiers ou de chiffons, qui sert de lit aux marmites; elle y transporte rituellement les repas en préparation.
- Le réveil-matin de la cuisinière est devenu un chronomètre; on sait qu’il faut faire bouillir les haricots du déjeuner à 8 h. 50, la panade du dîner à midi, etc. ; on mesure les temps, on suit les indications du journal ou de la brochure, on note les plats réussis. Bien plus, la marmite a même les honneurs du salon; on y cause de ses avantages, dé sa construction, de ses
- résultats; on l’y apporte même, pour démontrer son ingéniosité, ses qualités, et convaincre les derniers incrédules.
- IN’en plaisantons pas, puisque, pour une fois, la vogue est à un objet utile. Profitons-en plutôt pour signaler les écarts possibles entre ce que l’on fait et ce qu’il faut faire. Car la marmite, comme toute chose, repose sur des données scientifiques qu’il est
- bon de connaître si l’on
- Entrée évasée rfe /auto-curseur
- -Couverc/e Semences
- s Coussins -Etoffe chaude
- Fig. 2.
- Modèles de marmites du commerce (*).
- veut éviter certains déboires, suffisants pour décourager les bonnes volontés et arrêter l’enthousiasme.
- Les marmites norvégiennes sont toutes des enveloppes calorifuges destinées à empêcher le refroidissement rapide des vases qu’on y introduit.
- Ces enveloppes peuvent être réalisées de multiples manières.
- La plus simple est celle qu’on construit chez soi, avec les objets dont on dispose (fig. 1) : une caisse quelconque, en bois, en carton, en métal même si l’on veut, beaucoup plus grande que la marmite qu’on va y mettre ; une matière isolante qui peut être n’importe quel corps mauvais conducteur de la chaleur : du papier, des chiffons, de la sciure, des débris de bouchons, des cendres, etc. ; une surface intérieure épousant-la forme de la marmite et retenant l’isolant, qu’on peut réaliser en carton, en tissu, en bois ; un couvercle fermant bien et doublé lui aussi de matière isolante.
- Des commerçants ingénieux ont créé des modèles de . marmites (fig. 2) qu’on trouve aujourd’hui très nombreux dans le commerce. Ils ne diffèrent guère les uns des autres que par leur taille et la matière isolante, mais tous se valent à peu près comme rendement. Nous n’en n’avons point vu jusqu’à présent qui présente des particularités intéressantes. Regrettons en passant qu’ils soient si chers et que beaucoup né soient pas faits avec assez de soins pour durer : du feutre, du carton ou de la moleskine employés avec trop de générosité et assemblés simplement à la colle seront en effet tôt atteints par la vapeur des mets bouillants qü’on y enfermera. _
- Une marmite plus perfectionnée existait déjà avant la guerre ; c’était le cuiseur l’Économe dont
- I. Modèle de la Maison Harmand, 57, rue de Turenne. ,
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- = LES marmites norvégiennes
- 38
- La Nature a parlé en son temps (voir n° 2115); cet appareil de grandes dim ensions (fig. 3) comportait'des disques de fome qu’on introduisait chauffés avec les marmites dans l’enveloppe isolante.
- Pour décider de la marmite la meilleure, faisons appel à quelques données de physique.
- Tout d’abord quel est le meilleur isolant à employer? Les connaissances à ce sujet ne nous manquent pas. D’une part les ingénieurs qui s’occupent de machines à vapeur savent depuis longtemps que les conduites de vapeur doivent être calorifugées. Des essais pratiqués au laboratoire du Conservatoire des Arts et Métiers ont montré que tandis qu’un tube nu perd plus de 200 Calories à l’heure quand il n’est pas protégé, il n’en perd plus que 135 si on l’entoure d’une couche d’air de 3 cm, il n’en perd plus guère que 100 si on l’entoure d’amiante, il en perd moins de 100 si on le calorifuge au feutre, au charbon de bois, au liège, à la paille, au kieselgühr, etc.
- Les meilleurs isolants sont les isolants organiques et notamment la soie.
- D’autre part, les ingénieurs de l’industrie du froid qui ont eux aussi besoin d'isolants et qui ont beaucoup étudié les frigorifuges sont arrivés aux mêmes conclusions. Nusselt les classe dans l’ordre suivant d’après leurs qualités décroissantes : poudre de liège, laine, soie, coton, charbon et sciure de bois, kieselgühr, tourbe, amiante.
- Stone leur donne les valeurs comparatives suivantes : copeaux de liège, 1 ; feutre, 0,87; air et papier, 0,79; amiante, 0,76; bois,
- 0,60. Ces simples classifications nous permettront de choisir les calorifuges les plus efficaces. Il faudra toutefois tenir compte dans notre choix de la facilité de se les procurer, de leur poids spécifique si nous devons transporter notre marmite, de leur affinité pour la vapeur d’eau. En effet, toutes ces qualités que nous
- venons de voir s’entêndent à sec, un calorifuge humide n’isolant plus à cause de la conductibilité de la vapeur d’eau, environ vingt fois plus grande que celle de l’air sec. L’ennemi de la marmite norvégienne est la vapeur d’eau, d’autant plus que celle-ci distille de la paroi chaude vers la paroi froide créant ainsi une nouvelle perte plus importante encore de calories.
- Ceci explique les déconvenues qu’on éprouve avec beaucoup de marmites norvégiennes au bout d’un certain temps : la marmite très bonne au début devient de moins en moins isolante à mesure qu’elle se mouille de plus en plus. Le remède est d’aérer la marmite après chaque emploi. Le mieux serait de faire la paroi intérieure imperméable et de ne laisser aucun contact entre les vases de cuisine et la matière isolante.
- Quelle épaisseur faut-il donner à la marmite? Cela dépend des matériaux employés, de la construction et de la durée de conservation de la chaleur que l’on désire. Plus l’épaisseur sera grande et plus l’isolement sera parfait. Il faut prévoir une épaisseur de 5 centimètres environ pour les modèles courants. Sans entrer dans le calcul mathématique des lois de la conductibilité, on peut dire que chaque unité d’épaisseur laisse passer une quantité de calories proportionnelle à la différence des températures de ses deux extrémités. On voit donc qu’un calorifuge bien sec et bien cloisonné, ne permettant aucun déplacement étendu de molécules chaudes vers la paroi froide, sera le plus parfait.
- Dans la réalité l’isolement le plus complet est celui obtenu dans la bouteille de Dewar à deux parois de verre séparées par un vide poussé aussi loin que possible. Pratiquement cette bouteille ou ses formes courantes (bouteilles Thermos, bouteille Lidium) ne peuvent être employées à cause de leur trop grande fragilité.
- Fig. 3. — Le cuiseur l’Économe.
- Fig. 4. — Bouteille Thermos.
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- LA BOTANIQUE ET LA GUERRE -.. ::.. 39
- Quelles que soient la forme et la nature de l’enveloppe de la marmite norvégienne, il faut toujours qu’elle soit en deux parties et une nouvelle difficulté en résulte, celle du raccord entre la caisse et son couvercle. Si le raccord est fait à la base, le couvercle sera très lourd à soulever ; s’il est à la partie supérieure et qu’il ne soit pas hermétique, on aura une perte de chaleur sensible par la fuite d’air chaud plus léger que l’atmosphère ambiante. L’ingéniosité de chacun devra s’appliquer à réaliser une jointure aussi parfaite que possible, par exemple en faisant un joint en chicane ou en le revêtant d’un couvre-joint.
- Combien de temps une marmite norvégienne doit-elle tenir les aliments chauds?
- Assez longtemps pour qu’ils cuisent complètement, mais assez peu de temps pour qu’ils ne se réduisent pas en bouillie. On connaît très mal les températures de cuisson des aliments et les modifications quelles apportent à ^ceux-ci.
- 11 est évident que les viandes rôtissent à plus de 100° et qu’un bifteck ne peut se faire à la marmite, mais pour les aliments bouillis nous ne savons pas jusqu’à quelle limite inférieure de température ils cuisent, au-dessous de laquelle ils sont simplement conservés chauds. Dans une bonne marmite, les aliments doivent être encore à plus de 80° deux heures après leur ébullition.
- Le défaut des marmites norvégiennes ordi-
- naires est d’être froides au moment où l’on y introduit les aliments bouillants; il en résulte une chute très rapide de température qui atteint de 5 à 10° jusqu’au moment où l’équilibre s’établit entre la marmite.et la paroi. Les appareils perfectionnés, tels que le cuiseur l’Économe y remédient en introduisant en même temps que la nourriture une source de chaleur supplémentaire, telle qu’une plaque de fonte ou une brique chauffée. Mais on ne peut plus alors employer comme isolant au contact de cette source de chaleur des substances organiques qui se calcineraient en dégageant de mauvaises odeurs.
- Puissent ces quelques obser-vations servir aux amateurs de marmites norvégiennes pour leur éviter les déboires d’un mauvais rendement. Résu-mons-les en quelques mots : la matière isolante quelle qu’elle soit, doit être épaisse, absolument sèche et ne pas absorber l’humidité; les joints doivent être parfaitement étanches ; on augmente la durée de cuisson en plaçant une source de chaleur dans la marmite. Il sera d’ailleurs facile à chacun de surveiller et de contrôler le rendement de son appareil en plongeant un thermomètre dans sa marmite quand il s’en servira.
- C’est avec cet instrument banal qu’ont été faites les observations dont je viens de faire part et dont je voudrais faire profiter tous mes frères mar-| mitons. Daniel Claude.
- Température extérieure
- 0/2 34 5 6 7 8 9 /0 Temps en heures
- Fig. 5. — Courbes de refroidissement d’une casserole nue et de la même dans une marmite norvégienne.
- LA BOTANIQUE ET LA GUERRE
- La question des florules adventices est une des plus intéressantes de la géographie botanique et nous remercions M. Henri Coupin de son article si documenté.
- Il est à regretter qu’il ne se soit pas trouvé parmi nos combattants des botanistes — comme Bory de Saint-Vincent par exemple, —pour glaner quelques intéressantes observations sur les plantes nouvelles apparues pendant cet épouvantable cataclysme.
- Nous sera-t-il possible d’apporter dès aujourd’hui notre modeste contribution, en rapportant les trouvailles que nous avons faites autour d’Amiens depuis 1914.
- Amiens depuis le début de la guerre est la pre-
- mière grande ville la plus près du front. On y a.vu tous les peuples de la terre : les Anglais avec leurs Hindous, les Anzacs, les South Africa, les Canadiens; les Français de toutes les provinces, sans compter les Sénégalais, les Malgaches, les Annamites. Nous n’aurions garde d’oublier les Allemands qui ont fait chez nous un séjour de douze jours.
- Les bagages, les fourrages, les habits de tous ces peuples divers transportent avec eux quantité de graines qui ont germé ou germeront sur notre sol.
- Voici jusqu’à présent, et dans le cercle très restreint où nous avons pu herboriser (péri-
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- 40; - .. LA MÉTALLURGIE MODERNE DE L’OR
- pliérie d’Amiens) les plantes non encore signalées dans la flore de la Somme que nous avons ré-coltées:
- M. Coupin indique comme importé en 1870 par les Allemands, au Bois de Boulogne, le Lepidium perfoliaium. Or, coïncidence bizarre, nous avons trouvé celte crucifère en juin 1914 sur les bords du canal. Elle excita la curiosité des botanistes amiénois qui ne l’avaient jamais vue. C’était comme un avant-coureur de la guerre. Dans le même temps nous avons cueilli le Sisymbricum pannonicum, une crucifère encore dont le nom spécifique rappelle bien les Empires centraux.
- Berteroa incana est une des plantes étrangères signalées par M. Coupin, comme s’étant maintenue depuis l’invasion de 1870 : nous l’avons retrouvée çà et là auprès des gares.
- Voici 1915 et le Lepidium perfoliaium réapparaît à quelques centaines de mètres de l’endroit où nous l’avions vu d’abord et cétte fois en compagnie d’une borraginée du Midi, borraginée à fleurs jaunes, Lithospermum apulum et d’une composée Cen-taurea melitensis.
- Les crucifères se propagent, il semble, plus facilement que les autres plantes. Ainsi Rapistrum rugosum, plante disgracieuse aux longs rameaux enchevêtrés et au rude toucher, se rencontre fréquemment en différents endroits autour d’Amiens, en même temps que deux légumineuses de la région méditerranéenne : Lathyrm annuus et Lathyrus hirsutus. '
- Qui donc a bien pu apporter l’épineux Cartha-mus levcocolos originaire deTîle de Crète?Et cette jolie papavéracée du midi aux fleurs violettes Rœmcria hybrida ?
- On comprend mieux l’introduction d’une grami-
- née Cynosurus echinatus, originaire du Comté de Kent et qui nous sera venue avec des fourrages d’Angleterre. On l’a trouvée à Amiens, et près de Picquigny dans des camps anglais. Une autre très belle graminée, le Polypogon monspeliensis, rencontrée autrefois près du port de Saint-Valéry était abondante à Saint-AcheuL
- Avant 1916, je ne connaissais pas Salvia silves-tris, une très robuste sauge qui a élu domicile dans les terrains vagues de Saint-Maurice-lès-Amiens.
- Quant aux plantes qui apparaissent à la suite de bouleversements de terrains, citons le Sisymbrium Irio (une crucifère toujours) que nos botanistes picards ont signalée sur les bords du Canal eri 1871, après qu’on eut abattu et déraciné des arbres pour barrer la route aux Allemands. Celte plante nous l’avons retrouvée l’année dernière, à peu près au même endroit, à la suite de travaux exécutés aux berges du Canal.
- Voici les constatations un peu dispersées que nous avons pu faire pendant ces trois années de guerre.
- Quelle flore allons-nous rencontrer cette année ? Pendant 1916, de nombreuses troupes de toutes nations ont traversé Amiens ou stationné aux environs.
- Nous noterons avec soin tout ce que nous pourrons trouver, espérant pouvoir donner une importante contribution à la flore adventice de notre région.
- Souhaitons en terminant d’y trouver au plus tôt le laurier de la victoire, qu’accompagnera l’olivier de la paix.
- Virgile Brandicoürt,
- Président de la Société Linnéenrie du Nord de là France.
- LA MÉTALLURGIE MODERNE DE L’OR
- Aussi vieille que celle du fer, la métallurgie de l’or est infiniment moins connue. Sans doute l’éloignement des centres d’extraction, la difficulté pendant longtemps rencontrée d’y transporter un matériel important, enfin le prix des minerais que les chimistes auraient pu chercher à traiter, peuvent expliquer que,pendant de longs siècles, les méthodes d’extraction du précieux métal sont restées absolument rudimentaires.
- Les livres d’aventures de notre jeunesse, les récits des pionniers,-la « fièvre de l’or », qui souffla en Amérique lors de la découverte des gisements de l’Alaska, nous ont laissé une conception simpliste des procédés d’extraction qui fut, jusqu’à ces dernières années, assez proche cependant de la vérité. Le sable ou la roche concassée contenant l’or est lavé avec soin, et soit par lévigation, soit par trai-
- tement par le mercure dans les sluices, le métal est séparé de sa gangue.
- Mais ces procédés ne peuvent donner des résultats qu’avec des minerais riches et si la teneur en or est très faible, les parcelles infiniment petites échappent aux réactifs. •
- La question en était là, et au Transvaal, on craignait même que le Wetvvatersrand ne put devenir un centre définitif d’exportation par suite de la teneur très faible de beaucoup de minerais, lorsque le procédé de cyanuration fut découvert. Nous allons exposer avec quelques détails à nos lecteurs cette méthode nouvelle, qui a déterminé dans la métallurgie de l’or une véritable révolution.
- Le principe chimique sur lequel est basé le procédé est simple : l’argent et l’or sont solubles dans
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- L4 MÉTALLURGIE MODERNE DE L’OR
- 41
- les solations aqueuses de cyanures alcalins. La réaction est la suivante :
- 2 Au H- 4KCN -b R20 + 0 = 2 KOH 4- 2KAu (CN)2 On voit qu’il y a formation d’un cyanure double d’or et de potassium et formation de potasse. La nécessité d’employer de l’oxygène dans la réaction est mise en évidence et c’est la raison pour laquelle un des gros problèmes de la cyanuration est l’introduction d’air (c’est-à-dire d’oxygène) dans la masse traitée par un procédé quelconque (air comprimé, agitation, :etc.) (1).
- Bien que connues des chimistes depuis longtemps, ces réactions n’ont été l’objet d’applications industrielles que vers 1885 par MM. Mac Arthur et Forrest de Glasgow. Après des essais plus ou moins
- 45 pour 100. Des gisements considérés comme sans valeur et inexploitables sont tout à coup devenus de véritables trésors.
- Lorsque le cyanure double d’or et de potassium est formé et séparé par filtration des dépôts, des impuretés du sable, etc., l’or est précipité de sa solution par l’action de lames de zinc plongeant dans le liquide. La précipitation s’effectue sur elles, même lorsque la concentration est très faible.
- Pour que la réaction de combinaison s’effectue dans les meilleures conditions, il est nécessaire que le minerai aurifère soit réduit en particules excessivement petites, aussi la première opération qu’il subit est un broyage méticuleux qui s’effectue en général dans des appareils à boulets analogues à ceux qui
- Fig. i. — Vue générale d’une usine de cyanuration dans l’Afrique australe.
- heureux, en 1890, une petite usine de cyanuration fut installée à la mine Robinson. Le succès de cette tentative fut tel que immédiatement le nouveau procédé fut adopté par toutes les grandes usines et a permis aux mines du Transvaal de développer leur exploitation dans de telles conditions que le tonnage des minerais traités a passé de 3 416 000 t. en 1902 à 18 000000 tonnes et 1908, et d’en retirer 90 à 95 pour 100 d’or, tandis que les anciens procédés ne donnaient guère que 40 à
- 1. On peut utiliser l'un ou l’autre des cyanures des métaux alcalins (potassium ou sodium). Dans certains cas, pour avoir un épuisement plus complet du minerai traité, surtout si sa teneur en or est très faible, on ajoute un mélange de bromure et de bromate de potassium qui réagissent d’abord sur le cyanure de potassium en présence d’acide sulfurique pour donner du bromure de cyanogène (Br.C.N.). La réaction de cyanuration est alors :
- Br CN + 5 K CN + 2 A = 2 KAu (CM)2 + K Bile bromure de potassium étant régénéré.
- servent dans les poudreries pour préparer le pulvérin.
- Ce sont de grands cylindres de 5 à 6 m. de longueur et de 1 m. environ de diamètre dans lesquels on introduit 2500 à 3000 kg du minerai à broyer. La vitesse de rotation est de 45 à 50 tours par minute et la force motrice nécessaire pour les faire tourner est de 20 chevaux environ. Ces appareils sont très analogues à ceux utilisés dans l'industrie du ciment de Portland. .
- D’un autre côté lorsque le minerai est réduit à l’état de fine poussière, pour qu’il réagisse rapidement et complètement sur la solution de cyanure de potassium à 0,005 pour 100 en moyenne, il faut ainsi, nous l’avons dit, qu’il soit aéré et brossé énergiquement. La méthode la plus simple consiste à disposer un agitateur tournant dam le fond de la cuve et en même temps servant à amener l’air. La figure 2 représente la cuve Traylor. Lorsque la pompe est en marche, la solu-
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- 42 .. LA MÉTALLURGIE MODERNE DE L’OR
- tion cyanurée est aspirée à la partie supérieure et renvoyée sous pression dans l’autre creux. Elle s’écoule alors à travers les orifices des 4 branches du râteau inférieur, orifices qui sont disposés en sens inverse sur chaque bras. Grâce à cette disposition, l’écoulement du liquide détermine la rotation lente du râteau qui brosse alors la masse. La durée de la réaction varie de 18 à 50 heures suivant les quantités traitées.
- Dans un certain nombre d’installations on procède autrement et on opère un lavage préalable du miuerai, de façon à ne traiter dans les concassures que les plus gros blocs et à éliminer la boue qui est nuisible pour la bonne marche de l’opération de cyanuration. Le minerai est distribué sur des tables à secousses, genre Wilfby qui trient les morceaux suivant leurs dimensions. Ils sont ensuite boccardés.
- Les cuves dans lesquelles se fait la réaction sont énormes et traitent dans une seule opération 50 à 60 tonnes de minerai.
- Depuis quelques années, on emploie un dispositif plus perfectionné, appelé au Mexique cuve Pachu-cha (fig. 4). Il est constitué par un énorme cylindre métallique de 5 m. de diamètre et 10 à 12 m. de haut terminé à sa partie inférieure j ar un tronc de cône. Un tuyau,
- dont le diamètre est d’environ 40 cm, est disposé suivant l’axe de la cuve et remplit le rôle d’ascenseur pour transporter à la partie supérieure de l’appareil les matières qui se trouvent au fond de la cuve. Voici comment : un jet d’air comprimé est envoyé au centre de ce tube, l’air bouillonne en s’échappant et s’émulsionne dans la masse pâteuse, pourrait-on dire, formant une sorte de mousse plus légère qui remonte alors vers la surface. Le procédé est le même, en principe, que celui utilisé dans les sucreries par le remontage des jus. On émulsionne de l’air dans le sirop pour que sa dureté soit moins grande et que par suite la hauteur d’aspiration des pompes soit, elle aussi, plus grande.
- Quel que soit le dispositif utilisé, on obtient finalement une pâte de laquelle il s’agit de retirer la solution de cyanure double d’or et de potassium. Au début de l’application du procédé, on pratiquait simplement la décantation, mais l’extraction intensive ne permit pas de se contenter de ce procédé rudimentaire. Le problème est difficile à résoudre, surtout étant donnée l’énormité des masses à filtrer, fréquemment voisines de 100 tonnes! La chaux en solution alcaline entraîne bien la boue vers le fond de la cuve; l’alun agit de même, mais leur action n’est qu’accessoire. Aussi fut-on conduit au début
- Fig. 3. — Une batterie de cuves Pachucha.
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- LA MÉTALLURGIE MODERNE DE L’OR
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- Fig. 4. — Filtre-presse à slime système Merrill.
- de la cyanuration à envoyer la solution dans d’immenses cuves à décantation.
- Mais le procédé trop long et trop pénible a peu à peu disparu et est presque partout remplacé par l’emploi de filtres-presses. Ces appareils sont de nombreux types, filtres à vides ou filtres par pression. Parmi ceux-ci l’un des plus ingénieux est celui dû à M. Mervill. La grosse difficulté rencontrée dans ce genre de filtre est, une fois la pression exercée et le liquide expurgé, l’élimination du « gâteau » solide de boue. Dans le dispositif Mervill chaque élément du filtre est nettoyé par un violent courant d’eau sous pression.
- Mais les filtres les plus couramment en usage sont les filtres à vide, Moore et Battey. Dans ces deux systèmes le principe est le meme. Dans le filtre Battey, un grand nombre de traverses de bois sont recouvertes d’étoffe, les espaces ainsi couverts étant reliés avec une pompe aspirante capable de faire un léger vide. La bouillie liquide est versée sur cet appareil et lorsque son niveau est convenable, on met la pompe en marche.
- La solution aurifère passe et est recueillie dans une cuve spéciale et la boue forme un gâteau adhérent aux charpentes. On continue jusqu’à ce que l’épaisseur du dépôt solide soit de 2 à 3 centimètres. On arrête alors l’opération et on épuise encore les résidus par lavage à l’aide d’une solution très faible de cyanure, puis on le lave à l’eau
- ordinaire et on le porte sur le carreau de la minei Le filtre Moore fonctionne en sens inverse, pourrait-on dire, du filtre précédent. Il est composé d’une grande cuve dans laquelle on envoie la bouillie à épuiser et au-dessus de laquelle on amène, à l’aide d’un pont roulant, une batterie de filtres lamellaires analogues à celle représentée figure 6. On descend cette batterie dans la cuve, la pompe est mise en marche et la solution aspirée au travers des étoffes se sépare de la masse solide. On agite la solution de temps à autre pour épuiser toute la matière contenue dans la cuve et quand l’épaisseur du dépôt sur les parois du filtre est assez grande, on enlève la batterie filtrante au moyen d’une grue électrique et le pont roulant l’emmène dans une cuve d’eau propre où on la lave. Puis on envoie dans les filtres de l’air comprimé sous pression qui fait se détacher le gâteau. L’opération totale est faite très rapidement : elle ne dure pas plus de 1 h. 1/2.
- Bien d’autres systèmes, plus ou moins en faveur auprès des industriels mériteraient d’être décrits : citons simplement les filtres tournants Oliver, en service en Californie, les filtres tournants Ridgway, etc....
- La dernière opération est la décomposition de la solution de cyanure double d’or et de potassium que l'on concentre dans des cuves où plongent des lames de zinc ou parfois de fer, le zinc se substituant à l’or dans le cyanure. — On se rend compte par le rapide exposé que nous venons de faire du développement considérable de l’industrie aurifère et de
- Fig. 5. — Filtre Battey.
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- l’installation considérable que représente une exploitation moderne.
- Le mercure qui pendant de longues années a été
- le principal agent a été presque complètement détrôné* depuis la généralisation des nouveaux procédés par le zinc, en feuilles d’abord et maintenant en poudre. Il en est résulté d’ailleurs une
- augmentation sérieuse du prix de ce dernier métal.
- Il ne faut cependant pas croire que le problème soit aussi simple que nous l’avons exposé. II est des
- cas où la présence de certains métaux ou de certaines combinaisons chimiques interdisent son emploi. C’est le cas pour les minerais de galène argentifère et les minerais contenant à la fois du cuivre, du plomb, de l’argent et de l’or, comme ceux que l’on rencontre au Mexique et que l’on continue à traiter par voie sèche dans des fours. La présence du soufre dans les minerais est aussi une cause de complica tion. Mais il se trouve que les minerais de l’Afrique ne contiennent aucune de ces matières gênantes et c’est ce qui explique le succès et le développement incroyables des nouvelles méthodes dans les mines du Rand.
- H. VOLTA.
- Fig. 6. — Filtre à slitne procédé Moore.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séances du 1i au 18 juin 1917.
- Élections. — Dans la section d’Ëconomie Rurale, M. Leclainche est élu en remplacement de M. Chauveau décédé, au second tour de scrutin par 26 voix contre 23 à M. Moussu.
- Dans la section de géographie, le général Bourgeois, chef du Service géographique de l’armée, est élu par 33 voix sur 47 votants en remplacement de M. Hatt ; M. Solvay, le grand industriel helge, est élu correspondant dans la section de chimie en remplacement de Sir Henry Roscoe.
- Conditions de formation du coke. —Ladisette .de la France en coke est un des plus grands maux dont souffre notre métallurgie. C’est une des causes qui ont le plus contribué à nous rendre dépendants de l’Allemagne. Aussi est-il très intéressant d’enregistrer les résultats obtenus par MM. Georges Charpy et Marcel Godchot. Ces savants ont étudié les conditions de formation du coke : conditions qui, ainsi qu’il arrive pour beaucoup d’autres questions d’un intérêt pratique immédiat et constant, ont été quelque peu négligées ou même traitées avec dédain par des théoriciens trop exclusivement attachés à leurs recherches de laboratoire. Ils ont montré ainsi qu’en dehors des houilles à coke proprement dites, on pouvait utiliser d’autres charbons médiocres, étendre la gamme des houilles
- utilisables et améliorer la qualité des cokes obtenus. Un tel résultat pourrait avoir une portée considérable. Pour y arriver, ils ont multiplié les essais restreints en s’attachant à répéter plusieurs fois les expériences dans des conditions identiques et à définir avec précision tant la suite des opérations réalisées que les qualités des cokes obtenus. Un des premiers résultats de leur travail est que l’influence de la température est très grande et se produit dans des sens différents suivant les charbons; en sorte que, pour arriver à de bons résultats, il ne faut pas suivre une règle générale, mais se régler strictement sur la qualité du charbon à employer.
- Palmiers à crin végétal de Madagascar. — L’origine botanique du crin végétal qu’exporte régulièrement la côte Est de Madagascar est restée très longtemps incertaine. M. Jumelle étudie le palmier, dont il provient et montre que ce piassava est fourni, non par la spathe florale, mais par la gaine foliaire et, plus spécialement, par la partie de cette gaine qui correspond à la languette oppositipétiole.
- Les défenseurs de nos forêts. — A côté des insectes hostiles à nos cultures, la nature nous fournit des défenseurs qui rétablissent une sorte d’équilibre entre ces
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- parasites et leurs hôtes. M. Bordas étudie à ce propos quelques Ichneumonides. Les Rhyssa persuasoria sont remarquables à la fois par leur taille de 3 cm, par la longueur et la mobilité de leur tarière qui atteint 5,5 cm et enfin par l’instinct merveilleux avec lequel ils savent reconnaître l’endroit précis où se trouve cachée la larve de Sirex xylophage qui devra servir d’aliment à leur progéniture. L’Ephialtes manifestator réussit également, grâce à sa tarière longue et flexible, à pondre ses œufs dans les galeries où logent les larves de certains Céram-bycides. L’œuf éclôt dans la larve et amène la mort de cette dernière. L’animal possède des glandes venimeuses bien développées qui, outre leur rôle défensif, doivent permettre d’injecter un liquide anesthésique dans la larve de Sirex au moment où s’effectue la ponte et, en la rendant ainsi imputrescible, d’assurer la nourriture future des œufs.
- Maladies des chênes.— M. Lucien Daniel avait signalé dès 1908 la marche envahissante du blanc de chêne dans l’ouest de la France. Il montre comment le développement du champignon est en rapport direct avec le traitement qu’on fait subir à l’arbre, notamment avec la façon dont les chênes sont émondés ou étêtés tous les sept ans dans la plupart des fermes. L’arbre, qui est décapité ou étêté en forme de trogne, perd l’équilibre de sa végétation. L’appareil absorbant resté intact continue à amener dans les parties aériennes l’eau chargée des produits nutritifs puisés dans le sol; l’appareil aérien fournit des rameaux réparateurs qui se couvrent de
- feuilles en vue de faire disparaître l’eau en excès dans les tissu6. Mais, jusqu’à ce que cet équilibre se soit rétabli, ce qui peut demander plusieurs années, les tissus du chêne renferment de l’eau en excès et en souffrent, ce qui permet le développement du blanc. Le remède très simple est de tailler autrement en laissant à chaque souche un certain nombre de branches au sommet, en se bornant à couper les pousses inférieures situées sur le tronc. L’inconvénient est qu’on obtient un peu moins de fagots, ce qui met l’intérêt du fermier en’opposition avec l’intérêt du propriétaire. L’inertie aidant, il est à craindre qu’on ne laisse disparaître entièrement une richesse publique.
- Le sérum de la murène. — Le sang de la vipère, de divers serpents et de l’anguille possède des propriétés venimeuses que l’on retrouve également, d’après M. Ivo-paczewski, chez la murène. Recueilli aseptiquement dans le sang, le sérum de cet animal, en dose suffisante, provoque la mort instantanée. La rapidité d’intoxication et le tableau à l’autopsie rappellent dans une certaine mesure le choc anaj)hylactique.
- Dilatabilité de l’argon et du néon. — M, Leduc montre que les pressions internes des deux gaz dans les conditions normales sont dans un rapport presque égal au rapport des carrés des masses moléculaires. Il trouve, dans ses observations, une justification de l’hypothèse que les pressions internes dans les gaz monato-miques sont proportionnelles aux carrés des masses moléculaires.
- L’UTILISATION MÉNAGÈRE DES FRUITS, SANS SUCRE
- III. — Le séchage des fruits.
- De tous les modes d’utilisation des fruits, le séchage est certainement celui auquel recourent le moins souvent les ménagères, du moins en France, car il en va tout autrement à l’étranger où il est très répandu. Mais comme le séchage est le procédé de conservation le plus économique, non seulement parce qu’il ne demande pas les récipients de tout genre, ni les liquides spéciaux à base de sucre ou d’alcool exigés par les autres procédés; comme ses produits, lorsqu’ils sont maintenus à l’abri de l’humidité et des insectes, jouissent d’une durée très prolongée à laquelle ne peuvent prétendre les fruits traités autrement, il est d’un puissant intérêt écor nomique et pratique de faire connaître succinctement les procédés que le séchage comporte ainsi que les modalités qui leur sont particulières pour les rendre susceptibles d’application facile dans les ménages urbains aussi bien que ruraux.
- I. Notions générales. — Appareils accessoires employés pour la préparation ou le séchage des fruits. Les fruits doivent toujours subir quelques manipulations ayant pour but de les débarrasser de certaines parties inutiles ou nuisibles à l’alimentation, mais tandis qu’il en est de très simples comme je l’ai montré antérieurement, il en est d’autres plus complexes et plus délicates
- qui consistent dans le dénoyautage, le pelurage et le découpage. Or, bien qu’elles puissent être effectuées à la main pour un petit nombre de fruits, quand on veut en travailler une grande quantité rapidement et régulièrement, il est indispensable de se servir de certains appareils qui raccourcissent la besogne manuelle et concourent à l’obtention d’un meilleur produit en évitant les oxydations, sources de fréquentes altérations, tant physiques que chimiques et organoleptiques.
- Ne pouvant, sans sortir du cadre de cet article, donner la description de ces appareils, je me contenterai de citer les principaux dont il existe de petits et de grands modèles dans le commerce. Ce sont pour les fruits à noyau : le Chasse ou Enlève-noyau, la grande machine à dénoyauter, etc., pour les fruits à pépins : la machine à enlever le cœur des fruits, le couteau à couper les fruits en quar^ tiers, le couteau à enlever les cœurs et couper en quartiers, et, lorsqu’on désire un appareil qui puisse successivement enlever la peau et les cœurs, puis couper les fruits en quartiers ou en tranches, il faut recourir à des machines spéciales et notamment à celles de Vermorel, de Goodell, etc.
- Blanchiment. — Pour éviter que les fruits ainsi préparés, par suite des réactions des diastases sur
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- les tannoïdes, ne se colorent plus ou moins, ce qui nuirait à la beauté du produit fini, on les soumet au blanchiment, qu’il ne faut pas confondre avec le quasi-ébouillantage des fruits qui porte ce même nom. Ce blanchiment n’est autre qu’un soufrage à l’acide sulfureux produit extemporanément par la combustion du soufre dans une pièce ou une boîte particulière, que, pour cette raison, on appelle : boîte à blanchiment.
- Dans les ménages, on peut remplacer ce moyen un peu compliqué par cet autre très simple, mais moins actif. On plonge les fruits coupés, notamment les pommes, dans un bain d’eau salée et tiède contenant 5 gr. de sel ordinaire par litre d’eau potable et on les y laisse jusqu’au moment de les sécher, bien qu’une immersion de 20 minutes suffise le plus souvent. 11 est parfois nécessaire de les dessaler avant de les consommer.
- Claies. — Ces instruments à claire-voie destinés à recevoir les fruits soumis au séchage sont faits, généralement, en osier, en branches de châtaignier ou en roseaux. Leurs formes sont très variables : rondes, ovales, rectangulaires ou en raquettes. Elles épousent la forme et les dimensions des éva-porateurs ou elles sont placées. Elles consistent alors en un cadre en bois léger supportant un treillage de fil de fer galvanisé à mailles plus ou moins larges; autrement cadre et treillage sont de la même matière.
- Procédés de séchage. — Le séchage ou dessiccation des fruits compte trois procédés qui ont pour base : 1° l’action de la chaleur solaire seule; 2° l’action combinée de la chaleur solaire et de la chaleur artificielle ; 3° l’action de la chaleur artificielle seule. Je vais en donner un rapide aperçu.
- 1° Au soleil. — Ce procédé absolument primitif, puisqu’il se passe de tout appareil et n’utilise que le calorique de l’astre flamboyant, est assurément très économique, et l’on ne saurait trop le recommander, cette année, où le charbon et le gaz sont accordés avec tant de parcimonie, surtout si la vague de chaleur un peu excessive du mois de juin, se continue en juillet et août en devenant normale. En réalité, il n’est vraiment pratique et ne donne des résultats satisfaisants que dans le midi de la France et les contrées du nord de l’Afrique, pour ne parler que des régions françaises ou sous notre protectorat. On y dessèche déjà de cette façon les abricots, les figues, les prunes et les raisins.
- On étale les fruits préparés sur des claies en roseaux ou en osier, ou encore des plateaux en bois, voire même, parfois, sur une aire nue, ferme et très propre. On a soin qu’ils ne se touchent pas trop et qu’au début, la face pédonculaire ou ventrale des fruits entiers soit exposée au soleil en dessus, de même que la partie ouverte des fruits dénoyautés pour que le jus s’épaississe assez vite et ne coule pas sur le grillage de la claie. Lorsqu’ils sont à moitié secs, on les retourne de temps en
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- temps pour exposer successivement chaque face au soleil et on les recouvre d’une mousseline grossière ou d’une toile légère pour empêcher les attaques des insectes, surtout celles des guêpes. La nuit venue pour éviter l’action de l’humidité, on rentre les claies sous un hangar ouvert ou dans un endroit aéré. Dans les régions où elle est moins à craindre, on superpose les claies en piles de 8 à 10, mais non davantage au début du séchage, parce que la vapeur d’eau se condensant sur les fruits des rangs supérieurs leur serait nuisible. On les recouvre aussi de paillassons, si l’on en a suffisamment.
- En raison de leur volume et de leur position, tous les fruits ne sont pas également secs en même temps, aussi doit-on enlever au fur et à mesure ceux qui le sont, ce qu’on reconnaît, avec un peu d’habitude, à la vue, à la consistance qui se rapproche de celle du cuir et au toucher qui doit présenter une certaine rigidité.
- 2° Au soleil et au four. — Il arrive très souvent que l'état climatérique et atmosphérique de la région ne permet pas de dessécher complètement les fruits, de sorte que l'humidité qu’ils retiennent les prédispose trop facilement à diverses altérations et à l’envahissement des moisissures, il est alors indispensable de terminer la dessiccation en recourant soit à la chaleur successive du soleil et du four, soit à la chaleur seule de l’évaporateur.
- Dans le premier cas, les fruits étalés sur des claies sont portés au four une heure après que le pain en a été enlevé, ou, si on le chauffe spécialement avec 3 à 4 petits fagots, lorsque la température est comprise entre 80° à 90°, comme pour les cerises ou 45° à ü0° comme pour les prunes. Trop forte et brusque, la chaleur raccornit l’épiderme ; trop faible, elle laisse un excès d’humidité dans les fruits. La durée de la dessiccation varie selon les fruits qui y subissent plusieurs cuissons successives alternant avec un nombre égal d’expositions au soleil. De là des lenteurs qui peuvent exiger, même avec une série de beau temps, plus d’une quinzaine de jours, et s’opposent souvent à ce qu’on obtienne des résultats satisfaisants. Cependant, les divers inconvénients que les producteurs lui reprochent avec raison pour le séchage en grand sont bien moindres quand on n’opère qu’en petit, ce qui est le cas des ménagères qui ont intérêt à l’utiliser.
- 3° A la chaleur artificielle seule. — Elle est produite au mojen de deux catégories d’appareils : les étuves et les évaporateurs.
- Les étuves sont des appareils spéciaux pour le séchage des prunes en grand, et, comme il ne s’agit que du séchage ménager, il serait hors de propos de les décrire ici. Je dirai seulement que, parmi les étuves agenaises, les plus connues sont celles de Descamps, Ribes, Cazenille, Déloustal, Péjac, etc.
- La même raison me dicte le même silence au regard des évaporateurs dont, depuis le petit appareil des ménages jusqu’au grand séchoir industiiel
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- à multiples chariots, il existe plusieurs systèmes : américains, anglais, allemands et français. Pour ne m’en tenir qu’à ces derniers, je ne citerai que ceux de MM. Yermorel et Tritschler, parce que leurs petits modèles sont très bien compris pour le but que la ménagère doit atteindre : le séchage de petites quantités de fruits ou de légumes avec le plus de rapidité et le moins de travail et de frais. Ces évaporateurs de ménage sont de dimensions telles qu’ils peuvent être placés, en dehors de leur fourneau particulier, sur tout fourneau de cuisine où leur installation est relativement facile. Quant à leur fonctionnement qui est très simple, là notice qui accompagne la vente de chaque évaporateur l’indique dans tous ses détails.
- Pour ces raisons, la préférence doit aller, sans aucune hésitation, à ces petits appareils qui permettent de sécher les fruits méthodiquement, d’une façon continue à l’abri des intempéries et d’obtenir, avec un peu de soin, des produits bien homogènes, d’un aspect plaisant, d’une conservation suffisante et possédant, sans altération sensible, l’ensemble des propriétés des fruits dont ils proviennent.
- II. Séchage des principaux genres de fruits. — En principe, on peut dessécher tous les fruits, en ayant soin, quand ils sont très aqueux, de ne les mettre en œuvre qu’au début de leur maturité et de ne les exposer, tout d’abord, qu’à une chaleur peu élevée; mais, en réalité, les principaux genres qu’on soumet à la dessiccation appartiennent, sauf les figues et les raisins, aux fruits à noyau et à pépins.
- Pour éviter des répétitions, je ne relaterai, pour chaque genre de fruit de ces deux groupes, que les modalités qui n’ont pu être indiquées dans les notions générales.
- Fruits à noyau. — Cerises. — Les cerises à préférer sont les Montmorency et les Griottes. On les dessèche généralement entières, et, comme tous les fruits à noyau, on peut, selon les endroits, les traiter au soleil, au four ou à l’évaporateur. Dans ce dernier, les claies, comme dans le cas des prunes, sont introduites dans la partie la plus élevée avec une température de 80° à 90°. La durée du séchage est de 5 à 6 heures; quand elles sont dénoyautées le temps est raccourci, mais on perd une petite quantité de jus et le produit est moins bon et moins beau. On estime que le rendement moyen est de 18 pour 100.
- Prunes. — Prendre des fruits mûrs et sains et, pour hâter le séchage, les blanchir dans un bain de carbonate de potasse à la dose de 5 gr. par litre d’eau. Mettre ce bain dans une bassine et le porter presque à l’ébullition, puis, à ce moment, y plonger un panier à salade dans lequel on a mis un kilogramme de prunes environ, l’y laisser 10 à 15 secondes, puis l’en retirer pour l’immerger dans de l’eau fraîche et renouvelée. On peut réitérer jusqu’à trois fois pour les prunes spéciales : Prunes d’Agen, Sainte-Catherine, les Quetsches, les Perdrigons ;
- mais pour les Reines-Claude et les Mirabelles, deux immersions de 8 à 10 secondes suffisent. En somme lé but à atteindre est un léger fendillement de la peau, afin que l’eau de végétation s’évapore plus vite. Les fruits bien égouttés, les placer entiers sur les claies à une température qui, au début, ne doit pas dépasser 60° pour éviter de provoquer l’éclatement de la peau par une évaporation trop rapide.
- Le séchage demande pour les prunes entières au moins 24 heures, mais bien moins pour celles qui sont dénoyautées; dans cet état, des Reines-Claude ont été séchées en 16 heures. En combinant l’action du soleil à celle du four, on les soumet à trois cuissons ; la lre à 40-50° pendant 12 heures, la 2e, aussi longtemps à 60°-65° et la 5e d’une heure à 80°-90°. Le rendement moyen est de 53 pour 100.
- Abricots. — On les coupe en deux parties bien nettes suivant la suture du fruit tout en leur laissant la peau et on les installe sur les claies le ventre en haut. C’est le procédé le plus simple ; quand on veut des abricots semi-translucides et ambrés, on les blanchit dans la boîte spéciale pendant 10 minutes. Le séchage est d’environ 7 à 8 heures et le rendement de 20 pour 100.
- Pêches. — On les brosse pour les débarrasser de leur duvet, on les pèle pour enlever la peau ; on les dénoyaute, on les coupe par moitiés, sauf les pavies et les brugnons que l’on divise en quartiers. On les blanchit également à l’acide sulfureux. Leur dessiccation à l’évaporateur demande plus de précautions que celle des autres fruits à cause de la nature de leurs tissus; on introduit, par suite, les claies du côté de l’arrivée de l’air chaud. Le séchage varie de 7 à 9 heures et le rendement entre 16 à 20 pour 100.
- Fruits à pépins. — Pommes. — On peut obtenir avec elles, des produits de différentes formes et qualités. Pour l’usage culinaire, le seul qui intéresse les ménagères, on pèle les pommes, on les évide et on les coupe en rondelles, en tranches ou en quartiers. On les blanchit au soufre ou au sel de cuisine, on les met sur des claies à plat ou debout si l’on veut que l’opération soit plus économique, parce qu’il en tient ainsi trois fois plus. On dispose les claies dans la région la plus chaude de l’appareil dont la température peut atteindre 90° ou 100° au maximum. La longueur du séchage dépend de l’état de division des fruits et de la charge des claies. On l’estime, en moyenne, entre 7 à 8 heures pour les pommes entières évidées au centre, 6 à 7 heures pour les quartiers, 5 à 6 heures pour les rondelles et les tranches. Le rendement moyen est de 12 pour 100.
- Poires.— On les traite sensiblement comme les pommes pour les beaux produits, mais il arrive souvent qu’on ne les évide pas, qu’on les sèche découpées en quartiers quand elles sont grosses et en moitiés si elles sont petites. En raison de leur plus grande quantité de diastase et de tannoïdes, les poires noircissent plus fortement et rapidement que les pommes ; aussi, faut-il les préparer vite et les
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- blanchir au plus tôt. La température optimum oscille entre 80° à 90°. Elles sèchent plus lentement que les pommes : 9 à 10 heures pour les poires en quartiers et moitiés, 10 à 12 heures pour les poires entières Rendement moyen variant entre 14 à .15 pour. 100.
- Les déchets, pelures et cœurs, des pommes et des poires, peuvent être utilisés, frais ou secs, pour la préparation des gelées ou des pâtes.
- Raisins. — On sèche ces baies le plus souvent au soleil dans quelques centres du Midi de la France, et toujours dans les pays chauds. C’est une opération très délicate chez nous, et dans les ménages, il vaut mieux s’en tenir à l’évaporateur qui n’est pas non plus sans difficulté. Il faut choisir des grappes .formées de raisins très sains ou enlever avec des ciseaux pointus et -longs ceux qui sont avariés ; il est même nécessaire d’enlever quelques grapillons, si elles sont trop touffues de manière que l’air chaud circule mieux autour des grains.
- On les étend à plat sur les claies dont l’introduction se fait à l’éva-porateur par la porte de sortie de l’air chaud, et leur progression a lieu vers la partie la plus chaude.
- Au début, la température, qui ne doit être que de 60°, peut monter jusqu’à 90°.
- Comme jusqu’ici, le séchage des raisins n’a eu lieu que très rarement dans de grands évaporateurs, il s’ensuit qu’on n’a pas de règles précises au sujet des petits appareils. - - .
- Il convient donc, dans les ménages, d’agir prudemment et de pousser l’opération jusqu’à ce que les grains soient d’une belle couleur brun clair et translucides. L’opération, qui est lente, peut durer 4 ou 5 jours. Le rendement moyen est de 20 à 25 pour 100.
- Figues. — J’ajoute ici ces fruits qui n’appartiennent pas aux fruits à pépins, puisque ce sont des « sycones », à cause du commerce important auquel donne lieu leur séchage dans les pays chauds. En Provence, où le temps n’est malheureusement pas toujours favorable, on les sèche au soleil ou au four. Dans les deux cas on entrecueille les figues, c’est-à-dire qu’on ne récolte que celles qui sont très mûres et même ridées aux arbres ; puis, quand la dessiccation a lieu au soleil, on les y expose après les avoir posées, séparées par variété, et peu rapprochées sur des claies ou des plateaux suspendus à un mètre du sol dans un endroit bien abrité. Comme il importe que le séchage soit trè-; rapide, on les retourne fréquemment, le matin et à midi, sur chaque face qu’on aplatit un peu pour
- favoriser l’évaporation. Pour éviter l’humidité de la nuit, on rentre les claies sous un hangar ouvert ou bien on les recouvre de paillassons. Très variable, la durée du,séchage, qui dépend de la chaleur solaire et de l’état atmosphérique, comprend 15 jours à 3 semaines. On tire, au fur et à mesure, les figues que l’on juge sèches, selon que pressées sur le pédoncule elles s’aplatissent sans se fendiller et crever sous la pression du doigt. Les figues séchées ainsi passent pour les meilleures.
- Lorsqu’on opère au four, on dispose les fruits de la même manière, mais il faut avoir grand soin de bien graduer la chaleur qui, d’abord modérée, doit arriver peu à peu au degré voulu pour la dessiccation, ce qui est assez délicat. On pense, généralement, que l’emploi judicieux d’un évaporateur donnerait les meilleurs résultats. Toute ménagère désireuse d’essayer ce mode de séchage s’inspirera de ce qui précède. Quant à la chaleur, il me semble prudent de conseiller, au début, 40° à 45° pour arriver progressivement à 70°, 75° à la fin de l’opération.
- III. Conservation des fruits secs. -—Lorsqu’ils viennent d’être desséchés, les fruits sont rigides, durs et parfois cassants. Pour les rendre souples, on les soumet au ressuage, c’est-à-dire qu’on les étend, selon leur quantité, sur des planches ou dans un endroit, un grenier très sec, largement aéré où l’air ne pénètre qu’à travers des toiles légères ou de fines gazes tendues sur toutes les ouvertures pour empêcher l’entrée des insectes. On les y laisse se refroidir, absorber un peu de l’humidité de l’air ambiant pour redevenir malléables sans détriment pour l’ensemble de leurs qualités propres; ce delà comprend souvent 5 à 4 jours, bien qu’il soit subordonné à l’état de siccité des fruits et de l’atmosphère.
- On les conserve alors dans des caisses, des coffres, des tonneaux pourvus de couvercles fermant bien, ou mieux d’une toile métallique tendue sur des cadres en bois, mais soigneusement tapissée de gaze fine permettant une aération à l’abri des insectes. Dans les ménages, où la quantité est peu élevée, on peut les garder dans des boîtes en fer-blanc ou dans de grands bocaux en verre appelés « conserves », fermant hermétiquement. Il est à peine besoin de recommander que tous ces récipients doivent être placés dans un endroit très sec, très aéré, indemne de moisissures et de toute odeur forte ; en outre, qu’un minutieux examen des fruits ait lieu fréquemment. A. Truei.ee.
- Séchoir évaporateur de la maison Vermorel placé sur un petit poêle.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahüre, rue de Fleurus 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 2287.
- 28 JUILLET 1917
- L’ÉVALUATION SCIENTIFIQUE DES PENSIONS ET INDEMNITÉS
- des réformés de la guerre.
- Tous les hommes atteints pendant leur service militaire, et à l’occasion de ce service, d’une blessure ou d’une maladie entraînant une incapacité de travail, ont droit à une pension ou à une indemnité compensatrices.
- Cette mesure de stricte justice est appliquée à l’armée depuis
- infirmités contractées au service de l’État y sont divisées en deux groupes, celles qui diminuent de plus de 40 pour 100 la validité et donnent droit à une pension de retraite ; celles de gravité moindre qui ne justifient qu’une réforme n° 1 avec gratification renouvelable. Les infirmités donnant droit à
- pension sont'clas-
- fort longtemps; la législation des accidents du travail l’a étendue aux risques professionnels civils.
- Aujourd’hui,tout individu, quel qu’il soit, atteint d’une lésion au cours et à cause de ses occupations professionnelles, militaires ou civiles, est ainsi assuré d’une protection certaine.
- Le principe de cette garantie est trop équitable pour souffrir la moindre discussion, mais son application à chaque cas particulier est souvent des plus délicates. L’évaluation du taux d’in-capacité doit suivre des règles générales et cependant chaque cas présente un certain nombre
- de caractères spéciaux qui ne permettent pas d’appliquer, sans réflexion ni jugement, les taux établis par une loi ou un règlement.
- En matière d’accidents du travail, la législation, suffisamment récente, tient compte des connaissances actuelles en médecine et chirurgie et établit une série de mesures jugées satisfaisantes par les intéressés : ouvriers, patrons et assureurs.
- En matière de blessures de guerre, il n’en était pas ainsi au moment où la guerre éclata. La question était régie par les lois des 11 et 18 avril 1851, lois excellentes pour l’époque, mais qui présentent aujourd’hui le défaut d’avoir beaucoup vieilli. Les
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- Fig. i. — Appareils de mesure des mouvements des articulations ; en haut, à gauche, appareil de Camus et Faid-herbe pour la pronation et la supination de la main; à droite, appareil de Dupont pour les mouvements des doigts; en bas, appareil de Dupont pour les grandes articulations.
- sées en 6 catégories selon leur importance et le degré d’incapacité qu’elles déterminent. Un tableau de classification des blessures énumère les divers cas de chaque groupe.
- Les progrès de la médecine et de la chirurgie ont rendu cadif* que cette classification. C’est ainsi qu’on y trouve comme également graves la perte de l’usage d’un membre, l’ankylose du genou, la -perte du gros orteil ou de deux orteils ; l'amputation de cuisse y est considérée comme plus grave que l’hémiplégie avec démence, etc.
- Jusqu’en 1914, le Règlement sur le Service de
- Santé de l’Armée à l’Intérieur continuait de prescrire l’application de ces lois, la nomenclature des cas de réforme étant à peine modifiée.
- Les hommes atteints d’infirmités contractées en service commandé passaient devant une commission de réforme. Ils pouvaient faire appel de sa décision au Comité consultatif du Service de Santé et finalement au Conseil d’Etat jugeant en contentieux.
- Dès le début de la guerre actuelle, on se rendit compte des imperfections graves de la réglementation en vigueur et des injustices et des erreurs qu’elle entraînait, tantôt aux dépens du blessé, tantôt aux dépens de l’État. S’ils voulaient éviter
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- et au besoin propose leur modification; elle renseigne le Ministre sur toutes les questions et lui donne son avis pour qu’il décide.
- La commission consultative médicale, par son contact avec les experts régionaux, a contribué à unifier les taux des pensions et des gratifications, à corriger les défauts èt les erreurs des règlements et des; experts et à établir une évaluation des infirmités équitable à la fois pour les intéressés et pour l’État. ;
- Les contre-expertises dont elle est chargée, étant souvent délicates et difficiles, M. le médecin-major Jean Camus proposa d’organiser un centre spécial pour l’examen et le traitement complémentaire des blessés réformés, qui serait en même temps un laboratoire d’étude où l’on rechercherait les
- Fig. 2. — La salle d’expertises du Centre spécial d'examen des blessés réformés.
- des absurdités trop criantes, les médecins des centres de-réforme en étaient réduits à violer les règles établies et à prendre des décisions personnelles qui fatalement variaient d’un centre à un autre et créaient des inégalités de pensions et de gratifications pour des situations du même ordre.
- Le 24 mars 1915, un décret précisa et modernisa les instructions pour l’évaluation médicale des incapacités; un guide-barême, inspiré par la légis-lalion et la jurisprudence des accidents du travail, modifia l’échelle de gravité des blessures et les classa plus en harmonie avec nos connaissances actuelles. Son seul défaut est de n’avoir pas rompu assez nettement avec l’ancien règlement et d’avoir encore conservé certaines évaluations erronées, par exemple l’estimation à 100 pour 100 de l’incapa-
- cilépour la perte des deux pieds, la même estimation pour l’amputation du bras ou de l’avant-bras, etc. Malgré ce trop grand respect des tableaux d’évaluation antérieurs à la guerre, le guide-barême constitue un gros progrès. Nous savons d’ailleurs que sa refonte est dès maintenant à l’étude et qu’un nouveau barême plus logique sera prochainement appliqué.
- Aux commissions de réforme réglementaires, souvènt peu compétentes, une circulaire ministérielle du 15 mars l916 a adjoint des commissions régionales d’expertises médico-légales, composées de spécialistes, qui sont chargées de surveiller l’établissement des dossiers de réforme, d’assurer l’uniformité et l’exactitude des évaluations d’incapacité et de relier les commissions de réforme à une commission consultative médicale créée dès décembre 1914 et définitivement organisée par décret du 5 mars 1916. Cette dernière commission vérifie les dossiers de pensions ou gratifications, apprécie les décisions des commissions de réforme
- meilleures méthodes d’examen, l’unification des mesures, etc.
- Le concours apporté par la Réunion des Assureurs, eux-mêmes fort intéressés à l’établissement de méthodes précises d’évaluation des incapacités, celui de diverses autres personnes ou sociétés, et l’initiative du Service de Santé, permirent d'ouvrir ce centre, rue Paul-Louis-Courier, à Paris, il y a maintenant un an... #
- Depuis cette époque, près de 500 dossiers y ont été expertisés de la manière la plus précise et la plus exacte qui ont abouti tantôt à des augmentations, tantôt à des diminutions du taux des indemnités, pour la plus juste sauvegarde des intérêts de tous.
- Les procédés d’examen employés à ce centre sont en grand nombre d’invention nouvelle; beaucoup ont été, après contrôle, préconisés aux experts régionaux et utilisés par eux. Ainsi, peu à peu s’organise une science vraiment objective de l’évaluation des incapacités, infiniment plus sûre et plus
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- rationnelle que l’opinion, si exercée et consciencieuse soit-elle, d’un médecin ou d’une commission jugeant uniquement d’après un examen clinique.
- Ainsi se prépare la solution d’une des questions les plus délicates de l’après-guerre, celle du règlement équitable des indemnités aux nombreuses victimes du conflit actuel.
- Nous pouvons affirmer aujourd’hui que la France possède le moyen de ne pas faire d’erreur et de ne pas commettre d’injustice dans la réparation des maux dus aux blessures et aux maladies de cette guerre. La description des méthodes scientifiques d’évaluation des incapacités donnera eer-tainement la même impression à nos lecr tëurs,
- Le Centre spécial d’examen des blessés réformés, de la rue
- Paul-Louis-Courier, pratique des séries de mesures relatives, les unes à l’état anatomique, les autres à
- déformations dues à celles-ci. La photographie
- et la radiographie sont mises à contribution pour fixer l’état d’une blessure à un moment donné.
- Toute une série d’appareils servent à mesurer l’état de fonctionne ment des muscles et des articulations. Ce
- sont des goniomètres à deux branches articulées, le long desquelles peuvent glisser des rubans métriques. L’angle formé par les deux branches se lit sur le cadran ; le ruban permet de mesurer la circonférence du membre à une hauteur donnée au-dessus de l’articulation. Les appareils à longues branches servent pour l’épaule, la hanche, le coude, le genou ; d’autres plus petits pour le poignet, les doigts, le pied; d’autres encore pour la rotation du poignet (fig. 1). Pour connaître l’état fonctionnel des muscles
- Fig. 3. — Dynanio-ergo graphe spécial du Dv Camus pour l'étude des petits mouveménts.
- Fig. — Appareil de Camus pour Venregistrement des troubles vaso-moteurs.
- la fonction physiologique des parties du corps lésées.
- Au point de vue anatomique, on note l’étendue, l’aspect, les adhérences des cicatrices, les
- d’un membre blessé, on mesure et on enregistre la force, la rapidité, l’amplitude des mouvements et la vitesse d’apparition de la fatigue. Le Dr Camus
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- a imaginé pour ces enregistrements deux appareils, dynamo-ergegraphes. l’un destiné aux grands mouvements des bras et des jambes ; l’autre aux mouvements moins amples des mains, dés poignets, des doigts (fig. 2 et 3).
- L’un et l’autre de ces dynamo-ergographes comportent un levier fixé à une poulie sur laquelle s’enroule un câble ou un fil portant un poids qu’on peut faire varier à volonté. Les mouvements s’inscrivent par les déplacements proportionnels d’un style sur un cylindre enregistreur où les temps sont également marqués par un métronome et un signal.
- On peut donc obtenir des graphiques représentant la vitesse des mouvements, leur amplitude, la fatigue qu’ils provoquent pour une résistance donnée. On peut ainsi garder la trace et comparer l’état physiologique d’un membre ou d’un segment de membre à un moment donné avec celui du même membre à une autre époque ou du membre sain opposé.
- Les nerfs et les muscles sont explorés par les courants faradique et galvanique pour fournir une donnée précise sur leur fonctionnement (Voir La Nature, n° 2197).
- Le D1 Camus a imaginé un instrument très facilement réglable et très sensible qui note tous les
- détails des troubles vaso-moteurs, si fréquents après les blessures des nerfs (fig. 4).
- Les tremblements sont également enregistrés par des appareils composés de plusieurs tambours à leviers orientés dans les trois directions de l’espace (fig. 4).
- Les réactions psycho-motrices sont également explorées par les procédés qui ont déjà été décrits ici même à propos de l’examen des aviateurs (La Nature, n° 2223).
- Ces méthodes permettent de substituer aux longues descriptions des experts, toujours incomplètes et imprécises quel que soit le soin méticuleux apporté à leur rédaction, des documents absolument complets et objectifs : photographies, tableaux de chiffres, graphiques dont l’examen ne laisse de latitude à aucune interprétation. Dès maintenant ces nouveaux procédés sont appliqués à toutes les contre-expertises de la commission médicale consultative; ils se répandent rapidement dans les centres régionaux; le Comité des Assureurs songe à les employer pour toutes les questions d’accidents du travail. Ils sont une garantie absolue d’équité aussi bien pour les blessés de la guerre que pour les contribuables qui auront à payer les trop nombreuses pensions dont elle est la cause.
- R. M.
- Fig. 5. — Appareil de Camus pour Pinscription du tremblement.
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- et leur avenir probable dans la paix.
- En dépit des perfectionnements réels qui leur ont été apportés, les zeppelins n’ont pas joué, dans la guerre actuelle, un rôle aussi important que le prévoyaient les Allemands quand ils déclanchèrent sur l’Europe, leur brutale agression. Les raids sur l’Angleterre, si nombreux, si meurtriers qu’ils aient été, n’ont pas compensé les pertes en matériel et en vies humaines que'coûtèrent à nos ennemis l’emploi onéreux de ces monstres aériens. Au cours de quarante-trois incursions au-dessus des côtes orientales anglaises, et qui occasionnèrent-la mort de 406 habitants inolîensifs, les Allemands perdirent 10 dirigeables et 172 hommes tués ou prisonniers.
- Au point de vue militaire, l’ensemble de ces opérations constitue indiscutablement une défaite. Si l’on ajoute à ces chiffres, ceux des zeppelins abattus
- sur les différents fronts et ceux qui furent détruits accidentellement en Allemagne ou ailleurs, on ne peut contester l’échec absolu, complet, des zeppelins de guerre.
- Il semble établi que les Allemands construisent deux types de super-zeppelins ; l’un de 35 000 m5 environ, l’autre de 54000 m3. Le premier a 180 m. de long pour un diamètre maximum approximatif de 20 m. Sa puissance motrice est de 1000 chevaux. Le second est actionné par six moteurs dont la force totale est de 140U chevaux. Sa carène est longue de 205 m. et son diamètre atteint, k 20 m. de la pointe avant, 21 m., pour ne plus être que de 5 m. 50 à 7 m. de la pointe arrière. On sait que les super-zeppelins diffèrent des types d’avant-guerre par la forme effilée de leur carène, ce qui, à puissance égale, leur assure une pénétration dans l’air
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- bien meilleure et par conséquent une vitesse supérieure.
- La vitesse des super-zeppelins est voisine de 90 km à l’heure ; à cette allure, ils peuvent voyager 18 heures en emportant à leur bord un approvisionnement en carburant de 4000 kg, un lest de poids égal et une charge utile de plus de 2000 kg. Sans escale, ils peuvent franchir une distance de 1600 km. Ces chiffres s’appliquent au super-zeppelin de 53 000 m3; il est probable que celui de 54000 m3. a un rayon d’action plus étendu et une capacité plus grande. Sa vitesse, par contre* est sensiblement la même.
- Dès à présent, on envisage, en Allemagne comme ailleurs, l’emploi des aéronefs pour le service postal de ville à ville. 11 semble bien que ces zeppelins soient à même de remplir cette tâche aussi avantageusement que les meilleurs aéroplanes.
- Ayant subi pendant la guerre de retentissants échecs, les zeppelins sont-ils appelés à jouer, la paix venue, un rôle autrement brillant? C’est ce que nous allons examiner.
- La capacité de transport des zeppelins actuels est au moins de 2000 kg. En temps de paix, ce chiffre peut être plus élevé, car un dirigeable postal , pourra réduire son équipage et supprimer toutes ' les armes dont il dispose actuellement : canons, lance-bombes, mitrailleuses, etc.... Il pourra également réduire le poids de ses nacelles en abandonnant les plaques de blindage devenues inutiles. Dans ces conditions, il n’est pas exagéré d’estimer à près de 3000 kg, la charge utile d’un super-zeppelin de l’après-guerre. Quant au rayon d’action qui est actuellement de 1600 km, il pourra vraisemblablement être étendu par une meilleure utilisation de la puissance motrice et par la possibilité, pour le ballon, de naviguer à une altitude moins élevée qu’en temps de guerre. Un super-zeppelin monte à 4000 m., mais une telle hauteur ne peut être atteinte que par une dépense considérable de lest et de carburant que l’on pourrait employer d’une façon plus avantageuse. On peut donc estimer que ces super-zeppelins seront capables d’effectuer sans escale des voyages de 2000 km, à l’allure de 90 km à l’heure.
- En réduisant cette vitesse à 60 km — ce qui peut être obtenu en utilisant seulement deux moteurs — le rayon d'action serait facilement porté à 2200 km, c’est-à-dire que partant de Berlin à minuit, un super-zeppelin pourrait atterrir à Bagdad le surlendemain à midi avec les 3000 kg de courrier dont il serait porteur. En utilisant ses quatre moteurs, le même dirigeable quittant la capitale de l’Allemagne à minuit arriverait à Pctrograd avant 10 heures du matin; repartant de cette dernière ville à midi, il serait de retour à Berlin à 10 heures du soir, en transportant à son bord de 150 à 200 000 lettres.
- Ces deux exemples suffisent à démontrer que l’emploi du super-zeppelin dans le service postal
- aérien est loin de constituer une utopie et qu’au contraire, il peut être pour nos ennemis et à différents points de vue, une source abondante de profits.
- Pour bien comprendre la valeur du dirigeable postal, il faut remarquer qu’un zeppelin, dans l'état actuel de la question, permet de relier entre elles les principales villes d’Europe dans un laps de temps extrêmement réduit. Des plis importants, des missions politiques ou économiques peuvent être transportés de Berlin à Madrid en 14 heures, de Hambourg à Constantinople en 15 heures, de Leipzig à Athènes en 13 heures, de Berlin à Rey-kiavik en 18 heures, etc....
- L’emploi d’un super-zeppelin capable de franchir une distance de 2200 km laisse même entrevoir la possibilité de réunir, dans un avenir prochain, l’ancien continent au nouveau par une ligne de dirigeables. Ces aéronefs s’élevant d’Irlande iraient atterrir au Canada ou à Terre-Neuve après une traversée en ligne droite qui ne durerait pas 36 heures.
- Et sur ce dernier point non plus, nous n’abandonnons pas le domaine des réalités puisque dès le 14octobre 1912, un zeppelin destiné à la Marine allemande, a réussi une randonnée de 34 heures sans escale. Lès types actuels sont à même d’accomplir des voyages de plus longue durée et du fait de leur puissance d’évoluer a une allure beaucoup plus rapide que ceux de 1912.
- Reste à savoir si au point de vue pécuniaire, l’emploi de ces engins né sera pas trop onéreux.
- Il est certain que le coût d’un super-zeppelin n’est guère inférieur à 10 millions de francs. L’entretien du dirigeable, la construction de son hangar, la solde du personnel, etc... sont également fort coûteux. Si l’on ajoute à ces chiffres, la dépense occasionnée par la consommation en huile et en essence d’un groupe moteur de 1000 à 1400 chevaux, pour assurer le transport d’une charge utile de 5000 kg sur un parcours de 2200 km, on s’aperçoit que le prix d’un voyage de ce genre est terriblement élevé.
- Par contre, la faculté de relier l’Europe à l’Amérique en 36 heures présente une telle économie de temps pour le transport rapide de la correspondance qu’il est certain que bien des industriels payeront volontiers une taxe postale importante pour accélérer l’acheminement de leurs ordres.
- En supposant que cette taxe postale soit fixée à 2 francs et qu’un super-zeppelin transporte 200 000 lettres, chaque traversée rapportera 400 000 francs. En tenant compte de la fragilité relative des zeppelins, des accidents possibles et de l’usure du matériel, on peut estimer qu’un dirigeable ne pourra guère effectuer, en moyenne, plus de cinquante fois le vojage d’Irlande au Canada, aller et retour, soit 100 traversées. Après quoi, il sera inutilisable. En se basant sur ces chiffres, l’exploitation de la ligne rapporterait donc pour chaque dirigeable 40 millions de bénéfice brut. Si l’on évalue à 10 millions le prix du zeppelin, à 10 mil-
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- lions encore les frais divers occasionnés par les voyages, on voit qu’il reste une marge suffisante pour assurer à la société qui exploitera ces dirigeables transatlantiques un bénéfice intéressant.
- Naturellement, on ne doit envisager que le transport de la correspondance par cette voie, car la capacité des zeppelins est trop limitée pour leur permettre d’emporter des marchandises volumineuses et lourdes, dans des conditions avantageuses.
- L’Allemagne a perdu au cours de la guerre une cinquantaine de zeppelins. Elle en disposera vraisemblablement d’un nombre égal à la fin des hostilités. Il faut bien se convaincre qu’elle saura les utiliser au mieux de ses intérêts dans la lutte économique qui suivra la lutte militaire. Nos ennemis auront trop besoin de faire preuve de puissance industrielle et commerciale pour délaisser un moyen
- L’INDUSTRIE 1
- En raison des hostilités, le pavage en bois est devenu difficile, car le pin de Suède fait défaut et celui des Landes ne le supplée pas. Le pavage en granit à son tour est fort cher en raison de l’envahissement par l’ennemi des importantes carrières belges de Quénast d’où nous retirions une bonne partie de nos pavés de porphyre et de la diminution de l’extraction de nos carrières françaises (quartzites de la Manche, Mayenne, Orne, Côtes-du-Nord, Autun, grès des Vosges, etc.), par suitedumanque de personnel. Seul, l’asphalte, dont les mines se trouvent loin des zones ennemies, se trouve être sinon bon marché, au moins suffisamment abondant. A l’heure actuelle, son exploitation et son emploi deviennent presque une questiond’àctualilé.
- L’asphalte et le bitume. —Et d’abord, qu’est ce que l’asphalte? On confond souvent dans le langage le. bitume et l’asphalte, deux corps minéraux, cependant essentiellement dissemblables, bien que pouvant se recommander d’une sorte de cousinage mutuel. Or, le bitume, substance molle, d’un noir brillant caractéristique, à odeur pénétrante, analogue à la poix, solide à basse température, ductile lorsqu’elle est tant soit peu chauffée, liquide vers 50°, n’a jamais pu et ne pourra jamais servir de revêtement aux trottoirs ni aux chaussées. Par contre, Y asphalte, carbonate de chaux qu’on trouve dans le sol imprégné tout naturellement de bitume, sorte de roche tendre à grain fin, amorphe et inodore à froid, de couleur brun foncé, parfois tigré, sert à faire des trottoirs sous le nom d’asphalfe coulé et des chaussées sous celui d’asphalte comprimé, ainsi que je l’expliquerai tout à l’heure. Par conséquent, l’expression « fouler le bitume du boulevard » est impropre. Mais ce qu’il y a de plus fantaisiste, c’est que le nom d’asphalte tire son ori-
- L’ASPHALTE ...........--=
- de propagande aussi remarquable et aussi efficace.
- Tout ce qui précède et qui concerne l’Allemagne peut également s’appliquer aux alliés. Nous n’avons cité les zeppelins qu’à titre d’exemple et parce que ces dirigeables sont sortis du domaine de l’expérience pour entrer dans celui de la pratique. Mais il est évident que nous pourrions construire dos aéronefs d’une valeur égale et même supérieure à celle des zeppelins, si nous nous décidions résolument à adopter les caractéristiques principales des dirigeables allemands.
- L’Angleterre est particulièrement bien placée pour parvenir à ce résultat et sa situation géographique lui fait un devoir d’être la première à organiser le service postal aérien transatlantique. Elle y trouvera une satisfaction nationale justifiée et un profit moral et matériel considérable.
- G. Houari».
- M’ASPHALTE
- gine du bitume qui, sur le lac Asphallite ou mer Morte, vient former à la surface de l’eau des masses plus ou moins considérables.
- Je viens de dire qu’il y avait, industriellement parlant, deux genres d’asphaltes : le coulé et le comprimé. L’asphalte coulé est celui que nous voyons journellement additionné de gravier, transporter à pied d’œuvre dans des chaudières locomo-biles et étaler sur nos trottoirs ; on peut utiliser pour sa confection toutes les qualités d’asphalte de second ordre.. L’asphalte comprimé, au contraire, dans la composition duquel ne sont employées que des matières de qualité tout à fait supérieure, est celui dont nous voyons en passant pilonner les couches brûlantes sur les chaussées ; son travail est basé sur la propriété que possèdent les calcaires bitumineux de bonne qualité, préalablement pulvérisés, de reprendre sous l’action de la compression leur dureté primitive, étant entendu en outre, que cette faculté se trouve accrue si l’on chauffe la poudre à 110° pour en ramollir le bitume agglutinant et chasser l’eau de carrière.
- De ce que je viens de dire, il suit qu’on doit toujours distinguer dans les asphaltes deux qualités : 1° la roche utilisable pour l’asphalte comprimé et par suite pour l’asphalte coulé; 2°la roche utilisable pour l’asphalte coulé seulement. Lorsqu’il s’agit, en effet, de comprimer l’asphalte, on ne peut y employer toutes les roches, qu’elles soient grasses (c’est-à-dire contenant beaucoup de bitume) ou maigres (en contenant peu), tandis qu’il n’est au contraii*e aucune roche qui ne puisse servir à la fabrication de l’asphalte coulé, à moins que son bitume « d’imprégnation », comme disent les spécialistes, ne soit trop volatil. Les asphaltes renfermant ces bitumes sont impropres à tous les usages,
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- parce que ceux-ci s’e'cbappent dans l’atmosphère au moment où l’on cuit la matière pour l’étendre. Il suit également des explications précédentes, que toute roche utilisée pour l’asphalte comprimé peut a fortiori convenir pour l’asphalte coulé; au lieu de donner une pâte cassante et sans liaison, elle fournit au contraire une pâte plus longue et plus liante.
- L’analyse seule amène à juger de la qualité d’un asphalte. Lorsqu’elle a permis de vérifier que le
- ajuste exactement, puis il démonte le tout après un quart d’heure d’attente. Il obtient un petit bloc qu’il laisse refroidir, qu’il brise pour en apprécier la résistance, et dont il doit trouver la cassure homogène et sans effritement. Les mêmes essais recommencent sur d’autres blocs confectionnés de la même façon depuis huit à dix jours; leur résistance par comparaison doit évidemment être plus grande.
- Je n’insisterai pas sur ce qu’est l’analyse d’un asphalte : ceci relève de la technique de laboratoire. Je me contenterai de dire que toute analyse est basée sur un lavage minutieux de la poudre au sulfure de carbone, et que le dosage du fer se fait au cyanure de potassium sur la solution de carbonate de chaux extrait par cette opération, traitée par l’acide chlorhydrique, étendue d’eau et filtrée.
- Les mines d’asphalte. — Il
- Fig. i. — Le chargement des voitures d’asphalte à l’usine.
- carbonate de chaux qu’il contient est pur, fin, très régulièrement imprégné de bitume, cet asphalte est classé bon premier. En cas contraire, et sur-lout s’il renferme des sels de fer constituant l’élément le plus dangereux pour l’usage, il passe dans les roches de second ordre; une proportion de 1 pour 100 de ces sels suffit pour le faire ranger dans cette catégorie inférieure. Les asphaltes renfermant de la silice et de l’argile ou dont le bitume d’imprégnation devient liquide à 40 ou 45° sont placés sur le même rang.
- Avant d’employer du reste l’asphalte comprimé, on fait dans les usines des essais' de compression pour juger de sa valeur Une certaine quantité de poudre de roche est alors chauffée à l’étuve et portée à 140°, elle est ensuite introduite dans une boite en bois ouverte d’un seul côté et ayant la forme d’un parallélipipède allongé; l’opérateur comprime alors cette poudre dans la boîte à coups •le marteau en frappant sur un mandrin qui s’y
- Fig. 2. — La pose de l'asphalte sur un quai de Paris.
- ne manque pas de gisements d’asphalte sur la surface du globe, mais il en est peu qui puissent être exploités et utilisés industriellement. En Europe, trois seulement, en tout et pour tout, peuvent donner de l’asphalte employé comme comprimé. Le plus beau, celui qu’on peut sans hésiter classer en première ligne, c’est celui du Val de Travers, en Suisse, dans le canton de Neuchâtel : il renferme un asphalte gras dont la teneur en bitume est supérieure à 7 pour 100. Une montagne entière y renferme des couches de minerai qu’on exploite depuis de longues années et qui semblent inépuisables. Les mines d’asphalte pouvant ensuite être citées ar
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- point de vue de -leur importance sont celles de Sicile (mines de Ragusa) : malheureusement, l’asphalte s’y trouve irrégulièrement imprégné de bitume et à des couches très grasses succèdent parfois des couches maigres qui donnent des mécomptes aux exploitants. Enfin, sur la même ligne que la première, il faut citer en Haute-Savoie les mines françaises de Seyssel et des régions environnantes, Frangy notamment : partout, du reste, dans ce département, l’asphalte est abondant, mais celui de première qualité se trouve avant tout dans les deux localités que je viens de nommer. J’ajouterai, à propos des gisements de Seyssel, qu’une ordonnance royale rendue en 1843 à la suite d’un procès entre les concessionnaires et les propriétaires de la surface a placé d’une manière générale cette exploitation dans la catégorie des mines et non dans celle des carrières. La distinction a son importance. Les carrières en effet sont, d’après la loi de 1810, exploitables par les propriétaires de la surface sans autres obligations pour eux vis-à-vis du gouvernement que de se soumettre aux règlements de sécurité édictés par l’administration , alors que les mines, considérées comme appartenant à l’État, sont le plus souvent concédées perpétuellement par lui à 1’ « inventeur » (de invenire, trouver), sans que le détenteur de la surface puisse revendiquer aucun droit sur son tréfonds. Il y a bien d’autres mines d’asphalte en France, en Italie, en Allemagne et en Espagne, mais toutes ne donnent qu’une roche de moindre qualité qui ne peut être utilisée que pour la confection de l’asphalte coulé. Citons en France parmi les meilleures, celles de Bourbonges-Lavagny (Haute-Saône), Forens (Ain), et Seivas, Cauvas, Avejan et Le Puech, dans le Gard.
- L’exploitation des mines d’asphalte se fait soit à ciel ouvert, soit en galeries. La première est de toute évidence la plus avantageuse, mais elle n’est pas toujours possible. La couche d’asphalte est alors entièrement découverte par les ouvriers et
- débarrassée de toutes les matières qui pourraient la souiller : on la perce ensuite avec des burins ou des tarières usuellement employées pour l’extraction des roches tendres, et dans les trous ainsi faits on comprime de la poudre de mine ; une mèche est mise en contact avec elle et amorcée par une capsule au fulminate; après inflammation, la roche se rompt. Ce que désirent les exploitants, c’est que cette roche éclate en blocs et non en poudre qu’on peut difficilement séparer ensuite des matières étrangères qui pourraient s’y trouver mêlées, et c’est pourquoi ils ne font jamais usage de la dynamite à moins que la roche ne soit noyée par l’eau. L’exploitation par galeries s’exécute de la même manière et avec les mêmes outils avec cette variante que, l’explosion se faisant au fond de la galerie, on est obligé de faire sur place un triage des blocs et de les transporter à l’air libre sur le carreau : les matières impropres sont laissées en remblais. Dans l’un et l’autre cas, ou bien les blocs sont chargés tels quels sur wagons et expédiés aux entrepreneurs ou aux usines qui sont réputés savoir employer la matière (ce qui est indispensable, car en cas d’inexpérierjce, les acheteurs ne manquent jamais de mettre en cause la qualité de la roche), ou bien ils sont broyés sur place et comprimés sommairement dans des moules donnant des pains de 20 à 25 kg portant en creux la marque d’origine. Mais le plus souvent l’expédition en blocs suffit.
- Fabrication de l'asphalie comprimé. — Aussitôt arrivée à l’usine, la roche est empilée sous des hangars couverts et on l’y abandonne quelque temps pour lui faire perdre son eau de carrière. Pour être utilisée, la matière commence par subir un nettoyage soigné à la main et un concassage sommaire au marteau en morceaux de 3 à 4 kilogrammes. On en sépare alors l’argile, les cristallisations de carbonate de chaux, tout ce qui, en un mot, pourrait la souiller. Les morceaux non homogènes ou difficiles à nettoyer sont mis de
- Fig. 3. — Mine d’asphalte du Val-Travers. L’entrée de la mine.
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- côté : ils sont bons pour la fabrication du coulé.
- Cela fait, l’ingénieur qui veut faire du comprimé fait analyser les roches au laboratoire de l’usine. C’est qu’en effet il n’est généralement pas possible d’employer pour la confection des chaussées la roche d’une seule provenance. Celles du Val de Travers et de Sicile sont grasses, celles de Seyssel trop maigres : un mélange s’impose des unes avec les autres; mais pour bien connaître les données de ce mélange il est nécessaire d’en doser le bitume. Joint à cela, les résultats de ce dosage doivent être considérés différemment suivant les pays auxquels l’asphalte est destiné : la teneur en bitume convenant aux pays tempérés n’est pas, en effet, la même que celle exigée par l’expérience pour les pays chauds. Il faut en somme arriver à composer une poudre qui puisse supporter sans inconvénients les chaleurs de l’été ët les froids de l’hiver. Vous avez tous remarqué, dans les étés chauds, des boursouflures dans les chaussées d’asphalte : c’est qu’alors celui-ci contient trop de bitume. En ce cas, la matière se déplace ; à un moment donné elle forme des creux très réduits et des bosses très épaisses; bientôt l’asphalte des creux se désagrège progressivement, arrive à ne plus avoir d’épaisseur et forme un trou : il faut réparer. Si, au contraire, l’asphalte n’a pas une teneur suffisante en bitume, c’est l’hiver qui lui est fatal. Comme tous les corps, il se contracte au moment des gelées, mais comme la quantité de bitume n’est pas suffisante pour souder entre elles les molécules de carbonate de chaux, il se produit des gerçures bientôt dans celle-ci l’eau s’infiltre, le contact avec le béton produit par-dessous des fentes dans toutes les directions, les trépidations des véhicules détruisent la cohésion de la matière et celle-ci, constamment imbibée d’eau, se réduit assez vite en bouillie sous la pression des roues; une réfection complète devient nécessaire. L’analyse est donc indispensable et on la fait toujours. Cependant je dois dire que là comme ailleurs une grande pratique permettrait à la rigueur de s’en dispenser. J’ai connu, étant administrateur d’une Société d’asphalte, de vieux ouvriers qui à l’aspect d’une roche fixaient à peu près sa teneur en bitume; mais il vaut évidem-
- ment mieux avoir la certitude d’opérer sur une poudre dosée. Lors donc que la teneur en bitume d’un asphalte a été déterminée au laboratoire, on mélange les roches suivant les données obtenues et on les réduit en poudre. Cette pulvérisation s’obtient à l’aide de trois appareils successifs que je vais passer en revue; un concasseur, un broyeur, un tamis.
- Les concasseurs sont de systèmes assez divers : les uns basés sur la rotation de cylindres en fonte armés de dents, les autres sur celle de lames d’acier rigide articulées sur un axe fixe et venant s’engager l’une dans l’autre. Sortie du concasseur, la roche, reprise par une chaîne à godets, passe mécaniquement au broyeur ; il est donc nécessaire, puisque l’opération; s’effectue d’une façon automatique, que l’ouvrier préposé à l’alimentation du concasseur le charge d’une façon régulière de manière que la matière arrive au broyeur sans l’obstruer. Les systèmes de construction des broyeurs sont, eux aussi, assez variés : tous sont à force Centrifuge, les uns travaillant en projetant la roche concassée contre une ceinture dentée, les autres contre deùx couronnes à jours concentriques emboîtées l’une dans l’autre. Une chaîne à godets reprend alors la poudre dans le réservoir du broyeur et la remonte sur un tamis incliné, encastré dans un cadre auquel une came transmet une sorte de tremblement en lui donnant une série de chocs successifs. Les mailles de ce tamis ont 5 mm, mais comme la poudre en glissant sur le tissu métallique y adhère, il faut compter que le diamètre des fils en est augmenté et que le diamètre de passage n’est plus que de 2 à 2 mm 1/2. La poudre tombe alors dans un conduit et on la transporte au dépôt.
- C’est alors qu‘il faut procéder au chauffage de l’asphalte en poudre pour l’utiliser en comprimé. Cette opération, qui longtemps s’est faite sur des plaques de tôle à feu nu, dans des appareils spéciaux dits « décrépitoirs » dont le principal inconvénient était de ne permettre d’en chauffer que des quantités restreintes, s’opère aujourd’hui dans des rotateurs mécaniques avec lesquels on peut élever la température de très fortes quantités de matières et cela d’une façon plus uniforme et régulière. Je
- Fig. 4. — Une galerie boisée à la mine du Val-Travers.
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- ne puis mieux comparer un rotateur qu’à un immense brûloir à café. Ce sont des cylindres de 2 m. de diamètre sur 2 m. de long, en tôle, à génératrices horizontales suivant lesquelles sont rivées quelques cornières destinées à brasser la poudre en l’entraînant au delà de sa position d’équilibre lorsqu’on leur transmet un mouvement de rotation, et placés à l’intérieur d’un cône également en tôle au bas duquel se trouve un foyer. La poudre est introduite par des regards ménagés dans la partie mobile. On tourne, on chauffe ; la vapeur d’eau s’échappe par des tourillons annulaires et lorsqu’on est arrivé à 135-140° en été ou 140-145 en hiver, on arrête le rotateur aussitôt que les portes sont au point bas, on enlève le foyer, et on le remplace par un tombereau qui doit servir au transport. Un rotateur contient au minimum 1200 kg de matière, au maximum 2200. Lorsqu’on ouvre les portes, presque toute la poudre tombe dans le tombereau. Pour enlever ce qui reste, on remet le rotateur en mouvement pendant quelques instants : l’évacuation finale est alors accélérée par une disposition des portes qui viennent frotter sur l'enveloppe suivant un plan incliné. Bientôt la voiture sort, on la recouvre d’une bâche, on ferme les portes du rotateur, le foyer est remis en place et une nouvelle opération recommence. Après deux jours de marche, un nettoyage de l’appareil est nécessaire pour éviter que la poudre ne se localise dans certaines parties. Les voitures sont alors dirigées sur le lieu d’emploi.
- La pose de l’asphalte, qui demande beaucoup de soins et exige un personnel- exercé, se fait sur un béton de ciment de 5 à 10 cm d’épaisseur sur lequel on étend une légère couche de mortier. Avant de déposer ce béton, on consolide le sol par un arrosage et un pilonnage énergiques. La poudre provenant des tombereaux, qui a conservé son calorique, est transportée vers la forme au moyen de brouettes doublées en tôle, étendue sur le béton sec sur une épaisseur supérieure d’un tiers environ à celle qui va lui être définitivement donnée, régularisée à l’aide d’un râteau en ayant soin de se conformer un profil indiqué par une serce, et finalement tassée doucement par une première équipe d’ouvriers qui avec des pilons en fer préalablement chauffés s’attaquent principalement aux lisières. Une seconde équipe suit et comprime alors le plus énergiquement possible. Un lissoir chauffé qu’on passe par-dessus fait disparaître les aspérités : quelques heures après, la chaussée peut être livrée à la circulation. On complète parfois la compression en faisait passer sur la croûte asphaltique encore chaude une série de rouleaux en fer de poids différents. On use aussi parfois du pilonnage mécanique imaginé par l’ingénieur allemand Dietrich; mais l’outil est très cher, pesant, difficile à mouvoir.
- Fabrication de l’asphalte coulé. — L’asphalte [ui doit servir pour les trottoirs n’est pas appliqué
- l’état naturel comme celui des chaussées : il con-‘
- stitue en quelque sorte sinon un asphalte fabriqué, au moins une matière complètement transformée par l’addition d’un corps étranger. Aussi lui donne-t-on un nom spécial : mastic d’asphalte. Ce nouveau produit résulte du mélange de la poudre de roche de premier ou de second ordre obtenue par le broyage avec un bitume naturel provenant de l’île de la Trinité et qu’on appelle sur les chantiers minerai de Trinidad ou Trinidad tout court : on s’attache alors en opérant ce mélange à diminuer, autant que possible, là proportion de la matière chère qui est ici le bitume ; cette proportion est généralement de 15 à 17 pour 100. Ce minerai n’est pas employé tel qu’il est importé de la Trinité, absolument impur d’ailleurs et renfermant de grandes quantités d’argile et de plantes du pays. Il est extrait là-bas d’un certain nombre de grands lacs desséchés, qui vraisemblablement ont été en leur temps remplis de bitume pendant une éruption volcanique. Son aspect à l’extraction est jaune rougeâtre tigré noir. On lui fait subir dans l’île une épuration sommaire en le débarrassant partiellement de sa gangue argileuse, mais il lui en reste encore de 35 à 40 pour 100. Il nous arrive dans des fûts légers qui ne sont évidemment utiles que pour ces pays chauds, car jusque 25° les blocs ne subissent en aucune façon l’influence de la température.
- A leur arrivée à l’usine, on doit donc les nettoyer. Cette appropriation, qui a pour but de ne leur laisser en teneur d’argile que 20 pour 100 environ, quantité dont s’accommode parfaitement la fabrication de l’asphalte coulé, se fait dans des chaudières en fonte que l’on se contente de chauffer à 150° environ : cette température est suffisante pour précipiter au fond de la chaudière, la plupart des matières étrangères et constituer ce que dans les ateliers on appelle le bitume épuré. J’ajouterai que, pour économiser le minerai de Trinidad, on le remplace partiellement par du goudron de schiste préparé à Autun, résultat de la distillation des schistes bitumineux abondants dans cette contrée. Cette distillation vers 200° procure d’une part à l’industrie des huiles légères et des huiles lourdes utilisables et laisse d’autre part le goudron dont je parle, carbure d’hydrogène liquide s’alliant fort bien au Trinidad qu’il rectifie par dissolution. Ce mélange donne ce qu’on appelle le brai, qu’il s’agit maintenant de rendre plus intime pour l’utiliser industriellement.
- Pour cela, on se sert d’une chaudière revêtue extérieurement d’une chemise en briques réfractaires dont le but est de régulariser la chauffe et d’éviter les coups de feu, et dans laquelle des palettes placées sur un axe central sont destinées à remuer le mélange qu’on va y introduire. On commence par chauffer la chaudière et on met en même temps en mouvement l’axe des malaxeurs, puis on jette dans le récipient 2000 kg de Trinidad qu’on laisse fondre ; on y ajoute alors petit à petit 450 kg de goudron de schiste et on laisse les matières se malaxer durant, une heure environ. Toute cette cuisson doit At.r*
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- surveillée avec prudence, car si — ce qui arrive souvent — le goudron de schiste contient de l’eau, il se produit dans la chaudière une ébullition tumultueuse qui arriverait à faire déborder son contenu si l’ouvrier surveillant n’en facilitait l’évaporation en remuant vivement la masse mousseuse sans arrêt jusqu’à retour du liquide à son niveau normal. Lorsque finalement des vapeurs blanches se dégagent à la surface, le brai est formé : on arrête alors les malaxeurs et on met les feux bas. Il faut encore laisser reposer deux heures après cuisson pour permettre à certains corps étrangers s’il en reste de se déposer au fond de la chaudière; le revêtement eu briques dont elle est entourée suffit à conserver à la masse une chaleur de 180° environ. Le brai est ensuite extrait de la chaudière par un robinet fixé à sa base et coulé soit en fosse, soit en fûts. La coulée en fosse n’a lieu que si la matière doit être envoyée à une usine de fabrication d’asphalte ; elle est alors conduite par tuyautage dans un récipient en béton de ciment de 60 à 70 centimètres de profondeur, dont les parois sont munies de poudre d’asphalte pour empêcher l’adhérence. La coulée en fûts d’autre part ne se pratique que pour le brai livrable au commerce : versé chaud dans un baquet à deux poignées, il est alors transversé dans chaque fût qu’on remplit aux deux tiers de sa hauteur —-ceci afin d’éviter qu’il ne déborde si le fût est humide ou contient de l’eau, — puis lorsqu’il est refroidi on achève de le remplir par de petits versements successifs.
- Le brai fabriqué, il s’agit maintenant d’en faire le mastic d’asphalte, c’est-à-dire de le mélanger avec de la poudre de roche. L’opération a lieu dans des chaudières en fonte munies d’agitateurs mécaniques ; elle doit être surveillée avec la même prudence que la fabrication du brai. On chauffe d’abord à 120° environ, puis on jette le bitume; des ouvriers spéciaux incorporent enfin à la masse par charges successives autant de poudre qu’elle peut en absorber. Les poudres provenant de roches de second ordre peuvent être en ce cas utilisées, comme je l’ai dit. Au bout de cinq heures de cuisson, le mastic est fabriqué. On le coule alors dans des moules. La forme des pains la plus usitée est celle d’une rondelle de 25 kg, correspondant à l’application d’un mètre carré d’aire asphaltée de 15 mm d’épaisseur. Dans le Gard, les pains sont carrés et pèsent 55 kg. Généralement, cependant, le mélange du brai et de la poudre de roche n’est pas pur : on trouve avantage à ajouter dans la chaudière du gravier purgé de sable ; d’après les cahiers des charges imposés par l’administration, les dimensions de ces graviers ne doivent pas excéder de 2 à 4 mm. Cette addition porte le nom de sablage, et pour rendre la prMe plus grasse on ajoute avec le gravier un supplément de 2 à 4 pour 100 de brai. Elle ne se fait pas toujours du reste à l’usine, mais parfois aussi a pied d’œuvre des chantiers, dans de simples chaudrons chauffés à feu nu par-dessous, que
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- tout le monde a pu remarquer en passant et qui peuvent contenir environ 300 kg de matière. Mais je suppose le mastic sablé fabriqué à l’usine. Pour l’employer, on le débite en morceaux, et on le place dans ces chaudières locomobiles que nous connaissons tous, munies d’un foyer central, et dans lesquelles la matière est constamment malaxée jusqu’au lieu d’emploi pour que le gravier qu’elle renferme soit bien incorporé à la masse : leur contenance est d’environ 1000 à 1500 kg. La matière brûlante est alors recueillie dans un seau et appliquée sur un terrain préparé comme je l’ai expliqué à propos de l’asphalte comprimé.
- L’asphalte coulé est dit remanié, lorsqu’il est composé par moilié d’asphalte coulé neuf préparé comme je viens de le dire et de relevages d’asphalte coulé ayant déjà servi et sommairement nettoyés. L’emploi de ces vieilles matières se fait en les incorporant au mastic par chargements successifs au moment de la cuisson et en additionnant le tout de 1 à 2 pour 100 de brai. Au bout d’une heure l’homogénéité de la masse est parfaite. Bien entendu, tout asphalte remanié est aussi bon qu’un autre, puisque les éléments qui le constituent sont les mêmes.
- Les imitations d’asphalte. — Etant donné le nombre limité des gisements d’asphalte, je n’étonnerai personne en disant qu’on a voulu imiter la roche naturelle. Au milieu d’une foule de produits plus ou moins hétéroclytes, l’imitation la plus connue est celle qu’on appelle le bitume factice. J’ai déjà dit, au début de cet article, que l’asphalte et le bitume étaient des produits dissemblables et qu’en dépit de leur différence l’usage avait souvent prévalu de désigner l’asphalte coulé sous le nom de bitume; c’est justement cette confusion qui a donné naissance à l’invention du bitume factice, le « factice » tout court comme l’appellent les spécialistes. Celui-ci se compose de blanc de Meudon et de terre à four pulvérisés et agglomérés suivant certaines proportions avec du brai de gaz. Ce factice a un grand inconvénient, c’est qu’il se brise avec la plus grande facilité en hiver lorsque la température baisse et qu’il devient mou et fléchit sous le pied durant les grandes chaleurs de l’été. On le reconnaît à sa cassure d’un noir bleuâtre alors que celle de l’asphalte est d’un noir mat : la différence est très sensible ; en outre, son étendage donne lieu à une odeur irritante et provoquant la toux à laquelle les ouvriers eux-mêmes peuvent difficilement résister : rien de pareil n’arrive avec l’asphalte. Il y a longtemps, du reste, que l'application du faclice a été écartée pour les travaux de voirie; mais comme il est bien meilleur marché que l’asphalte ordinaire, étant donné que le bitume de celui-ci coûte au moins le double du brai de gaz, son bas prix pourrait évidemment séduire les particuliers pour la confection de leurs travaux privés. C’est pourquoi j’ai cru bon de le signaler à cette place.
- Alfred Renouard.
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- LE SALVADOR
- début de juin 1917 le volcan de San-Salva-dor (1950 m. au sommet nommé Quezalte-pec) a presque totalement détruit la capitale de ce pays, située à 10 km. au Sud-Est (altit. 657 à 692 m.) ainsi qu’une demi-douzaine de cités voisines.
- On sait que l’état de Salvador (ou San-Salvador), — jadis nommé Cuscatlan ou pays des Trésors et traversé par le 14° de latitude Nord et le 89° de longit. W. de Greenwich, - est la plus petite en surface et la seconde en population des six républiques (Panama comprise) de l’Amérique Centrale, et la seule d’entre elles qui ne baigne pas sur l’Atlantique en même temps que sur le Pacifique. Toutefois elle se trouve relativement la plus peuplée, puisque ses 1200000 habitants équivalent à 55 personnes pour chacun de ses 34126 km2 (le Guatemala compte 2H 9 200 habitants pour ses 113 030 km^1).
- Son système orographique très compliqué est coupé en zigzag par le petit fleuve Lempa : ses monts sont exclusivement éruptifs et comprennent une trentaine de volcans, dont douze encore plus ou moins actifs : le plus élevé est le San-Vicente (2174 m.). Le relief du sol est donc bien plus faible que celui du Guatemala qui atteint 3900 m. au volcan Fuêgo.
- Les bouches éruptives du Salvador semblent alignées sur deux cassures principales. Les spécialistes considèrent que leurs manifestations sont moins fréquentes que les tremblements de terre, de tous temps désastreux.
- De nombreuses sources thermales à dégagements de vapeurs stridentes s’appellent Infiernillos, et le pays renferme une quantité de salses ou fumerolles permanentes qui portent le nom spécial d’Ausoles.
- Le fameux volcan d’Izaleo est né le 25 février 1770 et ses premières éruptions furent si lumineuses qu’on le surnomma « Faro del Salvador ». 11 mesurait 1825 m. de haut en 1866. Sapper lui en attribue 1885.
- À 8 km Est de la capitale, en janvier 1880, l’ancien cratère occupé par le lac Ilopango, vit surgir du milieu de ses eaux un nouveau et éphémère volcan à trois bouches qui fut étudié par une commission scientifique du Guatemala (2).
- 1. Chiffres de l'Annuaire du Bureau des Longitudes. I/AImanarh de Gotha (1915) donne au Guatemala 1 842154 h. et au Salvador (en 1912) 1 161 426 h. pour 21160 km2 seulement (d’après un x’écent calcul planimétrique allemand), soit 55 h. au km2.
- 2. Voy.' G. Tissandif.r. La Nature, nos 561,1er mai 1880 et 559, 17 avril 1880.
- Du 19 au 21 janvier 1855 le port de la Union (voy. ci-après) fut pendant 43 heures ravagé par la pluie de cendres de l’explosion du Coseguina (distant de 60 km, en Nicaragua) « une des plus violentes dont l’histoire fasse mention et tout à fait comparable à celles du Krakaloa en 1885. » (Mon-tessus de Ballore).
- Ces modernes éruptions établissent bien que la volcanicité proprement dite du Salvador demeure fort active; et la catastrophe du mois dernier l’a confirmé terriblement.
- Pour le San-Salvador lui-même Mercalli énonce qu’il eut une très forte éruption en 1659 et une émission latérale de fumée en 1876 (*). Tandis que Reclus énonce qu’il « paraît être au repos depuis une époque antérieure à la conquête » (en 1524) et que Montessus de Ballore le traite de « volcan éteint (2) ». Son réveil vient d’être furieux! Il y avait probablement erreur à considérer que c’était surtout a des. séismes que la cité de Salvador devait la dizaine de destructions qu’elle avait déjà encourues depuis sa; fondation en 1528 (3), raison pour laquelle, après le terrible tremblement de terre du 19 mars 1875,! on l’avait reconstruite en bois, selon un système spécial augmentant sa résistance envers les secousses. Cela a produit, cette fois, un incendie presque total.
- Le Salvador est d’ailleurs un des pays qu’on fait le plus intervenir dans la fameuse controverse sur l’origine volcanique ou non des tremblements dé terre. La question a été exposée par Montessus de Ballore, qui rie semble pas partisan de la genèse volcanique des séismes, mais qui reconnaît, cependant, « exagéré de dire que les tremblements de terre du Centre Amérique sont toujours indépendants des phénomènes volcaniques » (Les tremblements de terre, p. 390). L’éruption volcanique qui vient de détruire une capitale de 65 000 habitants fournit un nouvel élément de discussion à un débat géologique qui ne paraît pas près de finir.
- Ajoutons un mot statistique sur le cadre de la catastrophe. Le Salvador est partagé en 14 districts administratifs. Après le chef-lieu,. Santa-Anna (48 210 ou 50 500 h.) et San-Miguel (24768 ou 22 000 h.) sont les deux principales villes; il y en a six autres déplus de 10000 habitants et trois petits ports sur le Pacifique. Le principal est la Union sur la grande baie de Fonseca, limitrophe du Nicaragua, au Sud-Est.
- Mais en 1915 il n’était pas encore réuni à la capitale ni au Honduras par un chemin de fer ; le Salvador ne possédant alors que 156 km de rails exploités.
- La population du pays augmente et reste relative-
- 1. I Volcani aetivi, p. 555, Milan, Hœpli, 1907.
- 2. Tremblements de terre, p. 589, Paris, Colin, 1906.
- 5. Voy. A. G. Nogüés, La Nature, n° 970, 2 janvier 1892.
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- LE SALVADOR .., , 61
- ment pure des mélanges étrangers. La proportion des Indiens, de race Aztèque (Pipils), est de 40 pour 100, avec 10 pour 100 de blancs et 50 pour 100 de métis.
- Le sol, entièrement en détritus volcaniques et, par conséquent, très fertile, a dirigé presque toute l’activité nationale vers une agriculture fort prospère, par la production du café (dont les planta- . tions ou cafetales occupent le cinquième de la surface), — de l’indigo, — de la canne à sucre, — du tabac, — et d’un produit particulier au pays le « Baume du Pérou » : ce nom impropre vient de ce que jadis on l’exportait en Espagne par l’intermédiaire du port péruvien du Callao. Mais le « bau-mier du Salvador » croît spécialement sur la côte de ce pays, entre Acajatla et la Libertad. C’est le myrospermmn salva-lorense ou peruife-rum (Hoixiloxitt des Indiens), arbre de la famille des légumineuses - papilionacées.
- Il fut découvert, au milieu du xvie siècle, par Monardés de Séville. On extrait de sa tige battue une sorte , de résine odorante, dont on fabrique un produit médicinal agréablement odorant et stimulant. Sa balsamique odeur est telle qu’en 1571 le pape Pie Y autorisa son emploi pour le Saint-Chrême. On s’en sert actuellement pour les pansements de certaines plaies de guerre.
- On exploite médiocrement 180 petites mines d’or et d’argent, ayant rapporté, en 1911, 7 500000 fr.
- Le réseau des routes est assez développé et bien entrelenu.
- En 1911 le commerce extérieur s’est élevé à environ 27 millions de francs pour les importations et 44 pour les exportations.
- Le gouvernement se compose d’une chambre de 42 députés, et de 4 ministres, avec un président et un vice-président élus pour 4 ans (constitution de 1864). : ,C
- L’histoire du pays commence lors de la conquête espagnole, par Pedro Alvarado, lieutenant de Fernand Cortez, en 1524. L’indépendance fut proclamée le 15 septembre 1821, comme conséquence de l’insurrection mexicaine. Depuis, la guerre civile a toujours dévasté les états de l’Amérique centrale; les essais de fédération tentés à diverses reprises entre 1824 et 1897 n’ont jamais réussi. En 1905
- le Mexique et les États-Unis durent imposer la paix aux 5 États du Guatemala, Honduras, Salvador, Nicaragua et Costa-Rica. La république du Panama date du 5 novembre 1905.
- L’unité monétaire du Salvador estlepeso ou piastre d’or de 100 centavos valant 5 francs au pair, et dont fort peu ont été frappés ; en fait la monnaie courante est le peso-papier, qui valait 1 fr. 65 au change de juin 1914.
- Il y a une cour suprême de justice. La religion est le catholicisme romain, avec un évêque pour chef.
- Le budget annuel s’élève à 26 millions de francs pour les dépenses et légèrement plus pour les recettes (1912-1915).
- L’armée active compte environ 5000 hommes,
- plus 18 000 de milice. En temps de guerre le service est obligatoire pour Ipns les valides de 18 à 50 ans.
- Nous renverrons les lecteurs curieux de compléter ce résumé surtout aux deux livres de Laferrière (1877) et du comte M. de Périgny (1910)
- E.-A. Martel.
- * Bibliographie : À. Dollfus et E. de Montserrat, Voyage géologique dans les républiques de Guatemala et de Salvador, Paris, 1868. — J. Laferrière, De Paris à Guatemala, in-8°, Paris. Garnier, 1877. — G. Sapper. Supplément des n0B115, 127,151, etc. Petermann's Mitteilungen, Gotha, J. Perthes, — Montessus de Ballore, Les tremblements de terre, Paris, A. Colin, 1906, p. 384; — Tremblements de terre et éruptions volcaniques au Centre Amérique, Dijon, 1888. — Notice sur le Salvador à T Exposition de Paris, en 1889; — Elisée 11ecmjs, Géographie Universelle. f.XYII, 1896, p. 424-451. — Comte de Périgny, Les cinq républiques de l’Amérique Centrale, 1910. —Les listes bibliographiques du Dictionnaire de Géographie de Vivien de St-Martin et Rousselet et de la Grande Encyclopédie (Salvador).
- Cafétale au Salvador.
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- LE PROJET « BREST-TRANSATLANTIQUE »
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- Depuis quelque temps, il est question d’établir à Brest, point des côtes françaises le plus rapproché de l’Amérique du Nord, une base ou une escale pour les bateaux faisant le service entre New-York et la France.
- Les distances marines de New-York aux grands
- ports français de la Manche et de l’Océan sont les suivantes :
- Différence en sus par rapport à Brest..
- New York-Brest. . . . 2954 milles! 0 milles
- — Le Havre . . 3130 — 176 —
- —- Saint-Nazaire. 3065 — 109 —
- — La Pallice. . 3118 — 164 —
- — Le Yerdon. . 3112 — 158 —
- Pour de grands paquebots, marchant à 24 noeuds, l’économie de temps, avec la route New York-Brest, serait d’environ 7 heures sur les trajets de New-York au Havre, à la Pallice ou au Yerdon; elle serait encore de 5 heures sur le trajet de New-York à Saint-Nazaire. '
- Le gain serait donc appréciable; mais sa réalisation suppose que, par tous les temps et notamment par temps de brume, l’accès de ces divers ports est également facile.
- Dans une note récemment présentée par moi à
- l’Académie des Sciences(1), M. J. Renaud, directeur du Service hydrographique de la marine, a montré combien, à cet égard, Brest est désavantagé par rapport à ses concurrents.
- A l’approche de la Pointe du Finistère, hérissée de récifs, le fond de la mer se relève brusquement
- (v. la carte ci-contre). Quelques instants après avoir reconnu, à la sonde, une profondeur de 100 mètres ou plus, le navire peut rencontrer un écueil et sombrer corps et biens. Aussi serait-il dangereux de vouloir entrer dans la rade de Brest sans avoir vu la terre.
- Or, en ces parages, la brume est fréquente ; elle y règne en moyenne 1 jour sur 8 ; 10 jours par an, elle .se maintient pendant 24 heures consécutives et, 5 jours par an, pendant 48 heures. En outre, des courants transversaux, violent^ de vitesse difficile à évaluer, y dévient de sa route le navire, et cela d’autant plus que la marche, en raison du brouillard, est plus ralentie.
- Somme toute, pour l’escale de Brest, il faudrait compter avec de notables et fréquentes pertes de temps, tout à fait incompatibles avec les exigences d’un service de poste ou de passagers.
- Bien différente est la situation des autres ports de la Manche et de l’Atlantique. Un’ bateau partant de New-York peut, sans accident, les atteindre sans avoir, une seule fois durant la traversée, pu vérifier sa position en observant le ciel.
- S’agit-il du Havre? L’incertitude du point, à l’arrivée devant l’entonnoir de la Manche, est au plus égale à une douzaine de milles, soit au huitième environ de la largeur (une centaine de milles) de l’entrée ; le bateau ne saurait donc manquer celle ci.
- De plus, à partir de ce point, le fond de la mer se relève progressivement, à la fois vers les deux rives et à mesure qu’on avance vers l’Est; le navire, sans risquer un échouage ni ralentir sa
- 1. Séance du 11 juin 1917.
- Londres _?
- 100.0
- Brest
- ••1000.
- 4000
- .eVerdon
- ES PA GUE
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- vitesse, peut, dès lors, facilement atteindre la baie de Seine et le Havre, en se basant uniquement sur des sondages, un peu comme le fait un aveugle se guidant avec sa canne.
- Ce sont là des conditions privilégiées.
- Les ports de Saint-Nazaire, de La Pallice et du Verdon, sont presque aussi favorisés.
- Entre la pointe du Finistère et l’entrée de la Gironde, en effet, un grand plan incliné relie les abîmes de l’Océan aux petits fonds qui précèdent le rivage. Les profondeurs y diminuent à peu près régulièrement, depuis 500 mètres jusqu’à 50. Un coup de sonde, de temps à autre, suffit pour faire connaître approximativement la distance au rivage. D’autre part, l’attention du navigateur est mise en éveil par la pre'sence d’un banc de vase, large de
- 40 km en moyenne, s’étendant tout le long de cet immense glacis.
- Si l’on ne peut, uniquement avec des sondages, gagner les mouillages mêmes de Saint-Nazaire et du Verdon, le port de La Pallice, tout au moins, est accessible sans danger par ce moyen.
- La situation relativement défavorable de Brest, à cet égard, changerait complètement le jour où les signaux hertziens, installés aux abords de la rade, à titre d’essai, pourraient être relevés en direction, par un navire, avec une précision suffisante pour lui permettre de fixer exactement sa position sur la carte. Mais tant que ce problème n’aura pas été pratiquement résolu, l’escale de Brest sera peu recommandable pour les paquebots transatlantiques. Cn. Lallemand,
- de l’Académie des Sciences.
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- Aussitôt après leur déclaration d’état de guerre avec l’Allemagne, les États-Unis manifestèrent par des actes multiples leur volonté d’être pour nous des alliés utiles, actifs, entreprenants, capables d’une aide sérieuse et efficace.
- En attendant que leurs armées vinssent sur le front français mêler leurs bannières à nos drapeaux, ils décidèrent de nous offrir tout ce qui chez eux était immédiatement utilisable par nous : or, munitions, machines, etc.
- Justement le plus grand péril depuis ces derniers mois est de beaucoup la guerre sous-marine. On sait aujourd’hui par le discours de M. Jules Cels, à la Chambre des Députés, le_ montant des pertes ainsi causées pas nos ennemis au monde entier et la menace qu’elles accentuent de jour en jour, de nous isoler par manque de navires. Il suffit pour s’en rendre compte de se rappeler les déclarations suivantes de M. Cels :
- « Les sous-marins allemands ont coulé pendant le :
- 4er trimestre de 1915 : 152 656 tonnes;
- 2e trimestre de 1915 : 295 920 tonnes;
- 5e trimestre de 1915 : 556 662 tonnes;
- 1er trimestrè de 1916 : 558 140 tonnes;
- 2e trimestre de 1916 : 525 426 tonnes.
- C’est ici que l’aggravation surgit :
- 5e trimestre de 1916 : 497 195 tonnes;
- 4e trimestre de 1916 : 92é617 tonnes;
- ltr trimestre de 1917 : 1 500 000 t. environ.
- Pour le mois d’avril 1917 seul, les pertes ont été de 850 000 tonnes.
- Donc, pour ceux qui nieraient la gravité du péril, je dirai que, dans les premiers mois de 1917, les sous-marins allemands ont envoyé au fond de l’eau une flotte de 2 400 000 t., c’est-à-dire l’équivalent de ce qu’était la flotte française à la déclaration de guerre ».
- Bien que ce danger semble aujourd’hui en voie de décroissance et qu’il ne puisse d’ailleurs nous atteindre gravement qu’avec le temps, les États-Unis
- ont immédiatement songé à nous aider à le com-batlre et une de leurs premières décisions a été d’envoyer dans les eaux européennes leurs bateaux utilisables pour la chasse aux sous-marins : destroyers, torpilleurs, patrouilleurs, etc. Mais ce qui est aussi nécessaire, sinon plus, c’est d’accroître suffisamment les constructions navales pour compenser le tonnage détruit et maintenir la capacité de la flotte commerciale du monde.
- Les États-Unis l’ont compris et ont décidé d’utiliser toute la puissance de construction de leurs immenses chantiers navals, non pas à augmenter leur flotte de guerre, puisque les nôtres sont déjà de beaucoup supérieures à celles de l’ennemi, mais à réaliser de très nombreux navires de commerce pour les mettre à l’eau le plus tôt possible.
- Pour obtenir un fort rendement et le maximum de rapidité de construction, ils décidèrent d’appliquer à ce problème les méthodes de standardisation et de travail en séries qui leur ont donné de si •beaux résultats dans toutes leurs industriel et que nos lecteurs commencent à bien connaître. Un plan de bateau fut étudié avec soin pour être reproduit identiquement à de très nombreux exemplaires
- Le choix s’arrêta sur une forme de cargo de 2500 tonneaux, à voiles et à moteurs auxiliaires à combustion interne, facile à construire; L’Amirauté américaine compte lancer le premier de ces navires en octobre prochain et en livrer ensuite deux ou trois tous les jours de manière à fournir régulièrement 200 000 nouvelles tonnes tous les mois.
- La réalisation des ce programme a été confiée au colonel Goethals, l’éminent constructeur du Canal de Panama et les résultats qu’il a obtenus dans cette œuvre gigantesque et difficile sont une sûre garantie de son prochain succès.
- Les matières premières ne manquent pas pour la construction des coques, les forêts de la côte Pacifique assurent une ample provision de bois, les usines métallurgiques de l’acier en abondance. Le
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- travail du montage et la fabrication des moteurs exige une main-d’œuvre exercée, mais les Américains comptent vaincre cette difficulté par l’organisation du travail en séries et l’utilisation de toutes les ressources des machines : scies et. outils mécaniques, riveteurs pneumatiques, etc.
- gueur ne dépasse pas 75 m. et qu’ils ne calent que 6 m. 30.
- L’emploi judicieux du bois et de l’acier dans la construction de la coque a permis de simplifier notablement sa structure, ce qui était d’autant plus nécessaire que les traditions et les dispositifs
- Notre confrère Engineering vient de publier les plans de ces nouveaux vaisseaux. La figure 4 montre l’aspect de ces voiliers. Leur longueur
- sous le pont
- la longueur
- totale atteindra 87 m.
- 82 m. 20, la longueur entre perpendiculaires 80 m. 40. La largeur au maître-couple sera de 14 m; ils caleront 8 m. d’eau. Leur mâture comprendra 5 mâts égaux 'de 32 m. de haut. Ils porteront deux moteurs auxiliaires d’environ 240 chevaux chacun. La construction est prévue très solide et les dimensions des mâts, de la charpente et des bordages sont notablement plus grandes que celles des
- vaisseaux de même tonnage construits actuellement. Des treuils à vapeur sont prévus pour la manœuvre des voiles. Le type de voilure adopté, focs et grandes voiles sans huniers, ni perroquets simplifie beaucoup le gréement et la manœuvre. Certains de ces bateaux sont déjà en construction aux chantiers du P.uget. Sound. Ces navires à quatre mâts seulement sont un peu plus petits que le type définitivement adopté puisque leur lon-
- Fig. 2. — Coupe d’un des nouveaux navires en bois montrant les procédés très simples d’assemblage.
- spéciaux de ces navires sont à peu près oubliés. C’est ainsi qu’on remarquera sur la figure 2 la simplicité d’assemblage de la quille et de la fixation aux flancs du bateau des divers ponts. De même la
- proue et la poupe, au lieu de la forêt de pièces de bois aux profils compliqués que l’on retrouve encore sur certaines vieilles corvettes amarrées depuis de longues années au fond des ports, sont constituées par quelques éléments très simples réunis par des assemblages métalliques.
- Nul doute que nous verrons l’hiver prochain arriver dans nos ports des représentants de la nouvelle Hotte Leur taille pratique, en feront de précieux
- de commerce américaine, leur construction solide auxiliaires pour maintenir la liberté de notre trafic maritime. Si le programme tracé au colonel Goethals se réalise complètement, nous aurons vite fait de réparer les pertes “faites aux flottes alliées par la guerre sous-marine et d’enlever à celle-ci l’espoir de terminer la guerre au profit des empires centraux. A. Breton.
- Le Gérant : P. Masson.
- Imprimerie Lahure, rue de Fleuras, 9, à Pari:.
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- LA NATURE.
- N° 2288.
- 4 AOUT 1917
- LA RAGE
- Parmi les maladies virulentes, il n’en est point dont l’histoire soit plus intéressante que celle de la rage. C’est ainsi que s’exprime le docteur Roux, dans la:préface du livre de A. Marie : Étude experimentale de la rage. On devrait ajouter qu’il n’en est point dont l’été cause chaque année une recrudescence plus dangereuse et qui ait fait autant travailler l’imagination, pour la faire aller jusqu’à l'invraisemblable et même jusqu’à l’absurde. Et c’est ainsi que depuis la plus haute antiquité jusqu’à 1881, tous ceux qui ont écrit sur cette terrible maladie ont laissé errer leur imagination au lieu d’analyser les faits d’une façon précise.
- Déjà au premier siècle de notre ère,
- Celse, se basant sur les écrits de ses devanciers et sur son observation, parle non seulement de la rage canine, mais aussi de la rage humaine. Fantaisies, préjugés, c’est tout ce que l’on trouve dans les auteurs qui se sont occupés de cette maladie.
- Si l’on aborde le chapitre du traitement, on est réellement surpris de voir que des esprits sérieux aient accepté des prescriptions aussi extravagantes. Tout ce que l’imagination peut concevoir de plus extraordinaire a été conseillé comme traitement de la rage, depuis la simple omelette jusqu’à la demi-noyade.
- Cependant peu à peu la notion de maladie contagieuse prend corps, la virulence de la salive d’un animal enragé devient un fait reconnu et vers le milieu du xixe siècle, des recherches expérimentales bien conduites démontrent que la rage est une maladie virulente transmissible aux animaux et à l'homme.
- C’est Galtier (de Lyon) qui en 1879, a démontré d’une façon définitive la contagiosité de la rage et a étudié le premier expérimentalement la rage chez le lapin.
- À peu près à cette époque P. Bert démontrait bien la virulence des glandes salivaires, Brown-Séquard et Duboué localisaient bien dans le système nerveux central, le siège principal des lésions rabiques, mais la nature de la maladie restait toujours inconnue.
- La question en était là, lorsqu’en décembre 1880, un enfant mourait de la rage dans le service du professeur Lannelongue, à l’hôpital Sainte-Eugénie.
- Depuis quelques années, Pasteur étudiait avec le grand succès que l’on sait, les maladies virulentes sévissant sur les animaux. Le fait qui se présentait était trop de circonstance pour ne pas en faire profiter la science et le chef de service appela l’attention de Pasteur sur ce cas de maladie virulente transmise de l’animal à l’homme. L’enfant avait été mordu au visage, un mois avant, par un chien enragé à Choisy-le-Roi.
- Du mucus buccal fut recueilli et inoculé à des lapins.
- C’est de ce moment que datent les notions exactes acquises sur la rage. Noil pas que ces premières inoculations puissent être regardées comme ayant élucidé la question, mais parce que c’est de ce moment que partent les expériences qui, conduites par Pasteur, l’ont amené de déductions en déductions aux magnifiques résultats qui ont fait l’admi-ralion du monde savant et qui ont jeté un jour tout à fait nouveau sur la maladie et son traitement préventif.
- Qu’est-ce que la rage? — La rage est une maladie virulente qui sévit sur beaucoup d’animaux et qui est transmissilde par morsure ou contagion à l’homme. Les animaux se la transmettent par morsure. C’est certainement le chien qui est le plus fréquemment atteint, il rentre pour une proportion de 9o pour 100 dans le chiffre des ani-
- Fig. i. — Trépanation jT un lapin.
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- LA RAGE
- maux, mordeurs, puis, dans la plupart des pays civilisés, e’est le chat qui vient ensuite avec une proportion de 5 pour 400. Dans certains pays, tels que la Russie, la Roumanie, le loup rentre pour une propor-
- Fig. 2. — Enlèvement d’une moelle virulente.
- tion de 6 à 8 pour 4 00 dans la fréquence des morsures.
- En consultant les statistiques des différents instituts on constate qu’en dehors de ces trois espèces animales, un grand nombre d’animaux les plus divers peuvent contracter la rage et être les facteurs de la contagion, tels que : chacals, rats, renards, hyènes, ours, porcs, chevaux, mulets, ânes, moutons, chèvres, blaireaux, fouines, martres, putois, écureuils, chameaux, cerfs, chevreuils, daims, etc., et dans les laboratoires, lapins, cobayes, souris.
- Il est évident que la fréquence des morsurès'par certains animaux varie suivant les localités et par. conséquent les instituts fournissent des statistiques différentes.
- La rage existe à peu près dans tous les pays : En Europe, en Asie, en Afrique, en Amérique. Grâce à des mesures de police sanitaire sévères, vers la tin du siècle dernier et au commencement de celui-ci, le nombre des animaux enragés et des personnes mordues avait bien diminué.
- Mais depuis quelque temps, le nombre des animaux enragés et comme conséquence, celui des personnes mordues, a présenté une augmentation qui est inquiétante et qui est générale. Pour ne
- citer qu’un exemple, voici la statistique de l’Institut de Marseille :
- Pendant les vingt premières années, 6328 personnes y ont été traitées, soit 316 par an et environ 26 par mois. En 4914, du 4er janvier au 1er août : 251 personnes, environ 36 par mois; du 1er août au 34 décembre, 273 personnes, environ 56 par mois; en 1915, 957 personnes, environ 80 par mois et pendant les huit premiers mois de 4916, 834 personnes soit : 404 par mois.
- A quoi faut-il attribuer cette situation? Est-ce une épidémie qui s’est répandue sur notre territoire? Nous ne le croyons pas. Il faut mettre cette recrudescence des cas de rage, sur le compte de l’état de guerre dans lequel se trouve l’Europe. Les mesures de police ont subi forcément un relâchement, le personnel par le fait de la mobilisation est devenu insuffisant et les chiens errants ont pu ainsi augmenter dans de grandes proportions et répandre la maladie.
- Car si on a beaucoup discuté sur la spontanéité de la rage, invoquant comme cause déterminante, les influences saisonnières ou météorologiques, l’excitation sexuelle et même l’influence de la colère pouvant rendre la salive accidentellement virulente, Bouley après une élude minutieuse de tous les faits annoncés, conclut que la spontanéité
- Fig. 3. — Broyage des moelles virulentes.
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- LA RAGE 67
- de la rage canine n’existe pas et qu’elle n’est qu’une croyance sans preuve bien établie.
- Incubation. — Quel est le temps qui s’écoule entre la morsure et le début de la maladie? Ce temps est extrêmement variable. Chez le chien il est rarement inférieur à 15 jours, exceptionnellement supérieur à 80. Chez l’homme il est en moyenne de 55 à 50 jours, mais il peut être beaucoup plus long, aussi est-ce une erreur de croire qu’au bout de 40 jours il n’y a plus rien à craindre. On cite des durées d’incubation de plusieurs mois, sans que l’on puisse expliquer ces différences. Il faut surtout tenir compte du siège de la morsure, de sa gravité. C’est ainsi que sur plusieurs personnes mordues par le même animal enragé, on a vu la période d’incubation varier du 20e jour au 7e mois.
- L'àge ne paraît pas avoir une grande influence. Si chez les enfants l’incubation semble plus courte, c’est que souvent chez eux les morsures siègent à la face ou au crâne et que les plaies sont plus profondes.
- Formes de la maladie.
- — Chez le chien on connaît deux formes de la maladie au début, tantôt c’est la forme furieuse, tantôt la forme paralytique ou rage mue. Mais à la fin, c’est généralement la paralysie qui dans les deux cas termine la scène.
- Un des premiers symptômes est le changement de caractère de l’animal, puis la modification de la voix, elle est voilée et rauque. Il semble que l’animal a un os au gosier et c’est alors que beaucoup de personnes, croyant soulager leur animal, commettent la fatale imprudence d introduire la main dans la gueule du chien pour retirer un corps étranger qui n’existe pas, et se font ainsi ou mordre ou érafler la main.
- Chez l’homme la rage présente des formes très variées. Après une période de grande excitation les phénomènes paralytiques ne tardent pas à se manifester et la mort survient par paralysie bulbaire et cardiaque, quelquefois assez brusquement
- et assez rapidement après un ou huit jours de maladie.
- Traitement. — Il est tout naturel qu’en présence d’un pareille maladie qui se terminait toujours par la mort, l’imagina-' tion se soit abandonnée à toutes les excentricités en fait de traitement. Aussi lorsqu’en 1884. Pasteur fit au Congrès international de médecine de Copenhague, sa communication sur les Maladies virulentes et vaccins-rage, ce fut une véritable révolution scientifique. L’empirisme faisait place à la science vraie. Un traitement rationnel, basé sur le grand principe de l’atténuation des virus, parfaitement établie par l’illustre Français, était enfin applicable à cette maladie dont le nom seul faisait frémir ; le vaccin contre la rage était trouvé, comme pour le charbon et le choléra des poules.
- Après avoir constaté expérimentalement que le virus rabique avait un lieu d’élection dans le système nerveux central et surtout dans la moelle allongée et le bulbe, par des passages successifs sur le lapin, animal essentiellement propice pour la culture du virus rabique, Pasteur parvint à posséder un virus fixe, c’est-à-dire ayant une virulence toujours égale, tandis que la rage des rues présentait de grandes inégalités dans 1’évolution sur l’animal. C’était un point important pour étudier les modifications que les divers agents pouvaient faire subir à ce virus.
- Par une série d’expériences, Pasteur arriva à découvrir que les moelles des lapins morts de rage,
- Fig. 4. — Voiture de la fourrière.
- Fig. 5. — Appareil à asphyxier les chiens ait moyen de l'acide carbonique.
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- 68 ... LA RAGE
- soumises à la dessiccation dans l’obscurité, perdaient leur virulence au bout de cinq jours et devenaient au contraire immunisantes.
- C’est alors qu’il fixa les règles du traitement préventif qui n’ont pas'beaucoup varié depuis le début de leur adoption et qui sont les suivantes :
- Sur un lapin inoculé avec le virus fixe et mort de la rage récemment ou arrivé à la dernière période, on extrait aseptiquement toute la moelle que l’on suspend à l’obscurité, dans un flacon dont le fond renferme une couche de fragments de potasse caustique, pour achever la dessiccation. Le tout est maintenu à une température de 22" à 23°.
- Cette moelle, très virulente au début, perd de sa virulence chaque jour jusqu’au sixième et ne l’est plus du tout à ce moment. Au contraire elle est capable de conférer l’immunité, comme l’ont montré toutes les remarquables expériences de Pasteur sur des séries de chiens.
- Voici comment on procède pour rendre les chiens réfractaires : chaque jour on inocule sous la peau, le contenu d’une seringue de Pravaz, d’une émulsion faite avec un fragment d’une des moelles desséchées dans les conditions indiquées plus haut, en commençant par une moelle ayant un certain nombre de jours d’étuve, 14 jours par exemple. Chaque jour on opère de même avec une moelle moins ancienne, jusqu’à ce que l’on arrive à une moelle de 1 à 2 jours, c’est-à-dire très virulente.
- Après cette série d’inoculations, les animaux sont complètement réfractaires, on peut les faire mordre par des chiens atteints de rage furieuse ou leur inoculer le virus rabique sous la peau ou dans le crâne, ils demeurent indemnes, ils sont parfaitement vaccinés.
- C’est ainsi que Pasteur avait dans ses chenils 50 chiens de toute race et de tout âge qui étaient restés réfractaires, malgré toutes les inoculations.
- Aussi, au mois de juillet 1885, les savants consultés par Pasteur n’hésitèrent pas à l’engager à appliquer à l’homme cette méthode de traitement qui avait si bien réussi sur le chien avant et après morsure. La première application fut faite sur le jeune Meister âgé de 9 ans, en juillet, et la seconde sur le berger Jupille, en octobre, avec un plein succès. Depuis cette époque, ce traile-meut a été appliqué à des milliers de personnes avec des résultats très satisfaisants dans les nombreux instituts qui ont été installés dans le monde entier.
- Remlinger, qui a pu réunir les statistiques de 27 instituts, arrive au chiffre de 152 859 personnes ayant subi le traitement antirabique, avec 705 insuccès, soit 0,46 pour 100.
- Évidemment ces chiffres ne donnent qu’une idée vague, car ils résument les statistiques de tous les
- instituts qui entre eux présentent de grandes différences à cause de la nature des animaux mordeurs suivant les pays. C’est ainsi qu’en Russie, en Roumanie, les morsures provenant de loups enragés étant très fréquentes, les statistiques des instituts sont moins bonnes ; l’Institut de Moscou, par exemple, a eu jusqu’à 8,40 pour 100 d’insuccès.
- En présence de ces résultats on peut donc dire que la rage après morsure est une maladie évitable, mais à condition de commencer le traitement le plus tôt possible, afin d’augmenter les chances de succès'.
- Il ne faut pas oublier, en effet, que le danger croît avec le temps écoulé depuis la morsure, et que les morsures profondes aux mains et celles à la tête sont les plus dangereuses. Comme pour toutes les maladies, la guérison n’est pas la règle absolue, car s’il faut tenir compte du siège de la morsure et de l’animal mordeur, il faut aussi envisager le terrain, et, comme pour toutes les affections qui touchent l’homme, l’alcoolisme paraît être un des grands facteurs dans les insuccès. Je n’en veux pour preuve que le fait suivant, dont j’ai été témoin : parmi les personnes traitées à l’Institut Pasteur de Marseille, il y a quelques années, se trouvait un jeune garçon d’une dizaine d’années, appartenant à une troupe de saltimbanques, dont une des distractions était de l’enivrer. Le iraite-ment était termine depuis plusieurs semaines, et tout paraissait aller fort bien, lorsqu’un jour, la mauvaise plaisanterie de l’ivresse recommença avec une forte dose d’absinthe. Les premiers symptômes rabiques se déclarèrent bientôt et l’enfant fut rapidement emporté.
- Mesures prophylactiques. — Rien que le traitement préventif de la rage soit une chose démontrée, il n’en est pas moins vrai que la prophylaxie de cette maladie doit être poursuivie avec une extrême rigueur, car c’est le seul moyen, non pas de la faire disparaître, mais au moins de la diminuer dans de grandes proportions.
- Pour cela, l’intervention de l’autorité est nécessaire, cas il ne faut point compter sur l’initiative privée, dans une question où une sensiblerie mal placée joue un grand rôle.
- Point n’est besoin de faire de nouveaux règlements, il s’agit simplement d’appliquer rigoureusement ceux qui existent. L’expérience a démontré que les pays.qui ont fait exécuter avec sévérité les règlements concernant la police des chiens, ont vu la rage diminuer considérablement et ne se produire que rarement.
- En France la loi vétérinaire est du reste formelle.
- Art. 129. — Tous les animaux qui ont été déclarés enragés, de même que les chiens et les chats qui les ont fréquentés, seront tués.
- Art. 152. — Dans les localités où on a trouvé des chiens vagabonds enragés ou suspects, on pourra ordonner de tenir tous les chiens en laisse et de tuer tous ceux qui seront trouvés sans muselière.
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- (]eltc loi est complétée par le décret .du 22 Juin 1882 qui dit :
- Art. 51. — Tout chien circulant sur la voie publique en liberté, ou même tenu en laisse, doit être muni d’un collier portant, gravés sur une plaque de métal, les nom et demeure de son propriétaire.
- Art. 52. — Les chiens trouvés sans collier et dont le proprietaire est inconnu dans la localité, sont abattus sans délai. Ceux qui portent le collier prescrit par l’article précédent et les chiens sans collier dont le propriétaire est connu sont abattus s’ils n’ont pas été réclamés avant l’expiration d’un délai de 3 jours passés.
- Art. 53. — L’autorité administrative pourra, lorsqu’elle croit celte mesure utile, particulièrement dans les villes, ordonner par arrêté que tous les chiens circulant sur la voie publique soient muselés ou tenus en laisse.
- Du reste, en parcourant la réglementation des divers pays on voit que partout c’est l’abatage des chiens
- malades et mordus qui est formellement prescrit.
- Mais ce qu’il faudrait comme mesure efficace c’est l’extermination des chiens errants.
- L orsqu’en 18 78, on a appliqué à Paris, avec rigueur, les mesures de police contre les chiens, les cas de rage ont diminué, mais ils ont repris de plus belle, lorsque le relâchement s’est produit.
- En résumé, l’on peut dire que pour rendre les cas de rage moins fréquents que ce qu’ils sont depuis quelque temps, il n’y a qu’à faire appliquer rigoureusement les lois et règlements existants, c’est-à-dire l’abatage immédiat de tout animal enragé ou suspect; la capture et l’abatage des chiens errants.
- Pour compléter ces mesures, les seules efficaces, il faut y ajouter : la taxe sur les chiens, le port de la muselière et la responsabilité du propriétaire.
- De cette façon les chiens errants diminueront et avec eux les cas de rage.
- D1' Ch. Livon.
- Directeur de. l’Inslilut Pasteur de Marseille
- GÉANTS ET PYGMÉES DE L’AIR
- 1° Spécilisation des avions. — Au moment même où l’aviation semble devenir un des éléments les plus puissants de la victoire, je pense qu’il est très intéressant de comparer entre eux deux avions allemands récents et de tendances tout à fait opposées et dont l’on a récemment beaucoup parlé à "l’occasion de récents bombardements en Angleterre.
- Ce parallèle est un moyen d’apprécier nettement jusqu’à quel degré de perfectionnement est actuellement parvenue cette science nouvelle qui veut conquérir les voies aériennes.
- Avant la guerre, l’évolution de l’aviation était dominée par les appareils eux-mêmes et non par les nécessités de guerre; je veux entendre par là, que les idées directives données aux constructeurs, par l’Administration de la guerre, tendaient plutôt à procurer à l’armée des avions ayant avant tout des qualités de vol, que des avions destinés à remplir des missions de combat bien déterminées. En effet, les caractéristiques demandées par l’aéronautique militaire étaient les mêmes que pour les avions civils.
- La spécialisation aérienne n’était point née et le même avion devait aussi bien prendre des photographies, faire du réglage d’artillerie, déverser des bombes, exécuter des reconnaissances ou bien se muer en avion de chasse sur le seul ordre du chef d’escadrille; tel fut en 1914 le rôle difficile et complexe de nos avions d’alors : les Henry Farman, Blériot, Maurice Farman, Bréguet, Morane, etc.
- Les Allemands d’ailleurs n’étaient pas beaucoup plus avancés que nous dans le domaine de la spécialisation, ils tendaient même à unifier les carac-
- téristiques de leurs différents types d’avions dans le but d’obtenir un appareil pouvant s’accommoder de toutes les missions.
- Notre réelle supériorité aérienne de 1915 tint surtout à l’apparition de nos petits Nieuport; ces avions furent les premiers réellement spécialisés pour la chasse et l’attaque. Leur conception et construction, leur armement et leurs caractéristiques, tout était étudié pour qu’ils puissent imposer à l’ennemi la supériorité technique que doit donner, dans toutes les branches de l’activité humaine, la spécialisation.
- D’ailleurs, depuis cette époque, nos ennemis se sont repris, ils ont créé des types d’avions spécialisés dans la chasse : Fokker opposé aussitôt à notre Nieuport, aviatiks 1915 et actuellement Albatros D. 1, Albatros Bii, Halberstadt, Ago, Roland, etc.
- Les Allemands ont d’autres types d’avions spécialisés pour les réglages d’artillerie, les photographies, les reconnaissances, les soutiens d'infanterie; ce sont les Albatros C.lll, Aviatiks C.I1I, Rum-plor C.lll, LVG, C.lll, etc. D’autres types sont spécialisés dans le bombardement ; LVG spécial, Gotha G.111, Friedrichhafen G.Il, etc.
- Le souci de donner une supériorité tactique par la spécialisation de la technique, ne peut se montrer plus frappant que dans l’opposition du Gotha G.lll de bombardement, avec l'Albatros D.I de chasse. L’un, le géant de l’air, l’autre, le pygmée.
- De conceptions toutes différentes, ces avions sont adaptés uniquement à l’accomplissement de leurs fonctions.
- 2° Caractéristique demandées à un avion de
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- 70 —. • .. : GÉANTS ET PYGMÉES DE L’AIR
- Fig. i.
- - L’avion de chasse Albatros du type le plus récent. Vue de face, l’envergure est de 9 mètres.
- Fig. 2. — Vue en plan de l’Albatros montrant les organes de stabilité et de direction.
- Fig. 3. — L’avion vu de profil, la carlingue a 7 m. i5 de long.
- bombardement : le Gotha G.II(. — Les caractéristiques demandées à un avion de bombardement sont, par ordre d’importance, les suivantes : forte charge d’explosif, vitesse moyenne (150 à 160 km), haute altitude (4000 m.), armement défensif, rayon d’action d’au moins 100 à 150 km.
- Pour obtenir la force ascensionnelle nécessaire pour enlever cette charge, on est amené à concevoir des voilures de grande surface portante ; les cellules ne portant qu’une charge limite de 10 kg par mètre carré.
- Ces grandes surfaces, d’autre part, créent une résistance considérable à l’avancement et diminuent donc la vitesse de l’avion; les plans porteurs ayant un rendement d’autant meilleur que la vitesse est grande, il faut maintenir cette vitesse à un régime assez élevé : pour cela on est amené à utiliser une force motrice puissante.
- D’autre part, étant donné les grandes dimensions de cet avion, il faut lui permettre de monter à haute altitude pour éviter les effets de l’artillerie anti-aérienne : donc augmentation supplémentaire de la force motrice.
- Sa vitesse relativement réduite ne lui permet pas d’échapper aux attaques des avions de chasse, il doit donc être pourvu d’un armement défensif extrêmement puissant pour tenir en rospect les avions de combat.
- Les bombardements aériens étant d’autant plus efficaces qu’ils cherchent à détruire des objectifs plus éloignés du front et qui semblent par cela même plus à l’abri de tout fait de guerre, les avions chargés de cette mission doivent avoir un rayon d'action considérable (Mannheim, Trêves, Karlsruhe, Obendorf, Friedrichshafen, etc.). Ils doivent donc emmener une charge de combustible de plusieurs centaines de litres d’essence.
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- GÉANTS ET PYGMÉES DE L’AIR
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- Fig. 4. — Vue de face de l'avion triplace à deux moteurs de la Gotha-Wagonen Fabrik. L'envergure de la cellule est de 23 m. 55 et l'entraxe des moteurs de 4 m. 20.
- En résumé, l’avion idéal de bombardement doit posséder des caractéristiques rigoureuses d’altitude, de vitesse, de rayon d’action, tout en assurant le transport de lourdes charges d’explosif, de mo-
- plus des qualités de vol et d’atterrissage qui sont des conditions sine qua non du problème.
- Cet avion doit être le cargo des airs ; pas très maniable, à cause de son gros « ventre » et de sa
- Fig. 5.
- Vue du plan de l’avion montrant l’emplacement des 3 passagers et les caractéristiques des organes de direction et de stabilité.
- teurs, d’essence, d’armement et de personnel.
- L’une de ces conditions en entraînant une autre, on comprend qu’il devient nécessaire de concevoir des navires aériens de plusieurs tonnes. Je ne parle
- vitesse relativement réduite, il doit être armé fortement pour avoir quelques chances d’échapper à ses rapides adversaires.
- Le Gotha de bombardement emporte comme
- Fig. 6. — Vue de profil de l'avion montrant le rayon d'action des 3 mitrailleuse
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- GÉANTS ET PYGMÉES DE L’AIR
- charge d’explosif, environ 600 kg de bombes réparties en bombes de 12 kg 500 et en bombes de 50 kg. La force motrice demandée est trop considérable pour être fournie actuellement par un seul moteur, l’avion Gotha a donc deux moteurs de 260-280 HP chacun, soit 540 HP.
- La voilure portante représente une surface de près de 100 ms. La longueur totale de l’avion est de 12 m. et l’envergure de 24 mètres.
- La vitesse est de 140 km à l’heure. Au moment où l’un de ces avions a été abattu, il se trouvait à 4500 m. de hauteur, ce qui paraît d’ailleurs un maximum ; il était déjà allégé de ses bombes et son essence était en partie consommée.
- Son armement se compose de trois mitrailleuses, l’une à l’avant sur tourelle, une autre à l’arrière sur tourelle et la troisième, montée sur pivot tirant par une trappe sous le fuselage.
- Les deux mitrailleurs ayant, dans le vaste fuselage, pleine liberté d’évolution, permettent à cet avion de lutter efficacement contre toute attaque. Guynemer en a cependant abattu un au cours d’un splendide combat.
- Son rayon d’action s’étend à 4 heures de vol, soit I heure pour prendre sa hauteur et attendre le rassemblement de l’escadre, 1 b. 30 pour aller et 1 h. 30 pour revenir à sa base, ce qui peut pratiquement lui permettre de bombarder un point se trouvant à 150 km dans nos lignes.
- Les organes de gouverne et de stabilité sont compensés, ils sont ainsi rendus très dociles à la main du pilote et beaucoup plus efficaces que des gouvernes ordinaires ; d’autre part les câbles et organes de commande sont soumis à des efforts beaucoup moins considérables que .s’il s’agissait d’obtenir le même résultat avec des gouvernes non compensées.
- Ces gouvernes (gouvernail de direction, gouvernail de profondeur, ailerons de stabilité latérale), paraissent peu importantes étant donné la vaste
- surface de l’avion; d’ailleurs à cause de ses grandes dimensions et son poids qui doit dépasser 3 tonnes, il ne faut pas songer à combattre par acrobatie, mais bien au contraire, il faut fournir aux mitrailleurs de bord un point d’appui stable permettant d’obtenir le tir le plus précis possible.
- La maniabilité n’est donc pas pour cet appareil une qualité essentielle à obtenir au détriment d’autres. On imagine facilement que la « machinerie » d’un bi-moteur de 540 HP est d’une technique très perfectionnée, qui nécessiterait une étude particulière.
- 3° Caractéristiques demandées à un avion de chasse : Y Albatros D. III. — Les caractéristiques demandées à un avion de combat sont tout aulres que celles demandées à un avion de bombardement. Les facteurs primordiaux pour ce genre de mission sont la vitesse, l’armement et la maniabilité.
- La nécessité de la vitesse exige une forte puissance motrice et de petites surfaces portantes, la voilure à portance égale, sera d’autant plus avantageuse qu’elle sera réduite ; cependant il faut qu’elle soit suffisante pour permettre à l’avion de bondir à 5 ou 6000 m. de hauteur, et d’atterrir dans de bonnes conditions.
- L’armement sera offensif, car l’avion de chasse attaque toujours et sa vitesse doit lui permettre de refuser le combat s’il a affaire à une patrouille trop puissante. Étant monoplace, il aura une ou deux mitrailleuses fixes tirant à travers l’hélice avec dispositif de synchronisation au moteur, l’alimentation automatique par bandes doit prévoir la plus grande quantité possible de cartouches par arme.
- Il faut que les gouvernes soient puissantes et souples pour permettre à ce chasseur d’encercler sa proie dans ses évolutions et de la maintenir le plus de secondes possible dans le champ de tir de ses mitrailleuses fixes.
- L’avion de chasse doit avoir une vitesse ascen-
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- LE CONTRÔLE DES GÉNÉRATEURS DE VAPEUR ======= 73
- Fig. 8. — Vue du petit avion allemand type Albatros. (Appareil de chasse.)
- sionnelle considérable, de l’ordre de 50 minutes pour monter à 5 ou 6000 m., il domine ainsi l’aire du combat, peut l’éviter ou l’engager à volonté et gagne un excédent de vitesse en fondant sur l’ennemi. L’altitude est une supériorité tactique d’une valeur considérable.
- Cette nécessité de monter à une telle altitude conduit à adopter la formule des biplans. D’autre part la nécessité de la vitesse porterait plutôt à diminuer les surfaces portantes, à fuseler admirablement toutes les parties de l’avion en frottement avec l’air ambiant, à supprimer mâts et haubans, à augmenter sans cesse la force du moteur sans nuire aux qualités de vol, de solidité et de planeur.
- VAlbatros de chasse D. I. type à mâts triangulaires possède un moteur de 170 HP Mercédès, une voilure de 24 m2 environ, une longueur de 7 m. et une envergure de 9 m. ; son « plafond » (hauteur maxima) est de 5500 m., sa vitesse doit être de 200 km-li.
- L’armement est constitué par deux mitrailleuses fixes tirant à travers l’hélice, chaque arme dispose de 1000 cartouches ; le pilote pour ouvrir le feu doit avoir l’avion ennemi dans le prolongement exact de sa ligne de vol, ce qui étant donné les vitesses en jeu augmente sérieusement les dangers de collisions : (mort de Marcel Garet et de tant
- d’autres!) mais par contre cette méthode de tir possède une précision merveilleuse supprimant presque toutes les erreurs provenant des vitesses relatives et des dérivés.
- La coque, toute en bois contreplaqué, est parfaitement profilée, extrêmement légère et résistante, les moindres détails ont des formes étudiées. La légèreté s’allie avec la solidité. L’évolution prochaine de ces avions pousse nos ennemis à les équiper avec des 220 et 260 HP.
- Puisque le gigantesque Gotha se pouvait comparer avec le pesant cargo des mers, ce petit Albatros peut être rangé dans la catégorie des formidables destroyers cachés dans les anses de la côte et toujours avides de fondre sur l’ennemi. Le pygmée représente en surface le quart du géant, sa force la moitié seulement et il reste cependant sa plus dangereuse rencontre.
- Ce sont les deux extrêmes de la politique aérienne allemande; notre ennemi travaille avec acharnement cette nouvelle arme qui est si féconde en utilisations militaires. Tâchons de profiter du génie inventif de notre race et des ressources immenses de notre pays. '
- Rien ne nous empêche réellement de quintupler notre effort et d’imposer à l’ennemi une supériorité aérienne écrasante. .Jean-Abel Lepranc.
- LE CONTRÔLE DES GÉNÉRATEURS DE VAPEUR
- Dans un article précédent (4) nous avons décrit les principaux systèmes de foyers mécaniques à chargement automatique qui seuls permettent dans les usines modernes, de produire les quantités énormes de vapeur nécessaires pour engendrer dans les turbines ou les moteurs, les dizaines de milliers de chevaux-vapeur indispensables à l’industrie.
- •1. Voy. La Nature, n» 2273.
- Mais il ne faut pas croire que le fait de posséder une installation de ce genre est une garantie suffisante de bon fonctionnement et de-rendement économique; il faut encore contrôler le fonctionnement de diverses parties de l’inslallation, et même l’enregistrer d’une façon continue. Le professeur Smalhvood, dans une série d articles de l'Engineering Magazine auxquels nous empruntons les renseigne-
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- - LE CONTRÔLE DES GÉNÉRATEURS DE VAPEUR =:
- ments qui vont suivre, a montré, par une excellente comparaison, l’importance de ces opérations : considérons, dit-il, trois hommes faisant les mêmes dépenses journalières : seulement, tandis que le premier achète sans discuter et sans regarder la monnaie qu’on lui rend, le second s’inquiète du prix et de la qualité des marchandises, mais ne prend pas de notes et, par suite, oublie les indications qu’il a recueillies et ne peut en profiter; le troisième, au contraire, non seulement discute les prix, mais les note soigneusement, ce «qui lui permet de les étudier et de faire ses achats suivants à bon compte.
- Ges trois hommes symbolisent trois catégories d’usines génératrices qui achètent de là, puissance moyennant une dépense de charbon et d’eau. Dans les premières, les plus nombreuses malheureusement, il n’existe pas d’appareil de contrôle; on ne sait à quel prix on achète la vapeur. La seconde catégorie comprend les usines munies d’appareils indicateurs, mais dans lesquelles on ne conserve aucune trace des indications qu’ils fournissent ; dans la troisième catégorie d’usines, non seulement on recueille sur la marche de toute l’installation les données les plus précises, mais encore ces renseignemen ts sont enregistrés par les appareils eux-mêmes sur des graphiques qui permettent ensuite à l’ingénieur d’établir le rendement de chaque organisme, de l’améliorer si besoin est.
- Quels sont les appareils qui permettent d’arriver à ces résultats?
- C’est ce que nous allons exposer brièvement.
- D’une part, le contrôle doit s’exercer sur le foyer générateur de chaleur, c’est-à-dire que l’on devra contrôler d’abord l’arrivée du combustible, puis les résidus de la combustion (gaz et cendres); d’autre part, l’examen du fonctionnement de la
- Fig. i. — Mesureur de charbon Havard.
- Fig. 2. —- Enregistreur du poids de charbon débité par un transporteur, système Merrick.
- chaudière conduit à surveiller l’arrivée d’eau, la sortie de vapeur, la température et lajpression. Pour chaque grandeur à mesurer, il existe des appareils spéciaux.
- Les mesureurs de charbon fournissent des indications qui, jointes à celles des appareils mesurant la quantité de vapeur produite, permettent de se rendre compte de la valeur du combustible fourni et du fonctionnement du foyer. La meilleure façon d’utiliser ces appareils est d’en munir chaque chaudière; si l’on pèse au bout de vingt-quatre heures, par exemple, les cendres du foyer, on aura, par comparaison avec le poids du combustible fourni, le pourcentage des déchets et de perte de charbon. Il n’existe que peu de mesureurs de charbon. L’un des plus simples, le Havard, est formé d’une sorte de vanrte hélicoïdale (fig. 1), tournant sous l’action du charbon qui descend dans le conduit. Naturellement, les indications de cet appareil sont très approximatives, et il ne peut être utilisé que lorsque le charbon est en morceaux semblables et d’une grosseur déterminée.
- Le mesureur Merrick (fig. 2) est plus précis et convient particulièrement aux installations dan s lesquelles le charbon est amené à la chaudière par un système de manutention mécanique (convoyeur à courroies, à godets, etc.). Un tronçon de l’appareil de transport est supporté par des leviers solidaires d’une balance particulière formée d’un cylindre de fer plongeant dans un bain de mercure,
- dont le déplacement est proportionnel au poids supporté par les leviers. Les mouvements du cylindre sont transmis à une sorte de planimètre qui totalise à chaque instant les poids que l’appareil supporte. Une intéressante modification de la balance-bascule est réalisée dans l’enregistreur Kron. La masse du
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- LE CONTROLE DES GÉNÉRATEURS DE VAPEUR
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- charbon, par l’intermédiaire d’une tige, pèse sur un piston relié à deux poids qui s’écartent plus ou moins de la verticale suivant la charge supportée.
- Fig. 3. — Compteur d’eau Cochrane.
- Une aiguille solidaire enregistre le résultat de la pesée sur une feuille de papier. Un contrepoids mobile permet de tarer la balance et de faire varier sa sensibilité. Cet appareil très robuste et relativement bon marché est très précis.
- Les compteurs d’eau ont, dans une usine à vapeur, de nombreux emplois, soit pour se rendre compte de la quantité d’eau fournie aux chaudières, soit pour vérifier les perles, soit pour mesurer les.quan-
- Fig. 5. — Mécanisme d’enregistrement du compteur d’eau Hammond.
- tilés de vapeur condensée, etc., et les renseignements qu’ils fournissent sont précieux pour la conduite de la chaufferie.
- Un grand nombre de ces appareils sont basés sur l’emploi d’un déversoir. Ils consistent en deux réservoirs dont l’un est muni d’un flotteur relié au mécanisme d’enregistrement. La figure 5 montre un appareil Cochrane fonctionnant comme nous venons de le dire.
- Le compteur enregistreur Hoppes (fig. 4) utilise un autre principe. Au lieu d’un flotteur, c’est un « peseur » qui actionne le mécanisme. Ce poseur est composé d’un récipient suspendu à un ressort et relié par un tuyau flexible au déversoir. Quand l’eau affleure au niveau du déversoir, c’est-à-dire quand il n’y a pas d’alimentation, le peseur ne contient pas d’eau. Quand l’eau pénètre dans le déversoir, elle s’élève aussi dans le tuyau flexible qui relie celui-ci au peseur. Par suite, le ressort qui supporte l’ensemble de la partie mobile de l’enregistreur est soumis à une traction et entraîne le déplacement d’une aiguille. Le peseur est construit de telle sorte que le poids d’eau qu’il contient est proportionnel au débit du déversoir.
- Une autre catégorie d’enregistreurs, moins sensibles que les précédents, mais plus simples, emploient le tube de Pitot ou l’ajutage de Venturi pour évaluer la quantité de fluide qui a traversé l’appareil. Us ne conviennent pas lorsque les débits sont faibles.
- Le tube de Pitot qui permet la mesure de la vitesse d’un courant se compose en principe d’un tube recourbé à angle droit que l’on plonge verticalement dans le courant, la branche horizontale tournée vers l’amont. On constate alors que l’eau monte dans le tube à une hauteur d’autant plus grande que le débit est plus rapide.
- Dans les appareils basés sur ce principe, un piston soulevé par la pression de l’eau dans le tube de Pitot transmet les indications à un flotteur à mercure qui commande l’aiguille d’inscription.
- Lorsqu’un courant rapide sortant d’un réservoir traverse un ajutage, il se produit une contraction de la veine liquide en un certain point de l’ajutage. Cette contraclion de la veine
- Fig. 4. — Mesureur de débit d’eau, système Hoppes.
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- détermine la formation d’un vide partiel ainsi que l’a montré Venturi et ce vide est relié au débit de
- Chambre
- d'absorption
- 1 Filtre
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- Fig. 6. — Schéma du fonctionnement d’un doseur d’anhydride carbonique à indication continue.
- l’ajutage par une formule connue. On comprend par suite que l’on puisse sur ce principe construire des appareils enregistreurs.
- Enfin on peut mesurer directement la quantité d’eau débitée dans un appareil, en faisant arriver le liquide alternativement dans deux cuves de capacités connues et en les faisant vider sitôt pleines. L’appareil Hammond est constitué par deux compartiments A et B de même capacité. L’eau arrive d’abord dans A. Quand ce compartiment est rempli un flotteur se soulève, fait ouvrir la valve de décharge et en même temps marque au compteur (fig. 5) la quantité d’eau ainsi mesurée. Le réservoir B se remplit alors et la même manœuvre recommence.
- La mesure de la quantité de vapeur produite par une chaudière doit se faire en même temps que celle de la quantité d’eau d’alimentation et les
- indications qu’elle fournit sur le fonctionnement du foyer, la consommation des machines motrices, etc., sont des plus précieuses pour la bonne marche de l’usine. Naturellement, certains des appareils qui servent à la mesure de la quantité d’eau d’alimentation peuvent, moyennant quelques modifications, s’appliquer à celle de la vapeur; ce sont ceux basés sur les phénomènes de mouvement des fluides et employant le tube de Pitot ou l’ajutage de Venturi comme organe principal.
- Aussi n’entrerons-nous pas dans leur description détaillée.
- Signalons, comme appareil présentant des particularités intéressantes, le mesureur Saint-John dans lequel circule toute la vapeur débitée. Celle-ci arrive dans une chambre fermée par un piston conique qui se soulève. Quand le débit augmente, comme la différence de pression entre les deux faces du piston doit être constante, il faut que l’orifice de sortie augmente de section et le piston se soulève et entraîne l’aiguille enre- Fig. 7 — Analyseur
- gistreuse. d'acid° carbonique
- & r f,, , . üehhng.
- Le profil du piston mobile est tel que le déplacement de l’aiguille soit proportionnel à la quantité de vapeur débitée.
- Ce n’est pas tout de surveiller l’arrivée du charbon, celle de l’eau, et le départ de la vapeur, il faut encore contrôler la bonne marche des foyers et s’assurer que le combustible est brûlé avec le minimum de pertes. Or, lorsqu’une combustion est complète, tout le carbone est transformé en anhydride carbonique; par suite, si la teneur en anhydride carbonique des gaz d’échappement d’un foyer de chaudière est élevée, c’est que la marche du foyer est satisfaisante.
- Remarquons d’ailleurs que ce n’est pas la seule indication qui soit utile : il faut encore connaître la température des différents fluides en transformations (vapeur, eau, gaz des foyers) mais nous réserverons un article spécial à la si importante question industrielle de la mesure des températures. Nous n’en dirons
- Fig. 8. — Diagrammes de l’analyseur Uehling. A gauche, mauvais fonctionnement 8,q5 pour ioo de CO* en moyenne; adroite, après amélioration du fonctionnement i3pour ioo de COz.
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- LE CONTROLE DES GÉNÉRATEURS DE VAPEUR .. ..77
- donc rien dans la présente étude.
- Les doseurs d’anhydride carbonique peuvent être rangés en deux classes : appareils à indications continues'; appareils à indications intermittentes.
- Parmi les appareils du premier type, le plus simple est l’analyseur Uehling. La figure 6 montre le principe de son fonctionnement : Un aspirateur à vapeur force les gaz des foyers à passer à travers deux orifices À et B entre lesquels se trouve une colonne absorbante par CO2.
- S’il n’j' a pas d’anhydride carbonique, la pression entre A et B aura une certaine valeur, inférieure à la pression atmosphérique (l’appareil, en effet, fonctionne sur le principe de l’ajutage de Venturi, ou des injecteurs Giffard, ou plus simplement des vaporisateurs). Si le gaz aspiré renferme de l’anhydride carbonique, il y aura absorption entre A et B, par suite diminution du volume gazeux et de la pression. Il suffira donc de graduer la colonne indicatrice, non en pression mais en teneur en anhydride carbonique pour avoir un
- analyseur automatique que l’on peut très facilement transformer en enregistreur. La figure 7 montre deux unités filtrantes couplées sur un même conduit et la figure 8 deux diagrammes relatifs à une même installation. Le premier, celui de gauche, pris quelques jours après l’installation de l’appareil, indique une teneur en acide carbonique des gaz du foyer de 8,45 pour 100; le diagramme de droite, obtenu après amélioration de la conduite du feu, indique une teneur de 15,2 pour 100, soit un gain notable dans l’utilisation du combustible. On remarquera que ces diagrammes montrent très nettement les périodes de charge du foyer et ’de nettoyage (pour ces opérations les carneaux étant ouverts, l’air s’engouffre dans le foyer, dilue les gaz et la teneur en anhy-drique carbonique diminue). L’analyseur Simmance-Abady (fig. 9) est du type discontinu. Le fonctionnement est représenté figure 10. Une cloche fonctionnant sur une cuve d’eau, située à gauche de l’appareil, aspire une certaine quantité de gaz à analyser et la fait passer
- Fig. 9. — Analyseur de gaz automatique système Simmance Abaiy.
- Mesureur
- Siphon
- Cioche c/e mesure
- Cuve
- absorbante
- Tube à
- Tube à pression
- au foyer
- au carneau
- Fig. 10. — Schéma du fonctionnement d’un analyseur Simmance Abady.
- Fig. 11.
- Schéma d’un enregislreui\Blonck.
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- 78 — ::..-. rrrzrr ETRANGES JARDINS
- dans la cuve absorbante située à la partie inférieure. Après absorption de l’anhydride carbonique, le gaz repasse dans le mesureur situé à droite de l’appareil et soulève la cloche d’une hauteur proportionnelle à son volume. On a donc immédiatement la teneur en anhydride carbonique.
- Pour les mouvements des différents organes, la force motrice est fournie par un courant d’eau qui aspire les gaz et remplit le réservoir médian, déterminant le déplacement correspondant de la cloche de prise de gaz. Quand l’eau a atteint un certain niveau dans le réservoir médian, un siphon s’amorce, qui le vide rapidement déterminant le fonctionnement des différents organes mobiles de l’appareil.
- Le tirage des foyers est une question de la plus haute importance pour la bonne combustion du charbon et le rendement des chaudières. Nous avons vu en étudiant les foyers que le tirage pouvait être naturel ou avoir lieu sous pression. Un trou dans le lit de charbon incandescent amène une diminution du rendement de la grille et formation d’un lit de scories sans pour cela que la teneur en GO2 varie, aussi des appareils contrôleurs du tirage ont-ils été réalisés. Leur principe est très simple et analogue à celui des baromètres enregistreurs : que le tirage soit natu-
- rel ou soit forcé, il existe toujours une différence de pression entre l’atmosphère ambiante et la partie de l’installation où l’on veut mesurer le tirage. Il suffît donc de les relier à un enregistreur baromètre pour avoir immédiatement les indications demandées. La figure 11 montre clairement le mode de fonctionnement d’un appareil Blonck enregistrant à la fois la différence de pression entre le foyer et l’atmosphère et entre le foyer et la région de la chaudière voisine
- du registre.
- Ajoutons pour terminer que les appareils classiques de mesure de la pression (ou du vide), manomètres métalliques , enregistreurs, type BourdonUehling, etc., plus connus en général des ingénieurs que les appareils que nous venons de décrire, sont aussi d’un emploi obligatoire dans les centrales à vapeur, ainsi que les thermomètres enregistreurs.
- Si rapide qu’ait été cette revue des principaux appareils de mesure enregistreurs, contrôleurs des générateurs de vapeur, nous espérons qu’elle sera suffisante pour appeler l’attention des usiniers sur la méthode qui doit présider à toutes les opérations industrielles et sur un type d’appareils dont il serait désirable que l’emploi fût généralisé.
- H. Voi.TA.
- Fig. 12. — Diagrammes relevés à l’enregistreur Blonck. A gauche, au début de l’installation; à droite, quelque temps après ; on a tenu compte des indications et amélioré le fonctionnement de Vinstallation.
- D’ÉTRANGES JARDINS
- Les plantes qui poussent sur les feuillets des livres et des estampes.
- Un savant français, le Dr Pierre Sée, a récemment communiqué à l’Académie des Sciences de Paris le résultat des originales « herborisations » qu’il vient de faire à travers les bibliothèques. L’examen microscopique de nombreux livres piqués ainsi que les expériences de contrôle lui ont permis de démontrer, en effet, que ces taches provenaient de champignons inférieurs. Certaines de ces moisissures sécrètent un pigment dont la teinte caractérise l’espèce et qui se diffuse dans les fibres du papier.
- Voilà plus d’une trentaine d’années, un botaniste hongrois, Jules Schaarschmidt, s’était déjà
- proposé d’étudier la flore qu’on rencontre sur les bords ou dans les plis des billets de banque usagés, parmi les poussières et la crasse. Il grattait la surface des papiers-monnaies en ces endroits, à l’aide d’une aiguille ou d’un scalpel, et transportant ensuite le dépôt ainsi obtenu, dans une goutte d’eau pure déposée sur le porte-objet d’un puissant microscope, il y constata la présence d’une abondante végétation cryptogamique (Schi-zomycètes, Saccharomycètes, Algues, etc.) ainsi que plusieurs microbes mêlés à des débris d’amidon, des fibres de coton et des fragments de cheveux. Mais le sagace privat-docent de l’Université
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- ETRANGES JARDINS .. ——- 79
- de Kolasvar ne poussa pas plus loin ses investigations.
- Le Dr Sée ne se contente pas d’un coup d’oeil aussi superficiel, il cherche la cause des altérations du papier. Or, en regardant de plus près sous un fort grossissement, chaque tache d’un livre ancien ou d’un volume récent ayant séjourné dans une pièce humide, on voit qu’elle se compose de deux parties : un noyau central assez foncé en général constitué par du mycélium*et une zone périphérique aux contours plus ou moins arrondis, plus claire, colorée par les sécrétions du champignon et visible d’ordinaire sur les deux faces du feuillet, à cause de la diffusion du pigment.
- D’ailleurs, les moisissures s’observent à des stades de végétation très différents selon les circonstances qu’elles rencontrent.
- Voici, par exemple, un livre imprimé en 1915 et abandonné plusieurs mois près d’un mur humide. Si nous le feuilletons, nousobserverons en certains endroits de la page 28 une coloration jaune verdâtre due à des Chae-lomium parfaitement développés. Les taches de la page 29 se produisirent par contact avec la précédente quand la brochure était fermée. Continuant notre excursion botanique en chambre, nous découvrirons sur certaines feuilles des taches roses dues à des Fusàrium, tandis que les points qui les parsèment représentent des Alter-riaria réduites «à une forme de conservation enkystée.
- D’autres espèces de moisissures livresques, telles les Stachybotrys, donnent des spores qui se révèlent sous forme de poussière noire quand
- on dilacère le papier. Du reste, les germes ne proviennent pas d’une infection tardive, mais préexistent dans la paille, les fibres d’alfa et autres matériaux de fabrication, car en regardant soit à la lumière directe, soit par transparence des papiers récemment manufacturés, on aperçoit des taches de différentes formes dont on peut parfois apprécier le relief au toucher. Quand on les trouve sur d’anciens ouvrages datant
- de plusieurs siècles comme sur ce frontispice du De plantis omnibus de Mat-thioli imprimé à Venise en 1571, les champignons inférieurs sont morts et desséchés; on ne peut alors les différencier par simple examen que si on a affaire aux Chaeto-mium ou aux Acrostalagmus qui produisent une tache caractéristique.
- Mais si on herborise sur des volumes plus récents, on peut y découvrir des éléments mycéliens encore vivants et capables de se développer dans des « terrains » convenables.
- Aussi M. Sée, jardinier d’un nouveau genre, a cultivé systématiquement des mycéliums recueillis tantôt sur des papiers tachés spontanément, tantôt sur des échantillons de pâles ou de papiers fabriqués récemment. Il doit prélever ses « graines » le plus aseptiquement possible, sous peine de voir se développer dans ses « champs » minuscules des « mauvaises herbes » : Pénicillium Glaucum, Mucor mucedo, Phycomices, Rhyzopus reflexus et autres moisissures .vulgaires. 11 utilise pour ses cultures des milieux variés : carottes ou pommes de terre, réglisse, gélose, papier ou bois mis dans des tubes de Borrel, des boîtes de Pétri et autres petites « serres » de
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- Taches de moisissures mortes sur le frontispice d’un livre datant de i5~i.
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- ETRANGES JARDINS
- verre. Le plus souvent, il s’adresse aux racines de réglisse dépouillées . préalablement de leur écorce subéreuse avec un canif. De la sorte, on
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- Fig. 2. — Livre imprimé en igi3 et portant des taches dues à des Chaetomium parfaitement développées
- découvre l’aubier jaune dont les tissus renferment la glycyrrhizine, matière sucrée très favorable au développement mucédinique. Avant l’ensemencement, il porte les récipients garnis de réglisse dans une autoclave qu’il chauffe à d 20° pendant une heure afin de tuer les spores parasites.
- Les llacons, une fois refroidis, attendent les i< semailles » auxquelles il procède de la façon suivante.
- Tenant le flacon
- de la main gauche, il le débouche un instant en l’inclinant, puis il dépose prestement sur la réglisse une faible quantité de spores à l’extrémité d’un fil de platine, emmanché dans un bâton de
- Fig. 4.
- verre et préalablement passé dans la flamme
- d un bec Bunsen, alin de détruire les germes
- étrangers. Il rebouche immédiatement le flacon qu’il reporte ensuite dans une étuve-armoire où il entretient une douce température. La plante
- se développe.
- Sous l’œil de son vigilant cultivateur, le mycé-
- lium s’étend et au b ut de à f> semaines, il peut l’identifier.
- Tantôt ses bâtons de réglisse s’ornent d’un joli feutrage ocré d ’Acrostalagmus cinnabcirinus, tantôt il voit naître dans ses boîtes de Pétri divers Alternaria au pigment noirâtre, de superbes Myxotrich 11m chartarum ou des Fusarium qui sécrètent une substance colorante rouge cerise devenant à la longue lie de vin et rouille; tantôt, dans ses tubes de Borrel, se ramifient des Chaetomium vert pomme, des Aspergillus repens
- jaune brunâtre, des S pic aria elegans brun clair ou marron, etc.
- Mais si le mycélium appartient quelquefois à plusieurs moisissures pigmentées ou non, souventles taches des livres se rapportent à une seule espèce. Enfin, malgré la diversité du matériel de fabrication et des conditions expérimentales, M. Sée parvint seulement à isoler une vingtaine d’espèces de champignons inférieurs, qui constituent donc bien une llorule particulière du papier. Jacques Boveii.
- Fig. 3. — Fusarium (moisissure extraite d’un livre et cultivée sur bois de réglisse).
- Préparation de bois de réglisse nécessaires aux expériences de contrôle.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- LA NATURE.
- — N° 2289.
- 11 AOUT 1917
- Les grands Laboratoires nationaux (Suite).
- LE BUREAU INTERNATIONAL DES POIDS ET MESURES
- Motifs de sa cre'ation. — Les laboratoires nationaux — nul ne le conteste aujourd’hui — sont devenus un éle'ment essentiel de progrès dans tous
- Situation du Bureau international. — L’exécution de mesures précises ne peut être assurée que dans un lieu tranquille, soustrait aux trépi-
- Fig. i. — Le Pavillon de Breteuil, dans le Parc de Saint-Cloud, siège du Bureau international des Poids et Mesures.
- les domaines où la recherche exige une grande spécialisation et une longue continuité. Pourtant, l’idée même qui préside à leur fonctionnement est toute moderne; et si les travaux d’instituts très largement dotés ont achevé de fixer cette notion nouvelle, on ne saurait oublier que la première; démonstration en fut donnée par le succès des travaux du Bureau international des Poids et Mesures. Le programme de travail du Bureau était, à ses débuts, fort restreint ; comparer des longueurs et des masses, mais le faire avec une grande précision, afin d’assurer, dans le monde entier, la parfaite uniformité d’emploi des mesures métriques, tels étaient la raison d’être du Bureau et le but de l’association d’Etats qui adhérèrent, le 20 mai 1875, à la Convention du Mètre.
- dations qui, dans les villes, sont l’inévitable résultat de la circulation. Les laboratoires eux-mêmes doivent être spacieux et à l’abri des variations rapides de la température. Ce sont les raisons qui ont conduit à installer les services du Bureau dans le domaine du Pavillon de Breteuil mis gracieusement par la France à la disposition de la Convention du Mètre; puis à édifier un bâtiment dont les salles principales sont entourées, de toutes parts, d’une multiple enveloppe, laissant pénétrer si lentement les variations de la température extérieure, que la période diurne y est tout à fait insensible.
- Complexité des mesures précises. — Une première question se pose : Pourquoi faut-il, en vue d’opérations aussi simples que la comparaison d’un
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- Fig. 2. — Coupe du bâtiment de VObservatoire du Bureau international.
- 45° Année. — 2e Semestre
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- 82 = LE BUREAU INTERNATIONAL
- nombre restreint d’étalons de longueur ou de masse, créer un institut spécial, dont le programme de travail est pour ainsi dire continu? La réponse gît dans cet aphorisme, que, pour décupler la précision, il faut centupler le labeur, puis changer les méthodes lorsque le progrès a accru ses exigences au delà de ce qu’elles pouvaient donner.
- Un exemple fera bien comprendre la complexité des problèmes métrologiques les plus simples en apparence.
- Une très bonne balance peut permettre d'atteindre une précision de l’ordre du centième de milligramme sur un kilogramme, soit du cent-millionième de la quantité mesurée. Or, si l’on compare, dans l’air, un kilogramme en platine à un kilogramme en quartz, la différence de poussée sur ces deux morceaux de matière est de l’ordre de 400 milligrammes, soit 40 000 fois la précision de la pesée. Pour ramener la pesée au vide et conserver dans les réductions la précision du quarante-millième, il faut donc posséder les éléments du calcul de la poussée avec une précision supérieure, et que l’on peut grossièrement fixer au cent-millième. Il én résulte la nécessité de connaître la densité de l’air avec cette approximation, c’est-à-dire la pression barométrique avec une précision de l’ordre du centième de millimètre, la température de l’air à quelques millièmes de degré près, etc. La connaissance du volume des deux corps doit comporter une précision correspondante, d’où le besoin d’une pesée hydrostatique et de sa réduction basée sur la mesure de la température de l’eau et l’établissement de sa formule de dilatation. Bref, cette simple opération consistant à comparer entre eux un kilogramme en platine et un kilogramme en quartz exige que soit poussée jusqu’à l'extrême limite de la précision possible la recherche d'éléments de réduction sans la possession desquels l’opération prin-cipale conduirait à un résultat purement illusoire.
- C’est à des problèmes comportant ce minutieux détail que le Bureau international des Poids et Mesures dut s’attaquer dès sa création. Je ne dirai point qu’il les ait résolus, car la métrologie est un perpétuel recommencement ; mais il a fait franchir à plus d’un d’entre eux d’importantes étapes.
- Thermomètre et baromètre. — L’exemple qui vient d’être donné a montré la nécessité, avant d’ahorder toute recherche métrologique, de fixer parfaitement les valeurs des variables indépendantes, pression et température, qui interviennent dans toutes les réductions. Une attention soutenue a donc été donnée, au Bureau international, au perfectionnement des thermomètres et des baromètres, pour lesquels on en était resté aux résultats de Régnault, devenus insuffisants au bout de trente années. Ces travaux du Bureau sont aujourd’hui bien connus, et nous ne nous y arrêterons point. Il nous suffira de dire que c’est d’eux que date la complète réhabilitation du thermomètre à mercure, intermédiaire précieux pour atteindre
- DES POIDS ET MESURES ==========
- l’échelle normale, qui est, suivant la décision prise par la première Conférence générale des Poids et Mesures, réunie en 1889, celle que fournit le thermomètre à hydrogène sous volume constant, et sous la pression de I m. de mercure à 0°.
- Mesures de masses. — Une commission imposée de Dumas, Mouchez, Sainte-Claire Deville, Broch et Stas, fut chargée de réaliser le report de la masse du kilogramme des Archives, en platine aggloméré, sur le nouveau kilogramme international, fait en platine iridié, cet al'iage admirable créé par Sainte-Claire Deville. Par des retouches successives de plus en plus serrées, on approcha, par usure, le nouveau kilogramme de l’ancien, et, lorsqu’il fut devenu impossible de déceler une différence, on y demeura.
- Sous la surveillance de la Section française de la Commission internationale du Mètre, une série de kilogrammes furent ajusiés aussi près que possible du nouvel étalon, puis on entreprit leurs intercomparaisons.
- Car, dans une détermination précise, on ne se contente pas de comparer une copie à l’étalon fondamental; les copies sont aussi comparées entre elles, en groupes plus ou moins étendus, de manière à établir des contrôles multiples et des liens directs entre les copies.
- Les kilogrammes, au nombre de quarante-deux, furent portés dans un tableau comprenant sept lignes et six colonnes. Tous les étalons inscrits dans chaque ligne furent comparés entre eux, et de même ceux qui étaient compris dans chaque colonne. Tous furent comparés au kilogramme international.. Le travail achevé, on put affirmer que la valeur de chacun d’eux était connue, par rapport à celle du kilogramme international, avec une précision allant au delà du centième de milligramme, c’est-à-dire à moins de un cent-millionième de la quantité mesurée.
- On sait, toutefois, combien l’appréciation des précisions est fallacieuse, avec quelle circonspection il faut admettre le résultat du calcul appliqué aux mesures. Dans le cas présent, une lointaine vérification est venue corroborer les premières conclusions. Le Bureau international a été chargé, en effet, non seulement de fournir les valeurs des élalons nationaux, mais encore de les vérifier de temps à autre. Un premier contrôle des kilogrammes a été réalisé. A part l’un d’entre eux qui, très souvent employé, avait subi une usure probable d’avance, et trois autres que des accidents avaient visiblement endommagés, les anciennes valeurs furent retrouvées, pour la plupart, avec des écarts inférieurs au centième de milligramme. C’est, donc à cette approximation près que le Bureau international a pu réaliser, pour le monde entier, l’uniformité/des mesures de la masse.
- Mais, dira-t-on, comment sont constituées les balances permettant d’atteindre semblable précision? Car le cent-millionième dans le résultat im-
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- plique la même égalité relative dans les deux bras d'un fléau, soit, dans la position du couteau central, une certitude de l’ordre du millième de micron, qu’un écart de un millième de degré dans la température des deux bras du fléau rendrait vaine.
- Le principe est celui de l’échange des poids sur les plateaux, qui élimine la différence des deux bras, échange fait à distance, afin que le rayonnement de l’opérateur ne vienne pas troubler la température. Les lectures sont faites à l’aide d’une lunette, visant l’image d’une échelle réfléchie dans un miroir que porte le .fléau. La différence entre les poids comparés est donc, primitivement, exprimée en fonction de l’unité de cette échelle. On transforme celle-ci en unités de masse, en ajoutant à l’un des bras du fléau un petit poids additionnel, de 1 milligramme ou de 1/2 milligramme. Mais un tel poids est peu maniable, surtout à distance. On place donc, simultanément sur les deux bras, deux poids de 100 milligrammes environ, différant entre eux de la quantité qui doit rester en excès. Cette adjonction peut être faite tandis que la balance oscille, de telle sorte qu’on évite les pertes de temps et les perturbations entraînées par chaque arrêtage de la balance.
- . Longueurs. :— La comparaison des longueurs est bien plus diverse que celle des masses; elle comprend beaucoup plus de problèmes distincts, et les dispositifs qui s’appliquent à l’un d’eux sont rarement adaptés à la solution d’un autre.
- Les cathétomètres, les sphéromètres, les palmers ou divers micromètres à vis ou à levier sont des instruments courants dans les laboratoires et dans les ateliers. Ils sônt également en usage dans les instituts métrologiques ; mais, dans ces derniers, les mesures précises sont exécutées à l’aide d’appareils spéciaux, les comparateurs.
- Un comparateur s’applique soit aux mesures à traits, soit aux mesures à bouts, soit encore au passage d’un système à l’autre.
- Pour les mesures à traits, un organe essentiel est l’ensemble formé par deux microscopes micro-métriques, définitivement fixés à des piliers, ou
- supportés par une poutre sur laquelle ils sont momentanément calés, de manière à constituer, pour la durée d’une opération, un ensemble fixe.
- Les deux longueurs que l’on veut comparer sont amenées successivement sous les deux microscopes, soit par un déplacement transversal, les deux étalons étant placés côte à côie, soit par un glissement longitudinal, les deux longueurs se faisant suite.
- Les microscopes ont un grossissement généralement compris entre 50 et 100. Le pas des micromètres est, le plus souvent, ajusté de telle sorte qu’il corresponde au dixième de millimètre, mesuré sur l’objet observé. Ainsi, le centième de tour,
- intervalle de la division du tambour, est équivalent au micron, millième du millimètre; le dixième d’intervalle étant directement lu, c’est le dixième de micron qui est inscrit comme unité d’observation. Telles sont, du moins, les conditions les plus fréquentes.
- Mesure des dilatations. — Deux procédés sont classiques dans la mesure des dilatations : celui du comparateur et le pro-cédé imaginé par Fi-zeau et mis en œuvre dans .le dilatomètre qui porte son nom. Le premier s’applique à des barres de longueur plus ou moins grande, 1 mètre en général, le second peut, grâce à l’extrême délicatesse du phénomène sur lequel il est fondé, et qui est le déplacement des anneaux de Newton dans une mince lame d’air, fournir des résultats très précis lorsqu’on l’applique à des échantillons dont la plus grande dimension est de l’ordre du centimètre..
- La mesure des dilatations a constitué l’une des tâches les plus continues du Bureau international, non seulement en raison de la nécessité de connaître parfaitement la formule de dilatation de tous les étalons issus du Bureau, mais aussi parce qu’on a fait de cette mesure une méthode d’investigation des métaux ou alliages, dont les résultats ont justifié le temps et les efforts consacrés à cette étude. 11 suffira de rappeler que les applications des aciers au nickel dans les industries et les arts de précision ont eu pour origine les travaux effectués au Bureau international.
- Fig. 3. — Balance avec le mécanisme servant à échanger les poids sur les plateaux.
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- Comparateur géodésique. — La révision des valeurs des étalons employés en géodésie avait été l’un des motifs essentiels de la création du Bureau international; aussi pensa-t-on, dès les premières années de son existence, à ériger un appareil propre à satisfaire à cette partie de son programme.
- La mesure des bases terrestres utilise des étalons de la plus grande longueur maniable. Après les étalons de deux toises, tels que les construisirent Borda et Lavoisier pour les travaux immortels de Delambre et Méehain, on passa à ceux de A m., qui en diffèrent peu par excès, et c’est en vue de leur détermination qu’a été construit le comparateur géodésique. On définirait assez bien cet instrument en le caractérisant comme étant un ensemble de quatre comparateurs à dilatation mis bouta bout.
- Cinq microscopes alignés, laissant entre eux des intervalles de 1 m. (1), pointent sur une même ligne horizontale, qui peut devenir celle de l’étalon que l’on étudie. Celui-ci est enfermé dans une auge, côte à côte avec un autre étalon semblable, ou avec un étalon de 1 m., que l’on place successivement en face des quatre mètres de l’étalon géodésique. Les microscopes correspondants servent alors à faire le report des longueurs, mètre par mètre. Comme vérification, on compare généralement entre eux plusieurs étalons géodésiques, déterminés individuellement.
- La plupart des étalons géodésiques en usage dans le monde ont été étudiés au moyen de ce comparateur : non seulement ceux de A m., mais aussi
- 1. Dans une modification récente du comparateur, les paires de microscopes extrêmes ont été montées sur des poutres afin de pouvoir prendre des distances variables.
- des doubles-toises, auxquelles on ajoutait des appendices en contact avec leurs extrémités (les anciens étalons étaient tous à bouts), de manière à les ramener à la longueur de A m. Les palpeurs, ramenés au contact enlre eux, étaient déterminés dans une autre opération. Des étalons de 10 pieds anglais appartenant aux Services géodésiques de l’Inde et du Cap, ont pu être également étudiés. Et, de tout cet ensemble de mesures est résultée l’unification des données relatives à la mesure de la terre.
- Comparateur universel. — Le mètre est, au Bureau international, une longueur très privilégiée, mais non exclusive. Pour mesurer d’autres longueurs, il est nécessaire de posséder des instruments dont les microscopes soient susceptibles d’un
- déplacement. Tel est le comparateur universel, muni de deux microscopes, montés sur des chariots que porte une double poutre d’acier, posée sur des piliers de pierre. Des bancs peuvent recevoir les pièces à comparer, commandés par des organes de réglage et de déplacement dont l’observateur gouverne les manettes. Les déplacements peuvent être transversaux ou longitudinaux, pour les raisons que nous avons indiquées.
- Dans sa forme ordinaire, le comparateur universel a servi à établir la valeur des subdivisions du Mètre, et à fournir des étalons précis du décimètre, du centimètre, du millimètre, ou de toute longueur intermédiaire. Le problème paraît simple, mais tout devient compliqué lorsqu’on recherche une précision élevée. Au surplus, la nécessité d’une étude très minutieuse de la question ressort de ce fait, que connaissaient bien les mécaniciens de précision il y a quarante ans : lorsqu’on demandait à Paris un millimètre étalon, le fournisseur offrait, au choix, la copie de celui de Brunner ou de celui de Froment. Ils différaient sensiblement, et personne ne pouvait dire lequel-était le plus voisin de la vérité.
- Grâce aux mesures faites au comparateur universel du Bureau international, des milliers de longueurs inférieures au mètre ont pu être répandues, dont la valeur est connue à quelques dixièmes de micron près.
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- Mais aussi, c’est à l’aide de cet instrument qu’ont été déterminées la longueur des pendules à gravité, la valeur métrique de la toise du Pérou et de la toise dite de Bessel, étalons qui ont joué, dans la géodésie ancienne, un rôle de premier ordre. Les déterminations qui en ont été faites par M. Benoît ont fait disparaître, aux frontières, des divergences restées jusque-là inex-plicables. D’autres mesures, auxquelles M. Benoît a consacré également tous ses soins, ont donné le rapport légal entre le yard et le mètre, rapport au tour duquel joue aujourd'hui la réforme imminente des mesures britanniques, et dont la valeur numérique est la suivante :
- 1 yard
- = 0,914 599 2 mètre
- 1 mètre
- = 1,093 614 3 yard.
- Etalons à bouts.
- — Tandis qu’à l’époque où débutèrent les travaux du Bureau international, les étalons à bouts étaient de plus en plus abandonnés comme étalons scientifiques, ils reparaissaient vingt ans après, pour servir dans les industries mécaniques de précision. La Section technique de l’artillerie, chargée de la fabrication des pièces interchangeables, créait tout
- un service d’établissement des élalons, et s’adressait au Bureau international pour en obtenir les types déduits du mètre international, et qu’il suffirait ensuite de copier. Ce travail me fut alors confié, et, en connexion avec une autre recherche, je fis adjoindre au comparateur universel un support spécial destiné à permettre l’e\écut:on de ce travail.
- Ce support comprend deux coulisses situées dans un même alignement, et dans lesquelles on peut placer des règles servant à prendre contact sur la pièce à mesurer. Les extrémités de ces règles sont sphériques; elles-mêmes sont creusées de manière à mettre à découvert le plan contenant le centre des sphères, et où sont pratiqués les traits de
- repère. Les palpeurs, entraînés par des poids constants, sont d’abord amenés au contact, et la distance des traits de repère comparée à une longueur connue, prise sur une règle divisée; puis on intercale l’étalon à mesurer, et la même opération est répétée. La différence des longueurs trouvées donne la valeur de l’étalon.
- La possession d’étalons à bouts, de valeur bien connue, permet leur reproduction par des procédés ne comportant pas les complications que nécessite le passage d'un système à l’autre. Cette reproduction est faite à l’aide de l’ingénieux comparateur automatique du colonel Hartmann. La description qui en a été donnée autrefois dans La Nature me dispense d’y revenir j1).
- La mesure des longueurs à bouts, élaborée dans les instituts métrologiques, s’est répandue dans les ateliers, pour lesquels ont été créées des machines très précises et servant à des fins diverses. Nous renverrons, pour la description de leur principe, à un article antérieur (*).
- La longueur des ondes lumineuses. — Un atome
- 1. La Nature, n° 1284, du 8 janvier 1898.
- 2. La Nature, n° 1970, du 25 février 1911.
- Fig. 5. — Comparateur universel.
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- 86 ......... ' :=, ENCRES SYMPATHIQUES
- de matière, vibrant sur lui-même, avec une constance que n’atteint pas la meilleure horloge, envoie dans l’espace des ondes lumineuses dont la longueur, dans des conditions bien déterminées de propagation, est également constante. La connaissance de l’une de ces longueurs en valeur absolue est fondamentale pour toute la spectroscopie ; elle l’est également pour la métrologie, puisque les ondes lumineuses, manifestées par des franges d’interférence, sont directement utilisées comme micromètres dans un grand nombre de problèmes. Enfin, si l’on peut admettre que la constance de la vibration des atomes soit non seulement très parfaite, mais absolue, on peut faire, des longueurs d’ondes, un repère éternel de l’unité de longueur. C’est sous cette forme que se présente aujourd’hui le repérage naturel des longueurs, que l’on rapportait autrefois soit aux dimensions de la terre, soit à la longueur du pendule battant la seconde.
- Il appartenait au Bureau international de déterminer en valeur absolue certaines longueurs d’ondes lumineuses, parmi celles se prêtant le mieux aux mesures précises.
- Nous avons dit autrefois (Q comment, mettant en œuvre les belles méthodes qu’il avait imaginées, M. A. Michelson, l’éminent savant américain, parvint, avec la collaboration de M. J.-René Benoît, à fixer, avec une précision que l’on pouvait alors estimer cinquante fois supérieure à celle des meilleures mesures faites jusque-là, les longueurs des ondes émises par la lampe au cadmium.
- Le travail a été repris une quinzaine d’années plus tard par MM. Benoît, Fabry et Perot, utilisant une méthode physique dont le principe fondamental est celui de la première, mais qui en diffère tant
- dans l’application qu’il a conduit à une méthode métrologique nouvelle.
- L’exposé de ce travail d’extrême importance ne saurait être fait clairement en peu d’espace; nous espérons pouvoir y revenir. Qu’il nous suffise de dire que le résultat concorde avec celui de la première recherche au dix-millionième près, concordance meilleure que n’eùt permis de le prévoir la précision attribuée à la première recherche, favorisée, semble-t-il, par une petite part de chance. N’oublions pas qu’en métrologie, la chance favorise surtout ceux qui le méritent.
- Recherches sur les alliages, — Le perfectionnement dans la construction des étalons eux-mêmes ne figurait pas dans le programme primitif du Bureau international, mais il s’imposa par la logique des choses. Cette recherche se montra fructueuse au delà des espérances. La découverte de Yinvcir, dont les applications sont aujourd’hui nombreuses, en fut le point essentiel, mais non l’unique résultat, car l’anomalie dont dépend ce curieux alliage est étendue et diverse, et l’on y trouve la solution de beaucoup de problèmes scientifiques ou industriels. L’horlogerie en a largement bénéficié ; elle a apporté, à la fabrication des lampes à incandescence, des éléments d’économie très appréciables, et on n’a pas vu encore la fin des applications des aciers au nickel. Un jour, une nouvelle mise au point de cette question, plusieurs fois abordée dans La Nature, en montrera la diversité. Traitée ici, elle deviendrait, comme la précédente, envahissante pour un article d’ensemble. Nous voulions seulement donner une esquisse; l’abondance du sujet l’a déjà trop étendue.
- Ch.-Éii. Guillaume,
- Directeur du Bureau international de>-Poids et Mesures.
- ENCRES SYMPATHIQUES
- Les encres sympathiques sont fort anciennes ; ne connaît-on pas les vers d’Ovide?
- Tuta quoque est, fallitque oculos e lacté recenti Littera : carbonis polline tinge : leges.
- indiquant comment l’on pouvait écrire avec le suc du réveil-matin et lire avec de la poussière du charbon. Leur nom d’encres sympathiques vient de ce qu’il semblait y avoir un lien secret entre celui qui écrivait et celui qui lisait.
- La description de la manière d’éprouver par tous les moyens d’investigation un message pour s’assurer s’il contient ou non des écritures sympathiques due à maître Rabelais (2) mérite d’être reproduite entièrement.
- « Quand Pantagruel eut leu l’inscription, il feut bien esbahy, et demandant audict messagier le nom de celle qui l’avoyt envoyé, ouvrit les lettres, et rien ne trouva
- 1. La Nature, n° 1174 du 25 novembre 1895.
- 2. Livre II. Ch. xxiv.
- dedans escript, mais seullement un anneau d’or, avec ung diamant en table. Lors appella Panurge, et luy monstra le cas. A quoy Panurge luy dist que la feuille de papier estoyt escripte, mais c estoyt par telle subtilité que l'on n’y voyoit point d’escripture. Et, pour le sça-voir, la meit auprès du feu, pour veoir si l’escripture estoyt faicte auesques du sel ammoniac destrempé en eaue. Puys la meit dedans Veaue, pour sçavoir si la lettre estoyt escripte du suc de titbymalle. Puys la monstra a la chandelle, si elle estoyt point escripte du jus d’oignons blancz.
- « Puys en frotta une partie, d’huylle.de noix, pour veoir si elle estoyt point escripte de lexif (*) cle figuier. Phys en frotta une part, de laid de femme alaictant sa fille première née, pour veoir si elle estoyt point escripte de sang derubettes (*). Puys en frottaun coing, de cendres d’ung nid d’arondelles, pour veoir si elle estoyt escripte de rosee qu’on trouve dedans les pommes d’Alicacabut. Puys en .frotta ung aultre bou de la sanie des aureilles
- 1. Lessive. ,
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- i ENCRES SYMPATHIQUES
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- pour veoir si elle estoyt escripte de fiel de corbeau. Puy la trempa en vinaigre, pour veoir si elle esloyt escripte de lait d’espurge(1). Puis la graissa d’axunge de sourysichaulves, pour veoir si elle estoyt escripte avec sperme de baleine, qu’on appelle ambre griz. Puis la vieil doucement dedans ung bassin d’eane fraische, et soudain la tira, pour veoir si elle estoyt escripte auecques alun de plume. El voyant qu’il n’y congnoissoyt rien, appellale messagier, et lui demanda : Compaing, la dame qui t’a ici enuoyé t’ha elle point baillé de baston pour apporter pensant que feust la finesse que met Aulu-Gelle : et le messagier lui respondist : Non, monsieur. Adoncques Panurge luy voulust faire raire (2) les cheveulx, pour sçavoir si la dame avoyt faict escripre auecques fort moret (3), sus la leste raze, ce qu’elle vouloyt mander : mais voyant que ses cheveux étoient fort grandz, il désista; considérant qu’en si peu de temps, ses cheveulx n’eussent creu silongz. Alors dist a Pantagruel : Maistre, par les vertuz dieu, je n’y sçauroys que faire ny dire. J’ai employé, pour congnoistre si rien y ha ici escript, une partie de ce qu’en met messere Francesco di Nianto, le Thuscan, qui ha escript la manière de lire lettres non apparentes, et ce que finesse Zoroaster, péri grammaton acrilon, et Calphurnius Bassus, de lileris illegibilibus, mais je n’y voy rien, et croy qu’il n’y ha aultre chose que l’anneau. »
- Puis Panurge devine le rébus. Tous les;proçédés de révélation sont signalés en caractères italiques dans le texte précédent.
- Encres proposées. — Les plus grands esprits dans tous les siècles passés se sont préoccupés des moyens secrets de correspondance.
- Le plus ancien des auteurs, qui en ait traité complètement, semble être Philon de Byzance; cet auteur aurait écrit un livre sur l’emploi des encres sympathiques, qui a élé perdu. Mais si les encres sympathiques étaient connues comme nous allons le voir de tous les savants, au xvt<? et àu xviie siècle, le ministre de la guerre pourtant/l’un des plus intéressés à la question, parait l’ignorer. La lettre de Louvois à Saint-Mars, du 26 juillet 1665, existant au Dépôt de la Guerre, en fait foi. :
- « Il faut que vous essayiez de savoir du valet de « M. Fouquet comment il a écrit les quaire lignes « qui ont paru dans le livre en le chauffant et de « quoi il a composé cette écriture. »
- Le surintendant des finances, lui, connaissait l’emploi des encres sympathiques.
- Et avant la guerre actuelle, il fut fait un grand usage d’encres sympathiques. Le commandant Bazeries (4) a indiqué notamment, que pendant le guerre carliste de 1835 à 1849, les correspondances échangées entye Don Carlos, Don Miguel son allié, les généraux du parti et les principaux partisans étaient écrites avec du jus de citron el entre les lignes d’une correspondance banale.
- Les encres sympathiques étaient très nombreuses,
- 1. Espèce de tithymalle'.
- 2. Raser.
- 5. Jus de mûres. -
- 4. Les chiffres secrets dévoilés, p. 22-23. Charpentier et Tasquelle, 1905.
- mais l’une des plus curieuses, parmi celles dont l’emploi a été indiqué (hâtons-nous d'ajouter, jamais essayée et pour une bonne raison), est celle décrite par Porta dans son petit livre sur les miracles (‘j. Sous le titre de lettres visibles dans l’obscurité, Porta conseille de préparer une décoction de lucioles ou de vers luisants, afin de dissoudre la matière lumineuse. Très sérieusement, il ajoute que la liqueur peut être utilisée comme encre sympathique et ne peut être lue que dans l’obscurité par les initiés. De nos jours, les substances radioactives, radium ou mésothorium, rempliraient plus sûrement le même effet.
- Chaque chimiste proposait une encre nouvelle ou expliquait à sa manière-l’apparition ou la disparition d’une encre déjà connue, mais avant le travail d’Hellot, aucune idée"nouvelle n’est à signaler.
- Hellot(2) groupe très nettement'les différentes encres sympathiques connues avant lui. Voici, comment il s’exprime à ce sujet :
- « Faire passer une nouvelle liqueur ou .la vapeur d' une nouvelle liqueur sur l'écriture invisible ; c’est la première classe.
- « Exposer la première écriture à l'air pour que les caractères se teignent ; • c’est la seconde classe!
- « Passer légèrement sur l'écriture une matière colorée réduite en poudre subtile ; c’est la troisième/' >
- - « Exposer l'écriture au feu;- c’est- la quatrième classe ou le quatrième moyen, qui est en même temps le moyen général, par lequel on peut s’assurer si dans une lettre qu’on soupçonne, il n’y a point une écriture cachée: » > .
- > Ici se place une petite discussion du domaine de Fhistoire qui révélera en même temps que leur composition les défauts de bon nombre d’encres sympathiques. C’est sans doute d’après ce Mémoire d’Hellot qu’on lui attribue une part dans la découverte de l’action de la lumière sur les sels d’or et d’argent.
