La Nature
-
-
- LA NATURE
- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L'INDUSTRIE
- p.n.n. - vue 1/474
-
-
-
- LA NATURE
- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L'INDUSTRIE
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ
- Paris. Un an.............. 20 fr. »
- — Six mois. .... 10 fr. »
- ABONNEMENTS
- Départements. Un an.. . 25 fr. »
- — Six mois. . 12 fr. 50
- Prix du numéro : 5o centimes.
- Union postale. Un an . . 26 fr. )
- — Six mois . 15 fr. >
- LES QUATRE-VINGT-NEUF VOLUMES PRÉCÉDENTS SONT EN VENTE
- AVEC QUATRE TABLES DÉCENNALES (I8y3—1^12)
- Paris.
- Imprimerie Laiiitie, rue de Fleuras, R.
- p.n.n. - vue 2/474
-
-
-
- O
- QUARANTE - SIXIEME ANNÉE 1918 — PREMIER SEMESTRE
- MASSON ET C% ÉDITEURS
- LIBRAIRES DE L'ACADÉMIE DE MÉDECINE
- PARIS, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN
- Page de titre n.n. - vue 3/474
-
-
-
- p.n.n. - vue 4/474
-
-
-
- 46e ANNÉE.
- 5 JANVIER 1918.
- — N° 2310. =:
- LA NATURE
- ET
- REVUE DES SCIENCES
- DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
- LES FUTURES ROUTES D’EXPORTATION DES CÉRÉALES DU CANADA
- Le Canada apporte à la défense de la liberté du monde la plus magnifique et la plus utile collaboration. Il a déjà dirigé plus de 400 000 hommes vers les champs de bataille d’Europe et il se dispose
- York. Dans le domaine des transports la rivalité s’affirme ainsi entre le Canada et les Etats-Unis, entre Montréal et New-York. Tandis que dans l’ancien monde une pareille. lutte_ se traduirait par
- Fig. i. — Gare terminus du Canadian Northern Railrvay à Port-Arthur (Lac Supérieur).
- à nous envoyer-de nouveaux renforts. 11 participe en outre aux énormes dépenses qu’entraîne la lutte et fournit le concours de sa jeune et déjà puissante industrie aux fabrications de guerre. Quelque considérable que soit cet effort, il ne détourne pas nos amis de là-bas de travailler à doter leur pays de voies de communications destinées à augmenter ses facultés d’exportation.
- Les deux principaux articles du programme des travaux publics en cours d’exécution comportent l’ouverture de débouchés vers l’Atlantique pour les céréales des provinces occidentales et l’amélioration des conditions de la navigation à l’issue des Grands Lacs afin d’attirer vers le Saint-Laurent et Montréal l’énorme trafic de sortie de ces mers intérieures dont une partie est acheminée par rail sur New-
- l’organisation d’entraves administratives pour- empêcher les marchandises de prendre les voies plus avantageuses du voisin, en Amérique elle donne naissance entre les concurrents à une féconde émulation ; c’est à qui attirera chez lui la clientèle par la meilleure organisation possible des transports.
- Les grands travaux entrepris dans ce but au Canada ou simplement en projet ne sauraient nous laisser indifférents. Leur achèvement permettra, en effet, l’afflux sur nos marchés des blés de l’Amérique du Nord en quantités énormes et à bien meilleur compte que par le passé et ces arrivages apporteront de profondes modifications dans les conditions de notre yie. Déjà l’an dernier et cette année les céréales du Manitoba, du Saskatchewan et de
- p.1 - vue 5/474
-
-
-
- 2 LES FUTURES ROUTES D’EXPORTATION DES CÉRÉALES DU CANADA
- l’Alberta ont fourni un appoint considérable au ravitaillement des Alliés.
- Quellepuissance.de production agricole possède l’Ouest Canadien, cela passe l’imagination. De l’extrémité occidentale des Grands Lacs au pied oriental des Montagnes Rocheuses, sur une distance d’ouest en est de pas moins de 1(100 km sous le parallèle dè Winnipeg, le Manitoba, et les districts méridionaux du Saskatchewan et de l’Alberta forment une zone d’immenses plaines susceptibles de porter d’aussi abondantes moissons que les « terres noires » de la Russie méridionale ou que les terres à blé du Minnesota ou du Dakota aux États-Unis.
- Il y a là pour le moins 100 millions d’hectares de sols vierges, le double de la superficie de
- colonisation aura fait des progrès dans l’ouest canadien, cette contrée pourra exporter des centaines de millions d-’hectolitres de blé et deviendra un des greniers du monde.
- L’agriculture ne constitue pas la seule richesse de cette partie de l’Amérique boréale. Aux céréales, il faut ajouter les bois, les fourrures, et les produits du sous-sol. L’Alberta et le Saskatchewan (M renferment des gisements considérables de charbon, et dans le Nord, autour du Grand Lac des Esclaves, ainsi que dans la vallée du Mackenzie, on a reconnu l’existence de bassins pétrolifères offrant les plus merveilleuses possibilités d’avenir.
- Or, dé par sa situation au centre du continent, l'Ouest canadien se trouve dans des conditions très désavantageuses pour l’exportation de ses produits.
- Fig. 2. — Vue de Port-Arthur (Lac Supérieur). Un convoi de steamers chargés de blé quittant le port.
- la France! Songez que seul le Saskatchewan est plus grand que l’Autriche-Hongrie, que le Manitoba représente une superficie égale à celle de l’Allemagne, de la Suisse, de la Relgique et de la Hollande réunies et que l’Alberta possède une étendue supérieure à celle de l’Italie et de la presqu’île des Balkans. Et quelle fécondité possèdent ces territoires, une comparaison numérique le mettra en lumière.
- Dans le Saskatchewan et l’Alberta, les ensemencements en blé et en avoine ne couvrent encore que 5,5 millions d’hectares, une surface infime par rapport à l’immensité des terres cultivables. Or, ces 5,5 millions d’hectares qui représentent à peu près le cinquième des emblavures en France en temps normal ont produit en 1916 une quantité de céréales égale aux sept dixièmes de notre récolte normale, soit 61 millions d’hectolitres de froment et 77 millions d’avoine. Il n’est donc pas exagéré d’annoncer que d’ici quelques années, lorsque la
- La seule route dont il dispose, est celle des Grands Lacs, dont le bassin le plus occidental, le Lac Supérieur, baigne le Manitoba. Dans son état actuel cette voie présente de graves inconvénients ; d’abord elle est très longue (2000 km environ jusqu’à Montréal), et soumise à des restrictions quant au tonnage des navires employés. En second lieu, pour arriver à Port-Arthur et Fort-William, les ports d’embarquement sur le Lac Supérieur, les céréales doivent effectuer par rail un trajet pouvant s'élever dans certains cas jusqu’à plus de 2000 km. — Enfin pour ces transports il n’existe que trois lignes ferrées. Aussi bien, lorsque la récolte est abondante
- 1. Sous une étendue de 745 km2, le Saskatchewan contiendrait 2 milliards et demi de tonnes de lignite. Suivant toute vraisemblance, les réserves de ceLte province en combustible minéral s’élèveraient à huit lois ce total. D’autre part, l’Alberta renfermerait au moins 586 milliards de tonnes de houille. (II. M. Cadcli. The Resources of Canada, in The Scottish Geocjraphical Magazine, Edimbourg, XXXII, 4, avril 1916, p. 174).
- p.2 - vue 6/474
-
-
-
- LES FUTURES ROUTES D’EXPORTATION DES CÉRÉALES DU CANADA 3
- comme en 1915 son transport vers l’Est n’est pas I Nord-Est, c’est-à-dire vers la baie d’Hudson dont le achevé au début de la moisson suivante. Afin de | bord méridional s’étend jusque dans le voisinage de
- dégager cette voie on a entrepris l’ouverture d’une la zone agricole. Pour cela, on a commencé la cons-seconde porte de sortie aux blés de l'Ouest, vers le truction d’une voie ferrée reliant Le Pas (Mani-
- Fig. 3. — Les voies de communication de l'Ouest Canadien avec VAtlantique. En cartouche, en haut : le canal Welland entre les lacs Êrié et Ontario; en bas : le canal Rideau entre Kingston et Ottawa et les canaux latéraux du Saint-Laurent permettant d'éviter les rapides.
- p.3 - vue 7/474
-
-
-
- 4 LES FUTURES ROUTES D’EXPORTATION DES CÉRÉALES DU CANADA
- toba), à Port-Nelson, à l’embouchure de la rivière du même nom, ainsi que l’établissement d’un grand port devant cet estuaire. La ligne aura une longueur de 678 km. — À la fm de cette année le rail serait arrivé à 70 ou 80 km de la mer, si les nécessités de la guerre n’avaient contraint de suspendre la pose de la voie.
- Cette nouvelle route répondra-t-elle aux espérances que les fermiers de l’Ouest fondent sur elle? En tout cas, elle possède sur celle des Grands Lacs l’avantage d’être considérablement plus courte, comme le montre le tableau suivant des distances comparées entre Saskatoun, un des centres de la région agricole, et Liverpool :
- Route de la baie d’Hudson :
- De Saskatoun à Port Nelson par rail............ 1121 km
- De Port Nelson à Liverpool (2966 milles marins). 5487 —
- Total............................. 6608 km
- Route des Grands Lacs :
- De Saskatoun par Winnipig-à Port-Arthur par rail. 2595 km De Port-Arthur à Liverpool par Montréal (5559 milles marins)..................................... 6214 —
- Total . .......................... 8609 km
- La différence en faveur de la route par la baie d’Hudson s’élève donc à 2000 km; d’autre part, le trajet par rail qu’elle comporte est de moitié plus court que celui nécessaire pour amener les céréales ^aux ports d’embarquement sur le Lac Supérieur.
- Par contre, cette voie offre de graves inconvénients. Le détroit d’Hudson, qui met en communication la baie avec l’Océan, n’est complètement débarrassé de banquises et accessible à la navigation commerciale que du milieu d’août à la fm d’octobre. Ce passage délicat franchi, on n’en a
- pas encore fini avec les glaces; avant d’atteindre 1 Atlantique les navires doivent traverser le long-dès côtes du Labrador des zones encombrées d’icebergs. La période de navigation sur cette route est donc notamment plus courte que celle pendant laquelle la circulation est possible sur les Grands Lacs; en second lieu, en raison des risques spéciaux que présentent les traversées de la baie d’Hudson à Liverpool les primes d’assurances seront singulièrement élevées.
- A Port-Nelson le fret à destination de l’Europe sera donc plus cher qu’à Montréal et surlout qu’à New-York. L’ 'économie réalisée dans le prix de transport des blés en raison de la moindre distance à parcourir par rail sur la roule de la baie d’Hudson pourra ainsi se trouver compensé en partie.
- En 1914, le premier navire venant de l’Atlantique n’a pu arriver à Port-Nelson que le 15 août et le dernier départ de ce port a eu lieu le 17 octobre. Durant ces deux mois 56 passages du détroit d’Hudson ont été effectués sans accident.
- Dans tous les cas une expérience de plusieurs aimées est nécessaire avant que l’on puisse se prononcer sur la valeur de ce débouché. D’ailleurs, par l’emploi de brise-glaces, l’organisation, sur les côtes du détroit, de stations d’hydroplanes chargés d’observer les déplacements des glaces et l’installation de postes de télégraphie sans fil qui transmettront aux navires les renseignements recueillis par les avions, il sera possible d’assurer le passage des bateaux allant charger à Eort-Nelson avant le 15 août. Enfin les nombreux navires en bois construits pendant la guerre et qui, eux, supportent mieux que les navires en fer le choc des glaces pourront, après la fin des hostilités être employés
- avantageusement sur cette ligne.
- Examinons maintenant les améliorations en cours d’exécution ou en projet sur la route des Grands Lacs. Pour que l’on puisse en apprécier l’intérêt, il importe de se souvenir que cette voie de navigation est formée d’un escalier d'immenses nappes d’eau unies soit par des canaux creusés dans l’épaisseur des marches, soit par des rivières. Le gradin culminant est occupé par le Lac Supérieur situé à l’altitude] de '182 m. ; le second par les lacswIIuron et
- Lig- 4- — Élévateur à Porl-Arthur (Lac Supérieur).
- p.4 - vue 8/474
-
-
-
- = LES FUTURES ROUTES D’EXPORTATION DES CÉRÉALES DU CANADA 5
- Michigan à la cote 174; le troisième par le lac Érié à 172 m. au-dessus du niveau de la mer, enfin le quatrième par le lac Ontario sis à l’altitude de 72 m.— La différence de niveau entre le Lac Supérieur et le lac Huron est rachetée par les écluses des canaux du Sault-Sainte-Marie, ensuite, du lac Huron la rivière Sainte-Claire amène au lac Érié à l’extrémité duquel on rencontre l’escarpement de 100 m. de haut qui donne naissance à la chute et aux rapides du Niagara. Devant cet obstacle la route bifurque en deux embranchements, l’un vers New-York, l’autre vers Montréal.
- Le premier, en territoire des Etats-Unis, est formé par le canal Érié qui unit le lac de ce nom à l’Hudson, tandis que le second situé sur la rive canadienne est tracé par le canal Welland ouvert dans l’épaisseur du seuil du Niagara, puis par le lac Ontario, et par son émissaire, le Saint-Laurent. Une fois que l’on est sur ce puissant fleuve, on n’en a pas encore fini avec les écluses. De sa sortie de l’Ontario à Montréal, le Saint-Laurent descend les 70 m. de différence de niveau entre le lac et la mer par six marches qui ont entraîné le creusement d’autant de tronçons de canaux latéraux dont la longueur varie de 1500 m. à 22 km, 5.
- Le mouillage du canal Erié ne dépasse pas 2 m. 10, tandis que celui du canal Welland et des canaux du Saint-Laurent atteint 4 m. 20. Aussi bien par cette dernière voie des navires de mer calant moins de treize pieds anglais peuvent seuls passer et venir charger jusqu’à Port-Arthur et à Fort-William, les terminus du réseau ferré de l’Ouest Canadien à l’extrémité du Lac Supérieur. Malgré cet avantage important, une très grosse partie du trafic de sortie des Grands Lacs délaisse la voie canadienne et Montréal au profit de New-York. A partir de novembre, la navigation dans l’estuaire du Saint-Laurent est soit arrêtée par les glaces, soit soumise à des risques graves ; d’où une élévation considérable du taux des assurances ; en second lieu, les offres de transport à destination de Liverpool sont plus abondants et le fret sur cette place moins élevé à New-York. Pour toutes ces raisons, près de la moitié des céréales de l’Ouest Canadien prend la direction de ce port, non point
- 5. — Sur le canal Welland.
- par le canal Érié, mais par chemin de fer à partir de Buffalo, l’augmentation des frais de transport résultant de l’emploi de la voie ferrée se trouvant compensée par les avantages qu’offre New-York pour l’expédition des marchandises (1).
- Afin de développer ce courant commercial et d’attirer de plus en plus vers l’Hudson le trafic de
- 1. Tel a été le cas en 1911. En novembre de cette année-là le prix de transport d’un hectolitre de céréales de Fort-William à Montréal par eau ne dépassait pas Ofr. 63, tandis qu’il s’élevait à 1 fr. 25 de Fort-William à New-York par Bull'alo. En revanche, à cette date, le taux des assurances pour le trajet N'ew-York-Liverpool ne dépassait pas 0 fr. 62 à 0 fr. 75 pour 500, alors qu’il s’élevait entre 5 fr. 25 et 5 fr. 50 pour les chargements partant de Montréal (R. II. Whitbeck, The St- Lawrence River and Its Part in the Making of Canada, in Bull, of the American Geographical Society, New-York, XLYII, 8, août 1915, p. 592).
- La situation n’a pas changé. En 1916 également plus de la moitié des céréales expédiées de Fort-William à destination de l est a été débarquée à Buffalo et acheminée de là par chemin de fer sur New-York.
- Le tableau suivant des directions prises en 1916 par les blés de l’Ouest canadien est à cet égard instructif :
- De Fort-William directement par eau sur
- Montréal............................ 448 000 hect.
- De Fort-William sur d’autres ports canadiens................................. 10 000 000 —
- De Fort-William sur la Baie Géorgienne (lac Iluron) pour être acheminés de là par voie ferrée sur Halifax et Saint-
- Jean ............................... 16 800 000 — -
- D.e Fort-William sur Buffalo et de là sur
- New-York.- . ....................... 38 600000 —
- 65 848 000 —
- L’expédition des 16,8 millions d’hectolitres de céréales par voie ferrée, de la Baie Géorgienne à Halifax et à Saint-Jean, a été effectuée par ordre du gouvernement canadien, d’accord avec celui de la Grande-Bretagne, afin défaire parvenir aux Alliés une partie de la récolte de l'Ouest par les voies les plus rapides.
- p.5 - vue 9/474
-
-
-
- 6
- L’ORIGINE GALLO-ROMAINE DU BETON ARME
- sortie des Grands Lacs, l’état de New-York a entrepris la transformation complète du canal Érié en lui donnant un mouillage à 3 m. 60. Devant cette menace le Canada a commencé l’établissement d’un nouveau canal Welland profond de 7 m. 50 et le creusement des canaux latéraux du Saint-Laurent.
- Mais ce n’est là qu’une solution d’attente. Afin de procurer à Montréal un avantage décisif, on projette la construction d’un canal maritime présentant un mouillage de 7 m. 20 entre la Baie Géorgienne du lac Huron et Montréal. Sa longueur ne sera pas inférieure à 708 km. — L’exécution de ce grand travail ne semble pas toutefois devoir présenter de grandes difficultés. L’isthme qu’il traversera constitue une large dépression modelée par les glaciers quaternaires et présentant par suite l’abondance en cavités lacustres et le drainage indécis, caractéristiques de la zone de l’erratique dans l’Amérique du Nord. Ainsi dans ce seuil sont logés deux bassins hydrographiques s’écoulant en directions opposées : celui de l’Ottawa vers le Saint-Laurent et celui de la French-River, issue du grand lac Nipissing, vers la Baie Géorgienne. Une plaine de quelques kilomètres de large, située à 198 m. au-dessus de la mer, sépare seulement les deux versants au point où le canal franchira le faîte. Par suite de ces circonstances topographiques il ne deviendra nécessaire de creuser un chenal artificiel que sur une distance de 45 km. — Sur le reste du parcours la Aroie d’eau se trouve déjà tracée par des cours d’eau qu’il suffira d’approfondir sur des sections plus ou moins longues.
- D’après l’avant-projet des dragages devront être effectués sur une distance totale de 105 km.
- Le canal comportera 27 écluses, 25 sur le versant occidental et 4 sur le versant oriental où la différence de niveau à racheter entre le bief culminant et la baie Géorgienne est seulement de 25 m.
- Quels avantages Montréal et le Canada tout entier tireront de cette grande oeuvre, cela saute aux yeux à l’examen de la carte. Au lieu du long détour vers le Sud auquel les bateaux sont astreints actuellement par le lac Huron, la rivière Sainte-Claire, le lac Érié, le canal Welland, le lac Ontario et le Saint-Laurent, ils se rendront directement du lac Huron à Montréal en 65 heures, en admettant une -marche de 6 nœuds; ce qui n’a rien d’exagéré. De plus, grâce à la profondeur de 7 m. 20 prévue pour le nouveau canal, de gros cargos passeront directement de l’Océan sur les Grands Lacs et viendront charger dans les ports mêmes de ces mers intérieures. L’Atlantique se trouvera ainsi prolongé jusqu’au centre du continent américain. Aussi bien, cette future ligne de navigation intérieure deviendra la voie de sortie non seulement pour les céréales de l’Ouest canadien, mais encore pour celles des plaines centrales des États-Unis comme pour les produits de l’industrie de cette vaste région si active de l’Union américaine. Le canal sera, comme on le prédit déjà, une véritable « voie impériale » appelée à exercer une in- ' fluence considérable sur la situation économique de l’Amérique du Nord et par suite sur celle de l’Europe. Charles Rabot,
- L’ORIGINE GALLO-ROMAINE DU BETON ARME
- A première vue le titre de cette étude pourra sembler paradoxal. Le béton armé n’est-il pas en effet par excellence le procédé de construction ultra-moderne. U y a un demi-siècle à peine son emploi était modestement limité à la construction des pots de fleurs et depuis quelques années seulement il a pris le merveilleux développement que l’on sait.
- Un simple examen historique va pourtant nous apprendre qu’il n’y a rien de fallacieux à en trouver les origines directes dans les puissants monuments dont les ingénieurs romains ont couvert l’immense empire.
- Dans béton armé il y a deux mots : béton et armé. Nous allons voir brièvement que les architectes romains possédaient pleinement la technique de ces deux éléments. Aux procédés près de la mise en œuvre, ils ont en effet inventé le béton, ou construction par petit cailloulis et en enfouissant dans la masse de la maçonnerie une armature rigide de bois, de pierre, de briques ou même parfois de métal ils ont posé les principes fondamentaux de l’art du béton armé.
- On a là un exemple de l’influence exercée sur les écoles d’Architecture par la nature du sol où elles sont nées. L’absence totale de carrières et la présence des alluvions argileux et gras de l’Euphrate ont conduit les peuples de l’Elam à pousser la science de l’emploi delà brique à un degré qui n’a jamais été dépassé. La puissante technique et l’art massif des Pharaons se ressent avant tout de la nature des matériaux mis en œuvre : les blocs de syénite et de diorite. La fameuse corbeille où s’enroulait l’Achante de Calimaque n’est qu’un incident dans l’évolution de l’art grec. Son histoire tout entière était écrite à l’avance dans la finesse du grain des marbres de Paros.
- Lorsque les Romains eurent conquis leur empire, l’esprit • centralisateur et méthodique qui faisait leur force, les conduisit à chercher une méthode de construction universellement applicable. Ils constituèrent une, école architectonique suffisamment souple pour pouvoir s’adapter aussi bien aux sables brûlants de l’Afrique qu’aux marais brumeux du nord de l'Europe. Pour cela il ne fallait pas
- p.6 - vue 10/474
-
-
-
- L’ORIGINE GALLO-ROMAINE DU BETON ARME
- compter sur les ressources naturelles des pays. Si l’un pouvait offrir de riches carrières, tel autre pouvait en être dépourvu. De plus unearme'e d’artisans et de maçons, ne pouvait marcher à la suite des cohortes militaires ; l’insuffisance d’une main-d’œuvre, recueillie sur place au milieu de peuplades à demi sauvages et frémissantes encore sous la nouvelle domination, interdisaità l’avance l’espoir de rassembler les éléments d’une stéréotomie même rudimentaire.
- Cette nécessité de mettre en œuvre des matériaux absolument quelconques avec des appareilleurs de talent plus que rudimentaire engendra le béton. Si déshéritée soit-elle au point de vue géologique il n’est guère de contrée où l’on ne puisse s’approvisionner de cailloux. Les galets abondent dans les plaines d’alluvions et en montagne le moindre découvert fournira de la caillasse. D’autre part les qualités d’un ciment dépendent beaucoup plus de la façon dont il a été préparé que de la nature des éléments dont on l’a tiré. Le calcaire et l’argile sont peut-être les substances les plus répandues à la surface du globe. A' la condition de les trier méticuleusement et d’en surveiller avec soin la cuisson, un ingénieur expérimenté pouvait donc avoir toujours la certitude de se procurer un excellent ciment. On sait l’habileté consommée où étaient arrivés les constructeurs romains dans cette question des dosages, et comme ils savaient par exemple remplacer la pouzzolane napolitaine par des argiles cuites et pilées. Ilâtons-nous d’ajouter que mille « trucs de métier » permettaient de suppléer à l’insuffisance des fours à chaux par des dispositifs de fortune où, comme dans les meules à charbon de bois des forestiers la matière à traiter constitue elle-même l’édifice où s’accomplira, sa propre calcination.
- Une fois en possession de ces matériaux dont le transport, autre considération primordiale, était toujours facile, restait à les mettre en œuvre. Si une longue habitude est nécessaire pour dresser un bon tailleur de pierre et un appareilleur habile il suffit d’un peu de bonne volonté pour faire un excellent goujat, gâcheur de mortier, capable d’édifier impeccablement une limousinerie en petit blocage. Or la trique dontles contremaîtres étaient munis constituait un parfait stimulant à cette bonne volonté, et les équipes pouvaient être formées rapidement; on voit qu’avec de semblables principes de construction un ingénieur ou même un conducteur de ponts et chaussées élevé à la bonne école, car la hiérarchisation romaine n’avait rien à nous envier, pouvait, aussitôt débarqué derrière les légions et les cohortes, procéder à la mise en valeur' des contrées conquises. C’est un peu de même que, de nos jours, les sections de chemin de fer de campagne et autres attendent derrière la tranchée pour rétablir les voies et les ouvrages bouleversés par la vague déferlante du combattant.
- Nous venons de voir comment les Romains ont inventé le béton, il nous reste à dire comment ils
- ont su le chaîner et l’armer pour lui donner la prodigieuse souplesse qui leur a permis d’appliquer ce mode de construction aux travaux infiniment variés qu’ils ont entrepris. À la vérité leur méthode ne fut pas identique à celle des techniciens modernes, et, nous ne pourrons relever qu’une analogie de procédé. 11 serait excessif de pousser l’admiration pour les émules de Yitruve jusqu’à supposer qu’ils aient pressenti tous les secrets de la théorie de la résistance des matériaux. Il ne faut pas oublier que leur science était tout empirique, bien qu’elle s’appuyât sur des données expérimentales précises, comme en fait foi par exemple le remarquable laboratoire d’essai découvert dans les environs de Saint-Cha-. mondj1), où étaient éprouvés sous pression les éléments de siphons destinés à être employés dans la constitution des innombrables aqueducs de la région lyonnaise.
- On sait que le principe fondamental de la théorie du ciment armé est le suivant : Sa résistance à l’écrasement étant considérable et celle à l’arrachement nulle, le calcul déterminera la nature des efforts de traction exercés dans la maçonnerie et leur répartition, pour noyer suivant leur direction des tiges métalliques de section suffisante pour les absorber. C’est pour cela que dans un linteau ou dans une voûte le ferraillage doit être placé au voisinage immédiat de l’intrados pour l’éloigner autant que possible de la fibre neutre. Dans une console portant encorbellement, au contraire, il le faudra rejeter à l’extrados supérieur. Pourtant si le principe que nous venons d’énoncer est le seul sur lequel on puisse étayer une théorie à peu près précise du béton armé, il ne faut pas perdre de vue qu’il est un peu simpliste. En l’appliquant on trouverait par exemple qu’il est inutile de noyer des fers dans un pilier vertical constituant support rigide, il semble pourtant qu’il y aurait quelque imprudence à en tenter l’expérience et que la solidité de l’édifice pourrait en être compromise. Pratiquement l’on procède en se référant à des barêmes constitués par observations successives.
- Les techniciens romains en usaient de même. Ignorant l’art du laminage et fort limités dans celui de la tréfilerie, les métallurgistes ne pouvaient mettre à la disposition des architectes les profilés minces et longs qui seuls permettent la constitution des pièces pouvant travailler à la flexion. II faut des édifices exceptionnels comme le Panthéon d’Agrippa et sa merveilleuse coupole de 45 m. 50 de diamètre pour voir apparaître une armature proprement métallique. Par contre tous les moyens de chaînages en briqués, pierres, ou même en bois furent mis en usage. Il est inutile d’en exposer tout au long le détail, quelques exemples suffisent. En Syrie et en Orient les cèdres du Liban et quelques essences analogues fournissant un bois imputrescible furent utilisés. Les Romains étaient trop prudents pour faire dé même dans nos contrées,
- 1. À Saint-Gems-Terre-Noire, sur l’aqueduc du Gier.
- p.7 - vue 11/474
-
-
-
- 8 LES PLANTATIONS DE CAOUTCHOUC DANS LE PRÉSENT ET DANS L’AVENIR
- où l’armature vouée à une destruction prématurée parla fermentation n’eùt présenté qu’une résistance provisoire. Ils avaient pourtant trouvé cette coutume en vigueur chez les Gaulois, et elle réapparut du reste dans les constructions mérovingiennes de la décadence où des pièces de charpente étaient enrobées jusque dans les fondations. D’autre fois le Raisonnement était obtenu par des blocs posés à bains secs, rarement en délit, et réunis par des cramporfê de métal. Quant aux bandeaux de briques chacun sait que leur apparition sur un parement décèle immédiatement l’époque Gallo-romaine. Parfois un émail les rendait décoratives comme à Chalon-sur-Saône, qu’une triple ceinture de briques dorées encerclant ses remparts fit surnommer « l’illustre or bandai ». Dans le Panthéon que nous avons cité plus haut en particulier, l’immense voûte est sontenue par un savant réseau d’arca-tures de briques noyées dans la masse qui tout en l’allégeant lui ont permis de traverser presque deux millénaires sans se fissurer.
- La répartition de celte sorte de squelette du monument était établie par l’ingénieur, et les contremaîtres où chefs de chantier n’avaient qu’à en surveiller l’exécution. Ici encore nous voyons apparaître dans toute sa force la prodigieuse puissance du peuple romain. Alors que dans les techniques du moyen âge, dans l’école gothique surtout, entièrement dégagée des traditions gallo-romaines qui imprègnent l’art roman, s’il fallait sans doute un maître d’œuvre pour assurer l’unité de direction, chaque artisan devait dans sa sphère être un technicien. Il n’est pas une pierre, en effet, qui ne joue un rôle, et la moindre erreur de coupe ou de
- pose pouvait être fatale à la solidité de l’ensemble. Les Villard de Honnecoürt et les Robert de Luzarche n’avaient pas de lieutenants et commandaient directement à la troupe de leurs ouvriers. C’est peut-être à cela qu'il faut attribuer la relative lenteur de la construction des cathédrales alors que les édifices militaires étaient élevés avec une incroyable rapidité. Chez les Romains, au contraire, un petit noyau de contremaîtres expérimentés, citoyens jouant le rôle moderne du « blanc » dans nos colonies commandait à une armée de manœuvres. Ceux-ci asservis à la dure loi du vainqueur avaient tôt fait d’en exécuter les ordres précis, et l’on pouvait voir en un clin d’œil les routes serpenter dans la campagne et les monuments sortir du sol.
- C’est aussi à leur mode de construction que les monuments romains doivent leur particulière conservation. Si le temps les a peu à peu dégradés et en quelque sorte déshabillés, du moins leur puissante ossature a-t-elle la plupart du temps subsisté en ruines imposantes, pour ne pas dire toujours, lorsque la main de l’homme n’en a pas complété la décadence. Peut-être y pourrait-on trouver un argument contre les pessimistes sceptiques qui dénient à nos modernes édifices en ciment armé un caractère de durable solidité. Il serait pourtant excessif de pousser trop loin les déductions tirées d’une simple analogie. Plus nos connaissances, en effet, se perfectionnent, plus nous construisons léger et plus s’affinent les grêles armatures et se réduisent les minces parois du ciment armé. Au contraire, la bâtisse romaine se distingue toujours par le caractère massif et la large assiette de ses blocs artificiels. Louis de Contenson.
- LES PLANTATIONS DE CAOUTCHOUC DANS LE PRÉSENT ET DANS L’AVENIR
- C’est, en vérité, une merveilleuse histoire que celle de ces plantations de caoutchoutiers, qui, nées avec le siècle, voici moins de 20 ans, en Asie Méridionale et en Malaisie, couvrent aujourd'hui, dans ces régions privilégiées (Péninsule Malaise, Ceylan, Indes Néerlandaises et Bornéo Britannique), plus de 600000 hectares.
- Jamais culture ne prit en un temps aussi court un aussi prodigieux développement, et cela à l’époque précisément où les besoins de l’industrie allaient devenir tellement énormes que notre embarras, à l’heure présente, serait grand si nous en restions réduits au seul produit sauvage de jadis. On ne peut pourtant dire que ce soit .l'accroissement — à un degré bien imprévu — de ces besoins qui ait été véritablement la cause de cette grande extension culturale. Les plantations d’hévéas, à Ceylan et en Péninsule Malaise, furent, en somme, surtout entreprises sous la crainte que l’exploitation sans méthode et barbare des arbres et des lianes qui croissent spontanément en forêt n’amenât à
- brève échéance un sérieux fléchissement des récoltes mondiales. Le but était de maintenir le niveau de la production. Or, bien loin de tendre à l’élever au degré actuel, on craignit, au contraire, un instant, en présence des résultats obtenus, qu’il y eût bientôt surproduction.
- L’avenir devait rapidement démontrer la fausseté de ces prévisions, comme de tant d’autres.
- Citons des chiffres, qui, sous leur inévitable sécheresse, apparaîtront, croyons-nous, trop instructifs pour être fastidieux.
- En 1900, la production mondiale de caoutchouc était de 53 890 tonnes, sur lesquelles 26 800 provenaient des forêts du Brésil, 27 000 de celles des autres régions (Afrique, Asie et Océanie tropicales, et Amérique centrale) et 4 seulement de plantations. Le caoutchouc de culture ne représentait donc même pas 0,0075 pour 100 de la production totale.
- En 1908, la récolte mondiale était de 65 300 t., dont 39 000 du Brésil, 24 500 d’Afrique et des
- p.8 - vue 12/474
-
-
-
- LES PLANTATIONS DE CAOUTCHOUC DANS LE PRÉSENT ET DANS L’AVENIR 9
- autres pays, et d800 des plantations. La proportion s’élevait ainsi, pour les sortes cultivées, à 2,7 pour 100.
- Mais on calculais ' à ce moment, d’après l’étendue des plantations et les rendements à prévoir, que ce seraient 05 000 t. que fourniraient en 1920 la Péninsule Malaise,
- Geylan et Java. Et c’est alors que des craintes commençaient à se manifester, puisque ces seules récoltes d’Asie et de Malaisie devaient presque égaler la consommation mondiale.
- Or, en 1916, la production totale a été de 178 000 t., dont 36 500 du Brésil, 11500 d’Afrique et des autres pays, et 150000 des plantations.
- On a donc récolté, en cette année 1916, pour ces sortes « Plantations », plus du double de la quantité qu’on supposait — et redoutait — il y a 8 ans pour 1920. Et il n’y a nullement surproduction.
- D’autre part, ce caoutchouc de culture, qui ne correspondait en 1900qu’à0,0075 pour 100 de la récolte mondiale, en représente en .1916, 73 pour 100.
- Voilà les résultats qu’a donnés en une vingtaine d’années l’introduction en -Orient’’ de YHe-vea brasiliénsis.
- C’est en cette courte période d’à peine vingt ans que les efforts des planteurs anglais, puis hollandais, ont créé de
- Fig. i. — Hévéas au champ d'essai à Ong-Yem (Cochinchine).
- Fig. 2. — La saignée des Hévéas à Ceylan.
- toutes pièces les méthodes de culture et de récolte d’un arbre qui, jusqu’alors, n’avait été exploité
- qu’à l’état sauvage : ‘ parles seringueiros
- - , ] de l’Amazonie.
- , i Sur les 610 000
- , _ • • - • ^ . , hectares que repré-
- -. f- '. sentent approxima-
- tivement et au minimum, à l’heure actuelle, ces plantations asiatiques et malaises, on compte environ 266 000 hectares en Péninsule Malaise, 92 000 à Ceylan, 206 000 aux Indes Néerlandaises, 12 000 au Bornéo Britannique,
- 16 000 dans l’Inde et en Birmanie,
- 17 000 dans notre Indochine
- On sait que la Péninsule Malaise comprennes Straits Settlements, ou Etablissements des Détroits, les quatre Etats Fédérés Malais (Pahang; Pérak, Sé-langor et Negri-Sembilan) et les Etats Protégés
- qui sont le Sultanat de Johore, Kelantan, Treng-ganu et Kedah. Tous ces Etats cultivent les hévéas, et l’ensemble de leur production était en 1915dë 79415t., dont 44 000 pour les Etats Fédérés Malais et 35 000 pour les Straits. En 1913, le nombre des plantations de la Péninsule était de 1055, dont 181 dans les Straits, 288 à Pérak, 258 à Selangor,'133 à Negri-Sembi-lan, 24 à Pa-hang, 68 à Johore, 95 à Kelanian et Kedah, et 8 à Trengganu. Parmi les plus prospères de ces Sociétés, on
- p.9 - vue 13/474
-
-
-
- 10 LES PLANTATIONS DE CAOUTCHOUC DANS LE PRÉSENT ET DANS L’AVENIR
- cite, dans l’Etat de Selangor, 1’ « Anglo-Malay Rubber », constituée en 1905 au capital de 150000 livres sterling, la « Iliglands and Lovv-landsPara Rubber », la « Selangor », la « Yallam-brosa », etc.
- t Suivant les régions, c’est entre quatre ans et demi et six ans que l’exploitation des hévéas provenant de semis peut être commencée. Les modes de saignée — puisque l’exploitation consiste à récolter le lait de l’arbre, qu’on coagulera ensuite — sont naturellement assez variables. Sur des arbres bien venus, les incisions peuvent, en général, être faites toute ou presque toute l’année, et tous les deux jours, de préférence le matin. Mais l’un des points sur lesquels
- il a été le plus discuté, et qui a donné lieu aux essais les plus nombreux et les plus minutieux, a été la forme et les dimensions qu’il convient de donner aux entailles. 11 s’agissait de solutionner le double problème d’obtenir un maximum de production sans cependant compromettre la vie de l’arbre.
- Le procédé des seringueiros amazoniens, déjà critiquable pour les hévéas sauvages, n’était évidemment pas applicable à des pieds cultivés. Avec sa hachette, ou machadinho, le récolteur des forêts brésiliennes pratique, de bas en haut, dans l’écorce de l’hévéa, ou seringa, et presque parallèlement à la surface du tronc, des entailles .plus ou moins profondes, au-dessous de chacune desquelles il place un petit gobelet, ou tigela.
- Le planteur européen devait trouver mieux que ces saignées à la hache, et il est finalement arrivé, après tâtonnements, aux deux procédés du a Y ba-
- sal » et de la « demi-arête de poisson ». Le second est, du reste, celui qui est le plus communément adopté.
- Après que, au moyen d’un couteau spécial, une incision verticale a été faite vers la base du tronc, l’ouvrier trace, sur la gauche de cette ligne, deux incisions obliques, qui, espacées de 45 cm, et correspondant au tiers ou au quart de la circonférence du tronc, aboutissent à cette sorte de canal collecteur, au bas duquel a été placé un petit gobelet. Le lait qui s’écoule des deux entailles obliques suit, en effet, l’incision verticale et est recueilli dans le gobelet.
- Pendant toute l’année, le travail de saignée consistera à élargir progressivement les deux entailles,
- en les ravivant chaque fois par l’enlèvement d’un millimètre d’écorce sur le bord inférieur de chacune. L’année finie, chaque incision sera devenue ainsi une large bande, qu’on laissera se cicatriser les. années suivantes. On traitera alors, pendant ce temps, et de la même manière, le reste de la surface de l’arbre àu même niveau; et le récolteur reviendra tous les trois ou quatre ans au même endroit du tronc, suivant que les surfaces entaillées auront été le tiers ou le quart de ce tronc.
- De même que la saignée, la préparation du caoutchouc « Plantations » est toute différente du procédé qu’ont adopté de tout temps les seringueiros brésiliens.
- Le récolteur de l’Amazone obtient invariablement ses boules par enfumage. Au-dessus de l’épaisse fumée qui s’élève d’un feu entretenu avec des noix huileuses de palmier — fumée que concentre à son orifice supérieur une sorte de « diable », ou boiao, posé Sur le foyer — le seringueiro place, soit l’extrémité large d’une pelle, soit un fort bâton soutenu horizontalement par des piquets; puis, à l’extrémité de la pelle ou au point du bâton exposé à la fumée, il verse une couche de lait d’hévéa, que la fumée transforme en une mince lame de caoutchouc. D’autres couches de lait sont ainsi successivement versées, au fur et à mesure que les précédentes sont coagulées, jusqu’à ce que le bloc ait atteint la grosseur désirée. On le détache alors et on le sèche.
- Fig. 3. — L’enjumage du caoutchouc en Amazonie.
- p.10 - vue 14/474
-
-
-
- LES PLANTATIONS DE CAOUTCHOUC DANS LE PRESENT ET DANS L’AVENIR II
- Quoique des appareils aient été proposés en Malaisie pour provoquer par des moyens plus perfectionnés, et mécaniques, un enfumage analogue,, la méthode de coagulation à peu près unanimement adoptée par les planteurs est celle « de l’acide acétique ». Cet acide est versé en proportions voulues dans le lait convenablement dilué, additionné d’une petite quantité de bisulfite de sodium ; et le coagulât obtenu est préparé sous l’une des formes commerciales crêpes, sheets et biscuits. L’ancienne forme blocs est de plus en plus abandonnée.
- Les crêpes sont de larges bandes minces, de plusieurs mètres de longueur, enroulables comme des pièces d’étoffe. Les sheets, ou feuilles, sont un peu plus épaisses et moins longues que les crêpes, non enroulables. Les biscuits, surtout préparés à Ceylan, sont de minces plaques discoïdes, dont la forme et les dimensions sont celles de nos crêpes de carnaval.
- Pour la préparation des « crêpes », le bloc sorti du coagula-teur est lavé dans une machine spécialè (washing - machine), où il subit, entre deux rouleaux cannelés, un premier laminage.
- Ce laminage est achevé dans une seconde machine à rouleaux, lisses ou cannelés, la creping-machine.
- Pour la préparation des « sheets », le caoutchouc coagulé dans des cuvettes rectangulaires émaillées est passé entre les rouleaux gaufrés d’une shee tin g machine.
- Les produits secondaires de toute cette fabrication sont les scrcips et les lumps. Çes qualités relativement inférieures proviennent de la coagulation spontanée et accidentelle qu’ont pu subir, au cours des opérations précédentes, de plus ou moins grandes quantités de latex, soit sur le tronc de l’arbre, soit sur les bords ou au fond des récipients.
- Toutes ces sortes, avant d’être emballées, sont enfin séchées artificitllement (dans'"des séchoirs spéciaux), ou naturellement (sous des hangars), ou quelquefois « fumées ». L’enfumage dont il s’agit ici n’est plus toutefois, comme au Brésil, une opération antérieure à la coagulation, et destinée à la provoquer ; pratiqué, au contraire, après cette coagulation, il n’a d’autre but que d’assurer une meilleure conservation du produit déjà préparé.
- Ainsi organisée, l'industrie du caoutchouc « Plantations », si récente qu’elle soit, est bien, on le voit, dès aujourd’hui, tant au point de vue cultural qu’au point de vue manufacturier, une industrie en plein épanouissement, qui doit d’ailleurs son succès à ce qu’elle sut faire appel, dès le premier
- jour, aux procédés scientifiques les plus modernes, agricoles, chimiques et mécaniques ; et on conçoit l’enthousiasme avec lequel les capitaux anglais y ont afflué, pour le plus grand profit, au reste, de ceux qui n’ont pas hésité à les engager.
- La période 1909-1910, notamment, qui fut l’époque du Rubber-Boom, reste mémorable dans l’histoire financière de ces plantations. Les perspectives brillantes que laissait déjà entrevoir la nouvelle culture provoquèrent à Londres un tel engouement que les actions atteignirent des prix fantastiques. Vers la fin de 1909, ces actions étaient cotées avec des primes de 100 à 1800 pour 100. Les actions de 2 shellings de 1’ « Anglo-Malay » valurent plus de 15 sh. ; celles de « Vallambrosa » montèrent à 25 shellings ; et celles de « Selan-gor », qui étaient également de 2 sh., détinrent le"' record, avec 36 shellings.
- L’année précédente, en 1908, la « Selangor » avait donné pour dividende 75 pour 100 et la a Vallambrosa » 80 pour 100. En 1909, cette « Vallambrosa » donnait 250 pour 100, et la « Selangor » 287. En 1910, la « Selangor » distribuait 375 et la « Pataling » 325. Les actions de ces deux dernières Sociétés ont touché, de 1908 à 1910,800 pour 100 de- leur capital.
- En 1915, rares ont été les Compagnies de la Péninsule Malaise qui ont donné moins de 10 pour 100 ; certaines ont donné 160 pour 100, et davantage; et les dividendes de 100 pour 100 n’ont pas été des exceptions. Les quatre Compagnies de Pataling, Selangor, Luigging et Vallambrosa distribuaient respectivement 225, 162, 110 et 100 pour 100.
- Indiquons, à titre de comparaison, que, en 1912, les dividendes des plantations de thé de- l’Inde anglaise étaient d’environ 11 pour 100, ceux des plantations de tabac de Déli 20 pour 100, et, en 1911, ceux des plantations de sucre de Java 47 pour 1 00.
- A l’heure actuelle, on peut admettre que les capitaux engagés dans toutes ces cultures caoutchou-tières asiatiques et malaises correspondent, en chiffres ronds, à 2 milliards 500 millions de francs, sur lesquels 2 milliards 225 millions, soit les 8 ou 9 dixièmes, sont des capitaux britanniques'.
- Même aux Indes Néerlandaises, sur le capital total de 127 millions de florins qui était engagé à la fin de 1912, le capital anglais représentait 61 millions, soit la moitié; et la Hollande ne comptait que pour 42 millions et demi.
- A la fin de 1916, pour ces mêmes Indes Néerlandaises, 45 Compagnies étaient inscrites à
- Fig. 4. — Cuvette pour la coagulation du biscuit (25 cm de diamètre).
- Fig. 5. — Cuvette pour la coagulation-des sheets (40X20 cm).
- p.11 - vue 15/474
-
-
-
- 12 LES PLANTATIONS DE CAOUTCHOUC DANS LE PRÉSENT ET DANS L’AVENIR
- Londres avec un capital total d’environ 1 65 millions de francs (pour 40 000 hectares de culture). Au Bornéo Britannique, en cette même année 1916, le capital était de 56 millions.
- Si, d’ailleurs, la Grande-Bretagne est la grande productrice, elle n’est pas, en ce moment, la grande
- Fig. 6. — Machine à laver le caoutchouc J. Robinson.
- consommatrice; et c’est aux États-Unis que revient actuellement ce dernier titre, puisque leurs industries ont absorbé, en 1915, 48 000 t. et, en 1915, 89 500 t., soit, pour cette dernière année, plus de la moitié de la production totale, qui a été de 144 750 t. L’Angleterre prenait, cette année-là, 24000 t. seulement, et la France 7000.
- Tel est l’état actuel; quel est maintenant avenir à prévoir?
- A ce sujet, aucun doute ne semble possible. Quel que puisse être l’accroissement de production des prochaines années — et l’on paraît généralement admettre qu’il sera de 50 000 t. par an — il n’amènera certainement pas de longtemps une surproduction.
- Non seulement, après la guerre, les besoins des Puissances Alliées seront considérables, et de plus en plus grands, mais il faut songer, en outre, à ce que seront les demandes des t Puissances Centrales, réduites momentané- \ ment à la portion congrue. L’Allemagne (qui a dû recevoir 5000 t. environ en 1915) importait annuellement avant la guerre de 15 000 à 20 000 t. ; elle doublera ou triplera certainement ces importations pendant les années qui suivront la signature du traité de paix.
- Les planteurs de caoutchouc sont, dans ces conditions, d'autant plus sûrs du lendemain que, d’une part, la production brésilienne du caoutchouc sauvage paraît peu susceptible d’augmentation et semble devoir se maintenir, comme depuis longtemps déjà, entre 55 000 à 40 000 t., et que, d’autre part, le prix de revient de « Plantations »,
- qui était de 2 fr. 80 par kilo, en moyenne, en 1915, est bien inférieur au prix de revient du « Para » de l’Amazonie, qui, en raison des conditions de récolte et des nombreux intermédiaires, est de 7 francs environ.
- Quant au caoutchouc synthétique, indépendamment des difficultés qu’on rencontrera toujours pour lui donner toutes les propriétés physiques du produit naturel, ce même bas prix de revient des sortes de culture sera également une cause qui empêchera, de ce côté, toute concurrence.
- Et c’est donc non seulement sans la moindre crainte, mais même avec une ardeur d’autant plus grande que nous venons de voir comment les énormes demandes des autres nations pourront, dans la suite, provoquer une pénurie de matière première dont auraient peut-être à souffrir nos industries françaises, qu’il nous faut chercher, pour ce produit comme pour tous les autres, à accroître notre production coloniale.
- Nous avons la chance que la Cochinchine, et certains points aussi de l’Ànnam et du Cambodge, appartiennent à cette zone où réussit l’hévéa ; sachons en tirer tout le parti possible.
- Les 17 000 hectares de plantations déjà établis en Indochine et les 256 000 kg de caoutchouc de culture récoltés en 1915 sont des chiffres bien modestes, comparés à ceux que nous avons cités plus haut pour les colonies étrangères; ils n’en attestent pas moins les ressources que peuvent nous offrir tout particulièrement les sols
- Fig. 7. — Macérating-creping.
- Machine de Robert Bridge.
- rouges et gris de l’Est et du Nord-Est de notre Cochinchine.
- Les sols rouges, qui sont des sols argileux d’origine volcanique, forment un vaste filon qui, partant de la mer dans la province de Baria, traverse, sur plus de 100 km de longueur et 40 km de largeur, les provinces de Bienhoa et de Thudaumot, pour aller se perdre au Cambodge.; leur haute valeur pour la culture des caoutchou-
- p.12 - vue 16/474
-
-
-
- LES AGRANDISSEMENTS DU PORT DE DUNKERQUE
- tiers est bien établie. Les terres grises, qui sont des terres silico-argileuses des provinces de Tayninh, Thudaumot, Giadinh, Bienhoa et Baria, conviennent aussi parfaitement.
- En fait, sur tous ces sols, une centaine de plantations, d’importance naturellement très variable — et dans lesquelles le capital engagé est d’environ 50 millions de francs, — a déjà mis en place 5 millions d’arbres à peu près ; mais il y a beaucoup plus à faire, puisque ces arbres ne couvrent que 17 258 hectares et que la superficie totale des plantations, sur lesquelles c’est la culture de l’hévéa qui doit prédominer, est de 71552 hectares.
- Espérons que tous les moyens — qui seront
- 13
- envisagés au prochain Congrès d’Agriculture Coloniale— seront employés, en même temps que tous les encouragements seront donnés, pour que nos colons poursuivent, dans les conditions favorables qu’ils sont en droit de demander, l’œuvre commencée. Il s’agit d’un produit de première importance, pour lequel nous pouvons et nous devons cesser d’être tributaires de l’étranger. Si la Grande-Bretagne considère ce caoutchouc comme l’une de ses grandes richesses coloniales dans l’avenir, il n’y a pas de motif pour que nous raisonnions différemment.
- MEjNRT Jumf.lle,.
- Professeur à la Faculté des Sciences, Directeur du Musée Colonial de Marseille.
- LES AGRANDISSEMENTS DU PORT DE DUNKERQUE
- Comme les autres ports de France dont nous avons déjà parlé, Bouen, Le Havre (*), et comme tous ceux dont nous signalerons prochainement les transformations actuelles, Dunkerque a grandi pendant la guerre.
- Citadelle avancée sur la mer du Nord, nœud de rayonnement de l’armée des Flandres, Dunkerque devait plus qu’aucun autre port vivre la vie fiévreuse du front. Point de débarquement tout proche des lignes, elle reçoit chaque jour des transports et des cargos qui assurent le ravitaillement immédiat de l’armée anglaise; seule sur la mer du Nord, en France, Dunkerque est devenue un nid de patrouilleurs et de sous-marins chargés de la police dans la dangereuse zone de mer qui va jusqu’au Danemark. Dunkerque a* perdu son aspect riche et paisible de ces dernières années, quand une flotte de péniches, amarrée dans ses ports intérieurs encombrant tout son réseau de canaux, venait prendre et apporter aux vaisseaux de mer des cargaisons variées mais pacifiques. Aujourd’hui, Dunkerque est isolée; les canaux qui la liaient au reste du pays, à Paris, à la Meuse, à Anvers, qui lui.faisaient un rayonnement de lignes d’eau, sont tous coupés par le front de bataille; tous aboutissent aux lignes de combat et les péniches n’y passent plus majestueuses et lentes; tout au plus un petit réseau intact, mais minuscule relie-t-il Dunkerque à Calais et à Béthune. Dunkerque est redevenue la citadelle, la place forte, aux sièges célèbres ; elle abrite à nouveau des Jean-Bart ; elle entend une fois de plus le canon. Aux boulets envoyés de la mer par les Anglais ont succédé les lourds obus et les bombes que les Allemands font tomber de partout, du haut du ciel, de leurs lignes de Belgique, et aussi parfois, comme jadis, du front de mer. La ville en souffre certes, mais n’en reste pas moins active; le corps de garde de nos armées ne connaît aucun repos. Et puis cette fois, si Dunkerque est toute proche de l’ennemi, elle n’a du moins jamais été assiégée.
- 1. La Nature, nos 2302 et 2306.
- En guerre, comme en paix, le port de Dunkerque est trop petit pour les bateaux qu’il reçoit, le trafic qu’il fait, l’importance qu’il a. Comme dans tous nos autres ports, sans exception, les travaux d’agran dissement et d’aménagement ne suivent qu’avec lenteur le développement de l’activité commerciale. Et cependant Dunkerque est un des rares pour lequel on n’ait pas fait de prévisions à courte vue, pour lequel on ait établi des projets à longue échéance.
- En paix, le port de Dunkerque armait une soixantaine de navires pour la pêche d’Islande, 25 lougres pour la pêche du hareng, 140 bateaux pour la pêche côtière ; il possédait une station très importante de torpilleurs et de sous-marins ; et surtout il était un grand port d’escale pour les marchandises de toutes sortes que les péniches transportaient sur le réseau des canaux rayonnant tout autour de la ville : canal de Fûmes allant se relier aux canaux de Belgique, canal de Bergues vers Lille et vers l’Oise, canal de Bour-bourg vers Calais, sans compter les canaux de File Jeanty, de la Cunette, des Moires, de Mardyck, formant un immense port fluvial dont toutes les parties sont reliées par le canal de jonction circulaire. Dunkerque était le principal port d’importation des laines brutes de la Plata qu’il expédiait aux filatures de la région de Roubaix-Tourcoing-Lille. En 1907, son commerce d’importation atteignait 4 505 702 tonnes et ses exportations, qui augmentaient chaque année, 1 172 506 t. Dunkerque était donc un de nos plus grands ports et devenait chaque jour plus important.
- Le trafic actuel, tout différent, est encore intense et joue un rôle capital dans la guerre des Flandres, mais l’on comprend aisément qu’aucun renseignement précis ne puisse être apporté pour le moment.
- Au début, Dunkerque fût uniquement un port d’échouage au fond'd’une bonne rade foraine où les bateaux trouvaient par 10 m. d’eau une protection suffisante contre les mauvais temps. Vauban
- p.13 - vue 17/474
-
-
-
- 14 LES AGRANDISSEMENTS DU PORT DE DUNKERQUE
- approfondit son port et l’entoura de remparts que l’Angleterre obtint de détruire au traité d’Utrecht; le chenal fut alors ensablé. Louis XV le rétablit
- que ne date que de la seconde moitié du xixe siècle. Nous en suivrons aisément l’évolution d’après une récente étude parue dans le Bulle-
- MALO-LES-BAINS
- E'coudekcrque-ermche<1
- ELE£Nav_c/es b/aefenngues V\)
- Plan du port de Dunkerque.
- pour quelque temps, jusqu’au traité de Paris qui exigea la destruction du port, te désarmement de la ville ne fut que partiel et elle put jouer à nouveau un rôle guerrier pendant la Révolution.
- La construction du port actuel de Dunber-
- tin de la Navigation et des Ports maritimes.
- Les transformations de ce port se sont constamment heurtées à deux difficultés : les fortifications de Vauban que l’on tenait à conserver intactes et les canaux d’irrigation du Wateringue qui viennent
- p.14 - vue 18/474
-
-
-
- LES AGRANDISSEMENTS DU PORT DE DUNKERQUE :..: 15
- déboucher dans la mer après avoir recueilli les eaux d'écoulement du pays plat d’arrière situé à un niveau plus bas que la laisse de haute mer. Ces canaux sont munis de systèmes d’écluses qui ne sont ouvertes que pendant la basse mer et fermées avant chaque mi-marée montante; si leur chasse d’éau contribue au nettoyage du chenal qu’elle protège en partie contre l’ensablement, elle exige aussi que le plan d'eau ne soit pas modifié à leur arrivée dans le port et interdit par suite la construction de bassins à écluses en avant de leur embouchure.
- fine loi de 1840 autorisa un premier déplacement vers l’ouest des fortifications et des canaux d’irrigation qui permit vers 1850 la transformation du fond du port d’échouage en bassins à flot : bassins du Commerce, de la Marine et de l’Arrière-Port par la construction d’une écluse. En 1861, l’espace manquait déjà et une nouvelle extension de la ville fut jugée nécessaire; commencée en 1865, elle traîna jusqu’en 1872; le Ministère de la Guerre; trouvant alors la nouvelle enceinte suffisamment' avancée, on commença de creuser la darse n° -1 de Freycinet ouvrant dans l’avant-port par l’écluse Guillain. En 1879, fut décidée la construction de nouveaux quais entourant la darse n° 2 de Freycinet et l’amorce des darses nos 5 et 4 communiquant directement avec le chenal à travers l’écluse Trys-tram. Il avait fallu s’arrêter là, limité par les nouvelles fortifications. Dès 1889, il ne restait plus un mètre carré de terrain disponible dans la ville et cependant l’écluse Trystram ne fut ouverte qu’en 1896! On ne pouvait empêcher la croissance delà ville, mais pour cela il fallait encore reculer les fortifications dont la construction avait coûté des millions. Afin de ne plus avoir à recommencer les mêmes travaux et à engager les mêmes dépenses tous les 20 ans, on établit un plan d’ensemble prévoyant les agrandissements jusqu’à la date éloignée de 1925. Une loi de 1903 décida le déplacement des fortifications de 2 km vers l’ouest, le creusement immédiat des darses 3 et 4, l’étude de nouveaux bassins comportant le couple des darses 5 et 6 ouvrant dans un bassin communiquant avec celui de l’écluse Trystram. La même loi prévoyait encore comme agrandissements ulté-
- rieurs la construction de deux nouveaux groupes de deux darses, 7-8 et 9-10, ouvrant chacun dans un bassin, tous, les bassins communiquant entre eux par des pertuis, celui du centre relié par une écluse de 275 m. de long à deux grands bassins de marée pour soulager l’écluse Trystram devenue insuffisante. Le premier bassin de marée déboucherait par une passe de 150 m. dans un avant-port formé par deux jetées, l’une S.E.-N.O. prolongeante jetée actuelle, l’autre S.O.-N.E. s’arrêtant à 200 m. de la précédente pour marquer le chenal d’entrée. Une gare maritime fut prévue au sud des darses 3, 4 et 5, ainsi que ses raccordements aux lignes de Lille et de Calais. La gare fut terminée en 1910, les darses 3 et 4 en 1911. Dès 1909, on commença la darse n° 5 qui entra en service en février 1916. Les travaux en sont là. Cependant, Dunkerque n’a encore qu’une capacité de 7 300 000 tonneaux de jauge et 5 millions de tonnes de marchandises; le tonnage des marchandises passant par le port n’a été que de 2 635 577 t. en 1914, de 1 549 083 en 1915 pour remonter à 5 897 719 en 1916; on se rapproche donc à nouveau de la limite de capacité utilisable. Si sa croissance est ralentie en ce moment par l’état de guerre, elle reprendra aussitôt après et il faut dès maintenant prévoir la suite des travaux d’agrandissement nécessaires pour y attirer les cargos et pour lui assurer une activité progressive. Le plan de 1903 doit donc être continué sans délai.
- Ces agrandissements ont nécessité l’élargissement des fortifications qui englobent maintenant le faubourg de Saint-Pol-sur-Mer. Elles doivent former un front continu partant des anciens remparts en s’appuyant à deux ouvrages, l’un au sud-ouest, l’autre à l’ouest. Le bastion sud-ouest a été terminé en 1909, le second en 1912, les fossés défensifs qui doivent les relier n’avaient pas été commencés au début de la guerre ; on en est resté là depuis.
- Les canaux d’assèchement des Wateringues aboutissent actuellement à l’avant-port, au niveau des anciennes écluses. On a prévu leur abouchement dans la commune de Coudekerque, au futur fossé défensif ouest qui les conduirait dans l’avant-port, le long de la jetée ouest. A. Breton.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séances des 26 novembre et 3 décembre 1917.
- Utilisation clu marc de raisin comme combustible.— Le haut prix du combustible attire l'attention sur nombre de substances négligées. Le marc de raisin peut être employé comme engrais, mais cet emploi, recommandé par Müntz, ne s’est pas généralisé. On peut l’utiliser comme un combustible analogue à la tourbe dans des gazogènes appropriés. Une tonne de marc équivaut à 400 kilogrammes de charbon. Avec une production moyenne de 50 millions d’hectolitres de vin et une récupération de 17,5 kg de marc frais par hectolitre, l’ensemble des marcs français représente un pouvoir
- calorifique équivalant théoriquement à 160 000 tonnes de charbon.
- Préparation du sulfate d’ammoniaque'. — Pour étudier rationnellement cette préparation à' partir du bisulfate de sodium, MM. Matignon et F.' Meyer font une étude approfondie des équilibres entre phases solides et phase liquide dans le système ternaire, eau, sulfate de soude, sulfate d’ammoniaque, à la pression ordinaire : les phases solides possibles étant la glace, le sulfate sodique anhydre, le sulfate sodique hydraté, le sulfate d’ammoniaque et un sulfate double.
- p.15 - vue 19/474
-
-
-
- 16
- LA PLUS PUISSANTE LOCOMOTIVE ÉLECTRIQUE
- Le rendement d’une voie ferrée est fonction à la fois du profil de la voie et de la disposition des gares et des embranchements, et ce sont les parties les plus défavorables qui imposent leur régime à toute la ligne. Pour arriver à diminuer ces
- chaîne des monts Alleghany où les trains sont actuellement remorqués par 5 locomotives à vapeur.
- Cette énorme machine a 25 m. de long et pèse 240 tonnes. Elle est montée sur 2 trucks à 8 roues
- Fig. i. — Vue de la locomotive électrique de 7000 chevaux.
- difficultés, l’électrification apparaît comme un excellent moyen. Elle permet, en effet, d’activer considérablement le trafic en réduisant au minimum les manœuvres dans les gares et en particulier celles sur plaques tournantes qui encombrent et immobilisent les voies. Sur les portions de trajets à profil accidenté la locomotive électrique s’impose de plus en plus, mais jusqu’à ces derniers temps sa, puissance, qui n’excédait pas celle des locomotives à vapeur, ne permettait guère de gains « notable sur la traction ordinaire dans les rampes de montagne, longues et continues. Les États-Unis possèdent actuellement une locomotive électrique monstre, prototype d’une série qui sera sans doute fort nombreuse et utilement employée sur les lignes courant de l’est à l’ouest du nouveau continent qui traversent de nombreuses chaînes de montagne.
- Gette locomotive, dont la puissance effective atteint la valeur énorme de 7000 chevaux, a été construite pour la Pennsylvania Railroad Cy et est destinée au service de la ligne qui traverse la
- ' de 2 m. de diamètre dont 3 paires, soit 6 roues, sont couplées. Les 2 autres roues sont motrices, et portent une énorme roue dentée sur laquelle engrènent les pignons de 2 moteurs triphasés. Le
- courant d’alimen-pi tation est du courant monophasé à 11000 volts qu’un convertisseur de phase monté sur la machine transforme en triphasé. Les deux vitesses commerciales prévues sont de 18 et 38 km à l’heure.
- Une particularité intéressante est le mode d’accouplement des moteurs et des roues qui est réalisé par l’intermédiaire d’énormes ressorts à boudin que montre la figure 2. Les ressorts sont logés dans des emplacements ménagés à la partie circonférencielle de la roue et avant d’entraîner la roue entière ils se compriment. De cette façon on obtient une certaine élasticité dans le démarrage qui évite de fatiguer outre mesure les moteurs et les engrenages et donne à la manœuvre une souplesse suffisante.
- Ajoutons qu’en descente, les moteurs fonctionnent à récupération. Volta.
- Le Gérant : P. Masson. — lmp. Lahüre, rue de Fleuras, 9, à Pans.
- p.16 - vue 20/474
-
-
-
- LA NATURE___N* 2311.
- 12 JANVIER 1918.
- BLAYE, PORT FRANCO-ITALIEN
- La Suisse aura sans doute quelque jour un amiral, et les générations futures ne pourront plus, comme celles qui les ont précédées, se moquer d’une fonction dont les circonstances auront fait une réalité. En attendant d’avoir choisi un grand chef pour sa flotte, la République helvétique, qui veut avoir sa marine de commerce, a du moins son port maritime, et l’Allemagne lui a reconnu le droit d’importer par notre établissement cettois les denrées alimentaires nécessaires à la vie de ses populations.
- Les hasards de la guerre ont aussi assuré à l’Italie un port spécial sur le territoire français, et si Cette est devenu, par la force des choses, un
- la consommation ne pouvait être sensiblement réduite.
- On songea, conséquemment, à débarquer les houilles britanniques dans des ports français de l’Atlantique, plus ou moins spécialisés pour cet office, et à les acheminer de ces établissements, par voie de fer* jusqu’à la frontière italienne. Cette méthode avait l'inconvénient de surcharger certaines de nos lignes, et, en particulier, la voie de Bor-deaux-Cetie, dont le trafic était, par ailleurs, très actif ; mais, d’autre part, elle devait permettre au gouvernement britannique, qui s’était engagé à exécuter les transports maritimes, d’accroître considérablement la rotation du matériel employé, en
- havre franco-suisse, Blaye constitue présentement un établissement essentiellement italien, enclavé sur nos rivages atlantiques.
- L’Italie ne produit pas de charbons. Son extraction d’antl racite ne dépasse pas 3000 t. par an pour les districts de Turin et Cagliari, cependant que les districts de Florence, Cagliari, Rome et Yicence lui" fournissent péniblement de 550000 à 600 000 t. de lignites annuellement. Aussi notre a liée latine devait-elle importer en 1915 10 834000 t. de houilles étrangères, en provenance de la Germanie et de la Grande-Bretagne. L’entrée en lice de l’Italie aux côtés de l’Entente lui ferma le marché allemand des combustibles. L’Angleterre seule dut donc approvisionner la péninsule.
- Toutefois, la raréfaction du fret et les dangers de la guerre sous-marine devaient, à partir de 1916, rendre difficiles les transports de charbon à destination de la Méditerranée centrale. Mais il importait, au premier chef, d’alimenter les chemins de fer italiens et les usines de guerre, dont
- 46* Année. — 1" Semestre.
- réduisant de plus des trois quarts le trajet à effectuer par mer.
- Trois ou quatre établissements seulement semblaient pouvoir répondre au programme ainsi ''arrêté : Bayonne, Bordeaux, Roch fort et la Rochelle, car on ne pouvait penser à allonger démesurément — avec la crise du matériel roulant, — les parcours par fer sur' territoire français. Le port de la Rochelle devait être réservé pour d’autres emplois; le havre rocheforfais et celui de Bayonne étaient l’objet d’une défaveur injustifiée pendant les deux premières années de la guerre. Le choix des pouvoirs intéressés se porta donc sur les établissements girondins, placés naturellement en tête de la ligne atlantique-méditerranée.
- La Commission militaire du port-de Bordeaux fut, corollairement, invitée à prendre ses dispositions pour recevoir et acheminer sur l’Italie un tonnage de combustibles aussi élevé que possible. On affecta au nouveau trafic plusieurs postes dans le port même de Bordeaux, mais des circonstances -favorables devaient engager l’administration des
- O O
- 17 — 2.
- p.17 - vue 21/474
-
-
-
- BLAYE, PORT FRANCO-ITALIEN
- 18
- Ponts et Chaussées à dériver sur Blaye le maximum de charbons.
- Le port de Blaye n’existait guère plus qu’à l'état nominal’ avant la guerre. Il se composait uniquement d’un chenal de quelques centaines de mètres de longueur, ouvert entre la citadelle, où repose la dépouille royale de Caribert, fils de Clotaire II, et la ville. Ce port archaïque, accessible seulement aux barques de la Gironde, était, d’ailleurs, en fort pitoyable état. Ses quais et ses cales inclinées menaçaient ruines, et les alluvions’ du fleuve aquitain s’étaient amoncelées dans l’étroit bassin. Le Ministère des Travaux Publics avait dû, sur les instances de la municipalité, accepter d’édifier, à frais communs, un appontement en ciment armé. Cependant, l’enquête poursuivie à la fin de 4913 pour la déclaration d’utilité publique de l’ouvrage avait donné des résultats tels que le 16 avril 1914 le ministre annulait ses conclusions antérieures, et décidait de ne pas. donner suite au projet envisagé*
- Le port de Blaye était menacé d’une déchéance définitive, et son tonnage de 1913, qui ne dépassait pas 29 722 tonnes, n’aurait pas tardé à décliner, et peut-être à disparaître. Blaye aurait connu le sort désolant de Brouage, port florissant sous Richelieu, aujourd’hui fréquenté seulement par de rares sauniers saintongeais. Il ne fallait pas, en effet, attendre un trafic effectif de l’appontement aménagé pour l’accostage du bateau de Bordeaux, et sa propriété.
- Il y avait, pourtant, un projet d’établissement d’un port en vive eau destiné à la grande navigation, et qui pouvait assurer à Blaye une activité nouvelle. Avec une largeur de vues dont il faut la loqpr, et un sentiment très élevé de ses devoirs nationaux, la Chambre de Commerce de Bordeaux s’était engagée le 11 septembre 1912 à assumer
- la moitié de la dépense, évaluée à un million et demi.
- L’État n’ayant voulu consentir qu’une contribution d’un quart, le projet fut réduit à 90ù 000 francs, et l’assemblée consulaire bordelaise accepta de payer les trois quarts des frais par une décision du 30 juillet 1915.
- Peut-être, néanmoins, Blaye aurait-il attendu l’exécütion de l’ouvrage si la guerre n’était survenue, avec ses exigences de tous ordres. Les chemins de fer de l’État ayant besoin d’importer des charbons en Gironde, pour leur compte et le compte du crédit spécial, réclamèrent l’établissement du nouveau port Blayais. L’enquête d'utilité publique fut activement menée à la fin de décembre 1914, et le décret fut promulgué le 20 mai 1915, suivi, le 23 juin, d’une décision ministérielle approuvant l’exécution urgente des travaux.
- Le nouveau port devait se composer, essentiellement de deux appontements en charpente de 80 m. de longueur chacun, séparés par un intervalle de 50 m. Chaque appontement devait pouvoir recevoir un navire.
- Deux plates-formes devaient relier chaque appontement aux terre-pleins à réaliser sur la berge du fleuve, et des voies ferrées en éventail rattacher le port au chemin de fer de l'État.
- L’appontement aval fut mis en service le 29 juillet 1916, l’appontement amont le 22 septembre de la même année.
- Deux parcs de stockage de combustibles furent aménagés, l’un à l’est des appontements, couvrant 7000 m2, l’autre, du côté du chenal, de 6000 m2 de surface.
- On affecta tout aussitôt le second au ravitaillement italien. Mais, dans la suite, il sembla plus judicieux, devant les besoins de l’Italie, de
- Fig. 2. — Vue générale des appontements à l’ouverture du nouveau port {septembre iqiô).
- p.18 - vue 22/474
-
-
-
- BLAYE, PORT FRANCO-ITALIEN
- 19
- Fig. 3. — Trains de charbon en partance pour VItalie (1917).
- lui réserver la totalité du trafic des ouvrages blayais.
- Pendant l’année 1916, et au début de 1917, les débarquements de houille à Blaye demeurèrent, toutefois, relativement limités. Le tonnage de charbons débarqués pour l’Italie ne dépassait pas, en effet, 6940 tonnes en août 1916, 6250 en septembre, 15 062 en octobre, 7558 en novembre, 8695 en décembre, 6155 en janvier 1917, 2722 en février, 16 099 en mars, 9170 en avril. Mais à partir du printemps de 1917, les réceptions furent développées, et le tonnage mis à quai atteignit :
- 2!0 8-41 t. en mai. 22 851 t. en août.
- 24 580 t. en juin. 50 250 t. en septembre.
- 20 479 t. en juillet. 55191 t. en octobre.
- L'utilisation intensive du nouveau havre girondin, son affectation exclusive aux services italiens n’ont, d’ailleurs, pas réduit sensiblement la part attribuée aux chemins de fer italiens dans le trafic du port dè Bordeaux, où deux postes de la rive droite (Queyries) et des postes dans les bassins des Docks leur sont dévolus suivant les disponibilités de l’exploitation. En octobre dernier, sur un total de charbons débarqués à Bordeaux et annexes (Bas-sens et Blaye) atteignant 180 000 t., 110000 ont été manutentionnés pour les chemins de fer de l’État italien. * \
- Le gouvernement de Borne dispose en Gironde de cinq parcs de stockages : 2 à Blaye et 5 à Bordeaux, dont un établi spécialement dans ce but. Le développement du trafic au port de Blaye a été, de ce chef, tout à fait caractéristique. Tandis qu’en 1915 les importations ne dépassaient pas 20 856 t., en 1916 elles se chiffraient à 99 581 t. En 1917, elles dépassent 260 000 t. Ce n’est qu’un commence-
- ment. Dans le but d’intensifier les arrivages, on procède, en effet, hâtivement à de nouveaux travaux.
- C’est ainsi qu’on relie les deux appontemenls, pour pouvoir décharger trois navires simultanément, l’intervalle devant être rattaché au terre-plein par une nouvelle plate-forme. On va également prolonger vers l’amont l’ouvrage en service. On aura ainsi un appontement unique de 270 m. de longueur.
- Un arrêté préfectoral du 26 octobre 1916 a, d’autre part, autorisé l’usine Humarau à édifier un appontement complémentaire de 41 m. 50 et on envi sage l’institution d’un troisième parc de stockage au voisinage de cette usine.
- Il convient de remarquer le haut intérêt du nouvel établissement, au pied duquel le tirant d’eau atteint 7 m. 25 pendant les plus basses mortes eaux.et 8 m. 50 en vive eau moyenne. C’est donc un port vraiment industriel et moderne qu’on a attribué à nos amis d’Italie.
- La petite ville, où la duchesse de Berry connut l’amertume d’une détention, d’ordinaire si calme lorsque l’époque des vendanges ne l’enfièvre pas, s’est animée grâce aux circonstances. Si, à Bordeaux, le trafic italien s’efface au milieu du brouhaha d’une métropole cosmopolite, à Blaye.on se croirait volontiers transporté sur les rivages liguriens. L’action de l’Italie s’affirme dès la gare de Saint-Mariens, où, la ligne de Blaye se détache de la grande voie Bordeaux-Nantes.
- Dans le triage, ce ne,sont que wagons timbrés de la marque italienne. Les trois lettres F. S. I. (ferrovie State Italia) se détachent sur tous les véhicules.
- L’impression est encore plus vive à l’entrée
- p.19 - vue 23/474
-
-
-
- 20 LE CHAUFFAGE DES HABITATIONS PAR STATION CENTRALE URBAINE
- de Blaye, où stationnent les rames en attente de départ chargées d’un combustible précieux.
- Sur les quais et les apponteinents, la*langue italienne a volontiers remplacé le français. Les charbons apportés par l’amirauté anglaise sont déchargés, sous la direction d’entrepreneurs français, par des prisonniers de guerre et des dockers venus d’Italie.
- Tout le matériel de transport est fourni par le gouvernement italien, mais la traction est assurée jusqu’à Marseille par les réseaux français, État, Midi, P.-L.-M. *
- Le gouvernement italien reçoit directement ses combustibles du gouvernement britannique. A cet effet, il a installé une agence commerciale à Bordeaux, et un ingénieur des chemins de fer italiens
- à Blaye. L’État français n’a pas à intervenir dans les opérations effectuées.
- La ville de Blaye offrant des ressources inemployées, il n’a pas été nécessaire d’édifier, comme à Bordeaux, des locaux pour le personnel des manutentions. A Bordeaux, les Ponts et Chaussées ont construit pour les dockers, rue Thiers, près du pont de l'État, des dortoirs, réfectoirs et lavabos fort bien compris.
- Cependant les ouvriers alliés préfèrent à Bordeaux l’agrément du port blayais, où ils se sentent plus chez eux, au milieu d’une population accueillante, qui a reçu chaleureusement ceux qui préludent par leurs efforts à la fortune future de l’établissement, girondin rénové.
- Auguste Pawlowski.
- LE CHAUFFAGE DES HABITATIONS
- PAR STATION CENTRALE URBAINE
- Le chauffage des habitations est considéré, à juste raison, comme un des éléments importants de l’hygiène, attendu qu’il exerce sur la santé publique, durant la période hivernale, une action indéniable. iNolre santé exige un air pur, légèrement humide et exempt de toute poussière; notre bien-être réclame une température douce, constante et uniforme dans la maison; enfin une économie bien entendue, demande que les frais de chauffage soient aussi réduits que possible.
- Chacun sait que la cheminée est un piètre instrument de chauffage, dans lequel le rayonnement du foyer seul est utilisé tandis que presque toute la chaleur s’échappe par le conduit de fumée. En fait, au moins 85 pour 100 de la puissance calorifique se perd ainsi du combustible. Ce premier système de chauffage de l’habitation est donc un gaspilleur de combustible, et par cela même demande un grand entretien ; il faut transporter le charbon ou le bois, enlever les cendres et tisonner sans cesse. La poussière et les cendres contaminent l’air ambiant et salissent tout ce qui,) est* dans la pièce. Quant au conduit de fumée en{îquiiLcertains veulent voir un conduit d’aération, l’expérience montre que ce que l’on décore du nom de ventilation n’est rien moins qu’un courant d’air continuel allant en ligne directe des fenêtres à la cheminée, ce qui n’a rien de commun avec le confort et avec une aération rationnelle.
- Le chauffage par les poêles a joui, ces dernières années, d’uue vogue justifiée jusqu’à un certain point, par un rendement calorifique supérieur — certains d’entre eux bien construits utilisent de 65 pour lüO à 85 pour 1Ü0 de la puissance calorifique du bois ou charbon — et une consommation moindre de combustible. Mais ces améliorations ne vont pas sans défauts. S’il est exact
- que les poêles donnent beaucoup de chaleur, celle-ci est trop intense dans leur voisinage, insuffisante à une certaine distance, et très souvent les appartements possèdent celte odeur caractéristique des locaux dont l’air est confiné. L’air est desséché et l'atmosphère devient rapidement oppressante occasionnant des céphalées qu’accompagne un sentiment général de malaise. Bien des types de poêles sont encore dangereux par le dégagement, dans la pièce, de gaz toxiques pouvant avoir les suites les plus fâcheuses pour la santé. Enfin les sujétions inhérentes à la cheminée subsistent avec les poêles, et, au point de vue économique, ce système de chauffage souvent adopté parce qu’on le croit peu coûteux, se solde pourtant lorsqu’il s’agit de chauffer ainsi plusieurs pièces, par des dépenses élevées qui le rendent, tout compte fait, bien plus onéreux qu’un chauffage moderne à eau chaude ou .à vapeur.
- En effet, les frais occasionnés par l’achat de plusieurs de ces appareils, la grande consommation de combustible, le remplacement et les réparations forment une somme qui, pour une période décennale, est grandement supérieure à celle représentant les frais de premier établissement d'un chauffage central.
- On a essayé, ces temps derniers, d’utiliser le gaz pour le chauffage des appartements. On a construit dans ce but des petits appareils aisément transportables et chauffant par radiation comme le corps de chauffe des systèmes modernes; ces radiateurs à gaz remédient dans une certaine mesure aux défauts des cheminées et des poêles. Ils chauffent rapidement, mais ils ont l’inconvénient d’être un chauffage d’un prix de revient élevé qui ne le rend pratique que dans certains cas isolés ou pour des pièces où Bon ne séjourne que peu de
- p.20 - vue 24/474
-
-
-
- LE CHAUFFAGE DES HABITATIONS PAR STATION CENTRALE URBAINE 21
- temps; l'atmosphère d’une pièce chauffée au gaz ne tarde pas à devenir irrespirable, si l'on ne prend soin de renouveler l’air fréquemment, ce qui revient chaque fois à refroidir la pièce; enfin la chronique enregistre chaque jour des accidents : asphyxie ou incendie dus a l’emploi de ces appareils.
- Les inconvénients des chauffages précédenls devaient faire se porter les efforts des ingénieurs et de^ constructeurs d’appareils sur l’élablissement de disposilifs de chauffage permettant de chauffer tout un immeuble, d’un point donne avec un seul foyer, afin de réduire ainsi la consommation du combustible et de simplifier le service. On pensa d’abord à réaliser le chauffage central en amenant, au moyen de eonduilcs, de l’air chaud dans toutes les pièces de l’immeuble ; c’est le dispositif qui fut le plus employé pendant la dernière moitié du
- xixe siècle. Il est regrettable que les nombreuses défectuosités de ce sys-tèmea nnihilenl trop souvent ses qualités.
- Influencée par la direction et l’intensité du vent, la distribution de la chaleur dans l’imineu-ble ne se fait que très irrégulièrement et, dans une même pièce, des différences de température s’observent. Malgré des filtres à air, humidificateurs et autres appareils par lesquels on essaie de remédier sur ce point aux défauts des calorifères à air chaud, ceux-ci déversent dans les appartements un air sec et chargé de poussières, quand ce n'est point de l’oxyde de carbone ; ce gaz dont rien ne révèle la présence, peut parfaitement trouver passage à travers les surfaces de chauffe portées au rouge et ainsi se mélanger à l’air destiné au chauffage. De plus, par suite de l’usure, de la rouille ou même des dilataIions et contractions successives, il peut s’établir des fissures qui livreront passage aux produits délétères de la combustion, lesquels s’infiltreront dans les conduites d’air chaud, se répandant dans les appartements, y provoquant des troubles profonds et durables dans l'organisme, parfois même comme cela s’est vu des accidents mortels.
- C’est pour ces motifs que le professeur Gariel, de l’Académie de Médecine, a demandé en 190(1 au IIe Congrès de l'Habitation que ce système de chauffage soit proscrit.
- Le calorifère à air chaud a, de plus, contre lui, l’impossibilité de nettoyer méthodiquement les
- Fig. i. — Dispositif des conduits souterrains et de leur revêtement (American District Steam G. F.).
- B cf J ) ) L-f
- cf l 1 c j
- c c i [
- [ ) c ) h AJ
- q_ _ r tj j
- l i _p
- Fig. 2.
- — Disf'ositij d’un joint de dilatation.
- conduits, depuis la chambre de chauffe jusqu’à l’orifice des bouches de chaleur et d’enlever les poussières qui s’y accumulent. Il est eofin dispendieux part e qu’à cause de la nécessité de régler la combustion, d’après le maximum de bouches susceptibles d’être ouvertes, il est difficile de proportionner la consommation de com' uslible à la dépense effective de chaleur, autrement dit au nombre de bouches de chaleur en fonction.
- Si ce mode de chauffage peut rendre encore quelques services, c’est seulement dans des édifices où existent de très grands cubes d’air à chauffer, pour des salles
- ne servant que momentanément au public, à con-ditioif encore qu’une aération régolicre en soit le complément.
- Nous en arrivons maintenant au chauffage central moderne sur lequel nous ne nou- étendrons pas parce que ces derniers calorifères sont actuellement suffisamment connus de tous quant à leur principe par circulation d’eau chaude ou de vapeur (à basse ou à haute pression).
- 11 est bien acquis par l’extension énorme qu’ils ont prise que ces nouveaux appareils ont amélioré considérablement l’hygiène de nos habitations, en p er met tant de distribuer la chaleur plus régulièrement et selon Jes besoins, quelles que soient les conditions extérieures, tout en exigeant moins de combustible, et en ne répandant ni poussières Il s'ensuit, par conséquent,
- Fig. 3. — Compteur d’abonné.
- ni gaz nocifs, que les résultats seront encore plus remarquables avec le chaullage central collectif par station centrale puisqu’il présentera sur le chauffage central par maisons isolées non seulement aux points de vue technique et hygiénique, mais aussi au point de vue économique les avantages suivants :
- 1° l’roprelé absolue due à l’absence de charbon, de cendres et de fumée à l’intérieur et dans le voisinage des maisons ;
- 2° Constance du débit de l’énergie calorifique
- p.21 - vue 25/474
-
-
-
- 22 LE CHAUFFAGE DES HABITATIONS PAR STATION CENTRALE URBAINE
- Fig. 4.
- disponible et facilité de régler à volonté et instantanément selon les besoins du moment;
- 3° Diminution des risques d’incendie due à la suppression du foyer;
- 4° Gains de l’emplacement occupé par la chaufferie et de la resserre du combustible ;
- 5° Suppression de tout service de chauffe ;
- 6° Possibilité de chauffer les maisons basses dans lesquelles on est, en général j facilement incommodé par les fumées, et celles non pourvues de sous-sols ou de caves ;
- 7° Enfin possibilité pour les propriétaires d’immeubles de rapport de faire établir une distribution avec compteur divisionnaire d’appartement, ce qui, en faisant supporter à chaque locataire sa consommation particulière, évite toute contestation et tout gaspillage.
- Le principe de ce chauffage est de fournir la chaleur à un groupe ou îlot d’immeubles, dans un rayon d’une moyenne de 500 à 600 m., par l’intermédiaire d’une usine centrale et de conduites passant w sous la voie publique.
- Prenons, par exemple, dans une ville un ensemble d’habitations ou d’édifices importants répondant à ces conditions, et installons au centre une usine de chauffage. Des chaudières produiront de la vapeur à haute pression que l’on pourra, au moyen de détendeurs, faire circuler à
- basse pression, dans les branchements faisant communiquer la conduite principale avec chaque habitation. Par des compteurs, on déterminera pour chaque propriété, la quantité de chaleur qui y sera entrée à l’égal du gaz et* de l’eau.
- ' Avec un pareil chauffage, il est évident qu’il se fera une économie notable de combustible et que le groupement des chaudières sur un seul point, en réduisant les accessoires de l’installation, comme aussi la surface occupée ramenée au strict
- Détail du détendeur Sylphon.
- nécessaire, produira une réduction sensible dans le prix de l’installation centrale.
- Quant à l’évacualion des fumées, on en voit la simplicité énorme et l’avantage hygiénique pour la ville; les centaines de conduits de fumée qui se trouvent supprimés dans les immeubles, sont remplacés par la seule cheminée de l’usine. De plus, le conduit unique peut être alors établi dans des conditions telles qu’une récupération notable de chaleur soit encore obtenue sur les gaz de la combustion, et il devient aisé d’y appliquer les procédés de fumivorité les plus perfectionnés, ceci tout à l’avantage de l’atmosphère urbaine qui est, à l’heure actuelle, par trop contaminée dans nos cités.
- La production de chaleur dans une usine centrale et sa distribution à domicile dans une ville ou même dans un quartier n’ont pas encore reçu d’application en France, alors qu’il existe aux Etats-Unis et au Canada environ 600 stations centrales et distributions de chaleur
- à domicile dans près de 300 villes.
- Parmi ces villes, certaines ont une population inférieure à 10000 habitants et d’autres en comptent moins de 5000.
- Egalement en Amérique, nous trouvons une « Association na tionale de chauffage par district. »
- En Allemagne il existe plusieurs centrales
- de chauffage dont la plus importante, celle de Dresde, alimente un certain nombre de bâtiments appartenant à l’Etat saxon ; quoique propriété de ' celui-ci, elle fonctionne industriellement, possède son budget particulier, vend la chaleur au compteur et rétribue son capital. La distance maxima de transport est de 1 km 500.
- Les distributions de chaleur à domicile se font sous forme de vapeur, en général de la vapeur d’échappement d’une centrale électrique, ou sous la forme d’une circulation d’eau chaude réchauffée
- p.22 - vue 26/474
-
-
-
- LE CHAUFFAGE DES HABITATIONS PAR STATION CENTRALE URBAINE 23
- soit directement dans des chaudières ou des économiseurs, soit par des réchauffeurs fonctionnant comme condenseurs à surface d’une station centrale.
- La distribution à vapeur est plus avantageuse pour les cas où la chaleur peut être vendue au compteur (compteur d’eau condensée), chaque kilogramme d’eau condensée correspondant à environ 550 calories. Quant à la distribution à eau
- dans lesquels le pourcentage de perte de chaleur est important. Avec la vapeur, la perte absolue par la tuyauterie est sensiblement constante quels que soient la charge et le pourcentage de perte, ce dernier d’autant plus élevé que la charge est plus faible ; au contraire, avec l’eau chaude, la température du fluide variant avec la -charge, il s’ensuit que le pourcentage de perte est
- EJtfarzrEü
- Fig. 6. —• Application de la théorie du chauffage central collectif à un secteur parisien. (M. Beaurrienne, architecte.)
- chaude, si elle ne permet pas de mesurer la quantité de chaleur fournie au moyen d’un appareil simple et peu onéreux, du moins elle est la seule pratique chaque fois que ce chauffage doit èlre assuré à forfait. En faisant varier la température de l’eau de circulation selon la température extérieure et la viiesse du vent, on fournit la quantité de chaleur nécessaire pour le maintien de la température intérieure promise, tout en évitant le gaspillage. La distribution à eau chaude est également avantageuse pour les transports à distance
- sensiblement constant quelle que soit la charge.
- Il semble qu’avec une distribution à distance, les déperditions en route doivent être importantes, le calcul montre qu’elles ne sont pas si énormes qu’elles le paraissent, grâce aux dispositifs d’isolement des conduites. La figure 1 représente une canalisation de vapeur (ou d’eau) enterrée dans le sol d’une des distributions de chaleur établies par la American District Steam Company. Le. tuyau métallique est d’abord recouvert de 5 couches de carton d’amiante de 1 mm d’épaisseur maintenues
- p.23 - vue 27/474
-
-
-
- 24 LE CHAUFFAGE DES HABITATIONS PAR STATION CENTRALE URBAINE
- par du fil de cuivre, puis placé dans une gaine formée de douves en sapin bloquées ensemble au moyen d’un ii 1 d’acier galvanisé fortement serré; cette gaine est établie par portions d’une longueur moyenne de 2m. 10 et d’un diamètre de Oui. 05 plus grand que le di mètre extérieur du tuyau de distribution. La surface intérieure de la gaine est recouverte d'une feuille de fer-blanc qui a pour but de réfléchir la chaleur rayonnante émise par le tuyau; à l’extérieur, la gaine est recouverte d’un enduit goudronneux. Parfois la gaine est en poterie
- double couvercle pour éviter les déperditions de chaleur; le second couvercle est étanche, de manière à ce que les eaux de la rue ne puis>ent s’introduire dans le trou d’homme, et de là dans la gaine.
- Le compteur se compose d’un réservoir à deux compartiments oscillant autour d'un axe. L’appareil étant dans la position indiquée par la ligure 5, l’eau se déverse dans le compartiment de droite. Quand celui-ci a atteint un certain poids, l’appareil bascule, le compartiment de droite se v.de, celui
- Jl.JlfOJUW
- Fig. 7. — Chauffage général par une usine centrale de bâtiments des Administrations de la Ville de Paris (XIVe arrondissement) (d'après AI. A. Rey, architecte).
- degrcs. Enfin l’ensemble est placé dans la tranchée sur un lit pierreux et des drains en communication avec l’égout sont disposés à la base de la fouille. C’est par l’interméd aire de guides fixes, de guides à rouleaux ou à billes que le tuyau de distribution est maintenu en place dans la gaine; des colliers disposés de distance en distance empêchent le mouvement longitudinal de l’air entre tuyauterie et gaine.
- Des dispositifs spéciaux ont été également créés pour ménager la dilatation. Un des deux tuyaux à fonctionner (fig. 2) est fixé à un plateau fixe, l’autre au centre du diaphragme en cuivre B, relié par ses bords au plateau et dont le centre se dépare pour compenser la dilatation des deux tuyaux. Ces appareils sont placés dans des trous d homme, construits en briques ou en béton et possèdent un
- de gauche se remplit et ainsi de suite : c’est le nombre de basculages qui est mesuré par le compteur.
- Un quartier de la ville de Cleveland est ainsi chauffé par une centrale à vapeur à haute pression. La pression initiale de la vapeur qui est de 8 kg 8 est réduite à environ 4 kg à la fin de la distribution. La figure 4 montre le détail du détenteur de pression installé dans le sous sol de chaque, client, lin plus du réglage génér. I de l’installation qui est indiqué figure 5 où un régulateur thermostat agit sur ce dernier, on a ainsi un- autre appareil de sûreté empêchant l’arrivée de vapeur à haute pression dans les radiateurs. En outre, l’installai ion du thermostat- a procuré «tans certains cas des économies allant jusqu’à 25 et 30 pour 100 de la consommation de
- p.24 - vue 28/474
-
-
-
- LE CHAUFFAGE DES HABITATIONS PAR STATION CENTRALE URBAINE 25
- vapeur et évité en même temps la sujétion du réglage à la main (*).
- M. Beaurrienne, ingénieur en chauffage 1res réputé, a eu l'idée d’appliquer la théorie du chauffage central à domicile à un quartier de Paris (2). en donnant aux: côtés du secteur des longueurs variables de 8üO, 1600, 2400 et 5200 m. (fig. 6). Par le calcul, il a tout d’abord dénioniré que l’exploitation d’un réseau sera d’autant plus avantageuse que le rapport de la cons mmatiun unitaire (5) à la densité calorifique maxima (4) sera plus élevé puisque le rapport n’est autre que celui exislant entre le revenu de l’installation et le capital. La densité calorifique maxima étant fonction de la température minirna, il découle que pour deux réseaux semblables, établis dans des villes où la température moyenne de l'hiver est la même, l’installation aura un rend-ment très supérieur dans celle où la temp rature minirna est la plus élevée. Cette même densité dépend également de la température extérieure et de la nature des locaux: il est évident que dans un quartier d’immeubles à 5 ou 6 étages, la quantité de chaleur à fournir par mètre carré sera plus considérable que dans un quartier-d’hôtels particuliers et de \illas répartis dans des jardins.
- Si l'on prend comme élément de discussion et de comparaison l’installation de la ville de Lock port où la température moyenne de l’hiver est de 5°, la densité calorifique de 15 calories et les perles de chaleur de 9,5 pour 100 pour un secteur de 800 m. de côté avec des maisons très espacées; dans un quartier riche de Paris où la temp-rature moyenne de l’hiver est de 6°,5, la denûté calorifique serait de 56 environ et pour un secteur très peuplé de 800 m. de (ôté, le pourcentage de perte serait de 6,5. Ainsi pour le quartier considéré par M. Beaurrienne, le point de départ de la distribution étant le point de croisement du boulevard Pé-reire et Je l’avenue des Ternes, les tuyauteries principales suivant cette avenue et le faubourg Saint-llonoré, le rendement calorifique et le rendement du capital consacré à l’installation seraient très supérieurs à ceux de Loekport. Pour la même densité calorifique, mais pour un secteur de 5200 m. de côté au lieu de 800 m., le pourcentage de perte serat de 12,5. Et si l’on plaçait 1 usine sur le quai Michelet, à Levallois, à 2 km 560 du point où commencerait la distribution, on n’aurait
- 1. Fréi-érick W. Rai.lard. Conférence à la Société des Ingénieur» mécaniciens et électricien» de l’Utiio (Hygiène du Bâtiment et de l'I sine, 1013).
- 2. Reaïïkienine. Production et distribution d'énergie caloiifigue à domicile par station ce traie (Conférence faite à la Société des Ingénieurs civils de France (litII).
- 3. Quantité de chaleur totale à fournir par unité de surface du sectiur; celte quantité est en somme la marchandise vendue, c’e-l le revenu de l’installation.
- 4. Q iantité de chaleur maxima à fournir par heure et par unité de surface du réseau; celte quantité délinil l'importance des tuyauteries et de leurs déperditions, en réa'ité elle représente le capital à immobiliser et sou amortissement.
- encore dans ce cas qu’une perte supplémentaire de 5,51 pour 100.
- L’exploitation du réseau ainsi considéré (secteur de 5200 m. X 5200 m.) comporterait une fourniture moyenne de 1809(10 OOOcalories (y compris les 18 à 20, pour 100 de déperdition dans le transport) correspondant à 555 000 kg de vapeur et à 42 tonnes de combustible, soit pour un hiver un total de 181 440 tonnes. Mais le rendement du combustible étant sans conteste meilleur dans une usine centrale que dans une chaufferie particulière, même en tenant compte des pertes de chaleur eu roule, on peut estimer que l’économie de la consommation correspondante des chauffages serait d’au moins 170 600 tonnes. La différence entre le prix du charbon brûlé par l’usine et celui de l’anthracite ou du ( barbon maigre brûlé par les particuliers étant d’au moins 50 francs, il en résulterait une économie de 4 755 920 francs sur la consommât.on totale. Autrement dit, en vendant la vap-ur aux particuliers à un prix correspondant à celui de la quantité de charbon qu’ils consommeraient, on disposerait d’un revenu de plus de 4000 000 franc» pour frais d’amortissement, d’administration et jour les bénéfices.
- Celte question du chauffage à domicile a été également examinée, plus particulièrement au point de vue hygiénique, par M. A. Bey, architecte delà Fondation Rothschild (*) ; lui aussi pour montrer d’une façon saisissante les progrès que l’on peut en attendre, choisissait par deux exemples., une application immédiate pour Paris, l’une dans le domaine de l’État, l’autre dans celui de la municipalité. C’est ce dernier que représente la figure 7. Dans le périmètre d'un cercle de 500 mètres de rayon, il englobait en premier lieu neuf importants bâtiments municipaux du XIVe arrondissements, l'usine étant placée dans le voisinage de la Prison de la Santé. Ainsi la Ville de Paris trouverait un intérêt majeur à concei.tier dans une usine unique le chauffage de ces importants locaux ainsi que d’autres secondaires non indiqués sur le plan.
- ÎNous croyons que dans un temps assez rapproché, la nécessité du chauffage collectif s’imposera. On y gagnera une amélioration considéial-le des conditions hygiéniques des habitations privées et de l'atmosphère des villes. Son principe basé, comme il a été dit, sur une utilisation rationnelle du combustible, sur une exploitation industrielle économique par ses frais généraux réduits ne pourra que transformer, au mieux des in.b rêts de tous, les conditions de chauffage des maisons et même jusqu'à leurs dispositions intérieures. De plus, il favorisera des services publics annexes, telles que la production dYIeotricilé et de force motrice, du fait qu’il diminuerait les charges d’amnriLsement de ces usines. M. Bousq- et,
- 1. A. ItbY. — Conférence, III8 Congrès national d’Assai-nissemint et de Salubrité de l’ilabiiatioii (novembre 1909).
- p.25 - vue 29/474
-
-
-
- 26
- LA FABRICATION MÉCANIQUE DES HÉLICES AÉRIENNES
- Les usines d’aviation de France et des États-Unis travaillent à force afin d’assurer prochainement la maîtrise de l’air aux flottes aériennes des Alliés, en dépit des efforts similaires des constructeurs d’outre-Rhin. Sans entrer dans des précisions techniques susceptibles de fournir d’utiles renseignements à nos ennemis, notons que les mesures prises par les services compétents ont considérablement augmenté le nombre des unités de notrecinquièmearme.
- En particulier, l'adoption par l’aéronautique américaine de moteurs français ayant fait leurs preuves au cours de la guerre et leur construction en séries par les colossales fabriques d’automobiles des États-Unis, va permettre de multiplier les ^escadres de bombardement susceptibles d’aller détruire les centres industriels de' l’Allemagne occidentale. En attendant ‘ce jour béni, où seront vengés les femmes et les enfants assassinés par les équipages des Zeppelins, des Taubes ou des Aviatiks nous allons indiquer rapidement comment se fabrique aujourd’hui en plein Paris, d’une façon nouvelle et originale, une des pièces essentielles des frêles esquifs porteurs des guerriers volants, Y hélice, destinée à transformer le mouvement de rotation du moteur en un mouvement de propulsion.
- Gomme les hélices aériennes tournent à des régimes très variables selon les appareils, elles doivent être d’une solidité à toute épreuve et en outre fort légère». Jusqu’ici on les réalise en bois, car on a vainement essayé d’employer des matériaux métalliques., Dans ces derniers, en effet, la vitesse de rotation considérable des moteurs, les poussées brutales qui se produisent eii cours de route et les
- Fig. i. — Stades de la fabrication d'une hélice aérienne : a) bloc montrant les 7 lames constitutives d'une hélice; b) bloc taillé; c) hélice après son sculptage mécanique; d) hélice terminée (vernie et blindée).
- vibrations résultantes déterminent une cristallisation interne et de dangereuses ruptures. Au contraire, les hélices en bois résistent parfaitement aux efforts centrifuges et, vu leur élasticité, supportent les à-coups aussi bien que les reprises du moteur. Comme essences» on s’adresse au noyer, au hêtre ou à l’orme pour les hélices des appareils puissants et rapides, soit aux acajous pour celles d’engins plus faibles qui marchent à Un régime de tours moins élevé.
- Une de nos illustrations permet de suivre les principales étapes de la fabrication. Le premier bloc montre les 7 lames constitutives de l’bé-liee, disposées en marches d’escalier et solidement collées. Le deuxième bloc a subi une opération de taillage mécanique qui a provoqué la disparition des saillies inu^ tiles en donnant à l’ensemble un modelé régulier et continu. En outre on a percé, de part en part, 8 trous destinés à livrer passage à des boulons bloqués sur les flasques du moyeu métallique fixant l’hélice sur le « nez du moteur ». A la phase suivante, l’hélice a pris son contour définitif; on a supprimé les diverses aspérités qu’a laissées la machine, on l’a équilibrée dans sa forme, ses épaisseurs et son poids. 11 ne reste plus pour l’achever, telle qu’on la voit sur le bord de notre photographie, qu’à blinder ses bords d’attaque avec une lame de cuivre et à protéger la surface des pales au moyen d’un vernis résistant.
- Toutefois les opérations ci-dessus résumées sont, dans la pratique, longues et délicates. Au début de l’aviation, 011 taillait les hélices dans des blocs de bois d’une seule pièce, mais à cause des graves
- d
- p.26 - vue 30/474
-
-
-
- LA FABRICATION MÉCANIQUE DES HÉLICES AÉRIENNES ===== 27
- inconvénients que présentait ce procédé de fabrication on y a renoncé. Actuellement on réalise les hélices avec des lames assemblées et collées. Le fabricant commence par choisir un bois parfaitement sec, très sain, ne présentant ni gerce, ni nœuds, ni roulures et en outre absolument « de fil », autrement dit ses fibres doivent autant que , possible traverser, sans être tranchées, les lames de bout en bout. Une hélice taillée dans un madrier ne saurait réaliser ces conditions, car des tares souvent graves et dangereuses peuvent se trouver dans la masse ligneuse; en outre le bois du pied de l’arbre étant plus lourd que celui de la-tête, le bloc .une fois sculpté possède une densité inégale défavorable au travail régulier de l’hélice.
- Afin de remédier à ces défauts, les constructeurs ont abandonné le taillage dans un madrier pour former un bloc avec des lames de bois de Om. 025 minutieusement choisies, alternées et collées ensemble. En outre, le contrôle militaire vérifie et poinçonne, lame par lame, tous les bois entrant dans la fabrication des hélices d’avions français.
- Cette opération du collage est d’une importance primordiale.
- La plupart des grandes usines Chauvière,
- Levasseur, Régyfrères emploient la colle forte pour le soudage des James et, grâce à des dispositifs spéciaux, obtiennent des collages d’une remarquable solidité. Toutefois, malgré les soins apportés dans leurs opérations, la colle forte résiste rarement à l’humidité prolongée et parfois se produisent d’inquiétants décollages, causes d’accidents d’aviation plus ou moins graves.
- Divers praticiens ont donc cherché dès colles imputrescibles et plus stables. La fabrique Sel-mersheim par exemple utilise, depuis le début de sa fabrication d’hélices, la colle à la caséine, qui résiste aussi bien aux variations hygrométriques que calorifiques. Ce mode de collage d’ailleurs est connu depuis 'le Moyen Age dans diverses industries.
- Plusieurs constructeurs de bateaux et certains de nos graveurs sur bois en particulier, se transmettaient, de génération en génération, la recette
- mystérieuse de la « colle de fromage », copiée presque mot à mot dans le Diversarurn artium schednla du moine Théophile, artiste peintre, qui vivait dans la seconde moitié du xe siècle. Voici, d’après cet auteur, le moyen de préparer cette fameuse colle de fromage :
- « On coupe très menu du fromage mou de vache, on le lave à l’eau chaude, dans un mortier, avec un pilon jusqu’à ce que l’eau reste pure.
- « On met ce fromage comprimé à la main dans de l’eau froide jusqu’à ce qu’il durcisse. On le broie très menu sur une table de bois uni, avec un autre morceau de bois. On le broie dans un mortier avec un pilon après avoir ajouté dé l’eau mêlée
- avec de la chaux vive jusqu’à ce qu’il devienne épais comme du marc. »
- Mais aujourd’hui les fabricants d’hélices aériennes préfèrent se servir de la caséine industrielle au lieu de se donner l’embarras d’une telle préparation.
- . Donc après avoir couvert au pinceau les lames de colle à la caséine, on les superpose suivant les tracés mathématiquement déterminés et ou les renferme dans des sortes de caisses à claire-voie dites chantiers de collage, en termes de métier. Puis on glisse les chantiers renfermant les piles de lames entre les montants de fer de presses spéciales, qui permettent de serrer très fortement 4 d’entre elles à la fois. Au bout de 12 heures, on desserre les écrous et on retire les blocs solidement collés, grâce à la caséine et à cette énergique pression.
- L’ébauche de nos futures hélices* qui présente alors l’apparence de DPtites marches d’escalier, va
- Fig. 2. — Mise en presses des hélices. {On renferme les lames collées à la caséine dans des sortes de caisses à claire-voie dites chantiers de collage qu’on glisse entre les montants de fer de presses spèciales.)
- p.27 - vue 31/474
-
-
-
- 28
- LA FABRICATION MÉCANIQUE DES HÉLICES AÉRIENNES
- subir le debillardage. Cette opération a pour but de faire toinber la plus grande partie du bois inutile; pour l’accomplir, l’ouvrier pousse les faces à attaquer le long du tranchant d’une scie à ruban et effectue ainsi un premier dégrossissage du bloc collé, suivi du percement du moyeu et des trous de boulons. A l’aide d’une machine spéciale, ori pratique d'abord l’alésage destiné à recevoir l'arbre du moteur, puis on dresse les deux faces du moyeu de l’hélice, faces qui doivent être rigoureusement parallèles. Ensuite toujours avec les mêmes outils, on fore les trous par lesquels passeront les boulons de serrage et qu’il faut percer avec un grand soin, perpendiculairement aux laces extérieures du moyeu de l’hélice. Entre temps, on enferme le bloc collé dans une sorte de boîte-calibre et on le met sur le plateau d’une toupie. En poussant l’ensemble le long de l'arbre de l’instrument, celui-ci chantourne très exactement les contours ainsi que les faces latérales du moyeu.
- Grâce aux différentes opérations ci-dessus énumérées, le bloc de lames collées se transforme peu à peu en une grossit re hélice dont le taillage mécanique va maintenant préciser les formes. Dans beaucoup d’usines, ce travail s’effectue encore à la main et. dans de bonnes conditions avec d’habiles ouvriers. Cependant plusieurs ingénieurs français et anglais ont inventé des machines peur, l'accomplir de façon automatique afin d'accroître le rendement. L’une des plus récentes est due à M. Tonv Selmer-sheim qui la présenta à I En position de L\on en 1914 et la encore perfectionnée depuis cette époque.
- Le dernier type de celte machine à repro-
- Fig. 3. — Machine Selmersheim permettant de sculpter 4 bl)cs d’hélice
- à la fois.
- dnire et à sculpter se compose essentiellement d’un plan vertical ou marbre, en haut duquel se trouve fixés deux mo lèles en bois dur donnant, l’un la face dorsale, l’autre la face interne de l'hélice. Au-dessous de chacun des modèles, ou amarre solidement deux blocs déjà dégrossis. D’autre part, sur le sol bétonné de l’atelier couri-nl deux rails cylindriques servant de voie de roulement à un chariot mobile. Le mécanisme tranchant est monté sur un axe pivotant autour duquel il peut, en outre, s’élever et s’abaisser à l’aide d’un volant de réglage; comme outil de travail proprement dit (en partie caché sur notre photographie), il comporte :
- 1° Une touche : sorte de bras rigide et métallique durit l’extrémité est mousse, et doit pendant le taillage se maintenir toujours en contact avec le modèle.
- 2° Deux organes coupant, tournant à 4000 tours sous l’impulsion d’un moteur de 5 chevaux et placés chacun au niveau des blocs de bois correspondants.
- La manœuvre s’explique aisément ; l’duvrier pousse devant lui le chariot, tandis qu’il maintient en conta-1 là touche sur les parois du modèle; les deux fers coupants attaquent simultanément les deux blocs inférieurs. Lorsque l’ouvrier a fait, de bout en bout, suivre à la tom he le modèle de l’hélice-lyp'e. à l’aide du voIan,t de réglage, il descend d’un degré la machine sur son axe. Puis, par passes horizontales successives, il poursuit le taillage jusqu'au moment où les outils ont atteint le bord inférieur extrême des moyeux.
- Après leur seulplage à la machine Selmersheim, les blocs d’hélices arrivent aux mains de spécia- ' - listes qui font dispa-
- raître les si l ns laissés par l’onlil. On obtient, de la sorte, Irès exactement les longueurs, largeurs et épaisseurs relevées sur l’épure. Mais pour réaliser les incidences théoriquement calculées afin que l’hélice en tournant, se visse dans 1 air comme un tire-bouchon dans du liège, il faut la passer à 1 '/-guerre de mesure composée d’une ré Jet te ob'ique pouvant s'élever ou s’a-bai< er comme une branche de compas et coulissant sur une tige verticale graduée. A l aide de cet instrument, l’ouvrier vérifie la cote en chaque
- p.28 - vue 32/474
-
-
-
- LÀ FABRICATION MÉCANIQUE DES HÉLICES AÉRIENNES :.....29
- point et poursuit son travail de rectification jusqu’à ce que le chiffre lu sur la règle coïncide exactement avec celui qu’il relève sur l’épure. En outre, au moyen de calibres, il s’assure de l’exactitude des contours des pales, tandis qu'avec un pied à coulisse il mesure, en 2 ou 3 points déterminés, si leur largeur est conforme à l’hélice modèle.
- Mais les hélices d'hydravions et d’appareils destinés à prendre leur essor ou à atterrir dans des terrains sablonneux ayant besoin d’avoir leurs bords d’attaque protégés au moins dans leurs parties extrêmes contre les chocs de l’eau ou des grains de sable, on les blinde avec de la tôle de cuivre solidement rivée et soudée. On comprend sans peine l’utilité de défendre, contre les chocs et l’usure, le bord d’attaque des hélices aériennes dont la vitesse périphérique atteint près de .1000 km à l’heure. Pour procéder au blindage, on découpe une lame de cuivre de 8/10 de millimètre d’épaisseur en forme de double croissant, on l’applique ensuite ‘ au marteau sur les deux bords et faces de l’hélice, puis on la rive à l’aide de pointes de cuivre disposées en quinconce. Quoique ces lames aient le même profit et le même poids, leur application déséquilibre parfois légèrement les deux pales. Aussi après blindage, il faut revoir l’hélice, en parachever le modelé, ert mesurer à nouveau le pas et en vérifier l’équilibrage.
- Pour effectuer ce dernier contrôle, on se sert d’une équïlibreuse. Cet appareil est formé de deux montants solides supportant deux couteaux d’acier parfaitement réglés et de niveau, sur lesquels on place les extrémités d’ùn mandrin métallique.,L’ouvrier met l’hélice à vérifier sur l’équilibreuse et, la faisant tourner sur son axe, essaie de la maintenir horizontalement, puis verticalement. La rupture d équilibre indique qu’une pale est plus lourde que l'autre et l’homme corrige ce défaut en grattant légèrement à l’aide d’un racloir souple d’acier toute l’étendue de la pale trop pesante.
- Notre hélice possède maintenant sa forme définitive, il ne reste plus qu’à terminer sa toilette en protégeant sa surface entière par un enduit résistant, élastique et imperméable. Certaines hélices allemandes sont recouvertes d’une substance noire qui semble à hase de goudron. En France, on poursuit des essais dans celte voie et sans avoir encore découvert la matière idéale, la plupart des constructeurs emploient aujourd'hui un vernis gras dont ils couvrent trois fois toute l’hélice. La dernière couche de vernis séchée, on la passe à la pierre ponce pour enlever les grains et on effectue un ultime polissage au tampon qui, non seulement
- {l'ouvrier gratlcà l'aide d’un racloir souple d’acier Vétendue de la pale trop pesante jusqu’à ce que l’hélice se tienne en équilibre).
- rend parfaitement unie la surface de l’hélice, mais permet en outre son équilibre, à moins d’un gramme près.
- Cependant, après tant de précautions prises au cours de la fabrication des hélices aériennes et en dépit des contrôles successivement effectués, il faut vérifier encore une fois leur pas et leur équilibrage. Le bois « travaille » en effet, comme disent ,les techniciens: il reste, quoi qu’on fasse, sensible aux variations thermiques et hygrométriques. Bien qu’on emploie des madriers très secs, la sève non complètement éliminée les fait « jouer » et peu à peu les hélices les plus minutieusement construites finissent par sé voiler, par changer de forme et de poids;
- Aussi on fabrique actuellement des hélices composées de .20 à 25 lames de bois de 5 mm d’épaisseur, qu’on applique sur des moules ou matrices et qu’on colle à la caséine.. Ces hélices blindées par un procédé spécial ont donné aux essa s des résisr tances beaucoup plus considérables que celles de fabrication courante. Toutefois, malgré ce perfectionnement, plusieurs inventeurs français cherchent actuellement à remplacer le bois par une substance d'égale densité, plus tenace et non hygrométrique* mais avant qu’ils aient trouvé la matière rêvée pour la construction des hélices aériennes théoriquement parfaites... la grande guerre sera peut-être terminée,! Jacques Boyer.
- p.29 - vue 33/474
-
-
-
- 30. — .....-- =
- UN PRÉCURSEUR EN GÉOLOGIE
- Les vieux livres sont une ressource quand on a peu de satisfaction à vivre dans le présent. C’est la justification de ce petit article qui n’offre aucune actualité. Le précurseur dont il s’agit ici était, au xive siècle, professeur à l’Université de Paris, où ç>n constate qu’il a présidé des examens pendant de . nombreuses années. 11 avait nom Albert de Helmstaedt et se montrait à bien des égards très en avance sur son temps. Pierre Duhem qui l’a étudié avec soin a mis en lumière comment, un siècle et dfemi plus tard, ses œuvres inspirèrent Léonard de Vinci et contribuèrent à faire du grand artiste un des fondateurs de la géologie. Ultérieurement, les idées de Léonard de Vinci furent pillées par Cardan qui avait lu ses manuscrits et qui réinventa quelques-unes de ses découvertes en se gardant de le citer. De Cardan, elles passèrent à Bernard Palissy, établissant ainsi une chaîne continue jusqu’à la science moderne.
- Cet Albert de Helmstaedt a-insisté sur la puissance des érosions et sur leur rôle essentiel dans les phénomènes géologiques. Mais il s’est bien rendu compte que, si les érosions agissaient seules, sans aucune force contradictoire, elles auraient depuis longtemps aplani les montagnes et fait de la terre une boule uniformément recouverte par les eaux. 11 a alors cherché cette force contradictoire dans un soulèvement lent des continents. Il s’est trouvé ainsi mettre en lumière ces deux forces antagonistes dont la succession et le conflit constituent toute notre explication de la géologie : l’activité interne amenant des surrectious montagneuses et l'action superficielle des eaux tendant à aplanir peu à peu les montagnes. Mais il a eu en outre, à cette occasion, une autre idée qui est celle- sur laquelle je voudrais appeler l’attention,
- 11 existe, en géologie moderne, une théorie dite de Tisostase : théorie ayant aujourd’hui de très chauds partisans, dans laquelle on établit un lien de cause à effet entre les progrès de la sédimentation et les mouvements de soulèvement orogénique. Pour ceux qui expliquent les plissements montagneux par l’isostase, l’accumulation des sédiments sur un point a pour résultat d’y élever la température, à raison d’environ 1° par 50 m., puisque, commé on le sait, la température croît quand on s’enfonce dans la terre. On peut arriver ainsi à un moment où l'écorce, ramollie et rendue plastique, arrive à fléchir sous le poids des matériaux accumulés; après quoi, la compression latérale, s’accentuant sur cette zone molle, doit la faire au contraire gicler au dehors et saillir en allant s’écraser contre la paroi solide ayant d’abord formé rivage.
- C’est une manière d’expliquer comment les chaînes saillantes ont pris la place d’anciennes dépressions synclimles. L’idée a été lancée vers
- 1875 par Dana qui suivait une suggestion antérieure d’Ilerschell. Or, sous une forme un peu obscure, on retrouve, énoncée par Albert de Helmstaedt, une corrélation analogue entre les sédiments et les- mouvements orogéniques. Il remarque, en effet, que l’érosion par les fleuves aboutit à une destruction des continents, compensée par une superposition de débris dans la mer. Il en conclut qu’il doit se produire une rupture d’équilibre ; suivant lui, le centre de gravité de la masse complexe doit alors se déplacer et remonter vers la superficie, en sorte que ce qui était autrefois dans l’intérieur de la terre arrive à la superficie, et inversement.
- Je ne voudrais pas exagérer le rôle de ce savant oublié. Ses idées ne sont nullement précisées et, là où il a vu juste, il n’était pas toujours le premier à le faire. Dès l’antiquité grecque, on a conçu les deux notions fondamentales de notre géologie que je rappelais tout à l’heure : les influences contradictoires des actions ignées et des érosions aqueuses. On a remarqué également la présence de coquilles marines dans l’intérieur des continents et on en a donné l’explication rationnelle pour tout homme de bon sens que la mer avait occupé autrefois, en ces points, la place de la terre. Mais, pour expliquer à son tour ce déplacement de la mer, les Grecs s’étaient généralement bornés à invoquer des causes locales et actualistes : les plus imaginatifs se bornant à admettre que la brusque rupture du détroit de Gibraltar, en corrélation possible avec l’effondrement de l’Atlantide, avait entraîné un abaissement considérable de ce qui constituait auparavant le lac méditerranéen. Puis, au cours du moyen âge, l’exactitude de ces observations fut masquée, pour la plupart des philosophes, par l’invasion des doctrines astrologiques. C’est ainsi qu’on voulut expliquer les fossiles- par une influence astrale ayant provoqué à l’intérieur de la terre des pétrifications, seulement « analogues » aux coquillages marins. On alla même parfois très loin dans le désir des généralisations astrologiques et on aboutit à une théorie qui, sous une autre forme, a reparu de notre temps, comme bien d’autres, celle d'une corrélation entre certains cycles géologiques et de très "longues périodes astronomiques, telles qu’en comporte la précession des équinoxes. Cette théorie, qui devint au xme siècle l’hérésie de la Grande Année, consistait à admettre que, tous les 56 000 ans, les mêmes influences astrales devaient amener une permutation alternative entre les continents et les océans, avec une migration correspondante des peuples, un déplacement des civilisations et même un bouleversement des religions. On rattachait à cette notion l’idée, très juste en elle-même, qu’il n'est pas de lieu sur la terre ferme qui n’ait été mer autrefois, que les montagnes occupent la
- p.30 - vue 34/474
-
-
-
- L’ILLUSION DU TROU DANS LA MAIN . 31
- place des Océans et inversement.... Le grand mérite d’Albert de Helmstaedt et, plus tard, de Vinci a été de répudier l’astrologie pour chercher une explication des phénomènes anciens dans les
- phénomènes actuels. En géologie comme 'en la plupart des autres sciences, les théories sont très vieilles; ce qui est neuf et ce qui constitue le progrès, c’est l’observation. L. De Launay,
- Les météorites et l’excentricité .terrestres, — D’après M. J. Bosler, la masse de la Terre s’accroîtrait chaque, année, du fait des bolides, des aérolithes et des étoiles iilantes, dans la proportion considérable de 2 millions de tonnes. Si nous admettons ce chiffre, pour- lequel on se demande quelles ont pu être les hases sérieuses d’observation, cetteVmgmentation continue tend à diminuer le grand axe de notre orbite. Elle peut avoir également une influence sur l’excentricité. Or, un travail de 11,-A. Newton montre que les aérolithes décrivent en grande majorité autour du soleil des orbites directes et inclinées sur l’écliptique de moins de 55°. En prenant comme base les observations contenues dans cette statistique de II.-A. Newton, M. J, Bosler calcule qu’il y a prédominance très notable des chocs favorables à la diminution de l’excentricité. Les météorites agissent comme un milieu résistant pour rendre l’orbite terrestre toujours plus voisine d’un cercle.
- L’Atlantide. — On sait que la vieille question de l’Atlantide de Platon a été reprise récemment par les géologues qui se sont prononcés pour la disparition probablement récente de ce continent, aujourd’hui submergé. Dans une importante étude sur ce sujet, M. Ter-mier avait été amené à faire intervenir l’existence du crétacé aux Canaries, pour en conclure que le continent
- atlantique avait déjà, avant sa disparition finale, subi des incursions des mers ayant amené les eaux crétacées de la Méditerranée jusqu’aux Canaries, tandis qu’à la même époque, les îles du Cap Vert appartenaient encore au continent africano-brésilien. 11 n’en résultait d’ailleurs qu’une légère complication. M. Fernandez Navarre montre aujourd’hui que cette complication reposait sur un fait purement imaginaire. Il n’y a aucun crétacé aux Canaries, dans l’île de llierro et l’échantillon étudié par MM. Cottreau et Lemoine comme venant de ce point devait avoir simplement pour origine le lest d’un navire.
- La toxicité du sérum de la murène. — M. Kopac-zewski, continuant ses études sur cette question, conclut que la toxicité extraordinaire du sérum de la murène n’est pas due à la présence du venin dans le sang, ni à une substance diastasique dans le sens de Calmette. Il faut plutôt admettre qu’elle réside dans une structure moléculaire spéciale et telle^que l’injection de ce sérum dans le sang hétérogène produit une rupture d’équilibre moléculaire qui se traduit expérimentalement par l’apparition des agglomérations micellaires et par l’abaissement. de la' tension superficielle du sérum de l’animal intoxiqué. Cette toxicité est exagérée, grâce au venin avec lequel elle doit être en relation étroite.
- ACADEMIE DES SCIENCES
- Séance du 5 novembre 1917.
- L’ILLUSION DU TROU DANS LA MAIN
- Nous avons souvent entretenu nos lecteurs des illusions auxquelles l’œil est sujet. Cet organe si délicat, si merveilleux est aussi le plus facile à tromper et nombreuses sont les expériences de physique amusante dans lesquelles il est mis en défaut. Mais si ces illusions sont curieuses et
- peuvent dans une certaine mesure expliquer le
- fonclionnement de l’œil elles n’ont pas d’autre intérêt. Il n’en est pas de même d’une illusion très nette, très simple à réaliser bien qué fort peu connue et que nous appellerons avec le Dr Cantonnet l’expérience du trou dans la main. On place devant un œil, le droit par exemple, une feuille enroulée ou un tube, de carton; la main gauche est tenue ouverte sur le côté gauche du tube, à 25 cm en
- avant de l’œil gauche (fig. 1). L’œil droit voit ce
- qui est contenu dans le champ du tube; l’œil gauche voit la main. Les images des deux yeux sont fusionnées cérébralement ; il semble que la main gauche soit perforée d’un trou, où apparaissent -les objets contenus dans le champ du tube (fig. 2).
- Cette expérience peut être appelée (f l’expérience du trou dans la main » ; or, elle ne constitue pas seulement un tour de physique amusante; elle est
- aussi, dans sa simplicité, un contrôle excellent de la vision binoculaire.
- Quelle est l’explication optique de ce phénomène?
- Quand nous regardons un objet, chaque œil le voit, mais les sensations rétiniennes se transmettent en concordance au niveau et celui-ci enregistre une image unique, ce que les médecins énoncent en disant que les rayons émanés d’un même objet frappent des points identiques de nos deux rétines; les fibres optiques émanées de ces deux points sont couplées de façon à atteindre une seule cellule corticale. Si un trouble quelconque vient à dévier l’un des yeux, les points mpressionnés des deux rétines ne sont plus symétriques; les deux images périphériques ne peuvent se fusionner en. une per-ception corticale unique; on voit double, il y a diplopie.
- L’explication est donc très simple* mais, et c’est là l’intérêt de cettë curieuse expérience, on peut en déduire des indications cliniques des plus intéressantes qui permettent de combattre dès le début la loucherie qui atteint si souvent les enfants et que l’on a trop tendance à ne pas soigner.
- Lorsque chez l’enfant, il s’établit très progressivement une déviation oculaire, liée à des vices de
- p.31 - vue 35/474
-
-
-
- 32
- L'ILLUSION DU TROU DANS LA MAIN
- Fig. i. — L'expérience
- réfraction, c’est le strabisme concomitant ou loucheriez la diplopie révélatrice ne se produit'pas, car il y a accoutumance progressive : l’œil dont l’aciiité est la moins bonne a son fonctionnement neutralisé; le cerveau ne daigne pas tenir compte des images recueillies par cet œil ; il le neutralLe. Si l’on ferme le bon œil, le mauvais voit; mais lorsqu’on rouvre le bon, les images du mauvais sont dédaignées. Ainsi se trouve évitée la diplopie, mais la vision binoculaire est pér-due.
- Or, on sait quelle est l’utilité de la vision
- binoculaire qui nous permet d’éprouver la sensation de relief et d’évaluer les distances, les profondeurs, dans la direction du rayon visuel. Il y a donc intérêt à déceler la loucherie dès le début pour pouvoir la combattre efficacement. C’est ce que permet très facilement l’expérience précédente.
- En effet, si on la fait exécuter par un patient il va se produire l’un des trois résultats suivants :
- 1° Il ne voit que les objets contenus dans le champ du tube et ne voit pas la main : il n’a pas la vision binoculaire; son œil droit seul voit ; le gauche ne voit pas ou neutralise ;
- 2° Il ne voit que
- la main et ne voit pas le contenu du tube : il neutralise ou ne voit pas de l’œil droit; il ne voit que du gauche: il n’a pas la vision binoculaire;
- 5° Il voit à la fois le contenu du tube et la main : alors, il voit des deux yeux à la fois; il a la vision binoculaire.
- trou dans la main
- Mais cette vision binoculaire peut être normale ou imparfaite :
- a) Le trou est vu au milieu de la main : la“
- vision binoculaire est parfaite.
- b) Le trou est vu sur le côté droit de la main ou même tout à fait à droite de la main, dont un certain espace le sépare ; c’estqu’il
- a convergence exagérée. S’il n’y qu’un léger excès de convergence, le trou est dans la main, mais vers son bord droit : s’il y a vrai strabisme convergent, le trou est à droite de la main.
- c) Le trou est vu sur le côté gauche de la
- main ou même tout à fait à gauche de la main et séparé d’elle : il y a tendance à la divergence si le trou est encore dans la main et vrai strabisme, divergent si le trou eri pasi-é tout
- entier à gauche.
- d) Le trou est déplacé en hauteur et semble être dans la main à ' un niveau différent de celui du tube : il y a déviation verticale.
- Mais ces déviations verticales sont rarement pures; elles sont presque toujours liées à une déviation convergente ou divergente qui est plus importante qu’elles.
- On voit donc quellés précieuses indications peut, à défaut du diploscope du l)r Rémy, qui est le meilleur appareil pour vérifier la vision binoculaire, fournir cette expérience si simple et nous souhaitons au lecteur qui la renouvellera, de ne pas faire la désagréable constatation d’une diplopie naissante. H. Yolta.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Labure, rue de Fleurus, 9, à Pans.
- p.32 - vue 36/474
-
-
-
- 9 JANVIER IPI8.
- LA NATURE. — N' 2312.
- LES RESSOURCES ET L’AVENIR ÉCONOMIQUE DE LA PALESTINE,,
- La délivrance de Jérusalem par les troupes du général Âllenby et les projets de restauration de la nationalité juive en Palestine, — que la victoire des Alliés fera sans doute aboutir sous quelque forme, — ont ramené l’attention sur cette région où, selon les paroles de l'Écriture, « coulent le lait et le miel ». Examinons donc rapidement ses ressources et son avenir économique.
- Avant la guerre, la Palestine importait annuelle-
- effectivement propre à des cultures très diverses.
- Les céréales, viennent surtout très bien dans la plaine du Ilaouran, grenier,d’abondance de l’Arabie septentrionale, séparée au nord de celle de Damas par la chaîne peu élevée du Djebel-el-Asouad. Le blé, aux grains à demi transparents, qu’on y récolte se vend pour l’exportation et fournit aussi au paysan syrien, son principal aliment, le bourghoul, mélange de froment et de levain qu’on fait cuire et.
- ment pour 20 millions de marchandises et en exportait pour 12 millions environ. Naturellement l’Allemagne y possédait de nombreux agents qui avaient enlevé à la France la place prépondérante qu’elle occupait jadis dans le négoce syrien et qu’il ne tiendra qu’à elle de reprendre, comme l’exigent la régénération du plus vieux pays du monde et le maintien de notre prestige en Orient.
- D’abord, on pourrait considérablement développer ['agriculture dans ce pays, car sans être le paradis décrit par l’Ancien Testament, la Palestine jouit d’une assez grande fertilité. Son climat tantôt tempéré comme dans les environs de Jaffa et de Gaza, tantôt presque torride comme dans la plaine de Jéricho, sa situation géographique et ses altitudes diverses variant de 400 m. au-dessous du niveau de la mer à 950 m. au-dessus, la rendent
- qu’on laisse sécher au soleil. Avec l’orge, les Haouraniens nourrissent leurs bestiaux; ils cultivent également le sorgho, le maïs, le seigle, les haricots,Tes pois*et les lentilles, mais pas l’avoine, qui y croit seulement à l’état sauvage. Ils ne fument pas leurs champs qu’ils exploitent toutefois par assolements, en variant les cultures tous les trois à quatre ans. Quant au fumier, ils l’utilisent comme combustible, les arbres devenant de plus en plus rares par suite du déboisement. .
- Le littoral .entre Jaffa et Césarée — autrement dit la plaine de Saron, — déjà renommée dans l’antiquité par sa fertilité, produit aussi des céréales en abondance; le froment y rapporte, dit-on, en moyenne, 8 fois et l’orge 15 fois la semence. Aussi, on y a établi de nombreuses colonies juives (Milsoweh Israël, Richon-le-Sion, près d’El-Ramlé,
- 46’ Année. — 1" Semestre.
- 00
- p.33 - vue 37/474
-
-
-
- 34 =: LES RESSOURCES ET L’AVENIR ÉCONOMIQUE DE LA PALESTINE
- Rékhoboth, Ouadi el-Khanin, etc.) sur lesquelles nous reviendrons plus loin.
- De son côté, la région de Jéricho et de la mer Morte forme une vaste plaine arrosée par le Jourdain et contraste par son aspect verdoyant a\ec les plateaux arides et desséchés de la plupart des parties montagneuses avoisinantes; on y rencontre les orangers, les citronniers, les bananiers, les grenadiers, les mûriers, les cannes à sucre et autres plantes tropicales, mêlées à tous les arbres européens, mais surtout la culture maraîchère y est très prospère et donne jusqua 2 ou 5 récoltes annuelles. Des essences forestières croissent en abondance le long des rives du Jourdain et sur le plateau de Zerka ; elles pourraient devenir une source de revenus considérables. D’autre part, Ivérak et Es-Salt au bord de la mer Morte, exploitent le blé, l’orge, le millet sur une vaste échelle.
- Les cultivateurs de ces régions à céréales les envoient surtout à Jérusalem où fonctionnent deux grandes meuneries à cylindres et une douzaine de meuneries actionnées par des moteurs à pétrole.
- Durant les années de sécheresses, les meuniers de Palestine importaient du blé ou de la farine, soit de Russie, soit de Rou-manie, par Odessa et Salonique. Jéricho possède aussi deux meuneries hydrauliques à turbines, l’une près de la source d’Elisée, l’autre à Wal-el-Kid. Les grands ports d’exportation des blés palestiniens, sont Jaffa, Caïffa et Gaza et pour le nord de la Syrie, Beyrouth, Tripoli et Alexandrelte.
- Non loin de Jéricho, se trouvent également des gisements de phosphates concédés à la Compagnie du chemin de .fer du Hedjaz et dont l’importance s’accroîtra probablement dans l’avenir. Enfin les nombreux troupeaux de moutons appartenant aux tribus bédouines de la mer Morte permettraient le développement de l’industrie de la laine qu’on pourrait laver dans le Jourdain, tandis que les indigènes tanneraient les peaux. Jusqu’en 1914, on dirigeait les laines à l’état brut vers Smyrne où on les dessuintait avant leur expédition à Liverpool.
- Jérusalem et ses environs se distinguent parleurs produits arboricoles : vigne, figuier, noyer, poi-
- riers, pruniers et oliviers tandis que l’immense plateau verdoyant, sis à quelques dizaines de kilomètres de la ville sainte, est très propice au pâturage des animaux de boucherie. Ainsique dans la Belka (Es-Salt) on y voit paître, en particulier, de nombreux troupeaux de moutons à grosse queue et de chèvres. Quelques villages voisins de Jérusalem tels Siloe et Bittir approvisionnent son marché de légumes frais et de fruits, quoique les pommes et les poires lui viennent principalement de Damas.
- Dans la plaine qui s’étend de Jaffa à Gaza, indépendamment des cultures de céréales mentionnées ci-dessus,Tes habitants concentrent leur activité sur une seule plantation. Aux environs de El-Ramlé et de Lydda, ils plantent surtout des oliviers et des abricotiers-, à Richon, on a constitué des vignobles tandis que les orangeries de Jaffa et de Sidon maintenaient encore leur séculaire renommée au début de la lutte actuelle. Le port de Jaffa exporta à lui seul pour 5 942 000 fr. d’oranges en 1912. L’École agricole fondée par l’Alliance israélite universelle et diverses colonies européennes dont nous parlons ci-dessous, contribuèrent puissamment à améliorer les méthodes culturales de ces régions, grâce à la sélection des semences ou des plants, à l’introduction de nouveaux végétaux et d’instruments agricoles perfectionnés. En sorte que la plaine jadis si aride et si marécageuse de Saron se trouve métamorphosée aujourd’hui en- vignobles, verger's, potagers et champs prospères. Malheureusement, d’après un récent communiqué britannique, les troupes turco-allemandes les auraient saccagés et coupés, en particulier, les plus beaux orangers de Jaffa avant de se retirer devant la poussée victorieuse de l’armée britannique (novembre 1917).
- La viticulture, fort importante en Syrie durant l’Antiquité, périclita sous la domination arabe, mais elle a repris au cours des dernières années, sous l’impulsion de spécialistes européens qui introduisirent des cépages français et au lieu de laisser courir la vigne sur le sol ou le long des arbres, selon la coutume des indigènes, lui appliquèrent les procédés de taille, de greffage et autres traitements
- Fig. 2'. — Jérusalem. Église du Saint-Sépulcre.
- p.34 - vue 38/474
-
-
-
- LES RESSOURCES ET L’AVENIR ECONOMIQUE DE LA PALESTINE ---- 35
- rationnels. Sarona et diverses localités de Palestine sont célèbres par leurs vignobles et s'occupent de la fabrication du vin ou du dibs, sirop cuit confectionné avec des raisins, figues et autres fruits. Damas, Es Sait et Ilebron préparent des raisins secs estimés.
- Le Mûrier à fruits blancs (Morus allia) dont les feuilles servent à l’élevage des vers à soie se cultive principalement dans le Liban et le nord de la Syrie. À lui seul, Beyrouth exporte pour 20 millions de soie écrue et de cocons. De récents essais de culture du mûrier dans la région de Jéricho ont
- que le Chêne à noix de, Galle domipe dans le nord et l’est de la Palestine et le Chêne vert au sud du mont Carmel. Dans les environs de Damas, on rencontre surtout des noyers, des vignes aux sarments broussailleux, des abricotiers dont les fruits séchés (michmich) font l’objet d’un important négoce et des peupliers blancs qu’on emploie beaucoup dans la construction.
- Quant à l’élevage du bétail, il est jusqu’ici assez négligé en Palestine, à part le mouton et la chèvre. Les races de bovidés dégénèrent vu la difficulté de les nourrir faute de fourrage et de pâturages en
- Fig. 3. — Jérusalem. Mosquée d’Omar construite sur remplacement probable du temple de Salomon.
- parfaitement réussi et on pourrait y développer parfaitement la bombyculture.
- Le cotonnier prospère surtout dans Ja Syrie septentrionale; mais, depuis plusieurs années, diverses colonies israélites se livrèrent à cette culture aux environs de Jaffa et des filateurs anglais trouvèrent le coton ainsi obtenu d’excellente qualité. Aussi nul doute qu’une fois la paix signée, on ne multiplie les plantations de cotonniers en Palestine.
- Le dattier croît sur toutes les dunes du littoral; on le rencontre aussi çà et là en divers endroits du pays, mais il ne fructifie guère que dans le sud, aux alentours de'Gaza et de Jaffa. -
- Parmi les autres arbres utiles, le Cèdre et le Cyprès se raréfient de plus en plus au Liban où le Pin d'Italie les remplace; le bois de Réglisse croît abondamment dans la Syrie septentrionale tandis
- nombre d’endroits, l’exiguïté des étables, la peste bovine qui règne à l’état endémique et l’élévation des impôts qui augmentaient sans cesse sous la mauvaise administration turque. Les cultivateurs indigènes font encore accomplir leur labour au moyen d’une charrue primitive traînée souvent par un âne et un chameau accouplés ensemble. Le buffle indien se voit cependant assez communément dans la vallée du Jourdain. Mais les chevaux, importés pour la plupart de Syrie, sont rares en Palestine; on rencontre toutefois quelques belles montures dans les plaines de Gaza et de Birsaba. Les ânes et surtout les mulets fourmillent dans toutes ces régions; on y estime, entre autres, les grands ânes blancs à l’élevage desquels se livrent les Bédouins du désert syrien. Les mêmes tribus nomades élèvent également la bête de somme orien-
- p.35 - vue 39/474
-
-
-
- 36 LES RESSOURCES ET L’AVENIR ÉCONOMIQUE DE LA PALESTINE
- taie par excellence, le chameau, qu’ils louent aux paysans à l’époque du labourage et aux organisateurs de caravanes pour le transport des voyageurs ou des marchandises. En revanche, les agriculteurs indigènes possèdent beaucoup de poules, de dindes, d'oies, de canards et de pigeons principalement à Gaza, Jéricho et Hébron qui approvisionnent, en majeure partie, les marchés de Jaffa et de Jérusalem. En temps normal, les chasseurs de la plaine très giboyeuse de Gaza expédient aussi des quantités de cailles, d'alouettes et de perdrix dans ces dernières villes pendant les mois d’août et de septembre.
- Au lendemain de la guerre, il s’agira donc de mettre en valeur toutes ces richesses du sol de la Palestine. Plusieurs institutions existantes déjà
- conlribueront à favoriser ce mouvement. Citons en premier lieu, l’École agricole dite Mikoueh-Israel fondée, depuis 1870, par notre compatriote Charles Netter à 4 km de Jaffa. L’Alliance israélite de Paris y entretenait, en 1914, une Centaine d’élèves destinés à devenir contremaîtres, métayers, fermiers ou ouvriers dans les colonies agricoles juives non seulement de la Palestine mais de la République Argentine, du Canada et de l’Australie. Sa superficie comprend 260 hectares, situés sur le territoire du village de Yazour et ensemencés en blé, sésame, poix chiches, vesces, lentilles, pommes de terre ou autres légumes. Mikoueh possède encore un vignoble florissant, des oliviers, des amandiers, des mûriers, des orangers, une pépinière, des serres, des étables modèles, une beurrerie, un vaste carré de boisement et un champ d’essai pour les nouvelles cultures.
- . De leur côté, les Pères Salésiens ont établi une Ecole agricole à Bell ëd-Djemal dans la plaine marécageuse mais fertile de Sedjed où ils apprennent
- aux paysans du voisinage à cultiver la vigne, l’olivier, les céréales et à distiller l’alcool.
- Quant aux 10 colonies juives, dues en grande partie à la munificence d’Edmond de Rothschild qui y consacra une centaine de millions, elles sont administrées par la « Jewish Colonization Association » sous l’autorité du président de « l’Alliance israélite universelle » ; elles s’étendent sur des territoires d’une superficie totale de plus de 10 000 hectares. Les principales sont : Bichon-le-Sion, ancien marais d’une étendue de 720 hectares, transformé aujourd’hui en vignobles, orangeraie, et oliveraie en plein rapport ; Ekron, avec ses 900 hectares propres à la culture des céréales, des oliviers, des abricotiers et des pommiers; Katra, près de Gaza dont la fondation remonte à 1882 et dont le vignoble est le plus florissant de la Judée etPetah Tikoueh près de Sarona, la plus grande de toutes, d’une étendue de 1500 hectares sur lesquels on procède aux essais culturaux susceptibles d’intéresser la Palestine.
- Pour leur part, les Allemands possédaient également dans cetle région six colonies très florissantes lors de la déclaration de guerre. La plus ancienne fut fondée à Sarona par des Américains (1856), puis cédée en 1868 à la communauté protestante wurtembergeoise dite du « Temple » ou des « Amis de Jérusalem » que Ch. Hoffmann avait créée afin de rétablir le royaume du a bon vieux dieu boche » sur la terre; elle comprend 600 hectares cultivés selon les méthodes européennes par une centaine de familles émigrées d’outre-Rhin. Leur colonie d’Hàifâ ou Caï/fa établie à peu près à la même époque était aussi très prospère en 1914, mais elle se livrait surtout au commerce et à l’industrie tandis que celle de Wilhèlma (700 hectares), située au nord de Lydda près de Yeheudiyé et datant seulement de 1902, s’occupait uniquement d’agriculture et de viticulture. •
- Les Pères Trappistes exploitent à El-Àthroun un domaine très important où se voient, en particulier, les plus beaux amandiers de Palestine et de superbes vignes fournissant un vin très recherché.
- A Abou-Ghoch, les Bénédictins se consacrent surtout à la culture potagère et à l’arboriculture fruitière. Quant aux établissements des Pères
- p.36 - vue 40/474
-
-
-
- LES RESSOURCES ET L’AVENIR ECONOMIQUE DE LA PALESTINE = 37
- Assomptionnistes de Jérusalem, aux Sœurs de Sion et aux Pères de Sainte-Anne, ils constituent plutôt des propriétés privées que des exploitations agricoles proprement dites et nous ne nous y arrêterons pas.
- A côté de ces richesses du sol dont on quintuplerait aisément le rendement par la substitution des procédés modernes de culture à la routine séculaire encore employée en nombre d’endroits, le commerce français trouverait d’importants débouchés en Palestine après la cessation des hostilités, si nos nationaux déployaient autant d’activité que leurs concurrents d'outre-Rhin, si les pouvoirs publics créaient de nouvelles écoles professionnelles ou subventionnaient un peu mieux nos établissements congréganistes et laïques qui existent déjà, si nos commerçants envoyaient des voyageurs compétents • visiter la
- clientèle, si nos compagnies de navigation multipliaient les paquebots et abaissaient leurs tarifs pour pouvoir lutter avec les lignes hambourgeoises. Nos compatriotes arriveraient de la sorte à recon-
- quérir facilement la prépondérance commerciale dont ils jouissaient autrefois dans les échelles du Levant.
- La Palestine importe, en effet, beaucoup de
- — Une Orangerie en Palestine»
- matières premières ou d’objets manufacturés du dehors, car Y industrie y est fort peu développée, vu l’absence presque complète de mines, de combustibles et de chutes d’eau. L’emploi de moteurs à pétrole ou à gaz s’y généralisait cependant depuis plusieurs années, mais celui de l’électricité y demeurait assez restreint jusqu’ici. Elle possède cependant certains produits naturels dont la transformation industrielle pourrait devenir rémunératrice malgré la rareté relative de la main-d’œuvre ou absolue de la force motrice. Jetons donc pour terminer un coup d’œil rapide sur les principales industries de la Terre Sainte.
- Grâce à l’amélioration des cépages et à l’introduction des méthodes de viticulture moderne, les diverses branches de Yœnologie y prospèrent normalement et des capitaux français trouveraient un emploi rémunérateur
- Fig. 5.
- p.37 - vue 41/474
-
-
-
- 38 UNE INDUSTRIE MONOPOLISÉE PAR LA FRANCE DEPUIS LA GUERRE
- en s’intéressant au développement ou à la fondation d’entreprises vinicoles.
- La fabrication palestinienne de Y huile et des savons, qui jouissait jadis dans tout l’Orient d’une juste célébrité, périclita faute de machines perfectionnées. Mais depuis quelque temps des industriels russes ont fondé de puissantes sociétés par action (Athild et Thabor entre autres) avec des usines dans les principaux centres de production d’olives. Quant aux meuneries perfectionnées établies au, nombre d’une dizaine par des capitalistes européens, pour supplanter la primitive mouture arabe très répandue dans tout l’Orient, elles ont donné des mécomptes et se débattaient, depuis longtemps, dans des difficultés financières faute d’entente entre elles pour l’achat des céréales et vu les fluctuations artificielles du marché. Par contre, plusieurs industries mécaniques s’y développent depuis une quinzaine d’années. Si on voit à Naplouse ou à Damas par exemple,, de petits forgerons arabes travailler encore comme aux temps bibliques, on rencontre à Jérusalem et à Jaffa des fonderies et des ateliers métallurgiques pourvus de machines-outils modernes capables de fabriquer des pompes, des pressoirs ou des roues, d’ajuster des moteurs ou fie monter de grandes charpentes en fer.
- Des israélites russes et des « Templiers » allemands introduisirent en Palestine, une dizaine d’années avant la guerre, la fabrication des carreaux en ciment pour concurrencer les produits similaires de Marseille. Des briquetiers boches se proposèrent également de fabriquer des briques à trous, mais leur entrepr^ réussit moins bien car dans ce pays pierreux les matériaux de construction ne manquent guère.
- Les tanneurs indigènes exercent leur métier d’une façon très primitive ; ils -tannent surtout les cuirs utilisés pour la confection des souliers arabes ou la sellerie. Mais comme on importe peu en Palestine de chaussures modernes, une bonne tannerie installée à l’européenne gagnerait à travailler sur pjace les peaux qu’on exporte maintenant en Europe.
- Damas reste le centre de fabrication des objets en cuivre (ustensiles de cuisine, cafetières au long-bec, etc, etc.). On y confectionne, en particulier, ces grands plateaux ornés souvent d’inscription et qui, mis sur de petits supports en bois, remplacent la , table dans les habitations indigènes. Il existe également, dans la plupar des grandes villes de la Palestine, quelques alelieis de tissage pourvus de métiers lyonnais ou primitifs qui fabriquent des toiles, des soieries et des tissus damassés, mais la plus grande partie des étoffes vendues aujourd’hui dans les bazars de Damas, de Jérusalem ou de Jaffa sont de fabrication européenne. De même, le dévidage de la soie ne se fait pas en Judée bien que le mûrier y réussisse. Les colons israélites de l’École agricole de l’Alliance s’adonnent cependant à la sériculture, mais vendent leurs cocons au Liban.
- Enfin, on travaille beaucoup le bois d'olivier soit pour en faire des meubles, soit des objets de bimbeloterie (médaillons, boites, chapelets, etc.), avec ou sans incrustations de nacre. Ces sculpteurs ou ciseleurs résident presque exclusivement à Bethléem où une dizaine de gros entrepreneurs les emploient; seuls quelques-uns de ces ouvriers d’art travaillent en famille pour les négociants d’objets religieux de Jérusalem et des autres lieux de pèlerinages de Terre Sainte. Telles sont les principales industries locales dignes de remarque, et, somme toute, peu nombreuses.
- En définitive, la Palestine, sans être un pays éminemment producteur, « renferme des richesses naturelles inexploitées et faciles à transformer » comme le constatait naguère un de nos consuls, M.‘ Antebi, dans un remarquable rapport auquel nous avons fait de nombreux emprunts au cours de cette étude. Mais les essais déjà réussis préjugent du développement prodigieux que pourraient prendre l’agriculture, le commerce et l’industrie de ces contrées, si des agronomes, des ingénieurs et des manufacturiers français daignaient s'y intéresser après la guerre. Jacques Boyer.
- UNE INDUSTRIE MONOPOLISÉE PAR LA FRANCE DEPUIS LA GUERRE
- Le filage du rotin.
- Après l’osier, diverses lianes du genre Calamus appartenant à la famille des Palmiers et connues commercialement sous le nom générique de Rotins sont les matières premières les plus employées par la vannerie. On les rencontre surtout dans les îles de Bornéo, Java, Sumatra, au Siam, en Arinam et au Tonkin. Singapore est le seul marché mondial des rotins bruts, qui nous intéressent spécialement, car la guerre a eu une heureuse répercussion sur leur utilisation en France soit pour la défense nationale, soit pour différentes de nos industries. On distingue, entre autres variétés de Rotins : le
- Calamus rotang et le Calamus rudenlum dont les tiges atteignent souvent une longueur de 100 m. dans les forêts de l’archipel malais. Les indigènes les emploient pour fabriquer des meubles et des palanquins. Quant au Calamus Rumphii, qui produit des rotins à nœud rapprochés, on s’en sert plus comme joncs de cannes ou comme manches de fouets qu’en vannerie. En temps normal, les rotins arrivent en France à l’état brut et avant qu’on puisse les utiliser industriellement, ils doivent subir diverses préparations. On confectionne cependant avec des rotins bruts les paniers de marchands
- p.38 - vue 42/474
-
-
-
- UNE INDUSTRIE MONOPOLISÉE PAR LA FRANCE DEPUIS LA GUERRE 39
- de vins qui doivent présenter une grande solidité tandis qu’avec les gros brins, on réalise des sièges et des meubles très solides. Mais la vannerie consomme surtout des rotins décorliqués.
- À leur arrivée à l’usine, les Rotins sont lavés soigneusement, puis débarrassés des nœuds et des peaux au moyen de rasoirs. On les trie ensuite suivant leur couleur et on les calibre par grosseur, de millimètre en millimètre. Ils subissent alors un trempage apres quoi, chaque baguette passe à la fendense, sorjœ de filière ayant pour but d’enlever l’écôrce et de la débiter en lamelles de la largeur désirée. Cette machine possède des poulies garnies de caoutchouc et destinées à entraîner le rotin vers un outil tranchant qui fend l’écorce en aûtanl de brins de canne qu’on le désire. Par suite de la conformation irrégulière des baguettes, ces brins ont besoin d’être rabotés les uns après les autres au moyen d’une planeuse ordinaire qui rend leur épaisseur uniforme et lisse leur dessous afin de faciliter le travail ultérieur des canneurs de chaises et autres vanniers.
- Un appelle rotin filé, l’écorce ainsi obtenue tandis qu’on nomme moelle de rotin, la partie interne des lianes qui reste, une fois l’opération du
- Fig. i. — Lianes à rotin dans une forêt de Bornéo.
- fendage terminée. L’extraordinaire souplesse de la moelle de rotin la rend très précieuse pour les travaux de vannerie et autres applications industrielles.
- En 1915, d’après les chiffres qu’a bien voulu nous fournir M. Margotton, les importations de rotins bruts atteignaient en France 2 500 000 kg en chiffres ronds tandis que celles de l’Allemagne, notre seule concurrente européenne, dépassaient 50 000 000 kg. Mais les quelques usines françaises, qui s’occupent actuellement du
- p.39 - vue 43/474
-
-
-
- 40 . — LES FRONTIÈRES LINGUISTIQUES EN EUROPE
- Fig. 3. — Confection des paniers d'obus en bois et rotin . pour l’artillerie allemande.
- filage du rotin en Seine-et-Marne, dans la Seine-Inférieure et à Paris, travaillent tfès activement pour la défense nationale surtout. L’artillerie commande par milliers des panneaux pour le déplacement des canons sur les terrains détrempés et l’aviation militaire absorbe beaucoup de rotins bruts ou fdés. De leur côté, les paniers de chemins de fer et de fonderie sont presque tous en rotins et de nombreux établissements de rééducation de mutilés (aveugles et autres) s’en servent également pour le cannage des sièges et pour la confection de divers articles de vannerie.
- D’ailleurs, comme nous l’avancions plus haut, la guerre a eu une répercussion heureuse sur cette industrie, car depuis le mois d’août 1914 la France se trouve la seule productrice de rotin filé dans toute l'Europe. Aussi le syndicat « Union française des fabricants de rotin filé-» — (comprenant
- tousles filèurs de rotin de France), — a-t-il pu reprendre à nos concurrents allemands, les marchés d'Angleterre, d'Égypte, d’Italie, d’Espagne et même d’Amérique. Cependant la récente interdiction d’importation de marchandises étrangères, édictée par le gouvernement anglais en vue de resserrer le blocus de nos ennemis, lui cause de très sérieuses difficultés depuis mars 1917. Espérons que notre Ministère des Affaires étrangères, qui s’occupe de l’octroi des licences d’importation en faveur de nos nationaux réussira dans ses démarches, sinon les fileurs de rotins français se verraient forcés de fermer leurs usines d’ici quelques mois, b urs réserves de matériaux se trouvant épuisées et ils perdraient le marché mondial qu’ils viennent de reconquérir entièrement, grâce aux circonstances et à l’intelligente coordination de leurs efforts.
- Quoique les statistiques soient difficiles à obtenir, aujourd’hui, l’Union française des fabricants de rotin filé a pu nous communiquer les chiffres suivants.
- La défense nationale et les écoles de Mutilés employèrent plus de 350 000 kg de rotins bruts ou filés en 1916» D’autre part, constatation fort intéressante, les exportations de rotins filés faites par le Syndicat égalent presque le montant des importations en rotins bruts, pendant cette même année.
- * De la Cerisaie.
- LES FRONTIERES LINGUISTIQUES EN EUROPE
- En ce moment où s’agitent violemment les destinées du monde, où à la théorie de force et de conquête s’oppose le principe de la liberté des nationalités, la vieille question se pose à nouveau et plus impérative que jamais : qu’est-ce qu’une nation?
- Certes, nous sentons tous fortement ce qu’est la nation française, nous savons bien la force du lien qui nous unit, notre cœur ne nous égare pas sur sa puissance et ses limites ; mais quand il s’agit d’exprimer ce sentiment en termes précis, de le définir et de l’analyser, les difficultés apparaissent. Et cependant nous sommes une vieille nation, ayant une longue histoire ininterrompue; notre unité
- nationale fut une des premières qui se forma en Europe; nous sentons donc mieux et d’une manière plus profonde que quiconque notre cohésion. Toute l’Europe occidentale d’ailleurs est groupée en nationalités nettes, puissantes, organisées. Mais que dire de l’Orient où le problème des nationalités est infiniment plus complexe et a toujours défié l’habileté et la sagesse des diplomates, de ces nationalités intriquées entre elles, mal définies, fragmentées entre plusieurs états, cherchant perpétuellement dans le plus grand trouble à se constituer, à se limiter, à vivre.
- Qu’est-ce qu’une nation?
- p.40 - vue 44/474
-
-
-
- LES FRONTIÈRES LINGUISTIQUES EN EUROPE
- 41
- Fig. i. — Frontière linguistique franco-flamande, établie par ISominian d'après le recensement de içio de la statistique de la Belgique.
- Est-elle^déterminée par la configuration du sol? Oui, en partie : la Bohême est un plateau bordé de montagnes,l’Ita-. lie s’arrête aux Alpes, la Pologne aux Carpathes, l’Espagne aux Pyrénées, etc. Mais quelle limite la géographie physique marque-t-elle entre la France, la Belgique, la Hollande, l’Allemagne, le long des côtes de la mer du Nord? où est la frontière naturelle entre l’Allemagne et la Russie ?
- Est-ce la race
- de ses habitants qui la constitue? Si l’on examine les principaux caractères anthropologiques : taille, forme de la tête, couleur do la peau et des cheveux, on trouve dans chaque pays des individus de tous les types, des bruns et des blonds, des grands et des petits, des dolichocéphales et des brachycéphales. Il n’y a dans aucun état de race pure ; l’Europe tout entière est peuplée des croisements de ses habitants primitifs avec les envahisseurs successifs, ceux du Nord, ceux de l’Est et ceux du Midi.
- Si les régions pauvres, difficiles d’accès, sans grandes relations extérieures, gardent encore quelques caractères particuliers, les plaines, les grandes, voies d’échanges sont depuis longtemps unifiées, et à plus forte raison les grandes villes qui attirent les individus de partout et les mélangent.
- On ne peut pas parler de,, race allemande,
- belge, suisse, et cependant ce sont des nations! : Les religions ne sont pas plus caractéristiques.
- Outre qu’elles ont perdu beaucoup de leur importance pqlitique, elles s’étendent toutes sur plusieurs
- nations et ne peuvent servir à en limiter aucune.
- La langue forme certes parfois une frontière bien marquée, mais c’est qu’a-lors elle suit exactement une forte frontière physique. Si l’espagnol et le français sont nette-ment limités, c’est que les Pyrénées opposent aux échanges une barrière franchissable seulement en quelques rares endroits. Par contre, la limite de la langue française ne suit ni
- la frontière belge, ni l’allemande actuelle, ni la Suisse et certaines nations sont fortement unies malgré la diversité de leurs langues, la Belgique et la Suisse par'exemple.
- Une nation ne peut donc se définir ni par la configuration physique du sol, ni par la race et les caractères ethniques de ses participants, ni par leur religion, ni même par leur langage. C’est une entité morale, qui peut ou non se confondre avec la réalité d’un état. La nation, c’est l’ensemble des individus ayant les mêmes tendances, le même désir de vivre ensemble, le même idéal. Bien entendu, le groupement en nation est lié étroitement à la nature du sol, à l’unité d’intérêts, de religion et de langage, à la soumission aux mêmes lois, à la vie en commun sous le
- régime d’ün même État dont la nation dirige les destinées. Mais nous avons vu qu’État et nation ne
- p.41 - vue 45/474
-
-
-
- 42 ..... — LES FRONTIÈRES LINGUISTIQUES EN EUROPE
- se confondent pas toujours et même nous savons tous qu’ils sont parfois en conflit très aigu : les Polonais en Allemagne, les Tchèques en Autriche, les Finlandais en Russie, par exemple.
- Parmi les liens qui peuvent unir les hommes en nation, l’un des plus puissants est le langage puisqu’il leur permet de se comprendre. Aussi l’étude des frontières linguistiques est-elle parmi les plus intéressantes au point de vue de leur signification politique. Les documents à ce sujet ne manquent pas, mais ils doivent être soumis à une critique sévère, surtout quand ils se rapportent à des régions dont les droits historiques sont discutés, la nationalité de l’enquêteur ayant toujours une grande importance, et certains auteurs ayant naturellement tendance à accroître le domaine linguistique de leur état ou des hommes de leur nation.
- C’est un essai de ce genre que nous voudrions présenter aux lecteurs de La Nature en nous servant princi-palexnent d’une remarquable étude, très complète et impartiale, de M. Léon Dominian, parue dans le Bulletin of the American Geogra-phical Society.
- 1° Frontière franco-flamande. — Nous possédons sur celte question des documents de sources française, belge’ ' et allemande; les frontières politiques étant peu discutées, on peut considérer les renseignements recueillis comme suffisamment impartiaux.
- On sait que la Belgique est bilingue : les habitants des parties é’ vées parlent wallon, dérivé de la langue d’oïl comme le français; ceux des basses-terres parlent flamand, d’origine germanique.
- D’après les auteurs belges, le flamand a atteint à son maximum d’extension au xme siècle, toute la région au nord d’une ligne allant de Boulogne à l’Aire. Aujourd’hui il a régressé, surtout le long de la côte jusqu’à Dunkerque et le français l’a remplacé.
- En Belgique, la frontière entre le wallon et le
- flamand suit une ligne à peu près est-ouest d’Hal-luin à Visé; les progrès du wallon en territoire flamand sont de peu d’importance. Mais en réalité, en pays wallon on ne parle que français dans la vie extérieure et l’un des patois wallons qui en sont parents dans la vie domestique ; en Flandre française, le français est naturellement aussi la langue officielle et le flamand n’est plus qu’un patois en voie de disparition ; en pays flamand belge, le français est enseigné, il est employé dans les actes officiels et dans les affaires et, malgré les efforts d’un particularisme qui défend énergiquement son langage, il est réellement la langue nationale et comme telle il a seul pénétré au Congo.
- Notons qu’une partie de territoire allemand au nord du Luxembourg et le nord-ouest du Luxembourg parlent wallon tandis qu’un petit espace belge dans la région d’Arlon parle allemand.
- 2° Frontière franco-allemande. — La Lorraine et l’Alsace, que traverse la frontière politique entre la France et l’Allemagne, sont des .pays qui de touttemps, ont servi de champ de bataille entre Latins et Germains.
- La Lorraine est entièrement française de par sa position géographique et ses relations physiques avec le sol de France. Si, d’après certains auteurs allemands, la langue germanique y a progressé vers l’ouest au moyen âge, il est tout au moins certain que la langue-française s’y est largement répandue vers l’est à partir du xvine siècle, regagnant et au delà la soi-disante avance germanique. Les pays de langue française occupent, d’après le census allemand de 1910, non seulement les départements qui nous sont restés après 1870, mais encore une large bande en territoire annexé, le pourcentage des habitants parlant français diminuant à mesure qu’on approche du Rhin.
- L’Alsace, couloir d’échanges, de luttes et de mélange de races, a une physionomie plus parti-
- Be/Fort 4/ ^
- Lausanne
- Lac de Genève
- Montreux
- Frontières polîtN^
- ITALIE
- Fig. 3. — Limites du français et de l’allemand en Suisse.
- p.42 - vue 46/474
-
-
-
- LES FRONTIERES LINGUISTIQUES EN EUROPE ===== 43
- culière Elle parla une langue germanique jusqu’au xvme siècle; mais, depuis la Révolution, le français y fit de grands progrès. Ses attaches avec la France devinrent telles qu’après le traité de Francfort, les Allemands y interdirent l’usage de notre langue dans les écoles, églises, tribunaux, relations commerciales, etc. On sait que les efforts de germanisation souvent brutaux n’eurent comme effet qu’une émigration intense des Alsaciens vers nos départements de l’Est; Nancy seule en reçut 15 000 aussitôt après la guerre. Malgré le peuplement allemand et l’accumulation des troupes, bien que la natalité soit forte (52 pour 100 d’excès des naissances sur les décès) la population est restée longtemps sensiblement stationnaire. Metz qui comportait 55000 habitants en 1866 n’en avait plus que 45 000 en 1875 et seulement 68 600 en 1910. De l’aveu des Allemands eux-mêmes, la frontière linguistique déborde vers le Rhin la frontière politique; plusieurs hautes vallées des Vosges sont encore françaises de langue; la Basse-Alsace seule est de langue germanique.
- La Suisse, on le sait, est également traversée par la frontière linguistiquefran-co - germanique, puisque la Suisse de l’Ouest est romande et celle de l’Efct alémanique. Cette . limite ne semble pas s’être sensiblement déplacée depuis le xve siècle ; elle part du point de séparation des états français, allemand et suisse, se dirige vers le sud-est jusque près de Soleure, puis revient vers le sud-ouest jusqu’au lac de Neuchâtel; elle passe par Fribourg où la lutte entre les deux langues est toujours intense et atteint la haute vallée du Rhône en amont de Sion; le percement du Simplon y a causé une avance du français dans la vallée de Morge; elle aboutit enfin à la frontière italienne au niveau du Malterhorn.
- L’exemple de la Suisse est une des meilleures preuves que l'unité de langue n’est pas nécessaire à la constitution d’un état fort et uni.
- 5° Frontière germano-danoise. — Par contre, la frontière linguistique germano-danoise est un autre exemple des difficiles conflits que peut causer la revendication des pays de même langue. Le Holslcin a toujours été peuplé de gens parlant en majorité allemand comme le Schlesvig l’a été de. gens parlant danois. .
- Actuellement, la population du Schlesvig-Holstein parlant danois est d’environ 150 000 hommes ; elle
- occupe surtout le territoire voisin du Danemark et se trouve séparée des Allemands sur la côte ouest par une bande de terre où persiste le frisian, dérivé du hollandais. Le Schlesvig a été uni politiquement au Danemark depuis le xue siècle jusqu’au traité de 1866; une agitation provoquée en 1848 tendit à réunir le Schlesvig-IIolstein à la Confédération germanique ; la Prusse invoqua ce fait pour revendiquer sa conquête, puis pour l’effectuer; depuis elle s’est efforcée de germaniser le pays, malgré la résistance des populations danoises. Actuellement, on peut admettre que le Holstein est linguistiquement allemand et le Schlesvig danois.
- 4° Frontière italo-germanique. — Cette frontière commence au Matterhorn au sud de la haute vallée du Rhône. Elle traverse la Suisse de l’ouest à l’est, les cantons du Tessin et des Grisons parlant en grande partie italien et ayant leurs débouchés naturels vers la vallée du Pô. Elle rencontre la fron- à
- tière politique à la limite de la Suisse et de F Autriche, mais ne la suit pas; en effet, le Trentin qui s’avance en coin dans la Lombardie est italien de langue bien que leà A u trichiens l’aient toujours occupé. Les deux frontières, politique et linguistique, ne coïncident qu’à l’est, dans les Alpes Carniques, à la limite entre la Carinlhtè et la Vénétie. On sait l’importance' de ce Trentin, convoité par les Italiens comme terre irrédente, gardé et défendu par les Autrichiens comme moyen de pénétration vers la Méditerranée.
- 5° Frontière italo-slave. — Les provinces autrichiennes d’illyrie, de Carniole et d’istrie ne sont plus allemandes, mais slaves; seuls les fonctionnaires et les commerçants immigrés sont germains ou hongrois. La haute partie duFrioul italien parle en majorité slovène; mais la partie basse autrichienne dont le centre est Gorizia parle italien ; l’italien s’étend le long de la côte jusqu’au delà de Pola; plus bas il se localise dans les villes, .à Zara, Sebenico Spalato, Raguse, Cattaro ; par contre les Slaves occupent Surtout le Karst, les plateaux et descendent peu jusqu’à la mer.
- 6° Frontières finlandaises. — Les Finlandais forment un groupe ethnique d’origine mongolique dont la langue est parente du turc; ils occupent le nord-ouest de la Russie, depuis la frontière suédoise jusqu’au golfe de Riga. La Finlande, possédée par la Suède, fut donnée en 1808 à la Russie qui
- Haders/eber
- Apenrade J)
- Apenrade
- Tondern
- Tondern
- | | Danois
- X//\ Allemand
- Fig. 4. — Frontière linguistique entre le Danemark et l'Allemagne : à gauche, d'après les documents danois; à droite, d'après les documents allemands.
- p.43 - vue 47/474
-
-
-
- 44 .......— LES FRONTIÈRES LINGUISTIQUES EN EUROPE
- reconnut son autonomie jusqu’à ce siècle où elle essaya de la slaviser avec une extrême rigueur. Le linlandais est parlé partout en majorité sauf le ong de la côte des golfes de Bothnie et de Finlande et dans les îles d’Àland où le suédois prédomine.
- 7° Frontières polonaises. — De même que le
- tières naturelles.. Après s’être étendue comme état de la Baltique à la mer Noire et de l’Oder au Dnieper elle finit par succomber sous les coups de ses ennemis à cause du manque de lignes de défenses et par être partagée entre l’Ailemagne, l’Autriche et la Russie. L’Allemagne et la Russie cherchèrent par
- finlandais s’étend entre les pays suédois et russes, le polonais est parlé dans le pays intermédiaire aux terres russes et germaniques. L’allemand envahissait peu à peu les provinces russes de la Baltique parlant lethon ou lithuanien jusqu’en 1876 où le gouvernement russe rendit obligatoire sa langue nationale. Mais entre les Allemands et les Russes s’étend une zone de langue spéciale dont les destinées politiques ont des plus varié : c’est la Pologne, terre riche, fertile, bien irriguée, mais sans fron-
- tous les moyens à détruire les aspirations nationales. Malgré leurs efforts dont la dureté a souvent été citée, la langue polonaise est encore parlée aujourd’hui dans un vaste quadrilatère qui s’étend de l’extrême frontière orientale de l’Allemagne à la vallée de l’Oder et de ces deux points aux Car-.pathes ; une bande de langue polonaise se prolonge vers le nord, en Prusse Orientale, jusqu’à la Baltique, à l’ouest du golfe de Dantzig. La vallée de la Vistule est tout entière comprise dans cette zone
- p.44 - vue 48/474
-
-
-
- LES FRONTIERES LINGUISTIQUES EN EUROPE ====== 45
- dont' elle forme l’axe. Les Polonais sont encore nombreux dans beaucoup de villes de Galicie ; ils vont en décroissant de nombre vers l’est et vers l’ouest, leur territoire diminuant peu à peu sous les pressions administratives fusse et allemande et leurs frontières linguistiques sont tout aussi instables que le furent leurs limites politiques dans ces deux sens.
- 8Ô Frontières tchèques et slovaques. — Les Tchèques sont une des avant-gardes du slavisme vers l’ouest, installée sur le plateau de Bohême où elle se trouve encerclée par les peuples de langue allemande sauf à l’est. De ce côté les Tchèques sont alliés de race et de langue avec les Moraves et
- avec un petit groupe saxon, tous deux reliquats d’avant-gardes installées en ces lieux au moyen âge.
- 10° Frontières roumaines. — La conquête de la Dacie par les Romains, au ne siècle, amena dans le pays des légionnaires et des fonctionnaires qui s’y installèrent, se mêlèrent aux populations autochtones et formèrent un groupe d’où descendent les Roumains actuels; leur langue est très voisine encore du latin. Ils s’étendent sur la Roumanie, la Transylvanie d’Autriche èt la Bessarabie russe jusqu’au Dniester. Dans ce vaste espace, on ne rencontre que l’îlot hongrois et saxon dont nous avons parlé, un îlot turc sur la côte près de Constanza, deux îlots limitrophes bulgare et allemand au nord
- Fig. 6. — Les langues de VAutriche-Hongrie, d’après Domïnian.
- les Slovaques qui occupent les pentes sud des Karpathes, au nord de la Hongrie ; ils forment un groupe de plus de 8 millions d’hommes animés d’un patriotisme ardent et luttant avec énergie et succès contre l’assimilation allemande ou magyare.
- 9° Frontières hongroises. — La Hongrie est peuplée d’hommes ayant dé grandes affinités de langue et de race avec les Turcs ; c’est en quelque sorte le reliquat de toutes les grandes invasions jaunes venues en Europe par la voie du Danube. Les Hongrois avancent à l’ouest jusqu’à la limite de la Basse-Autriche et delà Styrie, au sud jusqu’à la Drave, au nord jusqu’aux contreforts des Car-pathes, à l’est moins loin que la Transylvanie. Cette 1 zone de langue hongroise n’est pas homogène ; vers l’ouest elle présente de nombreuses enclaves germaniques, vers l’est plusieurs enclaves roumaines. Par contre un petit groupe hongrois est isolé en Transylvanie à la frontière roumaine conjointement
- des bouches du Danube et une pointe bulgare entre Turtukaï et la mer. Les limites de l’état roumain sont loin de s’étendre à toute cette étendue.
- 11° Frontières Slovènes. — De même que les Tchèques marquent les avancées des Slaves vers l’ouest, les Slovènes indiquent leur limite vers le sud. Au nombre d’un peu plus d’un million, ils occupent le plateau de Carniole, enserrés entre les gens de langue allemande au nord, italienne à l’ouest,_ serbo-croate à l’est ; ils descendent jusqu’à la mer, sauf dans les villes occupées par les Italiens.
- 12° Frontières serbes. — Le serbe est parlé, non seulement en Serbie, mais encore au Monténégro et dans les provinces de Croatie, Slavonie, DalmatieV Bosnie et Herzégovine de l’empire austro-hongrois. Les pays de langue serbe s’étendent depuis Pol, jusqu’à Scutari sur la côte Adriadique, jusqu’à la Drave au nord, et au Timok à l’est. Ce vaste territoire, peuplé par des Slaves venus de l’est dont le
- p.45 - vue 49/474
-
-
-
- 46
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- serbe a conservé la parenté de langue,> est resté divisé par des questions religieuses, une partie des habitants étant catholique, l’autre grecque, la troisième musulmane; les Croates catholiques ont adopté notre alphabet tandis que les autres ont conservé l’alphabet russe. Malgré ces divergences, tous les Serbes, maintenus asservis par les états voisins, se tournent de plus en plus vers le royaume indépendant de Belgrade et rêvent de former de leurs dix millions d^ommes une Grande Serbie.
- 15° Frontières albanaises. — Mal définies, par suite de la pénétration mutuelle des races et des langues dans cette péninsule des Balkans qui fut si souvent source de conflits, elles semblent pouvoir être tracées par une ligne partant de Scutari, traversant le Monténégro et la Serbie pour aboutir vers Paistina d’où elle redescend en Grèce jusqu’au sud de Metsovo et remonte ensuite pour revenir à la côte Adriatique au nord de Corfou. Une partie de ce territoire a été érigée, en État indépendant en 1915, sous l’influence de l’Autriche qui voulait empêcher les Serbes d’arriver à la mer, mais on sait que cet État n’eut qu’une vie fictive, les Albanais du Nord étant partisans-de la Serbie et ceux du Sud de la Grèce.
- 14° Frontières bulgares. — Les Macédoniens forment tant par leur langage que par leurs caractères physiques, la transition entre les Serbes et les Bulgares, ce qui n’empêche qu’ils appartiennent politiquement à la Grèce et qu’ils sont également revendiqués par les deux. De l’avis de plusieurs voya-
- ACADÉMIE D
- Séances du 10 au
- Séance annuelle» — La séance du 10 décembre 1917 consacrée à la distribution des prix et allocations, permet de constater que l’activité scientifique se maintient en France pendant la guerre et a même une tendance à s’accroître. Le président, M. d’Ar-sonval, rend compte des décès survenus dans l’année : Darboux, Bassot, Gosselet, Duhem, Bazin, Muntz, Chauveau, Landouzy et Dastre.
- Le rôle des nageoires dans les poissons lêléostéens à vessie natatoire. — M. Boutan a étudié le rôle des nageoires pour maintenir le décubitus abdominal et a montré que ce rôle était inutile, même chez les poissons où le centre de gravité se trouve au-dessus du centre de poussée. Si l’on place un poisson rouge, acclimaté en aquarium, dans une chambre noire et qu’au bout d’un jour ou deux, on éclaire vivement l’intérieur de l’eau à l’aide d’une source électrique, on constate que le poisson reste parfois complètement immobile pendant un temps assez long. Une photographie ne montre aucun mouvement des nageoires. Les opercules des ouïes continuent au contraire à battre et peuvent suffire pour maintenir l’équilibre. Le fait est confirmé en sectionnant l’une après l’autre les diverses nageoires. Mèmè après avoir perdu toutes ses nageoires paires et impaires, l’animal, s’il survit, nage en bon équilibre dans le décubitus
- geurs et linguistes, leur parler se rapproche cependant plus du bulgare.
- La langue bulgare est parlée dans toute la Bulgarie,^ sud de la Roumanie, le sud-est de la Serbie et toute la Turquie d’Europe sauf la région côtière où le grec prédomine. Mais ses limites sont à vrai dire imprécises surtout vers l’ouest où l’on passe progressivement du bulgare au serbe.
- 15° Frontières turques. — On ne parle plus arabe nullepartenEurope; cette langue s’est peu à peu retirée en Asie, sauf un petit îlottatar resté sur la côte de la mer Noire, en Roumanie, près de Constantza.
- La carte d’Europe (fig. 5) évitera d'étendre encore cet article et permettra de préciser plus exactement ses descriptions forcément succinctes. J’ai évité de leur ajouter des commentaires relatifs au conflit actuel ; il est en effet trop facile à chacun d’en faire le sujet de maintes réflexions.
- Toutefois je voudrais faire remarquer que toutes les guerres de « nationalités » du xixe siècle ont eu pour objet d’essayer de faire concorder les frontières politiques des états avec les frontières linguistiques. On peut suivre sur la carte ces efforts et leurs résultats.
- J’ajouterai seulement que les documents sur lesquels est basée cette courte étude, bien que choisis avec soin, ne peuvent être considérés comme absolument exempts de .toute critique et que je ne prétends pas tracer ainsi le plan de l’Europe future.
- D’autres facteurs interviendront pour cela.
- R. M.
- ES SCIENCES
- 17 décembre 1917.
- abdominal à l’aide des mouvements répétés de la portion postérieure du corps.
- Animaux à os perçants. — M. G.-A. Boulenger étudie un certain nombre de Batraciens, chez lesquels se présente le fait bizarre d’os perçant les téguments et apparaissant à nu, sans qu’il y ait là un cas pathologique. Ainsi cirez un batracien Urodèle, de la péninsule Ibérique et du Maroc, le Molge Waltlii, les extrémités très pointues des côtes peuvent projeter comme des. épines au centre de mamelons glandulaires qui forment une série de chaque côté du corps. Chez d’autres Batraciens Anoures de la famille des Ranidés provenant du Gabon et du Cameroun, il ne s’agit plus des côtes, mais des phalangettes des orteils, en forme de griffes acérées et plus ou moins rétractiles. Cette tendance atteint son apogée chez Rana Bibroni de l’Afrique Occidentale. Le caractère en question ne saurait être pris en considération au point de vue générique. ^
- Altérations du pain de guerre. — Le pain de guerre usité depuis 1894 et destiné à se conserver un an, à donné, dans ces derniers temps, des moisissures au bout de 3 ou 4 mois. D’après M. Balland, le fait lient à ce qu’on a employé, au lieu de nos farines tendres depuis longtemps expérimentées, des farines exotiques,
- p.46 - vue 50/474
-
-
-
- L'AVION SANITAIRE.........-.. ........47
- dans lesquelles on a laissé une proportion beaucoup trop forte d’eau a (teignant 18 pour 100.
- Fabrication des briques de silice. — M. Philippon, continuant l’étude des briques de silice destinées à la métallurgie, est arrivé aux conclusions suivantes : la résistance à la compression est d’autant plus grande que les quartz ont été plus finement pulvérisés. A cette
- condition, des quartz très divers peuvent être utilisés. Toutes choses égales d’ailleurs, la résistance des briques après séchagq varie suivant la quantité de chaux ajoutée. On obtient de bonnes briques avec des matières premières tenant au minimum 96 pour 100 de silice additionnées seulement de 0,6 pour 100 de chaux, formées de 50 pour 100 d’impalpable et 70 pour IdO de grains de 1 à 8 mm, et cuites à 1300° dans un four tunnel.
- L’AVION SANITAIRE
- • J’en demande bien pardon à mon ami Chassaing, qui est un modeste, mais je ne crois pas qu’il soit prématuré de parler de l’avion sanitaire dont il est le créateur. ,
- Sans doute les essais actuels compteront-ils peu, en regard des réalisations futures. Mais est-il sans intérêt de fixer dès aujourd’hui le souvenir de l’effort initial? Et, d’autre part, n’y a-t-il pas assez de gens mal informés qui dissertent déjà de la chose, pour qu’une mise au point ait quelque utilité?
- Lorsque Chassaing a proposé de se servir, pour le transport des blessés, d’avions sanitaires, il s’est heurté, on doit le dire, à un'septicisme à peu près général. Je n’ét'ais pas, il y a quelque temps encore, le moins sceptique, et j’acquiesçais à cette boutade : « On trouve donc qu’il n’y a pas assez de morts en France! »
- Or, j’ai été gagné depuis, entièrement et pour des motifs précis, à la cause de Chassaing, et c’est cette cause que je veux plaider ici.
- Je commence par exposer les faits :
- L’avion sanitaire — le seul qui existe à l’heure actuelle — est un biplan À. R., moteur de 180 HP. Il est aménagé de telle sorte que deux blessés peuvent être étendus sur des brancards superposés, à l’intérieur du fuselage. Ces brancards, très légers, sont, au moment voulu, fixés solidement aux parois, et les blessés eux-mêmes sont attachés par’ des courroies, afin d’éviter tout mouvement dangereux. Lorsque le chargement est fini, on rabat un couvercle, et les voyageurs se trouvent dans une sorte de cellule fermée et peu exposée au froid.
- L’appareil n’est pas très rapide : 100 ou 120 km. à l’heure environ. Il ne s’élève jamais très haut, et cela, de parti pris, car il ne faut , pas qu’il soit soupçonné de faire des observations sur les lignes. Au surplus, de grandes croix rouges sur et sous les ailes, le mettent à l’abri — en principe — du feu ennemi.
- Il était nécessaire, avant de transporter de vrais blessés, que des médecins figurassent les patients.
- 4 Chassaing a fait ainsi plusieurs voyages du poste de brancardiers à l’ambulance. Quelques autres l’ont imité, et tous ceux qui se sont soumis à l’expérience sont convaincus que l’avion sanitaire est capable de rendre les plus grands services..
- Yoici l’appareil prêt au départ. Le très habile et
- aimable pilote, M. Vigneron, donne le signal de l’embarquement. Le premier passager est ficelé sur un des brancards et déposé au fond de la cellule; ensuite le second, au-dessus de lui. L’hélice ronfle, la carcasse de bois et d’acier frémit, pendant quelques secondes les roues touchent encore la terre, puis, pour les deux prisonniers, c’est une sensation subite et inattendue de calme : les trépidations du moteur qui se communiquaient tantôt à la cellule, sans violence d’ailleurs, ont disparu, ne laissant subsister qu’une impression auditive de bourdonnement; l’avion a quitté le sol. A peine est-il possible de soupçonner, à une inclinaison légère, que l’appareil s’élève; bientôt, toute perception disparaît; et il serait difficile de savoir si l’on avance et si l’on domine de haut la terre, sans les petites lucarnes latérales de mica, où passent en galopade les carrés verts, jaunes et bruns des champs, avec parfois des dômes feuillus de bois, des toitures rouges de maisons microscopiques, des vols de corbeaux, des voies ferrées, des rivières!...
- L’imperceptible bercement, la rumeur sourde du moteur et de l’hélice provoquent bientôt un état de torpeur, qu'augmente l’obscurité relative de la cellule; et peu à peu, le sommeil s’appesantit et ferme les paupières, pour peu que fléchisse la volonté réelle de rester éveillé, de sentir et de voir. Aucune impression de froid ne trouble ce bien-être ; l’air chassé par l’hélice gémit à travers les fils de commande, mais ne pénètre pas dans la prison étroite, dont un large capot protège, en haut, l’unique issue.
- Enfin, le moteur tout à coup semble perdre de sa force; un glissement léger, suivi d’une sorte de frottement râpeux, sans cahot, et l’avion s’immobilise. Tout près, dans un bouquet d’arbres, on aperçoit la façade d’un château, où flotte un drapeau à croix rouge, et qui abrite l’ambulance chirurgicale qui traitera les blessés amenés par l’avion.
- Les deux premières constatations — dfimpor-tance capitale — qui s’imposent dès le premier essai, sont les suivantes :
- 1° Alors que l’auto met une heure et demie pour parcourir 20 km, l’avion, même chargé, exécute le trajet en moins de quinze minutes.
- 2° Les cahots, si fâcheux pour les blessés, surtout pour les blessés du ventre ou du thorax, et pour les fracturés, sont supprimés radicalement.
- p.47 - vue 51/474
-
-
-
- 48
- L’AVION SANITAIRE
- Fig.
- L’atterrissage sur un terrain médiocre provoque un choc beaucoup plus faible que celui qu’on ressent dans une auto passant sur une ornière ou un caniveau.
- Il est donc certain que pour les catégories de blessés dont l’état nécessite une opération précoce ou exige un transport sans secousses, l’évacuation en avion consti-.
- tue un incompa- * t „ , „,
- rable progrès. ^ *
- Mais dans quelle mesure l’idée de Chas-saing peut-elle être appliquée sur le front ? En toute franchise, je pense qu’il est trop tôt pour en envisager la généralisation. L’avion, pour le moment, est un instrument de luxe, et le faible nombre de places disponibles obligera longtemps encore à réserver ces ressources nouvelles aux blessés graves, même si on affecte au Service de Santé les nombreux appareils que leur vitesse trop réduite rend impropres au combat. De plus, il n’est pas douteux que beaucoup de secteurs n-’offrent pas, dans le voi-sinagedes lignes, de terrain propice à l’atterrissage. C’est là le grand problème : il n’est pas insoluble, puisque Chassaing est allé atterrir plusieurs fois au point même où les blessés de la région de ...
- sont chargés dans les autos. Mais il n’en est pas ainsi, je le sais bien, dans toutes les zones du front. Je ne pousse donc pas à des conclusions absolues qui, dans -l’état actuel de la question, ne laisseraient pas d’être dangereuses.
- Je prétends seulement que nous assistons aux premières applications d’une idée qui fatalement, inéluctablement, doit un jour se vulgariser, et qui peut, d’ores et déjà, dans certaines conditions précises, sauver 'la vie de certains blessés. Moyen
- i. — L’avion sanitaire à l’aérodrome avec croix ronge sous les ailes.
- Fig. 2.
- dangereux, a-t-on dit? Il y a, certes, des accidents inévitables en avion ; mais que sont ces dangers auprès de ceux que fait courir à. un blessé du ventre toute minute de retard? D’ailleurs, nous savons malheureusement que les autos saqitaires ne sortent pas toujours indemnes de la zone bombardée, et que pour elles, pas plus que pour les
- avions, on ne peut espérer une sécurité absolue.
- La question apparaît sous un jour plus favorable encore lorsqu’on pense aux immenses services qu’on pourrait attendre des avions sanitaires à Salonique, au Maroc, partout où lès moyens de communication sont insuffisants ou font défaut. A100 km
- à l’intérieur du bled, un blessé isolé est pratiquement privé de toute ressource chirurgicale : en-moins de deux heures, un aéroplane aménagé en ambulance — un aéro-chir. — l’amènera sur la
- table d’opéra-. - tions.
- * _ . -\ ' Et ne faut-il
- ; pas songer sur-
- tout au temps, lointain ou proche, où il n’y aura plus de front, plus de tranchées, plus de préparations d’artillerie, plus de trous de mar-mites? C’est alors, alors surtout, que l’initiative de Chassaing apparaîtra féconde. Le transport d’un blessé ou d’un malade, de son village à la ville, ne sera plus ce supplice effroyable qui souvent achevait de tuer le patient, mais une brève transition, à peine sensible. Il n’est pas possible que cela ne soit pas un jour. Et c’est pourquoi les hommes que sauveront, plus tard, les services t organisés et réguliers d’aéro-chir. pourront avoir une pensée pour le pauvre appareil démodé qui représente à lui seul, aujourd’hui, toute l’aviation sanitaire. J. Fiolle.
- L’atterrissage (8 novembre 1917) à côté de l’ambulance chirurgicale de B....
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Làhure, rue de Fleuras, 9, à Paris.
- p.48 - vue 52/474
-
-
-
- LA NATURE. — N* 2313.
- 26 JANVIER 1918.
- LES MAUVAIS COMBUSTIBLES
- Comment on les améliore. — Le lavage des charbons.
- On sait l’effort superbe accompli par nos houillères françaises, au cours de cette année, pour •pousser leur production à l’extrême. Les résultats obtenus sont tout à la gloire de nos mineurs et des hommes éminents que sont leurs chefs. Il y a cependant quelques ombres au tableau et le consommateur se plaint fort de ce que le charbon qu’on lui livre soit par trop un charbon de guerre. A la Chambre, M. Loucheur a reconnu qu’on avait dû aller au plus pressé et sacrifier un peu la qualité à la quantité, promettant d’ailleurs « un effort parallèle » pour revenir aux bonnes qualités d’antan.
- Si les lecteurs de La Nature le veulent bien, nous examinerons successivement ensemble comment se fait l'amélioration des charbons, puis comment on peut utiliser les combustibles inférieurs, comprenant sous ce nom, non seulement les charbons très cendreux, mais encore les combustibles pulvérulents, les déchets de bois, la tannée, les ordures ménagères.... La tourbe et le lignite en seraient aussi, mais nous avons déjà eu l’occasion de parler de ces combustibles, qui suscitent actuellement un intérêt tout particulier (La Nature 2278 et 2501).
- Il y a bien des causes à cette baisse de qualité des produits, à celte saleté plus grande des charbons, suivant le terme consacré. Il y a l’emploi d’un personnel un peu différent, qui ne sait plus, ne peut plus, ou ne veut plus effectuer au chantier le tri sommaire d’usage ; il y a l’accroissement trop brusque de la production, qui a pu dépasser parfois la capacité des installations de traitement existantes, il y a l’exploitation de couches, négligées jusqu’alors comme trop impures, mais dont la situation heureuse a permis un rapide essor de la production. Et puis cette épuration du charbon ne va pas sans pertes très appréciables et il est très vrai qu’en la supprimant, ou en la réduisant, on augmentait, et très sensiblement, du jour au lendemain, le tonnage disponible.
- Il y a malheureusement plus, non pas parmi nefs Sociétés houillères, mais dans le monde des intermédiaires et de tous ceux qui se sont découvert, depuis la guerre, tant d’aptitudes à l'industrie ou au commerce ;il y. a ceux qui ont vendu des pierres
- 46‘>jAnnée. — 1" Semestre*
- « peintes en noir » suivant l’expression d’un directeur de mines. Tel ce marchand, qui demandait à la mine des « produits à mélanger avec de meilleures sortes » ; ou cet... ingénieux industriel qui vendait, à fort bon compte tels quels les schistes noirs d’un vieux terri. Ce n’est pas pour encourager leur trop fructueuse industrie que nous écrivons ces quelques notes.
- Il ne saurait entrer dans notre cadre de faire un exposé complet des méthodes employées pour l’épuration des charbons; les appareils en usage sont innombrables. Nous nous bornerons à rappeler les principes de cette préparation mécanique, suivant le terme classique, à indiquer le type des appareils employés; enfin, nous nous arrêterons plus spécialement sur quelques modèles actuellement en vue pour leur simplicité ou leur nouveauté.
- Le criblage. — Deux facteurs dominent, on le sait, la préparation mécanique des charbons, ce sont : la faible valeur du produit marchand et l’énormité du tonnage traité. Des installations qui passent 2 à 5000 tonnes par, jour, ne sont pas des raretés. Il en résulte l’emploi sur une grande échelle de la manutention mécanique, il en résulte aussi que tous les appareils doivent être à grand débit, donc à fonctionnement continu, il en résulte enfin que seules les méthodes économiques peuvent trouver leur emploi dans la préparation des charbons, ce qui élimine une série de procédés employés dans la préparation des minerais : Elmore, Murex,.., ainsi que les procédés employés dans la préparation des minerais pour le traitement des boues ou schlamms et, dont le rendement est trop faible pour s’appliquer aux charbons.
- A l’heure actuelle il y a une séparation s très nette entre le traitement du gailleteux, c’est-à-dire des morceaux d’une certaine dimension, supérieure à 50 ou 70 mm. par exemple et celui defc menus.
- Les charbons bruts, sortant du puits, sont culbutés automatiquement sur de grands cribles à secousses qui^ les séparent en gailleteux et en menus. Le gailleteux, classé suivant les dimensions commerciales usuelles, par exemple 50 — 80 ;
- 4. — 49
- i
- Trieur automatique de charbon système Laegerfleld.
- Fig. i.
- p.49 - vue 53/474
-
-
-
- 50 r LES MAUVAIS COMBUSTIBLES
- 80 — 150 ; 150 millimètres et au-dessus, est soumis à un triage à la main. Pour cela, il passe entement sur des toiles sans fin, devant des femmes et des gamins, qui éliminent les pierres et les parties mélangées de pierres et de charbon, les mixtes ou les barrés. Les produits épurés sont chargés en wagon soit individuellement, soit après reconstitution sur une toile collectrice. L’ensemble de ces opérations est désigné sous le nom de criblage.
- C’est ainsi que l’on procède le plus souvent; on a bien essayé de remplacer le travail humain ; en Amérique notamment, on a mis en service une série d’appareils, qui doivent faire automatiquement l’épuration désirée. Ces appareils sont basés sur la différence de forme des charbons et des pierres. Ils donnent de bons résultats quand çetté différence de forme existe, quand, par exemple, les pierres sont plates et les charbons polyédriques.
- Alors on emploie des grilles à barreaux entre lesquels passent les pierres et qui retiennent les charbons ; ce sont les slate-pikes, c’est aussi l’épierreur Allard; ou bien on utilise les variations d’adhérence de ces pierres plates et des charbons polyédriques, c’est ainsi qu’opère l’appareil de la figure 1.
- Mais, car il y a un mais, ces appareils ne s’appliquent qu’à des cas très particuliers; de plus ils sont un peu brutaux et le charbon, surtout les grosses sortes, est une matière friable ; enfin le gailleteux a beaucoup plus de valeur jusqu’à présent que les menus. Il faut donc traiter ce charbon doucement, soigneusement, le porter délicatement des culbuteurs aux wagons de départ, sans le casser., sans le secouer plus que de raison. On gagnera facilement quelques dizaines de centimès par tonne ; malgré les préjugés courants, c’est beaucoup pour une houillère.
- La raréfaction et le renchérissement de la main-d’œuvre pourront répandre un peu les appareils de triage automatique, ils ne supprimeront pas le triage à la main, d’autant plus qu’on y emploie
- surtout de jeunes ouvriers ; le criblage est la pépinière d’apprentis d’une fosse.
- Le lavage. — Pour les menus le triage à la main est plus difficile, vu les faibles dimensions des morceaux ; il est même tout à fait impraticable pour les fines. D’autre part sur de petits calibres, les dangers de bris seront moindres. C’est pourquoi pour l’épuration des menus on emploie universellement des procédés mécaniques et, comme il s’agit d’énormes tonnages, 70 à 80 pour 100 de l’extraction brute, il faut des appareils à marche continue. Ce sont les lavoirsr
- Les procédés employés sont basés sur les lois de la chute dans l’eau,
- Supposons tous les morceaux de même forme;
- ils sont soumis à deux forces dans leur chute verticale , savoir : leur poids dans l’eau et la résistance de celle-ci : si l est une dimension servant de repère d poids spécifique du corps et 1 celui de l’eau le poids dans l’eau sera
- p=alz{d— 1).
- La résistance de Peau est proportionnelle à la surface du grain et au carré de sa vitesse, elle est donc R = bPv\ Quand le grain a atteint sa vitesse limite p est égal à R et l’on a
- aP[d — 1) = bl*v2 ou
- = —i) = Kl(d — 1) (1) -
- Appliquons l’équation (1) à des schistes et à des charbons dont les dimensions et les poids spécifiques sont l„, ds; Z0 dc. Pour qu’ils aient même vitesse limite il faudra que l’on ait
- lilc{dc— 1) = K/,(ds— 1) - ou
- T~d-=-\ . (2)
- *0n dit que les charbons et les schistes dont les dimensions satisfont à l’équation (2) sont équivalents.
- De là le principe du lavage; on commence par classer le produit par grosseurs, de manière que les
- p.50 - vue 54/474
-
-
-
- LES MAUVAIS COMBUSTIBLES
- 51
- dimensions extrêmes d’une même catégorie remplissent les conditions de la relation
- (5)
- l max ,às — 1
- -----<<------
- / min de — 1
- ou à peu près <; 4
- avec les valeurs ordinaires de cls et dc.
- Si cette relation est vérifiée, la vitesse de chute sera plus faible pour les charbons que pour les pierres et l’appareil séparera des charbons au sommet et des pierres au bas du lit de lavage.
- La théorie n’est d’ailleurs pas rigoureuse : on ne se trouve que très approximativement dans les conditions de la chute libre, il y a une très grande diver-
- jections de bas en haut et de chutes verticales par le mouvement d’un piston qui refoule l’eau à travers la matière à laver. Celle-ci traverse en même temps le lavoir sous l’action d’un courant de circulation horizontal.
- A sa sortie, elle a donc subi un très grand nombre de chutes et se trouve classée par équivalence ; si l’on opère sur des produits convenablement calibrés au préalable, les parties inférieures sont les plus impures. Il suffit d’éliminer sé-
- sité de formes de grains, elles changent d’un charbon à l’autre ainsi que les densités ; autant de causes qui font varier la maille de classification de la relation (o). Certains produits de traitement
- facile peuvent passer au lavoir sans classement préalable, quitte peut-être à relaver les fines, et un constructeur allemand, généralisant un peu, avait même érigé en principe « laver d’abord, classer ensuite », d’autres charbons, au contraire, exigeront
- ‘ScA/s/es
- Fig. g.. — Rhéolaveur à courants ascendants multiples.
- un classement préalable plus ou moins serré.
- Dans chaque cas la pratique seule déterminera le processus à suivre et les appareils à adopter. Il ne faut pas perdre de vue qu’une installation de préparation mécanique ne se construit pas en série mais doit être “soigneusement adaptée aux conditions particulières imposées par la nature.
- Les appareils dits bacs à piston, les plus employés d’ailleurs, sont basés sur le principe de la chute dans l’eau. Ils sont Jrop connus pour que nous nous y arrêtions longuement. On sait que le produit y est soumis à une série de pro-
- Fig. 3. — Lavoir Elliott.
- parément par un procédé quelconque le haut et le bas du lit de lavage pour avoir atteint le but proposé.
- La figure 2 représente un de ces bacs à pistons dont les modèles innombrables diffèrent fort peu les uns des autres. Ils marchent fort bien et -donnent d’excellents résultats, surtout avec les g aille tins ( 10-50 mm); on leur reproche parfois d’être un peu brusques et de briser quelque peu le charbon qu’on leur envoie.
- Il nous paraît intéressant d’attirer l’attention sur deux appareils qui semblent échapper à ce reproche, dont la simplicité est séduisante et dont l’un’a en plus le mérite de la nouveauté. Il s’agit des lavoirs Elliott et des Rhéolaveurs.
- Le premier appartient franchement à la catégorie des lavoirs à courant d’eau. Si nous imaginons un couloir à faible pente, où un courant d’eau entraîne des morceaux de charbon, en considérant le frottement des grains, proportionnel à leur poids dans l’eau et l’impulsion du courant proportionnel à leur surface et au carré de la vitesse relative, on arrive à des formules semblables à celle de l’équation (2). Ici ce sont les charbons qui vont plus vite que les pierres. Si donc on remonte mécaniquement toute la masse le long du couloir on éliminera les pierres à la tête et les charbons au pied de ce couloir.
- La figure o montre comment cè mouvement est réalisé dans le lavoir Elliott. Cet appareil fort ancien a été quelque peu perfectionné dans les
- p.51 - vue 55/474
-
-
-
- 52 r:.............- LES MAUVAIS COMBUSTIBLES
- dernières années, notamment par l’addition d’un lavage sur table préliminaire. Sa conduite est très facile, il tient peu de place et absorbe peu de force. De construction anglaise il est fort répandu en Angleterre et au Canada; deux de nos grands charbonnages du Nord l’ont adopté.
- Le rhéolaveur est, un peu différent. C’est encore un long couloir où un courant d’eau entraîne le produit à traiter; de distance en distance ce couloir est interrompu par des rainures où tombent les produits les plus lourds. Tel quel cet appareil est fort ancien et fonctionne assez médiocrement; le perfectionnement et la transformation consistent dans l’adjonction au droit des rainures d’un appareil rhéolaveur à courant d’eau vertical (fig. 4).
- Ce courant replace dans le couloir les charbons classés tombés fortuitement dans - les rainures, mais là ne se borne pas son rôle.
- En marche normale et pour un réglage convenable de l’arrivée d’eau, ce courant vertical prend une allure i puisatoire et le mouvement de l’eau, au droit des rainures, se compose d’une succession d’ascensions lentes et d’arrêts. Or si l’on étudie de plus près analytiquement la chute des corps dans l’eau stagnante, on trouve que dans les premiers instants la vitesse de la chute ne dépend que de la densité. Dans les périodes de repos les schistes prennent donc de l’avance sur les charbons et le courant ascendant qui suit instantanément replace ceux-ci dans le couloir. Le rhéolaveur n’agit pas seulement sur les produits classés, il agit jus'qu’à un certain point sur les produits équivalents j1).
- Par là, les rhéolaveurs permettent d’élargir la maille de classification. En outre ils paraissent s’adapter convenablement au lavage des fines et ils évitent les pertes que subissent toujours pour ces catégories les bacs à piston, par suite du phénomène de la succion. Tant à cause de sa simplicité que de son bon fonctionnement, le rhéolaveur,
- 1.. E. Dinqire. Noie sur les résultats obtenus avec les rhéolaveurs aux mines de Lens (Bulletin de l’industrie minérale, 1915).
- appareil de construction franco-belge, a obtenu dans le bassin du Nord, le plus gfand succès dès son apparition. C’était peu de temps avant la guerre. Depuis il a pénétré dans d’autres bassins français et tout paraît lui assurer une brillante carrière.
- Le lecteur se demande sans doute : « Pourquoi donc puisqu’on sait si bien laverie charbon,pourquoidonc celui que me livre le charbonnier du coin, contient-il tant de pierres ? » Nous en avons déjà donné quelques explications, nous voudrions ajouter deux mots sur les pertes inhérentes à la préparation mécanique.
- Pour ce qui est du triage à la main, on ne peut rien dire de précis, il est bien évident que la houille qui sort de la mine n’est pas un mélange de charbon pur et de pierres dépourvues de toutes substance combustible. Le mélange est plus intime que cela et en épierrant le produit, on lui enlève une partie de sa matière combustible, le déchet est donc bien supérieur au poids qui correspondrait à la réduction de teneur en cendres. Il peut être double, ou plus encore. Mais on conçoit qu’il y a tant de facteurs dans cette opération et une intervention si directe de l’ouvrier, qu’il est impossible de préciser les pertes.
- Il n’en est pas de même pour le lavage ; longtemps l’ctude des lavoirs a été empirique. Les constructeurs, les Allemands surtout, promettaient monts et merveilles : épuration parfaite et pertes insignifiantes; ils tenaient plus ou moins leurs promesses, naturellement, et l’on ne pouvait dire au juste jusqu’à quel point les mauvais résultats étaient imputables à un vice de construction ou à la nature des produits.
- Les remarquables études expérimentales et analytiques de MM. Hanappe Charvet, Henry Blanc, Rheinhardt, etc., ont débrouillé ce chaos.
- Nous ne pouvons malheureusement les reproduire ici, ni même en donner un résumé, il nous faudrait entrer dans quelques développements mathématiques, qui, pour ne présenter aucune 'difficulté, ne laisseraient pas d’être un peu fastidieux.
- Courbe c/es teneurs en CfO
- !0 20 30 <0 JO 60 70 80 30 100
- Rendements
- Fig. 5. — Courbes de lavabilitè'.
- p.52 - vue 56/474
-
-
-
- L’OBSERVATOIRE DU MONT WILSON
- 53
- Ces études et ces calculs, basés sur des expériences de laboratoire reproduisant exactement en petit' ce qui se passe au lavoir et sur des résultats industriels, ont montré qu’il éiait impossible d’éviter les pertes. Ils ont établi la proportion de ces pertes; leur variation avec le mode de lavage po.ur un produit donné et notamment l’influence énorme de l’élimination des poussières (< 0,2 mm) dans le lavage des fines; les lois qui doivent présider au lavage combiné de plusieurs sortes de charbons en vue d’obtenir le rendement maximum, etc.
- On emploie pour ces études les trois courbes fondamentales de lavabi-lité représentées figure 5, pour deux charbons différents. Sans donner de détails sur la manière dont on obtient expérimentalement la courbe I et les relations mathématiques qui relient les deux autres' entre elles et à la courbe I* on voit immédiatement que si l’on peut laver le charbon n° 1 à 10 pour 100 de cendres avec un rendement de 78 pour 100 ; pour obtenir le même résultat avec le charbon n° 2 il faut se résigner à un déchet de 45 pour 100, pourtant les teneurs des produits bruts sont les mêmes.
- Cet exemple fera comprendre, mieux que de longues dissertations, quelle peut être l’importance
- des pertes dues au Levage. Quand le charbon sera redevenu abondant.,, il reprendra sa bonne qualité et nos constructeûrs français sont à même,quoi qu’en aient leurs concurrents boches, d’équiper nos houillères dévastées en conséquence. Prenons donc notre mal en patience, mieux vaut un charbon sale que pas de charbon du tout ; nous ne sommes pas assez riches pour jeter au -rebut des déchets contenant une si forte proportion du précieux combustible. Si pourtant le marchand exagère on pourra toujours éliminer l’excès de pierres soit par un triage à la main, soit par lavage dans de pelits appareils comme celui de la figure 6 que tout le monde peut construire avec quelques planches et un bout de tôle perforée.
- Cet appareil de fortune, ou mieux un petit rhéolaveur, ou tout appareil similaire, trouverait un emploi tout indiqué pour traiter les cendres des foyers de chaudière. On pourrait ainsi, et cela se fait déjà dans quelques usines, récupérer les escarbilles qui passent toujours à travers les grilles. C’est une perte importante que l’on doit éviter.
- Le produit obtenu ne sera évidemment pas de toute première qualité, mais nous montrerons
- bientôt que des charbons, même très cendreux, ne
- sont pas inutilisables. Louis Renié.
- Fig. 6. — Bacs laveurs à main.
- L’OBSERVATOIRE DU MONT WILSON
- L’observatoire du mont Wilson, près Pasadena, en Californie, propriété de la Carnegie Institution, est spécialement consacré à l’étude du soleil. Il est placé sous la haute direction de M. George Ellery Haie, astronome bien connu en Europe et qui précédemment dirigeait l'observatoire Yerkes, de l’Université de Chicago. Dans une brochure récemment publiée par l’institution Carnegie, et intitulée Ten Years Work of a mountain Observatory, M. Haie a donné de curieux détails sur les installations scientifiques de cet établissement dont l’outillage dépasse en puissance tout ce qui a été produit jusqu’ici Parmi ces installations la dernière — elle est
- d’hier — celle qui sûrement frappe le plus l’imagination est celle du réflecteur de 100 pouces. Elle nous intéresse tout particulièrement parce que le grand miroir de 2 m. 50 de diamètre sort des ateliers français de Saint-Gobain.
- Ce n’a pas été petite affaire, on le pense bien, que de couler une pièce optique de cette taille. A son intention la Société de Saint-Gabain a fait établir un fourneau capable de fondre à la fois 20 000 kg de matière ! La première fusion ayant donné un disque présentant un certain nombre de défauts, considérés comme assez importants, la grande maison française offrit de recommencer à
- p.53 - vue 57/474
-
-
-
- 54
- L’OBSERVATOIRE DU MONT WILSON
- ses frais l’operation. De fait, elle la refit plusieurs fois avec des fortunes diverses. L’opération très importante du recuit, avec une pièce de dimensions pareilles était une source inévitable d’accidents. Mais noblesse oblige ! éb Saint-Gobain dont la réputation chez les astronomes est supérieurement établie depuis le. brillant succès du miroir de 1 m. 50 fourni à l’observatoire Yerkes et travaillé par M. Rit-chey, ne pouvait faillir à la tâche qu’il avait assumée. 11 l’accomplit malgré tous les obstacles/1).
- Le miroir, dont la seule transformation de la
- En combinaison avec ce géant qui fait honneur à l’industrie française, on a préparé deux miroirs convexes du type Cassegrain (l), l’un de 750 mm de diamètre et de plus de 175 mm d’épaisseur, avec un rayon de courbure d’environ 8 m. 800 et une distance focale de 45 m., l’autre de 055 mm de diamètre avec un rayon de courbure de 7 m. donnant une distance focale de 76 m. 1/2.
- C’est M. Ritchey qui a dirigé le travail optique du miroir dans les ateliers de Pasadena. Actuellement ce miroir est en place. Le tube télescopique
- Fig. j. — Dôme et fondations du grand télescope.
- N / '
- surface sphérique en surface parabolique demanda une année de travail, constitue aujourd’hui le plus formidable réflecteur du monde. Son ouverture est de près de 101 pouces, soit 2 m. 56 et son épaisseur au bord de 524 mm. La profondeur de sa courbure est de 31 mm. 75. Pour remplir la concavité formée par cette courbure il ne fallait pas moins de 152 litres et demi d’eau distillée. De quoi prendre un bain !
- 1. Les procédés de travail des miroirs optiques ont été décrits par M. Ritchey lui-même dans un Mémoire publié par la Smithsonian Institution, et traduit en 1905 par la Société d’encouragement pour Vindustrie nationale. On trouvera aussi dans Y Annuaire du Bureau des Longitudes pour 1915, une substantielle étude de M. Bigourdan sur les méthodes d’examen des miroirs.
- dans lequel il est monté n’a pas moins de 5 m. 55 de diamètre. Il forme une immense carcasse métallique mobile autour de l’axe polaire, lequel pivote lui-même dans d’énormes boîtes remplies de mercure. Par-dessus, un dôme de 100 pieds de diamètre (50 m. 84, plus large que la coupole du Panthéon) peut rouler à volonté ou se déplacer automatiquement.
- 1. Notons ici que Cassegrain est un Français. Son idée de remplacer le petit miroir de Newton par un miroir convexe fut exposée dans le Journal des Savait s de 167 2. Elle fut vivement combattue par Iluygens dans un article anonyme du même journal, livraison de juin 1672. Iluygens reprochait à Cassegrain d’avoir copié Gregory et refusait à son système les avantages qui l’ont fait adopter depuis. Ce faisant le maître opticien hollandais témoigna d’assez peu de perspicacité. Cassegrain était professeur au Collège de Chartres.
- p.54 - vue 58/474
-
-
-
- L’OBSERVATOIRE DU MONT WILSON ...........----- 55
- La construction de ce logement et le transport du matériel du télescope lui-même ont obligé à élargir de 1 m. à 2 m. 50 la route qui conduit de Pasa-dena au mont Wilson dont la croupe s’élève à 1800 m. environ. Certaines des pièces transportées mesuraient 7 m. de long et pesaient 4 tonnes et demie. Ce poids est celui approximatif du disque de glace de Saint-Gobain ! Par cette route élargie il n’est pas passé pour cette installation moins de 650 tonnes d’acier !
- Avant cette formidable addition, l’observatoire du Mont Wilson possédait déjà un réflecteur de 60 pouces — 1 m.524 — de diamètre dans le champ duquel on estimait que se meuvent 219 millions d’étoiles au-dessus de la vingtième grandeur.
- M. Haie estime que le réflecteur de 100 pouces augmentera ce chiffre de 100 millions d’astres nouveaux, moins brillants, et dont beaucoup se trouvent au delà des limites actuelles du firmament sondable par les instruments astronomiques.
- Ce recul du ciel ne sera pas le seul avantage procuré par ce magnifique instrument. La quantité de lumière colligée par le miroir de 100 pouces sera à peu près le double de celle recueillie par l’ancien réflecteur de 60. Ce sera un grand avantage au point de vue des études photographiques et spectroscopiques.
- L’entraînement chronométrique de ce gigantesque instrument est assuré par une horloge du type adopté aux observatoires Lick et Yerkes. Le régulateur de cette horloge est un double pendule
- conique. Son moteur est un poids d’une tonne et demie remonté automatiquement toutes les 12 minutes par une dynamo. Le mécanisme occupe un espace de 1 m. 85 en hauteur, avec une surface de base de 1 m. 20 X 1 m. 65 environ.
- Le réflecteur de 100 pouces du Mont Wilson est venu tout naturellement après celui de 60 pouces,
- comme le télescope vertical de 150 pieds était venu après celui de 60 pieds, et comme ce dernier lui-même avait succédé au télescope horizontal Snow. 11 ne faut pas oublier que l’établissement du Mont Wilson étant une station de recherches astro-physiques, les problèmes qui se posent devant lui
- exigent des
- moyens de solution de plus en plus puissants, grandioses et précis.
- L’énumération de ces problèmes nous entraînerait trop loin. Nous conseillerons à .ceux de nos lecteurs qui s’intéressent particulièrement à l’astronomie la lecture du petit volume de M. George Ellery Haie, auquel nous faisons plus haut allusion (1). Nous nous bornerons à citer seulement un chiffre susceptible de montrer l’étendue du champ d’exploration qui s’offre aux astronomes californiens dans cette station merveilleusement choisie et adaptée.
- Sous le grand télescope vertical (tower telescope) de 150 pieds a été creusé un puits de 75 pieds (près de 25 mètres) au fond duquel est installé un spectrographe de 75 pieds. Avec cet instrument lès
- 1. Cette jolie plaquette figure au catalogue de l’Association Institution Carnegie, au prix de 50 cent.
- p.55 - vue 59/474
-
-
-
- 56
- LA TRANSFUSION DU SANG
- deux fameuses raies D' du sodium apparaissent espacées de près de 30 mm, alors qu’elles se confondent' dans un spectrographe ordinaire. À cette échelle la photographie du spectre solaire mesurerait plus de 21 m.
- On conçoit qu’en possession de pareils moyens, l’éminent directeur du Mont Wilson envisage la possibilité de percer le secret cosmogonique qu’emportent 500 millions d’étoiles dans leur course vertigineuse à travers l’espace infini !
- Le succès de la Compagnie française de Saint-Gobain dans la fabrication du miroir monumental du Mont Wilson réjouira tous ceux qui s’intéressent à notre prospérité industrielle. Il montre que, si le nombre des maisons qui méritent de sévères critiques est chez nous considérable, il en est par contre d’autres qui n’ont pas attendu l’exemple de l’étranger pour se tenir au niveau et même à l’avant-garde du progrès.
- Que la Société de Saint-Gobain se trouve parmi ces dernières, cela ne doit pas étonner. Noblesse oblige, disais-je plus haut. On le peut répéter ici sans figure de rhétorique. C’est en effet en 1665 que l’illustre Colbert créa la manufacture royale de glaces, aïeule du Saint-Gobain de nos jours. Dans les lettres patentes accordées cette année à Nicolas du Noyer, il est spécifié que celui-ci pourra prendre des associés même nobles et ecclésiastiques sans qu'ils dérogent à la noblesse. Ce traitement de faveur renouvelait d’ailleurs simplement le privilège accordé aux verriers par François Ier en 1525 et par Charles IX en 1565.
- C’est au prix d’efforts méritoires que le grand ministre de Louis XIV, — avec le concours du fin diplomate qu’était François de Bonzi, d’origine florentine, évêque de Béziers et ambassadeur de France à Venise, — réussit à faire passer dans notre pays une industrie cantonnée jusque-là dans une des îles de la lagune vénitienne, où elle était protégée par des règlements terribles. Ces règlements ne prévoyaient pas moins que,,l’assassinat comme châtiment de l’ouvrier coupable d’avoir déserté
- Tîle de Murano pour aller travailler à l’étranger. En attendant que les émissaires de la Sérénissime république pussent exécuter la sentence portée contre le coupable, ses parents emprisonnés dans les geôles vénitiennes servaient d’otages à la Seigneurie. On appelait élégamment « enlever du monde » — togliere del mundo — l’opération radicale au moyen de laquelle Venise protégeait son industrie. Le poison était l’arme favorite des émissaires discrets des Inquisiteurs d’État.
- Chose curieuse, malgré cette protection farouche, la verrerie, gloire de Venise, a disparu de Tîle qui l’isolait du monde et c’est chez nous que la glace et le miroir sont devenus incomparables.
- En 1865, à l’occasion de son deux-centième anniversaire, la Compagnie de Saint-Gobain a fait installer une plaque commémorative de sa fondation. Elle y relate l’invention en 1691 de la méthode de couler les glaces, par un de ses plus éminents directeurs, Louis Lucas de Néhou.
- A cette occasion, Augustin Cochin publia une très remarquable étude sur la Manufacture de Saint-Gobain. Il y retrace les péripéties, les hauts et les bas, les avatars successifs d’un établissement industriel qui, malgré tous les obstacles, à travers les procès et les révolutions même, a réussi non seulement à se maintenir mais à se développer au point de défier toute concurrence!
- En ce moment même, dépouillée d’une grande partie de ses établissements tombés aux maips de l’ennemi, la Compagnie de Saint-Gobain entend rester à la hauteur de sa vieille réputation. Non seulement elle n’abandonne pas, toute mutilée qu’elle soit, la partie qu’elle illustra, mais elle s’occupe à doter la France, dans une nouvelle usine, de celte verrerie scientifique et spéciale qui fut si longtemps le privilège d’iéna.
- C’est un superbe et encourageant, exemple que les successeurs des gentilshommes verriers donnent à ceux de nos industriels qui attendent la liquidation de la guerre pour « faire quelque chose » ! v Léopold Reverciion.
- LA TRANSFUSION DU SANG
- Son passé, son présent, son avenir.
- La pratique de la chirurgie de guerre permet dès maintenant de réformer bien des idées préconçues, et de ce nombre est l’opinion qui pensait voir appliquer fréquemment la transfusion sanguine à la thérapeutique opératoire des hôpitaux du front.
- Jusqu’ici, en effet, cetle intervention n’a été que fort peu pratiquée en chirurgie d’armée, et l’on a vu au cours des événements actuels se renouveler le curieux phénomène d’alternatives de vogue et d’oubli, qui caractérise l’évolution historique de cette opération.
- Le problème est, d’ailleurs, infiniment plus com-
- plexe qu’il semble au premier abord. Il ne suffit pas d’anastomoser deux vaisseaux sanguins (*) et de laisser couler le sang pour pratiquer une transfusion ; en agissant ainsi (toute question d’asepsie mise à part), on aboutirait à des catastrophes, car les propriétés du sérum sont telles, que dans nombre de cas elles en rendraient la pratique dangereuse sinon mortelle.
- Mais à côté des facteurs qui tiennent aux propriétés humorales, il ne faudrait pas négliger ceux qui sont liés à la technique opératoire ; minu-
- 1. Artère et veine.
- p.56 - vue 60/474
-
-
-
- LA TRANSFUSION DU SANG ------57
- tieuse et compliquée, elle rend l'opération délicate, surtout dans les ambulances improvisées de l'avant, où pourtant elle serait à même de fournir le plus de services.
- Cet ensemble de raisons a conduit d’ingénieux chercheurs à en simplifier la technique, particulièrement dans les points qui ont trait à l’instrumentation et à son asepsie. t
- De sérieux progrès peuvent être enregistrés dans cette voie, ils laissent augurer pour un avenir prochain, la réalisation d’une méthode et d’une instrumentation « Omnibus » qui permettront d’étendre
- transfusion. Les Grecs et les Latins ne furent d’ailleurs ni les seuls, ni même les premiers à avoir cette idée, les Égyptiens et les Hébreux y avaient songé auparavant. Pour arriver à un fait précis, il faut cependant atteindre la fin du xve siècle. Ln 1492, en effet, le pape Innocent VIII demanda le bénéfice d’une transfusion, en tous points d’ailleurs, désas-, treuse. La leçon pour frappante qu’elle fut, ne profita pas, et la transfusion continua à être pratiquée; les chroniques, notamment celles de-la seconde moitié du xvne siècle, y font allusion et des polémiques souvent vives s’élèvent, les unes
- Fig. j. — Une opération de transfusion du sang.
- considérablement la pratique de la transfusion.
- Le Passé- — L’idée de rénover un organisme débilité par l’âge ou la maladie, en lui infusant les humeurs d’un corps jeune et sain, devait nécessairement germer dans le cerveau humain, surtout à l’époque ou la théorie humorale régnait en maîtresse.
- Ce fut, même aux âges les plus reculés, le désir et la préoccupation de nombreux savants, et c’est dans ce but que furent tentées les premières transfusions. Le but poursuivi était alors plus poétique que scientifique et se résumerait à la rigueur comme une des formes de la perpétuelle recherche de la Fontaine de Jouvence.
- Les oeuvres d’Héropbile, Pline, Celse, Ovide, expriment des pensées qui évoquent l’idée de la
- religieuses, les autres scientifiques, sans oublier certains écrits qui avec le temps prennent un aspect humoristique. C’est ainsi qu’en 1692 le Journal des Savans affirme sérieusement que la transfusion du sang de veau peut communiquer à l’homme les particularités de cet animal, tandis que Lamy répond ne pas voir alors pourquoi le lait de vache n’a jamais fait pousser de cornes. Les accidents sont si nombreux qu'en 1668 l’autorité royale intervient pour limiterla transfusion.
- Il faut arriver au début du xixe siècle pour voir la transfusion prendre une allure plus scientifique. Les conclusions sont d’ailleurs plutôt négatives et, Prévost et Dumas, 1821, considèrent la transfusion « comme absurde et dangereuse tant que l’oit ne sera pas plus avancé dans la connaissance entière
- p.57 - vue 61/474
-
-
-
- 58
- LA TRANSFUSION DU SANG
- du principe actif du.sang ». Tous ces faits justifient l’importance numérique de la stastitique de Landois-qui, en 1874, dans une liste (loin d’être complète) réunit 478 cas de transfusions dont 349 d’homme à homme et 129 de l’animal à l’homme.
- Malgré ces chiffres on pouvait considérer la transfusion comme oubliée quand en 1906 cette pratique renaît au jour.
- que les 'dangers de coagulation et de transmission de maladies contagieuses, syphilis et tuberculose notamment. C’est pourquoi :
- 1° La transfusion n’est possible que dans la même espèce et en ayant soin de choisir un spécimen robuste, d’âge moyen, exempt de maladies transmissibles, et si possible de la même famille.
- 2° Il ne faut interposer, le cas échéant, entre deux vaisseaux qu’une sub-
- Le Présent. —
- C’est à l’école américaine et -à Crile- en
- particulier, que re- Artère (fSm
- vient l’honneur de ( '''(___
- cette découverte qui \WÈËÈÈÊÊÊÉÊil^ Ji illustre également les noms de Dolley, Car-rel, Elsberg, Soresi,
- Tuffier, Fleig, Guillot et Dehelly.
- Comment agit la
- translusion ; .........
- La transfusion re- ere
- constitue le milieu sanguin (Q. ^
- Une expérience est 0'
- particulièrement con- Fig% 2 _ Mode de rèunion des vaisseaux>
- cluanteàeetégard. On suivant la méthode de Carret.
- retire les 2/5 du sarïg
- de l’organisme d’un animal; puis, sur un premier groupe de sujets, on arrête simplement l’hémorragie en liant le vaisseau : la mort survient. A ceux du second groupe, après fermeture du vaisseau, on injecte une solution saline physiologique : il y a survie. Le nombre des globules rouges est donc suffisant, seul le volume du liquide circulant est déficient.
- Une telle expérience devrait conduire à l’adoption de sérums artificiels dits « physiologiques » destinés à remplacer dans l’organisme, volume à volume, le sang absent. Mais le sang a d’autres qualités : qu’il agisse par l’intermédiaire des lipoïdes (Ke-pinoff, 1910) des globules transfusés et détruits, en renforçant le pouvoir de néoformation du sang, ou qu’il possède une puissance hémostatique (Delbet, 1912) l’expérience et la pratique s’accordent à prouver que l’action du sang transfusé est beaucoup plus marquée et durable que celle des solutions salines physiologiques.
- Justifiée physiologiquement, l’opération demande certaines précautions, tant en ce qui concerne les craintes d’hémolyse et d’agglutination (2),
- 1. Surtout s’il s’agit d’une hémorragie.
- 2. Pouvoir que certains sérums ont de dissocier ou d’agglutiner les globules rouges du sang d’un autre-être.
- stance anti-coagulante (paraffine, caoutchouc).
- 3° La transfusion ne doit être ni trop rapide, ni trop considérable.
- Voilà pour les principes, passons maintenant ‘ aux applications qui s’inspirent, • soitdel’anatomie, soit de l’expérience et qui reconnaissent une série d’éléments directeurs.
- a) La mise en communication d’un vais- @ seau de la circulation d’aller (artérielle vei-
- Fig. 3. — Réunion des vaisseaux suivant le procédé de Briau.
- neuse) du donneur avec un autre vaisseau de la circulation de retour (veine) du récepteur.
- b) L’emploi de Y anesthésie locale (cocaïne et dérivés).
- c) LTnterruption temporaire de là circulation aller jusqu’au moment où la continuité est assurée.
- Quant- aux méthodes opératoires, celles en vogue au moment de la guerre, elles se classent en trois groupes principaux :
- 1° Réunion directe de deux vaisseaux au moyen d’une suture (Carrel, Fleig).1
- 2° Réunion par mise en contact au moyen d’une canule (Crile, Elsberg, Soresi).
- 5° Mise en communication par un tube interposé (Brewer, Tuf-fier, Guyot et Dehelly).
- Les deux premiers sont des procédés de transfusion directe, le dernier est une méthode de transfusion indirecte. +
- I. Réunion de vaisseau à vaisseau. — On inet en communication l’artère radiale du donneur avec une veine du récepteur ; soit veine du bras, soit veine du cou-de-pied, soit enfin veine jugulaire externe (cou) chez l’enfant. Après mise à nu des vaisseaux respectifs, on les met en contact, et on assure leur continuité par la suture faite au moyen de Trois points de soutien et une couronne.
- p.58 - vue 62/474
-
-
-
- LA TRANSFUSION DU SANG —...—...— 59
- Le Dr Briau a, en 1913, proposé une modification qui donne l’avantage de la rapidité et qui consiste à retourner et adosser les parois des vaisseaux au moyen d’un nœud particulier.
- Enfin Fleig, préconisé, pour éviter les tiraillements liés à la faible longueur des segments de vaisseaux mobilisés, de faire une double suture en interposant un fragment de veine de 5 à 10 centimètres de long, prélevé de 8 à 12 heures avant l’opération, et conservé aseptiquement dans un liquide physiologique.
- II. Invagination des vaisseaux l'un dans l’autre à Vaide d'une canule. —On.retourne l’un des deux vaisseaux comme un doigt de gant, de manière que la tunique interne devienne externe et puisse coapter et être coiffée par celle du vaisseau qui lui est opposé. Un utilise pour cela une canule dont le modèle varie avec les auteurs. Les deux plus couramment employées sont celles de Crile et d’Elsberg.
- L’un des vaisseaux est introduit dans l’intérieur
- Artère
- Fig. 4. — Schéma du procédé de transfusion par invagination des vaisseaux.
- de la canule, de manière à la dépasser ; on le retourne alors, on le fixe, puis on attire et on adapte le vaisseau opposé sur le système ainsi constitué.
- III. Mise en communication de deux vaisseaux grâce à l'interposition d'un tube conducteur non coagulant. — Ce procédé nécessite l’emploi d’un tube métallique (argent soigneusement poli et paraffiné) légèrement renflé à ses deux extrémités.
- Le vaisseau « donneur » est, soit effondré par une incision en Y, soit sectionné ; la canule est introduite par une de ses extrémités et fixée. On introduit alors l’autre extrémité de la canule dans la veine réceptrice et on l’y fixe également.
- Combien de temps doit durer la transfusion, quelles sont les quantités de sang qu’il faut approximativement laisser passer pour juger qu’une transfusion est suffisante? Voilà autant de questions auxquelles il est important de répondre.
- Un calcul mathématique est matériellement impossible, les éléments qui seraient à la base de l’estimation ayant-un caractère trop variable. Il faut se contenter d’à peu près, et se fier principalement aux éléments empiriques fournis par l’expérience.
- D'une façon générale, on estime qu’une demi- I
- heure est nécessaire pour assurer le passage de 600 grammes de sang; mais comment tirer une ligne de conduite des chiffres très éloignés les uns des autres et indiqués par les auteurs (40 minutes d’un côté, 12 de l’autre) comme durée totale d’une transfusion normale!
- Fig. 5. — Disposition du vaisseau sur la canule de Crile.
- En ce qui concerne les signes cliniques :
- Du côté du récepteur la sensation de chaleur, la recoloration des lèvres et des pommettes, du lobule de l’oreille, l’élévation de la tension artérielle, le ralentissement du pouls, sont autant d’éléments'qui témoignent des bienfaits de la transfusion, mais qui tardent souvent à se manifester pour n apparaître que deux ou trois heures après une trans-, fusion suffisante.
- La syncope du donneur arrêterait l’opération, mais il faut éviter cette éventualité, et prendre comme critérium les petits signes qui précèdent la perte de connaissance. Aussi Guyot et Dehelly recommandent d’arrêter la transfusion lorsqu’ap-paraissent chez le donneur les phénomènes de décoloration des muqueuses, de soif et de sueurs légères; ces phénomènes se produisent lorsque l’on dépasse une quantité de 600 grammes de sang. Des chiffres plus élevés ont été atteints par Lindemay (1400 cm5 avec un seul donneur, 2000 cm3 avec deux donneurs). De telles quantités ne sont pas à recommander, aussi bien pour le récepteur que pour le donneur, car elles peuvent être la cause de très graves accidents.
- Dans l’ensemble c’est donc surtout une estimation
- L__r
- Fig. 6. — Coupe d’un tube en argent pour transfusion.
- comparative des phénomènes accusés par les deux sujets qui dirige l’opération dans son facteur durée.
- Libmann a cependant tenté d’établir une méthode plus précise, fondée sur un- examen rapide (moins d’une minute), et comparatif, d’une goutte de sang prélevée à intervalles réguliers, au point de vue de sa teneur en globules rouges; le pourcentage de ceux-ci permettant une estimation quantitalive.
- La transfusion n’est pas sans inconvénient, et le
- p.59 - vue 63/474
-
-
-
- 60 .. ......=r=. LA TRANSFUSION DU SANG
- donneur est souvent très sérieusement incommodé pendant une quinzaine de jours ; le fait d’offrir une partie de son sang pour une transfusion, doit être considéré comme un acte non seulement de dévouement, mais encore de courage.
- Les résultats obtenus sont de valeur très différentes, suivant la nature des affections contre lesquelles elle est dirigée.
- Crile a montré, par des expériences sur plus de 300 animaux, que l'on peut ramener 'a la vie des êtres saignés à blanc, même après cessation .des respirations et des pulsations, mais tant que battent, les oreillettes du cœur. Les résultats sont de même très bons dans les intoxications par le gaz d’éclairage où nombre de globules rouges disparaissent physiologiquement par suite de la fixation de leur oxyhémoglobine.
- C’est donc à ces cas, qu’en 1908 Carrel limitait les applications delà transfusion, en y ajoutant, cependant,*«l’état de faiblesse générale connu sous le nom de shock.
- De nombreux chercheurs ont cependant tenté d’étendre les applications de l’opération à des maladies générales (*) ; c’était vouloir renouveler l’erreur des anciens, et attribuer au pouvoir des humeurs, des propriétés qu’elles ne possèdent pas; aussi nombre d'insuccès sont-ils venus tempérer l’ardeur des chirurgiens, déjà rendus craintifs par suite de la possibilité d’accidents d’origine sanguine. Ceux-ci, d’ailleurs plus théoriques que réels, seraient facilement écartés en éliminant certains sujets donneurs, impropres, au moyen d’un procédé rapide d’examen du sang, suivant les procédés préconisés par Eps-tein et par Daufresne (1 2).
- Cet ensemble de faits, les difficultés techniques, ont ramené les applications de la transfusion à une plus sage conception et, actuellement, la grande majorité des chirurgiens la limitent au traitement des hémorragies.
- L’avenir. —On voit que le plus réel obstacle à la généralisation de la transfusion, réside dans le point de vue technique; c’est donc dans l’amélioration des procédés opératoires qu’il faut chercher le progrès dans l’avenir. C’est pourquoi il faut
- 1. Leucémie, suppurations chroniques, septicémies et même tumeurs cancéreuses.
- 2. Étude croisée (iti vitro ) des qualités humorales des
- deux sujets vis-à-vis de leurs globules rouges réciproques.
- faire une place particulière aux méthodes entièrement neuves. Celle de Kimpton de Boston (1913) est remarquable; elle consiste à prélever du sang veineux et à le recueillir dans un cylindre en verre paraffiné à grosse contenance (250 cm3), se terminant à une de ses extrémités par une canule coudée ; en outre ce cylindre porte latéralement un tube auquel est annexée une poire de caoutchouc; pour transfuser le sang, la canule est introduite dans une veine et le sang y est poussé doucement à l’aide de la poire. A côté de cette tentative intéressante en tous points, il faut considérer avec encore plus d’attention, l'instrumentation et les méthodes préconisées d’un côté par le Dr Blechmann en 1910 et de l’autre par MM. Jeanbrau et Hedon, en 1917.
- 11 n’est plus en effet besoin de dénuHer, ni de léser une artère; la transfusion est bi-veineuse et se fait par double ponction vasculaire; dans le
- procédé Blechmann le passage du sang est assuré' grâce à une application du principe du siphon, et le sang du donneur est dilué dans du sérum artificiel au moyen d’une disposition d’amorçage latéral. Voilà pour le principe, l’instrumentation est simplifiée au moins dans la même proportion. Deux aiguilles à ponction veineuse, deux tubes de caoutchouc mesurant dans l’ensemble 50 cm, un récipient stérilisable, un amorçage latéral, c’est là tout l’appareillage qui donne une grande latitude de mouvement, facilitant considérablement l’application pratique, tout en écartant les dangers de coagulation. Nous savons en effet que le caoutchouc a des propriétés anti-coagulantes (Carrel-Delbet).
- La technique opératoire est également des plus simples. Au point de vue de l’installation, deux lits sont disposés sur deux plans différents, le plus élevé est occupé par le donneur, l’autre par le récepteur (fig. 8); entre les deux sujets et'sur un plan situé au-dessus de celui du donneur, on dispose un ballon et son contenu de sérum artificiel tiède. L’aiguille A reliée à l’ajutage B par Je tube a est introduite dans une veine du donneur, le sérum physiologique contenu dans le bal'on (E) arrive à l’ajutage par le caoutchouc c; au niveau de l’ajutage se fait donc un mélange sang-sérum donnant un volume de liquide supérieur à celui qui serait fourni par une transfusion ordinaire. Ce mélange
- Bourre o/e ouâ/e ster/ ’/e " '
- Bouchon
- Fig. 7. — Tube transfuseur de Kimpton
- p.60 - vue 64/474
-
-
-
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- 61
- est conduit par le tube b à l’aiguille D qui est introduite dans une veine du récepteur. Le fait que la quantité de liquide devient plus considérable à partir de l’ajutage, implique la nécessité d’une différence de diamètre entre les systèmes aiguilles et tube À et a et b, D. Tout un jeu de canules existe qui permet, dans cet ordre d’idée, de pratiquer une transfusion plus ou moins rapide; la plus large canule fendant possible le passage direct dans l’orifice de section d’une veine, la plus étroite donnant une vitesse moyenne d’écoulement, de 70 cm3 par minute.