- Exposer la première écriture à l’air pour que les caractères se teignent si cette écriture est tracée avec une solution d’or ou d’argent?
- Il semble toutefois aux termes mêmes du mémoire que cette découverte appartient à d’autres observateurs, dont le nom n’est point connu, ou que le fait était connu depuis longtemps.
- Hellot , dit en effet, textuellement, avant de classer les différentes encres sympathiques :
- « Toutes ces encres sympathiques, qui sont connues, peuvent être distribuées en différentes classes, suivant les différents moyens dont il faut se servir pour les faire parailre, et ces moyens se réduisent ordinairement aux quatre suivants. »
- Nous avons vu plus haut lesquels; après avoir
- 1. De miraculis rerum naluràlium Libri IV. Édition île
- Planlin 1500, p. 51 et 52. ,
- 2. Mémoires de VAcadémie Royale des Sciences, année
- 1757, p. tpi.
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- 88 : ENCRES SYMPATHIQUES
- décrit les encres de la première classe, il arrive à la seconde classe :
- « Cette classe comprend les encres sympathiques dont l’écriture invisible devient colorée en l’exposant à l’air. Adjoutés, par exemple, à une dissolution d’or, dans l’eau régale, assés d’eau pour qu’elle ne fasse plus de taches jaunes sur le papier blanc. Ce que vous écrirés avec cette liqueur ne commencera à paroître qu’après avoir été exposé au grand air pendant une heure ou environ. L’écriture continuera à se colorer lentement jusqu’à ce qu’elle soit devenue « d’un violet foncé presque noir.
- « Si au lieu de l’exposer à l’air, on la garde dans une boîte fermée, ou dans du papier bien plié, elle restera invisible pendant deux ou trois mois, mais à la fin elle se colorera et prendra la couleur violette obscure.
- « Tant que l’or reste uni à son dissolvant, il est jaune, mais l’acide de son dissolvant étant volatil, la plus grande partie s’en évapore, et il n’en reste que ce qu’il faut pour colorer la chaux d’or qui est demeurée sur le papier.
- « La dissolution de l’argent fin dans l’eau-forte qu’on a affaiblie ensuite par de l’eau de pluie distillée, comme on a affaibli celle de l’or, fait aussi une écriture invisible, qui tenue bien enfermée, ne devient lisible qu’au bout de trois ou quatre mois ; mais elle paroît au bout d’une heure si on l'expose au soleil, parce qu'on accélère l'évaporation de l'acide. Les caractères faits avec cette solution sont de couleur d’ardoise, parce que l’eau-forte est un dissolvant toujours un peu sulphureux et que tout ce qui est sulphureux noircit l’argent. Cependant comme ce sulphureux est volatil, il s’évapore, et dès qu’il est entièrement évaporé, les lettres reprennent la véritable couleur de l’argent, surtout si celui qu’on a employé dans l’expérience est extrêmement gris et si l’expérience se fait dans un endroit exempt de vapeurs. j>
- Ilellot ne semble donc pas considérer comme un fait nouveau, une découverte intéressante, cette action de la lumière. Tout son mémoire et le suivant tendent à montrer l’intérêt présenté par l’écriture obtenue avec la dissolution du cobalt ou du safre, qui peut apparaître et disparaître à volonté et il propose de créer une cinquième classe; et il tient beaucoup plus à présenter celte idée nouvelle, fort ingénieuse d’ailleurs, qu’à insister sur l’action de la lumière.
- La découverte de l’encre aux sels de cobalt appartient, semble-t-il, d’une manière incontestable à Ilellot. Nous étonnerions fort nos lecteurs en leur disant que les Allemands n’ont pas encore essayé sur ce point de revendiquer cette découverte. Qu’ils se rassurent! On lit en effet, dans le dictionnaire de KlaprothQ) :
- « Hellot n’est pas l’inventeur de cette encre.
- 1. Traduction Bouillon-Lagrange et Yogel, Paris, 1810, t. Il, p. 287.
- Moritz puis Teichmeyer en ont publié la recette. »
- Il nous paraît oiseux de discuter ici cette question de priorité, contentons-nous de remarquer que Klaproth n’indique pas la recette de Moritz ni celle de Teichmeyer, mais celle d’Ilsemann.
- En tout cas, ce qui est certain c’est que Klaproth n’a pas vu et n’a même pas connu la propriété des sels d’or et d’argent de noircir à la lumière. Il se contente de dire à ce propos :
- « Les nitrates d’argent et de plomb deviennent noirs par les sulfures alcalins. L’écriture faite avec le muriate d’or ne parait pas ; une dissolution d’étain la rend d’un rouge pourpre. »
- Ce phénomène était cependant des plus curieux.
- Et l’abbé Nollet n’avait eu garde de l’oublier.
- D’autres chimistes rappellent aussi le phénomène, mais sans citer le nom de celui qui l’a signalé le premier. Brugnatelli étudia au xvme siècle, d’une manière particulière, les encres sympatiques, en particulier celles à l’or. Il établit comme le dit Cadet dans son dictionnaire, les faits suivants :
- « Les caractères invisibles tracés sur un papier avec une dissolution de nitrate de bismuth ou de mercure, blanchissent et restent opaques lorsque, trempant dans l’eau le papier, celui-ci devient transparent; si l’on scche le papier, les caractères disparaissent; cette expérience peut être répétée à plusieurs reprises avec le même succès.
- « On peut faire paraître de couleur d’or les caractères écrits.avec du nitrate de mercure; ils paraissent d’un beau jaune pâle, si l’on plonge le papier dans une dissolution de sulfate de potasse ; de couleur orangée, si l’on se sert d’une dissolution de potasse ; enfin brun foncé, si on passe dessus un peu de dissolution d’or. »
- « Il faut faire l’expérience rapidement avec la dissolution d’or, car les caractères jaunissent promptement à l’air et encore plus vite au soleil. »
- Mais l’emploi de telles encrés est difficile à cause de l’acidité des solutions. Le procédé ingénieux de M. NTamias(1) connu de nos lecteurs est loin d’être sûr.
- En résumé les encres sympathiques étaient très nombreuses et Macquer remarque très justement que l’encre ordinaire ne devenant noire que par le mélange de deux liqueurs qui ne sont point ou qui ne sont que peu colorées naturellement, peut former une encre de sympathie par plusieurs moyens. La dissolution de vitriol vert (sulfate ferreux), laisse des traits peu visibles que l’on fait apparaître en noir, à l’aide d’une infusion de noix de Galles, en bleu, avec la matière colorante du bleu de Prusse (ferricyanure de potassium). L’encre se décolore par l’addition de l’acide nitrique et redevient noire par addition d’un alcali, etc.
- Révélation des encres. — On peut dire qu’avant la guerre, les encres sympathiques connues étaient au nombre d’une centaine, les plus sûres étaient
- 1. La Nature, n° 2229, 17 juillet 4916, recettes photographiques.
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- celles écrites aveè les diverses sécrétions naturelles de l’homme; mais sept procédés permettent de les révéler toutes. Parmi ces procédés, trois surtout sont des plus actifs et ont permis de révéler toutes les encres qui ont été imaginées au cours de cette guerre.
- Les encres écrites avec une substance gommeuse ou mucilagineuse ou hygroscopique se révèlent à l’aide de poudres colorées. Les poudres colorées et très fines employées, sont des poudres d’aluminium, de charbon, de cinabre, de lycopode, etc. A l’aide d’un tamis de soie très fin, on saupoudre la feuille à examiner. On la recouvre ensuite d’un papier et on la presse assez fortement. La feuille suspectée est ensuite secouée et, si elle renferme des tracés sympathiques, la poudre y reste adhérente. Par précaution et pour les substances qui ne deviennent gommeuses que sous l’action de la chaleur, après avoir pressé la feuille, on appuie dessus avec le fer chaud.
- Les encres chimiques sont révélées par l’acide sulfhydrique, le sulfhydrate d’ammoniaque, les tanins, le perchlorure de fer, les sulfates de fer, de cuivre, le chromate de potassium, le ferrocyanure jaune, le bichlorure de mercure, le chlore.
- Il n’est pas besoin d’insister longuement sur tous ces points. Nos lecteurs sont trop familiarisés avec les réactions chimiques pour leur rappeler que la plupart des sulfures sont noirs ou colorés et qu'ils se forment tantôt en milieu acide, tantôt en milieu alcalin. Le tanin, le ferrocyanure de potassium révèlent les sels de fer et contrôlent les résultats fournis par le sulfhydrate Le chlore déplace l’iode de l’iodure de potassium si celui-ci a été utilisé. Mais il faut opérer avec soin, car l’iode peut se redissoudre. Les sels de mercure produisent une double décomposition qui fixe les caractères.
- Ces réactifs doivent être employés systématiquement pour ne pas produire de réactions entre eux
- et ne pas faire apparaître de caractères, là où il n’y en a pas. Certains de ces réactifs s’excluent l’un l’autre.
- Il y a intérêt à n’opérer que sur une partie de la feuille à examiner afin de pouvoir soumettre tout le papier suspect à l’épreuve successive, puis s’il y a lieu, alternative des divers réactifs.
- Les meilleurs révélateurs de toutes les encres connues et même de celles qui ont été imaginées depuis la guerre sont :
- Les vapeurs d’iode, l’encre diluée ou les liqueurs colorées, la chaleur, l’examen en lumière oblique ou par transparence.
- Ces révélateurs sont tellement puissants que l’eau ordinaire, une pression avec une pointe mousse se retrouvent à l’examen et la chose est aisée à concevoir. Le papier est formé de substances qui renferment de la cellulose, il est calandré, c’est-à-dire pressé également. La contexture est modifiée par la simple pression d’une plume ou même d’une pointe de verre. Aux points touchés, l’iode réagira plus ou moins vite suivant le cas, l’encre diluée ou la couleur se fixera plus ou moins rapidement.
- Avec des liquides acides ou même neutres au moment où le papier est chauffé, la carbonisation peut se produire rapidement à l’emplacement des lettres ou être retardée. Cette épreuve de la chaleur est réalisée soit en exposant le papier dans une étuve pendant un temps déterminé à une température bien connue, soit, ce qui est plus rapide mais plus brutal, à l’aide d’un fer à repasser chaud. Dans ce dernier cas, pour éviter de brûler le papier, on place le papier à examiner sous une feuille de papier buvard. L’examen à la lumière est des plus probants, le liquide laisse un gaufrage ou augmente la transparence, la pointe mousse rend le papier plus brillant et plus opaque.
- En résumé, il est très difficile d’écrire avec une encre qui ne puisse pas être lue.
- Nicolas Flamel.
- LES MINES DE PYRITES ESPAGNOLES
- Les mines, dont je vais donner une description rapide ont été longtemps considérées uniquement comme des mines de cuivre. Actuellement, il serait plus correct de les appeler des mines de pyrite cuivreuse; mais, en ce temps de guerre, c’est comme source d’acide sulfurique qu’elles nous intéressent peut-être avant tout; car elles alimentent, pour une très grande part, l’industrie de l’acide sulfurique dans les pays alliés et on sait quelle est, à son tour, l’importance de l’acide sulfurique pour l’industrie des munitions (1). Dans les efforts que nous avons faits pour provoquer en Allemagne la disette de l’acide sulfurique, elles ont joué un rôle considérable, dont on se fera aisément une idée si 1. Yoy. n° 2252, 25 nov. 1916.
- je rappelle qu’avant la guerre les Allemands en tiraient chaque année 900000 t., tandis que cette ressource leur manque aujourd’hui totalement.
- Situation géographique et géologie. — Les pyrites espagnoles sont localisées au Sud-Ouest de la péninsule dans la province d’IIuelva à une soixantaine de kilomètres au Nord de ce port, où s’embarqua Christophe Colomb, suivant une bande Est-Ouest qui va de la province de Séville jusqu’en Portugal (fig. l).Dans cet espace il s’est réalisé, à la fin de la période primaire, un phénomène géologique remarquable. Tous les terrains primaires, jusqu’au carbonifère inclus, ayant été redressés et plissés par les mouvements hercyniens, ont été injectés en tous sens par d’innombrables éruptions porphy-
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- riques. En connexion directè avec ces roches éruptives, souvent à leur voisinage immédiat, il s’est développé, dans ces mêmes terrains, des multitudes d’inclusions pyriteuses, qui ont toutes les dimensions et toutes les formes, mais qu’on peut se représenter comme les amandes d’un nougat. Ces amandes sont, par suite, dispersées dans les terrains, où elles forment des ellipsoïdes plus ou moins aplatis, souvent gigantesques (1100 m. sur 180 m. de section dans un seul amas de Rio Tinto), des lentilles disposées verticalement et toujours limitées en profondeur. Quelques-unes de ces lentilles se sont trouvées recoupées et mises à jour par les érosions. Ce sont naturellement celles que l’on a exploitées tout d’abord. D’autres, qui; apparaissaient à peine
- Fig. i. — Huelva. Mole du Ford avec installations de chargement des pyrites.
- la surface, se sont élargies en descendant. Progressivement, les chercheurs se sont enhardis et l’on est amené aujourd’hui à considérer que le nombre des amandes invisibles est incomparablement supérieur à celui des amandes reconnues. Il s’agit seulement de les trouver dans les profondeurs du sol et, avec les moyens dont dispose l’industrie moderne, on y arrivera certainement de plus en plus.
- Deux phénomènes accessoires ont contribué au début à attirer l’attention sur ces gisements. En premier lieu, l’action oxydante des eaux superficielles, agissant depuis des siècles sur l'affleurement de ces masses pyriteuses, en a transformé le sulfure de fer en oxyde de fer jusqu’à une profondeur d’environ 20 à 30 mètres et a créé ainsi à la surface ce que les mineurs appellent des « chapeaux de fer », nettement limités à la base par une surface horizontale. Ces chapeaux de fer sont remarquables, même pour un passant distrait, par
- leur couleur rouge et par leurs énormes blocs ferrugineux qui tendent à s’isoler en se désagrégeant. En second lieu, la pyrite de fer, qui forme la totalité de ces amas, est presque toujours légèrement cuivreuse. Cette teneur en cuivre, assez faible, oscille en moyenne entre 2 à 3 pour 100. C’est elle qui justifie l’exploitation moderne. Elle s’est trouvée indirectement provoquer les exploitations antiques. En effet, le même phénomène d’oxydation, d’altération superficielle, quia constitué le chapeau de fer, a eu pour résultat de concentrer du cuivre à une teneur beaucoup plus élevée au dessous de ce chapeau. Le sulfure de cuivre des parties hautes, oxydé en sulfate, s’est dissous dans les eaux et, sans doute, i l ën estrésülté que des centaines de milliers de tonnes - ^ ; de cuivre ont dû, de-
- puis des milliers d’années, suivre le cours des rivières pour aller jusqu’à la mer et peut-être en partie s’y reprécipiter dans la baie d’Huelva. Mais, au lieu de s’écouler ainsi au loin, une partie importante de ces eaux sulfatées cupriques est, au contraire, descendue verticalement dans la masse pyriteuse pour s’y concentrer, sous le eha-' peau de fer, en des fissures à apparence filonienne que remplissaient ^es minerais plus riches atteignant par endroits 50 ou 40 pour 100. De semblables minerais ont été recherchés depuis l’antiquité la plus reculée et’ont donné lieu à une exploitation qui s’est prolongée, nous en avons la preuve historique et archéologique, depuis près de 5000 ans. Les anciens Ibères, les-Phéniciens, les Romains ont travaillé activement sur ces veinules de cuivre, si étroites que, lorsqu’ils se bornaient, suivant leur habitude, à les abattre sans attaquer la roche encaissante, il en résultait des boyaux étroits et tortueux où, quand on les voit, on se demande comment il a pu s’insinuer autre chose que des enfants.
- Historique et organisation moderne. — J’ai eu l’occasion de raconter autrefois, après un premier voyage sur ces mines en 1888, l’historique vraiment curieux de ces gisements, qui comptent actuellement 2 à 3000 ans de vie(1) industrielle. Depuis
- 1. L’industrie du cuivre dans la région d’Huelva (Annales des Mines, novembre 1889. — De Lisbonne à Ronda par Mo Tinto (Annuaire du Club Alpin, 1889).
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- ce moment, les progrès des travaux ont amené à continuer les découvertes archéologiques et à constituer, sur la mine, un véritable musée, où les outils préhistoriques et romains voisinent avec les lampes de mineurs en terre cuite et avec les pierres tombales du cimetière romain. En sortant de ce musée, il est curieux d’observer la superposition manifesle des scories romaines à des scories plus anciennes que l’on suppose phéniciennes ou ibériques. Les Hébraïsants placent ici l’antique Tharsis de la Bible, où se rendait le prophète Jonas quand lui arriva une aventure fameuse. Les preuves d’une exploitaiion romaine continue, depuis Nerva jusqu’à Ilonorius, sont palpables sous la forme d’inscriptions et de médailles. Une particularité des scories les plus anciennes est que certaines d’entre elles sont plombeuses. Les ingénieurs actuels de la mine en concluent un peu simplement que l’on a - dû commencer par apporter ici, pour les traiter, dés minerais plom-beux de Linares : ce dont il serait difficile d’imaginer la raison.
- D’après les objets retrouvés, il paraît beaucoup plus vraisemblable que les Domains ont dû pratiquer le procédé décrit par Diodoré de Sicile et par Pline, dans lequel, pour extraire l’argent contenu en faibles quantités dans le cuivre, on commence par fondre avec du plomb, afin d’obtenir du plomb argentifère destiné à la coupellation. Ce n’est pas là le seul indice de la science à laquelle étaient arrivés ces mineurs romains. Pour résister à l'action des eaux vitrioliques de la mine, ils avaient combiné un bronze inattaquable aux acides (85 de cuivre, 10 d’étain, 5 de plomb) dont les modernes ont eu avantage à reprendre la recette.
- Après les Domains, les mines subirent un long abandon. Philipe II s’occupa de leur remise en va-, leur, qui n’eut cependant lieu que plus tard en 1725. Enfin l’exploitation moderne remonte, on peut le dire, à l’initiative prise par un Français, Deligny, en 1858. Successivement, on a commencé des exploitations intensives dans les trois principaux centres : d’abord à San Domingos (1858), puis à Tharsis 118661, enfin à Rio Tini.o (18751.
- Deux modifications considérables ont marqué la période toute récente : d’abord la mise en exploitation des gisements à ciel ouvert en carrières énormes, au lieu d’une exploitation par mines souterraines ordinaires; ensuite l’organisation d’un traitement que je décrirai tout à l’heure sous le nom de cémentation et qui consiste dans un simple lessivage très prolongé des pyrites. Les derniers progrès tendent, comme dans toutes les grandes industries modernes, à l’utilisation de plus en plus complète de richesses que l’on a laissé longtemps perdre en trop forte partie.
- Le cas de ces gisements pyriteux d’Espagne est particulièrement typique à cet égard. Le minerai que l'on y exploite est une pyrite de fer cuivreuse contenant environ 48 pour 400 de soufre, 44 pour 400 de fer et 2,5 pour 400 de cuivre. Non seulement, jusqu’à ces dernières années, on a abandonnédanslamine, comme piliers de soutènement, un bon tiers de minerai ; mais, dans le minerai extrait, on a perdu entièrement le : soufre et le fer pour ne .retirer que le cuivre.
- L’abandon du minerai s’expliquait par sa valeur relativement faible et par les dépenses .considérables auxquelles on est maintenant conduit pour l’extraire. La perte du soufre et du fer avait une explication du même genre, qu’il n’est peut-être pas inutile de rappeler : tant notre état d’esprit a changé sur ce point et nous fait oublier ce qu’on pensait autrefois. Il faut bien s’imaginer qu’il y a une trentaine d’années encore, le débouché des pyrites comme minerai de soufre et source d’acide sulfurique était restreint. On était alors très loin de prévoir les chiffres auxquels a amené l’industrie des superphosphates, qui est maintenant la plus grosse mangeuse d’acide sulfurique. On calculait qu’un million de tonnes de pyrites suffirait annuellement au monde entier, même en arrêtant totalement les mines de soufre siciliennes, qui, de leur côté, ignoraient alors la concurrence de la Louisiane; tandis qu’on absorbe aujourd’hui plus de 4 millions détonnes de pyrite et 800 000 t. de soufre. C’est ain i qu’on a été amené
- Fig. 2. — Rio Tinto. Exploitation à ciel ouvert du filon Nord.
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- longtemps à jeter dans l’air, sous la forme de famées sulfureuses, des millions de tonnes de soufre et, quand vers 1890, on a fait les premiers essais pour renoncer progressivement à ce procédé barbare, ce fut au début, moins pour utiliser le soufre que pour éviter les justes protestations des habitants, qui voyaient transformer leur pays, sur des kilomètres de large, en un désert.
- Quant au fer, il a fallu, pour l’employer sous la forme de résidus oxydés, les procédés de grillage très parfaits qui, maintenant, en éliminent absolument le soufre.
- Mode d’explottation. — J’ai déjà dit que les pyrites espagnoles se présentent en énormes lentilles intercalées dans des schistes, souvent' au contact de porphyres. 11 faut revenir sur leurs dimensions pour faire comprendre la manière dont on les exploite. Le seul groupe de Rio Tinto comprend trois amas principaux : le fdon Nord qui a » 500 m. sur 100 de section horizontale et 150 m. de profondeur; le filon Sud qui a 1100 m. sur 180 et 300; le filon San Dionisio faisant suite au filon du Sud qui a 100 m. sur 150 et 575. Ce groupe de Rio Tinto représente environ 200 millions de tonnes de pyrite de fer disposée ainsi par amas verticaux absolument compacts et sans întercala-tion-de stérile. Les amas de Tharsis ont renfermé de même 50 millions de tonnes et celui de San Domingos, 20 millions. De tels cubages permettent de songer à des méthodes d’exploitation qui étonneraient ailleurs. Pendant longtemps, on s’est pourtant borné à faire une exploitation souterraine par piliers et galeries, suivant le procédé adopté dans toutes les carrières souterraines de pierre de taille, en laissant les piliers de soutènement formés
- de minerai dans la mine. On y était conduit par l’existence de ce chapeau de fer qui recouvre la pyrite sur 50 m. d’épaisseur et qui, pour un seul amas, peut représenter plus de 3 millions de mètres cubes à enlever avant d’amener la masse pyriteuse au jour. Mais, un jour, on a fait la balance de ce qu’il en coûterait pour détruire ce chapeau et du bénéfice qui en résulterait par la pyrite supplémentaire; on a vu qu’on y aurait avantage et on s’est mis résolument à l’œuvre. Dès 1875, on a attaqué ainsi le filon Sud de Rio Tinto. On a commencé à travailler nuit et jour, là nuit à la lueur de grands phares électriques, procédant par coups de mines gigantesques. Puis, au cours de l’exécution, on s’est aperçu que l’on avait adopté une pente trop raide pour la tranchée. Toute une montagne, qu’on appelle le Cerro Salomon, risquait de descendre dans le trou béant, comme cela s’est produit dans le canal de Panama. Il fallait entailler la montagne pour élargir la tranchée. On n’a pas hésité et l’on a obtenu ainsi un immense trou elliptique, un amphithéâtre à gradins de 10 et 20 m. de haut, dont les parois, entaillées dans le minerai, montrent encore comme des coupes d’architecte, les entrées noires de galeries, le réseau de puits creusés en profondeur depuis l’antiquité.
- Mais il est facile de comprendre que, plus on s’est enfoncé dans la tranchée, plus il a fallu aussi l’élargir dans sa partie haute, gagnant ainsi progressivement sur les terrains avoisinants de la superficie; et plus, en même temps, la proportion de stérile à enlever pour extraire une tonne de minerai s’est accrue, augmentant par conséquent les frais d’extraction. J’ai pu, revenant à Rio Tinto après une trentaine d’années, constater ainsi que la tranchée avait peu à peu mangé presque tout le village où habitait autrefois la population minière. Son église est maintenant sur le bord du gouffre, où elle va s’écrouler en ruines.
- Dans cet ordre d’idées il a fallu s’enhardir peu à peu, avant d’arriver, comme on le fait aujourd'hui pour le filon San Dionisio, à concevoir une excavation à ciel ouvert atteignant 400 m. de profondeur et nécessitant l’extraction de 5 t. de stérile pour 2 de minerai..Les travaux ont pris ainsi une ampleur qui étonne même les yeux les plus familiarisés
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- avec les merveilles du travail humain (fig. 2, 3, 4).
- Quand on arrive aujourd’hui sur le bord de ces entonnoirs colossaux, on y aperçoit une série de gradins d’amphithéâtre, sur lesquels des voies ferrées à largeur normale sont constamment parcourues par des trains de minerais circulant en tous sens (fig. 4). Ces trains s’engouffrenl dans une série de tunnels, traversant la montagne pour aboutir aux usines. Sur chacun de ces gradins on travaille pour l’élargir, en même temps que l’on prépare un nouveau gradin plus profond au centre. Cela s’exécute par des procédés très puissants. Des sondeuses actionnées électriquement forent des trous de mines profonds de 10 m., que l’on charge à la dynamite. Une machine fait couramment 15 m. de sondage par jour et la charge moyenne est de 20 kg. Quatre fois dans la journée, à 8 heures, à 1 heure, à midi et à 4 heures, tous les ouvriers, sur un son de trompe, quittent la tranchée, qui se vide instantanément et des mineurs spéciaux mettent le feu aux charges préparées. Au bout d’un instant, on voit alors, dans l’immense excavation dont la solitude étonne, jaillir de tous côtés des colonnes de pierre, de poussière et de fumée, en même temps qu’une fusillade nourrie éclate de toutes parts. Quand le tir est terminé, les pelles à vapeur se mettent à fonctionner, puisant dans les déblais comme une cuiller et enlevant 51. de minerai à la fois (fig. 5). Le prix moyen d’une pelle semblable est de 75 000 francs et sa consommation est de 5,5 t. de charbon par jour.
- La population des mineurs employés à Rio Tinto est d’environ 14000 hommes représentant, avec les femmes et les enfants, près de 60000 âmes.
- Métallurgie. — Les minerais sont classés, suivant leur teneur en cuivre, en un certain nombre de catégories, motivées par les conditions du marché et par les préférences commerciales des acheteurs.
- Ainsi les Allemands extrayaient eux mêmes le cuivre et on leur fournissait du minerai cuprifère pulvérulent, que l’on avait laissé se désagréger à l’air. Les Anglais et les Français préfèrent souvent des pyrites dont on a déjà extrait le cuivre à Rio Tinto et qui ne sont plus que des minerais de soufre et de fer; on leur fournit donc des pyrites broyées et lavées, ou quelquefois des pyrites crues. Les pyrites contenant
- moins de 0,5 pour 100 de cuivre sont considérées et vendues comme pyrites pures non cuprifères, etc. Il y a là des conditions commerciales, sur lesquelles on garde un silence discret, mais que l’on se propose de simplifier après la guerre pour réduire les stocks, en n’exportant plus que deux catégories, les pyrites lavées de leur cuivre et les pyrites cuivreuses. Après ce classement préliminaire, le traitement sur place comprend deux parties distinctes : la. fusion des minerais riches et complexes à plus de 5 pour 100 qui se fait par les méthodes ordinaires, inutiles à décrire et le lavage des pyrites contenant 1 à 3 pour 100 de cuivre qui mérite, lui, quelques explications.
- Le procédé tout à fait typique de Rio Tinto, celui qu’on y applique en grand, est la méthode dite de cémentation naturelle, qui consiste uniquement à laver les pyrites cuivreuses pour oxyder et dissoudre le cuivre à l'état de sulfate sans attaquer le sulfure de fer et à récupérer ensuite le cuivre contenu dans ces eaux vitrioliques en le précipitant sur du fer. Les réactions chimiques sont très simples et s’énoncent en deux mots ; mais la pratique en est très difficile pour arriver à dissoudre tout le cuivre et ne pas dissoudre en même temps le sulfure de fer, qui tend, lui aussi, à se transformer en sulfate. C’est pourquoi on a mis près d’un siècle à organiser la méthode. Dès 1824, on faisait de premiers essais et on arrivait par tâtonnements à résoudre un problème capital, la pente à donner aux bassins où l’on précipite le cuivre par le fer. Mais la méthode restait si imparfaite que, depuis 1837, on préféra appliquer un grillage préalable, auquel on n’a renoncé qu’il y a une quinzaine d’années. Ce procédé, qui avait le double inconvénient de perdre tout le
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- soufre et d’empoisonner le pays par les fumées sulfureuses, est celui quê tai vu fonctionner en 1888. Il donnait alors à toute la région d’IIuelvaun aspect véritablement infernal. Rien qu’à Rio Tinto, I 000000 t. de pyrite brûlaient chaque année par petits tas juxtaposés (teleras), pareils à ceux où l’on fait le charbon de bois. Constamment, une vapeur blanche, épaisse, asphyxiante, s’en dégageait. On parcourait le pays sans le voir, perdu dans un nuage de fumée opaque, irrespirable, comme lorsqu’on descend dans le cratère du Vésuve, ne voyant autour de soi que les vagues silhouettes plus noires des installations, des bâtiments et des cheminées.
- A cet égard, Rio Tinto s’est entièrement transformé. Aujourd’hui cette fumée sulfureuse a dis-
- paru ; et, si la végétation détruite n’a pas beaucoup repoussé, si la campagne alentour conserve un peu l’aspect d’un désert aux couleurs artificielles, rouge sur les oxydes, verdâtre sur les pyrites, blanche sur les porphyres décomposés, on peut du moins le parcourir sans être asphyxié.
- En deux mots, voici la méthode actuelle. On apporte les pyrites broyées dans une série de bassins en terrasses, disposés sur les pentes du sol. On y amène un courant d’eau qu’on laisse circuler quelque temps et qui s’écoule par filtration à la base en entraînant le sulfate de cuivre. Puis on arrête pendant deux mois pour laisser refroidir la pyrite que son oxydation tend à échauffer et on recommence ensuite de nouveau. L’opération demande à être réglée minutieusement et constamment surveillée au thermomètre pour ne pas laisser la température s’exagérer. Il faut, en effet, que cette température soit à la fois assez forte pour
- dissoudre le cuivre et pas assez pour dissoudre le fer. Les conditions convenables se traduisent par une tiédeur sensible à la main.
- L’opération semble extrêmement économique puisqu’elle ne nécessite ni combustible, ni main-d’œuvre, seulement une surveillance qui peut être exercée par un petit nombre d’individus. Mais, pour l’organiser, il faut, d’abord, des espaces énormes, tant pour étendre les pyrites que pour recueillir l’eau destinée au lavage; il faut en outre payer les frais d’installation des réservoirs où l’on recueille l’eau des vallées. Mais surtout, il y a une immobilisation de capitaux considérables et, par conséquent, une grosse perte d’intérêt, car le lavage demande six années. On laisse donc dormir, pendant six ans,
- au moins 8 à 900 000 tonnes de pyrite, et au début, pendant six années perdues, il a fallu en entasser près de 20 millions de tonnes. Calcul fait, les intérêts perdus doivent représenter par tonne de pyrite près de 6 francs.
- Une fois le sulfate de cuivre dissous, une seconde opération, qui constitue la cémentation, a pour but de précipiter le métal. A cet effet, on a de longs bassins d’environ 2 m. de large, dans lesquels on entasse des débris de fer ou de fonte de toutes sortes, sur lesquels on fait couler les eaux sulfatées cupriques très corrosives. Le courant est rapide et le dépôt de cuivre presque immédiat, comme on peut s’en rendre compte en y plongeant la lame d’un couteau qui rougit immédiatement. Au bout de quelque temps, on arrête le courant et des ouvriers commencent à piocher dans ces débris de fonte qui se sont coi*rodés et dissous peu à peu, en même temps qu’il s’y précipitait du cuivre : de sorte qu’on a une boue noire contenant, avec le cuivre cémenté rouge en feuillets ou en grains, le charbon de la fonte et ûn peu d’oxyde de cuivre. Les débris de fer qu’on a débarrassés de cette boue, sont remis dans un nouveau bain jusqu’à dissolution complète : ce qui demande environ six mois. Pendant ce temps, les boues cuivreuses sont d’abord soumises à une précipitation par densité pour séparer le cuivre du charbon. On classifie ainsi des cuivres de plus en plus impurs et, finalement, il reste de la boue charbonneuse que l’on jette et de
- Fig. 5. — Fonctionnement de la pelle à vapeur au filon San Dionisio de Rio Tinto.
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- l’eau que l’on remonte pour la réutiliser. Le cuivre pulvérulent est simplement séché sur des aires, où il prend une légère teinte noirâtre et exporté en sacs. Les morceaux de cuivre plus grands passent à la fusion.
- Production. — Depuis la guerre, l’industrie de la province d’Huelva a été troublée par la suppression des relations avec l’Allemagne, qui absorbait à elle seule près du tiers des pyrites : 900 000 tonnes sur 3 millions. Si nous nous reportons à la dernière année normale, 1913, nous voyons que sur un total de 5 millions de tonnes valant (d’après la déclaration à l’administration des finances) 42 millions de francs, Rio Tinto en produisait 1 500 000 ; Tbarsis, 528 000; la société française des pyrites d’Huelva, 2 760000; l’EsperanzaCopper, 115000, etc., et en Portugal, San Domingos, 563 000. La production de cuivre correspondante est d’environ 52 000 tonnes et place l’Espagne à peu près au même rang que le Mexique, immédiatement après les États-Unis.
- Quand on cherche la répartition par nationalités, on voit que les compagnies anglaises (dans lesquelles il entre une forte proportion de capitaux français) contribuent pour 2 500 000 tonnes, les Sociétés
- françaises pour près de 500 000. Les Allemands, suivant l’attitude générale qu’ils ont adoptée en Espagne, étaient grands commerçants, mais, industriellement, à peu près inexistants. Leur domaine minier se compose uniquement des deux petites mines insignifiantes de Pedriguo et de San Miguel. Une entente franco-anglaise serait donc aisément réalisable dans l’après-guerre, pour peu que les Sociétés intéressées veuillent bien s’y prêter et elle aurait pour résultat, si l’on cessait les ventes de pyrites espagnoles en Allemagne, de réduire les Allemands à l’état de paix, comme ils y sont réduits à l’état de guerre, à compléter leur propre production tout à fait insuffisante par des achats en Norvège qui, eux-mêmes, ne devraient par être impossibles à restreindre. Malgré tous les procédés accessoires auxquels on peut recourir pour se procurer de l’acide sulfurique quand on manque de pyrites, il en résulterait pour nos ennemis une très grande gêne et une difficulté commerciale atteignant des industries aussi importantes que celles des superphosphates et des matières colorantes sans parler de la fabrication des munitions.
- L. de Launay.
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- Séance du 25 juin 1917.
- La transformation des roches basiques en amphibo-liles. — M. Lacroix montre que dès schistes cristallins peuvent résulter de roches éruptives préexistantes, par transformation moléculaire effectuée sans changement notable de composition chimique. Il étudie spécialement la norite d’Arvieu (Aveyron), le long de laquelle s’est développée une zone d’amphibolite qui avait été considérée comme un sédiment transformé. Or, en examinant la norite au microscope, on voit qu’elle a été fortement disloquée et que de proche en proche ses éléments se transforment en amphiboles en s’orientant. Le même phénomène se reproduit le long de toutes les cassures intérieures de la roche. Quand on analyse chimiquement, on constate qu’il y a identité de composition. La communauté d’origine n’est donc pas douteuse.
- Influence de l'eau et des matières minérales sur la germination des pois. — MM. Maquenne et Demoussy ont constaté que certains principes utiles agissent sur les plantes avec une énergie du même ordre que celle des toxiques les plus puissants : l’influence du calcium par exemple étant déjà sensible à la dilution de quelques cent-millionièmes seulement. Il en résulte que l’attaque du verre pendant la distillation de l’eau destinée aux expériences joue un rôle insoupçonné. La redistillation dans le verre de l’eau distillée commerciale est illusoire-. C’est l’intervention du verre qui fait qu’uriè~ graine germe moins bien dans de l’eau qui a déjà servi à une ou deux germinations que dans de J’eau distillée neuve, réputée stérile. Enfin, suivant le verre employé, les résultats obtenus sont très différents.
- L'angle d'inclinaison du cœur humain. — L’angle, d’inclinaison est formé par la rencontre du grand axe du cœur avec la ligne médio-slernalc. Il a été générale-
- ment évalué sur le vivant, par là percussion de l’aire cardiaque' et estimé entre 50 et 60°. M. Laurent Moreau a procédé, par la radioscopie et l’orthodiagraphie en promenant le rayon normal sur tout le contour de l’organe. On obtient ainsi sur le sujet la projection fidèle du cœur et l’on peut mesurer l’angle avec une précision inconnue. La pointe est très facile à délimiter, malgré qu’elle soit en partie recouverte par le diaphragme, car l’expiration la découvre presque complètement. On trouve ainsi un angle moyen de 68° sujet à varier, suivant les sujets, dans de fortes proportions. Chez le même sujet, l’angle varie très peu avec les mouvements respiratoires, la pointe du cœur ne subissant que de faibles déplacements. Quelques états pathologiques donnent lieu à des variations intéressantes.
- Vaccination active de l'homme contre le tétanos. — Jusqu’ici la sérothérapie antitétanique a seule été utilisée dans la prévention du tétanos en toutes circonstances. Mais, d’origine hétérologue, le sérum antitétanique est, à mesure que se multiplient les réinjections, de moins en moins bien utilisé par l’organisme humain. Aussi MM. Yallée et Bazy estiment que, lorsque le blessé doit être longuement maintenu en état de défense contre le tétanos, la pratique de la désinfection active doit être substituée à celle des réinjections sériques. Cette vaccination active a été bien étudiée par Roux et Vaillard. On sait, par eux, que l’iode exerce sur le poison tétanique une action neutralisante définitive. Les deux savants ont donc préparé des toxines iodées qu’ils ont utilisées pour la vaccination. Cette pratique ne doit être mise en œuvre que dans le cas de menace tétanique permanente et entreprise au plus tôt le cinquième jour qui suit l’injection sérique.
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- LA GLACE DE FOND
- On sait que la glace étant plus légère que l'eau, flotte à la surface des cours d’eau. La physique
- Fig. i. — Vue d’un bassin filtrant mis à sec, montrant la couche de glace de fond,
- nous apprend aussi que l’eau a un maximum de densité à 4° centigrades. Par suite, les parties inférieures des bassins, des rivières, de la mer où s’accumule le liquide de plus grande densité seront encore à une
- surface de l’eau en est absolument dépourvue. Il est difficile de formuler une théorie physique
- exacte du phénomène, j mais il semble que le mouvement ou l’agitation de l’eau à la surface qui y empêche la formation de glace est une condition essentielle.
- La glace de fond, signalée en 1882 à Carleton (New Brunswick), s’est produite cette année au cours du mois de janvier d’une façon générale dans tous les réservoirs de la Greenoch Corporation, obstruant complète-ment les canalisat ions.
- La figure 2 montre l’aspect d’un des réservoirs et la figure l l’apparence du fond recouvert de glace après que le réservoir eut été vidé. La glace a plutôt la structure de la neige solidifiée et est poreuse, comme le grésil qui se forme parfois au cours
- température de 4°, tandis que les parties superficielles seront déjà congelées et ne serontsolidifiées qu’en dernier lieu. Cependant on a pu observer dans certains cas la formation de « glace de fond », c’est-à-dire la production, au fond des réservoirs d’alimentation des villes, ou des rivières, de blocs de glace qui y adhèrent fortement et ne s’en détachent que lorsque la force ascensionnelle qui les sollicite vers la surface par suite dé la différence des densités, atteint une valeur considérable. Il y a là
- un singulier phénomène physique qui a une répercussion des plus fâcheuses sur les distributions d’eau, les tuyaux de départ et les canalisations étant obstrués par la glace, tandis que la
- Fig.
- Bloc de glace de fond venant surnager à la surface d’un bassin filtrant.
- des orages. Bien que très rare, cet incident qui cause de très graves troubles dans l’alimentation des villes, méritait d’ètre signalé.
- H. Volta.
- Le Gérant : P. Masson. — lmp. Lahübe, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 2290. 18 AOUT 1917
- CULTURE MÉCANIQUE ET TRACTEURS AGRICOLES
- Alors que tant de travailleurs agricoles sont aux armées, que notre cheptel bovin, par suite des réquisitions de l’Intendance, est en décroissance marquée, et que tant de chevaux de travail sont disparus, la question de la main-d’œuvre agricole et de la mise en culture des terres, déjà inquiétante avant la guerre, devient infiniment angoissante.
- Pour parler seulement du blé, les statistiques nous indiquent, pour le nombre d’hectares cultivés, d’hectolitres et de quintaux récoltés, en :
- Hectares. Hectolitres. Quintaux.
- 1912 . . 6.571.580 118.505.800 90.991.500
- 1914 . . G.060.558 -99.682.060 76.906.065
- J916 . . 5.202.580 75.132.700 58.410.700
- En 1914 et 1916, par rapport à 1912, ces
- chilires diminuaient donc de :
- Hectares. Hectolitres. Quintaux.
- J914 . . 511.222 18.823.740 14.055.455
- 1916 . . 1.569.000 45.575.100 52.580.800
- Les deux dernières récoltes sont ainsi inférieures d’un tiers environ à la moyenne des récoltes de la période décennale qui a précédé la guerre.
- Pour l’ensemble du territoire, on a calculé, en janvier dernier, que 2 500 000 hectares environ, sont restés sans cultures. Et, pour ne parler que de ces récoltes, on peut considérer que chaque hectare de blé en plus représente 700 francs restant en France, et chaque hectare de betterave 1800 francs environ.
- Or, il faut « tenir ». C’est pourquoi s’impose, dès maintenant, et s’imposera de plus en plus, à l’avenir, l’emploi des machines en agriculture. La Nature, depuis longtemps, a compris toute l’importance de cette question à laquelle elle a déjà consacré plusieurs articles ('). Les expériences récentes de labourage mécanique, qui ont eu lieu à Noisy-le-Grand (Seine-et-Oise) ont présenté le plus grand intérêt. 18 maisons, en effet, n’exposaient pas moins de 22 modèles différents. Ils ont travaillé sous les yeux du public, et montré des qualités qui prouvent l’état de perfection auquel sont arrivés, d’amélioration en amélioration, les constructeurs de ces machines.
- Appareils français et américains. — D’un premier examen, il semble résulter, tout d’abord, que nos constructeurs français s’en tiennent encore trop aux appareils lourds et encombrants, occasionnant de nombreuses perles de temps en déplacements et fourrières, alors qu’il faudrait au contraire, en France, des tracteurs légers, s’attelant directement à l’outil de culture, et capables de travailler avantageusement sur des surfaces restreintes.
- Ces conditions d’emploi, peut-être moins avan-
- 1. 5° 2123, 51 janvier 1914, p, 158 « L’Agriculture ». —
- 2195, 25 octobre 1915, p. 257 << Traction mécanique et motoculture ». — jN° 2215, Tl mars 1916, p. 168 « Utilisation agricole de l'énergie électrique
- tageuses, nécessitées en France par le morcellement excessif de la propriété, limitent forcément l’utilisation des appareils puissants, et il est regrettable que nos constructeurs n’apportent pas tous leurs efforts, ainsi qu’on l’a fait en Amérique depuis plusieurs années, à la construction de moteurs légers, maniables, tels que le Moline Plow, le petit Case, le Ford, qui conviennent particulièrement aux fermes de moyenne importance, les plus nombreuses, et que l’industrie française saurait réaliser avec non moins de bonheur que l’industrie américaine.
- Si, maintenant, toute question de force et de poids mise à part, nous comparons appareils français et appareils étrangers, il est permis de dire que les premiers, employés sur terrain de surface suffisante, au triple point de vue de la robustesse de l’ensemble, de l’ingéniosité de quelques dispositifs et du fini des pièces, sont manifestement supérieurs aux seconds et peuvent, grâce à ces qualités, lutter avantageusement avec eux quant à la quantité de travail effectué en un temps donné.
- Par contre, à l’heure actuelle, l’outil de travail français, en matière de culture mécanique, est malheureusement inférieur, dans la plupart des cas, non seulement à la charrue américaine, mais encore à la charrue française destinée à la traction animale, et il y a là un gros effort à faire dès maintenant.
- L’appareil français, d’autre part, est très cher. De plus, sa fabrication, pour l’instant, est presque entièrement arrêtée, le nombre des tracteurs disponibles est des plus restreints.
- C’est ainsi que 31 constructeurs français ou importateurs ont déclaré, vers la fin de 1916, à une commission technique d’achat constituée par le Ministère, que le nombre de leurs appareils disponibles, au 1er janvier 1917, ne saurait être que de 75 — dont 5 à vapeur— et qu’ils ne pourraient en fournir, d’une façon certaine, que 1140 environ, du 1er janvier afin février 1917. Nous nous trouvons en fait dans l’obligation absolue d’acheter en Amérique les tracteurs directs légers que désire la majorité des clients français, alors que notre industrie nationale pourrait certainement, en temps normal, suffire à nos besoins.
- Tracteurs-toueurs, tracteurs-treuils et tracteurs directs français. — Les modèles français présentés au Concours de Noisy-le-Grand peuvent se classer en trois catégories : tracteurs-toueurs, tracteurs-treuils et tracteurs directs.
- Dans le tracteur-toueur, on le sait, le câble est fixe, ancré aux deux extrémités du champ, et un tracteur se haie sur ce câble, entraînant derrière lui l’instrument de culture. Le principal avantage du tracteur-toueur est que le câble s’use peu, et que la direction est assez certaine. On lui reprochait, par contre, autrefois, de n’être pas amovible,
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- 45° Année. — 2° Semestre.
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- et de n’être d’un emploi pratique, que sur de grandes pièces de terre, 5 hectares au minimum.
- La maison Georges- Filtz a présenté un tracteur-toueur qui semble bien près d’atteindre la perfection. D’une force de 30-40 HP, cet appareil ne pèse que 1700 kg, malgré la modification qui lui a été apportée en vue de le rendre amovible, tout en conservant lé dispositif de touage (tig. 1). 11 peut ainsi se transporter de lui-même sur la surface à cultiver, et être employé, avec le dispositif de touage, pour les travaux pénibles et les labours profonds.
- Lorsqu’il ne s’agit que de travaux légers, le touage est négligé, et l’appareil est employé comme tracteur direct. Il semble donc convenir parfaitement pour les exploitations importantes, malheureusement assez peu nombreuses en France.
- Dans le tracteur-treuil, contrairement à ce qui se
- Fig. i. — Tracteur-toueur Filtz en travail par touage dans un labour profond de 3o à 35 centimètres.
- passe avec le tracteur-toueur, le câble est mobile, et le tracteur fixe, tout au moins pendant le travail de l’outil de culture. La maison Doisy a créé des tracteurs-treuils à tirage longitudinal, à tirage transversal et des chariots moto-treuils. Dans ces appareils, toute la force du moteur est utilisée par l’instrument de culture. Ils ont été déjà étudiés dans La Nature (1).
- Dans tous ces systèmes, le câble, qui travaille beaucoup, s’use assez vite, et la direction est plus difficile qu’avec le tracteur-toueur. Par contre, le rendement mécanique est très élevé, ce qui justifie la faveur dont jouissent ces appareils.
- La maison Edmond Lefebvre a présenté un tracteur de 35-40 HP, dont le dispositif d’ancrage dans le sol, constitué par deux chaînes à palettes, placées de chaque côté du tracteur, est connu et apprécié (fig. 2 et 5).
- 1. N° 2091. 21 juin 1913, p. 19. Le tracteur-treuil automobile à ancrage automatique Doisy.
- Cette double chaîne constitue une sorte de développement du secteur de tangence de la roue, ré-partissant sur une grande surface le poids total de la machine, et rappelle le dispositif du Caterpillar décrit dans le n° 2195 de La Nature; mais, alors que cette chaîne sans fin n’est dans le Caterpillar qu’un moyen de support, elle est ici, en même temps, un moyen de traction, ce qui en fait la supériorité.
- La charrue automobile Tourand-Latil n’est autre que le perfectionnement de la charrue Tourand-Derguesse déjà citée dans La Nature (n° 2195). D’une force de 30 HP, elle est conduite facilement par un seul homme, celui-ci ayant à portée de la main tous les organes de commande. La charrue, bien comprise, étant à relevage automatique, la marche arrière est très facile, avantage précieux
- pour les fourrières.
- L’appareil de de Salvert, bien connu, de 35 HP, peut traîner, pour les déchaumages, deux charrues de 6 socs chacune, don nant un labour de 3 m. 30 de largeur. Ce qui caractérise ce tracteur, ce sont les cylindres d’avant, de 1 m. 40de largeur sur 1 m. de diamètre, les deux grandes roues arrière, d’un diamètre de 2 m. 20, sur 35 à 45 cm de largeur, qui lui permettent aisément de franchir obstacles et trous (fig. 4 et; 5.)..
- Une auto transformée en tracteur. —- Plus encore peut-être que par son tracteur, M. de Salvert est connu pour sa transformation en tracteur agricole des vieilles autos de tourisme à chaînes. C’est ainsi qu’il a fait d’un vieux châssis Panhard de 18 IIP de 4907, un tracteur pouvant tirer deux faucheuses de 1 m. 50 de longueur de scie, une moissonneuse-lieuse de 2 m. 40 de longueur de scie, traîner, dans les champs, un chariot chargé de 350 gerbes de blé, ou, sur route, une remorque recevant une charge utile de 4 tonnes. La démultiplication nécessaire pour réduire la vitesse à 4 km à l’heure, sans changer la vitesse de régime du moteur., a été obtenue à l’aide de pignons et roues dentées dont les dimensions et l’emplacement sont calculés facilement.
- La transformation en tracteur agricole d’une vieille auto de tourisme à chaîne peut coûter, dans les conditions actuelles, environ 3000 fr. En raison des circonstances difficiles que nous traversons, il y a là une innovation des plus intéressantes.
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- A l’instigation de M. Clémentel, un projet d’utilisation des vieux camions automobiles qui seront réformés aprèsla guerre a d’ailleurs été déjà étudié au Ministère de l’Agriculture.
- Appareils étrangers. — Le nombre des tracteurs étrangers présentés à Noisy-le-Grand, nous l’avons vu, est très supérieur au nombre des tracteurs français.
- Presque tous sont des tracteurs légers, ne dépassant guère 20 HP pour la puissance du moteur essayé au frein, et donnant à peu près moitié de cette puissance à la barre d’attelage, l’autre moitié étant utilisée pour le déplacement du tracteur à vide.
- Dans l’impossibilité de décrire tous ces appareils, qui, tous, présentent des qualités, nous ne parlerons ici que de quelques-uns d’entre eux, qui semblent plus particulièrement propres à satisfaire aux exigences de la moyenne culture française,
- La Compagnie Case présentait a tracteurs. Le plus petit, 9-18 HP, ne pèse que 1800 kg, avec une
- longueur de 5 m. 10 et une largeur de 1 m. 50. Il possède deux vitesses, 3 km 1/2 et 5 km 1/2 à l’heure, avec, naturellement, une marche arrière.
- Les roues motrices ont 1 m. 22 de diamètre. Leur largeur de jante est normalement de 0 m. 25, mais peut être augmentée par une jante complé-
- mentaire de 0 m. 15, ce qui porte à 0 m. 40 la largeur de chaque roue.
- Les roues directrices, de 0 m. 76 de diamètre et 0 m. 15 de largeur de jantes, sont munies d’un cercle qui empêche tout glissement latéral.
- Les roues directrices sont montées, aux extrémités de l’essieu, sur pivots articulés, ainsi que les roues d automobiles. Fixé au châssis par son centre seulement, cet essieu peut osciller et permet aux roues directrices de suivre toutes les inclinaisons du terrain sans déformation du châssis, qui n’est ainsi suspendu que par trois points, les deux autres étant aux roues d’arrière, entourées de garde-boue, ce qui donne un peu à ce tracteur l’apparence d’une automobile de course.
- Le tracteur Moline Plow indique, comme force à la poulie, 12 HP, avec une force de 8 HP à la barre d’attelage. L’entrainement du tracteur à vide ne ferait perdre ainsi qu’un tiers de la force fournie par le moteur, ce qui est fort intéressant, et d’ailleurs explicable par le poids réduit de ce tracteur, 1300 kg environ.
- Ses roues motrices ont un diamètre de 1 m. 30, avec une largeur de 0 m. 23, et sont munies de 56 crampons coniques. Sa largeur totale est de 1 m. 56, et de 0 m. 90 entre les roues. 11 possède une marche avant, variant de 2 à 5 km, maintenue au point désiré par un régulateur automatique, ainsi qu’une marche arrière, et peut tourner dans un rayon de 2 m. 50.
- Dans ce tracteur, et c’est là un gros avantage, le
- Fig. 3. •— Tracteur Lefebvre 35j40 chevaux.
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- conducteur est assis sur le siège de l’instrument remorqué, ayant à portée de la main tous les leviers de manœuvre, et, malgré cette disposition du siège, il peut voir à l’avant du tracteur. La hauteur de ce tracteur au-dessus du sol étant de 0 m. 78, l’ins-
- trument peut en raison de sa légèreté, servir au sarclage en passant sur le rang.
- . A ce tracteur peut être adapté un arrière-train pour les transports sur route. Au moyen d’attaches spéciales, on peut y atteler en quelques minutes, à l’aide de 4 boulons, une charrue à un ou deux socs, un semoir, un cultivateur, une faucheuse ou faucheuse-lieuse, un pulvériseur, etc.
- L’ensemble du tracteur et de ces divers instruments a généralement moins de longueur que dans la traction animale, et le tracteur a la faculté de pouvoir reculer avec rinstrumentqu’il remorque. Il est donc des plus recommandables.
- A la suite d’une demande faite par le Ministère de l’Agriculture,, la maison Henry Ford a envoyé d’Amérique deux tracteurs qui ont fonctionné à Noisy-le-Grand, où ils ont été remarqués, bien qu’ils soient encore à l’état d’étude.
- En résumé, de l’examen attentif des tracteurs actuellement sur le marché, il résulte que les appareils français, au point de vue du fini et de la
- robustesse, sont généralement supérieurs aux tracteurs étrangers, mais conviennent plutôt à la grande culture. Les tracteurs étrangers, par contre, à part quelques exceptions, sont construits surtout pour la moyenne culture. Ce sont d’ailleurs les seuls qu’on puisse se procurer aujourd’hui en nombre suffisant.
- Facilités accordées aux. acheteurs de tracteurs. — L’achat d’un appareil pour culture mécanique représentant toujours une mise de fonds assez considérable, il est bon de connaître les avantages accordés par l’État aux acheteurs de ces appareils.
- Ceux-ci sont définis par un arrêté en date du 7 septembre 1915, modifié le 5 avril 1916, par une lui du 8 octobre 1916, un arrêté du 17 octobre 1916, un décret du 25 octobre 1916, un arrêté du 24 octobre 1916, une loi du 29 décembre 1916, et une autre du 2 janvier 1917. Nous en extrairons ce qui peut plus particulièrement intéresser les lecteurs de La Nature.
- Les subventions allouées par l’État pour achat d’appareils peuvent être accordées aux Groupements agricoles, aux Communes et aux Départements. Nous étudierons, en premier lieu, à quelles conditions, déterminées par l’arrêté du 7 septembre 1915 et la loi du 29 décembre 1916, elles peu-
- vent être accordées aux Groupements agricoles.
- Subventions aux Groupements agricoles. — Ces groupements peuvent revêtir trois formes : Syndicats professionnels, Associations syndicales, Sociétés coopératives.
- Dans l’un quelconque de ces trois cas, les. for-
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- ======= CULTURE MÉCANIQUE ET
- malités à remplir pour obtenir une subvention sont les mêmes, et fort bien définies dans une brochure tenue à la disposition des intéressés par le Ministère de l'Agriculture.
- Suivant que ces Associations ne font pas ou font appel au Crédit agricole, le montant de la subvention est modifié. Mais, dans les deux cas, l’Association, quelle que soit sa forme, doit tout d’abord, et avant toute demande de subvention, justifier de l’acquisition de l’appareil et du paiement de la dépense à sa charge. (Art. 5 de l’arrêté du 7 septembre 19 là).
- Si elle ne fait pas appel au Crédit agricole, elle obtient, après formalités et enquêtes, une subvention qui ne peut dépasser, dans les régions qui ont souffert de la guerre, la moitié, et, dans les autres régions, le tiers, du prix d’acquisition.
- Les Syndicats professionnels et Associations syndicales ne pouvant bénéficier du crédit à long terme n’ont que peu d’intérêt à recourir au Crédit agricole.
- Il n’en est pas de même de la Société coopérative fondée en vue d’achat d’appareils de culture mécanique. Cette Société coopérative peut, tout en obtenant une subvention, contracter un emprunt au Crédit agricole. La durée du prêt fait par cette caisse agricole est fixée à 15 ans, au taux de 2 pour 100 (loi du 29 décembre 1910); mais la subvention, dans ce cas, n’est plus que du tiers du prix d’acquisition, dans les régions ayant souffert des faits de guerre, ou du quart dans les autres régions.
- Pour l’achat d’un appareil de 18 000 francs, par exemple, ces Associations, quelle que soit leur forme, pourront donc obtenir, si elles ne font pas appel au Crédit agricole, une subvention de 9000 ou de 6000 francs, suivant qu’elles ont ou non leur siège dans une région ayant souffert des faits de guerre.
- Pour les Sociétés coopératives ayant recours aux Caisses spéciales, ces subventions ne seront plus que de 6000 francs, ou de 4500 francs, suivant qu’elles ont ou non leur siège dans une région avant souffert des faits de guerre, mais les Sociétés coopératives pourront demander, à la Caisse régionale, une avance, remboursable au plus en 15 ans, à 2 pour 100, qui leur permettra de payer leur part du prix d’acquisition de l’appareil avant de Taire leur derb^nde de subvention.
- Les piècfes à fournir pour l'obtention d’une subvention sont énumérées à l’art. 2 de l’arrêté du.
- 7 septembre 1915. Elles sont au nombre de six : spécification et prix de l’appareil choisi (un simple catalogue ou extrait de catalogue suffit) ; facture constatant l’achat de l’appareil, sa livraison, et le mode de libération; règlement relatif aux conditions d’emploi de l’appareil; note indiquant nombre des adhérents, ressources, répartition des dépenses, etc.; rapport général — qui peut être rédigé par le Directeur des Services agricoles du Département; — un ou deux exemplaire des statuts.
- Le dossier complet est adressé au Préfet du Département en demandant l’attribution d’une subvention.
- TRACTEURS AGRICOLES = 101
- Subventions aux Communes. —Pendant la durée de la guerre, et à titre exceptionnel, les Communes peuvent également obtenir une subvention en vue de l’achat d’appareils pour culture mécanique.
- La Commune, de plus, peut recevoir de l’Etat une avance pour cet achat Cette avance est demandée au Ministre de l’Agriculture qui, après avis de la Commission de répartition, accorde à la Commune l’avance demandée, et qui lui est versée par la Caisse régionale. Cette avance, pour laquelle la Commune paie un intérêt de 1 pour 100, devra être remboursée au plus lard dans le délai de 6 mois suivant la récolte.
- (Arrêté du 7 septembre 1915, loi du 6 octobre 1916, circulaire du 28 octobre 1916.)
- 11 ne reste plus à la commune, en possession de son avance, qu’à demander une subvention pour le paiement de Pappareil. Cette subvention ne peut dépasser la moitié du prix d’achat de l’appareil, dans les régions qui ont eu à souffrir de la guerre, ou le tiers dans les autres régions.
- Pour obtenir cette subvention, la commune adressera une demande au Ministre de l’Agriculture. A cette demande seront joints l’avis du Préfet, plus les pièces indiquées précédemment pour les Sociétés coopératives demandant une subvention, la quatrième pièce : note indiquant le nombre des adhérents, ressources, répartitions des dépenses, etc., étant remplacée par une délibération du Conseil municipal autorisant l’emprunt et votant les crédils nécessaires à son remboursement, et la sixième pièce : exemplaire des statuts, étant supprimée.
- Subventions aux De'partements :— Les Départements qui créent des batteries complètes d’appareils pour culture mécanique et ceux qui ont souffert de l’invasion, peuvent également (Arrêté du 17 octobre 1916), profiter des avantages accordés aux Communes et aux Groupements agricoles, lien est de même (Arrêté du 24 octobre 1916), pour les Départements propriétaires des terrains sur lesquels sont installées des Écoles d’agriculture, et qui font l’acquisition d’un tracteur automobile avec charrue destinée à ces écoles.
- Comment doit être utilisé le tracteur? — Il n’est peut-être pas inutile, après a voir indiqué comment et dans quelles conditions les Groupements agricoles, les Communes et les Départements peuvent se procurer un ou plusieurs tracteurs agricoles, de donner ici quelques indications relatives à l’emploi de ces tracteurs appartenant à une communauté de ce genre.
- Il importe, avant tout, que le rayon d’action du tracteur ne soit pas trop étendu. Un tracteur agricole, à moins d’être muni de ressorts de suspension, n’est pas fait pour circuler sur les routes. Outre que ces déplacements demandent beaucoup de temps, ils nécessitent sans aucun profit une consommation d’essence et d’huile très appréciable, et fort onéreuse, dans les conditions de prix actuelles, et ne tardent pas ir détériorer la machine, ce qui
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- exige de nombreuses réparations pendant lesquelles celle-ci est immobilisée.
- Déplus, lorsque les déplacements sont nombreux et importants, le nombre de journées de travail effectif étant très limité par rapport au nombre total de journées pendant lesquelles le tracteur est utilisé, le rendement par journée d’utilisation effective devient très faible. Les frais de réparation et de remplacement des pièces détériorées par les marches sur route, de plus, grèvent lourdement le budget de la machine, si bien que le prix de revient par hectare labouré est très élevé et risque de donner une fausse idée des avantages que peut procurer l’emploi d’un tracteur pour les travaux agricoles.
- 11 a été constaté, aux environs d’Étampes, qu’un tracteur de 20 HP, à condition de travailler sur des pièces d’au moins 8 hectares, pouvait labourer en moyenne 2 hectares par jour. Avec des déplacements plus nombreux, le temps perdu abaisse le rendement de la journée de travail qui peut n’être plus que de un hectare au minimum à un hectare et demi au maximum par jour, rendement qui ne justifie pas l’emploi d’un tracteur mécanique.
- Que le tracteur appartienne à une société ou à un particulier, il importe également de l’utiliser dans les conditions les plus avantageuses. Lors donc que le temps est favorable, ces tracteurs étant inanimés, et ne connaissant pas la fatigue, il convient de les employer d’une façon intensive, même de nuit, si les conditions atmosphériques le permettent, afin d’en obtenir le rendement le plus élevé.
- Si, au contraire, ces conditions sont défavorables,
- lorsque, par exemple, l’humidité du sol entraîne le patinage des roues, malgré les perfectionnements apportés à ces dernières, il est préférable de faire exécuter les travaux par les animaux.
- Les tracteurs, d’ailleurs, ne donnent de résultats vraiment bons que lorsque l’on y adapte des appareils de culture bien appropriés à ces tracteurs, ce qui n’est pas toujours le cas.
- Lorsque les tracteurs sont employés à d’autres travaux que le labourage, il est indispensable, pour obtenir un bon rendement, d’utiliser toute leur force. Un tracteur de 20 HP, servant à la traction d’une moissonneuse-lieuse ordinaire, ne ferait évidemment pas un travail avantageux. Aussi est-il indispensable, dans ce cas, d’accoupler deux ou plusieurs appareils.
- Pour la même raison, il est toujours préférable de faire exécuter par des attelages les travaux légers. Il ne faut donc pas demander au tracteur de remplacer toujours et en toutes circonstances les attelages utilisés autrefois à la ferme, mais seulement d’effectuer rapidement et dans les meilleures conditions de temps les travaux que ceux-ci ne faisaient que lentement et péniblement, ce qui revient à dire que l’emploi d’un tracteur, s’il permet de diminuer le nombre des attelages utilisés à la ferme, n’autorise pas le moins du monde leur suppression complète. 11 convient d’ajouter, d’ailleurs, que la plupart des tracteurs peuvent également servir à actionner des machines de ferme.
- Les tracteurs mécaniques, ainsi employés, rendront les plus grands services dans la grande et la moyenne culture. Georges Laivorvtlle.
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- (Frigîdo, Wippach).
- Récemment, et pour la première fois, les quotidiens ont prononcé le nom de Frigido, à propos de la lutte qui se poursuit à l’est de Goriz pour la possession de la voie ferrée gagnant Trieste par le talus septentrional du Karst (San Daniele). Dans un précédent article(x), j’ai exposé comment les Italiens « pour s’en prendre à Trieste par le Nord, à revers, du seul côté où une attaque puisse être tentée », doivent se rendre maîtres de ce chemin de fer qui remonte la vallée de la Wippach.
- Mais je n’avais pas expliqué ce qu’est le Frigido, car jusqu’ici personne n’a pris la peine de disserter sur ce sujet. Alors qu’on a compendieusement et monolonement paraphrasé les causalités des champs de bataille à répétition tels que la Champagne (Plaines catalauniques, 1814-1815, la Marne), ou Poitiers (Clovis, Charles-Martel, le Prince Noir), on ne trouve le vocable Frigido ni dans E. Ber lus, ni dans le Larousse, ni dans la grande Encyclopédie, par exemple. Et cependant un peu de lecture
- 1. Trieste et le Karst, La Nature, n° 2188, 4 septembre 1915.
- établit clairement que c’est un point d’élection historique prééminent entre tous.
- La vallée du Frigido (Wippach actuelle) est un affluent de l’Isonzo ; elle a été le théâtre de luttes sanglantes réitérées pour les simples raisons topographiques suivantes : Elle forme le débouché d’une double dépression naturelle ouverte à 768 et 883 m., entre le Karst proprement dit au sud (région tourmentée, inhospitalière et de difficile parcours) et les Alpes Juliennes au nord, accessibles aux alpinistes seuls et culminant au Terglou (2864 m.).
- Les Romains avaient bien reconnu là le passage le plus praticable pour pénétrer dans la Pannonie (Hongrie du sud-ouest, Drave .inférieure et lac Balaton), ou pour se défendre contre les incursions des hordes sauvages du Danube (Scordisques, Taurisques, Gépides, llérules, Ruges, etc.). Partant de leur grand emporium d’Aquileia, ils y avaient construit une voie militaire par le col du Poirier (qui s’appelle encore Birnbaum) vers Nauporlus (Ober Laibach) et Emona (Laibach). Ainsi ils évi-
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- taient les gouffres et dolines du Karst proprement dit (de Laibach à Trieste), et les remparts formidables des Alpes calcaires. Un poste fortifié (ad Pyrum) occupait le col, ainsi nommé de quelques poiriers sauvages (Àmédée Thierry, Histoire d'Attila, t. I, p. 202).
- Les itinéraires romains jalonnent les étapes de cette route : Emona, Nauporto XII, Longatico YI,
- In Alpe Julia Y, Fluvio Frigido XV, Ponte Sontii XXII, Aquileia XIV'.
- Il n’existe guère d’endroit au monde où les peuples se soient aussi fréquemment heurtés. Après les Romains, les barbares des siècles cinquième et suivants s’y déversèrent comme par un entonnoir, concentrés des plaines du Danube, de la Drave puis de la Save vers ce goulot unique, qui les répandait sur l’Isonzo et Aquileja, le Frioul et la Vénétie.
- Voici d’ailleurs les principaux faits historiques qui s’y déroulèrent.
- Lorsque l’empereur Maximin, en lutte contre le Sénat de Rome, en 238 après Jésus-Christ, voulut assiéger Aquileia, il se buta, au confluent de la Wippach, à l’obstacle de l’Isonzo dont tous les ponts étaient enlevés. Il fit réquisitionner dans la contrée toutes les futailles pour en faire un pont de bateaux, mais Aquileia se défendit et, sous ses murs, Maximin fut tué par ses propres soldats.
- De même le conflit entre l’usurpateur Eugène et l’empereur Théodose fut résolu dans les plaines de Goritz (*) et du Frigido.
- Au printemps de l’année 594, Eugène, proclamé empereur des Gaules, descendit en Italie et s’avança en Frioul à la rencontre de Théodose arrivant de Constantinople. Le choc des deux armées eut lieu sur les bords de la Rivière Froide, à 36 milles romains d’Aquileia. D’abord Théodose fut vaincu, mais le lendemain, une défection dans les troupes d’Eugène engagea Théodose à recommencer la bataille qu’il gagna. Eugène fut pris et décapité et cette victoire de la Rivière Froide réunit à nouveau, pour peu de temps d’ailleurs, les deux moitiés de l’empire romain en donnant le dernier coup au paganisme (6 sept. 394) (1 2).
- Ce fut surtout le terrible souffle de la Bora descendant en tempête le long de la Wippach, par la voie même qu’avait suivie Théodose, qui livra la victoire à ce dernier. L’ouragan fut si violent que l’armée gauloise qui lui faisait face en perdait la respiration, était aveuglée par la poussière, n’entendait pas les commandements de ses chefs et voyait ses traits abattus et ses boucliers enlevés par le vent.
- En 452, dans sa marche sur Aquileia, Attila trouva vide le camp romain qui gardait le passage du Poirier, à 22 milles de l’Isonzo (Amédée
- 1. Amédée Thierry. Histoire de la Gaule sous l’administration romaine, 1847, t. III, p. 498.
- 2. Dans le récil de cette bataille, Victor Duruy nomme le Frigidus (Histoire des Romains, t. VII, p. 496).
- Thierry, Histoire d’Attila, t. I, p. 202). C’est ainsi qu’il put traverser l’Isonzo sans résistance.
- Le 28 août 489, c’est encore à l’embouchure de la Wippach ad pontem Sontii, au pied nord du fameux mont San Michèle (277 m.), que Théodoric, roi des Goths, vainquit Odoacre, chef des Hérules et patrice romain.
- De même, par les hauteurs deBirnbaum, Àlboin, roi des Lombards, envahit l’Italie du Nord, en 568.
- Et au commencement du vne siècle, les Slovènes passèrent aussi par là pour se répandre de Goritz à Trieste.
- A la fin du xve siècle, dans la guerre des Turcs contre Venise, qui ruina l’empire colonial de la reine de l’Adriatique, les Ottomans occupèrent par là le Frioul, en 1478; « on voyait de Venise brûler sur l’Isonzo et le Tagliamento les villages incendiés par les infidèles (s) ».
- En mars 1797, Bonaparte voulant menacer Vienne avait à choisir entre trois routes : le Tirol et le Brenner, — le col de Tarvis et laCarinthie, la plus courte route, — le passage de l’Isonzo, le Frigido et la chaussée de Carniole, où l’archiduc Charles avait le gros de ses forces pour couvrir Trieste. Malgré la saison, Bonaparte, vainqueur au Tagliamento le 15 mars, et maître de Gradisca quelques jours après, franchit le col de Tarvis et entre à Klagenfurth, capitale de la Carinthie, le 51 mars. Entre temps, Joubert le rejoignait le 1er avril, par le Tirol et le Pusterthal, — et Berna-dotte, « détaché pour traverser la chaussée de la Carniole, s’était emparé de Trieste, des riches mines d’Idria, des magasins autrichiens et allait arriver par Laibach Q) ». Le 7 avril, Bonaparte entrait à Leoben et postait l’avant-garde de Massëna sur le Semmering; une trêve de 5 jours conduisait aux fameux préliminaires de Leoben entamés le 18 avril et qui aboutirent le 17 octobre 1797 seulement au traité de Campo-Formio (près Udine), le premier conclu entre l’empereur et la République française.
- Bien que Thiers ne le dise pas explicitement, il est pertinent que Bernadotte, pour prendre Idria et Trieste, et marcher sur Laibach en partant de Gradisca a dû faire monter une partie au moins de ses troupes sur le Ivarst par la vallée de la Wippach.
- En 1805 et 1809 encore les armées de Napoléon utilisent le passage et Goritz même fut française de 1809 à 4813. '
- Tels sont les principaux événements survenus aux bords du Frigido. Quant au nom de Rivière froide, Flavius Frigidus, donné par les Romains à la Wippach actuelle, il est justifié par la basse température de cette rivière, beaucoup trop fraîche pour son altitude de 104 m. et hydrologiquement expliquée par son origine.
- La Wippach en effet, véritable Vaucluse, n’est que la réapparition très puissante des pluies et
- 3. Ch. DiEiir,. Venise, p. 179. Paris. Flammarion, 1915.
- 4. Thiers. Révolution française, t. IX, p. 87,13e édition, 1865
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- eaux englouties dans les pertes de ruisseaux, abîmes et glacières naturelles du Ivarst septentrional (mont Nanos 1 o l5 mi et forêt de Birnbaum). Engouffrées froides entre 500 et 1500 m., ces absorptions n’ont pas le temps de se réchauffer dans le sol à cause de leur rapide transport à travers les cavernes et fissures où elles descendent.
- Voici ce qu’on en a dit :
- En 1689, Valvassor dans son curieux ouvrage die Ehre des Herzogthums Krain, prétend (faussement) que son eau s’est purifiée dans les entrailles de la montagne ; il affirme qu’elle vient de la perte du ruisseau de Lueg, où l’on a jeté des canards vivants, qui sont ressortis (ainsi que de la sciure de bois) à la Wippach.
- Telle est la première mention de cette histoire de... canards qu’on retrouve en tous pays (jusqu’en Grèce) à propos des com-munications, supposées, entre pertes et résurgences.
- Le vieil ouvrage de Hacquet Oryclog raphia Carniolica (description physique de la Carniole,
- Leipzig 1778), énonce aussi que la Lokva (Lueg), perdue au nord-ouest d’Àdels-berg, va repa-raîlre à la source de la Wippach (aqaa frigida des Anciens), d’après les expériences probantes qui ont été faites, et dont il ne donne pas le détail.
- Le grand explorateur des cavernes autrichiennes au milieu du xixe siècle, Schmidl, déclare (1864) plus prudemment que, si vraisemblable que ce soit, on n’en a encore aucune preuve et que lui-même n’a pu recueillir trace d’aucune expérimentation.
- Mais il rappelle le fait extraordinaire survenu le 51 août 1858 et rapporté par le journal deLaibach (1858, n° 73). Ce jour-là, la source de la Wippach, qui jaillit par plusieurs orifices derrière le château, au pied sud-ouest du mont Nanos, au fond d’une très creuse dépression, encerclée d'abruptes parois
- LA RIVIÈRE FROIDE -..........................
- calcaires, cessa brusquement de couler à 6 heures du matin. On vit même, avec un bruit de tonnerre, les eaux du cours d’eau aspirées en arrière par la source. Toute la rivière fut desséchée et les moulins arrêtés; le niveau des puits baissa et l’on crut que le cours d’eau souterrain s’était frayé un nouveau lit intérieur ; mais, au bout d’une heure, l’eau reparut et à 8 heures la Wippach. avait retrouvé son débit normal (1).
- Ce phénomène est connu pour se manifester rarement aux grandes émergences des calcaires (par exemple à la Vis, Hérault). 11 est du à des éboule-ments intérieurs, qui suspendent momentanément
- le cours des rivières souterraines, car la reprise des résurgences est alors toujours trouble.
- Exactement, la distance à vol d’oiseau de la perte de la Lokva à Lueg (507 m.) à la naissance de la Wippach (104 m.) est de 13 km. Cette perte n’est que l’un des éléments de la résurgence. Les plus hauts sommets du Nanos atteignen t 1315m. La roule de Laibach traverse la forêt de Birnbaum, à 883 m., mais un sentier plus direct de Lueg à Wippach ne monte qu’à 768 m., au seuil du Globocica polje tout rempli de dépressions ou dolines. C’est là sans doute que se trouvait le fort romain du Poirier.
- Immédiatement à l’est du village de Wippach, le plateau calcaire s’élève en 5 gradins successifs à 530, 768 et 894 m. d’altitude, que les Italiens auront à gravir l’un après l’autre pour couper comme le fit Bernadotte la défense autrichienne entre Laibach et Trieste. De sa source à l’Isonzo la courte vallée (55 km) de la Wippach est extrêmement fertile : par contraste avec la désolation du Karst on l’avait surnommée « le Paradis de la Carniole ». Le conflit actuel l’a une fois de plus mise à feu et à sang. De nouveau le Frigido sert à la mêlée des peuples ! E.-A. Martel.
- 1. Schmidl. Grotte d’Adelsberg, pp. 122 èl 188.
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- Carte de la région des opérations italiennes.
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- L’UTILISATION MÉNAGÈRE DES FRUITS, SANS SUCRE
- IV. — Les pulpes ou purées, les raisinés et les fruits à l’eau-de-vie.
- I. Pulpes ou purées. — Dans les circonstances actuelles, la préparation qui, pour les maîtresses de maison, doit primer toutes les autres, à cause de la facilité avec ^quelle elle se prête à toutes les combinaisons économiques et même culinaires, c’est la transformation- des fruits en pulpes ou purées; je ne saurais trop la leur recommander, tant en raison de tous les avantages qu’elle leur offre présentement que des services qu’elle leur rendra plus tard, même si la pénurie de sucre venait à cesser. Les raisons de l’importance des pulpes dans les ménages sont, toutes proportions gardées, les mêmes que dans l’industrie de la confi-turerie.
- Notions générales. — Les pulpes ne sont, en réalité, que des conserves dan? lesquelles les fruits, au lieu d’être maintenus entiers, en moitiés ou en quartiers, sont très divisés, quand ils ne sont pas réduits en purée, comme c’est le cas le plus fréquent dans les ménages; aussi ne reviendrai-je pas sur les soins préliminaires que j’ai indiqués dans l’article concernant les conserves à l’eau ou au jus; j’ajouterai, cependant, quelques mots pour compléter ce que j’ai dit au sujet de la stérilisation qui est plus importante pour les pulpes que pour toute autre préparation, parce que les microorganismes trouvant dans la grande division de la pulpe sucrée des fruits un milieu de culture optimum pour leur rapide évolution et prolifération, y provoquent des fermentations qui les altèrent toujours quand elles ne les décomposent pas complètement.
- Stérilisations répétées ou Tyndallisation. — Or, le meilleur moyen pratique que les ménagères ont à leur disposition pour assurer une plus complète stérilisation, c’est de répéter celle-ci plusieurs fois, d’appliquer à ces conserves la tyndallisation, méthode qui pour le lait donne de si bons résultats. Elle consisterait à soumettre les flacons ou les boîtes à trois chauffages de 5 minutes chacun, au bain-marie, à l’ébullition, à 24 heures de distance l’un de l’autre.
- A défaut de ces trois chauffages, il serait prudent, ainsi que le conseillent les spécialistes de langue allemande, de faire subir aux conserves de fruits et de légumes le « Nachkochen » ou recuisson pendant 15 à 20 minutes dans les 24 à 48 heures qui suivent la mise en flacons, quand la température est élevée, et, après 5 à 4 jours, lorsqu’elle est modérée. Les microbes qui ont échappé à la première stérilisation, parce qu’ils n’étaient que paralysés, sont souvent tués à la seconde ou à la troisième. Il est certain que ce traitement demanderait à la ménagère un supplément de travail, mais il- lui apporterait, en compensation, un supplément de sécurité.
- Fruits. — Les soins préliminaires des fruits :
- mondage, pelurage, évidage et découpage, étant les mêmes que pour la fabrication des conserves et des fruits secs, je ne les répéterai pas. Toutefois,, je dois noter que le choix des fruits devant être transformés en pulpes est tout autre que celui qui est de règle pour la confection des conserves : les fruits doivent être très mûrs, et, à la condition d’être sains, peuvent être inférieurs de forme et de volume, comme d’ailleurs dans la fabrication des jus.
- Méthode générale de préparation des pulpes ou purées. — Pour éviter des répétitions fastidieuses, je me bornerai à décrire cette méthode qui, au point de vue ménager, est très simple. Les fruits étant prêts, on les fait cuire seuls ou avec un peu d’eau, 10 pour-100 environ de leur poids, quand leur jus est naturellement peu abondant. On agite la masse pour éviter qu’elle n’attache au fond de la bassine, puis quand les fruits ou les tranches sont éclatés ou suffisamment ramollis, on les réduit en purée en leur faisant traverser un tamis ou une passoire à main. On met ensuite cette purée en flacons que l’on ferme et stérilise au bain-marie, comme il a été dit précédemment.
- Les fruits pulpeux et juteux, très parfumés comme les fraises et les framboises, sont réduits en purée à froid, quand on tient à conserver tout leur parfum.
- La durée de la stérilisation est, en moyenne, de 25 à 50 minutes, contrairement à celle des conserves qui est deux ou trois fois plus courte, parce que l’dn tient à maintenir aux fruits contenus dans ces dernières leurs caractères extérieurs. Il faut, cependant, tenir compte de la capacité des récipients : la stérilisation doit être prolongée d’un tiers dans les plus grands.
- Bien que le point de vue industriel soit absolument en dehors de mon sujet, je dirai, cependant, que les fruits travaillés en grand pour la fabrication des principales pulpes : cassis, cerises, abricots, prunes, ne sont pas réduits en purée. La plus grande partie est à moitié éclatée ou en gros fragments, notamment chez les abricots qui ne sont souvent que séparés en deux morceaux appelés « oreillons ». Pour que le produit ait plus d’œil on évite de trop cuire les fruits, on se borne à les blanchir pendant une minute, quand ils sont bien mûrs, et 2 à 5 minutes, lorsqu’ils ne le sont pas complètement. En réalité, ces pulpes-là se rapprochent beaucoup des conserves au naturel dans lesquelles les fruits auraient été un peu trop divisés.
- Pulpe ou purée de pommes. — C’est elle qui occupe le premier rang et, à ce titre, je lui accorderai quelques lignes. Dans l’industrie elle joue un rôle important non seulement pour la fabrication de sa marmelade de choix, mais aussi pour celle
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- 106 = L’UTILISATION MÉNAGÈRE DES FRUITS, SANS SUCRE
- celle des marmelades communes d’autres fruits à l’e'gard desquelles, par son goût neutre, elle jouit d’une propriété d’assimilation au moins aussi grande que son jus dans la confection des gelées ordinaires de divers fruits.
- Préparée d’après les indications de la méthode générale, c’est la purée simple dans laquelle peuvent entrer toutes les variétés de pommes de table et à deux fins, bien que les meilleures soient comme l’on sait, les reinettes du Canada et les reinettes grises.
- Elle est composée quand on l’ajoute pour une certaine partie à une autre pulpe de fruit préparée antérieurement ou en même temps, ce qui est toujours préférable.
- Dans ce cas, on mélange bien le tout et l’on chauffe jusqu’à faible ébullition pendant cinq à dix minutes.
- En confiturerie, on fabrique des confitures d’abricots, de reines-Claude et de mirabelles de
- Mélanger exactement les pulpes avec le jus de pommes; laisser cuire pendant un quart d’heure jusqu’à ce que la masse soit très collante au doigt. II. Raisinés. — 11 en existe deux sortes :
- a) le raisiné simple; b) le raisiné composé.
- a) Raisiné simple. — Cette très ancienne préparation consiste uniquement en du jus de raisins suffisamment concentré par une évaporation qui a lieu, habituellement, à feu nu, mais qui donnerait un plus beau produit si elle était faite à la vapeur ou dans le vide. Inutile de dire que dans les ménages on ne peut opérer qu’à feu nu, et voici comment :
- On prend des raisins bien mûrs, et de préférence, des muscats, on les égrène et on en tire le jus de deux façons : en les écrasant au-dessus d’un tamis ou mieux en les mettant dans une bassine où on les chauffe à petit feu en les remuant avec une spatule en bois pour les écraser
- Fig. /. — Abricot commun (première grosseur).
- deuxième choix en recourant au mélange suivant •
- Pulpe d’un des trois fruits ci-dessus .
- Pulpe de pommes.......
- Sucre......................
- On fait avec le sucre un sirop que l’on cuit au cassé, on y incorpore la pulpe du fruit qu’on veut travailler avec celle de pommes ; on fait cuire pendant 10 minutes en agitant pour éviter toute attache au fond de la bassine, on met en pots stérilisés et l’on conserve en lieu sec. Je conseille aux ménagères de modifier cette formule de la façon suivante, pour le temps présent, bien entendu, et en cas de pénurie des fruits à noyau.
- Pulpe d’un des trois fruits ci-dessus. . 5 parties.
- Pulpe de pommes.....................5 —
- l s de pommes concentré............!2 —
- et les empêcher de s’attacher. Quand ils sont complètement crevés ou écrasés, on les enlève du feu pour les jeter sur un tamis qui laisse passer le jus et la pulpe et retient les peaux et les pépins. La mixLure est portée à l’ébullition, agitée et fréquemment écumée pendant ce temps, puis concentrée jusqu’à ce qu’une petite quantité versée sur une assiette se prenne en gelée après refroidissement.
- On met alors en pots stérilisés et on laisse refroidir jusqu’au lendemain. On étend sur le raisiné une rondelle de papier imbibée d’eau-de-vie ou d’un peu de glycérine chimiquement pure. On prend soin que son adhérence soit parfaite pour qu’il ne reste aucune bulle d’air au-dessous ; on recouvre ensuite les pots de papier fort ou de parchemin
- 1 partie.
- 2 parties.
- Fig. 5. — Poire Rousselet de Reims.
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- L’UTILISATION MÉNAGÈRE DES FRUITS, SANS SUCRE ;-------- 107
- fortement ficelé et on les renferme dans un endroit très sec.
- On estime que la réduction du jus pendant l’évaporation doit osciller entre les 2/5 et les 3/4 du jus primitif. Dans la confîturerie on obtient de 50 kg de raisins 15 kg de raisiné.
- b. Raisinés composés. — U en existe plusieurs formules tant en France que dans les régions viticoles étrangères. Chez nous, on les ramène à deux types principaux : le raisiné de Bourgogne, le raisiné de Provence; quant au raisiné de Normandie que quelques auteurs y ajoutent, bien qu’il présente une certaine analogie de préparation, il en diffère essentiellement puisqu’il a pour base le moût de pommes au lieu de ju s de raisins. Il est connu depuis un temps immémorial en Normandie où les vieux Normands l’appellent « Pommée ». J’en parlerai ultérieurement.
- Raisiné de Bourgogne. — Entre plusieurs, voici une bonne formule. Lorsque le jus de raisins a été amené à la consistance sirupeuse de la façon indiquée plus haut, on y incorpore alors d’autres fruits qui, dans la règle, sont presque toujours des pommes et surtout des poires, rarement des coings. Les variétés de pommes les plus employées sont les mêmes que pour la confection des conserves et l’extraction du jus; quant aux poires, dont la proportion l’emporte généralement, la préférence va aux variétés Rousselet, Martin Sec, Messire Jean, Bon Chrétien. Le poids des fruits par rapport au volume du moût de raisins frais varie dans la proportion de 1 kg des premiers pour 10 litres du second.
- Les tranches des fruits disposées comme il convient sont jetées dans le jus de raisins où on les laisse cuire lentement à feu doux sans cesser de remuer pour empêcher que la pulpe ne brûle, et quand la cuisson et la consistance requises sont atteintes, on met en pots de la façon indiquée plus haut.
- En Bourgogne, on procédait autrefois, dit-on, comme il suit. On exprimait les raisins et l’on ajoutait dans la mixture, jus et pulpe, les fruits convenablement divisés; on mettait le tout dans des terrines en grès non vernissées que l’on introduisait dans un four de boulanger après la cuisson du pain. Le mélange y cuisait lentement parce que la chaleur était modérée, aussi était-il néces-
- saire de répéter plusieurs fois cette opération.
- Dans les années pauvres en fruits, ou quand on en manque pour une raison quelconque, on remplace une partie des fruits habituels par des racines potagères sucrées : betieraves et carottes, de préférence, parfois aussi des courges et des citrouilles préalablement coupées en quartiers pour les rapprocher de la forme des fruits déficitaires.
- Raisiné de Provence. — Le nom générique n’est pas toujours justifié, car, ainsi que dans le soi-disant « Raisiné de Normandie » le moût de raisins y fait habituellement défaut. Ce qui lui vaut son nom, c’est qu’on le fabrique souvent avec plusieurs sortes de fruits propres au climat de la Provence, prunes, figues, raisins et même des dattes, à l’état de fruits secs. Ils sont broyés ou écrasés, puis mis à bouillir avec une quantité d’eau suffisante jusqu’à ce qu’ils soient assez cuits; on les réduit, alors, en purée par les moyens connus. Ce raisiné, comme on le voit, n’est guère qu'une agréable marmelade dont la préparation, étant donnée la richesse saccharine des fruits mis en œuvre, se passe très bien de sucre.
- 111. Fruits à l’eau-de-vie. — Jusqu’ici les modes d’utilisation dont il a été question ressortissent à la transformation des fruits en produits susceptibles d’entrer directement, chaque jotir, dans notre ration alimentaire ; mais, avec les, fruits à l’eau-de-vie, il n’en va pas ainsi. Connaissant même le courant d’idées qui souffle de divers côtés contre l’usage de l’alcool, courant qu’il faudrait approuver sans aucune réserve s’il n’était parfois trop exagéré dans ses manifestations et ses tendances, j’ai hésité à en parler; toutefois, je m’y suis décidé, parce que, d’une part, c’est quoi qu’on en pense, un mode d’utilisation qui intéresse certaines ménagères, notamment à la campagne, et d’autre part, c’est peut-être aussi, une manière lente à coup sûr mais assez efficace, parce qu’agréable, de détourner bon nombre de consommateurs de diverses catégories de spiritueux qui, à l’influence nocive de l’alcool pris en excès, joignent l’action toxique des essences absorbées même à petites doses. Dans la conserve à l’eau-de-vie bonne à consommer, le titre de l’alcool est notablement réduit, et, par suite, son absorption, qui n’aura lieu que sous un faible volume, ne Dourra, en présence des principes
- Fig. 6.
- Poire Bon-Chrélien d’hiver.
- Fig. — Raisin chasselas doré.
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- 108 L’UTILISATION MÉNAGÈRE
- salutaires des fruits, être nuisible à l’organisme.
- Méthode générale. — Elle comprend quatre phases : préparation, blanchiment, confection des fruits et sucrage de l’eau-de-vie de macération.
- Préparation. — Les fruits doivent être cueillis très récemment, choisis parmi les plus beaux au point de vue de la forme, les plus propres, sains et fermes, afin de ne point se déformer et se ramollir trop au cours des manipulations qu’ils subiront, et par conséquent, d’être d’un aspect séduisant.
- On lave les groseilles, cassis, cerises, fraises, framboises à l’eau froide pour les débarrasser des poussières et des impuretés ; on égrène les baies, on enlève calices et queues des fraises ; on brosse les fruits chargés habituellement de duvet : abricots et pêehes ; on coupe la moitié de la queue des cerises et des prunes, on pèle les poires et on les divise, s’il y a lieu, en moitiés ou en quartiers. On pique les fruits charnus ou pulpeux jusqu’au noyau qu’ils conservent, et en plusieurs endroits, pour qu’ils soient aptes à absorber plus facilement l’eau-de-vie. Cette opération faite, on les jette immédiatement dans un récipient contenant de l’eau aussi froide que possible pour les rendre plus fermes et on les soumet ensuite au blanchiment ; sauf, cependant, les fruits appelés baies, à raison ou à tort.
- Blanchiment. — 11 a pour but d’enlever aux fruits une certaine âcreté et, pour cela, on les plonge dans une chaudière ou une bassine plate de préférence, pleine d’eau portée à 95° et que l’on a retirée du feu. On les y laisse 10 minutes environ, puis on réchauffe l’eau peu à peu jusqu’à ce que les fruits montent à la surface, d’où on les enlève avec une écumoire pour les immerger aussitôt dans de l’eau froide pour les raffermir. Il importe d’effectuer ces manipulations avec rapidité et précaution, afin de ne point abîmer les fruits.
- Confection. — Lorsqu’ils sont complètement refroidis, on les égoutte sur un tamis de crin et on les introduit ensuite dans un flacon, une jarre, un pot en grès ou une boîte, et on les recouvre d’eau-de-vie blanche dont le titre oscille entre 53° à 58°, selon la nature des fruits ; il va de soi qu’on réserve la plus forte aux plus aqueux. On les y laisse macérer durant six semaines avant de procéder au sucrage ; en ce moment, où le sucre fait défaut, on peut les y abandonner aussi longtemps que l’on voudra dès l’instant que le récipient est hermétiquement clos.
- Dans la confiserie, quand les fruits ont été blanchis, on les transforme souvent en fruits confits, au moyen de plusieurs façons au sucre, afin qu’ils absorbent moins d’eau-de-vie, mais ce procédé dispendieux et long n’est guère pratique dans les ménages.
- Sucrage. — On retire les fruits de leur milieu alcoolique et on les arrange dans des bocaux ou des récipients de forme et de capacité différentes, à large ouverture; on les recouvre ensuite de l’eau-
- DES FRUITS, SANS SUCRE ------
- de-vie dans laquelle ils ont macéré, après l’avoir, préalablement, additionnée, suivant le fruit de 125 gr. ou 250 gr. de sucre, par litre, sous forme de sirop très limpide; c’est-à-dire dissous dans son poids d’eau potable.
- En confiserie, on ne sucre qu’au moment du besoin, afin que les fruits conservent les deux caractères extérieurs les plus appréciés : fermeté et couleur.
- Les maîtresses de maison s’y conformeront d’autant plus volontiers qu’elles ne disposent que d’une faible quantité de sucre blanc, et que ce sucre est bien préférable au sucre roux, tant pour les fruits à l’eau-de-vie que pour toules les préparations où l’on voudra obtenir un produit où la coloration et le fruité particuliers aux fruits soient respectés.
- Les récipients de petit volume, notamment les bocaux, qui renferment les fruits, doivent être bouchés hermétiquement, recouverts de cire ou de paraffine et conservés dans un endroit frais, sec, indemnedemoisissures et aussi sombreque possible.
- Modalités des principales conserves à l'eau-de-vie. — Bien que l’on puisse soumettre tous les fruits à ce traitement, ceux qu’on y emploie le plus souvent sont au nombre de six : cerises, abricots, pêches, prunes, poires et raisins; voici quelques détails particuliers à leur égard.
- Cerises. — Les variétés qui s’y prêtent le mieux sont les Griotes, notamment celle du Nord. Le ratafia de Neuilly est obtenu avec celte cerise additionnée de la cerise franche qu’on fait macérer avec des pétales d’œillet. On a d’ailleurs l’habitude, en con-fiturerie, de placer dans les récipients contenant les fruits des nouets renfermant de la coriandre, de la cannelle, de la girofle ou de la vanille, parce qu’on trouve que ces aromates communiquent un goût excellent aux cerises. Le titre de l’eau-de-vie est de 55 degrés.
- Abricots. —; Cette préparation est assez délicate à cause de la nature des fruits. La variété qu’on y soumet de préférence est l’abricot commtin ou encore abricot d’Auvergne; toutefois, il faut avoir soin de le surveiller et d’allervite, car sa chair devient pâteuse. Le titre de l’eau-de-vie est de 56°. On parfume souvent l’eau-de-vie de macération avec un peu d’esprit de noyau obtenu en mettant macérer quelques amandes d’abricots dans l’alcool à 80°-85°.
- Pèches. — Ces fruits demandent encore plus de soins que les précédents à cause de la finesse et de l’altérabilité de leur pulpe. Leur emploi est d’ailleurs assez restreint même en confiserie, et ce n’est que dans les années d’abondance qu’on y fait entrer des variétés de Montreuil, ou d’espalier, en choisissant les plus fermes et tout au début de leur maturité. La pêche « Téton de Vénus » réunit le plus de suffrages, mais ce sont les Brugnons et les petites pêches de plein vent qui conviennent le mieux. Le titre de l’eau-de-vie est de 58°. On parfume le jus de macération comme celui des abricots.
- Prunes. — De même que les cerises, les prunes
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- constituent les meilleures conserves à l’eau-de-vie, à la condition de les préparer avec des reines-Claude plutôt encore qu'avec des mirabelles. Pour réunir les qualités qu’on y recherche, les reines-Claude doivent être choisies très vertes, sans tache et conserver cette belle coloration. Dans ce but, il faut ajouter à l’eau servant au blanchiment, 2 gr. environ de sel par litre ; puis quand les prunes remontent à la surface du liquide, les retirer et les raffermir en les plongeant dans de l’eau très froide et légèrement alunée, 0 gr. 50 environ par litre.
- Quant aux mirabelles on les traite comme les abricots, Le titre de l’eau-de-vie est de 53° pour les reines-Claude et de 56° pour les mirabelles.
- Poires. — On y destine généralement deux variétés très employées dans les industries alimentaires et tout autant, d’ailleurs, dans les ménages : le Beurré d’Angleterre et le Petit Rousselet de Reims. Comme il faut les prendre un peu vertes et les travailler de suite, parce qu’elles passent vite l’uné et l’autre, il
- importe de prolonger leur blanchiment jusqu’à ce qu’elles commencent à s’amollir. On les jette alors dans de l’eau froide, et, après refroidissement, on les pèle avec un couteau à lame d’argent pour éviter leur noircissement; on les replonge dans de l’eau froide acidulée par du jus de citron ; on les égoutte et on les recouvre d’eau-de-vie à 53°.
- Raisins. — Cette conserve est peu connue dans les ménages. On la prépare surtout avec deux variétés : le muscat et le chasselas. Le procédé le plus simple consiste à détacher les plus gros grainsun à un avec des ciseaux et à les mettre macérer dans de l’eau-de-vie à 50°, quand ils sont mûrs et bien sucrés, et à 56° lorsqu’ils le sont peu. Lors du sucrage du jus de macération, on ajoute, parfois, un peu de vanille. Il faut éviter le plus possible le contact de l’air pendant la préparation, à cause du brunissement qui menace les raisins par suite de l’oxydation du tanin qu’ils renferment.
- A. Truelle.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séances du 2 au 16 juillet 1917.
- Recherche de Varsenic. — M. Armand Gautier a donné en 1875 une méthode de destruction des matières animales dans les recherches médico-légales afin d’y retrouver l’arsenic. Revenant sur ce sujet avec la collaboration de M. Clausmann, il propose un procédé plus rapide consistant à chauffer d’abord vers 300°, puis à broyer avec 2 pour 100 de chaux vive, enfin à chauffer le mélange pulvérulent jusqu’au rouge naissant dans un petit four à moufle. L’opération a lieu en 4 heures et la recherche totale ne demande que 8 heures au lieu de 5 jours par les anciens procédés. La précision est identique.
- La déformation de. l'écorce terrestre. — Dans une Note posthume, un ingénieur des Mines tué à l’ennemi, M. Albert Cochain, remarque que l’écorce terrestre est assimilable à des amas hétérogènes de matériaux meubles reposant sur une couche profonde que la pression de ses molécules rend compacte et résistante. Quand nous observons les déformations superficielles, elles ne sont que la conséquence de déformations plus profondes, certainement plus régulières, qu’il s’agit de reconstituer. M. Cochain explique ainsi les fosses d’effondrement dont l’Afrique orientale présente un type si remarquable, par la production en profondeur d’une bande de flexion allongée et rectiligne : bande où la flexion très lente, tantôt s’assoupit et tantôt se réveille et se prolonge avec des intermittences, pendant plusieurs périodes géologiques. 11 fait voir comment l’on peut expliquer ainsi tous les détails du phénomène.
- La biophotogenèse. — M. Raphaël Dubois a montré précédemment que la lumière produite par les végétaux et les animaux résulte du conflit de deux substances isolables, chimiquement caractérisées : la luciférase oxydante et un corps protéique oxydable. Il revient pour la préciser sur cette théorie en discutant un mémoire américain de M. Newton Harvey. Ce phénomène est une
- des rares fonctions vitales qui aient pu être réduites à une simple manifestation physico-chimique.
- La sensibilité du chimpanzé au paludisme humain. — On communique aisément le paludisme d’homme à homme par inoculation de sang parasitique. MM. Mesnil et Roubaud ont réussi à réaliser l’infection sur le chimpanzé avec une période d’inoculation de 12 jours égale à celle d’homme à homme.
- La stérilisation des liquides par la chaleur sous couche mince. — La stérilisation en vase clos est aussitôt arrêtée par les dimensions du bain marie ou de l’autoclave. M. Henri Stassano a réussi à opérer la stérilisation sous une couche extrêmement mince (environ dix hauteurs de bactéries) et pendant un laps minime de temps. La cuve chauffante est formée par deux rectangles de métal absolument plans séparés par un cadre en papier épais d’un centième de millimètre. Le liquide la traverse sous la pression uniforme d’un gaz comprimé inerte, l’azote. Les avantages sont de porter le liquide aussi rapidement et aussi régulièrement que possible à la température voulue et de pouvoir refroidir le liquide aussitôt qu’il a atteint la température convenable. L’expérience montre que la durée du chauffage est le facteur principal des altérations provoquées par la chaleur dans les êtres vivants et leurs milieux organiques, de nature albuminoïde. Au contraire, le degré de la température, si l’on reste entre certaines limites, ne joue qu’un rôle secondaire.
- Influence des matières minérales sur la germination des pois. — MM.'Maquenne et Demoussy étudient l’action exercée par divers sels métalliques isolés dans l’eau pure : sodium, potassium, calcium, strontium, zinc, cuivre, etc., en examinant l’évolution des racines. De tous ces métaux, le calcium paraît être le seul qui, en l’absence de tout autre, soit capable d’assurer la germination normale des pois à son début. Cette action se
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- fait sentir à des doses extraordinairement faibles. Il faut ensuite placer le strontium, le manganèse, l’aluminium, le baryum et le magnésium beaucoup moins favorables; puis les métaux alcalins, le zinc, le plomb et le cuivre qui semblent n’avoir aucun effet immédiat.
- Mécanisme de la trempe des aciers au carbone. — M. Chevenard s’est proposé de créer un dispositif d’analyse thermique, applicable lorsque la température varie avec une vitesse de l’ordre de plusieurs centaines de degrés par sèconde. Sa méthode repose sur l’observation suivante : la vitesse de refroidissement spontané, dans une atmosphère inerte, d’un fil d’acier préalablement porté au rouge par un courant électrique, varie entre de larges limites avec la nature du gaz. Le refroidissement dans l’hydrogène provoque en général une trempe; dans l’azote, on a le plus souvent un recuit. L’inscription photographique de la courbe de dilatation thermique, pendant le refroidissement, révèle les transformations du métal avec une sensibilité très élevée et quasi indépendante de la vitesse. Cette vitesse s’inscrit elle-même par une interruption périodique du faisceau lumineux. L’expérience montre que la trempe résulte d’une transformation rejetée aux basses températures. Ce rejet s’effectue non d’une manière continue, mais par le mécanisme du dédoublement. Aux points où il y a eu dédoublement, on observe un mélange de troostite et de martensite.
- Méningite cérébro-spinale et météorologie. — M. Arthur Compton précise un travail précédent sur l’influence de l’humidité et de la température atmosphérique dans l’apparition de la méningite cérébro-spinale. Le début de la maladie coïncide toujours avec une humidité atmosphérique oui confine à la saturation,
- UN RECORD DE h
- Les formidables explosions de quelque vingt fourneaux de mines qui marquèrent le début de la dernière offensive britannique ont ramené l’attention sur le travail obscur des pionniers qui sans bruit, dans l’ombre, étendent leurs galeries sous les ouvrages de l’ennemi et préparent la destruction des plus solides abris bétonnés. La guerre de mines semble d’ailleurs évoluer rapidement vers le colossal et les quantités d’explosifs mises en jeu, qui au début de la guerre ne dépassaient pas, sauf cas exceptionnels, deux ou trois tonnes, atteignent actuellement 25 ou 30 tonnes. Le premier de ces formidables volcans a été réalisé en Italie dans des conditions exceptionnelles qui méritent d’être rappelées aux lecteurs de La Nature. Nous voulons parler de l’opération — signalée en son temps par les journaux quotidiens, mais peut-être pas en lui donnant son importance véritable — qui permit à nos alliés, en faisant sauter complètement le sommet entier d’une montagne, de réduire les défenses autrichiennes et de préparer efficacement leurs progrès ultérieurs.
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- avec une période de grande égalité dans la température et un minimum de soleil. Ces facteurs subissent eux-mêmes de fortes variations sous la dépendance des conditions géographiques.
- Roches de Madagascar. — M. Lacroix continue ses études pétrographiques sur les roches de Madagascar et décrit, avec analyses à l’appui, une série de roches résultant de la transformation moléculaire des gabbros sans modification chimique notablp. Ces roches éruptives sont associées avec des schistes cristallins et avec d’anciens calcaires métamorphiques devenus des pyroxénites et des amphibolites.
- Uh jardinier astronome du xvu° siècle. — M. Bigourdan étudie un exemple remarquable de self made man : un jardinier nommé Féronce qui, à 40 ans, ayant charge de femme et d’enfants, apprit, tout en continuant sa tâche journalière, la trigonométrie et l’astronomie; si bien qu’il a fait, dans cette dernière science, de véritables découvertes. Il avait construit et divisé lui-même le sextant de bois dont il se servait et qui avait un peu moins de 1 m. de rayon ; le tout si bien que des changements atmosphériques n’y apportaient aucune modification. Il crut observer que f'extrémité inférieure d’un long pendule au repos exécute spontanément chaque jour dans le plan du méridien une quadruple oscillation, comme si la Terre penchait’ alternativement vers le Sud et vers le Nord. Ce phénomène, communiqué à Gassendi, fut publié par lui sous le nom de réciprocation du pendule et assimilé avec le flux et le reflux de la mer. Le phénomène fut très vivement discuté et on arriva à y voir l’effet des mouvements de l’air, température, humidité, etc.... La question est encore discutée aujourd’hui sous la forme à peine différente des variations de la verticale.
- GUERRE DE MINE
- Il s’agissait, en janvier 1916, d’anéantir les défenses autrichiennes établies dans les Dolomies au Castelletto. Nous empruntons aux rapports officiels dont le Popular Mechanic donne de nombreux extraits, les renseignements suivants :
- C’est en octobre 1915 que fut décidée la prise de ce pic, dont la hauteur était d’environ 3000 m. et qui commandait la vallée de Costeana. Mais l’attaque directe était impossible par suite de la présence de nombreuses cavernes tant naturelles qu’artificielles dans lesquelles les ennemis avaient installé des pièces d’artillerie, invulnérables dans ces casemates naturelles. Le seul moyen de les réduire était de les faire sauter, moyen évidemment radical, mais qu’il fallut six mois d’efforts ininterrompüs pour réaliser.
- Le 3 janvier 1916, les travaux commencèrent, sous la direction du lieutenant Malvezzi, par l’établissement du chantier et de la surveillance des installations ennemies à l’aide d’observatoires aussi rapprochés que possible et que les observateurs atteignaient' de nuit en s’aidant de câbles et
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- Fig. i. — Vue des dolomies montrant l’emplacement du pic du Castelletto.
- d’cchelles de cordes. Puis, pendant les mois de février et mars en se servant uniquement de marteaux et de pics un tunnel de 15 m. fut creusé dans le rocher pour permettre l’installation des
- machines à l’aide desquelles le travail devait être effectué. On se rendra compte des difficultés militaires rencontrées dans celte première opération lorsque nous aurons dit que la galerie de départ
- Fig. 2.— Le cratère produit par l’explosion : l’emplacement du pic.
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- était très en contre-bas de la position à attaquer et par suite sous son commandement.
- Pièces par pièces furent alors montés de la vallée, et toujours nuitamment, les organes constitutifs de deux compresseurs mus par moteurs à essence de 35-40 chevaux comprimant à 7 atmosphères l’air destiné à alimenter les perforations, et tous les outils nécessaires à l’exécution de la galerie, à sa consolidation et à l’évacuation des déblais jusqu’en un point dérobé aux vues de l’ennemi.
- De grosses difficultés résultèrent du fait que le point de départ de la galerie dut être installé à une cinquantaine de mètres en contre-bas de l’endroit choisi pour l’emplacement de la chambre d’explosion et, d’autre part, de la présence dans la ont agne de nombreuses de ces fissures profondes qui donnent aux Dolomies leur caractère si particulier. Il fallut donc établir des escaliers, souvent à 45° dans l'intérieur de la galerie (fig. 5) et par lesquels, à dos d’homme furent transportés tous les déblais et la quantité énorme d’explosif nécessaire tant au percement de la roche qu’à la charge du fourneau de mine. Dans les parties planes du tunnel, des rails furent installés pour faciliter les transports sur wagonnets. Le taux d’avancement journalier fut en moyenne de 5 à 6 m. avec des équipes travaillant six heures et se relayant sans relâche.
- Non seulement les soldats du génie italien établirent une galerie d’accès au fourneau de mine, mais encore ils en creusèrent, une seconde, suivant un tracé tout différent et dans laquelle devaient déboucher les troupes destinées à occuper le cratère immédiatement après le jeu de la mine. La longueur totale de galerie lut de 550 m. et le cube de roche extraite de plus de 2000 m3.
- D’après le plan primitif la charge d’explosifs devait être répartie en deux chambres contenant chacune 16 tonnes d’explosif. Mais l’ennemi qui avait éventé la mine ayant rapidement poussé une contre-mine, qui arriva à quelques mètres à peine
- de celles de nos alliés pendant son chargement, tout l’explosif fut entassé dans une chambre unique située de façon que l’effet se fit sentir à la fois sur le Castelletto, le Tofana et la Selletta, pics voisins sur lesquels les Autrichiens avaient transporté une partie de leurs défenses. La charge
- totale atteignit 35 tonnes de nitroglycérine à
- 92 pour 100.
- L’allumage fut effectué au moyen de 5 groupes de 3 éléments placés l’un au centre, les autres aux 4 angles de la chambre d’explosion. Chaque élément était constitué par un tube de 3 cm de diamètre et 5 m. de long renfermant des charges alternées de dynamite-gomme et de fulmicoton amorcées par une charge d’acide picrique allumée par une amorce électrique et un peu de fulmicoton. En plus, deux charges de fulmicoton disposées au centre de la chambre devaient permettre de provoquer, au besoin, une seconde explosion.
- On constitua ainsi 17 circuits électriques, formant 5 groupes reliés à des exploseurs,
- Le bourrage avait 30 m. environ d’épaisseur et était constitué de murs en ciment et de sacs de sable, maintenus par de fortes charpentes en bois.
- La charge commencée le 3 juillet 1916 fut terminée le 9 et l’explosion fut déchaînée le 11 juillet à 5 h. 30 du matin. Quelques secondes après la fermeture des circuits électriques, toute la montagne sembla frissonner, puis un bruit formidable se produisit et toute une partie du pic oscilla, s’inclina et finalement s'évanouit en un nuage de poussière et de fumée.
- L’opération réussit parfaitement, mais nos alliés ne purent en tirer le bénéfice immédiat. Les Autrichiens, en effet, avaient accumulé dans les cavernes du Castelletto une énorme quantité d’obus asphyxiants dont la mine détermina l’explosion et qui rendirent le cratère intenable pendant plusieurs jours. Il n’était pas inutile de rappeler cet exploit jdu génie italien au moment où les Anglais semblent pour la destruction des redoutes boches recourir à la même tactique. IL Yoltâ.
- Fig. 3. — Vue d’une galerie du tunnel d’accès à 'la chambre de mine.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahüre, rue de Fleura?. 9, à Paris.
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- LA NATURE.
- N° 2291.
- 25 AOUT 1917
- LES TRANSPORTS PAR EAU ET LA GUERRE
- La réductipn de la capacité de transport des chemins de fer français, par suite de la main mise par l’ennemi sur 55 000 de nos wagons de marchandises, le développement continu de nos impor-
- chemins de fer ont à assurer des transports qui dépassent sensiblement leurs moyens d’action, et, dans l’avenir, ils seront de plus en plus surchargés. Le recul progressif de l’ennemi aura, en effet, pour résultat d’étendre la zone exploitable, et le matériel se trouvera aspiré vers la zone des armées.
- « Dans ces conditions, il devient donc indispen-
- 1/Oies naviyah/es desservies par Services réjufiers en remps norma/. * Autres voies sans services reçru/iers
- + +++ Services institués depuis t$f7 Ji® Zone occupée
- pis '
- Fig. i. — Les voies navigables de la France.
- tâtions, qui ont plus que doublé depuis les hostilités, la pénurie de charbon, qui entrave l’exploitation de nos voies ferrées, ont conduit les pouvoirs publics à envisager une utilisation plus intensive de la voie d’eau. Dans une conférence aux fonctionnaires supérieurs du service des Ponts et Chaussées, le sous-secrétaire d’État des transports disait naguère très expressément : « Nos
- 45' Année. — 2’ Semestre.
- sable de porter à son maximum le rendement de la voie d’eau. »
- A cet égard, il faut reconnaître que, si la France ne dispose pas d’un réseau de navigation aussi étendu que celui des États Unis, qui comprenait en 191G plus de 40000 km de rivières naviguées et plus de 5500 km de canaux, si nous n’avons pas à notre disposition des voies à grand rendement
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- comme le Rhin, du moins notre pays n’est-il pas particulièrement mal partagé, puisque, en 1915, nos voies de navigation intérieure fréquentées se développaient sur 11 316 km, dont 6436 pour les rivières et 4880 pour les canaux.
- L’année qui a précédé la guerre, nous avions enregistré pour la voie d’eau un tonnage total de marchandises de 42 058 695 t., dont 20 733052 t. pour les canaux, et 21 505 663 t. pour les rivières. Çe résultat ne manquera pas de surprendre ceux — et ils sont nombreux — qui ont pu constater l’inactivité d’un grand nombre de nos voies de navigation intérieure. Mais il faut aussi remarquer que la majeure partie du trafic appartenait au port de Paris, qui avait reçu en 1913,9 048 917 t. et expé- . dié 5 735 426 tonnes. En y comprenant le transit (2 094 058 t.) et le trafic local (529 684 t.), le seul port de Paris figurait pour 15 208 085 t. sur le total de 42 millions de t., soit pour plus de 35 pour 100. Il faut aussi considérer que le trafic du port de Paris ne cessait de progresser, comme on peut s’en rendre compte par l’examen du graphique (fig. 5), qui montre que, de 1900 à 1913, le tonnage avait augmenté de 45 pour 100 environ.
- La place occupée par le port de Paris dans le trafic total s’explique non seulement par l’importance commerciale du centre de la capitale, mais plus encore par l’insuffisance de nos voies d’eau du Sud, du Centre, de l’Ouest, et même de l’Est.
- Tout d’abord, nos artères fluviales et nos canaux présentent un mouillage médiocre. Si celui-ci atteint 5 à 6 m. pour les canaux maritimes (Bouc à Martigues, Caen à la mer, Basse-Loire, Marans à la mer), il ne dépasse pas 2 m. pour les voies intérieures, si l’on en excepte le canal latéral à la Loire, le canal de la Marne au Rhin, celui de la Marne à la Saône, les canaux de Saint-Quentin, latéral à l’Oise, Saint-Denis, de la Sensée et de Roanne à Digoin, qui accusent de2m. 20 à2 m. 60. Les profondeurs d’eau tombent même à 1 m. 50 pour les canaux du Centre, 1 m. 25 pour le canal d’Orléans, et 1 m. 10 pour le canal de la Vire. Même situation désolante pour nos rivières. Sauf dans les sections maritimes, les mouillages moyens ne dépassent guère 2 m. 50. Les profondeurs de 3m.?20 ne sont acquises que pour la Seine, de à Paris Rouen. - ‘
- Les dimensions exiguës de nos écluses ne contribuent, d’autre part, pas peu à la réduction des transports par eau. Sur les canaux les plus achalandés, le type d’écluse le plus commun mesure 38 m. 50 de longueur et 5 m. 20 à 6 m. de largeur, suivant le programme Freycinet. Pour ne pas parler des canaux maritimes, de plus grandes dimensions n’ont été réalisées que sur la Basse-Colme (vers Bergues), sur le canal du Havre à Tancarville, sur les canaux de Paris et celui de la Sensée, lequel dessert le bassin houiller du Pas-de-Calais.
- Les écluses de rivières sont plus vastes, particulièrement sur l’Aisne, l’Aube, la Marne, l’Oise, la Saône, la Seine, et l’Yonne, les trois dernières comportant heureusement des ouvrages de 100 à 180 m. de longueur et de 11 m. 80 à 16 de largeur. Par contre, certaines rivières et certains canaux ont des écluses désuètes. Sur les canaux du Berry, du Centre, d’Orléans, la longueur des sas tombe à 28 et 50 m. et leur largeur Jusqu’à 2 m. 70. Les écluses de l’Escaut n’ont pas toujours 5 m. 20 de largeur, celles de la Scarpe 5 m. 11, et nous ne citons pas les rivières de moindre envergure, où les ouvrages sont de proportions ridicules.
- De cette insuffisance du mouillage, de ce manque d’homogénéité des écluses et de leur étroitesse, il résulte que la batellerie a dû adopter des types _de bateaux différents, d’mïe capacité très variable, et que, par conséquent, des transbordements sont nécessaires pour les parcours comportant l’utilisation de plusieurs voies de caractéristiques diverses. D'où une perte de temps, l’allongement de la durée des transports, et des frais de manutention supplémentaires qui grèvent singulièrement les prix de fret.
- Sur le canal du Berry, on n’emploie que des péniches de 60 à 75 t. de charge (Berrichons) et de 78 t. en élevant le bord des bateaux; les flûtes de l’Ourcq ne portent que de 50 à 80 t. ; celles de Bourgogne peuvent recevoir de 150 à 160 t. Sur la Seine et les canaux modernisés, on emploie, d’ordinaire, la péniche de 285 à 550 tonnes.
- Les chalands de la Seine ont une capacité qui oscille entre 300 et 1450 t., et se tient, en général, entre 700 et 800 t. Les bateaux de plus de 1000 t. sont en minorité. Une statistique récente a établi que les 550 chalands actuellement en service sur la Seine; ne pouvaient recevoir, au total, plus de 288 000 t.
- Fig. 2. — Pont de Meulan avec son nouveau tablier permettant le passage en Seine des bateaux par temps de crue.
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- Enfin* la barque de 500 à 600 t., mesurant 65 m. de longueur et 8 à 10 m. de largeur, est le bateau par excellence du fleuve alpestre. Si l’on songe que, sur le Rhin, le chaland de 5000 à 4000 t. est d’un usage courant, on devra reconnaître notre infériorité au point de vue du matériel fluvial. '
- La quantité, d’ailleurs, est en rapport de la qualité. Nous ne disposions guère avant le conflit de plus de 14000 bateaux. 3000 environ furent laissés aux mains de l’ennemi, et un recensement pratiqué à la fin de mai 1917a établi que sur nos voies de navigation intérieure il existait 10908 unités, dont 8142 pour le réseau de la Seine, du Centre et de l’Est, 1343 pour celui du
- Nord, du Pas-de-Calais et de la Somme, 1425 pour les autres voies. 87 bateaux avaient été retrouvés, en plus ou moins’bon état, dans la zone reconquise.
- S’agit-il de remorqueurs, notre situation n'était pas plus brillante, tant s’en faut. Sur la Basse-Seine, on n’en comptait, d’après le recensement de 1912, que 124, et moins de 100 sur les autres voies, un relevé récent ayant montré que 86 unités seulement étaient en service sur la Haute-Seine, l’Oise, la Marne, la Loire, la Saône et le Rhône. Il est vrai qu’il faut ajouter à ce chiffre une vingtaine de por-teurs-remorqueurs. D’ailleurs, sur la plupart des voies l’antique halage par chevaux subsistait avec sa lenteur proverbiale.
- Enfin, l’outillage de la voie fluviale était presque inexistant. Il n’y avait pas plus de 80 ports fluviaux raccordés à la voie de fer en août 1914, sur un total de plus de 600.
- Non seulement nos gares d’eau ne comportaient en
- général pas de bassins — même à Paris — mais encore les appareils de manutention leur faisaient le plus souvent défaut. Quelques berges étaient assez bien outillées, sans doute, mais c’étaient celles où l’action privée s’était exercée dans son intérêt. L’outillage public ne comprenait pas plus de 50 appareils, dont une quinzaine installés par les Compa-
- Fig. 3. — Installation sur la Marne à Mareuil pour le remontage des remorqueurs de Verdun.
- Fig. 4. — Bigue pour la mise en place des chaudières des machines de remorqueurs,
- gnies de chemins de fer sur leurs raccordements, trois grues établies à Cantimpré par la Chambre de Commerce de Cambrai, et 2 gérées par la Chambre de Valenciennes.
- Voilà l’outil rudimentaire qui devait dégager la voie ferrée! On comprend aisément qu’il r ^ faisait piètre figure au
- regard de nos grands réseaux, et queM. Mar-lio, l’éminent ingénieur, pouvait caractériser ainsi ses défauts : « Manque de cohésion entre la voie, le véhicule et le moteur; mauvais rendement du matériel, insuffisance des moyens de traction, liaison incomplète avec le che-min de fer; enfin, absence de ressources propres: ». Notre réseau de navigation intérieure était comparable à une ligne de chemin de fer où l’on aurait construit la voie seulement sans s’occuper d!y adjoindre des stations et de la pourvoir du matériel nécessaire..
- Sous la pression de la nécessité, l'administration militaire des voies navigables — ancienne direction de la Navigation aux Travaux publics — se résolut, cependant, à donner à ces voies le débit le plus élevé possible.
- On ne pouvait songer, en pleine guerre, avec des moyens restreints, à exécuter des travaux considérables. Par contre, on entreprit toutes les améliorations rapidement et pratiquement réalisables. On se préoccupa, en particulier, d’installer ce qu’il fallait pour faciliter l’accostage des bateaux et leur déchargement ou leur chargement.
- Nos artères navigables manquaient de ports dans bien des cas, ou bien leurs ports étaient isolés de la voie de fer, ce qui interdisait les transports mixtes.
- On créa des ports et on posa des voies, ou bien on perfectionna l’outillage existant. De nombreux ports ont été ainsi aménagés : à Bonneuil, sur la Marne, à Saint-Cloud, sur la Seine, à Conflans et à Rieux-sur-Oise, à Lamotte-Brebière, sur la Somme, à Vitry-le-François sur le canal de la Marne à la
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- Saône, sur les canaux de Calais, d’Aire, de la Basse-Colme. Le port de Bonneuil — magnifique improvisation — assure- le raccordement du réseau de l’Est avec la Seine et la Marne.
- Gn a, d’un autre côté, amélioré les ports de Villeneuve-le-Roi, Paris-Javel, Sèvres, Poses, Rouen, sur la Seine, Bar-le-Duc sur le canal de la Marne-au-Rhin, Pont-Saint-Vincent sur le canal de l’Est, Morvillars sur celui du Rhône-au-Rhin, Laroche et Sens sur l’Yonne, Frignicourt, Bolognes, Langres, Saint-Dizier, Gudmont sur le canal de la Marne-à-la-Saône, Montargis sur le canal de Briare, Auxerre et Chaumont-Chitry sur celui du Nivernais, Saint-Florentin sur le canal de Bourgogne, Lyon sur la Saône, Nantes sur la Loire, Gi-vors sur le Rhône,
- Toulouse et Vil-lebon dans le midi.
- De nombreux raccordements sont en voie d’exécution à Château-Thierry, Rennes, sur la Sarthe.
- Le tirant d’air sous les arches des ponts était souvent trop réduit, on a remanié le pont de Meulan et on re-construit ceux des Andelys et de Triel sur la Seine.
- Pour faciliter la navigation de nuit, on a éclairé la Seine. La Seine, la Marne, l’Yonne, le Lot, Le Tarn la Sèvre-Niortaise, la Vilaine, la Charente, l’Isle sont l’objet de travaux importants. On a même poussé l’audace jusqu’à reconstruire, sans interrompre le trafic, l’écluse de Créteil, qui relie la Seine a la Marne.
- Il fallait également préparer la remise en exploitation des voies endommagées pendant les hostilités ou reconquises sur l’ennemi. On a pris toutes dispositions à cet effet, on a approvisionné des chantiers de matériel, établi à l’avance des portes d’écluses, des tabliers de ponts, et tout un matériel de traction électrique. L’effort a été si grand, si heureusement accompli, qu’en juin 1917 la navigation a pu être reprise jusqu’à Soissons.
- Un effort parallèle a été entrepris pour la remise en service du matériel et a donné les plus brillants résultats. L’Office national de navigation a acheté
- 11 remorqueurs en Hollande et les particuliers ont accru leur flotte fluviale. On a utilisé des Bateaux Parisiens pour l’acheminement du Havre sur Paris de sucre, de café ou de cacao. L’Office de la Navigation — qui a joué un rôle considérable dans cette réorganisation — a pris en solde les bateaux abandonnés par leurs mariniers, réparé les bateaux détériorés par suite d’immobilisation, déchargé et remis en marche les péniches demeurées en charge.
- On a créé de toutes pièces des chantiers à Mareuil-sur-Marne et à Charenton.
- Il y avait à Verdun, par suite de l’occupation allemande de Saint-Mihiel, un certain nombre de
- remorqueurs immobilisés. On les a démontés, on a expédié leurs pièces par voie de fer, sur Rouen et sur un chantier improvisé dans la Marne — dont nous donnons une illustration fort curieuse — et on s’occupe de remonter les tracteurs pour les lancer à nouveau. Le Parlement, pour parachever cette œuvre, a voté un crédit de 55 millions pour la construction de 50 remorqueurs et de 250 chalands en béton armé.
- On expérimente, en ce moment, l’adaptation des moteurs d’aviation de 250 chevaux à des coques de rivière.
- Les effets de ce nouveau programme ne se peuvent encore mesurer, mais il est déjà permis d’apprécier la portée des mesures prises antérieurement. Depuis le 1er janvier jusqu’au 20 mai 1917, 374 bateaux ont été remis en service sur les voies dites contrôlées, et 2396 unités avaient été rendues à la navigation entre le 1er janvier 1916 et le 20 mai 1917. En mars 1917, les services de traction étaient assurés par 294 remorqueurs, 21 porteurs et 48 automoteurs.
- Mais l’exploitation avait aussi besoin d’être rénovée. A vrai dire, elle était inorganisée, de l’aveu même des dirigeants de la Navigation intérieure. Les mariniers et les Compagnies de traction fixaient à leur gré les frets et les prix de traction, sans
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- (901 (302(903tm (3051306/9071308/309/S/O
- Fig. 5. — Le graphique du mouvement du port de Paris.
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- aucun contrôle. Aucune relation directe n’existait entre le batelier et sa clientèle. Aucun règlement ne fixait la durée des opérations de chargement et de déchargement. Cette absence de réglementation avait provoqué, dès avant la guerre, de nombreux abus.
- Ceux-ci s’affirmèrent dès les premiers mois des hostilités à mesure que les moyens d’évacuation par fer se raréfiaient. Aussi les pouvoirs publics jugèrent-ils de leur devoir d’intervenir. Pour éviter l’accaparement par des spéculateurs du tonnage disponible, on institua à Rouen, principal centre du trafic fluvial, un bureau de tour d’affrètement, où
- étaient libres. Les Compagnies principales de transports par eau se basaient, en général, sur les tarifs de chemins de fer et appliquaient une. réduction sur ces tarifs d’environ 40 pour 100 sur les marchandises de la première et de la seconde catégorie, et de 25 pour 100 ou moins sur les autres.
- Aujourd’hui, les frets sont encore libres pour les voies autres que la Seine, l’Oise et la Marne, mais, devant les gros besoins de l’industrie et du commerce, et la cherté des combustibles et de la main-d’œuvre, les prix sont un peu plus élevés que par la voie de fer. Aucune règle absolue, ne peut présider à la fixation de ces prix qui dépendent surtout du tonnage disponible.
- Les transports de houille au départ de Rouen varient suivant les prix de traction, mais conformément à un barême arrêté par l’administration de la Navigation.
- Voici, à titre de renseignement,
- Fig. 6. — Péniches chargées en attente dans le bras gauche de l’ile Lacroix à Rouen.
- tous les bateaux libres doivent se faire inscrire.
- Pour assurer aux bateliers un tour certain de remorquage, on y créa également un registre d’inscription.
- Pour accélérer la rotation des bateaux, on a fixé à 15 heures l’hiver et à 16 heures et 17 heures l’été la durée de marche des convois, et confié à des sous-officiers la surveillance de la voie d’eau. Des services de pilotage ont été établis sur la Seine et
- Fig. 7. — Transbordement du chargement d'un steamer dans les péniches au port de Rouen (avril içi7).
- quelques prix par tonne adoptés, comparés aux prix par rail :
- Par eau. Par fer.
- la Marne.
- Enfin, on a régularisé les frets pour la Basse Seine. Le 14 novembre 1914, l’État a conclu avec les principales Compagnies de navigation intérieure un contrat dans ce sens, qui a été maintenu en vigueur jusqu’au 26 décembre 1916. En 1917, une nouvelle réglementation a été généralisée, qui répartit les transports en deux catégories : transports autorisés pour les bateaux vides et les bateaux pleins, chargés après entente particulière entre les transporteurs et les chargeurs ; transports ordonnés que l’État impose, sous le régime de la réquisition, aux bateaux les plus anciennement immobilisés lorsqu’il s’agit d’expéditions d’intérêt public.
- Autrefois, comme nous l’avons dit, les frets
- Rouen à Elbeuf (25 km)......... 2.85 à 5.70 1.55
- — à Yernon (97 km) .... . 4 à 5.95 2.70 à 5.20
- — à Manies (147 km)...... 4.70 à 7.50 3.55 à 3.85
- — à Paris-Monnaie ou Villette
- (242 km)............. 6.25 à 11 50 5.25
- — à Monlereau (544 km). . . . 12.25 à 17.50 8.35
- — à Creil (232 km)........... 8.25 à 12 625
- — à Compiègne (275 km) ... 10 45 à 14 20 6.85
- — à Château-Thierry (397 km) . 15.45 à 18.70 7.65
- Le prix élevé des transports par eau incite souvent les chargeurs à recourir de préférence à la voie de fer, mais, devant l’insuffisance de cette dernière, le sous-secrétaire d’Élat des transports a décidé de réduire le tonnage par fer mis à la disposition des régions desservies par des artères fluviales ou des canaux, au profit des régions uniquement traversées par des chemins de fer.
- D’un autre côté, pour faciliter au commerce la possibilité de trouver du fret "fluvial, il a fait ouvrir
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- à Paris, et dans les principales localités parcourues par la voie d’eau, des bureaux spéciaux de transports par eau, et placé l’organisation commerciale de la Navigation intérieure sous le contrôle d’un corps spécial d’inspecteurs.
- Une œuvre se mesure à ses résultats. La réorganisation entreprise, tout d’abord sur la Basse Seine, a été singulièrement féconde, encore qu’inachevée. Le tonnage des marchandises remontées du Havre ou de Rouen sur Conflans a atteint, en 1916, 6206701 tonnes. En 1913 il n’avait pas dépassé
- 3 491 739 t. L’augmentation a donc été de 95 pour 100.
- La voie fluviale présente sur le rail des avantages avérés. Qu’on veuille bien songer qu’une péniche de 300 t. correspond pour le transport de la houille à un convoi de 45 à 50 wagons, qu’un chaland emporte tout autant que 3, 4 voire 5 trains de marchandises. Mais la voie d’eau est lente. Du Havre à Paris, une péniche mettait avant la guerre
- 4 à 5 jours, le train 2 jours au plus; de Rouen à Paris, on comptait 1 jour par fer, 3 à 4 par eau. Le service Paris-Nancy de la Compagnie H. P. L.
- demandait 8 jours, le chemin de fer 4; de Paris à Troyes il fallait 6 jours par eau, 2 par fer; de Paris à Saint-Dizier 8 jours contre 4 à 5. Par service accéléré, on demandait 12 jours pour Lyon, 9 pour Roanne, 12 à 13 pour Besançon, 5 pour Auxerre, 9 pour Clamecy ou pour Nevers, 9 pour Montceau-les-Mines. De Lyon on acheminait les marchandises en 8 jours sur Marseille, en 5 sur Gray. Actuellement, avec le surtrafic imposé aux ports et écluses, on doit compter sur 10 à 12 jours pour le trajet Havre-Paris, 4 jours pour celui de Rouen à Paris, 25 jours de Paris à Chalon-sur-Saône, autant entre Paris et Nancy ou Lyon et Nancy. En principe, les trajets sont réduits de moitié par la voie de fer. Mais des circonstances multiples peuvent retarder les opérations par fer, comme les expéditions par eau. Le temps, d’ailleurs, n’a plus aujourd’hui la valeur qu’on lui reconnaissait hier. Aussi doit-on s’efforcer d’acheminer par voie d’eau tout le tonnage possible, et c’est un devoir national d’aider les pouvoirs publics à faire employer au maximum notre riche réseau de navigation intérieure. Auguste Pawlowski.
- LES MERVEILLES DE LA CHIRURGIE RÉPARATRICE
- La chirurgie maxillo-faciale.
- Dans son œuvre de réalisation pratique l’ingénieur doit successivement faire appel à des notions qui émanent de sciences très diverses, de même, le chirurgien est conduit dans ses opérations par dès méthodes liées aux circonstances et qui permettent de distinguer trois grandes tendances chirurgicales : la chirurgie mutilante, la chirurgie conservatrice, la chirurgie réparatrice.
- Ces trois tendances de la chirurgie ont tour à tour dominé suivant les moyens mis à la disposition de l’opérateur, et si la chirurgie mutilante a été et est encore, dans une certaine mesure, un pis aller, la chirurgie conservatrice doit elle-même et devra surtout céder le pas, dans une large mesure, à la plus humaine de toutes, la chirurgie réparatrice. Enrayer les progrès du mal en coupant et en sacrifiant, les circonscrire par des délabrements en ménageant les éléments anatomiques essentiels, ne peut, en effet, être comparé à la sublime réalisation de restaurer ce qui a été détruit. Réparer, c’est la chirurgie de l’avenir, c’est heureusement aussi un peu celle du présent.
- Bien que la chirurgie réparatrice résume les tendances de l’avenir, on en est encore, en bien des régions anatomiques, à la période des tâtonnements et des recherches; il est pourtant une partie de la chirurgie réparatrice qui donne de très beaux résultats, c’est celle de la face.
- Avant la guerre, les occasions n’étaient ni belles, ni bonnes de pratiquer une telle chirurgie; les délabrements de la face et des mâchoires observés à
- ce moment étaient le plus souvent consécutifs à des affections rongeantes parmi lesquelles les différentes formes de tùberculose, d’avarie et de cancer jouaient le principal rôle. L’œuvre réparatrice du chirurgien était de ce fait contre-carrée par l’étendue de l’exérèse primordiale, la mauvaise qualité des tissus de voisinage et l’âge avancé des patients : des conditions mauvaises engendraient donc des résultats médiocres. En chirurgie de guerre il n’en est heureusement pas ainsi, et, pour paradoxal que cela paraisse, la blessure faciale avec ses délabrements affreux est de bien meilleure qualité que l’affection médicale même limitée — il s’agit de blessés et non de malades. Ce qui est toutefois moins favorable dans la blessure de guerre c’est la complexité des lésions: les délabrements de la pratique militaire ne répondent en effet généralement pas à une seule catégorie de tissus, non plus qu’à un seul organe; des os différents de la face sont en même temps atteints ; la bouche, le nez, la cavité orbitaire, l’œil et ses annexes, les dents et les mâchoires sont souvent lésés en même temps ; de là des difficultés de pratique qui augmentent les mérites de l’opérateur, mais qui sont avantageusement compensées par la qualité physiologique des tissus, leur vitalité et l’intensité du processus de réparation spontanée. Il ne peut en être autrement chez des sujets en général jeunes, sains et vigoureux.
- Ce que je viens de dire de la multiplicité des lésions comme des organes lésés fera comprendre
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- que le problème de la restauration d’une mutilation faciale comporte plusieurs réparations successives: osseuse, musculaire, cutanée, enfin réparation d’organes avec leurs contours et autant que possible avec leur jeu physiologique. Le but de la restauration est donc double et tend à la fois à la restitution esthétique et à la restitution fonctionnelle.
- L’étude des moyens qui concourent à cette double réalisation doit de toute nécessité faire envisager tout d’abord les méthodes générales ou d’ensemble, ensuite la mise en œuvre commune des procédés généraux. Somme toute, nous étudierons d’abord le problème analytiquement, puis synthétiquement.
- Méthodes générales de réparation. — Pour remplacer un tissu détruit il faut de toute nécessité faire appel à un autre tissu qui doit, autant que
- Fig. i. — Trois stades de la réparation d’x osseux à nu. A gauche, la plaie à l’arrivée 2e stade de réparation. (Opéré c
- vant les nécessités, soit à distance de la plaie pour y être amené ensuite, soit au voisinage et il pénètre alors par glissement ou par rabattement. Tandis que le prélèvement à distance convient plus particulièrement aux greffes osseuses, cartilagineuses et graisseuses, les greffes tégumentaires sont de préférence prises au voisinage de la plaie. On dispose alors de deux méthodes générales : la méthode française (décollement puis glissement) et la méthode indienne (excision au voisinage de la plaie, isolement d’un lambeau puis rabattement et retournement). Tandis que les deux méthodes s’appliquent à la majorité des cas, la greffe cutanée à distance n’est au contraire applicable que dans certaines conditions et l’on a recours alors soit à la méthode italienne, soit aux greffes d'Ollier-Thiersch (1).
- Quelle que soit la méthode mise en œuvre il est
- ne large plaie de la joue, mettant le plan au milieu, r* stade de réparation; à droite, îs Drs Delagenière et Vlrenque.) i
- possible, être de même nature et qui, amené dans la brèche, contribue à la combler en même temps qu’en se soudant aux tissus voisins il réalise à nouveau l’état antérieur.
- Les tissus de remplacement peuvent, et c’est le cas général des greffes, être des tissus vivants; ils peuvent aussi être des tissus morts ou des substances étrangères au règne animal, c’est le cas des prothèses. Le greffon, si greffe il y a, peut être prélevé sur un sujet d’une autre espèce. En chirurgie humaine, la greffe animale est dite hétérogène ou hétéroplastique, c’est une hétérogreffe. Le greffon peut être prélevé sur un sujet de même espèce, c’est alors une homogreffe ou greffe homoplastique, enfin si le sujet donne sa propre greffe, celle-ci est dite autogène. Les résultats sont, d’ailleurs, d’autant meilleurs que l’on se rapproche plus de l’organisme du patient, les meilleures conditions seront donc réalisées par l’organisme lui-même et c’est aux autogreffes qu’il est préférable de recourir.
- Sur un même sujet le greffon peut être pris sui-
- indispensable d’observer certaines règles si l’on veut éviter de compromettre la vitalité du greffon. C’est pourquoi un os doit être enlevé avec son périoste, un lambeau de peau doit avoir une vascularisation suffisante et pour cela être taillé avec une forme et des proportions approximativement fixées d’avance, enfîp récemment un des spécialistes les plus éminents de la chirurgie maxillo-faciale a décrit une méthode réparatrice qui ne nécessite qu’un minimum de délabrements: Y autoplastie en jeu de patience utilise, en effet, tous les tissus sains inclus au milieu des tissus condamnés et arrive, au cours des interventions successives, à réaliser l’économie de tous les tissus récupérables.
- De l’exposé de ces méthodes générales on conce-
- i. Dans la méthode italienne le greffon pris sur la main ou l’avant-bias est appliqué sur la partie à combler tout en conservant pendant un cerlain temps une partie de ses connexions avec son organe primitif, d’où position gênante. Dans la grelîe d’Ollier des lambeaux de peau décollés an rasoir sont collés sur la plaie. i
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- Fig. 2. — Plaie de la région orbitaire; perte de l’œil; destruction d’une partie de la face et des paupières. (Opéré du Dr Morestin.)
- vra que leur mise en œuvre est liée à un facteur dominant, le temps. Il ne faudrait en effet pas croire qu’une restauration faciale est entreprise dans une même opération et réalisée en un seul jour, chacun des temps de réparation nécessite un acte chirurgical individuel et l’ensemble demande, pour le patient, un courage soutenu.
- Méthodes particulières de réparation. — Nous savons que, si un seul organe peut être lésé, le plus souvent cependant en chirurgie de guerre les plaies de la face intéressent des organes différents. Quelle que soit l’étendue des lésions, chaque région anatomique a des méthodes particulières de réparation; nous sommes ainsi amenés à étudier les réparations du nez, de la joue, celles de l’orbite et de ses annexes, enfin celles de la bouche auxquelles sont liées les méthodes de reconstitution de la mâchoire e,t des dents.
- La réparation du nez peut être obtenue par des méthodes très différentes : les petites pertes de substance, surtout à la pointe, sont avantageusement réparées à l’aide d’une greffe italienne de la main, qui possède sur celle du bras l’avantage de donner un greffon rosé et non jaunâtre, mais a l’inconvénient de nécessiter une immobilisation prolongée et gênante; au contraire, toutes les pertes étendues relèvent de la méthode indienne. Un lambeau triangulaire à charnière inférieure est taillé au niveau du front, par rabattement et retournement on l’amène en place épiderme à la superficie et on le fixe aux
- bords de la plaie. Pendant longtemps la charpente du nez était reconstituée au moyen de corps étrangers à demeure, M. Morestin emploie comme squelette du nez une baguette cartilagineuse qu’il glisse préalablement, plusieurs jours auparavant, sous la peau du front, au moyen d’une petite incision sus-orbitaire, c’est là un progrès. Le lambeau greffon est ultérieurement taillé avec, pour axe, le cartilage que l’on fixe en haut au périoste du frontal et que l’on engage en bas dans l’auvent nasal. Il faut insister cependant sur l’importance des retouches secondaires et successives qui aboutissent à l’effacement des cicatrices voisines et de la cicatrice d’emprunt du lambeau.
- Les réparations du massif de la joue ne peuvent être entreprises qu’autant que la suppuration particulièrement abondante dans ces cas est tarie. Dans un premier temps on procédera à la réduction des cicatrices en les extirpant, et, si besoin est, on remplacera les masses profondes détruites par des greffes appropriées ostéopériostiques, cartilagineuses ou graisseuses ; ce n’est qu’ultérieurement et par combinaison des méthodes indienne et française et par des retouches que l’on sera à même de restituer les téguments dans leur intégrité. Il faut, pour arriver à ce but, prendre au niveau de la tempe et surtout de la joue des lambeaux importants. Au niveau de la face plus que partout ailleurs il est indispensable de procéder par opérations successives, réalisant, suivant l’expression de M. Morestin, la réduction graduelle des difformités tégumentaires.
- Fig. 3, — Le même après réparation de la joue et des paupières.
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- LES MERVEILLES DE LA CHIRURGIE REPARATRICE == 121
- La cavité de Vorbite et ses annexes peuvent aussi nécessiter des restaurations, et si malheureusement il est impossible pour nous de rendre la vue à un œil aveugle, on a le moyen de remplacer l’œil disparu par une prothèse qui en assure l’illusion objective; il est au contraire relativement aisé de reconstituer le contour de la bosse et de la saillie orbitaire et il est possible de restaurer les paupières.
- Les réparations de la bouche présentent une importance particulière du fait qu’à sa restauration est liée la fonction de mastication.
- Aussi la conduite du spécialiste devra-t-elle être toujours guidée par le souci de ne pas nuire à cette fonction et de la faciliter dans la mesure du possible. Or, plaie de la bouche équivaut généralement à lésion de la mâchoire et des dents, parfois même il existe une lésion •du voile du palais. Dans ce dernier cas il est de toute première importance de la réparer pour éviter au porteur les inconvénients et les dangers d’un véritable bec-de-lièvre, c’est là d’ailleurs une tâche délicate et qui comporte des règles chirurgicales des plus complexes. Quant aux lésions des mâchoires et des dents elles soulèvent des difficultés multiples.
- Avant la guerre les cas peu nombreux, somme toute, de lésions du maxillaire inférieur étaient dans leur ensemble traités avec les appareils et suivant les méthodes préconisées par Claude Martin et l’œuvre de ce prothëtiste de génie a pour beaucoup contribué à soulager les blessés; c’est, que le rôle de la prothèse est considérable, capital
- même dans cet ordre de lésions, ainsi que permet de l’espérer la définition même de cette science (Q.
- La prothèse pourra être immédiate et, par la mise en place d’un appareil au niveau de la perte de substance osseuse, viser soit à l’immobilisation de la fracture, soit à empêcher la rétraction cicatricielle. La prothèse pourra être tardive et viser après cicatrisation à la réduction des brides fibreuses, puis au remplacement du fragment disparu. Une série d’appareils répondent à ces méthodes, leur seule énumération même serait trop longue. L’un des modèles lés plus simples est réalisé par une gouttière métallique qui engaine les dents et fixe lès fragments fracturés de la mâchoire. S’il est en outre nécessaire de ramener au contact, en bonne position, des fragments déviés écartés ou chevauchant,on combine avecl’appareild’immo-bilisation un organe de traction. Une description de ces appareils sortirait du cadre de cet article, ils sont d’ailleurs dans leurs grandes lignes des créations de la pratique civile, mais la pratique de guerre a fourni des éléments nouveaux d’importance capitale.
- Un blessé atteint de fracture de la mâchoire doit être tout d’abord immobilisé et cela pour éviter douleurs et complications : les formations dentaires assurent ce résultat près de la ligne de feu, en fixant l’une à l'autre les arcades dentaires supérieure et inférieure,
- 1. Des moyens et artifices d’adiouster ce qui défaut naturellement ou par accident. (Ambroise Paré.)
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- 122 —. LES MERVEILLES DE LA CHIRURGIE RÉPARATRICE
- l’alimentation est rendue possible malgré tout, grâce à des artifices particuliers; en outre les fractures ; de la mâchoire doivent être traitées comme toute ( fracture, c’est-à-dire débridées et débarrassées des i esquilles libres et des débris.
- Le second temps, celui de la réparation, ne com-| mence que dans les centres de l’intérieur; ses deux buts principaux seront d’assurer la solide continuité de la mâchoire et la correspondance ou ' engrènement des dents opposées, c’est-à-dire Yarti-culé ou articulation des dents. Dans la grande majorité des fractures avec faible perte de substance osseuse, ce résultat est obtenu avec de bons appareils d’immobilisation (x) qui, maintenant la coaptation en bonne position des fragments, facilitent leur consolidation, c’est-à-dire le rétablissement de leur solide continuité. Du même coup d’ailleurs on satisfait à la deuxième obligation, celle de rétablir l’articulé qui est peu modifié dans ces cas; enfin en dernier lieu les dents disparues seront rétablies à l’aide d’un appareil prothétique qui reconstitue leur surface triturante.
- En somme, si la conduite à suivre parait simple dans les cas de fracture avec faible déplacement, il n’en est plus de même lorsque la mâchoire inférieure est détruite sur une large étendue ; on est alors amené à opter pour une des deux éventualités suivantes : obtenir la consolidation en sacrifiant l’articulé (2), rétablir la concordance des dents en sacrifiant la consolidation de la fracture.
- Il faut prendre position; le problème est résolu de manière différente, suivant l’importance attachée aux conséquences inévitables du choix effectué dans les méthodes de traitement. Il est, en effet, des praticiens qui préfèrent la solidité, condition indispensable d’une bonne mastication, et d’autres, au contraire, dont l’opinion est que rien ne sert d’avoir une mâchoire solide si les arcades dentaires ne concordent pas; les premiers auront avant tout en vue d’éviter l’absence de consolidation ou pseudarthrose, les seconds tenteront par tous les moyens de rétablir la concordance. Le but étant atteint dans un sens ou dans l’autre, il faudra s’efforcer de pallier aux inconvénients qui en sont la conséquence nécessaire; c’est dire que les premiers chercheront à recréer un engrènement possible en tentant l’expansion de la mandibule, l’élongation du bal au moment de la
- L Gouttières métalliques ou appareils à tige.
- 2. Surtout dans les fractures latérales.
- consolidation et dans les cas extrêmes en surajoutant à l’arcade en discordance une arcade supplémentaire prothétique qui engrène avec son homologue de l’autre mâchoire. Les seconds, de leur côté, tenteront de s’assurer par de multiples méthodes une solidité suffisante de la mâchoire. Ils emploieront dans ce but les appareils prothétiques amovibles ou fixes, externes ou enfouis dans les tissus qu’ils compléteront par un système de bielle, dans les cas de fracture latérale intéressant le jeu physiologique des mouvements de la mâchoire; mais en présence des résultats remarquables obtenus dans quelques cas par le procédé chirurgical des greffes, il semble que, dans l’avenir, la prothèse doive être remplacée par l’intervention sanglante et la mise en place de greffons soit cartilagineux, soit ostéo-périostiques.
- La fonction de la mastication ne peut être d’ailleurs rétablie au mieux des circonstances que par l’adjonction d’un appareil réalisant la surface triturante des dents absentes. Dans les grandes destructions il y a lieu de recourir aux .appareils amovibles en caoutchouc vulcanisé. ïft-, ; ;
- La fonction de mastication rétablie, il faut viser à l’esthétique : l’allure générale du visage sera d’ailleurs très améliorée par les soins maxillo-dentaires, mais il y a lieu en outre d’agir sur les lésions cutanées par les moyens déjà indiqués.
- Dans l’ensemble toutes ces restaurations de la face donnent au repos des résultats voisins du parfait : l’aspect est moins satisfaisant « en mouvement », on le conçoit, en pensant que, s’il est possible de restaurer la continuité des tissus et les contours, il est impossible d’ordonner le sens et la direction des muscles peauciers de la mimique. Contentons-nous des résultats acquis, ils sont par eux-mêmes fort beaux.
- Les figures qui accompagnent cet article montreront mieux qu’aucune description, les merveilles accomplies dans les centres de prothèse maxillo-faciale, elles parleront d’une façon particulièrement éloquente, et établiront que si la légende de l’invalide à la tête de bois est un mythe, la pratique chirurgicale et dentaire est arrivée à accomplir des ’ merveilles pour effacer les traces des blessures d’une région destinée à être constamment découverte.
- A.-C. Guillaume
- Fig. 6. — Bielle articulée avec surfaces articulaires (M. Bosa-no). Le bras inférieur de cette bielle est une barre d'argent coiilé, munie de surfaces articulaires qui concourront à la mastication et fixeront l'occlusion
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- L’UTILISATION MÉNAGÈRE DES FRUITS, SANS SUCRE
- V. — Les jus de pommes concentrés, gelées et pommées.
- Pour compléter ma rapide étude des produits de transformation de la pomme, le fruit qui, par ses innombrables variétés tant pour la table que pour le pressoir, nous en fournit le plus et pendant tout le cours de l’année, il me reste à parler des jus ou sirops concentrés, gelées, pommées, cidres et vins de pommes. Je vais m’occuper aujourd’hui des trois premiers produits.
- I. Jus ou sirops concentrés. — Il en existe, aujourd'hui, deux sortes, en raison de leur origine : a) les fruits de table; b) les fruits à cidre. Je vais en donner la préparation qui est quelque peu différente à cause de leur composition chimique.
- a) Jus ou sirop concentré (le pommes de table. — Il n’a été guère préparé qu’à l’étranger et notamment aux États-Unis, et c’est de ce pays que je tire le procédé suivant, car, au point de vue ménager, les premières indications détaillées me paraissent dues au chimiste américain H.-G. Gore(1). Je les résume en les adaptant à la confection d’un litre de ce sirop américain tel qu’il résulte de la concentration de 7 litres de jus naturel pur.
- On verse ces 7 litres de jus, indemnes de toute fermentation, dans une bassine pouvant contenir 10 litres environ, afin que la mousse qui se forme au cours de l’opération ne puisse déborder; on désacidifie en y mélangeant à froid et par fraction 32 gr. de carbonate de chaux lavé et pulvérisé et l’on porte à l’ébullition pendant quelques minutes, on écume. On verse ensuite le jus un peu refroidi dans de grandes cruches ou jarres en verre permettant d’observer l’état du liquide qu’on laisse déposer jusqu’à ce qu’il soit parfaitement clair. On décante alors la partie surnageante dans la bassine bien nettoyée en ayant soin de ne point entraîner de dépôt. On y ajoute une cuiller à thé rase de carbonate de chaux, on mélange et l’on porte à l’ébullition rapidement en veillant à ce que le liquide, qui mousse encore plus que dans la première chauffe, ne s’échappe pas de la bassine. On écume et l’on continue l’ébullition jusqu’à ce que la température monte à 104° C., ou ce qui est plus pratique pour la ménagère, jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’un septième du volume primitif, ou encore jusqu’à ce qu’une petite quantité rapidement refroidie et versée avec une cuiller coule avec une consistance sirupeuse, mais sans prise de gelée. J’estime que ce point doit correspondre entre 30° et 32° du pèse-sirop.
- On verse le liquide dans les vases déjà indiqués où on le laisse refroidir très lentement. Cette len-leur est importante pour la préparation d’un sirop
- 1. Apple sirup and concentrated cider ; ncw products for utilizing surplus and cuti apples (from Yearbook of Department of Agriculture for 1914).
- limpide, parce qu’elle permet au malate de chaux et aux substances coagulables de se déposer complètement. Le dépôt bien rassemblé, on décante soigneusement le sirop dans un chaudron, on le porte presque à l’ébullition et on le verse chaud dans des flacons à conserve stérilisés que l’on bouche aussitôt avec le système de fermeture qui leur est spécial. On peut aussi le verser, après refroidissement, dans des bouteilles que l’on stérilise, et bouche comme dans le cas des fruits.
- Le sirop obtenu dans ces conditions est un liquide clair variant du rouge vermeil intense à des nuances plus claires, en raison de la nature des pommes d’où provient le jus; il possède un goût délicat et particulier assez semblable à celui que prend le sucre d’une pomme cuite au four.
- Aux États-Unis, on l’emploie comme tous les autres sirops de table ; on peut aussi l’étaler sur le pain pour le goûter des enfants et lé faire entrer comme adjuvant ou condiment savoureux dans la confection des poudings ou autres desserts dont je ne puis donner la formule, pour ne point abuser de la place.
- b) Jus ou sirop concentré de pommes à cidre. — À n’envisager que le côté français, il est connu depuis une époque très reculée dans nos régions cidricoles, parce qu’il constituait la première phase de la confection de la « pommée », mais sa préparation n’était pas sortie de la cuisine des ménagères rurales : les livres spéciaux n’en parlaient pas. Sous la contrainte des nécessités créées par l’état de guerre, ce jus, aujourd'hui, joue un grand rôle alimentaire tant au point de vue industriel que ménager.
- On en fabrique industriellement depuis deux ans dans quelques confitureries de Bretagne ; la concentration se fait dans le vide et à basse température, afin de conserver au jus le plus de fruité possible ou, tout au moins, de lui éviter le goût de cuit ainsi qu’une coloration brune résultant de la caramélisation des sucres en solution.
- M. Warcollier a obtenu en 1909, en utilisant des appareils à concentrer le lait, des jus de très forte concentration sans production de goût de cuit. Ces jus, dont la concentration représentait huit fois leur volume de moût primitif, renfermaient 500 et même 650 gr. de sucre total par kilogramme.
- Au point de vue ménager, le premier procédé connu me paraît dû à deux chimistes anglais MM. B. T. P. Barker et Otto Grove de The national Fruit and Cider Instilute à Long Ashton près Bristol, qui l’ont publié, en 1914 ('), après une étude des principales variétés de pommes à cidre
- 1. Cider apple jelly without sugar in The annual Report of the Agricultural and llorticultural Research Station, 1914
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- 124 : UTILISATION MENAGERE DES FRUITS, SANS SUCRE
- anglaises, douces, amères-douces, acerbes. Bien que ces trois catégories, entre les mains d’un chimiste, puissent seules ou eh mélanges en proportions convenables donner de bons produits, je conseillerai aux ménagères, pour qu’elles soient à peu près certaines de la réussite, de n’opérer que sur des variétés douces, et, en particulier, sur les suivantes qui sont répandues dans les principaux centres cidriers ; Binet blanc, Bouteille, Marin-Onfroy, Peau-de-Vache, Rouge Bruyère, Rousse de l’Orne ou de la Sarthe, etc., et, d’une façon générale, sur celles qui, dans toutes les régions, ont leur nom précédé du qualificatif « Doux » ou « Douce ».
- Voici une adaptation résumée de ce procédé ramené à l’obtention d’un litre de jus concentré. Il ne diffère essentiellement de celui des pommes de table que par l’absence de désacidification et par la réduction au 1/5 au lieu du 1/7 du volume primitif du jus. La raison de la non-neutralisation est due à ce que les pommes à cidre contiennent bien moins d’acidité et beaucoup plus de matières pec-liques que les pommes de table.
- Versez 6 litres de jus pur et limpide, sortant du pressoir, dans une bassine plate, portez à l’ébullition à feu nu jusqu’à ce que le jus soit réduit entre le 1/5 et le 1/6 de son volume primitif, ou encore lorsqu’il marque entre 30° et 32° au pèse-sirop; écumez, puis mettez dans des bouteilles stérilisées bouchées hermétiquement, comme il a déjà été indiqué et conservez dans un endroit frais.
- Il peut arriver que les jus de certaines variétés mucilagineuses et très mûres produisent au cours de l’ébullition un trouble plus ou moins épais par suite de la coagulation d’une partie des principes albumino-pectiques ; il y aurait lieu, alors, lorsque la réduction serait arrivée au tiers, environ, de clarifier le jus au moyen d’un ou de deux blancs d’œufs battus en neige, et, la clarification terminée, de continuer l’opération comme ci-dessus.
- Le liquide ainsi obtenu constitue un sirop épais qui ne se prend pas en gelée, et il possède une couleur d’autant moins brune et un goût d’autant plus fin qu’il a subi moins longtemps l’action directe du feu. Aussi, n’étaient, à la ville, la pénurie du charbon et la longueur de la préparation, la ménagère ferait un produit beaucoup plus beau et fruité, si elle pouvait le préparer au bain-marie ou dans une bassine à double fond. Mais à la campagne, où le bois abonde, elle peut y recourir.
- Ce jus est susceptible non seulement des divers emplois signalés à propos du jus de pommes de table, mais il peut encore servir à la propagation du cidre sans alcool que réclament les ligues de tempérance, à la fabrication, à toute époque de l’année, après addition d’eau et de levure, d’une boisson analogue au bon cidre, à la confection de gelées et de pulpes de fruits dont il est le principal adjuvant quand elles sont de second choix.
- II. Gelées. — Jusqu’en 1913, sauf en Belgique
- et en Allemagneoù les pommes douces entrent depuis très longtemps dans le « Beurre de Pommes » et 1’ « Apfelkraut », on ne connaissait que la gelée de pommes de table toujours préparée avec du sucre, excepté, cependant, aux États-Unis où on la confectionne depuis plus d’un demi-siècle par la concentration du jus de ces pommes. Il est vrai que, lors de la fabrication de la « pommée », il aurait suffi de réduire un peu plus le sirop de pommes et de le laisser refroidir pour obtenir une gelée, mais on ne le faisait pas, et l’on peut avancer que, au point de vue ménager, c’est seulement depuis que les chimistes anglais Barker et Grove ont étudié cette question, que l’on a un procédé pratique de faire de la gelée de pommes à cidre. Ils l’ont modifié récemment pour en abréger la durée et assurer la prise de gelée; en voici l’adaptation ramenée à 1 litre de gelée.
- Gelée (le pommes à cidre. — On mélange à 6 litres de jus de pommes non fermenté, 5 petites tasses à thé de marc finement divisé, provenant des mêmes fruits, on verse la mixture dans une bassine, on porte à l’ébullition et on laisse mijoter une demi-heure à une heure. On passe à la chausse et on fait bouillir le liquide limpide, aussi rapidement que possible, jusqu’à ce qu’il soit réduit au 1/6 du volume primitif. Cette concentration suffit généralement avec un grand nombre de variétés riches en matières pectiques, mais on est encore plus sûr quand on la pousse jusqu’au 1/7. J’estime qu’une cuisson, continuée jusqu’à ce que le sirop pèse chaud entre 52 à 55° au pèse-sirop, sera plus pratique pour la ménagère, qui devra du reste s’assurer, avant de la mettre en pots, qu’elle se géléifie bien par refroidissement.
- Pour la beauté et la qualité de la gelée, il vaut mieux opérer comme je l’ai déjà dit pour le jus concentré; pour être plus sûr d’avoir une gelée très claire, il faut, avant de le chauffer, mélanger au jus un blanc d’œuf battu en neige, puis le marc de pommes et opérer ensuite comme il est indiqué ci-dessus ; le coagulum formé n’est enlevé que lorsqu’on passe le jus à la chausse.
- Gelée de pommes de table. — Sa préparation ne diffère de celle du jus concentré du même genre de fruits que par un plus grand épaississement que l’on doit poursuivre jusqu’à ce que la prise de gelée ait lieu par refroidissement. Comme pour la gelée de pommes à cidre, la cuisson à la nappe, c’est-à-dire entre 52 à 53° au pèse-sirop, me paraît le meilleur moyen d’y parvenir. Il importe d’opérer autant que possible dans une bassine plate pour que la réduction se fasse plus rapidement : une ébullition prolongée nuit à la géléification, parce qu’elle transforme les principes pectiques dissous en composés peu géléifiables, en même temps qu’elle caramélise une partie des sucres et fait évaporer presque tout le parfum.
- III. Pommées. — Il en existe plusieurs genres, qu’on appelle aussi, selon les régions cidrières,
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- ACADÉMIE DES SCIENCES .—......... — 125
- raisiné de Normandie ou compote normande aux pommes, mais le nom de « pommée » est plus particulier à la Normandie. Selon son mode de préparation, c’est une confituregOu une marmelade ; le procédé que j’indique, et que j’ai vu pratiquer dans le département de l’Eure, donne une confiture; c’est, d’ailleurs, la pommée composée la plus simple.
- On prend du cidre pur sortant du pressoir et aussi clair que possible, on le verse dans une bassine en cuivre bien étamée, on le fait bouillir jusqu’à ce qu’il soit réduit de moitié et, pendant ce laps de temps, on l’écume pour enlever le coagulum et la mousse qui se forment en assez grande abondance. À ce moment, on y ajoute des pommes à cidre pelées, évidées et coupées par quartiers, en quantité telle, que la totalité soit complètement recouverte par le liquide. On les fait cuire en les laissant mijoter pendant plusieurs heures, en raison de la dureté des pommes et de la quantité, mais souvent 6 à 8 heures. Pendant cette cuisson, on a soin de remuer légèrement les quartiers, de manière à éviter qu’ils n’attachent au fond de la bassine et ne perdent leur forme, sans quoi ils constitueraient une marmelade et non une confiture.
- Les ménagères des campagnes, car ce sont elles surtout qui préparent la pommée, poussent la cuisson jusqu’au moment où les quartiers peuvent être facilement traversés par un fétu de paille et qu’une cuillerée du sirop versée sur une soucoupe se prenne en gelée par refroidissement. On verse alors la pommée dans des pots en grès plutôt qu’en porcelaine et on les bouche et conserve à la manière ordinaire.
- Obtenue ainsi, et maintenue dans un endroit froid et sec, la pommée conserve toute sa qualité et sa belle coloration rouge-brun pendant un à deux ans.
- Dans le département de l’Eure, la pomme préférée est la Binet blanc, pomme très douce, moyennement juteuse, assez parfumée et bien sucrée quand elle est mûre à point.
- Dans d’autres centres, on confectionne une pommée composée en y faisant entrer des poires et des coings, parfois, aussi, de petits quartiers de melon et de citrouille, mais je ne l’ai pas constaté. En Picardie, on a préparé pendant longtemps « une compote normande aux poires », « une poirée ». Elle n’était composée que de ces fruits et plus spécialement de la poire à cuire Fusée.
- À. Truelï.e.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séances des 16
- L'appareil à venin des serpents. — Deux notes sont consacrées à ce sujet, l’une par M. G. Boulanger, l’autre par Mlle Marie Phisalix. Celte dernière montre combien il faut attacher peu de valeur à l’appareil venimeux et à l’action physiologique des venins dans la classification des serpents. On a eu longtemps trop de tendance à ne considérer comme venimeux que les serpents dont la morsure pouvait nuire à l’homme. Aujourd’hui la fonction venimeuse apparaît comme l’exagération d’une fonction normale du protoplasme des organismes monocellulaires ou de certains tissus et on est conduit à la dégager des appareils par lesquels elle se manifeste vis-à-vis des animaux. Les venins des serpents ne se ramènent pas à deux types fixes et absolus. L’immunité ne peut fournir qu’une présomption pour la ressemblance des serpents. La disposition des organes producteurs de venin, l’évolution indépendante des appareils inocula-teurs, la physiologie des venins et les phénomènes d’immunité naturelle que présentent les animaux venimeux ne peuvent être d’aucune utilité, d’aucun emploi rationnel dans la classification.
- La coagulation du latex d'Hevea. — Le latex d’IIevea est blanc comme du lait. Abandonné à lui-même, il jaunit et se coagule en 48 heures par le développement des bactéries. Cette coagulation spontanée est un des plus anciens moyens connus de recueillir la gomme brute ou le caoutchouc. MM. Denier et Yernet ont isolé 26 espèces aérobiques et un microbe anaérobique. L’un de ces bacilles, ensemencé dans des cuves de latex, permet d’obtenir la coagulation complète du caoutchouc en 24 heures. Les résultats de ce procédé artificiel sont
- et 23 juillet 1917.
- excellents en ajoutant un peu de sucre qui empêche le développement de grands bacilles très aérobiques gênant la coagulation. Il faut éviter l’emploi de cuves en zinc qui exercent une action toxique sur les microorganismes.
- Les nappes géologiques de la Basse Provence. — Un grand intérêt théorique s’attache à cette région sur laquelle a porté l’un des travaux les plus célèbres de Marcel Bertrand. Elle est fort compliquée, en sorte qu’une série d’explications contradictoires ont pu être nécessairement proposées. Le percement du tunnel de Gardanne a contribué à inspirer à leur sujet quelque scepticisme. Fournier avait affirmé qu’on y recouperait le Trias, on ne l’a pas rencontré; mais, par contre, Marcel Bertrand donne comme conclusion importante de sa thèse, la probabilité qu’on n’y traverserait pas l’Aptien et on en a recoupé 1500 mètres. Aujourd’hui, M. Haug émet une nouvelle hypothèse, suivant laquelle il y aurait là une grande nappe charriée dont la racine serait aujourd’hui au large sous la Méditerranée.
- Emploi de l’anhydride carbonique dans le choc traumatique. — M. William Townsend Porter montre que l’embolie graisseuse est la cause la plus fréquente du choc qui se produit, notamment après les fractures des gros os (spécialement du fémur). Dans le choc, le sang s’accumule dans les veines abdominales et un traitement logique exige qu’il soit dirigé, du système portai anormalement congestionné, dans les artères. L’auteur a obtenu de bons résultats par des inhalations d’anhydride carbonique.
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- LE DÉCAPAGE DES METAUX
- Au cours de leur fabrication, les munitions doivent subir de nombreux de'capages. Le décapage a pour but de débarrasser la pièce métallique des oxydes formés à sa surface ; il est appliqué toutes les fois qu’on doit obtenir une surface nette, soit qu’on veuille la protéger au moyen d’un enduit, déposé électrolytiquement par exemple, soit qu’on veuille soumettre la pièce à une nouvelle opération métallurgique, comme un emboutissage.
- Le décapage peut se faire au jet de sable, mais, le plus souvent, il est pratiqué chimiquement, en plongeant les pièces dans un bain acide, plus ou moins étendu, qui dissout les oxydes et détache les croûtes « calaminées ». Le décapage chimique est préféré parce qu’il est peu coûteux et d’une application extrêmement aisée; il suffit d’un matériel très simple, facile à trouver ou à réaliser, et d’une main-d’œuvre peu habile, nullement spécialisée. Aussi conçoit-on qu’il se soit généralisé et qu’il soit employé dans presque toutes les usines consacrées à la fabrication des munitions. Malheureusement, il entraîne à une consommation d’acide sulfurique, qui est devenue formidable en raison du nombre toujours croissant de munitions fabriquées. Gomme, d’autre part, pour faire face à d’autres besoins de la guerre, tout aussi pressants, on consomme déjà une quantité considérable d’acide sulfurique — pour la fabrication des explosifs notamment — on s’est demandé si le décapage chimique ne pourrait pas être obtenu avec un autre, produit que l’acide sulfurique.
- On a songé au sulfate acide de sodium, le bisulfate de soude des soudiers, déjà essayé autrefois, avec plus ou moins de succès, mais abandonné à cause du bon marché et de la grande commodité de l’acide sulfurique auquel, d’ailleurs, on était habitué, Le bisulfate de soude est un sous-produit surabondant, gênant, de la fabrication de l’acide azotique nécessaire à la préparation des composés nitrés que sont les poudres et les explosifs modernes;
- On en produit d’autant plus qu’on fabrique plus de munitions. Il était rationnel de chercher à y recourir. Quelques industriels l’ont essayé; presque tous ceux qui ont conduit leurs essais avec méthode et ont fait preuve de bonne volonté ont réussi et s’en trouvent bien. Leurs façons d’employer le bisulfate de soude sont cependant souvent fort différentes : les uns opèrent à froid, les aulres à chaud; les uns emploient la dissolution de bisulfate telle quelle jusqu’à épuisement; les aulres la revivifient en y ajoutant du bisulfate après chaque décapage. Toutefois, avant d’interdire toute livraison d’acide sulfurique aux décapeurs et de rendre en quelque sorte obligatoire l’usage du bisulfate de soude comme décapant, il était prudent d’étudier les différents procédés déjà en usage, de déterminer le meilleur et de rechercher, le cas échéant, un mode
- AU BISULFATE DE SOUDE
- d’emploi supérieur à tous les autres ou applicable dans tous les cas. Cette étude a été jugée nécessaire et entreprise par le chef d’escadron Nicolardot, du Service de l’Artillerie qui vient de publier une sorte d’instruction sur les meilleurs modes d’emploi du bisulfate de soude comme décapant(J).
- Le bisulfate de soude peut être considéré comme formé de sulfate neutre et d’acide sulfurique. On a en effet :
- 2(S0*NaH) = SOH2 H- SOW.
- bisulfate de acide sulfate neutre
- soude. sulfurique. de soude.
- Cette réaction se produit lorsqu’on a dissous le bisulfate dans l’eau : il y a hydrolyse. Si la solution est assez concentrée, au bout d’un temps plus ou moins long, même à la température ordinaire, le sulfate neutre cristallise en s’emparant de sept molécules d’eau. L’eau-mère renferme tout l’acide sulfurique; elle est saturée de sulfate neutre, qui ne gêne nullement, et elle peut remplacer l’acide sulfurique dans presque toutes les applications industrielles où il est employé plus ou moins dilué, dans le décapage, en particulier. Toutefois, pour celte opération, il faut prendre quelques précautions si l’on veut éviter certains petits accidents et obtenir un bon rendement. Il convient de remarquer que la valeur du bisulfate est insignifiante tandis que celle du sulfate neutre, produit marchand, est relativement élevée.
- On augmente la concentration de l’eau-mère en acide, on la diminue en sulfate neutre et on augmente, par suite, le rendement en sulfate neutre en préparant, à chaud de préférence, une solution aussi concentrée que possible en bisulfate et en exposant cette solution au froid de la nuit pendant laquelle se fait la cristallisation du sulfate neutre.
- La diminution de la quantité de sulfate neutre passée dans F eau-mère, résulte de plusieurs causes. L’eau-mère est plus concentrée en acide sulfurique, du fait qu’on a employé un volume d’eau plus petit pour faire la dissolution; elle est à température plus basse et ces deux raisons font que la solubilité du sulfate neutre est moindre. La solubilité serait-elle la même, qu’il y aurait encore bénéfice à opérer comme nous l’avons dit, puisque F eau-mère étant saturée de sulfate neutre, en retient une quantité totale d’autant plus faible que son volume est plus petit.
- Voici, d’après M. Erckmann, les résultats auxquels on est arrivé en faisant varier la concentration et la température et en opérant dans des conditions comparables à celles de la pratique industrielle.
- Une solution préparée de façon à renfermer 100 grammes de bisulfate anhydre (SO*NaH) par
- 1. Section technique de l’Artillerie. Note sur le décapage au bisulfate de soude, par le chef d’escadron .P. Nicolardot, directeur du Laboratoire de Chimie.
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- LE DÉCAPAGE DES MÉTAUX AU BISULFATE DE SOUDE
- 127
- litre ne laisse pas déposer de cristaux en quantité appréciable, même a la température de 0°, au bout d’un temps suffisamment court.
- Au bout de quelques heures, en opérant à une température comprise entre -+- 5° et H-5°, des solutions préparées de façon à renfermer 200, 500 ou 400 gr. de bisulfate par litre laissent déposer respectivement par
- Coùr
- OU
- Localfroid
- \\Eau froide
- hf B
- 1!
- 3
- 4®
- L®~: dissolution du bisulfate et séparation du sulfate neutre
- Fig. i. — Plan schématique'd'une installation pour le décapage au bisulfate de soude avec récupération du sulfate neutre.
- litre : 147 à
- 175 gr., 273 à 312 gr., 575 à 413 gr. de sulfate neutre cristallisé (S0*Na*.7H*0).
- En même temps, le sulfate neutre de soude, empruntant près de 40 pour 100 d’eau à la solution pour cristalliser, on obtient une solution qui renferme respectivement par litre : 68 gr.,
- 98 gr., 190 gr., d’acide sulfurique SOiâl2. D’après lar quantité de bisulfate employée, on devrait
- trouver 70 gr., 99 gr. et 140 gr. Pour la solution à 400 gr. de bisulfate par litre, l’eau-mère s’est donc enrichie en acide : il y a eu concentration et concentration notable. Ces résultats, qui représentent un minimum de réussite, sont ceux sur lesquels l’industriel peut compter, bien qu’au laboratoire, on puisse en obtenir de bien meilleurs.
- Il semblerait qu’on puisse pousser plus loin la concentration : cependant il n’y a pas intérêt à préparer des solutions renfermant plus de 450 gr. de bisulfate par litre car, faute d’une quantité suffisante d’eau, l’hydrolyse se produit moins bien et il ne se forme pas beaucoup plus de sulfate neutre; d’ailleurs la cristallisation devient confuse et il est difficile de débarrasser les cristaux de leur eau-mère.
- Les accidents qui ont été observés dans certaines usines, quand on a essayé d’y remplacer l’acide sulfurique par le bisulfate pour le décapage, sont de deux sortes : des rayures produites sur les poinçons
- Local clos
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- Atelier de décapage proprement ail
- Fig. 2. — Dissolution du bisulfate de soude à la fin de la journée de travail.
- et matrices pendant l’emboutissage, opération qui alterne avec les décapages ; un moins bon décapage, les parties « calaminées », par exemple, ne se détachant pas aussi aisément.
- Les rayures, qui provoquaient une usure rapide du matériel, peuvent être dues au sable fin que renferme quelquefois le bisultate; ce sable reste
- en suspension dans le liquide décapant si on se contente d’employer telle quelle la solution de bisulfate dans l’eau, et peut se déposer ensuite sur les pièces à décaper. Mais les rayures paraissent provoquées surtout par la présence sur ces pièces d’une mince couche cristalline de sulfate double de fer et de soude. Cette couche, très adhérente, est aussi la cause d’un décapage
- moins bon, car elle empêche la pénétration du liquide décapant jusqu’au métal à travers la « calamine ».
- Cette cristallisation sur les pièces à décaper ne se produit que si on a mal opéré : elle résulte dé la tendance du sulfate neutre à cristalliser, et à former, avec le sulfate de fer dissous produit au cours du décapage, un sel double moins soluble encore que le sulfate de soude. On l’évitera : 1° en employant comme liquide décapant l’eau-mère très concentrée préparée, comme il a été dit, mais étendue d’eau ensuite; 2° en opérant le décapage à chaud; 5° en rejetant le liquide décapant avant qu’il ne se soit trop enrichi en sulfate de fer.
- Le plan schématique ci-joint (fig. 1), indique ce que devrait être une installation dans laquelle on décaperait à chaud des ébauches d’obus de 75 en supposant une seule équipe travaillant de jour seulement et faisant toutes les opérations du décapage.
- Fig. 3. — Sulfate neutre 'Cristallisé le lendemain, à la reprise du travail.
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- 128 z= LE DÉCAPAGE DES MÉTAUX AU BISULFATE DE SOUDE
- Yoici comment on procède pour la préparation de la quantité de liquide décapant nécessaire à une journée de travail. On fait d’abord une solution contenant par exemple 450 gr. de bisulfate par litre ; on étend ensuite l’eau-mère de la moitié de son volume d’eau.
- Le soir, une heure par exemple avant la fin de la journée, les quatre bacs B, placés à l’extérieur, sont chargés de bisulfate de soude. On y fait arriver, en pluie, de l’eau chaude (fig. 2), provenant d’un réservoir A qui a été chauffé au moyen de chaleurs perdues, toujours abondantes dans une fabrique de munitions. Le bisulfate, qui est en morceaux assez gros, très durs et compacts, est placé sur un panier à claire-voie comme le montre la ligure 2. La dis -
- chaude provenant du réservoir A, et à la distribution du liquide propre au décapage ainsi préparé.
- Le décapage proprement dit a lieu dans des baquets E, qui peuvent être faits de tonneaux coupés en deux. En F, on rince les ébauches décapées.
- Tous les bacs et baquets B, C, D, E, F, qui contiennent un liquide acide, peuvent être en bois: pour assurer leur conservation il suffit de les badigeonner de goudron, d’huile lourde ou de résidus industriels gras.
- Ce sont des récipients de ce genre (fig. 4) qui sont employés aux Usines Bouhey, à Saint-Ouen (Seine). Dans cet établissement, on a obtenu d’excellents résultats en opérant à froid avec une
- Fig. 4. — Le décapage au bisulfate de soude à la Société d’outillage mécanique et d’usinage d’artillerie.
- Usines Bouhey, à Saint-Ouen (Seine).
- solution est pour ainsi dire instantanée ; elle s’achève rapidement, le cas échéant, si le bisulfate baigne dans la partie supérieure du liquide quand le bac en est rempli. Quand tout le bisulfate a disparu, on ahaisse le panier à claire-voie. Le lendemain matin, à la reprise du travail, on le trouve garni de cristaux de sulfate neutre (fig. 3) ; il suffit de le soulever hors du liquide et laisser les cristaux s’égoutter.
- Si ces bacs B sont à fond incliné, on pourra y laisser l’eau-mère presque toute la journée de façon que le sable fin qu’elle peut renfermer, le cas échéant, puisse s’y déposer. On la décantera le soir, un peu avant un nouveau chargement des bacs B, et on l’enverra dans un grand bac D. Mais il est préférable de disposer un bac spécial de décantation C, entre les bacs B et ce grand bac D.
- Le bac D, chauffé par des chaleurs perdues, sert en même temps cà la dilution au moyen d’eau
- dissolution de bisulfate de soude telle quelle, non débarrassée de ses cristaux de sulfate neutre, qui est jetée lorsqu’elle a servi à trois décapages successifs, le troisième durant beaucoup plus longtemps que le deuxième et celui-ci plus longtemps que le premier. Dans ces usines, on a fait une heureuse utilisation dés chaleurs perdues : on refroidit les obus qui proviennent du four à revenir et qui sont à 500°, par un courant d’air; l’air chaud ainsi obtenu est aspiré par un ventilateur qui le refoule dans l’intérieur des obus venant de subir le décapage et d’être passés dans un bain de carbonate de soude qui neutralise la solution acide adhérente à l’obus. L’obus, dès qu’il est sec, est graissé par un jet d’huile, sans qu’il soit nécessaire de le déplacer, et cela, grâce à un système de supports et de tuyauteries fort ingénieux. Cette double opération est exécutée par des femmes (fig. 4).
- V. Lesbaudières.
- Le Gérant : P. Masson. — lmp. Lahüre, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 2292.
- 1er SEPTEMBRE 1917
- LES PERFECTIONNEMENTS RÉCENTS DE LA TELEGRAPHIE SANS FIL
- Depuis la guerre, la télégraphie sans fil a fait autant de progrès que l’aviation, mais si tout le monde connaît plus ou moins les perfectionnements de la cinquième arme, il n’en est pas de même pour la télégraphie sans fil. Lorsqu’il sera possible, sans nuire à l’intérêt de la . .
- v ' A
- An tan ne
- Défense nationale, de décrire les appareils créés par le service que dirige avec une incomparable maîtrise le colonel Ferrié, les postes d’avion du poids de quelques kilogrammes, les nouveaux montages d’émission, etc., on constatera que, dans ce domaine encore, nous avons sur nos ennemis une avance considérable.
- Sans entrer dans les détails qui n’intéressent que les spécialistes et qu’il y aurait inconvénient à décrire, nous
- pouvons indiquer le principe des nouvelles méthodes de détection et de réception des ondes.
- Lorsque les premières recherches sur l’émission d’électricité furent entreprises, expériences dont nous avons parlé en leur temps, ces considérations théoriques ont passé bien inaperçues et l’effet Edison ne semblait avoir d’autre intérêt que d’expliquer l’usure des lampes à incandescence.
- Nous allons voir quelle importance pratique ces phénomènes ont prise en radiographie et en télégraphie grâce aux travaux de Coolidge, Richardson,
- Fleming, Fessenden, Langmuir et, en France, Ferrié et les officiers du service radiotélégraphique. Mais pour comprendre l’intérêt de ces nouvelles méthodes, qui ont complètement renouvelé la réception, il faut rapidement retracer l’histoire des détecteurs.
- Le premier en date est le cohéreur de Branly, ou tube à limaille. Il consiste en un tube de verre renfermant de la limaille de fer 'placée entre deux électrodes métalliques. On a utilisé presque tous les métaux comme électrodes et comme limaille, mais il semble que l’acier ou le fer donnent les meilleurs résultats pour la confection des électrodes, la limaille de fer ou de nickel assure un fonctionnement très régulier, les limailles d’or et d’argent une plus grande sensibilité.
- La grosse difficulté est d’assurer une bonne
- 45e Année. — 2” Semestre.
- décohération par le frappeur automatique, aussi ces appareils ne donnent-ils de bons résultats que pour de faibles distances et une transmission lente des signaux.
- Les détecteurs thermiques, tels que les bolomètres et le thermogalvanomètre de Duddell repo-.sent sur un principe différent. Dans ce dernier appareil, un élément thermoélectrique disposé sous forme de cadre galvanométrique, placé dans le champ d’un électro-aimant en fer à cheval, est suspendu par un fil de quartz extrêmement fin. Lorsque l’antenne recueille les ondes hertziennes, un courant se produit qui chauffe l’élément thermoélectrique ; la variation de température des soudures donne naissance à une force électromotrice et par suite à un courant que fait dévier le cadre, comme dans le galvanomètre ordinaire. Cet appareil, qui permet d’effectuer des mesures précises, ne peut être employé que dans les laboratoires. Au contraire les détecteurs thermiques à contact solide sont utilisés couramment dans les stations de réception.
- Ils peuvent être généralement employés sans source auxiliaire, ce qui rend le montage particulièrement simple, et sont associés à un téléphone. Il existe en réalité deux catégories distinctes de détecteurs à contact solide, des détecteurs thermoélectriques et ceux fonctionnant comme soupapes et rectificaleurs de courant. Dans les premiers, on associe un métal quelconque soit avec la chalco-pyrite, ou le bioxyde de manganèse, soit avec le sulfure de cuivre artificiel ou naturel (chal-cosine). Dans la seconde catégorie, on peut ranger les contacts carborundum-métal, molybdène-métal, qui, intercalés dans un circuit à force électromotrice constante, donnent naissance, lors de l’inversion du signe de cette force électromotrice, à des courants de sens opposé. Ces appareils ont l’inconvénient de présenter une sensibilité extrêmement variable suivant les points en contact, de sorte qu’il faut les régler fréquemment pour trouver le « point sensible ». On peut donc ne rien entendre ou entendre plus
- 9. — 129
- Fig. 2. — Dispositif d’un détecteur Wenhelt.
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- 130 PERFECTIONNEMENTS RÉCENTS
- ou moins bien suivant la nature du contact.
- Les détecteurs électrolyliques ne présentent pas ce défaut et on les associe souvent aux détecteurs à contact solide pour vérifier le fonctionnement de ces derniers. Ils sont constitués par deux électrodes
- Antenne
- Fig. 3. — Montage du détecteur magnétique Marconi.
- polarisables de surfaces inégales, immergées dans un électrolyse. Aux dimensions près, l’appareil est tout à fait analogue à l’interrupteur bien connu de Wenhelt. Mais la cathode est formée par un fil de platine relativement gros N, tandis que l’anode est constituée par un électrode à la Wollaston, c’est-à-dire un fil de platine très fin scellé dans un tube de verre et ne sortant que très peu du tube. L’appareil est placé sur le circuit d’une pile auxiliaire et on dispose le circuit de réception, antenne-terre et un téléphone en dérivation aux bornes M et N. Ces détecteurs sont beaucoup plus sensibles que les détecteurs magnétiques dont nous allons dire maintenant quelques mots et constituaient avec les cohéreurs à contact solide les appareils les plus sensibles connus jusqu’à ces dernières années.
- Les détecteurs magnétiques sont basés sur le phénomène suivant, découvert par lord Rayleigh et Rutherford : lorsqu’un corps magnétique, aimanté à saturation, est placé dans un enroulement dont les spires sont le siège d’oscillations électriques, il subit une désaimantation partielle et permanente.
- Parmi les diverses réalisations proposées, nous ne signalerons que celles de Marconi. Une bobine B fixe présente un noyau constitué par un ruban ou un câble simple d’acier entraîné par deux poulies 00' formant ainsi une chaîne sans fin. Le champ magnétisant est produit par deux aimants disposés symétriquement par rapport à un enroulement secondaire, les pôles du même nom étant voisins. Le circuit de l’antenne et du téléphone est disposé comme l’indique la figure 3. Les ondes désaimantent partiellement le ruban de fer ou d’acier
- DE LA TÉLÉGRAPHIE SANS FIL —-----------------:
- et par induction impressionnent le téléphone.
- Les nouveaux détecteurs utilisent un tout autre ordre de phénomènes, l’effet Edison découvert d’abord dans les lampes à incandescence et qui peut se traduire sous la forme imagée suivante : tout métal chauffé émet une buée de corpuscules électrisés négativement d’électrons.
- Une application que nous avons décrite ici même (*) est l’ampoule à rayons X de Coolidge.
- Dans cet appareil, en effet, au lieu de se servir comme véhicule de l’électricité pour le passage du courant des molécules gazeuses restant dans l’intérieur de l’ampoule, on utilise les électrons émis par la cathode chauffée par une résistance électrique, source calorifique auxiliaire. Le grand avantage de ce système est que l’émission d’électrons est rigoureusement fonction de la température; par suite, en réglant convenablement le chauffage de la cathode, on obtient une émission de rayons X parfaitement constante et dont l’intensité peut être variée à volonté.
- Si dans l’ampoule à incandescence on introduit une plaque métallique chargée positivement, il y aura attraction par cette plaque des électrons chargés négativement, et le flux d’électricité ainsi canalisé produira un courant entre le filament et la plaque, courant qui sera permanent si la plaque est maintenue à un potentiel positif par rapport au filament. Il suffit pour cela de la relier au pôle positif d’une batterie dont le pôle négatif est connecté au filament.
- Nous venons de dire qu’à chaque température du filament correspond, par unité de temps, l’émission d’un nombre donné d’électrons. Si la différence de potentiel entre le filament et la plaque est suffisante, tous les électrons seront captés par cette dernière. Le courant recueilli a sa valeur maxima. On dit alors que l’on a atteint la saturation.
- Au-dessous de cette valeur, un nombre plus ou
- Fig. 4. — Pliolron de Langmuir.
- moins grand des électrons émis échappent à l’attraction de la plaque et le courant est plus faible. Si alors une cause extérieure vient modifier la différence de potentiel, l’attraction varie dans le même sens, d’où il résulte que le nombre d’électrons 1. Voir La Nature, n° 2027.
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- PERFECTIONNEMENTS RÉCENTS DE LA TÉLÉGRAPHIE SANS FIL 131
- Courant
- téléphonique
- amplifier
- Primaire
- Pile
- Fig. 5. — Schéma du montage d’un amplificateur.
- captés, et l’intensité du courant suivent la même variation. On conçoit donc que si nous interposons un tel appareil dans le circuit d’une antenne lorsque les ondes viendront l’impressionner, la différence de potentiel variera entre la plaque et le filament et il en résultera une variation notable du courant électronique.
- Mais on peut encore augmenter la sensibilité de ce dispositif. Supposons, en effet, que l’on place entre le filament et la plaque une électrode auxiliaire ayant la forme d’une grille.
- Cette grille, si on l’admet chargée négativement, a pour effet de créer un champ filament-grille antagoniste de celui existant entre le filament et la plaque. Les électrons captés par cette dernière seront donc en moins grand nombre, et le courant recueilli moins intense qu’en l’absence de grille.
- Si au contraire la grille est positive par rapport au filament, son action s’ajoutera à celle de la plaque et bien qu’elle arrête au passage quelques électrons, le courant finalement reçu par la plaque sera augmenté.
- Si on s’arrange, par un réglage convenable des dimensions des 3 conducteurs électriques dont nous venons de parler et de la valeur de la différence de potentiel, de façon à ce qu’une faible variation de cette différence de potentiel entraîne une grande variation de l’intensité du courant, on aura réalisé soit un détecteur, soit un amplificateur de très grande sensibilité.
- Étudiés spécialement par Irving Langmuir en Angleterre,
- LeedeForest aux États-Unis, et le service radiotélé-graphique de l’armée en France, les appareils utilisant le principe que nous venons d’indiquer sont extrê-
- Fig. 6. — Autre montage de l’amplificateur.
- Q Téléphone
- mement nombreux et ont reçu, suivant leurs inventeurs et les emplois auxquels ils sont destinés, comme détecteurs, amplificateurs, redresseurs de courants, etc...., des noms multiples : andion, keno-tron, pliolron, etc....
- La figure 4 monlre un type de pliotron de Langmuir utilisé pour amplifier des signaux radiotélégra-phiques dans une station de réception. Le filament est monté dans le centre d’un cadre constitué par des tubes de verre sur lesquels la grille de fil fin de 0,01 millimètre de diamètre est enroulée à raison de 100 tours par centimètre.
- Le montage est facile à comprendre : le filament est chauffé à l’incandescence par une batterie d’accumulateurs dont le pôle négatif est relié d’une part à la grille par l’intermédiaire d’un transformateur genre téléphonique, et d’autre part au pôle négatif d’une autre batterie. Le circuit de cette batterie se ferme par l’intermédiaire d’un téléphone sur la plaque.
- Dans ces conditions, de très faibles courants circulant dans le primaire du transformateur, développent entre les bornes du secondaire des variations considérables de potentiel qui entraînent de grandes variations de courant dans le circuit filament-plaque-téléphone. En mettant plusieurs amplificateurs en série, on constitue des appareils à 3, 6 ou 12 « étages », d’une sensibilité extraordinaire. Ces appareils peuvent servir non seulement d’amplificateurs, mais
- Détecteur è galène
- »-
- Fig. 7. — Montage d'un détecteur électronique et d’un détecteur à pyrite.
- encore de détecteurs et de générateurs d’ondes. Pour l’emploi comme détecteur, on voit dans le circuit de la grille un condensateur fortement shunté comme l’indique la figure 6. Quand des oscillations parcourent le circuit oscillant, au
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- 132 PERFECTIONNEMENTS RECENTS DE LA TELEGRAPHIE SANS FIL
- courant continu normal entre le filament et la plaque se juxtapose un courant dû à l’action de la grille.
- Dans ce cas, d’après les expériences de White, la sensibilité est encore accrue par la présence
- Fig. 8. — Montage de l’amplificateur comme oscillateur.
- dans l’ampoule d’une petite quantité d'un amalgame mercure-argent.
- On peut associer les ampoules à audions et les détecteurs ordinaires, par exemple les détecteurs à galène, et on obtient un appareil d’une sensibilité extrême.
- La figure 7 représente le dispositif réalisé par Haraden Pratt qui a étudié complètement ce montage à l’Université de Californie.
- Les signaux imperceptibles ont été rendus parfaitement audibles lorsque la valeur du voltage de la batterie B est convenablement choisie. Dans ces conditions, des signaux de nuitont pu être entendus des stations téléfunken de l’une des îles Marshall et de l’île de Yap du groupe des Carolines, stations distantes de San Francisco l’une de 8200 km, l’autre de 9800. Ces distances sont tout à fait remarquables et exceptionnelles, mais la communication à 5400 km a été pratiquement réalisée en tous temps.
- Remarquons d’ailleurs que le dispositif n’utilise qu’une seule ampoule amplificatrice.
- Enfin, en plaçant un condensateur et une self dans les deux circuits de la grille, filament et grille-plaque, et en couplant ces deux circuits ensemble on peut employer ces appareils comme sources d’oscillations continues.
- Le principe de leur emploi est indiqué sur la figure 8 qui représente le montage type. T est un transformateur dont le primaire est connecté à la plaque, de l’ampoule, À est un alternateur fournissant un potentiel alternatif à la grille, D est la source de courant alimentant le circuit de la plaque, E est le secondaire du transformateur relié à l’antenne.
- La fréquence obtenue dépend des constantes des circuits, et les méthodes de couplage, électrostatiques ou électromagnétiques, ont été étudiées au laboratoire de la General Electric C° de Schenectady.
- Pour avoir des courants de faible fréquence il faut de grandes selfs et de grandes capacités. Par exemple une self-induction de 101 henrys et une capacité de 25 microfarads donnent une période propre de 1 seconde. On utilise alors le montage
- représenté figure 9 par suite du peu d’intensité des effets inductifs.
- On a pu, grâce à ce dispositif, réaliser des courants de très basse fréquence, ce qui dans certaines applications électrochimiques peut être intéressant.
- En réduisant au minimum la self-induction et la capacité, on arrive au contraire à produire des courants de très haute fréquence. Pratiquement, la capacité des éléments de l’ampoule est plus que suffisante pour assurer le couplage et il faut réduire au minimum les selfs des conducteurs du circuit.
- La figure 10 montre la disposition permettant de réaliser une fréquence d’émission de 50 millions à la seconde. Les selfs-inductions Lx L2 et la capacité G ont pour but d’empêcher le passage des courants à haute fréquence à travers le générateur D. La self dans le circuit du plateau est la connexion bc d entre le filament et le plateau ; pour le circuit du filament c’est la connexion e f g a entre filament et grille. Ces deux connexions ont environ 1 décimètre de long. Les capacités Cs et C3 réduisent l’effet de la capacité propre des fils sur le système oscillant.
- Le réglage s’effectue en disposant entre les deux fils, dont la longueur doit être multiple de la longueur d’onde du courant de l’oscillateur, un pont W h contacts glissants. On a pu réaliser une fréquence de 50 millions par seconde, ce qui correspond à une longueur d’onde de 6 mètres.
- Nous n’entrerons pas dans de plus amples détails sur le fonctionnement de ces appareils qui ont déjà
- Fig. g. — Montage pour la production d’oscillations de basse fréquence.
- donné lieu à un grand nombre de travaux du plus haut intérêt et nous terminerons par quelques indications sur la sensibilité incroyable qu’ils possèdent.
- 50 lignes censurées.
- On voit donc que la réception des ondes est arrivée à un tel degré de perfection que les dimensions de l’antenne ne jouent plus qu’un rôle secondaire et que la portée des communications s’est accrue dans d’énormes proportions. Si les tentatives faites pour découvrir un nouveau procédé réduisent les
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- L’UTILISATION DES DÉCHETS EN ALLEMAGNE — ; 133
- troubles statiques qui perturbent la réception avec ces procédés si sensibles de détection, on pourra tirer tous les avantages des amplificateurs.Parmi les divers dispositifs en essai, celui qui a fourni jusqu’à présent les meilleurs résultats est l’antenne chargée.
- Elle se composerait d’un fil divisé en sec-lions par des spires d’inductance convenablement calculées, et serait mise à la terre par d’autres spires de telle sorte que les impulsions parasites produisent des vibrations d’une fréquence différente de celle des signaux transmis.
- Les détecteurs à lampes mis à part, la radiotélégraphie est surtout actuellement marquée par des progrès d’ordre technique plutôt que par des transformations profondes des appareils et des méthodes d’exploitation.
- On constate une tendance intéressante à la création de dispositifs permettant de modifier rapidement la longueur d’onde à la transmission comme à la réception. On a reconnu, en effet, récemment qu’il y aurait avantage à se servir de longueurs d’onde variables : l’une, déterminée et commune pour l’appel, par exemple, et, la communication
- étant établie, l’échange des signaux sur d’autres longueurs choisies au gré de chaque couple de postes pour diminuer les troubles.
- Bien qu’on l’utilise encore dans de très grandes stations, le transmetteur à étincelles n’est déjà plus au niveau du progrès ; il reste le dispositif de choix, par sa simplicité et son faible prix, pour les petites portées, mais dans les autres postes, il sera sans doute complètement supplanté par l’usage d’appareils à ondes entretenues, produites soit par l’arc électrique chantant, soit par des alternateurs de grande fréquence. C’est tout au moins ce qu’il résulte du fonctionnement des stations Sayville et Nauen reliant l’Amérique à l’Allemagne qui ont opéré d’une manière presque ininterrompue; la distance de 7200 kilomètres est couverte avec une régularité presque parfaite. Enfin pour terminer signalons que la radiotéléphonie, elle aussi, semble devoir se développer de façon à devenir pratique, etque, sans doute, dans certaines applications militaires, elle pourra à bref délai rendre d’importants services.
- H. Yolta.
- Fig. io. — Montage d’un amplificateur comme oscillateur de haute fréquence.