- Dans l’ensemble, à l’aide de cette instrumentation, l’opération suivant le procédé de Blechmann comprend trois temps :
- 1° Ponction de la veine du donneur ;
- 2° Ponction de la veine du récepteur ;
- 3° Mise en fonction du siphon (ouverture de la pince F).
- Grâce à cette technique l’auteur a pu opérer déjà deux transfusions dans des cas par-ticulièrement sérieux : elles ont donné des résul-tats remarquables.
- Le procédé de Jeanbrau est un important perfectionnement de celui de Kimp-
- ton. L'ampoule est du modèle de celle décrite à propos de cette méthode, mais à plus grande capacité (500 cm3) et munie d’une soufflerie de thermocautère modifiée pour agir dans le double sens
- Fig. 8. — Schéma du procédé de transfusion de Blechmann.
- de l’aspiration et du refoulement. Grâce à cette disposition, on prélève dans une veine du donneur une quantité de sang qui atteint facilement 500 cm3. Arrivé dans l’ampoule, le sang se mélange à 20 cm3 d’une solution de citrate de soude à 10 pour 100, que l’on y a préalablement introduite. De cette fjçon, la coagulation sanguine est considérablement retardée. On injecte alors le mélange dans une veine du récepteur.
- Les succès obtenus par M. Jeanbrau sont si nombreux (plus de 50 cas), tant en chiffres absolus que proportionnellement, que l’on peut considérer le procédé comme donnant, au point de vue pratique, la solution du problème de la transfusion en chirurgie de guerre.
- Opérant dans des postes chirurgicaux avancés, c’est-à-dire dans la zone même du combat et dans
- des conditions de fortune, M. Jeanbrau est parvenu à sauver de nombreuses existences. Un tel
- résultat se passe de commentaires.
- L’opération arrive-t-elle dans une phase de
- simplification? C’est ce que l’on est en droit de penser. Il faut en tout cas le souhaiter vivement, car une telle orientation
- laisse espérer que bientôt la transfusion, en
- devenant une intervention simple et pratique, sera
- en mesure d’étendre son domaine!
- A.-C. Guillaume.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séances du 24 au 3i décembre 1917.
- Election. — M. Georges Friedel est élu correspondant pour sa. section de Minéralogie en remplacement de M. Vasseur. Fils du chimiste célèbre, il est directeur de l’Ecole des Mines de Saint-Étienne et bien connu pour ses travaux de minéralogie et de géologie.
- Abréviation du développement chez la carotte et la betterave. — M. Lucien Daniel, étudiant les modifications de nutrition provoquées par le climat marin et le sol sablonneux sur des plantes cultivées transportées de Rennes au bord de la mer, a montré précédemment que la plupart de ces variations n’étaient pas héréditaires. En ce qui concerne l’abréviation du développement, il arrive aujourd’hui à fa conclusion que celle-ci peut être
- partiellement conservée par hérédité, qu’elle varie avec les individus et peut être accompagnée de variations inattendues montrant que la stabilité de la race a été profondément ébranlée. En conséquence, on doit éviter soigneusement d’utiliser des graines des carottes et des betteraves annuelles, dont le mélange avec des graines pures constitue une fraude.
- Propriétés du gaïacol et de l’acide benzoïque. — M. Louis Mencière a constaté par une longue expérience que le gaïacol et l’acide benzoïque, associés à divers autres corps de la série, aromatique, ont des vertus antiseptiques très puissantes. Et, contrairement à la plupart des antiseptiques, ce ne sont pas des toxiques pour la
- p.61 - vue 65/474
-
-
-
- 62 r=r ACADÉMIE DES SCIENCES
- cellule, dont ils activent la vitalité et stimulent les réactions défensives. La possibilité de les utiliser par la voie sanguine fait -prévoir des applications très étendues.
- Analyse photographique des œufs. — Au lieu de se borner à mirer les œufs, M. Georges A. Le Roy propose, pour vérifier les fraudes, un examen photographique dont il donne la technique : examen permettant de mesurer les dimensions de la chambre à air, qui est le trait caractéristique et portant à la fois sur six œufs. L’emploi de la radiographie ne donne pas de bons résultats.
- Le volcan Laziale. — M. A. Lacroix étudie le grand volcan Laziale, dont certaines coulées sont descendues jusqu’aux portes de Rome et analyse les très nombreuses enclaves de roches grenues que ces laves ont englobées, d’après des échantillons recueillis aux alentours des lacs d’Albano et de Nemi, au campo d’Annibale et sur le Monte Cavo. Sa conclusion est que, comme à la Somma, les variations de teneur en silice ne sont pas très considérables entre les roches englobées et les produits volcaniques. La présence du mica très abondant souligne le rôle joué par le fluor dans les phénomènes profonds et son intervention dans le métamorphisme des calcaires. La richesse en hauyne montre que le fluor était accompagné d’autres minéralisateurs, tels que le soufre et le chlore.
- Le mësorhéomètre.— M. Delage, qui avait déjà employé le bathyrhéomètre à l’étude des courants de fond, décrit un nouvel appareil destiné à mesurer les courants intermédiaires entre le fond et la surface : courants qui étaient restés jusqu’ici négligés et. qui cependant pourraient notamment permettre d’apprécier la pression exercée sur des objets immergés à diverses profondeurs. kDans une étude préliminaire, dont les conclusions ne se dégagent pas encore nettement, il cherche à obtenir la loi de variation d’un courpnt suivant la profondeur et se propose d’établir une formule permettant de calculer sa vitesse à un niveau quelconque quand on connaîtra par le loch sa vitesse à la surface et par le bathyrhéomètre sa vitesse au fond.
- Le tube de Newton. •— M. Guillet attire l’attention sur l’intérêt que peut encore présenter le tube de Néwton côte à côte avec le pendule pour la mesure précise du champ de pesantpur et.de l’accélération.
- La loi des densités à l'intérieur d'une masse gazeuse. — Depuis la découverte de la température critique, on admet généralement que le Soleil et les étoiles sont presque totalement à l’état gazeux. On suppose qu’il peut en être de même pour de grosses planètes comme Jupiter, ou pour d’autres astres à faible densité et plus mystérieux, les nébuleuses et les comètes. Pour se faire une idée des conditions physiques qui doivent se rencontrer à l’intérieur, on a d’abord appliqué la loi des gaz parfaits et l’on a trouvé au centre des températures invraisemblables de 10 à 100 millions de degrés, nécessaires pour que la* densité n’y soit pas infinie. M. Yéron-net, reprenant la question, arrive à conclure qu’il doit y avoir au centre un véritable noyau presque homogène, à densité aussi faiblement croissante que pour un solide ou un liquide et se comportant de même. Ce noyau doit être surmonté d’une atmosphère où la densité et la pression varient rapidement en progression géométrique. Et il doit se produire entre les deux un saut de densité presque aussi accentué qu’entre notre atmosphère et la
- mer. Les vapeurs du noyau doivent se diffuser dans l’atmosphère et s’y condenser en brouillards et en nuages. La photosphère reposerait alors directement sur le noyau, à la façon des brouillards.
- Emploi du stéréoscope pour l'examen de projections superposées. — Le cas examiné par M. Henry Hubert est celui où l’on veut représenter sur la même feuille de papier deux surfaces superposées, comme la surface topographique et un niveau aquifère ou une couche géologique. En transformant les projections orthogonales en deux vues stéréoscopiques il arrive à un relief saisissant. Le procédé pourrait être employé pour la construction des cartes aéronautiques.
- - Projet de tunnel sous la Seine, du Havre à Honfleur.
- — M. Dollfus examine les terrains géologiques que rencontrerait un tel tunnel dont il a été question à diverses reprises. Il y a là trois masses minérales régulièrement inclinées au Sud-Est : l’argile kimeridgienne ; les sables et argiles du crétacé inférieur; la craie glauconieuse. Il n’y aurait d’utilisables que l’argile jurassique ou la craie, Ijour passer au moins à 40 m. au-dessous de la Seine en restant dans la craie, on devrait faire un immense détour, au moins jusqu’à Tancarville ; ce qui amène à envisager un passage dans le lumeridgien entre Cricquebeuf et Ingouville, avec deux ascenseurs.
- Variations nocturnes du vent en altitude. — De nombreux sondages aérologiques ont permis à MM. Dunoyer et Reboul de fixer le sens des variations diurnes du vent en altitude et d’en préciser l’ordre de grandeur. Ces variations peuvent, la nuit, avoir une assez grande importance pratique et ont parfois occasionné des accidents. Le fait principal est que l’intensité du vent, pendant la nuit, présente aux altitudes de 200 à 1000 m., un maximum d’intensité très net. Le fait, parfois masqué par des perturbations plus importantes, est surtout manifeste par une journée de beau temps avec venf d’Est, faible ou modéré.
- L'oxydothérapie. —Il s’agit d’une nouvelle méthode de chimiothérapie générale proposée par M. Belin. Celui-ci avait déjà montré l’influence favorable exercée sur Dévolution de certaines maladies infectieuses par les injections des substances oxydantes. Reprenant ces recherches avec des injections de permanganate de potasse en solutions à différents titres, puis avec du chlorate, du terpène ozonéen, il conclut de. la diversité des substances chimiques employées, que l’élément actif est l’oxygène. Suivant lui, les métaux colloïdaux agiraient aussi par oxydation. La thérapeutique antitoxique, basée sur l’oxydation, apparaît à l’auteur comme aussi indispensable que la thérapeutique antimicrobienne faisant intervenir la phagocytose.
- Le désastre de San Salvador. — M. A. Lacroix analyse, d’après des renseignements précis, ce cataclysme qui a déjà été décrit à nos lecteurs (n° 21 2871, Le volcan de Boqueron, haut de 1787 m., présentait à son sommet, avant le désastre, un ancien cratère converti en lac profond. Le 7 juin 1917, une forte secousse de tremblement de terre se fit sentir à son pied; une crevasse s’ouvrit et il en sortit une épaisse coulée de lave très fluide à la surface de laquelle il se forma une sublimation saline de chlorure et de sulfate d’ammoniaque. Puis le lac sembla en ébullition et émit une haute colonne de vapeur blanche. Enfin, le 4 juillet, il se produisit de nouvelles explosions extrêmement vio-
- p.62 - vue 66/474
-
-
-
- LE NOUVEAU DIRIGEABLE ITALIEN ;.....:--63
- lentes. Le mécanisme du phénomène rappelle ce qui se passe ordinairement à l’Etna. Mais un point qui s’est trouvé ici bien mis en lumière est la connexion intime d’un séisme avec le volcanisme. C’est un tremblement de terre qui a presque entièrement ruiné la ville de San Salvador, contrairement à la thèse de M. Montessus de Ballore qui garde cependant toute sa valeur dans la généralité des cas, mais à laquelle on voit qu’il faut admettre des exceptions. Pratiquement, il y a lieu de remarquer que les constructions en ciment armé ont particulièrement bien résisté aux secousses.
- Les boues activées. — Depuis quelques années on a préconisé l’épuration des eaux d’égout par les boues dites activées. Pour cela on fait passer de l’air dans l’eau d’égout de manière à nitrifier son ammoniaque. On décante l’eau et d’autre eau d’égout, amenée à sa place et aérée de même, se nitrifie beaucoup plus vite. La boue plus abondante est dite activée. D’après M. Dienert, la boue est activée par la décomposition du carbonate de chaux qui s’y dépose en entraînant des matières organiques et qui devient le siège d’une fermentation nitrique.
- LE NOUVEAU DIRIGEABLE ITALIEN
- La France a renoncé à utiliser les dirigeables dans la guerre actuelle, tous ceux que nous possédions sont passés aux services maritimes et avec les vedettes, les « scouts dirigibles », dont La
- sement conservée pendant toute la durée du trajet.
- Grâce à sa construction, le dirigeable Forlanini peut s’élever en toute sécurité à des altitudes considérables. Aux essais, il atteignit l’altitude de
- Nature a déjà parlé, assurent la police des mers et la chasse aux sous-marins.
- Nos alliés italiens, plus persévérants que nous, n’ont pas cessé d’employer les dirigeables pour le bombardement des positions de l’arrière du front autrichien. Leurs communiqués nous ont souvent entretenus des raids ainsi accomplis sur les défenses de Trieste, Pola, etc. Sans avoir les dimensions des Zeppelins, sujets aux désastres aussi colossaux que leurs proportions, les dirigeables italiens plus petits, plus maniables ont cependant des caractéristiques remarquables.
- Parmi les derniers construits, il faut tout particulièrement citer le dirigeable Forlanini. Du type semi-rigide qui, avant la guerre, était si en faveur en France, il a accompli, le 2 septembre 1917, une performance remarquable, effectuant un voyage de 8 heures enfre deux villes italiennes à une “vitesse moyenne de 82 kilomètres à l’heure et à une altitude de 4500 mètres rigoureu-
- 8500] m. qui constitue le record du monde. Les Zeppelins, en effet, même ceux du type le plus' récent, malgré le bluff formidable fait autour d’eux par nos ennemis, ne dépassent guère 4600 m. et encore est-il nécessaire que l’équipage jette par dessus bord une grande partie du matériel : bombes, canons, réservoir d’essence, etc.
- L’intérêt, pour les dirigeables de pouvoir s’élever à de grandes altitudes, résulte des conditions particulières de la guerre actuelle et de l’état de l’aviation. En effet, les plus lourds que l’air ne peuvent maintenir leur taux unitaire d’ascension, environ 550 mètres à la minute en moyenne que jusqu’à 5000 mètres environ. Au-dessus de cette altitude, la montée se ralentit très rapidement jusqu’à devenir nulle quand l’avion a atteint son - « plafond ». C’est dire que le dirigeable Forlanini qui peut conserver sa vitesse d’ascension de dOOQ.m. à la minute jusqu’aux plus hautes altitudes, aura un avantage tactique énorme et
- p.63 - vue 67/474
-
-
-
- LE NOUVEAU DIRIGEABLE ITALIEN
- 64
- pourra toujours, tout au moins dans l’état actuel de l’aviation, échapper à toute poursuite et atteindre des régions de l’atmosphère où il sera en sécurité. Justiciable alors du canon seul, il est pratiquement invulnérable, car sa longueur n’est que de 100 m. et sa largeur maxima de 20 m.,
- Fig. 2. — Les gouvernails arrière en persienne.
- aussi la cible qu’il présente est-elle très réduite.
- En dépit de ses petites dimensions, ses qualités aériennes sont remarquables, puisqu’il peut rester
- heures en l’air, accomplir sans escale un parcours de km et avec tonnes de charge utile s’élever à m. Bien que la description détaillée du dirigeable Forlanini ne puisse être donnée actuellement pour des raisons faciles à comprendre, on en connaît les caractéristiques suivantes que nous reproduisons d’après 1 eScientific American. L’enveloppe à double paroi est maintenue par une charpente allant de l’avant à l’arrière à laquelle est suspendue la nacelle, comme dans les anciens dirigeables français semi-rigides. Les hélices placées sur le côté de la nacelle peuvent tourner dans les deux sens de façon à rendre plus souple la conduite de l’appareil. Les figures ci-jointes représentent fensemble du dirigeable, dont la forme effilée à l’arrière est très accentuée, les gouvernails d’arrière dont la disposition en persienne est caractéristique, et la nacelle avec les voilures de stabilisation.
- Ces illustrations permettent de se rendre compte que la résistance à l’avancement a été réduite au minimum dans ce dirigeable et c’est sans doute à la pureté de ses formes qu’il doit ses propriétés remarquables.
- 11 n’est pas inutile d’insister sur ce point. Actuellement les gains de vitesse ne peuvent guère plus être espérés, avec les types d’avions en usage, que d’une augmentation considérable de la puissance du moteur sans augmentation de son poids d’une part, et d’autre part d’une élimination impitoyable de tous les organes qui forment obstacle et s’oppo-
- sent à l’avancement. Si la découverte d’un nouveau principe de sustentation du plus lourd que l’air et celle d’un moteur infiniment léger sont encore hypothétiques, la diminution de la résistance à l’avancement est par contre immédiatement réalisable.
- On sait que la résistance opposée par un corps qui se déplace dans l’air est proportionnelle au carré de la vitesse, à la surface de sa section qu’il présente dans la direction du déplacement et dépend de la forme du corps. Lorsque le corps considéré (réservoir d’essence, lance-bombe, montant, etc.) est fuselé, la résistance qu’il présente à l’avancement est 3 ou 4 fois moindre que lorsqu’il ne l’est pas, bien que le volume total soit dans le premier cas bien plus grand que dans le second. Or, un fil tendeur, un bouchon de réservoir, un accessoire quelconque sans importance,, semble-t-il, représente très souvent une résistance supplémentaire au déplacement, de 200 ou 300 grammes aux vitesses de 40 mètres à la seconde couramment atteintes aujourd’hui. C’est dire qu’ils absorberont‘chacun une puissance de l/10e de cheval.au moteur, correspondant finalement à une diminution de vitesse de'quelques kilomètres à l’heure. Un constructeur, en fuselant les (caoutchoucs amortisseurs du train d’atterrissage, a fait gagner 2 km à l’heure à son avion! C’est dire que bien des gains .du même ordre pourraient être réalisés non seulement sur l’avion même, en particulier dans le châssis d’atter-
- Fig. 3. — La nacelle portant l’équipage et les moteurs.
- rissage et la forme de la carlingue, mais aussi dans sou équipement. Dans un appareil si le pilote installe en dehors du fuselage de la nacelle et faisant obstacle à L’avancement, un rétroscope, un altimètre, un compte-tour, naturellement non profilés le résultat se traduit par 6 km de moins à l’heure pour l’avion. De même une mitrailleuse sortant du fuselage diminue la vitesse de 4 ou 5, km à l’heure. H. Volta.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
- p.64 - vue 68/474
-
-
-
- 46' ANNÉE. — N° 2314.
- 2 FEVRIER 1918
- ROUTES ANGLAISES ET AMERICAINES EN BETON ARME
- Depuis plusieurs années, le problème de la viabilité des routes réclame des solutions pouvant donner satisfaction aux exigences d’un roulage de plus en plus intensif et à celles non moins impérieuses de l’hygiène publique. Ce problème est plus complexe que ne le croie le profane parce qu’il y a à tenir compte de certaines sujétions comme la nécessité de placer parfois dans le sous-sol des chaussées, soit des voies de tramways à vapeur ou électriques, soit des canalisations de toutes sortes.
- Les différents Congrès internationaux de la
- Route ^Paris 1908, Bruxelles 1910 et Londres 1915) ont, sur ce point, montré datis quel sens devait-se diriger et se poursuivre l'étude des procédés capables de mettre les chaussées des routes en mesure de résister à l’action d’une circulation non seulement plus active,
- Fig. i. — Route en construction desservant un camp militaire •entièrement en béton avec armatures B. R. C.
- WÊÊÊSÊÈÊÊtÊÊiiÊ
- ; -4' “ ;
- mais aussi plus rapide comme celles des automobiles et des poids lourds dont le nombre et la vitesse vont, tou-jours en augmentant.
- La route actuelle est restée, selon l’expression exacte de notre collègue,
- M. Pons, la vieille route!1) car, si depuis
- près de trois quarts de siècle le réseau des voies de terre s’est développé d’une façon prodigieuse, les procédés de construction et d’entretien des routes empierrées sont restés à peu près les mêmes que "du temps de Tresaguet et de Mac Adam. Parmi les inconvénients, ceux qui engendrent la boue et la poussière ont particulièrement frappé l’attention des ingé-nieurs-voyers et du public depuis l’application du
- 1. M. PolNS, agent-voycr d’arrondissement, Les Foies de Terre.
- ,46* .Année. — 1" Semestre.
- nouveau mode de locomotion et de traction. Ces inconvénients ont pris, particulièrement aux abords des grandes agglomérations où les routes sont soumises à un trafic lourd et intensif, le caractère d’un véritable fléau capable d’éloigner de ces points quiconque n’y estpas appelé par une nécessité impérieuse. La boue n’est pas seule-1 ment incommode; par sa malpropreté, elle est également une nuisance pour la chaussée elle-même, et quant à la poussière, elle n’est pas que désagréable, elle constitue un danger pour la santé publique aussi bien
- pour les riverains que pour les usagers. On a bien songé a augmenter-la faible résistance à l’usure de la su'face et à supprimer la poussière et la boue, en la pétrolant ou eh la goudronnant. IJn grand nombre de produits — presque tous des huiles
- lourdes de gou-
- 8Ü
- ISiai
- Fig. 2. — La même roule en partie achevée.
- dr on ou de mazout rendus miscibles par l’addition d’un saponifiant et mélangés en quantité variable avec l’eau d’arrosage —ont été essayés à cet effet. L’expérience a démontré que leur action efficace n’est pas de longue durée (sauf s’il s’agit de voies peu fréquentées), et qu’ils ne trouvent leur emploi que lorsqu’on veut enduire rapidement, et pour un temps limité, une surface déterminée, à l’occasion de cérémonies ou courses, par exemple.
- La formation de la poussière est due surtout à l'action destructive des roues des véhicules et de la ferrure des chevaux, qui écrasent les Matériaux dont se composent les chaussées ou les usent par le frottement. A ces malières terreuses, ainsi formées, s’ajoutent les apports dus à diverses., causes, tels
- 5. 05
- p.65 - vue 69/474
-
-
-
- 66
- ROUTES ANGLAISES ET AMÉRICAINES EN BÉTON ARMÉ
- Fig. 3. — Route d’Anlrim à Beljast (application intégrale du béton armé B. R. C-).
- que les matières* ténues transportées par le vent ou par les roues elles-mêmes, ainsi que les déjections des animaux. Les nombreux inconvénients des tourbillons poussiéreux soulevés par les automobiles circulant à grande vitesse, ne sont pas les seuls inhérents au nouveau mode de locomotion et aux vieilles méthodes de construction et d’entretien des chaussées. Celui qui a observé l’inlluence exercée par la circulation des automobiles sur l’état matériel des routes, en a conslalé l’effet destructeur, particulièrement sur les rechargements récemment exécutés. Cet effet est dû.à une sorte de succion produite par les pneumatiques, arrachant et projetant plus ou moins les graviers, selon la vitesse de l’auto, puis désagrégeant la pierre cassée ; alors apparaissent des ornières et un rechargement nouveau s’impose.
- Dans son rapport du Budget des Travaux Publics de 1907, M. Janet dit: « les ingénieurs assistent impuisi-ants à la destruction complète des chaussées toutes neuves, c’est-à-dire ayant subi un rechargement cylindre depuis un an ou deux. A la place des magnifiques chaussées bien unies et roulantes, qui duraient de dix à quinze ans, on parcourt maintenant des routes à peine dignes de figurer parmi les chemins ruraux des petites communes ». Au surplus, ce n’était poii.t l'insuffisance manifeste des crédits d’entretien qui pouvaient remédier à celte situation si critique que sur certaines sections de roules, les fondations se trouvaient déjà avant la guerre sérieusement compromises (l) ; la guerre en privant, durant un long espace de temps, bien des services départementaux ou vicinaux va encore aggraver cet état de choses, auquel il faudra ajouter la réfection presque complète de chemins vicinaux dans les départements envahis. D’ailleurs l’administration des Travaux Publics avait,
- »
- 4: Salle. La Route Moderne [Nouvelles Annales de la Construction, octobre. 1913).
- l'intention de déposer, quelque temps avant la guerre, un projet de loi comportant l'approbation de principe, par les Chambres, d’un vaste programme de remise en état, avec revêtements spéciaux, de 10 000 km de routes nationales — soit un peu plus du quart du réseau — moyennant un dépense totale de 250 millions de francs (25 000 fr. par km.).
- Il apparaît que le meilleur revêtement pour une voie publique est celui qui t/use le moins puisque dans ces conditions, il est celui qui fournit le moins de boue et de poussière ; mais en plus de la pulvérisation plus ou moins facile des matériaux de revêtement, il y a d’autres éléments qui méritent une sérieuse attention : le revêtement doit être aussi peu bruyant que possible, transmettant à leur minimum, également tous les bruits ainsi que les trépidations pouvant venir de l’extérieur; il doit être aussi uni que possible pour que le nettoyage de la chaussée puisse s'effectuer dans de bonnes conditions, étanche afin de ne pas laisser l’eau s’infiltrer dans l’infrastructure, offrant partout la même résistance au frottement et à l’écrasement, s’usant, lentement et également, sans Haches ni bourrelets. Il faut enfin qu’il soit facile à établir et à entretenir sans trop coûter ni demander trop de délai pour ces réfections.
- On satisfera à la plupart de ces conditions techniques si d’après le principe consacré par les rapporteurs français au Congrès de Londres, on prend soin de construire la route avec de la pierraille diminuant de grosseur, de l'infrastructure vers la surface, autrement dit la route doit comporter une assise inférieure ou couche de résistance rigide en matériaux d’une certaine grosseur et une assise supérieure ou couche d’usure en matériaux fins, formant une sorte de chape imperméable, mais suffisamment compressible. On remarque dès lors qu’une véritable division du travail doit s’opérer entre les gros matériaux de l’infrastructur.e qui donneront au corps de la chaussée, la force nécessaire et voulue pour résister à l’écrasement, et la fine pierraille de la couche supérieure constituant' le re\êlementet apjte à résister à une forte pression tangeutielle, et cela d’autant plus que le gravier sera plus fin.
- Ceci réalisé, il ne restera plus qu’à exiger des véhicules — automobiles et autres — qu’ils répondent à certaines conditions de vitesse, de suspension et de pression sur le sol, pour posséder une route donnant toute satisfaction au point de vue roulement et au point de vue durée. En attendant que cet accord entre les constructeurs de routes et les usagers de celles-ci se fasse, de nombreux
- p.66 - vue 70/474
-
-
-
- ROUTES ANGLAISES ET AMÉRICAINES EN BÉTON ARMÉ
- 67
- procédés de construction de route sont préconisés. Nous ne saurions dans ce court article les envisager bien que quelques uns soient des plus intéressants comme les chaussées à liants bitumineux. Nous allons nous borner, pour cette fois, à en examin run pour qui la guerre sur le front français va être un critérium; c’est la route en béton armé, dispositif que les Anglais ont utilisé pour certains de leurs camps militaires (fîg. 1 et 2) et qu’à leur tour les Américains vont appliquer pour quelques-uns de leurs cantonnements et quartiers.
- L’idée de faire la route entièrement en béton armé est la résultante des routes en béton de ciment à l'égard desquelles M. Laurence J. Hewes, chef de l’entretien et de l’économie^1) au Bureau des routes publiques des États-Unis, à Washington, délégué au Congrès de Londres, constatait que « les routes en béton paraissent avoir si bien résisté h l’usure et à la détérioration qu’on en construit aujourd’hui en tous les points des États-Unis. Autant qu’on a pu s’en rendre compte, la détérioration la plus importante que l’on constate sur les routes en béton est causée par une construction défectueuse. Dans le comté d’Âda (Idaho), une route construite en béton présenta au bout d’un an des ornières sur la moitié de sa longueur. Ces ornières furent évidemment causées, au moins en partie, par la présence de pierres trop grosses dans le béton employé à la construction de la chaussée. » Ainsi la dernière constatation de ce technicien vient à l’appui du principe dont il est question plus haut consistant à former en matériaux fins la couche d’usure.
- Les grands progrès réalisés dans la fabrication du-ciment et dans la construction des bétonnières ne pouvaient qu’aider à la diffusion des routes en béton armé dans lesquelles le béton forme la couche d’usure aus>i bien que l’infrastructure. A l'heure actuelle, aux États-Unis, il s’en construit chaque année des milliers de mètres carrés.
- On y apprécie leurs avantages, de ne donner ni poussière en été ni boue en hiver, de ne pas déraper, d’être d’un nettoiement facile, d’un prix moindre que celui de l’empierrement ordinaire avec des frais d’entretien d’environ 2 centimes par an et par mètre carré. 11 est évident que ce monolithisme du revêtement transforme les poids roulants en surcharges uniformément réparties réduisant ainsi le travail et l’usure du corps de la chaussée. Parfois on recouvre la surface d’une mince couche de goudron et de graûer fin de granit qu’on renouvelle tous les 2 ou 5 ans, ou plus selon le besoin; ceci accroît un
- 1. M. Laurence J. Hewes, 42e Rapport (2" Section), Congrès de Londres, 19*13.
- peu les frais d’entretien, mais la route est rendue plus robuste et l’on remédie en même temps aux dégâts occasionnellement produits par de gros transports.
- Expérimenté en Angleterre, les résultats ont également montré que ce genre de route était excellent pour des voies à trafic moyen et à trafic léger et aussi pour des rues secondaires de faubourgs. Nous donnons une série de photographies de routes ou de chantiers de construction de la ihe Brilish reinforced Concrète engineering C° Là; celle-ci utilise un treillage d’acier « B. Ri G. » consistant en mailles de fils d’acier étiré, les fils longitudinaux et transversaux étant soudés électriquement à chaque point de contact ; ils sont fournis, prêts à être posés, en rouleaux d’environ 2 m. 15 de large et 75 m. 15 de longueur. Le tableau ci-dessous indique les coefficients de résistance à la traction des différents numéros de treillage.
- Distance de centre Surface Force
- 0 à Diamètre des fils des limite
- SU, ‘<D centre des fils sf étions par
- S 3 des fils mètre de largeur
- îèS longit. transv. longit. transv. longitu- dinaux. des treillages.
- cm cm mm mm mm car. kilog.
- 9 7.62 30.48 5.39 3.25 22.8 15.600
- 11 d° d° 4.47 d° 15^ 7 10.800
- 14 d° d° 3.25 2.64 8.5 5 700
- b 10 15.24 15.24 d° 3.25 d-> 2 850
- On conçoit qu’une assise de route armée par un semblable treillage d’acier devienne une assise efticacement reliée supportant uniformément la surface entière sujette à usure, prévienne les affaissements, les fendillements locaux, maintienne la route en bon état, et par suite réduise les frais de réparation. Utilisé dans des terrains mous, le treillage
- Fig. 4. — Revêtement d’une route en béton armé.
- p.67 - vue 71/474
-
-
-
- 68 = ROUTES ANGLAISES ET AMÉRICAINES EN BÉTON ARMÉ
- d’acier B. R. C. a procuré une parfaite infrastructure de route,, en la rendant aussi bonne que celles des plus anciennes routes, parce qu’il répar-tissait à la façon d’un hourdis de béton armé, la charge de chaque roue de véhicule sur une grande surface du sol.
- La pose du treillage d’acier dans l’infrastructure d’une ro* te est la plus simple des opérations, ne demandant ni ouvriers exercés ni surveillance spéciale. En général, on peut dire qu’une épaisseur de 0 m. 15 de béton armé du treillage n° 9 est suffisante pour routes à trafic lourd. Le treillage d’acier est posé à 0 m. 05 environ du fond du béton. Dans le.cas où le terrain serait mauvais, il serait bon alors d’employer une épaisseur de 0 m. 18 environ de béton. Pour une route à trafic léger, l’épaisseur du béton peut être réduite à 0 m. 125 avec un renforcement moins fort en treillage d’acier n° 11 ou n° 14 selon le poids habituel des transports et de la nature du terrain ; si l’on prévoit que la circulation doive augmenter avec le temps, il est préférable, dans la plupart des cas, d’anticiper l’éventualité de lourdes charges et d’employer le béton à 0 m. 15 d’épaisseur en l’armant du treillage np 9. Le surbaissement latéral de la chaussée doit être de 1 m. 50 afin de permettre à l’eau de s’écouler; il ne sert à aucun autre but. La surface du sol devant recevoir la fondation sera préparée de façon qu’elle ait le profil de la roule; elle peut être plane, mais dans ce cas elle exige plus de béton po.ur former le surbaissement. Si la fondation doit reposer sur du remblai, celui-ci doit être exécuté par couches successives de 0 m. 30 de hauteur; chaque couche doit être arrosée et comprimée par un rouleau de 10 tonnes. Le drainage de la route étant de la plus haute importance, sera obtenu de chaque côté par une rigole d’au moins 0 m. 45 de profondeur.
- Le béton est composé de : 3 parties de pierres dures pouvant passer au travers des mailles d’une claie, de 40 mm sur 7 mm ; 1 partie 1/2 de pierres fines passant au travers des mailles de 7 mm, ou du sable fin; 1 partie de ciment; toutefois cette proportion de malériaux gros et fins doit varier selon
- les vides et doit toujours être vérifiée par des essais Des joints de dilatation dans le bélon ne sont pas nécessaires, et même l'expérience montre que de semblables joints rendent le béton moins résistant. Il est très important de bien arroser le-sol avant de poser le béton, pour que le sol ne puisse absorber l’eau du béton.
- Les treillages d’acier en question, posés dans le sous-sol des routes ainsi construites, ne présentent aucune difficulté dans l’ouverture des chemins pour y pratiquer des tranchées de toutes sortes. Si les fils d’acier qui les composent sont d’une grande résistance à la traction qui d’ailleurs leur est absolument nécessaire pour atteindre leur but, ils sont cependant relativement fins, de sorte qu’on peut les couper très aisément avec un outil tranchant quelconque ou avec des coupe-fils.
- Quantau béton, il peut être enlevé du treillage d’acier au moyen des outils cassants usuels, mais une fois que le treillage est bien posédans le sous-sol de la route, vu sa grande largeur de maille et l’intime union des fils aux points de soudure, les vibrations ou les martelages de la route dns au trafic ne peuvent pas désagréger l’armature du béton ou empêcher les deux éléments d’agir ensemble comme une seule matière.
- Pour refaire la partie coupée d’une route, on pose transversalement une série de feuilles de treillage de grandeur convenable; cela transforme ceite partie et l’unit aux deux côtés du chemin de manière à former corps ou unité ensemble, de sorte que la couche d’usure de la route ne peut pas s'affaisser et si en dessous il existe des canalisations, elles ne sont point sujettes à être brisées. Ceci montre que l’on peut grandement améliorer l’infrastructure d’une route déjà construite en utilisant un semblable, dispositif armé par le rétablissement du dessus d’une tranchée, même si la fondation entière de la route n’est pas renforcée.
- Dans le cas où l’application intégrale de ce mode de route donnerait lieu à une dépense que les crédits affectés ne permettraient pas d’atteindreou même que la circulalion générale ne demanderait pas, on peut parfaitement combiner des bandes de roulement armées avec des parties entièrement renfor-
- Fig. 5. — Tramways municipaux à Belfast (le sol mauvais en certains points a été amélioré par emploi de substructures armées B. R. C.).
- p.68 - vue 72/474
-
-
-
- LES AVATARS D’UNE CULTURE TEXTILE EN AMÉRIQUE - 69
- cées sur les points où la circulation serait plus active (fig. 4). Ce dispositif a été également employé avec succès dans les sous-sols des lignes de tramways; dans ce cas l’armature est posée en feuilles dans la fondation en béton, transversalement aux rails (lig. 5). Le treillage d’acier utilisé est le n° 9 et la couche de béton a une épaisseur de 0 m. 15 à 0 m. 25. Ainsi armé le sou^-sol maintient parfaitement le macadam ou le pavage en niveau exact avec les raiL; par suite, il ne se produit aucune de ces inégalités qui causent pas mal d’ennuis et nécessitent de fréquentes réparations de la voie.
- D’après ce qui précède, on voit que ce dispositif est à l’empierrement ordinaire ce que le béton armé est à la maçonnerie ordinaire.
- En terminant, nous devons toutefois noter que l’application du béton armé à la construction des roules ne sera pas chose nouvelle en France. Nous avons eu personnellement à traiter dans une revue
- professionnelle, il y a quelques années (M, d’un dispositif dù à un spécialiste de la route, M. Guiet, agent-voyer d’arrondissement de la Vendée, dénommé par lui : macadam armé c l’indéformable ». Ce macadam est en réalité un dallage composé; il consiste en une armature en feuillards et en fils d’acier ligaturés au point de contact, reposant sur un béton et recouverte d’un lit de mortier de ciment dans lequel des pierres concassées sont posées à la main et coincées par dallage de manière à faire refluer le mortier par les joints. Ce dallage, dans certaines circonstances, peut être fait égab ment en chantier par dalles de 0 m. 50 à 0 ni. 75 de côté. Comme tout ouvrage en béton armé, il s calcule pour les efforts à supporter; quelques applications en ont été faites en France et en Belgique et nous croyons savoir que la commission militaire du Réseau routier doit établir ainsi, à titre d’essai, une partie d’une route dépendant de la zone des armées.
- M. Bousquet,
- Ingéuieur-voyer.
- LES AVATARS D'UNE CULTURE TEXTILE EN AMÉRIQUE
- L’AGAVE DU MEXIQUE
- On sait que dans les grandes exploitations agricoles de l’Amérique du Nord, la récolte des,céréales se fait exclusivement à l’aide de moissonneuses-lieuses. Longtemps on a cherché une matière textile convenant pour la ligature des gerbes, et réunissant les qualités nécessaires à l’usage auquel elle est destinée; mais on ne trouvait rien. Ces qualités indispensables sont : une résistance suffisante à la traction exercée par la machine, afin d’éviter les trop fréquentes ruptures de la corde à lier; une grande longueur sous un petit volume, pour que le moissonneur ne soit pas obligé de renouveler à tout instant les bobines où cette corde est enroulée; une longue durée et résistance aux intempéries, au cas où les gerbes ne seraient pas immédiatement battues; un faible poids, pour ne pas alourdir les bottes; le bon marché enfin, puhqu’il ne s’agit'que d’une dépense accessoire. Aucune des matières premières textiles récoltées aux États-Unis ou dans les régions environnantes ne répondit tout d’abord à ces exigences. Le coton, abondant et de bas prix, ne résiste que si la corde dont il est fabriqué est grosse et par comé-quent encombrante; le lin et le chanvre sont plutôt utilisés dans ces régions pour la graine, et la filasse en est relativement chère; seul l’abaca ou chanvre de Manille, que fournit un bananier des Philippines (musa textüis) eût bien réuni les qualités exigées s’il n’eût été couramment utilisé et retenu par certains charbonnages pour la fabrication des câbles de mines qui l’emploient sous le nom d aloès. Ce fut cependant cette fibre, d’un prix relativement élevé, qui lut tout d’abord mise en usage par les moissonneurs faute de mieux.
- Mais vint la guerre hispano-américaine. Cet évé- „
- nement inattendu mit les expérimentateurs d’accord. Tout trafic étant devenu impossible avec les Philippines, il fallut bien chercher autre chose. Quelques fabricants de cordes des Etats-Unis, oqui parcouraient le Mexique pour trouver une matière textile qui pût remplacer l’abaca pour la fabrication des liens pour moissonneuses-lieuses, remarquèrent en passant au Yucatan, l’une des régions alors les plus désolées et les plus tristes du pays, que les indigènes se servaient pour tresser leurs cordes et faire des hamacs des fibres qu’ils retiraient d’agaves poussant naturellement sur ce sol aride et que ces filaments, assez fins, étaient légers, résistants et ne durcissaient pas à l’air.
- Ils avaient trouvé ce qu’ils cherchaient, et, leur esprit pratique aidant, ils eurent vite fait de calculer que le tran-port en serait peu coûteux, puisque pour la traversée de Manille aux États Unis il leur fallait plusieurs semaines pendant lesquelles trop souvent l’abaca s’échauffait et perdait de ses qualités, alors que Progreso, port principal du Yucatan, n’est qu’à 10 jours de New-York. A partir de ce moment, le commerce de la libre d’agive, presque inconnu, prit une extension considérable; le Yucatan avait trouvé une véritable fortune, et il est aujourd’hui l’un des états les plus prospères et les plus riches du Mexique.
- Naturellement, la demande étant supérieure à l’offre, les prix de la nouvelle matière textile montèrent aussitôt : de o à 4 centavos la livre mexicaine ils arrivèrent avant la conclusion delà paix à II centavos. Mais lorsque les hostilités eurent pris fin entre l’Espagne et les États-Unis, tous les Yuca-
- 1: Bousquet Le Revêtement, armé « Guiet ». (L’Edililé Technique, mars 1910.1
- p.69 - vue 73/474
-
-
-
- 70 .LES AVATARS D'UNE CULTURE TEXTILE EN AMÉRIQUE
- tèques voulurent utiliser des terrains pour y cultiver l’agave; en deux ans plusieurs centaines d’haciendas lurent installées dans ce but et des corderies lurent créées en Amérique du Nord pour travailler d’un bout à l’autre de l’année le filament nouveau et eu faire des ficelles pour moissonneuses que l’on appelle là-bas binder-twines. Depuis ce temps, la culture et le commei’ce de l’agave n’ont cessé de progresser dans la région; et il est curieux de constater que si la guerre avait éclaté récemment entre les États-Unis et le Mexique _ comme on a pu le craindre un moment, une cause identique à la première eût produit les mêmes etlets et, les Américains du Nord auraient été obligés, une fois de plus, de se pourvoir ailleurs
- sorte que les incendies, s'ils se produisent, sont immédiatement circonscrits et lucalises.
- Mais ce n’est pas tout. Si 1 agave est une source de richesse pour le Yucatan, par cunire, cet État ne produit rien pour ses besoins ordinaires. Les céréales, la viande sont importées; de plus, nombre d’Etats de la Confération lui fournissent bien eu partie le maïs et la farine et ceux du Golfe le bétail; mais il reste tributaire des Éiah-l'nis pour le reste. L’une des conséquences de cet état de choses a été la transformation matérielle et sociale du pays. Tant que la libre d’agave put être at hetée sans mécomptes par les États-Unis, l’administration dépensa sans compter et surtout emprunta. Mérida, la .capitale du pays, se transforma, on y construisit
- [FigSi. — Un champ d'agave textile à ses débuts.
- pour la fabrication de leurs liens de moissonneuses.
- On se tromperait cependant si l’on croyait que les progrès de la culture de l’agave se sont faits jusqu’aujourd’hui sans heurts ni mécomptes. D’abord il y eut des incendies fréquents. L’agave, que tout le inonde connaît pour l’avoir vue sur la côte méditerranéenne ou dans nos serres, grande plante vivace à feuilles charnues d'un vert glauque réunies en rosette et à tige courte,, a l’inconvénient de se déssécher très vile lorsqu’on n’en coupe pas les feuilles à temps sous le climat sec et chaud du Yrucatan, et comme le sol sur lequel on cultive la plante est toujours broussailleux, les incendiés s’allument et se propagent avec une rapidité effrayante. Au début, les agaves étaient trop serrées et de nombreux champs incendiés furent détruits avec rapidité.
- Aujourd’hui, les cultures sont traversées par de grandes allées où l’on a posé un Decauvide, de
- des palais et des immeubles qui eussent fait honneur à une capitale d’Europe; tout devait être pajé par la fibre d’agave. Malheurousemenl, une crise survint. En 1907, une sécheresse persistante et exceptionnelle, de fréquents et ruineux incendies, le déficit de la récolte des Etats Luis qui exigea moins de fibres d’agave, le resserrement subit de l’argent qui en fut la conséquence, la baisse momentanée du prix de la libre qui évidemrm ni ne-pouvait toujours monter, en furent les causes immédiates. 11 est bon de savoir que la sécheresse persistante ne fait pas seulement de tort qu’à la . plante elle-meme, elle empêche le travail de la feuille qui doit être préparée pour l’exportation; si on la passe à la machine à décortiquer trop sèche, elle se casse et met souvent hors de service la machine elle-même. Sur ces entrefaites, la spéculation entra en jeu; l’agave subit le sort commun du café ' et du sucre dans les pays de moïioculiure. Les
- p.70 - vue 74/474
-
-
-
- LES AVATARS D’UNE CULTURE TEXTILE EN AMÉRIQUE
- Américains du Nord", principaux clients des planteurs, usèrent de tous les moyens pour faire baisser les prix; les Yucatèques répondirent à cette guerre économique en instituant un trust qui accaparait la production et ralentissait les expéditions lorsque les prix étaient en baisse. Les conséquences de cet le situation furent d’autant plus néfastes pour le Yucatan, que l’industrie de l'exploitation de l’agéve avait été chez eux créée sans capital. La plupart de ceux qui s’y livraient avaient tout simplement occupé dans le pays des terrains incultes et abandonnés, et grâce à des emprunts successifs, les avaient mis en exploitation, année par année. Les
- 71
- lement qu’une douzaine environ au Yucalan. La prin-ipale, celle dont on relire la libre utilisée aux É als-Uuis et connue dans le pays sous le nom de heneguen est l'ogive rigula (var. elongata), préférée à cause de l'abondance de sa flore, de sa rusticité et de sa longue durée. Ses congénères ont reçu des noms, spéciaux qui constituent autant de « crus » plus ou moins appréciés : ainsi le yaxci ' désigne l'd. shah ma qui fournit le chanvre, dit de sisal ; 1 e chucurnsi, VA. heteracantha, qui donne le chanvre ou crin de Tampico, et ainsi de suite. Chacune de ces variétés est exp'oitée jusqu'à la floraison de la plante qui arrive, suivant les cas,
- nouveaux propriétaires ignoraient fréquemment le coût de leur exploitation ; il leur suffisait de pouvoir vivre largement et de payer les taux exorbitants, 15 à 18 pour 100, qu’on leur demandait annuellement. Mais au moment de la crise, les banques-locales suspendirent leurs prêts,’b' aucoup même exigèrent des redditions dé comptes, el la Banque nationale du Mexique dut à celte époque prendre la direction des deux principaux établLse-ments de crédit, de la région ; la Banque Yucatèque et la Banque Mercantile. Au bout de sept à huit ans seulement, la situation s’éclaircit. Quelques explications sur la manière dont se fait au Yucatan la culture de l'agave textile feront mieux comprendre les quelques indications que nous venons de donner.
- L’agave proprement dit comprend plus de 100 variétés botaniques, mais on n’en cultive induï-tricl-
- au bout, de dix à quinze ans; l’apparition de la fleur est annoncée par un gros rejeton cylindrique qui prend naissance au milieu des feuilles et qui dans l’espace de quinze jours développe une hampe gigantesque a'teignant 7 a 8 m. et qu’on nomme asperge dans les jardins de nôtre Côte d'Azur. La [liante est alors épuisée, elle meurt.
- Les haciendados du Yucatan cultivent l’agave avec ce qu'ils ont; les uns plantent, des « drageons », qu'ils trouvent au pied des plantes adultes comme rejets venus de leurs racines; les autres leur préfèrent les « 1mlbiIles », pousses développées sur la hampe. Drageons it Imlbillçs présentent du resie une résistance égale et penveni cire transportés au loin pendant plusieurs mois. La culture exige peu de soins, mais ne doit pas être laissée à l'atiandjin, car l’agave ne ré>isle bien à la brousse que lorsqu il a atteint 1 ni. de hauteur et il se
- p.71 - vue 75/474
-
-
-
- LES AVATARS D’UNE CULTURE TEXTILE EN AMÉRIQUE
- 7 2
- développe mieux encore si on l’en débarrasse. L’espacement des plants est variable : de 2 m. à 2 m. 50 dans le rang et de 5 m. à 3 m. 50 entre les'rangs, car l’agave a besoin d’air, de- soleil et de lumière. Pour éviter les incendies, qui se propagent avec rapidité comme qous l’avons dit, grâce au lapis de brousse plus ou moins sèche qui couvre le sol sans interruption, on ménage, dans toutes les plantations de larges avenues de 12 à 15 m. Au bout de quelques années, le moment vient où la plantation vieillit; il faut s’occuper de son rajeunissement et de son remplacement, et le mode d’opérer demande une certaine réflexion ; car si l’on remplace les plants individuellement, on s’expose à voir les jeunes plants mal se développer, puisqu'ils sont entourés de plants dominants. contre le voisinage desquels il leur faut se défendre; et si l’on substitue d’un seul coup une plantation nouvelle à l’ancienne, on doit attendre quatre ou cinq ans avant de pouvoir commencer à couper les feuilles chaque année.
- Ceci nous- amène a préciser comment se fait la récolte. La coupe des Veuilles se fait à ras tronc autant que possible, à l’aide d’une serpette désignée dans lff pays sous le nom de machète. Si l’on veut obtenir une bonne fibre marchande, il ne faut couper ni trop vert, ni trop avancé ; les acheteurs ne s’y trompent guère. Suivant l’espèce cultivée, le climat, le terrain et les soins reçus, une plantation peut donner deux, trois et même quatre coupes par an. On choisit le moment où les feuilles prennent une teinte plus foncéej moins franche et s’inclinent légèrement. Généralement, les tâcherons travaillent en famille; les enfants ramassent les feuilles et en font des bottes qu’ils placent en rangs sur les bords du champ et non en tas pour éviter la fermentation. -Ils les enlèvent le soir même ou le lendemain à la première heure. Chaque coupe donne en moyenne 6 à 8 feuilles par pied. L’enlèvement sc fait par'des charrettes à bœufs ou par des wagonnets genre Decauville qui transportent les feuilles à l’atelier de défibration. Le débrous-
- sement se fait avant la coupe et les broussailles sont brûlées en tas au croisement des chemins de desserte.
- La défibration se pratique à l’aide d’une machine dite raapndor, mue à la main ou à la vapeur, qui se compose d’un tambour sur lequel sont fixées horizontalement et parallèlement des lames tranchantes : un ouvrier lui présente chaque lèu-ille d’un côté et la retourne de l’autre lorsque la pulpe en a été enlevée et les fibres mises à nu. Ces machines, et leur moteur s’il y a lieu, sont généralement inslalées près de la plantation et fonctionnent en série sur un axe commun sous un bâtiment vaste et solide; chacune d’elles permet de traiter avec deux ouvriers de 7000 à Î0 000 feuilles par journée de 10 heures, rendant environ 150 à 170 kg de fibres. Chaque plantation a près d’elle un champ de séchage et plus loin un atelier où fonctionnent des presses, hydrauliques ou autres, pour la confection des balles destinées à l’exportation.
- On reproche au ras-pador, tel que nous venons de le décrire, de fatiguer beaucoup l’ouvrier qui tient les feuilles et surtout de l’estropier. Les mutilés par ce genre de machines ne se comptent plus dans le pays. Aussi une nouvelle industrie, celle des constructeurs de défib reuses pour agaves, a-t-elle bientôt pris naissance dans la contrée, aux États-Unis et même en Europe. La plupart de ces nouvelles machines, presque toutes fondées sur le'principe du raspador, sont soit semi-automatiques, c’est-à-dire que la main de l’homme y est encore nécessaire pour passer la feuille, soit entièrement automatiques et alors munies d’un élévateur automatique qui y apporte et présente les feuilles pour être placées et retournées avec une régularité parfaite : des enfants suffisent alors pour enlever la fibre assez loin de la machine et l’apporter aux séchoirs. Les types de machines du reste sont très divers et nous ne saurions entrer dans leur description. La dessiccation se fait dans le « champ de séchage » sur des lattes en bambou fixées à
- p.72 - vue 76/474
-
-
-
- LES RIVIÈRES DE PARIS -----—...... ....... 73
- I m. du sol : des garçonnets secouent les fibres sorties humides de la machine, contenant encore plus ou moins de pulpe par menus momaux à peine attachés, et les retournent de temps en temps..
- II va de soi que les filaments doivent être parfaitement secs pour être portés aux presses. Les balles qu’on y fait pèsent en moyenne 150 kg, elles sont cubiques et liées avec des cordelettes de feuilles de palmier.
- La pulpe résultant de la défibration es' assez encombrante. Dans certaines plantations, on l’utilise partiellement en la faisant consommer fraîche par le bétail peu exigeant de ces contrées arides, mais c’est là un emploi très limité; d’autres fois, on l’utilise comme combustible pour les foyers des chaudières à vapeur après l’avoir fait sécher, mais on se plaint qu’elle ne brûle pas bien. Aussi la plupart trouvent-ils plus logique de la rendre à la terre et de l’utiliser comme engrais. Mais il ne faut pas attendre pour en faire le transport par wagon-
- nets, car si on la laisse s’amonceler près des ateliers elle entre en fermentation et répand une odeur des plus désagréables.
- Aujourd’hui, la culture industrielle de l'agave donne les meilleurs résultats au Yuratan. Chaque année, le port de Progreso expédie directement aux États-Unis de 550 000 à 600 000 halles de fibres et celui de Campèche 25 000 en moyenne à destination d'Europe. (Londres et. Le Havre). Les planteurs se sont syndiqués à Mérida pour la défense de leurs intérêts et sous leur patronage fonctionne dans cette ville une sorte de Bour-e de l’agave où les prix sont journellement cotés. Le grain de sable de Pascal suffisait de son temps pour faire trembler le monde; cette fois la nécessité de trouver un lien convenable pour les gerbes de blé des fermiers du Far-West a suffi pour transformer un pays sec et aride en une région riche et opulente. D’un côté comme de l’autre on peut répéter l’aphorisme : petite cause, grands effets. Alfred Renou-arik
- LES RIVIÈRES DE PARIS
- Une récente circulaire de M. le Préfet de la Seine invite les Parisiens à bien vouloir économiser l'eau : le charbon se fait rare et les machines dévatoires qui pompent l’eau de Seine pour l’emmagasiner dans les divers réservoirs de la Ville en consomment une belle quantité. Économisons donc l’eau de Seine, puisqu’on ne saurait guère faire entrer en ligne de compte dans l’alimentation en eau de lavage les petites rivières qui traversent Paris.
- Cependant elles existent, leur parêburs est connu ; si l’on néglige des petites sources ou fontaines à débit insignifiant, comme les sources qui affleuent des glaises de Passy ou la Fontaine àMulard proche de la Glacière, il reste quatre rivières dont les cours sont tous invisibles maintenant et dont les unes sont captées en égouts et collecteurs, les autres coulant dans des lits souterrains et variables qu’elles se creusent dans les terrains perméables quand des ouvrages importants de maçonnerie viennent barrer leur parcours (tranchées de chemins de fer, métros).
- Ces quatre rivières sont La Petite-Seine, la Rivière de Ménilmontant, le r.u de la Val'ée de Fé-camp et, la plhs importante de toutes, la Bièvre.
- La Petite Seine, qu’on a appelée le Fossé, était primitivement une sorte de canal qui isolait les biens de l’Abbaye de Cluny par une dérivation de la Seine : les*eaux prises par un canal de 14 toLes de largeur en amont d,es Thermes, au confluent marécageux d’un bras de la Bièvre, tournaient (rue Saint-Benoît) entre le Luxembourg et ,1e Musée actuel de Cluny, passaient près de la rue du Four, englobant dans l’enclave, l’église Saint-Ger-main-des-Prés et retournaient à la Seine au quai Voltaire. • , ’
- Mais dans ce parcours, elles recueillaient une dérivation de la Bièvre et de nombreuses sources venant des coteaux du Sud (Monlmuge, Mange-Souris ou Montsouris), de telle sorte, que lorsque la dérivation amont à la Seine fut comblée vers le milieu du xvie siècle, ces ruisseaux continuèrent à alimenter le cours devenu souterrain de la Petite Seine.
- A diverses reprises, des travaux mirent à jour cetle nappe ou des maçonneries du canal : en 18U6, rue des Augustins, des réparations d’égouts amenèrent la découverte de pierre de tailles et de monnaiesplus tard, lors de la construction du chemin de fer d’Orléâns, le long des quais, la rivière ayant son écoulement en Seine obstrué par les maçonneries de la tranchée modifia son cours, suivit des couches perméables et envahit les caves avoisinantes. On soupçonnait les égouts d)être la cause des inondations des caves, quand une saignée faite au piédroit d’un de ces ouvrages livra passage à une eau claire et limpide, à un niveau supérieur à celui des égouts et de la Seine : c’était la rivière de Cluny qui avait trouvé un débouché.
- Depuis cette époque) la Petite Seine continue à se déverser en égout, quai Voltaire et ses crues pour souterraines qu’elles soient n’en sont pas moins sensibles (Décembre 1915. Tassement de conduites de gaz).
- Le Ruisseau de Ménilmontant (') est généralement
- 1. L’existence du ruisseau de Ménilmontant demeure fort controversée lielgrand le cite (p. 25 du tome II, des Travaux souterrains de Paris, les anciennes eaux, 1877).— gais, Delesse, dans sa carte hydrologique du département de la Si'iue, l'a figuré comme une nappe d’infittratinn du fleuve, hypothèse adoptée (n° 1)04 de La Nature, 27 septembre 1890),
- p.73 - vue 77/474
-
-
-
- 74
- LES RIVIÈRES DE PARIS
- connu; né à Ménilmontant, il était pput-être alimenté par la même nappe que le lac Saint-Fargeau, ses eaut chargées de plaire (environ 2 gr. par litre de matières minérale*) traversaient les faubourgs Saint-Mari in et Saint-Denis, la Grange-Batelière, la Ville l'Évèque, coulaient au pied du Roule et se jetaient en Seine au quai Debilly. Son cours amoindri et devenu souterrain fut retrouvé- fré-1 quemment.
- En 1674 et 1819 les travaux de construction et de
- qui coulent vers l’Alma par les Collecteurs pour gagner finalement les champs d’épandage d’Achères ou de Méry.
- Un antre ruisseau venant de Bagnolet et de Montreuil a creusé ce qu'on a longtemps appelé la Vallée de Féramp (sa source doit se trouver dans les jardins de l'Hospice Rebrousse, si elle existe encore), après un parcours très réduit il se jetait en Seine à Bercy; une dérivation de ses eaux pertnit d’alimenter la pièce d’eau de Vincennes, comme les
- en
- Rue de l'Université
- La Petite Seine qui reçoit /es eaux__________
- de Montrouge, /a dérivation de SaintlYico/as du Clardonnet
- Pi
- et cou/e en égout Quai Voltaire 1
- Der/val/on de /a B/evre sejetant dans ia Petite Seine
- ' Ancien conp/uent de la Bièvre
- L es deux Collecteurs qui reçoivent /ap/us grande partie des eaux de Bièvre
- Rivières (anciens cours) Collecteurs de Bièvre.
- Poterne des
- Fig. i. — Plan des rivières souterraines et des grands collecteurs de Paris.
- réparation de la Porte Saint-Martin montrèrent que le ruisseau suivait à peu près son ancien lit; on sait que plus tard les fondations de l’Upéra actuel ren-conlr -icnt le même ruisseau.
- Maintenant qu'une grande partie de scs eaux est absorbée par les anci nues carrières à plâtre et est drainée par les divers égouts du nord de Paris, le peu qu'il en reste aujourd'hui ne peut donc plus être distingué des apports d’eau d’origine étrangère »
- parM. Vilain qui conteste au**i l’existence du ruisseau de Mé-nilmoriianl. — M Emile Gérards, dans son important ouvrage, Paris soute'min (lülM, p. 82), se range de même à ot avis, ainsi que- M. Gnsloo Renault dans le Bulletin de la Société de Topographie de France (mai-octobre ItJlü) ; ce der- '
- sources de Wissous alimentent le Parc Montsouris, jusqu’à' ce que l’abatage des bois de Montreuil et Bagnolet eût tari presque complètement sa source;
- « ou a cependant attribué au cours souterrain de ce petit ruisseau des inondations anormales de caves dans des quartiers delà Uive-Droite ». (Girard, Recherches sur les Eaux de Paris.)
- La Bièvre prend sa source entre Bouviers et Guyancourt, au delà du parc, de Versailles, elle
- nier énonce même que l’eau souterraine qui gêna tant Ch. Garnier pour 1rs fondations de l’Opéra à ta cote 29 (prévue par Dclcs^e; ne fut plu* rencontrée qu’entre 24 m 10 et 24 m. 80, lors des fouilles du-Métn p ditaiu dans le même quartier, on ignore pourquoi. Toule cette question reste énigmatique.
- p.74 - vue 78/474
-
-
-
- LES RIVIERES DE PARIS
- 75
- reçoit rapidement de nombreuses petites sources qui augmentent beaucoup son volume, passe à La Meulière, traverse les bois de Bue, puis coule dans celte trt s jolie vallée où se trouvent Jouy en Josas (Oberkampf, Les loiles de Jouij), Bièvres, Igny et Amblainvibiers, passe sous la route nationale n" 20 à Antony, longe les Prisons de Fresnes, sépare Bourg-la-üeine de l’Hay, traverse Arcueil et Gentilly et, après un parcours de 8 lieues, entre à Paris près de la Poterne des Peupliers : à ce moment elle a une largeur de 5 m. et un débit des plus variables (4000 ni3 en 24 heures).
- A partir de ce point, de la Bièvre actuelle dans Paris il ne reste plus trace, les transformations successives qu’on a fait subir à la rivière l’ayant entièrement modifiée en Collecteur.
- Il n’en était pas de même en 1500, et la Bièvre, après avoir traversé la Maison-Blanche et Croulebarb e dans son parcours en S, se jetait à la Seine à 50 m. en amont du Pont d’Austerlitz actuel.
- Près de son confluent elle envoyait une dériva lion qui, passant devant l’Église Saint-
- A côté du danger intermittent des inondations, cette rivière polluée répandait l’été des exhalaisons .infectes d'où résultaient « des fièvres malignes d’un mauvais caractère et des maux de gorge gangreneux » .(Hallé, 1790). Un premier progrès fut l’établissement de vannes qui, par le jeu des chasses de retenue, nettoyaient à peu près le lit vaseux de ce cloaque, mais c’était insuffisant; les mégisseries, eorroiries, tanneries, teintureries qui puisaient dans la rivière et y rejetaient leurs immondices s’étant multipliées, la Bièvre était devenue un véritable égout à ciel ouvert. Et pourtant que de batailles il a fallu livrer pour en obtenir la couverture : les riverains voulaient garder leur rivière, des ignorants attribuaient à ses eaux des propriétés
- merveilleuses pour la teinture des produits de la Manufacture des Gobelins. «
- «
- «
- «
- «
- «
- «
- «
- «
- «
- En Angleterre on a tout fait pour arriver à les imiter sans
- Fig.
- Nicolas-du-Char-donnet, se rendait en Seine en empruntant, probablement l’ancien lit de la Petite-Seine (1245). Les chanoines réguliers de Saint-Victor ont consenti à l’érection de l’Église Sainl-Nicolas-du-Chardonnet sur le bord de la rivière de Bièvre.
- La Bièvre dans son cours à ciel ouvert était sujette à de violents débordements, trois d’entre eux ont laissé un souvenir, ceux de 1526, 1579 et 1626.
- « La nuit du mercredi 1er avril 1579 la rivière « de Saint-Marceau au moyen des pluies des jours « précédents crût à la hauteur de 14 à 15 pieds, « abattit p'usieurs moulins, murailles et maisons, « noya plusieurs personnes surprises en leurs mai-ci sons... et fit un mal infini. L’eau fut si haute « qu’elle se répandit dans l'église et jusqu’au grand « autel des Cordeliers de Saint-Marceau, ravageant « par forme de torrent en grande furie, laquelle « néanmoins ne dura que Irente heures ou un peu « plus » (journal de Henri 111. L'Étoile).
- y parvenir. Èfforts inutiles! la petite rivière de Biè-vre ne se trouve pas de « l’autre côté de « la Manche.... <<, L’eau de celte « rivière serait « achetée par « nos rivaux au « poids de l’or » (1859).
- Et pourtant l’analyse ci-des
- sous faite à la même époque sur un échantillon prélevé à Amblainvilliers ne révèle rien d’extraordinaire :
- Un accès au collecteur de la Bièvre.
- Eau .. J 1 litre.
- Bicarbonate de chaux ou de magnésie . . 0 gr. 505
- Sulfate de chaux 0 gr. 116
- Sulfate de soude Sulfate de magnésie i ° 170
- Chlorure de sodium 1 *
- Chlorure de magnésium . . . . . . . g1’- 181
- Silice, alumine 0 gr. 054
- 0 gr. 804
- La Bièvre devait donc disparaître, les opérations durèrent plusieurs années. On commença à voûter certaines parties de son parcours qui devinrent les rues Brillat-Savarin, des Peupliers, de la Colonie, Nicolas Iloüel, puis on détourna les eaux au moyen de vannes mobiles dans les collecteurs des 15e et 5e arrondissements, si bien que les industriels placés en aval de ces points utilisaient des eaux qui n’avaient de la Bièvre que le nom et qui pro-
- p.75 - vue 79/474
-
-
-
- 76 ===== L’AVENIR AGRICOLE ET PASTORAL DU SAHARA
- venaient soit des réservoirs de chasse, soit de dérivations d’égouts. De proche en proche les parties à découvert furent détournées ou voûtées et ces dernières années on ne voyait plus guère à Paris qu’un lambeau de Bièvre au boulevard Arago et un autre dans les jardins de la manufactura des Gobelins.
- Actuellement il en est de la Bièvre comme du ruisseau de Ménilmontant et du ru de la vallée de Fécamp, rien ne subsiste plus de son cours à ciel ouvert : captée dès les fortifications elle est envoyée selon les besoins du curage dans les divers collecteurs qui rassemblent les eaux des 5e et 13e arrondissements (collecteur de Bièvre, collecteur Pascal), si bien qu’on ne peut plus dire à l'heure actuelle
- quel est son parcours souterrain entre la Poterne des Peupliers et le siphon de l’Alma. Mêlée aux eaux de la rivière de Ménilmontant après avoir passé la Seine en siphon, elle s’achemine vers l’épandage à Confians, Andresy.ou Triel après avoir été relevée aux usines de Clichy et Colombes.
- Ainsi donc, les petites rivières de Paris ont disparu : la petite Seine coule en égout quai Voltaire, le ru de la vallée de Fécamp est presque complètement tari, la rivière de Ménilmontant et la Bièvre seules, après avoir vu leur parcours accru de 20 lieues, revoient le jour à l'épandage et retournent à la Seine leurs eaux filtrées par les sables.
- P. Chevolot.
- L’AVENIR AGRICOLE ET PASTORAL DU SAHARA
- A propos de la récente note « au-dessus du Sahara » (2304, 24 novembre 1917) il paraît opportun de réagir contre les idées fausses qui ont cours sur cet « immeme désert ».
- Dès 1893, Henri Schirmer (*), dont les idées sur la géographie du Sahara et le climat sont aujourd’hui admises par tout le monde et ne soulèvent plus d'objections, montrait comment le Sahara n’est pas entièrement privé de pluie bien que le régime des vents provuque sa stérilité actuelle; il a expliqué que « le Sahara n’est pas absolument impropre à la vie », ni végétale, ni animale, mais que (d’agriculture saharienne ne ressemble guère à celle des autres pays » ; que « l'Européen ne peut supprimer le désert, comme d’aucuns le rêvent, » mais qu’on devrait y construire une voie stratégique jusqu’au Soudan, développer les oasis « et rendre à la culture des terres délaissées depuis longtemps ».
- Nous voudrions expliquer ici que de récentes explorations et études économiques permettent peut-être une opinion moins réservée, moins prudente sur ce qu’on pourrait réaliser au Sahara.
- La superficie du Sali.ira est évaluée à 2 39420.0 km* et sa population à 450 000 habitants (1 2). Il est inexact que cette étendue soit le fond récemment émergé d'un océan. L’ensemble du Sahara a une altitude de 450 m. C’est une vaste série de plateaux avec quelques groupes de montagnes (Dr L. Tr'abut et R. Marès (3).
- On se représente à tort le Sahara comme une immensité composée de «. sables mouvants » ne recevant aucune pluie et dénuée de toute végétation.
- C’est surtout l’in é'-urité du Sahara et du Soudan centnl qui est le « lléau » de cette région où nous' comptons, hélas, à cause de cela, tant de martyrs ! ainsi que le disait le tant regretté maître Paul
- 1. Le Sahara, in-80, 443 pages et 62 figures. Paris, Ha-eheLte, 189 >.
- 2. Annuaire du Bureau des Loiif/itudes pour 1915.
- 3. L’Agriculture algérienne en 1906. Imprimerie algé-
- rienne. ^
- Leroy-Beaulieu, il y a quinze ans de cela(4).
- Certes, le Sahara est une région sèche, mais il y pleut, et il s’y rencontre une quantité de puits ou points d’eau — sans parler des nombreux ghedirs, « mare ou trou d’eau momentané, endroit où se conservent- un ceriain temps les eaux de pluie » (Mission saharienne, Foureau-Lamy, 1898-99). — Mais ces puits n’on4 —depuis une série de siècles — été l’objet d’aucun entretien, d’aucun aménagement.
- Dès qu’on y arrive il faut les curer. Parfois les Touareg les comblent de sable jusqu’au ras du sol.
- Un autre trait de la légende qui défigure le Sahara, c’est que cet immensité serait dépourvue de végétation : sur la plus grande partie de sa surface, cejie immensité, proclamée désertique, jouit d’une végétation assez variée et souvent fort abondante. Elle contient de nombreux pacages et du bois, même en dehors des « oasis ». Ce bois certes est plus rare et plus cantonné que les plantes fourragères, mais il n’est pas absent. En dehors du palmier — qui exige une nappe d’eau assez forte
- — on trouve dans le Sahara — outre de nombreux arbustes et des tamaris — diverses sortes d’arbres : le gommier principalement (lalha. acacia tortilis) et l'éthel jMission saharienne Foureau-Lamy).
- LVi/ie/.est une variété de tamaris. Dans le Sahara méridional on trouve le « palmier doum » ou palmier d’Kgypte ; il ne porte pas de fruits, mais le tronc ou les rameaux sont destinés à des usages variés.
- L’Air possède d’autres espèces arbore-centes— notamment des mimosas de toutes sortes, dans les régions les plus ingrates, comme le Tassili. M. Fou-reau considère qu’il y a encore des plaieaux boisés.
- Le Sahara,nourrit une quantité de plantes fourragères, et A'arbustes; c’est ainsi que les caravanes trouvent leur pâture et que même les 1200 ou 1500 chameaux de la mission Foureau-Lamy et ses
- ' 4. Leroy-Beauueu. Le Sahara, le Soudan central et les
- \
- .chemins transsha?'iens. 1. La nature et l'avenir du Sahara.
- — Revue des Deux Mondes, du lor octobre 1902.
- p.76 - vue 80/474
-
-
-
- L’AVENIR AGRICOLE ET PASTORAL DU SAHARA
- convois auxiliaires aient pu arriver à se sustenter.
- Ces plantes sont : Le'mrokba, le drinn (les deux meilleurs), le sbot, le necin, le had, Yerg, le harta, le ghessal, le tavfa, Yana, ce dernier surtout dans la partie méridionale. Le drinn, grande graminée, sert à la nourriture du chameau. Sa tige est employée — comme l’alfa — pour fabriquer des cordes et la sparterie. Les indigènes mangent les graines.
- Fernand Foureau mentionne en outre le djedare,
- 1 efolezlez, le gouzzal, le lemnad, le laurier-rose, le kurmuka, Yadjac, etc. Et il ne faut pas oublier qu’il s’agit d’une végétation spontanée sans aucun travail, aucune aide de l’homme. Il est donc incontestable que ces pacages sont susceptibles d’une certaine amélioration avec rétablissement initial de voies de communication. On l’obtiendrait en sélectionnant les graminées, les plantes fourragères et les espèces arborescentes les meilleures.
- D’après MM. L. Trabut et R. Marès les plantes sahariennes sont très remarquables par leur adaptation à un climat sec, à un sol salé.
- Le dattier est adapté aux régions sahariennes bien pourvues d’eau ; « sous les dattiers les cultures potagères sont très développées ».
- Dans les « oasis », on rencontre le figuier, Y abricotier, le pêcher et la vigne. Les agrumes réussissent bien dans les oasis du nord, comme à Biskra.
- Les céréales cultivées sont : Forge, le blé, le sorgho et le mil ou penisillaria spicata ; la luzerne est là plante fourragère des « oasis », elle y présente une très belle race à larges feuilles qui paraît plus résistante au sel.
- Les cultures industrielles sont réduites à quelques plantes : le henné (lawsonia inermis), la garance (rubia ou as perule tinctoriale), le tabac (variété à Heurs jaunes de nicotiana, rustica), utilisé sur— tout pour priser. Avec les dattes il a été possible de faire une eau de-vie très parfumée et très agréable.
- Quant à la faune, elle y est assez nombreuse et diverse': dans la partie méridionale, une grande abondance de pintades, des bœufs à bosse ou zébus (bibos indiens) domestique; dans le nord, 'les gazelles, les antilopes de toutes sortes, partout les chameaux, les chèvres, les moutons, les ânes.
- Le mouton du Sahara appartient à la « race bar-barine » ; plus au sud, cette race est remplacée par le mouton touareg (ovis longipes). L’àne du Souf est remarquable par sa taille et sa force.
- La végétation du had, dès que l’on pénètre dans l’erg, est luxuriante ; aussi le gibier pullule-t-il (F. Foureau). Dans le sud, il s’y joint des girafes, des autruches, des singes, des chacals, des hyènes, .des lions même'. Cette flore et cette faune variées font que^ mêmë dans le Sahara central, il y a des populations permanentes destinées à devenir plus denses avec plus de sécurité, de travail continu et des voies de communication, des facilités de transport', nous y insistons.
- On devra convenir que ces données sont très
- 77
- réconfortantes. Il importe, à l’appui, d’ajouter que si quelques-uns des explorateurs qui ont poussé des pointes hardies dans diverses contrées de la région saharienne sont morts assassinés, comme Flatters et le lieutenant Palat, on n’a pas entendu dire qu’un seul ait été englouti par le sable ou soit mort de la soif ou de la faim ou de maladies dues au climat.
- L’insécurité et l’anarchie, si déprimantes, ont surtout empêché le Sahara de prendre un développement utile; voilà qui est irréfutable.
- Ainsi, pour les parties les plus deshéritées, M. Foureau, le capitaine Peirn, les géologues Ville (1855-1865) et Pomel (1862) ont reconnu que des « oasis » peuvent être soit créées, soit notablement agrandies. Il est probable, en effet, que du jour où l’on entretiendra tous ces puits, on aménagera toutes ces eaux, on tirera parti de toutes ces rivières d’un cours capricieux ou souterraines, que des groupes de population, ne craignant plus H'être spoliés de leur aisance et des fruits de leurs labeurs par les pillards nomades, se constitueront aux endroits les plus favorables, et il s’en rencontre tout aussi bien, sinon davantage, en pleine Tassili, que dans notre Sud-Constantinois qui n’a été, d’ailleurs, définitivement achevé, par la prise de possession du Touat, qu’à la fin de 1899.
- On peut conséquemment augurer de quelque avenir pastoral et agricole pour le Sahara et prévoir de l’Algérie au Soudan la formation de groupes d’oasis, non pas toujours de dattiers, mais de pâturages et d’élevage entendu du bétail.
- Le Dr Trabut et M. R. Mares, ne nous apprenaient-ils pas, en- 1906, que des Compagnies françaises de colonisation avaient créé de toutes pièces des centres importants en creusant des puits?
- En ci qui touche le sous-sol, si l’on n’est point privé de données, l’on ne peut encore que se livrer à des conjectures. Foureau a considéré, en 1895, qù’il doit y avoir des gisements carbonifères dans le Nord et déclare qu’il a traversé beaucoup de terrains ferrugineux.
- Il est hors de doute qu’une immensité pareille, dont la plus grande partie est formée non pas de sable, comme on le croit communément, mais de quartz et de granit, peut recéler des richesses minérales.
- . N’a-t-on pas vu les nitrates enrichir les déserts de l’Amérique du Sud? Dans un ouvrage de M. Flamand, publié à Alger en 1897, il est parlé de certains indices qui feraient espérer la découverte de gisements de nitrates dans le Oued-Saoura....
- En Algérie même, dans le Sud-Constantinois, on n’a guère entrepris de recherches minérales que dans le territoire d’Aïn-Séfra où l’on rencontre, en de nombreux endroits, des traces de cuivre, plomb argentifère, galène, antimoine, amiante, mais on n’avait pas, en 1916, encore mis en exploitation aucun gisement de quelque importance. ~
- p.77 - vue 81/474
-
-
-
- 78
- LA CATASTROPHE DE HALIFAX
- Le sel gèmme existe dans tout le. Sud, surtout dans le territoire de Ghardaïa. D’après le géologue Ville, les Zahrez en contiendraient 250 millions de tonnes. Les sources du « Rocher de Sel », sur la route de Djelfa, peuvent de leur côté, en fournir 14 000 tonnes par an. L’exploitation des dépôts de sels des territoires du Sud, en raison de l’élévation des frais de transport, se borne donc jusqu’ici aux besoins des populations de la région.
- L’ensemble de la production minérale ne dépasse pas un million de francs j1).
- Bref, par sa surface seule, le Sahara vaut quelque chose.
- Comme route stratégique, entièrement française, vers des contrées africaines pleines d’avenir, il est
- pour nous d’une grande importance. En y créant des voies de communication on peut, très profita-blement, résoudre la question saharienne aux points de vue agricole et pastoral. Ainsi sera réhabilité (grâce surtout aux grands travaux de M. F. Fou-reau(1),.le Sahara méconnu, mais il faudra intéresser les indigènes à celtê grande œuvre.
- Partout où l’àctivité ou l’ingéniosité des Français est venue seconder l’Arabe, resté par trop, en dehors du progrès, on a. constaté un mouvement considérable d’affaires au profit des deux races dissemblables, mais destinées à unir leurs efforts dans une lutte pénible contre une nature, non inhospitalière, mais avare et incertaine.
- Ayons foi en l’avenir! J.-Nicolas Brusse.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 3i
- Les leucocytes dans la tuberculose. —MM. P. Brodin et F. Saint-Girons, à la suite d’une série d’observations faiies à la Côte Saint-André (Isère), ont obtenu d’inté-ressants résultats sur le nombre des leucocytes et la proportion des polynucléaires chez les tuberculeux. Une des particularités de leur travail est qu’ils ont pu observer les malades pendant plusieurs jours consécutifs, le matin à jeun et déterminer ainsi des moyennes qui éliminent les influences accessoires, notamment la leucocytose digestive. Us montrent que la valeur pronostique de la proportion des polynucléaires est réelle et en rapport direct avec la résistance du malade à l’infection tuberculeuse. 11 faut, pour pouvoir l’utiliser, qu’elle soit nettement Supérieure ou [inférieure à la moyenne physiologique qui ést de 65 à 75 pour 100. AuLdessous 1
- décembre «917.
- de 60 pour 100, le pronostic est bon; il est mauvais au-dessus de 80 pour 100. Quand la proportion des polynucléaires resté, normale, c’est le nombre des leucocytes qui commande le pronostic. Leur nombre paraît lié à l’étendue et à l’intensité de la suppuration pulmonaire. Il est vraisemblable que, chez les individus infectés, les foyers suppurés pulmonaires sont le siège d’une véritable digestion dont les produits, en passant dans la circulation, modifient les conditions de circulation des leucocytes et aboutissent à les répartir inégalement. Tout se passe comme s’il se produisait de véritables décharges toxiques amenant, en même temps qu’une augmentation des leucocytes, une dilution du sang, de sorte que l’on observe, avec la leucocytose, un abaissement de la densité sanguine et une diminution du nombre des globules rouges.
- LA CATASTROPHE DE HALIFAX
- La destruction de Halifax (Nouvelle-Écosse) peut figurer vraisemblablement parmi les .grandes catastrophes des temps modernes. Le nombre des victimes ne peut être fixé jusqu’ici qu’au juger, et il est probable qu’on ne le connaîtra jamais exactement, puisque des familles entières, tuées sur le coup et ensevelies sous les ruines de leurs maisons, furent bientôt consumées par l’incendie qui ravagea les quartiers détruits. On pense que 5000 personnes furent tuées instantanément, et l’on fixe plus sûrement le nombre des blessés à 10000. Les dégâts sont évalués à 4 millions de livres sterling, soit plus de 100 millions de francs. ♦
- Les circonstances de la catastrophe sont connues, mais non ses causes, car la police canadienne n’a pas encore terminé son enquête sur les agissements de sujets allemands qui semblent avoir joué un rôle actif dans ces terribles événements. Quoi qu’il
- 1. Situation générale du territoire du Sud de VAlgérie, année 1914-1915. Rapport de M. Lutaud, gouverneur général de l’Algérie, publié en 1916.
- en soit, nous ne résumerons ici que les faits racontés par les témoins.
- Le 7 décembre, dans la matinée, un peu avant 9 heures le Mont-Blanc, vapeur de la Compagnie 'Générale Transatlantique, d’un tonnage de 3121 tonnes, chargé de munitions qu’il venait d’embarquer à New-York, pénétrait dans le goulet du port au moment où le vapeur Ima, affecté au service du Fond de Secours Belge, gagnait la pleine mer.
- Les deux navires manœuvrèrent pour se livrer passage. L’opération ne présèntait pas de difficultés, puisque le goulet, dans les parages où ils se trouvaient, offre une largeur de 800 mètres environ. Mais les signaux donnés par le Mont-Blanc furent mal-interprétés par Y Ima, qui, soudain, le heurta violemment à l’avant. Le choc éventra des barrils de benzine, et le liquide, s’épandant sur le pont du
- 1. Voy. F. Fodkeau. Documents scientifiques de la mission saharienne (Foureau-Lamy). 2 vol. in-4® et un atlas. Publication de la Société de Géographie, Paris, Masson, 1903-1905.
- p.78 - vue 82/474
-
-
-
- LA CATASTROPHE DE HALIFAX
- 79
- navire français, prit feu. On vit les braves marins s’efforcer d’éteindre l’incendie, tandis que le vapeur s’avançait vers le quai. Le télégraphiste de la station de Richmond (le quartier de Halifax qui fut complètement détruit), qui venait d’assister à la collision, expédia au bureau central ce suprême message : « IJn navire de munitions est- en feu et s’approche du Quai 8. Adieu I » On retrouva le soir son corps carbonisé.
- L’explosion se produisit dix-sept minutes après la collision.
- La benzine avait coulé jusque dans la chaufferie, malgré les héroïques efforts de l’équipage, qui* comprenant enfin la futilité de la lutte, se
- décidait à abandonner le navire. Et, soudain, transformé en volcan, il vomit la mort sur la ville.
- l’explosion est bordée de pentes très raides qui viennent mourir au rivage. Sur l’une des rives s’é-
- Fig. 2. — Vue des quartiers dévastés de Halifax.
- La situation topographique rendit formidable le déplacement d’air. La partie du goulet où eut lieu
- Fig. i. — Le navire ravitaillent- belge Ima après la catastrophe.
- tend (ou plutôt s’élendait)le quartier de Richmond; sur l’autre, est bâtie la petite ville de Dartmouth.
- La configuration de ces rivages donne ainsi naissance à une sorte d’auge où le déplacement d’air corn-cent ra ses effets destructeurs.
- Sur la rive septentrionale, beaucoup plus éloignée du lieu de l’explosion que la rive opposée, les dégâts furent importants. Toutes les vitres furent brisées jusqu’à une distance de 10b km. Un télégraphiste, dont le bureau était situé à une distance de près de 7 km de la baie, fut projeté contre une muraille et assommé. A Dart-moulh, construit, comme nous venons de le dire, sur cette même rive, quantité de maisons furent abattues. Plus loin encore, à 10 km au nord de celte ville, la Indian lieserve
- p.79 - vue 83/474
-
-
-
- 80
- LA CATASTROPHE DE HALIFAX
- Fig. 3. — Un des rares bâtiments non entièrement détruits.
- (colonie de Peaux-Rouges) fut complètement détruite, et de nombreux Indiens furent tués ou mutilés par la chute des débris.
- Mais c’est à Richmond que le fléau exerça plus particulièrement sa fureur. Cette ville, formée des vieux quartiers de Halifax, était bâtie en amphithéâtre, avec des rues étrohes, de sorte que les maisons superposées ne se protégeaient pas mutuellement contre la force de l’explosion. Construites en bois, elle furent toutes abattues simultanément. Et les malheureux habitants qui n’avai nt pas été ensevelis sous les amas de charpentes et de planches cherchèrent vainement le salut dans la fuite. L’incendie, attisé par un violent ouragan de neige, s’abattit inopinément sur la ville détruite, cernant la population et s’opposant à ilapatervention des sauveteurs. ;
- - Si lamentiÉiediqu’ait été h catastrophe, elle' - aurait pu doubler ou tripler le nombre des victimes si la ceinture de collines abruptes qui entoure le théâtre de l’explosion n’en avait pas limité l’aire de destruction. Les quartiers neufs de Halifax, construits sur. le versant méridional des collines dont l’autre versant servait d’assises à Richmond, et qui renferment les principaux édifices publics, ne subirent qu’une violente commotion qui brisa toutes les vitres et ébranla les maisons, mais sans en abattre aucune.
- Les photographies que nous reproduisons montrent nettement les divers modes d’action de l’explosion et illustrent d’une façon malheureusement trop saisissante la théorie de la déflagration. L’explosion agit d’abord, dans un rayon assez faible dont la grandeur croît comme la racine cârrée du poids de l’explosif détonant, par les gaz dégagés qui for-
- ment projectile, se déplaçant à une très grande vitesse. Grâce à cette vitesse, de l’ordre de 4 à
- 5000 mètres par seconde, et malgré leur faible masse, leur énergie cin étique (qui est, comme l’on sait, le,produit der launasse par le carré de la vitesse), * atteint -desi valeurs com- i parables: à celles dés o bu s. La zone où.s’exercent ces aclions est la zone de mort. Au delà, l’onde a perdu de sa puissance les gaz se sont distendus, et, si un ébranlement se propage encore dans l’espace,1 à de très grandes distances parfois, il n’est plus meurtrier et son passage ne provoque que des dégâts. matériels réparables.
- On comprend donc pourquoi il importe' que < les dépôts de munitions soient à une certaine distance des lieux habités, non pour protéger ceux-ci contre les projectiles que lancerait dans l’espace l’explosion du dépôt, mais pour qu’ils soient hors de la zone mortelle de la déflagration.
- La valeur des mesures de protection employées dans les diverses usines manipulant les explosifs est démontrée par la catastrophe d’Halifax : on impose aux artificiers toute une série de mesures ayant pour but, si un accident se produit, de briser l’onde de choc par des murs en terre entourant les ateliers, qui agiraient comme les matelas pour les balles de fusil, et, en même temps, dirigent vers le ciel cette onde de choc de façon que les effets aux alentours ne dépassent pas le bris de quelques vitres. A Halifax, uue colline a ainsi joué le rôle de mur protec-teùr et sauvé une partie delà ville. La malheureuse cité se relèvera rapidement de ses ruines. Reposons-nous-en sur l’indomptable énergie des Canadiens. V. Forbin.
- Fig. 4. — Le nuage de fumée produit par l’explosion.
- Le Gérant : P. Masson. — lmp. Lahtjre, rue de Fleurus, 9, à Pans.
- p.80 - vue 84/474
-
-
-
- LA NATURE. — N° 2315. .................... - 9 FÉVRIER 1918.
- fi
- L’EVOLUTION DE L’AVÎATION ALLEMANDE |
- I. — AVIONS '%
- L’aviation militaire des différentes nations belligérantes prend de jour en jour une extension plus énorme ; elle se révèle une arme merveilleuse, dévoilant les préparatifs de l’ennemi, guidant notre artillerie, soutenant nos fantassins au cours de leurs attaques, aveuglant l’ennemi et jetant le trouble dans les organisations et les industries de l’arrière.
- Le progrès de cette nouvelle arme est constant, il ne se passe pas de mois que nous ne sortions un nouveau type de moteurs ou d’avions qui ne soit plus perfectionné ou plus puissant que les types précédents.
- L’évolution de l’aviation se résume actuellement en une lutte technique entre les belligérants, chacun cherchant à obtenir des caractéristiques de combat de mieux en mieux adaptées aux nécessités de la guerre et surtout des caractéristiques supérieures à celles de l’ennemi.
- Après la guerre, les recherches se tourneront vers la résolution des problèmes de sécurité, c’est-à-dire de l’atterrissage facile et peut-être de la stabilité automatique. Dès que ces problèmes seront absolument résolus, l’aviation pourra' prendre un essor illimité.
- Une étude, même sommaire, de l’évolution de l’aviation militaire allemande comporte l’étude de l’évolution des. organes de sustentation (avions), des organes dé propulsion (moteurs) et enfin des organes de guerre avec lesquels les avions sont équipés pour remplir leurs missions.
- 1. Évolution des avions. — Les possibilités d’actions de guerre, que pouvait laisser entrevoir en temps de paix l’état dè l’aviation étaient loin de correspondre aux utilisations actuelles des avions.
- Toutes les formules d’aviation coexistaient alors, sans qu’on ait pu distinguer entre elles, celles qui devaient subsister par suite de la sélection naturelle. Monoplans, biplans, avions de surfaces énormes ou minuscules, avions légers ou lourds, monoplaces ou multiplaces, avions à fuselage ou à poutres, avions à moteur avant ou à moteur arrière voisinaient sur tous les terrains avec la même faveur.
- L’évolution de cette arme si nouvelle est encore tellement instable qu’il est à peu près impossible • de déterminer aujourd’hui, quelle sera la formule d’avion qu’il faudra appliquer dans quelques mois pour assurer l’exécution d’une mission déterminée de guerre aérienne.
- 11 est seulement possible de constater quelles sont depuis 1914 les tendances et les caractéristiques techniques des avions employés par les armées belligérantes pour remplir des missions identiques
- Différentes nouvelles formules d’avions se sont
- ainsi imposées au cours des années de guerre; d’autres ont disparu.
- Dès 1913, les Allemands ont commencé à adopter une formule générale d’avions. Ce fut celle qui leur semblait devoir le mieux répondre aux nécessités de l’aviation de guerre et de l’aviation de paix.
- À part quelques exceptions, cette formule générale favorisée par l’autorité militaire était celle de l’avion biplan, à fuselage, biplace, avec un seul moteur à l’avant (fig. 1).
- Ce type d’avion à subsisté depuis le début, de la guerre ; il a été considérablement remanié et nos ennemis, comme nous le verrons, l’ont adapté aux services les plus étendus que rend l’aviation, c’est-à-dire aux missions de Corps d’Armée. (Série C). (Fig. 1,2,5, 4, 5,6).
- Toutes les armées belligérantes ont d’ailleurs adopté actuellement cette formule.
- Les mêmes autorités militaires qui dirigeaient les constructeurs allemands, obligeaient ceux-ci à utiliser sur leurs avions des moteurs allemands, construits strictement en Allemagne.
- Ces moteurs Benz ou Mercédès de 100 ehev. pesaient extrêmement lourd comparativement au poids de nos moteurs rotatifs d’alors. Us ont obligé les Allemands à concevoir des avions de 30 à 55 m2 de surface et de construction très robuste.
- Les monoplans de pareille surface ne purent subsister longtemps (envergure 15 à 16 m.), les Tauben, les Étrich, disparurent dès les premieis jours de la guerre.
- Les Allemands généralisèrent la formule du biplan de 45 à 45 m2. Le principe du fuselage fut adopté pour obtenir une meilleure forme de pénétration dans l’air.
- Les principales marques d’avions en service depuis 1914 et dont nous pouvons suivre l’évolution générale jusqu’en 1917 sont l’Albatros, l’Aviatick, le Rumpler, le L.V.G., le D.F.W.
- Sous la pression de certaines nécessités militaires, d’autres marques se sont ajoutées, introduisant ainsi de nouvelles formules d’avions tels que le Fokker, Ualberstadt, Roland, Albatros D, Friedrichshafen, A.E.G., Gotha, etc.
- Les Allemands jusqu’en 1916 ont limité en grande partie leur évolution dans le seul perfectionnement de leur type primitif 1915-1914 (fig. 1, 2,5,4,5,6).
- Il faut reconnaître que cette méthode leur a donné de grandes facilités de construction intense. Dans cette série, la plupart des marques ne se distinguent des autres marques que par des différences de détails ou de dimensions.
- Cet état de chose a permis aux constructeurs et aux sous-traitants de pièces détachées de se pro-
- G. — 81.
- 46“ Année. — 1" Semestre.
- p.81 - vue 85/474
-
-
-
- 82
- TYPES D’AVIONS ALLEMANDS
- ----—
- Tripla ce bimoteur Gotha (9/7 (Bomb-)
- Puissance : 34-0 HP Bombes: environ 5 à 600 Kgs. 3 Mitrailleuses mEc/airacfe électrique
- Biplace Rumpler 1914
- (Corps d'armée) Surf.4-8 en v.
- Pu/ss. : 100^120 HP. /
- Biplace Rumpler igr?
- Plans décalés Porme en 'pèche ' Lance-bombes N. Photo
- P. : 260 HP. Mercécfès Vitesse : 170 K.h-
- T. S. F.
- Biplace Albatros /sfr
- Surf: 50”^
- P: 120 HP. Mercédès . I Mitrailleuse f
- 1 Lance-bombes
- J Appareil photo.
- Biplace Albatros 1317 IC.A.)
- Surf; 42 ”s P. :230 HP Benz. / 2 Mitrailleuses P>
- Lance-bombes
- Photo.
- r
- n 7^.
- J
- V
- p.82 - vue 86/474
-
-
-
- L’ÉVOLUTION DE L'AVIATION ALLEMANDE —• 83
- curer rapidement un outillage perfectionné et de iournir ainsi pour différentes marques des éléments d’avions qui se ressemblent considérablement.
- En réalité cette tendance vers la restriction des types d’avions en service est un pas vers la standa-risation de la construction aéronautique. Étant donné l’instabilité technique de cette nouvelle arme, cette restriction des types est la seule tendance que l’on puisse appliquer à la standarisation de l’aviation sans étouffer d’un seul coup tout le progrès en cours.
- Les caractéristiques techniques des avions allemands ont été constamment améliorées sans que les caractéristiques générales aient été sensiblement modifiées. Le gros progrès de l’aviation allemande a donc été une augmentation considérable du rendement.
- Les surfaces portantes de dimensions presque égales ont été peu à peu amenées à supporter des charges de plus en plus lourdes.
- * Cette charge peut être évaluée en kilogrammes par
- mètre carré de surface portante; elle est constituée
- alors par le poids total de l’avion en vol divisé par
- i , , , „ 1000 kg „A
- le nombre de métrés carres. Ex. : ———r2 = 20.
- 50m2
- L’augmentation de cette charge provient de ce que le poids des moteurs utilisés couramment est passé de 200 à 450 kg et qu’il est devenu nécessaire d’emporter pour la réalisation des missions aériennes un matériel de guerre de plus en plus considérable. ;
- Voici en quoi consiste l’amélioration des caractéristiques techniques des avions allemands de Corps d’Armée; la vitesse de 80 km-heure qui était la vitesse moyenne en 1914 (Albatros, etc.) a été portée en cette année 1917, pour cette même série d’avions (Albatros C. 12, Rumpler 260) à 170 km-heure. L’altitude moyenne des expéditions, qui était de 1500 à 2000 m. en 1914, est montée à 5000 et 6000 m. ; la vitesse ascensionnelle, qui était approximativement de 2000 m. en 40 minutes, est devenue de 5000 m. en 55 minutes ; la charge utile (Passagers, combustibles, matériel de guerre) est passée de 200 à 600 kg. Il ne s’agit toujours dans ces comparaisons que des améliorations de rendement obtenues sur des avions de même type qu’au début de la guerre et sensiblement de mêmes dimensions.
- Ces résultats techniques sont remarquables. Les Allemands ont attaché une importance capitale à faciliter par tous les moyens la pénétration des
- Biplace D.F.W.1SI7 ( CA)
- Surf.: 4-2 P : 230 HR Benz 2 M liraiHî (
- Lance-bombes (6J Photo T.Ô.F l Marques \ O.PW. Aviatih
- Plans décalés Forme en "flèche " très prononcée
- Surf.: 20"* • R: !7S HP. Mercedes 2 Mitrai//?
- Surf.-. 16 M-P. : 120 HP. / Mi irai II?
- Monoplace monoplan
- Fokker lo/s f ChasseJ
- Monoplace Halbersledt is/o f Chasse)
- p.83 - vue 87/474
-
-
-
- 84 - -- L’EVOLUTION DE L’AVIATION ALLEMANDE
- avions dans l’air. Cette recherche de la diminution de la résistance à. l’avancement est le caractère principal de l’évolution allemande.
- Le résultat de cette tendance a été de procurer aux avions, proportionnellement à leur poids et à la force de leur moteur, une vitesse assez considérable et partant, la meilleure utilisation possible de leurs surfaces portantes.
- Dans le but de diminuer cette résistance à l’avancement, nos ennemis en sont arrivés à sacrifier nettement d’autres qualités techniques telles que légèreté, maniabilité, champ de tir de défense ou d’attaque, visibilité, etc....
- La réduction du nombre des haubans des avions allemands (fig. 12) diminue beaucoup la résistance à l’avancement et augmente ainsi le rendement en vitesse, mais il est certain que le constructeur est alors obligé de renforcer la résistance propre de chacune des surfaces, d’où augmentation assez considérable de poids, etc.... etc....
- Les Allemands ont pensé que l’excédent de vitesse, ainsi gagné par leurs avions, compenserait largement les autres inconvénients.
- Ils n’ont peut-être pas eu tort ; les avions allemands sont des avions rapides, puissants et extrêmement robustes.
- D’une manière générale* cette tendance de la meilleure pénétration s’est manifestée par l’épuration des formes et la simplification des T4-
- organes. Le nombre des mats est aussi réduit que possible et ils sont fuselés; le radiateur s’encastre dans l’épaisseur des plans, le moteur et tous les organes disparaissent peu à peu dans le fuselage'; l’hélice est précédée d’un petit cône de pénétration ; le train d’atterrissage est réduit à sa plus simple expression et, enfin, le fuselage de tous les types d’avions prend une
- forme pisciforme très prononcée (Albatros, Rum-pler, D.F. W.). (Fig. 2, 6, 4.)
- Cette tendance est un mot d’ordre général imposé par le service de l’aviation militaire allemande.
- Peut-être, et c’est là une question très importante, l’État veut-il empêcher ainsi la surenchère si
- dangereuse de la légèreté qui peut permettre à une marque d’avion, inférieure au point de vue solidité et durée d’utilisation, d’obtenir cependant des caractéristiques techniques supérieures à celles d’un avion mieux construit, plus solide mais plus lourd.
- Parmi les caractéristiques générales des avions allemands, celles qui ont le plus frappé l’opinion publique française étaient les formes caractéristiques du dièdre longitudinal ou « Flèche » et du dièdre latéral ou « V » qui ont permis si longtemps de reconnaître les avions ennemis.
- Ces formes ont. été exagérées par certaines marques allemandes ; elles avaient pour but d’améliorer la stabilité longitudinale de l’avion par la forme de flèche et la stabilité latérale parle Y (fig. 13 et 14).
- Cette amélioration des stabilités par les formes particulières des voilures était très efficaces et très utilisées au moment où l’aviation prenait son essor ; actuellement les constructeurs préfèrent obtenir ces mêmes résultats par une judicieuse répartition des charges de l’avion (moteurs, passagers, réservoirs) et des forces engendrées par certains plans compensateurs (plans fixes, stabilisateur, plans de dérive, etc.).
- Ces caractéristiques de flèche ou de Y sont toutefois encore utilisées mais en de beaucoup moindres proportions.
- Une innovation qui est maintenant adoptée par tous les constructeurs allemands est la construc-
- Fig. ii. — Type de biplan içi5.
- Fig. 12. — Type de biplan içi7 de la même marque.
- Remarquer la tendance vers la simplification des lignes.
- Fig. i3. — Avion avec dièdre longitudinal ou « Flèche ».
- Avion avec dièdre transversal en V,
- p.84 - vue 88/474
-
-
-
- L'EVOLUTION DE L’AVIATION ALLEMANDE
- 85
- lion des fuselages des avions en bois contre-plaqué.
- Cette nouvelle méthode permet la suppression d’un nombre considérable de longerons, de mâts, de câbles, et de tendeurs qui formaient l’espèce de poutre armée constituée par le fuselage.
- Les Allemands construisent maintenantune véritable coque homogène, extrêmement légère, très robuste, de construction facile et très économique (fig. 15 et 16).
- La pénétration de l’avion dans l’air est favorisée par cette coque à surfaces rigides et soigneusement vernies.
- Sous la pression ou les remous de l’air aucune poche ne peut se former. L’ensemble de la coque est extrêmement rigide, peu sensible à l’humidité et pratiquement indéréglable.
- Cette tendance actuelle de la construction en contre-plaqué, n’est pas, à proprement parler, une innovation; le petit monoplan Deperdussin, qui, piloté par Prévost, avait couvert dans l’heure 205 km était déjà construit avec une coque en bois contre-plaqué (1915).
- Aucun type d’avion français, n’a cependant jusqu’à ce jour adopté ce mode de construction.
- Il semble qu’il y ait là un grand progrès non pas seulement pour les avantages techniques ainsi procurés, mais surtout pour la simplification de conception et de construction.
- On jour viendra peut-être, d’ailleurs, où les surfaces portantes des avions seront elles-mêmes constituées non plus par de la toile des nervures, des longerons et des croisillons de câble, mais bien par des surfaces rigides de bois ou de pâte moulée. On trouvera un gain certain sur le rendement de ces surfaces, un gros avantage de simplicité de construction, et peut-être même une plus grande légèreté.
- Les formes des gou-
- vernes des avions allemands, gouvernail de direction, gouvernail de profondeur, ailerons de gauchissement, ont été en somme peu modifiées depuis 1.914; leurs surfaces ont été proportionnellement augmentées sur les avions de chasse qui doivent être extrê-
- Fig. i5. — Type d’avion sans fuselage içi5.
- Fig. iô. — Type d’avion avec fuselage 1917.
- Fig. 17. — A, aileron non compensé; B, aileron compensé (H. W. 1917).
- Fig'. 18. — A, gouvernail non compensé (Rumpler 1917). B, gouvernail compensé (Albatros 1917).
- mement maniables. Dans le but de diminuer une forte partie des efforts nécessaires pour les manœuvrer et également dans le but de les rendre plus efficaces, ces gouvernails ont été « compensés ».
- Il faut entendre par ce terme qu’une partie de ces surfaces a été placée en avant de l’axe autour duquel elles pivotent; cette partie « compensée » facilite le mouvement des-gouvernes et diminue la force nécessaire pour les manœuvrer (fig. 18).
- Cette modification a été généralisée pour les gouvernails de direction et de profondeur; elle a été appliquée sur les ailerons de gauchissement de certains biplans (fig. 17). * ' _
- Quantité d’autres modifications de détail ont été exécutées sur les différents types d’avions, ayant toutes pour but soit de diminuer la résistance à l’avancement, soit d’améliorer le rendement, soit de renforcer certaines parties ; très peu de ces modifications avaient pour but d’alléger l’avion.
- En résumé, en faisant abstraction des deux nouvelles séries de chasse et de bombardement créées depuis 1914, les voilures des types anciens ont subi très peu de modifications générales; par contre les fuselages ont été transformés tant au point de vue de la forme qu’au point de vue de la construction. Les trains d’atterrissage sont restés simples et très robustes. Le confort des passagers a été considérablement accru. •
- La synthèse de toutes ces tendances et de toutes ces modifications se résume actuellement, dans cette série d’origine primitive, par l’usage des trois marques principales d’avions
- de Corps d’armée : Albatros 225 et 260 IIP (fig. 2) ; Rumpler 260 HP (fig. 4) et D. F. W (Aviatick, L. Y. G. 225 HP (fig. 6).
- Ce sont les avions de la série C affectés aux réglages d’artillerie, prises de photos, reconnaissances, soutien d’infanterie, etc. Un peu plus
- de la moitié des escadrilles allemandes utilisent , . ., j
- cette sene d avions.
- p.85 - vue 89/474
-
-
-
- 86
- L’EVOLUTION DE L’AVIATION ALLEMANDE
- Par le seul perfectionnement du type d’avion en faveur en 1914, les Allemands ne pouvaient espérer bien longtemps conserver un avion de guerre" propre à toutes les missions.
- Autant demander à un croiseur de suffire à tous les services de reconnaissance, d’attaque et de protection d’une marine de guerre. Cette théorie prévalut cependant en Allemagne jusque vers la fin de 1915.
- A cette époque, les avions allemands « à tout faire » de 40 m2 de surface et de 150 HP se sont trouvés absolument impuissants à combattre contre nos petits Nieuport monoplaces de 18 m2 de surface et de 90 IIP. Ceux-ci, spécialisés dans lâchasse, nous donnèrent aisément la maîtrise aérienne pen-dans l’offensive d’Arras.
- Au bout de peu de temps, les Allemands furent obligés de créer un type d’avion léger, monoplace, à petite surface portante pouvant lutter avec le Nieuport comme vitesse et comme maniabilité. Ce nouveau type de chasse fut le monoplan Fokker de 16 m2, équipé avec un moteur rotatif de 100 IIP (Oberrussel-Gnôme) (fïg. 7).
- Cet avion était une véritable copie du Morane-Saulnier français, il en avait, toutes les caractéristiques, n’ayant sur ce dernier que le formidable avantage technique du tir à travers l’hélice par synchronisation avec le moteur.
- Par la légèreté de sa construction (poids à vide : 430 kg) le Fokker était pour l’Allemagne une véritable anomalie ; il céda la place à un biplan Fokker et à un biplan Ilalberstadt de surfaces plus considérables et. montant à une altitude plus grande. Enfin, la maison Albatros sortit un type de monoplace de combat qui rentrait nettement dans les tendances allemandes. Les Albatros D. I, D. II, et enfin le D. III sont de petits monoplaces de combat, biplans et munis de moteurs fixes. Ils joignent aux avantages du Nieuport 1916 (voilure) tous les avantages et inconvénients de la construction allemande (poids à vide : 680 kg) (fig. 8 et 9).
- Cette nçuvelle série D d’avion de chasse s’est donc ajoutée à la série G.
- Dès 1916, nos ennemis s’étaient rendu compte que leurs dirigeables Zeppelins sur lesquels ils avaient fondé de si triomphants espoirs ne paraissaient plus aptes à remplir leurs missions. Celles-ci étaient en effet de produire sur les Alliés des effets de terrorisme et de destruction qui devaient démoraliser nos centres industriels et nos grandes villes.
- Chaque zeppelin représente un capitaL considérable, tant au point de vue argent qu’au point de vue travail et matériaux; ils sont d’une construction difficile et limitée et, de plus, demandent pour exécuter leurs naissions des conditions atmosphériques telles que ces missions sont assez rarement exécutables.
- Ces dirigeables ne correspondent plus aux nécessités militaires du bombardement aérien qui exigent pour produire une certaine efficacité des
- jets de bombes copieux et fréquents sur les mêmes objectifs.
- Depuis la fin de 1915, les expéditions de notre aviation de bombardement sont devenues de plus en plus fréquentes. Sous la forme de raids de nuit ces expéditions harcèlent les centres industriels allemands.
- Pour nous répondre, nos ennemis ne possédaient que des avions de corps d’armée, de la série C. Ces avions ne peuvent enlever qu’environ 60 kg de bombes (40 m2 de surface). Cette charge parut insuffisante d’autant que ces avions assez rapides et lourds offraient de graves difficultés pour atterrir de nuit, et ne possédaient que 3 heures d’essence. D’autre part ces avions notaient pas assez puissants, pour réaliser couramment, sans de lourdes pertes, des raids de jour à grande distance.
- L’Allemagne se décida alors à créer un type d’avion à grande capacité.
- La direction militaire de l’aéronautique adopta et imposa la formule d’un grand biplan à fuselage, à grande surface portante et bimoteur.
- L’année 1916' vit donc éclore chez différents constructeurs de nombreux types de bimoteurs correspondant à la formulé demandée. (Bifuselage,' bimoteur Otto 320 I1P; A. E. G. bimoteur 450 I1P; Humpler 540 IIP; Friedrichshafen 450 IIP et enfin le grand bimoteur Gotha de 540 I1P et 95 m2 de surfaces portantes (fig. 10).
- Ce gigantesque avion fut le type le mieux réussi de la série, il paraît avoir été adopté pour les groupes de bombardement allemands.
- Le Gotha emporte environ 600 kg de bombes pour 5 heures* de vol et environ 300 kg pour 5 à 6 heures de vol (Londres). Cet avion exécute des bombardements sur nos centres industriels de l’Est, sur Dunkerque, Calais, Nancy, etc.
- En neuf jours ils ont réussi sept bombardements sur la région de Londres exécutant ainsi des raids de 500 km.
- Cette série nouvelle, qui porte la désignation de série G, paraît particulièrement bien réussie et les Allemands en sont extrêmement fiers.
- En résumé, le commandement des Armées demande actuellement à l’aviation de remplir différentes missions qui ne peuvent être effectuées utilement par un seul type d’avion quelque perfectionné soit-il,
- Par ailleurs, il est absolument nécessaire, dans un but de production intensive, dé ne pas .disperser les efforts des constructeurs sur un trop grand nombre de types d’avions.
- En face de ce problème délicat, l’Allemagne a cru concilier ces deux tendances opposées de la production en grande série et de la spécialisation des avions en adoptant et en imposant trois types généraux d’avion.- qui se partagent les différentes missions aériennes.
- Le type'chasse, série D. Le type Corps d’Armée, série C. Le type bombardement, série G.
- p.86 - vue 90/474
-
-
-
- LES SELS LUMINEUX RAD1FÈRES .......: 87
- Voici les caractéristiques actuelles (novembre 1917) des avions types représentant chacune de ces trois séries.
- 1° Série D — Albatros de chasse D. III (fig. 9).
- Monoplace, biplan : surface : 20 m2; puissance : 175 chev. (soit 9 chev. au mètre carré) ; vitesse au sol dépassant 185 km; plafond à 6000 m. en 55 minutes; poids avec toute la charge : 1000 kg (soit 50 kg au mètre carré).
- L’évolution toute prochaine de cette série portera sur l’augmentation de puissance du moteur qui passerait à 260 chev. (Mercédès) ou 240 chev. (May-hach). Cette modification aurait pour but d’augmenter la vitesse et aussi la hauteur "maxima. La charge au mètre carré est déjà considérable et ne permet l’atterrissage de ces avions qu’à une vitesse très dangereuse (environ 90 km à l'heure).
- 2° Série*C. —- Avion D. F. W. (Aviatick L. V. G.) Corps d’Armée (fig. 2, 4, 6).
- Biplace, biplan : surface : 42 m2 ; puissance : 225 chev. (soit 5,4 chev. au mètre carré) ; plafond environ 5000 m. en 45 minutes; vitesse au sol d’environ 160 km-heure;. poids avec toute la charge : 1500 kg environ (soit 55 kg au mètre carré).
- Cette série est représentée par différentes marques Rumpler, Albatros L. V. G., etc..., ayant à peu de chose près les mêmes caractéristiques.
- Les moteurs Benz 225 chev. vont être remplacés par le Mercédès 260 chev. dans le but de pousser la hauteur maxima vers 6000 m. permettant à l’avion d’échapper ainsi aux tirs antiaériens et surtout aux attaques de nos avions de chasse.
- 5° Série G. — Avion Gotha (fig. 10).
- Triplace : bimoteur, biplan ; Surface : 95 m2 ; puissance : 240 chev. (soit 5,7 chev. au mètre carré); vitesse : 150 km-heure environ ; plafond : 5500 à 4000 m. en 1 heure ; poids avec toute la charge : 5500 kg environ (soit 54 kg au mètre carré).
- Cette série d’avions à grande capacité est appelée à prendre une extension considérable- La presse allemande annonce déjà des Surgotha à 4 moteurs, d’une envergure énorme.
- En réalité, deux tendances d’aviation peuvent être
- discernées parmi les différents types d’avions de création récente et en service dans les armées belligérantes.
- Une tendance cherche à obtenir certaines caractéristiques de vitesse, montée, etc., avec des avions légers et une puissance moyenne ; une autre cherche -à obtenir ces mêmes caractéristiques avec des avions plus lourds et une très forte puissance.
- Il semble que, jusqu’à maintenant, nous ayions adopté la première tendance : elle nous donne des avions relativement légers, très maniables et nécessitant des moteurs moins puissants (100 à200 chev.) (Corps d’Armée.)
- Les Allemands ont, au contraire, préFéré la solution de l’avion lourd à très forte puissance ; ces avions'moins maniables que les nôtres nécessitent des moteurs de 250 à 270 chev. (Corps d’Armée.)
- L’avantage que nos ennemis trouvent en adoptant cette tendance est la possibilité d’obtenir des avions construits d’une manière extrêmement robuste.
- Les avions construits solidement pèsent évidemment plus lourds que les autres, mais ils peuvent supporter facilement des démontages, des transports et des réparations, qu’il ne serait pas possible de faire subir à des avions de construction légère.
- D’autre part les appareils légers et fragiles résistent moins facilement aux intempéries (soleil, froid, humidité) qu’il est impossible de leur faire éviter au cours d’une campagne.
- Les avions^rohustes peuvent être maintenus en service pendant beaucoup plus longtemps que les avions légers et demandent infiniment' moins de vérifications.
- L’aviation de guerre de l’avenir sera certainement une aviation dont les unités seront construites en grande série. Pour arriver à un bon résultat il sera absolument nécessaire de concevoir une interchangeabilité absolue de toutes les pièces, donc de prévoir des pièces faciles à usiner et robustes.
- Les constructeurs seraient ainsi amenés à évoluer vers l’avion de guerre simple, robuste et à grande puissance L1 Jean-Abel Lefranc/
- LES SELS LUMINEUX RADIFÈRES
- Nous sommes en guerre et nous voulons y voir clair la nuit.
- Quand le cri rauque de la sirène nous éveille, pour nous annoncer l’arrivée d’un monstre aérien, notre premier désir est de voir l’heure à la montre placée sur notre table de nuit. Notre premier mouvement est de chercher à tâtons le commutateur de la lumière électrique. Si le cadran de cette montre est lumineux, si le commutateur l’est également, rien n’est plus facile.
- L’aviateur, parti à la poursuite du zeppelin .ou
- chargé d’une mission de reconnaissance pendant la nuit, doit avoir constamment vhibles ses manomètre, altimètre, boussole et tous les appareils placés sous son regard en face de son siège. L’éçlai-rement de ces appareils est à rechercher par tout autre moyen qu’une lampe électrique qui, par des éclats de verre, contribuerait en cas de chute à augmenter les chances de blessure de l’aviateur.
- Nos poilus ont besoin d’y voir la nuit dans leurs tranchées, non seulement pour se préparer à une attaque en lisant d’avance l’heure à leur montre,
- p.87 - vue 91/474
-
-
-
- 88 ....... LES SELS LUMINEUX RAD1FERES
- mais encore'pour mieux viser l’objectif de tir qui leur est assigné.
- Les mitrailleurs tirent mieux s’ils peuvent se fixer sur une mire lumineuse. Quant aux artilleurs, ils ont à se servir souvent la nuit de leurs boussoles, de leurs niveaux,, des réglettes de leurs canons.
- Au début de la guerre, on employait les lampes portatives à pile sèche au bioxyde de manganèse, mais la durée de ces lampes est limitée, leur entretien coûteux. On a tendance, à l’heure actuelle, à leur préférer la lueur verdâtre et continue des sels lumineux radifères, et l’on- a réalisé des dispositifs d’éclairement assez variables et fort intéressants, surtout pour l’aviation.
- Que sont ces sels lumineux radifères ?
- Chacun sait que certains sels chimiques exposés à la lumière solaire, puis plongés immédiatement dans l’obscurité, donnent une luminosité en tout semblable à la lueur verdâtre qu’on observe l’été sur les pelouses de nos jardins quand, par hasard, un ver luisant s’y promène en contractant ou dilatant ses anneaux.
- Parmi les sels chimiques qui possèdent une telle propriété il y a lieu de citer le sulfure de zinc et le sulfure de calcium.
- D’où vient cette phosphorescence? Probablement d’un état moléculaire spécial, de la cristallisation du sel sous une forme particulière.
- En fabriquant le sulfure de zinc dans un laboratoire, on n’arrive pas toujours à obtenir un produit phosphorescent. .11 faut un tour de main. Ce tour de main est variable chez les divers fabricants, ce qui explique la diversité des produits obtenus.
- Malgré ce tour de main, quand on sort la matière des petils creusets où elle a été préparée, on n’a pas toujours un produit parfait. 11 faut éliminer la plus grande partie du contenu du creuset et n’en sélectionner qu’une fraction assez faible. Ces pertes dans la fabrication expliquent pourquoi le sulfure de zinc phosphorescent, de bonne qualité, est assez cher.
- Si on le rend lumineux, le prix est plus élevé encore.
- Comment rendre lumineux d’une manière permanente les sels chimiques qui ont la propriété d’être -à certains moments phosphorescents? Simplement en leur incorporant du radium.
- iQui donc, dans la masse solaire, peut agir pour donner la phosphorescence au sulfure de zinc ou au sulfure de calcium sinon le radium qui se trouve contenu dans cette masse solaire? En dissolvant un sel de radium dans du sulfure de zinc, on obtient un contact constant qui donne au sulfure de zinc une phosphorescence permanente. L’essai n’a pas aussi bien réussi avec le sulfure de calcium.
- Il y a donc une distinction à établir. Le sulfure de calcium est simplement phosphorescent ; on le préfère même le plus souvent au sulfure de zinc comme produit phosphorescent. Le sulfure de
- zinc est non seulement phosphorescent, c’est-à-dire lumineux pendant quelques heures après exposition à la lumière solaire, mais aussi lumineux d’une manière permanente jour et nuit.
- Au lieu de radium, on a songé à incorporer du mésolhorium. Le mésothorium possède une radioactivité analogue à celle du radium, supérieure même, parfois, mais de moins grande durée. La luminosité des sels au mésothorium ne peut pas être garantie pour autant d’années que celle obtenue par incorporation de radium.
- On a fabriqué, on fabrique surtout en Suisse, des sels lumineux bon marché où l’on met très peu de radium ou de mésothorium. On s’attache surtout à obtenir des sulfures de zinc d’une fabrication plus soignée et très phosphorescents. Après exposition à la lumière, ces produits sont très beaux sur le moment, mais ils perdent très rapidement de leur éclat dans l’obscurité.
- C’est ce qui a jeté le discrédit sur les montres lumineuses au radium. Les cadrans, fabriqués avec les produits dont nous venons de parler, non seulement ne sont pas lumineux d’une façon permanente, comme s’ils contenaient du radium, mais même, au bout de peu de temps, ils perdent leur phosphorescence.
- Pour avoir toute satisfaction, il faut acheter.de bons produits et les payer cher. Le service de l’armée française l’a bien compris et a même spécifié dans ses marchés que le radium incorporé dans les poudres lumineuses devait être de toute première qualité.
- Les sels lumineux radifères sont vendus à l’état de poudre d’içne assez grande finesse. Rien n’est plus simple que de fabriquer soi-même la pâte à appliquer sur les surfaces à rendre lumineuses.
- Le vernis choisi pour former une pâte avec les poudres lumineuses doit être incolore. Cela se comprend de soi-même. 11 doit être exempt de toute matière acide.
- On emploie le baume de Canada, le vernis à l’alcool, la gomme liquide, le celluloïd blanc dissous dans de l’acétate d’amyle.
- La proportion de vernis à employer pour obtenir une bonne pâte oscille entre 50 à 40 pour 100 du poids de la poudre lumineuse.
- Si la pâte, au moment de la fabrication, ou quelque temps après, devient trop épaisse, il faut éviter d’introduire un excès de vernis. Pour rendre le vernis plus fluide, on ajoute un dissolvant dont la nature varie pour chaque agglomérant employé.
- Si l’agglomérant est du baume de Canada, on emploiera de l’essence. Avec la gomme arabique, on ajoute simplement de l’eau. Dans les vernis à l’alcool et à l’éther, on verse un excédent d’alcool, dans le premier cas et d’éther dans le second cas.
- Ainsi se fabriquent les pâtes par petites quantités, par grammes, s’il s’agit de poudres d’une luminosité permanente, et par plus grandes quantités, par kilogrammes, pour les poudres phosphorescente s.
- p.88 - vue 92/474
-
-
-
- LES INDUSTRIES DE HOUILLE BLANCHE ..... ... ....: 89
- Lespeintures phosphorescentes s’appliqueront comme de la peinture ordinaire sur de grandes surfaces, sur des écrans à rendre lumineux. Plus modeste est la pâte lumineuse. Elle brille la nuit sous forme de petits points minuscules mais très nettement visibles à faible distance. Il appartient au fabricant d’appareils de visibilité pendant la nuit de grouper ces points de manière à permettre dans l’obscurité la lecture de l’heure sur les montres, de la direction sur les boussoles, de la bulle d’air sur les niveaux,
- de la pression aux manomètres, des chiffres sur la réglette de tir, etc. J’ai signalé aussi l’avantage que les architectes auraient à rendre lumineux les commutateurs électriques. On pourrait indiquer bien d’autres applications intéressantes.
- Les emplois des sels lumineux radifères sont donc des plus nombreux. Ils s’accroîtront encore, quand leur mode d’application sera mieux connu des inventeurs. Félix Colomer>
- ingénieur, civil des mines.
- LES INDUSTRIES DE
- et l’Institut Polytechnique c
- \
- L’avènement du règne de la Houille Blanche. —
- La région du Sud-Est est évidemment la terre d’élection de l’industrie hydroélectrique. Il serait d’une banalité parfaite aujourd’hui de retracer les
- HOUILLE BLANCHE
- 3 l’Université de Grenoble.
- Si la crise-de surproduction des carbures et de quelques autres produits, vers 1900, a marqué un temps d’arrêt dans l’œuvre de l’aménagement industriel de nos pays de montagne, le premier
- grandes lignes de. l’histoire de cette industrie.
- Dépuis 1867 et 1869, dates auxquelles les Dauphinois, d’origine ou d’adoption, Berges et Frédet, créent leurs premières installations, depuis la fameuse expérience, de transmission d’énergie électrique, de Vizille à Grenoble, l’extension des industries de houille blanche a été formidable dans la région des Alpes françaises. Ce mouvement a été suivi naturellement avec un peu de retard par la région Pyrénéenne, et avec un peu plus encore par celle du Massif Central.
- Congrès de la Houille Blanche, en 1902, a attiré fort opportunément l’attention des capitalistes, des juristes et de l’État lui-même, sur la question des industries hydroélectriques. Le régime juridique des chutes d’eau n’est pas encore nettement établi. Il semble cependant à la veille de l’être, mais depuis 1902, les industriels ont su, par leur propre initiative, triompher des difficultés de tous ordres qui se dressaient devant eux, aménager leurs chutes par voie d’accords directs avec les propriétaires riverains, créer un marché, aujourd’hui
- p.89 - vue 93/474
-
-
-
- 90 ..... ........... LES INDUSTRIES DE
- énorme, de produits électroi himiques et électrométallurgiques, et sillonner Je pays d’innombrables réseaux d’énergie allant partout porter le bien-être, la lumière et la force.
- On a souvent, ces derniers temps, divisé mentalement la France, au point de vue des zones d’influence, en deux pays non d’oc et d’oïl, mais de houille noire et de bouille blanche. Une ligne
- idéale s’appuyant sur Bordeaux et Dijon en marque à peu près la démarcation.
- La houille blanche a été une initiatrice, car elle a légitimé la transmission d’énergie électrique, en a créé la technique, et tous les transports, ellêctués aujourd’hui autour de grandes Centrales des réginns si industrielles de Paris, du Nord et de l’Est français, ne sont que la réplique de nos grands réseaux du Sud-Est, du Sud-Ouest et du Centre.
- La production en très grand de l’énergie électrique dans ces Centrales, dont, la puissance
- HOUILLE BLANCHE :................
- dépasse parfois 75 000 ou 100 000 chevaux, n’a eu de raison d être que dans la faculté de transport dans un rayon suffisant de cette énergie économique.
- Les Industries de Houille Blanche — Ce serait du reste une erreur de croire que 1 industrie dans nos montagnes date de l’avènement de la Houille Blanche: Elle lui est bien antérieure, mais lui doit naturellement un nouvel et irrésistible essor. C’est ainsi qu’en ne parlant que du seul Dauphiné, il existait des fabriques de papier à Rives, dès 1561, des forges, hauts fourneaux et laminoirs à Àllevard-les-Bains, Bonpertuis et Vizille, dès 1480, des fabriques de drap à Vienne, dès 1721, et des tissages de soieries à Voiron, Renage, dès 1825.
- Restreignons-nous aux seules Industries dites de Houille Blanche, c’est-à-dire qui supposent l’emploi d’une abondante force, obtenue à bon marché — industries éleotrochi iniques et électrom dallurgiques, papeteries, scieries, ateliers de construction mécanique, etc., — usines productrices d’énergie électrique destinée à être envoyée au loin, pour assurer l’éclairage, distribuer la force motrice et alimenter les réseaux de traction.
- La guerre est venue accroître énormément cette activité industrielle de notre Sud-Est. Nombreuses sont les usines nouvelles consacrées aux produits chimiques et autres spécialités dans l’étude détaillée desquelles nous ne pouvons entrer. Mais l’utilisation, après la guerre, à des industries de paix de toutes ces usines constituera un problème des plus délicats. En dépit de l’habituel optimisme avec lequel on envisage en France le sort de notre industrie chimique, pour ne parler que d’elle, à la clôture des hostilités, il est malheureusement certain qu’une crise, nous l’espérons courte, sévira sur les cités industrielles, effrayantes usines de mort, telles la Stahlstadt des Cinq cents millions rie la Beguvi, qu’avait déjà envisagée Jules Verne, dans sa claire vision de l’avenir.
- Les industries convenant réellement aux pays de houille blanche sont donc essentiellement celles de l'électrochimie et de lelectrométallurgie, la papeterie (grosse consommatrice de puissance aussi) et
- Fig. 2. — Manipulations hydrauliques. Essais ait. moulinet et au déversoir.
- p.90 - vue 94/474
-
-
-
- LES INDUSTRIES DE HOUILLE BLANCHE
- 91
- les entreprises de production, de vente et de transport d’énergie, dans des zones déterminées.
- Production et transport d’énergie. — Cette industrie représentait en France, vers 1910, environ 500 000 chevaux hydrauliques installés, non compris les stations centrales à vapeur des régions de houille blanche. Avec la mise en activité des usines nouvelles dont la naissance est due à la guerre, mais a été quelque peu ralentie pendant lés 18 premiers mois de celle-ci, on peut escompter aujourd’hui, pour la France, une puissance hydraulique installée d’environ 1 000 000 de chevaux,
- Le grand outil de traitement, c’est le four électrique, trop connu du grand public pour que nous ayons besoin de le décrire ici. Certains de ces outils sont de dimensions gigantesques et traitent avec la plus grande aisance des tonnes de métal.
- Si la fabrication des ferro-alliages constitue l’apanage du four électrique, si celle des aciers électriques, incontestablement supérieure aux aciers obtenus par voie thermique (hauts fourneaux) occupe nombre d’installations hydro-électriques, les essais d’obtention de la fonte au même four électrique ont donné des résultats beaucoup moins sa-
- Fig. 3. — Machine à papier, côté épurateur, a l’École française de papeterie.
- dont 400 à 425 000 sont vraisemblablement affectés au transport et à la distribution de l’énergie.
- Le mode de transport de celle-ci s’effectue généralement sous forme de courants triphasés, à des' tensions qui atteignent et dépassent maintenant 100 000 volts.
- Electrochimie et électrométallurgie. — Les industries électrochimiques et électrométallurgiques comprennent essentiellement, pour les premières, la fabrication du carbure de calcium, celle des produits azotés, celle du chlore et des composés chlorés; pour les secondes, celle de l’aluminium, de l’acier et des alliages ferro-métalliques, enfin celle d’autres métaux, en quantité relativement faible : zinc, étain, sodium, etc.
- tisfaisants, et, bien qu’eb Suède, pays de main-d’œuvre économique et où le charbon vaut très cher, la fonte électrique soit en trée dans la pratique industrielle, en Amérique et aussi en France, la supériorité appartient nettement aux procédés thermiques.
- L’Université de Grenoble et l’industrie régionale. — Suivant la parole même d’un de ses meilleurs amis, le président Brenier de la Chambre de Commerce de notre ville, [donateur généreux, à qui sera due la reconstitution de notre Institut, sur un emplacement déjà consi ruil d’environ 10 000 m2], l’Université dauphinoise aqiris la plus grand part à cette extension de la prospérité industrielle de nos Alpes. « De toutes ces initiatives, le
- p.91 - vue 95/474
-
-
-
- 92
- LES INDUSTRIES DE HOUILLE BLANCHE
- plus grand mérite revient à l’Université de Grenoble ; — les efforts ont été., non pas même secondés, mais dirigés par elle vers la meilleure utilisation de nos ressources régionales. »
- A une époque où tout le monde parle de l’alliancé féconde à établir entre la Science et l’Industrie, n’est-il pas typique l’exemple donné par la petite Université dauphinoise, à la veille de s’éteindre quand la loi de lSOG^vint lui redonner la vie, de ce que peuvent quelques hommes d’initiative, universitaires curieux des choses de l’industrie, — industriels cultivés et d’esprit large ?
- Pour répondre à ces besoins divers de l’industrie, tant au point de vue de la formation des cadres nécessaires qu’à celui des recherches et opérations de laboratoire nécessaires, l’Université de Grenoble a successivement groupé, sous le nom d’institut polytechnique, un certain nombre d’organes, aujourd’hui tous en pleine activité.
- Dès 1892, la Ville et la Chambre de Commerce de Grenoble demandaient et obtenaient la création d’un cours municipal d’électricité industrielle (*). En 1898, le succès de cet enseignement conduisit à la fondation de l’Institut électrotechnique, qui ne cessa de se développer, et à l’heure actuelle l’Institut polytechnique de l’Université de Grenoble comprend :
- 1° Une Ecole supérieure électrotechnique' formant des ingénieurs électriciens, électrométallurgistes et électrochimistes ;
- 2° Une École élémentaire électrotechnique formant des contremaîtres, chefs monteurs, conducteurs électriciens ;
- 5° Un Bui-eau d’essais électriques, mécaniques et d’étalonnages industriels ;
- 4° Une École supérieure de papeterie produisant des ingénieurs spécialisés ;
- 5° Un Laboratoire d’analyses et d’essais des papiers;
- ’ 6° A ces organismes sont adjoints une Station
- d’essais électrométallurgiques et électrochimiques et une usine d’application d’environ 1000 chevaux.
- Enfin une chaire d’électrochimie et d’électrométallurgie détenue, avec l’éclat que l’on sait, par M. le professeur Flusin, a été créée à la Faculté des Sciences de Grenoble, -grâce aux fonds fournis par l’Institut Polytechnique. Cette organisation., tout en donnant au professeur l’avantage d’une situation administrative indépendante, permet cependant à l’Institut, dont les liens avec la nouvelle chaire sont très étroits, de bénéficier du concours immédiat d’enseignements et de services de recherches, dont on sait toute la valeur. ‘
- Pour l’École supérieure électrotechnique, le recrutement s’opère sur programme d’admission analogue à celui de l’École Centrale; la durée des études est de deux, années. Mais une section spéciale reçoit directement les élèves diplômés des grandes Écoles de France et de l’étranger. La durée des études y est d’une année-
- 1. Professé par M. Janet, puis par M. J. Pionchon.
- Enfin un Cours Préparatoire permet aux jeunes gens de se préparer à l’Ecole.
- Voici quel'était en 1913-1914 le nombre des élèves de tous ordres fréquentant l’Institut :
- f, , , • ( Préparatoire.........
- Ecole supérieure ) ,, *, .
- f,, , , , • s supérieure...............
- Eteetrotechmque.
- 1 { Spéciale.............
- École élémentaire électrotechnique ....
- École de papeterie......................
- Élève de la Section de physique industrielle Total des élèves réguliers.
- Auditeurs libres........
- Durant la guerre, l’effectif s'est maintenu aux environs de 200 à 250 unités. A la rentrée scolaire de 1917, il atteignait 300.
- Le nombre des diplômes d’ingénieurs délivrés par l’Institut depuis sa fondation est d’environ 1000, celui des diplômes de conducteurs d’environ 400.
- Bien que la grande majorité des élèves de l’Institut polytechnique de l’Université de Grenoble soit de nationalité française, cet établissement est très facilement accessible aux élèves étrangers et notamment à ceux provenant d’Écoles supérieures ou d’institutions d’enseignement secondaire de l’Europe, des États-Unis et de l’Amérique latine. C’est surtout à l’intention de ces élèves étrangers que le Cours Préparatoire a été constitué.
- Le placement des élèves diplômés s’est toujours effectué dans les conditions les plus faciles, en raison du sérieux qui préside aux examens et à l’attribution des diplômes. Ces situations sont surtout relatives ù la construction électromécanique, à l’exploitation des réseaux électriques de toutes natures, à l’électrochimie, à l’électrométallurgie, à la traction électrique, etc....
- L’École de Papeterie prépare plus spécialement à toutes les spécialités de l’industrie papetière, et aux industries connexes (matières colorantes, par exemple).
- Telle est l’organisation de l’Institut polytechnique de l’Université de Grenoble. Elle n’est certainement pas définitive encore, mais nous avons eu au moins le mérite, à défaut d’autres, de nous adapter aux circonstances et de ne pas subordonner à un avenir qui ne vient jamais la réalisation de l’idéal d’organisation matérielle et pédagogique qui séduit certains réformateurs.
- On parlé beaucoup maintenant de réforme de l’Enseignement technique. La première chose à faire est de ne pas en prendre pour base un type d’institut ou de Faculté quelque peu fluidique, mais bien de l’asseoir sur des établissements, qui, au moins, ont fait preuve de vie.
- Grandes Écoles, Instituts Universitaires, Écoles Libres, peuvent ei doivent coexister, car ils existent déjà. La vie ne se crée qu’avec de la matière vivante. . • " Barbu, lion,
- Directeur de l’Institut Polytechnique de rüni'versité de Grenoble.
- 95
- 140
- 111
- •50
- 4-2
- 55
- 440
- 199
- p.92 - vue 96/474
-
-
-
- CETTE, PORT FRANCO-SUISSE
- Les circonstances ont fait- de Blaye un havre franco-italien. De même, la guerre actuelle a transformé l’établissement maritime cettois en un port d’arrivages pour la Suisse. Mais Blaye et Cette diffèrent singulièrement quant au trafic qui leur esL imposé par les événements. Les appontements de la Gironde sont spécialisés dans l’importation des houilles destinées au. gouvernement italien, tandis que le port de Cette reçoit des marchandises de toutes espèces, et aucun eombus-
- Anvers acheminait sur Bâle 44 000 t. de produits divers et en recevait plus de 30000.
- Le port d’Anvers étant fermé, la voie de Hambourg complètement bloquée, Gênes réservée au trafic italien, les citoyens de la République durent demander à la France l'hospitalité de ses établissements maritimes pour pouvoir s’alimenter.
- Très généreusement — malgré nos embarras personnels — nous nous sommes prêtés à cette
- tible. La Suisse est, en effet, approvisionnée en charbon par les mines germaniques qui ont, en échange, exigé de la libre République une forte contribution de guerre sous forme d’un emprunt forcé.
- Par contre, la Suisse ne produit pas, en raison de son climat rigoureux et de la configuration de son
- Fig. i et 2. — Deux vues des navires accostés au môle attendant une place à quai.
- sol, la plupart des denrées nécessaires à sa consommation.
- En temps normal, il les lui faut emprunter aux pays voisins ou aux états d’outre-Océan. Présentement, elle ne saurait s’alimenter qu’en Amérique, les Alliés de l’entente devant eux-mêmes recourir à cette source d’approvisionnement.
- Or, l’Helvétie ne dispose d’aucun port qui lui soit propre. Avant la guerre, elle assurait ses échanges interocéaniques par Hambourg, un peu paV Bordeaux, davantage par Gênes, mais surtout par Anvers, auquel la reliait la voix facile de la vallée du Rhin. Alors que lé port de Bordeaux n’expédiait sur la Suisse, avant la guerre, que 3 à 4000 t. de vins, 12 à 1500 de térébenthines landaises et quelques centaines de tonnes de cacao, ’
- requête. Les marchandises à destination de la Suisse furent reçues d’abord dans plusieurs de nos ports. C’est ainsi que de mars 1915 au début de février 1916 la gare de Bordeaux-Bastide acheminait sur ; la Suisse 35 000 t. sans compter les arrivages effectués par les havres méditerranéens.
- Cependant, au printemps de 1915, il apparut à ceux qui dirigeaient l’exploitation des ports français, qu’il y aurait intérêt à affecter plus spécialement aux réceptions un de nos établissements côtiers. L’utilisation de Bordeaux ou de la Rochelle à cet effet aurait eu pour résultat d’accroître sensiblement les trajets par fer et d’emprunter nos lignes du Midi, déjà surchargées. '
- On se résolut donc à organiser les importations par le port de Cette, éloigné seulement de Genève de 525 km, et auquel pouvait être imposé ce trafic particulier, malgré la médiocrité de son outillage.
- Le gouvernement allemand s’associait, peu après, à cette façon de voir, déclarant l’accès du port de Cette en dehors de la zone d’action de ses sous-marins.
- Le trafic suisse par l’établissement languedocien
- p.93 - vue 97/474
-
-
-
- CETTE, PORT FRANCO-SUISSE
- 94
- a été considérable pendant un an et demi. Le service des douanes n’a.pas encore précisé la part exacte qui revient à la Suisse dans les arrivages de Gette en transit international, mais ce havre n’opérant visiblement qu’avec la République helvétique, nous pouvons légitimement considérer que la Suisse a absorbé toutes les marchandises enregistrées sous la rubrique « transit international ».
- Or, les relevés que nous avons sous les yeux sont des plus inslructifs.
- Durant les six derniers mois de 1915 le port
- à 710 t. en 1917, par suite de la raréfaction de ces produits.
- Par contre, la Suisse a reçu par le port de Cette 28 628 t. de farineux autres que les légumes secs — lisez surtout des pommes de terre, — tandis qu’elle n’en importait par cette voie que 1588 en 1915 et 6561 en 1916.
- Le trafic a porté, de plus, mais dans une mesure singulièrement plus restreinte, sur les huiles d’olive, dont 562 t. en 1917 et 5051 en 1916 ont été relevées par les services du port cettois ; sur les savons, dont il a transité 267 t. en 1917; les
- cettois a reçu pour la Suisse 70515 t. de marchandises. En 1916, ce tonnage s’est élevé à 271 974 t. pour le premier semestre et à 534140 t. pour le second. En 1917, il a été enregistré pour dix mois 515951 t.
- Nos amis suisses ont dû au port méditerranéen une bonne partie du pain qu’ils ont consommé. Le blé figure, en effet, au premier rang des produits importés, avec 20 103t.. en 1915, 456 272 en 1916, 137 848 en 1917 (10 mois). Les arrivages de" maïs ont été aussi appréciables : 15 796 t. en ^1916, 57714 en 1917. Parmi les" céréales, l’avoine a figuré pour 1281 t. en 1915, 35 740 en 1916, 21 594 en 1917.
- Les importations de légumes secs, apres avoir atteint 710 t. en 1915, et 4755 en 1916, ont fléchi
- Suisses consomment évidemment beaucoup de bouchons (?) puisqu’après avoir introduit en 1915 583 t. d’une marchandise ultralégère ilâ en ont reçu 1111 en 1916 et 1071 en 1917.
- Paï contre, ils ont été sevrés de plus en plus d’oranges dont les arrivages ont régressé de 654 t. en 1915 à 207 en 1916 et 85 et demi en 1917, et de pelleteries, car leurs arrivages ont fléchi de 104 t. (1915) à 50 et 85.
- Mais Cette ne pouvait oublier qu’il est par excellence un havre de trafic de liquides, et, avec Rouen, notre principal centre de réception de vins. Les Suisses, d'un autre côté, malgré l’agrément de leurs produits du Valais, d’Yverdon et du Neuchatellois, sont loin de pouvoir fournir à la consommation nationale. Sur le contingent introduit par l’établis-
- p.94 - vue 98/474
-
-
-
- LA DOSIMÉTRIE EN X-RADIOTHÉRAPIE
- 95
- sement cettois, la Suisse a pris, pour son propre compte, 449 846 hectolitres pendant le premier semestre de 1916, 214437 durant le second, 480 659 au cours des dix premiers mois de 1917, soit plus de 1 100 000 hectolitres en moins de deux ans. Nos amis Suisses ne sont donc pas morts de soif !
- Les statistiques du trafic suisse de Cette sont précieuses à bien des points de vue.
- Elles nous montrent lumineusement quelles difficultés la Suisse rencontre pour alimenter sa population, et quelles restrictions les pouvoirs publics doivent imposer à leurs concitoyens. L’année 1917 a témoigné d’une baisse sensible sur les arrivages à destination de la Suisse dans le port de Cette. On pourrait croire jusqu’à un certain point que l’écart constaté a été compensé par des importations viâ Marseille, Monaco ou Nice. Mais les relevés concernant ces ports ne nous enseignent pas que leur trafic avec la Suisse se soitTsensiblement développé.
- Ne doit-on pas, tout^ au contraire, voir dans la réduction du tonnage le résultat de la nouvelle politique des États-Unis, réservant de plus en plus ses produits à. ses nationaux et aux alliés?
- Les statistiques mensuelles inclinent à le supposer. Cette n’a reçu, en effet, pour la Suisse que 14 545 t. en août, 14254 en septembre, 21 953 en octobre, pour 40 000 en moyenne durant les mois précédents.
- D’un autre côté, il faut envisager les conséquences de la guerre sous-marine, dont la Suisse a à porter le poids comme les autres, de la raréfaction du fret, de sa cherté !
- En tous les cas, nos voisins de Suisse ont dû singulièrement se restreindre depuis quelque temps, et ils ne sont sans doute pas au bout de leurs peines.
- Les produits achetés par le gouvernemenUsuisse sont déchargés par ses soins et placés sur des wagons appartenant aux chemins de fer fédéraux, qui font la navette entre Cette et la frontière. Le matériel de traction est également suisse, la France se contente de fournir à ses voisins ses quais de Cette et ses voies ferrées.
- Notre concours est, cependant, des plus précieux pour la République helvétique. Sans notre bienveillant appui nos voisins risqueraient de mourir de faim au milieu de leur décor poétique.
- Auguste Pawlowski.
- LA DOSIMÉTRIE EN X-RADIOTHÉRAPIE
- dans les Services de l'armée.
- Peu utilisée pendant la première année de la guerre, la X-radiothérapie a pris une extension croissante à partir de 1916 et s’est montrée particulièrement efficace dans le traitement de certaines cicatrices et des dermites de plaies. Le succès de cette méthode tient, en grande partie, au perfectionnement des procédés de dosage; car les échecs d’autrefois étaient pour la plupart imputables à des erreurs' commises sur l’intensité du rayonnement ou sur sajmissance de pénétration.
- Nous avons déjà expliqué (1) le rôle de ces deux éléments et indiqué les moyens de les doser. Rappelons seulement que ce dosage implique la mesure de la quantité des rayons absorbés et celle de leur qualité. Celle-ci est la plus facile à déterminer : on se sert, à cet effet, du radiochromomètre de Benoist ou de ses dérivés, constitués par une lame d’argent et ^d’une série de plaques d’aluminium dont on compare la perméabilité aux rayons X. Le rapport entre les opacités des deux corps varie suivant la longueur d’onde des radiations. Dans l’appareil de Benoist (2), un disque d’argent de 11 centièmes de millimètre d’épaisseur est entouré de douze secteurs en aluminium, dont les épaisseurs sont respectivement de 1, 2, 3.... 12 mm. Pour apprécier la composition moyenne des rayons émis par un tube radiogène et leur degré de pénétration, il suffit
- 1. Voy. n° 2173 du 22 mai 1915, page 34;1.
- 2. Le radiochromomètre est représenté figure 3, de l’article précité, page 344 du n° 2173.
- d’interposer le radiochromomètre entre le tube et un écran fluorescent. On voit immédiatement quel est le secteur d’aluminium dont l’opacité se rapproche le plus de celle du disque d’argent. Les secteurs sont numérotés de 1 à 12, du plus mince au plus épais, et l’usage s’est établi de désigner la qualité des rayons par le numéro d’ordre du secteur qui donne la même ombre que le disque de comparaison : les rayons X les moins pénétrants donnent la même ombre, après avoir traversé la lame d’argent et le secteur n° 1 ; c’est pourquoi on les qualifie de rayons n° 1 ; les rayons les plus pénétrants, au contraire, correspondent au n° 12.
- Ainsi, la détermination de la qualité du rayonnement n’offre point de difficulté. Il n’en est malheu-sement pas de même pour la mesure de son intensité ou de la quantité des rayons absorbés pendant .un laps de temps déterminé. Aussi les radiologistes se sont-ils ingéniés à établir des méthodes de mesure fondées les unes sur les actions chimiques provoquées par les rayons X, d’autres sur la propriété qu’ils ont de décharger les corps électrisés, d’autres sur les changements de coloration que présentent certaines substances soumises à l’irradiation, d’autres sur l’éclat que prennent les corps fluorescents.
- Le D1' II. Guilleminot, qui avait jadis imaginé un fluoromètre à étalon de radium, a vérifié que la méthode fluoroscopique est celle qui expose le
- p.95 - vue 99/474
-
-
-
- 96
- LA DOSIMETRIE EN X-RADIOTHERAPIE
- moins l’opérateur à de grosses erreurs .d’appréciation, en plus ou en moins, d’où peuvent résulter des accidents ou des échecs (1). Toutefois, l’appareil primitif avait l’inconvénient de nécessiter un étalon en radium, d’un prix trop élevé. Celui-ci est maintenant remplacé par un étalon lumineux. Cette combinaison avait déjà été proposée par Contremou-linSj mais n’avait pas d’abord paru susceptible d’une précision suffisante. Cette condition a pu être parfaitement réalisée dans le nouveau fluoromètre, dont la gravure ci-jointe montre les dispositions essentielles.
- L’opérateur observe, à l’aide des oculaires 00', une lunule de verre dépoli ou d’opaline divisée en deux moitiés. Une moitié est éclairée, en arrière, par la luminescence d’un petit écran de platino-cyanure de baryum P, irradié par le rayonnement X étudié. L’autre moitié est éclairée par une lampe électrique étalon E fonctionnant sous un voltage rigoureusement déterminé et dont le rayonnement traverse des écrans de verre Y, bleu, jaune et vert,.appropriés de manière à obtenir une teinte exactement semblable à celle de. la fluorescence du pla-tinocyanure. Entre ces écrans et. la lampe se trouveplacéun diaphragme réglable D, accolé à un verre dépoli, qui permet de modifier l’intensité de l’éclairement dans un rapport variable de 1 à 12 environ.
- L’écran de platinocyâ-
- nure de baryum risque de brunir, si on l’expose trop longtemps au rayonnement. Cet inconvénient n’était pas négligeable dans le lluoromètre à radium, car l’opérateur pouvait oublier de retirer ou de masquer l’étalon après son emploi. Ici„ il^ est presque réduit à néant, puisque la mesure s’effectue en quelques secondes, à 50 cm du foyer anticathodique. Pratiquement, la constance de l’écran est suffisante pour donner toutes garanties aux mesures.
- Quant à l’étalon lumineux, il se modifie, à la longue; mais les erreurs qui pourraient en résulter sont évitées par une vérification périodique, effectuée à l’aide d’une seconde lampe dont l’emploi
- 1. Guilleminot. — Radiométrie fluoroscopique, 1910. Stemheil, éditeur.
- rare et court assure la constance relative. Ce second étalon (figuré en E') est placé, avec ses verres de couleurs et ses verres dépolis, dans un tube de cuivre qui vient s’adapter à l’extrémité de la lunette de visée des rayons X. Une clé permet de relever l’écran de platinoeyanure pour rendre le champ libre. Dès lors, le voltage des deux lampes étant amené au chiffre indiqué, l’égalité des plages est obtenue en élargissant ou en rétrécissant un diaphragme solidaire du premier verre dépoli.
- Le même appareil peut servir aussi de qualito-mètre, grâce à un filtre d’aluminium À, que l’on peut abaisser, à l’aide d’une clé, devant l’écran de platinoeyanure. Il est donc très facile de préciser la qualité des rayons X utilisés, aussi 'bien que leur intensité, et de doser la quantité que doit en absorber l’organe en traitement.
- L’unité d’intensité adoptée par le D1’ Guilleminot est l’intensité du rayonnement qui, agissant normalement sur une solution chloroformique d’iodo-forme à 2 pour 100, suivant 1 cm2 de surface et 1 cm de profondeur, libère en 1 seconde 1 gr.X'10-8 d’iode.
- L’unité d’intensité agissant pendant 1 minute, unité de temps médical, donne l’unité de quantité, appelée unité M.
- L’effet en est très différent, sur les divers organes, suivant la qualité du rayonnement : les lésions superficielles sont traitées par des rayons peu pénétrants, tels que ceux qui correspondent aux nos 1 ou 2 du radiochromomètre de Benoist ; tandis que la radiothérapie profonde exige des rayons d’autant plus durs, que le tissu à traiter est plus éloigné de la surface. Pour ne citer qu’un exemple, à la profondeur de 4 cm, 100 M de rayons nos 7-8, filtrés pour 5 cm d’aluminium, ont une efficacité double de 100 M en rayons nu 4, alors que leur nocivité pour la couche cutanée sensible est 1 58 »
- dans le rapport -4—-, c’est-à-dire environ 4 fois
- .0,0
- moindre.
- On voit par là toute l’importance d’une dosimétrie exacte, pour appliquer à chaque cas le traitement qui lui convient. Ernest Codstet.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahïïee, rue de Fleurus, 9, à Paris.
- p.96 - vue 100/474
-
-
-
- LA NATURE. — N* 2316. ..: .. : — 16 FÉVRIER 1918.
- LES HAUTS FOURNEAUX DE CAEN
- La mise en valeur des gisements de minerais de fer de la Basse-Normandie devait avoir pour corollaire inéluctable l’établissement d’une grande métallurgie'dans le nord-ouest de la France. Bien que les produits du bassin angevino-normand fussent destinés, par la position géographique des dépôts, a être plus volontiers exportés, l’idée devait venir d’en utiliser sur place une certaine proportion, comme le développement de l’extraction des minettes de Longwy et Briey avait eu pour effet de créer une puissante sidérurgie dans les campagnes de Meurthe-et-Moselle.
- Un industriel allemand, M. Thyssen, ayant acquis la mine de Soumont, distante de Caen de 25 kilomètres, forma le projet d’édifier des hauts fourneaux à Caen, qui seraient alimentés par ses charbonnages de Westphalie. Les navires qui eussent apporté des houilles devaient remporter du minerai pour les fourneaux rhénans.
- Mais la nécessité s’imposait de relier les futures usines et le port de Caen aux carreaux de Soumont. M. Thyssen n’obtint la concession du chemin de fer minier qu’en associant à ses intérêts la Société française de Constructions mécaniques (Cail); cette
- Echelle
- 'are cen cra/e
- Fig. i. — Plein général de Vinstallation des hauts fourneaux de Caen. En cartouche : la position par rapport à Caen et à la mer.
- La Normandie, d’ailleurs, avait connu dans le passé une grande industrie du fer, qui s’était maintenue à un haut niveau de prospérité jusqu’aux malencontreux traités de 1865, lesquels, en ouvrant le pays aux fontes étrangères, avaient provoqué la ruine de la sidérurgie normande, jadis représentée par d’innombrables établissements : Beauchêne et Bourberouge dans la Manche; Balleroy, Damvou, Saint-Rémy, dans le Calvados ; Saint-Evroult, Lo-geard, Randonnay, Rânes,,Carrouges, Saint-Denis-sur-Sarthon, Roche-Mabille, Glos-la-Ferrière, Ha-louze, la Ferrière aux Étangs, Bagnoles, Saint-Patrice-du-Désert, dans l’Orne ; Trisay, La Bonneville, la Guéroulde, Breteuil, Rugles, Bourth, ,1a Poultière, Courcelles, Yaugouin, dans l’Eurerpour ne citer que les principaux, avaient eu jadis un renom justifié, bien qu’il n’en reste plus guère qu’un souvenir dans la plupart des cas.
- 46° Année. — 1" Semestre-
- dernière devait avoir la prééminence dans les assemblées, et le personnel devait être exclusivement français. _
- La Société des Hauts Fourneaux et Aciéries de Caen, constituée dans ces conditions, entreprit, dès la fin de 1912, d’importants travaux sur la rive droite de l’Orne, où M. Thyssen avait acquis des terrains considérables. La guerre survint, alors qu’une cinquantaine de millions avaient été 'consacrésà cette œuvre, et les travaux furent interrompus. ' . ,
- Cependant, les besoins de la Défense nationale exigeant une production de fonte et d’acier toujours plus grande, le gouvernement français décida de hâter l’achèvement des établissements. Les biens de M. Thyssen avaient]été mis sous séquestre. La Société Cail ne pouvait assumer la charge de poursuivre les travaux à son propre compte. C’est alors
- 7-. -.97.
- p.97 - vue 101/474
-
-
-
- 98
- LES HAUTS FOURNEAUX DE CAEN
- qu’intervint la Société Schneider et Cie (le Creusot), à laquelle ne tarda pas à se joindre la Compagnie des Aciéries de la Marine et d’IIomécourt (Saint-Chamond). Les deux puissantes firmes nationales formèrent la Société Normande de Métallurgie qui devait avoir l’honneur de doter la France d’un établissement modèle, et de préluder à la rénovation industrielle de la Normandie. 1
- Les terrains sur lesquels est située l’usine de Mondeville-Oolombelle, plus connue sous le nom de Hauts Fourneaux de Caen, occupent une superficie d’environ 450 hectares. Ils sont placés à 4 km au nord-est de Caen, et s’étendent à la fois sur les
- M. Barois, comporte essentiellement un vaste bassin, réuni au canal par une passe, que traverse un pont tournant..
- Un môle — récemment terminé — accostable sur deux faces et desservi par cinq voies ferrées, permet le chargement d'un bateau de 4500 tonnes en 24 heures. Un second môle pourra être construit ultérieurement dans le port, parallèlement, au premier. En outre, une rive du bassin pourra également recevoir deux môles complémentaires.
- Les bateaux de 1800 t. peuvent accéder actuellement au port même de l’usine. Les projets d’approfondissement du canal, en voie de réalisation,
- Fig. 2. — Vue d'ensemble des hauts fourneaux.
- bords du canal de Caen à la mer et sur un plateau calcaire qui domine le litdel’Orne d’une hauteur de 30 à 35 m. La superficie des terrains propres "à l’installation des usines est de 200 hectares environ, occupant le niveau supérieur du plateau et ses pentes. M. Thyssen avait commis l’erreur de vouloir édifier ses ateliers dans la vallée, mais celle-ci est constituée par des alluvions de l’Orne, et le roc stable doit être cherché à plus de 20 m. de la surface du sol. De ce chef, de nombreux millions avaient été dépensés en pure perte à l’origine de l’installation.
- Les hauts fourneaux de Caen sont reliés par des voies particulières à la gare de Caen du réseau de l’État, au port de Caen et à un port spécial, dit appontement d’Hérouviile, établi au bas du plateau. Ce port, dont le projet a été fixé par
- permettrontle passage de bateaux de 4000 t. et plus tard, de 8000 t.
- Enfin, un chemin de fer spécial, construit par la Société Normande de Méialiurgie, relie l’établissement de Mondeville-Colombelles aux mines de fer de Soumont dont la Société est aujourd’hui propriétaire et qui sont situées à 23 km. de l’usine.
- Il convient immédiatement de remarquer que les hauts fourneaux de Caen se trouvent dans une situation topographique particulièrement avantageuse, au débouché d’un estuaire, et qu’ils sont assurés de communications faciles avec l’extérieur et l’intérieur par la mer, les canaux et les voies ferrées qui se déploient en éventail autour de Caen.
- Us sont également parfaitement assurés — et cela pour une période indéfinie — de leur approvisionnement en minerais, par les exploitations de
- p.98 - vue 102/474
-
-
-
- LES HAUTS FOURNEAUX DE CAEN -.....: 99
- pourra recourir à l’importation des charbons du Nord et de la Belgique par les canaux et la voie maritime. D'ailleurs, d’anciennes exploitations de
- Soumont, dont la production est entièrement réservée à la Société normande de Métallurgie, par celles de Saint-André, Saint-Rémy et May, avec lesquelles la Société a conclu des marchés à long terme. La mine de May n’est qu’à 18 km de l’usine par le réseau d’Etat (station de Feuguerolles-Saint-André) et peut être aisémtnt reliée au chemin de fer de Soumont ; celle de Saint-André est voisine de l’exploitation de May, et celle de Saint-Rémy n’est qu’à 30 km des hauts fourneaux par la ligne de Caen à Laval.
- Les minerais extraits contiennent de 45 à 50 pour 100 de fer et de 15 à 25 pour 100 de silice et d’alumine. Les fontes données par ces minerais ne renferment que 1 pour 100 de phosphore. On peut donc les traiter directement au four Martin. Par l’addition au lit de fusion delà craie
- phosphatée, la teneur en phosphore peut être portée à 2 pour 100 environ, proportion convenable pour le traitement au convertisseur Thomas.
- L’approvisionnement en charbon se fait par mer pour les charbons anglais. Après la guerre on
- Fig. 3. — Silos à minerais.
- houille ont existé dans la région, à Littry (Calvados) et au Plessis (Manche).
- Présentement des sondages ont été à nouveau
- entrepris à Littry, distant de Mondeville de 35 kilomètres; on espère y retrouver le prolongement des bassins houillers anglais.
- Tout le pays étant de formation calcaire, la castine nécessaire à l’établissement des lits de fusion et à la fabrication de la chaux employée par les aciéries se rencontre sur place.
- Toute usine sidérurgique, ayant besoin de minerai ou de charbon, doit se placer sur l’un ou l’autre. L’usine de Mondeville est établie sur le -minerai. Le charbon lui parviendra économiquement par voie d’eau, et Ton peut prévoir pour l’avenir, un échange de fret : minerai contre charbon. Ses destins sont donc des mieux assurés.
- Pénétrons maintenant, grâce à l’obligeance de la
- Fig. 4. — Bassin de décantation du réfrigérant. Hamon*
- p.99 - vue 103/474
-
-
-
- 100
- LES HAUTS FOURNEAUX DE CAEN
- Société Normande de Métallurgie, dans les vastes établissements des bords de l’Orne.
- Les installations ont été conçues avec une méthode tout à fait remarquable. La main-d’œuvre y est restreinte autant que possible, et lés opérations s’enchaînent sans retour en arrière, comme il arrive malheureusement dans la plupart de nos anciens établissements construits en plusieurs étapes.
- Le charbon, déchargé dans le port d’Hé-rouville, est amené dans des wagons automatiques de 50 tonnes, au moyen d’une voie qui escalade le plateau, dans une batterie de 5 silos, d’une contenance de 4 .à 5000 tonnes chacun.
- et transporté par câble aérien aux tours des fours à coke, chaque batterie de fours comportant sa tour propre.
- Il existe actuellement 4 batteries de fours, dont la première a été mise
- ....v | en marche le 12 no-
- . vembre 1916. Chaque
- batterie est formée de 42 fours à récupération, du système de la Société Franco-Belge de fours à coke. La charge d’un four est d’environ 10 t. de charbon. Elle se pratique au moyen de 2 coal-cars électriques, roulant au-dessus des fours. Ces appareils s’approvisionnent à la tour et versent leur charge par la partie supérieure du four. Le détournement s’exécute au moyen de défourneuses
- Fig. 5. — Four à coke et transporteur aérien.
- Fig. 6. — Haut fourneau et coivpers en service {décembre 1917).
- Le combustible est pris au pied des silos par un élévateur, et élevé ensuite par une chaîne à godets jusqu’à l’atelier de broyage. Cet atelier comporte 3 broyeurs, pouvant chacun traiter 40 t. à l’heure. Le produit ainsi préparé est déversé à l’aide de goulottes dans des bennes suspendues,
- électriques, qui circulent sur une voie établie sur une plate-forme à l’arrière des fours. Le coke après refroidissement est déversé sur un tapis roulant, et emporté jusqu’à la tour de chargement.
- La production totale du coke atteint 1000 t. par
- p.100 - vue 104/474
-
-
-
- LES HAUTS FOURNEAUX DE CAEN
- jour. Deux autres batteries, en construction, seront mises en service dans quelques mois, et porteront la fabrication à 1500 t. par jour, soit plus de 500000 t. par an.
- La Société Normande de Métallurgie a pris soin de pouvoir utiliser le> sous-produits de la fabrication du coke, d’ailleurs si nécessaires pour la défense nationale.
- Les gaz, aspirés par de puissants extracteurs, passent successivement dans des réfrigérants et des appareils Felouze, où ils se débarrassent des gou-. drons, dans l’u-’sine à sulfate, où ils abandonnent leur ammoniaque, dans un nouveau réfrigérant où ils sont refroidis à la température voulue,. et dans les laveurs à ben-/ zols où les vapeurs de benzol sont absorbées.
- Ils retournent ensuite aux fours, ou à une batterie de chaudières, dont ils assureront le chauffage.
- L’atelier de préparation de goudrons comportera prochainement le traitement des phénols et de la naphtaline.
- L’usine sidérurgique proprement dite comprend les hauts fourneaux, l’aciérie et les laminoirs..
- Les hauts fourneaux seront tous du type de 400 t. Les dimensions adoptées sont les suivantes : hauteur totale 23 m. 51, diamètre du creuset 4 m. 70, diamètre du ventre 7 m. 10, diamètre du gueulard 4 m. 25, hauteur du creuset 1 m. 90.
- Le vent est fourni à ces appareils par 16 tuyères de 150 mm, plus 8 tuyères de secours. Le chauffage du vent est, d’autre part, assuré par 5 appareils Cowpers de 33 m. de hauteur et 7 m. de diamètre intérieur. La pression du vent, en marche normale, atteint 60 cm de mercure.
- Le. chargement des hauts fourneaux caennais est
- 101
- entièrement mécanique. Le minerai, apporté de la mine par wagons automatiques de 50 t., est déversé dans des silos souterrains de 1800 à 2000 t. de capacité, au nombre de 15 pour les deux premiers hauts fourneaux ; 8 de ces silos sont actuellement en service.
- Ces silos sont munis à leur partie inférieure de trappes à commande électrique, qui permettent de déverser la quantité voulue de chaque espèce de minerai et de casline dans une benne circulaire, à fond conique mobile, de 3 m. de diamètre, portée sur
- —— — i une bascuie au_
- tomatique, montée elle-même sur un tracteur électrique. La benne, dont la charge utile est de 16 t., est reprise par un pont roulant, et portée sous l’élévateur. ,
- Des bennes de même forme, de 5 t. de charge, sont approvisionnées de coke, amenées sur trucks à proximité de l’élévateur, et transbordées sous ce dernier, au niveau, du sol, à l’aide d’un pont roulant et d’un truck automoteur électrique.
- Les bennes, à minerai ou à coke, sont hissées par le treuil au plancher supérieur.
- Là, Je mouvement vertical se transforme automatiquement en mouvement horizontal et. la benne est transportée par le pont roulant supérieur au-dessus du gueulard, où elle s’arrête automatiquement. La benne s’abaisse et vient coiffer le cône du gueulard qui a la même forme que le fond de la benne, tandis qu’un couvercle étanche ferme la partie supérieure de la benne. Le fond s’enfonce avec le cône du gueulard, et la charge tombe à l’intérieur du fourneau.
- Les mêmes manœuvres ont lieu ensuite en sens inverse, et la benne vide est reposée sur le fond des silos à minerai ou sur le truck des bennes à coke. wmâ&rM , 'f ......
- Fig. 7. — Vue des.Récupérateur s.
- p.101 - vue 105/474
-
-
-
- LES HAUTS FOURNEAUX DE CAEN:
- 102
- Il convient de remarquer que toutes les manœuvres des élévateurs sont commandées de la partie inférieure du fourneau et qu'il n’est besoin d’aucun ouvrier sur les plates-lormes du haut fourneau.
- La main-d’œuvre est donc réduite au mini-
- mum et les inhalations mortelles sont impossibles.
- Les installations de hauts fourneaux avaient été commencées par l’ancienne société et ont été poursuivies, avec de nombreuses variantes, par la Société Normande de Métallurgie. L’étude complète des installations de l’aciérie est, au contraire, l’œuvre personnelle de MM. Schneider et Gie.
- L’aciérie, actuellement en construction, comportera 5 fours Martin de 25/50 t., et 4 cornues Bessemer Thomas de 25 t., avec un mélangeur de 700 t. Le bâtiment, entièrement en béton armé, mesure 275 m. de long.
- Le premier four sera mis en marche vers la fin de février 1918, et les autres entreront successivement en service à un intervalle de^ six semaines à 2 mois.
- La mise en marche de la première cornue aura lieu au printemps, les suivantes à des intervalles de six semaines à deux mois.
- La fabrication de l’acier pourra se faire en employant soit le procédé Thomas, soit le procédé Martin, soit, enfin, le procédé duplex; dans celui-ci la fonte, traitée dans la cornue Thomas, est transformée en acier doux, qui est raffiné au four Martin, de manière à améliorer sa qualité.
- On exécute, d’un autre côté, un blooming de 250 000 tonnes de production annuelle, entiè-
- rement construit par les établissements Schneider.
- Les lingots seront reçus à chaud de l’aciérie, démoulés aux laminoirs, et placés, pour égaliser leur température, dans des fours Pits, chauffés au gaz. L’installation d’un train semi continu à petits fers est également commencée. Sa production, suivant le prolil, variera entre 90 et 250 t. par jour, et atteindra 50 000 t. par an.
- L’usine comporte, enfin, quelques services annexes : 1° une station centrale, dont la puissance, lorsque tous les éléments seront en route, voisinera 54 000 HP., pour une consommation prévue de 2000 HP.
- Cette station renferme des moteurs à gaz et des turbos à vapeur — desservis par 4 chaudières — ceux-ci devant servir, en marche normale, de secours aux premiers. Toutefois,. ils ont été mis en service en premier lieu pour fournir à l’usine l’énergie nécessaire et au haut fourneau le vent indispensable.
- 2° Une importante fonderie a été installée, où, après avoir précédé à la fabrication d’obus, on établit les pièces principales nécessaires aux aciéries et laminoirs.
- Fig. 9- — Appontements dit port spècial.
- 5° Un atelier pour le traitement des dolomies.
- 4° Un atelier d’agglomération de minerai est aussi en construction.
- 5" Enfin, une vaste organisation a été prévue pour l’emmagasinement de l’eau. La consommation de l’usine sera d’environ 000 à 900 mètres cubes à l’heure.
- L’eau est pompée dans l’Orne et envoyée dans un bassin situé au bas de la falaise qui porte
- Fig. 8. — Aciéries en construction en ciment armé.
- p.102 - vue 106/474
-
-
-
- I
- EFFICACITÉ DES BOMBARDEMENTS TERRESTRES ET AÉRIENS
- 103
- l’usine. Des pompes l’envoient . dans -un château d’eau surélevé dont les 5 bassins, 2 supérieurs et un souterrain, peuvent contenir 250, 1300 et 500 m\ De là l’eau est conduite aux lieux où il est besoin. Les eaux usagées vont ensuite rejoindre un bassin de décantation, situé près du bassin de départ, où elles aboutissent après épuration, pour être utilisées dé nouveau.
- Tel apparaît l’usine de la Société Normande, le plus moderne de nos établissements sidérurgiques nationaux, demain l’un des plus puissants, et dont la réalisation prélude à l’industrialisation de l’agricole Normandie, vouée à devenir l’up des grands centres français d’activité dans la lutte économique de l’après-guerre.
- Auguste Pawlowski.
- EFFICACITÉ DES BOMBARDEMENTS TERRESTRES ET AÉRIENS
- La venue des avions sur les villes n’est pas sans préoccuper vivement l’opinion publique. La première question qup chacun se pose, et cela est bien naturel, est la suivante : combien ai-je de chances pour être touché par une bombe ou ses éclats ?
- Une réponse tout au moinsapproximative peut être donnée en s’adressant à cette science, un peu mystérieuse pour le public non initié, qui s’appelle le calcul des probabilités. Que l’on puisse énoncer des lois qui régissent ce qui par définition échappe à toute prévision, que les mathématiques enchaînent le hasard, voilà qui est surprenant. Mais ce qui l’est encore plus, semble-t-il, c’est que ces lois ne s’appliquent pas seulement aux fantaisies de la roulette, au tirage plus ou moins compliqué des loteries, aux jeux du hasard : elles ont une part importante dans l’art militaire et la préparation d’une offensive doit tenir compte de leurs indications. Et cependant c’est l’exacte vérilé.
- Nous voudrions exposer aussi simplement-que possible à nos lecteurs, non les lois mêmes et les théorèmes du calcul des probabilités, mais les applications militaires et les résultats précis qu’elles permettent d’obtenir en artillerie terrestre et aérienne.
- Lorsque l’on tire un grand nombre de coups de canons avec la même pièce et dans des conditions rigoureusement semblables, c’est-à-dire même » hausse, même charge de poudre, même poids4 de projectiles, circonstances atmosphériques iden-
- tiques, etc., on constate que les points de chute des projectiles, les points d'impact sont différents, peuvent être enfermés dans un rectangle et que la répartition n’est pas uniforme à l’intérieur de ce rectangle. Vers le centre, la densité des coups est la plus grande et va en diminuant lorsqu’on s’éloigne du centre que l’on appelle le point moyen d’impact. On désignera par écart moyen en portée, ou en direction, la moyenne des écarts en portée ou en direction par rapport au point moyen.
- Nous voici déjà en plein calcul des probabilités, mais que nos lecteurs se rassurent, nous n’irons pas plus ayant. Définissons encore Xécart probable et passons ensuite aux résultats pratiques.
- Supposons que l’on élève sur la droite joignant le point moyen à la pièce deux droites perpendiculaires limitant, l’une la meilleure moitié des coups courts (c’est-à-dire tombés entre la pièce et le point moyen) ; l’autre, la meilleure moitié des coups longs (tombés au delà du point moyen), la dislance qui sépare ces deux droites est dite écart probable en portée (l). Les tables de tir donnent, pour chaque canon et pour chaque distance, les écarts probables en direction, en portée et en hauteur.
- Tous les coups en portée sont compris dans une bande, ayant comme longueur totale huit fois l’écart probable en portée (fig. 1). Il en est de même en
- 1. L'écart probable et l'écart moyen sont liés par la relation Écart probable — écart moyen X 0,8453.
- Point moyet
- Ecart moyen en w tporièe
- Écart moyen en direction
- La répartition des projectiles autour du point moyen d'impact.
- p.103 - vue 107/474
-
-
-
- 104 — EFFICACITÉ DES BOMBARDEMENTS TERRESTRES ET AÉRIENS
- direction, de sorte que la totalité des coups est comprise dans un rectangle ayant pour centre le point moyen et dont les dimensions sont en largeur 8 écarts probables en direction-' et en longueur , 8 écarts probables en portée (*).
- Pour avoir le pourcentage des coups qui tomberont dans un des rectangles ainsi déterminés, il suffit de multiplier les deux pourcentages correspondants. Par exemple dans le rectangle hachuré il tombera 2,56 pour 100 des coups.
- Ces éléments étant connus, en appliquant les théorèmes du calcul des probabilités sur lesquels nous n’insisterons pas, on arrive à déterminer le pourcentage des coups au but dans les cas les plus favorables. Donnons un cas concret.
- Un emplacement de batterie ennemie de 10 m. sur 8 m. est à 4000 m. d’une pièce de canon dont les écarts probables sont à cette distan.ce de 9 m. 70
- agglomération en cas de raid aérien de l’ennemi suivant-qu’il se trouve à découvert sur la voie publique, ou abrité dans une maison ?
- Un journal anglais, The Aéroplane, s’appuyant sur des chiffres, malheureusement très abondants, relatifs aux bombardements de Londres, a cherché à répondre à cette question. Nous allons exposer les raisonnements que lui permettent d’établir ses prévisions et nous les examinerons ensuite en.cherchant à en tirer les conséquences, pour Paris par exemple.
- L’auteur anglais considère la superficie de l’agglomération londonnienne qui est de 750 kilomètres, carrés d'une part et de l’autre la zone dangereuse autour du point d’impact d’une bunbe de calibre moyen. Dans un rayon de 35 à 40 m. autour de ce point, les effets de l’explosion sont extrêmement meurtriers; c’est la zone de mort.
- Coefficients fractionnaires du risque pour un habitant.
- POSITION. DANS LAQUELLE NOMBRE DE BOMBES LANCÉES
- SE TROUVE L’HABITANT 1 10 ÎOO 500 5.000
- Dans un appartement de 45 mètres carrés au rez-de-cbaussée d’une maison bien bâtie : trois bons étages et toit 96.000.000 9.600.000 960.000 192.000 19.200
- Idem dans une maison assez bien bâtie à deux étages. . 72.000.000 7.200 000 720.000 144.000 14.400
- Idem dans une maison dont la construction laisse à désirer .....' 48.000.000 4.800.000 480.000 96.000 9.600
- Dans un appartement bien construit de 45 mètres carrés au niveau du sol, sans abri supérieur. 24.000.000 2.400 000 240.000 48.000 4.800
- En terrain découvert 150 000 15.000 1.500 300 30 .
- en portée et 1 m. 10 en direction. Sur 100 coups de canon tirés dans les meilleures conditions, on trouve que 23 seulement auront des chances d’aller au .but.
- On comprend immédiatement la quantité considérable d’obus qu’il faut consommer pour réduire un blockhaus ou un abri de mitrailleuse, et, en même temps, l’intérêt des calculs précédents qui permettent d’évaluer la dépense totale de munitions à briller lors d’une préparation d’artillerie. De ces calculs résulte l’importance de l'approvisionnement à constituer et le temps nécessaire pour l’opération du marmitage.
- Quittons maintenant ces considérations purement militaires et venons-en au problème qui actuellement intéresse l’arrière. .< '
- Quels sont les risques courus par l’habitant d’une
- 1. Voici pour le canon de 95 tirant un obus de 12 kg à 418 m. de vitesse initiale quelques écarts probables a différentes portées :
- Portée 1000 m. „ en porLée 6 m. 90 en direction 0 m. 30
- — 200O — -r- 7 m. 20 — 1 m. »
- _ 4000 — — 10 m. 60 — 3 m. 40
- — 6000 — — 26 m. » — 7m.~)»
- — 8000 m. — 58 m. » — 15m. ».
- Certes, des fragments sont projetés plus loin que 40 m., mais comme il a été constaté que l’angle moyen des trajectoires avec le sol était d’environ 45 degrés, on en déduit que toute personne debout à plus de 4 m. 50 du point de chute de la bombe peut être indemne de blessure, par « fragmentation », l’éclat d’obus, à cette distance, étant supposé passer au-dessus de 2 m. du s »1. Mais, d’autre part, il existe une seconde zone de « fragmentation » dangereuse : c’est celle couverte par les éclats quand ils retombent au sol Cette zone affecte la forme d’une couronne d’environ un mètre de large, et qui aurait pour rayon moyen 200 m., le centre étant naturellement le point de chute de la bombe.
- En ajoutant la superficie des deux zones, on arrive à une surface totale de 6000 m2 environ, que le calculateur porte à 10 000. Ceci fait, il divise la superficie de Londres en 75 000 zones dangereuses de lOOüO m2 chacune. Ce qui revient à dire que pour une bombe lancée sur Londres, il existe seulement une chance sur 75 000 pour qu’elle tombe dans une zone déterminée. Et comme dans chacune de celles-ci, il n’est ^as exagéré de dire qu’un habitant a une chance sur deux pour ne pas être touché, on
- p.104 - vue 108/474
-
-
-
- 105
- EFFICACITE DES BOMBARDEMENTS TERRESTRES ET AÉRIENS
- estime qu’en terrain découvert et pour une bombe lancée sur Londres, un habitant a seulement un cent cinquante millième de chance d’être atteint.
- Nous passerons la discussion de la valeur des abris couverts, de la protection offerte par les maisons à rez-de-chaussée unique, à un ou plusieurs étages. Ce qui est intéressant, ce sont les déductions que nous reproduisons (p. 104). Dans ce tableau, les chiffres indiquent pour chaque genre de protection le dénominateur fractionnaire du risque, d’après le nombre de bombes lancées.
- « Le plus grand risque exprimé sur ce tableau est envisagé dans le cas où cinq mille bombes seraient lancées sur Londres. Dans ces conditions, un habitant, ne profitant d’aucun abri, aurait une chance sur trente d’être atteint; le même habitant aura seulement une chance sur dix-neuf mille deux cent d’être touché s’il se trouve abrité dans le rez-de-chaussée d’une maison à trois étages, etc., etc.
- Ajoutons qu’à Londres la superficie des jardins, des cours, des avenues et des rues étant trois fois plus grande que celle des espaces bâtis, il y a trois chances contre une pour que les bombes tombent en terrain découvert. On voit combien il est nécessaire de s’abriter en cas d’une attaque aérienne.
- Malgré tous ces risques, nos alliés conservent un excellent moral et leurs écrits en témoignent. Voici, en effet, comment conclut notre confrère :
- « Il y a encore trois autres risques, très sérieux ceux-là, qui ne sont cependant pas couverts par les assurances. Premièrement, il y a le risque de prendre froid et de contracter une pneumonie pendant j}ue l’on erre sur l’asphalte à la recherche d’un abri.
- « Le second risque, si l’on s’est réfugié dans un métro, c’est d’être écrasé dans un tamponnement. Car si les sous-sols fournissent un excellent abri contre les bombes, les dangers d'écrasement — et aussi la crainte d’avoir sa montre volée — sont réellement à considérer.
- « Le troisième, risque, c’est de contracter les germes d’une maladie. Ce n’est pas un gros risque. Beaucoup de personnes préféreront attraper un germe de maladie et manquer une bombe plutôt que Rattraper une bombe en évitant le germe malin. - »
- Que peut-on conclure de cette étude pour la probabilité d’accident dans nos villes de France? Sans contester les trois derniers risques énoncés avec l'humour qui caractérise nos voisins d’outre-Manche, il nous semble que n’admettre pour une bombe qu’un cerclé de 9 m. de diamètre pour la zone dangereuse par éclats de fragmentation du projectile, est trop faible et que d’autre part la couronne dans laquelle retombent les éclats, si évidemment elle ne constitueras un séjour agréable, n’est pas non plus et à beaucoup'près aussi mortelle que celle environnant le point de chute. On y compte des blessés, des contusionnés, mais presque jamais de morts.
- Quant à la protection des maisons, elle est très discutable. Avec un projectile puissant à retard qui
- traverse les plafonds sans rencontrer de résistance suffisante pour l’arrêter, comme c’est le cas dans les maisons modernes trop légèrement construites, l’éclatement se produira, pour une maison de 6 étages au 4e et au 5e par exemple, « soufflera » les étages supérieures, et les matériaux en retombant auront grande chance de déterminer l’effondrement des étages inférieurs ensevelissant tous ceux qui ne se sont pas réfugiées dans les caves voûtées ou les abris spéciaux que l’on créera peut-être... pour la prochaine guerre.
- A Paris, la densité des bâtiments est beaucoup plus forte qu’à Londres, les squares, les larges cours, les avenues sont beaucoup moins nombreux ; d’un autre côté les maisons sont plus hautes, et par suite plus peuplées. Dans ces conditions, il semble que le problème soit autre en France qu’en Angleterre et que les conclusions et les mesures de sécurité ne doivent pas être purement et simplement copiées ici sur ce qu’on fait là-bas.
- Pour un grand nombre de quartiers de Paris, la superficie bâtie est égale à la superficie libre. Si on suppose une bombe tombant, elle aura autant de chances de frapper une maison que de tomber dans la rue. Mais dans ce dernier cas, les effets se produisent à beaucoup plus grande distance. S’il est vrai qu’un poilu, habitué à reconnaître au sifflement qui accompagne la chute des bombes le lieu probable de leur explosion, peut préférer être en plein air et se jeter prestement à terre, plutôt que de risquer de voir une maison s’effondrer sur lui, il n’en est pas moins à recommander aux civils peu familiarisés avec cette gymnastique, de profiter des abris formés par les constructions, et de ne pas se masser dans les rues. Les effets des bombes seront localisés et le nombre des victimes que nous aurons à pleurer sera ainsi diminué.
- D’ailleurs si nous doublons les probabilités indiquées par le calculateur anglais, nous serons très au-dessus des cas probables dans lesquels une bombe pourrait atteindre soit directement, soit par ses éclats. On voit donc qu'il n’y a pas lieu de s’inquiéter outre mesure d’une éventualité qui, selon un pince sans-rire, est tout juste aussi probable que celle de gagner un gros lot à une loterie, ou d’être victime d’un accident de chemin de fer. Aussi comprend-on mal certaines compagnies d’assurances qui pour garantir les immeubles contre les risques de la guerre aérienne demandent de payer des primes de 2 ou 3 pour 1001 Ce chiffre exorbitant est tout juste tolérable dans les villes à 10 km du front, sujettes au bombardement journalier comme Nancy, Dunkerque ou Verdun. L’appliquer aux villes de l’intérieur est inadmissible. Sembler mépriser la défense, la compter pour néant et exiger une prime aussi forte est faire œuvre de mauvais français.
- Calculer les thances que l’on a d’être tué ou blessé et constater qu’elles sont minimes est bien. Il serait préférable que ces chances soient
- p.105 - vue 109/474
-
-
-
- 106
- A PROPOS DE L’AVION SANITAIRE
- nulles ou tout au moins réduites au minimum ; cela nous amène à dire quelques mots pour terminer non des défenses actuelles dont l'efficacité est si grande... que les avions ont pu bombarder Paris pendant 2 heures sans être inquiétés, mais de celles que l’on pourrait logiquement concevoir.
- Pour les habitants, établissement de refuges et utilisation de ceux qui existent. Ces refuges naturellement seraient connus, désignés, et faciles à retrouver la nuit, grâce à une lumière de couleur par exemple.
- L’ennemi s’attaquant particulièrement aux usines, aux installations métallurgiques, aux centrales d’électricité et de force et opérant surtout par temps clair où les objectifs sont visibles d’altitudes assez grandes, il faudrait évidemment cacher ces objectifs ou en défendre l’approche.
- Or, circonstance favorable, tous ces- buts de choix sont munis de hautes cheminées, d’autant plus hautes et plus nombreuses que l’installation est elle-même plus importante. II suffirait donc d’utiliser ces pylônes tout trouvés pour brûler à leur sommet les engins fumigènes analogues à ceux dont la marine est pourvue. Ces engins qui dégagent une quantité énorme de fumée pour un coût très modique,' puisqu’ici l’appareil lui-même n’est pas perdu et la matière fumigène seule est consommée, répandraient sur les bâtiments avoisinants un nuage très opaque dont l’étendue n’est limitée que par la quantité d’engins dont on dispose. Ce nuage traînant, se déplaçant dans l’atmosphère sous l’action du vent qui règne toujours à quelques mètres au-dessus du sol, se diffuserait; il ne masquerait peut-être pas toute une ville, mais il gênerait suffisamment les aviateurs ennemis pour rendre leur tir incertain.
- Les barrages aériens, dont la presse quotidienne a parlé à plusieurs reprises, idée française appli-
- quée en Allemagne, pourraient aussi calmer l’ardeur de nos ennemis. Soit permanents, suspendus par des trairis de planeurs ou des ballons captifs, soit temporaires, lancés pour les avions de la défense pu mieux les canons antiaériens, ces filets dans lesquels les ennemis viendraient s’empêtrer les forceraient à plus de prudence et leur interdiraient l’accès des zones essentielles.
- On pourrait aussi chercher à dérouter les avions en créant de fausses lueurs, semblant à grande altitude provenir d'usines et. attirant ainsi les coups de l’ennemi; celui-ci dépensera alors ses munitions sur ce qu’il prendra pour des buts; importants qui ne seront, en réalité, que des lampes électriques munies de réflecteurs et de globes de forme et de couleur appropriées, disposées suivant des contours convenablement étudiés. - *
- Enfin les projecteurs et les canons de la défense terrestre, en aveuglant l’ennemi et en formant, par des tirs accélérés, un barrage de mitraille, forceraient les escadrilles à rebrousser chemin.
- Quant à la lutte nocturne d’avion contre avion à laquelle on semble donner la préférence, l’expérience a montré, aussi bien en Angleterre qu’en France, qu’elle ne fournit pas de résultats en rapport avec les dangers courus. L’aviateur ami, qui doit pouvoir se faire reconnaître de ses camarades de combat et des défenses fixes, porte des lampes indicatrices et des projecteurs dont l’éclat suffit aux ennemis pour le repérer et l’éviter. De plus, sauf circonstances exceptionnelles, l’aviateur qui dans le ciel, en pleine nuit, est sourd et aveugle, ne pourra découvrir l’ennemi et encore moins l’attaquer efficacement.
- Aussi, espérons-nous que, profitant de l’expérience chèrement acquise, les mesures seront prises pour réduire l’efficacité des bombardements aériens. X***
- A PROPOS DE L’AVION SANITAIRE
- J’ai lu avec intérêt, mais non sans surprise, l’article récemment publié sous ce même titre (p. 47, 19 janvier 1918). fl y est dit que M. Chassaing est le créateur de l’avion sanitaire. La vérité historique m’oblige à rectifier cette assertion et à rappeler un article sur cette même question, que j’ai publié voilà un an et demiQ).
- C’est incontestablement au Dr Duchaussoy, fondateur et secrétaire général de l’Association des Dames françaises, que revient le mérite d’avoir le premier conçu l’idée de. transporter les blessés par voie aérienne. Son projet, approuvé par le Consèil de l’Association, fut renvoyé à une Commission technique qui élabora un programme parfaitement réalisable. Néanmoins, Je Ministre de la Guerre ne jugea pas utile de le mettre à exécution, limitant le rôle des aéroplanes à la recherche des blessés, à l’apport des pansements et à la liaison avec les postes médicaux.
- 1. R. Blaxchard. Le transport des blessés en aéroplane. Paris médical, p. 55-55, 15 juillet 1916.
- La guerre vint prouver que le Dr Duchaussoy avait raison. Pendant l’effroyable retraite d’Albanie, treize malades ou blessés furent transportés par la voie des airs. L’un d’eux, très gravement blessé, fut évacué en deux étapes, de Mitrovitza à Prizrend (80 km), puis de Prizrend à Vallona (250 km). Les 'avions utilisés étaient en fort mauvais état, après leurs longs services et de multiples réparations de fortune; ils ne présentaient aucun aménagement particulier pour la commodité des voyageurs (*).
- Le succès de ces raids aériens est très remarquable. La question du transport aérien des blessés, conçue par le Dr Duchaussoy, était donc, résolue. Il restait à perfectionner les avions pour les adapter à ce but particulier. Je reconnais volontiers que M. Chassaing a réalisé en ce sens d’utiles modifications, mais il est tout à fait injuste de voir en lui l’inventeur de l’avion sanitaire.
- Professeur R. Blahciiard.
- 1. II. Bakby. L’épopée serbe. Paris, in-8° de 227 pages, 1916 ; ci'. p. 79.
- p.106 - vue 110/474
-
-
-
- 107
- . L’ÉTUDE DES MOUVEMENTS DE LA MER ET LE BATHYRHÉOMÈTRE
- L’une des plus grandioses manifestations de la vie du globe et de la puissance de la nature est certainement le mouvement rythmique des eaux de l’Océan, qui constitue les marées.
- A certaines heures, apportée du large vers la côte par le flot, le niveau de l’eau s’élève, c’est la marée montante ou flux. Puis le mouvement se ralentit, le courant s’apaise; c’est la haute mer et la mer est étale. Le courant change ensuite de sens, les eaux refluent vers la haute mer, c’est le jusant ou marée descendante.
- De nouveau le mouvement s’arrête, c’est la basse mer et les mêmes phénomènes se succèdent dans le même ordre et cela inlassablement.
- Il y a en gros deux hautes mers et deux basses mers par jour sans cependant que l’intervalle de temps qui les sépare soit une fraction simple du jour astronomique. On sait qu’il dépend surtout du passage de la lune au méridien du lieu.
- En outre, le niveau supérieur de la haute mer varie d’un jour à l’autre ; très élevé pendant certaines périodes dites de vives eaux, il l’est au contraire beaucoup moins pendant les périodes de mortes eaux et c’est le Soleil qui, dans ce cas, est- le facteur prépondérant.
- Enfin, à ces facteurs astronomiques, vient se juxtaposer un facteur géographique (configuration de la côte, du fond de la mer, etc.), qui retarde pour chaque port l’heure de la haute mer,
- le retard, constant en chaque point de la côte, est Y établissement du port.
- On voit donc que le problème complet des marées consiste à calculer les divers déplacements élémentaires, les diverses ondes, que déterminent les
- Fig. i. — Principe du type register de Kelvin
- Fig. 2.
- mouvements des astres qui agissent sur notre planète et son mouvement propre. Or, ces mouvements sont très complexes; ils dépendent des positions relatives des trois corps du système : soleil, lune et terre, de; l’inclinaison de ces trois astres sur le plan de l’écliptique, enfin de leurs distances respectives. On arrive ainsi à travers 16 ondes élémentaires pour les côtes de France (en tenant compte des ondes météorologiques dues aux vents saisonniers réguliers et des ondes hydrauliques fonction de la conformation des rivages). Les combiner par le calcul serait pratiquement impossible et la solution n’a été réalisée que grâce au génie de lord Kelvin qui s’est adressé à un dispositif mécanique le Tide predicter pour obtenir graphiquemeut le résultat exact.
- Les ondes étant des mouvements périodiques, se traduisent par des sinusoïdes. Or une sinusoïde est engendrée excessivement simplement par un crayon actionné par un système bielle manivelle traçant une courbe sur un cylindre portant le papier dont la rotation
- est solidaire de celle du système bielle manivelle (fig. 1).
- Si on veut combiner un certain nombre de sinusoïdes élémentaires, six par exemple, on prendra donc 6 systèmes bielle-manivelle, la longueur de chaque manivelle étant égale à l’amplitude maxima de l’onde correspondante et la vitesse de rotation étant réglée par la période de celte onde. On commande tout l’ensemble par une bielle uniqué par l’intermédiaire de trains d’engrenages convenables. Quant au retard relatif des ondes les unes par rapport aux autres, à leur décalage, il en est facilement tenu compte en mettant dans des posi-
- Composition mécanique de plusieurs mouvements alternat ifs.
- p.107 - vue 111/474
-
-
-
- 108 --- ÉTUDE DES MOUVEMENTS DE LA MER ET BATHYRHÉOMÈTRE z
- tions relatives convenables les diverses manivelles.
- Pour conjuguer tous ces mouvements, les bielles portent des poulies dont le diamètre est égal à la distance séparant les" bielles. Une corde unique, fixée à une de ses extrémités et portant à l’autre extrémité un poids muni d’un crayon, passe sous toutes ces poulies et le crayon se déplace devant le tambour enregistreur.
- Dans l’appareil qui sert au service hydrographique il y a 16 poulies correspondant aux 16 ondes élémentaires.
- Mesurer l’amplitude des marées n’est pas tout le problème des mouvements de la merf il faut encore connaître les courants auxquels le déplacement de l’énorme masse liquide donne lieu et qui, dans certains cas, atteignent des vitesses de 18 à 20 km à l’heure. De nombreux appareils ont été proposés, mais le plus précis et le plus intéressant est le bathyrhéomètre du professeur Delage, dont les premiers résultats d’expériences ont été récemment communiqués à l’Académie des Sciences.
- tiendra donc verticalement au-dessus du corps mort. Si un courant, venant par exemple de gauche, survient, sous sa poussée la sphère s’incline et prend la position S', faisant avec la verticale un angle a fonction de la vitesse du courant. C’est cet angle a dont il s’agit de mesurer la direction et l’amplitude. A cet effet, la sphère porte à l’intérieur un lourd pendule p qui reste toujours vertical et fait, dans la position inclinée S1, l’angle a avec l’axe ox' de la sphère. Lé problème se réduit donc à enregistrer la direction et l’ouverture de cet angle et leurs variations suivant le temps.
- La sphère .Sportedansce but une calotte amovible C (fig. 4) à laquelle est fixé de façon invariable un cylindre Cy dont l’axe coïncide avec celui de la sphère. Dans ce cylindre un cadre rectangulaire Cd peut tourner sur deux tourillons 11' reposant sur des crapaudines solidaires du cylindre.
- Ce cadre, symétrique au point de vue géométrique, est mécaniquement asymétrique, un de ses
- vig. 3. — Principe du bathyrhéomètre.
- Fig. 4. — Coupe du bathyrhéomètre.
- Le principe de l’appareil est le suivant (*) (fig. 3) :
- Un corps mort en forme de traîneau Tr est immergé et relié par un point de Cardan 0 et une tige de cuivre T à une sphère creuse S. Cette sphère a un volume tel que, malgré les organes qu’elle contient, elle tend à flotter. En eau calme elle se
- 1. Delage, Bulletin de l’Institut océanographique, mai 1912.
- côtés verticaux étant plus lourd que l’autre. Par suite, quand la sphère s’incline, le cadre tourne de façon que son bord lourd vienne se placer à la partie basse. Il indique donc par sa position le sens d’inclinaison de la sphère et par suite la direction du courant. Un style inscripteur p marque, à la face interne du cylindre Cy, un tracé donnant les directions successives du courant.
- p.108 - vue 112/474
-
-
-
- ÉTUDE DES MOUVEMENTS DE LA MER ET BATHYRHÉOMÈTRE = 109
- L’enregistrement se fait en fonction du temps grâce au dispositif suivant : le style p est porté par un chariot actionné par une longue vis V parallèle au bord du cadre et commandée par un mouvement d’horlogerie qui fait parcourir en 24 heures toute la hauteur du bord vertical du cadre à la pointe enregistreuse.
- On obtient finalement un graphique dont les
- enregistreur est donc entraîné par le cadre dans ses mouvements et son axe est toujours dans le plan de plus grande pente de la sphère et par suite dans le plan d’inclinaison du pendule. Aussi celui-ci tracera sur le cylindre et toujours suivant ses génératrices des variations d’inclinaison, tandis que l’heure se déroulera suivant l’autre axe de coordonnées.
- On a donc finalement avec cet appareil, deux
- Fig. 5. — Graphique des amplitudes du courant de fond obtenu avec le baihyrhèomètre.
- ordonnées sont les temps, et les abscisses les directions du courant de fond.
- Pour repérer le tracé de direction du courant par rapport aux points cardinaux, il suffit de connaître l’orientation du corps mort au fond de la mer, puisque la sphère peut seulement s’incliner
- graphiques donnant en fonction du temps, le sens et l’amplitude de l’inclinaison.
- Ajoutons que la sphère, dont les parois ont 4 mm d’épaisseur, est en cuivre, a 53 cm de diamètre et que l’ensemble de l’installation pèse 300 kg environ.
- -Le pendule est formé par une masse lourde m
- Fig. 6. — Graphique des variations de direction des courants de fond avec la marée.
- en tous sens, mais nom tourner autour de son axe. A cet effet, une boussole est fixée sur le corps mort et un mouvement d’horlogerie, un certain temps après l’immersion, une heure par exemple, actionne un déclic qui fixe l’aiguille aimantée dans sa position d’équilibre.
- Pour l’enregistrement des amplitudes de l’angle du pendule, le cadre porte un axe horizontal allant de l’un à l’autre de ses bords verticaux, au niveau de leur milieu. Autour de cet axe tourne un cylindre enregistreur C, mû par le même mouvement d’horlogerie que la vis verticale du chariot. Le cylindre
- en forme de barreau horizonlal situé à la-, partie inférieure du cadre sous le cylindre enregistreur et dirigé dans un sens perpendiculaire à l’axe de ce dernier. Ce barreau est muni à ses extrémités de deux bras verticaux, pourvus chacun d’un tourillon qui s’engage dans un trou d’un bâti relié au cadre. Ces tourillons forment un àxe transversal autour duquel le pendule oscille librement. Ses mouvements ont donc lieu dans le plan du cadre. Sur l’un des bras verticaux est montée une roue dentée r" qui peut tourner librement autour de son axe fixé au bras du pendule; elle porte un style St muni
- p.109 - vue 113/474
-
-
-
- lio ..- ...1=: ACADÉMIE
- d’une plume //. Une seconde roue dentée r' identique à la précédente est fixée en dessous de celle-ci et engrène avec une troisième roue r de diamètre double invariablement fixée au bâti. De la combinaison de ces trois roues, il résulte un mouvement du style, tel que la plume décrit une ligne droite en coïncidence avec la génératrice latérale du cylindre.
- Cet appareil très ingénieux fut construit en 1912 par M. Delage... et ce n’est que 5 ans après qu’il put avoir effectué des expériences suffisantes pour formuler des conclusions pratiques. Les raisons qu’il donne sont malheureusement communes à tous nos laboratoires français, si indigents quand on les compare aux magnifiques établissements étrangers dont La Nature a déjà entretenu ses lecteurs : matériel de mouillage insuffisant, personnel trop restreint, crédits trop faibles. *
- Les figures 5 et 6 montrent deux exemples de graphiques obtenus : un graphique des amplitudes et un graphique des directions. Voici les constatations que M. Delage a faites en mer dans la région, d’Astau à 3 km de Roscoff.
- On constate sur ces graphiques que toute la figure occupe de part et d’autre du centre deux régions presque diamétralement opposées et qui semblent indiquer que le courant de flot vient d’un lieu situé plus près à la fois du centre de la Manche et de l’embouchure de la Manche dans l’Océan. Les jusants sont toujours très notablement supérieurs aux flots correspondants (8 heures de jusant pour 3 heures 1/2 de flot). Au fur et à mesure que le coefficient de la marée augmente, la durée du flot se raccourcit et celle du jusant s’allonge, le passage du-Ilot au jusant étant instantané, tandis que le
- DES SCIENCES ——-------------........... =:
- passage inverse prend environ 35 à 50 minutes. Eu même temps, la direction du courant de flot se rapproche de l’est et celle du courant de jusant de l’ouest, comme si la composante du mouvement parallèle à l’axe de la Manche devenait prépondérante.
- La vitesse du courant est moindre pour le flot que pour le jusant et tandis que pour le flot elle présente en général 2 maxima et 3 minima, elle présente 3 maxima et 4 minima pour le jusant, ce qui est très curieux et inexpliqué.
- A côté des renseignements précédents, on a pu constater que le mouvement superficiel des flots n’est pas en concordance avec celui des couches profondes; tandis que le renversement du courant du flot au jusant correspond à peu près à l’étale de pleine mer, le courant du jusant se continue pendant environ 2 heures après l’étale de basse mer. Pendant ces 2 heures, il y a donc jusant pour le courant, tandis qu’il y a flot pour la surface de la mer.
- On voit donc combien l’appareil de M. Delage peut rendre de services et contribuer à la connaissance de la circulation sous-marine encore inconnue des hydrographes maritimes. Par fine heureuse modification, M. Delage est arrivé à appliquer le même principe à l’étude des courants atmosphériques, mais les variations accidentelles sont si importantes qu’il faudrait, pour pouvoir tirer des conclusions utiles des graphiques obtenus, disposer de plusieurs stations opérant simultanément. Espérons que ce jour viendra et que les efforts de M. Delage ne resteront pas isolés et seront secondés par ceux d’un grand nombre d’observateurs. II. Yolta.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du y janvier 1918
- Nappes de charriage dans la région de Tunis. — MM. Gentil et Joleaud montrent que toute une série de montagnes situées au sud de Tunis, notamment le Djebel . Ressas, fameux pour ses mines de plomb, leZaghouan, etc., jalonnent le front d’une nappe de charriage constituée par des calcaires basiques et titboniques. Au Zaghouan, ce lias repose sur le Jurassique supérieur, voire môme sur le néocomien.
- L’emploi du kapok dans les pansements. — M. Jacques Silhol préconise l’emploi du kapok dans les pansements. Cette substance n’a pas seulement l’avantage dé provenir de nos colonies, tandis que le colon doit être importé de l’étranger; elle présente, en outre, à la condition de savoir s’en servir, des avantages sérieux. On a objecté au kapok d’être imperméable à l’eau, ce'qui est, précisément la cause de son emploi comme engin de sauvetage; mais le coton brut m’est pas non plus hydrophile et lé kapok peut être préparé de manière,à le devenir. Il suffît de le traiter par de la lessive de soude, ou mieux de la saponine. Il se passe pour lui, en ce qui concerne la perméabilité, un phénomène d’élection très particulier. Le kapok non hydrophile, à l’état brut ou
- simplement ventilé, absorbe non seulement les sécrétions des plaies,,mais aussi le sérum physiologique,, les microbres, etc. II ne paraît pas absorber le ,pus constitué. Le pus formé dans ces conditions peut être remarquablement pauvre en microbes. Le fait chimique saillant, c’est la propreté de la plaie opposée à l’imprégnation du pansement de kapok.
- Emploi nutritif des algues. — La composition chimique des laminaires présente une singulière analogie avec celle des avoines de Brie. Plus pauvres en matière hydrocarbonée, elles sont plus riches en matière azotée. M. Adrian a voulu conslater si ces algues étaient digestives et assimilables. Il a obtenu d’excellents résultats avec deux lots de 20 chevaux, dont l’un a été soumis au régime normal et dont l’autre Y reçu I kg d’algue alimentaire en remplacement de même quantité d’avoine. Au bout de 2 mois les chevaux nourris à l’algue avaient gagné en moyenne 15 kg et les chevaux témoins 2 à peine. Très abondante sur les côtes bretonnes, l’algue pourrait donc prendre une place intéressante dans la nourriture des chevaux. L’auteur étudie maintenant son emploi dans l’alimentation humaine.
- p.110 - vue 114/474
-
-
-
- 111
- L’EXAMEN DES AVIATEURS AMÉRICAINS
- Dans son n° 2223, La Nature a fait connaître
- Fig. i. — L’épreuve du nystagmus.
- Mais les fonctions physiologiques sur lesquelles s’est portée l’attention des njédecins américains, et par suite les méthodes employées sont assez différentes de celles que nous utilisons pour mériter une description.
- Nous empruntons les renseignements suivants au Dr William-F. Patten, capitaine d'une unité d’examen physique du Service d’Aviation qui vient de les publier dans Popular Science.
- Gn a organisé aux États-Unis une vingtaine de groupes d’examinateurs des candidats à l’aviation, comprenant des médecins, des oculistes, des oto-rhino-laryngologistes qui opèrent dans les différents Etats de l’Union au moyen de méthodes réglées et unifiées par le service cen-
- les méthodes établies par les Drs Camus et Nepper pour l’examen -psycho-physiologique des aviateurs français. Ces méthodes ont aujourd’hui fait leurs preuves et le Sous-Secrétariat d’État du Service de Santé vient même de créer un service spécial pour leur application et leur perfectionnement.
- Elles se sont également répandues chez nos alliés qui les ont adoptées. Ainsi, en Italie, le Dr Agostino Ge-melli a récemment publié (*) les recherches entreprises par lui sur l’ordre du Ministère de la Guerre et qui ont abouti à préconiser l’examen psycho-physiologique de l’attention, de l’émotivité et de la rapidité de réaction des candidats aviateurs par des procédés très voisins de ceux de Camus et Nepper.
- L’importance du bon équilibre physique des aviateurs et de leur résistance musculaire n’est d’ailleurs pas un critérium absolu. N’oublions pas que si les méthodes actuelles avaient été en vigueur au début de la guerre, jamais Guyne-mer n’aurait été accepté dans l’aviation. De plus, tout le monde sait que le sang-froid, la décision se révèlent souvent dans les circonstances tragiques. Tel qui tremble au bruit de l’éclatement d’un pneumatique, sourira sous un bombardement in-•tense. Turenne était peureux, et cependant jamais ses facultés n’étaient plus brillantes qu’au cours de la bataille.
- L’Amérique, au mo-' ment d’entrer en guerre, a décidé également de sélectionner ses aviateurs au moyen d’un examen médical et de tests appropriés.
- 1. liivista di Psicologia, août 1917.
- tral de Washington.
- L’examen comporte tout d’abord une enquête médicale sévère sur l’état du cœur, des artères et des poumons, ce qui se comprend aisément pour des hommes Appelés à monter en un quart d’heure à 5000 m. et à en redescendre en 10 minutes,
- L’oculiste s’assure que la vision est parfaite, que le candidat voit de loin, que les deux yeux ont des mouvements normaux, que le relief est bien perçu, ainsi que les couleurs, que l’accommodation de la pupille est rapide. Il est inutile d’insister sur l’importance de ces conditions pour des hommes qui doivent voyager de jour et de nuit, distinguer des signaux colorés, reconnaître le pays qu’ils survolent, découvrir les détails du terrain : emplacements de batteries, mitrailleuses, tranchées, etc.,* le plus soigneusement camouflés, et aussi rapidement reconnaître l’espace qui les entoure pour y dépister l’avion ennemi,
- Fig. 2. — IJépreuve de précision des mouvements.
- p.111 - vue 115/474
-
-
-
- 112
- L’EXAMEN DES AVIATEURS AMÉRICAINS
- L’oto-rhino-laryngôlogiste vérifie que les fosses nasales, la gorge, les trompes d’Eustache sont libres de toutes végétations et de tous autres obstacles susceptibles de gêner la respiration ou de créer des nausées et des vertiges. Le point le plus intéressant de .l’examen médical des aviateurs américains est le contrôle du sens de l’équilibre. On sait qu aujourd’hui, ce qu’on appelait à la fin de 1915 des acrobaties discutables : la chute sur une aile, le vol en vrille, le retournement, le looping sont devenus des manœuvres indispensables de la lutte aérienne', que tous les aviateurs doivent savoir pratiquer. Ces brusques changements de position, qui peuvent, se répéter plusieurs fois de i suite, trou blent l’équilibre et même chez certains provoquent des vertiges.
- Nous savons tous que les oscillations du navire, celles même de la.- balançoire causent à diverses personnes des nausées, le mal de mer; que la rotation sur soi-même fait perdre l’équilibre et étourdit. • Chacun de nous est plus ou moins sensible à ces déplacements. Il importe què les aviateurs soient choisis parmi ceux qui en sont le moins troublés et dont l’équilibre se rétablit le plus vite. Les médecins américains ont imaginé pour cet examen toute une série de tests.
- Le candidat est placé sur un fauteuil dont le siège mobile peut pivoter- sur son axe. Le dossier et les bras sont, munis d’appuie-tête articulés permettant de fixer la tête à différents degrés d’inclinaison :
- 60° en arrière, 30 et 90° en avant, par exemple.
- Ce fauteuil tournant est connu depuis longtemps déjà sous le nom de chaise par Jones.
- Le patient s’assoit et incline la tête en avant où on la fixe à 30 degrés ; il ferme les yeux et l’on fait tourner^le siège très rapidement, vingt fois en 10 secondes. La rotation terminée, il
- Fig. 3. — L’épreuve d’équilibration.
- Fig. 4.
- de Barany modifiée
- ouvre les yeux et regarde un^objet lointain. On observe alors que ses yeux dansent rythmiquement ou, comme on dit en termes techniques, présentent un nystagmus pendant un certain temps. Celui-ci ne dépasse pas 26 secondes chez une personne normale.
- U n deuxième test consiste à noter, non. plus les troubles de la vision, mais ceux de la précision des mouvements. Pour cela, le candidat est assis en face de l’examinateur qui prend son index entre ses mains, il élève le bras, puis l’abaisse et' revient toucher la main qui se . présente devant lui, le mouvement est précis et le contact a lieu sans difficulté. Le fauteuil est alors mis en rotation 10 fois en 10 secondes, puis arrêté brusquement. Le médecin prend . l’index dans ses mains, ordonne de lever le bras et de revenir le toucher; le candidat n’y réussit pas pendant quelques secondes, allant trop à droite s’il a tourné à gauche, et inversement.
- Une troisième épreuve sert à contrôler l’équilibration statique. Le patient est mis à tourner 5 fois en 10 secondes, les yeux fermés. Après l’arrêt
- brusque, le haut du corps rendu libre tombe sur le côté et l’on note le tempstpi’il passeavant de reprendre son équilibre. La chute a lieu à droite quand on tourne à gauche et vice versa.
- Le sens de l’équilibre résidant ^ comme on le sait dans les canaux se-mi-circulaires.logés dans l’oreille interne et ces canaux étant dans trois plans perpendiculaires, on examine indépendamment chacun d’eux en répétant la série d’épreuves que nous venons de décrire, la tête placée dans trois positions successives, à 60° en arrière, 50 et 90° en avant. Il nous paraît intéressant de faire connaître ces nouveaux procédés d’examen qui complètent ceux que nous employons en France et peuvent fournir d’utiles renseignements sur une des fonctions physiologiques les plus importantes pour les aviateurs. R. M.
- Positions dans lesquelles sont pratiquées les épreuves précédentes.
- Le Gérant : 1*. Masson. — Imprimerie Laiiüre, rue de Fleurus, 9, à Paris.
- p.112 - vue 116/474
-
-
-
- LA NATURE. — N# 2317. .................. 23 FÉVRIER 1918
- LA LUTTE CONTRE LES SOUS-MARINS ET LES INVENTEURS
- La guerre a été pour les inventeurs un sujet inépuisable de méditations et le nombre des propositions, brevets, rapports est si élevé, que non seulement il a fallu adjoindre à l’office des brevets (qui d’ailleurs n’imprime plus les textes et se contente simplement de les enregistrer) une Commission des Inventions siégeant aux Invalides, mais encore créer un organisme plus important qui, suivant les vicissitudes parlementaires, est un
- professionnels techniciens militaires de toutes les armes n’avaient même pas entrevus en temps de paix, il en est un qui a particulièrement excité leur imagination : c’est celui de la guerre sous-marine. Là tout est nouveau, tout est à créer. Aucun précédent à redouter, une multitude de problèmes angoissants à résoudre, et surtout l’attrait que toujours la mer a exercé sur les esprits.
- Nous n’avons pas l’intention de passer en revue
- Fig. i. — Projet de défense d'un port par mines vigilantes munies de microphones.
- sous-secrétariat d’état, ou une simple direction des inventions.
- Inventeurs ! Que ceux que l’on décore de ce nom sont à plaindre! Ils sont la risée de leurs bons amis, la terreur des Bureaux, les martyrs de leurs cerveaux. Génial ou stupide1? Qui peut jamais juger une idée nouvelle. Fou ou précurseur? Comment classer l’inventeur? Les exemples célèbres de Papin, Fulton, Lebon, pour ne citer que des morts, invitent à la prudence. Les bureaux s’en tirent par une aimable indifférence, et laissent également sommeiller toutes les idées, attendant le fait nouveau, l’impulsion extérieure qui en tirera quelques-unes du néant.
- Si les inventeurs se sont attaqués à tous les problèmes que la guerre actuelle a posés et que les
- toutes les inventions écloses au sujet de la guerre sous-marine, plusieurs volumes n’y suffiraient pas, mais nous voudrions poser nettement le problème, car chacun sait qu'un problème nettement posé est à moitié résolu... et laisser à nos amis lecteurs le soin de trouver la seconde moitié de la solution, en leur indiquant quelques-unes des idées qui furent émises et discutées... à l’étranger. Nous nous, excusons d’avance de ne rien dire du travail de nos compatriotes, car dame Anastasie veille, non pas surtout pour éviter de renseigner les ennemis, mais bien plutôt pour laisser les Français dans l’ignorance qui est le premier stade du bonheur., Aussi tous nos documents sont-ils d’origine anglaise ou américaine.
- Une première remarque générale s’impose. Quel
- 8 — 115.
- 46* Année. — 1" Semestre.
- p.113 - vue 117/474
-
-
-
- 114 LA LUTTE CONTRE LES SOUS-MARINS ET LES INVENTEURS
- que soit le système que nous examinions, il n’y a pas lieu de poser la question de durée des appareils. La mer détruit tout, rien ne résiste à son action, aux efforts qu’inlassablement, jour et nuit, ses flots exercent sur tous les corps en contact avec l’onde mouvante. Les blocs de ciment de plusieurs mètres cubes des digues ne résistent pas plus que l’ancre du cuirassé, que la chaîne qui retient une bouée, ou que le filet et la barque du pêcheur. Tout ce qui flotte à la surface de la iner, tout ce que nous plongeons dans son sein, tout ce qui est en contact avec elle est voué la destruction. Ce que nous avons donc à demander aux engins que nous examinons est de ne pas être détruits avec une rapidité supérieure à leur vitesse de pose.
- ,Trois ordres de problèmes sont à résoudre dans la guerre sous-marine, très différents quant à leurs buts et par suite demandant des solutions entièrement différentes.
- D’abord la détection, ou le repérage du sous-marin ennemi, puis son attaque, enfin la protection des navires de surface et le sauvetage, des passagers, de la cargaison et du navire lui-même. t .
- Prenons d’abord le problème du repérage des sous-marins. Quelles sont les conditions à remplir? Ce sont évidemment la découverte à grande distance '.et la localisation exacte de l’ennemi.
- Mais ces deux conditions, et il faut bien insister sur ce point, sont à peu près contradictoires. En effet, si un appareil quelconque a par exemple un rayon d’action de 5 km, ce qui est peu, par rapport’ à l’étendue vde la mer, cela veut dire qu’il décéléra un sous-mariu qui se trouvera dans un cercle de rayon de 5 km décrit autour de l’appareil comme centre. La zone surveillée a donc en réalité 10 km de large et une surface de plus de 75 km2, p’est dire qu’il sera à peu près impossible à un patrouilleur d’y découvrir le sous-marin. 11 faut donc que le dispositif de signalisation, tout en surveillant la superficie ci-dessus, jouisse en même temps de la singulière propriété, de localiser la position de l’ennemi à quelques centaines dp mètres près, pour que la défense puisse profiler de ses indications. Dans ce cas, comme dans bien d’autres, ce que l’on ga^ne en grandeur, on le perd en précision. Aux marins de se décider pour l’une ou l’autre solution, ou plutôt d’employer deux séries d’appareils, les
- uns fixes servant à repérer le sous-marin ennemi à son passage à un point déterminé, à l’aide de dispositifs de faible rayon d’action, mais de grande précision, les autres portés parles patrouilleurs, les torpilleurs, les vedettes décelant l'ennemi en pleine mer à .grande distance, permet tant de le suivre à la piste, en indiquant approximativement sa direction, jusqu’au moment où il émerge ou remonte vers la surface et est alors justiciable du canon ou de l’hydravion.
- Pour signaler un sous-marin en mer, de nombreux înyenteurs ont cherché à perfectionner les systèmes acoustiques, mégaphones ou microphones, qui, dès le temps de paix, permettaient aux navires d’éviter par la brume l’abordage avec un autre bâtiment. Ces appareils ont rendu de grands services et il faut reconnaître que, à première vue, ils semident tout indiqués. En effet, l’eau est un milieu de choix pour la transmission des bruits et des sons; on sait que la vitesse de propagation y est de l’ordre de 1 km par seconde contre 530 m. dans l’air et que l’amortissement y est beaucoup plus faible. Nous n’insisterons pas, et on comprendra facilement notre discrétion, sur les dispositifs réalisés ; mais nous allons indiquer leurs défauts, ne serait-ce que pour justifier les inventeurs qui en ont cherché basés sur d’autres principes.
- A poste fixe, les microphones sont sujets à des dérangements constants, tenant d’une part à la nécessité des membranes en communication avec la mer d’être très sensibles pour être impressionnées par les bruits lointains d’une hélice et d'autre part à l'étanchéité rigoureuse que doivent présenter ces membranes sous des pressions atteignant parfois 40 ou 50 m. d’eau. Si le mi mphone est immergé au fond de la mer, il peut de plus s’ensabler ou s’enliser et cesser de fonctionner. Instrument passif, il enregistre tous les sons, depuis le bruit des vagues, le bruissement des courants sur le fond de la mer, jusqu’aux battements des hélices des sous-marins... e^ de tous les bateaux par surcroît. La discrimination est pratiquement irréalisable. Porté par un patrouilleur il ne révélera pas le sous-marin reposant sur le fond, à l’affût des navires, qu’il entend approcher et qui le voient brusquement remonter et surgir dans leur voisinage immédiat. Enfin, le micro-
- f'ig. 2. — Appareil détecteur de sous-marins basé sur la transformation en ondes hertziennes du bruit de l’hélice.
- p.114 - vue 118/474
-
-
-
- LA LUTTE CONTRE LES SOUS-MARINS ET LES INVENTEURS = 115
- phone ne peut jouer un rôle offensif par lui-même, à moins qu’on ne l’adjoigne, comme l’ont proposé certains inventeurs, à des mines disposées dans une passe.
- La figure 1 montre un dispositif dù à M. P. Chandler de New York,, basé sur ce principe, défendant l’entrée d'un port. Les mines, dont l’éclatement peut être déterminé électriquement en agissant sur un boulôn placé au poste d'écoute, portent chacune un microphone et sont disposées géométriquement au fond de la mer. Quand le sous-marin pénètre dans le champ de mines, les microphones impressionnés déterminent l’éclairement d’une petite lampe au tableau indicateur du poste, analogue à un standard téléphonique. L’opérateur, grâce à un dispositif éfeelrique spécial, peut non seulement suivre la marche du sous-marin dans le réseau de protection, mais encore
- non plus aux propriétés acoustiques, mais aux phénomènes magnétiques, électriques ou optiques. Il semble, en effet, qu’une masse métallique aussi importante que celle d’un sous-mann doive produire dans des champs magnétiques ou électriques des perturbations notables faciles à mettre en évidence.
- Hélas, .malgré toute l’ingéniosité développée il semble bien que le succès n’ait pas récompensé les efforts accomplis. C’est que d’une façon générale les actions magnétiques ou électriques décroissent extrêmement rapidement quand la distance augmente. Dans l’entrefer d’un électro-aimant, au voisinage immédiat d’une bobine, les champs sont facilement de plusieurs milliers de gauss, et à quelques décimètres ils tombent à des valeurs si faibles qu’il faut les appareils les plus sensibles des I laboratoires modernes pour les déceler. Les systèmes
- P/ofnbà
- cêifies d'ffîcra
- Fig. 3. — Système de filet ancré à la base entraînant le sous-marin au fond de l’eau.
- déterminer la mine la plus rapprochée de l’ennemi et en- provoquer alors l’éclatement.
- Un autre inventeur a eu l’idée de se servir du bruit des hélices, non plus pour impressionner directement un microphone, mais pour mettre en action un appareil de télégraphie sans fil en liaison avec un avion. La figure 2 fait comprendre immédiatement le mode d’emploi. Àu-dessüs de là zone suspecte, les avions de patrouille lancent des b -liées spéciales après avoir déroulé leur antenne et dirigent leurs recherches suivant les indications qu’ils reçoivent. Lés essais ont, paraît-il, été satisfaisants, mais il reste à savoir dans quelles conditions ils ont été faits. La grosse difficulté nous parait non seulement d’avoir un dispositif de signalisation suffisamment robuste pour résister au choc d’immersion et suffisamment sensible pour être impressionné spécifiquement par le faible bruit de l’hélice, mais surtout de pouvoir recevoir les indications au téléphone à bord de l’avion, au voisinage immédiat du bruit infernal du moteur, du vrombissement de l’hélii e, et du sifflement de la cellule dans l’air.
- IJn grand nombre de chercheurs se sont adressés
- basés sur les déviations d’aiguilles aimantées, emploi des magnétomètres, ne peuvent être envisagés pratiquement, car leur trop faible rayon d’action conduirait à une telle multiplicité de postes qne l’installation pratique serait irréalisable.
- Les phénomènes électriques, particulièrement les actions d’induction, sont plus intéressants et de très remarquables résultats ont déjà été obtenus dans cette voie, aussi n’en dirons-nous rien. Quant aux modifications de conductibilité par l’interposition dans un circuit immergé de la masse métallique du sous-m-arin, elles sont trop faibles par suite de la haute conductibilité de l’eau de mer pour pouvoir être utilisées.
- Pour ce qui est des appareils optiques, et surtout ceux utilisant les radiations infra-rouges, les rayons X, ou d’autres de nature inconnue, on ne sait trop s’il faut , plaindre leurs auteurs ou s’bn méfier, en se remémorant des procès célèbres au sujet d’applications plus ou moins variées et inattendues des mystérieux rayonnement s.
- Somme toute, on voit par cette rapide revue que la découverte d’un sous-marin est un problème
- p.115 - vue 119/474
-
-
-
- 116 = LA LUTTE CONTRE LES SOUS-MARINS ET LES INVENTEURS
- très compliqué et que les solutions en sont fort peu nombreuses etpeu satisfaisantes.; nous nedisposons guère que des microphones 'a l’heure actuelle. Nous souhaitons que dans un avenir prochain ils soient utilement complétés par les dispositifs électriques que nous avons signalés plus haut.
- Heureusement que les moyens de lutte contre les sous-marins sont par contre très, variés et si aucun d’eux ne constitue la panacée universelle, leur ensemble forme un système de défense déjà très riohe et très suffisant pour rendre la vie fort dure aux trop nombreux U-boches.
- En première ligne il faut citer les filets dont nous allons décrire quelques-unes des innombrables formes, différentes suivant le fonctionnement que les inventeurs ont envisagé.
- La première idée qui se présente à l’esprit est évidemment de traiter le sous-marin comme une vulgaire sardine. S’il vient
- poids plus légers à la base (fig. 5) et ancrés sur le fond. L’ensemble est suspendu à des bouées par des attaches qui se rompent lorsque le sous-marin vient heurter le rideau. La partie supérieure du filet retombe alors sur l’ennemi, tandis que les ancres sont fortement tendues. Sous cette action supplémentaire le sous-marin pique immédiatement du nez et l’inventeur espère qu’il atteindra des profondeurs dangereuses où ses tôles éclateront sous la pression de l’eau avant d’avoir pu rétablir son équilibre.
- Notons à ce sujet que tous les dispositifs du genre filet n’ont besoin de s’étendre, en profondeur, qu’à une soixantaine de mètres au-dessous du niveau
- T<j&t&rzr-
- Fig. 5. — L’avion remorqueur de torpilles.
- lia / - 1 ’U't muni a'une boute indix. iltue set vont à faire glisser une bombe jusqu’au sous-marin.
- de la mer, les sous-marins dans les conditions actuelles de construction ne pouvant guère descendre sans dangers à*des profondeurs plus grandes. Dans d’autres cas, le filet au
- à donner de la tête dans un filet dont les mailles en acier sont à son échelle, c’est-à-dire d’environ o à 4 m. de côté de façon à ce qu’il puisse engager complètement son avant en .continuant sa route, le filet s’enveloppera autour de lui, s’accrochant à toutes les aspérités, gouvernails de plongée, gouvernails de direction, périscope, kiosque, s’entortillant dans les hélices qui seront bloquées. L’équilibre hydrostatique du sous-marin sera donc détruit, sa liberté de manœuvre supprimée, et s’il n’est pas entraîné vers le fond par suite du poids du filet qui charge son avant,:il ne lui restera qu’à essayer de revenir en surface et à demander grâce comme l’adversaire du retiaire antique.
- À ce type de filet se rattache le rideau proposé par M. W. Willman. Il est constitué de sections indépendantes de dimensions assez restreintes munies de poids lourds à la partie supérieure, de
- contraire est très léger, comme dans le dispositif de M. Shader (fig. 4), de façon à ne pas avertir le commandant du sous-marin que son bâtiment vient de donner dans le piège.
- Seulement le filet remorque une bouée au bout d’un câble assez long. Les patrouilleurs qui aperçoivent la bouée se déplacer la relèvent immédiatement et utilisent son câble de retenue comme un va et vient pour expédier sur le sous-marin une forte bombe explosive.
- Ces divers systèmes ont un gros inconvénient : ils nécessitent l’intervention immédiate d’un navire de surface pour achever leur œuvre. Si, en effet, le sous-marin ainsi pris peut remonter, ou attendre la nuit en faible plongée, il peut espérer se dégager. Aussi d’autres inventeurs ont-ils muni les filets d’instruments de signalisation automatique qui théoriquement ne doivent entrer en jeu que
- p.116 - vue 120/474
-
-
-
- ..: LA LUTTE CONTRE LES SOUS-MARINS ET LES INVENTEURS = 117
- lorsqu'un sous-marin les rencontre : bouées fumi- I sous l’effort d'un sous-marin s’engageant dans les gènes, ruptures de circuits électriques amenant I mailles. Enfin des torpilles ou de fortes bombes
- Fig. 6. — Système de filet muni de bombes détachables.
- l’allumage de fusées éclairantes, etc. Malheureusement ces dispositifs 'sont si délicats et les mouvements de la mer si incompréhensibles que presque toujours ils arrivent à faire fonctionner les appareils donnant ainsi une fausse alerte.
- Dans cés conditions il est plus simple de chercher un système de filets se suffisant à lui-même, c’est-à-dire détruisant automatiquement l’ennemi quand, par bonheur... pour nous, il vient à le rencontrer. C’est la deuxième catégorie de filets qui, elle aussi, est extrêmement nombreuse.
- Celui décrit par M. Sauborn comprend un réseau à mailles très lâches suspendu à une ralingue supérieure elle -même soutenue par des bouées ou des tonneaux vides. Tous les o m. environ le filet est relié à sa ralingue par de petites cordes qui sont appelées à se rompre
- explosives sont suspendues à la ralingue et en même temps solidaires du filet (fig. 6). On comprend
- la manœuvre : le sous-marin casse les cordes de retenue du filet, celui-ci tombe en déclenchant les bombes qui éclatent alors dans le voisinage immédiat du sous-marin.
- Un autre système proposé consiste non plus à disposer ausom-met du filet des engins explosifs de grosses dimensions, mais au contraire à garnir chaque nœud des mailles du filet d’une petite bombe qui, par suite du voisinage de la coque de sous-marin n’aura pas besoin de contenir une grosse charge d'explosif pour déterminer sa destruction. La figure 7 montre le fonctionnement théorique de ces filets explosifs qui peuvent être fixes ou au contraire libres de flotter au gré des courants et des vagues dans les zones suspectes.
- p.117 - vue 121/474
-
-
-
- 118 : LA LUTTE CONTRE LES SOUS-MARINS ET LES INVENTEURS
- 11 a été fait beaucoup de bruit en Amérique autour d’une bouée qui serait particulièrement utile pour détruire immédiatement les, sous-marins arrêtés par les filets.
- Elle a pour but d’abriter un équipage restreint de 5 ou 4 hommes surveillant une ligne de passage d’une étendue donnée. Invisible aux sous-marins, car elle ne dépasse que très légèrement le niveau des flots et peut même s’immerger complètement, reliée aux bouées voisines et au rivage par téléphone, elle est munie d’un canon à tir rapide que l’équipage démasque sitôt qu’un sous-marin venant heurter un des filets du secteur, a déclenché un signal lumineux. Sous la plate-forme supérieure se trouvent le poste de l’équipage, un moteur actionnant un compresse un appareil télégraphie filet le téléphone; au-dessous un réservoir - ballast que l’on peut remplir d’eau pour immerger la bouée et un cylindre terminal renferma nt de l’air comprimé destiné à chassnr l’eau du ballast.
- Enfin s’il est nécessaire d’immerger rapidement Téngiti, on peut haler sur le câble de retenue enroulé sur un treuil et solidement ancré à l’autre extrémité. Somme toute l’installation est trè* analogue, au système de pmpul-ioh près, à un >ous-matin. Les dimensions de la bouée sont ; h m. de diamètre sur 7 à 8 m. de haut. La figure 8 en montre la disposition générale ainsi que le système d’avert ssement dont sont munis les filets pour signaler la présence du sous-marin et qui est actionné par une fine cordelette se rompant sous un effort de traction anormal.
- Voilà bien des moyens, et comment la disparition des pirates n’est-élle pas un fait depuis longtemps accompli?
- C’est que tout n’est'pas si simple que l’on
- veut bien se l’imaginer et qu’un système qui sur le panier ou dans un bassin est une merveille d’ingéniosité, de précision et d’eflicacilé, n’est plus rien d tout cela lorsqu’il est placé-eu mer.
- Particulièrement pour la Manche, la mer du Nord et l’Atlantique, les marées et les courants viennent comme à plaisir enchevêtrer le> écheveaux et brouiller les installations que nous cherchons patiemment à y iu-taller Dans le Pas de Calais où les courants de marée atteignent dans les deux sens 5 ou 4 nœuds à l’heure (5,5 à 7,4 km à l'heure) les
- filets doivent être singulièrement bien amarrés puur ne pas être entraînés par'le flot. En tous les cas ils se couchent sous l'action du courant, se déforment et, comme il est impossible que les ancres qui les retiennent au fond ne dérapent pas, ils se déplacent peu à peu et finalement la belle ligne ininterrompue que l'on avait idéalement conçue est remplacée par une série de lignes brisées. Toute l'installation s’est gondolée, craquelée, fissurée et dans les intervalles libres ainsi formés les sous-marins à l’affût arrivent à passer un jour. Et ce n’est pas tout! les marées qui d’un mouvement rythmique soulèvent et abaissent tout l’ensemble de l’installai ion en amènent rapidement la détérioration. En effet,'les différences de niveau, même en pleine mer, facilement atteignent pur marées de vives-eaux 5 à 6 m. en Manche. Or le seuil du Pas de Calais ayant une profondeur moyenne de 50 m., les sous-marins peuvent descendre jmqu'au fond de la mer et le dispositif d’arrêt doit donc garder la hauteur totale. C’est dire . qu’à marée basse il sera trop haut de 5 à 6 m.; il traînera donc sur le fond, s’usera-rapidement et par les mailles rompues, le sous-marin encore passera.
- T.
- Ressort,
- ! Drapeau \ ,
- S Signal âÆ .
- ! " llllIdnA. l /o Ion rrurvt/o
- T.S.F.
- iir d’air, de sans
- Câble (/attache
- Fig. 8. — Bouée vigilante gardant une ligne de filets.
- p.118 - vue 122/474
-
-
-
- LA LUTTE CONTRE LES SOUS-MARINS ET LES INVENTEURS -119
- Enfin les flotteurs, barils, boules de verre, etc., les filins de retenue, les cordages d’aperes, les fils d’acier, tout cela est rongé par la mer ou secoué parles vagues, incessamment, sans reiàrhe ni jour ni nuit.et ce grignotement de l’onde est terrible; l’anneau de la chaîne de retenue d’une bouée de dimensions moyennes maigrit de 5 mm
- o
- par an, rien que par le fait du frottement dans la boucle de la bouée. Uue l’on juge de la durée possible des installations précédentes où les inventeurs emploient des cordelettes de grosseurs et de résistances variables pour actionner leurs dnposilifs.
- Et les tempe ns, ou simplement les gros temps, comme ils balayent dédaigneusement nos pauvres petites toiles d’araignées! Il n’y a vraiment pas besoin aux sous-marins ennemis de beaucoup d’efforls pour achever de rendre illusoire ce moyen de lutte. On dit cependant que certains sont munis de scies et de cisailles permettant de couper les mailles des filets, et que d’autres, lorsqu’ils ont rencontré une' ligne de défense, font éclater une ou deux mines dans son voisinage pour s’ouvrir une brèche.
- Les filets desquels on a dit tant de bien sont i's susceptibles de rendre de meilleurs servie s? Oui, et nous allons dire comment.
- Les reproches qu’on peut leur faire sont les suivants : gêne de la navigation . de surface, destruction des attaches par suite du mouvement superlic el de la mer, inertie du système qui ne signale pas lorsqu’il est détruit, déplacé ou.lorsqu'un sous-marin s’est pris dans ses lacs. Il faudrait donc imaginer un dispositif dans lequel le filet amarré sur le fond soit tendu vers la
- surface de la mer par des bouées complètement immergées à 6 ou 8 m. au-dessous des basses eaux. l»e cette façon on ne gènprait pas la navigation de surface, on rendrait l’installation irrépérable par les sous-marins et on supprimerait une grosse
- cause d’usure, puisqu’il ne res-terait comme mouvement que le balancement dû aux courants de marée. Le système devrait cependant garder efficacement la surf ace imnré diate de la mer, les 12 ou 16 m. libres au-dessus de lui, c’est-à-dire é[ u e son action devrait s’étendre à une certaine distance autour de lui. Ce barrage idéal devrait être tel qu~ s’il est détruit, soit accidentellement par une tempête, soit intentionnellement par un navire ennemi qui le drague, ou un sous-marin qui le fait exploser, le poste d’écoute à terre en soit immédiatement averti, afin que la fissure ouverte dans la ligne de protection puisse être aussitôt refermée. Enfin si un sous-marin vient se heurter à lui, s’empêtrer dans ses mailles, il faudrait que la défense en fût automatiquement et sûrement informée pour pouvoir attaquer sur l'heure l’ennemi paralysé. Ce programme peut paraître utopique et cependant,...
- Des moyens d'attaque, en dehors des patrouilleurs armés de canons, l’avion a été le pi us fréquemment proposé par les inventeurs. M is ne croyez pas qu'ils se conlente.nt de son rôle d'éclaireur et de bombardier aérien; non, et les perfeclionnements exlraordinaires que nos inventeurs ont imaginés s’ils .parlent la marque d’une grande ingéniosité por-t< nt souvent aussi celle d’une candide ignorance des conditions de vol et de stabilité d’un aéroplane.
- Fig. 9- — Avion muni d'une bombe qu’il amène au contact du sous-marin.
- Con/scAs
- Tenseur
- | Bombe
- Fig. io. — Mécanisme de suspension de la bombe.
- p.119 - vue 123/474
-
-
-
- 120 —................. - L’ÉLECTROCULTURE
- Voici d’abord l’avion remorqueur qui, attelé à un inoffensif canot, sert, en réalité, à amener contre les flancs d’un navire ennemi une torpille astucieusement placée sous la quille ^fig. 5). L’inventeur, qui est, paraît-il, un ingénieur électricien célèbre, a accordé tous ses soins à laisser à l'avion le maximum de liberté de manœuvre et en particulier à lui permettre de pouvoir monter facilement. Cependant la remorque d’un canot, si bien profilé qu’il soit sur une mer un peu agitée, nécessite un effort considérable, surtout aux vitesses de 80 km à l’heure au minimum qu’il faut à l’avion pour se soutenir dans les airs et il est à craindre que ce guide-rope d’un nouveau genre ne détermine purement et simplement la chute de l’aviateur.
- Plus pratique semble le projet de Th. E. Lake, le fils de l’inventeur du sous-marin du même nom, qui consiste à utiliser des avions capables de voler à très faible vitesse portant des bombes puissantes destinées à éclater par choc contre le sous-marin et faciles à immerger rapidement en laissant se dévider un câble qui les relie à l’avion à la profondeur présumée de l’ennemi.
- Le dispositif qui permet d’arriver à ce résultat est schématiquement représenté par la figure 10. Il est très sensible et réglé par un ressort dont la plus petite diminution de tension produite par le déplacement de la bombe vers la surface provoque l’enfoncement de celle-ci d’une quantité telle que le niveau d’immersion est ramené à la valeur fixée par l’aviateur. A cet effet le ressort soigneusement taré commandé par un tenseur gradué en profondeur d’immersion de la bombe, agit comme un frein sur le tambour sur lequel s’enroule le câble de retenue de celle-ci. La figure 9 montre le mode
- d’emploi tactique sans qu’il soit besoin d’autres explications. Ajoutons cependant que si l’avion n’arrive pas à balayer exactement le sous-marin, il peut provoquer électriquement l’éclatement de l’engin, qui pourra ainsi endommager l’ennemi si Ma distance n’est pas trop considérable.
- D’après l’inventeur, l’efficacité de cette méthode d’attaque est de beaucoup supérieure aux méthodes actuelles dans lesquelles un avion forcément très rapide cherche à tirer sur une cible de dimensions relativement très restreintes et dont la profondeur très variable est difficile à évaluer. Or il faut que la bombe éclate très près du sous-marin si on veut en obtenir des effets intéressants; c’est ainsi qu’une bombe de 20 kg éclatant à ôO m. d’un submersible, soit au-dessus, soit en dessous, soit latéralement a peu de chances de provoquer des avaries sérieuses à bord. C’est dire que le tir de l’avion doit être extrêmement précis et est par cela même difficile.
- Beaucoup d’autres moyens de lutte mériteraient d’être signalés ici; en particulier ceux qui sont effectivement employés par les marines alliées; mais bien que les Allemands soient au courant, grâce à leur service d’espionnage, de tous les progrès de la lutte, nous ne dirons rien des méthodes de la guerre sous-marine.; aussi bien n’est-ce pas là notre but et n’avons-nous cherché qu’à signaler quelques idées intéressantes émises par des inventeurs notoires.
- Dans un prochain article nous étudierons les moyens de défense propres du navire et quelques-uns des innombrables dispositifs de sauvetage qui ont été récemment proposés.
- H. VOLTA.
- L’ELECTROCULTURE
- A la séance du 28 novembre dernier de l’Académie d’Agriculture de France, M. Alfred Angot, directeur du Bureau Central météorologique, a donné connaissance d’un rapport dû à deux ingénieurs agronomes anglais, MM. V. H. Blackman et J. Jôrgensen, inséré dans Journal of the Board of Agriculture et relatif à l’influence des décharges électriques aériennes sur le rendement des récoltes.
- Avant d’aborder cette communication extrêmement intéressante, il nous semble utile de faire un exposé rapide des diverses étapes parcourues par Yéleclroculture, science pleine d’avenir. Les recherches concernant l'influence de l’électricité sur les plantes ont débuté, peut-on dire, en même temps que la science électrique elle-même.
- L’électroculture peut employer indirectement ou directement l’action de l’électricité. Le premier procédé met à profit les effets lumineux des lampes à* arc permettant de donner aux plantes pendant la
- période nocturne, de cette façon supprimée artificiellement, une vie aussi active que durant la période diurne et rendant par suite ininterrompue l’assimilation du carbone. C’est Hervé-Mangon qui, le premier, en 1861 observa que la chlorophylle se forme à la lumière électrique comme à celle du soleil. Siemens entreprend en 1880 de vérifier les suppositions émises par Hervé-Mangon, mais le résultat qu’il obtient est plutôt décourageant. Douze ans plus tard, G. Bonnier reprend la question et fait à l’Académie des Sciences, une communication sur une série d’études expérimentales faites par lui, notamment aux Halles Centrales de Paris. Il remarque qiie l’éclairage électrique continu modifie sensiblement la structure des feuilles et des tiges des arbres; les plantes respirent, assimilent et transpirent jour et nuit d’une façon invariable, éprouvent une sorte de gêne dans l’utilisation et la différenciation ultérieure des matériaux assimilés, en même temps la structure de leurs tissus est sim-
- p.120 - vue 124/474
-
-
-
- L’ELECTROCULTURE ......121
- plifiée. Avec un éclairage électrique discontinu, c'est-à-dire avec 12 heures d’obscurité sur 24 heures, la structure déterminée dans les divers organes des plantes présente la plus grande analogie avec la structure des plantes normales dont elle se rapproche beaucoup.
- Chacun de nous a d’ailleurs remarqué que la partie du feuillage des arbres de nos boulevards et promenades publiques, exposée à l’action des lampes à arc, se maintenait parfaitement verte tandis que le reste de la couronne se dénude. Dans tous les cas, toutes ces expériences bien qu’intéressantes, ne donnant pas de résultats pratiques, firent que l’on dirigea les recherches dans une voie différente. Ayant reconnu que les plantes étaient constamment parcourues par des courants électriques extrêmement faibles, on songea dès lors à renforcer ces courants en empruntant l’électricité atmosphérique ou toute autre source d’énergie pour exalter la puissance végétative. D’où le second procédé de l’électroculture dite par influence directe.
- L’action favorable de l’électricité atmosphérique n’est plus contestée; les expériences de Grandeau, Leclerq et Celi (1878-1879) en sont la première preuve. Ayant placé des plantes dans une cage de fil métallique les mettant à l’abri de l’électricité atmosphérique, ces savants trouvèrent que la végétation s’effectuait dans de très mauvaises conditions, alors que la libre action de l’électricité atmosphérique sur la plante déterminait un accroissement de récolte de 50 à 70 pour 100 pour les feuilles et les tiges et de 50 à 60 pour 100 pour les graines et les fruits.
- Le physicien suédois Lemstrôm, de l’Université d’iielsingfors, à la suite de plusieurs voyages au Spitzberg et dans la Laponie finlandaise, avait remarqué que lorsque les plantes de culture échappaient à l’intluence désastreuse qu’exercent fréquemment dans ces régions les gelées nocturnes, leur développement surpassait de loin celui des plantes du même genre dans les régions plus méridionales et sous un climat plus favorable, et cela bien que les labours fussent peu développés et que l’on n’utilisât que des charrues et des herses entièrement de bois. Il avait également noté que la variation périodique dans les résultats des récoltes de ces régions polaires concordait avec les variations observées dans le nombre des taches solaires *et des aurores boréales. Plus il y avait dans l’année de taches solaires et d’aurores boréales, plus les récoltes de céréales, de racines et d’herbages étaient abondantes. En résumé, les courants électriques, cause des aurores boréales, exercent là une influence bienfaisante très grande sur la végétation. Procédant en 1885 à des essais sur des petits pots contenant des graines d’orge, de froment et de seigle, des feuilles d’étain faisant communiquer la terre des pots avec une machine de Iloltz, ces essais lui permirent d’affirmer d’ores et déjà que l’é ectricité négative était meilleure pour les plantes
- que l’électricité positive; quant au rendement des pots électrisés, il fut de 40 pour 100 plus élevé que celui du pot non soumis à l’action de l’électricité (*).
- Le chimiste Berthelot pensait que l’état électrique de l’air, en rapport avec celui des plantes, exerçait une influence sur la fixation de l’azote par ceux-ci, mais les recherches pratiques entreprises depuis cette époque ont démontré que l’azote était surtout fixé dans le sol par l’action des microbes nitrificateurs. Cependant M. Grandeau, agronome très estimé, persiste à affirmer que l’état électrique de l’atmosphère constitue un facteur important de l’intensité de l’acte végétatif et que l’électricité facilite la nutrition azotée des plantes.
- Les premiers essais en vue de la création d’un matériel agricole d’électrisation atmosphérique sont dus à l’abbé Bertholon de Saint-Lazare qui imagina un dispositif nommé par lui « électro-végétomètre », constitué par un long poteau supportant à sa partie supérieure un tube de verre dans lequel était fixée à la gomme-laque, une tige verticale de cuivre terminée par. une aigrette en fils de cuivre. La tige verticale de cuivre était reliée par une chaîne métallique à une autre tige horizontale également en cuivre et comme la première isolée électriquement du poteau. La tige horizontale pouvant à volonté s’allonger portait à ses deux extrémités une aigrette en fils de cuivre tournée vers le sol. Cet appareil ne donna que des résultats médiocres.
- M. Spechnew, du Jardin botanique de Kiew, utilisa un réseau de conducteurs métalliques réunissant des perches isolées, distribuées dans le champ d’une façon régulière et surmontées de couronnes métalliques armées de pointes en cuivre doré. Par ce dispositif qui mettait le champ sous un réseau ayant un mode d’électrisation positif, Spechnew provoqua une surproduction s’élevant à 28 pour 400 pour le seigle, 50 pour 100 pour le blé, 62 pour 100 pour l’avoine, 55 pour 100 pour l’orge, 25 pour 100 pour les pois, 11 pour 100 pour les pommes de terre, 54 pour 100 pour le lin, etc. La maturation de ces plantes fut, en même temps, sensiblement accélérée, notamment pour l’orge qui fut en avance de 12 jours; enfin les maladies causées par les micro-organismes se trouvèrent réduites à leur minimum de nocivité, et au lieu de 40 pour 100 de pommes de terre malades, on n’en trouva que 5 pour 100.
- Lagrange, professeur à l’Écolè militaire de Bruxelles (1892), disposant entre des pommes de terre une série de petits paratonnerres en fils de fer galvanisé terminés en pointe, enfoncés de telle sorte que leurs pieds soient dans le plan du semage et émergeant de moins de 0 m. 50 du sol, obtient la maturité de la récolte quinze jours plus tôt que celle du champ voisin cultivé à la manière habituelle et un rendement de 165 kg de pommes de terre au lieu de 80 fourni par l’autre champ.
- Les frères Paulin avec leur « géomagnétifère »
- '1. Lala. Conférence sur l'Electricité et l’Agriculture 1909.
- p.121 - vue 125/474
-
-
-
- 122 . L’ÉLECTROCULTURE
- formé d'un poteau surmonté d’une tige métallique se terminant en aigrette et de laquelle partent des fils de fer pénétrant en se ramifiant dans le sol, obtiennent les résultats suivants : dans une parcelle de terre de 52 m2 (à Morlien), 1)0 kg de pommes de terre au lieu de 61 kg fournis par une parcelle-témoin; sur une plaie-bande de 2 m2 (à Vais) une récolte d’épinards de 15 200 kg au lieu de 10 400; une surproduction de 9 pour 100 dans une culture de, betteraves (à Orchies) ; à une vigne (à Ecolay) des raisins très riches en sucre et en moût avec une maturité précoce et régulière.
- L’électroculture directe, à l’aide des courants fournis par des piles ou des dynamos, peut être réalisée en plaçant dans le sol deux plaqups métalliques communiquant avec un réseau métallique disposé soit dans l’air au-dessus des plantes, soit dans la terre même sous les plantes réseau que l’on fait traverser, dans l’un comme dans l’autre cas, par un courant donné par un générateur dynamique d’énergie électrique; Les expériences qui ont été faites à cet égard sont celles qui méritent certainement le mieux le titre d’essais d'électroculture parce qu’en réalité, elles sont les seules qui tiennent compte qu’il n’y a pas que l’électricité de l’air, mais qu’aussi le sol est le siège de phénomènes électriqm s constants.
- Spechuew et Lagrange, déjà nommés, essayèrent une pile zinc-sol-cuivre; de Meritens en 1885 combine une pile agricole tenant de l’électro-végé-" tomètre de Bertho'on et de la pile Speclmcw.
- Narkewilsch-Iodko, à Saint-Pétersbourg, plaçant sur un champ d’essais des perches de bois de 8 à 10 m. de hauteur armées à leur partie supérieure d’aiguilles de cuivre nickelé isolées électriquement des perches, mais reliées par des liLs métalliques à des lames de zinc enfoncées dans'le sol, a une récolte de pommes de terre accrue de plus de 50 pour 100 et une production de fruits de table de 525 kg au lieu de 512 kg.
- Lemslrôm, dans ses expériences entreprises de 1898 à 1901, se sert du courant fourni par une machine éleclrostalique de son invention ayant l’avantage sur les dispositifs précédents de fournir trois ou quatre fois plus d’électricité, d’être moins sensible à l’humidité d’où un fonctionnement de deux ou trois mois sans biaucoup d’entretien, d’accélérer considérablement la rotation et par conséquent d’alimenter un réseau métallique d’une plus grande surface. Le réseau métallique relié à la machine était disposé autour du champ de la façon suivante : un fil de -fer galvanisé de 1 mm 5 de diamètre, placé sur des supports, faisait le tour de la parcelle ; sur ce fil étaient tendus lransver?ale-ment d’autres fils de 0 mm. 5 à la distance de 1 m. 25 les uns des autres. Le fil1 était fixé à ses supports au moyen d’isolateurs d’ébomte. Après 164 heures, de traitement, la machine-fonctionnant dq 5 à 9 heures du matin et de 4. à 8 heures de l’après-midi, les plantes de tabac du champ d’essais
- et du champ de contrôle offraient, un aspect des plus caractéristiques ; le premier avait un excédent de récolte d’environ 40 pour 10(1. En 1899, il obtient dans d’autres essais un excédent moyen de 28,7 pour 100 pour de l’avoine, de 57,5 pour 100 pour des carottes, de 50 pour 100 pour des pommes de terre, mais pour des pois, il a un délicit moyen de 7,5 pour lOOetpourdes choux, de 19 pour 100. En 1900, les excédents obtenus sont importants : 26 pour 100 pour de l’orge, 55 pour lOü pour des pois, 17 pour 100 pour des pommes de terre, 88 pour 100 pour des fraises, 42 pour 100 pour des betteraves sucrières, 92 pour 100 pour des carottes, 55 pour 100 pour des fèves, etc. (*).
- Pour déterminer le plus exactement possible l’action de l’électncité sur les plantes, en un mot comment l’action électrostatique produit une augmentation de l’énergie de circulation de la sève, Lemslrôm procéda à l’expérience de laboratoire suivante très concluante. Si, en effet, on plonge verticalement un tube capillaire, humecté intérieurement, dans un récipient contenant de l’eau en _ communication électrique avec le sol et qu’on dispose au-dessus du tube une fine pointe métallique reliée au pôle négatif de la. machine à influence dont le pôle positif communique avec le sol, dès que la machine est mise en . marche, on voit l’eau monter dans le tube et des gouttelettes apparaître à la partie supérieure. Il doit, sans nul doute, en être de même pour la sève des végétaux, soumis à un llux (positif) allant du sol (pôle positif delà machine) au réseau métallique iso'é en relation avec le pôle négatif. LTn llux inverse (négatif) amène à la plante, pour-y être assimilés par les tissus, les divers éléments de l’atmosphère.
- De l'ensemble de ses expériences, Lemslrôm tirait les conclusions suivantes : le cuurant négatif facilite l’ascension de l’eau et active, de cette façon, la circulation de la sève, tandis que le courant positif amène à la plante les divers éléments de l’atmosphère et les introduit par les ouvertures que présentent les tubes capillaires pour y subir le travail d’assimilation.
- La proportion dans laquelle les plantes se sont accrues peut s’estimer à 45 pour 100, toutefois, celte proportion est en raison directe de la fertilité du sol. Certaines plantes ne supportent le traitement électrique que bien arrosées; leur surproduction est alors très notable. Enfin, le traitement électrique est nuisible durant les grandes chaleurs ; il doit être interrompu au milieu du jour.
- Par la suite, le professeur llolfrund procédant sur des betteraves, obtint sous l’influence du courant, un rendement de 15,44 pour 100 de sucre, au lieu de 12,84, et même une proportion de 15 pour 100 dans un sol cependant très pauvre par l’action simultanée de l’irrigalion_artificielle et de l’électricité.
- Le L)r Breslauer, de Berlin, reprenant les expé-
- 1. Gazette de l'Electricien, avril 1904.
- p.122 - vue 126/474
-
-
-
- L’ELECTROCULTURE
- riences de Lemslrôm (vers 1908),. constate lui aussi qu’il est ainsi possible d’augmenter le rendement des céréales et que Je temps requis par la maturation est sensiblement réduit. A peu près vers la même époque, deux électriciens anglais, MM. Novvmaun et sir Ulivier Ilodge, réussirent, au moyen de courants à haute tension, à obtenir les mêmes résultats avec un fil métallique éloigné du sol de 5 m., puis ils substituèrent à ce fil métallique des fils éloignés d’environ 10 m. l’un de 1 autre. Les essais qui portèrent sur le blé et l’orge produisirent une augmentation très sensible du rendement.
- Les expériences anglaises dont a parlé M. Angot ont eu lieu dans le cours de l’année 1916, à la ferme de Linciuden (Dumfries), et ont porté sur de 1 avoine (*). La parcelle de terre choisie pour l'électrisation couvrait environ 40 ares 5; deux autres parcelles-témoins de surface moitié chacune, avaient été, pour les comparaisons, prises à des distances très différentes. Les décharges émanaient de 21 fils parallèles aux petits côtés de la parcelle, distants d environ 4 m. et que des supports Volants maintenaient, à leurs extrémités, à une hauteur de 2 m. 10 au-dessus du sol. Ces fils étaient mis en communication par un bout avec le sol et par l’autre avec le circuit secondaire d’une bobine d induction, produisant sur les fils un potentiel d environ 90 ()00 volts; sur le trajet se trou-
- • vaient deux interrupteurs à boules entre lesquelles jaillissaient les étincelles de 0m. 15 environ de longueur, et enfin une série de soupapes Lodge, destinées à redresser les courants. Le circuit primaire de la bobine recevait, par l’intermédiaire d un interrupteur rotatif à mercure, un courant de 3 ampères sous 50 vulls.
- L’avoine, semée le 27 mars, a levé le 13 avril; on a commencé les décharges électriques le lendemain. Un mois après, il y avait déjà une différence marquée entre la parcelle expérimentée et . les parcelles-témoins, lesquelles ont donné des résultats à peu près équivalents. La hauteur moyenne des tiges a été mesurée à trois reprises; on a ainsi trouvé :
- l'8 juin. 25 juin. 3 juillet.
- • Parcelle électrisée............ 0m,5S 0“,73 lm,01
- Parcelles-témoins . . . .......C“,iU 0‘",56 0,n,65
- Différence eu plus pour la parcelle
- électrisée.................... O™, 18 0m,17 0”,58
- ou. 45 °/0 50,35 % 00,32 °/0
- Les mesures n’ont pas été poursuivies après le 3 juillet parce qu’il n'aurait plus été possible d’entrer dans les parcelles sans dommages. L’effet de 1 électrisation s’élendait visiblement à une petite distance de la parodie expérimentée : la hauteur des tiges allait progressivement en diminuant tout autour.
- Les décharges ont été continuées jusqu’au 17 août, le jour seulement; on les interrompait la nuit et durant la pluie. On a ainsi un total de
- 1. Académie d’agriculture de France,, comptes rendus, n° 37, novembre 1917.. *
- 123
- 848 heures. Le temps avait été favorable jusqu’au milieu d’août, mais de très violentes pluies survinrent dans la seconde moitié du mois, ce qui fit verser la récolte électrisée, bien plus lourde que l’autre, causant ainsi une perle sensible de grain, tombé avant la moisson; celle-ci effectuée les 28-29 août, a été rentrée le 1 1 septembre pf battue le lendemain. Le tableau ci-dessous donne le poids du grain recueilli et la.paille, ramenés à l’hectare :
- GRAIN PAILLE
- d,e qualité. 2e qualité Total.
- Parcplle électrisée. . . 2180 kg 780 kg 2960 kg 5550 kg
- Parcelles-témoins . . . 1509 kg 471 kg 1980 kg 2910 kg
- Différence en plus pour ta parcelle électrisée. 071 kg 509 kg 9SO kg 2590 kg
- OU 44,46 °/o 65,60 °lg 49,49 °/0 88,09 «/„
- 11 y a lieu de noler que ce gain total de près de 50 pour 100 pour le grain n’est point l’expression exacte de l’expérience, en raison de la perte causée par la pluie, comme il est mentionné plus haut. Dans tous les cas, en prenant pour base les prix moyens pratiqués dans la région à la fin de septembre 1916, c’est-à-dire pour le grain : lre qualité, 24 fr. 70 et 2e qualité, 20 fr. 30 le quintal, et pour la paille : 67 fr. 70 lès 1000 kg, on obtient un bénéfice brut de 404 francs, dont 228 fr. 45 pour le grain et 175 fr. 35 pour la paille! Ramené à l'hectare, le bénéfice, brut serait d’environ 997 fr. 50. Pour avoir le résultat net, si.on évalue le prix de l’électricité consommée durant les 848 heures, d’après le tarif en vigueur dans les régions pourvues d'usines centrales(J), soit 34 francs l’hectare, on obtiendrait pour la parcelle expérimentée, une marge de 590 francs et à l’hectare de 965 fr. 50, qui semble amplement suffisante pour couvrir tous les frais d’installation et pour laisser un bénéfice net.
- Une des suites de celte expérience a été de révéler ce fait, dont l’importance agricole est intéressante; c’est -que l'éleclrisaiion pratiquée une année exerce encore, l’année suivante, un effet résiduel notable. Le champ comprenant la parcelle qui avait été électrisée l’année avant les expériences dont il est question a été, en 1916, ensemencé en trèfles et graminées; la différence entre l’ensemble du champ et la parcelle électrisée (en 1915) sautait aux yeux, et cette parrelle a donné, en juillet 1916, une première récolte de foin bien plus abondante. L'effet a encore été des plus nets sur le regain de trille qui a suivi la première récolte. Les deux expérimentateurs anglais se proposent d’étudier par l.i suite cette influence résiduelle qui augmenterait de
- i. Comme il n’existait pas d'usine électrique dans la région de Linciuden, on a dû produire le courant électrique sur place, au moyen d’une installation de fortune se composant d’une petite dynamo et d'un moteur à pétrole. Avec une meilleure installation, car pour 150 watts fournis aü'circuit primaire, on ne recueillait que de 10 à 12 watts au secondaire, la même dépense d’électricité aurait permis d’entretenir des décharges sur une surface plus/grande.
- p.123 - vue 127/474
-
-
-
- 124 LES NOUVEAUX GISEMENTS DE MICA EN AMÉRIQUE
- beaucoup la valeur économique de l’électrisation.
- D’autres essais d’électrisation ont été faits, durant l’année 1916, en diverses contrées de l’Angleterre. Avec des fraisiers, le rendement a cru de 80. pour 100 sur des jeunes plants et de 25 à .56 pour 100 sur des plants âgés; pour des pommes de terre, l’augmentation a été de 20 à 50 pour 100, portant non point sur le nombre des tubercules, mais sur leur grosseur; on a eu également des gains de 20 à 50 pour 100 sur des carottes, betteraves, tomates, etc. Par contre, l’effet de l’électrisation a été plutôt nuisible sur les légumineuses, qui fixent directement l’azote atmosphérique, tandis que les mêmes plantes, comme le fait est indiqué plus haut pour le trèfle, bénéficient d’une façon remarquable de l’effet îésiduel de l’électrisation opérée, l’année d’avant,^ur la terre où on les sème. Le journal Electrical Revieiv duquel sont tirés ces derniers renseignements qui montrent que l’électrisation des plantes excite un vif intérêt en Angleterre donne, dans le môme numéro(l), la description illustrée d’un poste mobile avec tous les appareils nécessaires pour la production des décharges électriques pour un champ d’une moyenne de
- 5 hectares; son constructeur offre de procéder lui-même à toute installation et d’en surveiller le fonctionnement.
- Sans doute les résultats obtenus par les deux ingénieurs anglais sont importants, mais on ne peut conclure, et c’est ce qu’ils font au surplus dans leur rapport, que le problème de l'électroculture soit tellement avancé qu’il puisse entrer ‘dans la pratique agricole parce qu’il y a des à-côtés qui ne sont pas encore fixés, tels que la valeur la plus avantageuse de l’intensité des décharges, la manière la plus économique de produire les courants à haute tension nécessaires, l’influence de la nature du sol, des engrais, de l’humidité, etc.
- Dans tous les cas, ce qui précède nous semble de nature 'a retenir l’attention des agriculteurs en leur montrant qu’il leur sera donné un jour de pouvoir traiter leurs cultures par l’électricité, selon le temps et les saisons, comme ils le font aujourd’hui à l’aide d’engrais. 11 est certain que l electro-culture nous réserve de sensationnelles découvertes dans le domaine de l’application pratique et qu’elle est appelée à bouleverser notre routine agricole.
- ' M. Bousquet.
- LES NOUVEAUX GISEMENTS DE MICA EN AMÉRIQUE
- ET LEUR EXPLOITATION INTENSIVE
- Les usages du mica sont bien connus et ont été signalés à diverses reprises ici même(2). En larges feuilles, on l’utilise comme un verre infusible pour les regards de fours et l’industrie électrique l’emploie comme isolateur. En poudres minces, on en fait des papiers argentés, etc., etc.
- Aussi a-t-on mis en valeur de nouveaux gisements au Brésil, au Canada et aux États-Unis, près de North Groton (New Ilampshire), de Custer (Dakota du Sud), gisements qu’on exploite actuellement d’une façon intensive, afin de pouvoir satisfaire aux besoins sans cesse croissants des électriciens du monde.
- Mais avant d’aller plus loin, qu’est-ce
- 1. Electrical Revieu', n° U, juillet 1917.
- qu’un mica. Le minéralogiste désigne ainsi un groupe de silicates de composition variable et complexe, doués d’une élasticité et d’une flexibilité remarquable. Les micas sont des orthosilicates d’alumine combinés à des alcalis divers (potasse, soude, lithium plus rarement, rubidium et cæsium), avec quelques autres bases accessoires, comme la magnésie et le fer. Leur forme cristalline est un prisme hexagonal qui, pratiquement, se divise ptir clivage en innombrables feuillets minces, parallèles à la base du prisme, où dans la plupart des cas on ne retrouve nuère la
- O
- forme hexagonale qu’ils devraient avoir. Il suffit d’ailleurs de se prome-
- 2. Nature\90&, t. II, 299; 1909, t. II, 103.
- p.124 - vue 128/474
-
-
-
- LES NOUVEAUX GISEMENTS DE MICA EN AMÉRIQUE
- n 125
- ner dans un de nos pays granitiques, tel que le Plateau Central, pour voir étinceler d’innombrables paillettes brillantes de mica, où le profane de minéralogie croit souvent reconnaître un métal précieux, or ou argent. On exploite en grand seulement deux variétés de mica : la muscovite (silico-aluminate potassique) et la phlogopite (silico-aluminate magnésien), la première de ces espèces étant la plus fréquente.
- L’Inde, dont l’exploitation des gisements remonte aux temps préhistoriques, est encore aujourd’hui l’un des grands pays producteurs de mica avec
- la largeur varie de 55 cm à o m. et dans lesquelles les plaques de mica se trouvent disséminées dans le kaolin, produit de la décomposition du feldspath. Parmi les mines les plus importantes de l’État , de Minas Geraes il faut citer la « Fonseca » et le « Coronçl Seraphino ». En ces dernières années, on a également rencontré des gisements de mica au Mexique, au Guatémala et dans la République Argentine aux environs de Cordoba.
- A leur arrivée à l’usine, les blocs de mica destinés au vitrage, aux portes des poêles, aux verres de lampes, à l’éclairage et plus généralement à tous les emplois où il faut une grande dimension, sont fendus à la main par simple clivage. On les amène ainsi à l’épaisseur voulue.
- Mais on emploie surtout le mica dans l’industrie électrique. Il sert en particulier comme isolateur dans les segments de commutateurs, dans la construction
- Fig. 2. — Atelier de séparation du mica à Schenectady.
- ses marchés célèbres de Dehli et de Peina. Le Canada, les États-Lnis et le Brésil viennent ensuite. Au cours de ces dernières années, les mines canadiennes ont pris un grand développement, car le mica ambré qu’on en extrait, convient mieux que les autresmicas à l’industrieélectrique; mais, peu transparent, il ne s’emploie guère comme vitrage.
- Au Brésil, le mica se rencontre en assez grande quantité dans les États de Goyaz, Bahia et Minas Geraes. Il appartient à une sorte de muscovite, dénommée commercialement rubis. Les gisements principaux se voient dans les montagnes Cavama et Papagais, qui forment la ligne de partage des eaux des rivières Sâo-Joào do Rio Preto et Carangola; ils se présentent sous forme de veines, de poches ou de dykes de pegmatite, dans des schistes métamorphiques près de Santa Luiza de Carangola, à la limite des États de Minas Geraes et de Espiritu Santo. En général, les roches brésiliennes sont décomposées à une grande profondeur et les veines d’exploitation distribuées en couches parallèles dont
- Fig. 3. — Atelier d’ébarbage du mica en Virginie.
- des armatures de dynamos c’est-à-dire entre les conducteurs et le noyau d’acier, dans la fabrication des douilles de lampes, des rondelles de. coupe-circuits, des boîtes d’interrupteurs, des diaphragmes résonnateurs pour téléphones, etc. Malheureusement les feuilles de mica naturel présentent parfois des trous, des stries ou des inclusions de petits cristaux de quartz qui, en provoquant des courts-circuits, restreindraient beaucoup ses applications, électriques. Aussi les ingénieurs électriciens ont remédié à cet inconvénient en fabricant une composition préparée avec des débris dè mica comprimés en feuilles et qu’on lie au moyen d’une substance appropriée. Pour obtenir cette micanite, on enduit de gomme laque une étoffe ou un papier ayant les dimensions voulues et on pro-
- p.125 - vue 129/474
-
-
-
- 126 : .. .——— ..=g ACADÉMIE
- jette sur cette surface de la poudre de mica en couche aussi uniforme que possible. Après dessiccation, on étend i une seconde couche de gomme laque, puis on y pulvérise du mica et ainsi de suite jusqu’à ce que l’on ait obtenu l’épaisseur désirée. A ce moment, on soumet la plaque micacée chauffée par la vapeur à une pression de 140 kg par centimètre carré. On prépare de la sorte un produit homogène, exempt de crevasses, non hygrométrique et d’autant plus apprécié par les techniciens qu’il revient moins cher que le mica naturel. Or l’économie de la substitution est très sensible dans les
- ES SCIENCES ......... .................
- machines électriques de grandes dimensions sur-tout aujourd'hui que le précieux minéral coûte six fois plus qu’il y a quinze ans! Quant à la poudre de mica, elle entre dans nombre de compositions calorifuges, elle sert encore à la décoration des papiers de tenture et à divers usages plus restreints. Enfm l’augmentation de prix du mica a développé l’exploitation intensive des mines productrices de cette substance principalement en Amérique et, à eux seuls, les Etats-Unis ont importé, en 1916, pour plus d’un million de dollars de mica.
- Jacques Boyer.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séances du 14 au 21 janvier 1918.
- Structure en gradins de certains liquides. — M. Grandjean signale une curieuse propriété de certains liquides dont les gouttes, posées sur un support plan, au lieu d’avoir, comme d’habitude, une face libre courbe, ont cette face constituée par une série de plans exactement parallèles au support, formant des gradins étagés, séparés par des surfaces abruptes. Cette surface plane n’est pas un effet de la pesanteur. On peut incliner le gradin d’une manière quelconque, sans que rien paraisse changer. En outre, les gouttes en gradins peuvent être d’une extrême petitesse, sans cesser de montrer des surfaces planes, dont'les dimensions sont, bien entendu, microscopiques. Si l’on déforme la goutte, par exemple en la touchant en un point, on fait glisser les gradins les uns sur les autres, sans que leur structure se modifie. Cette disposition révèle une propriété discontinue du liquide, qui peut faire penser aux faces des cristaux, mais qui. en diffère essentiellement, parce quelle reste de la surface n’a aucune tendance à être plane. La structure en gradins peut coexister, dans une même goutte, avec la disposition convexe de la surface libre. *
- Recherche des bacilles d'Eberlh. dans les eaux. — MM. Diénert, GuiUerd et Mme Antoine Leguen, exposent la méthode entrée dans la pratique quotidienne de la. surveillance des eaux de Paris. On filtre plusieurs litres d’eau sur bougie collodionnée pour retenir les germes qu’on remet ensuite en suspension dans une eau physiologiquement stérile. Celle eau est alors ensemencée d’eau peptonée additionnée de bile stérile et de vert malachite et le tout mis à l’étuve à 57°. Après 24 et 48 heures on isole les colies cullivées. Pour cela, on prend cinq tubes de gélose fraîchement additionnée de plomb et l’on y trempe un fil de platine préalablement plongé dans, le bouillon cultivé. On agite et on coule sur plaques de Piétri. On place ces^ plaques à 57° et on suit le développement des colonies. Les bacilles d’Éberth et les paratyphiques B donnent des colonies brunes entourées d’une auréole plus pâle.
- épidermisation anormale après balnéation aux hypochloriles. — Après traitement prolongé de certaines plaies par les hypochlorites de sodium ou de magnésium, on observe un arrêt prolongé ou définitif dans la pro-, gression du liséré, alors que l’examen bactériologique
- ne dénote aucune pullulation de germes. La cicatrisation peut être très longue à moins que le chirurgien ne pratique l’excision, ce qui amène une guérison rapide. D’après M. Pierre Masson, les irritations déterminées par l’emploi prolongé des hypochlorites ont provoqué des lésions épidermiques caractéristiques des états précancéreux. Ces lésions, qui sont suspectes, doivent être rapidement traitées.
- Influence des sels mélalliq7ies sur la germination. — MM. Maquenne et Demoussy ont étudié l’effet simultané sur les plantes de substances toxiques telles que le cuivre associés au calcium. Avec le cuivre, le plomb, le zinc, le potassium, etc., on constate que la présence du calcium augmente la toxicité des métaux, en sorte que l’action favorablé du calcium se trouve compensée. 11 s’agit là d’un phénomène général ; les différents métaux fonctionnent comme antagonistes du calcium, tandis que celui-ci fonctionne à leur égard comme anti-toxique jusqu’à une certaine dose de matière active. On voit ainsi que faction physiologique d’un mélange est loin d être égale à la somme des actions qu’exerceraient les composants isolément.
- Traitement de la tuberculose par inhalations antiseptiques. — Les inhalations sont peu employées contre la tuberculose. MM. Charles Richet, Brodin et Saint-Girons remarquent que, pour obtenir un bon effet, il faut que les vapeurs antiseptiques soienl anhydres. Dans le traitement qu’ils ont inauguré à la.Cote Saint-André, la,.gradualion de la dose inhalée se fait par la température de l’huile dissolvante. Les anliseptiques sont employés en alternance, de manière que le malade ne respire jamais deux fois le même. Ils ont obtenu des améliorations particulièrement nettes avec la créosote et le goménol.
- \
- Le spectre de lippes du titane. — M. de Grammont poursuit sa recherche systématique des raies ultimes dans les spectres de dissociation des éléments. Le travail qu’il consacre au titane peut être particulièrement utile en métallurgie. Sur les spectres joints à sa note, on constate que’certains groupes de raies sont particulièrement propices à la recherche du titane dans les aciers et même à une appréciation quantitative ; car leurs raies se projettent dans des. espaces vides entre les raies dû fer. On pourra arriver ainsi à une évaluation du titane
- p.126 - vue 130/474
-
-
-
- LES ÉLECTRO-AIMANTS DE LEVAGE ========== 127
- aussi rapide que celle déjà réalisée par la même méthode pour l’argent dans les plombs d’œuvre ou les galènes. Le procédé trouvera aussi son application en minéralogie.
- Le terrain houiller de la Savoie. •— Dans un temps où les recherches de combustibles sont à l’ordre du jour, il est intéressant de signaler que, d’après M. Kilian, il y aurait 5 .millions de tonnes d’anthracite utilisables par galeries horizontales dans les seuls massifs du Crey-du-Quart et de la Sé az. D’autres parties de la Savoie et du Briançonnois appartenant à la même zone houillère pourraient également donner des quantités notables d’un combustible que l’on a jusqu’ici dédaigné et qui n’est encore exploité avec un peu d’activité que dans les enviions de Saint-Michel en Maurienne et d’Oume en Taran-taise. M. Kilian considère que cette formation houillère de la zone axiale interalpine représente le faciès continental des étages westphatien et stéphanien.
- Relations entre les variations du baromètre et celles du vent au sol. — Le travail que M. Reboult consacre à cette question pourra rendre des services pour la prévision. D’une façon générale, si, en un point, le vent au sol augmente, la pression diminue; et inversement. Les régions où l’on doit prévoir la hausse sont celles où la tendance du baromètre est positive et celle de l’anémomètre négative. Dans le voisinage d’une basse pression, les régions où les vents sont faibles sont collés que menace la baisse barométrique; dans le voisinage d’une haute pression, les régions où les vents sont forts sont celles où se produira la hausse du baromètre.
- L’olfaction. — D’après M. Durand, la sensation olfactive dépend des conditions suivantes : 1° présence, dans l’air, d’ions odorants propres à faciliter la condensation de la vapeur d’eau atmosphérique; 2° état hygrométrique convenable; 5° refroidissement du courant d’air d’inspiration.
- LES ÉLECTRO-AIMANTS DE LEVAGE
- Les nécessités nouvelles de l’industrie, la rareté et le prix élevé de la main-d’œuvre, l’àpreté de la concurrence, ont provoqué de profondes modifications dans l’organisation du travail, et les lecteurs de La Nature ont pu remarquer l’importance croissante des procédés rapides de manutention, dans l’aménagement moderne des usines j1).
- C’est, qu’en effet, l’application de ces méthodes a le double avantage de réduire le personnel et de gagner du temps, c’est-à-dire d’économiser à la fois sur la main-d’œuvre et sur les achats de matières premières ; car il est clair que, si la fabrication est lente, il
- faut, pour une production déterminée, réunir un plus grand stock de matériaux et immobiliser ceux-ci plus longtemps, deux facteurs qui concourent 'a augmenter le capital engagé.
- L’emploi de l’électricité se généralisant de plus en plus, à mesure que s’étendent les grands réseaux de distribution alimentés par la houille blanche (2), un perfectionnement très important a pu être apporté aux appareils de levage et de transport, dans les industries du fer, de la fonte et de l'acier. La manutention des tôles, des riblons, des fers profilés, des gueuses et autres objets magnétiques a été rendue infiniment plus facile et plus prompte par l’utilisation d’électro-aimants à larges surfaces polaires.
- 1. Yoy. n® 2244, du 30 septembre 1916, p, 209; et a® 2254, du 9 décembre 1916, p. 374.
- 2. Voy. n» 2282, du 23 juin 1917, p. 385.
- Fig. i. — Coupe de' l’électro à doigts mobiles.
- La simplification des manœuvres et le gain de temps qui devaient en résulter se conçoivent aisément Dans les anciens procédés de levage, la grue porte un crochet auquel sont suspendues des élingues, des chaînes ou des cordes d’amarrage,
- qu’il faut d’abord passer sous les objets à transporter et solidement attacher ; ou bien, s’il s’agit de menus matériaux, limail es, tournures, riblons, etc., il faut d’abord les cueillir un à un ou par pelletées et en remplir, selon les cas, un wagonnet, une benne ou un panier. Les mêmes opérations doivent d’ailleurs se renouveler, en sens inverse, lorsque l’appareil de levage a été amené au point de déchargement.
- Ces complications et ces lenteurs sont supprimées par l’électro-aimant. Celui-ci étant descendu au-dessus des pièces à enlever, il suffit de tourner la clé d’un interrupteur pour donner à l’engin électro-magnétique sa puissance attractive. Tous les corps en fer, en acier ou en fonte placés à p oximilé sont instantanément happés. La manœuvre du treuil les amène alors à l’endroit précis où ils doivent être déposés, et la rupture du circuit les libère aussitôt du lien magnétique.
- La figure 2, qui représente un électro-aimant chargé de limailles et de tournures, fera immédiatement comprendre combien sont ainsi facilités l’enlèvement de ces déchets et le nettoyage des fosses à copeaux. Le même,engin de levage peut servir
- p.127 - vue 131/474
-
-
-
- 128
- LES ÉLECTRO-AIMANTS DE LEVAGE
- aussi à la manutention des barres de tous profds, des tôles et même des pièces mécaniques. Cet électro-aimant est entièrement blindé, et ses enroulements sont à l’abri de toutes détériorations susceptibles d’être produites par des causes extérieures. Un organe accessoire, un contrôleur-inverseur, est intercalé dans le circuit, de manière à éviter tout excès de tension, au moment de la
- rupture du cou-/ rant d’alimentation.
- Ce courant est d’ailleurs moins intense qu’on ne serait tenté de le croire, car il suffit de 6 kilowatts et demi pour réaliser une force attractive de 20 000 kg. C’est que, à partir du moment où le noyau de l’électro-aimant
- a acquis son aimantation normale, laquelle dépend de l’intensité du courant et des états magnétiques antérieurs, l'effet du courant se borne au maintien du magnétisme, c’est-à-dire à l’orientation moléculaire du noyau, ainsi qu’à réchauffement des bobines.
- Il convient toutefois de remarquer que l’énergie absorbée, pour un effet attractif déterminé, varie suivant la nature et la forme des objets à soulever, comme le montre le tableau suivant, établi pour une consommation de 1 kilowatt.
- Fig. 2. — Élcciro enlevant des copeaux de fer.
- INalure île la charge. Poids soulevé.
- Entournures................ . . 70 kg
- En mitraille...................... 75 —
- En gueuses....................... 200 —
- En déchets d’acier............... 540 —
- En fers profdés.................. 800 —
- En blocs . ... . . . . . 2000 —
- On voit que la même dépense d’énergie se traduit par une force attractive dont la valeur effective peut varier dans la proportion de 1 à 28.
- L’influence de la forme et de la compacité des matériaux s’explique aisément par ce fait que la force attractive décroît très rapidement, quand l’armature d’un aimant est écartée des pôles. En effet, l’attraction est inversement proportionnelle au carré de la distance entre les pôles en présence, et les pôles eux-mêmes décroissent avec le flux magnétique, lequel diminue brusquement, par suite dè la faible perméabilité magnétique de l’air. C’est pourquoi, à une distance assez faible, l’attraction exercée par les noyaux sur l’armature devient négli-
- geable, Or, dans le cas que nous envisageons, l’armature est constituée par les objets à soulever. Quand ceux-ci sont des blocs de fer compacts, la masse magnétique est le plus près possible des pôles, et l’effet attractif atteint son maximum. Au contraire, lorsqu’il s’agit de fers profilés, ou de déchets, ou d’objets ronds, il y a des interstices entre eux, et le centre de gravité de la masse à soulever se trouve alors reporté beaucoup plus loin des pôles.
- Il suit de là que les électro-aimants à surface d’adhérence plane se prêtent relativement mal à la manutention des gueuses ou des ferrailles amoncelées par tas irréguliers. Un rendement bien supérieur a été réalisé, en construisant des électroaimants spéciaux, dont la surface portante peut, le cas échéant, épouser les formes, si variées soient-elles, des pièces ou ensemble de pièces qu’il s’agit de transporter. Ces électro-aimants sont munis de doigts magnétiques mobiles (fig. 1), constitués par un ensemble de barrettes rectangulaires À, formant un circuit magnétique et juxtaposées sur tout le pourtour des bobines. Ces barrettes sont mobiles dans le sens vertical et indépendamment les unes des autres. Dès lors, quand l’électro-aimant est amené sur un tas de fers en morceaux plus ou moins gros ou de formes irrégulières, par exemple des gueuses de fonte, les barrettes se déplacent plus ou moins en hauteur et prennent respectivement des positions telles qu’elles s’adaptent exactement aux objets à enlever (fig 5). Ainsi, la surface de contact de tous les doigts réunis porte sur les matériaux magnétiques ; les Vides laissés en- ~ Vèlèctro
- tre les pièces à doigts mobiles:
- polaires et l’armature sont réduits au minimum, et la plus grande partie de la force portante est effectivement utilisée. En fait, à égale consommation -d’énergie électrique, les électro-aimants à doigts magnétiques mobiles atteignent une puissance deux1 fois supérieure à celle des électro-aimants ordinaires, lorsqu’ils sont appliqués à la manutention de pièces à surface irrégulière, ou de pièces cylindriques ou sphériques, comme les obus ou les moutons de concasseurs. Ernest Coustet.
- Le Gérant : P. Masson. — lmp. Lahdrk, rue de Fleuras, 9, à Pans.
- p.128 - vue 132/474
-
-
-
- 46' ANNÉE. — N° 2318.
- v
- 2 MARS 1918.
- QUELQUES PROGRÈS RÉCENTS
- La Nature a déjà indiqué, dans son numéro du Il juillet 1908, l’un des progrès les plus importants de la métallurgie du cuivre : l’emploi des grands water-jackets.
- Il paraîtra sans doute intéressant de retracer ici très brièvement les autres perfectionnements apportés récemment à cette métallurgie, l’une des plus complexes et aussi l’une de celles qui forcent le plus l’attention des pays en guerre.
- Plus de 90 pour 100 de la production mondiale
- EN MÉTALLURGIE DU CUIVRE
- est plus oxydable que le cuivre; d’autre part le sulfure de fer est plus stable que celui de cuivre, Cu2S.
- Si donc on soumet à un grillage partiel, un sulfure double de fer et de cuivre, une partie du fer se transforme en oxyde FeO, tandis que tout le cuivre pourra demeurer à l’état de Cu2S, du moins si le départ de soufre — c’est-à-dire l’opération de grillage — est bien réglé.
- Si le produit ainsi grillé est soumis à une fu-
- Fig. i. — Ancienne installation des convertisseurs acides à la Canadian Copper CJ, Copper Cliff, Ontario.
- du cuivre est obtenue par la méthode moderne de fusion pour mattes et de convertissage. Il nous est nécessaire d’en rappeler les grandes lignes, en faisant bien noter, avant tout, que cette méthode est née en France, dans la petite usine d’Eguilles près d’Avignon, sous l’inspiration de Manhès et de David.
- Les minerais de cuivre sulfurés sont généralement à faible teneur en cuivre et constitués par un sulfure double de fer et de cuivre ; la fusion pour mattes a pour but de concentrer le cuivre dans une masse moins importante; on cherche alors à séparer la gangue et à enlever partie du fer. Encore ne faut-il pas aller trop loin dans cette voie; on oit redouter, en effet, une perte de métal et une mauvaise séparation de la matte.
- Cette fusion pour mattes est essentiellement basée sur deux principes : d’une part, le fer
- 46e Année. — 1" Semestre.
- sion, en présence de silice, l’oxyde de fer, produit dans le grillage, passera à l’état de scorie, tandis que le cuivre, toujours à l’état de sulfure, formera, avec le sulfure de fer restant, la matte :
- Çu2S, nFeS.
- Cette matte contiendra tout le cuivre, tous les métaux précieux et une partie du fer renfermés par le minerai initial. On aura donc bien concentré le cuivre sous un faible volume.
- Ceci fait, la matte Cu2S, nFeS est rejetée liquide dans le convertisseur; l’air soufflé commence son oxydation par le fer et celui-ci est éliminé sous forme de scorie, la silice du revêtement — ou celle ajoutée — permettant la constitution du silicate de fer.
- Le fer étant éliminé, le sulfure de cuivre commence à s’oxyder; mais le sulfure restant
- 9. —129
- p.129 - vue 133/474
-
-
-
- 130= QUELQUES PROGRÈS RÉCENTS EN MÉTALLURGIE DU CUIVRE
- réagit sur l’oxyde et donne le métal. On a successivement :
- Cu2 S, nFeS H- 5n0 = Cu2S H- nFeO + nSO2 et nFeO-l-nSiO2 = nSiCFFe
- 2 Cu2S -+- 4 0 = 2 CuO -f-Cu2 S+ASO2 2CuO H- Cu2S = 4 Cu-j- SO2.
- Il-n’y a plus qu’à raffiner le cuivre brut ainsi obtenu.
- En résumé, la métallurgie du cuivre par le procédé moderne le plus répandu comprend quatre opérations, à savoir :
- Le grillage du minerai sulfuré ;
- La fusion transformant le produit grillé en une mat te, sulfure double de cuivre et de fer;
- La transformation de la matte en cuivre brut par convertissage ;
- Le raffinage du cuivre brut.
- Nous n’étudierons pas ici les progrès du grillage
- sulfuré. Ils ont une importance toute spéciale et, d’ailleurs, très générale; ils feront l’objet d’une étude particulière.
- Progrès dans la fusion pour matles. — Il n’y a pas à insister sur les progrès des water-jackets qui ont déjà été analysés ici même. Indiquons seulement que l'Anaconda utilise des fours de 25m.xl m. 40. On sait aussi que mattes et scories se rassemblent maintenant dans un avant-creuset, bassin de faible hauteur, d’assez grand diamètre; ces matières s’y séparent par ordre de densité; la matte s’écoulant par un trou situé à la partie inférieure, la scorie s’échappant à la partie supérieure.
- Quant aux jackets, qui constituent, ainsi que l’on sait, des parois à circulation d’eau, là où l’usure des briques serait trop rapide, se font maintenant, non plus en fonte, mais en acier moulé, soudé ou embouti, parfois même en cuivre.
- Mais le xvater-jacket n’est pas le seul appareil utilisé dans la fusion pour mattes : le four à réverbère a, lui aussi, fait d’énormes progrès. Il a tout
- d’abord augmenté considérablement de capacité ; avec une section de 25m.X5m., il atteint une capacité de traitement de 500 tonnes de minerai en 24 heures. ,
- Employés surtout pour le traitement des minerais pulvérulents, cesfours ont subi tous les perfectionnements récents de l’emploi du gaz : récupération au moyen des chambres Siemens, brûleurs inclinés, etc. Beaucoup de ces fours rappellent les appareils Martin les plus modernes de nos aciéries.
- Mais le changement le plus important apporté dans la préparation des mattes a trait assurément à l’utilisation directe de certains minerais, sans aucun -grillage préliminaire. Cette méthode, qui a reçu le nom de fusion pyriiique, est, bien entendu, une opération extrêmement oxydante. En effet, une partie du fer est oxydée et absorbée par la silice pour former les scories.
- Théoriquement tout le combustible est formé par le minerai lui-même : c’est la combustion du fer et aussi du soufre qui fournit lés calories nécessaires à l’opération.
- En réalité, on ne peut que très exceptionnellement se passer de tout combustible; généralement, on fait une addition — très faible il est vrai — de coke au lit de fusion, 5 à 8 pour 100.
- L’opération a toujours lieu en water-jacket et, comme elle doit être très oxydante, la quantité d’air à faire passer par mètre carré de section de l’appareil est très importante et dépasse généralement 100 m3 par minute. Les tuyères ont une section en conséquence; elles affectent souvent la forme de fentes horizontales.
- Bien entendu, tout minerai ne peut être traité par cette méthode. Généralement on admet qu’elle s’applique à tout produit contenant un excès de soufre important (plus de 200 S pour 100 Cu) et une quantité de silice libre assez élevé pour scori-fier le fer qui s’oxyde.
- I Bailleurs l’opération comporte généralement deux phases, sinon, une quantité de cuivre trop importante passe dans les scories. Citons un exemple : un minerai à 2 pour 100 de cuivre et 15 pour 100 de soufre donne, du premier jet, une matte à 12 pour 100 de cuivre. Celle-ci refondue à nouveau fournit un produit à 50 pour 100 de cuivre Cette seconde matte est passée directement au convertisseur.
- Convertissage de la matte. en cuivre brut. — Il y a dix ans. à peine, le convertisseur à revêtement siliceux était seul utilisé; il affectait tantôt la forme de corne verticale, tantôt celle d’un cylindre horizontal, rarement celle d’une sphère. Mais, de
- p.130 - vue 134/474
-
-
-
- QUELQUES PROGRÈS RÉCENTS EN MÉTALLURGIE DU CUIVRE
- toute façon — et c’est bien là le point capital,—le revêtement servait de réactif, la silice qui le constituait formant, avec l’oxyde de fer produit, une scorie. Ce revêtement s’usait donc avec une rapidité extrême et l’on était conduit à le refaire toutes les 10 ou 12 charges au maximum.
- D’où l’emploi du convertisseur basique, emploi qui a demande de nombreux essais, dont la mise au point a été particulièrement délicate.
- Faisons tout d’abord noter qu’ici le convertisseur basique ne remplit pas du tout le même but qu’en métallurgie du fer : il ne s’agit pas de produire une réaction qui ne peut se passer qu’en milieu basique, ce qui est le cas de la déphosphoration. Ici, au contraire, il se produit ce fait qui paraît
- : 131
- version de la matte, sans addition de silice, de telle sorte qu’il se forme de l’oxyde Fe3Cb, lequel fond à température élevée. Lorsque l’oxyde est ainsi formé, on balance l’appareil lentement. Cet appareil est presque toujours un très long cylindre horizontal. Dans ce mouvement l’oxyde se dépose sur tout le revêtement et y forme un véritable vernis protec-tecteur contre l’action de la silice, vernis qui n’est pas détruit par les opérations ultérieures, lesquelles se passent à une température nettement inférieure au point de fusion de l’oxyde.
- Donc le convertisseur basique pour matte de cuivre, qui a été mis au point par Pierre Smith, vers 1905, est constitué par un vaste cylindre (diamètre 3 m., longueur 7 m.) possédant une tren-
- absurde a priori; employer un revêtement basique dans un appareil où l’on va introduire de la silice, par conséquent un réactif acide, pour scorifier l’oxyde de fer.
- C’est bien là, en effet, le principe de l’opération : dans un convertisseur à paroi de magnésie, on introduit la matte fondue; on souffle, on introduit la silice; d’où séparation du fer. Ici donc le revêtement ne participe nullement à la réaction.
- Et alors se pose de suite une question capitale : Comment se fait-il que la silice réagisse ainsi sur l’oxyde de fer, sans détruire le revêtement magnésien ?
- En réalité, le revêtement magnésien n’est là que comme substratum ; il n’est jamais en contact avec la silice, par suite de l’emploi du tour de main suivant : lorsqu’on utilise pour la première fois un revêtement neuf, on pousse l’opération de la con-
- taine de tuyères sur le côté. Ce cylindre est garni de briques de magnésie. Celles-ci se gonflant sous l’action de la chaleur, on évite les dilatations en plaçant initialement quelques planchettes en bois entre les briques. Ces planchettes brûlent dès le premier chauffage et donnent au garnissage un certain jeu qui empêche toute détérioration par gonflement.
- En résumé les convertisseurs basiques, qui ont pris une extension formidable dans ces dernières années, présentent les grands avantages suivants :
- 1° Prix de l’usine nettement plus faible, par suite de la suppression de l’atelier de garnissage.
- 2° Production des scories nettement moindre, par suite d’un meilleur dosage de la silice ; il s’ensuit une perte en cuivre beaucoup plus basse.;
- 3° Obtention de mattes plus riches en cuivre.
- Toutefois ces appareils présentent quelques
- p.131 - vue 135/474
-
-
-
- 132 = QUELQUES PROGRÈS RÉCENTS EN MÉTALLURGIE DU CUIVRE
- inconvénients que l’on peut résumer ainsi :
- 1° Crainte d’allure froide et d’obstruction des tuyères, d’où adjonction de brûleurs à l’huile.
- 2° Pertes de chaleur plus élevées, que dans le convertisseur acide, la magnésie étant plus conductrice que la silice et le revêtement étant de moindre épaisseur.
- Il n’en est pas moins vrai que l’emploi du convertisseur basique constitue le plus gros progrès de la métallurgie du cuivre depuis plus de vingt-cinq ans.
- Le four électrique en métallurgie du cuivre. — L’emploi du four électrique dans le traitement des minerais de cuivre n’a pas fait grand progrès dans ces dernières années et aucune solution industrielle n’est encore intervenue. Cependant il paraît bon de rappeler que les essais faits en France aux usines de Livet et à celles d’Ugine ont montré que le four électrique présente un grand intérêt dans la fusion des mat-tes ; la consommation de l’énergie électrique a été, dans ces expériences, de 500 kilowatts à la tonne de matières chargée.
- Tout est donc une question de prix de revient du courant.
- Les méthodes par voie humide.
- — On sait que divers centres métallurgiques ont été conduits à utiliser les méthodes de voie humide : il. en est ainsi au Rio-Tinto, à Marsberg, etc.... On n’ignore point que ces méthodes consistent essentiellement à amener le métal en solution, généralement sous forme de sulfate ou de chlorure et d’en précipiter le cuivre par le fer. Le cuivre pulvérulent ainsi obtenu, le cément, est traité par voie sèche ou bien transformé en sulfate.
- Une méthode mixte a pris une certaine extension en Amérique peu de temps avant la guerre. On grille le minerai à basse température dans ces grands fours mécaniques, tels que le Wedge ; on transforme ainsi les sulfures en sulfates. On lessive ensuite à l’eau acidulée. On obtient ainsi un rendement de 90 pour 100 du cuivre contenu. De la solution le métal est extrait soit par électrolyse, soit par le fer.1 La précipitation par électrolyse s’inspire de façon complète des principes utilisés en métallurgie de l’or : les anodes sont généralement en magnétite fondue. Quant à l’emploi du fer comme agent de précipitation, il n’a plus lieu sous
- forme de ferrailles, mais bien d’une éponge préparée en chauffant en milieu réducteur des pains de pyrites préalablement grillées.
- Ùaffinage électrolytique. — On sait l’importance prise par l’affinage électrolytique du cuivre impur provenant du premier affinage au réverbère. On n’ignore point que cette opération a avant tout pour but la séparation des métaux précieux or et argent contenus dans le cuivre; il s’ensuit, en opérant convenablement, l’obtention, sur les cathodes, d’un métal très pur.
- Dans ces dernières années, l’affinage éleetro-lytique a fait quelques progrès intéressants à noter : dans quelques usines, on a pu utiliser directement comme anodes le métal du convertisseur; on a supprimé ainsi le préaffinage au four réverbère. Toutefois il faut une teneur en impuretés assez
- aible et notamment peu d’oxyde. D’autre part, on a augmenté considérable-ment la densité du courant : on dépasse couramment 350 ampères par mètre carré de cathode.
- Enfin se sont quelque peu développés les procédés permettant l’obtention directe d’ouvrages en cuivre par électrolyse : au procédé Elmore, déjà utilisé en France, dans lequel une agate polit le métal au fur et à mesure de son dépôt sur mandrin rotatif, sont venus s’adjoindre le procédé Jullien et Dessolles qui conduit à la préparation de planches minces, et un autre procédé qui n’a pas encore dépassé la période d’essais et dans lequel le frottement est obtenu par le mandrin lui-même qui tourne en partie hors du bain; le métal subit ainsi un véritable polissage par le frottement à l’entrée dans le liquide.
- On voit en somme que les progrès de la métallurgie du cuivre, depuis, quelque vingt ans, ont été considérables. Si notre pays n’en a pas tiré directement profit, cela provient seulement de la pauvreté de son sol. Mais rappelons encore que l’on doit à des métallurgistes français l’emploi d’un appareil, le convertisseur, qui se trouve, avec le water-jacket, à la base de toute ;la métallurgie moderne
- du cuivre. . _ , _
- Leon (juillet,
- Professeur au Conservatoire National des Arts et Métiers et à l’École Centrale des Arts et Manufactures.
- p.132 - vue 136/474
-
-
-
- 133
- LES APPAREILS RESPIRATOIRES CLOS
- Le nouvel appareil Gibbs.
- La nécessité de vivre et de travailler dans des atmosphères irrespirables a conduit à imaginer des appareils respiratoires sans communication avec l’air extérieur. Ces appareils possèdent tous une réserve d’air ou un générateur d’oxygène qui permettent de séjourner un certain temps dans un milieu asphyxiant ou toxique.
- En temps de paix, ces appareils rendent de grands services dans les mines, notamment pour les opérations de sauvetage après incendie ou explosion. En ce moment, ils en rendent de plus grands encore dans la guerre de mines et pour la protection de nos soldats contre les gaz asphyxiants de l’ennemi. Ce n’est pas à dire que tous les hommes en soient pourvus ; les appareils de ce genre sont en effet tous trop lourds, trop encombrants et d’un maniement trop délicat pour qu’on en munisse tous nos combattants ; on ne les confie donc qu’à certaines troupes spéciales : sapeurs-mineurs, brancardiers, préférant à juste titre pour les autres un masque à filtration chimique.
- Les appareils respiratoires clos, actuellement en usage aux armées, ne diffèrent de ceux qui existaient avant la guerre que par des détails et notamment une grande simplification de tous les accessoires.
- On avait utilisé autrefois, comme sources d’air respirable, l’air comprimé, l’air liquide, l’oxygène comprimé, l’oxylithe.
- L’air comprimé est employé dans l’appareil Yanginot des sapeurs-pompiers de Paris; il comporte deux bouteilles en acier de 3 litres 1/2 chacune contenant 1100 litres d’air. L’air sortant des bouteilles arrive "dans un masque placé sur le visage et sort par une soupape d’expiration. L’appareil très simple et très sûr est malheureusement lourd et d’une courte durée, puisque l’air expiré n’est pas régénéré. On ne s’en est pas servi, croyons-nous, pendant la guerre.
- L’air liquide est difficilement utilisable parce que ses composants ne se vaporisent pas tous en même temps et que par suite le mélange gazeux respiré est à un moment très pauvre en oxygène. Un appareil à oxygène liquide, inventé par M. Claude et décrit dans le n° 1886 de La Nature, ne s’est pas généralisé non plus.
- On n’emploie plus aujourd’hui que des appareils à oxygène comprimé et ceux à oxylithe. Les appareils’ à oxygène comprimé ont tous comme source de gaz respirable une, ou deux bouteilles d’oxygène sous pression. Celui-ci se détend au sorlir de la bouteille dans un sac de caoutchouc où l’homme puise à mesure de ses besoins au moyen d’un tube partant de son masque. Mais cette fois, les produits d’expiration ne sont plus dégagés dans l’air extérieur. Étant très riches en oxygène, ils sont dirigés
- par une soupape vers une cartouche de potasse ou de soude qui fixe l’acide carbonique et la vapeur d’eau, après quoi ils retournent dans le sac, à la réserve respiratoire. On comprend que la source d’oxygène soit moins volumineuse, moins lourde et moins encombrante que de l’air et qu’elle permette de tenir plus longtemps. Nous utilisons, en ce moment, un appareil de ce type et nos ennemis font d,e même ainsi que La Nature en a déjà parlé (n° 2245).
- Les appareils à oxylithe ont comme générateur d’oxygène une cartouche remplie de peroxydes alcalins connus sous le nom d’oxylithe. L’acide carbonique expiré réagit sur cette substance en dégageant de l’oxygène. Une seule cartouche suffit donc à débarrasser l’air circulant dans l’appareil de son acide carbonique et à l’enrichir en oxygène. Théoriquement, l’oxylithe est donc la solution idéale des appareils respiratoires clos. Dans la pratique, elle conserve bien l’avantage d’une grande légèreté et d’un faible encombrement, mais son fonctionnement est assez lent à amorcer et ne suit .pas assez exactement les variations du volume respiratoire. Après avoir été adoptés au début de la guerre, les appareils à oxylithe ont été abandonnés pour ne reparaître qu’associés à des bouteilles d’oxygène.
- La tendance actuelle est en effet d’associer en un seul appareil, un cylindre d’oxygène et une cartouche d’oxylithe pour profiter de la légèreté et du faible encombrement de celle-ci, tout en ayant le secours de l’oxygène au départ et pendant les périodes d’effort.
- Nous venons d’examiner en quelque sorte les conditions chimiques des appareils respiratoires. On arrive couramment aujourd’hui à disposer d’appareils permettant de tenir deux heures et plus dans une atmosphère irrespirable, tout en ne présentant pas un poids prohibitif. Les conditions mécaniques de ces mêmes appareils sont également bien connues. Nous n’y insisterons pas ici, La Nature en ayant déjà décrit les détails dans son numéro 1914.
- Restent les conditions physiologiques qui ont été beaucoup moins bien étudiées. En réalité, tous les appareils existants ne peuvent être employés sans apprentissage; ils exigent un entraînement prolongé. Beaucoup ne permettent pas l’exécution d’un travail quelque peu pénible et fréquemment, ils causent, après un certain temps d’emploi, un malaise croissant.
- C’est qu’en effet, notre respiration est très variable; elle doit pouvoir se faire comme à l’air libre, soit par le nez seulement, soit par le nez et la bouche; elle ne doit rencontrer aucune résistance mécanique; l’air expiré doit être totalement débarrassé de son acide carbonique avant de se
- p.133 - vue 137/474
-
-
-
- LES APPAREILS RESPIRATOIRES CLOS
- 134
- mélanger à l’air pur d’inspiration le débit doit varier facilement et rapidement, puisque pendant un travail énergique, les inspirations peuvent passer de 500 cm3 à 5 ou 4 litres. Ajoutez à cela les exigences de poids, de simplicité, de sécurité, d’herméticité et de durée et vous aurez une idée des difficultés que présente la réalisation des appareils respiratoires.
- Tons les modèles que la guerre a vu naître, comme tuus ceux parus dans les dernières années avant celle-ci, ne différaient plus guère que par des détails d’exécütion d’un type moyen auquel ils n’apportaient aucun perfectionnement important. Une récente étude j1) entreprise sous la direction du Bureau de*s Mines'américain, par la collaboration d’un physiologiste, le Dr Yandell Henderson, d’un ingénieur des mines, M. James W. Paul et d’un i'igénieur-méca-nicien, M. W. E. Gibbs, vient de fournir de nouveaux et intéressants renseignements sur cette difficile question.
- Le but poursuivi par le Bureau des Mines était de se renseigner exacte- < ment sur les appareils existants, de les essayer, de les modifier au besoin, et finalement de choisir et recommander au public le plus satisfaisant.
- On constata tout d’a- . bord que l’opinion des mineurs habitués à s’en servir est de peu de valeur, car ils préfèrent toujours celui qu’ils ont; notamment, ils tiennent tous beaucoup au casque, bien qu’incommode et souvent dangereux, comme à un symbole de leur pénible profession.
- Le seul moyen d’obtenir des données exactes et précises est d’étudier les diverses conditions à réaliser par l’appareil. Il faut notamment que le porteur reçoive de l’air toujours en quantités suffisantes, que cet air contienne assez d’oxygène et assez peu d’acide carbonique pour ne pas troubler la respiration et qu’il ne puisse jamais se mélanger à l’atmosphère extérieure toxique dans laquelle on vivra ; en outre, l’appareil doit servir le plus longtemps possible sans aucun arrêt et sans être rechargé.
- Les auteurs américains ont tout d’abord étudié l’effet d’un apport insuffisant d’oxygène pendant le
- 1. Oxygen Mine Rescue Apparatus and Physiological Effects on U sers. Bureau of Mines, Washington, 1917.
- travail, et reconnu qu’il produit une sorte d’ivresse rendant l’homme inconscient des troubles qu’il ressent, même au moment où ils sont assez graves pour que la syncope soit imminente. Le manque d’oxygène prolongé quelque temps, non seulement cause ces effets immédiats, mais laisse encore pendant longtemps des séquelles souvent graves.
- l/acide carbonique produit par la respiration est plus ou moins bien absorbé par la cartouche d’alcali des divers appareils respiratoires. Or, il importe qu’il en reste très peu dans l’air d’inspiration, 0,5 ou I pour 100 au plus, sinon la respiration s’en trouve très modifiée (d\spnée). A 5 pour 100, l’acide carbonique rend douloureux tout travail, à 5 pour 100 tout effort devient impossible et, l’homme ayant l’impression de l’étouffement a une tendance invincible à arracher son masque, quel que soit le danger extérieur.
- MM. Henderson et Paul ont alors examiné les appareils existants ‘au point de vue de leurs dispositifs mécaniques. Ils ont tout d’abord éliminé ceux à air comprimé comme trop encombrants et ceux à oxyîithe parce qu’ils dégagent trop de chaleur. Restaient alors les appareils à oxygène comprimé.
- Dans plusieurs, le débit d’oxygène est constant et réglé pour un travail moyen, si bien qu’au repos l’oxygène est en excès et se perd, et que pendant un effort il devient insuffisant et cause une impression d’angoisse. Ainsi l’appareil Fleuss ou Proto donne un dégagement uniforme de 1800 cm3 par minute; on peut, il est vrai, fournir en outre instantanément une certaine quantité d’oxygène par la manœuvre d’une valve spéciale.
- Dans le même appareil, l’acide carbonique est absorbé par une couche de granules de soude caustique placée au bas du sac respiratoire ; mais la réaction dégage beaucoup de chaleur, vaporise l’eau et donne un air chaucl et humide pénible à respirer. De plus, les morceaux de soude se recouvrent d’une couche de carbonate et diminuent d’activité si on ne les remue et les brise de temps à autre. Les appareils Draeger et Westphalia ont une cartouche spéciale où l’alcali est disposé sur des plateaux en chicane ; la surface absorbante est ainsi multipliée, mais la chaleur produite est aussi
- Embouchure
- r-f y
- 'Soupape
- artouche \ I absorber,iP CO f
- Obus d'oxygène
- Fig. i. — Coupe de l’appareil Gibbs montrant le mode de fonctionnement
- et la circulation gazeuse.
- p.134 - vue 138/474
-
-
-
- LES APPAREILS RESPIRATOIRES CLOS
- 135
- grande; elle est telle que la cartouche ne peut être tenue à la main après quelques minutes de fonctionnement.
- La plupart des appareils comportent un casque ou un masque placé devant les orifices respiratoires. Le casque doit être absolument proscrit parce qu’il crée un espace nuisible de 2 à 5 litres où l’air ne circule fias et où l’on trouve couramment 2 à 3 pour 100 d’acide carbonique, cause de mal de tête, de fatigue et d’intoxication, Le masque est difficile à bien fixer et la moindre négligence ou même les mouvements de la face et des lèvres suffisent à créer de petites fuites par où pénètre à chaque inspiration l’atmosphère toxique extérieure.
- Le résultat de cette étude très poussée a été la création par
- M. W. E. Gibbs
- d’un nouvel appareil différant des précédents par de nombreux et ingénieux détails.
- Sa principale caractéristique est un soufflet dans lequel l'homme prend l’air nécessaire à sa respiration.
- Quand le volume diminue, le soufflet s’aplatit et sa joue mobile vient appuyer sur le bouton qui ouvre l’arrivée d’oxygène provenant d’un obus à travers un détendeur. De cette façon, le débit
- d’oxygène est réglé automatiquement par l’intensité de la respiration; au repos, il est très faible; pendant un grand effort il peut devenir aussi considérable qu’il faut; on ménage ainsi et l’on utilise au mieux la réserve de gaz respiratoire, on prolonge donc la durée de fonctionnement de l’appareil en même temps qu’ou assure le porteur d’un volume d’air suffisant dans toutes les circonstances, sans qu’il ait à s’occuper du réglage et du maniement d’un robinet.
- La cartouche absorbante d’acide carbonique diffère également de celle des autres appareils; elle est beaucoup plus grande et à chicanes verticales; la surface de l’alcali est ainsi considérablement augmentée, peut fixer 2,5 litres d’acide carbonique par minute et suffit à maintenir moins de 1 pour 100 d’acide carbonique dans l’atmosphère, même pendant un travail activant la respiration au maximum. La soude caustique qui remplit la car-
- Fig. 2.
- Vue de Vappareil Gibbs de face et de dos.
- touche n’est pas sèche comme dans les autres appareils, mais légèrement humide pour faciliter la fixation de l’acide carbonique, ne pas assécher l’air au début de l’emploi et diminuer la température de réaction. Un tube métallique relie la cartouche au soufflet et sert de réfrigérant. Ces divers dispositifs permettent d’obtenir un air toujours frais tandis que dans les Fleuss par exemple, on note couramment 55°.
- Tous les conduits ont au moins 2,5 cm de diamètre de manière à ne pas créer de résistance pénible quand la respiration devient très active.
- L’aspect d’ensemble de l’appareil est représenté par la figure 2. Le' porteur est muni de lunettes hermétiques protégeant les yeux contre la
- fumée et les va peurs irritantes; son nez est fermé par une pince ; il place dans sa bouche, entre les lèvres et les dents, une embouchure qui s’y adapte exactement. La bouche est recouverte extérieure me n t d’une plaque de caoutchouc que traversent les tuyaux d’arrivée et de départ de l’air, entre lesquels pend un pot à salive et un petit tuyau aboutissant à un sifflet d’appel. Les tuyaux d’inspiration et d’expiration entourent le cou et se raccordent à l’appareil ' porté sur le dos;
- Le masque ainsi constitué est tenu en place par deux courroies, l’une passant sur le sommet de la tête, l’autre passant au-dessus des oreilles et tirant en arrière.
- Le tuyau d’expiration arrive dans la cartouche absorbante à soude, où l’air circule et se débarrasse de son acide carbonique; cet air est ensuite refroidi dans le réfrigérant qui le conduit au soufflet. Ce dernier communique par le tuyau d’inspiration avec le masque. Deux soupapes placées à l’origine de chacun des deux tuyaux orientent le courant d’air.
- Dans le soufflet, débouche également un fin tuyau provenant de l’obus d’oxygène. Celui-ci est muni d’un manomètre indiquant la pression du gaz restant dans la bouteille, d’un détendeur et d’une soupape de sûreté empêchant, en cas d’ouverture
- p.135 - vue 139/474
-
-
-
- 136 — - 1 = LA RÉPUBLIQUE ARGENTINE*
- brusque, l’extension exagérée du soufflet. Le système d’arrivée de l’oxygène dans le soufflet est des plus ingénieux : le fin tuyau se termine dans une petite chambre cylindrique à orifice circulaire fermé par une soupape tronconique bloquée par un ressort. Quand la provision d’air respirable diminue dans le soufflet, celui-ci s’affaisse, appuie sur la tige de la soupape, vainc la résistance antagoniste du ressort et ouvre l’orifice; aussitôt il se regonfle et cesse de presser; l’afflux d’oxygène s’arrête. Par ce moyen, le débit d’oxygène est automatique, il suit toutes les variations respiratoires sans que le porteur ait à intervenir, il correspond exactement à la quantité d’acide carbonique exhalé et fixé par la cartouche absorbante. C’est là une grande économie d’oxygène, par suite une plus longue durée de fonctionnement de l’appareil et en même temps une grande sécurité pour le sauveteur.
- Les essais pratiqués avec cet appareil ont montré qu’il permet de séjourner plus de deux heures dans
- une atmosphère irrespirable, sans aucun malaise et sans que Pair inspiré soit jamais ni chaud, ni appauvri en oxygène, ni chargé déplus de 1 pour 100 d’acide carbonique sauf pendant les efforts.
- L’appareil respiratoire Gibbs, du Bureau des Mines américain, présente donc un progrès sensible sur les autres appareils actuellement en usage. Tout au plus peut-on lui reprocher, comme à tous ceux qui remplacent le casque par une embouchure, de supprimer la respiration nasale, d’empêcher de parler et de produire une salivation abondante. Ces défauts sont moins graves, il est vrai, que l’intoxication lente par l’acide carbonique qui s’accumule dans le casque.
- Quoi qu’il en soit, il pourra fournir les éléments d’une heureuse solution à la question du sauvetage dans les mines et dès maintenant il apporte de précieux renseignements pour l’étude des meilleurs moyens de protection de nos soldats contre les gaz asphyxiants employés par l’ennemi. A. B.
- LA RÉPUBLIQUE ARGENTINE
- Par ce£ temps de restrictions, aussitôt qu’on énonce le nom de ce grand pays qu’est la République Argentine, les imaginations s’élancent vers les immenses pampas (plaines) où vivent des millions de bœufs et de moutons ; on évoque aussi les vastes prairies couvertes de blé, de maïs et on en conclut hâtivement que les Argentins sont vraiment privilégiés.
- Là réalité, hélas, est tout autre.
- Les dernières récoltes n’ont pas été abondantes.
- L’Argentine se compose plutôt de plaines où les animaux vivent en complète liberté, à l’état sauvage. Si le temps est trop sec, le bétail meurt de soif, si, au contraire les pluies sont abondantes, il meurt de faim.
- L’année dernière, les grandes compagnies de chemins de fer —: presque toutes anglaises — ont essayé de transporter le bétail dans des régions où il trouverait à manger et les résultats ont été satisfaisants.
- Le prix des animaux a beau-1 coup augmenté, et on affirme, qu’en certaines régions, il a doublé.
- Le transport des animaux vivants expédiés en Europe a été presque complètement suspendu, car d’une façon générale, les animaux habitués à se nourrir de fourrage frais, délaissent le foin séché et maigrissent rapidement, quand ils ne succombent pas; de plus le nombre des bœufs qu’on peut embarquer reste forcément très limité.
- Les moutons résistent mieux, mais si le temps est mauvais, il arrive que les vagues précipitent à la mer les pauvres bêtes et par centaines à la fois.
- On préfère donc les frigorifiques, mais là encore les difficultés sont sérieuses, surtout au débarquement à cause de l’insuffisance des dépôts frigorifiques, et il faut alors vendre immédiatement les quartiers de moutons. .Enfin, le fret est tellement élevé que le prix de revient est inabordable aux classes nécessiteuses.
- Comme on le sait, en Amérique Sud les saisons sont renversées, c’est-à-dire que c’est en décembre et janvier qu’il fait le plus chaud. En Argentine les mois de chaleur correspondent à notre hiver. En temps normal, il en résulte que l’Argentine nous envoie des fruits, du blé, du maïs, du beurre, du lait concentré, précisément quand nous n’en avons ' pas ou peu.
- La guerre a eu des conséquences funestes pour l’Argentine.
- En effet, les ressources de l’État' provenaient surtout de la perception des droits de douane.
- Tous les objets importés en Argentine, provenant d’Europe, acquittaient des taxes tellement élevées qu’on pouvait les considérer presque comme prohibitives. La guerre a arrêté net ce pactole, et à tel point que le gouvernement
- Fig. i.
- Le territoire argentin comparé à l’Europe.
- p.136 - vue 140/474
-
-
-
- LA REPUBLIQUE ARGENTINE ..:.....-..- 137
- a dû établir des droits sur les exportations.
- Les dernières réçoltes ont été- médiocres, et ce n’est qu’en janvier prochain que nous saurons si la nouvelle sera bonne ou mauvaise.
- Il règne une réelle misère en Argentine, ou tout au moins un profond malaise; c’est le peuple qui en souffre le plus. Le pain y. coûte relativement plus qu’en France.
- La crise n’atteint que les classes moyennes et pauvres. Les gros propriétaires, au contraire, n’ont jamais gagné autant d’argent, car bétail et blé se sont vendus aux prix forts. -
- Le sucre manque presque complètement, et
- pointements, et il a tenu parole, puisqu’à la fin de chaque mois il verse la totalité de ses émoluments à des œuvres de bienfaisance.
- En ce moment, il a de très grosses difficultés politiques et des journaux de Buenos-Aires affirment qu’il lui faudra donner sa démission. Si cet événement se produit, il sera remplacé par le vice-président.
- En Argentine, le président est le maître; c’est lui et lui seul qui gouverne. Ses pouvoirs sont aussi étendus que ceux du président des Etats-Unis. Ses ministres ne sont que des sous-secrétaires d’Etat.
- Le Congrès n’a lui aussi qu’une autorité relative.
- Fig, 2. — Buenos-Ayres. Palais du Congrès.
- les ménagères de Buenos-Aires, comme les françaises, connaissent les longues stations devant les municipalités pour obtenir une livre de sucre.
- Des grèves sérieuses ont désorganisé tous les réseaux de chemins de fer, des locomotives ont été inutilisées, on a arraché les voies et des gares ont été incendiées. En ce moment la tranquillité n’est pas encore bien rétablie.
- Le président de la République Argentine M. Iri-goyen (descendant d’une famille basque, ainsi que son nom l’indique), est un homme d’une parfaite honorabilité, il est du reste fort riche.
- Sa liste civile s’élève à 80000 piastres par an (la piastre argentine vaut 2 fr. 27 or).
- Quand il posa sa candidature à la présidence, il déclara qu’il abandonnerait la totalité de ses ap-
- Qdand le Parlement est en vacances, le président gouverne d’une façon absolue.
- M. Irigoyen s’efforce de garder une parfaite neutralité, mais le peuple argentin, au contraire, en son immense majorité, est favorable à la France et à ses alliés.
- Au début d’octobre 1917, la foule à Buenos-Aires a brûlé le cercle allemand et en a arraché, le drapeau allemand.
- Je ne crois pas que M. Irigoyen déclare la guerre à l’Allemagne. On peut dire que sa politique ne satisfait personne.
- Les plus grands journaux argentins disent bien haut que sa politique indécise né peut dur'er et que l’Argentine ne doit pas rester neutre.
- La colonie allemande en Argentine est assez
- p.137 - vue 141/474
-
-
-
- LA REPUBLIQUE ARGENTINE
- 138
- nombreuse et riche. Au point de vue commercial elle tenait une grande place. Son attitude reste assez correcte.
- La colonie française devrait êtrejdus nombreuse, mais le Français qui quitte son pays ne le fait qu’avec l’intention bien arrêtée de rentrer ensuite dans sa patrie. Les fils de Français nés en Argentine ont deux nationalités, celle de leur père et celle du pays où ils ont vu le jour. Cela a déjà provoqué d’assez graves difficultés, car un homme ne peut avoir deux patries. Il en est de même, dans toute l’Amérique latine. La loi argentine établit que tout enfant né dans le pays est argentin. Or, comme la loi française est formelle et déclare que tout fils de Français né à l’étranger'est français. Il
- ménages, un en Italie et l’autre en Argentine.
- La colonie espagnole lient la seconde place. Très unie, elle occupe une situation prépondérante en Argentine.
- L’élément anglais est aussi très important. L’Angleterre est propriétaire de presque toutes les . lignes de chemins de fer, d’une longueur dépassant 40 000 km.
- Qu’il me soit permis de dire, en passant, que les wagons argentins sont infiniment supérieurs aux noires au double point de vue du conlort et de ’ l’organisation :
- L’enlrée dans les gares est libre ainsi que dans les wagons. Quelques minutes avant le départ du train on sonne une cloche et les amis des voyageurs
- faudra bien, un jour ou l'autre, arriver à un arrangement.
- En Argentine vivent environ 80 000 Français dont plus de la moitié à Buenos-Aires même.
- La colonie étrangère la plus importante au point de vue du nombre est la colonie italienne. Les statistiques établissent que les Italiens établis à la Pial a dépassent le chiffre de 50o 000. Il se produit même à ce sujet un fait curieux :
- ' Chaque année, arrivent à Buenos-Aires, venant d’Italie, des ouvriers pour faire la récolte qui a lieu en janvier. Une fois la moisson terminée, ces mêmes Italiens s’embarquent pour leur pays et travaillent à la récolte en août. En novembre, ils reparlent pour Buenos-Aires, font la moisson et ainsi de suite. A Buenos-Aires on les appelle ’ « L’immigration des Hirondelles ». Les mauvaises langues affirment que ces migrateurs ont tous deux
- descendent. Les billets ne sont poinçonnés qu’en cours de route. On ignore les ennuis de l’octroi. 11 n’y a que deux classes de wagons, première et seconde, 90 pour 100 des voyageurs prennent les premières classes. Les voilures sont d’un luxe que nous ignorons ici. A l’avant et à l’arrière des wagons, il y a des plateformes pour y prendre le frais.
- Quand les trains arrivent en gare, les voyageurs trouvent, sur le quai même, des tramways qui les emmènent directement où ils ont affaire. C’est rapide et pratique.
- Buenos-Aires a ' été surnommée la ville des Tramways et elle le mérite. Les voitures, toutes éclairées à l’électricité sont très confortables. 11 n’y a qu'une seule classe. Les tramways marchent de très bonne heure et finissent très tard. 11 y a même des' lignes qui fonctionnent jour et
- p.138 - vue 142/474
-
-
-
- — LA RÉPUBLIQUE ARGENTINE
- nuit. On trouve toujours de la place et facilement.
- Les loyers sont très élevés, trois fois plus qu’en France. Ils.se paient par mois, le mois commencé est dù, mais on peut déménager quand on veut, en prévenant un jour d’avance. Tout ce que peut
- 139
- grandioses. Le Palais du Gouvernement, et surtout celui du Congrès sont d’une architecture sobre et imposante.
- La ville est divisée en damiers. Chaque carré du damier a unelongueur d’environ 80 mètres, et le numé-
- Fig. 4. — Estance dans la République Argentine.
- faire un propriétaire est de vous forcer à enlever vos meubles avec un délai de 40 jours.
- À Buenos-Aires, on ignore l’usage français qui permet aux étrangers de venir visiter un appartement occupé. Le domicile est chose sacrée.
- On pratique ïhabeas corpus comme en Angleterre.
- Les propriétaires ne jouissent pas des prérogatives de leurs confrères de Paris.
- La constitution argentine est fédérale. La République se compose de 14 provinces et de territoires nationaux. Chaque province est régie par un gouverneur et possède un Sénat et une Chambre de députés.
- Buenos-Aires est la capitale fédérale de l’Ar-gentine, résidence du Président de la République et des autorités fédérales.
- C’est la seconde ville latine du monde, venant immédiatement après Paris. La population est d’environ 1 600000 âmes.
- Cette cité est tiès belle, possède des édifices
- roi âge des rues se fait par cent numéros au carré.
- Certaines rues de Buenos-Aires comptent huit mille numéros. *
- Les restaurants sont de haut luxe. Le théâtre Colon est une pure merveille. Il existe des magasins de nouveautés, comme on n’en voit pas à Paris. La circulation des voitures et des automobiles est intense et la sécurité dans le* rues parfaitp, grâce au moyen suivant. A chaque intersection de voie, il y a un agent de police, qui à la moindre alerte uti-lise un sifflet strident, ce qui empêche toute fuite. Ajoutons que presque tout le monde a son revolver dans .sa poche. Les attaques nocturnes sont rares, précbément parce que tout le monde est armé. Les grands cafés restent ouverts toute la nuit, les Ari^entins étant des noctambules consommés. Eu Argentine, il 11’y a pas de noblesse et pas de décorations, comme en Suisse et aux États-Unis. Est-il utile de dire que les femmes argentines
- Fig. 5. — Le mouton Rambouillet après transformation de la race en Argentine.
- p.139 - vue 143/474
-
-
-
- 140 =±= PRODUCTION ET UTILISATIONS DU TOPINAMBOUR
- sont presque toutes d’une beauté remarquable. Le mélange des races a donné des résultats rares.
- Les Argentines ont en général beaucoup d’enfants. Les familles sont très unies, et on n’entend jamais parler de scandales. La famille est vraiment la base de la vie. Je n’ai jamais entendu parler de procès entre personnes de même famille. Le français est la langue étrangère la plus répandue. Le climat étant très sain, il n’y a pas d’épidémie en Argentine. L’hiver n’est jamais bien rigoureux à Buenos-Aires. Beaucoup de personnes aisées n’allument pas de feu en cette saison.
- La courtoisie argentine est réelle, gracieuse et pleine de délicatesse.
- La population actuelle de l’Argentine dépasse huit millions dont la moitié a été fournie par l’immigration.
- Le pays possède à la fois tous les climats, chaud au Nord, en remontant vers l’Équateur, froid vers le Sud, jusqu’à la glaciale terre de Feu.
- A l’Est le terrain est plat, à l’Ouest commencent les hautes montagnes des Andes. Jadis on franchissait la Cordillère à dos de mule, maintenant un chemin de fer à crémaillère traverse la mon-, tagne et va jusqu’à Santiago, capitale du Chili.
- L’Argentine, grâce à des efforts intelligents, produit maintenant de très grandes quantités de vins de bonne qualité. Sa position lui permet toutes les cultures, même celles des zones tropicales.
- Au Nord on trouve aussi des forêts importantes et tout le monde a entendu parler du « quebracho » vulgairement bois de fer Ce bois sert à faire du tanin et aussi des traverses pour des chemins de fer.
- La superficie de l’Argentine est d’environ trois millions de kilomètres carrés, presque six fois celle de la France, et on peut dire que ce pays est appelé à devenir un des premiers du monde. On a trouvé des mines de charbon, et dès nappes importantes d’excellent pétrole. L’Argentine nourrit une vingtaine de millions de gros bétail, quarante-cinq millions de moutons dont on poursuit déplus en plus l’amélioration. Les laines argentines sont excellentes.
- ' Qui n’a entendu parler des petits chevaux argentins, si doux et si résistants et dont plus de sept mib lions vivent dans les vastes pampas en pleine liberté.
- La moyenne des immigrants est de 250000 personnes par an.
- L’avenir delà République permet toutes les espérances, et nous Français nous n’oublierons, jamais que les Argentins sont des Latins comme nous et que nous pouvons les considérer comme des amis sûrs et fidèles.
- Les Argentins sont fiers de leur pays, et à très juste raison. Ne disent-ils pas eux-mêmes que Buenos-Aires est le Paris de l’Amérique du Sud. Enfin nous avons là-bas des sympathies ardentes.
- G. L.
- de la Chambre de Commerce argentine en France.
- PRODUCTION ET UTILISATIONS DU TOPINAMBOUR
- Les circonstances actuelles rendent nécessaire, au point de vue des besoins de l’alimentation humaine et de celle de notre cheptel, de même qu’en ce qui concerne les éléments indispensables à la Défense Nationale, la mise en oeuvre de tous les moyens et de toutes les ressources capables de contribuer à l’accroissement de la production.
- L’-agriculture, qui pourvoit aux besoins les plus impérieux, a, dans ce sens, des attributions considérables, et il lui faut, forcément, inventorier ses sources de production, intensifier celle-ci, demander au règne végétal tout ce qu’il peut fournir et ne pas hésiter à s’intéresser davantage à certaines plantes plus ou çioins négligées en temps ordinaire, selon les exigences de la consommation, les améliorations des espèces cultivées, et les progrès culturaux.
- Le vulgaire topinambour (helianthus tubero-sus), — plante appartenant à la grande famille des Synanthérées — a dernièrement eu, à -l’Académie d’Agriculture, les honneurs d’une particulière citation, dont il est digne, à tous égards. L’utilité du topinambour n’est plus à démontrer, et cependant ses mérites comme plante alimentaire, fourragère,
- industrielle et économique, tout à la fois, sont encore trop méconnus parfois même ignorés. Le moment n’a jamais été plus favorable à sa réhabilitation, c’est-à-dire que, par ce temps de guerre surtout, on doit fournir à leur juste valeur les services que peut rendre le topinambour dont les rendements, d’après les statistiques officielles, dépassent de beaucoup ceux obtenus avec la pomme de terre. Il faut remarquer que les pommes de terre sont sujettes à des maladies parasitaires qui réduisent; parfois considérablement, les récoltes, tandis que les topinambours résistent à ces fléaux, de même qu’aux grands froids et aux fortes chaleurs; donc, la récolte en est toujours assurée et bien peu encombiante, car le topinambour ne redoutant pas la gelée, on peut le laisser en terre et ne l'arracher qu’au fur et à mesure des besoins. Puisant surtout dans l’atmosphère le carbone, une partie de l’azote et les cléments de l’eau que renferme sa substance, il ne prend, au sol, que peu d’azote et qu’une partie seulement des éléments minéraux qu’il contient, l’autre partie lui étant fournie par les eaux de pluie. Rade — il y a de cela plus de soixante ans— a prouvé, par ses expé-
- p.140 - vue 144/474
-
-
-
- PRODUCTION ET UTILISATIONS DU TOPINAMBOUR
- riences, que cette plante peut se succéder à elle-même pendant au moins trente années sans que ses produits diminuent. Elle vient dans tous les terrains et exige aussi peu de culture que d’engrais. Dans les terrains sableux, granitiques et gneisiques, le topinambour donne de fort bons résultats ; il n’est guère que les sols trop humides, ou à sous-sol imperméable,, qui ne lui conviènnent pas. Il vient en Champagne, sur les terres crayeuses; en Bretagne, sur les sols schisteux ; dans le Bordelais, sur les terres de landes et les dunes ; en Alsace, en Sologne, en Touraine, dans le Bourbonnais, etc., sur les sols argilo-siliceux. ^
- La superficie consacrée à la culture du topinam-x bour, en France, était de 112 450 hectares en 1914; elle se trouvait réduite à 99 977 hectares, en 1915, et depuis lors, par suile du manque de main-d’œuvre agricole, cette superficie a encore diminué ; il en est du reste de même pour la pomme de terre, qui avait perdu 228 169 hectares en 1.915 et n’a pu reconquérir une plus grande étendue que sous l’influence des efforts déployés pour en intensifier la culture pendant la guerre.
- Il semble que le topinambour, plus encore peut-être que la pomme de terre, doit prendre place parmi les « cultures de guerre », c’est-à-dire les cultures de plantes rustiques, très productives, peu exigeantes sous le rapport des frais culturaux et capables de se prêter à de nombreuses utilisations. En effet, le topinambour présente le grand avantage de fournir une quantité considérable de matières alimentaires pour l’homme et les animaux, et de substance alcoolisable offerte à la distillerie, si grandement mise à contribution pour la production de l’alcool de guerre.
- Les résultats des nombreuses analyses montrent la grande proportion de sucre non cristallisable (1,4,70 pour 100) et celle de principes azotés (5,12 pour 100), que contiennent les tubercules de cette plante. Le topinambour n’est guère plus aqueux que la pomme de terre; il contient deux fois plus de matière sèche que la betteraye et deux fois et demie plus que le navet. La substance alimentaire qu’il renferme s’élève à 23,96 pour 100 de tubercules; elle est plus riche en matières azotées, en matières grasses, en sucre et en phosphates que celle de la pomme de terre. Les tubercules du topinambour, cuits à la vapeur, sont excellents accommodés à la sauce blanche, mais frits après avoir été trempés dans une pâte ; ils peuvent être introduits dans les ragoûts.
- Le topinambour a encore l’avantage de s’unir aux farines et de se panifier parfaitement, ce qui est une précieuse propriété surtout en temps de disette de céréales. Sous ce rapport, on a conservé le souvenir des heureux résultats qu’obtint jadis M. de Tracy, dans la panification, en utilisant le topinambour réduit en pulpe par la cuisson et incorporé dans le pétrissage aux farines de froment, de raéteil, de seigle et d’orge, dans les proportions suivantes,
- 141
- en poids : moitié pulpe et moitié de ces farines avec le levain nécessaire, soit un quart en plus que pour le pain ordinaire. On a constaté que ce pain de topinambour se conserve frais longtemps et sans subir d’altérations.
- Le topinambour contient une forte proportion de principes alcoolisables. Si on fait la somme de ces principes : glucose, inuline et gomme, on,trouve 18,88 pour 100 de la matière tuberculeuse fraîche. La fermentation est facile à obtenir puisque la plante renferme jusqu’à 5,12 pour 100 (moyenne 1,86) de substance albuminoïde, c’est-à-dire capable de se transformer en ferment. De 100 kg de tubercules, on obtient 18 kg 880 de glucose et 100 kg de glucose fournissent 51 kg 120 d’alcool absolu anhydre. 11 suit de là que, d’après la proportion suivante : 100 : 51,12 : : 18,88 : x, d’où a?—9 kg 65; les 100 kg de tubercules de topinambours correspondent, chimiquement, à 9 kg 650 d’alcool anhydre, soit 12 litres. Réduisant ce chiffre de moitié, pour le convertir en chiffre pratique — et c’est là une réduction exagérée — on obtient 6 litres d’alcool à 90°, par 100 kg de tubercules frais, ou 12 litres à 50°, soit 120 litres par tonne de tubercules. Une bonne culture pouvant produire, à l’hectare, 20000 kg de tubercules, on obtiendrait donc du topinambour, 50 hect. d’alcool à 50° centésimaux, par hectare.
- En outre, il reste par 100 kg de tubercules, 80 kg de pulpe qui, fermentée avec de la paille ou de la menue paille, des siliques de colza, du foin, de la luzerne, etc., constitue un bon aliment pour le bétail, tout comme le tubercule. Pratiquement, 100 kg de foin peuvent être remplacés, dans l’alimentation des chevaux, des vaches et des moutons, par 250 kg de tubercules de topinambour. Les Allemands en font grand usage, aussi disent-ils que le topinambour est la « pomme de terre des chevaux ». Ce tubercule, cuit et écrasé, convient à la volaille, surtout aux dindes; on le leur donne en mélange avec du lait et de la farine d’orge ou de maïs; c’est un bon aliment pour l’engraissement, et, d’une façon générale, c’est aussi un aliment économique, comparativement à la betterave, car il permet d’abaisser le prix de revient de la ration des animaux, et, par conséquent, le prix de revient du kilogramme de viande, tdu litre de lait ou du travail des moteurs animés.
- Les tiges présentent une utilité presque aussi grande, on les emploie vertes ou sèches ; 100 kg de tiges vertes ont une valeur fourragère équivalente à 51 k. 25 de foin sec. Ces tiges, distribuées à l’état sec, fournissent de même un bon fourrage, surtout dans l’alimentation des chevaux et des moutons. Elles sont également utilisables comme litière — la moelle qui en forme la plus grande partie absorbant une grande quantité de déjections liquides ;— et comme combustible. On a calculé que les tiges sèches récoltées sur un hectare (8000 à 10000 kilogrammes) peuvent fournir
- p.141 - vue 145/474
-
-
-
- PRODUCTION ET UTILISATIONS DU TOPINAMBOUR
- 142
- annuellement, l’équivalent de 19 stères de bois(1).
- Il* a même été question d’utiliser ces tiges ligneuses dans la fabrication de la pâte à papier, ce qui serait grandement désirable, eu égard à la « crise du papier », mais actuellement, si quelques essais ont pu être faits dans ce sens, on ne possède encore, quant aux résultats pratiques, rien de bien précis.
- Tous les climats et tous les sols, à l’exception des sols marécageux, conviennent au topinambour, qui a sa place dans les meilleures terres à blé tout comme dans le sol graveleux le plus aride ou le sol crayeux le plus stérile. De toutes les plantes . cultivées pour leurs racines ou leurs tubercules, c’est celle qui réussit le mieux sur les sols pauvres et de mauvaise qualité, et qui produit le plus en consommant le moins d’engrais. Mais il est évident que les récoltes seront d’autant plus abondantes qu’on le cultivera sur des terres plus copieusement fumées. A ce sujet, il est bon de rappeler que cette plante jouit de la précieuse faculté d’extraire de l’air et du sol, pour les condenser dans sa substance, les matières salines et les composés azotés binaires et ternaires, tels que l’ammoniaque et les azotates de l’atmosphère, les phosphates et les carbonates terreux et alcalins. La cukure du topinambour est améliorante, la matière organique de la récolte dépassant celle de l’engrais dans une proportion considérable. Une récolte de 26 440 kg par hectare, prend dans l’atmosphère 45 kg d’azote. Mais le topinambour paie toujours généreusement, en un excédent de récolte, les engrais qu’oin lui applique en culture raisonnée et intensive, suivant les principes usités pour la pomme de terre.
- On plante les tubercules en février ou mars ou même durant tout l’hiver —les tubercules ne gelant pas — mais quand l’état de l’atmosphère et du sol le permet.
- La plantation se fait à raison de 15 à 20 hectolitres par hectare, selon la grosseur des tubercules, ou 6 à 8 hectolitres si les rhizomes sont petits et le sol bien fumé. On plante à une profondeur de 6 à 10 cm, avec espacement de 50 à 60 cm entre les lignes et environ 30 cm sur les lignes. Dès que les pousses apparaissent, on passe la herse, puis, en mai, on donne un binage et un autre en. juin. Un buttage favorise aussi le développement
- 1. Tout récemment, M. L. Laurent, conservateur de Botanique au Muséum de Marseille, a signalé une nouvelle utilisation. très pratique, de la moelle des .tiges du topinambour. Il s’agit de l’emploi de cette matière dans les travaux histologiques, pour incline ou simplement enrober les organes dans lesquels on se propose de l'aire des coupes microscopiques, afin d’en étudier Tanatornic. La moelle s’extrait très facilement des tiges, par simple poussée ; elle coule peu et sc substitue très avantageusement —r grâce à ses qualités de linesse et à son diamètre convenant fort bien aux besoins des laboratoires — aux baguettes de moelle de sureau, bien moins faciles à préparer, souvent d’un diamètre trop faible, eL atteignant un prix assez élevé (5 à 10 fr. le cent) dès que leur diamètre excède 12 millimètres, diamètre convenable pour les manipulations.
- des tubercules. La culture est, en somme, la même que celle de la pomme de terre. La récolte des tubercules a lieu de fin octobre à fin mars; elle en peut fournir, en moyenne, 550 à 400 hectolitres, soit de 25000 à 28 000 kg par hectare. La récolte des tiges, destinées à être consommées comme fourrage sec, a lieu vers la mi-septembre; c’est un produit très utile pour le bétail; le rendement en tiues, c’est-à-dire en fanes sèches, peut varier de 8000 à 14000 kg par hectare.
- Si le topinambour, introduit en Europe bien avant la pomme de terre, ne paraît pas jouir de toute l’attention qu’il mérite, cela tient — le croirait-on — à sa grande activité reproductrice. En effet, si cette plante par sa vigoureuse végétation, étoufic les mauvaises herbes, par contre on lui reproche d’envahir un champ à tel point qu’il devient difficile de l’en extirper complètement, car elle se multiplie par les tubercules restés dans le sol. Cet inconvénient ne subsiste pas si, après une culture de topinambour, on*a soin de cultiver des plantes qui, pendant leur végétation, exigent des façons d’entretien (hersages, binages) ou même, plus simplement, des plantes fourragères faucha-bles — la vesce, par exemple.
- En même temps que le fourrage, les tiges du topinambour sont coupées, et celui-ci disparaît; d’ailleurs, il ne résiste pas à un double fauchage dans l’année.
- On reproche aussi au topinambour de n’être pas très facile à nettoyer et à éplucher, à cause de ses yeux enfoncés ; mais, par la sélection, on a amélioré notablement cette plante et, aujourd’hui, on a des variétés dont les yeux sont, non pas enfoncés, mais sortants, ce qui facilite beaucoup le nettoyage et la préparation des tubercules pour les usages culinaires. C’est ainsi que les variétés dites Patate et Fuseau ont des tubercules réguliers. Dans les terres bien cultivées, on obtient des tubercules d’une régularité remarquable.
- Les topinambours se conservent parfaitement en cave et en silo, où l’on peut en faire provision pour un ou deux mois, quand on craint que les gelées ou le mauvais temps empêchent d’en effectuer la récolte au fur et à mesure des besoins de chaque jour. Un bon procédé de conservation est celui-ci : dès que la récolte est effectuée, passer les topinambours au laveur de racines, puis au coupe-racines, puis entasser ces tubercules hachés dans des cuves, des futailles ou des foudres et les charger un peu, avec quelques pierres. Ils se conservent très bien ainsi jusqu’en juillet-août, époque à laquelle on donne cette provende au bétail.
- L’extension de la culture du topinambour, plante alimentaire, fourragère, industrielle et économique, de production facile, est, comme on le voit, recommandable à juste titre, en raison des multiples services qu’on peut attendre de l’utilisation de cette plante, surtout en temps de guerre.
- Henri Blin. ‘
- p.142 - vue 146/474
-
-
-
- ACADEMIE DES SCIENCES
- Séance du 28 janvier 1918.
- Création de membres industriels. — Il est créé à l'Académie une nouvelle division de six membres répondant au titre suivant : Application de la science à l’industrie". Ces membres jouiront des mêmes prérogatives que les Académiciens libres, sans qu’aucune condition de résidence leur soit imposée. Cette division, destinée à accroître l’intervention de la science dans notre industrie, est réservée aux industriels qui ont fait dans leur industrie œuvre scientifique, et qui de plus ont indiqué les résultats de leurs travaux dans des publications auxquelles ils puissent renvoyer.
- Valeur boulangère des farines. — MM. Rousseaux et
- Sirot remarquent que l’existence d!un certain taux d?azote soluble dans les farines correspond d’ordinaire à une bonne absorption de l’eau et, par suite, à une bonne plasticité de la pâte, qui en est une des principales qualités. Il semble que la proportion la plus favorable de l’azote soluble, par rapport à l’azote total, soit voisine de 16 à 17 pour 100. Si elle s’abaisse ou s’élève trop, la farine relâche et devient de mauvaise qualité boulangère, Si, en outre, l’azote total s’élève beaucoup, la farine se travaille très difficilement. Le rapport de l’azote soluble à l’azote total, qui se détermine très facilement, peut donc présenter un intérêt pratique.
- L’EXTENSION A LA MER DU RÉGIME DES FUSEAUX HORAIRES f1)
- M. Charles Lallemand, membre de l’Institut, a présenté le 14 février 1917, à l’Académie des Sciences, une note de M. J. Renaud, membre du Bureau des Longitudes et Directeur du service hydrographique sur les * inconvénients de l’heure vraie alors exclusivement employée pour marquer le temps à bord des navires, et sur les avantages qu’il y aurait à lui substituer l’heure du système universel des fuseaux horaires.
- Le 2 avril suivant, M. Charles Lallemant avait la satisfaction d’annoncer qu’à la suite du vœu émis par le Bureau des Longitudes sur la proposition de M. M. Renaud et la sienne, M. le Ministre de la Guerre avait décidé l’emploi; à dater du 25 mars 1947, de l’heure des fuseaux horaires sur nos bâtiments de guerre et sur les navires mobilisés (2).
- Pour faciliter l’application de cette mesure, le service hydrographique a publié un planisphère des fuseaux horaires dressé par M. J. Renaud et dont un exemplaire., a été présenté à l’Académie des Sciences.
- Le commandant Vincent, membre de la Société astronomique de France, présente de son côté à l’Académie des Sciences et à M. le Ministre de la Marine, un cadran universel breveLé qu’il a composé spécialement pour les horloges et chronomètres de bord en yue de l’application pratique de l’extension à la mer du régime des fuseaux horaires.
- Ce cadran et le planisphère du service hydrographique se complètent l’un par l’autre et leur emploi simultané à bord de chaque navire paraît devoir s’imposer.
- Cadran universel. — Le cadran universel du
- 1. - .journal officiel delà République française du 27 juil-Icl 1917, page 5857.
- 2. A la suite de l’initiative prise par la France, la marine
- britannique et la marine italienne ont adopté, elles aussi, en 1917, les mêmes dispositions. La rapidité avec laquelle s'est propagée la réforme proposée montre combien elle répondait à un réel besoin. ,
- commandant Vincent donne toutes les indications utiles à l’application du système universel des fuseaux horaires dans la navigation nautique et aérienne, savoir : N
- a) Chiffraison unique de 0 à 23, substituée à la double numérotation de 1 à 12 et de 13, à 24 pour les 24 heures de la journée;
- h) Substitution du temps civil au temps astronomique, autrement dit, adoption de l’heure de minuit au lieu et place de celle de midi comme origine du jour ;
- c) Indication du quantième du mois ; A
- d) Indication de la correction à faire pour passer du jour et de l’heure d’un fuseau au jour et à l’heure correspondante de Greenwich. Cette correction est présentée par le signe positif (-+-) en partant du degré origine 0 et en allant vers l’ouest et par le signe négatif (—) en partant du degré origine 0 et en allant vers l’est, ces deux signes se confondant au degré 180 qui marque le « Saut du jour ».
- Son dispositif est le suivant :
- 1° Au centre, une table d'orientation avec indication des points cardinaux et collatéraux;
- 2° Cinq divisions concentriques :
- a) La première, de 51 jours constituant le calendrier;
- b) La seconde, de 24 heures, formant le régime des fuseaux horaires en temps civil. Les heures minuit et midi sont naturellement à l’opposé d’un même diamètre et ce diamètre coïncide avec la ligne nord-sud de la table d’orientation.
- Cette division horaire qui représente le cercle équatorial terrestre divisé en 24 fuseaux, donne par la marche de l’aiguille des heures l’image très nette de la rotation apparente du soleil moyen autour de la terre. Elle indique en outre l’heure de chaque fuseau comparée à l'heure du fuseau origine et permet de connaître instantanément l’heure em-
- p.143 - vue 147/474
-
-
-
- 144 = L'EXTENSION A LA MER DU RÉGIME DES FUSEAUX HORAIRES
- ployée dans toutes les parties du globe sur terre comme sur mer ;
- c) La troisième, de 60 minutes et 120 demi-minutes, les minutes étant représentées par des traits et les demi-minutes par des points. Cette division indique l’évaluation du temps civil à un quart de minute (15 secondes près), (moitié de l’intervalle compris entre un trait et un point) ;
- d) La quatrième, de 0 à 12 avec le signe-positif (+) en partant du degré origine 0 et en allant vers l’ouest et de 0 à 12 avec le signe négatif (—) en partant du degré origine 0 et en allant vers Test, indiquant l a correction à faire pour passer du jour et de l’heure d’un fuseau au jour et à l’heure correspondante de Greenwich (méridien origine 0).
- La division 12 indique à la fois la limite du signe positif (-h) et du signe négatif (—) et marque le « Saut du jour » ;
- e) La cinquième, de 0 à 180 degrés du Nord vers L'Ouest représentant les longitudes Ouest d’une part, et de 0 à 180 degrés élu Nord vers l'Est représentant les longitudes Est d’autre part, la division médiane 180° marquant à la fois la limite vers l’Ouest et vers l’Est.
- Il y a lieu de remarquer que les deux graduations médianes 0° et 180° correspondent à la ligne Nord-Sud de la table d’orientation et par suite à la ligne minuit et midi de la division horaire; il s’ensuit que chaque division de 15° (vingt-quatrième partie du cercle équatorial) correspond à une heure de longitude ou 60 minutes de temps et chaque degré (quinzième partie de l’heure de longitude) à 4 minutes de temps.(1).
- 3° Ln plan de couleur, différemment teinté en bleu, couvre une partie du cadran et indique pour nos régions et les régions correspondantes de
- 1. Celte division de 0° à 180° de chaque côté de la ligne médiane Nord-Sud, indique donc la mesure du temps à 2 minutes près (moitié de l’intervalle compris entre deux traits en degrés) et peut servir pour une montre du système
- l’hémisphère austral (zones tempérées), la durée de la nuit aux quatre époques principales de l’année (solstices et équinoxes) :
- a) Nuit d’été (bleu indigo) de 20 heures à 4 heures, c’est-à-dire de 8 heures du soir à 4 heures du matin :
- b) Nuit de printemps et d’automne (bleu cobalt) de 18 heures à 6 heures, c’est-à-dire de 6 heures du soir à 6 heures du matin;
- c) Nuit d’hiver (bleu azuré) de 16 heures à 8 heures, c’est-à-dire de 4 heures du soir à 8 heures du matin.
- La partie blanche de 8 heures à 16 heures, c’est-à-dire de 8 heures du matin à 4 heures du soir,
- représente le jour perpétuel.
- Remarque. — Pour les pays situés dans la zone équatoriale où le jour et la nuit sont toujours sen siblement égaux, la teinte moyenne (bleu cobalt) partage la journée astronomique en deux parties, l’une de 6 heures à 18 heures ; l’autre de 18 heures à 6 heures.
- Luminosité. — Les heures de nuit du cadran (de 16 heures à 8 heures)' peuvent être rendues lumineuses au moyend’unecom-position aux sels de radium. La lecture des heures pourra ainsi se faire la nuit aussi bien que le jour.
- 4° Enfin 5 aiguilles (aiguille des jours, aiguille des heures, aiguille des minutes) superposées donnent simultanément la date et l’heure du fuseau à 15 secondes près, en temps civil.
- N. B. — Le cadran universel se fabrique en deux modèles : 1° Modèle n° 1 à cinq divisions concentriques pour horloges et chronomètres de bord ; 2° Modèle n° 2 à quatre divisions concentriques pour montre de poche. Le constructeur est M. Thiebaut, professeur à l’École horlogère de France, 30, rue Manin à Paris (XlX^arr.). P. Vincent.
- Vincent, au moyen d’un style de fortune (épingle, brin de paille, allumette, etc.), posé verticalement sur la glace au centre du cadran, à transformer la montre en cadran solaire. - '
- Le Gérant : P. Mvsson. — Imprimerie Lahdre, rue de Fleurus, 9, 1 Paris.
- p.144 - vue 148/474
-
-
-
- LA NATURE. — N* 2319. .-..... 9 MARS 1918
- LA PROTECTION DES' NAVIRES CONTRE LES SOUS-MARINS
- Dans un précédent article (4), nous avons passé en revue quelques-uns des innombrables moyens proposés pour révéler et détruire les sous-marins. L’ingéniosité des inventeurs a-t-elle été couronnée de succès, et les dispositifs de défense militaire navale sont-ils suffisants pour assurer la libre circulation des mers? Si l’on en croit les pouvoirs publics, les marins administratifs, tout est résolu ; les pirates boches sont traqués, pourchassés, à la perfection.... Et cependant les bateaux continuent de couler en si grand nombre, que Sir Errick Gedde n’a pas hésité à reconnaître à la tribune du Parlement anglais que les sous-marins disparaissent moins vite qu’ils ne se construisent, mais que par contre les navires qui sombrent entraînent au fond des mers un tonnage supérieur à celui, mis à flot.
- Les inventeurs découragés de voir' leurs .efforts systématiquement écartés se sont désintéressés du problème de la guerre sous-marine et ont tourné leur activité vers le sauvetage des victimes des pirates.
- Cette évolution est très curieuse et si, au début des hostilités, les propositions de moyens de lutte contre les sous-marins ont été innombrables, ce sont à l’heure actuelle,les bouées, radeaux, costumes de sauvetage, etc., qui sont à la mode, et nos lecteurs peuvent être assurés que souvent la fantaisie et l’imprévu ne manquent pas dans leur conception.
- Nous allons d’abord examiner les propositions, relatives à la protection du navire lui-même, par suite d’une construction appropriée, puis les dispositifs accessoires proposés pour garantir ceux actuellement en service, enfin les appareils de sauvetage. Notre exposé ne sera certes pas complet, une bibliothèque entière ne pourrait renfermer les milliers de systèmes présents, mais nous chercherons surtout à fournir à'nos lecteurs quelques données sur les problèmes a résoudre.
- 1. Voir La Nature, n° 2317.
- L’une des manœuvres préconisées pour échapper au soiis-marin est la marche en zigzag dans les zones suspectes. En effet, si le sous-marin cherche à attaquer le navire en restant en plongée, sa vitesse est très faible; malgré le bluff teuton, nous pouvons admettre quelle ne dépasse guère 5 à 6 nœuds. Cela ne veut pas dire qu’en forçant le débit des accumulateurs, il ne puisse pendant quelques heures obtenir une vitesse bien supérieure, mais c’est au détriment de la durée de plongée. Par exemple, si la batterie d’accumulateurs est capable de fournir pendant 20 heures une marche à 4 nœuds, elle ne pourra maintenir la vitesse à 8 nœuds que pendant 4 heures. Après ce temps, il faudra que le sous-marin émerge et marche en surface pour faire fonctionner ses moteurs et recharger ses aceu-mulateurs. On comprend tout ce que cette opération présente de dangers, aussi peut-on admettre que cargos et sous-marins en plongée ont des vitesses sensiblement égales.
- Dans ces conditions, les avantages de la marche en zigzag sont évidents. En modifiant continuellement la route du bâtiment, le capitaine laisse l’ennemi dans l’ignorance de son itinéraire réel, le sous-marin ne pourra par suite chercher à lui couper la route et le tir de ses torpilles sera des plus incertains. Mais comment le pilote du navire pourra-t-il, après quelques heures de cette manœuvre, savoir exactement l’endroit où il se trouve? Grosse difficulté qu’un officier d’un des plus grands navires anglais a cherché à supprimer à l’aide d’un tableau spécial dont la figure 1 montrele schéma ainsique les connexions électriques. Il se compose essentiellement d’une horloge centrale dont la grande aiguille, sert à établir un contact électrique d’une série de cartons alternativement rouges et verts et de lampes de signal placées de chaque côté, chaque carton et chacfue lampe correspondant à un élément de la ligne brisée à parcourir.
- 10. — 145.
- Fig. i et 2. — L’appareil de contrôle pour la marche en zigzag du navire poursuivi par un sous-marîn.
- 46* Année. — Semestre.
- p.145 - vue 149/474
-
-
-
- Fig. 3. — Un navire camouflé se dérobant derrière un nuage de fumée.
- Supposons que l’itinér la droite À B, figure 1 veuille décrire la ligne deux points. La manœuvre commence à 2 heures par exemple et le trajet conventionnel est tel qu’il est couvert en une heure par le navire.
- Le pilote commence par mettre la barre à 50 degrés à gauche de la direction vraie et l’y maintient pendant 7 minutes et demie. A ce moment, l’horloge établit un contact électrique, un timbre est mis en action, avertissant l’homme de barre qu’il faut changer la route et, d’après les indications du tableau, l’incliner de 45° à droite de la direction vraie pendant 10 minutes. Au bout de ce temps, nouveau contact électrique, sonnerie, et la route est de nouveau modifiée. A chaque changement, l’officier de quart place une des fiches d’un cadre dans une rainure entourant l’horloge en face de l’heure à
- aire exact du navire soit" et que son commandant en zigzag qui relie ces
- Réservoirs d'eau
- Gri/iage
- Fig. 4 et 5. — pour limiter
- laquelle doit être fait le changement de route suivant et l’autre fiche dans le trou de la lampe indicatrice correspondante. La sonnerie fonctionnant tant
- que cette opération n’a pas été faite, toute erreur se trouve pratiquement éliminée. Naturellement, tracé, heures, duréespeœ vent être modifiés à volonté.
- Un moyen, appliqué depuis déjà longtemps dans l’armée, a enfin tout récemment été adopté par la marine, nous voulons parler du camouflage des bateaux.
- L’idée de recouvrir les bateaux d’une peinture peu voyante, pour simple qu’elle paraisse n’en a pas moins bouleversé considérablement les habitudes des marins, qui de tous temps ont été réfractaires au progrès. Les luttes homériques qu’il a fallu que les inventeurs soutiennent pour faire, admettre la propulsion à vapeur, l’hélice, la construction métallique, et
- r tout récemment les na-
- Disposition du système Maxim
- l’effet, de l’explosion d’une v,ires en ciment en s01lt
- torpille. de frappants exemples.
- Grandeur de /a masse
- I gazeuse de /'explosion i* ) cf’une torpille allemande
- p.146 - vue 150/474
-
-
-
- LA PROTECTION DES NAVIRES CONTRE LES SOUS-MARINS == 147
- Certaines escadres de cuirassés furent peintes en blanc. La généralisation de la peinture grise dans la marine de guerre fut longtemps considérée comme une mesure radicale, et pourtant un bateau gris est tout aussi invisible sur mer qu’un avion peint en noir passant à quelques certaines de mètres entre le soleil et l’observateur!
- niquées aux armateurs sur lesquelles nous ne nous étendrons pas. C’est ainsi que dans un système, on peint la .coque de couleurs élémentaires, de façon à donner à distance une résultante grise beaucoup moins visible qu’un gris uniforme. Dans un autre, on peint en teinte claire les parties portant ombre du navire et en foncé les parties de la
- Fig. 6. — Coupe dés bateaux Great Eastern, Mauretania et Lusitania montrant l'évolution
- de la construction.
- Quant au panache de fumée, qui signale le navire bien avant qu’il ait apparu à l’horizon, les marins semblent y tenir comme à la prunelle de leurs yeux. Les bateaux à vapeur ont fumé de tous temps, il n’y a que les terriens pour s’én étonner. L’emploi du coke ou d’appareils électriques de précipitation des fumées sur les navires traversant les zones dangereuses, l’emploi exclusif du coke sur les patrouilleurs pour lesquels les questions d’encombrement n’existent pas, puisqu’ils ne transportent pas de marchandises et ne font que des croisières de courte durée, sont des idées auxquelles se feront peut-être les marins, maintenant qu’ils ont accepté de barioler de couleurs convenablement choisies les coques des navires.
- coque qui apparaissent normalement claires à distance. Enfin, on peint des bandes irrégulières bleues, vertes et blanches de façon à confondre la silhouette du navire avec le ciel et la mer.
- Un autre procédé, pour rendre invisible un navire, est de le masquer par un nuage de fumée. Celui-ci peut être produit, soit comme dans l’ancienne marine de guerre — ante bellum — en faisant fumer exagérément les cheminées qui ont déjà une disposition naturelle remarquable pour ce genre d’exercice, soit en utilisant les « boîtes fumigènes » dont sont maintenant pourvus tous les navires marchands.
- Elles renferment des mélanges combustibles qui, en brûlant, dégagent une épaisse
- Section du navire p./emi/ieu
- Ecouft/fe
- Pont-
- Double
- Fond
- Fig. 7 et 8. — Coupes longitudinale et'transversale
- Non que ce moyen soit absolument efficace. En effet, un camouflage donné ne convient que pour une visibilité également donnée. De même qu’un léopard moucheté, invisible à quelque distance dans la jungle, est découvert de très loin en plaine, de même un navire invisible par temps gris sera repéré même de très loin par temps ensoleillé. Il ne peut donc être question d’un camouflage spécifique parfait, mais simplement d’une diminution de la visibilité; Des règles spéciales ont été commu-
- d’un navire insubmersible et le détail d'une écoutille.
- fumée pendant 20 minutes environ. On peut, soit les jeter à la mer, sur laquelle elles flottent, soit les allumer à barrière du navire à dissimuler. Quelque précaire que soit cette protection, car le nuage ne dure que peu de temps et le navire se déplace rapidement par rapport à lui, elle peut cependant permettre à un bâtiment plus rapide qu’un sous-marin et attaqué par surprise de fuir hors de portée des torpilles (fig. 3J.
- Pour sauver les navires qu’une torpille ou une mine ont atteints, les inventeurs ont envisagé toute
- p.147 - vue 151/474
-
-
-
- 148
- LA PROTECTION DES NAVIRES CONTRE LES SOUS-MARINS
- une série de palliatifs qui se rangent en deux catégories, suivant qu’ils ont pour but de donner au navire sinistré une flottabilité suffisante pour lui permettre de regagner par ses propres moyens le plus prochain port, soit au contraire qu’ils n’aient en vue que d’assurer le sauvetage des passagers et de l’équipage avec le maximum d’efficacité.
- Dans la première catégorie nous rangerons les nombreux plans de navires insubmersibles. Nous allons d’abord envisager le cas où l’attaque a lieu à la torpille, ou à l’aide de mines semées sur le parcours du bateau. Nous verrons ensuite comment les inventeurs ont cherché la riposte à l’attaque au canon qui tend de plus en plus à se généraliser.. En effet, une torpille est non seulement coûteuse, mais un submersible ne peut en emporter qu’un nombre très limité par suite de leur encombrement, et, de plus, leur laneement nécessite un certain nombre de conditions délicates parfois à réaliser par suite de la position des tubes de lancement, du rayon d’action de la torpille, de la vitesse des navires, etc.
- Pour permettre de juger les dispositifs de sécurité présentés, il faut d’abord nous rendre compte du mode d’action de la torpille et de la mine.
- Quand une torpille ou une mine éclate au voisinage des parois d’un navire, à une profondeur de 2 à 6 m. en dessous du niveau de la mer, la masse d’eau environnant l’engin sert de « bourrage », c’est-à-dire oppose à l’explosion une résistance plus considérable que celle de^là paroi du navire. L’effet destructif de l’onde se produisant dans la direction de moindre résistance, ce sont les flancs du bateau qui cèdent et les gaz produisent à l’intérieur des effets destructifs qui amènent presque infailliblement le naufrage.
- Lès torpilles allemandes contiennent environ 200 kg de trinitrotoluène (T. N. T.) dont la vitesse de détonation est d’environ 10 000 m. à la seconde. Au moment de l’explosion on se trouve en présence d’une masse incandescente de gaz occupant un volume d’à peu près 400 litres avec une densité égale au moins à une fois et demie celle de l’eau. La pression exercée, sur l’eau avoisinante et sur la'
- Fig. 9 et io. — Protection d’un navire contre les torpilles par plaques latérales. Dispositif de fixation des plaques.
- paroi du navire est par suite énorme, 40 000 atmosphères peut-être. Il en résulte dans l’eau une onde de compression qui se propage à une vitesse de 1 km par seconde dans le voisinage immédiat du centre d’explosion. Cet ensemble, gaz et onde de compression, vient frapper la paroi du navire et s’épand à l’intérieur sous forme d’un cône de 45° d’ouverture environ.
- Un volume ufiité d’explosif puissant comme le T. N. T. donne environ 10 000 volumes de gaz à une température voisine de 2700° C. Si la température est abaissée à 270°, le volume gazeux sera 10 fois plus petit ét les effets de l’explosion notablement réduits.
- Hudson Maxim partant de cette remarque a proposé d’employer, pour dissiper rapidement l’énergie explosive d’une torpille, un dispositif analogue à celui adopté dans le silencieux Maxim.
- Si une onde gazeuse telle que celle produite par la déflagration d’une poudre ou d’un explosif rencontre un treillage métallique, celui - ci oppose une énorme résistance au déplacement des gaz ; si de plus l’onde a rencontré au préalable une masse d’eau limitée, cette masse projetée sur le treillage sera pulvérisée en vésicules infiniment ténues qui abais-s e r ont considérablement la température des gaz et rendront son choc moins brutal, plus progressif.
- Le dispositif proposé est représenté sûr les figures 4 et 5. Une série de récipients d’eau disposés en Y formant un mur discontinu, ce qui est avantageux d’après l’inventeur, est disposée contre la paroi du navire; en arrière se trouve un grillage continu de fils et de liges métalliques destiné à amortir le choc des gaz qui s’échapperont par des conduits spécialement installés à cet effet.
- Dans d’autres solutions, on a plus simplement cherché à amortir l’effet de Fonde explosive et à limiter les voies d’eau en résultant par un cloisonnement plus ou moins important de la coque et en garantissant les organes vitaux du navire soit à l’aide des marchandises transportées, soit à l’aide du charbon embarqué.
- La figure 6 est particulièrement instructive à
- p.148 - vue 152/474
-
-
-
- = LA PROTECTION DES NAVIRES CONTRE LES SOUS-MARINS
- 149
- cet égard ; elle représente la section de trois navires dont les conceptions marquent trois stades de l’évolution dans la construction et l’aménagement intérieur des grands transatlantiques. Mais, et la chose mérite d’être signalée, l’évolution est rétrograde, et avant la guerre, on était arrivé, par suite des exigences du trafic, à supprimer toute sécurité.
- Le Great Eastern construit en 1858 par Brunei était certainement le mieux conçu des navires. La partie vitale, et en même temps la plus délicate-et la plus dangereuse, c’est-à-dire l’ensemble de la chaufferie et de la machinerie, était complètement garantie par la cargaison de charbon et le cloison-
- faible,, les cales ne sont pas divisées, de façon à laisser les gaz de l’explosion se détendre librement, et des cheminées auxiliaires assurent leur dégagement à l’intérieur.
- Ces dispositifs de protection interne peuvéntêtre complétés par des appareils extérieurs au navire et qui ont pour but de provoquer l’éclatement de la torpille ou de la mine à une distance de la coque telle que les effets de l’explosion ne puissent occasionner d’avaries graves. Le problème avait déjà reçu une solution dans la marine de guerre par l’emploi des filets Bullivan, sortes d’énormes cotes de mailles de fer dont s’entouraient les cuirassés dans les ports et disposées à 5 ou fi m. de la coque. Cette distance est suffisante, car si les effets d’une explosion sont terribles dans son voisinage immédiat, nous- avons vu qu’ils décroissent excessivement rapidement pour devenir nuis à quelques dizaines de mètres, sauf bien entendu lorsque les charges mises en jeu sont de plusieurs centaines de kilogrammes. Mais les
- nage très serré supprimait pratiquement tout danger de naufrage.
- Il n’est pas inutile, en passant, d’indiquer le danger que représentent les chaudières en cas de torpillage. Presque toujours l’eau les envahit dès le début du sinistre, et la quantité de vapeur qui se produit instantanément au contact des immenses grilles surchargées de charbon incandescent détermine
- une explosion - qui aggrave le désastre et en précipite l’issue avant que le sauvetage ait été terminé.
- Dans le Mauretania construit en 1906 et surtout dans le malheureux Titanic, de 1912, la machinerie prend de plus en plus de place, le cloisonnement est de plus en plus large et la protection de moins en moins bo'nne.
- Les constructeurs américains ont élaboré un système de cloisonnement qui, d’après eux, rendrait à peu près insubmersibles les navires qui en seraient munis. Le cloisonnement est extrêmement développé non seulement dans le sens de la longueur, mais encore en hauteur, les différents ponts servant de cloisons étanches et ne communiquant entre eux que par des sortes de regards que l’on peut fermer et qui sont étanches (fig. 7 et 8). Étant donné d’autre part, qu’un explosif produit d’autant moins de dégâts que la résistance qu’il rencontre est plus
- Fig. zz; et 12. — Le radeau géant de Rubenstein.
- filets Bullivan ont de graves inconvénients qui les ont d’ailleurs fait abandonner : ils sont lourds, difficiles à poser et ne peuvent être conservés pendant la marche, par suite de l’énorme résistance qu’ils opposent à l’avancement.
- Les inventeurs n’ont cependant pas perdu courage et ont proposé plusieurs dispositifs. Ils ont remplacé les filets par des plaques de tôle très minces, qui offrent au déplacement une résistance très faible, puisqu’elles avancent par la tranche. Très légères et bien que suspendues par un seul côté, elles opposent cependant un mur absolumen rigide à la torpille par suite de la résistance énorme qu’oppose l’eau à leur pivotement autour de leur axe d’attache (fig. 9 et 10). Dans d’autres systèmes, ces tôles, montées au bout de grandes vergues, son relevées en temps normal et ne sont rabattues dans
- p.149 - vue 153/474
-
-
-
- 150
- LA PROTECTION DES NAVIRES CONTRE LES SOUS-MARINS
- Fig. i3.
- la mer que lorsque le navire traverse une zone dangereuse. Des dispositifs ingénieux les empêchent de se redresser et de se placer horizontalement pendant la marche.
- Malheureusement, la riposte de la torpille existe, paraît-il : une charge auxiliaire d’explosif placée à l’avant détone en rencontrant les filets ou les tôles de protection, les déchire et ouvre la route à la torpille qui continue son chemin et éclate contre la coque sous l’action d’un second percuteur.
- La mise à l’eau des embarcations de sauvetage est une opération qui bien souvent a causé la perte des passagers. Si la mer est grosse, si le navire donne trop de la bande,
- on ne peut lancer les canots ou les décrocher des portemanteaux, ils chavirent en arrivant à la surface de la mer ou viennent se briser contre les lianes du navire. Aux difficultés matérielles viennent aussi s’ajouter l'affolement des passagers et la précipitation des manœuvres. Les Compagnies de navigation accordent toute leur attention à cette question et si nous voulions passer en revue tous les systèmes que les inventeurs proposent, nos lecteurs ne nous suivraient certainement pas... et avec raison.
- Nathan Rubenstein de New-York a imaginé un immense radeau capable de recevoir à la fois tous les passagers et tout l’équipage d’un navire sinistré. 11 est constitué, comme les figures 11 et 12 permettent de s’en rendre compte, d’une suite de pontons de bois reliés ensemble et qui en temps normal sont installés sur le pont arrière et servent de pont promenade. Un accident survient-il? Il suffit de détacher les câbles de retenue et tout l’ensemble glisse sur des rails, du côté où le navire donne de la bande. Des cabines, disposées sur le radeau, contiennent les postes de secours et le gros avantage que lui attribue son inventeur est de ne pas nécessiter plus de temps pour être lancé que les 30 ou 40 petits canots ordi-
- naires. Mais d’un autre côté il est dangereux, suivant le dicton populaire, de mettre tous ses œufs dans le même panier et le lancement d’un radeau de dimensions aussi grandes est une opéra-
- tion
- réussit
- toujours.
- Dispositif de mise à l’eau des embarcations de sauvetage.
- V,
- Fig. 14. — Le matelas flotteur en kapock.
- .. sur le papier mais au succès de laquelleil est prudent de ne pas se fier uniquement dans la réqlité !
- Signalons encore le 'dispositif Davits dans lequel, comme en s’en rend compte d’après la figure 13, les canots sont attachés après des bras qui en temps normal sont rabattus le long des lianes du navire et fonctionnent comme les portemanteaux ordinaires. En cas de sinistre, lorsqu’on lance les canots, les bras
- pivotent et les canots sont mis à la mer assez loin du navire pour ne pas être rejetés sur lui.
- De plus on ne délache les amarres qu’une fois le canot lancé, ce qui évite les accidents qui arrivent malheureusement si fréquemment lorsque les deux palans de descente ne sont pas manœuvrés simultanément; le canot se trouve suspendu par l’avant ou l’arrière et ses passagers tombent à la mer.
- Pour permettre à ceux-ci de ne pas être immédiatement entraînés au fond de la mer, et de se cramponner aux épaves, les costumes insubmersibles ont passionné les inventeurs et leur diversité est effrayante.
- Les uns les constituent par des vêtements doublés de plaques de liège, pour d’autres, ce sont des générateurs de gaz, particulièrement de l’acétylène, qui déterminent le gonflement de poches formant vessies natatoires.
- Dans d’autres modèles ce sont d e-normes bouées formant radeau auxquelles s’attachent les passagers, etc.
- Signalons simplement un moyen original en service dans la marine des États-Unis. Ce sont les matelas de couchage, remplis de kapock, substance extrêmement légère, que les marins se fixent autour du
- p.150 - vue 154/474
-
-
-
- LA PROTECTION DES NAVIRES CONTRE LES SOUS-MARINS
- 151
- corps à l’aide de lanières et de courroies qui en temps normal servent à suspendre les matelas aux hamacs (fig. 14).
- Mais quelle que soit l’efficacité intrinsèque de ces costumes, au point de vue pratique, elle dépend uniquement du sang-froid du passager. La question est d’ailleurs fort complexe et les recherches montrent bien sa difficulté : car ce n’est pas tout que de flotter à la surface de la mer, il faut ne pas être gelé par le froid résultant d’une im- . mersion parfois très longue, il faut pouvoir se nourrir, il faut de toute nécessité être très rapidement recueilli par une embarcation ou un navi re pour éviter Ja mort.
- Lorsqu’un navire sombre, la cargaison peut être considérée comme perdue et seules les matières précieuses, or, argent monnayé ou en lingot, les bijoux, les titres, les documents diplomatiques, représentent une valeur qu’il peut être intéressant de sauver immédiatement.
- À cet effet, deux inventeurs ont cherché à pourvoir les navires de coffres- forts flottants.
- L’arrangement consiste à disposer dans la partie centrale de la coque un cylindre vertical en tôle d’acier dont le haut, au niveau du pont supérieur, est fermé par un couvercle libre ; le fond du cylindre est en tôle emboutie de forme concave.
- A l’intérieur de ce cylindre, on place un autre cylindre fermé et bien étanche de hauteur relativement faible et de plus petit diamètre que le premier. Ce cylindre constitue un llotteur et porte le nom du navire, i
- 11 est surmonté d’une série de coffres bien
- Fig. i5.
- La bouée sonnant le glas des navirl's.
- étanches où on place les valeurs. Des portes sont pratiquées sur les parois du cylindre extérieur pour qu’on puisse avoir accès à l’intérieur depuis les divers ponts.
- Lorsque le navire coule, l’eau s’introduisant dans le cylindre soulève lé llotteur et les coffres-forts qui lui sont reliés par une corde ; le llotteur sert d’indicateur et permet de retrouver les coffres-forts. ?
- L’expérience fut faite dans des conditions assez originales.
- L’un des inventeurs se fit enfermer dans son coffre-fort et précipiter dans le lac Michigan.
- Au bout de quelques minutes il revint à la surface.
- Si le navire torpillé coule loin des côtes et de tout secours immédiat, il importe de pouvoir retrouver son épave qui peut constituer un danger pour la navigation.
- Un inventeur a imaginé une bouée munie d’une cloche (fig. 15) qui en temps normal est placée sur le pont.'
- Quand le navire sombre, la bouée flotte au-dessus de lui, retenue par un câble fixé à la coque et deux battants actionnés simplement par le clapotis de la mer viennent frapper sur une cloche sonnant le glas du naufragé!
- Ainsi les inventeurs ont appliqué à la solution de tous les problèmes leur ingéniosité et leur patriotisme.
- Ont-ils été suffisamment encouragés, suffisamment guidés dans leurs recherches? Quel accueil ont trouvé près des services compétents les propositions dont nous n’avons passé en revue qu’une infime minorité ?
- C’est ce qu’il ne sera pos-t sible d'établir qu’en dressant, plus tard, le bilan de la guerre actuelle lorsque avec le recul dans le temps nous pourrons saisir et apprécier l’importance des problèmes, la valeur des solutions appliquées et le bénéfice final qui résultera pour l’humanité du plus grand conflit que l’histoire ait jamais enregistré.
- il. Yolta.
- p.151 - vue 155/474
-
-
-
- 152
- A TRAVERS LES REVUES TECHNIQUES ALLEMANDES
- Le travail des femmes dans l’industrie métallurgique allemande. — Un rapport circonstancié a paru, il y a quelques semaines, sur cette question, à la suite d’une étude détaillée faite par l’Union métallurgique allemande, et qui s’est étendue à tout l’empire. Les documents recueillis laissent l’impression nette que les femmes utilisées au travail industriel sont soumises à des prestations excessives, et susceptibles d’entraîner des conséquences graves au point de vue de la santé publique.
- On distingue 250 emplois différents de la femme dans la métallurgie; le travail a été jugé trop pénible dans près de 21 pour 100 des établissements de l’industrie dite de guerre, et dans 12 pour 100 de celle dite de paix. Des obus pesant 20 à 75 livres doivent, notamment, être soulevés à la main à la hauteur de la poitrine, puis placés aux machines-outils, et déposés sur le sol. Pour mériter un salaire journalier de 5 marks, ces opérations trop pénibles doivent être renouvelées 75 à 100 fois. Les femmes se plaignent beaucoup de douleurs abdominales qui résultent du soulèvement répété des fusées de 26 kg d’obus lourds.
- Dans les fonderies, l’ouvrière assure le service courant, notamment la manipulation des pièces de fonte; plus d’une femme y a contracté une hernie. Souvent un tiers de l’effèctif féminin est absent pour cause de maladie.
- Les prestations journalières de l’ouvrière atteignent normalement plus de dix heures ; l’obligation de .travailler le dimanche ne se présente que trop» souvent; on la rencontre dans 564 usines, avec un personnel de près de 35 000 femmes. Le principe du salaire égal à travail égal n’est guère observé non plus ; pour autant qu’on puisse établir des comparaisons, à ce sujet, 9,2 pour 100 seulement des femmes touchent le même salaire que les ouvriers, toutes choses égales d’ailleurs !
- Le ciment métallique d’amalgame de cuivre. — La Giesserei Zeitung indique la composition du ciment métallique, dit de Vienne, que l’on rencontre parfois' dans des descriptions d’appareils. On place une lame de zinc dans une solution de sulfate de cuivre; le cuivre qui se dépose sous forme de poudre est trituré dans un mortier en présence de nitrate d’argent, de mercure et d’eau, de manière à obtenir une pâte.
- 11 est nécessaire d’employer trois y parties de cuivre pour sept parties de mercure. Quand des métaux doivent être traités par une couche épaisse d’amalgame (lequel est vendu dans le commerce sous forme de petits cylindres), il convient de polir et de chauffer avec soin les parties qui doivent venir en contact. L’amalgame même est chauffé jufeque 80 à 90° C., et les parties à souder sont pressées l’une contre l’autre; il peut aussi être forgé et lamirté; il se laisse bien polir. Placé dans l’eau bouillante, il devient suffisamment
- plastique pour servir de matériaux de moulage.
- L'industrie du gaz en Allemagne. — L’industrie du gaz de houille fait des progrès continus en Allemagne par suite de la concurrence redoutable de l’électricité et de la pénurie de pétrole. Elle compte chez nos ennemis plus de 1700 fabriques, avec une production totale annuelle de 3000 millions de mètres cubes de . gaz ; les capitaux de premier établissement atteignent un total de 1520 millions de marks. Les deux tiers des usines appartiennent à des administrations municipales. Le développement de ces usines est aussi une conséquence de la demande extraordinaire en gaz pour chauffage, pour éclairage à incandescence, et pour le compteur à deux sous ; il faut tenir compte d’ailleurs de l’introduction des petits moteurs à gaz.
- La consommation annuelle par tête d’habitant était avant la guerre de 70 à 75 m5; elle dépassait 150 ms dans cinq villes. Ces chiffres sont toutefois réduits vis-à-vis de ceux de l’Angleterre, le pays historique du gaz de bouille; la consommation annuelle par tête d’habitant y atteint 200 m\ Dans les villes allemandes on ne rencontre guère que 10 habitants sur 100 utilisant le gaz, tandis que dans bien des communes anglaises cette proportion atteint 50 pour 100.
- La fabrication de briquettes avec la limaille des métaux. — Dans le procédé Weiss, largement employé, semble-t-il, pour cette fabrication, les limailles sont séparées par action magnétique, de la poussière et autres matières étrangères qui s’y trouvent mélangées, puis mélangées avec de l’eau de chaux et fies substances désoxydantes, et soumises à une forte pression. Ces briquettes peuvent être utilisées en grande proportion dans les charges : de petites installations Bessemer emploient jusqu’à 80 pour 100 de briquettes de limaille d’acier nié-' langées avec de la fonte riche en silicium.
- Les presses utilisées par le procédé allemand peuvent développer une pression de 500 tonnes et produire 40 tonnes de briquettes en dix heures, mais on construit également des machines de dimensions plus modestes. Citons, comme exemple, le type Denison-Korte ; la presse comprend une table tournant autour d’un axe vertical, et portant trois cavités de la forme de la briquette ; elle rappelle absolument le principe de beaucoup de presses à faire les briquettes de ciment, les carreaux de ciment et de béton comprimé. Une des cavités est utilisée au remplissage, une seconde est sous le piston qui comprime la limaille èt moule la briquette; la troisième est desservie par le piston de démoulage. Ces trois opérations s’exécutent simultanément, par des rotations successives d’un.tiers de tour de la table.; chaque opération dépend de la précédente. Les presses agissent directement sous la pression de pompes, sans l’intervention d’accumulateurs; on y adjoint des appareils
- p.152 - vue 156/474
-
-
-
- A! TRAVERS LES REVUES TECHNIQUES ALLEMANDES
- d’alimentation et de préparation de la limaille.
- Le briquetage des tournures d’acier et de fonte aciérée a pris en France également une extension sensible pendant la guerre. En industrie métallurgique, comme en industrie chimique, la question de l’utilisation des déchets de fabrication ne peut assez solliciter l’attention ; elle décide souvent du succès d’une entreprise.
- Le problème du chauffage après la guerre. —
- Il se manifeste actuellement une tendance générale vers une meilleure utilisation de la houille; de divers côtés on préconise son remplacement par le gaz des fours à coke, par le gaz à l'eau, ou par des mélanges de gaz. L’opinion que cette mesure serait dans tous les cas économique est rien moins que fondée. H. Günther l’examine d’une manière générale, pour les installations industrielles de chauffage, dans les nos 12 à 14 du Z. d. U. cl. Gas u. Wasserf. in Oesterr. Ung.
- L’auteur tient compte non seulement delà valeur calorifique des divers combustibles et du rendement des installations, mais aussi des charges qui frapperaient l’installation d’une centrale à gaz. Il prend comme exemple le cas de la ville de Vienne : cette ville utilise au chauffage de locaux divers un total de 500 000 t. de houille. Pour les remplacer, il faudrait 665 millions de mètres cubes de mélange de gaz ; comme on utilise déjà actuellement 50 millions mètres cubes de gaz (mélange de gaz de houille et de gaz de coke), qui pourraient être convertis en 50 millions mètres cubes de mélange de gaz. Vienne utiliserait donc au total 715 millions mètres cubes de gaz.
- Une estimation analogue montre que la consommation de 400 000 t. de houille et de 45 millions de gaz de houille pourrait être transformée en 208 millions mètres cubes de mélange de gaz. Le volume de gaz destiné aux usages industriels est évalué par Günther à 200 millions mètres cubes par an.
- Lampes magnéto-électriques de poche. — Le n° 55 de YElektrotechn. Zeitung, donne une description intéressante de la lampe électro-magnétique de poche due à K. von Dreger. Celui-ci a tiré parti de l’énergie développée par le corps humain dans ses divers mouvements. Une force musculaire minime peut suffire ’a actionner une petite dynamo, et alimenter une lampe de poche. La puissance développée atteint 1 à 2 w. Une vitesse convenable doit être atteinte, ainsi qu’un nombre constant de tours afin de maintenir la tension entre des limites assez étroites.
- Dans la construction projetée par von Dreger la dynamo et le ressort de transmission sont dans un état d’équilibre tel que U oscillation d’un levier agit sous forme de frein sur le nombre de tours et assure sa constance dès que la lampe a atteint son ntensité normale.
- Le ressort de transmission est, de plus, conçu de façon à accumuler une partie de l’énergie développée, et à l’amplifier par des ressorts accessoires
- 153
- qui se détendent ensuite successivement. Il s’agit donc d’un accumulateur plutôt mécanique qu’électrique.
- Le poids de l’appareil dépend du type et du mode de transmission. Ainsi celui activé parle pouce pèse 450 gr., et 850 gr. si la construction est telle .que la capacité mécanique est de 5 minutes, c’est-à-dire que la lampe donne une lumière convenable pendant 5 minutes après l’arrêt de la source d’énergie. Le poids d’une lampe portative, actionnée par l’ouverture et la fermeture des quatre doigts atteint 950 gr., et 2550 gr. dans le cas d’une capacité, mécanique de 10 minutes.
- Le coût de la lampe complète est plus élevé que celui d’un appareil avec batterie, mais à part le graissage il n’y a pas à tenir compte des frais d’entretien ; cette lampe à incandescence peut atteindre une durée certaine de 200 heures.
- Un autre type fait l’objet du brevet de Pletscher ; la partie rotative est formée par la magnéto, composée de parties annulaires ; la transmission se fait non pas par ressort mais par roue dentée dont le rapport est 1:20. Il n’y a pas de collecteur; les balais sont réunis directement à la lampe, et le poids de la machine est de 250 gr. pour 1200 tours. Ces nouveaux types peuvent servir aussi à l’éclairage des vélos (d’un poids de 750 gr.), des ascenseurs, etc.
- Les succédanés en Allemagne. —- Nos ennemis sont réduits aux seules mines de cuivre, de faible teneur, de Mansfeld et de la Basse-Silésie (les gisements des Balkans ne donnent pas les résultats espérés), le zinc remplace le cuivre dans beaucoup d’accessoires militaires. Il sert à la confection des étuis de cartouches, des armatures électriques, des commutateurs, des garnitures d’ampoules, etc.
- On tire la résine des forêts,‘et des produits de la, distillation du bois et de la houille. Le coton et la laine manquent totalement : la cellulose, les orties et les roseaux en fournissent partiellement les équivalents, mais on a recours spécialement au papier. La cellulose fournit soit l’ouate, soit une substance cellulaire, qui produit un équivalent excellent du coton-poudre par l’action de l’acide nitrique.
- Les huiles minérales s’obtiennent par le traitement direct de la houille. Le salpêtre est préparé sur place en faisant agir sur l’air liquide des courants électriques à très haute tension.
- On fait rassembler les marcs de café qui contiennent environ 10 pour 100 d’une huile pouvant remplacer l’huile d’olive. On se préoccupe de retirer des noyaux des fruits toute l’huile qu’ils contiennent : les noyaux de prune contiennent 21 à 51 pour 100 d’huile; ceux des cerises 25 à 57 pour 1J)0. Le traitement des os peut donner jusqu’à 16 pour 100 de graisse pour l’alimentation; les os frais sont moulus dans des broyeurs spéciaux et la matière obtenue est bouillie avec de l’eau ; on recueille, après refroidissement, une graisse à demi solide. Les savons se fabriquent avec les graisses que l’on retire des eaux résiduaires. C. L.
- p.153 - vue 157/474
-
-
-
- LES LEISHMANIOSES
- Kala-Azar, Bouton d’Orient, Leishmaniose américaine.
- Tout le monde a remarqué de nombreux Orientaux, des Syriens par exemple, le visage plus ou moins couvert de cicatrices larges, en plaques, à bords arrondis, ressemblant un peu à d’anciennes brûlures. Les médecins qui ont voyagé en Orient connaissent bien l’origine de ces cicatrices : c’est .un bouton qui apparaît, grossit sans provoquer de douleur et finalement s’ulcère; d’autres paraissent autour (fig. 1), évoluent de même et les plaies ainsi formées se réunissent en plaques, souvent très étendues. Si aucune complication ne se produit, les ulcères finissent par sécher, après 6 mois ou même un an, et ne laissent comme souvenir
- qu’une cicatrice plus ou moins large et indélébile.
- Lé bouton d’Alep est connu depuis fort longtemps, puisqu’on le trouve déjà décrit en 1756. Très fréquent à Alep, il est également répandu dans toute la Syrie, la Perse, la Turquie d’Asie; nos médecins militaires l’ont rencontré dans le Sud Algérien ; on le connaît aux Indes, en Abyssinie et même dans l’Europe méridionale où quelques cas ont été observés.
- Jusqu’à ces dernières années, on attribuait le bouton d’Alep ou d’Orient à la mauvaise qualité des eaux potables, aux conditions météorologiques, etc. C’est dire qu’on n’en connaissait pas la cause.
- En 1882, un rapport sanitaire d’un médecin anglais aux Indes, Mc Naught, fit connaître une nouvelle maladie, le Kala-Azar, qui existait probablement depuis longtemps et dont des cas avaient peut-être été déjà observés en Grèce dès 1855.
- Tout à fait différente du boulon d’Orient, elle ressemble à beaucoup de points de vues, au paludisme, avec lequel on l’a souvent confondue à tort. L’homme atteint de Kala-Azar présente des poussées de fièvre irrégulières, que la quinine ne fait pas cesser; sa rate gonfle, puis son foie; il maigrit peu à peu (fig. 2) et souvent finit par mourir d’une infection secondaire contre laquelle il n’a plus la force de se défendre. Le Kala-Azar est également une maladie orientale qu’on rencontre depuis la Chine jusqu’en Europe, depuis la Sicile et la Grèce jusqu’au Soudan.
- A première vue, rien ne rapproche le bouton d’Orient, simple maladie de peau généralement sans gravité, du Kala-Azar, maladie viscérale presque toujours mortelle. Ce n’est qu’en 1903 qu’on a soupçonné leur parenté, après que les médecins anglais Leishman (30 mai), puis Donovan (Il juillet), eurent trouvé, dans le sang des malades de Kala-Azar aux Indes, un protozoaire parasite et après qu’un médecin américain, J. H. Wright (décembre) eut rencontré un parasite presque semblable dans les plaies du bouton d’Orient.
- A ces êtres pathogènes, on a donné le nom générique de Leisk-mania, en l’honneur du premier savant qui les signala.
- Les Leishmania ont été rencontrés également dans des ulcérations des muqueuses (fig. 3) qu’on observe fréquemment au Brésil, au Pérou et dans les Guyanes. On les a retrouvés chez -des chiens malades ; on a pu les inoculer à de nombreux animaux.
- La découverte de ces parasites a permis de suivre leur évolution, d’étudier leur genre de vie, d.e rechercher les modes de contamination ; de contrôler l’effet de divers remèdes.
- Un ensemble de maladies disparates et inexpliquées s’est trouvé ainsi réuni en un seul groupe, les Leishmanioses, ayant comme lien la présence de.parasites du même genre. L’étude de ces derniers, qui.se poursuit activement dans les laboratoires du monde entier nous apportera prochainement, espérons-le, le moyen de guérir et même
- p.154 - vue 158/474
-
-
-
- LES LEISHMANIOSES ....., . = 155
- d’éviter d’un coup les diverses maladies qui en résultent.
- Que cette thérapeutique et cette prophylaxie soient hautement désirables, il suffit pour s’en convaincre de voir les Leishmanioses répandues en Asie, en Afrique, dans presque toute l’Amérique du Sud, de les rencontrer à nos portes dans l’Europe méridionale, et de réfléchir que ces maladies, d’évolution lente, peuvent se propager loin de leurs foyers habituels, surtout en ces temps de grands déplacements d’hommes.
- Qu’elles soient en bonne voie de réalisation, la preuve en est donnée par l’important ouvrage que le professeur Laveran vient de leur consacrer !1), où il a rassemblé tous les efforts • déjà faits dans cette voie.
- Nous voudrions profiter de cette publication pour signaler à nos lecteurs ce nouveau groupe de maladies, encore peu connues des médecins, bien qu’ils puissent certainement en rencontrer en France, presque inconnues des vétérinaires, malgré l’identité vraisemblable de la leishmaniose canine et du Kala-Azar et le rôle très probable que joue le chien dans la transmission de celui-ci. Nous le ferons aussi pour montrer combien les méthodes de laboratoire peuvent apporter de secours et de lumière dans certaines questions de clinique et d’épidémiologie.
- Voyons tout d’abord les agents des leishmanioses, les Leishmania.
- Les Leishmania forment un groupe naturel dans lequel on n’a pu distinguer que deux espèces, b. Donovani du Kala-Azar et L. tropica du bouton d’Orient. Certains auteurs admettent même que la deuxième n’est qu’une variété de la première. On les trouve sous deux formes très distinctes (fig. 4), ronds ou ovales, sans prolongements (a à w), dans le sang et les organes des malades et des animaux infectés, allongés et^ munis d’une flagelle dans les cultures (o à u).
- A. Laveran Leishmanioses. Masson et Cic, éditeurs, Paris, 4017.
- Chez les malades, les Leishmania ont environ 2 à 4 millièmes de millimètre, elles se divisent par bipartition (fig.' 4, i, j, k). Quand on les place dans un milieu gélosé, à 22° environ, elles s’y développent et y prennent un aspect flagellé en même temps que leur taille s’accroît jusqu’à 8 et même 20 millièmes de millimètre de long. On en trouve groupés en-rosaces (fig. 4, s) et d’autres en division (t, u).
- On peut les inoculer à un grand nombre d’animaux, notamment aux chiens et aux singes chez lesquels ils produisent rapidement des lésions comparables à celles observées chez l’homme.
- Le Kala-Azar s’observe à tout âge, chez les adultes comme chez les enfants, chez les hommes et les femmes, aussi bien parmi les Européens que parmi les hommes de race jaune et de race noire.
- Il est surtout fréquent, ou même localisé uniquement dans les lieux bas, humides, à pluies abondantes, près des puits et des mares d’eau stagnante. On ne le rencontre pas dans les pays froids. 11 est endémique aux Indes, en Tunisie, en Sicile, en Grèce, à Malte, etc. -La transmission se fait le plus souvent, de maison à maison. La leishmaniose viscérale du chien, dont la première observation est due à Nicolle et Comte, de l’Institut Pasteur de Tunis, semble due au même agent pathogène que le Kala-Azar. Elle est fréquente en Tuni- . sie, à Malte, en certains endroits d’Italie, et en général dans tous les points où le Kala - Azar est endémique (fig. 5). 11 y a donc grande ' probabilité pour que les deux maladies aient d’étroits rapports et pour que le chien soit un "dangereux agent de contagion pour l’homme.
- Le bouton d’Orient, bien ’• que provoqué par un organisme presque identique, diffère par de nombreux caractères des leishmanioses précédentes. D’abord, son allure clinique est toute différente, puisqu’il est beaucoup moins gravé et guérit souvent sans complications. Puis il est nettement saisonnier, les boutons apparaissant seulement l’été ou l’automne. Enfin, les
- Fig. 2. — Hindou atteint de Kala-Azar depuis 2 ans environ. [Photographie du D' N. Now).
- Fig. 3. — Malade atteint de leishmaniose rhino-buccorpharyngèe, d’après A. da Mat ta (Op. cit.j
- p.155 - vue 159/474
-
-
-
- 156 ' ' :—: — LES LEISHMANIOSES
- foyers de Kala-Azar sont toujours différents de ceux de boutons d’Orient, aussi bien dans l’Inde (fig. 6), qu’en Tunisie, etc. Par contre, le bouton d’Orient attaque les individus, sans distinction de sexe, de classe, de race, tout comme le Kala-Azar.
- La maladie américaine n’a été reconnue comme leishmaniose qu’en 1909, après qu’on eut découvert des Leishmania dans les ulcères; elle est transmissible au chien chez qui elle provoque aussi des ulcères. Chez l’homme, elle débute souvent par la peau, comme le bouton d’Orient, mais, elle guérit moins fréquemment, dure très longtemps, 15 ou même 20 ans, et finit par gagner les mu-queuses, envahissant les fosses nasales, le voile du palais, les amygdales, le pharynx, la bouche, la langue et le larynx, et amenant comme conséquence des difficultés croissantes de l’alimentation, de la parole et de la respiration.
- Cet ensemble de maladies, dis-
- a
- a ® 0
- sont bien moins contagieux que la fièvre paludéenne; il n’y a donc pas impossibilité de contagion de ce fait.
- Les punaises ont été accusées, surtout aux Indes, du fait, qu’on a souvent trouvé dans leur sang des parasites voisins des Leishmania; dans les régions méditerranéennes, on a incriminé les puces, soit la puce de l’homme, dans la contagion entre hommes, soit celle du chien dans la contagion de l’homme au chien et inversement, et il est bien certain que les foyers de Kala-Azar et ceux de leishmaniose canine coïncident presque partout; les moustiques, et notamment YAnopheles sont suspectés par certains qui s’appuient sur ces
- faits que le Kala-Azar et le paludisme se rencon-trent souvent dans les mêmes régions et que les Anophèles contiennent parfois des protozoaires très voisins des Leishmania.
- Le bouton d’Orient laisse supposer un autre agent de contagion, du fait
- qu’il
- siégé ge-
- parates cliniquement, mais ayant cependant une cause presque identique,, doivent pouvoir être groupées, non seu’ement au point de vue de la parasitologie, mais encore à celui de la contamination, du traitement et de la prophylaxie. Il est probable que le jour où l’on aura triomphé de l’une d’elles, on sera bien près de triompher des autres.
- A vrai dire, malgré les nombreuses recherches entreprises en ces dernières années, les questions d’hygiène et de thérapeutique qu’elles soulèvent n’ont' pas encore trouvé de solution satisfaisante.
- Par analogie avec ce qu’on connaît des autres maladies à protozoaires, du paludisme entre autres, on a cherché l’agent de transmission des leishma-nioses parmi les insectes piqueurs et suceurs de sang. Les Leishmania sont moins fréquentes dans le sang circulant que les Plasmodium dans le paludisme, mais on les y.trouve cependant, et d’autre part, le Kala-Azar et les autres leishmanioses
- néralement sur les parties découvertes de la peau : face et mains, et qu’il a son maximum de fréquence en été ; cela suffit pour incriminer les mouches plutôt que les punaises et les puces, et il est en effet fort possible que la mouche domestique transporte mécaniquement les Leisjimania tropica sur les petites érosions et les plaies qu’elle infecterait ainsi. La leishmaniose américaine est très probablement inoculée par un insecte ’ piqueur, sans qu’on sache exactement lequel tant ils abondent dans les régions tropicales.
- Ce sera probablement l’affaire de quelques années seulement, de connaître exactement le ou les agents de transmission contre lesquels il faut se protéger et se défendre.
- En attendant, la prophylaxie de ces maladies est forcément à la fois complexe et limitée.
- Les leishmanioses se transmettant directement d’homme à homme, on doit isoler les malades, surtout dans les cas dé Kala-Azar.
- Fig. 4. — a, 22, formes aflagellées des Leishmania; a, b, c, éléments ovalaires avec centrosome en bâtonnet; d, e, éléments sphériques avec centrosome punctiforme, libre mu accolé au noyau (e); j, élément ovalaire avec rhizoplaste; g, élément sphérique avec 2 vacuoles; h, grand mononucléaire bourré de Leishmania; i, j, k, éléments en voie de .bipartition; 1, m, n, groupements de Leishmania simulant des formes de schizogonie; o, u, formes flagellées de cultureo, p, éléments jeunes;-q, r, flagellés à l’état de développement complet; s, éléments flagellés en rosace; t, u, formes de multiplication par bipartition. Gross. : 2000 D environ.
- p.156 - vue 160/474
-
-
-
- LES LEISHMANIOSES
- 157
- Pour le bouton d’Orient, moins grave, les soins de propreté et le badigeonnage des érosions et
- leishmaniose canine dans le bassin méditerranéen. (D'après une carte dû Kala-Azar Bulletin, mars iç>i2).
- des plaies à la teinture d’iode semblent suffire comme moyens de protection Les chiens atteints doivent être abattus et détruits.
- On peut se protéger contre les insectes piqueurs au moyen de moustiquaires. On peut détruire par le feu les cases et les maisons où des cas de Kala-Azar se sont produits.
- Le jour où l’on connaîtra exactement l’ennemi qui inocule les Leishmania, les mesures prophylactiques pourront devenir à la fois plus simples et plus efficaces. Espérons qu’il ne tardera pas.
- Le traitement des leish-manioses est également à l’étude. Après avoir d’abord employé contre les leishmanioses cutanées l’excision, la cautérisation, la destruction des ulcères par le froid, l’air chaud, les rayons X, etc., après avoir essayé de divers vaccins, on a surtout recours aujourd’hui, aux' produits très 5
- actifs qui ont déjà donné des résultats encourageants dans les trypanosomiases (voir La Nature, n° 2065) et notamment aux composés d’arsenic (arséno-
- benzol, atoxyl) ou d’antimoine (émétique). Dans les diverses formes de leishmanioses, l’émétique,
- en injections intra-veineuses, semble donner de grandes espérances.
- Ainsi, les leishmanioses, méconnues encore il y a quinze ans, forment aujourd’hui un chapitre de la pathologie exotique, intéressant théoriquement comme un nouvel exemple des maladies parasitaires dues à des protozoaires et méritant d’être étudié pratiquement, puisque ces maladies viennent jusqu’aux portes de notre pays et qu’elles réclament aujourd’hui encore une. prophylaxié et un traitement.
- Le traité que vient de leur consacrer le professeur Laveran contribuera certainement à les faire connaître, à faciliter leur étude et à susciter
- Carte indiquant la répartition du Kala-Azar et du. bouton d’Orient dans l’Inde.
- les nouvelles recherches dont elles ont besoin.
- R. M.
- p.157 - vue 161/474
-
-
-
- 1S8 ................. =
- LA PLASTICITÉ DES ARGILES
- La plasticité, qui.existe dans certaines substances, et tout particulièrement dans les argiles, est un phénomène bien connu de tous et dont les applications sont nombreuses, aussi bien dans les industries que dans les arts. Mais, ainsi qu’il arrive plus souvent qu’on ne le croit, pour les phénomènes les , plus couramment utilisés, les causes en sont mal déterminées, aussi bien que les lois et, par conséquent, les moyens de diriger rationnellement les applications, dont quelques-unes ont été développées par l’état de guerre. Il n’est peut-être pas indispensable pour confectionner une brique, un vase ou un plat ou pour modeler une statue de savoir à quoi tient la plasticité ; mais cette connaissance est néanmoins utile pour reconnaître les causes de certains échecs et pour y remédier. Nous voudrions résumer à ce propos un travail paru en Amérique et dont la Revue de Métallurgie a publié une analyse détaillée (1). Et d’abord, avant d’analyser le phénomène, nous allons commencer par le définir avec précision en montrant ce qui le distingue de propriétés analogues telles que la malléabilité à chaud avec laquelle on a parfois tendance à le confondre.
- On peut définir la plasticité : « la propriété qui permet à un solide d’emmagasiner un liquide dans ses pores, de le retenir complètement et de permettre à la masse de prendre par pression et pétrissage toute forme désirée, de conserver cette forme après cessation delà compression, extraction du iquide et retour à l’état solide. » En raison de cette définition, dans laquelle on remarque que l’eau joue un rôle essentiel, de la pâte de papier est plastique; du plomb fondu, de la cire, du verre chaud ne sont pas en réalité plastiques mais malléables.
- D’assez nombreuses explications ont été proposées pour la plasticité des argiles. Ainsi l’on a fait remarquer que l’argile, par son mode de cristallisation, présente un clivage qui amène sa division facile en petites lamelles et on a supposé que le 'pétrissage avait pour effet de disposer ces lamelles dans un sens déterminé qu’elles conservaient ensuite. A l’appui de cette idée, on a observé que les argiles contenant des amas de kaolinite cristallisée sont d’autant plus plastiques que les cristaux ont été plus finement divisés par broyage. De même, divers minéraux tels que la calcite, le gypse, le talc, ayant tous une même tendance à se rompre suivant des plans de clivage, acquièrent de la plasticité quand on les broie très finement. • v.
- Une seconde explication est fondée sur l’attraction moléculaire des'particules : attraction d’autant plus forte qu’elles sont plus fines. Chacun sait qu’une masse mouillée, du sable par exemple, se tient mieux, avec des talus plus droits que lorsqu’elle est sèche : ce qui tient simplement à ce
- 1. Janvier 1917.
- que l’attraction capillaire s’exerce entre les grains que sépare une mince pellicule d’eau. En combinant cette explication avec la première, on se' rend compte qu’un minéral finement clivable et, par suite, divisé en lamelles doit présenter des attractions capillaires particulièrement fortes, absolument .comme on arrive à faire adhérer l’une contre l’autre deux lames de verre mouillées ou deux surfaces d’acier parfaitement polies. Tous les petits grains d’argile mouillés acquièrent une cohésion qui leur fait garder la forme obtenue par le pétrissage. Néanmoins cette théorie était insuffisante pour expliquer bien des faits d’observation jusqu’au jour où l’on a eu l’idée de faire intervenir l’action des colloïdes.
- On sait qu’en 1861, Thomas Graham, étudiant les phénomènes de diffusion des corps dissous à travers les membranes organiques, montra la matière divisée ainsi en deux categories bien distinctes : les substances cristallines traversant en général les membranes, tandis que les colloïdes à apparence amorphe, comme la gomme arabique et la gélatine, ne passent pas. Ces colloïdes ne constituent pas, en effet, de véritables solutions, mais des solutions apparentes, dites « sols » que de légères additions d’électrolytes acides ou alcalins amènent à se précipiter ou à coaguler en un « gel ». Or l’argile est un mélange de corps cristalloïdes et de colloïdes comme l’a bien montré Schlœsing dès 1874. Ce savant mettait de l’argile en suspension et la laissait déposer un mois. Au bout de ce temps, la liqueur restante donnait à l’évaporation une masse cornée, colloïdale, un ^véritable gel. En 19011, Rohland, reprenant ce travail de Schlœsing, fit voir comment l’argile renferme, dans une sorte d’état latent, des colloïdes que l’eau fait apparaître et qui agissent alors comme un aglutinant. En conséquence, on peut augmenter la plasticité en ajoutant d’autres colloïdes organiques ou inorganiques et c’est ce que font fréquemment les potiers en*incorporant de la gélatine, de la colle, de l’amidon, du lait, de la gomme, de la dextrine, de la pâte à papier, ou simplement de la bouse de vache. Si l’on, étudie l’argile au microscope, ônvoit qu’elle est constituée en majeure partie par des grains dont la surface commence à s’altérer et se recouvre d’une matière gélatineuse ou colloïdale.constituée tant d’éléments minéraux, comme la silice, l’alumine, l’oxyde de fer, les silicates à l’état Colloïdal que de matière organique colloïdale. Plus cet état gélatineux a été développé dans l’argile par une longue trituration, plus elle est plastique.
- La proportion de cette matière colloïdale est très différente suivant les conditions géologiques dans lesquelles s’est formée l’argile et c’est ainsi qu’aux diverses catégories de gisements correspondent des plasticités plus ou moins grandes qu’il est facile de prévoir. 1
- p.158 - vue 162/474
-
-
-
- LE CHARGEMENT ET LE VIDAGE DES PROJECTILES ........-.. 159
- En principe, il existe deux grandes categories d’argiles : les unes formées sur place par l’attaque des feldspaths et constituant des formations résiduelles, dont les kaolins sont le type le plus recherché, mais qui peuvent être également représentées par les argiles rouges de décalcification formant, sur les plateaux de craie, ce que l’on appelle les poches d’argile à silex ; ou encore par les résidus de calcaire constituant les limons jaunes des grottes. Toutes ces~ argiles sont maigres et peu plastiques. Au contraire, on observe une bonne plasticité dans les argiles transportées, ayant formé des sédiments dans les ruisseaux, les fleuves, les lacs ou sur les plages marines. C’est cette catégorie qui fournit surtout les argiles employées au modelage ou à la céramique : par exemple les argiles plastiques des environs de Paris
- qui appartiennent au niveau lacustre des lignites.
- Plus le transport a été prolongé, plus la plasticité est grande. On aurait pu être tenté de l’expliquer par le fait que, dans ce long transport, s’est opérée une préparation mécanique plus parfaite ayant eu pour résultat d’éliminer les corps étrangers tels que les grains de quartz et, en même temps, de classifier plus complètement les grains d’argile eux-mêmes suivant leur degré de finesse; mais la véritable cause est l’action altérante plus prolongée exercée par l’eau sur la surface des argiles, de manière à les recouvrir d’un enduit gélatineux ou « sol » colloïdal. Ce sont ces colloïdes qui rendent l’argile plastique : leur intervention se trouvant facilitée par les autres phénomènes indiqués plus haut : notamment par la fine division de la matière et par un I clivàge en nombreuses lamelles. P. Saluor.
- LE CHARGEMENT ET LE VIDAGE DES PROJECTILES
- Les obus employés actuellement sont en très grande majorité des obus explosifs, c’est-à-dire remplis uniquement d’un explosif très puissant. Les obus à balles ou shrapnels, qui contiennent des balles de plomb mélangées à un explosif moins puissant, tel que la poudre noireÇ ne sont plus employés que dans des cas spéciaux, le tir contre aéronefs, par exemple.
- En France, les obus sont chargés à l’aide de divers explosifs : la mélinite ou acide picrique; la crésylite, mélange de mélinite et de trinitrométa-crésol ; la tolite ; la schneidérite, etc. Le mode de-remplissage varié peu suivant qu’il s’agit de l’un 'ou de l’autre. On sait que Tacide picrique forme avec, le fer de l’obus des picrates, qui sont des explosifs extrêmement sensibles, et, par suite, dangereux: Pour éviter leur production, on avait soin, autrefois, d’étamer soigneusement l’intérieur de l’obus. Actuellement, on se contente.de le vernir, ce qui assure une protection suffisante.
- Dans les obus chargés à la mélinite, la masse principale de l’explosif est formée de mélinite fondue, dans laquelle on a ménagé l’emplacement du détonateur, celui-ci est constitué généralement par une sorte de cartouche'formée d’un cylindre rempli de mélinite pulvérulente, et, par suite, plus sensible que l’explosif fondu.
- La mélinite, qui fond à 122°, est chauffée au bain-marie dans des récipients remplis de glycérine ; une fois fondue, elle est versée dans l’obus, lui-même chauffé ” préalablement, pour éviter une solidification trop rapide. Pendant le remplissage, le tube de l’entonnoir sert de mandrin pour réserver 1’emplacement du détonateur ; ce logement est d’ailleurs rectifié et calibré rigoureusement ensuite pour que. le détonateur vienne le remplir exactement et sans jeu. Il est important, en effet, que le chargement de l’obus soit réalisé d’une manière compacte, pour éviter tout frottement au
- départ du projectile. La masse de l’explosif, notamment, ne doit présenter aucune soufflure dans la partie fondue, ni aucun vide dans la partie pulvérulente, supérieure, qui est soigneusement tassée au maillet.
- Pour augmenter la compacité de la charge, on peut la comprimer à la presse hydraulique. Cette opération n’est toutefois pas réalisée dans le cas de la mélinite pure, car elle présenterait des dangers, mais elle, est usitée couramment pour le remplissage des gros obus à la crésylite 60/40, c’est-à-dire contenant 40 pour 100 de mélinite, et 60 pour 100. de trinitrométacrésol. Ce mélange, est obtenu par fusion sous l’eau, et il a l’avanlage de fondre vers 85°; d’autre part, il est déjà très plastique entre 65° et 70°. Le mélangé une fois fondu est coulé sur un plateau ou il se solidifie, puis il est grené dans un broyeur et enfin séché vers 45°. C’est dans cet élat qu’on l’emploie au chargement des projectiles; on le chauffe vers 70°, ce qui le laisse encore très maniable, et on le verse par doses pesées dans les obus, eux-mêmes réchauffés, à peu près à la même température. Chaque projectile est alors porté sous la presse hydraulique où un mandrin ayant exactement le diamètre intérieur de l’obus vient comprimer le mélange et lui donne immédiatement la compacité nécessaire.
- La figure montre le chargement des'obus de gros calibre dans une des usines Schneider. On y voit les bacs dans lesquels les obus sont réchauffés.
- Les projectiles allemands sont chargés d’une façon analogue. Les grosses bombes sphériques lancées par les Zeppelins au début de la guerre étaient notamment remplies de trinitrotoluène fondu et simplement coulé dans le projectile chaud. Pour certains shrapnels, la charge d’explosif et de balles est préparée dans des sortes de douilles en carton, qui sont ensuite introduites dans l’obus, évitant le- contact de l’explosif et du métal.
- p.159 - vue 163/474
-
-
-
- 160 :..LE CHARGEMENT ET LE VIDAGE DES PROJECTILES
- Les torpilles sont, comme on le sait, le plus souvent chargées de coton-poudre, lequel est, à l’état humide, comprimé en galettes à la presse hydraulique. Dans cet état, la masse peut être travaillée et tournée sans danger.
- En Allemagne, on emploie toutefois depuis quelque temps dans les torpilles des explosifs tirés des phénols ou des toluènes, et qui sont, comme pour les obus, coulés ou comprimés dans les cônes des charges. Les torpilles Schwarzkopf sont chargées au trinitrotoluène et l’on a adopté à cet effet un procédé assez curieux. Les quatre blocs qui
- cela, ôn fait exploser au contact du projectile un pétard de mélinite dont la déflagration entraîne, par sympathie, celle de l’obus.
- La manipulation et l’ouverture des engins explosifs étaient déjà pratiqués, avant la guerre, par les chimistes du Laboratoire municipal de Paris. Dans une communication qu’ils ont présentée à l’Académie des Sciences le 3 mars 1913, ils avaient déjà donné les principaux résultats de leurs investigations, lesquelles ont porté surtout sur l’action des très basses températures sur la sensibilité des explosifs. Ils ont ainsi con- * staté que la sensibilité des amorces des explosifs
- Atelier de chargement des projectiles de gros calibre.
- forment la change d’une torpille sont cuivrés superficiellement ; ils ont ainsi l’aspect de blocs métalliques etTenduit protecteur dont ils sont entourés facilite les manipulations.
- Le vidage des obus est réalisé en général simplement par l’opération inverse de celle du chargement, en chauffant le projectile pour faire fondre l’explosif. Mais on ne peut faire cette opération que si la fusée est enlevée. Il est, en effet, très dangereux de .toucher à la fusée d’un obus qui a été lancé par. une bouche à feu et n’a pas explosé. Ce cas est relativement fréquent : 5 à 6 sur 1000 obus n’éclatent pas, généralement par suite d’un raté de la fusée. Les règlements de l’artillerie prévoient que de tels obus doivent être détruits à l’emplacement même oïi ils sont tombés, sans subir aucune manipulation. Pour
- les plus divers est considérablement diminuée entre —90° et —190°; l’influence du refroidissement se fait sentir à la fois sur le détonateur et sur l’explosif lui-même. Après avoir amené un engin à ces températures, on pourrait donc le soumettre à des manipulations qui seraient dangereuses une fois le projectile réchauffé.
- D’autres moyens plus rapides, basés notamment sur la connaissance de l’agencement intérieur des fusées allemandes et des positions de sécurité relative, sont employés à l’heure actuelle pour l’examen des projectiles ennemis, et-nos chimistes ont pu examiner le contenu des divers types de projectiles de nos ennemis, et identifier tous les produits nouveaux des obus toxiques allemands, aussitôt qu’ils ont été employés. R. Levatel.
- Le Gérant : P. Masson. — lmp. Lahdre, rue de Fleuras, 9, à Paris.
- p.160 - vue 164/474
-
-
-
- 46= ANNEE. - N° 2320. ' .... 16 MARS 1918.
- L’EVOLUTION DE L’AVIATION ALLEMANDE
- II. — LES MOTEURS
- Le moteur est' certainement l’élément le plus important d’un avion; c’est d’ailleurs lui qui a dominé l’évolution de l’aviation au moins pendant les premières aimées de son essor.
- Ce fut un problème bien délicat et bien complexe que la création d’un moteur qui puisse réunir à la fois des qualités qui, il y a quelques années, paraissaient en cette matière absolument incompatibles entre elles : telles que grande puissance massique, haut rendement thermique, équilibrage presque absolu, etc...., toutes ces qualités devant être poussées jusqu’aux limites lesplusextrêmes.
- Le haut rendement des moteurs actuels a été obtenu par une suite de perfectionnements : l’adoption de vitesse de rotation c o n s i d é r a.b 1 e (2000 tours à la minute, Hispano-,
- Suiza), diminution où neutralisation de la plupart des inerties (pistons en aluminium , commande directe des soupapes par l’arbre à came), entrée ou sortie des gaz largement ouvertes (diamètre des soupapes et des tuyauteries d’admission — 4 soupapes par cylindre), surcompression de ces gaz avant leur explosion (compression de 5,), amélioration des formes des chambres d’explosions (formes hémisphériques), etc.... (fig. 1).
- La robustesse fut obtenue par la simplification des organes, par l’étude parfaite de tous les efforts que subissent les pièces, par une construction extrêmement soignée, et enfin par l’usage de métaux spéciaux. La légèreté de ces moteurs nécessita pour leur bonne marche une conception d’équilibrage parfaite.
- Actuellement nous pouvons considérer que l’aviation possède des moteurs d’une marche presque
- aussi sûre et aussi régulière que celle des moteur^ en usage sur les voitures automobiles.
- Les incidents de marche qui se produisent encore assez fréquemment sont dus aux nécessités de la •guerre : celle-ci nous oblige à exagérer l’allégement de certaines parties des moteurs d’avions ou à en exagérer le rendement dans le but de procurer aux avions de guerre des avantages tactiques même au
- détriment de certaines autres qualités techniques.
- En 1914 différentes formules de moteurs se partageaient la faveur des constructeurs. Les deux principales tendances étaient celles des mo-.teurs rotatifs et celle des moteurs fixes, ces derniers se subdivisant, d’après la position relative de leurs cylindres ou d’après le mode de refroidissement, en moteurs en étoile, moteurs en V à air, moteurs en V à eau, et moteurs verticaux à eau (fig. 2).
- Le premier moteur qui ait réellement permis à un avion de voler dans de bonnes conditions a été le moteur Wright. Ce moteur était directement dérivé des moteurs d’automobiles : 4 cylindres verticaux, refroidissement par eau et donnait 55 chev. pour un poids d’environ 80 kg.
- La nécessité d’avoir des moteurs de plus en plus puissants et en même temps très légers fit adopter le moteur fixe en étoile (Anzani) ou en éventail (R. E. P.), puis enfin le rotatif Gnome qui très certainement fut le premier moteur permettant à 'aviation de quitter nettement les aérodromes. Dans ces trois types de moteurs, les poids morts constitués par le vilebrequin et le carter sont par construction réduits à leur plus simple expression (%• 2).
- #/J.
- 70 tp.
- 120x140% 1200 tours
- 1915.
- 170 hP.
- 140x160 % 1550 tours
- 1917-
- 260 K
- 160x180% 1400 tours
- Rèrrdementen IP.p.cylindre
- 4 cylindres
- I
- 17 H3, p.cylindre
- 6 cylindres
- 26 H°. p. cylindre
- 6 cyi
- 43 H3, p..cylindre
- 150 Kgs. Soit 2Kgs.p.tP.
- Poids total du moteur 300Kgs.
- Soit 1,8 Kgs.p. IP.
- 425 Kgs. Soit 1,6 Kgs.p. IP.
- [Fig. 1. — Amélioration du rendement des moteurs allemands içi3-içi5-içi7.
- 46e Année. — 1" Semestre.
- U. — 161
- p.161 - vue 165/474
-
-
-
- 162 ====== L’ÉVOLUTION DE L’AVIATION ALLEMANDE
- L’énorme succès du moteur rotatif Gnome a été dû à sa grande puissance massique; il fournissait 80 chev. pour 95 kg, soit 1,2 kg par chey. Très simple de conception et de construction, d’un équilibrage délicat mais relativement parfait, il supprimait presque toutes les inerties alternatives (bielles et pistons animés seulement d’un mouvement de rotation), il a ainsi permis d’obtenir un haut rendement et une légèreté extrême sans que la sécurité de fonctionnement en souffrît trop.
- Une consommation d’essence et d’huile un peu excessive (40 litres d’essence), et un manque de souplesse (soupape d’admission automatique) le firent abandonner peu à peu en faveur du moteur rotatif Rhône 90 chev. qui, sensiblement de même poids, com sommait beaucoup moins (50 litres) et était considérablement plus souple (toutes les soupapes commandées).
- Un gros défaut limita le développement du moteur rotatif, ce fut l’impossibilité de lui faire rendre la puissance qui est devenue actuellement nécessaire dans l’aviation de guerre (au moins 200 chev.) par suite des difficultés de refroi-dissement des cylindres par l’air seul, D’autre part le diamètre d’encombrement des moteurs rotatifs de 120 chev. est déjà d’environ 1 m. ; toute augmentation de puissance nécessitera sans doute une augmentation de diamètre qui sera très préjudiciable pour la bonne pénétration de l’avion (fig. 5).
- Un autre inconvénient des moteurs rotatifs est leur fragilité relative, Ils ont en effet besoin d’être revus extrêmement souvent, toutes les 30 heures de marche environ.
- Pour ces différentes raisons les moteurs rotatifs sont utilisés de moins en moins.
- Les moteurs fixes étaient représentés avant la guerre principalement par les moteurs à cylindres en V et à refroidissement par air.
- Le moteur Renault de 80 chev. pesait 200 kg ; ' ce moteur passa ensuite à 130 chev. avec 12 cylindres mais pesait 300 kg ; ces moteurs furent complète-
- ment abandonnés sur les avions de guerre toujours par suite de l’impossibilité d’augmenter la puissance faute de refroidissement suffisant par brassage de l’air.
- L’avantage des moteurs en Y consiste en la possibilité de doubler le nombre de cylindres sans augmenter le poids mort constitué par le carter, le vilebrequin et les organes communs (pompes à huile, pompes à eau, magnétos, etc....).
- Le but cherché par l’augmentation du nombre de cylindres, en dehors de là puissance procurée, est d’obtenir la régularité la plus parfaite possible du couple moteur.
- Actuellement les moteurs fixes en V, en service,
- sont tous à refroidissement par eau, le nombre des cylindres varie de 8 à 12, et la puissance de 200 à 350 chev.
- Aux armées alliées ce type de moteur est représenté par le 200 chev. Hispa-no, le 300 chev. Renault, le 500 chev. Rolls-Royce, etc.
- Un moteur fixe, le Salmson, également en Schéma des service, a adopté
- différentes for niâtes une autre dispo-
- de's moteurs d’avion sition de ses cy-
- avec indication de la lindres, il pos-
- forme du vilebrequin, s®de ^ cylindres
- en étoile (refroidissent! en t par eau) (fig. 3). Pour un assez grand nombre de cylindres, le vilebrequin et le carter sont encore plus réduits que sur les moteurs en V.
- Ce type de moteur d’abord de 130 chev. (220 kg), puis de 160 chev. a pu passer à 280 chev. sans que son poids ait sensiblement augmenté.
- Les moteurs fixes à cylindres verticaux sont à peine représentés chez les Alliés (160 chev. Beard-mon, 300 chev. Fiat, etc.).
- Les premiers moteurs d’aviation de conception et de construction réellement allemande (1912) furent de véritables moteurs d’automobiles allégés (fig. 4.)
- La formule générale est restée la même : 4 cylindres verticaux, en ligne et refroidissement par eau. Leur puissance fut de 70 à 100 chev. pour un poids variant de 200 à 300 kg. A force sensiblement égalé le poids de ces moteurs représente plus du double de celui des moteurs rotatifs de la même époque. Benz, Opel, Mercédès, Argus étaient les
- Moteur vertical n] 6 cy/indres
- vi/ebrequin 6 maneCons
- Moteur en étoi/e ou rotatif ,9
- Cylindres
- Vi/ebrequin t ma ne ton
- s%ssF==a
- O O O O
- Moteur en V dey/inôtres
- v/tebrequin pTirt-— 4-manetona
- Fig. 2.
- p.162 - vue 166/474
-
-
-
- L’EVOLUTION DE L'AVIATION ALLEMANDE :........— 163
- principales marques qui construisaient ces types.
- Il semble que, dès cette époque (1912-1913), la direction militaire de l’Aviation allemande ait commencé à imposer aux constructeurs certaines caractéristiques générales telles que : disposition des
- Moteur fixe en Moteur fixe Moteur fixe étoile.ou rotatif en V vertical
- Salmson a5ochev. Hispano 220 chev. Benz 23o cher.
- Fig. 3. — Résistance à l’avancement des différents types de moteurs d’avions*
- cylindres, dimensions d’encombrement, dispositif de fixation sur les avions, puissance, etc., etc.
- Un fait certain est que l’évolution des moteurs allemands depuis 4914 s’est effectuée suivant certains principes généraux et suivant certaines formules techniques.
- Sauf quelques exceptions, les moteurs rotatifs ont été éliminés des avions de guerre au profit des moteurs fixes, à cylindres verticaux en ligne et à refroidissement par eau.
- Deux grandes marques nationales allemandes se sont partagées jusqu’à maintenant la presque totalité du marché allemand : Benz et Mercédès.
- Les marques Argus et Opel équipent très peu d’avions au front et sont surtout utilisées dans les écoles et dans l’aviation maritime.
- Période 1914-1915. — La marjfue Benz construit un type de moteur à 4 cylindres fournissant 100 à 120 chev., ce moteur très lourd pesait environ 300 kg. Les soupapes étaient commandées par culbuteurs et par tiges ; les chemises d’eau en tôle rapportées sur les cylindres.
- La marque Mercédès sortait au même moment un moteur à 6 cylindres qui peut être considéré comme le type des moteurs allemands d’avions. Ce moteur possédait ses 6 cylindres verticaux, en ligne et par paire; il fournissait 100 à 120 chev., et ne pesait que 230 à 250 kg. Un arbre à cames, placé au-dessus des cylindres, commandait directement les soupapes au moyen de culbuteurs, cette particularité supprime toutes les formes d’inertie alternatives engendrées par les. tiges de commande des soupapes.
- Période 1915-1916. — Par simple augmentation de la course et de l’alésage, Mercédès pousse la puissance de son moteur à 160-175 chev. pour un poids d’environ 300 kg. Ce type de moteur accapare le marché allemand.
- La maison Benz modifie son moteur 1914 à
- 4 cylindres en lui donnant 6 cylindres. Grâce à une augmentation de course et d’alésage la puissance obtenue est identique à celle du Mercédès, soit 160-175 chev.
- Période 1916-1917. —Benz et Mercédès sortent chacun une nouvelle série fournissant environ 220-230 chev.
- Afin d’obtenir cette puissance sans arrêter sa production, Mercédès pousse le nombre de ses cylindres de 6 à 8, verticaux et en ligne. La longueur de ce moteur devient considérable. L’importance du vilebrequin à 8 manetons est telle, que son usinage est très difficultueux, le moteur vibre facilement et est relativement lourd.
- Benz, pour obtenir cette même puissance de 230 chev., augmente seulement la course et l’alésage de son 175 chev. Ce moteur Benz a remplacé immédiatement le 8 cylindres Mercédès et est encore utilisé actuellement sur quelques marques d’avions de Corps d’armée (D. F. W.) et de bombardement (F. D. H.)
- Période 1917-4918. — Mercédès, pour effacer l’échec de son 8 cylindres, crée alors un moteur de 260 chev. en augmentant la course et l’alésage de son 175 chev. Ce moteur est actuellement utilisé sur le bimoteur Gotha et progressivement il équipe tous les avions de Corps d’armée (Albatros C. 12, Rumpler, etc.), (fig.-5).-
- Vers la fin de l’année 1917 la maison Maybach, qui s’était jusqu’alors spécialisée dans la construction de moteurs de Zeppelin, adapte ce moteur de 250 chev. aux avions de Corps d’armée. Conçu suivant la même formule que les Benz et Mercédès précédents, ce moteur extrêmement robuste est
- /S/7
- Fig. 4. — Schéma d'évolution de la marque Mercédès de igi3 à 1917.
- équipé spécialement pour les vols à très haute altitude et par grands froids.
- Il est curieux de constater que l’avialion est arrivée actuellement à un tel point de perfectionnement qu’elle peut utiliser avec un excellent rendement des moteurs qui rentrent presque dans la catégorie des moteurs industriels (au moins par la robustesse de leur construction sinon par leur consommation) et qui semblaient jusqu’à maintenant réservés exclusivement aux dirigeables'.
- Les avions conçus pendant la période 1917-1918 nécessitent des puissances variant de 200 à 500 chev.
- p.163 - vue 167/474
-
-
-
- 164 ====== L’ÉVOLUTION DE L’AVIATION ALLEMANDE
- suivant leurs catégories; dans quelques mois il sera peut-être nécessaire d’utiliser des puissances, de 1000 chev.
- Il ne paraît pas possible de pouvoir compter sur les moteurs rotatifs pour obtenir pratiquement de pareilles puissances.
- Par contre, aucune objection de principe ou de pratique ne s’oppose au développement du moteur fixe à refroidissement par eau,. qu’il soit en V
- La comparaison entre le rendement d’un cylindre de moteur Mercédès 1914 et d’un cylindre de moteur Mercedes 1917, donne un èxemple frappant d’amélioration de rendement ; la formule et les caractéristiques générales de ces deux moteurs étant restés sensiblement les mêmes (fig. 1).
- Mercédès 100 chev. 1914.120 x 140 1200 t. m. 17 chcv. au cylindre. Mercédès 260 chcv. 1917. 160 x 180 14C0 t. m. 44 chev. au cylindre.
- Ce haut rendement a été obtenu par l’augmenta-
- A. Moyeu de l'hélice. ''
- B. Entrée d'air du carburateur.
- C. Pompe turbine à eau.
- D. Arrivée d’air chaud au carburateur.
- E. Embrayage de la dynamo-génératrice.
- F. Carburateur.
- G. Magnéto de droite.
- H. Sortie d’eau des cylindres.
- J. Commande de l’arbre à cames.
- K. Aspiration des gaz.
- L. Arrivée d’eau aux cylindres.
- M. Pignon commandant l’arbre à cames.
- N. Culbuteurs commandant les soupapes d’échappement. P. Arbre à cames commandant les 24 soupapes.
- R. Compresseur d’air du réservoir d’essence.
- ou en étoile. Il semble que le développement des moteurs verticaux type Mercédès soit bien près d’avoir atteint son apogée avec une puissance de 500 chev.
- La caractéristique principale qui découle de révolution des moteurs allemands est une grande simplicité d’évolution et une grande unité de conception et de direction.
- L’aviation allemande, dans le but de favoriser la production en forte quantité s’en est tenue à deux marques principales de moteurs d’avions : Benz et Mercédès et à une seule formule : 6 cylindres verticaux en ligne. L’augmentation de la puissance a été seulement obtenue par l’amélioration du rendement des moteurs. On retrouve ici les caractères principaux de l’évolution des avions allemands,
- tion delà course ét de l’alésage, par l’augmentation du nombre de tours à la minute, par l’amélioration de la chambre d’explosion, par l’augmentation de la compression des gaz détonants dans cette chambre d’explosion, par l’allégement des pièces animées de mouvements alternatifs (bielles, pistons, etc.), par les diminutions des résistances créées par la circulation des gaz frais ou brûlés (augmentation du nombre des soupapes qui passent par cylindre de 2 (1914), à 4 (1917), Benz et Mercédès) et même à 5 (Maybach 1918), grand diamètre des pipes d’admission et de toutes les tubulures; par l’amélioration de la carburatioh (gaz réchauffés), par un meilleur allumage (2 bougies par cylindre).
- p.164 - vue 168/474
-
-
-
- L’ÉVOLUTION DE L'AVIATION ALLEMANDE-------—. .. 165
- Refroidissement (fig. 6). — Le refroidissement des moteurs allemands est obtenu par circulation 'd’eau autour des cylindres. Cette circulation est assurée par une petite pompe à eau en forme de turbine à aubes, commandée par l’arbre vertical du moteur. L’eau est aspirée à la sortie du radiateur et envoyée autour des cylindres où elle s’échauffe en les refroidissant, de là, elle retourne au radiateur où elle se refroidit elle-même en perdant les calories enlevées aux cylindres.
- Les radiateurs allemands autrefois formés de petits éléments à lamelles (Hazet) et placés de part et d’autre du fuselage ont été remplacés, pour des raisons de résistance à l’avancement et d’intensité de refroidissement, par deux éléments latéraux au fuselage et constitués en nids d’abeilles, puis par un radiateur incrusté dans l’épaisseur du plan supérieur au point même où la pression de l’air est maxima.
- Sur les avions bimoteurs les radiateurs sont placés généralement devant chaque moteur comme sur les automobiles.
- 11 est d’une importance capitale de maintenir au cours d’un vol la température du moteur dans les limites où son bon fonctionnement est assuré.
- Un excès de chaleur entraîne très rapidement sur les moteurs allégés des avions un échauffement des pièces qui peut aller jusqu’à la rupture ou le grippage.
- Un manque de chaleur paralyse la carburation'et peut étouffer' le moteur au cours d’une reprise trop brusque.
- Pour pallier à ces inconvénients, il faut que le pilote puisse connaître à tout moment la température de l’eau de refroidissement. Si le moteur chauffe il diminue la vitesse de rotation, s’il refroidit trop le pilote diminue, au moyen de différents procédés, la surface de refroidissement des radiateurs.
- Les Allemands utilisent pour connaître la température de l’eau de leurs moteurs deux genres de thermomètres (fig. 7).
- L’un de ceux-ci, le thermomètre Schlegehnich, prend pour principe de fonctionnement la dilatation du mercure comme les thermomètres courants ; il est utilisé sur les monomoteurs et est branché sur la canalisation de sortie d’eau des cylindres, il est donc à lecture directe.
- Pour en permettre l’usage au cours des vols de nuit, la table des degrés est transparente et éclairée
- par une petite ampoule électrique placée dans l’intérieur du thermomètre.
- Pour avertir le pilote du point de température dangereux, le mercure qui est conducteur du courant électrique en atteignant 85° établit^le contact avec un fil de cuivre traversant le tube de mercure et allume ainsi une anpouïe rouge d’alarme.
- L’autre thermomètre, « liatmann », utilise le faible courant produit par réchauffement de la soudure de deux métaux pour actionner à distance un petit galvanomètre très sensible et gradué en degrés.
- Ce thermomètre est particulièrement utilisé sur les avions bimoteurs dont les moteurs sont à une certaine distance du fuselage.
- Sur le bimoteur F. D. II. un contact à plusieurs plots relie un galvanomètre unique à différentes prises de température sur les moteurs de gauche et de droite. Le pilote met le contact à « Moteur
- droit », appuie sur un bouton, celui - ci allume une petite ampoule et le pilote lit sur le galvanomètre la température cherchée (fig. 9).
- La quantité d’eau nécessaire pour assurer le refroidissement des moteurs d’avions allemands est d’environ 40 à 50 litres. Graissage (figure 10). — Le graissage des moteurs allemands se fait sous pression comme dans les moteurs d’automobiles.
- La pompe à huile se trouve dans le carter du moteur; commandée par l’arbre vertical elle est composée de deux gros pistons aspirant et refoulant l’huile et de deux distributeurs à gorge qui règlent le cycle de la pompe. Ces quatre pistons sont montés sur excentriques (Mercédès).
- Un autre type de pompe à huile est constitué par une série d’engrenages (Benz) aspirant et refoulant l’huile dans les différentes directions. De l’huile fraîche est aspirée dans le réservoir pour combler au fur et à mesure les pertes par consommation. L’huile du carter filtrée est aspirée par la pompe, mélangée avec l’huile fraîche et refoulée dans deux conduits. L’un de ces conduits graisse le vilebrequin d’où l’huile est projetée sur les bielles et dans les cylindres, l’autre conduit graisse l’arbre à cames, d’où l’huile retombe sur les engrenages et les divers^organes du moteur.
- Les moteurs courants consomment de 5 à 6 litres d’huile pour une heure de marche. <
- Radiateur encastrée ctanô / 'ai/e
- Pompe à eau-AZ^^ ( Turbine) "
- Fig. 6. — Schéma de circulation d'eau (Mercédès).
- p.165 - vue 169/474
-
-
-
- 166 ====== L’ÉVOLUTION DE L’AVIATION ALLEMAND
- Le graissage étant d’une extrême importance et pouvant par suite de non-fonctionnement causer la perte définitive du- moteur, le pilote a grand intérêt à connaître à tout moment si sa pompe à huile fonctionne, correctement ; dans ce but un manomètre indique si la pression d’huile est normale.
- Allumage (fig. H). — Le circuit d’allumage des six cylindres des moteurs d’avions a été doublé. Chaque moteur possède deux magnétos et à chaque cylindre deux bougies.
- Cette disposition a été établie pour améliorer le rendement du moteur en permettant un allumage plus rapide des gaz détonants et également pour parer à cette panne stupide qu’est la panne d’allu-
- est envoyé à l’une des magnétos du .moteur ; celle-ci est munie d’un charbon spécial qui permet d’allumer l’une des bougies du cylindre en compression quel qu’il soit, l’explosion se produit et le moteur part.
- Ce dispositif de mise en route par magnéto de départ est indispensable pour lancer les moteurs dont la puissance atteint souvent 500 HP.
- Le pilote possède un contact à plusieurs plots permettant de couper le courant de ses magnétos de moteur et d’intercaler ou d’isoler du circuit la magnéto de départ (fig. 9).
- Carburation. — Les Allemands ont employé depuis le début de la guerre des carburateurs du type le plus simple, ils possèdent deux gicleurs
- Fig. 7. — Principe du fonctionnement des thermomètres électriques permettant de suivre la température du moteur.
- Thermomètre électrique.
- MM'. Métaux soudés.
- TO. Tube plongé dans Veau-
- g. Galvanomètre, mesurant le courant et dont la graduation est établie en degrés thermométriques.
- à i
- Thermomètre avec lampe d’alarme.
- TM. Tube à mercure.
- 85°, Température avèc contact dans le pube.
- TMO. Tube à mercure plongé dans l’eau du moteur.
- LB. Lampe blanche"commandée par le contact C permettant la lecture de nuit.
- LR. Lampe rouge d’alarme allumée par la fermeture du circuit électrique par le mercure lorsque la température atteint 85°.
- "mage. Grâce à l’usage de deux magnétos par moteur et_de deux bougies par cylindre, la plupart des pannes ont été supprimées.
- Les magnétos et bougies Bosch sont de type courant.
- Depuis extrêmement longtemps les Allemands ont adopté pour leurs moteurs d’avions un dispositif de mue en marche semi-automatique.
- Ce dispositif comporte l’emploi d’une magnéto de départ donnant une étincelle extrêmement chaude pour une faible vitesse de rotation.
- Les cylindres sont emplis de gaz frais soit en tournant l’hélice à la main de quelques tours (Mercédès-Benz), soit en faisant le vide dans les cylindres grâce à üne petite pompe à main après ouverture des soupapes d’aspiration (Maybach).
- Le pilote met la magnéto de départ ën contact et la tourne rapidement à la main; le courant produit
- (marche normale et ralentie) et une soupape d’air additionnel.
- Les moteurs allemands ont été généralement munis de deux carburateurs soit jumelés, soit séparés et alimentant chacun un groupe de trois cylindres. Le 260 chev. Mercédès ne possède qu'un seul carburateur alimentant les six cylindres.
- Lé nouveau moteur Maybach 250 chev. vûntd’êlre monté sur des avions destinés à exécuter des reconnaissances à très haute altitude (6000 m). Les deux carburateurs sont étudiés de telle façon que la carburation n’est parfaite qu’au delà de 5 000 m.
- Les avions équipés avec ce moteur doivent atteindre leur plus grande vitesse aux environs de cette altitude, soit environ 175 km-h. Au sol la vitesse serait de 170 km-h et à 6000 elle pourrait' être voisine de 165 km-h (Rumpler, Maybach 260 chev.) .
- p.166 - vue 170/474
-
-
-
- L’ÉVOLUTION DE L’AVIATION ALLEMANDE ======= 167
- L’essence allemande employée dans les avions est tout spécialement raffinée. Le rendement en est amélioré, mais les dangers d’incendie sont infiniment augmentés. Entre 50 et 90°, 80,86 pour 100 de l’essence se vaporise, entre 90° et 140°, 16,69 pour 100 se vaporise et les résidus au-dessus de 140° ne sont que de 2,43 pour 100.
- Réservoirs d'essence. — A bord des avions monoplaces de chasse allemands, dont une des principales qualités est de conserver le plus .de maniabilité possible, toutes les charges sont établies très près du centre de gravité, le réservoir dans ce cas est placé immédiatement derrière le moteur et devant le pilote, il contient habituellement 140 à 180 litres, soit 2 à 3 heures de vol.
- Les avions biplaces sont munis d’un réservoir plus considérable contenant de 230 à 270 litres, soit environ 5 à 4 heures de vol. Ces réservoirs servent généralement de siège pour le pilote.
- Les avions de bombardement bimoteurs sont munis de deux réservoirs principaux situés soit dans le fuselage central (F. D. H.), soit sous chacun des moteurs (G'o-tha). Ces réservoirs contiennent environ 500 litres chacun, soit de 4 à 5 heures de vol.
- La plupart des avions possèdent de petits réservoirs auxiliaires appelés « Nourrice » qui permettent à l’essence de se trouver à un niveau supérieur au carburateur (fig. 12).
- Tous ces réservoirs sont en cuivre ou en tôle plombée, ils sont cloisonnés pour éviter le déséquilibrage au cours des évolutions de 'l’avion.
- Les avions allemands sont équipés avec des indicateurs de niveau d’essence « Maximal )) constitués par un flotteur guidé dans le réservoir par un tube et relié à l’aiguille d’un cadran par une fine cordelette de soie.
- Alimentation. — L’alimentation en combustible d’un rhéteur d’avion est une question plus complexe qu’elle ne paraît l’être au premier abord notamment en ce qui concerne l’arrivée de l’essence.
- L’alimentation en huile est fort simple ; le principal réservuir est constitué par le carter même du moteur. Un réservoir auxiliaire permet en cours de vol de régénérer peu à peu l’huile déjà en circulation et compense ainsi les pertes, dues à la consommation.
- L’huile du carter est aspirée par la pompe et répartie dans le moteur. Le réservoir d’huile d’une trentaine de litres est généralement placé à côté des cylindres sous le capot qui enveloppe le moteur,
- il est ainsi protégé contre le refroidissement et maintenu par la proximité des cylindres à une température suffisamment élevée pour rendre l’huile' fluide même pendant l’hiver ou aux plus grandes altitudes.
- L’alimentation en essence est plus complexe. Pour des questions d’équilibrage des avions, le réservoir à essence peut rarement se trouver à un niveau supérieur à celui du carburateur, c’est-à-dire que l’essence n’est pas en charge et qu'il f.iut un dispositif spécial pour l’amener au moteur (fig. 12). Pour obtenir ce résultat les Allemands ont eu recours à un petit réservoir annexe « nourrice », celui-ci est placé généralement dans le plan supérieur d’où l’essence peut descendre normalement jusqu’au carburateur. Deux solutions ont été adoptées pour alimenter cette nourrice: ou aspirer l’essence dans le réservoir principal au moyen d’une pompe spéciale et la refouler dans la nour-rice (Benz); ou comprimer de l’air dans le réservoir au moyen d’ttn petit compresseur d’air et refouler ainsi l’essence jusqu’à la nourrice (Mercédîs).
- Cette pompe ou ce compresseur sont mus par le moteur lui-même.
- Pour parer à une panne de ces organes, ou effectuer le départ : ou encore éviter les conséquences d’une fuite de pression, les avions allemands sont munis d’une petite pompe à main du type semi-rotatif. Cette pompe est un organe de secours qui au moyen de robinet à 3 voies et d’une tuyauterie spéciale s’intercale à volonté sur le circuit normal de l’essence.
- Sur ce circuit est adapté un cylindre de sûreté qui reverse au réservoir l’essence débitée en ,excès par la pompe.
- La question de l’alimentation en essence se complique s'il s’agit d’un avion bimoteur. En effet différentes éventualités peuvent se présenter et il est utile que le pilote puisse de toute façon assurer la marche de ses deux moteurs avec un seul réservoir, ou alimenter un seul moteur avec les deux réservoirs ou transvaser rapidement l’essence d’un réservoir percé dans l’autre, etc.
- Le schéma 12 montre la complexité d’une pareille installation.
- Les Allemands annoncent la sortie d’avions de bombardement à 4 ou 6 moteurs ; on se représente facilement quelles dilficullés sont entraînées par la complication d’une bonne alimentation et par la conduite simultanée de ces 4 ou6 moteurs.
- Il faudra prévoir une véritable chambre des ma-
- Fig. 8. — Compte-tour électrique Morell {Gotha). ,
- I. Induit. F. È ectro-aimant.
- C. Collecteur. B. Balais.
- R. Bobines de renforcement.
- G. Galvanomètre.
- M..Pignons multiplicateurs.
- A. Arbre central de commande.
- S. Liaison souple avec le moteur.
- p.167 - vue 171/474
-
-
-
- 168 ===== L’ÉVOLUTION DE L’AVIATION ALLEMANDE
- chines pour centraliser les organes de commande de ces 1000 ou 1500 chev.
- La conduite envol d’un moteur d’avion constitue un art véritable ;• nous avons déjà vu qu’il faut surveiller de très près sa température et son graissage ; le principal élément dont le pilote doit tenir compte est le régime de son moteur, c’est-à-dire le nombre de tours qu’il fait à la minute; c’est le « pouls » du moteur qui indique si son fonctionnement est normal, soit 1400 tours; au-dessous de ce régime le moteur perd très rapidement de sa puissance, au-dessus il risque de fatiguer énormément certains organes en leur imposant des efforts non prévus lors de l’établissement des calculs de résistance; l’huile ne suffit plus à atténuer les frottements et les pièces s’échauffent et se brisent.
- Fig. 9- — Tableau d'instruments de
- moteur et émet un courant dont l’intensité est proportionnelle à sa vitesse de rotation. Ce courant est conduit par 2 fils jusqu’à ün galvanomètre gradué de 0 à 1500 et placé devant le pilote (fig. 8) (compte-tour Morell).
- Le problème relatif aux moteurs d’avions qui actuellement préoccupe le plus les Allemands est celui du rendement des moteurs à très haute altitude.
- Un moteur d’avion peut arriver à perdre 50 pour 100 de sa puissance à 5000 m., cette perte est suffisante pour faire baisser la vitesse de l’avion d’une proportion à peu près équivalente, et lui faire perdre par conséquent toutes ses qualités de maniabilité si précieuse pour le combat.
- Cette perte de puissance est due à la diminution
- . Compte-tour moteur gauche.
- Manomètre de pression de l'huile (droite).
- . Magnéto de départ.
- . Compte-tour du moteur de droite.
- . Indicateur de niveau latéral.
- . Galvanomètre donnant la température des moteurs droite et gauche.
- . Manomètre donnant la pression de l’huile (gauche).
- . Contact à 5 plots pour magnétos.
- Contact pour la mise en circuit de la magnéto de départ.
- rd d'un bi-moteur de bombardement.
- Il est donc absolument indispensable que le pilote ait sous les yeux une preuve permanente de la bonne marche de son moteur. L’indicateur, qui tient le pilote au courant des caprices de cet élément si important du vol, est le compte-tours. Cet instrument donne le nombre de tours par minute.
- Le compte-tours allemand « Morell » est basé sur la réaction de la force centrifuge, il est employé sur presque tous les avions allemands. Sa commande est constituée par une transmission souple tournant dans une gaine (fig. 8).
- Les moteurs allemands ont un régime de 1400 à 1450 tours à la minute. / .
- Pour des raisons de frottement et d’échauffement cette liaison souple n’est point possible dès que le moteur est éloigné du pilote, comme c’est le cas pour les 2 moteurs des avions Gotha.
- Les Allemands se sont servis de compte-tours électriques. Une petite génératrice est mue par le
- de la densité de l’air qui fait baisser la valeur comburante de la cylindrée et la valeur de la compres* sion avant l’explosion.
- De plus la résistance de l’air étant moindre, l’avion aurait justement besoin d’un excédent de vitesse; l'hélice tourne plus vite et n’a plus le même rendement.
- Le nouveau moteur Maybach 250 chev. sera certainement appelé à avoir le plus grand succès ; sa carburation lui permet de maintenir son régime normal jusqu’aux environs de 5000 m. avec un maximum à 5000.
- Caractéristiques du moteur Mercédès 260 chev. 1917.
- Suivant la formule générale adoptée par les Allemands, ce moteur de 260 chev. possède .6 cylindres verticaux, séparés. Sa longueur totale dépasse 2 m., sa hauteur est de 1 m. 10, sa largeur de 0 m. 50 et son poids dépasse 425 kilogrammes.
- p.168 - vue 172/474
-
-
-
- L’EVOLUTION DE L’AVIATION ALLEMANDE ========= 169
- Chacun des cylindres (alésage 160, course 180) possède à sa partie supérieure 4 soupapes larges et commandées par culbuteurs.
- Ces culbuteurs sont actionnés par un arbre à
- placé à l’arrière du moteur^ fîg. 6). Ce carburateur est extrêmement simple et du type classique. Il comprend un filtre, une cuve à niveau constant, un gicleur de marche normale, un
- . . ;7 . n -
- ^—.
- ©
- 1 1 * J— L
- Hui/e uaagée-
- pro venant de /a c/rcu/ation généra/e
- Conduit a liant graisser l’arbre à came et les -Soupapes
- Réservoir d'huife .
- _____Conduit af/ant
- graisser ie vi/ebreqruin, /es paliens,
- /es cy/indres, etc...
- ±-Arrivée d'hui/efrai ch e
- Fig. io. — Schéma de la circulation d'huile.
- cames unique placé à la partie supérieure des cylindres. Cet arbre à cames reçoit son mouvement d’un arbre vertical placé à la partie arrière du
- gicleur
- de ralenti dans un puits spécial, un boisseau de réglage de l’aspiration et une soupape d’air additionnelle pour la marche à plein régime.
- Fig. n. — Schéma d'allumage des deux moteurs d'un avion bi-moteurs {Gotha).
- ( Magnétos du moteur gauche.
- y4 | Magnétos du moteur droit.
- Md Magnéto de départ.
- Cd Contact de départ.
- C Contact pour couper soit chaque magnéto,
- soit toutes les magnétos.
- moteur dans l’axe des cylindres et commandé lui-même par le vilebrequin.
- La compression des gaz dans le cylindre avant l’explosion est de 5,5. 1
- Le mélange des gaz détonants qui alimentent ce moteur s’effectue dans um carburateur unique
- L”air nécessaire au mélange est aspiré par le carburateur, dans un faux carter où il s’est réchauffé en refroidissant les parois du véritable carter à huile. Le carburateur est d’ailleurs pourvu dans l’épaisseur de ses parois d’une circulation d’eau chaude destinée à réchauffer la chambre de mélange.
- p.169 - vue 173/474
-
-
-
- 170 ===== L’ÉVOLUTION DE L’AVIATION ALLEMANDE
- Les cylindres aspirent les gaz dans une énorme pipe d’admission. Cette tubulure est entourée d’amiante pour empêcher le refroidissement des gaz.
- L’échappement-des gaz brûlés se fait dans un gros tube muni ou non d’un silencieux.
- La consommation ressort à 75 litres d’essence et 5 litres d’huile par heure.
- L’allumage des cylindres est double et est produit par deux magnétos placées de part et d’autre de l’arbre vertical et commandées par lui.
- Le graissage est assuré par une pompe à huile du type normal (deux pistons et deux distributeurs). La pompe à eau possède une arrivée spéciale d’huile. Cette pompe à eau est placée en bout de l’arbre vertical et à sa partie inférieure.
- natif et continu servant soit pour la T. S. F., soit pour l’éclairage des vols de nuit, soit encore pour le réchauffage de l’huile et des vêtements chauffants.
- En résumé les Allemands sont arrivés à obtenir de leur industrie deux ou trois types de moteurs fixes qui leur donnent toute satisfaction. Ces moteurs sont extrêmement robustes, d’une marche régulière très simple et accessible; à notre point de vue ils n’offrent que l’inconvénient d’être un peu lourds.
- Nous devons constater que les moteurs fixes jouissent actuellement d’une faveur universelle.
- En France nous utilisons les moteurs Renault, Hispano, Peugeot, Lorraine, Salmson, etc.... L’Angleterre utilise les Beardmore, Rolls-Royce,
- R. Réservoirs principaux.
- A'. Nourrice.
- PM. Pompe du moteur.
- P. Pompe auxiliaire à main.
- 3 V. Robinet à 3 voies.
- A. Robinets d’arrêt.
- C. Carburateur.
- TP. Trop-plein.
- S. Cylindre de sûreté trop-plein.
- Fig. 12. — En haut : Alimentation en essence : Monomoteur. — En bas : Alimentation en essence : Bi-moleur. Carburateur gauche alimenté normalement par la pompe du moteur PM. — Carburateur droit alimenté pour la pompé à main P. La pompe du
- moteur étant supposée en panne.
- Le radiateur (Albatros C 12) est rectangulaire et ne pèse que 26 kilogrammes.
- Comme sur tous les autres moteurs allemands un dispositif de décompression est commandé par une manette placée en bout de l’arbre à cames.
- Une petite pompe à air commandée par l’arbre à cames permet d’envoyer de l’air comprimé dans le réservoir principal à essence. Cette pompe se compose d’un piston commandé par un excentrique. L’air comprimé en excédent s’échappe par une soupape de sûreté placée à la partie supérieure du compresseur. .
- En bout arrière du vilebrequin se trouve une poulie déblayage commandée par le pilote. Cette poulie sert à actionner par l’intermédiaire d’une courroie une petite génératrice de courant alter-
- Daimler, etc.... L’Italie, les Fiat, Isotta, etc.... Les Américains ne veulent monter sur leurs avions que des moteurs fixes Sturtevant, Curtiss, Thomas, Hall, Scott, etc.... L’aviation militaire américaine annonce qu’elle va construire un moteur fixe stan-darisé, le Liberty à 4, 8, 12 cylindres suivant la puissance nécessaire.
- Les raisons de cette faveur grandissante des moteurs fixes proviennent de leur conception plus simple et plus classique, de leur utilisation moins délicate et surtout de l’impossibilité actuelle d’obtenir avec la même sécurité des moteurs rotatifs donnant les énormes puissances nécessaires pour l’aviation de guerre. *
- h1 Jean Abel Cefranc,
- Breveté ihècanicien de moteurs d’avions..
- p.170 - vue 174/474
-
-
-
- 171
- LE « CEMENT-GUN » OU CANON A CIMENT
- En raison même de l’iinperfecfion des procédés de fabrication jusqu’ici employés, les mortiers et les bétons de ciment présentent certains défauts dont la valeur au point de vue de la construction est importante. Uour assurer une hydratation complète du ciment, on se trouve en effet, dans la pratique, ohl gé, par suite de l'inefficacité des méthodes de mélange et de la nécessité de retarder la prise afin que la masse entière soit bien imprégnée d’eau, d’employer un excès d’eau. De plus, le malaxage, tel qu’il s’opère actuellement sur la plupart de 110s chantiers, a pour résultat d’emprisonner une forte proportion d’air dans le mortier;
- dans ces conditions, la '
- prise et le sé< hage de celui-ci terminés, on ne peut qu’avoir une masse poreuse, les cellules provenant soit de l’air incorporé, soit de l’évaporation de l’excès d’eau.
- Il n’est pas besoin d’insister sur les incon-véni nts qu’entraîne l’obtention d’une masse dont l’homogénéité est imparfaite. La porosité du béton, et par voie de conséquence, sa faible densité, non seulement correspondent à un affaiblissement sensible de* l’ouvrage, mais permettent aux moisissures de se développer et ainsi d’attaquer le ciment ou l’armature intérieure. Et comme la perméabilité est inLime-ment liée à la porosité, on est amené très souvent à appliquer des enduits imperméables ou à incorporer à la masse des produits spéciaux dont l’imperméabilité n’est pas toujours réussie ni constante,.
- Voulant remédier à cette technique défectueuse, deux ingénieurs américains ont imaginé un appareil spécial qu’ils ont appelé « cement-gun » ou canon à ciment. Détail curieux, l’idée première de cet appareil serait due à un naturaliste de Chicago, M. C. Akeley qui, désirant obtenir des maquettes légères tout en étant solides et durables, et pouvant recevoir des peaux naturalisées de grands mammifères (*), eut l’occasion de faire établir un appareil plus puissant. Ce fut le protolype des appareils industriels qu’il utilisa à la réfection d’un pavillon, provenant de l’ancienne Exposition Universelle de Chicago
- 1. Revue industrielle, n° d’avril 1912.
- et acquis par le Muséum de cette grande cité.
- A l’origine, le canon à ciment consistait essentiellement en une trémie dans laquelle le sable et le ciment mélangés à sec. étaient introduits et une conduite flexible à travers laquelle ledit mélange était chassé au moyen d’air comprimé jusqu'à une buse où se faisait l’hydratation. Le sable et le ciment, additionnés de l’eau nécessaire, étaient à leur sortie de la buse projetés contre la surface' ou le support de soutien à recouvrir avec une force considérable résultant de la pression atteignant près de 2 kg 5 par cm2. Comme on le voit, la combinaison de l’eau avec le mélange sable-ciment commençait dans la buse pour continuer pendant le trajet de celle-ci à la paroi, c’est-" à-dire presque jusqu’au moment de l’utilisation. Depuis,, le canon à ciment a été sérieusement amélioré en ce sens que l’hydratation se fait au moment même de l’utilisation. Son fonctionnement, qui nécessite comme accessoires un compresseur et une prise d’eau sous pression est très simple.
- L’appareil (fig. 1) se compose de deux cuves superposées. La cuve supérieure est un réservoir contenant le ciment et le sable convenablement mélangés. En manœuvrant une
- Fig. i. — Vue d’un « cement-gun
- soupape, ce mélange
- tombe dans la cuve inférieure, en bas de laquelle tourne une roue distributive à augets. Le compresseur étant en action, l’air comprimé — qui actionne déjà la roue distributive— arrive dans la cuve inférieure et chaque fois qu’un des augets, chargé du mélange sec, passe devant une valve spéciale de sortie, le mélange est projeté à travers celle-ci, dans un tuyau qui y est attaché et qui se termine par une lance munie d’une tuyère, à l’extrémité de laquelle aboutit un second tuyau amenant de l’eau sous pression convenable. De sorte que l’eau, le sable et le ciment, réunis seulement à la sortie de l’appareil, sont projetés ensemble sur-la paroi à recouvrir (fig. 2). On obtient de cette façon un mortier qui possède des propriétés très particulières.
- C’est un fait connu des ingénieurs et des constructeurs que le ciment hydraulique,' utilisé comme
- p.171 - vue 175/474
-
-
-
- 172 -- LE « CEMENT-GUN » OU CANON A CIMENT
- liant, est d’autant plus efficace qu’il est plus rapidement déposé, après hydratation, dans la position qu’il doit finalement occuper et dans laquelle il doit faire sa prise finale'. Car le ciment commençant à se prendre dès qu’il est hydraté, le pouvoir liant est de beaucoup réduit si la liaison initiale est détruite par de fréquentes manipulations. De même l’efficacité du ciment hydraulique est maximum lorsqu’on ne lui apporte que la quantité d’eau juste suffisante pour fournir l’eau de cristallisation.
- , On voit donc qu’avec ce nouvel appareil, les conditions spéciales dans lesquelles l’eau est incorporée au ciment permettent à celui-ci de ne prendre que juste cette quantité d’eau. Le fait a d’ailleurs été constaté en analysant, lors des essais et des premières applications le produit obtenu, et en étudiant le rebondissement très apparent de l’eau en excès sur la surface à recouvrir. Ainsi avec ce dispositif, on assure mne hydratation homogène de la masse et une mise en place de celle-ci, particule par particule ; autrement dit, il n’est pas emprisonné d’air ni formé de réservoirs d’eau en excès qui, pendant le séchage du revêtement, en s’évaporant rendrait poreuse la structure finale.
- Revenant sur cette question de l’eau parce que très importante, il y a lieu de noter qu’un réglage exact de la quantité d’eau théoriquement nécessaire à l’hydratation est pratiquement impossible, la moindre variation de la pression de l’air comprimé ayant une grande influence sur la quantité du mélange sec entraîné. Au surplus, un réglage aussi absolu n’est pas une condition nécessaire puisque le mortier pulvérisé frappe la paroi à recouvrir avec une force telle — la vitesse de projection peut atteindre 100 m. à la seconde — que toute eau en excès vient immédiatement à la surface, d’où elle s’écoule de façon semblable à ce qui se produit quand on pilonne soigneusement un béton humide.
- Quant au rebondissement des matières inertes : sable, s’il s’agit d’un mortier, sable et gravillon, s’il s’agit d’un béton, venant de ce fait tomber au pied de la paroi en quantité notable, ce phénomène qui n’a lieu toutefois que dès les premières phases de l’opération peut paraître, à première vue', assez singulier, et. faire croire que l’opération est manquée. Il n’en est rien : le ciment hydraté, ainsi presque pur, adhère remarquablement à la paroi
- ou au support de soutien sur lesquels il est projeté, et, par la suite, la quantité de sable qui rebondit va en diminuant, car l’enduit initial, adhésif et plastique, qui s’est formé tend cà retenir de plus-en plus les matières inertes qui s’y collent à leur tour et s’y incrustent. En conséquence, on obtient un produit de constitution variable puisque la teneur du ciment va en diminuant au fur et à mesure que l’opération se poursuit, mais dont la densité est considérable, l’homogénéité presque parfaite, ce qui augmente la résistance à la traction du mortier ou du béton, assure son imperméabilité et finalement la solidité de l’ouvrage total. Cela tient, en premier lieu, à ce fait que les réactions chimiques s’accomplissent dans les conditions optima et sans qu’aucune manipulation ultérieure ne les vienne modifier ou troubler, ensuite" à ce que le mortier se trouve pilonné d’une façon continue et à l’état élémentaire,
- formant ainsi un enduit parfaitement imperméable qui. peut être appliqué en couches aussi minces qu’il est désiré.
- Cet appareil est très en vogue, aux États-Unis d’Amérique ; ses applications dans des travaux d’architecture ou hy-drauliquesmême de forte envergure, sont nombreuses, et souvent même des travaux n’ont pu être menés à bonne fin que grâce à lui.
- La facilité avec laquelle il permet de recouvrir une surface quelconque d’une fine couche de mortier a été mise à profit d’une manière fort intéressante par la Pennsylvania Railroad C°. Cette Compagnie possédait, dans son réseau, un ouvrage important, en acier, à une faible hauteur au-dessus de la Norlh River dont les eaux ont une forte teneur en sel, ouvrage qui se trouvait, à quelque époque que ce fût, baigné dans une atmosphère extrêmement humide et corrosive. Il fut d'abord recouvert de deux couches de peinture dont il ne resta rien au bout de très peu de temps, et l’ouvrage demeura ensuite — pendant trois ans — à nu et fut alors trouvé par les ingénieurs de la Compagnie en si mauvais état, que l’on se décida à faire appel à la Cement-Gim C°, à qui l’on demanda de recouvrir l’ouvrage, préalablement nettoyé au jet de sable, avec une fine couche de « gunite », nom donné au mortier obtenu avec le canon à ciment. Après différents essais physiques et chimiques très rigoureux I sur des pièces détachées, essais qui furent con-
- Fig. 2. — Ouvrier projetant la gunite sur ta paroi d'un bâtiment.
- p.172 - vue 176/474
-
-
-
- LE « CEMÈNT-GUN» OU CANON A CIMENT ===== 173
- cluants, le revêtement fut exécuté et a donné jusqu’ici entière satisfaction.
- Le tuyau ou la lance portant la tuyère peuvent être aisément allongés; cette faculté a permis, en particulier, d’employer le canon à ciment à la réparation de fours à coke, ceux-ci étant en marche. Les fissures et les trous qui se produisent assez fréquemment dans les parois des fours à coke, et qui peuvent causer, si la surveillance n’est pas très attentive, de fort graves accidents, demandent la plupart du temps, pour être effectivement réparés, l’arrêt du four et. son refroidissement. Ces deux sérieuses sujétions ont été évitées par la Citizen Gaz C° d’Indianopolis en employant un de ces appareils de petites dimensions, et dont la lance ordinaire était remplacée par une lance spéciale coudée à 90° afin de pouvoir la faire pénétrer à l’intérieur des fissures, et d’une longueur suffisante pour être manœuvrée de la porte du four. Il a été
- Fig. 3 et 4. — Vue, avant et après, d’i v un revétetn
- et le gouvernement Canadien désirant avoir très rapidement un camp d’instruction parfaitement à l’abri des incendies, et sans pour cela engager une trop grande dépense, a fait elever entièrement au moyen de trois cement-guns et en deux mois seulement, en projetant le mortier sur des parois en bois, 82 baraquements vastes et confortables, aussi résistants, quoique bien moins coûteux, que des bâtiments entièrement en ciment armé.
- Concernant la bâtisse, quantité de vieux immeubles ont été, par l’intermédiaire de cet outillage, pour ainsi dire remis à neuf, par des revêtements de ciment, de chaux ou de plaire, le canon à ciment pouvant être employé avec n’importe quel-liant rendu actif par hydratation, comme aussi le sable peut y être remplacé par toute matière qui étant finement pulvérisée, est susceptible de coopérer avec du ciment pour former un béton. Enfin des maisons neuves ont été en partie ainsi cons-
- villa dont les parois extérieures portent de gunite.
- utilisé avec succès par les ingénieurs du canal de Panama pour le revêtement/de berges dont les roches étaient trop friables. L’imperméabilité de la gunite a été mise en œuvre notamment par la Suger Plantera, à Ilawaï, dans la construction de conduits d’irrigation; par la ville de San Francisco qui a pu ainsi établir un grand réservoir parfaitement étanche, et consolider les parois d’une amenée d’eau d’irrigation de plusieurs kilomètres de longueur, à San Jacques Valley, en Californie, sous la direction de l’ingénieur Kielîer; pour le revêtement intérieur des conduites métalliques de l’aqueduc de Catskill à New-York ; par la Rock lron Coal C° qui a recouvert de gunite les parois de puits et entrées de galeries dans quelques-unes de ses exploitations. Notons en passant que l’emploi du canon à ciment lui a permis d’envisager la réduction des dimensions de certaines entrées de galeries et même éviter sur quelques points d’étayer.
- Le Gouvernement des États-Unis d’Amérique l’a utilisée sur une grande échelle dans la construction de casernes à Hawaï, à Porto-Rico et aux Philippines
- truites, c’est-à-dire que leurs parois tant extérieures qu’intérieures ont été établies avec un revêtement de gunite (fig. 5 et 4) sur un support de soutien, soit un grillage ou treillis métallique, soit un lattis de bois, etc.-, et cela avec une économie considérable, tout en procurant une meilleure exécution que par les méthodes habituelles. Ces diverses applications dans les travaux d’architecture sont extrêmement intéressantes parce que la possibilité — pour ne parler que de celle-là— d’obtenir des parois ou des doubles parois qui bien que minces seraient résistantes, imperméables, .ignifuges et une défense, en été contre la chaleur, en hiver contre le froid, permettrait sans doute de résoudre cette question actuelle, si techniquement discutée, où l’on voit toutes sortes de procédés et de matériaux de constructions préconisés, et relative à la construction rapide et économique des maisons des régions si sauvagement saccagées par les Allemands. Ne serait-ce qu’à ce point de vue, il nous paraît que cet appareil doit retenir l’attention des architectes, des entrepre- , neurs et des pouvoirs publics. M. Bousquet.
- p.173 - vue 177/474
-
-
-
- 174
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 4 février 1918.
- Nouvelle méthode de formation des nitrites par catalyse. —; On sait l’intérêt d’actualité qui s’attache à la formation des nilriles. MM. Alph. Mailhe et F. de Goldon montrent qu’en présence d’un catalyseur déshydratant, tel que la thorine, le gaz ammoniac peut réagir sur l’oxygène aldhéique et donner naissance à une amine instable qui conduit, par perte d’hydrogène, à un nitrile isoamylique. Cette action directe du gaz ammoniac sur les aldéhydes constitue nne nouvelle méthode de formation des nitriles.
- Géologie du Maroc. — MM. Gentil, Lugeon et Jo-leaud montrent que la région formée par les noyaux jurassiques qui s’étend sur l’immense étendue comprise entre le Sebou et le couloir de Meknès à Fez, n’est pas autochtone, mais formée de nappes de recouvrement, dont les racines sont à rechercher dans le Rif lui-même. Une autre nappe, formée exclusivement de trias, devait lui être autrefois superposée, bien qu’elle soit aujourd’hui réduite à des lambeaux formant de vastes lentilles 'enrobées dans les marnes lielvétiennes.
- NOUVELLE MÉTHODE D’EXAMEN DES ŒUFS PAR LA PHOTOGRAPHIE
- Jusqu’ici pour connaître l’état de fraîcheur d’un œuf ou pour distinguer les œufs conservés des œufs frais, on s’adressait au procédé du mirage. Aux Halles de Paris, en particulier, les œufs se vendent par l’intermédiaire de facteurs assermentés, soit à la criée, soit à l’amiable. Puis quels que soient leür expéditeur et leur acheteur, ils passent aux mains des compteurs-mireurs chargés de vérifier leur nombre et leur qualité dans chaque colis. Cette corporation peu connue, instituée par la Préfecture de police dans l’intérêt des commerçants et dans un but de salubrité publique, comptait avant la guerre, 95 membres se décomposant comme suit : 1 chef compteur, 3 chefs compteurs adjoints, A sous:chefs, 77 compteurs titulaires et 10 auxiliaires.
- La profession exige d’ailleurs un long apprentissage, car il faut aller vite en besogne. Ces travailleurs débutent donc comme auxiliaires, sous la conduite d’un compteur-mireur expérimenté, ils apprennent, petit à petit, leur difficile métier qui demande une dextérité remarquable. Puis quand ils sont devenus assez habiles, ils subissent un examen technique; après quoi, le préfet de police les commissionne. Pour exécuter leur travail, ils s’asseyent généralement deux par deux, dans un endroit obscur à proximité d’une caisse d’œufs. Devant eux, se trouve une bougie fixée dans un épais ressort de métal servant de chandelier. Dans chacune dp leurs mains, ils prennent deux œufs qu’ils placent tour à tour en regard de la flamme. L’œuf apparaît à leurs yeux transparent ou taché
- suivant qu’il est bon ou mauvais. Une fois les œufs qu’ils tiennent entre le pouce et les deux premiers doigts examinés, grâce à un habile escamotage, ils les font passer à la place de ceux contenus dans la paume de leurs mains et qu’ils mirent de même. Ils les posent ensuite dans une autre caisse tout en les comptant, s’ils sont sains. Quand ils sont avariés ou cassés, ils les mettent au rancart.
- Les œufs sont effectivement.
- sujets à un certain nombre de maladies, dont voici les principales, d'après A1M. Victor Dodé et Solvet. D’abord on y constate parfois une tache d'humidité, sorte de moi-sissureintérieure qu’on observe assez fréquemment par les temps chauds et que les mireurs reconnaissent à son aspect jaune, puis noir. Quand l'œuf devient vieux, la tache en s’agrandissant finit par envahir tout l’intérieur qui pourrit. On voit aussi des taches de sang en caillots, en filets ou en couronne dans les œufs qui étaient en formation avant la ponte ou que la poule a commencé à couver. Dans l’œuf dit étalé, le jaune se mélange au blanc; et on peut avancer que l’œuf manque alors de fraîcheur! De même, en vieillissant ou lorsque la poule est malade, l’œuf devient galeux, le jaune se marbre, tandis que le blanc d’une couleur sale, se reconnaît à sa teinte lie de vin qui tranche avec la partie vide ou chambre à air.
- D’autre part, quand l’œuf a gelé, il se fend en droite ligne d’un bout à l’autre et lorsqu’il dégèle, cette fente se referme hermétiquement. L’œuf gelé sans être fendu s’appelle frisé; on le considère comme bon. ,
- p.174 - vue 178/474
-
-
-
- NOUVELLE MÉTHODE D’EXAMEN DES ŒUFS FAR LA PHOTOGRAPHIE 175
- Dans les œufs conservés à la chaux, le jaune plus léger que le blanc qui se trouve imprégné d’eau s’attache à la partie supérieure de la coquille quand on les laisse trop longtemps couchés sur le même côté. Pour éviter que les œufs ne s’attachent, certains conservateurs les font tourner dans les cuves, sans briser laT glace formée à la surface de l’eau de chaux. Mais l'œuf dit « à la paille » est, par-dessus tout, le cauchemar des cuisinières et des pâtissiers. Malheureusement, les mireurs ne peuvent guère les reconnaître à la simple inspection, vu que rien dans l’apparence de l’œuf n’indique l’existence de ce désagréable goût provenant d’un emballage dans de la paille humide.