- L’UTILISATION DES DÉCHETS EN ALLEMAGNE
- La guerre développe l’ingéniosité. Les besoins quelle crée, les privations qu’elle entraîne amènent, dans tous les pays, à économiser, à utiliser jusqu’au bout, forces, substances, résidus de tous genres, matériels et moraux, qu’on laissait perdre avec insouciance au temps de la richesse. Tout est déchet inutile dans un état de civilisation sommaire et de prospérité facile. Plus instruit ou plus pauvre, l’homme ne laisse rien perdre. Au temps jadis, tous ceux qui auraient pu nous renseigner, se gardaient bien de le faire, n’ayant qu’une idée, celle de vendre le plus abondamment et le plus cher possible leur marchandise. Mais nous sommes entrés dans une période paradoxale, où la plus constante idée des marchands de charbon est de ne pas nous fournir de charbon, des gaziers de nous faire restreindre notre consommation de gaz, des voituriers de nous transporter le moins possible. Et alors, on nous enseigne à mieux utiliser les calories, à nous lever plus tôt sous prétexte qu’on a changé l’heure pour dépenser moins d’éclairage, à renoncer aux voyages inutiles quand il est tellement plus simple et plus agréable de rester chez soi. Partout, dans le monde entier, la disette sévit et entraîne la hausse des prix, par le fait seul que
- les hommes sont employés à se battre et les chemins de fer ou les bateaux à transporter des canons et des munitions. En Allemagne, la raréfaction étant plus forte et plus générale, le changement dans les mœurs a été beaucoup plus fort, favorisé souvent par une tendance industrielle qui existait déjà avant la guerre et il en est résulté un emploi particulièrement développé des succédanés et des déchets.
- Nous avons déjà eu l’occasion d’en signaler plusieurs exemples; nous allons grouper, à ce sujet, quelques faits nouveaux.
- Voici, d’abord, un cas particulièrement important et où l'on aurait pensé que les Allemands seraient toujours abondamment fournis : celui du charbon. Mais le charbon manque en Allemagne pour trois causes : pénurie de la main-d’œuvre, réquisition militaire des moyens de transport et de la production, et surtout pénurie de graisse amenant le grippage et l’inutilisation de nombreux wagons. Dans ces conditions, l’Allemagne est obligée de songer, comme le fait la France, à tous les palliatifs sur lesquels nous ne revenons pas puisqu’ils ont été décrits ici même. Bornons-nous à mentionner que les Offices de guerre allemands
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- ont vivement attiré l’attention des mines, entreprises métallurgiques et usines à gaz sur l’emploi intensiE des qualités inférieures, comme le poussier de charbon et les-cendres de coke. En même temps, on a développé le rendement des appareils et l’on a poussé à l’exploitation des tourbières dans l’Olden-burg et le Hanovre. Inutile d’insister; nous connaissons tout cela. Et je ne parle pas non plus de tous les procédés pour récupérer les gaz perdus dans les fours à coke, les hauts fourneaux, etc. : déchets d’autrefois, devenus depuis longtemps déjà une source de richesse.
- Une grande partie de l’actuelle nourriture allemande peut être considérée comme une vaste utilisation des déchets. A l’exception des soldats du front dont on s’attache à entretenir les forces et des classes riches qui, avec le régime prussien, trouvent toujours moyen dépasser entre les mailles des règlements, les pauvres gens absorbent plus qu’ils ne le voudraient des pommes de terre qui ont été gelées parce que l’administration ignorante les a tirées trop tôt des silos ou les a fait voyager prématurément, des choux-raves à haute dose et d’innombrables mélanges incohérents que l’on qualifie officiellement de pain. Les cuisines collectives, qui fonctionnent en grand, sont un moyen judicieux pour écouler les morceaux de rebut. La viande de corbeau, qui est maintenant taxée à 2 francs la pièce, possède tous les droits pour être considérée comme un déchet. Assurément on n’en est pas encore à manger communément les rats, comme pendant le siège de Paris. On voit néanmoins intervenir dans l’alimentation courante nombre de substances qu’on aurait laissé perdre.
- S’il en est ainsi pour les hommes, à plus forte raison voit-on le fait se produire pour la nourriture des animaux. Ce sont les rognures sèches, c’est la mélasse transformée en levure fourragère. On peut extraire ceci des renseignements fournis par von Ba-tocki au Reichstag en mai 1917 : « La fabrication du fourrage concentré de paille a de l’avenir. Les déchets recueillis dans les villes et employés pour la fabrication de fourrage lactogène ont une teneur moindre qu’en temps de paix; certaines villes préfèrent fourrager directement les déchets. Les avis sont très partagés sur la valeur de la levure fourragère. La pénurie d’albumine est très grande chez le bétail. Les grandes fabriques de levure fourragère sont employées pour des usages militaires ; quelques petites entreprises font encore des essais; mais la levure alimentaire qui y est produite est employée, à condition qu’elle soit utilisable, pour l’alimentation humaine. Le fourrage concentré de paille nous rendra indépendants de l’étranger; mais, pendant la guerre, la pénurie de lessives et de machines ne permet pas de développer la fabrication autant qu’on le voudrait. » Soulignons en passant cet aveu qui fournit un refrain très habituel aux merveilleuses promesses des officiels allemands : « Nous avons fait une
- merveilleuse découverte qui donnerait des résultats admirables... si..., si.... »
- Moins important assurément que la disette de nourriture, le manque de cuir est grave pourtant.
- Il a été un peu atténué dans ces derniers temps en Allemagne par la résolution que l’on a prise d'abattre une partie du cheptel pour faire la « soudure », sauf à se nourrir l’an prochain de légumes. Le mal existe pourtant, d’autant plus que les quantités supplémentaires venant des abatages nouveaux s’immobilisent dans les tanneries en vertu de règlements désuets et ne parviennent pas au public. Dans ces conditions, on remplace le cuir par une série de produits analogues au linoléum. On commande aux bons amis de Suisse un million de semelles et talons de bois pour galoches. Mais, ce qui rentre plutôt dans notre sujet, on commence à utiliser en grand les cheveux de femmes pour fabriquer des courroies de transmission. Des circulaires recommandent instamment aux femmes de récolter leurs cheveux qui tombent; et l’on doit sans doute aller plus loin; l’industrie des marchands de cheveux qui fonctionne si barbarement dès le temps de paix dans certains villages d’Auvergne ou de Bretagne pour la confection des toupets et faux chignons, doit sans doute opérer ici en grand.
- J’ai rappelé plus haut le manque de graisse. C’est, on le sait, un des points sur lesquels nous espérons rendre notre blocus le plus efficace et le plus critique pour l’armement allemand. La graisse manque si fort qu’un député a déclaré au Reichstag qu’il ne fallait pas s’étonner si les paysans employaient leur beurre à graisser leurs chariots. Voilà une utilisation de déchet pour le moins imprévue. Mais il est inutile de dire que la science allemande se débat énergiquement là contre. On a commencé par augmenter considérablement la culture des plantes oléagineuses par la distribution de primes et d’engrais. Officiellement on affirme avoir passé de 23 000 tonnes en 1915 à 80 000 t. en 1917. Si suspects que soient des chiffres officiels allemands, c’est une indication du mouvement. Mais surtout l’utilisation des déchets graisseux a été portée à son maximum. Pour l’extraction de la graisse intérieure des moulons et des bœufs, on a installé de tous côtés des fondoirs. L’Office d’Empire pour les graisses comestibles a annoncé qu’il avait acquis un procédé parfait pour la dessiccation du lait maigre. Malheureusement pour lui, par un de ces euphémismes dont l’Étatisme allemand est coutumier, il a été amené à « en retarder l’emploi ». Mais, en attendant, les Administrations agissent sur toutes les entreprises susceptibles de laissér perdre de la graisse dans leurs eaux ménagères et résiduelles et leur font installer des séparateurs.Tels, les hôtels et auberges, .les cuisines populaires, les abattoirs, les triperies et boucheries, les fabriques de saucissons et de conserves, les hôpitaux et ambulances. C’est une industrie sur laquelle nous aurons peut-être un jour l’occasion de revenir. Dans tous ces
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- cas, les graisses récupérées doivent être déclarées à la Commission de guerre et, si le prix de revient ne peut en être établi d’un commun accord, c’est l’Administration qui décide.
- En 1916, les installations du front avaient fourni 800 tonnes de graisse. 11 n’est pas douteux, notamment que, sur le front où le gaspillage est presque nécessairement poussé à l’extrême, les récupérations peuvent atteindre de gros chiffres.
- À propos de corps gras, nous avons déjà eu l’occasion de mentionner la récolte qui se fait partout des graines et noyaux. On a obtenu ainsi des résultats qui (toujours dans la mesure où l’on peut ajouter foi aux chiffres allemands) sont importants. En 1916, on a atteint 6 à 700 tonnes d’huile des noyaux et graines ramassés. Une certaine collecte Hindenburg dont on a fait grand bruit n’a pourtant pas réalisé, d’après les socialistes allemands, plus de 125 gr. de graisse par ouvrier.
- En même temps, dans les usines, on invite les ouvriers, non seulement à économiser la graisse pour les machines, mais à recueillir soigneusement l'huile qui tombe des carters, ainsi que les chiffons qui ont servi au nettoyage.
- Je me contente de faire allusion à l’utilisation organisée en grand des cadavres d’animaux, qui a fait dire.des choses si ridicules à certains journaux français trop imaginatifs.
- Dans le domaine végétal, le déploiement de l’ingéniosité est naturellement analogue. Il commence par s’exercer en grand sur le fonds même par l’emploi de tous les terrains perdus, qui a été également poussé si loin en Angleterre. Mais, pour prendre des faits plus précis, on sait, par un article précédent, le rôle joué aujourd’hui dans l’industrie des textiles par des végétaux autrefois complètement perdus, comme les orties. Pour celles-ci en particulier, des circulaires recommandent de ne plus les employer dans l’alimentation, l’économie de guerre en ayant besoin. Le bois a pris ou développé également de grandes applications nouvelles, sur lesquelles nous comptons revenir. Nos pauvres forêts des pays envahis sont aujourd’hui des mines de nitrocellulose, d’alcool, d’acide acétique, sans compter la pâte à papier qui devient de plus en plus envahissante et qui commence à jouer un rôle de premier ordre dans l’industrie des tissus.
- Le manque de papier existant chez nos ennemis comme chez nous, on fournit aux fabriques les vieux sacs à ciment et à terre ramassés dans la zone des étapes. Tous les autres déchets de fabrication et d’emploi sont, bien entendu, recueillis et utilisés avec un soin tout particulier. On y apporte une diligence analogue à celle des orfèvres pour ramasser les rognures et poussières d’or et d’argent.
- Je prends par exemple le caoutchouc, une des substances qui fait le plus complètement défaut, malgré la prétendue réalisation en grand du caoutchouc synthétique. Les journaux scientifiques allemands avouent, en effet, eux-mêmes que le
- produit synthétique est imparfait, manque d’homogénéité et revient extrêmement cher (environ 4000 francs pour un bandage d’automobile). Dans ces conditions, le prix du caoutchouc a monté progressivement en Allemagne jusqu’à des prix extrêmes, surtout quand il s’agit de qualités supérieures. Dès août 1916, un dentiste payait 200 fr. le kilogramme de gomme brute pour palais artificiels. Mais surtout l’État allemand a peu à peu mis la main sur tout ce qu’il existait de caoutchouc chez les civils. On a saisi successivement toutes les courroies de caoutchouc, tous les tuyaux, tous les bandages pour cycles, enfin tous les déchets quelconques (vieux pneus, vieilles chambres à air, stocks de caoutchouc régénéré, étoffes caoutchoutées, bandages, objets de chirurgie, stocks et fabricats d’asbeste, etc.) Il a été interdit aux particuliers de garder d’abord plus de 2 kg, puis plus de 1 kg de caout-chouc. Les automobiles ont été autorisées à circuler sans bandage caoutchouté. La circulation des bicyclettes civiles a été presque complètement interdite.
- Finalement, comme le caoutchouc n’arrive plus guère par fraude du dehors et comme les stocks pillés dans les pays envahis ont été épuisés, c’est au caoutchouc régénéré, fait avec des déchets de caoutchouc et des gommes usagées qu’il a fallu recourir. Cette utilisation des caoutchoucs usagés et des déchets était déjà industriellement appliquée en grand avant la guerre; mais la matière ainsi obtenue a de grands défauts; elle manque de souplesse et d’élasticité. Aussi les industriels allemands ont-ils apporté un soin tout particulier à perfectionner les procédés de fabrication. On est arrivé à produire ainsi des chambres à air pour cycles et divers autres articles courants. Mais ce « caoutchouc de guerre » a beau être moins mauvais qu’autrefois, il n’en reste pas moins, ou trop dur, ou trop mou, ou trop cassant; en sorte que son bon marché relatif décide seul à l’utiliser, et encore ne saurait-on songer à son emploi pour les enveloppes de pneumatiques, pour les bandages de voitures lourdes, pour les tuyaux de vapeur destinés au chauffage des wagons. « L’art d’accommoder les restes » n’a pas dit ici son dernier mot.
- Le cas des métaux est un de ceux où il est le plus naturel d’utiliser jusqu’au bout les déchets et les sous-produits de toutes sortes. Malgré la complicité de ses voisins, prétendus neutres, l’Allemagne manque des métaux qui lui venaient autrefois du dehors. Elle manque même, faute de main-d’œuvre, de ceux qu’elle produisait elle-même en abondance et cela se traduit par le chômage des usines métallurgiques pendant des jours ou même des semaines. Aussi l’on sait avec quel soin on a recueilli partout tous les vieux métaux, puis tous les produits communs en cuivre ou en nickel, puis les cloches et tous les objets quelconques ne présentant pas un caractère fortement artistique.
- Enfin, je dirai à ce propos quelques mots d’une question où il nous est particulièrement agréable
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- de commencer à constater que les Allemands sont amenés à se contenter de déchets; ce sont leurs mu-nitions, dont la qualité est manifestement en baisse, faute de certaines matières premières. Les analyses montrent, par exemple, qu’après avoir employé au début le trinitrotoluène, l’ennemi doit maintenant faire usage de nitrate d’ammoniaque et de dérivés nitrés, parce qu’il manque d’acide sulfurique et, accessoirement, de carbures benzéniques. Les Allemands doivent également employer de moins en moins l’acide picrique sous une forme quelconque parce qu’ils n’ont plus l’étain ou les résines nécessaires pour préserver le métal des parois contre la fabrication des picrates instables. On a trouvé de leurs obus à la mélinite qui n’étaient ni étamés ni munis d’un carton isolant. L’emploi presque exclusif
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- Le Comité Royal Thalassographique Italien (C. R. T. I.) est une importante institution d’État dont nous ne possédons pas d’analogue en France
- du nitrate d’ammoniaque dans les minenwerfer est un autre signe de cette disette. Et des constatations analogues s’imposent pour les métaux. Leurs obus, après avoir été d’une très bonne qualité pour la fabrication de 1916, sont en baisse manifeste : fonte grossière et épaisse, souvent très phosphoreuse et, par conséquent, fragile; métaux où le défaut de manganèse se fait sentir. Le nickelage des balles a dû également être supprimé et remplacé par un simple cuivrage. Un nouveau mode de sertissage des ceintures à dû être essayé sur le 105 afin d’économiser le cuivre. D’une façon générale, on voit nos ennemis se mettre à utiliser, dans ces applications de première importance, une série de produits qu’ils auraient autrefois dédaignés fort justement. A. S.
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- vices qu’à nos amis et alliés et se joindrait au leur pour résoudre certaines questions d’intérêt commun. Il est d’autant plus nécessaire qu’une entente se
- Fig i. — Vue du port de Messine prise de l’Observatoire sismologique. Au fond les montagnes de Calabre. Au i*1 plan, les terrains déblayés où s’élevait la partie la plus importante de la ville avant le tremblement de terre. Entre les deux : le détroit et l’épi en forme de crochet qui abrite le port. Au milieu de cette langue de terre s’élève la station biologique marquée d’une croix.
- En cartouche, la façade principale de la station. (Cliché D. Crivellaro, Milano.)
- où elle est à peu 'près complètement inconnue. Il est vivement à souhaiter qu’un organisme semblable soit créé chn nous où il rendrait les mêmes ser-
- fasse sans retard entre nos deux pays, qu’elle est en train de s’effectuer entre l’Italie et l’Espagne. Nous ne pouvons admettre que nous restions ainsi
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- à l’écart de ce qui se fait dans la Méditerranée occidentale. Depuis plusieurs années des commissions internationales, sur l’initiative du Prince de Monaco, préparaient un grand travail d’exploration scientifique de la totalité de la Méditerranée; il faudrait que ce projet lut repris immédiatement pour qu’il soit en étal d’être exécuté dès la fin des hostilités et que l’on puisse en tirer toutes les applications pratiques, industrielles, économiques, auxquelles le Comité Thalassographique italien a donné l’impulsion la plus heureuse en dépit de la guerre.
- Cette institution est, en quelque sorte, le bureau central de l’Océanographie théorique et surtout appliquée à la navigation, aux pêches, à la physique et à la chimie de la mer, et même à Thy-droaéronautique.
- Il serait trop long d’indiquer tous les travaux qui se font sous sa direction dans les mers italiennes. Le Comité a organisé et effectué de nombreuses croisières, dont les résultats, de tout premier ordre, ont donné lieu à d’importantes publications sur les bancs d’E-ponges, de Corail, sur la reproduction du Thon et de l’Anguille, la nature minéralogique des fonds, les mouvements de
- la marée, la topographie sous-marine de l’Adriatique, etc. Le C. R. T. I. organise actuellement d’importantes écoles de pêche.
- Cinq publications périodiques paraissaient avant la guerre; trois d’entre elles n’ont point été interrompues depuis et répandent à profusion les résultats pratiques obtenus.
- Parmi toutes les œuvres dues à l’initiative féconde du Comité il en est une particulièrement intéressante, c’est la station maritime qui vient d’être ouverte à Messine; j’avais l’honneur de représenter à cette cérémonie, fort émouvante dans sa simplicité, le gouvernement français et S. A. S. le Prince de Monaco.
- Messine, depuis un demi-siècle, est. connu parmi
- les naturalistes sous le nom de Paradis des zoologistes; cette réputation, comme on va le voir, n’est pas usurpée. En effet la configuration du célèbre détroit est telle que l’on récolte à la surface de la mer une foule d’animaux qui, habituellement, ne vivent que dans les très grandes profondeurs de ses eaux.
- Jetez un coup d’œil sur la carte ci-contre ; vous verrez au Nord de la Sicile la mer Thyrrhénienne limitée par la Sardaigne et l’angle antérieur de la botte Italienne; elle atteint 5500 m. de profondeur (grosses hachures). Au Sud, vous trouverez au Sud de la botte, la mer Ionienne limitée par la Sicile,
- la Grèce, la Crète, la Tunisie. C’est la partie la plus profonde de la Méditerranée; elle atteint 4440 m. (surface noire en bas à droite). Ces deux mers profondes communiquent seulement par un étroit couloir, le détroit de Messine, qui est barré par une crête sous-marine, véritable muraille abrupte allant de Reggio de Calabre à Messine, à une profondeur d’un peu plus de 100 m. ; on peut comparer cette disposition à deux énormes entonnoirs opposés qui se rejoindraient seulement par leurs petites tubulures entre ces deux villes.
- Dans ces deux entonnoirs, quatre fois par jour, deux fois dans chaque sens, s’engouffrent de violents courants venus des deux grandes fosses Ionienne et Thyrrhénienne; ils se heurtent contre le barrage sous-marin, se relèvent, et amènent à la surface les animaux abyssaux qu’ils charrient avec eux. Ces êtres flottants constituent le plankton de mer profonde; ils ne se posent jamais sur le fond; ils fuient la lumière solaire. Cette faune si intéressante du plankton abyssal ne nous est guère connue que par les très rares échantillons récoltés par les engins de pêche scientifique installés à bord des navires océanographiques, Ces navires sont très coûteux
- Fig. 2. — Région du détroit de Messine montrant au nord-ouest la fosse Thyrrhénienne, au sud-est la fosse Ionienne d'où partent les courants abyssaux qui viennent se heurter contre la crête sous-marine s'étendant entre Messine et la côte de Calabre.
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- parce qu’ils doivent être très grands pour contenir les puissantes machines destinées à traîner de lourds engins supportés par des câbles de fer de plusieurs milliers dë mètres de long. On peut citer parmi les plus curieux et les plus nombreux animaux abyssaux ceux qui furent capturés par le Prince de Monaco pendant les croisières scientifiques qu’il exécute depuis plus de trente ans.
- La configuration si spéciale du détroit de Messine produit la montée à la surface de ces êtres abyssaux vivants et parfaitement intacts. On peut les récolter avec un petit filet à main,
- à bord d’un simple canot, souvent même à la côte quand le vent les y pousse. On peut aussi réussir à les faire vivre dans un aquarium où, pendant quelques heures, on jouit du curieux spectacle des actions de ces êtres habitués à vivre dans des profondeurs où notre imagination a quelque peine à concevoir les conditions de leur existence.
- Remarquons que la disposition du détroit en forme de double entonnoir entraîne une autre conséquence. Les côtes de Sicile et de Calabre sont bordées de très hautes montagnes, dont la plus connue est l’Etna. Elles canalisent les vents marins principalement celui du Sud ou sirocco, qui entraînent avec eux et poussent dans le détroit les eaux superficielles de la mer et tous les êtres flottants qui y vivent. De là résulte que l’on peut récolter à Messine non seulement la faune des grands fonds, mais, en outre la faune pélagique superficielle mélangée à profusion avec elle. La conséquence est la concentration en ce point merveilleux d’une faune incomparable qui justifie bien son nom de Paradis des zoologistes.
- Fig. 3. — Larve d’anguille, connue sous le nom de Leptocèphale. Photographie, réduite d’un tiers, de l’animal transparent et aplati, peu de temps avant qu’il se transforme en une jeune anguille opaque et cylindrique.
- On trouve encore dans cette faune ramenée des grands fonds à la surface une foule de larves aux formes bizarres, appartenant aux animaux les plus variés; souvent elles diffèrent tellement de leurs parents qu’il a fallu de longues et patientes études pour arriver à reconstituer leur évolution. Telle est la fameuse larve de l’Anguille (fig. 3) qui est une souple lame de chair transparente comme du cristal, ondulant dans la mer profonde, et qui subitement se métamorphose en Anguille que tout le monde connaît; les Congres, les Murènes, ont des transformations analogues et si l’on n’avait pas assisté pour quel-
- Fig. 4. — Pyroteuthis margaritifera. Céphalopode de grande profondeur. Les organes lumineux sont répartis sur le ventre et autour des yeux sous forme de points diversement colorés.
- ques-uns à leur métamorphose en Poisson adulte on n’aurait jamais cru à la réalité de cette transformation.
- Il est impossible, dans un aussi court article, d’entreprendre la description ou même une simple énumération de ces êtres abyssaux. Il faudrait tout un atlas pour en donner une idée, car la faune de Messine est particulièrement riche et variée. Ce qui frappe dans son ensemble c’est le. grand nombre d’êtres tout à fait transparents; ce caractère s’observe même chez de grands Poissons ou Céphalopodes (fig. 4) dont les tissus deviennent translucides sans pour cela simplifier en aucune manière leur complication de structure ou de fonctionnement. D’autres se sont habillés de cuirasses argentées (fig. 5), dorées, bronzées, à reflets irisés magnifiques. Beaucoup d’entre eux, et c’est là une des caractéristiques les plus frappantes de la faune des grandes profondeurs, ont développé dans leur peau des organes lumineux (fig. 6) qui étincellent de feux aux couleurs variées ; nombre de Poissons (fig. 7), de Crustacés, de Céphalopodes (fig. 4) illuminent ainsi les eaux obscures de la mer. Ces petits appareils très compliqués et perfectionnés peuvent être au nombre de plusieurs centaines sur le même animal. Ils servent non seulement à éclairer leur propriétaire mais à attirer les autres animaux dont il se nourrit.
- Tout un ensemble de caractères spéciaux permet aux naturalistes de reconnaître la faune des eaux profondes. Mais nos connaissances sur ces êtres, en raison de leur rareté et du mauvais état où ils nous parviennent après leur capture par les engins de pêche abyssale, sont encore très rudimentaires. C’est justement le rôle qui est dévolu à la nouvelle station de Messine d’exploiter cette admirable mine de documents incomparables qui n’a d’analogue dans aucun autre point du monde.
- La station est placée dans une situation très favorable, sur une langue de terre bordant d’une part le détroit et de l’autre le port de Messine. Le Comité Thalassographique n’a reculé devant aucune dépense pour faire un laboratoire modèle installé dans un site merveilleux. Tout le confortable scientifique le plus moderne est réuni dans l’établissement que dirige le professeur Sanzo, l’un des soé-
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- cialistes les plus qualifiés pour ces études; il est aidé par un personnel éprouvé parmi lequel il faut citer un jeune marin, Giuseppe Arena, qui connaît,
- de la fréquence des terribles tremblements de terre, la station a une fort élégante architecture (lig. 1). Le Conseil d’administration est présidé par le
- Fig. 5. — Argyropelecus affinis. Poisson abyssal aplati verticalement, entièrement argenté. Ses yeux, dirigés vers le haut, sont dits « télescopiques ». Les points brillants en ligne sur son ventre sont des organes lumineux. On le trouve en abondance à Messine à l’état adulte et larvaire.
- capture et prépare merveilleusement cette faune admirable.
- Le Laboratoire est pourvu d’un grand bateau à
- professeur sénateur Volterra, correspondant de l’Institut de France, qui est un des chauds amis de notre pays; nous avons souvent le plaisir de le^voir
- Fig. 6. — Stomias boa. Poisson abyssal, à dos noir, à ventre argenté, à écailles en mosaïque. On remarquera la double ligne de points ventraux qui sont des organes lumineux jaunes s’étendant jusque sous la mâchoire dont les dents sont très aiguës.
- vapeur pour les croisières au loin, jusque dans les eaux de la Lybie, et d’embarcations plus petites pour la pêche dans le détroit et le port de Messine. Une
- à Paris. Il est à souhaiter que nos jeunes naturalistes français aillent à la station de Messine étudier vivants ces êtres dont ils ne connaissent que de
- Fig. 7- — Cyclothone microdon. Petit poisson de grande profondeur, pourvu d’organes lumineux, dont le corps est très mince, en partie transparent, et les yeux très petits.
- distribution d’eau de mer fraîche et décantée dans d’énormes réservoirs souterrains permet d’avoir une circulation ininterrompue dans les aquariums dont chaque cabinet de travail est pourvu. Malgré la nécessité de construire des maisons basses, en raison
- pâles représentations. Ils trouveront dans un décor enchanteur, une faune incomparable, des moyens de travail perfectionnés et une hospitalité des plus
- cordiales- L. Joüb.n.
- Professeur au Muséum et à l’Institut Océanographique.
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- LES VITAMINES ET LES MALADIES PAR CARENCE
- Expériences de MM. Weill et Mouriquand.
- La crise alimentaire actuelle ajoute encore à l’actualité de recherches entreprises depuis quelques années sur une curieuse propriété des aliments crus, absolument indispensables au maintien de l’organisme en bonne santé, au même titre qu’une ration suffisante d’éléments azotés, de graisses et d’hydrates de carbone. Ils contiennent un ferment puissant et extraordinaire, une thériaque merveil-
- nerveux et circulatoires. Cette affection s’est surtout développée, depuis qu’on a substitué aux procédés de moulure indigène le polissage du riz par des machines perfectionnées. Eykmann le premier releva le fait : il montra que le béribéri n’était pas le résultat d’une infection, mais provenait de l’usage du riz poli et blanc, c’est-à-dire dépourvu de sa cuticule : et ce fut le point de départ d’une
- Poids
- 20 25
- 27 30\
- Décembre
- Octobre
- leuse dont la suppression provoque des troubles de plus en plus graves aboutissant à la mort. Ce ferment existe dans tous les aliments tirés du monde vivant, dans la chair fraîche comme dans les légumes crus, dans le blé comme dans l’avoine, l’orge et le riz. Supprimez-le, l’animal tombe malade et meurt. Rétablissez-le en temps opportun, l’animal guérit, les troubles morbides s’effacent.
- Cette notion très inattendue a été acquise dans des conditions faites pour provoquer l’étonnement.
- Il existe en Extrême-Orient, dans les régions où le riz constitue le fond de la nourriture, une maladie, le béribéri, caractérisée par de graves troubles
- conception nouvelle en pathologie et en biologie.
- Un état morbide peut être créé non par l’action d’une substance étrangère à l’organisme, microbes, virus, substance toxique, agents physiques ou chimiques, mais par le manque d’un élément qui avait échappé jusqu’ici aux investigations de la chimie et ne semblait pas faire partie des composants alimentaires analysés et reconnus jusqu’alors.
- L’observation géniale d’Eykmann fut confirmée de tous côtés, en particulier au Japon par Suzuki, Shimamura et Odake. Des expériences probantes furent faites sur les animaux et le béribéri expérimental vint éclairer et préciser la pathogénie du béribéri spontané.
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- LES VITAMINES ET LES MALADIES PAR CARENCE 141
- On chercha à isoler dans le son de riz la substance nouvelle qui bouleversait ainsi les données classiques. Frazer et Stanton retirèrent du son du riz un produit riche en phosphore qui guérissait le béribéri expérimental; mais c’est surtout Casimir Funk, directeur du Laboratoire des recherches contre le cancer, à Londres, qui parvint à isoler le corps du délit : une nucléo-protéide cristallisée, qui à la dose de quelques milligrammes injectés sous la peau d’un oiseau mourant de béribéri expérimental, le rappelle à la vie et à la santé en quelques heures. Il donna à ce corps le nom de vitamine.
- En France, la question fut reprise et étendue par deux savants lyonnais, les professeurs Weill et Mouriquand, qui n’ont cessé depuis plusieurs années de multiplier et de varier les expériences sur différents types d’animaux et en ont tiré des conclusions du plus haut intérêt au point de vue de l’hygiène alimentaire et de la pathogénie des maladies.
- MM. 'Weill et Mouriquand ont recherché expérimentalement la présence et la répartition des vitamines dans la plupart des céréales, dans un grand nombre d’aliments végétaux et animaux. Elles sont localisées étroitement dans les couches superficielles des céréales, dont on les éloigne mécaniquement par la décortication, particularité qui a permis leur découverte. Pour d’autres aliments, pommes de terre, légumes, fruits, chair musculaire, elles sont réparties dans toute leur substance, et afin de les détruire, il faut avoir
- Fig. 2. — Pigeon nourri de graines décortiquées (crises cérébelleuses).
- recours à la chaleur, cuisson ou stérilisation.
- Quel que soit le mode adopté pour les supprimer on obtient Je même résultat dans un organisme nourri avec des produits alimentaires privés de ces vitamines. Des symptômes graves se manifestent, polynévrites aiguës, parésies, paralysies, ataxies, troubles scorbutiques, et la mort termine invariablement cette singulière scène morbide. MM. Weill et Mouriquand ont proposé de désigner avec le pro-
- fesseur Iluqamenq ces désordres sous le nom de maladies par carence, de « carere », manquer.
- Avant d’appliquer à la pathologie humaine la notion de la carence, ces auteurs ont cherché à l’étudier expérimentalement. Ils ont reconnu que les vitamines se comportent comme des ferments : qu’elles sont affaiblies ou détruites par la chaleur ;
- Fig. 3. — Pigeon nourri de grains entiers {état normal).
- qu’elles résistent davantage dans les tissus végétaux, où elles sont protégées par une épaisse enveloppe cellulosique, que dans les tissus animaux. Elles sont spécifiques, c’est-à-dire ne conviennent pas indifféremment à tel ou tel individu. Telle espèce animale s’accommode d’une vitamine qui peut être nuisible ou inutile pour une autre. La nature, prévoyante à son ordinaire, les a réparties, chacune dans le substratum qui lui convient pour inviter à s’en nourrir l’être auquel elle est destinée.
- Les premières études ont porté sur les pigeons : ces oiseaux se prêtent particulièrement bien aux recherches : dans des conditions identiques, des sujets divers reproduisent scrupuleusement les mêmes phénomènes ; on dirait qu’ils s’efforcent de leur mieux de guider le biologiste. Les lapins, les chats passeront ensuite à la table d’expériences.
- Les bêtes, entretenues dans des cages voisines du laboratoire, vivent au régime. Un préparateur assure le service avec une ponctualité inconnue du meilleur restaurateur. Chaque pièce est étiquetée, numérotée, pesée quotidiennement. Et les résultats, méthodiquement consignés, forment la matière de plusieurs mémoires (Q. Les uns sont nourris de graines complètes : régime normal; d’autres, de graines décortiquées : régime spécial. D’autres, de graines complètes mais stérilisées : les micro-phobes. D’autres encore avec des graines en quantité insuffisante : régime de famine (un dixième de
- 1. E. Weill et G. Mouriquand. Les maladies par carence. Revue de médecine, 55° année, janvier 1916, n° 1.
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- 142 LES VITAMINES ET LES MALADIES PAR CARENCE
- la consommation normale), pour provoquer les symptômes de l’inanition partielle, du dépérissement par manque d’aliments, et permettre la comparaison avec lus maladies par carence.
- Les graines décortiquées ou stérilisées provoquent un arrêt immédiat de croissance. Les animaux se portent bien, mais le poids n’augmente plus (voir le graphique). Des difficultés se manifestent bientôt dans la digestion, avec des signes d’inappétence : l’oiseau répugne à manger, bien que les céréales présentent l’aspect normal. Un secret instinct l’avertit de s’en défier, il les délaisse, et mourrait près d’elles, plutôt que d’y toucher.
- Gavons-le, faisons-lui prendre malgré lui sa ration.
- Alors, la bête devient triste, morose; les plumes se hérissent, l’œil perd son éclat. Puis, soudain, vers le dix-huitième jour, éclatent les accidents nerveux; les pattes se paralysent, et quelquefois les ailes : l’arrière-train perd sa motilité, l’oiseau titube, trébuche, achoppe des ergots; il culbute sur lui-même, comme pris d’épilepsie, il roule, il tangue, et bientôt s’affaisse et meurt, les membres raides, le cou hypertendu, l’œil fixe et vitreux. L’influx nerveux, épuisé, ne circule plus, et la vie s’arrête, dans un organisme sain en apparence.
- Pouvait-on le guérir ? Oui, et par une médication inattendue : en lui rendant simplement les vitamines supprimées.
- Un animal incommodé au point de périr par une alimentation carencée retrouve la santé par un apport subit de ferments vitaux. On observe une véritable résurrection; en quelques heures, la bête .ressuscite, se redresse, les troubles disparaissent par magie; l’appétit revient, vorace, les plumes se détendent et se lissent, et l’oiseau reprend, alerte, son voyage dans la vie. Les photographies qui nous ont été communiquées parlent à l’imagination : l’une représente un animal à ses derniers moments, l’autre, trois heures après, un pigeon gracieux et normal. L’expérience, répétée, donne toujours le même résultat. On peut la reproduire plusieurs fois sur le même animal : paralysé par une nourriture stérilisée, guéri au moyen de graines crues, il retombe malade avec des aliments carencés, et retrouve la santé dans les blés entiers ; les accidents se reproduisent avec une régularité mathématique, et jamais axiome ne fut plus justifié : telle cause, tels effets : ablata causa, ablatum effectum.
- Les autres céréales agissent comme le blé : l’orge, le seigle, le maïs décortiqués deviennent intolérables. Les fruits stérilisés, la viande de conserve causent des troubles. Le maïs entier, au contraire, excite tout particulièrement le système nerveux, il produit l’exubérance, la joie de vivre ; les animaux qui l’ingèrent paraissent àvoir à dépenser un excédant de force, et sa graine pourrait constituer le tonique recherché dans certains cas de dépression nerveuse.
- « Tous ces exemples nous font apparaître l’ali-
- ment frais comme l’antidote de l’aliment stérilisé ou conservé, grâce aux substances ferments qu’il contient. De ce fait, le rêve de quelques chimistes qui ont annoncé que l’alimentation humaine pourrait un jour se réduire à quelques tablettes savamment dosées paraît — pour l’instant — devoir s’évanouir(‘) ».
- Et le rêve aussi de nos ennemis, de substituer des « ersatz chimiques » à la nourriture qui leur manque.
- Un point encore dans ces importants travaux mérite une attention particulière. Il est dit, à propos de la sélectivité des vitamines : « Chez les mammifères, la carence par stérilisation est capable de faire apparaître, soit des troubles nerveux purs (type béribérique), soit des lésions osseuses (du type scorbutique), soit une association de troubles nerveux et osseux chez le même animal.... Tout se passe comme si la carence par stérilisation ou par décortication déterminait, suivant l’espèce animale, des manifestations à prédominance nerveuse .ou ostéoarticulaires (c’est-à-dire scorbutiques) ou les deux à la fois(*) ».
- On tend, en effet, à rattacher à l’absence de vitamines les troubles qui atteignent les marins et les explorateurs trop longtemps nourris de conserves.
- Et il est bien singulier de constater qu’un aliment qui n’est pas carencé pour l’oiseau n’a pas les vitamines nécessaires à un mammifère et traduit cette carence par des symptômes hémorragiques, ce qui établit un véritable rapport entre le béribéri et le scorbut.
- Des expériences en cours sur l’orge germé affirmeront peut-être de façon plus précise l’étroite parenté de ces deux maladies.
- Enfin, les mêmes considérations gouvernent la question des régimes : sélections de farines superfines et de pâtes bouillies pour les entérites; laits à l’autoclave des enfants du premier âge; une alimentation morte, exclusive et prolongée, devient nocive, quelle que soit sa valeur nutritive absolue.
- En résumé, suivant la belle expression du professeur WeilU « la vie est nécessaire à la vie » ; pour subsister, un être a besoin de ceux qui l’entourent, il leur demande non seulement leur chair, leur substance, mais leurs principes vitaux essentiels; la mère allaitant son enfant lui donne, en dehors du lait matériel que pourrait reproduire une synthèse chimique bien conduite, un principe vital, une substance vivante, impondérable presque autant qu’indispensable.
- Et devant l’inconnu de cette transmutation, devant l’impossibilité de la vie dans un univers mort, le mystère de l’origine des espèces, du principe vital initial, simple ou multiple, se présente insoluble encore devant l’esprit, avec toute la profondeur insondable qu’il avait au temps où Moïse écrivait la « Genèse ». André Koehler.
- 1. Weill et Movriquakd, loc. cit., p. 62.
- 2. Ibid., p. 40.
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- FABRICATION MÉCANIQUE DES GROSSES CHAINES
- Jusqu’à ces derniers temps, les grosses chaînes de marine se fabriquaient entièrement à la main. Or, les barres d’acier doux qu’on doit courber et souder, pour en former les maillons mesurent parfois de 100 à 140 mm de diamètre. On comprend donc la difficulté d’obtenir par ce procédé des chaînes régulières et offrant toute sécurité. Par exemple, des inclusions de scories provoquent des crevasses et autres défauts en cours de forgeage. Si bien que des chaînes d’ancrage ayant résisté aux premiers essais cédaient souvent après quelques mois de service en mer et lés experts constataient alors, non sans étonnement, que les parties constitutives des chaînons se trouvaient soudées sur une minime partie de leur surface jointive. Un spécialiste,
- M. Baker,put même avancer que, sous le rapport de la solidité, les chaînes d’ancre des navires anglais datant d’un siècle et demi l'emportaient sur celles réalisées par les forger on s d’aujourd’hui! En particu-liër, - le chauffage trop vif des barres servant à confectionner les anneaux constitue le principal inconvénient du mode de fabrir cation" à mains, car l'extérieur de ces chaînons se trouve brûlé avant que l'intérieur ne soit à une température suffisante pour la soudure. ^ Aussi les techniciens s’efforcent-ils d’employer, de plus emplus, l’outillage mécanique dans ce dur travail de forge. La méthode utilisée maintenant dans les chantiers navals des États-Unis semble donner des résultats très satisfaisants, bien qu’elle ne soit pas complètement automatique. En effet, vu les dimensions considérables qu’il aurait fallu donner aux machines et la nécessité d’examiner attentivement chaque soudure, au cours du travail, on exécute simplement, de façon mécanique, le martelage et le cintrage des maillons, les autres opérations se font encore à la main.
- Nous emprunterons à un récent mémoire de M. l’ingénieur G. Coburn, la description de cette nouvelle fabrication des grosses chaînes. Aux Navy Yards de Boston, on les fabriquait jusqu’ici avec des barres de 1 m. environ, que l’on chauffait au
- feu de forge puis que l’on pliait en V. Après avoir découpé les longueurs destinées à former les anneaux, on introduisait la pièce devant servir à confectionner l’un d’eux, dans le dernier chaînon réalisé, puis on chauffait le tout et on effectuait ensuite la soudure préparée au préalable. Une équipe comprenait un forgeron et quatre aides.
- Aujourd’hui dans le même établissement, un pont roulant électrique Iransportelles tronçons de barre, découpés par une puissante cisaille jusqu’au four de réchauffage. Le chargement de ce dernier comprend de 6 à 12 tiges selon leur diamètre. Une fois la tige portée à la température voulue,î
- Fig. i. — Machine à cintrer les chaînes aux Narvy-Yards (Etats-Unis).
- sur une longueur de O n. 50 environ, on la met dans une première machine à forger destinée à courber son extrémité sur.deux coussinets de filière. Après ce courbage, on met la barre sous un marteau-pilon à vapeur de 800 kg environ, qui « aboutit » ladite extrémité, c’est-à-dire lui donne une forme en biseau nécessaire pour la soudure. On replace ensuite l’autre côté de cette pièce dans le four à réchauffer et on répète l’opération précédente en sens inverse.
- Il s’agit maintenant de cinirer la barre dont les extrémités seules sont préparées, de façon à lui donner la forme du maillon. Une presse à forger de 40 tonnes accomplit-cette opération, grâce à un mécanisme spécial, boulonné sur son bâti et composé d’un mandrin immobile et de forme identique à l’intérieur de la maille.
- On fixe la barre chauffée dans la machine, l’un de ses bouts appuyé contre l’extrémité du man-
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- drin. Lorsque la presse avancé, un galet appliqué contre l’anneau enroule simplement la tige contre ce dernier. Le-galet, monté sur l’axe fixe d’une
- Fig. 2. — Forgeage d'un maillon de chaîne au marteau-pilon de 120 kilogrammes.
- roue dentée, se déplace autour du centre géométrique du mandrin. La roue dentée est mise en mouvement par un secteur tournant autour d’un axe solidaire de la pièce de support du mécanisme et que pousse ou tire l’anneau commandé par la tête de la presse. Une fois le chaînon enroulé autour du mandrin, le conducteur de la machine écarte les surfaces de joint, à l’aide d’un levier.
- Après le pliage, les maillons vont subir la soudure qui s’opère au rouge -vil. Un aide prend successivement chaque maillon dans le four à réchauffer où on l’a mis préalablement, puis l’enlile dans le dernier anneau de la chaîne, pendue à une grue basse pivotante, comportant une espèce de gouttière sous la volée. Après enfilade du nouveau maillon, celui-ci amène l’extrémité de la chaîne sous un marteau-pilon à vapeur de 120 tonnes à double bâti et porteur de matrices appropriées. La forme de ces matrices diffère quelque peu de celle du maillon terminé qui ne prend sa courbure définitive, qu’au cours de la traction d’épreuve ultérieure dans la fosse d’essai. Un premier martelage amène en contact les deux parties qui doivent constituer la maille et on réalise ensuite la soudure en deux temps. Grâce à la grue, l’ouvrier amène d’abord l’extrémité de la chaîne au-dessus d’un feu de forge, puis une fois l’anneau à travailler suffisamment chauffé, on le place dans un moule spécial et on le martèle mécaniquement. Ce nouveau martelage expulse la scorie et produit une soudure résistante. Mais pour donner au maillon une forme
- parfaite, il faut le placer une seconde fois dans la forge et le faire repasser sous un marteau-pilon de 800 kg muni de matrices spéciales. Après plusieurs coups, le maillon sort non seulement très régulier de forme, mais les extrémités du joint soudé se trouvent renforcées par cet ultime martelage, précisément à l’endroit où se produisait l’affaiblissement delà section dans le forgeage à la main.
- D’autre part, la fabrication des chaînes étançon-nées ne souffre aucune difficulté avec ce nouveau procédé. Après avoir chauffé le maillon et l’étançon à la température voulue, on place le premier de . champ sous le marteau de 800 kg, puis un homme dispose le second à l’aide de pinces et le maintient, pendant qu’un autre de ses compagnons frappe sur l’anneau quelques coups de marteau destinés à assurer la liaison des deux pièces.
- D’ailleurs, la nouvelle méthode semble avoir donné toute satisfaction à l’administration de la marine des Etats-Unis, puisqu’au cours de l’année budgétaire 1916 (finissant le 50 juin) il est sorti des Navy Yards de Boston 14 500 m. de chaînes, d’un diamètre variant entre 57 et 85 mm. Le prix de revient d’une chaîne, réalisée avec des barres de 82 m. 5, a été d’environ 100 fr. par mètre, soitOfr. 66 par kilogramme. De même, dans les usines de MM. Brown, Lenox et Cie, de Pontypridd (Angleterre), on a réussi à fahriquer aussi avec un outillage mécanique ne différant pas sensiblement du précédent, les ! chaînes encore plus fortes qui servent à l’amarrage I des papuebots de la Compagnie Cunard et dont les
- Fig. 3. — Dernier forgeage au pilon de 800 kilogrammes pour compléter la soudure.
- maillons sont formés de barres mesurant 140 mm de diamètre.
- Jacques Boyer.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahure, rue de Fleuras, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 2293.
- 8 SEPTEMBRE 1917
- LES CHEMINS DE FER DE LA TURQUIE D’ASIE
- La Turquie d’Asie est le théâtre d’opérations très intéressantes. Une armée britannique s’est emparée de la lointaine et fabuleuse Bagdad, tandis qu’une seconde menace Jérusalem. A d’autres régions encore de cette partie de l’empire ottoman l’action militaire des Alliés va, assure-t-on, s’étendre prochainement. Un tableau sommaire du réseau ferré de l’Asie antérieure présente donc un intérêt d’actualité. Non seulement il fera apparaître les rai-
- louables initiatives de nos financiers et de nos ingénieurs ! Lorsqu’un de nos groupes financiers avait à examiner un projet de chemin de fer en Turquie d’Asie, il considérait l’entreprise uniquement au point de vue rendement, comme doivent le faire des hommes d’affaires et ne se préoccupait point d’autre chose. De là une dispersion d’efforts que décèle le tracé de notre réseau. Les lignes françaises forment deux groupes complètement isolés, et sans
- Fig. i. — Carte générale des chemins de fer d'Asie Mineure. Le trait pointillé indique les lignes du chemin de fer qui ont été détruites par les Turcos-Allemands depuis le début de la guerre. (D’après les documents de A. H. Charles Woods.)
- sons des operations en cours comme les conditions dans lesquelles elles se poursuivent, mais encore il mettra en lumière les ambitieux desseins de l’Allemagne en Orient.
- La longueur des voies ferrées en Turquie d’Asie atteignait avant la guerre 5537 km; 3417 avaient ont été construits par les Allemands, 1500 par des compagnies françaises et 620 par des sociétés anglaises. Comme le montre cette brève statistique, le rail a été l’instrument employé par nos ennemis pour assurer leur protectorat déguisé sur ces terres du Sultan. Avec quelle méthode iis s’en sont servis, tandis qu’aucune idée directrice venant d’en haut n’a aiguillé vers un but politique les très
- 45” Année. — 2“ Semestre.
- aucune possibilité de raccord, l’un autour de Smyrne, l’autre en Syrie. A cette première cause d’infériorité s’en ajoute une seconde : toutes les voies ferrées que nous avons créées partent d’un port, Jaffa, Beyrouth, Tripoli de Syrie, Smyrne, pour, a l’exception du Tripoli-Homs, finir dans le vide, pourrait-on dire, ou pour relier à la côte quelque importante ville de l’intérieur, Jérusalem ou Damas, derrière laquelle s’étend le désert à une distance plus ou moins grande; donc des lignes d’intérêt régional, ne pouvant pour des raisons géographiques devenir des voies de pénétration.
- Tout différent apparaît le mode d’opérer des Allemands. Point d’entreprises isolées, ni d’initiatives
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- LES CHEMINS DE FER DE LA TURQUIE D’ASIE
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- personnelles; la chancellerie de Berlin disposant d’une influence sans rivale auprès de la Porte élabore le plan deconquête de la Turquie d’Asie par le rail et toute la banque allemande concentre ses efforts pour assurer l’exécution du programme impérial.
- Très simple et combien logique ce programme : deux grandes lignes épousant le tracé des deux principales voies historiques de cette région, ouvrant des communications entre la capitale et les extrémités de l’empire; par suite des routes d’intérêt général. D’abord une transversale nord-ouest sud-est la fameuse Bagdadbahn, de Constantinople au golfe Persique, puis se greffant sur cette voie, le chemin de fer du Hedjaz, un nord-sud coupant la Syrie et l’Arabie de Damas à Médine (Q. Représentez-vous un grand Y très ouvert, couché dans la longueur de l’Asie antérieure, dont la queue s’allonge jusqu’au Bosphore et dont les deux branches s’étendent, celle de gauche vers Bagdad, vers l’Inde, celle de droite jusqu’aux lieux-saints musulmans, en direction de l’Egypte. On dirait une armature de rails dressée pour soutenir le grand corps chancelant de l’empire turc, et dans cette armature, premier résultat important pour nos ennemis, toutes les lignes françaises et anglaises se sont trouvées coincées. Se dirigeant de la côte vers l’intérieur, elles ont été les unes recoupées par la queue de l’Y allemand, les autres prises dans sa branche sud, par suite sont devenues affluenles du Bagdad ou du chemin de fer du Iledjaz et sont tombées à la merci des Turco-allemands. Ont-elles voulu résister à cette emprise, comme Je Beyrouth-Damas, nos adversaires ont poursuivi leur ruine en inaugurant contre elles une guerre de tarifs et en construisant immédiatement des lignes concurrentes.
- Ceci dit, examinons d’abord la fonction des deux grandes artères allemandes.
- En entreprenant le Bagdad nos ennemis ont obéi à des préoccupations d’ordre tout à la fois, économique, politique et militaire. Ils se proposaient d’ouvrir une vaste région d’absorption aux produits de leur industrie et en même temps d’exploiter à leur profit les abondantes ressources de toute nature que renferment les territoires traversés par la ligne et dont, faute de voies de communication, l’utilisation n’avait pu encore être envisagée. Ils projetaient, par exemple, l’installation en Mésopotamie de vastes plantations de coton, afin de procurer à leurs manufactures la matière première dont elles ont besoin et les affranchir du monopole des États-Unis. En second lieu, les promoteurs du Bagdad voulaient créer une nouvelle voie de trafic mondial placée sous le contrôle de l’Allemagne et qui dans une certaine mesure concurrencerait celle de Suez.
- 1. Le chemin de fer du Hedjaz, s’il a été établi au moyen de souscriptions recueillies dans tout le monde musulman et porte de ce fait une étiquette turque, a été construit par les Allemands et par suite doit être considéré comme une voie allemande. Yoy. à ce sujet II. Bonnin, n° 1922 de La Nature.
- Une fois qu’elle aurait atteint le golfe Persique, cette ligne constituerait la route la plus rapide vers les Indes, l’Insulinde et une partie de l’Extrême-Orient; elle détournerait donc à son profit et au grand préjudice de la voie anglaise tous les transports postaux et les voyageurs à destination de ces pays. Bien plus, dans la pensée des pangermanistes la Mésopotamie ne devait être qu’une première étape du rail allemand; de là on le prolongerait ultérieurement à travers la Perse méridionale et le Beloutchistan, pour joindre Nuschld, terminus occidental du réseau anglo-indien; le Bagdad deviendrait ainsi le Hambourg-Bombay (fig. 2). Ce n’est pas tout. L’imagination hantée par les souvenirs d’Alexandre et par les projets de Napoléon, Guillaume Il songeait à frapper la puissance britannique dans l’Inde. A cet égard le voyage entrepris par le kronprinz dans ce pays à la veille de la guerre apparaît aujourd’hui singulièrement suggestif. Dans le Bagdad le kaiser voyait le moyen de réaliser son rêve. Grâce à celte ligne qui en assurerait le ravitaillement, une armée turco-allemande pourrait établir sa base d’opération en Mésopotamie et de là avancer vers l’Indus, en soulevant les populations delà Perse méridionale et du Béloutchistan; dans tous les cas un rassemblement de forces ennemies sur les bords du Chatt-el-Arab, constituerait une menace grosse de périls pour l’empire anglo-indien. L’offensive est le meilleur moyen de parer les coups que l’adversaire se dispose à vous porter. Aussi bien, nos alliés n’ont pas laissé aux Turco-Allemands le temps de donner à leur projet d’agression un commencement d’exécution. Dès l’entrée en guerre de la Turquie aux côtés des empires centraux, une armée anglo-indienne a attaqué en Mésopotamie, afin de fixer l’ennemi dans cette région et l’empêcher de tenter quelque coup contre l’empire britannique d’Asie. La conquête de la Mésopotamie a été entreprise par l’armée anglaise dans le but de protéger les Indes.
- Quel rôle politique et militaire les Allemands assignaient à leur seconde artère ferrée en Asie turque, le chemin de fer du Hedjaz, c’est ce que nous allons maintenant indiquer. Partant de Damas, cette ligne suit ,vers le sud la lisière orientale du relief bordant à l’est la fosse jordanique jusqu’àMaan, à hauteur de Suez environ ; puis inclinant vers le sud-sud-est, elle se dirige vers Médine à 1520 km. de son point de départ. La direction de cette voie suffit à indiquer les fins auxquelles nos ennemis se proposaient de l’utiliser. Dans leur plan cette voie construite au moyen de souscriptions recueillies dans le monde musulman pour faciliter les pèlerinages au tombeau du Prophète devait, en cas de guerre européenne, servir à une expédition contre le canal de Suez. C’est ce qui s’est produit. Grâce à ce chemin de fer du Hedjaz et à une seconde ligne, parallèle à la première, construite pendant la guerre (fig. 1), les Allemands ont pu concentrer une armée dans la presqu’île du Sinaï, puis, au moyen de
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- lignes de campagne branchées sur ces voies assurer son ravitaillement à travers le désert, et marcher à l’attaque du canal. Les extrémités des deux grandes artères ferrées de la Turquie d’Asie sont ainsi devenues les fronts de bataille dans cette partie du monde.
- Examinons maintenant les différentes lignes au point de vue des services qu’elles sont susceptibles de rendre aux armées.
- Au début de la guerre le Bagdad était loin d’être achevé. Pour que l’on puisse se rendre compte des lacunes qui existaient alors et de celles qui ont été comblées depuis, ainsi que des solutions de continuité qui subsistent encore, rappelons brièvement le tracé de cette voie et l’aspect caractéristique des diverses régions qu’elle traverse.
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- gueur totale de 18 km, de nombreux ponts dont le tablier se trouve à une grande hauteur au-dessus du torrent, des remblais très élevés, etc. (fîg. 3). Ajoutez à cela que pour permettre les transports des matériaux de construction dans la vallée du Chakra, il a fallu construire une route d’automobiles parallèle à la voie ferrée. Le Taurus franchi, la Bag-dadbahn traverse la plaine de Cilicie par Adana, t puis à Test de la vallée du'Bjihar et du golfe d’Alexandrette, se heurte à un nouveau relief, les monts Amanus. La traversée de cette région mon-tueuse a entraîné également l’établissement de nombreux ouvrages d’art, notamment le percement de sept petits tunnels et d’un de -4800 m., celui de Bagtché.
- Une fois TAmanus franchi, le Bagdad atteint
- Fig. 2.
- Les jonctions éventuelles de la Bagdadbahn et des chemins de fer russes avec le réseau anglo-indien.
- Partant de Haïdar-Pacha, en face Constantinople, la ligne grimpe sur le plateau d’Anatolie, pour suivre cette plate-forme accidentée située à une altitude moyenne de 800 à 1000 m. pendant environ 1000 km parEskichehir,Àfioun-Karahissar, Konia (1). Gravissant ensuite le Taurus, elle le franchit à la cote 1427, soit à 400 m. seulement au-dessus de Konia; sur le versant nord l’ascension de ce relief n’est donc pas laborieuse. En revanche vers le sud le Taurus tombe à pic. La vallée du Chakra qu’emprunte le Bagdad de ce côté forme une gorge étroite et profonde. Aussi bien, sur la section Karapounar-Dorak, longue de 54 km qui comprend les pentes méridionales du Taurus, les ouvrages d’art ont dû être multipliés : d’abord quatre tunnels d’une lon-
- 1. Le Bagdad proprement dit commence à Konia. Tout le réseau allemand au nord de cette ville porte le titre de Société impériale des chemins de l'er d’Anatolie. Yoy. articles de M. E.-A. Martel, n” 2009, 25 novembre 1911 et 2126, 21 février 1914.
- Mosîémyé (14 km au nord d?Alep) et par un embranchement joint cette dernière ville (1402 km depuis Ilaïdar-Pacha). Ainsi, se trouve établi son raccordement avec la ligne française de Rayait, et par suite avec le chemin de fer du Iledjaz. De Mos-lémyé la voie allemande file vers Test pour atteindre Mossoul et suivre ensuite le Tigre jusqu’à Bagdad.
- Au moment de l’entrée en guerre de la Turquie, des 2435 km que comporte le Bagdadbahn, 1358 seulement étaient construits, répartis entre trois tronçons isolés. Le premier, le plus long des trois (1030 km), s’étendait d’Haïdar-Pacha à Ivarapounar, au sommet du versant méridional du Taurus. Les tunnels de la gorge du Chakra et de T Amanus étant à peine commencés, le rail présentait ensuite une lacune de 230 km. — A l’est de TAmanus les trains circulaient jusqu’à Djerablous, sur l’Euphrate, sur une distance de 203 km. Après cela venait une solution de continuité de 688 km environ jusqu’à Samarra, sur le Tigre, où commençait le troisième
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- tronçon en exploitation (142 km) qui finissait à Bagdad. L’armée anglo-britannique est aujourd’hui maîtresse de cetté dernière section.
- Après la déclaration de guerre, loin d’interrompre les travaux, le gouvernement turco-allemand leur a, au contraire, donné une très vive impulsion dans la pensée de faire servir cette, ligne à ses desseins contre les Indes. Depuis octobre 1914, deux sections longues d’environ 315 km ont été livrées à la circulation : celle de Mamuré-Dorak (115 km), entre le versant ouest de l’Amanus et le pied méridional du Taurus, et celle de Djerablous, sur l’Euphrate, a Raz-el-Aïn, dans le bassin du Kabour (200 km environ). D’aprèsM. H.-Charles Woods(*), actuellement le rail dépasserait ce cours d’eau désertique et s’étendrait jusqu’à El-Helif, peut-être même jusqu’à Néséhine, à environ 200 km dans l’est-nord-est de Mossoul.
- En même temps, le percement de l’Amanus et du Taurus a été mené à bonne fin. En 1915, on a obtenu la jonction des deux galeries d’avancement du tunnel de Bagtché dans le premier de ces reliefs. La Geogra-phische Zeitschrift dans son numéro de mars
- 1916, en signalant cet événement, ajoutait qu’à la date du 1er lévrier, une voie étroite fonctionnerait dans toute la section de l’Amanus, longue de 54 km, d’islahié (versant est), à Mamuré (versant ouest), et qu)à la fin de cette même année 1916, la voie normale serait livrée à la circulation sur ce parcours. Ce pronostic ne s’est pas réalisé; aujourd’hui encore seul un Decauville posé sur la plate-forme de la ligne fonctionne dans le tronçon de l’Amanus. Les tunnels du Taurus sont également percés depuis novembre 1916; mais leurs voies d’accès, notamment les viaducs de la vallée duChakra, ne seraient pas terminées.
- La jonction entre les différents tronçons du Bagdad en exploitation est assurée par des services automobiles. Sur le versant méridional du Taurus, les transbordements s’opèrent par deux routes, partant de Botzanti-Khan (ait. 826 m.), caravansérail situé à 9,5 km en amont de Karapounar, le terminus du rail jusqu’au début de 1917. L’une traverse le défilé des Portes de Cilicie pour aboutir en
- 1. H.-Cliarles Woods, The Baghdad Raihoay and its Tributaries, in The Geographical' Journal, L, 1er juillet
- 1917.
- plaine à Tarsus, station de la ligne Mersina-Adana, après avoir détaché un embranchement vers cette dernière ville(1). L’autre route, qui suit, dans la vallée du Chakra, la voie ferrée en construction, rejoint l’embranchement de la première descendant à Adana.
- Pareillement, une chaussée établit la liaison entre les sections du Bagdad en exploitation de part et d’autre de l’Amanus.
- Ainsi, en dépit de la guerre, les Turco-Allemands ont achevé le Bagdad sur plus des deux tiers de sa longueur. Des 2435 km qu’il comporte, environ 1800 au moins sont actuellement exploités, mais avec deux grosses lacunes dans les régions montagneuses. Les trains ne rouleront pas avant un an sans rompre charge des rives du Bosphore aux steppes de l’Assyrie, d’Haïdar-Pachaaux environs de-Mossoul.
- De la grande artère allemande de la Turquie d’Asie se détachent de nombreux embranchements, la plupart fort intéressants au point de vue militaire. Au nord du Taurus, c’est la ligne d’Eskichéhir à Angora (261 km), amorce de la pénétration germanique vers Sivas et Diarbékir; puis à Afioun-Karahissar (475 km d’Haïdar-Pacha), le réseau français de Smyrne se soude à la voie allemande et lui ouvre un débouché sur la mer Égée.
- De ce grand port ne rayonnent pas moins de 1320 km de voies ferrées tant françaises qu’anglaises. Les premières (700 km) mettent Smyrne en relation d’une part avec Constantinople par le Bagdad (distance : 895 km), de l’autre avec la mer de Marmara (ligne Soma-Banderma) ; les secondes se développent au sud du réseau français. Smyrne constitue donc un centre ferroviaire considérable en relation avec le Bosphore et la mer de Marmara. Aussi bien une question vient tout naturellement à l’esprit : Pourquoi pas Smyrne au lieu des Dardanelles en 1915?
- Pour compléter la liste des chemins de fer d’Anatolie, mentionnons la petite ligne française de Moudania, sur la Marmara, à Brousse.
- Au sud du Taurus deux embranchements se greffent sur le Bagdad, très importants en ce qu’ils le mettent en relation avec le golfe d’Alexandrette : le Mersina-Adana (long. 91 km) et l’Alexandrette-Topra-Kaleh (station du Bagdad entre Adana et Alep) (long. 60 km).
- 1. Distance de Botzanti à Tarsus : 72 km.
- Échelle en kilomètres
- * 2800 | 839j BULGHAR MfOH
- liBotzanti
- == Routes
- —=— Chemins de fer construits Chemins de fer en construction et tunnel
- 839 Hauteurs en mètres
- >nnel n°2
- H A JJ! KIRlSHï
- Adana
- Tarsus,
- 1NE DE CILICIE
- Fig. 3. — Le tracé de la Bagdadbahn à travers le Taurus.
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- LES CHEMINS DE FER DE LA TURQUIE D’ASIE
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- Enfin, à l’est d’Adana, d’après M. H. Charles Woods, quatre autres embranchements auraient été construits depuis le début de la guerre ou seraient en construction. Le premier joindrait Bagtché, dans l’Amanus, à Marach'(64 km); le second relierait Aïntab (40 km), le troisième Berijik (25 km); le quatrième, en cours d’exécution partirait de Raz-el-Aïn, en direction de Diarbékir (*). Les Allemands poursuivraient donc par le sud-est leur Transarménien Ângora-Sivas-Karpout.
- Sur les opérations militaires ces progrès du réseau ferré en Turquie d’Asie ont exercé une influence considérable. Si les Ottomans ont prolongé leur résistance aussi longtemps autour de Bagdad, si, après la prise de cette ville, ils ont pu se reformer et dans la première quinzaine de juillet prendre l’offensive contre l’armée russe venant de Perse, si d’autre part, ils ont résisté à la pression de leurs adversaires sur le plateau d’Arménie, ils le doivent à l’avantage que leur donne le Bagdad d’une ligne intérieure permettant d’alimenter les différents fronts en hommes et en matériel.
- L’armée turco-allemande de Mésopotamie dispose ainsi de deux voies de ravitaillements branchées sur le Bagdad ; l’une formée par l’Euphrate, depuis Djérablous, station où la ligne ferrée franchit le fleuve jusqu’à Fedaya relié à Bagdad par un chemin de fer à voie étroite ; l’autre tracée par le Tigre à partir de Mossoul qui n’est plus séparé du terminus de la grande ligne que par 200 à 500 km de steppes d’un parcours facile. En second lieu, les forces ottomanes chargées delà défense de l’Arménie peuvent recevoir la majeure partie de leur ravitaillement par le Bagdad jusqu’à Raz-el-Aïn, et de là par la route en direction de Kharpout. Ç’est afin de faciliter l’arrivée des convois vers ce front et de compléter, leur ligne intérieure que les Allemands continuent l’embranchement El Helif-Diarbekir.
- Nous ne saurions abandonner le Bagdad sans appeler l’attention sur un point très important. Si on examine la figure n° 1, on remarque qu’à l’est du golfe d’Alexandrette et de l’Amanus, cette
- 1. Le Bagdad, comme tous ses embranchements, possède la voie normale. Seule en Anatolie la petite ligae Moudania-Brousse est à écartement de 1 mètre.
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- Fig. 4. — Une caravane de chameaux suivant la voie ferrée au sortir de Bagdad.
- ligne croise le nord-sud syrien à Alep. Par suite cette ville constitue le nœud des artères ferrées de l’Asie turque et pour la même raison le golfe voisin d’Alexandrette, qui possédait déjà une valeur stratégique considérable, devient la clé de cette partie de l’empire oltoman. Qui tient la région comprise entre ce bras de mer et Adana ou Alep est maître des lignes vers la Mésopotamie comme vers la Palestine.
- Passons maintenant au nord-sud syrien. Dans sa partie septentrionale, cette grande artère est formée par des voies françaises : l’Alep Rayak (long. 531 km) et la section Rayak-Damas (long. 65 km) du Beyrouth-Damas. Ainsi donc les circonstances ont fait que des lignes françaises assurent la jonction des deux tronçons du réseau allemand. A Damas commence le chemin de fer de Hedjaz
- qui allonge son ruban de rail sur une distance de 1340 km jusqu’à Medine. Au kilomètre 458 il dessert l’oasis de Maan où, suivant toute probabilité, les Allemands ont installé une gare de débarquement pour leurs troupes opérant en direction du canal de Suez.
- En examinant la carte, nos lecteurs seront surpris par l’existence de deux voies ferrées parallèles entre Damas et la transversale venant de Haïfa : celle de l’est représente le chemin de fer du Hedjaz, tandis que la voie de l’ouest appartient au Beyrouth-Damas. La société française n’ayant pas souscrit aux conditions que les Turco-Allemands voulaient lui imposer pour le transport du matériel nécessaire à la construction du chemin de fer du Hedjaz, nos ennemis ont établi des lignes parallèles aux siennes.
- Au point de vue militaire le chemin de fer du Hedjaz est d’un médiocre rendement. D’après Auler-Pacha, colonel allemand au service de la Turquie, de Damas il ne peut écouler en un jour plus de 10 trains, représentant trois bataillons à l’effectif de 800 hommes. D’autre part, au nord de cette ville les transports se trouvent retardés par un transbordement à Rayak, conséquence de la différence d’écartement des voies sur l’Alep-Rayak et la ligne du Hedjaz (l).
- Afin de remédier à l’insuffisance de cette dernière
- i. L’Alep-Ravak possède l’écartement normal, tandis que le chemin de fer du Hedjaz est à écartement de 1 m. 05.
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- voie pour les mouvements militaires, et pour alimenter l’attaque contre le canal de Suez, les Allemands ont construit pendant la guerre, une seconde ligne parallèle à celle du Hedjaz, à l’ouest de la fosse jordanique. Partant d’El Fulé, sur le Haïfa-Dera, elle passe à Nablus, Ramlé, coupe le Jaffa-Jérusalem et se termirie à Bir-Auja, à la frontière égyptienne.
- Avant la guerre le nord-sud syrien était relié à la côte par trois embranchements : 1° le Tripoli-Homs (long. 102 km), (ligne française); 2° le Beyrouth-Damas (long. 145 km) (ligne française); 5° le Haïfa-Dera (ligne allemande) reliant le chemin de fer du Hedjaz au port de Haïfa), (long. 162 km). Plus au sud une ligne française de 87 km unit Jaffa à Jérusalem. Traversant le Liban, ces lignes ont, pour la plupart, un profil très accidenté. Ainsi le Haïfa-Dera s’élève d’abord à la cote 62, puis descend à 246 m. en dessous de la mer sur les bords du Jourdain, pour remonter à la cote 529 m.
- Le Beyrouth-Damas présente des pentes encore plus fortes, si bien qu’il comporte 36 km de crémaillère entre la mer et Rayak, pour un parcours de 66 km. — Sur cette distance il monte d’abord à 1500 m. dans la traversée du*Liban, descend ensuite à 800 m. à Rayak pour s’élever de nouveau à 1300 m. dans l’Anti-Liban avant d’atteindre Damas, situé à la cote 696 m.
- Le Tripoli-Homs est beaucoup moins montueux. Son point culminant ne dépasse pas 541 m. à 49 km‘de Tripoli et à 15 de son terminus.
- Afin de se prémunir contre des velléités de débarquement des Alliés soit à Tripoli, soit à Beyrouth ou à Jaffa et contre des attaques en direction
- d’IIoms, de Damas ou de Jérusalem le long de ces voies ferrées, les Turco-Allemands en ont détruit deux. Ils ont enlevé les rails du Tripoli-Homs pour les employer sur leur ligne en construction Raz-el-Aïn-Diarbekir(*), et démantelé le Jaffa-Jérusalem depuis la côte jusqu’à Lydda, de telle sorte que le Ilaïfa-Deraa et le Beyrouth-Damas restent seuls en exploitation.
- Pour terminer ce tableau des lignes syriennes, signalons deux petits embranchements du Hedjaz, l’un reliant Dera à Bosra, l’autre Amman à Es Sait, au nord-est de la mer Morte.
- Le Bagdad sera-t-il jamais achevé? Cette entreprise correspond à une conception allemande, un désir de s’assurer le monopole d’une transversale vers l’océan Indien. Suivant toute vraisemblance, à la paix, les puissances occidentales ne témoigneront plus le même dédain qu’elles ont longtemps affiché à l’égard de cette œuvre allemande qui ramène vers le nord, vers Constantinople, la grande route de circulation d’ouest en est passant par la Méditerranée. La France et l’Italie, comme la Grande-Bretagne, possèdent un intérêt de premier ordre à conserver à cette mer intérieure son rôle actuel dans l’économie mondiale ; pour obtenir ce résultat la construction d’une transversale plus courte que le Bagdad s’imposera. Ce sera le Tripoli-Homs-prolongé vers l’ouest, à travers le désert de Syrie. Avant la guerre, ce projet a reçu un accueil plutôt frais et a valu à ses promoteurs de très vives attaques. Il n’en reste pas moins qu’il est commandé par les circonstances géographiques et qu’il apparaît comme le seul moyen de détourner du bassin méditerranéen le danger dont le menace le Bagdad.
- Charles Rabot.
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- Rien ne semble impossible à l’industrie contemporaine. Grâce aux progrès de la science et à un outillage de plus en plus perfectionné, les techniciens réalisent actuellement de gigantesques entreprises, des merveilles mécaniques et chimiques. Mais hélas toute médaille a son revers et trop souvent jusqu’ici, l’usine se transformait en un véritable champ de bataille sur lequel, après avoir longtemps peiné, finissaient par succomber des milliers de combattants ! Depuis quelques années cependant, l’hygiène industrielle a fait de grands progrès d’abord aux États-Unis, patrie des Taylor, des Gilbreth et autres promoteurs du chronométrage, puis en Angleterre, et même dans notre pays, où les ateliers vastes, bien chauffés en hiver, convenablement aérés et ventilés, sans poussières pénibles ou buées irrespirables deviennent de plus en plus nombreux, en dépit de l’affreuse tourmente. Bien des compagnies françaises importantes- ont installé, à côté des ma-
- chines aux rouages d’une rare précision, des lavabos et des vestiaires, des salles de repos ou de jeux, capables d’améliorer le confort de leurs employés. Mais récemment un industriel parisien, M. André Citroën, a voulu aller encore plus avant dans la voie du progrès et par ce temps de vie chère, il a créé, à l’intention de son personnel, une cantine électrique aussi originale que bien comprise, leur fournissant, à bon compte, une alimentation saine, rationnelle et savoureuse.
- Quoique le côté social de cette fondation soit des plus intéressants puisqu’il tend à rapprocher les ouvriers de leur philanthropique patron, son fonctionnement matériel mérite de retenir encore plus l’attention des organisateurs d’usines et des électriciens. Dans ce curieux restaurant, on sert, en
- 1. Sauf le Tripoli-Homs et l’Alep-Royak toutes les lignes syriennes sont à écartement de 1 m. 05. Le Jérusalem-Jalta n’a même que la vo>D de 1 ni.
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- effet, 2700 repas en moins d’une demi-heure, de j sorte qu’avec trois tablées successives, on y donne plus de 8000 déjeuners et autant de dîners. Le personnel qui assure le service est d’ailleurs très restreint : 18 personnes à la cuisine (5 cuisiniers,
- 4 plongeurs, 2 sommeliers, 2 bouchers, une femme aux cafés, une femme aux desserts, 1 épicier, 2 lin-gères), et 96 serveuses au restaurant, plus un maître d’hôtel et une surveillante.
- Pour produire de grosses quantités d’aliments dans un espace restreint, et en séries, il a fallu naturellement limiter le nombre des plats. Aussi chaque repas, identique pour tous les convives,
- de la cuisine jusqu’au restaurant. Puis, pour que ceux-ci n’attendent pas, ne mangent pas froid en hiver et ne boivent pas chaud en été, on prit les dispositions suivantes. Chaque groupe de 240 convives représente un secteur d’une couleur déterminée, au nombre de 10 pour le rez-de-chaussée (bleu, blanc, rouge, jaune, vert, mi-blanc-mi-bleu, mi-blanc-mi-rouge, mi-blanc, mi-jaune, mi-vert) et un secteur (mauve) de 300 couverts au premier étage, pour les employés au mois.
- Le matin, entre 11 heures et midi, les 240 plats de chaque secteur sont déposés au pied des tables chaudes correspondantes. Les chariots électriques,
- Fig', i. — Vue générale du réfectoire de l'usine A. Citroën.
- comprend un hors-d’œuvre, un plat de viande, un plat de légumes et un dessert. Néanmoins le menu varie non seulement d’un jour à l’autre, mais du déjeuner au dîner. A la cuisine, qui comporte deux grands fourneaux de 5 m. sur 1 m. 20, se trouvent annexés un cellier contenant trois semaines d’approvisionnements, une boucherie, une épicerie, une boulangerie pour le découpage du pain, et diverses salles de manière à pouvoir effectuer chacune des préparations dans un local distinct et avec une seule personne. Ainsi une femme prépare les hors-d’œuvre, l’autre s’occupe des desserts tandis qu’une troisième est préposée aux cafés, etc.
- Une fois les aliments préparés et le « pinard » versé dans les flacons, des chariots électriques les transportent, avant l’arrivée des consommateurs.
- qui transportent les caisses d’aliments dans une allée de 3 m., se trouvant entre ces dernières et le mur de la cantine, les amènent à proximité du personnel de service. Les serveuses, au nombre de 8 par groupe, les enlèvent alors des casiers pour mettre les plats sur les tables chaudes, les desserts sur les étagères et les boissons dans les glacières. En sorte qu’à leur arrivée, les convives, n’ont plus qu’à s’asseoir pour prendre part au féstm. Leur carte, — de la couleur du secteur comme, du reste, le brassard de leurs serveuses, — leur indique le numéro de leur table et de leur serviette.
- Rendons-nous compte maintenant de la façon dont se distribuent les aliments en assistant à un repas. Suivons donc les ouvriers qui quittent leui travail à midi et pénétrons avec enx dans la cantinp
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- où tous sont assis devant leurs assiettes un quart d’heure plus tard. A ce moment, le maître d’hôtel chef, en tournant un commutateur, allume toutes les lampes électriques installées sur les différents secteurs. Ce signal lumineux indique aux serveuses qu’il leur faut commencer la distribution du premier plat, immédiatement, chacune d’elles s’ejmpare des hor^s-d’oeuvre et les : répartit, en deux ou trois minutes, entre les convives de son groupe. Il y a 5 serveuses pour 240 couverts et le déjeuner se poursuit dans le plus grand ordre. Au deuxième allu-
- le repas s’achève à 12 h. 50 et il reste 40 minutes aux ouvriers pour se reposer avant de recommencer leur labeur.
- Pendant ce temps, le restaurant du premier étage où mangent les 500 employés au mois des établissements Citroën, fonctionne d’après le même système, mais une salle mesurant 10 m. sur 29 m. 50 s’y trouve annexée. Dans cette pièce, située au-dessus du cellier et du magasin aux légumes, se voient 4 billards, une douzaine de jaquets, de jeux de dames et d’échecs, une bibliothèque de 500 volumes et une table
- Fig. 2. — U11 des transporteurs électriques qui font le service des cuisines au réfectoire.
- Fig. 3. — Tables chauffantes et refroidissantes pour les aliments et les boissons.
- mage (12 h. 25), elles apportent la viande; le troisième (12 h. 35) annonce les légumes, tandis qu’au quatrième, elles servent le dessert et le café. Enfin
- avec des journaux quotidiens et des revues illustrées.
- Descendons, quelques minutes après la sortie des convives dans la cantine du rez-de-chaussée afin de
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- nous initier aux secrets de l’office. Les chariots enlèvent la vaisselle sale et la remontent dans la cuisine où les plongeurs la laveront et la tiendront prête pour le lendemain.
- Voici encore quelques renseignements intéressants : d’abord le prix du repas défie toute concurrence, pour employer la formule consacrée, puisqu’il est de 1 fr. 50 malgré la cherté actuelle des vivres. Moyennant de petits suppléments (0 fr. 30 pour le quart de vin, 0 fr. 10 pour la tasse de café, etc.), chaque consommateur peut agrémenter l’ordinaire selon ses goûts. En outre, s’il a des réclamations à faire sur les menus ou le service, il n’aura qu’à en informer l’un des 12 présidents de table élus par le personnel et qui se réunissent une fois par semaine afin d’examiner avec la direction les perfectionnements à apporter dans l’exploitation. D’ailleurs le restaurant deviendra d’ici peu une société coopérative administrée par un comité de gérance choisi par les ouvriers eux-mêmes et chargé de contrôler les dépenses; la direction de l’usine y sera complètement étrangère.
- Inutile d’insister plus longuement sur l’organisation de cette cantine, établie selon toutes les règles de l’hygiène afin d’assurer le plus grand bien-être des travailleurs. Signalons pourtant plusieurs détails en terminant; par exemple, les puissants ventilateurs qui renouvellent l’air de la salle durant les repas, la toiture peinte en bleu pour empêcher les rayons du soleil et rafraîchie pendant l’été par une aspersion d’eau et la stérilisation de la « flotte » au moyen d’un appareil ozonateur mis sur chaque glacière. Quant aux serveuses, avec leur jupe de drap bleu, leur corsage de toile de soie un peu plus foncée, leur tablier et leur bonnet blancs, elles ont
- véritablement le chic parisien! Enfin n’oublions pas la manucure, attachée à l’établissement, qui donne, chaque semaine, des soins de propreté aux mains de tout le personnel affecté au service de la cuisine et du restaurant.
- Qu’on ne vienne donc plus méconnaître les efforts faits par les chefs de l’industrie française pour améliorer le bien-être de leurs ouvriers. A côté des organisations similaires de la savonnerie anglaise de Port Sunlight, des établissements belges de Solvay, malheureusement aujourd’hui sous la botte prussienne, de la célèbre fabrique américaine d’automobiles Ford ou de la « Remington Arms Compagny » de Bridgeport (États-Unis), vis-à-vis des fondations Carnegie et Rockefeller pour n’en citer que quelques-unes aü courant de la plume, l’institution du quai de Javel apparaîtra véritablement « up to date ». Comme l’â dit en excellents termes M. Albert Thomas ministre de l’armement, lors de l’inauguration de cette originale cantine le 12 juillet 1917, M. André Citroën est un des membres de ce « patronat français qui a montré véritablement un esprit d’organisation digne de la grandeur de cette guerre ». Puisse, grâce à de telles innovations, l’union sacrée se poursuivre entre employeurs et employés, au delà des tranchées! Pas plus que dans le corps humain, le cerveau et les muscles d’une usine organisée « à la française » ne doivent être séparés. Que nos grandes sociétés industrielles ne réduisent pas leurs travailleurs au rôle de simples automates comme dans les fabriques caporalisées d’oulre-Rhin, mais qu’ils s’inquiètent sans cesse d’adoucir le sort de leur personnel : c’est encore le plus sûr moyen de faire fructifier leurs capitaux. Jacques Boyer.
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- VI. — Préparation des cidres mousseux et des vins de pommes véritables ou factices,
- Il est encore un genré de transformation des pommes, qui est la base d’une grande industrie dans nos provinces eidricoles, c’est la fabrication du cidre. Bien que cette utilisation des fruits à cidre ne présente pas une relation aussi intime avec les emplois économiques dont il a été question jusqu’ici, elle intéresse, cependant, fortement les ménagères et même les fermières qui veulent préparer elles-mêmes quelques bouteilles de cidre mousseux ou de vin de pommes, comme cela a lieu fréquemment à l’étranger, notamment en Angleterre et dans les pays de langue allemande.
- I. Cidres mousseux. — Je vais entrer, au sujet du procédé à suivre dans la préparation des cidres mousseux, dans des détails suffisants pour permettre de les réussir, ce qui n’est pas assez souvent le cas delà part de nos-producteurs paysans surtout et justifie la raison de leur faible importance dans le commerce des boissons. Le procédé
- est le même que l’on opère en petit ou en grand, et d’autant plus que je laisse de côté la méthode de champagnisation champenoise qui est trop longue et dispendieuse quand on effectue les différentes manipulations qu’elle comporte.
- Préparation du cidre en petit. — On prend des pommes à cidre mûres à point, pat fumées, très propres, et, autant que possible, appartenant à la deuxième maturation ou saison. (La quantité à mettre en œuvre par les maîtresses de maison qui ne voudraient faire qu’une vingtaine de bouteilles champenoises varie entre 55 à 40 kg.) On les râpe ou les broie, selon le cas, on renferme la pulpe dans une toile grossière et on l’exprime au moyen d’une petite presse de laboratoire; on tamise le jus recueilli et on le verse, selon son volume, dans une tourie ou un baril. On émiette soigneusement le marc et le presse à nouveau, sans eau, et l’on réunit ce second jus liquide au premier. On pose,
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- en guise de bonde, un barboteur hydraulique ou un purificateur à. air sur le récipient (tourie ou baril) ; on met ce dernier dans un endroit dont la température doit se maintenir au voisinage de 15°, et on l’abandonne à la fermentation principale dite tumultueuse. Lorsque celle-ci sera calmée, ce qu’on reconnaîtra, si l’on a mis un barboteur, à ce que les bulles de gaz carbonique passeront lentement à travers le liquide, ou, si l’on n’y a pas eu recours, à l’absence de crissement du gaz quand on approchera l’oreille de l’orifice du récipient, on prendra la densité du cidre et, tant quelle ne sera pas descendue à 1025 à 15°, on le laissera en place. Aussitôt qu’elle y sera tombée, on le soutirera dans un autre baril ou tourie en s’arrangeant de façon à faire le plein, et on laissera une fermentation secondaire-se déclarer et marcher jusqu’à ce qu’elle ait abaissé la densité entre 1020' et 1018.
- Je dois, ici, fournir quelques explications. La fabrication des cidres mousseux, dont il existe plusieurs catégories, compte trois conditions principalement critiques et difficiles à réaliser : la limpidité et la densité du cidre destiné à devenir mousseux et le volume de mousse qu’il doit posséder après sa fermentation en bouteille. Les deux premières, souvent liées l’une à l’autre, ont la plus grande influence sur les propriétés chimiques, physiques et organoleptiques de ce cidre, et par contre-coup rationnel, sur sa vente et sa consommation.
- Un bon cidre mousseux doit être limpide, parfumé, légèrement sucré, assez alcoolique et dégager une mousse assez abondante. Or, quand on ne prend pas la densité du cidre, on risque, ce qui arrive très souvent, de le mettre trop tôt en bouteilles, et il en résulte deux sérieux inconvénients : il se forme un dépôt dans le fond du flacon et un excès de gaz carbonique dans le sein du liquide, de sorte que, lorsque les bouteilles n’éclatent pas, quand on vient à les déboucher, le cidre jaillit de tous côtés et le flot de mousse s’échappant immédiatément du verre n’y laisse guère qu’un peu de cidre boueux. Mais il arrive aussi que l’absence de prise de la densité conduit à mettre le cidre trop tard en bouteillës, et alors il manque de corps, ne mousse plus suffisamment et ne pétille qu’à peine. Ilimporte donc, avant d’embouteiller le cidre, de s’assurer de sa limpidité et de sa densité.
- Il existe une certaine relation entre les degrés de la densité et ceux du volume de la mousse à produire, et voici les indications qui résultent de mes expériences.
- Relation entre les degrés de la densité et la quantité de mousse produite. — On trouve chez les constructeurs d’appareils de précision des densi-mètres ordinaires et des inustimètres spéciaux, parmi lesquels mon Pomivalorimètré, qui permettent, en appliquant les densités ci-dessous, d’obtenir les quatre catép-Hes de cidres plus ou moins
- DES FRUITS, SANS SUCRE =======
- mousseux et de régulariser ainsi leur préparation.
- Densités. Catégories de cidres mousseux.
- De 1020 à 1018 à 15°, on obtient un cidre très mousseux pouvant déterminer l’éclatement des bouteilles. De 1017 à 1015 à 15°, mousseux ne déterminant plus l'éclatement des bouteilles.
- De 1014 à 1012 à 15°, très pétillant et crémeux.
- De 1011 à 1009 à 15°, pétillant.
- Les profanes, qui ne recherchent dans un cidre mousseux que l’explosion du bouchon et un flot de mousse mettront le cidre en bouteilles entre 1020 et 1018, mais ils courront le risque de voir éclater beaucoup de bouteilles, plus la densité sera voisine de 1020 et plus la cave ou le cellier seront chauds. Pour éviter la casse, il sera utile de maintenir les bouteilles debout pendant le premier mois, au minimum.
- Les connaisseurs et tous ceux qui veulent déguster un cidre mousseux, dont la mousse abondante et chantante, en s’évanouissant sur le palais, exhale sur ses papilles le parfum agréable de la pomme, préféreront, selon qu’ils voudront plus ou moins de mousse, les degrés intermédiaires entre 1017 et 1012. Enfin ceux qui, pour des raisons diverses, ne tiennent pas à la mousse, mais plutôt à une crème pétillante, embouteilleront le cidre entre 1012 et 1009.
- 11 sera encore prudent de tenir debout pendant 15 jours à 3 semaines les bouteilles contenant des cidres pesant 1017 à 1011; à partir de 1010, on pourra s’en dispenser. D’ailleurs, toutes les fois que l’on remarquera, dans l’une ou l’autre catégorie de cidres mousseux, l’éclatement de quelques bouteilles couchées, il faudra immédiatement redresser toutes les autres et les maintenir debout pendant quelques semaines, et principalement jusqu’à ce qu’il se produise un abaissement notable de la température ambiante.
- Mise en bouteilles. — Ces explications fournies, je reviens au cidre dont la densité marque au den-simètre 1020. Deux cas peuvent se présenter : il est trouble ou limpide. Dans le premier cas, il faut le coller, soit à l’albumine ou aux blancs d’œufs, à la gélatine, à l’ichtyocolle ou à la caséine. Cette dernière me paraît dans ce cas le meilleur clarifiant parce qu’elle n’enlève au cidre aucun principe important, mais pour remplir cette condition, il faut qu’elle soit pure et soluble : la marque dite « vinicole pure » convient très bien. La dose pour un collage léger est de 8 gr. par hectolitre et, pour un collage fort, de 12 gr. On fait dissoudre la quantité nécessaire dans un peu d’eau chaude 6 à 8 heures avant de s’en servir, on verse la solution dans le cidre et on l’y mélange exactement. La colle bien déposée, on soutire le cidre, on le laisse reposer quelques jours et on le met en bouteilles.
- Dans le second cas, s’il est limpide, ce qui est préférable à tous égards, il n’y a plus qu’à l’embouteiller en apportant la plus grande attention, au temps, aux bouchons, aux bouteilles et à la façon i de les remplir. Le temps doit être beau, frais ou
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- froid, le baromètre haut; les bouchons longs et très sains. Quant aux bouteilles, ce doivent être des champenoises pour les cidres de densité 1020 à 1011 incluse, et des bouteilles ordinaires ou à eau minérale à partir de 1010. Il me paraît inutile de dire qu’elles doivent être propres, mais il est bon de s’assurer qu’il n’est pas resté, après leur lavage, dans le fond ou sur leurs parois, des grains de plomb ou des poils de brosse, ce que l’on constate parfois, et qui n’est pas sans gravité quand il s’agit du plomb. Le remplissage doit se faire, autant que possible, à l’abri de l’air, et l’un des meilleurs moyens pratiques consiste à conduire le cidre au fond de la bouteille au moyen d’un tube en caoutchouc fonctionnant comme un siphon entre le baril et le flacon.
- Le bouchage peut être fait à la batte ou avec une boucheuse mécanique; puis, les bouchons assujettis avec une ficelle, un fil de fer ou un muselet, on les paraffinera si la garde a lieu dans un endroit humide, afin d’éviter les moisissures. 11 y aurait encore beaucoup à dire, mais c’est là l’essentiel, surtout pour une fabrication ménagère ou paysanne.
- Il est à espérer que nos grands cidriers, qui ont déjà réalisé de réels progrès dans leurs cidreries industrielles, feront après la guerre les efforts nécessaires pour perfectionner la fabrication des cidres mousseux, afin de reprendre ou d’occuper, sur les marchés des républiques latines de l’Amérique du Sud, ainsi que dans le bassin oriental de la Méditerranée, la place qu’ont su prendre depuis longtemps les cidres allemands ou espagnols.
- II. Vins de pommes. — Par analogie avec le nom qu’on attache au jus fermenté des baies et des fruits à noyau qu’on appelle couramment « vin de groseilles », « vin de prunes » etc., le cidre pur jus fermenté est bien un « vin de pommes » ; c’est, d’ailleurs, ainsi qu’on le nomme dans les pays de langue allemande, « apfelwein », et parfois aussi dans ceux de langue anglaise « apple wine », mais on n’en prépare pas en France, que je sache, sous ce nom. D’autre part, pour mériter le nom de « vin » pris dans son sens habituel chez nous, il faut que le liquide ait un titre alcoolique supérieur ou, tout au moins égal à 10°; or, bien que l’on puisse, en sachant choisir les variétés de pommes d’élite, en obtenir, comme je l’ai fait, sans aulre addition que de la levure pour faire fermenter tout le sucre en présence, un cidre possédant ces 10 degrés, on sait que le cidre le plus alcoolique fabriqué habituellement dans nos provinces cidri-coles, titre entre 7° à 8°. Il est donc indispensable, pour fabriquer un vin de pommes avec les fruits de valeur moyenne dont on dispose couramment, d’ajouter au jus obtenu, par une méthode appropriée, la quantité de sucre nécessaire pour parfaire, après fermentation, le volume d’alcool déficitaire.
- On y parvient par une méthode directe et par une méthode mixte. La première comprend : a) l’addition seule au jus, avant la fermentation,
- d’une matière sucrée, sucre ou miel ; b) la concentration seule du jus, avant la fermentation. La seconde méthode comprend, tantôt l’addition d’une matière sucrée, d’eau-de-vie et d’aromates avant ou après fermentation, sans concentration du jus, tantôt l’addition de ces mêmes substances, avant ou après fermentation, mais avec concentration ou ébullition du jus de pommes pur.
- Méthode directe de préparation. — [1 n’a pas encore été publié, que je sache, de procédé français, et c’est la raison qui m’incite à en imaginer deux, un pour l’addition du sucre et l’autre pour la concentration du jus. Je pense qu’ils donneront toute satisfaction aux ménagères; dans tous les. cas, comme ils sont rationnels, le vin qu’ils permettront d’obtenir possédera, certainement, les qualités et les défauts inhérents à cette transformation artificielle du jus de pommes. — Pour ne point sortir de l’utilisation ménagère, je rapporterai ces procédés à la préparation de 20 litres de vin de pommes.
- A) Par addition seule de sucre au jus. Procédé rationnel. — (Il est sous-entendu que son application est subordonnée à la possession du sucre nécessaire). Il importe, avant de faire cette addition, de connaître, tout d’abord, la quantité de sucre total contenue dans le jus, et, pour le savoir sans recourir à l’analyse, la maîtresse de maison dispose d’un moyen pratique, la prise de la densité, qu’elle peut prendre elle-même à l’aide d’un densimètre ordinaire, mustimètre ou pomivalorimètre, à 15°, et en tenant compte ensuite des explications ci-dessous.
- On admet, empiriquement, que les deux derniers chiffres de la densité, multipliés par 2,15, donnent approximativement le poids du sucre total contenu dans un litre de jus non fermenté. On admet aussi que, dans la pratique, il faut 18 gr. 50 de sucre pur, pour produire un degré d’alcool par litre.de jus. Or, ces faits connus, si l’on passe à leur application, en supposant que l’on ait un jus de pommes pesant 1060 à 15°, et que l’on veuille préparer un vin de pommes titrant 10, 12 ou 15° d’alcool, on trouve qu’un litre du susdit jus contient, approximativement (60x2,15) 129 gr. de sucre et, par suite, les 20 litres, 2 kg 580.
- D’autre part, pour que ces 20 litres de jus renfermassent, après fermentation complète, 10, 12 ou 15° d’alcool, il leur faudrait, auparavant, contenir respectivement 5 kg 700, 4 kg 400, 5 kg 550 de sucre, et comme ils n’en possèdent que 2 kg. 580, il s’ensuit qu’il serait nécessaire d’ajouter au jus primitif, selon le titre désiré, la différence, entre chacun de ces poids et 2 kg580, soit 1kg. 120 pour 10°, 1 kg860 pour 12° et 2kg 970 pour 15°.
- L’addition du sucre doit être faite sous la forme d’un sirop obtenu en dissolvant le sucre dans le moins d’eau possible à l’ébullition, ou mieux dans son propre poids de jus chauffé à 50° seulement pour éviter le goût de cuit. Pour faciliter et activer a fermentation, il y aurait lieu de faire intervenir la
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- 156 - L'UTILISATION MÉNAGÈRE DES FRUITS, SANS SUCRE
- levure de bière ou de grain à la dose de 50 gr., après l’avoir délayée dans un demi-litre de jus à 20°. Il serait encore préférable, pour avoir davantage l’illusion d’un vin, de recourir à des levures devin sélectionnées qui communiqueraient un goût qui serait très appréciable !
- On mélange par agitation, fouettageou roulement, selon le volume du cidre et la nature du récipient, on le bonde avec un barboteur hydraulique et l’on termine l’opération comme il a été dit plus haut, car ce cidre ne diffère guère du cidre mousseux que par son titre alcoolique plus élevé, surtout si la fermentation a été assez complète pour transformer tout le sucre. Cependant, si l’on désire un vin de pommes doux, c’est-à-dire quelque peu sucré au palais, il faudra le mettre en bouteilles quand sa densité variera de 1015 à 1010; si, au contraire, on tient à ce que le vin soit sec, ce ne sera pas avant qu’elle ne soit tombée entre 1002 et 1000.
- B) Par concentration du jus. Procédé rationnel.
- __Les données ci-dessus admises, en parlant du jus
- de densité 1060 contenant 129 gr. de sucre par litre, pour préparer 20 litres de vin de pommes titrant 10°, 12° ou 15°, on trouve que, dans les conditions ordinaires de fabrication, il faudrait respectivement, en chiffres ronds, 29, 54 ou 44 litres de jus. Il serait donc nécessaire de faire évaporer dans une bassine en cuivre à fond plat, l’un ou l’autre de ces volumes jusqu’à réduction de 20 litres, soit 9,14 ou 24 litres, afin que le jus ainsi concentré renfermât le poids de sucre nécessaire pour fournir après fermentation complète, selon le cas, 10°, 12° ou 15°. Et comme, au cours de l’évaporation, les ferments naturels auraient été tués, il deviendrait indispensable, quand la température du jus versé dans une tourie ou un petit baril serait descendue entre 20 et 18 degrés, d’ajouter 125 gr. de levure de bière ou de grain ou, ce qui vaudrait encore mieux que lors de la préparation à froid, des levures de vin sélectionnées. — Je dirai même, à ce propos, qu’une partie de la faveur que le cidre allemand rencontre à l’étranger est due à l’emploi de levures des vins de la Moselle quel’École supérieure de Geisenheim-sur-Rhin envoie à toutes les grandes cidreries qui lui en font la demande. — La suite de la préparation est identique à celle que j’ai décrite plus haut. 11 en résulte que le vin de pommes ainsi obtenu est un vin cuit dans lequel le fruité du cidre, si plaisant au palais de l’amateur français du bon cidre naturel, n’existe plus ; cependant, il peut, malgré cela, être très agréable au consommateur ordinaire en raison de sa teneur en sucre, acide carbonique et alcool.
- Procèdes américains et anglais. — La méthode de concentration est suivie depuis longtemps à l’étranger où il en existe plusieurs procédés dans les pays de langue anglaise, notamment aux États-Unis. Dans ces vins de pommes, les étrangers visent souvent une imitation de vins liquoreux et, par suite, ils doivent être doux et alcooliques tout à la fois, mais les procédés appartiennent davantage à la méthode mixte.
- Voici1' un procédé assez répandu. On choisit des pommes très saines et mûres; on les écrase et les presse ; on recueille le jus, on le tamise et on l’évapore à la moitié de son volume. On lé laisse refroidir, et quand il est tiède on y délaie une quantité de levure de bière suffisante pour y développer une vive fermentation. Après 24 heures, on soutire et on introduit le liquide dans un ou des barils, ou mieux, dans des bouteilles très fortes qu’on bouche avec soin.
- Les Américains font, paraît-il, grand cas de ce vin de pommes qu’ils considèrent comme un vin doux et capiteux qui, lorsqu’il est un peu ancien, se rapproche du vin du Rhin ! Je n’en ai pas préparé d’après cetle formule, mais j’ai assez l’expérience de la fermentation du cidre pour conseiller aux ménagères de ne faire que quelques bouteilles d’après ce procédé et de les tenir debout dans un endroit frais pendant plusieurs mois, ce que font probablement les Américains, car, sans cette précaution, je suis convaincu que la plus grande partie des bouteilles seraient brisées si on les couchait peu de temps après l’embouteillage.
- Méthode mixte. — C’est surtout à cette méthode que se rattachent les procédés américains et anglais, les plus estimés dans leurs pays respectifs ; je vais en indiquer trois formules.
- 1° Red Cider Wine. — Pour préparer ce « Vin de cidre rouge », on emploie : jus de pommes 20 litres, sucre roux 600 gr., miel 5 kg, tartre rouge 100 gr., betteraves rouges finement divisées 1200 gr. On fait cuire le tout ensemble pendant deux heures; on verse le mélange dans un baril où on le laisse fermenter complètement, en faisant le plein avec du moût, ou, à son défaut, avec de l’eau sucrée. La fermentation terminée, on ajoute 40 centilitres d’eau-de-vie de vin avec 6 gr. de cannelle et autant de gingembre en poudre. On laisse le tout en contact pendant 3 mois, on clarifie et on met en bouteilles. Cette formule comporte une réduction moyenne du jus de pommes et une addition d’alcool; aussi, étant donné la quantité des sucres ajoutée à celle du jus, doit-elle fournir un vin de pommes très sucré, car tout le sucre ne peut certainement pas fermenter faute de levure et, en même temps très capiteux, par suite du volume d’alcool résultant de deux sources : fermentation et addition.
- 2° Vin de pommes supérieur. — Dans cette formule, on emploie le cidre fait au lieu de jus.
- Cidre..................
- Sucre ou miel .... Eau-de-vie de vin. . . Amandes amères . . . Fleurs de muscadier. . Semences de moutarde.
- Cachou ................
- ou Cochenille pulvérisée
- 20 litres.
- 500 grammes. 60 centilitres. 1 gr. 50 1 gr. 50 12 gr. 50 6 gr.
- 1 gr.
- On pulvérise le sucre et les trois aromates, on les mélange avec l’eau-de-vie dans le cidre, puis le
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- L’UTILISATION MÉNAGÈRE DES FRUITS, SANS SUCRE = 157
- cachou préalablement dissous dans le minimum d’eau et l’on agite de temps en temps pendant les 15 premiers jours. On laisse macérer pendant 5 à 4 mois, on soutire et l’on clarifie avec 1 gr. 50 de colle de poisson ou un blanc d’œuf battu en neige.
- Si l’on veut que le vin soit d’un jaune pâle, on n’ajoute pas de cachou et l'on remplace le collage précédent par celui au lait ; si l’on tient à ce qu’il ait une coloration vermeille, on y fait macérer la cochenille au lieu de cachou. On conserve en bouteilles.
- 5° Cidre royal. — Connu sous le nom de « Royal Cider » qui, au début du xixe siècle, jouit en Angleterre d’une réputation supérieure à celle des meilleurs vins français, ce vin était obtenu en distillant l’alcool d’un volume donné de cidre et en ajoutant cette quantité à un même volume de cidre de qualité supérieure. C’était en somme, une opération analogue au vinage des vins, et elle avait pour résultat de fortifier notablement le cidre puisqu’elle en doublait la teneur alcoolique. On comprend facilement qu’un cidre pur jus, contenant déjà entre 6 et 8 pour 100 d’alcool, devait être très capiteux quand cette teneur s’élevait entre 12 et 16 pour 100! Pour peu qu’on lui ajoutât une petite quantité de sucre, la douceur qui en résultait le rapprochait sensiblement d’un vin liquoreux. 11 serait facile à toute maîtresse de maison de le réaliser, en soumettant à cette doublé opération un excellent cidre distillé au moyen d’un petit alambic d’essai.
- III. Vins factices à base de jus de pommes ou de cidre. — Je rappellerai, pour en terminer avec les vins de pommes, que dans les pays où un climat trop froid interdit la culture de la vigne ou mûrit ses fruits insuffisamment, les habitants ont souvent demandé l’illusion des vins généreux à des vins artificiels issus tantôt de la fermentation du jus de pommes avec des raisins, de l’alcool et des jus de fruits divers, tantôt de la macération du cidre avec ces mêmes substances. Ces sophistications, qui avaient pour but l’imitation, grossière bien entendu, de nos meilleurs vins et de ceux de l’étranger, notamment de l’Espagne, ont été pratiquées longtemps en Angleterre et en Allemagne, surtout dans les ménages.
- Je me garderai bien de donner ici les formules prônées pour l’imitation ou, plus justement, la dénaturation de nos vins français; je me permettrai seulement d’indiquer quatre recettes se rapportant, à quatre vins liquoreux : Malaga, Xérès, Alicante et Madère, de consommation très limitée et que, dans ce cas particulier, l’on peut considérer avec assez de raison comme des liqueurs à base de jus de pommes très hygiéniques et agréables, et sous les noms desquelles je vais les mentionner, en ramenant ces formules, comme pour les vins pré-
- cédents, à l’emploi de 20 litres de jus ou de cidre.
- a) Liqueurs factices à base de jus de pommes. — Liqueur de Malaga.
- Jus de pommes...................20 litres
- Raisins secs broyés............. 2 kg 500
- Alcool rectifié à 95°........... 1 litre.
- Sirop simple.................... 1 litre.
- Fleurs de sureau................ 1 litre.
- Ether acétique..................20 grammes.
- A l’exception de l’éther acétique, on met toutes ces substances avec le jus de pommes dans un baril et on laisse la fermentation s’accomplir en ayant soin de refaire le plein avec du cidre pendant sa durée. Lorsqu’elle est terminée, on clarifie avec l’ichtyocolle, on ajoute l’éther acétique, on colore avec un volume suffisant de jus de baies de sureau ou de myrtilles et l'on met en bouteilles quelques semaines après.
- Liqueur de Xérès.
- Jus de pommes . . . Raisins secs broyés . . Alcool rectifié à 95°. .
- Tartre rouge............
- Ether acétique .... Eau de fleurs d’oranger
- 20 litres.
- 2 kg
- 1 litre 20
- 24 grammes. •12 —
- 2 —
- Opérer comme pour la liqueur de Malaga, en n’ajoulant l’éther acétique et l’eau de fleurs d’oranger qu’après le collage.
- b) Liqueurs factices à base de cidre. — Liqueur d'Alicante.
- Cidre..............................20 litres.
- Alcool rectifié à 95°.............. 5 litres.
- Sucre de canne..................... 1 kg 880
- Eau distillée...................... 1 litre 650.
- Jus de myrtilles................... 0 litre 590.
- Extrait d’iris, quantité suffisante pour aromatiser.
- On fait dissoudre à chaud le sucre dans l’eau et l’on mélange intimement la solution avec les autres substances dans un petit baril. On n’ajoute l’extrait d’iris qu’à la fin et en quantité strictement suffisante pour aromatiser, car un excès gâterait toute la liqueur. Il ne faut jamais qu’on puisse reconnaître dans l’arome la substance qui le fournit, autrement l’imitation serait ratée. On laisse en contact pendant 15 jours, on clarifie et on met en
- bouteilles.
- Liqueur de Madère.
- Cidre......................... 20 litres.
- Sucre en pain................. 555 grammes.
- Miel pur jaune................ 555 —
- Alcool rectifié à 96° .... 1 litre 450.
- Fleurs de houblon............... 5 grammes.
- On fait dissoudre à froid le sucre et le miel dans la moitié du cidre, on verse la solution dans un petit baril, on y ajoute le reste du cidre, l’alcool et le houblon, on laisse lé mélange macérer durant 15 jours; on passe, on clarifie et l’on met en bouteilles. A. Truelle.
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- LES PROTECTEURS D’OREILLES
- Les blessures de l’oreille moyenne et notamment les ruptures du tympan sont fréquentes au cours de la guerre actuelle. Bien entendu, il ne s’agit pas de blessures par projectile, car le tympan, enfoui au fond du conduit auditif externe est certainement l’un des organes les mieux protégés de tout le corps.
- Le mécanisme de ces blessures est tout autre; elles sont dues à une brusque variation de pression de l’air sur les deux faces de la membrane tympanique, variation qui accompagne le départ du projectile hors du canon aussi bien que son éclatement à l’arrivée ; c’est le « vent du boulet » qui est la cause de la lésion.
- Les artilleurs, soumis plus que tous autres aux chocs des départs sont les plus souvent blessés; c’est parmi eux que se rencontrent le plus grand nombre d’otites avec déchirure tympanique. Les hommes, atteints par le vent des projectiles explosant à l’arrivée, sont naturel-lement de toutes armes; leurs blessures sont moins grandes et généralement limitées à une oreille lorsqu’ils ont été surpris dehors, au grand air; elles sont souvent égales sur les deux oreilles quand ils étaient dans un espace clos, tel qu’un abri ou une sape.
- La rupture du tympan est réparable, surtout si l’oreille moyenne ne s’infecte pas. Mais si elle suppure^ et c’est le cas le plus fréquent, la cicatrisation se produit plus difficilement; le blessé reste très longtemps avec une oreille qui coule, ce qui n’est pas sans danger de graves complications, et finit par rester plus ou moins sourd de l’oreille atteinte.
- Ces accidents, rares tant que l’artillerie fut de petit calibre, ont augmenté avec les dimensions des canons et les poids des charges et des explosifs. On les observe particulièrement chez les artilleurs des tourelles de cuirassés ét chez ceux de l’artillerie lourde à grande puissance.
- Ne saurait-on y remédier?
- Depuis longtemps, des officiers d’artillerie se servent d’antiphones, petites billes d’ivoire qu’on introduit dans le conduit auditif externe pour l’obturer et protéger le tympan. D’autres se bouchent les oreilles avec des tampons de coton.
- Dans la marine, les artilleurs des tourelles se coiffent d’oreilières, comparables aux casques des téléphonistes, formées de deux sacs garnis d’é-
- toupe ou d’ouate, maintenus en place au moyen d’une bande de tissu passant sur la tête et de rubans noués sous le menton.
- Récemment, le Dr Wicart a proposé de fournir aux artilleurs des mèches de coton imbibées de glycérine et des protecteurs semblables à ceux des marins.
- Mais ces divers procédés ne répondent pas absolument aux besoins militaires : il faut en effet que les hommes protégés contre les grosses détonations puissent entendre tout de même la voix, les commandements; on ne peut admettre que des combattants se rendent sourds pour protéger leurs oreilles.
- Les appareils de protection doivent donc tout à la fois annihiler les bruits violents, les changements de pression intenses et n’amortir en aucune façon les sons ordinaires et notamment la voix parlée.
- Ce problème a tenté quelques chercheurs
- et a reçu d’eux différentes solutions que nous voudrions faire connaître à nos lecteurs.
- Nous nous contenterons de décrire trois types d’appareils dernièrement apparus dans le commerce : le lympa-nophile, le perd-son, l’obturateur à chambre de détente Yérain l* 1).
- Le tympanophile et le perd-son utilisent la limitation des déplacements d’une membrane souple ou mobile, l’obturateur Yérain le principe de la détente.
- I. Tympanophile. — D’après la notice jointe à l’appareil, le Tympanophile est destiné à protéger le tympan et les organes internes de l'oreille contre les bruits forts, les explosions, les violents déplacements d’air, sans amoindrir la perception des bruits faibles, tels que la voix chuchotée, les ordres transmis, les bruits suspects lors d’une écoute, etc.
- Il convient à tous les soldats du front qui subissent des bombardements, et qui, grâce à lui, se garantiront de la surdité ou des troubles graves de l’oreille; de plus, l’effet moral d’une grosse explosion se trouve considérablement affaibli pour celui qui ne l’entend qu’à peine. Le système nerveux est épargné.
- 1. I,e Tympanophile, 13, rue d’Hauleville, Paris; le Pcrd-Son, 15 bis, rue de Maubeuge, Paris; Obturateurs à chambre de détente, Soeiélé de construction d’horloges et d’appareils de mesures électriques, 42, rue Molilor, Nancy et 173, faubourg Poissonnière, Paris.
- Fig. i
- Le tympanophile.
- Lame de mica
- Aton/ure
- ____méâa//'jue
- Condu/L c/e caou/chouc
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- LES PROTECTEURS D'OREILLES
- 159
- figure
- Le Tympanophile est simple, léger (en.v, 5 gr.), robuste. Il se place dans l’oreille et tient parfaitement sans gêner ni blesser. Il est à l’oreille ce que le lorgnon à verres jaunis ou les lunettes d’auto sont aux yeux. »
- La protection des organes de l’oreille qui sont excessivement délicats pose un triple problème :
- d° Il faut empêcher les surpressions ou dépressions d’air violentes (souffle de l’explosion) d’agir sur le tympan ;
- 2° Il faut que les fortes vibrations qui constituent le bruit intense soient autant que possible limitées comme amplitude à ce que peuvent impunément supporter les organes de l’oreille ;
- 5° Il faut que les bruits ou sons faibles ne soient pas amoindris pour que l’appareil ne gêne pas et puisse être porté constamment, de façon à parer à toute éventualité.
- L’appareil se présente sous la forme représentée 1. La tubulure de caoutchouc s’introduit dans l’oreille ; elle est fixée à une pièce métallique légère, en aluminium, qui comprend un tube court débouchant au centre d’un plateau légèrement creusé en son centre sur lequel repose une mince lame de mica.
- La distance de la lame de mica à l’orifice du conduit est, d’après l’inventeur, de 0 mm, 02 environ. Les vibrations de la voix et les bruits faibles laissent l’orifice ouvert; un souffle brusque plaque la lame de mica sur
- le fond du plateau et obture le conduit. A l’essai, nous avons reconnu que le tympanophile diminue très peu la perception de la parole et des sons ordinaires et qu’il est efficace contre les bruits intenses. Il a de plus le mérite d’être robuste et de construction simple.
- II. PcTd-Son. — Le Perd-Son, comme le Tympanophile utilise une membrane à course limitée. Il est constitué (fig. 2) par une sorte d’entonnoir en feuille mince d’aluminium dont le bout le plus étroit est garni d’une fine bague de caoutchouc.
- L’appareil s’introduit dans l’oreille par celte extrémité. La base du pavillon est obturée par un mince
- Métal
- Caoutchouc
- Fig. 2. — Le Perd-Son.
- Fig. 3. — Obturateur à chambre de détente.
- disque d’aluminium maintenu légèrement écarté de sa base par un petit ressort. La puissance de ce ressort est réglée de façon que le disque n’appuie sur l’orifice que sous une certaine pression extérieure. De cette façon, le Perd-Son laisse passer les sons ordinaires sans les affaiblir et arrête les bruits violents et les brusques déplacements d’air. Il est plus léger que le Tympanophile et tient peut-être mieux dans l’oreille; par contre, sa construction est plus délicate et sa membrane est moins bien protégée.
- III. Obturateur Verain. —L’obturateur d’oreilles à chambre de détente de MM. L. et M. Yérain est basé sur un tout autre principe. Il amortit les fortes variations de pression au moyen d’une ou de plusieurs chambres de détente : l’air entrant par un fin canal arrive dans une cavité beaucoup plus vaste où il se ralentit', il en sort a nouveau par un fin canal avant d’arriver dans l’oreille externe qui sert de nouveau détendeur.
- Cette série de chicanes et de chambres diminue beaucoup les vibrations trop violentes, mais elle nous semble aussi diminuer les sons faibles beaucoup plus que les appareils précédents.
- L’obturateur Yérain se présente (fig. 5) comme un ovoïde prolongé à l’une de ses extrémités par un
- petit conduit cylindrique.
- Deux orifices pénètrent à l’intérieur, mais ils ne correspondent pas directement entreeux,comme on peut s’en assurer en y introduisant une épingle; ils débouchent dans la chambre inté-* rieure dans des
- directions perpendiculaires. L’appareil est léger et se présente muni d’une cordelette qui relie chaque paire et diminue les risques de perdre ces petits objets.
- Nous croyons utile de signaler aux combattants,' et notamment aux artilleurs ces nouveaux résultats de l’ingéniosité française. Ces petits détails d’équipement ont leur importance, puisqu’ils peuvent sauver des tympans, sauver même des soldats. Les protecteurs d’oreilles ne sont pas encombrants et ne surchargeront pas le paquetage. Souhaitons donc de les voir abondamment utilisés au front, pour le plus grand bien des oreilles de nos artilleurs. A. B.
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- LE COÛT DE LA GUERRE
- 160
- Angleterre France !25 millions 30 millions ^uss/e ffafie^
- >' . ' 80nv//rons
- ! , 35 million*
- Autriche Allemagne
- ^UJya.C,e 55millions 105millions 7,5 mi/ftonô * .
- Ce que coûte la guerre ? Il est impossible de le calculer exactement. On ne peut en effet estimer, même approximativement, les pertes causées par la ruine des pays du front, par l’arrêt de beaucoup d’industries et de commerces, par la diminution des échanges internationaux ; on ne peut évaluer l’irremplaçable valeur des vies humaines perdues, des hommes devenus impotents ou aveugles, du manque à produire de tous les soldats soustraits depuis près de trois ans à leur activité professionnelle. Mais ce qu’on sait déjà est presque incroyable et dépasse de beaucoup tout ce qu’on avait théoriquement prévu en temps de paix, tout ce qu’on considérait comme possible de la part des divers belligérants. Songez que les guerres des 125 années précédant l’époque actuelle n’avaient coûté que 110 milliards et qu’en deux ans et demi celle-ci a dépensé trois fois plus! D’après Scientific American au 31 décembre dernier, les pays en guerre avaient dépensé en millions de fr. :
- Rovaume-Uni ..................... 71.870 )
- Canada........................ 2.000 [ 76.870
- Autres colonies britanniques. . . 5.000 )
- France..................................... 61.000
- Russie..................................... 42.500
- Italie..................................... 20.000
- Belgique................................... 2.450
- Serbie...................................... 1.650
- Roumanie.................................... 1.250
- Soit pour les Alliés................. 205.720
- Allemagne.................................. 73.000
- Autriche................................... 25.000
- Turquie..................................... 3.250
- Bulgarie.................................... 1.875
- Soit pour les empires centraux. . . . 103.125
- Deux ans et cinq mois de guerre avaient donc englouti près de. 309 milliards de francs. Depuis cette année les dépenses de guerre ont encore augmenté et l’on peut actuellement évaluer à plus d’un demi-milliard le prix immédiat de chaque nouvelle jour-
- née du conflit. En effet, la dépense quotidienne des différents pays est
- en millions de francs
- •Royaume-Uni. . ................117,5
- Canada.................. 4,5
- Autres colonies britanniques. . 5
- France............................ -
- Russie................................
- Italie.................................
- Belgique..............................
- Serbie................................
- Roumanie..............................
- 125
- 90
- 80
- 55
- 5
- 5
- 10
- Soit pour les Alliés................350
- Allemagne................................105
- Autriche................................ 55
- Turquie ....................... 7,5
- Bulgarie............................... 7,5
- Soit pour les empires centraux. . . . 175
- Ajoutez à ces chiffres, l’effort actuel des États-Unis, leur récent emprunt de 35 milliards destiné aux dépenses de guerre, et ce que pourra leur coûter la prochaine intervention de leur armée sur notre front.
- Essayez d’imaginer quel poids d’or s’engouffre ainsi dans la zone de combat! 500 millions par jour, c’est 152 tonnes d’or fin, ou un cube d’or pur de 2 mètres de côté.
- Quand on songe que toute cette ruine est due à la folle ambition des empires centraux, à leur seul désir d’hégémonie mondiale, il ne faut pas aller, répétant les proposilions de paix « sans annexions ni indemnités ». Non, cette guerre coûte beaucoup trop cher, en sang et en or, pour qu’elle se termine par une paix blanche. Il faut que les fauteurs de trouble, ceux qui ont conduit le monde à l’abîme soient châtiés, durement châtiés, afin que la société des nations puisse naître et qu’aucun peuple de proie ne soit plus tenté de déchaîner un tel fléau pour satisfaire sa folie d’orgueil et de domination. Que celui qui casse les pots les paye : il doit les payer.
- Quatre dreadnoughts tout en Or représentent le coût actuel de la guerre.
- Le Gérant : P. Masson.
- Imp. Lahure, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 2294.
- 15 SEPTEMBRE 1917
- LE GAZ A L’EAU DANS L’ECLAIRAGE AU GAZ DE HOUILLE
- Cette question du gaz à l’eau à l’ordre du jour avant la guerre, à la suite de demandes de quelques Sociétés gazières désireuses, en présence de la hausse constante du cours des houilles et de la main-d’œuvre, de procurer à leurs exploitations une certaine élasticité de production, de les soustraire à cette sujétion de charbons spéciaux anglais utilisés pour l’enrichissement du gaz de houille, de parer le plus possible aux troubles de toute sorte, d’éviter en un mot le relèvement du prix du gaz, va s’imposer à nouveau à l’attention des pouvoirs publics et des municipalités. Aux causes précé-
- aü gaz, 505 le sont par le gaz à l’eau et dix ans après, près des 85 pour 100 du gaz d’éclairage distribué sont constitués par du gaz à l’eau carburé, l’on rencontre même quelques exploitations de ce gaz à l’état pur.
- En Angleterre, sur près de 4167 millions de mètres cubes de gaz fabriqués en 1900, plus de 285 millions étaient du gaz à l’eau. De 1900 à 1909, alors que la consommation du gaz de houille augmentait de 21 pour 100, celle du gaz à l’eau était de 95 pour 100, et de 19Û5 à 1909 le nombre des exploitations tant privées que municipales
- Fig. i. — Schéma d'une installation pour production de gaz à l’eau (système Dehvick-Fleischer).
- dentes il faut ajouter, en effet, l’occupation par l’ennemi de notre bassin houiller du Nord et de l’Est où il y commettra les pires dévastations lorsqu’il en sera chassé et que l’on éprouvera après la guerre, durant quelque temps, la difficulté pour la reconstitution du matériel et des stocks de matières premières nécessaires à nos diverses industries.
- La Nature a exposé en son temps (l) les molifs qui ont jusqu’ici en France empêché notamment l’introduction du gaz à l’eau en tant qu’adjuvant du gaz de houille, et cela malgré qu’aux États-Unis et dans d’autres contrées de l’Europe le gaz à l’eau ait trouvé, depuis plusieurs années, une utilisation des plus larges, tant pour l’éclairage et le chauffage que pour les besoins industriels.
- Aux États-Unis, en 1890, sur 1100 villes éclairées
- 4. La Nature, n° 1783 (27 juillet 1907), « Le gaz à l’eau ».
- fabriquant du gaz à l’eau passait de 111 à 156.
- En Allemagne, les villes de Brême, Erfurt, Posen, Hambourg, Berlin (5 usines), Nuremberg, Kiel, Darmstadt, etc., fabriquent dans leurs usines à gaz un mélange de gaz de houille et de gaz à l’eau carburé. Pendant l’exercice 1909-1910 et également dans celui de 1910-1911, les usines municipales de Berlin ont émis 11,8 pour 100 de gaz à l’eau.
- En France, la situation est toute différente et on n’y compte guère que les installations de Lyon, Marseille, Toulon, Saint-Quentin, Nice et Le Puy. L’écueil principal auquel se heurtent les ingénieurs gaziers et les constructeurs d’appareils est celui de la toxicité du gaz à l’eau. Que vaut cette objection?
- Synthétiquement le gaz à l’eau comporte en volume 50 pour 100 d’oxyde de carbone (CO) et 50 pour 100 d’hydrogène (II) d’après la formule : C-hH*0 = C0-f-H*.
- 45' Année. — 2* Semestre.
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- 162 -- LE GAZ A L’EAU DANS L’ÉCLAIRAGE AU GAZ DE HOUILLE
- Mais en pratique, il renferme toujours une petite quantité d’acide carbonique, d’azoté et d’autres corps gazeux, dus à l’abaissement de température du combustible sur lequel passe la vapeur d’eau. Industriellement, ces éléments sont compris entre les limites suivantes dont la moyenne correspond à peu de chose près aux essais faits à l’usine1 expérimentale de la Villette :
- Oxyde de carbone . . 35 à 44 moyenne 59
- Hydrogène...... 46 à 55 — 49,5
- Acide carbonique ... 2 à 6 —• . . 4
- Méthane. ...... 0,5 à 1,5 — 1
- Azote.................. 5 à 5 — 4
- Oxygène. . . . . . . traces. — traces.
- Ce ne serait que vers une température det1000° que la formule théorique se réaliserait; au-dessous la décomposition de la vapeur d'eau par le carbone donne un mélange seulement d’hydrogène, gaz combustible, et d’acide carbonique, gaz qui ne l’est pas.
- Il-est évident que si l’on voulait s’éclairer ou se chaulïer rien qu’avec du gaz à l eau pur, ces 39 pour 100 d’oxyde de carbone constitueraient en cas de fuite d’un appareil d’éclairage, de chauffage ou de cuisine, un réel danger pour les personnes, l’oxyde de carbone étant, comme on le sait, un gaz très toxique et d’autant plus dangereux qu’il est inodore. Au surplus, en se plaçant à ce point de vue chauffage et cuisine, comme la puissance calorifique du gaz à l’eau pur n’est que de 2500 à 2700 calories, il s’ensuivrait qu’il faudrait brûler, deux fois autant de gaz à l’eau que de gaz de houille (4700 à 5000 calories) ; à vouloir l’utiliser dans ce but, il faudrait le carburer, opération dont l’importance a sa valeur, du moins en France à cause des droits de douane sur les huiles de naphte. Or, ce n’est point sa substitution complète que demandent nos exploitations gazières, mais seulement d’être autorisées à le mélanger, soit pur, soit carburé au besoin, avec le gaz de houille.
- Le problème revient donc à rechercher dans quelles proportions, ce mélange avec le gaz de houille — qui contient déjà de l’oxyde de carbone — peut s’opérer pour que la santé publique n’en souffre pas. La question, ainsi posée en 1907 au Conseil d’hygiène publique et de salubrité de la Seine, donna lieu à un rapport de M. le professeur Junglïeisch dans lequel il concluait à une proportion de 15 pour 100 au plus; bien que ce pourcentage fût bien inférieur à ceux que la prudence anglaise accepte cependant, les conclusions de M. Jungfleisch furent rejetées et l’on n’admit que 9 pour 100.
- Rien ne fi t de montrer et prouver que le mélange dans la proportion où il était proposé n’était pas plus dangereux, parfois même moins, que l’emploi du gaz de houille fabriqué avec certains charbons. " En effet, cette proportion de 9 pour 100 est inférieure à la richesse en oxyde de carbone de beaucoup de gaz de houille fabriqués journellement un peu partout. Félix Le Blanc, contrôleur du gaz de la
- Ville de Paris, cite entre autres analyses, celle d’un gaz dë houille qu’il considère comme de bonne qualité et qui cependant contient près de 15 pour 100 d’oxyde de carbone. Le Cannel coal, variété de houille de Newcastle, qui passe pour produire le meilleur gaz, donne, d’après Frankland, du gaz contenant de 15 à 16 pour 100 d’oxyde de carbone; celle de la Sarre, d’après Bunsen, jusqu’à 18 pour 100, etc. Il est donc établi par une expérience bientôt séculaire comme le dit judicieusement M. Aubert (‘), que de semblables quantités d’oxyde de carbone existant dans le gaz d’éclairage n’ont fait courir aux consommateurs aucun danger particulier.
- Toutefois nous devons ajouter que ce même Conseil d’Hygiène a autorisé en 1912 la Société d’Éclai-rage, chauffage et force motrice à distribuer dans les communes de la banlieue de Paris, durant une période de trois mois, du gaz d’éclairage contenant cette proportion de 15 pour 100 indiquée comme maximum possible par Jungfleisch, proportion que Bouchardat trouvait trop faible, mais que Armand Gautier, Uanriot et d’autres membres estimaient trop forte. Ceci fait donc croire que posée à nouveau la demande de la Société du Gaz de Paris sera prise en considération, demande ayant pour objet de mélanger du gaz à l’eau pur dans une proportion telle que l'oxyde de carbone ne dépasse en aucun point du réseau ni en aucun moment de la journée 11 pour 100 en volume(*), ce qui revient à un mélange de 0,92 de gaz de houille et de 0,08 de gaz à l’eau, en admettant que le gaz de houille à Paris ait une teneur moyenne en oxyde de carbone de 8,55pour 100 (résultat des statistiques de ladite Société), soit
- gaz de houille gaz à l’eau mélange
- (0,92x8.55) -f- (0,08x40) = 10,88 oxyde de carbone.
- Au point de vue calorifique, ce mélange présenterait, d’après les éléments établis par la Société parisienne, 4800 calories, c’est-à-dire une puissance un peu supérieure au minimum de 4700 calories fixé par le cahier des charges — à peu près le même dans toute la France —,
- gaz de houille paz à l'eau mélange
- (0,92 X50u0 cal.) -f- 0,08 X 2500 cal.) = 4800 calories.
- Quant au pouvoir éclairant, il n’y a pas lieu de• l’envisager parce que celte clause ne correspond plus, en aucune façon, aux conditions de l’industrie gazière ni aux exigences de la consommation. Toutefois, il est bon de noter que si le gaz à l’eau n’a par lui-même aucun pouvoir éclairant, il en est
- 1. Aubert, Annales d’Hygiène publique et de Médecine ; légale, novembre 1912.
- 2. En' Angleterre, une Commission chargée d’examiner cetle question et dont faisaient partie le professeur. William Ramsay et le Dr llaldam. émit l’avis que, dans les conditions acluelles (1900) de la fourniture du gaz, la proportion la plus élevée d’oxyde de carbone qu’on devait tolérer était celle de 20 pour 100 et que cetle proportion ne devait être employée que. dans des circonstances spéciales.
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- LE GAZ A L’EAU DANS L’ÉCLAIRAGE AU GAZ DE HOUILLE ^=r: 163
- tout autrement lorsqu’on utilise sa combustion pour porter à l’incandescence un manchon : il donne alors un pouvoir éclairant supérieur à celui du gaz de houille; ce qui s’explique de soi-même quand on se souvient que la lumière rayonnée par un manchon à incandescence croît comme la 5e puissance de la température absolue.
- Les dangers d’explosion avec le gaz à l’eau sont moindres qu’avec tout autre gaz. Bunle a comparé le degré d’explosivité de différents gaz combustibles, en évaluant les quantités de gaz minimum nécessaires pour produire avec l’air un mélange détonant. Le gaz de houille aurait une capacité d’explosion de 8 tandis qu’avec l’hydrogène et l’oxyde de carbone, il faudrait admettre respectivement des volumes d e 9,5 pour 100 ou de 17,3 pour 100; quant au gaz à l’eau qui est formé synthéliquement de volumes égaux d’oxyde de carbone et d’hydrogène, il a naturellement sa puissance minimum d’explosivité (12,5) comprise entre celles de ces deux gaz. Dès lors avec le mélange de la Société du Gaz de Paris, on obtient une capacité minimum d’explosivité (8,56) à peu près égale à celle du gaz de houille (8).
- Du calcul établi plus haut concernant la puissance calorifique du mélange de gaz de houille et du gaz à l’eau proposé par la Société du Gaz de Paris, il y a lieu toutefois de tirer cette conclusion que dans des conditions normales on peut ajouter jusqu’à 10 pour 100 de gaz à l’eau, soit en volumes, 0,90 de gaz de houille et 0,10 en gaz à l’eaüf sanà* qu’il soit nécessaire d’améliorer ce mélange par carburation au moyen du benzol ou de l’huile de naphte. En effet, une proportion supérieure et notamment celle indiquée par Junglleisch abaisserait par trop le pouvoir calorifique total qui alors serait inférieur — plus ou moins selon la proportion — à celui porté dans les cahiers des charges des usines à gaz; il faudrait en conséquence l’enrichir.
- Dans la carburation au benzol, le pouvoir calorifique du gaz s’élève de 10 calories environ par gramme de benzol entraîné, mais il n’est toutefois pas possible d’augmenter à volonté le pouvoir calorifique du gaz par ce procédé, parce que le gaz ne peut entraîner qu’une quantité de vapeur de benzol déterminée par sa température, et les essais ont montré que la quantité de gaz à l’eau pur ne peut dépasser 20 pour 100 même avec enrichissement benzolique. La carburation aù benzol est très facile, il suffit de le faire tomber goutte à goutte dans un appareil chauffé, où il se volatilise et s’incorpore au gaz à l’eau.
- Dans la carburation avec l’huile de naphte, l'opération est un peu plus compliquée; généralement on produit à part le gaz d’huile à un titre suffisant, on le mêle au gaz à l’eau et on le fixe à ce dernier en faisant passer le mélange dans une enceinte chauffée à une température voisine de 700°.
- Les appareils utilisés pour la fabrication du gaz
- à l’eau peuvent se diviser en deux catégories :
- 1° Ceux qui produisent du gaz à l’eau employé tel quel ou carburé à part dans d’autres appareils, citons les types Kramers et Aarts(1), Strache, Dell-wick-Fleischer, Vigreux, etc. ; 2° Ceux produisant directement du gaz à l’eau carburé, tels les types Lowe, Humphrey et Glasgow, Merritield, etc. Nous nous bornerons à décrire sommairement les deux types les plus répandus en Europe et en Amérique, l’un allemand, le Delhvick-Fleischer, l’autre, anglais d’Humphrey-Glasgow, enfin le type français de Vigreux, moins connu, même en France, en raison du peu de développement de cette industrie.
- Quel que soit le type adopté, la fabrication du gaz à l’eau se fait toujours par intermittence et comprend deux périodes parfaitement distinctes. Dans la première, il s’agit de porter à l’incandescence une certaine masse de combustible en insufflant de l’air au travers de cette masse, et dans la seconde période, on fait passer, au travers du combustible incandescent de la vapeur d’eau qui est décomposée : son oxygène forme avec le carbone de l’oxyde de carbone, et son hydrogène reste en liberté. C’est le mélange intime de ces deux gaz combustibles qui constitue le gaz à l’eau. Or une certaine quantité de vapeur est ainsi décomposée en absorbant progressivement les calories emmagasinées dans la masse du combustible solide, il est dès lors nécessaire, à intervalles réguliers de suspendre l’arrivée du courant de vapeur pour ramener l’inéarïdéêcérice dans le combustible par un nouveau souillage d’air.
- Dans le système Delwick-Fleischer, la période de soufflage d’air dure moins de 2 minutes, et celle de l’injection de vapeur de 7 à 8 minutes. La couche de combustible a une épaisseur de 1 m, 50 environ afin que ^insufflation d’air ne produise que de l’acide carbonique. L’installation (tig. 1) se compose essentiellement de générateurs ou gazogènes, de scrubbers, c’est-à-dire d’appareils d’épuration physique du gaz et de ventilateurs destinés à fournir aux générateurs l’air sous une forte pression ; les accessoires comprennent un gazomètre de compensation, un compteur de fabrication, les machines actionnant des ventilateurs, enfin les chaudières produisant la vapeur pour le service des générateurs et des machines. Et si le gaz à l’eau est destiné à l’éclairage, on peut ajouter, pour plus de précaution, des épurateurs du genre de ceux utilisés dans les usines à gaz de houille afin de le débarrasser des quelques traces d’acide sulfhydrique qu’il pourrait contenir, comme aussi, s’il doit être carburé, un appareil de carburation au benzol ou à l’huile et même au besoin un odo-risateur. Le générateur est une sorte de cuve cylindrique en tôle de fer garnie intérieurement de briques réfractaires. L’air est introduit dans F appareil par une valve spéciale, et les gaz produits par le soufflage s’échappent par une cheminée centrale
- 1. Yoj. La "Nature, même n9 1783, 27 juillet 1907.
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- dans laquelle une porte est ménagée pour permettre le chargement du combustible au moyen d’un petit wagonnet. Le gaz à l’eau est recueilli, soit en haut, soit en bas de l’appareil, dans deux conduiles qui se réunissent à une certaine distance, pour l’amener à la partie inférieure du scrubber rempli de coke, au travers duquel il remonte, tandis que l’eau s’écoulant d’en haut vient le débarrasser de toute la poussière qu’il a pu entraîner. De là, le gaz à l’eau se rend dans un gazomètre de petite dimension qui suffit largement pour compenser les faibles intermittences de la fabrication, et qui fournit à la consommation un courant de gaz continu. Un jeu de valves rendues solidaires les unes des autres, munies d’organes de sûreté de manière à éviter
- 1 m. 50 à 2 m. Le coke étant porté au rouge vif, il se produit du gaz d’air — dit gaz Siemens — lequel est brûlé partiellement; ces produits de la combustion unis au gaz d’air non brûlé, traversent le carburateur en élevant sa température et viennent à la partie inférieure du surchauffeur où ils rencontrent une nouvelle quantité d’air qui assure la combustion complète des gaz, évacués ensuite par la cheminée. De la sorte, le carburateur et le surchauffeur sont rapidement portés à la température de 950°, régime de l’appareil.
- Cette première période terminée, les clapets sont disposés dans le but de pouvoir envoyer à la partie inférieure du générateur un jet de vapeur d’eau qui, à travers la colonne du combustible (coke de
- tout danger d’explosion, permet d’introduire alternativement l’air et la vapeur d’eau, et de séparer les fumées produites durant le soufflage du gaz à l’eau fabriqué pendant l’injection de vapeur.'
- Le chiffre de production du gaz à l’eau obtenu en pratique est de 2 m3 3 par kilogramme, de combustible, de préférence un bon coke sec contenant moins de 10 pour 100 de cendres et de la grosseur du poing.
- L’installation Humphreys et Glasgow (fîg. 2) se compose d’un générateur, d’un carburateur et d’un surchauffeur, formés chacun d’un cylindre d’acier doublé intérieurement d’un revêtement réfractaire ; le carburateur et le surchauffeur ont même à l’intérieur un dispositif en chicane constitué en briques réfractaires. Le générateur porte à sa base deux tubes, l’un pour le courant d’air, l’autre pour la vapeur; il reçoit du coke sous une épaisseur de
- préférence) se décompose et donne le gaz d’eau; celui-ci est amené à la partie supérieure du carburateur où il se trouve en contact avec un jet d’huile, préalablement réchauffée par les gaz brûlés de la première période. Cette huile, projetée en gouttelettes sur une grille, se volatilise et se mêle intimement au gaz à l’eau, grâce au dispositif en chicane placé à l’intérieur du carburateur.
- Ainsi carburé, le gaz à l’eau passé au surchauffeur où en raison de la forte température qui y règne, les hydrocarbures sont transformés en gaz permanents aux températures ordinaires. Ensuite, il traverse un scrubber à eau, puis un condensateur pour arriver au petit gazomètre de compensation alimentant d’une façon continue l’exhausteur cjui dirige enfin le gaz à l’eau vers l’épurateur, le compteur de fabrication et le gazomètre de l’usine.
- L’installatiou Vigreux se compose également d’un
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- générateur ; chacune des périodes de soufflage d’air et d’injection de vapeur d’eau est réglée par un distributeur automatique, et un jeu de piston à vapeur actionne, au moment voulu, les valves de gaz, de vapeur et d’air. Dès sa sortie du générateur, le gaz se rend dans un barillet réfrigérant (d) où il se débarrasse de ses poussières et de ses goudrons; de là, il se rend au scrubber où il traverse une colonne à coke, y abandonnant ce qui pouvait rester des impuretés. Un épurateur chimique peut être adjoint dans certains cas avant l’entrée du gaz dans le générateur. La chaudière est placée sur un plancher formant réserve de combustible (trémis, P), d’où on le fait ébouler
- 100 moins cher que l’installation complète d’une usine à gaz de houille d’identique puissance de fabrication.
- Pour une usine moderne, complète, de gaz de houille avec ses fours, canalisations diverses, ateliers, magasins et tous accessoires, on obtiendrait un prix moyen par mètre cube de gaz de puissance installée par 24 heures, de 100 francs; dans les mêmes conditions, pour une usine de gaz à l’eau pur, il ne serait que de 58 francs seulement qui s’àbâisserait même à 56 francs pour le cas d’une usine à gaz à l’eau accolée à une usine beaucoup plus importante de gaz de houille, parce qu’il est possible dans ce cas d’utiliser certaines installations de cette dernière.
- Fig. 3. — Schéma d’une installation de gaz à l’eau (système Vigreux). — G, générateur ; C, chaudière; P, plancher de décharge; Y, ventilateur; S, Scrubber préparateur ; Gaz., gazomètre.
- au moment du chargement dans le chargeur (e).
- En accouplant deux générateurs, de manière que les périodes de soufflage et d’injection se chevauchent, on a l’avantage de recueillir le gaz de façon continue. La conduite de cette installation est des plus simples ; avec de bons combustibles ne nécessitant pas de trop fréquents décrassages de grille, 2 hommes suffisent pour la surveillance de 4 et même 6 générateurs (fig. 3).
- Comme l’on s’en rend aisément compte par les illustrations, une installation de production de gaz à l’eau est bien plus simple, moins encombrante, plus rapide que celle à gaz de houille; sa mise en marche et son fonctionnement sont aussi moins coûteux, car ils exigent moitié moins d’ouvriers que même avec les appareils à gaz de houille les plus perfectionnés. D’après la Société du Gaz de Paris, une usine complète de gaz à l’eau coûterait 42 pour
- A l’émission, le prix de revient de 100 m3 de gaz de houille serait de 9 fr. 60, tandis qu’il ne serait pour la même quantité et pour le gaz à l’eau que de 5 fr. 54, ce qui donnerait pour le mélange de 0,92 de gaz de houille et de 0,08 de gaz à l’eau, un prix de revient de 9 fr. 12 environ, soit une économie dans le cas du gaz mixte de 0,0048 par mètre cube, représentant, pour Paris, une économie totale d’environ 2 400000 fr. et pour une usine moyenne de province produisant annuellement dans les 3 000 000 m3 une économie de près de 17 000 fr., ce qui serait sensible. De cet avantage du gaz mélangé en découlent d’autres, celui d’un achat moindre de charbon qui est estimé par M. Dausset, rapporteur général du budget j1) pour la Ville de
- 1. Dausset, Rapport au nom de la première commission sur les modifications à apporter au cahier des charges de la Société du gaz de Paris (1er juillet 1913).
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- LES BRIQUES DE SILICE
- iParis, ,a 153 200 t. de houille demoins, d’où encore une économie de 135 200 fr. pour toute nouvelle hausse de 1 fr. par'tonné de houille, éventualité fort possible, à moins que l’on ne préfère conserver au parc à charbon toute sa valeur utile afin de pouvoir parer à n’importe quel événement fortuit : grèves, accidents, etc. ; pour une usine de 5500000 m3, l’économie de charbon serait encore sensible, plus.de 952 t. Enfin l’usine à gaz verrait notablement diminuer son sLock de coke — résidu de fabrication toujours gênant pour elle. — En partant de ces données qu’une tonne de houille donne une moyenne de 300 m3 de gaz, soit pour 1 m' de gaz, 3 kg 553 de bouille laissant après la distillation environ la moitié en coke ou 1 kg 666, et que d’autre part, pour 1 m3 de gaz à l’eau, il faut en moyenne et tout compris 0 kg 930 de coke,
- il en résulterait que pour une substitution de 1 m3 de gaz à l’eau à 1 m3 de gaz de houille, il disparaîtrait de la vente à peu près 2 kg 600 de coke; pour la Ville de Paris, à raison de 8 pour 100 de gaz à l’eau, la diminution annuelle du coke serait de 104000 t. Pour une usine de 3 500000 m3 de gaz, la diminution est évidemment bien moindre, 528 t., mais elle a quand même sa répercussion sur l’ensemble de l’exploitation, alors qu’il s’agit de concessions à longue durée.
- De ces considérations, nous croyons que l’on peut conclure qu’à l’intérêt multiple de nos Sociétés gazières à se voir autorisées à mélanger du gaz à 1 eau au gaz de houille — tout en sauvegardant la santé publique, — s’ajoute cet autre avantage, grand pour le consommateur, de ne pas voir se modifier le prix du gaz. M. Bousquet.
- sc^> Ingénieur-urcliilucte.
- LES BRIQUES DE SILICE
- « La question de la fabrication des briques de silice est, en ce moment à l’ordre du jour, en raison du besoin pressant que nous en avons pour la construction de nos fours d’aciérie. » Ainsi débute un mémoire récent de M. Henry Le Chatelier (»), lequel a été lui-même un des promoteurs de ce genre d études par ses anciennes expériences sur les transformations de la silice. Nous allons résumer les principales données pratiques de son travail en laissant un peu de côté les questions théoriques qui s’y rattachent!* '***''
- Et d’abord, pourquoi se sert-on de briques de silice au lieu de briques d’argile? L’expérience montre que, lorsqu’on veut fabriquer de l’acier tondu sur sole, les voûtes faites en briques réfractaires argileuses s’effondrent bientôt. Martin n’a pu réussir qu’en utilisant les briques de silice de Dinas. Mais d où vient cette supériorité de la silice? Ce n’est pas parce qu’elle donne une brique plus réfractaire que la bonne brique d’argile alumineuse ou la brique de magnésie ferrugineuse. C’est surtout parce que la brique de silice se gonfle après mise en place et compense ainsi l’écrasement inévitable des joints. C’est aussi parce que la brique de silice ne présente pas, comme les autres, un ramollissement progressif commençant longtemps avant son point de fusion. Le gonflement de la brique siliceuse est donc une qualité et nous allons dire bientôt d’où cette qualité provient. Mais il ne fautpasnon plus que le gonflement soit assez fort pour entraîner la dislocation du four ou son écaillement. Voyons donc quelle est la cause de ce gonflement, afin de pouvoir le régler convenablement.
- La silice présente au moins quatre variétés distinctes (quartz, cristobalite, tridymile et verre de quartz), de densité décroissante dans l’ordre où je viens de les énumérer. Les transformations d’une variété dans l’autre sont réalisables, une seule va-1. Revue de métallurgie, octobre 1916.
- riété étant stable à chaque température et il résulte, par conséquent, de l’observation précédente que le passage du quartz à la cristobalite, par exemple, est accompagné d’une dilatation, d’un gonflement qui peut amener la rupture. Les anciens utilisaient déjà cette propriété quand ils abattaient des roches granitiques en les faisant éclater par le feu. Nous nous heurtons au même phénomène quand nous voyons se briser des briques de silice soumises à des variations.,répétées de température. Le quartz est stable* jusqu’à""870°, la tridymile de 870° à 1450°, la cristobalite de 1450° à 1780° (point de fusion), le verre est liquide au-dessus. A une température quelconque, toutes les variétés de silice tendent à revenir vers la variété stable à cette température; mais la transformation est toujours si lente que, lorsqu’on ne fait pas intervenir un fondant comme le tungstate de soude, elle semble souvent pratiquement s’arrêter en chemin. Ainsi, au-dessus de 1200°, le quartz ou la silice vitreuse se transforment bien en cristobalite, mais n’atteignent pas la tridymite. L’existence d’un fondant calcaire, comme il en existe dans les briques de silice, accélère la production de tridymite que l’on voit se produire dans les briques de la voûte des fers à acier. Il y a particulièrement lieu d’insister sur le gonflement qui se produit quand on chauffe quelque temps du quartz au-dessus de 870°. Le gonflement théorique, qui est déjà de 15 pour 100 en volume est souvent, porté au double par le fait qùe les grains de quartz, en gonflant, se repoussent et s’écartent l’un de l’autre. Ces changements de volume sont la cause de toutes les difficultés que présente la fabrication des briques de silice : difficultés considérables et dont on n’est venu à bout que lorsqu’on a substitué à l’empirisme les procédés de mesure, les analyses chimiques et les examens microscopiques que l’on croyait autrefois réservés aux seules études de science théorique.
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- ...................... LES AMÉRICAINS
- Pour avoir une bonne brique de silice, il faut donc que le gonflement ne dépasse pas une limite déterminée. Il importe, en outre, que la brique ne fonde pas au-dessous de 1700°. Sa teneur en silice doit être de 95 ou 96 pour 100. Mais les conditions de cuisson prennent une part capitale dans la qualité des produits obtenus.
- On a reconnu que les matières premières doivent être presque nécessairement des quartzites ou grès métamorphiques, qui donnent par le broyage des éléments anguleux, à l’exclusion absolue des sables quartzeux à grains arrondis. Les quartz de fdons eux-mêmes donnent rarement de bons résultats, en partie à cause de leur teneur fréquente en fluorine.
- Tous les quartzites employés avec succès en Angleterre et aux États-Unis ont une composition sensiblement identique, dans laquelle il entre 2 à 3 pour 100 d’impuretés (fer, alumine, chaux et alcalis).
- La fabrication comporte d’abord un concassage, puis, après addition d’un lait de chaux dans la proportion de 2 pour 100 en poids, un lin broyage à la meule. Le mélange, humecté par l’addjtion du lait de chaux, doit avoir la consistance du sable humide. Il est alors introduit dans des moules en fonte et pilonné à la main avec grand soin. Après quoi, on cuit entre 1350 et 1550°, avec échauffement très
- LES AMÉRICAINS
- L’entrée en lice des États-Unis aux côtés des Alliés n’a pas seulement apporté aux peuples de l’Entente une aide financière incomparable, et assuré à nos armées le concours des forces américaines. Elle a également eu pour effet de coordonner et de développer les mesures prises jusqu’ici pour le! ravitaillement de la France. Sauf en ce qui concerne le charbon, que nous demandons aux mines anglaises, nous impartons des États-Unis la grande majorité des produits nécessaires à notre consommation et à nos armements. Il importe donc au plus haut point que nous trouvions auprès des pouvoirs publics américains et de ses industriels un concours aussi complet que possible. Les États-Unis ne nous le marchanderont pas, et déjà leur collaboration effective produit ses fruits dans nos ports maritimes. On T’a bien souvent répété — et non sans raison — nos ports sont insuffisants pour un surtrafic. Tantôt leur capacité ne répond pas aux besoins, .tantôt leur outillage, vétuste dans bien des cas, paralyse les opérations de déchargement ou d’embarquement; ou bien encore les moyens d’évacuation font en partie défaut, et c’est le cas le plus fréquent, de sorte que nos établissements maritimes, suivant le mot pittoresque de M. l’ingénieur Dupont, « ressemblent trop souvent à de gros robinets placés à l’entrée de petits tuyaux ».
- Devant les nécessités de l’heure, on s’est efforcé,
- >ANS NOS PORTS ........167
- lent, maintien très long de la température maxima et refroidissement non moins lent. La cuisson dure souvent 20 jours. On s’explique cette lenteur par la nécessité de ménager les brusques dilatations qui se produisent quand on passe du quartz à la cristobalite, comme nous l’avons dit précédemment : dilatations qui peuvent provoquer des fissures. Dans une cuisson ordinaire, la brique de silice doit prendre au moins les deux tiers de son gonflement total, le dernier tiers seul devant se produire dans le four à acier. L’utilité d’un broyage très fin tient à ce qu’il faut réaliser par la cuisson le passage du quartz à la silice légère ou cristobalite, transformation qui se produit lentement à partir de 1250°, avec accélération après 1650°. Or, M. Le Chatelier a montré qu’un* cristal de quartz isolé, passé à 1410° dans un four à porcelaine pendant une cuisson normale, est à peine dépoli à la surface, sans autre transformation appréciable, tandis que, dans les mêmes conditions, du quartz broyé très finement est transformé jusque dans la profondeur des grains. Les très bonnes briques de fabrication actuelle peuvent être considérées comme composées ainsi : silicates 10 pour 100; quartz non transformé, 15 pour 100; cristobalite, 70 pour 100; tridymite, 5 pour 100. La densité apparente d’une semblable brique est de 1,67.
- P. S.
- DANS NOS PORTS .T
- depuis trois ans, de remédier dans la mesure du possible à ces inconvénients. On a installé depuis ,1e début des hostilités 490 appareils de manutention, plus de 300 km de voies ont été construits, 5210 m. de quais ont été achevés, on a mis en exploitation 2000 m. de quais nouveaux, ainsi qu’une série d’appontements en bois. On a pu ainsi manutentionner, en 1916, 57 millions de tonnes contre 42 seulement en 1913. 1
- Nos ports, cependant, pourraient nous rendre des services beaucoup plus considérables encore, et les Américains sont en train de nous enseigner par quelles méthodes ôn y peut parvenir.
- Il est possible d’accroître le débit d’un port en multipliant le nombre des engins de levage et en procédant simultanément à des opérations sur les deux flancs des navires. Partant de ce principe, les Américains ont affecté' au ravitaillement français des cargos d’un type nouveau, qui ont fait sensation dans quelques-uns de nos havres maritimes? Le Jupiter et le Neptune, qui ont récemment approvisionné la France,, peuvent porter plus de ÎOOÔO tonnes de marchandises. Le Jupiter, à lui seul, convoyait 5000 tonnes de farine, 3430 de blé, 220 de fonte,. 280 de benzol, 73 d’huile et 100 tonnes de matériel et munitions d’artillerie.
- Construit en 1912 aux chantiers de Mare Island, dans le but de ravitailler en charbon la flotte des
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- LES AMÉRICAINS DANS NOS.PORTS
- États-Unis loin de ses bases américaines, le Jupiter, frère du Neptune, mesure 165 m. de longueur, 20m. de largeur, 8 m. 58 de tirant d’eau. 11 déplace 19 250 t. et sa vitesse de marche atteint 15 nœuds.
- Pour faciliter les opérations, les constructeurs ont reporté à l’arrière du bâtiment les postes de l’équipage et toute la machinerie. La plus grande partie de l’avant du bateau et la zone centrale sont aménagés pour recevoir la cargaison. On a supprimé les ponts intermédiaires et divisé la cale en compartiments, séparés par des cloisons étanches régnant sur toute la hauteur.
- La marine de guerre américaine utilisant la
- partent des mâts de charge. Ges derniers sont au nombre de deux pour les pylônes extrêmes, de quatre pour les pylônes centraux.
- Lorsque -le navire est en marche, ou au repos, les mâts sont relevés contre les pylônes. Mais, ils peuvent se rabattre jusqu'à une inclinaison de 45° pour les manutentions. « Leur rabatage s’opère autour de rotules, qui tournent elles-mêmes autour d’un axe vertical, de manière à amener leur tête supérieure dans le plan de l’axe transversal du panneau de cale voisin. »
- Les mâts de charge sont maintenus pour le travail par des câbles métalliques reliant leurs têtes
- Fig. i. — Vue du navire porte-grues Jupiter faisant un déchargement à quai.
- houille ou le pétrole, le navire peut recevoir normalement 11 570 tonnes de charbon et 1950 tonnes de pétroles, ou bien 9850 tonnes de charbon et 3470 de combustible liquide.
- Comme le sage portait autrefois sur lui-même tout ce qui lui semblait nécessaire à lâ vie, le Jupiter a été pourvu de l’outillage susceptible d’assurer toutes ses opérations : pompes et tuyaux pour la manutention du pétrole, engins mécaniques pour la houille ou les produits solides.
- Ces engins mécaniques sont installés au-dessus du pont, qu’on a dégagé de toute mâture, à l’imitation de certains navires hollandais pour le transport des minerais. Au-dessus des cloisons de compartimentage des cales, qui forment leur fondation, on a dressé des pylônes métalliques, du pied desquels
- au sommet du pylône d’une part, au pont du navire de l’autre.
- Chaque cale entre pylônes centraux comporte deux panneaux, et chaque panneau se trouve desservi par un mât de charge à bâbord et un mât à tribord. Les têtes des câbles correspondant à un panneau sont réunies par un câble transversal qui sert de chemin de roulement à un trolley, lequel a été ménagé de manière à pouvoir atteindre la marchandise à charger ou le dépôt de la marchandise à décharger.
- Un câble tracteur, actionné par un cabestan à vapeur, entraîne le trolley, qui porte lui-même des câbles de levage, pourvus de bennes automatiques, de filets, de crochets, suivant le cas, mis en mouvement par d’autres cabestans à vapeur.
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- LES AMÉRICAINS DANS NOS PORTS
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- Le Jupiter se trouve donc en mesure d’opérer sur ses deux flancs à la fois, soit entre deux quais, sont entre des allèges, soit encore à quai d’un côté, et au moyen d’engins flottants de l’autre..
- Tous les appareils de levage ou de transport sont commandés d’une passerelle qui court à peu près à mi-hauleur des pylônes, et d’où les chefs de manœuvre peuvent aisément plonger le regard dans les cales et sur les points des quais ou des bateaux où doivent s'effectuer les manutentions. Des pédales et des leviers actionnent avec rapidité les moteurs qui mettent en mouvement les trolleys et appareils de levage.
- On a constaté que les navires de ce type, opérant
- même laps de temps. Il est vrai que, dans ces deux derniers cas, les déchargements n’ont plus porté seulement sur des farines, mais aussi sur des blés, du benzol et matériel de guerre le premier jour; des blés, de l’huile et des munitions le second. Le classement dans la cale des caisses de matériel de guerre a fait perdre deux heures le premier jour, et le dégagement des munitions et des huiles a retardé de plusieurs heures les opérations du second jour.
- Un autre jour, par suite de pluie, le déchargement n’a pas dépassé 1130 t. pour 13 heures de travail.
- Le Jupiter a déchargé, en fait, ses 9103 t. en
- Fig 2. — Le même navire chargeant des wagons.
- comme charbonniers d’une flotte, pouvaient décharger, même en marche, 600 t. de houille par heure, et, dans certains cas, 1000 t. Ils peuvent aussi bien transvaser 500 t. de pétrole. Ces chiffres, tout à fait caractéristiques, ne peuvent, toutefois être atteints qu’avec des navires possédant des panneaux larges et concordants, et les opérations se pratiquant simultanément par les deux flancs du charbonnier.
- Dans nos ports, avec des produits d’une manipulation plus délicate que le charbon, avec des quais et des chalands de rivière, le rendement précité ne saurait être obtenu.
- Toutefois, le Jupiter a réussi à débarquer récemment I960 t. en 14 heures. Un autre jour, il a fourni 1434 t., et un troisième 1300 dans le
- 8 jours, ce qui donne une moyenne de 1100 t. par jour, qui pourra être largement accrue dans l’avenir.
- Les illustrations, qui nous ont été aimablement communiquées par la direction de l’exploitation militaire des ports au Ministère des Travaux publics, montrent les colosses américains à l’ouvrage. Nos lecteurs salueront avec émotion ces fidèles serviteurs, grâce auxquels ils seront approvisionnés avec célérité et régularité.
- Les Américains ne se contentent, toutefois, pas de nous envoyer les plus modernes de leurs navires de commerce, les plus pratiquement outillés. Us viennent aussi à notre secours en nous prêtant l’appui de leur esprit de réalisation. Le port de Bordeaux était engorgé. Il fallait absolument le dégager.
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- 170 . : LA RECONSTITUTION DES DOCUMENTS BRULES
- La Chambre de Commerce américaine de Paris créa, à cet effet, un organisme dont elle confia la direction à M. G,-W. Lopp, qui avait fait sfs preuves comme déléguéà Bordeaux de l’ambulance américaine.
- M. Lopp, adjoint à l’ingénieur en chef, M. Clavel, directeur du port de Bordeaux, a réussi, avec une habileté toute américaine, à évacuer 100000 t. de marchandises, en chargeant, en 6 heures, les wagons à leur maximum de capacité.
- Aussi Marseille a-t-il sollicité la création d’une organisation analogue, et volé les fonds nécessaires.
- Nous verrons bientôt les Américains rénover toutes les méthodes nationales, dont beaucoup dataient d’un autre âge. Ne nous en plaignons pas. Sous l’impulsion de nos alliés des États-Unis, c’est la régénération de la France qui commence, pour notre plus grande fortune. A. P.
- LA RECONSTITUTION DES DOCUMENTS BRÛLÉS
- Dans les régions envahies par l’ennemi ou- atteintes par ses projectiles incendiaires, quantité de documents ont été détériorés ou même anéantis. Cependant, parmi ceux qui paraissent irrémédiablement détruits, il en est qui peuvent être reconstitués, bien que les textes en soient devenus invisibles et le papier si fragile, si cassant, que le moindre attouchement suffit à le réduire en miettes. Pour sauver ces documents, les préserver d’une perte définitive et les faire, en quelque sorte, renaître, nous disposons de moyens, non pas absolument infaillibles, mais qui pourtant réussissent généralement, lorsqu’ils sont confiés à des opérateurs exercés,
- La photographie offre ici un double avantage. D’abord, elle permet de fixer, avec une indéniable fidélité, l’image des textes qui sont restés lisibles, mais dont l’existence est devenue précaire et singulièrement compromise par la désagrégation d’un support calciné. D’autre part, elle est capable de rendre de nouveau apparente l’écriture que la carbonisation avait fait disparaître. Cette dernière propriété tient à la différence qui existe entre la sensibilité chromatique des sels d’argent et celle de notre œil. Notre'œil est surtout impressionné par la région jaune du speclre f il apercevra donc très difficilement un trait bleu sombre sur fond noir, de même qu’un trait jaune brun sur fond roux. La plaque photographique, au contraire, plus sensible au bleu qu’au jaune, imprimera le trait bleu comme s’il était blanc ou gris clair et lé fera nettement ressortir sur le fond noir; tandis que le trait jaune se détachera en noir sur le fond roux, traduit par un gris plus ou moins foncé. Cette sensibilité sera d’ailleurs modifiée à volonté, par l’emploi d’émulsions orthochromaliques associées à des écrans colorés compensateurs. Ainsi, des détails qui échappent complètement à notre vue seront aisément décelés par la plaque au bromure d’argent, et cette « rétineAu savant)), comme l’a si justement surnommée Janssen, est aussi devenue celle de l’expert en écritures et du restaurateur de manuscrits.
- Il convient de rappeler, à ce sujet, les procédés étudiés, "en principe, en vue de la photographie judiciaire, par le D1" R.-A. Reiss, professeur à DUniversité de Lausanne.
- Les papiers brûlés sont toujours plus ou moins froissés, tordus, • recroquevillés, et, pour les photographier, il faut d’abord les aplanir. Si l’on essayait de les manier tels quels, ils tomberaient aussitôt en poussière, et l’accident serait irréparable. On doit donc commencer par leur rendre une certaine souplesse, en les aspergeant copieusement d’un vernis léger, analogue aux fixatifs pour dessins au crayon et appliqué de même, c’est-à-dire à l’aide d’un vaporisateur. Le papier ainsi imbibé s’assouplit, et il devient relativement facile de l’appliquer •sur une surface plane, par exemple une plaque de verre,
- en s’aidant de deux pinceaux fins et très doux. Celte opération doit être effectuée avant que le dissolvant du fixatif se soit évaporé. Quand ce vernis est bien sec, la plaque portant le papier est mise dans un châssis-presse à glace épaisse et à forts ressorts. On photographie alors le document, en l’exposant à la lumière directe du soleil ou d’une puissante lampe électrique.
- Si le texte était constitué par une encre aux sels de fer, les traits ressortiront en gris foncé sur le fond noir. La reproduction sera exécutée sur des plaques ordinaires, et l’on posera suffisamment, mais sans aller jusqu’à la surexposition. Le cliché sera développé dans un révélateur à action lente, comme l’oxalate ferreux additionné de bromure de potassium.
- Si les traits sont formés par de l’encre de Chine- ou par de l’encre d’imprimerie, l’écriture sortira plus, en noir que le fond. On emploiera cependant les mêmes plaques et le même révélateur que dans le cas précédent. Mais, si l’écriture est faite d’une encre aux couleurs d’aniline pures ou de certaines solutions de couleurs végétales, alors il faudra mettre en jeu les ressources de l’orthochromatisme et des écrans colorés.
- Suivant les cas, ces écrans devront être de différentes nuances. Une encre qui aura jauni sur un papier roussi pourra être rendue en blanc si l’on interpose un verre jaune, et en noir si l’on interpose un verre violet.
- Au contraire, un tracé bleuâtre ou violacé sur un papier noirci ressortira si l’on interpose un verre bleuet si l’on se sert de plaques non orthochromaliques, c’est-à-dire sensibles seulement au bleu et au violet : la photocopie représentera alors le trait en blanc sur fond noir, à moins que l’on n’ait inversé le négatif en positif, par la méthode bien connue des autochromistes (dissolution de l’argent dans un bain de permanganate de potasse acidulé et second développement pratiqué en pleine lumière).
- La reconstitution des documents au crayon est tout particulièrement difficile. M. Reiss a communiqué au Congrès international dé photographie tenu à Liège, en 1905, la méthode suivante, qui lui a permis de reconstituer des écrits au crayon entièrement brûlés.
- Le document est fixé sur une planchette ou, s’il est recoquillé, serré dans un châssis-presse. On l’oriente, par rapport à l’appareil photographique, de façon que le plan du modèle forme avec l’axe oplique un angle d’environ 60 à 65°. On l’éclaire par un seul bec Auer muni d’un réflecteur et placé du côté le plus éloigné de l’objectif, le faisceau lumineux lombant sur la surface à reproduire sous un angle de 30° environ. La plaque employée devra être sensible au jaune. La pose sera très longue. Sur le négatif, les traits au crayon ressortiront en noir sur fond plus transparent.
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- FABRICATION DES BALLES POUR SHRAPNELS — 171
- Si les méthodes précédentes ne donnent point de résultat ou n’aboutissent qu’à des images peu visibles, on recourra au procédé chromolylique, ou séparateur de teintes, dù à M. E. Burinsky, photographe attaché aux services judiciaires de la ville de Pétrograd. Le phototype étant exécuté comme il vient d’être dit et ne montrant que des traces insuffisantes de l’écriture primitive, on en tire, par contact au châssis-presse, une copie diapositive sur plaque au collodio-chlorure. Dès qu’une légère impression apparaît, on couvre le châssis d’un verre jaune. Les parties de la plaque qui ont été influencées par la lumière continueront alors à noircir, tandis que les autres resteront intactes. Pour préparer l’écran jaune,
- M. Burinsky recommande de couler sur une glace soit du collodion coloré à l’aurantia, soit une solution d’asphalte dans la benzine. Le dispositif étant fixé, lavé et séché, on le recouvre d’une solution de caoutchouc, qui sert de support à une nouvelle émulsion au collodio-chlorure. La plaque est replacée sous le négatif, repérée avec soin et impressionnée, comme la première fois, avec interposition de l’écran jaune. L’intensité de l’image primitive se trouve ainsi doublée. On l’augmente encore davantage, en ajoutant à l’émulsion un peu d’acide chromique.
- Quand cette méthode ne suffit pas, M. Burinsky exécute plusieurs négatifs sur plaques au collodion humide et les superpose, après pelliculage, afin de renforcer les contrastes. Il réunit ainsi, en les repérant exactement, cinq pellicules et plus. Le négatif composite sert alors à imprimer un positif sur verre, en accentuant encore les contrastes par interposition du verre jaune.
- Ces opérations sont délicates et compliquées. La reconstitution d’un seul document demande parfois un travail de plusieurs mois. M. Faworski, de Kiev, a trouvé une autre solution, à la fois plus rapide et plus sûre, où r les impressions successives sè superposent automatiquement, sans que l’opérateur ait à se préoccuper du repérage. Nos lecteurs connaissent le procédé ozobrome(*). Si l’on applique sur un cliché ou sur une épreuve aux sels d’argent un papier au charbon (c’est-à-dire un papier recouvert de gélatine et d’une couleur en poudre) préalablement imprégné de bichromate et de ferricyanure de potassium, la gélatine devient insoluble dans l’eau chaude, au contact de l’argent qui constitue l'image photographique. L’épaisseur de la couche insolubilisée
- est proportionnée à l’intensité des noirs du phototype. Après 20 ou 30 minutes de contact, on plonge le tout dans l’eau chaude (40° environ), et la gélatine restée soluble ne tarde pas à couler ; on enlève alors aisément le papier, et, quand le dépouillement est achevé, il reste au-dessus de l’image photographique une nouvelle image constituée par des épaisseurs variables de gélatine colorée. Quant à l’image primaire sous-jacente, elle s’est affaiblie, l’argent se trouvant maintenant à l’état de ferricyanure ; mais il suffit de plonger la plaque dans un révélateur quelconque, pour ramener l’argent à l’état métallique. Les deux images — argent et pigment — s’ajoutent ainsi l’une à l’autre ; mais ce n’est pas tout, car l’image primaire conserve encore le pouvoir d’insolubiliser une nouvelle couche de gélatine pigmentée, même à travers la couche qui la recouvre déjà. On n’a donc qu’à recommencer.l’opération précédente, avec une autre feuille de papier au charbon, pour avoir une troisième image, superposée aux deux premières. Et, lorsqu’on a de nouveau régénéré dans un révélateur l’image argentique, il reste encore possible de créer une troisième impression pigmentaire, et d’avoir par conséquent quatre images super-• posées.
- Le renforcement opéré de la sorte est d’autant plus marqué que la gélatine contient un pigment plus abondant et plus opaque. M. Faworski emploie le papier .au charbon n° 107 de la Compagnie Autotype, de Londres, et l’imbibe du bain ozobroine suivant :
- Eau................ - 600 cc.
- v Bichromate de potasse.................5 gr.
- Ferricyanure de potassium ... 4 gr.
- Bromure de potassium. . ... 4 gr.
- Alun de chrome................. 1 gr. 75
- Acide citrique . . -. , . V-. . •* 0 gr. G
- On réalise ainsi le maximum de contrastes.
- Le cliché composite sert alors à tirer un positif au gélatino-bromure, qui lui-même est, au besoin, renforcé parle procédé ozobrome. Ces opérations sont continuées, jusqu’à ce que toute l’écriture soit devenue lisible.
- Évidemment, tout ceci prend encore beaucoup de temps. Le but à atteindre en vaut pourtant la peine, quand il s’agit de reconstituer des pièces importantes, des titres, des actes auxquels sont.attachés de gros intérêts.
- Ernest Coustet.
- FABRICATION DES BALLES POUR SHRAPNELS
- Jusqu’en 1784, l’artillerie se servait de projectiles creux sphériques remplis de substances explosives et dont les parois se fragmentaient en un certain nombre d’éclats qui s’éparpillaient au hasard en touchant le but. Mais à cette époque, le lieutenant Ilenry Shrapnel eut l’idée d’incorporer, dans les obus, des balles-rondes en plomb et juste assez de poudre pour provoquer leur éclatement. Il agglomérait les balles avec du soufre fondu, en ménageant au-dessus un certain espace pour recevoir la charge explosive. L’armée anglaise ne tarda pas à adopter ces obus à balles, qui présentaient encore bien des imperfections mais dont nos soldats éprou-1. Yoy. La Nature, 1907, I, Supplément, p. 109.
- vèrent néanmoins, pour la première fois, les effets meurtriers au cours des campagnes d’Espagne et de Portugal. Naturellement depuis le début du xixe siècle, les artilleurs ont beaucoup perfectionné l’invention de l’officier anglais qui, après avoir pris sa retraite comme lieutenant général, mourut à Southampton, en 1842.
- Aujourd’hui chacun des shrapnèls que tirent nos canons de 75 renferme 260 balles de 11 grammes confectionnées avec du plomb durci à l’antimoine et recevant de la charge intérieure une augmentation de vitesse de 100 m. environ. Il faut donc fabriquer des millions de ces billes meurtrières pour suffire aux besoins sans cesse croissants de
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- 172 ====== FABRICATION DES BALLES POUR SHRAPNELS
- Fig. i. — Vue d'ensemble d'une usine préparant des balles de shrapnel. Au premier plan : les tonneaux à arrondir.
- notre artillerie. Jusqu’en 1914, et même pendant les premiers mois de la guerre dans divers établissements industriels français, la fabrication des balles pour shrapnels se faisait à la main et par des procédés aùssi lents que rudimentaires.
- Après avoir fondu le plomb dans des cuves, on le coulait au moyen de cuillers dans des moules, d’où sortaient des chapelets de 12 balles réunies les unes aux autres. Puis on découpait ces chapelets et on procédait à l’arrondissement des balles ainsi obtenues, en les faisant barboter dans des tonneaux de fonte jusqu’à ce qu’elles deviennent unies et brillantes. Finalement des ouvrières les triaient. Dans ces conditions, il fallait 12 personnes pour fabriquer
- Fig. 2. — Presse à découper les balles.
- 260000 balles par jour, c’est-à-dire de quoi garnir
- 1000 obus shrapnels.
- Mais grâce à un outillage perfectionné, on confectionnemaintenant avec une seule presse hydraulique et un personnel très restreint un millier de balles par minute. On a adopté, en particulier, à l’usine André Citroën, la méthode suivante, fruit de la collaboration de divers constructeurs américains avec plusieurs de ses ingénieurs envoyés en mission aux Etats-Unis. Comme dans l’ancien procédé, on commence par faire fondre des saumons de plomb et d’antimoine dans des cuves de fonte chauffées au gaz. De temps en temps, un ouvrier écume le bain pour enlever les crasses qui se forment à la surface.
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- FABRICATION DES BALLES POUR SHRAPNELS
- 173
- Cos impuretés sont d’ailleurs en petites quantités si l’on a en soin de se servir de métaux de bonne qualité. line fois l’alliage fondu, on le coule dans des moules cylindriques, qui fournissent des lingots d’un poids uniforme de 60 kg environ. On porte ensuite un de ces cylindres de plomb antimonié dans la matrice d’une presse hydraulique très puissante d’où il sort tréfilé en cinq câbles, qui s’enroulent au fur et à mesure sur la gorge de grosses bobines en bois. On met un millier de kilogrammes de fil en plomb ainsi fabriqué sur chaque bobine.
- toilette. Après une heure de rotation,: les petits projectiles sont polis et brillants. 11 ne reste plus qu’à les trier; on confie ce travail à des ouvrières qui en faisant rouler les balles devant elles, sur une rigole inclinée, éliminent au passage celles qui présentent quelques défectuosités ; les autres sont expédiées par des caniveaux souterrains jusqu’aux ateliers de montage.
- Donnons quelques chiffres pour montrer l’intensité de la fabrication aux usines Citroën. Avec un personnel restreint de 35 à 45 personnes, cet établissement arrive, grâce à un parfait agencement, à faire environ 9 à 10 millions de halles par 20 heures de travail, autrement dit de quoi charger 40000 shrapnels. Voici la production relative à chaque machine : presse a tréfiler 25 tonnes par jour, soit pour 5 presses 125 tonnes; découpeuse 1000 balles environ à la minute (exactement 82 découpages de 12 balles chacune), soit pour 8 ma-
- Fig. 3. — Presse à tréfiler les câbles de plomb.
- Puis au sortir de la tréfileuse, les câbles en plomb, qui se déroulent de 12 bobines à la fois, s’engagent dans les 12 entailles en forme d’U portées par la plaque d’une presse hydraulique. Un ressort soulève automatiquement le fil à chaque course de la machine. Des matrices, sises en regard et munies à leurs surfaces supérieure et inférieure de creux hémisphériques, servent d’outils conformateurs. Chaque fois que le jeu de la presse amène deux cavités correspondantes l’une A'ers l’autre, une balle se forme par suite de la compression du fil qui passe au milieu. Comme cette Opération se répète pour chaque groupe, à raison de 70 à 72 fois par minute, le calcul montre aisément qu’une presse hydraulique portant 12 séries de matrices peut fournir environ 1000 balles par minute.
- Mais quoique les matrices opposées viennent à se toucher de façon presque parfaite, il se forme autour de chaqre balle une mince collerette diamétrale qu’on finit faire disparaître par un blutage des balles dans des tonneaux de fonte tournant autour de leur axe horizontal. Le frottement des' balles les unes contre les autres suffit pour achever leur
- Fig. 4. — Coulée des lingots de plomb.
- chines, 8000 balles à la minute ou 480000 balles à l’heure et 9 600000 balles pour 20 heures de travail.
- Afin de faciliter les manœuvres des ponts roulants, destinés à transporter les bobines de câbles sur les machines à découper, puis à enlever les balles de la découpeuse pour les diriger vers les tonneaux de polissage et ramener les déchets de plomb au four de fusion, on a établi toutes les transmissions en souterrain. A l’une des portes de l’atelier, on décharge les saumons de plomb et d’antimoine qui arrivent par wagon et à l’autre bout de ce hall, long de 70 m. environ, les balles sortent toutes prêtes à introduire dans les obus. Le personnel chargé de manutentionner quotidiennement plus
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- 174 = LA HARPIE
- de 10 fois 125 tonnes de métal se réduit à 3 femmes!
- Les autres fabriques françaises, anglaises ou américaines de balles pour shrapnels ne chôment pas plus que les usines Citroën, car les gouverne-menls ail es leur ont passé et leur passént encore des commandes par millions. Les agents réceptionnaires de chaque pays examinent les projectiles avant de les accepter.; Ils vérifient, en particulier, la forme des balles dont le diamètre (voisin de 12 mm} ,ct le poids (IL à 13 gr.) varient selon qu’il s’agit de shrapnels russes, anglais, français, et suivant qu’ils sont destinés à des obus dé calibres différents. Généralement, on admet une tolérance d’environ 1 gr. 1/2 en plus ou en moins du poids réglementaire; en outre, les billes doivent pouvoir résister sans se fendiller au choc du marteau.
- Une fois cette inspection subie avec succès, les lots vont àTatelier de montage ou de chargement. Là, on introduit les balles dans les projectiles par couches successives formées de 17 à 20 pièces. Lorsque l’on a placé les 5 premiers rangs au fond de l’obus, on les recouvre de 20 gr. d’une composition fumigène (25 parties d’antimoine et 45 parties
- LA HARPIE
- Les Harpies sont des^papillons qui ne mériteraient pas que- nous nous eu occupions ici, si ce.,:
- Fig. i. — Là Harpie des hêtres (Stauropus fagi).
- n’était leurs chenilles. Ils sont grands, robustes, velus, blanchâtres ou grisâtres et l’insecte adulte n’attire guère l’attention.
- Mais leurs chenilles sont bien les plus extravagantes de nos pays. De leur extrémité postérieure partent doux prolongements longs comme des fils qui leur ont valu le nom de chenilles à fouet. Leurs attitudes, sont extraordinaires soit au repos ou quand elles sont irritées. La plus commune est la grande queue fourchue [Dicranura vînvla) qu’on rencontre en abondance de mai à août sur les saules et les peupliers; la chenille, noirâtre dans sa jeunesse, puis vert clair, a une tête brune et porte
- DES HÊTRES ~ .:.. ;.......: .
- de magnésium). Puis on ajoute le reste des balles, que l’on surmonte d’un diaphragme de tôle d’acier, forgé soigneusement à l’aide d’une presse spéciale et on achève le remplissage du projectile à l’aide de la résine fondue. Cette substance a pour but de provoquer un dégagement considérable de fumée qui décèle les points d’éclatement et permet les réglages rapides du tir.
- Oh met dans nos divers projectiles de 210 à 560 balles, tandis qu’il existe en Allemagne des obus pesant 16 kg 500 et renfermant jusqu’à 532 balles de 13 gr. noyées dans du trinitrotoluol ; mais le plus souvent les shrapnels boches contiennent 560 balles de 9 gr. ou 300 balles de 11 gr. qui se dispersent au mi ieu d’un nuage de fumée produit par un mélange de phosphore rouge amorphe et de poudre à grains très ténus. Quant aux shrapnels de nos nouveaux alliés américains, ils pèsent 6 kg, et pour faciliter l'introduction de leurs '252 balles, ces projectiles sont à 6 pans. Enfin les artilleurs anglais se contentent de 235 ou 236 balles pour leurs engins similaires, ce qui ne les empêche pas de faire un « excellent travail » avec eux. Jacques Boyer. ;
- ES HÊTRES
- sur le dos une tache violette ou brun violacé en forme de selle et bordée d’une ligne blanc pur; elle se termine par une longue fourche caudale qui contribue à l’étrangeté de son aspect.
- Mais la plus grotesque et h plus exagérée de toutes les chenilles de cette famille est certainement celle de ;la Harpie des hêtres (Stauropus fagi).
- Fig. 2. — Trois œufs, grossis 25 fois.
- Elle est répandue dans toutes nos régions, mais rare presque partout. On la trouve sur les hêtres,
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- .....—... ..: LA HARPIE DES HÊTRES —..................... .......... 175
- les ormes, les chênes, etc., de mai à août comme i ailes dentées, barrées de deux lignes médianes la précédente et aussi parfois en automne. Elle se | blanc jaunâtre et d’une rangée transversale de
- Fig. 3. Les chenilles à leur naissance; grandeur réelle. — Fig. 4 21 jours après. Fig. 5. Chenilles d'un .mois pendues après des feuilles. — Fig. 6. Chenille au repos après le repas: — Fig. 7. La même chenille broutant une feuille. — Fig. 8. Attitude de la même chenille quand elle est inquiétée.
- transforme en un papillon très banal, gris bru- petites taches noires bordées de jaune (fig. 1). nâtre de deux à trois centimètres de long aux M. John J. Ward vient de nous communiquer
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- 176 . " ...........LA HARPIE
- d’intéressantes photographies illustrant les principaux stades de la vie de cet insecte.
- La femelle déposé sur les chênes ou les hêtres de petits œufs d’environ deux millimètres de diamètre semblables à de petites perles blanches ou vert pâle, à la surface desquels le microscope révélerait un délicat réseau (fig. 2).
- «Une quinzaine de jours plus tard l’œuf se brise et il en sort une petite larve d’une couleur brun brillant bien différente déjà des chenilles ordinaires (fig. 3). Ses deuxièmes et troisièmes paires de pattes sont très longues. La première est beaucoup plus courte et semble reportée au sommet de la tête; son extrémité postérieure se termine par une queue fourchue dressée, d’ailleurs menaçante.
- Très active, elle semble une petite fourmi,
- DES HÊTRES ............
- Si l’excitation est plus forte ou si elle se répète l’animal devient furieux, ses longues pattes entrent à leur tour en mouvement jusqu’à ce qu’il redevienne immobile et comme mort. Dans ces périodes d’agitation, la chenille harpie rappelle jusqu’à un certain point, comme Hermann Müller l’a déjà remarqué, une araignée vraiment effrayante. En même temps apparaissent sur sa face ventrale au niveau des quatrième et cinquième anneaux de larges taches noires qui grandissent peu à peu.
- 11 semblerait qu’un insecte aussi bien défendu pendant sa vie larvaire, d’un aspect aussi terrifiant,, devrait n’avoir aucun ennemi et pulluler partout. Il n’en n’est rien cependant puisque les Stauropes sont toujours rares et qu’on paye couramment la chenille vivante deux francs pièce et le papillon
- Fig. g. — Le cocon de la Harpie, formé de feuilles et de soie.
- remuante, empressée se déplaçant sans cesse sur la feuille qui l’a vue naître. La chenille dévore les feuilles et au bout de huit ou dix jours, grande et grasse déjà, change d’aspect.
- Au repos la chenille ressemble à une brindille de bois mort; son corps accroché sous une tige ou un pédoncule, sa fourche caudale pendante et immobile (fig. 4). Au bout d’un mois les chenilles ont déjà considérablement grossi; apres six à sept semaines elles ont atteint leur taille maxima (fig. 6) on même temps que la bizarrerie de leur allure augmente encore (fig. 7). Laissées tranquilles elles restent accrochées sous la feuille, .broutant rapidement de temps à autre un morceau du parenchyme. Mais qu’un bruit, qu’un souffle vienne à se produire dans son entourage, aussitôt la chenille cesse de manger, se dresse sur scs pattes antérieures, lève sa queue et reste immobile dans cette étrange position (fig. 8).
- Fig. 10. — La chrysalide vient de se former; on voit à côté la dernière mue de la chenille.
- vivant jusqu’à quatre francs. Nouvelle preuve de l’inutilité du mimétisme et des aspects protecteurs tels que nous pouvons les concevoir!
- Vers la fin de septembre,' la larve grosse et; grasse tisse un cocon de fils de soie réunissant deux ou trois feuilles de chêne ou de hêtre (fig. 9). Dans ce cocon, elle opère sa dernière mue et se transforme en chrysalide (fig. 10) recouverte d’une solide enveloppe.
- A l’automne, quand les feuilles tombent, la chrysalide dans son cocon de feuilles et de soie tombe aussi à terre et y reste tout l’hiver pour se rompre l’été suivant et donner naissance à un papillon aux ailes fripées, humides, qui va se sécher, étaler ses ailes et prendre ses couleurs définitives sur le plus prochain arbre, avant, de pondre les oeufs qui assureront la suite de l’espèce et recommenceront le cycle que nous avons décrit.
- René Merle.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahüre, riic de Fleuras, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 2295.
- 22 SEPTEMBRE 1917
- HOUILLE BLANCHE
- CONSTRUCTION DE BARRAGES-RÉSERVOIRS
- L’utilisation de l’énergie des chutes d’eau pour la production de l’électricité a pris, en France, surtout depuis la guerre, un essor extraordinaire devant là nécessité d’employer toutes nos ressources pour faire face aux besoins de la Défense nationale, et aussi à cause de la cherté croissante du charbon.
- Nombre d’usines hydro-électriques ont déjà, été édifiées rapidement dans les pays de « houille blanche ». D’autres installations sont en construction, à l’étude ou projetées. Il est à prévoir que, après la guerre, les besoins d’énergie, loin de décroître, continueront à augmenter, en sorte que l’aménagement des chutes d’eau paraît appelé à prendre un essor de plus en plus grand.
- La Nature a entretenu maintes fois ses lecteurs de la question de la houille blanche et des constructions d’usines. Nous n’avons pas l’intention d’y revenir de nouveau. Nous nous proposons seule-
- ment d’expliquer, avec quelques détails, en quoi consiste l’établissement d’un barrage-réservoir destiné à fournir la puissance hydraulique.
- Étant donnée l’extrême variabilité du débit des cours d’eau aux diverses époques de l’année, si l’on se contentait de dériver, en un point d’une rivière, le débit naturel, la puissance ainsi obtenue serait elle-même des plus variables. En basses eaux, cette puissance serait très faible ; en crues, le volume véhiculé, devenant très supérieur à la capacité des ouvrages de dérivation, une grande partie du débit serait inutilisable. D’où l’idée, très rationnelle, de faire des accumulations, c’ést-à-dire d’emmagasiner dans des réservoirs de grande capacité, les eaux surabondantes des crues pour les évacuer ensuite lors des pénuries, de manière à rendre moins grands les écarts des hautes et basses eaux. L’emmagasine-ment s’obtient en fermant une partie étroite d’un cours d’eau de montagne, à rives encaissées, par un mur. qui, retenant les eaux, provoque la formation d’un lac dont la superficie peut être parfois très grande.
- Cette conception est, d’ailleurs, ancienne. Bien antérieurement aux découvertes de M. Marcel Desprez sur le transport à distance de l’énergie électrique,
- 45e Année. — 2° Semestre.
- qui ont été le point de départ de l’aménagement des chutes d’eau en pays de montagne, nombre de réservoirs avaient été édifiés, soit pour emmagasiner l’eau nécessaire au remplissage des biefs de partage de canaux, soit pour assurer l’alimentation des villes. C’est dans ce dernier but qu’ont été établis, en particulier, dans la région granitique du Massif central, un assez grand nombre de bar-rages-réservoirs dont le tableau ci-dessous donne la nomenclature.
- Tous ces ouvrages sont construits en maçonnerie au mortier de chaux hydraulique, et leur état parfait de conservation, après plus d’un demi-siècle d’existence pour certains d’eux, montre combien ce mode d’établissement peut donner d'excellents résultats. Aussi, bien que certains barrages édifiés plus récemment en France et surtout à l’étranger, aux États-Unis notamment, aient été établis avec
- d’autres matériaux fels que l’acier, le ciment armé ou le béton, il semble bien que ce soit encore la maçonnerie qui présente lé plus de garanties de sécurité pour des ouvrages dont la rupture aurait des conséquences extrêmement désastreuses. Nous n’examinerons donc ici que cette solution.
- Le but qu’on se propose en édifiant un barrage dans une gorge de cours d’eau encaissé étant de permettre la création à l’amont d’un lac d’une capacité aussi grande que possible, sans dépenses excessives, le nombre des emplacements favorables est, en somme, assez restreint, attendu qu’ils doivent répondre simultanément à un certain nombre de conditions rarement réunies. Il faut, d’abord, qu’au point considéré le profil transversal de la gorge soit aussi resserré que possible afin de réduire le cube de maçonnerie du mur ; il faut qu’à l’amont le lit s’épanouisse pour former une cuvette de grande surface, sans quoi le prix du mètre cube emmagasiné ressortirait à un chiffre inacceptable ; enfin, on doit éviter de noyer, par la retenue, des terres ayant une grande valeur, des habitations ou des voies de communication, dont l’acquisition ou la dérivation entraîneraient des dépenses considérables et aussi d’enlaidir des sites pittoresques.
- 12. — 177
- Désignation des ouvrages. Cours d'eau alimentaires. Date de l’exécution des travaux. Hauteur du mur au-dessus des fondations. Usage des ouvrages.
- Le Gouffre d’Enfer Le Furan . . . 1861-1866 52 m. Alimentation de Saint-Étienne.
- Le Ternay Le Jernay. . . 1861-1867 40 m. d’Annonay.
- La Rive ou le Ban Le Ban .... 1866-1870 47 m. — de Saint-Chamond.
- Le Pas-du-Riot Le Furan . . . 1873-1878 55 m. 50 — de Saint-Étienne.
- Charlrain La Tâche . . . 1888-1892 54 m. — de Roanne.
- L’Echapre. ........ L’Echapre. . . 1894-1897 36 m. 50 de Firminy.
- ' Le Cotatay ........ Le Cotatay. . . 1898-1902 38 m. 50 — du Chambon-Feugerolles.
- L’Ondenon L’Ondenon. . . 1901-1904 32 m. 69 — de la Ricamarie.
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- 178 —— : CONSTRUCTION DE BARRAGES-RÉSERVOIRS
- Gomme type d’emplacement tout à fait favorable, nous citerons celui qui a été choisi, il y a quelques années, pour édifier dans les gorges du Cher, à 15 km à l’amont de Montluçon, un mur en maçonnerie de 47 m. de hauteur. Le barrage (fig. i) ferme l’accès d’un goulet étroit de 20 m. à la base et de 100 m. seulement au niveau du sommet de 'l’ouvrage. D’autre part, à 2 km 500 à l’amont de ce point, le Cher reçoit son affluent la Tardes, en sorte que le réservoir s’étend sur les deux cours d’eau en couvrant une surface de plus de 200 hectares. Dans ces conditions, il a été possible d’emmagasiner un volume d’eau de 30 millions de m3 avec un ouvrage contenant seulement 15 000 m3 de maçonnerie.
- La condition primordiale, de laquelle dépend avant tout l’existence de l’ouvrage, est la nature du terrain tant du fond du lit que des parois, au droit d’un emplacement reconnu convenable à tous les autres points de vue. Il est indispensable que le sol en ce point soit incompressible et inaffoüillable, sans failles ni poches d’argile dont la présence suffirait pour provoquer à la longue la ruine du mur. On doit donc, avant de regarder un emplacement comme acceptable, faire faire sur place, par un spécialiste compétent, une étude géologique aussi approfondie que possible. Cette étude nécessite un certain nombre de sondages poursuivis à une profondeur telle qu’on puisse s’assurer que la base du mur sera encastrée sur toute son étendue dans du rocher sain.
- Parfois même, on a jugé prudent, au lieu de faire des sondages isolés, de percer un véritable tunnel sous le lit. Dans ce cas, sur l’une des rives du cours d’eau on a creusé un puits vertical auquel fait suite le tunnel qu’on prolonge jusqu’à la rencontre des couches de la rive opposée (fig. f). De cette manière, s’il existe une faille en un point quelconque, elle est forcément recoupée.
- Dans le cas du barrage du Cher, les résultats de l’examen géologique ont été des plus satisfaisants. On a constaté que le sol de fondation aussi bien dans le lit de la rivière que sur les flancs de la gorge était constitué par un granit grisâtre très dur, en sorte qu’il n’y avait à craindre ni affouille-ment, ni écrasement sous le poids du mur et de la charge d’eau. La présence de failles n’était pas à redouter. Quant aux fissures qui pouvaient exister dans le rocher, l’examen des lieux a montré qu’elles seraient dirigées, non pas dans le sens du courant, ce qui aurait été favorable à l’écoulement des filets liquides, mais bien perpendiculairement au fil de l’eau, et qu’il serait facile de les aveugler dans les conditions qui seront indiquées ci-après.
- Parfois, l’examen géologique des lieux amène à une conclusion toute différente. Un projet de construction d’un barrage de 30 m. de hauteur dans la région du Jura a dû être abandonné à cause de l'existence reconnue de failles par lesquelles une partie de l’eau cheminait souter-rainement. Sous une pression de 5 atmosphères, le liquide aurait siphonné en élargissant peu à peu les conduits souterrains et le barrage ainsi suspendu sur le vide aurait été infailliblement emporté lors d’une crue.
- On doit, bien entendu, s'assurer aussi qu’il n’existe pas, dans la rivière, à l’amont de la retenue et dans la limite du terrain devant être noyé, des points de fuite pour l’eau emmagasinée, ce qui pourrait compromettre la réussite du remplissage de la cuvette.
- Quand il a été reconnu qu’un emplacement réunit toutes les conditions requises pour' l’édification d’un barrage en maçonnerie de grande hauteur, on procède à l’élaboration du projet dé
- l’ouvrage.
- On prélève tout d’abord sur place des échantillons de pierres dont on détermine la densité par
- Fig. i.
- Principe de l’étude du sous-sol
- J/, /JO
- 27.030
- 22.380
- 22,300
- /6,674
- O. N. D.
- Fig. 2. — Graphique du débit d'une rivière à régime torrentiel : le Cher.
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- CONSTRUCTION DE BARRAGES-RÉSERVOIRS
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- des pesées directes; on les soumet ensuite aux épreuves qui en font connaître le degré de porosité et de perméabilité à l’eau, ainsi que la résistance à la'compression, à la traction, à la flexion, au cisaillement, etc. Quant à la densité de la maçonnerie proprement dite, on l’établit par un calcul très simple.
- Dans le cas du barrage du Cher, par exemple, les pesées des moellons provenant des sondages qui devaient servir pour la confection de la maçonnerie du mur, ont donné un poids de 2670 kg par mètre cube. Des expériences répétées ont montré, par ailleurs, que le mortier au dosage prévu de 550 kg de chaux hydraulique par mètre cube
- en maçonnerie de grande épaisseur, solidement encastré dans le terrain de fondation, et qui déborde en tous sens sur le mur, de manière à lui donner une assiette très solide.
- Les conditions de résistance auxquelles doit satisfaire l’ouvrage ont été indiquées dans une circulaire du Ministre de l’Agriculture en date du 15 juin 1897. Cette circulaire précisela forme sous laquelle doivent être présentés les calculs, ce qui facilite grandement les opérations (1).
- Les conditions essentielles requises sont les suivantes :
- 1° Impossibilité du glissement suivant une section horizontale, ce qui implique que, pour un élément quelconque, le poids de la maçonnerie doit être supérieur à la poussée de l’eau ;
- 2° Limitation de l’effort de compression maximaenun point du parement aval. Bien qu’il soit reconnu, en général, que l’effort de compression, admissible en pratique, peut atteindre
- Fig. 3. — Barrage sur le Cher près de Montluçon. Emplacement du barrage.
- kilogrammes
- le
- pesait 1900 mètre cube.
- La proportion ordinaire du mortier entrant dans la maçonnerie étant de 40 pour 100 en volume, on en a déduit pour la densité de la maçonnerie :
- 2,67x0,60-h 1,9x0,40 = 2,360.
- Ces résultats acquis, on calcule les dimensions à donner au profil transversal du mur au point où. ce dernier atteint la plus grande hauteur, c’est à-dire au droit du point de plus grande profondeur du lit.
- On adopte ordinairement pour la section transversale du mur une forme qui se rapproche sensiblement d’un triangle rectangle isocèle, le côté vertical représentant le parement amont.
- Toutefois, pour la commodité de la construction, au lieu d’établir le parement amont entièrement vertical, on lui donne un léger fruit (0 m. 10 à 0 m. 20 par mètre). Le couronnement du mur servant habituellement à la circulation, on l’établit à la largeur que commandent les circonstances locales (4 à 10 m.), et on le borde des deux côtés par des garde-corps en pierre de taille ou par des tabliers métalliques. L’ouvrage repose sur un socle
- Fig. 4. — Les déblais dans le lit de la rivière.
- sans danger le dixième de l’effort de rupture et, bien que le granit, en particulier, puisse supporter sans se rompre une charge de 1800 kg au moins par centimètre carré, on a pourtant longtemps cru prudent de limiter l’effort décompression de maçonnerie à 12 kg par centimètre carré. Ceci était sans inconvénients lorsque la hauteur qu’on donnait aux murs de barrage était médiocre et ne dépassait pas une trentaine de mètres. Mais, la tendance actuelle est d’augmenter de plus en plus la hauteur des ouvrages qui aujourd’hui atteint 70 et même 100 m. Dans ces conditions, une semblable limitation des efforts de compression conduirait à des
- 1. La circulaire du 15 juin 1897, bien qu’ayant reçu à l’origine une large publicité, n’était pas toujours connue des intéressés. La « Chambre syndicale des forces hydrauliques » (7, rue de Madrid), l’a reproduite avec un commentaire détaillé dans son bullelin mensuel, numéro du 15 juin 1916.
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- emplois de cubes de maçonnerie inacceptables. Quand le sol de fondation est très résistant et quand les matériaux sont eux-mêmes de bonne qualité, on peut admettre pour la limite à la compression 15 kg au moins par centimètre carré.
- 3° Serrage des joints du parement amont par une compression minimum au moins égale à la sous-pression de l’eau. Cette condition, nécessaire pour qu’il ne se produise pas de fissures dans le corps de l’ouvrage, n’est parfois remplie qu’en donnant un supplément d’épaisseur à l’ouvrage. On a proposé, pour empêcher la pénétration de l’eau dans le mur par les fissures horizontales qui pourraient se former, d’isoler le corps de l’ouvrage
- verticales, dites de dilatation, qui se referment d’elles-mêmes dans un ouvrage cintré, mais non dans un ouvrage rectiligne. Les effets de la dilatation se traduisent simplement, dans le premier cas, par une légère modification du front des parements de la partie supérieure du mur.
- Depuis le point de hauteur maximum, jusqu’aux deux rives où la hauteur devient nulle, le profil transversal du mur reste identique, du couronnement à la rencontre du terrain. La fondation affecte, tant dans le sens longitudinal que dans le sens transversal, la forme d’une série de gradins de longueur uniforme disposés de manière que l’encastrement dans le sol ne descende nulle part au-dessous de \ m. au minimum.
- Ceci admis, on dresse le projet définitif, plan et coupe longitudinale. Cette dernière est faite en projetant le mur sur un plan vertical parallèle au plan vertical passant par la corde de l’arc de la courbe que décrit le mur en plan. Quant au plan, on le trace
- Fig. 5. — Barrage du Cher. La maçonnerie. Vue aval.