- AussiM, Georges-A. Le Roy, directeur du Laboratoire municipal de Rouen, vient-il d’imaginer une méthode d’analyse plus scientifique.
- Gomme le mirage, le nouveau procédé repose sur la mesure de la chambre à air dont il obtient Y enregistrement photographique, en vue des expertises légales.
- Effectivement aux époques de ralentissement de la ponte des poules, les coquetiers mettent en vente, comme œufs frais, des œufs datant de plusieurs mois, qu’ils .achètent de mars à juillet, au moment où les poules pondent beaucoup et qu'ils revendent de septembre à janvier, quand leurs prix augmentent, par suite du ralentissement de la production des basses-cours.
- En France, les inspecteurs du Service de la Répres-sion des fraudes, afin de déjouer les manœuvres de ces commerçants malhonnêtes, opèrent des prélèvements formés de 4 échantillons réglementaires comportant chacun 6 œufs, soit 2 douzaines. Des fonctionnaires régionaux examinent l’un quelconque desdits échantillons au laboratoire, par un mirage visuel en cabinet noir. Cette opération, suivie ou non d’un étalage après cassage de la coquille, leur permet d’évaluer approximativement la date de la ponte d’après les dimensions de la chambre à air et de se rendre compte,* en même temps, si les œufs sont conservés, tachés, gâtés, pourris ou impropres à la consommation.
- Toutefois cette façon de procéder manquant de précision, M. Le Roy chercha une méthode graphique plus rigoureuse. Il songea d’abord aux rayons X. Mais les radiographies d’œufs qu’il ob int lui fournirent des images agrandies, déformées et difficilement mesurables, comme en témoignent les reproductions ci-jointes. Ces documents représentent les 6 mêmes œufs, qùe nous allons voir figurer, identiquement agencés, dans les opérations suivantes.
- Au contraire, la simple photographie des œufs réalisée par transparence fournit des données caractéristiques. Il suffit d’employer un éclairage intense, un objectif très lumineux et des plaques extrasensibles. Les images photographiques ainsi obtenues soit en vraiç grandeur, soit à des échelles réduites convena-blementchoisies, donnent la représentation exacte et aisément inter-prétable des 6 œufs disposés de préférence parallèlement à leur grand axe. Pour effectuer les mesures, le savant chimiste rouennais se sert d’une échelle métrique transparente, reproduite photographiquement et qu’on peut incorporer à l’épreuve ou apposer sur elle. Les principes de la méthode étant posés, décrivons la technique opératoire et les appareils employés dont nous voyonsl’en-semble groupé sur une de nos illustrations (fig. 5). On encastre d’abord les 6 œufs d’un prélè\ement dans les 6 fenêtres ovales d’une plaque métallique de dimensions 18 cm X 24 cm et on les y assujettit au moyen d’un mastic opaque. Les ouvertures correspondent au tracé de 6 rayons équidistants partant du centre delà plaque, vers lequel se trouve orienté le gros pôle de chacun des œufs. Grâce à un mirage visuel préalable, on repère les chambres à air, de manière à présenter leur coupe à l’objectif et on établit aussi leur équidistance focale _à l’aide du pied coulisse métrique. Lorsqu’un des œufs possède une plus grande opacité que les autres du même prélèvement, on ’ régularise cette différence de transparence, en amincissant sa coquille par immersion dans un bain d’eau acidulée par l’acide chlorhydrique, puis on la consolide, au
- Fig. 2. — Œufs de plusieurs mois photographiés par transparence.
- p.175 - vue 179/474
-
-
-
- 176 NOUVELLE METHODE D’EXAMEN DES ŒUFS PAR LA PHOTOGRAPHIE
- besoin, en la recouvrant d’un vernis translucide.
- Une fois les 6 œufs convenablement disposés sur la plaque, on fixe celle-ci à l’une des extrémités d’une caisse parallélépipédique en bois de section intérieure 18 cmx 24 cm et d’une longeur totale appropriée. Cette boîte sert de chambre noire photographique et en son milieu se trouve vissée une planchette supportant un objectif Hermagis, apla-nétique extra-rapide n° 5 (diamètre 61 mm et d’ouverture maxima F : 6,5).
- Comme M. Le Roy se proposait d’obtenir des images en grandeur naturelle sur les épreuves, il devait, d’après les tables de Secrétan, placer l’objectif à 2 fois sa distance focale principale du support d’œufs et de la plaque négative. Partant la boîte prismatique dont il se servait avait 1 m. 44 de longueur. Mais on peut travailler avec un appareillage moins dispendieux si on se contente de pho-tographier les œufs dans des formats plus réduits.
- Pour que les opérations ne nécessitent pas de trop longues poses, il faut naturellement s’adresser à un éclairage très intense : soit une lampe à arc actionnée par le courant continu à 110 volts, sous une intensité de 40 à 50 ampères et pourvu d’un condensateur optique de 30 cm de diamètre; soit de préférence six lampes à incandescence à fdaments métalliques d’une intensité de 50 ou 100 . bougies, accouplées en série sur un support métallique commun et, actionnées par un courant alternatif survolté au moyen d’un transformateur. Un petit moteur électrique Turnillo imprime au plateau, porteur desdites sources lumineuses, un mouvement modéré de rotation, de manière a égaliser L’éclairement et à ventiler, en même temps, les œufs que les radiations calorifiques émanées des lampes risqueraient de détériorer. Grâce à l’exaltation photogénique due au survoltage, la pose demande seulement de 1 à 3 minutes avec des plaques Lumière violettes très sensibles.
- On développe les clichés posés par les méthodes ordinaires et on s’en sert tels quels ou mieux on en tire des épreuves afin de les étudier plus aisément.
- De toutes façons, on mesure les originaux ou les photocopies sur papier avec le même graphique métrique réalisé de la façon suivante. Sur un bristol blanc, on trace à l’encre, à l’aide de la règle et du compas d’architecte, 6 rayons partant d’un même centre, puis autant de cercles concentriques équidistants, le tout sur une surface double de la plaque normale 18 cmX24 cm. On photographie l’ensemble pour le réduire à ce dernier format, et, sur le cliché négatif ainsi obtenu, on tire des épreuves positives sur pellicules souples de mêmes dimensions, qui portent donc, cercles et rayons, tracés en noir sur fond transparent.
- Ces graphiques métriques sur pellicules servent à mesurer les œufs et les dimensions de leurs
- chambres à air, soit en les apposant sur les clichés eux-mêmes, soit sur leurs épreuves. On peut également les imprimer sur les photocopies en les interposant entre le cliché des (œufs et le papier sensible lors du tirage au châssis-presse.
- Malheur e u s e-ment la méthode d’analyse photographique de M. Georges-A. Le Roy ne saurait encore se substituer, dans la pratique courante, au rapide coup d’œil des mireurs, vu l’insuffisance actuelle de données précises sur les variations des œufs selon la date de leur ponte, sur les réactions chimiques ou biologiques qui s’accomplissent dans leur intérieur avec le temps et sur les modifications qu’éprouvent les chambres à air selon la température, le degré hygrométrique ou la pression de l’atmosphère. D’autant plus que ce nouveau procédé paraît difficilement applicable aux œufs conservés à l’abri de l’air par silicatage, vernissage ou immersion dans l’eau de chaux. Par contre, on peut l’employer pour les œufs conservés en chambres frigorifiques. Ce mode d’examen des œufs constitue néanmoins un intéressant perfectionnement, car aux constatations vagues et fugitives du mirage visuel, il substitue des images permanentes et mesurables, de vraies « pièces à conviction » qui, annexées au bulletin d’analyse administrative, sont susceptibles d’éclairer scientifiquement la religion des juges. Jacques Boyer.
- ,e Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahdre, rue de Fleurüs, 9, à Pans.
- p.176 - vue 180/474
-
-
-
- LA NATURE.
- — N° 2321.
- «
- LA GUERRE NAVALE EN 1917
- I
- 23 MARS 1918.
- Marine américaine. Forces navales en présence, en 1917.
- L’entrée en guerre des États-Unis est le grand apport de l’année 1917. Contemporaine du bouleversement de la Russie à son début, elle le domine à tous égards, et de beaucoup au point de vue naval. Entre les deux événements, y eut-il simple coïnci-
- manifestement encore par la bureaucratie teutonne de Pétrograd. Un tel régime ne pouvait rester debout. L’éminence grise a dû en apporter l’assurance à Washington et faire entendre, au président Wilson, l’heure qui sonnait pour la politique de Richelieu.
- Fig. i. — Le New-York (américain) en tête dé la 6e escadre.
- dence, et n’est-il pas permis de discerner un lien de cause à effet? En février 1917, le colonel Ilouse, conseiller perspicace du président Wilson, son Père du Tremblay, pourrions-nous dire, avait visité tous les fronts de guerre. Il avait pu entendre le murmure des régiments russes, las d’aller au combat avec un fusil pour trois hommes et parfois une cartouche par fusil, tandis que les trains d’armes et de munitions étaient retenus sur barrière. Il avait pu recueillir la plainte des Roumains, trahis plus
- c 46" Année. — 1" Semestre-
- Autant, du côté de la grande république américaine, la pensée s’affirme lumineuse et la résolution virile, autant en Russie, la direction a été incertaine en 1917 et la marche chaotique. La révolution a d’abord surgi d’un sursaut de colère contre les traîtres et contre le tsar inhabile ou impuissant à réprimer la traîtrise. Au premier tournant, elle laisse tomber le pouvoir aux mains des pires agents de trahison, aux mains des bureaucrates de tous les étages et de leurs fils soigneusement conservés
- 12 — 177.
- p.177 - vue 181/474
-
-
-
- 178
- LA GUERRE NAVALE EN 1917
- loin du feu, en nombre formidable dans les dépôts des régiments célèbres, aux mains des marins de Cronstadt évidemment recrutés dans le pire milieu social. A cette horde se joignent les ouvriers d’usine, qu’une sorte de haine de caste sépare du paysan, du propriétaire rural, de la vraie Russie. Une évolution contraire nous ramènera-t-elle cette vraie Russie, celle de la Douma modérée, des Zemstvos patriotes et intègres de 1914 et 1915? Nous le souhaitons. Nous voudrions y aider. Nous n’oublions ni la fidélité de la Russie à ses engagements durant trente mois, ni les brillantes victoires qui ont, à plusieurs reprises, récompensé la vaillance de son armée, des armées du grand duc Nicolas et du général Brous-silof. Nous savons de quelles mains sortait le gravier versé dans les rouages du rouleau compresseur sur
- plet désintéressement. Ils ne seront pas soupçonnés d’obéir aux sentiments qui animent les habitants de Londres et de Paris, ceux de Termunde et de Louvain jusqu’à Senlis, lorsqu’il faudra déterminer avec le châtiment mérité par les criminels, toutes les réparations, toutes les restitutions, surtout les garanties dues aux victimes.
- Ces brefs développements sur le rôle spécial dévolu d’avance aux délégués américains dans le futur congrès de la paix n’étaient point ici hors de saison. En applaudissant d’avance à la paix américaine, nous rendons hommage à la marine américaine et à l’influence qu’elle exercera sur la conclusion de la paix.
- La puissance de la flotte britannique pourrait induire à penser que l’appoint de la flotte des Etats-
- J I L l
- Echelle
- O 10 20 30 40 50 m*
- >»»*«»!--J-----1----*----1
- Fig-. Pennsylvania, Arizona (américains). Déplacement 3i 400 t. — 12 canons de 356 mm et 22 de 727 mm.
- lequel nous avions compté. Le devoir autant que l’intérêt nous obligera, dans le futur traité de paix, à sauver ce qui peut être sauvé et surtout à mettre la Russie nouvelle hors de portée du Teuton envahisseur.
- L’intervention dès États-Unis, en se substituant heureusement à la participation de la Russie, lui équivaudra au point de vue militaire ; elle lui sera très supérieure au point de vue moral, économique, politique, et infiniment plus au point de vue naval. Il serait téméraire de vouloir préciser le rôle des beaux cuirassés américains. Il est permis de parler du rôle politique des représentants qui travailleront,, après la victoire commune, à assurer à l’Europe la paix durable, à dire le droit comme le magistrat de la Rome antique, à fixer les justes sanctions.
- Entrés librement et délibérément dans la guerre, les États-Unis ont, pour juger les clauses d’un traité et la valeur des garanties de paix, l’avantage d’un com-
- Unis modifie peu les conditions de la guerre navale. La comparaison des deux flottes, américaine et germanique, montre que l’appui de l’allié transatlantique assure à la flotte britannique une liberté d’action, qui lui avait manqué, par suite de l’arrêt de nos constructions dès le 1er août 1914. Des opérations militaires, jugées avec raison comme hasardeuses a priori et même comme téméraires, peuvent être envisagées et méritent d’être discutées en 1918.
- La flotte de guerre des États-Unis a souffert jusque vers 18^0, d’un abandon presque complet. Le vent soufflait à l’économie, à l’amortissement de la dette de la guerre de sécession. Des navires furent vendus, le Rochambeau à la France, le Kaiser-Wilhelm-der-Grosse à la Germanie. La résurrection date des premières manifestations de l’impérialisme germanique. La rivalité se manifesta ensuite dans l’effort simultané des deux marines vers le second rang, que nous avions gardé pendant
- p.178 - vue 182/474
-
-
-
- LA GUERRE NAVALE EN 1917
- 179
- deux siècles et demi, et que la méconnaissance d?un intérêt vital nous faisait abandonner.
- Le tableau suivant donne la composition des deux flottes, navires armés ou en construction, au printemps 1914. La colonne germanique est extraite d’un tableau publié dans le n° de La Nature du
- 16 février 1915. États-Unis. Germanie. Observations.
- Cuirassés de ligne. . 36 38
- Croiseurs de bataille. 0 5
- Croiseurs-cuirassés . 15 9' ’ Chiffre corrigé
- Croiseurs protégés, éclaireurs .... 17 40
- Torpilleurs d’escadre. 49 52
- Sous-marins .... 29 21
- Les trente-six cuirassés américains comprennent
- rassés modèles Pennsylvania et New-York et à en commencer quatre nouveaux, de 32 000 t., California, Idaho, Mississipi, New-Mexico portant le même armement que le Pennsylvania. Le nombre des torpilleurs d’escadre a été accru de douze.
- Au printemps de 1916, le ^président Wilson ayant lancé l’ultimalum relatif à la guerre sous-marine, la rivalité fît place à la prévision d’une guerre possible. Le Navy Department élabora aussitôt un programme de construction, embrassant trois années, qui assure la supériorité absolue sur la flotte germanique. Le congrès l’approuva au mois d’août et vota sans tarder les crédits nécessaires à sa réalisation. '
- Ce programme comprend :
- 4 cuirassés de ligne; 4 croiseurs de bataille;
- «
- sx\\\\\x\
- B0-e—e
- Fig. 3. — New-York et Texas (américains). Déplacement 27 000 t. — 10 canons de 356 mm et 21 de 127 mm.
- 4
- douze Dreadnoughts dont deux de 31 400 t., Pennsylvania et Arizona, armés de douze pièces de 556 mm (fig. 2) et quatre bâtiments modèle New-York, de 27 000 ou 27500 t. armés de dix. pièces de 505 mm (fig. 1 et 3). Les trois Ersatz de 28 000 t. atteignent seuls ces déplacements dans la flotte ennemie. De plus, parmi les vingt-quatre autres cuirassés américains, le groupe principal atteint 16 000 t., alors que les cuirassés germaniques de la classe correspondante, au nombre de vingt, ne dépassent pas 15 000 t. La flotte germanique, il est vrai, compte de puissants croiseurs de bataille parmi ses quatorze croiseurs cuirassés; par contre, ses autres croiseurs cuirassés au nombre de neuf, sont individuellement inférieurs aux quinze américains. Au total, les deux flottes étaient à peu de chose près équivalentes, au début de 1914.
- Les deux premières années de la guerre ont été employées par les États-Unis à terminer les six cui-
- 4 croiseurs-éclaireurs ; 50 torpilleurs d’escadre ; 9 sous-marins d’escadre; 50 sous-marins défensifs; enfin tous les charbonniers, pétroliers et autres bâtiments-tandems, utiles ou nécessaires à une guerre lointaine.
- Un crédit supplémentaire de 2520 millions a été ajouté en janvier 1917 à ceux d’août 1916, afin de hâter les travaux.
- Deux des quatre cuirassés étaient en chantier au début de l’année 1917; leur déplacement atteint 36 000 t., et le calibre de leur grosse artillerie 566 mm. Ils portent les nos 43 et 44, ce qui porterait à penser qu’il y a deux nouveaux Idaho portant les nos 41 et 42. Un troisième a été mis en chantier un peu plus tard. La construction du quatrième est provisoirement ajournée ;de crédit et la main-d’œuvre ont été reportés sur des bâtiments jugés d’une utilité plus urgente.
- Les quatre croiseurs de bataille auront 35 000 t.
- p.179 - vue 183/474
-
-
-
- 180 LA GUERRE NAVALE EN 1917
- de déplacement et 35 n. de vitesse. Ils seront armés de dix canons de 356 mm. Leur prix sera de cent millions. Un seul d’entre eux paraît être en cours de construction.
- Les croiseurs éclaireurs ont dû être mis de suite en chantier ; ils ont été construits rapidement, car le Recruit lancé à l’arsenal de Brooklyn, dont la figure 4 reproduit une photographie prise devant l’Union square, est évidemment un navire de cette classe.
- Les cinquante torpilleurs étaient en chantier
- d’attaquer les sous-marins ennemis, en plongée comme en surface.
- En dehors des programmes officiels, le Navy Department trouve dans la navigation de plaisance, plus florissante aux États-Unis qu’en toute autre contrée, de précieux auxiliaires pour la chasse aux sous-marins, tels le yacht de M. Morgan, représenté figure 6 avec sa petite artillerie. Comme les navires, leurs équipages sont excellents. Les particùliers ont offert le concours de beaucoup d’autres bâtiments, chalutiers, caboteurs, petits cargos de toutes tailles.
- Fig. 4. — Le Recruit : reproduction d’un cuirassé construit à New-York dans Union Square cl servant de bureau de recrutement.
- avant la fin de 1916. Ils ne tarderont pas à apparaître sur l’Atlantique, si même ils n’y sont pas en chasse dès à présent. Le programme a été élargi pour les bâtiments de cette classe, en proportion de l’importance que présente, pour l’armée américaine, la destruction des forbans de l’Atlantique. Un nouveau • crédit de 1125 millions, spécial aux torpilleurs, a été voté le 1er octobre 1917. Il s’agit cette fois de centaines de torpilleurs. Le crédit n’y suffit pas; il faut la main-d’œuvre. On s’explique ainsi que d’autres constructions soient en suspens.
- Les sous-marins d’escadre sont d’un modèle nouveau inspirant toute confiance. Le déplacement doit être élevé, ainsi que la vitesse, et l’aptitude prévue
- La construction de sitbmarine's chasers très nombreux et très petits a été prônée dans la presse. L’expérience en est faite depuis longtemps. Les bâtiments de moins de 300 à 400 t. ne donnent pas 15 nœuds sur une mer tant soit peu agitée, et tombent à 8 ou 10 par mauvais temps. Un modèle de 350 t., armé de canons de 76 mm, a été construit à plusieurs exemplaires ; il est abandonné. Il faut en arriver aux vrais torpilleurs d’escadre, aux destroyers du programme officiel, bâtiments d’un millier de tonnes (*).
- 1. Un article d’Arthur Pollen dans Land and Water du 10 janvier 1918 contient quelques chiffres propres à préciser les données générales du présent texte.
- p.180 - vue 184/474
-
-
-
- LA GUERRE NAVALE EN 1917
- 181
- Le Navy Department paraît assuré de remplir, complètement son programme de construction, comme navires et comme délais. La formation du personnel naviguant était un problème plus délicat.
- En dehors des équipages des bâtiments de plaisance et de commerce, auxquels suffisait une instruction de quelques semaines, principalement appliquée au canonnage, il s’agissait de former 10000 officiers et aspirants, mécaniciens compris, et de transformer 170 000 braves terriens, sinon en loups de mer, du,moins en bons matelots des diverses spécialités. Les difficultés n’étaient sûrement pas moindres que pour exercer l’armée de 1500 000 hommes promis au front de France. L’admirable simplicité des rouages du Navy Depart-
- L’éducation des aviateurs fut menée de front avec celle des marins; des logements furent établis pouf eux dans les nouvelles stations ou camps de marins, en même temps que dans les stations de sous-marins. De plus, l’instruction aéronautique fut donnée directement dans les Universités.
- La rapidité avec laquelle la formation des matelots s’est obtenue a dépassé les espérances. Un séjour de 4 à 6 mois était prévu dans les stations; le départ pour les navires-écoles a généralement devancé le premier de ces termes.
- Un autre sujet de surprise a été l’empressement des recrues à s’engager volontairement dans la flotte. Un draft-aci avait été voté, autorisant l’enrôlement forcé. Il est resté sous le plomb.
- Fig. 5. — Torpilleur opérant dans les eaux étrangères (américain).
- ment'a permis à M. Daniels de les surmonter promptement.
- Pour les états-majors à créer, les Universités ont, sans tarder, versé au Naval College, par promotions échelonnées, 10 000 de leurs élèves; beaucoup sont familiers déjà avec la mer, et quelques-uns passés maîtres en yachting. Dès le mois de juin, sortaient des groupes successifs de 600 ou 700 futurs officiers, aussitôt' répartis entre les bâtiments de la flotte, qui tous avaient été transformés en navires-écoles. Le zèle, commun aux instructeurs et aux élèves, a fait le reste.
- Pour les équipages, quatre petites stations d’entraînement existaient en 1916, à Newport, Norfolk, Great-Lake et Yerba-Buena; elles donnaient les notions indispensables de matelotage, timonerie, canonnage. Elles furent développées pour 46 000 recrues à admettre, au lieu de 6000. Six nouvelles stations furent créées,, dont un grand camp d’instructeurs à Chicago; une réserve de six autres fut préparée^ “
- Même à Chicago, dans ce centre du Middle-West qui passait pour si réfractaire aux idées belliqueuses, les volontaires ont afflué. Le camp de Chicago en contenait 18 000 en novembre; il s’en était présenté le double.
- Cet admirable effort, cette œuvre de libre volonté. d’un grand peuple au pays de la vie intense, ont commencé à porter leurs fruits, sur mer comme dans les tranchées, en été 1917. En 1918, la flotte placée sous le commandement de l’amiral Si ms, sera de force à écraser la IJochseeflotte. L’amiral Sims est bien connu à Paris, où il était attaché naval, au temps de la guerre de Cuba. Dès la fin de février 1917, il préparait à Londres sa participation prochaine au nettoyage de l’Atlantique.
- Huit jours à peu prés après soii arrivée, la première escadrille des torpilleurs américains était venue se placer sous ses ordres ; elle a fait bon travail depuis lors. Les grands navires ont suivi, les convois surtout, toujours bien accom-
- p.181 - vue 185/474
-
-
-
- 182
- LA GUERRE NAVALE EN 1917
- pagnes. Pas un incident, en 1917, n’a contrarié les traversées, soit à travers le Speergebiet, soit ailleurs ; deux attaques en juin ont été repoussées.
- L’activité britannique peut trouver des rivales. La puissance des chantiers d’Angleterre et d’Ecosse n’en connaît point. En même temps que le nombre des marins de la flotte britannique a été porté de 140 000 à 400 000, des additions de première importance ont enrichi, depuis le début des hostilités, la liste des navires de guerre donnée dans La Nature du 16 février 1916.
- Tout d’abord l’escadre de bombardement qu’aucune des marines de l’Entente ne possédait, que la patrie d’Ericson et de Ferragut a laissé disparaître
- en artillerie des cinq Resolution, ont été ajoutés aux 32 Super-Dreadnoughts ou Dreadnoughts de 1914. Il est à noter que cette classe supérieure des bâtiments de ligne n’a pas subi la moindre perte. En effet, YAudàcious dont la destruction a été annoncée par quelques journaux en octobre 1914, figure toujours, avec son déplacement de 23000 t., sur la liste des cuirassés britanniques.
- Des croiseurs de combat, d’un modèle touf nouveau, sont venus prendre la place de ceux qui ont disparu dans la bataille du Jutland. L’un d’eux, portant M. Lloyd George à New-York, a traversé l’Atlantique à la vitesse moyenne de 33 nœuds. On
- Fig. 6. — Le Corsaire {américain auxiliaire), yacht de M. Morgan, maintenant chasseur de sous-marins.
- après, la guerre de sécession, a été créée de toutes pièces. Il n’est plus question des trois modestes monitors de rivières construits pour le Brésil et réquisitionnés faute de mieux, en 1914, par l’amirauté britannique. De véritables monitors de mer, bien protégés, armés de deux canons, un de 234, un de 153 mm, dont, les premiers ont, dès 1915, pu participer au bombardement des côtes de Gallipoli, se sont construits avec une rapidité miraculeuse; leur nombre paraît atteindre une soixantaine, dont quelques-uns, de grande taille, portant deux canons de 356 mm. Il n’est pas de bâtiments plus utiles, plus fiécessaires pour la guerre nouvelle inaugurée en 1917, pour la guerre portée sur la côte ennemie par les barrages audacieux qui la bloquent.
- De nouveaux cuirassés de 25 750 t. reproduisant probablement le modèle et l’armement
- a même parlé de vitesses plus élevées, qui supposeraient quelque grande innovation dans le système des moteurs. La grosse artillerie, du calibre de 432 mm, a fait preuve d’une précision supérieure, dans les essais à longue portée. Ces puissants navires paraissent être au nombre de 3, Imperious, Furious et un autre.
- Quelques additions, un bâtiment de 4300 t., quatre de 3750 t., huit de 5800 t. ont été faites à la classe des croiseurs légers ou éclaireurs, modèle Arethusa ou Calliope, de 29 nœuds de vitesse, qui a subi peu de pertes et rendu des services signalés dans toutes les rencontres de la mer du Nord.
- Enfin, la flotte britannique s’est enrichie pendant les années 1914, 15 et 16 de trente-cinq torpilleurs, pour la plupart de 900 ou 950 t., armés de 4 canons de 101 mm et de 2 tubes lance-torpilles* plus quatre de.. 750 t. comptant à la flotte austra-
- p.182 - vue 186/474
-
-
-
- LA GUERRE NAVALE EN 1917
- lienne, et d’une vingtaine de sous-marins appartenant à diverses classes, de E à W. Les mises en chantier de torpilleurs et de sous-marins en 1917 ne sont pas encore publiées.
- Le nombre des patrouilleurs de toute classe : yachts, petits cargos, chalutiers, dragueurs ou mouilleurs de mines, qui dépasse l’imagination va toujours en croissant. Les besoins sont sans limite.
- En France, la flotte de navires de premier rang a été appauvrie par la perte du Danton et de plusieurs croiseurs, sans qu’aucun grand navire y ait été ajouté. La pénurie de main-d’œuvre, dont nous avons souffert dès le début de la guerre, et l’ur-gence des besoins de l’armée, en matériel d’artil-erie et en munitions, ont réduit à des proportions
- 183
- préparer ou à discuter, l’activité des chercheurs s’est employée à découvrir, à travers la brume de l’avenir, ce qui pourrait bien répondre aux besoins futurs des guerres dont on espère la menace évanouie. Parmi les idées jetées par d’autres au vent de la publicité, j’ai noté celle du retour à l’une de mes vieilles conceptions, que je caressais de 1895 à 1900, et qui s’est uniquement traduite par la mise en chantier du Henri IV. Il n’est point hors de saison que j’en dise à mon tour quelques mots.
- Le Henri IV(fîg. 7) n’a été qu’un navire d’expérience, utilisant en 18961e crédit attribué à uncui-rassé de premier rang et de 8000 t., qui aurait exigé 15 000 t. Son modèle permet une économie sé-
- i
- Fig. 7. — Cuirassé type Henri IV (agrandi).
- modestes nos ambitions maritimes. Nous avons construit quelques torpilleurs et terminé quelques sous-marins. Nous avons surtout construit de bonnes canonnières, tenant bien la mer, qui sont assez rapides pour donner la chasse aux sous-marins; nous en avons construit autant que l’ont permis nos ressources en tôles et cornières, avec ce que nous avions d’appareils moteurs disponibles. Nous ne pouvions rien faire de plus. Désireux de. bien accentuer notre effort contre les sous-marins, nous avons commandé dix torpilleurs au Japon; c’est un singulier renversement des anciens rôles. Le Japon d’il y a trente ans s’initiait à la construction de ces bâtiments, en terminant à l’arsenal de Kobé les seize torpilleurs qui avaient été expédiés de Chalon-sur-Saône en pièces ^démontées, et qui ont fait la guerre de Chine sous l’amiral Ito Youko.
- Nul programme ne présentant d’intérêt immédiat en France, nul plan de navjre nouveau n’étant à
- rieuse, mais point telle qu’on puisse descendre de 15000 t. à 8 ou 9000 t. Un Henri IV, rivalisant avec le modèle République étudié-dès 1890, aurait déplacé 12 000 t. environ. Le projet en a été préparé. L’adoption en 1900 du modèle République, qui a rompu, comme le Henri IV, avec la tradition des chavirables, a empêché d’y donner suite.
- L’étude a été reprise en 1902-1905 à un autre point de vue, qui est précisément celui dont se préoccupent quelques chercheurs d’aujourd’hui. Le but visé était d’associer ensemble l’aptitude à la guerre de côtes et l’aptitude à la guerre de haute mer. Le modèle du Henri IV est apte à la première par suite de la faiblesse du tirant d’eau, à la seconde, par suite de l’absence du roulis ; restait à lui donner une artillerie appropriée à. la double destination. "
- La figure 7 représente la disposition adoptée dans le projet ou plutôt l’avant-projet, qui n’a pas été
- p.183 - vue 187/474
-
-
-
- 184 ..= LA GUERRE NAVALE EN 1917
- terminé. La tourelle pour obusier, ou canon court de bombardement, établie à chacune des deux extrémités avant et arrière de la superstructure, a seule été l’objet d’une étude complète, dont le commandant d’artillerie Poutet a été l’auteur. Une tourelle unique contenant toute l’artillerie de perforation était établie sur la plage arrière. Obusiers et canons de perforation étaient de même calibre, le plus fort calibre en usage. Dans le combat naval actuel, à longue distance, le projectile du canon court, obus-torpille Perruchon à ogive tronquée, et charge puissante, lancé à faible vitesse, serait redoutable à la carène des cuirassés.
- Un semblable projet se heurte ^évidemment à l’axiome qui demande un navire spécial pour chaque genre d’opérations, comme il faut des outils particuliers pour tous les travaux. A cette règle de spécialisation, s’oppose le danger d’avoir parfois à se servir pour une opération, du navire construit pour l’opération contraire, car il faut se battre avec ce que l’on a. La sagesse est, les ressources ayant des limites, d’élargir l’aptitude des navires.
- Comme date, l’étude précédente n’a pas dû être très éloignée du projet du Jurien de la Gravière qui aurait donné des éclaireurs à une flotte de Henri IV.
- Parmi les marines des belligérants, celle qui, assez loin derrière celles des États-Unis et de la Grande-Bretagne, a reçu les additions méritant le mieux d’être mentionnées, est la marine militaire germanique.
- Comme cuirassés de ligne : achèvement des trois Erzatz de 28 000 t., armés de 8 canons de 580 mm, qui ne sont pas compris dans le tableau publié par La Nature du 16 février 1915.
- Comme croiseurs de bataille : achèvement envi 916 du Liistow et plus tard de VErsatz-Hertha devenu Hindenburg, bâtiment de 28 000 t., qui étaient évidemment commencés en 1914 ; mise en chantier, puis lancement en septembre 1917 du Von Spee de 50 000 t., qui a porté le nombre des croiseurs de bataille à huit, y compris le problématique Von der Tann.
- L’Amirauté de Berlin, si jalouse de dissimuler ses pertes, met à publier une addition comme celle du Von Spee, autant de zèle que celle de
- Londres met de discrétion à parler du F tirions ou de ïlmperious. .
- Comme croiseurs légers : la Gazelle, 1 e.Gefion, le Niobe de 5500 t., et un autre lancé à Kiel en 1917.
- Comme sous-marins : tout ce qu’il est possible à la Germanie de produire et d’armer avecles ressources dont, elle dispose. La presse germanique a fait savoir au monde, il y a quelques mois, que, dans le chantier Germania, de Kiel, succursale de Krupp, la partie consacrée aux sous-marins, venait de quadrupler sa puissance de production. L’Amirauté de Berlin a fait publier qu’elle lance un sous-marin par jour. La prétention n’est point irréalisable, s’il s’agit des U-B et des U-C, non de celle des U. Les U-C et les U-B sont des sous-marins de moins de 550 t., dont les plus petits, les U-C, sont uniquement employés à mouiller des mines; les U-B portent des tubes lance-torpilles et des canons de 50 ou de 88 mm. Les U sont le noyau de la flotte sous-marine. La plupart d’entre eux, au commencement de l’année 1917, avaient 600 t. de déplacement et portaient deux canons de 105 mm. Le déplacement a dû augmenter atteignant 1500 t. et jusqu’à 1800 t. Le calibre des canons a été porté à 150 mm. Le nombre des U a pu passer de 150 à 500 dans le courant de 191 7 ; ces chiffres sont hypothétiques.
- L’accroissement de supériorité navale obtenu par l’activité des constructions et par l’arrivée de la flotte américaine a pu faire préparer, pour 1918, des projets d’offensive. On en trouverait le présage* dans le resserrement du blocus de la flotte germanique en 1917, dont il sera question au chapitre II. L’appoint américain ne porte! aucune atteinte à l’unité de commandement: L’amiral Simsvest sous les ordres de l’amiral Winyss, qui a succédé à l’amiral Jellicoe et, comme son prédécesseur, inspire une égale confiance en Amérique et en Grande-Bretagne. Sir Roslyn Winyss s’est révélé aux Dardanelles et s’y est familiarisé avec les difficultés de la guerre de côtes. Il y a donné de plus la mesure de son désintéressement personnel, en acceptant de servir sous les ordres d’un amiral moins ancien de grade que lui, après le départ de l’amiral Carden.
- " De telles qualités sont précieuses, dans le commandement d’une flotte internationale.
- II
- Opérations militaires.
- L’immobilité dans le Helgoland Bucht et le canal de Kiel, de la flotte germanique protégée par ses champs de mines et les batteries dont les côtes de Frise et de Hanovre autant que l’îlot d’IIelgoland sont hérissées, a privé l’histoire navale de l’année 1917, de tout récit de batailles sensationnel. Le chroniqueur rencontre, comme sujet principal,
- l’exposé d’un changement radical dans la méthode de blocus adoptée par la flotte britannique, avec la mention des petits combats auxquels la méthode nouvelle a donné lieu.
- Le blocus à distance de 1915 et 1916 pratiqué de la côte ouest de l’Angleterre et de l’Ecosse n’appor-. tait aucune gêné aux mouvements des sous-marins.
- p.184 - vue 188/474
-
-
-
- LA GUERRE NAVALE EN 1917 =.. = 185
- 11 n’a nullement empêché les croiseurs d’aller bombarder, parfois inpunément, le littoral britannique. Plusieurs croiseurs auxiliaires ont trompé la surveillance des croiseurs et patrouilleurs maintenus sur le parallèle d'Edinbourg; ils sont allés pratiquer la course dans l’Atlantique, et sont rentrés indemnes dans leur port. Le blocus à distance n’est qu’un demi-blocus.
- L’établissement du blocus resserré et ensuite son maintien, ont été, en 1917, l’œuvre capitale de la marine britannique. L’entreprise a été hardie et la tâche complexe. Il fallait, tout le long de la côte de la Germanie, fermer l’accès de la haute mer à ses navires de surface et autant que possible à ses sous-marins ; il fallait, en même temps, préserver les navires bloqueurs, de surprises comme celle qui coûta à nos Alliés le Hogen, le Cressy et ïAboukir, dans leur premier essai de blocus à courte distance.
- Les mesures prises, tant dans le Gattegat que dans la mer du Nord, où. elles embrassent les estuaires de l’Elbe, de la Weser et de l’Ems, sans pouvoir englober la sortie de Bruges, ne seront connues qu’après la guerre dans leur détail et même leur ensemble. Nous jugeons facilement de ce qu’il faut déployer de vigilance dans la mer du Nord, de ce qu’il a fallu de hardiesse pour occuper militairement le Cattegat, si loin des bases d’Angleterre et d’Ecosse. Nous ne pouvons pas connaître la mesure exacte du résultat obtenu.
- Le plus sûr indice de l’efficacité du blocus resserré, même à l’égard des sous-inarins, sera exposé dans le chapitre suivant. C’est la décroissance continue, à partir du mois de mai 1917, des destructions opérées dans là mer du Nord, l’Atlantique et la Manche, au détriment de la marine de commerce des belligérants et des neutres.
- Le blocus a exigé pour remplir les conditions indispensables de' rigueur et de sécurité, l’adoption de certaines précautions assez gênantes pour les neutres bien qu’anodines à leur égard par comparaison avec les procédés teutons.
- Il a fallu, aux deux extrémités de la zone bloquée, prohiber l’entrée et la sortie aux navires de commerce de toute nationalité. Il a fallu, dans la région de patrouillage tenue par les flottilles britanniques, interdire la circulation aux navires, dont le pavillon neutre peut couvrir un espion ou
- un mouilleur de mines.
- Les difficultés diplomatiques, créées par l’établissement des barrages et la déclaration de la petite zone inter-dite, furent, comme nous le verrons au chapitre IV, faciles à surmonter. Il n’en a pas été de même des difficultés militaires queprésenteleur maintien.
- Le barrage n’a point, comme une escadre de blocus, à redouter l’attaque du sous-marin, mais il craint le bateau-dragueur. Il a besoin d’être continuellement protégé contre le dragage, par un service de patrouilles. Dans la position audacieuse qu’elles doivent occuper, en face.des centres de l’action navale germanique, les escadrilles de protection sont exposées à des attaques incessantes. Les deux adversaires séparés par le barrage se tiennent sans cesse corne à corne.
- Trois combats seulement livrés, deux dans la mer du Nord, le troisième dans le Cattegat, ont été jugés dignes d’être révélés am public. Le dernier a, pour la première fois, fait connaître l’existence et la position du barrage du Cattegat, qui d’ailleurs ne pouvaient rien avoir de secret pour l’ennemi,
- Le 16 août 1917, une forte escadrille britannique surprit etcanonna jusqu’auprès d’IIelgoland, une flottille de dragueurs escortée par Un torpilleur.
- Bki.-hJfS JüTLAND
- Y *
- 15
- 9 Juist-iàÊzSÈ. Borhi/msÆSP
- jft, B E
- Brême
- Harlingen
- 4° Longitude £st(PARIS) 5'
- Fig. 8. —.Région de la mer du Nord où, sur la ligne allant de Stylt à Borhum au nord ouest d’Héligoland, les dragueurs de mines et leur escorte ont été surpris et en partie détruits le iô août et le i? octobre içip.
- p.185 - vue 189/474
-
-
-
- LA GUERRE NAVALE EN 1917
- 186
- Plusieurs dragueurs furent coulés, le torpilleur s’enfuit en proie à l’incendie. La poursuite, au dire des journaux, s’arrêta aux champs de mines. Ceci semble indiquer que les dragueurs germaniques auraient en partie accompli leur tâche, avant d’être surpris. L’escadrille britannique doit avoir profité d’une brèche pratiquée dans le barrage, en y passant deux fois pendant la poursuite et au retour.
- Le second combat, livré le 17 octobre, mit aux prises des forces plus importantes. La rencontre se produisit à quelques milles de la petite île de Hanoë sur la côte de Sehleswig, à peu près sur le parallèle de Horn’sReef.L’es-cadre germanique avait donc traversé le barrage, probablement sous le couvert du canon de Stylt. Le feu fut ouvert à huit heures du matin, et se prolongea pendant quatre heures. Les Teutons battaient en retraite. Ils s’arrêtèrent à midi, sous la protection de leur champ de mines et du canon de la Hochesee-flotte’, ils avaient un dragueur coulé, un croiseur léger en feu et un autre sérieusement endommagé. L’escadre britannique s e retira, comme le 16 août, sans avoir subi de perte Le communiqué de Berlin a présenté l’affaire comme une tentative britannique, la première faite depuis 1916 avec des forces sérieuses, pour forcer le Helgoland Bucht. L’attaque aurait été repoussée et suivie d’une contre-attaque germanique.
- A la fin de la première quinzaine de novembre, dans le Gattegat, à peu près en face de Kullen,*une escadrille de torpilleurs britanniques a également surpris une flottille de dragueurs et de patrouilleùrs. L’escorte cette fois était d’importance : un croiseur auxiliaire de 3000 t., le Maria armé de 4 canons
- de 150 mm. Les navires teutons ne portaient pas leurs couleurs. Le Maria se préparait peut-être à devenir un nouveau Môwe. Il répondit au coup de canon de semonce en ouvrant le feu ; il fut aussitôt criblé d’obus, prit feu et finalement coula ; son équipage gagna en partie la côte et fut en partie recueilli par un vapeur danois. Une dizaine de dragueurs furent détruits. Les pertes furènt nulles dans l’escadrille britannique.
- Les tentatives de forcement du barrage n’ont pas toutes été arrêtées aussi heureusement qüe les trois précédentes.
- Le 17 octobre, un convoi de douze vapeurs Scandinaves, qui avait quitté la Norvège la veille sous l’escorte de deux torpilleurs britanniques, fut attaqué par deux croiseurs fortement armés, probablement des croiseurs auxiliaires. Les deux torpilleurs se firent bravement couler. Cinq vapeurs norvé-giens, trois suédois et un danois furent détruits. Les deux corsaires s’échappèrent, avant l’arrivée d’une escadre britannique qui sauva une trentaine de naufragés. Au dire du commandant du vapeur danois détruit, seul survivant de son équipage, les Teutons ont canonné les embarcations de sauvetage. Les sous-marins avaient eu jusque-là le monopole de cette pratique.
- De même, le 17 décembre, un convoi de six petits cargos, deux norvégiens, deux suédois, un danois et un anglais, avec quatre chalutiers armés, escorté par deux torpilleurs, a été détruit par deux croiseurs teutons entre les Shetland et Bergen. L’un des torpilleurs seul a gagné la Norvège en état d’avaries.
- Les torpilleurs germaniques traversent quelque-
- Sàmsoe
- 9° Longitude £st (PARIS) 10'
- Fig. 9. — Le Cattegat, dans la partie méridionale duquel les escadrilles britanniques sont aux prises avec t’ennemi. Voir dans le texte le récit du combat de novembre iqi7 où plusieurs dragueurs de mines germaniques furent détruits ainsi que leur croiseur d’escorte. -
- p.186 - vue 190/474
-
-
-
- LA GUERRE NAVALE EN 1917
- 187
- fois le barrage, peut-être sans aucun dragage de mines, tels ceux qui allèrent détruire un chalutier et endommager un second le 12 décembre devant l’embouchure delaTyne. S’il en est ainsi, l’opération est risquée ; le barrage peut faire son office, comme il fit le 14 mai, près de l’île de Shier-„ monnikoog. Un torpilleur fut coulé ce jour-là par une mine; un croiseur auxiliaire accouru de l’estuaire de l’Ems eut le même sort.
- Les sous-marins., eux aussi, traversent les barrages ; mais parfois ils y restent.
- Rien ne le prouve mieux que la sécurité relative, ou plutôt la diminution des crimes dans les mers du Nord, alors que la Méditerranée est si dangereusement infestée par les forbans
- descendus de Pola, de Cattaro ou de Durazzo. A ce sujet, le lecteur, s’il s’étonne de la liberté laissée aux sous-marins, de franchir le canal d’Otrante, devra se reporter aux cartes hydrographiques; il y trouvera des profondeur s d’eau atteignant quinze fois celles du Pas-de-Calais, vingt fois celles de la ligne Stylt-Borkum, vingt-quatre fois celles du Cattegat entre
- Keellen et la côte danoise.
- La caractéristique de l’année navale 1917 a donc été l’établissement et la protection des barrages. L’importance de l’opération dépend
- de la part inconnue à lui attribuer, dans l’échec de la guerre sous-marine dirigée contre le commerce, qui sera l’objet du chapitre suivant.
- Fig. io.
- Navires Wien et Monarch (4 canons de 240; 6 canons de i5o) (autrichiens) cou-lés par les torpilleurs italiens en rade de Pola.
- En dehors de cette opération, il n’y a eu, dans la mer du Nord et en Méditerranée, que des rencontres accidentelles entre escadrilles ou entre petits navires isolés, simples escarmouches sans
- influence sur le résultat de la guerre, qui ne méritent qu’une brève mention. En Baltique, le combat naval du golfe de Riga inspire quelques réflexions, d’ordre politique plus que militaire; nous le réservons pour terminer le présent chapitre.
- Bisons un mot de deux croisières accomplies avec succès dans l’Atlantique Sud, qui ne mettent point en cause l’efficacité des barrages.
- La première fut exécutée par un vapeur de Hambourg le Waft qui fit son apparition sur la côte brésilienne dès la fin de 1916. Le nombre des navires capturés, vapeurs et voiliers, s’éleva à douze, dont dix furent coulés. Les deux autres, Yar-
- rowdale et Eudson-Mar ou, débarquèrent les équipages à Rio-Janeiro à la fin de décembre 1916. Le Waft filait environ 18 nœuds; il était armé de deux gros canons à l’avant, de cinq plus petits à l’arrière et portait deux tubes lance-torpilles. Au dire d’un hollandais, chauffeur sur le Yarrowdale, il aurait été escorté de deux petits ^sous-marins.Son passage à Saint-Vincent,le 16 janvier 1917, a été
- signalé de New-York. Il a donc pu regagner son port avant l’établissement du barrage. *
- La seconde croisière, particulièrement audacieuse, fut l’œuvre d’un simple voilier muni d’un moteur
- Fig. 11.
- L’Idzumo, croiseur japonais de 10000 tonnes portant pavillon de l’amiral Sato commandant la flottille de torpilleurs japonais en Méditerranée.
- p.187 - vue 191/474
-
-
-
- 188 —....... LA GUERRE NAVALE EN 1917
- Diesel de 2000 chev. et armé de deux canons de 105 mm, le See-Àdler, ancien Pass-of-Balmaha anglais, pris au début de la guerre. Elle commença probablement en 1916. Le See-Adler ne pouvait s’attaquer qu’à des voiliers ; il en captura quatorze en détruisit treize, et fit débarquer les équipages à Buenos-Ayres, le 21 mars 1918, par le Gambronne. Le commandant du See-Adler, O von Ukner, a déployé là d’autant plus d’audace que la croisière antérieure du Waft aurait dû appeler l’attention sur les régions où il a opéré. 11 avait pris soin, à la vérité, de maquiller son navire en Norvégien. En mars 1917, il eut sans doute avis de l’approche de quelque puissant ennemi. La croisière dans l’Atlantique devenue trop dangereuse, le See-Adler doubla le Cap Ilorn ; il traversa le Pacifique en capturant, chemin faisant, trois goélettes américaines.
- Il vint mouiller le 1er août contre un atoll de l’archipel de Tahiti, l’îlot de Mo-pelia, sur lequel il arbora le pavillon germanique ; mais le 2, il s’échoua sur le récif où il est encore; son équipage s’établit sur l’îlot, avec les prisonniers américains. Le 6 septembre, unepetite goélettede Tahiti, la Lutèce dépourvue de tout armement, s’étant présentée devant Mopelia, les embarcations du See-Adler armées de mitrailleuses s’en emparèrent. Le commandant von Ukner prit ensuite le large avec son équipage, à bord de sa nouvelle prise, il n’en est pas venu d’autres nouvelles.
- Les navires capturés durant ces deux croisières, de même que dans celles des années précédentes, ont été coulés sur place, sans qu’aucun jugement eût confirmé la validité de la prise. Les prescriptions du droit et les règles de l’humanité ont été. respectées à l’égard des équipages. Aucune des abominations de la guerre sous-marine Spcirlos, de Luxbourgienne mémoire, n’est à la charge des commandants de croiseurs, germaniques.
- Un barrage, non de blocus mais de protection, celui qui ferme la rade de Pola, fut mis en défaut pendant la nuit du 9 au 10 décembre 1917. Deux torpilleurs italiens en coupèrent les amarres et en déplacèrent tout un panneau emportant son chapelet'de mines avec lui. Us circulèrent dans la rade, échappèrent aux projecteurs et torpillèrent le Wien et le Monarch (fig, 10), les deux plus gros navires de
- la rade. Ils se retirèrent ensuite, comme ils étaient entrés. Le Wien était coulé, le Monarch endommagé.
- Le dédale de la côte illyrienne a dû être le théâtre de mainte rencontre. Le seul combat de quelque importance, celui du 17 mai, est à signaler en raison de ses péripéties. Un convoi anslais et français, faiblement escorté, se dirigeait à vide vers l’Epire. Il fut attaqué par une force autrichienne très supérieure, croiseurs et torpilleurs ; il perdit un transport, un chalutier et un torpilleur. Survint à la rescousse une escadrille franco-anglo-italienne de torpilleurs, accompagnée d’avions. Les Autrichiens battirent en retraite, les uns vers Durazzo, les autres vers Cattaro, vivement poursuivis et ca-nonnés. Un croiseur de 5500 t. et 27 nœuds, du modèle Novarra était en feu en arrivant à Cattaro et coula après avoir franchi la bouche. Il paraît avoir été touché par la bombe d’un avion. Ce succès final fut attristé par la perte du torpilleur Boule-feu qui heurta une mine au moment du retour.
- Le pavillon japonais seul était absent le 17 mai, dans l’escadrille alliée. Les torpilleurs japonais n’ont pas été signalés en Adriatique; mais ils font de bon travail dans la Méditerranée, sous les ordres de l’amiral Sato, qui a son pavillon sur le croiseur de 10 000 t. Id-zumo. L’un d’eux, entre autres, a détruit, au milieu de septembre 1917, près du Cap Dosas, un sous-marin qui venait de couler un petit voilier espagnol chargé d’oignons.
- Autour de Bruges, comme dans l’Adriatique, l’absence de barrage rend les rencontres fréquentes. Le combat du 20 avril entre les deux torpilleurs britanniques, Swift et Broke, et une escadrille qui rentrait après avoir jeté des obus dans les parages de Douvres et de Calais, fut particulièrement acharné... le Broke, pour sa part, commença par torpiller deux torpilleurs teutons et en éperonna un troisième qui cherchait à l’aborder. Il se porta ensuite au secours d’un quatrième ennemi qui était en feu ; reçu à coups de canon, il répondit par une torpille bien dirigée. Le Swift, après avoir, de son côté, torpillé un ennemi, s’attarda à sauver l’équipage de celui que le Broke avait éperonné. Les deux vaillants bateaux rentrèrent sains et saufs.
- Quatre jours plus tard, une escadrille de 5 tor-
- Echelle en Milles
- Pernov
- Arensbourv
- Fig-. 12. — Carte du golfe de Riga. Théâtre de la bataille navale du iy octobre igif.
- p.188 - vue 192/474
-
-
-
- LA GUERRE NAVALE EN 1917 :. 189
- pilleurs, qui sortait de Bruges pour aller tenter quelque nouveau bombardement de ville ouverte, rencontra une patrouille britannique composée cette ffois d’hydravions. Quatre torpilleurs seulement regagnèrent le port; le cinquième avait été coulé en route par une des 48 bombes jetées par les aéro-nautes.
- Les journaux ont relaté en leur temps divers exploits des aviateurs britanniques, soit sur Zee-brugges, soit aux extrémités du grand barrage, particulièrement dans le voisinage de la passe de Stylt, où l’aérodrome de Tondern a reçu son contingent de bombes.
- La guerre sous-marine rentre dans le cadre des opérations militaires, quand elle s’adresse aux bâtiments de guerre, ou bien encore aux navires affrétés pour un service militaire.
- Elle a fait peu de victimesenl9l7, parmi les grands cuirassés, en raison de l’immobilité des escadres de ligne derrière leurs barrages de protection. La France seule a été éprouvée, par suite surtout des mouvements de ses navires entre la Méditerranée et l’Océan.
- Nous avons perdu le Danton frappé de deux torpilles le 19 mars. C’est une perte sérieuse, que la destruction du sous-marin par le torpilleur Massue a légèrement vengée. Le Suffren, qui a disparu dans la traversée de Gibraltar à Brest, a sans doute été détruit par une mine-. Le croiseur cuirassé Kléber a eu ce sort, au moment d’entrer à Brest. Nous avons perdu le Château-Renaud torpillé dans la Méditerranée, le petit éclaireur Cassini et plusieurs torpilleurs. Parmi les affrétés détruits, le plus important a été Y Apiiral-Magon, des Chargeurs réunis, qui portait 900 hommes de troupe à Salonique; passagers et équipage ont été heureusement recueillis par des torpilleurs.
- La marine italienne a été affligée de la perte du cuirassé Regina-Margherita détruit par une mine le 4 janvier 1917.
- La marine britannique est restée indemne, sauf dans ses navires affrétés, dont elle a perdu deux, le croiseur auxiliaire Orama et le transport Tyndareus,
- et dans ses navires-hôpitaux qui semblent visés avec un acharnement particulier, par la flotte sous-marine teutonne.
- Le Tyndareus, qui venait de quitter Je Cap en emportant un bataillon, a rencontré une mine errante près du Cap Àguilhas. Deux vapeurs se sont heureusement trouvés là pour recueillir les naufragés.
- Les navires-hôpitaux britanniques, naviguant sous la protection de la croix de Genève et torpillés depuis le commencement de la guerre, étaient au nombre de six, à la date du 1er avril 1917, d’après une déclaration faite ce jour-là à la Chambre des Communes. Vingt jours plus tard un sous-marin allongeait la liste funèbre, en torpillant le Lanfranc.
- Le crime pour une fois, a porté en lui-même son châliment. Cent soixante-sept bleï'sés teutons étaient embarqués sur le Lanfranc. Le sous-marin n’en avait évidemment pas été informé, car les bateaux-hôpi-. taux français ont été respectés aussi longtemps que nous y avons fait naviguer des otages choisis parmi les prisonniers de guerre. L’opinion publique allemande ne semble guère avoir eu cure du malheur du Lanfranc; elle s’est émue au contraire, le 4 janvier 1918, du torpillage du navire-hôpital britannique Rawa coulé par un sous-marin dans le canal de Bristol. L’amirauté de Berlin a même cherché à se disculper, en déclarant qu’il s’agissait'd’un accident causé par une mine. Cette protestation d’innocence indique'peut-être un fléchissement du véritable esprit de guerre marque boche. Le Rawa portait d’ailleurs 4 officiers espagnols, dont les témoignages ont concordé avec celui de l’équipage pour accuser un sous-marin.
- Le succès de l’expédition qui, en octobre, compléta la conquête de la baie de Riga, par l’occupation des îles qui la ferment, et qui détruisit l’escadre russe embouteillée, fut principalement le fruit de l’intrigue politique. Il fut la conséquence de la désorganisation de l’armée de la Dwina, qui avait livré le 3 juillet la ville de Riga à l’ennemi, et de , la désorganisation de la marine qui cloua la flotte
- Echelle
- Fig. i3. — Grandjanine (russe), coulé dans le golfe de Riga le ip octobre. Déplacement 12 9/2 t. 4 canons de 3o5 mm et 12 de 162 mm.
- p.189 - vue 193/474
-
-
-
- 190
- LA GUERRE NAVALE EN 1917
- russe à Cronstadt. Toutefois la belle tenue et la résistance des troupes russes, dans les îles, et des équipages de la flotte, dans le golfe, lui conserve un caractère militaire.
- En juillet 1915, la flotte germanique avait fait,
- Fig. 14. — Cuirassé Slava (russe), coulé dans le golfe de Riga le 17 octobre. Déplacement i3 5i6 t., même artillerie que le Tsezarewitch devenu le Grandjanine.
- contre le golfe de Riga, une tentative dont l’échec est décrit dans La Nature du 25 mars 1915. Le but de l’expédition était de s’emparer, au fond du golfe, du port de Per-novy, dont l’occupation eût menacé la ligne de chemin de fer de Riga à Pétrograd.
- En octobre 1917, l’armée russe avait évacué Riga depuis trois mois.
- Il s’agissait pour la Germanie, d’améliorer sa carte de guerre, en prenant possession d’îles d’une certaine importance, et de détruire la station navale russe imprudemment renforcée de plusieurs gros bâtiments.
- , Les opérations commencèrent le 15 octobre par le débarquement de deux divisions dans les
- des Kaiser de 24 300 t., ou même, au rapport des Russes, des Kônig de 20 600. C’était beaucoup plus qu’il n’en fallait pour écraser l’escadre russe de Riga. C’était suffisant pour couvrir l’opération contre une attaque des quatre cuirassés type Gan-gut de 25 000 t. armés à Cronstadt depuis trois ans. C’eût été maigre, contre les quatre croiseurs de bataille de 32 000 t. type Borodino. L’amirauté de Berlin savait à quoi s’en tenir sur l’état de ces quatre derniers bâtiments.
- L’escadre russe en station à Riga se composait des deux cuirassés Slava et Grandjanine de 13 500 t. (le dernier étant probablement le Tsezarewitch débaptisé), de quatre croiseurs, dont le principal était-de Bayan de 80001., et de la flottille des canonnières et des torpilleurs qui ont fait bon travail en 1915. Elle était acculée au fond du golfe, devant le Sund séparant la petite ile Moon de la côte d’Esthonie. La profondeur d’eau dépasse 10 m. à l’entrée méridionale du Sund ; mais elle diminue rapidement; elle est partout inférieure à 6 m , un peu au nord de l’ile Moon.
- Le combat naval s’engagea le 17 et fut très vif. Le Slava et le Grandjanine se firent bravement couler surplace. Les croiseurs remontèrent le Sund
- Fig. i5. — Croiseur Bayans
- Déplacement 7900 t. — 2 canons de 2o3 mm et 8 de i52 mm.
- îles d’Œsel et de Dago. Le 16, les Teutons étaient maîtres des deux îles, après avoir été d’abord repoussés de Dago. La passe d’Irben, que ne menaçaient plus les batteries de la presqu’île de Sworba, fut soigneusement draguée. La flotte germanique fit ensuite son entrée dans le golfe. Elle comprenait, comme force principale, quatre grands cuirassés,
- aussi loin que le permettait leur tirant-d’eau et s’échouèrent quand le fond leur manqua. Les équipages gagnèrent la côte d’Esthonie. La flottille calant moins de 4 m. 50 s’échappa vers le nord, déjoua la surveillance d’une escadrille de blocus ennemie et regagna les ports russes. Deux torpilleurs, arrivés à Helsingfors, y apportèrent le récit
- p.190 - vue 194/474
-
-
-
- LE CONGRÈS NATIONAL DU GÉNIE CIVIL : 191
- de la belle résistance offerte par les marins de Riga. Ils exagérèrent probablement quelque peu les pertes germaniques, en les portant à un cuirassé, un croiseur et quatre torpilleurs coulés, plus un croiseur échoué sur un écueil et deux torpilleurs mis hors de combat.
- La traversée de 500 milles entre' Cronstadt et l’entrée de la passe d’Irben eût été l’affaire de treize heures pour la flotte russe. Pas un bâtiment ne bougea. Ni un Gangut, ni un Borodino, ni un croiseur classe Rurik, pendant les cinq journées qui se terminèrent par la destruction de l’escadre de Riga. La marine russe poussa l’amabilité jusqu’à retenir à Cronstadt les croiseurs protégés de la classe Aurora, dont le moindre aurait pu débloquer la sortie du Sund par où s’échappa la flottille russe, à 200 milles à peine de distance de Cronstadt. C’était une victoire de plus à l’actif des méthodes politiques de trahison. C’est l’occasion de rappeler que les armes germaniques n’en ont pas remporté d’autre, depuis le commencement de la guerre, ni en Belgique, où furent violés les traités, ni récemment en Italie, ni en Roumanie où n’arrivèrent jamais les munitions expédiées de France, ni surtout en Russie, sur les fronts de Galicie, de Pologne, de Courlande ou d’Esthonie.
- La Russie était par excellence un champ de culture pour la trahison. Elle était foncièrement incapable d’entreprendre et de soutenir une guerre contre la Germanie, si elle n’avait soin, au préalable, d’opérer l’épuration de sa bureaucratie, dut-elle recourir aux procédés d’Ivan-le-Terrible.
- Les bureaucrates de Pétrograd et d’autres villes, fonctionnaires par milliers, peut-être ne serait-ce pas trop d’un zéro ajouté à la droite du nombre, descendent de la colonie prussienne accourue, il y a un siècle et demi, à l’appel du tsar Pierre III. Ce triste héritier de Pierre le Grand n’avait point reculé devant la félonie envers ses alliés ; il venait de conclure la paix séparée qui mit fin à la guerre de Sept.ans, en troquant, contre un uniforme de général prussien, la ville de Berlin occupée par son 'armée. Il commit une félonie pire envers la Russie, quand il a mis aux mains de la Prusse tous les rouages de son administration. Le microbe a foisonné, sans rien perdre de sa virulence. La colonie a devancé la loi Delbrück ; elle a conservé, avec sa langue, le culte de la Prusse, prête à devenir pangermaine, à l’appel de la ligue pangermanique.
- Les bureaucrates de Russie étaient, en 1914, pis que vendus, acquis à l’ennemi. C’était des fau-
- teurs de trahison, des exécuteurs très zélés de la trahison ourdie autour du Tsar et à son insu. Leurs fils, précieusement tenus loin du danger, dans les casernes de Pétrograd, encombraient les dépôts des régiments de la garde; ils.ont fourni un de ses pires éléments, à l’armée de l’anarchie qui fit dévier la révolution de la route loyale. Les bureaucrates ont pris par là leur seconde part, dans l’effondrement où succomba la Russie pendant le second semestre de 1917.
- Le souverain, dont la magnanimité ne rachetait pas les faiblesses de caractère, ne sut pas, ou ne put pas accomplir en 1914, un coup d’état qui eût été toute une révolution. Il paie aujourd’hui sa faiblesse, de la chute de sa dynastie et de celle de son empire.
- Un jour, bien avant la guerre, je m’entretenais avec un Russe des choses de la Russie. Nous parlions de la Triple Entente à son aurore, de la solidité du lien établi par la France entre la Russie et la Grande-Bretagne, du Tsar au cœur magnanime et surtout du grand souverain initiateur d’un équilibre politique indispensable àu monde. Nous témoignions notre commune admiration, au sujet de la confiance absolue inspirée aux hommes de tous les partis de la Grande-Bretagne, par le clairvoyant politique que fut Édouard VII. Le roi avait mérité de conquérir, dans son libre pays, la direction incontestée de la politique étrangère. Les désirs du roi Édouard étaient des ordres. Dans mon pays, répondit tristement mon interlocuteur, les ordres du tsar Nicolas ne sont même pas des désirs.
- Les menées ténébreuses qui ont préparé la victoire navale de Riga par la défaillance de la flotte de Cronstadt, comme la victoire de l’Izonso par la défaillance de la deuxième armée italienne, sont percées à jour. Les État-Unis, les premiers, ont été éclairés sur elles, par les menées de Bernstorff tenant marché ouvert de trahison. La France connaît à son tour le danger des intrigues nouées autour de sa presse, dans son Parlement, jusque dans son Gouvernement ; elle comprend toute l’urgence d’une répression sans pitié. Quand tous les traîtres auront été démasqués et châtiés, la guerre approchera de sa fin.
- L’expérience acquise mérite d’être d’autant mieux mise à profit qu’elle a été payée un plus haut prix. La faiblesse du Tsar en 1914 n’a pas seulement coûté cher à la Russie en 1917. Elle coûte
- cher au monde.
- E. Bertin, de l’Institut.
- [Suite et fin de cet article dans le na 2522.)
- LE CONGRES NATIONAL DU GÉNIE CIVIL
- (Paris, 18-23 mars 1918.)
- Il est difficile, dès maintenant, de savoir quelles seront les conséquences économiques du Congrès national du Génie civil qui vient de commencer ses travaux. Quelles qu’elles puissent être, quand ne serait-ce
- que parce qu’il a pu être organisé, ce congrès restera certainement une des manifestations les plus fécondes de cette solidarité, de cette coordination des efforts que nos ennemis nous déniaient et que de nombreux
- p.191 - vue 195/474
-
-
-
- 192
- LE CONGRÈS NATIONAL DU GÉNIE CIVIL
- Français se déniaient à eux-mêmes. L’intelligence, l’initiative, la puissance de travail, la bonne volonté n’ont jamais manqué en France : <( elles courent les rues )). On nous reconnaît même des qualités, comme le sens artistique, la vivacité d’esprit, la générosité, l’amabilité. Comment, avec de si brillantes qualités, la nation française n’estrelle pas plus forte? Parce que « organiser, en Allemagne, c’est additionner les efforts, en France, c’est les neutraliser ».
- Tous ceux qui pensent et qui agissent, en France et dans les pays alliés, ont senti que, désormais, tous nos efforts devaient tendre aussi vers la guerre et que nous devions de même nous organiser pour la victoire, non seulement sur les champs de batailles, mais aussi sur tous les autres terrains. Ce n’est plus le beau désintéressement d’autrefois, la vie isolée dans la tour d’ivoire, la douce béatitude du devoir accompli, la pure joie de la difficulté vaincue pour elle-même, mais l’utilisation immédiate de tout ce qui peut donner la force. Le présent congrès fournit la preuve de la puissance organisatrice des Français et est un gage de ce qü’ils pourront réaliser dans l’avenir.
- Les « buts de guerre de nos ennemis », pour employer une traduction, horrible comme tout ce que la guerre nous oblige à emprunter aux Allemands, n’étaient pas désintéressés ; leurs buts de paix le sont mqins encore. Ils ont travaillé à leur réalisation dès qu’ils se sont rendu compte de la longue durée probable de la guerre, et, depuis plusieurs mois déjà, ils annoncent en pays neutre, qu’aussitôt la paix signée, ils pourront, ils peuvent dès maintenant, fournir les mêmes marchandises qu’avant la guerre. Toutes les conditions de livraison sont même spécifiées et, naturellement, elles paraissent avantageuses pour l’acheteur.
- Admettons qu’il y ait une part de bluff dans cette affirmation, il n’en reste pas moins que nos ennemis, malgré les difficultés de l’heure présente, s’outillent en vue d’une production intense et à bon marché. C’est ainsi qu’ils ont déjà poussé, et ils continuent, la « taylorisation » et la « standardisation », aux plus extrêmes limites. Le « dumping » formidable, dont ils nous menacent est bien plus dangereux que celui d’avant-guerre, qui fonctionnait à perte, en vue du conflit armé. Avec celui-là, ils espèrent rentrer rapidement dans les frais que la guerre leur a coûtés et sauver leur mise.
- Or, la même nécessité s’impose maintenant pour tous les alliés y compris le Japon. Il ne fallait pas que la fin des hostilités vît les alliés aussi peu préparés à la paix qu’ils l’avaient été à la guerre, sous peine de perdre une partie des fruits d’une victoire chèrement acquise. Le congrès interallié du Génie civil qui se tiendra prochainement, après le congrès actuel, français et simplement national, sera la préparation de la grande contre-offensive destinée à déloger l’ennemi.
- Yoici comment est née l’idée de ces congrès. Chez tous les alliés, des organisme's se sont fondés, des industriels se sont groupés en vue d’obtenir, en exploitant les seules ressources nationales, métropolitaines ou coloniales, les produits que seuls les Allemands fabriquaient et de leur arracher ainsi certains monopoles que rien ne justifie. En Angleterre, on paraît s’être plus spécialement outillé pour la fabrication des matières colorantes et de certains produits chimiques. En Italie, on cherche à ne plus produire de force motrice, voire même de chaleur, que dans, des stations hydroélectriques. En France, les ressources étant plus variées presque tous
- les problèmes se posent, et s’ils ne sont pas plus difficiles à résoudre, ils présentent en général une plus grande , complexité, un plus grand enchevêtrement. Chez nos alliés, comme chez nous, certaines industries nouvelles ont été créées de toutes pièces.;, d’autres qui avaient disparu, sont de véritables résurrections.
- Toutefois, jusqu’en ces derniers temps, on peut dire qu’il ne s’était guère agi que d’efforts isolés, souvent individuels. Dans chaque pays, il convenait d’assurer la liaison entre les savants et les industriels qui a donné une si grande force à l’industrie allemande et qui est d’ailleurs une idée française, car c’est Liebig qui, la voyant réalisée en France aux débuts de la grande industrie chimique, la jugea bonne pour son pays et l’y apporta. Souhaitons, que le grand nombre de membres de l’Institut et de savants notoires qui figurent §ur la liste des membres d’honneur du Congrès soit bien l’indice d’une collaboration de cette sorte, réelle et en pai’faite harmonie.
- La réalisation d’un idéal aussi grand et aussi élevé serait impossible sans une forte discipline, sans une organisation commerciale puissante et étudiée; il faut aussi se débarrasser des préjugés de nationalité, de classe, d’éducation; il faut examiner et reviser sans parti pris tout ce qui est à la base de la viè économique comme les questions ouvrières, l’apprentissage, l’enseignement technique et commercial, les moyens de transports, l’organisation scientifique de la production industrielle et agricole (taylorisation), la participation des ouvriers aux bénéfices, le mode de payement des salaires, la propriété industrielle, l’hygiène, la prévoyance, etc.
- On conçoit qu’avec un semblable programme, embrassant tant de sujets et aussi vastes, il ait fallu répartir les travaux en un grand nombre de sections. Aussi en compte-t-on dix; sept qui sont techniques à caractère purement professionnel et trois qui sont économiques. Plusieurs centaines de mémoires, ou plus exactement de rapports ont été établis sur un sujet arrêté d’un commun accord et dans des conditions déterminées, de sorte qu’on ne rencontre pas de ces redites, de ces inégalités si fréquentes dans les congrès antérieurs. Chaque rapport étant en outre une œuvre quasi-commune et désintéressée, sa discussion peut 'être entreprise sans craindre de léser des intérêts particuliers ou de froisser les amours-propres. Sur de nombreux'sujets, il y a eu, sinon accord du moins travail en liaison avec divers ministères, et le gouvernement a prêté son concours' au Congrès, directement ou non, soit en y faisant participer ou déléguer quelques-uns de ses agents les plus qualifiés, soit en metlant sa documentation et ses services de renseignements à sa disposition. 1
- Ce sont là des caractéristiques nouvelles de ce Congrès et elles le distinguent nettement des manifestations analogues antérieures. Pour ces dispositions, qui sont de nature à assurer son succès et à donner une orientation nouvelle aux congrès futurs, pour la grandeur de la tàêhe entreprise, il faut savoir gré à la Société des Ingénieurs civils de France, d’où , est parti le mouvement d’idées qui a abouti à un Congrès général du Génie civil, d’abord national, puis interallié : malgré les difficultés du moment, malgré surtout l’absence de beaucoup de ceux qui, disparus ou mobilisés, auraient pu lui prêter un concours précieux, elle*a su mener à bonne fin une. tâche qui était extrêmement difficile et qui conçue comme elle l’a été, ne peut manquer d’être féconde.
- Miiîgai..
- Le Gérant • P. Masson. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
- p.192 - vue 196/474
-
-
-
- LA NATURE. — N* 2322.
- 30 MARS 1918
- LA GUERRE NAVALE EN 1917
- III
- i
- Campagne des sous-marins contre la marine de commerce.
- La guerre sous-marine au commerce, sans respect pour le droit international, la propriété privée, la vie des non-combattants, est une simple guerre de forbans. Celle de 1917 n’a différé en rien de celle de 1915 et de 1916, sinon par une insolence
- fut annoncé par une déclaration du 51 janvier, qui élargissait notablement la zone de guerre du 5 février 1915 et changeait son nom en celui de zone interdite ou Sperrgebiet. Beaucoup plus tard, longtemps après le terme de trois mois écoulé, le
- d Iles
- f " A N C t
- , J les Açi
- Légende
- Zone interdite par/ffletnagne MSFëyrierWff. i_________d-_______/e2lfforavùrcfflr
- Fig* i. — Carte du blocus sous-marin. Les deux « Sperrgebiet » du 3i janvier et du 22 novembre.
- plus affichée, des péripéties d’amplitude un peu plus étendues, les alarmes beaucoup plus vives, qu’elle a un instant fait naître chez les défenseurs de la justice. „ '
- Au commencement de l’année, la population germanique avait été invitée à fonder son espoir sur la guerre sous-marine sans merci, détruisant belligérants et neutres sans distinction, pour obtenir la paix à brève échéance, c’est-à-dire “en trois mois; au milieu de novembre 1916, le Kaiser venait de se déclarer partisan de cette paix, sans rien révéler de ses clauses. Le déclenchement de la nouvelle guerre
- 22 novembre, une nouvelle extension fut donnée à la région des destructions, pour faire renaître quelque lueur des espérances de janvier.
- La figure 1 représente les deux Sperrgebiet, celui du 31 janvier en traits ponctués, celui du 22 novembre en traits pleins. Ce dernier contient une zone additionnelle entourant les Açores; le couloir d’accès réservé le 31 janvier vers la Grèce constantinienne y est supprimé.
- La création du Sperrgebiet était vis-à-vis de tous les neutres et surtout des États-Unis, un défi audacieux auquel réponse fut donnée de Washington,
- 13. — 193.
- 46" Année. — 1" Semestre.
- p.193 - vue 197/474
-
-
-
- 194
- LA GUERRE NAVALE EN 1917
- le 15 février, par la rupture diplomatique, suivie de la déclaration de guerre du 6 avril. Dans l’intervalle, les trois États Scandinaves protestèrent par une note concertée, purement platonique; ils ne s’associèrent point à une protestation du Président Wilson qui précéda la rupture et en formula la menace. Les trois Républiques Sud-Américaines À. B. C. et la Chine au contraire adhérèrent à la note Wilson. En été le Brésil et la Chine ont fait honneur à leur signature, en suivant l’exemple des États-Unis.
- La Hollande et l’Espagne semblent avoir gardé le silence. Toutes deux furent récompensées de leur docilité, la première, pour sa part, dès le 25 février. À cette date la Hollande avait à Falmouth, sept vapeurs, dont trois se préparaient à rentrer à vide après avoir déchargé, tandis que les quatre autres se trouvaient en escale, et rapportaient des vivres de provenance américaine, pour la plus grande partie appartenant au Gouvernement hollandais. Le
- depuis le début de la guerre s’élevaient, suivant un article, sujet à caution, de la Gazette de Cologne du 12 janvier 1917, à 272 navires jaugeant 567000 t., soit environ 15 pour 100 de son tonnage brut total d’avant la guerre. D’après le calcul d’ailleurs peu exact du même journal, la perte cà cette date aurait été de 14 pour 100 pour la marine française et de 11 pour 100 seulement pour la marine britannique. Vers la même époque, M. Llojd George a fait connaître le nombre total des navires neutres détruits, qui était de 570, effet des mines compris.
- Après destruction d’un navire, la conduite à l’égard des naufragés est laissée à l’arbitraire du commandant du sous-marin. Parfois les équipages abandonnés en embarcation à 60 milles de la côte périssent en partie de fatigue et d’inanition; tel fut le cas pour le Storsted norvégien employé au ravitaillement de la Belgique. Parfois même des naufragés ont, selon leurs rapports, été obligés d’accoster le sous-marin et ont été dépouillés de leurs vivres.
- cabinet de La Haye demanda la date à laquelle le Sperrgebiet pourrait être traversé sans danger. Les deux dates du 25 février et du 17 mars furent indiquées, avec préférence pour la seconde. Les sept navires prirent la mer le 25 février et furent torpillés tous les sept. Il n’a été fait mention d’indemnités d’aucune sorte. Le public associa son indignation au mécontentement des armateurs. La Hollande sera toujours un pays de braves gens.
- Nous aimons occasion de voir, au chapitre IV, la réponse envoyée plus tard de Berlin à une question du cabinet de Madrid analogue à celle du cabinet de La Haye.
- Dans la zone interdite, comme dans l’ancienne zone de guerre, les navires neutres sont, en général, traités comme les navires belligérants. L’Amirauté de Berlin semble avoir prescrit quelques ménagements, à l’égard des pays dont la servilité lui semblait le mériter. La marine espagnole a joui quelque temps de ce privilège; ensuite elle a vu'lés sous-marins attaquer, à la fin de l'année, jusqu’à ses simples caboteurs. La marine norvégienne est honorée d’un acharnement non dissimulé; ses pertes
- Les zeppelins, qui n’avaient jamais été signalés dans la zone de guerre, se sont associés à l’action destructrice des sous-marins, dans la zona interdite. Ils sont pires que ceux-ci. L’un d’eux, après avoir attaqué le vapeur suédois Flandria, le 17 septembre 1917, et l’avoir obligé à stopper, a continué à lancer ses bombes pendant l’embarquement des passagers dans les canots.
- La disparition en juillet du vapeur argentin Cara-malan, dont aucune trace n’a été retrouvée, mérite une mention spéciale. Elle représente vraisemblablement une application de la règle de destruction sparlos des navires neutres, dont M. von Luxburg a fait parvenir la recommandation à Berlin avec la complicité de M. Everlaf, de Stockholm.
- La déclaration du Sperrgebiet fut certainement précédée d’une grande recrudescence d’activité dans la construction des sous-marins. L’extension donnée au chantier Germania de Kiel, succursale de Krupp, a été signalée; la puissance de production du département des sous-marins y aurait été quadruplée. Il est supposable, qu’en 1916, la flottille teutonne comptait environ 200 sous-marins, dont 130 seule-
- p.194 - vue 198/474
-
-
-
- LA GUERRE NAVALE EN 1917
- 195
- ment de 600 t. et au-dessus. Le chiffre a du s’élever jusqu’à 400 dans le courant de 1917. Il aurait même été certainement plus élevé, n’eût e'té les destructions, qui y mirent bon ordre.
- Les dimensions des sous-marins ne semblent pas avoir beaucoup varié. Le modèle le plus répandu parmi les U, classe principale des torpilleurs, est toujours le sous-marin de 600 t., armé de 2 canons de 105 mm. A ce modèle appartiennent le U-293, que le défaut de combustible a obligé de relâcher à Cadix le 8 septembre et qui a été indûment libéré
- dire, dans les couteaux, probablement deux lames en croix, dont leur avant a été muni pour couper les filets.
- Les moyens de protection appliqués dans la défense contre les sous-marins, parmi lesquels, au premier rang, les moyens de destruction des sous-marins, sont très variés; leur nombre s’accroît sans cesse.
- Les barrages décrits au chapitre II, si leur efficacité pouvait être complète partout et toujours, suffiraient à assurer la complète sécurité delà mer.
- Les barrages laissent passer des sous-marins; ils en détruisent; la proportion entre ceux qui passent et ceux qui restent en route est inconnue.
- Le barrage franchi, le sous-marin se heurte à la résistance des navires de commerce armés et à la poursuite des bâtiments de combat principalement des torpilleurs. Ces derniers se comptent par centaines. Les
- ( * .J3 v - 'i “ i - 'y 1 v
- Fig. 3 et 4. en 3 parties
- par les autorités du port. C’est aussi le modèle du U-65 représenté figuré 2. L’équipage est de 50 hommes. Quelques bâtiments atteignent 1500 t. peut-être même 1800 t. ; ces derniers portent un canon de 150 mm à la place d’un 105.
- On tombe bien au-dessous de 600 L dans la classe des U-B armés de canons de 50 ou au plus de 88 mm, et surtout dans la phalange des mouilleurs de mines U-C, dépourvus de canons et de tubes lance-torpilles. Ces derniers se démontent en trois tranches et voyagent sur les voies ferrées (fig. 5 et 4). L’Amirauté de lïerlin avait mieux à faire que de modifier ses modèles, d’entreprendre des études et d’exécuter ensuite des essais qui prennent du temps. Il lui fallait construire vite et beaucoup.
- L’arme employée contre les navires de commerce n’est plus, comme en 1915 et 1916, presque exclusivement le canon ou la bombe horaire. L’armement des pacifiques bâtiments, qui se défendent maintenant, et souvent très bien, y a fait renoncer. L’attaque sous-marine à la torpille a repris son importance. En plus de leur armement offensif, les sous-marins en ont reçu un défensif, pour ainsi
- — Le sous-marin U C-5 poseur de mines démonté sur le navire qui vient de l’apporter à New- York.
- patrouilleurs, chalutiers, yachts et canonnières se comptent par milliers.
- Le sous-marin n’attaque au canon le navire de commerce armé, que préjugeant de l’adresse de ses pointeurs et de la maladresse de l’adversaire, il se croit certain de détruire sans être lui-même touché. Sinon, c’est l’attaque sous-marine à la torpille qui s’impose. Or celle-ci est rarement possible parce que la vitesse du sous-marin en plongée est inférieure à celle de tous les paquebots et de presque tous les cargos. L’armement des navires de commerce a par suite réduit pour eux, de plus de moitié, le danger d’être attaqués.
- Quand le sous-marin se décide à faire parler le
- p.195 - vue 199/474
-
-
-
- 196
- LA GUERRE NAVALE EN 1917
- canon, il risque fort de payer de sa vie une erreur commise en mésestimant l’adversaire. Le cas s’est présenté assez souvent, à partir du jour où les novices du commerce ont eu acquis l’usage de la hausse et l’habitude du pointage. Le rapport entre
- " ”.
- . J? : ~ ^ x ;
- L; ;
- Fig. 5. — Groupe de patrouilleurs derrière le sillage en zigzag-laissé par un vapeur.
- le nombre hebdomadaire des attaques repoussées et le nombre des attaques destructrices varie beaucoup. Pour les navires britanniques, il s’est élevé jusqu'à deux tiers en septembre, tandis que, dans dans d’autres semaines, il est descendu à un cinquième. La moyenne, établie pour les quarante-cinq semaines terminées le 10 décembre 1917, est de 1 à 2, plus exactement 0,51.
- En France, la défense au canon a donné sensiblement les mêmes résultats qu’en Grande-Bretagne. Nos communiqués de guerre navale, si sobres au sujet des hauts faits de la marine militaire, ont été moins parcimonieux à l’égard de la marine \
- de commerce. Nous savons, par exemple, que le chalutier Hyacinthe des Sables-d’Olorme a soutenu le combat avec acharnement, qu’il a vu son adversaire couler à fond, au moment où il y coulait lui-même. Le trois-mâts goélette Kléber, de Belle-Ile, simple voilier armé d’un pauvre Hochkiss de 47 mm, s’est échappé après 4 heures de canonnade et a
- regagné Port-Louis, grâce à un stratagème du maître d’équipage que n’aurait pas désavoué un compagnon de Jean-Bart.
- Nos paquebots, que les sous-marins teutons n’oseraient guère attaquer au canon, ont échappé
- au guet-apens de
- __ _ _ ............ mainte attaque à la
- * - - torpille, par la pré-
- .. 1 cision du tir dirigé
- v ^ I contre le périscope.
- * •„ Tel fut le cas pour
- le Rochambeau et la Ville-de-Tunis de la Compagnie générale transatlantique, pour YAmiral-Powty, des Chargeurs-Réunis, pour le Puech, vapeur du port de Cette.
- L’attaque à la torpille est déjouée, quand le navire peut se couvrir d’un écran de fumée en s’éloignant du périscope. Le bâtiment bien armé et bien outillé d’appareils fumigènes est donc prémuni à la fois contre l’artillerie et contre les torpilles. Le Shipping board de Washington a rendu l’embarquement de matières fumigènes réglementaire sur les bâtiments de plus de 2500 t. L’écran
- Fig. 6. — Navire hollandais portant les signes apparents de neutralité.
- s’obtient en allumant de grands réchauds sur le pont ou simplement en jetant la matière fumigène sur la grille des chaudières. La sécurité est plus complète si le dégagement de fumée est produit à une certaine distance de l’avant du navire. Des bombes fumigènes sont préparées à cet usage. Une autre amélioration a été obtenue, paraît-il, en
- p.196 - vue 200/474
-
-
-
- LA GUERRE NAVALE EN 1917
- 197
- remplaçant le nuage noir par une brume blanche.
- A défaut d’appare;Is fumigènes, le vapeur menacé a toujours la ressource de la route en zigzags pour déjouer la manœuvre du sous-marin mal guidé par le sim-
- ple périscope ; •-
- (fig. 5). _ ; V.* ./ / '
- La formation „ -
- de grands con- ' : :
- vois a de sérieux ' ''
- avantages sur la ' ' •,
- navigation par , navires isolés : puissance supérieure d’artillerie, nombre moindre de rencontres dange-. reuseset, par-dessus tout, possibilité de faire escorter tous les navires par des convoyeurs de
- grande vitesse. Le torpilleur sert d’abord d’éclaireur, en avisant le convoi de l’approche des périscopes et en lui faisant prendre la route qui assure le
- ' Fig.
- Épave du sous-du Pas
- à la torpille, est minime contre un adversaire aussi agile.
- Les grands filets dans lesquels les torpilleurs ont eu l’adresse de capturer maints, sous-marins en
- 1915 et 1916 - _ T ' : ont probable-
- - i ment obtenu
- quelques nouveaux succès en ' , . 1917 ; rien n’en
- s a été révélé. On.
- ' ; sait au contraire
- aujourd’hui, par expérience, que le sous-marin peut détruire le sous-marin dans un combat où les appareils de réception des bruits lointains et des appareils d’écoute ont leur rôle. On sait surtout que, grâce à l’augmentation de la puissance de leurs bombes, les avions sont enfin devenus de bons chasseurs, grands destructeurs de sous-
- S» flijlliîL.
- ImÊMÉÈÈaiÊÈÈBÊÊiÊ^ÊÈÊÈÊBëÈm
- marin échoué sur une plage de Calais.
- DIAGRAMME des PERTES de NAVIRES ^
- DE COMMERCE ANGLAIS • — Bat/mente c/e p/us e/e 7600tonnes
- ___. moins -___________d°______,
- ip....... /OÙâl
- tumii Courles enye/oppespassantpar/essomme/s
- .t=fc±
- 25 4 11 18 25 1 S 15 22 29 6 13 20 27 3 10 17 24 I 8 15 22 29 5 12 19 26 2 9 16 23 30 7,14 21 28 4 11 18 241 8 15 22 29 5 12 19 26
- • — Mars 19/7 Avri/ Mai Juin Jui//et Aoû/ Sept Oct, Nov. Déc. Jam1978
- Fig. 8. — Diagramme des pertes des navires de commerce anglais.
- mieux sa sécurité; ensuite il attaque le sous-marin.
- Les torpilleurs sont les ennemis les plus redoutés •du sous-marin qui a pu franchir le barrage. Le combat d’artillerie contre eux est à coup sûr fatal au sous-marin.. La chance de succès, dans le combat
- marins; ils ont surtout brillé dans la journée célèbre de novembre, qui a envoyé, dit-on, plusieurs forbans au fond de l’Océan.
- Des instruments plus maniables et beaucoup plus puissants que l’ancienne cisaille ont eu raison
- p.197 - vue 201/474
-
-
-
- 198 -............— LA GUERRE NAVALE EN 1917
- i -
- des doubles orins ou chaîne ou en filin des mines marines et en auront désormais toujours raison.
- Il importe aussi de ne pas oublier que le perfec-
- Fig. 9.
- Courbe de la progression croissante des
- destructions de sous-marins pendant Vannée 1917.
- tionnement du système de cloisons étanches, et l’introduction des bourrages légers accroît sans cesse, depuis le début de la guerre, les chances de regagner le port, pour le navire atteint par une torpille.
- Ce n’était pas trop de tous ces moyens, contre la violence de l’attaque tentée par les Germains en 1917.
- La ruée de la Sturm- flot tille destinée à rendre les mers chauves de navires ne coïncida pas avec la déclaration du Sperrgebiet. Elle dut attendre la fin de la préparation matérielle, construciion des derniers U et UC, remise en état des anciens, ravitaillement de ceux qui rentraient de campagne. Les résultats obtenus en février et mars ont été, si je m’en rapporte à mes notes, imparfaitement publiés ; ils ont dû être inquiétants. A partir du commencement d’avril, le tableau hebdomadaire des pertes subies et des attaques repoussées fut régulièrement communiqué; c’était l’appel pressant à intensifier la préparation de tous les procédés de défense contre les sous-marins.
- La Nature a publié le 17 novembre les courbes complètes des destructions commises en 1917, du milieu de mars à la fin de septembre. Pour l’année complète et le mois de janvier 1918, Y Engineering du 1er février a publié des courbes présentant la même exactitude, qui concernent la marine britannique seule. Ce dernier diagramme est reproduit
- sur la figure 8. Les courbes menées par les sommets successifs de chacune des sinusoïdes expriment la valeur maxima de la virulence pendant les mois successifs, et montre sa décroissance continue (*).
- En mai, la destruction de navires, tant au-dessous qu’au-dessus de 1600 t., atteint 55 bâtiments en une seule semaine. Soutenue à un taux pareil elle eût été de 2860 navires, plus du quart de la marine, en un an. C était la menace d’un désastre. Ce fut, pour la Grande-Bretagne et le monde, une heure d’angoisse comparable à celle que nous avons connue pour la France, du 25 août au 10 septembre 1914. A partir de la première semaine de mai, la courbe baisse rapidement; la chute se poursuit régulière et continue. A la fin de l’été, Sir Eric Geddes a pu déclarer que la campagne sous-marine est contenue sinon maîtrisée. En décembre il peut déclarer que 1 Amirauté se considère enfin comme maîtresse de la situation. Sur la figure 8, le maximum du danger n’est plus que • celui d’une destruction
- 40 Millions
- .O
- SOMillions
- 10Mitlions
- 1916 '
- Fig. jo.
- Courbe de la construction britannique des navires de commerce.
- hebdomadaire de vingt bâtiments. C'est l’échec de la campagne sous-marine, la déroute après la ruée.
- Du diagramme de la figure 8, il convient de
- 1. Comme pertes de la France et de l'Italie, on peut compter 10 \apeurs français et b italiens détruits, pour 90 anglais. C’est la proportion entre l’importance des trois marines de commerce.
- p.198 - vue 202/474
-
-
-
- LA GUERRE NAVALE EN 1917
- = 199
- rapprocher celui de la figure 9, emprunté lui aussi à une publication londonnienne qui donne la progression croissante et rapide de la destruction des sous-marins teutons, au cours de l’année 1917. L’échelle des ordonnées n’a pas été indiquée. Les lecteurs qui suivent les publications de la Presse Britannique l’ajouteraient facilement d’après le chiffre indiqué pour le mois de décembre. Celte destruction de 5,2 par semaine aurait été même dépassée de beaucoup à certaines dates, si l’on en croit M. Hobler, conseiller à l’ambassade anglaise de Washington.
- Les deux figures 8 et 9 se complètent l’une l’autre, la croissance des destructions expliquant la décroissance des pertes.
- Le danger de partager le sort des équipages ensevelis vivants, dans un cercueil d’acier, favorise mal le recrutement des équipages sur les sous-marins nouveaux. Les faveurs de solde et de permissions ont été impuissantes à obtenir des enrôlements de volontaires. Il a fallu recourir aux désignations d’office ; dès lors, sur la Hochsee-flolte, les équipages se mutinent. Les révélations de l’amiral von Capelle au Reichstag, en octobre, ont fait savoir que, dès la fin d’août, la rébellion s’était étendue à bord de quatre cuirassés de Wil-helmshaven et que le commandant du West-falen ( fig. 11 ) avait été jeté à la mer et noyé par ses matelots. Sur le
- croiseur Nürnberg, les officiers furent simplement emprisonnés; ensuite le bâtiment fit route vers la Suède'. Il fut arrêté par une escadrille de torpilleurs. D’autres soulèvements se produisirent à Ostende sur les sous-marins teutons, à Pola sur des sous-marins autrichiens. Un moyen très sur d'échapper au service sous-marin fut adopté par un équipage autrichien, mais slave de nationalité, qui livra son navire à l’Italie.
- A quel niveau l’état moral de la population peut-il être tombé, quand de tels symptômes se manifestent sur la flotte?
- Un défi à la menace sous marine a été lancé par les constructeurs de navires, pendant les premiers mois qui suivirent la déclaration du Sperr-• gebiet. L’activité des chantiers 's’est merveilleusement déployée dans les deux pays assez heureux pour posséder matériaux et main-d’œuvre. Loin de se ralentir, la production promet d’aug-^ monter en 1918. -
- La figure 10 donne la loi de croissance de la construction britannique de navires de commerce, qui a été sextuplée de janvier 1916 à décembre 1917, après être tombée en 1915 au tiers du chiffre de 1915. Sir EricGeddes nous apprenait récemment que quarante-cinq nouvelles cales on tété construites et qu’en 1918 la production dépassera le double du record antérieur, 1 952 155 t., atteint en 1915. 11 sera ainsi lancé plus de 5800 000 t., ce qui dépassera de cinq cent mille les pertes subies du 1er août 1916 au 1er août 1917. A ce taux, la marine de commerce britannique remontera vers son chiffre d’avant-guerre, de vingt millions de t., tombé à dix-neuf millions de t. brutes le Ier août 1917. Le cri d’alarme : « La victo're est une question de tonnage » a été entendu. C’est la victoire.
- Même effort chez les constructeurs américains. Le
- Fig. ii.
- Cuirassé Westfalen sur lequel s’est produite une rébellion de l’équipage.
- Skipping boarcl,. Commission spécialement chargée de parer au danger, a pris des mesures immédiates. Deux millions de tonnes étaient déjà en main pour la Grande-Bretagne et ses alliés. Quatre millions supplémentaires furent ajoutés et le travail organisé en vue de livrer les six millions avant la fin_ de 1918. Il n’est point indifférent de signaler que cé total comprend vingt vapeurs de 4600 t. destinés à la France, et d’ajouter que les bâtiments auront une protection efficace contre la torpille. Il ne s’agit là que de navires en fer .et en acier. La construction des navires en bois, dont quelques centaines ont été mis en chantier, ne peut donner que des résultats aléatoires, les ouvriers professionnels devant être très rares Ils ne fourniront qu’un appoint, destiné à disparaître rapidement en raison de la qualité du bois employé. .
- Aux États-Unis, l’uniformisation générale a été adoptée; elle n’aurait eu que des. inconvénients-sur
- p.199 - vue 203/474
-
-
-
- 200 --: LA GUERRE NAVALE EN 1917
- les grands chantiers britanniques, qui construisent tous en série, chacun suivant ses propres modèles.
- Le Japon ajoutera 500000 t. à îa production de la Grande-Bretagne et des États-Unis.
- N’oublions pas la part de la Germanie dans le relèvement du tonnage mondial en 1918.
- Les paquebots de la Hamburg America et autres immobilisés à New-York depuis le mois d’août 1914, vont reprendre la mer sous le pavillon étoilé. Leur saisie en 1917 a été un peu trop tardive ; leurs appareils moteurs ont été savamment détériorés ; la des-
- appareil du monde après ceux du Mauretania. On a relevé sur le Vaterland des détails qui sont des chefs-d’œuvre de mécanique.
- Un second appoint de la Germanie nous vient par le Brésil. Trente paquebots vont, de ce côté, mettre 560000 t. environ de tonnage brut, pour deux ans, au service de la France, selon la convention franco-brésilienne du 5 décembre 1917.
- La Germanie.a favorisé l’effort de résistance à sa campagne sous-marine de 1917, d’une seconde manière en lançant contre les navires de commerce,
- Fig. 12. — Le plus grand paquebot allemand le Vaterland interné à New-York.
- truciion des plans gêne la conduite des réparations. Les travaux marchent néanmoins. Trois bâtiments, non des moindres, sont déjà en service. 11 s’agit de quarante-neuf grands navires dont VEngeneerivg a récemment donné la liste, pour New-York seulement, et d’une cinquantaine pour Boston, Philadelphie et d’autres ports. Quelle lumière jettent ces chiffres Sur la prodigieuse croissance de la marine germanique, sur le magnifique développement pacifique, qui fut interrompu par un véritable meurtre de la poule aux œufs d’or. Parmi ces quarante-neuf navires de New-York, le Vaterland, terminé en 1914, de 60000 t. de déplacement (fig. 12), est le plus grarid paquebot du monde après le White-Star le Britannic étant détruit ; VOlimpic, il est muni de'turbines dè *62 000 chevaux, le plus puissant
- dès février 1915 et même plus tôt, la poignée de sous-marins dont elle disposait. Si elle avait su attendre, “professer un respect affecté pour le droit international, s’attaquer d’abord aux seuls navires de guerre, tout en préparant sournoisement son crime par la construction de quelques centaines de sous-marins, son attaque de 1917 aurait été irrési>tihle. Elle a, tout au contraire, obligé ses adversaires, pendant deux ans, à préparer d'avance leurs moyens de défense. La Schadenfreude l’a perdue.
- Dans une guerre nouvelle, la Germanie ne nous donnerait, ni le répit de deux ans pour nous préparer à repousser ses entreprises, ni le concours de ses paquebots pour remplacer ceux qu’elle détruirait. Il faut des garanties solides contre les entre-
- p.200 - vue 204/474
-
-
-
- LA GUERRE NAVALE EN 1917 —.... i. r 201
- prises d’une guerre nouvelle, en sus des réparations dues à toutes les victimes, à celles de la guerre sous-marine et du speergebiet de 1917 en particulier.
- La Grande-Bretagne a mal apprécié l’esprit de la Germanie grandissante, lorsque, faisant fond sur sa gratitude, elle lui a gracieusement abandonné Ilelgoland, un îlot impeuplé, dont l’occupation ne peut blesser aucun vœu de nationalité. C’est une erreur à réparer. La Grande-Bretagne pourrait
- aussi découvrir une garantie de la paix du monde dans la possession des deux îles qui forment les musoirs de son grand barrage de 1917. D’autres garanties doivent se découvrir facilement du côté du canal de Kiel et ailleurs.
- La campagne sous-marine de 1917 contrelecom-merce du monde entier est d’ailleurs un tel crime, que nul pays du monde, Germanie mise à part, ne le jugera trop sévèrement châtié.
- IV
- Résumé et Conclusions
- L’année 1917 a été, en marine, une année de préparation et d’attente; à l’année 1918, l’honneur attendu de donner la décision de la guerre navale. .
- Les péripéties tragiques de la guerre sous-marine ont versé alternativement le souci et la confiance.
- D’abord, c’est ,1a ruée des malfaiteurs. Les drames de la mer se multiplient.
- Ici, un pétrolier en feu illumine au loin la houle (fig. 29). Ailleurs, un vapeur atteint par la torpille, désemparé de son moteur et de ses appareils de pompage, s’arrête, se cabre sur l’arrière (tig. 30), puis subitement disparait dans son remous.
- _ Neutres et belligérants ont été également frappés. Tous ont pu se demander si le blocus général de tous les pays, ne résulterait pas de la destruction de toutes les marines. L’armée immense des torpilleurs, des patrouilleurs, des chasseurs de sous-marins qui couvre la mer, secondée quelquefois par l’armée aérienne des hydravions a eu raison des forbans. Les dragueurs de mines libèrent sans relâche les routes de la mer. Tout navire atteint ou menacé est presque certain de voir un prompt secours répondre à son appel de détresse. La destruction des navires de commerce a fini par descendre au-dessous de ce qu’elle a été dans les années 1915, 1916, considérées comme calmes.
- Le monde aura été sauvé par les bâtiments de flottille, la poussière navale, comme les nommaient leurs contempteurs. La poussière navale, les bâtiments de'400 à 1000 t., ce qui était d’ailleurs le déplacement des grandes corvettes de jadis ou des petites frégates, a été sans cesse à la peine. A la flottille, est échu le soin de tendre les barrages, de les armer de leurs mines, de les maintenir intacts,
- de soutenir contre l’ennemi, à courte distance, une guerre incessante, qui n’est pas sans quelque analogie avec la guerre des tranchées. A la flottille ensuite, la charge de poursuivre au large, le sous-marin qui a échappé au barrage.
- Les majestueux cuirassés semblent avoir simplement assisté, spectateurs impassibles, à l’activité des petits bâtiments. La plupart de ceux de Grande-Bretagne et de France n’ont probablement guère quitté, en 1917, l’abri des barrages protecteurs, dans les points d’appui de la côte orientale d’Angleterre du d’Ecosse et dans la rade de Corfou. 11 en esL sûrement ainsi pour la Hoch^eeflotte. Mais, il ne faut pas l’oublier, la flottille n’a pu faire son œuvre, que grâce au voisinage protecteur des grands navires. La maîtrise de la mer, qui reste à la base de toutes les opérations, repose sur la flotte de ligne. En 1917, l’Amirauté de Londres était tenue de respecter les défenses terrestres de la côte germanique, parce qu’une opération imposant à la flotte deux ou trois mois de travaux de réparations aurait pu donner à la Germanie, la maîtrise momentanée de la mer. L’Amirauté de Berlin n’expose sa flotte à aucun risque de destruction, parce que la destruction de sa flotte donnerait toute liberté d’action à la flotte britannique.
- En diplomatie, sur le terrain du droit maritime international, de même qu’en marine sur l’Océan, aucune nouvelle bataille ne s’est livrée en 1917, quelques escarmouches seulement.
- La déclaration germanique de la zone interdite, puis la déclaration d’un élargissement de cette zone, n’ont rien ajouté à la violation du droit résultant de la déclaration de la zone de guerre en 1915. line protestation nouvelle des neutres eût été
- Fig-. i3. — Releveur de mines au travail.
- p.201 - vue 205/474
-
-
-
- 202
- LA GUERRE NAVALE EN 1917
- sans objet, l'n seul neutre avait rejeté les prétentions germaniques et protesté contre les procédés de destruction employés dans la- zone, de guerre. 11 avait poussé sa protestation jusqu'à l’ultimatum. En 1917, le gouvernement de Washington a fait honneur à sa parole et donné sanction à son ultimatum.
- Les escarmouches se sont produites, Tune d’elles entre la Hollande et l’Entente, les autres entre l’Espagne et la Germanie.
- L’incident hollandais est survenu en mars 1917, quand le vapeur anglais Princess-Melita, armé de canons de défense contre les sous-marins, a été arrêté à son arrivée dans le port de Hoek-van-Holland et soumis aux règles applicables à un bâtiment de guerre. G est un des exemples de soumission du gouvernement de La Haye aux injonctions de Berlin, que le public n’approuve pas toujours en Hollande.
- Le principal incident espagnol s’est produit vers la même époque, quand le Cabinet de Madrid a envoyé une note à Berlin, pour connaître dans quelles, conditions les navires espagnols, stationnant dans un port étranger lors de la déclaration du Sperrgebiet, pouvaient rentrer dans leur pays, en traversant, sans danger, la zone interdite.
- La réponse posa deux conditions, également injustifiables en droit, l’une , imposée aux armateurs des navires, 1 autre imposée au gnol lui-même, savoir :
- 1° Engagement des navires à ne jamais entreprendre de traverséesutiles aux belligérants, sanctionné par le dépôt d’une caution de 5U0 marks par tonne. L’engagement équivalait à celui de se limiter au service de cabotage ou peu s’en faut;
- 2° Engagement du gou vernement à renoncer au droit d’assurer les navires Contre les risques de guerre.
- M. le comte Romanoncs, alors chef du cabinet, fit à ces propositions la réponse qu’il fallait. Les navires espagnols ne se risquèrent pas à subir le sort des Hollandais dont il a été question plus haut.
- Les protestations de l’Espagne se sont multipliées depuis lors, contre le torpillage de ses navires. Leur ton, en s’élevant, a montré que la fiierté castillane est maintenant en jeu, autant que l’intérêt de la marine.
- Les mesures britanniques de représailles, exposées au chapilre II, qui furent prises aux dépens du droit international, n’ont été que coups d’épingle répondant à coups de sabre. Elles ont consisté dans la fermeture des passes en eau territoriale, aux deux extrémités du barrage du Cattegat et dans la déclaration d’une zone interdite au nord du barrage Stylt-Borkum.
- La Suède et le Danemark étaient évidemment fondés à se plaindre, la Suède du barrage sur sa côte, le Danémark du même barrage et aussi de la zone interdite qui bloque une portion de sa rive occidentale Aucun des deux pays ne paraît avoir élevé de protestation. Tous deux avaient trop favorisé le ravitaillement de la Germanie’p<>ur se croire en droit d’en élever; tous deux ont conscience d’avoir trop supporté l’emprise germanique, imposée à l’un par ses socialistes, à l’autre par ses activistes et aussi par sa cour. La Suède se souvenait en outre de l’acte inamical commis à Koground, par son ministère antérieur.
- La Hollande protesta au milieu de juin contre la fer-
- Fig.-14. — Canonnier mitrailleur guettant xm périscope.
- *
- gouvernement espa-
- meture des deux passes de Borkum et de Stylt, qui avait été exécutée au com-meneemen t du mois.Cette fermeture interdisait, en effet, à ses navires de commerce , une voie directe et très sûre vers les ports Scandinaves; elle obligeait à la remplacer par une route sinueuse dirigée vers le Pas de Calais, puis remontant la côte orientale d’Angleterre, afin de traverser ensuite la mer du Nord sans escale possible dans les ports germaniques. Aucun droit international n’était d’ailleurs violé, car les eaux territoriales barrées sont des eaux germaniques. La Hollande avait simplement à subir une gêne due à l'état de guerre ; elle avait subi bien pis qu’une gêne, de la part de Spem/eHeîgermanique, lorsque sept de ses vapeurs avaient-été coulés par les sous-marins, dans les conditions rapportées au chapitre II. Sa protestation fut réfutée facilement.
- Après le rapide exposé des événements de la guerre de 1917, rappelons, afin d’en éclairer les conclusions, les réflexions hasardées à la fin du récit des cinq mois de guerre de 1914, dans La Nature du 14 févrit r 1915 : '4 7.
- « C’est la guerre lente. Ce pourra être la guerre
- p.202 - vue 206/474
-
-
-
- LA GUERRE NAVALE EN 1917 .:. =— 203
- « d’usure, préparant par l’épuisement de l’adver-« saire l’écrasement de son armée. La maîtrise de « la mer assurée par la Grande-Bretagne^prépondé-« rante dans la guerre lente, devient décisive dans « la guerre d’usure. »
- L’usure matérielle, tant économique que militaire, à peu près proportionnelle en tout pays à la durée dé la guerre, s’est accompagnée d’une usure morale, dont l’effet, qui se manifeste clairement depuis un an, est un facteur important de la guerre. Examinons ce qu’il est possible d’en discerner chez les belligérants.
- La Russie, plus profondément atteinte d’anémie cardiaque, que tout autre pays, s’est étrangement contaminée en 1917. Nous avons vu. au chapitre II, comment le premier contingent de traîtres, d’origine germanique, a travaillé à la défaite de l’armée russe dès le début de la guerre. L’usure morale a simplement facilité la tâche au second contingent, aux révolutionnaires d’inspiration germanique, qui ont orienté la révolution vers la félonie à l’égard des alliés de la Russie.
- Dans la Germanie et ses états vassaux, l’usure morale, probablement profonde, est un produit entièrement spontané de la guerre lente. Nulle entreprise de trahison ou même de simple découragement n’y â été soldée et n’y sera soldée par l’or étranger. Notre victoire sera sans souillure ; elle sera la victoire de l’honneur autant que la victoire du droit.
- Le premier symptôme d’un affaissement moral se trouve dans la proclamation faite par le kaiser au milieu de novembre 1916, de son désir de conclure la paix. La déclaration, marque boche, ne s’adressait qu’au peuple allemand; elle1 n’a été accompagnée d’aucune proposition, directe ou indirecte, où l’on pût découvrir la moindre intention pacifique. Son enveloppe trop mince laissait voir l’intérieur, qui était vide.
- La seconde manœuvre pour relever le moral germanique, fut une déclaration de M. de Belh-mann-Hoîlweg à la Commission du Reichstag le 17 février 1917. Le Chancelier de l’Empire prê-
- chait la résistance à outrance contre un ennemi qu’enffammait l’ardeur des conquêtes. Si l’on veut ' bien songer à la modestie de nos prétentions, rigoureusement limitées à l’ALace-Lorraine pendant les deux premières années de la guerre, si Ion se rappelle que nul, à la date du 17 février 1916, n’avait osé parlé de la frontière du Rhin à laquelle le chancelier fit allusion, le mensonge du chancelier n’a d’explication que dans sa connaissance de la mentalité germanique. La Germanie nous tiendrait en parfait mépris, si nous sortions de la guerre sans avoir assuré notre sécurité future, et celle de la Belgique avec la nôtre, par une solide frontière, solidement défendue sur le Rhin.
- En France, les angoisses de la dernière semaine d’août 1914, une fois dissipées, la confiance s’est accrue à proportion de ce que la guerre a duré; avec la confiance, la fermeté. Aujourd’hui que la source de la campagne défaitiste de certains mois de 1917 a été sondée, que les traîtres et leurs complices sont démasqués et marqués pour le châtiment, nous nous sentons respirer. En France, c’est le contraire de l’usure. Les Français sentent et savent que les souffrances, en se prolongeant, sont le prix de la paix meilleure.
- Parlons du Rhin frontière. Ainsi l’a voulu von Bethmann-IIolweg, avec l’à-propos dont il a donné d’autres preuves. Nous avons commence (à nous souvenir en 1917 que les Welches, non plus que les Wallons d’un côté, et les Wakes de l’aütre, n’ont rien de Germain. Nous osons nous rappeler que les Prussiens, en pays Welche, étaient beaucoup plus.abhorrés, en 1850, que les Hollandais en Belgique, et que la force militaire de la Prusse a seule empêché des émeutes de Cologne de tourner à la révolution de Bruxelles. M. Babelon, mon savant confrère, dans ses conférences documentées, nous a donné‘la démonstration de nos droits historiques. M. Julien Rovère, dans la Revue des Deux Mondes,, nous a révélé l’émouvante fidélité que les Welches gardaient encore à la France en 1870 et q'ue la France n’a pas assez connue.
- Fig. i5. — Sous-marin italien en croisière dans VAdriatique.
- p.203 - vue 207/474
-
-
-
- 204 —-----.......... LA GUERRE NAVALE EN 1917 —.... ~ -
- .Rien n’est à ajouter à ce qu’ont dit M. Babelon et [ tière du Rhin, ne suffisait pas pour l’assurer à la M. Rovere en 1917, sauf peut-être le souvenir | Belgique et à la France. La durée de la guerre
- Fig. 16. — Policemen de New-York de garde devant les navires allemands internés.
- de l’accueil fait aux Welches, aux Lorrains d’Alle- l la donnera. C’est une conviction réconfortante, magne, par les Lorrains de France, entre 1792 j .Décrire.la constance inébranlable de la Grande-
- Fig. IJ. — Cuirassé américain se couvrant d’un écran de fumée pour échapper à un sous-marin.
- et 1814, et de la joie commune de la réunion, dans les deux portions de la Lorraine reconstituée. La dure leçon d’aout 1914, qui exige la fron-
- Bretagne, après celle de la France, serait une redite. Les cœurs battent à l’unisson, sur les deux rives, du canal où les flottes ont longtemps lutté —
- p.204 - vue 208/474
-
-
-
- LA GUERRE NAVALE EN 1917 .....205
- avec un honneur égal et des destins différents. — C’est la devise que j’ai lue à Québec. Comme la France, comme la Belgique inébranlable, la Grande-Bretagne ne connaît pas d’usure à l’honneur. Elle n’a eu qu’un seule traître, un traître impuissant, sur la terre d’Irlande où la guerre va cicatriser la vieille plaie.
- Tout au plus la guerre lente trouvera-t-elle encore à Londres quelques préjugés dignes d’usure, chez quelques hommes d’État, chez quelques diplomates deDowning Street. Elle les usera. L’Autriche n’est plus la barrière rêvée contre les ambitions d’Attila; l’indépendance de ses sujets slaves est aussi nécessaire que celle des Polonais eux-mêmes, pour couvrir la Russie effondrée, contre l’envahissement teutoni-que. La guerre navale, nous l’avons dit, a montré toute l’imprudence de l’abandon d’Helgo-land, qui ne fut payé d’aucune gratitude. Sur la rive gauche du Rhin, les principes chers à la Grande-Bretagne comme à nous-mêmes lui enseigneront que les Welehes ne sont point des Teutons. Mieux que personne, le chef du cabinet, qui tient le gouvernail d’une main si ferme, peut sentir profondément que Wales et Welehes sont des hommes de même race portant le même nom. La durée de la guerre lente amènera ainsi, autour du tapis vert de la paix, des représentants pénétrés des mêmes convictions, comme les armées de Grande-Bretagne. et. de France ont, dès le mois d’août 1914, combattu en Belgique du même cœur.
- L’Italie fut, autant et plus que la France, enserrée dans le réseau des traîtrises teutonnes ; elle triomphe brillamment de la crise. Elle connaît par expérience la nécessité des frontières militaires. Elle se doit d’être le champion de la délivrance, pour toute population victime de l’emprise germanique. Il suffit à l’Italie de rester elle-même, de rester fidèle aux nobles principes qui l’ont attachée à l’Entente.
- Les États-Unis verront seulement une guerre de courte durée, non certes la guerre « fraîche et joyeuse » que la Teutonie s’était promise, mais la
- guerre dure et grave, qu’ils mènent dès aujourd’hui avec nous, sur terre et sur mer, avec leur légendaire énergie. Seule la monotonie de la vie des tranchées serait à redouter pour les enfants du pays de la vie intense.
- Les États-Unis ont pris les armes contre le grand malfaiteur, par amour de la justice, contre le perturbateur du monde, par amour de la paix. Leur intervention, si décisive qu’elle paraisse sur le succès de la guerre, prend une importance plus grande encore, lorsqu’on cherche à prévoir les conditions de la paix.
- Pour bien prévoir la place assignée d’avance aux représentants des États-Unis dans le futur Congrès
- il faut se rappeler celle qu’ils ont prise dans le Congrès de Paris et surtout dans ceux de La Haye. Inspirés par une très haute conception du droit, ils ont été les-apôtres de doctrines, auxquelles la plupart des pays se sont ralliés et auxquelles les derniers réfractaires se préparaient à se rallier. Us ont eu et ils ont, pour assurer la constance de leurs traditions, l'enseignement de la grande Society of internat i on al latv de Washington, dont les publications jouissent d’une autorité mondiale. A la même source, sans nul doute, avait puisé le président Wilson, dans les déclarations admirables qui ont reçu en 1917 la sanction attendue. Le prestige personnel conquis par M. Wilson agrandira encore le rôle des délégués américains ; sa science juridique le désigne d’avance comme une sorte d’arbitre pour accorder toute divergence entre alliés.
- L’habileté des diplomates américains se montre, depuis le début de la guerre, à la hauteur de la science des juristes de Washington. A la perspicacité du ministre d’État Branting et de ses collaborateurs, est due la découverte des pires intrigues germaniques secrètes, au Mexique et en divers pays. La police diplomatique à Buenos-Aires, en particulier, a mis en lumière les trames de M. von Luxburg, émule de von Bernstorff et traduit en clair les dépêches chiffrées qui allaient à Berlin en
- p.205 - vue 209/474
-
-
-
- 206
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- passant par Stockholm. L’habileté policière en Argentine répond à la bel lé tenue de la police métropolitaine de New-York.
- L’initiative privée est, aux Etats-Unis, un élément puissant de la vie publique. Nous savons en France comment elle peut suppléer à l’inertie temporaire du gouvernement; la courageuse enquête menée opportunément par Léon Daudet l’a montré. M. John Rathsom lut l’auxiliaire du cabinet américain, dans la campagne décisive contre les menées de trahison. La ténacité de ses attaques contre le vaste réseau des intrigues germaniques n’en a laissé aucune maille intacte. La clarté des rapports publiés dans son journal a rallié toute l’opinion et converti les derniers hésitants à la politique énergique du président Wilson.
- Portons enfin à l’actif des hommes d’état et des diplomates américains, la parfaite indépendance où les laisse l’histoire même de leur pays, vis-à-vis des traditions surannées, qui pèsent encore sur la diplomatie de la vieille Europe. Aucun respect superstitieux ne les lie aux traités, fondés en 1814 sur l’abus de la force, qui ont conduit en 1914 au conflit entre le droit du poing et le droit sans épithète.
- Grande-Bretagne et États-Unis, puissances industrielles et commerciales, à qui la Germanie dispute l'hégémonie sur tous les marchés, ont un intérêt commun, celui de ne point laisser la Belgique et la
- France succomber sous un écrasement économique après la paix.
- La Belgique et la France sortiront de la guerre plus épuisées, la France en hommes, toutes deux en outillage industriel et en ressources financières, qu aucun des pays alliés.
- Par ses rapines dans tout le pays qu’elle occupe, la Germanie entasse depuis plus de quarante mois des ressources puissantes, dont la clause des restitutions parviendra difficilement à la priver. Elle sortira de la guerre intacte, agrandie même, économiquement de ce qui restera de l’Autriche et de la Turquie ses vassales pour toujours; Elle gardera de même la Hongrie et la Bulgarie, alors que la clause des restaurations ne rendra point propre à la plus modeste culture nos campagnes du Nord ' dévastées et bouleversées. Il n’existe pas d’échelle pour mesurer la valeur des restitutions et réparations. Nous ne connaissons exactement que la valeur des garanties. Le recul à la rive du Rhin, de la frontière économique de la Belgique et de la France n’est pas moins indispensable à la garantie de leur vie économique, que le recul de la frontière militaire à la garantie de leur sécurité.
- Nous avons confiance en la paix américaine.
- L’année 1917 a été, en politique comme en marine, une année de préparation et d’attente. A l’année 1918, l’honneur de donner la solution de toute la guerre.
- E. Bertin, de l’Institut.
- Fig. 19. — Officier canonnier sur un cuirassé muni du costume spécial pour le protéger contre les retours de flamme et les
- Fig. 20.
- De quart à bord d’un patrouilleur.
- «ai*
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séances du n février au 4 mars 1918
- Nécrologie. — Émile Yung. — M. Edmond Perrier étudie les travaux de ce professeur à l’Université de Genève, qui fut un ardent francophile. Yung a examiné l’action des rayons lumineux des diverses longueurs d’ondes sur le développement embryogénique et a montré l’influence tout à fait prépondérante des rayons violets à action chimique et à vibrations rapides, dont la proportion plus grande à des époques anciennes a pu exercer une influence sur le développement paléontolo-gique de la vie. Il a également montré que, par une alimentation carnée des têtards de grenouilles, on augmentait la proportion des femelles et leur taille. Enfin, il a minutieusement exporté le plankton du lac de Genève, cette population flottante qui constitue le premier aliment de tout ce qui vit dans les eaux; et il a montré ses variations de composition saisonnières.
- La connexion ancienne de l’Amérique du Sud et de l’Afrique. — Souvent en paléontologie, on est amené à invoquer l’ancien continent de l’Atlantide pour expliquer certaines analogies de faunes entre les deux continents. M. A. Boulenger remarque que, pour certains insectivores où l’on avait fait une hypothèse semblable, on a trouvé plus tard, aux États-Unis, des types antérieurs analogues, qui donnaient une explication plus simple pour l’origine des animaux sud-américains. Il ne paraît pas en être de même, d’après lui, pour les poissons d’eau douce Characinides, dont l’habitat est aujourd’hui réduit aux lacs de l’Amérique méridionale et de l’Afrique. L’origine de ces poissons remonte au moins au crétacé supérieur. A cette époque, le pont continental, qui a disparu au début de l’éocène, existait encore et la transmission a pu se faire.
- p.206 - vue 210/474
-
-
-
- ACADEMIE DES SCIENCES — 207
- Les polypiers constructeurs. — Dans les formations récifales actuelles, les espèces coralliennes acquièrent des formes de plus en plus massives, à mesure que le niveau du récif s’élève et se rapproche de la surface de la mer. Mlle Yvonne Dehorne étend cette observation aux Stromatopores du Jurassique supérieur. Les types rameux et trapus du Portugal et de la Roumanie devaient correspondre à des eaux assez calmes, mais encore peu profondes ; les formes branchues, hautes et graciles du Sud-Tunisien ont dû se développer dans des eaux également tranquilles, mais plus profondes.
- Genèse de l'inuline chez les végétaux. — On pense généralement - que les organes à réserve inulacée ne reçoivent des feuilles autre chose que des sucres qui se condensent intérieurement à l’état d’inuline. M. Colin, étudiant la Chicorée, le Dahlia et le Topinambour, montre qu’il ne saurait être question de l’élaboration immédiate de l’inuline par la feuille et de sa migration, comme telle, vers les organes souterrains. C’est le principe des pressions osmotiques qui préside à la mise en réserve- de l’inuline comme à l’emmagasinement du saccharose : les feuilles ne délivrent à la plante que des sucres dont la conservation s’effectue tout le long de la tige ou seulement dans les tubercules ou les racines.
- Incoirections du langage scientifique. — De nombreux membres de l’Institut s’élèvent contre les incorrections, les néologismes inutiles, les tournures germaniques qui ont envahi le langage scientifique des jeunes gens;' contre l’abus des termes vagues et prétentieux tels que ion et catalyse qui visent simplement à donner l’illusion de connaissances profondes ; contre la vulgarisation d’autres mots, tels que l’hystérésis dans des cas n’ayant aucun rapport avec le magnétisme, contre l’emploi teuton du mot Littérature pour Bibliographie, etc.
- La diffraction solaire — M. Maurice Ilamy cherche le moyen d’affaiblir suffisamment la lumière pour que l’œil puisse supporter l’éclat des images; On pourrait déposer sur l’objectif une couche d’argenture; mais il est plus simple d’interposer une fente devant l’objectif. Si les lèvres de celles-ci sont assez rapprochées, on évite en même temps l’introduction de chaleur et on peut maintenir l’instrument identique à lui-même pendant la durée des observations. Il serait intéressant d’aborder ainsi l’examen des variations du diamètre solaire vrai, notamment au cours de la période undéeen-nale. Pour obtenir des images dénuées d’ondulations sur les bords, on aurait besoin d’un observatoire installé, ver 5000 m. d’altitude, sur un plateau couvert de neige et abrité à quelques kilomètres par de hautes cimes.
- Le fulminate de mercure. — MM. Nicolardol et Jean Boudet donnent le moyen d’analyser les fulminates de mercure employés pour les explosifs, dans lesquels la teneur en mercure libre peut dépasser 2 pour 100 et qui peuvent contenir en outre du sulfure d’antimoine, du nitrate ou du chlorate de potassium, de la, poudre de verre.
- Les Anophèles paludéens. — Il est d’un grand intérêt pratique pour la défense contre les épidémies de savoir comment se conservent les sporozoites dans les glandes salivaires des moustiques infectés de Psalmodium, afin d’éclairer en particulier le rôle joué par le Moustique dans le maintien hivernal de l’endémicité. M. Roubaud
- montre que les glandes salivaires se déchargent de leurs sporozoites au bout d’un nombre de piqûres peu élevé et, en outre, que ces sporozoites, s’ils n’ont pu être évacués, dégénèrent lentement dans le tissu des glandes ou le milieu" salivaire. La conservation prolongée du pouvoir infectant chez l’Anophèle infecté n’apparaît donc pas possible, au contraire de l’infection sain aire trypanoso-mienne des Glossines qui se maintient jusqu’à la mort de la Mouche infectée.
- Un photomètre stellaire. — M. Mentori Maggini, emploie, pour l’étude des étoiles variables, un instrument dont le système optique comprend, en se rapprochant de l’oculaire, une lampe, un diaphragme et une lentille projetant l’image du diaphragme sur une lame de verre homogène et à faces parallèles présentant vers son milieu une très petite surface circulaire argentée. On amène l’image extrafocale derrière cette partie argentée que l’on peut illuminer au moyen de la lampe en faisant varier l’intensité de celle-ci jusqu’à ce qu’on ne la distingue plus du disque de l’étoile. Le tirage de l’oculaire porte une échelle divisée en millimètres permettant de déterminer la différence de grandeur entre deux étoiles. La surface argentée peut être réduite à un tiers de millimètre.
- Extension de la culture de la vigne. — MM. Lucien Daniel et Henri Teulié étudient les progrès obtenus par la greffe sur sujets améliorants, en ce qui concerne la qualité des raisins ou la résistance phylloxérique. Leur conclusion est que l’on pourrait cultiver la vigne en France sur une large étendue au delà de la limite actuelle et réagir ainsi contre l’évolution qui a fait peu à peu reculer la vigne depuis le Nord de la Bretagne où elle existait au xu° siècle. Mais ce déplacement est presque totalement d’ordre économique.
- Valeur alimentaire du blé total. — MM. Lapicque et Chaussin considèrent que la valeur alimentaire du blé total est un peu plus grande que celle de son poids de farine blanche diminué du poids des résidus indigestibles. A condition d’éliminer les perturbations possibles par l’acidité du pain et d’éviter ou de compenser les différences d’hydratation, le pain à 85 est, selon eux, pratiquement de la même valeur nutritive que le pain blanc.
- L'âge du soleil et de la terre. -r~ M. A. Veronet étudie par le calcul l’évolution du soleil en l’assimilant à une masse gazeuse sphérique en équilibre qui se dilate ou se contracte uniformément : la condensation produisant de l’énergie et inversement. La variation- de la pression et celle de la température sont données par des équations connues. En supposant l’atmosphère solaire uniquement formée d’hydrogène, on trouve une couche d’inversion des températures à 100 km au-dessous de la couche d’inflexion des densités. La masse, dans son ensemble, doit se contracter en se refroidissant. Formé d’un gaz parfait, le soleil aurait mis 14 millions d’années à se contracter d’un rayon double au rayon actuel et 2 millions d’années dans le cas d’un gaz parfait. La température sur la terre est proportionnelle à la racine quatrième de l’énergie calorifique envoyée par le soleil. L’hypothèse d’un gaz parfait conduirait à supposer une température plus faible dans le passé qu’aujourd’hui. Dans le cas des gaz réels, on aurait eu 300° sur la terre à équateur il y a 1 500 000 ans avec un rayon plus
- p.207 - vue 211/474
-
-
-
- 208 ' = ACADEMIE DES SCIENCES
- grand de moitié et 125°, il y a un million d’années, avec R = 1,2. Enfin on aura 0° à l’équateur dans un million d’années avec R=0,92. La terre aurait ainsi au maximum un million d’années à vivre.
- Études de la leucocytose digestive. — MM. Rrodin et Saint-Girons ont commencé par s’assurer qu’un sujet maintenu à jeun et suivi de demi-heure en demi-heure, pendant plusieurs heures, garde un chiffre de leucocytes constant. Ils ont déterminé ensuite le chiffre de leucocytes et la, proportion des polynucléaires le matin à jeun au réveil. Puis ils ont fait ingérer des aliments variés et ont pratiqué des examens pendant 6 ou 7 heures après le repas. La conclusion est que le nombre des leucocytes présente deux maxima, l’un au bout de 2 à 5 heures après le repas, l’autre 4 à 6 heures après. Ces variations, dues au passage dans le sang des produits ingérés, sont surtout intenses avec une alimentation carnée.
- Les constantes critiques du mercure. — La tension de vapeur du mercure a été observée jusqu’à 880°, où elle atteint 162 atmosphères. M. À-riès s’est proposé de calculer les tensions critiques de ce corps. Il a dressé un tableau donnant, pour 14 températures d’observation de 230° à 880° C, la tension de vapeur observée exprimée en atmosphères, ainsi que la tension réduite. Il en a déduit des valeurs de la pression critique, qui devraient être égales et qui, en réalité, vont de 414 à 468 atmosphères. Il a été conduit à estimer ainsi que la température critique du mercure devrait être de 1350° absolus et la pression critique de 420 atmosphères. Ces estimations étant admises, la formule qu’il avait donnée antérieurement sur la tension de vapeur saturée des corps monoatomiques devient entièrement applicable au mercure.
- Nouvelle méthode de coloration du bacille de la tuberculose. — M. Casimir Cépède indiquemne méthode rapide qui est fondée sur l’union de l’alcool et de l’acide organique, décolorants, avec le recolorant du fond (bleu de méthylène) : l’acide organique étant de préférence l’acide lactique. Il a pu ainsi diagnostiquer un grand nombre de cas douteux qui ont été confirmés dans la suite et faire conserver, dans des sanatoria, des tuberculeux, dont l’examen au Ziehl avait été négatif.
- Prophylaxie de la fièvre de Malte. — On sait que la fièvre de Malte, primitivement considérée comme localisée à Malte et à Gibraltar, sévit en réalité dans tous les pays riverains de la Méditerranée et n’est pas rare en France, où elle a donné lieu à de véritables épidémies. Elle est ordinairement transmise par la chèvre. M. IL Vincent a pensé que l’immunisation active delà chèvre était réalisable, car cet animal ne présente le plus souvent que des symptômes morbides atténués, peut guérir spontanément et acquiert alors l’immunité. On ne peut toutefois songer à l’immuniser à l’aide de virus vivant même atténué ; car on en ferait un porteur de germes. Il faut vacciner avec un virus tué. Par une technique qu’il décrit, M. Vincent a montré que les injections vaccinantes donnent aux chèvres une forte immunité, qui les a protégées ensuite contre une dose élevée de virus vivant introduit sous la peau, dans le péritoine ou par la voie digestive. On peut espérer ainsi protéger les animaux et, indirectement, l’homme lui-même contre cette grave infection, comme on a réussi à le faire pour le charbon depuis les travaux de Pasteur.
- Vaporisation du pétrole. — L’emploi du pétrole sous forme de vapeur, dans de nombreux appareils, rend désirable la connaissance plus précise des lois physiques de sa vaporisation sous forme de diagramme entropique. M. Jean Rey a tracé un tel diagramme et en conclut : 1° que la vapeur saturée du pétrole ordinaire se surchauffe par la détente; 2° que la chaleur du liquide est toujours beaucoup plus élevée que la chaleur de vaporisation. Il résulte de ces deux propriétés inverses de celles de la vapeur d’eau qu’en détendant la vapeur saturée de pétrole, elle se surchauffe en même temps qu’elle produit du travail mécanique. En détendant du pétrole liquide sous pression, il se vaporise partiellement et, si la détente est suffisamment prolongée, sa vapeur se surchauffe. Ces propriétés sont probablement les mêmes pour les principaux hydrocarbures.
- Propriétés magnétiques du manganèse. — Sir Robert lladfield et MM. C. Chéneveau et Ch. Géneau ont étudié, avec la balance magnétique de Curie et Chéneveau, le coefficient d’aimantation du manganèse et de quelques-uns de ses alliages spéciaux. Quel que soit son état, lorsqu’il ne contient plus de gaz occultes, le manganèse est paramagnétique. Les propriétés ferro-magnétiques que peut posséder le manganèse fondu sont attribuables à la présence d’hydrogène dans le métal : ce qui est en accord avec ce fait que le manganèse, chauffé au rouge ne peut se réaimanter, et avec les propriétés anologues bien connues du manganèse et du fer électrolytiques. Les alliages spéciaux du manganèse sont également paramagnétiques. D’une manière générale, pour les aciers spéciaux au manganèse, le coefficient d’aimantation est d’autant plus petit que le rapport du carbone au manganèse est plus grand.
- Une théorie de la croûte terrestre. — M. Adrien Gueb-hard expose, sur la formation de l’écorce terrestre, une théorie originale, dont il tire des conclusions contraires à la plupart des idées actuelles sur les plissements, charriages, refusions de terrains et métamorphismes profonds. D’après lui, il se serait formé, sur la terre en ignition, vers 1850°, ainsi qu’on l’admet généralement, une écorce silicatée. Mais cette écorce aurait été grossie par en dessous et continuerait sans cesse à s’accroître par l’addition d’une couche de fer ayant la propriété de se dilater comme l’eau et, par conséquent, de flotter en se solidifiant. Cette écorce résistante qu’il compare à’un plancher de fer émaillé, subirait souterrainement des déchirures et des déplacements verticaux de compartiments fracturés, qui donneraient du jeu à l’ensemble. L’enfoncement de la base de cette croûte suivrait l’iso-géotherme de 1500°, qui correspond à la solidification du fer et de ses alliages, jusqu’au moment où il se produira, vers le centre, une aspiration de toutes les vapeurs extérieures. A ce moment l’eau serait absorbée à l’intérieur de la Terre qui, dépouillée des océans et de ses atmosphères, prendrait l’aspect de la Lune.
- La cicatrisation des plaies. — D’après M. Amar, la cicatrisation des plaies superficielles obéit à toutes les causes physiologiques qui, généralement, agissent sur la multiplication cellulaire : nutrition, température, âge, excitabilité ou toxicité du milieu, etc. Tous ces facteurs considérés, la vitesse de cicatrisation est proportionnelle au nombre des cellules proliférantes, c’est-à-dire à la largèur de la plaie ; mais il paraît impossible de mettre le phénomène en équation suivant l’intéressante tentative de M. Leconte du Nouy. _ -
- Le Gérant : P. Masson. — lmp. Lahtjrs, rue de Fleuras, 9, à Paris.
- p.208 - vue 212/474
-
-
-
- LA NATURE.
- — N# 2323.
- 6 AVRIL 1918
- LA QUESTION DU GAZ POUR LE CHAUFFAGE DOMESTIQUE
- Le Conseil Municipal de Paris vient de décider de porter le prix du gaz, à partir du 1er avril prochain, à 30 centimes par mètre cube pour les ' 45 premiers mètres cubes consommés mensuellement, les mètres cubes consommés en plus étant comptés à raison de 40 centimes le mètre cube.
- Cette décision ne fut pas prise sans discussions. Tandis que le rapporteur, M. Dausset, demandait le relèvement au prix uniforme de 40 centimes, pour
- tion du charbon, par les nombreux sous-produits qu’elle fournit et dont la plupart servent aux fabrications de guerre. Ce sont là des sujets dont le premier n’est pas du domaine de La Nature et dont le second ne peut être exposé en public actuellement.
- Nous voudrions seulement profiter de cette actualité de la question du gaz pour examiner ce qu’il vaut comme combustible, comment on peut et on doit l’employer, ce qu’on pourrait
- Fig. i. -v- Une cuisine moderne.
- arrêter le déficit actuel de cent millions de la Société du Gaz de Paris, garanti par le budget municipal, le groupe socialiste réclamait un tarif progressif de 20 centimes pour les consommateurs de moins de 30 mètres cubes, 50 centimes jusqu’à 45 mètres cubes et 40 centimes au-delà. D’autres conseillers, M. Froment-Meurice entre autres, préféraient conserver le statu quo actuel et proposaient que la Ville fit les avances de fonds nécessaires.
- Que le prix du gaz augmente, rien d’étonnant à cela, si l’on songe que la houille, qui valait 23 francs la tonne avant la guerre, en coûte aujourd’hui 120, et que les frais de fabrication ont tous augmenté.
- Nous n’avons pas à discuter ici de cette question financière, pas plus que nous ne pouvons considérer l’intérêt qu’a pour la défense nationale la distilla-
- améliorer dans sa fabrication et son utilisation.
- Sur l’économie de combustible que peut représenter l’emploi du gaz pour le chauffage et la cuisine, deux thèses sont en présence :
- M. Dausset s’est fait l’éloquent avocat de l’une d’elles, l’an dernier, au Conseil Municipal; selon lui, une tonne de charbon brûlée directement dans des fourneaux de cuisine, ne fournirait que 840000 calories utiles, le rendement des fourneaux ne dépassant pas 12 pour 100. La même tonne de houille, traitée à Pusine à gaz, fournirait 250 mètres cubes de gaz à 5000 calories et 500 kg de coke à 6000 calories; l’utilisation du gaz étant estimée à 30 pour 100 et celle du coke à 20 pour 100, on obtiendrait ainsi dans les foyers domestiques 975 000 calories, soit 15 pour 100 de chaleur en
- 14. — 209
- 46* Année.
- 1" Semestre
- p.209 - vue 213/474
-
-
-
- 210 = LA QUESTION DU GAZ POUR LE CHAUFFAGE DOMESTIQUE
- plus qu'en ^employant la houille à domicile. Et le traitement laisserait en outre comme sous-produits
- 9 kg de sulfate d’ammoniaque, excellent engrais;
- 10 kg d’huile d-’anthracène et d’autres carbures utilisables par l’industrie ; 1 kg de phénol et 7 kg 1 de benzol pouvant fournir 12 à 13 kg d’explosifs, soit la charge de 15 obus de 75. Aussi M. Dausset proposait-il de développer la consommation du gaz pour remédier à la pénurie de charbpn et d’augmenter les fournitures de houille aux usines à gaz plutôt qu’aux particuliers. Sur un million de tonnes de houille consommées par la population parisienne en six mois d’hiver, M. Dausset considérait comme avantageux d’en réserver 400 000 à la transformation en gaz et coke.
- Un son de cloche tout différent s’est fait dernièrement entendre dans la Revue Generale de /’Électricité. Examinant « comment réaliser l’économie maximum de charbon », M.De-lamarre arrive à la conclusion inverse que la con-sommation du gaz est à réduire plus que celle du charbon, puisque 1 kg de houille à 8000 calories ne donne que 250 litres de gaz, soit 1250 calories seulement et 500 gr. de coke, soit 5000 calo-. ries. Pour que l’utilisation du gaz et du coke soit supérieure à celle directe du charbon, il faudrait que les premiers soient brûlés dans des appareils de chauffage très supérieurs comme rendement à ceux qui existent pour le charbon. En admettant que le gaz soit brûlé dans un appareil parfait qui permette d’utiliser toute la chaleur produite, et que le coke et la houille soient employés dans des appareils de rendement R, on n’aurait bénéfice que si :
- 8000 x R ^ 1250 -h (3000 x R)
- Houille Gaz Coke
- c’est-à-dire, si le rendement est inférieur à 25p. 100.
- Un si faible rendement ne se rencontre que dans les cheminées; dans les poêles, les calorifères, les installations de chauffage central, il est souvent de beaucoup supérieur, et la conclusion qui s’impose est qu’il vaut mieux brûler du charbon dans un poêle que du gaz pour se chauffer. Pour la cuisine, le mauvais rendement des cuisinières fait que le gaz peut entrer en concurrence, tout au moins dans les ménages où la chaleur du fourneau est mal utilisée.
- A vrai dire, ni l’un ni l’autre des deux raisonnements ne sont parfaits. M. Dausset hase ses calculs uniquement sur des appareils de cuisine défectueux, d’un rendement très faible, et il généralise ses conclusions à toutes les questions du chauffage domestique. M. Uelamarre néglige dans ses calculs les sous-produits, assez intéressants cependant pour qu’il y ait lieu d’en tenir compte, puisqu’on serait obligé de distiller de la houille pour s’en procurer, même si le gaz et le coke n’étaient pas rémunérateurs.
- La vérité économique siège donc probablement quelque part entre ces deux opinions extrêmes, et il est vraisemblable que si le gaz est très souvent plus coûteux que le charbon pour le particulier qui s’en chauffe, il n’y a cependant pas lieu d’en supprimer la fabrication, ni même de la restreindre trop par des tarifs prohibitifs.
- Mais, comme nous l’avons déjà dit, c’est là une
- question complexe touchant de près aux fabrications de guerre et que nous ne voulons pas aborder.
- Pour le simple consommateur, qui désire seulement se chauffer au mieux, quelle opinion doit-il adopter ?
- Nous trouvons justement de sages conseils sur cette question dans un petit livre que vient de publier la Direction des Inventions du Ministère de l’Armement et qui arrive bien à son heure (*).
- Au prix taxé de 110 francs’Ma tonne, le charbon tout venant fournit 10 000 calories pour 14 centimes. A 8 francs l’hectolitre, le coke dégage la même quantité de chaleur pour 24 centimes. A 20 centimes le mètre cube, le gaz donne 10 000 calories pour 57 centimes; quand il sera à 50 centimes, elles4, coûteront bien entendu 55, et pour les acheteurs à 40 centimes, 68 centimes.
- Voilà une première base de comparaison.
- Mais il faut aussi tenir compte, comme l’ont fait MM. Dausset et Delamarre, du rendement des appareils de chauffage et de cuisine dans lesquels on brûle ces combustibles, et aussi de diverses questions de commodité, de propreté, d’encombrement, susceptibles d’influencer grandement le choix du éonsom-mateur. = •
- 1. Comment économiser le chauffage domestique et culinaire, par R. Legendre et A.. Tlievenin, Masson et Cie, éditeurs, 1918.
- CoHe 24-cent.
- On cnauffe autanrv / en dépensant:
- S 7 cent.
- Pétrole
- ou Charbon de bois 1pane 10 cent
- 64- cent.
- Houille
- Fig. 2. — Prix de revient de la même quantité de chaleur (io ooo calories) avec divers combustibles, à Paris, en içr7. Le rayon des circonférences est proportionnel à ce prix.
- p.210 - vue 214/474
-
-
-
- LA QUESTION DU GAZ POUR LE CHAUFFAGE DOMESTIQUE
- 211
- Nul doute qu’au point de vue de la commodité, le gaz l’emporte de beaucoup sur tous les autres combustibles. Comme le font remarquer MM. Legendre et Thevenin avec lui « pas d’encombrement de combustible, pas de résidus à enlever, aucun entretien ; du feu quand on en désire, immédiatement, aussi fort ou aussi faible qu’on le veut, par la seule manœuvre d’un robinet. C’est presque l’idéal du chauffage. » Ces avantages, très réels et très importants, expliquent le succès croissant de tous les appareils à gaz, leur généralisation en ces dernières années dans les maisons et dans les villes (l), et les applications chaque jour plus nombreuses d’utilisation du gaz au chauffage des bains, au chauffage central, aux fours industriels, au forgeage, au brasage, à la soudure des métaux, etc.
- (Voir La Nature, n° 2234.)
- En ce moment où les questions de commodité doivent céder le pas aux questions d’économie et où la seule préoccupation doit être de se chauffer suffisammen avec peu de combustible, puisque nous n’en avons qu’en quantités limitées, l’important, pour juger de la question du gaz, est de voir exactement dans quels cas son rendement calorifique peut le faire préférer au charbon.
- Pour le chauffage des appartements, la question est réglée sans conteste. Le gaz ne peut être choisi que par comparaison au feu de grille dans une cheminée.
- Mais ce dernier est détestable, il doit être proscrit par tous, partout remplacé par la combustion dans un poêle. Or, un poêle a un rendement de 50 pour 100 et qui peut s’élever à 70 pour 100 dans de bonnes conditions. Le gaz à 20 centimes le mètre cube, utilisé parfaitement, ne pourrait donc concurrencer que du charbon à 170 francs la tonne. Il esf probable que l’augmentation du prix du gaz sera appli-» quée avant que la houille atteigne ce cours. Encore pour arriver à cette comparaison, admettons-nous que le rendement des appareils à gaz est de 100 pour 100, ce qui est exagéré et n’est d’ailleurs pas désirable comme nous le verrons tout à l’heure.
- En réalité, le chauffage au gaz n’est tolérable que dans quelques conditions particulières, par exemple quand il s’agit de chauffer rapidement et peu de temps une petite chambre, telle qu’une entrée, un cabinet de toilette, etc. Gomme le feu de houille ne s’allume ni ne s’éteint instantanément, le gaz a
- 1. La Société du Gaz de Paris compte 750 000 abonnés et a distribué à titre de prêt 490 000 fourneaux de cuisine.
- Fig. 3. — Grillade à ga
- alors l’avantage d’être immédiatement efficace et de permettre d’arrêter la dépense dès qu’il n’en est plus besoin. Mais pour un chauffage quelque peu prolongé, il devient nettement inférieur.
- Même pour un chauffage discontinu et rapide, le genre d’appareil a son importance. Il en existe de très nombreux types dont la forme se rapproche plus ou moins de celle des cheminées ou des radiateurs de chauffage central. Certains, malheureusement, n’ont pas de tuyau d’échappement des gaz brûlés pouvant se raccorder à une cheminée. Toutes les calories produites restent donc dans la pièce à chauffer, ce qui est une économie; mais aussi, l’air ne s’y renouvelle pas et devient rapidement désagréable à respirer, occasionnant des maux de tête et même des na-usées, indices d’une asphyxie commençante. L’atmosphère s’appauvrit rapidement en oxygène, s’enrichit beaucoup trop en acide carbonique, en même temps qu’une abondante vapeur d’eau, provenant de la combustion des 40 à 50 pour 100 d’hydrogène que renferme le gaz, va se condenser sur les parois les plus froides. Aucun poêle 'a gaz ne devrait être construit sans tuyau d’évacuation.
- Les poêles à tirage sont beaucoup plus hygiéniques, laissent l’atmosphère plus saine et l’humi-difient moins, mais on y perd au moins 20 à 30 pour 400 de la chaleur produite, entraînée dans la cheminée, notamment la chaleur latente de la vapeur d’eau qu’on évacue.
- Dans les appareils de chauffage, le gaz est brûlé en flamme blanche ou en flamme bleue, après avoir été mélangé à l’air. Les poêles à flammes blanches sont presque tous d’ancien modèle; on leur donne parfois l’aspect d’un tas de bûches dont les flammes sortent par de petits orifices. Ils ont l’avantage que le gaz y brûle toujours complètement. Aujourd’hui, on préfère les flammes bleues, plus chaudes, obtenues en injectant le gaz dans un tube où l’air est aspiré.
- Les brûleurs du type Bunsen mélangent environ deux volumes d’air à un de gaz; certains autres aspirent jusqu’à cinq volumes d’air pour un de gaz ; on les munit alors d’une toile métallique pour éviter l’allumage à l’injecteur quand la pression du gaz diminue.
- Certains appareils chauffent surtout par conduction et convection : on leur a donné la forme de radiateurs 'a larges surfaces de tôles (fig. 3).
- Dans d’autres, on a cherché à augmenter le
- p.211 - vue 215/474
-
-
-
- LA QUESTION DU GAZ POUR LE CHAUFFAGE DOMESTIQUE
- 212
- rayonnement en portant à l’incandescence des fibres d’amiante ou des boulets de terre réfractaire. Des appareils plus récents réalisent l’incandescence de manchon de thorium ou de tubes de substances réfractaires.
- Bien que la chaleur produite dépende uniquement de la quantité de gaz brûlé, ces derniers appareils sont préférables, au point de vue de la rapidité du chauffage parce que la chaleur y est rayonnée horizontalement et non tout entière transportée par convection dans les parties hautes de la salle.
- Avant la guerre, on avait également étudié l’application du gaz au chauffage central des appartements et des maisons. Quelques appareils bien étudiés avaient vu le jour, telle la chaudière Ra-massot et la chaudière Clamond {La Nature, n° 2006). Nous n’avons pas à nous y arrêter pour le moment, puisque la consommation du gaz, strictement rationnée, ne permet pas de s’en servir.
- Si la comparaison du gaz au charbon est nettement favorable à ce dernier quand il S’agit du chauffage des appartements, la concurrence peut s’établir entre eux pour le chauffage culinaire. C’est qu’ici les conditions sont différentes. En effet, les fourneaux de cuisine à charbon dégagent bien, tout comme les poêles, 50 à 70 pour 100 de la chaleur produite, mais comme les casseroles et marmites n’occupent qu’une partie de la surface du fourneau, elles ne captent cette chaleur que proportionnellement à la surface qu’elles couvrent. C’est dire que le rendement est toujours diminué au moins de moitié, et d’autant plus que les récipients sont plus petits et moins nombreux. Aussi, le gaz peut-il être préférable, dans certaines conditions que nous trouvons bien déterminées dans le livre de MM. Legendre et Thevenin.
- Pour que le gaz devienne plus économique, il faut que son utilisation soit trois fois meilleure que celle du charbon. Elle le sera quand on n’âura qu’un petit nombre de plats à cuire, et qu’ils cuiront rapidement. En un mot, le gaz est le combustible de beaucoup préférable pour la cuisson
- des grillades, des légumes frais, de tous les mets qui restent peu de temps sur le feu. Il devient dispendieux quand le feu doit être prolongé, que les plats sont nombreux et se succèdent pendant plusieurs heures.
- « Le mieux, au point de vue domestique, est de posséder dans sa cuisine deux appareils, un fourneau à charbon et un réchaud à gaz. C’est ce qui existe dans beaucoup de maisons. La maîtresse de maison composera ses menus de façon que, certains jours, ils ne comprennent que des plats à cuisson brève, ces jours-là elle emploiera le réchaud à gaz. Les jours de lessive, ceux où elle groupera les plats à longue cuisson : pot-au-feu, légumes secs, elle aura avantage à allumer sa cuisinière et à mettre en route simultanément le plus grand nombre possible de mets. »
- « Les réchauds à gaz ordinaires comportant un bâti de fonte le long duquel est fixée une rampe de cuivre creux reliée au robinet de prise de gaz fixé le long du mur. La liaison est établie par un tube souple, de caoutchouc nu ou protégé par une armature métallique. Le tube nu risque de recevoir des gouttes de graisse fondue qui l’altèrent rapidement;,, même sans cela, il finit toujours par devenir dur et cassant; le tube métallique souple résiste mieux, mais on en surveille moins bien l’état.
- « Une bonne précaution est de toujours fermer le gaz en amont du tube souple, sur le robinet du mur, et de vérifier de temps à autre le caoutchouc.-Les fuites de gaz sont non seulement une perte d’argent, mais un danger d’asphyxie et d’explosion. Il peut arriver qu’un peu d’eau se condense dans ce caoutchouc; on le reconnaît à ce que la flamme devient vacillante; on y remédie en vidant le tuyau.
- « De la rampe partent plusieurs prises munies de robinets. Elles sont le plus souvent au nombre de quatre, une pour le gril, une pour le petit foyer, les deux autres pour le grand. Les prises des foyers débouchent chacune par une partie effilée en injec-teur dans la queue d’une couronne de fonte percée de trous. Une prise d’air est ménagée à cet endroit
- p.212 - vue 216/474
-
-
-
- LA QUESTION DU GAZ POUR LE CHAUFFAGE DOMESTIQUE rrrrr-. 213
- de façon qu’il arrive aux brûleurs un mélange de gaz et d’air et que la flamme soit toujours bleue, La prise du grilloir se continue par une petite rampe percée de trous où le gaz brûle en longues flammes blanches horizontales dans le haut de la caisse de tôle au bas de laquelle on glisse le gril.
- « Ce modèle est celui de la Société du Gaz de Paris. Il en existe d’autres qui diffèrent par le nombre des foyers, par l’adjonction d’un four clos, chauffé au-dessous, et surtout par le type des brûleurs.
- « Les premiers réchauds à gaz ne possédaient pas d’injecteurs et brûlaient en flamme blanche. Le récipient était posé à une hauteur telle que les flammes ne le touchaient pas ; mais si la pression dans les conduites venait à augmenter, les flammes léchaient le fond qu’elles tachaient de noir de fumée. On y remédia en plaçant les trous latéralement, mais la surface chauffante arrivait à dépasser la surface à chauffer, ce qui, nous l’avons vu, est une condition de mauvais rendement.
- « On préfère aujourd’hui les flammes bleues, beaucoup plus chaudes, ne produisant jamais de fumée, obtenues par mélange de 2 volumes et demi d’air environ par volume de gaz. Certains types de brûleurs sont même construits pour admettre encore plus d’air; ils sont alors munis d’une toile métallique à l’orifice pour éviter l’inflammation du gaz à l’injecteur quand la pression diminue. Lorsque les couronnes brûlent en blanc, c’est que l’entrée d’air est obstruée ; onia débouche facilement avec une épingle. Lorsque la^ flamme devient fumeuse, c’est que de la graisse a été renversée sur les couronnes ; il suffit de les démonter et de les laver à l’eau bouillante additionnée de carbonate de soude (cristaux).
- « 11 est bon que le fond du récipient ne soit pas trop éloigné de la flamme pour en capter, le plus de chaleur, ni trop rapproché au cas où le gaz brûlerait en blanc, par encrassement de l’entrée d’air : la hauteur optima, 3 à 4 cm, est réalisée par construction au moyen d’une grille fixe en fonte servant de support.
- « On ne doit jamais allumer une couronne plus grande que le récipient à chauffer. C’est cependant ce que font beaucoup de cuisinières qui ne songent qu’à la vitesse de cuisson et non à l’économie de consommation. Le grand foyer à deux couronnes concentriques ne doit être allumé en grand qu’au-dessous de très larges récipients dont le fond dépasse largement la surface du feu. Chauffer une bouillotte sur les deux couronnes c’est gaspiller plus de la moitié du gaz. En général, pour les casseroles dé taille moyenne, la couronne centrale suffit, et si le temps d’ébullition est alors légèrement augmenté, l’éco-nomie de gaz est tellement sensible que toutes les maîtresses de maison doivent enseigner et exiger cette pratique.
- « Trop souvent aussi on ouvre le gaz en grand et l’on ne touche plus au robinet. Or, si l’on a bénéfice à ouvrir le robinet au maximum au début du chauffage, il faut diminuer la flamme dès qu’on arrive à l’ébullition : on la laisse trop souvent se poursuivre à gros bouillons, souvent même sans avoir mis de couvercle ; la cuissonnesefaitpasplus vite, puisque la température reste à 100° tant qu’il y a de l’eau dans la casserole, et le seul résultat est qu’on dépensebeaucoupdegaz pour dégager de la vapeur d’eau qui va mouiller toute la cuisine.
- « Une autre négligence des cuisinières est de laisser le gaz brûler à vide, après avoir retiré un plat du fourneau.
- « Tout le secret de l’économie du chauffage culinaire au gaz réside dans la manœuvre des robinets. C’est le chauffage le plus souple et le plus facilement réglable, mais encore faut-il le régler. Choisir le foyer proportionné à la casserole, ne pas considérer la rapidité de chauffe comme le seul but, régler le feu en se rappelant que le robinet peut prendre beaucoup.de positions entre la fermeture et la marche à toute allure,*éviter l’évaporation intense et prolongée, éteindre dès que Te foyer ne sert plus, voilà tout ce à quoi il faut penser. On y trouvera à la fois son intérêt, la marche du compteur étant moins rapide, et sa commodité, puisque
- Fig. 5. — Chauffe-bain et chaudière à chauffage central par circulation d’eau chaude.
- p.213 - vue 217/474
-
-
-
- 214 —-.............................. LES ILE
- la quantité de gaz dont nous disposons est actuellement limitée.
- « Rappelons, en terminant,'que le réchaud à gaz ne doit servir que pour les cuissons brèves, et qu’il prend tout son intérêt pour les chauffages discontinus. Il n’est pas étudié pour mijoter doucement et régulièrement, car il n’a pour ainsi dire aucun volant de chaleur; sa masse de fonte est très petite et peu échauffée; toute à jour, elle ne garde pas la chaleur. Il y aurait d’ailleurs intérêt à ce qu’elle fût isolée complètement des foyers, comme on le fait dans quelques modèles, pour qu’aucune partie de la chaleur produite ne s’y répande en pure perte.
- « Les réchauds ordinaires, ouverts en grand, consomment en moyenne par heure les quantités de gaz suivantes :
- Pelite couronne ou champignon. . . . 150 litres.
- Grande couronne...................... 300 —
- Grand foyer (les 2 couronnes allumées). 450 —
- Petit foyer à une couronne........... 250 —
- Rôtissoire ......................... 400 —
- « Il faut compter sur une dépense de 55 à 60 litres de gaz par litre d’eau à porter à l’ébullition, selon la forme de la casserole, le volume à chauffer, l’intensité du feu, etc.
- « Le rendement du réchaud à gaz varie de 35 à 50 pour 100. »
- On peut donc sagement, je crois, conclure au point de vue de l’économie domestique, que le gaz est un combustible à rejeter totalement pour le chauffage prolongé, mais à employer pour la cuisine, à la condition d’avoir à chauffer peu de plats, pendant peu de temps, et de l’utiliser avec bon sens, c’est-à-dire en choisissant toujours un foyer plus petit que la casserole, en diminuant la flamme dès que l’ébullition est obtenue et en ne le laissant jamais brûler pour rien.
- Est-ce à dire que dans ces conditions, tout sera parfait et qu’il n’y a rien de mieux à espérer du .gaz ?
- Nom certes. Si, en ce moment, on ne peut réclamer d’amélioration immédiate, il serait désirable qu’après la guerre, on modifiât sa composition. Plus
- LES ILES
- Les îles d’Aland 1 A propos de cet archipel fînlan-. dais, depuis le 2 août 1914, il a coulé plus d’encre qu’il n’est grand. Jusqu’à la chute du tsarisme il a été la source de complications sans cesse renais-
- 1. Et non Aland, comme on l’imprime journellement. Le signe diacritif o qui surmonte l’a initial du mot donne en suédois à cette lettre le son o. L’a est d’ailleurs un caractère particulier à l’alphabet de cette langue. L’omission des signes diacritiques usités dans les idiomes Scandinaves conduit parfois aux plus fâcheuses confusions. Exemple : dans le sud de la
- D’ALAND —-............. .......—z .... ,
- n’est besoin de conserver au gaz un grand pouvoir éclairant, puisque comme source de lumière on le brûle actuellement presque partout en flamme bleue dans des manchons à incandescence. On pourrait donc sans inconvénient en retirer une plus grande quantité de benzine et de corps voisins qui lui donnent son pouvoir éclairant, ce qui accroîtrait la valeur des sous-proditits, et par conlre, y ajouter une certaine quantité de gaz à l’eau, plus éco-nomique-à fabriquer, ce qui permettrait de maintenir les bas prix qui favorisent sa consommation. Point n’est besoin que le gaz, brûlant au bec papillon, donne une intensité lumineuse d’une bougie pour une consommation de 7 litres 5 par heure, comme il doit le faire actuellement.
- Les appareils de chauffage, bien que déjà très étudiés, gagneraient à être modifiés dans deux directions différentes, d’une part, vers la rapidité, et d’autre part, vers l’économie de chauffage.
- Pour les appareils rapides, l’incandescence de manchons ou de bougies de terre réfractaire et la très petite masse du bâti sont certainement des conditions favorables. Au contraire, pour les appareils économiques, il y aurait avantage à avoir une grande surface de radiation et surtout un dispositif qui condense une partie de la vapeur d'eau produite. En effet, l’hydrogène constitue près de la moitié du gaz d’éclairage et la vapeur d’eau en se condensant récupérerait 537 calories par litre d’eau.
- Pour la cuisine, il faudrait, d’une part, faire l’éducation des consommateurs et leur apprendre à se servir du gaz rationnellement ; d’autre part, s’inspirant des modèles de cuiseurs que la guerre a fait paraître, chercher à réaliser des fourneaux de cuisine d’un meilleur rendement et surfont permettant de conserver la chaleur dans les récipients une fois ceux-ci portés à une température convenable.
- Ce sera là probablement l’œuvre de demain et la voie est largement ouverte aux chercheurs qui voudront nous faire bénéficier des commodités du ga2, tout en diminuant le prix de revient qui limite actuellement son emploi. A. B.
- i’ÂLAND(’)
- santés entre la Russie et la Suède, et à plusieurs reprises peu s’en est fallu qu’à son sujet, sous l’influence des manœuvres allemandes, le cabinet de Stockholm ne déclarât la guerre à celui de Pétro-grad et ne se rangeât aux côtés de nos ennemis.
- Raltique, tout contre la côte suédoise se trouve l’île d’Ôland, que l’on prononce Euland en raison de l’inflexion de l’o. Ne tenant pas compte du tréma, nous odisons généralement Oland, de telle sorte que si l’on parle d’Aland, nombre de personnes croient qu’il s’agit d’Oland.
- p.214 - vue 218/474
-
-
-
- 215
- LES ILES D’ALAND
- Aujourd’hui, après une période de calme amenée par la révolution russe, la question d’Âland se pose de nouveau avec une singulière acuité, mais cette fois les rôles sont changés. Maintenant, ce n’est plus à l’égard de sa voisine de l’Est que la Suède éprouve de la méfiance, mais vis-à-vis de l’Allemagne dont elle a enfin reconnu la duplicité.
- Qu’est-ce donc que cet archipel si disputé et pourquoi tient-il une si grande place dans les préoccupations des puissances baltiques ? Ni son étendue, ni l’effectif de sa population, ni ses ressources ne justifient les convoitises dont il est l’objet. Il se compose en tout de quatre îles principales et de cent ou deux cents îlots et rochers, la plupart inhabités et inhabitables. La plus étendue, la « terre d’Aland », mesure 50 km de long en direction méridienne et 40 d’ouest en est; les trois autres îles, Eclcerô, Lemland, Lumpurland, sont notablement plus petites. Le chef-lieu du district Mariehamn est une bourgade de 1000 habitants et l’effectif de la population dispersée sur ces rochers ne monte guère au delà de 25000 âmes. De plus dans ces îles, ni gites métallifères, ni terroirs particulièrement fertiles. Leur importance provient uniquement de leur situation géographique.
- De même que la Suède et la Norvège, la Finlande est entourée d’un archipel côtier très large et très dense, des centaines d’îles et des milliers d’îlots serrés les uns contre les autres ; un émiettement de terres évoquant l’idée d’un continent en voie d’émersion. Mais, tandis qu’en Norvège les îles sont formées de rochers nus ou de hautes montagnes, en Finlande et en Suède elles sont basses (*) et couvertes de futaies d’arbres verts ; de là, lorsqu’on côtoie les côtes de ces deux pays, l’impression de naviguer au milieu d’une forêt inondée. Autour de la pointe sud-occidentale de la Finlande, cette singulière formation prend une extension considérable vers l’ouest, à tel point qu’elle travèrse presque entièrement la Baltique et arrive jusque dans le voisinage de la côte suédoise. On dirait une digue construite d’une rive à l’âutre de cette mer et que les flots auraient démantelée. Cette comparaison n’est pas simplement une figure. Tellement rapprochées sont les îles de cette longue « chaus-
- 1. Les plus hautes ne dépassent pas un relief de 40 mètres.
- se'e », que des ponts pourraient être jetés sur les passes qui les séparent et une voie ferrée construite jusqu’à l’extrémité de l’archipel, pareille à celle établie sur les keys de la Floride. L’entrée du golfe de Bothnie se trouve ainsi fermée sur les cinq sixièmes de sa largeur, et le seul passage libre entre la fin de l’archipel finlandais et les premières terres suédoises ne mesure pas plus de 40 km de large. Les îles d’Âland se trouvent à l’extrémité ouest de ce barrage, et sur les bords mêmes du détroit qu’il limite et qui, pour cette raison, porte le nom de mer d’Âland. De là leur valeur stratégique. Elles commandent le passage entçe la Baltique et le golfe de Bothnie et des nombreux mouillages dissimulés dans les replis de leurs côtes extrêmement découpées ; une escadre aurait la possibilité de tenir embouteillée toute la navigation da'ns ce dernier bras de mer. L’archipel
- possède en outre des vues vers le sud, vers le golfe de Finlande, et constitue par suite une excellente base navale pour dominer cette région. Âland est donc la clef delà Baltique centrale et septentrionale. Bien plus, ces îles ne sont éloignées que de 40 km des terres suédoises et de 60 environ de l’entrée du fjord de Stockholm. Le bras de mer qui les sépare de la Suède est souvent balayé par de redoutables tempêtes ; presque douces et agitées par de violents courants, ses eaux « lèvent », dès que la brise fraîchit, et, par gros temps deviennent dangereuses, à tel point que, au moindre coup de vent, les vapeurs postaux faisant le service entre Stockholm et Pétrograd par la Finlande ne se risquent pas à tenter le passage. Mais l’été les calmes sont fréquents, et en cette saison des chalands pourraient aisément traverser la mec d’Âland et transporter en Suède un corps de troupes; en 5 h., 4 h. au plus, le détroit serait franchi. En sens inverse l’opération n’offre non plus aucune dificulté; une fois à Âland des* troupes süédoises atteindraient ensuite aisément la côte finlandaise. Ajoutons que les hivers particulièrement rigoureux, une banquise unit les deux bords du détroit. Neuf fois pendant le cours du xxxe siècle cette circonstance s’est trouvée réalisée. Âland est donc non seulement la porte d’entrée du golfe de Bothnie, mais encore un lieu de passage
- ioo km
- Bjornebàn
- G. de Bothnie
- ^ApchJdAland
- >. Â GdÆe v >* . b
- W Lemlancr ^ .. v
- JB A. L, TI Ç UE
- G. deFtnlande
- Carte des îles d’Aland.
- p.215 - vue 219/474
-
-
-
- 216 —..:..... LE LABOURAGE ÉLECTRIQUE
- facile à travers la Baltique en direction est-ouest.
- . Durant la première moitié du siècle dernier, à l’égard de la Suède la Russie pratiqua une politique agressive et pour lui faire sentir le poids de sa menace elle fit de cet archipel une base militaire en y élevant la forteresse deBomarsund. Stockholm se trouvait dès lors sous le canon russe. Cette situation prit fin avec la guerre de Crimée. En 1854 Bomarsund fut détruit par les Alliés et une convention annexée au traité de Paris interdit désormais à la Russie l’érection de toute fortification sur ces terres finlandaises ainsi que le maintien ou la création de tout établissement militaire ou naval. Le cabinet de Pétrograd abandonna ensuite son attitude hostile à l’égard de sa voisine, et dans les années qui précédèrent 1914, si parfois des manifestations peu amicales se produisirent dans les relations entre les deux pays, les torts ne furent pas précisément du côté russe. Obéissant aux suggestions allemandes qui fort adroitement exploitaient le chauvinisme national, un groupe suédois faisait éclater à toute' occasion une hostilité bruyante à l’égard de la « Moscovie ». On se serait cru ramené au temps de Charles XII. Aussi bien, au début de la guerre, des fortifications de campagne ayant été élevées aux îles d’Âland pour assurer leur défense contre les Allemands, ce fut parmi les « activistes » et les germanophiles de Suède, un déchaînement contre la Russie; les agents de Berlin jetaient naturellement de l’huile sur le feu, et, sans l’opposition des libéraux et des socialistes suédois la guerre eût éclaté. Jusque dans le courant de 1916, la situation resta menaçante. La révolution ayant aboli l’impérialkme russe, on pouvait croire l’affaire terminée.
- Mais bientôt l’anarchie grandissait en Finlande; molestés par les gardes rouges, les habitants d’Âland, des Scandinaves dont la langue maternelle est le suédois, demandèrent au roi Gustave V l’annexion de leurs îles à son royaume. Devant la gra-
- vité d’une pareille démarche le gouvernement de Stockholm hésita. C’est que la question était singulièrement délicate. La population de la "Finlande appartient à deux races différentes : sur les 3 millions d’habitants que renferme ce pays, on compte environ 400000 Scandinaves parlant suédois et 2600000 Finnois. Parmi les premiers nombre ne demanderaient pas mieux que de redevenir Suédois comme avant 1808, tandis que les seconds sont résolument hostiles à l’annexion et partisans farouches de l’indépendance du pays. Lorsque avant la révolution russe la presse « activiste » de Stockholm réclamait?- l’occupation d’Âland, les Finnois revendiquaient hautement pour la Finlande le droit de garder ces îles. Aussi de crainte de froisser le sentiment national de ses voisins, le gouvernement suédois se borna à envoyer à Âland un corps de police avec mission d’assurer la protection des habitants contre les bolcheviks. A peine avait-il débarqué qu’un coup de théâtre se produisit. Les Allemands arrivaient en force et s’installaient dans les îles.
- Une fois de plus, la Suède a été abominablement jouée par l’Allemagne. Alors qu’en 4916 les agents de la propagande germanique l’excitaient contre la Russie au sujet de l’érection de fortifications à Âland, depuis neuf ans la chancellerie de Berlin avait secrètement autorisé le tsar à élever des établissements militaires sur ces îles, comme l’ont appris les révélations de Troitzky confirmées par M. lsvolky, l’ancien ministre des Affaires Etrangères de Russie. Et au moment où très timidement les Suédois allaient prendre pied dans cet archipel si ardemment convoité, les Allemands les ont supplantés. Par suite de leur occupation Stockholm se trouve maintenant sous le canon de la flotte du Kaiser. C’est un résultat que n’avaient pas prévu les germanophiles des bords du Mælar. L’affaire n’est certainement pas terminée; Âland occupera encore l’attention; il était donc utile d’expliquer pourquoi. Charles Rabot.
- -
- LE LABOURAGE ÉLECTRIQUE
- Déjà avant la guerre notre production de céréales n’augmentait non seulement plus, mais avait tendance à décliner, de sorte que, dès cette époque, nous étions obligés d’importer de l’étranger des quantités croissantes de grains.
- Avec la guerre, cette situation a naturellement empiré par suite du manque de main-d’œuvre; les superficies ensemencées décroissent de plus en plus, tandis que la production par hectare va aussi*' en déclinant et on a reconnu qu’il était absolument nécessaire d’intensifier le rendement de la terre par l’industrialisation de l’agriculture et de recourir aux appareils mécaniques pour les travaux de culture, pour le labourage principalement.
- Dans ce but, on peut employer les moteurs à vapeur, à explosion (pétrole, essence) ou électriques.
- Les outils de culture resteront les charrues probablement, pendant longtemps, à socs simples ou multiples, les outils rotatifs, absolument différents des charrues, étant encore dans le domaine expérimental.
- Les moteurs à vapeur et à explosion ont été appliqués au labourage bien avant la guerre et ont déjà fait l’objet de nombreuses publications; par contre le labourage électrique, qui ne fut appliqué qu’à l’étranger avant la guerre, n’est vraiment connu en France que depuis peu de temps et nous
- p.216 - vue 220/474
-
-
-
- - 217
- = LE LABOURAGE ELECTRIQUE
- désirons exposer dans cet article les efforts récents effectués dans notre pays pour développer l’application de l’électricité au labourage.
- La traction de la charrue peut s’effectuer de
- il faut des appareils très lourds, de 10 à 15 t. et plus; même en munissant ces appareils de roues larges et de grand diamètre, ils risquent de s’embourber dans les champs détrempés.
- Par suite le tracteur n’est pratiquement admissible, dans les labours d’automne, qu’en sillons de 15 à 18 cm. de profondeur et il ne faut pas songer à les employer normalement dans les labours à 30 ou 35 cm. de profondeur.
- De plus, une grande partie de l’énergie fournie (50 pour 100 environ) est absorbée en pure perte pour mouvoir le tracteur sur le sol.
- Le tracteur est donc limité aux labours légers tandis que le treuil dont nous parlerons plus loin peut
- deux manières : ou bien la charrue est remorquée directement au moyen d’un tracteur ou bien elle est tirée par un câble s’enroulant sur un ou deux treuils.
- Labourage par tracteurs. — Il comprend deux catégories :
- Les tracteurs peuvent consister en un appareil automoteur sur lequel sont montées la ou les charrues, ou bien ce sont des tracteurs ordinaires auxquels sont attelés des charrues distinctes.
- Dans ce système, l’avancement de l’appareil est déterminé uniquement par l’adhérence au sol, laquelle est fonction de nombreux facteurs, mais surtout du poids nécessaire; or pour exercer des efforts de traction moyens de 2000 kg et plus comme en demandent les charrues employées pour le labourage mécanique, étant donné qu’on laboure en automne alors que le sol est humide ou glissant,
- Fig. 2. — Vue d’une charrue à bascule actionnée par tracteur.
- effectuer des labours- à toute profondeur courante.
- Il est toutefois intéressant de signaler un système dérivant à la fois du tracteur et du treuil, le haleur ou tracteur-toueur essayé il y a une dizaine d’années.
- La charrue C (fïg. 3) du type à balance recevait le courant par un câble fortement isolé : L,Lt, supporté tous les 40 m. environ par des chariots
- p.217 - vue 221/474
-
-
-
- 218 , ' irli. .. —~ LE LABOURAGE ÉLECTRIQUE
- v, v.;... facilement manœuvrables. Elle se halait sur une chaîne ÀB par une roue de noix, analogue à celle des toueurs, commandée par un moteur électrique placé sur la charrue. Un commutateur à chaque extrémité permettait de changer lé sens de rotation du moteur, après avoir balancé la charrue. La chaîneétantassez lourde(5à600gr. environ par mètre) il suffisait de l’amarrer à chaque bout sur une ancre légère de 55 à 40 kg se déplaçant facilement par un levier. Le matériel, léger, facile à transporter, ne nécessitait qu’un moteur d’environ 20 chevaux. Le conducteur était entièrement maître de sa machine et pouvait travailler par temps brumeux, même la nuit.
- On a remplacé avec avantage le câble simple,
- Charrue
- Treuil
- l/o/lure
- ''Æn.'t rm L*i1 i t
- L /gne e’/ect. _________j)
- < haute tena/on ______________f .
- Fig. 4. —Labourage système Howard à un treuil. •
- par une ligne spéciale, rigide, sur laquelle le courant était capté par la charrue au moyen de frotteurs. _
- Ce système, assez simple, n’a pas été perfectionné et semble être délaissé pour le labourage par treuil
- sur lequel nous nous arrêterons plus longuement.
- Labourage par treuils. —Cherchons tout d’abord quelle puissance il faut demander au treuil et au moteur électrique.
- L’effort de traction exercé sur la charrue est variable avec la nature du sol, son état, les façons culturales préc édemment données,etc... ;il peut varier d’environ 55 kg par dm2 pour les terres légères à environ 90 kg par dm2 pour la luzerne de quatre ans. Supposons qu’il s’agisse de terres moyennement fortes pour lesquelles cet effort est d’environ 50 kg par dm2 et employons üne charrue à bascule de
- Charrue
- Fig. 5. — Labourage système Howard à un treuil avec renvoi.
- deux fois huit socs de chacun *50 cm, menant ainsi 24 dm; supposons que la profondeur des labours soit de 20 cm. „
- Comme vitesse, on ne peut guère dépasser 2 m. par seconde, car il faut pouvoir diriger la charrue
- .A
- i Charrue ^---------
- Fo/ture Cranafo r/hateur
- Ligne ë/ectrigue è haute tenu/on Fig. 3. — Labourage par chaîne loueuse.
- p.218 - vue 222/474
-
-
-
- LE LABOURAGE ELECTRIQUE
- et la maintenir dans une direction rectiligne : il y a quelque temps, on n’adoptait pas plus de :
- 1 m. 400, mais on a réussi dernièrement à pousser cette vitesse à 2 m. par seconde : prenons 1 m. 800.
- Dans ces conditions, la puissance serait de :
- 50 X 24 X 2 X 1,800 — 4,520 kg-mètres par sec. 4,520 Kr7 ,, ^
- soit: -=...— 5/, 7 chevaux.
- 75
- Il faut tenir compte des pertes et des à-coups dus aux racines, grosses pierres, etc... et compter sur 80 à 100 chevaux; c’est en effet la puissance adoptée pour les moteurs électriques dans des conditions analogues aux précédentes.
- La surface labourée serait par heure de :
- 2 m. 400 x lm. 800 x5,600 = 15,500 m2 soit : ' 1,55.hectares.
- En 10 heures, on pourrait donc théoriquement labourer 15,55 hectares, mais l’utilisation du matériel ne dépasse guère 65 pour 100, ce qui fait 10 hectares par jour; c’est le résultat auquel on arrive actuellement dans l’exploitation de labourage électrique de la région de Meaux.
- Il existe deux systèm es de labourage par treuils : celui de Howard et celui de' Fowler.
- Système Howard. — Il consiste essentiellement en un câble tracteur faisant le tour du champ à labourer (fig. 4) passant sur quatre poulies de renvoi et actionné par un treuil fixe; on déplace les deux poulies entre lesquelles se meut la charrue’ à chaque trajet de celle-ci. Comme variante, Howard reliait le câble au treuil par l’intermédiaire d’un renvoi à cinq roues (fig. 5).
- Ce système, avantageux dans ce sens que le treuil est fixe pendant tout le temps du travail, ne peut toutefois pas s’appliquer pour de grandes pièces de terre.
- Système Fowler. — Ce système semble devoir être exclusivement utilisé actuellement; on peut employer un seul treuil ou deux treuils.
- Dans la première méthode (fig. 6) le treuil
- .219
- unique se déplace le long de la fourrière du champ à labourer, au fur et à mesure de l’avancement du travail. A l’autre extrémité, on dispose une poulie de renvoi fixée à un chariot d’ancrage.
- Le câble tracteur part du treuil, s’attache à la charrue, passe sur la poulie de renvoi du chariot d’ancrage et revient au treuil ; celui-ci est à deux tambours, et chacun d’eux, grâce à un embrayage, peut être commandé par le moteur électrique, tandis que l’autre est fou sur son axe.
- Suivant le sens du mouvement, la charrue est tirée, soit directement par le treuil, soit par celui-ci par l’intermédiaire de la poulie de renvoi du chariot d’encrage.
- Quand on est arrivé à l’extrémité de la raie, on balance la charrure qui est polysoc et à bascule du type de la figure 6.
- Dans la deuxième méthode (fig. 7), on utilise deux treuils placés chacun à l’une des deux extrémités opposées du champ ; ils tirent chacun alternativement sur un câble unique attaché à la charrue du même type que dans la première méthode.
- Examinons les avantages et les inconvénients de ces deux méthodes :
- Dans le système à treuil unique, le capital engagé est bien moins élevé que dans l’autre ; il n’y a qu’un treuil et qu’une ligne électrique pour son alimentation. Par contre il est plus difficile à installer et le câble est plus long d’où frais d’usure plus grands; l’ancrage de la poulie de renvoi est assez difficile, mais surtout, cette méthode n’est guère applicable qu’en terrain plat, car il faut que le conducteur du treuil voit continuellement la charrue et les signaux de l’homme qui la dirige pour changer le sens de marche quand celle-ci est arrivée au chariot d’ancrage.
- Le système à deux treuils exige un capital plus élevé, mais il est plus facile à mettre en chantier, il permet des rayages plus importants en terrains accidentés, même par brouillards.
- On emploie donc le treuil unique pour les petites et moyennes exploitations et le système
- Chariot d'ancrage
- Treui/
- Charrue
- Ligne e'/ectr. ... naute fena/on
- Fig. 6. — Labourage système Fowler à un treuil.
- Treui/ .
- Charrue
- Fig- 7- — Labourage système Fowler à deux treuils.
- p.219 - vue 223/474
-
-
-
- 320
- " LE LABOURAGE ELECTRIQUE
- à deux treuils pour les exploitations importantes.
- Treuils. — Ils sont composés d’un fort bâti métallique sur lequel sont installés le moteur électrique, le treuil proprement dit et un train d’engrenages. Le moteur électrique peut être blindé ou-protégé, pour être à l’abri des intempéries, mais on est arrivé à employer des moteurs normaux ouverts, protégés simplement par un capot, d’où économie de ce côté; le démarrage est effectué au moyen d’un contrôleur, type tramway et la sécurité est assurée par un disjoncteur à déclanchement à maxima et à minima.
- Le treuil est à 1 tambour ou à 2 tambours, suivant le système adopté, comme il a été ' **''
- dit plus haut; il peut être établi pour permettre d’obtenir 2 vitesses d’avancement, par exemple : 1 m. 200 et 1 m. 800 suivant la nature du sol et la profondeur des sillons.
- Le train d’en-grenages peut être accouplé, soit au treuil, soit aux roues de la voiture pour permettre son déplacement le long de la fourrière et même tourner sur de petits rayons, sans crainte d’enrayage dans les endroits difficiles.
- L’accouplement du moteur au train d’engrenage peut se faire directement, mais on lui préfère la commande par courroie qui peut jouer ainsi le rôle d’amortisseur quand la charrue rencontre de grosses pierres, des racines, etc....
- Ceci permet en oütre d’utiliser sans modification le moteur électrique pour d’autres travaux, comme battage, commande des transmissions, etc... quand la saison des labours est terminée.
- Les treuils primitivement construits étaient assez lourds et on a cherché à diminuer leur poids par l’adoption d’une bêche d’ancrage consistant en une plaque métallique de même longueur que le chariot^ d’environ 0 m. 25 de hauteur et supportée par 4 montants mobiles dans des glissières. On est arrivé actuellement à diminuer le poids sans avoir recours à cette bêche, soit en
- Fig.
- fixant des grapins sur les roues, soit en les calant.
- Le chariot d’ancrage, dans le cas du treuil unique, est généralement muni d’un cadre de bois (fig. 6) pour permettre de le charger avec de grosses pierres ou du gravier.
- Alimentation des treuils. — Vu les puissances assez importantes des moteurs électriques employés : 50 à 60 chevaux pour les petits treuils, 80 à 100 chevaux pour les grands treuils, on a été conduit à les alimenter à 500 ou 600 volts, pour éviter les grosses sections de câbles; ces tensions sont encore maniables pour les ouvriers même peu
- expérimentés.
- On emploie les courants alternatifs haute tension , généralement triphasés, fournis par le secteur de la région, ces courants étant transformés à 500 ou 600 volts par un transformateur.
- Pour certaines exploitations, ce transformateur peut être installé dans un poste fixe qui peut également alimenter en courant basse tension, les différents services de la ferme, si celle-ci se trouve à proximité.
- Généralement, on ne peut pas adopter le poste fixe, et il faut
- faire une prise de courant volante, haute tension. Ce courant est alors amené de la distribution du secteur au point d’utilisation par une ligne spéciale haute tension supportée comme d’usage.
- Le transformateur est installé dans une voiture montée sur bons ressorts, sans siège afin que le conducteur n’ait pas tendance à faire trotter ses chevaux. Cette voiture-transformateur, comme représentée à la figure 8, est divisée en 2 compartiments ; dans l’un se trouve le transformateur à bain d’huile avec ses appareils (sectionneurs, coupe-circuit), les couteaux de sectionnement peuvent être montés à l’extérieur comme dans le cas de la figure 8, le deuxième compartiment contient les appareils secondaires basse tension de mesure et de protection. '
- Le courant basse tension est amené au moteur
- V '
- Poste de transformation de campagne.
- p.220 - vue 224/474
-
-
-
- LE TRANSBORDEUR DE BORDEAUX ......., , = 221
- électrique du treuil par un câble isolé bien protégé; si le treuil doit s’éloigner assez loin du transformateur, pour éviter une usure rapide de ce câble par suite de son frottement sur le sol, on le supporte par une série de potelets à vis facilement montables ; ces potelets sont munis d’un bras supérieur horizontal portant des isolateurs permettant de remplacer le câble isolé par du fil ou du câble nus.
- Conclusion. — Les tracteurs n’ont donné jusqu’ici de résultats intéressants que pour les labours légers. Or, on a montré que la surproduction qui résultait des labours profonds pouvait atteindre 20 pour 100 pour le blé; 26 pour 100 pour les betteraves et 35 pour 100 pour l’orge.
- Il semble donc que l’avenir soit au labourage par treuils, car seul il permet des labours profonds, augmentant la fertilité du sol.
- D’autre part, dans l’évaluation comparée du coût par hectare des labourages par animaux, à vapeur, à essence et électrique, on a constaté que le labourage électrique restait toujours le meilleur marché pour des surfaces labourées annuellement de 500 à 1000 hectares, ce qui nécessite la réunion de plusieurs fermes, donc entente, entre agriculteurs sur le tour de chacun.
- Jusqu’à présent, les agriculteurs préféraient être indépendants, mais alors les amortissements, intérêts, etc... se répartissent sur un nombre d’hectares plus réduit, et le prix de revient augmente.
- Il faut donc que les agriculteurs se dégagent, de leur esprit particulariste et se groupent, forment des coopératives pour arriver au progrès le plus certain et le plus rapide. L...
- LE TRANSBORDEUR DE BORDEAUX
- Alors que la guerre est toujours déchaînée, il est remarquable de constater que notre pays conserve assez de vitalité, non seulement pour construire des usines de guerre, mais encore pour terminer les grandes entreprises que la guerre était venue troubler.
- Rochefort, Newport, Nantes et Marseille). 11 consiste en une poutre métallique reposant à ses deux extrémités sur deux pylônes également métalliques, soutenue et raidie à la manière des ponts suspendus par des câbles en fil d’acier, et
- NOMS des transbordeurs en fonction. LONGUEUR totale du tablier. DÉBOUCHÉ d’axe en axe des pylônes. HAUTEUR totale des pylônes. DIMENSIONS de la nacelle. POIDS de la nacelle en surcharge d’épreuve. DATES de l’ouverture à l’exploitation.
- mètres mètres mètres mètres mètres • tonnes
- Bilbao 164 » 160 » 61 8 8 » X 6 25 _ 40 » 1893
- Bizerte 112 40 109 » 57 2 9 » X 7 05 80 » 1898
- Rouen 145 90 143 02 65 565 10 14 X 13 » 1Ô1 » 1899
- Martrou 175 50 139 76 66 34 14 » X 11 05 , 112 » 1900
- Nantes 195 56 140.96 74 52 10 » X 12. » 139 600 1904
- Marseille 241 50 105 » 83 25 10 » X 12 » 149 190 1906
- Newport 236 » -196 56 72 61 10 » X 12 » 100 » 1906
- Runcorn 537 45 504 80 57 80 16 72 X 7.30 122 » 1905
- Duluth 120 » 120 » 66 75 10 37 X 15 « 56 » 1905
- Kiel 118 118 » 56 » » » 65 » 1911
- Middlesbrough 175 30 » » 76 » 11 85 X 13 40 » » 1911
- Bordeaux 440 » 400 » 95 » 12 » X 15 50 : 180 »
- C’est ainsi qu’à Bordeaux se termine actuellement le plus grand pont transbordeur du monde. Il avait été décidé fin 1910, après de longues années de négociation (dix-huit), pour suppléer au pont de pierre de Bordeaux dont l’insuffisance devient manifeste avec le développement du grand port girondin. Il avait en outre l’avantage de raccourcir considérablement les trajets entre les deux parties industrielles de Bordeaux : Queyries (quai de Brazza) et Ba^âlan.
- Le typea adopté fut celui de l’ingénieur Àrnodin qui en avait construit de nombreux exemplaires de moins grande dimension dans différents ports français et étrangers (Bilbao, Rouen, Bizerte,
- élevée à une cinquantaine de mètres au-dessus de l’eau, de manière à laisser le passage constamment libre pour la navigation de haute mer. La poutre principale contient un chemin roulant le long duquel se déplace un chariot mû électriquement et circulant d’une rive à l’autre. Ce chariot soutient une nacelle de grandes dimensions, sorte de plateforme mobile, réglée à la hauteur du niveau des quais. Sur cette nacelle peuvent prendre place 4 camions lourds ou 8 voitures légères et 250 à 300 piétons.
- Caractéristiques des principaux transbordeucs.
- -T- Nous résumons dans le tableau ci-dessus les caractéristiques des principaux transbordeurs.
- p.221 - vue 225/474
-
-
-
- 222 NOUVEAU MODE D’INDICATION
- Comme on le voit, nous allons posséder là le plus grand transbordeur du monde, qui distancera de beaucoup tous ses concurrents.
- Rendement de l’installation. — Des pointages effectués sur le pont de Bordeaux accusent un passage journalier de 45 000 piétons et 10000 véhicules, non comptés les voyageurs qui traversent la Garonne sur les « gondoles » (bateaux-mouches bordelais).
- Or voici les résultats du mouvement des piétons, voitures et ascensions au 51 décembre 1909 des transbordeurs de Rouen, Nantes et Marseille. Il est à remarquer que les durées d’exploitation sont inégales :
- Fondation. Années. Piétons. Voitures. Ascensions. Rouen. . 1900 soit 9 14.975.020 291.624 33.539
- Nantes . 1903 — 6 7.056.644 46.555 44.937
- Marseille. 1906 — 3 4.108.020 73.134 74.809
- «
- La durée de la traversée sera :
- Embarquement ... 1 minute.
- Traversée. ..... 2 minutes.
- * Débarquement . . .1/2 minute.
- et le débit possible de 30 000 piétons et 1000 voitures par jour.
- Quant aux dépenses d’exploitations elles sont très minimes et se montent à 60 000 francs par an. Aussi la Société, qui s’est constituée au capital de 1 500 000 francs pour l’exploitation de cet ouvrage, escompte-t-elle des bénéfices qui compléte-
- DE LA PRESSION BAROMÉTRIQUE —-...................
- ront heureusement ceux qu’indirectement elle donnera à la population bordelaise.
- Détails du montage. — A priori le montage d’une pareille construction peut paraître très difficile. Le constructeur, M. Arnodin, a cependant résolu très élégamment le problème.
- Pour le montage des pylônes, il se sert d’une grue de son invention, facilement mobile dans tous les sens et munie de 4 supports à vis qui lui permettent de s’élever automatiquement sur l’étage qu’elle vient de monter.
- Pour le montage de la travée, on commence par placer les câbles porteurs de la poutre et par raison de symétrie on commence le montage de cette poutre par le milieu. Dès que le premier élément est monté, l’avancement se . poursuit symétriquement jusqu’à achèvement.
- Commencé en 1913, le montage du premier pylône fut arrêté par la guerre à mi-hauteur. En
- 1916 1a continuation fut décidée et le 1er janvier
- 1917 la Société pouvait inaugurer le premier pylône. Le montage du second pylône suivit immédiatement et, malgré les difficultés de transport, ce deuxième pylône est en voie d’achèvement. S’il est possible d’obtenir du gouvernement les câbles métalliques, l’achèvement pourrait avoir lieu en 1918, donnant ainsi au monde l’exemple de l’énergie de la France et de son esprit d’entreprise.
- C. Manceau,
- Ingénieur des Arts et Manufactures.
- NOUVEAU MODE D’INDICATION DE LA PRESSION BAROMÉTRIQUE
- L'Annuaire pour 1918 du Bureau des longitudes, qui vient de paraître (Q signale une modification importante apportée au mode d’indication de la pression barométrique dans les bulletins météorologiques.
- A la suite de vœux émis par la Commission internationale de l’Aéronautique scientifique, et suivant aussi l’exemple de l’Institut Carnegie, le Weather Bureau de Washington emploie depuis le 1er janvier 19141a notation en unités absolues du sytèmeC.G. S. Le Meteorological Office de Londres a adopté les mêmes mesures à partir du 1er mai 1914 pour les Daily et les Weekly Weather-Reports.
- En France, le Bureau Central Météorologique a décidé de rédiger son Bulletin international selon les mêmes principes à partir du 1er janvier 41917.
- Les hauteurs barométriques, sont donc converties en unités absolues de pression. L’unité de pression C. G. S. est la barye, correspondant à une pression d’une dyne par centimètre carré (la dyne est la force qui imprime à une massé d’un gramme une accélération d’un centimètre). La barye étant une unité pratiquement trop petite,* on a créé le
- 1. Gauthier-Villars, éditeur.
- bar qui vaut un million de baryes, lui-même divisé en sous-multiples : le centibar et le millibar.
- La pression barométrique normale est celle d’une colonne de mercure de 760 mm de haut, au niveau de la mer, par 45° de latitude. En un tel lieu, l’accélération due à la pesanteur est de 9 m. 80665 ou de 980,665 unités C. G. S., d’après la décision de la cinquième Conférence générale des Poids et Mesures tenue à Paris en octobre 1915. La pression normale correspond donc à 1013-,23 millibars et le millibar équivaut à une hauteur barométrique de 750 mm 076.
- Les données météorologiques sur la pression barométrique sont donc données aujourd’hui en millibars. Les cartes et les diagrammes journaliers ou hebdomadaires portent les lignes isobares tracées de 5 en 5 millibars au lieu de 5 en 5 millimètres. Toutefois, le Bulletin International français marque encore à titre transitoire les indications barométriques en millimètres à droite des courbes cotées en millibars. Le nouvel aspect des cartes est beaucoup plus chargé, les lignes tracées de 5 en 5 millibars étant sensiblement plus nombreuses.
- Les renseignements télégraphiques sur la pression
- p.222 - vue 226/474
-
-
-
- ACADEMIE DES SCIENCES : -.. .223
- ou la tendance barométrique sont donnés en millibars, en supprimant toutefois les chiffres des centaines ou des milles (9 ou 10). Il sera bon que nos lecteurs s’en souviennent quand il leur sera de nouveau permis d’utiliser leurs installations de T. S. F. pour recevoir les bulletins météorologiques de la Tour Eiffel.
- L'Annuaire du Bureau des Longitudes donne
- de la pluie tombée et en mètres par seconde la vitesse du vent. Ses informations à ces points de vue seront donc directement comparables à celles de nos stations.
- Enfin, le Weather Bureau de Washington et le Meteorological Office de Londres publient maintenant les températures en degrés centigrades, comme nous, mais en partant du zéro absolu, c’est-à-dire
- I. — Conversion des millimètres en millibars.
- Millimètres. O 1 2 3 4 5 6 7 8 9
- 710 946.7 948 949.3 ' 950.7 952 953.5 954.7 956 957.3 958.7
- 720 960 961.3 962.7 964 965.3 "" 966.7 968 969.3 970.7 972
- 730 973.3. . 974.7 976 977.3 978.7 980 981 3 982.7 984 985.3
- 740 986.7 988 989.3 990.7 992 993.3 994.7 996 997.3 998.7
- 750 1000 1001.5 1002.7 1004 1005.3 1006.7 1008 1009 3 1010.7 1012
- 760 1015.3 1014.7 1016 1017.3 1018.7 1020 1021.3 1022.6 1024 1025.3
- 770 1026.7 1028 1029.3 1050.7 1032 1033.3 1034.7 1036 1037.3 1038.7
- 780 1040 1041.5 1042.7 1044 1045 3 1046.7 1048 1049.3 1050.7 1052
- 790 1053.3 1054.7 1056 1057.5 1058.7 1060 1061.3 1062.7 1064 1865.5
- II. — Table de conversion des millibars en millimètres.
- Millibars I 0 ! 2 3 4 5 6 7 8 9
- 940 705 705.8 706.5 707.5 708 708.8 709.5 710.5 711 711.8
- 950 712.5 713 3 714 714.8 715.5 716.3 717 717.8 718.5 719.3
- 960 720 720.8 721.5 722.3 723 723.. 8 724.5 725.3 726 726.8
- 970 727.5 728.3. 729 729.8 730.5 731.3 732 732.8 733.5 734.3
- 980 735 735.8 736.5 737.3 738 738.8 739.5 740.3 741 741.8
- 990 742.5 743.3 744 744.8 745.5 746.3 747 747.8 748.5 749.3
- 1000 750 750.8 751.5 752.3 753 753.8 754.5 755.5 756 756.8
- 1010 757.5 758.3 759 759.8 760.5 761.5 762 762.8 773/5 764.3
- 1020 765 765.8 766.5 767.5 768 768.8 769.5 770.3 671 771.8
- 1030 772.5 775.3 774 774.8* 775.5 776.3 777 777.8 778.5 779.3
- 1040 780 780.8 781.5 782.5 785 783.8 784.5 785.5 786 786.8
- 1050 787.5 788.3 789 789.8 790.5 791.3 792 792.8 795.5 794.5
- les tables suivantes de conversion des millimètres de mercure en millibars : -
- Étant donné que 1000 millibars correspondent à 750 mm 076 de mercure, on peut, avec une approximation suffisante, transformer les lectures du baromètre dans la nouvelle notation en multipliant les nombres observés par 4/3.
- Le Meteorological Office de Londres a décidé d’indiquer dorénavant en millimètres la hauteur
- en ajoutant 275° aux indications de nos thermomètres ordinaires. Leurs cartes marquent les isothermes de 5 en 5° centigrades comptés à partir du zéro absolu et non plus en degrés Fahrenheit.
- Notre système de mesures se généralise donc, mais les nouvelles notations de la pression et de la température dérouteront pendant quelque temps les amateurs de météorologie et c’est pourquoi nous avons cru bon de les faire connaître à nos lecteurs.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Sëance du il mars 1918.
- Substitution du temps civil au temps astronomique dans les éphémérides nautiques. — Le changement de date a fieu à minuit, pour la population civile et à midi pour les astronomes, civils et astronomes l'ayant placé dans une phase de là journée où il les incommode le moins.
- 11 en résultait, jusqu’ici, que les marins avaient une dualité d’heure, particulièrement gênante avec la notation de.O à 24 : temps civil pour la vie normale du bord; temps astronomique pour l’observation des astres. Le bureau des Longitudes vient de décider l’adoption du temps
- p.223 - vue 227/474
-
-
-
- 224 ===== UNE NOUVELLE PILE A DEPOLARISANT PAR L’AIR
- civil pour ses éphémérides nautiques'et il ne reste plus désormais qu’à convertir les astronomes pour avoir réalisé l’unité de l’heure.
- Géologie de la Guinée française. — M. Sinclair a étudié une importante formation de grès qui, en Guinée, re-
- pose sur le granit ou le gneiss par couches horizontales, avec une épaisseur de 150 à 200 m. Cette formation, qui présente un caractère de jeunesse remarquable, appartient, en réalité, d’après des fossiles découverts, au Cambrien supérieur.
- UNE NOUVELLE PILE A DEPOLARISANT PAR L’AIR
- M. Féry, qui a déjà établi une très ingénieuse théorie de l’accumulateur au plomb, vient de mettre au point une nouvelle pile à dépolarisant par l’air construite par la Société Gaiffe.
- Des nombreuses piles imaginées comme générateur d’électricité, la pile au sel ammoniac dépolarisé par le bioxyde de manganèse est la plus généralement utilisée en particulier par les Compagnies des chemins de fer. Mais le bioxyde de manganèse pyrolusite naturelle) doit être assez pur ; il venait du Caucase ou de l’Inde et coûtait assez cher.
- La nouvelle pile de M. Féry utilise l’oxygène de l’air, dépolarisant indéfini gratuit, et d’action constante contrairement au bioxyde de manganèse qui passe par une série tats d’oxydation inférieurs. Pour arriver à ce résultat, il suffit de disposer le zinc sous forme d’une électrode horizontale occupant le fond de l’élément. ^
- L’électrode positive constituée par un charbon à surface très développée (tube ou cylindre à ailettes rayonnantes) est verticale ; elle est séparée du zinc par- un isolant convenable (feutre mince, croisillon en ébonite, etc.).
- La figure ci-dessus montre l’élément démonté à gauche ; on y voit le vase de verre, l’électrode positive constituée par un tube percé de rangées verticales de trous, l’électrode négative constituée par une plaque de zinc horizontale à laquelle est soudé un fil vertical de cuivre, isolé dans sa partie ascendante; on remarque également un croisillon isolant et les deux bouchons de l’élément, l’un annulaire pour centrer le charbon dans le col du vase, et l’autre destiné à fermer la partie supérieure du charbon et éviter ainsi une évaporation trop rapide. A droite on voit l’élément monté.
- Dans ce dispositif les cristaux se localisent à mi-hauteur du charbon et du vase, dans la région neutre du liquide. Celui-ci devient, en effet, acide à sa partie inférieure où s’accumule le chlorure de
- zinc lourd formé par le fonctionnement de la pile; il devient alcalin à la surface où monte l’ammoniac légère qui se porte sùr le charbon.
- L’usure locale de ces piles est pratiquement nulle et on trouve 1 gr, 24 de zinc dissous par ampère-heure, valeur très voisine de 1,228, chiffre théorique.
- Le voltage en circuit ouvert est de 1,18 volts.
- L’agitation du liquide en mélangeant les solutions séparées par ordre de densité produit la formation de multiples cristaux microscopiques qui se déposent uniformément sur le vase et le charbon. Le travail ultérieur de l’élément fait disparaître ces cristaux en haut et en bas; ils subsistent seulement, comme nous l’avons dit, dans la région neutre.
- Cette pile est à l’essai dans deux Compagnies de chemins de fer français pour actionner des signaux de sécurité commandés actuellement par des piles au manganèse ou au sulfate de cuivre. Dans un essai pratique fait par les ingénieurs d’une de ces.Compagnies, huit éléments dont quatre ap manganèse et quatre à dépolarisation par l’air, ont été mis en tension sur une résistance de 700 ohms.
- En sept mois de débit continu dans ces conditions, les piles au manganèse ont mis hors de service deux crayons de zinc pesant chacun 150 gr., tandis que les nouveaux éléments n’ont usé qu’une lame de zinc pesant 120 gr.
- De plusieurs essais effectués sur des piles de dimensions différentes, il résulte qu’on peut pratiquement obtenir 90 ampères-heure avec 100 gr. de sel ammoniac, la concentration étant de 12 pour 100. Cet élément est sans doute un des générateurs d’électricité dontia capacité massique est la plus grande : le modèle capable de fournir 90 ampères-heure ne pèse que 2,1 kg, ce qui donne î’ampère-heure pour un poids total de 2,4 gr. et le watt-heure, sous le voltage moyen de 0 v. 75 pour 3,1 gr. H. Volta.
- Le Gérant • P. Masson. — Imprimerie Laiiure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
- p.224 - vue 228/474
-
-
-
- LA NATURE.
- N° 2324.
- 13 AVRIL 1918
- LES COMBUSTIBLES INFERIEURS
- Comment on les utilise.
- Nous avons vu dans un précédent article (La Nature, 2513) comment on pouvait récupérer des combustibles de moyenne qualité dans les déchets des houillères, et dans les cendres des foyers, question de toute actualité, classée par l’Armement en première urgence; et comment on améliorait la qualité des charbons extraits du sol. Nous allons maintenant, suivant le plan que nous nous étions tracé, examiner l’utiKsation des combustibles inférieurs.
- Nous n’envisagerons guère ici que les applications industrielles, posant en principe que ces combustibles inférieurs ne trouvent pas leur emploi dans l’économie domestique. Les appareils de chauffage domestique doivent être, en effet, très simples et les dispositifs spéciaux nécessaires pour l’utilisation de ces produits sônt, sinon compliqués, du moins parfois un peu encombrants et ne trouveraient pas leur place au foyer. Il faudrait dans la répartition des combustibles réserver les meilleures sortes : gailleteries, gaillettes et agglomérés, à la consommation familiale. . *
- La, règle souffre pourtant, dès exceptions. Le bois, qui est assez médiocre combustible, convient fort bien au chauffage de nos appariements.
- La Nature a déjà parlé, à propos de l’Exposition du feu (n° 2508), de divers appareils employés avec succès pour l’utilisation des déchets. .Ce sont les poêles à sciure de bois, le Diablotin en particulier, le poêle Guillery qui brûle fort bien la bourbe ou le lignite, ainsi d’ailleurs'que la plupart des poêles d’appartement, etc. Rappelons enfin les calorifères à combustible pulvérulent dont les foyers à tablettes ne sont pas sans analogies avec les fours employés pour le grillage des sulfures.
- Quant à l’utilisation, industrielle des combustibles inférieurs- : poussiers de houille, déchets de triage et de lavage, fraisil de coke, copeaux, sciure, tannée... elle peut se faire presque toujours de deux façons différentes : par combustion sur grille, pour produire de la vapeur, par gazéification
- 46* Année. —l" Semestre
- Fig. i. — Foyer Schwartzkopj.
- pour produire du gaz pauvre, utilise ensuite pour le chauffage ou l’alimentation de moteurs à explosion.
- Les poussiers de houille. — Nous étudierons séparément les poussiers de houille qui, leurs dimensions mises à part, présentent toutes les qualités d’un bon combustible, tant au point de vue des cendres que de la teneur en matières volatiles.
- Ce combustible, ne se prête pas à l’emploi au gazogène, il oppose, en effet, une trop grande i résistance au passage du
- vent. On ne peut l’y employer qu’en mélange avec une forte quantité de morceaux, la proportion maxima de poussiers-admissible est de 30 pour 100 environ.
- Mais on s’est très vivement occupé de leur combustion sur grille et un très grand nombre de foyers ont été proposés à cet effet.
- Tous ces foyers comportent un distributeur, qui assure unq arrivée très régulière du combustible et un appareil de projection, qui agit soit mécaniquement, comme dans le foyer Schwartzkopf,soit par entraînement par l’air comburant, comme dans les foyers Wegener, Pin-ther, etc. (fig. 1).
- Le poussier de charbon est entraîné ou projeté « dans une enceinte à très
- haute température, où il s’enflamme immédiatement et brûle comme un gaz. C’est là le grand mérite de ces appareils, car, comme tous les foyers à gaz, ils se prêtent à un très bon réglage de la combustion.
- Partant de là, certains ont proposé l’emploi systématique du poussier de houille, allant même jusqu’à préconiser le broyage des gailleteries. C’est, ce nous semble, aller un peu loin ; si les foyers à poussières présentent de réels avantages, s’ils permettent une bonne utilisation de cette classe de combustibles, il ne faut pas perdre de vue les inconvénients inhérents aux poussières et, au premier rang, l’altérabilité, le danger d’incendie et d’explosion. Puis il faut faire intervenir les frais de broyage et de séchage, la dépense de force motrice..;.
- 15. — 225 .
- p.225 - vue 229/474
-
-
-
- 226
- LES COMBUSTIBLES INFÉRIEURS
- En fait ces foyers, qui ont pris quelque développement en Amérique et en Allemagne, ne sont guère répandus chez nous, en dehors de l’industrie des ciments, où ils sont employés presque exclusivement. C’est lin cas bien spécial et chez nous on emploie au fond les poussiers soit en mélange, soit sur des grilles fixes à menus dont nous allons parler, soit enfin, et c’est une solution radicale, sous forme d’aggloméré's.
- L’agglomération des charbons (La Nature 2284) et en particulier la recherche d’agglomérants nouveaux est tout à fait à l’ordre du jour, c’est le seul procédé, en effet, qui permette aux particuliers de brûler leurs menus* s’ils n’ont pas de charbon gras et ne peuvent faire de mélanges.
- Ceci sort un peu de notre cadre, la briquette ordinaire au brai étant à tous points de vue un charbon excellent et de toute première qualité. Mais la briquette de fortune, la briquette Decauville agglomérée avec quelque 10 pour 100 de ciment, la briquette familiale des populations minières dont 1/10 de glaise cimente le poussier, les boulets économiques agglomérés avec du papier réduit en pâte, voilà bien, n’est-il pas vrai, des combustibles médiocres dont le mode d’utilisation sera d’ailleurs le même que celui des combustibles cendreux. Au reste, certains de ces produits se prêtent mal à une production, ou à un emploi industriel et nous les citions surtout pour être complets.
- Avant d’aborder les combustibles inférieurs proprement dits, nous dirons deux mots de l’emploi des menus sur grilles fixes. On peut les employer sur des grilles ordinaires, en mélange avec de la gailleterie et tous les chauffeurs savent bien que, pour éviter la perte des fines, par tamisage entre les barreaux, il suffit, surtout si les charbons sont tin peu gras, de les mouiller avant de les introduire sur la grille. L’humectation suffit à les agglomérer jusqu’à ce que la cokéfaction soit commencée. C’est ainsi qu’agissaient au fond tous les économiseurs de charbon que ’on a tant vendu l’an dernier à un prix fort rémunérateur... pour le vendeur surtout.
- Mais si l’on n’a que des menus, 0— 10 par exemple, il faut employer des grilles spéciales : Kudlicz, foyers automatiques de Roubaix, Poillon, Wagner, etc.... Ces grilles fonctionnent en général avec foyers soufflés. Si ou le peut, on emploiera très avantageusement les grilles à gradins, qui sont, on peut le dire, des grilles omnibus, s’accommodant de toutes sortes de combustibles.
- Rappelons en deux mots qu’elles sont constituées par une série de barreaux horizontaux di-posés en escalier, dont la largeur est suffisante pour que les menus qui s’étalent sur la grille, formant sur chaque barreau un petit talus d’ébou-lement, ne puissent tamiser entre deux barreaux. La figure 2 en montre clairement d’ailleurs la disposition.
- Ce qui nous intéresse plus spécialement ce sont
- les combustibles à faible pouvoir calorifique, ce sont eux qu’on négligeait hier et qu’il faut utiliser aujourd’hui, combustibles riches en cendres, ou dégouttant d’humidité, voilà ce qu’il s’agit de brûler ou de gazéifier.
- La combustion sur grille/1). — Certains de ces combustibles, de nature fort parti--culière : sciure, copeaux, tannée... exigent, de façon quasi absolue, un foyer spécial. Pour d’autres l’exigence est moins impérieuse, aussi les voit-on employer de façons fort diverses suivant les points et parfois comme des combustibles ordinaires.
- Nous voulons parler des combustibles cendreux, ils ont une importance toute particulière, car ce sont eux qui se présentent le plus souvent aujourd’hui avec nos charbons de guerre et puis leur utilisation a été tout particulièrement étudiée par les houillères, ces grosses consommatrices de force et ces grosses mangeuses de charbon, dont la consommation propre représente quelque 10 pour 100 de la production. Sans plus insister on voit quel est pour elles l’intérêt de cette question.
- Il nous paraît donc intéressant de donner quelques renseignements sur l’économie de cette utilisation notamment d’après de longs essais faits par
- 1. Voir notamment à cp sujetjes ouvrages très intéressants de Colomer et Lordier : les Combustibles industriels, André I Turin : les Foyers de chaudières.
- Fig. 2. — Coupe d’un foyer, Voleker.
- p.226 - vue 230/474
-
-
-
- LES COMBUSTIBLES INFERIEURS
- 227
- Fig. 3.
- les propriétaires d’appareils à vapeur et le comité des Houillères du bassin de la Ruhr (1).
- ' Les essais comportaient la détermination des puissances de vaporisation, du rendement calorifique et du prix de revient de la tonne de vapeur ; le prix du combustible étant évalué par une formule empirique, faisant intervenir son pouvoir calorifique et sa teneur en cendres et en humidité.
- Ils ont porté : 1° sur des produits grenus plus ou moins riches en matières volatiles et tenant jusqu’à 50 pour 100 de cendres et 20 pour 100 d’humidité (mixtes et schistes delavage);
- 2° sur des produits
- à grains fins tenant jusqu’à 40 pour 100 de cendres et 30 pour 100 d’humidité (poussiers et schlamms); 3° sur du fraisil de coke. Ces matières ont été essayées isolément, ou en mélanges.
- Si l’on ne considère que le prix de revient de la tonne de vapeur, les produits grenus tenant jusqu’à 35 ou 40 pour 100 de cen-dres, peuvent être avantageusement brûlés sur des grilles ordinaires à tirage naturel. Le rendement calo-r i fi q u e peut atteindre 55 pour 100 et le prix de revient de la tonne de vapeur baisser jusque vers 0 fr. 90.
- Bien entendu, la vaporisation spécifique est étroitement liée à la teneur en cendres. Avec de
- pareils produits, elle n’est guère que de 3 à 4 kg de vapeur par kg de combustible. Ce chiffre est un peu faible, et sa conséquence immédiate est une faible vaporisation horaire, surtout pour les foyers à tirage naturel.
- Or ce qui intéresse les industriels aujourd’hui, c’est de faire tourner leur usine ; pour cela il faut une certaine quantité de vapeur.. Voilà qui “change un peu les conditions du problème, car on ne peut généralement, à l’heure actuelle, songer à installer
- R Bulletin de la Société de l’industrie minéralé,,1911.
- Grille Genevet à tirage équilibré, pour la combustion des menus cendreux.
- Fig. 4. — Coupe longitudinale de la grille tournante disposée pour décrassage automatique par. l'arrière.
- de nouveaux générateurs. Le tirage naturel qui suffirait théoriquement à résoudre le problème, se trouve donc, en fait, la plupart du temps, insuffisant.
- L’insuffisance du tirage naturel apparaît d’ailleurs déjà un peu, même au seul point de vue économique, en ce qui concerne les combustibles à la fois maigres et cendreux et elle s’affirme davantage quand on arrive aux déchets de fines et
- au fraisil de coke.
- On peut dire que ces combustibles, employés seuls, ne brûlent bien, en général, que dans un foyer soufflé. Le soufflage par injecteur à vapeur paraît particulièrement avantageux pour le fraisil de coke tandis que, pour les poussiers, et surtout pour les schlamms, le ventilateur semble donner de meilleurs résultats.
- Nous n’insisterons pas ici sur les particularités
- du tirage forcé, bien connues de tous les industriels; nous ferons seulement remarquer qu’avec des combustibles pauvres, nécessitant par suite de très fréquents chargements, une modalité ' de tirage qui présente de très réels avantages, est le tirage équilibré. L’afflux de l’air comburant y est provoqué à la fois par la dépression produite par la cheminée ou le ' tirage mécanique et par l’injection
- d’air dans ce cendrier. Ainsi la pression dans le foyer même est, aussi exactement que possible, égale à la pression extérieure, et l’ouverture des portes de chargements ne provoque ni rentrées d’air froid intempestives, ni retours de flammes dangereux.
- On trouvera figure 3nune vue de la grille Genevet qui fonctionne sur ces principes et est fort répandue en France, dans bon nombre de nos houillères notamment.
- L’évocation des fréquents chargements nécessités pâr la pauvreté du combustible attire1 notre atten-
- p.227 - vue 231/474
-
-
-
- 228 : LES COMBUSTIBLES INFÉRIEURS
- tion sur une autre face de la question. Pour produire une grande quantité de vapeur, il faut dégager beaucoup de. calories et comme le combustible est pauvre il faudra en brûler énormément. Mais, comme on le sait, la capacité de combustion d’une grille n’est pas illimitée. Pour la plupart des chaudières, l’allure qui donne le maximum de production de vapeur correspond à une combustion horaire de l’ordre de 100 kg par mètre carré de grille (*), chifïre qui est d’ailleurs susceptible d’être un peu relevé par l’emploi de mauvais combustibles.
- II n’en reste pas moins qu’il y a intérêt pour nous à accroître les surfaces de grille. Or l’on est vite arrêté sur ce point par la distance maximum de pelletage que peut atteindre le chauffeur si l’on emploie des foyers chargés à la main. Ainsi se trouve mis en lumière l’intérêt des foyers mécaniques à tirage forcé.
- Ils ont bien leurs détracteurs, qui leur reprochent notamment de consommer de la force, de laisser perdre du combustible par tamisage et de manquer Un peu de souplesse pour s'adapter aux variatio ns de demande dans la journée. Ces critiques paraissent d’ailleurs s’adresser surtout à des modèles anciens et il nous paraît que ces foyers présenteront souvent la meilleure solution du problème; c’est également l’avis de ceux qui en usent et notamment d’un grand industriel dont le nom est lié au développement de nos forces hydrauliques.
- Ils présentent d’ailleurs un avantage accessoire qui n’est pas négligeable. Leur conduite est somme toute plus facile que celle d’un foyer ordinaire et chacun sait quelle est pour ceux-ci l’importance d’un bon chauffeur et combien il est difficile d’en avoir.
- Quels seront, parmi les innombrables modèles 1. Turin, op. cit.
- de foyers mécaniques dont cette revue a déjà entretenu ses lecteurs (La Nature, n° 2275), ceux qui retiendront notre attention? Ce seront évidemment les plus simples et surtout ceux qui permettront le mieux cet accroissement de la surface de grille reconnue par nous désirable.
- Au premier rang se placent les foyers à chaîne qui, par un choix convenable de la longueur de grille, de la vitesse d’avancement et de l’intensité du soufflage donneront presque toujours la solution cherchée.
- Les figures k et 5 donnent un modèle de construction française d’un de ces foyers qui ont déjà
- été décrits ici dans l’article précité. On remarquera en passant la disposition des éléments qui s’oppose au tamisage, leur forme en q ou en T grâce à laquelle le décrassage est facilité ; on notera enfin que l’arrivée d’air sous la grille est disposée de façon à éviter un trop grand afflux sur la' partie arrière où la combustion est presque achevée et obtenir ainsi la meilleure répartition.
- Nous serons, un peu plus brefs en ce qui concerne les autres combustibles de déchet. Plus encore qu’avec les précédents, s’affirme la nécessité de l’alimentalion mécanique et cela devient un problème capital, c’est qu’ici il s’agit de combustibles volumineux, à faible pouvoir calorifique. On n’arriverait pas généralement. avec des chargements à la main à tenir la pression.
- Tous ces produits s’emploient presque toujours sur des grilles à gradins chargées en tête, le combustible se répartit sur la grille par le seul effet de la pesanteur. Nous en citerons deux modèles : le foyer Margo et le foyer Alexis Godillot. Ils présentent des différences de construction mais reposent au fond l’un et l’autre sur les principes que nous venons d’exposer.
- M. de Jenlis, directeur de l’Association des propriétaires d’appareils à vapeur de la région de
- Ensemble d’une grille tournante auto-décrassanle vue de l’arrière.
- p.228 - vue 232/474
-
-
-
- LES COMBUSTIBLES INFÉRIEURS
- 229
- l’Ouest, cite les résultats suivants obtenus avec un foyer Margo brûlant de la sciure et des copeaux de bois.
- Eau vaporisée par kilogramme de combustible. : ,. 5.88
- Eau vaporisée par mètre carré de surface de chauffe. 29,1 Combustible brûlé par mètre carré de surface de grille............................................ 284,8
- Quant au foyer Godillot, il est trop connu pour qu’il soit besoin de le décrire longuement; la ligure G en rappelle très clairement le dispositif; la vis conique d’alimenlation, la « grille pavillon » en forme de demi-tronc de cône, etc.... On sait qu'il brûle dans d’excellentes conditions toutes sortes de combustibles et que s’il est surtout employé dans les tanneries et fabriques d’extraits avec la tannée ou les copeaux humides, il se nourrit bien aussi de bagasses et de cos-settes, de grignons d’olives, de marc de raisin et parfois d’ordures ménagères oudelines de houille de coke.
- Des tannées essorées ne donnant que 500 gr. de vaporisation spécifique au foyer ordinaire en ont donné 1750 avec les foyers Godillot.
- Quant à l’allure de la chaudière elle pourra être aussi intense qu’on le désire pourvu que l’on ait la place suffisante pour loger le foyer et que les passages d’air soient convenables.
- Avant de quitter les combustions sur grille nous voudrions dire deux mots de l’emploi des ordures ménagères. La question est encore peu avancée en France, nous l’avons vue traitée incidemment par le foyer Godillot, d’autres installations ont été faites par la Société Française des fours à coke, notamment à Issy-les-Moulineaux, à Colombes, à Sois-sons, à Paris-Plage.
- La question présente un grand intérêt. Dans une agglomération urbaine, on compte généralement sur 0 kg 500 de gadoues par habitant et par jour. L’incinération permet de réduire ce poids de moitié environ tout en recueillant une force motrice qui n’est pas négligeable. Leur pouvoir calorifique en effet, à Paris et dans les régions industrielles, oscille entre 1500 et 1500 calories entre l’été et l’hiver. Dans le Midi, if est un peu plus faible, de l’ordre de 1000 calories (Q.
- 1. Chiffres communiqués par la Société française de Fours à coke.
- L’appareil le plus généralement employé est un foyer à couche épaisse de combustible, fonctionnant en somme comme un gazogène. L’air insufflé est réchauffé par circulation autour du foyer. Le chargement est discontinu, les charges de 500 kg chacune, se succèdent toutes les demi-heures ainsi que les décrassages.
- Un système mécanique permet de faire l’opération complète de nettoyage et rechargement en une à deux minutes.
- L’usine de Colombes a obtenu par kg de gadoues de 0,8 à 1 kg de vapeur, en moyenne 75 chevaux-heure par tonne de gadoue, défalcation faite du service de l’usine, alimentation du foyer, décrassage et soufflage de l’air. Les chiffres obtenus à l’étranger avec d’autres appareils sont tout à fait comparables. Il n’est pas besoin d’insister sur
- l’importance de cette question pour les municipalités.
- La gazéification. — Les seuls combustibles qui s’y prêtent bien, parmi ceux qui nous intéressent, sont le bois et les déchets de bois, et les combustibles cendreux. Nous avons dit déjà que les fines de houille ne pouvaient guère être ainsi employées que mélangées à de fortès proportions de gros.
- Nous ferons remarquer d’abord que le problème de la gazéification est beaucoup moins avancé que celui de la combustion sur grille. Il est aussi beaucoup plus jeune et la grande diversité des appareils le prouvei De plus jusqu’ici le gazogène a été plutôt réservé à de très bons combustibles, au coke, à l’anthracite calibré, aux houilles sèches à longues flamme.
- On voit donc à la fois et l’intérêt que présente son emploi nouveau pour l’utilisatiori des déchets et la difficulté qu’il y a à.donner des renseignements précis complets et suffisamment sanctionnés par l’expérience.
- Nous attachant plutôt à ce dernier point nous nous bornerons aux gazogènes à bois de Vierzon et aux gazogènes de Montrambert pour charbons cendreux. On trouvera aussi dans noè articles sur la tourbe et le lignite des indications sur les types employés avec ces combustibles.
- Le gazogène à bois, copeaux, grignons d’olives de Yierzon est un appareil à tirage aspiré et inversé, l’air étant admis au sommet et ressortant par le
- Jcr^ù
- Fig-, 6. — Four Godillot alimenté par des déchets d’industrie.
- p.229 - vue 233/474
-
-
-
- LES COMBUSTIBLES INFERIEURS
- 230
- bas; admission d’air supplémentaire réglage à mi-hauteur. Il est construit actuellement pour des puissances de 10 à 150 HP.
- Des essais faits par M. Witz, correspondant de l’Institut, ont donné les résultats suivants : 1° avec du bois à 14,8 pour 100 d:humidité, bûches et copeaux; pouvoir calorifique des gaz 1356 calories consommation par cheval effectif 775 .gr. ; 2° avec du bois mouillé à 41,57 pour 100 d’humidité, 1179 calories et 1 kg 463. Dans l’un et l’autre cas marche régulière et facile obtention de la puissance annoncée.
- Cet appareil paraît donc bien au point et susceptible de rendre de grands services dans les localités écartées à cette époque de^énurie de charbon.
- Les gazogènes de Montrambert ne se sont pas encore répandus en dehors de la Société houillère qui les a étudiés (‘J.
- Il s’agissait de passer aux gazogènes les déchets de triage des mines de Montrambert et la Béraudière.
- Ces crus tiennent jusqu’à 55 pour 100 de cendres et sont constitués par des schistes très finement injectés de charbon. Seul le passage au gazogène permet la combustion totale de ce charbon et les mâchefers ne tiennent plus que 2 pour 100 de carbone. M. Biache compare cela à une véritable dissolution.
- Les deux grosses difficultés du gazogène, combiné avec le moteur à gaz pauvre, sont, on le sait, d’une part les collages dans le gazogène dû aux mâchefers et aux charbons, d’autre part l’épuration. Le problème était particulièrement difficile avec des produits très cendreux et très riches en matières volatiles. Il a été complètement résolu pour la première partie par l’emploi de gazogènes de grand volume, légèrement évasés vers le bas à grille tournante et à décrassage automatique, par le réglage convenable des températures et de la proportion de la vapeur d’eau injectée.
- Dans l’épuration, on s’est heurté à une grosse difficulté du côté des goudrons. Après plusieurs essais, dans les premiers mois de 1914 on avait
- 1. F. Blache (Bulletin de la Société de l’industrie minérale, 1910). Utilisation des mauvais combustibles.
- installé un épurateur Rateau basé sur l’action de la force centrifuge, mais la guerre est venue interrompre les essais.
- Actuellement on opère par une voie un peu détournée. Les crus à 55 pour 100 de cendres et 20 pour 100 de matières volatiles sont passés aü four à coke. Le gaz produit, débarrassé de ses goudrons et de son ammoniaque suffit non seulement., au chauffage des fours et à la production de vapeur nécessaire pour le gazogène, mais encore il en reste un léger excès qui permet d’enrichir le gaz envoyé au moteur. On peut.compter qu’avec une batterie de fours à coke plus perfectionnée les résultats seraient encore meilleurs.
- Le coke produit est passé au gazogène. On n’est pas encore arrivé à récupérer sous forme d’ammoniaque l’azote qu’il contient, 75 à 80 pour 100 de
- l'azote total, mais on est sur la voie. L’opération deviendrait alors très avantageuse.
- Dès maintenant elle est économique, chaque tonne de cru enfourné produit 7 à 8 kg de sulfate d’ammoniaque 25 à 30 kg de goudron et 1000 kilowatts-h eu re électrique. On voit que la récupération des sous-produits n’estpas à dédaigner et quand on sera arrivé à récupérer la totalité de l’azote avec ou sans cokéfaction préalable cette récupération paiera sans doute amplement tous les frais. De plus l’épuration des gaz ne présentera pas partout la même difficulté qu a Montrambert.
- Nous avons insisté un peu sur l’historique de ces travaux pour montrer que ces problèmes, plus complexes qu’ils ne paraissent, ne se résolvent pas tout seuls. Il faut de patientes études et souvent des expériences de laboratoire qui paraissent moins directes, conduisent plus vite au résultat et à moins de frais que des essais semi-industriels où les dépenses sont fortes et où l’on tâtonne toujours un peu.
- Nous serions heureux si ces quelques lignes pouvaient encourager une étude méthodique de l’emploi rationnel des mauvais combustibles. Les résultats que l’on peut obtenir dès maintenant sont payants,^ comme disent nos alliés, mais ceux qu’on obtiendrait le seraient beaucoup plus, car le champ est immense et à peine défriché. Louis Renié..
- p.230 - vue 234/474
-
-
-
- 231
- LES GRANDS CARGOS EN CIMENT
- Le ciment armé est le dernier venu des matériaux de construction et cependant il semble devoir occuper la première place dans un avenir très rapproché. Ses qualités sont multiples et rendent de précieux services dans les constructions terrestres, non seulement grâce à la solidité du travail, mais aussi par suite de la légèreté que l’ensemble peut présenter sans danger et de la rapidité d’exécution qu’il permet dans certains cas.
- C’est cette dernière qualité, jointe à la difficulté de se procurer les tôles d’acier nécessaires qui ont attiré sur lui l’attention des directeurs des chantiers navals. Les bateaux en ciment armé ne datent guère plus d’un an et déjà, dans tous les pays, des Sociétés puissantes se constituent pour exploiter ce nouveau genre de construction.
- Nous avons . signalé (d) le lancement par une
- à 500 t. de charge pour le chantier, impérial de Wilhemshaven. Il doit construire pour son propre compte un bateau de 500 à 600 t. avec un moteur Diesel de 500 chevaux.
- Mais toutes ces entreprises ont jusqu’à présent limité leurs efforts à la réalisation de navires de dimensions modestes, ne dépassant pas 500 à 400 tonneaux de jauge. Les Américains, au contraire, suivant leur habitude, ont brûlé les étapes et avec une belle audace, ont entrepris la construction de véritables navires commerciaux pour le service transatlantique. A San-Francisco, ils ont mis en chantier un cargo de 15000 t. de déplacement utile et la construction est poussée avec une grande activité. Cet essai méritait d’être tenté, car il permettra de se rendre compte définitivement de la valeur d’une conception qui jusqu’à présent n’a
- Société danoise du bateau Béton I, opération très curieuse par suite du procédé employé et qui fut couronné de succès. En France, on peut voir sur les rives de là Seine, entre le pont des Invalides et le pont de l’Alma, une série de petits remorqueurs en béton qui sans doute navigueront un jour. En Allemagne, une Société, YEisenbetonschiffbau, s’est constituée à Hambourg, vers le milieu d’avril, au capital de 100 000 marks. Elle exploite les brevets Rüdiger, qui sont relatifs à des bateaux dont le poids est diminué par suite de l’emploi d’un béton spécial et de flotteurs formés d’une matière analogue au béton noyés dans la masse et dont la densité est inférieure à 1. Une première péniche de 198 t. de charge utile a été construite et ne pèse que 28 t., poids égal à- celui d’un bateau en fer. La résistance au choc est augmentée par un revêtement élastique en bois, d’autre part, les flotteurs extérieurs semblent exercer une influence favorable à cet égard.
- Le chantier de Hambourg a reçu commande d’un cargo à moteur et d’un chaland à charbon de 250
- 1. Toy. La Nature n° 2506.
- été discutée et étudiée qu’autour des tapis verts des Commissions.
- Dès à présent nos alliés transatlantiques ont constaté que la vitesse de construction, même en tenant compte des hésitations qui se produisent inman-quablement dans toute réalisation nouvelle, est notablement plus grande que celle de cargos du même type en acier. De plus, le chantier occupe infiniment peu de place et ne nécessite presque pas d’installations mécaniques. On sait, en effet, que les cales de construction des navires doivent être pourvues de tout un ensemble imposant de grues, ponts roulants, force motrice pour actionner non seulement ces appareils de manutention, mais encore les riveuses et les ateliers de mécanique, de chaudronnerie de forge qui doivent être installés dans leur voisinage, sans compter au loin les usines métallurgiques qui préparent les poutres, les fermes, les cornières, les tôles, les boulons et tout le formidable et innombrable matériel qui entre dans la constitution , des navires modernes. Au contraire, le chantier sur lequel se construit un navire en ciment ne nécessite que peu de place et
- p.231 - vue 235/474
-
-
-
- 232 LES GRANDS CARGOS EN CIMENT
- est très analogue, aux quantités de matières mises en jeu près, à celui que nécessite l’édification d’un immeuble : -un atelier de façonnage des fers ronds qui forment l’armature et un chantier de préparation du béton. On peut donc établir une cale de construction à peu de frais, très • rapidement et en un lieu quelconque pourvu que le lancement ultérieur du navire soit possible.
- La photographie figure 4 représente la vue d’ensemble d’un cargo de 4 5 000 tonnes, dont la longueur est de 422 m., la largeur de 45 m. et la hauteur de 40 m. Il sera actionné par un moteur à vapeur de 4750 chevaux et sa vitesse atteindra 40 nœuds.
- ' Mais ces avantages considérable:? ne paraissent pas convaincants aux partisans du mode de construction ordinaire des navires et il est intéressant de donner quelques-unes des objections qu’ils soulèvent, ne serait-ce que pour permettre aux novateurs de les réfuter..
- La principale concerne la constitution même du béton armé. On sait en effet que le béton armé est formé de deux éléments distincts, le fer et le béton et on admet, dans les calculs de résistance des constructions, que le béton ne peut travailler qu’à la compression, la résistance à la flexion étant uniquement formée par l’armature en fer. Précisons par un exemple. Supposons une poutre reposant sur deux appuis et uniformément chargée. Elle tendra à s’incurver et par suite une partie de la poutre tendra à s’allonger, la partie inférieure sera ~ soumise à une traction tandis que la matière de la partie supérieure sera comprimée. On voit, d’après ce que nous venons de dire, que l’armature seule est à considérer dans la partie inférieure, le béton, au point de vue du calcul de la résistance étant
- supposé inexistant, tandis qu’il entrera, en ligne de compte dans la détermination de la résistance de la portion supérieure.
- Si nous appliquons ce mode de raisonnement au calcul des parois d’une coque de navire, qui est à la mer soumise, suivant l’action des vagues, à des efforts de traction et à des efforts de compression, il faudra que l’armature métallique soit suffisante
- pour résister seule aux efforts de traction, c’est-à-dire qu’elle devra avoir la même importance que dans les navires ordinaires. Ainsi il n’y aurait aucun gain sur le poids .total de fer entrant dans la construction ; au lieu d’être sous forme de poutres et de plaques, il sera réparti en barres cylindriques, et le poids du béton sera une sur^ charge supplémentaire pour la navigation.
- La figure 2 montre une vue caractéristique du treillage métallique qui constitue l’armature et permet de se rendre compte de sa complication.
- Mais ce n’est pas tout. Un navire ne peut naviguer sans subir des avaries. Infailliblement un jour ou l’autre il rencontre une épave, un rocher sous-marin, il accoste trop violemment à quai ou il entre en collision avec un autre navire. Une partie de la coque est enfoncée, et une voie d’eau se déclare. Dans un navire métallique, la réparation est des plus simples : on change la tôle déchirée, on redresse les ferrures tordues, on remplace les rivets cisaillés et tout est dit. Mais pour un navire en héton, en sera-t-il de même? Comment remplacer l’armature métallique brisée et la rendre solidaire du reste de la coque. Comment surtout effectuer le bouchage avec du béton ou du ciment de l’ouverture béante? Le ciment, en effet, fait mal prise sur du ciment, l’adhérence est mauvaise ou nulle et à l’endroit
- Fig. 2. — L’armature métallique du ciment montrant une jambe de renforcement. On remarquera l’enchevêtrement et la complexité de cette armature.
- p.232 - vue 236/474
-
-
-
- LE RAVITAILLEMENT DE LA BELGIQUE ET DE LA FRANCE ENVAHIES 233
- ainsi réparé, on peut craindre une faiblesse permanente qui rendra moins sûre la navigation ultérieure.
- Sans doute ces objections seront levées tôt . ou tard par les constructeurs. Le mode de calcul de la résistance du ciment armé n’est peut-être pas définitif, les règles édictées par la Commission des travaux publics sont peut-être trop rigoureuses et le coefficient de sécurité admis trop considérable.
- D’un autre côté pour les réparations la soudure électrique des fers de l’armature et l’emploi des injections de ciment et du « cement-gun » n’ont pas dit leur dernier mot.
- Quoi qu’il en soit la tentative des chantiers de San Francisco fournira d’utiles indications et la carrière des grands cargos en ciment mérite d’être suivie avec attention par tous les constructeurs de navire. H. Yolta.
- LE RAVITAILLEMENT DE LA BELGIQUE ET DE LA FRANCE ENVAHIES
- Le territoire occupé par les Allemands sur notre front depuis le début de la guerre comprend la presque totalité de la Belgique et une bande plus ou moins large de notre sol qui comptait 21 000 km avant le « recul stratégique » du printemps dernier.
- Cette région est parmi les plus peuplées du monde et aussi parmi les plus industrielles. Sa population était en temps normal de 9 à 10 millions d’habitants, dont la moitié environ sont restés après l'invasion. De ceux-ci, moins de 30 pour 100 en Belgique, 40 pour 100 en France étaient cultivateurs. Le problème de la nourriture de cette masse d’hommes est donc parmi les plus angoissants de cette guerre.
- Dès octobre 1914, quand le front se stabilisa, cette question s’imposa aux belligérants avec une acuité singulière et aussi avec des difficultés de solution qu’on pouvait crâindre insurmontables. D’une part, les puissances de notre parti ne pouvaient admettre que sous prétexte de ravitaillement, on laissât passer des vivres chez nos ennemis dont on commençait le blocus. D’autre part, nos ennemis devaient accorder le libre transport des vivres et garantir qu’ils ne les réquisitionneraient pas. Enfin il fallait trouver l’argent nécessaire pour les achats. C’était une question difficile, diplomatiquement et économiquement.
- Dès le mois de septembre 1914 en Belgique, de février 1915 en France, à la demande pressante des populations, une Commission de ravitaillement des pays envahis s’organisa sous les auspices et avec le concours des diplomates des pays neutres : États-Unis, Espagne et Hollande. L’âme de cette organisation fut Herbert C. Hoovert devenu, depuis l’entrée des États-Unis en guerre, rniûistre du ravitaillement de ce pays, Grâce à lui et grâce à une pléiade d’hommes dévoués, américains, anglais, hollandais, belges et argentins le sauvetage des habitants des pays envahis a pu être réalisé.
- Pour bien faire, il faudrait pouvoir citer à l’ordre du jour de la reconnaissance publique la longue liste de tous ces dévouements, faire connaître les négociants qui fournirent leurs marchandises, les agents maritimes qui les firent transporter, les assureurs qui les garantirent, les comptables qui
- établirent les achats et la répartition sans vouloir accepter de rémunération, mais la liste en est trop longue et nous ne pouvons que renvoyer nos lecteurs aux rapports de la « Commission for Relief, in Belgium ».
- La manière dont ce ravitaillement fut organisé mérite qu’on s’y arrête comme à un modèle de ce que peuvent l’initiative, l’énergie et l'ordre.
- La Commission entra en pourparlers avec le commandement allemand et obtint d’abord pour la Belgique, puis pour le Nord de la France l’autorisation d’approvisionner en denrées alimentaires la population des territoires occupés. Le commandant en chef allemand promit de ne pas réquisitionner ces marchandises, de faciliter leur transport, de les admettre en franchise de douane et de laisser contrôler leur circulation et leur distribution par des membres de la Commission.
- Par d’autres conventions additionnelles, réglées ultérieurement, la Commission obtint qu’une partie de la récolte des pays envahis serait également laissée à la disposition des habitants.
- Le problème du ravitaillement d’une telle masse d’hommes réduits au chômage, en grand nombre privés de tout, dans un pays occupé par les armées ennemies, malgré la méfiance des deux partis belligérants, était une opération difficile. Trois Comités furent créés, la « Commission for Relief in Belgium » (C. R B.), organisation neutre ayant un caractère diplomatique, s’occupant de recueillir les fonds, d’acheter les denrées, de les transporter et'de s’assurer que ces opérations n’enfreignaient* en rien les diverses conventions diplomatiques, le Comité National de Secours et d’Alimentation (C. N.), organisation belge, et le Comité d’Alimentation du Nord de la France (C. F.), organisation française, tous deux chargés de la répartition.
- La C. R. B. a son centre à Londres, des succursales à New-York et Rotterdam, pour les achats et les transports, une agence principale à Bruxelles pour la répartition et des bureaux de district dans les principales villes des pays occupés. Seule elle communique avec l’étranger.
- Le C. N. et et C. F., reçoivent de l’agence de Bruxelles les vivres et les secours qu’ils doivent distribuer. Le pays est divisé en districts qui cor-
- p.233 - vue 237/474
-
-
-
- 234
- LE RAVITAILLEMENT DE LA BELGIQUE ET DE LA FRANCE ENVAHIES
- respondent plus à la situation militaire qu’aux divisions administratives. Chaque district est divisé en régions qui- comprennent chacune' un certain nombre de communes (fig. 2).
- La zone immédiatement en arrière de la ligne de bataille est interdite à la Commission et ne peut être ravitaillée. La zone d’étapes l’est sous les ordres de- l’état-major de chaque armée; le pays belge simplement occupé est plus facilement accessible et la circulation y est plus aisée.
- Nous en citerons une ici à titre d’exemple :
- Poids en gr. Nourriture. Calories. Matières protéiques eu grammes. Prix en centimes.
- 567 Pain .... 825 25,6 12,5
- 50 Pois ... ; 160 11.6 5,5
- 215 Piiz . 124 44,3 12,0
- 20 Sucre roux . 76 — 1,0
- 25 Lard .... . 214 — 5,0
- 677 1990 51,5 34,6
- Toute autre combinaison d’aliments serait cer-
- *
- Recto
- A'erso
- N°........ Commission for Relief in Belgium
- PROVINCE DE HAINAUT
- Commune de.............
- Adresse dû Ménage...............
- < ---------------------------
- ( Mari....................
- NOM
- ( Femme..............:......
- ENFANTS :
- Spécifier les autres personnes : parents, domestiques ou ouvriers logeant sous le même oit.
- Total des personnes composant actuellement le ménage: J
- Délivré le.............'.................
- Visé..........................................
- Local de distribution : ..........................
- Présenter cette carte les Mardi, Jeudi, et Samedi,
- entre........heures et.....---------heures.
- Quand'la carte est délivrée à titre de secours, la municipalité doit inscrire la lettre S dans l’angle supérieur droit avec le cachet communal.
- T. S. V. P.
- 1 2' 5 4 0 6 7 8 9 10
- 11 12 13 • 14 13 16 17 18 19 20
- 21 22 ‘ 23 21 23 26 27 28 29 30
- 51 52 53 34 55 56 57 38 39 40
- 41 42 45 44 45 46 47 48 49 50
- 51 52 53 54 55 36 57 58 59 60
- 61 62 65 64 65 66 67 68 69 70
- 71 - 72 75 74 75 76 .77 78 79 80
- 81 82 83 84 83 86 87 88 89 90
- 1) Les distributions de pain ont- lieu dans les locaux détermines par la commune et il est interdit de le vendre ailleurs. Chaque ménage devra retirer son pain dans le local de sa section.
- 2) Chaque local de distribution assure le service pour mille ménages. Ceux-ci sont répartis en deux séries (1M série : lundi, mercredi, vendredi; 2e série : mardi, jeudi, samedi). Le poids de chaque pain sera uniforme et doit représenter la ration d’une semaine. Donc, un ménage de six personnes, par exemple, pourrait recevoir deux pains mardi, deux pains jeudi et deux pains samedi. En conséquence, le délégué communal doit barrer le jour de distribution ' autant de fois que de pains distribués.
- 3) Chaque ménage apportera autant que possible l’appoint exact du prix de ses pains.
- 4) Les boulangers sont tenus de livrer dans les locaux communaux les quantités _ de pain proportionnelles à la quantité de farine qu’ils ont reçue de la commune : 135 k. de pain minimum pour 100 k. brut de farine grise; 140 k. de pain minimum pour 100 k. brut de farine blanche.
- 5) Toute carte contenant une fausse déclaration relativement à la composition du ménage pourra être retirée.
- 6) Pour l’obtention des farines la commune est tenue de produire au Comité régional les livres des locaux indiquant le relevé des ménages et le total exact des bouches.
- 7) Quand cette carte sert aussi pour les autres denrées, il faut barrer à l’encre rouge.
- 8) Tous les locaux d’une même commune doivent barrer, chaque jour, le même numéro.
- Fig. i. — La carte de pain de la Commission de Ravitaillement.
- La C. R. JB. a eu à résoudre trois problèmes d’ordres différents : le ravitaillement des habitants,, le secours aux indigents, l’achat des denrées.
- Posant le premier comme il doit l’être et cherchant non pas simplement comment répartir les dons, mais bien ce qu’il fallait donner pour entretenir la population civile, la C. R. B. commença par établir la ration alimentaire nécessaire pour un habitant et la façon de la réaliser au prix minimum; elle réussit à obtenir des rations journalières de 2000 calories au prix moyen de 55 centimes. '
- tainement moins heureuse puisque les rations du C. R. B. fournissent pour 35 centimes les deux tiers environ de ce que nous consommons sans être rationnés et contiennent une quantité de matières protéiques à peu près suffisante pour l’entretien de l’homme. Celui qui ne travaille pas peut se maintenir en santé avec une telle ration ; s’il travaille, il lui faut mille calories de plus environ, qu’il doit se procurer avec, son salaire.
- La ration alimentaire fut établie aussi faible pour éviter le gaspillage, les trocs ou les ventes de nourriture, les fuites de toutes sortes qui créeraient
- p.234 - vue 238/474
-
-
-
- LE RAVITAILLEMENT DE LA BELGIQUE ET DE LA FRANCE ENVAHIES
- 235
- iSf
- 11> i
- 1 Guiscard
- Warest
- Houffaliztji
- Virèux j We/iih \sWubert
- IGedinne S 5
- Libin \ ^^Basipgne ^
- . -.tfôramont * S
- Bertriif \ *2 CO
- tôf.. "* \_\Aubenton * a -h K yNeufchateau v,
- Y^r'o C/iarUiÿe -A, Mon-, *
- laFëreLrec/ Tavaux ^fRozoy f ^-^edan *—A£Zj O
- 'é I i e / „ 1 n -r- ^^£puru k\ TT ♦ <s}
- M^rerdnier PronJ \Àroix-Terron . J.**, \ 1 *
- . Schauny ^kÇ^Vf ^fC/esae 77 y//\ \ naiQgnarf\ \y/r/on
- 'Laonhies 5-Quentin / \ M^°n \
- Coucy*Anizy ^ \ \ M^t^y
- Stenay ^^fQLonguyag * *+*
- s'^- * Vouziers
- ^m"\X ^ .vw»if»f «ww
- V. du "" . N . .
- ^ -?---* -----' y> \ \/ »*
- \
- Xure§
- Tp> % i*
- J
- 'tfaffi'Johirmeck ty \ yfiourç- <$
- A,/ *-Bruche^ r Coirpy*
- ..Æ-..............
- LaCbëi&sèe, StMihief ThiaucQurt"
- ®.Principaux centres A /
- <ye distribution A ,<
- „ , . . ^S-Mihh
- « Centres régionaux ;•
- ' Ch.de\ Lignes pr!eutiUsée$ fer ( Lignes sec^trami . Canaux
- Fig. 2.
- Carte montrant l'organisation du ravitaillement dans les pays envahis. ^
- p.235 - vue 239/474
-
-
-
- 236
- LE RAVITAILLEMENT DE LA BELGIQUE ET DE LA FRANCE ENVAHIES
- des difficultés de tous ordres avec les belligérants.
- Cette base physiologique bien étudiée commandait tout le problème. Il fallait déperïser par jour pour chaque habitant 35 centimes, soit par mois 10 fr. 50 et pour une population de 5 millions, 52 millions et demi de francs. Les arrivages devaient être mensuellement de 50 X 5 000 000 = 150 millions de rations, soit les quantités du tableau ci-dessus multipliées par ce nombre. Pour le pain, fait de farine à 75, 82 ou 90 pour 100 d’extraction, on pouvait également calculer les quantités de blé nécessaires.
- Cette manière de poser le problème est assez neuve et précise pour que nous y ayons insisté.
- Les sources de nourriture sont :
- 1° Les importations d’outre-mer assurées par la C. R. B.;
- 2° Les rations>de farine et de pommes de terre provenant des récoltes indigènes, laissées à la disposition de la population par les autorités militaires allemandes ;
- 5° Les achats effectués en Hollande par la C. H. B., et certains produits fabriqués, plus spécialement pour les enfants, en Belgique par le C. N. avec des matières importées par la C. B. B. ;
- 4° Les achats effectués en Hollande par les comités locaux de certaines villes du nord de la France;
- 5° Les produits locaux des jardins, des vergers et des basses-cours.
- La première est de beaucoup la plus importante et fournit les deux tiers de l’alimentation; la deuxième (100 gr. de farine.et 200 gr. de pommes de terre par jour et par tête) représente environ un quart; les dernières sont beaucoup plus faibles.
- Rien que pour la France envahie, les quantités mensuelles suivantes avaient été importées par la C. IL B. en 1915 et 1916.
- Tonnes. Tonnes.
- Lard.............. 1 070 Poisson............ 1 000
- Pois et haricots. . . 2 000 Saindoux.... 2130
- Biscuits ...... 1 525 Maïs... 1 350
- Farine à 82pour 100. 11 622 Viande.. 1000
- Beurre ..*.... 360 Lait.... 1650
- Fromage.................... 400 Riz . ...... 4 000
- Cacao...................... 350 Sucre .....?. 1320
- Café.............. 1100 Torréaline (remplaçant le café) . . . 525
- soit un tonnage total de 51 402 tonnes.
- A ces chiffres, il faudrait ajouter maints autres produits non alimentaires : savon, étoffes, vêtements, chaussures, carbure de calcium pour l’éclairage, etc., etc.
- Ces; bases du ravitaillement des pays envahis étant posées, il restait à organiser les achats, les transports et la distribution.
- Pour acheter à l’étranger, il faut de l'or. Or, dès le début de l’invasion, lès billets de banque et le numéraire réguliers disparurent, en grande partie réquisitionnés. Dans chaque centre apparurent des monnaies fiduciaires locales, nécessaires pour les
- échanges, mais n’ayant cours que dans un rayon très limité et ne pouvant nullement servir aux paiements extérieurs. La C. R. B. fit l’avance des sommes nécessaires. Elle débite simplement leC. N. et le C. F. du prix des denrées qu’elle leur fournit et même leur fournit les fonds nécessaires aux achats directs en Hollande et aux frais de transport, de bureau, d’emmagasinage, de mouture, etc. Le C. N. et le C. F. délivrent les marchandises aux mêmes prix aux districts qui les repartissent entre les régions et finalement entre les communes, lesquelles deviennent ainsi débitrices de la C. R. B. En France, le district de Lille était ainsi débiteur au 1er janvier 1917 de 118 millions de francs, celui de Valenciennes, de 95, celui de Saint-Quentin de 53 millions, etc. Ces dettes sont garanties par les villes au moyen de bons, par les districts au moyen de reconnaissances formelles.
- Les particuliers qui reçoivent les denrées doivent les payer, et la C. R. B. a tenu à ce qu’aucun ne puisse s’y soustraire. Pour cela, un recensement a été effectué dans chaque commune et les habitants ont été divisés en trois classes ; 1° ceux qui peuvent et doivent payer immédiatement; 2° ceux qui, pour le moment, sont privés de tout argent comptant ou qui ne possèdent que des valeurs indisponibles ; ils prennent l’engagement de payer plus tard ; 3° les indigents qui seuls reçoivent les denrées graluitenaent.
- Mais les fonds ainsi recueillis, ou plutôt les créances ainsi établies, ne sont guère négociables.
- Il a donc fallu à la C. R. B. trouver de l’argent frais disponible pour ses achats. Songez que les villes françaises étaient déjà débitrices au 1er janvier 1917, de 553 millions!
- La C. R. B. sépara complètement ses deux services d’approvisionnement et' d’assistance. Tandis que le premier est régi comme une entreprise commerciale et que les prix fixés laissent même une petite marge de bénéfice — utilisée à couvrir les risques et à alimenter en partie le service d’assistance, — le deuxième fonctionne comme toute ' œuvre charitable au moyen de dons.
- Les marchandises sont acquises à l’étranger au moyen d’or provenant de souscriptions des États français et belge, de secours versés par les nationaux de ces pays situés en terre libre, et surtout de dons généreux recueillis dans les pays alliés et notamment en Angleterre et en Amérique. Il , faut y ajouter les dons en nature souvent importants, telle l’offre de cargaisons de farine de meuniers américains, etc.
- Ces achats sont faits dans les pays producteurs mêmes, par des membres de la Commission ayant accepté gratuitement la charge d’administrateurs volontaires. Les principaux centres sont en Amérique du Nord;, en Argentine et aux Indes. Les Compagnies de chemins de fer de ces pays ont accepté de transporter ces marchandises jusqu’aux ports d’embarquement aux tarifs les plus réduits et même souvent gratuitement.
- p.236 - vue 240/474
-
-
-
- ::.. UNE NOUVELLE PREUVE DE
- Le rapport de 1917 de la G. R. B. dit : « L’affrètement et l’administration de toute une flotte, avec l’établissement d’agences dans le monde entier, ont été accomplis pour la Commission entièrement gratuitement, par de grandes firmes d’affrètement heureuses d’offrir leurs services à cette cause humanitaire. Les banques ont, pour la plupart, effectué gratuitement les opérations de change, tout en payant les intérêts pleins sur les dépôts. Les assurances ont été facilitées par les commissaires du service d’assurance du gouvernement anglais, et les arbitres qui fixent le taux de la prime ont souscrit des sommes équivalentes à leurs honoraires. Les droits de port ont été supprimés en bien des endroits, et les Compagnies de déchargement ont aussi baissé leurs tarifs et prêté leurs concours efficace. En Hollande, l’exemption des droits de port et de taxe télégraphique a été accordée et le transport par chemin de fer jusqu’en Belgique est également gratuit. Les autorités militaires allemandes en Belgique et dans le Nord de la France ont aboli l’octroi et les droits de canal et ont réduit de moitié les tarifs des chemins de fer; sur les canaux et les chemins de fer, elles donnent en cas de besoin la priorité de passage aux denrées de la Commission. »
- Pour assurer l’immunité des bateaux employés, ceux-ci naviguent sous le pavillon de la commission et portent en caractère très voyants les lettres « C. R. B. ». Ils arrivent tous à Rotterdam, où ils Sont déchargés rapidement, en 72 heures en moyenne. Leur cargaison est placée sur des péniches et des chalands, scellés quand le plein est fait, par la C. B. B. et la douane hollandaise. Ces chalands sont remorqués sur les canaux et les rivières jusqu’aux centres de distributien où ils sont vidés, de leur contenu après contrôle et bris des scellés. Le transport par canaux est presque exclusivement employé, les chemins de fer étant le plus souvent encombrés par les transports militaires de l’ennemi.
- Bruxelles est l’entrepôt général où se trouvent des stocks importants et des moulins. D’autres moulins fonctionnent à Tournai, Louvain, Huy, Àth. Chaque district a un entrepôt central où viennent s’approvisionner les dépôts régionaux qui répartissent les marchandises entre les centres locaux des diverses communes. Les sacs et les caisses sont retournés à des magasins centraux
- UNE NOUVELLE PREUVE DE
- On sait qu’un grand nombre d’expériences ont été réalisées depuis la célèbre découverte de Galilée pour mettre en évidence le mouvement de rotation de la terre. L’une des plus frappantes est celle du pendule de Foucault, qui fut reproduite il y a quelques années dans les conditions mêmes où
- LA ROTATION DE LA TERRE 237
- établis à Louvain et à Mons ; les boîtes en fer-blanc sont recueillies et détruites.
- Dans chaque commune, la distribution est organisée par la municipalité dans la forme qui lui convient : certaines ont un magasin communal installé à la mairie, dans une école, une usine; d’autres chargent de la vente des boutiquiers ; certaines ont organisé des soupes populaires et préparent elles-mêmes les aliments. La distribution est contrôlée au moyen de cartes familiales (fig. 1). Les boulangers reçoivent la farine nécessaire pour les habitants qu’ils ravitaillent; ils doivent faire 135 kg de pain de 100 kg de farine.
- Les distributions ont lieu tous les jours ou à certaines dates fixes ou par roulement, 50 pour 100 environ des acheteurs paient comptant ; 55 pour 100 achètent à crédit et l’on débite leur compte de leurs achats, 15 pour 100 seulement reçoivent l’assistance gratuite.
- Des contrôleurs volontaires vérifient les déclarations des intéressés, surveillent les répartitions et s’assurent que tout le ravitaillement est effectué sans fraude aucune. On peut ainsi suivre la circulation des matières jusqu’à leur consommation et contrôler leur bonne utilisation, sans pertes et sans spéculations.
- Telle est l’oeuvre de la Commission for Relief in Belgium, oeuve admirable qui a certainement sauvé la population civile des pays envahis de la mort par la faim.
- Elle a fonctionné avec le concours des Américains, jusqu’à l’entrée en guerre de ceux-ci. A ce moment, devenus belligérants, ils ont dû abandonner leur service aux hommes des pays restés neutres, aux Hollandais et aux Espagnols. Mais l’organisation, était alors si parfaite, ses rouages si bien étudiés, que le ravitaillement a pu continuer sans difficultés.
- Cette immense oeuvre d’assistance, cet extraordinaire effort de fraternité, cette initiative prodigieuse qui a permis de nourrir plusieurs millions de personnes à des prix plus bas que ceux des territoires restés libres, n’oublions pas que nous les devons à une pléiade d’amis dévoués, qui y ont consacré tout leur temps, leur savoir, leur argent, et par-dessus tous, à leur chef, à « l’organisateur du ravitaillement », M. Herbert Clark Iioover. A l’un , comme aux autres, nous ne pourrons jamais exprimer suffisamment notre reconnaissance infinie.
- R. M.
- LA ROTATION DE LA TERRE
- l’illustre savant l’effectua au Panthéon. Mais l’appareil mis en jeu est très important, et un pendule de 63 m. de longueur n’est pas à la portée de tous les physiciens. Aussi, la nouvelle méthode expérimentale d’Œtvôs qui permet de montrer, par une expérience de laboratoire l’action de la terre, et d’en
- p.237 - vue 241/474
-
-
-
- 238
- UNE NOUVELLE PREUVE DE LA ROTATION DE LA TERRE
- déduire, par un simple calcul, la vitesse de rotation de notre planète mérite-t-elle d’être signalée.
- On doit déjà à ce physicien un ingénieux appareil, la balance de torsion, qui sert à mesurer l’intensité de la pesanteur à la surface de la terre (*). Son principe est très simple.
- Supposons un fil de quartz extrêmement fin placé horizontalement et attaché à un crochet à une de ses extrémités, tandis que l’autre est solidaire d’une vis qui permet de tordre le fil. Si nous fixons après ce fil une tige perpendiculaire à sa direction, terminée par une petite boule pesante, en temps normal, la-tige sous l’influence de la pesanteur se place verticalement, la houle étant au point le plus bas (position 1). Tordons alors le fil de quartz à l’aide de la vis, il arrivera un moment où l’eflort de torsion vaincra la pesanteur et l’équipage tige-boule se redressera (position 2). On conçoit facilement que d'après le nombre de tours dont il a fallu tordre le fil, on puisse déduire la force que l’on a exercée et avoir une mesure de la face antagoniste vaincue, le poids de la houle, qui est fonction de l’attraç- . .
- tion de la terre.
- En prenant un fil dë quartz suffisamment fin, il faudra le tordre un grand nombre de
- fl
- — 8 ’
- -5 i @
- tours pour arriver a entraîner l’équipage jusqu’à la position de repère, c’est-à-dire que „ l’on pourra évaluer une très petite différence de poids, un tour du fil de quartz correspondant par exemple à une force de un dix-millième de dyne(2).
- Un professeur de géologie, M. Hecker, avait entrepris avant la guerre un voyage d’études, Hambourg-Buenos-Aires et retour, pour déterminer en mer les variations de la gravitation. Or, les chiffres relevés ont été, après examen, reconnus faussés par l’influence qu’exerce au moment de l’expérience la vitesse du navire et son orientation.
- En effet, la composante de cette vitesse dans la direction de la rotation terrestre n’est point négligeable, car elle peut influencer sensiblement la force centrifuge des masses qui se trouvent sur le navire. A côté de la vitesse de rotation de la terre V = 464 mjsec celle du navire (tout au plus c=:10 mj sec) paraît presque négligeable. Or il n’en est rien, car la
- 1. On sait quecle poids P d’un corps est défini parla rotation fondamentale de la mécanique . „
- P = i%
- M étant la masse du corps et g l’accélération de la pesanteur au lieu considéré. Pour avoir la valeur g' de l’accélération de la pesanteur en un autre point quelconque de la terre, il suffit de déterminer le poids P' d’un corps donné en ce : lieu. On a P' = M<7' et en comparant avec la valeur P, on en
- , p P . ‘ .
- tire p=^p* Connaissant g, on a facilement g'. Tout le problème revient donc à mesurer les variations de poids d’un corps de masse constante aux différentes stations.
- "02
- Principe de la balance de torsion d’Œlvüs.
- force centrifuge étantiproportionnelle au carré de la vitesse totale, c’est-à-dire (V ri; cf il y a un terme 2Vc qui intervient, lequel contenant comme facteur la vitesse de la terre n’est point à mépriser.
- S’appuyant sur cette remarque, Œtvôs a construit un appareil très simple pour mettre en évidence la vitesse de rotation de la terre. Il se compose d’un petit levier d’une balance de précision monté sur un couteau qui, lui-même, forme le sommet d’un arbre vertical qu’une horloge astronomique maintient en rotation lente d’environ uri tour par minute. Ce levier porte à chaque bout une petite sphère en métal. Ces deux sphères s’équilibrent quand le levier est dans la position ouest-est, c’est-à-dire dans la direction de la rotation terrestre, par contre, leur équilibre est rompu dès que la position s’approche de la direction nord-sud. La cause en est simple. En effet, la sphère « nord » a une vitesse de rotation (d) de même sens- que la terre, tandis que la sphère « sud » a une vitesse de sens contraire. Les deux forces centrifuges auxquelles elles sont soumises diffèrent donc ; il s’ensuit que la sphère nord soulagée d’autant, rompra l’équilibre, le levier s’inclinera donc vers le sud. Entre les positions ouest-est et nord-sud l’inclinaison sera variable. Il est facile de rendre cette oscillation du levier visible sur un écran au moyen de la réflexion d’un faisceau lumineux par un petit miroir fixé au levier près de son axe. Le levier Tournant étant d’abord bloqué afin d’empêcher ses oscillations, la tache lumineuse décrira un petit cercle de rayon plus ou moins grand sur l’écran dû à l’imperfection du montage. Dès que le levier est débloqué et commence à exécuter au cours de ses rotations ses mouvements oscillatoires verticaux, la tache lumineuse quitte le cercle et décrit des courbes bouclées.
- Au bout d’une heure environ, la résonance étant atteinte, on peut mesurer l’amplitude maximum d’où l’on déduit soit la vitesse de la terre, soit, en la supposant connue la latitude du lieu. Quoi qu’il en soit, on dispose ainsi d’une nouvelle preuve de la rotation de la terre dont l’effet, .contrairement à celui du pendule de Foucault est nul au pôle et maximum à l’équateur. * H. V.
- 2. La dyne est l’unité de force. A Paris, le poids d’un gramme correspond à 981 dynes. La dyne est donc sensiblement égale au milligramme.
- 1. Si c est la vitesse de rotation de la sphère nord, de même sens que celle de la terre, la force centrifuge de cette sphère est proportionnelle à (Y + c)2- Au contraire, pour la sphère sud, la force centrifuge est proportionnelle à (V — c)2. La différence de ces deux forces est 4Yc, terme non négligeable par suite de l’importance du facteur Y.
- p.238 - vue 242/474
-
-
-
- 239
- UNE MERVEILLEUSE PLANTE SUCRIÈRE. — LE SORGHO
- La pénurie de sucre s’accentuant de plus en plus en Europe par suite de la. prolongation des hostilités, botanistes et agronomes s’ingénient à trouver des végétaux exotiques susceptibles de remédier à la disette d’une denrée si nécessaire à l’alimentation humaine tandis que les chimistes fabriquent de la saccharine dont le pouvoir édulcorant défie toute concurrence. Aujourd’hui un pharmacien-major,
- M. André 'Pié-dalu, vient, à son tour, nous vanter les mérites du Sorgho.
- A la vérité, cette utile Graminée n’est pas une inconnue pour les spécia--listes. Effectivement, le Sorgho sucré (Sorghum saccharetum) possède de remarquables propriétés qui ont attiré, depu-is longtemps, l’attention des gens compétents. Non seulement la moelle de Sa tige renferme une très grande quantité de matière sucrée mais ses feuilles fournissent un excellent fourrage pour le bétail, ses fibres riches en cellulose, un papier d’une remarquable blancheur sans compter que de ses graines on tire une farine qui, mélangée à celle du blé, donne un pain bis très présentable et qu’on peut en outre utiliser leur enveloppe comme substance tinctoriale.
- Originaire de l’Afrique équatoriale, cette merveille végétale se répandit de là en Egypte, puis dans l’Inde et en Chine. Plus tard, des voyageurs l’introduisirent en Russie pendant que les marins génois et vénitiens la rapportaient en Italie, au cours du xve siècle. En France, la Société d’acclimatation s’y intéressa activement vers 1850, mais les sucreries du nord jouissaient alors d’une grande prospérité'et les vignes rappor taient beaucoup à nos
- compatriotes du midi ; aussi ces derniers s’inquiétèrent fort peu de la nouvelle plante sucrière que M. de Montigny leur proposait.
- Durant les quarante dernières années, au contraire, la culture du Sorgho se développa énormément aux États-Unis ; grâce à de nombreuses sélections, on y obtint des variétés fort riches en sucre
- et plusieurs d’entre elles importées en Italie par M. Mouselise y réussirent admirablement. Depuis quelque temps également, on cultive avec succès cette plante en Algérie mais sur une très modeste échelle.
- Cependant vu la destruction de nos sucreries et raffineries du nord, nos agriculteurs du midi auraient intérêt à planter du Sorgho, dont l’aspect général rappelle le Maïs, et qui réclame à peu près les mêmes traitements. Sa longue tige, delà grosseur du pouce, est garnie de feuilles lancéolées et couronnée d’un pani-cule en panache très fourni. Semé en mars, il pousse très vite. On espace les grains de 50 cm environ et vers avril, lorsque les jeunes pieds atteignent une dizaine de centimètres de hauteur, on les butte ou on les couche sur le sol afin de multiplier leurs tiges ; une seule graine en donne quatre ou cinq, possédant chacune une panicule fertile.
- Le Sorgho fleurit au mois d’aout et mûrit à cette époque, mais il conserve son titre saccharin jusqu’en novembre, à condition de rester en terre. Il ne faut donc l’arracher qu’au fur et à mesure des besoins, car engrangé, il fermente assez rapidement. Les régions du bassin méditéranéen lui conviennent très bien; en particulier, les basses vallées du Rhône, de la Garonne, tout le sud et le sud-ouest de la
- Fig. i. — Pieds de sorgho en pleine maturité [Égypte).
- p.239 - vue 243/474
-
-
-
- 240 - —.. UNE MERVEILLEUSE PLANTE SUCRIÈRE : LE SORGHO
- France, la Corse, la Tunisie, l’Algérie et le Maroc. Dans les pays froids, il ne vient pas à maturité et on ne saurait l’y cultiver comme plante sucrière; mais, en revanche,, on peut encore s’en servir comme fourrage. Ainsi, d'après M. Piédallu, du Sorgho récolté dans la région parisienne n’a donné à l’analyse que 4 à 5 pour 100 seulement de saccharose sans sucres réducteurs alors que dans les climats méridionaux l’analyse y décèle 10 à 15 pour 100 de saccharose avec 2 à -4 pour 100 de sucres réducteurs incristallisables. D’ailleurs, de longue date, certains de nos viticulteurs bordelais cultivaient celte graminée pour remonter la teneur en alcool de leur vin.
- pour le bétail et des 12,40 pour 100 de racines capables de produire de l’alcool en quantités non négligeables, pour nous appesantir sur les graines susceptibles de donner une matière tinctoriale d’un joli noir. Chaque pied de sorgho fournit, en moyenne, 200 à 500 gr. de grains, ce qui correspond à plus de 4000 kg à l’hectare. En Égypte pour les retirer de l’épi, on fait simplement piétiner par des buffles les cimes paniculées, séparées des tiges et étendues sur le sol. Nos agriculteurs en employant des procédés de battage ou de mouture moins primitifs, amélioreraient encore la production.
- Les grains de sorgho renferment une notable
- Fig. 2. — Buffles piétinant le sorgho pour séparer le grain de l’épi {Égypte).
- Comparé à la betterave qui poiisse mal dans le bassin méditéranéen et dont la teneur en sucre oscille, dans les meilleures conditions, entre 16 à 18 pour 100, le rendement en sucre du Sorgho apparaît assez rémunérateur puisqu’il donne 60000 kg de produits utilisables- à l’hectare (cimes, graines, feuilles vertes, cannes et racines). En particulier, selon Ileuzé, on récolterait en moyenne à l’hectare 53000 kg de tiges effeuillées, fournissant 50 à 60 pour 100 de jus, soit 1650 kg de sacre à l'hectare.
- Si, d’autre part, on traite convenablement les 15 à 17 pour 100 de substances cellulosiques renfermées dans ces tiges on peut encore en retirer 4 à 5 t. d’un papier très blanc et d’excellente qualité valant (au prix actuel, de 155 francs le 100 kg) 540 à 675 francs.
- Ne parlons que pour mémoire des 11,60 pour 100 de feuilles vertes constituant un élément excellent
- proportion d’amidon, de graisses et de matières azotées; ils donnent une farine bise qu’on pourrait mêler à celle du blé puisque les Sénégalais en mettent dans leur couscous ; les oiseaux de basse-cour et le bétail s’en accommoderaient très bien. Mais ce qui offre encore plus d’intérêt, l’enveloppe de ces graines, ou pour parler plus savamment leur « glume », est très riche en substances tinctoriales d’un noir caractéristique; de 4000 kg de semences on extrait 1120 kg de glumes colorées qui ont permis à M. Piédallu d’obtenir une série de teintures allant du brun au rouge en passant par le gris et le rose.
- Eil définitive, le sorgho est une merveilleuse plante, capable non seulement de remédier à la disette du sucre en temps de guerre, mais d-aider nos cultivateurs du midi à soutenir l’âpre lutte économique, après la signature de la paix. Jacques Boyer.
- Le Gérant : P. Massoh. — lmp. Lahurk, rue dé Fleuras, 9, à Pans.
- p.240 - vue 244/474
-
-
-
- LA NATURE.
- N° 2325.
- 20 AVRIL 1918.
- LA SOUDURE ÉLECTROTHERMIQUE
- La soudure électrothermique ou électrosoudure, la plus ancienne des soudures autogènes des métaux et alliages métalliques, a été l’objet au cours de ces derniers temps de très nombreuses applications industrielles et a fait ainsi de sérieux progrès.
- Une des dernièrës applications qui en a été faite en Amérique avec un plein succès a attiré sur elle l’attention des industriels européens, trop enclins, semble-t-il, à ne pas accorder aux nouveaux procédés toute l’attention qu’ils méritent. Nous voulons parler de la remise en état des navires allemands internés aux États-Unis. Malgré le sabotage scientifique dont les pièces vitales de leur machinerie avaient été l’objet, les réparations ont été effectuées dans un délai très court et depuis plusieurs mois déjà tous les navires allemands ravitaillent le front européen. Avant de donner quelques indications sur les opérations que l’on exécuta pour les remettre en état de prendre la mer, nous allons passer en revue les principaux systèmes de soudure autogène qui furent, proposés.
- La soudure électrothermique peut s’effectuer par deux procédés différents : soit par résistance intérieure ou court-circuit, soit par Tare électrique (*) ; chacun de ces modes d’emploi étant réalisé de diverses façons suivant les travaux à exécuter. Nous mentionnerons :
- 1° Méthode Lagrange et Ilobo, où la résistance est électrolytique;
- 2° Méthode Elihu Thomson, par incandescence, employée dans les dispositifs Thomson-Houston, Helsby, Heiner, etc. ;
- 3° Méthode de l’ar.c utilisée dans les dispositifs de Bernardos, Bremer, Zerener, Coffin, Slavianoff, Kjellberg, etc.
- Soudure par résistance. — Cette soudure consiste à faire passer dans le métal, à souder un courant d’intensité bien supérieure à celle qu’il peut normalement supporter; comme le point de plus grande résistance sera le joint entre les parties à souder, le maximum de chaleur se dégagera précisément au point voulu. Autrement dit, dans la soudure par résistance au lieu de communiquer de la chaleur à la pièce à souder comme dans la soudure par forgeage et dans la soudure aluminothermique (utilisation de la chaleur dégagée par un mélange d’aluminium et d’oxyde métallique), on lui fournit
- 1. La Nature, n« 1890, 13 août 1919; n° 2221, 22 août 1916.
- 4-6° Année. — 1" Semestre-
- Fig. i. — Principe de la soudure électrothermique par contact de juxtaposition.
- du courant électrique qui se transforme en chaleur, à l’intérieur de la pièce elle-même, et au point' précis où doit se “faire la soudure.
- On sait qu’un conducteur parcouru par un courant électrique s’échauffe. Si R est la résistance du conducteur et I le nombre d’ampères qui le traversent, l’énergie transformée en chaleur par seconde sera dans ces conditions, RI2. Le schéma ci-joint (fig. 1) fait comprendre facilement comment s’établit le dispositif. Soit à souder, par exemple, bout à bout, deux morceaux d’acier A et B, ces pièces sont serrées dans des mâchoires ou mor-daches C et D réunies aux deux extrémités du secondaire d’un transformateur. Lorsqu’on fera passer le courant, le point de contact des deux pièces A et B, mauvais conducteur et par suite très résistant, s’échauffera, le métal sera porté très v; rapidement à la température du blanc soudant, il suffira alors de comprimer les pièces, l’une contre l’autre au moyen du volant V pour que la soudure s’effectue parfaitement et ^cela, sans qu’il y ait ni oxydation ni dégagement de gaz de combustion; le métal est donc exempt de porosité et homogène. D’autre part, comme la température est réglable à volonté, le travail est aisé et les mordaches tout en maintenant les deux pièces à souder n’exercent que la pression suffisante entre les lèvres de la soudure juste pour refouler le métal liquide.
- La soudure par résistance ou court-circuit présente diverses formes selon qu’on soude les pièces par contact ou par juxtaposition (fig. 1) notamment, lorsque les pièces à souder se réduisent à un point ou à une surface limitée : barres, tubes, fils, rails, etc., soit lorsqu’il s’agit de souder de faibles épaisseurs de métal par superposition ou recouvrement (fig. 2), et dans ce cas la soudure peut être continue ou par points imitant la rivure. Pour réaliser sûrement et économiquement une soudure, certaines précautions sont indispensables : le métal doit être très propre; les mordaches doivent s’appliquer exactement sur les pièces et les surfaces de contact doivent être aussi grandes que possible, sans quoi les mordaches chaufferaient fortement. 11 faut en outre chanfreiner le bord de la partie en cuivre. L’acier à haute teneur en carbone, jusqu’à 0,8 pour 100 environ, se soude électriquement moyennant un recuit local ultérieur (1). „
- Les appareils utilisés actuellement pour réaliser 1. La Lumière électrique, n° 31, 14 août 1915.
- 16 — 241. •-
- p.241 - vue 245/474
-
-
-
- 242 . ' -. LA SOUDURE ÉLECTROTHERMIQUE
- la soudure par résistance sont très nombreux ; leur construction est généralement conçue de la manière suivante. Sur un bâti de fonte T (fig. 5) est placé un transformateur H, dont le primaire P est en relation avec le circuit général d’alimentation AB par l’intermédiaire d’un interrupteur C. Le circuit secondaire S qui comprend seulement un petit nombre de spires de fils, aboutit à une paire de pièces massives M et N. Ces dernières supportent deux électrodes E et E' destinées à faire passer le courant à travers les pièces à souder a et b. Les mâchoires ou électrodes E et E' sont des flasques de cuivre, très conductrices, et que l’on peut changer selon la forme des pièces à souder. Le courant électrique suit le parcours indiqué par les flèches. Le levier L actionne l’électrode supérieure E. Au moyen de la pédale R, placée à proximité du pied de l’ouvrier, le contact C se ferme et permet au courant électrique AB d’arriver au primaire P du transformateur. En même temps, le contact des mâchoires M et N des pièces, a et b se ferme à travers ces dernières; il ne s’interrompt que lorsqu’à l’aide du ressort f, l’interrupteur C s’ouvre quand on n’appuie plus sur la pédale R.
- Dans certains appareils, le mouvement de l’électrode supérieure E est commandé, non par un levier à pédale, mais par un électromoteur, l’ouvrier n’a donc qu’à poser les pièces à souder et à les déplacer au fur et à mesure que s’opère la ligne de soudure (*). Un régulateur placé sur le côté permet de faire varier, comme on le désire, la vitesse de chauffe.
- La soudure électrothermique exigeant, comme il a été déjà dit, des intensités considérables sous une tension très faible, plusieurs milliers d’ampères sous 2 à 5 volts, il serait dans ces conditions presque impossible d’alimenter une machine à souder directement avec du courant continu. Lès conducteurs seraient fort chers et causeraient des pertes considérables par leur résistance ; en outre,
- 1. L’Ouvrier mécanicien, n° 5, avril 1914.
- en raison des variations brusques d’intensité, la génératrice à courant, continu fonctionnerait mal et se détériorerait très vite. Par contre, le courant alternatif permet de transformer la'tension du courant. On peut donc alimenter la machine avec du courant alternatif de tension normale, et par un transformateur, abaisser la tension à la valeur voulue et la régler selon les besoins du service. Le transformateur est le plus souvent logé à l’intérieur du bâti de la machine, de sorte que l’ouvrier qui s’en sert ne peut toucher que les pièces à basse tension ; il ne peut donc se produire d’accident.
- Bien que son champ d’action soit limité du fait même qu’il est nécessaire d’employer des courants de grande intensité, la soudure par résistance convient essentiellement au travail en série, par sa vitesse, sa sûreté, sa simplicité et sa grande économie. On l’utilise notamment : pour la soudure des tubes de fer, laiton, cuivre et plomb, des fils de petit diamètre aussi bien que des barres de forte section jusqu’à 8000 mm2 de section, des lames de scie sans, fin, des paumelles et des pênes de serrure, des douilles de fourches, des cercles de tonneaux, pour allonger ou raccourcir des outils, pour la soudure de jantes et bandages de roues, des pointes de nickel sur des tiges, d’acier pour former les électrodes des bougies d’allumage des moteurs, pour la fabrication des boucles et des maillons de chaînes, pour souder des éléments de rails de tramways, etc.
- La' figure 4 représente une machine soudant les boucles et les maillons de chaînes et estampant automatiquement le bourrelet qui se forme autour de la soudure par suite du refoulement du métal. L’ouvrier place la boucle à souder entre deux doigts et abaisse le levier; la boucle vient en contact avec les électrodes et s’échauffe, le mouvement du levier donne également la compression de la soudure. Lorsque celle-ci est terminée, l’ouvrier relève le levier, le bourrelet est alors automatiquement estampé et la boucle tombe. Une machine de ce type produit
- Fig. 2. — Principe de la soudure par superposition ou recouvrement avec compression.
- Fig. 3. — Schéma d’une machine à souder.
- p.242 - vue 246/474
-
-
-
- LA SOUDURE ELECTROTHERMIQUE ... 243
- environ 15 maillons à la minute en fil de 6 mm. de diamètre. La dépense de courant, d’après M. Vari-nois, est de 1/10 de kilowatt-heure pour 100 maillons (1).
- La soudure par points remplace dans la tôlerie, le rivet par un point de soudure. On utilise deux électrodes A et B en forme de pointe qui viennent appuyer sur les deux tôles à souder. Le courant passe entre ces deux électrodes. Le métal est porté très rapidement au blanc et les tôles se soudent sur toute la surface des électrodes. On obtient donc un point de soudure jouant le même rôle qu’un rivet. On voit sur la figure 5 les deux électrodes en cuivre placées à l’extrémité de bras de longueur convenable ; ces électrodes sont refroidies par un courant d’eau pour ' empêcher la fusion du cuivre.
- Pour utiliser la machine, on place les pièces à souder entre les deux électrodes et on appuie sur la pédale; le mouvement opéré par celle-ci non seulement rapproche les électrodes de manière à appliquer exactement les deux tôles l’une contre l’autre, mais ferme l’interrupteur. La soudure se fait pres-que instantanément; aussitôt qu’elle est terminée, on lâche la pédale.
- Le chauffage est si rapide qu’on peut tenir à la main la pièce qu’on soude sans se brûler, même pour le cas d’une petite pièce; la chaleur .ne se répand autour du point de soudure que quelques instants après que le travail est fait, il est alors impossible de tenir la pièce, mais on a eu le temps de l’enlever. „
- Dans certaines machines à souder par points, le mouvement d’abaissement des électrodes est commandé par un électromoteur; dans le cas où l’on a une série de points’ à placer régulièrement, ces machines augmentent dès lors la rapidité et la régularité du travail.
- On peut souder par points, depuis des tôles très minces jusqu’à des fers formant une épaisseur
- 1. Varinois. La Soudure électrique (Dunod et Pinat, éditeurs) -
- totale de 25 mm. La dépense de courant est très faible; au taux actuel, elle est à peine égale au tiers du prix des rivets. Dans la fabrication des casseroles, par exemple, une femme arrive dans une heure à fixer les queues de 600 casseroles, à raison de deux points de soudure par pièce. Dans une fabrique de casques, chaque machine produit 170 casques à l’heure en plaçant 12 points par casque, ce qui représente plus de 2000 soudures-horaire.
- Comme on le voit, ces machines ne demandent pas une main-d’œuvre spéciale, le plus souvent elles sont manœuvrées par des femmes qui
- acquièrent en très peu de temps le coup de main nécessaire.
- Dans tous les cas, ce procédé de soudure par points est économique et permet de réaliser de grosses productions, ce qui abaisse d’autant le prix de revient; en outre, on supprime le poinçonnage des trous nécessaires aux rivets et . les pertes que cause l’emploi de ceux-ci. Les pièces sont aussi mieux présentées, et lorsqu’il s’agit d’articles émaillés, on évite une des causes de destruction de ces objets, lesquels périssent en effet, très souvent, par suite de la rupture de l’émail qui se forme autour du rivet dès que ce dernier prend un peu de jeu.
- Dans la soudure dite continue (par recouvrement), les électrodes sont remplacées par des molettes qui amènent le courant tout en entraînant la pièce au travail. Comme l’opération se fait sans apport de métal, il est nécessaire que la pièce fournisse le métal de soudure, mais les tôles superposées étant très fortement pressées l’une contre l’autre par les molettes, le métal est laminé pendant la soudure, de sorte qu’il ne reste pas de surépaisseur ni de bavure. Avec des tôles minces, on obtient ainsi des soudures complètement invisibles sous la peinture ou la galvanisation, sans qu’on ait à meuler ou à polir. Quantité d’articles de ménage, émaillés, sont soudés de cette façon. Soudure par l’arc. — Cette méthode utilisant
- Fig. 4. — Machine à souder les boucles, les anneaux, maillons de chaîne, etc. (Compagnie de La Soudure électrique, Paris.)
- p.243 - vue 247/474
-
-
-
- 244 : LA SOUDURE ÉLECTROTHERMIQUE
- l’arc voltaïque a subi plusieurs modifications. Dans le dispositif Bernardos, on emploie une électrode de charbon ou de graphite connectée à l’un des pôles de la source d’énergie électrique, tandis que la pièce h souder est reliée à l’autre. L’électrode est fixée dans un support isolé et l’axe est produit en touchant la pièce du bout de cette électrode qu’on écarte ensuite vivement. Le métal de la pièce entre en fusion, et l’on peut ajouter du métal d’apport au moyen d’une baguette, comme dans la soudure au chalumeau oxy-acétylénique.
- Bremer utilisa des charbons à âme minéralisée ou à pâte additionnée de sels alcalino- terreux, ce qui permettait d’obtenir un axe fixe, et de grande dimension au moyen duquel on pouvait échauffer de grandes surfaces en supprimant l’oxydation superficielle des métaux soudés.
- Zerener fait emploi de deux charbons pour la production de l’arc (comme dans les lampes électriques), mais en déviant cet arc à l’aide d’un électro-aimant, de telle sorte qu’on obtient un dard avec lequel on soude à la manière d’un chalumeau. Ce dispositif, qui permet de souder laiton sur laiton-cuivre sur cuivre ou acier, est appliqué surtout à la confection et à la réparation des pièces soudées de petite mécanique. L’appareil Coffîn, désigné sous le nom de « chalunfeau électromagnétique à arc tournant », comprend (fig. 6) deux charbons A et B disposés concentriquement et séparés par une matière isolante a; un électroaimant c alimenté par une dérivation de la canalisation xy amenant le courant à l’arc, entoure les charbons. Dès qu’on ferme le circuit, l’arc jaillit entre les charbons et tourne avec une vitesse croissante jusqu’à ce que l’intensité soit devenue normale. On arrive de cette façon à couvrir la partie à souder avec une plus grande ^surface de chauffe et
- à réaliser une température plus régulière que dans l’appareil précédent.
- Le dispositif Slavianoff, semblable en principe à celui de Bernardos, l’électrode en charbon est remplacée par une électrode métallique, laquelle en fondant fournit ainsi le métal d’apport. Les deux pièces à souder sont d’abord écartées de 20 à 30 mm. ; la chaleur dégagée par l’arc provoque la fusion du métal des pièces, mais ce vide est comblé par la fusion de la baguette d’apport-électrod’e. Ce dispositif était une amélioration en ce sens qu’il évitait
- complètement la carburation du métal et permet de diminuer la surchauffe du métal au cours de l’opération. Avec l’électrode métallique, on se sert ordinairement du courant continu de 50 à 200 ampères avec chute de voltage dans l’arc de 25 à 40 volts; une résistance stabilisatrice est intercalée en sé-• rie avec l’arc. -L’électrode métallique fusible mesure généralement 5 mm.
- , de diamètre et | est connectée au pôle positif du circuit.
- Ce dispositif a reçu à son tour un perfectionnement important : l’enrobage des électrodes métalliques à l’aide de produits mauvais conducteurs et peu fusibles. La gaine ainsi formée autour de la baguette servant à la fois d’électrode et de métal d’apport, dirige l’arc vers les partiés à souder et constitue, au fur et à mesure delà fusion, une sorte de couche protectrice sous laquelle le métal peut s’étaler sans trop s’oxyder. On peut encore, si l’on désire améliorer le métal fondu, y incorporer des désoxydants ou des constituants. Autrement dit dans le nouveau dispositif Kjellberg, on a cherché à stabiliser la direction de l’axe en entourant l’électrode métallique de matières qui en raison de leurs propriétés (non conductrices) et peu fusibles entrent en fusion moins vite que le métal conducteur, formant autour de lui, à chaque instant, une
- Fig. 5. — Machine 'à -souder par points.
- (Compagnie La Soudure électrique (Paris).
- p.244 - vue 248/474
-
-
-
- LA SOUDURE ÉLECTROTHERMIQUE
- 245
- gaine qui s’oppose aux déplacements souvent capricieux de l’arc, et l’oblige à se diriger dans le sens même de l’axe de la baguette.
- L’un des pôles est relié, soit à la pièce à souder, soit à la table, au tréteau ou an montage métallique qui la supporte ; l’autre aboutit à un câble souple, parfaitement isolé, à l’extrémité duquel est fixée la pince porte-électrode. C’est cette pince, elle-même isolée, que tient l’ouvrier de sa main droite et avec laquelle il conduit le travail, tandis que de là main gauche il protège ses yeux, durant la soudure, au moyen d’un écran en verres spéciaux coloriés contre l’éclat de la lumière voltaïque et l’action des rayons ultra-violets qu’elle émet:
- L’opération débute par l’amorçage de l’a.rc, qui consiste à frotter le bout de l’électrode, sur la pièce à souder et à l’éloigner légèrement jusqu’à ce que l’arc se produise et se maintienne. L’arc fond alors en même temps le métal de la pièce et l’extrémité de la baguette, et la soudure s’opère, le métal restant protégé par le laitier provenant de l’enrobage de
- Lorsqu’on prépare une pièce pour la soudure par arc, il faut faire grande attention d’éviter les tensions intérieures duesàla contraction du métal. Par exemple, si on répare une fente dans une tôle en tension, on porte à 750° environ le métal autour de la fente, et, au refroidissement, la zone soudée a tendance à éclater à nouveau ou à rester en tension. Or ce qui fait le danger d’un pareil effort intérieur du métal, c’est sa distribution irrégulière. «
- On peut souder au courant continu ou à l’alternatif, mais le premier est bien préférable parce qu’avec lui l’amorçage est plus aisé, l’arc plus doux, la conduite du travail plus commode et la fusion du métal plus tranquille. Avec-le courant alternatif, on se rapprochera de ces avantages, d’autant que le nombre des périodes sera plus élevé ; par contre, l’alternatif offre pour lui cet avantage que l’on sait de pouvoir être transformé à volonté, par suite à la tension voulue pour cette méthode de soudure.
- Les applications de la soudure par arc sont extrê-
- Fig. 6. — Chalumeau électromagnétique Coffin pour la soudure de l’arc.
- Fig. p et 8.
- Vue d’un des cylindres d’une machine d'un paquebot allemand interné à New-York après les sabotages exécutés pour mettre le navire hors d’usage.
- Le même cylindre réparé après remise en place des morceaux j-etrouvés et soudure de ceux-ci par les procédés électro-thermiques.
- la'baguette qui le surnage. Il suffit ensuite de conduire le travail en promenant avec attention et très progressivement l’électrode sur la ligne à' souder et en l’abaissant au fur et à mesure de sa fusion, de manière à conserver la distance voulue au maintien de l’arc pour que la soudure soit régulière, et continue (*). •
- 1. Bulletin de Vacétylène et de la soudure autogène, n05 21-2%, Aoul-Scptcmbre 1917
- mement nombreuses; parmi les plus importantes, on peut citer la réparation des chaudières, des cylindres fracturés, des coussinets, bâtis de machines, arhres, la fabrication de fûts ou récipients en acier, ailettes et empennages des bombes de tranchées, etc.
- La dernière application de grande envergure faite par les Américains à la réparation des bateaux allemands intéresseraient quelques détails.
- p.245 - vue 249/474
-
-
-
- 246 r—— LA CARTE LINGUISTIQUE DE LA PENINSULE DES BALKANS
- Les saboteurs s’étaient naturellement attaqués aux pièces essentielles et difficilement démontables de par leurs dimensions. C’est ainsi que furent brisées toutes les chemises de cylindres à basse pression et quelques enveloppes, les tubulures d’évacuation des tiroirs à basse pression, quelques boîtes à tiroir à haute pression et les mises en train.
- Les parties brisées étant généralement réduites en un grand nombre de morceaux, la réunion de tous ces fragments fut impossible et on les remplaça par des pièces dfe forme exécutées d’après modèle.
- Pour le Kaiser Wilhelm II par exemple, la chemise d’un cylindre à basse pression de 2 m. 80 de diamètre et 1 m. 60 de hauteur de cours du piston avait été brisée et présentait un trou de. 40 cm X 80 cm. On régularisa la cassure au burin pneumatique jusqu’à lui faire prendre la forme rectangulaire et les bords en furent chanfreinés. La pièce à rapporter une fois moulée et également chan-freinée, on la met en place et normalement à ces chanfreins, on plaça en quinconce des goujons de 14 mm, distants de 120 mm environ et débordant
- de 10 à 15 mm ; le but de ces goujons était de retenir le métal en fusion devant réunir les deux parties.
- Un transformateur muni d'un régulateur très sensible fut alors installé à bord et le courant du Navy Y and (120 volts) ramené à une tension de 55 volts. La masse du cylindre formant un pôle, l’autre étant constitué par une tige de fil d’acier de 4 mm de diamètre et environ 50 cm de long. Le courant de court-circuit ne dépassant pas 150 ampères. L’espace entre les deux pièces fut ainsi rempli de métal fondu par couches successives. Un alésage ultérieur permet de terminer l’opération et les navires ainsi traités ont depuis fourni sans incident un excellent travail. Formulons pour terminer un vœu, un atelier de soudure électrique facilement transportable (camion) rendrait actuellement de grands services aux armées en permettant, nort seulement de réparer les voies, locomotives, etc., mais surtout de remettre en état sur place, les pièces en acier moulé, principalement les affûts d’artillerie lourde.
- M. Bousquet.
- LA CARTE LINGUISTIQUE DE LA PÉNINSULE DES BALKANS
- Dans La Nature du 19 janvier 1918, a paru une carte linguistique de l’Europe, empruntée au bulletin de VAmerican geograplncal Society et dressée par M. Léon Dominian. Dans l’exposé des rapports linguistiques de la presqu’île balkanique, il s’est glissé des erreurs qu’il y a lieu de corriger, et, à cet effet, nous allons brièvement résumer loute la question.
- Les rapports linguistiques des langues balkaniques sont principalement de deux natures :
- 1° Les rapports de toute la masse linguistique centrale slave avec la masse non slave qui- l’encercle, et
- 2° Les rapports des langues slaves du sud prises isolément entre elles.
- Les premiers rapports ne nous présentent pas de difficultés linguistiques, parce que la différence entre les langues slaves et non slaves est si complète, que leur définition respective est aisée. Il suffit pour cela de recourir à de bonnes statistiques et à des données précises sur la répartition géographique des représentants des langues respectives. Et, c’est sur la base des statistiques les plus récentes et des matériaux dont je peux disposer ici, en France, que je donne la carte ci-après de leurs rapports. ,
- Dans la masse slaxœ représentée sur la carte 1 — en laissant de côté les points sur sa périphérie où elle se confond avec les langues étrangères et où le mélange des représentants respectifs est tout naturel — se trouvent disséminés des îlots de langues - étrangères plus ou moins grands. Dans la Bulgarie
- orientale, par exemple, le nombre des Turcs dépasse 500 000 habitants; dans les nouvelles provinces de la Serbie, il y a, comme on peut le voir sur notre carte, quelques agglomérations albanaises et turques (mais l’indication de M. Dominian qu’il existait de nombreuses colonies albanaises sur le territoire de la Serbie avant la guerre de 1912 est dénuée de toute vraisemblance, car presque tous les Albanais de Serbie ont émigré dans l’empire ottoman aussitôt après 1878); dans la Dalmatie, il y a un petit nombre d’Italiens, les derniers restes des colons de Venise (établis là principalement depuis le commencement du xve siècle jusqu’en 1797, chute de la république de Venise), qui l’ont aidée à administrer et à exploiter ce pays (leur nombre est de 18028 âmes contre 610 669 Serbo-Croates) ; enfin, dans les pays slaves qui se trouvent sous l'Autriche-Hongrie, il y a des agglomérations allemandes et magyares qui étaient, depuis la moitié du xvme siècle, l’objet de toute la sollicitude du gouvernement. Tous ces restes allogènes dans le milieu slave sont les résultats de la domination des Turcs, Vénitiens et Austro-Hongrois sur les pays slaves du Sud de la Péninsule "des Balkans pendant les quelques derniers siècles, ainsi que de la politique de favoritisme, exercée par eux envers certains peuples. Par conséquent, ce sont là des éléments isolés, artificiellement créés, qui n’embrouillent pas l’ensemble des principaux rapports linguistiques de ces pays. Cela s’applique également à des colons roumains de la Serbie du nord-est (établis là à la fin du xvme siècle et au com-
- p.246 - vue 250/474
-
-
-
- LA CARTE LINGUISTIQUE DE LA PÉNINSULE DES BALKANS === 247
- mencement du xixe), mêlés avec des habitants autochtones serbes et complètement faits à la vie. de la Serbie
- Le deuxième côté de notre question, la caractéristique des relations entre les languesyougoslaves, prises isolément entre elles, est plus compliqué. Car on distingue dans la péninsule des Balkans, trois langues yougoslaves : le s ovène, le serbo-croate et le bulgare. Les représentants des deux premiers groupes, les Slovènes et lés Serbo-Croates, sont animés du même désir d’union et des mêmes aspirations nationales et, par suite, leur frontière linguistique ne provoque pas de malentendus ; nous la traçons de la manière dont les Serbo-Croato-Slovènes eux-mêmes le font ordinairement. Mais dès que nous passons aux rapports entre la langue serbo-croate et la langue bulgare, des difficultés surgissent aussitôt.
- Si l’on n’avait pas mêlé des intérêts politiques à la solution de ces questions, s’il n’y avait pas eu trois guerres entre les Serbes et les Bulgares dans un intervalle assez court (1885, 1915 et 1915), la discussion entre les Serbes et les Bulgares pourrait se poursuivre avec plus de sang-froid; mais après tous les événements passés cela est devenu presque impossible.
- Jusqu’en 1914, c’est-à-dire avant le commencement de cette guerre, la principale question litigieuse entre les Serbes et les Bulgares était la question macédonienne. Mais dès que les Bulgares, avec le concours des Austro-Hongrois et des Allemands ont occupé la Serbie orientale, la moitié orientale de la Vieille-Serbie (à l’Est de la ligne ponctuée en Serbie dans la carte n° 2) et toute la Macédoine, ils se sont efforcés, en recourant à des preuves quelconques, de démontrer que ces provinces étaient, au point de vue linguistique et ethnique, purement bulgares. Dans la carte de M. Dominian nous retrouvons l’écho de ces aspirations bulgares, favorisées par les puissances centrales, parce que l’occupation définitive de ces provinces, par les Bulgares, représenterait la Mittel-Europa réalisée. Est-ce nous qui devons les soutenir dans cette voie, ainsi que le,fait M. Dominian?
- En tenant compte des ouvrages se rapportant à la définition et à la caractéristique des particularités linguistiques et ethnographiques de la Serbie orientale et de la partie orientale de la Vieille-Serbie, il faut faire la distinction entre deux époques : la première époque, l’époque des définitions arbitraires et a priori, sans investigations approfondies et sans études spéciales, trouvant son expression dans la carte ethnographique de Safarik (1842) et dans toutes celles qui l’ont suivie (Ami Boué 1847, Kiepert 1876, etc.) et se caractérisant par l’application de la couleur bulgare sur tous les territoires de ces provinces ; et la deuxième époque, l’époque nouvelle des faits scientifiques, explorés quelquefois inégalement, mais nous donnant malgré cela toujours une idée précise de l’essence
- de ces questions. L’an 1905 nous apporta un ouvrage capital de M. Olaf Broch, professeur à l'Université de Christiania (publié dans les éditions de l’Académie des Sciences de Vienne), traitant la question linguistique d’une partie de ces territoires, et, en 1905, nous avions un autre ouvrage spécial traitant des dialectes des mêmes territoires et dû à la plume de l’auteur de ces lignes (publié dans les éditions de l’Académie des Sciences de Belgrade). Les données de l’un et de l’autre de ces ouvrages concordaient parfaitement. Il ne restait plus qu’à en tirer les conclusions, ainsi que des autres ouvrages-se rapportant à ces questions.
- Ces conclusions n’ont pas manqué d’avoir été faites par des éminents représentants de la slavis-tique moderne, à la fois excellents connaisseurs du serbe et du bulgare. Ainsi, M. Réchétar, professeur à l’Université de Vienne, affirmait (dans les publications de l’Académie des Sciences de Vienne de 1907) que les ouvrages susdits mettaient en évidence le caractère essentiellement serbe de ces dialectes. L’éminent slaviste de l’Université de . Leipzig, M. A. Leskien, dans sa grammaire serbo-croate (parue en 1914 pendant la guerre) affirmait aussi que l’on peut, à juste titre, rattacher dans un sens large ces dialectes au serbo-croate. Un linguiste distingué de l’Université de Ivharkow, le professeur M. M. S. Koulbakine, dans sa Langue serbe (2e édition de 1917) atteste que ces dialectes, par leur base linguistique, appartiennent au serbo-croate. Enfin M. M. G. Dolobko, chargé de cours à l’Université de Pétrograd, dans sa brochure intitulée L’unité ethnographique des Serbes et des Croates (1917), dans laquelle il voulait examiner leur unité d’après la langue, a rattaché, sans aucun doute et sans hésitation, ces dialectes à l’unité linguistique serbo-croate, de même qu’il l’a fait avec les dialectes de Choumadia, de l’Herzégo-vine, delà Bosnie ou d’autres contrées serbo-croates.
- Ainsi, on peut le dire avec certitude, dans les ouvrages, scientifiques d’aujourd’hui la base linguistique de ces dialectes est considérée comme étant serbe. Et c’est pour cette raison que nous trouvons ces dialectes dans les cartes linguistiques générales de l’Europe renfermés dans les limites de la Serbie, ainsi que nous le montre la carte de M. K. V. Porjezinski qui a succédé à l’éminent professeur Fortounatov, à l’üniversité de Moscou (voir son Introduction à la Linguistique, Moscou, 1916, IVe édition). M. Dominian, en qualifiant encore aujourd’hui ces dialectes de parlers bulgares, retourne à l’époque des premières cartes ethnographiques ou atteste qu’il préfère, dans les matières de cette espèce, s’appuyer sur des appréciations n’ayant rien de commun avec la science.
- Ces dialectes, sur lesquels les études scientifiques ont apporté la solution définitive, laquelle diffère totalement de la couleur arbitraire posée sur la carte de Safarik et des autres, s’étendent à la Serbie orientale, à la moitié orientale de la Vieille-Serbie
- p.247 - vue 251/474
-
-
-
- 248 —— LA CARTE LINGUISTIQUE DE
- jusqu’à la ligne passant au-dessous des villes de Tétovo, Skoplyé et Kratovo. Ces dialectes dépassent la frontière serbo-bulgare, en se répandant dans une zone contiguë à cette frontière, englobant les points suivants de la Bulgarie occidentale : Koula, Belogradtchik, Berkovets, Iskrets et Kustendil (Tyôustendil) ; au delà de cette limite, comme on peut le voir sur la carte, ils se confondent avec les dialectes bulgares (voy. la carte 2).
- La nouvelle attitude prise par les linguistes à l’égard de ces dialectes s’est manifestée naturellement aussi dans les cartes ethnographiques modernes. Parmi les cartes ethnographiques de valeur,
- LA PÉNINSULE DES BALKANS ..............
- orientale et de la Vieille-Serbie, comme serbes, en restreignant seulement leur étendue en Vieille-Serbie. Ces deux professeurs, l’un de l’Université de Kief, l’autre de l’Université de Prague, auxquels on ne peut vraiment pas reprocher un excès de favoritisme à l’égard des Serbes, se sont vus obligés de changer la couleur inexacte de ces régions sur la carte de Safarik, mais ils n’ont pas pu se soustraire aux deux objections suivantes : 1° Ils n’ont pas montré l’étendue de ces dialectes serbes dans la Bulgarie occidentale et 2° ils n’ont pas toujours fixé assez exactement leur étendue dans la moitié orientale de la Vieille-Serbie.
- LANGUES:
- ?ce^°; [£££} Slovène gg| Slovaque g]
- | Bulgare Roumaine ^^Tsintsare
- Grecque |»jTurque Albanaise
- |Hon^rotse ||||| Allemande JJ Italienne
- Fig. i. — Langues des pays balkaniques. Carte n° i.
- qui ne sont faites ni par les Serbes ni par les Bulgares, nous en avons deux, l’une du professeur Florinski et l’autre du professeur Niederlé. Nous avons deux éditions de la première, en 1907 et en 1911. Je les cite toutes les deux parce que dans la première, celle de 1907, le professeur Florinski a encore indiqué une partie de la Serbie orientale par la couleur bulgare, mais il ne l’a plus fait dans son édition de 1911, où il marqua, par la couleur serbe, toute la Serbie orientale et une grande partie de la moitié orientale de la Vieille-Serbie. Comment un laps de temps aussi court a pu apporter d’aussi grands changements dans les solutions ethnographiques, et la carte de M. Dominian prouve avec quelle facilité s’enracinent les erreurs dans l’esprit du grand public. En 1909, le professeur Niederlé indique de la même façon les dialectes de la Serbie
- Il ne nous reste maintenant qu’à déterminer la nature des dialectes de la Macédoine moyenne et méridionale, parce que la Macédoine septentrionale, comme on la désigne parfois, ne représente que la moitié orientale de la Vieille-Serbie, dont nous avons déjà parlé.
- La matière se complique ici par la raison que les hommes de science ne se résignent pas encore à abandonner la couleur arbitraire bulgare pour ces contrées, en dépit des matériaux, qu’ils possèdent et des appréciations qu’ils expriment eux-mêmes. Le professeur Florinski affirme notamment que la question linguistique de xMacédoine est litigieuse et, nonobstant, il couvre ses contrées d’une couleur incontestablement bulgare. Le professeur Niederlé va encore plus loin en affirmant que les dialectes macédoniens formaient une transition entre le serbe
- p.248 - vue 252/474
-
-
-
- LA CARTE LINGUISTIQUE DE LA PENINSULE DES BALKANS r^r— 249
- et le bulgare et malgré cela il ne les colorie pas, d’une couleur de transition, mais bien de la couleur bulgare pure. Est-il étonnant après cela que M. Dominian, moins compétent, colorie la Macédoine par la couleur bulgare, quoiqu’il confesse lui aussi que les Macédoniens représentent un élément de transition entre les Serbes et les Bulgares (« Les Serbes et les Bulgares réclament les Macédoniens comme leur propre peuple. En réalité les Macédoniens représentent une population de transition enireeuxdeux»), et que leur langage est aussi de môme nature ( « Le langage macédonien est interméd iaire entre le serbe et le bulgare » (*)
- Pour M. Domi-nian ce reproche est d’autant plus grave qu’il voulait dresser une carte linguistique, tandis que MM. Elorinski et Niederlé se sont retranchés derrière une carte ethnographique.
- Il est vrai que M. Dominian révèle que la- ressemblance du parler macédonien avec le bulgare est plus grande qu’avec le serbe et que le bulgare est plus compréhensible aux Macédoniens que le serbe, mais cette affirmation n’est pas prouvée. Mon expérience personnelle, par exemple, atteste justement le contraire et peut-être pourrait-on poser à bon droit la question suivante : est-ce que M. Dominian pouvait avoir ici une expérience personnelle, et n’emprunte-t-il pas inconsciemment l’expérience de ceiix qui ont un intérêt spécial, afin de maintenir à tout prix l’ancienne opinion sur le caractère du dialecte macédonien?
- Après tout ce qui vient d’être dit, il ne me semble pas indispensable de souligner spécialement qu'un
- 1. Les citations ont été tirées de l’article de M. Dominian en anglais, publié pour la seconde fois par Animal Report of the'Board of Regenls of The Smithsonian Institution, 1015, Washington, 1916, pp. 440 et 441.
- nombre respectable de savants avec le coryphée de la slavistique moderne, le professeur Yaguitch en tête, voient dans les dialectes macédoniens un caractère serbo-bulgare mitigé. J’expliquerai seulement . en quelques mots la nature de ce mélange.
- D’abord, il ne faut pas confondre les dialectes macédoniens de la plus grande partie de la Macédoine occidentale avec la langue ecclésiastique slave (le vieux slave), parlée autrefois dans la région de Salonique, parce que leur base linguistique est
- nouvelle : même les sons caractéristiques d’après lesquels on déterminait, en première ligne, la parenté du slave ecc lésiastique avec le bulgare et qui, conséquemment, étaient identiques avec les sons bulgares, sont serbes dans les dialectes ma-cédoniensdecette partie. Il est superflu de souligner que c’est cette base linguistique qui nous donne l’idée du dialecte macédonien et non pas une autre des temps passés, découlant de documents complètement étrangers à ces dialectes. Mais sauf les caractères serbes susmentionnés et d’autres encore, il y a en outre, dans l’ensemble des traits linguistiques de ces dialectes, des particularités qui révèlent les affinités de ces dialectes avec les dialectes bulgares au delà de leur frontière; de plus, il y a d’autres caractères qui sont communs à ces dialectes et aux dialectes roumains, albanais, bulgares et serbes dont - nous avons p irlé plus haut et qui sont marquants presque pour toute la moitié orientale de la péninsule balkanique; enfin, tout cela et encore di s traits . spéciaux de ces dialectes qui ne sont ni serbes ni bulgares et qui sont dus aux conditions ethnographiques et politiques spéciales dans lesquelles se trouvaient les habitants de ces contrées donnent une idée complète de ce que
- 4 » E
- à°
- rSALONIQI
- Fig. 2. — Langues des pays balkaniques. Carte n° 2.
- p.249 - vue 253/474
-
-
-
- 250 .: —LES BACTÉRIES FERRUGINEUSES
- ces dialectes représentent au sens linguistique.
- Parmi les dialectes macédoniens il faut faire une distinction, comme il est évident d’après tout ce qui vient d’être dit, entre ceux qui sont dans une parenté plus étroite avec la langue serbe et qui s’appuient sur le dialecte de la Vieille-Serbie, — dialectes macédoniens occidentaux, et ceux plus éloignés, les dialectes macédoniens orientaux, qui ont subi aussi l’influence du premier groupe de dialectes, mais qui en même temps sont plus éloignés du serbe au point de vue linguistique.
- D’après les brèves observations qui précèdent sur la nature de ces dialectes, on constate à l’origine des dialectes macédoniens occidentaux dans les limites marquées (v. la carte 2) un mélange du
- serbe et des dialectes dérivés du slave ecclésiastique du sud-est de la Macédoine ou du bulgare, mélange fait d’une manière qu'on ne retrouve nulle part ailleurs et dont l’évolution s’est accomplie ultérieurement dans une direction spéciale. Laissant de côté l’estimation de la valeur des éléments respectifs dont se compose ce mélange — estimation impossible à mon avis—je considère seulement qu’un exposé relatif à ces dialectes qui embrasserait tous les caractères essentiels donnerait un tableau exact, au point de vue scientifique, de la question.
- À. Bélitcii,
- membre de l'Académie royale des Sciences de Serbie, professeur à l’Universilé do Belgrade.
- LES BACTÉRIES FERRUGINEUSES
- Un certain nombre de bactéries se rencontrent toujours dans les eaux ferrugineuses et parmi elles, la Leptothrix ochracea décrite pour la première fois par Kutzing sous le nom de Chlamydothrix ochracea, étudiée ensuite par Winogradsky, puis tout récemment par le professeur David Ellis, du Collège technique royal de Glascow, est une des plus communes. Précipitant le fer sous forme d’oxyde rougeâtre dont la couleur varie du jaune au brun ocreux, ce remarquable microorganisme finit par former souvent autour de ses colonies, fixées sur des substratums divers, des dépôts cham-pignonneux assez considérables pour obstruer des tuyaux ou des orifices. Si on traite ces magmas ferrugineux par de l’acide chlorhydrique très étendu, on constate la présence des filaments bactériens autour desquels ils se groupèrent.
- Les filaments de Leptothrix ochracea, unicellu-laires et cylindriques, se distinguent aisément; leurs extrémités sont arrondies et leur longueur atteint fréquemment 200 a (1/100 millimètre) avec une largeur de 1,5 à 2 ^. Constitués par une série de fins bâtonnets entourés d’une gaine gélatineuse plus ou moins épaisse, on pensait jusqu’ici que ces microorganismes ne sauraient croître si l’eau dans laquelle ils baignent ne renfermait pas du protoxyde de fer.
- Dernièrement divers travaux ont montré, comme nous le verrons plus loin, que le fer n’était pas un aliment essentiel à leur existence. Mais avec l’âge, les membranes de Leptothrix ochracea fixent le sel ferreux et se colorent en jaune rougeâtre ou brun verdâtre. À un moment donné, leurs éléments se segmentent en articles plus ou moins courts qui s’isolent et s’accroissent en donnant des filaments semblables aux premiers.
- Dans la nature, on rencontre rarement la Leptothrix sans un autre microorganisme particulier qu’Ehrenberg dénomma Gallionella ferruginea et
- que Macé propose de ranger dans les Algues au voisinage des Beggiatea et des Oscillaires. La Gallionella se caractérise par la tendance à s’enrouler, que possèdent ses filaments longs, flexibles et minces pendant les premiers stades de leur développement, autour les uns des autres. Cette tendance à l’enroulement, très accentuée au début, cesse d’ailleurs quand le dépôt d’oxyde de fer, en durcissant la périphérie, oppose un obstacle mécanique à une torsion ultérieure. Aussi le savant micrographe anglais considère le phénomène comme un cas d’excitation du tissu cellulaire, par contact, analogue à l’irritabilité .qui permet, par exemple, aux vrilles des végétaux supérieurs d’enlacer leurs supports.
- D’autre part, le professeur David Ellis a découvert dans la banlieue de Glascow, une nouvelle bactérie ferrugineuse, qu’il appelle Spirophyllum ferrugineum et qui- possède comme la Gallionella, la faculté d’enroulement. Mais ses filaments au lieu d’être longs et déliés, ont la forme de rubans plats. Sa multiplication s’opère par division ou par sporulation et sa membrane jouit, à un très haut degré, du pouvoir de s’imprégner d’oxyde de ter. Sur notre micrographie (grossissement 600 environ), nous apercevons un .petit fragment dont un dépôt ferrugineux a complètement oblitéré la forme tandis que le long filament de la même gravure nous montre beaucoup de variété dans les genres de torsion. Selon l’âge, les rubans filamenteux varient en largeur de 1 p. à 6 \x. Depuis la découverte du Spirophyllum ferrugineum en Angleterre, on a signalé sa présence aux États-Unis. D’ailleurs Schwers et plusieurs autres biologistes estiment que le Leptothrix, la Gallionella et le Spirophyllum sont, probablement, des variétés d’une même forme bactérienne; mais le professeur Ellis, tout en penchant pour cette opinion, ne la considère pas encore comme absolument certaine.
- p.250 - vue 254/474
-
-
-
- 251
- LES BACTERIES FERRUGINEUSES
- À côté des Leptothrix ferrugineux, il nous faut signaler ensuite la Crenothrix polyspora déjà observée par Cohn. Macé la classe près des Oscillaires dont elle diffère seulement par l’absence de chlorophylle et de phycocyanine, pigment bleuâtre spécial à certaines algues. Notre micrographie représente des vieux filaments de Crenothrix. Au début de leur croissance, l’éclatement du sommet de l’enveloppe permet aux tiges de s’étendre au dehors et, une fois libérées, de s’allonger pour former à leur tour de nouveaux filaments, complètement enveloppés et mesurant de 2 [jl à 7 p. ou 8 p. de longueur. La structure cellulaire de l’enveloppe de la Crenothrix oply-spora semble identique à celle de la Cladothrix dichotoma. En outre, Garrett a remarqué que dans
- s’occupèrent de la question ne sont pas d’accord au sujet de ces deux bactéries ferrugineuses, car ils attribuèrent la même dénomination à des êtres
- différents. Ainsi les organismes étudiés par Billet et Busgen, sous le nom de Cladothrix dichotoma, sont des algues inférieures ne correspondant pas du tout à la diagnose de Cohn, par exemple. Pour les identifier, le professeur Ellis constate qu’on peut distinguer les cellules individuelles de Crenothrix, à simple vue, sur une préparation microscopique, tandis qu’il faut absolument colorer, au moyen des réactifs habituels, les filaments de Cladothrix pour les différencier. Le qualificatif de dichotoma, donné par Cohn au microorganisme qu’il décrivit, provient du fait que parfois les filaments se ramifient au cours
- Fig. i. — Leptothrix ochracea. — Elle se distingue des autres bactéries ferrugineuses par ses filaments unicellulaires, cylindriques et arrondis aux extrémités.
- Fig. 2. — Spyrophyllum ferrugineum. Bactérie découverte par le professeur David Ellis dans la banlieue de Glasgow et dont les filaments constitués par des rubans plats possèdent la faculté de s'enrouler.
- les jeunes filaments, cette gaine se compose en réalité d’un tube divisé en compartiments, contenant chacun une seule cellule. Mais les auteurs qui
- Fig. 3. — Cladothrix dichotoma. — Le qualificatif de dichotoma, donné à cette bactérie, provient de ce que ses filaments se ramifient parfois au cours de leur croissance.
- de leur croissance mais, d’après l’expérience du professeur David Ellis, cette dichotomie est plutôt rare. Enfin quand la Cladothrix vit dans les eaux
- p.251 - vue 255/474
-
-
-
- 252
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- ferrugineuses, son enveloppe s’imprègne d’oxyde de fer hydraté et elle ressemble exactement aux filaments de Leptothrix morts..
- Comme bactéries se comportant de façon analogue vis-à-vis des solutions de sels de fer, citons encore : la Clonothrix fnsea découverte par Schorler dans les conduites d’eau de Dresde et que la plupart de ses caractères rapprochent delà Cladothrix dichotoma ainsi que le Siderocapsa Treubii, microorganisme décrit par Molisch en 1909, qui vit en épiphytesurles végétaux aquatiques et dont M. David Ellis a récemment observé une autre espèce baptisée par lui Siderocapsa major.
- Résumons enfin pour terminer les conclusions générales de l’important mémoire de David Ellis sur la propriété remarquable que possèdent ces originales bactéries, en commun avec un certain nombre d’algues et de protozoaires, de retenir dans leurs enveloppes ou membranes, de grandes quantités d’hydroxyde de fer.
- Quelle explication peut-on donner de ce phénomène?
- D’après la théorie de Campbell Brown qui paraît la plus probable, l’activité des bactéries ferrugineuses les porte à assimiler les composés organiques. Quand le fer se trouve combiné avec ces derniers, dans la solution, il se dépose sur ou dans leur enveloppe et envahit même parfois le corps cellulaire. Certains faits d’observations indiscutables militent en faveur de cette hypothèse. En particulier, les cultures artificielles de Leptothrix ochra-cea, de Cladothrix dichotoma, et de Crenothrix polyspora faites par Molisch, Iioflich, Garrett et Rossler, sur des milieux nutritifs appropriés, ont prouvé que les composés ferrugineux n’étaient pas indispensables au développement de ces bactéries,
- qu’elles vivaient très bien dans les liquides où le manganèse remplaçait le fer, mais que leur croissance dans les eaux ferrugineuses facilite l’accumulation d’hydroxyde de fer dansle liquide. D’autres microorganismes inférieurs .possèdent des caractères physiologiques identiques.
- Maintenant les bactéries ferrugineuses contribuent-elles à former des gisements ferrifères? D’après les recherches de divers savants, la question paraît devoir être résolue par la négative. Molisch examina 61 échantillons de roches ferrugineuses provenant des différentes parties du monde; dans 57 cas, il ne trouva pas trace de bactéries ferrugineuses et dans 4 seulement, il constata leur présence, mais ses observations ne lui permettent pas d’affirmer qu’il ne s’agissait pas de remaniements superficiels récents. De son côté, M. Ellis, après avoir analysé 48 minerais de fer d’Angleterre, rencontra non pas des bactéries, mais un Phycomi-cète abondamment infiltré dans la masse de 4 d’entre eux, tirés' de Frodingham (comté de Lincoln) ; ce champignon possédait probablement, durant sa vie, tous les caractères physiologiques des vraies bactéries ferrugineuses actuelles.
- Quoi qu’il en soit, ces microorganismes méritent de retenir l’attention des ingénieurs hydrauliciens, car leur multiplication immodérée peut devenir un sérieux obstacle au fonctionnement des canalisations urbaines. Toutefois les hygiénistes n’ont pas à redouter les bactéries ferrugineuses, au point de vue pathologique, puisqu’elles ne sécrètent aucun poison dans les eaux des réservoirs, mais leur communiquent seulement une désagréable saveur et une teinte rouge, couleur de rouille.
- Jacques Boyer.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séarice du 18 mars 1918.
- Le terrain houiller des Asturies. — Le terrain houiller des Asturies est placé dans des conditions telles, qu’une partie de sa production pourrait, si elle devenait assez considérable, venir alimenter le Midi de la France. D’autre part, on ne sait ce que devient sous le golfe de Gascogne le prolongement de ce bassin et il ne serait pas impossible que son prolongement existât quelque part dans le sous-sol français. A ce double titre, il nous intéresse particulièrement. M. Pierre Ternier, qui vient d’en faire l’étude sur place, a constaté que dans la région d’Arnac, voisine de la mer, ce terrain était séparé du dévonien sous-jacent par une zone de roches broyées, ou mylonites, ignorée jusqu’ici; laquelle zone prouve un mouvement de charriage, par lequel la houille aurait été poussée au-dessus du dévonien en broyant les roches sous-jacentes. Il peut en résulter, pour la constitution de tout le bassin, des conséquences importantes.
- Le rôle du chondriome dans la cellule. — M. Dan-geard montre que le rôle du chondriome dans les cellules végétale et animale a été mal connu jusqu’ici. Suivant lui, le chondriome peut être défini l’ensemble
- du système vacuolaire sous ses aspects variés et successifs (mitochondries, chondriocentes, etc.), et il est tout à fait indépendant du plastidome, contrairement à ce qu’ont affirmé la plupart des histologistes. On peut, dans la cellule vivante, suivre les transformations des éléments du chondriome les uns dans les autres pour arriver finalement aux vacuoles ordinaires. Dans le chondriome, c’est toujours la même métachromatine qui intervient et qui accumule l’anthocyane par lequel les pétales de nombreuses fleurs ont leur chondriome coloré électivement.
- Élections. — M. Gabriel Kœnigs est élu dans la section de mécanique en remplacement de M. Léauté.
- La recherche spectrale du bore. — M. A. de Gram-mont utilise le spectre de lignes du bore dans l’étincelle condensée pour reconnaître ce corps, grâce à trois lignes caractéristiques d’une extrême sensibilité! Cette méthode a dés applications en métallurgie pour des aciers au bore et au vanadium. Elle a également permis de reconnaître le bore dans certains minéraux où il était inconnu et où, dans la suite, l’analyse chimique en a trouvé des proportions atteignant le centième.
- p.252 - vue 256/474
-
-
-
- 253
- NOTIONS DE BALISTIQUE ET TIRS A GRANDE PORTÉE
- d,jicjjÿLf......
- Fig.
- Le bombardement auquel Paris est soumis par un canon à longue portée tirant de plus de 120 km a été, avouons-le, une révélation et une surprise à la fois pour le public et pour les militaires. L’augmentation extraordinaire de la distance de tir a si vivement frappé les esprits que de tous côtés des explications plus ou moins fantaisistes en ont été proposées. Tandis que certains cherchaient dans une découverte sensationnelle d’obus propulseur, de canons télescopés, de ballonnets dirigés par T. S.
- F., etc., la solution du problème, d’autres, et parmi ceux-là les officiels de l’artillerie, s’évertuaient à prouver que rien n’est plus normal, plus simple, plus évident que de lancer un obus de 210 ou 220 à plus de 100 km et chiffres en mains, à coups de formules, établissaient... sur le papier, les caractéristiques d’un engin qu’il n’ont pourtant su ni prévoir, ni concevoir, ni réaliser.
- Pour permettre à nos lecteurs de se guider dans le dédale des raisonnements et des élucubrations plus ou moins fantaisistes dont la presse a été inondée, nous allons exposer quelques notions de balistique, réduisant naturellement au minimum les calculs qui n’ont d’intérêt que pour les professionnels. Ensuite nous examinerons au point de vue purement physique les différentes solutions que l’on a suggérées, ce qui nous permettra de signaler un certain nombre de phénomènes intéressants.
- Traitons d’abord le problème de la trajectoire dans le vide. La forme est une parabole d’axe vertical (fig. 1). Le maximum de portée correspond à
- un angle de tir de 45° et est alors, si V0 est la y 2
- vitesse initiale, égale à —, (/ étant l’accélération
- de la pesanteur que l’on peut prendre dans les calculs égale à 10. La flèche, c’est-à-dire l’altitude maxima atteinte par le projectile est donnée par
- l’expression et se trouvé au milieu de la trajectoire.
- Pour tout point compris entre l’origine et la portée maxima, il y a deux trajectoires permettant
- 29 Km.
- i. — La trajectoire dans le vide de l’obus de p5.
- Fausse
- de l’atteindre : l’une correspond au tir rasant, l’autre, celle qui est le plus grand angle de tir, au tir d’obusier. Les deux angles de tir sont d’ailleurs complémentaires (*).
- Si on tire verticalement vers le zénith, la hauteur à laquelle s’élèverait toujours dans le vide, le
- projectile est de
- II.
- Toutes les tra-jectoires que l’on peut tracer, pour une vitesse initiale donnée, admettent une courbe enveloppe , qui est une parabole, que l’on appelle
- courbe de sécurité de l’obus parce qu’elle limite la .zone au delà de laquelle il est impossible que s’élève le projectile. Cette parabole de sécurité joue un grand rôle dans le tir contre avion.
- Faisons une application simple précédentes. Prenons tiré à la vitesse initiale de 555 m. La partie maxima dans le vide est de 29 km, la flèche correspondante est de 7 km. En tir vertical, l’obus s’élèverait à 14 km. Sous un angle de 25°, la portée serait de 22 km et la vitesse d’arrivée toujours égale à la vitesse de départ, soit 555 m. par seconde.
- Dans le tir réel, les résultats sont complètement différents, car il intervient un" nouveau facteur, la résistance de l’air. Le calcul permet encore de suivre la marche du projectile. Celui-ci se trouve soumis à 5 forces : la force propulsive de la poudre, son poids, et une force antagoniste due à la résistance de l’air (nous ne parlerons pas des forces secondaires comme celle due à la rotation du projectile). Si simple que soit la solution*ma-thémalique générale du problème, elle se complique, lorsqu’on cherche à déterminer la résistance due à l’air. Les expériences sur l'action de l’air sur les corps en mouvement n’ont jamais pu être poussées
- 1. Si a est l'angle de tir la portée par la vitesse V„ est Vo2 y2
- — sin 2 a et la flèche donnée par if- sin2 a.
- 9 . , 2<7
- La~vitesse d’arrivée est égale à la vitesse de départ et la 2 y
- durée totale du trajet égale à ~~ sin a.
- des formules l’obus de 75
- Fig. 2.
- Type d’obus à faible indice caractéristique.
- p.253 - vue 257/474
-
-
-
- 254 = NOTIONS DE BALISTIQUE ET TIRS A GRANDE PORTÉE
- jusqu’aux vitesses courantes en artillerie. Il a fallu procéder expérimentalement et déduire les lois de l’observation du tir des canons de tous calibres. Connaissant ces lois, on peut alors reprendre le calcul et établir avec précision la trajectoire des
- 600 - \
- 400 800 1200 1600 2000M.
- Fig. 3. — Variétés de la vitesse ou fonction de la portée suivant que l’obus est à ogive ronde ou. pointue.
- L’importance de ce coefficient est la suivante : des projectiles lancés avec la même vitesse initiale ont encore des vitesses égales après des parcours proportionnels à leurs coefficients balistiques. On voit donc l’intérêt qu’il y a à augmenter ce coefficient et pour cela à agir dans le sens convenable sur les facteurs qui le constituent. On cherche donc à augmenter le calibre, la masse, et à diminuer l’indice de forme (2)-.0n arrive à ce dernier résultat sur les obus de gros calibre en les munissant d’une fausse ogive pointue (fig. 2 et 3) et, dans certains cas, en ménageant sur la partie avant du projectile un méplat de largeur déterminée.
- Le problème se ramène donc à la détermination de la fonction type de vitesse. Au lieu de la considérer elle-même, on a choisi une fonction auxiliaire qui donne une courbe variant plus lentement et par suite plus facile à étudier. Cette fonction auxi-
- m
- V*
- liaire est '—rJ-- La figure 4 reproduit cette courbe
- et la courbe f(V) d’après les expériences de la Commission de Gavres.
- Les résultats généraux auxquels on arrive sont les
- obus nouveaux. Aussi allons-nous donner les résultats obtenus, ce qui nous permettra de définir certains termes employés en artillerie.
- Comme pour les faibles vitesses, la résistance de l’air est proportionnelle à la densité de l’air, à la section droite du projectile (ou au carré du calibre) et est une certaine fonction de la vitesse, fonction qu’il s’agit de déterminer et qui dépend d’ailleurs de la forme et des dimensions du projectile.
- S’il fallait, pour chaque obus, recourir à l’expérience pour déterminer cette fonction, il serait impossible de prévoir les conditions de fonctionnement d’un obus donné et d’établir un projet de matériel d’artillerie.
- Mais Siacci a trouvé que la fonction de vitesse pouvait être considérée, pour un obus particulier, comme proportionnelle à une fonction type de vitesse f(V), la. même pour tous les, prpjectiles de forme voisine, le coefficient de proportionnalité étant appelé Y indice caractéristique de l’obus (1). On appelle coefficient balistique l’inverse de la quantité qui multiplie f (V) dans la formule donnant la résistance de l’air.
- 1. Si nous traduisons par une formule les résultats précédents, on trouve par là résistance de l’air R.
- R=-A^7(a).
- A étant la densité de l’air, a lé calibre du projectile, p son poids, i son indice caractéristique, { (v) la fonction type de
- vitesse.
- 2. Voici quelques va eur u coefficient balistique.
- Balle de shrapnell de 10 grammes . . 0,034.
- Boulets ronds........................ . 0,17.
- Balle D française....................... 0,445.
- Balle S allemande....................... 0,7.
- Obus de 75 . . . . '. . . . . . . . 1,6.
- Obus de 305. .......................... 7.
- Si nous supposons 4 projectiles, un 305, un 75, un
- »
- 2 m
- 0~ lOO SOO JOO 4-00 SOO 600 300 duu 3UO WOO HOU /yoo /JOO
- \/l Cesses en Mec rts ,,*r Jeconae
- Fig. 4. — Courbe représentative de la fonction de la vitesse.
- suivants : la trajectoire, dont la forme générale est
- boulet rond et une balle de shrapnell de 10 grammes, lancés à la même vitesse initiale de 800 m. par seconde, ils auront la même vitesse, par exemple 576 m., par seconde après des parcours respectifs de 7800,1600, 170 et 34 mètres! Au bout de 500 m. de trajectoire, leurs vitesses sera respectivement de 782, 725, 314 et 72 m. et leurs portées maxima sous un angle de tir de 5° r'de 8500, 5000, 1560, 1550 m. (d’après Charbonnier, Balistique extérieure).
- p.254 - vue 258/474
-
-
-
- NOTIONS DE BALISTIQUE ET TIRS A GRANDE PORTÉE —...... 255
- représentée figure 5, a une asymptote verticale. La vitesse du projectile sur sa trajectoire décroît constamment jusqu’en un. point M situe au delà du sommet, sur la branche descendante. Elle croît ensuite et tend vers une valeur limite. Pour 2 points A et B situés sur une même horizontale, en particulier pour l’origine et le point de chute, la durée du trajet entre le sommet et le point B est plus grande que la durée du trajet de A à S.
- Quant à la grandeur de la portée, il nous suffira de dire que le canon de 75 pointé sous un angle de 25° tirant à 555 m. de vitesse initiale, et qui, dans le vide, comme nous l’avons vu, porterait à 22 km, voit sa distance de tir tomber dans l’air à 8500 m. dans les mêmes conditions (fig. 6). La trajectoire réelle est en général en dessous de la trajectoire dans le vide. ’
- Il est cependant des cas, lorsqu’il s’agit de pièces de gros calibres tirant dans certaines conditions, où l’on peut observer que la portée est supérieure à la portée dans le vide et correspond à un angle de tir supérieur à 45°. Nous allons y revenir à propos du canon bombardant Paris.
- Dans le vide, pour lancer un projectile à 120 km sous l’angle optimum de 45° il faut lui communiquer une vitesse initiale de 1100 m. par seconde, et la flèche atteint 50 km. La durée du trajet serait de 2 minutes 50 secondes.
- Dans l’air, d’après ce que nous savons, pour arriver au même résultat, il faudrait, peut-on croire, augmenter énormément la vitesse initiale. Or, il n’en est rien et voici pourquoi- Tous nos calculs précédents supposent une résistance énorme de la part de l’air, mais n’oublions pas que l’atmosphère est de plus en plus ténue au fur et à mesure qu’on s’élève. À 5000 m. la pression, par suite la densité et la résistance sont déjà réduites de moitié. A 15 000 m., elles doivent être sensiblement nulles.
- Pour la partie de sa trajectoire située au-dessus de cette altitude, tout se passe pour le projectile comme s’il se déplaçait dans le,vide, et, par conséquent, si nous avons tiré sous un angle supérieur à 45°, voisin par exemple de 50 ou 52° tel que l’obus aborde la région d.u vide sous un angle de 45°, il y effectuera son parcours maximum. On
- conçoit donc que l’augmentation de vitesse à lui communiquer ne sera pas si grande qu’on pouvait le croire a priori, elle n’a pour but que de compenser la résistance de l’air sur une partie seulement de la trajectoire. Pratiquement la vitesse initiale doit être de l’ordre de 1460 m. par seconde.
- Remarquons que l’état hygrométrique de l’air a une importance considérable sur la portée d’un canon lorsque celui-ci tire à des distances aussi grandes.
- En effet, la résistance de l’air est, comme nous l’avons vu, fonction de la densité O de l’atmosphère dans lequel se meut l’obus. Or si Pair est surchargé d’humidité, sa densité augmente notablement et par suite la portée est réduite. On est forcé de faire, lorsqu’il s’agit du tir des pièces de calibre supérieur au 155 pour des distances supérieures à 10 000 m., une correction pour tenir compte de cette variation. On conçoit facilement la grandeur de l’écart en portée qui peut en résulter lorsque la distance de tir atteint 120 km.
- Comme le canon boche, vraisemblablement, tire avec la charge maxima qu’il peut supporter sans trop de risques d’éclatements, il est probable que lorsque l’atmosphère est saturé d’humidité, si la diminution de portée qui en résulte ne peut être compensée par une augmentation de la charge propulsive, ses ,_obus n’atteindront plus Paris et ses artilleurs s’abstiendront de tirer.
- En résumé, on voit donc que plus la portée sera grande, moins l’augmentation de vitesse initiale sera considérable, puisqu’alors la plus grande partie de la trajectoire sera effectuée dans les régions privées d’atmosphère et où la résistance de l’air n’intervient plus. Sans compter qu’à ces altitudes, la pesanteur qui tend à ramener le projectile vers le sol et détermine la courbure de sa trajectoire est aussi plus faible qu’à la surface du sol, circonstance qui allonge encore la portée. Il n’est donc pas besoin de supposer que l’obus est muni d’un appareil autopropulseur, comme une fusée automotrice, bien que l’emploi de ces appareils puisse être rationnellement conçu.
- On connaît ces engins, qui dans les feux d’artifice du temps de paix servaient à lancer à une cer-
- Fig. 5. — La forme de la trajectoire d’un projectile dans l'air.
- Fig. 6. — La trajectoire dans le vide . et la trajectoire correspondant dans l’air.
- p.255 - vue 259/474
-
-
-
- 256 NOTIONS DE BALISTIQUE ET TIRS A GRANDE PORTÉE
- taine hauteur les compositions pyrotechniques et dont, comme nous le verrons dans un prochain article, les services de signalisation aux armées font un large emploi. Basés sur la réaction qui tend à déplacer en sens inverse de l’écoulement tout récipient renfermant un fluide qui s’en échappe, ces engins que nous décrirons ultérieurement permettent par exemple de lancer à 5000. ou 4000 m., moyennant la combustion d’une charge d’une vingtaine de kg de poudre, un poids utile de 15 kg, ce qui représente une vitesse initiale d’au moins 500 m. par seconde. On voit donc que cet auxiliaire n’est pas à dédaigner, mais il ne fournirait pas la solution idéale et le tir en particulier manquerait de toute espèce de précision.
- Le gros problème que l’on rencontre dans le tir à longue portée est a_ lutte contre la résistance de l’air.
- Nous venons de voir comment on peut s’en tirer en expédiant le projectile dans les régions dépourvues d’atmosphère. C’est une solution, il en est d’autres dont nous allons dire quelques mots.
- D’abord l’étude rationnelle de la forme extérieure. Nous savons qu’en aviation on est arrivé à des résultats remarquables en adoptant pour les organes formant résistance : haubans, longerons, montants des cellules, un carénage établi suivant le profil représenté figure 7.
- Pour les objets isolés, tels que bombes, réservoirs, etc., on utilise les résultats dus au regretté colonel Bénard et qu’il avait appliqués aux ballons dirigeables; la figure 8 montre la coupe d’un projectile d’aviation à profil de moindre résistance.
- Si on la compare avec celle d’un obus à fausse’ ogive (fîg. 2), on constate que les deux formes sont aussi dissemblables que possible. Tandis que la pointe voyage en avant dans l’obus d’artillerie, elle est en- arrière dans celui d’aviation où c’est, au contraire, le gros bout qui fend l’air. Ne cherchons pas pourquoi ces deux formes sont si différentes. Les artilleurs prétendent que les conditions de ceinturage et de propulsion à l’intérieur du canon et de stabilité de l’obus sur sa trajectoire empêchent radicalement d’adopter la forme d’aviation qui est cependânt, ils le reconnaissent, la meilleure. Peut-être un jour quelque novateur arrivera-t-il à concilier les deux points de vue.
- En attendant,^signalons un artifice dû à un Russe,
- M. 'Chilowski, et qui permet d’augmenter de 50 pour 100 la portée des projectiles actuels à forme de pénétration si mauvaise. L’inventeur a transposé dans le domaine de l’artillerie, un procédé depuis longtemps en usage dans l’industrie pétrolifère. On sait que le pétrole sortant des 1 puits n’a pas la fluidité du produit raffiné que nous connaissons, il renferme des paraffines, des huiles lourdes, des graisses et est excessivement visqueux. Pour le transporter aux usines de raffinage, distantes souvent de plusieurs centaines de kilomètres des champs d’extraction, on a, particulièrement en Californie, établi des systèmes de conduites. Mais comment faire « débiter » ces conduites, comment, sans exercer une énorme pression, y faire circuler la masse pétrolifère non fluide? On a imaginé, puisque le pétrole brut ne peut , pas glisser sur le métal, de le faire glisser sur une pellicule d’eau, qui elle-même se déplacera dans le tube. Somme toute, on double le tube de canalisation en fer par un tube d’eau formant gaine autour du pétrole et lui permettant de se déplacer sans frottement. Les conduites métalliques sont rayées, comme un canon de fusil et on injecte dans ces rayures de l’eau tandis que le pétrole est amené au centre. Enveloppé dans sa fourrure d’eau il se déplace alors sans nécessiter la mise en jeu de pressions exagérées.
- Fig. 8. Quand le projectile se détonne d’un obus place, le métal frotte contre
- d’aviation de f, . . . n. "
- moindre résistance. 1 oir environnant. Si nous pouvions entourer l’obus d’une gaine réduisant ce frottement, nous aiderions à son déplacement de la même façon que l’eau facilite dans les conduites le transport du pétrole. Chilowski arrive à ce résultat en munissant l’obus d une fusée spéciale qui dégage des gaz chauds par des évents de façon à envelopper tout l’obus. Celui-ci ainsi « graissé » pour employer une image familière, glisse mieux dans l’atmosphère, d’où gain dans la portée.
- On voit donc que les procédés ne manquent pas pour augmenter la distance utile à laquelle des obus peuvent être lancés,- sans compter les perfectionnements des poudres elles-mêmes que l’on peut facilement entrevoir. Mais, quoi qu’il en soit, la réalisation est laborieuse, elle nécessite des moyens perfectionnés, une grande science et il est triste de voir tout ce travail aboutir à l’assassinat d’innocents sans profit aucun d’ailleurs, car malgré le bombardement, Paris tiendra toujours. .
- H. Volt a.
- Fig. 7.
- Fuselage d’un-moulant d’aéroplane.
- Le Gérant: P. Masson. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
- p.256 - vue 260/474
-
-
-
- LA NATURE. — N* 2326. ----- 27 AVRIL 1918.
- LA CHLORATION
- Nouveau procédé de stérilisation des eaux.
- Les 'Américains nous apportent non seulement leur aide militaire et économique; ils nous révèlent aussi leurs méthodes techniques les plus récentes, et nul doute que nous n’apprenions d’eux, pendant cette période de contact de nos armées, maints procédés nouveaux et intéressants, applicables avec profit chez nous quand le grand conflit sera terminé.
- Telle est la nouvelle méthode d’épuration bactériologique des eaux que viennent de faire con-1 naître dans la Revue d'Hygiène et de Police Sanitaire le Major Edward Bartovv, du Sanitary Corps de l’armée américaine actuellement en France, l’un des techniciens les plus qualifiés des États-Unis pour les questions d’eau, professeur à l’Université d’Illinois et Directeur du Service des Eaux de cet État, et M, René Legendre, chef du laboratoire de la Section d’Hygiène de la Direction des Inventions, marquant ainsi l’étroite collaboration des services scientifiques des deux pays.
- On sait que la guerre a répandu en France la pratique delà javellisation, jusqu’alors fort discutée!1) et employée seulement dans des circonstances exceptionnelles.
- Actuellement, toutes les eaux consommées aux armées et celles d’un certain nombre de villes sont traitées par l’eau de Javel, ce procédé étantle plus simple, le moins coûteux et le plus facile à installer.
- Les résultats qu’on en a obtenus au point de vue de la santé des troupes sont suffisamment probants pour qu’on puisse se rendre compte de son efficacité en meme temps que de son innocuité complète. Depuis près de quatre ans, nos soldats boivent de l’eau javellisée sans en éprouver aucun inconvénient et les maladies d’origine hydrique qui, pendant les guerres antérieures, décimaient les armées, ne se sont à aucun moment développées sur notre front.
- Il est donc probable — et il faut souhaiter — que la pratique de la javellisation se répandra après la guerre dans les installations d’eau, des villes, surtout dans les petites cités qui ne peuvent se payer de coûteux captages de sources protégées ou d’importantes usines de filtration soumises à un contrôle technique permanent. On pourra obtenir ainsi l’extinction rapide de ces foyers meurtriers de fièvre typhoïde que nous connaissons tous en France.
- Mais au moment oùla javellisation semble acquérir
- 1. Bonjean. La Nature, n° 2026.
- 46* Année. ‘—, 1” Semestre
- définitivement droit de cité chez nous, les Américains commencent à la remplacer par un autre procédé de stérilisation chimique, la chloration, auquel ils reconnaissent différents avantages.
- Or, les Etats-Unis sont le pays où la question de l’épuration bactériologique de l’eau est le plus étudiée, parce qu’un grand nombre de leurs villes n’ont à leur disposition que des eaux de surface : eaux de rivières, de lacs ou de réservoirs. D’après une statistique établie en 1914, on y traitait journellement 7,5 millions de mètres cubes d’eau soit par l’eau de Javel, soit par le chlore liquide. C’est de chez eux que s’est propagée la javellisation; c’est avec leur armée que nous arrive la chloration, encore inconnue en France.
- La chloration est le traitement de l’eau par le chlore pur provenant de cylindres de chlore liquide. Comme l’eau de Javel n’agit sur les microbes de .l’eau que par son chlore actif, il est bien évident que la chloration est aussi efficace que la javellisation et d’ailleurs les nombreuses analyses bactériologiques effectuées aux États-Unis en ces dernières années le démontrent.
- Or, la France possède maintenant dé nombreuses usines productrices de chlore et pourra donc, après la guerre, satisfaire à tous les besoins. Les hypochlorites étant fabriqués au moyen de chlore, il n’y a aucune difficulté pour livrer directement du chlore liquide au lieu de le transformer en eau de Javel.
- Certes les hypochlorites se manipulent, se chargent et se transportent sans grandes précautions, tandis que le chlore exige des cylindres métalliques, dont la moindre fuite peut être cause d’accidents. Mais par contre, le chlore liquide est un produit beaucoup moins encombrant et dont on use en moindres quantités. Son emmagasinement exige moins de place. Les installations qui l’utilisent sont toujours d’un faible volume, comparées à celles nécessaires pour la javellisation; elles ne dégagent aucune odeur quand elles sont en bon état.
- La pureté des produits est tout à l’avantage du chlore liquide. Tandis que celui-ci est absolument pur et n’apporte à l’eau aucune substance étrangère les hypochlorites renferment toujours une forte proportion de sels et de chaux, sans parler de leurs impuretés fréquentes.
- • 17. — 257
- Fig. i
- L’appareil de Daniel!,
- p.257 - vue 261/474
-
-
-
- LA CHLORATION
- 258
- Tandis que le chlore liquide sec se conserve indéfiniment dans les récipients de fer où on le place, les hypoehlorites manquent de stabilité et perdent peu à peu leur chlore actif, d’où la nécessité d’un emploi assez rapide après leur fabrication et l’obligation de titrer fréquemment ces produits au moment de s’en servir.
- La chloration semble un peu moins économique que la javellisation, mais elle l’est beaucoup plus que l’ozonisation. Elle est surtout d'un emploi plus simple et plus régulier que ces dernières, quand elle est pratiquée au moyen d’appareils bien construits et bien réglés. Elle exige alors un personnel et une main-d’œuvre réduits au minimum, puisque Fig. 2. — L’appareil l’opération est
- Leavilt-Jackson. automatique et
- peut suivre
- exactement les variations du débit de l’eau.
- Les hygiénistes américains admettent qu’il faut employer pour les eaux limpides ou filtrées de 0,1 à 0,5 millionième de chlore pour obtenir une stérilisation suffisante, c’est-à-dire de 5 à 8 fois moins de chlore que d’hypochlorite.
- Nous empruntons à MM. Bartow et Legendre, la description des appareils imaginés aux États-Unis pour cette, chloration :
- Le premier le fut en 1912 par le major Darnell, de l’armée américaine. Il consiste essentiellement (fig. 1) en un réservoir de chlore I et en un régulateur de pression G. Ce dernier agit sur la valve H réglant l’admission du gaz dans un tube M, qui l’envoie à l’eau passant dans la conduite D, de façon à maintenir un rapport déterminé entre les débits de gaz et d’eau. Le régulateur est une boîte en forme de disque, formée de deux compartiments séparés par un diaphragme mobile. Ce diaphragme est relié par un levier au robinet H; il le ferme quand il se déprime et l’ouvre quand il se soulève. Le chlore arrive dans le compartiment supérieur du régulateur et, par sa pression, tend à fermer lè robinet et à diminuer l’arrivée de gaz. Le compartiment inférieur est relié à une chambre à air U où la pression est réglée par la vitesse
- d’écoulement de l’eau; plus la pompe à eau tourne vite, plus elle accroît le débit d’une petite pompe auxiliaire E à air ou à eau et par elle augmente la pression sous le diaphragme, le soulevant et ouvrant le robinet de gaz. La pompe à eau A centrifuge, pompe l’eau dans un puits ou dans un réservoir B, par le tuyau d’aspiration C, et l’envoie dans la conduite D où débouche le chlore.
- Les essais officiels effectués sur cet appareil fournirent cette conclusion qu’il est aussi efficace que les dispositifs de javellisation ou d’ozonisation et -plus sûr comme fonctionnement; qu’il est très simple, presque automatique, peu encombrant et qu’il peut fonctionner sur n’importe quelle installation d’eau.
- L’appareil de Leavitt-Jackson (fig. 2) fut breveté le 24 février 1914. Le débit du chlore y est réglé par un tout autre dispositif.
- La bouteille de chlore liquide est suspendue à un crochet à l’extrémité d’un des fléaux d’une balance très sensible. L’autre fléau, plus long, porte un contrepoids, telle une balance romaine. Ce poids peut être entraîné lentement le long du fléau, soit à une vitesse constante, soit à une vitesse proportionnelle au débit de l’eau à traiter, par un dispositif approprié.
- Le fléau est relié par une série de leviers au robinet de la bouteille de chlore, de telle façon que le moindre trouble apporté à l’équilibre de la balance par le déplacement du poids ouvre ou ferme automatiquement le départ du gaz jusqu’à ce que le régime soit rétabli.
- L’appareil construit par l‘Electro-Blea-ching Gas Company, de New-York comprend (fig. 5) une nourrice reliée par des tubes flexibles en cuivre à 2, 4 ou 8 cylindres de chlore.
- Sur cette nourrice est fixé un manomètre qui indique la pression à l’origine. Elle aboutit à une valve de détente qui réduit la pression à environ 15 livres par pouce carré' (1 kilogramme par centimètre carré) et la maintient ainsi constante pendant la détente du gaz des réservoirs. Une deuxième valve réglable laisse passer le gaz à la pression qu’on désire dans la conduite d’eau. Au delà de cette valve, se trouve un deuxième manomètre indiquant la pression restante et une jauge graduée de façon à indiquer
- Fig. 3. — L’appareil de l’Èlectro-Bleaching Gas Company.
- p.258 - vue 262/474
-
-
-
- LA CHLORATION
- 259
- le débit de chlore en livres par heure. Le gaz est conduit par un tuyau de caoutchouc vulcanisé au bas d’une tour d’absorption de même substance remplie de coke, du sommet de laquelle s’écoule un filet d’eau. En descendant, l’eau, en contact étendu et prolongé avec le chlore gazeux, le dissout, et l’eau de chlore ainsi produite est dirigée par un tuyau de caoutchouc vers l’eau à traiter.
- L’Electro Bleaching Gas Company construit deux modèles de ces appareils, l’un automatique pour les grandes installations d’eau, l’autre réglable à la main destiné surtout à la désinfection des eaux d’égout. Ce dernier est muni de valves spéciales destinées à éviter un trop brusque et trop grand dégagement de chlore, si les robinets étaient maniés maladroitement.
- Le type d’appareil à chloration, actuellement le plus employé, est celui que construit la Wallace et Tiernan Company, de New-York.
- Des appareils de cette marque ont été déjà utilisés par l’État américain au Mexique, aux Philippines, à Panama, etc. Ce sont eux dont va se servir l’armée américaine én France.
- L’appareil est fourni monté sur une planchette ou dans une boîte en bois. Il n’y a qu’à le relier au cylindre de chlore et au tuyau ou au réservoir d’eau. L’installation en est donc très rapide.
- Toutes les surfaces en contact avec le chlore sont argentées pour éviter la corrosion; le tube conduisant à la chambre d’absorption ou au diffuseur est en argent. Les appareils de mesure fonctionnent hydrauliquement et ne comportent aucun mouvement mécanique, susceptible de se gripper. Tous les robinets pointeaux sont argentés et gly-cérinés. ‘
- Les appareils sont de divers modèles, selon qu’ils fonctionnent à la main ou automatiquement et selon qu’ils dégagent le chlore gazeux directement dans l’eau à traiter, ou qu’ils le dissolvent dans une
- petite quantité d’eau qui se mélange ensuite à la masse à épurer. ^
- L’appareil A à eau de chlore (fig. 5) est destiné aux petites installations telles que piscines, maisons de campagne, etc., ayant à traiter moins de 7000 m3 par jour. Il comporte un seul cylindre de chlore A qu’un tube flexible relie à un manomètre F et au détenteur E. Celui-ci est constitué par un cylindre divisé en deux compartiments par une membrane, ouverte seulement au niveau et au moyen du pointeau S. Le chlore est alors conduit à un manomètre R indiquant la pression à la sortie et à une chambre d’absorption, I où il rencontre un mince filet d’eau venant du tuyau V. Il .s’y dissout et l’eau de chlore formée s’écoule vers la masse d’eau à épurer par le tube K et la canalisation U.
- Quand le débit de chlore est très faible, on utilise la pression du gaz pour déplacer par pulsations un volume défini d’eau dans un siphon J qui s’ouvre directement dans la chambre d’absorption contenant l’eau chlorée.
- L’appareil B à eau de chlore est destiné à traiter l’eau circulant sous pression dans une conduite; il diffère du précédent uniquement en ce que la chambre d’absorption est close et résistante et que la dissolution s’y fait sous pression. Elle est reliée par un tube résistant à la conduite.
- L’appareil (fig. 6) destiné à envoyer le chlo're gazeux directement dans la masse d’eau présente un certain nombre de particularités. Le chlore peut y arriver de deux cylindres simultanément ou alternativement par un tube à, trois voies, ce qui permet le remplacement des cylindres pendant la marche. Le gaz agit comme précédemment sur un manomètre et est conduit à un détendeur identique à celui des modèles précédents, puis il arrive par un tube sur lequel est branché un deuxième manomètre à un orifice fin en verre enfermé dans
- p.259 - vue 263/474
-
-
-
- LA CHLORATION
- 260
- une chambre de verre, qui sert de deuxième déten-deumet qui permet de voir le courant du chlore. Il va ensuite à un mesureur formé par une éprouvette cylindrique en verre dans laquelle on a versé 4 cm3 de tétrachlorure de carbone ; un tube fin y plonge, qui fonctionne en Venturi. La dénivellation du liquide qui s’y produit est graduée empiriquement en débit de livres de chlore par heure. La graduation est marquée sur line planchette mobile dont on peut faire affleurer le zéro au niveau du tétrachlorure dans l’éprouvette. Le gaz arrive alors à une nouvelle valve qui, lorsqu’elle est fermée, le dirige normalement vers le diffuseur, ou, except ionnellement, quand elle est ouverte, vers un tuyau de purge s’ouvrant dans l’atmosphère extérieure, quand on veut démonter l’appareil. Le diffuseur est constitué par une chambre extérieure à l’eau, fermée par une soupape supérieure destinée à empêcher les rentrées d’eau dans l’appareil. Le chlore y arrive latéralement. Cette chambre se continue par un tuyau d’argent qui plonge dans l’eau et aboutit à un cylindre de ear-borundum d’où le gaz sort' en très fines bulles. La dissolution se fait rapidement.
- Les appareils automatiques, dont le débit de chlore est proportionnel au débit de l’eau, sont commandés par des appareils de mesure du débit de l’eau tels que flotteurs, manomètres, et particulièrement par des tubes de Venturi qui semblent donner toute satisfaction. ,
- Les appareils Wallace et Tiernan ont été, également, montés sur des camions installés pour la chlo-. ration de l’eau en campagrle.
- '* Ces camions (fig. 7), du poids de trois tonnes, peuvent traiter 5 450 litres par heure. Ils se composent d’une pompe rotative, actionnée par un moteur à pétrole indépendant du moteur tracteur, qui aspire l’eau d’une source, d’un puits ou d’une rivière quelconque. L’eau traverse un filtre à sable et arrive au contact du diffuseur d’un appareil * Wallace et Tiernan, débitant le chlore en proportion convenable. L’ëau chlorée passe dans un réservoir ou elle séjourne le temps nécessaire à l’épuration, après quoi elle est déchlorée au moyen d’un appareil
- Fig. 5. — Appareil Wallace et Tiernan à eau de chloreF
- à anhydride sulfureux, puis envoyée par des tuyaux aux réservoirs où l’on viendra la prendre pour la consommation. Une solution de sulfate d’alumine, contenue dans un petit récipient accessoire, peut être mélangée à l’eau brute pour la clarifier avant filtration, au moyen d’une connection établie avec la pompe.
- Pour enlever tout goût et toute odeur à l’eau traitée par le chlore, Menzies a imaginé en 1917 un procédé qui utilise l’anhydride sulfureux gazeux. Il est applicable surtout aux eaux très polluées qui exigent une très forte dose de chlore. L’anhydride sulfureux, contenu dans un cylindre sous pression, est mélangé à l’eau, après un temps suffisant de contact avec le chlore, au moyen d’un appareil semblable à celui einployé pour le chlore. Le gaz arrive dans l’eau par un difffuseur et détruit instantanément le chlore en excès. Il permet les chlorations énergiques et ne laisse à l’eau aucune,odeur et aucune saveur, quand il est bien réglé. Ce procédé, annexé à une installation de chloration, est connu squs le nom de Menzies’Dual Gas System.
- La chloration, comme on le voit, ne date que de quelques années. Elle fut essayée seulement en 1912,
- En 1913, Somersworth, Philadelphie, Niagara Falls ; en 1914, New-Haven, New-Brunswick, Hudson
- %^/Z/////////////A
- Fig. 6. — Appareil Wallace et Tiernan à chlore gazeux.
- Falls, Bubbly Creek, etc., appliquèrent la chloration. D’autres villes suivirent et, en avril 1916, New-York inaugura la plus grande usine "du monde pour la chloration de l’eau, à Dunwoodie; 340 millions de gallons (1 287 000 mètres cubes) d’eau y sont traités journellement. D’ailleurs, sur
- p.260 - vue 264/474
-
-
-
- LE BRÉSIL, FOURNISSEUR DE VIANDE DES ALLIÉS ~.. * : 261
- Fig. 7. — Camion pour la chloration de Veau en campagne.
- 525 millions de gallons (1 987 000 mètres cubes) d’eau consommés par jour à New-York, 85 pour 100 sont des eaux de surface dont 99,8 pour 100 sont chlorées.
- Depuis l’entrée en guerre des États-Unis, la chloration a été également adoptée dans un certain nombre de camps.
- En France, une installation d’expériences vient d’être montée au Laboratoire de . Physiologie du Muséum. Nul doute que nous en verrons bientôt d’autres dans les camps et les bases occupés par l’armée américaine.
- Le nouveau procédé èst fort intéressant et il est heureux que MM. Bartow et Legendre nous l’aient fait connaître. Après contrôle suffisant — et la guerre en se prolongeant nous le fournira aisément — il serait susceptible de rendre service aux municipalités qui ne disposent pas d’eau de source absolument pure ou qui ne peuvent organiser une surveillance suffisante de leurs eaux d’alimentation.
- Son installation, peu encombrante, et peu coûteuse, la simplicité et l’automaticité de son fonctionnement, le minimum de personnel technique qu’il exige, pourront en faire,, surtout pour les petites villes, un précieux moyen de prophylaxie contre les épidémies transmises par l’eau.
- R. M.
- LE BRÉSIL, FOURNISSEUR DE VIANDE DES ALLIÉS
- La guerre a procuré au Brésil une source de profits considérables en donnant un rapide essor à une industrie très lucrative. Depuis plusieurs années, des hommes d’initiative travaillaient à organiser l’exportation des produits du cheptel considérable que possède cette république lusitano-amé-ricaine et à faire de ce pays 1un des grands producteurs de viande frigorifiée à l’exemple de l’Argentine. Peut-être la période d’essais et de tâtonnements eût-elle encore duré longtemps si la conflagration européenne ne fût survenue. En novembre 1914, le port de Santos expédiait en Angleterre, à titre d’échantillon, un millier de kilogrammes de viande congelée. Ce lot futjxouvé excellent, et, comme les Alliés avaient besoin d’énormes-approvisionnements que leurs fournisseurs habituels ne pouvaient leur procurer, ils passèrent des commandes au Brésil, immédiatement et en si grand nombre, qu’en trois ans, cet état est devenu un des plus gros exportateurs de viande sur le marché européen. Dès 1915, il expédia en Angleterre, en France et en Italie pas moins_ de 8500 tonnes de bœuf, puis d’un coup l’année suivante les ventes quadruplèrent, et s’é-
- levèrent à 53 600 tonnés. En 1917, le progrès s’est montré encore plus formidable; pendant les trois premiers mois de l’an dernier seulement, le Brésil nous a envoyé 50^70 t. de viande, soi ‘près de 17 000 t. de plus que durant toute l’année précédente)1). Ainsi, suivant toute vraisemblance^ l’exportation a dû en 1917 monter à quelque 70000 tonnes.
- Possédant un vaste entrepôt frigorifique parfaitement aménagé, situé sur les quais mêmes, et d'où les carcasses peuvent passer directement dans les cales des navires, Rio est le principal port d’exportation de ce produit alimentaire. Durant le premier semestre 1917, ses expéditions se sont élevées à 19000 t.
- Au second rang dans cette branche de commerce se place Santos avec un total de 16 000 t. — Aux environs de celte ville on a installé deux grands entrepôts frigorifiques d’où les viandes' sont transportées au quai d’embarquement par wagons-glacières. D’autres ports" se disposent à installer des établissements similaires; ainsi Rio Grande travaille à édifier un énorme magasin afin de faci-
- 1. Le Brésil, n” du 10 février 1918.
- p.261 - vue 265/474
-
-
-
- 262 : LE BRÉSIL, FOURNISSEUR DE VIANDE DES ALLIÉS
- liter l’exportation des produits de son élevage.
- Non seulement les Brésiliens travaillent activement à tirer parti de cette richesse jusqu’ici inutilisée, mais encore deux grandes maisons des Etats-Unis spécialisées dans l’industrie des conserves, les Armour et les Swift, se sont installées dans la grande république lusitano-américaine pour exploiter cette branche du commerce. Les Armour ont acheté d’immenses terrains dans l’état de Rio Grande do Sul pour y pratiquer l’élève du bétail et ont commencé la construction de vastes frigorifiques dont ils posséderont le contrôle absolu. De leur côté, les Swift sont en train de créer de vastes installations aux environs de la ville de Sâo Paulo.
- C’est que le. Brésil possède un cheptel énorme.
- correspondant dans notre hémisphère à celle du sud du Maroc et de la Basse-Égypte, le Rio Grande do Sul renferme la population bovine la plus considérable, plus de 6 millions 1/2 de têtes. L’altitude atténuant la chaleur, à mesure que l’on approche de l’Equateur, les hautes terres deviennent les seules appropriées à l’industrie pastorale. Par suite, dans les zones tropicale et équatoriale les grands troupeaux ne se rencontrent guère que dans les régions de montagnes et de plateaux, tandis qu’ils restent rares dans la grande dépression amazonienne. D’une manière générale, on peut donc dire que la carte hypsométrique du Brésil indique dans ses lignes générales la distribution géographique de son cheptel. Ainsi, au nord du Rio Grande do Sul et du tropique, les états montagneux du Parana, de
- SITUATION DES ÉTATS .NOMS DES ÉTATS NOMRRlï des têtes de bétail.
- 27° à 54° de Lat. S. Plateaux et montagnes Rio Grande do Sul. G. 657.940
- 25° à 29° de Lat. S. Plateaux et montagnes Santa Catharinâ. 562.300
- 22° à 26° de Lat. S. Plateaux et montagnes Parana. 587.890
- 20° à 25° de Lat. S. Plateaux et montagnes Sâo Paolo. 1.792.880
- 21° à 23° de Lat. S. Plateaux et montagnes. •. Rio de Janeiro. 556.310
- 22° de Lat. S. ...... District fédéral. 17.430
- 18° à 21° de Lat. S. Plateaux et montagnes . Espirito Santo. 176.230
- 14° à 23° de Lat. S. Plateaux Minas Geraes. 6.342.600
- 9° à 16° de Lat. S. Montagnes et plateaux • Bahia. 2.850.310
- 5°. à 20° de Lat. S. Montagnes et plateaux dans la partie méridionale. Goyaz. 1.934.830
- 7° a 24°.de Lat. S. Montagnes et plateaux dans la partie méridionale. Matto Grosso. 2 717 550
- 9° à 11° de Lat. S. Plateaux Sergipe. 298.560
- 9° à 11° de Lat. S. Plateaux et montagnes Alagoas. ' 277.500
- 7° à 9° de Lat. S. Plateaux et montagnes '. Pcrnambuco. • 599.600
- 7° à 8° de Lat. S. Plateaux et montagnes. ........... Parahyba. 371.310
- 5° à 7° de Lat. S. Plateaux et montagnes Rio Grande do Norte. 362.750
- 3° à 8° de Lat. S. Plateaux et montagnes . Geara. 529.580
- 3° à 10° de Lat. S Piauhy. 894 870
- 1° à 10° de Lat. S. Montagnes dans le Sud Maranhâo. 706.700
- 4° de Lat. N. à 9° de Lat. S. Dépression amazonienne ...... Para. 578.620
- 4° dé Lat. N. à 8° Lat. S. Zone équatoriale et forestière. ..... Amazonie. 133216
- i0° de Lat. S. Dépression amazonniene. . . Territoire de l’Acre. 13 210
- D’après un rapport du consul général de Norvège à Rio auquel nous empruntons les éléments de cette note, un dénombrement effectué en 1916 évalue son effectif à pas moins de 29 millions de bovins. De tous les états du Nouveau Monde, la république lusitano-américaine possède donc après les Etats-Unis le troupeau le plus nombreux ; elle vient ainsi avant l’Argentine dont les réserves en bêtes à cornes ont été dans ces dernières années singulièrement entamées par des abatages imprudents.
- Le cheptel brésilien est très inégalement réparti ; sa distribution est en fonction de la latitude et du relief du sol. Les plus gros effectifs se rencontrent dans la zone tempérée australe et- dans la partie méridionale de la zone tropicale qui offrent, cela va sans dire, les conditions les plus favorables à l’élevage. Ainsi l’état le plus méridional, situé entièrement au sud du tropique, à une latitude
- Sào-Paolo, de Minas-Geraes et de Bahia, ainsi que les plateaux du Mato-Grosso et du Goyaz forment le centre .de gravité de la population bovine du Brésil, avec un total de 16.2 millions de bêtes, plus de la moitié du troupeau de la Confédération. Le tableau ci-dessus donne la répartition du cheptel par Etat d’après la statistique de 1916.
- Comme toutes les opérations de ce genre, le dénombrement de 1916 doit être sujet à caution, d’autant qu’il n’est guère probable que les recenseurs aient pénétré dans d’immenses parties du Brésil demeurées pour ainsi dire inconnues. Il est donc vraisemblable que le total fourni par ce recensement est plutôt trop faible. Nos amis de l’autre côté de l’Atlantique possèdent par suite dans leur abondant cheptel une ressource dont les possibilités d’avenir sont pleines de promesse.
- Charles Rabot.
- p.262 - vue 266/474
-
-
-
- 263
- UN CHAPITRE DE NOTRE PRODUCTIVITÉ NATIONALE
- L’effort piscicole de la France.
- I. La pisciculture avant la guerre. — Dans le o Mémoire » présenté par le Préfet de la Seine au Conseil municipal sur le « Projet de budget de la Ville de Paris pour l’année 1917 », ce haut fonctionnaire, brossant le tableau du mécanisme des services municipaux, est naturellement amené à fournir des précisions assez détaillées sur l’alimentation et l’approvisionnement de la capitale, pendant les hostilités. Or, examinant et commentant les chiffres relatifs aux introductions de poissons à
- mille francs d’œufs et d’alevins de truite commune, de truite arc-en-ciel, d’omble de fontaine et de saumon salar.
- Pire. Nos ennemis avaient réussi à devenir les fournisseurs attitrés des ministères de l’Agriculture et des Travaux Publics et, par conséquent, de l’État français!
- Qu’est-ce à dire? Si nous jetons les yeux sur la carte, n’apercevons-nous pas quelle merveilleuse distribution de nos cours d’eau montre le tracé
- Fig. i. — Établissement de pisciculture de Grattereau-. Bassins d’élevage des alvins.
- Paris,, au cours des années 1915 et 1916, le Préfet ne fait nulle mention des poissons d’eau douce, dont la consommation a été à ce point restreinte, qu’elle a pu être confondue dans les estimations globales, sans faire l’objet d’aucune rubrique spéciale.
- Avant la guerre, les statistiques dressées annuellement par la Commission supérieure des Halles centrales accusaient un trafic de deux millions et demi de kg de poissons d’eau douce, mais sans fournir aucun renseignement sur leur provenance. A cela les meilleures raisons : presque tout le poisson d’eau douce servi sur les tables parisiennes venait d’Allemagne, de la Suisse, des États Scandinaves (truite et saumon), de Hollande et d’Autriche (carpe, brème, gardon et goujon). De plus, l’Allemagne importait chez nous pour des centaines de
- hydrographique de la France. Les légendes d’antan célébraient l’incomparable variété de la faune dont se peuplaient nos rivières. Dans une onde de cristal, sous l’ombre propice des saussaies ou à l’abri des oseraies croissaient et multipliaient les races délicates à la chair savoureuse. Puis, lentement et par degrés, le poisson a disparu. On a incriminé le braconnage, la destruction systématique du poisson par les explosifs ou l’immersion de chaux vive et la coque du Levant. On a incriminé encore la pollution des eaux par les établissements industriels, le déversement de tonnes de résidus venant vicier la composition de l’eau, dans laquelle le poisson périt asphyxié, et les pratiques du rouissage du chanvre et du lin, en usage parmi nos populations de l’Ouest, qui se servent des flaques en communication, avec l’eau courante des
- p.263 - vue 267/474
-
-
-
- UN CHAPITRE DE NOTRE PRODUCTIVITÉ NATIONALE
- 264
- rivières, etc. Telles sont, sommairement, les causes multiples connues, sur lesquelles s’est arrêtée l’attention du législateur, sans que sa sollicitude l’ait conduit jamais à édicter*des mesures tutélaires.
- Il en est d’autres, que personne encore n’a signalées. Elles dérivent.de l’existence des travaux d’art qui, presque toujours, empêchent le poisson de se reproduire. En effet, il ne faut pas oublier que nos fleuves et rivières ont été transformés pour les besoins de la navigation en une série d’étangs superposés à niveau variable. C’est-à-dire que, suivant les besoins, on baisse les plans d’eau, et pour la plupart des poissons herbivores cette manœuvre, opérée . au moment du 'frai, amène la destruction de milliards d’œufs, ces poissons frayant toujours très près des berges, soit sur
- lés petites rives de sable, soit sur les herbes à demi submergées. Que par aventure viennent à s’abaisser les.plans d’eau, les œufs seront immanquablement desséchés par le soleil. De plus, les poissons migrateurs," remontant les fleuves pour aller déposer leurs œufs dans les petites rivières, rencontrent sur leur roule des barrages infranchissables. Force leur est de rester cantonnés dans des endroits inaptes à recevoir leur frai. Ils le jettent bien, mais il se trouve dans des conditions où il ne peut évoluer. Et les quelques sujets qui peuvent atteindre leur lieu de ponte sont presque toujours capturés par les braconniers.
- Il n’empêche qu’on a songé, de tout temps, à recourir aux moyens propres à favoriser le repeuplement de nos rivières. La France avait créé à lïuningue un établissement de pisciculture qui fut longtemps un modèle. Malheureusement là guerre de 1870 nous l’enleva. La ville de Paris essaya de le remplacer en 1884, par la création à l’aquarium du Trocadéro d’un cours de pisciculture. En 1901,
- à l’instigation de M. Bussat, conseiller municipal, fut réalisée la refonte complète de cet établissement, consacré désormais à la production d’œufs et d’alevins, avec lesquels on s’efforça de repeupler la Seine.
- Un chef des travaux de pisciculture se consacra spécialement à la résolution des problèmes piscicoles intéressant le département. Dès lors prenait tournure, grâce à des lancements chaque année répétés de milliers * et de milliers d’alevins, le réempoissonnement méthodique de la Seine et de la Marne. Les résultats très satisfaisants obtenus en 1915 sous l’impulsion vigoureuse du chef des travaux, avaient fixé tout particulièrement l’attention du Conseil municipal et du Préfet de la Seine, qui estima qu’il était possible de faire davantage et mieux. Comment?
- II. Pour repeupler les rivières du bassin de la Seine. — Le préfet de la Seine sut profiter d’une occa -sion. Voici comment. Tout le monde sait que Paris a capté, pour la satisfaction de ses besoins domestiques, les eaux des sources de la vallée du Lu-nain. Mais, pour pouvoir forer les quarante puits où viennent se rassembler les nappes souterraines, dirigées ensuite par des canalisations vers le tube d’amenée aux aqueducs, il a fallu se rendre acquéreur, tant de surfaces de terrain considérables, que des immeubles rencontrés chemin faisant. C’est ainsi que la Ville était devenue propriétaire, d’un moulin situé sur le cours du Lunain et dénommé « Moulin de Grattereau » , à 4 km du coquet petit bourg de Moret sur le Loing. Que faire de ce moulin? Le louer. C’est ce que fit l’Administration municipale, qui donna à bail la vieille bâtisse pittoresque à un médecin, lequel se mit en tête de le transformer en un établissement modèle de pisciculture. Il y réussit mal et la Ville dut reprendre l’installation.
- M. Delanney conçut alors un projet grandiose. Le Préfet se remémora qu’en 1900 la Ville de Paris avait réussi à acheter 98 sources dans les vallées du Surmelin, de Houdevillers, de la Somme-Sonde, du Durteint, de la Voulzie, de l’Eure, de Cailly et de la Haute-Seine. Le Parlement a décidé, tout récemment, l’adduction à Paris des sources de Ta Voulzie, du Durteint' et du Dragon. Restent les autres sources. Si elles ne sont pas utilisables au
- p.264 - vue 268/474
-
-
-
- UN CHAPITRE DE NOTRE PRODUCTIVITÉ NATIONALE
- titre d’eau potable, sans doute on en pourrait tirer parti, au point de vue piscicole, pour le réempoissonnement du bassin entier de la Seine. Il n’y aurait plus, si les essais qu’on allait poursuivre au moulin de Grattereau étaient couronnés d’un plein succès, qu’à déterminer où seraient installés par la suite des établissements pareils, poussés à leur extrême degré de perfectionnement. Pour bien marquer l’importance qu’il entendait donner au Service municipal de la Pisciculture, M. De-lanney le plaça sous la direction suprême de M. Cacaud, le distingué fonctionnaire qui a dans ses attributions les travaux de Paris, le Chef des Travaux de pisciculture restant chargé de l’organisation technique, et l’Ingénieur en chef des Eaux de tous les travaux hydrauliques. Puis on se mit incontinent à la besogne.
- L’entreprise du moulin de Grattereau marque le point de départ d’une œuvre véritablement nationale.
- Il s’agit pour nous : ^ d’échapper dans l’avenir à l’emprise allemande sur notre marché du poisson d’eau douce ;
- 2° de restituer aux fleuves, aux rivières et aux canaux du bassin de la Seine les richesses et la variété de la faune aquatique de jadis, aux fins de soustraire la pisciculture française à la tutelle d’outre-Rhin. Pour remplir toutes les données de ce patriotique autant qu’utile programme, le Préfet de la Seine a projeté Le fondation de deux autres établissements de pisciculture : ' un dans la Haute-Seine, l’autre dans la Basse-Seine.
- III. Une visite à Grattereau. — Par une claire matinée de septembre, je suis allé voir ce qu’on fait à notre nouvel établissement français de pisciculture. Il convient tout d’abord de consigner brièvement les résultats obtenus déjà.
- 265
- Les installations diverses, commencées dans le courant de l’année 1914, sous la surveillance de M. Eugène JuilleraV étaient complètement terminées en 1915. En sorte que-, dès la fin de 1916, on pouvait procéder au lancement de.70 000 alevins de truite commune dans les affluents de la Seine. De plus, on se trouvait en mesure de vendre à des particuliers, pour l’élevage industriel, plusieurs milliers d’alevins de truite arc-en-ciel. A l’instant
- où nous sommes, l’établissement nourrit dans ses bassins des légions de reproducteurs. Toutefois, ces derniers, qui proviennent des élevages faits à l’aquarium du Trocadéro en 1915, 1914 et 1915, ne sont pas encore tous en état de donner des œufs et de fournir, de la laitance , car ce n’est qu’au bout de trois ans qu’ils peuvent faire souche de jeunes. La production de la présente année, s’il faut en croire les pronostics du Chef des travaux, s’élèvera à 400 000 œufs au minimum, l’établis s e'm ent ne pouvant donner son plein rendement que dans deux ans.' Il se trouve, dans tous les cas, installé dans les meilleures conditions possibles. La maison se dresse en pleins champs, appuyant son bâtiment de gauche, affecté^au logement du personnel, sur une rive du Lunain, dont le cours paraît ici assez rapide. Au fond, des communs et des resserres. Au centre, parmi les dahlias en fleurs, les bassins en ciment et pierre meulière, où s’ébattent les poissons, entretenus d’eau courante, grâce à un ingénieux système de vannes et de barrages. A droite, un immense hangar, dont la toiture a été refaite, abrite les salles d’incubation où on s’occupe à faire naître, par milliers, truites communes, truites arc-en-ciel, truites de fontaine. Ces salles sont assez vastes pour qu’on
- p.265 - vue 269/474
-
-
-
- 266 UN CHAPITRE DE NOTRE PRODUCTIVITE NATIONALE
- y puisse mettre en incubation près de trois millions d’œufs. Elles sont garnies de cuves d’alevinage, disposées pour garder pendant trois mois, c’est-à-dire jusqu’au moment où on les lance dans les rivières, environ deux millions et demi d'alevins.
- Pour avoir une idée sommaire du matériel nécessaire à la pisciculture, figurez-vous de longues augettes à incubation, garnies intérieurement de quatre clayettes superposées, à la surface desquelles on dispose les œufs, 3000 par clayette. Ces augettes,. munies d’un déversoir, rangées les unes au-dessus des autres, à courte distance, sont alimentées, sans communication entre elles, chacune par un robinet séparé, afin qu’au cas où la moisissure apparaîtrait quelque part, le Pénicillium ne puisse se propager partout. Les cuves d’alevinage, longues de 2 mètres, ont autant de profondeur que de largeur ont 50 cm. — Elles sont entretenues séparément, comme les augettes, avec l’eau d’une source voisine, qu’une pompe actionnée par la roue du moulin monte dans un réservoir, d’où elle se distribue par des canalisations. Gratte-reau possède actuellement seize cuves d’alevinage, mais en aura cinquante l’an prochain.
- Voyons un peu les bassins. Nous en comptons treize. C’est ici que se poursuit l’élevage des reproducteurs. Pour les salles d’incubation, les femelles pondront des œufs, qui seront fécondés artificiellement avec la laitance des mâles, puis les alevins de truite commune s’en iront dans nos rivières pour servir de proie future à la maîtrise des pêcheurs. Les alevins de truite arc-en-ciel et de truite de fontaine seront cédés à l’industrie piscicole, à des prix inférieurs à ceux pratiqués par les Allemands, avant la guerre.
- Mais attention ! En employé vient de levçr le barrage de l’un des bassins, qui se vide rapidement. Tout le poisson qui s’y ébattait se trouve maintenant réuni dans une rigole longitudinale et médiane. Pendant ce temps, un aide, muni d’une brosse, procède au nettoyage du bassin, débarrassé en un tour de main des conferves et des algues microscopiques attachées à ses parois. On rétablit le barrage pendant que, du côté opposé, se lève une vanne. L’eau, venue du Lunain par deux canaux, rentre brusquement dans le bassin, puis s’écoule lentement à l’autre bout, pour être finalement rejetée dans la rivière au-dessous de la roue, du moulin.
- Mais ce n’est pas tout. L’établissement deGratte-reau ne se bornera pas à la production intensive des salmonidés ; le Préfet de la Seine nourrit l’ambition de rendre aux ondes de nos cours d’eau leur faune intégrale en poissons blancs : carpes, tanches, gardons, goujons et brèmes. Le domaine comprend en dehors de l’établissement de pisciculture proprement dit, et en façade, de grands espaces de terrain qui vont être~défoncés et transformés en étangs. Car il faut savoir que carpes, tanches, goujons et brèmes ne peuvent pas être reproduits par les procédés de la ponte et de la fécondation artificielles. Au moment du frai, les reproducteurs sont placés
- dans des pièces d’eau et retirés après la ponte, de manière que les œufs puissent subir leur développement normal. Pour cette production de « poissons blancs ». trois étangs sont projetés : un pour la carpe, un pour la tanche, le dernier pour les autres espèces. Et voici, à ce sujet, les intéressantes précisions que veut bien me donner M. Eugène Juillerat :
- « j’ai combiné les futurs étangs en me basant sur les résultats que j’ai obtenus avec les pièces d’eau du secteur ouest de Paris, que le conservateur, M. Forestier, a bien voulu mettre à ma disposition pour la production des poissons blancs. Rien que dans une de celles qui s’étendent au pied de la tour Eiffel, j’obtiens chaque année avec une dizaine de reproducteurs de carpes, de soixante à soixante-dix mille alevins, bien que cette pièce d’eau soit dans les plus mauvaises conditions pour entreprendre cette reproduction. Les deux étangs à carpe et à tanche seront aménagés de façon à pro-, duire au moins un million d’alevins. Quant au troisième étang, il m’est impossible d’évaluer sa production probable en alevins, car lorsqu’on les jettera en rivière ils ne seront guère gros, mais sûrement leur nombre sera double ou triple de celui des alevins de carpe et de tanche. »
- IV. Les établissements futurs de la Haute-Seine et de la Basse-Seine. — Le chef des travaux de pisciculture me fait part des espoirs caressés par le Préfet, touchant le repeuplement subséquent de tous les affluents de la Seine. Deux établissements nouveaux doivent, à très bref délai, sortir de terre :
- « Ces deux établissements, me dit M. Juillerat, du même modèle que celui de Grattereau, seront situés, celui de la Ilaute-Seine dans le département de l’Yonne, et celui de la Basse-Seine dans le département de l’Eure. Le rendement d’un établissement de cette nature est subordonné au nombre de reproducteurs dont on peut disposer, et ce nombre est lui-même fonction du cube d’eau qu’on peut avoir en sa possession. Or, comme il semble qu’on pourra concentrer, dans ces établissements, un volume d’eau trois fois supérieur à celui qui alimente les bassins du moulin de Grattereau, il s’ensuit qu’il est permis de tabler sur une production de cinq à six millions d’alevins, dans chaque élevage. Il y aura ici, comme à Grattereau, des étangs pour la production des espèces autres que les salmonidés. Dans l’établissement de la Haute-Seine — celui du département de l’Yonne — M. le Préfet se proposant de faire procéder à des essais de réempoissonnement de saumon salar, des mesures seront prises pour la mise en incubation de 500000 œufs de ce salmonidé.
- « Le saumon salar était jadis une des richesses de la Seine. Cette espèce, migratrice par excellence, remontait le fleuve, chaque année, en bandes innombrables, pour aller frayer dans les affluents de l’Yonne. Il arrive encore qu’on en pêche parfois quelques spécimens, dans cette rivière. Ce qui prouve qu’il en remonte toujours, et que, malgré
- p.266 - vue 270/474
-
-
-
- LE PAPIER D’ALFA .. 267
- ]es barrages, quelques sujets peuvent encore atteindre leur lieu de ponte. L’espèce, malheureusement, tend de plus en plus à disparaître, parce que, quand elle arrive sur ses frayères qui se trouvent dans des ruisseaux peu profonds, elle est souvent exterminée avant d’avoir pu se reproduire. Une particularité de l’existence du saumon salar, c’est qu’il revient pour pondre toujours à l’endroit où il est né. Si, tenant compte de cette observation, on lance des alevins dans un cours d’eau à l’abri du braconnage, on pourra espérer que les sujets en état d’atteindre l’Yonne s’y réuniront, et alors peut-être pourra-t-on, en s’en emparant, alimenter l’établissement en recourant aux pratiques de la ponte et de la fécondation artificielles. C’est, en général, trois ans après leur naissance que ces saumons remontent pour la première fois. Or comme, à ce moment, ils pèsent de 2 à 3 kilogrammes, si on jette 500 000 alevins, en admettant que 5 sur 100 seulement puissent descendre à la mer, puis revenir à notre fleuve, cela fait 25000 poissons représentant de 50 à 75 U00 kg de viande savoureuse et nutritive, d’une valeur approximative de 500 000 francs. Ne poussons pas plus loin les calculs, pour ne pas ressembler à la Perrette du fabuliste. Et qu’il me suffise de vous' dire qu’on ne va pas tarder beaucoup à s’occuper de l’installation de ces deux établissements, parce que M. le Préfet désire qu’ils soient complètement mis au point dans le courant de l’année prochaine, de façon à donner leur plein rendement dès la cessation des hostilités. »
- On ne peut qu’applaudir des deux mains à la persévérante ténacité de M. Delanney. D’autre part,
- il est arrivé que le Chef des travaux a tout prévu. Car les alevins de truite, qu’on jette dans les rivières, ont deux ennemis mortels : la perche et le brochet. M. Juillerat-est d’avis que les lancements d’alevins de truite et de saumon ne peuvent se faire utilement qu’à partir de la fin de février. Pourquoi? Nés à la fin de novembre ou dans les premiers jours de décembre, ces poissons, au bout de trois mois, sont déjà en état de se défendre et de trouver leur nourriture. Or, la perche pond au commencement de mars, et sa ponte durant tout ce mois-, il se trouve que, pendant ce laps de temps, ce poisson mange très peu. L’alevin de truite en profite pour grandir. Reste le brochet.
- Les brochets de l’année précédente sont trop gros pour s’attaquer à des alevins d’aussi petite taille, ils les dédaignent! Quant aux alevins de brochet de l’année, ils ne mesurent encore que 2 à 5 mm et, par un juste retour des choses, c’est eux qui sont dévorés !
- Cinq ou six mois après ils peuvent, certes, entamer la lutte avec l’avantage de la force, mais alors leS salmonidés ont celui de la rapidité : une trui-telle ou un saumoneau sauront toujours esquiver les attaques de ce lourdaud qu’est le brochet.
- On voit par là combien il faut d’observation et d’ingéniosité avertie pour faire un bon pisciculteur. Le réempoissonnement de nos fleuves et. cours d’eau, à la condition de bénéficier de la protection de la loi, est en bonnes mains. Et les pêcheurs de l’avenir voueront certainement à M. Delanney une reconnaissance attendrie.
- Paul Hubault.
- Ancien interne des hôpitaux de Paris.
- LE PAPIER D’ALFA
- Les régions alfatières. — L’industrie française du papier d’alfa est dans une certaine mesure tributaire de l’Angleterre, qui a commencé à importer l’alfa en 1862, c’est ainsi qu’elle achète au Royaume-Uni presque tout le papier d’alfa qu’elle consomme Cela semble une anomalie, puisque l’alfa est une graminée qui prospère dans le nord de l’Afrique, colonie française.
- Son développement est naturel et son renouvellement continu; elle couvre des zones fort étendues, le seul travail qu’elle nécessite étant la cueillette. Il suffit de couper la tige en laissant la touffe d’où elle émerge et qui produira une récolte future.. La tige est entièrement utilisable.
- Les régions alfatières couvrent une bande de terrain qui s’étend depuis Mogador, à travers le Maroc, les trois départements algériens,' la Tunisie et jusque vers Tripoli. Une certaine surface en est exploitée et des centaines d’ouvriers sont occupés chaque année à la cueillette de l’alfa. C’est surtout
- en Algérie que cette industrie s’est développée, les voies de pénétration au Maroc étant insuffisantes.
- D’après une statistique de l’Office du Gouvernement d’Algérie, la superficie des terrains domaniaux s’élève à :
- Territoire du Nord . 985 048 hectares
- Alger.............. 156 314 —
- Constantine . . . . 1 161 291 —
- Territoire du Sud . 1 600 000 —
- Si l’on évalue approximativement les terrains communaux et privés à d 500 000 liect., cela fait 5 à 5 millions 1/2 d’hect. de surfaces alfatières en Algérie. Ce chiffre est à peu près celui qui est donné dans 1’ « Étude sur l’alfa » de M. Trabut.
- Il existe des zones non exploitées : dans les régions au sud de Constantine, au sud de Tebessa où sont des nappes étendues, à Djelfa (Alger) où s’achève un chemin de fer qui atteindra la région alfalière. D’.immenses nappes couvrent le sud de l’Oranie et 1 /20e à peine en est exploité.
- p.267 - vue 271/474
-
-
-
- 26 8
- LE PAPIER D’ALFA
- D’autres végétaux des mêmes régions pourraient du reste entrer comme l’alfa dans la fabrication du papier. Tels sont : le diss des régions au climat marin, qui croît au milieu des broussailles; le palmier-nain du nord, poussant dans les sols profonds ; le drimi des dunes sahariennes qu’il fixe et où il sert de pâturage. Le sfard, le neci, le roseau, le bambou, le maïs, le chiendent, genêt, etc.
- Emploi de l’alfa pour la pâte à papier. — La pâte d’alfa n’est pas bonne à utiliser pour la fabrication de toutes sortes de papiers. Pour les papiers un peu grossiers, d’usage courant : journaux, affiches, papier d’emballage, par exemple, les fibres de bois américaines ou suédoises étaient d’un prix moins élevé et d’un meilleur emploi, mais leur prix restera élevé pendant encore des années.
- Certains papiers spéciaux : billets de — banquè, papier photographique, demandent une cellulose de toute lre-qualité, qui provient généralement de- la ramie, du coton, des chiffons, etc.
- Mais pour les magazines, les éditions de musique, les papiers pour phototypie, l’introduction de l’alfa dans la pâte serait rationnelle.
- La fibre en est courte, mais très fine et elle donne au papier une grande légèreté en même temps que beaucoup de souplesse. Elle a, en outre, l’avantage de bien prendre les encres et de conserver leurs différentes couleurs.
- Une proportion de 75 pour 100 d’alfa donne un papier très léger employé dans les éditions modernes et où les caractères ont une grande netteté.
- Pourquoi nous n’employons pas l’alfa. — Sur 1 million de quintaux d’alfa que fournit annuellement l’Algérie, 9/ 10e sont exportés en Angleterre.
- Une note de M. Crolard, député de la Haute-Savoie et président intérimaire du Syndicat des fabricants de papier de France, a été publiée par l’Office du gouvernement général d’Algérie.
- En 1910, l’Algérie a exporté 917 556 quintaux d’alfa brut dont : 852 056 pour l’Angleterre et 7041 pour la France; notre pays ne vient 'du reste qu’après l’Espagne, la Belgique, l’Autriche et le Portugal. Les papetiers anglais revendent ensuite le papier d’alfa à leurs confrères français ; il est à remarquer qu’ils ne cèdent pas la pâte, désirant probablement en conserver le monopole.
- De 1894 à 1914, la France a importé d’Angleterre des quantités croissantes de papier :
- Papier autre que ' le papier de fantaisie.
- ..... 52 946 -
- Fig. i. — Grossissement d’une feuille d’alfa.
- 1894
- 1914
- 42495
- La majeure partie de ces importations est constituée par du papier d’alfa.
- Une maison française, la Papeterie Outhenin-Chalandre fait subir à l’alfa tout le traitement nécessaire. Une papeterie des Vosges en utilise une petite quantité. Ne pourrions-nous pas tirer de notre colonie les mêmes avantages que les Anglais et d’où vient qu’ils nous supplantent ainsi?
- La principale raison est celle du fret. Les navires britanniques qui arrivent en Algérie chargés de charbon s’en retournent avec une cargaison d’alfa, matière volumineuse et légère. Leurs frais sont couverts, car l’alfa est considéré comme lest.
- Les papetiers anglais traitent l’alfa dans de grandes manufactures, condition indispensable en raison des dépenses que nécessite ce traitement.
- Ils sont du reste favorisés sur les marchés algériens et jouissent de tarifs moins élevés que les nôtres.
- La situation peut être modifiée : 1/5 seulemènt des nappes d’alfa est affermé à des maisons anglaises. Si l’industrie se développait en France, les acheteurs français obtiendraient les mêmes avantages, soit des régions encore inexploitées dont une partie appartient à l’Etat, soit des maisons françaises qui vendent actuellement à 'Angleterre.
- Plusieurs causes ont empêché l’extension de l’industrie de l’alfa dans notre pays.
- Tout d’abord, les débouchés étaient peu nombreux. C’est récemment que s’est introduit chez nous l’usage des magazines, si répandu dans les pays anglo-saxons.
- D’autre part, les éditions de musique que nous possédions étaient pour la plupart d’origine allemande. Les éditions nouvelles qui se créent poulies remplacer feront certainement une grande consommation de pâte d’alfa.
- La difficulté de travailler cette pâte, qui demande une certaine habitude, et la teinte jaunâtre qu’elle conserve, alors que nous préférons les teintes azurées, ont peut-être nui également à son emploi.
- Surtout, son prix est plus élevé que celui des pâtes chimiques de bois ou de paille.
- Ces dernières ont un emploi courant dans la fabrication des papiers et leur débouché est ainsi assuré. La cellulose d’alfa étant très fine, doit être mélangée en grande quantité, ce qui augmente le prix de revient du papier et lui fixe des usages déterminés.
- La pâte d’alfa coûte cher, en raison du prix élevé du charbon et des produits chimiques, delà soude en particulier. Une amélioration de cet état de choses est probable, par suite de l’impulsion
- p.268 - vue 272/474
-
-
-
- LE PAPIER D’ALFA ....269
- donnée par la guerre à l’industrie des produits chimiques : création d’usines de fabrication du chlore, développement des procédés électrolytiques, etc.
- Il faut remarquer que l’alfa brut est une matière volumineuse et que son rendement en pâte est de 45 pour 100 environ. Donc, pour obtenir 1000 kg de pâte, il faut transporter 2200 kg d’alfa îjrut.
- Cela a naturellement amené l’idée de transformer en partie l’alfa avant de l’exporter, afin de diminuer l’encombrement du fret ; à établir donc des usines de traitement dans le pays de production.
- Conditions d'établissement d'une usine. —Il serait difficile d’installer de très grandes usines dans les régions alfa-tières mêmes, en raison du manque d’eau et de produits chimiques, des difficultés de transport, etc.
- Il est nécessaire que les matières premières,
- produits chimiques et pâte fabriquée soient transportés à peu de frais, afin de ne pas augmenter le prix de revient.
- Il s’ensuit qu’il faut que les régions où l’on récolte l’alfa soient desservies par une ligne de
- chemin de fer. Nous écarterons donc naturellement les alfas du .Maroc, qui ne possèdent pas encore cette commodité, pour nous attacher à l’Algérie bien desservie. Les frères Mannesmann avaient
- étudié l’alfa au Maroc et escomptaient des résultats intéressants, mais nos renseignements sur la répartition de l’alfa au Maroc sont incomplets.
- Le voisinage d’un port faciliterait l’approvisionnement, le recrutement du personnel, l’entretien des machines, en même temps qu’il diminuerait le parcours de la pâte fabriquée pour gagner le bateau.
- C’est ainsi que les ports d’Oran, Arzew, Alger, Bône, Philippe ville, ou leurs environs, se prêteraient comme emplacements à l’installation d’usines.
- De même des endroits situés près de la côte, au carrefour des lignes de chemins defer, conviendraient; tels : la Maison-Carrée, le Kroubs où l’eau est en abondance, Perregau, etc.
- On a calculé que l’alfa provenant d’une exploitation du centre de Géryville coûterait au quintal, rendu quai Arzew, 5 fr. 50 ; 1 quintal de la région de Tiaret, rendu quai Mostaganem, reviendrait à
- p.269 - vue 273/474
-
-
-
- 270
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- 9 fr. 20; 1 quintal, quai Alger, s’obtiendrait pour 6 à 7 fr., quand le chemin de fer de Djelfa atteindra les alfas..
- Les baux passés pour les concessions d’alfa ne devraient pas excéder 18 ans; passé cette durée, il faut qu’ils soient autorisés par lé Conseil d’État. Les prix de location seraient fixés d’après la valeur locative des terrains.
- Un second point à examiner est celui de l’eau. Le traitement de l’alfa en demande de grandes quantités, de qualité spéciale, et il faut évacuer les eaux résiduaires. On gagnerait également à ce que l’énergie électrique soit fournie par des chutes.
- Dans le département d’Alger, la région centrale auN.-O. de Boufarik nous semble pouvoir être retenue ; de nouveaux forages dans le bassin artésien de l’Oued-Fatis et de l’Oued-el-Alleng donneraient sans doute des résultats intéressants. Ces eaux sont pures et conviendraient au traitement de la pâte.
- De même, dans la région de l’Oued-Sàhel, sur le versant sud du Djurdjura, sont des sources très abondantes, à une altitude de 900 à 1300 mètres.
- Des cascades existent près de Tlemcen, de Saïda; plusieurs sont utilisées déjà, telles celles de la Mina, près Tiaret, qui actionnent un moulin ; celles du Rummel (Constantine) captées pour les minoteries et l’industrie électrique.
- Il est aisé de les connaître. Un « Tableau des usines sur cours d’eau fonctionnant en Algérie au. 31 décembre 1910 », a été édité par la Direction des Travaux publics et des Mines. Il existe de même un « Compte rendu du service de l’hydraulique agricole pendant l’année 1905 », et un « Tableau des entreprises d’irrigation fonctionnant en Algérie au 51 décembre 1906 ».
- Un des grands obstacles à la création d’usines est le manque de charbon ; la bouille est d’un prix de revient élevé.
- Mais l’exploitation des mines de pétrole découvertes dans le pays résoudrait en partie le problème du combustible industriel en Algérie, si les gisements sont assez importants, ce qui est à démontrer.
- ACADÉMIE D
- ' ' Séances du
- Chronologie des temps quaternaires.— Contrairement à ce que l’on pourrait présumer, les terrains géologiques les plus mal classifiés jusqu’ici sont les plus récents. Les méthodes ayant pour base les glaciations, les mouvements des rivages marins, ou la préhistoire humaine donnent des résultats obscurs, confus et contradictoires. M. Depéret essaye une nouvelle classification fondée sur les dépôts quaternaires marins de la Méditerranée occidentale et sur les séries de lignes de rivages observées par le général de Lamothe en Algérie et en Tunisie. Suivant lui, ces lignes de rivages sont le
- Le blanchiment de la pâte exportée pourrait être laissé au consommateur, la pâte écrue se conservant mieux. On pourrait la livrer en blocs comprimés de plus grande densité, recouverts d’un papier collé qui garantisse bien des impuretés.
- Deux opinions se trouvent ainsi en présence : les partisans d’une installation d’usines pour le traitement partiel de l’alfa dans le pays de production, et les adversaires de cette installation sur place.
- M. de Montessus de Ballore, ingénieur, a, dans son ouvrage « Alfa et pâte d’alfa », émis un certain nombre d’objections.
- Pour conserver toute sa qualité, la pâte devrait, dit-il, garder 37 à 40 pour 100 d’eau, ce qui réaliserait une économie de transport insignifiante. D’après l’avis des techniciens, cette grosse proportion n’est pas utile, la pâte peut être asséchée à 15 pour 100.
- L’Office du Gouvernement général d’Algérie, que nous sommes heureux de remercier ici de ses documents, a montré beaucoup d’intérêt et de compétence dans cette question. Le nouveau gouverneur général, M. Jonnart, qui a déjà montré ses hautes qualités d’administrateur, aidera probablement à résoudre ce problème.
- Le gouvernement général s’est ému notamment en 1916, du tort que causeraient à notre colonie les restrictions anglaises, limitant aux 2/3 les importations de produits destinés à la fabrication du papier. Tout en essayant de faire donner satisfaction aux réclamations des alfatiers algériens, il a envisagé la création de débouchés autres. La France serait un de ces débouchés, si le prix de revient de l’alfa en permet l’emploi, et il faudrait compter comme clients les pays étrangers, la Belgique, la Suisse par exemple.
- Je ne me crois pas autorisé à signaler de nouveaux procédés qui transformeront et déplaceront probablement l’industrie du papier, en permettant d’utiliser des végétaux français et coloniaux et de diminuer les importations de pâtes de bois si coûteuses pour le pays, les nombreuses expériences faites à ce sujet étant encore en cours.
- Pierre de Montgolfier.
- ES SCIENCES
- 5 mars 1918
- •
- résultat d’un affaissement de la surface marine (parfois jusqu’au-dessous de la mer actuelle suivi d’un mouvement d’élévation de la mer, ayant eu pour conséquence un remblaiement dont chaque ligne de rivage observée représente la phase terminale.
- Chacun de ces gradins étagés constitue une unité stratigraphique distincte correspondant à un cycle de remblaiement sédimentaire complet. Il y a quatre gradins principaux à 100, 60, 20 et 15 m., qu’il se propose de retrouver dans l’Atlantique. Chacun d’eux a une faune spéciale. f,
- p.270 - vue 274/474
-
-
-
- LES AGRANDISSEMENTS DES PORTS DE LA BASSE-LOIRE
- Saint-Nazaire et Nantes.
- On sait que la Basse-Loire est jalonne'e par deux grands ports : Saint-Nazaire à l’embouchure, et Nantes à -50 km dans les terres, comme la Basse-Seine a Le Havre et Rouen, la Gironde, Pauillac et Bordeaux.
- L’importance du bassin de la Loire qui couvre éhviron le tiers de la France, les richesses des pays que ce fleuve traverse, feraient de Nantes et Saint-Nazaire les ports les plus importants, n’étaient les mauvaises conditions de navigation du fleuve, ses crues et son ensablement.
- Divers projets, depuis longtemps à l’étude, envisagent de rendre la Loire navigable et de permettre aux péniches de circuler en tous temps depuis Nantes jusqu’à Orléans et même jusqu’aux points de raccordement des canaux de jonction avec la Seine et la Saône. Mais rien n’a encore été décidé pour choisir entre eux et en commencer la réalisation. De telle façon que Nantes et Saint-Nazaire sont en quelque sorte dans un cul-de-sac fluvial, relié à l’arrière-pays seulement par des voies ferrées ; leur développement s’en trouve grandement entravé.
- Malgré ces conditions défavorables, la Basse-Loire est devenue un centre industriel très actif où les industries se sont multipliées. Nantes est aujourd’hui un grand entrepôt de denrées coloniales, en même temps qu’un fort groupement d’usines de toutes sortes : fonderies, constructions de machines, huileries, savonneries, conserves, biscuits, engrais, machines agricoles, -constructions navales, etc. Saint-Nazaire, moins industriel, est le grand port de départ et d’arrivée des lignes de l’Amérique centrale; il reçoit également les bateaux de l’Afrique occidentale et de tout le Nouveau-Continent.
- La guerre a encore accru l’activité de cette région, comme elle a développé celle de tous nos ports de l’Atlantique. Il a fallu, là comme ailleurs, improviser un outillage considérable pour recevoir doutre-mer tous les concours apportés du dehors à la Défense Nationale.
- Par suite de l’arrêt des usines du Nord, elle a dû accroître sa production, augmenter ses usines, étendre son activité. Ses points de débarquement
- sont donc devenus trop étroits, il a fallu songer à les agrandir.
- Le ÿullelin de la Navigation et des Ports maritimes vient de faire connaître ce qui a été entrepris ou décidé à ce sujet.
- I. Saint-Nazaire. — Saint-Nazaire date de la deuxième moitié du xxxe siècle pendant laquelle sa population a plus que décuplé. Le bourg existait depuis fort longtemps, puisque Grégoire de Tours en parle au vie siècle; mais, en 1850, ce n’était encore qu’un chef-lieu de canton de 5500 habitants.
- L’augmentation croissante du tonnage des navires et l’ensablement de la Loire firent sa fortune. En effet, les vaisseaux ne pouvant plus entrer en Loire et remonter jusqu’à Nantes, il fallut créer à l’embouchure même un port suffisant. Un premier bassin, d’une superficie de 10 hectares 1/2, avec entrée sur la Loire, fut creusé en 1856. Devenu rapidement insuffisant, on lui adjoignit le bassin de Penhouët de 22 hectares 1/2 en 1875. Ce bassin possède trois formes de radoub et communique avec le vieux bassin par une large écluse. L’ancie ne entrée à angle droit fut remplacée en 1907 par une nouvelle placée au sud dans l’axe des bassins et comprenant un avant-port limité par deux môles et une écluse de 228 m. de long. La profondeur de cet avant-port fut portée à — 6 m. et l’on dragua en avant de son entrée la barre des Charpentiers. A la fin de 1915, un projet d’agrandissement fut établi qui comportait la construction d’un troisième bassin à flot au nord de celui de Penhouët, celle d’une forme de radoub de grandes dimensions, l’approfondissement du bassin de Penhouët à — 6 m., la construction d’un quai de marée entre les deux entrées du port et l’aménagement du musoir est de 1 avant-port d’échouage.
- Une décision, ministérielle du 11 décembre 1916 a modifié ce projet dont la réalisation n’était pas encore commencée, et en ce moment on étudie la construction sur la Loire d’un grand bassin à flot et d’un quai d’escale. Mais le trafic actuel très intense du port de Saint-Nazaire ne permet pas de
- NORD
- Chara de Penhouët;
- fOUV^ ENTREE:
- big. i. — Plan de Saint-Nazaire au 5ooooe quand le boulevard de l'Océan et la nouvelle entrée du port seront terminés.
- p.271 - vue 275/474
-
-
-
- 272 —LES AGRANDISSEMENTS DES
- pousser ces études jusqu’à un début de réalisation.
- II. Nantes. — Nantes est un port qui existait déjà à l’époque romaine: Après une longue, période de grande prospérité, son activité déclina au xixe siècle, à mesure qu’augmentaient les dangers d’échouage dus aux bancs de sable de la Loire. En 1882, la situation était devenue si critique et Saint-Nazaire se développait tellement aux dépens de la vieille cité qu’on décida de creuser un canal maritime depuis La Martinière jusqu’à Paimbœuf. En 1893, le nouveau canal fut ouvert à la navigation. Aussitôt Nantes se réveilla ; le tonnage des marchandises reçues passa en vingt ans de cinq cent mille à un million cinq cent mille tonnes. Mais les dimensions des vaisseaux augmentant, la profondeur du canal et les dimensions de ses écluses devinrent trop petites. Une loi du 24 décembre 1903 décida d’améliorer le lit même du fleuve au moyen de
- PORTS DE LA BASSE-LOIRE ======
- La plus grande menace pour le port de Nantes se trouve dans l’ensablement et l’envasement, le sable venant d’amont, la vase venant d’aval. Contre les bancs de sable, on peut lutter par la construction de digues et de travaux qui assurent dans un chenal une vitesse suffisante pour entraîner les bancs qui tendraient à se former. Contre la vase, c’est encore une solution du même genre qu’il faut appliquer. Actuellement les nombreux ponts de la ville* les barrages sur les bras du fleuve, le mauvais tracé du chenal font que la plus grande partie du courant de flot s’arrête dans le port et y dépose la vase en abondance. On se propose donc d’améliorer le lit sur 21 kilomètres en amont de la ville en [fixant les lits du fleuve et en creusant un chenal. On envisage de diminuer les résistances qu’opposent les ponts dans la traversée de la ville aux courants de flot et de jusant en reconstruisant ceux qui offrent
- SINAZAIREj
- •A Jlonihic
- sf NANTES
- jtte Jé
- P^dti ChembulznJ
- Fig. 2. — Carte de l'estuaire de la Loire montrant les nouveaux travaux en cours de construction et ceux projetés.
- dragages, de régularisations et d’endiguements. Dès 1910, ces travaux produisirent leur efïet et l’on vit arriver à Nantes des bateaux de 7 m. de tirant d’eau. Une loi de 1915 ordonna l’aménagement de quais sur la rive droite sans établir de nouveau plan d'ensemble. Les projets d’extension proposés à cette époque ont pâru dans les numéros 1999 et 2060 de La Nature. On s’était alorsattaché à l’idée d’un vaste bassin à flot. Aujourd’hui on semble avoir renoncé à créer une écluse sur la Loire en aval de la ville et l’on cherche à empêcher l’envasement du port par d’autres moyens.
- Pour ce qui est des quais à créer on ne peut guère améliorer ceux de la rive droite qui se trouvent bordés par le chemin de fer de Paris à Saint-Nazaire, à moins de déplacer la voie ferrée. On peut cependant trouver sur cette rive, en aval de la ville, dix-sept cents mètres de quais nouveaux. On pourrait surtout sur la rive gauche acquérir une vaste surface de terrain en aval de Trentemoult pour y creuser des bassins à flot, mais le programmé de ces agrandissements n’est pas encorè tracé.
- le moins de section au débit du fleuve. Par cet ensemble de travaux, on compte faire remonter en amont de Nantes à chaque marée moyenne 6 600 000 mètres cubes au lieu de 45.0 000 seulement qui y passent actuellement. Cette chasse d’eau supplémentaire suffira à empêcher les dépôts de vase dans le port. Bien qu’aucun de ces travaux ne soit encore commencé, Nantes connaît depuis la guerre une activité qu’elle n’avait jamais eue. Le tonnage des marchandises qui était en 1915 de 1 965 715 tonnes est passé en 1915 à 2 504 739 et a atteint en 1916, 2 894507 tonnés.
- A Nantes comme à Saint-Nazaire on n’a pu faire face à ce surcroît d’activité que par la construction rapide d’installations de fortune qui n’ont pas empêché la Loire, tout comme la Seine, d’être encombrée de navires. Aujourd’hui le moment le plus aigu de la crise est passé, mais n’oublions pas ces fâcheux effets dus à notre imprévoyance. Pour n’avoir pas voulu voir grand et préparer les ports à suivre leur croissance normale, nous avons failli à un momentrpanquer de tout ce qu’il faut pour vivre, combattre et vaincre. À. Breton.
- Le Gérant : P. Masson. — lmp. Lahure, rue de Fleuras, 9, à Paris.
- p.272 - vue 276/474
-
-
-
- LA NATURE.
- 4 MAI 1918.
- — N° 2327.
- LA VALEUR ÉCONOMIQUE DE L’ALSACE-LORRAINE
- L’Alsace-Lorraine est, pour tout Français, une sorte de symbole religieux, dont le nom même ne doit être prononce' qu’avec respect et, ce nom, il semble que ce soit presque le profaner d’y mêler une pense'e d’intérêt. Aucun de ceux qui sont morts depuis quatre ans sur notre front n’a jamais pensé un instant aux avantages matériels et financiers que pouvait présenter, pour notre pays, la désan-nexion de l’Alsace-Lor-raine. Ç’eût été là un calcul d’Allemand. Dans notre camp, on a un but plus noble : la délivrance d’un peuple réduit depuis un demi-siècle en servitude.
- Mais il se trouve pourtant que le retour de l’Alsace-Lorraine à la France va représenter pour nous un avantage économique énorme, avec le moyen efficace, le seul moyen efficace, d’empêcher une nouvelle aggression comparable à celle de 1914 et le retour prochain d’une autre guerre.
- Peut-être n’est-il pas inutile de faire mieux connaître ce côté de la question, alors que, de toutes façons et malgré des déboires immérités sur le front oriental, approche l’heure décisive de ce qu’on a appelé la justice immanente. Nos ennemis très pratiques savent depuis longtemps à quoi s’en tenir, et c’est bien parce que les provinces annexées représentent une telle valeur monnayable qu’ils se cramponnent à un pays dont la population leur témoigne une hostilité sans réconciliation-possible.
- Là est la cause principale de la résistance_qu’ils opposent et qu’ils opposeront jusqu’au dernier jour sur ce point. Us ne veulent pas se trouver mis pour l’avenir dans l’impossibilité de sé jeter encore une fois sur nous.
- La valeur de l’Alsace-Lorraine n’est pas seulement dans sa population ni dans sa situation stratégique, qui en fait une marche avancée de la France suivant le sens des invasions germaniques; elle est aussi, très prosaïquement, dans son sol et,
- plus encore dans son sous-sol. Elle est dans ses minerais de fer lorrains, ses charbons de la Sarre, sa potasse et son pétrole; dans son industrie cotonnière et lainière, dans ses produits agricoles. Je ne veux pas ici faire un article de géographie économique, mais seulement mettre en lumière les grandes lignes de la question, celles que nous devons tous connaître. Je laisserai donc de côté
- tout ce qui est secondaire et, par exemple, les gisements de sel très importants, mais dont nous avons déjà surabondance, ainsi que certains minerais qui ne sont pourtant pas sans valeur, comme les plombs argentifères et le nickel de Sainte-Marie-a u x-M i n e s, les grès plombifères de Saint-Avold(1), etc.
- Le point qui domine toute la question, la richesse qui peut trans-, former totalement la situation industrielle et militaire de la France, c’est le minerai de fer lorrain. Ce minerai, on en a beaucoup parlé depuis la guerre, pas toujours d’une façon très juste; on l’a parfois mêlé à nos discussions politiques et, à ce propos, on a exagéré dans un sens ou dans l’autre. Mais, sans aucune espèce de parti pris,, voici-, je crois, ce qui en est.
- Chacun sait aujourd’hui que le bassin lorrain a été coupé par la frontière de 1871 en deux parties : d’un côté, la zone devenue allemande, à laquelle on peut pratiquement associer le morceau appartenant au Luxembourg, puisque le Luxembourg est, depuis longtemps, une dépendance à peine déguisée de l’Allemagne ; et, d’autre part, la zone restée française, dont l’importance a été considérablement » .
- 1., Nous avons déjà consacré plusieurs articles aux industries alsaciennes : sur les mines de fer et la métallurgie (2193); sur les charbons de la Sarre; sur la potasse (2192 et 2304). Voir également, L. De Laonày, F rance-Allemagne (Problèmes miniers, mimitions, blocus, après-guerre), (A. Colin, 1917). ' t
- 18 — 275.
- ms} «t
- • LEGENDE-
- Limites d'Ftats. ...+ «* Chemins de fer... ——» Centres habités...® O Haûts Fourneaux A
- Fonderies..... S
- Aciéries...... À
- Laminoirs.... eci
- Canaux.........——.
- Hiut ères....—<=
- Echelle
- Fig. i. — Mines et usines du bassin de Briey et. dp. la. I.nrraine allemande.
- 46° Année. <— Tr Semestre-
- p.273 - vue 277/474
-
-
-
- 274 --T".- LA VALEUR ÉCONOMIQUE DE L’ALS ACE-LORRAINE
- accrue par les découvertes de Briey (fig. 1). Si l’on se borne d’abord à prendre les chiffres d’extraction annuels, antérieurs à la guerre, on voit que la Lorraine allemande a produit, en 1915, avec 50 000 mineurs, 21 millions de tonnes de minerai (sur 28,6 pour toute l’Allemagne) ; plus 6,5 millions de tonnes dans le Luxembourg : au total 27,5 et la Lorraine française 19,5 sur 21,7 pour l’ensemble de notre pays. Ces chiffres seuls parlent assez haut. Àdditionnons-les. Nous trouvons, pour l’ensemble du bassin lorrain, 47 millions de tonnes, ou environ les quatre cinquièmes de ce
- maintenant que notre industrie s’est reconstituée ailleurs dans la mesure du possible, nous devons nous tourner vers l’avenir. Comparons donc ce qu’était notre situation d’avant-guerre avec ce que sera notre situation d’après-guerre, la Lorraine étant reprise.
- Avant 1914, nous avions déjà une belle situation pour le fer. Nous commencions à exporter des quantités croissantes de minerais : 8 millions de tonnes en 1912 et l’Allemagne nous en demandait 2 millions sur 11 millions, qu’au total elle achetait au dehors; ce qui, par parenthèse, montre dans quelle
- Fig. 2. — Vue de quatre hauts fourneaux en montage aux usines Thyssen à Hagondange. Les carcasses supportent le poids des ?nonte-charge inclinés, desservant les gueulards, tandis que la charge de la cuve en maçonnerie et de son contenu s'appuie sur des colonnes de cuve spèciales. On distingue, en arrière des carcasses, les appareils réchauffeurs de vent système Cowper.
- que produisent au total les deux pays de France et d’Allemagne. On a dit, à cê propos, que, si les Allemands n’avaient pas occupé notre région ferri-fère dès le début de la guerre, ils n’auraient pu subvenir à la consommation de leurs usines. L’affirmation, présentée sous cette forme, est inexacte, puisqu’il leur serait resté la zone annexée et luxembourgeoise, qui, avec un peu plus de gêne, quelque extension donnée aux travaux de mine et des dépenses supplémentaires, leur aurait suffi. Le grand malheur d’avoir laissé occuper sans défense suffisante le bassin de Briey a été dans la paralysie qui a frappé notre métallurgie et qui s’est encore accrue par l'envahissement de nos régions du Nord. Mais de telles fautes appartiennent au passé et,
- proportion exacte, elle avait besoin de nous. Cela nous assurait un bénéfice comme marchands de minerais et nous permettait d’obtenir par échange le charbon, manquant sur notre territoire, que nous étions forcés de demander à- l’Allemagne; mais cela ne suffisait pas pour tfous permettre de développer notre exportation d’acier travaillé ou de machines, comme nos ennemis l’avaient fait dans des proportions gigantesques. Or, évidemment, l’exportation d’une machine est plus avantageuse que celle d’un minerai et, plus on peut incorporer de main-d’œuvre dans une matière première, plus le bénéfice est grand pour le pays producteur. Dans quelle proportion ? un chiffre va aussitôt le montrer. Si l’on voulait calculer la valeur mar-
- p.274 - vue 278/474
-
-
-
- LA VALEUR ÉCONOMIQUE DE L'ALSACE-LORRAINE
- chande du gisement lorrain d’après la vente de ses minerais, on n’arriverait guère qu’à 5 milliards de francs; mais, si l’on suit les minerais dans leur élaboration progressive, on voit que ces 3 milliards sont la source d’un fleuve fécondant, qui, à force de grossir sur sa route, arrivera finalement à créer une richesse de 500 milliards. C’est cette richesse, dont la majeure parlie devait aller, par la force des choses, en Allemagne et qui va demain revenir tout entière en France.
- Cette élaboration des minerais, l’industrie sidérurgique d’Alsace-Lorraine, qui va nous revenir, y contribuait déjà dans une proportion intéressante : soit sur le bassin ferrifère, soit dans la Sarre. A l’été de 1914, il y avait, en Lorraine annexée, 56 hauts fourneaux en activité (fig. 2), 8 hors feu et 5 en construction. Leur capacité de production s’élevait à plus de 10 000 t. par 24 heures. Les chiffres de 1915 sont 3 869 000 t. de fonte et 2 286 000 t. d’acier.
- Si l’on fait le calcul de la fonte produite avec du minerai lorrain, soit sur place, soit dans les dixrers centres industriels où on les transporte* (Sarre,
- Westphalie, etc.), on arrive environ au cinquième de toute la production mondiale.
- Il y a plus : la possession de ces minerais, combinée avec celle de ressources inépuisables en houille, ne faisait pas seulement, la force industrielle de l’Allemagne, mais constituait aussi la base de sa force militaire, puisque les mêmes.usines qui fabriquent, en temps de paix, des rails, des poutrelles, des tôles, des machines à vapeur, des turbines, des dynamos, sont celles qui, du jour au lendemain, se trouvent prêtes à fabriquer des canons, des blindages, des pièces de sous-marins et tout le matériel de guerre. Grâce à son fer (qui aurait dù être le nôtre), grâce à son charbon inépuisable, l’Allemagne a pu soutenir quatre ans le poids ‘de la lutte.
- Prenons maintenant la situation d’après-guerre. Elle va être retournée de fond en comble. Laissons de côté le Luxembourg. La France pourra produire, au taux d’extraction ancien, plus de' 40 millions de tonnes de minerais en Lorraine. Sans même tenir compte de l’accroissement qui va se produire également dans le bassin normand, on peut compter sur 43 millions de tonnes, pour l’ensemble de la France, tandis que l’Allemagne va être, du jour au lendemain, réduite à 7 millions et demi de tonnes produits sur son territoire et, si l’on veut, aux 9 ou 10 millions qu’elle pourra continuer
- 275
- à tirer des pays neutres, Suède, Norvège, Espagne, etc. Ce n’est pas tout; les extractions d’avant-guerre ne donnent qu’une idée très insuffisante de ce que doit devenir le bassin lorrain par suite des mises en exploitation organisées et commencées de tous côtés. Les” tonnages de minerais ne mettent pas non plus en évidence qu’un minerai suédois et un minerai lorrain ne sont pas équivalents. Il apparaît ainsi dans une lumière éclatante que nous allons devenir les grands marchands de fer européens, tandis que l’Allemagne, malgré tous ses efforts pour développer ses autres mines de fer, sera réduite, non seulement à interrompre ses exportations, mais à importer le fer nécessaire à sa propre subsistance.
- Nous voici donc aü lendemain de la paix, rentrés à Metz et à Strasbourg. Ne pensons pas aux arcs de triomphe et aux fleurs ! Restons économistes !
- Il se produit aussitôt une première conséquence tout à fait capitale, c’est que l’Allemagne devient incapable de conserver avec leur extension actuelle les usines qui fabriquaient ses armements militaires. Sa force aggressive est ruinée. L’Europe est mise à l’abri du danger permanent que constituait ce foyer d’incendie:- Nous obtenons, par le fait seul que les Barbares ne peuvent plus élaborer avec la même abondance leurs produits meurtriers, ce qu’aucune Société des Nations, aucun tribunal -d’arbitrage, aucun traité déchiré à la première occasion n’auraient pu, sans cel£, nous assurer. Nous limons les dents de la bête fauve : La possession totale du minerai lorrain assurée à la France, c'est la paix garantie au monde.
- Auprès d’une conclusion semblable, les bénéfices que pourra faire notre industrie deviennent des quantités presque négligeables. Il n’est pourtant pas indifférent de retrouver des milliards en échange des ruines provoquées par la guerre. Dans cet ordre d’idées, nous devons ne pas borner notre bénéfice à la vente de minerais, mais aussi, suivant la remarque faite tout à l’heure, tirer bénéfice d’une élaboration avancée que la facilité d’obtenir du coke en échange de fer et la possession des charbons de la Sarre vont nous permettre (fig. 3). C’est le très grave problème du charbon auquel nous allons passer.
- Mais avant de l’aborder, nous ajouterons que la valeur des minerais lorrains n’est pâfe seulement à calculer d’après le taux d’extractionractueï, mais plus encore d’après les réserves que renferme le gisement souterrain. A cet égard,-nous avions déjà
- Fig. 3. — Carte du bassin /touiller de Sarrebrück.
- p.275 - vue 279/474
-
-
-
- 276 : ..LA VALEUR ÉCONOMIQUE DE L'ALSACE-LORRAINE =
- l’avantage avant la guerre; mais il n’est pas moins vrai que la Lorraine annexée était estimée, d’après les ingénieurs allemands, contenir 1830 millions de tonnes. Le total du bassin lorrain représente 5 milliards de tonnes, ou, avec un taux d’extraction annuel de 50 millions de tonnes, un siècle d’extraction continue, sans compter, bien entendu, les découvertes qui pourront encore être faites et les minerais, aujourd’hui sans valeur pratique, qui, d’ici un siècle, ont toutes les chances pour entrer en jeu dans des proportions plus ou moins fortes.
- Passons maintenant au charbon. Autant nous étions déjàricKês en fer, autant nous étions pauvres en houille et j’ai eu, dans un livre récent, l’occasion de montrer avec quelque vivacité comment ce défaut de houille empêchait tout développement de l’industrie française dans le sens de l’exportation, se traduisait par la cherté de la vie et nous mettait vis-à-vis des Aile-
- valeur notre houille blanche. Mettons que tout cela représente un accroissement pénible de 20 à 25 pour 100 sur notre production actuelle. Le retour de l’Alsace-Lorraine va d’un seul coup accroître cette production de 50 pour 100 en nous assurant un
- grand gisement de charbon lorrain déjà connu et facile à développer. Le bassin de la Sarre, qui va nous revenir, faisait, jusqu’en 181-5, partie intégrante du territoire français. Après un siècle d’interruption, il va recommencer à nous venir en aide.
- Sa valeur pour nous est bien fa-. cile à calculer. Avant la guerre, la France produisait 40 millions de tonnes de houille et en consommait 60. Si nous voulions traiter et élaborer nous-mêmes nos minerais, il nous manquerait au minimum 50 millions de tonnes de charbon par an. C’est une lacune que le bassin de la Sarre ne peut sans doute pas combler à lui seul, d’autant plus qu’il fournit peu de bon charbon à coke (on n’a cokifié
- Fig. 4. — Carte de la région renfermant la potasse en Alsace aux environs de Mulhouse.
- Pu.I
- Sa.I s.c
- Limites du aei (femme
- Fig. 5. — Coupe du terrain potassique suivant la ligne indiquée sur la carte précédente.
- mands dans un état d’infériorité économique et industrielle auquel aucun effort ne permettait^ de remédier. Il existe assurément des palliatifs. - On peut économiser sur la dépense de combustibles par un emploi plus scientifique; on peut mieux utiliser les charbons inférieurs ; oh peut faire quelques sondages heureux ; on peut surtout mettre en
- en 1913 que 17 pour 100 dé la production). Mais sa production de 17 millions de tonnes, qu’on élèvera aisément à 20, correspond à la moitié de toute l’extraction française. Quant à ses réserves, on les a estimées,jusqu’à 1500m. de profondeur, 12,5 milliards de tonnes, dont 8 au-dessus de 1000 m. La superficie utile de ce bassin est double de notre
- p.276 - vue 280/474
-
-
-
- LA VALEUR ECONOMIQUE DE L’ALSACE-LORRAINE
- 277
- bassin de Valenciennes. La possession de ce bassin de la Sarre nous sera d’autant plus utile que, il ne faut pas l’oublier, l’industrie alsacienne, par le fait même qu’elle est puissamment organisée, est elle-même une grosse mangeuse de houille (12 millions de tonnes sur 17 millions produits par l’ensemble de la Sarre).
- Du charbon et du fer, ce sont des richesses minérales que tout le monde est à peu près en état d’apprécier. On se représente peut-être moins bien ce que valent les potasses de Mulhouse (fig. 4 et 5). Cependant, là encore, il s’agit d’une substance indispensable à un grand nombre d’industries; dont la France, par exemple, consommait chaque année 150 000 tonnes; et, cette substance, l’Allemagne avant la guerre, en avait à peu près le monopole. Elle imposait sa marchandise
- Fig. 6. — Carie de la région pétrolifère du bassin dePechelbronn.
- et ses prix au
- monde entier, même aux Etat-Unis qui sont généralement si jaloux et si fiers de se suffire à eux-mêmes. Quand on voulait du « Kali » (c’est le nom tudesque de la potasse), il fallait accepter les conditions de l’ennemi. Tout récemment encore, une revue aile- .
- mande estimait 0eSS\'^>"^-------- Nouveau Puits
- que la production allemande de potasse pourrait atteindre G00 millions de francs par an et, quelques années après, doubler et que les gisements d’Allemagne pourraient couvrir les besoins de tous les pays pendant 500 ans. Je ne garantis pas le's chiffres, les Allemands ayant quelque habitude d’amplifier; mais il neh "est pas moins vrai que, longtemps, un seul gisement de potasse a alimenté le monde, celui de Stassfurt en Anhalt, jusquJau moment où, en 1904, on a découvert fès nouveaux gisements de Mulhouse. A Mulhouse, le premier puits a atteint le gisement en 1911 et a produit 1,27 000 tonnes. 10 autres y sont arrivés en 1912. L’État allemand, principal
- Fig. 7. — Coupe de la région pétrolifère.
- propriétaire à Stassfurt, favorisait peu la concurrence de Mulhouse, dans laquelle il ne pouvait ignorer la part des intérêts français. Le jour où Mulhouse nous appartiendra, nous n’aurons plus les mêmes raisons et il serait facile de tripler la production assignée par le syndicat du Kali à ce gisement nouveau. Il y a là 2 milliards de tonnes d’un minerai qui vaut, sur le carreau de la mine, environ 30 francs par tonne, avec un bénéfice distribuable net de toutes charges financières, de 15 francs. Je ne tomberai pas à ce propos dans l’erreur que l’on a souvent commise en multipliant le nombre de tonnes par la valeur de chaque tonne,sans tenir compte de ce qu’une marchandise souterraine, destinée à être vendue dans un siècle, ne peut être calculée au cours du jour comme si elle était en magasin (*). On avait fait, de cette potasse alsacienne, des évaluations fantaisistes, arrivant à 30 ou 40 milliards. Quand on calcule avec prudence, on atteint encore à 3 milliards de francs, dont, il ne faut pas l’oublier, une forte partie appartenait déjà à des Alsaciens, vieux Français restés
- de cœur nos Vieux Puits . compatriotes;
- tout compte fait, cela représente une jolie indemni té de guerre. Depuis quatre ans que ni Mulhouse, ni Stassfurt ne peuvent, au
- moins ouvertement, fournir de la potasse aux belligérants, on a, il est vrai, mis en valeur quelques autres mines, notamment celles dont il a été dit un mot ici en Abyssinie, ou dans l’Ouest Américain (2) ; on a même, les prix montant, été conduit à établir des faucheuses mécaniques pour découper, à 20 m. sous la mer, les algues de Californie qui sont assez fortement-potassiques. 11 existe aussi, en Espagne, à Cardona, des gisements sur la valeur
- 1. Yoy. La Nature du 2 octobre 1915.
- 2. Yoy, La Nature n° 2504, 4 nov. 1917.
- rLoeos
- p.277 - vue 281/474
-
-
-
- LA VALEUR ÉCONOMIQUE DE L’ALSACE-LORRAINE
- 278
- desquels on continue à discuter et dont la mise en exploitation a été reculée, dit-on, par des interventions germaniques. Quoiqu’il puisse advenir de ces ressources nouvelles, le gisement de Mulhouse est là, bien reconnu, et présentera pour la France, outre sa valeur marchande, l’avantage de rendre notre industrie chimique plus indépendante.
- On peut faire une remarque un peu analogue pour les pétroles de la région située au Nord-Ouest de Strasbourg', découverts par des sondages heureux en 1880. Car, là encore, il s’agit d’une substance indispensable à un peuple industriel et qui, jusqu’ici, nous fait totalement défaut : aussi bien, on peut le dire, dans nos colonies que dans la métropole, puis- , que les gise- ' ments algériens, célébrés avec quelque fracas, se bornent encore industriellement à d’heureuses espérances.
- La France pro-duitunpeud’hui-le de schistes^, en quantités assez insignifiantes, mais pas de pétrole ; et, depuis que les difficultés de fret gênent nos arrivages d’outremer, nous avons pu apprécier les difficultés qui en résultaient pour notre circulation en automobile comme pour notre éclairage. La question se pose avec une gravité chaque jour accrue pour les marines de guerre qui tendent de plus en plus à employer des moteurs à essence et il en résulte l’effort que l’on sait de l’Angleterre et de l’Allemagne pour s’assurer des gisements de pétrole mondiaux. Or, pendant que des résultats considérables sont obtenus par les Anglais, notamment en Birmanie et en Mésopotamie, par les Allemands en
- Galicie et en Roumanie, la France n’a absolument rien. Les puits de pétrole rhénans ne sont aucunement comparables comme valeur avec les richesses en fer, en charbon et en potasse dont nous venons de parler. Ce sont de petits gisements; néanmoins leurs 50 000 t. d’extraction annuelle, sur lesquelles le seul groupe de Pechelbronn en
- produit 6 à 7000, seraient les très bien venues chez nous (fig. 6 et 7).
- Je n’entre pas, sur toutes ces questions, dans des détails techniques que, pour la plupart, nous avons déjà eu l’occasion de donner précédemment. J’en ai assez dit pour montrer ce que représente, militairement et éco-nomiquement, l’industrie minérale de l’Alsace-Lorraine : ce qu’elle nous apportera de sécurité, de force et de richesse. Ces avantages sont sans aucune compensation; car,, si, évidemment, il y aura, dans le premier moment une certaine pléthore de. minerais de fer ou même de fonte, l’équilibre ne sera pus bien longtemps à 'se rétablir au grand avantage de toutes nos industries françaises et de nos exportations. La question des industries textiles, auxquelles je passe maintenant, est un peu plus délicate et ce serait manquer de franchise que de paraître ignorer les inquiétudes suscitées par la réintégration dans notre pays d’une immense industrie qui, depuis un demi-siècle, avait dû nécessairement s’orienter dans le sens de l’Allemagne, où elle écoulait la plus grande partie de sa production. Là encore, il y a un avantage indéniable pour la France à ce que tous les bénéfices d’usines florissantes, tous les salaires
- Fig. 8.
- Principaux centres de l’industrie cotonnière en Alsace (içi5).
- p.278 - vue 282/474
-
-
-
- LA VALEUR ECONOMIQUE DE L’ALSACE-LORRAINE
- ouvriers, tous les avantages commerciaux qui en résultent directement ou indirectement, aillent à nos nationaux au lieu de passer aux Allemands. Mais on a. envisagé un autre côté de la question, celui de la concurrence qui en résulterait pour nos industries françaises d’autres régions et on s’est demandé si ce défaut ne compensait pas les autres avantages. La vérité paraît être qu’il y aura certaines mesures transitoires à prendre dans la rédaction des traités de paix pour ne pas forcer l’industrie textile alsacienne à une trop brusque évolution. Il faudra, pour quelque temps, assurer à ses produits le bénéfice de la libre entrée en Allemagne, tout au moins sur les chiffres de la production d’avant-guerre : assurer également la liberté d’importation aux ateliers de finissage dont la moitié au moins travaillait à façon des tissus de provenance allemande. Les Allemands nous en ont donné l’exemple et la méthode en 1871 quand la même situation, retournée, s’est présentée pour eux. Avec ce correctif, on pourra passer sans encombre sur la gêne momentanée du début et, ensuite, c’est la France qui bénéficiera de toute cette exportation de produits alsaciens destinés à passer par elle, au lieu de transiter par l’Allemagne. Les Alsaciens garderont leurs spécialités destinées à tous ceux de leurs anciens clients qu’ils conserveront et aux clients nouveaux qu’ils peuvent conquérir dans le monde entier. En France même ils avaient déjà de tels clients qui leur achetaient en réalité des produits figurant sur nos statistiques comme importés d’Allemagne. De leur côté, les industriels français continueront à alimenter de préférence nos marchés intérieur et colonial. Il ne faut pas oublier d’ailleurs que cette période de transition se trouvera singulièrement facilitée par les besoins, inusités du monde entier qui aura,à reconstituer ses stocks, et parle temps qu’il faudra pour relever nos usines du Nord .ainsi que certaines usines d’Alsace éprouvées par la guerre. Ceci dit, voici maintenant des chiffres empruntés à des renseignements que M. Renouard a bien voulu nous fournir.
- L’industrie textile comprend en Alsace deux com-
- 279
- partiments distincts : celui du coton d’abord, de beaucoup le plus important, comportant toutes les catégories qui peuvent s’y rattacher : filature et re-torderie, tissage, blanchiment, teinture, apprêts et impression; celui de la laine, représenté surtout par quelques filatures et tissages (fig. 8).
- Dans la partie cotonnière d’abord, la statistique comprend 1 P00 000 broches de filature (au lieu de 7 370 000 en France), 46 000 métiers mécaniques à tisser (contre 140 552 chez nous) et 160 machines à imprimer (alors que nous n’en avons que 150). En teinture et blanchiment, la production quotidienne peut être estimée à 1500 pièces
- longues et cette quantité est à peu près égale à la nôtre (fig.8, 9,10).
- On remarquera l’importance toute particulière des machines à imprimer et de la teinture. Pour toute cette industrie, la France se trouve largement en mesure de développer le commerce d’exportation vers lequel elle doit tendre le plus possible si elle veut reprendre sa place dans le monde. Avec le développement de notre empire colonial, il est tout indiqué que nous fassions ce qui a si bien réussi à l’Angleterre : alimenter nos colonies en produits manufacturés tandis que nous leur demanderons des matières premières. Ce ne sont pas seulement les industriels fabricants d’Alsace et leurs ouvriers qui en bénéficieront : ce seront nos chemins de fer, nos ports, nos compagnies de navigation, nos commerçants, tous les intermédiaires par lesquels la marchandise passera avant de trouver son placement définitif.
- p.279 - vue 283/474
-
-
-
- 280 —: LA VALEUR ÉCONOMIQUE DE L’ALSACE-LORRAINE
- Après l’industrie du coton, la statistique mentionne en Alsace celle de la 'laine. Il existait'en Alsace, avant les hostilités, 568 000 broches de laine peignée. Cette fois on ne pourra que se féliciter de cette adjonction à la filature française qu’elle augmentera de 23 pour 100 en lui donnant le premier rang dans le monde, même avant l’Angleterre : il n’y aura même pas de concurrence possible entre le Nord et l'Alsace; car celle-ci qui ne fait pas le fil fin deviendra une cliente pour la filature française. Il y a de plus en Alsace 10 000 métiers à tisser la laine ajoutant à la production française environ 2 200 000 pièces, pour lesquelles la situation
- Effectif du bétail (en têtes).
- 2 décembre 1912.
- Chevaux........................^ 136.884
- Mulets et ânes................. 1.601
- Bovins. . . ........................ 522.915 4
- Porcs. . ........................... 450.755
- Moutons............................. 45.654
- Chèvres. . ........ 72.368
- Oies, canards, poules, dindes. . 2.888.248
- Essaims d’abeilles................... 85.194
- En résumé, et sans vouloir additionner des chiffres de milliards comme dans un inventaire commercial, on voit l’importance économique que l’Àlsace-Lor-raine va représenter pour nous. Elle nous rendra les
- Fig. io. — Salle des Jacquards du tissage Kullman et Cie à Mulhouse.
- sera analogue à celle que nous avons discutée pour le coton (fig. 40).
- Enfin, TAlsace-Lorraine est un pays agricole, dont le tableau suivante précisera suffisamment la valeur. Parmi les produits les plus connus nous nous bornerons à citer les vins de la Moselle et du Rhin, à la fois si différents de tous nos autres vins français et si renommés.
- Production agricole en 1913..
- 258.048 tonnes 92.889 —
- 108.678 —
- 209.963 —
- 1.266.465 —
- 1.137.786 —
- 4.956 —
- 1.620 — 180.742 hectolitres.
- maîtres^ du marché du fer dans le monde ; elle nous alimentera en charbon ; elle nous fournira de la potasse et du pétrole dont nous sommes complètement dépourvus ; elle nous permettra de développer un puissant commerce d’exportation dans le domaine de la sidérurgie et des textiles ; elle nous rendra une population laborieuse et fortement outillée pour le travail industriel. Elle fera beaucoup plus : elle mettra l’Allemagne dans l’impossibilité de recommencer la guerre. Tous ces avantages, qui se retournent si on les envisage du côté Allemand, font prévoir, de la part de nos adversaires, une résistance et, plus tard, des marchandages qui se sont déjà amorcés. Il ne faut pas en être les dupes ni nous laisser inciter, par la lassitude de la guerre, à des compromis d’apparence plus ou moins avantageuse .> En dehors de toute considération sentimentale, l’avenir de notre pays en dépend. L. De Launay.
- Blé. , .......
- Seigle............
- Orge ... .........
- Avoine ........
- Pommes de terre. . . . Foin . . ... . ...
- Tabac sec ........
- Houblon. .......
- Vin........... . .
- p.280 - vue 284/474
-
-
-
- 281
- LES NOUVELLES LAMPES ÉLECTRIQUES
- S’il est un appareil qui a largement contribué au développement des réseaux de distribution d’énergie électrique, c’est bien la lampe à incandescence.
- S’introduisant partout, aussi bien dans la ferme ou la chaumière que dans les palais luxueux à cause des précieux avantages d’allumage instantané, de propreté et de facile installation que procure le courant électrique,^la lampe à incandescence a entraîné avec elle le développement de bien d’autres branches de l’industrie électrique. Ce sont d’abord les moteurs qui ont pu s’imposer à la clientèle déjà desservie par les canalisations d’éclairage, ce sera demain le chauffage électrique pour ne parler que des applications les plus importantes.
- Etablies en 1879, les premières lampes à incandescence étaient à filament de charbon.
- Depuis cette époque le problème a toujours consisté à élever la température du filament tout en cherchant à lui conserver une durée suffisante. Malheureusement les deux choses sont contradictoires, car la vaporisation de la matière qui forme le filament constitue un gros obstacle à l’élévation de la température.
- Cette volatilisation amène non seulement la rupture du filament, mais encore elle provoque le noircissement de l’ampoule. Il y a cependant un intérêt capital à élever la température, car le rayonnement du corps noir croit comme la puissance 4,7 de la température (Loi de Stéfan).
- Les premières lampes k filament de bambou carbonisé construites par Edison en 1879 dépensaient 4,5 watts par bougie, puis en 1881 on put réduire la consommation à 5,5 watts par bougie en recouvrant la fibre de bambou carbonisé par du carbone graphitique obtenu par le procédé du nourrissage qui consistait à chauffer le filament de carbone brut dans une atmosphère de vapeur de benzol. Au contact du filament incandescent, le benzol est décomposé et du carbone se dépose à l’état graphitique sur le filament. '
- Malgré une série de tentatives faites pour améliorer le fonctionnement des lampes à filament de charbon (traitement du filament au four électrique par le procédé Ilowell, etc.), ces lampes sont aujourd’hui délaissées, le seul avantage qu’on leur re-
- connaissait jusqu’à ces derniers temps était leur solidité, mais il disparaît peu à peu depuis que l’on sait fabriquer des fils métalliques de haute ténacité qui permettent d’employer partout les lampes au tungstène, en particulier dans les tramways et même sur les automobiles où les chocs ne leur sont pas ménagés.
- Un autre inconvénient des lampes à filament de carbone réside dans le fait qu’elles ne sont pas autorégulatrices parce que leur résistance décroît à mesure que la température augmente, c’est l’inverse qui se passe dans les lampes à filament métallique. Il en résulte qu’avec des tensions d’alimentation variables, la lampe à filament métallique fait écran en s’opposant par un accroissement de résistance à toute élévation de l’intensité.
- Lampes à filament métallique. — C’est peu après 1900 que les premières lampes à filament métallique ont fait leur apparition sur le marché. Un premier essai de lampes utilisant un fil de tantale pur avait donné de bons résultats, mais parmi les métaux que l’on pouvait choisir, le tungstène devait attirer surtout l’attention des inventeurs en raison dé son point de fusion élevé (3200°) qui permettait d’espérer avoir des sources lumineuses d’un éclat remarquable. Mais le tungstène n’est pas un métal facile • à obtenir sous forme de fils, aussi très nombreux sont les procédés de préparation de ces filaments. Nous les diviserons avec M. Blondel (^ en deux classes :
- 1° Les procédés directs avec lesquels on obtient le filament en partant du métal ou d’un composé du métal ;
- 2° Les procédés• indirects qui supposent sous l’emploi d’un filament exécuté au préalable en une autre matière servant de support temporaire ou définitif à la surface rayonnante.
- Procédés directs. — Les premiers procédés de fabrication de fils de tungstène utilisaient une solution colloïdale de tungstène préparée en faisant jaillir dans de l’eau ou de la benzine des arcs entre des électrodes de tungstène. On faisait passer la solution gélatineuse ainsi obtenue dans une filière
- 1. Blondel, Bulletin ‘de la Société Internationale des Électriciens, février 1909.
- en spirale.
- p.281 - vue 285/474
-
-
-
- LES NOUVELLES LAMPES ÉLECTRIQUES
- 282
- >
- et l’on desséchait avec précaution le filament obtenu. Ed soumettant dans de l’hydrogène ou dans le vide le filament à l’action d’un courant croissant la surface prenait un aspect métallique et l’on a pu ainsi .constituer les premiers filaments. Malheureusement ces fils à structure cristalline étaient très cassants et les lampes duraient peu; il a fallu mettre en œuvre d’autres procédés pour obtenir les filaments résistants que l’on a aujourd’hui.
- L’idée la plus naturelle est de chercher à partir du métal pur et de le tréfiler, mais le tungstène tel qu’on l’obtient par les procédés chimiques est un métal très cassant ne se prêtant pas du tout à l’étirage. Pour y arriver, il existe aujourd’hui pas mal de procédés qu’il serait trop long de passer ici en revue, nous n’en retiendrons qu’un seul qui est le suivant :
- La poudre de tungstène est introduite dans un tube en métal malléable tel que l’aluminium ou le cuivre et l’on dispose le tout dans un tube d’acier.
- On chauffe légèrement pour chasser l’air et on étire l’ensemble comme si l’on n’avait affaire qu’à une tige d’acier; on arrive à avoir ainsi un tube extrêmement fin avec un axe en tungstène. Pour éliminer les deux minces enveloppes métalliques on les dissout tout simplement dans de l’acide sulfurique d’abord et dans de l’acide chlorhydrique ensuite. Il ne reste plus qu’à couper le filament à la longueur voulue et à le chauffer dans le vide pour volatiliser les impuretés.
- Procédés indirects. — Un procédé simple consiste à utiliser un filament de carbone sur lequel on précipite des métaux ou des oxydes par une réaction qui se produit au contact du fil incandescent, on porte ensuite le filament ainsi enduit dans une atmosphère d’hydrogène, et, en faisant passer un courant électrique croissant, on provoque la réduction des oxydes par l’hydrogène, ce qui laisse une couche de métal pur; il suffit d’introduire ensuite une légère quantité de vapeur d’eau qui élimine peu à peu le carbone sous forme d’oxyde de carbone.
- Signalons enfin un procédé récent qui repose sur l’emploi des rayons cathodiques pour obtenir la fusion du métal. Tout le monde sait, en effet, que sous l’action du bombardement cathodique les anodes de tubes à rayons X deviennent rapidement incandescentes, on arrive à fondre ainsi très facilement la poudre de tungstène et à obtenir un «létal assez ductile.
- Lampes à atmosphère gazeuse. — Nous n’insistons pas sur les lampes au tungstène dans le vide, lés plus répandues aujourd’hui, leur consommation est d’environ un watt par bougie et l’emploi de filaments de tungstène étiré a permis d’en faire
- des lampes d’un nombre quelconque de bougies assez robustes pour pouvoir être utilisées sur les véhicules en mouvement.
- Depuis quelque temps ces lampes ont eu leur rendement considérablement amélioré par un procédé très simple qui consiste à introduire dans l’ampoule un gaz inerte. A vrai dire le procédé n’est pas nouveau, il avait été essayé, mais sans succès avec les lampes a filaments de carbone dont on cherchait à augmenter le rendement. La grosse difficulté qui se présentait provenait du refroidissement du filament par suite du phénomène de convection, c’est-à-dire par suite du mouvement du gaz, sorte de tirage résultant de son échaufîèment au contact du filament.
- Avec le filament de tungstène, la convection se produit d’une façon identique, mais on arrive néanmoins à avoir un bon rendement grâce à ce que le point de fu-, sion du tungstène est. très élevé (5200°). La raison en est simple : les pertes par convection sont proportionnelles à la puissance 5/2 de la température, tandis que le rayonnement croît comme la puissance 4 (loi de Stefan), on comprend très bien que pour peu que le filament soit poussé et atteigne des températures élevées, son rendement augmente dans des proportions bien plus grandes que les pertes par circulation des gaz ne tendent à le faire décroître.
- Mais il y a mieux encore, on est arrivé à diminuer l’influence de la convection dans le rapport de 7 à 1 par l’enroulement du filament en une spirale de faible diamètre formée de boucles très rapprochées. Ges spirales sont disposées en guirlande circulaire (fig. î ) en sorte que le filament occupe un espace très restreint. Le gaz que l’on introduit dans l’ampoule peut être de l’azote ou de l’argon, en réalité il faut éviter l’argon pur parce que ce gaz n’offre pas une grande résistance à chaud et il esi arrivé que des arcs se sont amorcés entre les extrémités du filament, pratiquement on emploie de l’argon additionné d’azote.
- Le phénomène de la convection se trouve même avoir un avantage, celui d’entraîner le métal volatilisé vers le haut de la lampe que l’on a soin de munir dans ce but d’un long col. De cette façon les zones inférieures ne noircissent que plus lentement, d’où une heureuse influence sur la durée de la lampe qui peut atteindre 8,00 heures.
- Ces lampes, appelées commercialement à tort du type demi-watt tandis qu’elles consomment environ 0,6 à 0,7 watt par bougie-décimale, donnent une répartition de la lumière bien plus avantageuse que les lampes ordinaires à filament métallique, le rapport de l’intensité moyenne sphérique à l’inten-
- Fig. 2. — Lampe à arc au tungstène premier modèle.
- p.282 - vue 286/474
-
-
-
- LES NOUVELLES LAMPES ÉLECTRIQUES 283
- site moyenne horizontale est, en effet, de 0,9 tandis qu’il n’atteint que 0,8 dans les lampes utilisées jusqu’à maintenant.
- Lampe à arc au tungstène. — Etudiée vers 1915 par les laboratoires de Ponders End de la Edison and Swan United Electric C° ces lampes étaient constituées au début par deux électrodes au tungstène en contact, en série avec un filament de tungstène placé près d’une lame faite de deux métaux différents supportant une des électrodes (1).
- En envoyant le courant dans l’ensemble, le filament de tungstène se trouvait porté à l’incandescence, il échauffait la lame bi-métallique et à cause de la différence de dilatation des deux métaux il y avait écartement des électrodes et un arc s’établissait entre elles.
- La figure 2 indique clairement le montage employé : dans une ampoule vidée d’air et remplie d’azote à la pression de 0,66 kg cm2 se trouvent deux électrodes EE en tungstène, au contact, l’une est un globule, l’autre un balai de fils, la spirale de tungstène est en A et la lame bi-métallique en B. Quand le courant traverse la lampe il échauffe le spirale A, ce qui provoque l’extension de la lame B; les.deux électrodes EE se séparent et un arc jaillit entre elles.
- La température de l’arc est suffisante pour maintenir l’expansion de la bande de façon qu’elle soit en
- Fig. 3. — Lampe à arc au tungstène modèle à ioniseur.
- contact avec le butoir F et que la longueur de l’arc soit maintenue constante. L’arc brûle tranquillement et les électrodes émettent une lumière blanche intense.
- La lampe, telle qu’elle est réalisée ci-dessus, pré-1. L’Industrie Electrique, n“ 565 du 10 janvier 1916.
- sente certains inconvénients, dont le plus important est la tendance à se souder que possèdent les électrodes ; la bande d’expansion produit alors une rupture brusque, l’arc crache et la durée de la lampe est diminuée.
- Pour remédier à cet inconvénient on changea le
- Fig. 4 et 5.
- Lampe Nernst à vapeurs.
- mode d’allumage, les électrodes furent placées à une distance constante et l’on ionisa les gaz dans le voisinage à l’aide d’un filament incandescent.
- La figure 5 représente une lampe étudiée suivant ce principe.
- Trois conducteurs passent à travers le culot de la lampe, sur l’un est montée l’électrode E terminée par une boule de tungstène, tandis que les deux autres supportent le filament ioniseur BB'. Le conducteur positif se diviste en deux circuits, dont l’un traverse une résistance et un électro, l’autre aboutit à l’une des extrémités B de Fioniseur à‘travers un interrupteur manœuvré par F électro. Le fonctionnement se devine. Le courant passe d’abord dans le circuit de l’ioniseur, provoque l’incandescence du filament à une température suffisante pour rendre conducteur le gaz entre l’électrode positive et lui-même. Un faible courant s’établit par la boule E, l’arc s’amorce et provoque l’attraction de l’armature de F électro C. Le courant est interrompu dans Fioniseur et la lampe fonctionne avec l’arc seul.
- Dans cette lampe, la totalité de la lumière émane du petit globule E dé tungstène fondu de 2,5 mm de diamètre environ, les intensités lumineuses obtenues jusqu’ici ont varié entre 500 et 1000 bougies.
- La durée de vie a été de 500 heures et la con-
- p.283 - vue 287/474
-
-
-
- 284
- VARIÉTÉS
- sommation, environ 0,5 watt par bougie. Des expériences pour montrer l’effet des variations de tension sur la. lampe ont montré que l’arc était assez stable, il a fallu une chute de tension de 20 pour 100 dans le cas des petites lampes et de 25 pour 400 dans le cas des fortes lampes pour obtenir l’extinction.
- Lampe à arc à vapeurs. — La lampe à vapeur de mercure de Cooper Hewitt a tenté bien des chercheurs qui auraient voulu atténuer les effets bien connus des premiers tubes à vapeur de mercure en leur faisant donner les radiations rouges qui leur manquaient.
- Parmi les travaux récents faits dans cette voie (4) il en est que nous ne pouvons passer sous silence malgré qu’ils émanent d’un savant ennemi, ne serait-ce que pour indiquer aux chercheurs dans quelle voie ils peuvent s’orienter. La nouvelle lampe Nernst à vapeurs reposé sur les phénomènes qui se produisent quand on fait jaillir un arc entre des électrodes de charbon dans une atmosphère de chlorure ou de'bromure de zinc, ces phénomènes sont voisins de ceux qui s’observent dans la vapeur de mercure et autres métaux.
- Si la pression de la vapeur de chlorure de zinc est trop faible, la lumière est terne; mais aux pressions plus élevées, par exemplè à la pression atmosphérique, l’arc devient, paraît-il, éblouissant. Les chlorures d’aluminium et de titane se comportent d’une manière analogue, le rendement de ces lampes à chlorure est sensiblement le même que celui des lampes à vapeur de mercure à haute pression. Pratiquement la lampe est construite de façon suivante : deux charbons a et b (fig. 4) sont normalement au contact, l’électrode supérieure a termine le noyau de fer c d’un solénoïde convenablement protégé contre les effets chimiques de la vapeur, un ressort cl lui permet de se soulever quand le courant traverse le solénoïde. L’extrémité inférieure de l’ampoule se prolonge par un tube très court e qui renferme le sel à vaporiser. La volatilisation de ce dernier s’effectue sous l’inffuence d’une source extérieure de chaleur ; on peut utiliser
- à cet effet la résistance en série avec laquelle la lampe est reliée.
- Dans une deuxième lampe (fig. 5) le milieu conducteur est la vapeur de mercure et pour obtenir une coloration plus agréable de la lumière, on ajoute un sel convenable. La vapeur de mercure a la propriété d'entraîner continuellement toute substance étrangère, il en résulte que les matières introduites se volatilisent avec le mercure, se condensent, et reviennent dans le cycle d’opérations. Dans la lampe représentée (fig. 4) l’anode est constituée par du mercure et la cathode est une baguette de charbon K de faibles dimensions attachée comme précédemment au noyau E d’un solénoïde S.
- Gomme il est indispensable d’empêcher les gouttelettes de mercure et de sel qui se condensent d’atteindre l’arc on a soudé à l’intérieur du tube des pièces coniques en verre IIj H2 formant parapluie autour des électrodes. La pièce Il2 a en outre pour rôle de canaliser la vapeur de mercure dans l’arc. Il en résulte un mouvement de succion dans la partie inférieure qui entraîne une quantité suffisante de vapeurs salines. Parmi les mélanges ayant donné de bons résultats on peut citer le suivant :
- Chlorure de zinc. ...... 70 pour 100
- Chlorure de calcium ...... 15 —
- Chlorure de thallium............ 5 —-
- Chlorure de lithium ..... 5 —
- Chlorure de cæsium ..... 5 —
- Une lampe de ce genre sans résistance en série donne une intensité lumineuse de, 2600 bougies-décimales et consommé 4 ampères sous 420 volts, sa consommation est donc de 0,47 watt par bougie décimale, ce qui constitue un notable progrès sur les lampes électriques. ,
- Et en France, qu’a-t-on fait pendant ce temps? Nous croyons savoir que de très intéressantes recherches sont en cours dans une voie différente de celles que nous venons d’indiquer, ces travaux sont encore dans la période d’études et nous ne pouvons en parler, espérons^ qu’il nous sera bientôt permis d’en dire quelques mots. A. Soulier.
- * VARIÉTÉS
- Les recherches dans l’industrie. — La
- Nature a décrit un certain nombre de grands laboratoires scientifiques étrangers, auxquels nous n’avons d’ailleurs en France rien à comparer. Dans l’industrie également la nécessité des études expérimentales a .été bien comprise surtout en Amérique, et Fleming, dans une eonférence à la Junior Institution of Engineers; donne les renseignements suivants :
- 1. The Electrician du 8 juin 1917, L’Industrie Électrique du 10 juillet 1917, La Revue générale d’Électricité (Documentation) du 13 octobre 1917.
- La General Electric Cy, de Schenectady, dépense annuellement plus de 2,5 millions de francs en recherches pour lesquelles elle emploie 200 personnes environ. La Compagnie Westinghouse dépense 2 millions avec une centaine de personnes, la Eastman Kodak Cy, pour l’industrie photographique, emploie 40 personnes et dépense 750 000 francs ; l’American Rolling Mill Cy a un personnel spécial de 45 personnes et consacre 250 000 francs par an à des recherches dans le domaine de la métallurgie. La Compagnie du Pennsylvania R. R. dépense en essais et recherches plus de 2,5 millions de francs et
- p.284 - vue 288/474
-
-
-
- 285
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- y occupe 350 personnes. Dans l’industrie de caouty chouc, la Goodrich Tyre Cy dépense annuellement 500000 francs avec 150 personnes et de grosses affaires sont affectées tous les ans à des laboratoires de recherches par les Sociétés du Pont-de-Nemours, Reo Motor, Western Electric, National Carbon pour ne citer que quelques-unes.
- Si nous passons aux Universités, nous trouvons que l’Université de l’État d’Illinois dépense 250 000 francs par an en recherches et y emploie un personnel de neuf savants. Celle de Columbia prévoit l’établissement d’un laboratoire consacré uniquement aux recherches et qui coûtera 3 250 000 fr. et qui jouira d’une dotation de 10 millions. Le Mellon Institute de recherches industrielles dépense 750000 francs par an et possède un personnel de cinq savants et de soixante aides de laboratoire.
- Le Bureau of Standards possède un personnel permanent de 400 employés dont 75 pour 100 sont de vrais savants et dépense annuellement 3 mil-
- - c$3s!
- ACADÉMIE I
- lions de francs. Le Laboratoire des Produits forestiers emploie 90 personnes et dépense 700 000 fr. par an. Enfin, un exemple très intéressant de recherches coopératives est donné par la National Canners Association qui se compose de maisons intéressées dans la production des conserves alimentaires et de leur emballage. Cette Association entretient un laboratoire de recherches où on fait toute espèce d’expériences bactériologiques et d’études sur les récipients; les résultats de ces essais sont communiqués avec une libéralité qu’on ne saurait trop louer non seulement aux membres de la coopération, mais aussi à toutes les maisons qui exercent cette industrie.
- Jusqu’ici, les recherches industrielles ont été faites aux Etats-Unis dans des laboratoires appartenant à de puissantes Sociétés, mais récemment, il a été formé une Association en vue de créer une union entre ces établissements avec un programme visant le développement de l’exportation.
- S SCIENCES
- Séances du 2 5 mars au 8 avril 1918.
- La préparation industrielle de l’argon. — L’extraction de l’argon contenu dans l’air par voie de'liquéfaction. présente de sérieuses difficultés. D’autre part, le problème offre un grand intérêt industriel par l’emploi de l’argon dans les lampes* à incandescence. M. Georges Claude a trouvé un procédé,' fondé sur le principe suivant. Soit un mélange de gaz différemment volatils s’échappant au sommet d’une colonne de rectification. On le liquéfie et on renvoie le liquide en sens inverse > on appauvrit ainsi en l’élément le plus condensable. Les gaz ainsi appauvris subissent une opération analogue et, finalement, on tend vers l’élément le plus volatil du système, c’est-à-dire vers l’azote entraînant l’argon. On élimine alors l’azote par un « retour en arrière ».
- Le pouls cérébral dans les émotions. — M. Léon Binet enregistre simultanément le rythme respiratoire, le pouls cérébral à l’aide d’un cardiographe sensible et le pouls capillaire digital. Le patient étant couché, là tète immobilisée, on détermine une émotion par un brusque bruit. Selon les sujets, le cerveau est susceptible de se congestionner ou de s’anémier. Ces modifications sont accompagnées par celles du pouls digital et le patient fait à la fois de la pâleur du cerveau et de la pâleur périphérique. A une émotion, l’organisme réagit par des modifications vaso-motrices qui portent tant sur la périphérie que sur les centres et qui se font dans le même sens.1
- Les mœurs des ammophiles. — M. Lécaillon reprend en les précisant les curieuses observations de J.-H. Fabre. Il montre comment l’ammophile hérissée creuse, dans le sable d’une plage, des. trous qui la conduisent presque toujours à découvrir une chenille, et il suppose qu’elle est guidée par son odorat; ce dont l’agitation continuelle des antennes serait un signe. En ce qui concerne les piqûres paralysantes dont on a beaucoup parlé, l’auteur a toujours vu les piqûres pratiquées sur les anneaux successifs prendre fin au niveau de la quatrième paire de pattes abdominales. L’ammophile se
- guide sur la présence des appendices latéraux des anneaux et enfonce son aiguillon aux points de plus faible résistance, sans aucune préoccupation de piquer ou non (comme on l’avait dit) les ganglions nerveux. En outre, elle suce le liquide qui s’écoule de la blessure et trouvé ainsi une nourriture dès la capture de la chenille.
- Roches dé la Guinée française. — M. A. Lacroix étudie une série de roches provenant de l’archipel de Los en Guinée française et y montre la persistance du caractère alcalin, avec prédominance de la soude sur ' la potasse. Les divers filons résultent évidemment de différenciations tout à fait locales, effectuées dans les parties du magma déjà différenciées pour donner naissance à chacun des deux types syénitiques.
- Influence des acides sur la germination. — Il est certain que les acides sont nuisibles aux concentrations voisines de 1/1000; mais on ne sait rien de la limite inférieure à laquelle cette action commence à se manifester. MM. Maquenne et Demoussy reprennent l’étude de la question et montrent que les acides minéraux sont au nombre des substances les plus nuisibles à la germination. Cette action toxique peut être modifiée par la présence d’électrolytes salins. Les ions négatifs correspondant aux électrolytes employés^ ne paraissent jouer aucun rôle essentiel. Si donc la dissociation électrolytiqiîe intervient comme on l’a dit, c’est surtout à l’ion positif, hydrogène ou métal, qu’il faut rapporter l’action nocive des acides vulgaires et de leurs dérivés salins.
- Préparation d’un colloïde organique par le sérum humain. — M. Arthur Ternes montre'qu’il y A une floculation périodique des suspensions fines en présence du sérum humain. Ce phénomène se retrouve pour les suspensions organiques comme pour les suspensions minérales. Il est possible de régler l’état d’une suspension colloïdale pour qu’elle flocule avec le sérum syphilitique et qu’elle ne flocule pas avec le sérum normal.
- p.285 - vue 289/474
-
-
-
- LES MÉTHODES MODERNES DE MAGASINAGE DU CHARBON
- Les conditions dans lesquelles se fait actuellement le ravitaillement en charbon ont eu pour conséquence de conduire tous les gros consommateurs, usines à gaz, centrales électriques, voire même les municipalités qui sont chargées de l’approvisionnement des grandes agglomérations, à constituer des stocks importants capables d’assurer un volant suffisant pour permettre le fonctionnement ininterrompu même dans le cas où par suite des circonstances le réapprovisionnement ne pourrait s'effectuer.
- fiques ? Enfin quelles sont les méthodes les meilleures pour l’emmagasiner? C’est ce que nous allons exposer brièvement.
- Une première cause de détérioration physique, résulte de la manutention supplémentaire' qu’impose le stockage. Forcément les appareils qui disposent le charbon en tas de quelque nature qu’ils soient, laissent tomber le combustible d’une hauteur plus ou moins grande. Les morceaux se cassent, s’effritent, la proportion de poussier
- Fig. i. — Emmagasinage du charbon dans un port dé VAmérique du Sud. On voit le transporteur aérien qui amène le charbon du bateau au silo.
- Dès le temps de paix l’expérience avait montré l’utilité pour les usines de posséder un stock égal au moins à 55. pour 100 de leur consommation annuelle, lesquelles reçoivent leur charbon par voie ferrée et à 66 pour 100 quand leur réapprovisionnement a lieu par canaux. De même les mines doivent prévoir, pour subvenir aux demandes forcément très variables suivant la période de l’année, des réserves importantes en divers centres de distribution.
- Mais le charbon peut-il ainsi être « stocké » parfois pendant de longs mois sans inconvénients? Ne constitue-t-il pas un danger, par suite des combustions spontanées qu’on observe souvent dans les grandes masses, et, en tous les cas, ne se détériore-t-il pas, perdant une partie de ses qualités calori-
- augmente et par suite la valeur marchande diminue.
- Les altérations chimiques sont beaucoup plus complexes et plus importantes. La principale est la combustion spontanée qui se produit fréquemment avec les charbons bitumeux et n’a jamais lieu avec l’anthracite quelle que soit la quantité de charbon entreposé. Diverses théories ont été proposées pour rendre compte de ce phénomène; on admet généralement qu’il est du à la décomposition des pyrites de fer et de la marcassite à l’air en présence d’humidité et à l’oxydation du charbon qui s’accompagneraient d’un dégagement de chaleur accélérant les réactions jusqu’à l’ignition de la masse. Cependant les expériences de laboratoire avec des poudres de pyrite mouillées sur lesquelles on faisait passer un courant d’oxygène, chargé d’ozone n’ont pu
- p.286 - vue 290/474
-
-
-
- LES MÉTHODES MODERNES DE MAGASINAGE DU CHARBON
- 287
- mettre en évidence un dégagement de chaleur quelconque. Pour M. Bruigum, ce sont l’humine et l’acide humique qu’il faut incriminer (1). L’humine sous l’action des intempéries perd du carbone et de l’hydrogène; son pourcentage de cendres augmente, le pouvoir calorifique du charbon diminue, et la combustion spontanée de ce constituant peut entraîner celle de la masse entière. L’acide humique en présence de l’oxygène se modifie aussi avec formation d’anhydride carbonique et absorbe alors facilement l’ozone pour former des corps décomposés par l’eau avec dégagement de chaleur.
- Mais d'où provient l’ozone?
- L’auteur admet qu’il se forme lorsque s’accélère, par suite d’une élévation de température, l’absorption de l’oxygène de l’air par le charbon, très lente à la température ordinaire. C’est pourquoi les temps chauds après un orage sont dangereux, de même que l’air de la mer chargé d’ozone peut déterminer des incendies dans les soutes surchauffées des navires.
- Pour prévenir ces accidents on a proposé soit de ventiler énergiquement les masses de charbon, soit de les refroidir, en disposant par exemple dans la masse des bouteilles d’acide carbonique liquide fermées par des bouchons fusibles.
- Quoi qu’il en soit, on ne doit pas perdre de vue ce grave danger quand il s’agira de constituer d’importants stocks du précieux combustible. L’emmagasinage dans des silos qui permet de limiter l’étendue du sinistre et de le combattre rapidement en vidant les silos est très avantageux. Dans les autres cas, la hauteur du tas sera limitée par la nature du charbon : les tas de charbons bitumeux*ne doivent pas en général dépasser 5 à 7 m., les charbons à gaz anglais sont entreposés dans les usines jusqu’à des hauteurs de 20 m.,
- 1. M. Bruigum admet que le charbon est formé de trois constituants : les bitumes solubles dans la benzine, l'acide humique soluble dans la potasse caustique et précipitant de la solution par les acides et qui a la propriété de fixer l’azote de l’air en présence d’alcalis, l’humine qui est constituée par de la cellulose plus ou moins transformée.
- Fig. 2 et
- tandis que sur le carreau de la mine le même charbon ne peut sans danger être mis en tas de plus de 9 m. de haut.
- Quant à la diminution du pouvoir calorifique, elle est très discutée et dépend de la matière du charbon et des conditions climatériques du lieu d’emmagasinage. D’après des essais du Bureau des Mines des États-Unis, après deux ans la perte maxima constatée a été de 1,8 pour 100.
- Les méthodes d’emmagasinage du charbon sont au nombre de trois : 1° La mise en tas sur un terrain généralement préparé à cet effet, soit en plein air, soit sous un toit les côtés restant libres; 2° Le stockage dans des silos, le charbon étant accessible par la partie inférieure. Ces silos doivent être ou couverts ou comporter des dispositifs permettant à l’eau de pluie de ne pas y séjourner; 5° le charbon est stocké dans des bassins remplis d’eau douce ou d’eau de mer.
- Le premier procédé est le plus connu, et nous ne nous étendrons pas à son sujet. Signalons simplement que dans beaucoup de cas il y a intérêt à ce que le sol sur lequel un pont roulant ou une grue décharge , le charbon, soit pavé et en pente pour faciliter l’écoulement de l’eau. De même l’érection d’un petit mur entourant le dépôt de charbon permet d’en disposer une plus grande quantité notamment dans les angles, que lorsque le tas est libre de s’ébouler sous l’action
- de la pesanteur. Un procédé à recommander lorsque l’on a de très grosses quantités de charbon à emmagasiner est représenté schématiquement sur les;figures 2 et 5. Un telpher électrique parcourant le chemin indiqué figure 2 permet de constituer un amoncellement ayant la disposition figure 3. On remarquera que pour augmenter la capacité de l’installation, des murs latéraux ont été prévus et que le sol porte des murets en ciment à parois inclinées qui facilitent la formation des tas de charbon.
- L’emmagasinage du charbon dans des silos est une méthode plus scientifique et permet non seulement d’éviter l’accumulation du charbon menu dans
- — Emmagasinage en grande quantité du charbon par telpher.
- p.287 - vue 291/474
-
-
-
- 288 = LES MÉTHODES MODERNES DE MAGASINAGE DU CHARBON
- certaines portions du tas, ce qui se produit dans les dispositifs précédents, les gros morceaux glissant vers la périphérie et le poussier s’amoncellant au centre, mais encore de mettre toute la masse en
- L’eau employée peut être ou l’eau de mer ou l’eau douce. C’est ainsi que les charbons du cuirassé Maine coulé près de la Havane et qui ne furent I retirés que 14 ans plus tard n’ont présenté aucune
- 1
- Fig. 4. — Le déchargement du charbon dans un port et son emmagasinage dans des silos
- à parois courbes.
- mouvement lorsque l’on prélève du charbon dans le silo, ce qui évite la combustion spontanée.
- M. Quismer, auquel nous empruntons les données de cet article, a étudié, à l’aide de poudres colorées mises dans des silos d’expérience munis de regards en verre, le processus de l'écoulement du charbon; la figure 5 montre 5 stades de la descente dans un silo à parois planes et les 5 dispositions correspondantes dans un silo à parois boni bée s d’un modèle fréquemment employé en Angleterre. On remarquera que sitôt que le cône central se forme, les couches* de charbon se mélangent et par suite on soutire un produit moyen, si l’ouverture est assez large.
- L’emploi de parcs à charbon noyé ne date guère que de 1905 et si l'installation coûte cher, elle supprime tous dangers et en même temps conserve au charbon toutes ses propriétés sans altération.
- diminution de leur pouvoir calorifique malgré cette longue immersion.
- La première installation en Amérique fut celle
- de Chicago où 140001. de charbon furent emmagasinées. Puis des usines importâtes, 17n-dianopolis Light and Heat Cy (stock de 13 000 t.), la Duquesne Light Cy à Brunot’s Island (stock de 100 000 t.), etc., utilisèrent ce système. Une men tion particulière doit être faite de l’installation de Y America Zinc Soulling Cy qui utilisa un ravin pour constituer le réservoir.
- Malgré ces exemples, cette méthode, très coûteuse, ne doit pas être envisagé^ sauf dans des cas très spéciaux où elle peut être établie à peu de frais et l’emmagasinage du charbon dans des silos se présente actuellement comme le meilleur système pour la constitution des grands stocks. H. Volta.
- Fig. 5i — Mode d’évacuation du charbon dans des silos de diverses formes.
- Le Gérant : I\ Masson. — Imprimerie Lafiure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
- p.288 - vue 292/474
-
-
-
- LA NATURE.
- N° 2328-
- Il MAI 1918
- EVOLUTION DE L’AVIATION ALLEMANDE
- III
- Attaque. Défense. Bombardement. T. S. F. Éclairage. Chauffage.
- Nous avons eu précédemment l’occasion de suivre l’évolution du matériel de l’aviation allemande en ce qui concerne les avions (*), puis les moteurs (2); il nous faut maintenant étudier sommairement comment l’aviation ennemie a eu recours aux sciences électriques, photographiques, ! pyrotechniques, etc., pour permettre à ses diverses missions aériennes de produire les résultats les plus fructueux et les plus efficaces.
- Avant d’examiner quels sont les moyens qu’utilisent les avions, il est bon de jeter un coup d’œil sur l’organisation générale de l’aviation allemande.
- Vers la fin de l’année 1916, les services aériens allemands ont été transformés en une arme autonome qui groupe en son organisation l’ensemble des forces de F « aéronautique » (Luftstreit-krâfte).