- de la masse liquide en édifiant à l’amont un mur en maçonnerie ou en ciment armé de faible épaisseur formant masque. Si ce dernier est pénétré par l’eau, le liquide tombe dans l’intervalle vide qui sépare le barrage du masque; il est alors recueilli par des drains qui l’écoulent vers l’aval.
- Nous indiquerons ultérieurement les précautions qu’on prend, en cours de construction, pour rendre aussi étanche que possible la maçonnerie du parement amont.
- Nous ajouterons que les grands barrages en maçonnerie n’affectent jamais une forme rectiligne en plan. Ils sont établis suivant , un arc de cercle, de 150 à 200 de rayon, dont la convexité est tournée vers l’amont. Cette disposition qui n’augmente que très peu le cube des maçonneries a un double avantage. D’abord, l’ouvrage solidement encastré dans les deux flancs de la gorge travaille, en réalité, comme une voûte ; il en résulte une augmentation de résistance dont, par surcroît de sécurité, on ne tient pas compte dans les calculs. D’un autre côté, sous l’influence de la chaleur des rayons solaires, les maçonneries se dilatent, pour se contracter ensuite. De là, l’ouverture possible de fissures
- Fig. 6. — Barrage et galerie de dérivation.
- sur un plan des lieux, à grande échelle, avec cotes et courbes de niveau, sur lequel on dessine le couronnement, ainsi que les traces des gradins amont successifs. C’est en utilisant ces deux pièces qu’on établit exactement le cube de la maçonnerie nécessaire. Disons d’ailleurs, dès maintenant, qu’en cours d’exécution, on se garde bien de donner aux gradins une forme de surface réglée horizontale ou verticale. On cherche, au contraire, à obtenir le plus d’arrachements possible, ce qui augmente d’autant l’adhérence du mur au sol et rend plus difficiles les infiltrations entre ce dernier et le massif de fondation.
- Ces études et projet terminés, il devient possible de passer à l’exécution des travaux.
- Bien que les conditions locales influent jusqu’à un certain point sur cette exécution des travaux, ceux-ci sont, dans leur ensemble, assez peu différents suivant les cas. . Il nous a paru que le mieux serait d’en décrire une application. Ce qui va suivre
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- se rapporte, en conse'quence, au barrage du Cher, dont il a été'déjà fait mention, et dont les travaux, commencés en juillet 1906, ont été achevés au cours de l’année 1909.
- S’agissant d’une rivière à régime torrentiel, mais qui, comme le montre le graphique (fig. 2), passe chaque année par un minimum qui règne de juillet à octobre, on a profité de cette circonstance pour exécuter à sec les fondations et la partie inférieure du mur. Dans ce but, à l’abri d’un petit batardeau établi sur le bord du Cher, on creusa dans le flanc gauche de la rivière une galerie de vidange contournant l’emplacement choisi, capable d’écouler un volume d’eau de 15 m3 par seconde environ, très
- fouilles. Les travaux furent interrompus, chaque année, pendant les périodes de froid et l’on prit soin, à chaque reprise, de refouiller sur une épaisseur de 1 m. au minimum la partie supérieure, de manière à éliminer toutes les pierres qui auraient pu être atteintes par les gelées. En décembre 1906, octobre 1907 et décembre 1908, des crues violentes causèrent quelques dégâts aux travaux. En 1908, le barrage dont la hauteur s’élevait alors à 35 m. fut même surmonté par une lame d’eau de 2 m. à 2 m. 50 d’épaisseur qui, d’ailleurs, ne causa aucun aiïouillement au pied aval.
- Le massif tout entier est en maçonnerie ordinaire dite de blocage. Les moellons de remplissage, dont une partie provenait du produit des fouilles et le reste était extrait d’une carrière ouverte sur le flanc droit de la vallée, ont été enchevêtrés le plus possible; leurs joints, dirigés dans tous les sens, ne présentent jamais de surfaces continues s’étendant à plusieurs moellons voisins. On a absolument
- supérieur au débit en basses eaux.
- Puis'on établit à 15 m. environ en avant du barrage un batardeau, véri. table mur en maçonnerie de granit au mortier de chaux hydraulique de 6 m. de hauteur qui a été conservé après l’achèvement des travaux et qui pourra servir, au besoin, à la vidange du bassin au cas où celui-ci aurait besoin d’être curé. En même temps, un second batardeau temporaire, plus petit, et formé de pierre et fascinage était édifié à l’aval. Dans ces conditions, il a été possible, grâce à l’emploi de pompes d’épuisement mues par des locomo-biles, de vider tout l’espace compris entre les deux batardeaux et de mettre ainsi à nu le sol de fondation. C’est alors qu’on a procédé à une visite attentive du terrain, et que les fissures apparentes ont été soigneusement nettoyées, purgées de terre, puis aveuglées en y injectant des coulées de ciment bourrées jusqu’à refus.
- La construction des fondations et du mur fut alors entreprise et poursuivie régulièrement; la maçonnerie était édifiée par assises successives de 1 m. d’épaisseur, en commençant par les parements amont et aval pour lesquels on réservait les meilleurs moellons provenant de carrières et non de
- Fig. 8. — Barrage du Cher. La digue.
- proscrit les lits horizontaux pour éviter les sous-pres-sions auxquelles pourraient donner lieu les eaux d’infiltration. On n’a employé la pierre de taille que pour les deux plinthes du couronnement, le parapet d’amont et les pilastres du garde-corps d’aval.
- Les deux parements exécutés, comme on l’a dit, en moellons de carrière, ont été disposés en opus incertum. Le parement aval a été simplement rejointoyé. Au contraire, le parement amont a été d’abord revêtu d’un enduit de 0 m. 03 d’épaisseur, au mortier de ciment du Portland, d’un dosage de 600 kg de ciment par mètre cube de sable. Sur cet enduit, on a appliqué à chaud une épaisse couche de coaltar, recouverte elle-même d’un lait de chaux pour éviter la trop grande absorption de chaleur par la couleur noire quand le réservoir est en vidange.
- Toutes ces mesures ont été prises dans le but de rendre le parement amont aussi étanche que possible. Elles paraissent suffisantes pour une retenue
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- d’eau dont la hauteur ne doit pas dépasser 47 m.
- Dans le cas de très grandes hauteurs de retenue, il est vraisemblable qu’il y aura toujours pénétration d’eau dans la màçonnérie, tout au moins dans la fondation. Cette eau pourra dissoudre la chaux qui sera transportée vers l’aval et, finalement, il se produira une sorte de colmatage des vides du mortier qui réduira l’importance des infiltrations, sans les annuler.
- Pour s’opposer à cette action, il est utile de goudronner les puits du parement ou, mieux encore, de passer dessus une couche de paraffine ou de suif pour obstruer les pores du mortier. On peut également édifier le masque dont nous avons déjà parlé. II suffit que ce dernier ait une étanchéité relative puisque l’eau qu’il laisse passer est recueillie et écoulée en aval. On pourrait constituer ce masque en maçonnerie de béton armé dont le parement en contact avec l’eau serait recouvert d’un enduit en mortier de ciment à fort dosage et qui serait ensuite goudronné ou paraffiné pour en augmenter l’étanchéité.
- Au barrage du Cher, en même temps qu’on édifiait le mur, on construisait un déversoir latéral calculé de manière à permettre, après l’achèvement des travaux, l’écoulement des plus fortes crues de la rivière, survenant même lorsque la retenue est remplie, sans que le barrage puisse être surmonté par l’eau. Un canal de décharge qui fait suite au déversoir recueille et ramène l’eau au Cher, à l’aval du barrage.
- La galerie de dérivation qui a servi à écouler tout le débit pendant la construction de la partie inférieure du mura été obstruée ensuite, en période de basses eaux, à sa tête aval, par un bouchon en béton de ciment de 10 m. d’épaisseur. Mais comme on a jugé nécessaire de conserver les moyens d’utiliser cette galerie pour la vidange éventuelle de la retenue, deux conduites en tôle d’acier, de 1 m. 20 de diamètre, ont été logées dans la galerie et traversent le bouchon d’obturation. Ces conduites sont fermées à l’aval par des vannes qui ne seront ouvertes que lorsque la vidange devra être effectuée.
- Les grands murs de barrages-réservoirs étant des ouvrages d’art exceptionnels doivent être construits en excellente maçonnerie de blocages. Non seulement une surveillance active et incessante doit empêcher toute malfaçon possible dans la mise en œuvre des matériaux, mais encore ceux-ci doivent être d’une qualité irréprochable.
- Une circulaire du Ministre des Travaux publics en date du 2 juin 19U2 (modifiée le 29 novembre 1904) a fixé toutes les conditions qu’il est nécessaire d’imposer aux fournisseurs de ciments et chaux hydrauliques. On doit appliquer ces conditions à toute fourniture destinée à l’édification d’un barrage.
- En ce qui concerne les autres éléments, notam-
- ment les moellons et le sable, c’est aux constructeurs qu’il appartient de prendre toutes mesures utiles pour n’employer que les matériaux présentant les garanties requises.
- Au barrage du Cher, les moellons provenaient comme nous l’avons dit, en partie des fouilles et en partie d’une carrière. Les échantillons mauvais ou même simplement douteux étaient éliminés et les autres n’étaient mis en place qu’après les opérations ordinaires de lavage et de brossage. Le sable pour la fabrication du mortier provenait du lit du Cher; c’est un sable quartzeux de première qualité et qui a pu être obtenu en assez grande abondance pour qu’on ait pu se dispenser de le fabriquer en pulvérisant les roches granitiques provenant des déblais.
- La chaux hydraulique et le ciment provenaient des fours de Saint-Astier (Dordogne). A l’arrivée de chaque envoi, un échantillon prélevé au hasard était soumis aux essais de résistance à la traction et à la compression prescrits par la circulaire ministérielle du 2 juin 1902 précitée et étaient pratiqués sur chaque échantillon de chaux ou de ciment après 7, 28 et 90 jours de prise.
- En ce qui concerne la fabrication du mortier, le dosage et le mélange des matériaux se faisaient sur un plancher couvert; les matériaux étaient ensuite gâchés par des malaxeurs mus électriquement et à la sortie desquels ils étaient versés dans des wagonnets qui les transportaient au lieu d’utilisation. Nous rappellerons que le dosage du mortier était de 350 kg de chaux par mètre cube de sable et que le mètre cube de maçonnerie contenait 40 pour 100 de mortier.
- Quant à la surveillance de la main-d’œuvre, elle ne s’est pas ralentie un seul instant. Aussi le résultat final a-t-il été des plus satisfaisants.
- Dans la construction de ces ouvrages, on s’efforce d’avoir le plus possible recours au machinisme, notamment pour le transport des matériaux à pied d’œuvre.
- Néanmoins, la confection de la maçonnerie exige une main-d’œuvre nombreuse qu’il est parfois fort difficile de recruter, ce qui peut allonger la durée des travaux. Toutefois, nous le répétons, c’est encore la maçonnerie de moellons au mortier de chaux hydraulique qui paraît devoir être préférée dans ce genre d’ouvrages. Les rares ruptures de barrages en maçonnerie qu’on a eu à déplorer dans le passé étaient toujours imputables à des causes auxquelles il aurait été possible de remédier. A moins de motifs qui échappent à nos prévisions, on peut dire qu’un barrage bien étudié, convenablement calculé et édifié en prenant toutes mesures pour éviter des malfaçons, constitue un ouvrage dans la solidité duquel on peut avoir toute confiance. , Paul Lévy-Salvador,
- Chef du service technique hydraulique au Ministère de l’Agriculture.
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- Pour améliorer notre pain actuel.
- LE PAIN
- La Nature a déjà exposé à ses lecteurs comment se pose actuellement la question du pain. Maigres récoltes, allant chaque année en diminuant et toujours même nombre de bouches à nourrir! Culture du froment moins étendue et à faible rendement par suite de l’insuffisance de main-d’œuvre et d’engrais, consommation toujours égale!
- La moisson qui se termine répond tout juste aux prévisions que l’on faisait il y a quelques mois ; elle est de beaucoup inférieure à nos besoins, la prochaine sera peut-être pire encore.
- Que la guerre dure ou qu’elle se termine, la situation ne sera pas changée : si elle dure, ce sera l’an prochain une culture encore moins intensive; si elle cesse, les empires centraux affamés achèteront à n’importe quel prix partout où ils le pourront tout ce qui fera cesser leur jeûne, les céréales en particulier. C’est donc, comme La Nature le disait à propos de la question du pain, la famine menaçante dans le monde entier. Notre seul espoir est dans la production des pays lointains et notamment de l’hémisphère sud; mais nous ne savons encore exactement ce qu’elle sera l’hiver prochain, ni ce que deviendra la guerre sous-marine et le fret dont nous disposerons alors.
- Situation inquiétante qui a conduit le Gouvernement français à réglementer l’utilisation du blé en portant le taux obligatoire d’extraction de la farine d’abord à 72 puis à 76, à 80 et enfin à 85 pour 100 et à exiger l’addition à celle-ci de divers succédanés : farines de seigle, d’orge, de maïs, etc.
- Tel est notre régime actuel du pain. Il ne semble pas satisfaire tout le monde ; puisque beaucoup se plaignent du goût et de l’acidité du pain de farine nationale à 85 pour 100 et qu'on l’accuse de causer des troubles digestifs ; la presse enregistre ces réclamations, les répand même et fait connaître toutes sortes de solutions plus ou moins heureuses qui lui sont proposées. Quelques médecins, à tort ou à raison, mais le plus souvent sans examen très approfondi, font chorus. Les boulangers, qui subissent les plaintes du public, demandent pour y mettre fin le retour au pain à 80 pour 100. Certes le pain de farine à 80 pour 100 était exquis, mais serait-il raisonnable d’y revenir quand nous ne savons pas encore où nous nous procurerons le blé pour l’été et même pour le printemps prochains. Avant de réclamer du bon pain, il faut être assuré de sa ration de pain tout court. D’ailleurs, les méfaits dont on accuse le pain actuel sont certainement exagérés ; à part les estomacs fragiles et les malades, on arrive à le supporter, et s’il n’est pas aussi agréable que le pain d’autrefois, il est cependant de beaucoup supérieur à tous i ceux que l’on mange dans les autres pays d’Europe en ce moment. Demandez-le, non seulement aux prisonniers revenant d’Allemagne, mais aux voya-
- FRANÇAIS
- geurs arrivant de Hollande, de Suisse, d’Italie, etc.
- La farine de blé à 85 pour 100 additionnée de succédanés est une nécessité ; il serait dangereux d’y renoncer, et nous devons patriotiquement l’accepter, pour longtemps encore. Devenir à la farine à 80 pour 100, c’est perdre le vingtième de la récolte de froment, déjà inférieure de plus de moitié à nos besoins. Il n’y faut donc pas songer.
- Est-ce à dire que nous devons continuer de manger le pain actuel?
- Le sous-secrétaire d’État des Inventions intéressant la Défense Nationale, soucieux des questions de ravitaillement si importantes pour la victoire, a chargé la Laboratoire de Physiologie du Muséum, mis à la disposition de ses services, d’examiner ces diverses questions. Le directeur de ce laboratoire, M. le professeur Lapicque et son chef de laboratoire, M. le Dr Legendre, ont entrepris aussitôt des recherches pour améliorer la qualité du pain actuel, et ils ont abouti à un très important résultat. La note qu’ils viennent de communiquer à l’Académie des Sciences offre, croyons-nous, un intérêt capilal en ce qu’elle indique le moyen très simple de faire un pain excellent avec les farines actuelles, et cela sans aucune dépense, ni aucune modification au travail de la boulangerie. Nous avons goûté le nouveau pain, le « pain français », et nous pouvons affirmer ses qualités remarquables; les membres de l’Institut et de l’Académie de Médecine qui ont pu le déguster ont été unanimes à en reconnaître le goût exquis.
- Nous exposerons cette question d’après les renseignements qu’ont bien voulu nous fournir MM. Lapicque et Legendre.
- MM. Lapicque et Legendre sont arrivés à leur très belle découverte en partant de la composition du grain de blé. On sait qu’il est formé d’une enveloppe cellulosique recouvrant une couche de cellules spéciales, les cellules à aleurone qui forment une assise continue autour de l’albumen.
- L’albumen renferme le gluten et l’amidon ; c’est lui qui donne le pain blanc ; les cellules à aleurone et aussi le germe qui se trouve à une extrémité du grain, ainsi que l’enveloppe cellulosique sont alors éliminés dans les issues.
- Le travail de la meunerie consiste, par des meules ou par des cylindres, à broyer les grains de blé, puis à en séparer les diverses particules au moyen de tamis plus ou moins perfectionnés.
- Pour obtenir de la farine blanche, on ne garde que le centre du grain de blé, 55, 60 ou au plus 65 pour 100 de ce qu’il contient. Dans ce cas, une bonne partie des matières nutritives qu’il contient est perdue. Ce n’est pas le moment d’opérer ainsi.
- Dès que l’on veut garder plus de 70 ou 72 pour 100 de la substance du blé, on obtient non plus de la farine blanche, mais de la farine plus ou moins
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- piquetée de petits débris colorés provenant du germe, des cellules à aleurone et de l’enveloppe cellulosique. Cela lient à ce que là meunerie ne peut opérer une séparation systématique des diverses couches du grain, mais seulement un triage mécanique des particules selon leur, grosseur ; en broyant le grain, elle produit des poussières d’enveloppe aussi bien que d’albumen. Un procédé idéal qui séparerait les diverses couches, pourrait fournir de la farine blanche à 85 pour 100, mais cet idéal n’est pas réalisé et ne semble pas réalisable. La meunerie donne seulement de la farine blanche, des « remoulages » ou « recoupettes », produits bis contenant 60 pour 100 de farine, des cellules à aleurone et des débris cellulosiques, des « sons », surtout cellulosiques mais renfermant encore de la bonne farine. La farine nationale à 85 pour 100 est obtenue en ajoutant à la farine blanche les recoupettes broyées et au besoin un peu de sons. L’aspect tacheté de la farine d’aujourd’hui est dû à ces recoupettes.
- Les recoupettes qui représentent 9 à 10 pour 100 du poids de la farine nationale y apportent plus de moitié de bonne farine et aussi, ce qui n’est pas négligeable, des sels minéraux abondants, notamment des phosphates, et des matières albuminoïdes (*). Elles augmentent sensiblement la quantité de matières nutritives dont nous disposons. ' Il faut donc continuer de les ajouter à la farine et ; conserver le taux d’extraction à 85 pour 100. C’est une nécessité absolue.
- ; Seulement, ces recoupettes étaient aussi, jusqu’à présenta caixse de tout le mal qu’on dit du pain ; et elles ne le seront plus puisque MM. Lapicque et . Legendre ont trouvé le moyen de supprimer leurs méfaits tout en conservant leurs qualités.
- Ces recoupettes, ces petits sons qu’on ajoute à la farin'e blanche y introduisent deux sortes de matières très différentes, d’une part des débris cellulosiques, d’autre part des cellules à aleurone et des fragments du germe. On a fait beaucoup de reproches au son, sans bien chercher à savoir ce qu’il contient; on l’a . accusé d’être purgatif, d’irriter l’intestin, de troubler la digestion, de donner un mauvais goût au pain, etc.
- En réalité, la cellulose du grain de blé n’est pas plus gênante que toutes les autres celluloses. Nous en mangeons constamment et abondamment dans les salades, les légumes verts, les haricots, les lentilles, les fruits, etc. Dans tous ces cas, elle ne cause aucun trouble, c’est une matière inerte qui sort comme elle est entrée; bien plus, elle est nécessaire pour donner un certain volume au bol fécal. D’ailleurs les recoupettes en introduisent dans la farine à 85 pour 100,1 ou 2 pour 100, pas plus. Inutile donc de s’en plaindre.-
- Mais le véritable coupable, l’agent très actif de tout ce dont nous nous plaignons c’est, non pas la cellulose, mais le germe, les celluloses à aleurone
- 4. Je ne parle pas des vitamines. La question, en effet, ne se pose pas, puisque les vitamines sont détruites parla chaleur et que le pain subit dans le four une température de 100°.
- qui l’entourent et enveloppent l’albumen. Le germe, les cellules à aleurone ont dans le grain du blé un rôle spécial. Au moment de la germination, quand du grain sortira une nouvelle plante, les cellules à aleurone se chargeront d’attaquer, de dissoudre, de transformer la farine pour en nourrir la jeune plantule; peu à peu,'elles feront passer dans le germe tout le contenu du grain de blé. Pour remplir cette fonction, elles possèdent des ferments, des diastases dont quelques-uns seulement ont été étudiés. Au moment où l’on mouille la farine pour faire la pâte du pain, ces diastases entrent en jeu ; elles agissent pendant tout le temps que dure le travail de la pâte, plusieurs heures. Et c’est alors qu’elles colorent la pâte en bis, qu’elles modifient le gluten, l’empêchant de bien lever et rendant ainsi le pain plus compact et plus lourd; c’est alors qu’elles augmentent l’acidité du milieu et lui donnent cette odeur et cette saveur spéciales aux pains d’aujourd’hui : acide, un peu âcre, légèrement butyrique. Le pain obtenu étant acide moisit facilement.
- MM. Lapicque et Legendre ont cherché à supprimer l’action si fâcheuse de ces ferments sur la pâte, en partant de l’observation suivante : en opérant au laboratoire sur des recoupettes, ils ont constaté que les vapeurs ammoniacales agissent sur elles et les font virer de couleur ; de bises .ou rouges elles deviennent jaunes d’or. Les autres alcalis ont la même action. Si l’on place à l’étuve à 57° des recoupettes mouillées d’eau pure et d’autre imbibées d’eau alcaline, les premières fermentent rapidement, dégagent de nombreuses bulles de gaz et prennent une odeur putride et butyrique très désagréable qu’on reconnaît être la même que celle du pain, mais beaucoup plus marquée et insupportable; les recoupettes alcalinisées restent longtemps sans dégager aucune odeur pénible. Le fait s’explique facilement si l’on se rappelle que tous les ferments agissent fortement en milieu défini — alcalin ou acide — et sont inhibés en milieu contraire. La plupart des diastases végétales connues opèrent en milieu acide; l’alcalinité du milieu empêche leurs effets.
- On pourrait donc espérer obtenir une amélioration marquée du pain actuel en neutralisant les recoupettes et les empêchant ainsi d’agir fâcheusement pendant le travail de la boulangerie.
- Parmi.les alcalis dont on peut disposer, il en est un, l’eau de chaux, qui est particulièrement favorable. La chaux se trouve en abondance en France; elle ne coûte presque rien; l’eau n’en dissout qu’une très faible proportion, 1 pour 1000 environ; son addition au pain n’est pas toxique, ne nuit en rien, et même au contraire, peut avoir plutôt une action favorable sur l’organisme. Impossible en remployant de craindre aucune erreur, inutile de la doser; il suffit de verser de la chaux éteinte dans l’eau ou d’en attacher un nouet dans un réservoir et de laisser éclaircir. On aura l’eau de chaux toute prête.
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- MM. Lapicque et Legendre arrêtèrent donc leur choix sur l’eau de chaux et commencèrent aussitôt des essais de panification.
- Avec le concours de l’Intendance militaire, ils s’occupèrent d’abord du pain des soldats. Plusieurs expériences furent faites à la manutention militaire du quai Debilly. Elles furent toutes concluantes. On opérait en faisant les levains avec de la farine blanche à 76 pour 100; les levains étaient donc d’excellent goût. Pendant leur pousse, les recou-pettes représentant 9 pour 100 étaient mouillées d’eau de chaux jusqu’à virage au jaune d’or. On obtenait ainsi une bouillie claire à laquelle on ajoutait tout le sel de la fournée. Le dernier levain à point, la pâte était pétrie avec de la farine et additionnée de la bouillie de recoupettes; on ajoutait de l’eau ordinaire en quantité suffisante. Et le travail du boulanger suivait comme d'habitude, sans aucun changement. Le résultat fut merveilleux. On obtint chaque fois un pain moins bis, plus jaune et plus clair, bien levé, à croûte ferme et élastique. Chose plus intéressante, ce pain n’était pas acide, avait l’odeur et le goût excellents du pain à 80 pour 100, sans arrière-goût âcre, sans saveur fermentée, et il se conserva sans moisir beaucoup plus longtemps que le pain de comparaison non traité à l’eau de chaux.
- Ce résultat est d’imporlanée. On sait que nos poilus du front mangent leurs « boules » plusieurs jours après la cuisson. 11 leur arrive de les trouver acides et même quelquefois moisies. Que les manutentions militaires appliquent le procédé de MM. Lapicque et Legendre et c’est du bon painassuré sans frais et sans difficultés à tous nos soldats.
- Pour la population civile, le traitement des recoupettes par l’eau de chaux n’est pas réalisable, puisque les boulangers ne reçoivent que de la farine nationale à 85 pour 100 où les recoupettes sont intimement mélangées à la farine blanche, et qu’ils ne peuvent les séparer.
- Quand on traite de la farine entière par de l’eau de chaux, on ne peut observer le virage net de l’opération précédente et par suite on ne peut savoir quand l’eau de chaux est en quantité suffisante. Toutefois, dans la pratique, cette difficulté ne compte pas. MM. Lapicque et Legendre se sont assurés chez un boulanger civil qu’en faisant toute la panification à l’eau de chaux au lieu d’eau ordinaire, on obtient généralement le même beau résultat qu’en traitant les recoupettes à part. Ils ont pratiqué divers essais, en travaillant sur levure, sur levain, avec deux ou trois levains successifs et toujours avec la même perfection des produits obtenus.
- Le nouveau pain, le « pain français » comme propose de l’appeler le Sous-Secrétariat d’État des Inventions, est donc réalisable pour les civils comme pour les militaires.
- Aussitôt connue la noie de MM. Lapicque et Legendre, à l’Académie des Sciences, de nombreux boulangers se préoccupèrent de la fabrication du
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- nouveau pain et en demandèrent la formule. Le sous-secrétaire d’Etat des Inventions dut publier, à leur usage, une notice que nous reproduisons ci-dessous pour montrer la simplicité du procédé (*). Le Syndicat de la boulangerie préconise et encourage le nouveau pain. De très nombreux boulangers le produisent déjà à la satisfaction de leurs clients. L’Académie de Médecine, saisie du procédé, l’a reconnu hygiénique et sans aucun danger pour la santé.
- D’ailleurs la quantité de chaux ainsi introduite dans le pain est insignifiante : 1 gr. pour 3 kg environ, bien d’autres aliments en contiennent autant et même plus, ainsi, en buvant un verre de lait, on en absorbe autant que dans 1 kg de pain ; la farine elle-même apporte autant de chaux qu’on en ajoute dans le pain français. Toute crainte peut donc être écartée au sujet des effets de la consommation quotidienne et prolongée du nouveau pain.
- Il y a donc lieu d’en recommander l’application à tous les boulangers sans exception. Avec le même travail qu’auparavant, sans avoir à s’occuper de rien, ils nous donneront avec la farine à 85 pour 100 et succédanées un pain aussi succulent, aussi agréable, que le pain à 80 pour 100 dont on réclamait le retour.
- Depuis très longtemps d’ailleurs, on avait remarqué que le pain est bien meilleur dans les pays calcaires que dans les autres. Boussingault avait
- 1. Pain français, procédé du Sous-Secrétariat d’État des Inventions :
- Principe. — La farine actuelle à 85 pour 100 contient de la farine blanche, des remoulages ou recoupettes et même parfois un peu de petits sons. Les recoupettes et les petits sons contiennent des ferments nuisibles qui agissent sur la farine et la modifient pendant le travail du boulanger ; ils colorent la pâte, la surissent et lui donnent une odeur aigre et un goût âcre. On peut arrêter cette fermentation en neutralisant leur acidité naturelle au moyen de l’eau de chaux. Les recoupettes ainsi neutralisées sont d’une couleur jaune, au lieu d’être grises ou roses.
- Préparation de l’eau de chaux. — L’eau de chaux se prépare avec de la chaux vive du commerce, qu’on trouve facilement partout et à bon compte. Pour éteindre la chaux, on v^rse sur les pierres de chaux une petite quantité d’eau, insuffisante pour mouiller toute la masse. Au bout d’un instant, la chaux s'échauffe, fume, se boursoufle et finit par s’effriter en poussière blanche. Si toutes les pierres ne sont pas réduites en poudre, on ajoute à nouveau un peu d’eau jusqu’à ce que toute la chaux soit éteinte. La chaux éteinte ne se conserve pas à l’air, mais seulement dans l’eau ; il faut donc n’en préparer que la quantité à mettre immédiatement dans le bac du fournil. Pour avoir toujours de l’eau de chaux dans le fournil, on utilise le réservoir d’eau placé près du four, dans lequel on place à demeure de la chaux éteinte, soigneusement enfermée dans un nouet d’étoffe line et serrée ou feutrée, de la flanelle par exemple. Ce nouet est pendu avec une ficelle au milieu du réservoir. On lui imprime quelques agitations; au bout d’une demi-heure, l’eau s’est éclaircie et peut être employée comme l’eau ordinaire pour le pétrissage de la pâte. La quantité de chaux qui peut se dissoudre dans l’eau est très petite, 1 pour 1000 environ ; la chaux introduite ne fond donc que très lentement. Lorsque le nouet est vide, il suffit de le remplir à nouveau.
- Panification. — Rien n'esL changé à la pratique actuelle : les levains successifs et la pâle sont faits et travaillés comme d’habitude. Mais la pâte est faite avec de Veau de chaux préparée comme ci-dessus, au lieu d’eau ordinaire.
- Résultat. — Le « pain français » ainsi obtenu est mieux levé ; sa croûte est ferme ; il dégage une bonne odeur. Sa saveur est douce, sans acidité ni âcrelé ; il laisse un arrière-goût agréable! 11 se conserve mieux.
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- = LE MUSÉE DE LA GUERRE
- déjà recherché la cause de cette différence sans en trouver la véritable explication, et avait signalé le mauvais pain des Vosges, par exemple, et la préférence de certains boulangers de Paris pour l’eau de puits à la place d’eau de source.
- La découverte de MM. Lapicque et Legendre nous apporte ainsi la solution d’un des plus graves problèmes de la guerre actuelle, en nous assurant notre pain quotidien, et du bon, jusqu’au retour des récoltes de la paix! R. M.
- LE MUSÉE DE LA GUERRE
- Le 4 août 1917, le Ministère de l’Instruction Publique et des Beaux-Arts, a reçu, au nom de l’État, le don du Musée de la Guerre.
- Cette collection, dont le titre seul dit tout l’intérêt,
- Dès juillet 1915, l’assemblage historique ainsi composé était gracieusement proposé à l’État, et l’acceptation de principe (qui vient d’être réalisée), fut sanctionnée le 1er juillet 1916 par l’inauguration
- Fig. i. — Vue de la grande salle des originaux.
- a été patiemment constituée depuis trois ans, et, généreusement offerte a titre gratuit par ses fondateurs, M. et Mme Henri Leblanc.
- Ceux-ci, dès le 30 juillet 1914, recueillaient d’abord, pour leur curiosité privée, les documents relatifs à la mobilisation et aux premiers événements de la guerre; au bout de quelques semaines leurs recherches prenaient une extension considérable; ils invitaient tous les éditeurs de publications, affiches, médailles, souvenirs, etc., fabricants d’objets, créateurs de modèles, etc., à leur adresser un exemplaire des pièces quelconques relatives à la guerre; et ils obtenaient du Gouvernement l’autorisation de se procurer à l’étranger les imprimés de toutes sortes, qui ne pouvaient parvenir à notre Bibliothèque nationale par les voies ordinaires.
- officielle faite par M. Painlevé, ministre de la Guerre, dans l’installation provisoire aménagée, 6, avenue Malakoff. C’est là que, jusqu’ici, le Musée de la Guerre a été visible, mais seulement en vertu d’invitations personnelles gracieusement accordées sur demande par M. et Mme H. Leblanc.
- Prochainement les collections seront disposées au Pavillon de Flore (ancien ministère des Colonies), mais on ne pourra en étaler qu’une partie : car quelques salles seulement se trouvent, pour le moment, disponibles, alors qu’une vingtaine sont déjà remplies avenue Malakoff ! 11 est nécessaire que l’on trouve le moyen d’affecter à l’ensemble tout l’espace indispensable pour le bien voir. Et, dès maintenant, l’État doit préparer les mesures voulues pour instituer les entrées payantes à 0 fr. 50 ou 1 fr. ; ce
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- LE MUSÉE DE LA GUERRE
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- sera salisfaire à bon compte l’intense curiosité pro- I assurer la continuation de l’enLreprise et sa mise au voquée par cette passionnante Exposition, et les | courant des événements qui doivent encore survenir !
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- Fig. 2.
- Gravure allemande. — Légende : Nos gros canons sur les côtes de la Mer du Nord.
- Fig. 3 et 4. — Affiches de Leipzig : vente d'œufs et de vanille.
- conservateurs ne se procureront que par celte voie Grâce à la clairvoyante initiative qui l’a fait les 300 000 à 400000 francs annuels requis pour débuter à la veille même de la mobilisation, le
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- 188 ....... : LE MUSÉE DE LA GUERRE
- Musée de la guerre possède des pièces introuvables, d’une rareté insigne, telle (pour ne citer qu’un exemple) l’affiche apposée à Mulhouse le 20 août 1914, pendant l’éphémère occupation française, et prescrivant qu’à partir de cette date, l’heure de la ville sera celle de Paris ! Elle n’y a sonné, hélas, que quelques jours, mais de nouveau elle y tintera, par la volonté de la France!
- Il n’y a pas lieu d’expliquer le plan actuel du Musée de la guerre, puisqu’il va changer de place, ni d’énümé-rer les séries de toutes sortes dont il se compose : la liste serait trop longue, attendu que 180 000 objets déjà y sont contenus.
- Partageons plutôt en trois séries l’idée qu’on peut donner, en quelques lignes, deséléments dont il est formé. Ce n’est qu’une énonciation de spécimens à peu près dans l’ordre des salles et vitrines :
- 1° Provenance française. — Faïences et verreries décorées d’emblèmes relatifs aux événements qui se déroulent depuis trois ans.
- Bronzes, statuettes, médailles artistiques.
- Insignes-souvenirs des diverses journées patriotiques et de bienfaisance.
- Plaquettes et emblèmes commémoratifs.
- Tableaux, aquarelles, dessins originaux rapportés des théâtres des hostilités (Ypres, Arras,
- Reims, Gerbéviller,
- Sermaize, les Dardanelles, etc.).
- Dessins originaux d’affiches par Steinlen, Forain, Renouard, Groux, Raemakers, etc.
- Cartes géographiques militaires.
- Portraits de souverains, de généraux, d’aviateurs, de victimes mêmes (miss Cavell).
- Affiches officielles de mobilisations, ordres et circulaires, proclamations et discours.
- Insignes. — Broderies des diverses formations militaires. i
- Modèles réduits des armements (avions, canons,
- tanks, armes, projectiles). Formations de la Croix-Rouge, etc.
- Dans une note moins sombre, nous citerons :
- Les charmantes poupées en cire où les couturiers parisiens ont fixé leurs modes pendant la guerre.
- Les ingénieux jouets des Blessés au travail et de la Ligue des Jouets de France et ceux, si touchants, des internés français et belges en Suisse.
- Les caricatures (objets, dessins, affiches), où l’esprit français ne connaît point de rival.
- Les boîtes à dragées pour baptêmes, à sujets patriotiques. Et la légion des bibelots souvenirs que nos adroits poilus savent extraire, pour leurs marraines, des éclats de projectiles.
- Une mention spéciale est due à la moisson de tous les journaux, revues, brochures et livres publiés au sujet du conflit formidable qui a fini par s’étendre au monde entier; en grand nombre les armoires et étagères sont déjà surchargées d’écrits, qui constitueront la plus complète Bibliothèque de la guerre.
- La fondation définitive portera d’ailleurs le double titre de Bibliothèque — Musée de la Guerre.
- 2° Provenance étrangère. — Les indications du même genre ne feraient que répétitions pour les affiches et productions diverses d’Angleterre, Italie, États-Unis, Hollande, etc.
- Notons seulement que la Russie n’est représentée par rien, ou à peu près, et que l’affiche de YOncle d'Amérique tirant le roi d’Espagne par un pan de son veston, pour l’extraire du groupe des neutres, est un bon spéeimpn de Y Humour. d’outre-Atlan-tique. Les publications étrangères sur la guerre se montrent déjà foH abondantes.
- 5° Provenance allemande. — On n’étonnera personne, en déclarant que tout ce qui se classe sous l’étiquette boche se révèle sinistre ou mons-
- Fig. 6. —Zeppelin.
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- LE MUSEE DE LA GUERRE —.-..-..... ...... 189
- trueux, grossier ou ridicule, contrastant profondément avec l’élégance, la finesse et l’émouvante tenue des productions françaises.
- Dans l’armement c’est la baïonnette-scie, le modèle de grosse Bertha, la pastille incendiaire et le crayon-explosif, les grenades et les masques.
- Les portraits impériaux et les hommes de guerre (Hindenburg en tête) dévoilent les faces mauvaises et cruelles bien adéquates à la barbarie tudesque.
- On remarquera un tableau des décorations allemandes, vrais ornements de catafalques, et les carnets de dépêches des aviateurs.
- Pour les innombrables Ersatz (remplacements) de l’ordre alimentaire, on ne sait ce que l’on doit y apprécier au juste : ou bien la science réelle des chimistes allemands (s’ils ont vraiment trouvé la pilule nourricière) ou bien la mauvaise foi de la réclame commerciale, si elle fait absorber de la colle forte comme bouillon Kub ! Toujours est-il que, jusqu'à présent, la contribution de l’un ou de l’autre procédé aide le peuple teuton à tenir encore, trop énergiquement hélas !
- Les jouets en plomb (genre Nuremberg) pour les étrennes 1917 représentent tout uniment des villages et monuments bombardés et brûlés !
- Rien n’est plus roide, empâté, triste ou grotesque que les affiches, noires, ocres ou cramoisies vouées aux rubriques : Expositions de guerre, — Notre armée a besoin de métal (canon de 420), — Entreprise de déménagements (pour les mobiliers pillés!), etc.
- L’Autriche en montre une, bien étrange, pour le 5e. emprunt de guerre, imprimée en tchèque, à Prague! Eut-elle du succès ?
- Et de lugubres compositions exaltent l’engouffrement des Transatlantiques sombrant aux hourrahs des tortionnaires de sous-marins !
- On demeure confondu devant le nombre des livres de luxe déjà produits, par les firmes de Leipzig, Berlin, Brunswick, etc., sous les tilres de Welt-Krieg, Volks-Krieg, RuhmB-Krieg, etc.
- Un certain Grosser Bilderatlas des Welt-Krieges étale, en grandes simili-gravures in-4° les vues des cités et monuments détruits, —avant et après leur anéantissement, cynique procès-verbal par l'image
- de l’œuvre de ruine où se complait le peuple élu!
- Èt la médaille commémorative, hideuse, du torpillage de la Lusitania, dont on a tant parlé, n’est qu’un exemple parmi nombre d’autres de même mentalité !
- La carte postale germanique a, bien entendu, enregistré et fait défiler toutes les horreurs conçues et commises par les soudards du kaiser rouge!
- Quant aux affiches et proclamations d’avis ou défenses aux malheureux pays envahis, c’est une pure suite de cauchemars, par exemple :
- Avis relatif au travail volontaire exigé des civils. (Savait-il le français, le bourreau qui n’a pas reculé devant l’antinomie de ces deux termes?)
- Au peuple belge : Belges ! Vous avez à choisir !
- J’espère que l’armée allemande de la Meuse ne sera pas contrainte de vous combattre. Un chemin libre pour attaquer, c’est tout ce que nous désirons! (Von Emmich).
- Ordre à la population liégeoise : A Andenne,. avec mon autorisation, le général a mis la ville en cendres et a fait fusiller 110 personnes.
- Liège, 22 août 1914.
- Von Bulow.
- A Lille : Tous les habitants de la maison (sauf les enfants de moins de 14 ans, leurs mères et les vieillards) doivent se préparer pour être transportés dans une heure et demie.
- Puis les affichages de listes de condamnés à mort et fusillés : Edith Cavell (pour trahison en bande organisée). Bruxelles, 12 octobre 1915. — Eugène Jacquet (pour avoir caché un aviateur anglais). Lille, 22 septembre 1915, etc.
- Sans parler des mensonges : Aux habitants de la Belgique le maréchal Von der Goltz fait connaître que le choléra sévit avec intensité dans les troupes alliées, et qu’il y a le plus grand danger à franchir ces lignes.
- C’est sur ces visions atroces qu’il faut clore la dramatique visite du Musée de la Guerre, pour en emporter l’utile et ineffaçable impression que la race germanique a bien définitivement conquis la haine universelle et qu’elle s’est volontairement et à jamais laissé forclore de tout rachat et de tout pardon! E.-A. Martel.
- Statuette par Albert Lymares.
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- LE CLIMAT DE SALONIQUE
- Depuis deux ans notre armée d'Orient a établi sa base d’opération à Salonique. Aussi bien, beaucoup de nos lecteurs trouveront certainement un intérêt à posséder des renseignements précis sur le climat de cette ville. À cet égard il y a abondance de biens. Tous les états qui ont convoité cette position importante, considérant sans doute la météorologie comme un instrument de propagande et un moyen d’affirmer leurs prétentions, ont fondé dans ce grand port des observatoires météorologiques et en ont publié les relevés dans leurs recueils nationaux. On a ainsi des séries d’observations autrichiennes imprimées à Vienne, des observations bulgares insérées dans Y Annuaire de l’Institut météorologique de Bulgarie, enfin des observations grecques publiées dans les Annales de l’Observatoire national d'Athènes. Ces différents matériaux ont permis à l’éminent météorologiste italien Filippo Eredia d’établir un résumé très instructif du climat de Salonique (.*), auquel nous emprunterons les données essentielles concernant la température et les précipitations, les deux éléments climatiques les plus intéressants pour le soldat en campagne.
- Rappelons d’abord que Salonique est situé à quelques minutes près sous la même latitude que Naples, mais les conditions géographiques dans lesquelles se trouvent la cité levantine et la métropole italienne sont fort différentes et de ce fait leurs régimes météorologiques présentent une grande dissemblance. Si comme Naples, Salonique est bâti en façade sur la mer, en revanche, elle se trouve, non plus sur le bord d’une mince presqu’île très articulée, mais à l’extrémité d’une large masse continentale hérissée de gros paquets de montagnes qui l’isolent du bassin méditerranéen central. Ajoutez à cela que la ville est installée entre un golfe relativement fermé, et une vaste plaine marécageuse qu’encerclent de hauts reliefs. La plus saillante de ces crêtes dépasse 2000 m.; par suite les influences continentales se font constamment jour et'viennent modifier dans un sens péjoratif le régime marin.
- A Salonique, les moyennes des mois d’hiver, c’est-à-dire de décembre, janvier et février, montent respectivement à 7°,8, 5°,4, 7°,1, correspondant approximativement à celles de décembre à Perpignan (7°,37), de janvier à Arcachon (5°,75), de février à Nice (7°,01). Une seconde comparaison numérique est particulièrement instructive : la moyenne de janvier, le mois le plus froid (5°,4 d’après les observations bulgares, 5°,7 d’après les observations autrichiennes) correspond à celle de mars à Paris (5°,75). La caractéristique de l’hiver
- 1. Filippo Eiiedia. Sut clima di Salonicco, in Bolletino delta Reale Sociela qeografica Italiana, série Y, vol. V, n° 12.
- salonicien est l’extrême variabilité de la température. Pendant les dix-neuf ans qu’embrasse la série bulgare, la moyenne mensuelle thermique de décembre a varié de 10°,6 à 5°,2, celle de janvier de 9°,6 à 1°, et celle de février de 10°,5 à 2°,8. Durant ces mois, les journées tièdes ne sont pas rares; en décembre, on a vu le thermomètre s’élever une fois entre 20° et 25° et seize fois entre 15° et 20°; en janvier onze fois la température moyenne a été de 15° à 20°, et, en février, sept fois de 20° à 25° et six fois de 15u à 20°. Par contre, fréquemment, le froid se fait sentir, et même très âpre-ment. Des températures voisines de —10° ont été enregistrées. Trois fois en décembre, cinq fois en janvier et en février, les minima ont été compris entre —5° et —10°, neuf fois en décembre et dix fois en février entre 0° et —5°. Très exceptionnellement, il peut même arriver qu’une mince couche de glace se forme sur les bords de la rade. En-1903, à la suite d’une série de nuits pendant lesquelles le thermomètre descendit à —7°,5, le 23 janvier tout le périmètre du golfe intérieur fut recouvert d’une pellicule de glace sur une largeur de 2 km; près de terre, son épaisseur ne dépassait pas 0 m. 03 et plus au large se réduisait à 0 m. 01. La congélation avait été favorisée par l’absence complète de vent et d’agitation de la mer; on ne doit pas perdre de vue, non plus, que le Vardar déverse dans le golfe une énorme masse d’eau douce et par cet apport contribue à faciliter la formation de la glace. Déjà en 1876, pareil phénomène s’était produit, mais sur une plus petite échelle; la largeur de la frange cristalline n’avait pas alors dépassé 2 m.
- Pour compléter la physionomie de l’hiver à Salonique, ajoutons que le nombre des jours de neige est de 0,9 en décembre, de 2 en janvier et de 1,5 en février, et que décembre termine la saison pluvieuse. Pendant ce mois les précipitations sont très copieuses (60,9 mm) ; après quoi elles deviennent rares (janvier ; 37,3 mm; février : 36,2 mm formant un minimum secondaire).
- Mars est, comme dans nos pays, une période de transition. Parfois à cette époque le froid fait un retour offensif, abaissant la température en dessous de zéro et déterminant des chutes de neige, mais ce sont là des cas très rares. Le plus ordinairement les journées tièdes sont la règle; on s’achemine déjà vers la chaleur; la moyenne du mois est 10°,1, la même qu’à Biarritz ou qu’à la pointe Saint-Mathieu (Finistère), et à Belle-Isle le mois suivant.
- En avril le thermomètre monte parfois jusqu’à près de 30° (29°,9) et la moyenne thermique mensuelle à 14°, supérieure à celle de toutes nos stations du Midi.
- En mai c’est déjà le plein été avec une moyenne de 19°,4, notablement supérieure à celle de juillet
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- LES HÉLICES ET LES VIBRATIONS BPS NAVIRES IPI
- à Paris (18°,1), et des maxima de 55°,7; en revanche, il peut se produire des chutes de température jusqu’à 6°,7. Ce mois est d’autre part caractérisé par de très abondantes précipitations qui déterminent le second maximum pluviaire de l’anne'e : 59,9 mm et 40 jours de pluie.
- A ce printemps très chaud succèdent un été et un début d’automne brûlants. Pour juin, juillet, août et septembre les moyennes mensuelles ressortent respectivement à 25°,5 ; 26°,6; 25°,8 et 22° avec des maximas de 38°,3; 39°,3 ; 40°,6 et 37°,2. 40°,6 n’a été observé qu’uns fois, mais assez fréquemment en juillet et en août le thermomètre dépasse 35°. Cette période chaude est sèche ; le minimum absolu des précipitations coïncide en juillet avec la moyenne thermique mensuelle maxima ; seulement de temps à autre des pluies, généralement des orages, viennent adoucir la température. En juillet, août et septembre le nombre des jours pluvieux varie de 4,4 à 5,6.
- En octobre, la température s’atténue sensiblement, la moyenne mensuelle s’abaisse à 4 7°,5, celle deBor. deaux en septembre ; mais alors commence la saison des pluies, et elle se prolonge pendant trois mois..
- ACADÉMIE D
- Séance du 2
- Production artificielle des galles. — Toutes les données qui résultent de l’étude morphologique du développement des galles produites par des animaux, donnent à penser que ces formations résultent de l’action des substances sécrétées par ces organismes. M. Molliard a pu, en effet, en broyant les larves de YAulax Papaveris, obtenir un liquide qui, injecté sur les pistils sains d’un pavot, y a développé une galle.
- Le mouvement propre des chromatophores. — On sait depuis longtemps que les grains de chlorophylle de certaines plantes vasculaires et les chromatophores de certaines algues se déplacent sous l’action de la lumière. M. Sauvageon a pu étudier des matériaux particulièrement favorables dans les plantules monostromatiques de Laminaires dont les chromatophores se déplacent et se déforment par contractilité propre. Des lames longues d’environ un demi-centimètre, examinées vers leur milieu, sont les plus favorables à l’observation. Quand on les place à l’ombre dans un verre de montre, elles ont une teinte foncée; chaque cellule renferme sur chaque face péricline 4 à 8 chromatophores étalés et presque contigus. Si l’on place le verre de montre dans un en-
- Durant ce trimestre, il tombe en général 182 mm 8 d’eau correspondant au tiers delà chute annuelle. Mais ce n’est là qu’une moyenne; souvent en un mois les précipitations ont presque atteint cette valeur; ainsi elles se sont élevées une fois en octobre à 159 mm 6, trois fois de 100 à 118; en novembre, une fois à 204,5, une fois à 154 et à 124, en décembre, quatre fois de 102 à 135 millimètres.
- Quatre mois de grosses chaleurs et quatre autres mois de pluies très abondantes, tel est le climat de Salonique.
- Ces observations ne s’appliquent qu’à Salonique même et ne sauraient être étendues à la région environnante. Dans un pays comme la péninsule balkanique morcelée en compartiments par des reliefs, le climat varie d’une case à l’autre. Ainsi dans la région de Monastir tenue par nos troupes, le régime météorologique doit être notablement plus extrême que celui de la plaine inférieure du Vardar, en raison de sa situation plus avancée dans l’intérieur des terres. Ce bassin enclos de montagnes subit les influences continentales dans toute leur rigueur.. Chaules Rabot.
- ;s SCIENCES
- juillet 1917.
- droit bien éclairé par la lumière diffuse, les chromato-phores se déforment, diminuent de surface, puis rampent contre la paroi, viennent se courber le long des faces anticlines et ne présentent plus que leur tranche à l’observateur. Tout l’ensemble paraît plus clair. Vingt minutes ont suffi pour la réalisation du phénomène, où l’intensité lumineuse semble seule agissante et qu’on peut renouveler en sens inverse si l’on remet le verre de montre à l’ombre.
- L'heure en mer. — Dans certains cas exceptionnels, la guerre aura contribué à l’unification. La question de l’heure en mer a fait récemment un grand pas en raison de la difficulté frappante où l’on se trouvait pour situer exactement dans le temps un événement marin avec les systèmes autrefois adoptés. Le 14 février 1917, le ministre de la marine française a prescrit d’employer l’heure des fuseaux horaires sur nos bâtiments de guerre. La marine anglaise, puis la marine italienne ont adopté très vite le même système. Et il est aujourd’hni prescrit d’employer l’heure universelle de Greenwich dans tous les télégrammes échangés entre les flottes alliées et les stations côtières de l’Entente.
- LES HÉLICES ET LES VIBRATIONS DES NAVIRES
- La vibration des navires a fait l’objet d’un grand nombre d’études surtout depuis que l’introduction des turbines a permis de réaliser des vitesses de rotation inconnues auparavant, lorsque la propulsion était assurée par des machines à piston. Mais il ne semble pas que l’action des hélices elles-mêmes en temps que corps en rotation rapide ait été examinée à fond en ce qui regarde du moins les vibra-
- tions qu’elles peuvent communiquer à la coque. Aussi tout récemment M. King Salter a-t-il entrepris une série d’expériences dont nous allons donner les principaux résultats d’â'près Y Engineering.
- Remarquons tout d’abord que les conditions nécessaires pour qu’un corps en rotation, un rotor de dynamo par exemple, ou de turbine, ne donne nas de vibrations sont de deux natures différentes
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- LES HELICES ET LES VIBRATIONS DES NAVIRES
- pourrait-on dire. Ii faut que la pièce soit équilibrée statiquement et dynamiquement. Expliquons-nous : l’équilibre statique, c’est-à-dire la condition que le centre de gravité de la pièce en rotation se trouve
- Fig. i. —Vue de Vinstallation-d’élude des hélices
- •situé sur l’axe de rotation est évidente et nécessaire, mais elle n’est pas suffisante. En effet un fléau de balance romaine par exemple dont on amène le centre de gravité en coïncidence avec l’axe de suspension est bien équilibré statiquement. Mais si on le fait tourner autour de son axe de suspension on conçoit immédiatement qu’il va se produire des tractions considérables sur cet axe et que l’équilibre sera rompu (‘).
- Les anciennes conditions imposées aux hélices lors de leur construction sont, depuis l’emploi de vitesse de rotation atteignant 300 tours par minute sur les torpilleurs, nettement insuffisantes ?
- CbôSe curieuse, les constructeurs et les services techniques de la marine n’ont que tout récemment, d’après M. Saller, appliqué les méthodes en usage depuis déjà de longues années pour l’équilibre statique et dynamique des turbines.
- L’appareil employé par^M. Salter pour la première fois, lors de la construction
- des navires de guerre de l’Australie et dont la figure 1 montre l’installation générale permet de repérer à l’aide d’un index sur l’hélice elle-même, préalablement recouverte de noir de fumée, les portions de métal à enlever pour supprimer les vibrations lors du fonctionnement.
- L’arbre de l’hélice repose sur des coussinets maintenus par des ressorts qui, sous la réaction des pales en rotation, se compriment plus ou moins.
- L’hélice a ainsi deux degrés de liberté et on peut facilement apprécier la perfection de son équilibrage d’après l’amplitude du mouvement du coussinet sur les ressorts. Elle est mise en mouvement par un moteur électrique de 65 chevaux.
- La figure 2 montre l’hélice d’un croiseur munie de deux contrepoids A et B dont l’introduction fut nécessaire pour contre-balancer les excès de matière à enlever aux points marqués de ronds hlancs sur chaque pale. Le défaut de la pale 3, par exemple, est équilibré par le contrepoids A, celui de la pale 2 est compensé par le poids placé en B.
- Fig.
- 1.* L’explication'mathématique est très simple : la condition pour qu’un point soit le centre de gravité est que la somme des produits mr (m masse située à la distance r de ce point) soit nulle, tandis que pour qu’un point coïncide avec le centre d’inertie il faut que la somme des produits mr% soit nulle.
- — Hélice d’un croiseur en cours d’équilibrage.
- Grâce à l’étude ainsi entreprise, la vibration des ponts supérieurs des navires due aux hélices a pu être réduite à un minimum et il semble qu’il y aurait un intérêt primordial à tenir compte des indications données par M. Salter pour la construction et la réception des propulseurs des nouveaux navires. H. Volta.
- Le Gérant : P. Masson. — lmp. Lahcre, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N# 2296.
- 29 SEPTEMBRE 1917
- LE GYROSCOPE ET SES APPLICATIONS
- Le gyroscope fut imaginé par Foucault vers 1850, pour mettre en évidence le mouvement propre de rotation de la terre. Au point de vue mécanique, son étude se ramène à celle d’un corps tournant autour d’un axe, et il permet de suivre pas à pas et de vérifier toutes les propriétés extrêmement curieuses que révèlent les équations mathématiques. Mais le gyroscope n’est pas simplement un appareil de laboratoire ou un jouet bon tout au plus à distraire pendant quelques jours la curiosité des enfants, c'est, grâce remarquables propriétés, un instrument mécanique des plus précieux et dont les applications sont de jour en jour plus nombreuses.
- Avant de les passer en revue, nous allons décrire les expériences qui mettent en évidence ses principales propriétés.
- Les phénomènes gyro-scopiques sont présentés par tous les corps tournants, mais sont surtout apparents dans ceux ayant un grand « moment d’inertie angulaire », comme c’est le cas pour une roue très lourde
- l’axe qu’on appelle la « précession », est dû comme nous le verrons, à l’action de la pesanteur.
- Une expérience très simple à réaliser avec les petits gyroscopes-jouets du commerce permet de mettre en évidence d’une façon très frappante le changement de sens de la précession suivant la position du centre de gravité. A cet effet, soudons au gyroscope courant, que l’on appelle parfois gyroscope de Whealstone, une tige sur laquelle est fixé un contrepoids formé par un cornet dont la capacité est telle que, plein de sable, il amène le centre de gravité du même côté que lui de l’axe de suspension O et que le centre de gravité passe
- de l’autre côté quand le cornet est vide (fig. 3).
- On le remplit, on lance le gyroscope, on abandonne le système à lui-même tout en laissant le sable s’écouler. La précession qui était dans un sens diminue, s’annule, change de sens et croit au fur et à mesure que le cornet se vide. La précession est une des propriétés fondamentales du gyroscope, l’autre, ainsi que nous le
- Fig. i et
- à ses
- Fig. 3.
- tournant à grande vitesse autour de son moyeu.... Considérons donc un tore très pesant monté sur un pivot comme celui de la figure 1 par exemple. Si on le fait tourner rapidement sur lui-même, on constate que son axe décrit approximativement un cercle ou, plus exactement, semble rouler sur un cône, le sens dans lequel est décrit ce cône étant soit celui de rotation de la masse gyroscopique, soit le sens inverse, suivant la position du pivot par rapport au centre de gravité de la masse en révolution (fig. 1 et 2). Ce mouvement de
- 45° Année. — 2e Semestre
- verrons, étant sa fixité dans l’espace, aussi allons-nous décrire quelques expériences faciles à reproduire qui permettent d’en comprendre la nature.
- Lorsque le plan contenant la force extérieure que l’on fait agir sur le gyroscope coïncide avec le plan de rotation de la roue (fig. 4 b) et que l’axe de rotation est vertical, le gyroscope obéit à l’impulsion et sa rotation autour de l’axe vertical de son support n’est accompagnée d’aucun changement dans le phénomène, il n’y a pas de précession.
- Si, au contraire, l’axe du gyroscope est disposé
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- LE GYROSCOPE ET SES APPLICATIONS
- horizontalement (fig. 4 c), on éprouve une résis- horizontal la précession devient continue, et le tance notable à le déplacer comme précédemment gyroscope tourne dans le sens indiqué sur la
- Fig. 5.
- et au lieu que le mouvement se produise dans la direction de la force appliquée, le gyroscope tourne (fig. 4 d, e, f) jusqu’à ce que le plan de rotation coïncide avec le plan de [la force. A ce moment on est revenu dans les conditions précédentes et la rotation autour de l’axe vertical se fait sans résistance. On vérifie ainsi que lorsqu’un gyroscope est soumis à une force ne coïncidant pas avec le. plan de rotation, il oppose une résistance notable au mouvement et tourne autour d’un axe à angle droit avec la direction de la force, le mouvement ayant pour effet d’amener par le chemin le plus court, le plan et la direction de rotation de l’appareil en .coïncidence avec le plan et la direction de la force.
- Quand la force perturbatrice à laquelle est soumis le gyroscope agit constamment sur lui, par
- figure, la précession cessant aussitôt que le poids est retiré. Naturellement si on change le sens de rotation de l’appareil ou si on place le poids à l’autre extrémité de l’axe, la précession a lieu en sens inverse.
- La seconde propriété du gyroscope est la fixité dans l’espace de son axe de rotation, ce que l’on peut appeler l’inertie gyroscopique et qui est une application de la première loi de Newton : « Un corps en mou-
- vement suivant une ligne droite con-
- tinue indéfiniment son mouvement; sauf si une force perturbatrice agit sur lui » ou encore : « un corps matériel ne modifie pas de lui-même son état de repos ou de Fig. 6. mouvement ».
- , L’expérience est facile à réaliser (fig. (5) à l’aide d’un gyroscope analogue à celui qui nous a servi précédemment et qui est libre
- exemple si on suspend un poids comme il est 1 grâce à une suspension à la cardan. En déplaçant représenté figure 5, le gyroscope ayant son axe I le pied dans des directions quelconques on con-
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- LE GYROSCOPE ET SES APPLICATIONS
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- state que le rotor du gyroscope reste invariable dans l’espace.
- Mais une autre expérience montre d’une façon plus frappante encore cette propriété, en même temps qu’elle met en évidence la rotation de la
- on le voit, en sens inverse des aiguilles d’une montre.
- Aux pôles, comme il est facile de l’imaginer, la rotation aurait lieu autour d’un axe vertical, dans le
- O
- Fig. 8.
- Terre. Supposons qu’à l’équateur on dispose un gyroscope comme l’indique la figure 70, c’est-à-dire son axe horizontal dirigé dans la direction est-ouest: on constate qu’au bout de 3 heures, Taxe est incliné de 45° (fig. 73) sur l’horizontale, qu’au bout de 6 heures il aura tourné de 90° (fig. 7e) et que son mouvement continuera comme l’indiquent
- Cerc/e de
- Fig. g.
- les figures suivantes; les indicés 9, 12, 18, 24 étant relatifs aux temps écoulés depuis le commencement de l'expérience.
- L’axe du gyroscope n’a cependant pas tourné; mais c’est la Terre qui, elle, s’est déplacée, et la figure 8 permet de se rendre compte du phénomène, la rotation apparente de Taxe étant, comme
- Fig. io.
- sens inverse des aiguilles d’une montre au pôle nord, dans le sens des aiguilles d’une montre au pôle sud.
- » A une latitude intermédiaire entre le pôle et
- Fig. ii.
- l’équateur, un rotor de gyroscope dont Taxe serait horizontal et dans le plan du méridien ne sera ni parallèle ni perpendiculaire à Taxe de rotation de la Terre, et formera avec lui un angle de 50°, par exemple, si on se trouve à la latitude 30 (fig. 9).
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- LE GYROSCOPE ET SES APPLICATIONS
- L’inertie gyroscopique déterminera alors la rotation apparente en 24 heures, autour d’une ligne A B parallèle à l’axe de la Terre.
- Mais d’autres expériences curieuses peuvent être faites avec le gyroscope, nous en indiquerons quelques-unes, d’après le Traité de mécanique de Bouasse, sans entrer dans leur interprétation mathématique.
- Suspendons par un fil un gyroscope muni d’une tige métallique prolongeant son axe (fig. 10) et sous lequel est attaché un cornet rempli de sable. En donnant une légère impulsion à ce pendule, lorsque le gyroscope est lancé, on le voit se déplacer en décrivant une courbe analogue à celle de la figure.
- De plus, on remarquera, — et cette propriété, comme nous le verrons est utilisée dans les stabili-
- Fig. 12. — Aspect frontal du car conducteur Brennan.
- sateurs de bateau — que la durée d’oscillation du pendule composé ainsi réalisé n’est pas la même, le gyroscope n’étant arrêté que lorsqu’il est en rotation. Dans ce cas elle est notablement plus grande. En suspendant, au contraire, le gyroscope par un fil de caoutchouc tordu fixé en un point du plan de rotation (fig. il), nous obtiendrons un pendule conique ; le système se déplacera comme l’indique la figure en même temps que le caoutchouc se distendra, puis se tordra en sens inverse et ce sera alternativement l’un ou l’autre bout de l’axe de rotation propre qui se relèvera.
- Les effets gyroscopiques se produisent dans un grand nombre de cas et il nous suffira, avant de passer en revue les applications dans lesquelles on les utilise sciemment, d’en citer quelques-unes : la Terre d’ahord est un énorme gyroscope tournant autour d’un axe qui, par suite des actions des astres auxquelles il est soumis, présente un mouvement de précession tout comme le gyroscope d’expérience
- sur lequel nous agissions tout à l’heure. L’axe de la Terre, se comporte de la même manière que celui du gyroscope de la figure 1 et décrit autour de la normale menée par son centre au plan de l’écliptique (plan dans lequel elle accomplit son parcours annuel autour du Soleil), un petit cône, la durée de rotation étant de 26 000 ans environ : c'est le phénomène de la précession des équinoxes.
- Plus près de nous, les roues d’un train qui décrit une courbe jouent le rôle d’un gyroscope à axe horizontal auquel on impose une précession autour d’un axe vertical. Il en résulte un accroissement de pression sur le rail extérieur et une diminution de pression sur le rail intérieur, s’ajoutant à la force centrifuge pour tendre à faire culbuter le train.
- Une turbine de Laval dans laquelle le rotor qui porte les autres tourne à une très grande vitesse (jusqu’à 20000 tours par minute) constitue un gyroscope et on ne peut assurer le fonctionnement de ces appareils qu’en les munissant d’un axe flexible, non seulement à cause uniquement de la force centrifuge, comme on le croit généralement, mais surtout à cause du mouvement de précession que le disque tend à prendre.
- Dans les avions, et surtout dans ceux où le moteur est rotatif, l’ensemble hélice moteur constitue un gyroscope, de même dans les bateaux à turbine, la machine et les arbres de couche. Il en résulte certaines propriétés de l’ensemble dont les constructeurs doivent tenir compte pour l’établissement des surfaces des gouvernails de direction. A côté de ces réalisations « involontaires » de gyroscopes, il est
- » de gyroscopes, il est un grand nombre de cas dans lesquels on a délibérément employé les remarquables propriétés de ces appareils dans des buts spéciaux et ce sont ces utilisations qu’il nous reste à passer rapidement en revue.
- Parmi l’une des applications d’avant-guerre qui firent le plus de bruit dans le monde industriel, il faut citer le monorail Brennan. C’était, ainsique l’on peut s’en rendre compte d’après la figure 12, un véhicule qui, bien que son centre de gravité fût à une assez grande distance du rail unique sur lequel il roulait, conservait sa stabilité, grâce à un système gyroscopique.
- Ce système était formé de deux volants tournant en sens opposé sous l’action de moteurs électriques, enfermés dans des boites dans lesquelles l’atmosphère était raréfiée de façon à réduire les frottements au minimum. Une fois lancés, si on coupait le courant, leur rotat'on continuait pendant plusieurs heures. Le poids de l’ensemble de l’instal-
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- salion sûre. Il a donc fallu leur adjoindre un dispositif conservant immuable dans l’espace la direction qui lui est donnée au départ et agissant sur les torpilles de façon à corriger leurs écarts accidentels.
- Le gyroscope était tout indiqué puisque, ainsi que nous l’avons vu, il possède la précieuse propriété de réagir énergiquement contre toute action perturbatrice tendant à modifier la direction de son axe de rotation.
- Remarquons d’ailleurs que dans les stabilisateurs de torpille, l’axe du tore étant par exemple horizontal au moment du départ restera mathématiquement pointé sur une étoile fictive à l’horizon et par suite présentera une précession par rapport à la direction de lancement ; mais comme
- Fig. i3. — Le gyroscope stabilisateur de la torpille.
- lation d’équilibrage ne dépassait pas le vingtième du poids total de la voiture.
- D’après l’inventeur ce système de voiture présente de nombreux avantages : stabilité par suite de la suppression des oscillations latérales, possibilité de franchir des courbes très accentuées à toute vitesse, confort, économie de construction de la voie et économie de combustible.
- L’inventeur fut d’ailleurs subventionné par le Ministère de la Guerre anglais, en 1907, son monorail semblant offrir, pour le temps de guerre des caractéristiques des plus précieuses, la voie pouvant être installée à raison de 50 kilomètres par jour sur des terrains très accidentés. Mais la pratique a-t-elle vérifié ces conclusions? En tout cas, il ne semble pas que dans la guerre actuelle ce genre de chemin de fer ait été utilisé.
- . Il n’en est pas de même des appareils suivants que nous allons étudier avec plus de détails : nous voulons parler des stabilisateurs des torpilles, des dispositifs anti-roulis et surtout des compas gyro-scopiques et des stabilisateurs d'avion dont la perfection et l’efficacité ne sont plus à démontrer.
- Nous devons nos renseignements à l’amabilité de la Sperry Gyroscope C° qui s’est spécialisée dans les applications du gyroscope et dont les appareils sont uniquement employés par les alliés. >
- Le problème de la direction des torpilles s’est dès le début heurté à de grandes difficultés. La vitesse de l’engin n’étant pas suffisante pour lui assurer une trajectoire rigide et les actions perturbatrices dues aux mouvements de la mer étant très énergiques, la torpille sous leur influence déviait presque aussitôt sortie de l’appareil de lancement et sa direction était absolument quelconque ; la difficulté était du' même ordre que celle que l’on rencontre dans le lancement des fusées automotrices qui dans leur déplacement dans l’air sont le jouet des remous de l’atmosphère.
- Mais si dans ce dernier cas l’importance de l’engin ne permet pas d’envisager l’adapta lion d’un mécanisme de stabilisation de la trajectoire, il n’en est pas de même pour les torpilles dont le prix élevé (de l’ordre de 30000 francs), la puissance d’action et le faible approvisionnement à bord des navires de guerre imposent, pour qu’elles aient une valeur militaire quelconque, une utili-
- le trajet est très rapide et que la précession n’a pas le temps d’acquérir une valeur notable, on peut admettre en pratique que l’axe de l’appareil conserve une direction invariable par rapport à l’horizon.
- L’appareil dont la figure 15 donne une vue d’ensemble est soit lancé à l’aide d’un ressort, soit actionné par l’air comprimé emprunté au réservoir du moteur de propulsion. Quand la torpille varie de direction, l’axe du gyroscope se déplace par rapport è elle et actionne le tiroir d’un cylindre à air comprimé dont le piston commande un gouvernail vertical de direction qui ramène la torpille à sa direction correcte.
- Une application assez peu connue du gyroscope est son emploi pour la réalisation d’un plan de référence pour les observations du « point » en mer.
- A la mer, le seul repère qui offre un caractère
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- de fixité sur lequel on puisse se baser pour déterminer la position où l’on se trouve est la ligne de démarcation entre le ciel et l’eau ; mais il arrive souvent que cette ligne est mal définie, par exemple si un banc de brume la cache, tandis que le soleil reste visible ; dans ce cas, il est impossible de déterminer la position du bateau avec le sextant. La nuit il ne faut pour ainsi dire jamais compter pouvoir se servir de l’horizon de la mer.
- La production d’un horizon artificiel qui était déjà d’une grande nécessité pour les navires à voiles est devenue d’un intérêt de tout premier ordre avec la navigation à vapeur et la vitesse actuelle des navires qui rend indispensable l’obtention de points de jour et surtout de nuit.
- Mais créer à bord d’un bateau sans cesse en mouvement sur la mer un horizon artificiel bien défini par rapport à la verticale vraie n’est pas un problème simple.
- Pendant longtemps on a eu recours à des niveaux, à des flotteurs, à des appareils suspendus, mais la meilleure solution a été fournie par le gyroscope collimateur de l’amiral Fleu-riais.
- En effet, on conçoit très facilement que puisque le gyroscope se place de façon que son axe soit dans le plan du méridien du lieu et parallèle à l’axe de rotation de la Terre, il permet de réaliser un « zénith instrumental » par rapport auquel on pourra repérer les astres.
- L’appareil dont la figure 14 montre une coupe est constitué par un tore en rotation dans une boite hermétique où l’on fait le vide de façon à diminuer les frottements et permettre une marge plus longue pour faire les observations, après avoir lancé le tore par l’air comprimé.
- Le tore ou gyroscope se compose d’un corps de révolution pouvant tourner et osciller avec la plus grande facilité autour d’un pivot situé
- au-dessus et voisin du centre de gravité ; la rotation se fait sur une pointe qui repose dans une crapaudine C.
- Le corps de révolution ou gyroscope a la forme d’un segment sphérique S ayant pour centre l’ex-
- Fig. 14. — Coupe schématique de l'appareil Fleuriais.
- Fig. i5. — Ce que l'on voit dans l'appareil Fleuriais.
- trémité du pivot de suspension ; il est évidé de manière à concentrer toute la masse utile vers la circonférence et à une faible hauteur au-dessus et au-dessous du plan diamétral principal pour augmenter le moment d’inertie et diminuer le poids.
- Une gorge annulaire g pratiquée dans l’équateur du segment, forme une suite d’augets dans lesquels l’air en venant frapper donne le mouvement. À la partie supérieure du gyroscope se trouve un collimateur spécial se composant d’un objectif dont le foyer est exactement au milieu d’ün faisceau de traits clairs et transparents tracés sur une plaque de verre M dont le fond est noir : l’objectif et la plaque de verre portant les traits sont fixés au gyroscope de façon qu’ils ne puissent pas se déplacer; les traits tracés sont perpendiculaires à l’axe de rotation du système. Lorsque le gyroscope tourne, par suite de la persistance des images rétiniennes, les images" des traits qui viennent \se former périodiquement dans l’œil donnent l’illusion d’être continues et forment alors une image M L par rapport à laquelle on repère l’image d’un astre au moyen du sextant.
- Le réseau tracé sur la glace est représenté (fig. 1 5) tel qu’il apparaît à l’observateur dans la lunette du sextant, il a l’avantage de permettre les lectures sans déplacer l’alidade. Le milieu du faisceau indique l'horizon à une constante près. Chaque intervalle des traits vaut 10 minutes comptées en plus ou en moins suivant que l’astre, soleil ou étoile apparaît en dessus ou en dessous du milieu.
- Exemple : dans la figure 15, la lunette d’observation étant astronomique et retournant les images, le bord inférieur du soleil se trouve à — 65 minutes qu’il conviendra de retrancher de la lecture faite sur l’alidade de l’octant. Sur les navires modernes, par suite de l’emploi du fer, le champ magnétique terrestre est considérablement altéré. Les boussoles ordinaires, les « compas » de route, nécessitant des corrections multiples, la direction qu’ils indiquent est absolument diffé-
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- rente de la direction nord-sud du méridien magnétique à cause de l’attraction des masses de fer qui les environnent, coque, machines, chaudières, etc.
- Sur les navires de guerre, véritables blocs métalliques, sous les cuirasses des postes de commandement les données du compas magnétique sont incertaines et même variables suivant la position à bord des énormes masses des tourelles et des canons, le régime du circuit électrique et l’aimantation accidentelle de la coque.
- Pour les sous-marins, où tout compas est forcément à l’intérieur de la coque, les indications sont absolument illusoires.
- C’est pourquoi les compas gyroscopiques dont l’orientation, due à des actions mécaniques, est indépendante des champs accidentels et variables dans lesquels ils se trouvent placés, tendent de plus en plus à être uniquement utilisés, non seulement sur les navires de guerre et les sous-marins, mais encore sur tous les grands transatlantiques.
- Le principe de ces instruments est simple : il repose sur la propriété fondamentale du gyroscope que nous avons signalée précédemment de tendre à se placer de façon que son axe soit rigoureusement parallèle à l’axe de rotation de la terre, mais la réalisation est beaucoup plus compliquée.
- En effet, pour la commodité de la construction et de l’observation, il y a intérêt d’u,ne part à ce que l’axe du gyroscope soit horizontal; d’autre
- part, à ce que les oscillations que le tore en rotation va prendre autour de sa position d’équilibre soient amorties ; enfin à ce que les perturbations dues au navire soient éliminées. Il faut donc d’abord par l'addition d’un poids, forcer le gyroscope à avoir son axe horizontal, comme nous l’avons fait dans une des expériences indiquées au début de l’article et amortirJ les oscillations en créant un -couple antagoniste de celui qui donne à’ l’appareil son mouvement de précession.
- 'C’est: encore le contrepoids qui agit.
- Pour comprendre son mode d’action, il faut se représenter le mouvement qu’il a à supprimer.
- Ce mouvement est double : d’une part, il y a pré-cession- de l’est à l’ouest et, d’autre part, pendant ce mouvement, l’angle formé par l’axe avec l’horizon
- varie, de sorte que l’extrémité de l’axe décrit une ellipse dans Pespace (fig. 46). Les deux composantes de mou-vement ) sont d’ailleurs en quadratures, c’est-à-dire que lorsque l’une est maxima, l’autre est nulle.
- C’est grâce à cela que le con-trepoids peut amortir les oscillations car, par suite de l'inclinaison variable de l’axe du gyroscope avec l’horizon, la valeur de l’effort qu’il exerce est, elle aussi, variable et change la valeur du couple d’amortissement : il la renforce, ou la diminue suivant que l’axe va vers le méridien ou s*en éloigne, de sorte que l’ellipse décrite par l’extrémité de l’axe se transforme en une spirale qui bientôt se réduit à un’point, (fig. 17).
- Rose________
- Ligne de foi_______
- Engrenage d'asservissement
- Cadran correcteur_________
- de Vitesse ^
- Enveloppe intIe —Correcteur de fat.
- compensateur_____J
- Gyroscope balistique______
- Glissières_____________
- Pi rôt excent, stabilisé _ _
- Fig. 18. — Coupe du compas gyroscopique.-Vue dans la direction nord-sud.
- Rose_________
- Ligne de foi______
- Echelle graduée__________
- , de correction
- rlecan/ôme des correcteurs-Cadran des Correcteurs___
- Bagues collectrices ^Engrenage d'asservissement
- Xsrc/e ex té rie ur a£s en/i(fantôme) __Cercle du cosinus
- - -. Trans formateur
- Balistique flottant
- Glissières______ _
- Masse pendulaire____
- Cercle vertical_____
- Cercle extérieur____
- asservi (fantômej
- Fig. iç. — Coupe du compas gyroscopique. Vue dans la direction est-ouest.
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- Lorsque le bateau marche, les girations et la vitesse interviens nt pour modifier la direction d’équilibre du gyroscope, aussi l’appareil est-il
- Quelque compliquée que puisse paraître cette installation, même en faisant abstraction de tous les dispositifs accessoires d’alarme en cas de mauvais fonctionnement, d’un petit gyroscope dont nous n’avons pas parlé, etc., elle n’en est pas moins d’un fonctionnement éprouvé et très sûr.
- Les navires de guerre, les sous-marins, les grands transatlantiques ont adopté le compas gyroscopique et cela est, pour qui connaît la marine, une véritable révolution.
- Nous venons de voir quelques applications du gyroscope, mais il en est une autre classe excessivement intéressante : nous voulons parler de son emploi comme stabilisateur. .
- Dans un prochain article, nous étudierons les applications aux navires et nous parlerons en détail de la stabilisation automatique des avions par gyroscope, une question aussi vieille que l’aviation elle-même, mais pour la solution de laquelle,
- Fig. 20.
- Vue dans la direction sud-ouest de l’élément gyroscopique du compas.
- muni d’un correcteur automatique qui agit sur la ligne .de foi et qui est commandé par un cadran des vitesses et un cadran des latitudes.
- Les figures 18 à 21 montrent l’appareil lui-même et les organes dont nous venons de donner succinctement la raison d’être.
- Le gyroscope proprement dit constitue le rotor d’un petit moteur électrique triphasé à champ tournant à 90 volts obtenus grâce à un petit transformateur.
- La vitesse de rotation est de 8600 tours à la minute. Il fonctionne dans une boîte étanche en aluminium dans laquelle on fait le vide, de façon à diminuer les frottements. La rose n’est pas entraînée directement par le gyroscope, mais elle est actionnée par un petit moteur auxiliaire, de façon que le tore ait la plus grande liberté possible pour s’orienter sous l’influence de la terre et que l’on puisse lui faire sans inconvénient commander des « répétiteurs » ou « compas secondaires » disposés dans les diverses parties du navire.
- Les communications électriques entre ces deux moteurs ont lieu à l’aide de deux petites prises à trolley que l’on aperçoit sur la figure de couverture en face des divisions à 90 et 270°.
- Fig. 21. —*• Le compas gyroscopique sorti de son support et vu dans la direction nord-est.
- depuis lâ guerre, des résultats extrêmement intéressants ont été acquis.
- H. VoLTA.
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- Dès l’instant qu’il est reconnu qu’un séjour prolongé des poussières et déchets de la vie animale sur les chaussées ne peut qu’accroître leur action fâcheuse, aussi bien à l'égard de l’atmosphère que du revêtement même des chaussées, il y a lieu de procéder aussi souvent que possible au nettoiement de la voie publique. Jusqu’ici ce nettoiement s’opère au moyen du balayage ou époudrement, de l’ébouage, de l’arrosage et du lavage.
- Certes, le balayage et l’ébouage convenablement exécutés, diminuent grandement les inconvénients de la poussière, mais ils sont malgré tout insuffisants dans les grandes agglomérations et sur les voies très fréquentées ou de luxe. Aussi, durant les jours d’été, l’arrosage devient-il nécessaire pour agglomérer les particules de poussières et déchets ayant échappé au balayage ; toutefois l’efficacité de cet arrosage est forcément de courte durée, parce qu’il y a en jeu bon nombre d’influences — exposition, nature et état du revêtement de la voie, température, etc. — Si l’on veut obtenir un nettoiement soigné, le procédé le plus rapide pour débarrasser complètement la chaussée des matières susceptibles de produire de
- quelconque de la journée, même avec une circulation active, sans provoquer les plaintes des passants ou des riverains, et aussi le balayage des boues épaisses sans l’opération d’un arrosage effectué séparément, la quantité d’eau versée sur le sol pouvant être à volonté, faible ou abondante.
- L’enlèvement des boues, poussières et ordures provenant du nettoiement des chaussées des voies publiques, est jusqu’ici opéré dans la plupart de nos villes, d’une façon plutôt déplorable. Ces matières, après avoir été amassées, restent déposées sur la chaussée en attendant leur enlèvement et leur transport aux décharges publiques, Sans parler de l’aspect désagréable qu’elles offrent aux prome-
- Fig. i. — Balayeuse autàmobile à pulvérisation de la Ville de Paris.
- la poussière ou de la boue, c’est le lavage à grande eau; malheureusement, les dépenses importantes qu’il entraîne, aussi bien en main-d’œuvre qu’en eau, en restreignent forcément l’application.
- L’outillage permettant d’exécuter les opérations susindiquées a, durant ces dernières années, donné lieu a de sérieuses recherches en vue d’obtenir, soit un meilleur réglage des quantités d’eau répandues sur le sol, soit un meilleur ressuyage des chaussées lisses après lavage. Le balayage à bras a été remplacé par des balayeuses à traction animale (fig. 1), à l’arrosage à la lance a été substitué l’arrosage au tonneau ; enfin on a été amené à appliquer la traction mécanique au matériel de nettoiement avec toutes les conséquences qui pouvaient en résulter, notamment la possibilité de réunir dans un même engin les appareils d’arrosage et de nettoyage. De là, l’utilisation des balayeuses à pulvérisation (fig. 2) dont l’avantage, il faut le reconnaître, est de permettre le balayage à un moment
- neurs, elles sont très souvent à nouveau dispersées aux alentours par le vent et les effets de la circulation. Parfois aussi leur nuisance est reportée sur un autre service, tel à Paris où l’on projette dans les égouts, les produits du balayage des chaussées entraînés par un lavage à grande eau. Ce procédé est évidemment très commode pour la propreté de la voie publique, mais il a l’inconvénient d’obliger à retirer des égouts les matières minérales et autres, ainsi projetées, parce qu’autrement la Seine serait encombrée, les champs d’épandage seraient rapidement colmatés et les lits bactériens ne tarderaient pas à être obstrués. L’extraction de ces matières soit des égouts, soit des chambres épura-trices est, du moins à l’heure actuelle, d’un prix bien plus élevé que celui de l’enlèvement direct sur la chaussée même.
- Il est donc à souhaiter que la question du nettoiement et de l’enlèvement simultanés mécaniques des boues et poussières des voies publiques entre
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- le plus tôt possible dans le domaine de la réalisation pratique. Le dispositif du nettoyage par le vide semble indiqué et nous pensons fermement qu’il est la solution de cette question qui intéresse et préoccupé au plus point les villes et leurs services voyers. Déjà même, quelques appareils sont basés sur ce système et utilisés par quelques rares villes d’Europe et d’Amérique. A Indianapolis (États-Unis), dès 1893, on expérimentait une sorte de balayeuse-automobile pneumatique (M. C. A. Tripp, constructeur) à moteur à gazoléine d’une force de 60 HP pouvant enlever, à l’heure, les ordures de chaussées de rues d’une surface de près de 14000 mètres carrés. Dans cét appareil (fig. 3j, la hotte de balayage est appliquée sur le revêtement de la rue ; elle est précédée d’une rangée de grattoirs afin de détacher n’importe quelle saleté fixée audit revêtement. La boue est enlevée et déposée dans une boîte établie à cet effet.
- Une petite chaudière fournit de la vapeur pour humecter la boue, la séparer de l’air et la transformer dans la boite en un gâteau sans poussière, ce qui est fort avantageux lors du déchargement. La partie intérieure de la hotte est sous la succion totale d’un ventilateur; l’air en se précipitant à grande vitesse à travers une petite ouverture et dans un sens exactement parallèle à la rue, ramasse la boue et tous déchets qui sont alors enlevés à travers l’ouverture au centre de la partie intérieure de la hotte.
- Du ventilateur, l’air et la boue entrent dans un séparateur centrifuge placé directement au-dessus de la boite à immondices. La vitesse maximum de translation du véhicule est de 5 1/2 milles à l’heure, et le poids total à vide est de 3000 kg.
- Un autre genre d’appareil est dû à un ingénieur italien. Construit par la maison J. et P. Ilill, de Shef'field et employé par le service de la voirie
- municipale de Milan, il a été l’objet en 1912 d’essais très précis à South-Port en Angleterre. Cet engin appelé balayeuse-aspiratrice automobile ressemble à une petite automobile de livraison ; il se compose : 1° d’un châssis avec moteur complet de 20-30 HV à 4 cylindres accouplés par paires ; 2° d’un rouleau-brosse avec corps monté sur le châssis; 3° d’un grand caisson situé en arrière du rouleau-brosse et qui contient les ordures, boues et poussières collectées sur la chaussée.
- Le- rouleau-brosse a 1 m. 25 de diamètre et est constitué par 20 petites brosses de piassava fixées dans le sens de la génératrice du cylindre qui a 1 m. 50 de longueur; il est placé dans un corps en tôle et tourne en sens opposé à la marche de la voilure, à une vitesse de 120 révolutions à la minute. Chaque 80 révolutions, il soulève les immondices et les jette dans le caisson par une ouverture pratiquée spécialement. Le caisson contient deux, trois ou plus de récipients métalliques indépendants, pouvant au besoin se vider très facilement et rapidement dans une voiture construite dans ce but et qui peut dès lors être traînée par la balayeuse-aspiratrice. La vitesse rotative du rouleau-brosse est, à la circonférence, de 503' m. à la minute; on remarque donc que la force centrifuge est suffisante non seulement pour lancer les immondices dans le caisson et les y comprimer, mais aussi pour produire le tirage voulu pour ramasser par aspiration la poussière et la boue.
- De sa place, le chauffeur peut à volonté soulever le rouleau-brosse ou l’abaisser, comme aussi le faire mouvoir en avant ou en arrière selon les nécessités du nettoiement de la chaussée. La passe de balayage est la longueur même du rouleau-brosse et si l’on complète celui-ci par des brosses-pilotes, on peut parfaitement balayer les caniveaux des trottoirs. La marche tant du rouleau que du véhicule s’effectue par transmission à chaîne afin de rendre plus souples les mouvements. Au-dessous du corps contenant le rouleau-brosse et près du sol, se trouve une paroi flexible d’acier et de cuir qui permet au rouleau-brosse de glisser sur toutes les inégalités que la surface de la chaussée peut présenter ; elle se soulève au moyen d’un levier lorsque le chauffeur veut faire machine en arrière.
- Le caisson a une capacité de lm3,350, ce qui correspond, à peuprès, àdeuxtonnes
- Fig. 2. — Balayeuse aspiratrice automobile dé la ville d’Indianopolis.
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- Fig. 3. — Balayeuse aspiratrice automobile de South-Pat (Angleterre) opérant sur une place pavée.
- d’immondices; sa partie supérieure se rabat formant ainsi plate-forme pour la manœuvre des récipients lesquels sont munis de trois petites roues, ce qui les rend fort maniables, meme pleins.
- Le Véhicule a deux vitesses,
- 6 km. 500 à l’heure et l’autre presque double ; son poids total à vide est de 5276 km.
- Les roues sont en bois avec bandages pleins, ce qui rend la marche silencieuse. Il y a trois changements de vitesse en avant et un en arrière ; quant à celle du rouleau-hrosse, elle reste constante quelque rapide que soit celle du véhicule, comme aussi elle peut tourner, celui-ci étant en stationnement.
- Elle aspire : sable, cassures de granit, paille, morceaux de bois et autres déchets pesant jusqu’à une livre, et cela bien que la chaussée soit mouillée.
- Ce type de balayeuse-aspiratrice automobile procurerait une économie de 50 pour 100 sur les balayeuses à traction animale, sa vitesse de balayage étant bien plus grande ; les dépenses
- d’entretien ne seraient pas élevées, elle peut travailler aussi bien le jour que la nuit sans aucun inconvénient pour le public et sans gêner la circulation des autres voitures; enfin elle n’aurait aucun effet nuisible sur le revêtement des chaussées.
- L’application de ces sortes d’appareils opérant par le vide est appelée, comme on le voit, à révolutionner® les procédés de nettoiement des voies publiques pour le plus grand bien de l’hygiène publique, des finances municipales et des chaussées elles-mêmes. M. Bousquet.
- Ingénieur voycr.
- L’ÉNERGIE HYDRO-ÉLECTRIQUE AU MAROC
- L’utilisation des forces hydrauliques joue maintenant un rôle des plus importants dans tous les pays. Mais c’est une bien plus actuelle question pour tous ceux qui ne disposent pas de combustible exploitable dans leur sol même, et^c’est précisément le cas du Maroc : on n’y a pas encore découvert de gisement de charbon ni de pétrole digne de ce nom. Aussi ce pays à vie intense et rapidement développé souffre-t-il beaucoup de celle situation.
- Le pétrole employé en abondance comme agent de force motrice et pour l’éclairage, est importé des Etats-Unis. La houille est amenée à grands frais. Ainsi ces deux combustibles brûlés dans les chemins de fer en rendent l’exploitation coûteuse -et ont conduit à appliquer des prix de transport élevés : 50 ou 40 centimes par kilomètre pour les voyageurs de première classe et un peu moins de 1 franc par tonne et par kilomètre pour les mar-
- chandises. Ces tarifs entravent l’exploitation d’un grand nombre de produits et nuisent beaucoup au., commerce d’importation. Quant aux usines qui s’installent déjà, minoteries, pâtes alimentaires, huileries, usines de crin végétal, etc., fonctionnant avec un combustible coûteux elles ne peuvent se développer comme il convient ni devenir bien nom-*breuses(. L’agriculture pour s’industrialiser et prospérer réclame aussi une énergie mécanique.
- Il serait donc de la plus haute importance d’avoir, dans le Maroc, un réseau.sérieux de distribution d’énergie électrique, comme ceux que nous possédons en France.
- Au cours d’un voyage d’études en janvier-février derniers, nous avons pu nous rendre compte qu’il est possible de doter le Maroc d’une pareille richesse économique, et I on envisage d’ailleurs la création de plusieurs petites usines dès maintenant. Il n’est pas inutile de rappeler ce qui a été fait et projeté,
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- ce qui paraît réalisable pour utiliser les forces motrices hydrauliques- considérables dont peut disposer le Maroc.
- Voyons d’abord d’où proviennent ces forces hydrauliques. Sans vouloir entrer dans le détail et établir avec prétention d’exactitude une statistique des cours d’eau du Maroc, il est possible, en appliquant l’expérience acquise en France, de donner une appréciation sur la houille blanche marocaine.
- Les cours d’eau qui recèlent cette houille blanche sont assez nombreux, cependant ce n’est guère que dans la région de Fès que la force motrice des rivières est utilisée.
- II existe dans la capitale même des dérivations de l'oued Fès qui font tourner des moulins indigènes ; mais il y a mieux, ce sont les ateliers mécaniques du Sultan que l’on appelle la Makina, et qui ont été construits par la Mission militaire italienne. Ces ateliers sont actionnés par quatre turbines Girard à axe vertical, fonctionnant noyées avec 1 m. 20 de chute. Elles peuvent utiliser tout l’oued Fès, soit 6 m3 par seconde. L’une de ces turbines actionne depuis assez longtemps déjà une dynamo de 135 volts 60 ampères qui fournit l’électricité nécessaire pour l’éclairage du palais du Sultan et des ateliers de la Makina (4).
- A part quelques moulins indigènes à Meknès nous n’avons pas rencontré ni entendu dire qu’il existât au Maroc d’autres usines hydrauliques.
- Mais comme bien on pense il y en «a déjà à l’étude. A Fès des concessions sont accordées à une Société au capital de deux millions et demi, pour la création de deux petites usines de 800 et 150 kilowatts, Ces usines distribueront à Fès du courant alternatif à 50 périodes sous 110 volts au prix de 11 centimes l’hectowatt-heure pour l’éclairage ou 3 lr. 50 par mois par lampe de 16 bougies. La force motrice est prévue au prix de 4 ou 6 centimes l’hectowalt suivant l’importance des fournitures (1 2).
- Un des cours d’eau les plus intéressants pour la houille blanche est à coup sûr l’Oum-er-Rebia. Il draine, dans les parties centre-occidentales du Maroc, tout un versant atlantique, donc exposé aux pluies produites par l’élévation de l’air humide sur les montagnes d’altitude très notable. Nous avons vu l’Oum-er-Rebia en janvier à Mechra ben Abbou, à 115 km au sud de Casablanca, c’est-à-dire en uu point où il roule au fond d’une vallée en V à 150— 175 m. d’altitude environ plus de 50 m3 à la seconde. La pente de la vallée donne à ces eaux
- 1. Les renseignements nous ont été fournis par M. le lieutenant Pellerin, fonctionnaire des colonies, ancien élève du Jardin Colonial, qui a bien voulu nous conduire dans les curieux ateliers de la Makina qu’il est actuellement chargé de diriger.
- 2. Comte M. de Perigny. La ville de Fès, Fez, 1916.
- une vitesse comparable à celle de nos plus rapides lleuves de France (*).
- Dans une pareille situation, l’établissement d’usines puissantes ne semble par devoir donner de difficultés bien grandes, comparables même à celles que l’on rencontre maintenant couramment en France où l’on est évidemment amené à capter des chutes de moins en moins avantageuses.
- Ce sont des stations dont la puissance se mesure par des dizaines de milliers de chevaux que l’on peut installer dans ces parages.
- L’Oued bou Regreg, qui se jette dans l’Océan à Rabat a, lui aussi, un débit considérable et peut donner lieu à des applications hydrauliques sérieuses.
- Un certain nombre d’autres petits cours d’eau offrent dans des vallées encaissées des emplacements favorables pour des usines de puissance faible ou moyenne et peuvent intéresser des industriels qui recherchent une force motrice en vue d’industries spéciales. Mais il semble avant tout que pour l’avenir du Maroc on doive envisager dès maintenant des concessions de chutes de 20 à 30 000 chevaux au moins, alimentant des réseaux de distributions à haute tension, par exemple 60000 volts, en courant triphasé à 50 périodes, et imposer à chaque concessionnaire l’adoption des mêmes caractéristiques de courant, pour permettre dans l’avenir les couplages des réseaux des différentes stations centrales.
- On peut objecter à une semblable conception que de longtemps le Maroc n’aura pas besoin de pareilles quantités d’énergie. Rien n’est plus faux : il existe à Casablanca une station à vapeur de près de 2000 chevaux, déjà insuffisante pour les travaux du port et l’éclairage de la ville. 11 ne serait pas logique de contester qu’une puissance dix fois supérieure puisse être facilement absorbée par l’éclairage et la force motrice privée, le jour où l’on offrira du courant à un prix avantageux. D’autre part toute usine préparée pour recevoir cinq ou six groupes turbo-alternateurs de 5000 chevaux chacun peut être mise en route avec un ou deux groupes seulement, les autres étant installés au fur et à mesure des besoins.
- Enfin rien de sérieux ne s’oppose à l’adoption de la traction électrique sur les chemins de fer, sur lesquels la traction à vapeur oblige à un ravitaillement très coûteux en charbon et en eau dont l’épuration chimique est nécessaire, indépendamment des autres inconvénients de la traction au charbon dans les pays chauds : incendies de récoltes, etc.
- Laurent Rigotard.
- Ingénieur agronome,
- Préparateur assistant au Jardin colonial.
- 1. A Mechra ben Abbou, on est à 100 km de la mer, ce qui donne avec 150 m. d’altitude en ce point'une pente moyenne de la partie aval, d’environ 1 m. 50 par km., soit une fois et demie la pente de la vallée de l’Isère moyenne.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séances du 3o juillet au 6 août 1917.
- Nécrologie : Cyrille Grandeury. —Né à Iloudreville (Meurthe-et-Moselle), le 9 mars 1859, Grandeury, correspondant de l’Institut dans la section de Botanique, est mort le 22 juillet 1917. Il a été, avec René Zeiller, un des fondateurs de la paléobotanique. Ses études ont surtout porté sur les terrains de Saint-Etienne dont il a recueilli et étudié les plantes fossiles avec persévérance. Il s’occupait, avec une rare sincérité, de recueillir des documents exacts, quel qu’en pût être le contrecoup sur ses théories antérieures. Il avait commencé^ la publication de Recherchas géobolaniques auxquelles collaborait son fils unique, tombé au champ d’honneur.
- La propagation à grande distance de Tonde de bouche du canon. — Dans certain cas où l’on entendait le canon à grande distance, on a prétendu que le son perçu ne venait pas du.canon, mais de fonde balistique produite par des projectiles ayant une vitesse supérieure à celle du son. M. Bigourdan montre, notamment par des expériences de tir à blanc, qu’il n’en est rien. L’onde de bouche des gros canons d’aujourd’hui peut réellement atteindre 200 à 250 km. Il en résulte que les déterminations directes de la vitesse du son dans l’atmosphère libre pourraient être reprises aujourd’hui à des distances bien supérieures à celles d’autrefois en utilisant le téléphone.
- La trempe de l’acier. — M. Le Chatelier montre comment les récentes expériences de MM. Poitevin, Cheve-nard etDejean ont expérimentalement résolu le problème, depuis longtemps posé, de la trempe. On avait été arrêté autrefois pour apprécier la transformation du fer par la très grande rapidité du phénomène. M. Chevenard, en opérant sur des fils très minces et en utilisant les changements de longueur pour caractériser la transformation du fer qui coïncide avec la réapparition des proprié lés magnétiques, a résolu le problème. La trempe a pour effet de maintenir le carbone à l’état où il se trouvait au-dessus de 700°. Elle'produit une solution solide de carbone dans le fer, remarquable par son magnétisme, la martensite qui est le constituant essentiel des aciers à aimant. Il se produit en même temps, pour les vitesses moyennes de trempe, un autre constituant, la troostite qui donne des aciers d’une dureté particulièrement grande. M. Le Chatelier classe, d’après leur composition, les divers produits obtenus par un refroidissement plus ou moins rapide, sur un acier eutectoïde, c’est-à-dire à 0,8 pour 100 de carbone. Une note de M. Dejean dans la même séance est consacrée à la formation de la troostite et de la martensite. . -
- La formation des volcans lunaires.— M. Emile Belot développe une théorie volcanique des cirques lunaires. Pour que le volcanisme puisse édifier un cirque dont le diamètre atteint 150 km, la première condition est qu’il dure longtemps au.même point. Sur la lune dont la surface a une densité 2, la profondeur à laquelle la pression atteint 194 atmosphères (pression critique de l’eau) est de 5,8 km contre 0,7 km sur la terre. Cette profondeur et la faible cohésion du sol lunaire assurent aux cheminées volcaniques une plus longue durée et un plus grand diamètre que sur la terre. L’auteur analyse les détails du
- phénomène et rnotamment la formation de pitons centraux qu’il suppose remplis de tufs siliceux ou de laves dures ayant résisté à l’érosion.
- Propriétés antiseptiques de l’air nitreux. — Priestley avait cru remarquer que l’air nitreux jouit d’un pouvoir, antiseptique remarquable préservant les substances animales de la putréfaction. M. Colin, par des expériences rigoureuses, montre que ce pouvoir revient uniquement à l’acide azotique qui se forme à la faveur de l’air humide introduit avec les cadavres d’animaux.
- Microorganismes symbiotiques dans la série animale. — Depuis que les travaux de Pasteur ont prouvé le rôle des microorganismes dans les phénomènes de fermentation et de maladie, bien des essais ont. été faits pour rechercher l’intervention d’agents analogues dans les processus normaux de l’organisme. Toutes les fois que les expériences ont été conduites avec assez de prudence, ori est revenu à admèttre l’asepsie des tissus sains. Il en sera peut-être ainsi des observations communiquées par M. Paul Portier après 12 ans de recherches pour prouver l’existence de microorganismes symbiotiques. Les microorganismes dont il croit avoir reconnu la présence sont tous aérobies ; mais ils peuvent successivement et suivant le milieu de culture se présenter sous l’apparence de microcoque, de bacille ou de filament atteignant une grande longueur. Comme l’auteur le fait remarquer lui-même, une affirmation si singulière est de nature à faire suspecter la pureté des cultures.
- Le paludisme cle Macédoine. —Le paludisme que trop de nos soldats ont contracté en Macédoine est une forme particulièrement grave de l’infection paludéenne qui résiste à la thérapeutique quinique. M. Armand Delille montre que pendant l’été 1910, il a été caracté-térisé par la prédominance presque exclusive du parasite de la tierce maligne Plasmodium falciparum. Le parasite de la quarte (PL malariæ) était au contraire exceptionnel et d’importation africaine ainsi que le PI. vivax. Or, on a constaté que des malades gravement contaminés pendant l’été par le PL falciparum et traités par laquinine ne présentaient plus dans le sang, à partir de février 1917, que le PL vivax. On peut se demander s'il y a eu transformation du parasite, si le PL falciparum est simplement retenu dans les organes profonds, ou enfin s’il a été plus aisément vaincu par le traitement que les rares représentants primitifs du PL vivax. Comme thérapeutique, M. Marchoux a montré que l’examen microscopique du sang permettait de dépister les parasites trois ou quatre jours avant l’accès et d’atteindre les gamètes avant leur maturité.
- Les propriétés réfractaires de la silice. — MM. Le Chatelier et Bogitch expliquent d’une façon précise la supériorité des briques de silice sur les briques d’argile dans la construction des fours. Ces dernières coramen* cent à se ramollir entre 1500 et 1400° et s’écrasent ensuite d’une façon continue. Le quartz présente, au contraire, un véritable point de fusion sans ramollissement préalable, indépendant par conséquent de la fusion. Une bonne brique de silice offre une résistance de 12 kg
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- à 1700°, température habituelle des voûtes des fours d’aciérie : chiffre décuple de celui qui serait nécessaire et assurant par conséquent la bonne tenue. Même la magnésie, quoique moins fusible que la silice, ne donnerait pas les mêmes résultats. L’expérience montre que les bonnes briques de silice renferment 5 à 5 pour 100 d’oxydes basiques et 8 à 14 pour 100 de sulfates. La silice y donne un réseau continu, dans les pores duquel se loge la masse fondue, comme l’eau se loge dans les pores de la pierre ponce sans en diminuer la résistance mécanique. Pour que ce réseau se constitue, il faut chautFer plusieurs jours aux environs de 1450°.
- Un nouveau cas de catalyse réversible. — Les catalyseurs, par suite des combinaisons temporaires
- qu’ils contractent avec certains constituants d’un syslème chimique, facilitent la transformation de ce dernier. En accélérant la vitesse des réactions, ils rendent pratiquement réalisables certaines d’entre elles qui, sans leur secours, ne le deviendraient qu’à des températures élevées, incompatibles avec la stabilité des produits. Certains catalyseurs paraissent capables de déterminer deux sortes de travaux, inverses les uns des autres. M. Sabatier a réalisé autrefois l’hydrogénation directe des nitriles par l’intervention du nickel. On obtient ainsi une amine forménique primaire. Inversement, ce même savant, avec M. Gaudion, obtient le retour au nitrile par élimination de l’hydrogène en dirigeant des vapeurs de benzylamine sur une traînée de nickel maintenu, à 300-350°.
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- L’équipement militaire, en tant qu’industrie spéciale, ne date guère de plus d’une soixantaine d’années. Jusqu’à cette époque, en France comme à l’étranger, les ateliers régimentaires fabriquaient les effets d’habillement et les chaussures des différents corps de troupes. Mais les guerres de Crimée et d’Italie révélèrent les besoins immédiats et considérables des armées modernes entrant en campagne, quoique les effectifs d’alors ne puissent pas se comparer aux formidables masses combattantes d’aujourd’hui! Les usines françaises se montrèrent cependant, incapables de passer brusquement de la production du temps de paix à celle du pied de guerre. Puis, à la suite de la loi de 1872, qui décrétait le service obligatoire pour tous et l’appel de plusieurs millions d’hommés en cas de mobilisation générale, il fallut créer d’immenses approvisionnements en effets de toutes sortes dans les magasins de l’État ; d’où nécessité de concentrer la fabrication des équipements militaires, entre un petit nombre d’importants établissements. D’ailleurs le Ministère de la guerre procède aussi à des adjudications publiques pour l’habillement et les autres catégories de fournitures dont il a besoin, adjudications ouvertes à n’importe quel industriel honorable. Depuis le début des hostilités, l’administration militaire a dû également passer beaucoup de commandes, de gré à gré, afin d’équiper les innombrables soldats du front ou de l’arrière.
- Aux États-Unis, de puissantes manufactures pourvues d’un outillage des plus modernes ont monopolisé,' depuis longtemps, la confection militaire. Nous allons visiter l’une des plus importantes d’entre elles, sise dans le New-Jersey et d’où sortent 15000 uniformes par jour de travail. Le drap khaki y arrive en pièces d’un yard (0 m. 914) environ de largeur. Après avoir été soigneusement examiné par les experts, il passe au « raccourcissement ». Cette opération a pour but d’éviter que le vêtement ne Se rétrécisse à sa première exposition à la pluie; elle s’exécute soit en enroulant l’étoffe
- sur des cylindres, plongés ensuite dans une enceinte remplie de vapeurs surchauffées, soit tout simplement en l’immergeant dans des bacs pleins d’eau froide puis en le faisant ensuite sécher.
- Ainsi apprêtées, les pièces sont étendues sur des tables de 200 à 250 pieds (60 à 75 m.) de longueur au moyen d’un petit chariot sur rails, qu’un ouvrier pousse alternativement, d’un bout à l’autre de l’atelier jusqu’à ce qu’il ait empilé de 30 à 100 épaisseurs de drap. Les coupeurs s’en emparent alors. Pour tailler les vêtements, ils se servent d’une collection de patrons en carton léger, que des ouvriers habiles appliquent sur la première surface de chaque pile d’étoffe. Puis, au moyen d’un crayon mû électriquement, ils dessinent les contours de ces gabarits afin d’indiquer les lignes suivant lesquelles il faudra tailler les jambes de pantalons ou les manches, les pans de capotes, les parements ou les cols de vareuses, etc.
- Ensuite, on porte les draps, préparés de la sorte, sur la table d’une machine à couper, sorte de scie à ruban permettant de remplacer l’ancienne et peu rapide méthode de coupage des étoffes à la main. Grâce à ce procédé mécanique, un ouvrier tranche, en très peu de temps, un nombre de pièces pouvant aller jusqu’à 300 épaisseurs mais dans la pratique courante on ne dépasse guère la centaine.
- Les différents modèles de machines à couper les vêlements militaires aux États-Unis se composent d’un ruban d’acier sans fin dont le tranchant est soit rectiligne, soit dentelé. Dans ce dernier cas, on donne aux dents une forme spéciale, arrondie, et elles fonctionnent en sens inverse de la marche habituelle des scies à bois ou à métaux. Somme toute, elles ressemblent à de petits couteaux qui risquent moins de s’accrocher aux fils du tissu. Toutefois les lames dentées s’emploient seulement pour les draps et colons assez rigides ; pour les étoffes plus molles, la flanelle par exemple, on se sert d’un simple ruban affûté sur l’un de ses bords. La lame, supportée par plusieurs poulies, traverse
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- une table sur laquelle on met la série des pièces à couper. L’ouvrier n’a qu’à pousser cette espèce de matelas, portant sur son pli supérieur le tracé des morceaux à débiter, et à le guider avec ses mains de façon que la lame suive exactement les contours du dessin.
- Un constructeur a imaginé de remédier aux fréquentes ruptures des lames-rubans, qui se produisaient dans les machines à couper les tissus, en augmentant le diamètre des poulies de support, üe la sorte, la lame qui se courbe à chaque passage
- reliée à l’axe de l’outil, porte une fente dans laquelle s’engage la partie inférieure du couteau. On fait passer le tissu à couper entre le tranchant de ce dernier et le pied-de-biche, comme entre les deux branches d’une paire de ciseaux. Enfin un petit pignon conique calé sur l’axe du couteau engrène avec un autre pignon.fixé sur un axe vertical muni d’une poignée. Pour mettre en mouvement l’ensemble, des pièces précédentes qui forment le support et l’outil, on actionne soit à l’aide d’un moteur électrique, soit par une transmission quelconque, un arbre vertical disposé à l’intérieur d’une colonne fixe en fonte. La partie supérieure de la colonne s’articule avec un bras horizontal, relié à son tour avec une pièce semblable dont l’extrémité porte Une tige verticale dans laquelle s’emmanche le porte-outil. La poignée de celui-ci est libre sur son axe et comme elle se trouve
- Fig.
- Fig. i. — Sciage simultané de 3oo épaisseurs d’étoffe.
- sur une poulie, puis se redresse à son arrivée sur la poulie suivante, se rompt d’autant moins que le rayon de courbure augmente.
- D’autres inventeurs se sont ingéniés a diminuer le plus possible les résistances passives de ces appareils soit en améliorant leurs modes de graissage, soit en montant leurs axes sur billes.
- Constatons, du reste, que dans nos grandes manufactures d’uniformes militaires localisés avant la guerre dans trois centres principaux : Romorantin (Loir-et-Cher), Châteauroux (Indre) et Lodève (Hérault), on utilise depuis longtemps des machines à découper analogues construites par MM. Guillet et fils d’Auxerre; Couzineau, de Lille, llervet et Mégret, de Paris. Dans les fabriques d’équipement de l’armée allemande on se sert surtout de la machine Philippsohn et Leschziner qui diffère des précédentes comme fonctionnement : l’étoffe se trouve fixée'sur la table tandis que l’outil se déplace. Celui-ci se compose d’un petit couteau circulaire vertical ou disque au pourtour affûté et qui tourne d’un mouvement rapide autour de son axe. Une petite lame bombée, dite pied de biche et
- 2. — Machine à dérouler les pièces d’étoffe sur la table.
- en liaison avec le support du couteau, elle permet de le faire tourner avec le pied-de-biche et l’un des pignons autour de l’axe vertical de l’autre pignon. En outre, le porte-outil, rattaché à l’arbre du deuxième bras, peut coulisser d’une certaine quantité dans le sens de la hauteur. Grâce à ce système d’articulations, l’ouvrier manie l’outil avec facilité et comme la longueur totale des bras atteint 4 m. 50, il coupe un matelas d’étoffes de 9 m. 50 de longueur, si on dispose la colonne au milieu de la table. Pour opérer, l’homme glisse le pied-de-bichè au-dessous de la pile de drap, puis après embrayage, il fait avancer le porte-outil en suivant les contours indiqués sur le pli supérieur. Cette machine allemande offre un seul avantage ; on n’a pas besoin de tenir, au moyen de pinces, les différentes épais-
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- seurs formant le matelas : il suffit de maintenir l’ensemble avec des poids qu’on déplace au fuir et à mesure de l’avancement du travail.
- Mais revenons aux États-Unis où nous avons laissé nos morceaux d’uniformes découpés; leur assemblage s'effectue aussi mécaniquement. Voici d’abord les machines à coudre, que nous < signalerons pour mémoire afin de pouvoir nous arrêter plus longuement devant la machiné Reece à faire les boutonnières, dont nous indiquerons le fonctionnement.
- Dès la mise en place du drap, le conducteur abaisseun presseurpour maintenir l’étoffe sur la table. Cet abaissement provoque l’em-
- Fig. 4. — Machine à faire les œillets dans les pantalons.
- brayage de la machine; le couteau s’incline aussitôt, fend l’étoffe et en détache un petit morceau circulaire à l’endroit de l’œil de la boutonnière. Puis le couteau se relève et les deux parties du presseur s’écartent légèrement pour ouvrir la boutonnière. A ce moment, les organes de la couture entrent en jeu, l’étoffe restant immobile; ils cousent d’abord sur l’une des branches, ensuite tout autour de l’œil, troisièmement sur l’autre bord et
- finalement sur l’extrémité opposée à l’œil pour arrêter la boutonnière. Une seule et même came règle tous ces mouvements fort complexes. Le point de chaînette double, réalisé par la machine Reece, comprend, indépendamment des deux fils de la chaînette, un troisième fil plus gros servant de garnissage et qui se trouve fixé par la couture le long de la boutonnière. Le travail s’exécute au moyen de deux aiguilles, l’une droite au-dessus de la table, l’autre courbe en dessous et par un crochet disposé également en dessous de la machine. L’aiguille courbe porte deux chà s dans lesquels passe successivement le fi correspondant afin de former le croisement des fils du point de chaînette. De son côte, le fil «de garnissage traverse simplement un guide au niveau de la table et se trouve ainsi serré à chaque passage par les fils de deux aiguilles. Au moyen de ces organes si ingénieusement combinés, la machine Reece fait des boutonnières aussi solides qu’à la main mais bien plus régulières et elle abat autant d’ouvrage à elle seule qu’une vingtaine d’ouvrières expertes.
- Enfin on donne mécaniquement le dernier « coup de fion raux uniformes terminés, à Laide d’une machine à repasser chauffée au gaz. Le fer, fixé à la partie inférieure d’une tige verticale munie d’une poignée, se relie à l’une des extrémités d’un balancier qui porte un contrepoids à l’opposé. En outre, une pédale, placée sous la table, se rattache au balancier du côté de la tige porte-fer et en mettant le pied dessus, le tailleur produit une pression énergique du fer sur le drap tandis qu’il le guide avec la main.
- Grâce à ces méthodes nouvelles de confection, l’usine new-jersiaise, que nous venons de parcourir rapidement, habille, bon an mal an, 4500 000 soldats ët quelques hommes disséminés par-ci par-là dans ses vastes ateliers suffisent à actionner les machines perfectionnées, qui y travaillent actuellement d’une façon intensive. De la Ciseraie.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahtjre, rue de Fleuras, 9, à Paris.
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- LA NATURE.
- — N° 2297.
- 6 OCTOBRE 1917
- LA TECHNIQUE ALLEMANDE DE L’ARMEMENT AÉRIEN
- La victoire dans le combat aérien, de même que dans les combats de terre et de mer, consiste à mettre l’adversaire hors d’état de continuer l’exécution de ses desseins, soit en l’empêchant de se maintenir sur les lieux de combat, soit en détruisant son matériel et son personnel au point qu’il ne puisse continuer à résister.
- Le combat aérien est constitué par un ensemble d’actions, par lesquelles les combattants cherchent à tirer de leur matériel et de leurs armes, le meilleur rendement possible pour annihiler la puissance que l’ennemi, de son côté, cherche à tirer de son matériel.
- Les actions qui ont pour but de choisir l’avantage de l’heure la plus favorable, de la position la meilleure, de la formation de combat la plus puissante, etc..., sont des éléments de la tactique du combat aérien.
- Les faits qui résultent des qualités d’un avion, armement, vitesse, maniabilité, altitude, etc., sont des éléments techniques.
- Ces éléments tactiques et techniques du combat aérien constituent deux ordres de facteurs qui bien que très différents sont intimement liés entre eux.
- Le combat commence par une série d’actions tactiques au moyen desquelles l’assaillant cherche à attaquer l’adversaire en mettant le plus de chances possible de son côté : surprise, avantage de la plus grande hauteur, attaque en groupe, attaque par l’arrière, etc.... Le combat se termine par la lutte technique entre les deux matériels en présence, jusqu’à destruction ou fuite de l’un des deux avions.
- Il est évident que les actions tactiques préparatoires au combat ne peuvent s’exécuter que si les caractéristiques techniques de l’avion le permettent. La liberté d’engager ou d’éviter le combat, par exemple, implique pour l’avion la supériorité de la vitesse.
- Le fait pour un avion de posséder les quatre supériorités techniques de l’avion idéal de combat, c’est-à-dire, vitesse, armement, maniabilité, altitude, permet à son pilote de pouvoir bénéficier dans la lutte de tous les avantages tactiques.
- Un avion peut avoir une des supériorités techniques, sans pour cela qu’il en résulte pour lui la possibilité de bénéficier d’aucun avantage tactique. Par exemple, l’avion-canon Voisin possédait avec son canon de 37 à tir rapide une supériorité d’armement sur la plupart des avions ennemis de cette époque; cependant cet avion, n’ayant aucune vitesse ni aucune maniabilité et ne pouvant pratiquement dépasser 2500 m., il ne lui a été presque jamais possible de profiter de son avantage d’armement.
- Les avions ennemis profitaient de leur vitesse et de leur maniabilité pour attaquer l’avion-canon
- sans se placer dans son champ de tir très limité; leur supériorité d’altitude leur permettant de refuser le combat en montant de 500 mètres.
- Les éléments techniques sont identiques pour tous les avions du même type, mais leur utilisation dans le combat, c’est-à-dire leur application à des actions tactiques, varie avec la compréhension que peut en avoir chaque pilote pour chaque cas particulier.
- La mise en valeur des éléments tactiques, dépend à tel point de leur intelligente application par les pilotes, qu’on a souvent vu des avions inférieurs à tous points de vue techniques, vitesse, armement, maniabilité, etc..., comme les vieux Farman 1915, obtenir, grâce à l’habileté et au courage de leurs pilotes, de véritables succès tactiques allant jusqu’à la victoire absolue, contre des adversaires plus vites, mieux armés, et plus maniables, comme les Aviatiks 1915.
- En particulier, nos « As », sont un magnifique exemple de bonne utilisation tactique d’un matériel. En règle générale, il faut cependant admettre que la supériorité technique est la voie la plus sûre pour atteindre à la supériorité tactique dans le combat. La supériorité de matériel a été le principal fondement de toute la tactique allemande de combat terrestre.
- L’importance relative de chacun des facteurs techniques du combat aérien varie suivant la mission demandée aux avions.
- Pour un avion de combat, les quatre gros facteurs sont par ordre d’importance : vitesse, maniabilité, armement et altitude. Les pilotes allemands prisonniers avouent que la supériorité du Nieuport et du Spad sur l’Albatros de chasse tient surtout à leur extrême maniabilité, les autres facteurs étant sensiblement équilibrés.
- Un avion d’artillerie, de photographie, de petit bombardement, de protection, qui ne peut être, en raison de sa spécialisation, assez rapide pour éviter le combat, devra être conçu pour posséder, en plus des qualités afférentes à ses missions, la supériorité technique en armement défensif; les facteurs maniabilité et vitesse deviennent des éléments moins primordiaux que pour un avion de combat.
- Le gros avion de bombardement de nuit demandera des qualités techniques toutes différentes, telles que : capacité, rayon d’action, facilité d’atterrissage, etc.
- La vitesse actuelle des avions de chasse français et allemands oscille entre 180 et 200 km à l’heure; elle pourrait être beaucoup plus considérable, si ces avions n’étaient tenus de garder assez de voilure pour pouvoir élever leur 1000 kg jusqu’à 5 à 6000 m. et atterrir sur des terrains de fortune sans capoter.
- 45‘ Année.
- 2° Semestre.
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- 210 = LA TECHNIQUE ALLEMANDE DE L’ARMEMENT AERIEN
- La vitesse actuelle des avions d’artillerie, de photographie, de jpetit bombardement et de protection se maintient entre 125 et 150 km à l’heure, celle des avions de nuit pouvant aisément rester, si des conditions de capacité l’exigent, de 90 à 120 km à l’heure.
- La maniabilité des avions est devenue sans aucune limite, notamment en ce qui concerne les
- L’armement n’en reste pas moins le facteur décisif du combat, c’est lui qui détruit la puissance de l’ennemi.
- I. — Au début de la guerre, alors que l’aviation ne jouait encore qu’un rôle relativement effacé et qu’elle n’avait pas pris l’importance d’un facteur indispensable de la Victoire, la nécessité de la « maîtrise de l’air » ne s’était pas encore fait
- Fig. i. — Angle de tir et angle mort d'un Farman içi5.
- avions spécialisés pour le combat. La connaissance des forces et des pressions formidables qui entrent en jeu sur des surfaces de 25 m! (envergure de l’Albatros de chasse) aux vitesses de près de 500 km à l’heure (vol piqué) est arrivée à un tel point de précision, que toutes les acrobaties aériennes sont permises, en particulier pour les avions de chasse, sans qu’on puisse normalement craindre des ruptures ou des déformations.
- S’il y a encore de nombreux accidents, dus à des ruptures, ils doivent être imputés aux imperfections forcées dues à la nécessité de produire une grande quantité d’avions en peu de temps et de faire effectuer des constructions délicates par des ouvriers formés souvent hâtivement.
- Les qualités de maniabilité d’un avion sont fonctions de la répartition judicieuse des différentes forces auquel il est soumis : force ascensionnelle, pesanteur et forces résultant de l’usage des gouvernes.
- sentir et le combat aérien était un événement rare.
- Les avions sortaient, armés d’une carabine ou d’un fusil et la plupart du temps se gardaient bien de s’attaquer. Puis peu à peu, chacun désirant garder
- le secret de ses préparatifs mais cherchant cependant à connaître ceux de l’ennemi, les combats devinrent fréquents. Il fallut en hâte monter des mitrailleuses avec des supports de fortune qu’il devint nécessaire de perfectionner très rapidement.
- Ce fut la première période du combat aérien qui ne comprit guère qu’une seule formule d’armement. Les avions, tous biplaces, furent munis d’une mitrailleuse servie par le passager.
- La majorité des avions français, ayant l’hélice à l’arrière, avaient derrière eux un angle mort considérable et favorisant toutes les agressions par surprise. La mitrailleuse généralement posée sur pivot à l’avant de la nacelle, soit à droite, soit à gauche permettait difficilement de défendre l’avion sur les côtés (fig. 1).
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- Fig. 2. —Angle de tir et angle mort Aviatik içi5.
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- Les avions allemands ayant l’hélice à l’avant eurent leur mitrailleuse à l’arrière. Leur arme fut assez vite montée sur une tourelle pivotante, permettant un déplacement rapide de l’arme pour tirer sur la droite ou sur la gauche.
- L’angle mort de tir se Irouve être à l’avant et sous la surveillance du pilote (fig. 2).
- On fut stupéfait de s’apercevoir que souvent des combats acharnés et à faible distance n’entraînaient presque pas de résultats pratiques, sauf quelques balles dans les ailes.
- En premier lieu, les munitions élaient comptées, soit quelques bandes de 25 cartouches, soit un rouleau de 100. Le fonctionnement des mitrailleuses était délicat, les supports très peu
- Les distances des tirs sont généralement inférieures à 400 m. et si cet élément d’erreur doit être noté, il ne fait que s’ajouter aux causes d’er-
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- Fig. 4. — La mitrailleuse fixe d'un Nieuport.
- pratiques et, de plus, la précision du tir était invraisemblablement défectueuse.
- Les causes de cette imprécision étaient multiples; elles provenaient principalement des erreurs de visée dues aux vitesses relatives des deux combattants; dues également aux vibrations considérables produites par ces mitrailleuses trop légères et qui empêchaient toute visée sérieuse; aux positions incommodes que devait prendre le mitrailleur pour tirer en « O », par exemple figure 1; aux difficultés de manier une arme lourde dans un vent de 100 km à l’heure.
- D’autre part, les trajectoires des tirs effectués sur le côté, vers « O » (fig. 5), étaient déformées par de nouvelles forces: la vitesse initiale latérale, produite par la vitesse de l’avion (force « Y » fig. 3); le vent latéral produit sur le projectile par cette même vitesse de l’avion (force « L » fig. 3) ; deux forces Y et L qui se composent avec la vitesse initiale « I » de la balle et déforment la trajectoire.
- La hausse, d’ailleurs, ne donne plus aucune indication précise pour des armes tirant presque à la verticale vers le haut ou vers le bas, et assez rarement dans un plan horizontal.
- Fig. 3. — Déformation des trajectoires par suite du déplacement de l’avion.
- reur précédentes pour montrer la grande difficulté du tir aérien.
- II. — La deuxième période comprend l’organisation de l’armement à bord des avions qui ont été spécialisés dans leurs missions.
- Trois formules principales ont été adoptées chez nous comme chez nos ennemis :
- 1° Tir vers l’avant par mitrailleuse fixe tirant par-dessus ou à travers l’hélice (monoplaces) ;
- 2° Tir vers l’avant par mitrailleuses fixes tirant comme précédemment, mais avec adjonclion d’une mitrailleuse sur tourelle tirant vers l’arrière (biplaces) ;
- 3° Tir vers l’avant par mitrailleuse sur tou-
- relle, vers l’arrière avec mitrailleuse sur tourelle et tir sous fuselage avec mitrailleuse sur pivot (triplaces). Les constructeurs ont été amenés à étudier la
- Fig. 5. — Hélice type Garros pour le tir de la mitrailleuse à travers les pales.
- formule du tir fixe vers l’avant à travers l’hélice ou par-dessus, d’abord pour permettre aux monoplaces de devenir des avions de combat, ensuite pour évi-
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- ter tous les inconvénients signalés plus haut pour les mitrailleuses mobiles sur tourelles ou sur pivots.
- La mitrailleuse fixe a évidemment pour premier résultat de permettre au pilote de monoplace de piloter tout en se servant de son arme.
- La mitrailleuse tire dans l’axe de l’avion ; le pilote vise l’objectif avec son avion tout entier; la visée est effectuée dans un viseur rigoureusement parallèle à la mitrailleuse.
- En second lieu, la mitrailleuse étant fixe et par conséquent solidaire de toute la masse de l’avion, toutes les vibrations de tir sont supprimées.
- D’autres avantages résultent de cette disposition de l’arme, excellente position du pilote mitrailleur, plus de déviation produite par vent latéral (force « L » fig. 3) et par vitesse initiale de l’avion (force « V »); cette force V se transforme en supplément de vitesse initiale de la balle.
- 1° La première application de la mitrailleuse fixe tirant par-dessus l’hélice date de l’apparition des biplans de chasse Nieuport (tig. 4).
- Cette mitrailleuse était placée au-dessus du plan supérieur et tirait par-dessus l’hélice. Le principal inconvénient de cette position, outre la grande résistance à l'avancement, était la difficulté d’alimentation de l’armement.
- Pour réapprovisionner la mitrailleuse, le pilote la faisait pivoter de haut en bas en. B, et pouvait alors enlever le disque déchargé pour remettre un nouveau disque de 47 cartouches. Ces 47 cartouches étaient vite tirées à la cadence de 3 à 400 coups à la minute.
- On s’imagine facilement les difficultés qu’éprouvait le pilote qui, en plus de la conduite de son avion devait effectuer son tir et recharger son
- arme. En fait, si les pilotes de nos premiers Nieuport n’avaient pas obtenu de résultat décisif avec leur premier disque, ils étaient obligés de rompre le combat. La deuxième application de la mitrailleuse fixe fut le tir à travers l’hélice utilisé pour la première fois par Garros. Le principe de cette application paraît au premier abord extrêmement curieux. La mitrailleuse tirait à son régime normal ; pour éviter que les balles ne viennent frapper les pales de l’hélice et la faire éclater, deux masselottes d’acier extrêmement dur étaient encastrées dans les pales au point même du passage des balles
- (fig- 5).
- Les balles qui frappaient les masselottes étaient déviées et perdues, mais les autres passaient entre les pales et continuaient leur trajectoire vers l’objectif. Le pourcentage des balles perdues aurait été inférieur à 7 ou 8 pour 100, donc négligeable.
- Un défaut rédhibitoire entraîna rapidement l’abandon de ce dispositif, c’était une perte de vitesse pour l’avion de 20 km à l’heure. I/hélice à la suite de sa transformation perdait une partie de sa force tractive, mauvais rendement provenant de l’amincissement en « A », abaissement du pas de l’hélice pour compenser la résistance des masselottes et conserver ainsi au moteur son régime normal (fig. 5).
- Celte supériorité technique d’armement ne pouvait compenser pour un avion de chasse les infé-
- Fig. 6. — Disposition de la mitrailleuse dans le Fokker içi5-içi6.
- Fig. 7. — Position de la mitrailleuse sur l’Albatros 1917.
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- Fig. 8, — Position de la mitrailleuse fixe dans le fuselage. (Vue du pilote.)
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- riorités tactiques provenant d’un manque de vitesse.
- La troisième application de cette formule fut innove'e par les Allemands au moment de Fap-parilion de leur monoplace de chasse Fokker (% 6)-.
- La mitrailleuse fixe tire à travers l’hélice, mais elle est commandée par le moteur, son régime est synchrone de celui du moteur. L’hélice tournant à 1400 tours à la minute et possédant deux pales, par minute 2800 pales passeront donc devant le canon de la mitrailleuse; il faut que le réglage de tir soit suffisamment précis pour permettre aux balles de passer dans ces intervalles (46e de seconde).
- La commande de la mitrailleuse par le moteur se fait par tiges et renvois rigides (Fokker, Albatros,
- D. Halberstadt, etc.) ou par transmission flexible (Albatros G. Rum-pler C.).
- Le pilote embraye à volonté son arme en appuyant sur une poignée Bowden.
- Cette application du tir à travers l’hélice par synchronisation de la mitrailleuse avec le moteur est le dispositif adopté sur la plupart des avions français, alliés et ennemis.
- La mitrailleuse se trouve abritée sous le capotage du moteur (fig. 7) son alimentation est facile,
- 2° Une autre formule d’armement (fig. 9) existe pour les avions biplaces et moins rapides, chargés des missions de réglage d’artillerie, des prises de photographies et éventuellement des petits bombardements. Cette série correspond aux avions Albatros, Rumpler, Aviatik, L. V. G., tous de la série C-Àvions biplaces ne volant qu’à 140-160 km à l’heure.
- Leur armement est défensif ; une mitrailleuse
- avions de chasse sont généralement mono-
- Fig. io. — Le tir à deux mitrailleuses fixes à l’avant dans l'Albatros de chasse 1917.
- le désenrayage également. Les boites à cartouches (fig. 8) peuvent contenir des bandes de 800 à 1000 cartouches par arme.
- Les
- places, on préfère supprimer l’observateur pour obtenir un avion plus rapide, plus maniable et pouvant monter plus haut tt plus vite.
- La série allemande des Albatros D I, D III, Halberstadt Roland D, Ago ü, Fokker D, possède deux mitrailleuses fixes tirant à travers l’hélice et approvisionnée chacune avec 1000 cartouches (fig. 10).
- Fig. 9. — Angle de tir dans l'Albatros C 1917.
- avant tire à travers l’hélice, celle-ci sert en particulier quand la défense de ces avions exige qu’ils attaquent et une mitrailleuse arrière est montée sur tourelle. Nous avons adopté d’ailleurs les mêmes dispositions pour nos avions de séries équivalentes.
- La mitrailleuse avant est en général une arme qui ne le cède en rien comme robustesse aux armes d’infanterie. La mitrailleuse arrière sur tourelle est une arme beaucoup plus légère. L’alimentation des mitrailleuses fixes se fait par bandes, celle des mitrailleuses mobiles par bandes enroulées sur des rouleaux ou par disques (fig. 11 et 12).
- 5° La troisième formule actuelle d’armement est celle qui est appliquée sur l’avion triplace soit de protection, soit de bombardement (fig. 13).
- C’est un avion à armement essentiellement défensif; pour dégager l’avant du fuselage, l’avion est conçu avec deux moteurs ou deux hélices. Rentrent dans cette catégorie, les Gotha type G., Friedrichafen G, AEG. G., et Rumpler G. Cette série d’avions est assez récente; leur vitesse semble s’équilibrer aux environs de 150km-heure, vitesse équivalente à celle des avions de réglage et de photo série C.
- Ils paraissent destinés à- faire des protections des
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- lignes, de points de'terminés, ou à protéger les avions de réglage, ou exécuter les grands bombardements (Londres).
- Leur armement comprend une mitrailleuse mobile sur tourelle avant, une mitrailleuse mobile sur tourelle arrière et une mitrailleuse mobile sur pivot,
- cette dernière tire par une trappe pour le tir inférieur sous le fuselage.
- Ces avions fortement armés sont difficiles à attaquer, quiconque les approche se trouve fatalement sous le feu d’une des mitrailleuses. La tactique contre ces forteresses est évidemment de fatiguer le mitrailleur arrière qui peut être forcé de passer constamment de sa tourelle à sa trappe inférieure, si l’avion de chasse le harcèle de ses acrobaties.
- Ce type d’avion à fort tonnage est appelé à se développer ; la protection des avions moyens devient de plus en plus difficile et la nécessité des bombardements à longue distance s’impose soit pour paralyser certaines industries, soit pour exécuter des représailles sur les villes ennemies.
- Si l’adoption d’une mitrailleuse fixe tirant dans l’axe de route de l’avion supprime une partie des forces qui dérèglent le tir, il n’en est pas moins vrai qu’il reste à vaincre toutes ces difficultés pour les mitrailleuses mobiles et encore faut-il pallier
- pour les mitrailleuses fixes à l’imprécision du tir résultant des vitesses relatives des avions.
- Une correction du tir est indispensable, c’est celle que fait le chasseur lorsqu’il vise un gibier en mouvement.
- La correction à faire est considérable si les routes
- des deux avions sont p er pendiculaires (fig. 14). Perdant que la balle parcourra le trajet AB, l’avion B sera en C ; il faut donc que A vise suivant AC, c’est-à-dire avec un angle BAC qui mesure la correction.
- La correction est moins forte dans le cas de la figure 15.
- Elle est nulle dans le cas de la figure 16.
- Pour obtenir une grande précision de tir, il y aura donc intérêt à attaquer l’ennemi en se mettant le plus possible dans la position de la figure 15; l’avion ainsi attaqué évitera, par tous les moyens possibles, de rester dans la ligne de tir de l’avion attaquant, c’est ici que la virtuosité du pilote de chasse saura imposer sa supériorité.
- La correction nécessaire est obtenue grâce à des
- appareils spéciaux de visée, elle se déduit automatiquement suivant l’angle sous lequel' l’avion ennemi est vu par le tireur. Ces viseurs tout à fait intéressants ne peuvent être décrits actuellement.
- Les formules d’armement exposées ici sont celles que nous et nos ennemis avons appliquées sur la majorité de nos avions. En réalité, il existe quelques autres formules en usage sur des avions en essais ou sur
- Fig. ii. — Mitrailleuse Parabellum mobile sur tourelle : A, rouleau latéral portant une bande de 25o cartouches; B, sac dans lequel les douilles s’éjectent; C, fourche articulée; D, chariot roulant sur la tourelle. Poids 12 kg. Avec 25o cartouches et accessoires 32 kg.
- Fig. 12. — Mitrailleuse Maxim fixe : A, dispositif de synchronisation du moteur; B, poignée Bowden commandant le tir. Poids i3 kg 3oo. Avec 5oo cartouches et support 36 kg.
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- quelques rares exemplaires destinés à disparaître. I Les munilions actuellement utilisées par les La grande tendance est de prévoir pour les mêmes j Allemands sont les suivantes : balles ordinaires,
- Fig. i3. — La position des mitrailleuses et les zones battues sur le Gotha içiô-içip.
- missions des avions de caractéristiques identiques. | incendiaires, perforantes et explosives (fïg. 17). Voir le tableau ci-dessous : I Les difficultés que doivent rencontrer nos ennemis
- EX. CHASSE
- Monomoteur 200 HP ; Monoplace biplans 25 m2 de surface; deux mitrailleuses dans l’hélice. (Série D.)
- ARTILLERIE, PHOTO ET BOMBARDEMENT
- Monomoteur 220 HP et 260 HP; Biplace 40 in2; une mitrailleuse à travers l’hélice ; une mitrailleuse sur tourelle. (Série G.)
- PROTECTION ET BOMBARDEMENT
- Bi-moleur 501) à 550 IIP; îriplace 100 m2;
- 1 mitrailleuse avant sur tourelle;
- 1 mitrailleuse arrière sur tourelle;
- I mitrailleuse dessous à pivot. (Sé-rie G.)
- =0-
- e
- 4
- \A
- =8
- Au point de vue technique, le petit canon à tir...............
- 10 lignes censurées
- Fig. 14, i5 et ib. — La direction du tir en tenant compte du déplacement relatif de l’ennemi.
- • • • pour fabriquer des munitions aussi spéciales les
- • - • • obligent à se servir en majorité des balles ordinaires.
- • • • • Les balles incendiaires et traçantes sont creuses,
- • • • elles contiennent une matière incendiaire à base de
- . . . . phosphore. Elles laissent derrière elles une traînée
- . . . . lumineuse destinée à la fois à incendier ballons et
- . . . . réservoirs d’essence et à permettre au tireur de
- . . . . rectifier son tir.
- . . . . Les balles perforantes sont composées d’un noyau
- ..........d’acier durci enveloppé d’une enveloppe de maille-
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- 216—: EXTINCTEURS D’INCENDIE
- chort. Elles sont destinées à perforer les parties métalliques et en particulier les moteurs.
- D’autres balles sont explosives, les bandes et rouleaux en contiennent environ 10 à 15 pour 100, elles ont la forme et la composition d’un petit obus : petite mas-selotte formant percuteur sur une capsule et matière détonante.
- Toutes ces balles spéciales ont des trajectoires qui diffèrent sensiblement des trajectoires des balles ordinaires, leur poids, leur forme en sont cause. Cependant, dans le combat inférieur à 500 mètres, il n’est pas nécessaire d’employer de hausses spéciales.
- L’âpreté de la lutte aérienne augmente de jour en jour. Il faut que nous obtenions la maîtrise absolue de l’air.
- L’avion s’est révélé une arme trop puissante pour que nous laissions les forces de l’ennemi s’équilibrer aux nôtres.
- Nous avons pour le personnel des volontaires en masse, nous avons le monde entier pour nous fournir du matériel usiné ou brut.
- Puisque c’est la victoire que nous voulons, et non pas une paix boiteuse, pourquoi ne pas faire les sacrifices nécessaires pour aveugler l’ennemi?
- Jean-Abel Lefrajnc.
- Fig. 17.
- Les diverses balles de mitrailleuses d’aviation allemandes.
- EXTINCTEURS D’INCENDIE
- Les incendies des théâtres, des salles de spectacle ou de réunion qui étaient de véritables catastrophes et qui aujourd’hui ne seraient que des accidents insignifiants, ont attiré depuis longtemps l’attention sur la nécessité d’employer des matériaux ignifugés et de créer des appareils portatifs, capables d’arrêter tout commencement d’incendie. Les Romains et les Grecs, grands amateurs des scènes théâtrales, n’avaient pas eu à souffrir de l’absence de tels engins; ils ne jouaient qu’en pleine lumière du jour.
- Les lampions, puis les quinquets, causèrent bien quelques accidents; mais le vrai danger apparut d’abord avec le gaz. A ses débuts, le gaz rencontra beaucoup d’adversaires, précisément à cause des dangers nouveaux d’incendie qu’il créait, et cependant le gaz a moins brûlé d’édifices que ne l’ont fait le pétrole, l’acétylène et surtout l’électricité.
- D’autres facteurs sont intervenus. Les chances d’incendie ont en effet singulièrement augmenté avec les transports de force à haute tension, avec l’utilisation journalière des grandes quantités d’essences ou de benzols en aviation et dans le sport automobile; les salles de cinéma elles-même, quoique plongées dans l’obscurité sont plus menacées par
- le film au nitrate de cellulose que ne le sont les salles de théâtre, même inondées de lumière.
- Pour parer à ces dangers, d’ingénieux appareils ont été imaginés, que l’on a appelés extincteurs d’incendie. Nous allons les passer rapidement en revue, en suivant, autant que possible, leur ordre d’apparition.
- Il paraît inutile de dire qu’actuellement leur emploi est plus nécessaire que jamais et que toute voiture automobile, tout avion doivent emporter avec eux un engin permettant d’éteindre immédiatement l’essence. C’est surtout à l’incendie de son réservoir à essence que l’aviateur doit d’être définitivement hors de combat. Et dans les tanks le danger d’incendie est tout aussi réel.
- Le seul moyen d’éteindre un incendie à ses débuts est d’empêcher l’oxygène de l’air d’arriver au contact du corps enflammé en étouffant le foyer. Ce résultat peut être obtenu, en enveloppant les matériaux enflammés d’une couche continue qui empêche l’air de se renouveler et d’une couverture ou même d’un drap mouillé, mais de préférence d’un tissu formé de matières animales. Une telle enveloppe imprégnée d’eau sera toujours le meilleur des extincteurs. C’est pour cette raison que tout dernièrement l’emploi du cuir vert, conservé à
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- EXTINCTEURS D’INCENDIE
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- l’état humide et rendu inodore par des procédés spéciaux a été proposé pour protéger efficacement nos soldats contre les jets de gaz enflammé. La peau, les poils brûlent déjà difficilement et plus difficilement encore, quand ils sont verts, c’est-à-dire non tannés, à l’état de dépouilles et chargés d’eau.
- Suivant leur mode de fonctionnement, les extincteurs sont classés en quatre types différents :
- Grenades à liquide;
- Extincteurs à poudre;
- Pompes.
- Appareils automatiques à renversement projetant des liquides ou des mousses.
- i, Extincteur Oméga.— 2, extincteur Pyrene. -5, extincteur Nafta. — 6, extincteur à piston 8, extincteur 'Ajax. — 9, extincteur
- Grenades. — Les grenades à main renferment parfois un liquide, mais le plus souvent deux liquides séparés qui se mélangent au moment où la grenade se brise, après avoir été projetée sur le foyer d’incendie. Le liquide ou le mélange des deux liquides dégagent des gaz incombustibles, généralement de l’anhydride carbonique, parfois de l'anhydride sulfureux. Ces deux gaz plus lourds que l’air devraient théoriquement former au-dessus de l’incendie une atmosphère pauvre en oxygène qui ne permettrait plus à la combustion de continuer. Tout le monde sait que le meilleur moyen d’éteindre un feu de cheminée consiste à boucher les deux
- 3, extincteur Mathieu. — 4, extincteur Bernheim; Dick. — 7, grenade extinctrice Bernheim. — Excelsior. — 10, extincteur Harden.
- Ce classement correspond à peu près à leur ordre d’apparition chronologique.
- D’après la nature du produit destiné à éteindre les foyers, on trouve des appareils projetant de l’eau chargée en anhydride carbonique ou en anhydride sulfureux, des poudres analogues au sable, une écume mousseuse dont les bulles sont remplies de gaz incombustible, un liquide comme le tétrachlorure de carbone qui dissout les essences enflammées et les rend incombustibles en les diluant, ou bien qui, n’étant pas conducteur de l’électricité, permet d’éteindre les arcs dans les circuits à haute tension. Les agents producteurs d’incendie sont, comme on le sait, d’ordres très divers : gaz, court-circuits, essence, carbure de calcium. Les moyens de lutte doivent différer eux aussi.
- extrémités inférieure et supérieure de la cheminée, après avoir versé dans une assiette un peu de sulfure de carbone auquel on met le feu. Il se produit par suite de la combustion de ce produit des anhydrides sulfureux et carbonique d’après la formule suivante :
- CS2 -+- 6 0 — CO2 -f - 2 SO2.
- L’oxygène qui reste encore libre dans la conduite de la cheminée est rapidement combiné et la suie cesse bientôt de brûler.
- Mais si la chose est facile dans un espace aussi nettement délimité qu’une conduite de cheminée dont les deux extrémités sont bien closes, il n’en est plus de même pour un incendie ordinaire. La chaleur du foyer, les courants d’air déplacent les gaz et l’on ne peut pas réaliser au-dessus du foyer
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- une voûte de gaz incombustible rigide, comme il arriverait avec une couverture mouillée. De plus, la grenade ne se brise pas toujours, si elle tombe sur un lit ou sur des rideaux. Son lancement est parfois difficile, quand le foyer initial est à une grande hauteur verticale.
- Les grenades des divers types sont formées, comme le montre la figure 7, d’un réservoir en verre de grande taille renfermant une solution concentrée de carbonate ou de sulfite de sodium. A l’intérieur de celte masse se trouve un petit tube rempli d’acide sulfurique ou chlorhydrique qui se brise en même temps que la grenade extérieure. Il se produit un dégagement d’acide carbonique ou d’acide sulfureux, mais il faut pour obtenir un effet utile que la grenade se brise au milieu même du foyer.
- D’autres liquides ont été employés ; ils tiennent des substances capables de former un verre et d’ignifuger immédiatement les substances enflammées. Nous verrons parmi les liquides dont l’emploi a été préconisé paraître l’acide phosphorique, l’alun, les silicates. On peut citer :
- les solutions de carbonates' et sulfocyanates alcalins ;
- les mélanges de sulfocyanures de sodium, de calcium ou autres sulfocyanures alcalinoterreux;
- les mélanges de bicarbonate avec des sulfites ou des bisulfites ;
- l’acide phosphorique dissous ou anhydre breveté par la Graff-Gesellschaft m. a. B. (Br. fr. 362 954, 12 juillet 1906).
- Les liquides extincteurs sont parfois plus compliqués.
- L’Antignit-Gesellschaft a breveté l’emploi de deux solutions qui sont préparées séparément et mélangées ensuite. (Br. fr. 354 445, 5 octobre 1905). La première solution renferme :
- Eau 200 litres; chlorure de sodium 3,250 kg; alun cristallisé 0,550 kg; bicarbonate de sodium 0,920 kg; sulfate d’ammoniaque 0,200 kg.
- La deuxième :
- Eau 4,600 litres; glycérine 0,250 litre; chlorure de magnésium 0,150 kg; silicate de sodium à 26° B 2,500 litres; acétate d’amyle 0,200 kg; solution d’aldéhyde formique à 40 pour 100, 0,350.
- Le liquide extincteur perfectionné de Ilunkel, breveté longtemps avant, en 1891, était obtenu en préparant six solutions différentes que l’on mélangeait ensuite en y ajoutant 20 litres d’eau.
- 1° Chlorure d’ammonium .... 0,200 kg
- Eau................... 20 litres
- 2J Alun calciné pulvérisé .... 0,350 kg
- Eau......................10 litres
- 5° Sulfate d’ammoniaque pulvérisé. 3 kg
- Eau.............................5 litres
- 4° Chlorure de sodium.........2 kg
- Eau.............................40 litres
- 5° Carbonate de sodium...... 0,350 kg
- Eau.....................5 litres
- 6° Verre soluble liquéfié... 4,500 kg
- Poudres. — Au lieu de liquides on s’efforça de projeter sur les incendies naissants des poudres qui devaient jouer le rôle du sable, seul procédé efficace et recommandable, dans le cas où se trouvent du carbure de calcium ou des essences combustibles plus légères que l’eau, à côté du foyer d’incendie.
- Ces poudres sont par exemple des mélanges : de sulfate de sodium, talc et carbonate de sodium, ou bien comme dans un brevet pris en 1901, l’en-
- semble fort complexe suivant :
- Bicarbonate de sodium ... 3 parties
- Terre à foulon.................1 —
- auquel on ajoute :
- Phosphate d’ammoniaque. . . 5 parties
- Argile calcaire................4 —
- Terre de pipe..................6 —
- Sel marin. •..................2 —
- Ocre..........................6 —
- On voit reparaître encore ici la préoccupation de revêtir d’une enveloppe vitrifiée les matériaux enflammés.
- Dans les extincteurs Théo ethnperator, la poudre est un mélange d’ocre jaune (3 p.) et de bicarbonate de sodium (97 p.) en poids. Ici la poudre agit comme le sable d’abord, puis par dégagement d’acide carbonique.
- Les appareils utilisés pour projeter les poudres dont la composition peut être fort diverse sont assez nombreux. Dans les uns, la poudre est projetée à la main, dans d’autres on se sert d’une cartouche en acide cabonique liquide. L’Ignex sec et le Théo correspondent au premier type ; le Biosca, le Verax et YImperator au second type.
- Dans ce dernier la poudre est projetée à l’aide d’un jet d’acide carbonique. Des précautions ont été prises, pour éviter que se forment des bouchons de neige carbonique.
- Pour les appareils à main, il est parfois difficile de bien recouvrir le foyer, surtout quand il est très chaud et cela malheureusement au moment même où l’action de la poudre devrait être la plus énergique et la plus sûre.
- Enfin un inconvénient que présentent presque toutes les poudres est de s’agglomérer peu à peu sous l’action de l’humidité. Au moment de les utiliser, on n’a plus que deux ou trois pierres.
- Pompes. — Il ne saurait être question ici des diverses pompes à incendie, même des pompes portatives à main lançant simplement de l’eau. Elles sont trop connues de nos lecteurs pour insister plus longtemps sur ce sujet.
- Dans cette série d’appareils nous ne citerons que l’extincteur d’incendie Zapple. Cet appareil est une pompe à main renfermant un liquide extincteur; il fut l’un des premiers extincteurs proposés après la grenade. Le liquide extincteur, incongelable aux températures les plus basses que nous ayons à supporter dans nos climats, renferme de la glycérine.
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- .. ....... — EXTINCTEURS
- Cet appareil abandonné aujourd’hui a servi de type pour la construction d’autres appareils plus perfectionnés, qui, cependant, au point de vue de leur efficacité, de leur rendement en poids, sont inférieurs à ceux que nous allons examiner.
- 11 convient toutefois de mentionner l’extincteur Pyrène. Cette pompe à main est un cylindre métallique dans lequel se trouve un liquide formé presque exclusivement de tétrachlorure de carbone, avec parfois un peu de nitrobenzène ou d’essence odorante pour masquer l’odeur désagréable dégagée par les dérivés du tétrachlorure de carbone, et ceci contrairement aux termes du brevet (402 235,
- 5 octobre 1909) où il est question d’ammoniaque anhydre dissoute dans le tétrachlorure, puis d’addition d’anhydride carbonique jusqu’à refus. Le liquide est projeté à l’aide de la pompe double. Cette pompe est manœuvrée à l’aide d’une poignée que l’on enclanche, en donnant un quart de tour à droit'e; elle projette un jet à plusieurs mètres, mais moins loin que les appareils suivanls à bouteille d’acide carbonique.
- Appareils automatiques. — L’expérience a montré, comme l’exposé précédent permet de le voir, que pour lutter efficacement contre les débuts d’un incendie, il était nécessaire de pouvoir projeter, à une distance assez grande parfois, et avec précision, la poudre ou le liquide extincteurs. Les grenades, les extincteurs à sec maniés avec la main seule comme organe de lancement étaient insuffisants. Le maniement d’une pompe n’est pas toujours aisé. Aussi a-t-on songé à utiliser tout d’abord la réaction des acides chlorhydrique ou sulfurique pur, les solutions de bicarbonates ou de bisulfites pour réaliser avec la pression du gaz ainsi obtenu une pression capable de projeter le liquide extincteur. ün grand nombre d’appareils à renversement fonctionnent de cette manière; mais la pression est lente à s’établir. Il est même curieux de noter en passant que l’emploi du bioxyde de sodium a été proposé. Celui-ci produit au contact de l’eau un dégagement d’oxygène qui projette le liquide mais projette aussi de l’oxygène. L’emploi de cette substance a été breveté par la Graff-Gesellschaft m. b. H (Br. îr. 382 387, 5 février 1908).
- Pour obtenir une pression suffisante, il fallut recourir à un gaz comprimé ou liquéfié ; l’anhydride carbonique seul pouvait être employé dans de telles conditions ou bien il fallait adopter un réservoir d’air comprimé. À l’aide de ces gaz, on a pu réaliser des jets très puissants et la portée moyenne de ces engins portatifs les plus perfectionnés, varie de 14 m. à 17 m. On peut admettre que les portées du jet fourni par les diverses pompes sont :
- Pompe à main (petite taille) . . 20 à 25 m.
- Pompe à bras ordinaire .... 30 à 55 m.
- Motopompe (7 à 8 chevaux). . . 35 à 45 m.
- — (12 à 16 chevaux). . 40 à 70 m.
- Pompe à vapeur de la Ville de Paris....................
- D’INCENDIE —— —------------------ ---------- 219
- Dans les premiers appareils la pression est obtenue par une réaction chimique; le contenu d’une ampoule remplie d’acide sulfurique est mélangé au moment du besoin à la solution de bicarbonates. Le mélange est obtenu parfois en renversant l’ampoule, si elle n’est pas fermée d’une manière étanche ; le plus souvent par rupture de cette ampoule au moyen d’un percuteur.
- Le liquide peut s’écouler avec force, sous l’action de la pression des gaz produits dans la réaction de l’acide sur la solution de bicarbonate, par une ouverture placée dans le haut ou dans le bas de l’appareil.
- Les appareils qui portent le tube d’écoulement dans le haut sont à siphon s’ils fonctionnent sans que l’on soit obligé de les retourner. Ils sont dits, au contraire, à renversement quand il faut les retourner.
- Quelques appareils possèdent une ouverture dans le bas et pour éviter que le liquide ne s’écoule pendant la période d’attente, un robinet est maintenu fermé. 11 est donc nécessaire au moment de s’en servir d’exécuter deux mouvements, ce qui en complique la manipulation.
- Tous ces appareils doivent résister à des pressions souvent élevées et qui se développent brusquement. Aussi doivent-ils être construits solidement et essayés à 20 kg.
- Dans le cas des appareils à siphon ou à robinet les liquides restent constamment au contact des joints, il est à craindre que les solutions salines même très limpides ne cristallisent et qu’il n’y ait engorgement.
- Parmi les appareils à siphon, on peut citer l’extincteur Mathieu (fig. 3) dans lequel la rupture de l’ampoule renfermant l’acide est produite en frappant sur le percuteur, l’extincteur Ajax (fig. 8) que l’on peut manipuler d’une main en frappant la tête du percuteur, le Mata-feu moins maniable, avec le percuteur placé sur le côté, le Simplex dans lequel on brise l’ampoule en tournant la clef.
- L’extincteur automatique français appartient au type des appareils avec écoulement par le bas. La rupture de l’ampoule a lieu par relèvement de l’anse de l’appareil. 11 en est de même de l’extincteur Diek (fig. 6).
- Les appareils à renversement sont à peu près tous identiques, au point de vue du principe, à l’extincteur Excelsior (fig. 9) ; pour en assurer le fonctionnement, on renverse l’appareil en le prenant par la poignée qui se trouve au fond. Après l’avoir retourné on frappe violemment sur la tête du percuteur. L’Instantané et le Stop fonctionnent de même. Sur la figure 1 représentant l’intérieur de l’extincteur Oméga, il est facile de se rendre compte de l’aménagement intérieur de ces engins.
- L’appareil Minimax semble être une copie de l’appareil Ajax et présente, contrairement à ce qui se passe pour ce dernier appareil, l’in-
- 70 à 90 m.
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- 220 L’ALIMENTATION DU BÉTAIL DANS LES CIRCONSTANCES ACTUELLES
- convénient d’avoir le liquide constamment au contact des joints. L’extincteur automatic Harden (fig. 10) fonctionne très simplement sans qu’il soit nécessaire de frapper sur un percuteur, il suffît de prendre l’appareil par la poignée du fond, de le retourner et d’ouvrir le robinet. Il en est de même pour l’automatic Eurêka et l’appareil ünder-writers.
- Dans tous ces appareils où la pression est réalisée par réaction d’un acide sur une solution capable de dégager de grandes quantités d’acide carbonique, de bicarbonate, par exemple, le seul acide employé est l’acide sulfurique parce que l’acide chlorhydrique dégage trop de vapeurs ; le métal des appareils serait rapidement attaqué. Même avec l’acide sulfurique se produit une semblable détérioration à cause des suintements ou des phénomènes de capillarité et cela surtout quand la fermeture n’est pas étanche, ainsi qu’il arrive pour les appareils dont l’ampoule n’est pas brisée, mais simplement renversée.
- Pour obtenir un dégagement plus rapide et éviter en même temps l’attaque des récipients, on a songé, ainsi que nous l’avons déjà vu à propos de l’emploi des poudres, à utiliser l’acide carbonique liquéfié ou l’air comprimé.
- L’extincteur instantané Colombia paraît avoir été un des premiers ainsi que l’appareil Lepage ou l’appareil allemand de Kusniek et Gie. Les bouteilles d’acide carbonique employées dans ces appareils étant fermées avec une valve risquent de se vider pendant la période d’attente et de rendre l’appareil inefficace au moment du besoin. Le liquide projeté par ces appareils est simplement de l’eau dans laquelle se trouve dissous en partie l’acide carbonique, au moment où il se gazéifie. Ces appareils sont des siphons à eau de seltz.
- D’autres appareils comme YUnic Auto ou Y Unie Electric portent des bouteilles à acide carbonique fermées, non plus par une valve, mais par une plaquette de cuivre qu’il faut perforer pour pouvoir vider la cartouche. Le joint paraît être meilleur.
- Un appareil plus ancien, le parafeu Bernheim
- L’ALIMENTATION DU BÉTAIL DAN!
- La guerre, on le sait, a provoqué de sérieuses perturbations dans l’exploitation du sol, un bouleversement complet des conditions normales de la production agricole et animale. L’agriculture et l’élevage ont ressenti, dès les premiers mois, les effets de la crise économique engendrée par le grand conflit mondial. En présence des difficultés créées par la situation, la question de l’entretien du bétail est devenue une question de plus en plus
- (fîg. 4) projette au lieu d’eau une solution saline.
- Mais il ne s’agit plus d’eau ou de solutions salines quand les incendies à éteindre sont dus au carbure de calcium que l’eau décompose, aux essences, huiles et pétroles qui surnagent sur l’eau, aux arcs électriques produits par les lignes à haute tension. Dans ce dernier cas, tout liquide conducteur augmenterait le danger.
- Seul le tétrachlorure de carbone (et un ou deux dérivés chlorés de l’éthane) permet d’éteindre les incendies dus aux causes précédentes; il dissout l’acétylène et le rend incombustible en protégeant le carbure de calcium contre toute action de l’humidité ; il dissout l’essence, le benzol, le pétrole, en les rendant incombustibles ; enfin n’étant pas conducteur de l’électricité il permet découper les arcs. Il n’est pas toujours livré sous ce nom. Voici un appareil rempli du liquide (Nafta) (fig. 5) ; YUnic, le Stop, YExcelsior lancent également du tétrachlorure.
- Le Presto est Lun des rares appareils dans lequel l’air comprimé joue le rôle de propulseur.
- Dans un autre appareil le Parfait on a cherché à étouffer la flamme, non plus avec un liquide ni avec une poudre, mais à l’aide d’une écume. Le Parfait est un récipient divisé en deux parties par une cloison verticale. Dans chacun des compartiments se trouve un liquide. Ces deux liquides différents se mélangent entre eux soit en inclinant l’extincteur, soit à l’aide d’une pompe. Il se produit aîors une mousse blanche adhésive. Cette mousse renferme de l’acide carbonique. L’une des solutions est une simple solution d’alun, l’autre est une solution de soude mélangée de carbonate et d’acétate ou d’autres produits formant une écume. Cette mousse visqueuse adhère fortement même contre des parois verticales. Contre les hydrocarbures, les liquides inflammables, cette mousse-est efficace; elle l’est encore dans le cas du carbure de calcium. Elle ne l’est plus dans le cas des arcs entre conducteurs à haute tension où seul le tétrachlorure de carbone ou des mélanges très riches en tétrachlorure, comme le nafta, sont efficaces.
- Nicolas Flajiel.
- LES CIRCONSTANCES ACTUELLES
- complexe. Il a fallu songer à s’organiser de façon à assurer aussi économiquement que possible, et avec les ressources disponibles, l’alimentation des animaux.
- C’est, dans ce but que, dernièrement, le Ministre du Ravitaillement général et le Ministre de l’Agriculture ont adressé des instructions aux préfets en vue d’appeler l’attention des agriculteurs sur l’utilisation de certaines ressources alimentaires qui, en
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- temps normal, sont souvent délaissées, mais qui peuvent être précieuses, dans les circonstances actuelles.
- Quelques données pratiques nous paraissent utiles pour aider à l’interprétation des instructions sommaires dont il s’agit, et permettre de tirer parti d’aliments de remplacement. Mous estimons que, dans les circonstances actuelles, il convient de préconiser surtout l’utilisation de végétaux offerts par les ressources locales, suivant les pays et les situations. Au point de vue économique, c’est d’autant plus à recommander que, depuis le début de la guerre, les prix des denrées achetées au dehors (grains, tourteaux, etc.) ont augmenté dans des proportions énormes. C’est ainsi que le tourteau de palmiste, qui était coté 16 fr. 50 les 100 kg en 1916, a atteint le cours de 43 fr. Bien plus, le manioc, qui valait 20 fr. les 100 kg en 1915, a subi une hausse formidable, atteignant le prix de 175 fr. aux 100 kg. Les pâtissiers ont constaté qu’avec le manioc, ils peuvent faire d’excellents gâteaux. On conçoit qu’en présence de telles majorations de prix, l’éleveur ne peut trouver une solution au grave problème de l’alimentation du bétail qu’en recherchant des substitutions avantageuses par l’utilisation de denrées permettant de composer des rations économiques.
- Dans les contrées où l’ajonc, le genêt, la bruyère croissent en abondance, on ne doit pas négliger de donner ces plantes aux animaux : elles fournissent un bon fourrage à très bas prix. L’ajonc, surnommé à juste titre « luzerne des terres pauvres », peut être consommé pendant toute l'année; c’est une précieuse ressource, surtout comme nourriture d’hiver ayant toutes ses qualités alimentaires à l’époque même où toutes les ressources en fourrages verts sont épuisées. Il convient aussi bien aux chevaux qu’aux bœufs et aux vaches. L’ajonc épineux [UleccEuropeus) contient en moyenne, pour 100 parties, 6,51 de matières azotées, 1,12 de matières grasses, 26,59 de matières hydrocarbonées. Un kg de bon foin peut être remplacé par 2 à 3 kg d’ajonc qu’il faut broyer à l’aide du broyeur d’ajoncs ou du hache-paille, afin d’en émousser ou écraser les piquants ou épines qui garnissent les rameaux. On peut donner aux moutons une ration de 1 kg à
- 1 kg 500 d’ajonc ; aux chevaux 15 à 20 kg; aux bœufs 35 kg ; aux vaches 25 à 50 kg.
- La bruyère, qui végète longtemps sans culture et jusqu’à une époque avancée en saison, contient 3,7 pour 100 de matières azotées, 4,1 de matières grasses, 38,9 de matières hydrocarbonées. C’est un bon aliment d’entretien qui, avec un faible appoint, peut servir de base à une alimentation de production (travail, lait, viande).
- Le genêt (Sarolharnnus Scoparius) est plus riche que la bruyère; 100 kg de genêt représentent
- 2 kg 34 de protéine assimilable, c’est-à-dire autant que dans53 kg de foin de pré de moyenne qualité. En nourrissant avec 30 kg de genêt vert, on a un
- résultat analogue à celui que l’on obtient avec 15 kg de foin de pré. Le genêt se distribue broyé, comme l’ajonc.
- Le gui, plante parasite, peut être utilisé comme fourrage. Les vaches peuvent en consommer au moins 6 kg par jour, sans inconvénient.
- On préconise beaucoup l’emploi des déchets de riz, des farines basses, qui sont les résidus du décorticage du riz. Les Allemands avaient accaparé ces sous-produits pour nourrir leur bétail. Notre colonie d’Indo-Chine en expédiait, avant la guerre, des centaines de mille tonnes à Hambourg, chaque année. Avec 100 000 t. de farines bises de riz, 10 000 t. de tourteaux d’arachides, Userait possible de conserver 400 000 porcs pendant le temps suffisant pour augmenter leur rendement de 10000 t. de viande nette.
- Le décorticage du riz étant pratiqué dans d’importantes usines françaises (à Dunkerque, Le Havre, Nantes, Bordeaux, Marseille, Pont-à-Mousson, Paris), on obtient suivant la nature du riz traité et les procédés d’extraction, des farines de différentes qualités que l’on peut faire entrer dans la ration des animaux en substitution du manioc et d’autres denrées d’un prix trop élevé. Lorsqu’on veut recourir aux aliments de substitution, on doit tenir compte des équivalents nutritifs. Par exemple, 5 kg de foin peuvent être remplacés par 5 kg de paille, pour fournir, à l’estomac, le lest; et pour avoir une ration suffisamment riche en principes nutritifs, on ajoutera 800 gr. de féveroles.
- Il faut environ 25 kg de matière sèche par 1000 kg de poids vif, pour les animaux de travail et 28 à 29 kg pour des vaches laitières fournissant, en moyenne, 10 litres de lait par jour. Les farines basses de riz ou brisures de riz, les remoulages, issues, fournissent l’unité nutritive à bas prix.
- Les féveroles contiennent 89,3 pour 100 de matières azotées, 73,35 pour 100 de matières ternaires; leur valeur nutritive, exprimée en amidon, pour 100 parties, est de 66,6. En donnant 500 gr. de fèves en remplacement de 1 kg d’avoine, non seulement on a un excédent de matière azotée et un potentiel énergétique élevé, mais encore on réalise une sérieuse économie. Dans les contrées de l’ouest, notamment, on peut utiliser le sarrasin ; dans celles du Midi, le millet dont la composition se rapproche de celle du maïs ; ce grain est riche en matières azotées et matières grasses. On doit mentionner de même le sorgho.
- Bien souvent, dans les années de surproduction, de grandes quantités de châtaignes sont perdues pour l’alimentation humaine faute d’avoir été récoltées en temps utile pour cet usage. Il y a double intérêt à en nourrir le bétail, mais pour parer à la pauvreté de ces fruits en azote, il faut leur associer un aliment concentré, riche en azote, par exemple, les féveroles ou les fèves. On distribue, aux porcs, les châtaignes crues et égrugées, ou cuites, soit par tête et par jour, 2 kg de châtaignes égrugées, avec
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- 800 gr. de débris de triperie et 3 litres d'eaux grasses. Aux moutons, une ration de 3 litres de châtaignes égrugées, avec 1 kg 500 de foin. La valeur alimentaire de la châtaigne se rapproche sensiblement de celle de l’avoine. En tenant compte des coefficients de digestibilité, on a, en unités nutritives, pour 100 gr. d’aliment, 65,2 avec l’avoine et 65,53 avec la châtaigne. La substitution peut donc se faire à poids égaux, soit, pour la ration du cheval, 500 gr. ou trois quarts de litres de châtaignes pour remplacer 500 gr. ou un litre d’avoine; les chevaux et les mulets consomment les châtaignes concassées et mélangées avec l’avoine.
- Les caroubes constituent une ressource appréciable, un aliment sucré de choix, surtout les caroubes provenant de Chypre, de Grèce et d’Algérie. A Gibraltar, à Malte et en Égypte, les beaux mulets de l’armée anglaise sont nourris avec un mélange de caroubes et de fèves. L’analyse des caroubes indique la composition suivante, pour 100 parties : matières azotées 4,31; matières grasses 0,54; sucre de canne 30,10; glucose 14,55; matières hydrocarbonées et cellulose 32. Les 100 kg de caroubes équivalent à 400 kg de maïs vert. On peut en donner une ration journalière de 5 à 4 kg aux bovins; 0kg500 aux moutons; 0kg300 a 0kg400 aux porcs. Une bonne ration pour les vaches laitières est ainsi composée : 4 kg de caroubes avec 8 kg de foin et 2 kg de son ; pour les chevaux : 5 à 6 kg de caroubes avec 4 à 6 kg d’avoine, 6 à 8 kg de foin et 1 à 2 kg de son; pour les moutons : 1 kg de caroubes cuites, avec 0 kg 600 de pulpes de sucrerie desséchées et paille en proportion indiquée par l’appétit des animaux.
- Dans les pays de vignobles, on a une ressource notable offerte par les marcs de raisins, qui conviennent aux bœufs, chevaux, mulets, moutons et .porcs. A poids égal, la valeur alimentaire de ces résidus de la vendange'est la moitié de celle du foin de pré; 1000 à 2000 kg de marc frais peuvent remplacer 330 à 660 kg de bon foin. Les chevaux et mulets peuvent recevoir, par jour, 8 à 10 kg de marc frais, non distillé ni lavé, avec 1 à 2 kg de son, le tout humecté d’eau, et en complément, 4 à 5 kg de luzerne sèche et 2 à 3 kg d’avoine. Aux bœufs à l’engrais, on donne même dose de marc, avec 2 kg 500 de tourteau d’arachides, le tout détrempé dans l’eau, et 8 kg de luzerne. Aux moutons : 2 à 3 kg de marc frais, avec 1 kg de tourteau de sésame et 2 à 3 kg de menue paille. Aux porcs : 5 à 10 kg de marc détrempé et mélangé à du son et autres aliments de ce genre.
- Dans les régions cidricoles, on a les marcs de pommes, à introduire pour un tiers dans l’alimentation des animaux de ferme, les marcs frais ou bien conservés en silos, cuves ou même en futailles, la masse étant bien tassée, et additionnée de 1 à 2 kg de sel par 100 kg de marc, que l’on distribue après l’avoir délayé dans l’eau chaude, puis saupoudré de son ou de tourteau et mélangé avec du
- foin ou de la paille hachés, des féveroles, des recoupes ou des écorces de féveroles ramollies dans l’eau salée (30 litres d’eau par 100 kg d’écorces).
- Voici quelques types de rations pour bêtes bovines du poids moyen de 450 kg : marc de pommes 11 kg; paille hachée ou menue paille 5 kg500; tourteaux, farine d’orge ou son 1 kg 500; sel 15 gr. Ration pour vaches : marc de pommes 10 kg; betteraves 10 kg; paille hachée 6 kg; glands concassés non décortiqués 5 kg.
- Ces diverses denrées, mélangées ensemble, seront distribuées en trois ou quatre repas, chaque jour.
- Les jeunes pousses et les feuilles d’arbres (orme, tilleul, charme, saule, peuplier), à égalité d’hydratation, ont une teneur en principes nutritifs voisine de celle du foin de qualité moyenne. Pour un poids vif de 500 kg, on peut donner aux chevaux, la proportion de 8 kg environ de feuilles vertes ou 4 kg 500 de feuilles sèches, associées à de la paille hachée, de l’avoine ou de l’orge, et du son. Aux bêtes bovines : 7 kg 500 de feuilles sèches avec 1 kg de paille d’avoine; ou bien 13 kg de feuilles vertes, avec 1 kg 500 de cette paille.
- En ce qui concerne l’utilisation des sarments de vigne comme fourrage, nous avons déjà donné ici des indications pratiques (*)•
- Pensons aussi à utiliser les marrons d’Inde que trop souvent on laisse perdre, alors qu’ils peuvent nourrir les chevaux et le bétail, sauf, cependant, les porcs, qui les refusent, et les volailles, pour lesquelles ce fruit est vénéneux. Les marrons d’Inde peuvent être distribués cuits ou bien à l’état frais ou desséchés et hachés, puis mélangés à d’autres aliments. Ce sont les moutons qui profitent le plus des marrons d’Inde frais, à raison de 500 gr. équivalant à Lkg500 de betteraves fourragères; la dose peut aller jusqu’à 5 kg maximum. Pour les bœufs soumis à l’engraissement, la ration est de 2 à 3 kg de marrons cuits. On voit que les marronniers de nos promenades et jardins publics peuvent fournir une ressource fort utile à l’alimentation du bétail.
- Il en est de même des glands, à distribuer dans les proportions suivantes : 4 kg de glands frais pour un cheval de 500 kg, une vache laitière de 500 à 600 kg, 6 kg pour un bœuf de 600 à 700 kg, 800 gr. pour un mouton; 1kg300 à 1kg500 pour un porc.
- Lorsqu’on emploie les glands secs, la ration doit être réduite à 2 kg 500 pour les chevaux et les vaches; 3 kg500 pour les bœufs; 500 gr. pour les moutons et 800 gr. à 1 kg pour les porcs; 4 litres de glands équivalent à 2 litres d’avoine, dans la ration du cheval; après un mois d’emploi continu, on suspend ce régime alimentaire pendant une semaine. De même qu’aux bovins, on donne les glands crus, concassés et débarrassés de leur écorce, tandis qu’on les réduit en farine grossière
- 1. Voy. La Nature, n° du 3 octobre 1908.
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- LA PLUS PUISSANTE LOCOMOTIVE DU MONDE .223
- ou on les fait cuire avec des tubercules ou des racines lorsqu’on veut les faire consommer par les porcs. Ces animaux consomment aussi les roseaux coupés avant floraison, séchés et moulus, ainsi que le contenu de la panse des bovins abattus, mélangé à raison de 100 kg avec 20 litres de sang, 20 kg de tourbe mélassée, et 1 kg 500 de sel. Ce mélange a une valeur nutritive équivalente à celle de 400 kg de pommes de terre.
- Un autre mélange — que les Boches ont imaginé pour nourrir les porcs, et dont la valeur nutritive serait comparable à celle d’un mélange de fèves et de vesces concassées — est constitué par les déchets de peaux provenant des tanneries. Ces déchets, réduits en farine, fournissent un aliment concentré, riche en azote (55 pour 100 de matière azotée, 21 pour 100 d’hydrates de carbone, 26,5 pour 100 de matières grasses) ; le porc peut en consommer 500 à 750 gr. par jour.
- Les farines de poisson, qui contiennent, suivant leur origine, de 50 à 70 pour 100 de protéine-albumine, 5 à 12 pour 100 de matières grasses, et jusqu’à 28 pour 100 de phosphate, sont bien acceptées, comme aliment complémentaire, et en mélange avec d’autres aliments usuels. Les porcs en sont très friands. Cette farine, distribuée à la dose de 100 à 200 gr. par jour, les engraisse rapi-
- dement, sans agir défavorablement sur la qualité de la chair et du lard. Par 1000 kg de poids vif, les boeufs peuvent en recevoir 1 kg 500 à 2 kg par jour; les vaches 2 kg à 2 kg500; les veaux d’un an, 500 à 550 gr. ; les moutons 100 à 200 gr. par 100 kg de poids vif; les volailles, au maximum 10 pour 100 du poids des aliments, pour les sujets adultes ; 5 pour 100 pour les jeunes.
- En réservant pour les besoins de l’armée les 500000 t. de fourrage dont elle a besoin pour l’entretien de la cavalerie, c’est, au minimum, 45 millions de francs que les agriculteurs auraient à se partager pour acheter des aliments de substitution; ainsi seraient conciliés les intérêts de la Défense nationale avec ceux de l’agriculture et de l’élevage.
- Dans tous les cas, c’est en faisant, dans les circonstances actuelles, tous les efforts nécessaires pour tirer parti de toutes les substances, de tous les produits, sous-produits et résidus utilisables dans l’alimentation du bétail; c’est en s’appliquant, notamment, à mettre judicieusement en œuvre les ressources agricoles locales, que l’on assurera, dans des conditions aussi économiques que possible, la progression des entreprises zootechniques et, par suite, la. prompte reconstitution du cheptel national. Henri Blin.
- LA PLUS PUISSANTE LOCOMOTIVE DU MONDE
- Le chemin de fer de Virginie a récemment fait construire par ies Baldwin Locomotive Works de Philadelphie une locomotive compound articulée, du type Triplex, qui est la plus puissante du monde actuellement. Elle constitue un progrès par rapport à celle que les ateliers Baldwin livrèrent en 1914 à l’Erie Piailroad, et dont M. R. Bonnin a donné une description dans la Nature du 1er mai 1915 (n° 2170, p. 295).
- Elle possède en tout trente roues, dont vingt-quatre motrices. Celles-ci sont groupées par huit en trois trucks sur lesquels se répartit la majeure partie du poids de là machine et du tender. Leurs roues ont 1 m. 422 de diamètre, l’empattement d’un groupe a 4 m. 648, tandis que. l’empattement total des essieux moteurs atteint 20 m. 599 et celui de la locomotive avec son tender 27 m. 815. La locomotive est supportée à l’avant par un bis-sel, tandis qu’à l’arrière la grande longueur du tender a conduit à prévoir un bogie porteur à quatre roues.
- La locomotive est compound et à surchauffe. En marche normale, la vapeur vive est amenée aux deux cylindres du groupe moteur médian, tandis que les cylindres des groupes extrêmes reçoivent la vapeur basse pression provenant des cylindres haute pression. La vapeur d’échappement des
- cylindres basse pression du groupe avant est éva-cuée par la cheminée et produit le tirage. Celle du groupe arrière réchauffe l'eau d’alimentation dans le tender, puis sort par une petite cheminée auxiliaire prévue à l’arrière du tender.
- Aux démarrages, les six cylindres reçoivent de la vapeur haute pression pour augmenter notablement l’effort de traction. Puis, automatiquement, grâce à une triple valve spéciale, la locomotive fonctionne en compound. Le mécanicien peut faire marcher sa machine en simple expansion en cas de besoin, par la commande d’un servo-moteur prévu sur la valve.
- Lorsque la locomotive marche avec le régulateur fermé, le mécanicien peut admettre de la vapeur saturée dans les cylindres haute pression, grâce à un petit tuyau commandé de la plate-forme.
- Les cylindres sont tous du même type : diamètre de 0 m. 864, course des pistons de 0 m. 813. Ils sont pourvus de tiroirs cylindriques de 0 m. 356 de diamètre. La distribution est du système Baker, le renversement de marche est obtenu par le mécanisme Ragonnet.
- La chaudière, timbrée à 15 kg 1, a une longueur de plus de 9 m. et un diamètre extérieur de 2 m. 540 à la troisième virole. Son axe est à 3 m. 277 au-dessus des rails. Le sommet de la cheminée est à
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- 5 m. 131 au-dessus des rails. La locomotive a une longueur totale (sans tampons) de 31 m. 566.
- La surface de chauffe atteint 752 m2 58. On compte 65 tubes de 140 mm. et 565 tubes de 57 mm. et de 7 m. 62 de long. Le surchauffeur comprend 65 e'iéments, d’une surface totale de 191m2 28.
- La boîte à feu, du type Gaines, a une longueur intérieure totale de 4 m. 775, dont 3 m. 658 sont occupés en arrière par la grille. Celle-ci a une surface de 10 m2 52. La partie antérieure de la boîte à feu sert de chambre de combustion, avec paroi transversale et voûte en briques réfractaires. Celle-ci s’appuie aux tubes à eau et l’air chaud est admis
- métal employé. On a donc eu recours dans une large mesure à l’acier chromé, à l’acier au vanadium, à la fonte au vanadium (qui a servi à faire les cylindres). Ceci explique pourquoi cette locomotive, bien que plus longue et plus haute que celle de l’Erie, est légèrement moins lourde.
- L’effort de traction atteint 75 t. La puissance de la machine s’élève à près de 4400 chevaux, si on admet une consommation moyenne horaire de 500 kg de charbon par mètre carre de surface de grille et une dépense de 1, 2 kg de charbon par cheval-heure. Cette puissance est très notablement supérieure à celle de la locomotive 2-8-8-8-2 de l’Erie, qui était de 5500 chevaux.
- r-
- La nouvelle locomotive du chemin de fer de Virginie,
- en dessous par des conduits verticaux disposés dans la paroi.
- Un chargeur mécanique, type Street, assure l’alimentation du foyer en combustible.
- Le tender peut porter 20 tonnes de charbon. Son réservoir à eau a une capacité de 50 m3 : c’est certainement l’un des plus grands qu’on emploie actuellement pour une locomotive. L’alimentation en eau de la chaudière est assurée par une pompe placée entre le réservoir d’eau froide et le réchauffeur, et par deux irijecteurs de secours.
- Le châssis de la locomotive est articulé et établi de telle sorte qu’il présente une flexibilité dans le sens horizontal et dans le sens vertical.
- La locomotive a un poids total de 385 t. et un poids adhérent de 529 t. On s’est particulièrement attaché à réduire le poids du mécanisme, dans les limites permises par les qualités de résistance du
- La locomotive que nous venons de décrire a été étudiée en vue de son emploi sur la section de ligne de 22 km d’Elmore à Clark’s Gap, qui offre une rampe continue de 2,07 pour 100. Elle est à voie unique et l’étroitesse de la vallée empêche tout travail de doublement, à moins de frais exagérés. De nombreuses courbes de sens inverse s’y succèdent et ne sont souvent séparées que par 20 m. de voie en alignement droit. Les trains de charbon sont remorqués par une locomotive Mallet 2-6-6-2 en tête et la locomotive Triplex en queue. Un train d’essai de 34 wagons de 12 m. 80, pesant en tout 2600 t., a gravi la rampe de 22 km en 2 heures. La machine Triplex a consommé pour ce trajet 7620 kg de charbon et 45 m3 d’eau.
- Cette machine est tellement longue qu’elle ne peut être tournée que sur une voie en triangle.
- Lucien Pahin.
- Le Gérant : P. Masson. — lmp. Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 2298.
- 13 OCTOBREj 1917
- Les laboratoires nationaux d’industrie.
- Fig. i. — Vue d’une partie des bâtiments du « Bureau of Standards ». De gauche à droite : Pavillon des recherches de l’ingénieur; pavillon de physique; pavillon de l'air liquide;
- pavillon de mécanique.
- Les 5 et 6 avril 1916 l'United States Coasl and Geodetic Survey célébrait le centenaire de sa fondation par le président Jefferson. Parmi les communications qui furent faites à cette occasion, l’une émanait du Dr Samuel Wesley Stratton, directeur du Bureau of Standards. De cette « adress », il appert que le Bureau en question est un rameau détaché du Coast and geodetic Survey. Ce rameau a été replanté parle Congrès en 1901, et est devenu lui-même un arbre gigantesque dont les branches et les racines s’étendent sur tout l’immense domaine de PUnion américaine.
- Le souci des mesures précises, de la conservation de leurs étalons fondamentaux, de leurs méthodes d’application s’était déjà manifesté dans les messages de Georges Washington. Il put enfin être satisfaitlorsquele suisseFerdinand Rudolphflassler, — dont le projet avait été adopté par le gouvernement américain — fut appointé comme premier superintendent de cet important service. Un des premiers soins deHassler, qui était un métrologiste de tout premier ordre, fut en effet de se procurer en Europe les meilleurs étalons qu’il était alors possible de rencontrer. Parmi ces étalons figurait au premier rang un mètre de Lenoir dont le certificat, signé de Bouvard et d’Arago, le 16 mars 1815, spécifie une différence en moins de un centième de
- 1. Un mot d'explication est nécessaire à propos de la conservation dans cette noie des titres anglais et en particulier de celui de Bureau of Standards. Tradutore traditore, dit un proverbe consacré par une longue pratique. Le mot Standard est un de ceux qu’il est le plus difficile de traduire sans trahison? Evidemment nous aurions pu écrire a Bureau des Étalons ». Mais c’était d’abord braver la plaisanterie facile et le mauvais calembour. C’était surtout donner une idée
- millimètre par rapport au mètre de VObservatoire de Paris. Ce mètre était accompagné d’une toise, également de Lenoir et contrôlée par les deux astronomes parisiens, et d’une série de poids de Fortin. Quelques années plus lard un autre kilogramme fut lourni par Arago et servit de type depuis 1821 jusqu’en 1890, date à laquelle l’État américain fit acquisition d’un mètre et d'un kilogramme en platine iridié, établis sous le contrôle du Bureau international des poids et mesures.
- A cette époque lointaine, la dotation du Coast and Geodetic Survey n’était pas considérable : aujourd’hui elle dépasse 6 millions de francs; lorsque Hassler fut appointé, en 1916, le budget proprement dit du Survey se montait exactement à 5000 dollars, — 25 000 francs, — dont 5000 pour les services du nouveau fonctionnaire et 2000 pour ses dépenses personnelles! Il faut dire que Ilassler avait le droit de faire appel aux agents des corps de la Marine et des Ingénieurs. Ses collaborateurs toutefois continuaient à être payés par leurs administrations respectives. La situation a changé. Le Bureau of Standards, fils du Survey, dispose d’un budget personnel qui équivaut presque à celui de son père et qui s’accroît rapidement chaque année pour satisfaire aux exigences des divers services d’utilité publique.
- imparfaite il’un établissement dans lequel la conservation de mesures et l’étalonnage des pièces de référence n’est qu’une partie de l’immense labeur que constitue l’étude scientifique et technique de tout ce qui se rapporte aux mesures, quelles qu’elles soient. Ce labeur est défini nettement par ces deux mots qui n’ont pas besoin de traduction : routine, pour les essais et vérifications; et research, pour les travaux d’investigation?
- 45° Année. — 2' Semestre.
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- 226 ===== LE « BUREAU OF STANDARDS », DE WASHINGTON
- Ces accroissements se justifient par un argument qu’il me semble intéressant de résumer ici et que je découpe dans le dernier Rapport du Dr Stratton. Il serait fort à souhaiter que nos bureaucrates en fissent leur profit — et le nôtre !
- On dépense annuellement aux États-Unis, 2 milliards de dollars par an pour les services d'utililé publique (gaz, téléphone, électricité sous toutes ses formes et applications, etc.). Les États particuliers entretiennent pour 4 millions de dollars de commissions, sans lien entre elles. Les villes suivent l’exemple des États dans des conditions aussi très onéreuses. Il y a des quantités de doubles emplois et de contradictions qui disparaîtraient naturellement le jour où le Bureau of Standards sera en
- mesure de centraliser, codifier, standardiser tous ces efforts particuliers et non convergents. Si l'on évalue à 5 pour 100 Véconomie pouvant résulter pour le pays de cette centralisation, c'est au total 100 millions de dollars qui rentreront dans la poche des contribuables, ou plutôt cesseront d'en sortir. Et ce service de 100 millions de dollars, le Bureau le rendra moyennant 55 000 dollars, ajoutés aux 55 000 qui constituent sa dotation actuelle pour ce chapitre. Cette augmentation de 55 000 dollars ne chargera chaque contribuable que de un sou en moyenne, alors qu'elle lui en fera économiser cent? Voilà un argument irréfutable. Et qui sera sûrement entendu par le Congrès d’une oreille favorable.
- L’activité du Bureau of Standards se répartit en huit sections principales : poids et mesures, chaleur et thermométrie, électricité, lumière et optique, chimie, recherches et essais du domaine de l’ingé-
- nieur, métallurgie, matériaux de construction. Il dispose de cinq laboratoires à Washington et de trois laboratoires annexes à Pittsburgh et à Nor-thampton (Pensylvanie), et à Charleston dans la Calorine du Sud.
- De par l’Acte organique de sa constitution en 1901 ses fonctions consistent dans la conservation des étalons de mesure, leur comparaison, leur construction, la vérification des appareils employés dans l’industrie, les recherches techniques ou scientifiques relatives à la précision des mesures, la détermination des constantes physiques et des données métrologiques fondamentales, la détermination des propriétés des matériaux industriels.
- C’est un domaine extrêmement vaste, surtout depuis que la dénomination de poids et mesures ne comprend plus seulement les longueurs, surfaces, volumes et poids, mais l’électrométrie, la thermométrie, la photométrie, la cryo-métrie, etc. Aussi est-ce avec juste raison que le Bureau of Standards estarrivéà se considérer comme une chambre de compensation de l'information technique (a clearing house for
- technical information).
- Tout n’est-il pas
- d’ailleurs dans le monde une question de mesure?
- Pour remplir ces
- multiples fonctions le Bureau disposait en 1911 de 286 employés. En
- 1916 il en avait 415.
- Et en 1916 le Dr Stratton en réclame d’autres,, et de toute extrême urgence !
- Avant de faire une excursion dans les différentes sections, faisons cette remarque indispensable que les divisions que nous venons d’énumérer ne constituent pas des cloisons étanches, mais qu’entre elles, il existe de nombreuses portes de communication, toutes les portes nécessaires. C’est ainsi, pour prendre un seul exemple, que, dans la division de l’électricité, on s’occupe à la fois de l’étalonnage des mesures électriques, des constantes électriques, des propriétés électriques des corps, et de l’exécution du matériel électrique.
- C’est un avantage évident du système de centralisation et d’intercommunication des divisions respectives, de supprimer les doubles emplois et de permettre le développement intégral de chaque
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- laboratoire. De cet avantage ne peuvent naturellement pas bénéficier les établissements à buts restreints et trop spécialisés. Cela en vertu de ce principe économique, jamais en défaut, que cent vaut plus que dix fois dix! Autrement dit, que dix établissements isolés disposant chacun d’un budget de 10000 fr. sont incapables de faire ce que fera un seul établissement disposant de 100 000 fr. Etant donné, bien entendu, que, au point de vue administratif et directorial, chaque établissement puisse compter sur une compétence.
- Rien ne donne une idée plus adéquate de l’importance d’un établissement que la photographie. Les vues que nous reproduisons ici sont bien de nature à mettre en relief l’extrême diversité des travaux exécutés au Bureau of Standards. On y
- cules, 201 (61 pour 100) furent reconnues défectueuses! En vue de faciliter la vérification, on a construit également une dizaine d’appareils de second ordre, calibrés avec une tolérance de 1 pour 10 000 seulement. On étudie en ce moment l’extension du service aux élévateurs de grain.
- Notons en passant que ces grosses bascules rentrent dans le domaine de la section des poids et mesures, celles o'ù l’on emploie les balances de précision, et où, dans les étalonnages de longueur, le millième de millimètre est l’unité fondamentale!
- Notons également que dans cette section, le système métrique est l’objet d’une propagande assidue et efliciente. Le Bureau a publié une brochure descriptive des principes du système et une carte graphique destinée aux écoles. Ces deux documents
- Fig'. 3. — Le kilogramme étalon du « Bureau oj Standards » (copie n° 20 du kilogramme étalon type du pavillon de Breteuil).
- évolue entre l’infiniment petit et l’infiniment grand.
- La figure formant la couverture de ce numéro de La Nature représente un instrument de vérification de poids. Mais quelle différence avec une balance de précision de laboratoire ! 11 s’agit ici de vérifier les bascules de chemin de fer et d’autres grands établissements industriels. Des poids en forme de parallélépipèdes rectangles, tarés à 10 000 livres — environ 4500 kg — se rangent pour ainsi dire automatiquement sur le truc qui leur sert de support, de manière à former un bloc de 100 000 livres. Ici, on se moque de l’atmosphère et de ses dépressions ou surpressions : l’appoint se fait avec de petits poids de 2500 livres !
- Une voiture spéciale transporte ce matériel dans les points de l’Union où l’on a besoin de vérification. Au cours du dernier exercice, 525 grandes bascules ont été soumises au contrôle qui fonctionne avec une tolérance de 2 pour 1000. Un chiffre montrera la grande utilité de ce contrôle. Sur ces 325 bas-
- sont fort demandés. D’autre part, la circulaire n° 47, éditée en 1915, donne de nombreuses tables pratiques permettant la transformation des mesures américaines en mesures métriques et réciproquement. Enfin la onzième conférence annuelle des poids et des mesures, dont le compte rendu a été publié cette année même par le Bureau, a émis un vote recommandant l’adoption du système métrique et adopté une résolution chargeant sa commission spéciale d’une propagande active dans les journaux de toute nature.
- Yoici d’autres appareils servant également à*des déterminations de mesures précises, mais qui sont du ressort d’une autre section, celle de l’Électricité dont le domaine est devenu immense. Ils servent à la détermination de la valeur absolue de l’unité d’intensité du courant électrique. On y utilise les déplacements de ces petits miroirs galvanométriques si sensibles que, dans ces dernières années, on a appliqués à l’inscription des signaux horairës de la
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- Tour Eiffel, et au moyen desquels on prétend photographier le millième de seconde T Nous sommes ici dans le fin du fin. Alors que la mesure des courants de haute tension nous rapproche des effets de la foudre.
- Nous appellerons l’attention sur les deux gravures représentant les puissantes machines en service pour l’étude de la résistance des matériaux à l’écrasement et à la compression. Cette partie des fonctions du Bureau des Standards a pris une très grande extension. On le conçoit sans peine dans un pays où les maisons semblent menacer le ciel et abritent parfois des milliers de vies humaines. Aucune précaution n’est négligeable dans la construction.
- Près de 175 000 essais de matériaux de construction ont été faits en 1916! Et parmi ces essais ceux des piles de maçonnerie et des colonnes ou poutres métalliques frappent par les installations gigantesques qu’ils ont nécessitées.
- L’essai des colonnes métalliques s’exécute en collaboration avec les deux puissantes Associations des Ingénieurs civils et des Ingénieurs de chemin de fer. Le but de ces essais est de déterminer la meilleure forme de section transversale à donner à ces pièces métalliques de soutien et à vérifier les formules en usage dans le monde de l’ingénieur. Dans la gravure que nous reproduisons la pièce soumise à l'écrasement est une poutre métallique dont on aperçoit le commencement de lléchissement.
- Dans la figure 4 nous voyons le grand compresseur de 10 000 000 de livres opérant sur un pilier de briques de un mètre carré de section.
- Écrasement et compressions conduits méthodiquement sur des types dont la variété n’a pas de limites faciliteront la codification des règles générales de la construction, donneront naissance à des circulaires nouvelles, et permettront d’établir de ces équations empiriques dont en 1915, M. Buckingham donnait quelques échantillons typiques dans une remarquable étude.
- La figure 6 représente une autre grande machine de la même section. C’est une machine à papier
- permettant de faire en grand des recherches expérimentales sur le papier dont le rôle est devenu si important dans toutes les branches de l’activité humaine. Ici, comme dans toutes les autres sections, la recherche scientifique marche de pair avec l’essai industriel. Les jugements rendus sur la qualité et la valeur d’un papier sont assis sur le témoignage de la science et non plus sur le jugement d'un expert. L’analyse chimique et microscopique, les diverses expérimentations relatives à la résistance, à la force, au poids, à l’état hygrométrique, à l’action de la lumière, des matières colorantes, l’étude comparative du papier de cellulose et du papier de coton et de lin se poursuivent parallèlement de manière à permettre l’établissement d’un véritable Code du papier.
- Dans un ordre d’idées tout à fait différent, le bureau poursuit l’établissement d’un Code de sécurité pour le gaz et l’électricité. L’importance de ces deux questions n’a pas besoin d’être soulignée. Pour le gaz, les travaux d’investigation et de recherches se poursuivent en étroite communion d’action avec les grands établissements : l’A-merican Gas Institute, la National Commercial Gas Association, The Natural Gas Association of America, The National Fire Protecting Association, the American Institute of Architects, the National Safety Council et the National Association of Masters plum-biers. Cette énumération est caractéristique de l’esprit qui inspire le Bureau. C'est un esprit d'étroite collaboration entre Vélément scientifique investigateur et l'élément technique poseur de problèmes et applicateur de solutions pratiques.
- Cette collaboration des Compagnies, des Associations et des Commissions de l’État avec le Bureau a permis déjà l’établissement du Code de sécurité de l’électricité. Il est à peine besoin de faire remarquer la haute importance des circulaires issues de cette collaboration. Chaque année on peut compter un nombre effrayant de décès, de destructions ou d’accidents, dont les causes résident uniquement dans l’ignorance, la négligence ou les fautes plus ou moins grandes des constructeurs, des installa-
- . Fig. 4. — La presse de 4500000 kilogrammes pour essais à la compression. Essai d’un mur en brique de 1 m* de section.
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- teurs ou des usagers Parmi les causes d’accidents graves et nombreux, le Dr Stratton signale particulièrement les phénomènes d’électrolyse. Rien qu’en tuyaux de gaz et d’eau l’Union a, dans le sol, un capital enfoui de 7 milliards et demi. On estime qu'il se perd bon an mal an, par fuites simplement, pour 200 millions de francs de gaz et d'eau. On n’a pas de moyen d’apprécier la valeur des conduites abîmées ou détruiLes prématurément; mais si l’on remarque que, dans le capital tuyau évalué ci-dessus ne figurent pas les cables électriques, on peut s’imaginer que cette valeur doit être fort importante. Fort importants seront également les travaux et les circulaires permettant de réduire au minimum ces pertes, destructions et altérations.
- Les pertes de vies humaines et de matériel ou de propriétés dues aux accidents électrolytiques sont d’ailleurs largement surpassées par celles imputables au feu. Le rapport du D1' Stratton évalue ces dernières à 1500 millions de francs par an, soit par tête dix fois plus qu’en Europe, malgré de nombreuses précautions déjà prises. Aussi conçoit-on la nécessité de développer les études susceptibles d’atténuer un semblable déchet. En présence d’un chiffre pareil, le doublement du fonds de protection inscrit au titre de recherches pour la protection contre le feu apparaît comme un excellent placement.
- Parmi les sujets nouveaux sur lesquels s’exercera maintenant aussi l’activité du Bureau il faut noter spécialement l’étude si importante du verre d’optique et celle des dépôts électrolytiques d’enduits métalliques. Sur les deux points le dernier rapport du Dr Stratton appelle toute l’attention du Congrès.
- Le Bureau of Standards joue un rôle important dans le monde scientifique et technique par ses publications. Tout d’abord il édite un Bulletin dont 15 volumes sont déjà parus, renfermant 295 mémoires. Ces mémoires sont aussi publiés isolément sous le titre général de Scientific Papers. A côté, il paraît de temps en temps deux autres catégories de travaux sous le titre de Technological Papers et de Circulars.
- Dans les Scientific Papers est exposée l’œuvre de recherche scientifique du Bureau en ce qui concerne les étalons, les instruments, les méthodes de mesure et les constantes physiques. Les Techno-
- logical Papers se réfèrent plus spécialement aux applications de la science à l'industrie. Quant aux Circulars, ce sont des sortes de codifications des méthodes d’essais, des propriétés des matériaux de construction, de la législation des Poids et Mesures, des règles et des spécifications consacrées sur tel ou tel sujet important.
- La diffusion de ces trois catégories principales de documents imprimés est complétée par une active correspondance et par des communications verbales données libéralement aux intéressés, tels que manufacturiers, experts techniques, etc.