- Le commandant suprême de cette arme est le général von Hoeppner qui paraît centraliser en ses mains la direction de tous les services aéronautiques de l’arrière comme de l’avant.
- L’ensemble des 1 services de l’arrière comporte une organisation appelée
- « inspection de l’Aéronautique ». La partie aviation qui nous intéresse actuellement se subdivise en plusieurs sections chargées chacune d’un travail bien déterminé.
- Au front, il existe des commandants d’aéronau» tique aux Etats-Majors de chaque armée et de
- 1. Voy. La Nature, n° 2317.
- 2. Voy. La Nature, n° 2520.
- 46e Année. — 1" Semestre.
- — Emplacement de 2 mitrailleuses tirant à Vhélice sur un avion de combat allemand Les commandes des 2 mitrailleuses sont entre les poignées de direction. On voit à l’avant les 6 cylindres du moteur Mercèdès de 180 HP. A droite l’étui porte-fusée.
- Fig. i. travers (Pfalz)
- chaque corps d’armée. Ce commandant possède une autorité directe sur les commandants d’aéronautique de corps d’armée, sur les escadrilles, ou groupe de chasse (Jagtstaffeln) et sur une ou deux escadrilles spécialisées dans les reconnaissances à longue portée
- (A. 0. K. Abtei-' . : ” lüngen).
- Les escadrilles de corps d’armée (Feld-Flieger abteilüngen) et les escadrilles de protection (Schütz-stalfeln) sont directement sous les ordres des commandants d’aéronautique de G. A.
- Les groupes de bombardement (bombengechwaden) et certains groupes de chasse d’élite, sont directement sous les ordres "du G. Q. G.
- Chaque armée allemande possède un organe technique qui est le parc d’aviation d’armée; ; c’est un organe de ravitaillement et de réparation, il monte les avions qui arrivent démontés de l’arrière et les livre aux escadrilles au fur et à mesure des besoins.
- Les différentes missions que remplissent actuellement les unités d’aviation sont la chasse, le bombardement et enfin les , , plus importantes,
- les missions de C. À (reconnaissances, réglages d’artillerie, photographie, liaisons, etc...). ' ‘
- Organes d'attaque et de défedse. — Les avions allemands de chasse, monoplaces, sont équipés avec un armement essentiellement offensif, deux mitrailleuses « Maxim » fixes et tirant à travers l’hélice (fig. 1).
- L’approvisionnement en munitions peut atteindre
- 19. — 289
- p.289 - vue 293/474
-
-
-
- 290
- ÉVOLUTION DE L’AVIATION ALLEMANDE
- 800 à 1000 cartouches par arme. Les munitions utilisées sont à balles perforantes à noyau d’acier, ou à «balles explosant à environ 500 m. ou à
- balles lumineuses traçantes, ou à balles incen-
- Fig. 2. — Coupe à travers une tourelle mobile et circulaire montée sur Albatros C-12. Poids 11 kg, développement maximum en hauteur o m. 5o. A, tube coulissant ; F, fourche de support; M, mitrailleuse ; T, tourelle circulaire; Z, ressort équilibrant le poids de la mitrailleuse et évitant tout effort au mitrailleur ; P, poignée d’immobilisation instantanée; R, rail de roulement.
- travers l’hélice, ces armes sont synchronisées avec le moteur, c’est-à-dire que c’est le moteur lui-même qui actionne la détente de façon à ce que les balles passent entre les deux pales de t'hélice.
- Le pilote embraye à volonté ses armes au moyen de deux manettes Bowden fixées sur le levier de commande de l’avion.
- Les avions biplaces de C. A. ou de protection sont munis à la fois d’un armement offensif et défensif.
- Une mitrailleuse fixe tire à travers l’hélice et est donc commandée par le pilote ; la seconde mitrailleuse est mobile et montée sur une tourelle à l’arrière de la cellule, cette arme est maniée par l’observateur.
- Ces mitrailleuses mobiles sont des « Parabellum », elles sont alimentées au moyen d’une bande '
- souple de 100 à 200 cartouches enroulées sur des rouleaux interchangeables.
- Le dernier type de tourelle (Albatros C. 12
- 260 IIP) est constitué (fig. 2) par une couronne de bois contreplaqué montée sur galets et roulant sur un rail circulaire. Dans cette couronne est
- encastré un tube d’acier télescopique, à ressort, permettant de monter ou de descendre la mitrailleuse et de tirer dans toutes les directions, sans efforts de la part de l’observateur.
- Cette tourelle très simple à manœuvrer et extrêmement légère ne pèse que 11 kg.
- Les avions tri-place allemand de bombardement sont munis d’un armement purement défensif composé de 3 mitrailleuses mobiles : l’une placée à l’avant du fuselage et montée sur tourelle, la seconde à l’arrière du fuselage et également montée sur tourelle, la troisième fixée à l’arrière et sous le fuselage placée sur un pivot coulissant sur
- y
- ôombe incendiaire explosive ; '4/CqSOO - 4/fyôQO
- explosive 2f Kgs.
- 1314- - 1g1S
- Bombe explosive 300 Kgs.
- IS/3
- Fig. 3._ — Bombes d'avion du début de la guerre içi4~içi5.
- une barre, permet de répondre aux attaques venant par-dessous.
- Organes de bombardement. — Au début de la
- p.290 - vue 294/474
-
-
-
- ÉVOLUTION DE L AVI ATION ALLEMANDE
- 291
- guerre, les, Allemands exécutaient fort peu de bombardements. Les bombes de l’année 1914 étaient relativement légères (5 kg) et munies de poignées, le passager pouvait sans efforts les jeter pardessus bord sans utiliser d’appareils spéciaux.
- Les premiers lance-bombes furent constitués par 2 ou 4 tubes verticaux [ placés devant le passager, les bombes étaient suspendues dans l’intérieur des tubes et libérées au moyen de pédales qui commandaient un dispositif de décrochement.
- Deux genres de bombes étaient alors employées par les Allemands : une bombe incendiaire cÿlindro-conique pesant environ 5 kg et contenant de la matière incendiaire; puis deux types de bombes explosives, l’une sphérique pesant 5 kg, l’autre piriforme et à shrapnells, pesant4 kg (fig. 3).
- Actuellement, le poids et les dimensions des bombes ont été augmentés dans de telles proportions qu’il est impossible de songer à les lancer autrement que par l’intermédiaire de dispositifs mécaniques.
- Les deux types de lance-bombes utilisés sur les nouveaux avions lâchent les bombes dans une position horizontale.
- Le premier type (fig. 4) est monté sur tous les avions de C. A. et est monté en double sur les avions de bombardement; il contient 5 bombes de 10 kg, celles-ci étant placées horizontalement, les unes au-dessus des autres et maintenues par des tour-, niquets. A chaque fois que le bombardier appuie sur un gros bouton placé latéralement, la bombe inférieure est libérée et les autres bombes descendent d’un cran.
- Le second type (fig. 5) est utilisé sur les avions de bombardement pour lancer les gros projectiles de 50, 100 et 300 kg. Ces appareils sont fixés soit sous le fuselage, soit sous les plans inférieurs ; ils sont constitués par un collier souple qui soutient la
- bombe par le milieu et par une pince qui tient la fusée, le déclenchement est produit par l’ouverture d’un verrou de sûreté qui se manœuvre de l’intérieur au moyen de câbles bowden.
- Suivant les dimensions des bombes auxquelles ils s’appliquent, ces lafice-bombes sont conçus pour un seul projectile (300 et 100 kg) ou pour deux (50 kg).
- Il faut remarquer que dès le début de la guerre, les Allemands ont décidé de créer des bombes spéciales pour avions et non d’utiliser des obus d’artillerie.
- En effet, si les obus d’artillerie ont été conçus avec un assez fort pourcentage de poids d’acier
- pour l’enveloppe et assez peu d’explosif, cela est du aux conditions très sévères de densité à réaliser pour obtenir un bon rendement balistique (portée, tenue, équilibre, etc.) ; la question se présente autrement en ce qui concerne les bombes d’avions car, en ce cas, l’élément trajectoire devient secondaire, tandis que les éléments explosifs et pouvoir destructeur deviennent primordiaux.
- C’est pourquoi les Allemands utilisent des bombes d’avions dont l’explosif représente 60 pour 100 du poids total, tandis qu’il ne représente que 0,005 pour 100 du poids de l’obus de 77.
- Actuellement les Allemands se servent de bombes pisciformes munies de grands empennages stabili-
- Fig. 4. — Lance-bombe vertical pour 5 bombes de 10 kg. Les bombes sont superposées et tombent horizontalement l’une après l’autre à chaque pression de la poignée supérieure qui fait descendre toutes les bombes d’un étage. Les bombes partent tangentiellement à leur trajectoire.
- Fig. 5. — Lance-bombe horizontal pour 4 bombes. Les colliers en s’ouvrant libèrent les bombes. Les lance-bombes sont placés sous le fuselage ou sous les ailes.
- p.291 - vue 295/474
-
-
-
- ÉVOLUTION DE L’AVIATION ALLEMANDE
- 292
- ateurs et hélicoïdaux. L’empennage est destiné à empêcher les bombes de tournoyer dans leur chute, à les faire tomber sur la pointe et à les animer d’une certaine vitesse de rotation autour de leur axe.
- Extrêmement puissantes, ces bombes pèsent 10, 50, 100 et 500 kg.
- Les fusées sont munies d’un dispositif spécial permettant de les transformer avant le départ de l’avion et par un simple mouvement de la main en bombes instantanées ou en bombes avec retard.
- Quand nos ennemis cherchent à nous causer des destructions de matériel (gares, usines, villes, etc.),ils utilisent ces bombes avec retard de façon à produire un bouleversement profond des bâtiments ou des voies.
- Quand, au contraire, ils désirent détruire du personnel ou du maté-rie léger et disséminé ils utilisent ces bombes sans retard de façon à ce que tous les éclats fauchent au ras du sol tout ce qui se trouve aux alentours de l’explosion (cantonnements, gares d’embarquements de troupes, terrains et parcs d’aviation, etc.).
- Dans le cas de retard, l’explosion ne se produit qu’au moment où la bombe rencontre un obstacle suffisamment résistant pour l’arrêter brusquement dans sa chute. Suivant leurs poids, les bombes éclatent aux étages supérieurs des immeubles (10 et 50 kg) ou aux étages inférieurs (100 kg) ou même> dans les caves si elles ne rencontrent pas de murs ou de poutres métalliques (500 kg) ; dans ce cas l’immeuble entier .est généralement « soufflé » et s’effondre. ,
- Le percuteur P est immobilisé par le verrou Y et c’est l’inertie du détonateur D, qui écrasant le ressort A, vient frapper la pointe du percuteur (fig. 6).
- Dans le cas de non retard toutes les bombes éclatent dans les étages tout à fait supérieurs, dans les combles ou au ras du sol.
- Le percuteur P est libre, au premier choc, il écrase le ressort B et vient frapper le détonateur.’
- Le verrouillage ou la libération de la tête mobile-percuteur est obtenu en tournant la pointe infé-
- rieure'de la fusée de 45°. Les dispositifs de sécurité de cette fusée sont doubles et constitués :
- 1° Par l’immobilisation du percuteur au moyen d’une goupille qui ne se rompt que sous un choc très violent;
- 2° Par le jeu de trois masselotes qui, au repos séparent le percuteur du détonateur et ne s’écartent que si le mouvement de rotation de la bombe a atteint une certaine vitesse par le fait des empennages hélicoïdaux, c’est-à-dire après une
- chute d’environ 2 à 500 m. Ces masselotes décentrées sont maintenues au centre par un petit ressort qu’elles écrasent lorsque la force centrifuge les rejette vers la périphérie. Ces sécurités ont --Cprpa def'obuj pour but d’empêcher en ac/er jes tombes d’éclater au -fuséejnJerome cas 0b un avion chargé
- r/w"c u
- viendrait à capoter.
- Les petites bombes de 10 kg, les plus employées par les avions de C. A. qui peuvent en emporter 6 ou 7, sont destinées à être jetées au cours d’une offensive ou d’une retraite d’armée sur les gares, les convois, les rassemblements de troupes et cherchent plutôt à semer la désorganisation, qu’àcau-sef de véritables destructions. Elles ont une longueur de 0 m. 75, un diamètre de 90 mm et ne contiennent que 1,2 kg d’explosif, soit seulement 11 pour 100 (fig. 7). Les bombes de 50, 100 et 500 kg sont utilisées par les avions spécialisés pour le bombardement. Les grosses charges d’explosifs qu’elles contiennent permettent d’obtenir de très puissants effets de destruction ; en particulier, la bombe de 500 kg contient 180 kgd’explosif, c’est-à-dire beaucoup plus que l’obus de420 n’en contient (120 kg).
- La bombe de 50 kg a une longueur de lm 70, un diamètre de 180 mm et contient 20 kg d’explosif, soit 57 pour 100 du poids total.
- La bombe de 100 kg a une longueur de 1 m. 87, un diamètre de 250 mm et contient environ 55 kg d’exfdosif, soit 55 pour 100 dû poids total.
- La bombe de 500 kg à une longueur de 2 m. 80, un diamètre de 560 mm et contient 180 kg d’explosif, soit 60pour 100 du poids total.
- Ressort A _i
- Masse lotte centrifuge '
- ‘ Explosif Détonnateur
- [_ Capsule de fulminate
- J--.Percuteur
- . _ Partie mobi/e
- formant verrou V
- - Un des ne no
- c/u verrou
- Fig. 6. — Coupe schématique des fusées des bombes allemandes. La bombe, sous l’influence de ses ailettes hélicoïdales, prend dans sa chute une certaine vitesse de rotation, les masselotes centrifuges sont rejetées vers l’extérieur et libèrent à la fois le percuteur et le détonateur. Ceux-ci sont maintenus écartés l’un de l’autre par les 2 ressorts A et B. Si le verrou mobile V immobilise le percuteur, la bombe n’éclatera qu’au moment où le détonateur sera projeté en avant, en écrasant le ressort A, c’est-à-dire au moment où la bombe s’arrête brusquement après avoir traversé des obstacles qu’elle a pu percer. (Éclatement avec retard.) Si, au contraire, le verrou V est tourné de telle sorte,qu’il libère le percuteur, la bombe éclatera dès que le percuteur sous le moindre choc s’enfoncera en comprimant le ressort B et frappera la capsule dé fulminate. (Éclatement immédiat.)
- p.292 - vue 296/474
-
-
-
- Obus de Bombe Obus
- 77 d'avion de 88
- Poids 7Kg h = Q,7S _ d= 30"#» x Explosif =1 Kg200 Poids r 10 Kgs
- Expi.
- 4%
- Explosif
- 117»
- Obus
- TJ
- Bombé, Obus
- Bombe Obus d 'avion de ISO h= 1,70 d= 180"v™ Explosif* 20 Kgs
- Poidô*50Kgs
- Explosif Explosif 37%
- Bombe ; Obus
- Bombe Obus d'avion de 210 8*1,87 Ct- 2S0fm ExplosifKgs
- Poids *100 Kgs
- Explosif
- 6.4-%
- Explosif
- 38%
- HJ
- Explosif
- 6,8%.
- Bombe i Obus
- Bombe Obus d'avion de 305 h=2,80 d= 360
- Explosif=180 Kgs. Poids-300Kgs
- Obus
- de 420
- Explosif• 106 Kgs.
- Poids-SôOKgs
- Explosif I Expfos/f Explosif 60% 8% 11,7 %
- Bombe I Obus
- Obus
- Fig. 7- — Schéma faisant ressortir les dimensions comparées et les.pourcentages d'explosifs comparés entre les bombes allemandes d’avions
- et les obus allemands d’artillerie de même poids.
- ÉVOLUTION DE L’AVIATION ALLEMANDE 293
- p.293 - vue 297/474
-
-
-
- EVOLUTION DE L’AVIATION ALLEMANDE
- 294
- L’explosif de couleur jaune utilisé dans ces bombes est constitué par 60 pour 100 de tolite et 40 pour 100 4’hexanitrodiphénylamine.
- Avant l’apparition de la bombe pisciforme de 100 kg, nos ennemis utilisaient souvent - comme bombe d’avion un « minen » de tranchée de 100 kg contenant environ la même quantité d’explosif (50 kg).
- La bombe incendiaire de 10 kg presque sem-blable comme forme à la bombe explosive de 10 kg contient 3 kg de matières incendiaires et est entourée de cordages goudronnés.
- Contre les objectifs étendus et très denses, villes, groupe d’usines, il y a intérêt à employer peu de bombes, puisqu’elles tomberont sûrement sur l’objectif, mais de très fort calibre (100 et 300 kg) ; contre les objectifs peu denses et étendus, gares de triage, usines, cantonnements, faubourg, terrains d’aviation, il y a intérêt à lancer beaucoup plus de
- bombes, mais de moins gros calibres (50 kg).
- Les Allemands se servent, à bord de leurs gros avions de bombardement, d’un appareil de visée construit par la maison d’optique Goerz. (Voir La Nature, n° 2281 du 16 juin 1917.)
- Cet appareil assez lourd et encombrant semble cependant donner le maximum de précision que l’on puisse espérer obtenir en se basant sur des calculs qui ne peuvent tenir compte de tous les facteurs-en jeu. e
- L’ensemble du viseur Goerz se compose de trois parties : une lunette de visée qui permet de connaître à chaque bombardement les éléments variables et de viser le point bombardé ; une table de tir qui permet de composer ces éléments variables avec les éléments constants du tir aérien; un correcteur de route qui permet au passager de giîider automatiquement son pilote, afin qu’il passe exactement au-dessus du point visé.
- Nous savons que pour effectuer un bombardement avec quelques chances de suécès, il faut pouvoir déterminer quelle sera la trajectoire suivie par la bombe dans sa chute. f'
- Pour atteindre ce résultat, il faut connaître : la vitesse initiale, la hauteur de jet, la force et la
- direction du vent et certains facteurs constants qui varient avec chaque type de bombe....
- La lunette Goerz permet de connaître, au moyen d’une visée préalable, la vitesse de la bombe par rapport au sol ; le bombardier en déduit de suite au moyen de sa table quelle est la vitesse du vent en supposant que l’avion vole contre le vent. La hauteur de jet se déduit des indications fournies par l’altimètre (hauteur de l’avion), et par la’carte (altitude de l’objectif).
- Les coefficients constants sont déterminés une fois pour toutes pour un type de bombe donné.
- La table de tir permet de coordonner automatiquement ces divers éléments et de déduire l’angle de visée convenable.
- Il semble que ce viseur ne peut donner d’utiles résultats que de jour, de toute façon il ne peut empêcher les erreurs de trajectoire provenant des variations de force ou de direction du vent aux cüfférentes altitudes
- ----- — - - , comprises entre le sol
- et l’avion et que le bombardier ne peut soupçonner.
- G’est pour diminuer ces causes d’erreur que les bombes ont des formes fuselées qui leur permettent d’avoir une vitesse de chute considérable, diminuant ainsi les dérives du vent.
- Le bombardement aérien n’en reste pas moins une arme très peu précise, qui ne peut donner de résultats sérieux que par l’utilisation d’avions emportant des charges de 800 à 1000 kg de projectiles.
- Organes de liaison(4). — Les organes de liaison permettent aux avions de communiquer avec le sol pendant la durée de leurs missions. Dans ce but nos ennemis utilisent actuellement la Télégraphie sans Fil, les signaux lumineux électriques et les signaux lumineux produits par jets de fusées (fig. 8).
- T. S. F. — Les organes de T. S- F., utilisés sur les avions allemands, ont été étudiés précédemment. Rappelons seulement qu’ils sont composés de trois éléments principaux, une génératrice, un circuit oscillant et une antenne. De plus, depuis peu de temps, les avions ennemis sont quelquefois équipés avec un dispositif de réception à bord (lampes à ondes entretenues).
- La génératrice produit du courant alternatil (270 watts, 3 amp.) et du courant continu (50-volts, A amp.). Elle est mise en mouvement soit par une petite hélice mue par l’air (4500 tours à la minute), soit par le moteur qui lui transmet son mouvement par l’intermédiaire d’une poulie embrayage.
- '1. Yoy. La Nature, n° 2306.
- p.294 - vue 298/474
-
-
-
- EVOLUTION DE L’AVIATION ALLEMANDE
- 295
- Les courants produits par cette génératrice sont utilisés par le « circuit oscillant », celui-ci donne naissance aux oscillations créatrices d’ondes hertziennes. Le circuit oscillant (sender) « Telefüriken » est constitué par une boîte rectangulaire contenant un transformateur, un condensateur, un éclateur à plateau et une self d’accord ou variomètre.
- Des dispositifs spéciaux permettent de faire varier la longueur d’onde et l’intensité d’émission.
- L’antenne est constituée par un fil de cuivre d’environ 35 à 40 m. Au repos ce fil est enroulé sur un
- l'introduction d’une douille porte-fusée (fig. 8).
- Chauffage. — La tendance de plus en plus en faveur dans l’aviation d’exécuter certaines missions dangereuses, en bénéficiant de Davantage tactique donné par une altitude extrêmement élevée (6 à 7000 m.), a créé la nécessité de se défendre contre les froids vifs qui régnent à cette altitude et peuvent être de l’ordre de — 40°.
- Les avions allemands ont été équipés avec des dispositifs spéciaux de réchauffage. La source de chaleur la plus pratique tant comme facilité de réglage
- Chauffage
- du pilote
- G.C.
- Eclairage
- un des Instruments de bord
- £
- Chauffage du passager
- Réchauffage appareil photo iyi Réchauffage mitrailleuse 1 Phares
- atterri sage x 77 de nuit
- £
- Dispositif chauffage et éclairage Interrupteur
- Rouet
- porte-antenne
- Génératrice (J. de F/ieger
- D-J3J6-C e
- G.A. (courant alternatif270 Vb/hs J Ampères) G.C. (courant continu 60 Vo/ts 4-Ampères).
- Circuit
- oscillant
- Téféfunfren” ( voir Nature) N?2306
- Ampèremètre
- /fasse' del'a v/on
- Dispositif T.S.F.
- Fig. 9. — Schéma d’installation électrique de T. S. F., chauffage, éclairage à bord des avions allemands.
- rouet; en cours de vol il pend sous l’avion (fig. 9).
- La portée de ces postes est d’environ 30 km; leur poids total de 26 kg. Les nouveaux avions géants se dirigent la nuit au moyen de la radiogoniométrie (émission et réception des signaux de T. S. F.) comme les dirigeables Zeppelins..
- Les avions d’infanterie ou les avions de nuit ont besoin de pouvoir entrer en relations avec des unités de terre qui ne possèdent pas de T. S. F. (batteries contre avions, infanterie pendant l’attaque, etc.).
- Les pilotes ou passagers peuvent se servir de petits projecteurs électriques ou de pistolets lance-fusées qui leur permettent de se faire reconnaître ou de transmettre un signal convenu d’avance.
- Les pistolets sont de deux sortes, soit un type de pistolet ordinaire utilisant des fusées cartouches de 30 mm, soit un type de pistolet dont le canon s’ouvre longitudinalement pour permettre
- que comme moindres risques d’incendie a été 1 énergie électrique, le courant étant fourni par la petite génératrice de T. S. F. ou une génératricé analogue.
- Les passagers peuvent utiliser des vêtèments spéciaux chauffants : gants, botteset combinaisons; les avions possèdent des réchauffeurs d’huile de moteur et les mitrailleuses des dispositifs chauffants qui empêchent la graisse de se décomposer et de se congeler, entraînant ainsi des inconvénients de tir.
- Éclairage. — Les avions allemands équipés pour exécuter dés vols de nuit utilisent du courant électrique produit par une petite génératrice ou par une batterie d’accumulateurs pour alimenter leurs féux de position (rouge et vert), leurs petites lampes d’instruments de bord et aussi pour alimenter des projecteurs servant à la signalisation ou à l’atterrissage. Ll Jean-Abel Lefranc,
- Adjoint technique au parc d’aviation de la Armée.
- p.295 - vue 299/474
-
-
-
- L’HABITATION ET LES TRÉPIDATIONS DE LA CHAUSSÉE
- 296
- Les habitants des grandes villes, qu’il s’agisse . de notre Pays comme de l’Étranger, se plaignent vivement des trépidations causées aux immeubles par le passage des autobus, des lourds camions industriels de jour en jour plus nombreux, des tramways, sans omettre les chemins de fer souterrains. En Allemagne, n’a-t-on pas créé même une « ligue contre les trépidations et le bruit ».
- A Paris, sur certaines artères l’intensité de la circulation ne fait qu’augmenter dans .de fortes proportions, et dans ces conditions, il n’est pas étonnant que tous ces lourds véhicules sillonnant la voie publique à des intervalles assez rapprochés, n’ébranlent la chaussée d’une façon presque continue et avec plus ou moins de violence suivant la nature du revêtement. D’autre part, les égouts et branchements particuliers mettant les premiers en communication avec les immeubles, les galeries, caniveaux, tunnels (métro), etc., qui existent sous la chaussée, constituent autant de caisses de résonance qui amplifient les ébranlements, lesquels alors gagnent les murs de fondation des immeubles, montent dans les murs de façade, pour se propager enfin. par contact et par conductibilité dans les murs de refend, les planchers, les plafonds et les cloisons. Lampes, lustres, verroteries, menus objets placés sur des meubles ou étagères, tableaux accrochés aux parois, sont à leur tour ébranlés, agités ou se mettent en vibration, certains sont déplacés, d’autres parfois tombent des meubles sur lesquels ils étaient. A cet ébranlement, à ces vibrations, il faut encore ajouter le bruit, souvent intolérable, et il nous souvient d’une visite faite un jour chez un de nos confrères habitant une de ces rues <i>ii nous dûmes interrompre un petit moment non seulement le travail que nous étions en train de vérifier sur la table de dessin, mais aussi cesser notre conversation. Ce fut presque un roulement d’objets dans la pièce. Venaient de se croiser dans la rue un autobus et un camion à vapeur chargé de gros rouleaux de papier à journal, en plus de 2 ou 5 fiacres ou taxis-autos,
- Rien de surprenant que des appartements deviennent ainsi presque inhabitables et que la valeur locative de certains immeubles en bordure de ces voies agitées diminue de ce fait. Des procès devant les Tribunaux ont eu lieu sur ce point, intentés soit à la Compagnie générale des omnibus, soit à la Compagnie du métropolitain. Des techniciens s’en 'sont aussi émus et des commissions spéciales ont été nommées notamment par P Automobile-Club de France et la Société Centrale desf Architectes pour l’étude méthodique, approfondie, de ce problème en partant de principes scientifiques indiscutés afin de pouvoir être utilisée, au besoin, dans des expertises ou tous autres différends.
- Quelque temps avant la guerre, deux ingénieurs, MM. Auclairet Boyer Guillon, procédaient à des mesures de ces trépidations de la chaussée. Au moyen d’un appareil spécialement construit et appelé par eux « accéléromètre à maxima », ils ont pu ainsi déterminer quelle était la valeur des trépidations en différents points de la capitale, à l'intérieur des. véhicules qui les occasionnaient ou les subissaient* Les diagrammes extrêmement. intéressants qu’ils ont obtenus en indiquant combien les Parisiens sont secoués, montrent, par voie de conséquence, combien les immeubles riverains sont ou doivent être à leur tour ébranlés.
- Voici quelques-uns de leurs chiffres. Sur l’autobus (( Tioeadéro-Gare de l’Est » roulant presque tout le temps sur pavage en bois, l’amplitude de la vibration du véhicule est mesurée par une moyenne de 4,85 pour une vitesse horaire moyenne de 17 km 500; elle a son minimum rue Pierre-Charron, vers le n° .50, et son maximum, à hauteur du n° 22 de la rue du .Colisée, où l’autobus passe sur un revêtement en pavé de grès. La figure 1 donne le diagramme du parcours général.
- L’autobus « Gare de l’Est-Buttes Chaumont » est beaucoup plus secoué; la moyenne de l’amplitude est de 7,5, mais il faut dire que le trajet est plus mauvais, par suite d’un pavaee laissant davantage à désirer. Dans « La Yillette-Trinité », l’amplitude moyenne est de 8,50, après avoir eu seulement rue Labat, 1,84, mais 10,2 aux environs du n° 71 du Boulevard de Glichy (fig. 2).
- Dans un fiacre à bandages de caoutchouc plein, allant des Buttes-Chaumont à l’Opéra, la -moyenne trouvée est de 2,60 notablement inférieure à celle représentée par un taxi-auto avec pneumatiques qui, pour aller de la Trinité au Pont des Saints-Pères, donne une amplitude moyenne de 6,40. Dans le métro, en deuxième classe et en parcours normal, ils ont trouvé 1,20 pour les wagons à boggies, et 5,50 dans un wagon ordinaire à essieux; au moment du freinage, les chiffres ci-dessus montent respectivement à 2,76 et 8,60.
- Toutes ces données sont un véritable enseignement aussi bien pour la question du revêtement à établir pour les voies à trafic intense, que pour l’autre question des conditions de construction à imposer aux voitures mécaniques et plus particulièrement aux poids lourds, toutes deux sont l’objet des préoccupations des in.génieurs-voyers et de discussions techniques au sein des, différents Congrès Internationaux de la Route. Il y a aussi celle concernant le mode de cons truction des immeubles, question sur laquelle nous allons nous arrêter plus spécialement, en montrant rapidement toute son importance et les essais qui ont été faits pour supprimer ou atténuer le plus possible les trépidations transmises aux immeubles.
- p.296 - vue 300/474
-
-
-
- L’HABITATION ET LES TRÉPIDATIONS DE LA CHAUSSÉE —----- 297
- On a bien réglementé les conditions relatives à la lumière, à l’aération et à la salubrité des immeubles, mais jusqu’ici on ne s’est pas préoccupé des conséquences des trépidations et du bruit sur la santé des occupants. Le bruit, pour ne parler qne de lui, est désagréable, d’autant plus qu’on ne peut pas facilement en faire abstraction comme on peut se garantir contre la lumière trop vive ou la température; difficile à supporter pendant, le jour, il est encore plus incommode et fâcheux durant la période nocturne où il faut compter avec les grosses voitures des maraîchers, les tombereaux servant à la collecte des gadoues, etc. Le système nerveux ne peut donc qu’en souffrir.
- 11 est possible de restreindre le bruit provenant du fait de l’industrie en systématisant les quartiers de la Ville, c’est-à-dire en distinguant les quartiers d’industrie de ceux réservés à l’habitation, comme le demandent les Architectes urbanistes bien que ce vœu ne soit pas toujours réalisable, tout en impo-
- le dallage sur le remplissage; en isolant les extrémités des poutres portant dans les murs par interposition, par exemple, de plaques de liège; de même pour les assises des marches d’escaliers ; en liant bien les cloisons avec les murs et le plafond afin de rompre la faculté de vibration de celui-ci; en utilisant le plus possible dans les appartements, le linoléum ; enfin en isolant le long de la façade sur rue le trottoir par une bande de sable ou de déchets de liège qui assourdira le bruit et arrêtera les ébranlements de la chaussée. À ce sujet, nous pensons qu’il est intéressant de décrire le procédé qui a été appliqué en vue d'amortir les trépidations qui se produisaient dans un immeuble de la rue Boileau, à Paris. Ce travail d’isolation (*) a été exécuté par la Société des lièges agglomérés Den-niel et Gie.
- L’immeuble en question, hôtel particulier, présente une longueur de façade de 10 m. 20 (fig. 5) ; un branchement particulier d’égout part du sous-
- Fig. /. — Diagramme du parcours Fig. 2. — Diagramme du parcours
- de Vautobus Trocadéro-Gare de VEst. de l’autobus La Villelte-Trinité.
- *
- sant aux industriels d’isoler soigneusement les massifs de fondations des moteurs, machines-outils, etc. En évitant dans l’établissement des voies urbaines, le pavé de pierre pour le remplacer par le pavé de bois ou par l’asphalte, on diminue sensiblement le bruit de la rue.'Sur ce point, on peut comparer Londres où l’on trouve le pavé de bois et Vienne, celui de pierre ; l’avantage reste à Londres malgré une circulation des plus intenses.
- Le bruit et les trépidations de la rue pourront être encore atténués, sinon évités, si on répartit dans les immeubles, les pièces de façon à mettre celles dans lesquelles on doit se tenir et habiter du côté opposé à la rue, comme cela avait lieu dans nos maisons moyenâgeuses, comme le font les Anglais qui ne donnent pas un grand développement aux façades sur rue, mais cherchent par l’utilisation de cours intérieures spacieuses à isoler une grande partie des constructions ; enfin en observant certaines règles de construction comme : laisser un espace entre les poutraisons et le plancher en augmentant la hauteur du remplissage avec du mâchefer, du liège en poudre ou en granulés ; dans les poutraisons en béton armé et avec sol cimenté ou en dallage continu, éviter tout contact en établissant
- sol de l’immeuble, normalement à la façade pour se diriger sous la chaussée. Les trépidations observées provenaient de l'ébranlement de la masse de la chaussée, et aussi de la caisse de résonance occasionnée par le branchement. Ces trépidations se transmettaient aux murs et montaient dans les étages.
- Sous le trottoir de la rue, et contre le mur de fondation, sur toute sa longueur, a été établie une murette en liège aggloméré de 0 m. 50 de largeur et de 1 m. de hauteur, formant ainsi bouclier. En outre, sur la voûte en maçonnerie du branchement particulier a été appliquée une deuxième voûte en liège aggloméré de 0 m. 20 d’épaisseur, recouverte d’une chape en ciment; cette voûte venait faire corps avec la murette en liège. Afin que le liège ne pût se décomposer sous l’influence de l’humidité, pourrir et donner lieu non seulement à une conductibilité plus grande, mais aussi à des affaissements nuisibles pour la chaussée, on l’a imprégné de brai de part en part, ce qui fait que chaque grain de liège étant enrobé dans le brai, le liège ensuite, aggloméré se trouvait ainsi imprégné à cœur.
- *
- 1. Revue des Matériaux de construction, janvier 1914.
- p.297 - vue 301/474
-
-
-
- 298 = L’HABITATION ET LES TRÉPIDATIONS DE LA CHAUSSÉE
- Pour la murette, on a eu recours à des plaques de dimension de 1 m. xO m. 50 et de 0 m. 10 d’épaisseur, superposées à joints croisés, en plusieurs couches pour atteindre la hauteur totale prévue, et donnant lieu, par suite de leurs grandes dimensions, à un minimum de joints. Pour la voûte, on a employé des douel es ou voussoirs de section trapézoïdale', de 0 m. 10 d’épaisseur et de 0 m. 50 de longueur, en deux couches également
- D’autre part, le liège en question présentant une résistance à l’écrasement de 50 kg par centimètre carré et permettant de supporter une charge pratique( de 5 kg par centimètre carré, sans affaissement sensible, offrait des garanties suffisantes au point de vue résistance à la. compression.
- Le travail terminé, la chaussée empierrée a été rétablie dans son état primitif, par-dessus la voûte
- Fig. 3. — Protection d’un immeuble contre les trépidations, système Denniel.
- superposées à joints croisés. Ces lièges, pour la murette comme pour la voûte, étaient posés à bain de hrai chaud, au moyen d’un mastic spécial composé de'grains de liège et de brai. En procédant ainsi, on évitait l’emploi de joints au ciment qui auraient été bons conducteurs du bruit; tandis que l’utilisation de mastic-liège et brai permettait de réaliser un ensemble de rëvêtement isolant homogène, c’est-à-dire de même composition pour le mastic comme pour les plaques ou douelles, bien résistant à l’humidité, et de plus mauvais conducteur du bruit et des trépidations. a
- en liège, recouverte préalablement d’une chape en ciment, et le trottoir a été remis en état, par-dessus la murette, comme auparavant. L’ensemble de tous ces 'travaux d’isolation a permis de réduire, dans une notable proportion, les trépidations observées antérieurement, principalement dans le premier étage de l’immeuble, où se trouvaient les chambres à coucher.
- D’autres essais d’isolation ont été faits vers la même époque, rue du Faubourg-Saint-Honoré, à l’hôtel particulier de M. le Dr H. de Rothschild et à un immeuble* celui-là en construction, Avenue Bugeaud. M. Bousquet.
- p.298 - vue 302/474
-
-
-
- 299
- L’ÉTAT ACTUEL DES ROUTES DU CAP AU CAIRE
- Le rêve de Gecil Rhodes est en voie de réalisation prochaine; d’ores et déjà le fameux Cap au Caire se trouve constitué dans ses lignes principales. Si un ruban de rails continu ne traverse pas encore l’Afrique du nord au sud, du moins une série de voies ferrées, de services d’automobiles et de lignes de navigation sur le Nil, le Congo et les grands lacs établit des communjcations régulières dans toute la longueur du continent noir et permet de le traverser en direction méridienne sans la moindre difficulté. Sur les 11 042 km qui séparent le Caire du Cap il n’existe plus qu’une seule lacune entre les différents tronçons en exploitation, d’ailleurs fort courte": 241 km seulement, soit moins de la quarante-cinquième partie de la distance totale et, dans un avenir très proche, elle sera certainement comblée.
- Loin de retarder la construction du Cap au Caire la guerre a hâté au contraire ses progrès. Depuis l’ouverture des hostilités deux tronçons de celte grande, voie situés dans le Congo belge ont été ouverts à l’exploitation. Afin de faciliter les opérations de l’armée belge contre l’Est africain allemand, la ligne ferrée reliant le Congo au Tanganyika, de Kabalo à Albertville, a été achevée, de même celle reliant le réseau ferré de l’Afrique australe britannique à Boukama, tête de ligne de la navigation sur le Congo supérieur. Dans leurs campagnes africaines contre l’ennemi commun, tant dans la préparation que dans l’action, nos amis belges se sont couverts de gloire.
- Aussi bien, dès maintenant des services réguliers partant de chacune des extrémités du continent s’étendent jusqu’au cœur de^ l’Afrique équatoriale. Dans le nord, parla vallée du Nil la voie ferrée, puis une ligne de navigation parviennent à Redjaf, sur le Nil blanc, après de 4000 km du Caire et à 500 seulement à vol d’oiseau du grand lac Victoria-Nyanza, tandis que du côté du sud le rail* parti du Cap arrive sans solution de continuité à Boukama,' point où le Congo devient navigable, à 4185 km au nord de la capitale de l’Afrique australe. Entre ces deux grands tronçons la circulation'est assurée par des services de chemins de fer, de bateaux à vapeur et d’automobiles, sauf sur une distance de 241 km qui constitue la lacune signalée plus haut.
- De Redjaf, sur le Nil blanc, pour joindre Boukama, tête de ligne du réseau ferré du Cap, deux itinéraires s’offrent au choix du voyageur, l’un par le Victoria-Nyanza, l’autre par le Congo belge. Le premier continue à suivre le Nil Blanc jusqu’au lac Albert. A partir de Redjaf, barré par des seuils et des chutes, le fleuve se trouve fermé à la navigation jusqu’à Nimulé; cette section, longue de 241 km, coijstitue la seule lacune que présente encore le Cap au Caire, et doit être parcourue à pied ou en palanquin. A Nimulé, le Nil redevient
- navigable, on reprend alors un bateau jusqu’au lac Albert, puis des bords de cette nappe d’eau par auto, par vapeur et par. chemin de fer, on atteint la rive septentrionale du Victoria-Nyanza que l’on traverse ensuite du nord au sud jusqu’à Mouanza. De ce port, une route pour automobiles conduit à Tabora, où oh rencontre la grande transversale ferrée - allemande, le Dar-es-Salam-Tanganyika, la fameuse Tanganyikabcthn, laquelle aboutit à Kigo-ma, sur les bords de ce grand lac. Un vapeur vous amène ensuite à Albertville, sur la rive occidentale de cette nappe, qu’une ligne appartenant à la compagnie belge des Grands Lacs relie à Kabalo sur le Congo. De là, un service de vapeurs remontant ce fleuve vous transporte à Boukama, tête de ligne du chemin de fer du Cap(4).
- Le second itinéraire est beaucoup plus simple ; il consiste à suivre une route joignant Redjaf à Buta sur le Rubi, affluent de droite du Congo, route en partie praticable aux automobiles, à descendre cette dernière rivière jusqu’à Bumba, et à remonter ensuite le Congo jusqu’à Boukama, par Stanleyville, Ponthierville, etc., tantôt en bateau à vapeur, tantôt par les tronçons de voie ferrée contournant les sections du fleuve coupées de rapides et par suite fermées à la navigation.
- Les tableaux n° 1 et n° 2, empruntés au Geogra-phical Journal, organe de la Société de Géographie de Londres, et complétés grâce à une très intéressante communication de M. le capitaine commandant Maury au nom du ministère belge . des Colonies (2), donnent le détail des distances et des différents services de la route du Cap au Caire. Sous une forme schématique ils représentent l’état actuel des voies de communication à travers l’Afrique dans le sens nord-sud'.
- Par l’itinéraire n° 1, c’est-à-dire par le Victoria-Nyanza, la durée du voyage du Cap au Caire est actuellement de 51 à 62 jours, dont 26 à 57 jours pour le trajet de Redjaf à Boukama. Seuls les fonctionnaires possédant le droit de réquisition peuvent accomplir le trajet dans ces délais; pour les voyageurs ordinaires l’horaire doit être augmenté de 10 pour 100.
- L’ilinéraire par le Congo belge est notablement
- 1. Dans quelque temps la dernière partie de cet itinéraire sera doublée par une variante entre Kigoma et Elisabethville, sur le réseau ferré de l’Afrique australe. Cette route comporte d’abord la traversée du Tanganyika, de Kigoma à Moliro (445 km) en quatre jours, puis le trajet de Moliro à Pwèto, sur le lac Moëro par une piste de 210 km (trajet en 12 j.), enfin celui de l’weto à Elisabethville (465 km) par une chaussée construite pour la circulation automobile, parcours qui pourra être effectué en quatre ou cinq jours. (Communication du ministère des Colonies de Belgique.)
- 2. QueM. le ministre Renkin, et M. le capitaine commandant Maury veuillent bien agréer ici l’expression de nos remerciements pour cette précieuse communication.
- p.299 - vue 303/474
-
-
-
- L’ETAT ACTUEL DES ROUTES DU CAP AU CAIRE
- 300
- plus long : 66 jours dont 34 pdur le trajet de Redjaf à Kabalo, sur le Congo, où l’on rejoint la route précédente. (Voir tableau n° 2) (l).
- Une fois achevé le Cap au Caire comportera dans les 11 000 km; à titre de comparaison rappelons que le Transcontinental canadien, de Saint-
- rant à la surface de la Terre. En raison même de l’énormité de la distance, il ne pourra être utilisé que pour le transport, d’un bout à l’autre de l’Afrique, des marchandises d’une très grande valeur sous un petit volume telles que le diamant et l’or% En revanche, le trafic des voyageurs
- TABLEAU N° 1.
- Distance en km. Durée du voyage.
- . Du Caire à Khartoum .................................................................
- 1° Du Caire à Sliellah. Chemin de fer........................................... .
- 2° De SheDah à Halfa. Bateau à vapeur..........................................
- 5° D’PIalfa à Khartoum. Chemin de fer........................... ..............
- . Dé Khartoum à Boutiaba, sur le lac Albert............................................
- 4° De Khartoum à Redjaf. Bateau à vapeur sur le Nil. ..........................
- 5° De Redjaf à Nimulé. Piste. Trajet à pied •..................................
- 6° De Nimulé à Boutiaba. Bateau à vapeur sur le Nil............................
- III. De Boutiaba à Mouanza (rive sud du Victoria-Nyanza)........................... .
- 7° De Boutiaba à Port Masindé. Auto . . .......................................
- ' 8° De Port Masindé à Namasagali. Bateau à vapeur sur le Nil.....................
- 9° De Namasagali à Jinja. Chemin de fer........................................
- 10° De Jinja à Mouanza. Traversée du Victoria-Nyanza en vapeur.................. .
- V. De Mouanza (rive sud du Victoria-Nyanza) à Albertville (rive ouest du Tanganyika) .
- 11° De Mouanza à Tabora. Roule pour automobiles................................
- 12° DeTaboraà Kigoma (rive est du Tanganyika), chemin de fer (Tanganyikabahn). 13° De Kigoma à Albertville. Traversée du Tanganyika en vapeur .......
- V. D’Albertville à Boukama, sur le haitt Congo, tète de ligne du réseau ferré de l’Afrique
- australe..........................................................................
- 14° D’Albertville à Kabalo sur le Congo .......................................
- 15° De Kabalo à Boukama, terminus de la navigation sur le Congo, Bateau à vapeur.
- VI. De Boukama sur le haut Congo au Cap...............................................
- 16° De Boukama à Tshilongo. Chemin de fer, ....................................
- 17° De Tshilongo à Élisabethville. Chemin de fer...............................
- 18° D’Ëlisabetbville a Boulawayo. Chemin de fer................................
- 19° De Boulawayo au cap. Chemin de fer.........................................
- Total...........
- 2160 3 jours.
- 893 23 heures.
- 555 24 heures.
- 932 24 heures.
- 2 270 21 à 24 jours.
- 1 764 14 jours.
- 241 5 à 8 jours.
- 265 2 jours.
- 682 5,5 à 12 jours.
- 127 8 à 10 heures.
- 162 2 jours.
- 103 1 jour.
- 290 2 jours.
- 836 • 5 à 7 jours.
- 322 3 jours.
- 418 1 à 3 jours.
- 96 1 jour.
- 911 8 jours.
- 267 1 jour.
- 64 i 7 jours.
- 4183 8 jours.
- 202 1 jour.
- 267 1 jour.
- 1 522 3 jours.
- 2192 3 jours.
- 11 042 km 5 à 62 jours.
- TABLEAU N" 2.
- 1° De Redjaf à Libogo (frontière de l’Ouganda et du Congo belge). Roule pour automobiles. 1 jour.
- 2° De Libogo à Bambili, sur l’Ouellé. Piste............................. 42 jours environ.
- 3° De Bambili à Buta, sur le Itubi (descente du Rubi). Route pour autos ...... I jour. ,
- 4° De Buta, à Bumba sur le Congo. Bateau à vapeur........................... 1 jour.
- 5° De Bumba à Stanleyville sur le Congo. Bateau à vapeur...........................................................j
- 6° De Stanleyville à Ponthierville. Chemin de 1er................................................................../ 19 jours.
- 7° De Ponthierville à Kindu, sur le Congo. Bateau à vapeur.........................................................s 16 jours
- 8° De Kindu à Kongolo. Chemin de 1er........................................................................... I en sens inverse.
- 9° De Kongolo à Kabalo sur le Congo. Bateau à vapeur.............................................................. J
- John, sur l’Atlantique, à Vancouver, sur le Pacifique n’atteint pas la moitié de cette longueur (5431 km) et que le Transsibérien de Moscou à Vladivostock ne dépasse pas 8528 km. — Le Gap au Caire sera donc'le plus long ruban de rail cou-
- 1. Ce tableau, établi d’après les renseignements obligeam-ment^eommuniqués par le ministère des colonies de Belgique, présente des différences notables avec celui publié par le G'eographical.Journal, ,
- sera considérable; pour l’après-guerre on prévoit un mouvement énorme de touristes vers les grands lacs et les montagnes de l’Afrique équatoriale et on envisage l’organisation de voyages circulaires comportant la traversée de l’Airique en chemin de fer avec retour par mer. Avant dix. ans les Perrichons et les Tartarins abandonneront Chantonix .et la mer de Glace pour le Victoria-Nyanza et1 le Tanganyika.
- p.300 - vue 304/474
-
-
-
- L’ÉTAT ACTUEL DES ROUTES DU CAP AU CAIRE 301
- Le Cap du Caire dessine la dorsale du futur réseau africain et sur cette artère maîtresse se branchent déjà plusieurs transversales, tandis que d’autres se trouvent simplement amorcées. Ce sont du nord au sud :
- 1° L’Atbara-Por t-Soudan qui en un jour conduit de la vallée du Nil à la mer Rouge.
- 2° Le Khartoum à El Obeid, capitale du Kordofan, en direction du Tchad, destiné à rejoindre un jour la ligne anglaise de la Nigeria dont le terminus se trouve actuellement à Kano. La construction de cette ligne est vivement recommandée par le commandant Tilho aussi bien que par des spécialistes anglais.
- 3° Le chemin de fer de l’Ouganda qui en deux jours amène de Monbasa, sur les bords de l’océan Indien du Victoria Nyanza.
- 4° La Tanganyika-bahn de Dar-ès-Salam à Kigoma sur le Tanga-nyika, continuée par la voie belge d’Albertville à Kabalo* les lignes de navigation du Congo, c jusqu’à Léopold ville et le chemin de fer de Léopold ville à Matadi.
- De Kabalo à Léopold-ville : 27 jours. C’est le seul transversal africain achevé dans toute son étendue. En 1917 par cette ligne le colonel Viala, de l’armée française, attaché aux -opérations en Afrique orientale allemande, a accompli en 55 jours la traversée de l’Afrique; un record actuellement.
- 5° Le Balawayo à Beira (Mozambique).
- La transversale Dar-ès-Salam-Boma rencontre sur le Congo, à Kabalo, le Cap au Caire. Cette localité naguère inconnue est devenue par suite la plaque tournante du système des voies de communication africaines.
- De Kabalo on peut, en effet, se diriger soit vers Borna, à l’embouchure du Congo dans l’Atlantique, par bateau et par chemin de fer, soit vers l’océan Indien par rail, soit vers le Cap,
- également par rail, soit enfin vers le Caire.
- De cet exposé la conclusion à tirer, c’est » pour nous la nécessité impérieuse, aussitôt la guerre terminée, de pousser vigoureusement en avant le rail à travers notre empire africain, d’établir d’abord la jonction sur nos territoires du Tchad des deux lignes britanniques arrivant l’une à Kano, l’autre à El-Obeid et de réunir Dakar au Tchad. D’après le commandant Tilho cette transversale est appelée à devenir le métropolitain de l’Afrique centrale. .
- En second lieu la construction rapide de la ligne d’Alger au Tchad et à Tombouctou, dont le tracé a été étudié en 1912 par la mission du capitaine 'aujourd’hui lieutenant-colonel Nieger ne s’impose pas avec moins de force.
- Quels énormes services nous aurait rendus un transsaharien dans les circonstances actuelles !
- Mais depuis plus de trente-cinq ans que la question se trouve posée, la recherche de la meilleure solution a abouti à l’inaction la plus complète, tandis que les autres se préoccupant uniquement d’un progrès relatif ont cons-tuit les artères principales du réseau ferré africain. Nouvel exemple illustratif de la paralysie que détermine dans le corps-social l’infection de l’esprit critique et individualiste.
- Charles Rabot.
- LA GRANDE VOIE ovCAPau CAIRE
- iiiwi— Chemin de fer
- Caire
- foute d'automobiles
- ----foute ordinaire,piste
- Ch.de fer transversaux
- ... Limites de colonies
- Khartoumi
- SOUDAN El Obeid C
- ETHIOPIE
- CAMEROUN \ f-,
- iaba 5 _ AFRIQUE Jinja
- 5. "du. ,nRI-z
- fftrJorence Pte,. B'RlTvy* Wouàm;a\ -
- tFRIQUE fîC
- iouta.
- L.AIit
- .Stanlt
- Kindou|
- Bar es Sa cm H" ALLD.K
- ANGOLA
- ^SUN-OUEST
- ËVafr» f"
- ntnnnd -3 ALLE
- p.301 - vue 305/474
-
-
-
- ACADEMIE DES SCIENCES
- Séance du i5 avril 1918.
- Reproduction expérimentale des phénomènes géologiques. — MM. Emile Belot et Charles Gorcëix ont combiné un appareil, avec lequel ils ont pu reproduire des phénomènes de charriage analogue à ceux que présentent les coupes des Alpes.'
- Le bacille paratyphique équin. — M. Raoul Combes étudie le bacille mobile isolé des chevaux ou des mulets atteints d’affections typhoïdiques et montre qu’il rentre dans le groupe des bacilles paratyphiques.
- Densité du sang après les grandes hémorragies. — MM. Charles Richet, Paul Brodin et Saint-Girons ont étudié avec précision, sur l’animal, les effets graduels de l’hémorragie en faisant passer dans un ballon gradué contenant une solution de citrate de soude, du sang provenant directement de l’artère carotide : sang qui, dans ces conditions, ne se coagule pas. Sachant la densité dix citrate et la proportion du sang, on peut déterminer la densité de celui-ci et suivre ainsi la diminution de
- densité qui, au bout d’environ 15 minutes après l’hémorragie, fait place à un état stable. La diminution de densité est due aux liquides (lymphe et liquides interstitiels) de densité moindre, qui sont appelés dans le sang par la déplétion sanguine. Avec cette méthode, on peut, en examinant la densité du sang, avoir un renseignement sur la quantité de sang perdue par le blessé.
- Les origines des lézards. — M. A. Boulenger montre, par la paléontologie, que les lacerlides sont d’origine sur-asiatique (sud-est de l’Europe et sud-ouest de l’Asie). La dispersion des lacertides et celle des vipérides ont été régies, sans rapport à d’autres groupes de reptiles, par les mêmes conditions, ont suivi les mêmes voies à la même époque. Au sud de l’Afrique, ôn trouve, chez les lézards, une série de modifications, reliées entre elles par un enchaînement suggestif, dont on a également l’équivalent dans l’Asie Centrale et qui montrent qu’on est, dans ces deux cas, loin du centre de dispersion.
- LA CAMPAGNE AMÉRICAINE CONTRE LE DÉPEUPLEMENT DE LA FRANCE
- Rien n’est plus émouvant à considérer que l’effort fait en ce moment par les Américains pour relever la France de ses ruines et pour aider à la reconstitution de son peuple.
- Rien n’est plus instructif que d’étudier les méthodes qu’ils y emploient.
- Certes, tous les Français redoutent le péril que font courir à notre race la tuberculose, la syphilis, le taudis, la mortalité infantile. Nous n’ignorons pas que la guerre a encore aggravé ces fléaux dans leurs effets actuels et dans leurs conséquences lointaines. Nous connaissons les causes de tous ces maux. Nous en avons étudié depuis longtemps les remèdes, nous les avons souvent indiqués au monde entier qui s’en est servi. Mais nous ne les avons pas assez employés nous-mêmes. Pour tout dire, nous ne sommes pas assez des réalisateurs.
- Les Américains nous apportent ces dons précieux : les méthodes directes, la décision rapide, l’exécution immédiate.
- Ils n’ont pas plutôt conçu qu’ils agissent.
- C’est ainsi qu’étudiant les moyens de diminuer en France la tuberculose et la mortalité infantile, ils apprennent que l’allaitement artificiel y tue des dizaines de milliers de nouveau-nés, que l’ignorance des mères est le danger majeur, que toute l’éducation puéricole du pays est à faire, que pour la tuberculose l’ignorance populaire est aussi meurtrière : aussitôt, ils s’attaquent à cette plaie, l’ignorance. Et voici comment ils ont bâti leur plan de bataille.
- Deux des services de la Croix Rouge américaine, spécialisés l’un dans la lutte contre la‘mortalité infantile, l’autre contre la tuberculose, unirontv
- leurs efforts et leurs moyens, de sorte qu’on fera d’une pierre deux coups. Dans toute la France, ils organiseront des tournées sensationnelles, à grand renfort de publicité dans la presse de chaque localité et avec l’aide des autorités françaises. Tous les départements les verront, s’installant au chef-lieu, non pas pour une heure, ni pour un jour, mais pour une semaine ou deux, ou plus, autant qu’il faudra, puis se transportant dans chaque sous-préfecture, et même dans*, les gros bourgs, ou, au besoin dans les petites communes.
- Ils créeront un enseignement de puériculture dans les grands centres. Ils tenteront partout la coordination des services d’assistance.
- Enfin, ils donneront de vraies représentations; ils transportent avec eux, comme sur le chariot de Thespis, tout le personnel enseignant, tout le matériel utile. Et quel matériel! Et quel personnel! Ah, ils ne sont pas comme nous les gens des demi-mesures.
- C’est tout d’abord des conférenciers ; les médecins français sont très occupés, à l’heure actuelle, mais voici des « orateurs » qui auront seulement, quand manquera l’autorité médicale, à « parler » avec élégance un discours préparé par un maître de la science.
- Puis voici la grande attraction, le cinéma. Il a son camion, son groupe électrogène. Il est toujours prêt à montrer dans les plus pauvres.bourgades la Fée électricité et ses merveilles. La leçon, par lui, sera donnée en des films si comiques, et en des drames si pathétiques qu’on ne pourra plus; l’oublier.
- Puis, voici l’exposition. En une heure, la plus
- p.302 - vue 306/474
-
-
-
- LA CAMPAGNE AMERICAINE CONTRE LE DEPEUPLEMENT DE LA FRANCE 303
- humble grange, la halle de campagne, la petite salle de mairie peuvent être transformées en un palais des étonnements. Ici des lumières de toutes couleurs, s’allument et s’éteignent rythmiquement. Que véut dire ceci? Qu’en France, toutes les 6 minutes la tuberculose tue un Français. Qu’en France, il meurt un enfant sur huit qui naissent. Aussitôt un écriteau s’éclaire et dit « Sauvez le 8e enfant!.... »
- A côté, ce sont des poupées, et des femmes spécialemen t éduquées en pué-riculture qui montreront ce qu’on doit faire, ce qu’on ne doit pas faire, si on veut soigner convenablement un
- bébé.
- Plus loin, ce sont des modèles de pouponnières, de consultations de nourrissons, de gouttes de lait, de crèches d’usines, de dispensaires antituberculeux, de sanatoria, avec des petits ' personnages qui s’a-nimeront si curieusement qu’on ne pourra s’empêcher de se rappeler leurs gestes et sa signification.
- Et partout, des affiches, des tableaux , portant des conseils en une phrase si courte, si frappante quelle se gravera dans tous les esprits. Faites ceci, ne faites pas cela, pour sauver votre enfant, pour échapper ou pour guérir de la tuberculose. Et tantôt l’humour, et tantôt le tragique illustreront ces conseils.
- Ici, une bande de nourrissons, ficelés dans leurs maillots, fait un monôme. Chacun porte un étendard où se lit une revendication : « Nous voulons le lait de nos mères », etc.... Ailleurs, une mère en deuil pleure sur la tombe d’un enfant qu’elle eut l’imprudence d’envoyer en nourrice. Et quoi? Ne vaut-il pas mieux la campagne et le bon air que mon taudis, dira la pauvre femme? Non, répond
- l’affiche, rien ne vaut pour ton enfant ton lait et ta sollicitude.
- A côté, une bande d’enfants comiques apprennent à leurs parents l’hygiène élémentaire, comment on évitera de les tuer et la prophylaxie de la tuberculose. Dormez la fenêlre ouverte, ne vous servez pas de plumeau, pas de balayage à sec, ne crachez pas par terre, guerre aux mouches. Et comme on est obligé de rire de leurs mines, il
- faudra bien aussi se rappeler l’enseignement.
- Auprès de chaque groupe d’affiches, de tableaux, de figurines animées, se tiendront des femmes françaises, spécialement choisies, afin de pouvoir répondre selon la méthode péripatéticienne , à toutes les questions du public, commenter, appuyer encore sur le conseil donné, dissiper les erreurs, les préjugés, les néfastes superstitions.
- Et dans chaque ville, ce n’est pas une démonstration qu’on fera, mais autant qu’il en faudra, une pour les jeunes gens ou jeûnes filles des lycées ou écoles normales, une pour les militaires, une pour les petits des écoles primaires, une le soir, pour les gens occupés le jour, une pour les gens de la campagne qui ne peuvent venir le soir. Et, sans se lasser, on répétera cent fois la même chose. Enfoncez-vous cela dans la tête. t
- En outre, on distribuera, avec la plus généreuse prodigalité, des brochures illustrées, des affiches, des cartes postales qui iront répandre les mêmes conseils sous une autre forme, toujours humoristique ou dramatique, toujours frappante.
- Notons ici que la Croix-Rouge américaine a eu le sens psychologique de demander dessins, articles,
- LES SOINS
- NOUS VOULONS
- REVENDICATIONS des BÉBÉS
- BUREAU DES ENFANTS CROIX-ROUGE AMÉRICAINE
- IMP. G. BATAILLE _ PARIS
- Fig-, i.
- p.303 - vue 307/474
-
-
-
- 304 LA CAMPAGNE AMÉRICAINE CONTRE LE DÉPEUPLEMENT DE LA FRANCE
- légendes, discours à des Français, au lieu de faire seulement traduire des formules américaines. Elle veut être assurée d’atteindre plus directement le peuple français avec des méthodes, des gestes, des mots français, une imagerie et des procédés que les Français pussent aisément assimiler. Pour en être plus sûrs, nos amis se sont astreints, avec la plus émouvante modestie, à demander des conseils chez nous, aux savants, aux praticiens, aux artistes, aux enseigneurs,'écoutant comme des petits garçons qui veulent s’instruire et utilisant aussitôt toutes les indications qui leur étaient données.
- Et pourtant, l’Amérique n’a délégué en France que des hommes en pleine possession de leurs talents et de leur énergie, des spécialistes entraînés à fond à la lutte scientifique contre les fléaux des
- sonnel américain, leurs conférenciers et tout leur matériel. On ne les y oubliera pas de si tôt! Yoici la touchante invitation qu’ils avaient fait distribuer jusque dans les plus humbles chaumières :
- « Jeunes mamans, la Commission américaine, qui est venue apporter sa maternelle sympathie à tous les petits Français, serait heureuse que vous acceptiez de venir à la mairie faire connaissance avec vos amis d’Amérique, accepter avec eux une tasse de chocolat et causer de quelques questions qui intéressent les mamans de tous les pays. »
- Elles sont venues en foule de tous les environs. D’autres jours, les soldats des dépôts, les enfants des écoles, les séminaristes, les jeunes gens et les jeunes filles sont accourus aussi. Ils préparent une autre exposition
- sociétés et, dans chaque branche, elle a donné comme chef à ces états-majors d’élite, le plus éminent spécialiste des États-Unis.
- C’est avec une émotion et une gratitude profonde qu 'on doit considérer en France l’ampleur, la portée et le noble désintéressement de tels efforts.
- Mais la meilleure récompense que nous puissions offrir à nos généreux alliés est de sortir de notre mortelle inertie et de nous efforcer nous-même à notre propre sauvetage.
- Déjà leur tournée spéciale est allée en Eure-et-Loir, on les a vus plus de quinze jours parcourir tout le département avec leur infatigable per-
- pour le Rhône, puis, pour les Bouche s-du Rhône. Qui les veut? Qui les appelle? Us sont prêts.
- A vous, gens de l’arrière !... Nous avons follement laissé mourir 6 millions d’enfants de moins d’un an entre 1870 et 1914!... Chaque année, nous perdons 150 000 Français de tuberculose. Nous avons d’autres ennemis, que les Boches, et on ne gagnera pas la guerre que sur les champs de bataille.
- Pensons à sauver l’avenir tandis que nos soldats sauvent le présent.
- France aide-toi, l’Amérique t’aidera.
- Dr Clotilde Mülon,
- Le Gérant ! P. Masson. — Imprimerie Lahüre, rue de Fleuras, 9, à Paris.
- Fig-. 2, 3, 4 et 5. — La propagande américaine par la carte postale pour la protection de l’Enfance.
- p.304 - vue 308/474
-
-
-
- 46e ANNEE. — N° 2329.
- 18 MAI 1918.
- ' /
- LES FUSEES LUMINEUSES ET LES ARTIFICES DE GUERRE U
- fef
- Si les feux d’artifices qui terminaient autrefois I d’un tube d’amorce en étain, qui contient u\f*$^ les réjouissances populaires sont momentanément | mélange fusant à base de poudre noire, amorce^»
- Fig. i. — Grenade éclairante modèle 1877.
- supprimés, il ne se passe guère de nuit que les soldats qui gardent nos tranchées n’assistent, en un point ou un autre de l’immense front de bataille, à un échange de fusées lumineuses et de grenades éclairantes constituant un spectacle pyrotechnique imprévu, tel que n’en verront jamais les civils.
- Pour se préserver des surprises, pour régler le tir d’artillerie ou de mous-queterie, ou pour observer les ouvrages ennemis, il a fallu trouver des
- moyens d’éclairage à distance suffisamment puissants et toujours disponibles au moment où l’on en a besoin. À cet effet, on emploie principalement des fusées qui sont destinées, soit simplement à l’éclairage, soit à constituer des signaux de signification diverse suivant leur couleur et leurs autres caractéristiques.
- Sans avoir évidemment prévu l’énorme consommation d’artifices qu’entraînent les opérations actuelles, les règlements militaires précédant la guerre admettaient l’emploi d’un certain nombre de feux, de fusées et d’engins analogues.
- Nous décrirons les principaux de ces engins, et 'nous donnerons quelques renseignements sur les artifices les plus récents, nous décrirons notamment les dernières fusées allemandes, d’après les échantillons pris récemment à l’ennemi.
- La grenade modèle 1877, que représente la figure 1, se com-; pose d’une sphère en caoutchouc
- beau 2 Lamarre. à Intérieur de laquelle se trouve a, composition une composition éclairante. Nous éclairante ; b, n’en dirons pas la constitution exacte, mais nous signalerons qu’une composition éclairante peut être obtenue, 'par exemple, par • un mélange de magnésium ou d’aluminium en poudre, de nitrate de baryum et de glue. La composition est allumée à l’aide
- 46e Année — 1" Semestre
- de
- mèche à allume
- bouchon de bois; m, mèche; t, tirette.
- d’un brin étou'pille (*) ; on cette mèche après avoir décoiffé le tube, au moment de l’emploi, ~ et on lance la grenade. Cet engin brûle pendant 75 à 100 secondes, et éclaire un cercle de 10 m. de rayon.
- Le flambeau Lamarre (fig. 2) se compose d’une enveloppe cylindrique en toile caoutchoutée, remplie de composition éclairante; à la base se trouve un bouchon de liège et à la partie supérieure une mèche d’amorce, protégée par une coiffe en étain; oh enlève cette dernière à l’aide d’une cordelette disposée spécialement,, avant d’allumer l’engin. Le flambeau de 40 mm de diamètre dure une demi-heure et suffit à éclairer un bivouac de deux batteries.
- Une série assez nombreuse d’artifices de signaux avait été élaborée longtemps avant la guerre.
- La fusée de signal modèle 1885 se compose (fig. 3) d’un cartouche en carton, chargé de composition fusante et d’un cylindre rempli d’artifices destinés à produire chacun une étoile en éclatant dans l’air; l’ensemble est porté par une tige en bois. On place cette fusée à l’extrémité d’une baguette de 1 m. 80 de longueur environ et on l’appuie contre un piquet ; on allume la mèche disposée à la partie inférieure, la composition fusante prend feu, et l’ensemble est projeté en l’air.
- En haut de la trajectoire, à environ 400 m. au-dessus du sol, les étoiles sont projetées hors du tube, qui contenait lui-même un peu de poudre, elles sont en même temps en-
- 1. La mèche à étoupille est un fil de“ coton imprégné de pulvérin (poudre noire très fine).
- 20. — 505
- . Fig. 3. Fusée de signal modèle i885.
- p.305 - vue 309/474
-
-
-
- 306
- LES FUSEES LUMINEUSES ET LES ARTIFICES DE GUERRE
- Fig. 4. — Feu Çoston.
- a, rondelle d’amorçage;
- b, composition donnant une flamme verte;
- c, composition.
- flammées par cette poudre, et produisent des lueurs de couleur variable avec leur composition, chaque couleur ayant une signification conventionnelle.
- Les fusées automotrices employées pour monter à une certaine hauteur les signaux lumineux n’ont guère varié de forme et de constitution depuis les temps reculés où les Chinois les utilisaient déjà pour les réjouissances publiques. Le principe de leur fonctionnement est très simple : lorsque la poudre brûle rapidement, il se produit une quantité considérable de gaz chauds qui sortent violemment du cartouche. Il en résulte une réaction qui tend à déplacer le cartouche en sens inverse de l’écoulement gazeux. Tout se passe comme dans les tourniquets hydrauliques ou les turbines à réaction.1
- On connaît l’explica-tion élémentaire de ces appareils : dans un récipient rempli d’un liquide la pression hydrostatique sur les parois latérales a une résultante nulle. Si, au contraire, il existe un orifice de sortie, la force correspondante à la pression qui s’exerçait sur la surface de la paroi ainsi supprimée n’existe plus; par suite la résultante des forces de pression n’est plus nulle : elle est égale et directement opposée à la force pressante supprimée. On a donc intérêt, dans le cas qui nous occupe, à avoir une large surface d’ouverture et une grande pression intérieure pour qüe la force de propulsion soit très grande.
- Mais ces deux conditions sont évidemment contradictoires et on est conduit à un compromis : la section de l’orifice de sortie est déterminée de telle sorte . que la pression à l’intérieur du cartouche soit aussi élevée qu’il est possible sans que le régime de combustion de la charge de poudre passe au régime explosif.
- Dans ces derniers temps, l’emploi sur une grande échelle de ce mode de lancement a été envisagé, particulièrement en aviation. La fusée automotrice est pour beaucoup de spécialistes le projectile de l’avenir. En effet, c’est le seul qui contienne en lui-même sa force de propulsion et cette force est indépendante des circonstances extérieures. Elle ne nécessite pas de canon pour son lancement; dans le vide, la fusée automotrice continue à progresser, puisqu’elle ne. prend pas appui sur l’atmosphère et
- si jamais son projectile, pacifique, espérons-le, est envoyé sur la lune, réalisant ainsi le rêve de Cyrano de Bergerac, ce sera sans doute non un obus lancé par quelque canon encore plus colossal que celui enfanté par les Boches en furie, mais quelque fusée automotrice énorme. Mais cette fusée certainement ne sera pas aussi rudimentaire que celles dont nous nous servons et ceci nous amène à dire quelques mots, non des perfectionnements actuellement réalisés qui sont très importants, mais des problèmes qu’il s’agira de résoudre.
- Tenant compte des résultats acquis dans les turbines à vapeur, il faudra munir les fusées de tuyères convenablement calculées, à orifice variable ou non, de façon à faciliter l’écoulement des gaz et augmenter ainsi le rendement de l’appareil. Le générateur de gaz, la poudre en l’espèce, devra être composé pour produire Je maximum de gaz à très hautes températures et pression pour le poids minimum.
- C’est dire que la poudre noire dont plus du tiers du poids donne des produits de combustion solides est loin d’être la perfection, les poudres colloïdales, l'es explosifs du genre cheddite qui ne donnent que des gaz sont donc tout indiqués, mais malheureusement, sitôt que la pression à l’intérieur du cartouche augmente, le régime de combustion peut passer brusquement à l’explosion. Enfin la forme même de l’engin bénéficierait beaucoup à être établie en tenant compte des recherchés sur la résistance de l’air et les meilleures formes de pénétration.
- D’autre part, la Marine emploie, sous le nom de feux Coston, des artifices analogues aux flambeaux Lgmarre, mais constitués à l’aide de compositions fusantes de diverses couleurs superposées (fig. 4), dont la succession correspond à divers signaux de manœuvre.
- La production de nuages de fumée, qui constitue actuellement l’un des moyens de protection des navires de commerce contre les sous-marins, avait été envi- -
- sagée avant la guerre, à d’autres fins il est vrai. Il s’agissait surtout de produire certains signaux visibles en plein jour. On peut produire rapidement de la fumée à l’aidé de divers mélanges à combustion incomplète. Cette combustion ayant
- Fig. 5.
- Cylindre a fumée.
- p.306 - vue 310/474
-
-
-
- LES FUSÉES LUMINEUSES ET LES ARTIFICES DE GUERRE —. 307
- lieu, suivant les cas, à l’air libre ou sous pression. Citons par exemple une poudre noire (charbon, soufre et salpêtre), dans laquelle le charbon pulvérisé serait en quantité notablement plus grande que dans le mélange explosif classique, ou un mélange alumi-nothermique renfermant de l’aluminium en poudre, du nitrate de potasse et de l’oxyde de plomb en excès.
- La figure 5 montre la coupe du cylindre à fumée modèle 1§88. C’est une cartouche en carton, remplie de composition fumigène, amorcée par un tube fusant en plomb, lequel est lui-même allumé à l’aide d’un brin de mèche à étoupille. L’artifice "est
- (anhydrite sulfurique), ou des réactions chimiques comme celle de la chlorhydrine sulfurique sur le chlorure de chaux (boîtes à fumées de la marine).
- D’autres artifices avaient été prévus pour permettre certaines « ruses de guerre ». Tels sont ceux destinés, soit à produire le bruit d’un coup de canon, soit à en simuler la lueur, et qui peuvent tromper l’ennemi sur la position des batteries. Le « marron à lueur » se compose d’une simple cartouche renfermant de la poudre à laquelle on a ajouté une légère proportion d’aluminium pulvérisé. Ce métal en brûlant produit, en effet, une haute température et un très vif éclat.
- Composition
- fulminante
- Fig. 6.
- Pétard de chemin de fer.
- Fig- 7- — Signal à plusieurs feux.
- limité par deux disques de bois, le disque supérieur, étant percé de trous pour le passage de l’amorçage et pour le dégagement de la fumée. La durée d’un de ces engins est d’environ un quart d’heure. On utilise aussi la combustion sous pression d’un mélange de nitrate de potasse, soufre et réalgar (sulfure d’arsenic), en parties égales qui donne une abondante fumée jaune. On peut également obtenir de la même manière des fumées colorées rouges, bleues, noires, etc.... Le principe général de leur fonctionnement est le suivant. On fait brûler un mélange combustible dégageant relativement *peu de chaleur et surtout assez lentement et on y incorpore un corps destiné k donner la fumée colorée. Ce corps doit être sublimable. Dans ces conditions, sous l’influence de la chaleur dégagée par la combustion du mélange chauffant, ce corps (iode, couleurs dérivées de la phtaléine, naphtalide, etc....) se sublime, c’est-à-dire passe directement de l’état solide à l’état gazeux, et donne la vapeur colorée.
- Pour produire des nuages et des volumes de fumée considérables, on a recours à d’autres artifices. On utilise beaucoup les phénomènes d’hydratation par l’humidité de l’air de certaines substances, chlorures anhydres de titane ou d’étain (liqueur de Libavius), oléum
- Fig, 8. Fusée
- à parachute.
- Nous décrirons encore, parmi les artifices français les plus anciennement usités, un engin d’un emploi fréquent même en temps de paix : le pétard d’alarme pour chemins de fer. Cet artifice se compose d’une enveloppe de carton parchemin de forme ovale, contenant environ 10 gr. de composition fulminante dans laquelle sont noyées des perles de verre. La composition fulminante, dont on peut imaginer plusieurs variantes, peut être constituée, par exemple, par un mélange de chlorate de potassium et de sulfure d’antimoine.
- L’ensemble (fig. 6) est monté sur une plaquette en fer-blanc qui porte à la partie inférieure une lame de ressort destinée à être mise à cheval sur le rail. Quand la locomotive passe sur le pétard, elle écrase les perles de verre, et le frottement de leurs débris suffit à faire exploser les particules de composition voisines.
- Les artifices dont on fait le plus grand usage actuellement, les signaux et les fusées éclairantes, ont été modifiés à partir des anciens types réglementaires, de manière à rendre'leur emploi plus rapide et leur manœuvre plus facile. Les feux dè signaux ont été établis sous la forme de cartouches destinées à être tirées dans des pistolets ou fusils spéciaux. La figure 7 donne la coupe d’une de ces cartouches, du calibre 4.
- p.307 - vue 311/474
-
-
-
- 308 :_:.- LES FUSÉES LUMINEUSES ET LES ARTIFICES DE GUERRE
- Le projectile lancé par ,1a poudre a est un cylindre b, agencé lui-même comme une nouvelle cartouche : à sa base se trouve une charge de poudre spéciale c, qui projette hors du cylindre les éléments d enflammés. Chacun d’eux donne naissance à une étoile; le nombre et la couleur de celles-ci correspondent à la signification du signal.
- Les nouvelles fusées éclairantes, françaises ou allemandes, sont à parachute. La figure 8 en montre la coupe. On voit que l’engin se compose d’une première cartouche a, qui en contient une seconde b, sensiblement plus longue. Lorsqu’on lire la cartouche a, à l’aide d’un fusil ou d’un pistolet spécial, la fusée proprement dite b est lancée en l’air, et en même temps la mèche c est allumée. Celle-ci communique le feu à la charge de poudre d qui, en haut de la trajectoire, projette le cylindre e hors du tube b. Ce cylindre contient la composition éclairante à laquelle le feu est mis par la mèche f. Le cylindre e retombe donc en éclairant, mais il est soutenu par le parachute g qui se déploie pendant la descente et la ralentit.
- On peut aussi disposer sur une ficelle de plusieurs mètres de long attachée au parachute, une série de 5 ou 6 petits tubes remplis de composition éclairante. Ces tubes dans le cartouche sont réunis en faisceau et lorsqu’ils sont projetés dans l’air, la ficelle se déroule et on obtient ce que l’on appelle une « chenille » descendant lentement en ondoyant.
- La figure de couverture montre l’effet réalisé ainsi qu’un autre artifice dit « chevelure de Bérénice » et qui est constitué par des « étales » à combustion ralenties qui forment une série de traînées lumineuses. C’est la pluie d’or, la pluie de feu, des feux d’artifices, démonstrations enfantines et charmantes que l’on est surpris de rencontrer dans des appareils guerriers.
- Un des engins lumineux les plus employés par les Allemands est la grenade éclairante à empen-
- ompP
- fusante
- Charge
- de
- poudre
- Fig. 9- — Projectile éclairant allemand..
- nage, que représente la figure 9. Cette grenade est lancée à l’aide d’un fusil spécial constitué principalement par une tige sur laquelle s’emboîte le tube de base de la grenade, et qui comporte un percuteur central. L’aclion de ce percuteur sur la capsule d’amorçage de la grenade met le feu à la charge de poudre et produit la propulsion de Pengin. En même temps, la masse de composition éclairante est allumée par le canal c. L’engin a environ 0 m. 50 de longueur totale.
- Ajoutons qu’un engin analogue peut servir de porte-message, et a été souvent employé dans ce but par nos ennemis, pour permettre à des unités de première ligne de communiquer avec l’arrière, alors que les fils téléphoniques avaient été rompus.
- Il suffit pour cela que la grenade proprement dite soit vide de composition fusante, fermée hermétiquement vers le bas, et munie en haut d’un bouchon amovible, pour l’introduction du message.
- La figure 10 montre enfin un engin rudimentaire, mais qui a été fort employé par nos ennemis. Il n’est pas sans analogie avec le modeste
- pétard », élément enfantin des réjouissances villageoises.
- C’est un tube de fort cartonnage A, de 0 m. 30 de longueur environ, muni d’une poignée P à l’avant, et disposé comme un canon. A l’arrière se trouve une culasse en bois B, traversée par une mèche m qui, lorsqu’on l’a allumée, vient enflammer une charge de poudre; celle-ci lance alors la fusée proprement dite C, tout en y mettant le feu par son orifice inférieur.
- Ces quelques exemples, que l’on pourrait multiplier, montrent combien est variée la gamme des artifices dont on dispose. Leur emploi a donné naissance à un code de signaux très étendu, qui permet aux premières lignes de communiquer en toutes circonstances, la nuit, avec l’arrière, quand les autres moyens de communication font défaut et beaucoup plus rapidement, à condition cependant que dans la multitude des signaux qui montent dans l’air de toute part, aucune confusion ne puisse s’établir. R- Levàtel.
- Fig. io.
- Pistolet éclairant de fortune.
- p.308 - vue 312/474
-
-
-
- 3CP
- == =====
- MÉTHODES AMÉRICAINES D’ANESTHÉSIE
- Récemment, La Nature parlait, à propos de la stérilisation des eaux, des heureux effets que peut avoir la collaboration militaire des États-Unis et de la France en faisant connaître aux techniciens des deux pays ce que les uns font et ce que les autres ignorent.
- Nous voudrions en donner aujourd’hui un nouvel exemple, en montrant ce que les chirurgiens américains ont obtenu en ces dernières années en matière d’anesthésie et ce que nous pouvons apprendre deux en suivant les pratiques qu’ils emploient dans leurs hôpitaux et leurs ambulances.
- Justement, le l)1' Luzoir vient d’en donner une excellente description dans la Presse Médicale et nous lui emprunterons nombre des renseignements suivants.
- L’idée des chirurgiens américains a été de supprimer ou tout au moins de diminuer le plus possible les réactions de l’organisme à l’anesthésie qui se traduisent toujours par des modifications du pouls, de la pression artérielle, de la respiration, etc., et peuvent même atteindre parfois un aspect inquiétant qu’on désigne sous le nom de shock. Pour cela, ils cherchent non seulement à réaliser l’anes-thésie générale qui supprime les sensations douloureuses, mais aussi en même temps l’anesthésie locale qui isole complètement la région à opérer et l’empêche de transmettre aux centres nerveux le shock qu’elle subit.
- Les méthodes qu’ils emploient pour arriver à ce but sont nombreuses. Il n’en est pas de plus complète ni de plus parfaite que celle Jmaginée par Crile sous le nom d’anoci-association.
- Crile s’est appliqué non seulement à diminuer le shock anesthésique et à supprimer le shock opératoire, mais encore à restreindre le shock psychique, c’est-à-dire le malaise dû à la crainte que le malade éprouve d’être opéré.
- • Pour cela, le patient est tenu loin de toute excitation émotive, ignorant le moment de son opération; une heure avant l’opération, il reçoit une piqûre de 0 gr. 01 de morphine et une autre de 0 gr. 0003 de scopolamine.
- Les malades très impressionnables sont anesthésiés dans leur lit et transportés ensuite avec le plus grand soin à la salle d’opérations; dans tous les autres cas, l’anesthésie n’est donnée que sur la table d’opérations. Avant de commencer la narcose, l’anesthésiste parle un peu au sujet, de façon à calmer l’anxiété qu’il pourrait avoir. Dans la plupart des cas cependant, les malades sont à ce moment sous l’influence de la médication préliminaire et ils s’endorment sans la moindre difficulté, de telle sorte que le sommeil anesthésique, pour un malade bien préparé, se rapproche du sommeil naturel.
- L’anesthésique préféré est le protoxyde d’azote,
- et non le chloroforme ou l’éther comme dans nos hôpitaux. 11 est donné avec toutes sortes de précautions. Le masque est appliqué doucement, sans trop appuyer. Le sommeil est obtenu lentement par des doses progressivement croissantes. Quand l’anesthésie complète est obtenue, on attache le malade sur la table, on fixe le masque sur le visage et l’anesthésiste reste, les mains libres, à surveiller le patient, à régler le débit de l’appareil, et à y faire arriver de temps à autre un peu d’éther.
- Le malade étant endormi, l’anesthésie locale est réalisée par l’emploi d’une solution de novocaïne à 1 pour 400. Tous les tissus qui devront être incisés ou pincés sont consciencieusement infiltrés à l’aide de cette solution à laquelle on laisse le temps d’agir. On opère alors en évitant le plus possible les manœuvres brusques ou violentes.
- A la fin de l’opération, avant de fermer la paroi, Crile procède au blocage nerveux de toute la zone sur laquelle doit porter la striction des fils, de suture; pour cela il conseille d’injecter cette zone et son pourtour, à l’aide d’un liquide analgésique, tel que l’alcool à 50 pour 100 ou la solution de chlorhydrate double de quinine et d’urée. Il évite ainsi les douleurs post-opératoires.
- Le malade est rapporté dans son lit encore endormi et s’y réveille seulement après avoir été complètement installé.
- On évite ainsi à peu près sûrement le shock dû à l’appréhension, à l’opération et les effets fâcheux des anesthésiques. Le tableau suivant (fig. 1) montre la différence des résultats obtenus par l’anoci-association de Crile et par l’emploi de l’éther, cependant moins toxique encore que le chloroforme. Comparant la mortalité de ses opérés depuis qu’il prend ce luxe de précautions, à ce qu’elle était auparavant, Crile trouve quelle est tombée de plus de 4 à moins de 1 pour 1000.
- A première vue, la méthode de Crile paraît avoir un inconvénient, celui de prolonger beaucoup l’opération et de laisser le patient plus longtemps sous l’action de l’anesthésique. Mais si c’est un avantage d’aller vite quand on emploie l’éther ou surtout le chloroforme dont l’action sur les cellules nerveuses, hépatiques, etc., est certainement toxique et dont l’élimination est lente, cela n’a plus la même importance pour le protoxyde d’azote dont l’élimination est pour ainsi dire instantanée. Les faibles doses auxquelles se maintient Crile et que lui permet l’association des anesthésies générale et locale, donne une marge de sécurité très grande contre la syncope et semble limiter au minimum les dangers et les suites de l’anesthésie.
- Le protoxyde d’azote, bien que préconisé chez nous par Paul Bert, n’est pas utilisé comme anesthésique, sauf par certains dentistes pour des opérations de très courte durée.
- p.309 - vue 313/474
-
-
-
- 310 -...... MÉTHODES AMERICAINES D’ANESTHÉSIE
- Aux États-Unis, il a actuellement la plus grande I vogue et nombreux sont les appareils imaginés pour le donner.
- Cette vogue semble parfaitement justifiée puisque
- Degrés 98 99 100 101 ioz 103
- Ether 3993
- Protoxyde d’azote 3991
- Anoci , 38°7
- |
- Pulsations 70 80 90 100 110 120
- Ether m
- Protoxydi d'azote l 84-
- Aooci 82
- Fig. /.
- Température vespérale et pouls pendant les 4 premiers jours suivant une opération, selon les divers modesd’anesthésie. Moyenne de io cas (d’après Gwathmey).
- le protoxyde d’azote est le plus inoffensif des anesthésiques, qu’il ne cause ni irritation, ni trouble du foie, du cœur, des reins, qu’il endort presque instantanément et s’élimine aussi vite. Ce qui a certainement empêché sa vulgarisation en Europe, malgré de nombreuses tentatives, est la difficulté de le donner. Mélangé simplement à l’air, il n’est pas en quantité suffisante pour anesthésier ; respiré seul, il asphyxie rapidement par manque d’oxygène.
- Les Américains ont tourné la difficulté au moyen de divers dispositifs qui permettent de faire respirer en même temps du protoxyde d’azote et de l’oxygène pur, en y ajoutant au besoin un peu d’éther.
- L’appareil le plus répandu est celui de Gatch que reproduit la figure 2. Il comprend deux cylindres, l’un d’oxygène 0, l’autre de protoxyde N20, à l’état de gaz sous pression. Deux valves permettent de régler les débits vers une chambre métallique à laquelle est fixé un sac de caoutchouc VR et où débouchent deux autres tubes, l’un communiquant avec l’air extérieur, l’autre avec un réservoir d’éther E muni d’un robinet débitant goutte à goutte. De la chambre, part un tube flexible F terminé par une boîte â valve V qu’on peut ouvrir vers l’extérieur eh sur laquelle est fixé le masque M à angle droit.
- Le masque est hermétiquement, fixé sur le visage, la vessie remplie de protoxyde additionné de très peu d’oxygène, et la valve expiratoire ouverte. Quand le patient a vidé le sac, on remplit celui-ci d’un mélange plus riche en oxygène, on ferme la valve et l’on pratique la « rebreathing », c’est-â-
- dire que l’inspiration et l’expiration se font dans le sac, en milieu clos ; l’acide carbonique s’y accumule et stimule la respiration qui devient plus ample et plus rapide. Toutes les 5 à 6 minutes, on ouvre la valve expiratoire et l’on renouvelle le mélange du sac. Qnand l’opération nécessite un relâchement musculaire complet que ne peut produire le protoxyde d’azote, on ajoute au mélange un peu d’éther en agissant sur le robinet du récipient E.
- La consommation des produits est très faible, puisqu’ils sont presque totalement utilisés. La quantité de chacun d’eux, protoxyde d’azote et éther, étant très petite, le shock est insignifiant. L’absorption et l’élimination du protoxyde étant très rapides, on peut à tout instant augmenter ou supprimer le sommeil anesthésique.
- Outre l’appareil de Gatch, il existe de nombreux autres dispositifs du même genre. Ceux de Hewitt, de Gwathmey, de Teter ont deux sacs, l’un pour l’oxygène, l’autre pour le protoxyde, permettant de connaître le débit de chacun des deux gaz. L’appareil de Miller donne un courant gazeux continu. L’anesthétomètre de Connell indique à tout i instant le pourcentage de l’anesthésique et de l’oxygène. Quelles que soient ces différences de
- Fig. 2.
- Schéma de l’appareil de Gatch. — M, masque; V, boîte à valve; F, flexible; VR, vessie de caoutchouc «rebreathing»: E, récipient à éther ; O, bouteille d'oxygène; N'10, bouteille de protoxyde d’azote.
- détail, tous ces appareils permettent une anesthésie rapide, agréable et sans danger., "
- Le mélange protoxyde d’azote-oxygène-éther n’est pas donné par les chirurgiens américains seulement à respirer au moyen d’un masque buccal. Ils l’utilisent encore de diverses autres manières qui trouvent leurs indications surtout pour des opérations particulières.
- p.310 - vue 314/474
-
-
-
- METHODES AMERICAINES D’ANESTHESIE - -..........: 311
- Pour les opérations thoraciques où la respiration est parfois difficile à entretenir,, pour celles de goitres où l’on risque de comprimer la trachée, pour celles dans la bouche où le sang, les muco-
- Fig. 3,
- Tube nasal de Connell, avec les deux
- , sondes de caoutchouc qu’on introduira dans le pharynx à travers les narines.
- sites risquent d^obstruer les voies respiratoires, on a préconisé l’insufflation intratrachéale. L’idée en revient à deux physiologistes, Meltzer et Auer, qui ont montré qu’elle est non seulement possible, mais avantageuse en assurant la respiration artificielle. Elle est pratiquée au moyen d’une canule qu’on introduit dans la trachée et par laquelle on insuffle, sous une certaine pression, 12 à 18 litres, du mélange par minute. Elle a été employée avec succès un grand nombre de fois en ces dernières années.
- L’insufflation endopharyngée est du même ordre, sauf que la canule double (fig. 3) introduite dans les narines, ne descend qu’au niveau du pharynx (fig. 4).
- Dans ces deux cas, les canules sont reliées à un appareil du - genre que nous avons décrit plus haut.
- Outre ces moyens d’anesthésie au protoxyde d’azote, les chirurgiens des États-Unis ont réalisé un autre mode par injection intra-rectale d’éther dissous dans l’huile. L’éther est alors absorbé par la muqueuse intestinale et s’élimine par les poumons après avoir circulé dans le sang et agi sur les centres nerveux. Ce procédé laisse la face entièrement libre et permet d’y pratiquer sans gêne n’importe quelle intervention.
- Le malade reçoit d’abord un suppositoire contenant Ogr. 30 à Ogr. 60 de chlorétone, puis, 30 mi-
- nutes après, une injection hypodermique de 15 millig. de morphine et 3 a 6 dixièmes de millig. d’atropine; 20 minutes plus tard, l’anesthésie est produite avec environ 30 gr. d’huile contenant de 50 à 75 pour 100 d’éther donnés au moyen d’une sonde reliée à un entonnoir. On peut aller jusqu’à une injection maxima de 240 gr. qui assure une anesthésie de 2 heures et demie à 3 heures. Si l’opération est terminée et qu’il reste de la solution éthérée non absorbée, on l’élimine par un lavage rectal à l’eau savonneuse, suivi d’une injection d’huile d’olive.
- Plus de 500 anesthésies pratiquées notamment par Sutton, à New-York, en 1914, ont montré la valeur de ce procédé commode qui, comme les précédents, a l’avantage de diminuer les phénomènes de shock et de remplir ainsi les principales conditions que Crile réclame de l’anoci-asso-ciation.
- Telles sont les principales nouveautés que les chirurgiens' américains nous apportent en matière d’anesthésie. Le fait qu’ils vont pratiquer ces méthodes, utiliser ces techniques, faire fonctionner ces appareils devant les nôtres, dans des ambulances toutes voisines, nous permettra de les juger et de les apprécier, nous familiarisera avec des procédés encore très peu connus en
- Fig- 4 -
- Coupe sagittale passant par une des narines montrant jusqu’où va la sonde pharyngée.
- France, avec des habitudes très différentes des nôtres et nous permettra, par une éducation mutuelle, d’enrichir notre bagage chirurgical dont nous n’avons jamais eu autant besoin qu’à présent.
- R. M.
- p.311 - vue 315/474
-
-
-
- =========
- UNE CULTURE INTENSIVE DE PATE A PAPIER
- La forêt moderne n’est plus seulement, comme autrefois, un moyen de se procurer des bois de charpente, des combustibles ou des résines; dans un temps où nous devenons avares des énergies naturelles, elle est de plus en plus un procédé économique pour utiliser la chaleur solaire à extraire de l’air, sans aucune dépense de force, le carbone et l’azote qu’il contient, et cela sous une forme.utilisable dans diverses industries chimiques. Avec le bois, on fabrique de la pâte à papier, de l’alcool, de l’acide acétique, que sais-je encore; le bois est devenu, par le fait de la guerre, un succédané du coton et de la laine, .à l’état de tissus en
- papier très employés en Allemagne, appliqués sur une échelle plus restreinte en France, etc. A ce titre, il nous paraît intéressant de décrire un essai de sylviculture très vaste et très rationnel, qui nous vient d’Espagne, mais par une initiative française et qui, avec des réserves sur lesquelles, j’insisterai, pourrait peut-être recevoir quelques utiles imitations.
- Au nord de la plaine fertile de Cordoue, la région de la Sierra Morena, qui forme la lim itedes deux provinces de Cordoue et de Ciudad Real, apparaît, contrairement à cette vallée, quand on la traverse en chemin de fer, d’une stérilité navrante. Soit parcimonie de la nature, soit faüte des hommes, on ne rencontre là, pendant des lieues, que des sortes de maquis ou des plantations de chênes verts, qui constituent la grande richesse agricole de ce pays désolé. Sous ces chênes verts, en effet, on élève des troupeaux de cochons noirs. Le propriétaire loue son terrain et ses chênes pour un temps déterminé; on pèse les
- cochons à l’entrée et à la sortie et, d’après le poids gagné par les bêtes, on évalue le fermage. On se fait ainsi d’assez belles rentes sans aucune peine. Mais ce n’est qu’une ressource locale et de grandes étendues sont absolument désertes.
- Je posais tout à l’heure la question de savoir à qui en incombait la responsabilité. La nature géologique du sol est assurément en cause; sur les schistes siluriens qui affleurent de tous côtés, il manque de la terre arable ; mais il faut également faire intervenir les coutumes vicieuses des habitants; car ce sol maigre, livré à lui-même, se couvre spontanément d’une abondante végétation forestière; et, si celle-ci ne se développe pas davantage, c’est, comme dans tant d’autres régions méridionales, en Algérie, en Grèce, etc., parce que les troupeaux de moutons et surtout de chèvres détruisent les plants. Le seul- fait d’établir un service de garde autour des terrains (ce qui n’est pas sans comporter de sérieuses difficultés pratiques) amène, en quelques années, un développement de végétation qui surprend d’autant plus qu’il est plus exceptionnel.
- Au milieu de ce pays désolé, une importante société française, la Société de Peîiarroya, a été attirée par l’.exploitation des mines de plomb et de charbon qui sont l’objet principal de ses efforts. Elle s’est trouvée ainsi posséder de vastes étendues de terrains traversés par une ligne de chemin de fer qui lui appartient, la ligne allant des charbonnages de Belmez et de l’usine de Penarroya aux belles mines de plomb de Villanueva del Duque et de l’Horcajo (la première en activité brillante, la seconde maintenant épuisée) et destinée à relier, de Belmez à Puertollano, deux grands charbonnages situés sur deux voies ferrées transversales. C’est sur cette ligne, au sud de l’Horcajo, à un endroit nommé la Garganta, que cette société a organisé, sous l’habile direction de M. Ledoux, la vaste entreprise de sylviculture, que je voudrais décrire ici sommairement.
- Le principe de l’opération est simple ; je vais commencer par l’indiquer; après.quoi, je donnerai quelques détails sur la mise en œuvre, et, pour ne
- p.312 - vue 316/474
-
-
-
- UNE CULTURE INTENSIVE DE PATE A PAPIER
- pas encourager des illusions fallacieuses sur la . possibilité de renouveler trop souvent ailleurs l’expérience, j’indiquerai en terminant quelles conditions très spéciales ont permis son succès au point considéré.
- En principe, il s’agit d’utiliser des terrains dont la valeur est très faible et, pour cela, de les défoncer avec la charrue à vapeur, d’y planter des eucalyptus et des pins, puis de transformer ces arbres en pâte de papier, et, avec cette pâte, de faire non seulement du papier, mais aussi du fil, des tissus, des sacs.
- Le terrain d’abord.
- Dans ce pays, l’hectare de terrain valait, au début des achats faits pour cette entreprise, à peine 60 à 80 francs dans les parties non plantées en chênes verts (où la valeur peut atteindre 600 francs! ; les achats successifs ont fait monter le prix à 200 francs, auxquels il va falloir
- ajouter, 250 francs de défoncement par hectare. Ces terrains, sur lesquels on a planté, n’ont pas été choisis au hasard. Pour comparer entre elles les vastes régions incultes, sur lesquelles on pouvait porter le choix dans ce pays, on a commencé par faire une série d’expériences en petit, accompagnées d’investigations scientifiques destinées à établir la
- 313
- météorologie de la région considérée. C’est ainsi qu’on a finalement choisi une région où un recouvrement de terrain meuble pliocène ajoute quelque fertilité au sous-sol de schistes siluriens. Ce pays,
- — La plantation des eucalyptus.
- qui donne l’impression d’être très sec et, par conséquent, très aride, reçoit, en réalité, beaucoup plus d’eau qu’on ne le pensait avant le commencement des études. Les chutes d’eau annuelles y atteignent, paraît-il, le chiffre élevé de 75 cm contre 50 à Penarroya, qui est cependant fort près de là, mais soumis à un régime tout différent-par l’intervention d’un rideau montagneux peu élevé entre les deux points.
- Ayant choisi le pays à défricher, il faut le défoncer, puis, s’il s’agit d’eucalyptus, y planter les jeunes arbres. Le défoncement se fait 'a 60 cm de profondeur par une méthode industrielle qu’on a introduite,s.à cette occasion, pour la première fois, dans cette région de l’Espagne. Une charrue-défonceuse de 7 t. (fabrication française, maison Bajaé) est intercalée entre 2 locomobiles de 115 chev. qui lui sont reliées par les câbles de fer atteignant 500 m. L’appareil est représenté par notre figure. Je ne le décris pas, des appareils analogues ayant été déjà signalés à nos
- T----
- yiss-v
- Fig. 3. — Aspect d’une plantation après 3 ans.
- p.313 - vue 317/474
-
-
-
- 314 ---------: UNE CULTURE INTENSIVE DE PATE A PAPIER
- lecteurs. D’ailleurs, l’emploi des tanks nous a familiarisés avec le déplacement, à travers les terrains les plus accidentés, de ces mastodontes mécaniques qui passent sûr tous les obstacles.
- Il faut ensuite planter les arbres. Ces arbres, je l’ai déjà dit, sont des eucalyptus ; mais on n’est pas venu du premier coup au choix de cette essence; on a essayé une série d’autres arbres ayant des emplois différents : le casuarina qui n’a pas réussi;' les mimosas que l’on continue à planter en petites quantités pour obtenir du tanin et enfin les pins, plus avantageux à certains égards, sur lesquels je vais revenir. L’eucalyptus, originaire comme on le sait d’Australie, a l’avantage de pousser étonnamment vite en donnant un bois très dense. On avait au début quelques doutes sur son emploi pour la fabrication du papier; mais, après une étude faite dans le pays d’origine, une Commission américaine s’est prononcée favorablement et la Société de Penarroya a fait elle-même des essais heureux dans le Doubs. La pâte obtenue peut servir pour les papiers d’impression ; mais les fibres, très résistantes, sont courtes et ne peuvent pas donner le papier à grande résistance (papier Kraft) nécessaire pour la textilose, qui doit être fabriqué avec des pins.
- On commence par semer les eucalyptus sur couche; puis, au bout de quelques jours, dès que la plante apparaît, on la met dans un pot formé d’une feuille de tôle enroulée d’environ 15 cm de haut, formant donc un pot percé au fond et lié par un fil de fer (fig. 2). Au bout d’un an, on repique en plantant'actuellement à peu près 2500 pieds par hectare. Peut-être plus tard réduira-t-on à 1500 ou 2000. Toute la plantation doit être exécutée dans un délai de 5 semaines. L’eucalyptus, qui offre de très nombreuses variétés, entre lesquelles on continue à faire des essais, est utilisable en moyenne au bout de 12 ans. Des plantations, qui ont à peine 3 ou 4 ans, surprennent par leur aspect de véritables forêts (fig. 3).
- Un premier point curieux dans cette expérience, outre le fait d’avoir reboisé une région qui passait pour absolument inutilisable, est l’échelle considérable, sur laquelle l’entreprise a été menée; ce qui est, nous le dirons en terminant, une des conditions essentielles du succès. Après une première période d’essais qui a duré plusieurs années, on a commencé vers 1911 l’application en grand. A la fin de 1916, au moment de ma visite, on avait déjà planté plus de 1000 hectares à raison de 400 hectares par an et l’on disposait encore de 4500 hectares, sur lesquels on devait continuer les travaux; je ne parle bien entendu que des terrains reconnus aptes à la plantation; car la Société possède en outre quelque 11 000 hectares sur lesquels on ne peut faire autre chose que de laisser pousser le maquis spontané en ie défendant contre les chèvres ou de remplacer les eucalyptus par des pins. On plante environ 1 million d’arbres par an pour en obtenir 800000. J’ai insisté sur les plantations
- d’eucalyptus qui offrent des détails particuliers. Les pins ont un double défaut : croissance plus lente et dangers d’incendie, qui n’existent pas avec les eucalyptus. On en a cependant développé quelques cantons de toute beauté, sur lesquels on compte, comme' je l’ai dit, pour fabriquer la textilose.
- Cette plantation et cette culture' des eucalyptus sont la première phase d’une opération, dans laquelle, comme je le disais au début, il s’agit de forcer l’air et le soleil à travailler pour soi. Quand on fait le calcul, on est étonné des chiffres auxquels monte cette extraction du carbone atmosphérique et l’on ne peut s’empêcher de penser à la végétation prodigieuse de l’époque houillère. Chaque tronc d’eucalyptus produit en moyenne 120 kg de bois en 12 ans. En obtenant une moyenne de 800 000 pieds par an (2000 pieds par hectare), on aura ainsi, pour la plantation d’une année, laissée à elle-même pendant ces 12 ans, environ 100000 t. de bois, ou 25 000 t. de carbone. Cela représente, par hectare et par an, plus de 5 t. de carbone. Or, si on calcule la quantité de carbone contenue dans l’atmosphère superposée à 1 hectare, en prenant comme base une teneur moyenne de 2,8 dix-millièmes d’acide carbonique sur 8 km de haut, on trouve qu’il y en a seulement 13 t. On voit donc qu’une plantation du genre de celle-ci constitue une pompe à drainer le carbone de l’air d’une énergie extrême, et ce carbone serait rapidement épuisé s’il n’était pas renouvelé sans cesse par les courants atmosphériques et par un cycle extrêmement rapide.
- Le résultat n’a rien de paradoxal, si singulier qu’il puisse sembler au premier abord. Un calcul général de M. Th. Schloesing montre, en effet., que la culture absorbe en moyenne par an et par hectare plus de 2 t. de carbone. Si l’on tient compte des mers et des déserts, l’épuisement total de l’air en acide carbonique se ferait, encore en moins d’un siècle et il n’est retardé que par une restitution constante due surtout à la destruction delà matière organique. Cela explique que la teneur en acide carbonique ait pu subir des variations considérables en plus ou en moins au cours de l’histoire géologique, notamment par une grande activité volcanique ou par un développement intense de la végétation et fait comprendre la.localisation des grands dépôts houillers dans certaines phases particulièrement propices. •
- Ajoutons que le développement de ces eucalyptus dans la Sierra Morena va entraîner la création de toute une petite ville. Nous sottimes ici en pleine Amérique, dans le pays où les villes poussent et disparaissent comme des champignons. Un peu au. nord de la Garganta, il s’était constitué, il y a quelques années, une ville de 6000 habitants, motivée par l’organisation des mines de plomb. Quand on eut sorti environ 220000 t. de minerais et qu’on fut arrivé vers 575 m. de profondeur, le filon s’épuisa, la mine dut fermer et la ville n’eut plus d’objet. Les ouvriers la quittèrent pour le plus
- p.314 - vue 318/474
-
-
-
- L’INDUSTRIE DES MATIÈRES COLORANTES AUX ÉTATS-UNIS - 315
- grand nombre, afin d’aller travailler à d’autres mines et il ne resta qu’une sorte de Pompe'i, tombant en ruines de jour en jour, dont l’aspect est tout à fait extraordinaire. Ce qu’il y reste d’habitants va être transporté à la Garganta, où l’on a tracé tout le plan d’une ville en projet, autour d’une église centrale dominant le pays. En même temps, les plantations d’arbres, qui ont besoin d’une surveillance active pour éviter les déprédations ont donné lieu à la construction d’un certain nombre de postes-vigies éparpillés dans la mon--tagne. On a eu l’idée originale de leur donner l’aspect de blancs marabous algériens à coupoles et tout le pays, qui tend à devenir un lieu de plaisance pour les employés en congé, une verte oasis fraîche au moment des chaleurs de l’été, a pris un aspect algérien dont on est frappé dès qu’on y arrive.
- La seconde partie de l’entreprise consiste alors à utiliser ces pins et ces eucalyptus : soit en les employant comme bois de mines, ou comme charpentes; soit en fabriquant de la pâte de papier; soit en distillant les branches, les petits troncs pour acide acétique, alcool de bois et charbon ; soit peut-être accessoirement en distillant les feuilles. Le point de départ a été l’approvisionnement de bois de mines, rendu difficile par le déboisement rapide de l’Espagne et du Portugal. C’est devant les bons résultats obtenus qu’on a triplé puis quadruplé l’expérience. La distillation des bois est liée à celle des charbons à coke (Penarroya) et des charbons et schistes non cokéfiables (à Puedollen). Quant à la textilose, je rappelais en commençant le développement énorme pris par cette industrie en Allemagne (83 usines; 300000 ouvriers). Une usine de ce genre fonctionne dès à présent à Penarroya. Cette fabrique ayant été montée avant que les plantations d’eucalyptus fussent en plein rapport, on a commencé par y faire de la textilose avec des produits suédois. Le principe de cette fabrication, que je rappelle, consiste à fabriquer une sorte de papier brun très résistant, sur lequel on colle des déchets de coton répartis, en une pâte fluide. Puis on découpe ce papier cotonné en disques' analogues à ceux du télégraphe Morse. On détire les bandes en les tournant au fur et à mesure et l’on obtient ainsi une sorte de ficelle qui fournira la chaîne des étoffes; la trame peut être, soit éga-
- lement en textilose, soit en jute. L’usine actuelle de Penarroya ne fabrique pas encore elle-même sa pâte de papier chimique qu’elle doit faire avec ses pins; et sa production principale est aujourd’hui le sac en fil de papier remplaçant le sac de jute; mais tout est organisé pour faire un jour toute l’opération sur place sans emprunt à l’étranger.
- Il faut encore expliquer quelles conditions très spéciales ont permis le succès de cette immense entreprise. C’est d’abord la libre disposition de capitaux considérables. On a dû, en effet, commencer par acheter ces 15 000hectares de terrains; on a perdu ensuite 5 ou 4 ans en essais infructueux; et, maintenant encore, on avance chaque année des frais pour ne commencer à les retrouver que dans 12 ans; l’immobilisation de fonds est donc très forte. D’autre part, une semblable’ plantation d’arbres sur une échelle énorme n’aurait pas trouvé à se vendre dans le pays, si la même société qui plantait n’en avait pas eu l’emploi et si elle n’avait pas disposé d’un chemin de fer construit d’abord dans un tout autre but, auquel les eucalyptus fourniront un fret important, mais sur lequel les transports pourront se faire à bon marché. Un* premier emploi des arbres ce sont les bois de mines qui peuvent servir dans les charbonnages de la Société à Belmez, Puertollano, etc. Le second, c’est la pâte de papier dont je viens de parler. Cette usine est à son tour solidaire des autres entreprises très variées de la compagnie. Celle-ci, après avoir commencé en 1881 par fusionner un charbonnage avec .des mines de plomb, a peu à peu acheté d’autres charbonnages et d’autres mines de plomb en Espagne, en Algérie, en France, etc. ; puis elle a organisé la fabrication des produits chimiques, la production de l’acide sulfurique qui a entraîné à son tour celle des superphosphates. Aujourd’hui, elle peut se fournir à elle-même, dans des conditions qu’aucune autre entreprise ne saurait espérer, à la fois les produits chimiques nécessaires à la fabrication de papier et l’énergie électrique. L’exemple, extrêmement intéressant, est donc de ceux qu’il convient d’admirer, mais qu’il serait dangereux de vouloir imiter sans une étude approfondie et sans des ressources en argent très puissantes. L. De Launay.
- L’INDUSTRIE DES MATIÈRES COLORANTES AUX ÉTATS-UNIS
- Au mois de septembre 1914, l’Office des produits chimiques et pharmaceutiques que dirige avec talent M. le professeur Béhal, envoya une circulaire à 20 usines anglaises et à 8 fabriques américaines de matières colorantes pour leur demander de ravitailler nos teinturiers qui, à l’instar de presque tous leurs confrères du monde, s’approvisionnaient alors en Allemagne. La plupart de ces lettres revinrent
- à l’envoyeur avec les mentions « N’existe plus » et les autres firmes déclinèrent les commandes françaises dans l’impossibilité où elles se trouvaient de les exécuter, cette industrie étant, avant la guerre, tout entière aux mains de nos ennemis d’outre-Rhin.
- Aux États-Unis, en particulier, la Henzol Products Company qui, en 1910, s’était fondée pour préparer ï’aniline, avait dû s’engager à limiter sa
- p.315 - vue 319/474
-
-
-
- 316 == L’INDUSTRIE DES MATIÈRES COLORANTES AUX ÉTATS-UNIS
- production au dixième environ de la totalité de cette substance utilisée sur le territoire de l’IJnion pour ne pas encourir les foudres du trust boche; du reste, Cette concession ne la sauva pas de la débâcle, car le syndicat allemand la tua au bout de deux ans en abaissant fortement ses prix et en accordant de grandes facilités de payement à la clientèle transatlantique. En outré, les industriels germaniques imposaient à leurs acheteurs américains, sous peine de backlisting(1), certains colorants qu’ils étaient seuls à préparer. Peu après, d’entreprenants chimistes des États-Unis, sans se laisser décourager par les échecs antérieurs de leurs compatriotes, essayèrent de lancer une soixantaine de dérivés azoiques ou du triphénylméthane qu’ils étaient parvenus à produire de manière très écono-
- mique; mais les maisons allemandes s’entendirent entre elles pour vendre ces matières colorantes à des prix dérisoires jusqu’à ce que leurs concurrents ferment boutique.
- Si bien qu’en 1912, il n’existait, plus, cônnne fabriques de couleurs synthétiques dans la patrie de l’Oncle Sam, que des filiales allemandes et diverses autres maisons qui traitaient certains dérivés du goudron made in Germany.
- Avant la guerre, en effet, l’Allemagne fournissait environ les trois quarts des matières colorantes artificielles employées dans l’univers ; elle en fabriqua pour 341 millions et demi en 1913 alors que la production totale de l’univers atteignait 460 millions 700 mille francs pendant le même temps. Et chaque année, les industriels d’outre-Rhin .envoyaient, 242 millions de ces produits à l’étranger. Les autres pays producteurs de colorants extraits
- 1. Menace d’un industriel de ne plus vendre à son client les produits spéciaux de sa fabrication, au cas où ce dernier achèterait des marchandises chez un autre fabricant.
- de la houille suivaient nos ennemis de bien loin : la Suisse en fabriquait pour 52 millions et les États-Unis d’Amérique pour 15 millions seulement. Quant à l’Autriche, la Russie et la Belgique, elles comptaient fort peu sous ce rapport.
- Si maintenant nous décomposons l’exportation allemande par catégories, nous voyons que les couleurs d’aniline y entraient pour 159,1 millions de francs, l’indigo artificiel pour 54,8 millions, l’anthra-cène pour 12,1 et l’alizarine pour 10,9 millions. 'Géographiquement ces substances se répartissaient déjà manière suivante : les États-Unis achetaient 21,55 pour 100 des couleurs d’aniline; l’Angleterre 17,14 et la Chine 13,7. Mais en revanche l’Allemagne vendait aux Célestes 64 pour 100 de son indigo artificiel alors que lès teinturiers américains n’en consommaient que 10,38 pour 100 et leurs confrères anglais 3,54 pour 100. Des couleurs d’anthracène allemandes 44,1 pour 100 s’exportaient en Amérique et 23,7 en Grande-Bretagne. Enfin les Indes britanniques absorbaient 39,8 pour , 100 de l’aliza-rine boche, l’Angleterre 24,3 pour 100 et les États-Unis àpeine 8 pour 100. En fait, l’Allemagne avait donc monopolisé la fabrication des matières colorantes. Aussi, dès l’ouverture des hostilités, les industries tinctoriales des nations alliées ou neutres se trouvèrent dans une situation des plus précaires à laquelle l’appoint des pigments végétaux ne put remédier qu’en partie. Mais les chimistes anglais, français et américains se mirent d’autant plus résolument à l’œuvre pour surmonter la crise que les matières premières servant à l’industrie des colorants artificiels sont indispensables aux fabriques d’explosifs. À présent, la production française atteint 2000 tonnes par an, une quinzaine d’usines de ce genre fonctionnent en Grande-Bretagne et plusieurs 'sociétés importantes se sont fondées en Amérique comme nous allons le voir. Malheureusement les Alliés ont laissé prendre aux techniciens allemands une avance considérable. Depuis un demi-siècle des centaines d’ingénieurs et de chimistes travaillent dans les usines d’outre-Rhin à solutionner les problèmes ardus qui se posent, dans l’industrie des matières colorantes et, comme le constate justement le professeur À. Wahl, « la lutte avec une telle organisation sera forcément des plus dures ».
- Fig. i. — Un chimiste essayant les matières colorantes au laboratoire.
- p.316 - vue 320/474
-
-
-
- L’INDUSTRIE DES MATIERES COLORANTES AUX ETATS-UNIS --------317
- Toutefois les techniciens Yankees ne s’embarrassent pas pour si peu et ils veulent que les teinturiers des États-Unis trouvent bientôt tout ce qu’il leur faut chez eux ou leurs alliés. Plusieurs centaines de leurs savants se sont attelés à cette besogne; ils réalisent actuellement, groupe par groupe, des molécules plus ou moins compliquées de matières tinctoriales nouvelles, à l’aide de matériaux simples qu’ils unissent entre eux comme leurs architectes bâtissent des gratte-ciels ! Les produits renfermés dans le goudron de houille sont effectivement très nombreux; on y rencontre plus d’une centaine de composés chimiques distincts qu’on associe de mille manières. En sorte qu’un conférencier américain pouvait dire récemment avec humour : nos chimistes savent aujourd’hui utiliser le goudron aussi bien que nos
- fabricants de conserves de Chicago tirent parti des porcs !
- En 1914, les matières colorantes importées d’Allemagne aux États-Unis, sans représenter une valeur considérable par elle-mèmes, s’employaient pour teindre 7 milliards 800 millions de marchandises et quand, au commencement de 1915; nos alliés amé-
- ricains en manquèrent; les pertes des industries textiles se chiffrèrent durant plusieurs mois aux États-Unis par un million de dollars par jour (5 millions de francs). Le gouvernement impérial,
- toujours à l’affût, chercha à employer les couleurs comme monnaie d’échange afin d’améliorer le cours du mark. Mais les négociateurs prussiens émirent d’extraordinaires prétentions. Ils voulurent majorer la note de^500 pour 100, en exigeant le paiement en or et sans tenir compte du change. L’anguille américaine serrée par le trop gourmand Teuton s’organisa pour s’échapper de ses griffes ! Les pratiques Yankees se tournèrent d’abord vers les bois de campêche et du Brésil, le querci-tron, le fustic et autres colorants naturels. Puis ils organisèrent des installations de fortune pour traiter ce qu’on appelle les produits intermédiaires.
- On sait, en effet, que les usines de matières^colo-rantes n’utilisent pratiquement que cinq substances extraites du goudron : quatre carbures (benzène/toluène, naphtalène, anthracène) et un dérivé hydroxylé du benzène, le phénol. On soumet ces corps à l’action de certains réactifs dont les principaux sont le chlore, la soude, les acides sulfuri “u etnitrique qui fournissent
- Fig. 2. — Un filtre à presse dans une usine de matières colorantes.
- p.317 - vue 321/474
-
-
-
- 318 .... : - LES AGRANDISSEMENTS
- de nouveaux composés non colorants par eux-mêmes mais susceptibles d’en donner. Ces produits intermédiaires, sont au. nombre de 500 parmi lesquels les plus importants (50 environ) relèvent de la grande industrie chimique. Ainsi la fabrication de beaucoup de colorants à partir des produits intermédiaires demande seulement un matériel restreint que les spécialistes des États-Unis arrivèrent à installer pour 5000 à 10 000 francs suivant les régions.
- Ces petites usines dites àe finissage n’exécutent .qu’un petit nombre d’opérations et n’exigent qu’un personnel restreint. Leur matériel n’est pas compliqué non plus : des chaudières, des bacs à réaction, des mélangeurs, des filtres-presses, des claies, des séchoirs et des broyeurs de divers systèmes pour pulvériser les produits avant leur mise dans les tonneaux d’expédition, voilà tout l’outillage nécessaire. Examinons, par exemple, la série des métamorphoses du benzène C6I16, carbure qui distille le premier quand on chauffe le goudron. En traitant cette « matière première » par l'acide nitrique, on obtient le nitrobenzène C° As NO2, qui échange à son tour son oxygène contre de l’hydrogène en présence d’un mélange (fer-acide chlorhydrique) capable de lui en fournir à l’état naissant. 11 se transforme alors en aniline C6 Hs NH2, laquelle peut échanger les atomes d’hydrogène reliés à l’azote contre des groupes que lui fournit l’alcool méthylique et donner de la diméthylaniline C6 H6N (CH’)2. Les trois dérivés ci-dessus du benzène constituent des produits intermédiaires, car il suffit d’oxyder l’aniline pour réaliser une belle couleur noire, de la chauffer avec du nitrobenzène pour avoir diverses teintes bleues (les indulines) tandis que la diméthylaniline oxydée fournit toute une gamme de jolies nuances violettes, et forme la partie principale de plus de cent matières colorantes. En conséquence, dès le mois de décembre 1915, deux établissements américains fabriquaient déjà du noir de soufre, à partir du chlorodinitrobenzène que leur fournissaient deux firmes spéciales et quatre autres préparaient l’indigo artificiel.
- A côté de ces petites maisons de finissage, deux sociétés plus importantes ne tardèrent pas à se fonder avec des capitaux respectifs de 2 millions et
- DU PORT DE BORDEAUX -—
- de 25 millions de dollars. Puis, au cours de 1916, les États-Unis firent de prodigieux efforts pour développer cette industrie comme le prouvent les statistiques publiées. On y distilla 110 millions de tonnes de houille grasse et on bâtit 2600 fours à coke à récupération pendant que 12 nouvelles compagnies se créaient portant à 40 le nombre des fabriques transatlantiques de matières colorantes, qui produisirent 20 000 tonnes durant cette période et pouvaient déjà se livrer à l’exportation pour l’Amérique du Sud.
- Du reste, le gouvernement des États-Unis s’efforce de protéger ses nationaux contre les machinations futures des chimistes allemands. Il a fait voter par le Congrès une loi contre le dumping l’assimilant à la concurrence déloyale et reviser les droits de douane des produits intermédiaires et colorants afin d’en éliminer les anomalies extraordinaires comme l’entrée en franchise de l’alizarine et de l’indigo synthétique, rangés dans la catégorie des produits tinctoriaux tirés du règne végétal bien que sortis des usines rhénanes ! Une fois la paix signée, le marché américain se trouvera donc presque entièrement fermé aux Allemands. Nos ennemis ne vendront plus leurs camelotes au-dessous du prix de revient pour enlever sa clientèle au concurrent moins fortune l’Oncle Sam a déjoué d’avance leurs manœuvres grâce à la loi sur le dumping. De même, le blacklisling leur sera interdit, car iU.se heurtera à une ligue des consommateurs qui vient de se former de l’autre côté de l’Atlantique. Leurs menaces de ne pas céder les produits spéciaux de leur fabrication accumulés durant la guerre restera alors sans effet ou n’entrera guère en ligne de compté. Gomme le note judicieusement M. le professeur Auger « le blaklisteur deviendra le blac-klisté », et les teinturiers américains mettront à l’index les chimistes allemands « qui se risqueraient à ce jeu désormais périmé ». Il restera seulement aux Boches l’unique'ressource d’écouler en Amérique les couleurs synthétiques d’une préparation délicate ou d’un usage restreint. Et, en 1920, lés États-Unis espèrent même pouvoir se passer , entièrement des matières colorantes européennes.
- Jacques Boyer.
- LES AGRANDISSEMENTS DU PORT DE BORDEAUX
- En 1911, dans son n° 2005, La Nature a fait connaître l’état du port de Bordeaux à cette époque et le programme des travaux qui avait été tracé.
- Six ans ont passé depuis; la guerre est venue; la Gironde a vu naître des ports nouveaux dont plusieurs pour les besoins de nos alliés : Blaye, port franco-italien (*) ; Bassens, port américain, etc. Les bords de la Garonne se sont transformés ; aux rives herbeuses, aux petits ports d’échouage, se sont suppléés de vastes appontements, des quais, des 1. Voir l’étude de M. de Pawlowski, La Nature, n° 2511.
- postes de chargement et de déchargement de navires. Depuis Bordeaux jusqu’à la mêr, ce ne sont plus que grues, docks, quais, hangars, magasins, usines.
- La transformation depuis la guerre est assez profonde pour que nous la notions ici. Nous trouvons justement une documentation précise sur ce sujet dans une étude récemment parue au Bulletin hebdomadaire de la Navigation et des Ports maritimes du Sous-Secrétariat d’État des Transports.
- Le tonnage du port de Bordeaux, qui était de
- p.318 - vue 322/474
-
-
-
- LES AGRANDISSEMENTS DU PORT DE BORDEAUX
- 2 580000 tonnes en 1904, avait atteint 4000000 en 1909; en 1913, on y comptait 4 671 800 t. et un tonnage de jauge de 6 627 440 tonneaux. On peut donc dire que les échanges du port avaient doublé en 10 ans. Cette prospérité n’était pas seulement due à des causes d’ordre général. Bordeaux, seul grand port maritime sur la Garonne, sans concurrence, comme Rouen ou Nantes, avec un port d’escale situé plus en aval, était devenu à la fois tête de lignes maritimes et grand centre industriel.
- Tandis que l’exportation des productions de l’arrière-pays (vins et bois) restait presque stationnaire et que la grande pêche décroissait, l’importation des charbons augmentait de 500 000 t. et celle des minerais et produits chi-miques passait de 120000 à 250000 t. en quatre ans.
- Au port de Bordeaux proprement dit, situé sur la rive gauche, s’ajoutaient peu à peu les installations de la rive droite où s’élevaient de nombreuses usines destinées à transformer sur place les minerais et les produits chimiques, au point même de débarquement de ceux-ci et des combustibles, pour expédier ensuite direc- ’ tement leurs produits manufacturés par la ^ même voie de mer, avec le minimum de frais. Les coteaux de Lormont, plantés en vignobles, se ttans formèrent ainsi peu à peu en centre industriel.
- En même temps, bien que situé à près de 100 km de la mer, Bordeaux devenait, sans concurrence, le grand port d’escale du sud-ouest de la France. Pour faciliter aux navires l’accostage rapide, quel que soit leur tirant d’eau, il étendit ses emprises vers l’aval jusqu’à l’embouchure de la Gironde. ,
- Derrière la pointe de Grave, abrité par elle. Le Verdon est en transformation pour devenir un port en eau profonde, pouvant recevoir des navires de 12 m. de tirant d’eau. Un môle d’accostage de
- 319
- 600 m. de long, situé dans le lit de l’estuaire et relié à la rive par une passerelle métallique, pourra recevoir simultanément, par 13 à 15 m. de fond, deux ou trois des plus grands paquebots actuellement prévus; la concession de ce port à la Chambre de Commerce de Bordeaux a été accordée par une loi du 21 avril 1914 (fig. 3).
- Plus en amont, Pauil-lac, qui était jusqu’à présent le point d’escale que doit remplacer Le Ver don, deviendra un port de transit entre les grands cargos allant jusqu’à 10 m. et les ga-barres fluviales qui peuvent aller jusque-là. Ses appontements, agrandis et aménagés, rempliront parfaitement ce but.
- De Pauillac jusqu'à Bordeaux, les navires calant 8 m. peuvent remonter la Gironde et la Garonne. Les grands paquebots peuvent également y accéder après s’être délestés d’une partie de leur cargaison, soit au Verdon, soit à Pauillac. Ils trouveront le long des deux rives toute une série d’appon-tements, à Blave, à Bas-sens, à Lormont sur la rive droite, au fond du canal de Gratequina, dans cinq grandes darses prévues sur la rive gauche qui offriront 6250 m. de quais. Enfin-la Garonne, dans la ville même, et les deux bassins actuellement existants assurent encore 3000 m. de quais sur la rive gauche.
- Un chemin de fer, dit de ceinture, relie les quatre gares actuelles de l’Orléans, de l’État, du Midi et du Médoc. De cette dernière part une ligne qui rejoint Pauillac et Le Verdon. Sur la rive droite, une ligne assure également les communications avec la série des ports échelonnés jusqu’à Royan.
- Nous empruntons au Bulletin de la Navigation, la description de ce qui a été fait depuis la guerre.
- « Lorsque les hostilités ont éclaté le vaste programme que nous avons fait connaître était en cours d’exécution, mais enqore peu avancé. Sur les
- Fig. i. — Le port de Bordeaux (état actuel).
- p.319 - vue 323/474
-
-
-
- 320
- LES AGRANDISSEMENTS DU PORT DE BORDEAUX
- 20000000ede francs affectés à l’amélioration du lit, la moitié environ avait été dépensée, mais surtout pour la construction d’un matériel de dragage. Le
- Saujon-
- ont
- 80
- Le raccordement par voie ferrée avec la ligne de Paris est facile. Dès 1915 on y a entrepris 400 m. d’appontements, suivis en 1916 de 250 autres et encore de 250 autres soit au total 900 m. Les 650 premiers mètres, ont été livrés à l’exploitation dès octobre 1916, le surplus suivra à bref délai.
- A Blaye, maintenant annexe de Bordeaux,
- été construits deux quais-appontements de m. de longueur. Au total, on a, sous le
- coup de la nécessité, augmenté la longueur des quais de 1378 m., tous munis d’outillage et de voies ferrées, de manière à se prêter à une exploitation intensive.
- « Si les circonstances l’exigeaient on trouverait encore à Bassens. des emplacements pour 2 km d’accostages. »
- Fig. 2. — Les traits noirs marqués dans le cours du fleuveinaïquent les emplacements qui doivent être dragués.
- BORDEAUX!
- remplacement des anciens quais (919 m.) n’était pas commencé : les travaux du canal et de l’écluse de Grattequina étaient en préparation; le port du Verdon restait sur le papier.
- « Après la dépression qui se fît sentir pendant les premiers mois de la guerre, le trafic augmenta brusquement dans des proportions considérables. Il fallut aviser à y faire face par des mesures rapides.
- On a dans ce but hâté l’achèvement des 200 m. de quais nouveaux (quai de Bourgogne), prévus au programme de 1910 et entrepris 120 m. sur la rive droite.
- Puis les emplacements appropriés et disponibles faisant défaut dans l’intérieur du port, on en a trouvé, un à 3 km 500, environ, en aval des appontèments de Queyries. En ce point (Bassens) la rive droite, légèrement concave, est bordée de bonnes profondeurs sur plus de 3 km de longueur. L’État y possède de vastes alluvions permettant toutes les installations utiles.
- L’effort de Bordeaux est à retenir, car il montre qu’on peut rapidement avec de la décision, remédier aux crises de croissance d’un port. Sans attendre l’exécution du programme complet d’amélioration de la Gironde, vaste, coûteux et lent, on a pu sans délai faire des installations Siiffisantés pour répondre à l’énorme accroissement de tonnage causé par la guerre et dû en grande partie aux conditions de sécurité particulières de la région maritime bordelaise. Les appontements de Queyriès, de Bassens et de Blaye ne sont d’ailleurs pas des travaux de fortune; ils serviront encore, après la guerre, à faciliter
- Fig. 3. — Le portjlu Verdon.
- le développement du port de Bordeaux jusqu’à la réalisation complète des grands projets de 1910, dans lesquels ils entreront heureusement.
- A. Breton.
- Le Gérant : P. Masson. — lmp. Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
- p.320 - vue 324/474
-
-
-
- LA NATURE.
- N° 2330.
- 25 MAI 1918.
- LES OBUS SHRAPNELS
- Leur tir. — Leur fabrication.
- Lorsqu’en 1784, le lieutenant Henri Shrapnel proposa au gouvernement britannique (qui d’ailleurs ne devait l’adopter qu’en 1808) l’obus à balle qui porte son nom, il ne se doutait probablement pas qu il venait de doter l’artillerie de l’engin le plus meurtrier.
- Sous sa forme simple primitive, d’obus rond, dans lequel la poudre et les balles étaient mélangées, son efficacité n’était d’ailleurs pas satisfaisante, car la dispersion était trop grande et les risques d’éclatement prématuré assez nombreux (fig. 1). Une modification due au colonel Boxer, consistant a séparer les balles de la charge explosive par un diaphragme et à amorcer la ^
- rupture au moyen de quatre rainures partant de la fusée, diminuant ainsi la résistance des parois permit d’augmenter notablement la* valeur de l’obus (fig. 2).
- Mais c’est surtout lorsque les projectiles oblongs remplacèrent les. boulets ronds que le shrapnel se généralisa dans toutes les artilleries
- et, comme on pourra s’en rendre compte sur la figure 5, les solutions adoptées sont toutes très voisines, sauf toutefois en ce qui concerne la fusée. Nous reviendrons sur cette question extrêmement importante lorsque nous aurons examiné comment agit le projectile.
- Au sortir du canon, un dispositif « concutant » enflamme un relai de poudre dont la durée de combustion, variable à volonté, est réglée de façon que le projectile éclate à quelques mètres au-dessus du sol. Cet éclatement est produit de la façon suivante : la flamme, sortant de l’extrémité du relai, allume la poudre contenue dans un tube central et par son intermédiaire la charge de poudre noire qui se trouve au culot de l’obus. Sous son action, l’ogive est arrachée et les balles que renferme l’obus sont projetées, par cette sorte de canons, avec une vitesse supplémentaire d’environ 100 m. à la seconde. Elles forment ainsi une gerbe sensiblement conique dont nous allons étudier l’effet sur le terrain battu.
- L’axe de la gerbe correspond à la tangente à la trajectoire, au point d’éclatement et la répartition
- 46“ Année. — 1" Semestre-
- Fig. i. — Obus primitif du lieutenant Shrapnel.
- des balles est à peu près uniforme à l’intérieur de ce cône. La surface suivant laquelle elles rencontrent le sol est donc la section oblique d’un cône. D’après les théorèmes classiques de géométrie, c’est une ellipse dans les cas où l’angle de chute est supérieur à la moitié de l’ouverture de la gerbe. Cellè-ci augmente avec la distance, car la force centrifuge a une influence d’autant plus grande que la portée est elle-même plus grande.
- La figure 4 représente la zone battue par un shrapnell de 155. Elle forme une ellipse dont le grand axe a 190 m. Le point A est le point de rencontre de la trajectoire avec le sol et, d’après ce que
- nous venons de dire, la moitié des coups se trouve dans l’espace compris entre A et M dont la longueur est de 30 m. seulement et l’autre moitié se répartit sur la surface AM' dont la longueur est de 160 mètres. Par . suite, si le coup est trop long de 30 m. le projectile est inefficace, tandis que s’il est trop court de 30 m., l’efficacité n’est pas sensiblement modifiée. C’est ce qui explique pourquoi on a toujours intérêt à exécuter un tir fusant avec une trajectoire moyenne courte.
- Admettons que la distance du tir soit réglée, il lui correspond une certaine durée de trajet t. Pour que le shrapnel ait son rendement maximum il faut que son éclatement se produise au temps t — a, a étant le temps qu’il mettrait pour parcourir les 35 ou 40 derniers mètres de sa trajectoire, de façon que l’éclatement se produise en E (fig. 5). Ce résultat est obtenu de la manière suivante dans les fusées françaises dont nous donnerons le principe mécanique plus loin. L’appareil appelé débou-choir qui règle la durée du cordeau fusant porte deux graduations et deux manettes de commande. L’une automatiquement règle la longueur du cordeau fusant en fonction de la distance, l’autre appelée correcteur permet de la faire varier de la quantité correspondant au temps a. On comprend alors la signification des deux commandements fondamentaux du tir : à 2500 m., correcteur 18. Cela veut dire qu’il faut déboucher l’évent à la place correspondant au temps de trajet pour la dis-
- 31 — 521.
- Fig. 2. — Obus modifié par le colonel Boxer.
- p.321 - vue 325/474
-
-
-
- 322
- LES OBUS SHRAPNELS
- tance de 2500 m. diminué de la quantité indiquée par le correcteur de façon à produire l’éclatement au-dessus du sol.- Avec la même hausse, et en faisant varier le correcteur, on déplace le point d’éclatement en E E' E" sur la trajectoire. En laissant au contraire le correcteur invariable et en faisant légèrement varier la hausse, on déplace approximativement le point „d’éclatement sur la verticale Ea.
- On voit par ce qui précède que la hauteur d’éclatement est le facteur le plus important pour l’efficacité du tir.
- Si un obus éclate haut, la dispersion est trop grande, la force des balles insuffisante, et l’effet estnul. Si au contraire l’éclatement a lieu au ras du sol (sauf dans les cas où l’obus ricoche), la gerbe est très petite et son action trop limitée. Si la durée de la fusée est encore plus grande, l’obus explose dans le sol et comme sa charge est très faible il ne produit aucune action.
- Or pour que le shrapnel fonctionne normalement, à une hauteur du sol de 50 m. environ, il faut que la fusée puisse être réglée, dans le cas où la vitesse du projectile à ce moment est de 500 m., à un dixième de seconde près. C’est-à-dire que si la durée du trajet est de ^
- 15 secondes, il faudra que l’obus éclate au bout de 14,9 secondes. Que nos lecteurs veuillent bien se rappeler que le réglage d’un tir nécessite la connaissance exacte de la distance du but, les corrections tenant compte de la différence des alti-
- tudes de la pièce et du but (ce que l’on appelle l’angle de site) de l’état hygrométrique de l’air, de la pression barométrique, du vent régnant, et ils
- compr endron t que dans beaucoup de cas on préfère tirer à obus percutants sur des troupes, plutôt qu’àshrapnels par suite de la difficulté de régler instanta nément un tir efficace. Ajoutons cependant que le matériel français d’une part, et la valeur technique des officiers d’artil-leried’autrepart, nous permettent d’obtenir des réglages plus parfaits que nos ennemis.
- En’effet, sauf pour le matériel français, les fusées utilisées sont des fusées combinées à temps et à percussion du type à double étage, dont la figure 6 donne une coupe et la figure 7 le principe de fonctionnement." Elles se composent essentiellement de deux pièces A et B portant chacune deux sillons a et b remplis de poudre comprimée. Ces deux sillons peuvent être déplacés î’un par rapport à l’autre en tournant le plateau supérieur A qui porte une graduation. Le sillon a communique d’une part avec le sillon & par l’évent. c et d’autre part avec le système d’allumage par les évents D et E. L’extrémité du sillon inférieur b communique avec le détonateur par le conduit S plein de poudre. Au départ du coup, la masselotte G, qui porte une capsule de fulminate cisaillant le fil H, vient par inertie percuter sur la pointe 1 et enflamme le sillon de poudre a.
- Français Américain Anglais Ai/emancf Musse
- Fig. 3. — Les obus shrapnels des nations belligérantes.
- 1. Poudre sans fumée en lamelles de ij2 mm d’épaisseur et 12 mm. 7 de large; 2. Poudre sans fumée (nitrocellulose) en grains cylindriques multiperforés de 8 mm. 9X4 mm. 9; 3. Poudre sans fumée (nitrocellulose) cristalline ; 4. Poudre sans fipmée (nitrocellulose) en baguettes; 5. Poudre sans fumée (nitrocellulose) cristalline. — P. Poudre noire.
- Fig. 4.
- Zone battue par un obus shrapnel.
- p.322 - vue 326/474
-
-
-
- LES OBUS SHRAPNELS
- 323
- Quand la flamme arrive en regard de l’évent de communication C elle passe dans le sillon inférieur b et allume ensuite le détonateur de l’obus. On comprend en regardant la figure 7 que, par déplacement relatif des deux plateaux on puisse faire varier la longueur du sillon de poudre à brûler et par suite le temps d’éclatement.
- La fusée française, comme on peut le voir d’après la figure 8, repose sur un principe tout différent. Le cordeau d’inflammation est contenu dans un tube en étain pur enroulé en spirale autour de la tête de fusée.
- Pour fixer le temps que doit brûler la fusée celle-ci est placée 'dans un appareil appelé débou-choir qui, par la manœuvre d’une manivelle, enfonce une pointe A dans l’intérieur de la fusée.
- Quand l’obus part, le percuteur B,, vient frapper l’amorce C, il se produit une flamme qui passe par l’ouverture faite en A et allume le cordeau en relation par son extrémité avec le détonateur de l’obus.
- On comprend fa-cil ement comment on peut faire varier la longueur de la partie du cordeau à brûler et par suite le temps au bout duquel la fusée fonctionnera.
- Variation de la hauteur d'éclatement d’un shrapnel.
- Fig. 7-
- Dans toutes les fusées à temps, un dispositif par percussion directé assure l’éclatement dans tous les cas au choc sur le sol (d’où leur nom de fusées
- à double effet). Leur fabrication 'est surtout une série d’opérations de décolletage, aussi n’en disons-nous rien.
- 11 n’en est pas de même pour l’obus. Un grand nombre de méthodes pour la confection des shrapnels par forgeage ont été proposées. Sans entrer dans leur examen détaillé, ce qui nous entraînerait trop loin, nous dirons quelques mots sur les plus récentes, particulièrement celles mises en service en Amérique.
- Les méthodes officielles sont aussi différentes que possible : tandis que le gouvern ement russe utilise une presse hydraulique à double effet permettant, par exemple, de poinçonner un obus dans la course aller et d’en étirer un autre dans la course retour, en France, on préconisait les marteaux à vapeur agissant de la même manière que pour les pièces usinées par martelage. En Allemagne
- c’est une presse hydraulique horizontale qui perce le lopin, tandis qu’une machine mue par un engrenage à crémaillère étire là pièce forée. "
- Principe du fonctionnement d’une fusée à plateau.
- p.323 - vue 327/474
-
-
-
- 324-... ..............-LES OBUS SHRAPNELS
- Parmi les méthodes en usage en Amérique, nous, citerons d’abord celle connue sous le nom de procédé Caley- et qui date de 1890. La figure 9 en montre le schéma. Un lopin cylindrique d’acier est amené, au moyen d’une presse hydraulique de 100 t., à une forme légèrement conique (1 ).
- Il est ensuite chauffé à 1000° environ et enfoncé dans une matrice par un poinçon ayant un aminci à la partie inférieure (2). Le lopin recuit est ensuite percé (3) sous une pression de 1400 kg environ par centimètre carré, ce qui l’allonge légèrement. Une série de passes ultérieures (4) à travers des filières de diamètre convenable amènent graduellement l’ébauche au diamètre voulu.
- L’accroissement de la demande en shrapnels a déterminé des améliorafîons importantes dans leur production. En particulier, on a cherché à ce que le diamètre intérieur se rapproche le plus possible de celui de l’obus fini pour éviter de le reprendre sur un tour.
- En fait, il ne semblé pas que ce procédé offre beaucoup d’intérêt, car le prix de revient est -très élevé, non seulement parce que la presse coûte plus cher et est d’un fonctionnement plus dispendieux que le tour, mais aussi par suite de la délicatesse des opérations qu’il faut exécuter si on veut arriver à la cote exacte sans retouche.
- L’une des dernières méthodes par forgeage est représentée sur la figure 10. Le lopin d’acier chauffé à 1100° est placé dans la matrice a (1), puis percé par le poinçon qui descend guidé par
- une pièce c autour duquel le métal déborde (2). Le poinçon remonte ensuite en entraînant le guide, tandis que l’on retire le moule dont le fond b, en acier trempé, tombe ainsi que la pièce forgée (3). On peut par cette méthode préparer 60 obus de 75 à l’heure sur lesquels il n’y a à reprendre que 3 à 4 mm au tour.
- Ces procédés ultra-rapides de forgeage à la presse, hydraulique ou mécanique, posent une question très intéressante : c’est celle du mouvement du métal autour du poinçon. Voici les observations que l’on a pu faire à ce sujet.et qui sont représentées schématiquement /igure 11.
- Si le poinçon est à extrémité arrondie, en contact avec le lopin chauffé et la matrice cylindrique, la matière commence à se rassembler autour de l’extrémité du poinçon (A) et le mouvement de la matière est représenté en B. La pression augmente donc au
- fur et à mesure que le poinçon descend par suite du coinçage sur le métal et du frottement sur les surfaces des côtés du poinçon et de la matrice.
- Si le poinçon a une section carrée sans amincissement, l’action produite est différente (C).
- Quand le poinçon est au contact, la pression pour le faire pénétrer est plus grande que dans le cas précédent, mais ensuite le métal se met-
- tant en mouvement (D), la
- pression diminue et tombe à 60 pour 100 de sa valeur dans l’essai avec de poinçon conique. De plus, au lieu
- que le poinçon s’use sur les bords, c’est au
- contraire le centre qui donne des signes d’usure
- Fig. 8.
- Principe du fonctionnement de la fusée à temps française.
- p.324 - vue 328/474
-
-
-
- LES OBUS SHRAPNELS- 325
- et des crevasses se dessinent suivant les rayons.
- Lorsque le poinçon et la matrice sont tous deux inclinés (E), les conditions changent encore. Le frottement du métal refoulé dans leurs deux surfaces
- toute la surface à travailler. La meule tourne à 1200 tours et l’obus à 50 tours par minute ; en 2 ou 5 minutes on enlève 0 mm, 8.
- Le ceinturage est une opération très délicate et
- d à xLop/n
- P/ateau
- Fig, io. — Méthode rapide de forgeage des obus shrapnels.
- B
- est si grand que pratiquement on ne peut percer un lopin de cette manière. Les conditions représentées en F sont idéales au point de vue théorique, mais rarement réalisées dans la pratique.
- Une réduction encore plus grande dans la pression nécessaire est indiquée en G : le lopin est carré et le poinçon cylindrique, mais le produit final est inférieur à celui provenant d’un lopin fond.
- Actuellement on s’est arrêté à une forme de poinçon telle que celle figurée en H.
- F
- Fig. u.
- L’usinage ultérieur du shrap-nel étant un travail ordinaire de tour, nous ne décrirons pas les multiples montages proposés et
- les artifices ingénieux imaginés par chaque industriel pour accélérer et simplifier les diverses opérations.
- _ Signalons cependant l’usage, dans certaines fabriques américaines, pour le finissage de l’extérieur de l’obus, de meules dont la largeur couvre
- rwi
- en même temps très importante puisque c’est la. ceinture en cuivre qui permet à l’obus de prendre un mouvement de rotation rapide et d’assurer
- ainsi la rigidité de sa trajectoire.
- La gorge dans laquelle est forcée la barre de cuivre qui constitue la ceinture a une forme différente dans chaque artillerie. Pour les obus anglais, il y a une série de rainures ondulées autour desquelles le cuivre rouge est écrasé ; dans les obus français il existe une série de rainures en Y dans lesquelles la ceinture est enfoncée à force.
- Nous ne dirons rien de l’usinage des autres pièces, billes de plomb
- antimoine (1), conduit central à poudre muni de sa tulipe soudée à l’autogène, diaphragme inférieur, ogive et fusée, pas plus que du chargement en poudre, du remplissage en balles, noyées dans la poudre ou dans la résine pour les immobiliser.
- _ 1. Voy. La Nature, n0 2294.
- Mouvement du métal chaud autour de poinçons de diverses formes.
- p.325 - vue 329/474
-
-
-
- 326 —..LE DÉVELOPPEMENT DE L’INDUSTRIE HÔTELIÈRE’
- Notons comme caractéristique de l’obus français, la présence à la partie supérieure d’un dé en bois ou en ^caoutchouc portant l’empreinte des balles que l’on y colle à l’aide d’une sorte de masiic.
- Nous terminons cette rapide revue en donnant les caractéristiques de quelques ( obus shrapnels français dont les hordes allemandes
- ressentent en ce moment les merveilleux effets
- Obus. Xombre de balles. Poids des balles.
- 75 261 12 gr.
- 65 démontable 158 10 gr.
- 120 214 20 gr.
- 155 270 26 gr. II. Vol ta.
- LE* DÉVELOPPEMENT DE L’INDUSTRIE HÔTELIÈRE
- Toutes les industries auront besoin,- après la guerre, d’un laps de temps plus ou moins prolongé pour pouvoir repartir dans de bonnes conditions. Le matériel et la main-d’œuvre feront défaut à la plupart d’entre elles et constitueront une entrave très appréciablë à leur renaissance.
- Par contre, le capital de beautés de la France est resté intangible; ses sites, ses monuments sont une richesse d’une exploitation immédiate. Les ruines, mêmes provoquées par nos ennemis, constituent un élément d’attraction de plus pour les étrangers qui viendront visiter notre territoire.
- 11 faut donc considérer le tourisme comme la seule et unique industrie qui sera en état de fonctionnement immédiat lorsque le dernier coup de canon aura été tiré.
- Pour mettre le tourisme en état de remplir la fonction importante de facteur primordial de rentrée d’or dans notre pays, il manquera une seule chose : ce sont les hôtels nécessaires.
- La nécessité est évidente de créer d’urgence le matériel hôtelier qui nous fait défaut et que nous réclamons depuis si longtemps. Si nous pouvons mettre sur pied pour être prête à la fin de la guerre une hôtellerie suffisante, elle jouera, au point de vue économique, le rôle d’une pompe aspirant l’or étranger et le refoulant sur toutes nos industries.
- Une longue expérience nous a appris qu’un touriste en voyage dépense une somme égale à quatre fois sa journée moyenne d’hôtel.
- 11 est donc inutile d’insister davantage sur Ja valeur économique que représente pour la France la solution .rapide de ce problème. -
- D’un autre côté, nous savons, de source certaine, que le nombre des étrangers qui viendront en France après la guerre sera au mininum de 500 000, au cours de la première année. Ce chiffre serait notablement accru si les possibilités de fret n’avaient pas été réduites dans de fortes proportions par la guerre sous-marine.
- Il est évident, par contre, que ce chiffre de 500 000 admis pour la première année d’après-guerre subira une progression très sensible et pourra atteindre, pour la troisième année, environ 1500000 visiteurs.
- Il est impossible, dans les conditions présentes, de. songer un seul instant à créer le nombre d’hô-
- tels neufs voulu pour satisfaire à ce besoin immédiat.
- En supposant que la guerre se termine dans un an, des hqtels neufs ne répondraient pas à la solution du problème, car il faut trois ans pour construire un hôtel et le mettre en état d’exploitation.
- S’il est d’une absolue nécessité de prévoir un programme de constructions neuves pour que dans trois ans nous puissions avoir une hôtellerie digne de la France, il n’en faut pas moins envisager dès maintenant des solutions plus immédiates qui ne peuvent être basées que sur le remaniement aussi complet que possible des hôtels existant actuellement dans les régions de tourisme.
- Le programme hôtelier se décompose donc en deux parties bien nettes :
- 1° Organisation immédiate des hôtels existants pour les années qui vont venir;
- 2° Création d’un matériel hôtelier neuf pour les années qui suivront.
- 1° Organisation des hôtels existants. — L’ap-propriation aux nécessités du jour de notre matériel hôtelier actuel peut se définir de la manière suivante : il y a em France 25 000 hôtels, dont 10 000 environ pourraient se prêter à des transformations.
- L’Américain en voyage n’exige aucun luxe. Par contre, il tient à une chambre aussi vaste, aussi aérée et aussi claire que possible, d’une surface normale de 24 à 50 m2 par lit, avec une possibilité de 70 litres d’eau chaude et froide par personne et par jour.
- Or, grâce aux efforts du Touring-CIub, il existe en France près de 50 000 chambres d’hôtels qui pourraient être facilement transformées et agrandies.
- En supprimant une cloison par groupe de deux chambres, ou deux çloisons. par groupe de trois chambres, la question du cube d’air est facilement résolue.
- Les questions d’eau se résoudront également avec facilité, la majeure partie de nos hôtels ayant adopté le chauffage central. Enfin, tous les hôteliers consultés par nous accepteront avec empressement de réduire leurs chambres comme nombre, car si une chambre du type actuel Touring-Club rapporte deux francs en moyenne par jour à l’hô-
- p.326 - vue 330/474
-
-
-
- L’AMIANTE ET SES APPLICATIONS MODERNES —....:..327
- telier, une chambre du type américain lui en rapportera un minimum de six.
- Lç prix moyen de cette transformation est, suivant les catégories d’hôtels, de 500 à 700 ou 1000 francs par lit ainsi reconstitué.
- 11 y a donc lieu d’adopter une moyenne de 750 fr.
- D’un autre côté, si l’on admet le. chiffre de 500 000 étrangers pour la première année, et pour chacun d’eux une durée moyenne de séjour de trente jours, cela fait 15000 000 —de journées d’hôtels — à fournir. Ce qui nécessite l’adaptation de 40 000 lits nouveaux.
- En résumé, création rapide et infiniment plus certaine à effectuer que toute construction neuve.
- ^Prix de revient lui-même infiniment plus bas et demande de crédit plus facile à satisfaire, puisqu’elle est gagée par des installations existantes.
- En estimant même à 1000 francs la valeur du lit ainsi produit, c’est une somme globale de 40000000 qui est nécessaire pour constituer ce matériel initial nécessaire à la France pour qu’elle puisse exercer son hospitalité.
- En supposant qu’un établissement financier spécial soit créé pour les besoins de l’industrie hôtelière, il trouvera donc là une série d’opérations bancaires de tout repos, car elles pourront avoir pour base créditaire l’existence même des établissements qu’il s’agit de transformer. ;
- Nous cherchons, d’ailleurs, en nous basant sur ce fait que l’Industrie hôtelière doit_être considérée comme une Industrie nationale, à ce que cette création si importante ait un appui financier, de caractère gouvernemental, et nous avons étudié à l’Office national du Tourisme (Ministère des Travaux publics) le moyen d’affecter, à l’ensemble de cette reconstitution hôtelière immédiate, une forme de garautie d’intérêts. Cette garantie serait gagée d’une part par les recettes que le vote, très prochain, de la taxe de séjour dans les stations climatériques et thermales vaudra à l’Office, et, d’autre part, par une portion, très légère, des fonds que rapportera à l’État le renouvellement du privilège de la Banque de France.
- 2° Constructions neuves. —- Ainsi que je l’ai dit plus haut, cette partie du programme est inexécutable à l’heure présente. C’est là besogne d’après-guerre. Il n’en est pas moins nécessaire de chiffrer dès maintenant son importance, et surtout de préciser les emplacements des nouveaux hôtels. Cette enquête, dont la minutie a constitué
- un laborieux travail, a été effectuée par le Touring-Club, d’accord avec les Compagnies de chemins-de fer et les Syndicats d’initiative. Elle vient d’être publiée par cette Association en une brochure, Les Hôtels à créer, que l’on peut se procurer au Siège Social, 65, avenue de la Grande-Armée. Elle conclut à la création nécessaire de plus de 500 hôtels, et à une dépense d’ensemble de près de 250 millions.
- L’établissement bancaire dont il vient d’être question, après avoir exercé son activité à la solution du problème de l’aménagement immédiat des hôtels existants, aura à envisager les moyens aptes à mettre sur pieds cette seconde et importante réalisation. Ces moyens ont été étudiés par une commission constituée sur notre demande au Ministère des Travaux publics et comprenant des représentants de la Banque de France, du Ministère des Finances, de l’Industrie hôtelière et des Associations de tourisme.
- Les études de cette commission ont abouti à un projet défini dé constitution d’établissement financier qui sera le^ Crédit national hôtelier et thermal — car il importe de perfectionner à la fois ces deux branches de l’outillage du tourisme. — Ce projet a été adopté par le Conseil supérieur du tourisme. Et un important groupe financier de Paris a accepté de le réaliser. Depuis, la presque totalité des Chambres de commerce de France ont appuyé — par des vœux motivés adressés aux .pouvoirs publics — la nécessité de créer au plus tôt ce mécanisme bancaire.
- Somme toute, la solution de la question ne dépend plus que de l’adoption par le Parlement de la loi sur la taxe de séjour. (
- Si l’on songe à l’immense afflux d’étrangers qui viendront en France après la guerre, aux 9 à ip milliards d’or qu’ils y laisseront en moins de trois anè, à la prospérité qui en résultera, pour nos Industries de tout genre, et à la baisse du change entraînée par cette rentrée rapide d’espèces, on concevra la nécessité immédiate de créer ce matériel hôtelier de demain, qui sera le seul barrage capable de retenir en France cette manne bienfaisante. Èt il faudra que chaque Français participe, pour sa modeste part, à cet effort vraiment na-
- L. Ausc.uer,
- Membre des Conseils d’Administration du T. C. F. et de l’Office National du Tourisme.
- L’AMIANTE ET SES APPLICATIONS MODERNES
- L’amiante est, on le sait, un textile minéral dont les principales caractéristiques sont une grande résistance au feu, une élasticité constante sous l’action même d’une chaleur intense, une faible conductibilité de la chaleur, un pouvoir isolant de l’électricité, une grande porosité lorsqu’il se trouve en couches serrées et une résistance aux
- acides. Toutes ses applications industrielles sont basées sur ces propriétés. Aux points de vue chimique et minéralogique, parmi ses nombreuses variétés on en connaît surtout deux principales : l’amiante amphibole, que l’on rencontre soit en blocs vitreux d’un noir verdâtre, soit sous l’aspect de fibres longues et soyeuses, les unes cassantes, les
- p.327 - vue 331/474
-
-
-
- 1/AMIANTE ET SES APPLICATIONS MODERNES
- 328
- autres élastiques, résistant aux acides et correspondant à la formule Si4CaMg5012; et l’amiante serpentine ou chrysotile, se présentant toujours souslaforme défibrés longues et verdâtres, pouvant êlre, contrairement à la précédente, décomposées par les acides, et dont la composition correspond à la . formule Si2MgsH409. La seconde diffère donc de la première en ce quelle contient de l’eau chimiquement combinée et pas de chaux.
- Gisements et préparation. — n’entre pas dans ces distinctions purement scientifiques et ne s’attache qu’à la provenance.
- Pour lui, la meilleure sorte d’amiante est celle qui lui est fournie par Y Italie*
- G’est là en quelque sorte l’as-beste de qualité supérieure, dont les fibres molles et d’un blanc bleuâtre peuvent êlre employées sans aucune pré-paration. Ce sont elles dont on fait plus par-ticulièrement usage pour les garnitures de radiateurs à gaz.
- Les fibres les plus courtes sont celles de la Val-teline (Sondrio) et s’extraient dans les communes deChiesa,
- Lanzade, Chia-venne, Torre Santa Maria et Casigrogio ; les plus longues viennent des ^environs de Turin. Tous les gisements sont la propriété de Y United Asbeslos C° limited, de Londres.
- La qualité qui vient ensuite est celle du Canada, connue sous le nom de « bastonite parce que ses mines exploitées à 100 km au Sud de Québec, appartiennent à la Société américaine Boston Asbestos Packing C°, de Boston. Ses fibres, qui sont les plus longues connues, en font la véritable amiante de filature, mais elle ne vaut rien pour l’industrie chimique, car elle est décomposée par l’acide chlorhydrique à chaud. Ses mines sont les plus importan tes du globe : les points sur lesquels
- elles se trouvent s’appellent Thetford, Blaek-Lake, Dauville, East Broughton, etc., et elles fournissent à elles seules à l’exportation plus d’amiante que toutes les autres réunies.
- Celles-ci ont en effet beaucoup moins d’importance : l’amiante de Sibérie, jaune, sèche et ligneuse,, mais assez longue et résistante, est plutôt utilisée pour les calfats des machines marines; celle du Cap, la plus légère de toutes, a le défaut de s’effriter avec trop de facilité, et est surtout réservée aux joints de vapeur en raison de son efficacité calorifuge; celle du Natal est de découverte trop récente pour pouvoir être appréciée ; celle de Corse, chargée d’argile et cassante, n’a que l’avantage d’être vendue bon marché ; enfin l’amiante des États-Unis est surtout utilisée par l’industrie de ce pays : on en trouve d’importants gisements dans les monts Alleghanys, en Virginie, dans le Maryland et dans les états de New-York et de Pen-sylvanie; les variétés de couleur et de qualité en sont des plus irrégulières. L’extraction moyenne de ces dernières années a dépassé souvent 100 000 tonnes au Canada, elle s’est rapprochée en Sibérie de 12 000 t., de 8000 aux Etats-Unis, et de 500 pour chacun d’eux en Afrique du Sud et en Italie. *
- L’exploitation se fait soit par fosses à ciel ouvert, soit par galeries; mais la plupart des gisements d’amiante ont comme annexe une usine centrale dans laquelle, pour éviter le transport des déchets siliceux inutilisables, on en brise les blocs à la main à l’aide de marteaux d’acier et on fait des morceaux trois qualités suivant la longueur des fibres, leur couleur et leur pureté, qu’on soumet ensuite à un travail spécial d’épuration. Celui-ci se
- Mais le commerce
- Fig. i. — Exploitation par galerie près de Québec.
- p.328 - vue 332/474
-
-
-
- L’AMIANTE ET SES APPLICATIONS MODERNES-------- --32Q
- pratique de deux façons suivant la nature des gisements : au sec et au mouillé. Dans le premier cas, on fait passer la pierre d’amiante dans un moulin broyeur à cylindres cannelés coniques animés d’un mouvement de descente et de remonte : on obtient ainsi après plusieurs passages dans cet appareil une masse laineuse de fibres blanchâtres que, pour les diviser davantage, on soumet à l’action d’un dé-chiqueteur au fond duquel tombent les déchets pierreux alors qu’un ventilateur entraîne le duvet. Celui-ci est alors soumis à une série de tamisages répétés sur une toile métallique légèrement inclinée, rapidement secouée qui la divise en deux parts : la poussière, qui traverse les mailles, étant réservée pour la fabrication du carton d’amiante et l’as-beste proprement dite qui, passant au-dessus du bord incliné du tamis, est recueillie pour divers usages. Dans le second cas, le traitement est tout autre : les fibres delà roche brisée sont triées en trois qualités : longues, demi-longues et duvet, ce dernier obtenu après le délitement à l’air des roches ne contenant que des fibres courtes, et sont rincées à l’eau. Au besoin les pierres sont à nouveau broyées à l’aide de bocards arrosés d’eau, les fibres les plus longues sont alors entraînées dans une gouttière et les plus fines s’accumulent sous une forme boueuse dans un bassin de dépôt. Cette boue, recueillie et essorée, est pressée en boules qui, séchées, broyées à nouveau et passées au tamis, permettent de séparer les matières pulvérulentes superficielles qui viennent à travers les mailles et la poussière d’amiante qui reste au-dessus et est recueillie pour la fabrication du carton.
- Nous allons maintenant passer en revue les divers procédés d’application des différentes qualités de la matière que nous venons d'obtenir.
- Filature et tissage. — La transformation de l’amiante en fils et en toile est connue depuis bien longtemps: beaucoup de personnes ont pu voir à Rome, au Musée de la bibliothèque du Vatican, un suaire d’amiante trouvé dans un sarcophage et renfermant des cendres et des ossements à demi
- consumés. L’industrie moderne s’est également emparée de l’amiante pour en faire des fils et des toiles. Mais c’est à peine si les « fils » méritent ce nom : c est plutôt un amalgame de fibres tordues suivant les données d’une expérience de tâtonnements , donnant en fin de compte un produit rugueux et inégal, à fibres ex treiiie me n t courtes, inertes en quelque sorte, ne présentant pas comme les autres filaments quelque brin plus ou moins vrillé qui puisse en faciliter l’adhérence. C’est à ces fibres « sans amour » comme disent les ouvriers, qu’on attribue le numéro le plus pratiquement exact après pesage. On emploie pour cette fabrication un matériel hybride qui commence par l’ouvreuse verticale-Crighton empruntée à la filature de coton pour se continuer par la carde, le rota-frotleur et le métier à filer, qui en l’espèce sont plutôt du domaine de là filature de laine cardée, et qui pour le travail d’une matière aussi dure et aussi impure exige des soins tout particuliers. Dans les cardes notamment, suivant la qualité ou la provenance de la matière, les organes se couvrent à tout instant d’une poussière fine et adhérente Bt lorsqu’il s’agit de produits très courts, le netl /âge doit en quel-
- p.329 - vue 333/474
-
-
-
- 330 - L’AMIANTE ET SES APPLICATIONS MODERNES
- que sorte être journalier. Les essais de nettoyages automatiques n’ont jamais donné de résultat satisfaisant. Pour les rendre moins fréquents, on ne fait passer à ces machines autant que possible qu’un mélange de fibres longues et courtes, étendues au préalable sur le sol en couches d’égale épaisseur. Le numérotage des fils est le numérotage métrique : 100 m. au kilogramme donnent le n° 1, 200 m. le n° 2 et ainsi de suite. Le numéro le plus fin qu’on rencontre dans l’industrie est le 18 (1800 m. au kilogramme), mais les plus courants ne vont que du 1 à 7. Quant au tissage, il se fait sur les mêmes métiers qui servent à la fabrication de la grosse toile d’étoupe, de jute ou de déchets de coton, avec des fils bobinés, ourdis comme d’habitude, mais plus encollés que d’ordinaire. On tisse de la façon la plus simple, c’est-à-dire en « armure toile », mais plutôt en mélange : trame amiante, chaîne coton, chanvre ou jute; celle-ci est remplacée par des fils de laiton quand la toile est destinée à des appareils dans lesquels elle doit rester en contact plus ou moins prolongé avec le feu.
- Fabrication des cordes auto-lubrifiantes. — Les produits auxquels on donne ce nom et qui ont remplacé dans l’industrie les « bourrages » d’amiante employés pour garnitures depresse-étoupes de machines à vapeur, ne sont pas à proprement parler des cordes, mais plutôt de gros fils d’amiante tressés entre lesquels on emprisonne, pour leur donner plus d’étanchéité et faciliter leur glissement, des produits onctueux comme le talc en poudre, la paraffine, le graphite ou le suif râpé, qui pour cet usage doivent toujours être de qualité supérieure.
- Le talc employé est généralement du silicate de magnésie pur de provenance italienne, le graphite est celui de Ceylan ou de Madagascar, la paraffine est celle d’Ecosse et le suif provient des meilleurs abats.
- On les place dans une trémie surmontant une machine à guiper de grande dimension, semblable à celles qui servent à la fabrication des cordonnets de stores ou pour le recouvrement des fils électriques : plusieurs fils d’amiante se déroulent de bobines placées au-dessus de la trémie et se chargent de la poudre lubrifiante au moment, où ils sont tressés par les poupées en mouvement. L’une des bobines est parfois chargée d’un fil de couleur constituant la marque du fabricant. Avec une vitesse de machine de 30 centimètres par minute, on arrive couramment à fabriquer des tresses à section ronde ou carrée de 2 cent. J/2 de diamètre en moyenne, très régulières et d’une densité partout constante ainsi qu’on doit l’exiger. On fait quelquefois passer les tresses après leur guipage et avant leur expédition dans l’huile de lin, l’huile minérale, la glycérine ou dans un bain de suif en-ébullition.
- Fabrication des couleurs d’amiante. — Les peintures et enduits colorés à base d’amiante, très
- résistants au feu et aux intempéries/ ont été imaginés par .Ch. Mounford, de Birmingham : ils conviennent aux magasins de marchandises, escaliers de passage qu’on a intérêt à préserver contre la propagation du feu en cas d’incendie, aux salles d’écoles, de concert, d’hôpitaux, de spectacles, laboratoires de chimie, etc. On les emploie en Angleterre en délayant avec de l’eau ou des couleurs à l’huile de la poudre d’asbeste connue dans le commerce sous le nom d’asbestine ou agalite de Gouverneur, et en donnant plusieurs couches. On en recouvre parfois les décors de théâtre ou des plaques de feutre destinées à servir d’enveloppes pour cheminées de locomotives ou de navires, chaudières, tuyaux, etc.
- Fabrication du carton d’amiante. — C’est l’une des applications les plus importantes de cette matière. On emploie pour cette fabrication les mêmes appareils que le carton ordinaire, mais la qualité de l’amiante dont on fait usage varie avec la qualité du produit à obtenir. Pour la sorte la plus courante, on utilise simplement les flocons et les fibres les plus courts, auxquels on ajouté les déchets recueillis au cours des opérations d’épuration. On commence par broyer ces matières sous de petites meules verticales en pierre : elles sont ainsi transformées en une poudre que l’on tamise et qu’on travaille immédiatement dans une machine semblable à celle qu’ori rencontre dans toutes les papeteries sous le nom de pile hollandaise. C’est dans celle-ci que, par le brassage de la matière dans une eau abondante additionnée de silicate de soude se forme la pâte, à laquelle on ajoute s’il y a lieu de la colle d’amidon comme matière agglutinante. Au sortir de la pile, la masse est introduite dans un cuvier-mélangeur dans lequel un agitateur la remue énergiquement et sans discontinuité pour la rendre homogène ; elle est apte alors à être transformée en carton ; cependant pour augmenter ses qualités de conservation, on y incorpore alors quelque substance antiseptique, alun, sulfate d’alumine ou carbonate de baryte. La fabrication s’en fait dans un appareil spécial à l’entrée duquel la pâte vient s’étaler en une couche mince sur une toile . sans fin en feutre, pour s’en détacher à la sortie et s’enrouler sur un cylindre. Lorsqu’elle est arrivée à l’épaisseur voulue, l’ouvrier qui conduit la machine, averti par une sonnerie, la découpe en feuilles à l’aide d’un couteau en suivant les contours de rainures longitudinales ménagées sur le rouleau. Détachées de celui-ci les feuilles encore humides passent sous une presse hydraulique pour être débarrassées de leur excès d’eau et sont ensuite séchées à 100° à l’étuve. Un laminage à la calandre à froid leur donne la fermeté définitive et un passage à la machine à rogner permet de les découper à la dimension voulue par la clientèle. Quelquefois, pour donner au carton l’imperméabilité, propriété qu’il ne possède pas naturellement, on introduit dans la pite au moment de la fabrication une cer-
- p.330 - vue 334/474
-
-
-
- L’AMIANTE ET SES APPLICATIONS MODERNES : 331
- taine quantité de corps gras, et on utilise souvent dans ce but des huiles minérales dérivées du goudron'. Enfin, dans les usines les plus modernes, des dispositifs spéciaux permettent de retirer des eaux résiduelles, résultant de ces diverses opérations, les fibrilles d’amiante qu’elles peuvent encore retenir en suspension : on récupère ainsi de 5 à 5 pour 100 de la matière travaillée, qu’on réemploie d’ailleurs ultérieurement au même titre que la matière neuve.
- Le-carton d’amiante est une substance de teinte
- de tuyaux de vapeur, joints de conduites souterraines, raccords divers, supports de creusets ou cornues, plaques pour navires, etc. Les chutes sont recueillies pour être remises en œuvre dans le moulin.
- Composés isolants à base d’amiante. — Deux sortes de matières isolantes à base d’amiante se trouvent dans le commerce; l’une désignée sous le nom de « vulco-asbeste », l’autre formant une classe qu’on appelle « compositions en ite », en raison de la désinence qui les termine toutes. La fabrication du vulco-asbeste, qu’on livre à l’indus-
- Fig. 3. — Exploitation 'à ciel ouvert au Canada.
- grisâtre, savonneuse au toucher, se perçant et se coupant aisément, se moulant même sans difficulté lorsqu’on la détrempe dans l’eau; et comme c’est un produit formé principalement de filaments d’amiante purs, il résiste parfaitement à la vapeur, aux acides, ainsi qu’à l’action directe de la flamme. Il se présente dans le commerce sous des épaisseurs variant de 1/2 à 25 mm et. plus, en feuilles découpées le plus généralement en carrés de 1 m. 20 de côté, pesant environ 1 kg, 'parfois colorées lorsqu’on a ajouté de la matière colorante dans le moulin broyeur, et dans lesquelles, dans certains cas, on a parfois intercalé une toile métallique à l’intérieur. On découpe dans ces cartons des joints
- trie sous forme de plaques, est assez complexe. On pétrit d’abord au moulin avec de la benzine une masse de matière gommeuse préalablement lavée, dans laquelle on introduit petit à petit quelques matières colorantes comme le rouge du Japon et le blanc de zinc, du caoutchouc avec du soufre pour une vulcanisation ultérieure, et une foule de matières de remplissage ou de cohésion comme le sulfate de baryte, la magnésie, l’huile de lin et la poix de Bourgogne. On brasse le tout deux heures de façon que . la massé devienne homogène et que certaines dissolutions s’y soient produites ; et c’est alors seulement qu’on y ajoute une très forte quantité de fibres d’amiante réduites en une poudre la
- p.331 - vue 335/474
-
-
-
- 332 ' ...L'AMIANTE ET SES APPLICATIONS MODERNES
- plus fine possible. Finalement, on pétrit encore une heure au moulin, et quand cette composition est bien mélangée, on l’étend dans de grands cadres, on évapore la benzine à l’armoire à vide, et on sèche de façon à obtenir des plaques d’une seule venue. Celles-ci sont alors comprimées fortement à la presse hydraulique, le soufré vulcanise immédiatement le caoutchouc que renferme la composition, un satinage à la calandre termine l’opération et permet d’obtenir des plaques d’un bel aspect. Celles-ci constituent une matière isolante de premier ordre et peuvent alors être transformées en bobines ou cylindres pour les exigences de l’électro-technique.
- Quant aux produits désignés sous le nom générique de composition en ile, ils sont très divers. Nous connaissons la coopérite, la klingérite, la metzelerite, la moomite, et il y en a bien d’autres. Ici, on n’y fait figurer la gomme et quelquefois à sa place la balata qu’à titre de liant et en faible quantité. Cependant, on la dissout également et tout d’abord dans la benzine, de façon à en obtenir non plus une masse mielleuse, mais un liquide bien fluide. On fait de celui-ci deux parts : dans l’une, on introduit des matières inertes, comme la baryte, le kaolin et l’oxvde^de fer: dans l’autre, l’amiante, en fibres bien propres, de préférence celle de Sibérie, qui, à tort ou à raison, passe pour mieux supporter les hautes températures, ce qui est ici un point important, puisque la composition dont il s’agit est destinée à faire des joints d’appareils à vapeur garantis pour une pression de 12 atmosphères et une température moyenne de 180°. On mélange ensemble les deux parties qu’on pétrit assez longtemps au moulin. Cette bouillie passe alors entre des cylindres de fonte, d’où elle va s’étendre sur une toile sans fin qui la conduit, soit sous les rouleaux d’une calandre à froid, soit sous un laminoir composé d’un cylindre en fonte et d’un tambour chauffé à la vapeur. On obtient comme résultat des plaques assez fines de 3 à 5 m. de longueur, qu’on est presque toujours obligé de doubler pour obtenir l’épaisseur industrielle nécessaire et de soumettre plusieurs fois à la pression de rouleaux lamineurs pour leur donner plus de dureté. On les découpe alors en rapport avecfusage auquel on les destine.
- Emploi de l’amiante dans les laboratoires. — L’amiante est notamment employée dans les laboratoires pour la filtration des acides, solutions alcalines, lessives, etc. ; on se sert dans ce but d’une espèce à longues fibres, bien choisies, qu’on fait bouillir dans l’acide chlorhydrique, qu’on lave ensuite à fond à l’eau chaude, qu’on fait sécher et qü’on calcine. Pour certaines recherches scienti-fiques'et analytiques, on se sert de combinaisons d’amiante et de métaux lourds, parfois très chers (amiante et palladium, amiante et platine). Enfin tout le monde connaît les supports de ballons en
- carton d’amiante, lorsqu’ils doivent être touchés par la flamme, les bouchons en amiante, les capsules d’amiante servent à l’évaporation des liquides contenus dans les capsules en porcelaine, etc.
- Autres applications. — Les applications de l’amiante sont multiples : signalons-en rapidement quelques-unes pour terminer. Voici un mastic d'amiante pour joints remplaçant avantageusement tous les produits du même genre, résistant sans se détériorer aux plus hautes températures, et servant à arrêter des fuites de vapeur dans des cas où l’on appliquait ordinairement jusqu’ici le mastic au minium. Voici des boulets de chauffage, fabriqués avec les fibres les plus légères qui, placées dans des cheminées à gaz, rougissent en dégageant une forte quantité de chaleur et simulent aisément un feu de coke ou de bois; des pinceaux médicinaux, destinés à pratiquer la cautérisation trans-currente au moyen des acides et notamment le pansement permanent des plaies injectées par le permanganate de potasse; de petites éponges pour retenir l’acide sulfurique concentré dans les briquets dits oxygénés ; des briques légères pour le revêtement des fourneaux et cheminées ; des tapis et tentes incombustibles pour la marine, les premiers remplaçant le linoléum dans tous les endroits où peuvent survoler des débris incandescents ; les seconds, combinés avec envers de coton imperméabilisé, de façon à pouvoir impunément recevoir les flammèches dont la chute peut causer des incendies. On utilise parfois un papier d’amiante pour la confection de documents et manuscrits importants : on transforme alors en papier par les procédés classiques une pulpe obtenue en broyant ensemble des fibres d’amiante, de la pâte à papier et du silicate de potasse soluble et en colorant la masse par addition des matières colorantes résistant au feu comme l’outremer ou le blanc de zinc. On a vu souvent les architectes faire emploi de l’amiante pour certains cas particuliers : les uns en fabriquant des plaques composées d’un malaxage d’argile, poudre d’asbeste et eau, séché et caluné, qu’ils font servir pour cloisons ou toitures, plus légères dans ce dernier cas que les tuiles, mais peut-être moins résistantes aux intempéries ; les autres, en mélangeant la poudre d’amiante avec du silicate de potasse soluble et des matières colorantes, en constituant cequ’ils appellent l'émail d’amiante, apte à recouvrir les travaux en pierre et ciment, se durcissant à l’air, d’apparence lisse et vitreuse et lavable à l’eau. Enfin on connaît les emplois de l’amiante dans l’industrie électrique : gants pour préserver les ouvriers contre le courant, tuyau* dans lesquels on fait passer les câbles pour obvier au danger d’incendie en cas de court-circuit, plaques isolantes pour machines dynamo-électriques, etc. Cette énumération, qui pourrait être continuée, montre qùelle est aujourd’hui la grande diffusion dans l’industrie de ce curieux textile minéral. Alfred Renouàrd.
- p.332 - vue 336/474
-
-
-
- 333
- A TRAVERS LES REVUES TECHNIQUES ALLEMANDES
- Une publication ennemie Béton und Eisen in Mauerwerk und Moerlel, donne un aperçu succinct des essais entrepris depuis 1904, au laboratoire d’essais de matériaux de construction de Berlin-Lichterfelde, sur la résistance des ancrages en fer dans la maçonnerie et les mortiers. Ces essais sont de deux espèces : ceux qui ont pour but de déterminer comment les ouvrages en fer se comportent dans les différentes espèces de mortier et ceux qui ont pour but de montrer leur résistance à la rouille, ainsi que les moyens à employer pour éviter les attaques de la rouille.
- Les premiers essais ont démontré, ce qui correspond d’ailleurs à ce que l’on constate en pratique, que le fer plat convient mieux que le fer rond pour les ancrages dans les maçonneries. La résistance au glissement des ancrages augmente constamment jusqu’à une durée de cinq ans, quel que soit le genre de mortier (mortier de ciment, mortier de chaux, mortier de chaux et de ciment, plâtre, etc.). Les recherches relatives à la résistance contre la rouille ont démontré que le fer a besoin d’une couche protectrice dans la maçonnerie, à moins qu’il ne soit noyé dans le mortier de ciment Por,t-land pur, ou dans le mortier de laitier et déciment ; dans tous les autres mortiers le fer a été vivement attaqué par la rouille.
- La force d’adhérence du fer n’est notable que dans les mortiers de ciment; elle varie avec leur composition : une couche protectrice de minium ou de goudron diminue au début la force d’adhérence ; celle-ci est surtout défavorablement influencée dans le cas du minium; cette action disparaît avec le temps, mais au détriment de fa protection contre la rouille. Cette dernière et la galvanisation n’influent que peu sur la force d’adhérence dans le mortier de ciment Portland. L’emplacement du fer à proximité de la surface extérieure des mortiers n’est nuisible que dans le cas de mortiers peu étanches; des combinaisons chimiques entre le mortier et le fer ne sont d’ailleurs pas à craindre.
- Le traitement des minerais pauvres. En temps normal on exigeait pour tout minerai une certaine teneur minimum en dessous de laquelle la production et le traitement du minerai étaient considérés comme non rémunérateurs. Par suite des besoins formidables créés par la guerre et de la diminution des importations de minerais, cette limite a'dû être fortement abaissée, cependant que le. traitement des minerais pauvres a été rendu pratiquement avantageux par suite des progrès de la technique.
- Autrefois, on traitait rarement du schiste cui-
- vreux avec une teneur en cuivré inférieure à 2 pour 100; on emploie actuellement dans les pays centraux des minerais qui. ne contiennent que 0,7 à 1 pour 100 de cuivre. La limite inférieure d’utilisation du minerai de chrome a été abaissée de 48,50 pour 100 à 21 pour 100 ; pour le minerai de nickel, cette limite est descendue de 2,5 à 1,5 pour 100; pour le wolfram le pourcentage a passé de 6 à 1 pour 100; pour ia production du vanadium on traite aujourd’hui des scories avec une teneur de 0,7 pour 100 seulement, teneur jugée Autrefois insuffisante. On utilise aussi avantageusement la pyrite à 41 pour 100, alors que jadis la limite minimum était fixée à 48'pour 100.
- Suivant Metall und Eizen, on travaille aujourd’hui en Allemagne des minerais de fer avec une teneur de 13 pour 100, et on y exploite avec bénéfice des couches de minerai de manganèse de très faible épaisseur, malgré les frais d’exploitation élevés. En ce qui concerne la production de l’aluminium, on traite de la bauxite avec'une teneur en aluminium descendant jusqu’à 40 pour 100, alors qu’on traite aussi des minerais de fer contenant de la bauxite pour le ferro-aluminium; enfin, un autre progrès à enregistrer est la production d’aluminium au moyen d’argiles; nos ennemis espèrent ainsi se rendre indépendants de l’étranger en ce qui concerne l’importation de la bauxite.
- La T. S. F. et l'aviation allemande.»— On sait que les avions et les ballons dirigeables utilisés aux services militaires, sont pourvus d’une installation de T. S. F. Mais on peut se demander comment les signaux transmis, souvent à peine perceptibles, peuvent être entendus au milieu du bruit dû aux moteurs et au déplacement de l’air. D’après Electr. Exper., une méthode spéciale serait appliquée, à cet effet, par les Allemands dans les services de T. S. F. de l’aviation.
- Les oscillations à haute fréquence de la station de réception opéreraient sur un galvanomètre d’Einthoven ; l’installation rappelle celle d’un viseur à prisme; elle possède inférieurement une petite lampe électrique dont la lumière tombe sur une fente étroite, recouverte normalement par le fil mince du galvanomètre. Le fil se trouve plongé dans un champ magnétique intense; il dévie dès que le courant de réception passe, permettant ainsi la perception du rayon lumineux. L’observateur qui se trouve au viseur peut donc lire les signaux qui lui sont transmis, en points et traits, sous forme de rayons lumineux courts et longs, projetés par la fente éclairée. L. C.
- p.333 - vue 337/474
-
-
-
- 334
- LE TRANSCONTINENTAL AUSTRALIEN
- Jusqu’à présent, l’Australie possédait deux grands réseaux de chemins de fer; l’un, de 15 000 milles sur la côte orientale, reliait les grandes villes : Brisbane, Sydney, Melbourne, Adélaïde, l’autre de 5000 milles sur la côte occidentale avait pour têtes de lignes Perth et Albany et envoyait ses rameaux vers les champs d’or de l’intérieur. Entre les deux, aucune liaison, sinon par mer, un grand désert plat comme une table et qu’il semblait impossible d’organiser en voie de communication.
- Cependant, cette communication était désirée par le gouvernement australien qui lui reconnaissait de nombreux avantages : rapports plus étroits entre . les États de l’Ouest, du Sud et de l’Est et par suite unification plus grande du Commonwealth ; intérêt militaire d’une ligne stratégique inté-rieure; et aussi rapidité de transport de Perth aux ports de l’Est, ravitaillement plus facile des champs d’or, possibilité d’étendre les prospections et les exploitations.
- Jusqu’aujourd’hui, le seul lien entre l’Ouest et l’Est était la mer; de nombreux bateaux parcouraient en 8 jours la distance de 4000 milles environ de Perth à Sydney, et transportaient chaque année 40 000 voyageurs dans chacun des deux sens.
- Le Transcontinental Australien, la liaison par terre des deux extrémités du continent, est chose réalisée depuis octobre dernier, selon des renseignements que publie notre confrère Engineering. On peut maintenant aller de Perth à Sydney en 150 heures, beaucoup plus vite et plus confortablement qu’en longeant les côtes monotones de l’Australie.
- Ce nouveau « railway » mérite d’autant plus d’être signalé qü’en 1911 La Nature ne l’envisageait encore qu’à l’état de projet (n° 1960) et qu’on discutait alors des avantages de deux tracés, l’un
- passant entre le lac Gairdner et la mer et s’écartant peu de la côte, l’autre plus au Nord dans la zone désertique (fig. 1). La ligne fut commencée en 1912 et, malgré la guerre européenne à laquelle l’Australie a si remarquablement collaboré, elle est terminée aujourd’hui.
- La nouvelle ligne réunit Port-Augusta, au fond du Golfe Spencer, terminus du réseau oriental, et Kalgoorlie, en plein district minier, dans le « lointain est » du réseau occidental. La distance entre les deux têtes de ligne est de 1055 milles.
- Ce nouveau Transcontinental n’a pas présenté
- les difficultés de construction des chemins de fer américains à travers les monts Rocheux et les Andes ou des africains à travers la brousse ou la forêt tropicale, puisqu’il n’a pas même nécessité un seul tunnel. Mais si le travail technique a été facile, les conditions économiques ont été très particulières en raison de la traversée d’un désert et de la nécessité d’apporter de très loin l’eau, les hommes, les vivres, tout sans exception. La ligne est sans grands accidents? Elle quitte Port-Augusta, traverse le fond du golfe de Spencer et monté dans le nor.d-ouest entre les lacs Torrens et Gairdner, vers un plateau à bouquets d’arbres épars, région pastorale, riche en minerais de cuivre et en or, où l’on trouve des puits d’eau sur une distance de 200 milles. A Tarcoola, le paysage change, il présente alors sur 200 milles le même aspect de rides de sable parallèles recouvertes de plantes vertes, mais sans eau de surface. Au 428e mille, nouveau changement de décor : brusquement, apparaît le grand désert le « Nullar-bor », plaine aussi grande que la France, absolument plate et sans un arbre. La voie ferrée y court pendant 550 milles sans une seule courbe; ce qui est, à beaucoup près, la plus grande ligne droite du monde. Brusquement, le désert cesse comme il a commencé, et une région légère-
- STRALIE
- Grand Désert sablonneux
- A US TR A LI E |
- Désertde Gibson 1 c
- iujt .
- OCCI D E
- TALE
- (westrAlie) Murchison Goldfielc
- pNannine
- MERIDIONALE
- Oodncuiottccs
- l'rand Désert Victoria
- Eucla I
- rem a ntl i
- (?K II O
- Fig. i. — Les projets du Transcontinental australien en jçii.
- p.334 - vue 338/474
-
-
-
- —:... ....... LE TRANSCONTINENTAL AUSTRALIEN ........... 335
- ment boisée se continue alors jusqu’à Kalgoorlie. f habitant. Aucune ressource locale de nourriture. Pas un tunnel, la ligne ne s’élève pas à plus | Tout devait donc être apporté. Pour l’eau, des
- Fig. 2 — Les réservoirs d’eau de Wirrappal
- de 400 mètres. Quelques courbes, quelques rem- I équipes allèrent à-dos de chameau ou en autobiais et tranchées ont suffi pour la construire. | mobile prospecter en avant et autour des travaux;
- Fig. 3. — Une gare du Transcontinental australien : Gplden Ridge.
- La difficulté capitale a été de rassembler et de ravitailler les travailleurs. Pas d’eau de surface d’un bout à [Yautre du trajet. 8.00 milles sans un
- on fora des puits, un barrage fut élevé dans l’est, qui servit de point d’alimentation d’eau pour des réservoirs construits tous les 250 milles (fig. 2).
- p.335 - vue 339/474
-
-
-
- 336 r==—== LE TRANSCONTINENTAL AUSTRALIEN
- Dans l’ouest, on utilisa la canalisation d’eau de Kalgoorlie, où l’eau est envoyée déjà, de 500 milles; on là chargea dans des trains réservoirs pour la transporter aux camps de construction. Enfin, dans le désert même, des forages répétés, poursuivis jusqu’à 45 mètres de profondeur, finirent par donner un peu d’eau : 35 à 350 mètres cubes par jour.
- Le travail fut entrepris par 2000 ouvriers et employés répartis sur une section de 500 milles On dut pour les alimenter ouvrir le long du chantier des magasins d’alimentation, et pour les loger créer des maisons dans des régions où l’homme n’avait guère encore passé.
- La méthode de construction employée fut très
- « track-layer », sur'la voie déjà posée, d’autres trains apportaient le complément de matériel, ravitaillaient machines et gens. Tous les 20 jours environ, une section terminée, le camp tout entier émigrait plus avant : baraques, boutiques, ambulances, salle de récréations, église, cuisines, bureaux, elc.
- La voie fut construite à l’écartement normal des chemins de fer européens, bien que le réseau occidental fui à un écartement moindre et le réseau oriental à un écartement plus grand. Une partie du matériel fut au début importée d’Amérique et d’Angleterre, mais la moitié des «rails, toutes les traverses furent fournies par le pays. Les loco-
- rapide. Un chantier fut ouvert à chaque tête de ligne et les deux tronçons s’avancèrent l’un vers, l’autre. Suivant les lignes du jalonnement tracées d’avance, venaient d’abord des charrues à tracteur qui préparaient la; ligne, puis des excavateurs qui dégageaient l’infrastructure. Immédiatement derrière venait un « track-layer », selon les modes de construction des Américains, train de construction, poseur de voie (fîg. 4), muni de grues actionnées par la vapeur de la locomotive, transportant sur ses wagons les matériaux nécessaires ; les traverses et les rails étaient conduits le long du train jusqu’aux grues de tête qui les posaient, fixaient, rivetaient, après quoi le train s’avançait sur la voie qu’il venait dé construire. On put ainsi progresser de chaque côté d’un mille par jour. Derrière le
- motives et les wagons ont tous été réalisés en Australie; les voilures sont d’un luxe et d’un confort inconnus en Europe, comme d’ailleurs la plupart des trains déjà existants en Australie. Les gares, dans la région désertique, ont un aspect très simple que représente la figure 3 ; nul doute qu’elles deviennent d’ici peu des centres décolonisation importants étant donnée la richesse minière des pays traversés.
- Telle est l’oeuvre que viennent d’achever nos amis les Australiens. Elle est une nouvelle preuve de leur activité jet de leur esprit d’entreprise. C’est le trait d’union visible de leur grande fédération et ce sera bientôt pour eux une nou-elle cause de croissance et de richesse.
- 'À. Breton.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahdre, rue de Fleurus, 9, à Paris.
- p.336 - vue 340/474
-
-
-
- LA NATURE.
- N° 2331.
- 1er JUIN
- LES LABORATOIRES SIDÉRURGIQUES MODERNES :
- 1918
- LEURS MÉTHODES ET LEUR OUTILLAGE
- Une campagne, vigoureusement et victorieusement conduite par les personnalités les plus marquantes des mondes scientifique et industriel, a amené l’opinion publique à comprendre que l’industrie et la science ne devaient pas s’ignorer systématiquement, qu’il y avait avantage, pour l’une comme pour l’autre, à établir entre elles d’étroites liaisons, et que, en un mot, dans l’intérêt particulier comme dans l’intérêt national, la « Méthode » était le flambeau indispensable à la lumière duquel toute entreprise, de quelque ordre qu’elle fut, devait se diriger.
- Nous n’avons pas à rappeler ici les nombreux
- v U-, <yy.
- Avant de donner une description d’ensemble d’un laboratoire sidérurgique normal, il semble qu’il convienne de se demander quels sont les services qu’on est en droit d’attendre d’une pareille organisation.
- L’activité du laboratoire peut se manifester sous diverses formes, d’une importance intrinsèque et d’un bénéfice immédiat très différents : d’une part, il doit contrôler les étapes successives de la fabrication, depuis les; matières premières jusqu’aux produits finis : d’autre part, il peut se livrer à des recherches purement théoriques, destinées à étendre les connaissances scientifiques, dans le domaine de
- Fig. i. — En haut, un barreau de traction de i3 mm. 8 de diamètre, avant essai ; en dessous, un barreau identique, cassé à la machine de traction (métal dont le diagramme est donné figure 3). On distingue nettement, sur l’un et sur l’autre, les coups de pointeau qui sont frappés à ioo mm. de distance, avant l’essai, et qui permettent, après rupture, de mesurer l’allongement de l’éprouvette: On distingue également le rétrécissement (striction) qui s’est produit, dans le barreau cassé,
- à l’endroit de la rupture.
- arguments que des voix plus autorisées que la nôtre ont si souvent développés. L’idée a fait son chemin : il semble, aujourd’hui, que les réfractaires de la première heure n’osent plus étaler leur septicisme, de peur d’être convaincus d’entêtement réactionnaire, ou simplement, de manque de clairvoyance.
- Parmi les industries modernes, la métallurgie de l’acier est, certainement, celle qui a provoqué les travaux scientifiques les plus nombreux et les plus considérables : toute la technique sidérurgique actuelle repose sur les résultats de ces recherches, auxquelles, en France même, les savants et les ingénieurs les plus éminents se sont plu à collaborer. Dès maintenant, un grand nombre de méthodes générales d’investigation, mettant en jeu un outillage spécial commun à tous les laboratoires, sont définies : ce sont ces méthodes et cet outillage que nous nous proposons de présenter brièvement ici.
- 46° Année. — 1" Semestre.
- l’industrie à laquelle il est rattaché; enfin, et dans ce cas son rôle prend une importance très particulière, il peut travailler en collaboration plus étroite avec la fabrication : il est alors amené à entreprendre les études propres à déterminer les causes des accidents techniques survenus dans l’atelier, pour en prévenir le retour, et les études capables d’améliorer ou de rénover les procédés de fabrication existant.
- Plus le rôle réservé au laboratoire est considérable, plus vastes, évidemment, sont les installations qui sont en mesure d’y satisfaire. Nous nous bornerons donc, dans cet article, à considérer le laboratoire comme agent de contrôle et comme organe chargé des recherches simples, dont les résultats intéressent la fabrication courante. Ce point de vue, qui correspond déjà à des organisations complexes et assez peu répandues, nous permettra de passer en
- 22. — 557
- p.337 - vue 341/474
-
-
-
- 338 --. LES LABORATOIRES SIDÉRURGIQUES MODERNES
- revue le principe des méthodes les mieux définies et des machines les plus fréquemment rencontrées.
- Ces préliminaires étant posés, nous pouvons aborder le fond de notre sujet, en nous demandant quels sont, dans la pratique courante, les moyens d’investigation dont dispose le sidérurgiste. Ces moyens d’investigation peuvent se grouper en deux grandes classes principales : les « Essais sur pièces» et les « Essais élémentaires »•,.
- ces epreuves possède une technique spéciale, toujours la même, quel que soit le métal ou la pièce à essayer. C’est le seul procédé d’investigation dont dispose le métallurgiste au cours de la fabrication : c’est, d’autre part, un moyen de contrôle des plus puissants, quand les rapports entre les qualités exigées d’une pièce finie et les essais élémentaires sont soigneusement déterminés et nettement précisés.
- Les essais élémentaires peuvent se répartir en trois groupes principaux : essais chimiques, essais mécaniques et essais physiques.
- Les essais chimiques font connaître la composition du métal.
- Les essais mécaniques renseignent sur l’état actuel de l’acier, aux points de vue de sa résistance, de sa fragilité, de sa dureté, etc..., mais, sans pouvoir, la plupart du temps, mettre en évidence l’histoire antérieure exacte du métal, particulièrement les modifications thermiques et mécaniques subies par lui.
- Les essais physiques complètent les renseignements fournis par les épreuves précédentes ; ils permettent l’identification précise d’un échantillon au point de vue de son histoire thermique ou mécanique antérieure (macrographie, micrographie) : ils contribuent, d’autre part, à fixer les
- conditions dans lesquelles doivent être exécutés les traitements que nécessitent les différents emplois de l’acier (analyse thermique) : enfin, ils rendent compte des propriétés physiques diverses (électriques, magnétiques, etc.), qui peuvent être exigées de certains produits spéciaux et qui interviennent dans les cahiers des charges.
- Nous allons examiner successivement ces différents groupes d’épreuves en indiquant sommairement la technique particulière à chacune d’elles, les caractéristiques qu’elles mettent en évidence, et le schéma des machines qu’elles utilisent. Des articles ultérieurs donneront la description des laboratoires existant dans quelques-unes des grandes entreprises sidérurgiques françaises : ils feront ressortir les adaptations diverses que le génie propre à chacune des Directions a apportées dans l’application des idées générales, que nous avons cherché à condenser ci-dessus aussi.brièvement que possible.
- À) Essais chimiques. — Les essais chimiques, effectués en sidérurgie, mettent en œuvre les procédés et l’outillage habituels de la chimie minérale.
- Fig. 3. — Celte figure est la représentation exacte
- d'un diagramme de traction d’un, acier spécial demi-dur recuit : on y distingue la limite élastique {palier AB), la charge de rupture [en R) et le point (C) où le barreau a cassé.
- L’agencement des installations, les méthodes suivies, l’organisation du travail, qui varient d’un laboratoire à l’autre, seront exposés, tout au moins pour leurs particularités intéressantes, dans les descriptions individuelles annoncées plus haut.
- B) Essais mécaniques. — Les essais mécaniques courants peuvent se répartir en 2 catégories principales : les essais statiques et les essais dynamiques. Ceux-ci font intervenir des déformations dont la durée est de l’ordre de grandeur du centième, du millième et même du dix-millième de seconde :
- Fig. 2. — Schéma d’une machine de traction.
- On y distingue le barreau B, pris entre les mordaches M et M'; l’écrou E agit sur la vis V, portant la mordache M', pour transmettre l’effort de traction au barreati.
- Nous n’avons évidemment pas à nous occuper des premiers, qui peuvent varier à l’infini, d’un type de pièces à l’autre. Passons donc immédiatement aux seconds.
- Les essais élémentaires sont des épreuves exécutées en un point judicieusement choisi de la pièce à explorer (pièce finie, ébauche, billette, lingot, etc.), ou dont la matière est prélevée dans le voisinage immédiat de cette pièce : chacune de
- p.338 - vue 342/474
-
-
-
- LES LABORATOIRES SIDÉRURGIQUES MODERNES
- 339
- -4
- l’ordre de grandeur de la durée de ceux-là est la seconde ou la minute. Nous citerons, en outre, certains essâis non usuels, dont le principe est intéressant , mais qui, actuellement, ne sont pas encore très généralisés.
- a) Essais statiques.
- 1° Essai de traction.
- — L’essai de traction est une épreuve relativement ancienne et très
- 4-
- Fig. 4. — Schéma d’une machine à bille (iessai de dureté).
- appropriés fonctionnant comme une balance romaine. Pour fixer les idées, examinons ce qui se passe, au cours de l’essai, pour un barreau d’acier spécial demi-dur, recuit, soumis à la traction. A cet effet, suivons le diagramme (en abscisses les allongements, en ordonnées les charges) qui est inscrit sur un enregistreur porté par la machine elle-même.
- p.339 - vue 343/474
-
-
-
- 340 .. ; LES LABORATOIRES SIDERURGIQUES MODERNES
- pointée sur le barreau, s’accroît'au cours de l’épreuve. (Voir fig. 1.)
- Enfin, on appelle « striction pour
- 5____________________
- cent » le rapport — X 100, S
- étant la section initiale du barreau et S' la section rétrécie de la cassure (dans le cas présent, le diamètre initial du barreau étant de 13 mm. 8 et le diamètre rétréci de 9 mm. 8, la striction a pour valeur 49,6). ^
- Ces différentes caractéristiques, limite élastique, charge de rupture, allongement, striction, reviennent constamment dans la rédaction des cahiers des charges- : c’est pourquoi nous avons cru devoir préciser la signification qu’on est convenu d’attribuer à ces diverses expressions. Les lecteurs de La Nature que ces* questions intéressent trouveront dans le n° 2225 du 20 mai 1916 des renseignements détaillés sur les machines employées pour les essais de traction.
- 2° Essais de compression. — Les essais de compression, la plupart du temps réservés aux fontes, se font, en-général, sur des machines de traction, à l’aide d’un dispositif additionnel facile à ima-giner.
- 3° Essais cle durete'. — Si l’on applique, sur la surface polie d’une matière plastique, une pression déterminéé, par l’intermédiaire d’une sphère indéformable, cette sphère produit dans la matière plastique, une empreinte circulaire dont la profondeur et par conséquent le diamètre sont d’autant plus grands que la matière soumise à l’essai est moins dure.
- Cette expérience très simple permet de définir, avec une précision satisfaisante, une échelle de dureté pour les métaux. On appelle « nombre de Brinell » (du nom de l’inventeur de la méthode) ou « dureté », A, le rapport de la charge imposée C (exprimée en kilogrammes) à la surface de la calotte sphérique de l’empreinte (exprimée en millimètres carrés), JS.
- La mesure pratique consiste à déterminer, à l’aide d’un micro-
- Fig. 6. — Mouton vertical. Le mouton est à la partie supérieure de l’appareil, maintenu, par la tête, entre_ les griffes qui l’ont amené à sa position de chute et qui sont prêtes a le laisser tomber. Le barreau est disposé sur ses appuis, à la partie inférieure, entre les glissières. Sur le côté, différents dispositifs destinés à remonter le mouton, à s’opposer à son rebondissement après l’impact, etc....
- scope micromélrique ou d’une réglette spéciale, le diamètre de l’empreinte; un barême, établi une fois pour toutes, donne le nombre de Brinell correspondant à cette lecture.
- On adopte couramment, pour l’essai des aciers, une charge G de 3 tonnes, et une bille de 10 mm de diamètre; dans ces conditions, résultat particulièrement remarquable, le nombre A ci-dessus défini est sensiblement égal au triple de la résistance à la rupture de l’acier.
- La machine la plus simple qu’on puisse imaginer pour faire l’essai de dureté, machine qui, d’ailleurs, peut être avantageusement employée dans les ateliers en raison de sa robustesse et de la facilité de sa vérification, se compose essentiellement d’un levier qui oscille autour de son extrémité A, et qui porte, à son autre extrémité, un poids P : on place la bille, sur ce levier, en un point B (voir fig. 4) tel .que ses distances l et L à A et à P soient dans le rapport
- L___5 000 (kg)
- T“ "Plkü
- Si l est suffisamment petit, par rapport à L, une pression dé 3 tonnes peut être développée en B sans avoir à mettre en œuvre un poids P trop considérable.
- Pour la description des machines de dureté plus perfectionnées, nous renvoyons le lecteur aux articles parus dans. La Nature sous le n° 1845 du 3 octobre 1908 et sous le n° 2225 du 20 mai 1916.
- 4° Essais de flexion. —- Les essais de flexion statiques se font généralement, soit à chaud sur barreaux entaillés, soit à froid sur barreaux non entaillés : ils sont exécutés â l’aide de presses hydrauliques, sur la description desquelles il n’est pas utile d’insister.
- Les résultats de l’essai sur barreau non entaillé, à froid, ne donnent guère d’autres renseignements que l’essai de traction; les résultats sur barreau entaillé à chaud mettent particulièrement en évidence la forgeabilité du métal et font principalement ressortir l’oxydation de l’acier.
- p.340 - vue 344/474
-
-
-
- LES LABORATOIRES SIDÉRURGIQUES MODERNES '.......- 341
- 5° Essais de pliage et d'emboutissage. — Ils sont presque exclusif ment réserves aux tôles. Pour les premiers, on compte le nombre de
- pliages à 180° que peut subir une bande, pincée entre deux mordaches, avant de présenter une crique.
- Fig. 7• — En haut, un barreau de choe {de 3o x 3o X iùo mm.) entaillé à mi-épaisseur (entaille constituée par un orifice cylindrique de 4 mm. de diamètre, et un trait 'de scie) avant essai. Au milieu, un barreau de métal doux, rompu, présentant une grande fragilité : l’éprouvette a cassé sec. En bas, un barreau du même métal, différemment traité, présentant une résilience très élevée. : les 2 fragments ne sont même pas séparés; la cassure est fibreuse. On distingue les essais de bille effectués sur les fragments de droite des 2 barreaux inférieurs : les diamètres sont très voisins l’un de l’autre, ce qui indique que les duretés de l’acier, dans les deux cas, sojit analogues.
- p.341 - vue 345/474
-
-
-
- 342 — ; LES LABORATOIRES SIDÉRURGIQUES MODERNES
- Pour les seconds, on détermine la hauteur de la calotte sphérique qu’on peut produire par enfoncement d’une bille de diamètre approprié, dans le métal, avant apparition d’une crique.
- Ces deux épreuves ne nécessitent pas d’appareils de principe spécial ; nous nous bornons donc à les citer ici.
- b) Essais dviNamiques. 1° Essais de choc, sur barreaux non entaillés. — Ils consistent essentiellement à faire tomber, d’une hauteur déterminée, une masse d’un poids fixé, sur l’extrémité d’un barreau encastré à l’autre extrémité, ou sur la section moyenne d’un barreau reposant sur des appuis par ses deux extrémités (voir fig. 5). Il faut naturellement que le mouton soit guidé aussi parfaitement que possible, sans frottements appréciables ni coincements au cours de la chute. Dans ces conditions, on compte le nombre de coups que peut supporter l’éprouvette avant de se rompre.
- Les appareils employés dans cet essai sont exclusivement les moutons verticaux, dont chacun connaît l’allure générale et dont nous donnons ici (fig. 6) une vue d’ensemble.
- 2° Essais -de choc sur barreaux entaillés. — Cette épreuve consiste à rompre, d'un seul coup, un barreau entaillé, par la chute d’un mouton dont la panne vient frapper le barreau derrière l’entaille, puis à calculer l’énergie nécessaire pour produire cette rupture.
- Si l’on connaît la puissance vive P emmagasinée par le mouton au moment de l’impact, et qu’on détermine la puissance vive R restante après la rupture de l’éprouvette, on a, par différence, le travail de rupture T du barreau T ==.P — R.
- On appelle « résilience » le travail de rupture par centimètre carré ; elle s’exprime normalement en kilogrammètres.
- Moins l’acier est fragile, plus le travail nécessaire pour produire la cassure est grand : la résilience est donc une caractéristique mécanique de la fragilité du métal, propriété de la matière particulièrement importante à déceler et qu’aucune autre’ épreuve usuelle,résistance à la traction, dureté, pliage, etc:, n’est susceptible de mettre en évidence. Les quelques indications données ci-dessous permettent de faire ressortir ce fait assez clairement.
- Considérons la figure 7 : elle présente la photographie de 5 barreaux de 50 X *50 X 160 mm, entaillés à mi-épaisseur. Le barreau supérieur précise les formes de l’éprouvette prête à essayer. Les deux autres sont rompus, de façons très dis-
- tinctes : ils ont cependant été prélevés dans la même barre d’acier doux, mais ils ont subi des traitements thermiques différents. Le barreau central a cassé sec; la section est cristalline, à gros grains; l’angle de rupture est très faible; la résilience est de 7 à 8 kgm par centimètre carré. Le barreau inférieur montre une cassure nerveuse, l’angle de rupture est considérable, on sent que l’acier n’a lâché qu’à regret; la résilience.ressort à 55 ou 40 kgm par centimètre carré. Cette photographie met donc en évidence deux états physiques très différents d’un même métal, l’un présentant une fragilité extrême, l’autre une ténacité considérable.
- On serait tenté de croire que la dureté et la résistance à la rupture de l’acier sous ces deux états sont également très différentes : il n’en est rien. Considérez, en effet, les empreintes de bille faites sur le fragment de droite des deux barreaux; elles sont presque de même diamètre et correspondent, l’une et l’autre, à une dureté de 158 à 160, soit à une résistance à la rupture de 48 à 50 kg par millimètre carré. On peut même aller plus loin encore : si l'on avait plié, sous une presse, un barreau plat du métal sous chacun des 2 états ci-dessus, les 2 barreaux auraient plié à bloc.
- Ces quelques résultats sont suffisants pour mettre en lumière l’importance des essais de choc sur barreaux entaillés : ce procédé d’investigation a, d’ailleurs, rendu, au cours de la guerre actuelle, les plus grands’ services pour le contrôle des métaux réservés aux pièces de machines les plus délicates, et particulièrement aux fabrications de l’aviation.
- Les appareils employés pour déterminer la résilience peuvent être répartis en 5 groupes principaux : les moulons verticaux,analogues à l’appareil représenté sur la figure 6,» les moutons rotatifs du type Guillery et les moutons-pendules du type Charpy. Nous donnerons, tout d’abord, une description succincte de l’appareil de M. Charpy, qui est, à l’heure actuelle, de beaucoup le plus répandu. Nous en présentons ici une vue d’ensemble (fig. 8).
- Dans la machine de M. Charpy, le mouton proprement dit est constitué par une masse métallique pendulaire, comprenant un bras de suspension (fig. 9) dont une des extrémités oscille autour d’un axe fixe R, supporté par un.bâti robuste, et dont l’autre extrémité se termine en forme de disque évidé, constituant la masse frappante elle-
- p.342 - vue 346/474
-
-
-
- LES LABORATOIRES SIDÉRURGIQUES MODERNES -....... - 343
- même; un couteau est aménagé dans la région centrale du disque, l’arête du couteau passant par la verticale du centre de gravité G, dans la position d’équilibre stable du pendule. Par construction,
- Fig. 9• — Croquis de la masse pendulaire du mouton-pendule Charpy.
- dans cette position, l’arête du couteau vient en contact avec la face, opposée à l’entaille, du barreau à casser, disposé sur ses appuis.
- Si on relève le pendule à sa position de départ G0 (à 160° environ de la verticale) etqu’on l’abandonne à lui-même (fig. 10) il vient frapper contre le barreau avec une puissance vive égale au produit PH, P étant le poids du pendule et H la projection verticale du chemin parcouru par le centre de gravité, passant de la position initiale G0 à la position verticale Gj.
- A ce moment se produit l’impact : le barreau se rompt et le pendule continue son chemin : mais au
- lieu de remonter d’un angle très voisin de a (angle de départ), il ne remonte que d’un angle f, plus petit que a.
- La force vive restante après le choc est évidemment égale à P h, h étant la projection verticale du chemin parcouru par le centre de gravité passant
- de la position verticale Gt à la position finale G2.
- Le travail de rupture du barreau est donc égal au produit P (H — h), si l’on fait abstraction des pertes dues aux frottements mécaniques, à la résistance de l’air et à la projection des fragments du barreau.
- Pour repérer avec sécurité la position d’arrêt du pendule à la remontée, le mouton, au moment de son passage par la verticale, entraîne une aiguille montée à frottements doux sur une douille fixée au bâti : cette aiguille s’arrête automatiquement dans la position d’élongation maxima du pendule. Il suffit, une fois l’expérience faite, de relever l’indication donnée, et de chercher, dans un barême, la résilience correspondant à l’angle de remontée lu.
- La détermination du travail de rupture, sur les moutons verticaux, est plus compliquée ; elle nécessite l’adaptation, sur la machine, d’un cylindre enregistreur et l’interprétation d’une courbe analogue à celle de l’appareil de Morin : aussi ces instruments sont-ils peu employés pour les essais de résilience.
- Le mouton rotatif de M. Guillery est un appareil très pratique et très ingénieux : le lecteur en trouvera une description schématique complète dans le numéro 2225 de La Nature (20 mai 1916).
- c) Essais non usuels. — Nous ne faisons figurer ici cette dernière classe d’épreuves, que pour faire pressentir le nombre de procédés mécaniques d’investigation définis qui sont à la disposition du métallurgiste. Nous ne développons point l’exposé de leur mode opératoire, car ils ne sont pas encore couramment employés; les renseignements qu’ils
- ____de___
- * Fig. io. — Principe mécanique du mouton Charpy.
- sont susceptibles de donner ne sont même pas, jusqu’ici, très nettement précisés.
- Bornons-nous donc à citer, entre autres, les essais par chocs répétés, les essais de torsion, de vibrations, d’usure, etc.
- (.} suivre.) André Cornu-Thénard.
- p.343 - vue 347/474
-
-
-
- 4 ........... 'S/.'S'.Nfr.vfr.'ÎS'.'ft'.vft-.vft'SS’.'®'.'®' —. -... =
- LE MOUVEMENT INDUSTRIEL ET LA DÉCENTRALISATION : LE RHONE
- 11 est devenu banal de constater les efforts poursuivis partout pour utiliser au maximum nos ressources économiques, industrielles, agricoles et commerciales.
- La Guerre, dans l’hypertension des facultés créatrices qu’elle a provoquées, a mis en lumière bien des trésors; elle a fait surgir des énergies potentielles en de multiples contrées dormant d’un sommeil léthargique et souvent millénaire : un coup d’œil d’ensemble sur les travaux considérables entrepris ou projetés en tous points du pays, peut contribuer à faire connaître les unes aux autres les régions en éveil, faciliter leur développement réciproque et provoquer la formation entre elles, dans notre belle France, d’une chaîne élastique, extensible, mais résistante comme un câble d’acier aux efforts de l’étranger pour y prendre sa place et la rompre.
- I. La puissance économique et industrielle du Rhône. — L’examen de la carte montre que, des cinq grands bassins hydrographiques de France, celui du Rhône devrait, au même titre que celui de la Seine pour Paris, servir, en même temps que de trait d’union entre la Suisse et les mers, de champs d’exploitation à l’activité de la métropole lyonnaise. Fig. i. —
- Que représente pour notre pays ce beau fleuve bleu, capricieux et tyrannique, qui roule puissamment à travers un quart de France les eaux des cimes neigeuses des Alpes jusqu’à la mer ensoleillée de Provence?
- Un fleuve, dans la conception moderne des sciences, comporte toujours deux facteurs de puissance : le coefficient tonnage et la possibilité force hydraulique. À «ces deux points de vue, notre Rhône est un capital précieux, et tout fait comparable à son jumeau : le Rhin.
- Et ces deux termes se lient intimement l’un à l'autre, de sorte qu’on ne peut étudier l'utilisation, partielle ou totale de l’une des deux énergies sans
- tenir compte des possibilités d’avenir de l’autre : aussi avons-nous ici groupé sous le même titre un exposé sommaire et très succinct des deux questions, n’ayant d’ailleurs pas la,prétention de traiter en quelques lignes un sujet aussi complexe, et dont chaque partie a fait l’objet de longues études, de rapports détaillés et d’examens approfondis.
- ci) B as-Rhô ne. De Lyon à la mer. — De temps immémorial, la batellerie s’est servie du Rhône comme voie navigable : les Romains le descendaient en barques plates; les remorqueurs à vapeur permirent de remonter un courant atteignant en bien des points une vitesse de 18 km à l’heure, difficulté qu’accroît un violent mistral. Des compagnies de navigation se formèrent pour exploiter le fleuve dans les deux sens; des services de voyageurs entre Avignon et Lyon, tombés en désuétude, avaient été rétablis en 1914 et inaugurés avec l’exposition. La guerre a donné un renouveau de vie à ces transports fluviaux : les lignes du P.-L.-M., encombrées par le déplacement des armées de Salonique, d’Égypte, d’Italie, par les troupes d’Afrique, par le ravitaillement de la Suisse, se trouvent souvent impuissantes à évacuer le tonnage qu’on leur propose; de nombreuses entreprises se sont retournées vers le fleuve; une nouvelle Compagnie lyonnaise de navigation entre Lyon et Marseille s’est créée, dont les 34 chalands se sont ajoutés à ceux delà Compagnie générale de navigation, et le trafic par eau d’Arles à Lyon, a passé, malgré la guerre, de 257 000 t. en 1913, à 295 000 t. en 1916, soit une augmentation de 15 pour 100.
- Toutes ces sociétés se heurtent aux mêmes obstacles: entre la Roche-de-Glun et Pont St-Esprit le fleuve traverse des rapides ; et d’Arles à Marseille, le puissant bras du Rhône, large de500 à 1000m., obstrué de sables alluvioniques, secoué par les remous du large, le dispute à peine pour la con-
- faq/efort.
- Gros/i&t
- Trémurè:
- la ftochk-de-G/i/n
- Carte du Bassin du Rhône.
- p.344 - vue 348/474
-
-
-
- LE MOUVEMENT INDUSTRIEL ET LA DÉCENTRALISATION : LE RHÔNE 345
- duite des chalands au trajet, en haute mer qui les I que la nouvelle industrie de transports par eau mène à Marseille. à créer dans la vallée du Rhône dispose des capi-
- Ce second aléa, auquel obvie déjà le canal de ! taux et des hommes nécessaires, elle doit leur
- , Fig. 2.»— Toueur à grappin de la Compagnie IL P. L. M.
- Saint-Louis, ne tardera pas à être tourné par le canal de Marseille au Rhône, dont l’immense tunnel du Rove, la partie la plus importante, a été percé et inauguré au cours de Tété 1916. (Voir :
- La Nature, 2e Sem. 1916, p. 113.)
- On ne possède encore pour éviter le premier l’amorce d’aucun travail.
- La batellerie, après avoir essayé de franchir les gués au moyen des remorqueurs « Grappin » prenant appui sur le lit du fleuve, utilise aujourd’hui le système du touage : un remorqueur aggrippe un câble, traînant au fond de l’eau, et hâle sur la chaîne : autant de sections, autant de manoeuvres et de pertes de temps, sans compter la vitesse excessivement réduite que comporte ce mode de traction : un convoi de plusieurs chalands doit se scinder en ses unités successives, obligeant le toueur à des exercices de navette des plus onéreux.
- Les goulots de touage supprimés, le Rhône serait susceptible, dans de très bonnes conditions économiques, d’un tonnage illimité.
- Le coût du transport, avant la guerre, chiffrait en moyenne à 0 fr. 025 environ par tonne kilométrique , remonte et descente comprises, de Lyon à Arles : il ne présentait sur le prix du chemin de fer qu’une économie de JO à 20 pour 100 : en Allemagne, la réduction parallèle atteignait 40 pour 100. « Pour
- offrir un avenir bien assuré; ce qui ne se peut que si la voie projetée réalise une économie d’au moins 30 pour 100 par rapport au ferj1) ».
- Et ceci condamne les projets emportant l’engloutissement de capitaux considérables dont il faut indéfiniment servir les intérêts.
- Une amélioration des conditions de navigation a résulté de la substitution, adoptée par certaines compagnies, au touage, du remorquage par tracteurs puissants.
- Cet exemple est emprunté au Danube : « Il existe aux Portes de Fer un canal de 1700 m. de long où des remorqueurs développant 1200 à 1300 chev. remontent des convois de 600 tonnes à la vitesse de 1 m. par seconde, contre un courant de 5 à 6 mètres»».
- L’excédent de force de la machinerie, nécessaire aux rapides (en général très courts) demeure sans emploi, sur le reste du parcours, représentant alors un capital improductif et une consommation inutile de combustible.
- Une première proposition d’amélioration définitive consistait à jumeler le Rhône sur toute sa longueur par un canal latéral. Ce projet, de • nature à enterrer la question, entraînait une dépense qui passerait aujourd’hui le milliard.
- L’office dès transports des chambres de com-1. Rapport de M. Co:gnet.^ .
- Alt.
- 360-
- 320-
- 280—
- 24Û-
- 200-
- 160-
- 37/"Lac de Genève
- Beiieçarde Chu/e
- Arve'.Rw
- Fier. /f/y
- V
- Sav/ëres C! Quiers.ff/v Ain.fi,*
- \-------------1-----------------1------------f
- -‘T-
- SGënîT,,---
- ; Lagmeq
- •1 -, -----1
- 200-
- 40-
- \sooKM \450"* \400** •
- «Lyon '' Saône O/y 'TU-rr Isère R/r
- j| ; Iviyny Condrieu £>•>.»„
- . ,.:_jj | j 1 Tour non \
- _--i4 i-~i L—- À. k J. .. .
- Meires
- cubes
- —Sono
- -4000
- -3000
- -2000
- - lOOO soo O
- 1350*”
- 1300 **
- f250"?
- -4000
- -/OOO - O
- **** Débit moyen en Af3.
- •.. Débita tétiage -d°.
- — Cotes d'attitude ---Distances horizon fa/es
- Fig. 3. — Graphiques du Rhône.
- p.345 - vue 349/474
-
-
-
- 346 LE MOUVEMENT INDUSTRIEL ET LA DÉCENTRALISATION : LE RHONE
- merce du Sud-Est se rendit compte des dangers d’un aussi vaste programme : il mit à l’étude les travaux qui, sans embrasser une dépense aussi somptuaire, conduiraient au même résultat : le jury du Concours du Rhône classa les projets et prima l’étude de MM. Billet et Givoiset.
- Ces ingénieurs améliorent le Rhône entre Valence et Pont-Saint-Esprit, au moyen de dérivations éclu-sées : la vitesse dans les rapides peut atteindre 5 m. par seconde en basses eaux : des canaux de faible longueur, tous à l’air libre, les contournent et permettent à la navigation de remonte de le^ éviter.
- Pour le reste, on utilise le Rhône tel qu’il est aménagé, dans les conditions remarquables de navigabilité qu’il présente, si on le compare aux grands fleuves allemands : Elbe, Oder, Vistule, dont quelques-uns portent un tonnage énorme.
- La longueur totale à creuser mesure 34 km et rachète une hauteur de 30 m., en abaissant de 77 à 68 cm la pente moyenne kilométrique de la partie améliorée (la pente du Rhin à Strasbourg est 66cm).
- Chaque dérivation comprend essentiellement un canal, muni d’une écluse d’aval. Un convoi se présente-t-il? Il pénètre tout entier, remorqueurs et chalands, dans le bief; on ferme les portes, on élève l’eau, on ouvre en amont ; et le train poursuit sa route, rejoignant bientôt le lit du lleuve. C’est la manœuvre classique.
- Des portes de garde d amont préservent des crues; des bétonnages annulent les contre-pression' au fond du lit; tous les détails sont étudiés avec soin, pour écarter l’imprévu.
- La .dépense totale pour ce travail était, avant la guerre, estimée à 64 millions.
- Un remorqueur de 1200 chev. remonterait alors en 5 jours d’Arles à Lyon un convoi de 2600 t., contre un courant de 11 km à l'heure, à la vitesse par rapport aux berges de 3 km 80 à l’heure avec un prix de revient de 0 fr. 0046 par tonne kilométrique; le fret moyen (remonte et descente) ressortirait, amortissements et intérêts compris, à 0 fr. 01 par tonne kilométrique, chiffre précisément prévu par les Allemands pour le fret du Rhin? entre Mannheim et Strasbourg, après achèvement des travaux de régularisation.
- Quelles sont les possibilités électriques de cette partie du fleuve ?
- A l’étiage, après le confluent de la Saône, il cube 250 m3; après le confluent de l’Isère,
- 365 m3; et au voisinage de la mer, plus de 500 m3.
- La masse d’eau, représentée par le premier chiffre, passant de la cote 165 m. à Lyon, à la cote 15 m. (environ) à Arles, correspond dans sa chute à une puissance hydraulique de 250 000 lit. x 150 m. = 57 500 000 kgr.-mètre,
- • t 57 500 000 AA AA A ,
- soit ------—-----— 500000 chev. environ.
- Pour le moment, il ne saurait être question d’utiliser toute cette force latente.
- Certains projets voudoaiqnt créer des usines hydro-électriques au moyen de barrages judicieusement établis, à Ternay-Irigny en aval de Lyon, ou, à Donzère-Mondragon.
- Le régime du Rhône, si laborieusement régularisé par les travaux persévérants et presque séculaires des ponts et chaussées, pourrait s’en ressentir. En outre, pendant longtemps encore, semble-t-il, la force électrique produite et à produire dans les Alpes au moyen des chutes hautes et de moindre
- débit qui s’y trouvent reviendra meilleur marché, même transportée, que l’énergie captée dans le Bas-Rhône par des turbines à faille chute et gros débit. Aussi mentionnons-nous ces études surtout pour mémoire. b) Le Rhône à Lyon. — Des rapports étroits lient en cet endroit le sort du fleuve à celui de la ville ; nous nous proposons d’y revenir à propos du développement de la capitale lyonnaise.
- c) Haut-Rhône. Lyon à la Suisse. — Le régime est ici l’inverse de celui du cours inférieur ; débit médiocre, allure torrentielle, mais grande chute; et les deux objets, navigation et force hydro-électrique, changent d’importance l’un vis-à-vis de l’autre.
- La batellerie éprouve à remonter le Haut-Rhône des difficultés considérables, principalement : dans les sections Groslée-Trémurs et Savières-Anglefort, où. le fleuve mobile choisit tour à tour, comme chenal préféré, le lit de l’un quelconque de ses mul-liples bras; dans la traversée des fameuses gorges de Bellegarde; et dans son parcours de la frontière aü Léman.
- Le trajet de Lyon à Génissiat ne présente pas de difhcultés insurmontables; la rivière y fut autrefois naugable, des services réguliers ayant fonctionné entre L'on et Aix-les Bains. Quand un barrage établi sur le Haut-Rhône arrêtera les graviers de l’Arve,.un chenal creusé par dragage ouvrira facilement un passage aux chalands ; mieux, encore, un système de dérivations pourrait permettre en
- Rhône
- le fiac/eliei
- Crue de 1856 sksg. Enrochement
- Dic/ue existé
- Fig. 4. — Projet de dérivation éclusée à Bourg-Saint-Andéol.
- p.346 - vue 350/474
-
-
-
- LE MOUVEMENT INDUSTRIEL ET LA DÉCENTRALISATION : LE RHONE 347
- même temps que la navigation, l’aménagement des 120 000 chev. qui s’y trouvent en puissance.
- La’ section beaucoup plus anormale des rapides, gorges et gouffres de Bellegarde, a donné lieu à de nombreuses études.
- L’une d’elles a fait l’objet d’un remarquable exposé dans La Nature du 17 février 1912, où il est tenu grand compte notamment du pittoresque incontestable de la région.
- Deux projets essentiels s’y trouvent en présence : celui d’un barrage unique à Gé- , nissiat, de 69 m. de haut, créant un grand lac de 25 km de long, allant à la frontière suisse et couvrant 55 hectares; des ascenseurs pour bateaux consistant en puitsverticaux creusés entre 4 parois de rocher et contenant de vastes et mobiles caisses d’eau manœuvrées par un moyen mécanique, permettraient l’élévation des chalands ; et le projet des
- une grande partie de cette force devant être transportée à Paris, économisant près de 4 500 tonnes de charbon par jour! Il ne nous appartient pas de départager les deux écoles; chaque solution
- Fis?. 6. — Vue du Rhône à Valence.
- deux barrages, Malperluis et Bellegarde, de 45 m. et 24 m. de haut, produisant à peu de chose près la même disponibilité hydro-électrique que le premier : 100 000 chev. à l’étiage, 200000 chev. en eaux moyennes, 540000 chev. en hautes eaux;
- Charnaux frères et C10, photo-Genève.)
- Fig. 5. — Force motrice des Chèvres.
- a ses partisans; et la, question, grosse de conséquences, ne peut être tranchée que par une compétence tout à fait autorisée. Quoi qu’il en soit, les
- pouvoirs publics, les Chambres de commerce s’en occupent.
- Le Comité Franco-Suisse du Haut-Rhône, réuni le 26 septembre à Genève sous la présidence de M. Coi-gnet, président de la Chambre de Commerce de Lyon, émit divers vœux à son égard (*) ; la Tribune de Genève annonçait en octobre qu’un groupe de financiers américains proposait de s’intéresser puissamment à l’aménagement du Rhône; le 5 novembre 1916, M. le sénateur Herriot a fait à Genève une conférence retentissante sur le même sujet, suivie le 29 novembre d’un article des, plus documentés de M. Balmer
- dans le Journal de Genève ; la Commission inter-
- départementale du Rhône enfin, assemblée à-Lyon 1. Le Salut Public, 12 octobre 1917.
- (Photo Louis Serre, à Valence.).
- p.347 - vue 351/474
-
-
-
- A TRAVERS LES REVUES TECHNIQUES ALLEMANDES
- 348
- dans la première quinzaine de janvier 1918, proposait encore de nouvelles conclusions (*), pendant que MM: Brertier et Lalou reprenaient l’ensemble de la question, l’un dans l’Illustré, l'autre dans Y Exportateur Français (2) du 24 janvier.
- Il ressort de ces informations qu’une impulsion sérieuse nous vient de Suisse ; nos amis romans nous montrent le chemin : ils réalisant l’aménagement de la section qui leur incombe, de la frontière au Léman :
- « Exécutant (s) les clauses d’un traité de 1798, qui associait les destins des Républiques helvétique et française, et obligeait les deux États à « établir les ouvrages d’art nécessaires pour la création de canaux de Genève au Rhône navigable », la Suisse a terminé l’étude en ce qui la concerne de la canalisation du Rhône à l’aval du lac de Genève. Trois
- écluses seront édifiées à Pougny-Chancy, La Plaine et Chèvres, pour recevoir des chalands de 600 t. » ; des quatre usines prévues sur cette partie du fleuvé, deux sont achevées, la troisième en construction et la quatrième soumise à l’enquête.
- Et le Grand Conseil de Genève vient de réserver par une loi, un immense terrain à Plainpalais, pour y installer un grand port fluvial.
- C’est presque un devoir du Gouvernement de la France de poursuivre et compléter l’œuvre entreprise en Suisse, en étendant son effort à tout les Rhône français, pour le transformer en une artère d’accès de l’Europe centrale, de la Suisse en particulier, aussi commode que celles que les Allemands s’efforcent de créer par l'intermédiaire de leurs réseaux fluviaux et du Rhin.
- ' André Koehler.
- A TRAVERS LES REVUES TECHNIQUES ALLEMANDES
- Comment peut-on économiser le combustible? — Suivant le Zeitschrift fur Dampfkessel und Maschinenbetrieb (n° 5 du 1-2-18, p. 38), le combustible devrait toujours être conservé sous toit et ne pas être exposé aux intempéries, à la neige et à la pluie. Celles-ci empêchent la combustion rapide du charbon, et favorisent la production de fumée et de suie, qui s’en vont la plupart du temps non brûlées par la cheminée. Le danger de l’inflammation spontanée du charbon est également augmenté par l’humidité, et celle-ci de plus favorise certaines détériorations, notamment dans le cas des charbons cassants du bassin de la Ruhe.
- Les tas de scories et de cendres se composent souvent de 30 à 50 pour 100 de coke et davantage, qui peut être facilement séparé.
- Pour empêcher l’introduction d’air nuisible dans les carneaux, il faut de temps en temps vérifier la maçonnerie entière à l’aide d’une bougie; aux points où la flamme est aspirée, la maçonnerie n’est plus étanche et doit être réparée. Il faut examiner aussi avec soin si des rentrées d’air ne se produisent pas dans le surchauffeur.
- Jeter sur la grille du charbon en gros morceaux, serait du pur gaspillage : le charbon doit être brisé en morceaux ne dépassant pas la grosseur du poing, si on veut l’employer économiquement. Dans le cas d’un fort tirage, la hauteur du combustible sur la grille sera plus grande que si le tirage est faible ; si l’on utilise un charbon menu ou poussiéreux, le feu sera tenu plus bas que si l’on dispose d’une houille en gros morceaux. Si le tirage naturel de la cheminée ne suffit pas, ce qui est le cas notamment quand on chauffe au moyen d’un combustible médiocre, on fera avantageusement usage d’injection de vapeur sous la grille. L’alimentation de
- 1 . Le Temps, 14 janvier 1918.
- 2, L’Exportateur Français, 24 janvier 1918.
- 5 L'Information, 22 décembre 1917.
- la chaudière se fera de préférence au moyen d’in-jecteurs; on n’emploiera les pompes à vapeur que comme réserve; l’alimentation en eau et en combustible s’opérera d’ailleurs par petites quantités.
- Perspectives d'après-guerre de l’industrie allemande. — L’industrie ennemie souffre particulièrement de la longue durée de la guerre par suite de l’arrêt dans les importations de vivres et de matières premières. D’après Der Praktische Maschinen-Iionstrukteur, n05'l-2 de 1918, la lutte formidable à laquelle nous assistons a pris un caractère surtout technique, une part prépondérante revenant à l’industrie métallurgique.
- Celle-ci se heurtera en premier lieu, au lendemain de la paix, à la question de la main-d’œuvre; sa tâche sera multiple et consistera : 1° à remplacer et à construire des moyens de communication et de transport (chemins de fer, voitures automobiles, locomotives, rails, etc.). L’industrie manquera pendant longtemps d’animaux de trait, ce qui nécessitera un emploi plus généralisé de camions et voitures automobiles, comme d’appareils de manutention, de grues, de voies de transport industrielles; 2° à soutenir l’agriculture qui restera, de toute manière, un des piliers de la vie économique. L’industrie allemande devra s’efforcer de supplanter les produits étrangers (américains surtout) en améliorant la construction des machines agricoles. Le moteur électrique est le mieux approprié pour fournir la force motrice nécessaire à l’agriculture,, par suite de son adaptation à toutes les circonstances, et de ses frais minimes d’entretien ; il remplacera avantageusement les locomobiles et les moteurs à combustion; 3° à centraliser la distribution de l’énergie électrique, par l’emploi de moteurs thermiques, dépendant de grandes usines métallurgiques ou de grandes entreprises industrielles. Chaque tonne de houille épar-
- p.348 - vue 352/474
-
-
-
- ACADÉMIE DES SCIENCES 349
- gnée participe au relèvement de la vie économique;' 4° à développer la navigation aérienne ; on a pu apprécier pendant la guerre lie rôle considérable que jouent les ballons dirigeables et les avions comme moyen de communication rapide ; 5° à développer la navigation maritime et les constructions navales, car, à la conclusion de la. paix, tout le
- tonnage disponible sera réquisitionné; nos ennemis donneront d’ailleurs une vigoureuse impulsion à la construction des bateaux en béton armé. De plus, il sera nécessaire de réduire la durée de chargement et de déchargement des navires, ce qui entraînera l’amélioration des installations des ports.
- L. G.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 15 avril J918.
- Election. — M. Louis Favé est nommé, dans la section de géographie et de navigation, en remplacement de M. le général Basset, décédé, par 51 voix contre 8 à M. Félix Arago.
- Le s minerais de la Sierra de Gordoba (Espagne). — M. Eduardo Hernandez-Pacheco est arrivé à la conclusion 1 qu’une grande partie des terrains supposés cambriens dans cette région sont carbonifères. Mais il existe aussi du cambrien réel, sur lequel ce carbonifère est discordant. Le bord de la Sierra Morena était fracturé à la fin de l’époque paléozoïque. Ces fractures ont servi de voie aux épanchements d’andésites, diabases et porphyres et ont permis la formation des filons métallifères.
- Les sens des rotations. — M. Lecornu fait remarquer que le sens des rotations positives est inverse en astronomie de ce qu’il est en mécanique. La terre tourne de droite à gauche autour de son axe, quand on dirige celui-ci, comme il est naturel, vers le pôle nord. Au
- contraire, les aiguilles d’une montre tournent de gauche à droite, comme une vis que l’on veut faire progresser, comme une manivelle de cric, de treuil, comme une valse, etc. Cette contradiction semble d’abord illogique et il est à remarquer qu’elle n’existerait probablement pas si l’astronomie était née dans l’hémisphère sud. Mais il y aurait grand inconvénient à vouloir la faire disparaître pour plus de simplicité; surtout si l’on voulait appliquer à la mécanique les usages de l’astronomie qui iraient à l’encontre de toute la pratique. En géométrie plane cependant, on est étonné de voir que pour amener l’axe Ox sur l’axe Oy, il faille-tourner de droite à gauche, contrairement à ce qui .se produit dans la géométrie analytique à trois dimensions. Mais là encore, le fait, qu’il serait aisé de réformer, s’explique par l’utilité d’avoir des valeurs positives pour les aires d’une courbe fermée . parcourue dans le sens normal de gauche à droite, autour d’un observateur supposé debout à l’in-I térieur de la courbe.
- L’INDUSTRIE DES BOIS PLAQUÉS
- Le placage a pour but de débiter les bois en feuilles minces destinées à servir de revêtements ultérieurs principalement dans l’ébénisterie, la menuiserie et la carrosserie. A l’origine, on imagina cette méthode d’utilisalion pour les « bois des îles » qui, provenant des Indes, de l’Afrique et de l’Amérique, coûtaient alors fort cher rendus en Europe vu les difficultés des moyens de transport. On les employait, sous cette forme, pour « habiller » les meubles fabriqués avec une ossature ligneuse plus commune, indigène ou exotique. De cette manière, on pouvait livrer à des prix modérés des ouvrages qui rendaient des services analogues à ceux réalisés avec le bois plein dont ils offraient l’apparence. Et même en disposant convenablement les feuilles tirées ainsi d'un arbre unique, on produit d’arlis-liques effets de veinage, impossibles à obtenir avec le bois massif. D’autre part, le procédé du placage permet de confectionner de grandes pièces avec des essences qui n’atteignent que de faibles dimensions et que seule la tabletterie pourrait utiliser sans cela. En outre, les meubles plaqués possèdent, en propre, certains avantages. Constitués avec divers bois mis en fil croisé, leurs morceaux « travaillent » peu; aussi abstraction faite de la valeur intrinsèque de la matière première, on rencontre fréquemment
- des meubles plaqués ou contreplaqués qui valent mieux que s’ils étaient massifs. Enfin, au dire des spécialistes, les larves des insectes attaquent moins facilement et moins profondément les placages que les objets d’ébénisterie pleine; là couche de colle arrêtant les vers du placage, les empêche de pénétrer dans le bâti et vice versa.
- Quoi qu’il en soit,*le débit des bois en minces feuillets peut se faire de quatre manières différentes : sciage, tranchage, déroulage circulaire ou spiral.
- Dans le sciage, la bille est immobile et la lame de l’instrument va et vient verticalement. On utilise, en ce cas, plusieurs sortes de scies se ramenant; en principe, à deux types : celles à mouvement rectiligne alternatif et celles à mouvement circulaire. Les scieries pour placage bien outillées possèdent d’abord des tronçonneuses actionnées à la vapeur ou électriquement et qu’on peut installer en un point quelconque du chantier pour faciliter la besogne. D’une façon générale, une tronçonneuse du premier genre consiste en une lame droite montée à l’extrémité de la tige d’un piston se mouvant dans un cylindre long et étroit par l’action de la vapeur. Le piston, fixé sur un bâti léger en fer forgé, peut pivoter sur un centre au moyen d’une roue à main
- p.349 - vue 353/474
-
-
-
- 350 ' L’INDUSTRIE DES BOIS PLAQUÉS
- et d’une vis engrenant avec un quart de cercle fondu avec l’arrière du cylindre. Les dents de la lame sont à crochet et inclinées dans un sens tel que la scie travaille seulement par traction. D’autres tronçonneuses marchent à l’électricité. Une machine de ce type se compose d’un bras porte-scie mû par une bielle excentrée sur un plateau, calé sur le même arbre que les pignons démultiplicateurs d’un moteur électrique; l’ensemble de l’appareil repose sur un chariot monté sur roues dont le déplacement se^fait aussi électriquement.
- Avec ces tronçonneuses qui scient en quelques minutes des arbres d’un diamètre de 1 m. 20 et au-dessous, on met la bille à la longueur voulue. Puis au moyen de scies à rubans à.grumes, on équar-rit les arbres et on les débite en « plateaux » suivant leur destination ultérieure. Ces machines comprennent un bâti supportant deux volants sur lesquels passe la lame et un chariot servant d’appui aux billes de bois qu’on y amène à l’aide de monorails électriques ou de ponts roulants.
- Mais en procédant de la sorte, on perd en sciure le passage de la lame et, en outre, les dessins du bois ne sont pas absolument symétriques. Aussi, le plus souvent, on préfère s’adresser soit au tranchage, soit au déroulage circulaire ou spiral.
- Le tranchage consiste à réduire un bloc en feuilles plus ou moins épaisses, de façon à.mieux utiliser la matière ligneuse en supprimant l’énorme déchet qu’occasionne le sciage; cette perte atteint de 70 à 140 pour d00 dans les placages, d’où économie très sérieuse lorsqu’il s’agit de bois de prix.
- L’industrie du tranchage est d’invention française puisque les premiers essais dans cette voie sont dus à l’ingénieur Picot, de Châlons-sur-Marne, et remontent à 1854. A partir de 1860, on introduisit d’importants perfectionnements dans les machines à trancher, puis en 1872 M. Mongenot, de Paris, imagina une trancheuse demi-circulaire qui rendit d’incontestables services et grâce aux machines actuelles on arrive à produire par ce moyen des feuilles de placage d’un demi-millimètre d’épaisseur.
- La trancheuse perfectionnée que nous avons vu fonctionner chez MM. .Miguet frères, de Paris, se compose d’un bâti rectangulaire dont deux côtés servent de glissières au chariot portant les lames à trancher le bois. À l’intérieur de ce bâti se trouve un plateau de fonte sur lequel on met les billes et que supportent quatre vis actionnées en même temps par une chaîne Galle. D’autre part, des engrenages commandent une roue dentée placée dans le prolongement d’une de ces vis et l’épaisseur des feuilles de placage varie suivant les combipaisons des pignons. '
- Le chariot porte-lame est animé d’un mouvement de va-et-vient. Au cours de son avancement, le couteau tranche la feuille et pendant son retour, le plateau porte-bois monte automatiquement de là quantité nécessaire pour que la feuille suivante ait l’épaisseur voulue. Cette puissante trancheuse débite
- des panneaux de plus de 3 m. de longueur sur 1 m. de large. D’ordinaire avant d’être tranchés, les bois doivent passer dans une étuve à vapeur où ils séjournent plus ou moins longtemps suivant leur texture.
- Dans le déroulage circulaire, l’outil tranchant tangent à la surface de la bille demeure immobile tandis que le bois tourne. On obtient ainsi des feuillets ayant au maximum la largeur de la circonférence du tronc débité.
- Enfin on emploie fréquemment aujourd’hui le procédé du dérôulage spiral, qui permet de fabriquer des feuilles de placage d’une très grande longueur. Dans ces machines, qui ressemblent grosso modo à un tour automatique, la pièce de bois, fixée par les deux extrémités de son axe sur deux solides poupées, tourne assez lentement. Au cours de cette rotation, elle rencontre l’arête d’une lame tranchante parallèle à son axe qui enlève sur sa circonférence un copeau continu et s’arrête quand le diamètre de la pièce se trouve réduit à 1 décimètre.
- Une fois les feuilles déroulées, il faut les découper aux dimensions voulues par les clients (ébénistes, carrossiers, constructeurs navals, fabricants d’accumulateurs ou de caisses d’emballages, etc.). Ce tranchage s’exécute soit à. la main, soit mécaniquement au moyen d’un massicot analogue à ceux des cartonniers. C’est une sorte de grand et long couteau, mû d’ordinaire électriquement, qui s’abaisse et se relève tour à tour, rognant d’un seul coup les piles de feuilles qu’on lui présente.
- Indépendamment de l’ébénist'erie, les feuilles de placage trouvent chaque jour de nouveaux débouchés grâce au contre-placage, d’introduction assez récente en France, mais qu’on utilise depuis longtemps à l’étranger. Les panneaux de bois contreplaqués se fabriquent avec des feuilles déroulées de 1 à 2 mm d’épaisseur collées et pressées ensemble à contre-fil. C’est, somme toute, du placage à sens croisé. On contreplaqué depuis l’épaisseur d’un demi-millimètre jusqu’à 25 mm et plus. L’encollage de la feuille se fait à chaud avec une colle spéciale qui devient insoluble une fois séchée à 420° et on enduit seulement les faces qui doivent se toucher dans la superposition. On porte ensuite ces feuilles au séchoir et on les y abandonne jusqu’à leur emploi. Il suffit alors de les humecter avec une brosse ou au trempage en les disposant les unes sur les autres à contre-fil, sous une presse hydraulique, pour réaliser la combinaison de contreplacage désiré. Sous la pression considérable qu’on leur fait subir et qui atteint parfois 90 000 kg par mètre carré, les bois contreplaqués possèdent de précieuses qualités; ils ne se fendillent plus; ils ne se détachent pas d’un mur humide ; ils ne se gondolent pas à la chaleur, devant un poêle ou à proximité d’un radiateur.
- Aussi les applications des bois contreplaqués ne manquent pas. On s’en sert, de plus en plus, non seulement dans l’ébénisterie, mais encore pour la
- p.350 - vue 354/474
-
-
-
- L’INDUSTRIE DES BOIS PLAQUÉS
- 351
- fabrication des panneaux intérieurs des voitures de chemins de fer, de tramways, des automobiles, etc. Dans le bâtiment, on confectionne les portes et les lambris avec des panneaux contreplaqués, on édifié même avec eux des baraquements démontables, etc. Dans les constructions navales, on les utilise comme cloisons, plafonds et cabines de paquebots, ainsi que pour les revêtements intérieurs des unités légères de notre Hotte à cause de l’économie de poids et d’encombrement.
- Depuis la guerre, les fabriques de placage débitent les bois légers de la Côte d’ivoire et les noyers pour les besoins de l’armée et de la marine. On fait encore, avec les bois contreplaqués de second choix des caisses d’emballage pour les primeurs, les fruits et les fleurs, des fûts pour les matières sèches d’épicerie et de droguerie, tandis qu’avec les . rognures on confectionne des bois pour les clichés d’imprimerie.
- Indépendamment des bois de
- plaqués. Il énumère dans son remarquable rapport, auquel nous avons fait quelques emprunts, les avantages de cette mesure législative qui s’imposera à la paix si nous ne voulons pas continuer à favoriser l’industrie étrangère et en particulier nos ennemis d’outre-Dhin.
- 11 serait en outre à souhaiter que des spécialistes capables de garantir la nature et l’état des bois livrés se trouvent sur b-s lieux mêmes de production. La date d’abatage constitue, en effet, une donnée de grande importance pour les fabricants de placage et de contreplacage. Or les coupeurs expédient souvent en Europe des billes ayant
- Fig. 2. — Dérouleuse en train de débiter un tronc d’arbre en feuilles.
- France (bouleau, aulne et peupliers surtout), l’industrie du placage travaille un certain nombre de bois exotiques; toutefois jusqu’en 1911, ceux de nos colonies parvenaient si irrégulièrement dans nos ports que nos fabricants ne les employaient guère. Mais depuis lors, grâce à d’heureuses initiatives de l’Administration, les richesses forestières de l’Afrique occidentale française, du Gabon, du Tonkin, de la Guyane et de Madagascar arrivèrent en Europe. Avant la guerre," cependant presque tous les bois de nos colonies allaient d’abord soit en Allemagne, soit en Angleterre d’où ils nous revenaient manufacturés.
- Avec juste raison, M. le député Albert Crolard demanda donc en 1915, qu’on frappe d’un droit de douane à leur entrée en France nos bois contre-
- Fig. i. — Machine à trancher le bois. Sortie de la feuille.
- séjourné longtemps soit dans la vase des fleuves africains, soit sur les quais des ports d’embarquements et elles se fendillent lorsqu’on veut les dérouler en Europe six mois et même un an après leur abatage. Lès panneaux contreplaqués qu’on réalise avec une matière première ainsi fendillée sont alors impropres à bien des usages (meubles de choix, aviation, etc.) et se trouvent, considérablement dépréciés. Les banques ou les exportateurs devraient tenir compte de ces desiderata de leurs clients, qui passent souvent des marchés sans pouvoir se rendre compte non seulement de l’espèce végétale, mais de l’état dans lequel ils recevront la marchandise objet du contrat. Les frais d’entretien de leur délégué, botaniste et technicien expert, se trouveraient vite couverts par l’accroissement considérable et les facilités de leurs transactions commerciales. . .
- Le Havre centralise les bois de placage exotiques qui pratiquement se réduisent à quelques variétés d’Acajou dénommées commercialement selon leur provenance et appartenant à divers arbres de la famille des Méliacées ; au Palissandre fourni surtout
- p.351 - vue 355/474
-
-
-
- 352
- L INDUSTRIE DES BOIS PLAQUÉS
- par 5 espèces de Jacarandn brésiliens qui sont des Légumineuses; a Y Okoumé et à diverses sortes moins importantes : Tulipier, Liriodendron, tuli-pifera Lin., Bois de rose, Thuya, Bois à'Amboine, Bois salines, Noyer noir (Juglans nigra, Lin., etc..).
- Les fabricants de placage désignent surtout, les acajous par leur aspect. Ils n’estiment guère — pas plus que les ébénistes et les menuisiers d’ailleurs — Yacajou uni, qui possède une couleur uniforme, une grande porosité et peu de finesse; iis préfèrent l’acajou veiné aux veines parallèles et longitudinales, l’acajou moiré à veines ondulées et chatoyantes, l’acajou moucheté aux nœuds multiples formant des taches plus claires ou plus sombres que le ' fond, l’acajou flambé aux veines disposées en gerbes rouges simulant des flammes et aulres variétés qu’ils baptisent des qualificatifs chenillé, rubanné, panaché, etc., d’après les capricieux dessins réalisés par leurs veines. Il faut, du
- autres bois des îles, nous parviendront directement!
- - D’ailleurs la guerre a déjà eu une influence heureuse sur l’industrie du placage. Elle a ouvert, en effet, de nouveaux débouchés aux bois contreplaqués, débouchés qui subsisteront, une fois la paix signée, car on en aura reconnu les avantages.
- Nos industriels auront cependant à tenir compte de l’avance prise dans ce domaine par la Russie qui a des fabriques de panneaux contreplaqués très bien outillées. Depuis plusieurs années, malgré les droits de douane de 12 fr. 50 par 100 kg, les panneaux contreplaqués bruts venant de Russie se
- Fig. 4. — Bobinage d’une feuille de placage au sortir de la dérouleuse.
- reste, comme le note M. Hollande, une grande habitude pour reconnaître la nuance d’un acajou sur la face terne des billes telles qu’elles arrivent en Europe.
- Enfin un bois colonial français, YOkoumé (Bur-sera), jouit actuellement d’une grande faveur dans l’industrie' du placage. Cet arbre tient une place importante dans les forêts de l’Afrique équatoriale. Les indigènes s’en servent pour faire des pirogues, en creusant son tronc, car sa longueur atteint souvent 1 m. 50 à 1 m. 60. Avant’ août 1914, les Allemands achetaient la plus grande partie d> s Okoumés du Congo qui n’arrivaient guère en France qu’en passant par Hambourg! Espérons qu’après la cessation des hostilités, l’Okoumé, comme les
- Fig. 3. — Découpage à la main des^feuilles de placage.
- vendaient à assez bon compte sur le marché français et étaient très employés dans l’industrie parisienne du meuble, comme le prouvent les statistiques. Ainsi pendant l’année 1912, la Russie importa en France 5503 tonnes de bois 'contreplaqués alors que l’Angleterre n’en expédiait que 4206 t. et l’Allemagne seulement 151 t. pendant le même temps. Ces panneaux contreplaqués stimulèrent les fabricants du faubourg Saint-Antoine et leur permirent de réaliser des mobiliers aussi artistiques que peu coûteux. Si la guerre a ajourné lés efforts de cette rénovation de l’industrie du meuble et si elle a considérablement réduit les importations russes, elle ne les a pas complètement arrêtées. Mais actuellement presque tous les panneaux contreplaqués ainsi que les bois de placage sont réquisitionnés par l’administration militaire, pour fabriquer des hélices d’aéroplanes, des flotteurs d’hydravions, des caisses de munitions et autres objets nécessaires pour la défense nationale.
- Jacques Bover.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahure. rue de Fleurus, 9, à Paris.
- p.352 - vue 356/474
-
-
-
- LA NATURE. — N° 2332.
- 8 JUIN 1918.
- LES LABORATOIRES SIDERURGIQUES MODERNES
- LEURS MÉTHODES ET LEUR OUTILLAGE (suite).
- II
- Dois un précédent article (La Nature, n° 2531 du 1er j iin) nous avons vu comment on pouvait classer les différents domaines d’activité d'un Laboratoire sidérurgique, et nous avons passé en revue les Essais chimiques et les 'Essais mécaniques. Nous nous proposons, aujourd'hui, de nous occuper des Essais physiques, qui constituent la troisième partie de notre programme.
- C) Essais physiques. — Les essais physiques qu'on peut faire subir aux aciers sont innombrables ; pour ne pas abuser de l’attention du lecteur, nous n’en signalons ici que 5 groupes principaux, paraissant constituer des types bien définis et très différents les uns des autres : ce sont l’analyse thermique, la métallographie, les épreuves électriques et magnétiques.
- a) Analyse thermique. — C’est l’ensemble des recherches destinées à mettre en évidence les , anomalies thermiques diverses subies par le métal, à l’écbauffement et au refroidissement.
- Une expérience très simple fait ressortir, de façon grossière, l'existence de pareilles anomali s.
- On sait que, si l’on fait passer un courant électrique dans un fil métallique, ce fil s’échauffe par suite de l’effet Joule : on sait, d'autre part, que, sous l'influence de la chaleur, les corps se dilatent suivant une loi linéaire.
- Supposons donc que nous chauffions électriquement jusqu'au rouge clair, un fil fin de cuivre ou de platine : on constate, à l’aide d’un amplificateur analogue à celui qui est indiqué sur la figure 1, que la longueur du fil croit constamment et régulièrement avec la température, ce que révèle 1 aiguille A, par son déplacement sur le cadran divisé C.
- Mais, si 1 on répète l’expérience avec un fil d’aider, on observe très nettement, vers 700°, un arrêt de la dilatation et m me un retrait du métal, coïncidant avec une diminution de la luminosité du fil.
- Ce fil, au refroi lissement,. présente en sens inverse, les mêmes phénomènes qu’à l’échauffement : c’est-à-dire que, vers 650°, le retrait normal s’ar-
- 46* Année. — 1" Semestre
- Fig. i. ff, fils amenant le courant- électrique; bb, bornes d'arrivée du courant; S, serre-fil de départ du courant; F, fil à chauffer; C, cadran divisé; A, aiguille amplificatrice; p, poulie support de l'aiguille; co, fil support du poids; P, poids servant à tendre le système.
- rête, pour donner lieu à une légère dilatation du til, et à un accroissement fugitif de sa luminosité : il y a « recalescence », d’où le nom sous lequel cette expérience est connue.
- Celte perturbation thermique, que l’on constate pour l’acier vers 650-700°, s’appelle un « point critique ».
- L’expérience ci-dessus décrite est évidemment très grossière et il faut recourir à des procédés plus perfectionnés pour déceler avec précision les points critiques. Une méthode directe consiste à repérer, dans le temps, la succession des températures réalisées dans la partie moyenne d’un fragment de métal, placé dans une enceinte dont réchauffement ou le refroidissement sont parfaitement réguliers (four électrique spécialement construit, par exemple). Les températures successives du centre de l’échantillon sont suivies à l’aide d’un couple thermo-électrique relié aux bornes d’un galvanomètre et dont la soudure est disposée au centre de cet échantillon, percé d’un trou borgne à cet effet. Ilhaque fois que le spot du galvanomètre franchit une division de la règle, on fait, par l’intermédiaire d’un manipulateur Morse, *un signal sur un cylindre enregistreur à mouvement d’horlogvrie. Si l’échauffement ou le refroi lissement de l’échantillon sont réguliers, les signaux se succèdent à intervalles régulièrement variables sur la feuille, de l'enregistreur (voir figure 2) ; si, au contraire, des perturbations thermiques se produisent au sein du fragment étudié, des anomalies correspondantes se manifestent dans la succession des signaux. 11 suffit donc, l’expérience achevée, de relever les irrégularités du tracé et de les localiser dans l’échelle des températures, ce qui est immédiat, quand les déviations galvanométriques sont repérées en fonction des températures.
- On peut également employer une méthode différentielle : elle consiste à suivre comparativement l’échauffement ou le refroidissement, dans la même enceinte bien régulière, de 2 échantillons de lormes identiques, dont l’un est constitué par le métal à
- 25. — 355
- p.353 - vue 357/474
-
-
-
- 354 ........ LES LABORATOIRES SIDÉRURGIQUES MODERNES
- étudier, et dont Vautre, dénommé étalon, ne présente pas de points critiques (cuivre, platine ou mieux alliages de 1er nickel à haute teneur en nickel, etc.). Toute différence de température décelée entre les 2 fragments, marque un point critique du métal essayé.
- Ces expériences, sont, en général, fort longues (2 ou o heures de réchauffage, puis autant pour le refroidissement) et fort absorbantes : il était donc très intéressant de chercher à les enregistrer automatiquement. MM. Le Clialelier et Saladin sont parvenus à réaliser cet enregistrement d une façon très élégante et applicable à toute une sérié de phénomènes du môme-genre. Nous exposerons donc ici, rapide ment, le principe de cet appareil, basé sur la méthode dil’.érenlielle que nous venons de décrire : la figure 3 en donne une vue d'ensemble et la figure 4 une représentation schématique.
- Dans ces conditions, si les 2 échantillons ne présentent entre eux aucune différence de température, au cours de l’expérience, le miroir du galvanomètre G* ne dévie pas et le spot ponctuel ne décrit, sur la plaque qu'une droite horizontale, du fait de la déviation du miroir de G2. Si, au con-„ traire, le métal étudié subit, pendant l’essai, une anomalie tliermiqi e, h s 2 galvanomc 1res fonctionnent indépendamment l’un de l’autre, au moment où elle se produit, et la ligne droite se brise en une région qui se trouve ainsi exactement lôcalL-ée dans l’échelle des .températures.
- La figure 5 donne une idée de la neltelé avec laquelle l’appareil Le Chatelier-Suludin enregistre ces phénomènes.
- Nous n’insistons pas sur les autres procédés existant pour l’étude des points critiques et nous indiquons immédiatement quelques-uns des résul-
- £ssai de recalescence
- 96° 6/4°
- 642°
- —* • li 1 a..! L 670' ! 1 1 1 1 L 698° ,1 1 1 ~J 1 L- 726* . . i i 1 1.1 1 ! 1 1 1 1 1 L 764° 1 L_ 782° a i 1 j L
- . . 8(°° .... 8&° . . . 894° -m ...
- , , , 9$r , 3Z8°
- 322’ 8940 866° Refroidissement 978°
- 8$8° g 1 • i » * ..1 732°
- 764° 7%S’ 6%8° 670°
- . . . ..«**• , . ‘ 6(4°
- 658° • » » - « t... , 1 , 1 , i. 1 1 , ÆL ----- • -
- 4-74°
- Echanft//on 3.4088-Z- /4Mars /3/S
- Fig. 2. — Développement de la feuille d’inscription des signaux dans un essai de recalescence. Ou constate, de façon générale, que les intervalles entre chaque signal sont progressivement et régulièrement croissants, à réchauffement, et de même au refroidissement. On distingue nettement, toutefois, au-descus de la température de 781° à réchauffement, et entre 728 tt 6g8° au refroidissement, une extension d’un ou deux intervalles par rapport aux intervalles voisins, extension qui fait ressortir l’existence d’un point critique.
- Pour pouvoir enregistrer sur une plaque photographique la différence de température des 2 éohanlillo is (m-données, par exemple), en fonction de la leni| éralurc de l'étalon (abscisses), il faut qiieja première déviation gai va nométrique se produise dans un plan vertical, la deuvi me restant normal ment da is le plan horizontal. Pour y réussir. MM. Le Gh itclier et Sala lin mit uli isé la propriété du miroir iml'uié à 45" sur le plan horizontal, de donner une image verticale d'une ligne horizontale.
- Parlant de là. le dispositif adopté se comprend aisément Eirre les 2 galvanomètres G, (différentiel) et G2 (température de l'étalon) se trouve placé niî prisme a réflexion totale Pi incliné à 45° sur 1 ho-rizonlae : le faisceau lumunux issu de la.source L traverse le s.vs ème optique 0, se réfléchit sur le miroir du galvanomètre G,, traverse le prisme P (transformation des déplacements horizontaux en déplacements verticaux), se réfléchit sur le miroir du galvaiimijt Ire G2. et vie t. finalement, former une image pon tuefe du diaphragme D sur la plaque photographique R.
- lats donnés par l'analyse thermique dans le cas du fer et de l’acier.
- ‘Le 1er pur présente, entre la température ambiante et 900", deux points critiques connus sous le nom de points A2. localisé vers 740°, et A3 localhé vers 850°: le for existe donc, entre ces limites, sous 3 étals physiques différents, appelés fer a, fer [3 et fer y. Un peut les distinguer-, les uns d-s autres, par les simples con>bh râlions suivantes: d’une part, le fer a e>t magnétique, alors que les fers [3 et y ne le sont pis :• d’autre pari, les fers a et [3 ne dis>olveut pas de carbone, alors que le fer y est susceptible d’en dissoudre.
- Si l’on considère un acier extra-doux (alliage fer-carbone à G 0,10 pour 10 I), on retrouve les même points A2 et A3 que dans le fer pur, auxquels s’ajoute un point Aj localisé vers 050°, Le diagramme, situé au hiut de la figure 5, obtenu au galvanomètre double Le Chaleber-Sa'adin, montre la succession et la pliysinnomie.de ees anomalies', pour un acier très légèrement carburé (C = 0,0.5.. pour J Ou) : la branche supérieure de la courbe
- p.354 - vue 358/474
-
-
-
- LES LABORATOIRES SIDÉRURGIQUES MODERNES
- 355
- correspond à réchauffement de l’échantillon, et la branche inférieure au refroidissement. On y distingue nettement les 3 pointsxsignalés, qui se manifestent, à réchauffement, à une température légèrement supérieure à celle à laquelle ils se manifestent au refroidissement.
- La perturbation At s’accentue quand la teneur en carbone du métal s’élève : très rapidement (dès une teneur de G = 0,50 pour 100), elle arrive à englober les points-A2 et A3. Le diagramme d’une fonte pure (Voy. fig. 5, courbe du bas) fait ressortir l’importance et l’intensité de î’anomalie restante; son aspect ne se modifie pas considérablement quand on passe d'un acier dur à une fonte.
- Les points A2 et A3 ont été définis ci-dessus, comme les points de démarcation de 3 ét;>ts allotropiques différents du fer : reste donc à précis ser ce qu’est le point Aj.
- Nous avons dit plus haut que le carbone était soluble dans le fer y, niais ne l’était plus dans le fer a à la température ordinaire : que devient donc le carbone des aciers quand ceux-ci sont refroidis jusqu’à la température ambiante? Supposons, pour fixer les idées et limiter la question, que ce refroidissement ait lieu lentement : le carbone, dans ces conditions, s’unit au fer, pour former un carbure, appelé « cémentile », dont la formule est Fe3C.
- Ge carbure se présente, dans les aciers peu carburés, sous forme de « perlite » (aspect nacré au microscope), constitué* pâr des lamelles alternées de fer pur ou « ferrite » et de cémentite.
- Le point Ar* marque pré-
- tout à fait différent des points A2 et A3 : mais, en raison des modifications physiques auxquelles il correspond, son importance pratique est considérable. En première analyse, en effet, Un acier au carbone (jusqu’à C = 0,9 pour 100) prend la
- cisément la température à laquelle le carbone sort de sa solution solide (ces phénomènes se passent, naturellement, dans le fer à l’état solide), pour se précipiter sous formede perlite. Inversement, le point 1 Aej marque la température à laquelle le carbure se décompose en carbone et fer y, le fer y produit dissolvant le carbone mis en liberté.
- On voit donc que le point At est, par nature,
- Fig. 3. — Vue d'ensemble du galvanomètre double Le Chatelier-Saladin.
- trempe d’autant plus énergiquement que l’anomalie Ai est plus prononcée, et la température limite au-dessus de laquelle il faut porter le-métal avant de le refroidir brusquement, pour qu’il prenne la trempe, est la température à laquelle se manifeste le point At.
- De façon plus générale, pour l’ensemble des aciers, les questions de traitements sont dominées par les résultats de l’analyse thermique: et, comme les traitements jouent, dans l’emploi des aciers,-particulièrement en construction mécanique, un rôle prépondérant, on conçoit l’importance que prend l’analyse thermique dans les études préparatoires à la mise au point des fabrications nouvelles.
- 2 b) Métallographie. ;— La métallographie est l’élude des différents aspects du métal, rapportée aux apparences diverses .|pè présentent des surfaces polies, après attaqué par des réactifs appropriés. La « macrographie » correspond à des examens effectués- à l’œil nu. ou sous de faibles grossissements: la métallographie est dite^ « microscopique » quand les recher-
- Fig. 4. — Schéma du dispositif intérieur du galvanomètre doublejde MM. Le Cha-telier et Sap'din.
- p.355 - vue 359/474
-
-
-
- 356 LES LABORATOIRES SIDÉRURGIQUES MODERNES
- ches sont faites à l’aide de forts grossissements..
- 1° Macrographie. — Les réactifs employés pour révéler les textures peuvent être relativement concentrés et produire des attaques profondes : ils peuvent, au contraire, être très étendus et.provoquer la coloration des divers constituants plutôt qu’une attaque.
- Comme exemple du premier cas, considérons ce qui se passe lorsqu’on traite une surface d’acier dressée à la meule fine ou à l'étau limeur, par une solution d’acide sulfurique à 10 pour 100.
- Si le métal est bien homogène, l’attaque se produit également en tous les points, et, après ' une exposition de 10 à 12 heures, la zone en contact avec le bain acide offre l’apparence uniforme d’un verre dépoli. Si, au contraire, l’acier présente des inclusions, ségrégations, porosités ou autres hétérogé-neit s. «•> s défauts sont alïouillês par la liqueur corrosive et se révèlent en creux nettement distincts du fond grisâtre de la surface.
- Les photographies ci-jointes (fig. 6) font res-
- hétérogénéité de la matière très préjudiciable à l’emploi.
- L’iode et le réactif de Stead peuvent être pris comme exemples typiques du deuxième cas distingué ci-dessus. Occupons-nous plus particulièrement du réactif de Stead, dont l’action est spécialement digne d’intérêt. »
- Cette liqueur se compose d’alcool légèrement étendu d’eau, dans lequel on fait dissoudre quelques grammes de chlorure de cuivre et de chlorure de magnésium. Lorsqu’on plonge, pendant quelques secondes, une surface d’acier parfaitement polie (poli spé-culaire) dans cette liqueur, il se produit un dépôt de cuivre sur certains constituants, qui, après dissolution du cuivre dans l’ammoniaque, apparaissent en gris sur le fond resté brillant de la zone attaquée. M. Charpy a indiqué que les constituants colorés n’étaient autres que les cristaux de première consolidation du métal : il a montré, en outre, que ces cristaux conservaient la propriété de se colorer sous rmlluence du réactif
- Acier extra - do ux a C= 0,05
- Fonte pure à
- Fig. 5. — Diagrammes d’un acier extra-doux et d’une fonte à i,çn pour loo de C, obtenus au galvanomètre double Le Chateher-Saladin.
- Fig. 6.— Les surfaces polies de ces 4 carrés d'acier se sont comportées très différemment au contact de la solution sulfurique, malgré des compositions chimiques très voisines. Celle de gauche, quoique dépolie par le corrosif, est parfaitement - saine ; celle de droite est toute piquetee et décèle une hétérogénéité ou une porosité regrettable de l’acier; les deux du, milieu présentent des apparences intermédiaires.
- sortir les façons très différentes dont peuvent se comporter 4 aciers de compositions chimiques analogues, vis-à-vis de la solution sulfurique : seul, le premier échantillon présente un aspect salbfaisant : les* surfaces des autres, particulièrement celle du ' quatrième, sont piquées, lépreuses, et décèlent une
- de Stead, quelles que soient les déformations mécaniques ou les traitements thermiques qu’on leur fasse subir, par exemple, un forgeage ou un laminage importants. Les photographies de la fig. 7 illustrent l’énoncé de ces faits : l’une montre les belles cristallisations qu’on trouve dans un lingot
- p.356 - vue 360/474
-
-
-
- LES LABORATOIRES SIDÉRURGIQUES MODERNES 357
- d’acier : les petites lignes blanches orientées qu’on aperçoit sur l’autre, représentent ce que sont devenus les grands cristaux du métal brut de coulée, après un laminage qui a transformé un lingot de , 10 décimètres carrés de section, en une billette de 54 cm2 de section.
- Nous nous bornons à signaler cette catégorie de renseignements que donne le réactif de Stead : on admettra qu'il est susceptible d’en fournir une foule d’autres, sur lesquels il ne nous est pas possible de nou» étendre davantage.
- 2° Micrographie.
- — En micrographie, les réactifs sont toujours très étendus, car, pour des raisons d'observation, ils ne doivent donner naissance qu’à de faibles colorations des constituants. Les plus employés sont l’alcool azotique (95 à 99 pour 100 d’alcool à 90° et 5 à 1 pour 100 d’acide azoùque), l’acide picrique (solution alcoolique à 5 pour 100 environ), qui, l’un et l’autre colorent la perlite, et le picrate de soude qui colore la cémentite.
- Un appareil très répandu pour observer ou photo-
- Fig. 7. — Attaque au réactif de Stead (G-= 2). A gauche, on voit tes cristaux de première consolidation du métal dans le lingot, et à droite ce que sont devenus ces cristallites après un laminage correspondant à un corroyage de 3o.
- Le microscope comprend un système optique éclaireur constitué par un prisme et une lentille au foyer de laque’le se trouve le diaphragme I), une platine horizontale V,- un objectif dont l’axe est vertical, et un oculaire horizontal 0. Le bouton P permet de mouvoir le prisme à réflexion tota'e, de façon à renvoyer à volonté les rayons lumineux soit vers l’oculaire, soit vers la chambre photographique. La face,,parfaitement polie, de l'échantillon
- à examiner est posée sur la platineV : le faisceau lumineux, émis par le système éclaireur, se réfléchit sur cette surface, et, à travers l’objectif, puis l’oculaire, est recueilli par l’observateur.
- Dans ces conditions, on conçoit que les parties colorées de la surface attaquée, réfléchissent la lumière moins énergiquement que les parlies restées parfaitement brillantes : l’observateur distingue donc nettement, dans le champ de l’oculaire, les divers constituants, qui se comportent différemment au contact du réactif On conçoit également que si les réactifs n’étaient pas très étendus toute la surface
- Fig. 8. — Vue d’ensemble du microscope Le Chatelier.
- graphier les préparations métalliques sous de forts grossissements est le microscope Le Châtelier. Une vue d’ensemble (fîg. 8) et une vue à plus grande* échelle (fig. 9) du microscope proprement dit, permettent de suivre une description rapide de cet instrument.
- Le dispositif d’ensemble groupe les éléments suivants : une lentille L, qui donne sur le diaphragme D du microscope une image de la source lumineuse N (arc électrique, bec à incandescence, etc.), le microscope proprement dit avec son oculaire O, et une chambre photographique C.
- de l’échantillon serait uniformément ternie, et l’on n’obtiendrait plus entre eux les contrastes nécessaires.
- Nous présentons ici un certain nombre de photographies (fig. 40) qui donnent une idée des apparences qu’on rencontre dans l'étude microscopique des alliages fer-carbone. Tout d’abord un acier extra-doùx, remarquable par la grosseur de ses cristallisations : les grains sont nettement séparés les uns des autres et forment comme un filet à larges- mailles, auxquelles sont accrochés de petits amas perlitiques. Nous notons, en passant, que c’est
- p.357 - vue 361/474
-
-
-
- LES LABORATOIRES SIDÉRURGIQUES MODERNES
- 358
- Je Français Osmond, qui, le premier, a signalé la structure cellulaire de l’acier. Puis, un acier à 60 kg, sous deux états : l’état recuit, pour lequel le tissu cellulaire est nettement visible, avec une proportion importante de perlite ; l’état trempé, dont l’aspect est très différent du précédent, et pour lequel le constituant principal est la troostite. Enfin une fonte blanche, dont les amas perliliques ressortent sur un fond inatlaqué de cémenlite.
- Nous n’avons pas le loisir d’insister ici sur les services que le microscope rend au sidérurgiste : détermination de l’histoire thermique antérieure du mêlai, localisation de défauts invisibles à l'œil nu, mise en évidence d'hélérogénéités trop petites pour que l’analyse, chimique puisse les révéler (scories,.oxydations, etc.); il n’y a pas de jour que le métallurgisle n’ait à examiner d'échantillons au microscope, pour orienter une fabrication, fixer un traitement, répondre à une plaintedeladien-tèle, etc.
- c) Essais magnétiques et ÉLECTRIQUES. — En citant ce genre d’épreuves, nous avons l’intention de montrer, contrairement à ce que les premières parties de cet exposé pourraient faire croire, que tous les essais physiques n’appartiennent pas exclusivement au domaine des recherches scientifiques, mais que certains d’entre eux peuvent jouer un rôle direct dans l’activité industrielle et commerciale d’une usine, au même titre que les essais mécaniques ou chimiques.
- Il est entendu, en effet, qu’on définit le plus généralement un acier commun par sa résistance à la traction (essai mécanique) ou son analyse (essai chimique.) et que jusqu’ici, on n’a pas l’habitude de définir un métal par sa structure micrographique ou ses points critiques. Mais, pour certains aciers spéciaux dont l’emploi nécessite la réalisation d’une qualité physique déterminée, il faut bien en arriver à définir les caractéristiques physiques correspondantes.
- C’est ainsi que les électriciens demandent aux métallurgistes de leur livrer, pour la construction des dynamos et transformateurs, des tôles dont ils leur garantissent la perméabilité, la résistivité, l’hystérésis, voire même les pertes en watts par kil.
- Le Laboratoire peut donc faire des recherches sur les propriétés magnétiques et électriques des aciers, déterminer la corrélation, au chauffage et .au refroidissement, entre ces propriétés et les différents états allotropiques du fer, etc., mais il doit, avant tout, être monté pour exécuter ces mesures, afin de contrôler la fabrication et donner toute sécurité aux consommateurs.
- Nous ne nous appesantissons naturellement pas sur cette classe d’essais, qui sont du domaine de l’électro-techniqiie plutôt que de la sidérurgie. Si un appareil de mesure particulier semble devoir attirer l’attention du lecteur, il sera signalé dans les descriptions ultéri* ures des divers laboratoires sidérurgiques existant en France.
- Conclusions. — llans cet exposé, déjà trop long et cependant bien succinct si on le compare à l’ampleur du sujet, nous n’avons pu qu’effleurer le principe de quelques-unes des méthodes employées dans les Laboratoires sidérurgiques. Nous estimerions cependant, avoir rem pli notre programme, si nous étions parvenus à faire pressentir l’étendue du domaine de recherches que la métallurgie de l’acier ouvre à l’esprit.
- Les ingénieurs et les savants se sont efforcés, durant ces vingt dernières années, de mettre à la disposition des métallurgistes des moyens d’investigation nombreux et puissants : ils y ont largement réussi. Les premiers résultats ont permis aux constructeurs, dans les branches les plus diverses de la mécanique, automobilisme, artillerie, aviation, de disposer à point nommé, des matériaux nécessaires à la réalisation des conceptions lés plus hardies de l’esprit humain.
- Gardons-nous, cependant, de nous complaire dans la contemplation des résultats acquis. A regarder les choses de plus près, on s’aperçoit que la sidérurgie est encore en enfance, comme l’était la chimie* du temps de Lavoisier et de Berlhollet. De vastes champs de recherches sont grands ouverts : les outils de travail, forgés le plus souvent par des Français* sont prêts : il faut que les Français se mettent à l’œuvre. \
- Le progrès, à la tête duquel notre pays doit se maintenir à tout prix, après la guerre, pour pou-
- p.358 - vue 362/474
-
-
-
- LES LABORATOIRES SIDÉRURGIQUES MODERNES ————- 359
- voir lutter contre les industries étrangères, ne sera obtenu que par un labeur incessant et méthodique. Gr, dans l'état acluel des choses, seule la science peut donner au sidérurgiste une lase suffisamment stable et immuable pour appuyer sa méthode. C’est donc le Laboratoire, revêtu des diverses
- l’être que par la Dim-lion. Dans l’hypolhèsed’une gestion méll odiqi.c, le I abnralo’re est donc un organe déj omlaut, sans inleimédiane, de la Direction, et la Direction elle-même ne peut être que technique et scicmilique.
- Ces simples remarques semblent suffisantes pour
- Acier à ôo kilogrammes recuit Fonte blanche
- G = i5o. G = 70.
- Fig. 10. — Microphotographies de surfaces métalliques polies attaquées à l’acide picrique.
- formes d’activité décrites au début de cet article, qui doit-devenir le centre de l’usine.
- Mais, dans ces conditions, ['activité si complexe du Laboratoire doit évidenment être soumise à une orientation bien définie que, seule, la direction de l’usine peut lui donner : si l’on veut faire bénéficier la fabrication des résultats obtenus « in vitro », les conclusions déduites de ces résultats doivent, en effet, aprè,s une critique sévère, être imposées aux services techniques, et elles ne peuvent
- faire comprendre qu’il ne suffit pas, à une usine, de posséder un laboiatoire où l’on travaille, et même où l’on travaille bien et beaucoup, pour obtenir immédiatement des résultats « payant »,'que la pénétration de l’industrie par la science ou l'inlro-duclion de la méthode dans la pratique de l'atelier ne peuvent pas être réalisées du jour au lendemain, et qu’il faut une préparation longue et difficile pour y parvenir.
- Axdré Corxu-Thé.nard.
- p.359 - vue 363/474
-
-
-
- 360
- LES TRANSPORTEURS AERIENS DANS LA GUERRE DE MONTAGNE
- *La Nature, en décrivant à plusieurs reprises (*) certains glaciers,.monts et «ois de la frontière italn-autrich'enne, a fait entrevoir le caractère tout particulier de la guerre de montagne et comment celle ci devait exiger, avec des troupi s spéciales d’un moral et d’un physique bien trempés, un équipement et un matériel spéciaux.
- Il est évident que, ne serait-ce que pour ravitailler en provisions alimentaires et en munitions les postes militaires placés au sommet de monts parfois très élevés et très escarpés, ou pour opérer la relève ou l’évacuation des malades et des blessés, etc., l’emploi de porteurs et de mulets n’est point toujours facile, ni même possible.
- On a donc été amené à se servir de dispositifs utilisés aussi bien par l’industrie métallurgique que par la grande entreprise de travaux publics pour la constru tion dans les pays montagneux, de ponts, \iaducs, chemins de fer, etc. Nous voulons parler des blondins ou transporteurs par câbles aériens, et lorsque la force électrique est disponible ou toute proche, des telphérages. Le Génie italien a fait à cet égard des installations très remarquables.
- Nos lecteurs connaissent déjà (1 2) les avantages des transporteurs aériens au point de sue industriel. L’invention du câble-porteur semblé remonter très loin.
- Ce mode de transport était, en effet, déjà employé par les Chinois et les Japonais, il y a
- plus de 1500 ans, pour traverser des vallées très encaissées ou des fleuves. Mais ce n’est que depuis 1874 que les transporteurs aériens ont fait l’objet d’une branche industi ielle spéciale qui s’est développée très rapidement au cours de ces der-
- 1. La frontière austro-italienne, n° 2175, 5 juin 1915.; La guerre de glaciers et la possession de l'Ortter, n° 2109, 10 septembre 1915.
- 2. Avan âges des transporteurs aériens, n° 2259,13 janvier 1917.
- Fig', i..— Transporteur par câble aérien établi par le Génie italien à Chaberton.
- nières années, soit pour le transport des matières, soit pour celui des personnes.
- Une ligne de transporteurs par câbles’ aériens s’adapte aussi bien aux fortes pentes de 400 pour 400 (fîg. 4) comme aux pentes les plus faibles; elle peut être employée sur des terrains de n’importe quelle nature (roches, labours, etc.) et peut être montée avec ou sans pylônes intermédiaires et à une distavee de 1000 m. On a même fait des installations atteignant de 1600 à 2000 mètres.
- Généralement parce que ce système offre plus de sécurité, la ligne est du t\pe dit va-et-vient, c’est-à-dire à trois câbles à torons : deux câbles porteurs et un câble de traction. Dans le matériel Cerutti et Tan fan i, de Milan, les câbles porteurs de 48 mm avec 42 fils (d’une mm) en. acier présentant une
- ont un diamètre grosseur de 4,9
- Fig. 2. — Blessés évacués d'une montagne par un transporteur aérien.
- résistance de 420 à 150 kg par millimètre carré. A la station d’aval, le câble porteur est réuni à un
- câble flexible par l’intermédiaire d’une mor-dache qui retient le câble en adhérence parfaite. Le câble de traction est également composé de 42 fils, mais d’une grosseur moindre, 1 mm, ce qui lui donne un diamètre seulement de 9 mm ; sa résistance est aussi de 4 20 à 150 kg par millimètre carré.
- Les pylônes sont constitués essentiellement de deux montants reliés entre eux par un treillis comportant des traverses et des diagonales. Les montants sont formés de tubes métalliques de longueur variable et ont pour but de pouvoir adapter les pylônes aux différentes configurations du terrain. Il y a trois grandeurs.de pylônes correspondant à des hauteurs de 6, 8 et 40 m. Avec une ligne de 5(l0 m., on utilise trois pylônes, avec une ligne de 4000 m., cinq pylônes, et avec une ligne de 4500 m., sept pylônes. Les divers tubes formant h s montants s’emboîtent les uns dans les autres au moyen d’un man-
- p.360 - vue 364/474
-
-
-
- TRANSPORTEURS AÉRIENS DANS LA GUERRE DE MONTAGNE = 361
- cbon fixé à l’un d’eux. Les montants sont enfoncés aussi profondément qu’il est nécessaire dans le sol et pour donner encore plus de solidité à tout l’ensemble, il existe, à environ 0 m. 25 de la pointe enfomée dans le sol, une plaque ou sabot de métal soudée à l'autogène sur le montant ; enfin quatre haubans constitués par des câbles flexibles réunis à des tendeurs fixés à des piquets placés en terre assurent la stabilité du pylône au passage de la benne ou du wagonnet et leur résistance au vent. Les pylônes sont calculés de telle sorte que la près-sion sur chaque sabot ne dépasse pas 500 kilogrammes.
- Les câbles porteurs appuient sur deux consolés ou chaises pendantes en fer forgé s’adaptant à la traverse supérieure du pylône tandis que le câblé tracteur s’appuie sur deux rouleaux munis de guides et montés sur la seconde traverse horizontale du pylône.
- La ligue comprend deux stations, une de tension en aval, l’autre molrice placée en amont, dispositif le meilleur parce qu’il donne ün mouvement de ligne plus régulier. Toutefois, ceci n’exdut pas de façon absolue qu’on ne puisse les intervertir, mais en met-tanten aval la station motrice; ce changement n’est admissible que pour les pentes faibles ou moyennes de la ligne.
- La station molrice (fig. 5) comporte notamment lin châssis en fer fixé au sol par des piquets ou des barres à mine et qui a une double fonction, d’abord de servir de contrepoids ou de fixage pour les câbles porteurs de la ligne, et, dans ce but, il est lesté de gros blocs de pierre, de sacs de terre, etc., maintenus eux-mêmes à leur place par des piquets, ensuite de servir de base à la station proprement dite ; celle-ci se compose d’un certain nombre de mécanismes : une poulie à gorge avec cuir sur laquelle vient s’enrouler le câble de traction ; sur cette poulie agit un frein de sûreté à ruban avec volant de commande; un autre frein de sûreté à ruban avec levier de manœuvre; un moteur à essence d’une force de 14 à 18 chev. et un manchon à friction pour l’embrayage et le désembrayage du moteur (dans quelques installations, on a mis des moteurs de plus grande puissance, le tonnage à transporter étant plus important).
- On peut suppléer au moteur, en cas d’accident
- ou même pour économiser l’essence, en manœuvrant à la main un jeu de 6 manivelles montées sur 5 arbres à paliers reliés à la transmission principale par engrenages et chaînes Galle; les rapports des engrenages permettent avec un nombre normal de tours de manivelles d’ob'enir une vitesse du câble tracteur de 1 m. 50 à 2 m. à la seconde tandis qu’avec le moteur, cette vitesse est de 2 m. à 3 m.
- Les deux brins du câble porteur sont respective-; ment maintenus par deux sabots et ancrés auj châssis de la station motrice au moyen de man-< choris d’extrémité fixés au châssis métallique quant au câble de traction, il est supporté pari deux rouleaux-guides placés sur la partie antérieure du châssis.
- Comme la station motrice, la station de tension,
- (fig. 4), comprend un châssis en fer pour l’ancrage semblable comme construction èt but, à celui de la station motrice.
- La plateforme des vagonnets est prévue pour pouvoir recevoir un brancard supportant un blessé; sa suspension peut être réglée suivant la pente de la ligne de façon à permettre le transport horizontal des blessés (fig. 5j. Le poids net qui peut être transporté dans une benne est de 150 à 200 kg par voyage, soit 1000 à 1500 kg par heure de travail.
- Le poids du transporteur complet est d’environ 7 tonnes et demie pour le type de 5n0 m. de longueur et de près de 10 tonnes pour celui de 1000 m. II. peut être amené sur 4 ou 5 camions automobiles jusqu’au poste de montage, souvent très près du point le plus bas du tracé de la future ligne, d’où il est ensuite transporté en partie, à dos d'homme.
- Dès que le matériel est déchargé, on groupe les
- Fig. 3. —. Station motrice. Moteur à essence actionnant le câble, et dispositif de secours à bras.
- p.361 - vue 365/474
-
-
-
- 362
- TRANSPORTEURS AÉRIENS DANS LA GUERRE DE MONTAGNE
- diverses pièces de la station motrice, des pylônes et de la station de tension des câbles, en se basant sur la couleur de la peinture, gris vert pour la station motrice, gris olive pour les pylônes et
- Fig. 4. — Station de tension. Vue des 2 treuils servant à tendre les câbles porteurs.
- désignés.
- gris pour la station de la tension. On fractionne ensuite le matériel qui doit être transporté à dos d'homme jusqu’aux points
- Cent vingt hommes environ sont nécessaires pour effectuer ce transport, de préférence en un seul voyage. Le moteur et le réducteur de vitesse sont transportés ultérieurement dans les hennes même du transporteur lorsque la ligne est montée, en la faisant fonctionner à la main au moyen des manivelles dont il est parlé plus haut.
- Un chef d’équipe et 10 hommes suffisent pour le montage de la station motrice. Le terrain est d’abord nivelé et l’on commence le montage du bâti en s’assurant que les fers de la face inférieure reposent tous sur le sol uniformément résistant; en outre, l’axe du bâti doit coïncider avec l’axe de là ligne préalablement Fig. 5.
- jalonnée, Le montage de la station de tension s’opère avec une équipe de 4 hommes. Pour chaque pylône, il suffit de 8 à 10 hommes; ses divers éléments sont portés aux points choisis par l’officier du génie et marqués sur le terrain par d. s jalons indiquant le tracé de la ligne. La variation de l’inclinaison de! cette der-
- nière entre deux pylônes ou entre l’une des stations et le pylône le plus voisin, ne doit pas excéder 2o pour 100; de même, la variation d'inclinaison de la ligne de chaque côté d’un pylône ne doit pas
- dépasser ce même pourcentage. C’est d’ailleurs en tenant compte de celle limite que l’on juge s’il faut placer à l'endroit choisi un ou plusieurs pylônes.
- Les câbles sont de préférence dévidés de l’amont à l’aval, c’est-à-dire que les bobines sont transportées à la station sup'rieure. Ils doivent êlred’une seule pièce d'un bout à l'autre de la ligne; pour les développer, il est parfois nécessaire, lorsqu’il faut franchir des ravins ou des dénivellations de terrains inaccessibles, de les tirer au moyen d’une corde préalablement jetée par-dessus ces obstacles. Quand le premier câble est monté et tendu, il sert à monter les autres câbles au moyen de pou-
- Soldats italiens transportés dans une nacelle à travers une vallée.
- lies avec armatures spéciales. La tension des câbles s’obtient par l’intermédiaire des treuils disposés sur la station de tension; celle du câble tracteur 'doit être plus faible que celle des câbles porteurs de façon qu’il ne tende pas à soulever les cha-
- p.362 - vue 366/474
-
-
-
- LE MACHINISME DANS LE SERVICE POSTAL AMÉRICAIN 363
- riots des bennes lorsque le profil comporte de grandes portées. La distance entre les câbles porteurs permet aux bennes avec plate-forme de se croiser au milieu de la ligne, mais seulement si elles n’ont qu’un faible mouvement d’oscillation. Quand le point de croisement ‘est voisin d’un pylône, la ligne peut fonctionner même si le vent souffle.de côté, toutefois s’il se trouvait au milieu d’une grande portée, il est bon de suivre la règle suivante : par exemple, lorsqu’une benne vide croise une benne chargée, la première passe au-dessus de la seconde par suite de la différence de poids, et les oscillations sont sans inconvénient. Mais si les deux bennps sont toutes les deux vides ou chargées, elles se croisent à la même hauteur et les oscillations dues au vent peuvent occasionner un choc. On évite toute chance d’un tel accident en donnant à l’un des câbles porteurs une tension un peu plus grande, de manière que dans tous les cas, les bennes ne soient pas à la même hauteur lorsqu’elles se croiseront.
- Il est utile de vérifier chaque matin la tension des haubans des pylônes et les serrages des mordaches des bennes et celles des câbles porteurs.
- Le soir, il est utile de dé-
- tendre les câbles porteurs en manœuvrant les treuils, en ayant soin de compter le nombre de dents dont on les fait tourner, afin de pouvoir redonner ensuite aux câbles la même tension qu'auparavant.
- D’après des expériences faites à Garguano quelque temps après l’entrée en guerre de l’Italie, les autorités militaires italiennes ont noté que pour un transporteur de 500 m., il avait fallu : 1° 17 heures pour le montage, la ligne5 étant accessible aux deux extrémités, mais non pas le long du tracé; 2° 14 heures pour un aulre montage (ces temps ont été comptés à parLir du moment où le matériel a été à pied d’œuvre aux deux stations) ; 5° 5 heures pour le démontage.
- Il y a un an, près d’une centaine de transporteurs type démontables étaient en fonction sur le front italien.
- Il est évident que, pour un rapide avancement, dans un pays de montagne, ces transporteurs sont tout à fait indispensables tant pour le ravitaillement en vivres et en munitions dans un sens de la ligne, que pour le transport facile et commode des blessés et malades, en sens inverse.
- M. Bousquet.
- LE MACHINISME DANS LE SERVICE POSTAL AMÉRICAIN
- On sait que le service des postes emploie un certain nombre de machines, mais, lorsqu’on a énuméré les installations pneumatiques, les tapis roulants et les appareils àtimbrer, il semble que l’on ait épuisé la liste des dispositifs automatiques qui puissent être imaginés. Dans un rapport de l’ingénieur en chef Pomey sur une mission qu’il a effectuée aux États-Unis, on voit que le machinisme a été introduit par nos alliés dans toutes les parties du service, même dans celles qui, à première vue, pourraient sembler les plus étrangères à cette application, comme par exemple la comptabilité, de sorte que le service postal prend de plus en plus un aspect technique. Nous voudrions indiquer brièvement quelques-unes des' innovations américaines dont nos grandes administrations, particulièrement les administrations militaires, auraient le plus grand besoin de s’inspirer pour activer le départ, l’arrivée et la réception des , courriers. ^
- Citons d’abord la machine à empaqueter. î Quand un employé du service du tri a réuni un certain nombre de lettres qu’il convient de rassembler en une liasse, le ficelage s’opère à l’aide d’une
- machine à lier. Cette machine est unique pour uii groupe de quelques employés; elle est légère et montée sur roulettes ; un sous-agent en a la charge; il suit la marche du travail; il va présenter sa machine à celui qui en a besoin. Il est curieux de voir cette machine étendre ses bras grêles, faire tourner le paquet et obtenir un nœud qui tient, avec le minimum de dépense de ficelle et quels que soient le format et la régularité du paquet. Cette 'machine est très pratique.
- Pour rendre la monnaie, une machine spéciale présentant des touches comme une machine à écrire a été construite; elle fournit l’appoint, sur un dollar, de la somme dont on abaisse la touche correspondante. Si par exemple, la machine étant alimentée, on abaisse la touche de 6 cents, l’appareil doit rendre 94 cents et en effet, grâce aux renvois des clés, on reçoit une pièce de 50 cents, une de 25, une de 10 et 4 de 1. On gagne ainsi un temps précieux et on évite les erreurs. Cet appareil semble tout indiqué pour la préparation des payes dans lés grandes usines où, actuellement, on renonce à faire l’appoint. L’ouvrier reçoit la somme ronde
- p.363 - vue 367/474
-
-
-
- 364 ' LE MACHINISME DANS LE
- immédiatement inférieure à sa paye et l’appoint est reporté sur la quinzaine suivante. On conçoit facilement les complications de comptabilité qui en résultent.
- Une des machines à coup sûr les plus originales est la machine automatique à faire le tri des correspondances-.
- À Chicago, où cette machine est en essai, le tri se fait en trois temps : d'abord l’État, puis la ville centre de. distribution, enfin la destination finale. Les deux premières opérations sont faites par l’appareil <j i peut réaliser 284 combinaisons différentes.
- Pour obtenir un tableau de concordance entre les nombres et les lieux, on a dressé une 'oçte de table de Pylhamre, chaque case correspondant à un État de l’Union; dans chaque case il y a quatre noms de localités par ordre d importance; il est alors facile, ayant ce tableau sur les yeux, de faire sur un clavier la combinaison correspondant aux indications de l’emplacement de la case et du rang occupé dans cette case.
- Nous avons donc 284 déterminations possibles et 284 casiers où les lettres devront être distribuées automatiquement. 1
- L’organe de distribution est une chaîne sans fin, qui porte des portefeuilles. Ceux-ci sont ouverts au moment de recevoir une lettre; Us ne se rouvriront pour laisser tomber leur contenu qu’au moment où ils passeront au-dessus du casier destinataire.
- Les lettres étant placées par paquets dans un margeur automatique, l’une d’elles se présente à l’opérateur; il fait sur les touches d’un clavier une combinaison ; chaque touche manœuvre un aiguillage ; c’est l’emploi d’un code analogue au code Baudot, mais le nombre des signaux élémentaires est supérieur à cinq.
- Dès què la combinaison est achevée, la lettre est lancée dans une glissière qui l’introduit dans le portefeuille alors à la hauteur du clavier.
- La combinaison qui a été effectuée a eu pour objet d’armer convenablement la serrure du portefeuille, de sorte qu’il ne pourra s’ouvrir qu’au contact de la combinaison complémentaire portée par le casier voulu.
- La chaîne sans fin est en mouvement continu. Le clavier étant fixe, le couloir qui réunit le margeur à la chaîne pivote à l’une de ses extrémités, tandis que l’autre accompagne un moment la chaîne dans son mouvement; il revient ensuite d’un mouvement rapide en arrière et s’adapte au premier portefeuille ouvert qui passe devant lui. On voit par là que plusieurs .employés peuvent travailler simultanément. Le couloir mobile doit avoir aussi une longueur variable, ce qu on obtient aisément, sans qu’il soit nécessaire d’insister.
- L’ouverture de la correspondance se fait, dans les bureaux administratifs de la Poste et des grands établissements à l’aide de machines mues à l’électricité.
- SERVICE POSTAL AMÉRICAIN r=:
- Ces machines comportent une cisaille circulaire qui coupe sur le bord de l’enveloppe une bande de très petite largeur. „
- Il existe en Amérique des magasins où ces machines sont ab'olument indispensables, par exemple ceux de S ars Roebuck and C? qui reçoivent par jour de 75000 à 150000 lettres,cette firme faisant un service de vente par correspondance.
- Quand les sacs postaux sont ouverts, un employé fait passer les lettres par une machine qui imprime sur chaque enveloppe, la date et l’heure d'arrivée. La vitesse est de 500 à la minute. On ouvre les lettres à la cisaille électri |ue. Un employé chargé d’alimenter la machine y dépose les lettres par paquets de cinquante. La cisaille découpe les bandes minces à la vitesse de 500 à la minute; elles sont ouvertes de cette façon bien mieux qu’on ne saurait le faire à la main.
- DLons un mot d’explication sur leur sort ultérieur. ‘N
- Les lettres sont remises, ainsi ouvertes, aux employés chargés du dépouillement du courrier; ils en examinent rapidement la teneur, ils comptent les envois d’argent puis passent les ordres à la division des entrées et les réclamations à la division de la correspondance. La division de la Caisse contrôle le compte argent.
- La division des entrées occupe un des plus grands bureaux du monde; il est occupé par 500 dactylographes. On analyse les commandes, on voit les divers départements que chaque commande concerne, on établit à la machine à écrire une fiche spéciale pour chacun d’eux.
- Mais il faut que les articles destinés à un même client se trouvent réunis au même moment dans la salle des expéditions; il est donc nécessaire que les diverses parties d’une même commande soient servies dans le même délai par les divers départements.
- Les fiches sont dirigées sur ces départements et chaque ordre doit s’exécuter en conformité d’une cédule qui spécifie pour chaque article le moment précis où il devra se trouver sur voiture, sur wagon ou sur ambulant. Cette cédule est la chose caractéristique du système; tous les départements sont tenus d’observer rigoureusement l’horaire des opérations, tel qu’il est fixé par la cédule; c’est ce qui assure la promptitude du service d’exécution jusqu’à l’expédition finale.
- Pour faciliter la liquidation des ordres, ceux-ci sont envoyés par bouffées au lieu d’être expédiés d’une façon continue. Ces envois, qui s’opèrent pâr la voie de tubes pneumatiques, se succèdent de 10 minutes en 10 minutes. Ces intervalles de 10 minutes sont essentiels pour la séparation des lots et la suppression de tout encombrement.
- Inulile de dire que, dans ces établissements, tous les paquets sont acheminés mécaniquement.
- Pour le service de la comptabilité, et particulièrement la vérification des mandats et des articles
- p.364 - vue 368/474
-
-
-
- 365
- - ACADÉMIE DES SCIENCES
- d’argent, l’emploi de machines électriques de deux sortes, machines à classer et machines à additionner en service depuis 1912 a permis d’arriver à des résultats tout à fait remarquables, et de réduire de 7 à 2,75 en moyenne le nombre d’employés nécessaires à l’apurement de 1 million de mandats.
- Le principe du syslème de comptage électrique est l’établissement d’une petite carte sur laquelle on marque, sous forme de perforations, toutes les indications objet du dépouillement. À cet effet trois espèces de machines sont en service :
- 1° Des perforatrices garnies de onze poinçons manœuvrables par un clavier à touches. La moyenne du nombre des cartes qu’une opératrice peut faire par jour est de 2500.
- 20 Des machines électriques à faire des additions par colonnes, qui font automatiquement les totaux et enregistrent les données fournies par les cartes perforées. Par jour, une machine peut traiter de 50 à 401'00 cartes.
- 3° Desclasseuses électriques qui assemblent automatiquement les cartes perforées dans n’importe quel ordre de séquence ou d’arrangement que l’on désire. Une machine peut traiter, en moyenne, 100 000 cartes par jour.
- Les cartes perforées passant dans des machines
- analogues à la classeuse, décrite dans La Nature n° 2121 du 17 janvier 1914 qui interrogent les perforations a 1 aide de chercheurs constitués par des aiguilles qui, suivant les cas, passent dans les trous ou sont arrêtées par le carton. La machine Powers est une merveille de précision et elle traite de 250 à 270 cartes par minute.
- Quand on voit le temps que prennent les opérations de comptabilité et de contrôle telles qu’elles sont actuellement pratiquées et les retards qui en résultent dans l'apurement des comptes, on ne peut qu’appeler de ses vœux l’emploi de ces machines, qui est destiné à accomplir dans nos méthodes de travail concernant les écritures une révolution d’une importance capitale.
- 11 serait à souhaiter qu’en France, les opérations innombrables auxquelles donnent lieu les mandats-poste, les paiements au trésor, l’émargement des pensions aux victimes de la guerre si nombreuses malheureusement, soient effectuées à l’aide de ces appareils et que l’on ne voit plus, ce qui actuellement est courant, des délais de 3 à 4 mois réclamés par les administrations’ pour l’établissement et les vérifications des pièces comptables qu’imposent des règlements multiples et compliqués. H. VOLTA.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séances des 22 et 29 avril 1918
- Contraction et évolution du soleil. — M. Yéronnet a montré précédemment que lu théorie de la contraction de llelmholtz donnait pour le soleil une durée d’environ 15 millions d’années,: à côté de laquelle toutes les autres causes étaient négligeables. Celte théorie exige que le Soleil se refroidisse et se contracte en rayonnant sa chaleur, tout comme un liquide normal. A.vec quelques hypothèses de ce genre l’auteur calcule que la vitesse de refroidissement d’un astre est proportionnelle à la dix-huitième puissance du rayon : ce qui le conduit à penser que notre Soleil n’aurait pas été autrefois très différent de ce qu’il est actuellement, ni comme rayon, ni comme température, ni comme état physique. La valeur du refroidissement actuel serait de I/o pour un million d’années et le refroidissement terrestre lui serait rigoureusement proportionnel. On aurait une température moyenne de 0° à Paris dans 200 0l)0 ans et dans fiOuOOO ans à l’équateur. La Terre sera alors gelée, mais l’énergie solaire n’aura diminué que de 1/10 et pourra être encore utilisable.
- Les minerais aurifères de la Côte d'ivoire. — M. Roux étudie les tellurures très finement divisées dans les minerais d’or de la Côte d'ivoire et y constate la présence du bismuth. La nature de ces minerais contribué à rendre leur traitement tiès difficile.
- La mort par hémorragie. — MM. Richet;, Brodin et Saint-Girons cherchent la jiroportion des hématies qui peuvent, avant la mort, ctré perdues par hémorragie, soit quand l’hémorragie est simple, soit quand ont été
- injectées successivement, après chaque dilution sanguine, des quantités de liquides .isotoniques égales aux quantités de sang enlevées. Ils constatent qu’qn permet à un organisme de survivre, peut-être indéfiniment, apiès une hémorragie abondante en injectant une solution salée isotonique dans les veines. Mais la cause de la mort par hémorragie reste douteuse; l’explication classique par le déficit globulaire est peu satisfaisante, comme celle qui attribue la mort à une spoliation des tissus nerveux'en eau. Le problème mérite encore une étude approfondie.
- 'Le magnétisme des terres cuites préhistoriques. — On a fait quelque bruit sur les observations relatives au magnétisme des terres cuites anciennes, d’après lequel on a cru pouvoir déterminer l’inclinaison magnétique terrestre à un moment déterminé de {'histoire. M. Mer-canton remarque que les résultats relatifs aux terres cuites préhistoriques ont été contradictoires, jusqu’à l’inversion du signe de l’aimantation dans la direction base-bouche de la poterie. On aurait pu songer à l’expliquer par des positions anormales des pièces cuites. Mais l’auteur a examiné des masses de terre cuite, à forme grossièrement pyramidale ayant servi de lest pour leurs filets à des pêcheurs des palafittes : pièces dont la position de cuisson n’a pu être douteuse et le résultat obtenu par lui est surprenant. Quel que soit l’âge de la masse (âge de la pierre ou âge de bronze), on serait amené à la conclusion, que l’inclinaison magnétique terrestre a été presque nulle aux époques et aux lieux de fabrication, La question est donc à reprendre.
- p.365 - vue 369/474
-
-
-
- LES CHENILLES DES PIÉRIDES ET LEURS MÉFAITS
- Une récente communication du docteur Avril à l’Académie dé Médecine de Paris vient d’attirer à nouveau l’attention sur les chenilles à Piérides, que des jardiniers et les maraîchers craignaient seuls jusqu’ici mais dont les humains ne semblaient pàs devoir redouter les atteintes. Ces bestioles velues ne se contentent pas uniquement de dévorer les choux ou les ravés, les aubépines ou les navets, mais les poils dont elles sont couvertes, agissant sur notre épiderme comme corps étranger et vési-cant, provoquent une série d’accidents pathologiques tels que dermatite, pruiit intense, endure et apparition de phlyctènes remplies de sérosité blanchâtre.
- 11 s'agit heureusement d’affections bénignes en général et qui évoluent d’ordinaire vers la guérison en moins d’une semaine mais que vient parfois compliquer l’introduction concomitante de microbes sous la peau. Un praticien de la Réole, M. Crouzel, avait déjà étudié les troubles dus aux chenilles de Piérides au cours de deux épidémies survenues en 1908 et en 1917, dans le sud-ouest de la France.
- D’autres espèces de chenilles provoquent également des irritations très vives du tégument, en particulier celles du Processionnaire du pin (Cnetho-campa pilyocampa) renommées pour les démangeaisons qu’elles déterminent chez les personnes stationnant sous les arbres où elles ont élu domicile ou chez les horticulteurs quand ils détruisent leurs nids. Le grand entomologiste Fabre a d’ailleurs parfaitement élucidé les conditions de la toxicité
- des poils de chenilles. Toutes ces bêtes rampantes et couvertes de cils barbelés n’offrent pas les mêmes dangers mais seulement quelques rares espèces, distinctes des autres par une structure spéciale de leur pilosité, possèdent un pouvoir urticant. Indépendamment de leur pointe acérée et de leurs bar-belures, les poils de ces insectes venimeux sont enduits d’un liquide corrosif et il suffit alors d’un simple contact pour provoquer l’urtication.
- Les Piérides du chou (Pieris brassicae) ont d’ailleurs bien d’autres méfaits sur la conscience. Nos bambins, en poursuivant ces grands papillons blancs aux ailes marquées de taches noires vers leurs
- extrémités, ne se doutent guère des ravages que leurs voraces chenilles causent aux légumes de nos potagers et en particulier, aux choux. Pour nous eu rendre compte, suivons une Piéride femelle, dans les diverses phases de sa courte vie. Les chauds effluves du soleil printanier l’ont fait sortir de sa chrysalide. A force de voltiger sur les choux ou les raves, sur les giroflées,,ou les feuilles de cresson, elle,aseméau hasard de la route, les fines poussières, qui composaient sa robe, et en certains endroits ses ailes ont perdu leur virginale fraîcheur. Si nous examinons une des feuilles qu’elle vient de quitter, nous y apercevrons une centaine de petits œufs jaunes serrés les uns contre les autres, tantôt sur une face, tantôt sur l’autre. En poursuivant notre enquête dans le voisinage, nous ne tarderons pas à rencontrer des chenilles jaunes tachetées de noir dont la petite taille dénote la jeunesse tandis que les échancrures et les trous de la surface verte des feuilles attestent la robustesse de leur estomac. A proximité, des pieds de choux sont' parfois très maltraités par cette vorace engeance et réduits à l’état de squelettes dentelés.
- Durant certaines années, on voit en même temps, côte à côte, des œufs, des chenilles de toute grosseur, des papillons blancs et des chrysalides jaunes tachetées de noir. Puis, au fur et à mesure de l’avancement de la saison, le nombre de ces der-
- i
- Fig. i. — PièrUes du choit (Pieris brassicæ).
- p.366 - vue 370/474
-
-
-
- LES CHENILLES DES PIÉRIDES ET LEURS MEFAITS
- 367
- nières s’accroît le long des arbustes, des murs ou des planches offrant quelque saillie; d’ordinaire, la face ventrale de chaque chrysalide s'applique-contre la paroi de l’objet, sa tête dirigée en haut. On trouve aussi de nombreuses chenilles étendues sur des coques jaunâtres; à première vue, on pourrait croire à des nids d’œufs, mais ce sont simplement leurs ennemis,, de petits Icheneumons, qui, après avoir savouré ces grassouillets morceaux, lissèrent un linceul pour ensevelir les restes de leur feslin !
- Quant aux chrysalides saines, une fois l'hivernage termine, elles donnent naissance, vers les mois d’avril ou de mai de l’année suivante, à des papillons isolés et d'une existence moins agitée que et lie de la généralion précédente. Vers la tin de l’été, les Piérides voyagent beaucoup, mais on ignore la cayse de ces déjda-cements. Tantôt ils volent isolément, tanlôt par groupes de 10, 20, 50, 100 et plus. Enfin, lorsqu’à un élé très chaud, succide un hcd automne, les chenilles de Piérides croissent avec rapidité et leur quatre mues s’opèrent assez rapidement pour qu’éclose une troisième couvée de ces encombrants lépidoptères.
- Quelques faits, empruntés aux traités entomologiques, * suffisent à attester l'extraordinaire pullulation de celte engeance, durant certaines années. Ainsi voilà plus d’un demi-sucle, par un beau jour d’été, sur la ligne de Ibüun à Prague, un Irain se ralentit subitement au sortir d'un tunnel puis, au grand ahurissement du mécanicien, le convoi finit par s’arrêter. Le savant hongrois Dohrn, qui, par hasard, se trouvait là, descendit de son wagon et constata la cause du mal qu'il rapporte, non sans humour, de la façon suivante :
- « Ce que n’auraient pu produire ni un éléphant, ni un buffle à moins de faire dérailler le Irain pardessus leurs corps mis en pièces, était l’œuvre de l’intime chenille du Pieris brasùcae. A gauche de la voie, se trouvaient des champs dont les troncs de choux dévorés dénotaient suffisamment le travail destructeur de ces chenilles. A quelque distance de la ligne, du côté droit, s’étendaient d’au|res plants-de choux ornés encore de leur feuillage intact. Un
- conseil tenu par ces chènilles, venait de décider, à l’unanimité, d’appliquer la maxime a uhi bene, ibi patria » et d’échanger le petit duché étroit situé à gauche des rails contre le grand duché qui s’étendait à droite. '
- Le résultat de cette décision fut qu’au moment où notre train déboucha à toute vitesse du souterrain, les rails se trouvaient couverts de chenilles sur plus de 60 à 70 m. de longueur. Naturellement sur les 10 ou 15 premiers mètres, ces malheureuses bêtes furent écrasées brutalement pat les roues de la machine; mais la masse graisseuse de ces milliers de petits corps gras adhéra si fortement aux roues, que pendant la seconde suivante celles-ci ne trouvaient presque, plus d’adhérence
- Fig. 2. — Chenilles adultes de Piérides du-chou.
- pour avancer. Comme chaque pas en avant ajoutait, par l’écrasement des chenilles, une nouvelle couche de graisse sur les roues, celles-ci se trouvèrent tout à fait hors de . service, avant même d’avoir traversé toute la colonne en marche de larves de Piérides. Il fallut bien dix minutes, pour balayer les rails au-devant de la locomotive et nettoyer avec des torchons de laine les roues de la machine et de son lender, de façon „à permettre au train de se remettre en marche.
- De même, tout dernièrement, au commencement du mois de septembre 1917, les mêmes chenilles s'abattirent sur la région lyonnaise; elles étaient en si grande quantité, qu’à Bellegarde dans l’Ain, elles calèrent un tramway électrique dont les roues patinaient sur'leurs cadavres accumulés. Dans la Haute-Loire, aux environs de la ville du Puy-Lafayette, elles rendirent plusieurs routes imprati-
- p.367 - vue 371/474
-
-
-
- LES CHENILLES DES PIÉRIDES ET LEURS MÉFAITS
- 368
- cables, elles envahirent des maisons et une fois elles encerclèrent des lavandières, qui purent malaisément se frayer un chemin en écrasant ces immondes bestioles à coups de battoir. Dans la commune d’Aiguilhe, elles forcèrent quelques propriétaires ruraux à abandonner momentanément leur domicile. En un mot, ce fut un véritable fléau et les dégâts qu’elles commirent dans les champs ou les jardins du pays atteignirent un chiffre extrêmement- important, car les moyens de destruction préconisés pour les combattre ne donnèrent que de très maigres résultats.
- Du reste, divers autres membres de cette famille à l’appétit démesuré, causent également de nombreux dommages à l’agriculture et aux jardins potagers. Citons d’abord le petit papillon blanc ou Piéride de la rave (Pieris rapae)., compagnon fidèle du grand amateur de nos feuilles de choux, mais de moindre tadle que Jui ; sa chenille n’a pas non plus la même robe; d’un vert sale, un peu veloutée à cause des poils courts et serrés qui la recouvrent, elle porte sur son dos, ainsi que sur les côtés une raie longitudinale, mince et parfois ininterrompue. Comme la Pieris brassicae, elle affectionne lé choux, mais dévore très volontiers les raves, aussi bien que la moutarde, les capucines et les résédas.
- La Pieride du navet (Pieris napi). dont la chenille ressemble beaucoup à la précédente mais est d’un vert légèrement plus foncé tandis que des grains de poussière noire et des excroissances blanchâtres ornent ses parties latérales plus claires, préfère les navets et pas plus que ses voraces cousines ne dédaigne les choux, les capucines, les résédas et toutes les crucifères thampêtres. Son papillon veiné de vert se reconnaît aisément aux extrémités -saupoudrées de noir des nervures qu’il
- porte sur la face supérieure de ses ailes antérieures et au duvpt noir verdâtre qui recouvre les nervures tout entières sur la face inférieure jaune de ses ailes postérieures.
- De son côté, la Piéride de l’aubépine ou Piéride gazée (Pieris crataegi) se différencie des autres représentants de la tribu, tant sous le rapport des caractères que des mœurs. Son papillon, très peu poudreux, possède des nervures noires et des amas d’écailles noires vers leurs extrémités. En outre,
- la nervure, qui limite partiellement la cellule médiane de 1 aile antérieure, sem b le plus épaisse. La femelle dépose ses œufs jaunes, pyri-formes en amas plus ou moins grands, de pr< fé-rence sur les feuilles de prunier; et de poirier mais, contrairement à ce que le laisserait supposer son nom, elle les pond rarement sur les buissons d’aubépine. En automne, les chenilles l issent un fil soyeux avec lequel elles relient deux feuilles l’une à l’autre ainsi qu’à la branche qui les porte et ce nid sommaire leur sert à passer l'hiver en compagnie. Au printemps suivant, les chenilles éclosent, puis se mettent en devoir de dévorer les jeunes pousses avant leur complet développement. Toutefois, si leurs poils peuveut causer une poussée d’urticaire sur la p< au humaine, ces cheni les au dos orné de lignes noires, rouges, longitudinales et alternées, à la face ventrale d’un gris cendré, ne causent pas tant de dégâts aux végétaux que les ventrues commères du papillon blanc. En tout cas, le meilleur traitement à opposer aux lésions cutanées, produites par les différentes chenilles des Piérides et des Cuethoeampes, qui vont du simple érythème, à l'urticaire, à la lymphangite et au phlegmon, est, d’après le Dr Avril, une lotion à l’eau iodée additionnée de formol.
- Jacques Boyer.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahüre, rue de Fleuras, 9, à Pans.
- p.368 - vue 372/474
-
-
-
- LA NATURE.
- N° 2333.
- 15 JUIN 1918
- TANKS INDUSTRIELS
- La guerre, qui a amené dans la vie économique de la France un bouleversement dont nous ne pourrons saisir l’importance que longtemps après la fin des hostilités, a été, pour deux branches d’industrie, l’occasion d’un développement aussi considérable qu’imprévu. Nous voulons parler de l’aviation et de l’automobile.
- De la 5e arme nous ne dirons rien dans cet article, mais nous voudrions attirer l’attention de nos lecteurs sur les véritables révélations que furent certains emplois de l’automobile. On peut dire sans exagérer que la guerre actuelle est le triomphe du poids lourd et du véhicule industriel.
- Certes on savait que les au- • • *
- tomobiles . pou-vaient circuler dans des chemins mal entretenus ; on citait des « records » : la traversée d’une partie du Sahara, les randonnées en Asie, des exploits sportifs accom-plis sur des pistes déplorables ou à travers champs auraient dû ouvrir les yeux, car ils annonçaient déjà les tours de force accomplis par les automobilistes militaires circulant à travers les obus sur les routes défoncées, ou assurant le transport de milliers de soldats en Italie par des cols à peine praticables.
- On savait bien qu’un camion pouvait porter des charges relativement importantes et certains tracteurs, comme les Latil, existaient à un petit nombre d’exemplaires. Mais on eût sans doute surpris les constructeurs de voitures et les artilleurs en leur prédisant que cette guerre verrait la mort de la traction hippique, et que les canons 75 et de 155 seraient remorqués par des automobiles lorsqu’ils ne seraient pas installés sur le châssis même transformé en affût.
- On savait aussi que les tracteurs à chaîne des caterpillars étaient employés dans les grandes exploitations agricoles d’Amérique, d’Argentine, pour traîner les charrues, les herseuses et autres outils agricoles dans les immenses champs de ces pays lointains. Mais qui eût cru que ces mêmes tracteurs remorqueraient à travers les champs de bataille les
- 46° Année. — 1°' Semestre*
- Fig.
- pièces les plus énormes de l’artillerie moderne, et que, par une métamorphose fantastique, le pacifique Caterpillar se transformerait en une forteresse mouvante, 'en un tank, véritable monstre d’Apocalypse !
- Entrer dans l’étude détaillée de tous les véhicules dont l’emploi sera possible dans l’industrie nous entraînerait beaucoup trop loin. Nous nous contenterons de passer rapidement en revue les différentes catégories constantes, en cherchant à les classer et en indiquant quelques-uns des problèmes qu’elles résolvent d’après une étude très complète de M. A. Legros parue dans l'Engineering.
- On peut diviser en deux grands groupes les moyens employés pour assurer la progression sur terrain accidenté ou sur mauvaises routes des véhicules automobiles. Dans l’un, on distribue la puissance motrice à plus de deux roues ; dans l’autre, on utilise de grandes surfaces d’appui sur le sol pour réduire la pression et la charge par unité de surface.
- Ces deux classes de véhicules correspondent à des besoins différents et leur emploi dans chaque cas particulier doit tenir compte de leurs avantages propres. S’il est possible de réaliser la traction sur rail de charges importantes en transmettant la puissance à deux roues motrices seulement, (comme dans l’exemple représenté par la figure 1 dans lequel un gros camion remorque un train Decauville) et, si la même solution est pratiquement utilisée sur les routes bien entretenues, lorsque l’on veut remorquer un train de voitures, il faut, ou recourir aux roues a bandages métalliques à large surface de contact avec le sol, ou multiplier le nombre des roues motrices de façon à diminuer la charge par unité de surface d’appui.
- Parmi les solutions les plus originales du touage sur route, il faut citer le train du colonel Renard dont la mort de l’inventeur ,a seule empêché la généralisation et le perfectionnement. Les voitures de ce train routier sont à 6 roues, les deux roues centrales sont à bandage métallique et son
- 24 — 569.
- Automobile industrielle remorquant une rame de wagonnets sur voie étroite.
- p.369 - vue 373/474
-
-
-
- 370
- TANKS INDUSTRIELS
- SSIIISfSSil
- liMai
- motrices, tandis que les deux autres paires de roues sont munies de pneumatiques comme les roues ordinaires. La voiture de tête est seule génératrice de puissance et l’énergie est transmise aux voitures du train par l’intermédiaire d'un axe central articulé (fig. 2).
- Si ce système ne présente plus à l’heure actuelle qu’un intérêt historique, il a été le précurseur des voitures à 4 roues directrices et à 4 roues motrices qui sont d’un emploi courant.
- Le problème est assez compliqué à résoudre et, avant d’en indiquer les difficultés, nous allons dire quelques mots du virage des véhicules.
- Dans le problème de la direction des véhicules à roues arrière motrices la condition, pour effectuer
- un virage mécaniquement correct, est que les axes des deux roues avant passent par un même point de l’axe des roues arrière, comme il est indiqué figure 3. Lorsque les 4 roues sont directrices le problème est plus compliqué; il faut que les axes des 4 roues se rencontrent au même point (fig. 31).
- Cette condition peut être remplie soit en donnant des inclinaisons différentes sur la normale aux axes des 4 roues (conduite dissymétrique, fig. 32), ce qui n’est presque ja- '
- mais réalisé en pratique, soit en ayant la même inclinaison (conduite symétrique, fig. 53).. Dans ce cas, le centre du pivotement de la voiture est situé sur la normale centrale du véhicule. On obtient ainsi un rayon de rotation à peu près égal à la moitié de celui que l’on peut atteindre en braquant à fond les roues d’une automobile ordinaire à deux roues directrices.
- , Il en résulte une plus grande souplesse de con-
- Fig. 2. — Châssis du train routier Renard montrant les 6 roues et l’axe moteur central.
- Fig, 3. — Les différents systèmes de direction des automobiles montrant le centre de rotation dans un virage.
- duite, quoique, dans certains cas, par exemple lorsque la voiture est rangée le long d’un trottoir élevé, il soit difficile de regagner immédiatement le milieu de la chaussée (fig. 4).
- La conduite par 4 roues directrices a immédiatement comme conséquence logique la propulsion par 4 roues motrices. Mais ici la difficulté est bien
- plus grande. En effet, dans les véhicules ordinaires à roues arrière motrices, le différentiel a pour but de compenser les inégalités de diamètre ou du chemin parcouru par les roues. Un sait que si une seule des roues porte sur le sol, l’autre étant soulevée, cette dernière tournera, toutes choses égales d’ailleurs, à une vitesse double de celle qu’auraient prise les deux roues si elles avaient été toutes deux soulevées du sol. Dans le cas des véhicules à 4 roues motrices et à moteur unique, il faut non seulement un différentiel à chaque paire de roues, comme dans une vitesse ordinaire, mais encore un troisième
- différentiel intercalé entre les deux précédents de façon à compenser les différences entre les diamètres et par suite le nombre de révolutions des deux paires de roues, ce qui est une grosse complication mécanique.
- Les moteurs électriques dans ce cas présentent un avantage considérable, car on peut équiper chaque roue
- avec un moteur. La disposition schématique est
- alors la suivante : le moteur à essence actionne une génératrice de courant qui alimente 4 moteurs montés solidairement des 4 roues de la voiture.
- Une autre question que soulève l’emploi des 4 roues motrices est celui du freinage. Il faut que l’on puisse bloquer les 4 roues et cela simultané-
- p.370 - vue 374/474
-
-
-
- TANKS INDUSTRIELS
- 371
- ment sous peine de voir par exemple le véhicule, sous l’action motrice des roues avant, continuer à avancer, tout en abîmant les pneumatiques arrière, dans une direction absolument quelconque et fonction seulement de l’adhérence des roues bloquées.
- Enfin nous ne parlerons pas de la répartition de
- et demi, l’ancêtre des tanks actuels par Richard Lowell le 15 février 1770.
- Mais ce genre de véhicule resta pendant très longtemps irréalisé et son étude ne fut reprise que lorsque le développement de l’automobile imposa la nécessité de se contenter de routes médiocres ou même de sols inconsistants. Les plus mauvaises sur-
- la charge, de l’équilibre de a voiture, etc., ni des multiples solutions proposées et qui, pour ingénieuses qu’elles soient, sont trop compliquées pour que cette classe de véhicule puisse dans tous les cas, voir son emploi se généraliser. Excellente pour des transports sur bonnes routes, ou à l’intérieur des villes, la voiture à 4 roues motrices et directrices est encore un appareil trop complexe et trop délicat pour satisfaire le besoin impérieux de robustesse et de sûreté
- de fonctionnement des transports industriels.
- Puisque la progression d’un véhicule est influencée par la route sur laquelle il se déplace, puisque la résistance du sol et son état d’entretien limitent la vitesse et la capacité de transport des automobiles, pourquoi ne pas chercher à supprimer la route en tant que surface de roulement^ de la voilure et ne pas faire avancer celle-ci sur un sol artificiel qu’elle transporte avec elle? C’est sous cette forme que fut présentée, il y a plus d’un siècle
- >1- -CtëJ'-l*
- Fig. 5.— La différence de surface d'appui sur le sol entre un véhicule à grande roue et un véhicule à chenille tractrice. *
- faces de roulement sont la neige, la glace, le sable, la glaise et les terrains marécageux tels que ceux rèncontrés dans les deltas des fleuves de la Californie et dans certaines régions de l’Illinois et du Wisconsin. Le gros avantage que présente la propulsion par Caterpillar réside dans la diminution considérable de la charge par unité de surface portante, diminution qui a pour résultat immédiat d’empêcher, même sur sol très mou, l’enfoncement, l’enlisement ou l’embourbement
- •> suivant les cas
- de la base tractrice. On arrive à des charges unitaires bien inférieures à celles produites par un cheval par exemple, qui, ne reposant à chaque instant que sur 2 pieds, exerce sur le sol- une près- ' sion d’environ 1,5 kg par centimètre carré. Un homme en marche, c’est-à-dire reposant sur un seul pied, bien que, suivant les individus considérés, les chiffres puissent varier énormément, presse sur le sol, avec une force de 450 gr. environ par centimètre carré. ^ -, '
- K--—JH£0——J
- p.371 - vue 375/474
-
-
-
- 372 —......... ......... TANKS INDUSTRIELS
- Certains tracteurs à chenilles construits pour les régions à sol mou ont une charge d’adhérence voisine de 500 gr. par centimètre carré; dans d’autres, à chenilles particulièrement larges, on est arrivé à ne pas dépasser 100 gr. par centimètre carré.
- C’est que dans ces conditions, le sol est à peine foulé.
- La figure 5 montre la-différence d’action sur la surface de roulement entre une roue ordinaire et une chenille.
- Bien avant que ce dernier appareil ne se fût
- Sous l’influence du recul tout l’affût est renvoyé violemment dans la direction opposée à celle du tir et si les roues n’étaient pas garnies de ces
- sabots, elles arriveraient après un petit nombre de coups tirés à s’enterrer complètement.
- La figure 6 montre une roue portant des palettes amovibles et deux exemples de roues munies, d'une façon permanente, de porteurs articulés qui élargissent efficacement leur bandage. Malgré les résultats satisfaisants que donnent ces appareils, ils sont loin
- Fig. 6. — Rôtie garnie de palettes amovibles et roues américaines à palettes fixes pour mauvais terrains.
- Fig, 7. _ LES PRINCIPAUX SYSTÈMES DE CATERPILLARS
- Rouleaux d’appui de la chaîne sur le sol fixés rigidement au bâti de la machine.
- Chaîne Iractrice entièrement appuyée sur le sol dans toute sa longueur d’adhérence par des rouleaux montés sur ressorts.
- Rouleaux d’appui partiellement montés sur ressorts.
- Chaîne tractrice supportée par une chaîne secondaire de rouleaux d’appui.
- imposé à l’attention des constructeurs, la nécessité d’augmenter la surface d’appui sur la terre des voitures destinées à transporter des charges exceptionnellement lourdes, avait conduit à l’adoption sur la roue du véhicule d’appareils plus ou moins perfectionnés ayant pour but d’élargir son bandage. Nous ne citerons que pour mémoire les sabots dont sont entourées pendant le tir les roues des canons sans frein.
- d’avoir la même valeur que les chenilles dont les types principaux sont représentés schématiquement sur la figure 7. Classer la multitude d'appareils proposés par les constructeurs n’ést pas chose facile. Tous, à première vue, se ressemblent, puisque dans tous c’est une large chaîne sans fin qui assure la progression sur le sol (fig. 8). Mais les différences interviennent d’abord lorsqu’il s’agit de soutenir cette chaîne dans son trajet de retour, trajet
- Chaîne tractrice supportée par deux couronnes de boules métalliques.
- p.372 - vue 376/474
-
-
-
- - TANKS INDUSTRIELS -......— ' .- 373
- qui n’est pas moteur et dans lequel la tension n’existe plus puisque, comme dans un entraînement par courroie, il y a un brin moteur tendu et un brin de retour flottant. Ensuite la direction de l’appareil et la communication de la puissance
- motrice aux chenilles ont donné lieu à de nombreuses solutions et il faudrait, pour les envisager seulement, de nombreuses pages de ce jqurnal.
- Nous nous contenterons d’énumérer simplemént les types caractéristiques que M. Legros a groupés dans son étude. Il distingue 5 classes de tracteurs à chaîne.
- 4° Ceux qui sont munis de rouleaux fixés au châssis de la voilure et destinés à supporter la chaîne dans le trajet de retour. Dans cette classe, la plus importante, rentrent les tracteurs les plus connus, comme les Holt, Clayton,
- Strait, Bullock, Burforde Cleveland.
- 2“ Ceux qui sont munis d’une série de rouleaux mobiles constituant une chaîne auxiliaire entre le truck de la voiture et la bande de roulement. Le tracteur Phœnix à vapeur, l’Allis-Chalmer et le Diplock Pedrail sont de ce type.
- 3° Enfui ceux dans lesquels la chaîne motrice est supportée par des rangées de billes mobiles. Le seul exemple de tracteur de ce genre est fourni par le tracteur Yuba, dont nous allons donner par suite de son originalité une description sommaire (fîg.- 9). N
- La charge est répartie sur la chaîne motrice par l’intermédiaire de deux rangées de billes d’acier de 6 cm de diamètre se déplaçant dans une gouttière ayant une forme que l’on voit nettement sur la figure 10 et qui a pour but de continuer a assurer la transmission de la force à la chaîne même dans les terrains où celle-ci tend à déraper. C’est le gros avantage de ce système spécialement conçu pour fonctionner sur les terrains glissants. Naturellement pendant la marche les billes sont abondamment graissées.
- La suspension du châssis-moteur sur les chenilles trac-trices a donné lieu à de nombreuses solutions, soit que la chenille elle-même soit munie de ressort (Diplock), soit que la réunion entre le châssis et la chenille soit un accouplement entièrement élastique (Phœnix Alleis-Chalmers), soit enfin que l’accouplement soit rigide dans une partie et élastique dans une autre (Holt, Clayton).
- La forme même à donner aux anneaux de la chenille est susceptible de nombreuses variantes qui doivent satisfaire évidemment aux mêmes conditions : porter la charge, assurer l’adhérence sur le sol en engrenant avec lui à la façon des dents d’un immense pignon, permettra la liaison avec l’appareil moteur, ce qui nécessite une assez grande précision dans la construction et limite le jeu
- tolérable - des axes des diverses articulations.
- On voit, par ces quelques mots, la diversité des problèmes à résoudre ; le nombre des solutions proposées témoigne de l’intérêt soulevé par la question des gros tracteurs. C’est ainsi que dans certains systèmes, pour éviter l’allongement e\a-
- Fig. 8. — Comment un Caterpillar progresse sur terrain plat et terrain accidenté.
- Fig. g. — Le tracteur à billes Yuba.
- p.373 - vue 377/474
-
-
-
- 374
- TANKS INDUSTRIELS
- Fig. 10.
- Détails du système de roulement du tracteur Yuta.
- géré du châssis, la roue motrice est placée au-dessus des roues de suspension comme dans la figure 11. La chenille affecte alors une forme triangulaire.
- Quelles sont les applications possibles de ces appareils? Naturellement la marche à travers champs avec remorque de charrues herseuses, de faucheuses et de tous les instruments agricoles est la première qui se présente à l’esprit, mais il en est beaucoup d’autres.
- À ces genres de véhicules peuvent être utilisées trois propriétés fondamentales : leur grande adhé-
- rence sur le sol, leur puissance de traction, leur souplesse d’évolution qui leur permet de circuler dans des terrains entièrement défoncés dans lesquels les roues ordinaires se briseraient ou s’enliseraient infailliblement.
- Leur adhérence sur le sol permet de les employer comme point d’appui : s’il s’agit par exemple de héler un câble au bout duquel est attelée une charrue mécanique, un canon à mettre en batterie ou un wagonnet chargé de matériaux.
- Leur puissance de traction, qui est une caractéristique spécifique du système de chenilles, jointe à leur bon encrage sur le sol permet d’exécuter des travaux qui sans cela nécessiteraient une installation sur rails : la figure 12 montre un excavateur creusant un canal de drainage.
- On se rend facilement compte, par les dimen-
- Fig. 12. — Machine à creuser les canaux de drainage - montée sur Caterpillar.
- Fig. ii. — Chenille triangulaire.
- sions de la fouille, de la puissance d’appui que nécessite cette installation. Les tranchées qui abritent nos soldats et qui toutes partant d’une avant-tranchée, pourrait-on dire, c'est-à-dire d’un sillon profond que l’on élargit et aménage ensuite suivant lès besoins, pourraient facilement être creusées à l’aide de machines analogues à celle dont nous venons de parler. Un grand nombre de modèles ont déjà été présentés aux nations alliées.
- Enfin la chenille se rit du profil du terrain. Il n’est pas ici besoin de rappeler les exploits acrobatiques des tanks et des chars d’assaut, mais si les positions dans lesquelles les photographes aiment à les saisir sont anormales et le seront encore plus en temps de paix, il n’en reste pas moins que dans un grand nombre de cas cette remarquable propriété trouvera son emploi. La figure 13 montre un véhicule industriel et la figure de couverture représente un camion arrivant à une usine en traversant une voie de chemin de fer. Cette usine est peut-
- p.374 - vue 378/474
-
-
-
- 375
- LA QUESTION DE LA VIANDE
- Un véhicule industriel à chenille.
- être récente, installée sur un terrain éloigné de la route mais près du chemin de fer qui assumera dans l’avenir son ravitaillement, elle est sans doute loin de la ville et on n’y accède qu’en suivant des routes ou même en coupant à travers champ.
- S’il a fallu „ la construire et l’alimenter jusqu’à ce jour sans se servir du tank industriel, les difficultés ont dù être considérables : l'automobile ne peut Fig. i3.
- transporter de très
- ourdes charges qui ont besoin de routes très résistantes. La traction hippomobile est lente, coûteuse', et aux abords des constructions neuves, où la terre a été remuée, les ornières se creusent et s’approfondissent sans cesse; les matériaux n’arrivent à pied d’œuvre qu’avec peine et lorsque l’usine onctionne, pendant de longs mois les mêmes difficultés subsisteront. -
- Le cas de cette usine sera celui de toutes les
- usines des régions actuellement souillées par les Allemands.
- Lorsqu’ils auront été chassés et que la vie reprendra, il faudra rebâtir, réparer le plus rapidement possible pour que la France conserve son rang dans le monde. Souhaitons à ce moment que les tanks industriels soient dignes de leurs aînés et qu’ils profitent de leurs perfectionnements.
- H. VoLTA.
- «ai*
- LA QUESTION DE LA VIANDE
- Le conflit entre l’homme et le bétail.
- Voici la question de la viande de nouveau posée. M. Boret, en tant que ministre du Ravitaillement, trouvant que nous mangeons trop de viande et surtout en tant que ministre de l’Agriculture craignant pour l’avenir du cheptel, vient de nous rationner fortement.
- Trois jours sans viande chaque semaine, et pour éviter les provisions, limitation de la possibilité d’achat la veille du premier jour maigre. Voilà notre nouveau régime. <
- Il rappelle, en beaucoup plus sévère, les mesures prises l’an dernier à pareille époque.
- Cette périodicité des restrictions s'explique par le fait qu’en cette saison, chaque année, le bétail de boucherie devient rare et que les cours s’élèvent. C’est là un phénomène général qu’on observait déjà en temps de paix. Il est dù à ce que les animaux d’étable sont alors à peu près tous consommés et que ceux de pâturage n’ont pas em ore pris l’embonpoint suffisant pour que leur vente soit avantageuse. v •
- De plus les vaches sont pleines ou viennent de vêler. D’ici un mois environ, au contraire, l’a-
- bondance renaîtra et les restrictions de viande n’auront plus d’autres raisons que la situation et l’avenir du cheptel.
- Comme toutes les questions qui touchent à notre régime alimentaire, celle-ci fait couler en ce moment beaucoup d’encre. •
- On expose à nouveau nos besoins d’albumine sur lesquels nous ne reviendrons pas, en ayant longuement parlé l’année dernière dans La Nature, en la même saison (n°2282, 23 juin 1917). D’ailleurs, la question physiologique est tranchée et tout le monde reconnaît que la viande n’est pas absolument indispensable pour nous fournir l’azote nécessaire, si certains se plaignent du trouble ainsi apporté à nos habitudes. Et l’on se résigne en général assez aisément aux jours sans viande imposés par le nou-veau règlement. ,
- Mais voici un nouveau problème qui se trouve soulevé cette fois-ci, et qui;mérite qu’on s’y arrête. On nous a beaucoup parlé du cheptel, ,de son importance, de la nécessité de le garder intact. On nous a répété que sa diminution nous priverait aussitôt d’une partie du fumier nécessaire à la
- p.375 - vue 379/474
-
-
-
- 376 -..... ........... LA QUESTION DE LA VIANDE
- culture et, par conséquent, réduirait nos récoltes déjà insuffisantes.
- On nous a montré le danger d’un troupeau réduit, au moment du retour à la vie normale, quand il faudra repeupler et réorganiser les régions actuellement envahies.
- Mais notre cheptel diminue-t-il? Les statistiques ne sont pas très sûres à ce sujet. Le Ministre du Ravitaillement lui-même a fait des déclarations assez contradictoires. Et certains affirment que loin de décroître, notre troupeau augmente, grâce aux prix excessifs atteints par, la viande et à la tentation qu’ils donnent aux agriculteurs de multiplier leur élevage. Il est assez difficile de s’v reconnaître au milieu de tous ces sons de cloche si différents, mais il est vraisemblable que nulle part le troupeau n’a sensiblement diminué et que dans beaucoup d’endroits il a augmenté de manière certaine.
- Quelle influence peut avoir une telle augmentation sur notre ravitaillement actuel? Réfléchissons-y un instant, car la question en vaut la peine, les bêtes étant presque aussi nombreuses que les hommes sur notre terre de France.
- Pour élever le bétail, il faut du terrain. Si les chèvres et les moutons occupent surtout des terres qui ne sauraient servir à la culture, les bœufs et les chevaux ont pour domaine les grasses prairies, les riches pâturages, qui nous donneraient tout aussi bien du blé, des céréales, des pommes de terre, de la betterave. Je sais bien qu’il faut pratiquer des assolements et d’ailleurs, il ne s’agit pas de supprimer notre troupeau d’un trait de plume. Mais les paysans qui pourraient et devraient faire du blé ne préfèrent-ils pas souvent se consacrer à l’élevage, à cause 4e la différence des bénéfices en argent ?
- Si les chèvres et les moutons ne mangent «pas de nourriture d’homme, peut-on en dire autant des veaux, des porcs, des poulets. Le veau boit du lait, le porc mange des pommes de terre, le poulet du grain, tout comme un homme. Quand il ne s’agit que du veau unique, d’un seul cochon que l’on élève pour la Noël, des quelques poulets qui glanent dans la cour de la petite ferme, il n’y a à cela aucun mal, mais quand on pratique l'élevage pour la vente, quand il s’agit de troupeaux de centaines et de milliers de têtes, a-t-on bien calculé ce qu’il faut leur donner de lait, de blé, de pommes de terre, au moment où nous-mêmes nous nous privons.
- A-l-on fait le bilan de la quantité de nourriture que nous nous retirons de la bouche pour la leur donner et de celle qu’ils vont nous rendre. Les calculs en argent ne sont plus de mise aujourd’hui, car nous ne nous nourrirons pas de pièces de monnaie et de- billets de banque. Il nous faut des réalités, des aliments assimilables. Le bétail est-il un bon placement de nourriture et nous rend-il ce que nous lui prêtons !
- M. le professeur Lapicque du Muséum, dans une récente conférence à la Commission supérieure des Inventions f1), a soulevé le problème et montré toute son importance.
- Ayant calculé qu’en 1915, année déficitaire, notre sol avait cependant produit 402 jours de vivres d’hommes, ce qui ne nous avait pas empêchés d’être } obligés de recourir à une très importante importation et ayant cherché la cause de ce paradoxe, 1 en trouva l’explication dans la nourriture donnée aux animaux.
- Nous ne saurions mieux faire que de citer son entraînante plaidoirie sur ce sujet capital :
- « La Statistique agricole de 1915 indique en France 2 millions de chevaux (sans parler de la cavalerie militaire), plus de 12 millions de bêtes à cornes, 5 milliobs de porcs, 12 millions de moutons et 1 million de chèvres.
- « Les chevaux sont là comme moteurs : tout travail coûte de l’énergie; c’est une question de ravitaillement particulier,,sans relation directe avec les subsistances humaines; d’autant que les chevaux ont leur céréale propre, l’avoine, dont nous ne tirerions pas commodément notre nourriture.
- « Nous mettrons encore hors de cause les moutons etjes chèvres qui ne consomment aucun aliment dont nous pourrions nous servir; il n’y a entre eux et nous aucune concurrence pour l’alimentation; si leur pâture a des inconvénients, déforestation ou autres, la physiologie ne fournit aucune commune mesure avec la viande que nous en retirons, il n’y a aucun rendement possible à calculer.
- « Il en va tout autrement pour le cheptel bovin et pour les porcs. Les bœufs sont bien aussi des moteurs, mais, avant tout, les vaches sont des productrices de lait et de veaux, les bœufs sont de l’approvisionnement de boucherie.
- « Si ces herbivores se nourrissaient exclusivement d’herbe, l’appoint que leur chair et leur lait apportent au ravitaillement serait bénéfice net (à condition, bien entendu, qu’on n’ait pas transformé, comme en Angleterre, des terres à blé en pâturages); mais les agriculteurs réclament pour leur bétail des « aliments concentrés », et ces aliments concentrés, ce sont, pour une grande part, nos propres aliments.
- « En temps de paix, les petites céréales par exemple, telles que l’orge, ne passaient que d’une façon insignifiante dans notre consommation. Et puis, quand on nous faisait du pain anhiblanc, avec une extraction de farine à 66 pour 100, il restait dans le son un bon quart de la nourriture que nous aurions pu tirer du blé. Sur 90 millions de quintaux, c’était 86 jours de nourriture humaine qu’on abandonnait aux animaux.
- « La routine agricole et l’intérêt commercial,
- , 1. Quelques principes physiologiques pour une politique- de ravitaillement. Masson et Cie, éditeurs ; prix : 0 fr. 50.
- p.376 - vue 380/474
-
-
-
- LA QUESTION DE LA VIANDE......-.........377
- plus âpre que jamais, tendent à considérer ces usages comme légitimes, même dans les circonstances actuelles. On met les besoins des animaux en balance avec les nôtres et, plus largement qu’on ne pourrait croire; dans ce conflit étrange entre l’bumanité et son bétail, c’est l’humanité qui est sacrifiée.
- « Naturellement on ne pose pas la question ainsi ; on dit que les animaux nous rendent avec avantage en viande ce que nous leur abandonnohs en nourriture dont nous pourrions directement nous sustenter. Ceci peut se chiffrer. Chiffrons-le pour quelques exemples.
- « A un travail que j’ai fait, avec le Dr Chevalier, sur le rendement en subsistance des produits de laiterie donnés aux veaux et aux porcs, j’emprunte d’abord le cas particulièrement frappant de l’élevage du veau de lait. La mode, une simple mode, exige que la chair du veau soit blanche; pour qu’il en soit ainsi, il faut que le jeune animal soit nourri avec du lait et des farines, c’est-à-dire avec nos aliments, avec des aliments humains excellents, à l’exclusion de tout fourrage. 1 kg de veau, poids vif, représente environ 650 gr. de viande de boucherie, laquelle, bien qu’on l’appelle viande nette, comprend les os. 1 kg de cette viande peut être évaluée comme puissance nutritive à 1200 calories, ce qui fait 750 calories par kilogramme de poids vif.
- « Or, pour obtenir un accroissement de poids de 1 kg, tous les traités d’agriculture s’accordent à dire qu’il faut 12 litres de lait entier, soit 8400 calories. Le rendement est donc de 9 pour 100 seulement.
- « Sur une expérience faite avec du lait écrémé et de la fécule, nous avons calculé un rendement de 10,6 pour 100. Autrement dit, on donne à un veau 10 parties de nourriture entièrement assimilables pour l’homme, et on en retrouve une partie seulement; il y en a 9 de perdues.
- Devant un pareil déficit, toute considération du cinquième quartier (peau, abats, etc.) devient négligeable.
- « Même avec une alimentation mixte, partie fourrages, partie alîments concentrés, on ne retrouve en général, dans la chair du veau, qu’une fraction de la nourriture humaine consommée par l’animal; cle sorte qu’en comptant le fourrage, foin, luzerne, tourteau, cossettes, etc., pour zéro, l’opération est encore en déficit.
- « En déficit au point de, vue subsistances. Il est bien évident qu’il doit y avoir bénéfice en argent pour qu’on fasse cette opération. Mais, en ce moment, le rendement en subsistances doit seul compter pour la nation.
- « Le rendement du porc est meilleur. Il atteint environ 25 pour 100 dans les conditions les plus favorables. C’est encore une opération déplorable si le porc est engraissé avec des aliments que nous aurions pu consommer, puisque chaque unité
- de nourriture, en viande de porc nous en coûte quatre.
- « Si, au contraire, le porc vit de résidus domestiques ou industriels, de choses immangeables pour nous, eaux grasses, tourteaux, auquels s’ajoute ront dans une faible mesure des produits naturels tels que les orties et les glands, le bénéfice est net. Mais ce serait un terrible gaspillage que celui qui laisserait en résidu d’alimentation humaine (le porc ne digérant que ce que nous pouvons digérer nous-mêmes) de quoi engraisser 5 ' millions de porcs.
- « Un porc à l’engrais rapide consomme 10 000 calories par jour, soit la nourriture de quatre hommes.
- « Cinq millions de porcs consommeraient donc dans ces conditions autant que 20 millions de personnes, la moitié de la France.
- « On peut les engraisser moins rapidement, mais alors le rendement baisse pour atteindre zéro au moment à peu près où le porc serait réduit à la ration d’un homme; dans ce cas, pour l’animal comme pour nous, toute la nourriture est dépensée à l’entretien de la vie. *
- a L'élevage de la volaille entraîne également, si on le fait avec du grain, du bon grain, des pertes déplorables. Le rendement en subsistance peut être en moyenne fixé à un quinzième. C’est-'a-dire que la volaille reçue à Paris, et qui lui fournit 2 jours de vivres, coûte 50 jours de ravitaillement de la capitale. Quand on ace calcul dans la tête, la vue d’un étalage de volaille en ce moment est autrement choquant que ne le serait une pâtisserie bien garnie. Les gâteaux n’occasionnaient aucune perte en subsistance.
- « Si on laisse les poulets picorer autour des fermes, ils pourraient vivre des grains d’avoine échappés à la digestion du cheval, des vers du fumier, de mauvaises herbes, ici encore bénéfice net; mais on n’aura que peu de volailles, et point de belles volailles.
- Tous les règlements et toutes les exhortations du monde n’empêcheront pas la fermière de jeter du grain à ses poules, même si les citadins manquent de pain. 11 est vrai que ce sont les citadins qui poussent à l’élevage de la volaille en la payant un prix élevé.
- « La question du pain, qui est primordiale, et qu’en paroles on traite comme telle, est en fait dominée par la question du son. Dans la discussion très vive et encore pendante de savoir quel est le taux de blutage le plus avantageux, l’argument auquel s’attachent avec le plus de force les partisans d’une extraction modérée, c’est la nécessité de nourrir notre troupeau. Faut-il extraire 80, faut-il extraire 85 7 C’est, par ’quintal de blé, 5 kg de farine que nous mangerons ou que le bétail mangera. '
- On dit : Le bétail nous rendra largement en viande ou en lait cette farine que nous lui cédons. Ceci est faux. Même en tenant compte de la diffé-
- p.377 - vue 381/474
-
-
-
- 378 —........................ ..... LA PLAIE
- rence de puissance digestive pour les matières végétales, nous ne retrouverons qu’une partie, une faible partie de la nourriture que nous abandonnons. » M. Lapicque admet que la perte sera des 4 cinquièmes au moins. Sur une consommation telle que la nôtre en temps de paix, ou celle des Etats-Unis d’environ 100 millions de quintaux, la substitution du taux de 80 au taux de 85 cause donc une perte de 14 jours de vivres.. Mais les Américains font de la farine blanche. S’ils blutent à 70, en moyenne, la perte est triple. C’est un mois et demi de la nourriture de la France que les Américains donnent à leurs bestiaux, pour en retirer à peine de quoi lui vendre une semaine de nourriture en viande.
- « Mais, sans même examiner les questions de rendement en subsistance, on s’est contenté souvent de poser la nécessité de conserver notre cheplel. »
- M. Lapicque s’élève contre cette conception :
- « Pourquoi ce capital seul serait-il intangible, quand, avec raison, on sacrifie tous les autres capitaux de la Nation aux nécessités de la Défense? Le capital humain, le plus précieux de tous, est offert en de vaillants holocaustes ; le capital financier est engagé dans une proportion qui eût été naguère inconcevable; le capital forestier, si lent à reconstituer, est entamé sans pitié.
- « Pourquoi ce capital d’animaux, le cheptel vif, pour reprendre l’expression traditionnelle tout entière, jouirait-il seul de l’immunité, quand le pays doit, dans la lutte à mort où nous sommes engagés, user jusqu’à ses dernières ressources?
- « Chose étrange; c’est le capital qui se reconstituerait le plus vite, et c’est le seul capital qui coûte à conserver.
- « La forêt s’accroissait toute seule; l’argent que nous sommes obligés d’emprunter exige de lourds intérêts aussitôt qu’il est dépensé. L’amoindrissement du cheptel serait une économie.
- « Je ne veux pas conseiller de le détruire, mais je demande qu’on l’exploite rationnellement, sans préjugés, et sans égard aux intérêts particuliers des producteurs et marchands de viande.
- « Parmi les préjugés, il en est un encore qu’on rencontre comme dernière objection. ^Mais le
- LA PLAIE
- L’importance des phénomènes qui se suivent dans les tissus, depuis le moment où ils sont lésés par un projectile, où une plaie s’y forme, jusqu’à celui où la cicatrisation' est terminée, à appelé l’attention des nombreux médecins et chirurgiens qui se trouvent, depuis près de quatre ans, en contact avec les blessés. i .
- * Les données qu’on possédait avant cette guerre étaient peu nombreuses et incertaines. On ne corn
- GUERRE
- fumier? nous dit-on. Sans bétail, pas de fumier; pas de fumier, pas de récoltes.
- « Cet argument s’effondre dès qu’on veut le préciser physiologiquement. Les matières fertilisantes sont minérales; c’est ce qui reste quand l’organisme animal a utilisé pour sa vie toute l’énergie contenue dans les aliments. Avec les sels minéraux et l’ammoniaque qu’il rejette, les plantes vont reconstruire de nouveaux édifices organiques où s’accumulera. l’énergie solaire, c'est-à-dire fabriquer de nouveaux aliments. Ne considérer dans ces aliments que l’engrais, ce serait brûler du bois uniquement pour avoir des cendres. La cendre nécessaire au travail par lequel se recréent sans cesse de nouvelles possibilités de vie peut être rendue à la nature aussi bien après l’usage par notre organisme que par la consommation animale.
- « Ce qui est précieux, c’est l’énergie, dont nous faisons de la flamme quand il s’agit du bois, dont nous faisons notre vie et notre pensée quand il s’agit de nos aliments. C’est là-dessus qu’il faut faire porter l’effort de l’économie, sans recourir à une restriction qui signifierait amoindrissement de la vie humaine ».
- Les idées neuves émises par M. le professeur Lapicque sont actuellement discutées par la presse quotidienne. Elles le sont surtout à vrai dire parce que la plupart d’entre nous gardent encore en cette quatrième année de guerre la conception de la valeur argent des choses et du bénéfice financier des opérations plus que celle de la valeur réelle, valeur nutritive, valeur de puissance qui seules importent pour notre vie et notre victoire.
- Faüt-il diminuer le cheptel? Convaincus par la forte argumentation de M. Lapicque, nous répondons oui sans hésitation. M^is il faut choisir le moment et peut-être vaut-il mieux conserver quelque temps les jours sans viande, puisque actuellement les bêtes sont au pré et ne nous mangent pas.
- Mais la question reste aiguë, et d’ailleurs les Allemands ne s’y sont pas trompés qui depuis deux ans répètent : Mangeons nos porcs, sinon ils nous mangeront, et qui ont sacrifié une forte partie de leur bétail pour pouvoir tenir jusqu’à présent.
- 'Daniel Claude.
- E GUERRE
- naissait guère que les effets de fracture des projectiles sur les os, établis par l’expérimentation de certains médecins militaires sur des cadavres ou des animaux, et les grandes ignés delà cicatrisation des plaies, expérimentalement provoquées par quel-qües histologistes, toujours très petites et le jilus souvent aseptiques.
- La triste réalité d’aujourd’hui a considérablement accru l’intérêt de ces problèmes ; elle les a révélés
- p.378 - vue 382/474
-
-
-
- LA PLAIE DE GUERRE
- .*79
- sous leur vrai jour, dans des conditions beaucoup plus variables, avec des modalités bien différentes et des complications inattendues.
- La nécessité d’intervenir, d’agir vite, de remédier au mieux à toutes les blessures* de guerre, a suscité d'innombrables recherches, révélé différents moyens, d’abord empiriques, mais qui peu à peu se sélectionnent et se justifient, d’empêcher l’infection et d’activer la cicatrisation des plaies.
- La Nature, dans ses numéros 2195, 2255 et 2261, a déjà fait connaître les principales d’entre elles. Aujourd’hui, s’y ajoute une étude théorique^), faite par un professeur agrégé de la Faculté de Médecine de Lyon, le D1' Policard, sur l’évolution de la plaie de guerre et ses mécanismes biologiques fondamentaux. Théorique est trop dire, puisqu’elle fut poursuivie, microscope en main, à côté des chirurgiens, depuis le poste de secours'jusqu'à l’hôpital. Mais elle nous révèle les grands processus physiologiques qui règlent la réparation des plaies, et par là même est un guide précieux de la conduite à tenir dans les différents cas,, une explication et un critérium des nombreux traitements préconisés et essayés.
- Le Dr Policard nous fait suivre pas à pas l’évolution de la plaie la plus simple, la plus fréquente aussi, celle qui n’intéresse que la peau et les' muscles sous-jacents.
- Normalement, notre tégument se présente
- sous l’aspect, de la figure 1. On y rencontre, de la surface à la profondeur, une couche solide, kératini-sée, puis une zone de cellules résistantes, entremêlées avec un réseau de fibres puissantes qui se continuent vers l’intérieur par des faisceaux épais délimitant’des îlots de tissu adipeux. Plus bas que
- 1. A. Policard. L’Évolution de la plaie de guerre. Collection Horizon. Masson et Cis, éditeurs, Paris, 1918.
- Fig. i. — Le tégument normal. De haut en bas : Épiderme; Zone sous-papillaire ou réticulaire; Derme; Tissu cellulo-adipeux ou hypo-derme avec cônes fibreux; Tissu cellulaire lâche; Aponévrose ; Muscle et ses cloisons inter-fasciculaires.
- Fig. 2. — La plaie fraîche. Trajet {ou cheminée) du projectile, qui se trouve au fond, entouré de débris vestimentaires; le trajet est rempli de sang et de débris des tissus écrasés.
- ce massif résistant est une couche de tissu eellu-1 laire lâche qui repose sur une lame aponévrotique, la séparant des muscles sous-jacents. Ces muscles sont divisés en faisceaux limités par des cloisons conjonctives qu’on aperçoit au bas de la figure 1. Le projectile, en pénétrant dans ce massif hétérogène (fig. 2), y provoque des lésions très variables selon l’élasti-* cité des tissus. L’épiderme s’écrase et se déchire, s’enfonçant le plus souvent dans la plaie. Des petits fragments, détachés par le projectile, sont entraînés par lui vers la profondeur où ils formeront des corps étrangers, riches en microbes et causes d’infections. Au niveau du derme, très résistant, il se produit de violentes tractions qui cisaillent et déchirent les capillaires sanguins, même à grande distance, causant de multiples hémorragies qui vont colorer le tégument en violet comme après un violent coup de poing. Toute la région ainsi contuse est destinée à mourir et à s’éliminer;
- c’est elle que le chirurgien enlèvera pour nettoyer la plaie et activer sa cicatrisation. Au-dessous, le tissu adipeux^ sert de coussinet et amortit le choc ; les hémorragies y sont moins abondantes. L’aponévrose se déchire et s’effiloche dans les muscles sous-jacents. Enfin les fibres musculaires se déchirent, leurs vaisseaux se rompent plus ou moins loin.
- Le projectile s’amortit progressivement contre toutes ces résis • tances et il s’arrête, à bout de coùrse, au fond d’une cheminée remplie de sang et de bouillie de tissus écrasés et déchirés, dans une loge bourrée de débris de vêtements et d’épiderme qu’on appelle la chambre d’attrition.
- La figure 2 schématise cet aspect, tel qu’on l’observe aussitôt après la blessure.
- Pendant les six heures qui suivent, rien ne change en apparence, rien ne bouge ni ne se modifie.
- p.379 - vue 383/474
-
-
-
- LA PLAIE DE GUERRE
- 380
- C’est la pe'riode de latence. Cependant, l’évolution ultérieure se prépare : le tissu conjonctif et. surtout les fibres musculaires s’altèrent microscopiquement ;
- Fig. 3. — La plaie en mortification. La séparation du mort et du vif.
- les tissus à la limite de la plaie se congestionnent, des leucocytes nombreux y apparaissent. Puis des microbes se montrent, de forme bacillaire tout d’abord ; ils ne tardent pas à pulluler, en même temps que leurs espèces deviennent plus nombreuses et que les leucocytes arrivent toujours plus abondants. La bataille va s’engager entre l’organisme et l’infection.
- Les tissus privés de circulation par rupture de leurs capillaires meurent et se liquéfient lentement sous l’action des ferments microbiens et leucocytaires ; les leucocytes et les microbes meurent aussi en grand nombre au cours de cette opération de nettoyage ; tous vont s’éliminer hors de la plaie sous forme de pus.
- La mortification de la plaie (fig. 5) pourra être plus ou moins ^rapide selon le traitement qu’on lui
- Fig. 5.— La plaie en voie de bourgeonnement.
- fera subir. Par exemple, l’emploi des antiseptiques métalliques tels que le sublimé ou le nitrate d’argent la retardera sûrement. Par contre, les lavages
- répétés par la méthode de Carrel ou les solutions hypertoniques préconisées par Wright l’accéléreront. Les hypochlorites, le liquide de Dakin par exemple, détruiront les toxines du pus et supprimeront la fièvre de ce fait.
- Actuellement, les chirurgiens sont unanimes à déclarer que le plus simple et le plus sûr est de pratiquer, le plus tôt possible après la blessure, 1’ « épluchage » de la plaie, c’est-à-dire l’enlèvement au bistouri de tous les tissus mortifiés et destinés à disparaître. On supprime ainsi toute cause de suppuration et l’on active beaucoup la cicatrisation.
- L’épluchage se fait jusqu’aux tissus complètement sains, bordés d'ailleurs par une barrière de leucocytes (fig. 4).
- Que la mise au net de la plaie ait lieu naturellement et sans intervention, ou qu’on l’accélère par un traitement approprié ou qu’on la réalise d’emblée par un épluchage soigneux, le trou ainsi pro-
- Fig. 4. — La plaie décapée.
- duit dans les tissus va se combler, la blessure va se fermer.
- Le bourgeonnement (fig. 5) commence toujours, par le fond, autour de la chambre d’attrition. Les muscles et les tendons ne peuvent régénérer ; seuls le tissu conjonctif et l’épiderme prolifèrent. Le tissu conjonctif comble tout l’espace vide, puis l’épiderme le recouvre. On voit d’abord apparaître des bourgeons conjonctifs où poussent de nouveaux vaisseaux sanguins; la circulation y devient rapidement très active et lés cellules s’y multiplient et s’y organisent.
- Certains corps peuvent activer cette croissance, tels l’éther et surtout les terpènes, très étudiés en Allemagne actuellement.
- L’épiderme prolifère à partir des bords de la plaie.; à mesure qu’elle se comble, il la recouvre en glissant en quelque sorte à sa surface (fig. 6). La résultat final est la formation d’une cicatrice. De rouge qu’elle est primitivement, celle-ci vire lentement au blanc en même temps quelle s’affaisse
- p.380 - vue 384/474
-
-
-
- ACADEMIE DES SCIENCES
- 381
- et se rétracte; la poussée cellulairé du début se. ralentit, puis cesse complètement. Il ne reste plus comme reliquat de la blessure qu’u;i massif conjonctif, scléreux.
- Cette étude de l’évolution de la plaie de guerre, brève ici, mais ayant nécessité un labeur considérable, est toute nouvelle. Elle montre clairement les processus biologiques divers et successifs qui interviennent dans la guérison des blessés.
- Elle est la base de tout traitement chirurgical.
- A lire le très intéressant volume du Dr Policard, on s’aperçoil combien ces questions d’allure théorique et qui semblent purement du domaine du laboratoire
- peuvent avoir d’importance pratique. On s’étonne même du caractère empirique de tous les traitements essayés jusqu’à ce jour. Mais, à vrai
- dire, il fallait, pour -entreprendre de nouvelles et fructueuses recherches thérapeutiques,' posséder des données exactes sur les mécanismes que l’organisme emploie pour réparer ses pertes de substance et nous ne savions encore rien de précis à ce sujet.
- C’est maintenant œuvre faite, et les données acquises vont certainement permettre d’imaginer rapidement de nouvelles méthodes pour améliorer le sort de nos blessés.
- R. M.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séances des 29 avril au 6 mai 1918
- La persistance des impressions lumineuses sur la j rétine. — Si, étant dans un laboratoire photographique | éclairé par la lumière rouge, on regarde le cadran d’une montre dite lumineuse, à laquelle on fait subir des déplacements lents parallèlement au plan du cadran, les déplacements des chiffres lumineux paraissent en retard sur ceux du cadran, comme s’ils ne lui étaient plus reliés que par un lien lâche. M. Lumière explique le phénomène par le fait que la durée de la persistance des impressions lumineuses sur la rétine varie avec la longueur d’onde des radiations qui les provoquent.
- Déterminisme du résidu indiqeslible in vitro. — Les restrictions apportées à notre consommation en pain auront eu du moins l’avantage de provoquer des études sur la digestion du blé qui nous est fourni. Or, . les procédés employés pour déterminer la proportion de blé qui échappe à l’alimentation chez l’homme sont très insuffisants. Les méthodes chimiques ne sont pas comparables aux méthodes biologiques, qui sont elles-mêmes d’une application trop lente. M. Devillers préconise une méthode nouvelle de digestion artificielle fondée sur l’emploi successif de la pancréatine à 55°, puis de l’acide chlorhydrique, en indiquant un moyen pour obvier à l’inconvénient principal du système qui est de ne pouvoir obtenir un résidu entièrement privé d’amidon. Le résidu non digestible pour 100, qui varie de. 8 à 12 avec les blés et qui atteint 55,22 avec le, son, serait seulement de 8 avec la farine, type du ravitaillement d’avril 1918 (blé et succédanés).
- Le bassin houiller des Asturies. — M. Termier, continuant l’étude des Asturies, analyse une particularité de leur structure : les roéhes de las Penas de Careses, réputées jusqu’ici basiques alors qu’elles sont carbonifères. Il
- j existe là, sur un parcours de 16 km, dans le manteau de j terrains secondaires qui couvre le Paléozoïque asturien, une zone anticlinale multiple, formée de plis aigus et serrés, assez aigus pour faire surgir brusquement, à travers le trias, les terrains primaires sous-jacents, y compris un affleurement houiller qui n’a pas plus de 100 m. de large. C’est un pli tertiaire, pyrénéen, qui vient recouper, sous un angle dse 40°, les plis hercyniens du primaire, montrant une fois de plus l’inexactitude de la loi, un moment admise, d’après laquelle les plis des diverses époques se superposeraient avec la meme direction.
- Le nitrate d’ammoniaque comme engrais. — La fabrication du nitrate d’ammoniaque a pris, de tous côtés, un développement énorme pour les explosifs. M. Schlœsing s’est proposé d’étudier dans quelles mesures ces nitrates pourraient être utilisés plus tard comme engrais. Cela dépend à la fois de leur prix et de leur valeur fertilisante. Il n’examine que le second point. On a déjà beaucoup expérimenté pour comparer les engrais à azote nitrique avec ceux à azote ammoniacal. La conclusion générale est que les premiers sont légèrement supérieurs : l’azote des engrais ammoniacaux devant d’abord être nitrifié, ce qui se produit d’ailleurs rapidement, En fait, on constate que le nitrate d’ammoniaque fournit un excédent de récolte au moins égal à celui du sulfate d’ammoniaque, habituellement utilisé. A ce propos, M. Schlœsing insiste sur l’avantage d’effectuer ce genre d’essais en pleine terre, sur des parcelles n’ayant pas plus d’une are; ce qui permet d’avoir des conditions rigoureusement comparables et de les surveiller.
- Action des traumatismes sur la sécrétion urinaire. — MM. Richet et Flament montrent qu’après un grand
- p.381 - vue 385/474
-
-
-
- 382 r= LES SIRÈNES AVERTISSEUSES DES BOMBARDEMENTS AÉRIENS
- traumatisme, la fonction urinaire est profondément troublée. L’insuffisance hépatique paraît être, sinon une cause, du moins une conséquence du choc traumatique.
- Antimoine de Sardaigne. — L’antimoine a des applications militaires, qui activent en ce moment son exploitation. A Su-Suergiu, en Sardaigne, il existe, d’après M. Lincio, un filon-couche de stibine entre le‘silurien et le dévonien, avec pénétration dans les calcaires. On observe, dans les schistes, de curieux sphérolites de pyrite rayonnés autour de Nautiloïdes fossiles : la stibine n’existant pas à l’intérieur mais étant disséminée à leur surface. Ces noyaux paraissent contemporains du terrain encaissant et la stibine postérieure.
- Action de l’éther sur le virus rabique. — M. Rem-linger, guidé par les travaux de M, Vincent, a étudié l’action de l’éther sulfurique sur l’encéphale d’un lapin mort de virus fixe et a constaté que la perte • de virulence de la substance nerveuse s’effectue lentement en allant de la périphérie au centre. Le cerveau, devenu virulent, s’émulsiônne dans l’eau physiologique avec une extrême facilité et l’émulsion au '1/25 peut être injectée à très hautes doses, sans le moindre danger, sous la peau des animaux. L’immunité, conférée au moyen de ces injections, parait solide et durable et pourrait constituer une méthode simple pour traiter préventivement la rage chez l’homme et chez les animaux.
- LES SIRÈNES AVERTISSEUSES DES BOMBARDEMENTS AÉRIENS
- Par la douceur de leur chant, les sirènes de jadis attiraient les navigateurs sur les é ueils; au contraire, celles d’aujourd’hui avertissent les mortels des dangers qui les menacent, ou tout au moins rendent d’utiles services à l’humanité!'
- Dorénavant, dans les villes menacées par les, raids d’avions, de puissantes sirènes signaleront aux habitants l’imminence des bombardements afin qu’ils puissent se soustraire aux coups des assassins boches ! Mais avant de décrire ces nouveaux appareils, rappelons rapidement les principaux signaux sonores employés dans l’industrie, les chemins de fer et la navigation.
- Voici d’abord les sifflets et les bugles que portent les machines à vapeur fixes ou les locomotives. En principe, les premiers se composent d’une cloche en bronze supportée par une tige verticale et dont les bords affleurent à peu de distance d’une autre calotte métallique située vis-à-vis. Un levier, à la portée du mécanicien, permet en débouchant une soupape, d’envoyer de la vapeur, qui s’échappe par la fente annulaire séparant la c'alotte inférieure de la cloche pour aller frapper les bords biseautés de celle dernière et produire un son plus ou moins intense. ' .
- 11 existe de nombreux types de sifflets à main montés sur chaudières et actionnés par un simple robinet de prise de vapeur qu’on ouvre à volonté. D’autres fonctionnent automatiquement; en ce cas, une soupape est fixée à l’extrémité supérieure d’une tige qui intercepte l’orifice de sortie de la vapeur et dont l’autre bout se termine par un flotteur. Ces sifflets constituent alors des signaux d'alarme. Sur les chaudières fixes, ces dispositifs de sécurité servent surtout à contrôler la quantité d’eau qu’elles renferment ; leur flotteur les fait entrer en action quand le niveau du 'liquide s’élève ou s’abaisse d’une façon dangereuse.
- De leur côté, les chaudières des locomotives possèdent également un sifffet automatique entrant en action quand la machine arrive en certains points de la voie ferrée ou ün sifflet électro-automoteur
- qui fonctionne de la manière suivante : Sur la voie, entré les rails, se trouve un madrier en bois appelé « crocodile » dont la table métallique communique d’une part avec une pile et de l’autre avec un disque.
- Quand le train passe, un balai métallique, que la machine porte suspendu à sa partie inférieure, frotte sur le crocodile et ferme le circuit électrique. Le courant qui vient désaimanter un électro-aimant renfermé dans une boîte installée elle-même sur la locomotive. Il en résulte que l’armature de cet électro-aimant, relevée par un ressort, démasque l’orifice d’entrée de la vapeur dans le sifflet. Ce dispositif de sécurité avertit donc automatiquement le mécanicien qu’il vient de franchir par inadvertance un disque à la position d’arrêt.
- Les bugles des chemins de fer américains, ressemblent beaucoup aux sifflets de nos locomotives ; toutefois la vapeur pénètre à .l’intérieur de la cloche au lieu de se briser sur ses bords biseautés, en se répandant de là"dans 1’atmosphèrp. Le son des bugles résulte alors des vibrations communiquées aux parois, par le jet et donne une note grave qui, comparable à des beuglements, s’entend plus loin en rase campagne que les appels aigus de nos avertisseurs. Aussi les ingénieurs des États-Unis ont-ils adopté les bugles, qui effrayent très bien les animaux et les empêchent de venir se faire écraser sur les voies:ferrées sans clôture; en revanche, ces appareils s’entendent moins facilement à l’extrémité d’un convoi un peu long car leurs notes sê confondent avec les bruits même du train en marche.
- À bord des bateaux de commerce et surtout des navires de'"'guerre, les sifflets à vapeur ou à air comprimé s’emploient comme signaux d’alarme ou de commandement concurremment avec les trompettes à anche et les sirènes de divers modèles.
- Le sifflet Maugars-Bérangé dit « Chantecler » comprend deux tubes concentriques rentrant l’un dans l’autre à frottement doux, de manière à ne former qu’une seule chambre cylindrique susceptible de s’allonger ou de se raccourcir. Un ressort en1 spiral tend à maintenir le tube extérieur dans la
- p.382 - vue 386/474
-
-
-
- LES SIRENES AVERTISSEUSES DES BOMBARDEMENTS AERIENS r= 383
- position la plus élevée. La chambre cylindrique possède alors sa plus grande capacité et le sifflet rend le son le plus grave. Tandis qu’en actionnant une cordelette, on raccourcit le tube et par suite on diminue la longueur de la chambre qui produit une note plus aiguë. Entre ces deux limites et par un judicieux maniement de la cordelette, qui commande le robinet d’arrivée de la vapeur, on obtient toute une série de modulations.
- Mais, depuis plusieurs années, les sifflets, trompettes à anche et autres signaux sonores cèdent de plus en plus, sur la terre ferme, le pas aux sirènes qui peuvent fonctionner sans le secours de la vapeur ou de l’air comprimé et dont les sonX, à égalité de force dé-pensPè^Dortent plus loin.
- L’instrument, invente en 1819 par le baron Cagniard de La Tour et auquel il donna ce nom pour rappeler son pouvoir d’émissions sonores sous l’eau comme dans l’air, ne différait pas, en principe, des sirènes actuelles. Mais le savant physicien, qui ne soupçonnait pas l’application de la vapeur à son invention, se servait du vent d’une soufflerie pour faire « chanter » sa sirène formée de deux disques percés de trous, distribués en cercles à égale distance autour du centre et enfermés dans un tambour à l’intérieur duquel aboutit le tuyau d’amenée du courant d’air, destiné à provoquer la rotation d’un des plateaux, l’autre restant fixe. Pour déterminer ce mouvement, il a suffi d’incliner les orifices des disques à 45°, au lieu de les percer normalement à leur surface, comme l’indique le théorème de la décomposition des forces. Le son de la sirène, d’abord grave, s’élève à mesure que la vitesse de rotation s’accroît, puis sa hauteur devient fixe quand la. résistance due aux frottements compense l’accroissement de vitesse provenant du courant d’air et que, par conséquent, le mouvement s’uniformise.
- Aujourd'hui les sirènes sont généralement mues par la vapeur ou par l'air comprimé. Toutes les
- fois que dans leur mouvement de rotation rapide les trous percés dans les deux disques se trouvent en coïncidence, l’un ou l’autre de ces courants les traversent en produisant un son formidable qu’amplifient encore un ou plusieurs cornets en tôle. D’ordinaire, on emmagasine l’air sous 15 atmosphères dans des récipients de 5 à 7 m3 et au moyen d’un détendeur, on ramène la pression à 2 ou o atmosphères au moment de son emploi.
- Dans les phares, les réservoirs d’air doivent être suffisamment grands pour que la sirène fonctionne dès que la brume paraît, ce qui permet d’attendre la mise sous pression du moteur destiné à renouveler la provision de gaz comprimé. En France, les sirènes marines automatiques donnent une simple noie (mi 3) et consomment environ 400 litres d’air par seconde ; la régularisation musicale s’obtient à l’aide de quatre masses mçbiles reliées à l’arbre du cylindre rotatif et qui, pressées contre un chemin circulaire, limitent la vitesse de rotation dudit cylindre. En Angleterre, l’Amirauté préfère les sirènes à 2 notes, l’une haute et l’autre basse. Pour couvrir un certain arc d’horizon, on associe synchroniquement deux sirènes
- similaires, en orientant leurs pavillons dans des directions sises à 120° l’une de l’autre.
- Parfois aussi, le cylindre mobile se met dans l’intérieur de la boîle des sirènes dont les faces portent des cloisons radiales. Ces nervures forment des compartiments dans lesquels l’air capté s’échappe ensuite violemment, en vertu de la force centrifuge, par les fentes de la paroi cylindrique. Montés sur des roulements à billes, les cylindres marchent à la vitesse de plus de 2000 tours par minute et reçoivent leur mouvement par transmissions mécaniques (courroies, engrenages multiplicateurs, dynamo calée sur. l’arbre, câble flexible). . v
- Parmi les types de sirènes Chollet, de constructions plus récentes, distinguons d’abord Le Ténor qui se fait à F, 2, 3, ou 6 pavillons disposés en
- •/
- Fig i. — Une sirène, d'alarme sur un édifice public à Paris.
- Fig. 2. —, Sirène à air comprimé.
- p.383 - vue 387/474
-
-
-
- 384= LES SIRÈNES AVERTISSEUSES DES BOMBARDEMENTS AÉRIENS
- étoile. Cet avertisseur fonctionne au moyen de l’air comprimé envoyé soit par petites pompes rotatives à palettes (dispositif très employé sur les automobiles), soit par réservoirs ou bouteilles, dont un mécanisme régulateur ramène la pression à o kg par centimètre carré. Dans cette sirène, les vibrations s’obtiennent de la façon suivante. Une plaque en nickel laminée très dure, disposée dans une caisse métallique, reçoit le courant d’air sur ses 2 faces. Un tube à coulisse, qui prolonge le pavillon dans l’intérieur de la boîte et porteur d’une membrane souple, s’applique au moyen d’un ressort spirale sur une face de la plaque de nickel. Quand la pression d’air envoyée dans l’enveloppe de la sirène dépasse la poussée du ressort, la membrane recule en entraînant le tube à coulisse. A ce moment, l’air emmagasiné dans cette enveloppe s’échappe par l’intérieur du tube et du pavillon, une dépression se produit alors dans la masse gazeuse, le ressort repousse le tube à coulisse qui obture la sortie de l’air. Aussitôt la pression augmente, le tube recule à nouveau, l’air s’échappe encore en faisant vibrer la colonne d’air du pavillon, par suite de la détente de l’échappement et cela sans arrêt, tant que dure le passage du courant à travers la caisse. Notons d’ailleurs que la course du tube à coulisse ne dépasse pas quelques centièmes de millimètre pendant sa marche et qu’il suffit de faire varier les dimensions du pavillon en tôle pour modifier la tonalité de l’appareil.
- Depuis la guerre, le même constructeur a imaginé des sirènes à rupture d'air installées maintenant sur les monuments de nombreuses villes françaises pour alerter les populations, en cas de raids d’avions ou d’aéronefs ennemis. Comme l’indiquent nos photographies, ces types de sirènes se composent d’un carter métallique disposé pour recevoir une turbine en aluminium montée elle-même sur un axe à billes. Le carter ést percé d’un certain nombre de fenêtres généralement rectangulaires et la turbine possède également des ouvertures de même forme. Du centre de la turbine partent des palettes servant à canaliser l’air et
- aboutissant aux ouvertures. Lorsqu’on imprime un mouvement de rotation à la turbine, la force centrifuge rejette l’air qui s’y trouve renfermé vers les orifices placés à l’extérieur et le fluide s’écoule par les fenêtres du carter. Pendant le temps très court de l’échappement du courant gazeux, une partie pleine de la turbine remplace un vide. Chaque ouverture de celle-ci rejette donc l’air à tour de rôle dans chacun des orifices de la. sirène et les vibrations du système varient proportionnellement au nombre de fenêtres de l’appareil.
- La mise en rotation pour les sirènes fixes d’alertes, s’effectue par moteur électrique, développant une force de 12 à 15 HP.
- Pour amplifier les sons, on a imaginé de fixer à chaque orifice de rupture d’air du carter des payil-lons coniques de forme et longueur appropriées.
- Les sirènes de la .. Ville de Paris,
- d’un poids total de 800 kg, ont une turbine en aluminium de 0 m. 50 de diamètre, des pavillons de 2 m. de longueur et de 0 m. 50 de diamètre à leur extrémité. Leur portée en campagne atteint 8 à 10km,maisàPa-. ris, vu les bruits de toutes sortes, elle ne dépasse pas un rayon de 1 kil. 500, Il existe d’autres types de sirènes Chollet dans lesquelles toutes les ondes sonores s’envoient dans la même direction. La sirène se fixe alors au fond d’un pavillon mégaphone, qu’on peut placer lui-même sur un châssis pivotant, susceptible d'être orienté à la ronde comme un phare tournant. On a appliqué, en particulier, ce dispositif à la sirène d’alarme de Dunkerque dont la longueur du pavillon atteint5 m., avec 1 m. 50 de diamètre. Cette sirène pèse environ une tonne et sa turbine, actionnée par un moteur électrique de 10 IIP, mesure également 500 mm de diamètre.
- Quant aux sirènes à manivelle qu’on actionne à la main, de nombreux exemplaires fonctionnent maintenant pour alerter les petites villes du front, les arsenaux, les camps d’aviation, poudreries ou usines françaises; elles reposent sur le même principe que les précédentes mais les notes qu’elles émettent s’entendent seulement dans un rayon de 400 à 500 m. Jacques Boyer.
- Le Gérant : P. Masson. —- lmp. Lahure, rue de Fleuras, 9, à Paris.
- p.384 - vue 388/474
-
-
-
- 46e ANNÉE.
- N° 2334.
- 22 JUIN 1918.
- LE SÉCHAGE DES LÉGUMES ET DES FRUITS
- Jetons un coup d’œil sur un des tableaux d’analyses des légumes et des fruits qu’on trouve fréquemment aujourd’hui dans les traités et dans les brochures traitant de l’alimentation raisonnée!1). Nous y lirons : >
- simplement et sans frais au robinet de la cuisine.
- Ce qui est vrai pour la cuisinière, l’est aussi pour la collectivité. Quand les moyens de transport deviennent insuffisants, comme en ce moment, il n’est pas indifférent d’occuper bateaux et wagons à
- "" T"' Teneur en eau. Teneur en eau
- LÉGUMES. pour 100. FISUITS. pour 100.
- Haricots verts . . . . 83.0 Pommes 63.3
- Pois verts écossés . . . 74.6 Raisins ...... 58.0 ’
- Epinards . . . . 92.3 Poires *. . . 76.0 f ' fi.
- Oignons . . . 78.9 Fraises. . . . . . . . . 85.9
- Tomates ... ; . . 94.3 Prunes. ........ 81.0 Ni
- Navets 62.7 Mirabelles ‘ 79.0 ' u/1
- Pommes de terre ...... . . . 62.6 Pèches ......... 80.0 w
- Champignons . . . . 88/1 Abricots 81.0 N
- les légumes et les fruits frais contiennent donc, selon les espèces, la qualité; le degré de maturité, de deux tiers à 4/5 et même 9/10 d’eau.
- Quand nous achetons 1 kg de tomates, nous payons 945 cm5 d’eau et seulement 57 gr. de substance de tomate. Quand nous achetons 1 kg de pommes de terre, nous recevons plus d’un demi-litre d’eau et seulement 384 gr. de matières nutritives, etc.
- C’est là un point que la ménagère oublie totalement quand elle fait son marché et qui, cependant, mérite un peu de réllexion.
- Tout d’abord, cela change fortement la valeur nutritive des aliments, et par suite leur coût réel. 1 kg de pommes de terre fait beaucoup plus de volume qu’qn kilogramme de fécule et cependant ne représente pas même la moitié de la valeur alimentaire de ce dernier. 1 kg de poires fraîches n’est pas plus avantageux que 250 gr. de poires tapées. Il faudrait donc toujours tenir compte de la teneur en eau des produits que nous achetons, puisque la même eau que nous payons au marché et qui rend si pesantes les provisions que nous rapportons pourrait être obtenue bien plus
- 1. Armand Gautier, VAlimentation et les régimes, Masson et C'e, éditeurs. — IIemmerdinger, Leçons pratiques d’alimentation raisonnée, Masson et Cio, éditeurs.
- 46e Année — 1" Semestre
- transporter de l’eau, qu’on trouve partout, si l’on peut faire autrement. On sait qu’une des raisons
- des restrictions alimen-^ taires actuelles—la prin-
- cipale même — est le manque de tonnage, et que l’on est obligé de réduire les transports de toutes les substances encombrantes. Or, les légumes et les fruits le sont extrêmement. Sans parler des emballages spéciaux qu’ils nécessitent, ils représentent toujours une faible quantité de nourriture sous un grand volume. Privés de leur eau, ils occuperaient à peine le tiers où le quart de la place qu’il leur faut, ils pourraient être placés en vrac et manipulés sans précautions.
- Enfin, ce sont essentiellement des substances périssables et qu’on ne peut conserver longtemps. Qu’une récolte de fruits soit abondante, comme celle des pommes à l’automne dernier, on devra la consommer rapidement, et même bien souvent on ne saura qu’en faire et l’on en perdra une partie faute de main-d’œuvre. La récolte vendue à vil prix, puis consommée ou gâchée, il faudra attendre une nouvelle année favorable pour retrouver les mêmes fruits à des prix abordables. On passera ainsi alternativement par des périodes d’abondance et- de disette, auxquelles on ne pourra remédier.
- Les pommes de terre ont eu un bon rendement
- 25. — 585
- p.385 - vue 389/474
-
-
-
- 386 -- LE SECHAGE DES LEGUMES ET DES FRUITS
- Farinée dernière; en sera-t-il de même cette année? Cependant, il a fallu tout utiliser, sans pouvoir faire de réserves. Combien ont été perdues par la gelée, les maladies parasitaires, et combien se perdent actuellement par germination. .
- Le séchage des légumes et des fruits a Favanlage de corriger tous ces inconvénients. Il diminue leur volume, réduit par suite les frais dé transport, assure une longue conservation, évite le gaspillage et les pertes, régularise le marché, permet la constitution de réserves, pendant les années prospères.
- Il est une des solutions les plus efficaces du problème de la vie chère et des restrictions, en permettant la répartition à longue échéance et à longues distances des surproduction? de certains pays. _
- Pour le réaliser, il suffit d’un peu de main-d’œuvre et de combustible, et il n’est pas difficile de calculer que, même aux prix très élevés qu’ils atteignent actuellement, ils sont encore moins coûteux — et de beaucoup — que les peïtes multiples dues aux irrégularités de production des aliments végétaux frais.
- Pour sécher un quintal, il faut 10 ou 45 kg de houille au maximum, avec des appareils bien construits, et une dépense en main-d’œuvre de 4 franc à 4 fr. 50 environ. On voit que la majoration est insignifiante, et qu’elle est largement compensée par l’économie des frais de transport et par le maintien des prix normaux sur le marché, même aux périodes d’arrivages surabondants.
- En ce moment où les questions de prix sont secondaires par rapport aux questions de quantité, et ' où il importe, avant tout, d’assurer au pays un ravitaillement suffisant jusqu’au retour aux conditions normales de la production, le séchage peut être du plus grand secours en permettant de constituer des réserves pendant l’été, saison d’abondance des fruits et des légumes et de les distribuer au cours de l’hiver suivant, quand les matières alimentaires se raréfient. .
- Ce problème du séchage, aujourd’hui devenu très important, avait déjà été posé et résolu avant la guerre par divers pays grands producteurs, la
- Californie, par exemple, pour les fruits, l'Allemagne pour les pommes de terre.
- En France, le séchage était appliqué depuis longtemps à un petit nombre de fruits, les prunes dans la région d’Agen, les pommes et les poires dans la vallée de la Loire, le plus souvent par des moyens primitifs et sans grands soins.
- Aux États-Unis, et surtout dans les états de Californie et de New-York, le séchage a permis le développement de la culture des vergers et a pris une telle extension que presque chaque ferme a son appareil de' séchage et que les fruits séchés sont exportés dans toutes les parties du monde où ils vont concurrencer les fruits indigènes. Songez que rien qu’en 1914, les États-Unis ont exporté pour 2 millions et demi de pêches séchées, plus de 40 millions d’abricots, près de 10 millions
- de pommes !
- Le séchage des légumes est surtout une spécialité allemande. Grande productrice de pommes de terre, ayant à nourrir une population très dense, l’Allemagne avait organisé en ces dernières années le séchage de ces tubercules, pour régulariser son marché et éviter les pertes inévitables dues aux altérations, aux maladies et à la germination. Elle comptait seulement 5 usines de séchage en 1903, qui étaient devenues 488 au début de la guerre; depuis, leur nombre a doublé : 721 en 1915, 841 au ler-juillet 1916. Elles peuvent traiter par année plus de 30 millions de quintaux de légumes.
- En France, la guerre, en se prolongeant et en augmentant chaque jour les difficultés du ravitaillement,, a suscité depuis un an d’heureuses initiatives. Notamment, le Service de Santé, désireux d’assurer à ses nombreux hôpitaux des provisions de légumes pour l’hiver, a entrepris l’été dernier de créer en divers centres de production du territoire des sécheries à grand rendement. L’essai fut des plus heureux, puisque nos blessés et nos malades ont reçu et reçoivent encore en cette saison des légumes variés : pommes de terre, carottes, navets, oignons, épinards, etc., conservés par séchage et achetés au moment de la récolte à des prix très avantageux*. Pendant l’été prochain, le nombre des sécheries en fonctionnement sera beau-
- p.386 - vue 390/474
-
-
-
- LE SÉCHAGE DES LÉGUMES ET DES FRUITS ~---- 387
- coup plus^grand et le Service de Santé n’aura plus seul, croyons-nous, le bénéfice de ces produits; le Ravitaillement et l’Intendance pourront en avoir aussi leur part.
- La dessiccation a pour but d’enlever aux légumes et aux fruits la grande proportion d’eau qu’ils renferment pour ne leur en laisser qu’environ 15 pour 100.
- Afin qu’elle soit efficace, il faut qu’elle soit très régulière, tous les légumes ou fruits placés dans un appareil devant être séchés en même temps et de la même façon et aucun n’étant soumis à une température excessive qui le calcinerait et lui donnerait mauvais goût. Pour qu’elle soit économique, il faut que le maximum des calories dégagées par la' source de chaleur soit utilisé.
- Les produits à sécher sont préparés, si besoin est, soit à la main comme les haricots qu’on effilé et les petits pois qu’on écosse, soit à la machine comme les pommes de terre qu’on épluche, les pêches qu’on pèle, etc. Ils sont ensuite coupés en quartiers ou en tranches. Les fruits à noyaux sont dénoyautés, les pommes et les poires le plus souvent « écœurées ». Toutes ces opérations peuvent être réalisées par de nombreuses machines spéciales qu’on trouve dans le'commerce.
- Les déchets|sèrvent à préparer des farines, des compotes, ou sont vendus comme nourriture pour le bétail.
- Les rondelles ou les quartiers préparés sont dis-
- posés sur des claies d’osier ou de toile métallique galvanisée qui servent de support pendant toûtes" les manipulations.
- Pour éviter le noircissement de la surface au contact de l’air, on les traite assez fréquemment par
- l’acide sulfureux dans des chambres closes où Ton brûle du soufre.
- Enfin, quelques fruits sont passés à l’eau bouillante ou à la vapeur, telles les poires.
- Le séchage proprement dit est pratiqué soit au soleil, soit le plus souvent en brûlant du combustible.
- La chaleur solaire n’est utilisée que dans les pays très chauds et secs tels que la Grèce, le sud de la Turquie et de l’Espagne, la Californie. Elle est surtout appliquée au séchage des raisins et des figues.
- Dans nos pays, elle est insuffisante. Tout au plus,
- dans l’Agenais, expose-t-on les fruits au soleib entre deux passages au four, ce qui d’ailleurs donne des produits irréguliers, souvent fermentés ou envahis par les insectes.
- Le séchage au feu a tout d’abord été pratiqué au moyen des fours de bou-langer. C’est encore aujourT d’hui le moyen qu’e m p 1 o i e n t beaucoup de paysans pour faire leurs provisions d’haricots verts, de champignons, etc. Mais le four est difficile à régler, il se refroidit vite et nécessite plusieurs chauffages successifs; enfin, T évaporation Js’y fait mal.
- Un progrès a été réalisé par l’invention des étuves
- p.387 - vue 391/474
-
-
-
- 388 ===== LE SÉCHAGE DES LÉGUMES ET DES FRUITS
- agenaises qui date d’un peu plus de cinquante ans. Ces étuves sont des fours perfectionnés où l’on a cherché à économiser la construction, la main-d’œuvre et le combustible et à maintenir une température régulière.
- Le prototype en est l’étuve de Deschamps dont la figure 1 fait comprendre la disposition. L’air entre sous le foyer par deux tuyaux de fonte qui servent de grille, s'échauffe, est distribué dans l'étuve et sort par les cheminées de ventilation, entraînant la vapeur d’eau. Maints autres modèles existent, dill’é-rant par la forme du foyer, le trajet de la fumée, celui de l’air chauffé, et aussi par des dispositifs de chargement des fruits frais et de sortie des fruits secs qui évitent d’ouvrir l’étuve et de perdre ainsi de la chaleur.
- Les Américains ont fait connaître d’autres appareils, les évapora-teurs où le séchage est obtenu par l’action sur les végétaux d’un courant d’air chauffé.
- Tous comportent un foyer, un réchauffeur d’air et un coffre où sont disposées les claies et où l’air chaud circule selon des chemins très variés.
- Un des modèles les plus communs des éva-porateurs à circulation verticale est l’appareil Vermorel représenté figuré 2. Les plus petits peuvent se placer sur un simple fourneau de cuisine, les plus grands ont leur foyer propre, à grande surface de chauffe. Un levier permet de manœuvrer les claies pour obtenir une marche continue. *
- , En Amérique, il existe des modèles du même genre, portatifs, et qu’on transporte sur place dans les champs.
- Plutôt qu’un tirage vertical qui est très actif et risque de sécher plus vite le centre des claies que les bords, d’autres appareils ont un tirage oblique, tel l’évaporateur de Ryder représenté figure 3. Le foyer présente une double enveloppe de tôle; l’air s’échauffe entre les deux et s’engage au-dessus dans un long couloir incliné où l’on glisse les claies, ce couloir est divisé en deux dans le sens de ïa hauteur
- et l’on peut placer deux étages de claies en même temps, mais le séchage est beaucoup plus actif à l’étage supérieur. D’autres modèles, tels que celui de Tritscbler, ne comportent qu’un étage de claies, Pair chaud circulant dans le couloir inférieur vide.
- Dans les installations plus importantes, on établit souvent une circulation d’air chaud et sec horizontale, soit en chicanes comme dans certains appareils américains, soit dans un grand couloir où l’on pousse les wagonnets chargés de claies. Dans les usines à grand débit, on active le courant d’air au moyen d’un ventilateur placé au débouché de l’air chaud ; ce dernier dispositif est le meilleur comme rendement.
- Nous n’avons pas à décrire en détail les monstres qui débitent plus que ne pourraient fournir nos vergers de France et où tout est réalisé mécaniquement : transport, tri, épluchage, tranchage, mise en boîtes, etc. (fig-.^h
- Ici, c’est aux installations moyennes qu’il faut donner la préférence.
- Citons encore, pour être complets, les tours construites par la maison Huillard (fig. 5) pour le séchage continu, dans lesquelles les produits sont constamment brassés de manière à assurer un séchage uniforme.
- Gomme on le voit, les modèles ne manquent pas, entre lesquels on n’a que l’embarras du choix. A vrai dire, il vaut mieux laisser ce choix aux spécialistes, le séchage en grand dans les centres de production étant de beaucoup le plus économique. Tout au plus, à la ferme, pourrait-on entreprendre le séchage des provisions de la' famille, au moyen d’un des nombreux petits appareils imaginés pour cela.
- Nous n’avons pas voulu ici donner une leçon de séchage — un article n’y suffirait pas — mais bien faire comprendre son utilité sociale actuelle et dissiper, si possible,l’erreur que commettent beaucoup trop de ménagères en jugeant des aliments sur leur prix de vente, sans tenir compte de l’eau qu’ils renferment.
- Fig. 5. — Appareil Huillard pour séchage.
- p.388 - vue 392/474
-
-
-
- PERFECTIONNEMENTS DANS LA FILATURE ET LE MOULINAGE DE LA SOIE 389
- 15 à 50 gr. de légumes séchés suffisent pour la ration d’une personne. Après trempage, ils gonfleront, reprendront le volume et le poids de 3 ou 5 fois plus de légumes frais. Et s’ils ont été traités convenablement, ils reprendront non seulement l’aspect, mais aussi la saveur et l’odeur de ceux qu’on vient de cueillir.
- En ce moment où l’on ne peut faire beaucoup de conserves, la verrerie étant rare et le fer-blanc ayant d'autres usages plus indLpensables, le séchage est le procédé de choix pour avoir des légumes frais en toutes saisons, utiliser l’hiver la surabondance de l’été, éviter les gaspillages.
- A. Breton.
- LES DERNIERS PERFECTIONNEMENTS
- DANS LA FILATURE ET LE MOULINAGE DE LA SOIE
- L’industrie si française de la soie a passé par des phases de prospérité diverses. Brillante et fastueuse aux débuts du xixe siècle, son éclat s’affaiblit ensuite d’année en année à mesure que les communications avec l’Extrême-Orient deviennent plus faciles. Les magnaneries provençales luttent avec peine contre leurs concurrentes des pays du soleil levant, et les productions japonaises et chinoises réunies représentent en 1914 les deux tiers du total mondial.
- La guèrre a donné un renouveau de vitalité à l’industrie nationale. La raré-^-faction croissante sur le marché des tissus de laine et de coton rejettent sur la soie la composition de beaucoup de pièces du vêlement ; l’aviation donne une place importante, dans la fabrication du tissu d’ailes d’aéroplanes, à sa- fibre légère imputrescible et extrêmement résistante ; la résistance à la traction de la soie non chargée est en effet 40 à 50 grammes environ.
- La fabrication du fil de soie n’a pas varié dans ses grandes lignes depuis plus d’un siècle. De récents perfectionnements rendent pourtant le travail plus rapide, plus économique, et permettront la poursuite de la lutte de la fabrication nationale contre la concurrence étrangère dans des conditions de plus en plus favorables.
- Le cocon arrivant à l’usine est d’abord étouffé il faut tuer le ver sans gâter la soie : la chrysalide, conservée vivante dans son nid, achèverait sa métamorphose; un beau jour des nuées de bombjx émergeant du milieu des tas emmagasinés, troue-
- raient, perceraient les cocons, les rendant inutilisables.
- L’étouffoir moderne se compose d’un double tambour cylindrique en toile métallique de 3 m. de long sur 2 m. de large environ. On empile entre les
- parois 1000 kgde cocons par opération ; un venli-lateur chasse l’air, d’abord à travers un ré-chauffeur qui le porte à 90-92°, puis dans l’axe du panier ; un mouvement de rotation assure une égale répartition de la chaleur entre tous les insectes, pendant que des volets à bascule automatique obligent l’air à pénétrer dans l’endroit où la soie se trouve sous l’épaisseur inaxima. Une opération dure 12 heures. Dès que les cocons sortent de l’appareil ils sont prêts à être mis en saches. On évite les coconnières avec leurs frais de manutention, et les déchets provenant des arlhès, piqués, écrasés, qui ne manquent pas de se produire (1).
- Le travail proprement dit du fil commence alors.
- A là filature, les cocons sont plongés par groupes dans des bassines d’eau à 70° environ ; la substance gommeuse et collante constituant la grège se ramollit; des balais en bruyère malaxent et triturent les pelotes dans l’eau, cherchant l’extrémité d'un fil dont la longueur atteint en moyenne 300 m. Des débris, des>fragments de soie s’accrochent, formant des frisons qui seront filés comme le colon ou la laine sous le nom de»« chappe ». Le brin continu
- 1. Quelques étoulïoirs fonclioanent à la vapeur d’après le même principe.
- p.389 - vue 393/474
-
-
-
- 390 PERFECTIONNEMENTS DANS LA FILATURE ET LE MOULINAGE DE LA SOIE
- apparaît enfin : l’ouvrière le saisit, le réunit à d’autres brins, 5 à 6 en général, suivant l’épaisseur à obtenir, et les enroule sur un tambour; et le cocon se met à se dévider, frétillant et sautant dans l’eau tiède, tel un goujon dans la poêle : le ver file ép effet son enveloppe en traçant des. 8 continus, dont le développement produit ces mouvements étranges rappelant Ranimai vivant.
- À mesure que le débobinage s’accentue la grosseur du fil décroît : à la moitié du cocon, elle n’esl plus que les 2/5 du diamètre originel, et aux trois quarts la moitié seulement. Lorsqu’une rupture de fil ou toute autre circonstance oblige à un remplacement, on tient compte de ce fait, pour conserver au défilé l’épaisseur voulue.
- Doit-on par exemple substituer des trois quarts "filés à des cocons neufs? On met deux brins nou-
- veaux à la place de l’ancien, et le fil ne varie que d’une quantité insignifiante. ,
- L’écheveau brut est ensuite porté au moulinage.
- Il s’agit de l’enrouler sur une bobine ordinaire, en le débarrassant de tous sesmœuds et avaries.
- Les machines à bobiner ont été sérieusement perfectionnées en ces dernières années.
- Dans tous les anciens systèmes, le fil tirait, pour la faire mouvoir, sur la tournette portant l’écheveau, dont le poids s’augmentait de celui de l’écheveau lui-même. Le fil subissait donc une tension, augmentant avec vitesse de déroulement, qui provoquait de fréquentes cassures. Dans, ces conditions, il était impossible de bobiner avec une vitesse dépassant pour les fils fins 70 à 80 m. par minute.
- L’appareil nouveau, inventé par MM. Fougeirol et Cie auxOllières, comporte au contraire une tour-nette et un écheveau immobiles. Le fil n’a rien à traîner que lui-même. Il se détache latéralement. En quittant l’écheveau, il repose immédiatement
- sur le’rebord d’un chapeau circulaire en métal poli, qui récouvre les extrémités des bras Je la tournette. Il passe ensuite dans un œil placé près de l’axe de rotation d’où il se rend sur la bobine qui l’enroule. Il décrit ainsi un cône dont l’œil est le sommet et la circonférence du chapeau la base.
- Le chapeau lui-même est animé d’un mouvement de rotation légèrement plus rapide que celui du fil : tout frottement latéral est ainsi supprimé; si pour une raison quelconque le fil retenu par son adhérence avec l’écheveau vient à se tendre, il appuie un peu plus sur le rebord du disque, dont le mouvement propre tend à le reporter plus en avant, à le distendre, et par suite à le décoller. Le fil se dévide ainsi sans aucune tension.
- Avec les fils les plus fins, cet appareil permet de bobiner à une vitesse de 500 à 400 m. par minute,
- c’est-à-dire 4 à 5 fois plus grande que celle des anciennes machines : il en résulte une économie .Je temps, de main-d’œuvre et de surface bâtie. Rien n’empêcherait de le transporter, avec les avantages qu’il comporte, dans le bobinage des autres textiles, coton, laine, lin, etc.
- La seconde partie du travail qui s’appelle le « purgeage », est réalisée en obligeant le brin à passer entre ueux lames d’acier rigoureusement parallèles, distantes l’une de l’autre de la valeur du diamètre de la soie : chaque surépaisseur, chaque déformation provoque un arrêt qui fait casser le fil : l’ouvrière attentive écarte le défaut et renoue les deux bouts.
- Des améliorations de détail intéressantes ont encore été apportées aux purgeoirs à casse-fil : le fil traverse avant le purgeoir d’acier, un purgeoir en drap : le brin rompu est retenu par son adhérence sur l’étoffe, où l’ouvrière le retrouve immédiatement, au lieu d’avoir à le chercher dans un écheveau complexe excessivement fin. En outre, elle n’a que le roquet,à lever, et jamais le fuseau; enfin, le nœud une fois fait, il suffit de remettre le roquet sur le fuseau, sans se préoccuper du fil qui reprend automatiquement sa place : il n’y a plus à le passer au harbin de réglage, ni dans les ressorts purgeoirs.
- Il reste à accomplir les opérations destinées à renforcer le brin de soie.
- Fig. 2. — Appareil a doubler le fil de soie.
- p.390 - vue 394/474
-
-
-
- PERFECTIONNEMENTS DANS LA FILATURE ET LE MOULINAGE DE LA SOIE 391
- Fig. 3. — Moulin à tordre la soie.
- Une première tor sion sur lui-même lui assure de la cohésion, et donne en même temps le moyen d’assembler ultérieurement plusieurs fils. Puis ôn « double » : les brins provenant de deux ou plusieurs bobines différentes sont réunis, passent dans une série d’œillères, et s’enroulent en commun sur un même tambour.
- On passe à la seconde torsion, donnée en sens inverse de la première : les tendances propres de chacun des brins à se dérouler se contrarient mutuellement, et l’on obtient un brin homogène et stable, tout comme dans la fabrication des ficelles et des câbles. '
- Les appareils produisant la torsion s’appellent des « moulins », d’où le nom de « moulinages de soie ». En principe, la bobine à tordre est placée sur un axe vertical, tournant à grande vitesse. Le brin est attiré par une autre bobine à axe horizontal, enroulant le fil à vitesse, réduite. Le rapport des vitesses donne la torsion par mètre courant. La bobine horizontale est entraînée par un cylindre en bois roulant sur la soie : on obtient une allure
- constante ne dépendant que de la vitesse de l’entraîneur, malgré que le diamètre de la bobine entraînée croisse à chaque tour de l’épaisseur du fil desoie.
- Les fuseaux donneurs sont assemblés sur deux chaises concaves : une courroie à grande vitesse frotte contre l’extrémité des axes, et le contact est assuré par la tension provoquée par le cintrage. Cette disposition fait gagner une place considérable; elle met les fuseaux et roquets, en arrière des voûtes et survoùtes, à l’abri du.contact des vêtements des ouvrières. En même temps, comme il n’y a pas d’entraînement rigide, on ne risque pas de ruptures de pièces si l’un des fuseaux vient à s’immobiliser. L’avantage est appréciable, pour des vitesses atteignant 8 à 10000 tours par minute correspondant par exemple à une torsion de 3000 à 3200 tours au mètre dans le crêpe.,
- La préparation du fil est alors terminée. Les bobines destinées à la teinture en flotte sont remises en écheveaux, sur des « machines à flotter ». D’autres vont à l’ourdissage, d’où elles passent au Jacquart, ap-
- Fig. 4. — Machine à flotter la soie.
- p.391 - vue 395/474
-
-
-
- 392 = L'UNIFORME ET L’ÉQUIPEMENT DU SOLDAT AMÉRICAIN
- pareils qui ont naturellement bénéficié des perfectionnements apportés dans l’industrie des autres textiles. Ils ne présentent pas ici de caractéristiques particulières à la soie.
- Un coup d’œil sur une filature ou un moulinage de soie laisse‘une impression féerique. Partout, des fils fins comme des cheveux de la vierge courent silencieusement sur des baguettes de verre. Des éeheveaux brillants s’enroulent et se déroulent des fuseaux tournant, sans bruit sur leurs axes immobiles.
- Tout cela glisse, miroite, s’agite avec une précision merveilleuse; qu’une raie de soleil traverse la fenêtre, et l’atelier s’allume : les teintes jaunes ou blanches de la soie naturelle deviennent de l’or et de l’argent vibrant qui font penser à l’antre mystérieuse où se tissaient les mousselines et les voiles des princesses des mille et une nuits; on comprend l’amour que conservent toujours au tond du cœur pour leur industrie si spéciale les « soyeux » qui lui ont consacré leur existence.
- ÀNDKÉ KüEHLER.
- L’UNIFORME ET L’ÉQUIPEMENT DU SOLDAT AMÉRICAIN
- Fig,
- Nous avons tous vu, maintenant que les combattants américains deviennent nombreux sur notre front, des soldats entièrement équipés, avec leur « barda » complet, selon l’expression de nos poilus. Et nous n’avons certainement pas manqué de remarquer les nombreuses différences qui existent entre l’uniforme et l’équipement du « Sammy » et ceux de nos troupes.
- Nous voudrions passer f ici en revue — une revue de détail — examiner et critiquer les raisons de ces différences.
- Celte comparaison nous montrera et l’importance que peuvent avoir les plus petites choses et la nécessité de les régler avec le plus grand soin, avec plus de précision et surtout de promptitude'qu’on en avait apportées en France à ces études avant la guerre.
- L’unifoTme. —Tout l’uniforme du soldat américain est de la même couleur brun olive depuis la chemise jusqu’au manteau. Ses, diverses parties sont de tissus différents selon Te rôle qu’ils doivent remplir.
- On sait que les tissus de flanelle sont les plus légers et ceux de fil les plus lourds. Entre ces deux extrêmes V
- viennent se placer les tissus de laine et de coton.
- Un vêtement, quel qu’il soit, doit être perméable à l’air et à la vapeur d’eau et l’on sait tous les inconvénients des manteaux caoutchoutés : humidité considérable des sous-vêtements avec, comme
- La chemise.
- Fig. 2.
- conséquences, la macération de la peau et les brusques refroidissements quand le caoutchouc est enlevé. Les tissus sont d’autant plus perméables qu’ils sont plus légers, d’où la justification delà flanelle portée au contact de la peau.
- Les vêtements doivent être hygroscopiques, c’est-à-dire absorber facilement la vapeur d’eau, pour éviter l’évaporation rapide et le froid qu’elle cause quand l’homme a transpiré pendant un exercice. La laine est le tissu qui absorbe-le plus d’humidité dans ses fibres sans se mouiller. Cette condensation de vapeur dégage une quantité de chaleur suffisante pour donner une agréable impression de tiédeur quand le repos succède à un dur travail.
- Les vêtements devraient être imperméables à la pluie. Ôn obtient une hydrofugation relative par le»port d’un manteau très feutré. Les divers procédés de traitement chimique, notamment par les corps gras ou les savons d’alumine n’ont pas été généralisés jusqu’ici, malgré leur efficacité plus grande.
- Les vêlements doivent absorber le moins possible la chaleur solaire. Cette absorption dépend uniquement de leur couleur. A ce point de vue,‘l’idéal serait le blanc et le plus mauvais le noir ; entre ces deux extrêmes, se classent par ordre de préférence décroissante le kaki des Anglais, le brun-olive américain, "le
- p.392 - vue 396/474
-
-
-
- L’UNIFORME ET L'EQUIPEMENT DU SOLDAT AMÉRICAIN
- 393
- k Artillerie lourde Artillerie légère
- infanterie Cavalerie
- js fËll ? JS 2 T js
- llBllMlKgli
- 'WÈ/gmmims sS/gna/eur Médecin Intendance
- Fig. 3. — Les insignes de col des différentes armes. f. i '. f
- Lieutenant. Capitaine. Major Lt-colonel . Colonel. Général Général Lt-général.
- (or). (argent). , de brigade. . de division.
- Fig. 4. — Les insignes de grade sur l'épaule.
- . Sergent Sergent
- d’approvisionnemt d’approvisionnemt Sergent Caporal. Sergent. de Compagnie. de garnison. d’approvisionnemt. 1" Sergent.
- Sergent-major de bataillon.
- Sergent major de régiment.
- Sergent
- porte-drapeau.
- Sergent . musicien chef.
- Musicien • principal.
- Trompette.
- Fig. 5. — Les insignes des sous-officiers et caporaux sur les bras.
- p.393 - vue 397/474
-
-
-
- 394
- L’UNIFORME ET L’ÉQUIPEMENT DU SOLDAT AMÉRICAIN
- vert allemand, le bleu horizon français, le rouge, le brun, le bleu foncé. On ne peut songer à habiller les soldats de blanc, sauf exceptionnellement dans la guerre de montagne sur la neige, à cause de la trop grande visibilité de cette couleur pendant le jour. Mais que dire des képis et des pantalons garance et des capotes bleu foncé de nos « piou-pious » de 1914!
- Enfin, les tissus doivent être mauvais conducteurs de la chaleur, sécher lentement quand ils sont humides et ne pas se colmater quand ils sont mouillés. A tous ces points de vue, la laine se classé avant le coton, la soie et surtout la toile. La conclusion est que tout l’habillement du soldat devrait être fait de laine et les vêtements en contact avec la peau de flanelle surtout pendant l’hiver.
- Les soldats américains reçoivent deux sortes de sous-vêtements, des chemises en tricot de laine pour l’hiver et d’autres en coton pour l’été; des caleçons de flanelle et-d’autres de coton, des chandails de flanelle épaisse et mince, des bas de laine et de coton. On leur recommande de porter des plastrons de papier pendant les grands froids.
- Les chemises sont à col rabattu et portent deux poches sur la poitrine, pour donner un aspect correct quand l’homme les porte sans autre vêtement (fig. 1).
- L’uniforme proprement dit doit être à la fois simple, confortable, large et d’allure militaire. Il doit permettre tous les mouvements et ne pas comprimer la poitrine et l’abdomen. 11 ne doit pas serrer le cou.
- Toutes les armées- en guerre ont maintenant choisi des couleurs variant peu autour du gris vert, à la fois peu visibles et peu salissantes.
- On avait beaucoup discuté autrefois sur les dangers *
- de l’invisibilité qui peut créer des confusions entre amis et ennemis et provoquer des surprises, mais les perfectionnements des moyens d’observation ont fait partout abandonner les uniformes voyants et brillants du temps de paix, les couleurs rutilantes, orgueil des diverses armes, et bonnes seulement pour la parade.
- Les boutons, si bien astiqués jadis, sont rem-
- Fig. 6. La culotte.
- Fig. 7. — Le manteau.
- placés maintenant par d’autres mats ou noircis, les dorures ont disparu.
- Les soldats américains ont un seul uniforme : la vareuse que nous connaissons tous, à col droit, à larges poches, avec 5 boutons en bronze terni ornés généralement de l’aigle des États-Unis (fig. 2). Notons que l’arme du génie a sur ses boutons une forteresse surmontée d’une, devise française : « Essayons ».
- Les insignes de l’arme sont également en bronze terni et se portent au collet, fixés par une agrafe. On y voit d’abord, en avant les lettres U. S. pour l’armée régulière, U. S. R. pour la réserve, U. S. N. A. pour .l’armée nationale, puis deux fusils croisés pour l’infanterie, deux sabres pour la cavalerie, deux canons pour l’artillerie, surmontés du numéro du régiment. Le génie a des tours, le service de signalisation (télégraphe, téléphone, etc.) deux drapeaux, le service de santé un caducée, l’intendance les attributs de Mercure, etc. (fig. 3).
- Les grades se reconnaissent soit à un insigne de métal agrafé sur l’épaule, soit à un galon cousu sur la manche. La figure 4 représente les insignes d’épaule. Quand le même insigne est employé pour deux grades consécutifs, celui d’or est pour le rang inférieur, celui d’argent pour le supérieur. Il faut aussi noter que les galons des officiers sont toujours inférieurs de un à ceux des officiers du mêriae grade de l’armée française. Les insignes des sous-officiers et des caporaux sont en laine ton ' sur ton ; ils sont cousus au haut du bras (fig. 5).
- Les culottes, amples jusqu’aux genoux, se continuent par une partie ajustée et lacée jusqu’à la cheville ((îg. 6).
- Le manteau, de drap de même couleur, est croisé avec une double rangée de 5 boutons et un col rabattu. , Il rie porte que les insignes de grade. II descend bas, jusqu-au-dessous des genoux.
- La coiffure (fig. 8) est de quatre types différents : la casquette, le chapeau, le casque et le bonnet de police. La casquette'est la coiffure de ville; elle est faite de drap de même couleur que tout l uniforme, munie d’une courte visière et bordée d’un galon.
- p.394 - vue 398/474
-
-
-
- L’UNIFORME ET L’ÉQUIPEMENT DU SOLDAT AMÉRICAIN = 395
- Son dessus est rigide; deux trous latéraux assurent la ventilation.
- Le chapeau mou est la coiffure de campagne. Il est en feutre imperméable. Le soldat doit le modeler en 4 creux alternant avec les 4 . ventouses d’aération. ,11 est fixé par une cordelette de cuir passant derrière la tête qui le tient en place pendant les mouvements brusques.
- Une cordelière prolongée en avant par deux glands indique par sa couleur l’arme du porteur.
- Du casque, il n’y a rien à dire, puisqu’il est celui de l’armée anglaise. C’est un ellipsoïde surbaissé et muni tout autour d’un rebord, en acier très résistant, camouflé de gris vert à sa surface, plus large que la circonférence de la tête. Il est matelassé à l’intérieur pour amortir le contact et les chocs; le capitonnage est disposé pour assurer la ventilation.
- Enfin, le bonnet de police est la coiffure de repos ; il est en drap brun olive, bordé d’un liséré de couleur différente selon l'arme.
- Les gants sont de cuir pour les cavaliers et certains artilleurs, de coton ou de laine pour les autres soldats.
- Les chaussures ont toute l'importance que l’on sait et les Américains leur ont porté toute leur attention.
- L’Intendance fait fabriquer 15 longueurs différentes de souliers et pour chacune 6 largeurs, soit en tout 90 tailles. La mesure est prise, le pi>d nu posant à terre, le soldat chargé de 40 livres reposant tout entier sur ce pied; on ajoute encore à la longueur mesurée dans ces conditions au pied à coulisse près de 2 centimètres pour tenir compte du gonflement pendant la marche. La largeur est estimée en tâtant le cuir au niveau des doigts. Les souliers sont de deux types, un à tiges pour l’usage commun, l’autre, dit de gymnase, découvert, correspondant à nos anciennes chaussures de repos.
- La question des guêtres et des bandes molletières a fait couler beaucoup d’encre chez noüs depuis la guerre. On sait qu’on à attribué aux bandes d’étoffe roulées en spirale et trop serrées l’abondance des affections désignées sous le nom de gelure des pieds ou mieux de pied de tranchée. L’ancienne guêtre basse a aujourd’hui disparu. Les leggins de cuir
- consomm en t trop de cuir. Les soldats américains portent de très confortables leggins en toile de coton, imperméables , se fixant par un lacet (fig. 9). L’équipement. — Napoléon disait qu’il y a cinq choses dont le soldat ne doit jamais se séparer : son fusil, ses cartouches, ses vivres, sa baïonnette et son havresac. Il faudrait y ajouter aujourd’hui bien d’autres : le masque, l’outil, pelle ou pioche, le paquet de pansement, etc.
- Le problème de l’équipement est un des. plus difficiles^ à résoudre surtout pour l’infanterie et il ne peut jamais être qu’un compromis entre la limite de charge que l’homme peut porter et les exigences de la guerre qui veulent qu’un fantassin puisse
- vivre, dans certains cas, le plus longtemps possible, isolé de tout ravitaillement, tout en ayant des munitions et des vivres en quantités suffisantes. Ces exigences n’ont fait que s’accroître avec l’interisification des tijrs, l’augmentation de leur portée, les attaques de l’aviation sur les convois de l’arrière. Et cependant la limite de charge ne peut croître. On sait qu’elle est aux environs de 30 kg, dans les conditions militaires, c’est-à-dire en gardant les bras et les mains libres pour combattre, en conservant des mouvements respiratoires normaux, qui «seuls permettent les marches prolongées, les efforts d’une,attaque. Très rapidement, au-dessus de 30 kg, on observe de la gêne pendant l’effort et même on provoque divers troubles dont l’engorgement des voies pulmonaires.
- Fig. 8. — Les coiffure1; : casquette, chapeau, casque (casque anglais).
- Fig. 9. — Les leggins de toile.
- p.395 - vue 399/474
-
-
-
- 396
- L’UNIFORME ET L’ÉQUIPEMENT DU SOLDAT AMÉRICAIN
- De plus, de nombreuses expériences ont montré que ces 30 kg ne sont longtemps supportables que bien arrimés et équilibrés. Tout poids placé d’un-seul côté, d’une manière asymétrique, fatigue du triple. Or, le fusil, la pièce capitale, indispensable, est unique et se porte à la main ou à l’épaule droite; son poids varie peu dans toutes les armées autour de 4 kg; à bout de bras il compte pour le triple, soit 12 kg.
- Il ne reste donc plus que 20 à 25 kg disponibles entre lesquels il faut répartir le reste de l’équipement.
- Les experts, militaires classent par ordre d’importance :
- 1° L’armement : fusil, baïonnette, cartouches , matériel d’entretien du fusil, en tout une dizaine de kilogrammes ;
- 2° Les vêtements, chaussures, plaque d’identité, etc., soit6kgenviron;
- 3° Les vivres de réserve, l'eau, les. ustensiles de cuisine : 4 kg;
- 4° Le sac,; le manteau, la couverture, la tente-abri ;
- 5° Les objets personnels : livres, portefeuilles, etc.
- Tout ce bagage doit être réparti sur les épaules, le dos, les hanches et les lombes. Chaque armée a un mode de répartition différent et avant la guerre on discutait'en France des défauts de notre sac ri-
- Fig. io et ii. — Équipement du soldat américain en campagne.
- Fig, 12. — Le havresac ouvert.
- gide et des avantages du sac souple. Depuis, bien des propositions ont été faites pour répartir de diverses autres façons la charge du soldat.
- La nécessité de lui laisser la tète, les bras et les mains libres et de ne comprimer ni la poitrine, ni l’abdomen, compliquent encore le problème.
- Les Américains ont une solution toute personnelle, bien différente de celle des autres armées.
- Ils distinguent trois équipements, celui complet, celui de marche, celui de combat. Pendant la marche, le soldat est allégé d’une partie que transportent les voitures de compagnie. L’équipement de combat est le même que celui de marche, alourdi de deux ceintures de cartouches.
- L’équipement complet comporte : Je fusil et sa bretelle de suspension, la baïonnette et son fourreau, une ceinture à cartouches, 100 cartouches (en plus, deux bandoulières de 60 cartouches chacune pendant le combat), un outil de tranchée : pelle, pioche, hache ou cisailles, deux
- masques, un paquet de pansement, un bidon, un gobelet, un havresac contenant fourchette, cuiller, couteau, assiette, deux rations de vivres de réserve; une paire de chaussures, un nécessaire de
- p.396 - vue 400/474
-
-
-
- LA VALEUR ÉCONOMIQUE DU FRIOUL
- 397
- toilette : (savon, brosse à dents, peigne, serviette), un ballot renfermant une couverture, un poncho, une demi-tente et ses accessoires.
- Le tout pèse 40 livres anglaises, 48 avec les cartouches supplémentaires, soit 22 kg. L’équipement est tout entier de la même couleur que l’uniforme.
- Les cartouches, la baïonnette et le bidon sont fixés à une ceinture élastique non tenue par des bretelles.
- Les cartouches sont réparties daps une série de petites pochettes. Le reste forme un long paquet étroit qui descend jusqu’aux cuisses et est porté par des bretelles (fig. 10 et 11).
- Le havresac et le ballot sont en toile de coton imperméable.
- Ce havresac est totalement souple et, déplié, a la forme représentée figure 12. La poche supérieure loge la nourriture ; elle contient deux petites boîtes d’étain, l’une pour le lard, l’autre pour le sucre, le café et le sel. La boîte à lard ou à viande contient 24 onces pour 2 jours, l’autre boîte renferme 3,36 onces de café, 7,2 de sucre et 0,48 de sel pour 5 jours. Les vivres de conserves comportent en outre un paquet de biscuit (hard hread), enveloppé de papier paraffiné et de carton. Ils représentent un total de 4448 calories.
- La vaisselle est représentée par une boîte à nourriture très pratique, ovale, en aluminium, munie d’un couvercle formant assiette et dont le manche pliant assure la fermeture; on y loge le couteau, la cuiller et la fourchette.
- Le havresac peut se combiner avec le ballot
- pour former un tout, sorte de saucisson cylindrique de 20 cm de diamètre, tenu par deux bretelles et par deux courroies de suspension accrochées au ceinturon. On y fixe l’outil de tranchée et au besoin la baïonnette. L’homme se débarrasse du ballot comme notre soldat du sac.
- L’ensemble tient bien, a un centre de gravité rapproché du corps, ne comprime pas la poitrine, laisse les bras libres et semble mieux étudié que notre équipement français.
- Le ballot contient une couverture de laine de 2 m. 10 sur 1 m. 70, une demi-tente et un poncho (fig. 13) qui n’existe guère dans d’autre armée que la japonaise. C’est fine pièce de coton imperméable, légère, de 1 kg à 1 kg 5, composée d’un corps sans manches et d’une sorte de pèbrine qui peut se rabattre sur la tète pour dormir ou recouvrir le ballot pour le protéger de la pluie.
- Ajoutons k cet équipement, prévu dès avant la guerre, le paque individuel de pansement et surtout les deux masques qui sont actuellement le modèle anglais à filtre placé dans un sac sur la poitrine et à embouchure à soupapes, très efficace mais encombrant, et notre masque français en tissu, en attendant que nos actifs alliés aient mis au. point un modèle qui leur soit propre. ,
- Et nous aurons fini cette revue de detail des soldats américains qui permettra à nos lecteurs d’analyser leur sympathique silhouette. A. B.
- Fig. i3. Le poncho.
- LA VALEUR ÉCONOMIQUE DU FRIOUL
- Après les heures d’angoisse qui ont marqué l’invasion du Frioul, le front italien s’est stabilisé pendant des mois. Mais aujourd’hui on annonce à tous les échos une nouvelle poussée autrichienne et l’attention se tourne de nouveau de ce côté. Outillés comme ils le sont maintenant pour la résistance, les Italiens n’attendent peut-être que l’occasion d’une contre-attaque pour reconquérir tout ou partie des régions perdues. Que valent celles-ci économiquement pour nos adversaires? C’est, ce -que nous voudrions indiquer rapidement en examinant d’abord les industries, puis les récoltes.
- La superficie envahie couvre environ 2 500 000 hectares, soit la moitié de la Vénétie : pays qui était occupé avant l’invasion par plus de 3400 000 habitants. Toute la partie Nord est montagneuse. C’est là que se trouvent les industries alimentées en
- houille blanche, les mines et les,forêts. Le Sud forme une plaine fertile avec des pâturages, des labours, des vignes et des mûriers.
- Les industries comprennent beaucoup de petites usines actionnées par des chutes d’eau : moulins, scieries, filatures., papeteries, etc. Au total, on estime la puissance hydraulique utilisée à .80 000 chevaux dont 50 000 transformés en énergie électrique.
- L’industrie textile, particulièrement importante, occupe à elle seule (chiffres de 1911) 22 300 ouvriers et 7100 chevaux de force, surtout dans la province d’Udine, où les filatures de soie sont nombreuses et où il existe en outre plusieurs filatures et tissages de coton,, lin et laine. Bans la pénurie de textiles où sont les centraux, les provisions accumulées par ces usines et la soie grège que peut
- p.397 - vue 401/474
-
-
-
- 398 : ...—---: LA VALEUR ECONOMIQUE DU FRIOUL
- produire le pays lui-même ont dù constituer une ressource très bien venue. La Neue Freie Presse de Vienne l’appréciait, au moment de l’occupation dans les termes suivants : « A l’Est du Taglia-mento, il existe trois importantes filatures de coton, dont deux appartiennent au « Cotonificio Udineso ». L’une d’elles a été incendiée et presque toutes ses réserves en coton ont été détruites ; mais la seconde, située à 5 km d’Udine, est restée intacte et on y a trouvé un stock important de matières premières et de coton filé. Au Sud d’Udine et dans l’Est du Frioul, on rencontre de nombreux ateliers de tisserands encore bien approvisionnés; la plupart des filatures de soie sont en état d’être exploitées et sont en partie pourvues de matières premières jusqu’au milieu de 1918. L’une d’elles a déjà été mise en mouvements sur l’ordre de l’autorité militaire. Le manque de combustibles rend difficile l’exploitation de ces filatures; mais celle des établissements actionnés par la force hydraulique ne rencontrerait que peu d’obstacles. »
- Nous avons rappelé que le pays produit lui-même de la soie. On estime à 150 000 tonnes de feuilles par an la récolte de ses mûriers. La production des cocons y monte à 7000 t., et, par suite, celle de la soie grège à 900 t. : soit environ le cinquième de la production italienne. Pour apprécier la valeur de ces chiffres d’un point de vue allemand, on peut les rapprocher des importations allemandes en temps de paix qui montaient à 7300 t. Or, on sait que, depuis le resserrement du blocus, les Allemands, privés de textiles et réduits à s’habiller de plus en plus avec des tissus de papier ou d’orties, ont eu recours dans une large mesure à la soie dont le prix s’était moins élevé, mais que, depuis quelque temps, la soie manquant à son tour, l’armée la réquisitionne pour les usages militaires où elle est indispensable, tels que l’aérostation et les enveloppes de gargousses.
- Après l’industrie des textiles, on peut parler des mines. L’industrie des produits minéraux occupe, dans la région envahie, près de 11000 ouvriers, non compris les pierres de construction. Elle est surtout développée du côté de Belluno.
- Toute cette région de Belluno est riche en amas pyriteux. C’est là que se trouve, sur la Garde-bote, affluent de droite de la Piave descendant des Alpes Carniques, l’antique amas d’Agordo qui fut un moment célèbre vers 1850 comme l’un des plus grands amas pyriteux du monde, à une époque où on ne connaissait pas encore tous ceux de la province d’Huelva en Espagne. Cet amas d’Agordo, englobé dans des schistes argileux à séricite, présentait la forme d’un énorme saucisson renflé et aplati dont le grand axe, très couché, n’avait pas moins de 254 m. de long et qui se terminait en coin vers 150 'm. de profondeur. Sa puissance ' variait de 4 à 80 m. avec une teneur en cuivre ne dépassant guère 1,70 pour 100. L’État y avait exploité autrefois des minerais triés riches en cuivre
- à 5 ou 6 pour 100. Aujourd’hui la mine la plus importante de ce groupe pyriteux et qui a pu rendre un réel service aux envahisseurs est située à Yallimperina, sur la commune de Rivamonte dans la province de Belluno.
- Les pyrites, nécessaires pour la fabrication de l’acide sulfurique, lui-même indispensable dans . l’industrie des explosifs, sont une des matières premières dont les Allemands sont le plus avides, surtout depuis que les accords anglo-norvégiens les ont privés en grande partie des abondantes fournitures que leur envoyait la Scandinavie. Cette mine de Vallimperina dans le Vicentin produisait, en 1900, 28 000 t. de pyrite cuivreuse et est montée en 1915, par une extraction intensive qu’a provoquée la guerre, à 41 613 t. ayant donné 40000 t. d’acide sulfurique et 600 t. de cuivre. Cette mine occupe en moyenne 300 ouvriers et est alimentée en force motrice par deux moteurs hydrauliques et trois moteurs électriques : au total, 225 chevaux. Dans la commune de Torrobolvicino (Udine), il existait autrefois une autre mine de pyrite à Mon-tauro qui, en 1915, était restée inexploitée et l’on cite également la mine de Vodo.
- Comme autre mine exploitée, on cite, dans la province d’Udine, une petite mine de schistes bitumineux, Risorta et Rosa à Monteviale, ayant produit 150 t. en 1915 et une minuscule exploitation d’anthracite occupant 3 ouvriers.
- Mais il est plus intéressant de signaler les mines abandonnées de mercure qui furent autrefois nombreuses. La grande zone mercurielle de la Carniole, sur laquelle se trouve la mine classique d’Idria, se prolonge en divers points de la Vénétie, notamment à Vallalta, un peu au sud-ouest d’Agordo, sur la commune de Gosaldo, dans la même province de Belluno qui est, comme on le voit, une région richement métallisée. Très anciennement connue, cette mine a encore été exploitée de 1856 à 1880, puis abandonnée à cause de l’irrégularité et de la pauvreté dû minerai qui n’atteint guère 0,1 pour 100 de mercure en moyenne, mais qui a fourni autrefois des concentrations très riches allant jusqu’à 24 pour 100. Dans la période de prospérité entre 1856 et 1870, on en a sorti au total; 325 t. de mercure. A l’est de Vallalta, le Frioul renferme quélques autres gites de mercure à peu près inexploitables ou abandonnés ; ainsi sur le mont Avanza, dans la commune de Forni Avoltri près d’Udine, à Spessa entré Gividale et Gormono ; au mont Pe-ralba, etc. Le mercure, sous la forme de fulminate, est un élément important de l’industrie de guerre. Les Austro-Allemands doivent en trouver àldriades quantités qui leur sont nécessaires. Néanmoins, en cas de besoin, ce genre de petites mines, où il est toujours facile de glaner1 quand on ne regarde pas au prix de revient, s’ils les conservaient vont leur fournir un appoint.
- Il existait une aciérie à Udine qui a fermé au milieu de 1915.
- p.398 - vue 402/474
-
-
-
- LE DURCISSEMENT DES RAILS DE TRAMWAYS
- 399
- En fait de céréales, la région envahie n’est pas très riche et les récoltes ne suffisent pas à nourrir la population. On estime que, pour le maïs, elle fournit seulement les quatre cinquièmes de la consommation et, pour les autres céréales, le tiers. La fuite de nombreux émigrés a dû changer ces données ; néanmoins, ce n’est pas de ce côté que les envahisseurs ont pu trouver une grande ressource.
- Ils ont pu être mieux fournis en viande dans la mesure où les paysans n’ont pas eu le temps de chasser devant eux leurs troupeaux. On comptait, en temps normal, 580 000 bovins, 150 000 porcs, 600000 moutons et 170 000 chèvres. La superficie des pâturages est très étendue, surtout dans la
- province de Belluno où elle occupe les deux tiers du pays et dans la province d’Udine où elle en couvre la moitié. L’élevage est une des principales ressources du pays. Il faut également signaler les vignes qui avaient, paraît-il, fourni en 1917 une récolte particulièrement abondante. On récolte aussi quelques châtaignes (environ 15 000 tonnes). Les autres cultures sont peu abondantes ; notamment les olives qui ne fournissent qu’une cinquantaine de tonnes d’huile comestible.
- En résumé, les ressources permanentes du Frioul sont surtout intéressantes pour la soie, le coton et les pyrites. C’est là ce que, pour les Autrichiens, il s’agit actuellement de conserver ou d’accroître; pour les Italiens, de reconquérir. P. Sallior.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du i3 mai 1918.
- Les brigues de silice. — M. Le Chatelier continue ses études sur les briques de silice en examinant, avec M. Bogitch, l’action de l’oxyde de fer sur la silice. Les meilleures briques donnent des mécomptes dans l’usage sidérurgique. En effet, l’acier coule à 1650° et le point de fusion des briques de silice atteint rarement 1750°; en sorte que les plus légers écarts de température peuvent occasionner, soit une mauvaise coulée de l’acier, soit la fusion du four. En outre, les poussières de minerai de fer que l’on ajoute au lit de fusion pour accélérer l’affinage attaquent la voûte du four et en facilitent la fusion. M, Le Chatelier montre comment la pénétration se fait par capillarité. Les silicates de fer, en remontant dans la brique, chassent devant eux les silico-aluminates de chaux préexistants.*La brique prend un état d’équilibre instable, où il suffit d’un coup de feu très léger pour produire un désastre. C’est pourquoi la conduite d’un four d’aciérie est une opération particulièrement délicate. Dans un autre travail en collaboration avec M. Bied, M. Le Chatelier étudie également le rôle de l’oxyde de fer et de la chaux employés comme agglomérants dans la fabrication des mêmes briques. Enfin, avec M. Rengade, il examine la composition des briques de silice provenant des voûtes de fours Martin.
- Tremblement de terre. — M. Mihailovitch Yélenko étudie un grand tremblement de terre qui eut lieu le h août 1912 sur les rives de la mer de Marmara. Il en conclut que la sismicité très accusée des terrains balkaniques est due aux rapprochements ' de trois systèmes différents de formations montagneuses, accompagnés
- chacun d’accidents tectoniques. Dans le Rhodope, la masse est divisée en compartiments qui continuent à jouer les uns par rapport aux autres.
- Fabrication de la soie artificielle. — La fabrication de la soie artificielle à base de colodion exige une dépense d’environ 4 kg d’eau par kilogramme de soie produite. Les eaux d’évacuation contiennent environ 1 kg 50 d’acide libre par mètre cube. M, de Chardonnet étudie les moyens pratiques de neutraliser ces eaux, qui deviennent ensuite fertilisantes. ,
- Essais des matériaux' à la bille Brinell. -- L’emploi de la bille Brinell est devenu courant pour l’étude des propriétés mécaniques des métaux. On sait que la dureté d’un métal varie sensiblement en raison inverse du carré des diamètres d’empreinte produits par la pression de’ la bille sur le métal. Ces essais ont l’avantage d’être rapides et économiques. Aussi MM. Le Chatelier et Begitch se sont-ils proposé d’en étendre l’application aux matériaux de construction. Pour ceux-ci on emploie d’ordinaire des presses hydrauliques puissantes développant une cinquantaine de tonnes, qui ne se trouvent que dans des laboratoires richement dotés et l’on est amené, par exemple, pour des briques, à sacrifier 16 pièces de chaque lot, afin, d’avoir une moyenne. L’essai à la bille présente des difficultés, en raison des irrégularités que présente l’empreinte. Mais les auteurs de ce travail interposent sous la bille, une mince lame de clinquant, qui se meule sur l’empreinte en gardant un contour très net. Ils ont ainsi constaté qu’il existe, dans les briques siliqenses, une très grande différence de dureté entre les deux faces opposées d’une même brique.
- LE DURCISSEMENT DES RAILS DE TRAMWAYS
- fi
- L’extension croissante du transport des voyageurs dans l’intérieur des villes par suite de la nécessité de plus en plus impérieuse non seulement d’effectuer de longs parcours pour se rendre 'à son travail et vaquer à ses occupations, mais encore de ^réduire au minimum le temps qu’ils nécessitent, a soulevé un grand nombre de problèmes
- qui intéressent au plus haut point l’art de l’ingénieur.
- Parmi les plus ardus il faut citer celui de la construction de la voie. Les municipalités, de plus en plus, repoussent à l’intérieur des villes et dans les grandes artères l’emploi, du trolley et lui préfèrent celui du troisième rail conducteur. Mais l’installation de ce dernier est très onéreuse, car
- p.399 - vue 403/474
-
-
-
- 400 LE DURCISSEMENT DES RAILS DE TRAMWAYS
- l’infra-structure de la voie nécessite des travaux considérables. Il faut ménager dans la chaussée le logement du tunnel du 3e rail, et pour cela souvent déplacer des égouts, des conduites d’électricité ou de gaz trop peu profondes, il faut assurer la complète solidarité de ce rail distributeur de courant et des rails de roulement, ce qui conduit à les réunir par des pièces d'acier moulé et à encastrer fortement dans la chaussée les rails de roulement. La soudure autogène et la soudure alu-minothermiquc qui permettent de constituer un ruban d’acier continu ont vu leur emploi se généraliser.
- permettant le durcissement superficiel des rails. Son principe est très simple. Sur une plate-forme roulante sont disposés un poste de soudure autogène dont le chalumeau est dirigé sur le rail à quelques centimètres de sa bande de roulement et un réserr voir d’eau communiquant par l’intermédiaire d’uné pompe avec un ajutage disposé parallèlement au chalumeau et un peu en arrière. Le fonctionnement est le suivant : le chalumeau étant mis en action et le wagonnet se déplaçant lentement sur la voie, le rail est fortement chauffé superficiellement et ensuite brusquement refroidi par le jet d’eau. Il en résulte une trempe qui augmente sa dureté et lui permet
- Vue d’ensemble de l'appareil à durcir les rails de la Sandberg Sorbic Steel O de Londres.
- Mais alors aux points de soudure, le métal qui a été ainsi soumis à un traitement thermique très énergique ne présente plus la même résistance à l’usure que le reste du rail, ce qui est un gros inconvénient. De plus, l’intensité plus grande du trafic, les vitesses plus élevées des rames, le poids considérable tdes voitures jointes à la circulation très active des voies parcourues par les tramways déterminent une usure rapide de la surface de roulement sur rail. Gomme son remplacement est une opération longue et coûteuse les ingénieurs ont cherché à augmenter la résistance du rail et par suite sa durée» '
- Un dispositif original que décrit VEngineering est représenté sur la figure. Il s’agit d’un appareil
- de s’user beaucoup moins rapidement. L’étude micrographique des sections du rail a montré que la modification produite pénètre très profondément dans la masse du métal et qu’elle fait d’autre part disparaître les inégalités de dureté qui pouvaient exister.
- Un avantage considérable de ce dispositif, sa simplicité et son efficacité étant mises à part, est qu’il ne nécessite qu’un matériel courant dans l’industrie moderne et qu’il n’oblige ni à une modification de la voie, ni à une interruption quelconque de service. Aussi son emploi tend-il à se répandre en Angleterre. Souhaitons qu’en France il soulève de même quelque intérêt parmi nos techniciens.
- H. Volta. ,
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahüre, nie de Fleurus, 9, à Paris.
- p.400 - vue 404/474
-
-
-
- LA NATURE. — N* 2335.
- 29 JUIN 191*.
- La région pyrénéenne se consa-erail, jusqu'en res dernières années, plus volontiers, à l'agriculture et à l’élevage qu’à 1 industrie. De nature plutôt contempla live par atavisme, disposant de parages immenses sur le liane de ses montagnes violettes, le . Pyrénéen avait Pâme du pasteur, beaucoup plus que de l’ouvrier. D’àilleurs, la majeure partie des habitants possédait son lopin de terre, et son principal souci était d’agrandir son petit domaine, auquel l’attachaient les souvenirs du passé. Dans le département des Hautes-Pyrénées, pour ne citer que celui-là, plus de 30 000 paysans ne détenaient pas dix hectares, tandis que les propriétés dr plus de dix hectares n’excédàient pas le nombre de 2000.
- Les rares industries qui s’étaient implantées des bords de la Méditerranée au golfe de Gascogne avaient plutôt un caractère familial. Elles participaient plutôt a la moyenne qu’à la grande industrie. Le travail du bois, pratiqué dans tout le Midi, et qui trouvait sur place les matières premières nécessaires, l’industrie des carrières, particulièrement prospère, la carderie et le tissage de la laine, qui s’approvisionnaient de produits régionaux, l'industrie des toiles'étaient, à de rares exceptions près, disséminés entre de petites ou de moyennes entreprises.
- La’grande industrie n’était, corollairement, représentée que par l’exploitation du fer dans le bassin pyrénéen oriental (massif du Canigou), quelques puissantes usines d'électrochimie dans les Pyrénées centrales (Auzat, le Castelet dans l’Ariège, Mancioux dans la Haute-Garonne, Sarrancolin et Pierrefilte dans les Hautes-Pyrénées), les fourneaux et forges de Tarascon-sur-Ariège, Pamiers et le Boucau près Bayonne. Fn ou’tie, quelques papeteries, des marbreries, quelques ateliers de construction mécanique, deux ou trois filatures employaient un personnel relativement nombreux.
- 46* Armée. — 1" Semestre.
- Les populations semblaient réfractaires à l’installation , ^
- d’usines à production intensive, ou, du moins, se prêtaient avec peu dé bonne grâce,à leur développement.
- Cette répulsion des campagnes pyrénéennes pour l’industrie s’étâil affirmée au cours des âges. Les gîtes de fer du département de l’Ariège n’avaient jamais été mis en valeur avec métho te, et l’extraction du minerai de fer n’y dépassa jamais une cinquantaine de milliers de tonnes, bien que le sous-.>ml soit pavé d’hématites et de apathique. De même, les dépôts de plomb et de zinc de la Haute-Garonne et des Hautes^Pyrénées n’eussent accusé qu’un tonnage annuel de quelques milliers de tonnes sans les travaux d’une Société anglaise à Pierréfitte. Il faut, d’ailleurs, ob.'erver que l’insuffisance des moyens de transport d'ans la haute montagne, et la teneur souvent médiocre des sulfures ont contribué au'retard apporté à leur exploitation.
- Mais quelles raisons décisives pouvaient s’opposer à la création d’une, grande industrie textile dans les Pyrénées occidentales? Les peaux de mouton en provenance de l’Argentine, de l’Australie, du Cap sont délainées à Mazamet, dans le Tarn proche, avant d’aller alimenter les marchés de Roubaix, de Tourcoing, de la Belgique ou de l’Angleterre. Or, Mazamet est aux portes du Béarn et du Couserans!
- Les produits laiuiers transitent, par ailleurs, à Bordeaux ou Marseille, singulièrement plus éloignés du nord que des Pyrénées (65 088 tonnes sur un total de 270000). Enfin, l’Espagne voisine produit des laines estimées, qui s’entreposent à Bayonne.
- Il est également, facile d’importer par Bordeaux ou Bayonne des cotons bruts, du jute ou des lins russes. Cepéndant, Punique centre lainier des Pyrénées, Lavelanet— qui traite les laines d’effilochage plutôt que les laines-mères — avait conservé jusqu’en 1910 ses fabrications archaïques. Deux usines
- 26. — 401
- p.401 - vue 405/474
-
-
-
- 402 L’ÉVOLUTION INDUSTRIELLE DE LA RÉGION PYRÉNÉENNE
- seulement y avaient pu prospérer ; le res'e du tissage était assuré par des façonniers, qui louaient de la force et un métier dans des locaux préhistoriques, et y préparaient des draps pour les négociants ariégeois.
- La fabrication des papiers de chiffons, jadis florissante dans la vallée de la Nesté, a disparu, et seuls quelques bâtiments à demi écroulés en ont perpétué le souvenir.
- Les Pyrénées recèlent du talc dans l’Ariège et les‘Hautçs-Pyrénées, et le dépôt de Luzenac est aujourd’hui le principal producteur national de cette marchandise. Pourtant, jamais on n’a tenté d’instituer dans ces campagnes une industrie de la savonnerie, qui pouvait recevoir par Bordeaux des huiles coloniales et des Landes les colophanes indispensables à ses préparations.
- Il faut reconnaître, toutefois, que l’exemple de la région pré-pyrénéenne n’était pas pour encourager les populations ’ de la montagne à une évolution contraire à leurs traditions. Les Landais n’avaienf d’autre préoccupation que l’ex- ' ploitation de leurs pineraies; „ le viticulteur de l’Armagnac ne songeait qu’à la distillation des produits de ses vignobles; le Toulousain tendait à conserver à la cité de Clémence Isaure son caractère de Métropole intellectuelle et de marché de grains, et, de l’Aude aux confins du golfe du Lion, l’homme n’avait de regard que pour ses vignès, qui avaient fait sa fortune.
- On ne trouvait pas de capitaux dans les riches provinces de la plaine pour mettre en valeur les ressources industrielles du haut pays,^traité en parent pauvre. Il avait fallu qu’un ancien Alsacien, exilé de sa patrie, vînt installer une filature de coton à Mirepeix sur le gave de Pau, et, lorsque, ses affaires s’étant développées, il eut besoin de fonds pour agrandir ses usines, il fallut qu’il s’adressât aux bourses de Lorraine, les banques locales ne pouvant disposer en faveur de l’industrie des richesses de leurs clients.
- Or, par un revirement inattendu, voici que le Midi adore ce qu’il aurait brûlé. Voici que la région pyrénéenne se pose en concurrente du Dau-
- phiné, de ce Dauphiné qui a sauvé la France envahie avec sa production prodigieuse d’explosifs, son électro-métallurgie, et sa volonté que ne i'ebute aucun obstacle. La transformation en voie de réalisation surprendra tous ceux qui ont parcouru les dolentes campagnes du Gers, de la Haute-Garonne, les riantes vallées du pays de Tarbes et de la Bigorre, les sites variés du Saint-Gironnais et du Comté de Foix.
- Elle éiait, cependant, inéluctable, et les économistes l’avaient prophétisée avant la guerre. Les événements ont seulement précipité l’œuvre en gestation.
- Un certain nombre de circonstances devaient déterminer Pindustrialisation des Pyrénées centrales et occidentales. Tout d’abord, si le charbon leui fait défaut, s’il faut l’y importer d’Albi, de Car-
- maux, voire de l’étranger, à des prix prohibitifs pour la grande industrie, les Pyrénées peuvent fournir de l’énergie électrique en abondance, grâce aux inombra-bles chutes d’eau aménageables dans les vallées, et aux lacs multipliés, qui peuvent régulariser heureusement le débit des torrents et des gaves. Les Pyrénées pourraient fournir plus d’un million de chevaux. Or, en 1914, c’est à peine si la puissance installée atteignait 80000 chevaux. On pouvait donc attendre de l’aménagement méthodique des cours d’eau méridionaux « une force motrice eon>idérable et inépuisable, d’une adaptation facile et d’un bon .marché exceptionnel », pour employer les termes mêmes d’un rapport judicieux, naguère établi par la Chambre de Commerce de Tarbek.
- Mais les Pyrénées ne sont pas seulement une source incomparable d’énergie comme les Alpes Dauphinoises; le problème delà main-d’œuvre, qui se posera demain avec une acuité troublante, s’y trouve résolu dans la plus large mesure. Si les campagnes de l’Ariège, de la Haute-Garonne, des Basses et Hautes-Pyrénées n’accusent pas la densité des provinces flamandes, du moins la population y est assez nombreuse pour que, chaque année, la Bigorre, le Couserans, le Béarn envoient une partie de leurs enfants chercher fortune aux colonies et dans cette Amérique du Sud où nos paysans pyré-
- p.402 - vue 406/474
-
-
-
- L’ÉVOLUTION INDUSTRIELLE DE LA RÉGION PYRÉNÉENNE ------- 403
- néens ont été les plus hardis pionniers et les premiers pasteurs. L’émigration des montagnards pyrénéens est due non à leur esprit d’aventure, mais à l’impossibilité où ils ont été jusqu’alors-de gagner leur vie dans un pays médiocrement industriel et de culture restreinte. Cela est si vrai qu’ils se hâtent de regagner le village natal après avoir assuré leur avenir.
- La femme pyrénéenne peut, d’âutre part, rendre les plus précieux services à des industries nouvelles. Ses qualités» de discipline, de régularité, de sobriété, sa laborieuse persévérance,ses facultés d’assimilation ont été expérimentées déjà dans les quelques filatures et tissages, les industries électriques implantées avant U guerre dans la zone pyrénéenne.
- On a pu constater que le rendement des montagnardes du Midi dépassait de 20 à 40 pour 100 celui des femmes du Nord ou de l’Est pour un travail identique.
- Enfin, pour les gros travaux, il est loisible de recourir à la main-d’œuvre espagnole, qui sera de plus en plus abondante avec l’ouverture de nouvelles voies ferrées internationales.
- Les Pyrénées, hier mal pourvus de voies de communication, sont aujourd’hui plus favorisés, et demain ils seront particulièrement bien desservis. Bayonne, ; Bordeaux, Port-Vendres, Cette, Marseille, et, après l’inauguration de la ligne d’Ax à Puymaurens, Barcelone, les ravitailleront en laines, cotons, cuirs, bois, et pourront acheminer les produits fabriqués dans la Région au delà des mers. Des chemins de fer, qui eussent été achevés sans la guerre, troueront bientôt l’arête montagneuse au
- Somport et vers Puycerda ; Sarragosse et Barcelone seront aux portes de Toulouse, Pampelune à proximité de Pau.
- L’électrification de la ligne de Bayonne-à Toulouse accélérera les relations entre l’Océan et la métropole du pays pyrénéen, et de multiples rails électriques vont pénétrer sous peu jusqu’au fond des vallées les plus lointaines.
- Il était impossible, à une heure où le monde
- s’é\eille à une aurore nouvelle, dans cette France où la question du charbon angoisse l’industrie prévoyante et tandis que la mort fauche impitoyablement dans les rangs des travailleurs, que les exceptionnels avantages offerts par les Pyrénées n’attirassent pas l’attention de nos industriels avisés.
- Ce qu’il y a de plus remarquable dans l’œuvre en cours c’est moins son ampleur que la rapidité avec laquelle elle est exécutée.
- Il n’y a pas deux ans que le capital national s’est orienté vers la mise en valeur des Pyrénées, et déjà le bilan de son effort est impressionnant.
- Depuis 1915, 185000 chevaux y ont été réalisés ou sont en voie de réalisation, alors que moins de 100 000 avaient été aménagés avant le conflit. Plus de 150 millions ont été ou sont consacrés à cette révolution. S’il est vrai que 55 millions sont réservés à l’électrification des chemins de fer, 80 millions sont destinés à l'électrochimie, 25 à la distribution d’énergie, 10 à l’électrométallurgie. L’électrochimie occupe logiquement la première place, car elle escompte de la modernisation cde notre agriculture et de l’emploi raisonné des produits azotés un avenir brillant entre tous.
- Fig. 3. — Construction du barrage pour l’établissement de la conduite forcée de l'usine de Licq-Athérey (Basses-Pyrénées).
- p.403 - vue 407/474
-
-
-
- 404 ===== L'ÉVOLUTION INDUSTRIELLE DE LA RÉGION PYRÉNÉENNE
- Ainsi> en moins de huit mois, une puissante u«ine de 10 000 chevaux est sortie du sol à deux pas de Luchon, celle de la Pica-dère, sur la Pique, qui assurera un tonnage considérable de carbure de calcium et de la cyana-mide (20000 tonnes par an). En même temps, se construisait l’usine de Marignac sur la Garonne supérieure avec les mêmes destinations industrielles.
- Fig. 4' — Type des lacs pyrénéens : le lac d’Escoubous . (Hautes-Pyrénées)
- L’usine de boro-carbone de Mercus, qui utilise les eaux de i’Ariège entre Tarascon et Foix, a porté sa puissance de. 2400 à 4350 chev. et a' mis en service des fours de 10 tonnes à grand rendement.
- Dans les Hautes-Pyrénées, la puissance aménagée n’excédait pas 44000 chev. dont 30000 pour le Gave de Pau et ses affluents, 2000 pour l’Adour, 12 000 pour la Neste d’Aure, et encore la station de Soulom, de la Compagnie du Midi, absorbait-elle près de la moitié de la force (20 00'0 chev.). Or, la société de Penarroya, l’une des plus grandes sociétés de produits chimiques et minerais, vient d’étudier l’aménagement complet de la4 Neste jusqu’à son confluent avec l’Arreau ; elle a envisagé l’exécution de trois chutes, d’une puissance totale de 50000 chev., dont l’une, à Saint-Lâry, fournira 20000 chev. (170 m.) et a été entreprise dès l’été dernier.
- Une non moins considérable société, jusque-là exilée dans les brumes Scandinaves, la Société norvégienne de l’Azote, a commencé l’édification de deux siations, à Gèdre etluz, puissantes respectivement de 17000 et 15 000 chev. pour la mise en œuvre des brevets dont elle’ dispose.
- , Deux autres établissements hydroélectriques seront enlrepris sur les gaves de Gavarnie et d’Azuri (6900 et 1U600 chev.). Ainsi une centaine de milliers de chevaux seront réalisés dans les Hautes-Pyrénées avant 1920, en faveur de l’électrochimie. On prête, d’autre part, à la Société Méridionale (Aude), le projet de renforcer de
- 15 000 chev. sa chute d’Axat dans lè même but.
- L’él- cirométaPurgie pyrénéenne accuse une vitalité analogue. L’usine d’Auzat (Ariège), qui partage entre la fabrication de l’aluminium et celle des chlorates et du carbure de calcium toute son activiié, se dispose à accroître sa puissance de 4500 chenaux.
- L’électro-sidérurgie semble devoir fleurir dans I’Ariège. En effet, la Société métallurgique de I’Ariège, qui avait acquis déjà quatre usines hydrauliques, de 5300 chevaux au total, a récemment racheté les titres de la Société du Castelet, aux fins d’aménager la'chute du Nagear, affluent de I’Ariège supérieur, susceptible de donner 6000 <hevaux, et procède activement à l’éqni|ement de la chute de Las Mijort.es, près de Pamiers (2‘>00 HP). La Société ariégeoise pourra ainsi mettre à w dispoMlion de ses usines une puissance de 15 000 rhevaux. ,
- On voit même la métallurgie de l’Est s’intéresser à la région pyrénéenne. Les mines haut-marnaises de Sainte-Marie et Gravigny, de Saint-Dizier, ont récemment repris l’ancienne papeterie de Rebouc, abandonnée en 1888, pour y établir un ait lier de forges, auquel la Neste fournira la force.
- Enfin, un groupe anglais tout puissant, désireux de produire son aluminium, a mis la main sur des bauxites pyrénéennes, et n’e-t arrêté dans l’exécution de ses grandioses installations que par la difficulté dé réunir les 40 000 chevaux nécessaires à ses usines. <
- Parallèlement à cet effort direct des industriels, nous voyons la Société Pyrénéenne relier les lacs
- Fig. 5. — Pâturages et troupeaux pyrénéens.
- d’En Beys et Naguilhes, aux sources de l’Oriègè (Ariège), pour obtenir un supplément annuel de 20 millions de kilowatts-heure, afin de donner satisfaction aux demandes d’une clientèle toujours accrue. Car ce n’est pas seulement la grande industrie qui envahit les Pyrénées, la guerre a développé la moyenne et la petite industrie, et des ateliers nouveaux ont surgi dans les campagnes.
- p.404 - vue 408/474
-
-
-
- L’ÉVOLUTION INDUSTRIELLE DE LA RÉGION PYRÉNÉENNE 405
- Ce n’est plus uniquement la montagne qui se modernise, mais la plaine suit le mouvement. La cité de Clémence lsaure a perdu ses préventions. Elle serait fort marrie si la gigantesque poudrerie, créée de toutes pièces depuis 1914, ne devenait pas, comme on le lui a fait entrevoir, une fabrique colossale'd’engrais. Ses négociants, enrichis par les hostilités, se muent en industriels, et, de tous côtés, on réclame de la force.
- Les paysans ariégeois font entendre les mêmes revendications, et 1 Association économique de Foix propose d’élever le barrage de Cadeillou, sur le Touyré, près de Montftrrier, susceptible d’accroître le débit de la rivière qui alimente 72 petites usines, et de permettre l’édification d’une station hydroélectrique sérieuse.
- Le prochain épanouissement de l’industrie dans les vallées pyrénéennes a déterminé la Compagnie du Midi à hâter Té-leclriliration de son réseau.
- Les travaux de l’usine d’Kget sont activement poussés dans les Hautes-Pyrénées, tant pour l’aménagement d’un réservoir de6 millions de mi tres cubes, que pour l’utilisation des eaux de la Ncste de Couplan. La Compagnie étudie, avec le désir d’une prompte soluii.ori, rinstaÜ.ilion de trois usines nouvelles dans la vallée d’Os-au. Les chemins de fer bagues ont inauguré il y a 6 mois leur station dé Licq-Atherey (10U00 IIP).
- . De son côté, l’Etat a entrepris la’ réalisation de la chute d’Arreau, sur la INesle de Louron, de 10 £00 chevaux de force.
- Et nous ne .parlerons que pour mémoire des projets à l’éuide, portant sur 150 000 IIP.
- Seuls les départements extrêmes de 1a chaîne sont moins favorisés. I es Basses-Pyrénées n’accu-sent que 50000 IIP, les Pyrénées-Orientales 15000. Mais l’administration est sollicitée d’autoriser de nouveaux travaux en Cerdagne, et le
- pays basque élabore tout un plan d’installations.
- L’élan n’est, d’ailleurs, pas borné aux usines hydro-electriques. On s’est avisé que la houille blanche permettait de traiter par électrolyse ou au four électrique (procédé Cote et Pierron) les minerais de zinc à faible teneur, et d’obtenir le métal à bien meilleur compte qu’avec le procédé classique au charbon.
- Aussi voit-on la Société de Penarroya racheter les mines de Pierrefitte, qualifiées d’inexploitables par les Anglais qui les avaient abandonnées, les mines de la Gela et de la Chèze rendues aux ouvriers et préparant une exploitation méthodique, la mine de Mellès s’outillant pour les grandes
- productions,
- I es mines de Senlein et d’Au-lus sont l’objet d’une exploitation intensive.
- Les mines de manganèse de la vallée de Louron connaissent une nouvelle jeunesse. On s aperçoit que les gîtes de fer du pays basque recèlent de riches hématites.
- On entreprend leur extraction à Bügorry, demain à Baburet. Au centre de la chaîne, la minière de Roque-la u re accuse un tonnage supérieur à celui de tous les autres dépôts de l’A-riège réunis; on s’apprête à attaquer les magné-tiles de Puymorens enfoncées sous les neiges durant six mois.
- Une fièvre industrielle a gagné le midi français. Et, signe des temps, Toulouse revendique l’honneur d’être la métropole des forces naturelles des Pyrénées, tt proclame, au comité d’action économique de la 15e” région, que l industrialisation du midi doit se faire avec ses capitaux !
- Les Pyrénées n’auront bit ntôt plus rien à envier aux Alpes, et la France comptera une nouvelle capitale indu^trit lie : la ville des Capiiouls, vouee historiquement à l’art et au négoce, et transformée par les conquêtes de la science.
- Auguste Pawlowskjl
- Fig. 6, — La Garonne à Toulouse.
- p.405 - vue 409/474
-
-
-
- ——=^-..............
- PRINCIPES PHYSIOLOGIQUES DU RAVITAILLEMENT
- LE « JOUR DE FRANCE »
- Les questions de ravitaillement sont à l’ordre du jour. Après les longues discussions sur le pain, nous assistons aujourd’hui à celles relatives à la viande. Demain, d’autres surgiront, de plus en plus nombreuses jusqu’au retour à la vie normale.
- Les décrets et les arrêtés relatifs àTâlimentalion se multiplient. Nos murs sont maii.tenant couverts presque entièrement d’affiches blanches nous ordonnant des caries, des taxations, des distributions.
- Les mesures administratives se suivent, donnant parfois une impression d’incertitude, d’irréflexion même, d’autant plus fâcheuses que chacune se traduit presque toujours immédiatement par une hausse des cours.
- Certes, le problème est difficile qui consiste à nourrir une grande nation, en changeant le moins possible ses habitudes, quand toutes les denrées deviennent rares, les récoltes étant déficitaires, les importations diminuées.
- Mais faut-il alors agir selon les inspirations du moment, suivant les conseils plus ou moins désintéressés des uns et des autres, des producteurs ou des marchands, ou bien n’y a-t-il pas quelques principes directeurs très simples qui permettraient d’y voir plu> clair, de juger sainement et d’accorder à chaque aliment 1 importance qu'il mérite?
- Car ce n’est pas tout que de rationner ; il ne suffit pas, quand un produit manque, d’en limiter la consommation, de diminuer successivement notre part.de pain, de viande, de sucrer sans s’occuper de ce qu’il nous faut pour vivre, du minimum de nourriture nécessaire, delà valeur exacte de chaque aliment.
- A la fin de la quatrième année de guerre, on s’aperçoit que le ravitaillement a une base physid-logique. Les États alliés viennent de décider de la préciser et pour tout dire de faire l’unité alimentaire comm ils ont récemment fait l’unité de front. Quelle est la ration précise pour l’homme moyen de chaque pays, de chaque race? Quels sontlës besoins exacts de chaque nation? Quelles ressources trouve-t-elle sur son territoire? Que faut-il que les autres lui apportent?
- Par l’exaimn en commun de ces diverses questions, on peut améliorer beaucoup la situation de chacun et éviter à tous des mesures maladroites," inutiles, voire même dangereuses. «
- Un Comité interallié du llavitaillement vient donc d’être constitué qui réunit des physiologistes de chaque pays. Il a déjà tenu ses assises à Paris, puis à Rome; il continue actuellement son oeuvre a Londres.
- Juste à ce moment, voici que paraît une brochure (') d'un des meilleurs physiologistes français,
- •la Quelques principes physiologiques pour une politique deravitai Irnieul, par !.. Lapicque. 1 brochure, Masson et CJe, éditeurs, Paris; prix : 0 i'r. aO. ,
- d’un de ceux qu’ont le plus préorcupéles questions de nutrition, le professeur Lapicque, du Muséum d’histoire naturelle. Dans une conférence faite devant la Commission supérieure des Inventions, il a exposé les « principes physiologiques pour une politique de ravitaillement ».
- Le problème ne date pas d’atijoud’hui, puisque, dit M. Lapicque :
- « En 1791, dans un recueil imprimé par ordre de l’Assemblée Natio.nale, sous la direction de Lavoisier et les auspices de l’Académie des Sciences, Lagrange, le célèbre géomètre, publiait un travail intitulé Arithmétique politique sur les premiers besoins intérieurs de la République. Mais il ne pouvait pas, à cette époque, arriver-à une solution précise; ainsi, il se demande en vain selon quelle équivalence compter les légumes et les fruits*. « Le « prix qu’on les paye, dit-il, n’est pas la mesure « de leur valeur alimentaire, la gourmandise y « prend trop de part. »
- « La physiologie peut fournir la réponse aujourd’hui; nous avons une mesure extrêmement simple et nette delà valeur alimentaire de tous les aliments, quels qu’ils soient, et réciproquement la même mesure permet d’exprimer le besoin de nourriture. C’est l'énergie empruntée aux aliments qui constitue cette commune mesure. »
- On a beaucoup parlé en ces dernières années des besoins spéciaux d’albumine; on a moi tré qu’il fallait fournir à l’être vivant des albumines très variées pour satisfaire à tous ses besoins, on a découvert les maladies par carence. Il semblerait donc que la notion de l’énergie soit à elle seule trop simpliste.
- Mais il y à loin de la curiosité théorique aux nécessités pratiques. Autant il est intéressant pour la recherché pure d’analy.-er de plus en plus finement les phénomènes, d’en connaître de mieux en mieux les mécanismes par des expériences bien définies et par cela même dans des conditions de laboratoire, c’est-à-dire quelque peu artifi.ielles, autant il importe peu de s’attacher à ces détails si l’observation banale, traditionnelle, a montré que les conditions de ces expériences ne risquent jamais de se présenter dans la pratique. Or, on sait combien les carences sont difficiles à réaliser au laboratoire et notre alimentation très variée nous en préserve à coup sûr.
- Pour envisager d’ensemble et de haut le problème . de notre ravitaillement, il suffit donc de s’en tenir à la notion de l’énergie que nous fournissent nos aliments.
- « Cette considération de l’énergie, dit M. Lapicque, comme unique grandeur à faire entrer pratiquement en ligne de compte, est une conquête relativement récenie de la physiologie. Après avoir donné lieu, depuis vingt-cinq ans, à de très vives
- p.406 - vue 410/474
-
-
-
- PRINCIPES PHYSIOLOGIQUES DU RAVITAILLEMENT
- discussions, elle ne rencontre plus aujourd’hui, je crois, un seul opposant.
- « Proposée par ltubner, sous le nom de « loi de l'isodynamie » (c’est-à-dire que les aliments peuvent se remplacer les uns par les autres, dans la mesure où ils fournissent une égale quantité d'énergie), cette théorie a été entièrement confirmée par les expériences les plus précises, notamment par les fameuses recherches d’Atwater.
- « Uu homme était enfermé pendant plusieurs jours consécutifs dans une chambre spéciale permettant de mesurer toute la chaleur dégagée, et en même temps les échanges gazeux de la respiration. Tous les aliments et tous les excréta étaient analysés. C’était comme une petite-usine avec une vingtaine de personnes constamment occupées chacune à suivre un point de l’expérience. On a pu ainsi établir un bilan complet de la vie considérée comme phénomène chimique et mécanique. Le résultat a été la vérification parfaite du point de vue de Lavoisier, développé durant un siècle par la physiologie française, et finalement ramené par Berthelot à la forme rigoureuse d’une série de théorèmes, à savoir que la vie est une combustion et que les lois de la chimie s’appliquent intégralement à l’organisme vivant. Les transformations de nos aliments dans notre corps y dégagent exactement la même quantité de chaleur que lorsqu’ils passent dans un appareil de laboratoire du même état initial au même état final. Nous pouvons donc, en toute sécurité, partir de mesures effectuées sur nos aliments dans la bombe calorimétrique et conclure à l’ém-rgie qu’ils peuvent nous fournir. »
- Or, quels sont les besoins d’énergie d’un homme moyen? Sont-ils les mêmes pour les diverses ra es qui combattent actuellement contre les Empires centraux?
- Qu'il s’agisse des Français, des Anglais, des Allemands, ou même d’hommes aussi différents que les Japonais, les mesures faites dans les divers pays ont montré que les besoins alimentaires sont partout sensiblement les mêmes et qu’ils oscillent peu autour de 2400 calories pour un homme adulte vivant sous un climat tempéré, menant une existence active mais sans travail de force. Si l'homme produit un travail mécanique important, forgeron, terrassier, coltineur, etc., ce chiffre augmente notablement; il s’élèvera facilement à 4000 et atteindra même parfois 5000. Mais, d’autre part, dans une population, il y a des femmes, de§ vieillards et des enfants, dont la dépense énergé ique est moindre. Il est possible, à la rigueur, de réduire l’apport quotidien jusqu’à 1600 calories; mais si cela suffit pour ne pas mourir, cela ne suffit pas pour vivre réellement. C’est le chiffre minimum auquel pourrait se rationner la garnison d’une forteresse assiégée ou l’équipage d’un vaisseau naufragé. Four une nation qui veut continuer son existence normale, il faut compter 2400 à 2500 calories pour la moyenne de la population.
- 407
- Pour passer de l’individu à la nation, il n’y a qu’à multiplier par le chiffre de la population. Ce chiffre est actuellement difficile à connaître. Supposant que les étrangers et les réfugiés compensent la diminution de territoire et les excédents de morts, on peut admettre qu’il est égal pour la France, à celui d’avant la guerre, 59 600000, soit, en nombre rond, 40 millions d’individus.
- 40 millions multipliés par 2500, cela fait 100 milliards. 100 milliards de calories, telle est, en première approximation, la nourriture néces-, saire à la France pour vivre un jour. Le professeur Lapicque propose pour cette unité un mot heureux :
- « le Jour de France ».
- Comme on le voit, la base du ravitaillement ne doit pas être cherchée dans la valeur argent, ainsi qu’on le croit trop souvent, mais bien dans la valeur énergétique. Ce qu’il nous faut ce sont des calories, exclusivement des calories. On pourra bien entendu chercher à les avoir au meilleur compte, mais avant tout, pour vivre normalement il faut nous les procurer.
- Où trouver ces 100 milliards de calories quolU diennes irréductibles? Que va fournir à ce besoin chaque catégorie d’aliments? Où trouver chaque jour de France? Et comment suppléer à- la pénurie de l’une des denrées habituelles?
- Nous ne répéterons pas ici les données élémen-' taires sur la valeur .énergétique des aliments. On sait que tous contiennent : des déchets (os, épluchures, coquilles, noyaux, etc.) que nous ne mangeons pas; de l’eau, souvent très abondante et des sels minéraux, que nous absorbons mais qui ne nous donnent aucune force ; enfin,des hydrates de carbone (sucres, amidon), des graisses et des albumines qui sont les véritables aliments, les aliments nets.
- Chaque gramme d’hydrate de carbone ou d’albumine nous fournit 4 calories, chaque gramme de grabse 9. * '
- Des tableaux, souvent publiés, basés sur de nombreuses analyses, donnent pour chaque aliment, tel qu’on l’achète, le pourcentage des déchets, de l’eau, des matières utilisables, si bien que l’on sait très exactement pour chacun d’eux sa puissance alimentaire. Par exemple un kilog d’huile nous fournil 9000 calories, un kilog de sucre 4000, un kilog de pain 2600, un kilog de légumes verts ou de fruits quelques centaines seulement.
- On voit que le poids qu’on achète n’a aucun rapport non plus avec la nourriture réellement fournie. *
- Certes, pour un ministre du ravitaillement, il y aura bien à s’occuper du prix des denrées pour empêcher l’augmentation excessive du coût de la vie, de leur poidfe pour faciliter les transports, mais la question fondamentale reste toujours celle des calories.
- Voyons avec le professeur Lapicque ce que chaque produit alimentaire nous apporte à ce pômt
- p.407 - vue 411/474
-
-
-
- PRINCIPES PHYSIOLOGIQUES DU RAVITAILLEMENT
- 408
- de vue, et prenons pour base de cet examen la Statistique Agricole de la France publiée par le Ministère de l’Agriculture. Les derniers chiffres publiés se rapportent à 1915, année franchement déficitaire.
- « A tout seigneur, tout honneur! commençons par le froment.
- « En 1915 : Production, 60 misions de quintaux. Nécessaires aux semences, 5 millions.' Disponibles pour la consommation, 55 millions.
- « Valeur alimentaire du gramme de blé pour l’homme, si vous le consommions en totalité' : 3 Cal. 3.
- a 11 n’est pas question, en France, de consommer le blé en lotalilé, mais il n’est pas dépourvu d'intérêt de chiffrer combien de nourriture représenterait, ainsi' considérée, la moisson de 1915 :
- 55x3,3= 181 « Jours de France ».
- « Soit sensiblement la moitié de l’année, la moitié de la nourriture nécessaire à la France pour vivre un an. *
- a Mais, en fait, du blé total on extrait une certaine proportion de farine (taux d’exirai tio ) dont on a rejeté une certaine proportion de son (taux de blutage). La farine, ainsi débarrassée de tout ou partie de l'enveloppe indigestib'e du b'é, pré-ente une valeur nutritive plus élevée, soit 3 Cal. 6 par gramme pour la farine blanche.