- Dans ces conditions, le Bureau nous apparaît comme un organisme national de la plus haute utilité pratique. Et on conçoit que la sollicitude officielle s’exerce largement à son endroit.
- Il convient de noter que la très grande partie des essais ont été faits pour l’Etat américain ou les Etats particuliers composant la Fédération. La part du public n’entre encore que pour un vingt-deuxième dans le total des recettes de ce chef, mais le public bénéficie largement de tout le travail scientifique et technique du Bureau, travail qu’aucune industrie particulière ne pourrait raisonnablement assumer. En somme, le Bureau joue vis-à-vis de l’industrie américaine le rôle que tiennent aux États-Unis vis-à-vis de l’agriculture les grands Bureaux du Département fédéral agricole.
- Nous pouvons à ce propos rappeler en passant que le Département de l’Agriculture fédérale américaine dépense des sommes considérables à titre de subventions. Nous pouvons bien dire en particulier que les 52 stations agronomiques des États-Unis disposent d’un revenu total annuel de près de 26 millions de francs — dont 7 millions fournis par la Confédération et 15 millions par les Étals
- Fig. 5. — La machine d’essai de un million de kilogrammes. * Essai à l’écrasement d’une colonne d’acier.
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- particuliers — alors que les stations françaises en nombre au moins égal reçoivent en tout et pour tout de l’État en 1915, 359 700 francs!
- Dans une note publiée il y a quelques mois par le Bulletin de la Société d'encouragement, M. le général Sébert expliquait par l’insuffisance des fonds la périclitation d’un de nos plus intéressants laboratoires nationaux, celui du Conservatoire des arts et métiers. Il peut paraître extraordinaire que dans un pays dépensant un aussi gros budget que la France avant la guerre, un établissement important
- D’où il résulte que chaque station devient anémique et rachitique, la quotité de chaque subvention diminuant au fur et à mesure qu’augmente le nombre des participants.
- Aux États-Unis il en va différemment. On y pratique ce que j’appelle une centralisation décentralisatrice. C’est l’estomac central qui se charge d’envoyer aux membres les éléments dont ils ont réellement besoin, après avoir prélevé ce qui est nécessaire à son propre développement. Et il arrive qu’avec ce système les membres se trouvent beau-
- Fig. 6. — Machine à fabriquer le papier construite spécialement pour les recherches sur le papier.
- et utile en soit réduit à fermer ses portes faute de quelques centaines de mille francs. Cela est pourtant la conséquence naturelle d’une organisation politique dans laquelle le département et l’arrondissement, divisions arbitraires, découpées dans le territoire parfois en dépit du bon sens, jouent un rôle de premier plan au détriment de l’organe central, comme dans la fable de La Fontaine, les membres en voulurent jouer vis-à-vis de l’estomac.
- Notre bon fabuliste disait malicieusement :
- Tout petit prince a des ambassadeurs Tout marquis veut avoir des pages.
- Aujourd’hui nous pourrions donner la réplique :
- Chaque département exige sa station Tout arrondissement veut sa subvention !
- coup mieux partagés que chez nous où ils se servent en quelque sorte eux-mêmes.
- Le National Bureau of Standards est un exemple frappant de l’exactitude de cette conception. Il a quinze ans d’existence, et son budget de recettes se montait à ‘J 938 555 francs en 1914. Il était de 3 476478 francs en 1915 et atteignait 5 011 700 fr. en 1916! Sur ce dernier chiffre les traitements et salaires figurent pour I 548 427 francs!
- Il y a là de quoi faire rêver les fonctionnaires de nos bonnes vieilles bureaucraties françaises dont certaines commencent à peine à s’apercevoir que nous sommes en guerre.
- L’échelle des traitements du personnel scientifique présente les échelons suivants :
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- Les assistants de laboratoire (junior scientific men, laboratonj assistants) reçoivent de 6000 à 6250 francs.
- Les physiciens et chimistes adjoints (associate physicists ou chemists) de 10 000 à 15 000 francs.
- Les physiciens et chimistes titulaires (physicists, • chemists) de 15 000 à 20 000 francs.
- Ces traitements sont considérés comme insuffisants et le Dr Stratton en réclame le relèvement dans les Recommendations qui terminent le Rapport de 1916. Je cite textuellement ses paroles :
- « Jamais la demande de personnel scientifiquement et techniquement entraîné n’a été aussi forte qu’aujourd’hui. 11 en est résulté pour l’état-major du Bureau une perte de beaucoup d’hommes bien dressés. Le temps est venu où certains traitements doivent être augmentés, sinon il faudra se priver des services de personnes particulièrement expertes, ce qui entraînera une diminution dans la qualité et la valeur du travail du Bureau ».
- La réclamation du Dr Stratton se trouve effectivement justifiée par le départ de six physiciens ou chimistes enlevés par ['Eastman Kodak Cy, tandis que trois autres émigraient à la General Electric Company dans le seul cours de l’exercice 1915.
- Ce n’est d’ailleurs pas seulement pour les traitements qu’on demande des augmentations de crédit. Le chiffre affecté aux essais de matériaux de construction devrait être élevé d’au moins 50 pour 100. Il est de plus de 500 000 francs. 11 passerait ainsi
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- à 750 000 au minimum. Une augmentation de 50 pour 100 est demandée pour la lutte contre le feu par accroissement de la résistance des matériaux à l’action de la chaleur. Pour les recherches mécaniques, c’est le doublement du crédit qu’on demande. Le verre d’optique et le dépôt électro-lytique de métaux de revêtement ont fait aussi l’objet de devis. Enfin on réclame le remplacement de la machine à froid qui date de 1904 et une nouvelle installation de force motrice. Ce sont là de grosses dépenses en perspective mais qui vrai-
- — Le laboratoire de photométrie.
- semblablement seront engagées délibérément. Nos amis d’Amérique savent, en effet, que rien n'est aussi ruineux que les économies mal comprises.
- L’inscription au budget du Bureau of Standards d’une somme de treize cent soixante-quinze mille francs en une seule fois pour l’installation et l’équipement d’un Laboratoire de chimie en est une preuve suffisamment palpable!
- Léopold Reverciiox
- Fig. 7.
- L’UTILISATION MÉNAGÈRE DES FRUITS, SANS SUCRE
- VII. — Les fruits des haies et des bois.
- En dehors des fruits cultivés dans les jardins et les vergers, il existe dans les haies et les bois d’autres genres de fruits — des fruits sauvages — qui, pour être moins séduisants aux yeux et moins savoureux au palais eue les premiers, méritent, néanmoins, surtout à l’époque critique que nous traversons, où rien de ce qui est directement ou
- indirectement alibilene doit être délaissé ou perdu, d’attirer l’attention des ménagères rurales et des cultivateurs, afin d’en retirer tout ce qui est susceptible de contribuer, à des titres divers, à notre alimentation sous l’un ou l’autre des produits de transformation que j’ai déjà signalés, ou de servir à la défense nationale par la production de
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- l’alcool toujours si nécessaire à la fabrication des explosifs.
- Principaux fruits . sauvages mûrissant à l'automne. — Dans le nombre de ces genres de fruits, il ne peut être question, à cette époque de l'année que de ceux qui mûrissent à l’automne, et dont les principaux sont par ordre alphabétique, les alises, les cenelles, châtaignes, cormes et sorbes, cynor-rhodons, épines-vinettes, faînes, genièvres, nèfles, poires, pommes, prunelles, haies de sureau et de yèble, etc.
- Parmi ces fruits qui, bien que n’ayant pas la même importance économique, méritent cependant d’être récoltés en "vue d’être utilisés pour les divers •emplois auxquels' leur composition chimique les ;destine naturellement, je ne signalerai spécialement 'que ceux qui intéressent directement la ménagère 'tant au point de vue des confitures, gelées ou marmelades que des boissons économiques, dont le besoin se fera sentir encore très fortement, cette année, par suite de la cherté des boissons naturelles due à la spéculation et aux difficultés de transport toujours très grandes; Aussi les ménagères qui habitent dans les régions boisées agiront-elles prudemment en sachant les fabriquer. Si elles ne s’en servent pas pour elles-mêmes, elles pourront en faire profiter de moins fortunées qu’elles.
- La plupart de ces fruits sont aptes à servir indifféremment à la préparation de confitures et de boissons, on peut, cependant, les grouper avec plus de raison comme il suit :
- ? A) Fruits spéciaux pour les confitures, gelées, etc. — Châtaignes, cynorrhodons, épines-, vinettes, nèfles.
- B) Fruits spéciaux pour les boissons et l'eau-de-vie. — Alises, cenelles, cormes et sorbes, genièvres, poires, pommes, prunelles, baies de sureau et de yèble.
- A) Fruits spéciaux pour les confitures, gelées, etc. :
- Châtaignes. — Elles sont consommées crues et cuites de différentes façons. On en prépare une confiture et le meilleur procédé est celui de Cord auquel ne peuvent recourir, malheureusement, que les ménagères disposant de sucre : mais, à ce défaut, je conseille d’opérer comme il suit : Enlever la première peau des châtaignes, les faire cuire dans l’eau une demi-heure environ et enlever la deuxième peau. Les piler encore chaudes dans un mortier de manière à en faire une purée très fine et très épaisse. Puis mélanger à 1 kg de cette purée 500 gr. de purée de pommes et 300 gr. de jus de pommes concentré et faire cuire jusqu’à épaississement convenable, en ayant soin de remuer pour éviter que la masse n’attache au fond de la bassine. Quelques minutes avant la fin de la cuisson, aromatiser avec une demi-gousse de vanille ou un peu de sucre vanillé.
- Cynorrhodons ou fruits de l'églantier. — Ils sont encore employés, aujourd’hui, en pharmacie
- pour confectionner une conserve servant d’excipient pour les pilules. On en fait une marmelade. Cueillir les fruits bien mûrs, d’octobre en novembre après de bonnes gelées ; retrancher le pédoncule et le calice, les fendre en deux longitudinalement et enlever avec soin les semences et le duvet cotonneux qui les entourent. Placer les fruits mondés dans une terrine, les couvrir de vin blanc et laisser macérer deux jours. Les faire cuire ensuite et les passer au tamis ou à la passoire. Mélanger à la purée la moitié ou poids égal de sucre et cuire à la consistance voulue (nappe, ou 32. à 33° au pèse-sirop).
- En l’absence de Sucre, je conseillerai de prendre : purée de cynorrhodons 5 parties; pulpe de pommes 3 parties; jus de pommes concentré 2 parties. Mêler exactement pulpes et jus et laisser cuire un quart d’heure ou jusqu’à ce que la masse soit très collante aux doigts.
- En dehors des fruits de la Rosa canina, ou églantier, ceux de quelques variétés de roses : Rosa pomifera, R. vilosa et R. rugosa, qui sont beaucoup plus gros conviennent encore mieux. Ils sont surtout très usités dans les pays de langue allemande qui en importent une quantité notable de France et d’Àutriche-Hongrie.
- Epines-vinettes. — Autrefois, les baies du vinet-tier ou épines-vinettes encore vertes étaient usitées dans le Nord en place du citron et des câpres pour relever la saveur de certains aliments. On en faisait aussi une confiture très estimée contre les diarrhées rebelles ; elle était l’objet d’un commerce assez grand à Chanceaux, près Dijon. On en prépare également, aujourd’hui, une gelée et une confiture.
- Gelée. — Égrapper les fruits très mûrs, les mettre dans une bassine avec assez d’eau pour les recouvrir, porter vivement à l’ébullition qui sera maintenue pendant 15 à 20 minutes. Les retirer et les écraser avec une grande cuiller de bois ; verser le tout dans un récipient non métallique (afin d’éviter la coloration brun noir qui se produirait) ; laisser reposer 24 heures en lieu frais et passer au tamis. Peser le jus, lui ajouter (si cela est possible) son poids de sucre et cuire jusqu’à ce que le sirop fasse la nappe, ou bien marque au pèse-sirop entre 31 à 55°. Ecumer et mettre en pots.
- Si l’on manque de sucre, recourir à la pulpe et au jus de pommes concentré, comme je l’ai déjà expliqué, ou bien employer de l’agar-agar.
- Emploi de l’agar-agar ou gélose pour la prise en gelée. — Tirée de différentes algues marines appartenant aux genres Gelidium et Gracilaria, la gélose, qu’on nomme encore colle du Japon, est une matière neutre qui se présente en minces lanières ou filaments nacrés. A l’état pur, elle est incolore et sans saveur, elle se dissout dans l’eau bouillante et forme par refroidissement une gelée dont la consistance varie avec la quantité employée. On estime qu’un poids donné de gélose absorbe, en
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- moyenne, 500 fois son poids d’eau ordinaire pour fournir une gelce de consistance voulue.
- Si, au point de vue légal, son emploi en confi-turerie est subordonné, pour éviter la fraude, aux conditions prescrites par l’article 15, titre III, confitures, gelées, marmelades, du décret du 49 décembre 1910, son usage est appelé, dans les circonstances présentes, à rendre de réels services aux ménagères, quand il s’agit de fruits segéléifiant difficilement.
- En appliquant ces données, on peut, en dehors d’une addition de sucre, préparer une gelée en combinant les deux moyens suivants : 1° Ajouter, à 1 kg de jus des fruits en œuvre obtenu à froid ou par cuisson, 2 gr. de gélose pure dissoute dans très peu d’eau bouillante, passer le liquide et cuire à la concentration ordinaire. Mais comme la gelée, qui ne contiendrait que le sucre renfermé dans le jus de fruits risquerait d’être à peine sucrée, si le jus l’était très peu lui-même, on y obvie ; 2° en mélangeant 600 gr. de jus de fruits avec 400 gr. de jus de pommes concentré et 1 gr. 50 de gélose préalablement dissoute, et en opérant pour le reste comme il vient d’être dit.
- Toutefois, les confitures ou gelées ainsi obtenues ne sont pas d’une conservation aussi longue que celles qui sont confectionnées avec la quantité de sucre normale, car celui-ci agit comme antiseptique; aussi, doivent-elles être consommées assez rapidement.
- Je ne parlerai pas delà confiture d’épines-vinettes, parce que sa préparation demande un poids de sucre égal à celui des fruits privés de leurs deux pépins; d’ailleurs, en dehors de la gelée, elles conviennent pour faire une conserve au naturel et une marmelade d’après les indications déjà fournies.
- Nèfles — Il faut les cueillir le plus tard possible, les étaler sur de la paille longue sans odeur étrangère et les y laisser blettir. Elles y perdent la presque totalité de leur tanin, un peu de leur acidité, et y contractent, par contre, une saveur spéciale légèrement alcoolique et aigrelette assez agréable au palais. C’est le moyen le plus simple d’en tirer parti, bien qu’on puisse aussi les transformer en marmelade.
- B) Fruits spéciaux pour la boisson et l’eau-de-vie.
- Il importe de signaler, tout d’abord, que les deux inconvénients, qui s’opposent à un usage plus fréquent des fruits sauvages, en vue de leur utilisation générale, résident dans leur acidité et leur astringence qui sont très élevées en comparaison de celles des fruits cultivés. Ce qu’il faut ajouter,-ensuite, c’est que l’on peut y remédier dans une certaine mesure en les récoltant le plus tard possible, en ne les mettant en œuvre que dans un état de maturité très avancé et, enfin, en les soumettant généralement à une cuisson assez prolongée.
- Pour une adaptation mieux appropriée aux pro-
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- duits qu’on peut en retirer, je les répartirai en deux groupes : a) fruits qui, à maturité complète, peuvent fournir seuls une boisson susceptible d’être consommée peu de temps après sa préparation : alises, cormes, poires, pommes; b) fruits qui, à cause de leur astringence, de leur acidité ainsi que de la nature de leur pulpe, demandent à être soumis cà la cuisson : baies de l’aubépine et des sorbiers, prunelles et genièvres. La plupart de ces fruits, soumis à la dessiccation, pourraient être employés utilement longtemps après leur récolte ; ils fournissent tous, après fermentation à l’état frais et distillation, une eau-de-vie qui, rectifiée, comme il convient, donne un alcool capable de servir à la fabrication des explosifs.
- Premier groupe. — Alises. — Ces fruits sont produits par trois sous-variétés : l’alisier à feuilles blanches, l’alisier de Fontainebleau, l’alisier ou Alouchier de Bourgogne. Bien que leurs fruits, plus acidulés qu’astringents, soient très acerbes avant maturité, ils deviennent comestibles et assez agréables quand ils l’ont atteinte, notamment ceux de l’Àlou-chierqui sont de beaucoup les plus gros. J’ai profité de mon séjour à Barbizon, il y a quelques années, pour étudier ces fruits ainsi que des pommes sauvages provenant de la forêt de Fontainebleau, et comme je n’ai pas trouvé dans les auteurs français d’analyses les concernant, je vais en donner quelques-unes; elles se rapportent à 1 kg de pulpe :
- Sucre total. Tanin. Matières albumino- pectiques. Acidité évaluée en acide sulfurique monohydralc.
- — — — —
- Alisier des bois de montagne, fruits mûrs à point . . . 1008-30 28-43 178-30 48-20
- Alisier des bois de plaine, fruits à peine mûrs G08-73 18-97 108-30 9«-22
- Alisier des bois de plaine, fruits blets. 1178-16 08-42 168-20 118-89
- Il s’ensuit que si l’on emploie les fruits à leur maturité normale, leur composition chimique moyenne est assez proche de celle de quelques variétés de pommes à deux fins, sauf pour les matières pectiques qui sont beaucoup plus abondantes. Pour cette dernière raison, si l’on devait obtenir du jus d’alises pur, il faudrait les pressurer au début de leur maturité, car lorsqu’elles sont blettes, il est presque impossible d’en retirer tellement il est mucilagineux ; j’y ai dosé jusqu’à 52 gr. de matières pectiques par litre. Ce fait montre qu’il serait facile de faire une gelée avec elles.
- Cormes,poires, pommes. — Les cormiers et les poiriers sont beaucoup moins communs que les pommiers dans la plupart de nos bois, c’est la raison pour laquelle on y récolte plus souvent et en plus grande quantité les pommes que les deux autres fruits.
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- Les cormes mûrissent les premières. Si l’on en a peu, on les étale comme les nèfles sur de la paille et on les laisse blettir; consommées dans cet état, elles perdent comme celles-ci leur astringence et acquièrent une saveur à peu près semblable. Quand on en possède beaucoup, on les réunit en tas peu épais pour éviter leur échauffement, et, lorsqu’une partie d’entre elles est devenue blette, on les pressure à part pour les transformer en cormé. Pour montrer les changements qui se produisent dans la composition chimique des cormes pendant le blettissement, je relaterai deux des analyses que j’en ai faites à l’état sain et à l’état blet :
- Acidité
- évaluée
- Matières en acide Sucre albumino- sulfurique
- total. Taniu, pecliques. mouohydraté.
- Cornes, mûres à l’ar- Louche
- bre, très saines . . 86s'49 Hcr25 impondérable 4er22
- Cormes à l’étal blet. lüoe'93 3er2i 6«r-i0 5B'33
- On voit par là que le tanin et les matières albu-mino-pectiques sont les deux éléments qui varient le plus, et pourquoi une boisson faite avec des cormes au début de leur maturité serait imbuvable parce que trop tannique ; toutefois, cette propriété est utilisée en Allemagne pour introduire dans les cidres le tanin dont les pommes de ce pays sont trop déficitaires.
- Les poires, selon la,date de leur récolte, sont mélangées aux dernières cormes ou aux premières pommes; elles réclament assez souvent aussi le blettissement ou, tout au moins, un commencement.
- Les pommes forment le principal appoint de la récolte des divers fruits sauvages dans la généralité de nos bois, et on doit leur accorder pour leur maturité de garde les mêmes soins qu’aux pommes à cidre cultivées. Celles que j’ai analysées, en provenance de la forêt de Fontainebleau, m’ont donné la composition ci-contre par litre de jus : densité 1.061; sucre total 80 gr. 64; tanin 3 gr. 64; matières albumino-pectiques 19 gr. 10; acidité évaluée en acide sulfurique monohydraté 20 gr. 16 ! Si l’on compare ces teneurs à celles du jus de nos pommes à cidre, on trouve que la densité atteint la moyenne, que le sucre y est inférieur de plus d’un tiers, que le tanin la dépasse plutôt de cette même quantité, mais que les matières albumino-pectiques et surtout l’acidité la surpassent de beaucoup.
- Aîné, cormé, poiré, cidre. — En surveillant de très près les différentes phases de la maturité de garde de ces quatre genres de fruits, on obtiendrait, en les pressurant séparément, si l’on avait une quantité suffisante de chacun d’eux, de l’alisé, du cormé, du poiré ou du cidre purs, bien caractérisés par leur saveur distincte. Dans le cas contraire, leur mélange fournirait une boisson dans
- laquelle ces divers goûts se fondraient avec le temps.
- Le procédé de préparation étant identique à celui que j’ai indiqué au chapitre VI de cette étude, à propos des cidres, je n’y reviendrai pas; j’insisterai seulement sur ce point qu’il serait nécessaire d’attendre quelques mois avant d’en boire, afin que le goût acerbe ait suffisamment disparu, à moins, cependant, que l’on n’ait désacidifié le liquide comme il sera dit plus loin. Le titre alcoolique approximatif de ces liquides purs oscillerait entre 4°,5 et 5°,5, ce qui, étant donné le taux notable du tanin et de l’acidité en présence, suffirait à en assurer la conservation pendant la durée de la consommation.
- 11 pourrait arriver que, n’ayant qu’une faible quantité de chaque sorte de fruits, l’on fût obligé d’attendre pour les travailler de les avoir tous réunis, alors, comme la maturité très avancée chez un certain nombre de fruits y aurait emmagasiné un excès de matières pectiques rendant le jus très mucilagineux au point de l’empêcher de s’écouler, on ne devrait préparer qu’une boisson ou piquette titrant 3° d’alcool. Or, en admettant, d’une part, que le mélange de ces divers fruits en proportion indéterminée renferme de 8 à 10 pour 100 de sucre total; en admettant, d’autre part, qu’il faille 1 kg 850 de sucre pour produire pratiquement un degré d’alcool par hectolitre de liquide, il faudrait, sans employer de sucre, mettre en œuvre entre 69 et 55 kg du mélange pour l’obtention d’un hectolitre de piquette.
- Dans ces conditions, la plus grande partie des fruits se trouvant à l’état blet, toutes les opérations auraient lieu à froid; cependant, dans le cas peu probable où les fruits âpres et acides l’emporteraient de beaucoup, on les ferait cuire tout d’abord comme il sera montré plus loin.
- Deuxième groupe. — Deux genres de fruits méritent une mention particulière, ce sont les prunelles et les genièvres.
- Prunelles. — Dans l’est de la France, notamment dans la Haute-Saône, on cultive le prunellier pour la fabrication de l’eau-de-vie, mais je n’envisagerai ce point de vue que plus tard ; pour le moment, il s’agit des prunelles que donne naturellement l’épine noire (Prunus spinosa) dans les haies et les bois. Il ne faut les récolter qu’à la fin d’octobre, quand elles ont subi quelques bonnes gelées et les conserver en couche peu épaisse jusqu’à ce que le ramollissement de leur chair indique qu’elles sont mûres.
- Dans cet état, j’y ai dosé par kilogramme de fruits, noyaux compris : sucre total 93 gr. 59; tanin 3 gr. 80; matières albumino-pectiques 1er. 40; acidité en acide sulfurique monohvdraté 9 gr. 22.
- La saveur acerbe résultait surtout de leur acidité. Si l’on avait du sucre, on pourrait préparer, avec de tels fruits, un vin buvable, soit en
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- désacidifiant le jus, soit en cuisant les fruits, mais à son défaut, il ne faut, songer qu’à la confection d’une boisson qui sera décrite sous le nom de « boisson de divers fruits sauvages ».
- Genièvres. — Le rôle de ces baies est très utile dans ceLte fabrication de liquides économiques, soit seules comme pour la genevrette, soit en mélange avec plusieurs fruits, à la dose de 100 gr. par hectolitre; elles les rendent plus agréables en les aromatisant et elles contribuent à en assurer la conservation.
- Genevrette. — Il en existe deux : la simple et la composée. Le procédé est le même pour les deux, mais la première ne comporte que l’emploi des baies seules. La genevrette composée l’a remplacée aujourd’hui. On prend, pour un hectolitre, 40 litres de baies, 40 litres d’orge et 1 kg 500 de fruits sauvages, de préférence des pommes ou des poires. On met l’orge dans un chaudron avec quantité d’eau suffisante pour la recouvrir ; on chauffe à feu vif et on fait jeter 3 à 4 bouillons. On y ajoute alors les genièvres et les fruits, on porte de nouveau à l’ébullition, puis l’on verse le tout dans un tonneau contenant déjà 50 litres d’eau tiède, et l’on continue d’en verser jusqu’à ce que le volume de l’hectolitre soit atteint. On abandonne à la fermentation, et, quand elle est presque terminée, on soutire dans un fût légèrement méché, on passe les substances sur un tamis, on réunit ce liquide au premier; on parfait les 100 litres; on colle, s’il y a lieu, et l’on consomme de suite.
- Dans certaines régions, lorsque la fermentation est achevée, on tire le liquide, et, dès le second jour, on remplace par de l’eau ordinaire le liquide qu’on a enlevé. On peut continuer ainsi plusieurs mois.
- Boisson d'un mélange de fruits sauvages. — Lorsqu’on a récolté un mélange des fruits énumérés plus haut, en vue d’en composer une boisson à 3 pour 100 d’alcool, sans employer de sucre, voici le procédé à suivre, en supposant que la richesse saccharine soit comprise entre 8 à 9 pour 100.
- Prendre pour un hectolitre 60 kg de fruits bien mûrs, les écraser grossièrement en respectant la plus grande partie des noyaux des prunelles, les faire cuire pendant une heure avec 50 litres d’eau en agitant de temps en temps pour éviter qu’ils n’attachent au fond. La cuisson terminée, passer à travers un tamis ou une toile, exprimer légèrement, mesurer le liquide obtenu et le mettre en fût. Émielter ensuite le résidu et l’arroser avec une quantité d’eau tiède un peu plus que suffisante pour compléter le volume des 100 litres; brasser fortement le tout, laisser en contact pendant 3 heures. Passer de nouveau, mesurer le liquide, le réunir au précédent, s’assurer que l’hectolitre est atteint, y ajouter 100 gr. de levure de bière et bien mélanger. Conder le fût avec un fausset hydraulique, le maintenir à une température com-
- prise entre 15 et 18°, et, quand la fermentation tumultueuse sera terminée, soutirer dans un fût bien méché qui sera tenu dans un endroit frais. Consommer au plus tôt, car, peu alcoolique, cette boisson n’est pas de longue garde. Pendant le tirage journalier, conserver le fausset hydraulique sur le trou de bonde.
- Désacidification. — Dans le cas où l’acidité normale de la boisson serait jugée trop forte, on la désacidifierait en y mélangeant par hectolitre 66 gr. de craie lavée. L’effervescence complètement terminée, on laisserait le dépôt se bien rassembler pendant quelques jours avant de commencer à boire, à moins que, pour avoir une boisson plus claire, on ne la soutirât dans un autre fût moyennement méché.
- Fabrication de l’eau-de-vie. — Tous les fruits sauvages déjà cités donnent une eau-de-vie très utilisable, surtout en ce moment, si elle a été fabriquée avec soin. C’est à ce but que je conseille d’appliquer aussi les baies de sureau et de yèble, parce que le vin qu’on pourrait en tirer est susceptible d’exercer des effets différents sur la santé des consommateurs. Il en est de même pour les baies de l’aubépine (cenelles) et celles du sorbier des oiseaux.
- Il y a plusieurs modes de traitement; en voici un qui réussit généralement avec tous les fruits. Écraser grossièrement les fruits en ménageant une partie seulement des noyaux des prunelles, mettre la pulpe dans un fût défoncé d’un bout ou dans une cuve, l'arroser avec de l’eau tiède en quantité suffisante pour en faire une bouillie liquide et porter la température entre 15 à 1,8°, de manière que la fermentation marche rapidement. Si elle tardait à se déclarer, la stimuler en relevant la température ou bien au moyen d’un pied de cuve, d’un levain en pleine activité, ou, enfin, avec 80 gr. de levure de bière par hectolitre. Lorsque la fermentation paraît complète, soutirer le jus, exprimer fortement le marc, réunir les deux liquides, observer pendant deux jours si la fermentation ne reparaît pas, et, dans la négative, distiller à la façon ordinaire, en mettant de côté pour une opération ultérieure les produits de tête et de queue. Enfin, comme le marc retient encore une certaine quantité d’alcool, lui ajouter un peu d’eau chaude pour le réduire en bouillie épaisse et distiller en prenant les précautions usitées en pareil cas, si l’on n’a pas un alambic spécial pour la distillation des marcs.
- Bien que les fermières, aidées de leurs enfants, soient très capables d’entreprendre cette fabrication, elle regarde cependant davantage les cultivateurs habitués depuis longtemps à distiller l’excédent de leurs vins, cidres ou poirés : c’est par le concours de tous les artisans de la terre qu’on parviendra à utiliser tous les fruits de nos haies et de nos bois. A. Truelle.
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- LE FROID ET L’HYGIÈNE DANS L’ALIMENTATION
- Une boucherie de détail modèle.
- La guerre actuelle a révélé aux Français les avantages des viandes importées congelées. Jusqu’alors nos divers Congrès du Froid industriel avaient bien envisagé l’introduction du frigorifique en France comme un but idéal, mais on ne voyait guère ce but atteint que d’ici quelques années; quant à ses adversaires dont il devait évidemment transformer l’industrie, ou les méthodes de travail, ma foi, ils espéraient bien que leur opposition systématique ne serait jamais Surmontée.
- En ce moment, la situation est toute autre. Le Gouvernement a dû, pour faire face aux besoins énormes de l’armée et assurer aussi le ravitaillement civil, recourir « au frigo » — selon l’expression populaire — afin de ne pas mettre en péril le cheptel national. Il a acheté des viandes frigorifiées et a construit des wagons réfrigérants, malheureusement en nombre insuffisant.
- Bien des personnes sont encore portées à croire que le froid en boucherie signifie purement et sim-
- plement la viande congelée, c’est-à-dire refroidie au-dessous de 0°C. On ne saurait donc assez insister pour faire comprendre le rôle du froid artificiel maintenu au-dessus de 0°, vers -f-4°, la viande ne subissant vers cette température aucune modification notable. Une fois pour toutes, il faut dire et répéter que la conservation par le froid n’a rien de commun avec la conservation dans la glace, longtemps seule source de froid de nos pères.
- Il existe différents procédés d’application du froid : 1° les glacières; 2° la congélation; 5° les chambres froides ou la réfrigération à air sec; ces procédés sont loin d’avoir la même valeur.
- Chacun connaît la glacière-armoire dans laquelle sont placées les substances alimentaires au voisinage de la glace. Ces meubles ne sont point sans danger au point de vue de l’hygiène attendu que la plupart sont revêtus intérieurement de feuilles de plomb ou de feuilles de zinc soudées avec du plomb. De plus, tout en ne produisant pas un froid intense et durable, ils ont le défaut de produire un froid humide qui forme un dépôt de vapeur d’eau à la surface des viandes qui deviennent, suivant le terme du métier, « poisseuses » ; dans ces conditions, celles-ci deviennent un excellent milieu de culture. Donc, la glacière ne peut convenir que pour les liquides.
- La congélation, c’est-à-dire le refroidissement au-dessous de — 5° C, modifie profondément l’aspect extérieur de la viande. C’est, en réalité, un procédé d’exception consistant à l’utilisation de basses températures (entre —5° et —20°), afin d’obtenir une congélation complète dite « à cœur » de la viande ; en un mot, à côté de certains avantages qu’elle peut présenter dans des conditions déterminées, elle a de réels inconvénients. En effet, durant le retour à la température extérieure, retour qui s’opère toujours lentement, la viande prend un aspect anormal et perd ses qualités de sapidité, elle se putréfie même très vite. Le procédé peut être employé pour le transport de denrées périssables à grande distance, telles les expéditions de viandes d’Australie à Londres, sous réserves de précautions à prendre lors de la congélation et de la décongélation.
- Fig. i. — Une boucherie modèle à Paris.
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- LE FROID ET L’HYGIÈNE DANS L’ALIMENTATION ===== 237
- Fig. 2. — Le comptoir de viande dans la boucherie modèle. La viande est dans des vitrines à l’abri de l’air et réfrigérées par une circulation de saumure à basse température.
- Tout d’abord la viande fraîche ne doit pas être exposée brusquement k la congélation ; si l’abatage de l’animal est fait, par exemple, à 15° ou 16°, il est nécessaire de faire passer la viande 8°, 6°, 5°, 2°, à —1°, à —5°, puis à ce moment seulement, à la congélation, autrement dit à — 10° et — 20° C. Quant à la décongélation, une fois commencée, la décomposition de la viande fait de rapides progrès en raison de l’envahissement des bactéries dites à glace, et que du fait de l’arrivée d’un air trop chargé de vapeurs d’eau, cette dernière se condense, comme il est dit plus haut, à la surface de la viande, la rend poisseuse, d’où des pertes. Enfin, l’humidité favorise le développement des moisissures.
- Dans le procédé de la réfrigération à air sec, dù à l’ingénieur français Tellier, on utilise le « petit froid » et le « froid sec », et les diverses denrées alimentaires y sont maintenues k des températures variables selon leur nature. Pour ce qui est de la viande de boucherie, elle est réfrigérée par « petit froid », c’est-à-dire à une température voisine de 0°G, pouvant descendre à -—2° ou s’élever à —|— 3° ou H-4° G, ce qui n’occasionne aucune altération de la viande, à la condition cependant que l’on maintienne constante la pureté de l’air dans les chambres de conservation et k un degré hygrométrique qui ne soit pas inférieur à 70 pour 100.
- La durée de conservation des viandes par la réfrigération peut être considérée comme indéfinie au point de vue de la putrescibilité, mais au point de vue de la comestibilité, on estime que la limite maximum peut aller jusqu’à 30 à 40 jours pour la viande de mouton, 22 à 28 jours pour celle du bœuf, 10 à 14 jours pour le veau et 12 à 15 jours pour le porc. Hygiéniquement, ce procédé n’offre pas d’inconvénients. Le Dr Letulle a prouvé que ni les cellules musculaires ni leurs noyaux né subissaient de modifications du fait du froid, et le professeur Gautier a déclaré que la viande garde toutes ses qualités et que les matières albuminoïdes, sont aussi assimilables que dans la viande fraîche. On a même constaté qu’après un jour ou même quelques heures de réfrigération, la viande qui au moment de l’abatage de l’animal était dure, coriace, deve-
- nait plus tendre et, par suite, plus facilement digestible. Même par une température élevée, la viande, après la réfrigération, se conserve plus facilement et plus longtemps que la viande fraîchement abattue.
- Celte température et la sécheresse de l’air pouvant actuellement être obtenues par des moyens simples, méritent d’entrer dans la pratique courante et il n’y a pas intérêt à utiliser un autre procédé que celui de la réfrigération. Ces avantages hygiéniques que nous avons sommairement décrits se doublent encore d’avantages d’ordre économique qui sont k prendre en considération au moment où l’on se préoccupe à; juste titre de la vie chère.
- On conçoit aisément l’intérêt que la boucherie — pour ne parler que de cette corporation — peut tirer de ce procédé permettant en résumé de conserver en stock, en profitant de toutes les fluctuations du marché, une denrée essentiellement .périssable. Sans doute, on est amené à se souvenir qu’en 1901, les bouchers de la Villette ont protesté contre l’utilisation d’un frigorifique parce que celui-ci, disaient-ils, devait être absolument préjudiciable aux viandes fraîches. Mais cette même corporation protestait aussi quelque temps avant la Révolution contre les avis de Lavoisier qui vdulait assainir leurs tueries particulières dont l’outillage et la tenue étaient des plus rudimentaires et des plus sales. G’estlà le fait même du progrès qui veut qu’aucun perfectionnement ne soit possible sans qu’il lèse les intérêts de certains. ' '
- C’est même après le découpage et la préparation finale de la viande, pendant que la ménagère fait son choix parmi les morceaux qui lui sont offerts, que le froid artificiel doit intervenir, et ce n’est
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- point non plus dans l’arrière-bjutique qu’il doit être utilisé, mais bien jusque dans les comptoirs où se fait le débit, 'comme cela se pratique dans les grandes maisons américaines où cette sorte de vente a un succès considérable. Une installation suivant ces données vient d’ailleurs d’être récemment ouverte à Paris, daus le XVIIIe arrondissement, à l’angle des rues Ramey etMarcadet, pour le compte de la Société d’alimentation « Eco » et par les soins d’un ingénieur-frigoriste ayant vécu quelques années en Amérique, M. Ripert.
- Les magasins de vente et de dépeçage sont au rez-de-chaussée de l’immeuble et aménagés, comme on le remarque par les illustrations (flg. 1, 2), dans des conditions d’hygiène désirables : murs en carreaux de faïence, sol carrelé et imperméable. Les viandes sont étalées sur des comptoirs surmontés de vitrines réfrigérées parcourues par des tuyaux horizontaux parallèles ripolinés où circulent des saumures à basse température qui entretiennent les viandes constamment froides. Ainsi dans cette boucherie modèle, la plus grande partie des poussières qui pourraient atteindre ces viandes sont écartées, et pendant l’été les mouches, repoussées par cette température froide, ne se posent jamais sur les viandes étalées. Sur ce point, ce dispositif répond bien à cette prescription de l'affiche du Préfet de Police de juin 1915, dont on ne tient malheureusement pas suffisamment compte dans nos commerces d’alimentation : « Une ménagère soucieuse de la sécurité des siens évitera d’acheter des aliments altérables, viande» pâtisserie, fruits, etc., exposés sans protection aux mouches et aux poussières de la rue ».
- Les appareils à produire et à transmettre le froid sont installés dans le sous-sol et dans la partie formant pan coupé des rues Ramey etMarcadet; les murs sont là établis en meulière et en ciment armé. La machine frigorifique reçoit de l’extérieur le courant électrique de sa dynamo ; elle a 5 à 6 chevaux de force et est à détente d’ammoniaque
- dite du système Lind,e. Elle ne dégage aucune odeur ammoniacale et est agencée de telle sorte qu’en pleine marche, elle ne communique aux murs de l’immeuble ni trépidation, ni bruit sensible.
- Les eaux d’alimentation provenant de la conduite publique de la Ville de Paris passent dans un cylindre vertical muni d’un serpentin métallique où circule le gaz ammoniac détendu avant de revenir au piston compresseur qui utilisera de nouveau sa détente. Enfin les eaux provenant du refroidissement partiel du gaz ammoniac s’en vont à l’égout sans avoir subi de contamination.
- La disposition des comptoirs frigorifiques est celle des « bars » qui maintient le public hors de la circulation du personnel vendeur. Le service à l’intérieur de ces comptoirs procède encore d’un excellent principe moderne : la division du travail, ce qui fait que les vendeuses acquièrent une dextérité dont les acheteurs, en général toujours pressés, se félicitent; les vendeuses se tiennent, en effet, à l’intérieur des comptoirs, sur ùn sol surélevé et la facilité de leurs mouvements y est telle que le débit de vente satisfait plus de 5000 clients par jour et pour la viande fraîche seulement; chacune vend toujours la même catégorie de morceaux.
- En Amérique, ces sortes d’établissements qui sont très nombreux et où on les appelle des « markets » possèdent une sorte de centrale frigorifique qui leur assure en même temps le débit de la plupart des denrées périssables, suivant un programme économique nettement e clairement établi. On y trouve non seulement les viandes de boucherie et la charcuterie» mais encore la poissonnerie, la volaille 'et le gibier, les œufs et les beurres, les fruits, etc. Et il n y a pas que les resserres qui soient réfrigérées, mais aussi toutes les salles de découpage et de vente.
- Il est certain que c’est vers cette organisation commerciale et hygiénique que devront tendre dans un temps prochain nos grands magasins d’alimentation. M. Bousquet.
- LA' RÉCUPÉRATION DES COTONS
- PROVENANT DES HÔPITAUX MILITAIRES
- Dans une guerre comme celle que nous devons supporter, deux devoirs s’imposent : celui de ne rien épargner en ce qui concerne l’approvisionnement des armées, de même celui de ménager nos richesses et de réduire nos dépenses.
- On doit utiliser toutes choses dont l’emploi pourrait paraître négligeable.
- Frappé de ce fait que le Service de Santé consomme de grosses quantités de cotons de rembourrage ou hydrophiles — pour la seule ville de Paris la consommation atteindrait 2000 kg en moyenne par jour — un chimiste, M. R. Yilley, avait pensé
- qu’il y aurait un grand intérêt pour l’État à ce que les déchets provenant des hôpitaux fussent traités de manière à pouvoir être employés à nouveau.
- 11 avait, tout d’abord, envisagé l’utilisation des cotons ainsi récupérés dans l’industrie du papier, qui eut volontiers payé jusqu’à 80 francs les 100 kg les produits lavés dans l’hypochlorite. Mais, quoique les cotons les plus souillés eussent pu être ainsi remis en circulation, la rémunération de l’État fût demeurée médiocre.
- M. Yilley, observant que le service des poudres ne pouvait, en aucun cas, se servir des cotons
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- RECUPERATION DES COTONS PROVENANT DES HOPITAUX MILITAIRES 239
- traités, le traitement ayant pour effet de les transformer en hydro ou oxy-celluloses, se demanda s’il ne serait pas possible de restituer les produils au Service de Santé lui-même, pour ses besoins. La stérilisation peut, en effet, être facilement pratiquée, et rendre aux cotons leur innocuité primitive.
- Une seule objection sérieuse paraissait pouvoir être faite au projet : le danger de la manipulation et du transport des déchets souillés, pouvant provoquer la dissémination des germes putrides.
- Mais, dans son rapport au sous-secrétaire d’Etat du Service de Santé, M. Villey faisait très justement valoir qu’avec certaines précautions les aléas des opérations pouvaient être supprimés. Il suffirait, par exemple, de mettre à la disposition des hôpitaux des boîtes métalliques fermées hermétiquement. Les objections concernant le transport ainsi écartées, voyons comment s’opérera la récupération des cotons.
- Ceux-ci sont ramassés, dans tous les hôpitaux, et triés de façon à ce qu’ils ne soient pas trop souillés.
- Les produits inutilisables seront brûlés. Les autres concentrés, à des intervalles réguliers, dans un établissement de la ville, seront acheminés sur l’usine de stérilisation, où ils subiront un traitement chimique, lequel les transformera en cotons hydrophiles, d’une nature uniforme et constante, possédant toutes les qualités requises pour leur emploi.
- 11 importe, tout d’abord, de débarrasser les cotons des corps gras qui les enveloppent d’une espèce de gaine graisseuse et isolante. C’est, d'ailleurs, cet enduit qui, à l’état naturel, les empêche d’être hydrophiles. Pour atteindre à ce résultat, on peut soit faire bouillir les cotons pendant dix ou douze heures dans une lessive de soude, soit, de préférence, les faire passer pendant trois heures environ dans un autoclave sous pression, contenant une lessive de carbonate de soude.
- Le coton, libéré de sa gaine, est sorti de l'autoclave et lavé énergiquement dans une cuve, pourvue d’un puissant barboteur. Ensuite, on l’essore dans une turbine spéciale, tournant à une très grande vitesse, de manière à chasser toute l’eau qui y peut être contenue. Rappelons, à cet égard, que des appareils de ce genre — déjà décrits dans La Nature — servent à la préparation industrielle du lin.
- Les produits, bien lavés et desséchés, seront soumis à l’action d’un bain décolorant d’hypochlorite de chaux, qui leur donnera une blancheur immaculée, et lavés à grande eau pour que toute trace d’hypochlorite disparaisse.
- Après un nouvel essorage, les cotons seront cardés et empaquetés; enfin un dernier passage à l’autoclave assurera leur stérilisation parfaite, et les déchets souillés seront redevenus aptes à toutes espèces d’opérations médicales.
- Dans son étude primitive — ultérieurement remaniée conformément au procédé décrit ci-dessus — M. Villey avait prévu un traitement beaucoup plus simple, mais moins efficace. Nous en empruntons le schéma ci-contre.
- Le coton arrive par la porte A dans une salle située au 1er étage de l’usine. Les boîtes (A) sont
- placées dans une partie de la pièce, affectée à cet usage, près d’un bac de triage (B) qui, d’ailleurs, peut être supprimé si l’opération a été faile à l’hôpital expéditeur. Les déchets sont envoyés par une trémie U dans une salle du rez-de-chaussée , où a été disposée une cuve de traitement (D), munie d’un barboteur. La désinfection terminée, un lavage à l’eau chaude devait débarrasser les cotons des matières organiques et stériles qui pouvaient s’y trouver, ainsi que de l’excès de chlore. Lavés, les cotons passaient ensuite sur une toile sans fin (F), pour aboutir à l’essoreuse G, où ils perdaient leur eau, avant de se déposer dans le bac H. Dans le cas où les produits ne fussent pas suffisamment secs, on eût pu adjoindre à cette installation une chambre de chauffe.
- On peut se rendre compte que la méthode définitive a été heureusement complétée et perfectionnée.
- Dès avril 191(3, M. Villey faisait présenter ses projets au sous-secrétariat d’Élat du Service de Santé, et, ultérieurement il proposait l’organisation d’une usine de traitement sous forme d’une sorte de régie intéressée.
- Mais le Service de Santé, s’inspirant toutefois des idées émises par M. Villey, préféra confier ses cotons résiduaires à la Société anonyme pour le blanchiment du coton, créée en août 1916, à Montferrand. L’usine de Montferrand, dans le Doubs,
- Coran soui/tè
- Eau chaude
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- i u • • 1 «b \ T—
- Coton stérile
- H
- lllllliiiSill
- Schéma d’une installation à laver et stériliser les colons souillés provenant des hôpitaux.
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- 240 —- ...: UN EXEMPLE DE CONSTRUCTION RAPIDE D’USINE
- peut traiter environ 20000 kg par jour. Elle reçoit les produits, à elle adressés par le Service de Santé, des hôpitaux centraux d’expédition. Après stérilisation, elle revend les cotons à l’État au prix de 1 fr. 50 le kilogramme.
- Si l’on veut bien observer que nous devons payer les cotons en provenance de l’Amérique 5 francs le kilogramme et même davantage, on concevra que
- la récupération des cotons provenant des hôpitaux militaires a procuré à l’Etat une économie qui se chiffre à plus de 5 millions de francs par an.
- Aussi avait-il été question d’installer de nouvelles usines à Lyon, au Mans, dans le Nord et dans les Pyrénées. L’usine du Doubs demeure seule équipée pour le moment, mais un second établissement sera mis en marche à bref délai. A. P.
- UN EXEMPLE DE CONSTRUCTION RAPIDE D’USINE
- Nous avons signalé en son temps (*) un exemple typique de la prodigieuse rapidité avec laquelle les Américains élèvent leurs constructions; Mais il ne faut pas penser que ce genre de record soit leur apanage exclusif et qu’ils soient les seuls à pouvoir
- faire surgir de terre, presque aussi vite que les génies des légendes, usines et bâtiments divers. Tout récemment, en Angleterre, la Compagnie Yickers dont les mitrailleuses et les canons arment les troupes alliées, a -créé de toutes pièces une énorme usine contenant plus de 1000 machines et le temps écoulé entre le moment où le terrain, un champ de pommes de terre, fut occupé par le premier chantier et celui où la première expédition d’armes fut faite pour le front n’excède pas deux mois.
- Naturellement, un tel résultat n’a pu être obtenu, en temps de guerre, c’est-à-dire dans des conditions de construction et d’approvisionnement particulièrement difficiles, qu’en simplifiant les méthodes de travail et en réduisant l’installation au minimum. Aussi croyons-nous devoir donner quel-T. Voir La Nature, n° 2268.
- ques détails techniques sur cette usine pour montrer la façon dont nos alliés ont tourné les difficultés, et les dispositions qu’ils ont adoptées.
- L’usine, dont la figure montre une vue d’ensemble, a une superficie de près de 12 000 m2, a deux étages et un rez-de-chaussée éclairés par 248 baies dont la surface vitrée est de 3000 m2; les planches, qui ont servi à recouvrir les planchers des deux étages mises bout à bout, formeraient un ruban de 38 km, etc., c’est dire l’importance de la construction.
- Comme le sol sur lequel elle s’élève n’était pas horizontal, au lieu de procéder soit 'a un affouille-ment dans une partie, soit à l’établissement d’une fondation surélevée dans une autre, le rez-de-chaussée de l’usine est divisé en trois sections à des niveaux différents et des escaliers à pente très douce rattrapent la différence d’altitude.
- Les machines, au nombre de 1000 environ, sont mues par courroies actionnées elles-mêmes par des arbres commandés par des moteurs électriques. Un système de chauffage ou de réfrigération à volonté a été installé, dans lequel l’air sert de véhicule.
- Sans entrer dans la description technique des détails d’assemblage des fermes et des divers organes de l’édifice, étudiés spécialement dans le but de réduire au minimum le temps de fabrication et de montage, les quelques indications que nous venons de donner suffisent pour montrer que l’exemple des États-Unis a été suivi, sous l’aiguillon de la guerre, en Angleterre... et peut-être aussi en France. H. Yolta.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahore, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N* 2299.
- 20 OCTOBRE 1917
- LA STABILISATION DES NAVIRES ET DES AVIONS
- Dans un précédent article, nous avons décrit un certain nombre d’applications du gyroscope. Nous allons parler maintenant plus en détail des remarquables résultats qu’il a permis d’obtenir pour la stabilisation des avions et des navires.
- Pour l’aviation du temps de paix, qui sans doute, se développera d’une façon prodigieuse, par suite des progi’ès accomplis pendant, la guerre dans la construction et la conduite des appareils, la stabilisation automatique, ou mieux encore, la conduite automatique, constitue certainement l’objectif le
- du navire. Il fallait que le bateau roule fortement pour que le dispositif fonctionne.
- Au contraire, nous allons étudier les dispositifs gyroscopiques de la Sperry Gyroscope Cy qui est arrivée à des réalisations en tous points remarquables et dans lesquels, au contraire, on cherche à empêcher le mouvement perturbateur de se produire, sitôt qu’il tend à s’amorcer. Naturellement, pour obtenir ce résultat, il faut qu’un appareil extrêmement sensible commande la mise en marche immédiate d’un système plus puissant dont la tail
- Fig. i. — Disposition d'ensemble des organes du «pilote automatique Sperry ». A) élément gyroscopique; B) servo-moteur; C) levier de commande.
- plus important à atteindre. Déjà, avant la guerre, de nombreux dispositifs ont été proposés, que La Nature a décrits en leur temps, stabilisateurs Doutre, Moreau, etc., mais tous ces appareils, quelles que soient leur ingéniosité, leur efficacité même, ne fournissaient qu’une solution imparfaite ; ils ne fonctionnaient, pourrait-on dire, qu’en cas de faute grave du pilote ou de danger réel de l’appareil; leur sensibilité et leur principe faisaient qu’ils n’intervenaient que lorsque l’action perturbatrice s’était déjà traduite par une modification appréciable du régime de vol de l’avion.
- Dans un autre domaine, en marine, le même reproche pouvait être fait aux stabilisateurs antiroulis, qu’ils aient pour principe, comme dans le système Frahm, le déplacement de l’eau dans des réservoirs, ou, comme dans le système Schlick, l’action d’un gyroscope changeant la période d’oscillation
- est en rapport avec la grandeur de la force à contrebalancer.
- L’étude approfondie du compas gyroscopique a permis de réaliser cet appareil et c’est un des plus beaux résultats mécaniques que la commande instantanée d’un énorme gyroscope stabilisateur de 50 tonnes, par exemple, par un gyroscope du poids de quelques kilogrammes.
- La nécessité de réaliser la stabilité automatique des aéroplanes et de leur donner le moyen de se repérer par rapport au sol est devenue de plus en plus impérieuse depuis que les perfectionnements de l’aviation ont permis, ce à quoi l’on n’eût même pas osé penser il y a seulement dix ans, des vols de nuit et des vols par temps brumeux. Nos pilotes militaires peuvent sortir par tous les temps et si les jours de brume ils ne prennent que rarement l’air, c’est que leur travail est impossible et non
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- que leur habileté soit en défaut. Cependant la conduite d’un avion la nuit ou par temps brumeux lorsque la terre est invisible, est beaucoup plus compliquée que lorsque la visibilité permet au pilote de se repérer par rapport au sol. Non seulement la direction de vol est absolument indéterminée puisque la dérive est inconnue et, par suite, les indications de la boussole inutilisables, mais encore la position de l’avion dans l’atmosphère est ignorée du pilote.
- Même en vol normal, la réalisation à bord de la verticale du lieu est impossible par suite des petites variations insensibles dans la marche de l’avion. Il n’est peut-être pas de difficulté plus grande pour un pilote que de voler dans un plan rigoureusement horizontal et cependant, comme nous allons le voir, cela est une nécessité pour l’avion de guerre de bombardement.
- Aller à plusieurs centaines de kilomètres parfois en terre ennemie, voler pendant 5 ou 6 heures,
- Fig. 2. — L’élément gyroscopique du pilote automatique.
- Sous l’influence de la force centrifuge et de l’accélération du mouvement de l'appareil, la position de la verticale apparente n’a aucun rapport avec la verticale vraie et on peut presque dire que dans un banc de brume, un avion peut voler sens dessus dessous, ou complètement couché sur une aile sans s’en apercevoir... si ce n’est par les accidents qui résultent de ces positions anormales (glissades sur l’aile, chute verticale, etc.). Dans les vols de nuit, les deux petites lampes bleue et rouge qui brillent aux ailes des avions servent non seulement à repérer leur sens de marche poulies observateurs à terre, mais surtout à renseigner le pilote sur la position de son avion.
- exposé aux rencontres d’avions de chasse, au tir des batteries antiaériennes, exiger de l’appareil et du pilote un effort voisin du maximum, pour lancer 5 ou 6 bombes sur un objectif déterminé, de dimensions parfois restreintes, impose, pour que l’expédition ne soit pas stérile, que les bombes soient sûrement placées aux buts. Or, comme nous l’avons vu(1), la visée comporte deux opérations distinctes : 1° la détermination de la vitesse de l’avion volant horizontalement par rapport au sol afin de connaître la vitesse du vent dans lequel on se déplace; 2° le lancer des bombes au moment précis indiqué par l’appareil de visée 1. Voir La Nature n° 2281.
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- LA STABILISATION DES NAVIRES ET DES AVIONS 243
- qui a été établi en supposant l’avion horizontal.
- On voit donc qu’il y a le plus grand intérêt à ce que la position de l’avion soit stabilisée par rapport au sol, pour lancer les bombes et pour soulager le pilote fatigué par une longue randonnée.
- C’est ce qui est obtenu par le pilote automatique Sperry, appareil mécanique qui fournit la solution de la sécurité et de la facilité du vol d’une part en réalisant un plan de référence constant dans l’espace, par rapport auquel sont repérés les mouvements de tangage et de roulis de l’avion, et, d’autre part, en maintenant automatiquement la stabilité du vol, quelle que soit sa direction.
- Le pilote automatique, en particulier, commande les ailerons de telle sorte que l’aéroplane peut être maintenu indéfiniment dans une position donnée du vol, déchargeant ainsi le pilote d’une grosse partie de son travail.
- La marche de l’a-vion à travers les nuages et les bancs de brume est aussi sûre que celle d’un train dans un tunnel.
- L’effort exigé du pilote est infime, comparable à celui que l’on effectue lorsque l’on actionne une machiné a écrire, et cela quelle que soit la taille de l’avion.
- Le principe de l’appareil repose sur les propriétés du gyroscope, propriétés que nous avons examinées
- de rotation du gyroscope soient amenés à coïncider avec le plan et la direction de force. La vitesse de précession est fonction de la vitesse de rotation et de la force perturbatrice.
- Dans la pratique les propriétés sont modifiées :
- 1° En suspendant le gyroscope à la cardan, de façon à ce qu’il puisse s’orienter librement par rapport à l’axe de la terre;
- 2° En couplant deux gyroscopes tournant en sens inverse de façon à éliminer les effets des forces perturbatrices dans certaines directions ;
- 3° En déséquilibrant intentionnellement le système de façon que la précession puisse se produire
- Fig. 3. — Le servo-moteur.
- en détail récemment (l) et qui sont Y inertie gyro-scopique (fixité de l’axe de rotation par rapport à l’espace) et la précession, mouvement paradoxal à première vue, que prend le gyroscope sous l’influence d’une force appliquée à son axe.
- Le mouvement, en effet, a lieu dans une direction perpèndiculaire à celle de la force et une force antagoniste est développée, opposée à la force perturbatrice.
- Par exemple considérons 3 axes rectangulaires dans l’espace, formant les 3 arêtes d’un trièdre trireclangle, XX', YY', TT. Supposons que l’axe du gyroscope est dirigé suivant XX' et que la force perturbatrice tend à le faire tourner autour .de l’axe YY' ; la précession se produit autour de l’axe TT, dans un sens tel que le plan et la direction
- 1. Voir La Nature, n° 2296.
- dans certaines directions et avec une vitesse déterminée.
- Le pilote automatique Sperry est composé de quatre organes principaux que nous allons passer successivement en revue :
- 1° Le gyroscope; 2° le servo-moteur; 3° le générateur électrique; 4° le levier de contrôle.
- L’élément gyroscopique, partie essentielle du système, est formé*par deux paires de rotors tournant en sens inverse, les deux gyroscopes d’une même paire étant rendus solidaires par un engrenage ; toutes ces masses tournent autour d’axes de rotation horizontaux et constituent les rotors de petits moteurs électriques. La vitesse de rotation est d’environ 12 000 tours à la minute et le courant fourni sous 20 volts. L’ensemble est monté sur une suspension à la cardan (fig. 2). . (
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- 244 1 LA STABILISATION DES NAVIRES ET DES AVIONS
- Une des paires de gyroscopes est stabilisée par rapport à l’axe longitudinal de l’avion et l’autre paire par rapport à l’axe transversal. Dans ces conditions, lorsque l’appareil fonctionne, l’ensemble des 4 petits moteurs constitue un plan horizontal indépendant des mouvements propres de l’avion. Ceux-ci détérminent, comme nous l’allons voir, la commande électrique du servo-moteur qui actionne les organes de direction et de stabilité de l’aéroplane.
- A cet effet, chaque paire de gyroscopes manœuvre un commutateur à deux segments, l’un pour la stabilisation latérale, l’autre pour la stabilisation transversale. Ces segments sont solidaires des mouvements apparents du système gyrosco-pique et se déplacent devant des balais fixes par rapport à l’avion.
- En position normale du vol, les balais frottent sur les parties isolées des commutateurs, mais la plus petite déviation de la position normale détermine le déplacement des balais, dans un sens ou dans l’autre et le courant électrique se ferme alors par un circuit ou par un autre actionnant immédiatement le servo-moteur, qui réagit sur les commandes.
- La sensibilité de l’appareil est telle que des écarts de moins de 1° par rapport à la position normale, écarts qui sont imperceptibles au pilote, déterminent le fonctionnement du servomoteur.
- L’élément gyroscopique est complété par différents organes qui ont pour but de le soustraire aux efforts d’accélération et à la face centrifuge dus au mouvement même de l’avion et qui donneraient lieu à des réactions sur les gyroscopes tendant à détruire le parallélisme de leurs axes. Il faut donc leur appliquer une force compensatrice.
- Elle est fournie par un « impressor System » formé d’un moteur monté sur la plateforme de l’appareil et commandant l’un ou l’autre de deux manchons d’accouplement tournant en sens inverse, le choix étant fait par l’intermédiaire de deux halais fixes par rapport au système gyroscopique et envoyant Je courant dans un commutateur à deux directions monté sur l’axe de précession.
- Toute force perturbatrice non contenue dans le plan de rotation des gyroscopes, détermine un mouvement de précession qui amène l’un ou l’autre des segments de ce commutateur sous les balais, envoyant le courant dans un électro-aimant qui bloque le manchon d’accouplement correspondant. On exerce ainsi une force compensatrice sur les gyroscopes et le mouvement de précession s’arrête. Le servo-moteur est commandé par le système
- gyroscopique dont nous venons de parler et qui, grâce à sa compensation, réalise un plan rigoureusement constant dans l’espace. C’est un appareil électro-mécanique qui transmet aux organes de commande les indications du gyroscope. Comme les ailerons et les stabilisateurs ont chacun deux fils de commande, et sont couplés deux à deux, quatre fils formant deux paires arrivent au servomoteur. Chaque paire s’enroule sur un tambour, immobile en position normale, mais qui peut tourner lorsque l’accouplement est réalisé sous l’action d’une hélice montée sur l’appareil et actionnée par le vent de la marche. Cet accom plement a lieu électriquement de la façon suivante : l’hélice entraîne une roue dentée qui engrène sur deux paires de disques tournant en sens inverse, manchonnés sur les tambours et portant des électro-aimants. Lorsque le courant, envoyé par le gyroscope, passe dans les électro-aimants, ceux-ci attirent fortement le manchon et réalisent l’accouplement magnétique. Suivant l’indication du système stabilisateur, c’est l’un ou l’autre des disques actionnant le tambour, qui tourne alors dans un sens ou dans l’autre.
- L’hélice du servo-moteur a des pales articulées, qui par l’action de la force centrifuge prennent des inclinaisons variables par rapport à la direction de rotation, de façon à conserver une vitesse de rotation constante.
- Le générateur actionné par une hélice est une petite dynamo spécialement établie pour donner d’uné part le courant triphasé qui actionne les gyroscopes et, d’autre part, le courant continu à 20 volts pour le fonctionnement du servo-moteur et des dispositifs accessoires du gyroscope.
- Le levier de commande que la figure 4 représente, mérite une mention particulière. Il est du type Deper-dussin : la commande longitudinale est obtenue en déplaçant le levier adroite ou à gauche,lacommande latérale, en tournant la petite roues upérieure.
- Comme le levier a simplement à actionner les petits balais qui établissent les contacts électriques, il est de dimensions très réduites. Sa hauteur est d’environ 50 cm et le diamètre de la roue de 10 cm. Quatre petits câbles souples, genre Bowden, le relient aux balais, de sorte que les ordres qu’il envoie ne sont pas influencés par les petits déplacements accidentels de l’appareil.
- La figure 1 montre le type d’une installation complète sur un avion et on comprend facilement quelle sécurité elle procure au pilote, dont elle diminue à la fois la tension nerveuse et l’effort physique. Les derniers essais ont montré que l’on pouvait
- Fig. 4.
- Levier de commande.
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- LA STABILISATION DES NAVIRES ET DES AVIONS
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- pendant plus de 2 heures, abandonner au pilote automatique la conduite de l’avion sans aucun inconvénient, le rôle de l’aviateur se réduisant à assurer la direction de route.
- Nous avons dit que lorsqu’un gyroscope en rotation est rendu solidaire d’un pendule, la durée d’oscillation de ce dernier est augmentée. C’est sur ce principe que fonctionnent les gyroscopes stabilisateurs des bateaux.
- Grâce à ces appareils, on pourra donc augmenter considérablement la période de roulis qui varie suivant les bateaux de 3 ou 4 secondes à 13 ou 14. Or, les grands roulis sont dus à l’action de houles synchrones à la période du navire; leurs impulsions, comme dans le cas bien connu de la balançoire, s’ajoutent constamment. Comme il ne pourra, dans le cas d’un navire stabilisé, y avoir de houles de périodes assez grandes pour lui être synchrones, le roulis ne pourra prendre une grande amplitude et de plus la tendance à embarder sera supprimée. Enfin, par suite de la réaction du gyroscope, l’amortissement des oscillations sera très rapide^ De cette façon, la stabilité de plateforme si utile sur les navires de guerre pour la précision du tir des canons sera plus facilement réalisée.
- Dans le gyroscope stabilisateur Sperry,
- c’est la précession qui est le phénomène sur lequel on s’appuie pour déterminer le moment de rotation en sens inverse servant à neutraliser la poussée des flots. Elle est commandée par un moteur lui-même sous la dépendance d’un petit gyroscope très sensible. Quand le bateau commence à rouler, ce petit gyro-. scope établit un contact qui met en mouvement le moteur de précession du stabilisateur et fait tourner le gyroscope dans le sens et à la vitesse nécessaires pour neutraliser la poussée de la mer. Dès que le moment de rotation en sens inverse égale cette poussée, le vaisseau cesse de rouler, le petit gyroscope rompt le contact et arrête le stabilisateur. On comprend donc, puisque l’appareil neutralise les poussées dues aux
- ondes individuelles, qu’une installation relativement petite suffise pour stabiliser un navire et que les efforts exercés sur la coque, soient très faibles.
- Ce système est très supérieur au système Schlick dans lequel le gyroscope stabilisateur ne commence son mouvement de précession que lorsque son axe de rotation a subi un déplacement considérable, puisque c’est un appareil auxi-liairetrès sensible qui commandeinstantané-ment les manœuvres.
- Fig. 5, — Le rotor du gyroscope stabilisateur d'un cuirassé (poids 3o tonnes).
- Fig. 6. — Le carier du stabilisateur d’un cuirassé.
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- Le poids tolal de l’appareil est d’environ 0,9 pour 100 du déplacement du navire. Des destroyers, des sous-marins, des transports sont munis de ces stabilisateurs dont les poids varient de 1 à 50 t., et le gouvernement des États-Unis a décidé d’en munir les 5 cuirassés de la classe Pensylvania de 52 500 t.
- Les figures 5 et 6 montrent la roue gyrosco-
- pique proprement dite et le carter, dans lequel elle sera enfermée, d’un stabilisateur de cuirassé en cours d’usinage.
- Telles sont les plus récentes applications du gyroscope. On voit par leur diversité même la souplesse, la précision et en même temps la robustesse et la puissance de son fonctionnement.
- H. Yolta.
- LES PORTS MARITIMES
- I
- Une des conséquences de la guerre a été d’accentuer notre dépendance vis-à-vis de l’étranger et, par contrecoup, d’attirer l’attention publique sur notre commerce extérieur. Nous importons plus et nous importons plus difficilement. Les marchandises nous arrivent du dehors en telles quantités que nos voies ferrées ne suffisent plus à les débiter.
- Chacun a entendu parler de 1’ « embouteillage » de nos ports, etc.... Le temps n’est pas venu de faire connaître les progrès admirables qui ont été réalisés sur certains points pour remédier à ces difficultés; mais il peut être utile d’exposer en principe ce que doit être un port maritime et quel est son outillage.
- Pour l’observateur non averti, sous les yeux duquel on placerait les plans des différents ports du monde, les dissemblances seraient si évidentes qu’elles le frapperaient bien plus que les caractères communs.
- Cela tient non seulement à ce que la forme des côtes, la violence de la mer, l’amplitude des marées varient de l’un à l’autre, mais aussi à ce que, les fonctions des divers ports étant profondément différenciées, chacune crée l’organe qui lui convient.
- Cependant il existe des lois générales qui s’appliquent, pour ainsi dire, spontanément, à tous les ports. Ce sont celles dont nous allons essayer de donner une idée.
- Qu’on le nomme port de transit, port marché, port industriel, le port de mer n’en est pas moins toujours un organe de transit et un organe frontière.
- Comme organe de transit, il a pour but de mettre en contact le bateau de mer et l’engin de transport continental (wagon, bateau fluvial ou camion).
- Comme organe frontière, son rôle est de permettre le contrôle des entrées et sorties du pays, tant en voyageurs qu’en marchandises, à tous les points de vue où ce contrôle est nécessaire (police, prophylaxie des épidémies, paiement des droits de douane, etc.). Ce second rôle, pour indispensable qu’il soit, reste secondaire : il n’influe pas d’une façon sensible sur la constitution du port, mais
- seulement sur son fonctionnement, sur son rendement (*).
- Le contact du bateau de mer et de l’engin de transport continental se fait dans un bassin. Pour que les opérations puissent se faire, il est nécessaire qu’il règne dans le bassin un calme presque complet; celui-ci doit donc être précédé d’un avant-port, limité par des digues ou jetées, où la houle ne pénétrera que par une étroite entrée, et où elle s’atténuera, soit en raison même de la forme épanouie de l’avant-port, soit parce qu’elle sera hachée par des brise-lames judicieusement répartis.
- Mais l’entrée même de l’avant-port, qui ne doit pas être trop large pour limiter l’agitation des flots dans celui-ci, serait souvent difficile si elle s’ouvrait directement sur la pleine mer ; en outre, il peut se faire, pour des raisons diverses, que les bateaux aient à stationner au voisinage du port avant d’y pénétrer ou de le quitter définitivement (manque de place, attente d’un pilote, visites sanitaires, hauteur défavorable de la marée, etc.). Il faut qu’ils puissent séjourner près du port dans des conditions de sécurité suffisante; l’avant-port doit donc s’ouvrir sur une rade, naturelle ou artificielle, qui satisfasse à ces conditions.
- La liaison des bassins avec l’avant-port se fait différemment selon l’amplitude moyenne de la marée dans le port.
- Si cette amplitude est faible, comme c’est le cas par exemple en Méditerranée ou sur les côtes Ouest de l’Amérique, les bassins s’ouvrent généralement dans l’avant-port directement, le plus souvent par un étranglement, qui s’appelle pertuis. Le pertuis a pour but de réduire encore le clapotis dans le bassin et de constituer des points de facile franchissement pour la circulation terrestre. Si l’amplitude de la marée est grande, c’est-à-dire si elle
- 1. Il n’est pas, en effet, sans créer de sérieux obstacles au libre développement du transit et c’est pourquoi on a essayé de créer des ports qui ne seraient pas porls-l'rontières, parce qu’ils seraient mis, au point de vue de la douane, en dehors des frontières du pays auquel ils appartiennent et qu’on a appelés pour cette raison « ports francs ». Un,, partie du port de Hambourg est dans ce cas. La création de ports francs en France soulèverait de sérieuses difficultés, résultant notamment du système de nos tarifs douaniers.
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- LES PORTS MARITIMES
- 247
- dépasse 4 ou 5 m., il y a intérêt à maintenir dans les bassins un niveau à peu près constant, pour éviter que les bateaux amenés à quai ne soient constamment en mouvement d’ascension ou de descente, et aussi pour diminuer la profondeur d’eau et la hauteur de quai nécessaire. Les bassins sont alors séparés de l’avant-port par des écluses et ils deviennent des bassins à flot, tandis que ceux où la marée joue librement gardent le nom de bassins de marée. Les bassins à Ilot sont nécessairement réunis aux avant-ports par des pertuis étroits, pour éviter de donner aux écluses une portée excessive. Et généralement ces pertuis, qui
- maximum), est de courte durée et insuffisante pour permettre le passage de tous les bateaux qui doi-^ vent entrer ou sortir. Mais le fonctionnement même de ces écluses à sas est assez long; aussi, établit-on fréquemment, même dans les ports à forte amplitude, à côté des bassins à flot, des bassins de marée à l’usage des bateaux auxquels toute perte de temps cause une gêne sensible : les paquebots à service rapide sont de ceux-là.
- Ainsi voit-on qu’un port complet se compose essentiellement, au point de vue de l’accès des bateaux de mer, des éléments suivants : une rade, un ou plusieurs avant-ports, un certain nombre de
- Vue panoramique du port du Havre.
- sont des points de traversée facile sont franchis par des ponts mobiles. Les écluses maintiennent ainsi dans les bassins à flot un niveau voisin de celui de la pleine mer, niveau qui n’est d’ailleurs pas toujours le même; car les pleines mers montent à des hauteurs différentes. On ne peut pénétrer dans les bassins à flot ou en sortir que lorsque le niveau de la mer est voisin de celui de la pleine mer, c’est-à-dire durant assez peu de temps, au cours de chaque marée. Pour permettre aux bateaux d’entrer à toute heure de marée dans les bassins à flot, on remplace les écluses simples dont il vient d’être parlé par des écluses à sas, analogues aux écluses de navigation intérieure que chacun connaît. C’est là une solution nécessaire dans tous les ports où l’étale de marée (c’est-à-dire la période où le niveau de la mer est voisin de son
- bassins, les uns de « marée » ouvrant directement sur l’avant-port, les autres « à flot » reliés à l’avant-port par des écluses simples ou des écluses à sas.
- Tous ces éléments n’existent pas toujours, il est vrai, les circonstances locales déterminant des variantes nombreuses. S’il s’agit d’un port placé sur un fleuve, la rade se trouve généralement à l’embouchure du fleuve, le cours même du fleuve joue le rôle d’avant-port, et les bassins sont en partie confondus avec lui. Pour les ports proprement maritimes eux-mêmes, il arrive fréquemment que la rade et l’avant-port sont confondus : c’est le cas de Cherbourg, celui de Zeebrugge. Souvent l’avant-port sert de bassin, et il s’y fait des opérations : c’est le cas du Havre.
- Mais la question des accès que nous avons nommés continentaux n’est pas*moins importante.
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- Les voies continentales se répartissent en trois groupes : les voies ferrées, les voies d’eau, les routes. •
- Voies ferrées. — Tout port moderne est desservi par des voies ferrées. Celles-ci doivent venir longer tous les bassins pour permettre le transbordement direct des navires en wagons et inversement. Ces voies sont doublées par des voies de circulation pour que les mouvements de wagons puissent se faire sans arrêt de chargement ; il faut aussi un certain nombre de voies de garage, où les wagons stationnent en attendant leur chargement ou leur départ. Le port doit comprendre en outre un ou plusieurs faisceaux de triage, de manière que les trains partent du port entièrement constitués pour des destinations ou des régions définies. Pour la desserte du port par voie ferrée, il est nécessaire que les bassins soient munis de quais ou d'appon-tements le long desquels les bateaux de mer puissent venir accoster.
- Voies d'eau. — Ce sont les fleuves et les canaux. Pour opérer le transbordement des marchandises, les bateaux de navigation intérieure, péniches ou chalands, viennent simplement se placer en couple des navires de mer, pour y faire leurs opérations. Les murs de quai sont alors inutiles. Si le port est placé sur un fleuve navigable (Rotterdam, Anvers, Rouen), il suffit que e lit du fleuve soit muni, de place en place, de corps-morts (bouées amarrées à des points fixes dans le fond du fleuve) ou de ducs d'Albe (faisceaux de pieux reliés en tête par un gros câble) sur lesquels s’amarrent et s’appuient les bateaux de mer.
- Si le port est desservi par un canal, celui-ci est nécessairement à niveau constant (à quelques centimètres près), «car les canaux sont généralement creusés à une profondeur juste suffisante pour permettre le passage des plus grands bateaux qui auront à les fréquenter. Le canal ne peut donc déboucher directement, ni dans les bassins de marée, ni même dans les bassins à flot, dont le niveau est assez variable d’une marée à l’autre.
- Il faut donc entre les canaux et les bassins à flot de nouvelles écluses à Sas qu’empruntent soit les bateaux fluviaux pour aller s’accoster aux bateaux de mer dans les bassins à flot, soit les bateaux de mer pour se rendre dans les bassins fluviaux où les chalands les attendent. Toutes ces sujétions d’écluses disparaissent naturellement dans les ports où ne joue pas la marée.
- Routes. — Enfin, le voiturage ou camionnage est toujours employé pour les transports de marchandises à petites distances, notamment lorsque celles-ci ont à être emmagasinées dans des entrepôts voisins du port. Il faut donc également un réseau de chaussées desservant tous les quais.
- Terre-pleins. — Tout ceci suppose que le transbordement se fait directement de l’un des engins de transport sur l’autre; il ne peut malheureusement pas toujours en être, ainsi. Des sujétions nom-
- MAR1T1MES "—il:::::;:::::.::.::.:::.:::. :
- breuses obligent fréquemment à déposer d’abord au voisinage du point d’opération les marchandises tirées d’un navire ou bien à embarquer sur un navire : tantôt c’est la Douane qui doit procéder à un examen détaillé des marchandises, tantôt il s’agit de cargaisons complexes, exigeant après débarquement, une reconnaissance et un triage des colis par destinataire ; parfois un échantillonnage est nécessaire; tantôt encore, des colis destinés à un navire parviennent avant l’arrivée de celui-ci et doivent être emmagasinés en attendant le chargement. Tel est le cas le plus fréquent pour les cargaisons qui ne sont pas uniformes : il faut alors disposer près des quais de vastes terre-pleins et aussi, s’il s’agit de marchandises chères ou craignant les intempéries, de hangars suffisants où elles pourront séjourner en attendant leur départ.
- Ainsi, au point de vue des arrivages et des évacuations vers l’intérieur, un port doit comporter, s’il reçoit des cargaisons complexes, des terre-pleins et souvent des hangars, et, dans tous les cas, être desservi par un réseau de chaussées ou de voies ferrées avec gare de triage, ou par des voies d’eau reliées aux bassins, ou par ces divers systèmes simultanémént. Telle est l’ossature du port complet; mais le plus souvent, et très heureusement, les ports se trouvent spécialisés, soit par suite de leur emplacement même, soit en raison de la région ou des usines qu’ils ont à desservir, ou des marchés qui s’y sont créés. Aussi, un ou plusieurs des organes peuvent y manquer sans que le port se trouve pour cela inadapté à son rôle.
- Raisons de la spécialisation des ports. — Les ports sont en effet naturellement orientés vers une spécialisation qui n’est d’ailleurs, le plus généralement, que partielle.
- Les principales causes de spécialisation des ports sont les suivantes :
- 1° Les besoins d’importation et d’exportation de la région continentale que dessert le port déterminent en grande partie la nature du trafic du port. Ainsi l’importation des laines par Dunkerque est justifiée par le grand nombre des filatures de la région du Nord ; l’exportation des vins par Bordeaux ou celle des céréales par Montréal s’expliquent tout naturellement ;
- 2° La situation géographique du port détermine l’activité de ses relations avec certains pays dont l’importation des produits devient une spécialité de port. Ainsi, depuis la création du canal de Suez, l’importation des produits d’Orient et d’Extrême-Orient (thé, riz, soie) en France se fait, en presque totalité, par Marseille ;
- 3° La situation maritime du port, ses profondeurs, la facilité et la rapidité de ses accès, ou bien son emplacement dans l’intérieur des terres déterminent ou bien les grands navires ou bien les navires rapides, ou bien les caboteurs à le choisir de préférence. Ainsi, les grands cargo-boats d’Amérique préfèrent le Havre à Rouen comme plus
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- facile, plus rapide d’accès et plus profond, tandis que les caboteurs anglais ou Scandinaves, apportant de la houille ou du bois ont intérêt à débarquer leurs marchandises à Rouen pour diminuer le' trajet continental, plus onéreux, qu’elles auront à parcourir pour arriver à destination définitive. De même, Cherbourg sera choisi comme port d’escale, de préférence au Havre parce que le voyage maritime d’Europe en Amérique est plus court de Cherbourg que du Havre, et en même temps de préférence à Brest, parce que les navires faisant escale se détournent moins de leur route en passant par Cherbourg que par Brest ;
- 4° .Enfin, et surtout peut-être, les habitudes, les marchés et les lignes régulières drainent les marchandises et les voyageurs vers les ports où un trafic est déjà né, de préférence à ceux où ce trafic est à naître. C’est que l’importation ou l’exportation des marchandises exige le concours d’un grand nombre de spécialistes, courtiers, consignataires, commissionnaires, transitaires, qui se sont adaptés à certains trafics et non à d’autres ; c’est que l’importateur habitant dans l’intérieur, sait que dans tel port il trouvera des intermédiaires qui résoudront pour lui tous les problèmes spéciaux de l’importation qu’il veut réaliser, des lignes régulières qui desservent les pays d’où provient la marchandise, parfois même un stock où il pourra puiser. Les mêmes avantages se retrouvent pour l’exportateur.
- Ainsi le trafic qui s’est créé dans un port tend à s’y développer de lui-même, surtout si le port dispose de magasins, où un stock peut se constituer, et de marchés qui régularisent les prix et permettent à l’industriel, au commerçant de l’intérieur, d’acheter, am cours du jour, les marchandises importées parfois longtemps à l’avance. Les magasins publics et les marchés à terme consolident la situation du port, y maintiennent et y développent des trafics déterminés et concourent ainsi à sa spécialisation. C’est le cas des ports de Liverpool, du Havre, et jusqu’à la guerre, de Brême, pour l’importation des cotons en Europe.
- La spécialisation des ports donne à chacun d’eux une physionomie très personnelle qui apparaît non seulement quand on considère le trafic qui s’y fait, mais même quand on se borne à en examiner l’ossature. Ceux-ci, qui manutentionnent des marchandises chères auront des quais accostables bordés de hangars ; dans ceux-là qui importent des cotons, il faudra de vastes terre-pleins où les balles pourront s’étaler sans s’empiler, pour permettre l’échantillonage; les ports à charbon sont surtout des ports fluviaux, placés loin dans l’intérieur des terres où le transbordement se fera du navire de mer en chalands ou inversement, pour que le transport intérieur soit aussi peu onéreux que possible ; les ports de pêche quotidienne offriront de petits bassins de marée accessibles à toute heure; les ports de grande pêche des bassins à flot de peu de
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- tirant d’eau, juste suffisants pour les barques et chalutiers; les services rapides de voyageurs se feront dans des bassins de marée profonds; les ports d’escale n’auront le plus souvent qu’une rade où l'embarquement et le débarquement des passagers se feront sans mise à quai, au moyen d’un petit bateau de service.
- C’est donc une grave erreur de croire qu’il y a un type général de port dont tous devraient se rapprocher et une perte de temps bien vaine que de chercher des comparaisons entre les ports, spécialisés dans des directions différentes. Toutes les statistiques n’ont à cet égard aucune valeur : le tonnage de jauge — le tonnage de marchandises importées et exportées — le nombre de voyageurs qui empruntent un port, la valeur des marchandises manutentionnées — rien de tout cela ne peut permettre une^ comparaison sérieuse. Ces chiffres ne sont intéressants que pour mesurer, dans le temps, l’évolution d’un même port. Mais qui décidera quel est le plus grand port et le mieux exploité, du Havre qui importe annuellement des marchandises dont la valeur totale est triple de celles des marchandises importées par Rouen, ou de Rouen, dont le tonnage des marchandises importées est double de celui du Havre ?
- La spécialisation des ports et les organes qui se créent pour la favoriser ont pour conséquence, nous l’avons dit, la stabilité du trafic; le port se trouve par là, mieux armé pour lutter contre ceux qui voudraient lui dérober une partie de sa clientèle, et notamment contre les ports nouveaux. C’est ici le cas de relever une erreur souvent faite, celle qui consiste à penser qu’il suffit de créer un port, en un point où les conditions locales se prêtent à sa création, pour voir le trafic naître et se développer. C’est cette erreur qui a été à la base de la construction des ports de Zeebrugge, en Belgique et de La Pallice en France L’expérience a montré la fausseté de la conception.
- Le port et le trafic, l’organe et la fonction, doivent croître simultanément. Le seul cas où la construction d’un port de toutes pièces ait donné des résultats satisfaisants, c’est celui où, en même temps que le port, on créait le trafic : celui des compagnies minières construisant en Angleterre des ports pour leur usage. Mais, d’une façon générale, le trafic est une tendance économique qui n’évolue que très lentement, qui est soumise à des influences stabilisatrices extrêmement puissantes; c’est un équilibre qui ne se déplace que petit à petit, suivant des lois très difficiles à préciser ; il faut le suivre pas à pas, en le guidant d’une façon presque insensible, s’il tend à naître ou à se développer ; il faut écarter les difficultés de sa route, empêcher qu’il ne bute, mais ne jamais essayer de le faire franchir un fossé, bondir au-dessus d’un obstacle ; il se dérobera. Pour développer nos ports, il faut chercher comment ils se développent, dans quels sens, et suivre leur mouvement en l’aidant.
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- C’est là d’ailleurs la règle générale qui s’impose pour tous les progrès économiques, quels qu’ils soient. Les ports, à cet égard, ne constituent nullement une exception.
- Les grands ports ont donc tendance à grandir d’autant plus qu’ils sont déjà plus grands. Au contraire, pour qu’un port nouveau se développe, il faut qu’une modification profonde des conditions économiques dans lesquelles il se trouvait le place nettement, par des causes neuves, dans une situation très supérieure relativement aux autres ports. C’est le seul cas où le petit port arrive à se faire sa place .- tel pourra sans doute être le sort du port de Caen, si les minerais de fer du Calvados sont
- largement exploités après le retour de la paix.
- La conséquence de ces observations, qui sont aujourd’hui presque de sens commun, c’est que le véritable progrès doit êlre cherché, en général, dans le développement des grands ports, qui sont les seuls ports en voie d’accroissement. Ce n’est pas à dire qu’il faille sacrifier les nombreux petits ports que nous possédons; mais les efforts faits en leur faveur sont bien moins rémunérateurs, contiennent bien moins de promesses, bien moins d’avenir que ceux qu’on peut faire en faveur de nos grands ports. Ce sont ceux-ci dont dépendent directement la prospérité nationale et l’ascension nécessaire du pays vers une situation économique plus large.
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- Envisager médicalement la question des colloïdes, c’est vouloir étudier sinon la Biologie elle-même, tout au moins une des parties les plus importantes de la médecine. Il n’est en effet pour ainsi dire pas de processus physiopathologique dans lequel l’état colloïdal ne joue un rôle capital, et c’est pourquoi l’utilisation thérapeutique des corps colloïdaux se présente, semble-t-il, avec un grand avenir.
- I. Les substances colloïdes. — Depuis Graham l’étude du phénomène bien connu de l’osmose a permis de distinguer deux ordres de substances : d’une part celles qui dialysent ou cristalloïdes, d’autre part celles qui ne dialysent pas ou colloïdes. Que sont physicochimiquement les solutions colloïdales? i
- Ce que nous savons du phénomène de l’osmose, nous amène à penser que la non-dialyse résulte d’une absence de combinaison des corps colloïdaux avec la membrane osmotique et à voir la cause de ce fait dans l’état même des solutions. On est conduit ainsi tout naturellement à penser qu’il ne s’agit pas de véritables solutions avec dissolution, mais bien dc, pseudosolutions.
- De là à conclure à un état de suspension des particules colloïdales dans un milieu, il n’y avait qu’un pas, mais la preuve matérielle demandait à être fournie; car, ni l’œil nu, ni même le microscope ne décelaient la présence de particules dans le liquide, il a donc fallu les recherches ultramicro-scopiques pour établir ce fait.
- L’ultramicroscope est ainsi arrivé à déceler des granules dont les dimensions sont comprises entre 5 et 10 millionièmes de millimètre. Il ne l’agit donc pas de solutions véritables, mais de suspensions ou émulsions dont les grains métalliques ont de très minimes dimensions.
- Contrairement à ce qui se produit pour les solutions véritables, la quantité de métal contenue dans la pseudosolution colloïdale, en tant que nombre de granules, peut varier dans des proportions considérables ; c’est pourquoi son aspect prend des formes
- extrêmement diverses, qui vont de l’état liquide à l’état solide en passant par tous les intermédiaires : solution visqueuse, pâte, empois, gelée, et dépassant même çes .limites, puisqu’il existe un état colloïdal gazeux, la fumée, et un état colloïdal solide, le verre rouge à l’or refroidi lentement.
- IL État physicochimique des colloïdes et leurs propriétés, Que sont donc, au point de vue physico-chimique, les corps colloïdaux? — C’est là un point qu’il importe de préciser, et tout d’abord il faut savoir qu’il ne s’agit pas ici de combinaisons chimiques, car les éléments se groupent en toutes proportions, ou plutôt en proportions non définies et ne se dissocient pas par réversibilité. On doit donc les considérer comme des composés, correspondant à un véritable état d’équilibre moléculaire, ou combinaison d'absorption qui détermine la production de grosses molécules, de gros groupements atomiques ou micelles (1). Au point de vue physique, les colloïdes présentent toute une série de propriétés qui touchent aux problèmes les plus élevés de la science moderne et qui ont ouvert des horizons nouveaux. Je veux parler des propriétés électriques des colloïdes, de leur insolubilité, des mouvements Browniens et de leur pouvoir de fixation élective.
- Faites passer un courant entre deux pôles, l’un positif, l’autre négatif, placés dans une pseudosolution, vous observerez que les micelles ont la particularité de subir le phénomène du transport électrique, fait qui, biologiquement, a son importance, puisque le brassage qui résulte du transport des granules coütribue largement à l’activité et à la rapidité des actions d’électrolyse en renouvelant les éléments soumis à l’action des courants.
- Les micelles ont aussi la propriété d’être animés de mouvements Browniens, mouvements très vifs et parfaitement désordonnés, véritable danse perpétuelle des corpuscules que l’on peut comparer à une trépidation avec déplacement nettement appréciable du corpuscule suivant une trajectoire
- 1. Suivant l'expression de Naegeli.
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- irrégulière. L’origine de ce phénomène n’est ni dans les particules, ni dans une cause extérieure au liquide, mais bien dans les chocs réciproques des molécules. Ces mouvements Browniens qui sont éternels et spontanés ouvrent un horizon sur la réalisation tant désirée du mouvement perpétuel car suivait l’expression de M. Jean Perrin : « Nous atteignons par là une propriété essentielle de ce que l’on appelle un fluide en équilibre. »
- Les corps colloïdaux sont pratiquement insolubles, ils peuvent être, comme nous l’avons vu (et c’est ce qui les caractérise), à l’état de pseudo-solutions mais non de solution véritable (avec dissolution), c’est là un point important sur lequel on ne saurait trop insister.
- Disons enfin que les colloïdes ont le pouvoir d’absorber,d’une façon particulièrement intense, certains éléments, le fait est bien mis en valeur en ce qui concerne les colorants lorsque l’on trempe un écheveau de soie dans des solutions colorantes extrêmement diluées)1).
- Ces propriétés des corps colloïdaux ne sont nullement indifférentes à la biologie et certainement entrent pour une part importante dans les réactions organiques.
- III. Les colloïdes au point de vue biologique. — L’ensemble de ces propriétés peut se résumer dans une formule établie par Victor Henri : « II n'y a pas de colloïdes, il n'y a qu’un état colloïdal, comme il y a un état solide et un état liquide », et c’est ce fait justement, qui donne toute leur importance biologique aux substances colloïdales et à leurs applications, car, d’une part, l’organisme est tout entier, ou presque, fait d’humeurs et de tissus qui appartiennent à ce vas Le groupement, et, d’autre part, l’immense majorité des phénomènes physiologiques et pathologiques est régie par les lois des solutions colloïdales. Et il est heureux qu’il en soit ainsi, comme nous allons le voir dans les trois faits suivants :
- 1° L’insolubilité des colloïdes est indispensable au bon fonctionnement de nos organismes car, que deviendraient-ils si ces substances étaient so-
- 1. C’est ainsi qu’une solution en apparence incolore de vert malachite au 1/50 000 000 teinte vivement la soie.
- lubies (4) dans les liquides courants. Nous subirions la triste mésaventure survenue certainement à la femme de Loth lors de la première pluie qui suivit sa transformation en statue de sel ;
- 2° La souplesse et la flexibilité sont non moins indispensables à nos tissus et résultent de leur état colloïdal. Ils font donc contraste avec la dureté, la ténacité et la rigidité des substances cristalloïdes qui cassent au lieu de plier. Le parallèle de l’aventure bien connue du chêne et du roseau peut donc être établi à ce propos et nous devons à l’état colloïde de l’osséine de nos os, comme à nos cartilages, de pouvoir nous mouvoir sans fractures, comme de descendre un escalier sans nous fendre le crâne par répercussion du choc non amorti ;
- 3° Physiologiquement la structure colloïdale de
- nos cellules nous donne la précieuse faculté de puiser dans le milieu extérieur les substances utiles, et de garder dans nos cellules les éléments indispensables, qui, en prenant l’état colloïdal, ne sont plus à même de traverser la membrane d’enveloppe. Un exemple concret fera mieux comprendre ce fait : Supposons une algue dont la chlorophylle serait à même de passer dans l’eau ambiante, l’assimilation du carbone se ferait à l’extérieur et la plante dépérirait. Supposons encore nos cellules humaines perméables aux colloïdes naturels organiques, ce serait la mort à bref délai, car ces substances nous fuiraient par tous nos émonctoires.
- Ces exemples mettant en lumière l’importance du rôle de l’état colloïdal dans la physiologie de notre organisme, je n’étonnerai donc personne en disant que : les phénomènes physiologiques, notamment l’assimilation, la désassimilation, la sécrétion, sont des phénomènes colloïdaux qui s’accompagnent de brassages, précipitations mutuelles, dialyse intergranulaire et absorption, et que l’albuminurie résulte d’un trouble apporté à l’état colloïdal de certaines cellules, du rein qui ne laissent plus seulement passer les éléments en dissolution dans l’urine, mais encore des colloïdes, l’albumine notamment.
- 1. C’est-à-dire la peau, les muscles, etc.
- Fig. i. — Coupe considérablement grossie du tissu pulmonaire dans lequel on voit des granules d’or colloïdal provenant d’une injection intra-veineuse.
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- État colloïdal est donc inséparable de physiologie et de pathologie humaine et, a priori, l'action des substances médicamenteuses sera considérablement renforcée et facilitée par l’état colloïdal, car seules ces substances ont le pouvoir de rester dans les tissus de l’organisme, de ne s’en éliminer que lentement, et, par conséquent, d’agir avec un meilleur rendement. En est-il ainsi, c’est ce que nous allons maintenant étudier.
- IV. Étude physiologique des colloïdes. — Des conclusions parfois contradictoires (*) qui résument les recherches de nombreux physiologistes sur l’animal se dégagent cependant des résultats d’ensemble desquels on peut faire état, notamment aux divers points de vue des éléments : toxicité, réactions physiologiques sur les échanges de l’organisme, action sur les microbes, élimination du métal.
- a) Généralement très' faible, la toxicité des colloïdes métalliques est pratiquement négligeable, car les doses toxiques sont sans rapport avec les doses thérapeutiques ; de 800 à 1 pour l’argent et-de 10000 à \ pour l’or.
- b) Phigsiologique-ment les injections de colloïdes thérapeutiques déterminent une série de réactions; au point de vue thermique une faible poussée fébrile.
- Au point de vue circulatoire, les faibles doses peuvent, dans certains cas, provoquer une élévation de la tension artérielle, mais Vaction cardiotonique n’est vraiment caractéristique qu’aux doses expérimentales qui déterminent le ralentissement du pouls. Au point de vue des réactions sanguines, on constate, d’une façon indiscutable, une production intense de globules blancs qui se: maintient plusieurs jours et qui, aux doses ordinaires, n’est contre-balancée par aucun phénomène défavorable (1 2). Au point de vue des échanges organiques l’or ne détermine rien’ de particulier, mais
- 1. La contradiction des résultats tient souvent au fait que des métaux très différents ont été employés.
- 2. La coagulabililé n’est nullement. influencée, mais des doses élevées ont une action destructrice des globules rouges plus marquée pour l’argent et le mercure que pour les autres métaux.
- d’autres métaux ont le pouvoir d’activer les échanges.
- c) L'action sur les microbes varie avec la nature des métaux employés : l’or colloïdal n’est pas germi-cide, la plupart des autres métaux colloïdaux le sont, notamment l’argent et le mercure et, dans ces cas, l’état colloïdal renforce le pouvoir bactéricide du métal. Deux exemples établissent nettement ce fait : d’une part, des cultures microbiennes identiques soumises à l’action du sublimé (*) et de l’électro-mercurol prouvent que le développement est empêché à partir d’une concentration de 1/10000 pour le sublimé et 1/132000 pour l’électro-mercurol qui serait ainsi 13 à 14 fois plus actif que le premier. D’autre part, Colas (de Nancy), a montré que l’action de l’argent sur V asp erg U lus fum igatus était considérablement renforcé par l’état colloïdal du métal.
- A côté de l’action directe sur les microbes, il faut envisager l’action sur les produits solubles de ceux-ci ou toxines et sur le pouvoir antimicrobien de l’organisme; cetteaction qui peut être extrêmement puissante permet, dans le cas de l’argent, de préserver le lapin de doses de toxine diphtérique, tétanique, dysentérique, dix fois supérieures aux doses mortelles.
- d) L'absorption et l'élimination des colloïdes a pu être reconstituée. Passant du sang dans les cellules, les éléments ne se disolvent pas dans le sérum, ou plutôt ne s’assimilent que très lentement, si bien que leur passage dans les voies d’excrétion est extrêmement tardif (de 48 h. à 3 jours après l’injection) et dans l’intervalle on les retrouve dans le sang et les humeurs de l’organisme et jusque dans les tissus des organes.
- Dans l’ensemble il y a lieu de retenir de l’étude physiologique les conclusions suivantes :
- Innocuité au point de vue toxicité; production de fièvre; action favorable sur le système circulatoire et les échanges; action antimicrobienne et antitoxique inconstante et, point capital, action déterminante sur la production de globules blancs en grand nombre avec élévation de leur pouvoir de destruction des microbes.
- \. Bichlorure de mercure.
- Ing. 2. — Dispositif expérimental .pour l'étude des métaux colloïdaux.
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- Fig. 3. — Appareils de stérilisation des solutions colloïdales par les rayons ultraviolets.
- C’est là un des éléments dominants, car pour qui connaît l’importance du processus de phagocytose dans la défense organique contre les infections (Met-chnikoff) et l’importance de l’action chimique des substances issues des globules blancs ou leucocyto-lysines, le rôle favorable des colloïdes thérapeutiques apparaît nettement : ils occupent une place importante dans la thérapeutique des maladies infectieuses. Ce fait n’a pas semblé pouvoir à lui seul expliquer toute l’action de ces corps, et nombre d’auteurs pensent que leur action s’explique peut-être par un mécanisme analogue à celui des ferments solubles non parasitaires Q), les diastases (2), qui déclenchent le mécanisme chimique des principaux actes organiques à la manière des catalyseurs. Or le fait est constaté chimiquement depuis longtemps' [expérience de Brédig](s) que, sous certaines conditions, les colloïdes ont la propriété d’être des catalyseurs, c’est-à-dire des diastases artificielles ; c’est pourquoi, nombre d’auteurs, à la suite de Robin, ont vu une certaine analogie entre les ferments et les colloïdes et appelé ces derniers les ferments métalliques,
- tandis que d’un autre côté on les appelait collo-biases. J’ajouterai d’ailleurs qu’à côté du pouvoir catalyseur, il faut voir, à la suite des expériences de Raulin et Javillier, que certains métaux ont le pouvoir, dans des proportions infimes d’ailleurs, d’exalter l’activité des diastases et lorsque l’on considère la puissance considérable de travail que l’état diastasique confère à la matière, on conçoit l’importance prise dans le métabolisme organique par les colloïdes métalliques.
- En dernier lieu le pouvoir absorbant et de fixation des colloïdes peut jouer également un rôle, car on est en droit, devant ce fait, de se demander si certaines toxines microbiennes ne sont pas électivement fixées par les colloïdes et par là même rendues inactives.
- Quels que soient les modes d’action des substances col-
- 1. Car un certain nombre de transformations sont liées à des parasites ( bactéries ou champignons), ainsi celle de l’alcool en acide acétique ou vinaigre (Mycoderma aceti).
- 2. Appelées encore à plus juste titre Enzymes ou zymases.
- 3. Le platine colloïdal décompose par catalyse et avec une grande rapidité l’eau oxygénée.
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- loïdales thérapeutiques, leur action dans le traitement de nombre d’affections est remarquable et donne au médecin-praticien une arme des plus efficaces.
- Y. Emploi thérapeutique de* colloïdes. — A la thérapeutique colloïdale qui remonte à 1897 s’attachent les noms de Carey-Léa, Halsted, Credé et Netter. C’était, à cette époque, d’un colloïde chimique qu’il s’agissait, le collargol, mais le principe et la préparation furent rapidement modifiés et perfectionnés à la suite des travaux de Robin et Bardet, de Victor Henri et de l’école de la Sorbonne. Aujourd'hui les préparations colloïdales ont acquis droit de cité en thérapeutique et nous allons rapidement étudier, leurs effets dans les grands groupes d’affections auxquelles elles s’adressent.
- C’est aux grandes infections que s’adressent particulièrement les colloïdes métalliques (*), tant aux infections médicales (grippe, typhoïde, pneumococcie, pneumonie, broncho-pneumonie) qu’aux infections chirurgicales (infections septicémiques des urinaires, postopératoires, et consécutives aux blessures de guerre), mais ce sont surtout les infections obstétricales (infection puerpérale, lymphangites et abcès du sein) qui constituent le terrain de choix pour l’emploi des colloïdes. Les maladies parasitaires en bénéficient également mais à un moindre degré. L' électro-mercurol s’est toujours, d’après Stodel, montré dans le traitement de la syphilis aussi actif, sinon plus, que les autres préparations et beaucoup moins dangereux. Le paludisme a été, dans nombre de cas graves où les méthodes habituelles étaient impuissantes, amélioré par l’or et = la quinine colloïdale. Ce chaulmogra colloïdal aurait de même donné des résultats encourageants dans la lèpre. Les résultats obtenus dans ces affections avaient incité à tenter un effort dans la voie du traitement des maladies néoplasiques, des cancers : l’électro-cuprol et l’électro-sélénium n’ont donné que des résultats très douteux et s’il a été possible de noter des améliorations passagères, aucune guérison n’a été jusqu’ici atteinte. Les résultats sont de même nuis ou douteux dans les maladies de la nutrition, mais au contraire favorables dans les anémies où l’emploi des colloïdes de
- 1. Argent, rhodium, fer (typhoïde) et surtout or. Ce dernier semble être de beaucoup le plus actif.
- fer, d’arsenic et de vanadium a déterminé une amélioration de l’état général. Enfin dans les rhu-. malismes, les colloïdes d’or ont donné des résultats dans 5 cas de rhumatisme articulaire aigu (Gre-net) (J). Tandis que le soufre colloïdal aurait donné des résultats appréciables dans le traitement du rhumatisme chronique.
- A côté de leurs qualités éminentes, les colloïdes thérapeutiques présentent des inconvénients (2) ; et tout d’abord celui de déterminer une réaction fébrile d’autant plus marquée que l’action du médicament est plus efficace, et qui s’accompagne de phénomènes généraux souvent gênants pour le malade comme pour l’entourage. En tout cas leur emploi ne pourra être indiqué qu’a-près un examen approfondi du sujet.
- Mode d'emploi. — Les modes les plus divers ont été employés : voie digestive; voie cutanée au moyen de frictions avec des colloïdes sous la forme de pommades ; voie hypodermique ou intramusculaire, enfin voie intraveineuse.
- L’efficacité de ces moyens suit une courbe parallèle à notre classification, c’est donc à la voie intraveineuse qu’il faut recourir lorsque l’on veut agir vite et fort et à la voie hypodermique dans les cas moyens ou ceux où l’on craint des accidents.
- Fabrication des colloïdes. — Le fait que l’emploi thérapeutique des colloïdes comporte l’injection de ces substances dans l’organisme, explique le souci qu’il faut apporter à leur fabrication et qui devra être poussé à son maximum lorsqu’il s’agit des solutions pour injections intraveineuses. Il faut de toute nécessité que ces solutions soient : stérilisables, stabilisâmes, isotoniques, sans quoi leur injection provoquerait de graves désordres.
- Deux méthodes sont concurremment employées pour la fabrication des colloïdes thérapeutiques : le procédé chimique et le procédé physique.
- Le procédé chimique,‘presque abandonné aujourd’hui, produisait le colloïde chimique ou hydrosol en faisant agir sur un sel un agent chimique réducteur qui précipite le métal à l’état colloïdal,
- 1. Comparant une série de 84 cas traités par l’or, avec 54 cas traités par la méthode classique (salicylate de soude), M. Grenet tire la conclusion que l’or est bien supérieur, car il calme les douleurs, abrège la durée de la maladie et prévient les complications.
- 2. Au moins dans les cas où l’on emploie la voie intraveineuse.
- Fig. 5. — Vue à Vultramicroscope des colloïdes dans une solution.
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- UNE ILLUSION D’OPTIQUE ....... ...-.= 255
- par exemple ; le collargol est obtenu en réduisant le nitrate d’argent au moyen d’un mélange de sulfate ferreux et de citrate de soude (Garey-Lea). Aujourd’hui on emploie presque exclusivement la Méthode électrique de Brédig qui utilise l’action désagrégeante de l’arc voltaïque sur les électrodes métalliques : l’arc jaillissant entre les pôles, pulvérise en fins granules les métaux qui restent en suspension dans le liquide.
- Ces solutions une fois préparées, il est nécessaire de leur faire subir une série de modifications complémentaires destinées à permettre leur emploi sans danger. Ces modifications sont: la stabilisation par addition de solutions d’albumine ou de gomme qui évitent le dépôt des granules; la stérilisation, enfin Visotonification obtenue en ajoutant du chlorure de sodium qui ramène la substance à injecter au taux de concentration saline du sérum sanguin.
- Il faut en dernier lieu estimer la concentration en métal d’une solution colloïdale.Seule, pratiquement, la couleur de la solution entre en ligne de compte, l’or thérapeutique est une solution bleue, etc.
- De toute cette étude, que conclure? Tout d'abord que la thérapeutique a fait un sérieux pas en avant vers une médecine scientifique qui se substitue peu à peu aux méthodes empiriques. Ensuite que les colloïdes ouvrent au point de vue biologique des horizons nouveaux et semblent donner la clef de bien des mécanismes ignorés. C’est ainsi que Robin émet l’hypothèse que les eaux minérales et les extraits d’organes n’agissent que par l’état colloïdal de certains métaux qui y sont contenus et propose de les remplacer par ces mêmes métaux.
- On peut donc avec Brédig dire que les métaux colloïdaux sont la représentation artificielle des diastases organiques^ A.-C. G.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séances du 6 au
- L'influence des grandes canonnades sur la pluie. — M. Ilildebranson reprend la théorie de la pluie, dont la cause principale et ordinaire est le refroidissement d’un courant d’air ascendant. La formation en brouillard s’opère d’autant plus facilement que l’air contient plus de poussière et la condensation de la vapeur d’eau est provoquée par les particules ionisées négativement. Les expériences de San Antonio en 1892, ont montré Pim-possibilité de provoquer la pluie par une violente canonnade dans un air sec. Mais, dans certaines conditions atmosphériques et à titre local, l’influence des décharges d’artillerie reste probable. M. Ilildebranson ne croit pas à la théorie de Le Maout rappelée par le général Sebert, expliquant les pluies deFrance pendant la guerre deCrimée par une telle influence lointaine. Les fumées se dissipent rapidement en s’élevant et ne sauraient intervenir.
- Symétrie de la chaîne alpine. — M. Albert Cochain remarque la curieuse symétrie que présente en Europe le dessin de la chaîne alpine (au sens géologique du mot) : Pyrénées, Cordillère Bélique, Rif, Allas, Sicile, Apennin, Alpes, Carpathes, Balkan, symétrie qui a son centre dans les Apennins. D’après une théorie antérieurement développée par lui, il croit à deux bandes de flexion profondes tracées à angle droit dans l’écorce résistante au-dessous de l’écorce superficielle : système Nord-Sud suivant le fossé rhénan; système Est-Ouest méditerranéen. Si l’on envisage un des quadrants déterminés par l’intersection de ces deux zones, une figure
- i3 août 1917.
- de géométrie très simple montre qu’une contraction réalisée en profondeur dans l’un d’eux doit entraîner, dans l’écorce superposée, un repli montagneux présentant partout l’apparence d’un déversement, d’un charriage vers l’extérieur, ainsi qu’on le constate en effet.
- La fonction de réduction de l’urine. — MM. Charles Richet et Henry Cardot étudient l’action de l’urine sur une solution diluée de permanganate de potasse fortement acidifiée par l’acide sulfurique. Ils ont constaté ainsi une fonction spéciale du liquide urinaire, indépendante des variations physiologiques connues de la composition de ce liquide. L’indice manganique est assez stable chez l’individu sain et l’on peut penser que son élude approfondie, rendue très simple par une méthode expérimentale nouvelle, fournira des renseignements précieux en pathologie.
- Rôle physiologique des symbiotes. — Revenant sur une communication précédente, M. Paul Portier croit pouvoir établir de curieuses réactions physiologiques chez les microorganismes, ou symbiotes, qu’il a pu isoler du tissu graisseux dans la série animale. Suivant lui, il y aurait, pour chaque espèce, un symhiote spécifique, présentant, avec des caractères communs à tous ces symbiotes, quelques traits particuliers. La destruction ou l’élimination des symbiotes de l’aliment produisent des phénomènes de carence que guérit l’administration de ces symbiotes. On se trouve ainsi ramené aux curieuses expériences de Weill et Mouriquand sur la vilamine, qui ont été l’objet d’un article spécial ici même.
- UNE ILLUSION D’OPTIQUE
- Chacun connaît l’illusion qui éclaircit un dessin gris lorsqu’il est placé sur un fond noir et qui l’assombrit, au contraire, quand il est vu sur un fond blanc.
- Ce phénomène de contraste opère sans doute dans le dessin que voici, mais il n’arrive pas à dissimuler la grande différence de teinte qui
- existe entre les deux bandes grises étroites. Bien que le champ noir éclaircisse la bande de gauche, bien que le champ blanc assombrisse la bande de droite, la première demeure pour l’observateur nettement plus foncée que la seconde.
- Regardez-y maintenant de plus près (sans métaphore), de si près que l’extrémité de votre nez
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- UNE ILLUSION D’OPTIQUE
- arrive et demeure en contact avec le point marqué M. La vision des deux bandes grises deviendra alors un peu indistincte, car l’oeil humain n’accommode plus pour une distance de 5 cm ; ce qui, en revanche, ne sera nullement indistinct, ce sera la luminosité relative des deux bandes grises. La plus foncée sera devenue blanche, la plus claire sera devenue presque noire.
- Cette curieuse inversion reconnaît pour cause deux facteurs qui agissent dans le même sens : une inégalité dans l’ouverture des deux pupilles et l’influence exercée par l’un des deux yeux sur la vision de l’autre.
- En vision binoculaire, à une distance normale, les deux yeux convergent vers un même point qui, dans le cas de notre expérience, peut être soit la
- reçoit, au contraire, moins de lumière de la bande qui lui correspond. De là une énorme différence de luminosité, plus que suffisante pour compenser la différence inverse qui existe entre le pouvoir réflecteur des deux bandes.
- La relation entre la luminosité de chaque bande et celle du champ sur lequel elle repose demeure d’ailleurs à peu près la même, que la pupille soit, dilatée ou contractée; mais, ce que les yeux comparent dans cette expérience, ce ne sont ni les bandes avec leurs champs respectifs ni même les champs entre eux, car ces derniers font à l’observateur l’effet de se superposer et lui donnent une sensation résultante de gris. La seule comparaison demeurant possible, et très nettement effectuée, est celle des deux bandes, qui paraissent se croiser
- bande sur fond noir, soit la bande sur fond blanc.
- Les deux pupilles sont dans les deux cas intéressées de la même manière et demeurent de dimensions égales. Elles s’oüvrent simultanément un peu plus alors que les yeux fixent le fond noir, un peu moins quand ils se dirigent vers le fond blanc, mais la différence n’est pas grande, car le carré noir n’occupe alors qu’une petite fraction du champ visuel.
- Les choses se passent fort différemment quand le nez de l’observateur est en contact avec le point M. L’œil gauche considère alors exclusivement le carré noir, qui occupe dans ces circonstances la plus grande partie du champ visuel : l’œil droit considère le carré blanc dans les mêmes conditions. La pupille de l’œil gauche s’agrandit, celle de l’œil droit se rétrécit. L’œil gauche admet, de ipso facto, une plus forte fraction de la lumière totale réfléchie par la bande de gauche. L’œil droit
- sans se superposer ailleurs qu’en leur point d’intersection.
- Voici maintenant en quoi consiste le second facteur de l’illusion que nous venons de décrire : Jurin, vers le milieu du xvme siècle, et, près d’un siècle après lui, Aubert et Fechner, ont montré que si l’on augmente ou diminue la quantité de lumière qui pénètre dans l’un des deux yeux, l’autre œil est affecté par ces variations et voit l’objet qu’il considère plus clair dans le premier cas, plus sombre dans le second. Ce phénomène contribue évidemment à la production de notre illusion, car l’œil gauche est placé en face d'un milieu sombre tandis que l’œil droit est vivement éclairé. La bande considérée par l’œil droit paraîtra donc plus claire que celle que regarde l’œil gauche. L’effet ainsi produit s’ajoute à celui que détermine l’inégalité des deux pupilles mais est moindre que lui.
- Gustave Michaud et J. Fidel Tristan,
- Professeurs au Collège de Costa Ilica.
- Le Gérant : P. Masson. — lmp. Lahüre, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 2300.
- 27 OCTOBRE 1917
- LE PETROLE ET LE GAZ NATUREL
- Le pétrole est le plus important des bitumes et après la houille c’est le composé naturel du carbone le plus employé. Aussi son étude mérite-t-elle d’êlre esquissée en ces temps de guerre où les restrictions s’annoncent de plus en plus nombreuses et, après le charbon, menacent les autres combustibles.
- Il n’y a pas de mer dont les eaux ne soient sillonnées par les hélices de steamers à pétrole, pas de pays dont les routes ignorent le passage des moteurs à explosion, pas de village du monde civilisé où quelque maison ne soit éclairée par la flamme de la kérosine ou de quelque autre dérivé du pétrole; des milliers de kilomètres de grandes routes sont affranchies de la poussière ou consolidées d’une façon quelconque au moyen de l’huile de bitume, etc.... Quand il y a dans la nature du pétrole, on trouve aussi, en règle générale, du gaz naturel, mais sa distribution est moins restreinte que celle de l’huile et on trouve des centaines de bons puits de gaz là où il n’y a pas de naphte. Bien qu’il soit moins commode à transporter et que par suite la poitée de son emploi soit limitée, il est utilisé dans un grand nombre de villes, et de nombreuses usines de verrerie, de fer, ainsi que de multiples installations industrielles.
- Nous avons dit en commençant que le pétrole était un bitume. C’est qu’en effet on donne, suivant leur degré de fluidité, des noms différents aux bitumes et on peut établir la classification suivante :
- Bitume solide. . . asphalte.
- — semi-lluide. goudron minéral.
- — fluide. . . pétrole.
- — gazeux . . gaz naturel.
- Les bitumes sont connus depuis la plus haule antiquité et sans entrer dans des détails historiques, signalons simplement que, d’après la Genèse, ils furent employés comme mortier pour la construction de la tour de Babel, et que les Juifs appelaient neplitar (d’où est venu le terme actuel de naphte) les puits creusés pour recueillir l’huile.
- La répartition du pétrole et du gaz naturel est si générale que relativement peu de pays sont privés du signe de leur existence. En France, le gaz naturel de la « Fontaine brûlante » à La Gua près de Grenoble a été décrit dès 1618. Avant cette date même, on recueillait du pétrole à la surface d’une source à Gabiau (Hérault). De petits suintements ont été signalés à Clermont-Ferrand, Puys-de-Poix, Malustrat dans la plaine de la Limagne, entre les chaînes du Puy de Dôme et du Forez et à Châtillon en Savoie. Un sondage profond à Macholle près de Riom a trouvé en 1896 un peu de pétrole mélangé d’eau salée à une profondeur de 800 m. environ.
- En Alsace, à Pechelbronn dès 1498 le pétrole fut signalé; son exploitation fut entreprise en 1745 et depuis cette date, on extrait annuellement environ 200 000 barils.
- La Galicie ou Pologne autrichienne est le gros producteur européen de pétrole avec des puits fournissant des rendements remarquables de 1000 à 3000 barils par jour (‘J; mais c’est la Russie qui est le seul rival de l’Amérique. Les pétroles et gaz de Bakou sont connus depuis les temps les plus an- |
- ciens et c’est surtout depuis 1878 que le développement de l’exploitation fut considérable. Beaucoup de puits jaillissants, quelques-uns avec des jets de 100 à 150 mètres, ont été touchés ; un seul puits a donné jusqu’à 7000 barils par jour.
- D’autres districts, ceux de Grosny et de Maikop, toujours dans le Caucase, fournissent aussi du pétrole.
- Quant au gaz naturel on ne l’utilise pas actuellement et on ne sait rien sur lui, si ce j n’est que son rendement est j
- Fig. i. — Installation type de sondage par « derrick ».
- élevé et- sa pression forte. Dans les États-Unis, le grand Etat producteur de pétrole, au cours des dernières années, a été la Californie, l’Oklahoma venant au second rang, puis et par ordre d’importance l’Illinois, la Virginie, le Texas et la Louisiane.
- Nous donnons ci-dessous la production de pétrole en 1912 pour les différents pays :
- Barils.
- Roumanie. i 2.990.000
- Étals-Unis. 222.113.000
- Italie. . . 86.000
- Canada . . 243.000
- Russie . . 08.000.000
- Galicie. .... Japon ..... Allemagne . . .
- Indes...........
- Indes hollandaises
- Pérou.
- 1.750.000 Mexique. . .
- Barils.
- 8.535.000
- 1.670.000
- 1.030.000
- 7.116.000
- 10.845.000
- 16.550.000
- L’élément gazeux ou la formation pétrolifère est
- 1. Dans toutes les statistiques on compte le pétrole en i barils qui valent 150 litres environ.
- 45° Année. — 2' Semestre.
- 17. — 257
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- 258 —....... LE PETROLE ET LE GAZ NATUREL
- appelé gaz naturel. Tous les étangs de pétrole contiennent virtuellement des gaz dissous dans la portion liquide et habituellement à si forte pression que d’énormes quantités de gaz sont ainsi emmagasinées. En forant le gisement, si l’on atteint le plus haut point du réservoir de pétrole, le gaz est mis en liberté et l’on obtient un puits de gaz, tandis que si l’on attaque le réservoir plus bas, dans le versant du dôme où le pétrole est accumulé, la pression du gaz qui le surmonte comprime et fait sortir le pétrole. C’est cette pression qui fait couler le pétrole dans les puits et produit parfois les puits jaillissants ; même les pétroles qui sont pompés doivent leur production à la pression des gaz dissous qui les exprime lentement des roches poreuses et les fait pénétrer dans la cavité des puits.
- Quelquefois on obtient du gaz sec, c’est-à-dire du gaz qui n’est relié à aucun étang ou mare de pétrole. Ce gaz se caractérise par la forte proportion de méthane qu’il renferme (95 à 98 pour 400) le reste étant composé d’éthane et d’azote. Dans le gaz provenant des puits de pétrole, on trouve en notable quantité de l’éthane, du propane et du butane qui, condensés sous pression et à froid, forment la gazoline de gaz naturels, très volatile. Fréquemment d’ailleurs le gaz naturel est largement contaminé par de l’hydrogène sulfuré comme au Mexique et dans le champ de Pétrolia. Bien que le pétrole et ses produits résiduels soient connus depuis la plus haute antiquité, son origine est encore mal connue. La plupart des théories émises sont basées sur la preuve chimique et par suite difficiles à contredire ou à vérifier, la nature dans son laboratoire mondial ayant pu accomplir au cours des siècles des réactions que la puissance limitée des laboratoires humains est incapable de réaliser.
- Les théories jusqu’à présent formulées se rangent en deux catégories : celles qui attribuent au pétrole une origine inorganique et celles qui ui attribuent une origine organique. La première en date des hypothèses de l’origine inorganique du pétrole fut formulée par Berthelot en 1866. Il supposait que
- les métaux alcalins, sodium et potassium existent à l’état libre et à une haute température à l’intérieur delà terre. Lorsque de l’eau chargée d’acide carbonique vient à leur contact il en résulte la formation d’une série de composés hydrocarbonés. Le pétrole se formerait donc dans les couches profondes de la terre. Pour Mendeleifî ce sont les carbures métalliques à très haute température du magma central qui au contact de l’eau donneraient des oxydes métalliques et. des hydrocarbures constitutifs du pétrole Depuis 1803, époque' à laquelle von Buch émit l’idée que le bitume des schistes de Wurtemberg provenait de débris d’animaux dans la roche, on à proposé beaucoup de théories pour expliquer l’origine végétale ou animale du pétrole. La majorité du pétrole se rencontre dans des formations d’origine marine et c’est pourquoi on est tenté d’admettre que des organismes marins ont façonné la matière d’où il provient. Cette opinion a encore été renforcée en 1865 par la démonstration de Warren et Storer qui ont établi que la distillation de l’huile de poisson donnait des hydrocarbures analogues au pétrole. Elle a encore été confirmée par les expériences de Engler.
- Bien que l’on sache depuis 1838 que le pétrole fait tourner le rayon polarisé, ce n’est qu’en 1904 que Rakusin eut l’idée que cette rotation était due au cholestérol, un élément trouvé dans les graisses animales. Plus récemment, Lewko-witsch fit remarquer que la phyto-stérine des huiles végétales pouvait produire le même phénomène qui manque totalement dans les huiles provenant de matières inorganiques, de sorte que l’on peut dire que la preuve accessible est plutôt en faveur de l’origine organique du pétrole.
- Mais ce n’est pas tout que d’expliquer d’une façon plus ou moins satisfaisante la façon dont le pétrole a pu être ou est produit, il faut encore étudier la façon dont il a circulé dans les roches et les conditions qui ont amené son accumulation dans les vastes mares que la perforatrice permet de trouver. Tous les géologues admettent que le pétrole ne s’est pas formé dans les roches où il est main-
- Fig. 2. — Vue de la partie coupante d'un trépan Sharp-Hughes.
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- LE PETROLE ET LE GAZ NATUREL
- tenant, mais qu’il a émigré de son lieu de formation et s’est ensuite accumulé là où les conditions locales étaient telles qu’elles ont entravé son mouvement ultérieur.
- Il y a trois forces qui, dans certaines conditions, tendent à produire le mouvement du pétrole dans les roches : ce sont la pesanteur, la différence de poids spécifique de l’eau et du pétrole et l’attraction capillaire.
- Cette dernière force, dont nous allons dire quelques mots, est la plus puissante sans doute, bien
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- plus profond du monde était le puits artésien de Grenelle à Paris achevé en 1841 après 7 ans de travail et qui descendait à 550 m. A. peu près à la même époque, des puits profonds ont été forés aux États-Unis, à Charleston, Caroline du Sud, Kentucky, Missouri et Pennsylvanie. Dans ce dernier État il a été creusé des puits de 600 à 1200 m. de profondeur pour les champs de pétrole. Nous donnons ci-après, à titre de comparaison, la liste des forages les plus profonds du monde avec leurs caractéristiques.
- Profondeur. Objectif. Remarques.
- Est de P.ybnick, Haute-Silésie (Allemagne). 2000 m. Houille. Achevé en août 1913.
- Mae Donald, Compagnie de Washington . . 1960 m. Pétrole ou gaz. Encore en forage.
- Dcrvvik City, près Bradford Pa 1725 m. Pétrole. Le forage continue.
- 2,5 milles à l’ouest de West Élisabeth Pa. 1700 m. Pétrole. Le puits le plus profond foré avec un câble.
- qu’elle soit entièrement supprimée par la présence de l’eau. Cette capillarité peut produire le mouvement du pétrole seulement dans les roches sèches et comme son action n’est sensible que dans le cas d’une matière ayant des pores excessivement petits, il s’ensuit qu’elle n’est un facteur de mouvement que dans les roches finement grenues. Day en 1910 a montré que le pétrole se répand facilement dans toutes les directions au travers de l’argile et du schiste et se sépare en portions de différentes densités. Il en conclut que la majeure partie du pétrole brut s’est diffusée en traversant ces matières et que l’attraction capillaire est pour beaucoup dans le mouvement du pétrole dans la couche terrestre. Day a mis aussi en évidence que l’argile et le Schiste humides sont imperméables au pétrole et que par suite une coiffe rocheuse de cette matière retient le pétrole lorsqu’il est accumulé. Nous n’entrerons pas, dans cet article, dans la discussion de cette théorie, pas plus que dans l’examen des conditions géologiques qui caractérisent les champs pétrolifères.
- Nous allons examiner maintenant les diverses méthodes de forage actuellement employées et nous les classerons en six catégories : creusage, enfonçage, perçage, forage, méthodes par friction ou à carotte (perforation diamantée, perforation calice, perforation avec balles de fonte) et enfin méthodes par choc (type américain, méthode de la perche à outils, méthode à lavage automatique, système californien, système canadien).
- Les quatre premières méthodes sont analogues à celles couramment employées pour le forage des puits d’eau ou des puits de mine de charbon, aussi n’en disons-nous rien, ainsi que des méthodes par friction, qui n’offrent aucun dispositif particulier spécial au forage des puits de pétrole.
- Le premier puits profond foré par les méthodes de choc et qui pendant longtemps a passé pour le
- Les méthodes de forage par choc peuvent, avons-nous dit, être classées comme suit :
- a) Méthode américaine type.
- b) Méthode de perforation rotative.
- c) Méthode californienne.
- d) Méthode canadienne.
- L’outillage de la méthode américaine, la plus répandue, est caractérisé par le derrick, charpente en bois ou en acier formée de 4 montants consolidés par des croisillons et des entretoises et terminée, à une hauteur de 10 à 30 m., par la poutre de couronne sur laquelle passe le câble de forage. La figure 1 montre les divers organes groupés autour du derrick ; le treuil sur lequel s’enroule le câble, le levier de battage dont la longueur est parfois de 7 m. et qui est actionné par une bille que commande un moteur de 12 à 50 chevaux-vapeur.
- La colonne des outils de forage est constituée par une série de pièces ayant toutes une fonction définie : la douille de câble ; la barre de surcharge supérieure destinée à aider, par son poids et sa longueur, à creuser le trou droit ; les coulisses, paire de barres d’acier accouplées qui servent à secouer le trépan et l’empêchent de se coller aux roches; la barre de surcharge inférieure et le trépan.
- C’est seulement le poids de ces deux dernières pièces qui donne de l’efficacité au coup de trépan en tombant de quelques décimètres.
- Les câbles employés pour la commande de ces différents organes sont des câbles en chanvre de Manille, et, dans le forage des puits très profonds, une certaine section est en câble,d’acier. Le facteur important est l’élasticité du câble. En effet jamais on ne laisse tomber les outils comme un poids mort sur la roche à percer. On s’arrange de façon à ce que le câble soit étiré par les outils venant à fond de course. La nature de son action peut être illustrée en tenant suspendu un poids au bout d’un fil élastique
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- un peu au-dessus d’une table. On constatera qu’en donnant au fil un mouvement vertical alternatif, le poids frappe la table avec une force considérable. 11 est évident que la force du coup est diminuée par ce dispositif, mais dans le forage cette déperdition est plus que compensée par la netteté de la percussion, et si la roche se taille facilement au trépan, le rebondissement est essentiel sans quoi le trépan s’encastrerait trop profondément. Tout l’art du foreur réside dans le réglage ou la tension de son câble de battage.
- Dans la méthode de forage par rotation, la tige est un lourd tuyau qui tourne avec rapidité et entraîne le trépan à sa partie inférieure; on envoie un violent courant d’eau par l’intérieur du tuyau et les débris du forage entraînés remontent extérieurement à la tige. Naturellement pour assurer la remonte des matériaux de forage, certaines précautions sont indispensables : par exemple lorsque l’on traverse des couches de gravier ou de sable, on ajoute de l’argile dans l 'eau injectée de façon à former une boue qui colmatera ces couches et empêchera ainsi l’eau de . forage de s’y perdre, etc.
- Le grand perfectionnement de cette méthode a été l’emploi du trépan Sharpe-Hughes qui permet de faire disparaître la seule objection opposée à la supériorité du système rotatif sur la méthode par choc : la difficulté de forer à travers les formations rocheuses. Ce trépan se compose de deux ou plusieurs • tranchets d’acier détachables, en forme de cône, marchant sur des coussinets en bronze lubrifiés par de l’huile qu’amène un tuyau accessoire.
- La méthode californienne, ou méthode télescopique ou du tuyau de poêle, qui convient surtout dans les terrains contenant des cailloux consiste à établir un tubage formé de sections de 00 cm environ de long enfoncé longueur par longueur à l’aide de vérins hydrauliques. Chaque élément est formé de 2 épaisseurs de tôle d’acier rivées; un joint de section est plus petit que l’autre, juste assez pour pouvoir être télescopé, et la section extérieure chevauche la section intérieure de 30 cm. environ.
- Quant au système canadien à tige rigide, c’est
- l’installation la plus simple du forage. Le câble est remplacé par des tiges de frêne de 0 m. environ de longueur et le système d’enfonçage est le même que dans la méthode américaine. La substitution de tiges rigides au câble est .imposée en Russie et en Galicie lorsque le sol dans lequel on opère est particulièrement meuble.
- Bien d’autres méthodes de forage sont aussi en usage, telles que les méthodes de « carottes » dans lesquelles on découpe à l’aide d’un trépan spécial un cylindre de terrain qui fournit ainsijun échantillon exact de la matière traversée, mais ces [méthodes sont surtout employées pour la recherche de là houille et des filons métallifères.
- Comme nous l’avons vu, le pétrole « suinte » en
- quelque sorte sous la pression du sable qui le contient dans le trou du puits. Aussi cherche-t-on à stimuler cet écoulement lorsque le puits est à son déclin ou lorsque le sable est d’une texture trop dure, en « torpillant » à l’aide d’une charge convenablement calculée de nitroglycérine placée dans le puits au niveau de la couche pétrolifère.
- Quand les puits sont neufs, il y a généralement assez de pression pour faire jaillir la production. Quand le débit est considérable, spécialement lorsqu’il vient beaucoup de gaz avec le pétrole, le tuyautage en plomb qui conduit le pétrole du puits au réservoir doit avoir une section suffisante pour qu’il n’y ait pas de pression dans le puits. Mais dans certaines régions, comme au Texas, où le pétrole entraîne du sable, qui use rapidement les conduits, le puits, jaillissant bientôt sans entrave, se forerait lui-même jusqu’à l’eau, ce qui détériorerait le pétrole si on ne disposait des tampons spéciaux pour régulariser l’écoulement.
- Quand les puits cessent de jaillir, on les pompe à l’aide d’une machine centrale actionnant des roues à rochet par l’intermédiaire de tiges de fer. La même machine actionne parfois plus de 200 puits.
- Le pétrole ainsi pompé est débarrassé de l’eau qui le souille et envoyé aux réservoirs d’entreposage en bois, en acier ou en terre. Dans ce dernier cas on se sert de l’argile Érié et on fait les réservoirs
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- LE PÉTROLE ET LE GAZ NATUREL
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- souterrains, ce qui diminue les dangers d’incendie.
- Pour transporter le pétrole, on peut se servir soit de wagons-citernes, soit de tuyaux rayés. Ces tuyaux sont pourvus de rayures en spirales de quelques millimètres de profondeur et de 3 m. environ de pas. Un courant d’eau lubrifiant est envoyé dans lés tuyaux en même temps que le pétrole brut qui est lourd et visqueux. Dans ces conditions le pétrole au lieu d’être en contact avec les parois, ce qui aurait pour effet d’opposer une résistance de frottement à l’avancement absolument inadmissible, glisse sur une couche d’eau qui elle-même glisse sur la paroi du tuyau. 11 y a actuellement en Amérique plus de 60 000 km de tuyaux de 3 à 40 cm de diamètre servant au transport du pétrole. La plus longue ligne ininterrompue va d’Oklahoma à New-York.
- Le pétrole est parfois utilisé brut comme com-
- L’emploi du pétrole comme combustible est relativement récent. C’est en 4 901 que la Southern and Pacific R? l’adopta pour le chauffage des locomotives, mais c’est surtout depuis l’invention du moteur Diesel que la gazoline fut en partie détrônée pour l’alimentation des moteurs à explosion. Les avantages du pétrole sur la houille sont nombreux, aussi dans la marine de guerre particulièrement son emploi tend-il à se répandre.
- Le gaz naturel, dans les régions où il se trouve, sert surtout pour les usages domestiques ; mais une certaine quantité est employée par l’industrie notamment pour cuire la brique, la chaux, fabriquer du ciment, réduire du zinc, etc. Le prix de vente est très bas, car il faut que le gaz soit employé ou perdu : on ne peut songer à l’emmagasiner. Un nouvel emploi, qui date de 1905, est la fabri-
- Fig. 5. — Puits-pompe montrant le rattachement à la roue à rocket.
- bustible, au Mexique en particulier, ou pour préparer la surface des routes; mais ordinairement le première stade de son évolution est une distillation plus ou moins complète. Le pétrole brut, en effet, est un liquide verdâtre excessivement visqueux et renfermant une quantité de corps complexes, de nature variable d’ailleurs suivant les gisements considérés.
- Au début de l’industrie du pétrole, on ne se servait que des produits lampants, la gazoline était invendable et le résidu de la distillation contenant des huiles lubrifiantes était jeté aux déchets. Actuellement, on utilise toutes les portions de la distillation qui peut avoir lieu soit dans le vide, soit en présence de vapeur d’eau qui abaisse la température à laquelle passent les divers produits. Ce sont, par ordre, la gazoline que l’on distingue en gazoline normale existant naturellement dans le pétrole et la gazoline pyrogénée provenant de la destruction des produits plus lourds; puis les pétroles d’éclairage, les pétroles combustibles et les huiles de graissage.
- cation de gazoline à partir du gaz naturel « humide » qui contient des vapeurs liquéfiables. On comprime à une pression d’environ 25 kg par centimètre carré et il ne reste, comme produit gazeux, que le méthane. La quantité totale de gazoline ainsi extraite a atteint, en 1912, 12000000 de gallons aux États-Unis, mais cette nouvelle source est-elle suffisante pour éviter un épuisement très rapide du stock de pétrole que la terre renferme dans ses entrailles et dont la consommation augmente d’une façon vertigineuse? Sommes-nous menacés de voir dans un avenir plus ou moins prochain les automobiles, les avions, les moteurs à explosion disparaître faute de combustible approprié ^ Il est impossible de répondre à ces questions angoissantes, car, ainsi que nous l’avons vu, non seulement il est impossible d’évaluer l’importance des gisements, mais encore on ne sait si le pétrole, comme la houille, est un produit de Dévolution passée de la terre, ou si au contraire il s’en forme encore à l’heure actuelle dans les couches profondes du globe. IL Yoi.ta. .
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- UN LABORATOIRE D’HYDRAULIQUE APPLIQUÉE
- L’Institut hydrotechnique de Stra.
- L’Italie, de par sa configuration géographique, n’a qu’un très petit nombre de voies navigables intérieures. Seul le bassin du Pô est suffisamment
- cette chaire un laboratoire expérimental. Sur l’initiative du professeur Veronèse, elle obtint d’occuper la Villa de Stra et d’y organiser un centre de re-
- IOO M
- Terrain destiné
- Bassin d'expérience
- canal d'expérience
- Fig. i. — Plan du laboratoire de Stra.
- étendu pour présenter un intérêt commercial important. Toutefois, la Vénétie où le Pô, l’Adige, la Brenta et de très nombreux petits cours d’eau débouchent dans un réseau de lagunes, a depuis longtemps reconnu a nécessité de posséder un Service technique des eaux, ne serait-ce que pour conserver sa capitale, « la fille miraculeuse de l’art ». Sans remonter jusqu’aux vieux Maîtres des Eaux, qui existent toujours,
- Venise possède un Office Hydrographique chargé de l’étude des lagunes, de leur régime, de l’influence des marées, et spécialement de la conservation du réseau des canaux de la ville.
- A la suite des désastres causés par les inondations en 1905, l’Université de Padoue décida d’organiser un enseignement pratique d’hydraulique dans son École d’application pour les ingénieurs. Mais bientôt, elle sentit la nécessité d’adjoindre à
- cherches qui vient d’être ouvert depuis peu. Ce nouvel Institut Hydrotechnique est, croyons-nous, une nouveauté du genre et c’est à ce titre que nous voulons le présenter à nos lecteurs. En relations directes avec la Maî-
- _______ ^ trise des Eaux de l'Of-
- ’ .1 fice Hydrographique de
- ] Venise, rattaché à l’É-
- cole d’ingénieurs de Padoue, il pourra fournir tous les renseignements nécessaires au salut de Venise, à l’entretien des lagunes de l’Adriatique, en même temps qu’il formera des techniciens expérimentés.
- L’hydraulique est une science expérimentale plus encore que de calculs, et l’analyse mathématique n’y doit intervenir que pour éclaircir et expliquer les faits, les rapports entre les phénomènes observés directement. On sait que toutes les formules d’hydraulique sont relatives et ne valent qu’avec corrections. Seules, les me-
- shr
- WM
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- UN LABORATOIRE D HYDRAULIQUE APPLIQUEE
- 263
- sures réelles des éléments et de leurs relations sont valables. Il est donc nécessaire de pouvoir expérimenter, et non seulement sur des représentations réduites des choses, mais aussi sur celles-ci à grandeur réelle, car souvent les rapports „ ’ - -
- sont différents quand on change d’échelle.
- Pour cela, il faut non seulement un laboratoire comme nous l’en-t en dons habituellement, mais aussi des bassins et des canaux d’expériences. C’est ce qu’a réalisé l’Institut de Stra.
- Les services sont groupés dans un palais situé sur le territoire de la commune de Stra, gros bourg à quelques kilomètres de Padoue, sur la ligne de tramways Padoue-Venise. Ce palais, de belle allure architectonique, s’élève à l’extrémité du parc de la Villa Nationale. Son aile droite est occupée par un amphithéâtre de cours, son aile gauche par les laboratoires; la partie centrale, réservée aux bureaux et services,
- une conduite souterraine avec un petit lac artificiel circulaire.
- Sur le côté du palais, on a élevé une centrale électrique qui donne la force motrice aux divers
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- Fig. 4. — Bassin d’expériences dans le parc.
- doit supporter une tour destinée aux installations de la Section des constructions hydrauliques.
- Devant l’immeuble, s’étend un parc dont l’axe est occupé jusqu’à la Villa Nationale par un long canal transformé en'bassin d’expériences. Ce bassin reçoit l’eau d’un puits artésien et communique par
- Fig. 3. — Plate-forme moderne au-dessus du bassin d’essais.
- services. Elle comprend notamment une motopompe qui permet de vider le bassin d’expériences ou de le remplir par communication avec le canal Veraro qui passe non loin de là; elle actionne également un pont roulant qui peut se déplacer au-dessus du bassin d'expériences et peut être garé pendant les périodes de repos sous un petit hangar latéral en pierre.
- Le bassin d’expériences a une longueur de 200 m. ; sa section trapézoïdale mesure 5 m. 70 au fond,
- 10 m. 75 à la surface et 3 m. 50 de haut.
- 11 se continue latéralement par deux bandes d’eau de 30 cm de profondeur et 1 m. 20 de large, limitées par les murs
- en pierre sur esquels se déplace le pont. Ce pont, de 15 m. de portée, roule sur quatre galets et est mû électriquement. Quatre autres galets permettent de le mouvoir perpendiculairement à l’axe du bassin quand il arrive à bout de course et qu’on veut le conduire sous le hangar qui lui sert d’abir.
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- La centrale électrique reçoit le courant alternatif triphasé du secteur; elle le transforme en courant continu qui'sert à charger une batterie de 152 accumulateurs d’une capacité de 74 ampères-heure, sur laquelle est branchée en dérivation une dynamo qui actionne les deux moteurs du pont roulant.
- Le bassin d’expériences a déjà permis d’étudier, au moyen de mesures directes et continues l’écoulement de l’eau dans des tubes de diamètres et de formes variés, sous des pressions constantes ou variant lentement, le mouvement de l’eau dans les conduites forcées, etc., et de répéter ces expériences devant les élèves.
- Le programme des recherches futures comprend, en outre, l’étude de la perte de charge des siphons et ses variations en fonction de la longueur, celle de la résistance opposée par l’eau au mouvement des corps solides immergés, question capitale au point de vue de la traction sur les canaux, etc.
- La section des constructions hydrauliques a fait construire au-dessus des bâtiments 'de l’Institut une tour octogonale où l’eau est élevée à une hauteur de 51 m. au moyen d’une motopompe. Des conduites de longueurs et de sections diverses la font redescendre au niveau du bassin et permettent d’expérimenter l’influence des changements de forme des tuyaux, de la nature de leurs parois, de la résistance des matériaux et appareils employés dans les constructions.
- " La section d’hydrographie détermine, en ce moment, la valeur des instruments employés pour la mesure des courants : tubes de Pitot, moulinet de Woltmann, etc., et l’influence de leur section, de
- leur longueur, de la profondeur où ils sont plongés sur l’exactitude des mesures.
- Une publication de l’Institut fera connaître périodiquement les recherches entreprises et les résultats obtenus.
- L’organisation de l’Institut de Stra mérite d’étre connue, à titre d’exemple. Non seulement elle en fait un laboratoire modèle de recherches où l’on pourra étudier, avec une très grande précision de mesures, les difficiles problèmes de l’hydraulique, mais aussi elle constitue un centre d’enseignement expérimental qui n’existe encore nulle part ailleurs, croyons-nous. Au lieu des leçons ex cathedra iroip
- peu profitables, et de l’abus de l’analyse mathématique, si insuffisante à elle seule pour résoudre les questions d’écoulement de l’eau, elle mettra constamment les élèves ingénieurs en contact avec la réalité complexe. Et l’insti-tut de Stra formera ainsi une école d’hydrographes italiens dressés à étudier et à résoudre les problèmes de leur science par expérience et non seulement par raisonnement. Au moment où se prépare partout dans le monde l’utilisation des forces hydrauliques, où la crise des combustibles fait une fortune gratuite des chutes d’eau, l’Italie prend ainsi une heureuse initiative dont il est à souhaiter que nous nous inspirions.
- Chez nous aussi, la science doit devenir expérimentale, nos ingénieurs doivent être mis aux prises avec les choses et non seulement avec les livres. Quand aurons-nous, nous aussi, des laboratoires d’ingénieurs, moins de mathématiques et plus d’observations? André Breton.
- Fig. 5. — L'abri de la plate-forme mobile.
- L’OUTILLAGE DES PORTS
- II
- Un article précédent a indiqué sommairement la constitution du squelette d’un port, de ses ouvrages et les différences qui séparent, à cet égard, les divers ports, en raison notamment du trafic qui s’y fait.
- Sur ce squelette, il faut des muscles, des nerfs, une circulation. Cet ensemble peut s’appeler Y ou-
- tillage du port, encore qu’on réserve spécialement Ce nom aux engins de chargement et de déchargement des navires.
- L’outillage d’un port comprend en fait un personnel et un matériel, tout ce qui est nécessaire pour permettre les opérations de transit dans ce port.
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- Si l’on suit la marchandise, supposée importée, à partir de son arrivée en rade jusqu’à son départ par voie d’eau ou voie ferrée, on rencontre succes-
- sivement les organes suivants t Le service de signaux qui a pour rôle de renseigner les navigateurs sur l’état de la marée, les heures d’accès au port, le temps probable, etc., et d’avertir les courtiers et consignataires de l’arrivée des navires qui les intéressent. Ce service est généralement assuré en France par les .
- Chambres de i Commerce. i-.-.--....
- Le service d’e-clairage et de balisage, chargé de marquer de jour comme de nuit les passes navigables, les points dangereux, les hauts fonds, c’est-à-dire de donner aux navigateurs ou aux pilotes ~tous les repères nécessaires pour leur permettre de guider le navire. Les bouées lumineuses ou non, les balises, les « amers » ou repères à terre, les feux (blancs ou colorés, à occultation, à éclipse, feux-éclairs), les signaux de brume (sirènes, trompettes, sifflets), mêmeles signaux hertziens sont
- concurremment Fig. i.
- employés, selon les cas, pour assurer ce très important service. Il est confié en France à la Direction des Phares et Balises qui dépend du Ministère des Travaux publics, mais reçoit en temps de guerre des ordres de la Marine.
- Le service de pilotage a pour but de mettre à bord de chaque navire se présentant pour entrer dans îe port ou en sortir, un praticien ou pilote, destiné à guider le Capitaine, à lui indiquer les passages, les courants, les usages du port. L’organisation du pilotage, très ancienne, a pour but, non seulement d’assurer la sécurité des navires, mais encore celle du port, en évitant que de graves
- accidents ne risquent d’interrompre plus ou moins complètement son fonctionnement. Les pilotes constituent, dans chaque port, une corporation privilégiée, jouissant du monopole de la conduite des bateaux et percevant, sur chaque navire entrant ou sortant, une taxe généralement proportionnelle au tonnage et qui, avec l’accroissement formidable des dimensions des navires, arrive à atteindre aujourd’hui, dans certains cas, des taux vraiment
- excessifs. La question de la réorganisation du pilotage et de la révision des tarifs, se pose presque partout à l’heure actuelle et demandera, au moment de la réouverture de la lutte économique, aussitôt après la guerre, une solution ra^-pide. Le pilotage comprend généralement comme service accessoire, le lamanage qui consiste à aider les navires dans le passage des pertuis, des sas, et dans leur mise à poste, en portant les amarres à terre, au moyen de petites embarcations.
- Assez souvent, surtout quand il s’agit de grands navires entrant dans un port à bassins, ceux-ci ne peuvent pénétrer dans le port
- et se placer à leurs postes par leurs propres moyens. Il est nécessaire de les conduire au moyen de remorqueurs. Tantôt un seul suffit; tantôt ôn en place un à l’avant et un à l’arrière; tantôt on en emploie plus encore. Le service du remorquage est également l’un des plus importants. En France, il est généralement assuré par des entreprises privées. Dans le cas seulement où cette initiative fait défaut, les Chambres de Commerce ont été autorisées par l’État à exploiter un certain nombre de remorqueurs. Quoique le service de remorquage ne soit pas monopolisé, il revient dans presque tous les
- Vue d’une grue de chargement enlevant un wagon entier.
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- L’OUTILLAGE DES PORTS
- Fig. 2. — Élévateur flottant à la position de repos.
- ports à un monopole de fait, la concurrence entre deux ou plusieurs compagnies cessant le plus souvent au bout de très peu de temps par un accord entre les concurrents. Il en résulte que l’unique Société de remorquage de chaque port peut appliquer, ou à peu près, les tarifs qui lui plaisent, grevant ainsi la marchandise de frais supplémentaires. La question du remorquage se posera, comme celle de pilotage, dans tous les ports en concurrence directe avec les ports étrangers et à qui il deviendra nécessaire de diminuer le plus possible les frais que supportent les navires, pour les attirer à eux. Elle paraît pouvoir être résolue soit par une concession avec tarifs obligatoires, soit par l’établissement d’une concurrence officielle qui pourrait être faite soit par l’État, soit par les Chambres de Commerce.
- Le service du port, proprement dit, a pour rôle de fixer la place de chaque navire, de surveiller les opérations de chargement et de déchargement, de faire manœuvrer les ponts et écluses, en un mot d’assurer la police générale du port, en veillant à ce qu’il soit exploité, c’est-à-dire utilisé le mieux possible. Aussi, quoique en principe ses pouvoirs soient de police, en fait, il est l’organe d’exploitation par excellence. Il est assuré par des officiers et maîtres de port, sous les ordres d’un Capitaine de Port qui dépend lui-même de l’Ingénieur eh Chef des Ponts et Chaussées en ce qui concerne le commerce et du Commandant de la Marine, en ce qui concerne les bâtiments de guerre.
- Les services que nous venons dé passer rapidement en revue permettent au navire d’effectuer ses mouvements dans le port. Les services d’outillage proprement dit ont pour but de faciliter les opérations d’embarqüement et de débarquement qui constituent essentiellement le transit. Naguère encore, il n’y a pas plus d’une quarantaine d’années, toutes ces opérations étaient faites par le navire lui-même au moyen des engins existant à bord et d’une main-d’œuvre importante embauchée sur place; mais au fur et à mesure que les dimensions
- du navire tendaient à croître, le temps de celui-ci est devenu plus précieux, et on s’est alors ingénié à bâter dans toute la mesure possible les opérations de transit. Les difficultés créées par la main-d’œuvre ont poussé également dans la voie du développement de l’outillage mécanique. La rapidité des opérations a pris un intérêt bien plus grand encore au cours de cette guerre en raison de l’accroissement considérable des transports maritimes et de la réduction progressive que subit la flotte marchande (réquisitions pour des services militaires, pertes dues à des événements de guerre, ralentissement de l’activité des chantiers de construction). On a une mesure de la valeur du temps employé pour les opérations de transit dans le taux de la surestarie, c’est-à-dire de l’indemnité demandée par l’armateur pour chaque jour de retard au chargement ou au déchargement de son navire. Il n’est pas exceptionnel aujourd’hui de stipuler des surestaries sur la base de 500 francs et même de 1000 francs l’heure de retard.
- La construction du navire n’est pas conçue d’une manière générale, de telle façon qu’on puisse le doter d’engins mécaniques d’une portée et d’une force suffisantes pour lui permettre d’effectuer ses opérations rapidement par ses propres moyens ; il faut donc que le port soit muni d’un outillage convenable, adapté à la nature du trafic qu’il est chargé d’assurer. C’est qu’en effet les engins doivent être très différents selon les marchandises à manutentionner. Il serait impossible d’énumérer ici les types si variés qui correspondent aux différents besoins. Nous nous bornerons à donner les caractéristiques générales des engins les plus employés.
- Celui qui domine de beaucoup est, comme on le sait, la grue constituée par une flèche tournant autour d’un pivot et portant à son extrémité une poulie ou un moufle sur lequel passe le câble ou la chaîne dont les mouvements font monter ou descendre la charge. La grue est généralement montée, soit sur portiques, soit sur pontons. Le portique, qui est le support courant des grues de quai, a pour but d’élever suffisamment et la flèche de la grue et le mécanicien qui la guide au-dessus du pont du navire qui, lui-même, s’élève à plusieurs mètres au-dessus du niveau de l’eau. Il est disposé de manière à permettre aux wagons de circuler au-dessous de lui et à pouvoir se déplacer parallèlement au quai sur une voie spéciale. S’il s’agit d’opérations à faire de bord à bord, ou, si l’on préfère, de transbordement
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- direct, la grue est montée sur ponton, simple caisse floUante compartimentée. Celui-ci est parfois muni d’une hélice mue par la machine même de la grue, pour lui permettre de se déplacer d’un navire à un autre sans le secours d’un remorqueur. On se borne généralement à attacher la charge par une élingue; c’est le cas de la plupart des marchandises conditionnées (en sacs, en caisses ou en fûts). Pour certaines marchandises spéciales à manutentionner par grosses quantités, on munit la grue d’engins de préhension spéciaux tels que les bennes à renversement et les bennes preneuses ou crapauds (pour les houilles, les minerais et les céréales en vrac), d’électro-aimants pour les aciers et certains minerais de fer — de louves pour les pierres de taille et les fûts. La force des grues doit d’ailleurs varier avec la nature des marchandises à manutentionner.
- Les liquides en vrac sont généralement chargés et déchargés au moyen de pompes : tel est le cas des pétroles. Pour les poids très lourds exceptionnels, on dispose le plus souvent dans chaque port d’un ou deux engins puissants qui sont fixes et que le navire va trouver quand il en a besoin, ou montés sur ponlons, ce qui leur permet alors de prendre la charge en un point et de se déplacer avec elle pour la déposer ailleurs. Ces engins sont quelquefois des grues, mais le plus souvent des blgues constituées par deux jambes de force pouvant osciller autour de leur base et dont le sommet commun est muni d’un moufle pour la suspension de la charge. Le mouvement d’oscillation est commandé par une troisième jambe concourante au point le plus haut avec les deux autres et fixée soit sur le sol, soit sur le ponton en arrière de celles-ci. Assez fréquemment aujourd’hui on emploie pour les colis lourds des grues « Titan » dont la flèche, très résistante, est horizontale et montée sur un pylône très élevé. Sur ces engins la charge peut non seulement monter et descendre et tourner avec la flèche autour du pylône de support, mais encore se déplacer le long de la flèche. On arrive ainsi à manutentionner des poids allant jusqu’à 150 000 kg et même 250 000 kg.
- En outre de ces engins qu’on peut appeler courants, on trouve pour chaque cas spécial des appareils basés parfois sur des principes tout à
- fait différents. Tels sont les colis volants ou transporteurs funiculaires pour les bateaux, qui doivent travailler à quai sans pouvoir s’approcher suffisamment du bord, — tels encore les élévateurs-aspirateurs pour les grains en vrac : appareils qui entraînent les grains au moyen de courants d’air — les élévateurs à godets ou à norias qui fonctionnent comme de véritables dragues et qui sont souvent combinés avec des tapis roulants 'pour le transport de la marchandise sur le terre-plein.
- Dans les ports bien spécialisés, l’outillage de chargement ou de déchargement est souvent complété par des installations de stockage ou d’emmagasinage provisoire et des dispositifs destinés au chargement ou au déchargement instantanés des wagons (accumulateurs ou silos en forme de trémies sous lesquels les wagons circulent pour se remplir au passage sous une trappe-basculeurs de wagons, motorampes pour l’empilage des sacs, etc.).
- Ce que nous venons de dire donne seulement une idée de la complexité et de la diversité de l’outillage de manutention d’un port.
- L’énergie qui permet le fonctionnement de cet outillage est, selon les cas, demandée à la vapeur, à l’eau comprimée ou à l’électricité. Malgré les avantages que présentent encore dans certains cas les deux premières sources, c’est de plus en plus à l’électricité qu’on s’adresse aujourd’hui, parce qu’elle offre le plus souvent les meilleures conditions de sécurité, de facilité de manœuvre et d’économie dans le fonctionnement.
- La grue hydraulique, en effet, a l’inconvénient de dépenser la même quantité d’énergie, quelle que soit la charge et d’être sujette à de longues interruptions de fonctionnement au cas de gel des conduites ou des appareils.
- La grue à vapeur demande un personnel exercé,
- Fig. 3. — Série de postes de chargement de houille armés d'élévateurs basculeurs de wagons. Vue prise à Barry Dock, près de Cardiff.
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- difficile à recruter; elle est d’un fonctionnement relativement coûteux, Elle ne s’impose plus d’une façon très nette que sur les pontons flottants dont l’alimentation en énergie électrique est difficile.
- Aussi la grue électrique* facile à conduire, facilement réparable en cas d’avaries, consommant juste la quantité d’énergie suffisante, est de plus en plus en faveur. Le courant, généralement considéré comme le plus recommandable, est le continu sous 500 à 600 volts. La même distribution d’énergie qui actionne l’outillage de transit est le plus souvent employée à assurer la manœuvre des portés d’écluse, de le~urs vannes et des ponts mobiles qui traversent les pertuis.
- Pour ces ouvrages qui exigent une dépense d’énergie sensiblement constante pour chaque manœuvre, l’eau sous pression peut encore lutter contre l’électricité. Néanmoins, ici encore, une lente évolution se manifeste vers l’emploi exclusif de l’énergie électrique.
- . En France, l’outillage de transit appartient soit aux particuliers qui reçoivent, chargent et déchargent les navires, soit pour la plus grande part aux Ghambres de Commerce. Au contraire, les ponts et. les écluses avec leurs organes mobiles font partie des ouvrages du port et, comme tels, sont construits et exploites par l’Administration des Travaux publics, avec l’aide financière des Chambres de Commerce intéressées, pour les dépenses d’établissement.
- Pour compléter le tableau de l’outillage matériel du port, il faudrait ajouter les engins servant à la réparation des navires (forme de radoub, docks flottants, grils de carénage, slips ou cales de halage) et les chantiers même de construction dont le voisinage est une nécessité pour tous les ports importants. Pour compléter celui de l’outillage humain, il faudrait détailler les fonctions de tous les usagers des ports, armateurs ou propriétaires de navires, courtiers ou représentants des armateurs étrangers, consignataires des navires et des marchandises, importateurs ou transitaires, compagnies de navigation qui remplissent plusieurs de ces rôles à la fois. Nous nous bornerons à dire un mot de ces organes d’administration et de gestion financière particulièrement importants que constituent les Chambres de Commerce.
- Pans les ports maritimes, en échange de subventions données pour l’exécution des travaux intéressant le port, les Chambres de Commerce sont autorisées à percevoir des taxes sur les navires qui le fréquentent. Elles gèrent presque toujours de très importants services d’outillage, de sauvetage, de signaux ; elles donnent leur avis sur toutes les questions d’amélioration; elles apportent ainsi à l’Administration des Travaux publics, chargée de la gestion des ports, l’aide souvent très précieuse de leurs conseils et de leur concours technique et financier.
- Une loi récente a prévu, dans l’organisation des ports, de profondes modifications fondées sur l’expérience déjà faite par certains ports étrarn gers; elle a pour but de donner au port une autonomie plus grande, de décentraliser l’Administration des ports maritimes, en confiant la gestion de chacun d’eux à un Conseil composé, pour partie, de représentants des Chambres de Commerce et, pour partie, de délégués des corps constitués et des administrations publiques intéressées à la bonne exploitation du port. Mais cette réorganisation ne pourra évidemment être mise en application qu’après la fin des hostilités.
- Sans préjuger de ce qu’elle donnera, nous pouvons constater que l’organisation actuelle a pu s’adapter aux nécessites impérieuses de l’heure présente et qu’elle a permis de tirer de nos ports, pendant la guerre, un rendement qu’on aurait pu, à bon droit, considérer comme inaccessible. En 1916, nos grands ports de la Manche et de l’Atlan-tiqüe ont assuré un trafic de 50 pour 100 au moins supérieur à leur trafic normal.
- Si des crises graves et parfois retentissantes se sont produites, la cause en a presque toujours été dans l’insuffisance des moyens d’évacuation vers l’intérieur dont le rendement a évidemment augmenté aussi d’une façon notable, mais moindre que celui des ports, par suite des difficultés de toutes natures créées pour eux par l’étàt de guerre. Cela n’a pas empêché que, même dans les mois de crise, nos ports aient débité sensiblement plus que dans les mois qui ont précédé la guerre.
- Pour éviter toute crise, il faudrait que tous les organes nécessaires au transit, y compris les moyens de transports intérieurs et extérieurs, fussent toujours surabondants. Dès que l’un d’eux atteint sa limite (pour des causes le plus souvent étrangères au port lui-même), il se crée une sorte d’étranglement dans le débit, une réduction de celui-ci et une accumulation des marchandises qui ne peuvent plus s’évacuer. Or nos ports et leur outillage étaient en général, à peu près adaptés au trafic de l’avant-guerre; un accroissement considérable de ce trafic ne pouvait donc se réaliser, surtout avec les gênes de toutes sortes qu’entraîne la mobilisation de la partie la plus active de la nation, sans qu’on rencontrât de temps à autre des périodes difficiles.
- Toutes ces crises se sônt résolues jusqu’ici et il y a lieu d’espérer que l’effort considérable fait par l’État, effort qui commence à porter ses fruits, pour l’amélioration de l’outillage notamment, permettra dès que l’activité des transports maritimes aura repris sa marche ascendante, passagèrement ralentie, d’obtenir de nos ports plus encore qu’ils n’ont donné jusqu’à ce jour, plus que ne rendent, à développement égal, les ports les plus modernes et les mieux outillés de l’ancien et du nouveau continent.
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- UTILISATION DES MARRONS D INDE
- Il a fallu la guerre pour que l’on s’aperçoive que les marrons d’Inde, graines de YÆsculus kippocaslamim> peuvent servir à autre chose qu’à la confection d’interminables chapelets pour les enfants, que leur belle couleur brune luisante séduit particulièrement. On vient, en effet, de préconiser la récolte de ces productions qui, au commencement de l’automne, tombent en abondance des Marronniers d’Inde, ces arbres ornementaux aujourd’hui cultivés un peu partout, et qu’on n’a que la peine de ramasser.
- Le prix global par kilogramme de marrons secs (isolés de leur enveloppe épineuse), sur wagons prêts à être convoyés, s’élèvera à 15 cenlimes, dont 8 centimes pour le ramasseur, 5 cenlimes pour le collecteur (en général le secrétaire de la mairie) et 2 centimes pour l’expéditeur du groupement. Le contenu des marrons est constitué par des cellules remplies de grains d’amidon, accompagnés de diverses substances chimiques, dont, particulièrement, Yesculine et la sapo-nine (*) ; la première — qui peut à elle seule constituer un médicament — est très amère et rend les marrons non comestibles pour l’homme; la seconde, qui mousse dans l’eau comme du savon et agit presque comme lui, permet de faire la lessive simplement en faisant bouillir le linge avec des marrons plus ou moins concassés. Mais la partie la plus utile et, d’ailleurs, de beaucoup la plus abondante est l’amidon; par les procédés chimiques habituels à ce genre d’opération, on le transforme en sucre, puis on le fait fermenter. On en tire ainsi de l’alcool, si employé en ce moment pour la fabrication des explosifs, et de l’acétone, indispensable pour dissoudre les vernis dont sont revêtus les avions.
- Les marrons d’Inde peuvent être aussi d’une grande utilité pour l’alimentation des animaux, ainsi qu’on peut
- ACADÉMIE E
- Séances du 27 août' !
- Géologie du Congo. — MM. Delhaye et Sluys ont retrouvé dans le Congo occidental, la formation, dite du Ivaroo qui joue un rôle si important dans toute l’Afrique australe. Il est particulièrement intéressant d’y retrouver à la base un conglomérat glaisaire qui se poursuit au Katanga et que l’on peut assimiler à celui de Dwycka. Ce niveau parait avoir une grande importance strati-graphique.
- Le boulon d’Orient. — M. Laveran a inoculé le bouton d’Orient a plusieurs espèces de singes. L’incubation est d’environ 8 jours; les boutons, gros et de longue durée, ont le même aspect que chez l’homme. Suivant les espèces, la dermatose peut durer de 2 à 6 mois. Le rôle des auto-inoculations s’est manifesté d’une manière particulièrement nette, par suite de grattages et l’on doit mettre les malades en garde contre ces grattages qui multiplient les lésions et en augmentent la durée.
- 1. Ces deux substances se trouvent aussi — et surtout — dans le tégument de la graine, c’est-à-dire la peau brune et coriace qui entoure le marron. On y trouve également du tanin, qui augmente son amertume.
- le prévoir par leur composition, indiquée ci-dessous à
- l’état frais.
- Eau............................ 58,95
- Protéine brute................... 4,81
- Extrait éthéré................... 4,64
- Extraits non azotés .... 49,19
- Cellulose brute.................. 5,66
- Cendres.......................... 1,77
- La composition à l’état sec est la suivante :
- Eau..........................14,6
- Protéine brute............... 7
- Extraits non azotés .... 68,6
- Matière grasse................... 4,50
- Cellulose brute.................. 5,4
- Les marrons d’Inde sont donc riches en hydrates de carbone, moins — mais, cependant, plus que les pommes de terre — en matières azotées et en graisses. On les emploie surtout à l’état sec, parce qu’alors leur saveur âcre a presque complètement disparu ; pour les obtenir ainsi il suffit de les étaler à l’air, en une seule couche, sous un hangar bien aéré, ou en plein soleil — si, naturellement, le temps ne tourne pas à la pluie. — D’expériences, bien conduites, par M. Sanson, celui-ci a conclu que les marrons d’Inde sont, pour les ruminants, et en particulier pour les moutons, un bon aliment dont la valeur nutritive est égale au moins à trois fois celle de la Betterave fourragère, à laquelle ils peuvent ainsi être avantageusement substitués. Les marrons sont donnés, non cuits — ce qui est trop onéreux — mais simplement concassés et mélangés à des fourrages divers. Par contre, ils ne valent rien pour les Porcs et les Canards (qui les refusent, d’ailleurs) et peuvent ainsi en être intoxiqués. IL C.
- iS SCIENCES
- : 10 septembre 1917.
- L'hétérogénéité des aciers. — MM. II. Le Chatelier et E.-L. Dupuy emploient le réactif de Stead modifié (chlorure de cuivre, acide picrique et acide chlorhydrique) pour étudier l’hétérogénéité des aciers. Cette hétérogénéité existe même pour les meilleurs aciers industriels, les plus purs en phosphore. Elle ne parait tenir ni à l’inégale répartition du carbone, ni aux additions de silicium ou de manganèse. Certaines zones se développent autour des soufflures, ce qui fait penser à une intervention des gaz dissous. L’examen des aciers industriels doit se faire au microscope avec des grossissements inférieurs à 10 diamètres.
- La dent de sagesse. — M. Marcel Baudouin rappelle comment l’angle maxillaire antérieur, fait par la branche montante de la mandibule avec le bord alvéolaire de cet os, varie beaucoup chez lés mammifères, de 60° à 150°. Cet angle est surtout fonction du régime alimentaire de l’animal et, en particulier, est en relation avec la façon dont cet animal prépare sa nourriture dans la cavité buccale. Plus l’espèce est herbivore, plus cet angle est grand. D’autre part, une étude comparée de la troisième
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- 270 ========== UN MODÈLE MÉCANIQUE DE L’ATOME
- grosse molaire permet de constater que, plus une espèce est carnivore, plus cette dent tend à s’atrophier (.loup), jusqu’à disparaître (panthère). Si on étudie des squelettes d’hommes préhistoriques, on constate que, à la fin du paléolithique inférieur, la troisième grosse molaire a diminué. L’homme quaternaire, d’abord végétarien,, a dû devenir un peu carnivore par l’usage plus développé du feu à l’époque moustérienne ; à ce moment, son angle maxillaire, d’abord obtus, s’est en même temps rapproché de l’angle droit. Au néolithique, la dent de sagesse a, au contraire, augmenté légèrement, en même temps que l’angle maxillaire s’agrandissait un peu. Pour l’auteur, c’est l’effet d’un régime plus végétarien amené par le développement de l’agriculture. Etendant ses conclusions à l’époque présente, il admet que la diminution actuelle du régime carné doit, contre l’opinion courante, arrêter l’atrophie de la dent de sagesse.
- La perméabilité des reins au glycose. — MM. Hamburger et de Waard examinent comment cette perméabilité est modifiée par l’influence de substances radio-
- actives. En supprimant le potassium dans le liquide circulant, le glycose passe entièrement dans l’urine. Si l’on remplace le potassium par d’autres substances radioactives, telles que le nitrate d’uranium, on parvient encore à retenir 0,3 pour 100 de glycose. Les émanations radioactives agissent dans le même sens de la rétention. Mais cette rétention est maxima pour une dose déterminée d’uranium et diminue quand la solution est plus forte ou plus faible. Ce qui explique la contradiction apparente entre le bon résultat obtenu par des doses minimes d’uranium dans le traitement du diabète sucré et l’action nocive de doses plus fortes.
- Un microbe invisible antagoniste des bacilles dysen-tériques. — M. d’Hérelle a pu cultiver, sur des selles de sujets convalescents de dysenterie bacillaire, un microbe invisible doué de propriétés antagonistes vis-à-vis du bacille de Shiga. La recherche de ce microbe est très aisée. On constate ainsi que la disparition du bacille dysentérique coïncide avec l’apparition de ce microbe antagoniste du bacille pathogène, qui est un véritable microbe d’immunité.
- UN MODÈLE MÉCANIQUE DE L’ATOME
- On sait que les savants anglais cherchent toujours à représenter par des modèles mécaniques les conceptions théoriques que les recherches scientifiques les conduisent à imaginer. Cette habitude de concrétiser les interprétations, outre qu’elle présente un grand avantage au point de vue de l’enseignement, facilite beaucoup les recherches en diminuant l’effort d’imagination que doit faire le savant pour suivre ses raisonnements. Les théories modernes relatives à la structure de l’atome supposent que plusieurs ou un seul électron gravitent autour d’un corps central ou noyau positif. A.-M. Mayer, dès 1878, avait fait appel à l’expérience pour faire comprendre le groupement et les actions moléculaires. Il aimantait des aiguilles à coudre; chacune traversait de part en part jusqu’à la tête un petit bouchon de liège.
- Ces aiguilles, abandonnées sur l’eau, flottent verticalement, la pointe en bas, et, comme le sens de leur aimantation est le même, elles se repoussent. Ce sont ces aiguilles qui représentent les molécules et leur magnétisme figure les forces répulsives. Pour obtenir des forces attractives, Mayer se servait d’un barreau aimanté placé verticalement au-dessqs de l’eau, avec son pôle de nom contraire à celui de la tête des aiguilles dirigé vers le bas. Celles-ci attirées s’approchent et se groupent différemment suivant leur nombre, leur position initiale et les impulsions imprimées.
- Malheureusement cet atome est mort ; il faut un effort d’imagination pour se représenter le mouvement des aiguilles.
- D’autres physiciens ont remplacé l’eau par du mercure et les aiguilles aimantées par des billes de bicyclette; mais ce sont encore des systèmes sans vie. M. R.-R. Ramsey est parvenu à imprimer un mouvement de rotation au mercure et par suite aussi aux billes par l’artifice suivant. Dans une cuve en bois de 15 x 15 cm2 et 2 cm de profondeur, il dispose une électrode centrale en platine, et, aux quatre coins, quatre électrodes
- en platine ou en fer. L’électrode centrale est reliée au pôle positif d’une pile par une borne ; les électrodes des coins sont couplées en parallèle et reliées à la borne négative. Un électro-aimant est disposé sous la cuve. Le courant entrant par l’électrode centrale et sortant par celles des -4 coins suit un chemin sensiblement radial et perpendiculaire au champ de l’aimant, qui joue ici le rôle du noyau positif. Le mercure est donc mis en rotation et entraîne les billes dans son mouvement; il faut que l’aimant soit rigoureusement centré. — Quand il y a deux billes posées sur la surface, elles ne décrivent pas la même circonférence autour du centre; l’une tourne d’abord autour de l’autre, puis celle-ci tourne autour de la première, en traçant sensiblement des ellipses. Le mouvement se complique, d’ailleurs, à mesure que le nombre des billes augmente.
- Le fait, par exemple, que leurs vitesses angulaires ne sont pas les mêmes, produit un certain décalage et, par suite, une perturbation ou un mouvement vibratoire qui se superpose à la circulation régulière. Cette perturbation peut alors être interprétée comme étant l’origine d’une certaine espèce de radiations, de radiations lumineuses, par exemple. L’entrée d’une nouvelle bille jette un profond désarroi dans tout le système ; si les billes sont censées représenter des électrons, on interprète la perturbation en la considérant comme la source de rayons X, par analogie avec un rayon cathodique qui frappe un atome de platine. — Avec le dispositif suivant, il n’est possible de donner une image de la désintégration atoniqué que du radium. Cette cuve est carrée et a 10 cm de côté sur 2 cm de profondeur et un anneau de fer est encastré dans le fond de la cuve ; les diamètres de l’anneau et de la tige le constituant sont respectivement 6 cm et 0,25 cm. Le champ magnétique produit par un électro-aimant placé sous la cuve est très intense au centre ; il décroît le long d’un rayon jusqu’à un minimum ; puis croît de nouveau pour atteindre un maximum sur l’anneau lui-même. On place un certain nombre
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- debilles au centre du système eton excite l’électro-aimant ; elles se groupent suivant les figures de Mayer, mais dès que le courant est lancé à travers le mercure, on constate de temps à autre le départ d’une bille qui est d’ailleurs arrêtée par l’anneau de fer. On peut alors admettre que la bille joue le rôle d’une particule a, dont l’émis-
- sion nécessite alors un regroupement du reste des particules et c’est pendant cette période troublée que se produirait l’expulsion des rayons (3 et des radiations y. De huit à dix billes peuvent abandonner le système et chaque regroupement correspondant à un des produits de la série radio-active. II. V.
- LA CHAMBRE D’ALLAITEMENT DANS LES USINES
- Parmi les bouleversements économiques et sociaux apportés par la guerre, il n’en est pas de plus lamentables peut-être que ceux qui atteignent l’en-
- maternel représente pour le nourrisson une promesse de vie que n’égale aucune autre.
- Le travail des mères dans les usines a provoqué
- Fig. i. — Une chambre d’allaitement dans une usine.
- fance. Livré seul aux caprices du sort, l’enlant subit l’effroyable contre-coup des événements, sans défense et sans appui, sans protection aucune. Et la substitution d’une vie anormale aux conditions courantes l’affecte d’autant plus qu’il est plus jeune et partant plus fragile.
- Entre l’allaitement au sein et l’élevage au biberon, il est reconnu que la préférence doit aller au premier mode d’alimentation. Les médecins, sont unanimes à recommander aux mères de nourrir leurs enfants pendant la première année au moins. La mortalité infantile sévit surtout parmi les nouveau-nés élevés au lait artificiel : les statistiques le prouvent. Faut-il en chercher la cause dans des précautions d’asepsie d’une exécution souvent difficile? Peu importe : le fait est là, brutal : le lait
- une diminution considérable du nombre des allaitements naturels en faveur du régime artificiel. Il est à peu près impossible à une mère ouvrière de donner le sein. On l’astreint à des heures de présence régulière. La loi n’impose au patron que 1’ « abri décent », local où les femmes peuvent retrouver pour les tétées leur enfant amené du dehors toutes les trois heures. Quelle personne le législateur entend-il charger du soin de ce transport? L’ouvrière va-t-elle rogner son modeste salaire pour payer une mercenaire? Elle se résigne plutôt à cesser de nourrir : l’enfant est confié aux bons soins d’une voisine, ou mis en crèche. Tous les bénéfices de l’allaitement maternel disparaissent.
- La chambre d’allaitement dans l’usine a été créée pour écarter ce danger. La travailleuse s’occupera
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- elle-même de son poupon : l’usine le lui permettra, l’encouragera; elle lui facilitera la tâche en mettant à sa disposition un local approprié. Elle ira parfois jusqu’à la favoriser d’une prime.
- Quelques années avant la guerre, certains industriels, principalement dans le Nord, des filateurs de Roubaix-Tourcoing et de Lille, avaient compris l’importance de cette question, capitale dans l’œuvre de la protection de l’enfance.
- La guerre, avec la succion énorme de personnel féminin qu’ont provoquée les usines multipliées, a ramené l’attention sur l’impérieuse nécessité de rapprocher le bébé de sa mère.
- Les pouvoirs pu-blics se sont émus f1) : une campagne officielle de propagande est aujourd’hui menée auprès de tous les gros fabricants employant la main-d’œuvre féminine pour les inviter à installer une chambre d’allaitement dans leurs ateliers.
- Que faut-il au demeurant pour la réaliser ? Une dépense de premier établissement qui peut s’abaisser jusqu’à 17 fr. par berceau, comme dans l’installation Motte, ou 22 fr., comme dans l’installation Wibaux-Florin, toutes les deux à Roubaix; des frais d'entretien chiffrant de 0 fr. 20 à 0 fr. 50 par jour et par enfant (2).
- L’installation? Un petit local bien aéré, de 10 m. sur 10 : deux cloisons en planches isolant une chambre dans un corps de bâtiment, un atelier d’emballage ou un magasin. On peint en blanc : la poussière doit être visible ; à la chaux, au ripolin si l’on veut faire grandement.
- Quelques berceaux, une# armoire à linge contenant le trousseau, dix couches par jour et par enfant; un grand coffre en tôle hermétique où l’on
- 1. Proposition de loi Engerrand, adoptée par la Chambre.
- 2. Ligue contre la mortalité infantile, La chambre d’al-laiUment, p. 8.
- enferme les langes salis, que le blanchisseur prendra chaque malin; des chaises, une balance, un peu d’eau : voilà plus qu’il n’en faut pour que la mère se trouve à l’aise avec son bébé. Toutes les trois heures elle vient, retrouve l’enfant comme elle l’avait laissé, le change, le nourrit, le caresse un peu : et c’est un joli spectacle que celui des femmes, en vêtements de travail, allaitant leurs poupons roses et souriants, pour retourner ensuite au labeur un instant interrompu. La perte minime de temps consentie par l’industriel se récupérera en beaux et vigoureux enfants qui rendront au centuple sous forme de main-d’œuvre le prêt à longue échéance qui leur auraétéconsenti.
- Dans l’intervalle des tétées, les bébés sont surveillés par une ouvrière âgée : cette femme assure généralement en même temps un autre travail : réparation de sacs, plissage de cartonnage; pour peu que le chef y prenne peine, il lui trouve toujours une occupation compatible avec la garderie.
- Pour obéir aux conseils de l’hygiène, et éviter que la réunion des petits puisse devenir un foyer infectieux nuisible à tous, on ajoute près de l’entrée un ou .deux boxes d'isolement; la surveillante y fait déposer, en attendant la visite, les poupons malades que son œil exercé reconnaît bien vite.
- Des installations de cette sorte fonctionnent déjà dans plusieurs ateliers, à la commune satisfaction de l’employeur et des employées (*) ; on ne peut que souhaiter qu’elles se répandent et se développent dans toutes les usines de France où travaillent des femmes, pour le plus grand bien des petits Français, dont la meilleure nourriture est et sera toujours le lait de leur mère. A. K.
- 1. Voir Le Bulletin des usines de Guerre : « Les chambres d’allaitement dans les usines de guerre », installations de Levallois-Perret.
- Fig. 2. — Les ouvrières des munitions allaitant leurs enfants pendant l’heure des repas.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N* 2301.
- 3 NOVEMBRE 1917 *
- L’INDUSTRIE DU LIGNITE
- La pénurie de combustible, qui persiste et paraît devoir être de longue durée, attire l’attention sur des produits jusque-là un peu négligés. Nous avons essayé, ici même ( Nature, n° 2278), de donner une idée de ce que pourrait être l’utilisation de la tourbe. C’est du lignite que nous voudrions, aujourd’hui, entretenir les lecteurs de cette-rêvue.
- Qu’est-ce que le lignite ? Pendant longtemps on a appelé ainsi tous les combustibles fossiles postérieurs aux temps primaires et plus spécialement d’àge tertiaire. Le lignite était une houille en voie de maturation.
- Aujourd’hui il n’en peut être ainsi. Nous savons que la houille s’est produite très vite et que le lignite ne deviendra pas de la houille. Nous savons aussi que la constitution des charbons fossiles n’est pas liée à leur âge.
- On connaît des anthracites rhé-tiennes, comme celles du Ton-kin ; des houilles crétacées et même tertiaires, comme celles du Spitz-berg et des li-gnites triasiques, comme ceux des Vosges.
- Ce que la Géologie ne peut nous donner, il faut le demander à l’Analyse chimique. La classification du Congrès international de Toronto, qui range ces combustibles dans les classes Dj et D,, caractérisées par leurs hautes teneurs en matières volatiles et en eau de carrière, suffit généralement. Il y a pourtant des lignites très secs, d’autres qui, au contact de roches éruptives, ont perdu leurs matières volatiles, sans cesser d’être des lignites.
- Ils ont conservé leurs réactions caractéristiques. La plus connue est celle des eaux de distillation, toujours fortement ammoniacales pour les houilles, le plus souvent acides et parfois seulement faiblement alcalines pour les lignites. Fait plus important, les goudrons sont de natures très différentes. Les goudrons de houille sont riches en carbures aromatiques, ceux de lignite contiennent surtout des carbures de la série grasse. Enfin certaines réactions,
- 45° Année. — 2” Semestre-
- comme l’attaque par l’acide nitrique dilué à chaud, les solutions alcalines bouillantes, comme la dissolution dans le benzène bouillant, donnent des résultats caractéristiques, très différents suivant qu’on a affaire à l’un ou à l’autre combustible.
- Mais il y a lignite et lignite. Comme pour tous les combustibles fossiles, Polonie en distingue trois sortes :
- Les lignites d’humus, provenant de la décomposition du bois et autres parties végétales susceptibles de former de l’humus. Ce sont les plus fréquents. Certains sont de véritables bois fossiles, où la structure des arbres s’est à peine modifiée, d’autres sont terreux, compacts, feuilletés, etc.
- Les lignites de cire, résultant, en grande partie, de la décomposition de cires végétales. Ce sont les meilleures sortes pour la préparation des huiles de distillation ; ils ne sont malheureusement pas très répandus.
- Les lignites de limon, ou sapro-péliens, qui proviennent de la décomposition des limons animaux et végétaux des eaux stagnantes ; ils sont également assez rares.
- Avant d’aborder une description rapide de l’industrie du lignite, qui amènera quelques précisions sur les variétés de lignites, leurs propriétés et leur composition, il paraît utile d’indiquer quelle en est la répartition géographique.
- On le trouve dans toutes les parties du monde, mais très inégalement. Comme pour les autres combustibles, c’est l’Amérique du Nord, Etats-Unis et Canada, qui a la part royale. Sur une réserve mon-dialè estimée à 5000 milliards de tonnes, en totalisant ce qui est considéré comme certain et ce qui parait probable, l’Amérique du Nord en absorbe 2811; dont 585 de réserves certaines. L’exploitation de ce combustible, notamment au Texas et dans le North-Dakota, dans l’Alberta et la Saskatchewan est très active.
- 18 — 275
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- Fig. i. — Carie des principaux gisements de combustibles français d’après Defline.
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- L'INDUSTRIE DU LIGNITE
- En comparaison, la part de l’Europe est bien modeste : 36 milliards de tonnes, dont 24,5 considérés comme certains. L’Allemagne en prend à elle seule plus de 13, dont 9,3 de réserves certaines. Et la France ?
- La France est pauvre en lignite, comme en houille. Les estimations françaises sont sans doute plus modérées que d’autres et nous souhaitons tous les voir amplement dépassées; mais, puisqu’il faut citer les chiffres, voici ceux que M. Defline a donnés au Congrès de Toronto : Réserves certaines 301 millions de tonnes, probables 410, possibles 920. Au total 1651 millions de tonnes.
- des bassins du Comtat, 22 858 t. Le reste n’est que de la poussière. Pendant cette même année, l’Allemagne extrait 87116 000 t. et l’Autriche-ïlongrie 27 288000 t.
- La loi de 1810 range le lignite et les bois fossiles parmi les matières soumises à concession. Au 1er janvier 1913, les concessions exploitées, au nombre de 37 réparties sur 16 départements, couvraient 45 619 hectares; les concessions inexploitées, au nombre de 115, dans 21 départements, en couvraient 61 204.11 ne faudrait pas que ces chiffres fassent naître d’immenses espoirs, ni de virulentes critiques. Les concessions inexploitées le sont géné-
- Fig. 2. — Exploitation de lignite à ciel ouvert.
- La figure 1, empruntée a l’ouvrage The Coal Ressourcés of the World publié par le XIIe Congrès international de Géologie à Toronto, indique la majeure partie des gisements français. Il y faudrait ajouter quelques points : dans l’Yonne, le Velay, le tertiaire parisien ; mais, somme toute, l’image est assez fidèle.
- Les gisements de lignite français sont d’âge très divers. Le plus beau, celui de Fuveau, est compris dans une puissante série fluvio-lacustre du crétacé supérieur; Manosque est plus récent, oligocène; on rencontre dans les Vosges des lignites triasiques; ceux des Causses sont jurassiques. Ceux que l’on a signalés, en trop faible quantité, hélas ! aux portes de Paris, à Gentilly et à Issy, sont à la base du tertiaire.
- En 1913, l’extraction totale a atteint 792 793 t. Fuveau en fournit la presque totalité, 694425 t.; viennent ensuite Manosque 62 650 t. et le groupe
- râlement parce que inexploitables; fait curieux, l’Etat en possède 19, d’une superficie totale de 8636 hectares.
- On peut cependant reprendre utilement quelques-uns de ces gîtes et un vif courant d’intérêt se manifeste à leur endroit. Dans la Haute-Loire, sur l’initiative du préfet, M. Beurdeley, les anciennes exploitations de l’Aubépin ont fourni, cet hiver, un précieux appoint au ravitaillement en combustible de la population et même de l’usine à gaz du Puy.
- Emploi du lignite comme combustible. Briquettes de lignite. — Nous ne dirons rien de l’extraction du lignite. Suivant les cas elle se fera à ciel ouvert, comme le montre la figure 2, ou par puits et galeries se rattachant à l’art des mines ou à l’exploitation des carrières. Au point de vue de l’aérage, le lignite présente les mêmes dangers que la houille.
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- Comme tous les combustibles, les lignites ont servi, tout d’abord, aux usages domestiques et au chauffage des générateurs. Les variétés employées sont les lignites terreux, brillant, noir, le lignite xyloïde ou bois fossile, etc.
- Les facteurs qui dominent cet emploi sont : les teneurs en eau de carrière, matières volatiles et cendres, qui déterminent le pouvoir calorifique.
- Ces éléments sont fort variables, nos lignites de Fuveau sont très secs, 4 à 6 pour 100 d’eau de carrière, il y a par contre des lignites rhénans à plus de 60 pour 100 d’eau. Il y a des lignites très purs, très peu cendreux, il y en a aussi à 50 pour 100 de cendres et plus. L’abondance de ces cendres, ou leur nature souvent très pyriteuse, peut être un obstacle absolu à l’emploi du combustible.
- Quant aux matières volatiles, sauf les très rares exceptions de lignites cokéfiés in situ par des venues éruptives, elles sont abondantes : 50 à
- 50 pour 100 sur le combustible pur et sec, parfois plus.
- Le pouvoir calorifique du combustible brut. oscilleentre2100 et 6000 Cal/kg suivant la pureté et la teneur en eau. Pour le produit marchand, on comptera de 4 à 6000 Cal-kg, soit entre 1/2 et 5/4 du pouvoir calorifique de la houille.
- Comment employer ces lignites ? Une erreur générale consiste à brûler des produits trop humides, c’est une double perte, due à la chaleur latente de vaporisation et à la chaleur sensible des fumées. 11 est facile d’y remédier car, à l’air, le lignite perd une partie de son eau et est facilement ramené à 20 pour 100 d’humidité et au-dessous.
- On a donc un produit assez sec et peu cendreux, il faut aussi qu’il soit de bon calibrage. En effet, par suite du départ de l’humidité résiduelle et du dégagement rapide des gaz très volatils, le lignite en
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- grosses mottes a tendance à se désagréger au feu et à passer au travers des grilles, d’où perte sèche pour le consommateur. M. Larsen, ingénieur en chef d’une grosse Société de force électrique, indique comme bonnes dimensions 25 à 50 millimètres.
- Le lignite brut contient généralement beaucoup de menus, il en donne encore à la combustion; on l’emploiera donc souvent avec des grilles spéciales; grilles à gradins classiques, grilles à barreaux ondulés, qui laissent un large passage à l’air, en maintenant un écartement réduit.
- Dans la conduite du feu, plus encore qu’avec la houille, il faudra un chargement régulier et fréquent, Ori aura donc souvent intérêt 'à employer des foyers automatiques et, pour éviter les rentrées d’air intempestives, à faire du tirage forcé équilibré.
- A titre d’exemple, voici les résultats obtenus à Ottawa dans la chauffe d’une chaudière type Babcock /1) : pou-1 voir calorifique du combustible
- 4250 (Gal/kg) ;
- humidité 21,2; cendres 7,6; pertes de chaleur dues à l’humidité 8,2 ; rendement 57,5 (pour 100); vapeur à 100° produite par kilogramme de lignite 5 kg 08.
- Au voisinage des lieux de production on utilise bien le lignite ; mais sa forte teneur en eau, sa faible résistance aux intempéries, limitent son rayon d’emploi. Le briquetage l’a considérablement élargi, lui permettant de concurrencer la houille.
- En Allemagne, la prospérité de l’industrie des briquettes de lignite est le principal facteur du développement de l’extraction, 5,4 fois plus forte en 1915 qu’en 1880.
- Ces briquettes résistent beaucoup mieux aux
- 1. Resulls of lhe Investigation of six Lignite samples obtained front the Province of Alberta. B.-F. IIaaxel et John Blizzare (Ministère canadien des Mines).
- Fig. 3. — Effets d’une explosion de poussières de lignite dans une fabrique de briquettes.
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- intempéries que le lignite brut. Elles donnent un combustible propre, d’usage facile, brûlant aisément et sans fumée, gros avantage pour la consommation urbaine, laissant des cendres pulvérulentes et peu de mâchefers, résistant suffisamment aux manutentions et aux transports. En 1915, la production allemande de briquettes de lignite est de 21 418 000 t. dont une certaine quantité s’exporte en Suisse, en Hollande, en France, en Autriche.
- On ne peut, à ce sujet, passer sous silence l’action considérable des Syndicats de vente, les fameux cartels. Ce sont eux qui recrutent la clientèle, lui enseignent les mérites du produit et la manière de s’en servir ; ce sont eux qui obtiennent des tarifs de faveur par fer et par eau, qui stimulent les fabricants d’appareils de chauffage et les constructeurs de chaudières à la création des types les mieux appropriés àl’em-ploi des briquettes, pour les répandre ensuite à bas prix dans le public. Ce sont enfin les maîtres de la publicité.
- S’il y a à reprendre dans les cartels allemands, cette activité, productrice de si beaux résultats, est un exemple à imiter.
- Les briquettes allemandes sont presque uniquement produites à sec et sans aucun agglomérant. Nous allons décrire sommairement cette industrie.
- Les lignites à briqueter doivent répondre à certaines conditions ; degré d’humidité et de finesse, proportion convenable de grains et de poussière, teneur suffisante en matières volatiles et notamment en produits condensables, partiellement solubles dans le benzène. Ce sont ces bitumes qui jouent, au fond, le rôle d’agglomérant.
- Le produit brut, sortant de la mine, est trié, on en écarte les parties impures ou ligneuses, qui vont au chauffage des chaudières, ou à la vente locale; le reste passe au broyage. Le dégrossissage se fait entre des cylindres à dents, le finissage dans des broyeurs à chocs, genre Carr. Puis vient le séchage.
- C’est un des points délicats, il faut ramener la linite à 12-15 pour 100 d’humidité etji l’état brut,
- il en contient souvent jusqu'à 60. C’est donc une masse énorme qu’il faut évaporer et évaporer très exactement.
- Nous ne pouvons ici entrer dans les détails de cette opération délicate. Disons simplement que tous les fours de séchage sont chauffés à la vapeur pour éviter les dangers d’incendie et d’explosion et que l’on emploie soit des sécheurs tubulaires, le lignite passant dans un faisceau chauffé extérieurement, soit des sécheurs à plateaux fixes, comme pour l’agglomération de la houille. Dans ces derniers appareils un plateau perforé, intercalé au milieu de la série, permet l’évacuation des parties fines, dont le séchage est achevé et dont un plus long
- séjour dans le four ne ferait que diminuer la qualité.
- . C o n v e n a b le-ment refroidi, le lignite est distribué aux presses, qui sont du type à moules ouverts. La pression de marche est de 1200 à 1500 atm. Les briquettes individuelles se détachent facilement du long boudin sortant de la presse. On les charge après refroidissement.
- Signalons comme particularités : l’alimentation très régulière et réglable, la possibilité de réchauffer les moules, par circulation de vapeur, à la mise en marche, ou de les refroidir, par courant d’eau, en service. Les moules sont en quatre parties, pour faciliter les fréquentes réparations. L’usure considérable nécessite, en outre, des dispositifs de rattrapage de jeu, pour conserver l’adaptation du piston dans le moule. Une presse pouvant livrer 45 t. par 24 heures, absorbe 110 à 140 chevaux.
- Avant de quitter celte industrie, il faut insister sur le grand danger des poussières, très facilement inflammables, qui occasionnent de graves incendies ou de terribles explosions. La figure 5 est suffisamment éloquente à cet égard.
- Il faut donc capter ces poussières en tous les points où elles peuvent se produire, ou se répandre. On le fait par les procédés ordinaires d’épuration, par voie sèche ou humide. La première méthode en
- Fig. 4. — Action de la température sur la distillation du lignite.
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- permet l’utilisation pour la chauffe des chaudières et se répand de plus en plus.
- On fabrique aussi des briquettes de lignite par les proce'dés employés pour les briques à bâtir ; délayage dans l’eau, moulage et séchage. Mais cette fabrication déclinait devant celles que nous venons de voir.
- Enfin on a proposé, notamment aux Etats-Unis, le briquetage du coke résiduel de la distillation des lignites. Ce coke, très poreux, est broyé et aggloméré comme de la houille et par les mêmes procédés (voy. La Nature 2284). On emploie de 5 à 10 pour 100 d’agglomérant, parfois un peu plus et on ne fabrique guère que de petits formats. Les produits obtenus résistent très bien aux intempéries, brûlent facilement et tiennent beaucoup mieux au feu que les briquettes allemandes (*).
- Distillation du lignite. Fabrication des huiles minérales. Nous venons de parler des résidus de distillation des lignites, il y a là, en effet, un mode d’utilisation qui paraît très intéressant.
- La distillation des lignites, tou-, jours riches en matières volatiles, se présentait naturellement à l’esprit.
- On peut la faire dans deux voies différentes; soit, en vue du gaz, soit en vue des goudrons. Il ne paraît pas que l’on puisse chercher à distiller pour coke, vu la trop forte teneur en produits volatils.
- La distillation pour gaz est facile, on eh obtient beaucoup; il se produit, en outre, un goudron de bonne qualité et du coke peu aggloméré.
- Nous empruntons les renseignements qui suivent à l’étude précitée de M. Babcock. Le gaz distille à partir d’une température assez basse, 400° environ; mais la meilleure température est de 675 à 800°, c’est dire qu’elle est sensiblement inférieure à celle de distillation de la houille ; la vie des cornues s’en trouve grandement allongée.
- Le dégagement est également beaucoup plus rapide, les figures 4 et 5 montrent l’inlluence de la température sur ce dégagement et permettent une comparaison avec la houille.
- Mais il faut avoir soin de ne passer à la distil a-
- 1. Eronomics methods of utihzing Western Lignite, E.-J. Baisüock (publication du a Department of Mines » des États-Unis).
- tion que des matières à faible teneur en eau, sous peine de diminuer beaucoup la quantité de gaz produite et d’allonger du simple au double la durée de l’opération.
- On obtient 550 à 400 m3 de gaz par tonne. Sa composition diffère un peu de celle du gaz de houille. Il contient de notables quantités d’oxyde de carbone et d’acide carbonique; le lignite est en effet très riche en oxygène, dont il renferme souvent plus de 20 pour d 00. A titre d’exemple, voici la composition d’un gaz de lignites du Colorado :
- Carbures éclairants 3,2. CO 14,25. CO213,55. II240,90. CHH9,95.N2 7,10.021,05. Pouvoir calorifique 3800 Cal/m3. Ce lignite était peu sulfureux, avec certains combustibles impurs la teneur en H2S peut devenir très élevée.
- Les lignites ont généralement peu d’azote, 0,5 à
- I pour 100, et donnent par suite peu de sulfate d’ammoniaque.
- Quant au coke résiduel, dont on obtient 35 à 55 pour 100, c’est un corps poreux, peu aggloméré, généralement fort cendreux et assez sulfureux.
- II garde encore 3 à 4 pour 100 de matières volatiles et son pouvoir calorifique est de 5500 à 6500 Cal/kg. Nous l’avons vu employer sous forme d’agglomérés. On peut aussi le vendre tel quel, à bas prix, pour chauffage ou emploi au gazogène.
- On a proposé récemment de le transformer en coke dense, dit synthétique, par addition d’hydrocarbures (?), agglomération et cuisson au four à coke. Il paraît bon d’attendre la confirmation de la pratique industrielle.
- La distillation pour goudrons se conduit un peu différemment et, semble-t-il, à température relativement basse. On obtient alors sensiblement moins de gaz, mais le goudron obtenu a une grande valeur marchande. Cette industrie était très florissante en Allemagne, principalement aux environs de Halle, aux confins de la Saxe et de la Thuringe.'La seule usine de Webau traitait, il y a déjà 50 ans, 18000 t. de goudron par an (Q.
- On s’efforce actuellement d’implanter cette industrie en France. Ses produits seraient d’un grand
- 1. G. Cheskeau. Rapport sur l'industrie et le commerce des huiles minérales en Allemagne et en Belgique.
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- ?0 hO 60 80 WO IZO
- Temps est miicuU&s
- Fig. 5 et 6. — Distillations comparées de houille et de lignite.
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- intérêt pour la Défense Nationale. La Société de Distillation des Combustibles à Paris, qui a bien voulu nous communiquer des renseignements dont nous la remercions bien vivement, construit, dans ce but, un four dérivé, avec quelques perfectionnements, du four Ziegler, utilisé pour la distillation de la tourbe (Nature, 2278).
- Ce sont des fours analogues que l’on employait à Webau.
- Les gaz sortant du four laissent par condensation des eaux ammoniacales assez faibles et 6 à 7 pour 100 de goudrons. Certains lignites, ditsPyropissites, en donnent beaucoup plus et jusqu’à 65 pour 100, mais ce sont des curiosités.
- Ce goudron, solide à la température ordinaire, tant il est riche en paraffine, contient surtout des hydrocarbures de la série grasse. On y trouve aussi des composés oxygénés, homologues du phénol, non le phénol lui-même, mais les trois crésols, etc., des composés azotés de la série de la pyridine, picoline surtout, des composés sulfurés, mercaptans et thiophènes élevés.
- Le traitement est analogue à celui de tous les goudrons : distillations fractionnées, que l’on effectue ici dans le vide pour accroître le jjendement en produits lourds, épuration chimique par lavage à l’acide sulfurique et à la soude dilués, pour enlever les produits basiques azotés (picolines) et acides (crésols). Le soufre est difficile à éliminer et c’est là le point faible. Des lavages sodiques, entrecoupés de longues oxydations à l’air, en abaissent fortement la teneur, mais ce n’est guère industriel.
- La paraffine brute, extraite par cristallisation des huiles les plus lourdes, subit un premier déshuilage au filtre-presse. L’épuration consiste en une série de passages au filtre-presse, coupés de fusions dans de l’huile légère. Les dernières traces d’huiles sont expulsées par brassage avec de la vapeur surchauffée; on décolore finalement par filtration sur du noir animal.
- On obtient ainsi, à Webau, à partir du goudron, de 70 à 80 pour 100 de produits marchands, dont 15 à 20 de paraffine, parfois 25; 5 à 20 d'huiles lampantes; 5 à 15 de créosotes et d’acides organiques; le reste en produits légers, essence et
- huiles de dégraissage, ou lourds, huiles à gaz et huiles de graissage.
- Gazéification. — Le traitement du lignite au gazogène n’offre pas de difficultés spéciales ; d’après Babcock, 4 pour 100 des gazogènes américains fonctionneraient avec ce combustible.
- Le lignite ne donne presque pas de mâchefers et c’est un gros avantage dans un gazogène ; les goudrons sont facilement condensables et on peut d’ailleurs en éviter grandement la production en employant des gazogènes à tirage descendant ou à tirage combiné, comme le gazogène Westinghouse (fig. 6).
- Les goudrons qui se forment à la partie supérieure de l’appareil sont décomposés par la traversée de coke incandescent, qui leur est imposée pour gagner l’aspiration des gaz. De plus la partie inférieure du gazogène fonctionne, en somme, uniquement au coke; le gaz qui s’v produit est de composition très constante et joue un rôle de volant, pour rendre la qualité du gaz presque indépendante des chargements.
- Cet appareil a donné de très bons résultats aux essais faits à Edmonton par le gouvernement canadien)1); le gaz non purifié contenait de 0 gr. o à 1 gr. de goudron au mètre cube.
- La récupération de l’ammoniaque ne parait pas devoir être toujours recommandable; elle ne devient très intéressante que pour des lignites riches en azote. Ajoutons qu’à Edmonton le gaz donnait un peu plus de 1000 Cal/kg et qu’on en obtenait quelque 5000 m3 par tonne. Le rendement du gazogène oscillait entre 50 et 65 pour 100 et le II. P. heure exigeait de 0 kg 730 à 1 kg 2 de combustible. En France les lignites de Fuveau et de Manosque sont fort employés au gazogène.
- Rappelons l’emploi du lignite, sous sa variété jais ou jayet pour la fabrication des bijoux de deuil. La sauvage agression germanique ne les a que trop multipliés !
- Comme on a pu le voir, espérons-nous, dans ces quelques lignes, les applications du lignite sont très variées et ce combustible mérite mieux que le rôle de parent pauvre de la houille qu’on lui attribue trop souvent. Louis Renié.
- 1. B. F. IIaanel. Op. cit.
- ^ paroi réfractaire
- Zone chaude
- Zone chauc/e
- Fig. 7- — Gazogène Westinghouse.
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- LA PREPARATION MILITAIRE DES ETATS-UNIS
- Il se l'encontre encore des Français qui n’ont pas la moindre idée de l’apport formidable et colossal que constitue, pour la France et pour ses Alliés, l’entrée en guerre des États-Unis. Nous nous plaçons ici sous le point de vue purement militaire, car il faudrait être stupide, ou être de mauvaise foi, pour ne pas reconnaître les avantages incommensurables que nous vaut et nous vaudra cette coopération sur le terrain du ravitaillement économique et militaire.
- Mais bien des gens, oubliant la glo- 1 rieuse expérience de ces vastes armées [ britanniques improvisées en pleine guerre, qui ont vaincu en maintes rencontres les armées de métier du kaiser, sont sincèrement persuadés que les jeunes troupes de l’Union Américaine ne nous seront d’aucun secours.
- Comme moi, vous aurez sans doute
- 115 000 miliciens ou gardes nationaux insuffisamment instruits. En réalité, ils ne disposaient que de 50 000 soldats de métier, et d’un nombre égal de miliciens mal entraînés. Se reposant sur le patriotisme des citoyens, la nation avait toujours compté qu’une armée de volontaires la tirerait d’affaire, eû cas de danger.
- Les événements justifièrent sa confiance. J’habi-
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- Fig. 2. — IJescrime d la baïonnette.
- recueilli celte infâme et imbécile rumeur, mise en circulation par les agents de l’ennemi, que l’Amérique, après avoir fait parader quelques régiments, se contentera de nous envoyer des armées d’ouvriers qui prendront possession de nos usines, dont le personnel sera renvoyé sur le front !
- Pour comprendre l’inanité de ces rumeurs et de ces préjugés, il suffit de se rappeler ce qui se passa aux États-Unis, quand des événements, prévoyables, mais non prévus, les mirent aux prises avec l’Espagne.
- Aussi hostiles à la conscription que leur cousins d’Europe, les Américains ne possédaient pas d’armée permanente. Sur le papier, ils pouvaient aligner 60 000 officiers et soldats réguliers, et
- Fig. i. — Exercice de lancement de grenade.
- tais alors ce pays, et, comme la grande majorité des Européens, je m’imaginais naïvement que l’amour de la patrie était l’exclusif apanage des vieilles races. Aussi, quelle révélation que l’enthousiasme qui enflamma villes et campagnes, dès que le Président Mac Kinley eut fait appel aux volontaires!
- En quelques semaines, la nouvelle armée fut sur pied. On se souviendra que la guerre ne traîna pas en longueur. L’infanterie espagnole, qui vivait sur sa vieille réputation, fut bousculée sur les plaines cubaines par les rough-riders du colonel Roosevelt et les autres corps de volontaires, recrutés parmi la jeunesse athlétique des grandes villes et les rudes gars du Far-West.
- Quand les crimes allemands contraignirent le Président Wilson à déclarer la guerre, les États-Unis se trouvaient sensiblement dans la même situation qu’en 1897, avec cette différence que les événements du Mexique les avaient portés à mobiliser et à entraîner quelques corps de miliciens. En outre, des patriotes éclairés, à la tête desquels s’étaient placés des hommes aussi considérables
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- qu’Édison et Roosevelt, avaient organisé depuis j 1916 leur ardente campagne de preparedness pour stimuler le patriotisme de leurs concitoyens et réveiller leur esprit militaire, en réponse aux provocations allemandes.
- Des Associations de volontaires se formèrent un peu partout, plus spécialement dans les Etats de l’Est (Nouvelle-Angleterre). Elles se mirent aussitôt à l’œuvre. Des milliers de jeunes hommes sacrifièrent leurs situations et passèrent au Canada pour y parfaire leur instruction militaire, cette possibilité leur étant interdite chez eux par les obligations
- Des centaines d’aviateurs civils étaient militarisés du jour au lendemain. D’innombrables usines, créées ou transformées pour répondre aux besoins militaires des Alliés, doubleraient leur production pour fournir des armes aux millions de soldats appelés sous les drapeaux.
- On sait avec quelle rapidité fut constituée la première armée d’un million de volontaires. Des milliers d’ouvriers avaient déjà pris possession des parcs et jardins publics des grandes villes, qu’ils aménagèrent en camps. D’immenses aérodromes furent établis à l’écart des centres de population.
- Fig. 3. — Construction et aménagement d’un camp.
- de la neutralité. Mais ces exigences ne pouvaient empêcher les citoyens américains de s’exercer au tir, et les stands se multiplièrent. Les écoles d’aviation privées virent accourir de nombreux élèves.
- Ainsi, quand le Président Wilson jeta le glaive américain dans la balance, la situation militaire du pays s’était déjà améliorée dans des proportions considérables. Grâce aux affaires mexicaines, l’effectif de ses troupes régulières se trouvait doublé. Ses milices (national guard), qui venaient de subir un entraînement intensif, lui apportaient 200 000 hommes bien exercés. Les milliers de volontaires engagés dans l’armée canadienne repassaient la frontière ; ils allaient former un admirable corps d’instructeurs, et fournir des cadres aux nouvelles armées.
- Des officiers français furent adjoints aux instructeurs américains, notamment dans les grandes Universités, dont les étudiants formèrent des pelotons d’élèves-officiers. Tout fut mené de front, avec une méthode vraiment américaine, appuyée sur l’expérience que nos jeunes officiers avaient acquise sur les champs de bataille.
- En dehors du maniement d’armes, la préparation militaire s'appliqua à reconstituer, aussi fidèlement que possible, les conditions de la guerre actuelle.
- Nous avons sous les yeux une instructive série de photographies illustrant une reconstitution de la bataille de la Somme avec explosion de mines, pluie de grenades, salves d’artillerie de tous
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- L’ARGENT ET LA GUERRE ...: ...—... ... 281
- calibres, etc. Cette reconstitution se déroula sur un terrain vallonné choisi pour sa ressemblance topographique avec le secteur de la Somme.
- On comprendra que nous qe puissions nous étendre sur ce sujet de la préparation des nouvelles armées américaines.
- Nous ne sommes en droit d’en dire que ce que la Censure a laissé passer dans les journaux des Etals-Unis.
- Il est manifeste que cette préparation est poursuivie avec vigueur et méthode; que les états-majors s’appliquent à profiter de l’expérience chèrement acquise par les officiers anglais et français; que West-Point, qui répond à la fois à nos écoles de Polytechnique et Saint-Cyr, travaille nombre d’élèves
- nombre normal; et que des milliers d’aviateurs poursuivent ou parachèvent leur apprentissage.
- Nous ne saurions nous étendre davantage sur la mise au point poursuivie en France et en Angleterre, dans les divers camps américains. Qu’il suffise de dire que le drapeau étoilé, déjà représenté, et combien glorieusement, sur le front français par l’Escadrille La Fayette, flottera avant peu sur tous nos champs de bataille.
- En résumé, nous sommes de ceux qui attendent beaucoup de ces jeunes armées. Tenace, ardent, intelligent, fier de sa nationalité, habitué dès le jeune âge aux exercices physiques comme au tir, l’Américain se classera rapidement parmi les meilleurs soldats du monde. V. Forbin.
- sold.il américain en campagne.
- Fig. 4. — Équipement du
- à plein rendement, avec un plusieurs fois supérieur au
- L’ARGENT ET LA GUERRE
- La forte hausse du métal argent depuis la guerre a certainement beaucoup moins frappé le public que celle du charbon ou du beurre. 11 est même forl probable que la grande majorité de nos lecteurs ne la soupçonne pas. On n’acbètepas tous les jours des couverts d’argent et, quand on reçoit une pièce d’un ou deux francs, on la prend pour sa valeur fictive, très supérieure en tout temps à sa valeur réelle : d’abord parce qu’on ne peut guère faire autrement et puis parce que, jusqu’à nouvel ordre, on est sur de pouvoir la repasser à d’autres dans les mêmes conditions : exactement comme on reçoit un morceau de papier pour 100 ou pour 1000 francs parce qu’il porte les trois signatures du caissier principal, du contrôleur général et du secrétaire général de la
- Banque de France. Cependant, celte hausse, du métal blanc depuis 1914, est un fait réel et elle atteint, comme nous allons le voir, 100 pour 100. Comment donc l’expliquer? Nous sommes si habitués depuis la guerre à voir les prix de toutes les substances s’élever progressivement, que le fait en lui-même ne nous surprend pas d’abord. Il nous paraît rentrer dans une règle générale. Cependant, quand on y réfléchit un peu, on ne trouve pas aussitôt, dans ce cas, les mêmes explications qui servent pour les combustibles, les métaux usuels, les tissus ouïes aliments. Il n’y a pas l'a, ce semble, diminution de la production chez les belligérants puisque, chez eux, la production des minés d’argent était à peu près nulle. Il n’y a pas non plus augmentation directe
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- de la consommation par les peuples en guerre. Les Etats-majors n’emploient pas encore, que l’on sache, des projectiles en 'argent. L’augmentation de la frappe chez les belligérants n’intervient que pour des chiffres accessoires et les emplois en orfèvrerie ont dû certainement diminuer dans toute l’Europe. Il n’y a pas, d’autre part, difficultés de transport, ni manque de wagons, ni effets de la guerre sous-marine, ni pénurie de main-d’œuvre. Cependant une telle augmentation de prix a, comme toujours, pour cause une diminution de l’offre et un accroissement de la demande; mais, chose un peu singulière, ce ne sont pas ici les belligérants (du moins ceux d’Europe), ce sont les neutres qui interviennent surtout. Nous allons essayer de le montrer en rappelant sommairement comment se présente la question économique industrielle de l’argent.
- Et d’abor 1 la production? D’où vient l’argent dans le monde? Comme minerais, nous remarquerons que les minerais d’argent proprement dits jouent un rôle fort restreint dans la production de ce métal. Beaucoup de grands producteurs d’argent ne l’obtiennent que comme produit accessoire dans le traitement d’un autre métal : le plomb, le cuivre, le cobalt, ou, en petites quantités, l’or; métaux, dans lesquels il entre tout au plus, 1 ou 2 pour 100 d’argent. Et même les mines qui sont qualifiées industriellement des mines d’argent devraient d’une façon absolue porter un autre nom, si on envisageait la répartition minéralogique des métaux sans tenir compte de leur valeur marchande, tant l’argent y intervient en proportions minimes. Cela devient de plus en plus vrai, avec le temps, à mesure que les mines vieillissent. Par suite de phénomènes géolo-gico-chimiques qu’il serait trop long d’expliquer ici, l’argent tend toujours à se concentrer dans les parties hau es des gisements métallifères, les plus voisines de la surface. Il en résulte que, lorsqu’on commence à travailler sur un filon argentifère dans un pays neuf, un y trouve souvent au début des richesses en argent qui disparaissent ensuite dans la profondeur. C’est pourquoi les Anciens ont exploité activement pour argent bien des mines qui ne vivent plus aujourd'hui que parce qu’on en extrait du plomb ou du zinc. Une des conséquences de cette évolution est la disparition progressive des anciens procédés par lesquels on traitait jadis certains minerais à forte teneur en argent : par exemple le classique et pittoresque patio mexicain, dans lequel on fixait l’argent libre par le mercure. On y substitue la désargentation des métaux inférieurs.
- D’une façon générale, il arrive pour l’argent à peu près ce qui se produit pour l’or : c’est que l’argent est invisible dans la plupart de ses minerais pratiques. On peut visiter une mine d’argent sans s’en douter, même après avoir étudié avec soin dans une collection de minéralogie tous les minéraux de l’argent.
- Le procédé de traitement normal est la fusion : soit qu’on l’applique à ces minerais riches, nom-
- I més par les Américains smelling ores, soit que l’on traite des produits de concentration artificielle [concentraies). En deux mots, on s’arrange pour concentrer l'argent dans du plomb : soit que le minerai traité soit déjà plombifère, soit qu’on, ajoute du plomb; après quoi, le plomb est désargenté. Les minerais à haute teneur en argent sont traités par imbibition dans un bain de plomb fondu ; ceux à teneur moyenne sont fondus au four à cuve avec des scories ou des minerais de plomb ; s’ils étaient sulfureux, on commence par les griller avant de les fondre. Enfin, ceux à faible teneur en argent, s’ils ne renferment pas de plomb, commencent par subir un enrichissement par fusion au four à cuve avant le traitement plombeux. Cette fusion a lieu avec addition de pyrite si le soufre manque; au contraire, après un grillage, si la pyrite est trop abondante. La matte enrichie est traitée par le plomb. Quant à la désargentation, elle se fait par cristallisation (pattinsonage), par zingage ou par coupellation. Dans tous les cas, l’opération terminale est cette curieuse coupellation, déjà connue par les Phéniciens, puis pratiquée par les Romains, dans laquelle on sépare le plomb de l’argent, en absorbant l’oxyde de plomb dans une coupelle en cendre d’os, jusqu’au moment où l’argent, débarrassé de sa gangue, apparaît en un noyau que fait étinceler le phénomène dit de « l’éclair ». Les autres variantes modernes du système sont simplement destinées à préparer la coupellation (1).
- Sans insister sur ce côté métallurgique, si nous examinons entre quels pays se répartissait la production d’argent à la veille de la guerre, nous voyons que les trois grands producteurs étaient : d’abord les États-Unis et le Mexique qui en 1914 fournissaient, l’un 2247 tonnes d’argent et l’autre 2191 sur un total de 6641; puis le Canada qui intervenait pour 846. Aux États-Unis se trouvent les grands districts du Montana, de l’Utah, du Nevada, du Colorado. Le Mexique a des gisements classiques comme Zacatecas ou Guanajuato qui ont produit autrefois des milliards. Au Canada, le principal gisement, encore tout jeune, se nomme Cobalt.
- Sans s’arrêter aux autres pays secondaires, si on examine ce qui est arrivé, pour ces trois pays, depuis la guerre, on constate que les États-Unis se sont maintenus à très peu de chose près au même chiffre (2323 en 1915 et 2266 en 1916). Pour un pays dont, jusqu’alors, la production croissait d’année en année, cet arrêt équivaut déjà presque à une diminution d’autant plus qu’il s’y trouve compris quelques minerais d’importation australiens ou sud-américains qui ne trouvaient plus d’écoulement dans les usines d’Europe. Mais surtout la baisse est extrêmement sensible pour les deux autres grands producteurs. Le Mexique qui, en 1912, avant de tomber dans l’anarchie actuelle, fournissait à lui.seul 2566 t. d’argent (contre 1939 aux États-Unis), est
- 1. Voir L. de Lau.nay. L'argent (Baillière, 1896).
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- descendu d’année en année à 2191 en 1914, 1866 en 1915, 1244 en 1916 : soit une réduction à moins de moitié en l’espace de quatre ans(1). La Grande Guerre n’y est en apparence pour rien, puisque le Mexique est réputé neutre. Cependant il n’est pas besoin d’être grand clerc en politique pour savoir que, si la guerre civile se poursuit au Mexique sans atténuation, l’intervention occulte des Allemands y est pour beaucoup. Quant au Canada, c’est un pays de production argentifère récente, dont le premier essor remonte à peine à 1900 (2). Par un accroissement étonnamment rapide, il est arrivé à 1022 t. d’argent en 1910. Mais, dès l’année suivante et, par conséquent, indépendamment des hostilités, la production a commencé à baisser : 994 en 1912, 846 en 1914. Le phénomène s’est continué depuis lors en s’accentuant : 808 en 1915; 777 en 1916. Des difficultés de main-d’œuvre dues au départ des troupes y sont sans doute pour quelque chose. Mais on assiste également à la disparition des minerais superficiels à richesses inouïes qui ont fait la fortune des mines de Cobalt pendant une dizaine d’années.
- En résumé, nous constatons que, pour ces trois pays, la production entre 1912 et 1916 a passé de 5499 t. à 4287, soit une diminution de 1212 t. Quand on examine le total mondial, on voit que, de 7806 t. en 1912, on est passé à 6644 en 1914, 6030enl915, 5614 en 1916, soit une diminution totale de 2292 t., qui est à peu près les 3 dixièmes du chiffre global de 1912. Indépendamment des trois' grands producteurs, nous voyons intervenir ici les belligérants. En effet, si les mines d’Allemagne, de Russie, de France et d’Angleterre ne produisent pour ainsi dire pas d’argent, il n’en est pas de même pour les usines de ces grands pays, où arrivaient des minerais importés de toutes les parties du monde. C’est cette importation qui a été réduite à zéro pour les Empires Centraux, et fortement diminuée pour leurs adversaires. La conséquence est que la production argentifère européenne est tombée dans de fortes proportions, partant de 738 t. en 1912 pour aboutir à 124 en 1916. Il est vrai que, dans certains cas, il y a eu simple déplacement. Ainsi les minerais australiens de Broken-Uill, qui allaient en Allemagne, ont été en partie traités sur place, en partie dirigés sur. les États-Unis et le Japon. Mais, la perte n’en est pas moins réelle. Nous trouvons donc, dans l’étude de la production, une première explication de la hausse de prix qui nous étonnait au début, puisque la production est tombée de 78061. à 5514, pour des besoins au moins analogues.
- Si nous passons à la contre-partie, à savoir la consommation, il ne faut pas oublier le rôle très important que jouent, pour ce métal, à côté du
- 1. Voir sur l’argent au Mexique [La Nature 1900, II, 346 et 1903, II, 7).
- 2. flous avons décrit ces gisements du district de Cobalt
- LA GUERRE —.............................-........— 283
- monnayage auquel on pense d’abord, les applications industrielles. Sous une forme comme sous l’autre, à l’état de monnaie et de bijoux, le fait capital qui domine la question de l’argent est le drainage incessant exercé par les pays d’Extrême-Orient, l’Inde, l’Indo-Chine, la Chine, etc., où l’argent va constamment s’engloutir depuis des siècles.
- Chaque année, pour les États-Unis et les grands pays européens, le commerce de l’argent se traduit au total par une exportation,par une perte dont le chiffre annuel dépasse aisément 300 millions de francs. C’est là surtout qu’est la clef de la hausse actuelle. Les États-Unis n’ont pas augmenté leur production, l’Europe a beaucoup diminué la sienne; et, d’autre part, il y a eu de très gros paiements à faire en Extrême-Orient sans compensation. Par exemple, aux Indes, les demandes de la population civile, qui s’est enrichie par les industries de guerre, ont amené des besoins de roupies, auxquels se sont joints les paiements des troupes indiennes à l’étranger. Même phénomène en Chine, où on avait commencé par vendre près de 200 000 kg d’argent quand on a vu l’argent monter de prix au début de la guerre et où on s’est occupé ultérieurement de reformer et de grossir ce stock. On dit également que les besoins de luxe aux États-Unis se sont beaucoup accrus depuis trois ans : toujours en raison du même. enrichissement paradoxal, que produit jusqu’ici, pour la plus grande partie du monde, une course à l’abîme financier, dans laquelle on a créé des centaines de milliards en papier sans commencer à en payer les charges.
- Voyons maintenant par des chiffres plus précis quelles ont été les fluctuations de prix dont nous avons seulement indiqué le sens au début (3). On sait que l’argent a été longtemps maintenu artificiellement à un-cours légal d’environ de 218 francs, alors que florissait la néfaste théorie connue sous le nom de bimétallisme. La baisse a commencé en 1871 ; avec quelques variations, elle s’est poursuivie pendant trente ans conformément à la loi naturelle qui veut qu’une marchandise quelconque, fut-elle utilisée en monnaie, baisse de prix quand on en produit au delà des besoins. D’année en année, on est ainsi tombé à 79 fr. en 1903
- En 1913, nous trouvons, comme cours maximum 108. En 1914, le maximum est de 101 ; mais le début de la guerre ‘commence par amener une chute jusqu'à 80 fr. le kg pendant la-fin de 1914. C’est de ce minimum qu’on est remonté à 136 en mai 1916. Il y eut alors réaction à 104 en juillet, mais on a atteint 200 en septembre 1917. Il est évident que la spéculation y a contribué et le gouvernement anglais songe à contrôler le marché.
- L. De Launay.
- 3. Les cours de l’argent que l’on trouve le plus généralement dans les périodiques sont comptés en pence anglais par once standard. Pour les convertir en francs par kilogramme, il suffit de multiplier par le facte.ur,.3,6_46. % . .j
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séances du 17 septembre au ier octobre 1917
- U effet thermo-électrique par étranglement. — M. Cari Benediks a précédemment signalé le fait suivant, contraire à la loi de Magnus : dans un circuit métallique homogène, une distribution asymétrique des températures donne naissance à une force électro-motrice. Il a pu, depuis, réaliser un artifice permettant d’augmenter assez la grandeur de ces forces pour les rendre mesurables avec des galvanomètres à haute résistance et à faible sensibilité. On constate ainsi, par exemple, qu’une croix de fils de tungstène de 0 min. 22, chauffée avec une microflamme de 5 mm de hauteur, à une température évaluée à 900°, a donné une force électro-motrice de 19 millivolts, à peu près le double de ce que donne le couple thermo-électrique Pt-Pt, Rh 10 pour 100 pour une température de 1000° de la jonction chaude. De même, par le contact de fragments anguleux d’un ferrosilicium à 50 pour 100 de silicium, on a obtenu des déviations énormes, ce qui est important pour la théorie des redresseurs de contact de la télégraphie sans fil.
- Dans une séance ultérieure, M. Benediks est revenu sur cet effet thermo-électrique nouveau, qui peut être considéré comme le renversement de l’effet Thomson. 11 en montre l’extension aux métaux liquides comme le mercure, dans lesquels son signe est bien conforme à celui que fait prévoir la théorie. Le sens de la déviation change bien avec le signe du champ magnétique, comme le veut la théorie.
- La transmission du paludisme. — La distribution géographique des anophèles déborde notablement en Europe celle de l’endémicité palustre. Notamment en France, les Anophèles persistent en grand nombre dans des régions autrefois insalubres, comme les Dombes et la Sologne, où, néanmoins, aucune épidémie n’a reparu depuis longtemps malgré un constant apport de virus par des paludéens coloniaux. On avait cru pouvoir en conclure qu’il s’était développé des races de moustiques spontanément réfractaires à l’infection palustre, sur l’existence et la diffusion desquelles on avait même fondé de grands espoirs. M. E. Roubaud montre que les Anophèles de la région parisienne, région non palustre, sont éminemment propres à la transmission. En conséquence, après le retour de nos soldats contaminés en 191 fi à
- Salonique, on a dû prendre des mesures spéciales, dont la plus sûre a été de ne soigner les soldats atteints de paludisme que dans les localités exemptes d’Ànophèles. En fait, les cas de transmission en France ont été extrêmement rares.
- Le taux de blutage. — M. Louis Lapicque étudie cette question si discutée en ce moment et soutient la thèse que le blutage à 85 pour 100 est avantageux et pourrait même être augmenté. Pour le démontrer il envisage uniquement l’énergie mise à la disposition de l’organisme. Le calcul des calories montre que, sur les 5 parties ajoutées en passant du taux 80 au taux 85, il y en al qui sont effectives. Ce calcul ne tient pas compte de l’influence fâcheuse exercée par les restes d’enveloppes des grains qui, dans ces conditions, sont incorporées à la farine. M. Lapicque préconise, pour éliminer la fermentation acide qui en résulte, la panification à l’eau de chaux récemment étudiée par M. Legendre et lui. Dans une autre note, M. Georges A. Le Roy préconise le glucosate de chaux qui facilite la fermentation panaire, au lieu de la retarder légèrement, comme le fait, suivant lui, l’eau de chaux.
- La vitesse cle la lumière. — Dès le début des expériences sur la vitesse de la lumière, on s’est demandé si cette vitesse est une constante, ou si elle peut être influencée par la vitesse de déplacement des miroirs sur lesquels on la réfléchit pour la mesurer. C’est la première opinion qui a été adoptée à la suite de diverses expériences. M. Majerana montre que les conclusions tirées de ces expériences ne sont pas très sûres par elles-mêmes; mais les confirme néanmoins par des expériences nouvelles.
- Méthode nouvelle d'inscription graphique en physiologie. — Cette méthode, proposée par M. Soula, est basée sur le principe suivant : si l’on monte sur un circuit de pile un microphone et un solénoïde dans l’axe duquel est placé un aimant, toutes les variations de résistance produites dans le microphone par des pressions extérieures détermineront des modifications correspondantes du champ magnétique : un fer doux placé devant l’aimant, s’il est muni d’un stylet, devra donc pouvoir inscrire les pressions subies par le microphone.
- RÉÉDUCATION DES SOURDS ET DES MUETS DE LA GUERRE
- (Exercices auditifs ; lecture sur les lèvres ; orthophonie.)
- Il était impossible de prévoir les conséquences de toutes sortes, fâcheuses pour la plupart, qui découlent de la présente guerre; comment supposer, notamment, qu’un nombre aussi considérable de combattants reviendraient affligés d’un trouble sensoriel plus ou moins accentué? Qu’il y eût des aveugles, des sourds et même des muets par blessure de guerre, il fallait s’y attendre; mais qu’il s’en trouvât dans une proportion aussi grande* et que leur infirmité fût occasionnée, le plus sou-
- vent, par autre chose qu’une blessure intéressant tel ou tel organe en particulier, voilà qui peut surprendre. Cependant, la plupart des soldats atteints de surdité et de mutisme sont des commotionnés ne présentant aucune lésion extérieure apparente. Leur infirmité a été causée par l’éclatement des projectiles de gros calibre dont il est fait un usage de plus en plus grand, cet éclatement ayant déterminé des lésions d’origine labyrinthique, cérébrale ou des troubles nerveux.
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- Parmi les soldats sourds ou muets qu’il nous a été donné de voir, beaucoup furent projetés en l’air par l’explosion d’un gros obus, d’une torpille aérienne, d’autres ont été enterrés. Après leur accident, ces hommes avaient perdu l’ouïe, la parole ou la vue, parfois ces trois fonctions en même temps. Au bout de quelques jours de repos et de tranquillité, les soins médicaux aidant, d’aucuns recouvrent l’usage d’un des sens abolis. En.généra], la cécité et le mutisme disparaissent plus aisément que la surdité. Celle-ci, particulièrement tenace, semble-t-il, est' souvent définitive.
- DES MUETS DE LA GUERRE = 285
- La rééducation auditive se propose d’apprendre au sourd à tirer tout le parti possible de ses restes d’ouïe, quand il est atteint de surdité partielle. On y parvient en améliorant la fonction elle-même dans la mesure où le permettent les lésions organiques qui ont causé l’infirmité. Pour cela, on soumet le sourd incomplet à une véritable gymnastique auditive en recourant à des exercices spéciaux. On peut également, sans que le degré d’audition s’en trouve sensiblement modifié, augmenter l’habileté du sourd à entendre en lui apprenant à faire le meilleur usage possible de ses restes auditifs ; en attirant par exemple
- Sourds de la guerre lisant sur les lèvres d'un camarade (École de la 4e région).
- Tous les degrés de surdité se rencontrent : elle peut être uni- ou bilatérale, totale ou partielle. Il en est de même pour les troubles de la parole qui vont du mutisme complet aux défauts moins graves, comme le bredouillement ou le bégaiement.
- Des Centres oto-rhino-laryngologiques à l’usage des sourds et des muets de la guerre fonctionnent un peu partout. Tout d’abord, un traitement médical et des soins appropriés sont appliqués à la totalité des entrants, mais ceux avec qui on n’obtient que des résultats nuis ou par trop insuffisants sont soumis à une rééducation particulière.
- En ce qui concerne les sourds, on utilise trois procédés : rééducation auditive, lecture sur les lèvres et orthophonie, dès longtemps en usage dans les écoles de sourds-muets où la parole est enseignée.
- son attention sur les points où son ouïe est le plus souvent en défaut. On adapte en quelque sorte le malade aux conditions nouvelles où le place son infirmité. C’est chose parfaitement réalisable, car, ainsi que l’a dit M. le médecin-major Molinié : « l’acuité auditive ne dépend pas seulement du pouvoir de perception de l’oreille, mais aussi de notre faculté de comprendre, de sentir et d’interpréter. L’état moral et la volonté peuvent aussi exalter sa puissance. Il faut, en outre, retenir que sous l'influence de la nécessité, il se produit une adaptation de l’individu, grâce à l’interprétation de certaines sensations restées jusque-làdans le domaine de l’inconscient »(1).
- 1. Compte rendu de la Réunion des chefs de Centres oto-rhino-laryngologiques, tenue le 29 mai 1916. (Revue de laryngologie, d’otologie et de rhinologie du ni août 1916.)
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- La méthode de rééducation auditive qui a pris naissance «dans les institutions de sourds-muets où on l’applique aux élèves dont la surdité est incomplète, n’utilisait, au début, que la voix humaine, les cornets acoustiques ou des instruments sonores quelconques. Mais du jour où, constatant les résultats obtenus, les médecins pensèrent qu’ils pouvaient appliquer cette méthode à ceux de leurs malades auxquels l’otologie n’apporte qu’un soulagement insuffisant, d’aucuns songèrent à employer des appareils spéciaux pour supprimer la fatigue du maître chargé de faire les exercices vocaux et obtenir, si possible, des résultats meilleurs. Que le premier but ait été atteint, la chose n’ëst pas douteuse, mais que les résultats obtenus avec ces appareils soient supérieurs, voilà qui reste à démontrer. D’ailleurs, quelques partisans de la rééducation auditive mécanique déclarent, assez ingénument, qu’en pratique ils utilisent dans une certaine mesure les exercices vocaux jugés par eux indispensables. C’est donc qu’ils leur reconnaissent une réelle valeur.
- Dans l’ensemble, les résultats obtenus sont cer-ains ; il ne saurait en être autrement, étant donné les bases scientifiques indiscutables sur lesquelles s’appuie la méthode.
- Des sourds qui au début de la rééducation n’entendaient la voix normale qu’à 0 m. 50 au plus, parviennent, après quelques mois de traitement, à l’entendre à près de 2 m. C’est là un résultat très appréciable qui procure un réel soulagement au sourd. Malheureusement, on ne saurait l’obtenir avec tous les sourds partiels indistinctement ; d’autre part, cela exige un temps plus ou moins long qu’il est impossible de fixer approximativement dès le début. Ce dernier inconvénient paraît avoir conduit la plupart des otologistes s’occupant des sourds de la guerre à donner leurs préférences à la lecture sur les lèvres dont les résultats sont sûrs et presque immédiats.
- Qu’est-ce donc que la lecture sür les lèvres? On appelle ainsi la faculté précieuse et peu connue chez nous qu’ont les sourds exercés à cet effet de pouvoir comprendre la parole qu’ils entendent insuffisamment ou même plus, rien qu’à observer la physionomie, la bouche, le jeu des lèvres surtout de qui leur parle. Ce moyen de communication est d’un usage courant dans les écoles de sourds-muets où les professeurs l’utilisent pour donner l’enseignement à leurs élèves.
- Mais comment se peut-il qu’on puisse lire la parole sur les lèvres ? Pour parler, dit la grammaire, on se sert de mots. Ces mots sont formés de syllabes composées d’une voyelle parfois isolée, le plus souvent liée à une consonne. C’est en associant de mille et mille' manières voyelles et consonnes qu’on obtient tous les mots employés dans nos langues parlées. Or, il existe en français douze voyelles et dix-huit consonnes. En tant que phénomènes sonores, ces trente éléments ne peuvent être
- confondus entre eux : une oreille quelque peu exercée arrive sans peine à les distinguer les uns des autres. Cela vient uniquement de ce fait que les positions prises par les organes vocaux dans l’émission de chaque élément voyelle ou consonne varient de l’un à l’autre.
- Voyons ce qui se passe pour le son a (fig. 1) : les cordes vocales vibrent, le voile du palais appliqué contre la paroi postérieure du pharynx empêche l’écoulement de l’air par les fosses nasales ; la bouche est assez largement ouverte ; la mâchoire inférieure atteint son plus grand abaissement, les lèvres, appliquées contre les dents, sont en position de détente; la langue, au repos sur le plancher de la bouche, a sa pointe derrière-les incisives inférieures dont le sommet est visible.
- En passant de a au son i (fig. 2) les dents se rapprochent, leur écartement est réduit à son minimum ; les commissures des lèvres font un mouvement de recul comme dans Je rire, les lèvres allongées s’appliquent conlre les mâchoires et laissent à découvert les deux rangées de dents jusqu’à hauteur des molaires. Les cordes vocales vibrent et le voile du palais est également relevé.
- Tour les autres voyelles on notera des positions sensiblement différentes. Un observateur placé à. bonne distance d’une bouche qui prononce les -voyelles ne peut rien voir de ce qui se passe dans le larynx, ni même dans l’arrière-bouche, mais il remarque vite que les organes phonateurs, dans leur partie visible, prennent des positions si dissemblables et si caractéristiques, qu’après trois ou quatre répétitions on peut reconnaître aisément la plupart des éléments prononcés à voix basse, c’est-à-dire sans le secours de l’oreille.
- Il en est de même pour les consonnes. S’agit-il de l’explosive p par exemple (fig. o), les lèvres pressées l’une contre l’autre ferment la cavité buccale, et c’est au moment où elles se séparent que la consonne est produite par l’air violemment projeté au dehors.
- Pour la sifflante f (fig. 4), la lèvre inférieure s’applique contre l’arcade dentaire supérieure qu’elle touche mollement dans toute sa longueur, excepté vers son milieu; la lèvre supérieure étant légèrement relevée, l’air s’échappe librement par l’ouverture médiane.
- Ici encore un observateur convenablement placé remarque aussitôt que les positions prises par les organes et les mouvements exécutés diffèrent sensiblement d'une consonne à l’autre. Il est aisé d’en faire l’expérience : le premier venu, sans élude préalable, peut distinguer par la vue seule les articulations p, t, f, s, ch, comme il distinguera les voyelles a, o, ou, i. Est-ce à dire qu’avec de la pratique on puisse arriver à différencier tous les éléments phonétiques? Non, il en est comme a, et an, o et on, p et b, t et d dont le mode de formation est identique; l’oreille les distingue, mais l’œil ne peut le faire. Pour a le voile du
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- palais est relevé, tandis qu’il est abaissé pour giennes que l’œil ne peut saisir, pas plus qu’il ne an. Il en est de même pour o et on. saisit les mouvements du voile du palais. Entre t
- te
- ou pe
- Fig. 6. — Prononciation du mot « toupie ».
- La lecture sur les lèvres.
- La consonne p est un bruit simple; b est ce meme bruit auquel s’ajoutent des vibrations larjn-
- et d existent les mêmes différences. De plus, si l’œil peut reconnaître un certain nombre de voyelles
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- et de consonnes émises isolément, en est-il de même dans la parole courante? Il est certain que la tâche est ici plus malaisée, à cause de la rapidité avec laquelle se succèdent les images visuelles et aussi parce que les éléments en s’accolant les uns aux autres subissent une légère déformation qui, pourtant, laisse subsister leurs caractères essentiels.
- | De cet ensemble de faits, il résulte que l’œil ne peut, comme l’oreille, distinguer tous les sons de la parole. C’est, là une difficulté sans doute, mais îl n’en résulte point une impossibilité.
- Tout d'abord, il n’est pas absolument nécessaire pour reconnaître un mot que toutes les images visuelles d’articulation dont il est formé soient nettement perçues; quelques points de repère suffisent si l’œil est entraîné. Les choses se passent de même dans la lecture courante. Le jeune enfant qui apprend à lire épelle tout d’abord chaque lettre du mot, il en forme des syllabes et parvient, non sans peine, à le reconstituer dans son ensemble. La pratique aidant, ce travail long et fastidieux se simplifie vite. Quand l’œil est éduqué, l’image graphique d’ensemble du mot permet de le reconnaître sûrement sans qu’il soit nécessaire de le décomposer. Il en est de même pour Ja lecture sur les lèvres qui, d’analytique qu’elle est au début, devient vite synthétique. Il se forme, en effet, des images visuelles motrices d’articulation (mot parlé) comme il existe des images visuelles graphiques (mol écrit) . Le professeur de lecture labiale a pour mission, précisément, de hâter la formation de ces images motrices, de les développer, de leur donner autant de relief que le permettent les aptitudes du sourd.
- Il s’en faut, du reste, que l’œil soit seul à jouer un rôle dans la lecture sur les lèvres; l’intelligence intervient pour une très large part. Non seulement elle interprète le sens précis de chaque image visuelle d'articulation et découvre que tel ensemble de mouvements signifie chapeau ou toupie par exemple (fig. 5 et 6), mais elle aide grandement l’œil dans sa tâche difficile en complétant les indications par lui fournies.
- Lorsqu’on nous parle à une certaine distance, il arrive que nombre de syllabes nous échappent, mais grâce à la suppléante mentale qui ne tarde pas à les découvrir, nous reconstituons presque instantanément la phrase dans son ensemble et parvenons sans trop de peine à comprendre ce qu’on nous dit. Si l’expérience se répète fréquemment, nous deviendrons vite très habiles dans cette sorte de divination. N’en est-il pas de même lorsqu’il s’agit de déchiffrer une écriture presque illisible qui ne nous est point familière? L’image visuelle graphique des mots étant complètement défigurée, nous ne la reconnaissons pas, tout d’abord; il nous faut analyser chacun d’eux ; finalement, une ou deux lettres moins mal formées nous permettent de dérouvrir les motS’Tun après l’autre. La première fois qu’on
- se trouve en présence d’une telle écriture, la Lâche est ardue, elle l’est moins la seconde et au bout de quelque temps, on n’éprouve plus aucune difficulté. Il est juste d’ajouter que la connaissance du contexte facilite grandement le travail. C’est de tout cela qu est faite la lecture labiale. On peut dire qu’elle est en quelque sorte l’abrévi de la parole entendue et l’on sait que la lecture rapide de l’abrévi est affaire d’habitude.
- Du reste, les résultats obtenus prouvent surabondamment que la lecture sur les lèvres est non seulement chose possible, mais pratique. Il suffit de pénétrer dans une école de sourds-muets de naissance où la parole est enseignée pour s’en rendre compte. Malgré les conditions défavorables, où ils se trouvent comparativement aux sourds atteints de surdité acquise, qui possèdent leur langue à fond, tous les élèves, sans exception, parviennent à lire la parole avec plus ou moins d’habileté suivant leur degré d’intelligence et leurs aptitudes particulières, mais aucun n’échoue. La preuve fournie par les sourds de la guerre est non moins convaincante. Quelles que fussent leurs conditions intellectuelles antérieures, tous les malades, au dire d’un otolo-giste connu, ont pu, dans l’espace de trois mois, grâce à la suppléance que la vision apporte à l’audition, reprendre contact avec leurs semblables sans aucune peine pour ceux-ci. Et, avantage non moins appréciable, l’état moral des soldats sourds s’en est trouvé grandement amélioré. !
- Il est certain, toutefois, que l’œil le mieux exercé ne vaut pas l’oreille pour saisir la parole; cependant, certains sourds, fort habiles lecteurs sur les lèvres, parviennent à converser avec des personnes ignorant leur infirmité sans que celles-ci la soupçonnent.
- L’orthophonie rend également de réels services dans les cas de surdité accentuée et ancienne, quand la voix et la parole se déforment, ainsi que.la chose se produit fréquemment; mais on ne trouve rien de semblable chez nos soldats, leur infirmité étant de date trop récente. Tout au plus convient7il de montrer à certains qu’ils parlent ou trop fort ou trop doucement. j
- Par contre, ce procédé de rééducation qu’on emploie pour rendre la parole aux sourds-muets est tout indiqué avec les muets de la guerre, les troublés de la parole, les mutilés de la face dont la blessure intéresse l’organe phonateur en l’une quél-conque de ses parties et il donne souvent d’excellents résultats.
- En résumé, il n’est pas douteux que la lecture sur les lèvres, les exercices auditifs et l’orthophonie employés dans l’éducation des jeunes sourds-muets rendent d'inappréciables services aux sourds et aux muets de la guerre, ainsi qu’à tous ceux qui, pour une cause quelconque, se trouvent dans des conditions analogues. Edouard Drouot.
- Professeur à lTnstilution Nationale des sourds-muets de Paris.
- Le Gérant : P. Masson. — lmp. Lahüre, rue de Fleuras, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — NV2302. -— — 10 NOVEMBRE 1917
- L’AMBULANCE BELGE DE L’OCÉAN A LA PANNE
- Nos alliés belges possèdent depuis la fin de 1914 un grand centre hospitalier qui est en même temps devenu un actif laboratoire de recherches, l’Ambulance de l’Océan, installée sur les dunes de la côte, à La Panne. .Cette ambulance modèle, destinée à servir non seulement au traitement des blessés, mais aussi à l’étude et à l’enseignement des meilleures méthodes de traitement chirurgical et médical, est devenue une immense ruche, un foyer scientifique, une sorte de grande université nationale adaptée au service de guerre, la seule université, hélas! dont les Belges puissent disposer.
- En ce moment où le Sous-Secrétariat dn Service de Santé français organise à son tour aux armées un centre d’études médicales, il est intéressant de décrire l’histoire
- et le fonctionnement de l’Ambulance de l’Océan.
- L’Ambulance belge de l’Océan est l’œuvre du professeur Depage. Appuyé par la reine, remarquablement aidé par Mme Depage qui mourut avant la complète réalisation de l’œuvre, entouré de tous les biologistes belges, attirant les bonnes volontés des dames belges et les secours matériels des Alliés et des neutres, le professeur Depage sut créer à
- 45e Année. — 2° Semestre.
- La Panne un centre remarquable, modèle, où furent admirablement soignés les soldats des Flandres et d’où sortirent de nombreux travaux sur les mé-
- thodes de chirurgie, de médecine et d'hygiène appliquées aux conditions de la guerre actuelle.
- La création de l’Ambulance de l’Océan date de novembre 1914. La marche des Allemands venait d’être arrêtée sur l’Yser par l’héroïque effort de nos marins, des Belges et des Anglais. La Belgique conservait un coin de son territoire, le petit triangle limité par la mer, la ligne de combat de Nieuport à Armentières et la France. La reine proposa au professeur Depage d’organiser une grande ambulance chirurgicale sur le territoire belge à La Panne, à 10 km de Nicu-port, à 12 km des lignes, presque àla frontière française. L’ambulance s’installa dans l’hôtel de l’Océan, hôtel de 150 chambres qui reçut ses premiers blessés le 20 décembre. Il ne tarda pas à devenir trop petit et il fallut lui annexer successivement les villas voisines, puis des baraquements construits sur le sable des dunes. Aujourd’hui, l’Ambulance de l’Océan s’étend sur 4 hectares, comprend 1000 lits, un centre de recherches scientifiques, des services assez nombreux pour lui permettre de se suffire en beaucoup de choses; elle a comme annexe un poste
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- Fig. i. — Vue d’ensemble de l’ambulance de l’Océan, Au premier plan, l’Institut Marie Depage.
- Fig. 2. — Salle d'opérations Léopold en plein travail.
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- chirurgical avancé pour blessés d’urgence, installé à 3 km des lignes, près de Dixmude.
- M. Depage s’est soucié de créer une grande ambulance, où les blessés puissent être le mieux soignés grâce à un personnel médical abondant et spécialisé, chaque service ayant à sa tête un médecin et une équipe d’aides compétents et entraînés. La proximité des lignes permet un traitement précoce, reconnu maintenant indispensable pour éviter ou limiter les complications. Des salles d’opérations nombreuses suppriment l’encombrement et le désordre pendant les périodes de grande activité du front où les blessés affluent. Les arrivants trouvent à La Panne un repos et un confort suffisants, une propreté absolue, un personnel dévoué et connaissant bien ce qu’il doit faire.
- Les voitures d’ambulance conduisent les arrivants à un pavillon central de réception (fig. 1) où se trouve une salle de 30 lits, une installation radiographique, deux salles d’o-péralions dont une à trois tables, une salle de stérilisation et un salon de coiffure, des salles de garde pour les médecins, les infirmières et les brancardiers.
- Les blessés y sont déshabillés, lavés, pansés , couchés ; leurs cheveux coupés, leurs vêtements désinfectés. Les chirurgiens de garde les examinent et au besoin les font radiographier et les opèrent d’urgence. Les blessés graves peuvent y être gardés et soignés plusieurs jours ; notamment des lits chauffés électriquement permettent de les réchauffer.
- Les blessés sont ensuite transportés sur des civières à l’un des cinq pavillons de chirurgie : le pavillon central (ancien hôtel de l’Océanj de 200 lits, le Brilish Pavillon de 100 lits et le pavillon Everyman de 250 lits offerts par l’Angleterre, le pavillon Albert-Elisabeth de 300 lits, le pavillon américain. On y a adjoint un pavillon spécial pour les femmes et les enfants belges de la région qui ont besoin de soins et ne disposent plus d’aucun hôpital civil. Chaque service a ses salles d’opérations (fig. 2), de pansements, de garde, de bains, etc. Les salles d’opérations sont tout à fait modernes : éclairage électrique pour le travail de nuit, électrovibreurs, électro-aimant, tables spéciales pour les bandages plâtrés, etc. ; on n’v pénètre que pour les besoins du service, et seulement chaussé de san-
- dales spéciales et de blouses pour éviter d’y apporter des poussières extérieures.
- Un pavillon est consacré à l’ophtalmologie; un autre à la neurologie, comprenant tous les moyens de traitement physique : électricité, massage, mécanothérapie, chaleur, haute fréquence, rayons ultra-violets, rayons X, etc. Un pavillon de stomatologie contient trois cabinets de dentisterie et un outillage complet de prothèse dentaire.
- Les contagieux sont isolés dans une villa éloignée où l’on traite les typhoïdes, tétanos, érysipèles, etc.
- Les officiers et soldats de l’armée en campagne peuvent venir en consultation et trouver des soins immédiats à un service de consultation externe.
- A ce remarquable ensemble, sont annexés de nombreux services et ateliers : la stérilisation de tous les objets de pansement est centralisée dans deux salles attenant au pavillon central. Une installation
- complète de radiographie fonctionne au pavillon de réception. Un laboratoire clinique est chargé des examens bactériologiques, chimiques et microscopiques.
- Un atelier photographique et cinématographique recueille tous les documents intéressants qui pourront servir ensuite à l’enseignement et aux démonstrations. La pharmacie reçoit les produits chimiques du Service de Sauté de l’armée, elle prépare et distribue les médicaments, les solutions destinées au traitement des plaies, les réactifs, etc. Un bureau de statistique a été organisé ainsi qu’un musée ; ils rassemblent tous les renseignements concernant le nombre et le genre des blessures, la nature et les résultats des opérations, les courbes de mortalité, les pièces anatomiques, moulages, projectiles, diagrammes, photographies, qui constitueront ensuite un musée de médecine et de chirurgie de guerre. Les instruments et appareils spéciaux sont construits dans un atelier muni d’une forge où l’on répare également les instruments d’un mage courant. Un aulre atelier fabrique les membres artificiels pour les amputés.
- Les blessés sont transportés à l’ambulance par 65 automobiles et camions garés au voisinage ; ces voitures assurent également le transport des marchandises de toutes sortes nécessaires à' cette ville sanitaire.
- A défaut d’usine à gaz, le chauffage est obtenu par l’eau chaude qu’une motopompe fait circuler ;
- Fig. 3. — Poste avancé pour lapai'otomies. Vue d’ensemble.
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- L’AMBULANCE BELGE DE L’OCÉAN A LA PANNE
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- cette eau chaude provient de chaudières chauffées par l’air carburé; elle est distribuée notamment aux salles d’opérations. Une centrale électrique fournit l’éclairage à tout l’hôpital et la force motrice nécessaire aux appareils médicaux qui en exigent et aux machines à faire la glace.
- Deux chapelles, l’une calho-^ lique, l’autre protestante, permettent aux blessés d’exercer leurs devoirs religieux ; la catholique est décorée de nombreux objets d’art, statues, tableaux recueillis dans les régions bombardées et sauvés ainsi de la destruction.
- Une grande salle des fêtes, la salle « Émile Yerhaeren », permet de donner à mille personnes à la fois des séances musicales ou des représentations de cinématographe, toujours très goûtées des blessés et excellentes pour leur moral.
- . Une ferme située à 5 km ravitaille l’ambulance en pommes de terre, lait, beurre, œufs, en même temps qu’elle va servir de centre de rééducation agricole pour les invalides.
- Enfin un poste chirurgical avancé, placé près de Dix-mude à 5 km des premières lignes, permet d’opérer immédiatementles blessés de l'abdomen, d’arrêter les hémorragies graves, de ranimer les
- hommes en état de shock. Les blessés y arrivent soit sur brancard, soit par un canal, dans un canot automobile qui constitue évidemment le moyen de transport idéal, sans heurts ni cahots. Le poste
- Fig. 4. — Vue intérieure de la chapelle catholique.
- avancé de Dixmude, créé en juin 1916, sauve certainement beaucoup de blessés graves qui ne supporteraient pas le déplacement jusqu’à l’ambulance; l’armée française a d’ailleurs des formations analogues.
- Ce remarquable ensemble hospitalier est complété par un important centre de recherches scientifiques, véritable institut biologique, édifié, grâce aux dons faits par de généreux Àmé ricains en souvenir de Mme Marie Depage, et notamment par le Rockfeller lnsti-tute. Cet institut Marie Depage correspond à une
- nécessité; la guerre nous a révélé, en effet, des blessures et des maladies qu’on rencontrait fort rarement auparavant ; les méthodes de traitement
- ont donc dû être modifiées, adaptées à ces nouvelles conditions; certaines ont dû être inventées : il est banal de dire aujourd’hui que la chirurgie n’a jamais fait de progrès plus rapides qu’en ces trois années de désastres. Tour étudier ces nouveaux moyens thérapeutiques, les mettre au point et les appliquer le plus tôt possible dans les meilleures conditions, il est nécessaire qu’un centre d’études expérimentales existe auprès d’un grand centre hospitalier. Ce que noire service de santé français réalise en ce moment, l’armée belge le possède depuis l’année dernière.
- L’Institut Marie Depage est chargé de préciser et de perfectionner le traitement des blessures de
- Fig. 5. — Poste avancé chirurgical. Arrivée d’un blessé par canot automobile.
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- 292 PROCÉDÉ VERSÏCOLOR DUFAY POUR LA PHOTOGRAPHIE DES COULEURS
- guerre; d’assurer la conservation et l’utilisation des innombrables documents scientifiques fournis par l’étude des blessés et des malades soignés à l’ambulance. Il recherche les réactions de l’organisme blessé, sa défense contre l’infection, les processus de cicatrisation, les microbes infectants, leur mode d’action et de propagation, la valeur des différents antiseptiques, etc. Pour cela, il est très suffisamment outillé, avec ses laboratoires de physiologie, d’histologie, de chimie, de bactériologie, d’anatomo-pathologie. Les résultats des recherches des savants belges commencent de paraître dans un
- nouveau périodique intitulé : Travaux de l'Ambulance de l'Océan.
- Tel est, rapidement présenté, l’effort du service de santé de nos amis, si heureusement dirigé par le professeur Depage. A lui seul, il constitue une preuve de la vitalité de la Belgique, de la valeur de sa science et de son enseignement. Nous souhaitons bonne chance au nouveau journal, à l’Ambulance de l’Océan et à la patrie belge. Qu’ils continuent de croître jusqu’au jour prochain où les universités de Bruxelles et de Louvain leur seront à nouveau ouvertes et pour toujours! R. M.
- LE PROCÉDÉ VERSÏCOLOR DUFAY
- pour la photographie des douleurs.
- Depuis l’apparition des plaques en couleurs (Autochromes Lumière, Dioptichromes Dufay, Omni-colores) de nombreuses communications ont été faites sur ce sujet par les journaux techniques, si bien que tout le monde connaît, à l'heure actuelle, le principe des réseaux à éléments polychromes juxtaposés, sur lequel est basée la photographie des couleurs, principe découvert et posé par Ducos du Hauron, dès 1868, de la manière suivante :
- « Imaginons, disait-il, une surface transparente, entièrement recouverte de raies alternativement rouge orangé, vert et bleu violet, sans solution de continuité. Les trois lumières élémentaires d’un faisceau lumineux se tamiseront à travers le réseau et chacune donnera, au développement, son empreinte sur les raies correspondantes. »
- Il s’agit donc de juxtaposer exactement, sans superposition, ni manque, une association de lignes ou figures, géométriques ou non, transparentes et colorées respectivement en rouge orangé, vert et bleu violet : un tel réseau, ou tamis, devant opérer la solution des couleurs en chacun des points de sa surface et, ultérieurement, la synthèse desdites couleurs.
- L’expérience démontre que la surface occupée par chacune des colorations élémentaires doit représenter sensiblement : la moitié de la surface totale, si le réseau comporte deux couleurs seulement; le tiers, s’il en comporte trois; le quart, s’il en comporte quatre, et chacun des éléments ne doit laisser filtrer que les radiations appartenant à sa propre zone spectrale.
- La conception d’un réseau de ce genre, théoriquement parfait, apparaît d’une séduisante simplicité, mais l’exécution industrielle pratique comporte des difficultés si grandes qu’elles furent considérées, pendant 40 ans, comme à peu près insurmontables.
- De laborieux essais ont pourtant été tentés dans cette voie, notamment par le Dr Joly de Dublin, et ils ont conduit, à défaut de résultats pratiques, à la démonstration de l’exactitude de la suggestion de Ducos du Hauron.
- Les difficultés industrielles de réalisation pro-
- viennent principalement de ce fait que les éléments colorés constituant le réseau doivent avoir une finesse telle que Je pouvoir analytique de l’œil ne puisse s’exercer et qu’à la distance normale de la vision distincte, le réseau polychrome apparaisse avec une coloration gris neutre, très voisine du blanc, résultant de la fusion optique des éléments colorés et de l’équilibre qualitatif et quantitatif parfait des couleurs fondamentales.
- On a calculé que pour qu’une image sélectionnée par un réseau de ce genre soit acceptable, chaque millimètre carré devait comporter au minimum 10 éléments de chaque couleur, soit 30 lignes colorées juxtaposées.
- Encore un tel résultat serait-il, dans la pratique, tout à fait insuffisant, surtout si les images étaient agrandies par projection, cas auquel le réseau, considérablement amplifié, supprimerait tout effet d’ensemble. D’où nécessité d’une extrême finesse du réseau.
- De plus, la finesse du grain de l’émulsion sensible doit évidemment se trouver en rapports avec celle du réseau et l’épaisseur de la couche émulsionnée ne doit pas dépasser le diamètre des éléments colorés ; cette couche doit être en contact aussi absolu que possible avec le réseau, sinon des effets de parallaxe se produiraient et la vision oblique de l’image en couleurs deviendrait impossible.
- — C’est en France que fut réalisée pratiquement l’idée du physicien français Ducos du Hauron.
- On connaît la magnifique solution donnée à ce délicat problème par les frères Lumière, inventeurs de la plaque autochrome. M. Louis Dufay a, lui aussi, presque à la même époque, résolu industriellement la question en créant sa plaque diopti-chrome, constituée par des éléments microscopiques colorés, parfaitement juxtaposés en figures géométriques régulières et teints dans une même couche homogène, absolument transparente.
- Mais les autochromes, comme les dioptichromes d’ailleurs, ne pouvaient être créées que sur verre et n’être utilisées que pour produire des épreuves uniques; (lies nécessitent un temps de pose excluant tout instantané.
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- PROCEDE VERSICOLOR DUFAY POUR LA PHOTOGRAPHIE DES COULEURS 293
- Poursuivant ses recherches depuis dix ans, M. Du-îay a imaginé un procédé de fabrication de réseaux colorés, sur pellicules souples, qui va ouvrir à la photographie des couleurs des débouchés importants du plus haut intérêt et en vulgariser l’emploi.
- Le procédé de fabrication est le suivant :
- Une feuille mince de celluloïd transparent, est passée entre les 2 cylindres d’un laminoir AA' (fig. 1), élevés à la tein-pérature convenable.
- Si l’un de ces cylindres est gravé de lignes ou sillons parallèles exlrê-mement fins (fig. 2) la feuille de celluloïd, ramollie sous l’action de la chaleur des cylindres du laminoir, va prendre au-to.matiquement et exaclement l’empreinte des lignes gravées sur le cylindre (fig. 2). Elle en épousera les plus fins détails, quelle qu’en soit la finesse.
- En sorte que la feuille de celluloïd au sortir du laminoir aura pris, en coupe, la disposition
- Fig. 4.
- suivante (fig. 5). La feuille de celluloïd ainsi transformée sera recomerle sur le côté ligné (recto) (au moyen des rouleaux distributeurs d’une machine appropriée) d’une matière grasse, rouge, par exemple, parfaitement transparente R (fig. 4).
- Ce côté encré sera, immédiatement après, soumis à un essuyage rationnel, comme s’il s’agissait d’une planche gravée en taille douce. Cet essuyage éliminera la matière grasse en excès, mettra à nu tous les reliefs b, mais ne saurait éliminer la matière grasse introduite dans les sillons c (fig. 4) ; la surface traitée présentera, après essuyage, la coupe suivante (fig. 5), c’est-à-dire : parties b mises à nu, creux c imperméabilisés, colorés en rouge transparent par la matière grasse et ramenés au niveau général par ladite matière.
- Si l’on coule alors sur le recto de la feuille de cellulo, ainsi traitée, une solution alcoolique colorante bleue, par exemple, cette teinture bleue ne pourra pénétrer et teiudre le cellulo qu’aux seuls endroits b restés libres et non imperméabilisés.
- Après cette opération la surface du celluloïd présentera une série de lignes parallèles automatiquement et exactement juxtaposées et alternativement colorées en rouge R (matière grasse) et en bleu B (teinture) (fig. 6).
- C’est-à-dire qu’elle constituera un premier groupe de 2 couleurs primaires, qui, cela va sans dire, ont été, au préalable, convenablement étudiées au point de vue optique.
- Si la même série d’opérations est répétée ensuite ou simultanément sur l’autre face (verso) de la feuille de celluloïd, en supposant cette feuille assez mince pour éviter ultérieurement tout effet nuisible du parallaxe et si les deux couleurs juxtaposées, sur ce verso, sont, par exemple, le jaune et le violet, on aura par superposition et fusion optique un quatuor correct.
- En effet, pour constituer des réseaux à quatre couleurs optiquement corrects, susceptibles de
- Fig. 3.
- Fig. 5.
- fournir un rendu parfait des couleurs, M. Dufay a appliqué la règle suivante :
- Sur un premier groupe de deux couleurs primaires transparentes exactement juxtaposées les unes à côté des autres sous forme de lignes, points ou figures microscopiques quelconques, il faut et il suffit de superposer en contact pratiquement intime, un 2e groupe de deux autres couleurs transparentes, savoir : la troisième couleur primaire, c’est-à-dire, celle n’entrant pas dans la composition du premier groupe, à laquelle on juxtapose sa complémentaire exacte.
- D’où trois combinaisons de réseaux :
- A. — Premier groupe composé de jaune et de bleu juxtaposés, auquel on superpose un 2e groupe rouge et vert.
- B. — Premier groupe composé de jaune et de rouge juxtaposés, auquel on superpose un 2e groupe bleu et orangé.
- C. — Premier groupe composé de rouge et de bleu juxtaposés, auquel on superpose un 2e groupe
- Fig. 1.
- Fig. 6.
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- 294 FABRICATION DES INSTRUMENTS D’OPTIQUE DE GUERRE EN FRANCE
- jaune et violet. Ces 5 quatuors différents constituent, tous trois, des filtres chromatiques également parfaits, et on conçoit qu’un tel procédé conduit à des simplifications industrielles importantes puisqu’il supprime la difficulté si grande de la juxtaposition de 5 éléments colorés les uns à côté des autres.
- Il permet, en outre, de varier à l’infini la forme et la disposition des éléments microscopiques colorés, etc.
- Le nouveau procédé qui repose sur le moulage du celluloïd permet de réaliser, automatiquement, des réseaux d’une finesse quelconque. C’est ainsi que l’on a pu obtenir pratiquement des Réseaux comportant jusqu’à 900 éléments colorés géométriques, parfaitement transparents, et juxtaposés les uns à côté des autres, avec une alternance mathématique, dans un millimètre carré.
- Sur la pellicule, préparée comme il est dit ci-dessus, devenue apte à sélectionner et enregistrer toutes les couleurs du spectre, on étend une couche d’émulsion négative, extra-rapide, convenablement panchromatisée.
- Dès lors, la pellicule coupée au format voulu peut être utilisée dans tous les appareils à pellicules d’usage courant, kodaks, cinémas ou autres, ou montée sur verre pour être employée dans des appareils à plaques.
- La prise de la vue, le développement du cliché, le fixage à l’hyposulfite s’opèrent à la manière ordinaire ; mais le cliché, une fois développé et fixé, présentera cette particularité remarquable qu’il reproduira toutes les couleurs complémentaires ou négatives du sujet photographié, ce sera un négatif antichromatique qu’on va pouvoir utiliser pour la multiplication et le tirage, par contact, à un nombre indéfini d’exemplaires de l'image en couleurs.
- Si, en effet, nous tirons ce cliché pelliculaire antichromatique, par contact, dans un châssis-presse d’usage courant, sur une pellicule portant, elle aussi, un réseau sélecteur créé par le procédé ci-dessus, mais recouvert d’une émulsion positive, en utilisant pour le tirage, soit la lumière du jour, soit la lumière artificielle, une nouvelle sélection s’opérera automatiquement pendant l’impression; les couleurs négatives ou complémentaires du cliché se contretyperont sur la pellicule positive, donnant, cette fois, l’image en couleurs réelles du sujet photographié.
- Bien entendu, il importera peu qu’il y ait, au tirage, concordance ou repérage entre les divisions colorées du réseau négatif et celles du réseau positif, ces divisions colorées étant suffisamment petites pour constituer pratiquement du modelé continu.
- En résumé, le procédé imaginé par ML Dufay comporte 2 sortes de pellicules ou surfaces sensibles, absolument comme les pellicules noires.
- 1° Pellicule négative, rapide et ultra-rapide pour la prise des clichés antichromatiques ou à couleurs complémentaires, dans tous les appareils d’usage courant. Pellicules qui s’impressionnent, se développent et se fixent absolument comme les pellicules ordinaires en noir.
- 2° Pellicules positives pour le tirage en couleurs réelles, par contact, à la manière ordinaire et la multiplication en nombre indéfini d’exemplaires des épreuves en couleurs.
- Le procédé consiste dans l’utilisation de la remarquable plasticité du celluloïd qui se moule exactement sur des contours microscopiques, propriété qui avait déjà été utilisée en optique pour obtenir d’excellentes répliques commerciales des réseaux de Powland.
- FABRICATION DES INSTRUMENTS D’OPTIQUE DE GUERRE EN FRANCE
- Pour s’assurer l’avantage sur ses ennemis, une armée doit voir tout en se dissimulant à leurs yeux. Ce problème difficile à résoudre avait une importance moins grande dans les mêlées de jadis, lorsque les guerriers s’abordaient à l’arme blanche, mais il n’en va plus de même depuis que la poudre tonne sur les champs de bataille et à plus forte raison depuis l’entrée en scène des engins à longue portée d’aujourd’hui. Les techniciens imaginèrent donc une série d’artifices pour la vision indirecte et divers appareils augmentant, de façon prodigieuse, la puissance de l’ueii humain. Aussi on peut avancer actuellement sans paradoxe que les instruments d'optique sont aussi nécessaires à la guerre que les canons, les mitrailleuses et les fusils.
- Les simples périscopes ne permelteut-ils pas aux soldats dans la tranchée de regarder, sans se démasquer, ce qui se passe dans les « taupinières » d’en face? Ne donnent-ils pas sur mer, des yeux
- aux sous-marins? Les lunettes et les jumelles facilitent l’observation des objectifs lointains, tandis que les télémètres servent à mesurer les distances pour les réglages d’artillerie. Durant la nuit, les projecteurs automobiles ou fixes fouillent les nuages afin d’y découvrir les zeppelins ou les aéroplanes, tandis que les fusées éclairantes s’efforcent de supprimer l’obscurité en cas d’attaques. Enfin, l’invention de Daguerre fournit de précieux renseignements au commandement; grâce à leurs appareils photographiques et téléphotographiques, les pilotes observateurs rapportent de leurs randonnées aériennes les dispositions des tranchées ennemies, les mouvements de troupes et de matériel. N’oublions pas non plus que les poilus pour chasser le (( cafard » ne dédaignent pas de faire une concurrence plus ou moins réussie aux photographes et cinématographistes officiels, qui tournent des films jusque sur les champs de bataille!
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- Malheureusement, sous le rapport de la fabrication des instruments d’optique, la France, patrie des Fresnel et des Arago, des Foucault, des Fizeau, des Cornu et autres « opticiens » de génie n’ayant pas su s’adapter aux exigences de la lutte économique s’était laissé distancer peu à peu par l'Allemagne dans ce domaine. Les Zeiss, les Goerz, les Steinheil et les Yoigtlander inondaient le monde de leurs produits. L’une de ces sociétés, la maison Cari Zeiss, installée modestement à Iéna en 1846, mérite de nous retenir un instant. Le petit atelier du pauvre mécanicien saxon avait singulièrement grandi depuis sa fondation et au lieu de réparer les appareils de physique de l’Université comme leur modeste prédécesseur, d’éminents techniciens y fabriquaient en 1914, dans de nombreux et spacieux bâtiments, des lunettes astronomiques ou des télescopes, des jumelles prismatiques, des objectifs photographiques aussi bien que des microscopes très puissants.
- Zeiss possédait une instruction moyenne ; mais, en 1866, il s’adjoignit un savant de premier ordre, le professeur Abbe qui imagina un nouveau mode de fabrication des lentilles et, avec l’aide du l>*‘ Otto Schott de Wit-ten, créa les nombreuses variétés de verre d'Iéna (à la baryte, au borax, au zinc, etc.) dont les qualités parfaitement définies lui permirent de construire des systèmes optiques appropriés à tous les usages.
- A la vérité, durant cette période, la France fabriquait bien les meilleurs et les plus purs verres d’optique dans des variétés de crown ou de llint, en particulier, les grands plateaux pour les instruments astronomiques ; mais Schott sut réaliser des verres présentant des indices, des dispersions, des transparences données dans des régions déterminées du spectre, et seuls capables de répondre à certains problèmes, notamment en optique photographique. Aussi, sous ces savantes impulsions, la fondation de Cari Zeiss se développa sans cesse ; elle comptait à l’époque de la guerre plus de 2000 ouvriers, 580 employés, 40 docteurs ès sciences et sa renommée était mondiale.
- Sans doute, notre pays n’était pas entièrement dépourvu de bonnes maisons d’optique. N’oublions pas que dans le petit atelier de Laurent, rue de l’Odéon, fut institué pour la première fois, sur les indications de Fizeau, le contrôle des surfaces jaarles franges ou anneaux colorés de Newton, que le génial physicien avait employé d’abord à la mesure de l’indice de réfraction des cristaux, puis à celle de la dilatation de petits échantillons de métaux ou de cristaux divers. Et, si Zeiss et Goerz faisaient la grande quantité, M. Jobin, le successeur deLaurent, a réaliséop s merveilles égalées seulement par Brashear à Pittsburgh, mais non encore surpassées.
- Nous devons faire encore une exception et ouvrir une parenthèse. La maison Barr et Stroud, de Glasgow, est depuis longtemps justement célèbre par ses télémètres, répandus à profusion dans toutes les marines. Mais, malgré sa production intensive, il a fallu bien des mois de guerre pour que l’effectif des télémètres fût devenu suffisant dans les Armées alliées.
- . La guerre vint. On s’aperçut qu’il manquait à l’Armée française, comme aux autres armées alliées, une foule d’instruments dont beaucoup venaient d’Allemagne, mais en quantité insuffisante, et en qualité volontairement inférieure à ce qui était fourni aux troupes allemandes : on l’a bien vu par la comparaison de ces instruments d’avant-guerre avec ceux que nos vaillants soldats capturèrent dans leurs marches en avant.
- Dès le début des hostilités, on tenta en France un grand effort pour la réalisation de l’optique encore déficitaire. Un groupement de nos diverses maisons d’optique entreprit la fabrica'ion des jumelles, prismatiques ou galiléiques, et c’est par plus de cent mille que se chiffrent celles qui ont été fournies aux armées rien que par les ateliers parisiens. Puis on a procédé à des créations nouvelles ou à des extensions qui en sont presque l’équivalent. Le problème était ardu, car la fabrication optique est complexe : d’une part, le travail du verre, de l’autre le montage. Le verre lui-même
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- devenait insuffisant devant la grande extension subitement prise par les fabrications d’optique, dont l’ensemble a peut-être décuplé de juillet 1914 à juillet 1917. Là aussi, un grand effort fut accompli, qui a presque complètement-libéré la fabrication française ou alliée de la tutelle sous laquelle la tenait la verrerie d’Ie'na.
- Grâce aux initiatives de M. Henry Le Châtelier, aux impulsions de la Société d’encouragement pour l’industrie nationale et du Comité technique du Ministère de la guerre, plusieurs de nos verriers s’outillent et peuvent dès maintenant combler certaines lacunes créées par l’impossibilité matérielle et morale de s’approvisionner outre-Rhin.
- Nous voudrions donner aux lecteurs de La Nature une idée de ce qu’est, aujourd’hui, une maison d’optique. Pour nous assurer une documentation aussi actuelle que possible, nous avons pensé ne pouvoir mieux faire que de la
- possèdent les ingénieurs opticiens, ils cherchent des combinaisons susceptibles de conduire au résultat désiré. Supposant ensuite un certain nombre de conditions, parmi le très grand nombre de celles dont on dispose (courbures, épaisseurs, distances des verres, etc.), ils établissent théoriquement les valeurs des inconnues qui restent. Malheureusement, le calcul ne conduit pas toujours du premier coup au but convoité. Ils doivent alors modifier les conditions initiales, et recommencer le travail jusqu’à ce que ce but soit atteint. En temps de guerre, le problème se complique, car les stocks
- Fig. 3. — Polissage automatique des grandes, lentilles.
- chercher dans une usine toute neuve, poussée, comme beaucoup d’autres, en pleine guerre, et que la Société d'Optique et de Mécanique a édifiée au Boulevard Davoust. Cette Société est anciennement connue, à la vérité, non point sous son nom actuel, mais sous celui de Société des Etablissements La cour Berthiot, dont elle est une extension, décidée au début de l’année 1914.
- Suivons donc le chemin que parcourt la matière première, depuis les scies rotatives à diamant pour débiter les plateaux de verre jusqu’aux polisseuses automatiques pour les lentilles et aux tailleuses d’engrenages coniques des goniomètres panoramiques.
- En temps de paix, lorsqu’on veut établir un système optique nouveau, on consulte les catalogues des verriers, et, avec l’instinct et la pratique que
- Fig. 2. — Montage des grands objectifs pour la photographie aérienne.
- des fabricants de verre sont forcément entamés. Les constructeurs d’optique limitent donc leurs projets aux stocks existants. On saura plus tard les efforts prodigieux faits pour résoudre, dans des conditions fort précaires, des problèmes de haute importance.
- Flint, crown ou autres verres bruts s’utilisent, chez l’opticien, soit en lames débitées à la scie, soit en pièces mises à l’état pâteux, sans fusion, dans des moules ayant une forme voisine de celle qu’ils posséderont ultérieurement. Dans le premier cas, des scies rotatives, formées de disques en cuivre armés de grains de diamant sur leur pourtour et mues électriquement, débitent les blocs aux dimensions voulues. Un poids assure une pression constante du verre sur le disque.
- La pièce moulée ne se travaille pas à la scie; on passe immédiatement à Débauchage. Au contraire, on arrondit à la pince les lames débilées à la scie; delà, elles passent à Débauchage, qui débute par un rodage en série des disques collés les uns aux autres, de manière à former une sorte de saucisse.
- Vient après la première ébauche, qui se fait en
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- FABRICATION DES INSTRUMENTS D'OPTIQUE DE GUERRE EN FRANCE 297
- usant les faces du verre par frottement sur une balle ou bassin de fonte mû mécaniquement. D’une •main, l’ouvrier appuie sur le disque qui tourne et dont le profil se rapproche de la courbe calculée, tandis que de l’autre, il y verse, de temps en temps, du grès mouillé. Un vernier vertical sous lequel il présente l’ébauche, plusieurs fois au cours du travail, lui permet de se rendre compte de l’épaisseur du plateau et de la régler. À la Société d’optique, on dégrossit aussi les blocs de verre ou les prismes sur une grande platine en fonte animée d un mouvement de rotation. Une cuve supérieure déverse sur cette dernière du grès, qu’un robinet humecte convenablement.
- Cette circulation constante de la substance rodante assure une usure rapide des verres, qui passent ensuite à des émeris successifs, de grain de plus en plus ténu, jusqu’au douci, terme technique désignant l’émeri le plus fin avant le polissage.
- Le polissage mécanique des len-
- nière que celui des lentilles, mais pour cette opération, on les enchâsse dans des blocs plâtrés recouverts d’une couche de cire. Une fois le polissage achevé, on les retire du plâtre en cassant la masse au marteau. Pour les lentilles ou prismes de grande dimension des ouvriers très habiles retouchent ensuite leur surface à la main. Ils se servent pour cela du « tour allemand », ainsi baptisé par les spécialistes parce qu’on l’importa jadis d’Allemagne; deux pédales lui impriment un mouvement de rotation comme dans les machines à coudre, de façon a laisser libres les deux mains du polisseur. Au
- Fig. 5. — Le montage des objectifs de périscopes de tranchée.
- tilles s’effectue au moyen de machines automatiques dont le mouvement imite les gestes de l’ouvrier dans l’ancien polissage à la main. Les grandes lentilles isolées ou les blocs formés de plusieurs petites lentilles collées symétriquement sur la balle à l’aide d’un mastic spécial, sont montés sur un arbre tournant. Un bras commandé par un excentrique déplace transversalement un polissoir (garni de poix et de rouge d’Angleterre) sur la surface des lentilles à polir. L’ouvrier peut faire varier les vitesses de rotation de l’arbre et de l’excentrique au moyen des transmissions à plateaux de friction. De loin en loin, il démonte la partie supérieure de son outil pour vérifier l'état d’avancement du travail et ajouter du rouge à polir.
- Le polissage des prismes se fait de la même ma-
- Fig. 4. — La vérification des lunettes panoramiques viseuses d’artillerie.
- temps des opticiens en chambre, le taillage des lentilles s’opérait péniblement. L’ouvrier garnissait la balle ou bassin en cuivre d’un papier spécial sur lequel il répandait du tiipoli, et il montait l’outil ainsi préparé sur le tour vertical qu’il mettait en marche avec la main gauche, à l’aide d’une manivelle. Puis, avec sa main droite, il appuyait sur cette balle, le verre monté, seul à seul, sur une molette de liège, jusqu’à ce que fût atleint le poli voulu. L’homme se rendait compte de l'état d’avancement de son travail au moyen d'une loupe lui permettant de voir si toutes les aspérités de la surlace avaient disparu. Aujourd'hui, dans le tour allemand, la balle de cuivre se fixe sur l’arbre vertical tournant dans la cuvette de la machine et on la garnit de poix spécialement préparée. Au fur et à mesure que s’effectue le polissage, l’ouvrier met au pinceau du rouge à polir mélangé avec de l’eau. A 1 aide des pédales, il fait mouvoir le tour, tandis qu’il appuie, sur la balle en marche les verres assembles sur un bloc ou montés séparément sur une petite molette porlant un manche. Les lentilles
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- 298 LES RAMIFICATIONS MONDIALES DE L’INDUSTRIE CHIMIQUE ALLEMANDE
- acquièrent de la sorte un brillant très vif et, grâce à leur support qu’un habile praticien oriente à son gré, on réalise les courbures désirées. Au cours du polissage, l’ouvrier s’assure de l’exactitude du travail en comparant la pièce fabriquée à un étalon précédemment obtenu. Ce modèle en verre ordinaire, appliqué sur la surface travaillée, suivant le procédé indiqué par Fizeau, donne lieu à des anneaux colorés de Newton concentriques si la pièce réalisée est à courbure sphérique et, au contraire, lorsque les anneaux forment des figures quelconques, celle-ci présente quelques irrégularités de surface. Lorsque, la bonne courbure est atteinte, l’apparence est celle d’une teinte uniforme. Donc en s’adressant à ce phénomène physique, l’opticien sait de façon scientifique et rigoureuse, si le verre qu’il a fabriqué s’écarte ou non des données théoriques.
- Quant à la forme circulaire extérieure du verre simultanée du centrage, elle se donne soit au cours du dégrossissage, soit à la fin.
- En regard du tour se trouve une lampe, bougie, ou toute autre lumière artificielle. Pendant la rotation de la machine, les deux surfaces du verre fournissent deux images vacillantes du point lumineux
- LES RAMIFICATIONS MONDIALES DE
- L’industrie chimique allemande, inexistante il y a quelque 50 ou 60 ans, avait atteint avant la guerre un développement extraordinaire. La production annuelle, qui en 1897 représentait 247 900 000 marks, passait en 1916 à 1 250 000 000 et en 1915 à 2000000000 de marks. L’industrie chimique occupait ainsi la troisième place, après les matières textiles et les produits métallurgiques. Quant aux exportations elles étaient passées de 280 000 000 de marks en 1880, à 552000000 en 1900 et 752000000 en 1911. Rien ne faisait supposer que celte progression étonnante dût se ralentir, surtout si l’on tient compte du fait que les Allemands avaient à l’étranger un grand nombre de succursales et d’usines qu’ils avaient achetées et exploitaient sous les titres les plus divers.
- Nous donnons, d’après Engineering, quelques renseignements sur ces ramifications qui peu à peu s’étendaient sur le monde entier, étouffant les maisons rivales nationales. En France, en particulier, dont l’importation des produits chimiques allemands était cependant passée de 215 000Ô00 francs en 1900 à plus de 600000000 en 1912, le nombre des firmes allemandes allait sans cesse en croissant.
- La Société des anciens établissements YVeiler-ter-Meer à Tourcoing près Lille avait gardé le nom de la maison mère allemande, les Weiler-ler-Meer de Uerlingen (acides sulfurique et nitrique, colorants d’aniline), de même que les usines II. et E. Albert de Amôneburg près Biebrich (superphosphates, produits pour l’agriculture) avaient ouvert des
- jusqu’à ce que, par déplacements successifs, on ait réussi à centrer la lentille; alors les points demeurent fixes ; il ne reste plus qu’à accorder le pourtour du verre sur l’axe de rotation, ce qui se fait par usure à l’emeri.
- Ce travail achevé, on nettoie les verres avec soin, puis comme les types d’objectifs photographiques comportent l’association de plusieurs lentilles, on commence par coller avec du baume de Canada celles qui doivent former des systèmes compacts.
- En sortant de cet atelier, on groupe les lentilles suivant l’ordre voulu pour réaliser l’objectif désiré qu’on sertit dans une monture métallique, dont les diverses parties sont tournées et assemblées par les procédés ordinaires puis vernies intérieurement en mat ou brillant selon leur destination.
- Telles sont les seules particularités techniques que nous puissions rapporter pour l’instant sur les travaux d’optique que l’on effectue présentement en France. Quand le silence n’enveloppera plus tous ces travaux, nous espérons pouvoir revenir avec plus de détails sur certaines fabrications en cours, qui témoignent d’un grand et fructueux effort.
- Jacques Boyer.
- L’INDUSTRIE CHIMIQUE ALLEMANDE
- succursales sous le même nom à Homécourt, Ville-rupt, Neuves-Maisons, Pompey. Au contraire la Guisheim-Elektron de Frankfort-sur-le-Mein avait suivi une autre méthode. Cette Société, fondée en 1854 et dont le capital social atteint 14 000000 de marks s’occupait de la préparation des acides minéraux, de la soude, du bichromate de potasse, des matières colorantes. Elle avait des usines à Bilterfeld, Küppersteg près Cologne, Spandau, Offenbach, Giewitz, et en même temps possédait la majorité des actions de la Sociedad Electroqui-micas de Flix à Barcelone, et de la Société industrielle des produits chimiques de Lamotte-Breuil (Seine-et-Oise). Celte dernière usine fabriquait particulièrement les dérivés chlorés et les alcalis.
- La préparation des couleurs d’aniline était une des industries que la guerre ale plus éprouvées. La valeur de la production annuelle était passée de 50 000 000 de marks en 1874 à 150 000 000 en 1898 et à 224 510000 de marks pour la période de janvier à octobre 1912.
- L’une des plus importantes usines, la Badische Aniline und Soda Fabrick de Ludwigshafen fondée en 1865 à Mannheim, au capital actuel de 56 000000 de marks, occupait 55 directeurs, 412 ingénieurs et 8000 ouvriers. Elle livrait l’aniline, la résoreine, l’indigo synthétique, l’alizarine et toutes les matières colorantes dérivées. Elle possédait des usines à Bulirki, près de Moscou, à Chrislianssand en Norvège et à Neuville-sur-Saône, près de Lyon, en France.
- Une autre firme de même nature, à Ilochst près
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- Franckfort, avait en France une succursale à Creil, la Compagnie Parisienne des couleurs d’aniline, et possédait l’usine Coupier et Cie au Tremblay, près Creil, sans compter de nombreuses agences dans toutes les grandes villes. Son capital social était de 36 000 000 de marks.
- La maison Casella et Cij également à Frankfort, au capital de 20000 000 de marks, avait une succursale affiliée en France, la Manufacture lyonnaise des matières colorantes. La Compagnie pour la préparation des couleurs d’aniline de Treptow, fondée en 1873, au capital de 14 000 000, exploit ait une usine à Saint-Fons près de Lyon et d’autres usines à Moscou et Libau en Russie, Greppin et Bitterfeld en Allemagne.
- La maison Bayer et Cie de Elberfeld, fondée en 1864 et dont le capital atteint actuellement 56 000000 de marks, avait une filiale de même nom à Flers-au-Breux, près de Lille, qui s’était spécialisée dans la préparation des produits pharmaceutiques (phénacétine, sulphonal, véronal, iodolhyrine, théobromine, etc.). Le succès en France avait été considérable, grâce à une organisation commerciale de premier ordre qui avait fait croire au public à la supériorité écrasante des produits pharmaceutiques allemands beaucoup plus chers d’ailleurs. C’est ainsi que le véronal Merck coûtait, 240 francs le kg, et le produit français 80 fr. seulement; l’aspirine Bayer valait 50 francs le kg, tandis que l’aspirine, façon Bayer, revenait à 10 francs.
- Aussi les succursales des maisons allemandes étaient-elles très nombreuses; citons celles de Kalb et Cie de Biebrich, Knoll et Cie de Ludwigshafen, Lanoline-Fabrik de Berlin ; l’œuvre de la tuberculose humaine se servant de la dioradine de la Deutsche and Austrohungarische Dioradine Cy; les pilules suisses vendues en France venaient d’Allemagne, les dentistes se fournissaient chez Speier de Berlin, etc.
- Les deux plus importantes maisons allemandes de produits pharmaceutiques qui avec Bayer accaparaient le marché Français étaient Merck et C'e et Schering. Tous les deux sont d’anciennes pharmacies : l’une, la Compagnie Merck de Darmstadt dont la succursale française était à Morteau (Seine-et-Marne), l’autre de Berlin avec pour liliale la Société Ilelios, Société Anonyme Française de produits chimiques et photographiques.
- Dans la fabrication des huiles industrielles et de la vaseline, la Société Stern et Sonneborn de Hambourg, au capital de 5 000 000 de marks, avait une succursale en Italie, à Gênes; une en Angleterre, à Londres, et à Paris, la Société anonyme française S.tern et Sonneborn dont le capital de 650 000 francs était en majorité dans les mains de la maison mère de Hambourg.
- Dans l’industrie des colles, gélatines, la Compagnie Scheidemandel de Berlin est un exemple
- typique d’expansion mondiale ou plutôt d’invasion. Formée, il y a une vingtaine d’années par un petit industriel Bavarois, Scheidemandel, la Société avait en 1912 absorbé 17 usines concurrentes en Allemagne traitant les résidus animaux, particulièrement les os pour en extraire la gélatine, le suif servant à préparer la stéarine et les savons et les engrais phosphatés. Six mille wagons de déchets étaient ainsi transformés par an et le capital engagé atteignait 11000 000 de marks. En dehors de ses usines, la Compagnie Scheidemandel était intéressée dans un grand nombre d’autres entreprises et pratiquement trustait toute cette industrie spéciale non seulement en Allemagne, mais encore à l’étranger. C’est ainsi qu’en France, en deux ans, elle absorba cinq usines (Tancrède, Collette, Joudrain, Georget et Yerdier-Dufour) et en forma quatre sociétés : La Société des Établissements Joudrain, la Société française d’industrie chimique, la Société du Fondoir parisien et la Société des anciens établissements Verdier-Dufour.
- Ce groupe puissant d’entreprises déjà florissantes, sous l’impulsion énergique de la direction allemande, monopolisait avant la guerre pratiquement tous les déchets de Paris et de la banlieue, et tous les sous-produits des abattoirs. L’Union de la boucherie fut achetée un million et le traitement des os entrepris sur une vaste échelle, de sorte que toute cette industrie était entre les mains des Allemands.
- N’y avait-il donc pas moyen de faire autrement? et le rapide essor en France des industries chimiques boches était-il donc impossible à entraver? Non, mais il eût fallu vouloir et, avant la guerre, le plus déplorable état d’esprit régnait chez les dirigeants de la grande industrie chimique. Pour les uns, qui en fait traitaient certains produits, l’absence de concurrence et les dépenses à engager pour monter les méthodes modernes étaient les raisons de leur stagnation : les procédés de contact par l’acide sulfurique, les procédés de fixai ion atmosphérique de l’azote par exemple étaient ignorés de parti pris. Les autres trouvaient suffisants les bénéfices réalisés comme intermédiaires et représentants de maisons allemandes, bénéfices ne nécessitant ni dépense d’argent, ni recherches, ni personnel technique. La guerre a forcé d’entreprendre la fabrication de quelques-uns des produits pour lesquels nous étions tributaires de l’Allemagne, mais l’essor de notre industrie chimique n’est pas encore ce qu’il devrait être, loin de là, surtout lorsqu’on le compare à celui de la même industrie en Angleterre par exemple. Si par patriotisme et aussi par intérêt nous ne faisons pas l’effort nécessaire, il est à craindre que dans l’avenir nous n’occupions pas encore la place que nous aùons déjà laissé prendre et à laquelle cependant la valeur de nos savants et de nos ingénieurs uo»»s donne droit de prétendre. *1- Voi/rx.
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- Le service des réparations.
- Nulle question n'intéresse plus vivement à l’heure actuelle les industriels et les ingénieurs que celle relative à l’organisation rationnelle des usines. Les idées de Taylor qui sont depuis longtemps classiques en Amérique ont enfin traversé l’Océan et nous avons ici même et à plusieurs reprises entretenu nos lecteurs des principes de l’organisation du travail qui permet le maximum de rendement pour le minimum d’effort.
- Aussi avons-nous cru devoir publier les notes suivantes qui nous ont été adressées par un ingénieur d’un grand établissement de l’État dont la production toute particulière a été considérablement développée depuis le début de la guerre.
- 11 est relativement aisé d’effectuer des réparations dans une usine métallurgique, ou une usine de construction mécanique. Mais lorsque la fabrication s’écarte complètement de l’usinage métallurgique, tout en nécessitant un matériel considérable, il faut une organisation susceptible de ne pas entraver la fabrication, en lui réparant très promptement ses machines.
- Cette organisation aura pour principe qu’il ne doit pas y avoir besoin de réparations et que le premier souci d’un atelier de réparations, doit être d’étudier chacune de ses réparations pour en éviter Ile retour.
- Il faudra également que l’atelier de réparations •étudie la fabrication du point de vue mécanique pour servir de liaison entre les fabricants de machines et les services de fabrication de l’usine, car lui, voit chaque jour toutes les défectuosités d’une machine et peut noter une foule de renseignements qui seront utiles au moment d’une transformation ou d’une augmentation de matériel. Une étude judicieuse peut arriver à autoriser des augmentations de rendement intéressantes pour la fabrication.
- Ces deux principes servant de guides, si l’usine de fabrication comporte plusieurs hectares, parfois plusieurs dizaines ou centaines d’hectares, le personnel de réparation devra se diviser en :
- a) Personnel d’entretien sur place;
- b) Personnel d’atelier proprement dit.
- Le personnel d’entretien sur place comprend autant d’équipes que de sections de fabrication. Il doit être particulièrement réduit, mais se composera de mécaniciens présentant les qualités suivantes, qui sont nécessaires chacune :
- a) Ordre, application et propreté ;
- b) Intelligence;
- c) Sang-froid ;
- d) Connaissance approfondie de sa section de (fabrication ;
- e) Conscience.
- Il lui faut de l’ordre, de l’application et de la propreté pour visiter sans cesse ses machines, veiller à ce que les moindres organes soient à leur place et en bon état et surtout ne pas négliger une petite réparation. L’importance d'une réparation est puissance multiple de son ancienneté. Une réparation négligée peut briser une machine.
- L’intelligence est nécessaire, car une machine en fonction est un perpétuel sujet d’études, et la mauvaise interprétation d’un phénomène peut conduire le mécanicien à rendre négatif l’effet d’une réparation.
- Le sang-froid est indispensable pour le mécanicien de réparation sur place, cardés qu’un arrêt se produit, la fabrication est exigeante et parfois elle s’affole. Or les arrêts, si la cause est connue, exigent un- certain calme pour la réparation et si la cause n’est pas évidente, il faut que le sang-froid laisse au mécanicien toute la liberté de son intelligence.
- Sa connaissance approfondie de la section de fabrication doit comprendre les connaissances générales au sujet des machines qu’il conduit, les connaissances particulières au sujet de l’installation qu’il surveille, les détails de montage et l’emploi des machines. A cet égard, il y aurait lieu de confier au mécanicien un rôle d’instructeur du personnel de la fabrication.
- Quant à la conscience, le mot seul explique tout ce qu’on peut attendre d’un ouvrier qui en est doué.
- Le personnel d’entretien sur place est à la disposition du personnel de fabrication et son rôle est de supprimer tout arrêt de machine. Il est donc bon que son salaire comporte une prime inversement proportionnelle au nombre d’heures d’arrêts de machines.
- Le personnel d’atelier proprement dit n’a pas besoin au même degré des qualités énumérées précédemment. Il exécute les réparations de quelque importance et il renforce les équipes détachées.
- Ceci dit, l’organisation proprement dite de l’atelier de réparations comportera en dehors des services généraux d’un atelier (à savoir personnel et magasin de fournitures) des contrôles des réparations demandées, des réparations effectuées et du travail intérieur de l’atelier. En outre, il y aura lieu de prévoir le service des études et des rechanges.
- A) Contrôle des réparations. — 1° Réparations demandées. — 11 faut exiger de la fabrication qu’elle demande toute réparation par téléphone, si elle est urgente, mais qu’elle confirme toujours par une note, qui parvient toujours au chef des Réparations.
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- Gelui-ci la répartit dans la section de l’atelier intéressé, par exemple, ajustage, forge, chaudronnerie, zinguerie, bois, bourrellerie, peinture, maçons. La note est portée immédiatement au chef d’équipe qui l’exécute et, après l’avoir affectée d’un numéro d’ordre, la consigne sur un cahier, avec l’indication de la date de réception et de la date de terminaison. La note après exécution est renvoyée au chef des réparations, qui la fait classer au nom du Service qui l’a demandée.
- Chaque matin le chef des réparations contrôle le cahier et le bon fonctionnement de cet organisme. Il peut rappeler les travaux en retard avec facilité. Le seul point délicat est la transmission des notes : elle doit être immédiate. Pratiquement, j’atteins dans mon service 10 minutes à 2 heures entre l’arrivée de l’ordre à l’atelier et son arrivée aux ouvriers, qui l’exécutent de suite, s’il y a lieu. Il suffit de posséder des plantons consciencieux.
- 2° Réparations effectuées — Chaque équipe de réparation sur place note sur un cahier, qui parvient également au chef de réparations, les réparations qu’elle a effectuées et les demandes ou les observations qu’elle peut avoir à présenter. Le chef des réparations y répond sur-le-champ.
- Cette méthode supprime l’ancien rapport verbal qui à ce degré, présentait une perte de temps considérable sans offrir aucune trace écrite. Ces cahiers peuvent être disposés suivant les nécessités de fabrication, mais il faut bien éviter de faire tomber dans la paperasserie l’ouvrier qui note. A ce point de vue, le chef des réparations lui apprendra ce qu’est la précision et la concision.
- 5° Contrôle intérieur des réparations. — L’atelier est réparti en un certain nombre de divisions qui permettent de suivre l’usiuage de certaines réparations et le bon fonctionnement des machines et du personnel. Nous rentrons là, dans l’organisation d’un atelier de mécanique et nous n’avons pas à insister sur ce sujet.
- Les avantages de cette organisation sont les suivants :
- 1° Suppression absolue d’un oubli de réparations ;
- 2° Exécution rapide de chaque réparation, exécution dont la durée est rigoureusement dosée par le chef dés réparations ;
- 5° Suppression des transmissions verbales d’ordres, qui provoquent des pertes de temps, des explications complémentaires et de fausses indications ;
- 4° Contrôle exact des temps d’arrêts et des réparations effectuées ;
- 5° Contrôle analytique des réparations qui seront ultérieurement reportées au dossier de chaque machine, pour faciliter l’étude des modifications;
- 6° Répartition possible et exacte des frais de réparations entre les différentes sections de la fabrication.
- A l’appui de ces avantages, je puis citer l’exemple suivant :
- A 15 h. 50, un bâtiment contenant 8 machines vient à brûler, à 14 heures, l’incendie éteint, l’équipe des manœuvres déblayait. A 14 h. 50, simultanément, les maçons, les peintres, les vitriers,, les mécaniciens, les menuisiers, les bourreliers, les plombiers et les électriciens se mettaient au travail, à 18 heures, le bâtiment était prêt à remarcher. Or dans des circonstances identiques, un bâtiment réparé à l’ancienne méthode avait demandé une dizaine de jours.
- Je citerai un autre exemple : le taux d’immobilisation d’une catégorie de machine était de plus de 25 pour 100. Il est actuellement de 2 pour 100. Pour une autre série de machines, chaque jour on cassait deux ou trois exemplaires d’une pièce déterminée. Cette casse fut étudiée en affectant une fiche à chaque machine. Les conclusions modifièrent complètement l’opinion que l’on avait et permirent de prendre des mesures telles, que la casse n’est plus que deux ou trois pièces par semaine.
- B) Fonctionnement des études. — Le chef des réparations a une série de tiroirs classeurs, où sont rangés, méthodiquement, parle système décimal, tous les documents : plans, dessins, croquis, rapports, diagrammes, etc., relatifs aux différentes machines de la fabrication. La livraison d’un document est immédiate. Ces classeurs sont complétés par des fichiers, où chaque réparation qui se produit a une case : autant de machines, autant de fiches et autant de points intéressants pour l’étude de la suppression de la réparation, autant de colonnes sur la fiche. Automatiquement, au bout de quelque temps, les vraies causes des ruptures ou réparations se manifestent et par ce fait sont immédiatement supprimées.
- En plus, chaque fois qu’une pièce de machine se casse, elle fait l’objet d’un calcul de vérification et d’un essai au scléroscope, qui permet de contrôler rapidement la qualité des métaux employés et de déceler les causes de la rupture.
- Nous avons cité l’exemple de cette catégorie de machines où les réparations sont diminuées des 0/10 et où ce qui reste provient de l’usure des pièces, usure que nous espérons encore diminuer, en remplaçant progressivement les pièces, a mesure qu’elles sont hors d’usage, par de plus résistantes.
- Nous citerons dans une autre catégorie de machines utilisant l’eau sous pression, le remplacement d’un robinet par un distributeur. Dix ouvriers d’entretien ont été récupérés, il n’y a plus d’arrêt, la quantité d’eau consommée est moitié moindre.
- Egalement un distributeur de presse hydraulique présentait des à-coups très violents entraînant rupture. Après étude avec le constructeur, on constata l’existence d’une contre-pression de décharge, qui fut immédiatement supprimée par des déplacements d’orifices de vidange.
- C) Pièces de rechange. — Pour qu’une réparation soit immédiate, il faut qu’il existe une pièce
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- de rechange toute prête à prendre la place de celle qui vient de céder.
- Le magasin des rechanges sera donc divisé méthodiquement en autant de sections qu’il y a de sections de fabrication, et, dans chaque division, l’équipe correspondante de fabrication trouvera les pièces nécessaires à sa réparation.
- Le nombre de pièces nécessaires sera fixé par le chef des réparations et justement d’après les cahiers de réparations.
- De préférence, les pièces de rechange seront usinées à l’atelier, car le bureau d’études peut y apporter les modifications qu’il juge opportunes, tant au point de vue des formes que des natures et qualités de métaux.
- Telle est dans son ensemble l’organisation moderne des réparations dans une grosse usine de
- fabrication. Par ces temps de « taylorisation » il paraît bon de montrer que les ingénieurs français sont capables d’organiser aussi bien que leurs collègues étrangers, quand ils en ont la liberté.
- Conclusion. — Une telle organisation peut paraître très simple et des ingénieurs l’ont trouvée même enfantine. C’est souvent le propre de l’organisation. Mais la difficulté n’est pas de former un maillon compliqué, c’est de réunir beaucoup de maillons simples. Et je maintiens alors la contre-proposition : une fabrication qui n’adopte pas pour ses réparations une organisation très voisine de l’organisation ci-dessus, non seulement gaspille le personnel, mais perd son temps et surtout ne peut pas contribuer à l’amélioration de sa machinerie d’une manière rationnelle.
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- Séance du 8 octobre 1917.
- Parasitisme clés graines toxiques. —M. Galippe avait déjà fait connaître que les graines normales renferment généralement des parasites. 11 étend son observation aux graines toxiques ou riches en huiles essentielles.^
- Nouvelle méthode de destruction des moustiques. — MM. Edm. Sergent et Ét. Sergent rappellent que des gîtes d’étendue très restreinte suffisent à infester toute une région : par exemple l’excédent d’eau qui s’écoule des sources, des fontaines, des abreuvoirs et lavoirs, dans des canaux d’irrigation. Le remède est très simple; il consiste à remplacer le gîte continu par deux gîtes alternatifs, de manière à amener la destruction des larves par sa dessiccation. Les larves ont besoin de trois semaines pour se développer. En pratiquant deux canaux et changeant tous les huit jours le sens de l’écoulement par la manœuvre d’un barrage, on évite tout développement des moustiques.
- La digestibilité du pain. — Les conclusions de M. Gabriel Bertrand sur ce sujet ne sont pas tout à fait conformes à celles précédemment énoncées par M. Lapicque. C’est qu’il aborde le problème par une autre voie en discutant cette fois le coefficient de digestibilité et tenant compte du travail nécessaire à la diges^ lion d’aliments plus chargés de matières inertes. Le travail perdu par la mastication, le brassage et le transport intestinal de substances inertes en excès vient réduire notablement le bénéfice espéré en augmentant le taux du blutage, qui, suivant lui, ne devrait pas dépasser 80 pour 100. On peut ajouter que les Allemands, chez lesquels le taux est encore plus élevé, ont constaté le développement de maladies intestinales dues au gonflement de Tintes lin.
- Les effets de la vaccination antityphoïdique. — Les bienfaits de la vaccination antityphoïdique sont maintenant connus et admis de tous. Cependant, il n’était peut-être pas inutile d’en souligner les résultats admirables dans l’armée, où non seulement il n’y a pas eu, depuis la guerre, accroissement de la mortalité comme on l’aurait pu prévoir, mais où, au contraire, l’application de la méthode Vincent a réduit le nombre des décès au huitième de ce qu’il était en temps de paix.
- L'origine cutanée des streptocoques dans les plaies de guerre. — MM. Levaditi et Delbez montrent que la notion de (t porteurs de germes » doit être introduite dans le domaine des traumatismes de guerre. Le rôle de la peau dans la contamination des plaies est capital. Il existe des flores cutanées propres à certains groupes d’individus et dont la transmission est favorisée par la vie en commun. C’est ainsi que, depuis l’arrivée des contingents anglais, le nombre des plaies streptococ-ciques a considérablement augmenté. C’est que le pouvoir d’adaptation du streptocoque dans la blessure est considérable chez les Anglais. L’insuffisance de la défense antistreptococcique est, chez les Anglais, une question de race, qui se manifeste par la gravité de la scarlatine en Angleterre.
- Reptiles permotriasiques. — M. Boulenger montre que les batraciens sont étroitement enchaînés aux reptiles par l’ordre des stégocéphales et insiste sur l’importance des ossifications ventrales dans la classification.
- Conductibilité électrique du mica. — M. Edouard Branly fait remarquer que le mécanisme du fonctionnement des détecteurs en télégraphie sans fil est encore insuffisamment élucidé et que l’incertitude subsiste sur le choix des deux substances conductrices et de l’isolant qui les sépare. Dès 1891, après avoir fait connaître les conductibilités par rayonnement électrique à volonté intermittentes, utilisées dans cette application, il avait rejeté pour les expliquer l’idée d’une adhérence passagère de particules conductrices : idée qui a* pourtant prévalu et s’est vulgarisée avec les expressions de cohérer, et de décohérer. Il admettait, au contraire, une modification de l’isolant, sans disparition de l’espace qu’il occupe.
- Pour démontrer plus complètement la conductibilité des diélectriques en couches minces, il a opéré sur le mica, dont la résistance aux courants faibles paraissait insurmontable et il a montré qu’une feuille de mica de 5 millièmes de millimètre d’épaisseur, non percée, étant interposée entre deux disques métalliques plans, sa résistance électrique à un courant continu
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- peut être amenée, en un temps très court, à une valeur négligeable, alors que la force électro-motrice de la source initialement appliquée aux disques est inférieure à 4 millièmes de volt. On peut amener cette conductibilité à varier.
- 11 y a cependant lieu de remarquer que le mica, examiné en lumière polarisée, présente toujours quelques vides de 1/20 de millimètre, auxquels on peut attribuer une intervention.
- Les Roches de la Somma. — Le cratère delà Somma, qui enveloppe celui du Vésuve, a été l’objet d’études très nombreuses et l’on a généralement admis que ses laves leucitiques avaient la même composition que celles du Vésuve, beaucoup plus récentes. M. Lacroix, reprenant la question, montre qu’en résumé, la Somma et le Vésuve sont représentés par des types différents de leu-cittéphrites et que l’étude de la Somma serait entièrement à reprendre.
- AGRANDISSEMENTS DU PORT DE ROUEN
- La Nature publiera prochainement les projets d’agrandissement du port du Havre, aujourd’hui en cours de réalisation. Nos lecteurs verront qu’ils intéressent surtout le raccordement du port maritime à la Seine et la multiplication des quais de transbordements fluviaux.
- Le port de Rouen, depuis longtemps rival du Havre et plus que lui port de raccordement des péniches fluviales aux cargos de mer, ne veut pas perdre le bénéfice de sa situation géographique et le voici qui se transforme également en augmentant le nombre de ses quais et de ses bassins fluviaux.
- Tandis que les bassins du Havre s’allongent vers l’amont, le long du canal de Tancarville, ceux de Rouen se creusent en aval de la ville, s’insinuent entre les îles de la Seine, qui deviennent des quais et les rives dont on bouleverse les prairies.
- Le Bulletin de la Navigation et des Ports Maritimes, publié par le Sous-Secrétariat d’État des Transports, nous donne d’intéressants renseignements sur ces agrandissements.
- Le port de Rouen, né entre le pont Corneille et le pont Boïeldieu, dans la partie d’amont de la ville actuelle, s’allongea progressivement sur les deux rives de la Seine. A la veille de la guerre, ses quais maritimes étaient descendus jusqu’à l’embouchure de la rivière de Clères sur la rive droite, jusqu’à -l’île Élie sur la rive gauche. L’ile Rollet et l’ile Élie qui séparaient jadis la Seine en deux bras étaient déjà transformées en presqu’îles limitant le bassin aux bois et le bassin aux pétroles. Le bassin aux bois était déjà muni de quais sur sa rive gauche, on les prolongeait vers l’île Élie; sa rive droite et le bassin aux pétroles n’avaient encore que des appontements.
- Un disposait ainsi de 5435 m. de quais maritimes où les bateaux de mer pouvaient accoster. Cette longueur de quais était déjà manifestement insuffisante. Le trafic des marchandises avait augmenté de 1896 à 1905 de 111000 tonnes par an en moyenne; en 1908, il atteignait 4 millions de tonneaux et 4690000 en 1911. Réparti sur les 5 km de quais, ce tonnage correspondait à une utilisation moyenne de 800 tonnes par mètre courant. C’est dire que beaucoup de navires ne pouvaient trouver de place à quai dès leur arrivée et qu’ils devaient
- attendre souvent plusieurs jours. Dès 1910, on estimait qu’il aurail fallu 7200 mètres de quais et une loi avait déclaré d’utilité publique l’acquisition des prairies Saint-Gervais sur la rive droite pour agrandir le port. En 1913, un nouveau programme d’extension fut tracé d’accord entre l’Administration des Travaux publics et la Chambre de Commerce, prévoyant l’amélioration et l’approfondissement de la Seine maritime et la construction de 6 km de nouveaux quais.
- La guerre montra l’utilité de ces projets et la nécessité de les réaliser au plus vite. En effet, l’activité du port de Rouen, comme celle de tous les autres ports, ne tarda pas à dépasser toutes les prévisions. On sait quel en fut le résultat. Joint au manque des péniches et à l’insuffisance des voies ferrées, l'afflux des cargos produisit un embouteillage des plus malencontreux qui se prolongea jusqu’à cette année. Les essais de dégorgement au moyen de camions automobiles, de bateaux parisiens, etc., furent des palliatifs insuffisants. Et l’on reconnut que le seul remède efficace était l'extension des quais de déchargement et la multiplication des voies ferrées de raccordement.
- Le projet d’agrandissement du port de Rouen, dans son état actuel, comporte l’approfondissement de la Seine jusqu’à Rouen à la cote 4 m. 50 au-dessous du zéro des cartes qui donne un mouillage de 9 m. aux navires, la régularisation du chenal par la construction de digues et de quais, de nombreux dragages pour entretenir le chenal à la* profondeur voulue.
- Sur la rive droite, on a commencé le creusement des bassins des prairies Saint-Gervais. Ces bassins comprendront deux darses séparées par un terre-plein de 160 m. delarge. On obtiendra ainsi 4000 m. de nouveaux quais. Les bassins communiqueront directement avec la Seine, sans écluse. Un pont transbordeur, de 59 m. de haut, identique à celui existant déjà à Rouen assurera les communications entre les deux quais à l’entrée des bassins. La rivière de Clères viendra déboucher dans ces bassins. Une gare de triage est prévue au nord de la prairie Saint-Gervais qui se raccordera à la voie ferrée de Rouen au Havre. Malheureusement, tous les trains allant vers Paris devraient traverser la gare de Rouen de la rue Yerte, déjà trop étroite et encom-
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- brée ; on étudie actuellement un autre raccordement avec la gare de Sotteville sans traverser l’agglomération de Rouen. „ .
- En aval de ce bassin, des quais sont prévus jusqu’à Croisset sur une longueur de 1400 m. On pourra ultérieurement les prolonger jusqu’à la digue de Biessard et leur donner ainsi un développement de 6 kilomètres.
- Sur la rive gauche, des quais sont en construction entre le bassin aux bois et l’ile Elie.
- Le bassin aux pétroles, tout à fait insuffisant puisqu’il ne possède que 8 appontements pour desservir 15 usines et que les conditions de déchargement sont très particulières, chaque bateau devant raccorder sa tuyauterie à celle d'une pompe située dans l’usine, doit être amélioré. Notamment des quais continus doivent le border. Une forme de
- Tels sont les projets d’agrandissement du port de Rouen actuellement en voie d’exécution. 11 eût été précieux de les avoir étudiés plus tôt et d’en avoir réalisé au moins une partie avant la guerre. Nous y aurions trouvé un -gros bénéfice et évité beaucoup de difficultés et de soucis. Mais ce n’était pas alors l’habitude de prévoir! Rouen manqua toujours de quais, parce qu’on ne se décidait à en construire que lorsque l’encombrement devenait insupportable. Dans ce port où l’accroissement de tonnage était régulièrement de plus de 100 000 t. par an, aucun programme d’ensemble ne fut jamais tracé ; on se contentait d’ajouter 1 km de quais quand on ne pouvait plus faire autrement, et encore, la construction n’en était pas terminée qu’un autre devenait nécessaire.
- Le nouveau projet que nous venons de décrire
- — 11
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- Rouen llBll
- Plan du port de Rouen avec indications des agrandissements projetés.
- radoub est prévue sur sa rive sud ; elle aura 150 m. sur 22 et pourra être agrandie à 200 m. ; sa construction est de toute urgence puisque Rouen ne possède aucune cale pour la réparation des très nombreux navires qui y arrivent. Un quai de 260 m. situé dans le prolongement du bassin de radoub servira aux armements et aux réparations.
- Entre le bassin aux pétroles et un nouveau bassin projeté au village de Couronne, la rive gauche de lu Seine peut développer près de 5 km de nouveaux quais qui ont été prévus par une décision ministérielle de 1914. Ils aboutiront à un vaste bassin creusé dans les prairies actuelles, de plus d’un kilomètre de longueur, et terminé par deux petites darses. L’entrée de ce bassin aura 250 m. de large et ouvrira directement dans la Seine sans écluses. Ce bassin donnera 4 km de nouveaux quais. Une gare de marchandises aux nombreuses voies le reliera à la ligne de chemin de fer de Rouen à Orléans qu’elle rejoindra au Grand Quevillv.
- est plus vaste, plus complet et montre plus de prévoyance. Encore faut-il que les travaux en soient hâtés et surtout conduits avec méthode!
- L’histoire de Rouen est celle de tous nos ports : pendant les dernières années avant la guerre, les crédits affectés à leur amélioration étaient notoirement insuffisants ; leur outillage devenait de plus en plus médiocre et les bateaux s’en éloignaient, attirés par les ports étrangers mieux pourvus et organisés.
- Songeons à ce qu’il nous en a coûté, et à ce que nous pourrions encore y perdre. Ne craignons pas les vastes projets, à longue échéance; un programme de travaux pour un port doit prévoir les besoins d’un quart de siècle. L’argent que nous dépenserons à ces travaux ne sera pas perdu, bien au contraire; c’est le meilleur placement qu’on puisse faire, c’est une dépense nécessaire si nous voulons continuer à vivre quand la paix sera revenue. A. Breton.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahore, rue de Fleuras, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 2303.
- 17 NOVEMBRE 1917
- Les grands laboratoires nationaux [Suite f1)].
- L’INSTITUT CARNEGIE
- Les deux grands Laboratoires nationaux dont La Nature a parlé à ses lecteurs sont l’application de deux formules différentes de l’action officielle. Le National Physical Laboratory anglais est en effet essentiellement un établissement subventionné par le Gouvernement, tandis que le National Bureau of Standards est, dans toute la force du terme, un établissement d'Etat. Dans le premier, la subvention se présente comme l’accessoire des contributions rémunératrices; dans le second, ces contri-
- large et la plus libérale l’investigation, la recherche et la découverte, ainsi que l’application de la science au progrès de l’humanité ». C’est un domaine immense. Pour le mettre en valeur, il ne fallait pas lésiner sur la mise de fonds. Andrew Carnegie ne lésina point. Il fît dans la Caisse un premier versement de cinquante millions de francs, auxquels il en ajouta dix le 10 décembre 1907, puis de nouveau cinquante le 19 janvier 1911. Actuellement donc l’Institut Carnegie vit et
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- Fig. i. —Département du magnétisme terrestre : le
- butions ne sont qu’un accessoire de la subvention.
- Telle est du moins la différence fondamentale et constitutionnelle, la différence organique des deux institutions d’après leur charte. Avec l'Institut Carnegie nous abordons une autre forme d’activité intellectuelle au service de l’instruction générale, la forme libre et indépendante du concours de l’État, servie par de puissants moyens.
- Les Etats-Unis nous ont toujours un peu effrayés par leur audace. Nous avons trop oublié YAudentes fortuna juvat, lancé cependant par un pur Latin, le divin Horace, et que la grande République américaine semble avoir adopté pour devise. L’Institut Carnegie est une manifestation audacieuse. Le but d’Andrew Carnegie, le fameux milliardaire, qui la créa le 28 janvier 1902, est indiqué sur la couverture de la brochure qui en trace les grandes lignes. Il est d’ « encourager de la façon la plus
- Carnegie », vaisseau non magnétique.
- prospère avec les revenus à 5 pour 100 d’un capital de fondation de cent dix millions de francs (22000000 dollars) (2). Son titre officiel est The Carnegie Institution of Washington. Elle est administrée par un Conseil (Board of trustées) de 24 membres, auxquels il convient d’ajouter 5 membres de droit : le Président des Etats-Unis, le Président du Sénat, le Speaker de la Chambre des Représentants, le Secrétaire de la Smithsonian Institution et le Président de l’Académie nationale des Sciences de Washington. Le Comité se réunit chaque année en décembre pour examiner la marche de l’Institut, se rendre compte des progrès réalisés, se
- 1. La Nature, nos 2289 et 2298.
- 2. En réalité les placements de soldes en rentes constituent à l'Institut une dotation supplémentaire de 5 352 890 dollars, ce qui lui permet de dépenser effectivement plus que le revenu de son capital de fondation.
- 20 — 505.
- 4-5' Année. — 2° Semestre.
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- prononcer sur les. nouvelles initiatives et voter le budget de l’année suivante. Dans l’intervalle des réunions annuelles, un Comité exécutif est chargé de la direction et agit par l’intermédiaire du Président de l’Institut, actuellement M. Robert S. Woodward.
- L’Institut comprend quatre grandes divisions essentielles : la division administrative, celle des Publications, celle des Départements de recherches, et celle des Research Associates (Associés à la recherche). Les deux premières n’ont pas besoin de définition. A la troisième ressortissent onze dé-partemënts de recherches. La quatrième enfin s’occupe des travaux qui, tout en ayant une grande importance, n’exigent pas des installations puissamment équipées et peuvent se poursuivre isolément. C’est en quelque sorte la division des subventions.
- Le dernier Rapport de M. Robert S. Woodward va nous renseigner sur la marche générale financière de l’Institut et sur l’importance de la division des publications.
- Le total des affectations pour l’année se terminant au 51 octobre 1916 s’est élevé à 1 175 849 dollars. Sur cette somme 654736 dollars ont été consacrés aux Départements de recherches entretenus par l’Institut, 119 850 dollars aux Research Associates, 74 285 aux Publications, 50000 à
- l’Administration, 250 000 à la Réserve et 25 000 h l’Assurance.
- Le revenu du capital a été durant cet exercice de 1 100 375 dollars, somme à laquelle il faut ajouter 83 626 dollars d’intérêts de fonds en banque, 12 544 dollars (produit de la vente des publications) et 154 655 dollars de ristournes et divers. Ce qui donne une disponibilité pour l’exercice en question de 1 551200 dollars (six millions sept cent cinquante-six mille francs, en comptant seulement le dollar à 5 francs). C’est ce qu’on peut appeler un joli denier !
- Voici maintenant le résumé général des dépenses effectuées par l’Institut depuis sa fondation par Andrew Carnegie, c’est-à-dire de 1902 au 31 octobre 1916 :
- Placements en rentes . . Grandes subventions. . . Moindres subventions . .
- Publications..............
- Dépenses d’administration
- Total. .
- 5.552.890 dollars 6.491.965 —
- 1.491.004 —
- 581.155 —
- 646.160 —
- . 12.535.150 dollars.
- Le poste qualifié de Grandes subventions, comprend les allocations aux grands Départements de recherches de l’Institut.
- Ces départements sont les suivants. J’indique en
- Fig. 2. — Département de géophysique : une salle du laboratoire de thermométrie.
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- regard de chacun la somme qui lui a e'té allouée au cours du dernier exercice.
- Recherches botaniques ..........
- Embryologie.....................
- Evolution expérimentale, t . . . . Laboratoire de Géophysique ....
- Recherches historiques..........
- Biologie marine .........
- Astrométrie méridienne..........
- Laboratoire de nutrition..........
- Observatoire solaire (du mont Wilson).
- Magnétisme terrestre............
- Total. . . . Soit environ 5 225 000 francs.
- 58.480 dollars. 50.420 —
- 50.411 —
- 85.000 —
- 28.900 —
- 17.150 -
- 26.860 — 42.950 —
- 192.519 —
- 151.766 —
- 644.256 dollars.
- Ces 10 départements de recherches jouissent d’une autonomie à peu près absolue. C’est un système que M. Woodward caractérise dans les lignes suivantes : « pour donner à son département la plus grande puissance de rendement, le Directeur d’un département doit être encouragé à se considérer comme un autocrate dans ce département ». Ce système, conséquence naturelle de l’immense étendue du domaine de la recherche scientifique, exige simplement que dans chaque branche on ait recours à des compétences. L’Institut Carnegie met tout son soin à l’installation de compétences, de right men in the right places.
- On conçoit que l’importance de ces 10 départements, auxquels se limite l’activité de l’Institut,
- diffère beaucoup au point de vue de la dépense. Trois d’entre eux sont particulièrement exigeants : l’Observatoire solaire, le Magnétisme terrestre et la Géophysique. A dire vrai, ils ont entre eux pas mal de points de contact et nécessitent des moyens d’action et d’investigation beaucoup plus vastes et puissants que, par exemple, les recherches historiques ou biologiques.
- L’Observatoire solaire du Mont Wilson, près de Pasadena, Californie, peut être considéré en quelque sorte comme le joyau de la couronne de l’Institution. Il a coûté, jusqu’àfin 1916, 1178590 dollars — six millions de francs en chiffres ronds. — Si nous décomposons cette grosse somme en ses éléments nous trouvons un million de francs pour les bâtiments, le terrain, la construction de la route et de la ligne téléphonique, plus de deux millions pour les instruments et près de deux millions trois cent mille francs pour le fameux télescope à réflexion de 100 pouces, connu sous le nom de Hooker reflector, du nom de celui qui versa les premiers fonds (225000 francs) en vue de sa construction.
- Le département qui exige; la plus importante contribution financière après celui de l’Observatoire solaire est celui du Magnétisme terrestre. Le champ d’action de ce département embrasse la terre tout entière. Il possède un-observatoire, près du National Rock Creek Park. Dans son Laboratoire de
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- Washington, il centralise les résultats fournis par 3500 stations terrestres réparties dans 115 pays différents, en même temps que ceux recueillis au cours des croisières accomplies dans les divers océans par le Galilée, puis par le navire non magnétique Carnegie. Le Carnegie, qui fit son premier voyage en août 1909, avait déjà parcouru près de 200 000 miles au 1er janvier 1916, date à laquelle on considérait comme aux trois quarts exécuté le travail entrepris par le Département. C’est un élégant bateau de 47 m. 50 de long pourvu de toutes les installations nécessaires aux observations magnétiques et dont une de nos figures donne une idée (fig. 1). Le service de ce département est sous les ordres de son fondateur, le Dr Bauer.
- C’est M. Arthur Day qui est à la tête du Laboratoire
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- Les autres départements de l’Institut Carnegie constituent le domaine des sciences naturelles. Ce sont ceux des Recherches botaniques, dont le Laboratoire est à Tuscon (fig. 5), dans un site désertique d’Arizona, dirigé par M. Mac Dougall; celui d’Em-bryologie, aux destinées duquel préside M. Franklin P. Mail, de l'Université John Hopkins, de Baltimore; celui de la Nutrition, à la tête duquel est M. Francis G. Benedict et qui est installé à Boston, dans un bâtiment spécial de l’Institut ; celui enfin de Biologie Marine, dirigé par M. Alfred G. Mayer et dont l’installation principale est à Loggerhead Key, dans une des îles des Tortues (Golfe du Mexique, dépendance de la Floride).
- Le département des recherches historiques est en marge de ce groupe comme s’y trouvait celui
- Fig. 4. — Département de biologie marine : V « Anton Dohrn », yacht équipé pour les recherches.
- de Géophysique. Ce laboratoire est muni de toutes sortes d’appareils spéciaux destinés à l’étude physique, chimique et optique de la minéralogie (fig. 2). Il s’occupe spécialement des hautes températures et des hautes pressions nécessaires à la formation des roches et des minerais dans la croûte terrestre.
- Le département d’ « Astrométrie méridienne » complète ce que nous pourrions appeler le Groupe des recherches physiques de l’Institut. Il a essentiellement sous sa direction l’Observatoire temporaire de San Luis, en Argentine, dont le but est de déterminer avec précision les mesures de position des étoiles de l’hémisphère Sud, en vue de la constitution d’un catalogue complet de la sphère céleste au-dessus de la septième grandeur. Cette fondation est administrée par l’astronome Benjamin Boss, directeur dé l’Observatoire Dudlay, d’Albany, qui en 1912 succéda à Lewis Boss, le promoteur de cette création.
- d’Économie et de Sociologie supprimé récemment.
- Chacun de ces départements manifeste son activité dans toutes les branches ressortissant à son domaine.
- Le Laboratoire de Biologie marine par exemple a dans son rayon la physiologie, l’embryologie et les études qui nécessitent des expérimentations sur les animaux vivants, l’océanographie, la géologie marine, l’étude des récifs coralliens, etc. Installé dans une région calme où l’eau est remarquablement claire . et transparente, il possède une véritable petite flottille dont le principal bateau est le yacht à. deux hélices, de 100 chevaux, Y Anton Dhorn (fig. 4), autour duquel gravitent le Sea Horse, la Velleda, YHenderson, et depuis peu le Darwin, navire original, à fond de glace, permettant d’observer chez eux, et sans paraître indiscret, les poissons des récifs coralliens! Ce département, au cours de ses expéditions, établit, quand
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- besoin est, des laboratoires annexes temporaires.
- Le Laboratoire de Nutrition est un des plus populaires dans le monde savant. On y étudie toutes les questions qui se rattachent au métabolisme. On y trouve tous les types de calorimètres employés à l’étude des échanges respiratoires, des chambres de respiration pour l’étude des cas pathologiques chez les enfants, les petits et les grands.animaux, les individus isolés et en groupes; on y photographie et on y enregistre les phénomènes respiratoires, le travail musculaire, l’action physiologique de la chaleur, etc. La psychologie physiologique, si fort en honneur depuis quelques années, trouve là de
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- dernier rapport de M. Woodward nous donne un intéressant résumé de sa prodigieuse activité. Au cours de l’exercice 1916, il n’a pas été publié moins de 35 volumes représentant 9478 pages in-octavo et 2450 pages in-quarto. Le nombre des volumes édités depuis la fondation de l’Institut s’élève à 555, représentant un total de 91 410 pages, dont 64 591 in-octavo et 27019 in-quarto.
- A la fin du dernier exercice, dont nous nous occupons, il existait en magasin 131209 volumes de ces diverses publications, représentant une valeur réelle de 250 290 dollars, près de 1 500 000 francs. Depuis l’origine, 159 908 volumes ont été distri-
- Fig. 5. — Département d’évolution expérimentale : les logements des pigeons pour l’étude des questions d’hérédité.
- vastes ressources. Inutile de dire que les méfaits de l’alcool rencontrent dans ce Laboratoire d’impitoyables accusateurs.
- A côté de la Nutrition, le département de l’Évolution expérimentale n’a pas besoin de définition. Placé sous la direction du professeur Charles B. Davenport, il a son siège dans une petite île du détroit de Long Island, près New-York. Ici encore, le domaine est illimité, puisqu’il embrasse non seulement les animaux, mais aussi les végétaux, et que la variété des conditions de développement est infinie.
- On s’imagine facilement que les diverses catégories de recherches auxquelles se consacrent les Laboratoires de l’Institut Carnegie doivent donner lieu à de nombreuses publications. Et de fait le département des Imprimés est fort occupé. Le
- bués. Beaucoup ont été donnés à de grandes Bibliothèques ou aux auteurs, lien a été vendu pour 600 000 francs environ.
- Les ventes de volumes se font aux prix du catalogue analytique publié par l’Institut. On ne pratique pas le système des échanges qui, on le comprend, coûterait très cher. Mais les grandes Bibliothèques du monde reçoivent toutes les publications. 11 y en a actuellement 320 inscrites sur les registres de l’Institut. On estime avec assez de raison qu’avec cette répartition il y a de quoi donner satisfaction à l’immense majorité de ceux qui ont besoin de consulter les ouvrages édités par les soins de la Division des publications. Ajoutons que les prix marqués au catalogue sont seulement des prix destinés à couvrir les frais de publication, l’Insli-
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- tut ne faisant pas un commerce de librairie.
- Bien que le cadre de cet article ne nous ait pas permis d’entrer dans le détail des travaux des sections, ce que nous avons dit suffit, croyons-nous, à.caractériser d’une manière tout à fait nette les principes fondamentaux qui servent de règle à l’Institut Carnegie.
- Tandis que le Bureau of Standards partage son activité entre les recherches (research) et les essais (routine), l’Institut Carnegie est simplement un Institut de recherches scientifiques. Son programme, fort vaste, se trouve forcément limité par l’importance même de sa dotation. C’est pourquoi elle se renferme dans un certain nombre de domaines qu’elle s’attache à cultiver de plus en plus à fond.
- La distribution des laboratoires qu’elle entretient nous montre aussi l'Institut pratiquant essentiellement ce système de centralisation décentralisatrice que je signalais en parlant du Bureau of standards, et qui n’a rien de commun avec les centralisations tyranniques dont nous sommes plutôt victimes chez nous. L’autonomie des Laboratoires et des Départements dans leurs sphères respectives est une conséquence naturelle de ce système essentiellement logique.
- Le fonctionnement de la division des « Associés aux recherches » (Research Associates) est par son importance une manifestation spéciale de cette formule d’action. En tête des savants subventionnés par l’Institut, figure le nom de l’astronome hollandais bien connu Kapteyn.
- Pour se rendre exactement compte de la situation de l’Institut et de ce qu’il peut faire, il faut lire les très substantiels rapports de M. Woodward. Ils sont précis et pleins de faits. Le dernier nous montre l’Institut arrivé aujourd’hui à la limite du développement compatible avec ses ressources financières qui, après tout, ne sont pas inépuisables. Celui de 1915 nous donne une définition positive des principes de l’Institut, qui complète heureusement la définition négative autrefois donnée par le dernier président Gilmann.
- Gilmann avait dit en substance : « L’Institut Carnegie n’est ni un collège, ni une Université, ni un musée, ni une bibliothèque, ni un bureau de l’intelligence ». M. Woodward affirme, au nom d’une expérience de quinze ans : « L’Institut est
- un établissement pour la mise en train et la conduite de recherches originales dont les résultats seront communiqués librement au monde entier sans aucune restriction de brevets ni de privilèges. Ces recherches peuvent se rapporter à tous les sujets qui comportent une méLhode scientifique, c’est-à-dire partent de l’expérience et de l’observation et passent par le stage de comparaison, de mesure et de calcul pour arriver à la constitution de la théorie ». Cette définition élimine ipso facto la distinction entre les diverses catégories de sciences. Elle emporte cette conséquence qu’il ne suffit pas de promouvoir la recherche, de la mettre en train par un subside, mais qu’il convient de la soutenir efficacement jusqu’au bout. Autrement on s’expose à dévoyer les bénéficiaires des subventions et à leur faire considérer la recherche comme un simjde moyen de trouver la voie qui conduit aux plus hauts degrés académiques.
- Je cite ici textuellement les expressions de M. Woodward. Elles fout comprendre que le président de la Carnegie Institution soit désireux de voir ailleurs s’établir des institutions animées du même esprit pratique.
- Cet esprit pratique, qui ne fixe pas de délai ferme et téméraire aux résultats de la recherche, qui reconnaît l’utilité de cette recherche aussi bien quand elle déracine une erreur que quand elle arrive à poser un principe, cet esprit pratique — j’allais dire cet esprit américain — pénètre et imprègne l’Institut. Et c’est par une citation qui me semble tout à fait topique que je voudrais terminer cette notice sur l’établissement scientifique privé le mieux « renté » qui existe au monde. Dans le domaine de la science, les éclairs sont assez fréquents, malheureusement la plupart du temps ce ne sont que des feux follets — ignés fatui. Le progrès général ne procède point par bonds — per saltum — il est plutôt la somme d'accroissements de connaissances dont chacun est souvent infini-ment petit par rapport au lésidtat total possible.
- Ce sont là des paroles que nos réorganisateurs nationaux feront bien de méditer soigneusement. Si nous devons avoir quelque jour un Institut Carnegie, ce doit être pour tracer de longs et larges sillons, et non pour entretenir des feux follets.
- Léopold Reveuchox.
- UNE DEMI-ANNÉE DE GUERRE SOUS-MARINE
- La guerre de piraterie et la question des transports.
- Après six mois de piraterie à outrance le moment semble venu de tirer, grâce aux chiffres, quelques conclusions d’ensemble.
- En proclamant en fin janvier 1917 l’intention de poursuivre sans ménagement la guerre sous-marine dans certaines zones, les empires centraux pensaient pouvoir réaliser à nos dépens un contre-blocus aussi efficace que celui qui, depuis trois ans, affame
- l’Allemagne. On fixait avec précision une date rapprochée, et on laissait le peuple allemand conclure qu’elle serait vraisemblablement celle de la fin des hostilités.
- Le but avoué était donc : de bloquer économiquement d’abord, puis ensuite militairement, les alliés d’Occident en détruisant leurs flottes de commerce et d’essayer d’obtenir ainsi la décision que
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- les armées des empires centraux ne pouvaient espérer réaliser après les batailles de 1914 et de 1915. Enfin on entretenait en même temps le moral du peuple allemand souffrant cruellement du manque d’aliments.
- Pour réussir complètement, l’Allemagne devait donc : 1° Détruire en quelques semaines au moins, quelques mois au plus, nos flottes marchandes; 2° construire une flotte sous-marine suffisante pour maintenir pendant quelques mois un barrage absolu des océans.
- Dès le mois de juin on pouvait dire que ce plan avait échoué ; les deux premières échéances fixées pour l’anéantissement de nos flottes marchandes
- étaient passées et l’Amérique participait à la guerre avec une vigueur bien au-dessus de nos prévisions les plus optimistes.
- Modifiant alors son plan, l’Allemagne fit de la guerre sous-marine une menace à longue échéance ; c’est sous cette forme que se présente actuellement le problème que nous allons envisager maintenant.
- Etude de révolution de la guerre. — La guerre sous-marine a évolué d’une façon progressive et presque continue, au cours des trois années de guerre; la courbe représentant les pertes numériques (fig. 2), est particulièrement éloquente et montre bien que les deux mémorandums de février 1915 et février 1917 sont plus des manifestations théâtrales destinées à frapper les esprits du côté des alliés comme des populations de l’empire, que l’exposé du plan des nouvelles
- méLhodes de guerre. Ces mémorandums ont suivi l’action des sous-marins et ne Font pas précédée. La guerre à outrance a son réel début en octobre 1916 et non en février 1917.
- 8a période de croissance uniforme n’a été enrayée qu’en avril 1917 par suite des mesures prises chez nous qui depuis ont fait s’abaisser le taux des pertes d’une façon régulière et constante. Le dernier mois relevé dans nos tracés, celui de septembre, marque; il est vrai, un minime accroissement du nombre de navires coulés par rapport au mois d’aoùtj1); il fallait s’y attendre : les Allemands annonçaient, en effet, pour cette date une recrudescence de l’action maritime qui jusqu’ici ne s’est
- manifestée que par une stabilisation de la courbe.
- L’examen de la. courbe hebdomadaire, établie depuis février 1917, révèle une oscillation périodique (surtout en ce qui concerne les navires de charge). La durée de la période semble être de deux mois environ, c’est une constatation intéressante, mais moins que d’autres qui montrent (*) :
- 1° La décroissance des pertes, globalement et par catégories de navires (3).
- 1. D’après les estimations et les chiffres fournis les pertes en tonnes pendant le mois de septembre ont au contraire diminué.
- 2. Faut-il voir dans cette constatation une indication sur le mode d’action des sous-marins; on sait, en effet, que les grands modèles de ces bâtiments tiennent la mer deux mois environ.
- 5. Celte décroissance n’est pas liée à une moindre circulation maritime : celle-ci a, on effet, de février à septembre augmenté d’environ 1/5 -de son cbilfre total.
- Courbe des pertes tota/es.
- » navires de charge infructueuses toià/es.
- acjrues
- 34 34,
- 3 W
- 8 15 22 29
- 6 13 20 27
- 3 10 9; 24
- 8 15 22 29
- 5 12 19 26
- 9 16 23 30
- Mars 1917
- Juillet
- Septembre
- Fig. /. — Courbe des pertes numériques hebdomadaires des alliés depuis le début de la guerre
- sous-marine à outrance.
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- 2° La décroissance des pertes d’autant plus accentuée qu’il s’agit d’une catégorie de navires de moindre tonnage.
- Ces deux conclusions tirées des faits montrent bien que les sous-marins éprouvent les plus grandes difficultés à agir; que ces difficultés augmentent au voisinage des côtes et qu’ils doivent se réserver pour attaquer non plus au canon, mais à la torpille les navires transocéaniques ou de plus de 1600 tonnes qui constituent des cibles de choix.
- D’ailleurs la courbe traduisant l’évolution des attaques montre bien que si celles-ci varient avec le .taux des pertes, les deux courbes pertes et attaques infruc-tueuses tendent à se rejoindre (*) établissant ainsi l’efficacité des moyens mis en œuvre (fig. 1).
- Ces constatations laissent donc une impression particulièrement favorable; il ne faut cependant pas nous y complaire, mais envisager le problème dans son entier; plus que jamais, en effet, la totalisation des pertes menace gravement la question du tonnage mondial.
- I mportance des pertes par rapport au tonnage. — Au point de vue du nombre, la totalisation des navires alliés détruits par faits de guerre donne depuis le début des hostilités à fin septembre 1917, environ 2850 unités; et les neuf mois de 1917 entrent à eux seuls, pour plus de 1500 bâtiments, soit le double environ des 12 mois de 1916 et plus que les deux ans et demi précédents. Plus de la moitié de ces pertes répondent à des navires transocéaniques ou de plus de 1600 tonnes et dans cette catégorie les 5/6 sont des pertes anglaises.
- . r „„ . attaque
- 1. Le coeilicient ---- augmente
- pertes
- Au point du vue du tonnage ; les listes « veritas » nous donnent jusqu’en novembre 1916 des éléments d’appréciation ; depuis, les indications données publiquement par de hautes personnalités, indications reproduites dans les quotidiens des pays alliés, nous permettent de rétablir la continuité de la courbe avec une approximation suffisante. On ne peut en toute sincérité faire état des chiffres fournis par l’amirauté allemande ou son agence Wolff; ces
- chiffres sont en effet majorés dans une proportion variant d’un mois à l’autre du 1/4 à la 1/2. Au cours de la réunion du 25 juillet 1917, les amiraux alliés ont fait à ce sujet une déclaration solennelle. Une série défaits, rapportés dans le Journal de Genève et que faute de place nous ne pouvons exposer ici, montrent comment et combien nos ennemis dénaturent systématiquement la vérité pour enfler le résultat de leurs destructions.
- Si nous totalisons le nombre de tonnes détruites par faits de guerre on arrive en fin septembre 1917 au chiffre de 6 000 000 de tonnes brutes. Les marines alliées ne sont, il est vrai, pas seules à supporter cette lourde charge de trois ans de guerre, qui représente 1/7 environ du tonnage marchand (alliés et neutres) en août 1914, et 1/3 du même tonnage, à la même date pour l’Angleterre seule.
- Les destructions par faits de guerre ne sont d’ailleurs pas les seules à enregistrer : accidents, retrait de service par usure contribuent aussi à réduire la circulation maritime mondiale. En 1915, le taux de ces perles a varié de 50 à 90 000 tonneaux par mois avec une quantité totale de 684 000 tonneaux dont 375 000 pour les alliées, et une moyenne mensuelle de 57 000 tonneaux. Les mesures prises depuis
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- Fig. 2. — Courbe des pertes numériques mensuelles des alliés par faits de guerre.
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- ont abaissé le taux de ces pertes. C’est malgré tout un déchet global de 1500 000 tonneaux qu’il faut ajouter aux pertes par faits de guerre, ce qui porte en fin septembre 1917 le total des pertes alliées et neutres à près de 9 000000 de tonnes.
- Donc pour maintenir l’effectif des flottes de commerce au taux d’avant-guerre, il aurait fallu depuis trois ans construire environ 1/4 de leur chiffre total. La conséquence la plus immédiate de ces torpillages a été l’augmentation des taux de fret, mais comme il y avait avant la guerre une très large marge entre les besoins et les disponibilités, la gêne causée est loin d’être proportionnelle à l’importance des perles.
- Notons cependant que la moitié environ du tonnage marchand des alliés est consacrée exclusivement à des transports miliiaires.
- Si. d’ailleurs, nous faisons à l’heure actuelle le total du tonnage des alliés, nous voyons qu’il a peu diminué depuis août 1916 ; cela tient au fait que nombre de nations maritimes se sont jointes à nous et que des nations qui étaient restées jusqu’à présent en dehors des champs d'actions immédiats des opérations participent d’une façon plus étroite à l’action commune.
- Les besoins ont certes beaucoup augmenté, mais pas proportionnellement à l’apport ; si bien que la situation est dans l’ensemble meilleure qu’elle ne paraît au premier abord; les mesures de restriction apportées aux échanges maritimes ont suffi en partie jusqu’ici à rétablir l’équilibre.
- Voici pour l’heure présente : cependant comme l’antidote du poison sous-marin n’est pas encore trouvé (4) la nécessité de construire s’impose, c’est la seule mesure logique de lutte contre le pirate et la seule à même de nous donner la certitude de conserver la maîtrise des mers.
- Les constructions maritimes. — Mieux vaut tard que jamais; le proverbe s’est à nouveau trouvé vérifié et si les pays alliés ont tardé à construire, ils font maintenant en sorte de rattraper le temps perdu. Fort heureusement l’Amérique, comprenant précocement l’importance du problème du tonnage pour l'après-guerre, a construit de nombreuses unités; en trois ans sa flotte a ainsi presque doublé la valeur de son tonnage qui est passé de 3 500 0001.
- 1. Beaucoup a été fait; les déclarations rassurantes laites officiellement sont tout particulièrement à retenir.
- en août 1914 après de 7000000 en 1917 j1). La participation des États-Unis à la guerre, loin de ralentir les constructions, a contribué au contraire à les accélérer au delà de toute espérance. Le problème du tonnage transatlantique est en effet un de ceux que le gouvernement des États-Unis considère à juste titre comme capital au point de vue de Dévolution de la guerre.
- Pour compenser les effets passés et les effets possibles de la guerre sous-marine, l’Amérique a compris qu’il fallait agir et agir vite ; deux séries de constructions maritimes ont donc été entreprises ; les unes, en bois, rapidement achevées, sont des constructions temporaires destinées à faire immédiatement masse dans le tonnage mondial ; les autres, de plus longue haleine, en acier, sont les constructions sur lesquelles on compte. Somme toute, les constructions en bois doivent permettre d’attendre les constructions en acier. C’est dans le choix et l’exclusivisme de ces constructions qu’est l’origine du conflit Goethals-Den-man heureusement et rapidement solutionné depuis. En août, un bloc de 500 navires en bois était en chantier ; depuis, plus de 100 unités de cette catégorie ont été entreprises.
- Les navires en acier sont moins nombreux certes, mais leur total dépasse cependant une centaine de bâtiments en chantiers. L’ensemble représente un tonnage supérieur à 2 000000 de tonneaux et qui commencera à devenir disponible vers la fin de l’année. En attendant, pour répondre aux nouveaux besoins, l’Amérique se servira, d’une part, de 108 navires allemands jaugeant 660 000 tonnes qui ont été saisis dans les ports, et, d’autre part, au fur et à mesure de leur achèvement, des 300 grands cargos de 5400 t. en construction dans 20 chantiers privés et réquisitionnés par le gouvernement. C’est un appoint supplémentaire qui portera la flotte marchande américaine, en fin 1917, à environ
- 1 Les chiffres fournis par Veritas montrent en effet l’accroissement rapide de la flotte marchande américaine. Août 1914 : 1157 vapeurs, 5114 voiliers = 5 500 000 tonneaux. Accroissement 1914-1915 : 1114 unités = 1 500 000 tonneaux; accroissement 1910-août 1917 : 1500 unités = 2 000 000 tonneaux. Ces chiffres sont pour 1917, inférieurs à la réalité et ne comprennent ni les navires allemands saisis ni les réejuisilions.
- Milliers
- détonnes
- 2100
- 2000
- 1900
- 1700
- 1400
- 1300
- 1200
- 14 00.
- 1916
- Fig. 3. — Courbe trimestrielle des perles en tonnage (alliés et neutres).
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- LES TROMPETTES DE JÉRICHO
- 8 000000 de tonnes (1). Si ce tonnage ne suffit pas, le gouvernement américain ira jusqu’à réquisitionner les navires neutres.
- Le programme que nous venons d’exposer est celui de 1917; en 1918, la production maritime augmentera encore. Des dispositions sont prises pour la construction en 1918 de 3000 navires de 5000 tonnes chaque, soit 9 000 000 de tonnes en tout. La moitié serait-elle seulement réalisée en 1918 que l’appoint serait déjà formidable (2). On envisage aussi la mise en chantiers de constructions qui entreront en service au début de 1919. Le programme officiel de YEmergency fleet corporation comportait dès juillet dernier, l’établissement immédiat de deux énormes chantiers destinés à'la construction de 400 navires de 6000 tonneaux chaque, soit 2 400000 tonneaux. Ces navires devant être achevés en un délai de 18 à 24 mois. Au fur à mesure qu’entrent en service les nouvelles unités, d’autres sont mises en construction; les chantiers se multiplient. En 1919, le tonnage qui prendra la mer sera formidable.
- En Europe, on ne reste pas non plus inactif ; en 1915, l’Angleterre avait construit 688 000 t. et en 1916 seulement 538 000 t. ; en 1917, les constructions redeviennent importantes. Le premier semestre a donné 484000 t., le second sera bien meilleur : on compte au moins sur 1 420 000 t., et toutes les dispositions sont prises pour qu’en 1918 les 2 millions de t. de 1917 soient doublées, soit 4 000 000 de tonnes. En France, en Italie, on construit ^ussi; chez nous notamment, le gouvernement a pris des mesures pour que l’an prochain, en 1918, la production de tonnage aussi bien dans la métropole que dans nos colonies soit triple des chiffres moyens du temps de paix. En attendant, l’institution d’un organisme de contrôle actif analogue au « shipping controller » anglais, assure depuis le 1er août l’utilisation rationnelle et suffisante de notre tonnage disponible. Le Japon lui aussi contribue à relever le tonnage ; il construit sans relâche, et son appoint depuis est loin d’être négligeable. Il ne faut pas méconnaître non plus, dans l’estimation des récupé-
- rations, l’importance des 2 000000 de t. ennemies mises en service pour notre compte, soit à la suite de capture, soit après saisies : au Portugal, aux Etats-Unis, au Siam, au Brésil, en Chine, etc.
- 11 ne s’agit pas seulement de construire, il faut encore bien construire; car il est'de toute première importance de ne lancer que des navires capables de traverser les mers, autrement dit de ne mettre à (Inique des bâtiments de 1600 t. bruts et plus, dotés d’une vitesse suffisante. L’immense majorité des navires construits ou en construction est actuellement supérieure à 2000 t. ; en janvier 1917 il y avait en chantier aux Etats-Unis 294 cargos d’un tonnage moyen de 5500 t. Les types choisis en Angleterre comprennent 6 variétés échelonnées entre 2000 et 80001. On a donc bien compris partout l’importance du problème et sa meilleure solution, la construction.
- On peut donc conclure en tout état de cause que sauf extraordinaire les conséquences de l’état de déséquilibre produit par la guerre sous-marine à outrance, de la fin de 1916 et du début de 1917, seront dès l’an prochain neutralisées et que notre tonnage détruit sera à ce moment compensé et au delà; les véritables victimes de la piraterie allemande seront les neutres qui n’ayant presque plus de marine seront à la merci des nations riches en navires, non seulement pour la durée de la guerre, mais encore pour une longue période d’après-guerre.
- Ces pertes par action sous-marine diminueront-elles encore? c’est difficile à dire. L’amiral Sims et de nombreux autres spécialistes le laissent entendre fort clairement. II semble que depuis quelques semaines il y ait tendance à une stabilisation de pertes. En tout cas il serait ridicule de tabler dès maintenant sur des pertes globales inférieures à 500000 t. par mois. Les efforts et les précautions arrivent à faire baisser le taux des pertes au-dessous de ce chiffre, ce sera une constatation agréable, mais nous devons savoir que, même au taux de 200 000 t. par mois, nous sommes dès la fin de cette année en mesure de maintenir la maîtrise de la mer et d’augmenter encore nos Hottes de commerce-. A. G
- LES TROMPETTES DE JÉRICHO
- Une lige de cristal en vibrant longitudinalement se brise d’elle-même en petits fragments quand le son est trop aigu, c’est-à-dire quand le nombre de vibrations par seconde est trop élevé; les métaux les plus tenaces, comme le fer et l’acier, ne résistent pas mieux que le fragile cristal à l’action répétée d’efforts extrêmement faibles.
- 1. Une notable partie de ees navires réquisitionnés étaient en construction pour les alliés; leur appoint, s’il augmente la Hotte américaine, ne modifie pas notablement l’ensemble du tonnage des alliés.
- 2. On peut dire au début d’octobre '1917, que des à présent l’Amérique, a. depuis le début de la guerre, fait le nécessaire pour s’assurer la certitude de 12 millions de t. à
- Sur ces faits scientifiquement établis, les cerveaux en mal d’armes nouvelles, aux effets foudroyants, pourraient chercher à retrouver le secret de Josué, abattant les murailles avec des trompettes, plus facilement que ne l’ont fait les barbares à Verdun avec leurs 420; ils perdront toute illusion, en lisant la savante dissertation du
- échéances certaines ; pour le reste du tonnage‘prévu, on en est encore aux probabilités, mais les résultats dés maintenant acquis sont un sûr garant des résultats d’avenir. Le Shipping board, dans un communiqué officiel, annonce qu’avant la fin de 1918, la flotte marchande américaine disposera dé plus de 1600 navires transocéaniques représentant un tonnage supérieur à 9200 000 tonneaux.
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- Père Athanase Kirelier dans son Irai Lé, Musurgia universal is, livre IX, sur la chute des murs de Jéricho. Malgré l’opinion des Anciens, du rabbin Rallbay, des Pères de l’Église, S. S. Augustin, Jérôme et Ambroise et, malgré l’avis d’un moderne, le Père Mersennc, qui, tous, admettaient l’action physique des trompettes dans l’ébranlement et la disjonction des murailles, le savant Père jésuite conclut nettement au miracle.
- Et cependant, le Père Mersenne, dans son Harmonie universelle, avait rappelé que chez les Pères Franciscains, à Paris, lorsqu’on touchait les orgues, la terre était tellement ébranlée sous les pieds, qu’on croyait la voir s’entr’ouvrir.
- Morhoff, après avoir rappelé des faits analogues, ajoute : a Je me souviens que quand je racontai à Willis, l’expérience du verre cassé par le son de la voix, il me dit que, dans la maison d’un musicien de son voisinage, le pavé s’était quelquefois défait, et il ne balançait pas à attribuer cet effet au choc réitéré produit par le son des instruments. »
- Les obus des canons les plus modestes font 'certainement beaucoup mieux; et s’il n’y a plus rien à espérer pour les inventeurs de ce côté, ils pourraient peut-être essayer de captiver nos ennemis par les charmes de la musique. Sans remonter jusqu’au divin Orphée, rappelons, avec le Père Kir-cher, ce qui se passa en l’an 460 de notre ère en Allemagne, dans la Basse Saxe. A cette époque, la ville de Ilamelen, sur le Weser, était infestée d’une quantité prodigieuse de rats et de souris qui causaient des dégâts considérables dans les champs. Malgré un rationnement extrême et l’utilisation de cartes diverses, les habitants mouraient de faim.
- Comme on cherchait à remédier à ce terrible
- fléau, un étranger, d’une taille gigantesque, offrit aux habitants ainsi assiégés, moyennant une certaine récompense, de les débarrasser de leurs terribles ennemis. Le marché fut conclu en toute hâte; le mage sortit alors de son sac une trompette'suivant les uns, un flageolet suivant les autres. De son instrument, quel qu’il fût, il tira des sons si captivants, qu’aussilôt de tous les coins des maisons, de toutes les gouttières des toits, une immense quantité de rats sortit et suivit le charmeur, qui traîtreusement les noya dans le Weser.
- Mais, au moment de toucher sa récompense le mage connut bientôt ce que valait un traité signé par des Allemands. 11 est à noter en passant que le Père Kircher est un savant teuton et que son témoignage e^t ici des plus précieux.
- Furieux, d’être ainsi joué, le mage jure de se venger. Les menaces sont sans effet. Il sort à nouveau son instrument et joue un air tout différent. Aussitôt tous les enfants de la ville depuis l’âge de quatre ans jusqu’à celui de douze ans, quittent leurs maisons pour suivre ce son merveilleux et entrent avec l’enchanteur dans une caverne de la montagne voisine. Ils disparurent pour toujours sans qu’on ait pu. savoir ce qu’ils étaient devenus.
- Si nos lecteurs doutent de la véracité du P. Kircher, qu’ils aillent dans la petite ville de Hameleri et ils verront un tableau dans l’une des églises rappelant ce fait etils pourront acheter des gâteaux sur lesquels se trouvent dessinés rats et enfants en souvenir du fléau.
- La mauvaise foi allemande n’a point changé, la pauvre Belgique et les Alliés ne le savent que trop ; mais leur Kultur a certainement atténué leur
- Fig. i. — Les trompettes du Dr Denis.
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- exquise sensibilité aux sons musicaux. Il est à croire que des essais dans cetle voie seraient encore bien infructueux. •
- Clairons et trompettes ne doivent plus résonner aux cantonnements près de l’ennemi. Toute note musicale semblerait bannie de cetle zone de feu ou de mort où crépitent fusils et mitrailleuses et où tonnent canons et mortiers, si, par une heureuse inspiration l’un de nos grands savants n’avait, lors de la reprise du fort de Douaumont, il y a un an. remis en honneur le clairon. Depuis, grâce à ses efforts incessants, de grands progrès ont été réalisés dans la même voie, sur lesquels il convient de garder le silence. Mais il est
- lettre A et qui est marqué 1. Elle était de verre et longue d’environ deux pieds huit pouces ; le bout le plus ouvert avoit onze pouces de diamètre et le plus petit n’en avoit que deux et demy. »
- Après quelques essais heureux devant diverses personnes, le chevalier Morland en commanda une autre en airain, de quatre pieds et demi de long. 11 y ajouta un perfectionnement qui permettait d’utiliser tout le souille du sonneur. L’embouchure était munie d’une languette de cuir qui s’ouvrait de dehors en dedans afin de livrer passage au souffle et qui se refermait aussitôt pour empêcher le retour en anière. « De sorte, dit le chevalier Morland, que le bout de cette trompette s’ouvrant
- Fig. 2. — La propagation du son dans l’air d’après Denis.
- intéressant de rappeler ce qui s’est fait autrefois.
- L’emploi des trompettes pour parler de loin date, en effet, de longtemps. En 1670, le chevalier Morland fit construire la première trompette, comme il le dit lui-même.
- « Discours du chevalier Morland sur l’invention et sur les usages d’une trompette à parler de loin traduit d’anglais en français chapitre premier, contenant la description de cette trompette et les épreuves qui en ont été faites tant sur mer que sur terre (l).
- « Quoyque j’eusse projetté, il y a longtemps, l’invention de cette trompette, ce ne fut pourtant qu’en 1670 que je fis faire la première, que vous voyez représentée dans la première figure à la
- \. Mémoires concernant les arls et les sciences présentez à Monseigneur le Dauphin de l’an MDCLXX.
- et se fermant ainsi avec facilité répondoit exactement au mouvement de la bouche et recevoit tout l’air qui y étoit poussé par la parole et n’en lais-soit échapper aucune partie par cette embouchure. » (Fig. 1, A.)
- Deux essais furent exécutés au parc Saint-James et l’un d’eux en présence du roi d’Angleterre, la portée était de la moitié d’un mille anglais. Encouragé par des divers essais, l’inventeur fit construire une trompette longue de seize pieds huit pouces ; la plus grande ouverture avait 19 pouces de diamètre et la plus petite deux pouces. La portée de cette trompette parut être d’un mille et demi.
- Une quatrième trompette, plus grande encore, de 21 pieds avec un pavillon de deux pieds et une embouchure de deux pouces et quart, portait facilement à un mille et demi.
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- Le roi d’Angleterre donna immédiatement l’ordre de procéder à des essais avec les trois plus grosses trompettes. Le gouverneur de Deal, Lord Dighy, adressa ensuite un rapport dont nous extrayons les lignes suivantes :
- « La première épreuve que j’en fis fût entre le château de Wanmer et celui de Deal, où quoy que nous eussions un vent contraire qui soufflait de côté et le bruit de la mer qui nous interrompait, nous ne laissâmes pas de nous entendre parler fort distinctement d’un château à l’autre, dont la distance est d’environ d’un mille.
- J’ay depuis fait quelques épreuves de la plus grosse des trois, et lorsque le vent soufllede la côte,
- on s’entend par- Fig. 3.
- 1er clairement sur mer jusqu’à l’endroit où les vaisseaux du Roy sont ordinairement à la rade ; c’est-à-dire à la distance d’entre deux et trois milles. »
- Et alors très judicieusement le gouverneur de Deal indique l’application de semblables trompettes dans l’art militaire.
- << Ces trompettes seront sans doute d'un très grand usage dans toutes les occasions où il est nécessaire de donner des ordres ou des avertissements d’un lieu à l’autre; principalement sur la mer, où l’on peut donner et prendre l’avantage du vent afin de se mieux faire entendre. Nous avons ainsi trouvé qu’en appliquant une de ces trompettes à l’oreille on entend parler beaucoup plus distinctement et je m’assure qu’on trouvera encore plusieurs autres manières pour les perfectionner, puisque l’effet en a été si considérable dès le commencement. »
- Denis, conseiller et médecin ordinaire du Roy, sur le quai des Grands-Auguslins qui se proposait de publier les mémoires non parus dans le Journal des Sçavans et de mettre en relation les inventeurs et les chercheurs, a cherché à expliquer pourquoi les trompettes du chevalier Morland portaient plus loin que les autres.
- J° Il les compara tout d’abord aux « trompettes ordinaires et il constata que ces dernières n'augmen-toient aucunement les sons, les paroles et les syllabes mais au contraire les diminuoient de beaucoup. »
- 2° L’embouchure de la trompette doit être égale à l’ouverture de la bouche de celui qui s’en sert.
- Le Dr Denis fit construire deux embouchures pour la trompette représentée à la ligure 1 avec un étranglement au milieu. Le diamètre de l’étranglement était la moitié pour la première embouchure, et le quart pour la seconde de l’orifice choisi pour l’embouchure normale n° 3. L’embouchure n° 1 n’augmentait pas la voix de la moitié ni l’embouchure n° 2 du quart par rapport à l’embouchure n° 3. Le Dr Denis ajoutait judicieusement. « Et certes il semble bien raisonnable que
- la bouche de l’homme, étant un instrument destiné à cette fin par la nature, on ne puisse luy appliquer un orifice plus petit que le sien, sans retenir le mouvement de l’air et de la respiration, et sans diminuer par conséquent le son de cette voix. »
- 3° La trompette doit s’élargir peu à peu et pas; d’un seul coup.
- La trompette (fig. 1, E) augmentait beaucoup moins la voix que celles représentées figure 1 en B. Ç. D.
- 4° L’embouchure doit permettre, ce qui est évident, à la bouche de s’ouvrir et de se fermer librement, sans qu’il y ait perte d’air.
- 5° Le point où la voix est le plus renforcée, le foyer, se trouverait au centre du pavillon comme s'efforce de le prouver le Dr Denis, à l’aide de la figure 2 ci-contre. La voix de ce point B, foyer, s’augmenterait d’autant moins en se dirigeant vers l’embouchure A que le diamètre du tuyau serait plus petit;
- 6° Les replis et les formes contournées ne nuisent pas au son et semblent le renforcer.
- Le Dr Denis applique au son les lois des miroirs concaves paraboliques et cherche à trouver des foyers où le son se renforce comme s’accroît l’intensité de la lumière et de la chaleur. Pour mettre en évidence ces déplacements d’ondes sonores, il procède aux expériences suivantes :
- 11 prend un vase circulaire représentant le pourtour 11, E, G, F, I de la figure 2 et dispose dans le milieu une planchette en bois mince semblable au contour 1, k, o, V, A. V, o, k, D, A était fermé, CD restait ouvert. Dans le vase fut versé du mercure. En frappant en A de petits cercles se formaient et en se propageant reproduisaient exactement l’ensemble des cercles qui se trouvent sur la figure 2.
- ----------r----------_------------y
- La trompette de Cassegrain.
- Fig 4. — Forme présumée de la trompette d’Alexandre.
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- Cet essai fut confirmé par le suivant. Pendant qu’un assistant lisait d’une voix égale et se servait des quatre types dé trompettes (fig. 2), le docteur déplaçait l’oreille le long des lignes E, F et 8, G. Il constata qu’en rapprochant l’oreille du point B, la voix s’augmentait sensiblement : « mais quand je la tournois vers G, la voix s’abaissoit un peu, et quand je la tournois vers C, D ou G, la voix s’abais-toit de 2, 5, 4, 5, 6 et plus de degrez. Ce qui me fit conclure pour certain qu’il y a un foyer (c’est-à-dire un point où la voix se ramasse) dans tous les points de l’axe que l’on y peut imaginer ; mais que le principal foyer de sons (c’est-à-dire le point où la voix est la plus augmentée et multipliée) doit estre en B. »
- Le Dr Denis rappelle encore à l’appui de sa thèse les phénomènes d’échos dans les montagnes, puis, il pose les questions suivantes pour augmenter la valeur des trompettes à parler de loin.
- « Quelles sont ses justes mesures? Jusqu'ou s'étend la sphère de son activité? et qu’est-ce qui contribue le plus dans cet instrument à augmenter la voix de l'homme avec la distinction des syllabes, des mots et des discours? C’est un nouveau problème que je propose aux Sçavans de nôtre siècle, comme une chose qui mérite bien leur application; espérant que quelqu’un soit à ses propres frais, soit aux dépens de son prince, trouvera heureusement la manière de le résoudre, 11 rendra par ce moyen cette invention plus belle et plus utile pour le public, que l’on n’auroit préparé par le moyen de ma première découverte. »
- Afin de mieux montrer l’importance de la question, le bon docteur indique tous les usages « que peut avoir la trompette à parler de loin tant sur mer que sur terre ».
- Laissons de côté les usages pacifiques, appel en mer d’un navire à un autre, surveillance de travaux, annonce publique, appel contre les malfaiteurs, émission d’ordres dans la lutte contre les incendies ou les autres accidents pour ne parler que de l’emploi prévu à la guerre par le docteur. On ne saurait être plus complet, comme on va le voir.
- « Un amiral pourra s’en servir dans un temps calme pour donner ses ordres en un instant à toute la flotte, quoique les vaisseaux soit à deux ou trois milles de luy, aux environs, et il ne sera plus obligé comme auparavant d’envoyer des bateaux ou des messagers d’un navire à l’autre.
- « En cas d’une grande expédition, on peut s’en servir pour donner promptement des ordres de quelque forteresse aux navires qui sont à la rade. Et si c’est une affaire de secret, on peut le dire en termes couverts dont le gouverneur sera convenu auparavant avec l’amiral.
- « Cette trompette peut aussi avoir des usages très considérables sur terre. Car premièrement, si une ville assiégée est tellement bloquée, qu’on n’y puisse envoyer aucun courrier, on peut s’en servir pour avertir en mots couverts les habitants de deux
- à trois milles, qu’il leur vient du secours en quelle quantité et en quel temps ils peuvent attendre, et ce qu’ils doivent faire au moment de son approche.
- Et tout au contraire, les assiégeans pourront se servir de cette trompette, pour menacer et intimider non seulement les officiers et soldats qui deffendent les murailles et les bastions d’une ville assiégée, mais aussi tous les habitants, quelque grande que soit cette ville.
- « Un général peut lui-même parler à toute son armée, quoy qu’elle soit de quarante ou cinquante mille hommes, soit pour donner ses ordres aux officiers, soit pour enfler le courage de ses soldats. »
- Afin de mieux atteindre son but, le perfectionnement des trompettes à parler de loin, le docteur Denis se tient à la disposition de ceux qui n’étant pas versés dans les mathématiques trouveraient quelques difficultés.
- (( L’autheur de ces mémoires en donnera l’explication dans la première assemblée qui se fera chez luy samedi prochain 20 de ce mois (1), sur le quay des Grands-Augustins, au lieu et à l’heure ordinaire de ses conférences. »
- L’appel du docteur Denis fut entendu comme nous allons le voir. Tout d’abord, Cassegrain lui écrit de Chartres pour lui indiquer comment, selon lui, doivent être construites les trompettes à parler de loin. Il s’inspire de la manière des fondeurs de cloches.
- d Sur ce principe, je dis que les cercles d’airain des trompettes du chevalier Morland doivent suivre cette proportion, et ensuite il me semble qu’il est probable qu’elles doivent sé faire suivant les sections du monocorde, et principalement, suivant les octaves qui sont des raisons doubles les uns des autres. »
- La figure 5 montre le savant chartrain construisant sa trompette. La méthode est exactement celle suivie par les fondeurs de cloches, celle du monocorde ou canon harmonique. D’après lui la grosseur de la trompette grossit la voix et la longueur la fortifie.
- « Quant à la force, elle s’augmente à mesure que le tuyau est long et bien proportionné et voicy comment cela se fait. L’air sortant de la bouche de l’homme qui parle, et se faisant entendre à cause de son tremblement premièrement vers l’embouchoir, les premiers cercles du tube estant meus, disposent les autres au mouvement, et l’air survenant avec ces tremblements, achève de faire dans les autres, ce que les premiers avoient commencé. »
- Cassegrain ajoute avec beaucoup de sens qu’il y a des bornes de grosseur et de longueur, « car il est certain qu’une trompette d’une longueur infinie ne feroit aucun effet non plus qu’une autre d’une grosseur infinie ».
- Il estime que les trompettes construites sur ces indications doivent doubler la voix à chaque octave ;
- 1. 20 février 1672.
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- celles qui ont quatre octaves grossiront la voix dans le rapport de 1 à 16; l’effet de cette trompette correspondra à une amplification de 15. Si un homme peut se faire entendre sans trompette à 200 pas; il se fera entendre à 3200 pas avec une trompette de 4 octaves.
- Mai s avec la lettre de Cassegrain parvinrent d’autres nouvelles au Dr Denis. De tous côtés on s'efforcait non seulement de reproduire les résultats obtenus par le chevalier Morland, mais de faire mieux encore. Puis vinrent les jaloux et les envieux qui criaient à l’envi que l’invention n’était point nouvelle et depuis plus de quinze ans, ils avaient vu à Paris même des trompettes semblables et même supérieures.
- « J’ay parlé moi-mesme à un ouvrier, qui après avoir considéré une de ces trompettes de cinq pieds et demy, m’assura qu’il en avoit déjà fait deux semblables, il y a environ dix-huit ans, l’une pour un musicien de la campagne, l’autre pour le R. P. Salar chanoine régulier de Saint-Augustin. »
- Et la chose était vraie. Depuis six ans on se servait à Joigny de trompettes semblables. Les méchantes langues avaient beau jeu et prétendaient même que le chevalier Morland n’avait rien inventé du tout, Du temps d’Alexandre le Grand, les armées utilisaient des trompettes bien supérieures. Ce fait est
- ACADÉMIE I
- Séances des i5 et
- Nécrologie. — E. Bertrand. — Charles E. Bertrand est mort à Lille le 10 août 1917. Il était correspondant' de l’Institut dans la section de Botanique, Ses travaux ont porté surtout sur la botanique fossile et on lui doit notamment l’explication de la formation de certains combustibles appelés bogheads. Il a montré qu’ils étaient essentiellement composés d’organismes microscopiques représentés par des algues, dont les thalles gélatineux, en forme de sphérules creuses, végétant comme les fleurs d’eau sur certains points des lacs permiens, s’accumulaient au fond de l’eau par innombrables lits successifs.
- Propriétés réfractaires de la magnésie.— MM. Le Cha-telier et Egitch ont mesuré la résistance à l’écrasement des briques magnésiennes qui sont très couramment employées aujourd’hui en aciérie et sans lesquelles l’emploi des laitiers basiques serait impossible : briques de Styrie, d’Eubée, magnésie pure, etc. Pour toutes ces-briques, les courbes de résistance sont caractérisées par une chute brusque de résistance entre 1500° et 1500°. Tout se passe comme si, vers cette température, les matières étrangères fondaient brusquement, de façon à laisser les grains de magnésie isolés dans le magma fondu et comparables à un sable humide. L’allure est la même pour les briques de fer chromé, également très employées.
- Houille en Tunisie. — On sait, depuis longtemps, que le carbonifère est représenté dans l’Afrique du Nord; mais, jusqu’ici, on n’y avait pas trouvé de houille, en sorte que nos possessions nord-africaines semblaient ne renfermer aucun combustible fossile en dehors des lignites
- des plus exacts, mais il était si bien oublié que le mérite du chevalier Morland n’en est pas beaucoup diminué.
- D’après le P. Kircher, Alexandre le Grand avait dans son armée des sonneurs de trompes qui se faisaient entendre à cent stades c’est-a-dire à cinq lieues avec des porte-voix contournés en spirales, dont la plus grande avait cinq coudées de diamètre. N’y a-t-il par quelque exagération? Nous laissons à nos lecteurs qui ont lu son conte un peu extravagant sur les rats de Hamelen, le soin d’en juger. D’autant plus que d’après d’autres auteurs, les trompettes d’Alexandre auraient la forme représentée par la figure 4.
- En tout cas, les essais du chevalier Morland, exécutés devant témoins, ont montré que la voix peut porter à près de 10 km. avec des instruments bien étudiés et il est permis de conclure sur la valeur de ces essais, ainsi que le fait le Dr Denys.
- « On peut, à la vérité, inférer de là que cette invention n’est pas nouvelle. Mais cela n’empesche pas, que le chevalier Morland n’ayt mérité beaucoup de loüanges, en publiant les expériences qu’il en a faites, et en ouvrant le chemin à d’autres, pour en faire de meilleures et pour en trouver les justes proportions. » Nicolas Flamel.
- :S SCIENCES
- 22 octobre 1917.
- de Smenduu, de Marceau et du Cap Bon. MM. Gentil et Joleaud signalent l’existence d’une lentille de houille située en Tunisie, près de Medjez-el-Bab : lentille sans valeur économique et aujourd’hui épuisée mais qui leur parait appartenir au terrain houiller et qui, à ce titre, est un indice intéressant pour les recherches futures. Ils supposent que cette lentille a été arrachée à quelque gisement houiller par une nappe de charriage et transportée par-dessus le crétacé, dans lequel elle serait venue s’incruster par en haut.
- Graines de betteraves à sucre. — Avant la guerre on ensemençait en France environ 210 000 hectares de bette raves à sucre, soit 5 millions de kilogrammes de semence, dont les quatre cinquièmes venaient d’Allemagne. Depuis 1904, on a fait des essais pour leur substituer des graines françaises et, en 1916 et 1917, on n’a employé que des graines russes ou françaises. Les résultats ont montré que ces betteraves à sucre ont été pratiquement aussi riches que pendant les dix années qui ont précédé la guerre et M. Tisserand en conclut que nous pouvons dorénavant nous passer des graines allemandes.
- L’excrétion acide des racines. — On sait que la plupart des racines excrètent une liqueur acide, susceptible d’agir sur les particules du sol. M. Coupin montre, avec une technique nouvelle, que le fait est général et commence dès que la racine sort de la semeuse pour se poursuivre jusqu’à la fin de son existence. Cette excrétion a lieu, non par les poils radicaux, mais par les cellules superficielles de l’écorce, et elle est particulièrement intense sur celles de ces parties superficielles qui ont été lésées.
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- PROJET DE CANAL MARITIME ENTRE LA MER DU NORD ET LA MER D’IRLANDE
- La Grande-Bretagne envisage la construction sur son territoire d’un canal maritime analogue à celui de Kiel. De même que la presqu’île du Jutland, dressée entre la Baltique et la mer du Nord, oblige à un détour considérable la navigation entre les ports allemands situés sur le premier de ces deux bassins et ceux en façade sur le second ou vice versa, alors qu’entre ces mêmes ports la distance à vol d’oiseau est très courle, de même l’Écosse, par sa saillie très accusée en direction méridienne astreint à un long circuit les relations maritimes entre les deux versants de la partie nord de la Grande-Bretagne, qui, eux aussi, ne sont séparés à leur base que par une mince langue de terre. Ainsi de Glascow à Leith, le port d’Edimbourg, ou vice versa la distance par mer n’est pas inférieure à 550 milles environ, tandis que, par terre, ces deux villes se trouvent à moins de 50 km l’une de l’autre.
- Cette situation présente de graves inconvénients au point de vue non seulement économique, mais encore militaire. La Grande-Bretagne a installé une base navale de premier ordre sur la mer du Nord, à Rosylh à l’entrée du Firth of Forlh, le fjord d'Edimbourg. Or, les escadres mouillées dans cette rade ne peuvent gagner la façade occidentale des Iles-Britanniques qu’au prix d’un long détour ; les mêmes conditions que celles dans lesquelles se trouvait la flotte du kaiser avant l’achèvement du canal de Kiel. Aussi bien, nos alliés ont-ils été amenés à envisager une solution semblable à celle adoptée par les Allemands, c’est-à-dire à étudier la construction d’un canal maritime entre le Firth of Forth et la Clyde, soit entre les ports du fjord
- d’Edimbourg et Glascow, destiné à couper l’isthme de l’Écosse méridionale.
- D’après VEngineering, le canal partirait à l’ouest de Clydebank, sur la Clyde et aboutirait à Grange-mouth, à l’extrémité supérieure du firth of Forlh ;
- 11 serait de niveau et ne compterait que deux écluses, aux deux entrées du chenal. La largeur au plafond atteindrait 45 m. et la profondeur
- 12 m. 1, afin que les cuirassés puissent emprunter cette voie.
- La Clyde, à basse mer, n’of-rant que des fonds de 7 m. 50, serait approfondie pour permettre aux grosses unités d’entrer et de sortir à n’importe quelle heure de la marée.
- Avant la guerre le coût de l’entreprise était évalué à 625 millions de francs; par suite de la hausse énorme des salaires et des matériaux survenue depuis 1914, la dépense s’élèverait probablement au double. En tout cas l’affaire paraît devoir être payante. En effet une grosse partie du cabotage anglais entre la mer du Nord et la mer d’Irlande trouvera avantage à prendre ce canal; De plus il aura une clientèle internationale relativement nombreuse. Les navires néerlandais et allemands à destination de Glascow, de la mer d’Irlande et de plusieurs ports de la côte Est des États-Unis suivront cette voie, et les transatlantiques en provenance ou à destination de la Baltique et du Skagerack, qui passent aujourd’hui au nord des Orcades, réaliseront une économie appréciable en empruntant le canal. Tel sera le cas pour les lignes de Kristiania, Gothembourg, Copenhague à New-York.
- Charles Rabot.
- Orcades
- ’v po‘
- Fig. i. — Les grandes routes de navigation vers Edimbourg.
- losyft) 'f0'
- Cÿg,e*banh
- Glasgow
- Fig. 2. — Le canal projeté à travers l’Écosse.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 2304. .- ' 24 NOVEMBRE 1917
- L’ARMÉE AMÉRICAINE ET LA MÉCANIQUE
- Le fait que la mécanique prend une place de plus en plus importante dans la conduite de la guerre ne pouvait surprendre l’armée américaine. Nous ne saurions oublier que la plupart des inventions mécaniques relatives à la guerre, que les armées européennes ont adoptées depuis un demi-siècle, ont pris naissance aux Etats-Unis.
- Depuis la mitrailleuse jusqu’à l’aéroplane, depuis le navire cuirassé jusqu’à la torpille, tous les progrès mécaniques apportés à la science militaire ont pour auteurs des Américains. Un ensemble de circonstances a voulu que le plus grand nombre de ces inventions vissent le jour pendant cette terrible Guerre de Sécession qui stimula, en la concentrant vers un but unique, l’esprit inventif des Américains.
- La récente guerre que la grande république eut à soutenir contre les Iroupes du général Villa, ce révolutionnaire qui, poussé par des agents allemands, envahit le territoire américain dans le but avoué de déclancher la guerre entre les États-Unis, et le Mexique, démontra que les forces américaines n’avaient rien à envier aux armées d’Europe, dans le domaine de la mécanique militaire.
- L’armée que le général Pershing conduisit si brillamment à la poursuite de Villa était abondamment pourvue de véhicules automobiles qui lui rendirent les plus grands services. Et ce fut à l’occasion de cette expédition qu’on vit apparaître les premières cuisines automobiles, à une époque où les belligérants européens se servaient encore de la cuisine roulante à traction animale, telle qu’elle avait été inaugurée par les armées japonaises pendant la guerre de Mandchourie. Les motor kitchens de nos nouveaux alliés, que les Sammies appellent pittoresquement des kitchenettes (ou euisinettes), ne diffèrent pas sensiblement des nôtres; mais il est à .peine besoin de faire remarquer que leurs constructeurs ont tenu compte, autant qu’il leur était possible, des goûts culinaires de leurs compatriotes.
- 45e Année. — 2° Semestre.
- L’Américain aimeles breuvages très froids, sinon glacés, d’où l’adjonction d’un refrigerator qui conserve les liquides à une basse température. Un petit four permet la confection de ces pies (pâtés de viande ou tartes aux fruits) qui figurent presque toujours sur un menu américain. Un dispositif spécial se prête à la cuisson du hoteake, crêpe épaisse de plusieurs centimètres qui se mange brûlante, avec un copieux arrosage de maple sugar (sirop de sucre d’érable). Enfin, la voiture comporte un vaste compartiment où s’emmagasinent les épices, picles et autres accessoires culinaires (V. la figure de couverture). Fabriquées en séries, ces cuisines-automobiles
- ne coûtent que 7000 dollars (soit35Q00îr.). Les régiments en ont été dotés au fur et à mesure de leur formation, grâce à la généreuse initiative de banquiers et hommes d’affaires patriotes. L’Armée Américaine possède naturellement le four de campagne, avec son coffre de tôle à revêtements réfractaires intérieurs, que toutes les armées modernes emploient. A l’encontre des Anglais, les Américains sont de grands mangeurs de pain. Leurs pains de munition pèsent 10 livres, et peuvent se conserver pendant 3 semaines.
- Signalons, à ce propos, un bread maker (pétrin mécanique), inventé l’an dernier par MM. James et J. H. Garvey, et mis à l’étude par l’Armée américaine. Cette machine, montée sur une automobile qui lui fournit sa force motrice, est d’un rendement de 6000 pains de 300 grammes à l’heure, travail qui occuperait 100 ouvriers, alors que son équipe, y compris le chauffeur, ne se compose que de 5 hommes. Versée à un bout de la machine, la farine sort à l’autre bout sous forme de pains prêts à être enfournés dans les fours de campagne.
- Sammy n’aime pas à « jouer à la lavandière ». S’il adore la bataille, le battoir ne lui dit rien qui vaille — ce qui ne signifie pas qu’il ait de l’avër-sion pour le linge propre, bien au contraire ! Mais il est abondamment pourvu d’ingénieux appareils,
- 21. — 521
- Fig. r. — Machine de campagne à lessiver le linge à froid.
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- encore peu connus et employés en Europe, quoique généralisés depuis longtemps aux États-Unis, qui réduisent au minimum les opérations de blanchissage.
- Nous citerons dans le nombre l’appareil que représente une de nos photographies , qui per * met de lessiver le linge à froid.
- Pressé, à sa sortie de la cuve, entre les rouleaux d’une sorte de laminoir portatif, le linge est séché presque instantanément (fîg. 1).
- L’importante question des transports sur route n’avait pas pris leWar Office américain au dépourvu. Les reporters français qui assistèrent au débarquement des premiers contingents américains furent émerveillés par la variété et l’abondance de leurs moyens de transport. A Paris même, le public a été frappé du grand nombre de motocyclettes avec side-car qu’emploient les estafettes américaines, et qui peuvent circuler avec rapidité dans les rues les plus passantes, rendant autant de services et consommant moins de combustible que les encombrantes automobiles qui servent à nos états-majors.
- Signalons ce fait peu connu, que les fameux tanks britanniques sont d’origine américaine. Quelques tracteurs américains du système, dit ca tterpill a r (chenille), adoptés par l’armée américaine, avaient été importés én Angleterre. Ce fut M. Winston S. Churchill, alors membre du Cabinet, qui eut, dit-on, l’idée de les transformer en chars d’assaut en les entourant d’un épais blindage. Un millier de ces tractèurs furent commandés aux usines Holt et transportés en Angleterre, où fut exécutée la transformation.
- Ces tracteurs à chenille, qui pèsent 9 tonnes environ, sont d’un usage courant aux États-Unis, où ils sont employés sur les grandes exploitations agricoles et forestières. L’armée américaine en possède plusieurs centaines.
- En leur constant souci d’économiser la main-d’œuvre et le temps, nos Alliés de l’Ouest emploient depuis plusieurs années, pour le chargement des fardeaux dans les fourgons automobiles comme dans les vagons de chemin de fer, d’ingénieux che-
- Fig. 3. — Side-car portant une mitrailleuse qui peut en quelques instants se mettre en batterie.
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- pas! Mais nous devons signaler l'application qu’elle a faite de la motocyclette à l’armement.
- La ville de Springfield (Massachusetts), qui, pour la fabrication des petites armes, est le Saint-Étienne du Nouveau Monde, a imaginé une ingénieuse adaptation de ce léger véhicule au transport de la mitrailleuse.
- L’arme est montée sur deux roues parallèles formant affût, et ,qui, pendant la marche, s’adaptent à l’avant-, train d’une motocyclette, dont la roue arrière reste alors au repos, se trouvant suspendue à bonne distance du sol. L’ensemble repose donc sur la roue motrice de la moto-
- Fig. 4. — Tracteur à chenille de 9 tonnes.
- mins roulants qu’une denosphotographies nous dispensera de décrire. Cet appareil, si simple, si pratique —un véritable lime-saver ! — est'très employé dans l’armée américaine (lîg. 6).
- Nous n’avons pas la prétention de présenter à nos lecteurs
- Fig. 6.
- La manutention par des femmes de lourdes caisses sur transporteur à gravité.
- toutes les innovations mécaniques que nous apporte celte armée. Un numéro de La Nature n’y suffirait
- Fig. 5. — Tread Mathen ou machine à faire le pain.
- cyclette et sur les deux roues de l’affût. La capacité de vitesse est de 65 km à l’heure.
- Parvenus sur le lieu de combat, les deux hommes qui forment tout l'équipage détachent les deux parties et mettent la mitrailleuse en batterie, opération qui ne leur demande que 30 secondes. Un bouclier en blindage d’acier protège le tireur et son arme. Désormais libérée, la motocyclette peut être employée au transport des dépêches.
- Accordons une sommaire mention au hand-car qui sert exclusivement à l’inspection et à la surveillance des voies ferrées. C’est une sorte de tricycle dont les roues s’emboîtent sur les rails, et que son passager, comme le nom l’indique, actionne à la main. Quoique pratique, nous n’en vanterons pas la rapidité, bien
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- qu’elle puisse, en terrain plat, atteindre 35 km à l’heure, et nous en déconseillerons l’usage sur les lignes fréquentées par express et rapides!
- N’était la vigilance de la Censure américaine, nous pourrions nous étendre sur la perfection et l’efficacité du service de télégraphie sans fil de l’armée du général Pershing. Mais elle ne verra pas d’inconvéœent, nous l’espérons, à ce que nous parlions des expériences qui eurent lieu à Philadelphie, devant un nombreux public, au mois de juin dernier :
- Un détachement du « Signal Corps » avait été chargé, au cours d’une manifestation militaire organisée sur le Franklin Field en faveur de la
- campagne de recrutement, de démontrer l’efficacité de ce service. Soixante-dix-sept secondes après leur arrivée sur le Stadium, les soldats avaient planté leur longue antenne, démontable en plusieurs sections, et mis en place leurs appareils! Ils étaient prêts à expédier des dépêches à plusieurs centaines de kilomètres !
- Que si ces notes sommaires appellent une conclusion, nous eur en donnerons une sous la forme d’un vœu sincère : quand ils nous auront aidés à rejeter les Barbares au delà du Rhin, nous attendrons des Américains cet autre service de nous « américaniser » un peu, voire beaucoup, dans le domaine économique. Y. Forbin.
- GISEMENTS DE POTASSE NOUVEAUX
- La question de la potasse présente une importance mondiale sur laquelle il est inutile d’insister, et nous n’avons pas besoin non plus de rappeler le monopole que les Allemands possédaient pour cette précieuse substance avec leurs deux gisements de Stassfurt et d’Alsace. Les gisements mêmes dont il va être surtout question ici, ceux de Mulhouse et de Cardona (ou Suria), ont été déjà signalés ici dans des articles antérieurs. Il peut être néanmoins utile de grouper à leur propos quelques renseignements récents; nous signalerons en terminant les gisements de l’Erythrée qui fournissent actuellement la consommation des Alliés.
- Haute-Alsace!1). — Ce gisement, situé au nord- " est de Mulhouse, est de beaucoup le plus intéressant pour nous à tous égards. Quand il a été décrit ici en 1909, on terminait la période de recherches pour entrer dans la phase d’exploitation. Ce sont les résultats acquis par cette exploitation dont nous voudrions parler brièvement, sans revenir sur la constitution géologique ni sur l’évaluation financière. Je rappelle seulement qu’on a rencontré, à une profondeur variant de 400 à 600 m., deux couches potassiques situées dans l’oligocène moyen et séparées par 19,50 m. de stérile, avec une grande épaisseur de sel gemme au-dessus et au-dessous. Ce gisement est loin de présenter une masse horizontale et uniforme. Il est, au contraire, assez irrégulier et plissé. L’épaisseur moyenne du sel gemme comporte 241 m., celle de la couche supérieure de sel potassique (sylvinite) 1,16 m. et celle de la couche inférieure 4,14 m. Comme le montre notre carte, là couche inférieure de sylvinite circonscrit, sur toute son étendue, la couche supérieure en affectant la forme d’une ellipse. Sur les bords, les couches salines s’amincissent et s’atrophient. On a remarqué que le degré géothermique variait, suivant les points, de 18 m. à 34 m. ; en sorte que la
- 1. Voy. La Nature, 1776, 8 juin 1907 ; 1862. 30 juin 1909; 2i92, 2 octobre 1913. — Bull. Soc. Ind., Mulhouse, avril 1912 (avec coupe détaillée). Cf. Native, 25 janvier 1913 et 2187, 28 août. 1915 : « Le problème de la potasse aux États-Unis ».
- température au fond du puits Amélie atteint 48°. Un mémoire publié en 1912 évalue la couche supérieure de sylvinite à 98 millions de mètres cubes, répartis sur 84 millions de mètres carrés et la couche inférieure à 603 millions sur 172 millions de mètres carrés; ce qui, en chiffres ronds, donnerait (la densité étant de 2,1); 1 500 000 de tonnes de sel de potasse, ou 300 millions de tonnes de potasse pure.
- A la suite du premier forage exécuté à Wiltel-sheim en 1904 pour chercher du charbon (sondage qui rencontra pour la première fois la potasse), il y eut une campagne d’explorations par sondages; puis on décida la création du premier siège d’extraction à la mine Amélie de Wittelsheim, puits terminé en 1910 ; à la suite de ce puits, on en creusa une quinzaine d’autres. Une courte description de la mine Amélie nous donnera une idée de ces exploitations. Le premier puits de la mine Amélie, profond de 600 m., a été creusé par congélation. Ce puits a coûté 2 500 000 francs et a demandé deux ans de travail. Les premiers wagons de potasse étaient expédiés en janvier 1910. Le gisement a été attaqué dans la direction nord et dans la direction sud, en travaillant à la fois sur les deux couches par traçages et montages avec piliers réservés. En 1912, la mine Amélie occupait un personnel de 200 hommes et l’extraction journalière était d’environ 300 tonnes de sel potassique en marche normale. Le rendement moyen par ouvrier et par jour atteignait, grâce aux facilités d’exploitation, le chiffre élevé d’une tonne et demie. L’extraction se fait par un moteur électrique à courant continu actionné par une Centrale thermique. Le minerai, au sortir du puits, passe dans un moulin, où il est concassé et broyé finement ; puis il va à la fabrique de chlorure de potassium ou à l’expédition directe.
- Les couches potassiques sont composées de bandes alternativement rouges et grises, constituées principalement par un mélange de sylvine (chlorure de potassium) et de sel gemme (chlorure de sodium). Les bandes rouges, teinlées par des traces
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- d’oxyde de fer, contiennent surtout le sel de potassium et les grises le sel de sodium. Il s’y trouve, en outre, de minces entrefilets de schiste argileux et d’anhydrite. La teneur en chlorure de potassium varie en général de 20 à 68 pour 100 et descend rarement au-dessous de 10 pour 100. Les minerais sont très purs et contiennent seulement des quantités insignifiantes de sels magnésiens : ce qui permet de les employerdirecte-ment en agriculture après broyage et ce qui simplifie beaucoup l’épuration chimique, presque élémentaire quand on la compare avec celle que doivent subir les carnallites de Stassfurt. La principale opération consiste 'a séparer par solubilité les deux chlorures de potassium et de sodium. La fabrique de Reich-weiler (Amélie) est installée pour
- le traitement journalier de 260 tonnes de minerai pur avec une production de 40 à 50 tonnes de chlorure de potassium calculé en sel pur. La teneur en brome étant faible, on ne l’utilise pas.
- Fig. i.
- ou 45 000 t. de sels de potasse bruts correspondant à une extraction de 15 wagons par jour, très inférieure à celle que pourrait atteindre ce centre.
- Au début de la guerre, malgré une amélioration de cette situation, chacun des 15 puits alsaciens,
- qui aurait pu extraire 800000 t. par an, ne pouvait encore en vendre que 80 000 et le total réservé à l’Alsace était seulement un dixième de la production allemande.
- Celte situation était nécessitée par le besoin de régler la production allemande sur la consommation mondiale, qui s’accroît, il est vrai, sans cesse et même rapidement, mais qui reste toujours inférieure de beaucoup aux possibilités d'exploitation. On s’en fera une idée en remarquant que 150000 t. par an suffiraient actuellement à toute la
- consommation potassique annuelle de la.France. Il en résultait certaines difficultés financières, tenant à la nécessité de capitaux très importants avec vente restreinte. L’énorme bénéfice réalisé par
- Carie de la région renfermant la potasse en Alsace aux environs de Mulhouse.
- !VW Sl,I
- Pu.L
- SaJ S.£
- Fig.
- Limitas du âe/ yemme __________ Zone potassique
- Coupe du terrain potassique suivant la ligne indiquée sur la carie précédente.
- On sait que, dans le régime allemand qui a, jusqu’ici, été appliqué à Mulhouse, la potasse est soumise à une réglementation très stricte. D’après la loi du 25 mai 1910, la mine Amélie, la seule d’Alsace exploitée à ce moment, avait'' droit à un tantième de 14,6 millièmes dans la production totale de l’empire : soit 9000 t. de potasse pure,
- tonne (au moins 15 francs sur un prix de vente de 50 francs), en était la compensation. Nous n’avons pas besoin de faire remarquer combien ces conditions vont se trouver modifiées par le retour de l’Alsace à la France et par le rôle que les mines d’État de Stassfurt sont, suivant toutes vraisemblances, appelées à jouer comme gage dans Fin-
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- demnité de guerre qu’aura à subir l’Allemagne.
- Espagne : Suria en CatalogJie. — Ce gisement, dont nous avons déjà dit quelques mots en 1916 (*) avait vivement attiré l’attention avant la guerre. On attribue sa découverte à un Français, M. Macary, qui exploitait à Suria une couche de sel gemme en relation avec les gisements fameux de Cardonaetqui a cédé ses concessions de potasse à la « Compagnie bordelaise de Produits chimiques ». Aujourd'hui ces concessions appartiennent à la Société Solvay et Cie. Je ne reviens pas sur leur description. Je rappelle seulement qu’on a trouvé les sels de potasse en certains points entre 40 et 60 m.,tandis qu’ail-leurs ils sont certainement beaucoup plus profonds. Le gisement, qui date de la fin de l’éoccne ou du commencement de l’oligocène, paraît très dispersé et fournit des sels potassiques irrégulièrement noyés dans le sel gemme : ce qui peut expliquer en partie comment, malgré les espoirs qu’on avait fondés un moment sur l’utilisation de ces gisements pendant la guerre, on en est toujours à la période préparatoire des explorations. Le minerai comprend de la carnallite et de la sylvine en couches d’un rouge intense, alternant avec du sel gemme également un peu rougeâtre que recouvre du sel gemme très blanc. Des zones d’enrichissement paraissent suivre les plis anticlinaux, notamment du Sud au Nord, à Çardona, Suria et Callus. La superficie explorée, qui n’est que de 230000 m2, comprendrait d’après les géologues espagnols 2 550 000 tonnes de carnallite et 1 125 000 de sylvine, avec des épaisseurs locales de 17 m. de carnallite et 5,75 de sylvine sur la concession Roumanie où ont été faits les trois premiers sondages.
- Etant donné que nous n’avons pu utiliser cette potasse pendant les hostilités pour remédier au déficit causé par le manque de potasse allemande, nous devons surtout considérer désormais ces gisements comme une concurrence à nos futurs gisements de Mulhouse. Les Allemands, qui l’ont compris ainsi, ont cherché en 1914 à accaparer ces gisements espagnols afin de les laisser improductifs et l’on prétend, à tort ou à raison, que leur influence a pu contribuer à la paralysie dont ces exploitations ont semblé atteintes depuis trois ans et à une série de mesures législatives que nous nous bornerons à rappeler, sans entreprendre le travail délicat d’en chercher les dèssous réels.
- On vrit d’abord, en octobre 1914, sous la pression d’un mouvement d’opinions plus ou moins factice, le gouvernement présenter aux Cortès un projet de loi tendant à nationaliser les mines en question; ainsi qu’il arrive parfois pour les projets de loi espagnols, celui-là tomba dans l’oubli. Il aurait eu, dit-on, pour conséquence de rendre impossible
- 1.2237 (12 août 1916).— L’Institut géologique d’Espagne en a publié une description récente : Sales Potasicas en Catalnna, par D. César Itubio et D. Agustin Marin (62 p. et 3 pl., 1914).
- l’exploitation des gisements concédés à la Société Solvay. A la suite de démarches entreprises par les intéressés, le Gouvernement espagnol publia alors un décret royal du juin 1915, qui modifiait les conditions draconiennes du projet de loi, en stipulant seulement que les concessionnaires actuels des gisements de sels potassiques doivent y travailler sans interruption, sauf dans le cas où la valeur des produits extraits ne couvrirait pas les frais de sondage.
- En dehors de la Société Solvay il existe encore deux autres sociétés ayant obtenu des concessions, où elles effectuent des travaux de prospection, savoir : 1° une Compagnie représentée et administrée par la « Sociedad anonima Cros » et par la « Sociedad Electro-Quimica Flix » de Barcelone, qui passe pour avoir des rapports avec le syndicat allemand de Stassfurt; 2° une autre Compagnie qui travaille sous le patronage de la « Sociedad de Explosivos » et qui a creusé des puits dans le voisinage des salines de Cardona. Ces deux sociétés n’auraient, d’après les bruits courants, rencontré que des résultats défavorables. Enfin, une réserve en faveur de l’État a été décrétée en octobre 1914 dans les communes de Isona, Balaguer, Tarrega; Igualada, Manresa, Vich et Berga (provinces de Barcelone et de Lerida). Elle devait cesser le 1er octobre 1916, mais a été prorogée pour deux ans afin de permettre à l’Institut géologique espagnol de procéder à des explorations méthodiques, qui sont menées avec compétence et activité.
- Erythrée. — Depuis la guerre, ne pouvant utiliser les potasses de Stassfurt et de Mulhouse qui étaient les seules en exploitation avant 1914 et n’ayant pu recourir aux gisements espagnols pour les raisons indiquées plus haut, les Alliés ont vécu presque uniquement sur des gisements italiens, qui ont été fort heureusement découverts dans l’Erythrée, à 90 km de la côte au sud-est de Mas-saoua et à 10 km au nord d’Atel Bad sur le 40e degré. Ce gisement, silué tout à fait à la frontière des possessions italiennes, a été d’abord d’une exploration très difficile par suite de l’hostilité des Abyssins. Ces conditions se sont notablement améliorées : d’abord par une prise de possession plus effective, puis par le changement de gouvernement récent en Abyssinie qui y a ramené des dispositions plus bienveillantes à l’égard des Alliés. On y extrait environ 20000 tonnes par an. D’après les renseignements très sommaires que nous possédons, il semble y avoir là un gisement beaucoup plus récent que ceux d’Alsace et d’Espagne qui sont tertiaires (et à plus forte raison que celui de Stassfurt qui est permien) : le produit de l’évaporation rccenle d’un ancien bras de mer dirigé Nord Sud dans une fosse d’effondrement géologique très nette en rapport avec les grandes lignes de rupture qui, partant de la Palestine, traversent tout l’Ouest de l’Afrique le long d’une ligne volcanique encore en activité.
- P. Salmor.
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- LES VOIES DE COMMUNICATION DIRECTES
- ENTRE FRANCE ET ITALIE
- Quelles sont les voies de communication entre la France et l’Italie, et quelles sont leurs caractéristiques géographiques? C’est ce qu’il nous paraît utile de rappeler en ce moment. Leur densité est restée très faible. Depuis 1871, date de l’inauguration de la ligne de Mo Jane, pour des motifs divers, il n’a été ouvert aucune route nouvelle à travers les Alpes franco-italiennes, et aujourd’hui comme il y a quarante-six ans, il n’existe que deux voies ferrées reliant directement la France à l'Italie : celle de Paris à Turin par Mo-dane, et celle de Paris à Gênes par Marseille et la Côte d’Azur.
- La première, comme on sait, passe par Cham-b é r y, Saint-Pierre-d’Albigny, remonte la Maurienne ou vallée de l’Arc, et franchit la crête des Alpes par un tunnel de 15 636 mètres (*), creusé sous la pointe de Fréjus, et non point sous le Mont-Cenis, comme on le dit généralement, lequel est situé à 25 km environ plus au nord. Sur le versant italien la ligne emprunte d'abord la vallée du torrent de Bardonnèche, puis celle de la Doire Ripaire qui l’amène à Turin.