- « Si on veut avoir de la farine lout à fait blan< he, les procédés de la meunerie la plus perfectionnée ne permettent pas de déparer une extraction de 66 pour 100. Mais à 70 pour 100 on a encore de la farine presque blanche.
- A ce taux, on aura en farine à 3 Cal. 6 pâr gramme, les 70 centièmes de la quantité de blé :
- 55x0,70x3,6=138 «Jours de France ».
- a Par rapport à la consommation du blé en totalité, nous avons donc abandonné, pour avoir du pain blanc, 43 jours, 6 semaines, de ravitaillement exclusif en pain. Si nous admettons que le pain fait la moitié de la ration journalière, c’est deux mois et demi à rattraper pour la soudure.
- « Mais,' en deçà de l'extraction à 100 pour 100, que je me garderai bien de recomman 1er (nous n’en sommes pas là; les Allemands eux-mèmes n'extraient qu’à 94 pour 100), il y a bien des nuances. •»
- « Èn passant de 70 à 80, le pain devient un peu bis, la valeur alimentai: e de la farine ne baisse pas du tout (si même elle n’augmente légèrement); en passant de 70 à 85 (avec de bons moulins bien réglés dans ee but), la valeur alimentaire de la farine ne subit qu’une déprécia ion insensible, au sens strict du terme-Nous pouvons donc, ju-qu’à 85-, compter toutes les farines avec la même valeur.
- « Voici alors ce que donnent les extractions à 80 et 85 :
- 55x0 80x3.6 = 158 jours.
- 55 X 0,85 x 3,6 = 168 jours.
- « Le blutage à 85 perd seulement 15 jours sur
- la consommation du blé complet; cette perte est bien payée par la différence de qualité.
- « Il donne, 30 jours de plus que le blutage à 70, un moi' de ravitaillement exclusif; pratiquement, deux mois de pain 1
- « La différence avec le blutage à 80 est encore de 10 jours, soit trois semaines de pain effectif. Au moment de la soudure, c’est énorme, trois semaines 1
- « On voit bien l’importance que prennent les questions de blutage. Et les calculs ci-dessus portent sur un chiffre très déficitaire. La consommation considérée comme normale n’est pas de 55, mais de 90 millions de quintaux. Les différences que nous examinons étant proporlionm lies à ces chiffres, il y aurait lieu de les augmenter de moitié.
- « Les petites céréales, comprises aujourd’hui sous l’ctiquetle de *uccéianés, quand on envisage leur emploi dans le pain en remplacement d’une ceriaine proportion de farine de froment, n’atlei-gnent ememb e qu’un tiers de la valeur du blé, soit l’ordre de grandeur des questions de blutage pour ce grain piimordial.
- « Leur valeur a’imentaire est connue avec moins de précision; on peut, en bloc, leur attributr provisoirement une valeur totale de 3 calories. v
- « Les quantités portées pour 1915 sont : seigle, 8 millions de quimaux ; méleil, I million; orge, 6 millions; sarrasin, 4 millions; mais, 4 millions. Dans l'ensemble (en négligeant de menues récoltes comme le millet), 23 millions de quintaux. D’où il faut bien retrancher 5 millions pour b s semences et le blutage. Lestent 18 mibions x3 = 34 jours.
- « Les légumes secs ne sont produits chez nous qu’en petite quantité ; 1,4 million de quintaux pour les haricots secs; 1 million de quintaux pour les pois, les fèves et les féveroles réunis. A 3.3 calories par gramme (valeur approximative), on a, au total, 8 jours.
- « Les pommes de terre sont portées pour 94 millions de. quintaux; semences déduites, restent 85 millions pour la consommation. Valeur alimentaire, 0,7 Calorie seulement (en rai>on de la proportion d'eau) : 85x0,7 = 60 jours.
- « 13 millions de quintaux de topinambours à 0,6 Calorie font 8 jours.
- « Il millions de quintaux de betterave à sucre fourniss nt, en sucre (à 12 pour 100). 5 jours. Ici, il faut souligner, par parenhèse, un déti. ît extraordinaire par rapport à la production normale qui atteint 70 milieu'. La plupart de nos terrains à betterave >ont dans la zone de guerre, ou occupés par l’ennemi. En temps normal, noire sucre, qui est encore loin d être négligeable, fournirait à lui seul plus d’un mois de vivres.
- 2 million' de qui taux de châtaignes, à 1,5 Calorie, font 3 jours.
- « Les noix avec I demi-million de quintaux seulement, niais d'une \aleur relativement trè- élevée, 3,5 calories par gramme, en raison de leur teneur en graisse, font près de 2 jours.
- p.408 - vue 412/474
-
-
-
- PRINCIPES PHYSIOLOGIQUES DU RAVITAILLEMENT
- 409
- « En passant, je note que pour ces deux fruits, les récoltes, il y a trente ans, atteignaient plus du double, et se sont réduites progressivement. Il y a lieu actuellement de le regretter.
- « Les graines et fruits proprement oléagineux, colza, navette, œillette, olives, font environ 5 jours, dont 2 pour les olives seules.
- « Nous n’avons pas encore fini avec nos aliments d’origine ve'gétale. 11 nous manque les légumes frais et les fruits.
- a Pour l’ensemble de la France, la Statistique nous fait ici défaut. Mais nous y trouvons les arrivages aux Halles centrales de Paris. L’indication est assez peu précise, car il y a d’autres arrivages et, en sens inverse, une partie de la banlieue s’approvisionne aux Halles. Couine la statistique de la viande nous fait aussi défaut pour la France, et que la consommation de la viande à Paris est donnée dans son ensemble, comme je n’ai également que pour Paris des chiffres relatifs aux œufs, aux poissons et à la volaille, nous allons prendre provi-
- ties des abattoirs, soit entrées par les ports et chemins de fer, se sont montées en 1915 à 140 000 t. Une moyenne très générale, établie sur les diverses viandes, et en fai>ant la déduction des déchets, s’établit, pour la valeur alimentaire du gramme de viande vendue en boucherie, à 2,2 Cdories. Multipliée par 140 milliards de grammes, celle va'eur donne au total 310 milliards de Calories. En divisant par 7, on obt ent 45 jours. Pour une grande ville, ou la viande joue dans l’alimentation un rôle plus important qu’ailleurs, on voit que ce rôle effectif est encore bien peu de chose par rapport à l’ensemble un mois et demi sur une année entière.
- « Les autres nourritures animales donnent encore des chtffres plus surprenants par leur petitesse.
- « 15 000 t. de volailles, auxquelles on ne peut attribuer plus de l Calorie utile par gramme, cela fait 15 milliards de Calories, soit seulement 2 jours. 11 000 t. d’œufs, à 1,5 Calorie par gramme, 17 milliards de calories, 2 jours 1/2.
- Viennent enfin 25 000 t. de poissons divers : la valeur énergétique de la chair de poisson est particulièrement faitde, et le poisson comporte d'abondants déchets; la moyenne, entre des valeurs assez
- Pommes de terre
- Légumes trais
- Fruits Lait Viande Betteraves
- Légumes secs
- Œufs
- ri | Poissons t/o/ailtes
- ta&k—'
- ô 24 42 40
- La consommation quotidienne de la France.
- soirement pour unité la « Journée de Paris ».
- « 2 800 0Q0 habitants à 2500 Calories par tête et par jour, font un besoin alimentaire de 7 mil-* liards de,Calories.
- « Il a été apporté aux Halles, en 1915, 22000 t. de légumes frais; la valeur alimentaire moyenne nette ne peut pas être fixée à plus de 0,3 Calorie, de sorte que celte grande masse de denrées donne seulement 0.6 milliards de Calories : sensiblement
- 1 « Jour de Paris ». ‘
- « 18 000 t. de fruits: à 0.6 Calorie font H milliards de Colories, soit environ 1 jour 1/2.
- « La réunion de ces deux articles fait ainsi
- 2 jours _1/2 seulement, de sorte que l’erreur pos-
- sible, même si elle est relativement forte, n*aura jamais grande importance sur l’ensemble du tableau de ravitaillement que nous sommes en train de construire. .
- « Passons maintenant aux aliments d’origine animale.
- « Les viandes de toute espèce réunies, soit sor-
- variables, mais toujours au-dessous de 1 Calorie, s’établit, je pense, à environ 0,6 Calorie par gramme.
- a Ce qui nous donne 15 milliards de calories, soit 2 jours de vivres.
- « Reste une dernière matière alimentaire, beaucoup plus importante, le lait. La statistique ne nous fournit malheureusement rien sur ce chapitre. Mais la production annuelle normale (pour la France entière) peut être évaluée à 8 milliards de lilrt-s. Actuel ement elle est moindre. Quoi qù’on en ait dit, je ne crois pas que notre du pi* 1 I ovin présente une diminution notable comme nombre de tètes, mais il y a une plus forte proportion de jeunes bêtes qui ne donnent pas encore de lait. Avec une certaine marge d’aibilraire, nous estimerons la production actuelle à 6 milliards de litres; le litre de lait donne environ 700 calories. Cela fait 42 centaines de milliards de calories, 42 jours de France ». ’
- Résumons toutes ces données en un tableau qui
- p.409 - vue 413/474
-
-
-
- COMMENT AUGMENTER LA PORTEE DES CANONS
- 410
- fera mieux, ressortir "l’importance des divers aliments et traduisons-le en une figure encore plus parlante (fig. 1).
- Ressources du pays en jours de vivres :
- Aliments végétaux.
- Froment (à 85 pour 100)........... 168 jours.
- Autres céréales ...................... 54 —
- Pommes de terre . .................... 60 —
- Légumes secs........................... 8 —
- Légumes divers et fruits (y compris
- betterave à sucre)................. 21 —
- Total pour les aliments végétaux. 514 jours. Aliments animaux.
- Lait.......................... 42 jours.
- Viande. .............................. 40 —
- Œufs, poisson, volaille................ 6 -—
- Total .... 88 jours.
- Il suffit de regarder un instant les chiffres ci-dessus pour juger sainement du bien des questions actuè+les.
- Voici par exemple la question du blutage de la farine. Que n’a t on pas dit contre l’extractmn à 85 pour 100, même dans les cercles les plus techniques. Et cependant, le passage de 80 à 85 suffit à nous donner 10 jours de France!
- En ce moment, on parle d’intensifier la pêche et de remplacer la viande par le poisson. Mais toutes les pêches les plus miraculeuses ne nous donneraient que quelques heures de nourriture!
- Faut-il développer la culture des légumes verts? Le résultat sera à peu près nul et nous n’y gagnerons au plus que quelques minutes de France.
- On voit comme les données physiologiques,
- mises sous un jour si simple par M. Lapicque, éclairent la question du ravitaillement. Elles permettent de juger immédiatement dé la valeur de nos efforts et par suite d’abandonner les moins fructueux pour consacrer toute l’activité dont nous disposons à ceux qui nous fourniront le plus de nourriture.
- Une autre constatation se dégage du tableau précédent, sur laquelle il nous faut dire un mot, en terminant.
- 1915 fut une année déficitaire; il nous fallut beaucoup importer pour manger à notre faim. Et cependant, quand on additionne les 314 jours de vivres végétaux et les 88 de vivres animaux, cela fait un total de 402 jours. Comment manquâmes-nous de nourriture, quand notre sol en fournit 402 jours en une année?.Ce paradoxe nous donne la preuve et mesure la grandeur de notre gaspillage. Si nous n’eûmes pas assez avec 402 jours de vivres, cela tient à ce que nous en perdons par noire faute, que nous en gâchons, et surtout que, pour conserver notre troupeau, pour faire de la viande qui se vend si cher, nous donnons au bétail de la nourriture d’homme, du lait, des pommes de terre, des céréales, voire même du blé.
- Quand les ressources du pays sont si justes, qu’il faut compter à un jour près, c’est là une pratique certainement condamnable.
- « Don’t wa>te the food; food will win the war » répètent les Américains sur toutes leurs enveloppes postales. Répétons avec eux : « Ne gaspillez pas la nourriture; elle gagnera la guerre ». Et dirigeons nos efforts de production au mieux en nous guidant avant tout par les vérités physiologiques.
- Damel Claude.
- COMMENT AUGMENTER LA PORTÉE DES CANONS
- La seconde série de bombardements par canon auquel Paris a été soumis a rappelé l’attention sur un sujet qui semnlait épuisé et dont on s’était vite désintéressé dans le public après la destruction des pièces du Lyonnais. La Nature a déjà exposé les notions élémentaires du tir à longue portée et énoncé quelques-unes des hypothèses et des moyens possibles que l’on peut mettre en œuvre pour arriver à augmenter le rayon d’action des canons. C’est de ces moyens dont nous voudrions parler plus en détaiL aujourd’hui. Nous éviterons de donner, même succinctement, des indications sur les re-, cherches actuellement poursuivies par nos services techniques, tirés de leur somnolence et stimulés par le succès incontestable des artilleurs boches, mais il a été envisagé des hypothèses, dont certaines mêmes ne sont que la résurrection de très vieilles conceptions, qui méritent d’être examinées avec quelques détails.
- L’un des plus anciens procédés suggérés est celui
- de Lyman qui en 1880%breveta un « canon accéléré » à l’aide duquel il pensait obtenir une vitesse considérable permettant d’augmenter la puissance du projectile dans de grandes limites. A celte époque, les poudres progressives étaient encore inconnues et l’état de la métallurgie ne permettait pas d’envisager des taux du travail du métal aussi élevés qu’à l’heure actuelle. Pour obtenir une grande vitesse centrale du projectile, on sait qu’il est nécessaire de réaliser une pression très élevée à l’intérieur de l’âme du canon. Mais sitôt que l’obus commence à se déplacer dans le„tube, la pression baisse très rapidement pour ne plus être, à la bouche de la pièce, qu’une fraction minime de celle régnant au début. Il en résulte donc une diminution de la force de propulsion dont la valeur maxima a lieu sensiblement à l’instant initial. La figure 1 montre l’allure de la distribution des pressions à l’intérieur de 1 âme d’un canon, dans le cas où la charge est la poudre noire, à combustion
- p.410 - vue 414/474
-
-
-
- COMMENT AUGMENTER LA PORTEE DES CANONS
- 41 1
- presque instantanée, et dans celui où l’on emploie une poudre dite progressive. Dans1 ce dernier cas, comme il est facile de s’en rendre compte, la pression maxima est beaucoup moins élevée, mais au lieu de diminuer instantanément, comme lorsqu’il s’agit de la poudre noire, elle se maintient pendant tout le temps que met la poudre à brûler et finalement l’énergie communiquée au projeclile est plus grande. Mais quoi qu’il en soit, dans les deux cas pendant une notable partie du trajet la pression de la poudre et par suite la force agissant sur le projectile sont relativement faibles. Lyman a cherché à remédier à cet inconvénient à l’aide d’un canon à charge multiple dont la figure 2 montre bien le principe : au fur le projectile avance dans l'âme,
- Fig. i. — La courbe des pressions dans l’âme d’un canon chargé à poudre noire ou à poudre progressive.
- et à mesure que il démasque des
- Fig. 2. — Le canon Lyman à chambres de poudre multiples.
- poches à poudre qui s’enflamment et lui redonnent une nouvelle force vive.
- Lyman et Has-kell espéraient atteindre la vitesse considérable pour l’époque de 1300 m. par seconde,
- mais les essais ne confirmèrent pas leurs espérances et ils ne [turent obtenir une vitesse supérieure à 500 m. par seconde en brûlant 40 kg de poudre. Leur conception était cependant logique et leurs insuccès peuvent être attribués; soit à l’irrégula-
- rité de combustion des poudres employées, soit à la longueur du canon insuffisante pour profiter totalement du bénéfice de leur dispositif.
- Sans se décourager, dier à la première
- Lyman chercha à remède ces causes, la seconde étant surtout d’ordre métallurgique, la construction d’un canon très long étant encore, meme
- à l’heure actuelle, un problème difficile, et en 1885 il fit breveter une cartouche, très analogue comme conception primitive aux gar-gousses actuelles de nos canons de gros calibre.
- La figure 3 montre le principe de l’invention : la poudre est introduite dans la cartouche à l’état plastique et ensuite percée de trous comme l’indique le croquis. La mise de feu s’effectue par un tube central et la poudre s’enflamme suivant la surface intérieure de tous les trous. Cette surface est relativement petite à l’instant initial et la pression peu élevée, mais au fur et à mesure de la combu tion, le diamètre des < ylindres en ignition augmente, et par suite leur surface; la quantité de poudre qui brûle dans le même temps étant plus grand, la pression sur le projectile croît 1 constamment. Le problème consiste alors simplement à régler le nombre et le diamètre des canaux pour que la totalité de la charge soit brûlée avant que le projectile en quille le canon. Ce mode d’agglomération de la poudre est celui auquel on s’est arrêté dans les pièces de canon modernes chargées non plus avec la poudre noire
- mais avec une poudre colloïdale facile à mouler. Pour les grosses pièces de marine par exemple, les « grains » de poudre sont des prismes hexagonaux de 2 centimètres de côté environ, 2 centimètres de haut et percés d’un trou central. Quittons maintenant la partie historique de la question et venons-en à l’examen des systèmes possibles que les Allemands pourraient employer pour lancer leurs obus à 120 km. Nous suivrons dans
- Fig. 3. — La cartouche perforée Lyman Haskill..
- p.411 - vue 415/474
-
-
-
- 412
- COMMENT AUGMENTER LA PORTÉE DES CANONS
- Imzê
- c
- 8
- cette étude notre confrère du Scienlific American, M. B. Walker, afin que la censure ne nous soit pas trop cruelle.
- Trois hypothèses ont été émises : l’obus multiple, ou obus gigogne dont la figure 4 montre^ la constitution théorique et la trajectoire... supposée; un canon tirant un obus « sous-ealibré h, enfin un canon ordinaire mais dont la chambre à poudre et l’âme très supérieures à
- S
- * !
- ^ I
- Fig.
- L'obus « gigogne » et sa trajectoire supposée.
- dimensions
- ordinaires.
- auraient des celles des canons Que faul-il penser de « l’obus gigogne » à 3 ou 4 détentes successives?
- Bien de bon en définitive et voici pourquoi.
- Le projectile est supposé fonctionner de la manii're suivante : le canon lance l’ensemble du système qui arrivé au point P de sa trajectoire, par su te du fonctionnement d’une fusée à retard, allume une charge contenue dans l'espace A. L’obus ext rieur fonctionne alors comme un petit mortier et projette le groupe B, C, D, lui communiquant une vitesse supplémentaire qui lui permet d’atteindre un point P', à ce moment le même phénomène se reproduit ; l’obus B expulse l’ensemble CD qui monte alors jusqu’en P2 et finalem' nt le projectile I) proprement dit chargé d’explosif continue seul sa route et vient frapper le but À. C’est, appliqué à Part de tirer, l’un des nombreux procédés préconisés par Cyrano de Bergerac pour s’élever dans la lune. Heureusement que, le résultat n’est pas douteux-. Sans même se demander comment une série de fusées pourrait être réalisée suffisamment précise pour fonjtiouner exactement à des altitudes voisines de 20 ou 30 km, il suffit de réfléchir aux mouvements parasites qui agissent sur un obus, c’est-à-dire un corps se déplaçant à grande vitesse dans un milieu résistant et animé d’un mouvement de rotation extrêmement rapide autour de son axe. Si nos h cleurs veulent bien se reporter à La Nature n06 2296 et 2299, iis comprendront facile-
- Fig. 5.
- La résistance de l'air sur l'obus aune résultante R inclinée sur l’axe.
- Fig. 6— La courbe festonnée que décrit la pointe de l’ogive.
- ment que ce projectile fonctionnera comme un gyroscope et que par suite il sera animé d’une série
- de mouvements propres venant perturber sa trajectoire.
- Parmi ceux-ci le plus important dans Je cas qui nous occupe est le mouvement de précession dû à l’action de la résistance de l'air sur l'ogive du projectile. Nous avons exposé ici même1 que lorsqu’une force
- extérieure agit sur un gyroscope, c’est-à-dire un corps en rotation rapide autour d’un axe, il en résulte un mouvement appelé précession de l’axe, qui décrit un cône aulour de sa position normale.
- Or, l'air qui frappe un projectile en mouvement a, à un instant donné, une récitante R, dirigée par exemple comme l’indique la figure 5. Cette force ne passe pas par le centre de gravité de. l’obus et elle crée un couple de faible moment. Comme le projectile est animé d'une rotation rapide, il en résulte un mouvement de précession qui tend à le faire tourner autour d’un axe payant par son centre de gravité et pirallèle à la force. Mais sitôt que ce mouvement s’est amorcé, la direction de la poussée de l'air change, et la précession se produit autour d’un axe différent. Far suite l’obus sera animé d’une série de mouvements d’oscillation et décrira dans l’espace une suite de festons dont l'enveloppe est la ligne idéale qui constitue sa trajectoire.
- La figure 6 montre schématiquement l’allure du trajet d'un projectile dans l'air.
- On comprend facilement alors que l’obus « gigogne » dont le fonctionnement est indépendant de l’orientation de l’obus au moment où il expulse ses projectiles successifs aurait un tir dune imprécision telle que son emploi est pratiquement impossible, même lorsque le but à atteindre a les dimen-ions d’une ville comme Faris. Restent donc deux autres procédés. C’est Hudson 1. La Nature, N« 2296.
- p.412 - vue 416/474
-
-
-
- COMMENT AUGMENTER LA PORTÉE DES CANONS =:=£=_- 413
- Maxim qui émit le premier l’hypothèse de l’existence d’une pièce boche tirant un obus « sous-calibré ».
- Prenons par exemple un obusier de 380 capable de communiquer à un obus de 1000 kg une vitesse initiale de 600 m. à la seconde et <har-geons-le avec un projectile de diamètre moitié portant à sa base un cône de raccordement amovible comme celui indiqué succinctement sur la figure 7.
- Le poids de cet obus étant environ le quart de celui de l'obus normal tiré par le canon, la vitesse que lui communique la même charge de poudre sera beaucoup plus considérable, de 2000 m. par exemple... à condition que l'on ait pu réaliser une poudre brûlant 4 fois plus vite que la poudre précédemment employée. On peut concevoir l'obus comme muni à l'arrière d’un cône en 4 morceaux, destiné à recevoir la poussée des gaz, et à l avant d’un anneau de forcement également en plusieurs segments, les diverses parties de ces pièces abandonnant l’obus à la sortie du canon sitôt què celui-ci ne les maintient plus en position. Admettons que le projectile puisse être réalisé, il faudra donc mettre au point
- tirant le nouveau projectile et de plus la longueur du canon, qui permet l’utilisation maxima de la puissance de la poudre, et que l’on exprime en « calibres », peut atteindre facilement un chiffre élevé.
- Prenons un cas concret. Un canon de marine Krupp du modèle le plus récent destiné à armer les
- plus gros vaisseaux de la flotte enfouie dans le canal de Kiel, un 580 a une longueur de 50 calibres, soit 19 m. Si nous introduisons, nous allons dire comment, un tube à l’intérieur réduisant le calibre à 120 par exemple, le rapport au nou-' veau calibre . de la même longueur de 19 m., est voisin de 150. La chambre à poudre étant restée invariable, l’action exercée par les gaz est plus énergique sur le nouveau projectile et sa vitesse initiale très élevée.
- Le tubage s’effectue sans difficulté par frettage. Tout le canon est chauffé, il se dilate; à ce moment on introduit à l’intérieur un tube froid. Quand la température du canon s’abaisse, il se rétrécit-, et vient énergiquement bloquer le tube intérieur qu’il n’y a plus qu’à aléser et rayer comme un tube canon
- dans le canon; 2. L’obus à la sortie dit canon se séparant de ses parties .mobiles; 3. JJ obus muni de ses dispositifs spèciaux.
- cf’sprès Sc/'enh'f'c yfmer/can
- Fig. 8. — Le canon retubé sur une partie de sa longueur, réalisant ainsi un nouveau canon à très grande chambre à poudre et grande longueur en calibres.
- la poudre, et rien ne dit qu’à ce moment le canon lui-même pourra être employé.
- La solution la plus vraisemblable, et c’est la dernière que nous examinerons, est icelle d'un canon retubé intérieurement sur toute la longueur de l’âme, comme l’indique théoriquement la figuré 8. Dans ces conditions, la chambre de combustion, qui est crlie du canon primitif, a de grandes dimensions par rapport à celle d’un canon
- ordinaire. Tout en atteignant a:nsi >le résultat balistique cheiché, omaugmente la solidité de l’en-gin qui peut alors résister à des pressions internes beaucoup plus élevées. Cette réalisation très simple est sans doute très proche de la vérité. Le canon mystérieux, œuvre démoniaque de quelque génie barbare, la pièce colossale, le monstre d’Apocalypse disparaît et il ne reste qu’un très banal engin de meurtre et d’assassinat. H. Volta.
- p.413 - vue 417/474
-
-
-
- —-.......- ===============
- LES LABORATOIRES QUI VEILLENT, AUX ARMÉES,
- SUR LA SANTÉ DE NOS TROUPES
- Cette guerre qui dépasse de mille façons toutes les guerres ayant jusqua présent ensanglanté notre monde, n’aura,pas connu les hécatombes dues aux maladies.
- Jadis, au contraire, la compagne habituelle des guerres c’était la peste, et l’on désignait, sous ce terme peu rassurant, des maux de nature diverse mais également très dangereux.
- Il était à pareil état de choses de fort nombreuses .causes. L’hygiène faisait presque défaut; le ravi-
- taillement laissait souvent à désirer et l’ignorance où l’on se trouvait sur la cause des maladies contagieuses rendait insoupçonnées les mesures actuelles de prophylaxie.
- La fatigue, dira-t-on, n’y était-elle pour rien? Sans doute, elle intervenait comme adjuvant, mais à cet égard le soldat d’aujourd’hui doit supporter beaucoup plus que ses glorieux ancêtres.
- La vie de tranchée se passe, au surplus, dans un milieu qui nécessite une immobilisation favorable à l’apparition de nombreuses maladies, et le ravitaillement ne peut manquer d’y être souvent précaire.
- On n’ignore pas que le rassemblement ^sur une surface restreinte, dans un petit nombre de localités, d’une population aussi dense que celle constituée par nos effectifs, augmente les chances de contagion dans des proportions considérables.
- On peut évidemment certifier la présence, au sein d’une telle affluence, de soldats appelés « porteurs de germes » parce que détemeurs de microbes nocifs qui ne troublent cependant en rien leur bonne santé, et celle d’organismes débilités qui seront une proie facile pour les bacilles pathogènes semés par leurs camarades. On peut également affirmer avec la même certitude le .danger que, dans les cantonnements de repos, les parasites font courir aux soldats, tel est le rôle funeste qu’ils jouent dans la transmission des pires affections.
- Lorsqu’une épidémie apparaît, il est bien rare que les premiers cas soient signalés ailleurs que dans une agglomération urbaine. N’est-ce pas une cité à la population très dense et aux demeures d’un confort assez primitif que celle qui s’étend le long de notre front? Tous les problèmes qui ne sont résolus que par les soins de l’édilité technique se posaient devant ceux qui avaient la responsabilité de là santé de nos troupes et si l’on avait négligé de prendre des mesures efficaces pour assurer l’alimentation en eau potable et la destruction des détritus, on aurait vu apparaître les maladies qui . désolèrent jadis les grandes villes assiégées.
- Bien que l’ensemble de ces facteurs favorables à l’apparition des épidémies constitue un assez joli Cortège, il faut lui ajouter encore l’influence déplorable exercée par les émotions contre lesquelles les mieux armés de courage ne peuvent se défendre. Il est scientifiquement démontré, en effet, qu’un organisme dont le système nerveux est fortement ébranlé résiste moins, heureusement qu’un autre à l’infection. Il ne faut pas tenir comme négligeable la prédisposition à la maladie créée par un bombardement dont l’intensité >qui échappe à toute description va jusqu’à sidérer le système nerveux.
- Les laboratoires de bactériologie du front. — Le plus souvent, c’est dans un bâtiment scolaire
- Fig. i. — Laboratoire de chimie installé dans une école.
- p.414 - vue 418/474
-
-
-
- LES LABORATOIRES QUI VEILLENT SUR LA SANTE DE NOS TROUPES 415
- dont les murs blanchis à la chaux et les hautes fenêtres assurent un bon éclairage que s’installe le laboratoire qui fait aujourd’hui partie de ces impedimenta essentiels que traîne derrière elle, pour sa sécurité, une armée en campagne.
- iComme cet organisme doit être très mobile et d’un fonctionnement aussi parfait que possible, force lui est bien de n’avoir à sa disposition qu’un mobilier succinct et pourtant suffisant. C’est dire qu’on s’est ingénié à le doter de meubles dont l'agencement est une parfaite utilisation de ces caisses à compartiments où chaque chose est à sa place et où chaque place semble adaptée à l’objet qu’on sait devoir y trouver.
- Évidemment, lorsqu’on pénètre dans un de ces laboratoires, on ne se sent pas impressionné par les hautes et blanches vitrines qui font l’habituel décor de nos laboratoires officiels. Mais il est difficile de ne pas se sen-„ tir ému en voyant avec quelle ferveur les médecins, attentifs à l’oculaire de leurs microscopes, s’efforcent de déceler cet infiniment petit qui, en diminuant la vitalité de nos effectifs, agirait comme un puissant auxiliaire de nos ennemis.
- Le personnel de ces formations techniques avait besoin d’être spécialement choisi si l’on voulait atteindre le but poursuivi. C’était le cas ou jamais de faire appel à la fameuse utilisation des compétences ; on n’y manqua pas et ce fut parfait comme résultat. Mous avons trouvé, dans ces laboratoires de campagne, des savants de l’Institut Pasteur et des médecins ayant acquis, auprès de maîtres*éminents, une grande habileté de la bactériologie..
- Si l’on voulait que ces organismes fussent de réels auxiliaires, il fallait qu’on pût en obtenir des indications rapides et des renseignements précis. Un soldat est atteint d’une angine suspecte ou bien son état fait songer à la méningite cérébro-spinale, on s’adresse de suite au laboratoire d’armée qui, prévenu par téléphone, envoie l’un de ses collaborateurs en automobile, avec le matéiiel nécessaire pour faire tout prélèvement utile. Ce matériel fort ingénieux permet d’emporter les matériaux indispensables (tubes stérilisés, seringues, etc...) sous un volume réduit.
- Le prélèvement fait l’objet, dès le retour au laboratoire, d’un examen microscopique, et l’on pratique un ensemencement pour réussir, si possible, une culture du microbe pathogène qu’il s’agit de reconnaître.
- Le diagnostic établi, toutes les mesures efficaces sont aussitôt prises, tant au point de vue curatives que prophylactiques; c’est-à-dire qu’on soumet immédiatement le malade au traitement sérolhéra-pique ou autre que son état nécessite, — on sait les avantages de cette action précoce- — et on prend les dispositions nécessaires pour empêcher toute extension de la maladie parmi les effectifs.
- Les laboratoitis d’hygiène. — C’est alors qu’intervient le laboratoire d’hygiène dont le fonctionnement peut apparaître comme le corollaire de celui
- du laboratoire de bactériologie dans cette garde vigilante menée autour de la santé de nos armées. L’isolement du malade, la désinfection de tout ce qu’il a pu contaminer (vêlements, locaux), l’interdiction des cantonnements suspects, sont l’œuvre du laboratoire d’hygiène, qui réussit ainsi à étouffer dans l’œuf l’épidémie naissante.
- Somme toute, la création de ces laboratoires aux armées a permis de veiller sur la santé des troupes avec la même facilité que sur une agglomération urbaine. La rapidité avec laquelle s’effectuent leurs déplacements, la valeur des moyens dont ils disposent, la compétence de leur personnel en commandant le plein succès. Et il n’est de meilleure preuve à cette réussite que la complète abs,ence._ d'épidémie, depuis plus de trois ans de guerre.
- Les hygiénistes militaires avaient fait une étude approfondie de tous les moyens de fortune pour
- Fig. 2. — Le poste d'observation d'un bactériologiste.
- p.415 - vue 419/474
-
-
-
- 416 LES LABORATOIRES QUI VEILLENT SUR LA SANTÉ DE NOS TROUPES
- réaliser la désinfection des locaux et des vêtements, l’épuration des eaux, etc.... On admit rapidement la possibilité d’utiliser la technique et les appareils qui donnaient des résultats satisfaisants dans l'application de l'hygiène urbaine et l'on vit circuler, dans les cantonnent' nts de l’avant, les camions douches, les éluves à désinfection et les voitures-filtres. la traction automobile mise à profit par des hygiénistes éclairés avait permis de réaliser ce tour de force.
- C’est aux laboratoires d’hygiène qu’ont é< hu la surveillance des sources, le contrôle de l’eau potable et la propreté des cantonnements. Des analyses ont été faites qui permirent de dresser la carte des points d’eau de toute la région occupée par uue armée avec des renseignements précis sur la valeur de chacun d’eux. On a essayé d'augmenter la va’eur potable des eaux en écartant dés sources, les dépôts de fumier et d'immondices, en établissant des badins de captage et de filtrat on. On vit ainsi des agglomérations, dont l’eau avait toujours été de mé-diocre valeur, bénéficier d’une eau ‘potable exempte de tout bacille dangereux. On fil plus encore. On essaya de doter les tranchées de première ligne d’une distribution d’eau potable et l’on y réussit grâce à une canalisation et à un système de bassins stérilisants rappelant en tous points la distribution d’eau potable effectuée dans les villes. Les soldats allaient remplir leurs bidons à la borne-fontaine, tout comme s’ils eussent élé sur le bord d’une avenue.
- Enfin, comme il fallait parer à tout, on installa dans ces mêmes tranchées de première ligne, des bonbonnes d’eau potable pour que les soldats pussent s’y ravitailler pendant un bombardement ayant endommagé les canalisations et interdit tout ravitaillement venu de l’arrière.
- Pour atteindre des résultats si complets, des équipés sanitaires ont été créées qui, habilement dirigées par les laboratoires dont elles dépendent, ont elfe tué, dans la zone des armées, un travail qui demeurera comme un modèle, même pour ceux
- qui ont à leur disposition les ressources offertes par des édiles clairvoyants. '
- Les savants de ces laboratoires de campagne ne se contentèrent bientôt plus de leurs recherches bactériologiques, cependant absorbantes, ils sé firent encore les précieux auxiliaires des médecins des formations sanitaires en se mettant à leur disposition pour les investigations cliniques comme l’examen du sang ou celui des liquides ponctionnés.
- On sait que les grands services hospitaliers sont depuis longtemps dotés de laboratoires dont les recherches servent à étayer avec certitude nombre de diagnostics qui, sans elles, demeureraient incertains. Eh bien, là-bas, à quelques kilomètres de la
- zone de feu, nos malades peuvent être soignés avec toute la perfection de cette science médicale à laquelle rien ne manque de ce qui constitue pour les médecins des hôpitaux de l’arrière, un arsenal d’un prix inestimable.
- Quant aux laboratoires . d’hygiène, force leur fut bien de s’adjoindre un compartiment nou veau pour étudier les gaz devenus une arme nouvelle contre laquelle il fallait apprendre à se protéger. Des toxicologues se mirent au travail, et si nous n’avons pas le droit de dire ce que furent leurs recherches, nous avons tout au moins l’agréable devoir de dire qu’elles furent loin d’être vaines et qu’il ne serait pas juste de nous abstenir de rendre hommage à ceux'qui les réussirent. Cet hommage est même d’autant plus mérité que la plupart de ces travaux ont été elfectués à l’avant, dans une zone particulièrement dangereuse.
- Cette guerre est éminement scientifique; on l’a dit et, en le disant, on ne songeait le plus souvent qu’à la fabrication de nos engins de guerre. On oubliait le rôle considérable joué par les arsenaux ' scientifiques où sont recherchés les moyens de rendre la guerre moins meurtrière, et par mi lesquels il ne faut pas oublier de citer, au premier rang, les laboratoires qui veillent, aux armées, sur la santé des effectifs. Dr Crinon.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahüre, rue de Kleurus, 9, à Paris.
- Octobre
- Avril
- toooo
- -3000-
- -2000
- -/OOO
- -30
- Fig. 3. — Analyse des eaux d’un cantonnement. La courbe indique la chute du nombre de bacilles pour les analyses faites successivement après assainissement des sources.
- p.416 - vue 420/474
-
-
-
- LA NATURE
- QUARANTE-SIXIÈME ANNÉE — 1918
- PREMIER SEMESTRE
- INDEX ALPHABETIQUE
- A
- Abréviation du développement chez la carotte et la betterave, 61.
- Agave du Mexique, 69.
- Alla (Le papier d’), 267.
- Algues (Emploi nutritif des), 110. Alsace-Lorraine (L'),'sa valeur économique, 275.
- Amérique : le machinisme dans le service postal, 565.
- — : Uniforme et équipement du
- soldat, 592.
- Amiante (L’) et ses applications modernes, 527. •
- Analyse photographique des oeufs, 62. Anesthésie (Méthodes américaines), 509. Animaux à os perçants, 46.
- Ammophiles : Leurs mœurs, 285. Anophèles paludéens,* 207.
- Antimoine de Sardaigne, 582.
- Appareils respiratoires clos. Nouvel appareil Gibbs, 135.
- Argiles (Plasticité des), 158.
- Armées : Laboratoires d’hygiène, 414. Asturies (Le terrain houiller des), 252. Atlantide, 51.
- Avenir agricole et pastoral du Sahara, 76. Aviateurs américains (Examen des), 111. Aviation allemande (Évolution de 1’), 81, 161, 289.
- Avion sanitaire, 47. 4
- — (A propos de 1’), 106.
- B
- Bacilles d’Éberth (Recherche des) dans les eaux, 126.
- Bacille de la tuberculose (Nouvelle méthode de coloration), 208.
- — (Le) paratyphique équin, 502.
- Bactéries (Les) ferrugineuses, 250. *
- Balistique (Notions de) et tirs à grande portée, 253.
- Balkans (La carte linguistique de la péninsule des), 246.* N
- Baromètre (Relations entre les variations du) et celles du vent au sol, 127.
- • Supplément au n* 2335 de La Nature
- Basse Loire (Agrandissement doses ports), 271.
- Béton armé (Routes anglaises et américaines en), 65.
- Bille Brinell (Essais des matériaux à la), 599.
- Blaye, porL franco-italien, 17.
- Blé total : sa valeur alimentaire, 207.
- Bois plaqués (L’industrie des), 549.
- Bombardements aériens (Sirènes avertisseuses des), 582.
- — terrestres et aériens, 105.
- Bordeaux (Agrandissement du Port), 318.
- Bore (La recherche spectrale du), 252.
- Boues activées, 65.
- Brésil (Le) fournisseur de viande des Alliés, 261.
- Briques de silice (Fabrication des), 47.
- Briques de silice, 599.
- c
- Canada (Les futures routes d’exportation des céréales du), 1.
- Canon à ciment (Cement-Gun ou), 171. Canons (Comment augmenter la portée des), 410.
- Caoutchouc (Plantations de) dans le présent et dans l’avenir, 8.
- Cargos (Les grands) en ciment, 251. Catastrophe de Halifax, 78.
- Cement-Gun ou canon à ciment, 171. Cette, port franco-suisse, 95. Cicatrisation (La) des plaies, 208. Charbons (Le lavage des), 49.
- Charbon (Les méthodes modernes de magasinage du), 286.
- Chauffage domestique (La question du gaz pour le), 209.
- — des habitations par station cen-' traie urbaine, 20.
- — Les combustibles inférieurs, 225. Chenilles (Les) des piérides et leurs méfaits, 566.
- Chondriome (Le rôle du) dans la cellule) 252.
- Combustibles (Les) inférieurs, 225.
- — (Mauvais). Comment on les amé-
- liore. Le lavage des charbons,49.
- du 29 juin 1918.
- Connexion ancienne de l’Amérique du Sud et de l'Afrique, 206.
- Congrès national du génie civil, 191. Culture (Extension de la) de la vigne, 207. — textile en Amérique (Les avatars d’une). L’agave du Mexique, 69.
- D
- Dépeuplement de la France (La cam-- pagne américaine contre le), 502. Désastre de San Salvador, 62. Diffraction solaire, 207.
- Dirigeable italien (Nouveau), 65. Dosimétrie en N-radiothérapie dans les services de l’armée, 95.
- * 6 E
- Eaux. Épuration par la chloration, 257.
- Électro-aimants de levage, 127.
- Électro-culture, 120.
- Émotions (Le pouls cérébral dans les), 285.
- Épidermisation anormale après balnéation aux hypochlorites, 126,
- Ephémérides nautiques (Substitution du temps civil au temps astronomique dans les), 225.
- F
- Farines (Valeur boulangère des), 143. Fièvre de Malte (Prophylaxie de la) ,208. Filature et moulinage de la soie, 389. Frioul : sa valeur économique, 397. Frontières linguistiques en Europe, 40. Fruits (Le séchage des légumes et des), 385. ; - . ,
- Fulminate de mercure, 207.
- 27 ‘
- p.417 - vue 421/474
-
-
-
- 418 ......-...........................
- Fuseaux horaires (Extension à la mer du régime des), 143.
- Fusées. (Les) lumineuses et les artifices de guerre, 303,
- G
- Gaz (La question du) pour le chauffage domestique, 209.
- Géologie (Précurseur en), 50. Germination (Influence des acides sur la), 285.
- Gisements de mica en Amérique, 124. Guerre de montagne (Les transporteurs aériens dans la), 560.
- — navale en 1917 (i'e partie), 177.
- — navale en 1917 (2e partie), 195, Guinée française (Géologie de là). 224.
- — (Roches de la), 285.
- H
- Halifax (Catastrophe de), 78.
- Hauts fourneaux de Caen, 97.
- Hélices aériennes (Fabrication mécanique des), 26.
- Hémorragies (Densité du sang après les grandes), 502.
- Houille blanche (Les industries de), 89. Houiller des Asturies (Le bassin), 581.
- I
- Iles d’Aland (Les), 214.
- Industries de houille blanche, 89.
- — des bois plaqués, 549.
- — hôtelière (Le développement de
- F), 526.
- — (Les recherches dans F), 284. Impressions lumineuses (Persistance des)
- sûr la rétine, 581.
- Inulinc (Genèse de F) chez les végétaux, 207.
- K
- Kapok (Emploi du) dans les pansements, 110.
- L
- Laboratoires sidérurgiques modernes : leurs méthodes et leur outillage, 557, 553.
- INDEX ALPHABÉTIQUE
- Laboratoires (Les) d’hygiène aux armées, 414.
- Labourage (Le) électrique, 216.
- Lampes électriques (Les nouvelles), 281.
- Langage scientifique (Incorrections du). 207.
- L'argon. Sa préparation industrielle, 285.
- Légumes (Le séchage des) et des fruits, 385.
- Leislnnaniosés, 154.
- Leucocytes (Les) dans la tuberculose, 78.
- Leucoeytose digestive (Étude de la), 208.
- Lézards. Leurs origines, 502.
- Loi des densités à L intérieur d’une masse gazeuse, 62.
- Locomotive électrique (La plus puissante), 16.
- M
- Machinisme dans le service postal américain, 503.
- Magasinage du charbon (Les méthodes modernes de), 286.
- Magnétisme des terres cuiLes préhistoriques, 565.
- Manganèse (Propriétés magnétiques du), 208.
- Marine : La guerre navale en 1917 (lre partie), 177.
- — : Guerre navale en 1917 (2° par-
- tie), 195.
- Maroc : Sa géologie, 174. ^
- Matières colorantes aux États-Unis (L’Industrie des), 515.
- Membres industriels (Création de), 143. Mercure (Fulminate de), 207.
- — : Les constantes critiques, 208., Mésorhéomètre (Le), 62.
- Métallurgie du cuivre (Quelques progrès
- récents en), 129.
- Météorites et. excentricité terrestres, 31. Minerais aurifères de la Côte-d’Ivoire, 565.
- — de la Sierra de Cordoba (Es-
- pagne), 549.
- Mont 4431500 (L’observatoire du), 53. Mort (La) par hémorragie, 565. Mouvements de la mer (L’étude des) et le bathvrhéomètre, 107.
- N
- Nageoires (Rôle des) dans les poissons tèléostéens à vessie natatoire, 46.
- Nappes !de charriage dans la région de Tunis, 110.
- Navires (Protection des) contre les sous-marins, 145.
- Nitrate d’ammoniaque comme engrais, 581.
- Nitrites par catalyse (Nouvelle méthode de formations des), 174.
- O
- Observatoire du Mont Wilson, 55. Obus-shrapnels, 521.
- Œufs (Nouvelle méthode d'examen de.q .
- par la photographie, 174.
- Olfaction, 127.
- Origine gallo-romaine du béton armé, 6. Oxydolhérapie. 62.
- P
- Pain de guerre (Altérations du), 46. Palestine (Ses ressources et son avenir économique), 33.
- Papier (Culture intensive de pâle à), 512.
- Pétrole (Vaporisation du). 208. Phénomènes géologiques (Reproduction expérimentale des), 502.
- Photomètre stellaire, 207.
- Pile (Une nouvelle) à dépolarisanl par l’air, 224.
- Pisciculture en France, 265.
- Plaie de guerre, 578.
- Plaies (La cicatrisation des), 208. Polypiers constructeurs, 207.
- Port de Blaye, 17.
- — de Dunkerque (Les agrandisse-
- ments du); 15. s
- — de Bordeaux (Son agrandisse -
- ment), 318.
- Précurseur en géologie, 50.
- Pression barométrique (Nouveau mode d’indication de la), 222.
- Projectiles (Chargement et vidage des), 159.
- Projet du tunnel sous la Seine, du Havre à Honflcur, 62.
- Propriétés du gaïacol et de l’acide benzoïque, 61.
- Pyrénées : Evolution industrielle, 401.
- R
- Rails de tramways (Durcissement des), '399.
- Ravitaillement (Le) de la Belgique et de la France envahies, 255.
- Ravitaillement (Principes physiologiques du), 406.
- République Argentine, 136.
- Résidu indigestible .in vitro (déterminisme du), 581.
- Ressources et avenir économique de la Palestine, 55.
- •Revues techniques allemandes (A travers les), 152, 555, 5'iS.
- Rhône (Le) : Sou mouvement industriel et salléeentralisaiion, 544.
- Rivières de Paris, 75.
- p.418 - vue 422/474
-
-
-
- Rotation de la Terre ("Une nouvelle preuve de la), 257.
- — (Les sens des), 549.
- Rotin (Le (liage du), 58.
- Routes anglaises et américaines en béton armé, 65.
- — du Cap au Caire (L’état actuel
- des), 299.
- S
- Sahara : Son avenir agricole et pastoral, 76.
- San Salvador (Désastre de), 62.
- Séchage des légumes et des fruits, 585. Sels lumineux radifcres, 87.
- — métalliques (Influence des) sur la
- germination, 126.
- Sérum humain (Préparation colloïde organique par le), 285.
- Shrapnels-obus, 521.
- Sirènes avertisseuses des bombardements aériens, 582.
- Soie artificielle : Sa fabrication, 599. Soie (Filalure ét moulinage de la)., 589. Soleil (Contraction et évolution du), 565.
- — (L’âge, du) et de la terre, 207. Sorgho (Le). Merveilleuse plante sucrière, 259.
- Soudure éleetrothermique (La), 241. Sous-marins (Lutte contre les) et les inventeurs, 115.
- INDEX ALPHABÉTIQUE
- Sous-marins (Protection des navires contre les), 145.
- Spectre de lignes du titane,' 126. Stéréoscope (Emploi du) pour l’examen des projections superposées, 62. Structure en gradins de certains liquides, 126.
- Sulfate d’ammoniaque (Préparation du). 15.
- (
- T
- Tanks industriels, 569.
- Temps quaternaire (Leur chronologie), 270.
- Terrain houiller de la Savoie, 127.
- Terrestre (Une théorie de la croûte), ‘208.
- Tirs à grande portée (Notions de balistique et), 255.
- Topinambour (Production et utilisations du), 140.
- Toxicité du.sérum de la murène, 51.
- Transbordeur (Le) de Bordeaux, 221.
- Transcontinental (Le) australien, 554.
- Transfusion du sang, 56.
- Transporteurs aériens dans la guerre de montagne, 560.
- Traumatismes sur la sécrétion urinaire (Action des), 581.
- Tremblement de terre, 599.
- Trépidations de la chaussée (L’habitation et les), 296.
- Trou dans la main (Illusion du), 51. Tube de Newton, 62.
- Tuberculose (Traitement de la) par inhalations antiseptiques, 126.
- U
- Utilisation du marc de raisin comme combustible, 15.
- V
- Variations nocturnes du vent en altitude, 62.
- Viande (La question de la), 575.
- Vigne (Extension de la culture de la), 207. Virus rabique (Action de l’éther sur le), 582.
- Volcan Lazialc, 62.
- Y
- Vung Emile) : Nécrologie, 200.
- p.419 - vue 423/474
-
-
-
- LISTE DES AUTEURS
- PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE
- A..B. — Les appareils respiratoires clos. Le nouvel appareil
- - Gibbs, 135. —. La question du gaz pour le chauffage domestique, 209. — L’uniforme et l’équipement du soldat américain, 592.
- Breton (A.). — Le séchage des légumes et des fruits, 585.
- Auscher (L.). — Le développement de .l’industrie hôtelière, 326.
- Barbillon. — Les industries de houille blanche, 89.
- Belitch (A.). — La carte linguistique de la péninsule des Balkans, 246.
- Bertin (É.). — La guerre navale en 1917 (T'e partie), 177. — La guerre navale en 1917 (2e partie), 193.
- Blanchard (R. professeur). — A propos de l’avion sanitaire, 106.
- Blin (Henri). — Production et utilisations du topinambour, 140. (
- Bousquet. — Chauffage des habitations par station centrale urbaine, 20. — Routes anglaises et américaines en béton armé, 65. — L’électroculture, 120. — Le a Cement-Gun » ou canon à ciment, 171. — La soudure électrothermique, 241. — L’habitation et les trépidations de la chaussée, 296. — Les transporteurs aériens dans la guerre de montagne, 560.
- Breton (A.). — Les agrandissements du port de Dunkerque, 13. — Les agrandissements des ports de la Basse-Loire, 271. — Les agrandissements du port de Bordeaux, 518. — Le transcontinental australien, 334.
- Brusse (J.-Nicoi.as). — L’avenir agricole et pastoral du Sahara, 76.
- Boyer (Jacques). — La fabrication mécanique des hélices, aériennes, 26. — Les ressources et l’avenir économique de la Palestine, 35. — Les nouveaux gisements de mica en. Amérique, 124. — Nouvelle méthode d’examen des œufs par la photographie, 174. — Une merveilleuse plante sucrière. Le sorgho, 239. — Les bactéries ferrugineuses, 250. — L’industrie des matières colorantes aux Etats-Unis, 315. — L’industrie des bois plaqués, 549. — Les chenilles des piérides et leurs méfaits, 566. — Les sirènes avertisseuses des bombardements aériens, 582.
- Chevolot (P.). — Les rivières de Paris, 73.
- Claude (Daniel). — La question de la viande, 575. — Principes physiologiques du ravitaillement, 406. •
- Cerisaie (de la). — Une industrie monopolisée par la France depuis la guerre. Le filage du rotin, 38.
- Colomer (Félix). — Les sels lumineux radifères, 87. *
- Contenson (Louis de). — L’origine gallo-romaine du béton armé, 6.
- Cornu-Thènard (André). — Les laboratoires sidérurgiques modernes. Leurs méthodes cl leur outillage, 557, 353.
- Coustet (Ernest,). — La dosimétrie en X-radiothérapie dans les services de l’armée, 95. -r- Les électro-aimants de levage, 127.
- Crinon (Dr). — Les laboratoires qui veillent aux armées sur la santé de nos troupes, 414.
- Fiolle (J.). — L’avion sanitaire, 47.
- Forbin (Y.). —La catastrophe de Halifax, 78.
- G. L) — La République argentine, 136.
- Guillaume (A.-C.). — La transfusion du sang, 56. -
- Guillet (Léon). — Quelques progrès récents en métallurgie du cuivre, 129.
- Hubault (Paul). — Un chapitre de notre productivité nationale, 265.
- Jumelle (H). — Les plantations de caoutchouc dans le présent et dans l’avenir, 8.
- Koeiiler (André). — Le mouvement industriel et la décentralisation : le Rhône, 544. — Les derniers perfectionnements dans la filature et le moulinage de la soie, 389. .
- L. — Le labourage électrique, 216.
- Launay (L. de). — Un précurseur en géologie, 30. — La valeur économique de l'Alsacc-Lorrainc, 275. — Une cul7 turc intensive de pâte à papier, 512.
- Lefranc (Jean-Abel). — L’évolution de l’aviation allemande, 81. — Évolution de l’aviation allemande II. Les moteurs, 161. — Evolution de l’aviation allemande III. Attaque, Défense, Bombardement-, T. S. F., Éclairage, Chauffage, 289.
- .L. C. — A travers les revues techniques allemandes, 152, 353, 548.
- Levatel (R.). — Le chargement et le vidage des projectiles, 159. — Les fusées lumineuses et les artifices de guerre, 505.
- Mirgal. — Le Congrès national du génie civil, 191.
- Manceau (C.). — Le transbordeur de Bordeaux, 221.
- Montgoleier (Pierre de). — La papier d’alfa, 267.
- Mulon (Dr Clotilde). — La campagne américaine contre le dépeuplement de la France, 502.
- Pawlowski (A.). — Blaye, port franco-italien, 17. — Celle, ,port franco-suisse, 93. — Les hauts fourneaux de Caen, 97. — L’évolution industrielle de la région pyrénéenne, 401.
- Rabot (Charles). — Les futures routes d’exportatior. des céréales du Canada, 1. —: Les Iles d’Aland, 214. — Le Brésil, fournisseur de viande des Alliés, 261. — L’état actuel des routes du Cap au Caire, 299.
- R. M. — Les frontières linguistiques en Europe, 40. — L’examen des aviateurs américains, 111. — Les leishma-nioses, 154. — Le ravitaillement-de la Belgique et de la France envahies, 235. — La chloration, 257. — Méthodes américaines d'anesthésie, 309. — La plaie de guerre, 378.
- Renié (Louis). — Les mauvais combustibles. Comment on les améliore. Le lavage des charbons, 49. — Les combustibles inférieurs, 225.
- Renouard (Alfred). — Les avatars d’une culture textile en Amérique. L’agave du Mexique, 69. —"L’amiante et ses applications modernes, 327.
- Reverchon (Léopold). — L’observatoire du mont Wilson, 53.
- Sallior (P.). — La plasticité des argiles, 158. — La valeur économique du Frioul, 397.
- Soulier (A.). — Les nouvelles lampes électriques, 281.
- Vincent (P.). — L’extension à la mer du régime des fuseaux horaires, 145.
- Yoi.ta. — La plus puissante locomotive électrique, 16. — L’illusion du trou dans la main, 31. — Le' nouveau dirigeable italien, 63. — L’étude des mouvements de la mer et le bathyrliéomètre, 107. — La lutte contre les sous-marins et les inventeurs, 113.— La protection des navires contre les sous-marins, 145. — Une nouvelle pile à-dépolarisant par l’air, 224. — Les grands cargos en ciment, 231. — Une nouvelle preuve de la rotation de la terre, 257. — Notions de balistique et tirs à grande portée, 253. — Les méthodes modeVnes de magasinage du charbon, 286. — Les obüs sbrapnels, 521. — Le machinisme dans le service postal américain, 563. — Tanks industriels, 369. — Durcissement dès” rails de tramways, 399. — Comment augmenter la portée des canons, 410.
- p.420 - vue 424/474
-
-
-
- TABLE DES MATIÈRES
- N. B. Les articles de la Chronique, imprimés dans ce volume en petits caractères, sont indiqués dans cette table en lettres italiques.
- ART MILITAIRE — MARINE
- La fabrication mécanique des hélices aériennes (Jacques
- Boyer)............................................... ‘26
- Le nouveau dirigeable italien (11. Voûta)................ 63
- L’évolution de l’aviation allemande (Jean-Abel Lefranc). 81 Eflicacité des bombardements terrestres et aériens
- (X...)...............................................103
- A propos de l’avion sumtuue (P1' II. Blanchard). . . . 106
- L’examen des aviateurs américains (R. M.)................111
- La lutte contré les sous-marins et les inventeurs (II.
- Yolta)..................................................115
- La protection des navires contre les sous-marins (11.
- Yolta) ............................................... 145
- Le chargement et le vidage des projectiles (R. Levatkl). 159 Evolution de l’aviation allemande (L‘ Jean-Abel Lefranc) ...................................... . 81, 161, 289
- La guerre navale en 1917, lro partie (E. Bf.rtin) . . . 177
- La guerre navale en 1917 (2e partie) (E. Bertin) . . . 195
- Les grands cargos en ciment (H. Yolta).. . . ... 251
- Notions de balistique et tirs à grande portée (11. Yolta). 255 Les fusées lumineuses et les artifices de guerre (R. Le-
- - vatel).................................................. 505
- Les obus shrapnels (If! Yolta) ........................321
- Les transporteurs aériens dans la guerre de montagne
- (M. Bousquet)......................................... 360
- Tanks industriels (11. Vulta).................... 569
- Les sirènes avertisseuses des bombardements aériens
- (Jacques Boyer).........................................582
- L’uniforme et l’équipement du soldat américain (À. B.). 392
- Comment augmenter la portée des canons (H. Yolta). . 410
- ÉTUDES ÉCONOMIQUES ET GÉOGRAPHIQUES
- Les futures roules d’exportation des céréales du Canada
- (Charles Rabot)...................................... il
- Les agrandissements du port de Dunkerque (A. Breton). 13
- Blaye, port franco-italien (A. Pawloyvsiu).............. 17
- Les ressources et l’avenir économique de la Palestine
- (Jacques. Boyer)..................................... 53
- Les frontières linguistiques en Europe (U. M.). . . . 40
- L’avenir agricole et pastoral du Sahara (J. Nicolas Brusse). 76 Cette, port franco-suisse (Auguste Pawlowski) .... 95
- La République Argentine (G. L.);-* . ...................136
- Les Iles d’Aland (Charles Rabot)........................214
- Le ravitaillement de la Belgique et de la France envahies (R. M.)..........................................235
- La carte linguistique de la péninsule des Balkans (A.
- Bélitcii). .................................... . 246
- Le Brésil, fournisseur de viande des Alliés (Charles
- Rabot) ..............................................261
- Un chapitre de notre productivité nationale. Effort piscicole (Paul Hübault).................................265
- Les agrandissements des ports de la Basse-Loire (A. Breton)........................................... 271
- La valeur économique de l’Alsace-Lorraine (L. de Launay) ...............“ . •................................275
- L’état aciuel des routes du Cap au Caire (Charles
- Rabot)............................................ 299
- La campagne américaine contre le dépeuplement de la
- France (Dr Clotilde Mulon)............................302
- Les agrandissements du Port de Bordeaux (A. Breton). 518 A travers les revues techniquesallemandes(L. C.) 152, 335, 348
- Le transconlinenlal australien IA. Breton)...............354
- Le mouvement industriel et la décentralisation : Le
- Rhône (André Koehler). ............................544
- La valeur économique du Frioul flC Sallior). . . . 597
- L'évolution industrielle de la région pyrénéenne (A. Paw-
- lowski) ............................................401
- Projet du tunnel sous la Seine, du Havre à Bon-
- fleur. . ............................................ 62
- Emploi nutritif des algues...............................110
- Valeur boulangère des farines............................143
- CHIMIE
- Préparation du sulfate d’ammoniaque.............. 15
- Propriétés du gaïacol et de l'acide benzoïque ... 61
- Le fulminate de mercure..........................207
- La préparation industrielle de l'argon. ..... 285
- MÉDECINE, CHIRURGIE,.BIOLOGIE, HYGIÈNE
- La transfusion du sang (A.-C. Guillaume).............. 56
- La dosimétrie en X-radiothérapie dans les services de
- l’armée (Ernest Goustet)..............................95
- Les appareils respiratoires clos. Le nouvel appareil
- Gibbs (A. B.)............................... 155
- Les leislimanioses (II. M.) . ........................154
- La chloration (R. JL)- • • •*.........................' 257
- Méthodes américaines d’anesthésie (R. M.)...............309
- La question de la viande (Daniel Claude) .............575
- La plaie de guerre (R. M.)............................578
- Principes physiologiques du ravitaillement (I). Claude). 406 Les laboratoires aux armées (Dr Crinon) . ...... 414
- Alterations du pain de guerre............................ 46
- Les leucocytes dans la tuberculose...................... 78
- L’emploi du kapok dans les pansements...................110
- Recherches des bacilles d'Eberth dans les eaux. . . 126
- Épidermisation anormale après balnéation aux hypochlorites. 426
- Traitement de la tuberculose par inhalations antiseptiques. .............................................426
- L’olfaction ...........*.......• «y 427
- Les anophèles paludéens. . . . :...................... • 207
- Valèur alimentaire du blé total......................... 207
- Etudes de la leucocytose digestive.......................208
- Nouvelle méthode'de coloration du bacille de la-tuberculose. ....................... ............
- p.421 - vue 425/474
-
-
-
- 422 : =: TABLE DES
- Prophylaxie de la fièvre de Malle.................208
- La cicatrisation des plaies..........'.... 208
- Le rôle du chondriome dans la cellule..........252
- Préparation d'un colloïde organique par le sérum
- humain....................................... 285
- Le pouls cérébral dans les émotions ....... 285
- Densité du sang après les grandes hémorragies . . 502
- Le bacille paratyphique équin.....................502
- La mort par hémorragie. ..........................565
- La persistance des impressions lumineuses sur la
- rétine . ... ..................................581
- Action des traumatismes sur la sécrétion urinaire. 581 Déterminisme du résidu indigestible ih vitro . . . 581
- Action de l’éther sur le virus rabique.........582
- GÉOGRAPHIE, GÉOLOGIE, MINÉRALOGIE
- i
- Un précurseur eu géologie (L. de Launay)........... 50
- Les rivières de Paris (P. Cuevolot)..........( . . 75
- La catastrophe de Halifax (A7. Forbix). ....... 78
- Les nouveaux gisements de mica en Amérique (Jacques
- Boyer)............................................ 124
- Le désastre de San Salvador........................... 62
- Le volcan Laziale..................................... 62
- Les boues activées................................... 65
- Nappes de charriage dans la région de Tunis. . . 110
- Le terrain houiller de la Savoie......................127
- Géologie du Maroc................................... 174
- La connexion ancienne de U Amérique du Sud et de
- l'Afrique. . ......................................206
- Une théorie de la croûte terrestre.................. 208
- Géologie de la Guinée française . ... . . . . . 224
- La recherche spectrale du bore. ......................252
- Terrain houiller (le) des Asturies.................. 252
- Ghronologie des temps quaternaires. ..................270
- Roches de la- Guinée française. ». ........ 285
- Reproduction expérimentale des phénomènes géologiques .............................................. 502
- Les minerais de la Sierra de Cordoba (Espagne) . 549
- Les minerais aurifères de la Côte d’ivoire .... 505
- 'Le houiller des Asturies.............................581
- Antimoine de Sardaigne................................582
- Tremblement de terre.............-................599
- HISTOIRE NATURELLE BIOLOGIE — ZOOLOGIE — BOTANIQUE
- Les Bactéries ferrugineuses (J. Boyer).............. 250
- Les origines des lézards. . . »....................502
- Les chenilles des piérides et leurs méfaits (Jacques Boyer). 566
- Lu toxicité du sérum de la murène.................. 51
- Le rôle des nageoires dans les qmissons léléosléens
- à vessie natatoire.................................. 40
- Animaux à os perçants................................. 46
- Les polypiers constructeurs.......................... 207
- Genèse de Vinuline chez les végétaux ..............207
- Les mœurs des ammophiles . ... ....................... 285
- Influence des acides sur la germination............"285
- INDUSTRIE - MÉCANIQUE — TRAVAUX PUBLICS
- Chauffage des habitations par station centrale urbaine
- (Bousquet).................. .a ........ . 20
- La plus puissante locomotive électrique (Yolta). ... 16
- Une industrie monopolisée par la France depuis la guerre. Le filage du rotin (De i.a Cerisaie).........' 58
- MATIÈRES
- Les mauvais combustibles. Comment on les améliore.
- Le lavage des charbons (Louis Renié)................ 49
- Routes anglaises et américaines en béton armé (BI. Bousquet) ................................................... 65
- Les industries de houille blanche (Barbillon).......... 89
- Les hauts fourneaux de Caen (Auguste Paavloavski) . . 97
- Les électro-aimants de levage (Ernest Coüstet). . . . 127
- Quelques progrès récents en métallurgie du cuivre
- (Léon Guillet)..........................................129
- La plasticité des argiles (P. Saluor)..................... 158
- Le « Cëment-Gun » ou canon à ciment (Bousquet). . . 171
- Le Congrès national du génie civil (Mirgai.)........191
- La question du gaz pour le chauffage domestique (A. B.). 209
- Le transbordeur de Bordeaux (C. Manceau)...................221
- Les combustibles inférieurs (Louis Renié)..................225
- Le papier d’alla (Pierre de Moxtgoi.fier)..................267
- La soudure électrolhermique (M. Bousquet)..................241
- Les nouvelles lampes électriques (A. Soulier) .... 281
- L’habitation et les trépidations de la chaussée (M. Bousquet) .....................................................296
- Une culture intensive de pâte à papier (L. De Launay) . 512
- L’industrie des matières colorantes aux Etats-Unis
- (Jacques Boyër). ...............................315
- L’amiante et ses applications modernes ( Alfred Renouauu) . 527
- L’industrie des bois plaqués (Jacques Boyer)........549
- Le séchage des légumes et des fruits (A. B.). .... 585
- Les derniers perfectionnements dans la filature et le
- moulinage de la soie (André Koeiiler)............389
- Durcissement des rails de tramways (II. Yolta). . . . 599
- Evolution de la région pyrénéenne.................. -401
- Utilisation du marc de raisin comme combustible . 15
- Briques de silice.................'.................' 399
- Essais des matériaux à la bille Brinell.............399
- Fabrication de la soie artificielle.............., . .:>99
- PHYSIQUE — ASTRONOMIE MÉTÉOROLOGIE
- L’illusion du trou dans la main (Yolta)............ 51
- L’observatoire du Mont AYilson (Léopold Reveruion) . . 53
- Les sels lumineux radifères (Félix Colomer)........ 87
- L’étude des mouvements de la mer et le bathyrhèomètrc
- (H.,Yolta)................................. 107
- L’extension à la . mer du régime des fuseaux horaires
- (P. Vincent)....................................... 145
- Nouveau mode d’indication de la pression barométrique. 222 Une nouvelle pile à dépolârisant par l’air (II. Yoi.ta) . 224
- Une nouvelle preuve de la rotation de la terre (H. Y.). 257
- Le mésorhéomètre ......................................... 62
- Le tube de Newton. . ..................................... 62
- La loi des densités à l’intérieur d’une masse gazeuse. 62 Emploi du stéréoscope pour l’examen des projections superposées......................................... 62
- Variations nocturnes du vent en altitude ..... 62
- Structure en gradins de certains liquides.................126
- Le spectre• de lignes du titane........................126
- Relations entre les variations du baromètre et celles
- du vent au sol .................................... 127
- Nouvelle méthode de formation des nilriles par
- catalyse............................................174
- Un photomètre stellaire............................... 207
- L’âge du Soleil et de la Terre ....................207
- La diffraction solaire.............................. . 207
- Vaporisation du pétrole................................. 208
- Les constantes critiques du mercure....................208
- Propriétés magnétiques du manganèse ...... 208
- Substitution du temps civil ay, temps astronomique •
- dans les éphémérides nautiques.........................225
- Les sens des rotations................................ 349
- Contraction et évolution du soleil.................... 565
- Le magnétisme des terres cuites préhistoriques . . 565
- p.422 - vue 426/474
-
-
-
- TABLE DES MATIÈRES ------—....:.423,
- ORGANISATION SCIENTIFIQUE ET INDUSTRIELLE
- Les méthodes modernes de magasinage de charbon
- (U. Yolta).........................................280
- Le développement de l’industrie hôtelière (L. Ausch'er). 520 Les laboratoires sidérurgiques modernes : Leurs méthodes et leur outillage (André Cornu-Thénard). 557, 555 Le machinisme dans le service postal américain
- (II. Voi.ta)...................... . .........505
- Les recherches dans /’industrie. ..................... . 284
- AGRICULTURE
- Les plantations de caoutchouc dans le présent et dans
- l’avenir (II. Jumelle).................................. 8
- Les avatars d'une culture textile en Amérique. L’agave
- du Mexique (Alfred Renouaum)........................... 09
- L’électroculturc (M. Bousquet)........................... 120
- Production et utilisations du topinambour (Henri Blin). 140 Nouvelle méthode d’examen des œufs par la photographie (Jacques Boyer).......................... . . . 174
- Le labourage électrique (L.)..........................210
- Lue merveilleuse plante sucrière. Le Sorgho (Jacques
- Boyer) . ...........................................259
- Abréviation du développement chez la carotte et la
- betterave........................................ 01
- Analyse photographique des œufs. . . .............. 02
- Influence des sels métalliques sur la germination . 120
- Extension de la culture de la vigne.................207
- Le nitrate d'ammoniaque comme engrais ..... 581
- DIVERS
- L’origine gallo-romaine du béton armé (Louis de Cox-
- tenson)......................................• • • 0
- Incorrections du langage Scientifique.................207
- FIN DES TABLES
- Le Gérant : P. Masson.
- p.423 - vue 427/474
-
-
-
- p.n.n. - vue 428/474
-
-
-
- N° 231D 5 Janvier 1918.
- LA NATURE
- TM3L1
- f
- 1*
- SOMMAIRE :
- Les futures routes d’exportation des céréales du Canada ; Charles Rabot. L'origine gallo-romaine du béton armé : Louis de Contenson.
- Les plantations de caoutchouc dans le présent et dans l’avenir : Henri Jumelle.
- Les agrandissements du port dé Dunkerque : A. Breton.
- Académie des Sciences. — La plus puissante locomotive électrique : Volta. SUPPLÉMENT. — Informations : Une conduite de pétrole d’Amérique en Angleterre, etc.
- MASSON ET Cio, Éditeurs.
- LE NUMÉRO 50 CENTIMES
- 'SS II
- p.2x0 - vue 429/474
-
-
-
- Revue des Sciences et de leurs Applications aux Arts et à l’Industrie
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ f ' *
- Fondé par Gaston TjssAndier ........r™~
- DIRECTION
- L. DE LAUNAY
- Professeur
- Membre de 1 Institut, l’École des Mines et à l’École des Ponts et Chaussée
- E.-A. MARTEL
- Membre du Conseil supérieur d’Hysiène publique Ancien Président de la Commission centrale de la Société de Géographie.
- ABONNEMENTS, îz mois Paris, Seine et S.-et-O. : 20 fr. —, Départent : 23 fr. — Étranger : 26 fr.
- Tout ce qui concerne « La Nature » doit être adressé aux bureaux du journal : i-o, 'Boulevard Saint-Germain, Tarit (W)
- La reproduction des illustrations de « La Nature » est interdite.
- La reproduction des articles sans leurs figures est soumise à l’obligation de l’indication d’origine.
- INFORMATIONS
- OSSÉ
- V
- Une conduite de pétrole d’Amérique en Angleterre. — D’iutércssantes installations ont étéiréalisées au Mexique à Tuxpam Bar pour réaliser le chargement sur tuer des bateaux pétroliers, par suite des difficultés d’atterrissage. La Mexican Éagle Oïl Cr a posé en 1910 deux conduites marines de ô ni. i5 de diamètre et de tioo et i5oo m. de longueur. Des'conduites de o m. 2.0 de diamètre et i5;o m.ule long ont été immergées plus iard de la façon suivante. Elles furent assemblées à terre et posées sur un plancher en bois de om. 3o de largeur établi perpendiculairement à la rive, dans l’alignement de la direction définitive de la conduite^ Les tuyaux étaient portés sur des chariots en bois se déplaçant sur des rouleaux et l’ensemble remorqué par un navire à vapeur à l’aide, d’un câble d’acier.
- La slalionhde pompage comprend, à Tuxpam, 3 pompes pouvant débiter en tout i3 5oo barils à l’heure d’huile sous une pression de 3o kg. Il faut environ 24 heures pour charger un grand navire-citerne de i5ooo tonneaux.
- En présence des résultats. obtenus, M. Murphy, .directeur de la Toulode Manufacturing C! à Drogheda en Irlande, a étudié uu projet de tube flexible permettant d’aller d’Angleterre en .Amérique! Le tube serait-formé de bandes d’acier doux enroulées en spirale avec, une garniture en amiante. Uueienveloppe protectrice en alliage métallique permet à ces tuyaux de supporter une pression intérieure;de‘i5o*,atmbsphères et une extérieure de 700. Pour assurrrrla résisiançe dans le séns longitudinal. dansTe .tuyau est inséré un câble en acier.
- AI.--Murphy estime; qu’une conduite allant de-l’Amérique du Nord*en Angleterre -peut être posée en trois, ou (juatre mois. La longueur totale étant divisée en vingt sections, on ^emploierait autant de navires, de sorte que chacun n’aurait à poser que i3o milles.
- Les tuyaux.serarent fabriqués sur les navires mêmes, au moyen de machines produisant 5 m. environ par minute, et; immergés à mesure.-M. Murphy calcule* qu’une 'conduite simple de om. 45 de dia’mètre et 3ooo milles de longueur débiterait environ < 3ooo litres par minute, ce qui représente 27000 m5 par semaine avec une pression de 140 kg par centimètre carré. Le capital d’établissement serait de 25o millions de francs, lessdépenses d’exploitation s’élèveraient à 1 25o 000 fr., y compris un navire toujours armé pour les réparations.
- On pourrait donc estimer le coût du transport du pétrole à ofr. 35 par mètre cube pour 1000 km.
- Il y aurait une énorme économie, car le transport par navires-citernes revient actuellement à 42 francs par,mètre cube pour la même distance.
- '•r'v
- Une baleine tuée par l’explosion d’une mine en dérive. — Les nombreuses mines en dérive dans la mef* du Nord et le Skagerack, constituent un très grand dangêY îiôtr’pais^'Seulement* pour * l'a navigation, mais
- encore puur’les cétacés. Il y a quelques semaines, rapporte YAfibnposl, de Krislianiu, uu pêcheur norvégien aperçut, au large des îles qui précèdent l'embouchure de Ivristiauia, une baleine morte flottant à la surface d.e la mer. Immédiatement il se dirigea de ce côté; dans, ces temps où les matières grasses sont rares et atteignent par suite un prix fort élevé, une pareille épave représente une prise singulièrement lucrative. Après de longs efforts le pêcheur réussij; à frapper un câble sur la baleine eu question et ensuite à la ramener à-terre où elle fut échouée. Là on s’aperçut que la bête avait la moitié de la tète emportée; elle avait évidemment heurté une mine et, sous le choc,J l’engin avait explosé au grand dommage de l’animal. Un homme hèu-reux, en revanche, c’était lé pêcheur. Bien que le cétacé fût de petite taille et ne mesurât pas plus de 8 m. de ' long,la venté de sa dépouille-'luL-rapportâ^ plus5-de Gooo francs. Charles Rabot.
- La production du radium en Bohême en 1915.—
- On a retiré dés minerais d’uranium 11 65p kg d’urànilë en igi5 valant en moyenne 555 francs lâ^tonnë/ L’usine * gouvernementale a préparé 1754 “kg ‘d’élémënts radioactifs valant ioy5 000 fràncs. La production du radium en 1915 à été en augmentation de .0 gr. 879 sur celle de 1914 représentant une valeur supplémentaire d environ 5oo 000 francs. - - t y, ; * *’; ÏV-ff:-
- Le trafic du canal de Suez en 1915 et 1916. —
- Le tôHLage net ayant ?passé par lé canal de Suez en : 191b a montré une diminution de 4 i4{T34o tonneaux sur celui de-1914 et une de 4767 720 sur celui dë 1913, La réduction des droits de trausiOdé- 6 fr.Y 25' par. tonne effectuée depuis le ier janvier*igl3 a eu -pôùrÿeffeï ide 'diminuer les recettes brutes, qui •ont' été, en 1 *915 'de g3A22 Gif) francs contre 122 248 853 francs en 1914 et 126 65o g3’4 en "1913. On espéré que l'augmentation de 5o centimes par tonneau sut* lés droits de transit, qui >es.t eiiLrée en vigueur*le .1"' avril 1916, compensera en partie la réduction des recettés provenant du moindre tonnage.
- Le nombre des navires qui ont passé le canal a été de 5o85 en igi3, 4802 en I{ji4 et 8708 en 1915, 2322 en 1916. Il y a eu en 1915 une diminution de 1 254 246 tonneaux par rapport à 1914 sur le tonnage des navires britanniques qui avait été de 12082484 tonneaux en igi3, 12910278 en 1914 et 11 656 o38 en 1915 et seulement 8964 313 en 1916. Pendant la même période, le tonnage des navires allemands était tombé de 3352 287 tonneaux en 1913 à 2 118946 en 1914 et avait totalement disparu en igi5. La proportion des navires britanniques et de leur tonnage üet s’est élevé à 73,8 et 76,3 pour iup du total en 1.915 à 64? 1 et 66,5 en 1914 et 58 et 60,2 en 'lgfd,
- p.2x0 - vue 430/474
-
-
-
- -INFORMATIONS
- Ü'
- Le nombre de soldats ayant passé le canal a été de 119812 en 1 g T 5 contre 228720 en ‘ 19141 soit une différence totale de 108908. La durée moyenne delà traversée a été de 17 heures 59.
- Pâte à polycopier. — La direction des Forges emploie pour le tirage des marches, etc., une pâte composée de :
- Glycérine blonde du commerce. . ... o,3
- Pâte à polycopier du commerce à base
- de gélatine . , 0,00
- Eau ...................... ............1,6
- Terre de pipe fine .................... 1
- On fait fondre au bain-marie la pâte à polycopier eu'-• y ajoutant la glycérine.
- D'autre part oti *a délayé, la terre de pipe dans l’eau.
- On ajoute' alors la préparation de glycérine et de gélatine; On coule la pâte sur dès plaques que l’on fait chauffer de façon à éliminer l’eau en excès. On aplatit, ramène à une épaisseur de- 2 cm environ et on lisse s avec une spatule. La pâte est prête et s’emploie comme la pâte ordinaire.
- D’après le Bulletin des usines de guerre le prix de
- revient est très faible (o fr. 60 le kilogramme, mais ou peut douter de ce prix, les services militaires, comme chacun sait, étant étrangers à l’établissement des prix de revient); la pâte s’use moins rapidement et tire mieux surtout pendant les chaleurs que les pâtes du commerce.
- Création de l’industrie des matières colorantes en Suède. — Une des plus lourdes pertes que la guerre inflige à l'industrie allemande est à coup, sûr l’anéantissement du monopole de la fabrication des matières colorantes dont ce pays jouissait avant 1914. Aux Etats-Unis comme en France et eu Angleterre, de grands efforts ont été faits depuis trois ans pour monter dés usines de produits chimiques, et faire face non seulement aux besoins du moment, mais encore aux nécessités de l’avenir, et voici qu’à son tour la Suède entre dans cette voie. Une grande Société vient de se créer dans ce pays afin de pourvoir .aux'besoin du pays en matières colorantes,’ eu prpcfuits pharmaceutiques et en explosifs. Toutes les nations travaillent à se soustraire aü lourd tribut quelles payaient de ’ce fait à l’Allemagne, et à s’affranchir de la tutelle dans laquelle elle les tenait pour la fourniture de ces produits essentiels.
- BAROMETRE ENREGISTREUR
- Rendu réglementaire à bord de la Marine de l’État (décision ministérielle du 3 juin 1887) q, L’enregistrement automatique de la pression atmosphérique permet à tout instant de connaître le pronostic du temps par l’observation de la courbe de la veille, Si là' courbe monte, il y, a tendance au beau temps; si elle baisse, il y a tendance au mauvais temps. ,
- Pour ne pas avoir de mécompte, il ne faut employer que le modèle de l’inventeur coristructeur ; c’est le SEUL qui, admis par les observatoires météorologiques du MONDE ENTIÉR, donne toute garantie pour la justesse de ses indications. '
- —G’est- un -instrument-- de"-haute- précision--qü-’on—trouve dans4 toûtes les bonnes maisons d’optique.
- EXIGER LA MARQUE DE FABRIQUE poinçonnée sur la platine à côté du numéro matricule. En enlevant le cylindre, on aperçoit gravé RICHARD FRÈRES — PARIS SE MÉFIER DES IMITATIONS vV“ ' *
- Notice illustrée franco
- •.y., ji.-.rf-
- GRANDS PRIX aux expositions
- ^hkikÏTkD hors concours
- Jules RICHARD
- 25, rue Mélingue, PARIS.
- Fondateur et Successeur
- de la Mon RICHARD Frères 10y^ie,Halévy (Opéra)
- DANIEL SÂCiUC'
- PARIS - 55-64, rueqLegendre, 55r64 - PARIS
- Téléphone Wagram 03.52
- j Installations complètes d’clectricité
- ÉCLAIR AG K DÉS. CHATEAUX
- TRAVAUX TRÈS SOIGNES
- ' . k * 'T . . -
- NOMBREUSES B1ÉFÉR.ÉNCES
- Maison fondée en 1890 Médailles cTOr, 5
- C PILES SECHES
- , „ (Qualité supérieur©)
- ACCUMULATEURS ÉLECTRIQUES
- V
- SOCIÉTÉ HEINZ
- 2, Rue Tronchot, Paria.
- •<K.’
- Télcph. Central 42-54.
- Sfr-s-
- Usine a Saint-Oucn (Seine).’
- Lits, fauteuils, Voitures èt tous appareils
- pour malades, blesses et convalescents.
- Jambe artificielle- perfêclldanéè.è—'libau^urra orthopédiques.
- - DU.f?b;.NT ’ Ff-
- 10, Rue Hautefeuille,‘ài Paris (VI*)
- 'Maison fondée en 1847 —! Tiélèph. : 818 6*7
- Voitures de promenades et Fauteuils roulants de tous modèles.
- HEPASSEUB ÏWINPLEX
- , > 600 Barbest
- ’ \«VT V • AÎ
- avec une «seule lame
- Notice illustrée n° jï, franco.'.
- KIRBY BEARD & C°?Ld
- ' 5. rue Auber. PARTS
- MASSON ET CIE, Éditeurs, bout. Saint-Germain, 120, PARIS
- Les Recettes et Procédés utiles de 44 La Nature //
- : - s Cinq volumes in-8, reliés toile: . . IS'/n ~ Chaque volume séparément .... 3 fr.
- La Maison. — L/* Atelier. — Le Laboratoire. L/a Campagne. — Lea Sports.
- . I.."'- ' JK'li:.’..A--.' -..
- p.2x0 - vue 431/474
-
-
-
- Le rendement considé-
- >-r*S" .. * ^ 1
- rable, la sûreté de fonctionnement qu’il donne aux moteurs, ont fait adopter le . ^
- Carburateur ZENITH
- sur, tous les modèles de véhicules automobiles utilisés àu* Armées
- Société du Carburateur ZÉNITH
- A Siège social et Usines : 51, Chemin Feuillat, LYON
- Maison à PARIS, 15, rue du Débarcadère ' ' Usines et Succursales :
- ‘• Lyon, Paris, Londres, La Haye, Milan, Turin, Détroit, New-York, Genève.
- \ Le Siège social de Lyon répond par courrier à toutes demandes de renseignements d’ordre technique ou commercial.
- Envoi immédiat de toutes pièces
- -b
- X
- Soutenez l'Industrie Françoise
- Lampe
- ^ QUI EST FABRIQUÉE EN FRANCE PAR DES OUVRIERS FRANÇAIS ET AVEC OES CAPITAUX FRANÇAIS -
- EST INCASSABLE NE NOIRCIT PAS
- Elle est vendue dans tou rca le® bonnes maisons et. e'e«« votre intérêt de ('exiger;
- Mmm. Émiflie©' d®,;s©§ 4a, Lampes &L d':Aspp^mLi pour leur utilisation
- SOCIÉTÊ LACARRIÈRE, 48. Ruede la Victoire, Paris.
- p.2x0 - vue 432/474
-
-
-
- SOMMAIRE
- Blaye, port franco-italien : Auguste Pawlowski.
- Le chauffage des habitations par station centrale urbaine : M. Bousquet.
- La fabrication mécanique des hélices aeriennes : Jacques ttoyer.
- Un précurseur en géologie : L. De Launay. — Académie des Sciences. L'ibusion du trou dans la main : H. Volta.
- SUPPLÉMENT. — Infox mations.
- MASSON ET Ch
- Enseignement du froid.
- rnwiüii wniwTmimrur'W'
- Éditeurs.
- 1
- «nwwrmKmiwtn
- LE NUMÉRO 50 CENTIMES
- p.2x0 - vue 433/474
-
-
-
- NATURE
- Reyue des Sciences et de leurs Applications aux Arts et à l’Industrie
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ
- Fonde par Gaston Tissandjer
- DIRECTION
- L. DE LAUNAY
- Membre de l’Institut,
- Professeur à l’Ecole des Mines et -à l’École dés Ponts et Chaussées.
- E.-A. MARTEL
- Membre du Conseil supérieur d’Hysiène publique Ancien Président de la Commission centrale de la Société de Géographie.
- ABONNEMENTS, 12 mois = Paris, Seine et S.-et-O. : 20 fr.— Départem. : 25 fr. — Etranger : 26 fr.
- Tout ce qui concerne « La Nature » doit être adressé aux bureaux du journal : s 20, Boulevard Saint-Germain, Taris (VT)
- La reproduction des illustrations de « La Nature » est interdite.
- La reproduction des articles sans leurs figures est soumise à l’obligation de l’indication d’origine.
- INFORMATIONS
- •Enseignement du froid.— L’enseignement du Froid sur place pour ingénieurs, qui est donné dans les locaux de l'Ecole supérieure .d’Aéronautique et de Construction-mécanique, 92, rue de Clignancourt, commencera le mercredi 9 janvier 1918 et'se terminera fin mars.
- Les conférences ont lieu à 17 h. 45 en janvier, les mardi, mercredi et samedi, et, en février et mars, le mercredi seulement.
- L’enseignement comprend :
- 1° Une série de 12 conférences par M. Marchis, professeur de la Faculté des sciences de Paris, sur le matériel frigorifique :
- Etude complète des machines frigorifiques, leur cal-,, cul, leurs divers modes de construction. Isolants employés dans l’industrie du Froid. Construction et refroidissement d’un entrepôt frigorifique. Transports frL goiûfiques! Installation d’un frigorifique d’abattoir, d’une fabriqué de glace, d’une brasserie (partie spéciale dans laquelle est employé le froid), d’une laiterie. Etude . des applications : du Froid à l’indu s trie des matières grasses, à l’extraction de la paraffine, à la condensation des liquides volatils, etc; ; . .
- 20 ,Une série de 6 conférences par M. le D1 Maillard, professeur agrégé à la Faculté de médecine de Paris, sur la chimie biologique, sur l’étude des ferments, de leurs conditions de reproduction, des circonstances-les
- plus favorables à leur vie. Des applications sont faites à la conservation des denrées par le froid.
- Des résumés autographiés des conférences sont mis .à la disposition des auditeurs.
- Admission. — Pour être admis à suivre cet enseignement, il suffit de's’inscrire (même par lettre) au siège de l’Ecole, en effectuant le versement d’une somme de Go francs.
- Diplôme d’ingénieur /rigoriste—- L’enseignement dont il «s’agit ci-dessus ne concerne que la partie spéciale au Froid du programme des examens pour le diplôme d’ingénieur frigoriste délivré par l’Association française du Froid.
- . Ce programme, qui est adressé sur demande par l’Association, 9, avenue Carnot, Paris, comprend, en .outre, la physique.industrielle et la mécaniq;ue appliquée; il donne lieu aux épreuves ci-après, qui auront lieu en avril .1918 :
- i° Trois examens oraux, sur les matières suivantes :
- .Mécanique appliquée et physique industrielle. Chimie appliquée. Matériel frigorifique ;
- 20 Un projet d’installation frigorifique.
- Le droit d’inscription à ces examens est de 100 fr. ; mais ce droit est réduit à 5o fr. pour les. élèves qui' suivent l’enseignement du Froid donné à l’Ecole supérieure d’Aéronautique et de Construction mécanique.
- f PILES
- ' (Qualité supérieure)
- A CC Ü m U L AT E U R S ÉLÈCT RIÇXUE S
- SOCIÉTÉ HEINZ
- 2, Rue Tronchet, Paris7
- Téléph.Central 42-64. Usine à Saint-Oucn (Seine).
- MECANO THERÀPIE
- f "
- y Appareils spéciaux pour blessés
- CORDERÉE CENTRALE
- 12, boulevard Sébastopol, Parir.
- . Lits, Fauteuils, Voitures et tous appareils
- pour malades, blessés et convalescents.
- Jambe artificielle perfectionnée. - Chaussures orthopédiques
- ‘DUPONT
- 10, rue Hautefeuille, à Paris (VI*)
- Mmsow fondée En 1847. — Tél.: 818-67
- Matelas en caoutchouc se gonflant-à-l’air ou* à l’eau.
- > Nomreaux coussins pneumatiquesrà spirales.
- r’o'liïT'.IY
- J ^ C | P 9 CJ
- RQULEUR DE CIGARETTES “ KIRBY ’’
- Notice .-illustrée n° 41, franco.
- KIRBY BEARD & C°Ld
- 5, rue Auber, PARIS
- BBSQUETTAGEdes POUSSIERS
- et constructions extra-rapides . d’après-guerre.
- Eutrepr. Decauville, 33, boulevard Saussaye, Neuilly* Offr. fabr. chez vous, à forfait, superbes briquettes.
- . Acloque, professeur, 17, rue de Boulainyil-liers, Paris. Désire leçons français, latin et grec. • Se chargerait éducation complète série A.
- Références. • •• .
- p.2x0 - vue 434/474
-
-
-
- 19 Janvier 1918.
- N® 2312
- SOMMAIRE :
- Les ressources et l’avenir économique de la Palestine : Jacques Boyer.
- Une industrie monopolisée par la France depuis la guerre : le filage du rotin : De la Cerisaie. Les frontières linguistiques en Europe : R. M. — Académie des Sciences L’avion sanitaire : J. Fiolle.
- SUPPLÉMENT — Informations. — D onnées sur les sous-marins ennemis etc.
- MASSON ET C'\ Éditeurs.
- LE NUMÉRO 50 CENTIMES
- p.2x0 - vue 435/474
-
-
-
- LA NATURE
- Revue des Sciences et de leurs Applications aux Arts et à l’Industrie
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ
- Fondé par Gaston Tissandier
- DIRECTION
- L. DE LAUNAY
- E.-A. MARTEL
- Membre de l'Institut,
- Professeur à’ l’Ecole des Mines et à l’Ecole des Ponts et Chaussées.
- Membre du Conseil supérieur d Hygiène publique Ancien Président de la Commission centrale de la Société de Géographie.
- ABONNEMENTS, i 2 mois := Paris, Seine et S.-et-O. : 20 fr. — Départent : 25 fr. — Étranger : 26 fr.
- -Tout ce qui concerne « L,a Nature » doit être adressé aux bureaux du journal : 120, Boulevard Saint-Germain, Taris (VT>)
- La reproduction des illustrations de « La Nature » est interdite.
- La reproduction des articles sans leurs figures est soumise à l’obligation de l’indication d’origine.
- 3S5D
- <
- 2SO
- INFORMATIONS
- OS*.
- os§r
- Données sur les sous-marins ennemis. — Le
- Comité des ingénieurs du Conseil national de re- . cherches de Washington vient de publier les renseignements suivants que reproduit la Revue Scientifique, pour servir de base aux études de ceux qui désireraient contribuer par leurs inventions à la lutte contre les sous-marins.
- Les sous-rüarins opèrent isolément ou par groupes, suivant les circonstances. Quand les conditions le permetient, on Suppose qu’ils restent ail fond de l’ean, au repos, essayant de découvrir l’approche des vaisseaux.
- Sitôt qu’un navire est signalé, ils s’élèvent à tin niveau leur permettant l’observation au périscope et ils manœuvrent en conséquence. Quand l’eau est trop profonde pour lui permettre de demeurer au fond, le sous-marin doit maintenir sa direction de façon à conserver la même immersion. Là vitesse minimum à laquelle cette dernière condition jxeut être réalisée est de 2 à 4 nœuds. La profondeur maximum d’immersion est d’environ 60 m. La profondeur de marche habituelle est de i5 à 3o mètres.
- On suppose que les sous-marins retournent à leur port d’attache à intervalles de 3o à 35 jours. Le rayon total d’action doit être, selon toutes probabilités, de 5000,4 8000 milles à une vitesse modérée de 10 à 11 nœuds. Quand le sous-marin émerge, la vitesse maximum doit dépasser 14 à 18 nœuds dans les modèles les plus récents; quand il est immergé elle est d’environ 10 nœuds. *
- Les sous-marins ont probablement des bases cachées en Irlande et sur d’autres côtes, au Groenland et en Islande; ils ont de même utilisé des bases sous-marines pour se ravitailler en huile et se réapprovisionner.
- Le temps nécessaire à l’immersion est de 3 à 4 mi-nntes suivant les circonstances. Quand le sous-marin est immergé près de la surface il lui faut environ de i5 à 3o secondes pour soulever son périscope, faire une observation rapide et le rabattre. Lorsque cela est nécessaire, le sous-marin peut suivre une trajectoire en forme de sinusoïde verticale, émergeant ou s’immergeant à volonté et à de fréquents intervalles. D’autres fois il peut marcher complètement immergé mais près de la surface et faire des observations fréquentes à travers le périscope. Les sous-marins modernes sont munis de deux ou trois périscopes. De cette façon un accident peut survenir à l’un d’entre eux sans que le sous-marin soit totalement privé de ses moyens d’action.
- Le lancement des torpilles par les sous-marins entraîne probablement un changement dans leur direction. Cëci cependant n’est pas vrai dans tous les cas. La torpille, afin d’atteindre son but, doit voyager sous Yeau à une pi’ol’ondeur d’environ 3 m. Dans,une mer
- calme, elle peut voyager à une plus grande profondeur que dans une mer agitée.
- Quand, ils opèrent la nuit, les sous-marins échappent plus facilement à la vue, mais naturellement ils rencontrent plus de difficultés pour atteindre leur, objectif.
- . Les sous-marins emploient le compas gyroscôpique. Les sons produits par les mouvements du sous-marin dans l’eau, ceux qui sont dus au propulseur, aux mouvements du gouvernail, etc., peuvent aider à le déceler grâce à l’usàge de détecteurs modernes très sensibles.
- La distance à laquelle doit être situé le filet, la plaque ou ïe bouclier protecteurs ou tout autre système permettant de faire exploser la » torpille avant qu’elle atteigne le côté du navire doit être telle que l’effet de la torpille soit inoffensif. Cette distance dépend de la charge explosive, de la profondeur de la torpille au moment de l'explosion, de là force de la structure du navire. Avec les torpilles modernes, une immersion du sous-marin de 3m. à 3 m. 60 et la structure habituelle d’un navire de commerce moderne, les distances requises sont 6 m. à 9 m. Par une mer agitée, le sous-marin se tenant immergé à une profondeur beaucoup moins grande, la distance peut être réduite à 4 m. 5o ou 6 mètres.
- Les résultats de recherches expérimentales sur ce sujet sont très divergentes et on ne peut donner aucune règle précise. On peut ajouter cependant que les constructeurs navals sont d’avis que la distance à laquelle les filets ou plaques protectrices doivent être placés pour que la sécurité du navire soit assurée est trop grande pour rendre leur usage pratique.
- Laquage des tables de laboratoire. — Le Journal de Pharmacie et de Chimie donne, pour laquer les tables de bois destinées aux manipulations de produils chimiques, la formule suivante, due à M. Fleissig : imbiber la table d’une solution à 5 pour 100 de pyro-gallol; après séchage, passer une couche de sulfate (Je fer à 10 pour 100 dans l’eau; laisser sécher; recommencer toute l’opération trois ou quatre fois jusqu’à obtention d’une belle couleur noire ; badigeonner ensuite à l’huile de lin non bouillie mélangée de siccatif et polir à la paille de fer.
- Traitement de la gale du chien. — La Vie Agricole et Rurale publie la recette suivante recommandée par M. Slavec : s’il y a des pustules, les ouvrir d’abord ; puis, pendant quatre jours, enduire un quart de la surface du corps du chien, de façon qu’il soit entièrement traité au quatrième jour, avec une pommade composée de : vaseline blanche, 6 parties; camphre, 2; acide phénique, 1 ; terminer par un bain tiède de pentasul-fure de sodium à 2 pour 100. Recommencer deux, trois ou quatre fois de suite jusqu’à guérison.
- p.2x0 - vue 436/474
-
-
-
- 26 Janvier 1918
- SOMMAIRE :
- Les mauvais combustibles; Comment on les améliore ' Le lavage des charbons : Louis Renié. L’observatoire du Mont Wilson : Léopold Reverchon.
- La transfusion du sang : Son passé, son présent, son avenir : A.-C. Guillaume.
- Académie des Sciences.
- Le nouveau dirigeable Italien : H. Vôlta.
- SUPPLÉMENT. — Informations : Explosifs chimiquement possibles, «te.
- MASSON ET C\ Éditeurs. LE NUMÉRO 50 CENTIMES
- p.2x0 - vue 437/474
-
-
-
- LA NATURE
- 4 ; ' -v v \
- Revue des Sciences et de leurs Applications aux Arts et à l’Industrie
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ
- Fondé par Gaston . Tissandier
- DIRECTION
- L. DE LAUNAY
- E.-A. MARTEL
- Membre de l’Institut,
- Professeur à l'École des Mines et à l’École des Ponts et Chaussées.
- Membre du Conseil supérieur d Hygiène publique Ancien Président de la Commission centrale de la Société de Géographie.
- ABONNEMENTS, 12 mois = Paris, Seine et S.-et-O. : 20 fr. — Départem : 23 fr. — Étranger : 26 fr.
- Tout"ce qui concerne « La Nature » doit être adressé aux bureaux du journal : 110, Boulevard Saint-Germain, Taris (VIe)
- La reproduction des illustrations de « La Nature » est interdite.
- La reproduction des articles sans leurs figures est soumise à l’obligation de l’indication d’origine.
- : i
- m
- INFORMATIONS
- Explosifs Chimiquement possibles. — M. Stett-bacher vient de faire à là Société suisse de Chimie une conimunication sur les explosifs les plus puissants qu on petit concevoir. La nitroglycérine, bien connue et considérée actuellement encore comme un des explosifs les plus violents, ne développe que i58o caloriès par kilogramme, l’acide nitrique qu’elle comporte n’agit pas dans la réaction, si bien que l’oxydation de l’hydro-, gène et dû carbone qui y entrent ne donnent que 43 pour 100 de l’énergie de combustion qu’ils dégagé-raiént s’ils étaient seuls. Les explosifs à air liquide ou oxyliquite donnent jusqu’à 2200 calories parce que l’oxygène liquide se combine directement au carbone et à l’hydrogène. Les combinaisons d’hydrocarbures avec l’ozone : ozônide d’éthylène et benzènetriozonide, sans dégager plus de chaleur d’explosion, sont encore plus brisants à cause de leur vitessede décomposition. Mais on peut imaginer des explosifs plus puissants encore : un trichlorate de glycérine devrait développer 3ooo calories, le double de force de la nitroglycérine ; enfin un mélange d’hydrogène liquide et d’ozone liquide, s’il était pratiquement réalisable, donnerait environ 45oo calories et serait la plus terrible substance que l’on jDuisse obtenir !
- REPASSEUR TWINPLEX
- 500 Barbes
- avec uns seule lame
- Notice illustrée 11° 7/. franco.
- KIRBT BF.ARD & C” L"
- 5, rue Auber, PARIS
- BRIQUETTAGEik POUSSIEBS
- L E itrepiise Decauville, 33, bd de la Saussaye, Neuilly.
- Gffr. fabriq. chez vou»ï à forfait, superbes-briquettes ^
- avec toutes les presses à bras de ses chantiers de cuirassement.
- GRAND PRIX
- EXPOSITION DU FEU 1917v
- Lits, fauteuils, Voitures et tous appareils
- pour malades, blessés et convalescents.
- Jambe artificielle perfectionnée.
- D U PO NT
- 10, Rue Hautèfeuille, à Paris (6*)
- Maison fondée en 1847 — Tél . : 818.67
- Chaussures orthopédiques, de luxe et de fatigue, pour mutilés, pieds bots, pieds sensibles, raccourcissements et toutes déformations:____________• ________
- Disette d’éclairage en Norvège pendant la nuit polaire. —- Des gens qui vivent loin du théâtre de la guerre et qui ne souffrent pas moins des restrictions économiques qu’entraîne la conflagration européenne, ce sont les habitants de Vardô, petite ville de la Norvège septentrionale, sur les bords de l’Océan Glacial, par delà le cap Nord. A cette latitude, durant l’hiver, le soleil disparait de l’horizon, de la lin de novembre au milieu de janvier, et pendant sept semaines règne la nuit polaire. A midi, lorsque le temps, est clair, près d’une fenêtre exposée au . sud, on parvient à-lire pendant une heure; mais cela arrive rarement, et, tout le reste du temps, les lampes doivent demeurer allumées. ‘
- Aussi jugez de la détresse des habitants de Vardô, à la nouvelle que, par suite du défaut de combustible à l’usiué génératrice d’électricité, la consommation de l’éclairage sera réduite de moitié pendant la nuit polaire. Les réunions sont interdites,'les écoles menacées de fermeture. La vie s’écoule, dans le noir ou tout au moins dans la pénombre, annonce YAftenpost, de Kristiania.
- Charles Rabot.
- MÉCANOTHÉRAPIE
- Appareils spéciaux pour blessés
- QORDERIE CENTRALE
- 12, boulevard Sébastopol, Parla.
- r PILES SECHES ^
- . t. si . ... J*
- (Qualité supérieure)
- ftCCUMULÀTEURS ÉLECTRIQUES
- sOCÏÉTi HEÏWz
- 2, Rue Tronchet, Paris.
- v: Téléph. Central 42-54. Usine à Saint-Ouen (Seine). U
- MASSON ET C®, Editeurs, boul. Saint-Germain, J 20, PARIS
- Les Recettes et Procédés utiles de “ La Nature tf
- Cinq volumes in-8, reliés toile. . . 15 fr.
- Chaque volume séparément .... 3 fr.
- La Maison. — L’Atelier. — Le Laboratoire. La Campagne. — Les Sports.
- p.2x0 - vue 438/474
-
-
-
- N” 2314
- 2 Février 1918.
- LA. NATURE
- 1T BU ÎL1
- SOMMAIRE
- Routes anglaises et américaines en béton armé : M. Bousquet.
- Les avatars d’une culture textile en Amérique : Alfred Renouard.
- Les rivières de Paris : P. Chevolot. L’avenir agricole et pastoral du Sahara : J.-Nicolas Brusse. Académie des Sciences. -— La catastrophe de Halifax : V. Forbitl. . SUPPLÉMENT. — Informations. — Le caoutchouc d’Allemagne, etc.
- MASSON ET Ci0, Éditeurs.
- LE NUMÉRO 50 CENTIMES
- p.2x0 - vue 439/474
-
-
-
- LA NATURE
- Revue des Sciences et de leurs Applications aux Arts et à P Industrie
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ
- Fondé par Gaston Tissandier . :
- DIRECTION
- L. DE LAUNAY
- Membre de l’Institut,
- Professeur à l’Ecole des Mines et à l’Ecole des Ponts et Chaussées.-
- E.-A. MARTEL
- Membre du Conseil supérieur d'Hygiène publique..
- Ancien Président de la Commission centrale de la Société dé Géographie,
- ABONNEMENTS, 12 mois - Paris, Seine et S.-et-O. : 20 fr. — Départent : 25 fr. —• Étranger : 26 fr,
- Tout ce qui concerne « JLâ Nature » doit être adressé aux bureaux du journal : J 20, Boulevard Saint-Germain, Paris (VIe)
- La reproduction des illustrations de « La Nature » est interdite.
- La reproduction des articles sans leurs figures est soumise à l’obligation de l’indication d’origine.
- INFORMATIONS
- Le caoutchouc d’Allemagne. — Les Allemands peuvent-ils extraire du caoutchouc de certaines piaules croissant chez eux ? C’est ce que recherche M. Scheer-messer dans un article du Pharmazeiitische Zeitung, qu’analysent les Annales des postes, télégraphes et téléphones. D’après Weiss et Wiesnee, le suc laiteux de l’euphorbe renferme à peu près de T à 3 pour 100 de caOutc'.iouc. On peut retirer de l’euphorbe hélioscope et de l’euphorbe petit cyprès, un extrait vert foncé, d’une odeur âcre, renfermant de 1/2 à 2/3 de matières grasses,
- 11 suffit de dessécher les plantes fanées, de les pulvériser grossièrement, et de les traiter par un mélange de benzine, d’éther et de tétrachlorure de carbone. Si l’on dissout dans l’éther la masse obtenue et que Ton ajoute de l’alcool eu excès, il se précipite une substance semblable au caoutchouc (caoutchouc brut), qui constitue environ 20 pour 100 de l’extrait. Un mètre carré de terrain peut produire en moyenne 1200 gr. de plantes fraîches, d’euphorbe hélioscope. Ce poids donne environ
- 12 gr. de substances grasses et 4 g-c. 3 de caoutchouc brut, de sorte qii’un hectare fournirait 120 kg de matières grasses et 43 kg de caoutchouc. Avec l’euphorbe petit cyprès, le rendement est encore ujî peu meilleur ; cette variété donn,e 140 kg de matières grasses et 5o kg de caoutchouc par hectare. Gomme ces deux variétés d’euphorbe sont extrêmement répandues en Allemagne, on en pourrait extraire des quantités énormes de caoutchouc et de matières grasses, si l’on.procédait méthodiquement.
- M. Scheermesser croit même que l’on pourrait, en consacrant à la culture des euphorbes les terres en friche, parvenir à rendre l’Allemagne indépendante de l’étranger' sous lé rapport' du caoutchouc qui lui est nécessaire.
- Comment la Suisse reçoit l’heure de la Tour Eiffel. — Dès le début de la guerre, lé 2. août 1914, une ordonnance du Conseil fédéral suisse séquestra les appareils de toutes les stations de T. S. F. ; celles-ci ne purent donc plus recevoir l’heure que la Tour Eiffel continue d’envoyer tous les jours. Devant les réclamations pressantes des intéressés qui ne disposaient plus d’aucun moyen de contrôle de l’uniflcation de l'heure, l’administration suisse des télégraphes et téléphones décida d’organiser «la retransmission par voie téléphonique des signaux radiotélégraphiques émis par l’Observatoire de Paris. Depuis août 1916, les abonnés suisses peuvent recevoir téléphoniquement chaque jour.de 10 h. 56 à 11 heures, les signaux de la Tour Eiffel, recueillis à Berne et répétés simultanément. Une récente communication de M. Paul Ditisheim, à la Société Suisse de Géophysique, nous apprend que ce nouveau service a réussi à fonctionner parfaitement et
- que les signaux .transmis ne diffèrent que de ± 0,087 se' condes sur l’heure envoyée de Paris.
- La baleine remplace l’acier. — Depuis longtemps déjà l’acier avait été progressivement substitué à la baleine dans les montures de parapluie et dans les garnitures de corsets. Aujourd’hui que les industries de guerre absoi’bent la-majeure partie de la production métallurgique, force a été de revenir à l’ancienne matière soûple et flexible pour* le costume féminin comme pour -les ombrelles et les parapluies. De là une haussé très forte des fanons de bàleine. Un rapport de M. Pellerin, consul général de Norvège à Paris, signale que dans le courant de 1916, la tonne de fanons de bàlænpplère de Sibbald, connue vulgairement sous le nom de baleine bleue, est montée à i5oo francs, et que le même poids en fanons de rorqual et dé balænoptère à bec ( Balte nopiera musculus et B. rosir ata) a atteint le prix de 19O0 à 2000 francs. Charles Rabot.
- Simili-produits alimentaires allemands. — Le
- Vorwaerls parle —- pour s’en plaindre amèrement — de divers produits nouvellement parus en Allemagne et , qui nous fournissent un nouvel indice de la gêne alimentaire croissante de nos ennemis. '
- Yoici les salatin, salatol, salatrinol, composés de mucus, de suc de guimauve, d’un peu de jus de citron et de vinaigre qu’on vend 6 marks, le litre aux ménagères pour assaisonner leurs salades : simili-huile d’aspect visqueux, épais, graisseux, sans aucune valeur alimentaire.
- Yoici la..vache en étui, soi-disant poudre de lait dans laquelle n’entrent que de la craie en poudre, du plâtr e et de la farine de bois, les cubes à bouillon formés .de sel et d’un peu de plantes aromatiques, la poudre d’oeufs d’un beau jaune mais sans rien de l’oeuf dans sa composition, les. bakol, bakau, backaus « le plus beau gàteau sans beurre, sans œufs et sans graisse », la saucisse de déchets tendineux, la farine de bois, etc.
- Le Vonvaerts conclut : « Que cela suffise pour aujoui’-d hui. Nous avons peu à manger .mais point n’est besoin que ce peu soit gâché. Que ce jeu cruel cesse au commencement de la quatrième année de guerre! » Serait-ce la faillite des « Ersatz » ?
- Traitement des poux du cheval. — La vie Agricole et Rurale indique, le parasiticide suivant, recommandé par M. Mangin, et;qui a l’avantagé d’être très économique : solution de 200 gr. de savon mou dé potasse dans 10 litres d’eau qu’on chauffe et à laquelle on ajoute au moment de l’emploi 4°o cm5 d’eau de Javel. On en frotte le cheval soigneusement avec une brosse et l’animal est débarrassé de ses poux et des lentes qui sont tuées.
- p.2x0 - vue 440/474
-
-
-
- N° 2315
- 9 Févriet 1918.
- LH NATURE
- ™vr
- L 'Evolution
- de l’Aviation Allemande
- -r * f: ,, ?
- .VJ?-*
- SOMMAIRE :
- L'évolution de l’aviation allemande : Ll Jean-Abel Lefranc.
- Les sels lumineux radiferes : Félix Colomer.
- Les industries de houille blanche : Barbillion.
- Cette, port franco-suisse : Auguste Pawlowski.
- La dosimétrie en X-ràdiothérapie : Ernest Coustet.
- SUPPLÉMENT. — Informations : Légumes frais d’hiver, etc. bM|n|a|aB||a|BaH|||HaM|HB||||||||HM|||^^
- MASSON ET C‘\ Éditeurs. LE NUMÉRO 50 CENTIMES
- p.2x0 - vue 441/474
-
-
-
- LA NATURE
- Revue des Sciences et de leurs Applications aux Arts et à l’Industrie
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ
- Fondé par Gaston Tissandier . w..-..
- DIRECTION
- L. DE LAUNAY
- E.-A. MARTEL
- Membre de l’Institut,
- Professeur à 1 Ecole des Mines et à l’Ecole des Ponts et Chaussée
- Membre du Conseil supérieur d’Hygiène publique Ancien Président de la Commission centrale de la Société de Géographie.
- ABONNEMENTS, 12 mois = Paris, Seine et S.-et-O. : 20 fr. — Départent : 25 fr. — Étranger : 26 fr.
- Tout ce qui concerne L,3 N3. t il F & » doit être adressé aux bureaux du journal : jso, Boulevard Saint-Germain, Taris ("VIe)
- La reproduction des illustrations de « La Nature » est interdite.
- La reproduction des articles sans leurs figures est soumise à l’obligation de l'indication d’origine.
- w?
- INFORMATIONS
- Légume frais d’hiver. — Les personnes qui, par hygiène ou... par gourmandise, éprouvent le besoin de manger, des légumes frais, sont bien malheureuses en hiver — surtout en temps de guerre — car les laitues et autres romaines sont rares et les .petits radis roses ne courent pas les rues. Il y a cependant un moyen bien simple d’obtenir — de « fabriquer » pourrait-on dire, — un excellent légume frais, et cela à la maison même. 11 consiste à récolter des « germes de pois » analogues aux « germes de Soja », que l’on trouve de temps à autre dans le commerce, mais qui ne sont pas très répandus par suite de la quantité assez grande de chaleur qu’ils exigent pour arriver à bien. Les germes de pois sont au moins aussi bons et peuvent se manger crus, tels quels ou à la ci croque au sel » ou encore en salade; leur saveur rappelle beaucoup celle des petits pois verts encore jeunes, saveur printanière s’il en fût. Ceci dit pour allécher le lecteur, voici la manière de procéder. Mettre dans une assiette creuse de la sciure de bois jusqu’à la moitié ou aux deux tiers environ de sa hauteur et la recouvrir complètement d’eau. Quand ou juge l’imbibition suffisante, ce qui est presque instantané, on fait écouler peu à peu 1 eau surnageante en inclinant l’assiette, puis appliquant largement la main sur la sciure, on l’amène à être presque verticale. L’eau s’écoule goutte à goutte et, finalement, ne reste plus qu’à l’état de liquide d’imbibition dans la sciure (on peut aussi employer du coton hydrophile). Remettant alors l’assiette dans la position horizontale, on malaxe la sciure avec les. doigts de manière à détruire sa compacité et à obtenir une véritable substance poreuse où, dès lors, des racines pourront vivre et respirer tout à leur aise. Ce résultat obtenu, on jette à la surface de ce « terrain », des pois secs, mis dans de l’eau préalablement pendant 24 heures et, par suite, gonflés et imbibés (ceci est très important). Les pois peuvent être en petite quantité ou suffisamment nombreux pour se toucher, ce qui, pour une seule assiette, en représente un poids assez notable, mais il vaut mieux ne pas trop « forcer la dose » pour ne pas les gêner dans leur libre développement. Ceci étant fait, on recouvre l’assiette à germination d’une assiette également creuse, mais vide et disposée sur elle en sens contraire,, c’est-à-dire la cavité tournée vers le bas. On met alors le tout dans une pièce légèrement chaude, du moins pendant une partie de la journée, comme, par exemple, la cuisine ou la salle à manger, et on peut ne plus s’en occuper. Au bout de 8 à i5 jours, en enlevant l’assiette supérieure, on voit que les graines, mises ainsi dans une atmosphère humide et assez chaude, ont donné des « germes » étiolés (par suite de l’obscurité), bonne condition pour qu’ils soient tendres. Ce sont de longues tiges blanches de 10 à' 1.5 cent, et même plus, portant de petites feuilles jaunes, presque réduites à leur plus simple expression. On coupe ces germes au niveau de la graine et on les mange comme je l’ai indiqué plus haut. Les grains sont, d’autre part, encore bons par eux-mêmes et rien n’empêche d’en faire des purées. Quant aux racines, qui sont
- démésurément longues, on peut les donner aux poules et aux serins et autres oiseaux en cage qui sauront s’en. « régaler ». Ce n’est pas le moment de laisser rien perdre.... . Henri Coupin.
- Destruction des insectes par l’électricité. —
- L’Electrical Review signale une nouvelle application de l’électricité utilisée par le propriétaire d’un hôtel situé dans une région infestée de moustiques. Pour se débarrasser de ces derniers, il installa une lampe au tungstène, munie d’un réflecteur puissant, à l’entrée d’un aspirateur mû par un moteur électrique. Cet aspirateur aboutit à une cage en treillis métallique. En quelques heures, on recueillit ainsi .4 à 5 litres d’insectes variés, qu’il n’y eut plus qu’à détruire. La lampe au tungstène étant plus puissante que les autres lumières extérieures, les moustiques diminuèrent de nombre dans les autres parties de l’hôtel, pour le plus grand soulagement des voyageurs.
- Quelques formules de mastics. — La Revue de Chimie industrielle publie quelques formules de mastics qui sont à ajouter à celles déjà.parues dans les Recettes de la Maison :
- Pour les bacs à acides : on peut choisir l une des trois formules suivantes . T° silicate de potasse à 3o°B. et pierre ponce pulvérisée, très résistant, excellent aussi pour le verre; 2" silicate, de soude à 3o°B et mélange de 2 parties de poudre d’amiante et d’une de sulfate, de baryte; 3°-2 parties de silicade'de soude, 1 de sable] fin et i d’amiante en poudre, résistant à l’acide nitrique chaud. . j
- Pour fixer le verre au métal : on fait bouillir ensemble 20 parties de résine, 6 de soude, 2 à 3 de silicate, de potasse, 22 d’eau, et l’on y incorpore 80 parties ; de plâtre. Ce mastic forme des joints solides et imperméables particulièrement recommandables pour les châssis vitrés. i
- Pour remplacer la cérusc et Iç minium : précipiter un savon gras quelconque par du sulfate ferrique ; laver et égoutter le savon de fer obtenu; y incorporer un oxyde de fer; on obtient un mastic suffisamment plastique susceptible de remplacer ceux de eéruse;et de minium dans tous leurs emplois.
- Pour souder le fer : mélanger intimement parties égales de soufre en poudre et de céruse pulvérisée; y ajouter un sixième environ de borax en poudre ; mouiller légèrement au moment de l’emploi avec un peu d’acide sulfurique concentré. On enduit de ce mastic les morceaux de fer à souder grilles, barrières. Après 5 jours, les morceaux tiennent suffisamment pour résister aux coups de marteau.
- Pour joints de vapeur ; mélanger à chaud 40 parties de résine et 6,5 de suif; y incorporer 47 parties d’ardoise bien pulvérisée et 6,5 d’amiante en bourre ou filasse; additionner au besoin d’un peu de craie en poudre. Bien malaxer, ,
- p.2x0 - vue 442/474
-
-
-
- 16 Févriei 1913
- N° 2316
- LA
- Jui 1
- O
- mmmmmamÊmmmmmmmamHmmmmmmimmHÊmmmmmmmmÊaKmÊmÊKmmmimmmmmmaÊHmmÊmÊÊmmÊmmmimmmmammimmmmÊmm
- SOMMAIRE :
- Les hauts fourneaux de Caen : Auguste Pawlowski.
- Efficacité des bombardements terrestres et aériens : X***.
- A propos de l’avion sanitaire : Professeur R. Blanchard.
- L’étude des mouvements de la mer et le bathyrhéomètre : H. Volta. — Académie des Sciences.
- L'examen des aviateurs américains : R. M. I
- MASSON ET Ci0, Éditeurs. LE NUMÉRO 50 CENTIMES
- p.2x0 - vue 443/474
-
-
-
- LA NATURE
- Revue des Sciences et de leurs Applications aux Arts et à Flndustrie
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ
- Fondé par Gaston Tjs'sa'ndier ^ " •”
- DIRECTION
- L. DE LAUNAY
- E.-A. MARTEL
- Membre de l’Institut,
- Professeur à l’École des Mines et à l’École des Ponts et Chaussées.
- Membre du Conseil supérieur d Hygiène publique Ancien Président de la Commission centrale de la Société de Géographie.
- ABONNEMENTS,, i 2 mois = Paris, Seine et S.-et-O. : 20 fr. — Départem : 25 fr. — Etranger : 26 fr.
- Tout ce qui concerne « Lâ N3.titre » doit être adressé aux bureaux du journal : 120,' Boulevard Saint-Germain, Paris fVl0)
- La reproduction des illustrations de « La Nature » est interdite.
- La reproduction des articles sans leurs figures est soumise à l’obligation de l’indication d’origine.
- Pour VOIR, PROJETER et CLASSER fa vues du VÉRASCOPE et du GLYPHOSCOPE
- Demander î __
- 10, rue Halévy I F
- (Opcra) MMM
- TAXIPHOTE
- Breveté S» G. D. G.
- STÉRÉOCIsASSEUR distributeur automatique
- Écartement variable des oculaires. — Sécurité absolue des diapositifs.— Modèle réduit et simplifié : 148 fr. 50
- Modèles à COURT FOYER, brevetés S. G. D. G.
- dans lesquels les images paraissent en vraie grandeur superposable avec la réalité.
- NOUVEAU!! TAXIPHOTE A COURT FOYER .MÉCANIQUE NOUVEAU U
- avec trois jeux d’oculaires interchangeables, court foyer, foyer ordinaire et prismes inverseurs.
- GRAND CHOIX DE DIAPOSITIFS 45x107 Plus de 130 000 vues de toutes les parties du monde pouvant être projetées directement par le TAXIPHOTE
- exposition permanente : _ _ I /O ELU A £3 IPfe 25, Rue Mélingue, 25
- 7, Rue Lafayette (Opéra) J ULES fr I Uil n 11 LJ paris ,
- TTP
- DANIEL SACK tC‘
- PARIS - 55-64, rue Legendre, 55-64 - PARIS
- Téléphone Wagram 03.52
- Installations complètes d’Êlectricité
- ÉCLAIRAGE DES CHATEAUX
- TRAVAUX TRÈS SOIGNES
- NOMBREUSES RÉFÉRENCES
- Maison fondée en 1890 Médailles d'Or
- . r •: J-_; ;
- Lits, fauteuils, Voitures et tous appareils
- pour malades, blessés et convalescents.
- Jambe artificielle perfectionnée. — Chaussures orthopédiques.
- DUPONT
- 1Q, Rue Hautefeuille, à Paris (VI*)
- Mmson fondée en 1847 — Téléph. : 818.67 Voitures de promenades et Fauteuils roulants de tous modèles.
- COR DERIES DE LA SEINE - LE HAVRE
- Cordages en Manille ét en Chanvre i Câbles en fils d’acier^ Cordes, Ficelles et Vf il s Spécialités : . Câbles de Labourage, "
- Câbles transports aériens, Câbles de cabestans, Câbles de levage antigîratoires, à torons plats ou triangulaires
- Ficelles pour Mojssonneuses-iieuses.
- C PILES SECHES \
- (dualité supérieure)
- ACCUMULATEURS ÉLECTRIQUES
- V.
- SOCIÉTÉ HEINZ
- 2, Rue Trouchet, Paris.
- Téléph. Central 42-54.
- Usine à Saint-Ouen (Seine).
- REPASSEUH TWINPLEX
- 500 Barbes avec une seule lame
- Notice illustrée 11°. 41, franco.
- KIRBY BEARD & C° Ld
- 5, rue Auber, PARIS
- p.2x0 - vue 444/474
-
-
-
- N° 2317 23 Février 1918.
- HBttHM&HMB&HNHHSHKMHMBaBHHHBHHBnUEESSBEEHHnHHBMKHBMGHMMn
- SOMMAIRE :
- La lutte contre les sous-marins et les inventeurs : H. Volta.
- U électroculture : M. Bousquet.
- Les nouveaux gisements de mica en Amérique et leur exploitation intensive : Jacques Boyer.
- Académie des Sciences.
- i Les électro-aimants de levage : Ernest Copstet.
- MASSON ET C!% Éditeurs................ LE.NUMÉRO 50 CENTIMES
- p.2x0 - vue 445/474
-
-
-
- LA NATURE
- Revue des Sciences et de leurs Applications aux Arts et à l’Industrie
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ Fondé pau_Gaston Tissandier
- DIRECTION
- L. DE LAUNAY
- E.-A. MARTEL
- Membre de l’Institut,
- Professeur à l’École des Mines et à l’École des
- Ponts et Chaussées.
- Membre du Conseil supérieur d’Hygiène publique Ancien Président de la Commission centrale de la Société de Géographie.
- ABONNEMENTS, i 2 Atois :— Paris, Seine et S.-et-O. : 20 fr. — Départent : 25 fr. — Étranger : 26 fr.
- Tout ce qui concerne « La /Vafwre » doit être adressé aux bureaux du journal : /20, Boulevard Saint-Germain, Taris (Wj
- La reproduction des illustrations de « La Nature » est interdite.
- La reproduction des articles sans leurs figures est soumise à l’obligation de l’indication d’origine.
- — ' — -—"—;—— ----------------------t>-----------------— ----" ~ 1 -----
- MASSON et Cic, Éditeurs, 120, Boulevard Saint-Germain, PARIS, VIe. 0 Prix net : f fr. 25 e Culinaire
- Comment Economiser Le Chauffag Domestique et <
- Une brochure de 124 pages avec figures. Par R. LEGENDRE et A. THEVENIN, Membres de la Section d’Hygiène. Cette brochure populaire publiée sous les auspices delà Direction des inventions du Ministère de VArmement permettra d’obtenir le maximum de chauffage ' avec le minimum de combustible par' des moijcns à la portée de tous. •~'î ’ .... -
- BRIQUETTftGE%POÛSSI|RS
- L'Eatrepiise Decauville, 33, bd de la Saussaye, Néuilly.
- Offi*. fabriq. chez vous, à forfait, superbes" briquettes.' avec toutes les presses à bras de ses chantiers de cuirassement.
- ou feu tan
- GRAND PRIX
- Lits, Fauteuils, Voitures et tous appareils
- pour malades, blessés-et convalescents.
- Jambe artificielle perfectionnée. - Chaussures orthopédiques
- ^HfTTTn
- DUPONT
- 10, rue Hautefeuille, à Paris (VI*)
- MAISON FONDÉE EN 1847. — Tél. : 818 67
- Matelas en caoutchouc se gonflant à l'air ou à l’eau. Nouveaux coussins pneumatiques à spirales.
- CORDERIES DE LA SEINE - LE HAVRE
- Cordages en IVlanille et en Chanvre Câbles en fils d’acier, Cordes, Ficelles et Fils Câbles de Labourage,
- Câbles de transports aeriens, Câbles de cabestans,
- Spécialités :
- Câbles de levage antigiratoires, à torens plats - ou triangulaires’
- Ficelles pour Moissonneuses-lieuses.
- r PILES SECHES ^
- (Qualité! supérieure)
- ACCUMULATEURS ÉLECTRiaUES
- SOCIÉTÉ HEINZ
- 2, Rue Yronchet, Paris. TéiéphTCentral 42-5471
- Usine & Saint-Ouea (Seine).
- MÉCANOTHÉRAPIE
- • \:
- Appareils spéciaux pour blessés
- CORDERIE CENTRALE
- 13, boulevard Sébastopol, Paris.
- p.2x0 - vue 446/474
-
-
-
- 2 Mars l918
- N°fî23ï8
- SOMMAIRE :
- Quelques progrès récents en métallurgie du cuivre : Léon (Juillet.
- Les appareils respiratoires clos; Le nouvel appareil Gibbs : A. B. — La République Argentine: G. L. Production et utilisations du topinambour : Henri Blin. — Académie des Sciences. L’extension à la mer du régime des fuseaux horaires : P. Vincent.
- SUPPLÉMENT. — Informations : Bateaux allemands transportant des troupes américaines, etc.
- MASSON ET C'\ Éditeurs, LE NUMÉRO 50 CENTIMES
- p.2x0 - vue 447/474
-
-
-
- LA NATURE
- Revue des Sciences et de leurs Applications aux Arts et à l’Industrie
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ
- Fondé par Gaston Tissandier
- DIRECTION
- L. DE LAUNAY
- Membre de l’Institut,
- Professeur à l’Ecole des Mines et à l’Ecole des Ponts et Chaussées.
- E.-A. MARTEL
- Membre du Conseil supérieur d’Hygiène publique Ancien Président de la Commission centrale de la Société de Géographie.
- ABONNEMENTS, n mois = Paris, Seine et S.-et-O. : 20 fr. —• Départem. : 25 fr. — Etranger : 26 fr.
- Tout ce qui concerne « La Nature » doit être adressé aux bureaux du journal : no, Boulevard Saint-Germain, Taris (Y1e)
- La reproduction des illustrations de « La Nature » est interdite.
- La reproduction des articles sans leurs figures est soumise à l’obligation de l’indication d’origine.
- INFORMATIONS
- )•
- Bateaux allemands transportant des troupes américaines. —- Les Etats-Unis utilisent les bâtiments allemands et autrichiens bloqués dans leurs ports depuis le commencement de la guerre pour le transport de leurs troupes et de matériel en France. Le tonnage total ainsi récupéré s’élève à 5oo 000 tonnes environ. Yoici la liste des principaux navires, qui font maintenant le service d’Amérique en'France pour notre cause, avec les nouveaux noms que leur ont donnés nos Alliés :
- Nom allemand. Nom américain. Tonnage.
- Vaterland. Leviathan. 53.000
- Ârnerika. America. 22 622
- Cincinnati. Covington. '16.539
- President Grant. Près. Lincoln. 18.072
- Hamburg.'” Powhaten. 10.551
- Konig Wilhelm"II. Madewaska. 9.410
- G.'Washington. ' G. Washington. 25.570
- Kronprzn. Cecilie. Mount Yernon. 19.503
- Kaiser Wilhelm II. Agamemnon. 19.361
- Grosscr Kurfurst. Æolus. 15.102
- Barbarossa. Mercury. 10.984
- Pzess. lrene. Pocahontas. 10,895
- Fried. der Grosse. Huron. 10.771
- Kronpr. Wilhelm. Stuben. 14.908
- Prz. Eitel Friedrich. Baron de liais. 8.797
- Utilisation des chaussures militaires de rebut, -r-
- L’armée anglaise a trouvé plusieurs utilisations intéi ressantes des chaussures usées de ses soldats, si l’on en juge par l’étude récemment publiée par M, C. Lamb dans le Journal of the Society of Chemical Society. Tout d'abord on peut en retirer environ 190 kg de déchets métalliques par tonne de souliers représentant environ, 56o paires. Puis le cuir haché et mélangé à du granit, du calcaire ou du laitier avec un peu de bitume ou d’asphalte forme un produit de revêtement des routes d’excellente qualité, appelé broughite par son inventeur, qui fatigue peu les chevaux, use peu les pneumatiques d automobiles et donne très peu de poussière. La distillation sèche dé ce cuir fournit un rendement de 35 pour 100 de noir animal brut ou 25 pour 100 de noir épuré en tous points comparable au noir^d’os. La distillation dont les produits sont recueillis dans l’acide sulfurique produit de 23 à ai pour 106 de sulfate d’ammoniaque. Enfin," on peut encore extraire dés vieilles" chaussures i5 pour 100 de matières grasses utilisables pour le
- C PILES SECHES ^
- (Qualité supérieure)
- accumulateurs électriques
- SOCIÉTÉ HEINZ
- 2, Rue Tronche*, Paris.
- Téléph. Central 42-54. Usine à Saint-Chien (Seine).
- C-
- corroyage. Ces diverses utilisations sont préférables à l’emploi des vieux cuirs comme engrais dont la décomposition est très lente ou même nulle s'ils ont été chromés. M. Lamb a calculé qu’une tonne de vieilles chaussures peut donner 23 fr. 5o de débris métalliques,
- 37 fr. 5o de graisses, 2bo fr. de noir animal et io3,fr. de sulfate d’ammoniaque, soit 414 fr- ou o fr. 74 par paire. C’est là une économie non négligeable.
- Les oiseaux météorologistes. — Les observations de prévision du temps par les oiseaux ne manquent pas. En,yoici quelques-unes nouvelles de M. A. Michaud, garde général des Eaux et Forêts, publiées dans le Bulletin de la Ligue française pour La protection des oiseaux : les corbeaux et les étourneaux réunis dans la plaine, vers là fin de l’année, présagent un hiver rigoureux ; le froid est proche si on les rencontre ainsi par temps brumeux et vent du nord; il sera rude s'ils volent bas et par petits bonds, en groupes: Le troglodyte entrant dans les’ hangars, le pinson, ébouriffé,, inquiet et poussant des cris aigus, le rouge-gorge pénétrant dans les maisons annoncent également l’hiver très froid. Vers la mi-février, la grive du gui signale les giboulées trois ou quâtre jours, d’avance par un chant précipité. Le "coucou prédit les ondées par une note aiguë au moment où il s’envole. Le pic-vert annonce l’orage par des cris plaintifs et étouffés, en grimpant lentement aux arbres. Aussi M. Michaud les appelle-t-il des baromètres vivants. Il eu est certainement beaucoup d’autres dont l’observation serait intéressante.
- Les insectes et les saucisses. — Les saucisses dont il s’agit sont les ballons captifs d’observation qui jalonnent la ligue de bataille actuelle. D’une lettre du lieutenant Depret-Bixio à la Ligue française pour la protection des oiseaux, nous extrayons les renseignements suivants : « En s’élevant, le ballon entraîne avec lui un certain nombre d’insectes (j’ai vu monter des mouches jusqu’à 900 m., elles mouraient après). Dès que la pression atmosphérique devenait plus faible, à mesure que le ballon s’élevait, les insectes tombaient ou lâchaient prise, comme je l’ai vu faire à des sauterelles, qui se cramponnaient après la nacelle. Les hirondelles en profitaient pour les gober au passage ».
- L’influence d’une rapide 'dépression sur les insectes, n’avait pas encore été observée jusqu’ici, croyons-nous.
- 500 BARBES
- avec une lame “Gillette” j en employant le Repasseur j
- 44 TWINPLEX ”
- KIRBY,BEARD&C°Ld
- 5, Rue'Âuber, PARIS
- Notice illustrée n° 41 franco.
- MBmmÊÊÊÊm
- p.2x0 - vue 448/474
-
-
-
- N" 2319 9 Mars I<>18.
- LA NATURE
- )
- SOMMAIRE :
- La protection des navires contre les sous-marins : H. Volta.
- A travers les revues techniques allemandes : C. L. — Les leishmanioses : R. M.
- La plasticité des argiles : P. Sallior.
- Le chargement et le vidage des projectiles : R. Levatel-SUPPLÉMENT. —- Informations : Les pertes de chaleur par les toitures, etc.
- MASSON ET Ciû. Éditeurs. LE NUMÉRO 50 CENTIMES
- p.2x0 - vue 449/474
-
-
-
- LA NATURE
- Re^yue des Sciences et de leurs Applications aux Arts et à l’Industrie
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ
- Fonde par Gaston Tissandier ,
- DIRECTION
- L. DE LAUNAY
- E.-A. MARTEL
- Membre de l’Institut,
- Professeur à I Ecole des Mines et à l’Ecole des Ponts et Chaussées.
- Membre du Conseil supérieur d’Hygiène publique Ancien Président de la Commission centrale de la Société de Géographie.
- ABONNEMENTS, 12 mois — Paris, Seine et S.-et-O. : 20 fr. — Départent : 25 fr. — Étranger : 26 fr.
- Tout ce qui concerne « La Nature » doit être adressé aux bureaux du journal : 120, Boulevard Saint-Germain, Taris (YV)
- La reproduction des illustrations de « La Nature » est interdite.
- La reproduction des articles sans leurs figures est soumise à l’obligation de l’indication d’origine.
- JSac
- leo
- INFORMATIONS
- osr.
- cs§?
- Les pertes de chaleur par les toitures. — -Engineering rend compte des essais entrepris par M. W.-M, Thornton au National PhysicalLaboratory pour connaître la chaleur transmise à travers les toitures de différents matériaux. Les résultats suivants ont été obtenus :
- * -
- Calories transmises
- Matériaux cl3 la toiture. en 1 heure par in2.
- Fer galvanisé brillant..................... 5
- Fer galvanisé noirci en dessous............ 4.56
- Fer galvanisé noirci en dessus..................... 10.45
- Fer galvanisé noirci des deux côtés .... 16
- Fer galvanisé après 1 mois d’exposition à l'air, 8.41
- Fer galvanisé après 1 an .... ............. 11.46
- Fer galvanisé après 1 an, noirci en dessous. . 15
- Verre ondulé ............... 12.50
- Ardoise. . ............................. 6.75- 0.15
- Sapin recouvert de feutre bitumé............ 5.36.
- Fibro-ciment après 1 mois d’usage . ... . . 8.82
- Fibro-ciment après 1 an............. ; ... ., 9.14
- Fibro-ciment peint en noir ......... 9.25
- Fibro-ciment peint à l’aluminium en dessous . 5.62
- Fibro-ciment sur feutre bitumé........ . 5.75
- Comme on le voit, les pertes de chaleur par la toiture dépendent plus de la nature de la surface et de son rayonnement que de la conductibilité des matériaux. La même feuille de fer galvanisé, très isolante tant qu’elle est brillante, perd 5o pour 100 en plus quand elle est noircie en dedans et plus de 5 fois plus quand elle l’est sur ses deux faces.*Le sapin recouvert de feutre bitumé est parmi les meilleurs matériaux, ainsi que l’ardoise beaucoup plus lourde. Le fibro-ciment est également bon; on l’améliore par une peinture à l’aluminium, Le fibro-ciment ondulé doublé en dessous de feutre bitumé uni, jpar le matelas d’air qu’il emprisonne, est la matière la plus intéressante quand on veut une toiture calorifuge et légère tout à la fois.
- Nourriture pour chevaux. — A propos du récent article sur l’utilisation alimentaire des algues paru dans le n° 2809 de La Nature, un dé nos abonnés, lieutenant-colonel d’artillerie, nous envoie les intéressants renseL gnements qui suivent, sur différents' aliments pour les chevaux qu’on a souvent à sa disposition et qu’on laisse généralement perdre : « Les épluchures de légumes soit un très bon. aliment; cependant certains chevaux
- ne veulent manger les .épluchures de pommes de terre que cuites. Or, ces temps derniers, étant en permission à Paris, je voyais les poubelles remplies de ces déchets tandis que nombre de chevaux auraient été heureux de les manger. On peut donner 1/2 à 1 kg d’épluchures par jour à un cheval. Les eaux grasses sont bues volontiers par un cheval, du moins avec un peu d’habitude, et le mettent en excellent état. La sciure de' bois de bouleau, et surtout de peuplier, peuvent remplacer le son. On peut très bien en donner 1/2 ou i^kg par jour en barbotage. Un barbotage journalier de sciure de peuplier dans l’eau grasse encore tiède du lavage de la ^vaisselle est excellent. Les feuilles d’arbres, même mortes, mais non en décomposition sont utilisables. Le marc de pommes frais, résidu de la fabrication, du cidre, qui est généralement jeté au fumier, est un aliment de grande valeur. Mélangé à l’avoine, à raison de 1 kg par jour, il remplace 1/2 kg d’avoine. Nous faisons usage sur le front de tous ces aliments en supplément de la ration réglementaire et nous nous en trouvons fort bien. La seule condition essentielle est que ces déchets n’aient pas commencé à se décomposer ou à fermenter, car alors ils peuvent provoquer des accidents dangereux. La sciure de bois de chêne est à rejeter comme indigeste; celle de sapin également parce que contenant de l’essence de térébenthine qui causerait de l’inflammation d’intestins. »
- Nécrologie. —- Nous apprenons la mort d’Emile Reynàud, inventeur du Praxinoscope, le .merveilleux jouet, et du théâtre Optique ; créateur des « Pantomimes lumineuses », premières projections animées, présentées à Paris en 1892. Les travaux de ce savant, aussi érudit que modeste, doivent avoir une large place dans l’histoire de la Cinématographie,
- Fonds fabr, I7M I) |>|7 11 IU D’ 4 I)T dit Le Verre de et vente de V JLJ tl 110 lt | AtllV enise, av. Fercier 6, à Paris ay. usine à Courbevoie, 37, r. Raspail. A adj. Et. Fauchey, not, 3, r. du Louvre; 16 mars, 1 ’h. M, à px ; 20,000 fr, ;lions.: J.5000 fr. A'défaut acquéreur,-vente eu 2 lots. 1" Fonds 6, av, Fercier, av, droits y attachés. 2Ü Droit au bail ct promesse vente des lieux. 37, r. Raspail à Courbevoie. M. à prix : 10.000 l'r. p. le lot. Cons°" 5000 fr. le lot. S’ad, M. Navarre, adm. soc; r. Mogador, 3, et MCï G. Morel d’Arlcux et Fauchey, not.
- CORDERIES DE LA SEINE - LE HÂVREP Lits, fauteuils, Voitures et tous appareils
- Cordages en Manille et en Chanvre pour malades, blessés et convalescents.
- Câbles en fils d’acier, Cordes, Ficelles et Fils Jambe artificielle perfectionnée. . CfrjS^, _
- Spécialités : Câbles dë Labourage, DUPONT JM 10, Rue HautefeuiUe, à Paris (6‘) jpsBiSSHraS
- Câbles de transports aériens,,Câbles de cabestans, Maison' fondée en 1847 -l- Tèl. ; 818.61 JfëSÊM&SSSBŒh
- Üâbles de levage antigiratoires, à torons plats u Chaussures orthopédiques, de luxe et de fatigue, Dour ÉM8ÉI1SF
- ou triangulaires mutilés, pieds bots, pieds sensibles, raccourcissements et toutes déformations:
- Ficelles pour Moissonneuses-lieuses.
- p.2x0 - vue 450/474
-
-
-
- N° 2320 16 Mars 1918.
- ï a N3TITRT7 Ln 1 iril UriEj
- innBBHnHnHBMaaBHBBanHHHaMaHHHaaBnBgMBBaBMMBMHtaaHMmaHMaM
- SOMMAIRE :
- L'évolution de l’aviation allemande; Les moteurs : Ll Jean Abel Lefranc.
- Le « cement-gun » ou canon à ciment : M. Bousquet.
- Académie des Sciences.
- Nouvelle méthode d’examen des œufs par la photographie : Jacques Boyer. SUPPLEMENT. — Informations : L’énergie des explosifs. — L’eucalyptus, bois de chauffage, etc.
- MASSON ET Ci0. Éditeurs LE NUMÉRO 50 CENTIMES
- p.2x0 - vue 451/474
-
-
-
- LA NATURE
- Revue des Sciences et de leurs Applications aux Arts et à l’Industrie
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ Fondé par Gaston Tissandier
- DIRECTION
- L. DE LAUNAY
- E.-A. MARTEL
- Membre de l’Institut,
- Professeur à l’Ecole des Mines et à l’École des Ponts et Chaussées.
- Membre du Conseil supérieur d’Hygiène publique Ancien Président de la Commission centrale de la Société de Géographie.
- ABONNEMENTS, i 2 mois = Paris, Seine et S.-et-O. : 20 fr. — Départent : 25 fr. — Étranger : 26 fr.
- Tout ce qui concerne * Lîï Nütlirc » doit etre adressé aux bureaux du journal : 120, boulevard Saint-Germain, Tarit ("VT)
- La reproduction des illustrations de « La Nature » est interdite.
- La reproduction des articles sans leurs figures est soumise à l’obligation de l’indication d’origine.
- »<§so
- 1*0
- INFORMATIONS
- oat.
- L’energie des explosifs. — L’énergie relative des divers explosifs peut être évaluée soit en comparant les élargissements qu’ils produisent dans un trou foré dans un bloc de plomb (méthode de Tranzl), soit en mesurant la quantité de chaleur que dégage leur combustion.
- D'après des essais récents de M. Howel, on peut les classer dans l’ordre suivant :
- Gélatine explosive. . .
- Nitroglycérine.........
- Gélatine dynamite 63 0/0 Balistite (italienne) . . Balistite (allemande). . Dynamite 45 ou 75 0/0, Cordite (anglaise) . ,. . Nitrocellulose. . . . .
- Dynamite (3o 0/0) . . . Troisdorf (allemande). . Poudre B IY (française) Acide picrique. . . . . Poudre anglaise 55 . .
- Poudre noire...........
- Fulminate de mercure.
- Énergie en calories
- I .640. 000
- I .58o. ,000
- I .321 . 000
- I .317. ,000
- I .291. .000
- I .290. O O O
- I .253. .000
- I .061. . 000
- I . o3o, .000
- 943. .000
- 8.33. ,000
- 800. 000'
- 799' .000
- 685. ,000
- 410, ,000
- L’eucalyptus, bois de chauffage. — M. Trabut vient de signaler à l’Académie d'Agriculture, l’intérêt des plantations d’arbres à croissance rapide pour l’approvisionnement en combustible dans les pays qui manquent de charbon. Parmi ceux-ci, il recommande spécialement l'Eucalyptus globulus qui peut atteindre eni6 ans une hauteur de 12 à i5 m. et un diamètre de 20 cm; les semis peuvent en être très serrés et les coupes d’éclaircissement se poursuivre de 6 ans en 6 ans en fournissant une moyenne de 3oo tonnes de bois sec par hectare. Le bois vert se débite très bien; sec, il
- devient très dur et a alors une valeur calorifique seulement moitié moindre de celle des briquettes de charbon. Les fèuilles peuvent être distillées et donner i,5 pour 100 d’essence; elles peuvent aussi être agglomérées en briquettes ainsi que les branches. Actuellement, les chemins de fer algériens et tunisiens utilisent le bois d’eucalyptus dans leurs locomotives, par pénurie de charbon.
- Le séneçon vénéneux pour les boeufs. — Le Bulletin des Renseignements agricoles de l'Institut international d’Agriculture rend compte d’une note récemment publiée par le chef du Service vétérinaire du Ministère d'Agriculture' de Grande-Bretagne sur cette question encore mal connue. Dans l’Afrique du Sud, au Canada, en Nouvelle-Zélande, l’attention avait été déjà attirée par des intoxications du bétail dues à diverses espèces de séneçon. Récemment en Angleterre, on observa des faits du même genre sur un troupeau de boeufs qui avait consomme un foin contenant beaucoup de Senecio Jacobea. Les .accidents furent tardifs; les premiers apparurent seulement 44 jours après le début, de la consommation ; certains animaux ne furent malades que 12 jours après_avoir cessé cette nourriture toxique; on observa de la diarrhée et des troubles nerveux qui se terminèrent par la mort’ quelques jours ou un mois après. Il semble que le séneçon contienne divers alcaloïdes toxiques dont l’action est lente et cumulative. On ne connaît jusqu’à présent comme remède que de déraciner et brûler les séneçons avant leur floraison.
- A adjuger en un ou deux lots. Chambre des iNot. Paris, 19 mars 1918, 13 h. 1/2. DEUX HOTELS, n“ 2o et 27.
- location HUÉ DE COURCEULES Arrdl).
- Cont" 2458 m. Mise à prix respective, 599 000 fr. et 1068 000 fr. S’adr. Mc* H.uillïer, et G. Morel d'Arlcux, notaires à Paris.
- Lits, fauteuils, Voitures et Appareils mécaniques pour malades, blessés et convalescents Jamb» artificielle perfectionnée. — Chaussures orthopédiques.
- DUPONT
- 10, rue Hautefeuille, Paris (6*).
- - Maison fondée en 1847. — Téléphone 818-67 Fauteuil confortable articulé à petites roues pour appartements.
- POUR I DEVENIR!
- [INGÉNIEUR DES TRAVAUX PUBLICS
- I) INGENIEUR-ARCHITECTE j INGÉNIEUR - MÉCANICIEN^ llNGÉNIEUR-ÉLECmiaüL
- adressez-vous à I '
- senï22-
- -^ENSEIGNEMENT SUR PLACE 1500 élèves) tesJUS»Nombre d'élèves inscrits pendant la guerre : 12.032 > 1 IZij! gratuit de brochures et progremmes.écrire à te Direction de I'Ecafe.3,RueThénard,ibris,V7
- GORDERIES DE LA SEINE - LE HAVRE
- 'Cordages en manille èt ert Chanvre Câbles èn fils d’acier, Cordes, Ficelles et Fils Spécialités : Câbles de Labourage,
- Câbles de transports aériens, Câbles de cabestans, Câbles de levage antigiratoires, à torons plats ou triangulaires
- Ficelles pour moissonneuses-lieuses.
- MASSON ET CIE, Éditeurs, bouL Saint-Germain, 120, PARIS
- L,es Recettes et Procédés Utiles de “ La Nature ’9
- Cinq volumes in-8, reliés toile. . . 15 fr.
- Chaque volume séparément .... 3 fr.
- La Maison. — L’Atelior. — Le Laboratoire. La Campagne. — L»« Sports.
- p.2x0 - vue 452/474
-
-
-
- N° 2321
- 23 Mars 1918.
- LA. NATUR
- T®niy
- o
- MASSON ET Ci0. Éditeurs
- LE NUMERO 50 CENTIMES
- p.2x0 - vue 453/474
-
-
-
- LA NATURE
- Revue des Sciences et de leurs Applications aux Arts et à l’Industrie
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ
- Fondé par Gaston Tissandier
- DIRECTION
- L. DE LAUNAY
- E.-A. MARTEL
- - Membre de l’Institut,
- Professeur à l’Ecole des Mines et à l'Ecole des Ponts et Chaussées.
- Membre du Conseil supérieur d’Hygiène publique Ancien Président de la Commission centrale de la Société de Géographie.
- ABONNEMENTS, 12 mois Paris, Seine et S.-et-O. : 20 fr. — Départent : 25 Fr. — Etranger : 26 fr.
- Tout ce qui concerne « La Nature » doit être adressé aux bureaux du journal : tso, Boulevard Saint-Germain, Tarit (W)
- La reproduction des illustrations de « La Nature »> est interdite.
- La reproduction des articles sans leurs figures est soumise à l’obligation de l’indication d’origine.
- INFORMATIONS
- Les maladies du Tabac. — Si le Tabac a de nombreux ainis — dans le morne désespoir pour l’instant — il a aussi des ennemis acharnés qui l’attaqiient lorsqu’il est encore sur pied èt le font plus où moins dépérir. Les maladies dont il est parfois atteint sont, surtout, le fait de plusieurs organismes intérieurs, rentrant, particulièrement, dans le monde des microbes et des cryptogames (1 j.
- Les microbes sont représentés par le vulgaire Bacillus putrefaciens liquefaciens, qui, devenant, pour la circonstance, parasite, attaque le collet du pied de Tabac.
- A côté de lui se place le Bacillus æruginosus, produisant le « noir », 1’ « anthracnose », le « charbon », le « chancre bactérien » du Tabac. Cette maladie aux noms multiples est fréquente en France et apparaît en juillet. Sur la tige et les nervures principales des feuilles, on voit apparaître des taches oblongues, à surface déprimée et un peu bosselée, devenant, successivement, jaunes, brunes et noirâtre livide. Plus tard, les taches s’étendent et se creusent sans se cicatriser, c’est-à-dire deviennent de véritables chancres. Les régions attaquées brunissent. Des cloques irrégulières se montrent sur lès feuilles et les font dépérir. Si le chancre s’établit vers la base de la tige, le pied arrête son développement, jaunit et, finalement, meurt.
- Une autre maladie bactérienne du Tabac est celle « des taches blanches », dite aussi « rouille blanche », attribuée par G. Delacroix au Bacillus maculicola. Elle doit son nom à ce qu’elle se caractérise parla présence, sur les feuilles, de petites taches (3 à 4 mm.) arrondies, ovalaires, souvent anguleuses, tantôt disséminées, tantôt conüuentes, d’abord ,d’un vert pâle, puis presque blanches, enfin d’un blanc mat, entourées d’une marge brune.
- La phalange des Cryptogames n’est pas moins agressive que celle des Microbes. L’Oepidium Brassicæ qui, d’habitude, se contente des jeunes semis de Chou, s’attaque aussi aux-; jeunes, germinations de Tabac et, si elles ne les font pas totalement disparaître, les met dans de mauvaises conditions pour soutenir la'lutteqpour l’existence. j-
- Sur les plantes adultes, on peut aussi voir les feuilles
- 1. Le Tabac est également en butte aux atteintes de diverses bestioles nuisibles : YHcterodera radicicola? anguillule qui s’attaque aux? racines ; le Tarsonemus br.evipes, minuscule aearien, qui peut envahir tous lés organes aériens et a été observé, à Sa-lerne ; le ;Smynthurus pruinosus, singulier diptère à l’abdomen présentant! de petits points rouges violacés, qui 11’a pas plus d’un millimètre* de longueur; l'Aphix scabiosie, puceron aux pattes blanches; de Phtlmriniæa npcrcnlclla, chenille qui, de temps a autre, délaisse la pomme de terre, sa nourriture naturelle, pour devenir, dins. l’Amérique du Nord, à Porto-Rieo, au Cap et dans la Nouvelle-Galles du Sud, parasite du tabac; les lépidoptères du genre Heliothis, espèces exotiques, qui, chez nous, sont suppléés par VAgrotix xegetum, tro|> connu des cultivateurs parce qu’il s’attaque à de nombreuses plantes cultivées; le Trips tabaeï, dont les ravages sur le tabac sout surtout importants dans l’Europe méridionale ; VAltica xuuiata, petit coléoptère sauteur à la teinte noire uniforme.
- détruites par le Sclerotinia Libertiana, moisissure cotonneuse blanche, qui, peu à peu, s’agglomère en corps durs, des « sclérotes », qui, tombant sur le sol et y demeurant longtemps à l’état de vie ralentie, contribuent à perpétuer la maladie. Les feuilles peuvent aussi être attaquées par l’Alternaria tenuis, moisissure qui produit les taches desséchées, fauves, auxquelles les cultivateurs donnent le nom de « rouille », dénomination vague qui s’applique aussi à plusieurs autres ma'adies, d’origine différente.
- Le collet peut être attaqué par le Thielavia basicola, champignon qui ramollit la partie atteinte et la désorganise au point que le moindre choc suffit à la briser.
- Si beaucoup de maladies du Tabac ont une origine microbienne ou cryptogamique, il en est d’autres qui semblent dues à de mauvaises conditions hygiéniques. C’est le cas, notamment, du « Tabac blanc », dont le trait le plus saillant est l’allure des deux feuilles extérieures du bourgeon terminal qui, vers la pointe, s’inclinent au dehors en faisant un angle de 900. La floraison, dès lors, s’effectue d’une manière irrégulière et, si les capsules semblent arriver à maturité, elles sont, en réalité, dépourvues de graines. Quant aux feuilles, elles finissent toujours par moisir au séchoir. Cette maladie se montre surtout dans les années sèches, plus spécialement dans les terres argileuses; on la rencontre surtout sur YAuriac, variété du Tabac de Virginie, cultivée dans le Lot et une partie du Lot-et-Garonnë, et — plus rarement — sur le Paraguay, dans la Savoie, le Dauphiné, la Dordogne, le Lot-et-Garonne, la Gironde.
- . D’origine météorologique semble être aussi la «• Nielle du Tabac », dite aussi « Maladie de la mosaïque », qui prend surtout naissance dans les bourgeons, c’est-à-dire dans les régions en voie de croissance. « La Nielle, dit Delacroix, sè reconnaît.facilement aux teintes variées et nettement limitées que montre le limbe. Si l’on interpose la feuille niellée entre l’œil et une source vive de lumière, le soleil par exemple, le contraste entre ces deux tons vert pâle et vert foncé s accentue encore, le premier étant beaucoup plus transparent. Le toucher permet de reconnaître une plus grande épaisseur de la feuille dans les plages foncées, dès qu’elles sont un peu étendues, et c’est surtout sur le bord des taches, toujours bien arrêtées quant à sa coloration, que cette sensation devient précise. » En même temps, le nombre des feuilles devient plus considérable qu’à l’ordinaire (’poly-phyllie) et elles sont plus étroites et plus lancéolées, prenant, parfois, une forme asymétrique; vers la finales plages vert sombre se teintent de brun. Les feuilles niellées n’atteignant jamais leur développement normal, la maturité demeure imparfaite; la combustibilité est altérée et l’arome souvent altéré; après la fermentation, elles s’effritent fréquemment et se pulvérisent sous l’influence des manipulations.
- Tout cela est bien intéressant au point de vue scientifique, mais pour les fumeurs, le moindre paquet de Caporal ferait bien mieux leur affaire.... Hélas !
- " . . Henri Coupin.
- p.2x0 - vue 454/474
-
-
-
- SOMMAIRE :
- LA GUERRE NAVALE EN 1917
- (II)
- Par E. BERTIN, Membre de l’liistilut.
- SUPPLÉMENT. — Informations. : Les gîtes charbonneux de l'île danoise de Bornholm. Les pertes de la marine norvégienne pendant la guerre. .
- MASSON ET Ci0. Éditeurs.
- LE NUMÉRO 50 CENTIMES
- p.2x0 - vue 455/474
-
-
-
- Revue des Sciences et de leurs Applications aux Arts et à l’Industrie
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ
- Fondé par Gaston Tissandier
- DIRECTION
- L. DE LAUNAY
- E.-A. MARTEL
- Membre de l'Institut.
- Professeur à l'Ecole des Mines et à l’Ecole des Ponts et Chaussées.
- Membre du Conseil supérieur d’Hygiène publique Ancien Président de la Commission centrale de la Société de Géographie.
- ABONNEMENTS, 12 mois ~ Paris, Seine et S.-et-O. : 20 fr. — Départent. : 25 fr. — Étranger : 26 fr.
- Tout ce qui concerne « La Nature » doit être adressé aux bureaux du journal : sao, Boulevard Saint-Germain, Paris (VIe)
- La reproduction des illustrations dé « La Nature » est interdite.
- La reproduction des articles sans leurs figures est soumise à l’obligation de l’indication d’origine.
- INFORMATIONS
- Les gîtes charbonneux de Pile danoise de Born-
- holm^r— Par suite des cours élevés du charbon, par-gggÉf|||||!£|se met à travailler les gisements de combus-^^pé^mûiéral restés inutilisés jusqu’à présent, parce que I^^^^Éploitation n’était pas payante avec les prix prati-^qïïés avant la guerre. Tel est le cas notamment dans les pays Scandinaves, où la disette de houille se fait sentir avec Une acuité particulière. Afin de parer à cette situation on a commencé l’extraction des lignites d'Islande et des Færoer; aujourd’hui, on annonce la reprise de l’exploitation des couches de charbon de Bornholm. Dans cette ile danoise, l’étage rhétien contient de nombreuses veines de combustible minéral comme d’ailleurs la pointe méridionale de la Suède, dont elle est un morceau détaché. Après avoir été travaillés jadis, ces gites ont été ensuite abandonnés, leurs produits ne possédant qu'un faible pouvoir calorifique, et de plus se présentant dans de mauvaises conditions d’exploitation. Les couches de charbon se rencontrent au milieu de sables; d’où la nécessité de travaux coûteux de soutènement ; ajoutez à cela que l’eau est partout abondante . Telle est la note peu encourageante que donnent MM. K. A. Grônwall et Y. Milthers dans leur récente description de Bornholm, publiée par le Service géologique de Danemark (1916). Dans les circonstances actuelles, mieux vautavoir de mauvais charbon que de n’en avoir point du tout et le prix qu’on le paie permet des travaux coûteux à la mine. Aussi bien, sans se laisser arrêter par les pronostics pessimistes des géologues, un industriel vient de reprendre l’exploitation des gites charbonneux de Bornholm. Les journaux annoncent que dans un avenir prochain on compterait sur une extraction de Sooooo tonnes par an. Charles Rabot.
- Les pertes de la marine norvégienne pendant la guerre. — Après la Grande-Bretagne et l’Allemagne, la 'Norvège, qui ne compte guère plus de 2 millions d’habitants possède la flotte commerciale la plus puissante d’Europe. Poursuivant la destruction de tout le tonnage à flot, qu’il appartienne ou non à des belligérants, afin de réduire la capacité de transport maritime dont disposent les Alliés, les sous-marins allemands se sont acharnés contre cettes marine neutre et lui ont infligé des pertes sévères. D’après une statistique publiée par le Teknisk Ukeblad, de Kristiania, depuis le 2 août 1914 jusqu’au ier janvier 1918, du fait de la guerre, la flotte norvégienne a perdu, par suite soit d’explosions de mines,
- soit de torpillages, pas moins de 705 navires représentant plus d’un million de tonnes (floSg x36 t.). Ce total déjà considérable doit encore être augmenté d’un certain nombre d’unités. En 1917, 23 navires norvégiens (14 vapeurs et 9 voiliers) représentant près de 26 000 tonnes ont disparu corps et biens. En temps normal les sinistres de cet ordre ne dépassent pas la dizaine. S’il a été aussi élevé en 1917, c’est évidemment que les Allemands ont envoyé par le fond un certain nombre de navires norvégiens sans laisser de traces, sùivaaft leurs habitudes sauvages, fait remarquer 1 e'Norges Ilandels og Sjofaris-tidende, le moniteur de la navigation’à Kristania. Ajoutons que dans cette hécatombe de navires 900 braves marins ont trouvé la mort.
- L’année 1917, année- de la guerre sous-marine sans restrictions, a été particulièrement ' calamiteuse pour les Norvégiens. Durant ces douze mois’les Allemands leur ont coulé 434 navires jaugeant près de 700 000 t. (686 972 t. en chiffres exacts). Ces pertes se répartissent ainsi par trimestre :
- ier trimestre . . i5i navires. . 238176 tonnes.
- 2e . ^ —- . . i56 — V . . 231 006 —
- 3e — . . 78 . . i3o >46 —
- 4e — . . 54 — '. . 86 444 • - .
- Ce tableau est très intéressant en ce qu’il, confirme les communiqués des Alliés sur l'atténuation de la guerre sous-marine. Ce fait est encore souligné par le détail des pertes par mois durant le quatrième semestre de l’an dernier et qui s’établit ainsi :
- Octobre. ... 19 navires . . . 34 577 tonnes.
- Novembre v . . i3 — ... 19092 —
- Décembre ... 22 3a 776 —
- Le remplacement du tonnage est resté très inférieur aux pertes. En 1917 l’augmentation de la flotte norvégienne n’a pas dépassé un total de 124 navires représentant iq3 227 t., dont seulement43unités et3a3o21. fournies par les chantiers indigènes. Cette marine si importante ne possède pas dans ses ports de chantiers capables de subvenir à ses besoins et pour ses constructions, neuves elle demeure tributaire de l’étranger.
- A la suite des trois ans et demi de guerre là marine norvégienne se trouvait, à la date du Tr janvier 1918, ramenée à un effectif de 3270 unités jaugeant 2 087 6o5 de tonnes brutes, le même que 10 ans auparavant.
- Charles Rabot.
- Lits, fauteuils, Voitures et tous appareils
- pour malades, blessés et convalescents.
- Jambe artificielle perfectionnée. — Chaussures orthopédiques.
- 10, Rue Hautefeuille, à Paris (VI*)
- Maison fondée en 1847 — Téléph. : 818.67 .Voitures de promenades et Fauteuils roulants de tous modèles.
- DUPONT
- MASSON ET Cm, Éditeurs, bout. Saint-Germain, (20, PARIS
- Cinq volumes in-8, reliés toile. Chaque volume séparément . .
- tison. — L’Atelier,
- La Campagne.
- La Nature
- Lee Sports.
- p.2x0 - vue 456/474
-
-
-
- »f
- RECETTES PHOTOGRAPHIQUES
- l|€
- Virage en vert « russe » des photocopies au bromure. — Il existe plusieurs formules pour virer en vert les épreuves sur papier au gélatinobromure. La suivante donne un ton vert sombre, dit « vert russe ». L’image, parfaitement lavée après le fixage, est blanchie dans :
- Eau.................... . i oo c. c.
- Nitrate de plomb ........ i gr, 5
- Ferricyanure de potassium. ... i gr,
- On lave ensuite à fond, c’est-à-dire jusqu’à complète disparition de la teinte jaune des blancs, puis on plonge dans :
- Eau . ........................... 100 c. c.
- Chlorure de cobalt............... i gr,
- Acide chlorhydrique. .............. 1 gr.
- L’image reparaît alors en vert. On termine par un dernier lavage de quelques minutes.
- Utilisation des révélateurs oxydés. — Les révélateurs photographiques ont pour agent principal un corps réducteur et par conséquent facilement oxydable. Cette cause d’altération est particulièrement marquée pour le diamidophénol et l'acide pyrogallique, à tel point qu’il n’est guère possible de les garder à l’état de solution et que l’on est obligé de ne les faire dissoudre qu’au moment de l’emploi. Même à l’état sec et dàns des flacons bien bouchés, ces produits s’altèrent, à la longue ; ils brunissent plus ou moins et deviennent impropres au développement. Au prix qu’ils ont atteint depuis quelque temps, c’est là une perte qu’il est bon d’éviter, en usant du moyen très simple indiqué par M. L. Tranchant,
- Le diamidophénol, par exemple, quand il est devenu tout noir, ne produit plus que des clichés gris et tachés, si on l’emploie tel quel,-mais il est ’facilê \l cviter cette cause d’insuccès. A i'gr. de ce diamidophénol on ajoute io c. c. de bisulfite de soude liquide et autant d’eau ordinaire. On agite,, et l’on a un mélange fortement troublé par des parcelles noirâtres : en le ‘filtrant sut-un tampon d’ouate, on obtient une solution limpide, qui peut se conserver sans altération pendant 8 à io jours, dans des flacons pleins et bien bouchés. Au moment de développer, on y ajoute du sulfite de soude, comme à 1 ordinaire, mais en tenant compte de ce fait que chaque gramme de diamidophénol traité comme il vient d’être dit ne représente guère que o gr. 5 de diamidophénol frais. -
- Ce traitement permet donc, en réalité, de réduire la perte à 5o pour too. Il s’applique aussi, de la même
- manière, au pyrogallol, à la pyrocatéchine, à. l’icono-gène, etc. Bien entendu, ces révélateurs doivent être additionnés, comme d’habitude, de sulfite de soüde et d’un alcali ou d’un carbonate alcalin. On emploie les formules usuelles, mais en doublant la dose dé l’agent réducteur altéré et traité par le bisulfite de soude.
- M. Musseau avait proposé jadis un procédé semblable (voy. Annuaire général et international de la Photographie, 1908, p. 96), notamment pour l’amidol et' le paramidophénol. Quant au métol, il avait pu l’appliquer, après le traitement ci-dessus, au développement des plaques non orthochromatiques et des papiers au bromure, mais il n’avait jamais réussi à éviter un voile général sur les émulsions orthochromatiques.
- Développement au pyrogallol ne colorant pas les clichés. — Le pyrogallol, ou acide pyrogallique, a pu être justement surnommé le « roi des révélateurs », en raison de la perfection des images qu’il donne et de son extrême souplesse, qui le rend applicable même aux clichés dont on ignore totalement le temps de pose. Son inconvénient unique est de s’altérer rapidement, en solution, par absorption de l’oxygène de l’air, en prenant une coloration jaune-brun qui se communique à la couche de gélatine et aussi aux doigts de l’opérateur. Les taches sur la peau sont faciles à éviter, en se servant de pinces, ou de cadres porte-plaques, ou de doigtiers en caoutchouc. Quant à la gélatine, elle restera claire et incolore, si le bain de développement est préparé suivant la formule de M. B.-J. Edwards :
- A. Eau bouillie . , . . . . . . . 36o c. c.
- Métabisulfite de sodium , . . 5 gr, .
- Acide pyrogallique................. 5 —
- B. Eau bouillie......................360 c. c.
- Sulfite de soude cristallisé. . . 5o gr. Carbonate de soude ...... 5o —
- Ces solutions se conservent très bien, séparément. Au moment de l’emploi, on mélange parties égales de A et de B, pour des clichés normalement posés. En cas de surexposition, ou si l’on désire accentuer les contrastes, on ajoutera quelques gouttes d’une solution de bromure de potassium à 10 pour 100. Pour le portrait et les instantanés, le mélange de A et de B sera augmenté de son volume d’eau.
- Le pyrogallol est utilisable non seulement avec toutes les marques de plaques, mais aussi avec les papiers au gélatino-bromure. Dans ce dernier cas, cependant,: il est nécessaire que l’exposition à la lumière soit suffisante pour que le développement s’effectue rapidement.
- MASSON et C,c, Éditeurs, 120, Boulevard Saint-Germain, PARTS, VIe.
- Comment Économiser Prix net : 4 fr. 25
- Le Chauffage Domestique et Culinaire
- Une brochure de 124 pages avec figures. . Par R. LEGENDRE et A. THEVENIN, Membres de la Section d’flvgiènc. Celle brochure, populaire publiée sous les auspices de la Direction des inventions du Ministère de l’Armement permettra d’obtenir le maximum de chauffage avec le minimum de combustible par des moyens à la portée de tous.
- POUR I
- devenir! adressez-vous à F
- .les]
- [INGÉNIEUR DES TRAVAUX PUBLICS
- MNGÉNIEUR- ARCHITECTE
- I) IptctNiEURÉLECTRUa^J^ll^-^^^^ï^jq1 ljJj h^ecta]^.
- 1 D’ENSEIGNEMENT R CORRESPONDANCE 114-000 élèves)
- "ENSEIGNEMENT SUR PLACE (500 élèves) "Nombre d'élèves inscrits pendant la guerre : 12.032 18,écrire à la Direction de rEcole,3.RueThénanl,fbris,V?
- CORDERIES DE LA SEINE - LE HAVRE
- Cordages en IVIanille et en Chanvre Câbles en fils d’acier, Cordes, Ficelles et Fils Spécialités : Câbles de Labourage,
- Câbles de transports aériens, Câbles de cabestans Câbles de levage antigiratoires, à torons plats . ou triangulaires
- Ficelles pour moissonneuses-lieuses.
- p.2x0 - vue 457/474
-
-
-
- LE VER
- H
- jfeill-:
- LE VERASt :ope righardM^I
- .-V rmmmkf'-'l A
- « JUMELLE STEREOSCOPIQUE Brevetée S. G. D. G.
- donne l’image vraie garantie superposable avec la nature comme grandeur et comme relief —Ç’est lç document absolu enregistré
- 10, RUE HALÉVY (Opéra)
- Pour les débutants en photographie.
- Breveté S.G.D.G.
- Envoi franco de la IVotice illustrée-25, rue Mélingue — PARIS
- GRANDS PRIX internationales
- g&ÏSS HORS CONCOURS „
- le GLYPHOSCOPE
- Jumelle stéréoscopique à plaques 45x107 Le MOINS CHER des appareils stéréoscopiques
- TAXIPHOTES à COURT FOYER sBrG.*£éG.
- Modèle optique à DEUX FOYERS servant à volonté — Modèle mécanique
- | 3, Rue La Boétie, 3
- | PARIS
- Téléphone : Élysée 43-43. — Gutenberg 39-76.
- IE
- DANIEL SACK aC
- PARIS - 55-64, rue Legendre, 55-64 - PARIS
- Téléphone Wagram 03.52
- Installations complètes d’Êlectricité
- ÉCLAIRAGE DES CHATEAUX TRAVAUX TRÈS SOIGNhS NOMBREUSES RÉFÉRENCES
- Maison fondée en i8t)oi Médailles d’Or
- PILES SECHES "
- (Qualité supérieure)
- accumulateurs électriques
- SOCIÉTÉ HEINZ
- ________a, Rue Tronchet, Paris. _
- Téléph Central *2-54 Usine A Saint-Ouea (Sciae) y
- KEPASSEUR TWINPLEX
- 500 Barbes avec une seule lame
- Notice illustrée n° 41, franco.
- KIRBY BEARD & C° Ld
- 5. rue Auber, PARIS
- MASSON et Cie, Editeurs, *20, Boulevard Saint-Germain, PARIS
- SOCIÉTÉ SCIENTIFIQUE D’HYGIÈNE ALIMENTAIRE
- Leçons pratiques
- d*Alimentation raisonnée
- Les besoins de l organisme. — Les différents aliments. —Comment faire son marché. — Comment faire ses menus. — Comment éviter les gaspillages. Les régimes. — Les crimes d’une mauvaise alimentation.
- Une brochure de 150 pages, par Armand Hemmerdingeii, Agrégé des Sciences physiques.
- Prix net : 1 fr, 25
- p.2x0 - vue 458/474
-
-
-
- SOMMAIRE :
- La chloration : R. M. ~ Le Brésil, fournisseur de viande des Alliés : Charles Rabot.
- Un chapitre de notre productivité nationale; La pisciculture : Paul Hubault.
- Le papier d'alfa-: Pierre de Montgolfier. — Académie de* Sciences.
- Les agrandissements des ports de la Basse-Loire : A. Breton.
- SUPPLÉMENT. — Informations : Contre la mouche des olives. — Recettes photographiques.
- MASSON ET C % Éditeurs LE NUMÉRO 50 CENTIMES
- p.2x0 - vue 459/474
-
-
-
- LA NATURE
- Revue des Sciences et de leurs Applications aux Arts et à l’Industrie
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ Fondé par Gaston Tjssandier
- DIRECTION
- L. DE LAUNAY
- Membre de l’Institut,
- Professeur à 1 Ecole des Mines et à l’Ecole des Ponts et Chaussées.
- E.-A. MARTEL
- Membre du Conseil supérieur d Hygiène publique Ancien Président de la Commission centrale de la Société de Géographie,
- ABONNEMENTS, 12 mois =: Paris, Seine et S.-et-O. : 20 fr. — Départent. : 25 fr. — Etranger : 26 fr.
- Tout ce qui concerne « La Nature » doit être adressé aux bureaux du journal : /20, "Boulevard Saint-Germain, Taris (VIe)
- La reproduction des illustrations de « La Nature » est interdite.
- La reproduction des articles sans leurs figures est soumise à l’obligation de l’indication d’origine.
- 1@d
- INFORMATIONS
- Contre la Mouche des olives. — L’importance qu’ont, à cette époque, les matières grasses, autant pour l’alimentation que pour la fabrication des explosifs, attire une «fois de plus l’attention sur les olives, une des richesses du Midide la France etdu Nord de l’Italie. Le rendement des Oliviers serait considérablement accru si leurs fruits n’avaient contre eux un ennemi redoutable, une Mouche, le « Dacus oleæ », dont le nom familier, en Provence, est Keiron ou Keiroun. Un Italien, le professeur Lotrionte, vient, heureusement, de trouver contre elle un procédé de destruction qui a donné d’excellents résultats et qui mérite d être répandu. Le principe en est d’établir, dans les plantations d’Oliviers, de petites cabanes dont la toiture porte, à la face inférieure, des morceaux de paillassons (ou des fagots de bran-chailles) sur lesquels on projette, de temps à autre, une bouillie insecticide dont nous donnerons plus loin la composition. On attache ces cabanes, à 2 ou 3 m. au-dessus du sol, aux branches de l’arbre à protéger; la mise en place se fait au moment de la floraison à l’aide de deux ligatures de fils de fer galvanisé.
- La mixture a la composition ci-dessous :
- Glucose liquide. .... 5o kilos.
- Glycérine............ 2 —
- Arséniate de potasse . . 2 —
- Borate de soude .... 2 —
- Acide borique........ 2 —
- Eau .......... 100 litres (environ).
- Dans les baquets de bois on fait dissoudre le glucose dans de l’eau chaude et on y ajoute la glycérine. D’autre part; toujours dans de l’eau chaude, on fait dissoudre l’arséniate de potasse, puis l’acide borique et le borate de soude. On mélange enfin les deux solutions et on y ajoute suffisamment d’eau pour obtenir 100 litres; après avoir brassé le tout à plusieurs reprises pendant deux ou trois jours, on verse là bouillie dans des récipients pour la conserver et l’utiliser au moment voulu. Dans les expériences de M. Lotrionte, les pulvérisations ont eu lieu en cinq fois : r° au moment de la mise en place des eabanes ; 20 dans la première quinzaine de juillet ; 3° vers le milieu d’août; 40 au commencement de septembre; 5e dans la première quinzaine d’octobre. La dépense n’excède jamais 20 centimes par cabane. Dans les Oliveraies non protégées la perte est, habituellement, des 4/5 de la production; au contraire, dans les zones protégées, elle n’est que de 1/10; cette protection s’étend même aux Oliviers les plus voisins, où la perte n’est plus que de i/3. Dans une expérience contrôlée par le Dr Pantanelli, inspecteur des maladies des plantes, celui-ci a conclu que « l’application des cabanes Lotrionte a sauvé en moyenne 90 pour 100 des olives, alors que dans les Oliveraies non défendues, la perte atteint 80 pour 100 du produit ». C’est un résultat très net et très encourageant.
- Pour compléter cette étude, disons — à l’usage des profanes — que la Mouche des olives a 4 à 5 mm de long et que*son corps est d’un gris jaunâtre, avec une tête plus pâle, des yeux d’un gris bleu et des antennes fauves. L’abdomen, obtus chez les mâles, est, chez les femelles, terminé par une tarière à l’aide de laquelle elle perce les jeunes olives et y dépose ses œufs, cause de la non-maturité d’icelles et de leur chute prématurée. L’Insecte, pour le malheur de nos provençaux, a, parfois, trois générations par an, quelquefois une seule — mais suffisamment copieuse. Les femelles passent l’hiver, le printemps et le début de l’été dans divers abris et c’est, semble-t-il, de cette façon que l’arsenic des cabanes Lotrionte peut agir sur elles lorsque la malchance les engage à s’y réfugier. Henri Coupin.
- Mesure de la densité de la fumée sur les paquebots. —Les Américains viennent d’installer récemment sur un steamer un appareil destiné à renseigner l’ingénieur chargé de la chaufferie sur le degré d’opacité de la fumée qui sort des cheminées, c’est-à-dire sur la marche du tirage des foyers et de la combustion du charbon.
- L’appareil placé dans la cheminée consiste en une lampe électrique qui éclaire une cellule de sélénium disposée sur la paroi opposée. On sait que le sélénium a une résistance électrique d’autant plus forte que la quantité de lumière qu’il reçoit est plus faible. Par suite en intercalant la cellule dans le circuit d’un galvanomètre ou d’un ampère-mètre sensible, et d’un potentiomètre on peut, d’après les variations de résistance du circuit, être renseigné sur l'opacité de la fumée et sur la marche de la chaufferie.
- La loi de la compressibilité des gaz et le gaz d’éclairage. — On peut se demander quelle est, au point de vue pratique, l’utilité de la notion du gaz parfait. Quelle importance peut bien avoir le fait que les gaz ordinaires ne suivent pas la loi, Bayle Mariotte ?
- Si l’on en croit Y Engineering cette différence est loin d’être négligeable dans le cas des gaz naturels qui, aux Etats-Unis, sont employés sur une très grande échelle. „ Ils sont livrés aux compagnies de distribution sous une très forte pression atteignant parfois a5 kg par centimètre carré et délivrés aux abonnés sous une pression beaucoup plus faible. Or les mélanges de gaz naturels sont beaucoup plus compressibles jque ne le veut la loi de Mariotte et l’écart, qui atteint 25 et même 3o pour 100, est en faveur de la compagnie de distribution. Aussi des expériences très nombreulhs et très délicates ont-elles été entreprises pour assurer la vente à des conditions plus équitables. C’est aijfisi que des recherches purement théoriques et auxquelles les industriels n’avaient prêté aucune attention ont une double importance pratique.
- p.2x0 - vue 460/474
-
-
-
- RECETTES PHOTOGRAPHIQUES
- Récupération des métaux précieux. — Les clichés et les épreuves ne renferment, une fois terminés, qu’une très minime quantité du métal précieux (argent, or ou platine) primitivement contenu dans la couche sensible : à peine 5 pour ioo. Le surplus se retrouve presque intégralement dans les bains de fixage, et la récupération en est très facile.
- Argent. — Les bains de lixage sont recueillis dans un tonneau découvert ou dans un grand bocal, et l’argent en est précipité sous forme de sulfure. A cet effet, on ajoute à 5o litres de solution i kg de sulfure de sodium (foie de soufre) préalablement dissous dans 2 litres d’eau. Il se produit aussitôt un précipité noir de sulfure d’argent. On laisse reposer, et l’on ajoute encore une petite quantité de sulfure de sodium; si le liquide ne se trouble plus, c’est que tout l’argent en a été précipité. On décante et on filtre, de manière à recueillir tout le dépôt, constitué par du sulfure d’argent dont chaque kilogramme contient près de 800 gr. d’argent pur. On peut vendre ce résidu à un fondeur où en recueillir l’argent, en chauffant dans un creuset au rouge blanc :
- Sulfure d’argent. . . , 100 parties.
- Carbonate dépotasse. . 75 —
- Carbonate de soude... 45 —
- On casse ensuite le creuset, d’où l’on retire le culot d’argent.
- On peut aussi précipiter directement l’argent des solutions d’hyposulfite, en y laissant séjourner pendant quelques jours une lame de cuivre dont on gratte de temps à autre la surface. L’argent ainsi déposé se sulfure en partie. On y ajoute 5o pour 100 d’acide borique et 5o pour 100 d’azotate de potasse, et l’on fait fondre le tout dans un creuset.
- Or. — Pour extraire l’or des bains de virage, on les
- acidulé d’abord par addition d’acide chlorhydrique, puis on ajoute à chaque litre de bain 10 gr. de sulfate de fer préalablement dissous dans 100 cm3 d’eau. L’or se précipite à l’état de poudre noire, que l’on recueille sur un filtre et qu’on lave à l’eau distillée. Cette poudre peut être transformée en chlorure d’or, pour de nouveaux virages, ou bien être conservée pour être amenée à l’état d’or fondu au creuset.
- Le métal ainsi obtenu est mêlé de traces de fer, dont il faut le débarrasser par lavage à l’acide chlorhydrique. On recueille plus facilement l’or pur, en remplaçant le sulfate de fer par le formol, qui précipite l’or du bain de virage à l’état cristallin, même dans des solutions extrêmement étendues. La précipitation complète, assez lente à froid, est très rapide à chaud. De plus, l’or seul se dépose, bien que la solution soit de nature complexe et renferme, notamment, des sels de plomb.
- Platine. — La solution d’oxalale de potasse qui sert à développer les images au platine peut servir jusqu’à ce qu’elle soit colorée en jaune foncé. Pour eu extraire le platine qu’elle contient, on y ajoute le quart de son poids d’une solution de sulfate de fer à 10 pour 100, et on fait chauffer' le tout, jusqu’à l’ébullition, dans un vase en porcelaine. Le platine se dépose à l’état métallique, et on le recueille sur un filtre.
- Les épreuves manquées sont brûlées; on traite les cendres, d’abord par l’acide chlorhydrique concentré, puis par un mélange de 3 parties du même acide et 1 partie d’acide nitrique, où le platine se dissout. On recueille la solution, on lave le résidu insoluble, on mélange ces deux liquides avec le résidu de la dissolution, et on précipite le platine par lé chlorhydrate d’ammoniaque. On a ainsi du chloroplalinate d’ammoniaque, qu’il suffit de calciner fortement pour obtenir un résidu de platine métallique.
- MASSON et Cie, Editeurs, 4 20, Boulevard Saint-Germain, PARIS
- SOCIÉTÉ SCIENTIFIQUE D'HYGIÈNE ALIMENTAIRE
- Leçons pratiques
- d*Alimentation raisonnée
- Les besoins de l’organisme. — Les différents aliments. — Comment faire son marché. — Comment faire ses menus. — Comment éviter les gaspillages.
- Les régimes. — Les crimes d’une mauvaise alimentation.
- Une brochure de 150 pages, par Armand IIemmerdinger,. Agrégé des Sciences physiques. . Prix net : I fr. 25
- MASSON et Cic, Éditeurs, 120, Boulevard Saint-Germain, PARIS, VIe. Prix net : 1 fr. 25
- Comment Économiser
- Le Chauffage Domestique et Culinaire
- Une brochure de 124 pages avec figures. l’ar R. LEGENDRE et A. THEVENIN, Membres de la Section (l'Hygiène. Cette brochure populaire publiée sous les auspices de la Directiondes inventions du Ministère de l'Armement permettra d'obtenir le maximum de chauffage avec le minimum de combustible par des moyens à la portée de tous.
- p.2x0 - vue 461/474
-
-
-
- Affections respiratoires, Maladies infectieuses,
- Anémies, Asphyxies, Mal des Aviateurs.^
- OXYGÉNATEUR de PRÉCISION
- Du D BAYEUX
- Employé journellement dans les formations sanitaires et dans les hôpitaux civils et militaires.
- Le seul permettant d’effectuer les injections d’oxygène avec précision et sécurité.
- PRIX BARBIER 1913 (Faculté de médecine de Paris).
- Voir La Presse Médicale, du 29 avril 1915, p. 141.
- Jules RICHARD Constructeur
- PARIS — 25, Rue Mélingue — PARIS
- Renseignements : 4 0, rue Halévy (Opéra).
- S
- Les moteurs
- Rhône
- | 3, Rue La Boétie, 3
- i PARIS
- ^ Téléphone : Élysée 43-43. — Gutenberg 39-76.
- 9SSSBgS9SS«SSS89SeSSSSS9gSSSSS9S99S9SS909S9SggSg3!
- r PILES SECHES ^
- (Qualité supérieure)
- ACCUMULATEURS ÉLECTRIQUES
- SOCIÉTÉ HEINZ
- _________2, Rue Tronchet, Parie,_
- ^ Téléph. Cintrai 42-54. Usine à Saint-Ouen (Seine). J
- BOULEUR DE CIGARETTES “ KIRBY ”
- Notice illustrée n° 41, franco.
- KIRBY BEARD & C° Ld
- 5, rue Auber, PARIS
- Lits, fauteuils, Voitures et Appareils mécaniques pour malades, blessés et convalescents ïambe artificielle perfectionnée. — Chaussures orthopédiques.
- DUPONT
- 10, rue Hautefeullle, Paris (6*). Maison fondée en 1847. — Téléphone 818-87 Fauteuil confortable articulé à petites roues pour appartements.
- louer pour 1" avril 1919
- à Rougemont, gare Saint-Jean l'j Froulmontel (Loir-et-Cher).
- S'adresser à M” Lejeune, notaire à Paris. 242, boulevard Saint-Germain.
- DANIEL SACK tC‘
- PARIS - 55-64, rue Legendre, 55-64 - PARIS
- Téléphone Wagram 03.52
- Installations complètes d’Êlectricité
- ÉCLAIRAGE DES CHATEAUX TRAVAUX TRÈS SOIGNES NOMBREUSES RÉFÉRENCES
- Maison fondée en 1890 Médailles d'Or
- POUR I devenir!
- adressez-vous à T
- (INGÉNIEUR DES TRAVAUX PUBLICS (INGENIEUR-ARCHITECTE i ING É N1EU R - IB ÊCAN1CI EN IINGÈNIEUR-ÉLECTR1CIEJL
- jitqîL
- "enseignement
- .1 CORRESPONDANCE ( 14000 élèves)
- "ENSEIGNEMENTSUR PLACE (500élèves) ^ Nombre d élèves inscrits pendent la guerre : 12.032
- a gratuités brochures cl proflramnigs.ccrire àla Direction de I Ecole.3.RueThénapd,faris.VV
- GORDERIES DE LA SEINE - LE HAVRE
- Cordages en Manille et en Chanvre Câbles en fils d’acier, Cordes, Ficelles et Fils
- Spécialités : Câbles de Labourage,
- Câbles de transports aériens, Câbles de cabestan.s Câbles de levage anti.giratoires, à torons plats ou triangulaires
- Ficelles pour Moissonneuses-lieuses.
- p.2x0 - vue 462/474
-
-
-
- SGMMAIRb :
- Les fusées lumineuses et les artifices de guerre : R. Levatel. Méthodes américaines d'anesthésie : R. M.
- Une culture intensive de pâte à papier • L. De Launay. L'industrie des matières colorantes aux États-Unis : Jacques Boyer. Les agrandissements du port de Bordeaux ; A. Breton. SUPPLEMENT. — Informations : Pour conserver les livres, etc.
- MASSON ET Ci0„ Éditeur*
- LE NUMÉRO 50 CENTIMES
- p.2x0 - vue 463/474
-
-
-
- LA NATURE
- Revue des Sciences et de leurs Applications aux Arts et à l’Industrie
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ Fondé par Gaston Tissandier
- DIRECTION
- L. DE LAUNAY
- E.-A. MARTEL
- Membre de l’Institut,
- Professeur à l’École des Mines et à l’École des Ponts et Chaussées.
- Membre du Conseil supérieur d’Hygiène publique Ancien Président de. la Commission centrale de la Société de Géographie.
- ABONNEMENTS, ir mois — Paris, Seine et S.-et-O. : 20 fr. — Départent : 25 Fr. — Étranger : 26 fr.
- Tout ce qui concerne « La Nature » doit être adressé aux bureaux du journal : >20, Boulevard Saint-Germain, Taris (Tl*)
- La reproduction des illustrations de « La Nature » est interdite.
- La reproduction des articles sans leurs figures est soumise à l’obligation de l’indication d’origine.
- J&O
- INFORMATIONS
- a*..
- Pour conserver les livres.—1 Plusieurs bibliophiles ont écrit des'volumes sur l’entretien et la conservation des livres; mais, en réalité, aucun, croyons-nous, n’a donné jusqu’ici des moyens pratiques et sûrs pour se débarrasser rapidement des ennemis des vieux papiers et des anciennes reliures. M. Paul Grandsire a comblé cette lacune en publiant, dans le Bulletin du Bibliophile, ' les méthodes qu’il a employées avec succès.
- Il s’agissait de combattre l’humidité, les moisissures, les vers, les insectes et les dangers de contagion apportés par les livres sortant de maisons contaminées.
- Le moyen le plus simple de purifier les volumes est de désinfecter au formol, une fois par an, sa bibliothèque. On peut alors, sans aucune répugnance ou appréhension, manier et feuilleter tous ses ouvrages.
- Pour éviter l’humidité et les moisissures, il suffit d’aérer souvent la salle qui renferme les livres, et si, pendant quelque temps, une absence oblige le possesseur à la fermer, il est prudent de tenir les vitrines ouvertes et de mettre dans la bibliothèque des coupelles de chlorure de calcium fondu qui absorbera l’humidilé.
- Parmi les insectes ennemis des livres, il en est une sorte, de l’ordre des termites, qui s’attaque à la colle d’abord et creuse ensuite, dans le cuir des reliures, des galeries où il dépose ses œufs. C’est à cet insecte que sont dues les dégradations des charnières internes de la couverture des volumes. C’est la nuit surtout que ce petit animal voyage; le jour, il reste dans ses galeries, et ce n’est que s’il est surpris, par hasard, que l’on voit courir rapidement sur le papier un de ces animalcules, couleur jaune clair, que le doigt écrase facilement.
- L’essence de bouleau, la naphtaline, le poivre, le formol même sont impuissants à le détruire. Le seul remède reconnu efficace est le sulfure de carbone. On pouvait craindre d’abord l’altération des dorures par ce procédé ; mais des essais prudents et répétés ont démontré qu’il n’en était rien. Depuis huit ans et plus, la bibliothèque où a été appliquée cette méthode est non seulement pure de tout microbe, mais encore à l’abri de toute altération de la part des insectes ennemis des re-“ liures.
- Les bibliophiles qui craindraient de semblables dégâts n’ont qu’à mettre, deux fois par an, en mars et en septembre de préférence, pendant quelques jours, dans un récipient ouvert, à-large ouverture, un quart ou un demi-verre de sulfure de carbone dans chaque vitrine, qui sera ensuite fermée soigneusement. Le liquide s’évapore rapidement, et ses vapeurs détruisent tous les êtres organisés que peuvent renfermer les livres.
- 11 est bon de desserrer quelque peu les volumes sur les tablettes, afin de permettre plus facilement aux vapeurs de pénétrer partout.
- Une précaution essentielle est de ne pas entr.er avec une lampe allumée dans la salle qui contient la biblio-
- thèque avant de l avoir bien aérée et d’en avoir chassé les vapeurs de sulfure de carbone, éminemment inflammables.
- D’ailleurs, l’odeur désagréable de ce composé, en disparaissant graduellement, indique suffisamment le moment où il n’y a plus aucun danger de pénétrer avec une lumière dans l’appartement.
- Le mieux est encore de choisir l’époque où l’on s’absente pendant quelques jours. Dix minutes d’aération, les fenêtres largement ouvertes, au retour, suffisent pour éviter tout accident..
- L’effet des explosions sur les poissons et les invertébrés marins. —- Il n’est pas de soldat qui ne connaisse l’effet des explosions sur l’homme M. A. G. Mayer s’est deihandé ce qu elles peuvent produire sur des animaux marins, et, pour le savoir, il a fait partir dans l’eau des pétards de dynamite, au Laboratoire des Iles Tortugas de l’Institution Carnegie. Il vient de relater ses observations dans les Proceedings of the National Academy of Sciences of the U. S. A, et nous y trouvons que les méduses ne sont pas troublées et continuent de nager tranquillement, que les oursins et les crustacés, sans paraître souffrir, s’éloignent toutefois du lieu de l’explosion, que des requins et certains poissons s’en tirent sans dommage, mais que tous les poissons à vessie natatoire meurent sur le co,up et viennent flotter à la surface le ventre en l’air, la vessie rompue, les tissus déchirés et même la colonne vertébrale brisée. Les animaux inférieurs marins sont donc insensibles aux explosions de dynamite et ne connaissent pas la « commotion psychique » de guerre. Heureux invertébrés !
- Mangçrons-nous de la viande de Cétacés? — En
- ces temps difficiles où l’on cherche à utiliser toutes choses, verrons-nous sur nos tables des viandes de Cétacés ? Yoici le California Fish and Game qui propose à ses lecteurs de consommer la baleine grise californienne {Rhachianectes) dont un seul individu peut fournir 12 tonnes d’excellent « bœuf ». D’autre part, le Journal of Heredity étudie les conditions d'élevage du morse de la Floride (Trichechus latirostris) comme animal de boucherie et il vante ses qualités : rendement de 85 pour 100 de viande, nourriture peu difficile au moyen de plantes aquatiques inutilisées. En France, il n est pas rare de voir, en temps ordinaire, les pêcheurs tailler de nombreux et abondants beefsteaks dans les marsouins pris à leurs filets ou échoués sur la plage ; la viande, un peu noire, est excellente et tendre autant que du foie. Il est fâcheux que la pêche des cétacés le long de nos côtes soit difficile, car nous y trouverions d’intéressantes ressources en viande; qui sait si quelque jour, nous ne verrons point arriver aux Halles des filets | de baleines ou de bélugats ?
- p.2x0 - vue 464/474
-
-
-
- Y 2330 25 Mal 1918.
- LH NATURE
- Français Américain Anglais Allemand, Russe
- SOMMAIRE :
- Les obus shrapnels : H. Volta. — Le développement de l'industrie hôtelière : L. Auscher. L’amiante et ses applications modernes : Alfred Renouard.
- A travers les revues techniques allemandes : L. C.
- Le transcontinental australien : A. Breton.
- SUPPLÉMENT. — Informations : Châssis photographique flexible pour la reproduction des plans et dessins. — Nettoyage des épreuves au bromure, etc.
- MASSON ET CV Éditeur*
- LE NUMÉRO 50 CENTIMES
- p.2x0 - vue 465/474
-
-
-
- LA NATURE
- Revue des Sciences et de leurs Applications aux Arts et à l’Industrie
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ ,
- Fondé par Gaston Tissandier
- DIRECTION
- L. DE LAUNAY
- E.-A. MARTEL
- Membre de {‘Institut.
- Professeur à l'Ecole des Mines et à l’École des Ponts et Chaussées.
- Membre du Conseil supérieur d'Hygiène publique Ancien Président de la Commission centrale de la Société de Géographie.
- ABONNEMENTS, 12 aiois = Paris, Seine et S.-et-O. : 20 fr. — Départent : 25 fr. — Étranger : 26 fr.
- Tout es qui concerne « La Nature ï> doit être adressé aux bureaux du journal : 120, Boulevard Saint-Germain, Paris (YV)
- La reproduction des illustrations de « La Nature » est interdite,
- ,f~rfLa reproduction des articles sans leurs figures est soumise à l’obligation de l'indication d’origine.
- ><
- RECETTES PHOTOGRAPHIQUES
- Châssis photographique flexible pour la reproduction des plans et dessins. — La reproduction photographique des plans ou dessins exécutés sur papier transparent s’effectue généralement par contact
- au châssis-presse, sur papier au ferro-prussiate. Pour maintenir les deux feuilles bien tendues, on se sert d'ordinaire de châssis à glace épaisse, dont les défauts sont bien connus : l’appareil est lourd, malaisé à déplacer et à ouvrir pour surveiller les progrès de l’impression; la glace, si transparente quelle soit, absorbe une notable quantité de lumière ; les rayures qu’elle présente, sinon quand elle est neuve, du moins après un usage prolongé, se traduisent suides ou des irrégularités ; enfin, la rupture qui peut résulter d’un choc ou d'un échaufîemeut au soleil exige une réparation assez coûteuse, s’il s’agit d’un grand format. La réparation devient même, depuis quelque temps, impossible pour les très grandes dimensions ou pour certains châssis à glaées cylindriques construits avant la guerre.
- C’est surtout ce dernier inconvénient qui donne un
- Fig- i-
- Châssis flexible.
- la photocopie par des s
- Fig. 2. — Table basculant.*, châssis flexible et réflecteur double avee lampes à incandescence.
- intérêt d’actualité au nouvel appareil de tirage de M. Léon Péchinay, construit par les Etablissements Poulenc frères. Le dessin à reproduire et le papier sensible sont simplement tendus dans un cadre flexible. Ce cadre (fig. 1) est monté à charnières sur un support à-roulettes. Pour charger le châssis, on le met à plat sur la table basculante : des taquets le retiennent dans cette position, pendant la mise en place du papier. On relève
- ensuite les réglettes qui s’appuient sur le fond du châssis, recouvert d’un tapis, èt l’on pose sur celui-ci, d’abord le papier au ferro-prussiate (la couche sensible en dessus), puis le dessin ou calque à reproduire. On rabat alors d’un côté l’une des réglettes de serrage, de manière à retenir le bord du calque sur le tapis, et on la fixe à l’aide de ses deux crochets. On passe ensuite un lissoir à la surface du papier, jusqu’à proximité de la seconde réglette, afin d’assurer un contact bien uniforme avec toute la surface sensible. Cette seconde réglette est alors rabattue et fixée comme la première.
- Les deux papiers se trouvant ainsi bien maintenus sur le drap, on produit la tension définitive en tournant les écrous à oreilles disposés aulotir du châssis. Les tendeurs déterminent une légère incurvation du châssis flexible, comme on le voit dans les gravures ci-jointes. Le calque et le papier sensible se trouvant dès lors en parfait contact sont prêts à être exposés à la lumière.
- Si l’impression doit s’effectuer à la lumière diurne diffuse, le châssis sera presque toujours laissé dans la position horizontale; s’il est exposéaux rayons solaires* on l’inclinera de manière que
- la surface sensible soit perpendiculaire à leur incidence.
- Pour l’emploi de la lumière artificielle, les constructeurs ont combiné des lanternes à doubles réflecteurs, contenant soit des lampes à incandescence (fig. 2), soit des arcs au mercure (lig. 3). Ces réflecteurs doubles permettent d’utiliser simultanément deux châssis (fig. 4). Au cas où un seul châssis est employé, la source de lumière est disposée au foyer d’un réflecteur parabolique. Pendant l’exposition, chaque châssis est placé dans la position verticale, en dégageant les crochets de la table basculante, et approché de la lanterne. L’impression achevée, la table à roulettes est écartée, le châssis ramené à la position horizontale et les réglettes de serrage détendues. On dégage alors le calque et le papier sensible, que l’on remplace, s’il y a lieu, par une autre feuille.
- Ces appareils sont établis en plusieurs dimensions, jusqu’au format Grand-Aigle. Au cas où l’on doit copier un modèle de dimensions inférieures à celles du châssis, il faut placer au-dessus du calque une feuille spéciale, souple et très transparente, que l’on tend sous les réglettes et qui maintient alors parfaitement en contact l’original et la copie. On emploie généralement à cet
- p.2x0 - vue 466/474
-
-
-
- I
- RECETTES PHOTOGRAPHIQUES
- effet la toile transparente, qui sert d’ailleurs de diffuseur et fournit de très jolis bleus; mais d’autres matières peuvent aussi être utilisées, notamment le tussor, là gélatine, le celluloïd, le papier cristal et le linon de
- Fig. — Châssis simple et réflecteur parabolique.
- fil. La cellophane, qui se tend d’une façon parfaite à la chaleur, est plus spécialement indiquée avec la lumière artificielle.
- La grande sensibilité que l’on est parvenu à donner aux papiers permet d’oblenir, en 4 minutes (dans l’appareil à réflecteur double), deux épreuves Grand-Aigle.
- Ernest Coustet.
- Nettoyage des épreuves au bromure. — Quand les épreuves ont des blancs colorés ou qu’elles sont maculées, on peut faire disparaître la plus grande partie de ces souillures par un lavage au savon.
- On met les épreuves, telles qu’elles sortent du dernier lavage, l’image en dessus, sur une planche, et on les frotte avec un morceau de flanelle bien imbibée d’eau savonnée. On frotte ensuite avec la flanelle rincée à l’eau, et l’on termine par un court lavage, pour enlever les dernières traces de savon.
- Ce traitement est efficace dans la plupart des cas. S’il ne réussit pas, on peut traiter l’épreuve par une solution de permanganate de potasse à i pour ioo. On la lave ensuite abondamment, et on la passe dans une solution d’acide chlorhydrique à 20 pour 100. On lave de nouveau copieusement.
- Images vertes sur papier ait gélatino-chlorure. —
- Les papiers à noircissement direct peuvent également être traités par développement, après une courte exposition. Le continuateur suivant fournit des tons verts
- agréables :
- Eau. ....................................100c. c.
- Solution saturée d’acide gallique .... 5 —
- Solution d’acétate de soude à 5o pour mo. 10 -— Alcool .......................... .. , , 25 —
- L’épreuve, exposée à la lumière seulement 1/4 à 1 /16e du temps normal, est plongée directement, sans lavage préalable, dans le bain ci-dessus. Le développement dure de 2 à 3 minutes : on le prolonge jusqu’à ce que l’image soit un peu plus foncée qu’elle ne doit l’être en définitive. On fixe dans un bain d’hyposulfite de soude à 10 pour 100, et on termine par les lavages habituels.
- Le révélateur s’altère rapidement : au bout de 10 minutes, il se décompose, noircit et devient inutilisable. Il ne faut donc le préparer qu’au moment de l’emploi. - -
- Bulles d’air dans le développement des papiers.
- — Il arrive rarement que des bulles d’air restent adhé: rentes aux plaques photographiques plongées dans le révélateur. Du reste, rien n’est plus facile, le cas échéant, que de les chasser, soit à l’aide d’un pinceau doux, soit avec une touffe d’ouate. Get accident est, au contraire, fréquent, dans le traitement des papiers lisses ou rugueux au gélatino-bromure. Le moyen le .plus simple de l’éviter est de mouiller d’abord le papier, en le plongeant dans l’eau pure à deux ou trois reprises. On l’évite aussi en introduisant l’épreuve très doucement dans le révélateur, la couche sensible en dessous. On empêche, enfin, presque complètement, la formation
- des bulles, en ajoutant au révélateur une certaine quantité d’alcool (10 à 20 pour 100), qui diminue la tension superficielle du liquide. Cette addition est cependant impossible dans le révélateur à l’oxalatè ferreux, cari elle y provoquerait un précipité. j
- Virage au platine en ton sépia. — Malgré ses qualités incontestables — très beau modelé et stabilité des images — le procédé au platine est fort peu répandu. D’abord, parce que le papier sensibilisé aux sels de platine est beaucoup plus cher que les papiers aux sels d’argent; et ensuite, parce qu’il est difficile à conserver, avant l’emploi. On obtient aisément des résultats équivalents et à bien meilleur compte, en virant au platine des papiers aux sels d’argent. Le papier albuminé mat, notamment, fournit des images qui soutiennent la comparaison avec les plus belles platinotypies et c’est pourquoi ce procédé jouit en ce moment d’une vogue très légitime.
- . Toutefois, l’obtention des tons sépia exige quelques précautions, que M. P. Baudrecroux a récemment indiquées dans Photo-Revue. Le papier albuminé, une fois impressionné à la lumière, est d’abord lavé sommairement dans l’eau, afin d’en éliminer l’excès de nitrate d’argent qu’il contient. On le plonge ensuite dans :
- Eau.................. 1000 cm3
- Ammoniaque............. 2.5 —
- Carbonate dépotasse. . 25 gr.
- 11 faut que le papier en soit bien imprégné ; on en juge en examinant l’épreuve par transparence : elle ne doit plus présenter aucune partie opaque. On la lave alors copieusement, puis on la vire daus le bain de platine acide :
- Eau ..........................600 c. c.
- Acide citrique............ . . 25 gr.
- Chloroplatinite de potassium . 1 —
- L’image, qui était primitivement jaune pâle, passe au rouge, puis au brun clair : c’est à ce moment qu’elle est à point, car elle montera de ton en séchant. Si l’on prolongeait le virage jusqu’à la teinte sépia, le ton définitif, au séchage, serait noir.
- Quand on a tiré d’un même cliché plusieurs épreuves plus ou moins foncées, on pourra les ramener toutes à là même valeur, si l’on tient à avoir une série uniforme. A cet effet, les plus foncées seront affaiblies par une immersion prolongée dans le bain de fixage, indiqué ci-après, jusqu’à ce qu’elles soient ramenées à la valeur des épreuves les plus claires. Mais, lorsqu'on se propose d’égaliser- ainsi une série, il est nécessaire d’écourler légèrement le virage des épreuves foncées, car l’action prolongée du fixateur tend à faire virer la teinte au noir.
- Dans tous les cas, on arrête le virage en passant l’épreuve dans une eau alcaline, par exemple une solution de sulfite de soude, puis on procède au fixage, dans une solution d’hyposulfite de soude à 5 pour 100 pour les papiers miuces et iopour ioopourles papiers épais. Ces^deux solutions doivent être additionnées de 5 pour 100 de sulfite de soude.
- Le fixage est suivi d’un lavage d’une heure environ, dans l’eau plusieurs fois renouvelée. Les épreuves ainsi traitées sont pratiquement inaltérables.
- Copies de dessins en lignes noires sur fond blanc.
- — Enduire du bon papier de la solution suivante, au moyen d’un pinceau plat ou d’une éponge :
- Eau . . ................... ., 100 cm3
- Gélatine ......... 10 gr.
- Perchlorare de fer. . . . . 22 —
- Acide tartrique ...... 10 —
- Sulfate de zinc. ...... 10 —
- Faire sécher dan3 l’obscurité. Exposer à la lumière, sous l’original à reproduire, jusqu’à ce que l’image apparaisse, blanche sur fond jaune, puis développer dans :
- Eau ........... 100 cm3
- Acide gallique. ...... 2 gr.
- Alcool............... 7 —
- Ce développement doit donner, eu 3 minutes, une image parfaitement noire sur fond blanc. Il en est ainsi quand l’exposition à la lumière a été suffisante, sans excès de pose. En cas de sôus-éxposition, le fond reste coloré; là surexposition, au contraire, fournit des lignes grises.
- p.2x0 - vue 467/474
-
-
-
- PoOT VOIR, PROJETER et CLASSER te. vues in VÉRASCOPE et in GLYPHOSCOPE
- Demander t HH U Q W g™ Breveté
- 1°, rue Halévy |_ E TAXIPHOTE =
- STÉRÉOCLA.SSEUR distributeur automatique
- Écartement variable des oculaires. — Sécurité absolue des diapositifs. — Modèle réduit et simplifié : 148 fr. 50
- Modèles à COURT FOYER, brevetés S. G. D. G.
- dans lesquels les images paraissent en vraie grandeur superposable avec la réalité
- NOUVEAUH TAXIPHOTE A COURT FOYER MÉCANIQUE NOUVEAU!!
- avec trois jeux d’oculaires interchangeables, court foyer, foyer ordinaire et prismes inverseurs.
- GRAND CHOIX DE DIAPOSITIFS 45x107 Plus de 130000 vues de toutes les parties du monde pouvant être projetées directement par le TAXIPHOTE EXPOSITION permanente : i__ m rk i Ai-%1-% 25, Rue Mélingue, 26
- Ü.AJt'U&XTlUIN PERMANENTE : | I | | gk
- 7, Rue Lafayette (Opéra) JüLES RICHARD
- PARIS
- î
- I
- Les moteurs
- Gnome
- Rhône
- 3, Rue La Boétie, 3
- PARIS
- ^ Téléphone : Élysée 43-43. — Gutenberg 39-76.
- S
- 500 BARBES
- avec une lame “Gillette” en employant le Repasseur
- « TWINPLEX ”
- KIRBY.BE ARDsC°La
- 5, Rue Auber, PARIS
- Notice illustrée n° -n franco.
- Lits, fauteuils, Voitures et tous appareils
- pour malades, blessés et convalescents.
- Jamht artificielle perfectionné». — Chinuarti irthspééiqau.
- DUPONT
- 10, Rue Hautefeuille, à Paris (6*) Maison fondée en 1847. — Tél. : 818-67
- Nouveau modèle de voiture méoanlqae mue à l’aide de leviers on de manivelles.
- A louer pour 1" avril 1919
- à Rougemont, gare Saint-Jean Froidmonlel (Loir-et-Clier).
- S'adresser à M' Lejeune, notaire à Paris. 242, boulevard Saint-Germain.
- VF-RREHfH
- r PILES SECHES
- (Qualité supérieure)
- ACCUMULATEURS ÉLECTRIQUES
- L;
- SOCIÉTÉ HEINZ
- 2, Rue Tronchet, Paris.
- Téléph. Central 42-54.
- Usine à Saint-Ouen (Seine).
- DANIEL SACKtC1
- PARIS - 55-64, rue Legendre, 55-64 - PARIS
- Téléphone Wagrum 03.52
- Installations complètes d’Êlectricité
- ÉCLAIRAGE DES CHATEAUX TRAVAUX TRÈS SOIGNES NOMBREUSES RÉFÉRENCES
- Maison fondée en 1390 Médailles d’Or
- POUR I
- devenir! adressez-vous è I'
- KINGÉNIEUR des travaux publics |)INGENIEUR -ARCHITECTE —
- |i INGÉNIEUR-MÉCANICIEN,
- . INGtHIEURÉ
- «SS
- «g
- 0
- : les!
- 'ENSEIGNEMENT I CORRESPONDANCE ( 14000 élèves)
- ENSEIGNEMENT SUR PUCE (500 élèves) Nombre d'élèves inscrit» pendant la guerre : 12.032 n gratuit d» brochures a proj]reiiiiiira,teire à la Direction d» rtcol».3.Hu»TMnaHtJhri3.V?
- CORDERIES DE LA SEINE - LE HAVRE
- Cordages en Manille et en Chanvre Câbles en fils d’acier, Cordes, Ficelles et Fils
- Spécialités : Câbles de Labourage,
- Câbles de transports aériens, Câbles de cabestans. Câbles de levage antigiratoires, à torons plats ou triangulaires
- Ficelles pour Moissonneuses-lieuses._______
- p.2x0 - vue 468/474
-
-
-
- N' 2331
- SOMMAIRE :
- Les laboratoires sidérurgiques modernes : André Cornu-Thénard.
- Le mouvement industriel et la décentralisation : Le Rhône : André Kœtller.
- A travers les revues techniques allemandes : L,. C. — Académie des Sciences.
- L'industrie des bois plaqués : Jacques Boyer.
- SUPPLÉMENT. — Informations : Valeur fertilisante de quelques déchets de ménage, etc.
- MASSON ET C‘% Éditeur* LE NUMÉRO 50 CENTIMES
- p.2x0 - vue 469/474
-
-
-
- LA NATURE
- Revue des Sciences et de leurs Applications aux Arts et à l’Industrie
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ Fondé par Gaston Tissandier
- DIRECTION
- L. DE LAUNAY
- E.-A. MARTEL
- Membre de l’Institut,
- Professeur à l’École des Mines et à l’École des Ponts
- et Chaussées.
- Membre du Conseil supérieur d’Hysiène publique Ancien Président de la Commission centrale de la Société de Géographie.
- ^ABONNEMENTS, 12 mois — Paris, Seine et S.-et-O. : 20 fr.— Départem. : 25 fr. — Étranger : 26 fr.
- Tout ce qui concerne « L.3. Nâtlire » doit être adressé aux bureaux du journal : 120, "Boulevard Saint-Germain, Paris (VIe)
- La reproduction des illustrations de~<r La Nature » est interdite. “ , -
- La reproduction dés articles sans leurs figures est souinise à l’obligation de l’indication d’origine'.
- ,<^D
- 1®D
- INFORMATIONS
- QtSL
- ot?
- Valeur fertilisante de quelques déchets de ménage. — M. P.-E. Browning donne, dans le Journal of Industrial and Engineering Chemistry, les chiffres d’analyses des céndres de quelques déchets traités sans un incinérateur domestique improvisé, au point de vue de leur teneur en potasse et en acide phosphorique
- Cendres de Potasse. Anhydride
- —. . —• • phosphorique.
- Ecorces de bananes................... 41 • 7^ 3.25
- Ecorces d’orange. . . . . . 27 2-9°
- Ecorces de citroij..............« , 3i 6.3o
- Pelures de pommes. . . . 1 . . . n.74 3.08
- Ecorces de melon. 12.21 9/77
- Pelures de pommes de terre crues . 27.50 5.18
- Cosses de pois................. 9 I;79
- Fils et queues de haricots verts—-. T 18.09 4*99 :
- Marcs de café . . ................. . 0.67 o.36
- Os de côtelettes d’agneau........... 1.62 26.60
- Coquilles d’oeuf............... 0.29 0.48
- Noyaux de pêche .................... 6.04 3.25
- L’utilisation du plankton pour la fabrication de l’huile. — Les journaux norvégiens annoncent que le Dr Wesenberg-Lund, de l’université de Copenhague, très connu par ses travaux de zoologie maritime-, vient de faire une découverte d’un intérêt pratique considérable aujourd’hui que, dans tous les pays, les corps gras sont, devenus très rares. Il ne s’agit rien moins que d’extraire l’huile que renferment les animaux microscopiques ou tout au moins de très petite taille, flottant à la surface des lacs comme des océans, ét qui forment le plankton. Les haleines se nourrissent, comme on sait, de ces organismes, et c’est à cette alimentation très riche en matière grasse que ces cétacés devraient l’épaisse couche de lard dont ils sont garnis. Les expériences du D’ Wesenberg-Lund démontrent que l’extraction de l’huile contenue dans le plankton s’opère très facilement, et qu’un kilogramme de ces anijnaux microscopiques fournit xo grammes d’huile. Un espace restreint de la surface des eaux renferme à lui seul des milliards de ces organismes, la matière première est donc inépuisa-
- ble. Aussi, de l’avis du savant danois, dans un avenir très prochain, le plankton deviendra une des sources, d’alimentation de l’industrie en matières grasses.
- Cxiarles Rabot.
- Le déplacement entier d’un côté de rue à Chicago. — Les déplacements de construction s’effectuent d’une manière courante aux Etats-Unis, mais rélargissement, sur la i2° avenue à Chicago qui consistai'ai remporter tout un côté de la rue à i3‘ m. en arrière sur Une longueur de 2400 m. est certainement le record-du genre.' j
- Un certain nombre de maisons de construction solide ont été repoussées en arrière de la distance voulue pour occuper de nouvelles fondations, d’antres ont été démolies pour être reconstruites plus en arrière, enfin qüelques-unes ont disparu sous la pioche des démolisseurs. Le nombre des immeubles déplacés atteint 3oi. Les opérations de déplacement ont été très nombreuses.
- Dans plusieurs cas des ensembles de magasins avec deux et trois étages eu pleine activité ont été poussés lentement de leur position primitive à x3 m. en arrière sous 1 action de vérins. Un cas curieux est celui d’un, immeuble à trois étages occupé axi i'ez-de-chaxissée par un droguiste et ixn épicier. Sur les vitres était un écriteau portant « Business as Usual », ce qui veut dire « le magasin est ouvert comme d’habitude » ; le droguiste faisait remarquer aux clients que Ses flacons ne remuaient pas sur les rayons pendant le déplacement de la maison. Un autre cas à citer est celui d’une maison à quatre étages aix coin de Throop Street et de Twelfth Street, de 72 m. de façade occupée par divers magasins et appartements tous oeexipés qui fut déplacée sans que le droguiste, le bijoutier, le quincailliéU le boucher, le tailleur, l’imprimeur, le marchand de couleurs s’inquiétassent le moins du monde de la sécurité de leur commerce ou de celle de leur famille qui habitait au-dessus.
- Une église entière avec son clocher fut de même déplacée. La durée totale des travaux ne dépassa pas 18 mois.
- MÉCANOTHÉRAPIE
- Appareils spéciaux pour blessés
- r.|. . -----—
- CORDER! E CENTRALE
- 12, boulevard Sébastopol, Parla.
- POUR I
- oevenibI
- adressez-vous à I ’
- ((INGÉNIEUR DES TRAVAUX PUBLICS (INGENIEUR-ARCHITECTE —
- 1 INGÉNIEUR/MECANICIEN 1 INGÉNIEUR-ÉIECXRICtEN,
- lîfMlfP’Efe
- ^ ENSEIGNEMENT PAR CORRESPONDANCE * 1A0Q0 élèves )
- 1 ^ENSEIGN EMENT SUR PLACE ( 500 élèves ) Nombre d'élèves inscrits pendant la gueiTe : 12.032
- p.2x0 - vue 470/474
-
-
-
- SOMMAIRE :
- Le séchage des légumes et des fruits : A. Breton.
- Les derniers perfectionnements dans la filature et le moulinage de la soie : André Koehler. L’uniforme et l’équipement du soldat américain : A. B.
- La valeur économique du Frioul : P. Sallior» — Académie des Sciences.
- Le durcissement des rails de tramways : H. Volta.
- SUPPLÉMENT. — Recettes domestiques.
- MASSON ET C‘\ Éditeur*. LE NUMÉRO 50 CENTIMES'
- p.2x0 - vue 471/474
-
-
-
- LA NATURE
- Revue des Sciences et de leurs Applications aux Arts et à l’Industrie
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ
- Fondé par Gaston Tissandiér
- DIRECTION
- L. DE LAUNAY
- E.-A. MARTEL
- Membre de l'Institut,
- Professeur à l'Ecole des Mines et à l'Ecole des Ponts et Chaussées.
- Membre du Conseil supérieur d'Hygiène publique Ancien Président de la Commission centrale de la Société de Géographie.
- ABONNEMENTS, 12 mois = Paris, Seine et S.-et-O. : 20 fr. — Départent. : 25 fr. — Étranger : 26 fr.
- Tout ce qui concerne « La Nature » doit être adressé aux bureaux du journal : 120, "Boulevard Saint-Germain, "Paris (VJej
- La reproduction des illustrations de « La Nature » est interdite.
- La reproduction-des articles sans leurs figures est soumise à l’obligation de l’indication d’origine.
- RECETTES DOMESTIQUES
- Comment acheter nos fruits frais?
- Â notre époque où les restrictions s’imposent de plus en plus dans l’usage-de nos produits alimentaires, les fruits qui, de tout' temps, en ont constitué une part importante, sont appelés à la voir s’augmenter encore pour suppléer dans une certaine mesure à la pénurie générale de jour en jour grandissante. Mais, pour retirer de leur emploijle parti le plus rationnel, il est nécessaire à la maîtresse de maison comme à la ménagère de savoir comment les acheter.'
- Les fraises. —"La fraise est un des fruits les plus recherchés sur nos marchés, tant à éause dé la beauté de son coloris que du parfum de sa chair. Mais à ses qualités gustatives et économiques s’en ajoutent encore d’autres d’ordre médical et hygiénique. La fraise est riche en sels minéraux, elle contient du fer et de l’acide salicylique, ce qui lui confère des propriétés diurétiques, rafraîchissantes et antigoutteuses. Gubler estimait» qu’une cube de fraises équivaut à une cure de raisins dans la gravelle du rein et du foie, à la dose de 3oo à 5oo grammes par jour.
- Sa consommation jouit, d’ailleurs, d’une telle faveur, que sa culture a pris-, dans les années qui ont'précédé la guerre, une" extension grandissante dans plusieurs régions du midi, du centre et de l’ouest de la France, dans les environs des grandes villes et notamment de Paris.
- Quelles variétés acheter de préférence? — Si, au point de vue cultural, on classé les fraises en trois catégories : i° Petites fraises; 20 grosses fraises; 3° Caprons/ on ne'trouve généralement sur les marchés que des variétés appartenant aux deux premières catégories.
- Petites fraises. — En dehors de leur volume très inférieur, elles se distinguent des grosses par une saveur un peu moins sucrée mais généralement plus parfumée surtout chez les fraises des bois ; leurs graines sont aussi plus nombreuses. Les grosses fraises . Ônt une chair plus tendre et plus juteuse.
- Les petisteSj,fraises,^qui sont, comprises sous-lenom-de Fraises'des Quatre saisons, proviennent de fraisiers . remontants dont les variétés les plus répandues sont : la Fraise des bois améliorée, la Gaillon rouge sans filet, la* Généreuse, etc. En culture normale, ces espèces remontantes ont deux saisons principales de maturité : la première en juin, la seconde en août-septembre. Des environs de Paris et de quelques autres centres arrivent plusieurs variétés parmi lesquelles il faut préférer la Généreuse et la Gaillon rouge améliorée. Les fruits de la première sont un peu plus gros, plus allongés ou plus cylindriques que ceux de la seconde, mais, par contre, moins colorés. La chair de la Généreuse est blanc rosé et celle de la Gaillon saumonée en même temps qu’un peu plus parfumée. La Gaillon améliorée blanche moins cultivée est aussi très estimée.
- Grosses fraises. — Pratiquement on les divise en
- quatre séries de maturité : i° hâtives, -i° demi-saison, 3° tardives, 4° remontantes, qui prolongent la tardivité à ses dernières limites. Les variétés les plus recommandées dans ces dernières années sont paricmeire alphabétique : Belle-de-Gours, Docteur Morère, Eléanor, Général Chanzy, Jucunda, Jubilé, La France, Louis Gauthier, Marguerite, Monseigneur Fournier, Noble, Royal Sovereign, Sir Joseph Paxton, Vicomtesse Héricart de Thury. Mais quelle que soit leur valeur indéniable, je ne retiendrai que les 10 suivantes que l’on rencontre le plus fréquemment sur la majorité des marchés. En outre, lés noms en italiques indiquent celles qui y arrivent en plus grande abondance.
- Caractères différentiels. — Voici quelques caractères qui permettront de les reconnaître.
- Variétés hâtives. — Marguerite Lebrelon (Syn. Marguerite/ la Pointue). Beau»-fruit, gros, rose ou rouge, allongé en pointe, chair blanche, légèrement rosée, aci-dulée/Bonne qualité. Mûrit fin mai ou première quinzaine de-juin/c’est une des plus hâtives.
- Noble Laxton, — Fruit gros ou très,gros, rouge vif, régulièrement sphérique, c’est la’ plus-ronde des fraises. Chair blanche ou à peine rosée, peu juteuse. Bonne qualité. Mûrit fin mai, début de juin.
- Vicomtesse Héricart de Thury. — >c(Syn. Héricart, Hérica, Ricart). Fruit moyen plutôt que gros, rouge vif, aplâti ou carré, à graines saillantes. Chair rouge cuivré, juteuse bien qu’assez ferme, sucrée,, très finement parfumée. C’est une de nos meilleures fraises qui doit à sa fermeté de bien supporter le transport. Mûrit fin mai et juin. , ,i.1_
- Variétés de demi-saison. — Docteur Morère (syn. La Morère). Fruit gros et très gros, rouge foncé, un peu velu, tantôt arrondi, tantôt aplati, à graines brunes saillantes, chair ferme, rosée, avec une petite cavité dans les très gros'«fruits, très parfumé. C’est'aussi une de nos meilleures fraises supportant bien le transport, i.Mûrit'.du. 15 juin à. fin,juillet.- •».-,-—-—-- ---
- Eleanor (syn. Eléonore). Fruit gros ou très gros, rouge clair, allongé ou parfois aplati, à graines non saillantes. Chair blanc rose, très juteuse, acidulée. Bonne qualité. Mûrit dans la quinzaine de juin et en juillet.
- Sir Joseph Paxton (syn. Paxton). Fruit gros, très beau, régulier, rouge brillant, cordiforme, parfois un peu allongé. Chair ferme, rouge, juteuse, acidulée. Très bonne. Mûrit.de juin à juillet. La jolie collerette de sépales qui pare les fruits, les caractérise bien et leur vaut, paraît-il, sur ses congénères -une plus-value de 10 à J 5 francs parioo kilogrammes.
- Variétés tardives.— Jubilé. Fruit moyen ou petit, rose plutôt que rouge, sphérique. Chair blanche, teintée de rouge, juteuse, sucrée, acidulée. Bonne ou très bonne. Mûrit fin juin et juillet.?
- p.2x0 - vue 472/474
-
-
-
- j RECETTES- DOMESTIQUES
- Jueunda.— Fruit gros ou très’gros, rouge pâle nuancé de jaune, tantôt sphérique ou cordiforme, tantôt turbiné ; graines à demi saillantes. Chair juteuse, douce, moyennement parfumée. Bonne. Mûrit fin juin, commencement de juillet.
- La France. Fruit gros ou très gros, rose .plutôt que rouge, aplati, à contours anguleux, parfois sphérique. Chair blanche, juteuse, sucrée, acidulée. Bonne. Mûrit fin juin et juillet.
- Variétés remontantes. — Les deux plus recommandables sont Saint-Antoine de Padoue et Saint-Joseph. C’est la première que l’on trouve plutôt à cause de la fermeté de ses fruits moyens ou gros, très beaux, rouge carmin, aplatis ou sphériques, à chair saumonée, très ferme bien parfumée et sucrée. Très bonne. Maturité de juin à novembre.
- Quand et comment acheter -ces variétés?
- Fraises de primeur. — Il importe de dire tout d’abord que, à cause de leur rareté et par suite de leur prix élevé, elles ne peuvent guère être achetées que chez les marchands de primeurs ou les grandes maisons d’alimentation. Les sortes forcées le plus généralement sont, pour les grosses fraises : Marguerite, Noble, Général-Chanzy, Docteur Morère, Héricart, Paxton.
- Leur envoi, commence en mars et se continue jusqu’à la fin de mai ou au début de juin; il a lieu dans des emballages variant avec les saisons de production et les centres d’expédition. Ce sont habituellement de petites boîtes ou des caissettes contenant, selon leur grosseur,
- 6 à 24- 12 à i4 ou 02 fraises enveloppées dans de l’ouate, afin qu’elles arrivent en excellent état. Les maîtresses de maison peuvent se procurer ces variétés dans les envois d’origine, mais elles sont toujours très chères surtout au début dè la saison ’en mars avril, et leur production ne joue qu’un rôle secondaire dans l’alimentation.
- Fraises de pleine terre. — Il en va tout autrement avec elles, car leur production au moment de la récolte, constitue vraiment la base de Timporianle consommation qui en est faite par toutes les classes de la société. Leur récolte dure environ trois semaines avec les variétés à gros; fruits, deux mois et demi avec les remontantes et quatre à cinq mois avec les quatre saisons, c’est èn juin qu’on les trouve sur les marchés en plus grande quantité et aux plus bas prix.
- Leur achat, en tant que variété distincte, pour être absolument certain, doit être fait aux producteurs qui les apportent sur les marchés des villes, ou à Paris, sur le carreau des Halles ; on peut, cependant, les trouver chez les fruitiers les mieux achalandés, aux époques de leur maturité. Il y a deux variétés que l’on rencontre partout, tellement elles sont estimées et cultivées, ce sont l’Héricart et la. Morère qui, dans les années d’abondance, à Paris « courent les rues » sur les petites voitures et descendent aux prix les plus modiques.
- Précautions à prendre avant leur achat. — Elles peuvent se résumer dans cette seul'e phi;ase ; n’acheter que des fraises saines, mûres, fraîches, parfumées et très propres. Il faut y tenir absolument, surtout quand elles doivent être consommées à l'état cru. Quand elles sont destinées aux emplois exigeant leur cuisson, on peut se montrer moins rigoureux, parce que les germes nocifs qui pourraient se trouver à leur surface sont détruits par la température à laquelle on les soumet.
- Il est, cependant;' des degrés dans- chacune des qualités ci-dessus. Il faut entendre par- fraises saines, celles dont la couleur rouge, rosée ou blanche est aussi uniforme que possible, dépourvue de taches brunâtres et des attaques d’insectes et de mollusques; par fraises mûres, parfumées et fraîches, celles dont la chair fond ou se désagrège facilement dans la bouche en y laissant un parfum agréable, à l’exclusion, d’une part, de toute portion verte, dure ou acide, indiquant une. cueillette trop hâtive et, d’autre _part, de toute fraclion molle ou fadasse résullant d’une récolte Irop tardive ou d’une conservation trop prolongée, ce que décèlent, en outre, un calice et un pédoncule plus ou moins secs; par fraises propres, celles dont la surface est indemne de toute particule de sable, terre, paille, etc. Dans ce dernier cas, le remède serait non pas de les laver, parce qu’on leur enlèverait la partie la plus fine de leur parfum, mais de les rouler légèrement dans une étoffe de laine humide qui retiendrait les matières étrangères.
- La fraise est un fruit très périssable, aussi faut-il la consommer ou l’employer rapidement, car elle s’altère "vite et devient le siège de fermentations qui la rendent absolument inutilisable j1). Â. Truelle.
- t. Voir, la brochure : L'Utilisation ménagère clés Fruits, sans sucre, par Truelle. Masson et Cic, édit. Prix : 2 francs net.
- Lits, fauteuils, Voitures et tous appareils pour malades, blessés et convalescents.
- Jambe artificielle perfectionnée. — Chaussures orthopédiques..
- DUPORT
- 10, Rue Hautefeuille, à Paris (VI*)
- Maison fondée en 1847 Téléph. : 818 67
- Voitures de promenades et Fauteuils roulants de tous modèles.
- CQRDERIES DE LA SEINE - LE HAVRE
- Cordages en Manille et en Chanvre Câbles en fils d’acier, Cordes, Ficelles et Fils Spécialités : Câbles de Labourage, 1 $
- Câbles de transports aériens, Câbles de cabestans | Câbles de levage antigiratoires, à torons plats 8
- ou triangulaires B
- Ficelles pour Moissonneuses-lieuses. 1
- POUR I
- devenir! adressez-vous à F
- [INGENIEUR DES TRAVAUX PUBLICS IMNGÉNIEUR-ARCHITECTE Il INGÉNIEUR-MÉCANICIEN 11 INGÉNIEUR-ÉLECTRICIEN.,
- rftnimiviL
- rfaçej
- . 6 h£l
- , sunïï>—ENSEIGNEMENT [CORRESPONDANCE UAOQO élèves)
- ENSEIGNEMENT SUR PUCE (500 élèves) Nombre d'élèves inscrits pendant la guerre : 12.032 irai gratuit do brochure» «iprogrammra.écrire à la Direction do rEcole.3.RueThénsrd,ftrts.Vî
- 8S
- H PLAQUEt 'Ë«*rfne,Morphine,Chili**P.Msrcîir,,
- de Tolérance | de Pose
- NÉGATIFS, DIAPQSITIFS, CONTRE-TYPES I
- UNIQH PHOTOGRAPHIQUE MDUSTRIELLEl Etabli LUBBiÊWÇ et UOUQLft WfcUHIS
- louer pour 1er avril 1919 1,1 à Rougemont, gare Saint-Jean _ Froidmontel (Loir-et-Cher).
- S’adresser à M° Lejeune, notaire à Pans. 212, boulevard Saint-Germain..
- MASSON ET O, Editeurs, bout. Saint-Germain, 120, PARIS»
- . Recettes et Procédés utiles de « LA NATURE » de la Campagne, Les de la Maison, Recettes de l’Atelier, | du Laboratoire, f" Sportives « ïfl n .XJ i
- 5 vol. reliés toile. — 15 }r, \ Chaque vol. séparément 3 fr. net. :
- p.2x0 - vue 473/474
-
-
-
- Po» VOIR, PROJETER «t CLASSER u. ». d» VÉRASCOPE et &, GLYPHOSCOPE
- “ LE TAXIPHOT E
- Breveté S. G. D. G.
- 5TÉREOCLASSEUR distributeur automatique
- Ecartement variable des oculaires. — Sécurité absolue des diapositifs. — Modèle réduit et simplifié : 148 fr. 50
- Modèles à COURT FOYER, brevetés S. G. D. G.
- dans lesquels les images paraissent en vraie grandeur superposable avec la réalité
- NOUVEAU!! TAXI PH OTE A COURT FOYER MÉCANIQUE NOUVEAU U
- avec trois jeux d’oculaires interchangeables, court foyer, foyer ordinaire et prismes inverseurs.
- GRAND CHOIX DE DIAPOSITIFS 45x107 Plus de 130000 vues de toutes les parties du monde pouvant être projetées directement par le TAXIPH0TE EXPOSITION PERMANENTE :
- 7, Rue Lafayette (Opéra)
- Jules RICHARD
- 25, Rue Mélingue, 25
- PARIS
- Ne faites déposer un brevet que pour une invention de valeur reelle mais dans ce cas. faites le nécessaire pour déposer
- un bon brevet
- Entourez-vous du maximum de garanties en vous adressant à
- 1TNSTITUT SCIENTIFIQUE ET INDUSTRIEL, 8 et 10, Rue Nouvelle, PAR!S*9”
- Fondé en 1899, Paul RENAUD, Ing. E. P. G.
- * Pour bien comprendre ce que nous entendons par ces mots, il est indispensable de demander les notices * UN BON BREVET " ef " LA PROPRIÉTÉ INDUSTRIELLE n envoyées gracieusement.
- Rhône
- 3, Rue La Boétie, 3 |
- PARIS
- Téléphone : Élysée 43-43. — Gutenberg 39-76. ^
- _ |
- DANIEL SACILC
- PARIS - 55-64, rue Legendre, 55-64 - PARIS
- Téléphone Waqram 03.52
- Installations complètes d’Électricité
- ÉCLAIRAGE DES CHATEAUX TRAVAUX TRÈS SOIGNES NOMBREUSES RÉFÉRENCES
- Maison (ondée en 1890 Médailles d’Or
- PILES SECHES
- (Qualité aupériarara)
- ACCUMULATEURS ÉLECTRiaUES
- SOCIÉTÉ HEINZ
- 3, Rue T.roachet, Paris.
- Téléph. Castrai 42^54. Paine à Saint-Oucn (Stiaeî. J
- REPASSEUR "TWINPLEX
- 500 Barbes avec une seule lame
- Notice illustrée n° 41, franco.
- KIRBY BEARD & C° Ld
- 5. rue Auber. PARIS
- p.2x0 - vue 474/474
-
-