- De toutes les voies ferrées qui aboutissent en Italie, celle du Fréjus est la plus élevée. Alors que le Simplon ne dépasse pas la cote 705 m., que le Gothard ne s’élève pas au-dessus de 1154 m. et le Lôtschberg au-dessus de 1243m., le rail atteint près de la sorLie italienne de la. galerie du Fréjus l’altitude de 1294 m. — Sur ses deux versants la ligne
- 1. Le nombre que nous donnons ici pour la longueur du tunnel du Fréjus, très différent de ceux que l'on trouve dans les ouvrages de documentation, est celui adopté par le P.-L.-M., par suite le seul possédant un caractère officiel. Nous devons ce renseignement à l’obligeance de M. Goy, secrétaire général de celte Compagnie, que nous tenons à remercier de cette communication.
- présente, par suite, de fortes rampes. Ainsi, dans la vallée de l’Arc, de La Chambre à Modane, sur une distance de 57 km elle monte de 609 m., soit une pente de 1,64 pour 100. Sur le versant italien où les Alpes tombent à pic, les déclivités sont encore plus accentuées; sur les 41 premiers kilomètres à partir de Bardonnèche, la sortie orientale du tunnel, les trains descendent ou gravissent 823 m.,
- soit une pente de 2 m. pour 100, suivant le sens dans lequel ils marchent.
- Dans sa partie française la ligne comporte deux voies.
- La seconde ligne ferrée entre France et Italie est celle de Paris à Gênes par Marseille et la Côte d’Azur. Pour atteindre par cette direction le Piémont, il est donc nécessaire de franchir ensuite l’Apennin. Trois lignes joignent à travers cette chaîne la grande artère littorale au réseau de la plaine du Pô, toutes comportant de longs et nombreux tunnels en même temps que de fortes rampes. Du niveau de la mer le rail atteint des côtes comprises entre 300 et 600 m. à une trentaine de kilomètres des points de départ. Les altitudes des tunnels de l’Apennin données ici sont approximatives.
- Ces trois lignes sont :
- 1° Savone vers Alexandrie et Turin. Elle franchit la crête apennine par un tunnel de 4248 m. à la cote 615 m. environ, à 39 km au nord de Savone;
- 2° Gênes à Alexandrie par Acqni, traversant l’Apennin par une galerie de 6500 m. à l’altitude de 340 m. (?) sous le col de Turchino ;
- 3° La nouvelle ligne Gènes-Roneo-Novi en direction de Turin et de Milan, laquelle passe la chaîne ligure sous le col dei Giovi, par un tunnel de 8294 m, vers l’altitude de 400 m. Entre Gênes et Ronco elle est doublée par une ancienne ligne,
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- Les voies de communication entre France et Italie.
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- 328 LES VOIES DE COMMUNICATION DIRECTES ENTRE FRANCE ET ITALIE
- abandonnée par le grand trafic en raison de la hauteur de son seuil et des mauvaises conditions d’aération de ses tunnels.
- Une quatrième jonction entre le littoral méditerranéen et le réseau piémontais est en construction, partant de Vintimille et aboutissant à Coni, en passant sous le col de Tende par un tunnel long de 8 km.
- Du Mont Blanc à Nice les Alpes sont traversées par cinq routes nationales utilisées par la traction automobile. Ce sont :
- 1° Col du Petit-Saint-Bernard (altit. : 2188 m.) (a). Route de Chambéry à Turin par Albertville, Moutiers, Bourg-Saint-Maurice, Ivrée; dislance : 514 km. — Sur le versant français la route est doublée par une voie ferrée, s’embranchant à Saint-Pierre-d’Albigny sur la ligne de Modane et s’étendant jusqu’au pied du col, à Bourg-Saint-Maurice. Du côté italien une ligne ferrée partant de Turin s’avance jusqu’à Aoste, de telle sorte que la lacune entre les têtes du rail sur les deux versants est seulement de 86 km.
- 2° Mont-Cenis (2) (ait. : 2082 m.). — Pioute de Chambéry à Turin par la Maurienne et par Suze : distance 218 km. — En France elle suit la voie ferrée Paris-Turin jusqu’à Modane ; Suze, où elle aboutit en Italie, est relié à celte même ligne par un embranchement de 7 km. amenant à Bussoleno. Dislance de Modane à Suze : 63 kilomètres.
- 5° Mont-Genèvre [altit. : 1850 m. (nivellement général)]. Route de Briançon à Turin; distance : 106 km. — Très mauvaise pour les autos entre la gare d’Oulx et Cézanne, village italien à 9 km du col. Aussi bien, est-il préférable de gagner Turin, en traversant le massif des Alpes vaudoises par la route et le col de Sestrières (2021 m. E. M. I.). Distance de Briançon à Turin par le mont Genèvre et le col de Sestrières et Pignerol : 105 km.
- Briançon est relié à Grenoble par un chemin de fer et trois routes nationales.
- A) La ligne ferrée escalade le col de Luz-la-Croix-Ilaute (ait. : 1166 m.), passe à Yeynes et arrive à Briançon par Gap et la vallée de la Durance.
- B) La route nationale la plus directe reliant Grenoble à Briançon est celle du col du Lautaret laquelle s’élève en ce point à la cote 2075. Dis-
- 1. Et non 2157 ni. comme l'indiquent les livres d’enseignement à la suite de l’Atlas général Vidal-Lablache (édition de 1909, frontière du Sud-Est, 76'').11 serait l'utile de chicaner un auteur à propos d’une erreur de 31 m., mais le fait est plus grave. La cote 2157 figure bien sur la carte de l’État-major français au 80 000°. mais elle s’applique au point où la roule franchit la ironlière et non pas au sommet du col situé à un kilomètre et demi plus loin en territoire italien et un peu plus haut. Nos professeurs, en adoptant cette altitude de 2157 m., ont oublié que précisément au Petit Saint-Bernard — et c'est le seul cas depuis l’extrémité méridionale de la chaîne du mont Blanc jusqu’à l’ancien comté de Nice — la frontière abandonne la ligne de partage des eaux et fait une saillie dans le bassin de l’Isère pour laisser à l’ita'ie l'hospice du Petit Saint-Bernard et les alpages qui en dépendent.
- 2. Nous disons le Mont-Cenis, le Mont-Genèvre, et non le col du Mont-Cenis, ou le col du Mont-Genèvre, par la raison que la juxtaposition de ces deux mots constitue le plus fré-
- tance de Grenoble à Briançon : 115 kilomètres.
- C) La seconde route suit la vallée supérieure du Drac, atteint Gap par le col Bayard (ait. : 1216 m.) et remonte ensuite la vallée delà Durance. Distance de Grenoble à Briançon : 192 km. Route à profil accidenté et à tournants dangereux. Au départ de Vizille vers le sud, la côte de Laffrey atteint une déclivité de 12 pour 100.
- D) La troisième route emprunte, comme la voie ferrée, le col de Luz-la-Croix-Ilaute, et ne dépasse pas comme altitude 1177 m. en ce point. Distance de Grenoble à Briançon : 220 km. — Excellente route pour automobiles.
- 4° Boute du col de la Madeleine ou de Larché (ait. : 1992 m.), de Gap à Coni par Barcelonnette : 160 km.
- 5° Route du col (de Tende, de Nice à Coni (distance : 127 km). L’ « ancienne route » franchit les Alpes à la cote 1873, tandis que la « nouvelle route » passe en dessous à l’altitude de seulement 1321 m. par un tunnel long de 3200 m.
- Atteignant des altitudes supérieures à 1800 m., ces routes deviennent impraticables chaque hiver pendant plusieurs mois. La durée de celte période dépend du régime météorologique régnant. Elle varie donc d’une année à l’autre. Pour le Mont-Cenis (2082 m.) et le Mont-Genèvre (1854 m.), les deux routes directes sur Turin, le Guide Michelin fixe la seconde quinzaine d’octobre comme date du début de l’obstruction. Si les neiges sont tardives et peu abondantes, le passage peut être pratiqué jusqu’au 15 novembre au moins et même être maintenu ouvert encore plus tard en nettoyant les chaussées.
- Le cours des événements ayant donné une importance considérable à ces deux routes et à la ligne ferrée du Fréjus précisément au début de l’hiver, il paraîtra rationnel qu’il soit fait appel à la compétence de M. Paul Mougin, conservateur des Eaux et Forêts à Valence, le très distingué spécialiste français en matière de neige dont le nom fait autorité en Europe et qui possède une expérience toute particulière de la Maurienne.
- Charles Rabot.
- quemment une lautologie. Dans l'idiome des habitants des Alpes, les deux vocables mont et montagne ont un sens opposé à celui qu’ils possèdent dans la langue classique. Tandis qu’ils éveillent dans noire espriL l’idée d’une cime, d’une « masse de terre et de roche élevée au-dessus du terrain qui l’environne », suivant la définition de Li 11 ré, les Savoyards et les Dauphinois les appliquent, au contraire, à dos dépressions. Dans nos Alpes, ces deux mots désignent, non des crêtes, mais des pâturages, par suite des régions liasses de la chaîne; ce sont les synonymes français du terme allemand alp. Ainsi le Cenis et le Genèvre, formés par de larges plateaux couverts de pâturages, sont des monts, par suite des dépressions. Le premier se trouve, en ell'ut, en contre-bas de 1300 m. des pi-s voisins et le second de 1278 m. par rapport à une des cimes environnantes. 11 y a naturellement j des exceptions qui confirment la règle; tel est le cas pour I le Mont-Blanc et. pour le Mont I’ouri, la crête la plus élevée de | la Tarentaise.
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- LA FABRICATION DE LA GLYCÉRINE
- La glycérine, Cil2 OU — CHOII — CH2 OH, se trouve dans les huiles elles graisses, combinée aux acides gras qui servent à la fabrication des savons et des bougies. Elle est donc un sous-produit de ces industries, d’autant plus intéressant que, par ses propriétés physiques et chimiques, elle trouve une foule d’applications.
- La glycérine pure est un liquide incolore, inodore, sirupeux, de saveur douce. Sa densité est de 1,265. Elle se mélange à l’eau et à l’alcool en toutes proportions et est très hygroscopique. Elle se solidifie seulement à —40° et bout à 290°. Elle est remarquablement imputrescible.
- rine, base de la dynamite et de divers autres explosifs.
- En temps de paix, le principal marché de la glycérine était Paris.
- La France en produisait pendant les dernières années avant la guerre environ 10 000 tonnes par an, valant de 170 à 180 francs les 100 kilogrammes. La plus grande partie provenait des stéarineries, bien qu’en ces derniers temps, les savonneries tendissent à dominer le marché avec la glycérine récupérée des lessives.
- Actuellement, la glycérine est en grande partie réquisitionnée pour les besoins de la défense natio-
- Acides graspour travail ultérieur
- ou pour e/n magasinage BP Pompe è acides, gras
- impea ^ i graisse
- Cuve de lavage
- tig. i. — Vue d'ensemble d'une usine à glycérine.
- Ces propriétés la font utiliser dans les limonades, certains chocolats, les fruits secs; on en ajoute au houblon dans les brasseries, aux blancs et aux jaunes d’œufs conservés; elle entre dans la composition des moutardes. La parfumerie s’en sert pour l’extraction de certaines essences délicates. Les manufactures de l’Etat en mouillent légèrement le tabac à priser et à fumer. Dans l’industrie, elle sert d’apprêt pour les étoffes et le papier ; la tannerie en ajoute au cuir pour l’assouplir; les colles et gélatines en sont additionnées, ainsi que les argiles à modeler. Enfin, la pharmacie en consomme une certaine quantité pour la préparation des lavements, des suppositoires, des lotions, des pommades, etc.
- Les utilisations militaires de la glycérine sont beaucoup plus importantes. L< s freins hydrauliques des canons en sont remplis, à cause de^ sa viscosité et de son bas point de congélation. Mais sa principale utilisation est la fabrication de la nitroglycé-
- nale, son exportation est interdite et nous ne saurions dire le chiffre exact de sa production.
- On trouve dans le commerce quatre sortes de glycérine :
- 1° La glycérine brute plus ou moins impure, de titre variable ;
- 2° La glycérine raffinée et décolorée qui contient encore diverses impuretés dissoutes;
- 5° La glycérine distillée exempte de chlore ou glycérine à dynamite;
- 4° La glycérine chimiquement pure.
- Les trois dernières qualités proviennent de la première par purifications successives.
- On sait que la fabrication des bougies emploie le suif de bœuf qu’on saponifie, généralement par la chaux, dans des autoclaves. Dans lès savonneries, on saponifie par la soude ou la potasse diverses huiles végétales : arachides, sésames, etc. M. le professeur Jumelle a décrit récemment dans La Nature (n° 2242) les techniques de ces fabri-
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- LA FABRICATION DE LA GLYCÉRINE
- à droite
- cations, sur lesquelles nous ne reviendrons pas.
- Dans l’un et dans l’autre cas, il reste comme résidu une lessive contenant la glycérine séparée des acides gras.
- Pendant longtemps les savonneries et Stéari- Couverc/e fixe neries envoyaient leurs eaux résiduaires à des fabriques spéciales de glycérine établies dans le voisinage, qui récupéraient les divers produits contenus dans ces eaux : alcalis, sels et glycérine.
- La tendance actuelle est d’annexer à chaque usine importante de corps gras une installation de traitement des eaux de lessive.
- La fabrication de la glycérine consiste donc essentiellement en une purification et une filtration des eaux brutes, une évaporation, concentration et distillation de la glycérine.
- Dans les stéarineries, les eaux résiduaires renferment une quantité notable de savon calcaire et de chaux. Le savon de chaux, insoluble dans l’eau, est retenu par filtration sur des chausses de feutre ou de laine. Le reste de la chaux est précipité par l’acide sulfurique sous forme de sulfate de chaux. On recueille l’acide gras libéré qui vient flotter à la surface, puis on neutralise à la craie. Le liquide restant est une solution de glycérine dans l’eau qu’on filtre, puis concentre jusqu’à 26 à 50° Baumé.
- Dans les savonneries, les eaux résiduaires renferment de la soude ou de Fi%- 3-
- la potasse et des matières albumineuses, résineuses
- et savonneuses provenant des graines. On neutralise l’eau par un acide fort, puis on ajoute
- Fig. 2. — Procédé Twitchell pour le traitement en fûts. A gauche : eau acidulée après purification des graisses; - eau glycèrineuse.
- Le liquide surnageant est filtré puis concentré.
- Dans les savonneries importantes, on préfère aujourd’hui extraire la glycérine pendant la saponification par d i-vers procédés que nous décrirons en détail plus loin,cequi donne un produit plus pur et de plus grande val eur marchande.
- Comme dans toutes les in dus-tries, on est parvenu peu à peu à améliorer le rendementet à diminuer le coût des diverses opérations par des perfectionnements successifs appor-
- puis
- 5 pour 100 de sulfate de fer ou d’alumine qui précipite une bonne partie des impuretés.
- -----------------------------------------courtes a la construction et a la marche des appareils.
- Nous essaierons de donner une idée de l’installation moderne d’une fabrique de glycérine.
- Pour extraire la glycérine pendant la saponification des corps gras, et obtenir ainsi ce qu’on appelle la glycérine de saponification, on emploie l’un des procédés suivants :
- 1° Procédé à l'autoclave (fig. 1). — Les fûts d’huile et de graisse, dès leur arrivée à l’usine, sont vidés dans un réservoir au moyen d’un injecteur de vapeur. Après décantation, le liquide graisseux est élevé par une pompe dans une grande cuve où on le purifie. Un simple chauffage par des serpentins de vapeur sépare déjà une mousse impure qu’on écréme à plusieurs reprises. Puis une addition de sel marin ou d'alun en solution concentrée provoque la montée d’une nouvelle mousse. Enfin, on ajoute de l’acide sulfurique qui parfait l’éclaircissement des huiles ou graisses. Après repos, les matières grasses sont envoyées dans un autoclave en même temps que la solution d’alcalis (chaux vive, magnésie et oxyde de zinc) préparée dans une cuve spéciale et chauffée.
- Appareil de concentration dans le vide.
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- LA FABRICATION DE LA GLYCÉRINE
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- Après quelques heures de contact en présence de vapeur d’eau sous pression, on vide lentement l’autoclave dans un réservoir où se fait la décantation.
- La couche inférieure contient un mélange d’eau et de glycérine; au-dessus flottent les acides gras plus ou moins mélangés de savons. Un conduit inférieur à trois voies permet de diriger l’eau o-lycérineuse dans un réservoir de clarification, puis les acides gras dans une cuve où un réservoir déverse de l’acide sulfurique qui décompose les savons; les acides gras ainsi purifiés et éclaircis sont versés ensuite dans une cuve de lavage où une pompe les puisera pour les envoyer dans les appareils de traitements ultérieurs ou dans les fûts de livraison. Nous
- Il consiste à traiter les corps gras dans des tonneaux de bois l’abri de l’air, par de la vapeur d’eau et une très petite quantité de réactifs (fig. 2). Les corps gras arrivant à l’usine dans des fûts ordinaires à huile, on introduit simplement dans le tonneau un tube de plomb ou de cuivre percé de trous par où l’on fait arriver la vapeur d’eau. Quand la masse bout, on ajoute 1 à 2 pour 100 d’acide sulEurique à 00° Baumé, puis après deux heures d’ébullition, on laisse refroidir et déposer. L’huile surnageante est éclaircie et purifiée. On la transvase dans un deuxième tonneau semblable au premier et également pourvu d’un tube d’arrivée de vapeur d’eau.
- On a préalablement versé dans ce fût 50 kg
- n’avons pas à suivre ici cette série d’opérations qui suit la séparation de la glycérine.
- L’eau glycéri-neuse du réservoir de clarification est fortement impure; elle contient de la chaux, de la magnésie, des acides organiques, etc. On la fait bouillir par chauffage à la va-peur avec une petite quantité de lait de chaux, qui sépare les impuretés. Le liquide passe au filtre-presse et arrive ensuite dans la cuve de première concentration.
- 2° Procédé alcalin à l'air libre. — Les recherches successives de Tardani, Fournier, Eydoux, Krebitz ont conduit à traiter à chaud et à l’air libre les corps gras par un lait de chaux. Il se forme un savon calcaire qu’on sépare et qu’on transforme'en savon soluble par mélange avec des carbonates alcalins et du sel marin. Le carbonate de chaux produit constitue un sous-produit intéressant.
- L’eau glycérineuse obtenue par ce procédé est plus concentrée en glycérine et renferme moins d’impuretés.
- 5° Procédé Twitchell. — En ces derniers temps, et surtout dans les petites usines, le procédé Twitchell a remplacé les autres méthodes de séparation de la glycérine et des acides gras. C’est en .effet un procédé d’excellent rendement et qui a l’avantage de réduire beaucoup les frais d’installation et de fabrication (fig. 2).
- Fig. 4. — Appareil à distillation continue.
- d’eau distillée pour 250 kg de matières grasses. On fait arriver la vapeur de façon qu’elle traverse toute la masse et qu’elle s’échappe régulièrement après avoir chassé tout l’air de l’intérieur. On verse alors le réactif de Twitchell par un entonnoir et on laisse bouillir 12 à 24 heures. A ce moment, la saponification est terminée et le liquide se sépare en deux couches : les acides gras au-dessus, l’eau glycérineuse au-dessous.
- L’eau glycérineuse obtenue est neutralisée par la chaux et concentrée.
- 4° Procédé de fermentation. — Les recherches de divers physiologistes, et notamment en dernier lieu de Nicloux, ayant établi que dans la graine de ricin il existe une diastase capable de saponifier l’huile en donnant un savon et de la glycérine, on a tenté récemment d’utiliser industriellement cette action diastasique. Les graisses ou huiles, émulsionnées avec une solution de sulfate de manganèse
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- sont mélangées de graines de ricin moulues. La saponification est menée à 25°, en agitant constamment. On obtient o couches de liquides : l’acide gras, les débris de graines, l’eau glycérineuse. L’avantage de ce procédé est de donner des acides gras très purs et très clairs, par suite de la faible température de la réaction.
- Quel que soit le procédé employé, on obtient toujours une glycérine très fortement diluée. Il s’agit ensuite de la concentrer et de la distiller.
- L’eau glycérineuse ou la lessive résiduaire de savonnerie est généralement traitée par la chaux, puis filtrée à chaud sur charbon d’os dans des cylindres de fer ou passée au filtre-presse. Si l’on veut une glycérine absolument pure et exempte de cendres, on la purifie par l’oxalate d’ammoniaque qui précipite les dernières traces de chaux et de magnésie.
- On procède alors à la concentration. Celle-ci est pratiquée soit au moyen d’appareils à vide semblables à ceux des sucreries où l’on évapore les jus, soit par la vapeur à l’air libre.
- Parmi les plus récents des appareils à vide, nous pouvons citer celui représenté figure 5 dans lequel l’eau résiduelle est vaporisée; l’eau et la glycérine distillent à la partie supérieure tandis que les impuretés et les sels se rassemblent dans le fond de l’appareil d’où ils sont évacués. La solution de glycérine obtenue par ce procédé est très pure.
- Pans les petites usines, on se sert encore aujourd’hui d’une chaudière chauffée à niveau constant par un serpentin de vapeur; la vapeur d’eau s’échappe à l’air libre et le liquide restant se concentre peu à peu.
- Actuellement, dans les grosses installations, on préfère opérer par distillation. Les premiers, Wilson et Payne ont en 1855 obtenu par ce procédé
- un produit d’une grande pureté. Les appareils à distillation de glycérine ont suivi l’évolution des appareils du même genre employés dans d’autres industries.
- À la chaudière chauffée à 220° et communiquant avec une série de réfrigérants où se condensent des glycérines de moins en moins concentrées, qui ne permettent qu’un traitement intermittent, on a substitué des appareils continus, tel celui de la figure 4, dans lesquels l’eau glycérineuse chauffée au-dessus de 100° dans le réservoir À descend dans la cornue G chauffée à feu nu à 260-280°. La vapeur distille dans un serpentin S plus froid où l’on recueille les produits de condensation. La glycérine recueillie dans les premières parties marque 28° Baumé.
- Les appareils industriels, employés dans les fabriques les plus importantes, utilisent te chauffage par la vapeur d’eau sous pression et le vide. Leur installation est trop complexe pour que nous entrions ici dans les détails de leur construction.
- La glycérine ainsi obtenue peut servir à la fabrication de la dynamite et des explosifs.
- Pour être utilisable, elle doit avoir une densité supérieure à 1,262, être neutre au tournesol, claire et limpide, sans odeur à 100°, donner moins de 0,05 pour 100 de cendres, contenir moins de 0,01 pour 100 de chlorure, moins de 0,5 pour 100 d’eau. En la traitant par l’acide nitrique en présence d’acide sulfurique comme déshydratant, elle donne la nitroglycérine. Celle-ci, incorporée à du Kieselgühr, constitue la dynamite ; additionnée de coton-poudre gélatinisé forme la gélatine explosive, mélangée de diverses nitrocelluloses donne la balis-tite, la cordite, etc.
- La glycérine chimiquement pure employée en pharmacie est généralement distillée une seconde fois. A. Breton.
- A TRAVERS LES REVUES TECHNIQUES ALLEMANDES
- Les indications que donnent les journaux techniques allemands sur Vactivité industrielle de nos ennemis, ne sont pas seulement intéressantes au point de vue de la guerre en nous lais* sant apercevoir les symptômes d'usure, elles ont encore une valeur propre, car elles montrent les tendances de l'industrie, les progrès accomplis dans certaines fabrications, les applications nouvelles mises au point, toutes acquisitions qui resteront après la guerre et dont les conséquences se feront sentir en temps de paix. Aussi est-il intéressant de suivre de très près l’évolution de l’industrie allemande dès à présent. Sous cette rubrique nous publierons les informations les plus caractéristiques susceptibles d’intéresser nos lecteurs.
- Une affiche sur les moyens de graissage. —• Les revues techniques allemandes, récemment parues, contiennent un exemplaire — à plus ou moins grande échelle — d’une affiche destinée à être collée sur carton fort, et à être placardée dans un endroit bien en évidence des usines et des ateliers. Elle insiste sur la nécessité impérieuse d’économiser les moyens de graissage et prévoit une
- série de prescriptions à suivre pour y arriver :
- « Observez la plus grande économie dans l’emploi de l’huile de graissage! Ce n’est qu’à ce prix que notre industrie peut distribuer des quantités suffisantes de produits de graissage, et pourvoir nos troupes du matériel de guerre nécessaire.
- « N’employez que des burettes à huile étanches, qui possèdent un moyen de fermeture, et distri-
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- A TRAVERS LES REVUES TECHNIQUES ALLEMANDES = 333
- buent l’huile sous forme de filets minces ou de gouttes.
- « Distribuez l’huile aux endroits où elle est réellement nécessaire; lors de l’arrêt d’une machine, enlevez la mèche du graisseur; redressez le graisseur à gouttes.
- « N’utilisez pas l’huile coûteuse de cylindres pour les transmissions où il suffit d’un moyen de graissage plus économique.
- « Maintenez en bon état d’entretien toutes les parties qui doivent être graissées. Les surfaces rudes de graissage et les chapeaux de paliers fortement serrés augmentent la consommation d’huile de graissage.
- « Partout où il est fait usage d huile, prévoyez des récipients pour la recueillir et des tôles de protection; utilisez l’huile recueillie au même titre que l’huile fraîche, après l’avoir éventuellement purifiée.
- . « Rassemblez tous les déchets de coton, et toutes les matières ayant servi au nettoyage afin de pouvoir en extraire l’huile. Les déchets de coton ne peuvent, en aucun cas, être brûlés.
- « L’eau peut souvent remplacer l’huile dans le cas de travaux grossiers.
- « Ne vous lavez jamais les mains au moyen d’huile : il suffit de les essuyer avec du déchet de coton ou d’un torchon de nettoyage usagé. »
- Les succédanés en Allemagne. — La pénurie des matières premières a conduit nos ennemis à remplacer celles qui leur sont le plus indispensables par d’autres de qualités plus ou moins .équivalentes. Voici quelques exemples intéressants des solutions qu’ils ont adoptées et des résultats qu’ils prétendent avoir obtenus.
- Acier à coupe rapide. — L’acier à coupe rapide utilisé dans les machines n’est nécessaire qu’au tranchant ; la plus grande partie de l’outil peut donc être composée d’acier ordinaire, avec un tranchant de qualités spéciales. La difficulté réside naturellement dans la manière de constituer une liaison suffisamment robuste entre les deux parties constituantes : on se sert d’une poudre qui réalise le joint de transition progressive entre les deux espèces d’acier. Des essais ont montré qu’un mélange de limaille de fer (54 pour 100), de copeaux, de corne (12 pour 100), de graphite (22 pour 100) et de borax fondu et broyé finement (22 pour 100) donnait de bons résultats.
- Cuivre. — Le cuivre étant considéré comme indispensable pour la construction de certaines pièces de locomotives, par exemple, pour des plaques tubulaires, des tubes de fumée, des entre-toises. On utilise aujourd’hui couramment l’acier doux pour ces parties, mais d’une résistance et d’un allongement élevés. On remplace le cuivre des tuyaux par le fer forgé, celui des chaudières par le fer galvanisé. '
- Pour le métal des coussinets, il est fort difficile de se passer des alliages bien connus à base d’étain
- et d’antimoine; on n’est pas parvenu jusque maintenant à se passer de l’étain.
- Caoutchouc. — Les tuyaux flexibles des conduites de chauffage à la vapeur des trains, placés entre les voitures, ne sont plus remplacés quand ils sont mis hors d’usage : on leur substitue des tuyaux en fer; l’étanchéité des joints est assurée au moyen de linoléum et d’autres succédanés ; aux endroits où il convient de réaliser une certaine résistance élastique, on ajoute des déchets de feutre, de bois ou des plumes.
- Cuir. — L’emploi des courroies en cuir présente également de grosses difficultés : on recourt le plus possible aux courroies en acier, aux chaînes et aux câbles de transmission, aux accouplements directs, aux roues dentées* etc. Dans les installations existantes, des courroies en chanvre et en coton rendent de grands services, mais ces matières ont atteint aussi un prix élevé.
- L'éclairage au gaz naturel. — D’après le Ungar. Berg, und Iluetten. Zi., la direction des chemins de 1er hongrois a fait des essais d’éclairage de ses voitures au moyen de gaz naturel (méthane). Ces essais auraient réussi, et le gaz de méthane comprimé remplacerait le gaz à l’huile. Ce gaz naturel est enfermé dans des bonbonnes de 40 litres, sous une pression de 140 atmosphères, lesquelles sont déposées dans les stations où doit se faire l’approvisionnement des réservoirs à gaz. Alors que le prix de revient du gaz à l’huile atteint 25 hellers (soit 25 centimes environ, en temps normal), l’utilisation systématique du méthane réduirait ce coût à 9 hellers le mètre cube.
- D’autre part, la ville de Torda, en Hongrie, a inauguré le chauffage domestique au moyen du méthane; celui-ci est préparé dans quatre usines; son pouvoir calorifique atteint 8000 calories, et il est vendu 8 hellers seulement le mètre cube pour la production de la force motrice.
- Les gisements de phosphates en Allemagne. — Des groupements d’industriels et d’agriculteurs offrent une somme de 100 000 marks, avec l’appui de l’État, pour l’attribution de primes dans les découvertes de nouveaux gisements de pierres phosphatées. Il convient, en effet, de faire remarquer, pour justifier cette mesure, que nos ennemis sont tributaires de l’étranger quant aux matières premières pour superphosphates, dont ils importaient pour 45 à 50 millions de marks de phosphate par an, avant la guerre.
- L’exploitation des gisements de phosphate aurait été notablement développée en Allemagne depuis le début de la guerre : des pierres phosphatées, jadis inutilisables, conviendraient aujourd’hui pour la fabrication des engrais.
- La mousse de tourbe. — Les techniciens allemands insistent beaucoup auprès de leur gouvernement pour que celui-ci assure l’utilisation rationnelle des tourbières, et fasse les sacrifices financiers nécessaires pour leur étude et leur mise en valeur
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- urgente. C’est dans cet ordre d’idées que l’État a créé à l’Université de Hanovre un « Laboratorium für technische Torfverwertung » (Laboratoire pour la mise en valeur de la tourbe).
- Signalons l’emploi préconisé, dans les étables, de mousse de tourbe, emploi connu depuis longtemps mais peu répandu. On savait, par expérience, que cette matière possède la qualité d’absorber facilement les matières fécales et de les rendre inodores. La tourbe fine peut absorber une grande quantité d’humidilé, peut se combiner à l’ammoniaque, enlever l'odeur des liquides, et tuer des germes de maladies. Les différentes espèces de tourbes fines présentent un pouvoir d’absorption de 800 à 2000 pour 100, soit 8 à 20 Ibis leur propre poids, parfois davantage. Le pouvoir de combinaison avec l’ammoniaque atteint 1,6 à 2,5 parties d’ammoniaque pour 100 parties de tourbe, alors que 100 parties de paille de blé n’absorbent que 0.26 partie d’ammoniaque. Non seulement la mousse de tourbe enlève au fumier son odeur nauséabonde, mais elle réalise un excellent engrais.
- Vers 1879 seulement apparurent, en Hollande, les premières machines destinées à la préparation de la mousse ou de la paillette de tourbe; bientôt cette fabrication se développa en grand en Allemagne, à partir de 1881. Depuis lors, des fabriques similaires se sont érigées dans différents pays, Chez nos ennemis, il existe 94 fabriques de paille de tourbe en 74 endroits, principalement dans les régions tourbières du Nord-Ouest et de l’Est; la production de ces fabriques varie de 35 à 2000 wa-gonsi par an. En Autriche, les chiffres officiels indiquent 18 grandes fabriques de mousse de tourbe; deux fabriques analogues existent en Hongrie. On en compte 7 en Suisse, d’un faible rendement d’ailleurs, qui travaillent la tourbe gelée, 3 au Danemark; la Norvège en possède 47. La Suède, pays classique de l’industrie de la paille de tourbe, accusait, en 1913, 225 fabriques, avec une production annuelle de 8 millions dé ballots de 0,35 m3, soit: environ 33000 wagons. En Finlande, la situation est particulièrement favorable pour cette industrie, par suite de la faible décomposition des fibres végétales; on y compte 15 grandes fabriques ; dans oes derniers temps se sont élevées beaucoup de petites installations temporaires, il y en avait 118 en 1915. Quelques fabriques existent aussi en Belgique et en Angleterre, mais nous n’en connaissons guère en Italie et en France.
- Nous avons quelque peu développé cette énumération pour montrer l’intérêt industriel que présenterait pour nous aussi la fabrication de la mousse de tourbe, car nous sommes tributaires de l’étranger, à cet égard (des Pays-Bas, notamment).
- Quelques autres usages spéciaux de la tourbe. — On est parvenu à tirer de la tourbe des fibres
- chimiquement pures et aptes à être blanchies et teintes en vue de leur emploi en filature et en tissage, pour la confection d’étoffes d’habillement, de tapis, de couvertures, etc. On en extrait aussi une ouate d’excellente qualité, très pure, et recherchée. Par son énorme pouvoir d’absorption de l’humidité, elle est d’un emploi avantageux pour des coussins de nourrissons et de malades. Une fabrique hollandaise a été érigée dans la province de Drenle dans le but d’utiliser la tourbe comme matière première pour la fabrication du carton; l’entreprise n’a pas donné de résultats satisfaisants ; des installations similaires existent cependant à l’étranger.
- D’autre part, des essais ont été faits à Hambourg et à Dresde pour comprimer la tourbe avec un liant, sous une pression de 500 atmosphères, afin d’en préparer un succédané du bois. Ce produit doit résister à l’eau, aux variations de température et au feu ; il est extraordinairement dur, et peut servir au pavage des rues, comme traverses de chemins de fer, etc. ; son prix n’atteindrait que les 75 pour 100 de celui du bois de chêne.
- Le transport du gaz à distance. — On a créé dans certains bassins houillers allemands de vastes réseaux de canalisations à gaz raccordées aux usines à coke. Dans les fours de construction moderne, on ne dépense qu’une partie du gaz produit, pour chauffer les chambres des fours, et le surplus devient disponible. On a eu l’idée de mélanger ce gaz des usines à coke à celui des usines à gaz ; dès 1910, la ville de Barmen, par exemple, a renoncé à l’exploitation de sa propre usine à gaz, et a conclu un accord avec les usines Thyssen, près de Duis-bourg, pour une production de 20 millions de mètres cubes par an, soit de la totalité du gaz qui lui est nécessaire. La distance de transport est de 50 km, donc tout à fait comparable à celle de l’énergie électrique. Un mouvement analogue s’est dessiné en Westphalie, dans le bassin houiller de Waldenbourg, en Silésie, et dans le bassin de la Saar.
- L’utilisation systématique, à distance, du gaz des usines à coke a permis de réduire notablement le prix de revient du gaz d’éclairage ; des contrats ont été passés sur base de 5,5 pfennig le mètre cube, y compris les dépenses relatives à la canalisation, l’intérêt, l’amortissement, l’entretien, la surveillance et l’énergie nécessaire à la compression du gaz.
- Chez nous, où l’industrie du coke aurait besoin d’un essor vigoureux, nous ne tirons pas toujours un parti suffisant des ressources indirectes que présentent les usines à coke. Ne perdons pas de vue, notamment, les avantages du transport à longue distance du gaz disponible, au fur et à mesure que des'usines nouvelles seront édifiées en territoire libéré. L.
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- ACADEMIE DES SCIENCES
- Séance du 22
- Influences électrométalliques à travers des feuilles isolantes très minces. — M. Branly, continuant son importante communication, étudie la conductibilité unipolaire de certains couples tels que galène-fil de platine ; ou galène-fil de cuivre. Ces couples, sous une pression de contact convenablement réglée, laissent passer le courant dans un sens et pas dans l’autre. Une conductibilité unipolairç semblable s’observe avec une feuille de mica interposée entre deux disques métalliques de substances différentes, spécialement choisies. Mais ce n’est pas seulement dans la conductibilité unipolaire que la nature des métaux, mis ainsi en présence dans un condensateur à feuille de mica, joue un rôle nettement accusé. Ce rôle se constate également dans les essais de simple conductibilité, où certaines associations de métaux se montrent plus avantageuses pour provoquer la conductibilité du mica. Deux surfaces métalliques, placées en
- octobre 19 J 7.
- regard, exercent une influence spécifique extérieure à travers le milieu intermédiaire, par la poussée d’une force électromotrice même faible, à des distances qui sont suffisamment grandes pour être mesurées directement.
- Fondation Loutreuil. — Le Conseil de cette très importante fondation, en réduisant, pour l’année prochaine, les subventions accordées aux travailleurs, afin de constituer un fond pour le retour des savants mobilisés après la paix, exprime diverses opinions qu’il peut être intéressant de faire connaître : tout d’abord, la nécessité que les fonds accordés soient réellement et immédiatement utilisés pour des travaux personnels et non pour la constitution de laboratoires destinés à l’enseignement ; en outre., que les bénéficiaires remplissent la condition imposée par le fondateur de faire connaître les résultats ainsi par eux obtenus.
- AU-DESSUS DU SAHARA
- Un coup d’œil aux photographies que nous reproduisons sur ces pages, et c’en est assez pour
- Que n’avait-on prédit alors aux aviateurs qui auraient la témérité de s’élancer au-dessus des
- Fig. 1. — Vue à vol d’oiseau de Guerrara, ville des Beni-Nizab.
- acquérir la conviction que l’aviation, grâce aux progrès réalisés par les constructeurs., peut désormais affronter victorieusement les régions qui lui paraissaient interdites, il y a seulement deux ou trois ans.
- solitudes sahariennes! Le sable impalpable dont l’atmosphère y est comme imprégnée causerait au moteur une notable diminution de vitesse avant de l’immobiliser complètement.
- Les énormes et brusques écarts de tempé-
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- rature, entre les nuits souvent très froides et les journées toujours torrides, feraient jouer le métal et détérioreraient rapidement les pièces délicates.
- La question de l’orientation étnit considérée par ces mauvais prophètes comme un problème insoluble. Comment se diriger au-dessus de ces espaces illimités, totalement dépourvus des bleus rubans de tieuves ou de rivières qui servent de guides aux aviateurs dans les régions habitables? L’absence de points de repère les réduirait à l’impuissance.
- Si, bravant ces obstacles, ils s’élancaient à tra-
- police des vastes territoires qui forment l’arrière-pays de nos possessions et protectorats méditerranéens. Nos escadrilles d’Algérie, de Tunisie et du Maroc se signaient journellement par leur activité méthodique comme par leur hardiesse. Leurs fré-quentes patrouilles dans des régions écartées où les agents de nos ennemis comptaient bien faire éclater des troubles ont défendu cette Fax Gallica dont les colonies allemandes ne connurent jamais l’équivalent.
- Ces patrouilles aériennes qui promènent le menaçant ronronnement de leurs moteurs autour des
- Fig. 2. — Route de El-Oued. On distingue au centre de la photographie un avion.
- vers l’immensité désertique, quel serait leur sort en cas de panne irrémédiable? Ils se verraient condamnés à mourir de faim ou de soif au creux d’une dune, s’ils n’étaient pas égorgés par les sauvages Touareg.
- Mais nous avons maintenant la preuve que ces objections sont désormais sans valeur, et que l’hypothèse, formulée jadis, 'd’un service postal aérien entre l’Algérie, Tombouctou, et nos possessions de la Côte d’Afrique, est sur le point d’entrer dans le domaine des réalisations.
- Ce n’est point violer un secret de la Défense Nationale que de dire que l’aviation militaire a pris, depuis deux ans, une part prépondérante dans la
- douars suspects économisent maintes fatigues à nos troupes africaines. En ce qui nous concerne ici plus spécialement, elles nous auront valu d’admirables documents photographiques qui nous révèlent le charme étrange des petites cités sahariennes.
- Voici Guerrara, l’antique métropole des Beni-Mzab, étranglée entre des collines dénudées et une vaste forêt de dattiers; El-Oued, où se croisent cinq routes de caravanes, et qu’entourent d’innombrables palmeraies enfouies dans des cuvettes régulièrement espacées; Kouinine, et ses maisons crénelées; d’autres encore, qui dressent leurs minarets au-dessus de l’immensité du désert.
- V. F.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahure, rue de Fleuras, 9, à Paris.
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- LA NATURE.—N* 2305.
- 1 °r DECEMBRE 1917
- LES ILLUMINATIONS DE L’EXPOSITION DE SAN-FRANCISCO
- Fig. i• — La batterie des projecteurs de <> l’arc-en-ciel
- Les préoccupations de l’heure présente semblent reléguer dans leur lointain passé les manifestations de l’activité pacifique de l’humanité que sont les grandes expositions. Cependant nombre de problèmes que l’on rencontre dans la guerre actuelle se sont également posés lorsqu’il s’est agi de construire en quelques mois des villes entières sur des emplacements souvent incommodes.
- En particulier, le problème de l’éclairage qui a dans la guerre une si grande importance est aussi
- un de ceux qui ont le plus préoccupé les organisateurs d’expositions. Celles-ci sont en effet le motif d’une débauche considérable de lumière se traduisant le plus souvent par des effets artistiques plus ou moins réussis.
- L’exposition de 1889 avait ses fontaines lumineuses, celle de 1900 en avait également qui étaient rehaussées par les jeux de lumière du Palais de l’Électricité, enfin tout le monde a présentât mémoire l’orgie de lumière de certains Salons de l’Automobile. L’exposition panaméricain e de San-Francisco qui s’est ouverte au moment où déjà l’Europe était ensanglantée par le conflit actuel ne pouvait faire exception à la règle surtout dans un pays où l’on est habitué à voir grand. Les chiffres suivants empruntés aux Proceedings of the American Institute of Elec-trical Engineers fixeront mieux les idées. La surface des principaux bâtiments illuminés le soir était à l’Exposition de San-Francisco de 743200 m2. La puissance électrique totale installée pour four-
- 45° Année. — 2e Semestre-
- Fig. 2. — L’installation de la batterie de projecteurs.
- nir soit la lumière, soit la force motrice atteignait 43954 kilowatts, mais sur cette puissance totale on n’a jamais eu de pointes supérieures à 8200 kilowatts. Pendant la durée de l’exposition qui a été de
- dix mois l'énergie électrique fournie représente un total de 16 057790 kilowatts-heures dont 5582 906 ont été vendus aux exposants, le reste, soit 10474884, a été utilisé par l'administration de l’Exposition.
- Mais l’éclairage électrique n’avait pas le monopole absolu des illuminations, car on avait fait appel à tous les nouveaux foyers lumineux, c’est ainsi que cinq kilomètres de rues dans les sections étrangères
- étaient éclairées par des foyers intensifs à gaz sous pression, système Penn, constitués par des globes de 500 mm de diamètre contenant plusieurs manchons montés sur des candélabres de 4,9 m. de hauteur et disposés à 30 m. les uns des autres. Des flambeaux à gaz produisaient des effets lumineux très réussis dans les cours de l’Abondance et du Nord ; enfin d’autres foyers lumineux, également au gaz, étaient répandus un peu partout notamment dans la section des attractions et devant certaines portes. Toutes ces installations représentaient une consommation de 425 ms„de gaz par heure et l’Exposition absorbait chaque jour 13 780 m3 de ce même gaz.
- Enfin il a été consommé pendant toute la durée de l’Exposition 3 452 590 m5 parmi lesquels 710 874m3 étaient utilisés par les seuls services de l’Exposition.
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- LES ILLUMINATIONS DE L’EXPOSITION DE SAN-FRANC1SCO
- Des effets très curieux ont été obtenus par l’emploi d’une grande masse de vapeur émise par une locomotive puissante, vapeur sur laquelle on diri-
- geait les faisceaux lumineux colorés d’une série de projecteurs. En d’autres endroits, c’étaient les dômes des palais qui changeaient constamment de couleur et d’aspect, enfin dans les avenues, des étendards lumineux ou des armoiries éclairées par des sources dissimulées produisaient les plus heureux effets. Sans examiner en détail les multiples effets d’éclairage ainsi réalisés, ce qui nous conduirait trop loin, nous passerons en revue les principaux, c’est-à-dire :
- La tour des diamants,
- Le scintillateur,
- Le kaléidoscope électrique,
- Le foyer lumineux de la salle des fêtes,
- Les fontaines lumineuses.
- Tour des diamants. — Comme son nom l’indique, cette tour était recouverte de diamants; mais, que le lecteur se rassure, ces diamants étaient en excellent verre. On avait choisi, en effet, des verres à fort indice de réfraction et leur taille rappelait celle des diamants célèbres, chacun d’eux était monté dans une suspension leur permettant de se balancer au gré du vent. La partie arrière était soigneusement argentée pour réfléchir entièrement les rayons lumineux sous toutes les incidences, ce que l’on
- ne pouvait espérer obtenir d’une façon complète du phénomène bien connu de la réflexion totale. Ces « simili » diamants étaient répartis sur les arêtes de la tour, de façon à en dessiner les motifs architecturaux, on en comptait 102 000 de 47 mm de diamètre et 4000 de 21 à 47 mm de diamètre.
- L’éclairage de cette tour était réalisé le soir par des batteries de projecteurs électriques à arc logés sur le toit des palais environnants et pour éviter d’avoir des faisceaux parallèles visibles de loin et en même temps un éclairage plus diffus, tous ces projecteurs avaient été munis de glaces divergentes. Des . jeux d’écrans colorés accompagnaient chaque projecteur, ils permettaient de changer rapidement la couleur de l’éclairage sur la tour. L’effet obtenu était merveilleux, en particulier lorsque le vent agitait les milliers de diamants qui épousaient' le contour de la tour et que la couleur de l’éclairage changeait.
- Le scintillateur. — Le scintillateur est une création bien américaine ; c’est la combinaison d’une auréole lumineuse aux couleurs de l’arc-en-ciel, avec des jets de vapeur diversement colorés. Cette auréole était réalisée d’une façon grandiose ainsi qu’on en jugera par ce qui va suivre. Une batterie de 48 projecteurs à miroir de 90 cm de diamètre utilisant chacun un courant continu de 110 ampères sous 110 volts, soit 5280 ampères
- Engrenage des lentilles
- Fig. g. — L’organisation de l’éclairage du kaléidoscope.
- sous 110 volts pour l’ensemble, projetaient leurs faisceaux lumineux dans l’eSpace de.façon à réaliser une espèce de soleil levant.
- L’intensité lumineuse du faisceau de chaque pro-
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- LES ILLUMINATIONS DE L'EXPOSITION DE SAN-FRANCISCO
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- tous les
- jectëur étant évaluée à 55 millions de bougies, l’ensemble des 48 projecteurs émettait donc plus de 2 milliards de bougies. Cette batterie de projecteurs non visible pour le promeneur qui n’en apercevait que les faisceaux était logée sur le toit d’un palais derrière le dôme principal de l’Exposition. Le spectateur placé à une certaine distance avait l’impression de voir un vrai soleil qui se levait derrière le dôme.
- Ajoutons que chaque projecteur était muni d’écrans colorés à la gélatine vernie qui permettaient d’avoir des faisceaux diversement colorés du plus heureux effet, les couleurs de ces faisceaux ou se succédaient dans l’ordre du spectre ou prenaient tous la même couleur grâce à des combinaisons ingénieuses permettant la manœuvre à distance simultanée de écrans.
- Enfin, et ceci n’est pas le plus banal de l’installation, une puissante locomotive de la Compaynie Southern Pacific, du plus ré- Plaque de diffusion
- cent modèle, chauffée à l’huile lourdedepétrole, projetait dans l’espace des volutes de vapeur sur laquelle les faisceaux lumineux diverse-ment colorés des projecteurs produisaient des effets extrêmement curieux.
- Pour augmenter le volume de vapeur ainsi envoyé dans l’espace les roues de la locomotive étaient freinées
- et son allure correspondait à la vitesse de 97 km par heure. Des ventilateurs chassaient cette vapeur dans différentes directions en produisant, lorsque les projecteurs l’éclairaient, un spectacle merveilleux.
- La figure 1 donne une idée de ce que devait être le scintillateur, la figure 2 est une coupe de la
- Fig. 6. — L’éclairage indirect du « Festival Hall
- plate-forme supportant les 48 projecteurs en deux rangées de 24 ; sous la plate-forme se trouvent les machines de réglage et de transformation du courant électrique.
- Kaléidoscope électrique. — Moins grandiose dans ses effets, le Kaléidoscope électrique était destiné à produire des jeux de lumière changeant continuellement sur le dôme en verre du Palais de l’Horticulture : il était réalisé au moyen de 12 projecteurs à miroir de 75 cm de diamètre disposés en cercle sous le dôme.
- Les faisceaux de ces 12 projecteurs passaient par une ouverture commune pratiquée dans un plancher sous le dôme après avoir traversé des écrans colorés mus par un mécanisme spécial. La vitesse de déplacement des écrans étant entièrement sous la dépendance de la volonté de l’opérateur, on obtenait sur le dôme des teintes fondues variant constamment à la fois d’intensité et de couleur. La figure 5 est une
- vue en plan de l'installation. Tandis qu’on voit \ clairement figure 4 le montage du dispositif tel qu’il a été réalisé, on distingue très nettement les projecteur s qui envoient leur faisceau dans l’ouverture du haut au travers d’écrans colorés montés sur les axes dont la vitesse est rendue variable parl’em-^ ploi de poulies coniques reliées entre elles par une courroie
- comme on le fait sur certaines machines-outils.
- Eclairage indirect. — La salle des fêtes avait été dotée d’un éclairage spécial qui rappelait un peu le dispositif employé dans les fontaines lumineuses.
- Le dôme de cette salle étant difficilement acces-( sible et sa construction légère ne permettant pas d’y suspendre de lourds motifs lumineux, on avait
- Miroir conique
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- 340 POUR REMEDIER A LA PENURIE DE SUCRE — LA SACCHARINE
- pensé l’illuminer d’une façon satisfaisante par un éclairage indirect.
- Dans ce but, on installa dans les sous-sols une batterie de 12 projecteurs à arc à miroir de 45 cm de diamètre qui concentraient leurs faisceaux sur une grande dalle en verre dépoli placé au centre du palais. On obtenait ainsi une source de lumière centrale d’une intensité considérable, si l’on songe que l’ensemble des faisceaux des 12 projecteurs correspondait à une émission de 114 millions de bougies.
- La figure 6 donne le schéma du dispositif employé, on distingue net tement les projecteurs répartis en deux séries sur deux cercles concentriques, les uns projettent leur faisceau directement sur la glace dépolie, les autres montés sur consoles sont dirigés sur des glaces à 45° qui renvoient à leur tour le faisceau sur la glace dépolie. L’effet obtenu était remarquable. la salle était éclairée d’une façon intense dans toute son étendue.
- Aucun motif lumineux n’existant dans cette salle, on n’a eu à prévoir ni canalisations spéciales courant le long des charpentes, ni aucun entretien (remplacement des ampoules, etc.); les manipulations s’effectuaient dans le sous-sol accessible au seul personnel de l’Exposition.
- Fo.ntaines lumineuses. — Comme toutes les expositions, celle de San Francisco avait ses fontaines lumineuses; mais ici, la forme était quelque peu changée. Ces fontaines au nombre de deux étaient constituées chacune par une colonne de 29 m. de haut dont la partie supérieure était
- Fig. 7. — Coupe d’une fontaine lumineuse.
- formée de cylindres de verre superposés de 7 mm d’épaisseur. A l’intérieur, on avait logé 96 lampes à incandescence de 4500 watts chacune et pour dissiper la chaleur dégagée par les ampoules consommant au total 144 kilowatts, on avait disposé sous la fontaine un ventilateur qui établissait une circulation d’air froid dans la colonne. Ces fontaines constituaient plutôt deux colonnes lumineuses projetant une lumière intense dans toutes les directions, si l’on songe que chacune d’elles
- émettait un quart de million de bougies, on verra qu’elles représentaient de beaux foyers lumineux. Malgré cela, l’œil n’était pas choqué par l’éclat intrin-sèquedesfilaments, parce que la lumière sortait fortement tamisée.
- A titre de curiosité, signalons l’emploi de lampes de 6 volts 200 bougies, disposées le long de la statue surmontant la fontaine; ces lampes, vrais points lumineux, permettaient d’apercevoir de très loin la silhouette de la statue. Des cascades organisées dans les jardins de l’Exposition étaient également éclairées la nuit ; mais ici les foyers lumineux étaient cachés, seule l’eau apparaissait lumineuse par le phénomène bien connu de la réflexion totale.
- L’Exposition renfermait, en outre, bien des applications curieuses de l’art de l’ingénieur ; mais nous arrêterons là notre énumération, n’ayant voulu citer que celles qui concernent l’art de l’éclairage et encore, parmi ces dernières, nous n’avons choisi que les plus pittoresques.
- A. Soulier.
- POUR REMÉDIER A LA PÉNURIE DE SUCRE
- LA SACCHARINE
- En allant présenter leurs carnets de sucre aux mairies, nos ménagères ont eu la désagréable surprise de voir annuler les tickets de décembre. Déjà, elles avaient réclamé en vain le sucre destiné aux confitures pour le mois de septembre. Et l’on nous annonce officiellement que notre ration mensuelle
- de sucre-qui était de 750 grammes est réduite à 500.
- Des mesures analogues sont prises dans tous les pays d’Europe, car partout on dispose de quantités de sucre insuffisantes.
- En France, la région du nord, grande productrice
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- POUR REMÉDIER A LA PÉNURIE DE SUCRE — LA SACCHARINE 341
- de betteraves, est envahie ou ravagée, les sucreries ont été détruites en grand nombre; la culture industrielle de la betterave a beaucoup diminué d’étendue. A vrai dire, en temps normal, on pourrait remédier à une telle crise par les importations et notamment par celles du sucre de canne abondant dans beaucoup de colonies. Comme toujours, les malheurs de la betterave ont fait la prospérité de la canne à sucre et cette dernière, qui diminuait lentement par suite du développement croissant et plus économique de la betterave, connaît depuis la guerre un renouveau de richesse et d’abondance. Mais il faudrait pouvoir apporter ce sucre lointain aux ports de France et les bateaux manquent. Ceux dont nous disposons doivent transporter avant tout les produits alimentaires indispensables, le blé et la farine en premier lieu.
- Aussi sommes-nous restreints de sucre.
- Voyons de quoi nous sommes ainsi privés :
- Le sucre de betterave ou de canne, le saccharose, est un aliment qui présente le grand avantage d’être totalement et facilement digestible. Noire tube digestif dédouble ce saccharose en glucose et lévulose qui s’en vont se fixer en réserve dans le foie sous forme de glycogène. Le sang vient y puiser à mesure des besoins pour transporter le sucre aux muscles qui le consommeront et y trouveront l’énergie nécessaire à leur travail. Ne laissant aucun résidu dans l’organisme, le sucre est un aliment énergétique parfait. A ce point de vue, toutefois, on peut le remplacer par d’autres hydrates de carbone, l’amidon par exemple, et nous obtenons les mêmes réserves de glycogène en mangeant du pain, des farines, des légumes secs, qu’en' croquant du sucre. Ces derniers produits ont même l’avantage de ne pas être des produits chimiques définis et entièrement assimilables ; ils nous apportent non seulement des hydrates de carbone, mais encore des albumines précieuses et même des résidus cellulosiques inutilisables mais dont le rôle mécanique dans l’intestin n’est pas négligeable.
- Donc, en temps qu’aliment, nous pouvons remplacer sans difficultés ni troubles le sucre devenu rare et cher par des farines et des féculents plus abondants et moins coûteux.
- Mais le sucre a aussi un autre rôle dans notre alimentation. Nous le recherchons pour sa saveur sucrée. Nous l’ajoutons à divers mets :.riz, farine, etc., sans saveur ou presque, pour leur donûer un goût agréable. Dans les plats doux, il sert à rendre appétissants, succulents, d’autres aliments qui sans cela nous paraîtraient fades et seraient mangés sans plaisir. Cette saveur sucrée à laquelle nous lenons tous, le sucre est-il. seul à pouvoir nous la procurer?
- On connaît depuis longtemps d’autres sucres que le saccharose. Depuis longtemps, on emploie dans la fabrication industrielle des confitures le glucose. Mais si ce dernier a la même valeur alimentaire, il a un goût sucré deux fois moindre et comme on le
- fabrique à partir delà fécule, il est d’un rendement économique médiocre. Depuis la guerre, son prix a augmenté de telle façon qu’il est devenu presque prohibitif.
- On connaît aussi d’autres substances chimiques qui, si elles sont sans valeur nutritive aucune, présentent le goût sucré à un degré beaucoup plus élevé que le sucre lui-même. La chimie organique nous a pourvu de plusieurs de ces corps, la dulcine, par exemple, qui a un pouvoir sucrant 200 fois supérieur à celui du saccharose, et surtout la saccharine qui sucre 500 fois plus.
- La dulcine : p-éthoxyphénylurée,
- NH2. CO. NH. G6 H4. OC2 H5,
- est un produit qui se présente sous forme d’aiguilles incolores, légèrement solubles dans l’eau froide et beaucoup plus dans l’eau bouillante. On la prépare en partant de l’urée et de la phénétidine. Elle a été préconisée pour les diabétiques.
- La saccharine, beaucoup plus intéressante encore,
- est la sulfimideO-henzoïque CGID ^ NII. Décou-
- \LU /
- verte par Remsen et Fahlberg en 1879, sa fabrication a été perfectionnée par Fahlberg, V. Heyden, Sandoz, etc. Elle se présente sous forme d’une poudre blanche constituée par de petits cristaux prismatiques. Elle fond vers 220° en se décomposant.
- Un peu soluble dans l’alcool, l’éther, l’acétate d’amyle, elle est insoluble dans l’eau. Elle forme avec les alcalins des sels beaucoup plus solubles qu’on utilise généralement dans la pratique, Le saccharinate de soude est le plus répandu sous les noms de cristallose ou de sucrose ; on le prépare facilement en versant une solution de carbonate de soude sur la saccharine ; celle-ci se solubilise progressivement en même temps que le liquide présente une vive effervescence par dégagement de l’acide carbonique du carbonate. Le saccharinate d’ammoniaque est connu sous le nom de sucramine. Enfin, l’on a préparé un dérivé méthylé CH3 — C6 H3 — CO. SO—NH, à pouvoir sucrant encore plus intense que le sel de soude.
- La France et l’Italie emploient le sel sodique; en Angleterre, on trouve des tablettes d’un produit équivalent dénommé « saxin » très sucrant,, dont j’ignore’la composition exacte.
- La saccharine est fabriquée en partant du toluène CGH3.CH3, provenant de la distillation de la houille. Traité par l’acide sulfurique, il donne l’acide orthotoluène sulfonique C6ID — Cil3 — S03II, d’où l’on tire la saccharine par l’un des deux procédés suivants :
- Ou-bien, l’on fait agir sur le sel de soude de cet acide le pentachlorure de phosphore qui donne le chlorure de cet acide
- AC6 HL GH3. SO3Na + PCI3 = P0lNa3 -+- NaCl -4- 4 C6R4. CH3. SO2 Cl
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- 342 POUR REMÉDIER A LA PÉNURIE
- puis on fait passer un courant de gaz ammoniac qui le transforme en sulfamidotolnène C6 HL Cil3 . SO2Cl+2 Nil3 = NH*C1 + C6II4. CH3. SO2 .NU2 qu'on oxyde par le permanganate pour avoir la sulfimide benzoïque après élimination d’une molécule d’eau
- C6H*.CHs.S0*NH*-|-30 = II2 0 C6 H4. CO OH . SO2 NH2
- C6I1LC00H.S0*NH*
- = H* O 4- C° IL. CO. SO*. NIL ' Ou bien on oxyde d’abord l’acide o-toluène sulfo-nique pour avoir l’acide benzoïque sulfoné C6 H4. CH3. SO3 II -b 5 0 = H20h-C6HLC00H.S03H dont le sel de sodium est traité parle pentachlorure de phosphore
- 4C6H4.C0ONa.SO3Na + 2PÇls = 2 PÔ4Na3 + 2 Na Cl-4-4 C6 H*.. CO CL SO2 Cl Ce dichlorure donne avec l’ammoniaque le sèl d’ammonium de l’acide o-amidosulfobenzoïque, soluble dans l’eau :
- C6H4. COCt. S02C1 + 4NH3 + H20 ; =2NH'Cl + CGHLC02NH4. S02NII2.
- L’action de l’acide chlorhydrique précipite la sulfimide benzoïque
- ! : CG IL. CO2Nil4. SO2Nil2-b HCl
- - = NH* Cl H- C/IL. CO. SO*. NH.
- La seule difficulté de la fabrication industrielle est la séparation des produits ortho- et para-, ces derniers n’ayant pas la saveur sucrée de la saccharine; les produits para servent à la fabrication de l’acide benzoïque. ;
- Jusqu’en 1914, la saccharine était fabriquée uniquement en Allemagne. Quatre usines de la région lyonnaise se sont récemment organisées pour sa production et nous pourrons bientôt déguster leurs produits, à en juger par les toutes récentes déclarations du Ministre du Ravitaillement à la ' Chambre des Députés. /
- On peut donc, en introduisant la saccharine dans l’alimentation, obtenir facilement et abondamment le goût sucré recherché parles consommateurs dans
- Un très grand nombre de produits.
- Reste à savoir ce que cette saccharine peut produire dans notre organisme.
- Sa valeur alimentaire est nulle, de l’avis de tous les physiologistes, et on la retrouve dans les urines telle qu’elle a été absorbée. Elle ne constitue donc en aucune façon une nourriture, contrairement au sucre qui, chez l’homme normal, est totalement . utilisé. C’est même cette raison qui, depuis longtemps, la fait prescrire aux diabétiques pour leur procurer le goût sucré sans leur fournir de sucre que leur foie ne supporte pas.
- Est-elle toxique et sa consommation pendant un temps prolongé peut-elle présenter quelque inconvénient? Certains l’ont accusée des pires méfaits : on lui af reproché de provoquer la dyspepsie, de causer de graves troubles digestifs, et même récem-
- DE SUCRE — LA SACCHARINE :..................—~
- ment le Dr Ross lui a attribué, ainsi qu’à tous les autres dérivés du goudron de houille, la possibilité de favoriser le cancer chez les personnes prédisposées.
- Ces opinions sont certainement très exagérées. En vérité, on a pu, maintes fois, absorber de fortes doses de saccharine sans qu’il en résulte aucun accident aigu ; beaucoup de diabétiques en ont consommé journellement pendant de longues périodes, sans aucun trouble et l’on peut affirmer que la saccharine est un corps indifférent qui traverse l’organisme sans se décomposer ni provoquer aucune réaction; tout au plus présente-elle un pouvoir très légèrement antiseptique capable de ralentir faiblement les actions digestives quand elle est absorbée en. très grande quantité.
- Les accusations dont elle a été .l’objet sont donc sans aucun fondement. Peut-être trouverait-on l’origine de la publicité faite à certaines d’entre elles dans le danger de concurrence économique qu’elle présente pour l’industrie sucrière.
- Songez que 2 grammes de saccharine sucrent autant qu’un kilogramme de sucre et qu’ils sont loin cependant de coûter 500 fois plus cher, puisque les produits chimiques employés dans la fabrication sont tous communs et à bas prix!
- Pour lever tous les doutes à ce sujet, nous dirons que les États-Unis ont toujours laissé entièrement libre la consommation de la saccharine, que l’Angleterre n’a jamais établi ..aucune prohibition de ses usages, que dans ces pays, on l’emploie couramment et depuis longtemps pour les boissons , sucrées, telles que la limonade par exemple, sans avoir jamais'constaté d’effets fâcheux..
- La guerre ayant diminué la production du sucre dans le monde entier, les pays qui avaient strictement réglementé le commerce de la saccharine dans le but de protéger leur culture et leur industrie sucrières, ont tous relâché leur législation à ce .sujet.
- En Allemagne, où la loi du 1er octobre 1898 proscrivait formellement la vente, le colportage et la consommation de toutes les matières sucrantes artificielles, une ordonnance du 10 mars 1916 a autorisé l’usage de la saccharine dans les jus de fruits naturels ou artificiels (limonades, etc.), les conserves de fruits et compotes, les v.ins mousseux, les vins de fruits, les bières, le vinaigre, la moutarde, le tabac, les dentifrices. Plus récemment, son emploi a été étendu aux pâtisseries, cafés, hôtels, etc., pour la consommation courante.
- En Italie, un décret du 4 février 1917 a autorisé le ministre des finances à faire fabriquer, importer et mettre en vente la saccharine et son sel de soude, soit purs, soit mélangés au sucre; un décret du 11 mars a réglementé le contrôle du sucre saccha-riné, dit sucre d’État, dont la consommation est maintenant généralisée.
- En France, grand pays de culture de la betterave, de sucreries et de raffineries, la législation
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- POUR REMEDIER A LA PENURIE DE SUCRE — LA SACCHARINE 343
- du temps de paix relative à la saccharine était, à juste titre, des plus sévères.
- Une loi du 30 mars 1902 interdisait l’emploi de la saccharine pour tous usages autres que la thérapeutique; sa fabrication et sa circulation étaient soigneusement contrôlés par le Ministère des Finances.
- Le décret du 12 avril 1902 prescrivait aux pharmaciens, seuls détenteurs possibles de saccharine, une comptabilité rigoureuse sur un registre spécial soumis au contrôle des inspecteurs des pharmacies.
- Un décret du 10 mai 1905 étendait les précautions administratives aux industriels utilisant la saccharine pour la préparation de spécialités pharmaceutiques ou d’aliments de régime.
- Les infractions à la loi étaient passibles d’une amende de 500 à 10000 francs.
- Une loi du 26 décembre 1908 augmenta les pénalités en stipulant une amende supplémentaire de 1000 francs par kilogramme de saccharine saisi.
- La loi du 8 avril 1910 étendit ces dispositions à tous les produits chimiques susceptibles d’être transformés sans difficultés en saccharine.
- Enfin, la loi du 19 juillet 1914 assimila la détention de la saccharine par des particuliers à la fabrication industrielle clandestine de ce produit.
- D’autre part., les chimistes experts et le service de répression des fraudes, mettaient au point des méthodes d’analyse précises et sensibles, permettant d’extraire et de doser la saccharine des produits où sa présence est suspectée.
- La guerre nous trouva donc en possession d’une législation et même d’une jurisprudence très complètes et efficaces.
- Malheureusement, la diminution de notre culture betteravière, celle du nombre de nos sucreries utilisables, amenèrent une baisse considérable de notre production nationale. Les importations de sucre de canne n’y remédièrent qu’au prix d’une sortie d’or et d’une immobilisation de tonnage. Les difficultés des transports, la rareté croissante des navires, la nécessité d’employer ceux-ci à des importations plus indispensables nous amenèrent au rationnement du sucre, rationnement tout d’abord léger mais qui vient d’être resserré. Aujourd’hui, pour assurer notre ravitaillement en sucre, il nous faut en supprimer la distribution à toutes les industries pour lesquelles il n’est pas indispensable, et nous sommes obligés, comme les autres belligérants, de prévoir l’utilisation de la saccharine et de modifier notre législation dans ce but.
- Le 29 janvier 1917, le Conseil supérieur d’hygiène publique, à la demande du ministre du Ravitaillement, étudia la réglementation de l’emploi de la saccharine dans un rapport dont la conclusion est que : « On pourrait sans inconvénient sérieux, au point de vue de l’hygiène, tolérer l’emploi de la saccharine, mais à la double condition que ce soit à
- titre provisoire et seulement dans la préparation des boissons et denrées où le sucre n’intervient pas essentiellement pour sa valeur alimentaire ».
- Le Conseil d’Hygiène émit l’avis que la saccharine doit être proscrite des produits destinés aux enfants, aux vieillards et aux malades, des préparations pharmaceutiques et en général de toute substance où le sucre entre comme aliment essentiel ; que la saccharine peut être autorisée dans les liqueurs, vins de liqueur, limonades, cidres, poirés, vins mousseux, eaux-de-vie ainsi que pour édulcorer le café, le thé et nombre de boissons consommées dans les cafés, bars, cabarets, maisons de thé, etc. ; qu’elle doit être interdite dans tous les aliments de consommation familiale : boissons de ménage, confitures, gelées, marmelades, compotes, fruits confits, etc. Enfin, on pourrait supprimer sans inconvénient les fabrications de sirops, crèmes, glaces, sorbets, bonbons, pastilles qui absorbent beaucoup de sucre et pour lesquelles la saccharine ne saurait être utilisée.
- A la suite de cette consultation et de celle de l’Académie de Médecine, le Parlement fut saisi de projets de loi modifiant la législation en vigueur. Après un rapport de M. Vincent à la Chambre des Députés et un autre de M. Cazeneuve au Sénat, parurent le 7 avril 1917 deux lois, l’une autorisant l’emploi de la saccharine et autres substances édulcorantes artificielles pour la préparation de certains produits de consommation, l’autre portant imposition d’un droit intérieur de consommation de 200 francs par kilogramme de saccharine.
- Le 8 mai 1917, un décret précisa les denrées et boissons pour la fabrication desquelles on peut employer la saccharine et qui sont les vins mousseux, les vins de' liqueur (sauf les vins médicamenteux), les cidres et poirés, les eaux-de-vie, les liqueurs (sauf celles pour l’exportation), les limonades, le café et le thé.
- Tel est notre régime légal actuel.
- Restait à se procurer le produit. Par manque de permanganate de potasse, la fabrication de saccharine fut entravée jusqu’à ces derniers temps et c’est seulement maintenant qu’on va la voir apparaître sur le marché. Il en est temps, car nos ressources en sucre, déjà précaires en mai dernier, au moment où furent promulguées les lois que nous venons de rappeler, ont encore diminué depuis lors.
- Les informations de presse nous apprennent que la saccharine sera vendue sous forme de tablettes à dissoudre dans l’eau. Les gros comprimés serviront aux cafés et restaurants qui en feront des solutions en flacon; les petits comprimés seront destinés à la consommation familiale.
- On peut se demander s’il ne serait pas préférable à tous points de vue d’utiliser uniquement la saccharine, sous forme de sucre sacchariné, comme en Italie. D’abord la saccharine seule possède un léger arrière-goût amer qui s’atténue beaucoup en présence
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- de sucre. Ensuite il vaudrait mieux ne pas mettre en vente une substance sans aucune valeur nutritive ; le sucre saccharine, tout en ayant un très grand pouvoir sucrant, conserverait au moins un certain pouvoir alimentaire. Enfin, on pourrait ainsi maintenir notre ration de sucre à un taux assez élevé et l’on faciliterait la consommation de maintes autres substances très nourrissantes mais dépourvues d’un
- goût propre agréable, par la fabrication de plats doux de farines, de riz, de cacao, etc.
- Quoi qu’il en soit, la prochaine apparition de la saccharine sera la bienvenue en ce qu’elle permettra d’assurer jusqu’à la fin de la guerre notre approvisionnement en saveur sucrée dont nous commencions à être un peu sévèrement rationnés.
- R. M.
- LES PYROMÈTRES ÉLECTRIQUES INDUSTRIELS
- La mesure précise des hautes températures a pris, dans diverses industries, une grande importance. On en a reconnu futilité, tant au point de vue de la qualité et delà régularité des produits que pour l’économie résultant de la diminution des malfaçons.
- Jadis, ces températures élevées n’étaient évaluées que d’une manière approximative : le retrait qu’éprouve l’argile par la calcination, moyen proposé par le potier anglais Josiah Wedgwood, ne fournissait qu’une indication grossière; l’observation du point de fusion de certaines substances est une méthode plus exacte, mais peu commode; le
- ce n’est qu’un indice vague et qui laisse trop de place aux erreurs d’interprétation personnelle (1).
- Le principe des pyromètres électriques est connu depuis longtemps. Dès 1830, Henri Becquerel avait montré que les courants thermo-électriques pouvaient être utilisés pour mesurer les très hautes températures, et, l’année suivante, Pouillet avait construit à cet effet un couple fer-platine relié à un galvanomètre. Cet instrument ne mesurait guère au delà de 500°, le couple s’altérant rapidement, par suite _de l’oxydation du fer. Ed. Becquerel y avait substitué un couple platine-palladium, dont les
- Fig. 2. — Spécimen d’échelle galvanothennométrique.
- thermomètre à air est d’un emploi limité par l’altération que la chaleur fait, subir au récipient; quant à la couleur que prennent les métaux, à mesure que leur incandescence devient plus vive,
- indications allaient jusqu’à 1200°. A la même
- 1. La Nature a publié précédemment une étude générale sur la mesure des températures élevées, par M. H. Le Cha-telier (n° 2285, du 14 juillet 1917, p. 19).
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- époque, iNobili et Melloni appliquaient leur thermomultiplicateur à l’étude de la chaleur rayonnante. Cet appareil se prêtait mal à la mesure des températures, mais il permettait déjà de faire des observations à distance.
- Nous ne citerons que pour mémoire les thermomètres fondés sur les variations de résistivité des métaux, comme le bolomètre de Langley, instrument d’une extrême sensibilité, mais dont l’emploi reste réservé à des expériences très délicates. Les pyromètres
- thermo-électriques actuellement en usage dans l’industrie se classent en deux catégories : les pyromètres à contact direct, dont le couple thermo-électrique est introduit dans la masse même du corps dont on veut connaître la température, ou à l’intérieur de l’enceinte dans laquelle il est enfermé, et les pyromètres à radiations, dont le couple est plus ou moins éloigné de l’objet des mesures thermométriques.
- I. Pyromètres à contact direct. — Ces pyromètres sont basés sur la propriété que possèdent les circuits électriques formés de deux métaux -
- de donner naissance à \
- un courant, lorsque les deux soudures sont portées à des températures différentes. La force électromotrice ainsi produite est sensiblement proportionnelle à la différence enire ces deux températures : le mil-livoltmètre qui la mesure peut être gradué directement en degrés de chaleur, si l’une des
- soudures est maintenue à une température sensiblement constante. L’autre soudure est montée dans un manche dont la disposition varie suivant la destination de l’appareil. Nous en décrirons succinctement les trois principaux types.
- Canne thermo-électrique. — Cette canne est constituée par un tube de fer à l’intérieur duquel est un fil de constantan, alliage composé en parties égales de cuivre et de nickel. Les deux métaux sont séparés l’un de l’autre par des matières isolantes. L’une des extrémités du tube est fixée sur une poignée isolante, qui permet de manier aisément la canne ; cette poignée est munie de deux
- Fig. 3. — Sonde thermoèlectrique.
- . -v- ,•••-
- Fig. 4. — Poignée ihermoèleclrique.
- bornes reliées l’une au tube de fer et l’autre au fil de constantan. A l’autre extrémité de la canne, les deux métaux sont réunis par une soudure ou reliés à un couple thermo-électrique différent. Le couple adopté par M. Le Chatelier pour les hautes températures est constitué par du platine et par du platine rhodié à 10 pour 100, réunis par soudure autogène au chalumeau oxhydrique. Ce couple peut mesurer des températures de 1600°; cependant, en pratique, il vaut mieux ne pas dépasser 1200°, afin
- d’éviter l’altération moléculaire du pla-‘ tine.
- Dans les industries où les températures à mesurer ne dépassent jamais 800°, on peut remplacer le couple platine-platine rhodié par le couple fer-con-stantan, qui fournit des indications tout aussi sûres et coûte beaucoup moins cher, La longueur de la canne est de 0 m. 50 à 1 m. Pour les températures supérieures à 800°, le couple est enfermé dans un tube réfractaire.
- Le galvanomètre étant relié aux bornes de la poignée, il suffit de plonger la pointe de la canne dans le four ou dans le bain de sel ou de mé-, lai, pour en connaître
- immédiatement la température. A cet effet, le galvanomètre (fig. 4 ) porte une double graduation, l’une en milli-volts, et l’autre en degrés centigrades. Le cadran indique, en outre, le numéro de la canne pour laquelle a été dressée l’échelle thermométrique (fig. 2),
- Le câble qui relie la canné au galvanomètre est formé de deux métaux possédant le même pouvoir thermo-électrique que le couple. Les indications sont ainsi rendues indépendantes de la température de la poignée.
- Sonde thermo-électrique. — La sonde que reproduit la figure 5 est destinée à mesurer la température à l’intérieur de corps dans lesquels on l’introduit à la façon d’un poignard. On s’en sert, notamment, pour vérifier si les quartiers de viande frigorifiée sont à une température suffisamment basse pour que la conservation en soit assurée.
- Suivant la nature des conducteurs qui relient la sonde au galvanomètre, la température indiquée
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- par celui-ci est, soit la différence entre la température de la pointe et celle de la poignée (cette dernière pouvant être maintenue à zéro par un petit réservoir de glace fondante), soit la différence entre la température de la pointe de la sonde et celle du galvanomètre placé dans une salle h température connue.
- Poignée thermo-électrique 'pour métaux. — Lorsqu’il s’agit de prendre la température d’une pièce métallique, telle que collecteur de dynamo, parois de chaudière ou tube de vapeur, on peut employer un couple thermo-électrique formé de deux métaux qui ne se touchent pas, mais qui sont placés tout près l’un de l’autre, sur la même poignée (lig. 4). Le circuit étant fermé par la paroi dont on veut mesurer la température, la force électromotrice ne dépend en aucune façon de la qualité du contact : il suffit que sa résistance soit négligeable relativement au reste du circuit.
- A cet effet, on n’a qu’à appuyer fortement la pointe de la poignée sur la paroi préalablement nettoyée.
- Un câ ble à deux conducteurs, de pouvoir thermoélectrique égal à celui de la poignée, est connecté au galvanomètre, gradué en degrés centigrades. La déviation de l’aiguille mesure ainsi réchauffement de la paroi, c’est-à-dire la différence entre la température de la paroi et celle du galvanomètre.
- II. Pyromètres à radiations. — Ces instruments mesurent la chaleur rayonnée par les corps dont on veut connaître la température. Ils sont basés sur la loi de Stéphan, qui s’énonce ainsi :
- La quantité de chaleur rayonnée par un corps noir ou par l’ouverture d’un four isotherme sur un corps noir froid est proportionnelle à la différence entre la 4e puissance de la température absolue du four ou du corps noir chaud et la 4e puissance de la température absolue du corps froid.
- Cette quantité de chaleur-est représentée par la formule :
- dans laquelle Q est la chaleur rayonnée, a un coefficient spécial à chaque appareil, T la température absolue du corps rayonnant à mesurer, t la température absolue de la partie du pyromètre qui mesure la chaleur rayonnée. Quand cette température t ne dépasse pas 573 degrés absolus, soit 100° centigrades, il est facile de voir que P devient négligeable devant T'% si la température à mesurer
- dépasse 500° vulgaires.
- La sensibilité des pyromètres à radiations croît avec la température, et comme aucune partie de ces appareils n’est fortement échauffée, ils s’appliquent tout spécialement à la mesure de températures fort élevées, très supérieures à celles que pourraient supporter les cannes thermo-électriques. Leurs indications peuvent, en effet, être rendues indépendantes de la distance qui sépare le couple thermo-électrique du corps chaud, au moyen de certains dispositifs, tels que ceux que. M. Ch. Féry a appliqués au télescope et à la lunette pyromélriques que nous allons décrire.
- Télescope pyrométrique. — Dans cet appareil, représenté en coupe par la figure 8, le couple thermo-électrique est placé au foyer d’un miroir concave M en verre doré, percé en son milieu d’une ouverture ronde derrière laquelle est un oculaire O, formé d’une lentille convergente. Le couple bi-métallique est soudé à deux lames de laiton D et R, fixées aux bornes h et b', d’où partent les fils qui les relient au galvanomètre. Le miroir est monté sur une crémaillère qui permet de le déplacer au moyen du bouton P.
- Pour effectuer une mesure thermométrique, on braque le télescope dans la direction du corps chaud ou d’une ouverture pratiquée dans le four (fig. 6). Les rayons réfléchis par le miroir viennent se concentrer en son foyer, où ils forment une image réduite du corps chaud ou de l’ouverture du four. On observe cette image par l’oculaire, et I l’on met au point, de manière que les rayons réfié-
- b h
- Lunette pyromètrique.
- Fig. 6. — Emploi du télescope pyrométrique.
- Q = aÇP-P),
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- LES RICHESSES FORESTIERES DE LA RUSSIE ===== 347
- chis par le miroir forment l’image da four ou du corps chaud exactement sur la soudure thermoélectrique. Cette soudure s’échauffe alors rapidement, mais sa température ne s’élève jamais à plus de 100° C.
- Le galvanomètre auquel est relié le télescope est gradué directement en degrés-centigrades. Ses indications sont indépendantes de la distance qui sépare le couple thermo-électrique du corps chaud. En effet, l’image de ce corps, formée au foyer du miroir,
- â-M/ra/r, O - Coupfe Üiermo-ètccinçuc . O-Ocu/atre . ÿf}~ {tiat
- Fig. 7- — Télescope à ouverture variable.
- est d’autant plus grande que la distance est plus petite, et la soudure ne reçoit qu’une fraction des radiations d’autant plus petite qu’elle est plus rapprochée du corps chaud. Ces deux effets se compensent complètement, grâce au tube fixé sur le support de la soudure thermo-électrique : ce tube forme diaphragme, de façon que la soudure reçoive les rayons provenant de chaque point du four ou du corps chaud dans un angle solide indépendant de la nuise au point.
- Le télescope ainsi construit est susceptible de mesurer des températures comprises entre 400 et 1600 degrés. . .
- Télêpijromètre à ouverture variable. — Pour mesurer une échelle de températures plus étendue, le télescope pyrométrique précédent a été muni d’un diaphragme amovible à papillon L (fig. 7), qui arrête une partie des rayons calorifiques.
- Le galvanomètre employé dans ce cas porte deux échelles de températures : l’une correspond au télescope utilisé à pleine ouverture, pour la
- mesure des températures peu élevées; l’autre indique les hautes températures, observées avec le télescope diaphragmé.
- On peut ainsi mesurer des températures de 400 à 3500 degrés.
- Lunette pyromélrique. — L’objectif de cette lunette (fig. 5) est constitué par deux lentilles convergentes en fluorine AA', qui projettent l’image du four ou du corps chaud en CD, où se trouve une soudure thermo-électrique reliée aux bornes bb.
- La lunette étant dirigée vers le corps dont il s’agit de mesurer la température, on observe son image dans l’oculaire O, et l’on met au point en tournant le bouton P. Un diaphragme E limite le cône des rayons reçus par la soudure, de manière à rendre les indications du galvanomètre indépendantes de la distance qui sépare la lunette du corps chaud.
- Les températures susceptibles d’être mesurées à
- Fig. 8. — Télescope pyrométrique.
- l’aide de cet instrument sont comprises entre 800 et 2500 degrés.
- Les lunettes pyrométriques offrent l’avanlage sur les télescopes d’être complètement fermées, de sorte quelles sont utilisables sans inconvénient dans des milieux très poussiéreux. Par contre, elles ont le défaut d’être moins sensibles que les télescopes, surtout aux basses températures, pour lesquelles l’échelle thermométrique est très resserrée.
- Ernest Coustet.
- LES RICHESSES FORESTIÈRES DE LA RUSSIE
- Après l’effondrement des illusions que tant de nos compatriotes nourrissaient à l’égard de la puissance militaire de la Russie, beaucoup en viennent à se demander si# le même mirage ne s’étend pas aux conditions économiques de ce pays et si notre alliée possède réellement les richesses qu’on lui attribue. Sur ce po nt heureusement aucun doute ne peut subsister. La Russie reste la terre des grandes possibilités industrielles et commerciales; elle possède notamment en quantités presque incommensurables, pourrait-on dire, différents produits complémentaires des nôtres, jusqu’ici peu exploi-
- tés et par suite susceptibles de fournir d’énormes profits. Dans cette catégorie se place en. première ligne le bois.
- Avant la guerre la Russie était déjà le principal fournisseur du monde pour cet important article, venant avant les États-Unis, le Canada et les pays Scandinaves. En 4911 son exportation s’élevait à 1 861000 standards(*), alors que les ventes des
- 1. Le standard cte Lois scié en madriers, bas-
- lins, planches et planchettes représente : 4 rnn 672
- — de bois équarris ........................4 ins 247
- — de bois ronds .............. 5 mr> 598
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- 348 —.... — LES RICHESSES FORESTIÈRES DE LA RUSSIE
- États-Unis et du Canada ne dépassaient pas 1 670 000 et celles de la Norvège et de la Suède 1 079 000. En 1913, la valeur de ses expéditions à l’étranger dans cette branche du commerce extérieur s’élevait après d’un demi-milliard (430 millions de francs). A la fin des hostilités, nul doute que notre allié ne prenne une place encore plus considérable dans le commerce des bois, d’autant qu’un des grands producteurs du monde, le Canada, ne possède plus qu’un stock limité. D’après une des autorités scientifiques de l’université de Montréal, le D1’ Frank D. Adams, du train où l’exploitation de ses forêts est menée sans souci d’assurer leur reconstitution, d’ici quelques années, ce dominion ne pourra plus exporter de bois. Les ressources de la Russie prennent par suite une valeur énorme, d’autant qu’elles sont inépuisables si les coupes sont conduites avec méthode et avec prévoyance.
- C’est, en effet, à pas moins de 516 millions d’hectares qu’est évaluée la surface forestière de la république slave dans le très intéressant rapport économique dressé par M. Langberg, attaché commercial à la Légation de Danemark à Pétrograd. Comme terme de comparaison, rappelons que 516 millions d’hectares représentent neuf fois et demie la superficie de la France. Ces immenses boisements se répartissent ainsi : 170 millions d’hectares en Russie, plus de trois fois l’étendue de notre.pays, 18 millions èn Finlande, 8 millions au Caucase et 320 millions en Sibérie.
- Seulement une faible partie des peuplements forestiers de la Sibérie est susceptible d’être utilisée par l’Europe. Dans ces pays où les distances sont énormes, pour ne pas être grevés de frais de transport prohibitifs, les bois ne peuvent être amenés aux ports d’embarquement que par flottage. Or, l’immense bassin de la Léna, lequel représente une grosse part de la Sibérie, débouche dans une région de l’Océan Glacial inaccessible aux navires d’Europe, et la Province Maritime, c’est-à-dire la région de Vladivostock, qui contient la région très boisée de l’Amour, s’ouvre sur le Pacifique. Donc, toute la Sibérie centrale et orientale ne saurait nous intéresser.
- Les forêts de la Sibérie occidentale ne se trouvent pas non plus dans des conditions d’exploitation très favorables. L’Obi et l’Iénisséi qui drainent cette vaste région se jettent dans la mer de Kara, où, en raison de l’abondance des glaces, la navigation n’est possible que pendant quelques semaines, à la fin de l’été. A différentes reprises on a tenté d’établir des relations maritimes entre les ports d’Europe et les estuaires de ces fleuves; ces expériences, si elles n’ont encore abouti à aucun résultat absolument probant, laissent cependant l’espoir du succès. Tant qiïe cette question des relations maritimes entre l’Europe, l’Obi et l’Iénisséi ne sera pas résolue, l’exploitation des forêts de leurs bassins ne saurait être envisagée. Ajoutons que la transformation des coupes en pâte de bois sur
- place, ne peut être entreprise par suite du manque de force hydraulique dans la Sibérie occidentale. L’Obi, et l’Irtych, dont les bassins bordent l’Europe, coulent, dans leurs parties centrale et méridionale, sur une plaine à peine inclinée : Tobolsk, à plus de 1000 km de la mer en distance méridienne, se trouve à la cote 53. Donc impossibilité d’obtenir des hauteurs de chute. Même dans le voisinage de l’Oural le sol n’offre aucune déclivité. Ainsi, dans la haute vallée de la Sygva, une des branches du vaste réseau hydrographique débouchant dans l’Obi à Bériosov, à la station de Liapine, située à 40 km seulement des renflements les plus orientaux de l’Oural au milieu d’un entrelacement de rivières, le terrain est si complètement plat qu’on ne peut distinguer dans quel sens s’écoulent les eaux. Il n’y a que dans l’Altaï que la Sibérie occidentale renferme des forces hydrauliques abondantes.
- Donc actuellement seules les forêts de la Russie d’Europe présentent pour nous un intérêt économique. Elles sont, comme on sait, très inégalement réparties. Personne n’ignore que la Russie se partage en deux grandes zones d’aspect tranché : dans le sud de Moscou la région des fameuses « terres noires » et des steppes dépouillée d’arbres, et, au nord de la vieille capitale de* la terre russe, d’immenses futaies dont, la densité augmente à mesure que l’on avance vers la mer Blanche. Dans les gouvernements du centre le taux de boisement varie entre 20 et 50 pour 100, proportion égale à celle de la plupart de nos départements forestiers de l’Est (*), s’élevant même à 40 pour 100 dans celui de Vladimir (rive droite de la Volga). Dans l’ancien royaume de Pologne il n’est plus que de 18,5 pour 100. Au delà de la Volga, dans la direction du nord immédiatement, les peuplements forestiers deviennent singulièrement plus denses; dans les gouvernements de Pétrograd, Novgorod et Kostroma ils occupent 40 pour 100 du territoire et dans ceux plus septentrionaux d’Olonez, de Viatka, de Perm, de Vologda et d’Arkhangelsk une proportion encore plus considérable. Dans le gouvernement de Perm le taux de boisement n’est pas inférieur à 56 pour 10 (dans le département des Landes, 55,4) et dans celui du Vologda il s’élève à 83 pour 100. A elles seules, ces cinq dernières circonscriptions renferment 90 millions d’hectares de forêts ; si à ce nombre déjà énorme on ajoute les 18 millions d’hectares de la Finlande, on arrive pour la Russie boréale à un total de 108 millions correspondant au double de la superficie de la France. De la Baltique à l’Oural, au nord du 60° de latitude, le parallèle du Pétrograd, le continent est donc recouvert d’une futaie presque ininterrompue.
- 1. Taux de boisement dans la Marne, 22,5; l’Aube, 22,4; les Ardennes, 27,7; la Meuse, 29,8 ; la Meurthe-et-Moselle, 26,8 ; la Haute-Marne, 31,5 (Statistique et Allas des Forêts de France, dressés par Lucien Daubrée, directeur général honoraire des Eaux et Forêts).
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- L’ACQUISITION DES ANTILLES DANOISES PAR LES ÉTATS-UNIS 349
- Cette immensité boisée se trouve dans d’excellentes conditions d’exploitation grâce aux nombreux lleuves qui la sillonnent et qui aboutissent les uns à la Baltique, les autres à la mer Blanche et à l’Océan Glacial. Ce sont les rivières côtières de Finlande et la Néva, dans la Baltique, la Dvina, l’Onéga, la Kémi, dans la mer Blanche, la Mezen et la Petchora dans l'Océan Glacial.
- Si dans la partie ouest de la Finlande méridionale et dans la région d’Arkhangelsk, cette forêt est déjà entamée, elle est restée vierge sur des millions d’hectares à droite et à gauche de la mer Blanche. Tel est le cas pour la presqu’île de Kola comme nous l’avons indiqué dans une notice précédente (*). A l’est de cette mer les ressources ne sont pas moins abondantes. Avant la guerre l’exploitation des vastes bassins de la Mezen et de la Petchora avait déjà été entamée; en 1915 du premier il a été exporté 22000 standards de bois scié et du second 14000, Mais combien insignifiante est une telle production comparée aux possibilités qu’offrent les parties
- moyenne et supérieure de la Petchora et de ses affluents. Il y a là d’immenses futaies où l’homme n’a jamais pénétré. Ajoutez à cela que les tributaires de droite de ce grand fleuve descendant de l’Oural, présentent une pente assez forte et de gros débits, par suite possèdent une puissance hydraulique considérable. Tel est le cas, par exemple, pour la Chtchougor. Sur une distance de 250 km cette rivière, large à son embouchure comme la Seine dans la traversée de Paris, descend environ 400 m, en présentant presque partout un fort courant et même des rapides.
- Cette mer de verdure qui couvre tout le nord du continent est constituée, presque entièrement, d’arbres verts, de pins et de sapins, entremêlés de peuplement de bouleaux, auxquels se mêlent le mélèze et le cimbro sur les bords de la Petchora. Dans celte immense futaie qui appartient presque totalement à la nation, la Russie possède les moyens de payer les frais de la guerre.
- Charles Rarot,
- L’ACQUISITION DES ANTILLES DANOISES PAR LES ÉTATS-UNIS
- Le 31 mars 1917, les Etats-Unis ont annexé les Antilles danoises, après des négociations laborieuses entamées dès. 1870 et maintes fois rompues et reprises. Ils les ont achetées au Danemark, par le traité des 22 décembre 1916 ét 17 janvier 1917. Les acquéreurs deviennent ainsi possesseurs (à l’est de Porto-Rico et au sud des îles Vierges anglaises), de ports très sûrs — faciles à défendre — et avantageusement placés sur la route du canal de Panama.
- C’est ce que vient d’expliquer M. Henri Froidevaux dans un article très documenté, publié par la Revue F rance-Amérique, et auquel nous empruntons, en les résumant, les indications ci-après.
- Les îles Vierges, dont font partie les « ci-devant Antilles danoises », sont les plus septentrionales des petites Antilles. Séparées des « îles du Vent » par une passe de 100 km de largeur et 2000 m. de profondeur, elles prolongent Porto-Rico et lui ressemblent géologiquement et climatiquement.
- Le Danemark en possédait trois : Sainte-Crois, Saint-Thomas et Saint-Jean, mesurant ensemble 358 km-(surface égale aux trois quarts du département de la Seine). Ce sont des rochers fort ravinés (Sainte-Croix seule possédant une petite plaine), élevés de 474 m. à West-Mountain de Saint-Thomas et de 335 m. au mont des Aigles de Sainte-Croix. Les pluies, abondantes, donnent en moyenne annuelle 1183 mm à Sainte-Croix et 970 mm à Saint-Thomas. Les torrents s’y perdent dans les fissures du sol calcaire et la plupart des thalwegs ssont desséchés.
- Le climat est sain et chaud (28°,5 en août-septembre et 24°,8 en février, à Sainte-Croix);
- En 1911, on y dénombrait 41 635 habitants, dont 23 030 pour Sainte-Croix, 15173 pour Saint-Thomas et
- 1. L’avenir économique de la Russie boréale (La Nature, n° 2261, 27 janvier 1917).
- 1432 pour Saint-Jean. Les blancs n’y comptent que pour un dixième, le surplus (noirs de Guinée) tire son origine de l’Afrique. Par suite de la décadence de la culture des cannes à sucre, la seule pratiquée, la valeur économique des trois îles est devenue à peu près nulle.
- Les découpures des rivages constituent plusieurs beaux ports à eaux profondes, notamment ceux de Coral (île Saint-Jean) et de Charlotte-Amalia (île Saint-Thomas). Celui-ci, surnommé le « Gibraltar de la Méditerranée américaine », placé au grand coude nord-est de la convexité des Antilles, est tout désigné comme point d’atterrage sur la route du canal de Panama pour les navires venant de l’Atlantique.
- Lés trois îles devinrent danoises successivement en 1678, 1716 et 1735,
- L’industrie du sucre et la fabrication du rhum, jadis florissantes, ont succombé depuis 1850, par suite d’abord de la crise de main-d’œuvre résultant de l’abolition de l’esclavage (le 5 juillet 1848, après une révolte des nègres), et surtout de la concurrence du sucre de betteraves en Europe. 11 s’ensuivit une décadence commerciale qui réduisit le port de Charlotte-Amalia au simple rôle d’entrepôt de charbon.
- L’émigration des planteurs aboutit même à ce que les îles comptaient (en 1911), 27 086 femmes pour 14 549 hommes, et à ce que la population ne comprend plus guère que des noirs, ignorant le danois et ne sachant guère que l’anglais.
- C’est ainsi que le Danemark n’avait plus aucun avantage à conserver ces infimes et lointaines colonies : en 1870, les États-Unis les trouvèrent trop chères à 7 millions 1/2 de dollars. Ils viennent de les payer 25 millions de dollars, parce que, conclut M. Froidevaux, « cette acquisition leur vaut surtout un réel affermissement de leur situation stratégique et économique dans la mer des Antilles ». E.-A. M,
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- C’est une confession que je veux faire aux lecteurs de La Nature, une confession mêlée d’aveux pénibles et de déclarations vaniteuses. Je la formulerai en toute franchise, avec une candeur qui me vaudra leur indulgence, si j’abuse du moil
- Clamart, renommé pour ses petits-pois, est la banlieue que j’habite. Son maire est un homme d’initiative, qui sait prévoir, et qui sait agir. Il fut des premiers, parmi les magistrats communaux de
- lettré délicat, et chef d’une admirable famille de quinze enfants représentée sur le front par quatre vaillants officiers, j’emboîtais le pas à la municipalité, qui nous octroya deux champs mitoyens sur un vaste terrain.
- Tout vibrant d’enthousiasme, je m’en fus dévaliser les boutiques de quincaillers : bêches coupantes; bêches américaines, pelles, pioches, houes, plantoirs, que sais-je encore? mon arsenal fut bientôt au grand complet. Naturellement, l’arsenal m’apparaissait inutile s’il n’était pas complété par une bibliothèque spéciale; et je me procurai une demi-douzaine de traités qui m’initieraient aux mystères de la culture maraîchère.
- Bravant l’exécrable température qui retenait au logis les cultivateurs professionnels, nous autres, les amateurs, nous nous mîmes
- la région parisienne, à se préoccuper de la crise de l’alimentation et de la question du charbon.
- Dans le courant de février, le tambour de ville fit connaître aux habitants que des terrains en friche seraient distribués, pour la durée de la guerre, aux familles qui s’engageraient à les cultiver. Des semences de pommes de terre leur seraient vendues au prix de revient.
- J’avoue que cette annonce me laissa complètement indifférent. Bien qu’habitant la banlieue depuis des années, je ne me sentais pas du tout une âme de maraîcher. Mes premiers essais de culture avaient été, d’ailleurs, désastreux : rosiers plantés à l’ombre et semis organisés au soleil, toutes mes tentatives précédentes' avaient misérablement échoué. Et j’en retenais la triste, mais ferme conviction, que je ne saurais jamais planter de ma vie une pomme de terre.
- Mais j’avais compté sans la ténacité de mon maire! Il me prit par les sentiments, peut-être aussi par la vanité : devant, la menaçante crise des légumes, il appartenait aux « notables » de donner l’exemple! Bref, un dimanche matin, en compagnie d’un ami,
- Fig-. 2. — Le défrichement.
- courageusement à la besogne dans les derniers jours de mars. Ne fallait-il pas que le terrain fut prêt à recevoir les fécondes semences dès l’apparition du printemps! Mais de cruels mécomptes nous étaient réservés pour nos débuts.
- Il me faut préciser que ce terrain, loti par parcelles de 225 m2 environ, n’avait pas été cultivé depuis quinze ou vingt ans ; et c’est dire qu’un amateur de chiendent y eût récolté sans recherches des quintaux de sa racine favorite.
- Avant tout, il importait d’expulser ce chiendent, ennemi juré de toute culture.
- Nous l’attaquâmes à la bêche, suivant le conseil d’experts qui nous affirmaient que le seul moyen d’extirper le chiendent était de l’amener à la
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- surface, où l’air et le soleil le dessécheraient, après quoi nous le détacherions facilement des mottes à l’aide de râteaux. Mais d’autres experts non moins autorisés vinrent s’apitoyer sur notre besogne ingrate. A les en croire, il fallait enterrer ce maudit chiendent au lieu de le déferrer.
- Un démon tentateur soufflait à mon oreille complaisante que la crise des légumes ne me concernait pas, que je ferais bien mieux d’écrire des articles au coin de mon feu, au lieu de chercher des courbatures et de provoquer les rhumatismes en m’escrimant sur des mottes de terre congelée, par
- remarques ironiques de M. le Maire, accentua mes remords. La température restant exécrable, je commis la lâcheté morale de confier le défrichement de mon terrain à un soi-disant ouvrier agricole qui daigna m’accorder une journée de travail en échange d’un demi-louis. Je m’en fus le voir à l’œuvre. Par Cérès! Ce professionnel était encore plus c amateur » que moi ! Du train dont il maniait son râteau nonchalant et sa bêche paresseuse, mon champ ne serait pas défriché avant la fin de la guerre!
- Une rage de « mieux faire » me souleva soudain! Congédiant cet arracheur d’herbes, je me jetai sur mon champ comme un forcené! Avce l’aide de mes deux fils, que les vacances de Pâques rendaient libres, j’entrepris de faire subir à mes deux cent vingt-cinq mètres carrés de chiendent le radical traitement des « deux fers-de-bêche ». Quinze jours plus
- des temps à ne pas mettre un chien dehors.
- Finalement, je me décidai à informer la mairie qu’elle pouvait disposer du terrain. Cincinnatus n’était pas décidément, dans ma manière !
- Cependant, de vagues remords commençaient à troubler ma quiétude artificielle. Tandis que j’avais perdu mon temps et ma sueur à expérimenter les avis de mes experts, mon voisin, secondé par trois de ses jeunes fils, avait appliqué sur son champ le système des « deux fers de bêche », que nous avait indiqué un jardinier amateur. Ce procédé, rappelons-le, consiste à creuser des tranchées parallèles. La première, profonde d’un fer de bêche, enlève radicalement le chiendent et autres mauvaises herbes, et met à découvert là terre saine. En enlevant cette terre sur une profondeur égale à celle de la première, on obtient une tranchée profonde d’une quarantaine de centimètres où î’on entasse les racines de chiendent et autres parasites. On ramène alors la terre vierge sur cette couche végétale, condamnée désormais à périr d’asphyxie.
- L exemple de mes voisins, secondé par les
- Fig. 4. — Les choux après arrachage des pommes de terre.
- lard, je le dis avec un légitime orgueil, mon lopin eût excité l’envie de l’horticulteur le plus minutieux.
- J’exposerai maintenant les résultats obtenus, en souhaitant qu’ils servent d’appât à d’autres pères de famille que leur ignorance de la culture pourrait décourager a priori. 1
- Réservant la moitié du champ à la pomme de terre, je m’appliquai à observer scrupuleusement les conseils donnés par notre excellent confrère, [’Illustration. Je plantai par tronçons, et non par tubercule entier, en prenant soin de frotter les parties tranchées dans du charbon de terre pulvérisé. J’utilisai 25 kg de pomme de terre blanche très saine, et je complétai mes semences avec de la pomme de terre rouge d’un aspect peu satisfaisant que je m’étais procurée à Paris. Pressé par le
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- temps, il me fut impossible d’attendre que mes tubercules eussent germé convenablement, et la plupart furent mis en place avec des germes beaucoup trop jeunes.
- Malgré ce désavantage, ma récolte m’a donné des résultats très encourageants. Sur 565 plants que comportait la plantation, je n’ai compté qu’un seul « raté ». Ces plants m’ont fourni une moyenne d’un kilogramme de tubercules. J’évalue à moins de 5 pour 100 le nombre des tubercuks malades, alors que la majorité des cultivateurs de Clamart se plaignent des maladies. Je ne sais à quelles causes attribuer mon succès, sinon au soin que j’avais pris de suivre docilement les instructions de YIllustration et de rejeter toute semence qui ne paraissait pas parfaitement saine.
- Je noterai encore que les quelques tubercules que j’avais plantés entiers ont fourni des récoltes inférieures en quantité et en qualité à celles qu’ont produites des tronçons. Mes voisins, qui avaient planté uniformément des tubercules entiers, ont plus souffert que moi des maladies.
- Après avoir butté mes plants, j’avais repiqué parmi eux, à intervalles réguliers, des choux cabus et des choux de Bruxelles. Cette opération n’a réussi qu’en partie, car les fanes des pommes de terre ont complètement étouffé 8 pour 100 environ de ces plants. Mais une forte proportion (plus de 60 pour 100) est composée d’individus robustes qui seront bientôt comestibles. Des poireaux, repiqués eux aussi entre deux lignes de pommes de terre, sont morts. .Je me suis rendu compte que j’aurais évité ces mécomptes en relevant çà et là les fanes trop luxuriantes à l’aide de ficelles tendues sur des piquets.
- Des salades, repiquées en bordure de cette même partie du champ, ont monté avec un entrain désespérant, ce qu’il faut attribuer, me dit-on, au manque d’arrosage; mais, à défaut des maîtres, elles ont régalé la basse-cour. Enfin, 5 plants de potiron, repiqués parmi les pommes de terre, n’ont donné, hélas ! que des feuilles et des fleurs — honteux échec que j’aurais probablement évité en recourant aux conseils des personnes du métier.
- La seconde moitié du champ avait été consacrée aux haricots et petits pois, culture qui allait mettre en évidence mon ignorance des premiers éléments de cette science. Là, je l’avoue humblement, je commis bêtise sur bêtise, malgré l’excellent guide que j’avais trouvé dans la brochure de notre confrère, M. Georges Truffaut, dont j’ai emprunté plus haut le titre : Produisez des légumes.
- Ne soupçonnant pas qu’il existe une différence entre le terme haricot vert et l’expression haricot
- qui se mange en vert, je semai une trop grande quantité du premier. Comme j’avais exécuté celte opération on observant minutieusement les règles indiquées, ma récolte fut superbe, — mais elle le fut trop ! et nous nous vîmes contraints, durant plus de deux mois, à manger des haricots verts chaque jour, et à chaque repas ! Mieux inspiré, j’eusse échelonné mes semis au lieu de les faire tous simultanément, ce qui m’aurait assuré une récolte de gousses jeunes et tendres espacée sur une période de trois à quatre mois.
- Je n’appris que trop tard qu’il convenait de laisser tremper les semences de petits pois dans l’eau pendant plusieurs heures avant de les mettre en place, et ma plantation s’en ressentit. Je négligeai aussi de disposer des rames le long des rayons dès l’apparition des pousses, qui formaient déjà, quand je m’y décidai, un fouillis inextricable. Et les branches que j’employai étaient si faibles, qu’elles se rompirent bientôt, privant ainsi d’aération et de soleil les plants déjà chargés de gousses. Et je commis les mêmes bévues avec les haricots à rame. Par contre, une grande planche de haricots nains me donna une récolte abondante.
- En somme, pour mes débuts d’amateur ignorant, je n’ai pas lieu de me plaindre. Mes 225 m, de terrain m’ont fourni pendant quatre mois assez de pommes de terre, de haricots et de petits pois pour subvenir aux besoins d’une famille de huit personnes. Une centaine de choux pommés et un nombre égal de choux de Bruxelles s’ajoutent à ces ressources. Poireaux, navets, épinards, mâche, qui ont hérité des planches occupées par les haricots, me promettent des récoltes d’automne qui seront les bienvenues.
- Si j’ai consigné ces notes, et si La Nature les a accueillies, c’est bien, répétons-le, dans l'unique but de démontrer aux hommes de bonne volonté que la culture maraîchère, selon l’expression populaire, na rien de sorcier, et qu’elle est, en somme, l’une des très rares occupations qu’on puisse entreprendre avec succès sans apprentissage.
- Incontestablement, c’est un exercice physique d’une efficacité souveraine, et c’est encore un délassement mental et moral qui vaut toutes les villégiatures du monde. Et n'est-ce pas aussi devenu, pour ceux que l’âge retient loin du front de bataille, une façon de servir le pays ? En emmagasinant dans sa cave la provision de pommes de terre qui nourrira sa famille jusqu’au printemps — le Printemps de la Victoire ! — le jardinier amateur n’apportera-t-il pas sa contribution au suprême effort de notre France? V. Forbin.
- Fig. 5. — Les pommes de terre monstres de l’amateur.
- Le Gérant : P. Masson. — lmp. Lahure, rue de Fleuras, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N” 2306.
- 8 DECEMBRE 1917.
- LA LIAISON AÉRIENNE ET LA T. S. F. EN AVION
- CHEZ LES ALLEMANDS
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- Il est volontiers déclaré que l’aviation, dans l’immense organisme de l’Armée, joue le rôle du sens de la vue.
- Cette comparaison se vérifie parfaitement en ce qui concerne l’aviation qui effectue les reconnaissances, qui reconstitue, par les photographies, les organisations de défense et d’attaque de l’ennemi, qui guide le tir de l’artillerie et soutient l’infanterie au cours de ses attaques.
- C’est une utilisai ion de la cinquième arme qui ne porte pas directement effet de guerre comme, par „
- exemple, l’aviation de -,
- chasse qui détruit elle- ^ ^
- même des avions ennemis -- > ~
- . v‘.5. *
- ou l’aviation de bombardement qui cause elle-même des destructions, par jets de ses projectiles.
- En effet, les résultats de « l’aviation de corps d’armée» ((FeldfliegerAbteilun-gen » sont des renseignements, des constatations qui, portés à la connaissance de l’artillerie ou de l’infanterie permettent à ces armes de n’entrer en action qu’avec le minimum d’erreur s ou de pertes et avec le maximum d’efficacité.
- Au cours de ces différentes missions pendant le combat ou pendant sa préparation, les avions de corps d’armée sont les auxiliaires directs du commandement, leur rôle correspond bien à celui de la vue auprès des centres nerveux qui commandent à nos actes.
- La grosse difficulté fut d’établir une communication entre l’avion et le poste de commandement et surtout, une liaison qui permît à l’avion de contrôler et de guider l’action.
- La solution qui parut la plus simple au début de la guerre, fut d’avoir recours pour transmettre des renseignements, à des évolutions conventionnelles de l’avion. On ne put ainsi obtenir qu’un code de liaison extrêmement restreint, lent et sujet à de multiples erreurs.
- L’avion chargé du réglage pouvait être pris à partie par un assaillant ennemi ou encore par l’artillerie antiaérienne et ne conservait plus alors la pleine liberté de ses évolutions.
- Virages à droite, virages à gauche, virages en S, spirales, etc., correspondaient, suivant la convention du
- jour, à « commencez le tir », « tir trop court », « trop long », « but », etc. Ce réglage était lent, approximatif et l’ennemi, immédiatement averti de nos intentions, devinait dès les premières salves la signification des signaux aériens.
- Rapidement, on fut amené à remplacer cette liaison trop imparfaite par une nouvelle méthode basée sur le jet, du bord de l’avion, de fusées-signaux de couleurs et de formes différentes.
- Les couleurs : rouge-vert-blanc; les formes :
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- Fig. i. — Avion allemand de corps d'armée L. V. G., 1917. Moteur 220 H. P. Mercédès, 8 cylindres, 2 mitrailleuses. — T. S. F. — Appareil photographique.
- un globe, deux globes, trois globes, traînée, etc.
- On obtint aussitôt un code de transmission beaucoup plus complet : deux ou trois fusées se lancent plus facilement que ne se fait un virage; et, d’autre part, l’observateur régleur peut ainsi agir indépendamment du pilote.
- Les fusées s’allumaient au moyen d’un rugueux assez fragile, leur fonctionnement était assez précaire et bien des réglages se sont trouvés faussés ou retardés simplement parce qu’une fusée n’avait donné qu’un globe au lieu de deux.
- La distance pratique de réception de ces signaux-fusées ne pouvait excéder 7 ou 8 km, notamment par temps gris ou légèrement brumeux. Tout réglage de tir pour une distance supérieure à 10 km empêchait l’avion de survoler l’objectif, ce qui est souvent une nécessité pour les objectifs défilés; l’avion régleur était obligé de se tenir entre l’objectif et la batterie.
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- Les Allemands ont suivi dans leurs procédés de liaison une voie sensiblement parallèle à la nôtre. Actuellement, ils se servent encore de signaux-fusées lancés au moyen de pistolets spéciaux.
- Ces fusées sont de différentes formes et de différentes couleurs; elles sont utilisées par nos ennemis soit au cours des vols de nuit pour se faire reconnaître des projecteurs qui leur demandent le mot, soit pour éviter que leur artillerie ne tire contre eux par suite de confusion, soit encore pour se mettre en liaison avec des unités d’infanterie ou d’artillerie.
- Pendant le combat, l’aviation allemande utilise, pour faire parvenir certaines communications plus précises et plus longues, le procédé du message lesté, lancé du bord de l’avion.
- C’est une solution qui paraît extrêmement simple, mais qui est cependant d’une réalisation assez délicate, étant donné les difficultés de retrouver le message au sol.
- Le message lesté est constitué par un tube de métal dans lequel l’observateur enroule soit un fragment de plan directeur annoté, soit un papier contenant des observations. particulières qu’il' veut transmettre rapidement.
- A ce tube est fixée une banderole pour rendre la chute visible et une petite fusée percutante qui, en touchant le sol, produit un nuage de fumée permettant de retrouver le point de chute exact.
- Ces messages pouvant être dérivés par le vent, de plusieurs centaines de mètres, l’avion ne doit les lancer qu’au-dessus d’un point bien déterminé avant le vol, de préférence à proximité des postes de commandement; à ce point se tient un guetteur.
- Certains avions allemands chargés d’exécuter des missions à longues distances, tels que les raids sur Londres, disposent de pigeons voyageurs, ceux-ci ne sont libérés qu’après la réussite du bombardement ou bien dans le cas où l’avion est victime d’une panne ou d’un combat.
- Au cours des raids de nuit, des messages peuvent être transmis au moyen des projecteurs de bords qui servent en temps normal à facililer l’atterrissage des avions, ces projecteurs sont alimentés par de petits accumulateurs légers ou par une génératrice. Les demandes et réponses se font au moyen de l’alphabet Morse par traits et points lumineux ou par signaux convenus.
- Tous les moyens de communication précédents d’avions vers le sol, n’ont pu satisfaire aux besoins de plus en plus impérieux d’établir une liaison parfaite entre un avion en cours de sa mission et une armée en cours d’opération.
- Pour qu’une préparation d’artillerie soit réellement efficace, il faut éviter autant que possible que des milliers d’obus ne s’égarent sur des zones sans intérêt; au contraire, il est nécessaire que le tir soit guidé avec précision sur les points présentant une importance particulière tels que batteries, abris de mitrailleuses, abris de canons légers, dépôts de munitions, abris de personnel, boyaux et noeuds de communications, postes de commandements, etc.
- Les voies d’attaque sont ainsi préparées pour l'infanterie par collaboration de l’aviation et de l’artillerie.
- Au début de 4915, au moment où l’on commença à sentir qu’il était tout à fait indispensable de ne tenter aucune opération sans avoir recours à l’aviation, tant pour préparer l’attaque que pour en conduire judicieusement les efforts, un procédé infiniment supérieur à tout ce qui existait fut enfin mis au point : il s’agit de la télégraphie sans fil.
- Quelques essais de T. S. F. avaient été réalisés en temps de paix ; Bréguet avait livré au gouvernement anglais quelques hydros, munis d’installation donnant de bons résultats. Les questions de poids, d’encombrement, de simplicité des appareils d’émission n’étaient pas suffisamment résolues à cette époque pour en permettre l’installation et l’utilisation courante à bords des avions de guerre.
- Fig. 2. — Exemple schématique d’un réglage de tir.
- Fig. 3. — Alternateur J. d. Flieger à hélice.
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- S’il a été possible d’obtenir rapidement une excellente émission des ondes hertziennes par les installations de T. S. F. posées à bord des avions, il reste encore à résoudre le problème très important de la réception des ondes par l’observateur; la toute proximité du bruit infernal dû au moteur est un obstacle extrêmement sérieux.
- La plupart des bruits extérieurs deviennent inexistants pour les passagers : il a donc été impossible jusqu’à maintenant de percevoir les grincements si légers produits par la réception des ondes hertziennes.
- Nul doute d’ailleurs que nous n’arrivions enfin à recevoir en avion les messages de terre soit par l’amplification considérable des bruits de réception, soit en diminuant le fracas du moteur.
- Les Allemands sont arrivés à obtenir une bonne réception des messages de T.
- S. JF. à bord de leurs dirigeables Zeppelins. En ce cas particulier la question était d’une importance considérable, la réception des messages de T.
- S. F. permettant à ces navires aériens de faire le point de leur position et de rectifierainsileur route pendant les longs raids de nuit ; très probablement, ils reçoivent aussi les messages signalant la présence des escadres aériennes de combat qui guettent leur retour le long des côtes de Belgique ou de Hollande.
- Celte possibilité de percevoir des messages a été obtenue par la création d’une cabine de T. S. F., parlaitement isolée de tous les bruits extérieurs au moyen de doubles parois bourrées de matières isolantes.
- Cette cabine de réception est évidemment très lourde et encombrante; elle peut se concevoir pour un dirigeable de 50000 m5, mais nous ne pouvons nous attendre à en voir monter de semblables que si nous arrivons à créer des avions ayant une puissance ascensionnelle de plusieurs tonnes.
- Tous les procédés de liaison que nous venons d’examiner, utilisés pour les transmissions de mes-
- sages ou de signaux, sont émis par un avion et réceptionnés par un poste de terre.
- La complexité d’une attaque dans la guerre actuelle de retranchement et la nécessité de suivre parfaitement les efforts et les intentions de l’ennemi pendant l’action, obligent souvent les postes de commandement à guider les recherches de l'avion, à demander des renseignements supplémentaires et, dans certains cas, obligent les unités combattantes de terre engagées dans la fournaise d’une bataille à demander aux avions de leur transmettre aux postes de commandement, par T. S. F., des messages de toute urgence.
- Les postes de terre allemands se servent pour
- communiquer avec leurs avions de panneaux de couleurs vives et de formes variées; ils se servent également de pièces d’artifices dégageant de fortes fumées : ces deux procédés élémentaires ne peuvent permettre que la transmission de messages convenus d’avance.
- Pour les messages plusjongs, les postes de terre utilisent de petits projecteurs portatifs appelés « M i 11 e h r e r-scheinvverfer » qui permettent de transmettre des demandes en s i g n a u x M o r se lumineux. Ce dernier dispositif de liaison, le seul permettant actuellement aux postes terrestres de communiquer autrement que par des signaux conventionnels, avec un avion, est extrêmement délicat. En particulier l’avion de liaison d’infanterie doit voler bas, rester maître de toutes ses évolutions et il faut que malgré la bataille en cours, l’observateur ne perde pas de vue le petit point lumineux qui lui parle.
- En réalité la nécessité de la liaison se fait particulièrement sentir pour les avions de C. À. : ce sont ceux appartenant aux « Feldfliegerabteil ». Ces avions sont chargés de régler les tirs de l’artillerie, de soutenir l’infanterie dans ses attaques, de prendre des photographies, et de surveiller tout le front ennemi.
- Tous les avions allemands de C. A., soit de la
- 0"270
- /'air aie 'oid/ssem ent
- Rou/emené c/e b u Fée arrière
- “T"- vers H* Circuit t oscii/snt
- Fig. 4.
- Coupe schématique de la génératrice. Alternateur J. d. Flieger.
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- rie C., sont munis à titre permanent des organes de liaisons actuellement utilisés en T. S. F., pistolets lance-fusées, etc. ; les deux principales fonctions de ces Flieger abt. sont le réglage de tir et le soutien de l’infanterie.
- — Méthode allemande de réglage par T. S. F.
- Soit un tir à effectuer sur un dépôt de munitions M
- de destruction ou attendre un moment propice.
- Les Allemands, naturellement, connaissent l’emplacement exact ou approximatif de nos batteries (de même que nous n’ignorons pas l’emplacement des leurs) ; celles-ci sont désignées sur leurs plans directeurs par les coordonnées qui correspondent à leur emplacement (Batterie B. Dépôt M. Figure 1).
- — Cu-cmi oiiilWr
- Conxecù
- (Uflô pour
- <ô en ci en C-/9/6 _ Si c/ 7’
- Fig. 5. — Les trois connections qui permettent d’utiliser la génératrice J. d. Flieger avec les trois circuits d’émission C. içi6 — H — T.
- il
- ~~Lrui_nj
- Fig. 6. — Schéma du carter B (fig. 4) et les deux connections de rotation à droite (R) et à gauche (L).
- GtncraH-iœ Cawant j I
- AjOphcafù
- ion connccuon
- (fig. 1) dont l’existence a été dévoilée par photographie aérienne ou par interrogatoire de prisonniers. L’emplacement de cet objectif est minutieusement étudié par le commandant de la batterie et par l’observateur qui va exécuter le réglage.
- Les accords s’établissent sur l’heure et la conduite du tir de façon a nécessiter, pendant le réglage, le minimum de communications. L’avion s’envole, prend sa hauteur et survole la bal terie qui va tirer. Par T. S. F., il demande si les pièces sont prêtes ; un panneau signal posé sur le sol, à côté de la batterie, répond « oui » ou « non », et par cette réponse même signale que l’antenne reçoit parfaitement les émissions de l'avion.
- Si la batterie est prête, l’avion part sur l’objectif, en repère exactement
- l’emplacement et envoie le message « 1° Salve, feu ». L’observateur cherche à discerner les points d’éclatements; ceux-ci repérés, il les porte sur son plan directeur et télégraphie à la batterie le chiffre qui correspond au point moyen d’impact.
- Le commandant de tir note ce point et rectifie son tir.^ Quand l’observateur estime que les obus tombent sur l’objectif, il télégraphie « objectif atteint ». La batterie peut commencer un tir
- fU. Gcnercdrca:
- Vij/ Courant continu
- R
- CordXruu Alternatif et e-xciCaCum
- n
- ApplL.can.0n connedLon L
- Fig. 7. -rotations
- Pendant son vol de réglage ou d’observation, l’observateur peut, par exemple, signaler que la batterie B est en action 0 1027 en action » ; il peut aussitôt régler un tir qui la contrebat.
- En fait, sauf en cas d’attaque ou de nécessité absolue, la présence d’avions de réglage au-dessus des lignes empêche le tir des batteries adverses ; il y a donc énorme intérêt pendant une opération à bénéficier de la maîtrise de l’air, celle-ci paralyse une partie des batteries et de plus empêche toute observation indiscrète de l’ennemi.
- Les messages sont reçus à terre, par des antennes montées à proximité des postes de commandement d’artillerie, sous le contrôle d’un « Anlennen offizier », qui transmet aussitôt à lu‘ batterie intéressée les indications reçues et rend compte des observations particulières au commandement.
- — Méthode de liaison avec l'infanterie.
- Le rôle de soutien d’infanterie qui est dévolu à certains avions « Truppen Flieger », au cours des attaques, est certainement le rôle le plus délicat, le plus dangereux, mais aussi le plus fructueux parmi ceux qu’assume l’aviation.
- Il s’agit de suivre dans le combat les troupes
- - Schéma des connections pour de la génératrice à droite et à gauche.
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- LA LIAISON AÉRIENNE ET LA T. S. F. EN AVION, CHEZ LES ALLEMANDS 357
- d’infanterie. Dès que celles-ci ont quitté leurs positions, elles n’ont plus aucune liaison avec l’arrière ; le téléphone, le télégraphe, les coureurs sont absolument impuissants à transmettre régulièrement des ordres ou des demandes, à travers la fournaise d’un bombardement ou à travers un terrain bouleversé par les obus.
- L’avion remplit toutes ces missions instantanément, grâce à son poste de T. S. F. ; la seule difficulté réside dans la transmission des demandes entre l’infanterie et l’avion. L’observateur est appelé à transmettre au poste de commandement de l’arrière les demandes des fantassins en barrage d’artillerie, en munitions, en renfort de personnel; il doit signaler au fur et à mesure qu’ils se produi-
- lumineux, émis par les petits projecteurs de signalisation « Mitlehrer scheinwerfer ». Pour obtenir un bon résultat au cours de ces opérations délicates, l’avion doit voler très bas, de 300 à 1000 m.; il se trouve sous le feu des mitrailleuses et des fusillades ennemies, volant au milieu de milliers de trajectoires d’obus amis et ennemis qui martellent la zone d’attaque.
- Ce sont des missions extrêmement dangereuses qui demandent, aux pilotes et aux observateurs qui les remplissent, des qualités exceptionnelles d’intelligence et de courage calme. Un message mal interprété ou manqué peut coûter des milliers de vies de fantassins ou le succès d’une opération.
- Le poste de T. S. F. émetteur d’ondes hert-
- Comma n de afp longueur d'onde
- Ampèremè,
- •Self Oudin
- 't Masse
- Fig. 8. — Schéma de l’installation électrique du poste Telefunken D. R. P., type A. F. S. 35.
- sent les événements qui peuvent amener une modification des premiers plans d’attaque; ils doivent sans doute maintenant signaler l’avance de nos o chars d’assauts » en indiquant leur direction.
- Au début de sa mission, l’avion se lait reconnaître aux troupes qu’il est chargé de soutenir; il possède des fanions spéciaux et lance des fusées de couleurs convenues. Chaque élément d’infanterie qui reconnaît, à ses fusées, son avion, signale sa présence par des panneaux de toile blanche de forme différente ou par des fusées dégageant une fumée abondante.
- L’observateur sait ainsi à quel point se trouve la progression de sa troupe, il signale cette position à l’arrière, l’artillerie allonge son tir ou le raccourcit suivant le cas.
- Une fois le contact pris, des communications plus précises s’établissent au moyen de signaux
- ziennes, installé à bord des avions allemands, se compose :
- 1° D’une génératrice produisant du courant alternatif et continu ;
- 2° D’un circuit oscillant qui émet les ondes hertziennes;
- 5° D’une antenne qui lance ces ondes dans l’espace.
- i° Primitivement, le courant nécessaire pour la création des ondes était fourni par une batterie d’accumulateurs emportée par l’avion. Cette source d’énergie a donné lieu à de nombreuses difficultés. Les batteries était très lourdes, très fragiles et sujettes à se décharger fort rapidement; quantité de réglages ont été interrompus par leur faute.
- On en vint rapidement à concevoir et à mettre au point de petites dynamos productrices de courant alternatif et continu. Ces génératrices sont mues
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- par une hélice aérienne ou accouplées au moteur de l’avion (moteur « Benz ») par l’intermédiaire d’une poulie embrayage commandée par le pilote.
- La génératrice J. d. Flieg., 1917, employée par les Allemands sur leurs avions, se compose de deux groupes dynamos électriques, montés sur le même axe (fig. 2 et 4).
- L’un de ces groupes (D) formant dynamo simple, fournit du courant continu ; celui-ci est utilisé pour l’excitation du courant alternatif, pour le circuit oscillant, et éventuellement pour l’éclairage des lampes et projecteurs de bord.
- L’autre groupe (A) fournit du courant alternatif destiné au circuit oscillant.
- Les Allemands ont été amenés à utiliser cette génératrice avec différents types de dispositifs d’émission de T. S. F.
- Les trois dispositifs d’émission actuellement utilisés sont : le « sen-der » type G 4916, le « Hüthsender » H et le « Telefunkensender » T.
- Ces différents circuits oscillants demandent pour leur bon fonctionnement des courants de valeur différente. La génératrice J. d. Flieg est conçue pour fonctionner avec ces trois circuits.
- Sous la génératrice et en avant (A) se trouve un carter dans lequel aboutissent 12 bornes.
- Ces bornes permettent d’intercaler sur le circuit de l’excitation de l’alternatif différentes valeurs d une résistance (R) placée en série et posée sous la génératrice entre les carters A et B.
- Selon que l’on utilise le sender C 1916, II ou T, ces bornes sont utilisées avec des modalités de courant correspondantes. Pour permettre un réglage rapide et sans erreurs possibles, ces bornes sont réunies par des plaques connectrices (schaitleiste) qui correspondent aux « sender » utilisés (fig. 5).
- Ces connecteurs sont de petites plaques de matière isolante I; les bornes qui doivent être conjuguées le sont par de petites plaques de cuivre C, réunissant les bornes à utiliser.
- Dans le couvercle du carter, se trouve une petite fenêtre transparente permettant, avant d’utiliser la
- génératrice, de se rendre compte si elle est réglée convenablement avec son circuit oscillant; à cet effet les plaques connectrices portent les indications C, 1916. II. T. correspondant aux différents types de « sender ».
- Ces génératrices sont construites pour être utilisées indifféremment en tournant à droite ou à gauche, selon qu’elles sont mues par hélices aériennes ou commandées par le moteur de l’avion.
- Un carter arrière B est prévu pour modifier les connections des bornes de départ qui s’y trouvent.
- Les deux plaques connectrices de ce carter portent les lettres R et L correspondant aux mots Rechts (droite) et Links (gauche) et sont utilisées suivant le sens de rotation de la génératrice (fig. 6).
- Sept bornes se trouvent dans ce carter, dont six servent de bornçs de départ. Les bornes 1 et 2 donnent le courant alternatif, 5 et 4 le courant d’excitation; les fils 1-2-3-4 se réunissent dans une gaine isolante et vont au circuit oscillant. Les bornes 5 et 6 donnent le courant continu, utilisé vraisemblablement pour l’éclairage de bord au cas de \ol de nuit et pour le fonctionnement des projecteurs de signalisation, en cas de liaison avec l’infanterie.
- Les deux schémas R et L expliquent la marche des courants et leur inversion dans les deux cas de rotation à droite ou à gauche, par suite de l’utilisation des plaques connectrices R et L
- (fig- 7).
- Cette génératrice pèse avec son hélice et ses câbles de départ 10 kg 500.
- L’hélice est calculée pour donner une vitesse de rotation de 4500 tours-minute dans un vent moyen de 150 KM-heure; les variations de vitesse de l’avion n’influent pas sensiblement sur le rendement de la génératrice.
- Le montage de la génératrice sur le moteur paraît plus logique en ce qu’il n’emprunte exactement que la puissance nécessaire pour faire tourner les induits, tandis que le montage avec hélice entraîne une certaine perte de puissance ; 1 hélice ne rend
- Fig. 9. — Appareil d'émission de T. S. F. d’avion :
- B, Bornes d’arrivée du courant; T, transfor-maleur; R, résistance pour intensité d’émission;
- C, condensateur ; E, éclateur à plateaux; SO, self d'Oudin pour longueur d'onde; SA, self d’antenne; Y, variomètre; M, borne à la masse;
- D, borne de départ à l’antenne; CY, commande du variomètre ; CL, commande de la longueur donde; CE, commande d'intensité d’émission.
- (Cf. Tableau schématique n° B).
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- dans sa transformation de force qu’une partie de la résistance de l’air qu’elle absorbe ; de plus, la génératrice fixée en plein courant d’air oppose une résistance à l’avancement.
- Le refroidissement de cette génératrice, tournant à 4500 tours par minute, est assuré par circulation d’air. La forme particulière du carter avec deux
- renflements crée une suppression avec entrée d’air et une dépression avec sortie d’air (fig. 4).
- L’entraînement par hélice permet à la génératrice d’être actionnée, même au cas où le moteur serait arrêté par suite d’une panne, ce qui est une nécessité pour les avions appelés à effectuer des vols de nuit.
- Les Allemands emploient les deux systèmes d’entrainement, sans qu’on puisse exactement discerner dans quel cas ils en emploient un de préférence à l’autre.
- Les caractéristiques de la génératrice alternateur J. d. Flieg sont données par une plaque fixée sur le corps du carier.
- 2° Appareil d’émission. L’ensemble du dispositif appelé circuit oscillant (telefunken), donne naissance aux ondes hertziennes. L’appareil telefunken est contenu dans une boîte rectangulaire d’un encombrement de 35x25x15 cm et d’un poids de 8 kg, 700.
- Le courant alternatif et le courant continu excitateur arrivent aux bornes B et sont utilisés suivant le schéma n° 8.
- Comme tout circuit oscillant, le telefunken comprend : un transformateur, un condensateur, un éclateur (type à plateaux), une self-réglable ou va-riomètre. Le telefunken comporte de plus :
- Un contact à 3 plots qui permet de faire varier l’intensité de l’émission par un rhéostat sur l’excitation et qui diminue en même temps la résistance de l’éclateur à plateaux par la mise en court-circuit d’une partie des plateaux (dans le cas d’une émission faible).
- Un autre contact à 3 plots permettant d’utiliser trois longueurs d’ondes différentes 150-200 et 250 m. par la mise en service d’une ou plusieurs spires d’une self-Oudin (fig. 9 et 11).
- La self-réglable permet d’accorder le circuit de
- Fig. io. — Rouet d’enroulement et antenne d’émission.
- 1 antenne avec le circuit primaire. L’observateur sait que son circuit est réelé lorsque l’aiguille de l’ampèremètre passe par un maximum.
- Une borne de sortie M est prévue pour le contact à la masse ; une autre borne A pour l’ampèremètre et l’antenne.
- 3° L’antenne d’émission est constituée par un câble de cuivre de 1 mm de diamètre et d’environ une quarantaine de mètres de longueur; ce fil, qui pend sous l’avion, tend à prendre une position presque horizontale par suite de son inertie et de la résistance de l’air à 150 km.-heure.
- Un poids P, en forme d’œuf, l’empêche de « flotter » dans l’air. Cette antenne est enroulée autour d’un rouet muni d’une poignée à cliquet; le poids P suffit à dérouler l’antenne dès que le cliquet est dégagé.
- L’arrivée des oscillations qui sortent à très haute tension du circuit oscillant se fait par la borne d’arrivée A et passe par le fil de l’antenne, par l’intermédiaire de frottoirs spéciaux (fig. 10).
- Sur le support du rouet se trouve une plaque donnant les longueurs d’antenne convenables pour la bonne utilisation des différents circuits oscillantsG1916,
- H., T.; un re- 4-
- père-arrêt est --------------------------f-—L
- alors fixé sur le fil et permet à l’observateur de ne dérouler que la longueur prescrite.
- L’antenne étant violemment tirée vers l’arrière par le vent, le tube de sortie est incliné dans ce sens.
- Le manipulateur et l’ampèremètre sont de type courant. Les fils conducteurs de cette installation sont isolés sous tubes souples d’aluminium ou sous tubes souples d’une matière isolante (cellulose et toile).
- L’ensemble
- poste d’émission
- 7~e'/e f unh en
- D.R.P.
- Type A FS. 35. yVf 8170
- Fig. ii. — Les trois organes de commande du lelefun-ken. (Variomètre. Intensité. Longueur d’onde.)
- de
- ce poste d émission pèse 25 kg, 700, soit Circuit oscillant. ....... 8 kg, 700
- Génératrice.....................10 kg, 500
- Antenne et rouet ....... 3 kg, 700
- Manipulateur, fils et ampèremètre. 5 kg
- La portée moyenne de ce poste semble être d» 35 km; ce qui esi cirgement suffisant pou;
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- 360 LE NOUVEL HOPITAL CIVIL DE LYON
- travail de liaison avec l’infanterie et avec l’ar-lillerie.
- Le croquis (12) montre la répartition dans le fuselage de chacun des éléments que nous venons d’examiner. Disposition T. S. F. Avion Rumpler C. Y. 1917.
- La réception de nos messages aériens de T. S.
- F. est très souvent contrariée par des émissions faites par les Allemands , avec mêmes caractéristiques que les nôtres; ce sont des services spéciaux de brouillage qui sont organisés pour rendre inintelligibles nos réceptions.
- Nos messages aériens, comme nos messages T. S. F. de terre, sont capturés par l’ennemi qui cherche à deviner leur signification et peuvent ainsi prévenir les objectifs sur lesquels on règle le tir.
- Chaque escadrille allemande « FeldfliegerÀbt. » de corps d’armée comporte dans son matériel roulant une remorque de camion, spécialement aménagée pour réparer et essayer les appareils d’émissions.
- L’émission et la réception des messages sont d’une facilité élémentaire quand dans un secteur un seul avion opère, mais ces opérations
- deviennent extrêmement délicates quand, dans un secteur restreint, plusieurs avions évoluent et ont chacun en même temps des messages de la plus haute importance à envoyer.
- Les Allemands arrivent à faire travailler sur un petit secteur plusieurs avions, en donnant à chacun' d’eux une particularité d’émission, soit par des longueurs d’ondes différentes, soit par l’intensité de l’émission.
- Au fur et à mesure que les méthodes de combat terrestre se perfectionnent, le rôle de l’aviation devient de plus en plus prépondérant.
- Nul doute que nos ennemis n’aient déjà adapté l’aviation à la recherche sur les champs de bataille de nos chars d’assaut, en signalant à leurs batteries spéciales leur nombre et leur direction.
- L’importance de la liaison parfaite entre l’aviation, l’artillerie, l’infanterie, ne saurait être exagérée; elle correspond à l’entraînement et au bon équilibre entre tous ses sens que recherche, par un long tâtonnement, un organisme qui veut sortir victorieux d’une lutte à mort.
- Jean-Abec Lefranc.
- Circuit oscillant Téléfunhen T.S.F
- Boite à cartouches
- Appareil photo.^yT Antenne T.S.F'
- Manipulateur TSF Ampèremètre T.S.F Pistolet lance fusées
- Lance - bombes Siège du passager
- Fig. 12. — Disposition des organes de T. S. F. dans le fuselage d’un avion Rumpler C. V1917.
- LE NOUVEL HÔPITAL CIVIL DE LYON
- Les principaux services hospitaliers de la ville de Lyon se trouvaient depuis de longues années fort à l’étroit dans les locaux qui leur étaient affectés : l’Hôtel-Dieu et la Charité.
- Ces bâtiments avaient été édifiés à l’origine, avec l’aide de Childebert, fils de Clovis, « par un pieux évêque de Lyon, saint Sacerdos, qui (vers 542), excité par le spectacle des misères du peuple, avait conçu l’idée de la fondation d’un asile hospitalier constamment ouvert aux pèlerins, aux pauvres, aux malades et aux infirmes » (t). Nommés Grand Hostel-Dieu de Nostre-Dame de la Pitié' du Pont-du-Rhône et ultérieurement agrandis, ils ne tardèrent pas à devenir le centre et l’asile de tous les indigents souffrants de la région, que la situation
- 1. Lyon ancien et moderne par les collaborateurs de la Revue du Lyonnais, t. Il, p. 525. >*
- géographique de Lyon faisaient converger vers la ville.
- Retouchés, remaniés et repris à diverses époques, ils avaient atteint vers le milieu du xvuie siècle leur forme définitive, avec la construction de la façade du quai du Rhône et le dôme monumental de Soufflot qu’on voit encore aujourd’hui. Leur emplacement au cœur de la cité ne permettait aucune extension : il n’était plus possible d’ajouter même un seul lit.
- Et pourtant, hospitalisés et indigents affluaient toujours. Les salles spacieuses se montraient de moins en moins capables de recueillir les malades d’une population dont le chiffre tend vers 600 000 habitants.
- En même temps, dès 1845, « on commence à comprendre à Lyon que l’air et le soleil sont de
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- LE NOUVEL HÔPITAL CIVIL DE LYON
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- première nécessité à toute créature et surtout aux malades ». On trouve les cours intérieures trop resserrées, les bâtiments qui les circonscrivent trop élevés. Les découvertes modernes de la médecine et de la chirurgie achèvent de montrer l’inanité de la concentration, dans un immense hôpital surélevé où tout est entassé, des maladies les plus diverses, et corroborent une idée qui gagne tous les esprits : il faut changer.
- Il était réservé à M. Herriot, sénateur, maire de Lyon, de prendre vers 1910l’initiative de la mesure
- L’étude, revue, discutée par les membres du Conseil des Hospices, fut soumise aux maîtres les plus éminents des Facultés de Médecine de Lyon, qui tombèrent d'accord sur un projet définitif, dont l’ensemble n’attendait plus que l’heure favorable pour être réalisé.
- Survient la guerre. M. Herriot n’hésite pas : il di-i ige sur le terrain récemment acheté de Grange-Blance les innombrables sans-travail dont l’armée assaille la mairie, et décide de commencer les travaux.
- L’entreprise se poursuit depuis ce moment avec
- Entrée des Serv. des Mal. contag.
- Fig. i. — Vue d’ensemble du nouvel hôpital de Lyon.
- radicale et de salubrité publique qui s’imposait : l’abandon de locaux surannés, ne répondant plus aux conceptions hygiéniques actuelles, pour un nouvel édifice, hors ville, entièrement sain ; la construction de toutes pièces d’un hôpital moderne muni des derniers perfectionnements : services cliniques chirurgicaux, biologiques, physiques et chimiques s’y rattachant.
- L’exécution des plans fut confiée à M. Tony Garnier, ancien pensionnaire de l’Académie de France à Rome, — le même Garnier qui construisit déjà le Stade athlétique et les immenses Abattoirs où l’on a logé successivement l’Exposition de Lyon et l’une des grosses usines de matériel de guerre.
- des fortunes diverses. La main-d’œuvre, abondante d’abord, s’est raréfiée : on a provoqué la venue de 700 prisonniers de guerre, on les a repris ensuite, en les remplaçant plus ou moins; à force de chercher, de s'ingénier, les bâtiments sorlent de terre, malgré les difficultés actuelles et présentent déjà un ensemble imposant d’assises qui présage de la grandeur de l’œuvre terminée.
- La superficie couvre une surface de 156000 m2; elle est prise sur des terrains d’ancienne culture maraîchère enclos entre quatre faubourgs de Lyon, où la population, rurale, clairsemée, ne craindra pas d’épidémie. Le vallonnement naturel permettait d’envisager trois nivellements, trois plans différents
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- dans l’établissement de l’ouvrage : un heureux parti a été tiré de cette circonstance. Les accès secondaires de l’hôpital, les services généraux, le logement du personnel prennent plain-pied sur les rues avoisinantes ; les grands services hospitaliers débouchent au second palier sur une immense terrasse, dominant la première de 4 m., et jouissant ainsi en même temps d’une aération parfaite et d’une vue panoramique en élévation dans trois directions principales : Nord, Ouest, Est. La troisième terrasse
- sous-sol, relie entre eux les différents pavillons, et débouche à ciel ouvert dans le voisinage des services généraux. Un malade est-il admis? Un lit du service de secours le reçoit, et il disparaît immédiatement dans les profondeurs de la terre, confortablement étendu sur la couchette qu’il ne quittera plus. On le voiture, on le véhicule, on le transporte dans ces eatac tmbes, à l’abri des courants d’air et des indiscrets, jusqu’au-dessous du logement qui lui est assigné : le sommier sur roues caoutchoutées
- Sat/e de cours
- I- IIM-
- iFri*
- Vc ° ~/rnge j Sa/e
- Fig. 2. — Projet d’un pavillon de 62 lits avec clinique chirurgicale.
- enfin, séparée de la seconde par une rampe en talus naturel de 6 m. 50 d’élévation, isole les services contagieux sur un troisième plateau, indépendant des autres, avec son entrée particulière, bien éclairé et bien éventé; distant de toute construction? leur ensemble constitue un camp insalubre entièrement clos, incapable de propager ses miasmes et d’infecter les domaines voisins.
- Conséquence origina'e et caractéristique de cette nouvelle œuvre, de cette conception par étages : toutes les communications, tous les mouvements de personnel, de malades et de matériel sont souterrains. Un réseau de couloirs, de tunnels plus exactement, représentés en blanc sur le plan du
- est introduit dans un ascenseur, qui l’élève sans secousses jusqu’à l’étage de la salle de traitement : il gagne la place où il demeurera jusqu’au jour où guéri, convalescent, il descendra reprendre ses forces sur la seconde terrasse, au bon air et à la lumière, ignorant de la vie organique de l’hôpital qui se glisse, silencieuse et discrète sous ses pas.
- Les galeries, larges de 3 m. et hautes de 4, assurent toutes les manœuvres. Deux lits s’y croisent aisément. Les aliments y circulent sur de petites charrettes, depuis les cuisines centrales jusqu’aux réfectoires ou aux salles de malades, où ils parviennent rapidement, encore appétissants et tout
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- : LE NOUVEL HÔPITAL CIVIL DE LYON
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- chauds. La lingerie s’y transporte et ne s’étale plus au grand jour. Les morts enfin s’y promènent furtivement loin des imaginations impressionnables. La lumière arrive par des vitres armées enchâssées dans le plafond. On a prévu l’aération par ventilateurs.
- Nous croyons savoir qu’un système analogue de communications souterraines, sur une échelle moins étendue, a été tenté au nouvel Hôpital de la Pitié, à Paris. Nous nous trouvons donc en présence de la seconde application seulement de ce principe qui gagnerait à être répandu en France.
- Passons aux pavillons eux-mêmes.
- Leur nombre a été multiplié, comme il est de règle dans les établissements modernes. On n’en trouve pas moins d’une trentaine, ayant chacun sa destination particulière.
- Les services se répartissent comme suit :
- Médecine. . . 3 pavillons (dont 2 avec clinique). 360 lils.
- Chirurgie. . . 6 — (dont2 avecclinique). 372 —
- Gynécologie . 1 — (avec clinique) ... 42 —
- Ophtalmologie. 4 — (avecclinique) ... 64 —
- Maternité. . . 2 — (dont une infirmerie
- septique isolée). . -84 —
- Dermatologie 1
- et 11 — (avec clinique) . . . 428 —
- voies urinaires. )
- Contagieux , . 5 — (dont 4 avecclinique). 450 —
- Lits d’eau. . . 4 — 6 —
- Agités ...• 4 — 6 —
- On trouve en outre :
- Service de nuit et salles de secours................... 47 —
- Infirmerie des religieuses............................. 42 —
- Infirmerie du personnel............................... 40 —
- Convalescents.......................................... 12 —
- Total des lits de malades........ 1293 lits
- Un coup d’œil sur le plan d'ensemble donne une
- Fig. 3. — Vue d’un pavillon de chirurgie.
- L’idée de leur conception est la suivante : chaque unité forme un tout autonome, sous la direction du professeur qui s’en occupe; il a tout sous la main : il y trouve salles de malades, chambres d’isolement, bains, radiographie, laboratoires, amphithéâtres de cours — n’oublions pas que l’hôpital servira d école de médecine — et pour les pavillons de chirurgie, salle d’opération avec ses accessoires.
- Partout, au rez-de-chaussée, services septiques; au premier étage, services aseptiques; au second, locaux d'habitation; au-dessus, toits plats pour l’héliothérapie; et au sous-sol, vastes laboratoires, pouvant atteindre 60 m. de long, éclairés par d’immenses baies ouvrant sur une contre-pente gazonnée donnant un large accès à la lumière; nos maîtres pourront y installer à leur aise des champs d’investigation et de recherches personnelles concurrents de ceux que d’autres pays mettent à profusion à la disposition de leurs savants.
- idée de leur répartition, dans un ordre logique et raisonné.
- Le principe d’éviter à tout prix la contagion physique ou même morale a été poussé à ses dernières conséquences : les chambres individuelles se répartissent dans tous les bâtiments avec une profusion grandiose : un tiers du total des lits se trouve isolé, proportion qui n’a encore été atteinte nulle part.
- Enfin le service de lingerie présente une disposition ingénieuse. Toute toile usagée est désinfectée avant sa sortie du pavillon où elle a été souillée : elle ne peut le quitter sans passer par un autoclave qui la stérilise; on trouve là une application inattendue des guichets imposés par nos pères à certaines portes étroites. Elle se rend ensuite à la buanderie.
- Un certain temps s’écoulera nécessairement encore avant l’inauguration de cette immense construction. Le nivellement du terrain, Lien t^ue facilité
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- LE LANCEMENT DU BATEAU « BÉTON I »
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- par sa configuration, exige pourtant le déplacement de 150 000 m3 de gravier. On prévoyait à l’origine un délai d’achèvement de cinq ans. C’est peu pour une entreprise au crédit de laquelle on se propose de consacrer treize millions.
- Lorsqu’elle sera terminée, lorsque les malades y seront soignés avec le concours de toutes les clartés
- médicales qui s’y trouveront réunies, la ville de Lyon pourra s’enorgueillir de l’un des hôpitaux les plus magnifiques de France; ce ne sera pas la moindre des œuvres magistrales qu’elle devra aux facultés créatrices et organisatrices de l’homme éminent auquel elle a depuis longtemps confié ses destinées. André Koehler.
- LE LANCEMENT DU BATEAU « BÉTON 1 »
- Depuis quelques années, l’emploi du béton armé a été envisagé pour les constructions navales, mais les réalisations ont été exceptionnelles. Citons simplement l’îlot artificiel de la batterie des Mores décrit dans La Nature, et quelques caissons lancés
- vagues et s’il a une certaine longueur la répartition des efforts le long de la coque varie à chaque instant et ne peut être établie avec certitude. Or une coque en béton armé est rigide, indéformable, il faut donc qu’elle soit calculée pour que dans aucun
- Fig. i. — Les stades successifs du renversement du bateau lancé la quille en l’air (n- poussée hydrostatique, P poids du bateau).
- en Norvège tout récemment. Mais les conditions imposées au fret par la prolongation de la guerre et les pertes dues aux sous-marins, la difficulté de construire rapidement des navires ou même de simples chalands par suite du manque de matières premières, ont ramené l’attention sur ce nouveau mode de construction et, dans tous les pays, des Sociétés se sont constituées pour son application.
- Sur les rives mêmes de la Seine, on pouvait voir, il y a quelque temps, des péniches en béton armé prêtes à être lancées. Mais si les embarcations destinées à la navigation fluviale peuvent être sans difficulté établies en béton armé, il n’en est pas de même de celles destinées aux transports sur mer. C’est qu’en effet, l’action des sels marins, d’une part, peut faire craindre une désagrégation plus ou moins rapide de la coque et, d’autre part, les calculs de résistance des carènes sont beaucoup plus compliqués et leur incertitude plus grande. Sur une rivière, la partie immergée est parfaitement déterminée, par suite la résistance que doit présenter la paroi du chaland à la pression hydrostatique est facilement évaluable ; mais sur mer il en est tout autrement : un navire en béton tangue et roule comme tout navire, il subit l’assaut des
- cas ses éléments travaillent à un taux supérieur au taux de sécurité admis. On conçoit donc la difficulté du problème et il est intéressant de signaler que les Scandinaves viennent de lancer un bateau le Béton I que le Lloyd a accepté de faire figurer sur ses listes. Si les résultats pratiques de la navigation sont satisfaisants, un nouveau mode de construction des plus avantageux pourra être envisagé, dont les conséquences pourront être très importantes.
- Ce bateau, construit par les chantiers de ciment de Porsgrund, en Norvège, mesure 50 m. de long, 6 m. de large, 5 m. 56 de haut, et peut porter 200 t. de chargement. Un moteur Skandia de 70 chevaux assurera sa propulsion. L’épaisseur des parois varie de 5 à 15 cm. En tenant compte des indications de l’expérience, un tel bâtiment peut être facilement construit en 6 semaines par une équipe de 60 hommes, y compris 5 semaines pour la prise du béton. Pour arriver à cette remarquable rapidité, la construction a été entreprise comme celle d’une voûte, c’est-à-dire que le Béton I a été confectionné la quille en haut sur le chantier. Il a donc fallu—et c’est là une des particularités originales du projet —lancer le navire à l’envers et
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- LA VACCINATION CONTRE LA FIÈVRE TYPHOÏDE DANS L’ARMÉE 365
- assurer ensuite son retournement. L’opération s’est I couple pesanteur-poussée hydrostatique, dont la parfaitement effectuée et le schéma (fig. 1) montre I valeur d’abord faible, croit, passe par un maximum
- (position 4) et finalement s’annule (position 5). Il suffit alors de vider les compartiments d’eau pour ramener le bateau à sa flottabilité normale.
- Ajoutons, pour terminer, que la Société danoise de constructions navales en béton armé a entrepris la fabrication de chalands de 56 tonnes destinés à la navigation fluviale et que, s’appuyant sur les résultats acquis,
- Fig. 2.
- Le Béton I quitte sa cale de construction la quille en l’air. (On remarquera les tubes latéraux qui serviront à épuiser l’eau après retournement).
- la méthode suivie.
- La position 4 est celle occupée par le bateau immédiatement après sa mise à l’eau; sa flottabilité est positive et assez grande ; on ouvre alors des vannes placées sur le côté de laçon à la diminuer jusqu'à la rendre nulle (position 2). Dans ces con-
- Fig.
- ditions l’équilibre est instable et le retournement se produit (positions 5, 4 et 5), sous l’action du
- — Le Béton I après son retournement.
- I elle projette celle de bâtiments de mer plus I importants. H. Yolta.
- LA VACCINATION CONTRE LA FIEVRE TYPHOÏDE DANS L’ARMEE f)
- La vaccination antityphoïdique est connue de nos lecteurs, elle a été dans ses grandes lignes exposée dans un numéro de La Nature du 5 juin 1946, à l’occasion d’une étude sur les fièvres typhoïdes et paratyphoïdes. Nos lecteurs trouveront dans ce travail une série de graphiques qui compléteront à merveille le présent article.
- Si nous revenons aujourd’hui sur cette question
- de la vaccination antityphoïdique, c’est que, en dehors de son importance capitale admise depuis quelques années déjà, des faits nouveaux sont récemment venus souligner la valeur du procédé et l’importance des succès que l’on peut en attendre.
- 1. On consultera avec profit le volume Typhoïdes et Paratyphoïdes de Yinccnt et Muratet. Collection Horizon, librairie Masson.
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- 366 LA VACCINATION CONTRE LA FIÈVRE TYPHOÏDE DANS L'ARMÉE
- Rappelons qu’à la suite des travaux sur l’animal de Widal et Chantemesse (1888), des travaux de vaccination appliquée à l’homme de Wright (1896), deux théories étaient mises en opposition. L’emploi de vaccins dits vivants et l’emploi de vaccins morts; c’est à ces derniers que l’on a donné la préférence
- et, parmi les méthodes employées pour tuer les bacilles, il faut distinguer : celles qui emploient les agents physiques chaleur ou lumière (Chantemesse, Widal, Wright, Wassermann, Pfeiffer et Kolle-Renaud) etcelles qui emploient les agents chimiques, éther notamment (Vincent). A ou-tons aussi que devant l’importance et la fréquence des typhoïdes liées à l’action' des bacilles paratyphiques, on a substitué au vaccin simple (Eberth seul) un vaccin mixte dit T. A. B. obtenu avec des cultures d’Eberth et des bacilles paratyphiques A et B.
- Aux quatre injections théoriquement nécessaires on substitue en pratique de guerre avec le vaccin de Vincent deux injections à doses renforcées.
- Nos alliés anglais font de même avec leur vaccin chauffé de Wright. L’immunisation obtenue par cette vaccination réduite, est certe de moindre durée, et dans l’armée anglaise les vaccinations sont recommencées au bout d’une année. Il est d’ailleurs possible de mesurer approximativement la durée de l’immunité conférée; car elle est fonction du nombre de corps bacillaires contenus dans le vaccin. Avec 500 à 1000 millions de bacilles elle est d’environ deux années, avec 5000 millions dose maxima elle dépasse quatre années. Quoi qu’il en soit, et in-
- dépendamment de ces considérations d’ordre général, c’est à l’œuvre que l’on juge l’artisan ; c’est aux résultats que nous allons apprécier la valeur de la vaccination antityphoïdique; ils sont d’ailleurs fort beaux, quels que soient les vaccins employés.
- Avant la guerre on avait déjà la preuve de l’efficacité de la méthode. Les statistiques de l’armée anglaise des Indes montraient notamment- que la morbidité était moitié moindre et la mortalité huit ois moins élevée chez les vaccinés. La différence était encore plus marquée au Transvaal où la morbidité des vaccinés s’abaissait au 1/7 de celle des non-vaccinés et la mortalité tombait au 1/8.
- On savait, aussi que la fréquence proportionnelle des cas était d’autant moindre, que le nombre d’injections pratiquées était plus élevé. Les chiffres suivants empruntés à Warden sont à ce propos particulièrement éloquents. Non-vaccinés, morbidité. . 84 pour 1000.
- Vaccinés une fois — . . 41 pour 1000.
- Vaccinés deux fois — . . 25,6 pour 1000.
- Dans l’ensemble donc, les résultats acquis dès
- avant la guerre se résumaient dans les propositions suivantes :
- Grosse diminution de la proportion de cas de typhoïde chez les vaccinés ; encore plus forte diminution de lu proportion des accidents graves et de la mortalité chez ceux qui, malgré la vaccination, contractent la fièvre typhoïde.
- De tels résultats imposaient l’extension d’une
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- j I f I mI a ImI j I j ! a Is lo In I d
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- Fig. 4. — Courbe de la morbidité en affections typhoïdiques aux armées par 1000 hommes. Courbe donnant la variation du nombre des maladies par affections typhiques pendant 3 années de guerre.
- 1 Déùuf des /M/ss/ons auxÂr/nées
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- Fig. 5. — Courbe de la mortalité par maladies typhoïdes aux armées. , Mortalité par 100000 hommes.
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- PROJET D’AGRANDISSEMENT DU PORT DU HAVRE ...—- 367
- méthode aussi bienfaisante à tous les éléments des populations civiles et militaires. Dans l’élément civil, peu nombreux étaient cependant ceux qui, en dehors des professions tenant à l’exercice de la médecine s’étaient soumis à cette vaccination. Dans l’élément militaire l’intervention du professeur Léon Labbé avait l'ait adopter la vaccination obligatoire dans l'armée en mars 1914 (1 ). Il est bon de dire cependant que déjà les troupes du Maroc, et. les contingents d’Algérie avaient été vaccinés. Il y avait donc dans l’ensemble, à la déclaration de guerre, environ 200000 individus qui avaient reçu du vaccin antityphoïque simple et 20 000 du vaccin mixte T. À. B. La mobilisation de plusieurs millions d’hommes pouvait donc faire craindre l’apparition, dans l’armée, d’épidémies graves, car, parmi les réservistes et les territoriaux aucun pour ainsi dire n’était vacciné. Or l’exemple des guerres antérieures, européennes aussi bien que coloniales, montrait que la typhoïde et ses satellites les paratyphoïdes tuaient plus au cours d’une campagne que les faits de guerre proprement dits.
- L’état de chose ne tarda pas d’ailleurs à justifier dans une certaine mesure les appréhensions, car nombreux furent les cas de typhoïde observés aux armées dès l’automne 1914. L’intelligente initiative de quelques dirigeants du service de santé conduisit à prendre la plus simple de toutes les mesures prophylactiques, la vaccination. C’est ainsi que le médecin inspecteur Landouzy fit, en Alsace, pratiquer la vaccination d’environ 100 000 hommes, et que l’inspecteur Wissemans du 5e corps fit de même pour 50000 hommes. Très rapidement, la proportion des malades diminua dans ces corps de troupes. Aussi, dès février 1915, la vaccination se fut-elle généralisée à toute l’armée(2). Depuis, comme on s’en rend compte par l’examen des graphiques relatifs à la morbidité et à la mortalité, les cas de typhoïde diminuèrent rapidement. Sauf une légère
- recrudescence au cours de l’été 1915, recrudescence qui était liée aux affections paratyphoïdes, on enregistre une continuelle diminution. En septembre 1915 d’ailleurs, on pratiqua de nouvelles vaccinations, non plus avec du vaccin simple, mais bien avec du vaccin mixte, antityphique et anti-paratyphique.
- Les résultats sont tels qu’actuellement, on peut, suivant l’expression du professeur Richet, constater que les affections typhoïdes ont pour ainsi dire disparu de nos armées; car, pour l’ensemble de l’année 1917, de janvier à août, on n’enregistre qu’une morbidité mensuelle moyenne de 54 cas, par 1 million d’hommes et une mortalité de 4,2 par million d'hommes. Autant dire rien. On peut donc, sans être taxé d’exagération, dire que la vaccination antityphoïdique a épargné à la nation, au moins 150 000 hommes. Si, de ces résultats on rapproche ceux des armées alliées : anglaise, italienne, japonaise, américaine ; si on considère, d’autre part, les résultats obtenus dans la marine, on est amené à reconnaître que dans l’avenir, la vaccination antityphoïde est appelée à jouer un rôle absolument comparable à celui de la vaccination Jennérienne. De même que la variole a pour ainsi dire disparu, la vaccination antityphoïdique réduira les affections typhoïdes à l’état de curiosité clinique. 11 faut en conséquence et de toute nécessité rendre obligatoire la vaccination antityphoïdique pour l’élément civil. Les résultats obtenus et la pratique suivie au cours des deux épidémies de Paimpol et de Puy-l’Evêque en 1912, sont à ce point de vue une indication d’une valeur particu-- lière. Aucune hésitation ne doit subsister : les ennuis ou même les inconvénients qui peuvent résulter des réactions accompagnant dans certains cas les vaccinations, ne sont pas à mettre en balance avec l’étendue du service qui sera ainsi rendu à
- A.-C. Guillaume.
- l’humanité.
- PROJET D’AGRANDISSEMENT DU PORT DU HAVRE
- La destinée des ports importants et actifs semble être de se trouver toujours à l’étroit, quoi qu’on fasse, quoi qu’on projette pour leur avenir.
- Piegardez le port du Havre. Aux vieux bassins situés en pleine ville se sont ajoutés successivement le.bassin de l’Eure, colossal en son temps, aujourd'hui beaucoup trop petit, puis le bassin Bellnt raccordé au canal de Tancarville, et dernièrement le nouvel avant-port et le grand bassin de marée. La Nature a décrit ces derniers agrandissements en 1913 (n°2107) au moment de leur construction. Bien que non encore terminés, ils rendent aujourd’hui le plus grand des services, car avec l’énorme
- 1. La mesure similaire pour la Marine ne fut prise qu’en novembre 1914.
- 2. Les vaccinations ont été laites avec le vaccin Vincent préparé au laboratoire du Yal-de-Grâee.
- augmentation du trafic que la guerre a amenée dans les ports voisins de la côte anglaise, le Havre eût été sans eux absolument insuffisant, encombré, embouteillé, pour le plus grand trouble de notre ravitaillement déjà insuffisant. Le Havre qui importait 2 747 926 t. en 1913, en a reçu 4 500 000 en 1915 et près de 7 millions en 1916. Où aurait-on débarqué toutes ces marchandises sans les quais du nouveau port?
- Dès maintenant, il faut prévoir ce que sera l’activité de nos ports après la guerre, lorsque les conditions du trafic maritime redeviendront normales. Et dès maintenant, on s’aperçoit que les travaux entrepris sont insuffisants. En effet, les nouveaux bassins de marée ont été réalisés pour l’escale des grands transatlantiques. Mais il faut aussi prévoir un vaste arrière-port où se feront les transborde-
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- 368 PROJET D’AGRANDISSEMENT DU PORT DU HAVRE
- ments de marchandises des grands navires venant de mer aux péniches du réseau fluvial.
- Actuellement, te raccordement des voies fluviales au port du Havre ne se fait que par les bassins du canal de Tancarville dont l’un aboutit au bassin de l’Eure et l’autre au bassin Bellot.
- Le canal de Tancarville n’a: de quais maritimes que sur une petite étendue : bassin Vélillard et garage de Graville, et encore ne les a-t-il que depuis peu de temps, puisque les quais n’ont été terminés qu’aprèsla déclaration de guerre. Il faut donc procéder sans délais à leur agrandissement.
- L’administration des Travaux Publics vient donc de présenter au Parlement un programme d’amélioration et d’extension du port du Havre dont rend compte le Bulletin hebdomadaire de la Navigation et des Ports maritimes et dont il faut espérer que la réalisation commencera sans tarder.
- Le plan joint à cet article permet de juger des grandes lignes de ce nouveau projet. On y voit que les plus grands travaux consistent
- deviendra ainsi un passage important entre le bassin Bellot et le canal.
- 3° Le bassin Nord n’étant accessible, même après ces modifications, qu’aux navires de taille moyenne, on construira, en emprise sur la baie de Seine, dans le prolongement vers l’est du bassin de marée un vaste ensemble de bassins, le bassin Sud, communiquant avec le bassin de marée par un chenal et des écluses. Ce bassin s’étendra jusqu’à une digue prolongeant celle existante qui se raccordera avec celle de la Seine près delà pointe du Hoc. Dans ce bassin, on construira quatre darses de 1000 m. de long sur 150 à 200 m. de large et un môle de 1100 m. sur 250; l’ensemble développera 16 km de quais. Le bassin sud se raccordera avec le canal de Tancarville par un canal de jonction débouchant à Ilarfleur.
- Plan du port du Havre montrant le plan des agrandissements : en traits fins, les bassins terminés;
- en traits gras, les bassins projetés.
- à créer un vaste port de raccordement du canal de Tancarville au port maritime et à multiplier les quais de déchargement munis de voies ferrées.
- Outre l’approfondissement du bassin de marée et de ses voies d'accès de la cote — 6 actuelle à la cote—10,etlaconstructiond’un quai supplémentaire de 1000 m., le nouveau projet comporte :
- 1° Un bassin à flot (bassin Nord) qui sera construit sur la commune de Graville Sainte-Honorine, à l’est du port actuel, le long du canal de Tancarville entre les ponts 6 et 7. Ce bassin aura 3500 m. de quais maritimes s’ajoutant à ceux du bassin Vétillard et du garage de Graville, et aux apponlements et quais privés à installer sur le canal.
- 2° L’approfondissement à la cote — 2 m. de tous les bassins existants jusqu’à l’écluse Vétillard qui
- 4° Les bassins Nord et Sud seront munis de cales de radoub; celui du Nord comportera deux formes de 100 m. et deux de 160; celui du Sud, deux de 150, deux de 200 et une de 350 égale à celle en construction actuellement dans le bassin de marée et suffisante pour les plus grands paquebots.
- Le nouveau programme représente une dépense de 200 millions de francs, moins que la valeur d’une demi-journée de guerre. La Chambre de Commerce du Havre a accepté d’y contribuer pour la moitié. 11 reste à l’Etat à parfaire la somme et nous souhaitons qu’il n’y tarde point afin que Le Havre reçoive une nouvelle impulsion aussitôt après la guerre et contribue à relever notre activité maritime.
- Espérons que nous pourrons prochainement faire connaître à nos lecteurs l’avancement des nouveaux travaux. A. Breton.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahdre, rue de Fleuras, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 2307.
- 15 DÉCEMBRE 1917
- LA NAISSANCE D’UNE FLOTTE AÉRIENNE
- Les écrivains militaires américains déplorent que la patrie des frères Wright ne se soit pas intéressée, en temps de paix, à l’aviation, comme le firent la France, l’Angleterre et l’Allemagne. S’il en avait été autrement, déclarent-ils, les États-Unis eussent été capables, dès leur déclaration de guerre à nos ennemis communs, d’expédier en Europe plusieurs milliers d’aviateurs exercés et le matériel correspondant.
- Le fait est que l’aéronautique, après ure brève
- de la guerre américain s’était intéressé à la nouvelle arme, mais, naturellement, sur une échelle proportionnée à la faible importance numérique de l’armée nationale. Un corps d’aviation militaire fut formé vers 1910, et deux ou trois biplans participèrent à une expédition organisée contre les révolutionnaires mexicains, à la même époque. Ce fut la première fois que des avions figurèrent dans une bataille.
- L’importance que prit rapidement l’aviation dans I la guerre européenne secoua l’apathie de l’Amé-
- période de faveur publique, avait été classée par les Américains dans la catégorie des sports coûteux, réservés aux gens riches et aux professionnels de Y exhibition. Quelques « circuits » furent organisés, mais sans soulever l’enthousiasme populaire que provoquèrent en France et en Grande-Bretagne les exploits de nos premiers aviateurs. Des écoles d’aviation furent fondées, qui restèrent sans élèves. Les rares fabriques d’aéroplanes qui prirent naissance végétèrent lamentablement. L’indifférence publique était si profonde que, jusqu’en ces derniers temps, la très grande majorité des Américains ne possédaient dans leur vocabulaire qu’un seul terme pour désigner les appareils aériens. Ballons sphériques, dirigeables, aéroplanes, tout n’était pour eux qu'airships, navires de l’air !
- Cependant, à l’exemple de l’Europe, le ministère
- 45e Année. — 2° Semestre.
- rique. Le ministère de la guerre réorganisa et développa ses services aériens. Quand le général Pershing (alors colonel) fut chargé,de poursuivre en territoire mexicain les bandes révolutionnaires qui, poussées par des agents de l'Allemagne, avaient'-envahi et dévasté des villages américains, sa petite1 armée fut secondée par deux escadrilles.
- Bref, quand les Etats-Unis, entraînés par leur idéal de liberté et de justice, renoncèrent à une1 neutralité qui les enrichissait pour se lancer dans la mêlée avec un désintéressement qu’on n’admirera jamais assez, leurs services aéronautiques n’exis-, taient qu’à l’état embryonnaire. En réunissant leurs ressources civiles et militaires, ils auraient pii dil-licilement mobiliser cinquante aviateurs, et mettre en ligne une centaine d’appareils.
- Nous avons montré, dans un précédent article,
- 24. — 509
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- 370 : : - LA NAISSANCE D’UNE FLOTTE AÉRIENNE
- avec quelle célérité l’Amérique a organisé ses nouvelles armées. Elle a déployé une activité au moins égale dans le domaine de l’aviation. Il nous est interdit de publier des chiffres précis sur le nombre des élèves-pilotes qui poursuivent actuellement leur instruction dans les grands camps d’entraînement créés sur différents points du territoire. Mais la censure américaine a laissépublier quelques chiffres que nous allons glaner chez nos confrères de New-York.
- Nous découpons notamment dans le Scientific American, à la date du 6 octobre, une statistique communiquée par la section aéronautique de l’armée américaine, qui nous donné une idée de l’activité
- interdit d’aborder les « acrobaties », défense qui s’applique plus sévèrement encore aux instructeurs.
- Quand les élèves savent conduire un aéroplane, quand ils ont obtenu leur certificate, ou brevet, ils passent par une deuxième école, où ils reçoivent, selon la curieuse expression américaine, un finishing-off, c’est-à-dire un complément d’instruction. Ils y apprennent les loopings, les descentes en vrilles, les virages sur l’aile, et autres acrobaties qui jouent un rôle si important dans la tactique aérienne. On leur enseigne également le maniement aérien de la mitrailleuse, le lancement des bombes, la prise de clichés, etc.
- Fig. 2. — Vue d’un des hangars renfermant les machines presque terminées.
- qui règne dans trois des flying camps (aérodromes) organisés depuis moins de cinq mois.
- Pendant la semaine écoulée au 21 juillet, l’école de Mineota a exécuté 559 vols, formant un total de 222 heures 12 minutes. Durant la semaine écoulée au 14 juillet, les élèves de l’école de San-Diego (Californie) ont accompli 586 vols, avec un total de 265 heures 54 minutes. Enfin, pendant la semaine écoulée au 28 juillet, 85 vols (soit 48 heures 17 minutes) ont été exécutés sur le nouvel aérodrome du camp.Kelly, à San-Antonio (Texas).
- Un esprit de méthode scientifique a présidé à l’organisation de ces camps d’instruction, qui sont divisés en trois catégories. C’est d’abord l’école de general training, où les élèves apprennent les premiers éléments de l’aviation. Il leur est sévèrement
- Enfin, une troisième catégorie d’école leur permet de parfaire leur instruction : ce sont les acl-vanced aviation schools, où l’on s’efforce de reconstituer les conditions de la guerre. Les procédés d’instruction appliqués dans ces hautes écoles n’ont pas été révélés au public.
- Nous ne sommes pas tenu à la même discrétion en ce qui concerne les écoles du premier degré, dont le fonctionnement a été décrit par la presse américaine. Les élèves commencent par apprendre à démonter complètement un moteur et à le remonter. Pendant qu’ils se livrent à cette opération, un officier leur explique les fonctions des moindres organes, et les relations d’un organe à l’autre.
- Ils font ensuite un stage à l’atelier de réparations, où on leur inculque des principes d’ajustage.
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- On ne leur demandera pas de se substituer au mécanicien, mais on tient à ce qu’ils soient capables de vérifier si les réparations effectuées par ce dernier ont été faites comme il convient.
- Un stage analogue les familiarise, dans un autre atelier, avec les « réparations générales », c’est-à-dire avec celles qui ne concernent pas le moteur. Ils apprennent à réparer les organes de commande, les plans, et autres parties de l’aéroplane. Et c’est toujours le même but qu’on poursuit : mettre l’aviateur en état de contrôler le travail de son mécanicien et la qualité des matériaux employés, et de réduire ainsi au minimum les chances d’accidents imprévus.
- ment. Le moindre défaut entraîne le renvoi de l’appareil à l’usine. Le commandant du camp fait, en personne, de fréquentes inspections du matériel.
- Les premières leçons sont données à l’aide d’un appareil Curtiss avec double dispositif de commande. L’élève y est placé en avant de l’instructeur. Ce stage comprend un minimum de quinze heures de vol effectif, déduction faite des heures de taxi-ing, ou roulement sur le sol. Comme nous l’indiquions plus haut, l’instruction porte exclusivement sur le vol simple, à basse altitude, et plus particulièrement sur l’atterrissage. Les règlements de l’école rappellent que « l’atterrissage est une des plus importantes choses dans l’art de voler », et qu’un élève qui sait atterrir est déjà digne du nom d’aviateur.
- Après ce stage de quinze heures, l’élève passe dans la classe des solos, où il est admis à voler de ses propres ailes. En règle générale, ce nouveau stage se limite à cinq
- .Fig. 3. — La confection des carlingues.
- La règle fondamentale de ces écoles est exprimée en deux mots brefs : safely first, la sauvegarde des élèves avant tout. On s’efforce donc d’éviter ces stupides et criminels accidents trop fréquents sur certains aérodromes européens, où les élèves apprennent à voler — et à se tuer — sur des machines en mauvais état. Tous les avions sont inspectés minutieusement à de fréquents intervalles, et, pratiquement, après chaque vol, quel qu’ait été sa durée. A chaque avion est attaché un inspecteur qui s’as sure qu’il est toujours en parfait état. Ce technicien remet chaque semaine à l’inspecteur en chef un état où il note ses observations sur la condition de chacun des nombreux organes qui composent un avion. Le moindre boulon, le moindre fil, sont mentionnés sur cet état, que l’inspecteur signe. 11 est tenu personnellement responsable au cas où se produirait un accident attribuable au mauvais état d’un organe quelconque.
- Ce même souci d’éviter les accidents s’exerce à la réception des nouveaux appareils, qui sont démontés complètement par les'inspecteurs techniques, et dont toutes les pièces sont examinées minutieuse-
- Fig. 4. — Dans une école de pilotage.
- Le dortoir des élèves.
- heures de vol, et l’élève peut alors quitter l’école avec son brevet d’aviateur militaire de réserve, pour passer dans une école supérieure.
- Nous pénétrerions sur un terrain interdit, si • nous cherchions à savoir de quels appareils de> bombardement et de chasse sera pourvue l’armée aérienne dont les États-Unis poursuivent activement la création. Nos confrères américains parlent avec enthousiasme des essais du « Bijou Curtiss », petit triplan qui a sensiblement les mêmes dimensions que notre Spad. Sa puissance d’ascension est de plus de 5000 m. en 10 minutes, et sa vitesse horizontale a comme minimum et comme maximum 75 et 200 km.
- Son inventeur et constructeur; M. Curtiss, est un des pionniers de l’aviation. Ses hydroplanes l’ont fait connaître dans le monde entier; ils sont employés
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- dans les marines des États-Unis et d’Angleterre.
- Nous ne savons rien de précis sur les récents travaux de M. Orville Wright, sinon qu’il aurait mis au point une nouvelle « machine aérienne » dont les essais auraient été concluants.
- Enfin, nous résumerons les résultats d’une enquête poursuivie aux États-Unis par Lord Nortlicliffe, l’homme qui sut deviner le premier l’avenir de l’aviation. Remplissant les fonctions de haut-commissaire britannique aux États-Unis, le directeur du Times et du Daily Mail a visité ces jours-ci les régions industrielles de l’Ouest, et il expose que les plus puissantes sociétés de mécanique de précision, telles que la National Cash Register C°, de Dayton (Chio), et la firme Henry Ford, qui occupent à elles deux plus de 100 000 ouvriers, ont pris déjà leurs dispositions pour consacrer leur activité à la construction des moteurs d’aviation. Les villes de Grands-Rapids ët de South-Bend, spécialisées dans l’ébénisterie, sont prêtes à abandonner l’ameublement pour ne plus s’occuper que de la construction d’aéroplanes. Une firme de Détroit s’est outillée pour livrer à elle seule mille paires d’ailes par jour.
- Cés déclarations n’ont été formulées par l’illustre patron de l’aviation qu’après une enquête personnelle et systématique. Il en ressort que les États-Unis, décidés à créer une véritable armée aérienne, ne rencontreront pas de difficultés pour la doter rapidement du matériel indispensable. Le personnel ne leur fera pas davantage défaut. Nous oublions trop volontiers en Europe que le peuple américain, issu d’ancêtres qui s’exilèrent volontairement plutôt que de subir l’humiliation de persécutions politiques ou religieuses, fut un peuple de belliqueux chercheurs d’aventures et d’intrépides pionniers avant de devenir la nation industrielle et agricole la plus prospère du monde.
- L’atavisme l’a fait hériter de qualités physiques et morales que l’éducation a entretenues et développées. Vigoureux, souple, endurant, doué d’une vue et d’un sang-froid qui engendrent le tireur impeccable, aimant l’elîort, adorant la lutte, prompt
- aux décisions, l’Américain est né aviateur. Il le prouva en maintes circonstances, avant la guerre. Tel, cet extraordinaire Moissant, qui, aux temps héroïques de l’aviation civile, jaloux des jeunes lauriers de Blériot, débarque d’Amérique pour acheter un appareil à Issy-les-Moulineaux, se fait expliquer la manœuvre des commandes, décide de subir son apprentissage en se rendant de Paris à Londres, par la voie des airs,- ne se laisse ni décourager ni impressionner par les accidents qui jalonnent sa route, et, finalement, atteint son but. Telle, cette intrépide Harriet Quimby qui fut la première aviatrice à franchir le Pas de Calais. Tels Gurtiss et Cody, qui conquirent des records de vitesse et de hauteur sur nos aérodromes d’Europe.
- Nous ne saurions négliger de rendre ici hommage aux vaillants aviateurs de l’Escadrille La Fayette, aux Chapman, aux 1 haxv, aux Lufberry, à tous ces volontaires américains qui vinrent offrir leur jeunesse à la France dès les premiers mois de la guerre. Us auront été l’avant-garde de cette armée aérienne que les États-Unis nous ont promise, et qu’ils nous donneront.
- Nous permettra-t-on de citer, à titre de conclusion, la prédiction récemment formulée dans le Daily Mail par l’écrivain-prophète qu’est M. H. 0. Wells? « Le formidable conflit se terminera par une campagne aérienne d’énorme amplitude; la victoire appartiendra à celui des camps qui pourra mettre en lignes dix mille avions. Parmi les qualités requises pour faire un bon aviateur, la question de l’àge est prédominante : il faut qu’il ait de 18 à 28 ans. Or, il serait impossible aux puissances centrales de réunir 10 000 hommes répondant à cette exigence, et possédant les qualités physiques et mentales requises d’un aviateur, tandis que l’Entente, grâce à l’appoint américain, est capable de fournir deux ou trois fois ce chiffre. »
- Accueillons donc la prédiction de l'illustre écrivain, et envisageons l’avenir avec une confiance inébranlable. V. Forbin.
- Fig. 5. — La peinture des signes de reconnaissance sous les ailes.
- LA PRODUCTION DE LA VAPEUR PAR L’ÉLECTRICITÉ
- Les applications calorifiques de l’énergie électrique sont excessivement nombreuses, mais jamais, semble-t-il, on n’a envisagé la possibilité de vaporiser de l’eau par chauffage électrique, dans le but industriel de produire de l’énergie mécanique. La
- question pouvait ne pas présenter d’intérêt en temps de paix lorsque la houille était abondante -et à un prix abordable, mais depuis la guerre, il n’en est plus de même et l’appareil que nous allons décrire, d’après Engineering, parait susceptible de
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- LA PRODUCTION DE LA VAPEUR PAR L’ÉLECTRICITÉ :::::::373
- rendre de grands services dans les régions où la houille blanche est abondante, l’électricité à un prix très faible et le charbon inversement très rare. Les courants électriques dégagent de la chaleur soit par effet d’induction (fours électriques à induction), soit par arc voltaïque (fours électriques à arc Girod, Héroult, Keller, etc.), soit par échauf-fement ohmique des conducteurs dans lesquels ils circulent (fours à résistances).
- G’est à ce dernier phénomène, que s’est adressé le colonel Revel actuellement mobilisé dans l’armée italienne pour établir le chauffage de sa chaudière électrique construite par MM. Luigi Boselli de Milan.
- Cet appareil fonctionne sur courants continus ou alternatifs de .500 à 5 600 volts et la production de vapeur est automatiquement réglée par l’appareil lui-même qui ne nécessite aucune surveillance. Un arrêt dans l’arrivée d’eau entraîne simplement une diminution de la quantité de vapeur produite.
- Le rendement est de 97 à 98 pour 100, car toute l'énergie électrique se trouve transformée en chaleur et les pertes sont simplement dues aux radiations calorifiques des parois. La vapeur est produite sous une pression pouvant atteindre 14 atmosphères et le générateur peut être introduit directement dans le circuit des canalisations de vapeur.
- Les figures 1 et 2 montrent la disposition d’un appareil : À est l’espace occupé par les électrodes
- et la vapeur, B le récipient à eau froide, C le dôme traversé par trois barres a de prise de courant isolées électriquement et prolongées par les électrodes D en eau. E est le tuyau de vapeur,
- G l’appareil d’injection d’eau d’alimentation, b la valve de vapeur ; e sert à l’introduction de la solution de soude, f est le régulateur du niveau de
- l’eau qui agit automatiq u e-ment.
- G’est dans l’espace A que se produit la vapeur; l’eau, rendue conductrice par l’introduction d’une petite quantité de soude, fonctionne comme résistance volcanique intercalée entre les électrodes. Suivant que celles-ci plongent plus ou moins dans la solution, la quantité de vapeur produite est plus ou moins grande. On arrive à ce résultat en réglant le niveau d’ascension de l’eau dans le générateur, Toutes les 5 ou 6 heures, lorsqu’un dépôt calcaire tend à se former par suite de la nature de l’eau employée, on augmente l’arrivée d’eau en agissant sur le levier h, par le jeu des valves g et i, l’excès d’eau entraîne les sédiments sans que le générateur soit arrêté ou son régime perturbé. Des groupes produisant 900 à 1000 l<g de vapeur par heure sont en service et nul doute que dans un grand nombre d’usines voisines des centres de forces hydrauliques, les chaudières d’un nouveau genre ne soient appelées à rendre d'intéressants services.
- 11. Volta.
- A
- Fig', i et 2.
- Coupe et détails de la
- chaudière électrique Revel.
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- 374
- LES DIFFÉRENTES MÉTHODES DE FORGEAGE
- Presse — Pilon
- Le développement-considérable de la métallurgie de guerre, et la création de nombreuses usines nouvelles ont conduit les industriels à choisir entre les divers procédés de travail du fer et de l’acier. Si dans le temps de paix, les méthodes étaient surtout affaire d’habitude, de tradition, ou d’outillage existant, les conditions de réception très sévères des obus, plaques de blindage, etc., et la nécessité de produire vite et à coup sûr ont obligé à un examen critique très approfondi des procédés utilisés.
- Le travail préliminaire du fer ou de l’acier, « l’ébauchage », celui qui a simplement pour but de « dégrossir » les pièces et de les préparer pour l’usinage et le finissage au tour, peut se faire soit par fusion, soitparforgeage.
- Dans le premier cas on liquéfie le métal et on le coule dans des moules appropriés ; dans le second cas, on chauffe modérément le « lopin » et on le façonne soit au marteau pilon, soit à la presse, soit au laminoir.
- Le marteau-pilon, très en faveur il y a une vingtaine d’années, avait été détrôné par le laminoir, la presse étant d’utilisation toute récente et ayant, grâce à la guerre, acquis une grande vogue parmi les métallurgistes. Mais comment faire un choix entre des procédés de travail si différents et quels sont leurs avantages et leurs inconvénients.
- Dans l’étude forcément très courte que nous publions ici, nous nous sommes efforcé de donner quelques indications pratiques et surtout de nombreuses recherches et expériences poursuivies en Amérique à la Midvale Steel C°, l’une des plus grandes usines métallurgiques du Nouveau Monde.
- Pour obtenir des pièces forgées présentant des caractéristiques mécaniques élevées, on doit utiliser un acier de bonne qualité, bien coulé, et convenablement travaillé, de façon à obtenir un écoulement maximum du métal dans la direction suivant laquelle seront faits les essais mécaniques.
- - Si une des opérations de forgeage fait écouler le métal dans plusieurs directions, il faut la faire le plus tôt possible, pour s’assurer que le dernier forgeage provoque un écoulement du métal dans
- Laminoir.
- la direction correspondant aux essais mécaniques.
- Il arrive souvent que dans une pièce déterminée les efforts à subir soient répartis dans plusieurs directions ; il est alors avantageux de faciliter lecoule-ment dans toutes ces directions différentes sans exagérer particulièrement dans aucun sens déterminé.
- C’est ainsi qu’un large plat est laminé dans les deux sens avant d’être amené à longueur, et qu’un essieu forgé à la presse est supérieur à un essieu laminé. Dans ce dernier cas le travail a exclusivement lieu dans le sens de l’axe.
- Travail à chaud. — Le but du travail à chaud est double :
- 1° Il sert à ramener le lingot à une forme et à des dimensions données;
- 2U A rompre la cristallisation initiale du lingot (plus la structure cristalline sera raffinée et réduite et plus l’acier sera ductible et résistant).
- Celte cristallisation dépend des conditions de chauffe (température et durée) et aussi du travail de forge qui doit être poursuivi jusqu’à la température la plus basse possible-. II faut que la température finale du travail de forge soit telle que le grain raffiné ne puisse plus se désagréger pour former à nouveau de grosses cristallisations. Il n’y a aucun avantage à finir le travail à haute température et cela ne présente, au contraire, que des inconvénients pour les produits de qualité.
- Un coefficient de corroyage très élevé correspond à la nécessité d’employer de gros lingots, ces gros lingots sont la cause de difficultés sans nombre à cause des impuretés accumulées au centre du lingot.
- En résumé, le travail à chaud doit réduire la section du lingot et l’amener à la forme voulue, le plus économiquement possible, en travaillant suffisamment le métal ; le forgeage du métal doit provoquer en outre un écoulement du métal dans un sens donné, à aussi basse température que possible, et en tenant compte de la répartition des impuretés qui se trouvaient au centre du lingot initial.
- Quand le tonnage est considérable, le laminage est beaucoup plus économique que le pilon ou la
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- ES DIFFÉRENTES MÉTHODES DE FORGEAGE —........: 375
- presse; le laminage est seul capable de fournir des pièces de faible section.
- Rendement de la presse et du pilon. — Il est généralement admis que le prix d’achat d’une presse est à peu près aussi élevé que celui d’un pilon équivalent, y compris les fondations.
- Une presse ne consomme pas tout à fait 50 pour. 100 de la vapeur utilisée par le marteau-pilon; d’autre part, l’outillage de la presse est plus léger, car il y a moins de chocs et de détériorations.
- En général, le débit du pilon est inférieur à celui de la presse, sauf cependant pour le dégrossissage des lingots.
- Un pilon de 10 tonnes peut dégrossir un lingot
- perdu s’il avait fallu usiner directement à la dimen-, sion du mandrin sans faire de bigornage.
- Quand une pièce est forgée avec un pilon de puissance suffisante, on peut admettre que les essais mécaniques obtenus sont équivalents à ceux qu’on obtiendrait par le travail à la presse. Dans la pratique on utilise malheureusement des pilons trop légers et on peut craindre que l’action du pilon ne se fasse pas suffisamment sentir jusqu’au centre du lingot.
- Presse à forger. — Cette presse a été inventée par M. Gledhill, un associé de Whitworth, en 1861, et le secret en fut gardé soigneusement jusqu’en 1887.
- L’action de la presse sur le métal est lente, et
- Fig. 2. — Presse à forger de ioooo tonnes des aciéries de Gio Ansaldo Cie à Cornigliano Ligure.
- carré de 560 mm et le ramener à 140 au carré, beaucoup plus rapidement que ne pourrait le faire une presse de 1200 tonnes. Le pilon arrive à 54 lingots par 24 heures et la presse ne dépasse pas 22.
- La Midvale Steel.C°, à Philadelphie, avait installé autrefois un pilon à double action de 25 tonnes pour le forgeage des tubes de canons de marine, et la Bethlehem. un pilon de 125 t. pour les plaques de blindage.
- Pour tous les produits de qualité on préfère actuellement le travail de la presse.
- En ce qui concerne le pilon, il est souvent difficile de manœuvrer les pièces lourdes, surtout quand on veut percer ou refouler en bout ; aussi on préfère souvent percer le lingot à froid, puis agrandir l’alésage par un bigornage au pilon, on étire ensuite sur un mandrin. Le bigornage permet ainsi d’économiser une certaine quantité de métal qui aurait été
- elle permet au métal de s’écouler ; il n’y a donc aucune vibration et aucun choc; les impressions successives peuvent être très rapprochées et elles réduisent de ce fait la charge à supporter par le mandrin ou la bigorne. Une barre de 275 mm de diamètre et de 1 m. 50 de portée, résistera plus facilement à l’action de la presse qu’un mandrin de 570 mm et de 1 m. 10 de portée ne résistera à l’action du pilon.
- 11 arrive également que le forgeage au pilon "donne une pièce toujours courbée dans le même sens par suite de l’inertie de la pièce qui se soulève après chaque choc. Dans ce cas le pilon entaille beaucoup plus d’un côté que de l’autre, et l’axe de la pièce forgée ne correspond plus avec l’axe du lingot.
- Cet inconvénient ne se présente pas à la presse. La presse n’agit cependant pas également sur les
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- 376 ... . : LES DIFFÉRENTES METHODES DE FORGEAGE
- deux parois de la pièce forgée, mais de toute I façon on fait tourner la pièce et il y a égalisation.
- Pour les presses à dégrossir on arrive à des vitesses moyennes de 500 à 450 mm à la minute; pour du finissage, on arrive à 50 ou 40 coups à la minute. Quelques presses peuvent atteindre 80 coups à la minute.
- La presse a cependant deux inconvénients dus à l’absence de choc, et qui sont :
- 1° La difficulté qu’il y a à se débarrasser de la calamine.
- 2° La grande difficulté du matriçage de certaines pièces de forge.
- On peut admettre qu’il y a équivalence entre :
- lue presse de 500 t. et un pilon de 2 t. 1/4 1200 — 10 —
- 2500 — 25 —
- Comparaison avec le laminage.
- — Chacun des procédés de forgea ge et de laminage a un champ d’action limité, mais il y a aussi des champs d’action communs.
- Par exemple, il y a les plaques épaisses qui peuvent être obtenues à la presse et au laminoir.
- Les barres rondes et carrées de dimensions moyennes peuvent être faites à la fois par la presse, le pilon et le laminoir. Enfin les petites barres profilées d’acier à outil peuvent être obtenues au pilon ou au laminoir seulement.
- Dans le forgeage à la presse ou au pilon, l’action de la pression est normale à la surface et elle est uniformément répartie quand la surface de l’enclume est plane.
- Dans le laminage, au contraire, la compression la plus grande et la plus rapide est à l’intersection des surfaces de la pièce non encore réduite, et du cylindre du laminoir. Il y a donc une tendance très marquée à obtenir surtout une action superficielle.
- D’autre part, comme l’opération est très rapide, la température finale de forge est très élevée, ce qui est nuisible au raffinement du grain. Il est impossible d’abaisser cette température, car l’effort imposé aux cylindres serait trop grand et les ruptures trop fréquentes. Ces caractéristiques correspondent aux raisons généralement données pour expliquer l’infériorité des produits laminés.
- Le laminage à chaud à haute température a l’avantage de donner très peu de défauts de surface, mais en ce qui concerne les caractéristiques mécaniques, les résultats sont défectueux. Les lamineurs le savent tellement bien, qu’ils ne veulent vendre leur produit que sous la garantie de la composition chimique, et ils acceptent rarement une clause comportant des essais mécaniques.
- Etant donné la lenteur de l’opération et la vitesse normale de refroidissement, il est difficile de forger à la presse des plaques de blindage de moins de 120 mm d’épaisseur. À ce sujet, il est intéressant de constater qu’en Amérique toutes les plaques de blindage sont faites à la presse tandis qu’en Europe, on dégrossit très fréquemment le lingot à la presse, on sépare les chutes, et on finit la plaque par laminage.
- Il y a cependant une opération que le laminage ne peut réussir et qui est le reforgeage d’une plaque déjà cémentée et durcie; cette opération doit être faite à basse température sous la presse, en agissant le moins possible sur la partie cémentée.
- Influence de la température finale de forge. — Cette question est de beaucoup la plus im-portanle, à tel point qu’il y a vingt-cinq ans, alors que le traitement thermique était encore dans l’enfance, les forgerons obtenaient des résultats remarquables en finissant leurs pièces à très basses températures.
- Pour les canons de fusil du gouvernement américain par exemple, les caractéristiques mécaniques requises sont de 65 kg de limite élastique, et de 95 kg à la rupture avec 20 pour 100 d’allongement et 50 pour 100 de striction. Pour obtenir de semblables qualités, on a l’habitude de terminer le laminage à une température inférieure à celle du point critique. En résumé les opérations de forge devraient être étudiées avec la plus grande attention, en tenant compte des qualités mécaniques de la pièce à obtenir, et en obligeant les ouvriers à surveiller la température de leurs fours avec le plus granl soin.
- Récrier,
- Ingénieur E. G. T
- Fig. 3. — Après attaque mi-crographique, vue sur une éprouvette des stries parallèles produites sur une pièce laminée *par les vibrations des rouleaux du laminoir.
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- LES PLAQUES D'IDENTITÉ DES SOLDATS
- V
- On sait que nos soldats doivent tous avoir sur eux îNg plaque d’identité, petite médaille ovale en maillechort (fig. 1), de 25 sur 55 mm. de diamètre portant inscrits sur une face le nom, le prénom et la classe, sur l’autre, le numéro matricule et le nom du bureau de recrutement. On aperçoit souvent cette médaille attachée par une chaîne en bracelet au poignet des poilus permissionnaires.
- Le IL Bosredon
- vient de consacrer, dans les Archives de Médecine el de Pharmacie militaires, une étude intéressante à cette plaque d’idenlité et aux autres moyens d’identification actuellement en usage dans les armées belligérantes.
- La création de cette plaque, prévue dès le temps de paix et même préparée et gravée dès ce moment pour un très grand nombre d’hommes, répond à une préoccupation importante du temps de guerre, celle de l’identification des décédés.
- Le décès d’une personne a de si importantes conséquences civiles (héritage, ordre de succession, partage. des biens, émancipation de mineurs dans certaines conditions, etc.), que la loi exige qu’il soit d’abord déclaré par deux témoins dignes de foi, ayant connu le mort et pouvant affirmer son identité, puis qu’il soit reconnu par un médecin délégué de l’officier d’état civil.
- Ces sages précautions ne peuvent être appliquées dans les conditions du combat. Aussi a-t-on prévu, en temps de guerre, un officier d’état civil clu champ de bataille, dont le rôle consiste à établir l’identité des cadavres qui restent sur le terrain et à dresser des procès-verbaux de constatation des décès où se trouvent relatées toutes les particularités susceptibles d’aider tà l’identification : couleur et insignes des vêtements, inscriptions du nom ou du numéro matricule, contenu des poches, papiers personnels, bijoux, livret militaire, plaque d’idenlité, etc.
- Dans les cas les plus simples, l’officier d’état civil reçoit le témoignage de deux combattants ayant connu le mort et pouvant affirmer son iden-
- Fig. i. — Reclo et verso de la plaque d'identité française.
- Fig. 2. — La plaque d’idenlité anglaise.
- tité ou même ayant assisté au décès ; il peut alors dresser de suite l’acte de décès dans une forme régulière.
- Mais bien souvent il n’en est pas ainsi : le corps
- a été déchiqueté, ou bien est resté longtemps entre les lignes avant qu’on puisse l’approcher; l’unité à laquelle le soldat appartenait a changé de place et personne dans le secteur ne reconnaît le cadavre. Dans ces cas, l’officier ne peut établir qu’un procès-verbal de constatation relatant toutes les particularités observées.
- Pendant les guerres précédentes, les combattants étaient presque tous des soldats de métier, se connaissant bien entre eux, ayant des armes et des effets matriculés dont ils ne changeaient pas. Après la bataille, le vainqueur, maître du champ de ba® taille, enterrait les morts après avoir relevé les numéros des vêtements. Au besoin, un armistice était accordé pour cette besogne. Le nombre des disparus était donc toujours minime.
- Dans la guerre actuelle, de si longue durée, les conditions sont tout autres : les vêtements ne sont plus matriculés, les hommes arrivent en renfort de dépôts différents, ils changent de vêtements fréquemment, à cause de l’usure rapide des tranchées ; souvent même ils vont au combat sans se connaître entre eux. Les morts tombés entre les lignes y restent parfois très longtemps sans qu’on puisse les approcher, et on ne les retrouve plus qu’en putréfaction, leurs papiers moisis el illisibles. Même dans nos lignes, l'identification et l’ensevelissement ne peuvent se faire que la nuit, sans lumière. Enfin, la puissance des engins actuels est telle que certains morts sont méconnaissables.
- Ajoutez à cela qu’il peut arriver qu’au départ du cantonnement, des hommes aient échangé leurs capotes par erreur si bien que les papiers de l’un soient dans les, vêtements de l’autre, que certains aient dans leurs poches des lettres qui ne leur soient pas adressées ou même qu’au moment de l’assaut un combattant ait confié ses lettres à un
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- 378 ========= LES PLAQUES D’IDENTITÉ DES SOLDATS
- voisin pour les envoyer à sa famille en cas de malheur. Les confusions qui en résulteront sont susceptibles d’avoir les effets les plus fâcheux.
- C’est pour remédier à toutes ces difficultés qu’on a créé la plaque d’identité. La première idée en revient aux Américains, pendant la guerre de Sécession. Chaque soldat reçut alors une carte de parchemin sur laquelle il devait inscrire son nom et les numéros de sa compagnie, son régiment, sa brigade, sa division* son corps ; la carte était suspendue au cou par un cordon sous la chemise.
- Les Prussiens appliquèrent cette idée en 1870 et distribuèrent à leurs soldats des petits carrés de fer-blanc portant le numéro du régiment, celui de la compagnie et le numéro matricule de l’homme. Ce sont les mêmes plaques que les troupes allemandes avaient au début de la guerre actuelle.
- Seuls, quelques régiments français combattant sous Paris prirent alors l’initiative de faire coudre sur la doublure des capotes un morceau de toile portant écrits à l’encre le nom, celui des parents, l’adresse civile et les numéros du régiment, du bataillon, de la compagnie et du matricule. Ces carrés de toile rendirent de grands services bien que beaucoup fussent devenus rapidement peu lisibles. Puis, le Ministère de la Guerre adopta la plaque ovale dans sa forme actuelle (fig. 1 ) ; on en frappa une pour chaque soldat, qu’on conserva dans les de'pôts jusqu’au jour de la mobilisation.
- A un moment, le maillechort fut remplacé par de l’aluminium, mais on a dû revenir au premier métal, l’aluminium étant susceptible de s’altérer et de devenir alors pulvérulent. Le règlement prévoit le port de cette plaque sous la chemise, suspendue à un lacet passant autour du cou. Mais les troupes africaines d’abord, puis beaucoup de soldats ont préféré fixer la plaque au poignet par une chaîne, le cordon réglementaire étant insuffisamment solide et devenant trop facilement un lieu d’habitat pour les parasites. Actuellement, la plupart l’attachent à un bracelet formé par une chaîne de gamelle ou acheté dans le commerce. Une circulaire du 14 mai 1915 a prescrit de munir chaque militaire de deux plaques d’identité du même mo-
- dèle, l’une devant être ramassée par l’officier d’état civil pour servir à l’établissement du procès-verbal do constatation de décès, l’autre restant sur le cadavre pour l’identifier en cas d’exhumation ultérieure.
- Les marins français avaient une plaque de marquage en cuivre portant découpés le numéro matricule et celui du dépôt ou du quartier maritime, plaque qui servait à matriculer tous leurs effets et objets d’équipement ; on l’a remplacée depuis novembre 1915 par une plaque d’identité identique à celle de l’armée de terre.
- Les autres armées belligérantes ont toutes également des plaques ou d’autres moyens d’identification des décédés.
- Les soldats anglais portaient jusqu’à cette guerre une plaque d’identité circulaire en aluminium, pendue au cou par une cordelette, indiquant le numéro matricule d’inscription, les initiales des prénoms, le nom, le régiment, le culte. La mobilisation — qui n’avait pas été prévue aussi ample — surprit l’administration militaire, et l’on dut, faute d’aluminium, distribuer provisoirement des disques de carton durci. C’est seulement à partir de novembre 1916 qu’on distribua un nouveau modèle formé de deux plaques, l’une octogonale et rouge, l’autre ronde et verte suspendue à la première (fig. 2). Les deux sont suspendues au cou la verte doit être détachée du cadavre et la rouge être laissée pour l’identification des restes.
- Les Belges avaient dès le temps de paix une plaque représentée figure 5 ; elle a été remplacée en août 1915 par une autre du même type que la nôtre, réglementairement fixée au poignet par un bracelet. De plus, chaque division possède une morgue desservie par un fourgon spécial où l’on transporte tous les cadavres ramassés sur le champ de bataille aux fins d’identification précise. En Italie, on avait supposé qu’une guerre serait assez courte pour que les hommes n’aient pas à renouveler leurs vêtements. Aussi, avait-on prescrit de coudre dans la tunique, devant la poitrine, une plaque métallique portant les indications nécessaires. Elle fut remplacée, dès novembre 1915, par un médaillon métallique à charnière portant deux
- Fig. 3.
- La plaque belge.
- Fig. 4.
- Le médaillon italien.
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- LES PLAQUES D'IDENTITÉ DES SOLDATS ---------- --: 379
- œillets où passe un cordon qui le ferme (fig. 4); dans ce médaillon, se trouve un papier plié portant un très grand nombre d’indications : nom, prénom, classe, district de recrutement, parenté, résidence de la famille, régiment, vaccination antivariolique, antityphique, anticholérique, antitétanique, blessures. Ce carnet devrait être porté sur la poitrine, mais comme il est trop épais et gênant, les soldats le fixent généralement à leurs vêtements ou le portent comme une breloque.
- Les Serbes qui avaient au début un me'daillon du genre de celui des Italiens l’ont remplacé par la plaque française.
- Les Russes n’ont aucune plaque d’identité, sauf ceux combattant en France à qui l’on a remis une plaque identique à la nôtre, écrite en russe et en français.
- le numéro matricule de mobilisation; on y ajoute successivement les désignations des affectations de l’homme après avoir biffé les précédentes il en résulte un grand nombre de signes et de ratures qui ne facilitent guère leur lecture.
- En novembre 1916, l’armée allemande a adopté une nouvelle plaque plus grande encore, portant les mêmes inscriptions répétées deux fois sur chaque moitié supérieure et inférieure (fig. 7) ; les trous d’attache sont à la partie supérieure et le grand axe est marqué par une ligne pointillée. On peut briser la plaque suivant cette ligne en la pliant entre les doigts; la moitié inférieure est recueillie pour l’état civil, l’autre reste sur le cadavre pour l'identification ultérieure du corps.
- Les Autrichiens ont un médaillon semblable à
- Fig. 5. — Plaque allemande du début de la guerre.
- Fig. 6.
- Plaque allemande de igi5.
- O JÜUUS.JANK0.O
- HERNE. BRUNNEWSTR. 43.B.
- 25. 2. 95.
- I . R. 16. 8K. 825.
- JUL! US . JAAIKO.
- HERNE. BRUNNENSTR. 43.B.
- 25. 2. 95.
- t. R. 16. 8K. 825.
- Fig. 7. — La plaque allemande actuelle.
- Si nous passons maintenant dans le camp ennemi, nous y voyons :
- Chez les Allemands, les plaques utilisées depuis 1870 et encore en usage au début de celte guerre sont représentées figure 5 ; elles 11e portent aucun nom, mais seulement lès numéros des corps d’armée, du régiment, de la compagnie et le matricule.
- Les soldats les portaient au cou, souvent dans un sachet de cuir. On les remplaça en juin 1915 par d’autres plus explicatives et moins sujettes à causes d’erreurs dans le cas où une partie de l’inscription serait effacée ou aurait disparu. Les nouvelles plaques (fig. 6), ovales et d’assez grandes dimensions, 7 centimètres sur 5, portent marqués le nom, le prénom, le domicile civil, la date de naissance, la formation et
- celui des Italiens (fig. 8) et les Turcs une plaque ronde où sont inscrits le nom, le prénom et le régiment.
- Le Ür Bosredon qui a fait cette intéressante étude,
- après avoir ijugé pratiquement des avantages et des inconvénients des diverses plaques d’identité, est arrivé à celle conclusion que la plaque française en maillechort est parmi les plus simples et les plus précises; les renseignements qu’elle porte sont suffisants et restent lisibles même après un temps assez long. Toutefois son mode d’attache au cou par un cordonnet est défectueux, d’abord parce que les hommes peuvent l’enlever, puis parce que le cordon peut pourrir et se rompre, entraînant la perte de la plaque. Il préconise donc.de la fixer
- Fig. 8. — Le médaillon autrichien.
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- 380 LE PRIX DE REVIENT DE L’ALCOOL DE POMMES CHEZ LES PRODUCTEURS
- au poignet par une chaîne rivée qui obligerait l’homme à ne s’en défaire en aucune occasion. D’autre part, il y a intérêt à munir le soldat de deux plaques dont l’une sera enlevée par l’officier d’état civil et l’autre restera attachée au cadavre qu’elle identifiera.
- ha solution choisie par les Anglais de deux plaques de formes et de couleurs différentes est certainement ingénieuse, mais le Dr Bos-redon préfère, à juste titre semble-t-il, une plaque à souche qu’il a imaginée dès juillet 1915 et qui est celle que les Allemands ont appliquée en 1916. La plaque à souche, représentée figure 9, est fixée au poignet par une chaîne dite à crémaillère qu’on ferme définitivement au moyen d’un rivet; la chaîne est fixée avant le départ du dépôt et ne peut plus dorénavant
- être séparée de l’homme. La plaque présente une ligne de poinlillés perforés parallèle au grand axe qui permet de la briser en deux ; les deux moitiés portent des inscriptions identiques. La partie mobile est détachée au moment de l’inhu-.mation, l’autre reste sur le cadavre; on peut ainsi identifier facilement un corps au moment de l’exhumation. La nouvelle plaque du Dr Bosredon est ingénieuse et peut rendre de grands services en cette douloureuse question de l’identificatin des décédés.
- Elle vient d’être distribuée aux armées, pour essai, et c’est celte circonstance qui nous a conduit à traiter ici de ce sujet, pénible certes, mais dont l’importance sociale n’a pas besoin d’être soulignée.
- B. M.
- BOSREDON v Léon y 19 #00/
- Fig. 9. — Le bracelet avec plaque d’identité à souche du D‘ Bosredon.
- LE PRIX DE REVIENT DE L’ALCOOL DE POMMES CHEZ LES PRODUCTEURS
- La Direction des fabrications de guerre, toujours en quête de nouvelles sources d’alcool, fussent-elles intermittentes, a pensé avec raison qu’elle en avait trouvé une dans les fruits à cidre et à poiré dont, cette année, la récolte est abondante, et, pour stimuler de la part des distilleries agricoles comme du côté des brûleries paysannes la transformation en alcool d’une partie de cette récolte, elle a concédé par un contrat spécial certains avantages à leurs propriétaires qui consentent à distiller les cidres et les poirés ainsi que leurs sous-produits, les marcs et les lies.
- Celte transformation constituant à l’heure actuelle une question importante à cause de l’intérêt qu’elle présente pour la Défense nationale, il y a lieu de rechercher si les producteurs peuvent y participer ou non et d’indiquer les raisons qui militent pour ou contre cette participation, et le meilleur moyen de le savoir c’est d’établir le prix de revient de l'alcool de pommes à 100° chez ces producteurs. Mais pour avoir une base de comparaison entre ce prix et ceux offerts par le Service des poudres, je vais, d’abord, transcrire ces derniers, qui varient selon le titre et la qualité des alcools.
- Prix et qualités des alcools. — Produits rectifiés. — L’alcool bon goût doit titrer au moins 95° Gay-Lussac à la température de 15°; il sera payé sur la base de 180 fr. l’hectolitre à 100°. —
- L’alcool mauvais goût devra titrer 90°, au moins, ne pas contenir plus de 1 pour 100 d’huiles essentielles; il sera payé 178 fr. l’hectolitre à 100°.
- Flegmes. — Ils devront titrer 50° au moins; ils seront payés 170 fr. l’hectolitre à 100°. On devra s’efforcer d’obtenir un degré aussi élevé que le permettront normalement les appareils employés.
- Comme le producteur, par suite de l’outillage dont il dispose, ne peut obtenir que des ilegmes, ceux-ci ne lui seraient donc payés que sur la base de 170 fr. l'hectolitre à 100°.
- Production paysanne. — Alors que la production industrielle a répondu, dans une certaine mesure, à l’invitation qui lui a été faite, la production paysanne, jusqu’à présent, semble s’être abstenue, et, quand on interroge les producteurs sur les raisons de leur abstention, il en est deux, entre celles qu’ils donnent, qu'ils mettent toujours en avant; ce sont : la première, le manque de main-d’œuvre ou son excessive cherté; la seconde, qui l’emporte à leurs yeux, le prix beaucoup trop bas fixé par le Service des poudres, attendu qu’il est très inférieur non seulement à celui qu’ils retireraient de la vente de leurs eaux-de-vie récentes, mais même au prix de revient de l’alcool à 100°.
- De ces deux raisons, la première est, malheureusement, d’une évidence telle pour tout le monde qu’elle se passe de tout commentaire, mais il n’en
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- LE PRIX DE REVIENT DE L’ALCOOL DE POMMES CHEZ LES PRODUCTEURS 381
- est pas de même de la seconde dont il s’agit d’examiner l’assertion juste ou fausse.
- Etablissement du prix de revient de l’alcool à ioo°. — Pour se placer sur les bases necessaires à un impartial examen, il faut connaître les principaux facteurs qui interviennent et les conditions dans lesquelles les différentes opérations sont effectuées.
- Principaux fadeurs. — Ils sont nu nombre de trois : a) le prix des pommes que j’estimerai, au cours actuel, à 65 fr. les 1000 kg (ou 18 hectolitres 1 /2 ou 57 razières) ; b) le coût du brassage 1 fr. 50 par hectolitre de jus obtenu; c) le coût de la distillation d’un hectolitre de cidre, 1 l'r. 50, également. Toutefois, il ne faut voir dans ces évaluations que des prix moyens plus susceptibles, dans les circonstances actuelles, d’être augmentés que diminués.
- Conditions dans lesquelles les opérations sont effectuées. — Elles sont presque toujours défectueuses parce que l’outillage mis en œuvre l’est généralement lui-même et ne donne qu’un rendement en jus ou en eau-de-vie notablement inférieur à celui que donnerait un outillage perfectionné et, par suite, à un prix supérieur. C’est ainsi que la plupart des pressoirs encore en usage n’extraient, en moyenne, que 53 litres de jus pur, par hectolitre, ce qui nécessite 5 hectolitres de pommes pour avoir un hectolitre de jus. Quant aux alambics, le plus grand nombre ne fournit, qu’après repasse, une eau-de-vie titrant de 66 à 70°; seuls* les alambics perfectionnés, munis d’un déflegmateur ou d’une boule rectificatrice, permettent de l’obtenir de premier jet entre 60° et 75°. J’admettrai que le rendement moyen est de 8 litres d’eau-de-vie à 65° par hectolitre de cidre.
- Ces données connues, il faut ajouter que le producteur peut se trouver dans deux cas particuliers de nature à influer sur le prix de revient et qui, conséquemment, l’incitent à distiller ou non ; c’est quand il peut vendre sa récolte ou lorsque cela lui est impossible. Je vais établir le prix de revient pour chacun de ces cas.
- ,1er cas. Producteur pouvant vendre sa récolte au cours du jour. — Prix des 1000 kg de pommes (18 hectol. 5 ou 37 razières), 65 fr.; coût du brassage des pommes (obtention de 616 litres de jus à 1 fr. 50 l’hectolitre), 9 fr. 25; coût de la distillation de 616 litres de cidre à 1 fr. 50 l’hectolitre, 9 fr. 25; total des frais, 85 fr. 50.
- Le rendement en eau-de-vie à 65° étant de 8 litres par hectolitre de cidre, les 616 litres fournissent 49 litres 28 à 65° ou 52 litres 05 à 100°. Or, comme d’une part, ces 52 litres 05 coûtent au producteur 85 fr. 50, ce qui établit les 1 OU litres à 100°, à 260 fr. 69, et, comme, d’autre part, le Service des poudres ne paye les flegmes que 170 fr., l’hectolitre à 100°, i'1 en résulte que le producteur perdrait 96 fr. 69 par hectolitre.
- 2e, cas. Producteur ne pouvant vendre sa récolte. — Devant celte impossibilité, les pommes, qui courent les risques de pourrir sous les arbres comme en 1915, ne doivent pas être évaluées au cours du jour, mais seulement au montant des frais nécessités par leur récolte et leur transformation en cidre et en eau-de-vie. Les frais de la récolte, comprenant le lochage des arbres et le ramassage des pommes, sont estimés à 0 fr. 25 par razière, d’où pour les 1000 kg ou 57 razières 9 fr. 25; quant aux frais de transformation, ils sont les mêmes que ci-dessus 18 fr. 50, ce qui élève leur total à 27 fr. 75. Or, comme le rendement en alcool est le même que dans le premier cas, il s’ensuit que le prix de revient de l’alcool à 100° tombe à 86 fr. 65 l’hectolitre et que le producteur réaliserait alors un gain apparent de 85 fr. 57 par hectolitre.
- Je ne fais pas état de la boisson que le producteur pourrait préparer par le rémiage du marc qui est loin d’être épuisé, parce que son prix marchand n’influerait pas beaucoup, dans les deux cas, sur la perle ou le gain de la distillation.
- Conclusions. — I. — Le prix de revient de l’alcool de pommes à 100°, en dehors de l’outillage défectueux existant chez la majorité des producteurs et qui, par suite d’un mauvais rendement du jus des fruits et de l’eau-de-vie du cidre, en élève notablement le montant, dépend surtout de deux cas particuliers qui peuvent se présenter pour le récoltant : possibilité ou impossibilité de vendre ses fruits.
- II. — Quand le producteur peut vendre ses pommes à un cours moyen tel que 65 fr. les 1000 kg, le prix de revient de l’hectolitre d’alcool à 100° atteint 261 fr. environ, et comme le Service des poudres ne le paie que 170 fr., il subit une perte de 91 fr. par hectolitre en chiffres ronds.
- llf. — Lorsque la vente est impossible, la valeur commerciale des pommes est réduite aux frais nécessités par leur récolte et leur transformation en eau-de-vie, frais dont le total monte à 27 fr. 75, environ, par 1000 kg; et comme le rendement en alcool est le même que dans le premier cas, le prix de revient tombe à 87 fr. environ, et le producteur réalise alors un gain apparent de 85 fr. par hectolitre.
- IV. — Il résulte de ces deux cas particuliers, qui affectent la production paysanne, que la distillation des pommes serait trop onéreuse au producteur qui l’entreprendrait quand il peut vendre ses fruits, tandis qu’elle est, au contraire, relativement avantageuse au récoltant qui, sans cette transformation, serait condamné à les laisser pourrir sous les arbres. Aussi les nombreux producteurs qui sont dans ce dernier cas, en se livrant à celle opération, serviront-ils en même temps que leurs intérêts ceux de la Défense nationale.
- A. Tr.UELEE.
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- NOTE SUR LES VITAMINES
- Un certain nombre de lecteurs nous ayant écrit au sujet de l’article « Vitamines et maladies par carence », (publié dans La Nature, n° 2292 du lor septembre 1917), il nous a paru intéressant de donner quelques détails complémentaires sur ce sujet.
- Les vitamines sont, comme nous le disions, dans la majeure partie des aliments. Certaines céréales, comme le riz ou le blé, les contiennent presque exclusivement dans leur cuticule, particularité qui permit leur découverte; d’autres, comme l’orge, le maïs paraissent les distribuer dans toute leur substance. Il en serait de même de la pomme de terre, de la carotte,. des laitues et des choux ; de même encore des viandes et poissons.
- La chaleur influence différemment les vitamines suivant leur espèce : alors que celles que contiennent .les chairs se détruisent dès la température de l’ébullition, d’autres, comme celles des céréales ou des légumineuses, résistent à 100° : pour atténuer leurs effets, il faut atteindre 105° (bain salé bouillant); et pour les détruire 120° ou même 150° (stérilisation sous pression).
- On voit que dans le conditionnement habituel de notre alimentation, nos cuisinières ménagent sans s’en douter l’économie des précieuses substances; le boulanger lui-même, s’il pousse trop son four, ne nous cause d’autre ennui que de brûler le pain ; l’évaporation intense provoquée par la cuisson, maintient l’intérieur des miches à une température relativement basse et qui n’atteint pas l’ébullition de l’eau, car le pain se dessécherait et deviendrait immangeable.
- Rassurons-nous donc : dans notre mode général 'de vivre, nous introduisons dans l’organisme des vitamines en quantité largement suffisante à son bon fonctionnement. Si pourtant des doutes subsistent, si des symptômes morbides font craindre quelque accroc, ingérez quotidiennement quelques grains de raisin, quelques fruits, ou une cuillerée à café de jus cle carottes crues pressées : le professeur Weill obtient par cette méthode d’excellents résultats, en dépit de l’axiome que « jus de carottes dans les veines » ne produit pas « force et vigueur ». A. Iv.
- cgj'Svà.'Ç'C&J
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séances des 29 octobre et 5 novembre 1917.
- Recherches sur la gravitation. — M. Crémieu s’est proposé de rechercher si le mouvement d’un corps attirant ne modifierait pas l’attraction qu’il exerce. Des expériences très délicates avec une balance très sensible lui ont permis de conclure négativement. Le mouvement relatif des corps qui s’attirent gravifiquement ne modifie pas l’attraction mutuelle, que le mouvement ait lieu dans un plan contenant la droite qui joint les corps, ou perpendiculairement à celte droite. On peut étendre • cette conclusion à l’attraction newtonienne du système Terre-Lune.
- La distillation des mélanges sulfo-niiriques. — M. Paul Pascal, étudiant les propriétés thermiques des mélanges sulfo-nitriques, les représente par des abaques en prenant pour constituants indépendants, l’eau et les acides sulfuriques et nitriques. Ces graphiques donnent tous les éléments nécessaires à la théorie de la concentration en cornue des acides nitriques faibles et de la dénitration en colonne des mélanges sulfo-nitriques. Les applications peuvent être très importantes dans des questions touchant à l’armement.
- Variation diurne du potentiel en un point de l'atmosphère. — On sait que, par ciel serein, le potentiel en un point de l’atmosphère peu éloigné du sol accuse une variation diurne très prononcée, à double période et caractérisée principalement par ses deux minima dont l’un correspond aux heures chaudes di\ jour et l’autre, vers la fin de la nuit, au minimum de la température. M. A.-B. Chauveau remarque que toute cause d’augmentation du nombre des gros ions et des particules, telle que la formation de brumes légères, a pour effet d’accroilre l’excès positif dans les couches d’air voisines du sol, sous la double influence de la pesanteur et de -l’attraction électrostatique. Dans ces conditions, pour tout point situé à une certaine distance du sol, le potentiel doit diminuer à mesure que s’enrichit en charges positives la masse d’air qui s’étend au-dessous. Pour interpréter la perturbation caractérisée par le minimum
- des heures chaudes, il suffit de supposer que des masses négatives provenant du sol lui-même peuvent être entraînées par le courant ascendant, en particulier des poussières. Là où il n’y a pas poussière, comme au sommet de la Tour Eiffel, l’influence perturbatrice disparaît, en effet, en très grande partie.
- L’apparition de bivoltins accidentels dons les races univoltines du bombyx du mûrier. — On désigne ainsi les vers à soie de deuxième génération qui s’observent parfois, à titre de génération supplémentaire, dans les races univoltines. M. Lécaillon a, par exemple, remarqué des cas où les œufs fécondés commencèrent à éclore dix jours après la ponte, tandis qu’ils n’auraient dû le faire qu’au bout de neuf mois et demi. Suivant lui, les embryons, chenilles, chrysalides et papillons qui dérivent dès œufs pondus par une même femelle de Bombyx qui n’a été en contact qu’avec un seul mâle sont très différents les uns des autres. Notamment, le temps que met l’embryon pour se former dans l’œuf est très inconstant. Dans la pratique séricicole, pour éviter inconvénients qui en résultent, on se contente de recueillir le gros des chenilles qui paraissent les premiers jours de l’éclosion et on rejette les œufs qui restent.
- État magnétique dee basaltes groenlandqis —- On connaît la curieuse théorie, d’après laquelle un champ de lave, à la faveur des innombrables grains de magné-tite qui y sont englobés, garderait une aimantation permanente dirigée comme le champ lui-même et permettant de reconstituer la direction du champ magnétique terrestre au moment de son refroidissement. M. Mer-canton constate que certains basaltes du Groenland, comme les diabases de l’Isfjord du Spitzberg, présentent une aimantation de sens opposé à celle que le champ terrestre engendrerait aujourd’hui. Il y aurait eu renversement du champ terrestre ; mais l’auteur fait remarquer qu’il peut y avoir également une cause d’erreurs tenant à la méthode même.
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- TRANSPORT DES BLESSÉS EN MONTAGNE
- Dans la haute montagne, pendant l’hiver, les évacuations, en raison des neiges abondantes qui y tombent, présentent des difficultés spéciales. Aussi l’ingéniosité des médecins militaires s’est-elle donné libre cours pour chercher la solution de ces problèmes : les résultats acquis sont très satisfaisants.
- Les voitures sanitaires automobiles restent le procédé de choix dans la plaine. Mais, en montagne, pour arriver jusqu’aux routes, le Service de Santé a u tilisé et improvisé des moyens très ingénieux, qui lui ont permis d’assurer les évacuations dans des conditions très satisfaisantes de sécurité, de rapidité et de confortable.
- Parmi les moyens tirés des ressources locales, voici les deux principaux qui sont à traction humaine :
- a) La schlitte des bûcherons ;
- b) Le traîneau-ski.
- 1° La schlitte des bûcherons peut être utilisée
- susceptible de transporter un blessé couché, soit en accouplant quatre skis placés les uns contre les autres (modèle du lieutenant Roche), soit en prenant deux patins et en fixant sur eux un bâti en tubes d’acier, formant support pour les brancards (fig. 2).
- Le poids du blessé fait un peu exagérer la courbe centrale du ski, dont l’avant bute dans la neige et rend son glissement plus difficile.
- Ce traîneau a l’avantage d’être très rapidement improvisé. « Il passe partout, quelle que soit l’épaisseur et la qualité de la neige ou la pente du terrain ; deux hommes suffisent à le ^ traîner ou à le retenir. » (Thooris).
- 3° Traîneau v à chevaux. — En hiver, on se sert des traîneaux, qui glissent sur les chaussées « au trot durcies, assourdi des chevaux ». (F. Belmont.)
- Le Service de Santé a surtout utilisé les traî-
- sans aucune modification appréciable, en se servant de quelques traverses de bois fixées aux montants latéraux. Elle permet de transporter un blessé couché ou deux assis. Elle peut être traînée par des hommes ou par un cheval (fig. 1).
- Les brancardiers qui poussent, tirent ou retiennent la schlitte sont généralement munis de raquettes.
- Cet appareil est assez lourd et s’enfonce facilement dans la neige molle.
- 2° Traîneau-ski. — Dans les compagnies de skieurs, il est facile d’improviser un traîneau, |
- neaux à quatre et huit places « assis », gracieusement offerts par le Touring Club.
- Les médecins se sont ingéniés à les améliorer en les recouvrant d’abord d’une bâche, puis en y installant un brancard pour blessé couché, par la suppression du siège du cocher (fig. 5).
- Enfin, la dernière amélioration a consisté à y ajouter deux roues latérales, pouvant être rabattues et permettant de transformer, sans effort, ces traîneaux en voitures. Cet heureux dispositif est surtout précieux à la fin de l’hiver, au moment de la fonte des neiges.
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- 384 n_. .— TRANSPORT DES BLESSÉS EN MONTAGNE
- 4° Traîneaux à chiens de l'Alaska. — L’armée et en particulier le Service de Santé a eu l’heureuse idée d’utiliser les chiens de l’Alaska pour le transport des blessés. '
- De petits traîneaux spéciaux ont été créés :
- Fig. 4. — Traîneaux à chiens de l’Alaska.
- chacun d’eux est traîné par une équipe de neuf chiens, qui, bien, accouplés tirent avec ensemble et rapidité (fig. 4).
- Ce moyen de véhiculation a été expérimenté par de nombreux médecins, venus en mission, en particulier par M. le professeur de clinique chirurgical Forgue, de Montpellier, qui a écrit : « J’ai expérimenté moi-même, pour un trajet assez étendu, ce mode de transport, il est d’un confortable très satisfaisant et parait être très bien supporté par les grands blessés ».
- 5° Cacolets ou litières à dos de mulet. — C’est le plus ancien mode de transport pour les blessés, utilisé dans la guerre de montagne. Malgré les nombreuses critiques formulées contre les litières surtout, elles ont rendu et rendront encore des services.
- Les mulets, ferrés à glace, ont le pied assez sûr pour être affectés au transport des blessés : aussi les ambulances alpines ont-elles reçu un assez grand nombre de ces robustes montures.
- Les modes d’attache des litières au bât des mulets ont été simplifiés et améliorés. Le dispositif du médecin aide-major Druhen est particulièrement ingénieux et à recommander.
- 6° Side-car. — Le side-car avec brancard, capote et sac en peau de mouton dans lequel le blessé est chaudement enveloppé, rend en haute montagne des services très appréciés.
- Ce mode de transport est confortable, rapide et sur (fig. 5).. . . •
- l?Pfyit]ures Kellner. — Les voitures légères
- d’ambulance pour blessés’ (type Kellner), qui peuvent transporter deux blessés couchés ou trois blessés assis, rendent également les plus grands services dans les secteurs montagneux. Leur faible poids (310 kg), leur voie étroite (l m. 35), leur centre d’équilibre bas rendent ces véhicules très précieux dans les routes sinueuses, étroites et accidentées de la montagne.
- Ces voitures d’ambulance de montagne à traction animale sont réglementaires, et sont fournies par les ateliers généraux du Service de Santé.
- 8° Brouettés porte-brancard traînées par un mulet. Pour faciliter le service des brancardiers dans les montées, les médecins militaires ont ausA imaginé de faire tirer trois ou quatre brouettes porte-brancards par un mulet. Dans ces conditions, il suffit d’un seul homme par brouette pour la guider et maintenir l’équilibre.
- Le lieutenant du train des équipages Ginestet a même préconisé de placer deux crochets d’attelage aux extrémités arrière des bras de la limonière. C’est à ces crochets qu’est attelé le mulet.
- En outre, à chaque brouette, il faut ajouter deux petits traits en corde, de 1 m. 20, munis aux extrémités de petites mailles en fer, destinées à fixer rapidement ces courroies aux crochets d’attelage et de bricole et de réunir ainsi les brouettes entre elles.
- Fig. 5. — Side-car four blessés.
- Tous ces divers modes de transport offrent tous des avantages réels : leur multiplicité est une preuve de leur richesse. Avec ses aspects si variés, la montagne réclame des véhiculations non moins
- variées- P. Bonnette,
- Médecin militaire.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahdre, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 2308. -.:.-. 22 DÉCEMBRE 1917
- LES SONDAGES POUR RECHERCHES MINIÈRES
- Si pendant longtemps les questions minières n’ont occupé qu’un petit cercle de techniciens, elles intéressent aujourd'hui le grand public, qui a compris que ces industries extractives étaient la base de toute industrie. De tous côtés on pousse les travaux de recherches, pour compléter l’inventaire de nos ressources nationales.
- Rappelons seulement la longue campagne qui a conduit à la découverte du bassin houillerde Lyon, donnant, après des longs déboires, des résultats inespérés, la découverte de nos gîtes fer-rifères de Briey, de Normandie, d’Anjou et de Bretagne. A l’heure actuelle, voici l’État qui prend l’initiative de recherches de houille à Littry, etc....
- Il ne suffit pas de se baisser et de regarder la surface terrestre pour y découvrir les substances minérales utiles. Elles se sont formées à certaines époques géologiques, variables suivant leur nature et les poinLs du globe et si parfois nous les voyons affleurer au jour, plus souvent encore elles ont été recouvertes par des assises déposées postérieurement, ou ramenées par les mouvements du sol et dont l’ensemble constitue les morts terrains. Les richesses minières sont essentiellement des richesses cachées.
- Pour les reconnaître, hors certains cas spéciaux, comme les gisements de magné-tite, il n’est encore qu’un moyen, c’est d’en extraire des échantillons. L’idéal est de les extraire à la main, de voir, in situ, le gîte à exploiter, c’est-à-dire de faire des recherches par puits. Mais c’est un procédé lent et la concurrence est là qui presse, c’est un procédé coûteux et l’on hésite à hasarder dans des recherches aléatoires les sommes considérables exigées par un fonçage. On a généralement recours au procédé plus rapide et moins coûteux du sondage.
- On n’attend pas que nous donnions ici un traité complet de sondage. En semestre de La Nature n'y suffirait pas et nous passerions la plume à de plus autorisés. Nous nous contenterons d’indiquer sommairement les caractéristiques de quelques procédés, les plus simples, les plus rapides, ou les plus modernes et, laissant de côté le vieux procédé classique au trépan, nous nous limiterons au sondage à la corde, au procédé Rakg et à ses similaires et aux sondages par rodage à outil de diamant ou à grenaille d'acier.
- Disons aussi que pour des recherches à très faible profondeur, de l’ordre d’une dizaine de mètres, pour la recherche de lignites ou de minerais d’allu-vions par exemple, on emploie de petits appareils à main, trépans ou tarières suivant la nature du
- sol. Il en existe de très simples et d’usage très pratique, nous ne nous y arrêterons pas; ce n’est en somme qu’un grattage de l’épiderme du sol et ce qui nous inféresse ce sont les richesses cachées du sous-sol, dont la découverte est le but principal des sondages.
- Il existe deux grands procédés du sondage; ceux qui, pour le creusement, agissent par percussion et ceux qui agissent par rodage.
- Procédés par percussion. — L’attaque du terrain se fait par la chute d’un trépan, gigantesque ciseau, dont le choc produit l’éclatement de la roche. On le fait tourner à chaque coup pour éviter qu’il ne se coince et-obtenir un trou bien cylindrique.
- On sait que dans l’ancien procédé, la plus grande partie du temps était absorbée par le démontage et le remontage des tiges rigides reliant le trépan au levier de battage extérieur quand, après un battage d'une couple d’heures, la couche de boues accumulées au fond venait à annuler presque l’elfet du trépan et nécessitait un curage. Les deux procédés qui nous occupent, le sondage à la corde et les procédés à suspension élastique, visent à réduire cette perte de temps.
- Le sondage à.la corde est de beaucoup le plus simple; la lige rigide formée d’articles de 5 à 10 m. de long est remplacée par un câble, généralement en aloès, soutenant le trépan. Le battage se fait comme à l’ordinaire; mais, quand il faut curer, les manœuvres de remontée et de descente du trépan se réduisent à l’enroulement et au déroulement du câble sur un treuil.
- En plus on peut supprimer les intermédiaires entre le trépan et la tige, coulisses ou joints à chute libre, nécessaires à partir d’une certaine profondeur, pour éviter que le choc du trépan contre le fond, se transmettant aux tiges, n’en amène le voilement ; cela permet un battage plus rapide en économisant le temps nécessaire au fonctionnement de ces appareils. Procédé simplifié, accéléré, économique, voilà les avantages.
- Quant aux inconvénients, ils sont de deux sortes : le premier est que, ne pouvant obtenir la rotation du trépan par un intermédiaire rigide, il faut compter sur la torsion et la détorsion du câble. L’appareil Mather et Platt, figure 1, remédie en partie à ce défaut. Quand le trépan touche le fond, le manchon M qui le porte vient engrener avec c', imprimant au câble une légère torsion vers la gauche. Pendant le relevage, le manchon vient d’abord engrener avec c, accentuant la torsion, puis le câble se détord et entraîne le trépan dans sa rotation. Sans valoir la
- 25 — 585.
- Fig. i. Appareil Mather et Platt.
- 45* Année. — 2° Semestre.
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- 386 . : LES SONDAGES POUR RECHERCHES MINIÈRES
- rotation systématique à la main c’est un notable progrès.
- Mais, d’autre part, un câble flexible n’a pas sur le trépan l’action de guidage des tiges rigides, quelle que soit la flexibilité d’une tige de plusieurs centaines de mètres de longueur. Le sondage est plus facile-ment sujet à dévier. En fait, le procédé ne s’applique bien qu’à des couches homogènes et peu inclinées. Ces conditions sont réunies dans le bassin pétrolifère de Pennsylvanie, d’où le grand développement qu’y a pris ce procédé très économique.
- On peut obtenir l’accélération du travail à partir d’une idée toute différente. Ce qui nécessite la fréquente remontée du trépan, c’est la présence au fond d’un matelas de boues provenant des débris de l’àttaque. Si on les évacue à mesure de leur formation,la surface du fond reste parfaitement nette, le trépan travaille toujours utilement et on ne le remonte que quand il est trop usé. Le gain se fait par espacement des manœuvres de la tige..
- L’évacua t ion continue des boues de forage s’obtient en envoyant, par l’intérieur des tiges, qui sont alors creuses, un courant d’eau sous pression jusqu’à la lame du trépan. Ce courant balaie le fond et remonte entre les tiges et les parois, entraînant les débris du creusement.
- On injecte souvent de l'eau lourde, c’est-à-dire de l’eau tenant en suspension une notable quantité d’argile très fine, on peut ainsi tenir mieux les parois, en restreindre les retombâmes et faire suivre de plus loin le revêtement du sondage.
- En outre la rencontre de couches perméables, aquifères ou non, sera immédiatement signalée par une perturbation du débit d’injection.
- Ce procédé, imaginé par Fauvelie en 1845, constitue déjà un progrès notable, bien que les coulisses à injection d’eau soient sensiblement plus compliquées que les autres. Mais l’essor du procédé
- date de l’emploi de la suspension élastique dont le procédé Raky est le prototype.
- Le levier de battage est porté par deux vérins reliés à la charpente du chevalet par des ressorts (fig. 2). L’axe du levier peut donc s’abaisser par la flexion de ceux-ci. En outre la bielle qui attaque le levier est commandée par une courroie, dont la tension est réglée par un galet à contrepoids. Par suite, au delà d’un certain effort, le levier échappe à l’action du moteur.
- Ceci étant, la sonde est réglée pour qu’au point le plus bas de sa course, le trépan soit encore à
- quelques centimètres du fond. Si on lui imprime un rapide mouvement d’oscillation, l’inertie considérable des pièces en mouvement lui fait dépasser cette position, grâce à l’élasticité des tiges et de tout l’engin extérieur et le trépan vient frapper le fond par un coup de lancer, comme une balle suspendue à un fil de caoutchouc que l’on ferait osciller au-dessus du sol.
- Au moment du choc les tiges sont à l’état de tension, leur descente étant freinée à la partie supérieure par l’action retardatrice de la courroie et cela permet de supprimer les coulisses et joints, à chute libre sans dommage pour elles. De plus les éléments qui surmontent directement le trépan sont de forte épaisseur, ce qui l’alourdit et renforce la tige. Le relevage suit d’ailleurs immédiatement le choc et la détente des ressorts l’accélère.
- Les caractéristiques du procédé sont donc : grande rapidité de battage, 80 à 100 coups par minute au lieu de 40 à 60 avec le procédé classique, suspension élastique de la sonde, suppression des coulisses et appareils analogues, curage continu par circulation d’eau.
- La conséquence est une très grande rapidité de travail. Alors que, pour des profondeurs de 4 à 600 m., le procédé ordinaire donne des avance-
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- LES SONDAGES POUR RECHERCHES MINIÈRES
- ments journaliers de l’ordre de 1 à 2 m. et le sondage à la corde 6 à 10, on obtient 15 à 30 m. avec le procédé Raky, avec un record de 225 m. en un jour au sondage n° 26 du Bolderberg en Campine.
- Nous ne pouvons que renvoyer aux ouvrages spéciaux pour la description détaillée du procédé Raky, notamment pour les colliers de serrage qui permettent de suivre l’approfondissement et pour les variantes, procédés Vogt, Hackenberg, etc. On y trouvera aussi des détails sur tous les procédés de sondage que le manque de place nous obligea écarter(*).
- Le point faible de tous les procédés à percussion, c’est l’échantillonnage. Pour reconnaître les terrains traversés, on ne dispose normalement que de petits débris, à l’état de boues, remontés par la cloche à soupape dans le procédé ordinaire, ou par le courant d’eau dans les procédés par injection. A ce point de vue, ceux-ci sont encore inférieurs, car pendant la remontée, qui est lente, les particules, soumises à la pesanteur, se classent par équivalence suivant leurs dimensions et leurs densités, si bien que les éléments arrivant au jour en même temps ne proviennent pas d’un même point du forage. C’est ainsi que des schistes charbonneux ont pu être pris pour une couche de houille ou qu’au contraire une couche exploitable à toit schisteux pourra être méconnue.
- Il existe bien des appareils vérificateurs permettant de gratter en un point donné du sondage et d’en retirer de petites esquilles, mais c’est encore bien insuffisant; ce qu’il faudrait, ce sont des morceaux de quelque volume.
- On s’efforce d’y parvenir par l’emploi de trépans creux qui découpent un cylindre témoin, dit carotte. Quand le découpage a atteint quelques décimètres, on coiffe la carotte d’un extracteur; un doigt faisant saillie vers le bas, en atteignant le fond du trou, est pressé contre la carotte, la détache du terrain et la maintient en place pendant la remontée.
- Mais l’action du trépan est un peu brutale, on n’obtient guère de carottes que dans les formations
- 1. Haton de i,a Goüpillièrk. Traité d’exploitation des mines. — Kir?s, Fèvre et Aübrun. Id. — Revue universelle des mines, 4e série, t. V ; — Bulletin de la Société de l'industrie minérale, 4e série- t, XIII eL 5° série, t. III.
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- compactes et leur longueur est limitée; alors que ce sont souvent les couches tendres, la houille par exemple, dont il serait intéressant d'avoir des carottes. Pour y parvenir, il faut faire appel à des procédés d’attaque tout différents, ce sont :
- Les procédés par rodage. — Alors qu’avec le trépan l’extraction d’une carotte est une exception, le travail se fait ici par un carottage continu, la figure 3 en donne un bon exemple. L’outil d’attaque creuse par rodage une rainure circulaire, isolant un cylindre plein, cette carotte se loge dans les éléments de tige surmontant l’outil qui constituent le tube carottier. Les boues de forage sont évacuées par un courant d’eau descendant par les tiges et remontant entre elles et le terrain. On ne remonte la sonde que quand le carottier est plein ou que l’on désire visiter l’outil ou encore quand quelque incident le nécessite.
- Les tiges sont coiffées d’une tète d’adduction d’eau ou touret, muni de roulements à billes entre ses parties fixes ,et mobiles. Un tube flexible la relie à la pompe d'injection. Plus encore qu’avec le trépan, il importe de ne jamais interrompre longtemps l’injection quand l’outil est au fond pour éviter qu’il ne se coince. Quand on rajoute une tige, on la coiffe donc d’abord d’un touret relié à un tube flexible et l’injection n’est interrompue que le temps nécessaire au dévissage du touret de la tige précédente et au montage de la nouvelle.
- Le mouvement de rotation est transmis aux liges par un pignon d’angle au moyen d’un entraîneur dans lequel elles sont serrées. L’entraîneur est pourvu de rainures longitudinales dans lesquelles glissent des ergots du pignon d’angle.
- Dans certains modèles, l’avancement de l’équipage s’obtient systématiquement par un engrenage réducteur à plusieurs vitesses, mais ce pi’oeédé ne permet pas de s’adapter à toutes les natures de terrain et il est préférable de laisser l’avancement indépendant de la rotation.
- On est alors beaucoup plus libre pour régler la pression de l’outil sur le fond, ce qui est dé grande importance pour la bonne exécution du travail et l’économie du procédé, surtout si on emploie la couronne de diamants. Dans les débuts du sondage
- Fig. 3. — Types de carottes obtenues par rodage.
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- LES SONDAGES POUR RECHERCHES MINIÈRES
- il faut appliquer l’outil sur le fond, puis quand le trou a atteint 50 à 50 m., il faut au contraire le soulager, généralement on le fait au moyen de contrepoids de disposilions très diverses. Il n’y a aucun dispositif spécial d’avancement, la sonde descend par son propre poids.
- La Compagnie Sullivan emploie, avec ses grands modèles, une presse hydraulique qui règle à la fois la pression sur le fond et l’avancement. Les deux fonds du cylindre sont reliés par des tubes que l’on peut étrangler à volonté pour régler a descente; des manomètres font connaître à chaque instant la pression exercée sur le fonJ. Toute variation dans la nature des couches est immédiatement signalée par une saute de pression, ce qui est un sérieux avantage.
- Nous avons dit les mérites des procédés par rodage pour i’.ohtention des carottes. En terrains friables, pour la houille par exemple, on emploie souvent le carottier double (fig. 4).
- La carotte découpée par l’outil est coiffée par une gaine suspendue par roulements à billes au tube carottier.
- Elle est ainsi préservée du frottement de ce dernier et de l’action de l’eau d’injection.
- •Il y a deux variantes aux sondages par rodage, l’une fait appel à des outils armés de diamants, l’autre à des outils en acier ou à l’action abrasive de la grenaille d’acier.
- Le procédé au diamant est le premier en date. L’ontil, ou bit, est une couronne en acier doux, dans laquelle sont sertis les diamants; à la partie inférieure, des rainures laissent s’écouler l’eau d’injection.
- Les diamants employés sont des diamants noirs ou jaunes, Carbo-nados, Borts ou Bcilas. La grande consommation de ces pierres a amené une hausse considérable des prix qui atteignent plusieurs centaines de francs le carat, suivant grosseur et qualité. Le poids de chaque pierre est de 1 à 10 carats. Les Borts, formés d un agrégat de petits cristaux, ne donnent pas d aussi bons résultats que les autres, mais sont sensiblement moins chers. On voit immédiatement 1 importance énorme du bon sertissage des diamants. Si 1 un d’eux se détache, il met rapidement toute la couronne hors d’usage et l’on ne peut continuer le forage qu’après avoir repêché tous les éclats de diamant. Si on ne le peut, il faut les détruire soigneusement à coups de trépan. C’est toujours une perte et un retard considérables.
- E
- Fig. 4.
- Tube carottier double
- Pour l’arrachage des carottes, on emploie souvent un anneau brisé formant ressort à profil extérieur conique, la 'grande base vers le haut. Pendant le travail, Panneau s’ouvre, laissant monter la carotte dans le tube; au relevage, il se ferme contre elle, la détache du terrain et la maintient pendant la remontée des tiges.
- A côté du procédé au diamant, il y a celui à la grenaille d’acier. L’attaque des terrains se fait par l’action abrasive de grenaille d’acier très dure de 1,5 à 5 mm de diamètre, que la sonde entraîne dans son mouvement de rotation. La partie inférieure de l’outil est constituée par tun cylindre creux en acier plutôt doux, la barre à grenaille (fig. 5). L’entaille qu’elle porte au bas est destinée à diminuer la vitesse de sortie de l’eau : il faut, en effet, éviter que le courant n’entraîne la grenaille.
- L’alimentation en grenaille se fait au moyen d’un raccord placé sur le refoulement delà pompe d’injection et muni d’un robinet spécial d’alimentation de grenaille. Celle-ci arrive ainsi grain à grain, par l’intérieur des tiges jusqu’au fond du trou. L’alimentation doit être, réglée d’après la nature des terrains pour qu’aucun point de la barre à grenaille ne porte sur le fond. Une suralimentation réduit la vitesse d’avancement et détériore les outils. Un sondeur exercé se rend facilement compte de la quantité de grenaille à envoyer d’après la manière dont se comporte la sonde.
- L’emploi de gros diamètres de forage et la vitesse réduite du courant d’eau conduisent à l’emploi du tube à sédiments ou Calyx, visible sur la figure 7. En marche normale on est donc obligé défaire l’alimentation en grenaille par l’intérieur des tiges.
- Avec le carottier double, on ne peut faire ainsi, on supprime alors le calyx et on alimente en jetant de petites poignées de grenaille à l’extérieur des tiges. L’emploi du carottier double doit d’ailleurs rester une exception, pour les cas où 1 on veut un échantillonnage soigné. La vitesse d’avancement est très réduite, mais peu importe en ce cas.
- La grenaille convient très bien aux roches dures et conviendrait même aux roches fissurées ; il s’en perd bien une certaine quantité, mais, en forçant l’alimentation, le travail pourrait se poursuivre. On a pu traverser souvent des pièces métalliques, anciennes fondations, outils tombés au fond du trou, etc., sans difficultés particulières. Dans les
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- roches tendres, au contraire, argiles, marnes, etc., la grenaille s’enfonce sans avoir d’action.
- On emploie alors des outils coupeurs en acier trempé (fig. 6). L’outil avance par saccades, les dents s’engageant dans la roche et la faisant éclater sous l’effet de la torsion des tiges. La pression sur le fond doit être forte, de même la pression d’injection. Par contre on réduit beaucoup la vitesse de rotation, 12 à 15 tours/min. au lieu de 150 à 200 avec la grenaille. On va jusqu’à 600 avec le diamant.
- Pour l’extraction de la carotte on emploie généralement le procédé de coinçage. Par l’intérieur des tiges ou envoie de petits cailloux de quartz qui viennent se coincer entre la carotte et le tube carottier. On assure le coinçage en orçarit la pression d’eau et une légère torsion de la tige détache la carotte. Avec le carottier double il faut avoir recours à un anneau extracteur.
- Le principal avantage de la grenaille d’acier, dans les terrains qui s’y prêtent, c’est-à-dire en somme dans les roches dures et très dures, c’est son économie.
- On peut attaquer ainsi de plus gros diamètres, obtenir de plus grosses carottes (jusqu’à 20 cm et plus) et reculer parfois le moment où les réductions de diamètre successives amèneront l’abandon du travail. Cependant certaines firmes et non des moindres, restent fidèles au diamant, gardant d’ailleurs pour elles leurs raisons.
- D’autre part le diamant a pris une grande extension dans les recherches souterraines, à l’avancement des galeries de recherches par exemple. Seul en effet, il permet, pour de petites distances, 50 à 80 m., des recherches dans toutes les inclinaisons, alors que le trépan est rivé à la verticale et que la grenaille ne s’en peut beaucoup écarter.
- Les procédés par rodage ne donnent pas d’aussi grandes vitesses d’avancement que le système Raky.
- Les avancements journa-
- liers moyens sont de l’ordre de 8 à 15 m., mais cette infériorité est largement compensée par la perfection de l’échantillonnage.
- De plus c’est le seul procédé applicable aux très grandes profondeurs. Les sondages de Schladebach (1748 m.) et de Paruschowitz (2003 m.), celui de Pont-à-Mousson (1556 m.), le plus
- profond de France, ont été
- . j. . ! Outil coupeur Davis.
- lores au diamant. r
- On trouvera sur la fig. 7 une bonne représentation schématique d’un sondage par rodage avec emploi de la grenaille d’acier.
- Exécution d’un sondage, accidents, Étude des terrains. — L’emplacement du travail est déterminé par des considérations de géologie, de facilité d’accès, d’adduction d’eau, etc. On installe sur le terrain un chevalet, bien visible sur la figure 8. De sa hauteur dépend la longueur de tige que l’on peut démonter d’un seul coup, donc la rapidité des manœuvres. Une bonne hauteur est de 20 à 25 m.
- Pour commencer le travail on creuse un avant-trou d’assez grande section et on le munit d’un tubage descendant jusqu’à la roche solide. On place toujours à la tête du trou un tube de diamètre un peu supérieur au diamètre initial que l’on scelle bien verticalement, il servira de guide au sondage.
- Puis le travail commence avec le procédé adopté; on fera bien, en tout c£is, d’observer la vitesse de forage, toute variation de vitesse indiquant un changement de nature des couches. On est ainsi prévenu immédiatement et on a là un procédé de mesure de la puissance des assises préférable à celui que donnent les carottes, celles-ci étant toujours plus ou moins abîmées par leur frottement mutuel dans le carottier. En effet, au delà d’une certaine longueur, fonction de leur nature, de leur diamètre et du procédé de forage, les carottes se brisent et l’on remonte plus souvent des carottes fragmentées qu’une carotte unique. Un sondage comporte sou-
- Fig. 5.
- Barre à grenaille.
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- Fig. 7. — Schéma d’un sondage à la grenaille : A, barre à grenaille; B, tube carottier; C, raccord; D, tube à sédiments; E, point où les sables se déposent dans lecalyx; F, tige; G, alimentation.
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- Fig. 6.
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- vent des accidents; celui le plus fréquent, si fréquent même que c’en est un à peine, est la désagrégation des parois. Plus ou moins vite selon leur nature, par suite de la poussée des terrains et du fouettement des liges, les parois se désagrègent, il faut les consolider par un tubage.
- L’inconvénient du tubage est d’amener, pour le travail ultérieur, une réduction de diamètre, car les outils doivent passer à l’intérieur du tube. Cette réduction est de 2 à 3 cm et se répète à chaque fois qu’on pose une nouvelle colonne de tubes.
- Il faut donc réduire au minimum le nombre des tubages, c'est-à-dire donner à chaque colonne le maximum de longueur. Aussi ne doit-on pas hésiter à pousser chacune d’elles jusqu’au jour, pour pouvoir l’enfoncer jusqu’à l’extrême limite, à faire en un mot du tubage complet.
- Pour l’enfon cernent on procède par pression ou par choc sur la tête de colonne, en y joignant des rotations alternées dans un sens et dans l’autre.
- Dans des argiles qui poussent et mieux dans des sables boulants, on peut, en injectant de l’eau lourde et travaillant très vite, porter les passes de tubage à 100 et 200 m. Dans les terrains formés de galets, le tubage doit suivre l’avancement à quelques centimètres et les passes n’ont qu’une longueur limitée. Près de Lyon, la traversée de 40 m. d’alluvions et de mollasse n’a pas exigé moins de 4 passes de tubage.
- Il est donc indispensable d’être bien approvisionné en tubes, le succès du travail peut en dépendre et c’est un point qui retient toujours l’attention des sondeurs.
- On a proposé de consolider les parois par injection d’un lait de ciment, soit en dehors du forage, soit même pendant le travail. C’est une des caractéristiques du procédé Bréjcha. Il faut alors renverser le sens du courant d’injection. Dans des terrains favorables on peut ainsi éviter les réductions de diamètre, ou, du moins, en réduire le nombre.
- Un autre accident est la rupture des tiges. Il faut
- alors les repêcher et on a imaginé toute une série d’outils de sauvetage, cara-ioie, cloche à écrou, tarauds coniques pour ; tiges creuses,
- etc. C’est tou-! jours un accident
- | grave. Il faut par-
- ; fois batailler
- ! longtemps : le
- forage du puits de Grenelle a été arrêté ainsi pendant deux ans. Parfois il faut abandonner la partie au moment de toucher au but, comme à la Mouillelonge en Saône-et-Loire.
- Viennent ensuite les chutes d’objets dans le carottes s’échappant pendant la remontée de la tige, outils tombés du jour, etc. On s’eil'orce de les remonter, en recoiffant ‘les carottes avec l’extracteur, en enrobant les objets dans des matières plastiques, argile, cire, etc., en les prenant dans des pinces à mâchoires, etc.; si on n’y peut parvenir, il faut les détruire à coups de trépan, ou les refouler dans les parois. La grenaille permettra parfois de les extraire par carottages comme s’ils faisaient partie du terrain.
- Nous ne pouvons décrire ni même énumérer tous les accidents possibles, c’est là surtout qu’on appréciera un bon maître sondeur. Il lui faut en quelque sorte des yeux au bout de son outiljpour voir ce qui se passe et y porter remède.
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- Agrémenté de plus ou moins d’incidents et d’accidents, le sondage poursuit son cours, l’examen des carottes renseigne sur la nature des couches et leur pendage, on s’est souvent efforcé d’en déterminer la direction.
- Tous les appareils proposés reposent sur l’emploi de la boussole. On descend une boussole au fond du trou dans une boîte non magnétique, l’aiguille prend sa position d’équilibre et on la cale dans cette position. Une marque frappée sur la tête de la carotte permet de la repérer par rapport à la ligne de foi de l’instrument.
- Les avis sont très partagés sur l’efficacité de ces appareils; il y a toujours, à faible distance, de grosses masses de fer. Le grand nombre des types proposés semble bien indiquer que le procédé n’est pas au point. Certains appareils récents paraissent présenter cependant de sérieux progrès. On comprendra que nous ne puissions donner de précision à leur sujet.
- Il est de grande importance, pour les fonçages ultérieurs, de connaître le débit des niveaux aquifères recoupés. On renverra souvent ce travail à un sondage d’étude des morts terrains, fait tout à loisir après l’octroi des concessions, alors que, dans un sondage de recherches il importe d’aller vite.
- On emploie généralement des cloches à soupapes, avec lesquelles on abaisse le plan d’eau ; le débit se calcule par la vitesse de remontée du niveau. Des appareils de la Société Foraky, qui ne sont pas sans analogie avec les pompes Mammouth, permet-
- tent de vider entièrement le sondage et de déterminer très exactement les venues d’eau.
- De cette revue trop rapide, il doit bien résulter que l’exécution des sondages, surtout à grande profondeur, exige un personnel spécialiste ayant beaucoup d’expérience. Ce n’est rien que de faire tourner un appareil de sondage, quel qu’il soit, mais ce n’est pas cela qui permet de réussir. Pour réussir, il faut savoir choisir les outils appropriés, tourner plus ou moins vite, presser plus ou moins fort, tuber quand le moment est venu, éviter les accidents qui peuvent compromettre un travail long et coûteux déjà effectué (suivant la profondeur et les difficultés, le prix d’un sondage va de quelques dizaines à plusieurs centaines de francs le mètre). S’il survient des accidents, il faut savoir sauver le sondage par les mille moyens qu’apprend seule une longue pratique.
- Jusqu’ici la profession de sondeur était peu connue en France, espérons qu’elle prendra dans notre industrie minière l’importance nécessaire pour que, sans le secours d'étrangers, Boches plus ou moins masqués pour la plupart, nous puissions découvrir nos richesses minérales.
- En terminant, ce nous est un agréable devoir de remercier les constructeurs de sondeuses et spécialement les Compagnies Sullivan et Ingersoll-Rand, les entrepreneurs de sondages et en particulier la Société Foraky ejt la Société nouvelle de sondages Bonne Espérance de leur excellent accueil et de tous les renseignements qu’ils ont bien voulu nous communiquer. Louis Renié.
- ^EXPLOITATION DES FORÊTS FRANÇAISES PAR LES CANADIENS
- La renommée nous a appris les exploits militaires des Canadiens, Saint-Julien, la crête de Vimy, Fes-tubert, Passchendaele, autant de glorieuses rencontres où s’est immortalisée la plus jeune des armées engagées dans le formidable conflit.
- Mais, ce qu’on ignore généralement, ce sont les services que notre ancienne colonie a rendus, et continue à rendre sur le terrain économique à ses deux mères-patries, la France et l’Angleterre.
- La guerre moderne est une insatiable mangeuse de bois. Que ce soit pour aménager les tranchées et les routes, ou pour construire des baraquements, des ponts, des voies ferrées, il faut que les armées belligérantes disposent d’une quantité illimitée de planches, de madriers et de traverses. Une exploitation forcenée de nos forêts eût menacé de tarir rapidement nos ressources naturelles, tandis qu’une exploitation méthodique devait ménager l’avenir, tout en satisfaisant les besoins de l’heure présente.
- D’un commun accord, cette exploitation rationnelle a été confiée par la Grande-Bretagne et la France au Canada. Le choix s’imposait. Le Dominion est l’une des régions les plus boisées du globe,
- et c’est à son industrie forestière qu’il doit une bonne partie de son étonnante prospérité. Le tiers de son imoiense territoire, qui est approximativement vingt fois plus étendu que la France, est constitué par des forêts, dont l’exploitation fait vivre près de la moitié de la population.
- La valeur du bois exporté par le Canada aux États-Unis et en Europe se chiffrait par plusieurs centaines de millions de francs avant la guerre, et ce pays était devenu l’un des plus grands producteurs de pâte à papier et de papiers à journaux. Une bonne partie des grands quotidiens d’Amérique et d’Angleterre s’impriment sur du papier canadien.
- Centre d’industrie forestière, le Canada, quand il en fut requis, eut tôt fait de constituer une véritable armée de forestiers, prêle à exploiter les forêts de France et de Grande-Bretagne. Une force de 17 000 hommes, encadrés par des ingénieurs spécialistes, fut recrutée parmi les meilleurs bûcherons du D uninion. Elle passa bientôt l’océan en emportant tout le matériel nécessaire : outils, scieries à vapeur, ateliers de réparation, camions automobiles, locomotives avec foyers chauffés
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- au bois, etc. Elle apporta même sa cavalerie.
- Ingénieurs et ouvriers sont militarisés. Leur commandant en chef, M. Mac Dougal, a le rang et le titre de général. Avant la guerre, il dirigeait au Canada une puissante exploitation forestière. Le commandant des forestiers qui exploitent nos forêts françaises « entre Seine et Loire » est M. le colonel jones, qui dirigeait « dans le civil » une des plus grosses fabriques de pulpe et de papier à journaux du Nouveau Monde. Le quartier général du premier est situé dans le Parc Royal de Windsor. Le colonel Jones a fixé le sien à Evreux.
- Nous ferons remarquer en passant quel parti
- simplement d’un long entraînement, avec une probable intervention d’atavisme. Au Canada, tout le monde naît plus ou moins forestier, et les premiers jeux des enfants sont de couper et de tailler du bois.
- Les chantiers que nous avons visités sont situés dans la forêt de Dreux, qui passe à bon droit pour être l’une des moins belles forêts de France. Ses 5000 hectares, à peine vallonnés çà et Là, abondent en chênes qui atteignent fort rarement des proportions imposantes. La pauvreté de la végétation doit tenir à la sécheresse du terrain. A la recherche d’eau potable, les forestiers canadiens ont foré,
- Fig. i. — Un chantier d'exploitation dans la forêt de Dreux.
- merveilleux le Canada a su tirer des compétences. Tous les officiers du Corps des Forestiers employaient déjà leur énergie et leur science dans l’industrie forestière en temps de paix. Il n’en est pas un qui ait eu à se familiariser, en temps de guerre, avec de nouvelles fonctions. La même observation s’applique aux soldats et sous-officiers du corps : fils et petit-fils de bûcherons, tous sont des enfants de la forêt. Aussi, apportent-ils à leur besogne une précision de gestes et une méthode qui pourraient donner à croire que le système Taylor est intervenu dans leur éducation. Mais, invité, comme représentant de La Nature, à visiter plusieurs de leurs chantiers, nous nous sommes assuré que cette impression est inexacte. La taylorisation de ces bûcherons n’est pas artificielle; elle résulte
- près de la loge de chasse des Princes d’Orléans, un puits de 80 m. de profondeur qui n’a donné jusqu’ici que de fort médiocres résultats. Si la forêt de Dreux était rasée, sa destruction ne laisserait pas de cuisants regrets aux amis du Beau.
- Mais, de la façon dont procèdent les Canadiens, son existence n’est pas menacée, et les coupes exécutées depuis six mois seront à peine visibles d’ici quelques années. L’exploitation est d’ailleurs contrôlée par nos inspecteurs forestiers français, qui désignent les arbres condamnés en portant leur choix sur ceux qui mesurent de 70 à 80 cm de tour. Les jeunes arbres sont donc généralement respectés.
- Le travail se centralise autour de 14 scieries que dessert un réseau f.erré à écartement d’un mètre, représentant une longueur totale de 15 km. Le
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- personnel est fourni par 3 compagnies, comptant chacune 175 hommes, plus les officiers. Chaque compagnie est logée dans un village. Les 500 prisonniers allemands employés aux grosses besognes sont logés dans un camp isolé. Quelques détachements de territoriaux français, secondés eux aussi par 500 prisonniers, s'occupent du transport des traverses réservées à notre armée et du bois de chauffage destiné à la Ville de Paris.
- On peut dire que l’abatage, qui s’accomplit d’ailleurs avec une rapidité vertigineuse, est la seule opération où n’intervienne pas la force motrice. L’arbre est attaqué à la cognée, presque au ras du sol. Guidé par une longue expérience, le bûcheron sait en quel point il doit pratiquer l’entaille pour que l’arbre se couche dans la position la plus favorable à l’enlèvement. 11 évite, notamment, que les troncs tombent les uns sur les autres, ce qui compliquerait tant soit peu l’opération
- d’exploitation, la machine se trouve trop éloignée des abatis, elle se rapproche des nouveaux chantiers en halant sur un câble' d’acier attaché à un arbre distant.
- Pour faciliter l’enlèvement des troncs, les forestiers disposent sur le sol, au carrefour des chemins de halage qu’ils ont tracés en étoile au uentre de la coupe, une massive poulie en bois, qu’ils appellent bnlï-block. C’est sur cette poulie horizontale que tourne le câble fixé au tronc, qui est halé rapidement, d’une distance maximum de 200 m., jusqu’au voisinage immédiat de la voie ferrée où il est
- Fig. 3. — Chemin de fer forestier réunissant les chantiers à la scierie.
- Fig. 2. — Système de câbles et de treuils pour lialer les troncs d'arbres jusqu’au point de chargement.
- sur un truck. Les trains sont attelés à dë petites locomotives canadiennes, chauffées au bois’, qui amènent leur charge jusqu’au mill, ou scierie.
- Le problème du transport se trouve simplifié dans les parties vallonnées delà forêt. Les Canadiens
- de halage et pourrait, en outre, endommager les bois. L’entaille ne demande que six ou huit coups de hache ; elle sert d’amorçage à la scie passe-partout manœuvrée par deux hommes, et qui ne demande que 5 ou 4 minutes pour sectionner le tronc. Nous avons pu constater, montre en main, aussi bien dans la forêt de Dreux que dans la forêt de Windsor, qu’une équipe de trois hommes pourrait abattre en une heure douze chênes mesurant en moyenne 70 cm de tour à la base.
- Le halage des troncs, débarrassés de leurs •branches, s’accomplit à l’aide d’un treuil à vapeur installé sur une sorte de traîneau massif, construit de troncs. Les forestiers l’appellent un skidding-engine, ou machine à sabot. La pesante base en assure la stabilité. Quand, après plusieurs journées
- utilisent les pentes en construisant des funiculaires à câble. Ils ont une façon fort ingénieuse de maintenir en équilibre sur des trucks étroits de phénoménales quantités de troncs énormes, que des hommes moins expérimentés devraient répartir sur plusieurs véhicules.
- C’est un spectacle imposant et pittoresque que d’assister à la descente d’un de ces trains. Du sommet de la pente, des signaux visuels (drapeaux en plein jour, lanternes à la nuit tombante), annoncent l’approche du convoi. En bas, un garde ferme aussitôt les portes qui barrent les routes que traverse le funiculaire. Les spectateurs placés au pied de la colline éprouvent la sensation, en voyant surgir au sommet le fantastique amoncellement de troncs massifs, qu’il se sera éboulé avant d’ache-
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- ver sa descente. Mais la montagne, consolidée par un savant enchevêtrement de chaînes, forme un tout compact, et, retenue par un câble, elle descend la rude pente sans heurts, ni secousses. Si le câble se rompait, par aventure, le train s’engagerait sur l’une des deux voies de garage, aménagées en deux points de la ligne, au lieu d’aller écraser la scierie ou le village.
- C’est dans l’aménagement de la scierie, ou lum-bermill, que se manifeste le mieux l’ingéniosité des forestiers canadiens, ingéniosité qui est le fruit d’une longue expérience.
- Elle est constituée par une vaste construction à un élage, ouverte en plein vent sur trois de ses faces. L’étage, où sont placées les machines, est de niveau avec la voie ferrée q]ui apporte les troncs. Le rez-de-chaussée, qu’ori appellerait plus exactement sous-sol, et qui est également ouvert au vent sur trois de ses faces, abrite les chaudières et l’installation d’éclairage électrique.
- 11 est à peine besoin de dire que les foyers sont chauffés au bois, avec les rebuts de la scierie.
- Les troncs, sectionnés transversalement au préalable par une scie circulaire, sont disposés sur une plate-forme d’où deux ouvriers les poussent successivement contre un chariot monté sur rail, en se servant du cant-hook, curieux outil à long manche qui agrippe le tronc dans son crochet en forme d’arc de cercle, et sert en même temps de levier. Installés sur ce chariot, deux hommes libèrent deux lourdes barres d'acier, béliers en miniature, dont les pointes se piquent dans le tronc et le maintiennent en place contre le bord du chariot. Sur l’action d’un levier, le chariot se met inslanlanément en marche, pour présenter le bois à deux scies, qui entaillent les deux laces jumelles. Le chariot revient à sa place initiale. On change la po>iiion du tronc, et l’on procède de même pour tailler les deux autres faces. Détaché du chariot, le madrier passe aux
- mains d’un ouvrier qui en rectifie la longueur, selon trois unités de mesure, en le présentant à une scie circulaire. Puis, il est entraîné sur un plan incliné à billes de roulement, le long duquel des hommes trient les tronçons en trois longueurs pour les faire tomber sur les trois piles correspondantes.
- La description que nous venons d’esquisser s’applique à la fabrication des traverses de voies ferrées. La scierie que nous avons visitée en forêt de Dreux en fabrique 800 par journée de 10 heures.
- Toute sa production est réservée aux besoins de l’armée française. La même description s’appliquerait à la fabrication des bois de charpente et des planches.
- Un admirable esprit d’économie est la règle des forestiers canadiens, qui ne jettent au rebut que les morceaux de bois qui ne peuvent plus servir qu’au chauffage. Chaque moulin possède un edge, petite machine composée de scies et de grattoirs (scor-chers), qui sert â tirer parti des edges, ou dosses. C’est le nom donné dans l’uhe et l’autre langue à la planche à face cylindrique obtenue d’un tronc après le premier coup de scie. Simultanément, les grattoirs enlèvent l’écorce et les scies taillent en plein bois. En l’espace de deux ou trois secondes, la planche informe est transformée en une pièce régulière qui sera utilisée par les charpentiers de l’exploitation.
- La production journalière des scieries varie entre 44000 et 65 000 pieds longs. C’est indiquer qu’elles produisent une énorme quantité de sciure. Celte matière, évacuée du sous-sol par des chemins roulants, est utilisée à l’amélioration des routes forestières. Une bonne épaisseur de sciure boit l’eau de pluie et d’infiltration, et prévient la formation des fondrières.
- Le bois ouvragé est transporté dans les gares les plus proches par des camions automobiles. Comme
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- nous l’avons indiqué, les rebus sont utilisés pour la production de la vapeur, et aussi pour le chauffage des baraquements et des cuisines. Les branchages provenant de la coupe sont mis en fagots par les prisonniers, et expédiés à Paris, où ils sont vendus à bas prix pour la consommation ménagère.
- Nous ne saurions clore cette étude sans parler des villages des forestiers canadiens, dont nous avons admiré l’agencement et la propreté. Les hommes sont logés par escouades de seize dans des baraques spacieuses, garnies, le long des cloisons, de couchettes superposées par deux, comme on en voit dans les paquebots. Un petit poêle à bois assure le chauffage; deux vasistas, placés au-dessus des portes, aux deux bouts de la maison, facilitent l’aération. Aux fenêtres, les vitres sont remplacées par de fines toiles huilées, qui laissent filtrer la lumière tout en interceptant Pair et l’humidité. Un officier nous expliqua la raison d’être de ces étranges carreaux. Les camps de forestiers, y compris les scieries, doivent rester démontables et transportables. Or, étant donné le prix actuel des vitres la casse qui résulterait d’un déménagement grèverait lourdement le budget de l’exploitation; d’où l’emploi de ces « vitres incassables », à la mode des bûcherons canadiens.
- Le même officier nous apprit qu’il suffisait de douze jours pour transporter de toutes pièces le village et sa scierie à plusieurs kilomètres de distance, en comprenant dans ce délai les opérations
- de démontage et de reconstruction. N’est-ce pas là un chef-d’œuvre de nomadisme!
- En outre des chambrées, chaque village comporte un grand nombre de baraques plus petites qui servent de logis aux officiers, de bureaux, de salles de bains ou de douches. Celles-ci sont élevées très près de la scierie, dont les chaudières les alimentent d’eau chaude. Les hommes sont tenus de prendre au moins un bain chaud par semaine. Les repas se prennent dans des baraquements séparés. Les eaux de cuisine et de lavage sont filtrées dans des auges remplies de paille avant d’être évacuées vers des puisards. Ce détail montre combien le culte de l’hygiène est cher aux forestiers canadiens. Nous ajouterons qu’un « cabinet dentaire », fort bien outillé, est attaché à chaque camp, et que l’eau potable est apportée de fort loin par des citernes attelées de robustes mules américaines.
- Nous n’avons pas eu le temps de visiter le camp des prisonniers, dont nous avons aperçu à distance les vastes baraquements. Nous savons seulement que le confort dont ils jouissent — confort au moins égal à celui des soldats forestiers — n’engendre pas chez eux des désirs d’évasion. Presque tous furent capturés à la prise de la Crête de Vimy.
- L’exploitation de la Forêt de Dreux restera comme un modèle du genre et nous aurons à remercier, pour cette instructive leçon de choses, le magnifique corps des forestiers canadiens.
- V. Forbin.
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- L’Exposition du Feu s’est ouverte dans une des salles du Jardin d'Acclimatation. Exposition de guerre puisqu’elle tend à nous apprendre toutes les économies que nous pouvons pratiquer sur notre chauffage et notre cuisine; exposition de guerre aussi par son aspect d’ensemble, la pénurie du décor, la simplicité des stands, le petit nombre d’exposants. L’Exposition du Feu n’est qu’un petit Concours Lépine, moins bien présenté. Est-ce l’éloignement du centre de Paris, ou les difficultés du moment pour se procurer des matériaux, ou une organisation insuffisante ou trop hâtive qui en sont cause? Je ne sais, mais je souhaite que la prochaine Exposition du Feu ait un aspect plus riche et plus chaleureux.
- Ce n’est pas qu’en visitant les stands, on n’y découvre comme toujours et partout, maintes preuves de l’ingéniosité de nos petits fabricants français, de leur esprit inventif, de leur habileté à exécuter, manifestations d’autant plus méritoires qu’on sait combien il est coûteux et souvent pénible actuellement de trouver et d’obtenir les matières premières indispensables et surtout les tôles, fontes et fers qui composent la plus grande partie des
- appareils exposés. Par contre, on est frappé de l’abstention presque générale des maisons connues d’appareils de chauffage ; la plupart de celles qui ont construit des appareils bien étudiés, qui ont fait de nombreuses recherches de laboratoire et qui, par suite, auraient pu apprendre au public quelques données intéressantes, ne sont pas représentées. 11 en résulte une impression d’insuffisant et d’incomplet, sur laquelle je ne veux pas insister plus longtemps.
- Voyons plutôt, parmi les modèles exposés, ceux qui nous ont paru présenter quelque particularité intéressante.
- Uiil isation des combustibles. — Peu de chose à voir pour les combustibles classiques : houille, anthracite, gaz, mais par contre efforts nombreux d’utilisation de beaucoup d’autres produits, peu recherchés en temps de paix : lignites, tourbes, poussiers, sciure, résidus de toutes sortes.
- Le Syndicat général des Lignites et Tourbes expose ses procédés de traitement et de distillation de ces produits dans le four Guardabassi et Goul-liard pour en extraire du gaz, des huiles, du brai et du coke. Les mêmes procédés s’appliquent à
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- divers déchets industriels : grignons d’olives, marcs de raisins, sciure de bois, etc. ; mais comme ils sont purement industriels et sans applications domestiques, je ne m’y arrêterai pas.
- M. Guillery présente un « poêle populaire » qui a le mérite d’une grande simplicité; il est destiné cà produire un chauffage prolongé dans les appartements en brûlant des combustibles végétaux de faible valeur : bois, tourbe, tannée, sciure, etc. Il se présente sous la forme d’un cylindre de tôle sans ornements, fermé en dessus par un couvercle mobile s’emboîtant, et en dessous par un fond fixe. Au bas se trouve un orifice carré pouvant être fermé par une porte à guillotine et destiné à introduire le combustible et à régler le tirage. Le tuyau d’évacuation des fumées sort latéralement à mi-hauteur du cylindre.
- Dans l’intérieur une cloison oblique et courbe en tôle oblige les gaz chauds à remonter jusqu’au sommet de l’appareil pour redescendre ensuite vers le tuyau de la cheminée (fig. 1). Les essais effectués au Conservatoire des Arts-et-Métiers ont montré que le rendement calorifique de cet appareil est très satisfaisant et le Ministère de l’Armement encourage sa fabrication.
- L’utilisation des poussiers, des déchets et des ordures ménagères a suscité de nombreux appareils pour la fabrication des agglomérés. A l’agglomération au b rai, devenue difficile et coûteuse par suite de la réquisition des huiles lourdes de goudron pour les besoins militaires, on a
- substitué divers autres procédés, au ciment, au plâtre, etc. Plusieurs appareils domestiques sont exposés : les uns, simples cylindres de bois ou de tôle dans lesquels descend une masse actionnée par un levier, sans dispositif de démoulage ; les autres plus étudiés permettant de démouler les briquettes formées soit en enlevant le fond, soit en ouvrant une porté latérale.
- D’autres, fabricants d’agglomérés exposent des
- Fig. i. — Coupe du poêle populaire Guillery.
- briquettes et des boulets obtenus industriellement (Voy. La Nature, n° 2284) et dans lesquels ils incorporent, outre du poussier de charbon, de la sciure, des déchets de toutes sortes, des gadoues, etc.
- Citons l’ingénieuse invention de la maison Decau-ville, la presse « Simplex », véritable petite usine transportable qui permet, avec trois hommes, de débiter de 1500 à 2000 briquettes de 3 kg par jour (fig. 2). Elle peut fournir des pressions de 100 kg par centimètre carré et permet d’utiliser les accumulations de poussiers qui restent comme résidu encombrant de tout stock de charbon. On peut acheter la presse qui est d’un prix de revient assez élevé, ou la louer pour quelques jours, le temps de briqueter les poussiers dont on dispose, ou mieux encore faire venir une équipe de la maison Decauville qui transforme sur place les poussiers en briquettes. Une autre presse « tapoteuse » de la même maison agglomère les sciures, tannées, tourbes, feuilles, coques de cacao, de noix, etc., en se servant comme liant de glaise verte.
- L’utilisation de la sciure comme combustible a
- provoqué la créa-
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- Fig. 2. — Presse Decauville pour le briquetage des poussières.
- tion de nombreux poêles et réchauds dont beaucoup diffèrent peu les uns des autres.
- Ils comportent une enveloppe cylindrique dont le fond est percé d’un ou plusieurs trous communiquant avec le cendrier. On charge ces poêles en_en-fonçant un mandrin verticalement dans le trou du fond et en versant et tassant la sciure autour. Le mandrin retiré, l’allumage se fait par le cendrier, le feu se communique à la cheminée centrale et gagne peu à peu la périphérie (fig. 5). Diverses variantes de ce type sont exposées : réchaud Benelli, surfeu Lebowitz, poêle Recky; tous peuvent être un bon moyen de chauffage quand on dispose sur place de quantités suffisantes de sciure, au voisinage des scieries par exemple. Mais la sciure est un combustible très’ encombrant et se conservant mal
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- dès qu’il est humide ; son transport est onéreux, ce qui en limite beaucoup l’emploi. De plus, il arrive que la sciure tassée, gonfle et éboule dans la cheminée centrale, arrêtant ainsi le tirage et donnant de la fumée. Un petit appareil a été imaginé pour éviter ces éboulements, le « Diablotin », constitué par une cheminée-grille métallique qu’on laisse à demeure dans le foyer pendant la combustion de la sciure, ce qui permet de tisonner pour activer le feu.
- Comme poêle à sciure basé sur un autre principe, il n’y a à signaler que le « Calo-Riff » dans lequel la sciure est supportée par un plateau qu’un ressort tend à soulever et maintient 'à niveau constant, tandis que le courant d’air de tirage lèche seulement la surface supérieure en ignition.
- Appareils de chauffage.
- — Un certain nombre d’appareils exposés ont pour but d’obtenir une meilleure utilisation de la chaleur dégagée' par les combustibles. Signalons le poêle « Mephisto », poêle à gaz surmonté d’un radiateur - accumulateur de chaleur sous forme de copeaux métalliques silicates, qui peut être recouvert également d’une marmite norvégienne dont le chauffage est obtenu par le réchaud à gaz situé au bas.
- Les repos de chaleur (fig. 4), bien connus notamment dans la région de l’Est, sont utilisés par « Le Chauffage » sous diverses formes : un système jumelé est composé de 4 tuyaux ouvrant en bas et en haut dans une conduite centrale; pendant l’allumage, si l’on désire un tirage intense, on ouvre au moyen d’une clé la conduite centrale, sinon on la ferme et les gaz de combustion viennent lécher les parois des 4 tuyaux qui chauffent alors par convem. tion. Un autre système dit « spirale radiatrice » est formé par une spirale faisant 5, 4 ou 5 tours autour d'un tuyau central muni d’une clé, dans lequel elle débouche à ses deux extrémités.
- Le « Radiateur parisien » est un récupérateur de chaleur pour cheminée, aspirant l’air froid au ras du sol, le faisant traverser une grille creuse placée au fond où il s’échauffe et soufflant l’air chaud par une bouche supérieure; application d’un principe
- bien connu, il se recommande par sa simplicité de construction, toute en tôle.
- L’inventeur du « Radiateur parisien » expose également un « Toxivore-Récupérateur » dont la figure 6 fait comprendre le fonctionnement : les appareils à combustion lente px-oduisent tous une quantité notable d’oxyde de carbone qui est une perte, en même temps qu’un danger. Le toxivore brûle cet oxyde de carbone mélangé à de l’air injecté par le tuyau courbe t en enflammant" les gaz en c au moyen d’une petite quantité de mousse de platine. La flamme produite lèche les parois du récupérateur et lui abandonne la chaleur produite.
- Le souci d’économiser le combustible devenu si précieux a conduit la maison Hayot à imaginer une « grille H » à barreaux très rapprochés pour éviter la chute des petits morceaux de charbon dans le cendrier où ils sont perdus. Le « porte-grille » a pour but de diminuer la capacité du foyer et de surélever la masse incandescente. Le «. Sevos » se propose le même but au moyen de moules perforés en terre réfractaii’e qu’on place sur la grille d’une cheminée, d’un poêle ou d'une cuisinière.
- L’utilisation du pétrole a peu préoccupé les inventeurs, quoiqu’il soit assez facile actuellement de se procurer ce combustible, d’un grand pouvoir calorifique. Notamment, aucun modèle de réchaud à vapeur de pétrole sous pression îi’est exposé, bien que ce type ait fait abondamment ses preuves avant la guerre sous des marques étrangères. Nous n’avons vu qu’un seul réchaud « Novus » brûlant le pétrole gazéifié sans pression, la chaleur de vaporisation étant obtenue au moment du départ par l’allumage d’une mèche d’amiante.
- Chauffage culinaire. — Rien de bien nouveau dans les appareils exposés. On y peut voir plusieurs économiseurs ou l’écu-pérateurs de chaleur consistant en une enveloppe en tôle ou en terre qu’on place sur le fourneau autour de
- Fig. 3. — Schéma d’un poêle à sciure.
- Fig. 4. — Repos de chaleur jumelé et spirale radiatrice.
- Fig. 5. — La marmite chauffante Rénova.
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- la casserole ou de la marmite. On y retrouve la cuisine au papier au moyen de deux plats métalliques minces joignant bien dans lesquels on peut faire certaines cuissons très rapides en brûlant seulement un journal ou deux. Ces procédés étaient déjà connus avant la guerre.
- Les marmites norvégiennes sont nombreuses et peu variées. La Nature leur ayant déjà consacré un article (voir n° 2286), nous n’y reviendrons pas ici.
- Plus intéressantes sont les marmites à chauffage intérieur. Nous n’avons vu dans ce genre que les marmites chauffantes « Rénova » à gaz ou à briquettes et les cui-seuses électriques. Les marmites « Rénova » sont des marmites norvégiennes ordinaires à enveloppe isolante dans lesquelles on a percé un trou latéral inférieur et une cheminée supérieure ; une couronne à gaz peut être allumée au fond et chauffe le récipient dans la marmite ; on éteint le gaz et l’on ferme tous les orifices quand l’ébullition est atteinte; un autre modèle utilise
- la combustion lente de briquettes d’agglomérés.
- Les « cuiseuses électriques » sont également des marmites norvégiennes entièrement closes, au fond desquelles se trouve une résistance qu’on fait traverser par le courant provenant d’une prise extérieure branchée sur le secteur. Si les parois extérieures sont suffisamment isolantes, le rendement thermique doit être parfait; ces appareils se recommandent également par leur simplicité et leur entretien facile; malheureusement, le prix de l'électricité à Paris ne permet pas de les utiliser avec économie pour les usages culinaires.
- Tels sont les principaux appareils de l’Exposition du Feu. Trop peu nombreux, ils dénotent, comme nous l’avons dit, un grand effort d’ingéniosité en même temps qu’ils nous montrent les divers aspects d’une des plus grandes préoccupations de ce moment : chauffer suffisamment avec peu de combustible.
- A. B.
- Fig. 6.
- Toxivore récupérateur.
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- Séances du 6 au a6 novembre 1917.
- Absorption de l’eau sur la lune et les planètes. — M. Véronnet se propose de calculer la quantité d’eau qui a pu être absorbée par les roches de la lune, supposées analogues aux roches terrestres, avant d’arriver à la dessiccation actuelle. Il se fonde sur la quantité d’eau que renferment moyennement un granité ou un porphyre et sur la loi de décroissance de la température superficielle d’un astre, à raison de 30° par kilomètre. À 80 km, on arrive aux 000° nécessaires pour la fusion des roches et on peut calculer qu’il a été absorbé sur la terre une hauteur d’eau de 400 m. environ, aujourd’hui incorporée dans les roches. On trouve que, sur la lune, l’eau a dû être absorbée complètement par diffusion lente dans les roches au fur et à mesure de leur refroidissement. Au contraire, Ténus serait entourée d’une épaisse couche de nuages. Sur Mercure, il n’v aurait pas encore d’eau condensée à la surface, la planète n’aurait pas d’enveloppe nuageuse ; les périodes géologiques ne seraient pas encore commencées.
- Teneur en azote des houilles oxydées. — M. Mahler montre que, abstraction faite des cendres et de l’eau, la proportion centésimale d’azote ne semble pas modifiée par l’altération, sauf dans les houdles si profondément altérées qu’elles sont presque transformées en matières ulmiques.
- Utilisation du bathyrhéomètre par l’étude des vents. — Le bathyrhéomètre de M. Delage, auquel nous consacrerons bientôt un article spécial, présente cet avantage que tous les organes délicats y sont intérieurs. M. Delage a eu l’idée de l’utiliser pour l’anémométrie des régions froides. On peut par ce moyen obtenir des graphiques correspondant chacun à une durée d’expériences
- de 40 à 45 heures et par les vents les plus variés, depuis la faible brise jusqu’à la tempête. Mais, à l’inverse des marées qui se reproduisent identiques à elles-mêmes toutes les fois que leur coefficient reprend la même valeur, le vent n’est soumis à aucune règle que nous sachions formuler. C’est seulement par la comparaison avec des graphiques pris simultanément sur une large surface de territoire qu’on pourrait en tirer des indications intéressantes.
- La sériciculture à Madagascar. — M. Fauchère, chargé de réorganiser le service de sériciculture à Madagascar, a constaté que les races de Sericaria Mori introduites à Madagascar et provenant du Midi de la France, races originairement monovolfines, c’est-à-dire ne donnant qu’une génération par année, sont devenues rapidement polyvoltines, après s’être adaptées aux conditions climatériques du centre de l’île et ont donné, au bout de 2 ans, 6 généralions par an. Contrairement à l’opinion courante que les races polyvoltines donnent des récoltes inférieures, la soie est restée aussi belle qu’au-paravant. Les vers ont été, comme en Europe, attaqués par plusieurs maladies, notamment par la pébrine, qui s’est montrée particulièrement grave. On a pu limiter son extension en élevant les vers à soie par familles séparées.
- L’instinct paralyse ur des Hyménoptères. — M. Etienne Rabaud combat une opinion courante, trop facilement admise d’après des récits de Fabre et sur laquelle on avait cru pouvoir édifier une théorie quelque peu romanesque de l’instinct. On croyait que le venin des Hyménoptères vulnérants avait seulement une action locale, ou du moins se diffusait très lentement et que ces
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- insectes savaient, avec une merveilleuse précision, obtenir l’immobilité rapide de leurs victimes en piquant directement les ganglions nerveux ou leur voisinage immédiat et en pratiquant autant de piqûres qu’il y a de ganglions. M. Rabaud montre, par des expériences précises, que la vérité est beaucoup moins jolie et témoigne chez l’animal d’une perspicacité beaucoup moins extraordinaire. L’insecte pique simplement là où son aiguillon rencontre une surface vulnérable. Cela est vrai, pour le Pompile, le Cerceris, le Bupreste, le Charençon, etc.... L’effet du venin varie depuis la paralysie jusqu’à la mort, non pas d’après la nature des espèces mises en présence, mais d’après les conditions de l’attaque. Il n’existe aucune séparation tranchée entre les tueurs et les paralyseurs. La rapidité de la rencontre est essentiellement fonction de la position relative initiale de l’agresseur et de la victime, ainsi que du nombre des points vulnérables.
- Nouvel appareil fluorométrique pour le dosage des rayons X. Le dosage de l’efficacité d’un rayonnement X sur les différents tissus de l’organisme implique seulement deux mesures : 1° mesure de l’intensité du rayonnement incident; 2° détermination de sa qualité. M. Guilleminot avait déjà décrit un fluoromètre à étalon de radium. Cet appareil coûtant fort cher, il lui a substitué un étalon lumineux au radium, dans lequel on regarde, au moyen d’une lunette, une lunule de verre dépoli divisée en deux moitiés, l’une éclairée par la luminescence d’un petit écran de plalino-cyanure de baryum irradié par le rayonnement X à étudier ; l’autre éclairée par une lampe électrique étalon, fonctionnant sous un voltage déterminé et traversant des écrans de verre colorés appropriés de manière à obtenir une teinte semblable à celle de la fluorescence du platine-cyanure.
- Mode de reproduction des cloisons d'ammonoides. — Mlle Coëmme avait déjà proposé de prendre une empreinte galvanoplastique qui, redressée sur un plan, peut être tirée à la presse comme une épreuve de gravure. Aujourd’hui elle substitue le collodion à la
- galvanoplastie, en étendant ce collodion sur la surface d’une cloison préalablement plombaginée. Après dessica-1 ion, la pellicule soulevée montre en noir la trace de la cloison, dessinée par la poudre de graphite enlevée à • la fine rainure dans laquelle elle s’était logée.
- Rapports de parenté du saumon.— M. Louis Roule cherche à montrer que l’origine première et lointaine de l’ensemble des salmonidés a bien pu être marine, mais que le Saumon et la Truite de mer, tels qu’ils sont actuellement représentés, doivent être, au contraire, considérés comme des formes d’eau douce secondairement et partiellement adaptées à une vie de croissance dans les eaux marines : la migration complexe du saumon étant un phénomène de complément et non un phénomène primitif. M. Perrier étudie, à cette occasion, d’une façon plus générale, les cas analogues de retour à l’élément primitif, dont les exemples les plus anciens ont été fournis parles grands reptiles secondaires, les Plésiosaures et les Ichtyosaures jurassiques, les Mosasaures crétacés.Dans le cas des formes animales inférieures, on connaît d’assez nombreux exemples d’une migration inverse amenant des formes marines peu actives vers les eaux douces. Cette migration entraîne, en général, cette conséquence curieuse que les males disparaissent et tjue les femelles deviennent hermaphrodites. Pour M. Perrier, cela tient à ce que les mâles sont beaucoup plus petits que les femelles, ont une très aible aptitude à accumuler des réserves alimentaires et les dépensent souvent en ornements inutiles. Leur existence est donc précaire. Quand ils passent d’un milieu marin à régime constant dans une eau douce à régime variable, leurs conditions d’alimentation deviennent incertaines et ils dépérissent. Les femelles résistent mieux ; mais, mal nourries, elles donnent, suivant une loi générale, des éléments mâles, qui ne deviennent des œufs que tardivement, et produisent ainsi des hermaphrodites. Le même fait s’observe pour les animaux aquatiques qui se fixent aux objets submergés et dont l’alimentation devient également précaire.
- Cjg'Tsi.'^gÿi
- L’AUTOMOBILE A GAZ
- Depuis plusieurs années, en présence du développement considérable de lindustrie automobile, on a cherché un carburant meilleur marché que l’essence et susceptible d’être produit dans les pays dépourvus de gisements de pétrole. L’alcool et le benzol ont été proposés et employés, mais sans grand avantage au point de vue économique. L’électricité a été mise à contribution, et il existe aux États-Unis un grand nombre de voitures à accumulateurs que l’on recharge chaque matin, et notamment beaucoup de camions électriques; mais en France, ce genre de véhicule a à peu près disparu.
- Les camions à vapeur eux-mêmes, malgré l’avantage économique considérable que représente l’emploi d’un combustible aussi bon marché que le coke, ne sont que peu employés en France. L’armée américaine aurait, parait-il, ainsi que l’a signalé dernièrement La Nature, quelques camions dont le moteur est actionné par de la vapeur produite dans une chaudière spéciale à vaporisation instantanée,
- mais ces véhicules sont encore en nombre insignifiant; les innombrables camions automobiles qui desservent actuellement le front de nos armées sont tous à essence.
- Il y aurait pourtant un très grand avantage à actionner les automobiles, au moins celles de poids lourd, avec un autre combustible que l’essence. Les réserves mondiales de pétrole, loin d’être inépuisables, se trouveraient fortement réduites dans un avenir peu éloigné, d’après de récentes statistiques américaines. D’autre part, nous avons particulièrement intérêt à réduire actuellement la consommation d’un combustible importé.
- Aussi n’est-il pas sans intérêt de signaler l’emploi qui est fait avec succès, depuis quelque temps, du gaz d’éclairage comme carburant, sur une ligne d’autobus, en Écosse. Notre figure montre une de ces voitures, appartenant à la Scottùh Motor Traction Company, en service dans une rue d’Edinburgh.
- L’application des moteurs à gaz à la traction avait
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- été proposée depuis assez longtemps déjà, mais on avait pensé surtout, jusqu’ici, à l’emploi du gaz pauvre. C’est principalement pour la navigation que l’on pensait tirer avantage de l’emploi de ce gaz, qui permet d’obtenir le cheval-heure avec une consommation de charbon sensiblement inférieure à celle que nécessitent les meilleures machines à vapeur. Des essais intéressants ont été faits à ce sujet, notamment par le professeur italien Garuffa, qui a fait naviguer en 1906, à Venise, un chaland mù par un moteur à gaz pauvre. Cet ingénieur avait même construit un autobus actionné également par un moteur à gaz pauvre, auquel le gaz
- inconvénients dus au carburateur et les difficultés du démarrage par temps froids.
- Dans les premiers essais, on avait employé du gaz comprimé à une pression de 20 à 25 atmosphères. On imitait ainsi la pratique suivie dans les quelques applications où l’on transporte du gaz combustible, l’éclairage des xvagons par exemple. Mais la compression, si elle a l’avantage de réduire l’encombrement, nécessite naturellement l’emploi de compresseurs, de cylindres résistants; elle est donc coûteuse et elle fait perdre au gaz une certaine partie de sa puissance calorifique. Aussi les ingénieurs de la Scottish Motor Traction Company se
- était fourni par deux gazogènes minuscules, placés sous le châssis.
- La British Commercial Gas Association a repris la question d’une façon beaucoup plus simple : elle s’est affranchie de la nécessité de produire le gaz sous le véhicule en employant du gaz d’éclairage, plus ou moins comprimé, employé d’abord dans des réservoirs cylindriques en acier, puis dans une enveloppe souple. On a pu constater ainsi que la puissance du moteur de l’autobus d’expérience n’était réduite que de 15 pour 100 lorsqu’on passait de l’emploi du pétrole cà celui du gaz, et que le véhicule fournissait le même service avec lm3,600 de gaz qu’avec un litre de pétrole. L’emploi du gaz a l’avantage d’une grande propreté, il supprime les
- sont-ils bornés à employer du gaz à une pression de quelques centimètres de hauteur d’eau, et contenu dans une sorte de sac en toile caoutchoutée, placé sur le toit du véhicule. Un tuyau conduit le gaz au moteur, et un simple diaphragme disposé dans une tubulure sert de détendeur.
- L’emploi du gaz à faible pression nécessite des rechargements plus fréquents du réservoir, mais cet inconvénient est de peu d’importance pour un service urbain ou interurbain, où les postes de chargement peuvent être facilement installés.
- La Scoltish Motor Traction Company a trouvé un excellent moyen d’économiser le pétrole ou l’essence, et son exemple pourra être suivi avantageusement dans de nombreux cas. R. Levatel.
- Le Gérant : P. Masson. — lmp. Lahure, rue de Fleuras, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N* 2309.
- 29 DÉCEMBRE 1917
- L’ORGANISATION DES CAMPS AMÉRICAINS
- Dès leur entrée dans la lice, — nous dirions plus exactement dans les vingt-quatre heures qui suivirent la déclaration de guerre, — les États-Unis eurent à résoudre ce capital problème de construire des camps d’instruction pour les millions de recrues qu’ils allaient appeler sous les drapeaux.
- Cette formidable levée, sans précédents dans l’histoire de la grande république, la prenait complètement au dépourvu, car les camps en existence étaient fort peu nombreux et de superficie très
- accaparés qu’ils avaient été par l’industrie privée ou par le peuplement. Il était matériellement impossible de les exproprier du jour au lendemain.
- S’y fut-on résigné, qu’on eût perdu un temps précieux à démolir les constructions qui les couvraient.
- En conséquence, l’Administration de la Guerre dut se rabattre, dans la majorité des cas, sur desj'j' terrains boisés, éloignés des villes, dépourvus de>'£. voies de communication terrestres ou fluviales, sur des terrains, en un mot, qu’avaient dédaignés l’in-
- Fig. i. — Un camp destiné aux troupes de marine en construction « quelque part en Amérique ».
- restreinte, bien que plus que suffisants pour les besoins del’armée régulière etde la National Guard.
- En France, le problème n’eût pas présenté les mêmes difficultés, puisque l’État avait acquis depuis longtemps, sur différents points du territoire, de vastes espaces de terrains déboisés que l’armée utilisait comme champs de manoeuvres ou comme champs de tir. En Amérique, rien de pareil n’avait été prévu. Plus aveugle encore que nous, rassurée qu’elle était par l’absence de voisins puissants et agressifs, la nation n’avait jamais pu admettre, malgré les prédictions de patriotes éclairés comme l’amiral Dewey et le colonel Roosevelt, qu’elle serait un jour contrainte à devenir une puissance militaire.
- Tous les espaces que leur situation géographique et leur topographie rendaient aptes à la construction de vastes camps n’étaient plus disponibles,
- 45° Année. — 2° Semestre-
- dustrie et la colonisation. Il n’existait même pas de bonnes cartes qui eussent servi aux constructeurs pour l’élaboration de leurs plans ! Dans plusieurs cas, les ressources en eau potable manquaient complètement.
- Ces multiples difficultés étaient aggravées par ce fait, que les circonstances exigeaient une réalisation immédiate, quasi instantanée. Le miracle que l’armée américaine attendait de l’activité et de l’esprit d’initiative et d’organisation de ses ingénieurs consistait, en somme, à faire surgir de terre, à construire de toutes pièces, dans un délai de quelques semaines, des camps modèles où serait réparti un premier million de recrues.
- La tâche aurait pu paraître ailleurs insurmontable. En Amérique, l’impossible miracle fut accompli, et nous allons montrer comment.
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- L'ORGANISATION DES CAMPS AMERICAINS
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- Le 20 avril 1917, le major Edward S. Walton, commandant du Fort Oglethorpe (Géorgie), recevait du, War Department, une dépêche laconique lui ordonnant « de commencer immédiatement la construction d’un camp d’entraînement capable d’accommoder 2500 officiers de réserve ». Le télégramme précisait que (t tout devrait être terminé
- pour le 7 mai », soit dix-sept jours après la réception de cet ordre.
- Le soir de cette première journée, le major Walton avait déjà fait choix d’un emplacement dans le parc de Chickamauga, et, par téléphone, il sollicitait la collabo -ration des hommes d’affaires de Chatta-nooga, la ville la plus proche, en leur donnant communication de la dépêche officielle.
- Immédiatement, en cette même soirée, la Chambre de Commerce de cettè ville convoquait en un mass meeting (réunion publique), le Club des Ingénieurs, l’Association des Manufacturiers, et les adhérents de la Bourse du batiment (Builders Exchange). Séance tenante, ces corps se partageaient la besogne, et rédigeaient leurs soumissions.
- La deuxième journée était consacrée à la répartition des commandes, au recrutement de la main-d’œuvre, à l’organisation des transports, à la mobilisation (purement civile) des camions et trucks automobiles. L’emplacement du camp se trouvait à environ 16 km de Chattanooga, le centre d’approvisionnements le plus rapproché.
- Pendant que se poursuivait ce travail d’organisa-
- tion, les officiers du 17e d’infanterie, qui tenait garnison au Fort Oglethorpe, dressaient fébrilement les plans du camp et commençaient les travaux d’arpentage.
- Le 22 avril, tandis que les terrassiers préparaient le terrain, les camions apportaient une première livraison de 40 000 m. de bois de construction, et la « ville-champignon » prenait aussitôt tournure. Elle devait comprendre 81 bâtiments, dont 15 baraquements mesurant chacun 7 m. sur 82 m. ; 15 cuisines (7 X 10) ; 15 salles à manger (7 X28); l’hôpital (7x45) ; 2 magasins (7x27), etc.
- Après 9 jours de travail, ces 81 bâtiments étaient debout. 12 jours après ja réceplion de la dépêche, soit avec une avance de 5 jours sur le délai prescrit, ils étaient complètement terminés. Deux jours plus tard, le 9 mai, on achevait d’autres bâtiments qui n’avaient pas été prévus dans le plan initial (garages, écuries, logements pour les ordonnances, etc.), ce qui portait à 136 le
- nombre des bâtiments construits en l’espace de 19 jours!
- Un autre cas d’inconcevable célérité nous est fourni avec la construction du camp d’entraînement pour officiers de réserve à Fort-Myer (Virginie). Le commandant du fort reçut, dans l’après-midi du 26 avril, l’ordre de préparer des quartiers pour 2400 officiers. Il transmit aussitôt cet ordre à une firme de New-York spécialisée dans la construction des slaj-scrapers, qui accepta de l’exé-
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- L’ORGANISATION DES CAMPS AMERICAINS
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- cuter, bien qu’elle ne se fût jamais occupée de constructions en bois.
- Les travaux furent mis en train dès le lendemain. Des équipes de charpentiers, de menuisiers, de plombiers, de vitriers, etc., furent empruntées à une douzaine de grosses entreprises de la région de Washington et transportées au fort par camions automobiles. Les bois de construction (environ 550 000 m.) furent fournis par des chantiers de Washington et amenés également par camions. On fit main-basse, dans toute la région, sur les articles
- Sir"
- Le 20 juin, le major Myers recevait de Washington l’ordre de préparer des cantonnements pour une armée de 40 000 hommes à Yaphank, au lieu dit des forêts de Long-Island (Etat de New-York). Il passait la journée du lendemain à explorer la région, sans autre aide qu’une carte fort sommaire, et qui fut reconnue bientôt comme inexacte.
- Il se trouva en présence d’un terrain accidenté* couvert d’une végétation si dense (chênes, pins, buissons), que toute opération d’arpentage y était impossible. Bref, la forêt vierge. Aidé par des bûcherons qui lui frayaient un passage en coupant branches et lianes devant lui, il inspectait l’emplacement marqué sur la carte par les autorités, et retournait le soir à New-York pour y recruter un état-, major d’ingénieurs. ;
- 11 convient de dire que le major. Myers n’en était pas à ses débuts d’organisateur. Comme ingénieur civil, il venait de diriger, et de
- i -H -, '* .
- Fig. 4. — La construction des baraquements dans les parcs des grandes villes.
- de serrurerie et de plomberie. La vitrerie fut rassemblée par des express (sociétés pour les transports rapides).
- Les travaux furent menés de la façon suivante. Une première équipe creusait les trous où l’équjpe qui la suivait plantait les pieux de fondation. Des équipes de charpentiers leur succédaient, accompagnées d’une scie mécanique avec moteur à gazoline qui leur servait à scier planches et madriers à la mesure. Venaient ensuite les ouvriers chargés d’imperméabiliser les toitures de bois avec une composition de goudron et de sable; puis, les vitriers, les serruriers, les plombiers.
- Le septième jour, les bâtiments étaient pratiquement achevés. Le douzième jour, les 2400 officiers prenaient possession de leur camp.
- Dans les deux cas que nous venons d’étudier, il ne s’agissait que de camps d’officiers, d’une importance très relative. Nous étudierons maintenant la création de l’une des seize villes que le gouvernement américain a dû improviser pour loger sa première armée d’un million d’hommes.
- Fig. 5. — La construction d'un camp : charpentiers au travail.
- mener à bonne fin, la construction de l’aqueduc dè Catskill, gigantesque entreprise qui a doté New-York d’une inépuisable distribution d’eau de source. La chance voulait que ces travaux eussent été terminés quelques jours avant l’entrée en guerre des Etats-Unis, libérant ainsi un état-major d’ingénieurs de grande valeur et des équipes de bons ouvriers admirablement encadrés.
- Le premier acte de M. Myers fut, naturellement, de prendre à son service le personnel du Catskill Aqueduct, qu’il répartit en cinq divisions : Exécutive (haute direction des travaux, inspection et évaluation des matériaux) ; construction, égouts, service des eaux, routes et service topographique.
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- Les chefs de ces divisions furent libres de choisir leurs cadres, mais furent tenus responsables des faits et gestes de leurs subordonnés.
- Il convenait avant tout de dresser une carte topographique sur une large échelle. Le 25 juin, une expédition partait dans ce but de New-York. Elle ne tarda pas à reconnaître que l’emplacement primitivement choisi ne se prêtait pas à l'établissement d’un camp de 40 000 hommes. On en choisit un autre qui devait assurer l’écoulement des eaux et vidanges en éliminant presque
- complètement l’emploi de pompes. Bientôt, les cinq divisions, comprenant un personnel ouvrier de 1600 hommes, porté subséquemment à 12 000, furent au travail. La route de 3 km et demi reliant le camp à la gare la plus proche fut élargie et améliorée. Il fallut transformer en routes carrossables les sentes forestières en existence. Abrité tout d’abord dans des tentes, le personnel prit possession des baraquements, au fur et à mesure de leur construction. Les premiers puits forés firent découvrir une eau
- abondante, et d’excellente qualité, à proximité du camp.
- La construction des baraquements, qui comportent un rez-de-chaussée et un étage, et ont une superficie de 47 m. sur 15 m. s’effectua d’après
- Fig. 6. — Un pavillon d'ambulance en Amérique.
- Fig. 7- — Type de bâtiment servant au cantonnement des troupes dans les camps d'instruction.
- un procédé essentiellement américain. On commence par enterrer les piliers de bois dur qui serviront de fondations. Puis, on construit sur place le plancher. Sur cette plate-forme, on assemble
- charpentes et planches qui formeront l’un des côtés de la maison; on .tailleles ouvertures des portes et fenêtres. Sur cette fa çad e achevée, on construit la façade correspondante. Halées successivement à l’aide de cor-des par des équipes d’ouvriers, les deux murailles jumelles sont mises en position verticale. On procède de
- même pour les deux petites façades, line reste plus qu’à construire le toit et à mettre en place portes et fenêtres pour que le baraquement soit habitable.
- L’expérience a prouvé que ce procédé était, selon l’expression américaine, un grand économiseur de temps et de matériaux. Il supprime les échafaudages, et facilite le travail des charpentiers.
- Le service de eaux du camp Upton est assuré par le débit de 15 puits creusés à 5 km du baraquement le plus proche. Des pompes centrifuges élèvent cette eau dans 4 réservoirs situés sur une hauteur, à une différence d’altitude de 42 m La conduite, d’un diamètre de 55 cm., a une longueur de 4500 m. Chaque réservoir a une capacité d’un million de litres. Les conduites de distribution sont
- 'WiS&ÿf
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- enterrées uniformément à une profondeur de 65 cm, qui les abritera de la gelée, et les préservera de l’action destructrice des camions lourdement chargés. Les tranchées sont creusées par un excavateur spécial.
- Le camp a été doté d’un réseau d’égouts répondant aux exigences de l’hygiène scientifique. Les conduites, en argile vitrifiée, ont des diamètres variant entre 20 et 75 cm. Enterrées généralement à 60 cm de profondeur, elles sont protégées, en outre, sous des carrefours, par des voûtes en ciment armé. Eaux et vidanges, qui s’écoulent naturellement par moitié, l’autre partie devant être pompée, sont concentrées dans 4 réservoirs septiques avant d’être traitées dans d’immenses filtres de sable, le liquide étant finalement drainé vers des marais du voisinage.
- Un réseau de routes goudronnées, d’une largeur de 12m., et formant un ensemble de 35 km, desservira l’intérieur et les abords du camp. De nombreuses équipes de cantonniers en surveilleront l’entretien. L’empierrement nécessitera le transport coûteux des matériaux, car le sol de Longlsland est sablon-
- neux, et les carrières de pierre sont très éloignées.
- Sur l’esprit d’organisation qui règne en cette vaste entreprise, nous noterons un trait significatif. Toute pièce de machinerie lourde est évaluée dès son arrivée sur les chantiers, et l’on en détermine la « valeur rentale ». Quand l’accumulation des droits de location payés atteint la valeur marchande de la machine, celle-ci devient ,1a propriété du Gouvernement. Les contrats stipulent que le Gouvernement pourra prendre possession de toute machine en payant la différence entre les droits de location déjà versés et la valeur marchande fixée par la première expertise.
- Notons encore ce trait. Un dessinateur nouvellement engagé demandait à son ingénieur :
- « Quel genre de lettres voulez-vous sur ce plan?
- « Les lettres que je puisse lire, et que vous puissiez écrire le plus vite ! » fut la réponse.
- Faire bien, et faire vite! Soyez certains que les armées américaines qui vont combattre sur notre front mettront cette maxime en pratique. Y. Forbin.
- L’UTILISATION DE NOS RESSOURCES
- LES ALGUES MARINES ALIMENTAIRES
- Dans les circonstances actuelles, il n’est pas d’économie, si petite soit-elle, qui ne doive être réalisée; en conséquence, toutes les ressources dont nous pouvons disposer doivent être utilisées.
- Les mesures récentes prises pour permettre d’assurer l’alimentation de l’homme se font en partie aux dépens de celle du bétail. Il faut donc de toute nécessité combler à la fois le déficit résultant de ces mesures et celui qui est lié au mauvais rendement de notre récolte. On est ainsi amené à employer nombre de substances possédant une certaine valeur nutritive, et qui jusqu’à présent étaient méconnues ou négligées. Parmi ces éléments il faut signaler les algues et les lichens. Le problème a été envisagé en haut lieu, et à la suite de l’initiative prise par certains groupements scientifiques, no-stamment la Société de Pathologie comparée f1), la Section technique du Ministère de la Guerre s’est mise en devoir d’étudier l’utilisation des algues. Celles-ci peuvent en effet rendre d’importants services, à divers points de vue; d’une part comme succédanés de la paille, du crin, de la plume, des copeaux; d’autre part comme succédanés des fourrages alimentaires et de certaines substances employées dans l’alimentation humaine; enfin en dernier lieu pour la préparation de l’iode et des engrais potassiques.
- Les algues utilisables. — Trois grandes catégories d’algues peuvent être distinguées d’après leur situation par rapporL au niveau de la mer : Algues de rives découvertes quotidiennement à marée basse; algues de demi-fond découvertes
- 1. Dans une série de rapports, M. Oliviero et M. Rcnauld ont montré à cette Assemblée le parti ijue l’on peut tirer des algues.
- seulement aux marées d’équinoxe ; algues de fond constamment couvertes par les eaux.
- Parmi les algues de rives (varechs et goémons) on trouve surtout les différentes variétés de Fucus, (vesiculosus, serratus, nodosus, seliquosus), et les algues lacets notamment YHimanthalia lorea.
- Parmi les algues de demi-fond il faut signaler le genre Littorina.
- Enfin les algues de fond sont surtout représentées par le genre Laminaire dont quelques variétés sont à citer : Laminaria (digitata, saccharina flexi-caulis, Cloustoni, Sachoriza, Rhodliymenia).
- Ces différentes variétés n’ont pas identiquement les mêmes propriétés au point de vue alimentaire ; si, en effet, toutes ont la propriété de fournir de l’iode et des sels de potasse, les algues de rives et de demi-fond donnent principalement de la gélose, substance voisine de l’agar-agar du groupe des hydrocarbones, tandis que les algues de fond donnent surtout de Yalgine, substance en partie azotée.
- Les différents modes d'utilisation. — Dans l’ensemble on peut dire au point de vue des conditions d’utilisation des algues que : 1° les varechs -de rives peuvent être employés après lavage et séchage pour remplacer la paille, le crin, les copeaux, dans la fabrication des matelas, l’emballage et pour servir de litière aux animaux. Le fumier obtenu de cette façon a une valeur égale, sinon supérieure au fumier ordinaire.
- 2° Les goémons de rives sont aisément employés dans la préparation des engrais potassiques. Les habitants du littoral l’emploient chez nous à cet usage en traitant les cendres. En Amérique, les algues
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- font à ce point de vue l’objet d’une véritable industrie qui dépasse de beaucoup les besoins des populations riveraines et tend à devenir très importante dans l’Amérique du Nord.
- Ces deux modes généraux d’utilisation des algues, même s’ils étaient destinés à prendre chez nous un essort considérable, laisseraient une marge importante pour d’autres utilisations non moins intéressantes, d’autant que l’extraction de l’iode et des sels de potasse par des méthodes appropriées n’exclue nullement « elle des substances alimentaires.
- Les algues de fond constituent des ressources encore plus importantes : elles renferment, en effet, une proportion de substances alimentaires qui semble supérieure à celle contenue dans les algues de rives.
- Récolte des algues. — La coupe et la récolte des algues de rives est facile et ne nécessite aucun outillage spécial ; elle est, en outre, facile à exécuter par des femmes et par des enfants, ce qui simplifie singulièrement le problème de la main-d'œuvre. Cette récolte est toutefois régie par deux décrets que l’on pourrait modifier et qui en réservent le bénéfice aux habitants des communes riveraines.
- Au contraire les algues de fond sont d’exploitation libre. Leur récolte nécessite un matériel par-ticu ier. Les algues situées à une faible profondeur sont facilement détachées à l’aide de faucilles montées sur de longs manches et amenées à la surface pour être recueillies dans les embarcations. Dans les pays d’Extrême-Orient, au Japon notamment, cette récolte est pratiquée méthodiquement, et le produit des ventes de ces aiguës, déduction faite des quantités employées par les riverains à d’autres usages, dépasse 2 millions par an. Pour atteindre les algues de grande profondeur on emploie des navires de tonnage moyen, munis de faucheuses sous-marines spéciales. On exploite ainsi, tant en Amérique que dans la nier Noire, les vastes prairies sous-marim-s et on en obtient un rendement considérable. En Europe le taux des récoltes est loin d’atteindre cette importance; elle se limite à 350000 t. par an dont 100 000 pour la France (algues de fond). La totalité de la récolte des algues de fond va chez nous à l’industrie de l’iode et des sels de potasse,donnant annuellement 175 t. d’iode et 2000 t. de sels de potasse.
- Industrie des algues. — En France on traite les algues par incinération; le rendement de l’opération est donc faible. L’application de méthodes rationnelles et plus scientifiques, notamment la lixiviation, au moyen d’eau acidulée en présence d’un oxydant permettrait de libérer l’iode de ses combinaisons organiques, et d’obtenir les principes nutritifs. La mise en pratique de ce procédé serait doublement avantageuse; car, d’une part, il donne, au point de vue de l’iode et des sels dépotasse, un rendement double de celui obtenu par l’incinération ; d’autre part il fournit en substances nutritives
- un tiers environ du poids total d’algues traitées.
- A propos du parti que l’on peut tirer de nos algues, un fait est à relater. Avant la guerre, une société allemande ayant son siège en Bohème, exploitait les algues de fond de nos côtes, vers Saint-Brieuc, les faisait traiter en Allemagne et produisait, en outre de l’iode et de la potasse, une substance alimentaire, la Norgine.
- Si, on ne veut pas recourir pour diverses raisons aux méthodes industrielles d’extraction des substances alimentaires, on est toujours à même d’utiliser dans l’alimentation, surtout celle du bétail, les algues à l’état brut.
- Dans une intéressante étude, M. Renauld montre que les algues peuvent dans l’ensemble, être employées sans crainte, les algues rouges surtout, car elles contiennent une proportion importante d’éléments nutritifs. Pour les donner aux animaux, il faut tout d’abord les débarrasser des coquillages qui les encombrent, opération facile, comme d’ailleurs le lavage à l’eau douce qui doit suivre et qui les rend plus assimilables; puis on procède au séchage comme s’il s’agissait de fourrage ordinaire. Deux modes d’emploi peuvent être adoptés pour le bétail. On peut déchiqueter les algues, les transformer en balles pressées, et en faire un fourrage ordinaire. On peut aussi les mettre sous une forme analogue aux issues ; on broie les algues complètement desséchées et par conséquent friables, et on les amène à l’aspect du son. ^
- La récolte sera d’autant plus facile qu’elle est faite à proximité d’une voie de communication, voie ferrée, cours d’eau navigable, route, etc....
- Utilisation alimentaire des algues. — Les algues contiennent, nous venons de le voir, à la fois des éléments hydrocarbonés et des substances azotées ; il ne leur manque donc que des graisses pour constituer un aliment complet.
- Au point de vue alimentaire les algues peuvent être employées sous deux formes :
- lu Sous forme d’extraits de leurs produits nutritifs, gélose ou algine ;
- 2° Sous forme complète.
- La gélose et l’algine sont déjà introduites dans l’alimentation. En Extrême-Orient, elles participent à l’alimentation sous le nom de Kombu. On les fait aussi entrer dans la préparation des confitures artificielles, des spiritueux de fantaisie et dans la fabrication de certains bonbons. On peut les associer au soja et au manioc dans quelques préparations alimentaires(*). Quant à Yalgue aliment employé directement sous cette forme, nous avons Luut à l’heure, à propos de la récolte et delà préparation, indiqué quelles peuvent en être les applications dans la nourriture du bétail. Leur minime
- 1. Les chiffres fournis par M. Oliviero montrent que :
- 100 gr. de laminaires donnent 15 gr. de matières sèches, dont : S d’alginc et 7 de sels; et que lOi) gr. d’algine donnent r substances alimentaires (liydrocarbonées et azotées), 85 gr. ; cellulose, 15 gr.
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- prix de revient (20 à 25 francs la tonne d’algues sèihes) d’après M. Rcnauld, indique l’étendue du service qu’elles pourraient rendre; d'ailleurs dans nombre de contrées elles sont déjà employées tant pour l’homme que l’animal.
- Le gâteau de goémon est bien connu en Bretagne; en Asie et aux îles Sandwich, les sargasses entrent dans l’alimentation humaine; Bory de Saint-Vincent rapporte qu’autrefois les populations pauvres du Sud-Amérique se nourrissaient en partie d’algues. Enfin, en Irlande, en Écosse, aux îles Feroë, au Danemark, en Norvège, en Suède (Gotland) les algues servent en hiver à l’alimentation du bétail. Au dire
- de Dupiney de Vorepierre, il en était ainsi chez nous au milieu du xixc siècle. Pourquoi n’en serait-il pas de même, aux périodes difficiles de l’heure actuelle.
- Les côtes de la Normandie et de la Bretagne sont exceptionnellement riches en algues, leur exploitation y est facile et constituerait à la fois une source de revenus pour les habitants de la côte et un appoint important pour l’alimentation du pays. Pourquoi laisser improductives ces sources de richesse?
- On ne peut donc que s’associer à l’action entreprise dans cette voie par la Société de pathologie comparée. A.-G. Guillaume.
- LES FONDATIONS EN TERRAINS COMPRESSIBLES
- De ce que les fondations d’un bâtiment constituent la base même de cet ouvrage, il s’ensuit qu’elles doivent être établies soigneusement de manière à ne donner lieu ni à des tassements, ni à des glissements sous l’action des efforts qu’elles sont appelées à supporter, et être à l’abri des affouillements dus à l’action des eaux, à plus forte raison lorsqu’il s'agit d’une construction appelée à renfermer dans ses murs, soit de puissantes machines comme une usine métallurgique, soit des amoncellements de marchandises comme les grands entrepôts ou docks actuels. .
- Les terrains compacts et résistants permettant d’asseoir directement en toute sécurité des constructions importantes ne se rencontrent pas toujours à fleur du sol, ou presque ; souvent on ne les trouve qu’assez profondément, surmontés de remblai ou d’épaisses couches de limon ou de terre mélangée de matières végétales ; il peut même parfaitement arriver que ces couches fassent complètement défaut et que le terrain naturel soit inconsistant et compressible à de grandes profondeurs. Dans ces différents cas, on est obligé d’avoir recours à des procédés spéciaux de construction capables de donner aux couches supérieures la solidité qui leur fait défaut.
- Les procédés utilisés jusqu’à ce jour pour fondations en mauvais terrains peuvent se classer ainsi :
- 1° Établissement d’un radier général en béton armé ou non ; 2° battage de pieux en bois; 5° battage de pieux en béton moulés à l’avance ; 4° exécution de pieux en béton en profondeur dans le sol.
- Sans vouloir entreprendre ici la critique de certains de ces différents procédés, nous allons en donner seulement les principales caracléristiques,
- Fig. i. — « mis
- ne serait-ce que pour constater et jalonner les progrès accomplis en cette partie de l’art de construire.
- Radier général. — Les fondations sur radier général en béton armé ou non, ne peuvent s’employer que lorsque la charge à supporter est relativement peu importante, à peu près uniformément répartie, et que l’on est absolument certain que le sol voisin ne sera jamais remué et que les affouillements ne sont pas à craindre.
- Cherchant une meilleure solution, M. Considéré a conçu, il y a quatre ou cinq ans, un procédé consistant à établir sur le sol destiné à supporter la construction, une série de monticules de terre semblables à de grosses taupinières, assez rapprochés les uns des autres pour se rejoindre par les périphéries de leur base. Chacun de ces monticules ou conoïdes est recouvert d’une couche de béton en forme de calotte. Le béton enveloppe entièrement une armature enserrant le monticule avec des verges métalliques placées suivant les directrices du conoïde tandis que d’autres
- Compressol « à nu.
- verges sont étagées régulièrement
- en spirales concentriques sur les flancs de ce monticule. On comprend que, dans ces conditions, la pression exercé par les fondations à la partie supérieure de la calotte conoïde, est répartie sur une grande surface et que le béton armé peut résister à de grands efforts de poussée. Le seul reproche que l’on puisse adresser à ce système est qu’il exige des déblais et des dispositifs qui ne sauraient être très économiques.
- Nous ne dirons rien des fondations sur pieux en bois auxquelles on renonce de plus en plus, ni des pieux en béton moulés à l’avance. La pratique montre que les effets produits parles chocs violents
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- et répétés du mouton ultra-lourd nécessaires pour le battage de pareils pieux de grosse masse sont souvent désastreux et produisent une désagrégation complète des matériaux composant le pieu.
- De plus, la fabrication des pieux en béton armé est trop longue, puisqu’on ne peut songer à les battre avant les 80 à 90 jours indispensables à la prise complète du béton, ce qui en rend forcément le prix de re\ient élevé.
- Pieux exécutés en place. — Ainsi la pratique montrait que les seules fondations vraiment rationnelles — du moins dans les cas spéciaux qui nous occupent— devaient être établies sur des piles ou pieux en béton exécutés sur place, en profondeur dans le sol, soit que ces piles ou pieux descendent jusqu’au sol résistant, soit qu’ils prennent appui sur un sol compressible rendu artificiellement capable de porter les charges de l’ouvrage projeté.
- C’est M. Dulac qui le premier a employé, vers 1897, ce procédé sous le nom de « compressol ». Dans ce système, on creuse une sorte de puits au moyen d’un pilon conique (perforateur) d’environ 1 m. 50 de hauteur tombant en chute libre, la pointe en bas, d’une hauteur de 4 à 10 mètres. Le puits est donc creusé par refoulement jusqu’au bon sol, puis on y dame du béton en se servant d’un autre pilon de forme ogivale (bourreur) d’un poids de 1600 à 2000 kg environ. On obtient ains une série de colonnes souterraines solidement enracinées (fig. 1), offrant une résistance susceptible d’aller jusqu’à plus de 500 kg par centimètre carré avant écrasement, et comme il n’a pas été extrait de terre, le terrain se trouve tassé autour de ces colonnes, ce qui constitue une assise très résistante pour les fondations.
- Dans le système « Simplex », il s’agit du fonçage d’un tube en tôle d’acier au moyen d’une sonnette. Ce tube qui prépare dans le sol le moule du pieu cylindrique en béton a 0m.40de diamètre pour une hauteur généralement de 10 à 12 mètres. On place en premier lieu sur le sol un sabot conique en fonte (fig. 2) sur lequel on emboîte le tube qu’on bat comme il est dit, à l’aide de la sonnette et jusqu’à refus absolu; on verse ensuite sur 2 m. de hauteur du béton sur lequel on donne un premier coup d’un mouton pesant 1800 kg. On relève le tube — d’une hauteur inférieure à celle du béton, — et l’on donne un second coup de mouton de façon à faire refouler le béton contre le
- terrain. A nouveau, on verse dans le tube qui remonte une seconde charge de béton qu’on pilonne et on continue ainsi jusqu’à ce que la tête du pieu soit arrivée à la cote prévue.
- On peut objecter à ce système, dans lequel, on le voit, le sabot en fonte est abandonné, la crainte que, notamment dans des terrains de nature argileuse, il ne s’introduise de l’argile dans la section du tubage au moment où l’on retire le tube, ce qui amènerait des solutions de continuité dans le pieu. Parfois aussi, afin que le pieu puisse résister au fiambement, provoqué par sa grande hauteur, on est amené à l’armer. Dans ce cas, une armature, — préparée d’avance — en fers ronds ligaturés tous les 0 m. 40 à 0 m. 50 de distance, est disposée dans l’intérieur du tube. Comme celte armature pourrait gêner la chute du béton dans le tubage, on ne l’utilise guère qüé sur les 3 à 4 derniers mètres de hauteur. Cela ne peut sans doute que produire une zone dangereuse à l’endroit où commence cette armature. Toutefois, nous devons dire qu’avec ce système, on est arrivé à faire supporter, par exemple, à 5 pieux, une charge totale de 300 tonnes.
- Le procédé Franhignoul, qui ne date que de quelques années (fig. 3), se différencie du précédent en ce qu’il comporte un empattement à la base qui intervient dès lors pour une large part dans la résistance du pieu. Il comporte deux périodes d’opération : 1° enfoncement jusqu’au terrain que l’on veut atteindre d’un tubage télescopique, fermé dans
- Fig. 3. — Organisation d'un chantier par procédé Frankignoul.
- Fig. 2. — Pieu en béton système
- « Simplex ».
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- LES FONDATIONS EN TERRAINS COMPRESSIBLES
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- le bas par un bouchon mobile approprié; 2° remplissage du tubage, au fur et à mesure de son enlèvement, au moyen de béton damé.
- Le tubage est formé d’une série de deux ou plusieurs tubes concentriques en acier, de 5 à
- 4 m. de longueur, coulissant les uns dans les autres et s’entraînant successivement lors du battage qui s’effectue par l’intermédiaire d’un mouton pesant H00 kg environ et tombant de
- 5 à 4 m. sur le bouchon (lig. 4 a) qu’on retire lorsque le cuvelage est enfoncé à la profondeur voulue (fig. 4 b) ; le retrait du bouchon ayant découvert le terrain sous le niveau inférieur du cuvelage, la cavité de 0 m. 50 ainsi formée est remplie de béton (ûg. 4 c) que l’on dame énergiquement au moyen d’un pilon de
- forme spéciale ayant 1 m. 50 de hauteur, 0 m. 50 de diamètre et d’un poids de 800 kg. Ce pilon, en pénétrant dans le béton, le refoule latéralement
- figure 4 d,
- est traversé de 5 ou 4 ouvertures de 0 m. 05 de diamètre environ au travers desquelles passent des barres d’acier de 0,018 à 0,50; ces
- phase : fonçage du pieu.
- 2' phase : bétonnage du pieu.
- Le fonçage d'un fieu « explosé
- par sa base ogivale ou pointue. On introduit ensuite et successivement quelques charges de béton au fond du pieu et on procède comme pour la première charge ; de cette façon, est formé l'empattement dont il est aisé d’apprécier les dimensions par le calcul. Le pilon, comme le montre la
- Fig. 4.. — Pieu Frankignoul.
- a) enfoncement du tube de moindre diamètre; b) enfoncement du second tube entraîné par le premier; c) achèvement du fonçage, le bouchon et le mouton enlevés; d) introduction des armatures dans la base; e) situation après enlèvement du Ier tube; î) le pieu terminé.
- barres dépassent, au-dessus du dernier tube, de près d’un mètre, constituant ainsi l'armature du pieu tout en guidant le pilon dameur dans sa course.
- Après chaque charge de béton, on relève d’environ 0 m. 20 le tube inférieur et l’on dame le béton qui se trouve de cette manière refoulé latéralement contre le terrain; quand les retraits successifs du tube inférieur, selon la montée du bétonnage, amènent ce dernier à pénétrer dans le tube suivant, on retire le tube inférieur de telle soi te que les parois du terrain ne soient pas mises à nu (fig. 4 e). L’enlèvement du dernier tube étant fait (fig. 4 f), on finit par une volée d’environ 50 coups de pilon qui détermine un élargissement de la tête du pieu ; les barres dépassant le pieu sont recourbées et noyéesj dans le radier ou dans les poutres qui surmontent toujours les têtes des pieux.
- Comme valeur de construction de ce système, on cite l’essai remarquable fait à la Société métallur-
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- 410 ===== LES FONDATIONS EN TERRAINS COMPRESSIBLES
- Fig. 6. — Pieu « explosé » mis à nu.
- gique d’Ongrée sur un pieu qui a supporté une charge finale de 473 tonnes.
- Le système suivant dit « pieu explosé », inventé quelques mois avant la guerre, est une application ingénieuse de moyens connus. En plaçant une charge explosible avec une matière lourde et compacte au fond d’un trou vertical de quelques mètres de profondeur, que l’on remplit, par exemple, de béton faisant bourrage et créant un obstacle à la sortie des gaz de l’explosion, la force expansive de ces gaz, en raison même de la soudaineté de l’action, produit autour du centre d’explosion une excavation déterminant forcément une compression du sol environnant.
- On enfonce dans e sol, à l’aide d’une sonnette, un tube en acier de 0 m. 40 à 0 m. 60 de diamètre garni intérieurement d’un pieu en bois terminé par une pointe en acier (fig. 5 a), laquelle est destinée à faciliter l’enfoncement de l’ensemble. Dès que le tube est descendu à la profondeur voulue, on retire le pieu en bois, on descend ensuite au fond du puits la cartouche explosive — contenant environ 600 gr. de poudre Favier — fixée dans un appareil spécial (fig. à b) qui a pour but non seulement de la protéger, mais aussi de diriger les effets de l’explosion plus particulièrement dans le sens horizontal ; on remplit le tube de béton de ciment, on
- soulève le tube d’environ 1 m. (fig. 5 c) et on produit à l’aide d’un détonateur et d’une petite magnéto l’explosion de la' charge; La poussée des gaz forme l’excavation, et aussitôt, soit qu’ils se refroidissent et se condensent, soit qu’ils fusent au travers des terres environnantes, ces gaz se décompriment, la pression dans l’excavation devient insuffisante pour retenir la charge de béton dans le tube et le béton, pour ainsi dire aspiré, vient remplir entièrement l’excavation (fig. 5 d).
- Il ne reste plus qu’à verser du béton qu’on dame avec un pilon de 100 kg dans le tube qu’on remonte progressivement au fur et à mesure qu’il se remplit, et on a ainsi constitué Un pieu explosé en béton avec une base étendue de 1 m. 20 à 1 m. 80 de diamètre et résistante sur un terrain fortement comprimé (fig. 5 e). Pour armer le pieu explosé, on descend dans le tube, sitôt l’excavation produite et remplie de béton, les barres d’acier en ayant soin de les faire pénétrer le plus possible dans le massif de béton encore frais et dans lequel elles se scelleront solidement pour rendre solidaires le pieu et sa base. Quelle que soit la violence de l’explosion, aucune secousse fâcheuse n’est ressentie à la surface du terrain environnant ni près des constructions voisines et la secousse est certainement moindre que celle produite par la chute d’un mouton de 1500 kg tombant de 2 m. de hauteur sur un pieu en bois au refus, grâce au genre d’explosif employé qui fait son effet lentement. D’ailleurs, il est facile de régler à volonté l’étendue delà base du pieu explosé ainsi que la compression du sol; en effet, pour chaque pieu, la capacité de la chambre de mine est parfaitement connue puisqu’elle correspond exactement au cube de béton qui la remplit cl qui se détermine aisément en mesurant la hauteur du béton dans le tube, avant et après l’explosion. Il suffit donc dans chaque cas de quelques pieux d’essai pour déterminer la nature et l’importance de la charge suivant le résultat à obtenir.
- , Ainsi dans ce système de pieu, on ne se trouve plus en présence d’une simple colonne d’un diamètre correspondant à celui du pieu; que le terrain ou sous-sol soit colmaté à la surFace extérieure du pieu s’il s’agit de vase ou de dépôts vaseux, ou que le béton du pieu soit incrusté dans le terrain s’il s’agit de remblai, la pile de fondation est effectivement constituée par un bloc hétérogène de forme cylindrique ayant pour base la section de la base même du pieu (fig. 6). Dans ce bloc hétérogène, il suffit que le béton ait une section suffisante pour Iransmeltre à la base du pieu la charge à supporter; c’est là un effort de compression pour lequel la section pourra toujours être calculée largement alors qu’on sait que le béton de ciment travaille merveilleusement dans ces conditions. La puissance de résistance provient à la fois de la pression admissible reportée sur le terrain comprimé à la base du pieu, et de la résistance au-frottement du cylindre considéré ci-dessus s’il y avait enfoncement possible.
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- On peut donc conclure que si le bon sol ne peut être atteint, le « pieu explosé » a une plus grande résistance à l’enfoncement que la plupart des pieux utilisés à ce jour. Si au contraire la base du pieu repose sur un sol très résistant, il est comparable à un pilier en béton avec assise de fondation répar-tissant la charge sur le sol, et dans ce cas alors, sa limite de résistance est celle du béton qui avec un pieu de 0 m.. 40 de diamètre, est déjà supérieure à 50 tonnes. On ne saurait demander mieux. Enfin dans le cas d’un sous-sol très mauvais et la charge très grande, plusieurs pieux peuvent être groupés par faisceaux en triangle ou en rectangle, la compression se trouve fort augmentée entre les bases des pieux, au point que le sol peut y atteindre presque la dureté du béton ainsi que l’ont prouvé des essais.
- D'importants travaux de fondations en terrains compressibles avaient été commencés, notamment au Havre, quelque temps avant la guerre, au moyen de ce système de pieu. Notons les fondations des frigorifiques de l’alimentation havraise exécutés sous la direction de la Société de l’Air liquide, un hangar à boucauts de 17 000 m2 pour le compte de l’Administration des Tabacs, un pont tournant pour locomotives à la gare du Havre, enfin un support pour un obélisque à ériger sur la place Massilion.
- En résumé, comme le montre ce qui précède, le pieu explosé réalise rapidement, économiquement, avec une sérieuse simplicité de moyens et une grande sécurité, la fondation rationnelle en mauvais terrain, et dans cet ordre d’idée il constitue un progrès dans l’art de la construction qu’il était intéressant de signaler. M. Bousquet.
- Ingénieur-architecte.
- LE LANCEMENT DES EMPRUNTS NATIONAUX
- La façon dont notre troisième Emprunt de guerre a été lancé est sans doute artistique, mais, à coup sùr, elle a manqué d’originalité. C’est toujours l’antique procédé de l’affichage, avec des placards plus ou moins riches en couleur, et des motifs plus ou moins attrayants. Le gros reproche qu’on soit en droit de lui adresser, c’est qu’il ignore totalement la^ crise du papier. Nous avons vu, de nos yeux, des ouvriers se succéder rapidement devant la façade d’un monument public et y recouvrir de nouvelles affiches des placards dont la colle n’avait pas eu le temps de sécher. Nous avons pu constater, moins de 10 jours après l’ouverture de cet emprunt, que, sur cette même façade, six affiches, relatives au même lancement, avaient été ainsi superposées.
- L’Angleterre et l’Amérique ont su lancer leurs emprunts de guerre sans imiter notre orgie d’affichage.
- L’une et l’autre ont préféré des procédés dont le moins qu’on puisse en dire est qu’ils exercent plus d’impression sur le public que l’elïréné bariolage des murailles.
- A Londres, à l’occasion de l’avant-dernier Emprunt, certains monuments publics — telle, la Colonne de Trafalgar — furent ornés d’é-
- criteaux permanents qui faisaient appel au patriotisme des contribuables. Ils étaient conçus en phrases lapidaires, dont la répétition tournait l’obsession. La façade principale de la National Gal-lery présentait trois immenses affiches, de la hauteur de deux étages, qui portaient ces appels : « Vous ! Avez-vous acheté votre emprunt de guerre? L’Allemagne a les yeux sur Vousl » — « Contribuez aujourd’hui !» — « Ne laissez pas ce soin à d’autres ! » Le piédestal de la Colonne de Nelson était recouvert d’énormes inscriptions qui se répétaient sur les quatre faces : « Allez à votre banque avant ce soir ». — « Vous n’avez plus qu’un jour! L’Alle-
- Fig. i. — A Londres, le public se presse pour souscrire dans un tank transformé en bureau de Banque.
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- magne a les yeux sur Vous ! » Sur la façade du Stock Exchange, une pancarte, haute de 5 à 6 m., rappelait : « Le dernier jour est vendredi. Avez-
- Au dernier War Loan (emprunt de guerre) était réservée une innovation d’une originalité incontestable, qui fut de transformer un tank en bureau d’émission. Après avoir participé,
- ' dans les premiers jours de no-
- vembre, à la traditionnelle « pro-. , cession » du nouveau Lord Mayor, le massif char d’assaut s’en fut s’installer au centre de ce même Trafalgar Square, théâtre obliga-
- vous rempli votre devoir, ou laissez-vous ce soin à d’autres? »
- Le premier jour du lancement, ___
- le Lord Mayor s’était rendu solen- ‘ " "
- nellement au Stock Exchange, en grand costume, avec ses héraults et porte-masses, pour y signer sa souscription. Des soldats, retours du front, avaient défilé à travers la ville en traînant des canons et des obu-siers allemands qu’ils venaient de prendre à Loos.
- Nous citerons encore des projections lumineuses
- Fig. 2. — A New-York des tanks prêtés par l'Angleterre, ayant combattu sur le front français parcourent la ville.
- toire des grandes manifestations politiques ou patriotiques de la capitale.
- L’intérieur du tank fut aménagé en bureau, et
- Fig. 3. — A New-York un sous-marin allemand poseur de mines, capturé par les Anglais, a été démonté en tronçons placés sur des chariots et promené à travers la ville.
- qui précisaient : « 124 cartouches pour 15 shillings 6 pence, et votre argent rendu avec intérêt. — Chaque fois que vous prêtez 15 shillings 6 pence à votre pays, vous fournissez 124 cartouches à nos braves enfants sur le front. »
- l’une des trappes latérales devint le guichet de cette étrange succursale de la Banque d’Angleterre. On évita sagement, et habilement, de déshonorer d’écriteaux gigantesques ce représentant de la nouvelle « cinquième arme ». Une pancarte aux dimen-
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- LE LANCEMENT DES EMPRUNTS NATIONAUX
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- sions fort modestes se chargea de renseigner le public. Sur ce petit carré de papier, figuraient simplement ces mots : « National War Bonds Sold Here ». (Obligations en vente ici.)
- Ce procédé de réclame nationale eut un succès considérable. Par centaines, par milliers, les souscripteurs affluèrent, anxieux d’acquérir au moins une obligation marquée du timbre British Tanks-W. 5. fl. En une seule des premières journées (28 novembre), Tank vendit pour
- sterling d’obliga-Des membres dont Lloyd
- le bureau du 12 590 livres tions de 5 livres, du Gouvernement, George et M. Bonar Law, le Lord Mayor de Londres, des généraux, des évêques, furent remarqués parmi les premiers souscripteurs.
- De tous les coins du royaume, des milliers de personnes exprimèrent leurs cuisants regrets, de ne pouvoir se rendre à Trafalgar-Square, et le Daily Mail s’empressa d’ouvrir un bureau spécial chargé de souscrire des « Tank Bonds » pour ses lecteurs de province, en garantissant que le nom du souscripteur serait inscrit sur l’obligation. En l’espace de deux jours, le grand journal reçut des ordres formant un total de 59 035 livres.
- Le succès du «
- sont plus pour nous que de lointains souvenirs. Le principal moyen de propagande est constitué par d’immenses pancartes transparentes, tendues au-dessus des rues passagères, et portant des inscriptions appropriées. Nous en traduirons une, à titre d’exemple :
- Des il/ères qui ont donné leurs Fils pour terminer cette guerre vous demandent
- d'acheter des Obligations de la Liberté.
- Suivent deux lignes indiquant que l’appel est fait par le « Comité Féminin de l’Emprunt de la Liberté », et que les souscriptions sont reçues à telle banque.
- À l’occasion du premier emprunt, des parades (défilés), auxquelles prirent part des régiments et des sociétés patriotiques, furent organisées dans toutes les grandes villes. Elles étaient accompagnées de guérites roulantes, prêles à recevoir les inscriptions. Les orateurs s’en servaient comme de tribunes.
- Le Deuxième Emprunt de la Liberté, ouvert en octobre dernier, vit se produire de nombreuses innovations. Un petit teemple de style grec, dont le fronton portait les mots Liberty Bank, fut sé au centre
- Fig. 4.
- Une immense banderole suspendue à travers une avenue de New- York rappelle aux citoyens leur devoir de souscrire à l'emprunt.
- Trafalgar Tank » s’accentua,
- d’une journée à l’autre, dans des proportions colossales. Le 30 novembre, 156 560 livres, soit environ 4 millions de francs, furent versées à son guichet. À cette date, il avait déjà reçu un total de 271 440 livres, soit près de 7 millions, et les journaux pouvaient dès lors prédire qu’il partirait dans dix jours pour le front après avoir rapporté au Trésor son million de livres sterling! __
- Voyons maintenant comment les États-Unis s’y prennent pour lancer leurs emprunts de . guerre. Farouches partisans des restrictions, nos alliés se sont bien gardés de gaspiller le papier, quoiqu’ils puissent s’en procurer encore à des prix qui ne
- de Madison Square, la principale place de Nexv-York. Sur une tribune installée devant l’édifice, des orateurs connus se succédaient du matin au soir, exhortant le public à souscrire à l’emprunt.
- Des camions militaires , transportant des marins de la flotte, promenèrent dans la ville des écriteaux suggestifs. Nous traduirons un de ces appels :
- Ils prendront soin des Sous-Marins.
- . Mais vous devez prendre soin d'Eux !
- Achetez des Obligations de la Liberté.
- Les deux clous du lancement furent un tank, qui avait figuré sur le front français, et que l’Angleterre avait prêté pour la circonstance à l’Amérique, avec son équipe de huit soldats, commandés par un capitaine, et un sous-marin allemand, du type des poseurs de mines, également prêté par l’Angleterre. L’esquif, capturé en 1916 dans la mer du Nord, fut transporté en trois sections. Remonté,
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- 414 =. QUELQUES NOUVEAUX REDRESSEURS DE COURANT
- installé sur un truck spécialement construit, le UC-5 fut rebaptisé solennellement, et avec du champagne français, par une dame new-yorkaise, en présence du Ministre de la Marine et d’autres autorités, avant d'être transporté au Central Park.
- L’intérieur fut aménagé en bureau de banque, dont la conduite fut confiée à de charmantes patriotes. Le succès fut spontané et considérable. Tout New-York défila dans l’étroite quille du U-Buy-A-Bond, le nouveau nom du petit navire, et que nous traduirons par une plus longue tournure : le sous-marin où l’on achète des obligations de la Liberté.
- Laissons à nos lecteurs le soin de décider laquelle vaut mieux des deux manières de lancer un emprunt national : le banal affichage, ou la sensationnelle exhibition d’engins de guerre dont la nouveauté exerce sur le public une attraction de bon aloi. Nous nous bornerons à répéter l’expression de notre regret que le lancement de notre troisième
- emprunt ait entraîné un pareil gaspillage de pa-pier... et de,farine. Qui nous dira combien de tonnes de colle de pâte furent ainsi employées au bariolage de nos murailles?
- Ajoutons que quelques jours avant la clôture de l’émission, le Gouvernement s’est décidé à employer les méthodes qui ont donné des résultats si remarquables chez nos alliés puisque dans le Tank de Londres 85000000 de francs furent souscrits. La nacelle du zeppelin exposée aux Invalides fut transformée en bureau de souscriptions, des avions et un dirigeable lancèrent des prospectus sur Paris. On peut cependant regretter que ces tentatives aient été incomplètes : les Invalides sont dans un quartier retiré et sans moyens commodes de communication, les avions ne firent que passer et furent peu remarqués. Combien plus vif eût été le succès si un tank ou une nacelle de zeppelin eût été installés en un point central de Paris, sur la place de l’Opéra par exemple! V. Forbin.
- QUELQUES NOUVEAUX REDRESSEURS DE COURANT.
- La généralisation du courant alternatif par les distributions de force ne va pas sans soulever, pour l’emploi pratique, un certain nombre de difficultés. Le courant continu est, surtout pour les petites applications, charge d’accumulateurs, moteurs d’ascenseurs, cinématographes, etc., nette ment supérieur, aussi a-t-on cherché de nombreux dispositifs, ou redresseurs, convertissant le courant alternatif, sinon en continu, tout au moins en un courant d’une seule polarité. Parmi ceux-ci, les appareils statiques, c’est-à-dire ceux dans lesquels aucun organe mécanique en mouvement n’intervient, semblent donner les meilleurs résultats. Ce sont en général des tubes à vide, genre Keno-tron, tube Goolidge, tube à vapeur de mercure, etc.
- Le tube Coolidge, en effet, ou les ampoules à vides analogues à celles que nous avons décrites au sujet des nouvelles applications de la télégraphie sans fil, peuvent fonctionner comme redresseurs du courant. La soupape Dushman a le même principe : quand deux électrodes sont placées dans un vide extrêmement poussé et tel qu’à froid il ne puisse passer de courant d’une électrode à l’autre, un courant prend naissance dès que la cathode est à une température suffisamment élevée et l’intensité de ce courant ne dépend que de la température de la cathode. L’explication est simple : un courant
- Fig. i. — Couplage de deuic soupapes kenotron pour recueillir les deux ondes redressées d’un courant alternatif.
- ne peut passer que si des ions positifs ou négatifs existent entre les électrodes. Dans les appareils ordinaires, ce sont les molécules gazeuses du milieu ambiant qui les fournissent, dans le cas du kenotron de Dushman ce sont les électrons unis par les cathodes chauffées qui jouent le rôle de véhicules du courant électrique. Si donc on a soin de laisser froide l’une des électrodes, le passage du courant ne pourra avoir lieu que de l’électrode froide à l’électrode chaude : on aura donc une soupape.
- Avec un vide de l’ordre de 5 X10 _7 mm de mercure, Dushman a pu arriver à une densité de courant de 2 ampères par centimètre carré de cathode, la température de celle-ci étant alors de 2600° absolus. Il semble pratiquement qu’il n’y ait pas avantage à aller plus loin, pour ne pas volatiliser la cathode d’une part, et d’autre part, par suite de l’existence d’une intensité maxima de courant, que l’on atteint par une certaine température et que l’on ne dépasse plus quand on augmente la température.
- On arrive à construire industriellement des appareils dont la puissance est de 10 kilowatts. Le montage en série de plusieurs de ces appareils permet d’obtenir la transformation de puissances plus élevées et leur couplage de recueillir les deux ondes redressées d’un courant alternatif.
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- QUELQUES NOUVEAUX REDRESSEURS DE COURANT 415
- La General Electric O de Schenectady vient de mettre sur le marche', sous le nom de Tungar, un appareil qui présente de sérieux avantages sur le dispositif précédent.
- Il se compose essentiellement d’un tube rempli d’argon à une faible pression et de deux électrodes, l’une en une matière conductrice en graphite, l’autre en tungstène.
- Cet appareil réalise un sérieux progrès par rapport aux redresseurs dans le vide dont les plus
- connus sont le Kenotron et le' tube Coolidge. Leur fonctionnement est fondé sur l’émission, par le filament incandescent, d’électrons qui servent de véhi-tïg. 2. — Le couplage cule au courant.
- de deux redresseurs Tungar. jqs ne peuvent
- transporter que
- des courants d’une intensité très faible, et moyennant une chute de tension relativement énorme. C’est ainsi que dans le’Kenotron, cette chute varie de 100 à 500 volts.
- Dans le redresseur Tungar, au contraire, le véhicule du courant est constitué par le gaz lui-même, que rendent conducteur les électrons émis par la cathode de tungstène. Il en résulte que le. courant acceptable est relativement élevé (jusqu a 6 ampères actuellement), et que la chute de tension est faible, 5 à 10 volts.
- Le fonctionnement de l’appareil est le suivant : pendant une demi-période, l’électrode de tungstène, formée d’une spirale serrée de fil fin, est négative; les électrons qu’elle émet se dirigent vers l’électrode de graphite ; sur leur chemin, ces électrons rencontrent des molécules du gaz qui sont ionisées et qui conduisent alors le courant du graphite, vers le tungstène. A la demi-période suivante, le tungstène est positif, les électrons qu’il émet sont alors chassés en arrière, à l’opposé du graphite; aucun courant ne passe. Par un groupement convenable analogue à celui de la figure 2, et des connexions judicieuses de deux appareils électriques, on assure le passage du courant et son redressement pendant toute la durée de la période.
- L’ampoule, d’abord soigneusement vidée, est ensuite remplie d’argon; celui-ci, bien que très pur, renferme néanmoins des traces de gaz étrangers qui à la longue altéreraient le« matières constituantes des différentes parties de l’appareil. Pour parer à cet inconvénient, on dispose en arrière de l’électrode de graphite, sous la forme d’une petite couronne, un agent dont la nature est encore tenue secrète et qui absorbe à chaud tous les gaz étrangers.
- Le rendement est relativement élevé, surtout si on compare le Tungar à des appareils analogues. Ce rendement est d’environ 45 pour 100 pour les types les plus faibles et monte jusqu’à 72 pour 100 pour les types supérieurs actuels.
- Il peut marcher sous des intensités extrêmement faibles.
- Si l’on se rappelle que notamment le convertisseur, à vapeur de mercure, ne peut pas fonctionner au-dessous de 2 ampères, on comprendra qu’un appareil qui peut rectifier quelques milliampères avec un rendement satisfaisant mérite d’être signalé, même si l’on fait abstraction de ses autres qualités.
- Un autre dispositif original utilise le redressement partiel d’un courant alternatif à haute tension obtenu par le passage de la décharge entre une pointe et un plateau.
- Les difficultés se présentent lorsque l’intensité du courant est considérable, car il s’établit un arc intense qui ne rectifie que médiocrement.
- On obtient un redressement complet et un fonctionnement régulier en soufflant cet arc à l’aide d’un courant d’air allant de la pointe au plateau. Le dispositif pratique est représenté sur la figure 3. La pointe glisse à l’intérieur d’un tube p qui est soit isolant, si l’extrémité de la pointe est à l’intérieur du tube ou à l’orifice, soit métallique, si la pointe sort de quelques centimètres. Le plateau P est assez large pour que la décharge ne puisse se produire de la pointe vers ses bords. Le courant
- Fig. 3. — Schéma du fonctionnement d’un redresseur à pointe.
- d’air entre en A et est projeté vers le plateau.
- L’une des extrémités du redresseur est reliée à l’un des pôles du secondaire d’un transformateur T de 4000 volts dont l’autre pôle est au sol. Le courant positif va de la pointe au plateau et aucune décharge n’a lieu en, sens opposé pourvu que la distance entre la pointe et le plateau, la distancé' entre la pointe et l’orifice de sortie de l’air, la pression de l’air et la tension soient convenablement réglées.
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- 416 .L’ORIGINE DES GOUDRONS DE HOUILLE
- La décharge, lorsque le redressement se produit, est blanche, rythmée et saccadée, ce qui la distingue de l’arc coloré qu’on obtient quand il n’y a pas de courant d’âir; cet arc agit légèrement comme redresseur, mais en sens opposé.
- Des difficultés se présentent quand on essaye d’opérer sous des tensions trop faibles, par exemple de quelques milliers de volts seulement. Une cer-laine tension est nécessaire pour que l’intervalle d’air puisse être franchi. Il y a de même une chute de tension dans le redresseur en fonctionnement.
- Lorsque la pointe est à l’intérieur d’un tube en verre, la décharge est plus sèche, mais il y a tendance plus marquée à la production d’onde. Dans ce cas, des électrodes d’aluminium semblent préférables, un grand plateau P est nécessaire, de même qu’une pression plus forte. Lorsque la pointe sort du tube, on obtient des résultats satis-
- faisants avec des électrodes de fer et de cuivre.
- Si l’on augmente progressivement la pression du gaz, le redressement passe par un optimum qui dépend de la position des électrodes et du diamètre de l’ouvertuie destinée au passage du gaz. Un accroissement de pression au delà de la valeur qui correspond à la marche optimum donne un fonctionnement irrégulier.
- D’autres types d’appareils très ingénieux comme les dispositifs mécaniques mériteraient d’être décrits, car le problème est un de ceux qui ont le plus sollicité l’ingéniosité des électriciens : leur étude nous entraînerait trop loin. Nous avons voulu simplement donner de brèves indications sur des appareils statiques reposant sur quelques-unes des propriétés électriques qui différentient si considérablement de ce que les premiers électriciens appelaient les « deux fluides électriques ».
- H. Voi.ta.
- L’ORIGINE DES GOUDRONS DE HOUILLE
- On sait que la décomposition pyrogénée de la houille fournit un grand nombre de composés qui se retrouvent presque tous dans le goudron. Tout porte à croire que ces substances ne préexistent pas dans la houille soit à l’état libre, soit à l’état de combinaison et sont le résultat de transformations plus ou moins profondes de la substance primitive sous l’action de la chaleur.
- Bertbelot avait émis l’hypothèse que ces corps étaient dus à la polymérisation de l’acétylène et Mever a montré qu’en chauffant électriquement plusieurs centaines de litres d’acétylène on reconstituait un goudron dans lequel se retrouvent tous les carbures présents dans le goudron de houille. De plus, ainsi que l’avait dit Berthelot, la polymérisation de l’acétylène en présence d’acide cyanhydrique a fourni de la pyridine et en présence de pyrite du thiophène. Enfin les paraffines et les naphtènes ainsi que le goudron formé à basse température dans le vide, donnent, chauffés, des carbures aromatiques.
- Quoi qu’il en soit, que ce soit l’acétylène, les paraffines ou les naphtènes qui,par polymérisation, donnent naissance aux produits constitutifs du goudron, on ne connaît pas le mécanisme du passage de la substance de la houille primitive à ces termes divers de sa dégradation et il est évident qu’un grand pas serait fait dans cette connaissance si l’on était fixé sur la nature des constituants de la houille.
- Au point de vue pratique d’ailleurs, on pourrait aussi en déduire des moyens permettant de réaliser plus simplement et surtout plus complètement la transformation de la houille en produits organiques utilisables. Aussi un grand nombre de chimistes ont-ils cherché à résoudre cette question en employant des moyens très différents, comme l’action
- des réactifs chimiques, l’action des dissolvants et l’action de la chaleur dans le vide. M. Wahl, dans un mémoire présenté à la Société de chimie de France, a résumé les nombreux travaux accomplis jusqu’à ce jour.
- L’éther, le chloroforme, le sulfure de carbone, le phénol permettent d’extraire des houilles un certain nombre de matières plus ou moins complexes mais toujours en assez faible proportion. Au contraire la pyridine a une action dissolvante extrêmement énergique etM. Wahl a étudié l’extrait qu’elle fournit.
- Le traitement par la pyridine a pour effet en général de diminuer létaux des matières volatiles et surtout de diminuer le pouvoir cokéifiant. Ou en conclut que la houille est formée de deux espèces de substances : l’une Soluble dans la pyridine et qui lui communique le pouvoir collant, l’autre insoluble que l’on peut regarder comme le résultat de la transformation de la matière cellulosique fibreuse des plantes. Suivant la houille dont il provient l’extrait pyridique forme une poudre brune plus ou moins foncée à odeur spéciale, faible; sous l’action de la chaleur ce produit se ramollit, boursoufle et charbonne en dégageant l’odeur caractéristique de la houille grasse qu’on chauffe. Avec la quinoléine employée comme dissolvant on arrive à des résultats analogues, mais l’extrait est plus important.
- Ajoutons que l’action des réactifs tels que 1a. pyridrine ou la quinoléine sur la surface polie d’une houille permet de déceler des différences de struc- • ture de la même façon que l’examen métallogra-phique en montre dans le cas des aciers. Roush en particulier a mis en pratique ce procédé par l’examen des charbons d’électrodes et a pu recueillir ainsi des renseignements intéressants sur la qualité des graphites. S.
- Le Gérant.: P. Masson. — Imprimerie Lahdre, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- LA NATURE
- QUARANTE-CINQUIÈME ANNÉE — 1917
- DEUXIÈME SEMESTRE
- INDEX ALPHABETIQUE
- A
- Absorption de l’eau sur la lune et les planètes, 598.
- Académie des Sciences : élections, 44. Acier (La trempe de 1’), 205.
- — (L’hétérogénéité des), 269. Acquisition des Antilles danoises paç les.
- États-Unis, 549.
- Agglomération de la houille, 1. Agrandissements du port de Rouen, 503. Agriculture : culture mécanique et tracteurs agricoles, 97.
- Air nitreux (Propriétés antiseptiques de 1’), 205.
- Alcool de pommes chez les producteurs (Prix de revient de U), 380.
- Algues marines alimentaires, 405. Alimentation du bétail dans les circonstances actuelles, 220.
- Allaitement (Chambre d’) dans les usines, 271.
- Allumettes (La guerre nous privcra-t-clle d’), 24.
- Ambulance belge de l’Océan à La Panne, 289.
- Amélioration du pain actuel (Le pain français), 183.
- Américains dans nos ports, 167. Anhydride carbonique (Emploi de 1’) dans le choc traumatique, 125.
- Antilles danoises (Acquisition des) par les États-Unis, 349.
- Appareil à venin des serpents, 125.
- — iluorométriquc pour le dosage
- des rayons X, 399.
- Apparition de la propriété antivirulente du sérum (Le temps nécessaire à U) est fonction de la quantité de vaccin inoculée, 12.
- Application pratique de la méthode Taylor à un atelier d’usinage, 6.
- — médicales des colloïdes en biolo-
- gie, 250.
- — du gyroscope, 193.
- Argent (L’) et la guerre, 281.
- Armée (L ) américaine et la mécanique,
- 521.
- Armement aérien (Technique allemande de T), 209.
- Arsenic (Recherche de 1’), 109.
- Asphalte : son industrie, 54.
- Automobile à gaz, 599.
- Supplément au n° 2309 de La Nature
- Aveugles (Jeux des), 51.
- Aviation : Technique allemande de l’armement aérien, 209.
- Avions et navires (Stabilisation des), 241.
- — : Géants et pygmées de l’air, 69. Azote (Teneur en) des houilles oxydées, 598.
- B
- Balayeuses automobiles : hygiène des voies publiques, 201.
- Balles pour shrapncls (Fabrication des),
- 171.
- Barrages-réservoirs (Construction de), 177.
- Batailles de la rivière froide, 102. Bateau Béton I (Lancement du), 364. Bathyrhèomclre (Utilisation du) par l’étude des vents, 598.
- Bétail (Alimentation du) dans les circonstances actuelles, 220.
- Betteraves à sucre (Graines de), 519. Biophotogenèse (La), 109.
- Bivoltins accidentels (Apparition de) dans les races univoltines du bombyx du mûrier, 582.
- Blessés (Transport des) en montagne, 583. Blutage (Le taux de), 284.
- Botanique (La) et la guerre, 59. Boucherie de détail modèle (Froid et hygiène dans 1 alimentation), 256. Boulon d’Orient, 269.
- « Brest-Transatlantique », 62.
- Briques, de silice, 166.
- — : ses propriétés réfractaires, 205. Bureau international des poids et mesures, 81.
- — of Standards, de Washington, 225.
- c
- Camps américains (Organisation des), 401. Canal maritime (Projet de) entre la mer du Nord et la mer d'Irlande, 520. Canonnades (Grandes) Leur influence sur la pluie, 255.
- du 29 décembre 1917.
- Cantine électrique originale dans une usine française, 150.
- Carte du massif de Gavarnie, 12. Catalyse réversible (Un nouveau cas de), 206.
- Chaîne alpine (Symétrie de la), 255.
- — (fabrication mécanique des grosses), 143.
- Chemins de fer chinois, 9.
- — de la Turquie d’Asie, 145.
- — : La plus puissante locomotive
- du monde, 223.
- Chine : ses chemins de fer, 9.
- Chirurgie réparatrice (Les merveilles de la), 118.
- Chromatophores (Le mouvement propre des), 191.
- Cidres mousseux (Préparation des) et des vins de pommes véritables ou factices, 155.
- Climat de Salonique, 190.
- Cloisons d’ammonoïdes (Mode de reproduction), 599.
- Cœur humain (L’angle d’inclinaison du), 95.
- Coke (Conditions de formation du), 44. Colloïdes en biologie et leurs applications médicales, 250.
- Communication (Voies directes de) entre France et Italie, 327.
- Congo : sa géologie, 269.
- C instruction de barrages-réservoirs, 177.
- — rapide d’usine, 240.
- Contrôle des générateurs de vapeur, 73. Cotons provenant des hôpitaux militaires, 238.
- Crise des engrais, 28.
- Culture mécanique et tracteurs agricoles, 97.
- D
- Décapage des métaux au bisulfate de soude, 126.
- Déchets (Utilisation des) en Allemagne, 133.
- Défenseurs de nos forêts, 44.
- Dent de sagesse, 269.
- Destruction des moustiques (Nouvelle méthode de), 302.
- 27
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-
-
-
- 418 .............- ....—
- Dilata Lion des alliages de fer (Changements de) sous diverses influences, 15. Dilatabilité de l’argon et du néon, 45. Digestibilité du pain, 502.
- Documents brûlés (Reconstitution des), 170.
- E
- Échec des zeppelins dans la guerre et leur avenir probable dans la paix, 52.
- Éclairage (Gaz à l’eau dans 1’) au gaz de bouille, 161.
- Écorce terrestre (Déformation de 1’) ,109.
- Effet thermo-électrique par étranglement, 284,
- Emprunts nationaux (Lancement des),
- 411.
- Encres sympathiques, 86.
- Énergie hydro-électrique au Maroc, 205.
- Engrais (La crise des), 28.
- Etat magnétique des basaltes grocnlan-dais, 382.
- États-Unis : préparation militaire, 279. — : Uniformes par millions fabri-
- qués mécaniquement, 206.
- Évaluation scientifique des pensions et indemnités des réformés de la guerre, 49.
- Excrétion acide des racines, 319.
- Exemple de construction rapide d’usine, 240.
- Exploitation des forêts françaises par les Canadiens, 39L
- Exposition de San-Francisco (Illuminations de 1’), 357.
- Exposition du feu, 595.
- Extincteurs d’incendie, 216.
- F
- Fabrication de la glycérine, 529.
- — des balles pour shrapnels, 171.
- — des instruments d’optique de
- guerre en France, 294.
- — mécanique des grosses chaînes,
- 143.
- ;— mécanique d’uniformes par millions, 206.
- Fièvre typhoïde dans l’armée (Vaccination contre la), 565.
- Flotte aérienne (La naissance d’une), 569.
- Fonction de réduction de l’urine, 255.
- Fondation Loutreuil, 355.
- Fondations en terrains compressibles, 407.
- Fonte synthétique, 17.
- Forêts françaises (Exploitation des) par les Canadiens, 391.
- Forgeage (Différentes méthodes de), 574. Formation des volcans lunaires, 205. Froid et hygiène dans l’alimentation (boucherie de détail modèle), 236. Fruits,sans sucre (Utilisation ménagère des), 15, 45, 105, 123, 153, 231.
- INDEX ALPHABÉTIQUE
- G
- Galles (Production artificielle des), 191. Gangrène gazeuse expérimentale (Influence du traumatisme sur la), 13. Gaz à l’eau dans l’éclairage au gaz de houille, 161.
- Gaz naturel et pétrole, 257.
- Géants et pygmées de l’air, 69. Générateurs de vapeur (Contrôle), 73. Géologie du Congo, 269.
- Germination des pois (Influence des matières minérales sur), 109. Gisements de potasse nouveaux, 521. Glace de fond, 96.
- Glycérine : sa fabrication, 529. Goudrons de houille : leur origine, 416. Graines de betteraves à sucre, 319. Gravitation (bccherchcs sur la), 582. Guerre de mine (Un record de la), 110.
- — (Le coût de la), 160.
- — sous-marine (Unedemi-année de).
- La guerre de piraterie et ia question des transports, 310. Gyroscope (Le) et scs applications, 193.
- H
- Harpie des hêtres, 174.
- Hélices et vibrations des navires, 191. Heure des repas, 12.
- — en mer, 191.
- Hôpital civil de Lyon (Le nouvel), 360. Houille blanche. Construction .de barrages-réservoirs, 177.
- — en Tunisie, 319.
- — : son agglomération, 1.
- — Origine des goudrons, 416. Hydraulique appliquée (Laboratoire d’), Institut hydrotechnique de Stra, 262. Hydro-électrique (Énergie) au Maroc, 203.
- Hygiène des voies publiques et nettoiement pneumatique, 201. Hyménoptères (Instinct paralyseur des), 398.
- I
- Illuminations de l’Exposition de San-Francisco, 557.
- Illusion d’optique, 255.
- Incendie : extincteurs, 216.
- Industrie chimique allemande (Ramifications mondiales de F). 298. Industrie de l’asphalte, 54.
- — du lignite, 275.
- Influence des grandes canonnades sur la pluie, 255.
- — de l’eau et des matières miné-
- rales sur la germination des pois, 95.
- — clcctrométalliqucs à travers des
- feuilles isolantes très minces, 555.
- Institut Carnêgie, 505.
- Instruments d’optique de guerre (Fabrication des) en France, 294.
- J
- Jardinier'astronome du xvu° siècle, 110.
- Jardins (Étranges). Les plantes qui poussent sur les feuillets des livres et des estampes, 78.
- Jéricho (Trompettes de), 514.
- Jeux des aveugles, 51.
- Jus de pommes concentrés, gelées et pjmmées, 125.
- L
- Laboratoire d’hydraulique appliquée. L’Institut hydrotechnique de Stra, 202.
- — nationaux d’industrie Le « Bureau
- of Standards », de Washington, 225.
- — nationaux (Lesgrands). Le Bureau
- international des poids et mesures, 81.
- Lancement du bateau « Béton I », 504. Latex d’Hevca (La coagulation du), 125. Légumes (Produisons des), 550.
- Liaison aérienne et la T. S. F. en avion chez les Allemands, 553.
- Lignite : son industrie, 275.
- Livres. Les plantes qui poussent sur les feuillets, 78.
- Locomotive (Lapluspuissante) du monde, 223.
- Lumière (Vitesse de la), 281.
- Lyon : son nouvel hôpital civil, 560.
- M
- Macédoine (Le paludisme de), 205.
- Magnésie (Propriétés réfractaires de la), 319.
- Maladies des chênes, 45.
- Mammifères fossiles, 13.
- Marmites norvégiennes : données scientifiques.sur leur construction et leur fonctionnement, 56.
- Maroc (Énergie hydro-électrique au), 203.
- Marrons d’Inde (Utilisation des), 269.
- Mécanique (L’armée américaine et la), 321.
- Mélanges sulfo-nitriqucs (Distillation des), 382.
- Méningite cérébro-spinale et météorologie, 110.
- Métallurgie moderne de l’or, 40.
- Métaux (Décapage des) au bisulfate de soude, 126.
- Mesure des températures élevées, 19.
- Méthode nouvelle d’inscription graphique en physiologie, 284.
- — Taylor : application pratique à un atelier d’usinage, 6.
- Mica (Conductibilité électrique du), 302.
- Microbe invisible antagoniste des bacilles dysentériques, 270.
- Mines de pyrites espagnoles, 89.
- Modèle mécanique de l’atome, 270.
- Moteur Diesel de grande puissance, 53.
- Moustiques (Nouvelle méthode de destruction des), 302,
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-
-
-
- INDEX ALPHABÉTIQUE
- 419
- Mouvement propre des chromnlophorcs,
- 191.
- Musée cio la guerre, 186.
- N
- Nappes géologiques de la Basse Provence, 125.
- Navigation : transports par eau et la guerre, 113.
- Navires en bois américains pour les alliés, 63.
- Navires et avions (Stabilisation.des), 241. Navires (Hélices et vibrations des), 191. Nécrologie : Cyrille Grandeury, 205.
- — : E. Bertrand, 319.
- Nettoiement pneumatique (Hygiène des voies publiques et), 201.
- Nouvelle station biologique de Messine, 136.
- O
- Onde de bouche du canon (Propagation à grande distance de 1’) 205.
- Oreilles (Protecteurs d’), 158.
- Or (Métallurgie moderne de 1’), 40.
- P
- Pain français, 183.
- Pain (sa digestibilité), 302.
- Palmiers à crin végétal de Madagascar, 44.
- Paludisme de Macédoine, 205.
- — : sa transmission, 284. Parasitisme des graines toxiques, 302. Pensions et indemnités évaluation scientifique des) des réformés de la guerre, 49.
- Perfectionnements récents de la télégraphie sans fil, 129.
- Perméabilité des reins au glycose, 270. Pétrole et gaz naturel, 257. Photographie des couleurs (procédé ver-sicolor Dufay), 292.
- Plaques d'identité des soldats, 377. Poids et mesures (Bureau international des), 81.
- Port de Rouen (Agrandissements du),303.
- — du Havre (Projet d’agrandisse-
- ment du), 567.
- — (bes Américains dans nos), 167.
- — maritimes, 246.
- — (Outillage des), 261.
- Potasse (Gisements de) nouveaux, 521. Préparation des cidres mousseux et des vins de pommes véritables ou factices, 153.
- — des jus ou sucs de fruits, 13.
- — militaire des .États-Unis, 279. Prix de revient de l’alcool de pommes
- chez le producteur, 380.
- Production artificielle des galles, 191. Propagation à grande distance de l’onde de bouche du canon, 205.
- Propriétés antiseptiques de l’air nitreux, 205.
- — réfractaires de la silice, 205. Protecteurs d’oreilles, 158.
- Pulpes ou purées, raisinés et fruits à l’eau-de-vic, 105.
- Pyrites espagnoles (Mines de), 89. Pyromètres électriques industriels, 344.
- R
- «
- Piarincs (Excrétion acide des), 319.
- Rage (La), 65.
- Ramifications mondiales de l’industrie chimique allemande, 298.
- Bayons X (Nouvel appareil fluoromé-trique pour le dosage des), 399. Recherches minières (Sondages pour), 585.
- Reconstitution des documents brûlés, 170.
- Record de la guerre de mine, 110. Récupération des colons provenant des hôpitaux militaires, 258.
- Rééducation des sourds et des muets de la guerre, 284.
- Redresseurs de courant (Quelques nouveaux), 414.
- Réformés de la guerre (Evaluation scientifique des pensions et indemnités des), 49.
- Reins (Perméabilité des) au glycose, 270. Reptiles permotriasiques, 302.
- Revues techniques allemandes (A traT vers les), 332.
- Richesses forestières de la Russie, 347. Rivière froide (Les batailles de la), 102. Roches basiques (Transformation des) en ampbibolilcs, 95.
- — de la Somma, 303.
- — de Madagascar, 110.
- Rôle physiologique des symbiotes, 255. Russie : ses richesses forestières, 347.
- S
- Saccharine (La), 540.
- Sahara (Au-dessus du), 335. -
- Salonique (Le climat de), 190.
- Salvador (Le), 60.
- Saumon (Rapport de parenté du), 399.
- Séchage des fruits, 45.
- Sensibilité du chimpanzé au paludisme humain, 109.
- Sériciculture à Madagascar, 598.
- Serpents (Appareil à venin des), 125.
- Sérum de la murène, 45.
- Sondages pour recherches minières, 385.
- Sourds et muels de la guerre : leur rééducation, 284.
- Stabilisation des navires et des avions, 241.
- Station (Nouvelle) biologique de Messine, 136.
- Streptocoques dans les plaies de guerre (Origine cutanée des), 302.
- Stérilisation des liquides par la chaleur sous couche mince, 109.
- Symétrie de la chaîne alpine, 255.
- T
- Technique allemande de l’armement aérien, 209.
- Télégraphie sans fil (Les perfectionnements de la), 129.
- Températures élevées (Mesure des), 19.
- Teneur en azote des houilles oxydées, 598.
- Terrains compressibles (Fondations en). 407.
- Tétanos (Vaccination active de l’homme contre le), 95.
- Tracteurs agricoles (Culture mécanique et), 97.
- Transformation des roches basiques en ampliibolilcs, 95.
- Transports par eau et la guerre, 113.
- Transport des blessés en montagne, 585.
- Trempe de l’acier, 205.
- — des aciers (Mécanisme de la) au carbone, 110.
- Trompettes de Jéricho, 314.
- T. S. F. et liaison aérienne en avion chez les Allemands, 353. — .
- Turquie d’Asie (Les chemins de fer de la), 145. .
- U
- Uniformes par millions fabriques mécaniquement, 206. '
- Urine (La fonction de réduction de T),
- ' 255.
- Usines (Chambred’allaitement dans les), 271. - - .
- — (Construction rapide d’), 240.
- — française (Cantine électrique ori-
- ginale dans une), 150.
- — (Organisation moderne des), 300. Utilisation des déchets en Allemagne,-
- 133.
- — des marrons d’Inde, 269.
- — ménagère des fruits, sans sucre, 15, 45, 105, 123, 153, 251.
- II. La préparation des jus ou sucs de fruits, 13.
- V
- Vaccination antityphoïdique : ses eflets, 302.
- — Vaccination contre la fièvre typhoïde dans l’armée, 365. Vapeur (Production de la) par l’éleelri-cité, 372,
- Variation diurne du potentiel en un point de l'atmosphère, 582.
- Vitamines et maladies par carence, 140. Vitamines (Notes sur les), 582.
- Vitesse (La) de la lumière, 284.
- Voies de communication directes entre France et Italie, 327.
- Volcans lunaires (Formation des), 203. Zeppelins (Échec des) dans la guerre e leur avenir probable dans la paix, 52.
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-
-
- LISTE DES AUTEURS
- PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE
- A. B. — Les protecteurs d’oreilles, 158. — L’exposition du feu, 593.
- A.-C. G. — Les colloïdes en biologie et leurs applications médicales, 250.
- A. G. — Une demi-année de guerre sous-marine. La guerre de piraterie et la question des transport, 310.
- A. K. — La chambre d’allaitement dans les usines, 271. — Note sur les vitamines, 382. ,
- A. P. — Les Américains dans nos ports, 167. — La récupération des cotons provenant des hôpitaux militaires, 238.
- A. S. — L’utilisation des déchets en Allemagne, 133.
- Blin (Henri). — L’alimentation du bétail dans les circonstances actuelles, 220.
- Bonnette (P.) — Transport des blessés en montagne, 385.
- Boyer (Jacques). — La guerre nous privera-t-elle d’allumettes? 24 — D’étranges jardins. Les plantes qui poussenL sur les feuillets des livres et des estampes, 78. — Fabrication mécanique des grosses chaînes, 143. — Une cantine électrique originale dans une usine française, 150. — Fabrication des balles pour shrapnels, 171. — Fabrication des instruments d’optique de guerre en France, 294.
- BorsQUET (M-). — le gaz à l’eau dans l’éclairage au gaz de houille, 161. — L’hygiène des voies publiques et le nettoiement pneumatique, 201. — Le froid et l’hygiène dans l’alimentation. Une boucherie de détail modèle, 236. — Les fondations en terrains compressibles, 407.
- Biundicourt (Virgile). — La botanique et la guerre, 39.
- Breton (A.). — Les chemins de fer chinois, 9. — Navires en bois américains pour les alliés, 63. — Un laboratoire d’hydraulique appliquée. L’Institut hydrotechnique de Stra, 262. — Agrandissements du port de Rouen, 303. — La fabrication de la glycérine, 329. — Projet d’agrandissement du port du Havre, 367.
- Cerisaie (de la). — Uniformes par millions fabriqués mécaniquement, 206.
- Claude (Daniel). — Les marmites norvégiennes; données scientifiques sur leur construction et leur fonctionnement, 36.
- Coustet (Ernest). — Le moteur Diesel de grande puissance, 35. — La reconstitution des documents bridés, 170. — Les pyromèlres électriques industriels, 544.
- Drouot (Édouard). — Rééducation des sourds et des muets de la guerre, 284.
- E.-A. M. — L’acquisition des Antilles danoisrs par les États-Unis, 349.
- Flamel (Nicolas). —Encres sympathiques, 86. — Extincteurs d’incendie, 216. — Les trompettes de Jéricho, 314.
- Forbin (V.). — La préparation militaire des Etats-Unis, 279. — L’armée américaine et la mécanique, 321. — Au-dessus du Sahara, 335. — Produisons des légumes, 350. — La naissance d’une Hotte aérienne, 369. — L’exploitation des forêts françaises par les Canadiens, 591. — L’organisation des camps américains, 401. — Le lancement des emprunts nationaux, 411.
- Guillaume (Ch.-Éd.). — Les grands Laboratoires nationaux (suite). Le bureau international des poids et mesures, 81.
- Guillaume (A.-C.). — Les merveilles de la chirurgie réparatrice. La chirurgie maxillo-faciale, 118. — La vaccination contre la fièvre typhoïde dans l’armée, 365. — L’ulilisalion de nos ressources. Les algues marines alimentaires, 405.
- H. C. — Utilisation des marrons d’Inde, 269.
- Houarm (G.) — L’échec des zeppelins dans la guerre et leur avenir probable dans la paix, 52.
- II. V. — Un modèle mécanique de l’atome, 270.
- Jocbin (L.). — La nouvelle station biologique de Messine, 136.
- Kœhler (André). — Les vitamines et les maladies par carence, 140; — Le nouvel hôpilal civil de Lyon, 360.
- L. — A travers les revues techniques allemandes, 552.
- Lallemand (Ch.). — Le projet '« Brest-Transatlantique », 62.
- Lallié (Norbert). — Les jeux des aveugles, 31.
- Lanorvillg (Georges). — Culture mécanique et tracteurs agricoles, 97.
- Launay (L. de). — Les mines de pyrites espagnoles, 89. — L’argent et la guerre, 281.
- Le Ciiatelier (Henry). — La mesure des températures élevées, 19.
- Lefranc (Jean-Abel).— Géants et pygmées de l’air, 69..— La technique allemande de l’armement aérien, 209. —La liaison aérienne et la T. S. F. en avion chez les Allemands, 553.
- Lesbaudières (V.). — Le décapage des métaux au bisulfate de soude, 126.
- I.evatel (R.) — L’automobile à gaz, 599.
- Lévy-Salvador (Paul). — Houille blanche. Construction de barrages-réservoirs, 177.)
- Livon (Dr Cn.). — La rage, 65.
- Martel (E.-A.). — Le Salvador, 60. — Les batailles de la rivière froide, 102. — Le musée de la guerre, 186.
- Merle (René). — La harpie des hêtres, 174.
- Michaud (Gustave) et Fidel Tristan. — Une illusion d’optique, 255.
- Négrier (Paul). — Application pratique de la méthode Taylor à un atelier d’usinage, 6. — Les différentes méthodes de forgeage, 374.
- Paiiin (Lucien).— La plus puissante locomotive du monde, 223.
- Pawlowski (A.). — La fonte synthétique, 17. — Les transports par eau et la guerre, 113.
- P. S. — Les briques de silice, 166.
- Rabot (Charles). — Les chemins de fer de la Turquie d’Asie, 145. — Le climat de Salonique, 190. — Projet de canal marilime entre la mer du Nord et la mer d’Irlande, 320. — Les voies de communication directes entre Franco et Italie, 327. — Les richesses forestières de la Russie, 347.
- Renié (Louis). — L’agglomération de la houille, 1. — L’industrie du lignite, 273. — Les sondages pour recherches minières, 385.
- Rexouabd (Alfred). — L’industrie de l’asphalte, 54.
- Revërcjion (Léopold). — Les laboratoires nationaux d’industrie. Le « Bureau of Standards » de Washington, 225. — Les grands laboratoires nationaux. L’Institut Carnegie, 305 .
- Ricotard (Laurent). — L’cnergie hydro-électrique au Maroc, 203.
- R. M. — L’évaluation scientifique des pensions et indemnités des réformés de la guerre, 49. — Pour améliorer notre pain actuel (le pain français), 183. — L’ambulance belge de l’Océan à La Panne, 289. — Pour remédier à la pénurie du sucre. La saccharine, 540. — Les plaques d’identité des soldats, 577.
- S. — L’origine des goudrons de houille, 416.
- Sallior (P.). — La crise des engrais, 28. — Gisements de potasse nouveaux, 524.
- Soulier (A.). — Les illuminations de l’Exposition de San Francisco, 537.
- Truelle (A.). — L’utilisation ménagère des fruits, sans sucre. II. La préparation des jus ou sucs de fruits, 13. — III. Le séchage des fruits, 45. — IV. Les pulpes ou purées, les raisinés et les fruits à l’eau-de-vie, 105. — V. Les jus de pommes concentrés, gelées et pommées, 123. — VI. Préparation des cidres mousseux et des vins de pommes véritables ou factices, 153. — VII. Les fruits des haies et des bois, 231. — Prix de revient de l’alcool de pommes chez les producteurs, 380.
- Volta (H.). — La métallurgie moderne de l’or, 40. — Le contrôle des générateurs de vapeur, 73. — La glace do fond, 96. — Un record de la guerre déminé, 110. — Les perfectionnements récents de la télégraphie sans fil, 129. — Les hélices et les vibrations des navires, 191. — Le gyroscope èt ses applications, 193. — Un exemple de construction rapide d’usine, 240. — La stabilisation des navires et des avions, 241. — Le pétrole et le gaz naturel, 257. — Les ramifications mondiales de l’industrie chimique allemande, 298. — Le lancement du bateau «Béton I »,564.
- __ La production de la vapeur par l’électricité, 372. —
- Quelques nouveaux redresseurs de courant, 414.
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-
-
-
- TABLE DES MATIERES
- N. B. Les articles de la Chronique, imprimés dans ce volume en petits caractères, sont indiqués dans cette table en lettres italiques.
- ART MILITAIRE — MARINE
- CHIMIE
- L’échec des zeppelins dans la guerre et leur avenir pro-
- bable dans la paix (G. Houard)......................... 52
- Navires en bois américains pour les alliés (A. Breton). 63 Géants et pygmées de l’air (Jean-Abel Lefranc) .... 69
- Les batailles de la rivière froide (E.-A. Martel). . . . 102
- Un record de la guerre de mine (II. Volta)................110
- Les perfectionnements récents de la télégraphie sans til
- (II. Volta)............................................129
- Les Américains dans nos ports ('A- P.)................. . 167
- Fabrication des balles pour shrapnels (Jacques Boxer) . 171
- Uniformes par millions fabriqués mécaniquement (De
- i.a Ciseraie)..........................................206
- La technique allemande, de l’armement aérien (Jean-
- Abel Lefranc)...........................................209
- La stabilisation des navires et des avions (H. Volta) . . 241
- La préparation militaire des Etats-Unis (V. Forbin) . . 279
- Une demi-année de guerre sous-marine. La guerre de piraterie et la question des transports (A. G.). . . . 510 L’armée américaine et la mécanique (V. Forbin). . . . 321
- Au-dessus du Sahara (Y. F.)................................535
- La liaison aérienne et la T. S. F. en avion chez les
- Allemands (Jean-Abei. Lefranc)..........................353
- Le lancement du bateau Bélon-I (H. Volta)................564
- La naissance d’une Hotte aérienne (Y. Forbin) .... 369
- Les plaques d’identité des soldats (R. M.).................377
- L’organisation des camps américains (V. Forbin). . . . 401
- CONDITIONS ÉCONOMIQUES ET GÉOGRAPHIQUES DE LA GUERRE
- Les chemins de fer chinois (A. Breton)................... 9
- L'évaluation scientifique des pensions et indemnités des
- réformés de la guerre (R. M.)......................... 49
- Le projet « Brest-Transatlantique » (Cu. Lallemand). . 62
- L’utilisation des déchets en Allemagne (A. S )...........153
- Les chemins de fer de la Turquie d’tsic (Guarles
- Rabot). ............................................ . 145
- Coût de la guerre........................................ 160
- L’argent et la guerre (1.. de Launay).....................281
- Les ramifications mondiales de l’industrie chimique al-
- mande (II. Volta)......................................298
- Agrandissements du port de Rouen (A. Breton). . . . 503
- Projet du canal maritime entre la mer du Nord et la
- mer d’Irlande (Charles Rabot)..........................320
- Les voies de communication directes entre France et
- Italie (Charles Rabot).................................327
- A travers les revues techniques allemandes (L.) . . . . 332
- Pour remédier à la pénurie de sucre. La saccharine
- (R. M.) . . . .........................................540
- Les richesses forestières de la Russie (Charles Rabot) . 347 L’utilisation de nos ressources. Les algues marines alimentaires (A.-C. Guillaume) 405
- Le lancement des emprunts nationaux (V. Forbin), . . 4M
- Origine des goudrons de houille (S.)...................416
- Recherche de l'arsenic.................................109
- L'excrétion acide des racines..........................519
- Propriétés réfractaires de la magnésie.................519
- La distillation des mélanges sulfo-nilriqncs .... 582
- Teneur en azote des houilles oxydées................
- MÉDECINE, CHIRURGIE, HYGIÈNE, HOPITAUX.
- Les jeux des aveugles (Norbert Lai.uk) ....... 51
- La rage (Dr Cu. Livon).............................. 65
- Les merveilles de la chirurgie réparatrice. La chirurgie
- maxillo-faciale (A.-C. Guillaume).................118
- Les vitamines et les maladies par carence (André
- Kœiiler)..........................................140
- Les protecteurs d’oreilles (A. B.)......................158
- Pour améliorer notre pain actuel. Le pain français
- > (R- M.)......................................! . 183
- L’hygiène des voies publiques et le nettoiement pneumatique (M. Bousquet)...............................201
- La récupération des cotons provenant des hôpitaux
- militaires (A. P.).................................. 258
- Les colloïdes en biologie et leurs applications médicales
- (A.-C. G.)............................................250
- La chambre d’allaitement dans les usines (A. K.) . . . 271
- Rééducation des sourds et des muets de la guerre
- (Edouard Drouot).................................... 284
- L’ambulance belge de l’Océan à La Panne (R. M.). . . 289
- Le nouvel hôpital civil de Lyon (André Kœiiler) . . . 560
- . La vaccination contre la fièvre typhoïde dans l’armée
- (A.-C. Guillaume)................................... 565
- Notes sur les vitamines (A. K.)...................... . 382
- Transport des blessés en montagne (Dr P. Bonnette) . . 383
- Le temps nécessaire à l’apparition de la-'propriété antivirulente du sérum est fonction de la. quantité
- de vaccin inoculée.................................... 12
- L’heure des repas....................................... 12
- Influence du traumatisme sur la gangrène gazeuse
- expérimentale......................................... 13
- Vaccination active de l’homme contre le tétanos . . 95
- La sensibilité du chimpanzé au paludisme humain. 109
- Méningite cérébro-spinale et météorologie...............110
- La coagulation du latex d’IIevea...................... 125
- . Emploi de Vanhydride carbonique dans le choc
- traumatique. . ;.................................... 125
- Le paludisme de Macédoine............................. 205
- Propriétés antiseptiques de l’air nitreux. . . 205
- Rôle physiologique des symbiolcs..............V . . 255
- La fonction de réduction de l’urine.....................255
- Le Boulon d’Orient......................................269
- La dent de sagesse......................................269
- La perméabilité des reins au glycose....................270
- Un microbe invisible antagoniste, des bacilles dysentériques ...........................................270
- p.421 - vue 425/427
-
-
-
- 422 TABLE DES
- Méthode nouvelle d'inscription graphique en physiologie...............................................584
- Le taux de blutage.....................................584
- La transmission du paludisme...........................584
- L'origine cutanée des streptocoques dans les plaies
- de guerre...........................................502
- Les effets de la vaccination antityphoïdique. . . . 302
- La digestibilité du pain.........................- . 502
- Nouvelle méthode de destruction des moustiques . . 302
- GÉOGRAPHIE - GÉOLOGIE - MINÉRALOGIE
- Le Salvador (E.-A. Martel)............................ 60
- Les mines de pyrites espagnoles (L, de Launay). ... 89
- Le climat de Saloniquc (Charles Rabot)............... 190
- L’énergie hydro-électrique au Maroc (Laurent Rigotaud). 203
- Gisements dépotasse nouveaux (P. Sallior).............524
- L’acquisition des Antilles danoises par les États-Unis
- (E.-A. M.).........................................349
- Carte du Massif de Gavarnie .......................... 12
- Mammifères fossiles................................ . 13
- Conditions de formation du coke....................... 44
- La transformation des roches basiques en amphi-
- bolites............................................ 93
- La déformation de l’écorce terrestre..................109
- Roches de Madagascar................................ 110
- Les nappes géologiques de la Basse Provence .... 125
- Symétrie de la chaîne alpine..........................255
- Géologie du Congo................................... 269
- Les roches de la Somma................................503
- Houille en Tunisie.................................. 319
- État magnétique des basaltes groenlandais. . . , . 382
- HISTOIRE NATURELLE BIOLOGIE — ZOOLOGIE — BOTANIQUE
- La botanique et la guerre (Virgile Brandicourt) .... 59
- D’étranges jardins. Les plantes qui poussent sur les feuillets des livres et des estampes (Jacques Boveb) . 78
- La harpie des hêtres (René Merle)..................174
- La nouvelle station biologique de Messine (L. Jobbin). . 136
- Palmiers à crin végétal de Madagascar.............. 44
- Les défenseurs de nos forêts......................... 44
- Le sérum de la murène................................ 45
- Maladies des chênes ................................. 45
- Influence de l’eau et des matières minérales sur la
- germination des pois.............................. 95
- L'angle d’inclinaison du cœur humain................. 95
- Influence des matières minérales sur la germination des pois.........................................109
- L’appareil à venin des serpents......................125
- Production artificielle des galles...................191
- Parasitisme des graines toxiques.....................302
- Reptiles permotriasiques.............................302
- Graines de betteraves à sucre........................519
- Apparition de bivoltins accidentels dans les races
- univoltines du bombyx du mûrier...................382
- L’instinct paralyseur des Hyménoptères...............398
- La sériciculture à Madagascar........................598
- Mode de reproduction des cloisons cl’ammonoïdes. . 599
- Rapport de parenté du saumon. ...................... 599
- INDUSTRIE - MÉCANIQUE — TRAVAUX PUBLICS
- L’agglomération de la houille (Louis Renié)............. 1
- La fonte synthétique (A. Paavlowski).................... 17
- La guerre nous privéra-t-elle d’allumettes? (Jacques Boyer).................................................. : 24
- MATIÈRES
- Le moteur Diesel de grande puissance (Ernest Coustet). 53
- La métallurgie moderne de l’or (IL Yoi.ta)................. 40
- L industrie de l’asphalte (Alfred Renouard)................ 54
- Le contrôle des générateurs de vapeur (IL Yoi.ta). . . 73
- Le décapage des métaux au bisulfate de soude (Y. Les-
- baudières) . . . .......................................120
- Fabrication mécanique des crosses chaînes (Jacques
- Boyer)..................................................145
- Le gaz .à l’eau dans l’éclairage au gaz de houille
- (M. Bousquet)...........................................1G1
- Les briques de silice (P. S.)..............................166
- Houille blanche. Construction de barrages-réservoirs
- (Paul Lévy-Salyabor)....................................177
- Extincteurs d’incendie (Nicolas Flamel)....................216
- La plus puissante locomotive du monde (Lucien Paiiin). 223
- Le pétrole et le gaz naturel (IL Yoi.ta).....................557
- L’industrie du-lignite (Louis Renié).......................573
- Fabrication des instruments d’optique de guerre en
- France (Jacques Royer)....................................294
- Les illuminations de l’Exposition de San-Francisco
- (A. Soulier). •.........................................537
- Le pyromètres électriques industriels (Ernest Coustet). 344
- La fabrication de la glycérine (A. Breton).................329
- La production de la vapeur par l’électricité (IL Yolta). 372 Les différentes méthodes de forgeage (Négrier) .... 574
- Prix de revient de l’alcool de pommes chez les producteurs (A. Truelle)...........................................580
- Les sondages pour recherches minières (Louis Renié) . 585
- L’exploitation des forêts françaises par les Canadiens
- (V. Foriïin)............................................391-
- L’automobile à gaz (R. Levatei.) ............................399
- Fondations en terrains compressibles (M. Bousquet) . . 407
- PHYSIQUE — ASTRONOMIE MÉTÉOROLOGIE
- La mesure des températures élevées (Henry Le Ciiate-
- lier)................................................ 19
- La glace de fond (IL Volta).......................... 90
- Les hélices et les vibrations des navires (II. Yolta) . . 191
- Le gyroscope et ses applications (II. Yolta).........195
- Une illusion d’optique (Gustave Michaud et Fidei, Tristan). 255
- Un modèle mécanique de l’atome (IL Y.)..................270
- Procédé versicolor Dufay pour la photographie des couleurs .................................................292
- Quelques nouveaux redresseurs de courant (IL Volta). 414 Changements de dilatation des alliages de fer sous
- diverses influences.................................. 13
- Dilatabilité de Vargon et du néon. . ................... 45
- La stérilisation des liquides par la chaleur sous
- couche mince...................................... 109
- Un jardinier astronome du xvu° siècle...................110
- Mécanisme de la trempe des aciers au carbone. . . 110
- Le mouvement propre des chromatophores..................191
- L’heure en mer..........................................191
- La propagation à grande distance de l’onde de
- bouche du canon......................................205
- La trempe de l’acier...................................205
- La formation des volcans lunaires......................205
- Les jiropriétés réfractaires de la silice ...... 205
- Un nouveau cas de catalyse réversible............... . 206
- L’influence des grandes canonnades sur la pluie. . 255
- L’hétérogénéité des aciers..............................269
- L’effet thermo-électrique par étranglement.............284
- La vitesse de la lumière...............................284
- Conductibilité électrique du mica.......................502
- Influences électrométalliques à travers des feuilles
- isolantes très minces. .................. ... 535
- Recherches sur la gravitation...........................582
- Variation diurne du potentiel en un point de l’atmosphère .................... ....... .................. 582
- Absorption dé Veau sur la lune et les planètes. . . 598
- p.422 - vue 426/427
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- ............: ...TABLE DE
- Utilisat ion du bathyrhéomètre pour l’élude des vents. 598 Nouvel appareil fluoromélrique pour le dosage des rayons X..............................599
- ORGANISATION SCIENTIFIQUE ET INDUSTRIELLE
- Application pratique de la méthode Taylor à un atelier
- d’usinage (Paul Négrier)....................... 0
- Les grands laboratoires nationaux (suite). Le Bureau international des Poids et Mesures (Cii.-Ed. Guillaume). 81 Les transports par eau et la guerre (Auguste Pawloyvski). 115 Une cantine électrique originale dans une usine française
- (J. Boyer).........................................-. 150
- Les laboratoires nationaux d'industrie. Le « Bureau of Standards », de Washington (Léopold Reverciion). . 225
- Le froid et l’hygiène dans l’alimentation. Une boucherie
- de détail modèle (M. Bousquet)...........................250
- Un exemple de construction rapide d’usine (il. Yolta). 240
- Les ports maritimes........................................240
- Un laboratoire d'hydraulique appliquée. L'Institut hydro-
- tcclmique de Stra (Ardue Breton).........................202
- Outillage des ports........................................204
- Organisation moderne des usines............................500
- Les grands laboratoires nationaux. L’Institut Carnegie
- (Léopold Reverciion).....................................505
- Projet d’agrandissement du port du Havre (A. Breton). 307
- ÉCONOMIE DOMESTIQUE
- L’utilisation ménagère des fruits, sans sucre. II. La pré-
- paration des jus ou sucs de fruits (A. Truelle) ... 15
- III. Le séchage des fruits (A. Truelle)................... 45
- IV. Les pulpes ou purées, les raisinés et les fruits à
- l’eau-de-vie (A. Truelle)...............................105
- F1JN DES
- MATIERES '.. --- 423
- Y. Les jus de pommes concentrés, gelées et pommées (A. Truelle)..........................................123
- VI. Préparation des cidres mousseux et des vins de
- pommes véritables ou factices (A. Truelle)..........155
- VII. Les fruits des haies et des bois (A. Truelle). . . 251
- Les marmites norvégiennes : données scientifiques sur
- leur construction et leur fonctionnement (Daniel
- Claude)............................................. 50
- Produisons des légumes (Y. Fordin) ...................550
- L’Exposition du feu (A. B.)............................395
- NÉCROLOGIE
- Grandeur y (Cyrille) ..............................205
- Bertrand (£.)..„....................................319
- AGRICULTURE
- La crise des engrais (P. Sai.uor)....................... 28
- Culture mécanique et tracteurs agricoles (Georges Lanoii-
- ville).................................................... 97
- L’alimentation du bétail dans les circonstances actuelles
- (Henri Blin)..............................................220
- Utilisation des marrons d’Inde (II. C.)..................269
- DIVERS
- Encres sympathiques (Nicolas Flamel).................. 86
- La reconstitution des documents brûlés (Ernest Coustet). 170
- Le musée de la guerre (E.-A. Martel)...............186
- Les trompettes de Jéricho (Nicolas Flamel)............514
- Fondation Loutreuil. ..................................555
- TABLES
- Le Gérant : P. MassoA.
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